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51
p. 86-108
Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
Début :
M le Duc de la Force, dont la naissance, le merite [...]
Mots clefs :
Compagnie, Duc, Royaume, Académie française, Discours, Duc de la Force, Abbé d'Estrées, Académiciens, Muses, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
M le Duc de la Force;
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
Fermer
52
p. 179-190
De Madrid le premier Avril 1715.
Début :
Mardy passé l'on publia la résolution du Roy de confier [...]
Mots clefs :
Marquis, Cardinal, Lettres, Madrid, Conseil d'État, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid le premier Avril 1715.
De Madrid le premier Avril |*7lS>
Mardy passé l'on publia la
résolution du Roy de confier
dorénavant à des hommes
l'éducation du Prince & pour
ne point charger le Trésor
Royalde frais, l'on a nommé
les mêmes Officiers qui fervent
le Roy actuellement ; les
principaux sont le Marquis
de Valera & de Solera pour
Gentils hommes de la chambre,
les Marquis deVilla Garcia
,& deValouze pour Maître
d'Hôtel de semaine
, on luya
donné pour Confesseur le Perc
Marin homme de Lettres
& d'un merite distingué;la
Marquise de Salsedo sa Gouvernante
a fait paroistre beaucoup
de tendresseàcetteséparation
; &le foin que jusques
icy elle a prisedu Prince, a été
fecompenfée d'une place de
Dame d'Honneur de la Reine.
1- Le Roys'affermissantdejour
en jour dans ses desseins
, a
écrit aux Evêques, Archevêques
de son Royaume ,des
Lettres Circulaires, par lesquellesil
leur ordonne qu'a-
Vec une liberté vrayement
Chrétien-ne) ils luy marquent
les moyens qu'ils imagineront
•
les plus propres à maintenir la
JufiLCC dans ses Etats
J
& sL
procurer le repos à Ces peuples;
Le Cardinal del Judice a
pris possession de son appartement
au Retiro sans permettre
cependant que les Dames en
sortissent, aimant mieux se loger
plus étroitement; illuy
- cil depuis venu un ordre d'exercer
comme auparavant sa
Charge de Grand Inquisiteur;
c'est une satisfaction que l'on
donne à la Cour de Rome.
A la recommandation de
son Eminence, l'on a ordonné
de rétablir dans leurs places
de ConseillersdeCastilleDon
Loüis Curiel, exilé à Leon
, Don Francisco de Avana,&
Don Pedro de la Grava ,
dépossedez
de leurs emplois tous
trois pour avoir soutenu les
interdis du Cardinal.
Le jour de l'Incarnation la
Reine servant des pauvres à
dîner, elle se trouva un peu
indisposée, sur quoy les Medecins
ayant esté consultez,
ils jugerent à propos de la saignerau
bras comme l'on fit
sans qu'il y ait eu de fuite fâcheuse.
| Le voyage d'Aranjuez ayant
étérésolu l'onaaverty les Dames
qu'ellesn'avoient qu'às'y
disposer, ce qui fait croire que
ce fera bien tost.
Le Mardy apresdîner on
- assembla le Conseil extraordinaire
deCastille, pour examiner
la Bullequi supprime la
Monarchie de Sicile, comme
avoir déjà fait le Conseil dEtat.
Voyant la lenteur avec
laquellel'Assemblée procedoit
au Règlement des Tribunaux
il vint un nouvel ordre pour
accelerer cette affaire,& Vendredy
l'on la remit entre les
mains de Sa Majesté
, non
sans inquiétude de plusieurs
Ministres.
Dans une autre Assemblée
particulière du Conseil de la
Marine,
Marine, il fut résolu de renvoyer
tout à fait le Duc de
Tursis,à son Escadre appellée
l'Escadre de Genes, & d'ordonner
au Contrôleur qui se
trouve dans cette Ville, de
livrer tous lesForçats qu'on y
trouvera du compte du Roy.
Cette résolution a étésignifiée
ley à celuy qui fait ses affaires.
SaMajestéanommé de son
Conseil d'Etat, le Marquis de
los Balbafez
iqui
demandoit
la permission de se retirer en
Italie, & l'on a eû en veuë de
s'arrêter icy par ce moyen.
( Par des Lettres de Barcelone
du 23. du passé ,il paroist
qu'on a differé l'expédition
de Majorque, parce que l'on
a résolu d'embarquer plus de
Cavalerie qu'on avoit d'abord
eû dessein d'en embarquer
, &
de garder pour la remplacer
celle que l'on fait marcher de
Valence, & d'Arragon,pour
tenir en bride les Catalans qui
paroissoient avoir quelque
desseinde rcmüer du cofté de1
Salens & de Manreza
)
dequoy
le Gouverneur ayantété
averty ,
il s'est asseuré de Mo-j
ragas, chefdes rebelles & de
quelques autres sédicieux comme
luy ausquels on fait actuellement
le procés.
, Et par les nouvelles du 30.
on a eu avis que le procès dudit
Moragas examiné,il a
été convaincu du crime de
rcbellion, & condamnéà être
attaché tout vif& traîné à la
queuë d'un cheval furieux dans
les places,& dans les ruës de
Barcelone ),& ses camarades à1
ètre pendus;cette Sentence 9
été executée le 2.9. On ne doute
point que ces chastiments
exemplaires nereduisent enfin
les esprits inquiets des Catalans.
(
Il y a trois jours que Mj
Metwin, Ambassadeur d'Angleterre
,
est arrivé en cette
Ville avec une grande suite ;
le lendemain il fut rendre visite
au Cardinal del Judice qui cO:
chargé de traiter avec les mi1
nistres Etrangers, & hieril eût
une Audiance particuliere du
Roy,on ne sçait s'il prendra
le caractere public,à cause
des difficultez qui se rencontrent
sur le ceremonial des
Ambassadeurs.
Le Roy a donne au Prince 1
de Chélamarre vingt quatre
mille piastres de revenu annuel
à prendre sur les biens
du Marquis de Vallé
,
confisîquez
dans la nouvelle Espagne,
avec pouvoir de nommer
qui bon luy semblera pour la
levée de cette rente que le
Roy luy accorde non-seulement
pour le dédommager
des pertes qu'il a faites dans le
Royaume de Naples,maisencore
pour survenir à une partie
des frais de son Ambassade
en France. S.M. C. a ajoûté
à. cette récompense vingt-un
mille piastresd'appointement
qui joints aux vingt- quatre
mille de confiscation luy font
plus de quarante cinq mille
écus de revenu.
Mardy passé l'on publia la
résolution du Roy de confier
dorénavant à des hommes
l'éducation du Prince & pour
ne point charger le Trésor
Royalde frais, l'on a nommé
les mêmes Officiers qui fervent
le Roy actuellement ; les
principaux sont le Marquis
de Valera & de Solera pour
Gentils hommes de la chambre,
les Marquis deVilla Garcia
,& deValouze pour Maître
d'Hôtel de semaine
, on luya
donné pour Confesseur le Perc
Marin homme de Lettres
& d'un merite distingué;la
Marquise de Salsedo sa Gouvernante
a fait paroistre beaucoup
de tendresseàcetteséparation
; &le foin que jusques
icy elle a prisedu Prince, a été
fecompenfée d'une place de
Dame d'Honneur de la Reine.
1- Le Roys'affermissantdejour
en jour dans ses desseins
, a
écrit aux Evêques, Archevêques
de son Royaume ,des
Lettres Circulaires, par lesquellesil
leur ordonne qu'a-
Vec une liberté vrayement
Chrétien-ne) ils luy marquent
les moyens qu'ils imagineront
•
les plus propres à maintenir la
JufiLCC dans ses Etats
J
& sL
procurer le repos à Ces peuples;
Le Cardinal del Judice a
pris possession de son appartement
au Retiro sans permettre
cependant que les Dames en
sortissent, aimant mieux se loger
plus étroitement; illuy
- cil depuis venu un ordre d'exercer
comme auparavant sa
Charge de Grand Inquisiteur;
c'est une satisfaction que l'on
donne à la Cour de Rome.
A la recommandation de
son Eminence, l'on a ordonné
de rétablir dans leurs places
de ConseillersdeCastilleDon
Loüis Curiel, exilé à Leon
, Don Francisco de Avana,&
Don Pedro de la Grava ,
dépossedez
de leurs emplois tous
trois pour avoir soutenu les
interdis du Cardinal.
Le jour de l'Incarnation la
Reine servant des pauvres à
dîner, elle se trouva un peu
indisposée, sur quoy les Medecins
ayant esté consultez,
ils jugerent à propos de la saignerau
bras comme l'on fit
sans qu'il y ait eu de fuite fâcheuse.
| Le voyage d'Aranjuez ayant
étérésolu l'onaaverty les Dames
qu'ellesn'avoient qu'às'y
disposer, ce qui fait croire que
ce fera bien tost.
Le Mardy apresdîner on
- assembla le Conseil extraordinaire
deCastille, pour examiner
la Bullequi supprime la
Monarchie de Sicile, comme
avoir déjà fait le Conseil dEtat.
Voyant la lenteur avec
laquellel'Assemblée procedoit
au Règlement des Tribunaux
il vint un nouvel ordre pour
accelerer cette affaire,& Vendredy
l'on la remit entre les
mains de Sa Majesté
, non
sans inquiétude de plusieurs
Ministres.
Dans une autre Assemblée
particulière du Conseil de la
Marine,
Marine, il fut résolu de renvoyer
tout à fait le Duc de
Tursis,à son Escadre appellée
l'Escadre de Genes, & d'ordonner
au Contrôleur qui se
trouve dans cette Ville, de
livrer tous lesForçats qu'on y
trouvera du compte du Roy.
Cette résolution a étésignifiée
ley à celuy qui fait ses affaires.
SaMajestéanommé de son
Conseil d'Etat, le Marquis de
los Balbafez
iqui
demandoit
la permission de se retirer en
Italie, & l'on a eû en veuë de
s'arrêter icy par ce moyen.
( Par des Lettres de Barcelone
du 23. du passé ,il paroist
qu'on a differé l'expédition
de Majorque, parce que l'on
a résolu d'embarquer plus de
Cavalerie qu'on avoit d'abord
eû dessein d'en embarquer
, &
de garder pour la remplacer
celle que l'on fait marcher de
Valence, & d'Arragon,pour
tenir en bride les Catalans qui
paroissoient avoir quelque
desseinde rcmüer du cofté de1
Salens & de Manreza
)
dequoy
le Gouverneur ayantété
averty ,
il s'est asseuré de Mo-j
ragas, chefdes rebelles & de
quelques autres sédicieux comme
luy ausquels on fait actuellement
le procés.
, Et par les nouvelles du 30.
on a eu avis que le procès dudit
Moragas examiné,il a
été convaincu du crime de
rcbellion, & condamnéà être
attaché tout vif& traîné à la
queuë d'un cheval furieux dans
les places,& dans les ruës de
Barcelone ),& ses camarades à1
ètre pendus;cette Sentence 9
été executée le 2.9. On ne doute
point que ces chastiments
exemplaires nereduisent enfin
les esprits inquiets des Catalans.
(
Il y a trois jours que Mj
Metwin, Ambassadeur d'Angleterre
,
est arrivé en cette
Ville avec une grande suite ;
le lendemain il fut rendre visite
au Cardinal del Judice qui cO:
chargé de traiter avec les mi1
nistres Etrangers, & hieril eût
une Audiance particuliere du
Roy,on ne sçait s'il prendra
le caractere public,à cause
des difficultez qui se rencontrent
sur le ceremonial des
Ambassadeurs.
Le Roy a donne au Prince 1
de Chélamarre vingt quatre
mille piastres de revenu annuel
à prendre sur les biens
du Marquis de Vallé
,
confisîquez
dans la nouvelle Espagne,
avec pouvoir de nommer
qui bon luy semblera pour la
levée de cette rente que le
Roy luy accorde non-seulement
pour le dédommager
des pertes qu'il a faites dans le
Royaume de Naples,maisencore
pour survenir à une partie
des frais de son Ambassade
en France. S.M. C. a ajoûté
à. cette récompense vingt-un
mille piastresd'appointement
qui joints aux vingt- quatre
mille de confiscation luy font
plus de quarante cinq mille
écus de revenu.
Fermer
53
p. 303-315
Stances à la loüange de M. de **. [titre d'après la table]
Début :
Quoyque les fonctions de Commissaires départis dans / [...]
Mots clefs :
Vertus, Cour, Stances, Intendant, Justice, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Stances à la loüange de M. de **. [titre d'après la table]
Quoyque les fonctions
de Commissairesdépartis dans
- les Provinces du Royaume
pour l'exécution des ordres de
la Cour soient difficilesà rempliràlalasatisfaction
generale,
plusieurs grands hommes
neanmoins se sont rendus si
recommandables par leurtalens
en cette administration
)
qu'ils s'y sontconciliél'estime
du Souverain & la bienveillance
des peuples.
S'ilétoit besoin de preuve
le seul nom de Voyfin
,
celuy
de Bignon ,&. les familles de
Daguesseau
,
de Harlay
,
de Lamoignon,
Chauvelin, dOrmesson
,
Trudaine, le Bret,
Ferrand
,
Roujaut & autres
quiont donnéàl'Etat & luy
fournissent encore de si illustres
sujets en ce genre d'exercice
en serviroient, les seules
idées de leur mérité en cet
cmploy suffisentpour vous
aider à croire que celuy dont
les
les vertus ont donné lieu
aux vers suivants
,
loin d'êert-
un objet imaginé, peut
paffcr pour y estre peint d'aprésson
naturel.
L'admiration qu'il excite sans
cesse dans son poste ,où sa
capacité ne le distingue pas
moins que ses moeurs, luy
attire avec l'affection des Provinces
confiées à ses foins,
l'applaudissement universel
dont ces vers font une espece
d'écho. &
Sa modestie singuliere empêche
dele nommer ; mais fes1
qualitez personnelles le marquent
assez
,
sa réputation le
décele & l'on n'aura pas de
peine à le reconnoistre à ces
traits particuliers qui le défi.
gnenc en ces Stances.
A MONSIEUR
L'INTENDANT
?-
en la Généralité de
STANCES.
Quelle estl'intelligence
Qui surveille en ces lieux
Etfaitparsa prudence
Toutfleurirà nosyeuxf
C'est drisse,modele
Des parfaitsMagistrats
Qui signale son zele
Pour ces heureux climats.
Son fage ministere
Pour nos secours ardent
En luy nous montre un pere
Sous le nom d'Intendant
Il hâte en nos demeures
Les douxfruits de la Paix.,
Et -n'y conte ses heures
Queparsesseulsbienfaits.
Themis qui le contemple
Seplaît du haut des Cieux
A le 'Voir dans son Temple
Répondre à tous nos 'Voeux:
Faire en Ministre habille
Plus grand queson employ
Le bien de chaque Ville
Et l'interst du Roy.
Lesort par un caprice
N'a point fait sa grandeur;
DuseindelaJUSTICE
Il tiresa splendeur;
Sasagesse profonde
En estl'appuycertain;
On croit qu'ilvint au monde
La balance à la main.
Le poids du Sanctuaire
Estson uniquepoids.
C'estl'Ange tutelaire
Qui conserve nos droits.
Ilfait pleuvoirdesgrâces;
Et par les contre-coups
Qu'ilfent de nos disgraces
Itjoujfre plus que nous.
Tendreenson caractere
Qu'il en coûte à son coeur
Quand il nesçauroitfaire
Nostre commun bonheur!
Il plaint sa destinée Et , ce coeurgenereux
Croit petdn une journée
S'il n'yfait des heureux.
-, .,
sursonfront regne un charme
Qui tient tout en refpeél;.
La discorde en allarme
Expireàsonaspect;
Sa douceurprévenante
Rend légers les tributs,
S'il n'accorde,il contente #
^Jufcjucs dansses refus.
%m-
De tout piegeilse garde
Flatteurs& Partisans,
De mêmeoeil il regarde
Vostre encens,vos presens;
-
Sa noble vigilante
Pourprixdeses travaux,
Ne veut de recompense
Que lafin de nos maux.
A travers milleobftacks
Au Conseil ses avis
Non moins que des oracles
Sont reçus (ysuivis
Par un rare assemblage
Ilsçait dans Jes projets
Ménagerl'avantage
Du Prince & des Sujets.
Les vertus , en cortell,
Marchent ases cosse;c
Les foibles qu'il protege
Celebrentses bontez;
L'innocence à sa fuite
Triomphepar sesLoix;
Il met le crime en fuite
Et lafraude auxabois.
££
Millefaveurs qu'ilverse
Sur les Arts en langueur
Ranimentle Commerce
Dont ilsfont lavigueur;
.Mules, il vous preserve
Des dllins ennemis,
TTaannttoostsit lil eefsitMTahienmeirsv. e ,
Ospectacleagréable!
Il réunit l'éclat
grea
DuJuge irréprochable
Et de l'Hommed'état.
Sousson heureux aufpkc
Au desir de la Cour,
Ici, tout le service
N'est fait que par monr!
Pour
-
Pour l'honneur de sa place
Tour nous du qu'il eflné, Ilfait changer deface
Au Peuple infortuné.
- La joye en la Contrée
Sous luj reprend l'ejjor;
Et par ses soins,Astrée
Fait naistre un Siecled'or.
de Commissairesdépartis dans
- les Provinces du Royaume
pour l'exécution des ordres de
la Cour soient difficilesà rempliràlalasatisfaction
generale,
plusieurs grands hommes
neanmoins se sont rendus si
recommandables par leurtalens
en cette administration
)
qu'ils s'y sontconciliél'estime
du Souverain & la bienveillance
des peuples.
S'ilétoit besoin de preuve
le seul nom de Voyfin
,
celuy
de Bignon ,&. les familles de
Daguesseau
,
de Harlay
,
de Lamoignon,
Chauvelin, dOrmesson
,
Trudaine, le Bret,
Ferrand
,
Roujaut & autres
quiont donnéàl'Etat & luy
fournissent encore de si illustres
sujets en ce genre d'exercice
en serviroient, les seules
idées de leur mérité en cet
cmploy suffisentpour vous
aider à croire que celuy dont
les
les vertus ont donné lieu
aux vers suivants
,
loin d'êert-
un objet imaginé, peut
paffcr pour y estre peint d'aprésson
naturel.
L'admiration qu'il excite sans
cesse dans son poste ,où sa
capacité ne le distingue pas
moins que ses moeurs, luy
attire avec l'affection des Provinces
confiées à ses foins,
l'applaudissement universel
dont ces vers font une espece
d'écho. &
Sa modestie singuliere empêche
dele nommer ; mais fes1
qualitez personnelles le marquent
assez
,
sa réputation le
décele & l'on n'aura pas de
peine à le reconnoistre à ces
traits particuliers qui le défi.
gnenc en ces Stances.
A MONSIEUR
L'INTENDANT
?-
en la Généralité de
STANCES.
Quelle estl'intelligence
Qui surveille en ces lieux
Etfaitparsa prudence
Toutfleurirà nosyeuxf
C'est drisse,modele
Des parfaitsMagistrats
Qui signale son zele
Pour ces heureux climats.
Son fage ministere
Pour nos secours ardent
En luy nous montre un pere
Sous le nom d'Intendant
Il hâte en nos demeures
Les douxfruits de la Paix.,
Et -n'y conte ses heures
Queparsesseulsbienfaits.
Themis qui le contemple
Seplaît du haut des Cieux
A le 'Voir dans son Temple
Répondre à tous nos 'Voeux:
Faire en Ministre habille
Plus grand queson employ
Le bien de chaque Ville
Et l'interst du Roy.
Lesort par un caprice
N'a point fait sa grandeur;
DuseindelaJUSTICE
Il tiresa splendeur;
Sasagesse profonde
En estl'appuycertain;
On croit qu'ilvint au monde
La balance à la main.
Le poids du Sanctuaire
Estson uniquepoids.
C'estl'Ange tutelaire
Qui conserve nos droits.
Ilfait pleuvoirdesgrâces;
Et par les contre-coups
Qu'ilfent de nos disgraces
Itjoujfre plus que nous.
Tendreenson caractere
Qu'il en coûte à son coeur
Quand il nesçauroitfaire
Nostre commun bonheur!
Il plaint sa destinée Et , ce coeurgenereux
Croit petdn une journée
S'il n'yfait des heureux.
-, .,
sursonfront regne un charme
Qui tient tout en refpeél;.
La discorde en allarme
Expireàsonaspect;
Sa douceurprévenante
Rend légers les tributs,
S'il n'accorde,il contente #
^Jufcjucs dansses refus.
%m-
De tout piegeilse garde
Flatteurs& Partisans,
De mêmeoeil il regarde
Vostre encens,vos presens;
-
Sa noble vigilante
Pourprixdeses travaux,
Ne veut de recompense
Que lafin de nos maux.
A travers milleobftacks
Au Conseil ses avis
Non moins que des oracles
Sont reçus (ysuivis
Par un rare assemblage
Ilsçait dans Jes projets
Ménagerl'avantage
Du Prince & des Sujets.
Les vertus , en cortell,
Marchent ases cosse;c
Les foibles qu'il protege
Celebrentses bontez;
L'innocence à sa fuite
Triomphepar sesLoix;
Il met le crime en fuite
Et lafraude auxabois.
££
Millefaveurs qu'ilverse
Sur les Arts en langueur
Ranimentle Commerce
Dont ilsfont lavigueur;
.Mules, il vous preserve
Des dllins ennemis,
TTaannttoostsit lil eefsitMTahienmeirsv. e ,
Ospectacleagréable!
Il réunit l'éclat
grea
DuJuge irréprochable
Et de l'Hommed'état.
Sousson heureux aufpkc
Au desir de la Cour,
Ici, tout le service
N'est fait que par monr!
Pour
-
Pour l'honneur de sa place
Tour nous du qu'il eflné, Ilfait changer deface
Au Peuple infortuné.
- La joye en la Contrée
Sous luj reprend l'ejjor;
Et par ses soins,Astrée
Fait naistre un Siecled'or.
Fermer
54
p. 58-98
DENONCIATION faite à Monseigneur le Chancelier d'un Libelle injurieux ; qui, revêtu de l'autorité du Sceau, paroît dans le monde sous le titre d'Homere vangé.
Début :
L'Auteur de ce Libelle est un nommé Gacon, homme [...]
Mots clefs :
Homère, Homère, Homme, Ouvrage, Auteur, M. de la Motte, Livre, Aveugle, Héros, Lettres, Iliade, Poète, Libelle, Crime, Hollande, Chancelier, Approbation, Critique, Public, Excès, Approbateur, Ombre, Charité, Insultes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DENONCIATION faite à Monseigneur le Chancelier d'un Libelle injurieux ; qui, revêtu de l'autorité du Sceau, paroît dans le monde sous le titre d'Homere vangé.
DENONCIATION
faiteàMonseigneurle Chancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revêtu de l'autorité du
Sceau ,paroît dans le monde
ſous le titre d'Homere
vangé.
L'Auteur de ce Libelle eſt
un nommé Gacon , homme
connu dans le monde par des
Libelles du mêine genre. Ilett
bon d'en faire l'Hiſtoire. La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fit imprimer un preGALANT.
mier Ouvrage ſous le titre de
Poëte fans fard. Il y commit
tant d'excés fatyriques , que
Monſeigneur Boucherat ,lors
Chancelier , à qui il fut denoncé,
en fit fupprimer les Exem
plaires , & fit fubir pluſieurs
mois de prifon à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluſieurs années ,
mais letemsile ramena enfin à
fon malheureux penchant ;il
travailla à une Traduction
d'Anacreon , Ouvrage quin'étoit
dans ſes vûës , que le prétexte&
l'occaſion d'outrager
pluſieurs perſonnes diftin60
MERCURE
guées dans les Lettres. Ce fecond
Ouvrage ayant eſté envoyé
par M.l'Abbé Bignon à
Meſieurs Saulrin & Danchet
fucceffivement pour l'examiner
, ils refuferent l'un aprés
l'autre l'approbation à l'Auteur
, fur fon obſtination à ne
vouloir pas fupprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de conſentir à la fuppreffion
de ces traits , c'eſtoit la portion
cheriede ſon Livre. Il fic
unvoyage exprés en Hollande,
pour ſe voir en pleine libertédediffamer
les objetsde
ſa malignité ; il yimprima fon
GALANT. 61
Anacreon , & profitant de la
licence que luy donnoit ſa
nouvelle Patrie , il enrichit fon
Livre de quelques traits calomnieux
, & de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un ſeulqui regarde
M. deFontenelles , qui me
paroît énorme. Gacon aprés
avoir inſolemment avili les
Ouvrages de MT.Corneille,
l'excuſe d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits ,
en ſuppoſant que fans ces
écrits mêmes il feroit mort de
faim. Il écrivoit , dit il , fami
62 MERCURE
potius quam fama. Nous n'y
ſommes pas encore : Gacon
continue. Mais d'où vient que
M. de Fontenelles fon neveu
luy qui eftfifort àson aiſe, laiſſe
mourir de faim fon oncle. Cur
eget te divite parens.
,
Il eſt notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent ; il auroit eſté tres .
honteux à noſtre ſiecle qu'un
homme de ce merite eût eu
beſoin de ſes travaux Litteraires
& journaliers pour vivre.
Et s'il eût eſté indigent en effet
, M. de Fontenelles ſon neveu,
homme non moins eſtiGALANT.
63
:
-
mable par la probité que par
ſes talens , auroit caché au Public
l'infortune de ſon oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens de
Lettres , mais ils ne font pas
connoiſtre leurs moeurs . Il
n'arrive que trop que les talents
les plus eſtimables ſerencontrent
dans un même homme
avec de mauvaiſes moeurs.
La poſterité , ſi ce coupableLivre
va juſqu'à elle , ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, ſur la foy d'un reproche
direct qu'un de ſes contemporains
luy a fait avec im-
:
64 MERCURE
punité ? c'eſt ce que M. de
Fontenelles fent parfaitement,
je puis rendre fur cela témoignage
de ſa ſenſibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troifiéme
Ouvrage au Publit,ſous letitre
del'Anti Rouffeau. La perſecution
cruelle qu'il ſuſcite à
un coupable proſcrit par Arrêt
de la Cour , n'eſt pas un
crime ſelon les Loix , c'eſt feulement
une baſſeſſe , une lacheté
digne de deteftation ;
fon crime , & crime digne
d'un châtiment exemplaire ,
c'eſt d'avoir recueilli de tous
ceux
GALANT . 65
L
ceux qui avoient eſté en commerce
avec Rouffeau , les Ouvrages
cyniques & fatyriques
de ce Poëte , Ouvrages defavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par fon repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont eſté imprimez ſous ſes
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poifon
du texte ; il a appliqué fauſſement
à pluſieurs perſonnesdes
Epigrammes anonymes dont
Rouſſeau n'avoit jamais fait
d'applications perſonnelles .
Enfin , grace à Gacon , les
horreurs de ce Poëte , que nos
May 1715 . F
66 MERCURE
Magiſtrats s'efforçoient de
fupprimer , paſſeront à lapofterité&
feront le ſcandale des
fiecles futurs , & la honte du
nôtre.Gacon de retour deHollande
debite à Paris ſon Anti-
Rouſſcau , ce ſcandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien ;
mais le mépris ſauve le coupable,
perſonne ne veut faire la
démarchede le denoncer , on
le laiſſe joüir en paix du fruit
de ſon crime.
Le quatriéme Ouvrage de
Gacon , & le ſujet unique de
la preſente denonciation , eſt
un Livre in douze , qui a pour
GALANT. 67
titre ,Homere vangé. Les perſonnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage font mortifiées
de ne pouvoir payer ſon Auteurdu
ſeul mépris qui juſqu'à
preſent a fait la punition de
ſes excés , on craint de luy
faire honneur en le denonçant
; mais on y eſt forcé. U
n'eſt pas icy queſtion d'un Libelle
imprimé en Hollande ,
ou même dans le Royaume
ſans privilege , c'eſt un Livre
revêtu de l'autorité du Sceau ,
& imprimé dans Paris avec
une approbation folemnelle
du ſicur Abbé Couture. Il y a
Fij
68 MERCURE
donc icy deux coupables , &
j'ofe avancer , que le plus puniſſable
n'est pas l'Auteur mê
me , mais l'Approbateur ,
l'homme public , que le Miniſtre
a mis en place pour empêcher
les deſordres dont il
vient de ſe rendre lâchement
complice. C'eſt par l'examen
de l'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que meritele ſieur AbbéCouture.
l 3
Ce Livre eſt une critique follement
infolente de l'Iliade de
M. de la Motte & de ſa Differtation
fur Homere ; il n'y
GALANT. 69
{
a rien de plus permis , rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuſes &moderées
, où les Auteurs expoſent
leurs ſentimens & combattent
ceux d'autruy , fans
manquer aux égards que la ſocieté
civile & les bonnes
moeurs exigent . Voila les critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifier tout enſemble.
M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées , il feroit
bon de faire imiter cet exemple
à Meſſieurs les Sçavants ,
qui font , pour ne rien dire de
70 MERCURE
plus , trop ſcandaleuſement
ruſtiques.
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier ſous le titre
des Causes de la Corruption du
Gouft , furprit & fcandalizat
tout enſemble les gens ſenſez.
Ce Livre ſera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier ,
luy , qui par ſon approbation
ſouſcrit lachement au traitement
infâme qu'on y fait à fon
Confrere; luy , que l'eſprit de
parti aveugle, au point de luy
faire oublier qu'il eſt en place
pour empêcher les Auteurs
ſoumis à ſon examen , de fe
GALANT. 71
faire des outrages reciproques,
&de violer , les uns à l'égard
des autres , les regles de la
bien féance & les devoirs de
la charité.
Le ſicur Abbé CoutureApprobateur
du Livre deGacon ,
eſt infinement plus coupable
encore que le ſieur Abbé Fraguier.
On en jugera par les
traits receüillis du Livre , quia
pour titre : Homere vangé.
L'eſtampe qui eſt à la tête
tampe qu
de cet inſolent Livre , en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnaſſe , au ſommet
duquel paroît le buſte d'Ho72
MERCURE
mere. Ce buſte forme une
ombre , que M. de la Motte
ſous la figure de l'Envie, attaque
une torche à la main. Le
Poëte Gacon monté ſur Pegaſe
, armé de
verges , vient
châtier l'Envie .
Quatre vers de l'Auteur expliquent
l'eſtampe.
Conduite par l'orgueil , l'Envie
au regardfombre
Veut attaquer Homere &n'atteintquefon
ombre ;
Mais les verges en main fur
Pegase monté
Le Poëte fans fard vange Homere
infulté.
Il
GALANT. 73
1
Il n'y a point là d'Enigme.
Le Livre a pour titre Homere
vangé, ou Réponſe à M. de la
Motte.
Mais pour mieux. faire reconnoître
M. de la Motte ſous
l'allegoricde l'Envie ; il donne
à l'Envie un regard fombre ;
alluſion baſſe à la vûë preſque
éteinte de M. de la Motte.
Voila donc M. de la Motte livré
par M. l'Abbé Couture au
vil Executeur du Parnaſſe pour
en recevoir les étrivieres ? mais
quel eſt le crime de M. de la
Motte ? un Livre dont le Roy
a agréé l'hommage , & pour
May 1715. G
74 MERCURE
lequel ila gratifié l'Auteur d'une
penfion ?
ed M. Couture dira-t- il qu'il
ignoroit ces faits? je le dementiroisdans
le moment en rapportant
le trait qui fuit. C'eſt
à la page 308. du Livre denoncé
; Gacon rapporte qu'un
ConfeurSuperbe ayantpreſentéà
Sun Monarque habile un Ouvrage
critique contre Virgile, ce Roy
fic apporter un boiſſeau de froment,
lefit vanner&enfit donner
les criblures pour recompense
au Cenfeur. Il est vray , continuë
Gacon , en parlant à M.
de la Motte , il est vray que
GALANT. 75
loin d'avoir estépuny duRoy vous
avez été gratieuse & recompenfé.
Sed fupplicium tulit bic
Sceleris alter diadema. Je ſuis perfuadé
que M.Couture n'a ſenti
dans cetrait que ce qui touche
M. de la Motte ; il veut
bien ſouſcrire aux inſultes
dont eet Auteur luy ſemble
digne ; mais il n'auroit garde
d'adopter les excés d'un genre
plus puniſſable répandus
dans le Livre denoncé , ſi l'efprit
de parti qui l'aveugle ne
l'avoit pas empêché de les remarquer.
Al'égard de Gacon , il eft
Gij
76 MERCURE
digne auffi de quelque indulgence
en faveur de fon imbecillité.
Ce pauvre Poëte , par
exemple , s'eſt mis dans l'eſprit
que M. de la Motte dediant
fon Iliade au Roy , avoit fait
outrage à la pieté de Sa Majeſté.
Voicy comment il s'explique
dans une Satyre intitulée
l'Ombre de Defpreaux , pag.
11. du Livre.
Eh pourquoy s'exposant à paſſer
pour un fot,
Outrage-1- il duRoy lapietéchrétienne
,
En mettantfousſesyeux l'Iliade
payenne .
GALANT. 77
Ce jugement n'a rien d'étonnant
de la part de Gacon ;
mais il eſt ſcandaleux qu'un
Approbateur , à qui l'on fup .
poſe au moins le ſens commun
,n'en ſoit pas bleſſe. L'épithete
defot eit icy des plus
mal afſociées , voilà peut eſtre
la premiere fois qu'on l'ait
vue en telle compagnie.
M. l'Abbé Couture , dira
que c'eſt une vivacité amenée
par la tiranniede la rime , qu'il
ne faut pas prendre l'épithete
deforà la lettre. A la bonne
heure ; mais il n'y a rien à
rabattre d'une infulte faite en
1
Giij
78 MERCURE
i
1
proſe. Dequelle nature eſt celle-
cy ? pag. 45. où Gacon applique
ces paroles à M. de la
Motte. Cherchons un autre
monde à l'abry d'un petit-homme
qui pretend s'élever fur des
Geans , & d'un Moucheron
qui veuts'élever ſur des Aigles.
M. l'Abbé Couture , doit
fçavoir que Made la Motte
n'eſt rien moins qu'un petit
homme , il eſt de l'aveu de
tout le monde litteraire un
des premiers hommes de ſon
fiecle ; cette ſuperiorité eſt
d'ordinaire compagne de l'or
guëil immoderé ; mais le ſou- 1
GALANT9.79
verain éloge de M. de la Motte
c'eſt d'avoir ſçû allier aux
talens les plus éminents , la
plus modeſte opinion de luy
même. C'eſt de n'avoir jamais
cherché dans les ouvrages de
ſes rivaux , que le beau pour
le proteger , & de s'être im
poſé un filence religieux fur
les fautes dont il auroit pu
triompher ; en vain ces mêmes
rivaux s'obſtinent à l'affieger
avec des Epigrammes injurieuſes
, des Satyres infâmes,des
Critiques infolentes , on ne
peut réüffir à luy faire démens
tir ce caractere de douceur ,
G iiij
88 MERCURE
de modeftie & de charité ,
vertus qui luy ſont plus procieuſes
que la réputation de ſes
ouvrages. Ses amis reffentent
une douleur profonde de le
voir à la veille d'eſtre entierement
aveugle , ſa vûë qui s'éteint
par degrez inſenſibles le
rappelle fans ceſſe à la pro.
chaine infortune & le follicite
au découragement ; tandis que
nous travaillons à le confoler ,
& à le diſtraire de ce triſte
objet , il s'imprime dans Paris
des Livres cruels où l'on infulte
lâchement à ſon malheur .
Les uns ont la baſſeſſe de luy
GALANT
:
confeiller tironiquement , de
amende honorable
faire
aux
Muses & qu'elles luy rendront
la vue. Gacon plus infolent
Papoftrophe pag. 24. par ces
mots. Aveugle de l'ame & du
corps. A
Mais on ne fecontentepas
dans le Livre denoncé de faire
infulte à M. de la Motte , on
amene ſes amis ſur la Scene ,
&en les faiſant dialoguer , on
en fait autant de Gacons .
Quelques jours aprés que
l'Iliade de M. dela Motte cût
paru , je vis avec ſurpriſe , & ,
j'avoüe,avec quelque indigna82
MERCURE
;
:
รา
tion , le dechaînement horribledu
peuple Sçavant contre
l'Auteur ; je fis une Lettre apologetique
de l'Ouvrage ſcan
dalcux , j'obtins un Privilege
fous un titre anonime ; la Lettre
ne ſe fut pas plutôt mon
trée , que mes amis me foupçonnerent
d'en eſtre l'Auteur
j'aurois pû tenir ferme contre
leurs ſoupçons , mais le peril
de l'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generoſité de ne pas
deſavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
GALANT
-Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denoncé.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieuſement
les adverſaires de M. de la
Motte ; je n'ay qu'un mot à
répondre fur cela. Lorſque je
fis cetteLettre ,perſonne n'avoit
encore écrit contre M. de
laMotte , & je n'ay pû par
conſequent me propoſer de
faire reconnoître aucun de ces
prétendus adverſaires ,dans la
diftinction que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien diftinguer en matiere de
critique les remarques vagues ,
84 MERCURE
les portraits generaux & inappliquez,
de ce que l'on appelle
communément apostrophe
injurieuſe , tableau perſonnel ;
par exemple , il n'eſt pas con
tre les regles de la critique moderée,
de dire en general , qu'il
yadans la Republique des Lettres
des ſtupides érudits qui ont
prété ferment de fidelité à Homere.
Mais ſi l'on deſignoit
unhommede Lettre quelcon
que par l'épithete d'érudit ſtupide
, ou autre de ce genre , on
excederoit les bornes de la critique
ſage , on bleſſeroit la
charité , on ſeroit puniſſable.
1.
GALANT. 85
MC
Voila ce que ne comprend pas
Gacon; mais cette diſtinction
excederoit elle auſſi les lumieres
de ſon Approbateur ?
luy qui n'eſt point choqué du
perſonnel infolent qui regne
dans tout le Livre denoncé ?
que luy a t- il ſemblé de la Fable
qui a pour titre ,l'Aveugle
le Boffu , où aprés nous
avoir fait dialoguer M. de la
Motte & moy , Gacon nous
faluë de cette galanterie.
Meſſieurs ,que l'ignorant wulgaire
Met plus haut qu'Eſope
qu'Homere ,
86 . MERCURE
Vous n'approchez de ces Heros
Que par lesyeux& par le dos.
: pag. 96.
Il y a des gens à qui le reproche
des deffauts naturels
eſt ares douloureux Jayconnu
unboſſu , homme dailleurs
debeaucoupd'eſprit , qui n'avoit
jamais pu ſe familiarifer
avec ſon ombre , je luy devins
àcharge ,&il m'évita enfin ne
pouvant foûtenir la petite
guerre que je luy faifois pour
luy ôter ce foible ; pour moy ,
j'oſe dire que je ſoûtiens galamment
ma diſgrace , j'en atteſte
mes amis , qui , pour faire
GALANT. 87
3
honneur à mon courage , ne
me font plus appercevoir dans
nôtre commerce , cette retenuë
exceffive , cette circonfpection
humiliante qui n'eſt
duë qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenſer , n'y réüſſira pas en
attaquant ma figure ; il y a
longtems queje l'ay abandon.
née à ſon mauvais fort ; il y a
longtems que ſes querelles ne
font plus les miennes ; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture , que je
n'ay pû par conſequent luy
88 MERCURE
faire cette declaration , il n'a
pas dû croire qu'il fût de mon
goût que cette liberté devint
le droit de Gacon même
Comment M- l'AbbéCouture
n'a-t- il pas ſentique Gacon
luy preſentoit unOuvragenonmoins
infolent& ſcandaleux
qu'aucun qui ſe ſoit ja
mais imprimé en Hollande ,
où les Auteurs ſont en pleine
liberté de ſervir leurs paſſions?
Il ne peut pas dire que l'hypocrific
de Gacon , l'ait trompé
puiſqu'il fait page 370. la declaration
qui fuit.
Toûjours fincere en mes écrits
De
GALANT. 89
De veritez je les farcis
Toutcommefij'étois en Ville
praLibre
Gacon s'eſt imaginé être
en Hollande lorſqu'il a compofé
fon Homere vangé ? à
la bonne heure. Mais quand
le ficur Abbé Couture adon
né fon Approbation à cet
infolent Livre , il a dû ſe ſouvenit
qu'il étoit dans Paris.
Quelques Lecteurs ont hefi
té à reconnoiſtre les perſonnages
deſignez par ce double
tableau page. 74 Le Medecin
M. Patelineur qui est presque
aveugle , & M. Rabo gri fon
May 1715. H
१० MERCURE
;
Confrere
Confrere, qui eft extrêment boſſu.
on cherchoit bonnementdans
la Facultè un aveugle & un
boſſu qu'on pût affocier pour
joüer la Scene de cette page ;
maisl'Auteur a declaréqu'iln'y
étoit queſtion que de M. de la
Motte&demoy,&que fi nous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de fon Approbateur ; il
eſt aſſez plaifant que M. l'Ab
bé Couture qui nous a laiffe
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Boſſfu , s'aviſe de
nous faire déguifer page 74.
fous la robe de Medecin .
GALANT
Gacon continuë p. 75.Je les
caracteriſe par leurs défauts apparents
afin qu'ils ne puiffent pas
ſeméconnoîtredans leurs portraits.
Etmoy , dira l'Approbateur ,
jeleur ay donné des licences
en Medecine afin que le Public
hefite à les reconnoiſtre ? il
ne laiſſe pas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroit-
il point encore inſinué à
Gacon de déguiſer M. de la
Motte page 322. ſous l'ingenieuſe
allegorie de l'âne.
'Faloux des honneurs du Cheval,
Soit dans la Paix ,foit dans la
Hij
22 MERCURE
1
Guerrey.tw
L'ânefon indigne rival
S'aidant d'une butte de terre ,
Dans unpréje nesçai comment,
Couvrit une bellejument
Mais d'unefemence auſſi vile
Il ne vint qu'un monstre fterile.
Ce déguisement n'est pas
fi heureux que l'autre , il eſt
un peu ſale , c'eſt pourquoy
toutes reflexions faites , je le
ſoutiens de la façon deGacon.
Pafflons à quelque choſe de
plus ferieux. On ſera ſurpris
de ce dernier trait par lequel
jo finis l'examen du Livre de
noncé, c'est à la page 16500
GALAND. 23
+
Gacony établit d'abord fur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliade d'Homere n'a d'autre
fin que l'éloge d'Achille, il
ſe fait objecter qu'Homere reprefentefon
Heros ſuperbe , injuste,
cruel que ces qualitez
nefont pasdes moyens fort furs
d'enlever l'admirationisanjapest
Il ſe fait faire une ſeconde
objection qu'il appelle calomnieufc;
cette objection , n'eſt
autre, quele reproche fait par
quelques Sçavans à Homere ,
de n'avoir pas regardé les vices
defes Heros avec mépris. Voicy
ce qu'il répond au seproche
4 MERCURE
pretendu calomnicux. Home.
vene traite- t- ilpas Achille d'indigne
&defurieux lorſqu'il infulsele
cadavre d'Hector ? pourquoy
letaxe-t-il de cruauté
de barbarie lorſqu'il immole douze
jeunes Troyens aux manes de
fon cher Patrocle ? il n'épargne
pas plus les mauvaiſes actions
des autres Chefs. Quicquid delirant
reges.
Revenons à la premiere
objection . Voicy comment
Gaconyfatisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est neceffaire
qu'un Heros ſoit parfaitement
GALANT. १६
wertueux pour être le sujet d'un
Poëme , il est faux qu'Homere
aitfait le fien vitieux aupoint
de le faire bair , il luy a laiffé
des vices compatibles avec l'he
roiſme naturel ; on peut même
avancer quefon Achille , est du
moins auſſiſage que bien des Heros
de nostre temps.
Le Prince de Condé,M. de
Turenne nefefont-ilspas portez
àdes excés beaucoup plus condamnables
, cependant qui
oferoit nierque ces grands Hommes
ne foient des Heros propres
àêtre chantez pardes Poëtes.
Alleurement M. l'Abbé
26 MERCURE
Couture n'a pas lûle Livro
dénoncéd'un bout à l'autre,
il n'auroit jamais laiſſe paffer
un traie auffi calomnicufe
mentinfolent ; il eſthumiliant
pour luy de devoir quelque
choſe à mon indulgence
dans le temps même que je
luy reproche l'oubli de fon
devoir,&que je le dénonce à
Monſeigneur le Chancelier ?
comme un homme qui s'eft
rendu indigne de fon employ.b
Je me flatte que Montei- n
gneur le Chancelier ne juge.
ra pas qu'il me ſoit mefféant
d'informer fa Grandeur du
ſcandale
GALANT ス
ſcandale que fait dans le mon
de un libelle infolent dans
lequel on m'a donné place .
Jen'ay pas la fotte vanité de
m'imaginer que mon intereſt
doive entrer pour quelque
choſe, dans le traitement dû à
ce libelle. Je declare fincere
ment que je nem'y tiens point
pouroffenfé,je ne ſuis frappé
que de l'aviliſſement dans
lequel vont tomber les gens
de Lettres en France , fi l'on
ne rend pas à l'avenir les Examinateurs
comptables des accufations
calomnieuſes , des
excés injurieux , des traits
May 1715 .
traits faty-
I
98 MERCURE
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront prefentez
au Sceau .
faiteàMonseigneurle Chancelier
d'un Libelle injurieux ,
qui , revêtu de l'autorité du
Sceau ,paroît dans le monde
ſous le titre d'Homere
vangé.
L'Auteur de ce Libelle eſt
un nommé Gacon , homme
connu dans le monde par des
Libelles du mêine genre. Ilett
bon d'en faire l'Hiſtoire. La
voicy.
Il y a environ 20. ans que
Gacon fit imprimer un preGALANT.
mier Ouvrage ſous le titre de
Poëte fans fard. Il y commit
tant d'excés fatyriques , que
Monſeigneur Boucherat ,lors
Chancelier , à qui il fut denoncé,
en fit fupprimer les Exem
plaires , & fit fubir pluſieurs
mois de prifon à l'Auteur.
Ce châtiment contint Gacon
durant pluſieurs années ,
mais letemsile ramena enfin à
fon malheureux penchant ;il
travailla à une Traduction
d'Anacreon , Ouvrage quin'étoit
dans ſes vûës , que le prétexte&
l'occaſion d'outrager
pluſieurs perſonnes diftin60
MERCURE
guées dans les Lettres. Ce fecond
Ouvrage ayant eſté envoyé
par M.l'Abbé Bignon à
Meſieurs Saulrin & Danchet
fucceffivement pour l'examiner
, ils refuferent l'un aprés
l'autre l'approbation à l'Auteur
, fur fon obſtination à ne
vouloir pas fupprimer les traits
injurieux.Gacon n'avoit garde
de conſentir à la fuppreffion
de ces traits , c'eſtoit la portion
cheriede ſon Livre. Il fic
unvoyage exprés en Hollande,
pour ſe voir en pleine libertédediffamer
les objetsde
ſa malignité ; il yimprima fon
GALANT. 61
Anacreon , & profitant de la
licence que luy donnoit ſa
nouvelle Patrie , il enrichit fon
Livre de quelques traits calomnieux
, & de la nature de
ceux qui attaquent directement
l'honneur. Je n'en rapporteray
qu'un ſeulqui regarde
M. deFontenelles , qui me
paroît énorme. Gacon aprés
avoir inſolemment avili les
Ouvrages de MT.Corneille,
l'excuſe d'avoir fatigué le Public
de tant de mauvais écrits ,
en ſuppoſant que fans ces
écrits mêmes il feroit mort de
faim. Il écrivoit , dit il , fami
62 MERCURE
potius quam fama. Nous n'y
ſommes pas encore : Gacon
continue. Mais d'où vient que
M. de Fontenelles fon neveu
luy qui eftfifort àson aiſe, laiſſe
mourir de faim fon oncle. Cur
eget te divite parens.
,
Il eſt notoire que M. Corneille
n'étoit rien moins qu'-
indigent ; il auroit eſté tres .
honteux à noſtre ſiecle qu'un
homme de ce merite eût eu
beſoin de ſes travaux Litteraires
& journaliers pour vivre.
Et s'il eût eſté indigent en effet
, M. de Fontenelles ſon neveu,
homme non moins eſtiGALANT.
63
:
-
mable par la probité que par
ſes talens , auroit caché au Public
l'infortune de ſon oncle.
Les Ouvrages font connoître
le genie des gens de
Lettres , mais ils ne font pas
connoiſtre leurs moeurs . Il
n'arrive que trop que les talents
les plus eſtimables ſerencontrent
dans un même homme
avec de mauvaiſes moeurs.
La poſterité , ſi ce coupableLivre
va juſqu'à elle , ne pourrat-
elle pas condamner M. de
Fontenelles, ſur la foy d'un reproche
direct qu'un de ſes contemporains
luy a fait avec im-
:
64 MERCURE
punité ? c'eſt ce que M. de
Fontenelles fent parfaitement,
je puis rendre fur cela témoignage
de ſa ſenſibilité.
Il y a environ deux ans que
Gacon donna un troifiéme
Ouvrage au Publit,ſous letitre
del'Anti Rouffeau. La perſecution
cruelle qu'il ſuſcite à
un coupable proſcrit par Arrêt
de la Cour , n'eſt pas un
crime ſelon les Loix , c'eſt feulement
une baſſeſſe , une lacheté
digne de deteftation ;
fon crime , & crime digne
d'un châtiment exemplaire ,
c'eſt d'avoir recueilli de tous
ceux
GALANT . 65
L
ceux qui avoient eſté en commerce
avec Rouffeau , les Ouvrages
cyniques & fatyriques
de ce Poëte , Ouvrages defavoüez
par leur Auteur & peutêtre
expiez par fon repentir. Il
les a portez en Hollande où
ils ont eſté imprimez ſous ſes
yeux avec un Commentaire
qui aggrave encore le poifon
du texte ; il a appliqué fauſſement
à pluſieurs perſonnesdes
Epigrammes anonymes dont
Rouſſeau n'avoit jamais fait
d'applications perſonnelles .
Enfin , grace à Gacon , les
horreurs de ce Poëte , que nos
May 1715 . F
66 MERCURE
Magiſtrats s'efforçoient de
fupprimer , paſſeront à lapofterité&
feront le ſcandale des
fiecles futurs , & la honte du
nôtre.Gacon de retour deHollande
debite à Paris ſon Anti-
Rouſſcau , ce ſcandaleux Livre
fait horreur aux gens de bien ;
mais le mépris ſauve le coupable,
perſonne ne veut faire la
démarchede le denoncer , on
le laiſſe joüir en paix du fruit
de ſon crime.
Le quatriéme Ouvrage de
Gacon , & le ſujet unique de
la preſente denonciation , eſt
un Livre in douze , qui a pour
GALANT. 67
titre ,Homere vangé. Les perſonnes
outragées dans ce nouvel
Ouvrage font mortifiées
de ne pouvoir payer ſon Auteurdu
ſeul mépris qui juſqu'à
preſent a fait la punition de
ſes excés , on craint de luy
faire honneur en le denonçant
; mais on y eſt forcé. U
n'eſt pas icy queſtion d'un Libelle
imprimé en Hollande ,
ou même dans le Royaume
ſans privilege , c'eſt un Livre
revêtu de l'autorité du Sceau ,
& imprimé dans Paris avec
une approbation folemnelle
du ſicur Abbé Couture. Il y a
Fij
68 MERCURE
donc icy deux coupables , &
j'ofe avancer , que le plus puniſſable
n'est pas l'Auteur mê
me , mais l'Approbateur ,
l'homme public , que le Miniſtre
a mis en place pour empêcher
les deſordres dont il
vient de ſe rendre lâchement
complice. C'eſt par l'examen
de l'Ouvrage même que l'on
pourra juger du traitement
que meritele ſieur AbbéCouture.
l 3
Ce Livre eſt une critique follement
infolente de l'Iliade de
M. de la Motte & de ſa Differtation
fur Homere ; il n'y
GALANT. 69
{
a rien de plus permis , rien de
plus utile dans les Lettres que
les critiques judicieuſes &moderées
, où les Auteurs expoſent
leurs ſentimens & combattent
ceux d'autruy , fans
manquer aux égards que la ſocieté
civile & les bonnes
moeurs exigent . Voila les critiques
propres à éclairer le Public
& à l'édifier tout enſemble.
M. de la Motte nous vient
de donner un exemple de ces
critiques moderées , il feroit
bon de faire imiter cet exemple
à Meſſieurs les Sçavants ,
qui font , pour ne rien dire de
70 MERCURE
plus , trop ſcandaleuſement
ruſtiques.
Le Livre qui parut le mois
de Février dernier ſous le titre
des Causes de la Corruption du
Gouft , furprit & fcandalizat
tout enſemble les gens ſenſez.
Ce Livre ſera la honte éternelle
de M. l'Abbé Fraguier ,
luy , qui par ſon approbation
ſouſcrit lachement au traitement
infâme qu'on y fait à fon
Confrere; luy , que l'eſprit de
parti aveugle, au point de luy
faire oublier qu'il eſt en place
pour empêcher les Auteurs
ſoumis à ſon examen , de fe
GALANT. 71
faire des outrages reciproques,
&de violer , les uns à l'égard
des autres , les regles de la
bien féance & les devoirs de
la charité.
Le ſicur Abbé CoutureApprobateur
du Livre deGacon ,
eſt infinement plus coupable
encore que le ſieur Abbé Fraguier.
On en jugera par les
traits receüillis du Livre , quia
pour titre : Homere vangé.
L'eſtampe qui eſt à la tête
tampe qu
de cet inſolent Livre , en annonce
le caractere. On y voit
le Mont Parnaſſe , au ſommet
duquel paroît le buſte d'Ho72
MERCURE
mere. Ce buſte forme une
ombre , que M. de la Motte
ſous la figure de l'Envie, attaque
une torche à la main. Le
Poëte Gacon monté ſur Pegaſe
, armé de
verges , vient
châtier l'Envie .
Quatre vers de l'Auteur expliquent
l'eſtampe.
Conduite par l'orgueil , l'Envie
au regardfombre
Veut attaquer Homere &n'atteintquefon
ombre ;
Mais les verges en main fur
Pegase monté
Le Poëte fans fard vange Homere
infulté.
Il
GALANT. 73
1
Il n'y a point là d'Enigme.
Le Livre a pour titre Homere
vangé, ou Réponſe à M. de la
Motte.
Mais pour mieux. faire reconnoître
M. de la Motte ſous
l'allegoricde l'Envie ; il donne
à l'Envie un regard fombre ;
alluſion baſſe à la vûë preſque
éteinte de M. de la Motte.
Voila donc M. de la Motte livré
par M. l'Abbé Couture au
vil Executeur du Parnaſſe pour
en recevoir les étrivieres ? mais
quel eſt le crime de M. de la
Motte ? un Livre dont le Roy
a agréé l'hommage , & pour
May 1715. G
74 MERCURE
lequel ila gratifié l'Auteur d'une
penfion ?
ed M. Couture dira-t- il qu'il
ignoroit ces faits? je le dementiroisdans
le moment en rapportant
le trait qui fuit. C'eſt
à la page 308. du Livre denoncé
; Gacon rapporte qu'un
ConfeurSuperbe ayantpreſentéà
Sun Monarque habile un Ouvrage
critique contre Virgile, ce Roy
fic apporter un boiſſeau de froment,
lefit vanner&enfit donner
les criblures pour recompense
au Cenfeur. Il est vray , continuë
Gacon , en parlant à M.
de la Motte , il est vray que
GALANT. 75
loin d'avoir estépuny duRoy vous
avez été gratieuse & recompenfé.
Sed fupplicium tulit bic
Sceleris alter diadema. Je ſuis perfuadé
que M.Couture n'a ſenti
dans cetrait que ce qui touche
M. de la Motte ; il veut
bien ſouſcrire aux inſultes
dont eet Auteur luy ſemble
digne ; mais il n'auroit garde
d'adopter les excés d'un genre
plus puniſſable répandus
dans le Livre denoncé , ſi l'efprit
de parti qui l'aveugle ne
l'avoit pas empêché de les remarquer.
Al'égard de Gacon , il eft
Gij
76 MERCURE
digne auffi de quelque indulgence
en faveur de fon imbecillité.
Ce pauvre Poëte , par
exemple , s'eſt mis dans l'eſprit
que M. de la Motte dediant
fon Iliade au Roy , avoit fait
outrage à la pieté de Sa Majeſté.
Voicy comment il s'explique
dans une Satyre intitulée
l'Ombre de Defpreaux , pag.
11. du Livre.
Eh pourquoy s'exposant à paſſer
pour un fot,
Outrage-1- il duRoy lapietéchrétienne
,
En mettantfousſesyeux l'Iliade
payenne .
GALANT. 77
Ce jugement n'a rien d'étonnant
de la part de Gacon ;
mais il eſt ſcandaleux qu'un
Approbateur , à qui l'on fup .
poſe au moins le ſens commun
,n'en ſoit pas bleſſe. L'épithete
defot eit icy des plus
mal afſociées , voilà peut eſtre
la premiere fois qu'on l'ait
vue en telle compagnie.
M. l'Abbé Couture , dira
que c'eſt une vivacité amenée
par la tiranniede la rime , qu'il
ne faut pas prendre l'épithete
deforà la lettre. A la bonne
heure ; mais il n'y a rien à
rabattre d'une infulte faite en
1
Giij
78 MERCURE
i
1
proſe. Dequelle nature eſt celle-
cy ? pag. 45. où Gacon applique
ces paroles à M. de la
Motte. Cherchons un autre
monde à l'abry d'un petit-homme
qui pretend s'élever fur des
Geans , & d'un Moucheron
qui veuts'élever ſur des Aigles.
M. l'Abbé Couture , doit
fçavoir que Made la Motte
n'eſt rien moins qu'un petit
homme , il eſt de l'aveu de
tout le monde litteraire un
des premiers hommes de ſon
fiecle ; cette ſuperiorité eſt
d'ordinaire compagne de l'or
guëil immoderé ; mais le ſou- 1
GALANT9.79
verain éloge de M. de la Motte
c'eſt d'avoir ſçû allier aux
talens les plus éminents , la
plus modeſte opinion de luy
même. C'eſt de n'avoir jamais
cherché dans les ouvrages de
ſes rivaux , que le beau pour
le proteger , & de s'être im
poſé un filence religieux fur
les fautes dont il auroit pu
triompher ; en vain ces mêmes
rivaux s'obſtinent à l'affieger
avec des Epigrammes injurieuſes
, des Satyres infâmes,des
Critiques infolentes , on ne
peut réüffir à luy faire démens
tir ce caractere de douceur ,
G iiij
88 MERCURE
de modeftie & de charité ,
vertus qui luy ſont plus procieuſes
que la réputation de ſes
ouvrages. Ses amis reffentent
une douleur profonde de le
voir à la veille d'eſtre entierement
aveugle , ſa vûë qui s'éteint
par degrez inſenſibles le
rappelle fans ceſſe à la pro.
chaine infortune & le follicite
au découragement ; tandis que
nous travaillons à le confoler ,
& à le diſtraire de ce triſte
objet , il s'imprime dans Paris
des Livres cruels où l'on infulte
lâchement à ſon malheur .
Les uns ont la baſſeſſe de luy
GALANT
:
confeiller tironiquement , de
amende honorable
faire
aux
Muses & qu'elles luy rendront
la vue. Gacon plus infolent
Papoftrophe pag. 24. par ces
mots. Aveugle de l'ame & du
corps. A
Mais on ne fecontentepas
dans le Livre denoncé de faire
infulte à M. de la Motte , on
amene ſes amis ſur la Scene ,
&en les faiſant dialoguer , on
en fait autant de Gacons .
Quelques jours aprés que
l'Iliade de M. dela Motte cût
paru , je vis avec ſurpriſe , & ,
j'avoüe,avec quelque indigna82
MERCURE
;
:
รา
tion , le dechaînement horribledu
peuple Sçavant contre
l'Auteur ; je fis une Lettre apologetique
de l'Ouvrage ſcan
dalcux , j'obtins un Privilege
fous un titre anonime ; la Lettre
ne ſe fut pas plutôt mon
trée , que mes amis me foupçonnerent
d'en eſtre l'Auteur
j'aurois pû tenir ferme contre
leurs ſoupçons , mais le peril
de l'Ouvrage même m'en arracha
l'aveu. Je crus qu'il y alloit
de la generoſité de ne pas
deſavoüer un hommage que
j'y rendois à un ami digne de
tout mon zele.
GALANT
-Gacon parle beaucoup de
cette Lettre dans le Livre denoncé.
Il me reproche d'y
avoir qualifié injurieuſement
les adverſaires de M. de la
Motte ; je n'ay qu'un mot à
répondre fur cela. Lorſque je
fis cetteLettre ,perſonne n'avoit
encore écrit contre M. de
laMotte , & je n'ay pû par
conſequent me propoſer de
faire reconnoître aucun de ces
prétendus adverſaires ,dans la
diftinction que j'y fais des vrais
& des faux Sçavants. Il faut
bien diftinguer en matiere de
critique les remarques vagues ,
84 MERCURE
les portraits generaux & inappliquez,
de ce que l'on appelle
communément apostrophe
injurieuſe , tableau perſonnel ;
par exemple , il n'eſt pas con
tre les regles de la critique moderée,
de dire en general , qu'il
yadans la Republique des Lettres
des ſtupides érudits qui ont
prété ferment de fidelité à Homere.
Mais ſi l'on deſignoit
unhommede Lettre quelcon
que par l'épithete d'érudit ſtupide
, ou autre de ce genre , on
excederoit les bornes de la critique
ſage , on bleſſeroit la
charité , on ſeroit puniſſable.
1.
GALANT. 85
MC
Voila ce que ne comprend pas
Gacon; mais cette diſtinction
excederoit elle auſſi les lumieres
de ſon Approbateur ?
luy qui n'eſt point choqué du
perſonnel infolent qui regne
dans tout le Livre denoncé ?
que luy a t- il ſemblé de la Fable
qui a pour titre ,l'Aveugle
le Boffu , où aprés nous
avoir fait dialoguer M. de la
Motte & moy , Gacon nous
faluë de cette galanterie.
Meſſieurs ,que l'ignorant wulgaire
Met plus haut qu'Eſope
qu'Homere ,
86 . MERCURE
Vous n'approchez de ces Heros
Que par lesyeux& par le dos.
: pag. 96.
Il y a des gens à qui le reproche
des deffauts naturels
eſt ares douloureux Jayconnu
unboſſu , homme dailleurs
debeaucoupd'eſprit , qui n'avoit
jamais pu ſe familiarifer
avec ſon ombre , je luy devins
àcharge ,&il m'évita enfin ne
pouvant foûtenir la petite
guerre que je luy faifois pour
luy ôter ce foible ; pour moy ,
j'oſe dire que je ſoûtiens galamment
ma diſgrace , j'en atteſte
mes amis , qui , pour faire
GALANT. 87
3
honneur à mon courage , ne
me font plus appercevoir dans
nôtre commerce , cette retenuë
exceffive , cette circonfpection
humiliante qui n'eſt
duë qu'aux foibles.
Je declare donc icy que
tout homme qui voudra
m'offenſer , n'y réüſſira pas en
attaquant ma figure ; il y a
longtems queje l'ay abandon.
née à ſon mauvais fort ; il y a
longtems que ſes querelles ne
font plus les miennes ; mais
comme je ne connois point
M. l'Abbé Couture , que je
n'ay pû par conſequent luy
88 MERCURE
faire cette declaration , il n'a
pas dû croire qu'il fût de mon
goût que cette liberté devint
le droit de Gacon même
Comment M- l'AbbéCouture
n'a-t- il pas ſentique Gacon
luy preſentoit unOuvragenonmoins
infolent& ſcandaleux
qu'aucun qui ſe ſoit ja
mais imprimé en Hollande ,
où les Auteurs ſont en pleine
liberté de ſervir leurs paſſions?
Il ne peut pas dire que l'hypocrific
de Gacon , l'ait trompé
puiſqu'il fait page 370. la declaration
qui fuit.
Toûjours fincere en mes écrits
De
GALANT. 89
De veritez je les farcis
Toutcommefij'étois en Ville
praLibre
Gacon s'eſt imaginé être
en Hollande lorſqu'il a compofé
fon Homere vangé ? à
la bonne heure. Mais quand
le ficur Abbé Couture adon
né fon Approbation à cet
infolent Livre , il a dû ſe ſouvenit
qu'il étoit dans Paris.
Quelques Lecteurs ont hefi
té à reconnoiſtre les perſonnages
deſignez par ce double
tableau page. 74 Le Medecin
M. Patelineur qui est presque
aveugle , & M. Rabo gri fon
May 1715. H
१० MERCURE
;
Confrere
Confrere, qui eft extrêment boſſu.
on cherchoit bonnementdans
la Facultè un aveugle & un
boſſu qu'on pût affocier pour
joüer la Scene de cette page ;
maisl'Auteur a declaréqu'iln'y
étoit queſtion que de M. de la
Motte&demoy,&que fi nous
étions Medecins, c'étoit de la
façon de fon Approbateur ; il
eſt aſſez plaifant que M. l'Ab
bé Couture qui nous a laiffe
apostropher nommément page
96. dans la Fable de l'Aveugle&
du Boſſfu , s'aviſe de
nous faire déguifer page 74.
fous la robe de Medecin .
GALANT
Gacon continuë p. 75.Je les
caracteriſe par leurs défauts apparents
afin qu'ils ne puiffent pas
ſeméconnoîtredans leurs portraits.
Etmoy , dira l'Approbateur ,
jeleur ay donné des licences
en Medecine afin que le Public
hefite à les reconnoiſtre ? il
ne laiſſe pas d'y avoir là de la
Charité&jeluy en rends grace
en mon particulier. N'auroit-
il point encore inſinué à
Gacon de déguiſer M. de la
Motte page 322. ſous l'ingenieuſe
allegorie de l'âne.
'Faloux des honneurs du Cheval,
Soit dans la Paix ,foit dans la
Hij
22 MERCURE
1
Guerrey.tw
L'ânefon indigne rival
S'aidant d'une butte de terre ,
Dans unpréje nesçai comment,
Couvrit une bellejument
Mais d'unefemence auſſi vile
Il ne vint qu'un monstre fterile.
Ce déguisement n'est pas
fi heureux que l'autre , il eſt
un peu ſale , c'eſt pourquoy
toutes reflexions faites , je le
ſoutiens de la façon deGacon.
Pafflons à quelque choſe de
plus ferieux. On ſera ſurpris
de ce dernier trait par lequel
jo finis l'examen du Livre de
noncé, c'est à la page 16500
GALAND. 23
+
Gacony établit d'abord fur
la foy de quelquesSçavans que
l'Iliade d'Homere n'a d'autre
fin que l'éloge d'Achille, il
ſe fait objecter qu'Homere reprefentefon
Heros ſuperbe , injuste,
cruel que ces qualitez
nefont pasdes moyens fort furs
d'enlever l'admirationisanjapest
Il ſe fait faire une ſeconde
objection qu'il appelle calomnieufc;
cette objection , n'eſt
autre, quele reproche fait par
quelques Sçavans à Homere ,
de n'avoir pas regardé les vices
defes Heros avec mépris. Voicy
ce qu'il répond au seproche
4 MERCURE
pretendu calomnicux. Home.
vene traite- t- ilpas Achille d'indigne
&defurieux lorſqu'il infulsele
cadavre d'Hector ? pourquoy
letaxe-t-il de cruauté
de barbarie lorſqu'il immole douze
jeunes Troyens aux manes de
fon cher Patrocle ? il n'épargne
pas plus les mauvaiſes actions
des autres Chefs. Quicquid delirant
reges.
Revenons à la premiere
objection . Voicy comment
Gaconyfatisfait.
Outre que c'est une grande
erreur de croire qu'il est neceffaire
qu'un Heros ſoit parfaitement
GALANT. १६
wertueux pour être le sujet d'un
Poëme , il est faux qu'Homere
aitfait le fien vitieux aupoint
de le faire bair , il luy a laiffé
des vices compatibles avec l'he
roiſme naturel ; on peut même
avancer quefon Achille , est du
moins auſſiſage que bien des Heros
de nostre temps.
Le Prince de Condé,M. de
Turenne nefefont-ilspas portez
àdes excés beaucoup plus condamnables
, cependant qui
oferoit nierque ces grands Hommes
ne foient des Heros propres
àêtre chantez pardes Poëtes.
Alleurement M. l'Abbé
26 MERCURE
Couture n'a pas lûle Livro
dénoncéd'un bout à l'autre,
il n'auroit jamais laiſſe paffer
un traie auffi calomnicufe
mentinfolent ; il eſthumiliant
pour luy de devoir quelque
choſe à mon indulgence
dans le temps même que je
luy reproche l'oubli de fon
devoir,&que je le dénonce à
Monſeigneur le Chancelier ?
comme un homme qui s'eft
rendu indigne de fon employ.b
Je me flatte que Montei- n
gneur le Chancelier ne juge.
ra pas qu'il me ſoit mefféant
d'informer fa Grandeur du
ſcandale
GALANT ス
ſcandale que fait dans le mon
de un libelle infolent dans
lequel on m'a donné place .
Jen'ay pas la fotte vanité de
m'imaginer que mon intereſt
doive entrer pour quelque
choſe, dans le traitement dû à
ce libelle. Je declare fincere
ment que je nem'y tiens point
pouroffenfé,je ne ſuis frappé
que de l'aviliſſement dans
lequel vont tomber les gens
de Lettres en France , fi l'on
ne rend pas à l'avenir les Examinateurs
comptables des accufations
calomnieuſes , des
excés injurieux , des traits
May 1715 .
traits faty-
I
98 MERCURE
riques répandus dans les ouvrages
qu'ils auront prefentez
au Sceau .
Fermer
55
p. 143-148
A Londres, le 20. Mars 1717.
Début :
Le 5. on publia ici les Lettres du Comte Gyllemborg, des Barons [...]
Mots clefs :
Lettres, Rébellion, Forces, Roi de Suède, Cavalerie, Flotte, Soldats, Trône d'Angleterre, Cour, Armements, Comte Gyllemborg, Tsar, Paix, Baron, Conspiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Londres, le 20. Mars 1717.
A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
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56
p. 119-120
« On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
Début :
On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...]
Mots clefs :
Roi, Académie, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
On écrit d'Amsterdam , que M. BonrgHtt
a donné chez François l'Honoré des
Lettres Philosophiques fur la, forrmtion
des Sels & Crystaux , & fur la génération
& le mécanisme organique des Plantes &c
des Animaux , à l'occaíion de la pierre
Belemnitc & de la pierre Lenticulaire,
a.vec un Mémoire fur la Théorie de U
terre. Ces quatre Lettres font adressées à
Ifl. J. Scheuchzer. .
M. Durand, au Collège de Gresham à
Londres , Membre de la Société Royale ,
a composé & distribué {'Histoire de l'Or
& de FArgent, extraite de Pline le Natu
raliste , L. j j. avec un suplément à l'hil*
toire de l'Or, Vol- in folio.
Le Sieur Cbevillard, Généalogiste du
Roy , Çhronologiste & Historiographe
dç France s qualitez qui lui furent.acçordées
par Lettres du Grand Sceau du 19-
C i. F v) Fevrisno
MERCURÉ DE FRANCE:
Février, i 691. ) mourut en cette Ville té;
28 Décembre dernier, âgé de 73 ans moins
trois mois , fa veuve continue de vendre
les Cartes de Chronologie & d'Armoiries*
publiées par ion mari , en fa même de-»
-nieure au coin de ki rué neuve Notre-Dame^.
Si ses deux fils qui ont déja donné au Pu
blic plusieurs Ouvrages , continuent 1»
Profession de leur pere , & demeurent
Faîne , fur le Petit Pont, au Nom de Jésus ,
& le-cadet , rué, neuve Notre-Dame ,
ProvijienCf.. '•' ' • ' - •
Jean Baptiste Henry da Troussée de
Valincour, Secrétaire General de la Ma
rine , l'un des Quarante de l' Académie
Françoise , & Honoraire de l' Académie
Roy-ale des Sciences-, ci-devant Secrétairede
la Chambre ôc du Cabinet du Roy ,
mourut le y . de ce mois âgé de 77. ans».
a donné chez François l'Honoré des
Lettres Philosophiques fur la, forrmtion
des Sels & Crystaux , & fur la génération
& le mécanisme organique des Plantes &c
des Animaux , à l'occaíion de la pierre
Belemnitc & de la pierre Lenticulaire,
a.vec un Mémoire fur la Théorie de U
terre. Ces quatre Lettres font adressées à
Ifl. J. Scheuchzer. .
M. Durand, au Collège de Gresham à
Londres , Membre de la Société Royale ,
a composé & distribué {'Histoire de l'Or
& de FArgent, extraite de Pline le Natu
raliste , L. j j. avec un suplément à l'hil*
toire de l'Or, Vol- in folio.
Le Sieur Cbevillard, Généalogiste du
Roy , Çhronologiste & Historiographe
dç France s qualitez qui lui furent.acçordées
par Lettres du Grand Sceau du 19-
C i. F v) Fevrisno
MERCURÉ DE FRANCE:
Février, i 691. ) mourut en cette Ville té;
28 Décembre dernier, âgé de 73 ans moins
trois mois , fa veuve continue de vendre
les Cartes de Chronologie & d'Armoiries*
publiées par ion mari , en fa même de-»
-nieure au coin de ki rué neuve Notre-Dame^.
Si ses deux fils qui ont déja donné au Pu
blic plusieurs Ouvrages , continuent 1»
Profession de leur pere , & demeurent
Faîne , fur le Petit Pont, au Nom de Jésus ,
& le-cadet , rué, neuve Notre-Dame ,
ProvijienCf.. '•' ' • ' - •
Jean Baptiste Henry da Troussée de
Valincour, Secrétaire General de la Ma
rine , l'un des Quarante de l' Académie
Françoise , & Honoraire de l' Académie
Roy-ale des Sciences-, ci-devant Secrétairede
la Chambre ôc du Cabinet du Roy ,
mourut le y . de ce mois âgé de 77. ans».
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Résumé : « On écrit d'Amsterdam, que M. Bourguet a donné chez François l'Honoré des [...] »
Le texte évoque plusieurs événements et publications scientifiques et littéraires. À Amsterdam, M. BonrgHtt a présenté des Lettres Philosophiques sur la formation des sels et cristaux, ainsi que sur la génération et le mécanisme organique des plantes et des animaux, en étudiant la pierre Belemnitique et la pierre Lenticulaire. Ces lettres, adressées à M. J. Scheuchzer, incluent un mémoire sur la théorie de la Terre. Par ailleurs, M. Durand, membre de la Société Royale et professeur au Collège de Gresham à Londres, a composé et distribué une Histoire de l'Or et de l'Argent, extraite de Pline le Naturaliste, avec un supplément sur l'histoire de l'Or. Le texte mentionne également le décès de Jean Baptiste Henry de Valincour, Secrétaire Général de la Marine et membre de l'Académie Française, survenu le 7 février à l'âge de 77 ans. De plus, il note le décès du Sieur Chevillard, généalogiste du Roi, chronologiste et historiographe de France, survenu le 28 décembre précédent à l'âge de 73 ans moins trois mois. Sa veuve continue de vendre les cartes de chronologie et d'armoiries publiées par son mari.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 2432-2441
LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
Début :
Ne vous impatientez plus, Monsieur, vous recevrez incessamment le second [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire, Lyon, Église, Auteurs, Auteurs lyonnais, Historien, Abbaye, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
LETTRE écrite à M. D. L. R. aufujet
de l'Hiftoire Litteraire de Lyon , composée
par le R. P. de Colonia , de la Compagnie
de Jefus. Second Volume.
N
E vous impatientez plus , Monfieur,
vous recevrez inceffamment le fecond
Volume de l'Hiftoire de Lyon
compofée par le R. P. de Colonia. Lorf
que vous verrez ce fecond Volume vous
ne vous plaindrez pas du temps que le
Libraire à employé à le faire paroître.
Vous ferez au contraire furpris de la diligence
avec laquelle il en a acceleré l'impreffion.
Il eft imprimé , comme le premier
, à Lyon , chez Fr. Rigolet . Il eſt
dédié pareillement à M" les Prévôt des
Marchands, Echevins de la Ville de Lyon ,
Préfidens , Juges , &c. au nombre defquels
on voit avec plaifir le celebre M. Broffette,
La fuite de l'Hiftoire de Lyon appartenoit
de droit au Corps de Ville , encore
plus que le commencement ; les deux
derniers fiecles de cette Hiftoire ont feuls
fourni à l'Auteur une moiffon plus abondante
que les quinze premiers ; & ce qui
doit intereffer plus directement ce Corps
de
NOVEMBRE. 1730. 2438
de Ville , c'eft , dit notre Hiftorien , que
parmi tous les celebres Lyonnois dont on
fait connoître les Ouvrages , il s'en trouve
un grand nombre qui ont avec cet ilfuftre
Corps des relations plus particufieres
& plus intimes que celles que donne
une même Patrie. Le P. de Colonia'
nous avertit que plufieurs d'entre eux
ont occupé dans leur temps les mêmes
places dans ce Corps , & qu'on voit leurs
Portraits dans le magnifique Hôtel de la'
Ville de Lyon , & que leurs noms font
écrits dans les Faftes Confulaires ; mais
ces Monumen's domeftiques & muets ,
ajoûte l'Auteur , qui ont perpetué leur
mémoire dans la Ville de Lyon , ne fuf
fifoient pas pour les illuftrer chez les Na
tions étrangères , cela étoit réfervé à l'é
legante plume du Pere de Colonia , &
c'est par cette Hiftoire Litteraire qu'on y
parviendra ..
On trouvé à la tête de ce Volume un
Avertiffement' , par lequel le R. P. de
Colonia nous apprend qu'il avoit d'abord
eu la pensée , en travaillant à ce fecond
Volume , d'y faire entrer un certain nom
bre de celebres Lyonnois , qui fe font le
plus diftingués dans les beaux Arts. Getté
Ville a produit dans ces derniers temps
des Sculpteurs , des Peintres , des Graveurs
& des Architectes , dont les pet-
Ev fonae
2434 MERCURE DE FRANCE
fonalitez , dit le P. de C. qu'on aime
fort aujourd'hui , auroient orné les deux
derniers fiecles de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon ; en effet , Monfieur , les noms do
Stella , du petit Bernard , de Coylevox ,
des Couftous , auroient eu de quoi piquer
la curiofité des perfonnes qui ont
du gout pour les Arts Liberaux. Tous
ces hommes recommandables par leurs
divers talens , & aufquels il faut joindre
les Audran , Etienne , Defrochers , &c.
auroient pû figurer avec honneur dans
cet Ouvrage ; mais deux raifons qui ont
paru
folides à l'Auteur , l'ont empêché
de les y placer. La premiere , dit - il , eft
que ce qui concerne fimplement les beaux
Arts , lui a paru une matiere étrangere à
une Hiftoire Litteraire qui doit fe renfermer
dans les Sciences. La deuxième eft la
crainte qu'il a euë de groffir trop ce Volume
en cherchant à l'enrichir. Vous voyez ,
Monfieur , que le fçavant Jefuite penfe
bien differemment de vous fur l'objet
d'une Hiftoire Litteraire , vous êtes perfuadé
que les Sciences & les Arts ne doi
vent , pour ainfi dire , faire qu'un corps.
dans une Hiftoire Litteraire ; fi vous étiez
à portée de difcuter ce fentiment avec
Hiftorien de la Ville de Lyon , je vous
inviterois à le faire.
Ce fecond Volume a encore de commun
NOVEMBRE. 1730. 2435
mun avec le premier , qu'il eft divité par
fiecles , les fiecles font divifez par Chapitres
, & enfin les Chapitres par Paragraphes
: ordre qui ne peut manquer de répandre
de la clarté fur tout l'Ouvrage.
Le P. de Colonia reconnoît de bonne
foi que le nouveau fiecle où il entre
dans ce Volume , c'eft à -dire le feptiéme
& le huitième , n'eft gueres propre de
fon fonds à fervir de montre pour cette
feconde partie de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon. La fterilité Litteraire , dit-il , a été
très grande. L'Auteur en tire les caufes
des fréquentes irruptions que les Sarrafins
d'Espagne & d'Afrique avec leurs
effroyables Armées , firent dans nos plus
belles Provinces, des ravages qu'y caufe
rent nos propres armées, alors prefqu'auffi
formidables que celles des ennemis , de
la foibleffe de la plupart de nos Rois , de
la Tyranie des Maires du Palais , & en
particulier de celle d'Ebroin ; des Guerres
Civiles , des inondations , des maladiescontagieufes
, &c. tout cela enfemble concourut
à étouffer generalement dans les
efprits l'amour de l'étude & le
gour des
bonnes Lettres ; de forte qu'on ne voit
paroître aucun Auteur Lyonnois fur la
Scene dans toute l'Hiftoire Litteraire du
feptiéme & du huitiéme fiecle. Mais on
ne fera pas furpris de cette ftérilité , fi on
E vj fale
2436 MERCURE DE FRANCE
fait reflexion , avec notre Hiftorien , que
la France elle- même , & la France toute
entiere , ne fournit à peine durant tout
ce temps-là que trois ou quatre Auteurs ,
dont les Ecrits & le nom même foient
venus jufqu'à nous .
C'eft pour remplir une partie de ce
vuide que le P. de Colonia fait l'Hiftoire
du Commerce Litteraire du Pape Grégoire
le Grand , avec Etherius , Archevêque
de Lyon ; ce qui donne lieu à l'Auteur de
publier plufieurs faits qui regardent ce
dernier , & de les éclaircir en relevant les
erreurs qu'on a débitées à ſon ſujet.
Deux Evenemens confiderables lui fourniffent
une ample matiere pour le fecond
Chapitre de ce fiecle. Le premier eft la
fondation ou plutôt le rétabliffement de
la celebre Abbaye d'Aifnay , dont la Reine
Brunehault voulut être la Reftauratrice ..
Le fecond Evenement eft la dépofition
de S. Didier. Le premier donne occafion
de faire l'Hiftoire abregée , mais claire ,
de la celebre Abbaye d'Aifnay , de faire
remarquer fon antiquité , l'étimologie des
fon nom , les Regles qu'on y a embraffées,
dont celle de S.. Martin eft la plus ancienne
, celle de S. Benoît , felon l'Auteur ,,
n'y ayant été adoptée que dans le douzié.
me & treiziéme fiecle.
Une chofe qui paroît finguliere dans
cette
7
NOVEMBRE. 1730. 2437
cette Abbaye , c'eft une antique Chapelle,
bâtie en l'honneur de l'Immaculée Conception
, d'où l'Auteur prend occafion d'é
claircir ce que l'ancienne Tradition nous
apprend fur ce fujet.
Les faits rapportez dans le refte de ce
fiecle regardent la Ville de Lyon en par
ticulier. On y traite de la fondation de
quelques Eglifes , entr'autres de celle de
S. Etienne , de Sainte Croix & l'Eglife
Métropolitaine de S. Jean - Baptifte. Jo
pafferai legerement fur ce que l'Auteur
dit de ces deux premieres ; mais il y a
dans la troifiéme des fingularitez qui mé
ritent de n'être pas obmifes dans cette
Lettre. Une des principales , ce font deux
Croix qu'on voit en tout temps aux deux
extrémitez de l'Autel , elles font , felon
le P. de Colonia , un Monument du treiziéme
fiecle , Monument qui nous a conférvé
la mémoire de la réunion de l'Eglife
Latine & de l'Eglife Grecque , quis
fe fit dans cette même Eglife en 1274 .
Les habits de pourpre dont font revêtues
quelques figures qu'on voit repréfentées
fur d'anciennes vitres de l'Eglifes
font connoître que c'étoit- là anciennement
l'habit ordinaire des Chanoines dè
cette Métropole , ce qui donne lieu au
P. de C. de remarquer que le Pape Inno
cent IV. qui réfida fix ou fept ans dans
Lyon
2438 MERCURE DE FRANCE
Lyon , adopta cet habit & le donna à fes
Cardinaux .
De l'Eglife Cathédrale , le P. de C. paffe
à celle de S. Jean , & une des fingularitez
de cette Eglife c'eft le Jubilé qu'on y
gagne toutes les fois que la Fête de faint
Jean- Baptifte fe rencontre le même jour
que la Fête du S. Sacrement , ce qui n'eſt
arrivé qu'une fois chaque fiecle depuis
l'établiffement de cette derniere Fête.
Le neuviéme fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , a été un peu plus fertile pour
les Lettres. Leydrade , quarante-fixiéme
Archevêque de Lyon , Bibliothecaire de
Charlemagne , & un de fes principaux
Favoris , fut également le Réparateur de la
plupart des Lieux Saints , le Reſtaurateur
des Sciences , & le Réformateur de l'Of
fice divin de l'Eglife de Lyon.
Les erreurs que Felix d'Urgel répandoit
de fon temps , donnerent occafion à
Leydrade de fignaler fon zele , auquel Ur
gel fit tant d'attention , qu'il fit abjuration
de fon Herefie ; mais il ne perfevera
pas long- temps dans fes bons fentimens.
S. Agobard , Florus , & S, Remi , tous
Archevêques de Lyon , fe fignalerent par
leurs Ecrits & par les Adverfaires qu'ils
eurent à combattre. Les erreurs que Felix
d'Urgel débitoit du temps de Leydrade ,
donnerent occafion à ce dernier de fignaler
fon
NOVEMBRE. 1730. 2439
fon zele , il écrivit , & S. Agobard après
lui , contre ces erreurs , lefquelles , pour
le temps , ne laifferent pas d'occafionner
plufieurs Ecrits , dont l'Hiſtorien fait le
dénombrement.
Jean Scot , furnommé Erigene , fut
l'objet du zele, ou plutôt de l'indignation
de Florus. Enfin S. Remy , Archevêque
de Lyon , fe fignala par divers emplois ,
par les avantages qu'il procura à fon Egli
Te & par le foin dont il fut chargé de
répondre à ce que trois Evêques avoient
écrit à Amolon , au fujet de Godercalque.
L'Hiftoire parte enfuite de la Lettre dogmatique
de cet Archevêque , & de fon
Traité contre les quatre fameux Articles
de Quiercy.
Le dixième fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon retombé dans la ſtérilité , fait
voir la viciffitude des chofes humaines.
Cette ftérilité a engagé l'Hiftorien à net
parler de ce fiecle que conjointement avec
l'onzième , ainfi qu'il en a ufé à l'égard
du feptiéme & du huitiéme. Ce qui regarde
Halinard , foixante-cinquiéme Arvêque
de Lyon , & Humbert fon fucceffeur
, Hugues & S. Jubin ou Gebin , rempliffent
une bonne partie de ce fiecle
avec l'Hiftoire du féjour de S. Anfelme
de Cantorbery à Lyon. Ce qui donne occafion
au P.de Colonia de narrer des chofes
bien curieufes. Le
2440 MERCURE DE FRANCE
Le douzième fiecle ne prefente encore
rien fur les Lettres humaines ; mais la
celebre Lettre dogmatique que S. Bernard
écrivit à l'Eglife Metropolitaine de
Lyon , & les Relations oppofées des Auteurs
Lyonnois fur les Pauvres de Lyon ,
& fur leur fameux Chef Pierre Valdo
Bourgeois de cette Ville , le bien & le mal
qu'on en a dit , font les principaux ob
jets des recherches du P. de C. Il prend
de-là occafion de faire connoître le caractere
de S. Bernard & fes intimes liaifons
avec l'Eglife de Lyon , fans oublier
l'Hiftoire de la Fête de l'Immaculée Conception
; il rapporte d'après le P. Martene
, un fait curieux , arrivé à Dijon ,
lequel prouve , felon l'Hiftorien , que les
Dominicains celebroient anciennement là
Fête de l'Immaculée Conception.
Comme le treiziéme & le quitorziémé
fiecles ont encore été ftériles en Auteurs
qui puiffent illuftrer la Bibliotheque Lyonnoife,
c'eft ainfi que le P. de C. appelle
quelquefois fon Hiftoire Litteraire : l'HIL
torien a trouvé à propos de n'en parler
que conjointement l'un avec l'autre , &
de fe répandre fur ce qui peut intereffer
THiftoire generale : Ainfi le premier Concile
general tenu fous Innocent IV. fait
un des plus beaux objets & des plus confiderables
de cette Hiftoire , le P. de C.-
}
NOVEMBRE . 1730. 2441
en fait un Article curieux par les diverfes
circonftances qu'il rapporte. Il en agit de
même à l'égard d'un autre Concile qui
fut indiqué à Lyon par Théalde ou Thi
bauld , ancien Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Lyon, & depuis Pape, connu
fous le nom de Grégoire X. Enfin trois
Auteurs , plus ou moins connus , comme
le dit le P. de C. achevent de remplir le
vuide de ces deux fiecles . Parmi ces Auteurs
il y a deux Cardinaux , Bernard Aygler
& Jean de la Grange , autrement dit
le Cardinal d'Amiens , & le troiſieme eft
une perfonne de l'autre fexe, diftinguée par
une éminente pieté. C'eft la vertueufe Marguerite
, Chartreufe . On ne connoît plus ,
dit le P. de C. ni leur perfonne , ni leurs
Ecrits, ce qui l'engage à les faire connoître
lui-même & à entrer dans un détail circonftancié
de ce qui regarde ces trois Sujets,
Nous donnerons la fuite de cette Lettre
dans le prochain Mercure.
de l'Hiftoire Litteraire de Lyon , composée
par le R. P. de Colonia , de la Compagnie
de Jefus. Second Volume.
N
E vous impatientez plus , Monfieur,
vous recevrez inceffamment le fecond
Volume de l'Hiftoire de Lyon
compofée par le R. P. de Colonia. Lorf
que vous verrez ce fecond Volume vous
ne vous plaindrez pas du temps que le
Libraire à employé à le faire paroître.
Vous ferez au contraire furpris de la diligence
avec laquelle il en a acceleré l'impreffion.
Il eft imprimé , comme le premier
, à Lyon , chez Fr. Rigolet . Il eſt
dédié pareillement à M" les Prévôt des
Marchands, Echevins de la Ville de Lyon ,
Préfidens , Juges , &c. au nombre defquels
on voit avec plaifir le celebre M. Broffette,
La fuite de l'Hiftoire de Lyon appartenoit
de droit au Corps de Ville , encore
plus que le commencement ; les deux
derniers fiecles de cette Hiftoire ont feuls
fourni à l'Auteur une moiffon plus abondante
que les quinze premiers ; & ce qui
doit intereffer plus directement ce Corps
de
NOVEMBRE. 1730. 2438
de Ville , c'eft , dit notre Hiftorien , que
parmi tous les celebres Lyonnois dont on
fait connoître les Ouvrages , il s'en trouve
un grand nombre qui ont avec cet ilfuftre
Corps des relations plus particufieres
& plus intimes que celles que donne
une même Patrie. Le P. de Colonia'
nous avertit que plufieurs d'entre eux
ont occupé dans leur temps les mêmes
places dans ce Corps , & qu'on voit leurs
Portraits dans le magnifique Hôtel de la'
Ville de Lyon , & que leurs noms font
écrits dans les Faftes Confulaires ; mais
ces Monumen's domeftiques & muets ,
ajoûte l'Auteur , qui ont perpetué leur
mémoire dans la Ville de Lyon , ne fuf
fifoient pas pour les illuftrer chez les Na
tions étrangères , cela étoit réfervé à l'é
legante plume du Pere de Colonia , &
c'est par cette Hiftoire Litteraire qu'on y
parviendra ..
On trouvé à la tête de ce Volume un
Avertiffement' , par lequel le R. P. de
Colonia nous apprend qu'il avoit d'abord
eu la pensée , en travaillant à ce fecond
Volume , d'y faire entrer un certain nom
bre de celebres Lyonnois , qui fe font le
plus diftingués dans les beaux Arts. Getté
Ville a produit dans ces derniers temps
des Sculpteurs , des Peintres , des Graveurs
& des Architectes , dont les pet-
Ev fonae
2434 MERCURE DE FRANCE
fonalitez , dit le P. de C. qu'on aime
fort aujourd'hui , auroient orné les deux
derniers fiecles de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon ; en effet , Monfieur , les noms do
Stella , du petit Bernard , de Coylevox ,
des Couftous , auroient eu de quoi piquer
la curiofité des perfonnes qui ont
du gout pour les Arts Liberaux. Tous
ces hommes recommandables par leurs
divers talens , & aufquels il faut joindre
les Audran , Etienne , Defrochers , &c.
auroient pû figurer avec honneur dans
cet Ouvrage ; mais deux raifons qui ont
paru
folides à l'Auteur , l'ont empêché
de les y placer. La premiere , dit - il , eft
que ce qui concerne fimplement les beaux
Arts , lui a paru une matiere étrangere à
une Hiftoire Litteraire qui doit fe renfermer
dans les Sciences. La deuxième eft la
crainte qu'il a euë de groffir trop ce Volume
en cherchant à l'enrichir. Vous voyez ,
Monfieur , que le fçavant Jefuite penfe
bien differemment de vous fur l'objet
d'une Hiftoire Litteraire , vous êtes perfuadé
que les Sciences & les Arts ne doi
vent , pour ainfi dire , faire qu'un corps.
dans une Hiftoire Litteraire ; fi vous étiez
à portée de difcuter ce fentiment avec
Hiftorien de la Ville de Lyon , je vous
inviterois à le faire.
Ce fecond Volume a encore de commun
NOVEMBRE. 1730. 2435
mun avec le premier , qu'il eft divité par
fiecles , les fiecles font divifez par Chapitres
, & enfin les Chapitres par Paragraphes
: ordre qui ne peut manquer de répandre
de la clarté fur tout l'Ouvrage.
Le P. de Colonia reconnoît de bonne
foi que le nouveau fiecle où il entre
dans ce Volume , c'eft à -dire le feptiéme
& le huitième , n'eft gueres propre de
fon fonds à fervir de montre pour cette
feconde partie de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon. La fterilité Litteraire , dit-il , a été
très grande. L'Auteur en tire les caufes
des fréquentes irruptions que les Sarrafins
d'Espagne & d'Afrique avec leurs
effroyables Armées , firent dans nos plus
belles Provinces, des ravages qu'y caufe
rent nos propres armées, alors prefqu'auffi
formidables que celles des ennemis , de
la foibleffe de la plupart de nos Rois , de
la Tyranie des Maires du Palais , & en
particulier de celle d'Ebroin ; des Guerres
Civiles , des inondations , des maladiescontagieufes
, &c. tout cela enfemble concourut
à étouffer generalement dans les
efprits l'amour de l'étude & le
gour des
bonnes Lettres ; de forte qu'on ne voit
paroître aucun Auteur Lyonnois fur la
Scene dans toute l'Hiftoire Litteraire du
feptiéme & du huitiéme fiecle. Mais on
ne fera pas furpris de cette ftérilité , fi on
E vj fale
2436 MERCURE DE FRANCE
fait reflexion , avec notre Hiftorien , que
la France elle- même , & la France toute
entiere , ne fournit à peine durant tout
ce temps-là que trois ou quatre Auteurs ,
dont les Ecrits & le nom même foient
venus jufqu'à nous .
C'eft pour remplir une partie de ce
vuide que le P. de Colonia fait l'Hiftoire
du Commerce Litteraire du Pape Grégoire
le Grand , avec Etherius , Archevêque
de Lyon ; ce qui donne lieu à l'Auteur de
publier plufieurs faits qui regardent ce
dernier , & de les éclaircir en relevant les
erreurs qu'on a débitées à ſon ſujet.
Deux Evenemens confiderables lui fourniffent
une ample matiere pour le fecond
Chapitre de ce fiecle. Le premier eft la
fondation ou plutôt le rétabliffement de
la celebre Abbaye d'Aifnay , dont la Reine
Brunehault voulut être la Reftauratrice ..
Le fecond Evenement eft la dépofition
de S. Didier. Le premier donne occafion
de faire l'Hiftoire abregée , mais claire ,
de la celebre Abbaye d'Aifnay , de faire
remarquer fon antiquité , l'étimologie des
fon nom , les Regles qu'on y a embraffées,
dont celle de S.. Martin eft la plus ancienne
, celle de S. Benoît , felon l'Auteur ,,
n'y ayant été adoptée que dans le douzié.
me & treiziéme fiecle.
Une chofe qui paroît finguliere dans
cette
7
NOVEMBRE. 1730. 2437
cette Abbaye , c'eft une antique Chapelle,
bâtie en l'honneur de l'Immaculée Conception
, d'où l'Auteur prend occafion d'é
claircir ce que l'ancienne Tradition nous
apprend fur ce fujet.
Les faits rapportez dans le refte de ce
fiecle regardent la Ville de Lyon en par
ticulier. On y traite de la fondation de
quelques Eglifes , entr'autres de celle de
S. Etienne , de Sainte Croix & l'Eglife
Métropolitaine de S. Jean - Baptifte. Jo
pafferai legerement fur ce que l'Auteur
dit de ces deux premieres ; mais il y a
dans la troifiéme des fingularitez qui mé
ritent de n'être pas obmifes dans cette
Lettre. Une des principales , ce font deux
Croix qu'on voit en tout temps aux deux
extrémitez de l'Autel , elles font , felon
le P. de Colonia , un Monument du treiziéme
fiecle , Monument qui nous a conférvé
la mémoire de la réunion de l'Eglife
Latine & de l'Eglife Grecque , quis
fe fit dans cette même Eglife en 1274 .
Les habits de pourpre dont font revêtues
quelques figures qu'on voit repréfentées
fur d'anciennes vitres de l'Eglifes
font connoître que c'étoit- là anciennement
l'habit ordinaire des Chanoines dè
cette Métropole , ce qui donne lieu au
P. de C. de remarquer que le Pape Inno
cent IV. qui réfida fix ou fept ans dans
Lyon
2438 MERCURE DE FRANCE
Lyon , adopta cet habit & le donna à fes
Cardinaux .
De l'Eglife Cathédrale , le P. de C. paffe
à celle de S. Jean , & une des fingularitez
de cette Eglife c'eft le Jubilé qu'on y
gagne toutes les fois que la Fête de faint
Jean- Baptifte fe rencontre le même jour
que la Fête du S. Sacrement , ce qui n'eſt
arrivé qu'une fois chaque fiecle depuis
l'établiffement de cette derniere Fête.
Le neuviéme fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , a été un peu plus fertile pour
les Lettres. Leydrade , quarante-fixiéme
Archevêque de Lyon , Bibliothecaire de
Charlemagne , & un de fes principaux
Favoris , fut également le Réparateur de la
plupart des Lieux Saints , le Reſtaurateur
des Sciences , & le Réformateur de l'Of
fice divin de l'Eglife de Lyon.
Les erreurs que Felix d'Urgel répandoit
de fon temps , donnerent occafion à
Leydrade de fignaler fon zele , auquel Ur
gel fit tant d'attention , qu'il fit abjuration
de fon Herefie ; mais il ne perfevera
pas long- temps dans fes bons fentimens.
S. Agobard , Florus , & S, Remi , tous
Archevêques de Lyon , fe fignalerent par
leurs Ecrits & par les Adverfaires qu'ils
eurent à combattre. Les erreurs que Felix
d'Urgel débitoit du temps de Leydrade ,
donnerent occafion à ce dernier de fignaler
fon
NOVEMBRE. 1730. 2439
fon zele , il écrivit , & S. Agobard après
lui , contre ces erreurs , lefquelles , pour
le temps , ne laifferent pas d'occafionner
plufieurs Ecrits , dont l'Hiſtorien fait le
dénombrement.
Jean Scot , furnommé Erigene , fut
l'objet du zele, ou plutôt de l'indignation
de Florus. Enfin S. Remy , Archevêque
de Lyon , fe fignala par divers emplois ,
par les avantages qu'il procura à fon Egli
Te & par le foin dont il fut chargé de
répondre à ce que trois Evêques avoient
écrit à Amolon , au fujet de Godercalque.
L'Hiftoire parte enfuite de la Lettre dogmatique
de cet Archevêque , & de fon
Traité contre les quatre fameux Articles
de Quiercy.
Le dixième fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon retombé dans la ſtérilité , fait
voir la viciffitude des chofes humaines.
Cette ftérilité a engagé l'Hiftorien à net
parler de ce fiecle que conjointement avec
l'onzième , ainfi qu'il en a ufé à l'égard
du feptiéme & du huitiéme. Ce qui regarde
Halinard , foixante-cinquiéme Arvêque
de Lyon , & Humbert fon fucceffeur
, Hugues & S. Jubin ou Gebin , rempliffent
une bonne partie de ce fiecle
avec l'Hiftoire du féjour de S. Anfelme
de Cantorbery à Lyon. Ce qui donne occafion
au P.de Colonia de narrer des chofes
bien curieufes. Le
2440 MERCURE DE FRANCE
Le douzième fiecle ne prefente encore
rien fur les Lettres humaines ; mais la
celebre Lettre dogmatique que S. Bernard
écrivit à l'Eglife Metropolitaine de
Lyon , & les Relations oppofées des Auteurs
Lyonnois fur les Pauvres de Lyon ,
& fur leur fameux Chef Pierre Valdo
Bourgeois de cette Ville , le bien & le mal
qu'on en a dit , font les principaux ob
jets des recherches du P. de C. Il prend
de-là occafion de faire connoître le caractere
de S. Bernard & fes intimes liaifons
avec l'Eglife de Lyon , fans oublier
l'Hiftoire de la Fête de l'Immaculée Conception
; il rapporte d'après le P. Martene
, un fait curieux , arrivé à Dijon ,
lequel prouve , felon l'Hiftorien , que les
Dominicains celebroient anciennement là
Fête de l'Immaculée Conception.
Comme le treiziéme & le quitorziémé
fiecles ont encore été ftériles en Auteurs
qui puiffent illuftrer la Bibliotheque Lyonnoife,
c'eft ainfi que le P. de C. appelle
quelquefois fon Hiftoire Litteraire : l'HIL
torien a trouvé à propos de n'en parler
que conjointement l'un avec l'autre , &
de fe répandre fur ce qui peut intereffer
THiftoire generale : Ainfi le premier Concile
general tenu fous Innocent IV. fait
un des plus beaux objets & des plus confiderables
de cette Hiftoire , le P. de C.-
}
NOVEMBRE . 1730. 2441
en fait un Article curieux par les diverfes
circonftances qu'il rapporte. Il en agit de
même à l'égard d'un autre Concile qui
fut indiqué à Lyon par Théalde ou Thi
bauld , ancien Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Lyon, & depuis Pape, connu
fous le nom de Grégoire X. Enfin trois
Auteurs , plus ou moins connus , comme
le dit le P. de C. achevent de remplir le
vuide de ces deux fiecles . Parmi ces Auteurs
il y a deux Cardinaux , Bernard Aygler
& Jean de la Grange , autrement dit
le Cardinal d'Amiens , & le troiſieme eft
une perfonne de l'autre fexe, diftinguée par
une éminente pieté. C'eft la vertueufe Marguerite
, Chartreufe . On ne connoît plus ,
dit le P. de C. ni leur perfonne , ni leurs
Ecrits, ce qui l'engage à les faire connoître
lui-même & à entrer dans un détail circonftancié
de ce qui regarde ces trois Sujets,
Nous donnerons la fuite de cette Lettre
dans le prochain Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
La lettre annonce la publication imminente du second volume de l'Histoire Littéraire de Lyon, rédigée par le R. P. de Colonia de la Compagnie de Jésus. Ce volume, imprimé à Lyon chez Fr. Rigolet, est dédié aux Prévôt des Marchands et aux Echevins de la Ville de Lyon, et mentionne notamment M. Broffette. L'auteur observe que les deux derniers siècles de l'histoire lyonnaise ont fourni plus de matière que les quinze premiers, en raison de la présence de nombreux Lyonnois célèbres ayant des relations avec le Corps de Ville. Initialement, le Père de Colonia avait prévu d'inclure des artistes lyonnais distingués dans les beaux-arts, mais il a choisi de se concentrer uniquement sur les sciences pour cette histoire littéraire. Le volume est structuré par siècles, chapitres et paragraphes pour faciliter la compréhension. Les septième et huitième siècles sont marqués par une stérilité littéraire due à diverses perturbations, telles que les invasions, les guerres civiles et les épidémies. L'auteur traite également de la fondation de l'abbaye d'Ainay et de la déposition de Saint Didier. Le neuvième siècle voit une reprise littéraire avec des figures comme Leydrade, S. Agobard, Florus et S. Remi. Les dixième et onzième siècles retombent dans la stérilité, bien que des personnages comme Halinard et Humbert soient mentionnés. Le douzième siècle est marqué par la lettre dogmatique de Saint Bernard et les relations concernant Pierre Valdo. Enfin, les treizième et quatorzième siècles sont également stériles en auteurs, mais l'auteur discute des conciles généraux et de quelques auteurs mineurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 2554-2576
SETIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans, et sur l'atirail literaire du bureau tipografique.
Début :
MONSIEUR, Je n'aurois jamais osé doner dans le Mercure de France la suite de l'atirail literaire [...]
Mots clefs :
Enfants, Lettres, Latin, Méthode, Cartes, Mots, Français, Voyelle, Exercice, Apprentissage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SETIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans, et sur l'atirail literaire du bureau tipografique.
SETIEME LETRE sur la bibliotèque
des enfans , et sur l'atirail literaire
du bureau tipografique.
MONSIEUR ,
Je n'aurois jamais osé doner dans le
Mercare de France la suite de l'atirail literaire
d'un enfant , si des pèrsones de
merite ne m'avoient fait remarquer que
ce journal étoit plus nécessaire et plus
instructif dans les provinces et dans les
patis étrangers que dans la capitale , et
que mon scrupule étoit mal fondé. Tous
les livres , m'a- t- on dit, ne peuvent ni ne
doivent ètre livres amusans , de mode
de
passage , et d'une seule espece de lec
teurs , come les voyages de Gulliver , etc.
I. Fel.
Votre
DECEMBRE. 1730. 2333
Votre ouvrage contient la premiere doc
trine , l'érudition élémentaire , cela sufit ,
m'a-t-on repliqué , pour justifier le motif
de vos petits essais literaires ; les parens
et les maîtres curieus en fait d'éducation
le penseront ainsi ,à Paris mème . Dailleurs
les provinces demandent des bureaus ; il
est donc mieus de leur donér la manière
de les faire faire chès eus à bon marché
que de les mètre dans la nécessité d'en
faire venir de plus chèrs , lentement et à
grans frais. Ces raisons m'ont facilement
détèrminé à tâcher de mètre le lecteur
atentif au fait de la construction , del'intelligence
, et de l'usage des petits meubles
literaires que je propose de livrér de
bone heure aus jeunes enfans , et aus autres
enfans de tout age qui ont le malheur
d'avoir été négligés ou retardés pendant
bien des anées.
§ . 1. Cassète abecédique , pour un enfant
de dens à trois ans , et de tout age.
La cassète abécédique , est le premier
meuble litéraire qu'il faudroit livrer à un
enfant de deus à trois ans . Cete cassète doit
ètre de carton; on peut la renforcer d'une
toile colée en dehors , et mètre des bandes
de parchemin à tous les angles exte
rieurs : la charniere de la cassète doit ètre
de toile , de parchemin , ou de peau , afin
A iiij qu'elle I. Vol.
2556 MERCURE DE FRANCE
qu'elle puisse resister aus mouvemens
Continuels ausquels elle sera exposée ..
Après avoir compassé , coupé , cousu
COlé
, et façoné cète cassète , il faudra l'habiller
de lètres , et de silabes ; enjoliver
tous les coins et toutes les bordures avec
du papier doré , marbré , ou tel autre
qu'on voudra y mètre , pour marquer le
quaré , ou le cadre des faces de la cas
sète. On donera au comancement de l'A
B , C latin , et en petit caractère , la
feuille des premières combinaisons élémantaires
, qu'il faudra faire imprimer
d'un caractère proportioné à la grandeur
de la cassète. Cète feuille est , pour ainsi.
dire , l'abrégé de l'a ,b, c latin , et l'on ne
sauroit y tenir un petit enfant trop lontems
pourvu qu'on ait soin de lui faire
lire sur sa cassète les combinaisons , non
seulement de gauche à droite , mais encore
de droite à gauche ; de haut en bas ,
et de bas en haut , ou en colones , etc.
Le premier des deus petits cotés à
droite , contient les lètres du grand A,B,
C latin , avec leur dénomination , ou le
nom doné et preté à chaque consone pour
rendre selon cète nouvèle métode l'art.
de lire plus aisé : On met donc dans ce
quaré de la cassète , n ° . 1. les voyèles
grandes et petites , et les lètres capitales.
avec leurs noms , Aa , Ee , Ii , Oo ,
I.Vok U u
DECEMBRE. 1730. 2357
3
U u. A , Be , Ceke , De , E , Fe , etc.
que
Le segond des deus petits cotés de la
cassète , à gauche , contient le petit a , b,c
latin , à coté du grand , lètre à lètre ; afin
l'enfant qui conoit bien les grandes
lètres , puisse facilement et presque de lui
mème aprendre ensuite à distinguer les
petites : On met donc , n ° . z . A a , Bb ,
Cc , Dd , etc. on y ajoute les principales
Higatures , les lètres doubles , et quelques
abreviations , sur lesquèles il est inutile
de s'arèter beaucoup de peur de dégouter
l'enfant.
La premiere des grandes faces de la
cassète et sur le devant , contiènt , n° . 3 .
en deus colones , les combinaisons élémentaires
du Ab , eb , ib , ob , ub , etc..
Le dessous de la cassète pouroit avoir
: quatre clous de léton , rivés en dedans ;;
savoir un à chaque angle pour servir de
pié et conserver cete face , sur laquelle ,
et sur cèle du couvercle en dedans , on
peut mètre une bèle crois de JESUS,come
La base , le principe , et la fin de toute action
cretiène.
Le deriere de la cassète contiendra , nº
4.et en deus colones , les combinaisons
du Ba , be , bi , bo , bu , etc. dans lesque
les on fera remarquer les changemiens .
qu'on a crit necessaires pour doner de
bons principes sur les combinaisons , Ca
: bokeb AV fo
2558 MERCURE DE FRANCE
fe , fi , co , qu ; Ga , je , ji , go , gu ; Ja ,
ge , gi , jo , ju ; Sa , ce , ci , fo , fu ; Ta ,
te , tici , to , tu , etc.
Le dessus du couvercle de la cassète
contiendra , nº. 5. n ° . 6. les combinaisons
du Bla , ble , bli , blo , blu , etc. et cèles
du Bra , bre , bri , bro , bru , etc ... N° 7.
les combinaisons des quatre petites lètres
ressemblantes , b , d , p , q , combinées
avec leurs quatre capitales, et ensuite avec
les cinq voyeles , come Bb , Dd , Pp ,
Qq , etc. Ba , de , pi , qu , bo , etc.
No. 8. des sons particuliers à la langue
françoise. A l'égard des cinq faces qui restent
au dedans de la cassète , il sufit qu'èles
solent couvertes de papier blanc , pour
faire mieus paroitre les lètres des cartes
que l'enfant y tiendra.
1
Cète cassète servira à faire dire la leçon
en badinant , et à tenir les cartons et les
jeus des cartes abecediques , qui ont servi
de premier amusement à l'enfant, et qu'il
peut ranger sur une table en les nomant
, jusqu'à ce qu'il soit en état d'avoir
le petit bureau tipografique , sur lequel
il rangera les premieres combinalsons,
Ab , eb , ib , ob , ub , etc. On poura
lui doner ces premieres combinaisons
avec un petit casseau de carton et de sis
logetes , qui entrera dans la cassète , de
mème que les petits cartons élémentaires ,
|
1. Vol. sur
DECEMBRE . 1730. 2559
sur lesquels on aura fait coler les quarés
de la feuille imprimée pour habiller la
cassete ; elle poura aussi servir à tenir une
garniture de bureau pour les persones
curieuses de ce petit atirail literaire.
§ . 2. Foureau ou Tablier du petit bõhome ,
pour l'usage du bureau.
L'on fera à l'enfant un tablier de quelque
bone toile rousse ou grise , afin de
conserver ses habits . Ce tablier poura s'apeler
en badinant , la bavète ou le tablier de
docteur ; il est necessaire pour y faire deus
poches , l'une servira à metre les cartes
des letres et des mots en rouge pour le
latin , et l'autre servira à mèrre les cartes
en noir pour le françois , lorsque l'enfant
comencera de travailler à la table du
bureau de laquèle au reste il ne faut pas
oublier de bien faire abatre la vive arète,à
cause du frotement continuel de l'enfant.
§. 3. Description du premier et petit bureaus
qui sert à la premiere claffe.
Dès qu'un enfant conoit bien les lètres
par l'exercice des jeus de cartes abécédiques
et de la cassete , on peut lui doner
un petit bureau semblable à ceus dont les
directeurs et les comis de la Poste se servent
en province pour ranger les lètres
missives qu'ils mèrent en colones vis - à-
1. Fol.
Αν
via
2560 MERCURE DE FRANCE
vis les lètres initiales des noms ausquels
les missives sont adressées. il faut donc
avoir une table de la largeur de cinq ou
sis cartes rangées , ensorte que cèles des
c'nq voyeles A , E , I , O , U , et des
combinaisons Ab , eb , ib , ob , ub , etc..
puissent ètre mises en colones sur la largeur
de ce bureau . il doit avoir la longueur
de trente cartes rangées de suite,
plus ou moins , selon le nombre des logetes
que l'on voudra doner à la caisse
de l'imprimerie ; et selon la grandeur des
cartes dont on se servira pour garnir le
bureau . La largeur de la table sera divisée
par quatre ou cinq lignes paralèles , qui
dans la suite serviront d'alignement et:
de reglèt à l'enfant qui doit imprimer oa
composer son tème sur cète table.
و
On peut doner à la table la longueurde
trente cassetins outre l'épaisseur
des montans ou du bois de séparation ;,
ce qu'il est aisé de mesurer : ensuite on
fait les trois liteaus , bandes , regles ou
rebors de la hauteur d'environ quatre pou
ces , ou de la hauteur d'une carte , l'un
de la longueur , et les autres deus pour la
largeur du bureau. Avant que de poserd'une
maniere fixe ou mobile à discretion,.
la tringle , la regle , le long liteau ou rebord
du derriere de la table , il faut lediviser
en trente parties , et marquer le
& Fet milicu
DECEMBRE. 1730. 2560
milieu de chaque partie d'une des lètres de
FABC, observant d'y imprimer la grandeet
la petite lètre ensemble , l'une sous.
Pautre , c'est- à- dire le grand A , sur le
petit as le B capital sur le petit b , et
ainsi de tout l'A BC , depuis les lètres.
Aa , Bb , jusqu'à cèles du Zz , sans oublier
l'Ex , l'a , ni les lètres doubles ,.
&t , ft , fl , etc. de même que les chifres et
les caracteres ou lès signes de la ponctua
tion , etc. que Fon rangera selon l'ordreobservé
dans la planche du bureau tipo
grafique que j'ai fait graver exprès. il sera.
peut-être mieus de doner à l'enfant un
casseau d'un seul rang de logètes , où il
puisse tenir les grandes et les petites kètress ,
Page et la taille décideront entre la trin
gle et le casseau d'un rang de logètes..
Les deus petits liteaus , rebors ou consoles
des cotés n'étant que pour retenir les
cartes , rendre le bureau plus solide , et
pour fermer la caisse , on peut arondir er:
façoner ces deus consoles par le bout , afin
que l'enfant ne puisse en ètre incomode :
après quoi l'on peut clouer les liteaus ou
rebors et metre ce bureau contre un mur
sur deus chaises , sur un chassis , sur deus
petits bancs ou deus petits traitaus dont
les piés soient solides et proportionés à
La taille de l'enfant. On poura , si l'on
eur, metre de petits tiroirs à ce bureau:
La bata
1
2562 MERCURE DE FRANCE
et couvrir la table , d'une basane , d'un
maroquin noir ou d'une toile cirée ; ce qui
n'est pas absolument necessaire, si le bois
est neuf, sans noeuds et bien uni : d'ailleurs
on pouroit faire la table de ce bureau
brisée en deus ; ce qui serviroit pour
les diferens ages et les diferens tèmes de
l'enfant , et mème pour ètre plus facilement
placé contre la muraille et transporté
de la vile à la campagne , come une
table brisée , qui ensuite relevée , ferme
roit la caisse du colombier literaire , et
ocuperoìt moins de place. On poura mètre
un petit rideau de tafetas ou de toile
pour couvrir le colombier quand on ne
s'en servira pas , une toile cirée sera peutètre
d'un mème usage , on doit en tout
chercher l'utilité , la comodité et la propreté.
S. 4. Casse d'imprimerie en colombier à
quatre rans de trente cassetins chacun.
3
Quand l'enfant sera fort sur l'exercice
de la cassète et du premier bureau , on
peut encore pour le divertir en l'instruisant
, lui doner une casse d'imprimerie ,
avec laquèle il composera et décomposera
les silabes , les mots , et les lignes qu'on
lui présentera écrites ou imprimées ; er
cela s'apelera l'exercice du tème en lat`n ou
en françois , selon les lignes et les tèmes
I. Vol.
qu'on
DECEMBRE. 1730. 2563
qu'on lui donera par la suite en ces langues-
là . Cète imprimerie en colombier
est composée d'un casseau qu'on met sur
la table du premier et petit bureau contre
le plus long liteau ou le deriere de cète
table , y étant assés fixe par
des crochets ,
des pitons , des clous à vis , des boutons
ou des chevilles de fer qui traversent l'épaisseur
des deus petits liteaus ou consoles
, et le bois de la premiere et de la derniere
celule : cete casse est divisée en soissante
compartimens, cassetìns, celules , logetes
ou boulins ; c'est-à-dire en deus
rans de trente celules quarées chacun , et
c'est-là le segond bureau ou casseau de la
segonde classe pour le latin , en atendant
la troisième aussi de soissante cassetins
pour le françois , les chiftes , la ponctuation
, l'ortografe des lètres et des sons et
pour la troisiéme classe.
On passera ensuite au quatrième casseau
ou bureau pour le rudiment pratique de
la quatrième classe. Le bureau complet
sera donc de sis rangées de trente cassetins
chacune ; quatre pour l'imprimerie
du latin et du françois , et deus pour le
rudiment. On poura le faire faire tout
d'un tems pour épargner le bois , la hau
teur et la façon du bureau ; en couvrant
d'une housse les rangées superieures
dont l'enfant n'aura pas d'abord l'usage :
I. Vol.
ce
2564 MERCURE DE FRANCE
ce voile piquera sa curiosité et lui donera
de l'impatience pour l'usage des autres
rangées , ainsi qu'on l'a déja dit dans les
letres sur le bureau tipografique , inserées.
dans les mercures des mois de Juin et
de Juillet 1730.
Les logetes doivent ètre un peu plus.
profondes que la longueur des cartes ;
savoir , les trente celules pour ranger et
mètre les petites lètres , les lètres dou-
Bles , etc. et les trente autres celules ou
cassetins pour les grandes lètres ou capitales
, etc. le quaré des celules doit ètre
proportioné à la longueur et à la largeur
des cartes dont on veut se servir ; ensorte:
que l'enfant puisse mètre aisément sa main
dans chaque celule pour y poser ou en
prendre les cartes : on parlera ci - dessous ;
des autresrans de logetes.il faudra marquer
abécédiquement au bureau latin chaque
celule d'en bas de sa petite lètre, et cèle d'ens
haut de sa lètre capitale : après quoi l'on
peut montrer à l'enfant l'art d'imprimer
le tème qu'on lui dicte , ou qu'on lui
done sur une carte ou sur un papier mis
assés haut sur un petit pupitre à jour et
de fil d'archal au milieu de son imprimerie
ou sur la table mème du bureau ; l'on
fera séparer tous les mots avec une carte:
blanche ou par une petite distance , pour
aprendre à l'enfant à distinguer les mots..
La Vali
On
DECEMBRE. 1730. 2565
On ne sauroit croire combien il profite
en imprimant quelques mots sous le dictamen
des uns et des autres , cela lui for
me l'oreille, et lui done ensuite une gran
de facilité pour l'ortografe des ïeus er
d'usage.
,
Il faut qu'il y ait au moins quinze ou
vint lètres dans chaque celule et un
plus grand nombre de voyèles , de liquides
et de certaines consones de plus d'usage
, afin de pouvoir composer plusieurs
lignes de tème tout de suite. Pour rendre
plus large la table du bureau , à mesure
que l'enfant croitra en age et en sience
on peut reculer la caisse de l'imprimerie
ou l'exhausser pour l'apuyer sur le deriere
du bureau , ou pour la metre contre le
mur d'un cabinet , de la chambre de l'enfant
ou autre lieu convenable. Je crois ce
pendant qu'il est mieus que le tout soit
isolé et portatif même au milieu de la
chambre ou du cabinet de l'enfant.
On aura des cartes marquées d'une virgule
pour séparer les mots au comencement
de l'exercice tipografique , afin
d'en rendre à l'enfant la lecture plus aisée
, moins confuse , et de lui aprendre
à distinguer les mots ; il faut mème que
l'enfant lise ou qu'il apèle les virgules et
les poins qui se trouvent dans ses leçons
ce qui l'acoutumera à observér les pauses.
Ja Vola ik
2566 MERCURE DE FRANCE
il ne sera pas mal aussi qu'il nome la quant
tième des pages , à la vue des chifres dont
elles sont cotées : cela sera d'autant plus
alsé , que les chifres entrent dans la com
position des tèmes , et que l'enfant de
trois ans quatre mois dont on a parlé
s'en servolt come il se servott des letres
, quoique tous les chifres fussent en
core dans une seule logere du petit bureau
latin . Le maître pour soulager l'enfant ,
lira à son tour jusqu'à la virgule ou jus
qu'au point.
Tous ceus qui vèront ce bureau et cite
imprimerie pouront dicter et faire imprimer
leurs noms, ou quelques autres mots
et encourager l'enfant à l'exercice du bus
reau qu'il faut continuer pendant lontems
quoique dans la suite l'enfant se serve de
livres pour dire sa leçon en latin et en
François. Le téme étant fait , on regarde
s'il n'y a point de fautes , et l'on montre
à l'enfant la manière de les coriger et de
distribuer les lètres , ou de les remetre
chacune dans sa celule , ce qu'il trouvera
facile aprés avoir su les ranger sur la table
du premier bureau .
S.§. 5. Description du bureau tipografique
latin-françois.
Les montans ou le bois qui forme les
celules
DECEMBRE. 1730. 2567
(
celules de haut en bas en ligne pèrpendiculaire
n'est que de deus à trois lignes
d'épaisseur , excepté le premier et le dernier
qui auront neuf lignes pour fortifier
la caisse , l'assemblage ou le bâti exterieur
; et les traverses ou le bois qui le
croise horisontalement et en rayons est
alternativement , c'est à dire le premier ,
le troisième , le cinquième , et le sétième
de neuf lignes , ou de la hauteur des letres
capitales. si l'enfant est déja un peu
grand , on poura doner neuf lignes à toutes
les traverses pour la comodité des étiquetes
de tous les rans de cassetins , chaque
celule à vide a en tout sens le quaré
long d'une carte tant pour la hauteur que
pour la largeur à vide , avec l'aisance nécessaire
pour le jeu tipografique. La profondeur
d'une celule est come l'étui de
quatre à cinq jeus de cartes ; de manière
que la main puisse les y mètre et les en
tirer facilement . Enfin les dimensions des
cartes doivent regler cèles du bureau et
des casseaus de l'imprimerie , ce qu'un
menuisier doit bien observer , en mesurant
avec exactitude une carte pour chaque
logète, ceus qui ne voudront pas
doner tant de longueur au bureau regleront
les dimensions de leurs cartes
par cèles des logétes du bureau qu'ils comanderont
selon l'endroit où ils le voudront
8
I. Vol.
2568 MERCURE DE FRANCE
€
dront placer , car il faut que la carte ou
la log te donent les dimensions l'une de
l'autre , et c'est ainsi qu'on l'a pratiqué
dans un grand colège pour le bureau d'un
jeune seigneur.
L'auteur dans une planche gravée exprès
done le plan , la description , le dessein
du bureau, des celules ; et des exemples
de la garniture de letres , afin qu'on
voie plus facilement de quèle manière on
doit les distribuer.chacun peut se faire un
plan sans s'asservir à l'abécédique ; si
P'on suit cet ordre , c'est pour faciliter à
-un enfant l'usage des dictionaires , et de
la table des matières des livres qui suivent
aussi l'ordre abécédique .
>
Le premier rang des celules d'en bas ,
- est pour les petites letres apelées ordinal
: rement letres du bas ou mineures ; c'est
pourquoi on l'apèle aussi le petit ordinaìre.
Après les logetes du z , de l' , de
P'è ouvert et de l'é fermé , on metra dans
· la vintneuvième logete les cartes ou les
tèmes donés sur l'histoire , sur la bible ,
sur les génealogies , sur la cronologie et sur
la géografie , et dans la trentième logere
les tèmes qui roulent sur la France , sur
l'Europe etc.
Le segond rang contient les grandes
letres apelées capitales , majeures ou majuscules
que les espagnols apelent aussi
I.Vol
verfales
DECEMBRE. 1730. 2569
versales ; c'est pourquoi on l'apele le grand.
ordinaire la vintneuvième logete sera.
pour les époques , l'histoire sainte , les listes
etc. la trentième pour les époques
P'histoire profane , la fable etc. ou bien on
se contentera de metre en haut les deus
étiquetes hist. s. hist . p. et en bas les autres
deus étiquetes géogr. fable.
5
Le troisième rang est pour toutes les
combinaisons de letres qui donent les mèmes
sons simples qu'exprime le rang des
letres ordinaires ; c'est pourquoi on l'apele
le premier rang composé ; ainsi à la cofone
de l'o et à la logete du 3 rang , on
met les diftongues oculaires au , ean , qui
en deus ou en trois letres expriment le
pur son de l'o , cette distinction et cet
ordre métodique donent d'abord à l'enfant
des idées inconues à la plupart des
maitres d'école . car s'il m'est permis de
le dire , on ne rougit pas d'ignorer l'algebre
; mais on est très honteus d'ignorer
ce qu'un petit enfant aprend d'abord
au bureau , sur la nature des letres et des
sons de la langue françoise , et ce que
tous les maîtres , tous les regens , et tous
les professeurs devroient savoir . Pour profiter
des logetes de reste , on met à la se
èt à la colone du H le mot magasin expliqué
ailleurs ; à la 10 tèmes à faire ; à
la 11 tèmes faits à la colone du Z , on
DANI. Vol.
met
2570 MERCURE DE FRANCE
met nombres , chifres ou livret ; et aus deus
dernieres les poins de suspension , d'interuption
.... , les paragrafes §§ , les piés
de mouche ¶¶ , les guillemets « » , les
signes de plus , de moins ,
d'égalité , et les traits ou tiréts
que les imprimeurs apelent division , qui
coupent, replient et divisent les mots qu'on;
n'a pu achever au bout de la ligne , ou qui
lient des mots composés, come porte-feuille,
tourne-broche etc. on tiendra tous les autres
signes et les asterisques dans ces deus
derniéres logetes du troisième rang de
cassetins .
Le quatrième rang est pour des sons.
diférens , placés néanmoins dans la colone
de la letre avec laquele ils ont le plus de
raport à l'oreille où à l'euil ; le reste come
poins , virgules , apostrofes , parentèses ,
crochets etc. est mis à discretion dans les
celules vides du 4 rang qu'on apele le
segond rang composé , ensorte que les deus
premiers rans sont dits simples , parceque
leurs celules contiènent les simples letres,
et les deus autres rans sont dits composés ,
parceque leurs celules contiènent de dou
bles consones , de doubles letres , de doubles
sons , et enfin des diftongues par
raport à l'euil ou à l'oreille. Pour profiter
du vide des colones M, N, on y a mis
les diftongues oi et ni , qui reviènent sou
GAL. Vol.
vent
DECEMBRE. 1730. 2571
vent dans les mots des tèmes , des frases ,
ou du discours , et pour distinguer le son
de la voyele è ou of du mot il conoìt , de
la diftongue oi du mot roi , on emploie
l'ì grave , come dans les mots il avoit , ils
portoient etc. et l'on emploie l'i ordinaìre
dans les mots loi , roi etc. ensorte que 1ì
grave servira à indiquer l'è ouvert composé
de deus letres dans les mots françois,
maitre , peine etc. et l'i algu indiquera l'ẻ
fermé composé aussi de deus letres dans
les mots j'ai , je ferai plaisir etc. ce qui
şera tres utile non seulement à l'enfant ,
mais encore aus étrangers et aus gens de
province peu au fait de la prononciation
des e simples , ou composés de plusieurs
letres.
On metra aussi au quatrième rang la
voyele eu au haut de la colone e ,
d'autant
que la prononciation en est presque come
cèle de l'é muet françois ou soutenu et
d'une seule lètre ; au lieu que la difton
gue oculaire eu est dans un sens l'e fran
çois soutenu de deus letres ... Le son
gne françois sera mis à la 7 celule au
haut de la colone g , parceque le mot copar
un g ; en Espagne et en portugal
on le metroit au fi ou au nh , colone
du n...Le son che françois , au mème
rang , et au haut de la colone du jou du
sonjeja , parceque le son françois che ost
I. Vol.
mence
le
2372 MERCURE DE FRANCE
le son fort du foible jes en Alemagne ,
on metroit le che à la colone du sch , parceque
les Alemans n'ont point de jou
le son du ge dans leur langue ... Les sons
ill , lh , ille mouillés , au haut de la colonel
, par raport à l'euil plutot qu'à l'oreille
; car en Italie on le metroit au gli ,
colone du g ... La voyele on au haut de
la colone o , par raport à l'euil plutot qu'à
l'oreilles en Italie , en Efpagne , en Âlemagne
, on metroit l'ou à la colone de l'u
qu'on y prononce on . ceci doit fe pratiquer
de mème pour le grec , l'ebreu
Parabe , et toutes les langues .
> > > , >
On doit metre les cinq voyeles nasales
ã‚é‚í‚õ‚ú¸ avant les chifres , et tout
de suite , pour en faciliter l'usage à l'enfant
qui compose sur la table du bureau .
Les dis chifres arabes seront mis aus dis
dernieres logétes avec des chifres romains
pour composer en françois et en latin .
c'est cète rangée de trente cassetins qui
a obligé à en doner autant aus autres
rans. on doit encore dire ici qu'on ne
sépare pas toujours par des virgules ou
par des poins les diférentes combinat
sons ou les diférens signes indiqués pour
la mème logete dans la planche du bureau
, parceque l'on a craint que le lecteur
n'imaginât ces virgules et ces poins
être nécessaires sur les cartes des mèmes
I. Vol.
logetes,
DECEMBRE. 1730. 257 3
logètes , come , par exemple, le point des
cartes marquées d'un c. au dessous de
la logete des chifres VI , 6.
La logète du magasin , du suplement.
ou du plein bureau , apelée la bureaulade
sert à l'enfant pour mètre les mots et les
tèmes composés , lorsque la table du bureau
est pleine , ou que l'enfant pressé
permet qu'un autre range les cartes après
qu'il a lui seul composé le tème , le tout
pour diversifier , et plaire en instruisant,
bien loin de dégouter. on trouvera à
peu près de mème la raison de chaque
chose , si l'on veut bien se doner la peìne
d'y faire un peu d'atention , come on
l'a déja dit bien des fois dans la manière
d'apeler les letres et les sons simples ou
composés par raport aus ieus ou à l'oreille.
§. 6. Garniture ou assortiment de cartes
Pour les quatre rans de casseins du bureau
tipografique.
Pour garnir le bureau tipografique , il
faudra mètre sur des cartes séparément
non seulement les lètres , mais encore
leurs diférentes combinaisons pour exprimer
les sons simples ou composés , ce qui
servira beaucoup à l'ortografe des ieus et
de l'oreille , et donera plus de facilité et
de varieté pour le jeu tipografique , que
I. Vol. B n'en
2574 MERCURE DE FRANCE
n'en pouroit doner une imprimerie ordinaire.
D'ailleurs l'avantage de pouvoir
lire et composer en latin et en françois
dès le premier jour de l'exercice , est un
avantage qui fera toujours taire les esprits
prévenus , incapables avec les métodes
vulgaires de montrer l'ortografe et
le latin à un petit enfant , avant qu'il
comance d'aprendre à écrire un autre
avantage du bureau , c'est de soulager les
maitres, les régens, et les professeurs , en
leur formant de bons écoliers , et les rendant
en moins de tems plus fermes sur
la téorie et sur la pratique des premiers
élemens literaires, que ne le sont ordinalrement
la plupart des enfans condanés à
Particulation des anciènes métodes , ce
qui démontre l'utilité et la compatibilité
de l'exercice du bureau avec tous les devoirs
des meilleurs colèges.
TABLE des letres , des sons simples ;
des sons composés et des combinaisons
necessaires pour la garniture du bureau
tipografique.
GARNITURE,
Logetes.
a
aa. à. á. â. a. ǎ. af. ha. has. aë.
ê.
с ce. è . é. ë.
iii. . . . . . I. if. hi. ic,
e. ĕ. ef. he.
I
I. Vol.
DECEMBRE. 1730. 2575
ô. ō. ŏ. ef. ho. hof. au. cau. haw
ooo. ò. 6.
u uu. ù. ú. ü. û. ũ . ŭ, uſ. hu. huſ, cu. ".
b bb. be, bd..hr .
с cc. ç . &t . c'. ce.
ddd. d'. de. 2ª.
fff. ph. ft. fs. ff. fi . ffi . ft. ft. pht. phth. phr.
phl. phe.
ggggu. ga. go . gh. ghe, gue.
hha. he, hi. hơ. hư. hy . heu . hai. hon.
kke. ky. que. ca, co. cu. qu.
1 11. P. le .
mmm. m. m³, m². m. m²®, m¹è, me, m², meat.
n
Me. MM .
nn. ñ. n'. n ° . n. ne.
P PP. pe. pn. pt. ps. PP.
q cq. qua, que , qui, quo . qu. qu'. quæ . q;, qui
r rr. rh. r'. re. " . RR..
iss. fl. fs, sl. fc. fç.fl. ff. sph. fph. fg. fi . fm.
ſp. ſq. ſqu. ft. fth . ffi. se. ſe. ci. ce. i. S. st.
• fee SS. ç.
t tt. th. thrh.thl. t '. te. .. a. &e. Ato. Au.
V v. w. W. ve. Ve.
Je. j'.ge. gi. ginta.
X x. xc. gz. kf. xc. xfc.
yhy. ys. yf. hys. ii. iï.-ÿ.
Z z. ze.
ง.0
ès. èf. cis. ci. ey. al. ay. ais. aî. aient.oiens
oi. oy. hai. hay. ols. oit.
é aí . oe. oe. &. &. ét. Æ. E.
eu eû. eus . heu . `oeu. oei,
I. Vol. Bij
OW
2576 MERCURE DE FRANCE
Ou ou. où. ouf. oû . hou.
ch ch. che,
gn gn. gn. gne. gne.
lh_lhe . il. ill. ille . lle. 1.
ã an. a. é: hen. em . han. hã. aën, aon , ham,
èn. èm. ein . èí. eim. hin . hĩ ein .
1 in. im. ain aim. aĩ. ein . eĩ. ìn , ain.
Õ on . om, hon . hõ . hom
ū un. um . hum . hun , hũ, cũ .
Diftongues.
Oi ois. oĩ. oin. oy. hoi . hoy oic.
ui uis. uĩ. uin, uy. hui. huy. uic.
Suplement.
a
ante 60ante. 20ª.
i 20leme , ier.
f Fin. Finis.
Įginta 30. 40ginia .
Ponctuation. , ; : . ? !
Chifres. 0. 1. 2. ༣. 4.
·
+
5. 6. 7. 8.
I. II. III. IV. V. VI. VII . VIII.
9. 0. 10 .....
IX. X.
31. & c.
XXXI. & c.
Signes . ( ) .. [ ] *. §. ¶. + ----
တ
& &c.
des enfans , et sur l'atirail literaire
du bureau tipografique.
MONSIEUR ,
Je n'aurois jamais osé doner dans le
Mercare de France la suite de l'atirail literaire
d'un enfant , si des pèrsones de
merite ne m'avoient fait remarquer que
ce journal étoit plus nécessaire et plus
instructif dans les provinces et dans les
patis étrangers que dans la capitale , et
que mon scrupule étoit mal fondé. Tous
les livres , m'a- t- on dit, ne peuvent ni ne
doivent ètre livres amusans , de mode
de
passage , et d'une seule espece de lec
teurs , come les voyages de Gulliver , etc.
I. Fel.
Votre
DECEMBRE. 1730. 2333
Votre ouvrage contient la premiere doc
trine , l'érudition élémentaire , cela sufit ,
m'a-t-on repliqué , pour justifier le motif
de vos petits essais literaires ; les parens
et les maîtres curieus en fait d'éducation
le penseront ainsi ,à Paris mème . Dailleurs
les provinces demandent des bureaus ; il
est donc mieus de leur donér la manière
de les faire faire chès eus à bon marché
que de les mètre dans la nécessité d'en
faire venir de plus chèrs , lentement et à
grans frais. Ces raisons m'ont facilement
détèrminé à tâcher de mètre le lecteur
atentif au fait de la construction , del'intelligence
, et de l'usage des petits meubles
literaires que je propose de livrér de
bone heure aus jeunes enfans , et aus autres
enfans de tout age qui ont le malheur
d'avoir été négligés ou retardés pendant
bien des anées.
§ . 1. Cassète abecédique , pour un enfant
de dens à trois ans , et de tout age.
La cassète abécédique , est le premier
meuble litéraire qu'il faudroit livrer à un
enfant de deus à trois ans . Cete cassète doit
ètre de carton; on peut la renforcer d'une
toile colée en dehors , et mètre des bandes
de parchemin à tous les angles exte
rieurs : la charniere de la cassète doit ètre
de toile , de parchemin , ou de peau , afin
A iiij qu'elle I. Vol.
2556 MERCURE DE FRANCE
qu'elle puisse resister aus mouvemens
Continuels ausquels elle sera exposée ..
Après avoir compassé , coupé , cousu
COlé
, et façoné cète cassète , il faudra l'habiller
de lètres , et de silabes ; enjoliver
tous les coins et toutes les bordures avec
du papier doré , marbré , ou tel autre
qu'on voudra y mètre , pour marquer le
quaré , ou le cadre des faces de la cas
sète. On donera au comancement de l'A
B , C latin , et en petit caractère , la
feuille des premières combinaisons élémantaires
, qu'il faudra faire imprimer
d'un caractère proportioné à la grandeur
de la cassète. Cète feuille est , pour ainsi.
dire , l'abrégé de l'a ,b, c latin , et l'on ne
sauroit y tenir un petit enfant trop lontems
pourvu qu'on ait soin de lui faire
lire sur sa cassète les combinaisons , non
seulement de gauche à droite , mais encore
de droite à gauche ; de haut en bas ,
et de bas en haut , ou en colones , etc.
Le premier des deus petits cotés à
droite , contient les lètres du grand A,B,
C latin , avec leur dénomination , ou le
nom doné et preté à chaque consone pour
rendre selon cète nouvèle métode l'art.
de lire plus aisé : On met donc dans ce
quaré de la cassète , n ° . 1. les voyèles
grandes et petites , et les lètres capitales.
avec leurs noms , Aa , Ee , Ii , Oo ,
I.Vok U u
DECEMBRE. 1730. 2357
3
U u. A , Be , Ceke , De , E , Fe , etc.
que
Le segond des deus petits cotés de la
cassète , à gauche , contient le petit a , b,c
latin , à coté du grand , lètre à lètre ; afin
l'enfant qui conoit bien les grandes
lètres , puisse facilement et presque de lui
mème aprendre ensuite à distinguer les
petites : On met donc , n ° . z . A a , Bb ,
Cc , Dd , etc. on y ajoute les principales
Higatures , les lètres doubles , et quelques
abreviations , sur lesquèles il est inutile
de s'arèter beaucoup de peur de dégouter
l'enfant.
La premiere des grandes faces de la
cassète et sur le devant , contiènt , n° . 3 .
en deus colones , les combinaisons élémentaires
du Ab , eb , ib , ob , ub , etc..
Le dessous de la cassète pouroit avoir
: quatre clous de léton , rivés en dedans ;;
savoir un à chaque angle pour servir de
pié et conserver cete face , sur laquelle ,
et sur cèle du couvercle en dedans , on
peut mètre une bèle crois de JESUS,come
La base , le principe , et la fin de toute action
cretiène.
Le deriere de la cassète contiendra , nº
4.et en deus colones , les combinaisons
du Ba , be , bi , bo , bu , etc. dans lesque
les on fera remarquer les changemiens .
qu'on a crit necessaires pour doner de
bons principes sur les combinaisons , Ca
: bokeb AV fo
2558 MERCURE DE FRANCE
fe , fi , co , qu ; Ga , je , ji , go , gu ; Ja ,
ge , gi , jo , ju ; Sa , ce , ci , fo , fu ; Ta ,
te , tici , to , tu , etc.
Le dessus du couvercle de la cassète
contiendra , nº. 5. n ° . 6. les combinaisons
du Bla , ble , bli , blo , blu , etc. et cèles
du Bra , bre , bri , bro , bru , etc ... N° 7.
les combinaisons des quatre petites lètres
ressemblantes , b , d , p , q , combinées
avec leurs quatre capitales, et ensuite avec
les cinq voyeles , come Bb , Dd , Pp ,
Qq , etc. Ba , de , pi , qu , bo , etc.
No. 8. des sons particuliers à la langue
françoise. A l'égard des cinq faces qui restent
au dedans de la cassète , il sufit qu'èles
solent couvertes de papier blanc , pour
faire mieus paroitre les lètres des cartes
que l'enfant y tiendra.
1
Cète cassète servira à faire dire la leçon
en badinant , et à tenir les cartons et les
jeus des cartes abecediques , qui ont servi
de premier amusement à l'enfant, et qu'il
peut ranger sur une table en les nomant
, jusqu'à ce qu'il soit en état d'avoir
le petit bureau tipografique , sur lequel
il rangera les premieres combinalsons,
Ab , eb , ib , ob , ub , etc. On poura
lui doner ces premieres combinaisons
avec un petit casseau de carton et de sis
logetes , qui entrera dans la cassète , de
mème que les petits cartons élémentaires ,
|
1. Vol. sur
DECEMBRE . 1730. 2559
sur lesquels on aura fait coler les quarés
de la feuille imprimée pour habiller la
cassete ; elle poura aussi servir à tenir une
garniture de bureau pour les persones
curieuses de ce petit atirail literaire.
§ . 2. Foureau ou Tablier du petit bõhome ,
pour l'usage du bureau.
L'on fera à l'enfant un tablier de quelque
bone toile rousse ou grise , afin de
conserver ses habits . Ce tablier poura s'apeler
en badinant , la bavète ou le tablier de
docteur ; il est necessaire pour y faire deus
poches , l'une servira à metre les cartes
des letres et des mots en rouge pour le
latin , et l'autre servira à mèrre les cartes
en noir pour le françois , lorsque l'enfant
comencera de travailler à la table du
bureau de laquèle au reste il ne faut pas
oublier de bien faire abatre la vive arète,à
cause du frotement continuel de l'enfant.
§. 3. Description du premier et petit bureaus
qui sert à la premiere claffe.
Dès qu'un enfant conoit bien les lètres
par l'exercice des jeus de cartes abécédiques
et de la cassete , on peut lui doner
un petit bureau semblable à ceus dont les
directeurs et les comis de la Poste se servent
en province pour ranger les lètres
missives qu'ils mèrent en colones vis - à-
1. Fol.
Αν
via
2560 MERCURE DE FRANCE
vis les lètres initiales des noms ausquels
les missives sont adressées. il faut donc
avoir une table de la largeur de cinq ou
sis cartes rangées , ensorte que cèles des
c'nq voyeles A , E , I , O , U , et des
combinaisons Ab , eb , ib , ob , ub , etc..
puissent ètre mises en colones sur la largeur
de ce bureau . il doit avoir la longueur
de trente cartes rangées de suite,
plus ou moins , selon le nombre des logetes
que l'on voudra doner à la caisse
de l'imprimerie ; et selon la grandeur des
cartes dont on se servira pour garnir le
bureau . La largeur de la table sera divisée
par quatre ou cinq lignes paralèles , qui
dans la suite serviront d'alignement et:
de reglèt à l'enfant qui doit imprimer oa
composer son tème sur cète table.
و
On peut doner à la table la longueurde
trente cassetins outre l'épaisseur
des montans ou du bois de séparation ;,
ce qu'il est aisé de mesurer : ensuite on
fait les trois liteaus , bandes , regles ou
rebors de la hauteur d'environ quatre pou
ces , ou de la hauteur d'une carte , l'un
de la longueur , et les autres deus pour la
largeur du bureau. Avant que de poserd'une
maniere fixe ou mobile à discretion,.
la tringle , la regle , le long liteau ou rebord
du derriere de la table , il faut lediviser
en trente parties , et marquer le
& Fet milicu
DECEMBRE. 1730. 2560
milieu de chaque partie d'une des lètres de
FABC, observant d'y imprimer la grandeet
la petite lètre ensemble , l'une sous.
Pautre , c'est- à- dire le grand A , sur le
petit as le B capital sur le petit b , et
ainsi de tout l'A BC , depuis les lètres.
Aa , Bb , jusqu'à cèles du Zz , sans oublier
l'Ex , l'a , ni les lètres doubles ,.
&t , ft , fl , etc. de même que les chifres et
les caracteres ou lès signes de la ponctua
tion , etc. que Fon rangera selon l'ordreobservé
dans la planche du bureau tipo
grafique que j'ai fait graver exprès. il sera.
peut-être mieus de doner à l'enfant un
casseau d'un seul rang de logètes , où il
puisse tenir les grandes et les petites kètress ,
Page et la taille décideront entre la trin
gle et le casseau d'un rang de logètes..
Les deus petits liteaus , rebors ou consoles
des cotés n'étant que pour retenir les
cartes , rendre le bureau plus solide , et
pour fermer la caisse , on peut arondir er:
façoner ces deus consoles par le bout , afin
que l'enfant ne puisse en ètre incomode :
après quoi l'on peut clouer les liteaus ou
rebors et metre ce bureau contre un mur
sur deus chaises , sur un chassis , sur deus
petits bancs ou deus petits traitaus dont
les piés soient solides et proportionés à
La taille de l'enfant. On poura , si l'on
eur, metre de petits tiroirs à ce bureau:
La bata
1
2562 MERCURE DE FRANCE
et couvrir la table , d'une basane , d'un
maroquin noir ou d'une toile cirée ; ce qui
n'est pas absolument necessaire, si le bois
est neuf, sans noeuds et bien uni : d'ailleurs
on pouroit faire la table de ce bureau
brisée en deus ; ce qui serviroit pour
les diferens ages et les diferens tèmes de
l'enfant , et mème pour ètre plus facilement
placé contre la muraille et transporté
de la vile à la campagne , come une
table brisée , qui ensuite relevée , ferme
roit la caisse du colombier literaire , et
ocuperoìt moins de place. On poura mètre
un petit rideau de tafetas ou de toile
pour couvrir le colombier quand on ne
s'en servira pas , une toile cirée sera peutètre
d'un mème usage , on doit en tout
chercher l'utilité , la comodité et la propreté.
S. 4. Casse d'imprimerie en colombier à
quatre rans de trente cassetins chacun.
3
Quand l'enfant sera fort sur l'exercice
de la cassète et du premier bureau , on
peut encore pour le divertir en l'instruisant
, lui doner une casse d'imprimerie ,
avec laquèle il composera et décomposera
les silabes , les mots , et les lignes qu'on
lui présentera écrites ou imprimées ; er
cela s'apelera l'exercice du tème en lat`n ou
en françois , selon les lignes et les tèmes
I. Vol.
qu'on
DECEMBRE. 1730. 2563
qu'on lui donera par la suite en ces langues-
là . Cète imprimerie en colombier
est composée d'un casseau qu'on met sur
la table du premier et petit bureau contre
le plus long liteau ou le deriere de cète
table , y étant assés fixe par
des crochets ,
des pitons , des clous à vis , des boutons
ou des chevilles de fer qui traversent l'épaisseur
des deus petits liteaus ou consoles
, et le bois de la premiere et de la derniere
celule : cete casse est divisée en soissante
compartimens, cassetìns, celules , logetes
ou boulins ; c'est-à-dire en deus
rans de trente celules quarées chacun , et
c'est-là le segond bureau ou casseau de la
segonde classe pour le latin , en atendant
la troisième aussi de soissante cassetins
pour le françois , les chiftes , la ponctuation
, l'ortografe des lètres et des sons et
pour la troisiéme classe.
On passera ensuite au quatrième casseau
ou bureau pour le rudiment pratique de
la quatrième classe. Le bureau complet
sera donc de sis rangées de trente cassetins
chacune ; quatre pour l'imprimerie
du latin et du françois , et deus pour le
rudiment. On poura le faire faire tout
d'un tems pour épargner le bois , la hau
teur et la façon du bureau ; en couvrant
d'une housse les rangées superieures
dont l'enfant n'aura pas d'abord l'usage :
I. Vol.
ce
2564 MERCURE DE FRANCE
ce voile piquera sa curiosité et lui donera
de l'impatience pour l'usage des autres
rangées , ainsi qu'on l'a déja dit dans les
letres sur le bureau tipografique , inserées.
dans les mercures des mois de Juin et
de Juillet 1730.
Les logetes doivent ètre un peu plus.
profondes que la longueur des cartes ;
savoir , les trente celules pour ranger et
mètre les petites lètres , les lètres dou-
Bles , etc. et les trente autres celules ou
cassetins pour les grandes lètres ou capitales
, etc. le quaré des celules doit ètre
proportioné à la longueur et à la largeur
des cartes dont on veut se servir ; ensorte:
que l'enfant puisse mètre aisément sa main
dans chaque celule pour y poser ou en
prendre les cartes : on parlera ci - dessous ;
des autresrans de logetes.il faudra marquer
abécédiquement au bureau latin chaque
celule d'en bas de sa petite lètre, et cèle d'ens
haut de sa lètre capitale : après quoi l'on
peut montrer à l'enfant l'art d'imprimer
le tème qu'on lui dicte , ou qu'on lui
done sur une carte ou sur un papier mis
assés haut sur un petit pupitre à jour et
de fil d'archal au milieu de son imprimerie
ou sur la table mème du bureau ; l'on
fera séparer tous les mots avec une carte:
blanche ou par une petite distance , pour
aprendre à l'enfant à distinguer les mots..
La Vali
On
DECEMBRE. 1730. 2565
On ne sauroit croire combien il profite
en imprimant quelques mots sous le dictamen
des uns et des autres , cela lui for
me l'oreille, et lui done ensuite une gran
de facilité pour l'ortografe des ïeus er
d'usage.
,
Il faut qu'il y ait au moins quinze ou
vint lètres dans chaque celule et un
plus grand nombre de voyèles , de liquides
et de certaines consones de plus d'usage
, afin de pouvoir composer plusieurs
lignes de tème tout de suite. Pour rendre
plus large la table du bureau , à mesure
que l'enfant croitra en age et en sience
on peut reculer la caisse de l'imprimerie
ou l'exhausser pour l'apuyer sur le deriere
du bureau , ou pour la metre contre le
mur d'un cabinet , de la chambre de l'enfant
ou autre lieu convenable. Je crois ce
pendant qu'il est mieus que le tout soit
isolé et portatif même au milieu de la
chambre ou du cabinet de l'enfant.
On aura des cartes marquées d'une virgule
pour séparer les mots au comencement
de l'exercice tipografique , afin
d'en rendre à l'enfant la lecture plus aisée
, moins confuse , et de lui aprendre
à distinguer les mots ; il faut mème que
l'enfant lise ou qu'il apèle les virgules et
les poins qui se trouvent dans ses leçons
ce qui l'acoutumera à observér les pauses.
Ja Vola ik
2566 MERCURE DE FRANCE
il ne sera pas mal aussi qu'il nome la quant
tième des pages , à la vue des chifres dont
elles sont cotées : cela sera d'autant plus
alsé , que les chifres entrent dans la com
position des tèmes , et que l'enfant de
trois ans quatre mois dont on a parlé
s'en servolt come il se servott des letres
, quoique tous les chifres fussent en
core dans une seule logere du petit bureau
latin . Le maître pour soulager l'enfant ,
lira à son tour jusqu'à la virgule ou jus
qu'au point.
Tous ceus qui vèront ce bureau et cite
imprimerie pouront dicter et faire imprimer
leurs noms, ou quelques autres mots
et encourager l'enfant à l'exercice du bus
reau qu'il faut continuer pendant lontems
quoique dans la suite l'enfant se serve de
livres pour dire sa leçon en latin et en
François. Le téme étant fait , on regarde
s'il n'y a point de fautes , et l'on montre
à l'enfant la manière de les coriger et de
distribuer les lètres , ou de les remetre
chacune dans sa celule , ce qu'il trouvera
facile aprés avoir su les ranger sur la table
du premier bureau .
S.§. 5. Description du bureau tipografique
latin-françois.
Les montans ou le bois qui forme les
celules
DECEMBRE. 1730. 2567
(
celules de haut en bas en ligne pèrpendiculaire
n'est que de deus à trois lignes
d'épaisseur , excepté le premier et le dernier
qui auront neuf lignes pour fortifier
la caisse , l'assemblage ou le bâti exterieur
; et les traverses ou le bois qui le
croise horisontalement et en rayons est
alternativement , c'est à dire le premier ,
le troisième , le cinquième , et le sétième
de neuf lignes , ou de la hauteur des letres
capitales. si l'enfant est déja un peu
grand , on poura doner neuf lignes à toutes
les traverses pour la comodité des étiquetes
de tous les rans de cassetins , chaque
celule à vide a en tout sens le quaré
long d'une carte tant pour la hauteur que
pour la largeur à vide , avec l'aisance nécessaire
pour le jeu tipografique. La profondeur
d'une celule est come l'étui de
quatre à cinq jeus de cartes ; de manière
que la main puisse les y mètre et les en
tirer facilement . Enfin les dimensions des
cartes doivent regler cèles du bureau et
des casseaus de l'imprimerie , ce qu'un
menuisier doit bien observer , en mesurant
avec exactitude une carte pour chaque
logète, ceus qui ne voudront pas
doner tant de longueur au bureau regleront
les dimensions de leurs cartes
par cèles des logétes du bureau qu'ils comanderont
selon l'endroit où ils le voudront
8
I. Vol.
2568 MERCURE DE FRANCE
€
dront placer , car il faut que la carte ou
la log te donent les dimensions l'une de
l'autre , et c'est ainsi qu'on l'a pratiqué
dans un grand colège pour le bureau d'un
jeune seigneur.
L'auteur dans une planche gravée exprès
done le plan , la description , le dessein
du bureau, des celules ; et des exemples
de la garniture de letres , afin qu'on
voie plus facilement de quèle manière on
doit les distribuer.chacun peut se faire un
plan sans s'asservir à l'abécédique ; si
P'on suit cet ordre , c'est pour faciliter à
-un enfant l'usage des dictionaires , et de
la table des matières des livres qui suivent
aussi l'ordre abécédique .
>
Le premier rang des celules d'en bas ,
- est pour les petites letres apelées ordinal
: rement letres du bas ou mineures ; c'est
pourquoi on l'apèle aussi le petit ordinaìre.
Après les logetes du z , de l' , de
P'è ouvert et de l'é fermé , on metra dans
· la vintneuvième logete les cartes ou les
tèmes donés sur l'histoire , sur la bible ,
sur les génealogies , sur la cronologie et sur
la géografie , et dans la trentième logere
les tèmes qui roulent sur la France , sur
l'Europe etc.
Le segond rang contient les grandes
letres apelées capitales , majeures ou majuscules
que les espagnols apelent aussi
I.Vol
verfales
DECEMBRE. 1730. 2569
versales ; c'est pourquoi on l'apele le grand.
ordinaire la vintneuvième logete sera.
pour les époques , l'histoire sainte , les listes
etc. la trentième pour les époques
P'histoire profane , la fable etc. ou bien on
se contentera de metre en haut les deus
étiquetes hist. s. hist . p. et en bas les autres
deus étiquetes géogr. fable.
5
Le troisième rang est pour toutes les
combinaisons de letres qui donent les mèmes
sons simples qu'exprime le rang des
letres ordinaires ; c'est pourquoi on l'apele
le premier rang composé ; ainsi à la cofone
de l'o et à la logete du 3 rang , on
met les diftongues oculaires au , ean , qui
en deus ou en trois letres expriment le
pur son de l'o , cette distinction et cet
ordre métodique donent d'abord à l'enfant
des idées inconues à la plupart des
maitres d'école . car s'il m'est permis de
le dire , on ne rougit pas d'ignorer l'algebre
; mais on est très honteus d'ignorer
ce qu'un petit enfant aprend d'abord
au bureau , sur la nature des letres et des
sons de la langue françoise , et ce que
tous les maîtres , tous les regens , et tous
les professeurs devroient savoir . Pour profiter
des logetes de reste , on met à la se
èt à la colone du H le mot magasin expliqué
ailleurs ; à la 10 tèmes à faire ; à
la 11 tèmes faits à la colone du Z , on
DANI. Vol.
met
2570 MERCURE DE FRANCE
met nombres , chifres ou livret ; et aus deus
dernieres les poins de suspension , d'interuption
.... , les paragrafes §§ , les piés
de mouche ¶¶ , les guillemets « » , les
signes de plus , de moins ,
d'égalité , et les traits ou tiréts
que les imprimeurs apelent division , qui
coupent, replient et divisent les mots qu'on;
n'a pu achever au bout de la ligne , ou qui
lient des mots composés, come porte-feuille,
tourne-broche etc. on tiendra tous les autres
signes et les asterisques dans ces deus
derniéres logetes du troisième rang de
cassetins .
Le quatrième rang est pour des sons.
diférens , placés néanmoins dans la colone
de la letre avec laquele ils ont le plus de
raport à l'oreille où à l'euil ; le reste come
poins , virgules , apostrofes , parentèses ,
crochets etc. est mis à discretion dans les
celules vides du 4 rang qu'on apele le
segond rang composé , ensorte que les deus
premiers rans sont dits simples , parceque
leurs celules contiènent les simples letres,
et les deus autres rans sont dits composés ,
parceque leurs celules contiènent de dou
bles consones , de doubles letres , de doubles
sons , et enfin des diftongues par
raport à l'euil ou à l'oreille. Pour profiter
du vide des colones M, N, on y a mis
les diftongues oi et ni , qui reviènent sou
GAL. Vol.
vent
DECEMBRE. 1730. 2571
vent dans les mots des tèmes , des frases ,
ou du discours , et pour distinguer le son
de la voyele è ou of du mot il conoìt , de
la diftongue oi du mot roi , on emploie
l'ì grave , come dans les mots il avoit , ils
portoient etc. et l'on emploie l'i ordinaìre
dans les mots loi , roi etc. ensorte que 1ì
grave servira à indiquer l'è ouvert composé
de deus letres dans les mots françois,
maitre , peine etc. et l'i algu indiquera l'ẻ
fermé composé aussi de deus letres dans
les mots j'ai , je ferai plaisir etc. ce qui
şera tres utile non seulement à l'enfant ,
mais encore aus étrangers et aus gens de
province peu au fait de la prononciation
des e simples , ou composés de plusieurs
letres.
On metra aussi au quatrième rang la
voyele eu au haut de la colone e ,
d'autant
que la prononciation en est presque come
cèle de l'é muet françois ou soutenu et
d'une seule lètre ; au lieu que la difton
gue oculaire eu est dans un sens l'e fran
çois soutenu de deus letres ... Le son
gne françois sera mis à la 7 celule au
haut de la colone g , parceque le mot copar
un g ; en Espagne et en portugal
on le metroit au fi ou au nh , colone
du n...Le son che françois , au mème
rang , et au haut de la colone du jou du
sonjeja , parceque le son françois che ost
I. Vol.
mence
le
2372 MERCURE DE FRANCE
le son fort du foible jes en Alemagne ,
on metroit le che à la colone du sch , parceque
les Alemans n'ont point de jou
le son du ge dans leur langue ... Les sons
ill , lh , ille mouillés , au haut de la colonel
, par raport à l'euil plutot qu'à l'oreille
; car en Italie on le metroit au gli ,
colone du g ... La voyele on au haut de
la colone o , par raport à l'euil plutot qu'à
l'oreilles en Italie , en Efpagne , en Âlemagne
, on metroit l'ou à la colone de l'u
qu'on y prononce on . ceci doit fe pratiquer
de mème pour le grec , l'ebreu
Parabe , et toutes les langues .
> > > , >
On doit metre les cinq voyeles nasales
ã‚é‚í‚õ‚ú¸ avant les chifres , et tout
de suite , pour en faciliter l'usage à l'enfant
qui compose sur la table du bureau .
Les dis chifres arabes seront mis aus dis
dernieres logétes avec des chifres romains
pour composer en françois et en latin .
c'est cète rangée de trente cassetins qui
a obligé à en doner autant aus autres
rans. on doit encore dire ici qu'on ne
sépare pas toujours par des virgules ou
par des poins les diférentes combinat
sons ou les diférens signes indiqués pour
la mème logete dans la planche du bureau
, parceque l'on a craint que le lecteur
n'imaginât ces virgules et ces poins
être nécessaires sur les cartes des mèmes
I. Vol.
logetes,
DECEMBRE. 1730. 257 3
logètes , come , par exemple, le point des
cartes marquées d'un c. au dessous de
la logete des chifres VI , 6.
La logète du magasin , du suplement.
ou du plein bureau , apelée la bureaulade
sert à l'enfant pour mètre les mots et les
tèmes composés , lorsque la table du bureau
est pleine , ou que l'enfant pressé
permet qu'un autre range les cartes après
qu'il a lui seul composé le tème , le tout
pour diversifier , et plaire en instruisant,
bien loin de dégouter. on trouvera à
peu près de mème la raison de chaque
chose , si l'on veut bien se doner la peìne
d'y faire un peu d'atention , come on
l'a déja dit bien des fois dans la manière
d'apeler les letres et les sons simples ou
composés par raport aus ieus ou à l'oreille.
§. 6. Garniture ou assortiment de cartes
Pour les quatre rans de casseins du bureau
tipografique.
Pour garnir le bureau tipografique , il
faudra mètre sur des cartes séparément
non seulement les lètres , mais encore
leurs diférentes combinaisons pour exprimer
les sons simples ou composés , ce qui
servira beaucoup à l'ortografe des ieus et
de l'oreille , et donera plus de facilité et
de varieté pour le jeu tipografique , que
I. Vol. B n'en
2574 MERCURE DE FRANCE
n'en pouroit doner une imprimerie ordinaire.
D'ailleurs l'avantage de pouvoir
lire et composer en latin et en françois
dès le premier jour de l'exercice , est un
avantage qui fera toujours taire les esprits
prévenus , incapables avec les métodes
vulgaires de montrer l'ortografe et
le latin à un petit enfant , avant qu'il
comance d'aprendre à écrire un autre
avantage du bureau , c'est de soulager les
maitres, les régens, et les professeurs , en
leur formant de bons écoliers , et les rendant
en moins de tems plus fermes sur
la téorie et sur la pratique des premiers
élemens literaires, que ne le sont ordinalrement
la plupart des enfans condanés à
Particulation des anciènes métodes , ce
qui démontre l'utilité et la compatibilité
de l'exercice du bureau avec tous les devoirs
des meilleurs colèges.
TABLE des letres , des sons simples ;
des sons composés et des combinaisons
necessaires pour la garniture du bureau
tipografique.
GARNITURE,
Logetes.
a
aa. à. á. â. a. ǎ. af. ha. has. aë.
ê.
с ce. è . é. ë.
iii. . . . . . I. if. hi. ic,
e. ĕ. ef. he.
I
I. Vol.
DECEMBRE. 1730. 2575
ô. ō. ŏ. ef. ho. hof. au. cau. haw
ooo. ò. 6.
u uu. ù. ú. ü. û. ũ . ŭ, uſ. hu. huſ, cu. ".
b bb. be, bd..hr .
с cc. ç . &t . c'. ce.
ddd. d'. de. 2ª.
fff. ph. ft. fs. ff. fi . ffi . ft. ft. pht. phth. phr.
phl. phe.
ggggu. ga. go . gh. ghe, gue.
hha. he, hi. hơ. hư. hy . heu . hai. hon.
kke. ky. que. ca, co. cu. qu.
1 11. P. le .
mmm. m. m³, m². m. m²®, m¹è, me, m², meat.
n
Me. MM .
nn. ñ. n'. n ° . n. ne.
P PP. pe. pn. pt. ps. PP.
q cq. qua, que , qui, quo . qu. qu'. quæ . q;, qui
r rr. rh. r'. re. " . RR..
iss. fl. fs, sl. fc. fç.fl. ff. sph. fph. fg. fi . fm.
ſp. ſq. ſqu. ft. fth . ffi. se. ſe. ci. ce. i. S. st.
• fee SS. ç.
t tt. th. thrh.thl. t '. te. .. a. &e. Ato. Au.
V v. w. W. ve. Ve.
Je. j'.ge. gi. ginta.
X x. xc. gz. kf. xc. xfc.
yhy. ys. yf. hys. ii. iï.-ÿ.
Z z. ze.
ง.0
ès. èf. cis. ci. ey. al. ay. ais. aî. aient.oiens
oi. oy. hai. hay. ols. oit.
é aí . oe. oe. &. &. ét. Æ. E.
eu eû. eus . heu . `oeu. oei,
I. Vol. Bij
OW
2576 MERCURE DE FRANCE
Ou ou. où. ouf. oû . hou.
ch ch. che,
gn gn. gn. gne. gne.
lh_lhe . il. ill. ille . lle. 1.
ã an. a. é: hen. em . han. hã. aën, aon , ham,
èn. èm. ein . èí. eim. hin . hĩ ein .
1 in. im. ain aim. aĩ. ein . eĩ. ìn , ain.
Õ on . om, hon . hõ . hom
ū un. um . hum . hun , hũ, cũ .
Diftongues.
Oi ois. oĩ. oin. oy. hoi . hoy oic.
ui uis. uĩ. uin, uy. hui. huy. uic.
Suplement.
a
ante 60ante. 20ª.
i 20leme , ier.
f Fin. Finis.
Įginta 30. 40ginia .
Ponctuation. , ; : . ? !
Chifres. 0. 1. 2. ༣. 4.
·
+
5. 6. 7. 8.
I. II. III. IV. V. VI. VII . VIII.
9. 0. 10 .....
IX. X.
31. & c.
XXXI. & c.
Signes . ( ) .. [ ] *. §. ¶. + ----
တ
& &c.
Fermer
Résumé : SETIEME LETRE sur la bibliotèque des enfans, et sur l'atirail literaire du bureau tipografique.
La septième lettre traite de la bibliothèque des enfants et de l'atelier littéraire du bureau typographique. L'auteur, encouragé par des personnes de mérite, décide de publier des essais littéraires destinés aux enfants, jugés nécessaires et instructifs, notamment dans les provinces et à l'étranger. Ces ouvrages visent à fournir une éducation élémentaire et à répondre à la demande des parents et des maîtres curieux d'éducation. L'auteur décrit plusieurs outils pédagogiques : 1. **Cassette abécédique** : Destinée aux enfants de deux à trois ans, elle est fabriquée en carton renforcé et contient des lettres et des syllabes. Elle permet d'apprendre les combinaisons élémentaires de manière ludique. 2. **Tablier du petit bonhomme** : Un tablier avec des poches pour ranger les cartes des lettres et des mots, utile pour protéger les habits de l'enfant pendant ses activités. 3. **Premier petit bureau** : Similaire à ceux utilisés par les directeurs de la Poste, il permet de ranger les lettres et les combinaisons syllabiques. Il est conçu pour être adapté à la taille de l'enfant et peut être fixé contre un mur. 4. **Casse d'imprimerie en colombier** : Utilisée pour composer et décomposer les syllabes, les mots et les lignes. Elle est divisée en compartiments pour organiser les lettres et les signes de ponctuation. L'auteur insiste sur l'importance de ces outils pour l'éducation des enfants, en les rendant accessibles et pratiques. Le bureau typographique est conçu pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il est organisé en cellules contenant des lettres et des signes typographiques, classées abécédiquement avec les petites lettres en bas et les lettres capitales en haut. L'enfant peut imprimer des mots dictés ou donnés sur des cartes, en séparant les mots par des cartes blanches ou des distances pour apprendre à les distinguer. Le bureau évolue avec l'enfant, en reculant ou en exhaussant la caisse de l'imprimerie pour agrandir la table. Des cartes marquées de virgules et de points facilitent la lecture et apprennent les pauses. L'enfant peut également nommer la quantité des pages et utiliser les chiffres, qui entrent dans la composition des thèmes. Les cellules sont organisées en rangs pour les petites lettres, les lettres capitales, les combinaisons de lettres produisant des sons simples, et les sons différents. Des signes typographiques comme les points de suspension, les paragraphes, les guillemets, et les traits d'union sont également inclus. Le texte mentionne l'utilité du bureau pour l'apprentissage de l'orthographe et la facilité qu'il offre pour lire et composer en latin et en français dès le premier jour. Il soulage les maîtres en formant de bons écoliers plus rapidement et efficacement que les méthodes traditionnelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
59
p. 2662-2667
SUITE de l'Extrait de l'Histoire Litteraire de la Ville de Lyon du Pere de Colonia.
Début :
Le quinziéme siécle commence à être assez varié. Guy, Pape, & Mathieu [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire, Lyon, Cardinal, Lettres, Imprimerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Histoire Litteraire de la Ville de Lyon du Pere de Colonia.
SUITE de PExtrait de l'Hiftoire Litte
raire de la Ville de Lyon du Pere -
de Colonia:
L
nego-
E quinziéme fiécle commence à être
affez varié. Guy , Pape , & Mathieu
Thomaffin,fçavans Lyonnois, en occupent
le commencement. Le premiar étoit Jurifconfulte
, & Mathieu Thomaffin ſe diftingua
furtout dans une fameufe
ciation dont Louis XI. le chargea. Cette
negociation , fuivant le P. de Colonia
a produit un rare Manufcrit dont il a
jugé à propos de donner une notice. On
en conferve l'Original dans les Archives
de la Chambre des Comptes de Grenoble
, dont Thomaffin fut Preſident. Ce
rare Manufcrit porte pour titre : Regiftre
Delphinal , fait par le commandement du
Prince Louis Dauphin , par Mathieu Thomaffin
de Lyon , Confeiller Delphinal , &çi
Le venerable Gerfon n'eft'
pas Lyonnois
de naiffance ; mais comme il avoit
choifi la Ville de Lyon pour le lieu de fa
retraite , & qu'il y a paffe les dix dernie
res années de la vie , le P. de Colonia en
parle fort au long , en fe bornant cependant
à ce qui eft de fon ſujet , c'eſt-à-dire ,
à ce qui eft de particulier pour l'Hiftoire
de Lyon dans la vie de cet illuftre Chan-
I. Vol. cclier
DECEMBRE. 1730. 2663
celier de l'Univerfité de Paris , l'Hiftoire
du Cardinal Louis Allemand , connu fous
le nom du Cardinal d'Arles , & furtout
par la grande entrepriſe qu'il fit pour être
Pape , occupe une bonne partie du quinziéme
fiécle , lequel eft terminé par un
détail affez circonftancié du rétabliſſement
des Sciences dans cette grande Ville . Les
circonftances en font curieufes , & meri
tent toute votre attention .
Nous voici enfin arrivez au feize &
dix- feptiéme fiécle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , c'est - à- dire , à l'âge d'or de
la Litterature dans Lyon . L'Hiſtorien
donne d'abord une idée de la Litte
rature en general du feiziéme fiécle , &
il entre dans le détail des caufes qui l'ont
fait fleurir dans Lyons ce qui lui donne'
lieu de parler des Pienfes Comedies que les
Religieux jouerent , en préfence de Louis
XII. & de la Reine Anne de Bretagne.
A ces pieufes Comedies , dit notre Hiftotien
, fuccéda l'avanture finguliere du
nouveau Mercure ou du nouvel Apollonius
, qui parut à Lyon l'an 1501. & qui
par fa fcience univerfelle , & par fes rares
fecrets , étonna très fort Louis XII. &
toute fa Cour. » C'étoit un Italien nommé
Jean , qui fe faifoit annoncer fous
» le nom de nouvel Apollonius , ou de
nouveau Mercure , & qui fe vantoit de
I.Vols réunig
£664 MERCURE DE FRANCE
» réünir dans fa feule perfonne toute la
» fcience qu'avoient jamais eue les plus fçavans
Auteurs Hebreux, Grecs , & Latins.
» Le nouveau Mercure prétendoit fçavoir
toutes les profondeurs & les fineffes de
l'Art , tant vanté de la tranfmutation
» des Métaux ; il poffedoit parfaitement
» la Magie naturelle , & c. Il fit deux préfens
au Roi , fçavoir , une épée d'une fabrique
toute finguliere & remplie de cent
quatre- vingt couteaux ; & un bouclier ,
au milieu duquel on voyoit un miroir
magique , fabriqué comme l'épée , fous
certaines conftellations , & c. Le détail de
cette avanture , qui étonna fort la Cour
de Louis XII. merite que vous la lifież
en entier dans cette Hiftoire.
Le P. de Colonia paffe enfuite à l'Aca
démie Litteraire de Fourviere , ou de l'An
gelique ; il indique les Auteurs qui en ont
fait mention , les Membres qui la compo
foient , les études qu'on y faifoit , & termine
cet article par quelques Remarquès
fur le Prefident de l'Ange , qui a donné
fon nom à la maiſon , où cette Academie
s'affembloit. Il n'eft pas poffible , Monfieur
, d'entrer dans le détail de tout ce
qui s'eft paffé de curieux & d'intereffan't
pour l'Hiftoire Litteraire de Lyon dan's
ces deux derniers fiécles , fans exceder de
beaucoup les bornes d'une Lettre .
I.Vol.
Vouts
DECEMBRE . 1730. 2665
Vous avez vû que l'Hiftorien ne fe
borne pas à faire mention dans fon Ou
vrage des Sçavans nés à Lyon , le Chancelier
Gerfon , quoi qu'étranger à cette
Ville , comme je l'ai déja dit , ne laiffe pas
de figurer dans fon Hiftoire par le long
fejour qu'il y a fait , & par les fçavans
Ouvrages qu'il y a compofez ; il en eft
de même de Clement Marot. Le P. de
Colonia remarque que ce Poëte , pendant
un féjour affez long qu'il fit dans Lyon
mit la Jeuneffe de cette Ville dans le
gout
de la Poëfie Françoife , & qu'elle alloit
en prendre des leçons dans fa maiſon .
Marot ne fe borna pas à marquer fon inclination
pour la Ville de Lyon pendant
qu'il y demeura , il voulut que la pofterité
eut connoiffance du féjour qu'il y
avoit fait , & il ne quitta cette fameufe
Ville qu'en lui faifant un folennel adieu
& en compofant des Vers à fon honneur
celui de fes habitans confervant
encore après fon départ des relations particulieres
avec les gens de Lettres qu'il
avoit laiffez . C'eft ce que le P. de Colonia
fait fentir avec fon attention ordinaire.
Le P. de Colonia fait enfuite paffer
comme en revue les Sçavans de l'un & de
l'autre fexe qui ont pris naiffance dans
Lyon , & qui font en grand nombre
I. Vol.
on
2666 MERCURE DE FRANCE
on voit ici avec plaifir parmi les femmes ,
Claudine & Sybille Seve , Jeanne Gaildarde
, Louife Labbé , Clemence de Bourges
, les Vouté , les Du Perrat , les Duchoul
, & c . L'Hiſtolre de l'Imprimerie de
Lyon vient enfuite , ce qui donne occafion
de parler de Jean Trerchel , premier
modele & pere de l'Imprimerie
Lyonoife , & des premiers Ouvrages qui
fortirent de fa preffe ; on n'oublie pas
Joffe Bade , qui après avoir exercé longtems
l'Art de l'Imprimerie à Lyon , alla
le pratiquer à Paris , où il établit le celebre
Pralum Afcenfianum. Sebaftien Gri
phius , &c.
On voit avec plaifir l'éloge , ou plutôt
Hiftoire entiere du College de la Trinité
de Lyon , tant de l'ancien que du nouveau
, occupé par les R R. PP. Jefuites,
& dont le P. de Colonia fait un détail curieux
, en rapportant beaucoup de particularitez
concernant les gens de Lettres
qui l'ont habité , ou qui en font fortis
tant pour ce qui regarde la Poëfie , l'Hiftoire
, la Grammaire , que les Humanitez
, &c. L'Hiftorien termine enfin fon
fçavant Ouvrage par une Notice ample
& curieufe de la Bibliotheque de ce fameux
College dans laquelle on voir
beaucoup d'éditions des plus rares & des
plus anciennes telles font un Tite-
,
I. Vol.
Live
O
DECEMBRE
. 1730. 2667
"
Live en deux volumes in folio , fur un
beau vélin hiftorié , & d'une parfaite confervation
, imprimé en 1470. à Venife par
Vincent de Spire . La Bible de Gryphius
& les Commentaires de Dolet. Le Talmud
mis au jour à Veniſe par Daniel Bombergue
, & un nombre infini d'autres éditions
de très - grande conféquence . Elles
peuvent , à la verité , le trouver dans les
autres Bibliotheques : mais en voici une
que l'Hiftorien croit pouvoir appeller
unique en Europe , du moins en France
où elle n'a paruë que cette année 1730,
c'eft une Hiftoire generale de la Chine en
30. volumes imprimez à Pe- kin,en beau
papier & en beaux caracteres Chinois.
Chaque volume a quatorze pouces de long
fur fept de large , &c. On y voit aufli les
Lettres originales de Sixte V. écrites par le
Cardinal Sadolet , que le P.de Colonia fe
prépare de donner au Public. A la Notice
de la Bibliotheque qui paroît très curieuſe ,
le P. de Colonia en joint une du curieux
Cabinet du même College , qui ne merite
pas moins l'attention des Antiquaires
mais ce feroit ôter à la defcription de
l'Auteur beaucoup de fon merite, que de
la donner en abregé ; c'eft pourquoi je
ne crois pouvoir faire mieux. que de
Vou
renvoyer à l'Ouvrage même.
Je fuis , &c.
raire de la Ville de Lyon du Pere -
de Colonia:
L
nego-
E quinziéme fiécle commence à être
affez varié. Guy , Pape , & Mathieu
Thomaffin,fçavans Lyonnois, en occupent
le commencement. Le premiar étoit Jurifconfulte
, & Mathieu Thomaffin ſe diftingua
furtout dans une fameufe
ciation dont Louis XI. le chargea. Cette
negociation , fuivant le P. de Colonia
a produit un rare Manufcrit dont il a
jugé à propos de donner une notice. On
en conferve l'Original dans les Archives
de la Chambre des Comptes de Grenoble
, dont Thomaffin fut Preſident. Ce
rare Manufcrit porte pour titre : Regiftre
Delphinal , fait par le commandement du
Prince Louis Dauphin , par Mathieu Thomaffin
de Lyon , Confeiller Delphinal , &çi
Le venerable Gerfon n'eft'
pas Lyonnois
de naiffance ; mais comme il avoit
choifi la Ville de Lyon pour le lieu de fa
retraite , & qu'il y a paffe les dix dernie
res années de la vie , le P. de Colonia en
parle fort au long , en fe bornant cependant
à ce qui eft de fon ſujet , c'eſt-à-dire ,
à ce qui eft de particulier pour l'Hiftoire
de Lyon dans la vie de cet illuftre Chan-
I. Vol. cclier
DECEMBRE. 1730. 2663
celier de l'Univerfité de Paris , l'Hiftoire
du Cardinal Louis Allemand , connu fous
le nom du Cardinal d'Arles , & furtout
par la grande entrepriſe qu'il fit pour être
Pape , occupe une bonne partie du quinziéme
fiécle , lequel eft terminé par un
détail affez circonftancié du rétabliſſement
des Sciences dans cette grande Ville . Les
circonftances en font curieufes , & meri
tent toute votre attention .
Nous voici enfin arrivez au feize &
dix- feptiéme fiécle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , c'est - à- dire , à l'âge d'or de
la Litterature dans Lyon . L'Hiſtorien
donne d'abord une idée de la Litte
rature en general du feiziéme fiécle , &
il entre dans le détail des caufes qui l'ont
fait fleurir dans Lyons ce qui lui donne'
lieu de parler des Pienfes Comedies que les
Religieux jouerent , en préfence de Louis
XII. & de la Reine Anne de Bretagne.
A ces pieufes Comedies , dit notre Hiftotien
, fuccéda l'avanture finguliere du
nouveau Mercure ou du nouvel Apollonius
, qui parut à Lyon l'an 1501. & qui
par fa fcience univerfelle , & par fes rares
fecrets , étonna très fort Louis XII. &
toute fa Cour. » C'étoit un Italien nommé
Jean , qui fe faifoit annoncer fous
» le nom de nouvel Apollonius , ou de
nouveau Mercure , & qui fe vantoit de
I.Vols réunig
£664 MERCURE DE FRANCE
» réünir dans fa feule perfonne toute la
» fcience qu'avoient jamais eue les plus fçavans
Auteurs Hebreux, Grecs , & Latins.
» Le nouveau Mercure prétendoit fçavoir
toutes les profondeurs & les fineffes de
l'Art , tant vanté de la tranfmutation
» des Métaux ; il poffedoit parfaitement
» la Magie naturelle , & c. Il fit deux préfens
au Roi , fçavoir , une épée d'une fabrique
toute finguliere & remplie de cent
quatre- vingt couteaux ; & un bouclier ,
au milieu duquel on voyoit un miroir
magique , fabriqué comme l'épée , fous
certaines conftellations , & c. Le détail de
cette avanture , qui étonna fort la Cour
de Louis XII. merite que vous la lifież
en entier dans cette Hiftoire.
Le P. de Colonia paffe enfuite à l'Aca
démie Litteraire de Fourviere , ou de l'An
gelique ; il indique les Auteurs qui en ont
fait mention , les Membres qui la compo
foient , les études qu'on y faifoit , & termine
cet article par quelques Remarquès
fur le Prefident de l'Ange , qui a donné
fon nom à la maiſon , où cette Academie
s'affembloit. Il n'eft pas poffible , Monfieur
, d'entrer dans le détail de tout ce
qui s'eft paffé de curieux & d'intereffan't
pour l'Hiftoire Litteraire de Lyon dan's
ces deux derniers fiécles , fans exceder de
beaucoup les bornes d'une Lettre .
I.Vol.
Vouts
DECEMBRE . 1730. 2665
Vous avez vû que l'Hiftorien ne fe
borne pas à faire mention dans fon Ou
vrage des Sçavans nés à Lyon , le Chancelier
Gerfon , quoi qu'étranger à cette
Ville , comme je l'ai déja dit , ne laiffe pas
de figurer dans fon Hiftoire par le long
fejour qu'il y a fait , & par les fçavans
Ouvrages qu'il y a compofez ; il en eft
de même de Clement Marot. Le P. de
Colonia remarque que ce Poëte , pendant
un féjour affez long qu'il fit dans Lyon
mit la Jeuneffe de cette Ville dans le
gout
de la Poëfie Françoife , & qu'elle alloit
en prendre des leçons dans fa maiſon .
Marot ne fe borna pas à marquer fon inclination
pour la Ville de Lyon pendant
qu'il y demeura , il voulut que la pofterité
eut connoiffance du féjour qu'il y
avoit fait , & il ne quitta cette fameufe
Ville qu'en lui faifant un folennel adieu
& en compofant des Vers à fon honneur
celui de fes habitans confervant
encore après fon départ des relations particulieres
avec les gens de Lettres qu'il
avoit laiffez . C'eft ce que le P. de Colonia
fait fentir avec fon attention ordinaire.
Le P. de Colonia fait enfuite paffer
comme en revue les Sçavans de l'un & de
l'autre fexe qui ont pris naiffance dans
Lyon , & qui font en grand nombre
I. Vol.
on
2666 MERCURE DE FRANCE
on voit ici avec plaifir parmi les femmes ,
Claudine & Sybille Seve , Jeanne Gaildarde
, Louife Labbé , Clemence de Bourges
, les Vouté , les Du Perrat , les Duchoul
, & c . L'Hiſtolre de l'Imprimerie de
Lyon vient enfuite , ce qui donne occafion
de parler de Jean Trerchel , premier
modele & pere de l'Imprimerie
Lyonoife , & des premiers Ouvrages qui
fortirent de fa preffe ; on n'oublie pas
Joffe Bade , qui après avoir exercé longtems
l'Art de l'Imprimerie à Lyon , alla
le pratiquer à Paris , où il établit le celebre
Pralum Afcenfianum. Sebaftien Gri
phius , &c.
On voit avec plaifir l'éloge , ou plutôt
Hiftoire entiere du College de la Trinité
de Lyon , tant de l'ancien que du nouveau
, occupé par les R R. PP. Jefuites,
& dont le P. de Colonia fait un détail curieux
, en rapportant beaucoup de particularitez
concernant les gens de Lettres
qui l'ont habité , ou qui en font fortis
tant pour ce qui regarde la Poëfie , l'Hiftoire
, la Grammaire , que les Humanitez
, &c. L'Hiftorien termine enfin fon
fçavant Ouvrage par une Notice ample
& curieufe de la Bibliotheque de ce fameux
College dans laquelle on voir
beaucoup d'éditions des plus rares & des
plus anciennes telles font un Tite-
,
I. Vol.
Live
O
DECEMBRE
. 1730. 2667
"
Live en deux volumes in folio , fur un
beau vélin hiftorié , & d'une parfaite confervation
, imprimé en 1470. à Venife par
Vincent de Spire . La Bible de Gryphius
& les Commentaires de Dolet. Le Talmud
mis au jour à Veniſe par Daniel Bombergue
, & un nombre infini d'autres éditions
de très - grande conféquence . Elles
peuvent , à la verité , le trouver dans les
autres Bibliotheques : mais en voici une
que l'Hiftorien croit pouvoir appeller
unique en Europe , du moins en France
où elle n'a paruë que cette année 1730,
c'eft une Hiftoire generale de la Chine en
30. volumes imprimez à Pe- kin,en beau
papier & en beaux caracteres Chinois.
Chaque volume a quatorze pouces de long
fur fept de large , &c. On y voit aufli les
Lettres originales de Sixte V. écrites par le
Cardinal Sadolet , que le P.de Colonia fe
prépare de donner au Public. A la Notice
de la Bibliotheque qui paroît très curieuſe ,
le P. de Colonia en joint une du curieux
Cabinet du même College , qui ne merite
pas moins l'attention des Antiquaires
mais ce feroit ôter à la defcription de
l'Auteur beaucoup de fon merite, que de
la donner en abregé ; c'eft pourquoi je
ne crois pouvoir faire mieux. que de
Vou
renvoyer à l'Ouvrage même.
Je fuis , &c.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Extrait de l'Histoire Litteraire de la Ville de Lyon du Pere de Colonia.
Le texte présente un aperçu de l'histoire littéraire de Lyon aux quinzième et seizième siècles. Au quinzième siècle, plusieurs figures notables se distinguent, notamment Guy, Pape, et Mathieu Thomassin, un savant lyonnais. Thomassin est particulièrement connu pour une négociation importante menée pour Louis XI, dont un manuscrit rare est conservé aux Archives de la Chambre des Comptes de Grenoble. Le chanoine Gerfom, bien que étranger à Lyon, y a passé les dix dernières années de sa vie et est mentionné pour ses contributions. L'histoire du Cardinal Louis Allemand, connu sous le nom de Cardinal d'Arles, est également notable. Le seizième siècle est décrit comme l'âge d'or de la littérature lyonnaise. Des pièces de théâtre étaient jouées par des religieux devant Louis XII et la reine Anne de Bretagne. En 1501, un Italien nommé Jean, se faisant appeler le nouveau Mercure ou Apollonius, a impressionné la cour de Louis XII par ses connaissances universelles et ses secrets rares. Jean prétendait maîtriser la transmutation des métaux et la magie naturelle, et il a offert au roi une épée et un bouclier aux propriétés magiques. Le texte évoque également l'Académie littéraire de Fourvière, ou de l'Ange, et ses membres, ainsi que l'imprimerie lyonnaise, avec des figures comme Jean Trerchel et Josse Bade. L'histoire du Collège de la Trinité de Lyon, occupé par les Jésuites, est détaillée, ainsi que sa bibliothèque contenant des éditions rares et anciennes. Parmi les ouvrages notables, on trouve un exemplaire du Tite-Live imprimé en 1470 à Venise, la Bible de Gryphius, et une histoire générale de la Chine en 30 volumes imprimée à Pékin. Le texte se termine par une mention des lettres originales de Sixte V écrites par le Cardinal Sadolet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 2671-2677
« CONSIDERATIONS SUR LA TRAGEDIE en general, où par occasion on examine ce [...] »
Début :
CONSIDERATIONS SUR LA TRAGEDIE en general, où par occasion on examine ce [...]
Mots clefs :
Histoire, Parlement, Augustins, Lettres, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CONSIDERATIONS SUR LA TRAGEDIE en general, où par occasion on examine ce [...] »
CONSIDERATIONS SUR LA TRAGEDIE CR
general , où par occafion on examine.ce
qui feroit neceffaire pour faire réüffir une
Tragédie en Profe. Ruë de la Harpe, chez
De la Tour, brochure in 12. de 44- pages ,
to fols.
HARMONIE DES DEUX SPHERES , celefte
& terreftre , ou la correfpondance des
Etoiles aux parties de la terre. Par M. Jo,
feph Goiffon , Aumônier de S. A. S. M. le
Duc du Maine, & Principal du College
de Dombes. Ruë S. Jacques, chez . Etienne
Ganeau , in 12. de 431 pag. prix 50 fols.
L'OPERATION DE LA TAILLE par l'Appareil
Latéral , ou la Méthode de Frere
Jacques , corrigée de tous fes deffauts : Par
R. J. Croiffant de Garengeot , Maître ès
Arts , & en Chirurgie , Démonftrateur .
Royal en matiere Chirurgicale , & de la
L.Vol.
Fij Socié2672
MERCURE DE FRANCE
Société Royale de Londres. A Paris , rue
S. Jacques chez Cavelier , 1730. in 12 .
de 118 pages.
HISTOIRE de la vie du Duc d'Epernon ;
divifée en trois parties. Par M. Girard
Quay des Auguftins , chez Montalant . 1730.
4 vol, in 12.
LE MINISTRE D'ETAT dans les Cours
Etrangeres ; fes fonctions & fes prérogatives
. Par le fieur Jean de la Sarras de
Franquenay.Rue S. Jacques, chez Ganeau,
in 12. de 295 pag. prix 35 fols.
LES OEUVRES de Nicolas Boileau Def
preaux , &c. A Amfterdam , chez François
Changuien. 2. vol. in fol. avec des Eftampes
nouvelles d'une grande beauté , gravées
par Picartle Romain.
LETTRES PHILOSOPHIQUES fur la formation
des fels , des criftaux , & la généra
tion & le Mécanisme organique des Plantes
& des animaux, à l'occafion de la Pierre
Belemnite , & de la Pierre Lenticulaire,
avec un Mémoire fur la théorie de la terre.
Par M. Bourguet. A Amft. chez François
Honoré, 1729,
TRAITE' DES PRESCRIPTIONS de l'alié
1.Vol nation
DECEMBRE. 1730 2673
nation des biens d'Eglife & des Dîmes ,
fuivant les Droits civil & canon , la Jurifprudence
du Royaume , & les ufages
du Comté de Bourgogne. Par M. Duned
ancien Avocat au Parlement & Profeffeur
Royal en l'Univerfité de Befançon . A Dijon
, chez Ant. du Fay. 1730. in 4.
ELOGE DE LA MEDECINE & de la Chirur
gie. Deffenfes de la Médecine contre les
calomnies de Montagne, en forme de Dialogue.
Par le fieur Beeverwyk , Médecin ,
& Echevin de la Ville de Dordrecht , en
Hollande. LETTRES de la tres - fameufe Demoiſelle
Anne- Marie Schurmans , Acade.
micienne de la fameúfe Univerfité d'Utreck
, avec une inftruction aux Médecins
d'Hollande. Le tout traduit d'Hol
landois , par Madame de Zouteland , à
prefent femme du fieur Boiffon , Ingénieur
du Roy. A Paris , ruë Dauphine , chez la
veuve Rebuffé. 1730.
INSTRUCTIONS UTILES AU CHRETIEN,
& à l'honnête homme , en forme de Sentences.
Par M. le Vaffeur , Chanoine Regulier
de l'Ordre de la fainte Trinité ,
&c. A Paris , rue du Foin. in 12. de 333
pages.
SENTIMENS DE CLEANTE fur les Entrefiens
d'Arifte & d'Engene. Par M. Bar-
I. Vol Fiij bier
2674 MERCURE DE FRANCE
"
bier d'Aucour, de l'Académie Françoiſe.
Quasréme Edition, revuë & corrigée , où
Fon a mis deux Fallums du mêmeAuteur.
pour Jacques le Brun , rue S. Jacques , chez
la veuve Delaulne . 1730. in 12.
>
ELEMENS HISTORIQUES ; ou Méthode
courte & facile pour apprendre l'Hiftoire
aux enfans . Dédiez à S. A. S. M.le Duc
de Chartres . Par M. l'Abbé de Maupertui.
Pont S. Michel , chez André Caillean.
1730.
ENTRETIENS NOCTURNES de Mercure &
de la Rénommée , au jardin des Thuilleries.
Par Me de Gomez. A Paris , chez
Prault , Quai de Gévres, 1730. Brochure
in 12.
LES AVANTURES D'ARISTE'E ET DE TELASIE
. Hiftoire galante & héroïque. A Paris,
Quai des Auguftins , chez la veuve Guillaume.
1731. 2 vol. in 12 , de plus de
Soo pages.
L'ESPRIST DU COMMERCE , pour l'année
1731. Par M. Roflin , Expert Arithméticien
& Ecrivain . A Paris , ruë faint
Martin , prés l'Ecu de Venife , & ráë Ga
lande , chez G. F. Quillan.
I. Vol. ALMA
DECEMBRE. 1730. 2675
$
-
ALMANACH ASTRONOMIQUE , Géogra
phique, Hiftorique , Moral , general, particulier
; & , qui plus eft , veritable ; pour
l'an de grace 1731. dans lequel on trouvera
des prédictions infaillibles pour chaque
faifon & chaque mois. Ouvrage curieux
& folide , malgré fon titre. Avec
douze couplets de Centuries chantantes ;
de Me Michel Noftradamus. Par M.Conf
tantin Fleurlurault , Mathématicien .
Dic quibus in terris , & eris mihi magnu
Apollo ,
Tres pateat caeli fpatium non amplius ulnas.
Virg. Bucol . Ecl. 2 .
A Paris , chez Antoine de Heuqueville ,
Quai des Auguftins,ruë Gilles - le-Coeur‚à la
Paix.
1731.
On délivre aux Soufcripteurs , chez
G. Martin , Montalant , Coignard fils &
Guérin Painé , les Tomes 8 & 10. avec figures,
des anciens Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences . On a donné cy- devant
les Tomes 5. 6. 7. 9. & 12 .. On fera
paroître à la fin de Décembre le Tomé
4. qui contient l'Hiftoire des Plantes,avec
figures ; & le 13 , qui fera la Table des
Mémoires , depuis 1710. jufqu'en 1720.
Le 3 volume , qui contiendra l'Hiftoire
I. Vola
Fiiit des
2676 MERCURE DE FRANCE
des Animaux eft prefque en état de paroître.
Les autres Volumes fuivront im
médiatement. Le Public aura lieu d'être
fatisfait de la beauté de l'exécution de cet
Ouvrage.
Guérin , l'aîné, Libraire, rue S: Jacques,
vend les Livres nouveaux , fuivans .
Alii Ariftidis Opera omnia græcè &
latinè , cum Notis diverforum & veterum
Scholis , ex recenfione Samuelis Jebb . Oxo
nii. 1730. 2 vol. in 4 .
Hiftoire de Lorraine, par D.Aug.Calmet,
4 vol. in fol.
Recueil des Edits , Déclarations , Arrefts
& Reglemens propres & particuliers aux
Provinces du Reffort du Parlement de
Flandres , in 4. C'est à M. Vernimen, Pro
cureur General dudit Parlement que l'on a
Pobligation de ce Recueil.
Hiftoire de la Musique , & de fes effets.
4 vol . in 12.
Abregé de l'Hiftoire d'Angleterre. La
Haye , 1730. 7 vol . in 12.
La Bibliotheque raisonnée des Sçavans de
l'Europe , juſqu'au mois de Juillet , 17300
8 part. in 8.
Les Lettres choifies de M.Richard Simon ;
avec la vie de l'Auteur , nouvelle édition ,
avec des Notes. Par M.Bruzen de la Martiniere.
Amft. 1729. 4 vol , in 12.
I.Vol
Ellai
DECEMBRE . 1730. 2677
Effai Philofophique fur l'Entendement
humain , traduit de l'Anglois de Locke
par Pierre Cofte. Nouvelle Edition , confiderablement
augmentée & éclaircie.
Amft. 1729. in 4 .
general , où par occafion on examine.ce
qui feroit neceffaire pour faire réüffir une
Tragédie en Profe. Ruë de la Harpe, chez
De la Tour, brochure in 12. de 44- pages ,
to fols.
HARMONIE DES DEUX SPHERES , celefte
& terreftre , ou la correfpondance des
Etoiles aux parties de la terre. Par M. Jo,
feph Goiffon , Aumônier de S. A. S. M. le
Duc du Maine, & Principal du College
de Dombes. Ruë S. Jacques, chez . Etienne
Ganeau , in 12. de 431 pag. prix 50 fols.
L'OPERATION DE LA TAILLE par l'Appareil
Latéral , ou la Méthode de Frere
Jacques , corrigée de tous fes deffauts : Par
R. J. Croiffant de Garengeot , Maître ès
Arts , & en Chirurgie , Démonftrateur .
Royal en matiere Chirurgicale , & de la
L.Vol.
Fij Socié2672
MERCURE DE FRANCE
Société Royale de Londres. A Paris , rue
S. Jacques chez Cavelier , 1730. in 12 .
de 118 pages.
HISTOIRE de la vie du Duc d'Epernon ;
divifée en trois parties. Par M. Girard
Quay des Auguftins , chez Montalant . 1730.
4 vol, in 12.
LE MINISTRE D'ETAT dans les Cours
Etrangeres ; fes fonctions & fes prérogatives
. Par le fieur Jean de la Sarras de
Franquenay.Rue S. Jacques, chez Ganeau,
in 12. de 295 pag. prix 35 fols.
LES OEUVRES de Nicolas Boileau Def
preaux , &c. A Amfterdam , chez François
Changuien. 2. vol. in fol. avec des Eftampes
nouvelles d'une grande beauté , gravées
par Picartle Romain.
LETTRES PHILOSOPHIQUES fur la formation
des fels , des criftaux , & la généra
tion & le Mécanisme organique des Plantes
& des animaux, à l'occafion de la Pierre
Belemnite , & de la Pierre Lenticulaire,
avec un Mémoire fur la théorie de la terre.
Par M. Bourguet. A Amft. chez François
Honoré, 1729,
TRAITE' DES PRESCRIPTIONS de l'alié
1.Vol nation
DECEMBRE. 1730 2673
nation des biens d'Eglife & des Dîmes ,
fuivant les Droits civil & canon , la Jurifprudence
du Royaume , & les ufages
du Comté de Bourgogne. Par M. Duned
ancien Avocat au Parlement & Profeffeur
Royal en l'Univerfité de Befançon . A Dijon
, chez Ant. du Fay. 1730. in 4.
ELOGE DE LA MEDECINE & de la Chirur
gie. Deffenfes de la Médecine contre les
calomnies de Montagne, en forme de Dialogue.
Par le fieur Beeverwyk , Médecin ,
& Echevin de la Ville de Dordrecht , en
Hollande. LETTRES de la tres - fameufe Demoiſelle
Anne- Marie Schurmans , Acade.
micienne de la fameúfe Univerfité d'Utreck
, avec une inftruction aux Médecins
d'Hollande. Le tout traduit d'Hol
landois , par Madame de Zouteland , à
prefent femme du fieur Boiffon , Ingénieur
du Roy. A Paris , ruë Dauphine , chez la
veuve Rebuffé. 1730.
INSTRUCTIONS UTILES AU CHRETIEN,
& à l'honnête homme , en forme de Sentences.
Par M. le Vaffeur , Chanoine Regulier
de l'Ordre de la fainte Trinité ,
&c. A Paris , rue du Foin. in 12. de 333
pages.
SENTIMENS DE CLEANTE fur les Entrefiens
d'Arifte & d'Engene. Par M. Bar-
I. Vol Fiij bier
2674 MERCURE DE FRANCE
"
bier d'Aucour, de l'Académie Françoiſe.
Quasréme Edition, revuë & corrigée , où
Fon a mis deux Fallums du mêmeAuteur.
pour Jacques le Brun , rue S. Jacques , chez
la veuve Delaulne . 1730. in 12.
>
ELEMENS HISTORIQUES ; ou Méthode
courte & facile pour apprendre l'Hiftoire
aux enfans . Dédiez à S. A. S. M.le Duc
de Chartres . Par M. l'Abbé de Maupertui.
Pont S. Michel , chez André Caillean.
1730.
ENTRETIENS NOCTURNES de Mercure &
de la Rénommée , au jardin des Thuilleries.
Par Me de Gomez. A Paris , chez
Prault , Quai de Gévres, 1730. Brochure
in 12.
LES AVANTURES D'ARISTE'E ET DE TELASIE
. Hiftoire galante & héroïque. A Paris,
Quai des Auguftins , chez la veuve Guillaume.
1731. 2 vol. in 12 , de plus de
Soo pages.
L'ESPRIST DU COMMERCE , pour l'année
1731. Par M. Roflin , Expert Arithméticien
& Ecrivain . A Paris , ruë faint
Martin , prés l'Ecu de Venife , & ráë Ga
lande , chez G. F. Quillan.
I. Vol. ALMA
DECEMBRE. 1730. 2675
$
-
ALMANACH ASTRONOMIQUE , Géogra
phique, Hiftorique , Moral , general, particulier
; & , qui plus eft , veritable ; pour
l'an de grace 1731. dans lequel on trouvera
des prédictions infaillibles pour chaque
faifon & chaque mois. Ouvrage curieux
& folide , malgré fon titre. Avec
douze couplets de Centuries chantantes ;
de Me Michel Noftradamus. Par M.Conf
tantin Fleurlurault , Mathématicien .
Dic quibus in terris , & eris mihi magnu
Apollo ,
Tres pateat caeli fpatium non amplius ulnas.
Virg. Bucol . Ecl. 2 .
A Paris , chez Antoine de Heuqueville ,
Quai des Auguftins,ruë Gilles - le-Coeur‚à la
Paix.
1731.
On délivre aux Soufcripteurs , chez
G. Martin , Montalant , Coignard fils &
Guérin Painé , les Tomes 8 & 10. avec figures,
des anciens Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences . On a donné cy- devant
les Tomes 5. 6. 7. 9. & 12 .. On fera
paroître à la fin de Décembre le Tomé
4. qui contient l'Hiftoire des Plantes,avec
figures ; & le 13 , qui fera la Table des
Mémoires , depuis 1710. jufqu'en 1720.
Le 3 volume , qui contiendra l'Hiftoire
I. Vola
Fiiit des
2676 MERCURE DE FRANCE
des Animaux eft prefque en état de paroître.
Les autres Volumes fuivront im
médiatement. Le Public aura lieu d'être
fatisfait de la beauté de l'exécution de cet
Ouvrage.
Guérin , l'aîné, Libraire, rue S: Jacques,
vend les Livres nouveaux , fuivans .
Alii Ariftidis Opera omnia græcè &
latinè , cum Notis diverforum & veterum
Scholis , ex recenfione Samuelis Jebb . Oxo
nii. 1730. 2 vol. in 4 .
Hiftoire de Lorraine, par D.Aug.Calmet,
4 vol. in fol.
Recueil des Edits , Déclarations , Arrefts
& Reglemens propres & particuliers aux
Provinces du Reffort du Parlement de
Flandres , in 4. C'est à M. Vernimen, Pro
cureur General dudit Parlement que l'on a
Pobligation de ce Recueil.
Hiftoire de la Musique , & de fes effets.
4 vol . in 12.
Abregé de l'Hiftoire d'Angleterre. La
Haye , 1730. 7 vol . in 12.
La Bibliotheque raisonnée des Sçavans de
l'Europe , juſqu'au mois de Juillet , 17300
8 part. in 8.
Les Lettres choifies de M.Richard Simon ;
avec la vie de l'Auteur , nouvelle édition ,
avec des Notes. Par M.Bruzen de la Martiniere.
Amft. 1729. 4 vol , in 12.
I.Vol
Ellai
DECEMBRE . 1730. 2677
Effai Philofophique fur l'Entendement
humain , traduit de l'Anglois de Locke
par Pierre Cofte. Nouvelle Edition , confiderablement
augmentée & éclaircie.
Amft. 1729. in 4 .
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Résumé : « CONSIDERATIONS SUR LA TRAGEDIE en general, où par occasion on examine ce [...] »
Le document présente une liste de publications diverses parues en 1730 et 1731. Parmi les ouvrages mentionnés, on trouve des traités sur divers sujets tels que la tragédie, l'harmonie des sphères célestes et terrestres, et des méthodes chirurgicales. Des histoires de figures notables, comme le Duc d'Épernon, sont également incluses, ainsi que des réflexions sur les fonctions des ministres d'État. Le texte inclut aussi des œuvres littéraires, philosophiques et scientifiques. Par exemple, des lettres philosophiques sur la formation des fels et des cristaux, un traité sur les prescriptions des biens d'Église, et des élégies sur la médecine et la chirurgie. Des almanachs, des recueils historiques, et des traductions d'auteurs classiques sont également mentionnés. Le document se termine par des informations sur la distribution des tomes des Mémoires de l'Académie Royale des Sciences et des annonces de livres nouveaux disponibles chez divers libraires.
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61
p. 2739
ALLEMAGNE.
Début :
On a appris par les Lettres de Berlin que le Prince Royal de Prusse étoit rentré dans [...]
Mots clefs :
Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
O
Na appris par les Lettres de Berlin que
le Prince Royal de Fruffe étoit rentré dans
les bonnes graces du Roi fon pere.
>
Les Lettres de Belgrade portent que les Pachas
de Widin , de Nizza & de Bofnie avoient été
arrêtés & conduits à Conftantinople , & que le
Pacha de la Morée ayant été foupçonné d'être
en intelligence avec la République de Venife
avoit été étranglé.
O
Na appris par les Lettres de Berlin que
le Prince Royal de Fruffe étoit rentré dans
les bonnes graces du Roi fon pere.
>
Les Lettres de Belgrade portent que les Pachas
de Widin , de Nizza & de Bofnie avoient été
arrêtés & conduits à Conftantinople , & que le
Pacha de la Morée ayant été foupçonné d'être
en intelligence avec la République de Venife
avoit été étranglé.
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62
p. 98-106
Ouvrages manuscrits de l'Abbé Renaudot, [titre d'après la table]
Début :
OUVRAGES manuscrits d'Eusebe Renaudot, de l'Académie Françoise. Extrait [...]
Mots clefs :
Eusèbe Renaudot, Critique, Manuscrits, Publication, Mémoires, Érudition, Lettres, R. P. Niceron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvrages manuscrits de l'Abbé Renaudot, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS, BC,
UVRAGES manuscrits d'Eusebe
Renaudot , de l'Académie Fran-
,
çoise . Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , le 1 Decembre 1730. I
En continuant de donner des Extraits
des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la République des
Lettres , & c. recueillis par le R.P. Niceron
, à mesure que chaque volume paroît
, j'ai gouté les choix que vous avez
faits , et je n'ai point désaprouvé les libertez
que vous avez prises en quelques
occasions en faveur de la verité , et pour
l'instruction du Public , persuadé que
l'Editeur même des Mémoires ne peut
que vous en sçavoir bon gré.
On est cependant surpris que dans votre
dernier Extrait qui regarde Eusebe
Renaudot , vous n'ayiez point relevé les.
termes trop durs , dont cet Editeur s'est
servi en parlant de la critique du R. P.de:
Premare , de la Compagnie de Jesus , sur
l'ouvrage de l'Abbé Renaudot , qui concerne
la Chine. Ces termes ont paru
d'auJANVIER.
1731 .
d'autant plus impropres et outrez à plu
sieurs personnes désinteressées , que le
P. de Prémare lui - même , en ne pensant
pas , comme notre Sçavant , sur le sujet
en question , le traite cependant avec
toute la politesse possible , et ne sort jamais
des bienseances. Il est à croire quesi
le livre du P. de Prémare avoit paru
du vivant de l'Abbé Renaudot , celui- cy
auroit pu répondre et donner des éclaireissemens
qui auroient peut-être satisfait
et le Public et son illustre Adversaire.
Le P. Niceron a eu raison en parlant
des Ouvrages manuscrits du Sçavant
Abbé , de dire que leur nombre surpasse
de beaucoup celui des Ouvrages imprimez
; les Benedictins de S. Germain des.
Prez ne les possedent pas encore , mais
cela n'empêche pas qu'on ne sçache bien
en quoi consistent ces Manuscrits . Ap--
paremment l'Editeur des Mémoires n'a
pas pû pénétrer jusques - là . Il est juste
que le public profite de la facilité que
j'ai eue , non seulement d'en voir plu--
sieurs fois le Catalogue , mais encore d'en
prendre une copie du vivant et de l'agrément
de l'Auteur. Je vous envoye cette
copie , et vous pouvez compter qu'elle
est exacte.
Euse
235165
TOO MERCURE DE FRANCE.
EUSEBII Renaudot , Opera Manuscripta
, et nondum edita .
2
L. De Nestorianis et Nestorianæ
Sectæ propagatione ,
vol. cum Apographis.
II. De Jacobitarum circà duarum
in Christo naturarum
unionem sententiâ , Apo- ,
graphum duntaxat..
III. Excerpta variorum Theologorum
Jacobitarum , quibus
suam ipsi doctrinam
explicant de naturarum duarum
in unam coalitione ,
Apographum.
IV. De hymno Trysagio..
V. De Ecclesiâ Copticâ.
VI. Excerptum ex Codice Vaticano
Quæstionum secundùm
doctrinam Ecclesiæ
Copticæ , cum Apographo.
VII. De Linguâ Copticâ tractatus
diversus ab eo quem Author
, Tom. II. Lyturgiarum
Orientalium edidit.
VIII . De Ecclesiâ Æthyopicâ cum
Apographo.
IX. Item. de eâdem
Æthiopicâ.
X. De Maronitis..
Ecclesia
XI..
JANVIER. 1731 口
XI. De Nestorianis cum Apographo
, sed imperfecto.
XII. De Melchitis.
f
XIII. De Theologiâ Orientali .
XIV. De Fide , Moribus et Institurtis
Christianorum Orientalium.
XV. De Eucharistiâ , ubi .
1. Orientalium Theologorum doctrina
de transmutatione elementorum in Corpus
et Sanguinem Christi. *
2. Observationes ad relata huc usque
testimonia, tàm ex publicis officiis, quàm
ex Theologis Orientalibus circa doctrinam
præsentiæ realis.
3. Observationes singulares de modo
transmutationis elementorum in Corpus
et Sanguinem Christi .
A 4. Observationes singulares de modo
transmutationis Corporis et Sanguinis
Christi , comparatione ducta ab Incarnationis
Mysterio.
XVI. De Liturgiis Orientalibus .
XVII. De Poenitentiâ.
XVIII. De Sacris Ordinationibus
Apographum duntaxat : ubi
De Subdiaconis.
De Diaconis..
De Presbyteris , sed imperfectum
.
XIX. Observationes circà quædam
capita
For MERCURE DE FRANCE
X X.
capita exposita Orientalium
de Sacramentis doctrinæ.
De Sacramento Baptismi secundùm
Melchitas , Jaco
bitas et Nestorianos .
XXI. Officium Baptismi secundùm
Ritum Ecclesiæ Alexandrinæ
Copticæ , cum notis .
XXII. Officium Baptismi Sancti ex
codice Colbertino Syriaco
6068. cum notis .
XXIII. Canon prescriptus à Patre
nostro Sancto Abbate Petro
Episcopo Bahuse , pro
consecratione noviBaptismi.
XXIV. De Circumcisione quæ ab
Ægyptiis, Jacobitis et Ætiopibus
observatur .
XXV. De Sacramento Confirmationis.
XXVI. De Sacramento Poenitentiæ
ejusque administrandi apud
Orientales disciplinâ.
XXVII. Ex tractatu Barsabi Dyonisii,
2
Episcopi Amidensis, de suscipiendis
Poenitentibus observationes
XXVIII. Ordo Reconciliationis Poenirentium
compositus à Mar-
Jesuibb , catholico Nestoriano.
XXIX .
JANVIER. 1731. 109
XXIX . Canones Poenitentiales Syrorum
Jacobitarum.
X X X. Ordo observandus circà eos
qui faciunt Confessionem.
XXXI. Orationes Poenitentiales varia
( cuncta hæc quatuor suis
cum Apographis. )
XXXI I. De oleo infirmorum , seu Extremâ-
Unctione.
XXXIII. De Sacris Ordinationibus cum
suo Apographo.
XXXIV . Officium ordinationis Episcoporum
secundùm Ritum
Ecclesiæ Jacobiticæ Alexandrinæ.
X X X V. Officia ordinationum sub ritu
Jacobitarum Orientis, bina,
quorum unum altero proli
xius est..
XXXV I. Admonitio ad ordinandos.
XXXVII. Officium ordinationis Chorepiscoporum
cum notis .
XXXVIII. In officia ordinationum ...
Jacobiticæ , Notæ.
XXXIX. De Sacramento Matrimonii.
X L. Ordo ad sponsalia celebranda
secundùm Ritum Ecclesiæ
coptica Alexandrina.
XLI. Officium Nuptialis benedictionis
secundùm ritum
Ecclesiæ Jacobitica.
XLIE
T04 MERCURE DE FRANCE
-XLII. De collectione Canonum Met
chitarum , seu eorum Christianorum
qui Græci generis
sunt et arabicè loquuntur.
XLIII. De Canonum Nicanorum
Arabicorum authoritate
Apographum duntaxat .
XLIV. De veteri Canonum codice
•
Syne Magni Ducis Etruriæ.
. XLV. De collectionibus Canonum
Orientalibus.
XLVI. De Canonum collectione Cyrilli
filii Laclak , Patriarcha
Alexandrini .
XLVII. De Canonum collectione Gabrielis
filii Tarik, Patriarcha
Alexandrini.
XLVIII. Collectio Canonum Æthyopica.
XLIX . De collectione Canonum quæ
apud Jacobitas in usu est.
De Calendario Ecclesiæ Jacobitica
Alexandrinæ.
L.
L I.
LIL
De Imaginum ' cultu Orientalium
doctrina.
De Linguam vulgarium in
Sacris usu .
LIII. De Scripturæ Sacræ Versionibus
quæ apud Orientales in
usu sunt.
LIV. Iterùm de fide , moribus et
instiJANVIER.
1731. 105
:
L V.
institutisEcclesiarum Orientis
; ubi , de fide apud Orientales
Schismaticos et Hæreticos
propagandâ.
De ratione agendi cum Orientalibus,
Hæreticis , Schismaticis
, ut ad fidem Catholicam
adducantur.
LV I. De Missionibus ad Orientis
Ecclesias faciendis : Triplex
opus cum suis Apographis.
Opuscula aliquot adversus recentiores quosdam
Scriptores heterodoxos et alios.
1. Réplique à l'Apologiste de M.Ludolf.
z. Adversùs Miscellanea Thomæ Smith
Angli .
3. Adversùs Sebastum Trapezuntium .
4. Dissertatio Apologetica adversùs Simeonem
Josephum Assemanum Maronitam
Bibliothecæ Orientalis Scriptorem
.
-'s . Tourneforlii Relationes castigatæ , in
quæ Christianorum his Orientis ritus
spectant.
OPUSCULA ALIA .
6. De Barbaricis Aristotelicorum librorum
interpretationibus.
7. Mémoire pour l'Academie des Inscriptions.
8.
08 MERCURE DE FRANCE
:
8. Du titre de Princeps Juventutis.
9. Mémoire envoyé à Rome au P. Laderchi.
40. De l'antiquité desVersions Orientales
de l'Ecriture Sainte .
OPUSCULA NON ABSOLUTA.
11. Dosithei Patriarchæ Jerosolimitani
adversùs Cariophilum opusculi translatio
imperfecta pauca desunt .
12. Du Mahometisme et de ses progrès .
13. Des Ecrivains Mahometans , tant Arabes
que Bretons et Turcs .
J'aurois pû ajouter ici l'Epitaphe qui
doit être mise sur le Tombeau de notre
Sçavant , mais ce seroit , ce me semble ,
trop entreprendre. Deux personnes trèsdistinguées
, l'une par son éminente Dignité
, l'autre par une érudition reconnuë
de toute l'Europe , en ont composé
chacun une. On choisira apparemment
celle qui conviendra le mieux. A l'égard
des Ouvrages Manuscrits qui font le sujet
de cette Lettre , l'Eglise et la République
des Lettres , ont un égal intérêt
d'en avoir bientôt la publication.
Je la souhaite plus que personne et je
suis toujours , & c.
DES BEAUX ARTS, BC,
UVRAGES manuscrits d'Eusebe
Renaudot , de l'Académie Fran-
,
çoise . Extrait d'une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , le 1 Decembre 1730. I
En continuant de donner des Extraits
des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des
Hommes Illuftres dans la République des
Lettres , & c. recueillis par le R.P. Niceron
, à mesure que chaque volume paroît
, j'ai gouté les choix que vous avez
faits , et je n'ai point désaprouvé les libertez
que vous avez prises en quelques
occasions en faveur de la verité , et pour
l'instruction du Public , persuadé que
l'Editeur même des Mémoires ne peut
que vous en sçavoir bon gré.
On est cependant surpris que dans votre
dernier Extrait qui regarde Eusebe
Renaudot , vous n'ayiez point relevé les.
termes trop durs , dont cet Editeur s'est
servi en parlant de la critique du R. P.de:
Premare , de la Compagnie de Jesus , sur
l'ouvrage de l'Abbé Renaudot , qui concerne
la Chine. Ces termes ont paru
d'auJANVIER.
1731 .
d'autant plus impropres et outrez à plu
sieurs personnes désinteressées , que le
P. de Prémare lui - même , en ne pensant
pas , comme notre Sçavant , sur le sujet
en question , le traite cependant avec
toute la politesse possible , et ne sort jamais
des bienseances. Il est à croire quesi
le livre du P. de Prémare avoit paru
du vivant de l'Abbé Renaudot , celui- cy
auroit pu répondre et donner des éclaireissemens
qui auroient peut-être satisfait
et le Public et son illustre Adversaire.
Le P. Niceron a eu raison en parlant
des Ouvrages manuscrits du Sçavant
Abbé , de dire que leur nombre surpasse
de beaucoup celui des Ouvrages imprimez
; les Benedictins de S. Germain des.
Prez ne les possedent pas encore , mais
cela n'empêche pas qu'on ne sçache bien
en quoi consistent ces Manuscrits . Ap--
paremment l'Editeur des Mémoires n'a
pas pû pénétrer jusques - là . Il est juste
que le public profite de la facilité que
j'ai eue , non seulement d'en voir plu--
sieurs fois le Catalogue , mais encore d'en
prendre une copie du vivant et de l'agrément
de l'Auteur. Je vous envoye cette
copie , et vous pouvez compter qu'elle
est exacte.
Euse
235165
TOO MERCURE DE FRANCE.
EUSEBII Renaudot , Opera Manuscripta
, et nondum edita .
2
L. De Nestorianis et Nestorianæ
Sectæ propagatione ,
vol. cum Apographis.
II. De Jacobitarum circà duarum
in Christo naturarum
unionem sententiâ , Apo- ,
graphum duntaxat..
III. Excerpta variorum Theologorum
Jacobitarum , quibus
suam ipsi doctrinam
explicant de naturarum duarum
in unam coalitione ,
Apographum.
IV. De hymno Trysagio..
V. De Ecclesiâ Copticâ.
VI. Excerptum ex Codice Vaticano
Quæstionum secundùm
doctrinam Ecclesiæ
Copticæ , cum Apographo.
VII. De Linguâ Copticâ tractatus
diversus ab eo quem Author
, Tom. II. Lyturgiarum
Orientalium edidit.
VIII . De Ecclesiâ Æthyopicâ cum
Apographo.
IX. Item. de eâdem
Æthiopicâ.
X. De Maronitis..
Ecclesia
XI..
JANVIER. 1731 口
XI. De Nestorianis cum Apographo
, sed imperfecto.
XII. De Melchitis.
f
XIII. De Theologiâ Orientali .
XIV. De Fide , Moribus et Institurtis
Christianorum Orientalium.
XV. De Eucharistiâ , ubi .
1. Orientalium Theologorum doctrina
de transmutatione elementorum in Corpus
et Sanguinem Christi. *
2. Observationes ad relata huc usque
testimonia, tàm ex publicis officiis, quàm
ex Theologis Orientalibus circa doctrinam
præsentiæ realis.
3. Observationes singulares de modo
transmutationis elementorum in Corpus
et Sanguinem Christi .
A 4. Observationes singulares de modo
transmutationis Corporis et Sanguinis
Christi , comparatione ducta ab Incarnationis
Mysterio.
XVI. De Liturgiis Orientalibus .
XVII. De Poenitentiâ.
XVIII. De Sacris Ordinationibus
Apographum duntaxat : ubi
De Subdiaconis.
De Diaconis..
De Presbyteris , sed imperfectum
.
XIX. Observationes circà quædam
capita
For MERCURE DE FRANCE
X X.
capita exposita Orientalium
de Sacramentis doctrinæ.
De Sacramento Baptismi secundùm
Melchitas , Jaco
bitas et Nestorianos .
XXI. Officium Baptismi secundùm
Ritum Ecclesiæ Alexandrinæ
Copticæ , cum notis .
XXII. Officium Baptismi Sancti ex
codice Colbertino Syriaco
6068. cum notis .
XXIII. Canon prescriptus à Patre
nostro Sancto Abbate Petro
Episcopo Bahuse , pro
consecratione noviBaptismi.
XXIV. De Circumcisione quæ ab
Ægyptiis, Jacobitis et Ætiopibus
observatur .
XXV. De Sacramento Confirmationis.
XXVI. De Sacramento Poenitentiæ
ejusque administrandi apud
Orientales disciplinâ.
XXVII. Ex tractatu Barsabi Dyonisii,
2
Episcopi Amidensis, de suscipiendis
Poenitentibus observationes
XXVIII. Ordo Reconciliationis Poenirentium
compositus à Mar-
Jesuibb , catholico Nestoriano.
XXIX .
JANVIER. 1731. 109
XXIX . Canones Poenitentiales Syrorum
Jacobitarum.
X X X. Ordo observandus circà eos
qui faciunt Confessionem.
XXXI. Orationes Poenitentiales varia
( cuncta hæc quatuor suis
cum Apographis. )
XXXI I. De oleo infirmorum , seu Extremâ-
Unctione.
XXXIII. De Sacris Ordinationibus cum
suo Apographo.
XXXIV . Officium ordinationis Episcoporum
secundùm Ritum
Ecclesiæ Jacobiticæ Alexandrinæ.
X X X V. Officia ordinationum sub ritu
Jacobitarum Orientis, bina,
quorum unum altero proli
xius est..
XXXV I. Admonitio ad ordinandos.
XXXVII. Officium ordinationis Chorepiscoporum
cum notis .
XXXVIII. In officia ordinationum ...
Jacobiticæ , Notæ.
XXXIX. De Sacramento Matrimonii.
X L. Ordo ad sponsalia celebranda
secundùm Ritum Ecclesiæ
coptica Alexandrina.
XLI. Officium Nuptialis benedictionis
secundùm ritum
Ecclesiæ Jacobitica.
XLIE
T04 MERCURE DE FRANCE
-XLII. De collectione Canonum Met
chitarum , seu eorum Christianorum
qui Græci generis
sunt et arabicè loquuntur.
XLIII. De Canonum Nicanorum
Arabicorum authoritate
Apographum duntaxat .
XLIV. De veteri Canonum codice
•
Syne Magni Ducis Etruriæ.
. XLV. De collectionibus Canonum
Orientalibus.
XLVI. De Canonum collectione Cyrilli
filii Laclak , Patriarcha
Alexandrini .
XLVII. De Canonum collectione Gabrielis
filii Tarik, Patriarcha
Alexandrini.
XLVIII. Collectio Canonum Æthyopica.
XLIX . De collectione Canonum quæ
apud Jacobitas in usu est.
De Calendario Ecclesiæ Jacobitica
Alexandrinæ.
L.
L I.
LIL
De Imaginum ' cultu Orientalium
doctrina.
De Linguam vulgarium in
Sacris usu .
LIII. De Scripturæ Sacræ Versionibus
quæ apud Orientales in
usu sunt.
LIV. Iterùm de fide , moribus et
instiJANVIER.
1731. 105
:
L V.
institutisEcclesiarum Orientis
; ubi , de fide apud Orientales
Schismaticos et Hæreticos
propagandâ.
De ratione agendi cum Orientalibus,
Hæreticis , Schismaticis
, ut ad fidem Catholicam
adducantur.
LV I. De Missionibus ad Orientis
Ecclesias faciendis : Triplex
opus cum suis Apographis.
Opuscula aliquot adversus recentiores quosdam
Scriptores heterodoxos et alios.
1. Réplique à l'Apologiste de M.Ludolf.
z. Adversùs Miscellanea Thomæ Smith
Angli .
3. Adversùs Sebastum Trapezuntium .
4. Dissertatio Apologetica adversùs Simeonem
Josephum Assemanum Maronitam
Bibliothecæ Orientalis Scriptorem
.
-'s . Tourneforlii Relationes castigatæ , in
quæ Christianorum his Orientis ritus
spectant.
OPUSCULA ALIA .
6. De Barbaricis Aristotelicorum librorum
interpretationibus.
7. Mémoire pour l'Academie des Inscriptions.
8.
08 MERCURE DE FRANCE
:
8. Du titre de Princeps Juventutis.
9. Mémoire envoyé à Rome au P. Laderchi.
40. De l'antiquité desVersions Orientales
de l'Ecriture Sainte .
OPUSCULA NON ABSOLUTA.
11. Dosithei Patriarchæ Jerosolimitani
adversùs Cariophilum opusculi translatio
imperfecta pauca desunt .
12. Du Mahometisme et de ses progrès .
13. Des Ecrivains Mahometans , tant Arabes
que Bretons et Turcs .
J'aurois pû ajouter ici l'Epitaphe qui
doit être mise sur le Tombeau de notre
Sçavant , mais ce seroit , ce me semble ,
trop entreprendre. Deux personnes trèsdistinguées
, l'une par son éminente Dignité
, l'autre par une érudition reconnuë
de toute l'Europe , en ont composé
chacun une. On choisira apparemment
celle qui conviendra le mieux. A l'égard
des Ouvrages Manuscrits qui font le sujet
de cette Lettre , l'Eglise et la République
des Lettres , ont un égal intérêt
d'en avoir bientôt la publication.
Je la souhaite plus que personne et je
suis toujours , & c.
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Résumé : Ouvrages manuscrits de l'Abbé Renaudot, [titre d'après la table]
Le 1er décembre 1730, Eusèbe Renaudot adresse une lettre aux auteurs du Mercure de France pour commenter les extraits des 'Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres' recueillis par le Père Niceron. Renaudot approuve les libertés prises par les auteurs en faveur de la vérité et de l'instruction du public. Cependant, il critique le dernier extrait le concernant, estimant que l'éditeur des Mémoires a utilisé des termes trop durs à propos de la critique du Père de Prémare sur l'ouvrage de l'Abbé Renaudot concernant la Chine. Renaudot souligne que le Père de Prémare a traité le sujet avec politesse et bienséance, contrairement à l'éditeur. La lettre met également en lumière les nombreux ouvrages manuscrits d'Eusèbe Renaudot, dont le nombre excède largement celui des ouvrages imprimés. Ces manuscrits couvrent divers sujets théologiques et liturgiques orientaux, ainsi que des observations et des réponses à des écrivains hétérodoxes. Renaudot fournit une copie exacte du catalogue de ces manuscrits et espère qu'ils seront bientôt publiés, dans l'intérêt de l'Église et de la République des Lettres.
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63
p. 209-234
NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
Début :
Il est tems, Monsieur, que je vous rende conte de l'ortografe passagère [...]
Mots clefs :
Orthographe, Sons, Lettres, Prononciation, Langage, Principes, Jeux, Partisans, Vulgaire , Usage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
NEUVIEME
LETRE touchant
l'essai de l'ortografe passagère dans les
lètres sur la biblioteque des enfans .
I
L est tems , Monsieur , que je vous
rende conte de l'ortografe passagère
dont j'ai fait l'essaì dans les précédentes
lètres. La raison distingue non -seulement
l'home de la bète , mais elle distingue
encore l'home de l'home. il y a bien des
gens qui ne voient que par les feus d'autrui
; et ceus là pour la plupart , quoique
très ignorans , ou peu instruits sur la
bonté des ieus des autres , croient ordinairement
ètre les mieus dirigés. si l'on
A v tient
210 MERCURE DE FRANCE
3r
tient quelquefois cète conduite dans les
afaires de la dernière importance , nous
ne devons pas ètre surpris de la voir
tenir en fait d'ortografe : ce qu'il y a détonant
, c'est de voir qu'un grand nombre
de ceus qui se piquent de la savoir
et d'en pouvoir raisoner , ne peuvent ensuite
doner aucune bone raison sur la
moindre des dificultés qu'on leur propose.
on ne se pique pas d'ètre géometre ni
architecte quand on ne s'est apliqué ni à
la géometrie ni à l'architecture ; pourquoi
se pique t- on de savoir l'ortografe ,
si l'on n'y a jamais fait de sérieuses refle
xions , et qu'on n'ait qu'une ortografe de
hazard , d'habitude idiotique et de sìmple
copie ? il y a des choses qui se décident
par l'autorité et par l'usage , cela est
très vrai en fait d'ortografe ; mais dans
un tems de trouble , de confusion , en
un mot, de schisme ortografique , quelle
règle suivre pour ariver enfin à l'uniformité
sur cette matiere il n'y en a aucune
qui puisse obliger et soumetre tous
les partis ; on suivra plusieurs ortografes.
tant que l'autorité de l'usage sera divisée .
une règle néanmoins que la prudence
semble indiquer par provision et par interim
, c'est de répresenter le vrai son
des mots et d'avoir de tems en tems
plus d'égard pour l'oreille que pour les
*
?
ieus
FEVRIER. 1731. 2fr
que
feus , surtout , quand les noms des lètres
seront faus , captieus ou équivoques.
cète règle sera dificile à pratiquer par les
persones qui ne savent pas bien lire , et
F'on peut , je pense , metre de ce nombre
, celles qui écrivent , par ex. gaife de
bones piques et lourag aue pasianse etc. au
lieu d'écrire j'ai fait des bonets piqués , et
Pouvrage avec passiance , ou pacience ou
patience etc. Je conclus
la raison peut
seule décider pendant le conflict de jurisdiction
ortografique , et que les parties
doivent ètre écoutées avant et plutôt que
d'ètre condanées sans examen , on ne doit
point s'obstiner à doner pour règle sure
générale, et universellement reçue de vieus
préjugés , et des lieus comuns refutés il y
a lontems par de très habiles auteurs qui
avoient peut ètre plus médité et plus re
fléchi , sur cète matière, que la plupart de
leurs adversaires . L'autorité et la raison
ne marchent pas toujours ensemble .
On doit avoir quelque égard pour les
ieus des lecteurs ; il est bon mème de les
consulter avant que d'en venir aus grandes
innovations ; c'est pourquoi je n'aí
fait que peu à peu les petits changemens
d'ortografe dans la suite des lètres sur la
biblioteque des enfans ; j'ai conduit insensiblement
, le lecteur déprevenu, u point
sur lequel je souhaiterois savoir ce qu'il
A vj pense
212 MERCURE DE FRANCE
pense de cet essai d'ortografe passagère ;
je n'ai pas cru le devoir prévenir là -dessus
par aucun avis préliminaire , parceque
j'ai interèt de savoir son propre sentiment
, indépendament de l'avis que j'aurois
pu doner à la tète de l'ouvrage , come
je le done ici mais j'ai cru qu'il étoit
bon de faire passer un peu de pratique
avant la téorie ; le lecteur par ce moyen.
bien instruit et plus au faìt , est ce me
semble , en état de mieus comparer et de
mieus décider ; l'experience en paroit
favorable. Bien des lecteurs non prévenus
et de bone foi , avouent qu'ils s'acoutument
sans peine à la vue de cète ortografe
, quoiqu'ils sentent qu'ils ne seroient
pas d'abord en état de la suivre dans leurs
écritures , faute de bien savoir les principes
necessaires pour l'observation de
toutes ces minuties : d'autres m'ont assuré
que l'impression des lètres sur la bibliotèque
des enfans paroissant plus nète et
enfin plus belle que celle du reste du мerils
ont conclu que c'étoit un èfer
de l'essai d'ortografe passagère , moins
herissée de lètres à tète ou à queue et de
capitales.
cure ,
Quoiqu'il paroisse que j'afecte de me
servir d'une nouvelle ortografe, je ne laisse
pas, dans un sens, d'aprouver ou de tolerer
les autres, il est mème nécessaire qu'un
enfant
FEVRIER. 1731. * 213
enfant qui travaille au bureau tipografique
sache bien la vieille ortografe , afin
de pouvoir lire toute sorte de livres et de
pouvoir se servir des dictionaires et des
livres classiques qui suivent encore cète
mème vieille ortografe. Mais je supose ,
avec raison , que pour montrer et pour
aprendre à lire , il est beaucoup mieus de
comancer par l'ortografe des sons ou de
l'oreille , qui tolere , par exemple , çaje ,
chapo etc. au lieu de sage , chapeau etc.
avant que de passer à l'ortografe des ieus
ou de l'usage , et cela m'a mème fait croire
qu'il sera beaucoup mieus de metre un
enfant de deus à trois ans sur la lecture
du latin plutôt que sur celle du françois,
parcequ'il y a plus de justesse et de verité
de raport entre la prononciation du
latin et le nom ou le son des lètres , qu'il
n'y en a entre la prononciation du françois
et le nom ou le son de ces mèmes.
lètres : d'ailleurs le latin les prononce pres →→
que toutes, et au contraire, le françois en a
beaucoup de muetes ; c'est pourquoi dans
la segonde classe du bureau tipografique
que j'apèle bureau lain , je conseille de
faire imprimer des mots latins préferablement
aus mots françois , et c'est dans
la troisième classe du bureau que l'enfant
trouvera ensuite les sons de la langue
françoise, mais je parlerai plus au long de
cet
214 MERCURE DE FRANCE.
cet article dans l'ouvrage des A B C la
tins et françois .
Je supose encore qu'après l'ortografe
de l'oreille ou des sons il sera mieus de
montrer l'ortografe la plus vraie , la plus
régulière et la plus conforme aus sons de
la langue , et de diferer la lecture et l'étude
d'une ortografe fausse , irréguliere ,
captieuse , équivoque quoiqu'anciene
parceque quand il s'agit de montrer à
lire à un enfant ; la première , la plus sìm--
ple et la meilleure règle à suivre , c'est
celle qui induit le moins en erreur l'enfant
qui aprend à lire ; or le principe des
partisans de la nouvèle ortografe est de
ne pas induire le lecteur en erreur , et
d'ètre sensible à la peine des enfans qui
aprènent à lire , au lieu que le principe
des partisans de l'anciène ortografe est de
mépriser toutes les facilités des nouvèles
métodes , de comancer par des règles
fausses , équivoques ou captieuses , et cela
avec un air et un ton d'autorité denué
de toute raison ; la seule qu'on allegue ,
et qui paroit assés mauvaise , est tirée de
l'exemple et de l'usage vulgaire ; on allegue
sans cesse que nos ancètres ont passé
par là , qu'ils n'ont pas apris autrement,
et que nous ne devons pas chercher des
métodes plus aisées que celles dont ils
se sont servis eus mèmes. La bonté et la
charité
FEVRIER. 173
2F5
charité éclairée n'aprouveront jamais ce
langage , qui n'est dicté que par l'esprit
de paresse , d'indiférence ou de préven
tion .
Si l'on prend la peine de faire réflexion:
sur la métode des anciens , on vèra qu'ils
ont écrit , lu et prononcé treu- ver , bonnes-
te etc. s'ensuit- il qu'il faille les imiter
à présent en cela il faudroit donc
écrire come on lit et come on prononce ,
puisque leur prononciation dictoit et regloit
l'écriture. si l'on veut suivre l'ortografe
des anciens , n'en doit- on pas aussi
conserver la prononciation , pourquoi diviser
cela , et se rendre esclave de l'un
plutôt que de l'autre A quoi bon citer
toujours l'exemple des anciens dont on
ne parle plus , et dont on n'écrit plus le:
langage ? Les anciens écrivolent tiltre , aulne
, cognoistre etc. parcequ'ils prononçolent
toutes les lètres de ces mots là ; ils suivoient
donc en cela le principe des modernes
ortografistes qui veulent un plus
grand raport de verité et de justesse entre
l'écriture et la parole , entre le langage
prononcé et le langage écrit , ou entre les
sons et les signes qui les représentent. il
est donc vrai de dire que l'ortografe des
anciens répondolt à leur prononciation
plus exactement que l'ortografe d'aujourdui
ne répond au langage d'apré
sent
216 MERCURE DE FRANCE
sent ; et la prétendue verité de ce dernier
raport ne peut se soutenir que par un
esprit de prévention , d'aveuglement ou
d'indiférence sur cète matière, persone
jusqu'ici , que je sache , n'a prouvé que
le changement de prononciation dans les
mots n'endoit jamais produire aucun dans
la manière de les écrire ; c'est tout ce que
l'on pouroit prétendre d'une langue sainte
et morte come l'ébraïque ; mais en fait
de langue profane et vivante , l'experien .
ce crie tous les jours contre la tiranie ortografique
de la plupart des maîtres d'école
cète meme experience oblige
souvent les partisans de la vieille ortografe
à se taire , quelque touchés et sensibles
qu'ils aient paru à la vue des moindres
innovations ortografiques , elle les
réduit et les force encote malgré eus à
se soumetre de tems en tems à la règle
des sons , et à suivre en bien des ocasions
le courant de l'usage moderne.
>
On
peut
donc
conclure
que le droit
et le fait sont
contre
les esclaves
de la
vieille
ortografe
; ils craignent
toujours
que le langage
françois
ne perde
ses marques
de jargon
et de servitude
; ils ont
beau
faire
, cela
arivera
tot ou tard
à la
gloire
de la nation
et de la langue
françoise
, il ne faudroit
pour
cela que
l'aten
.
tiondes
s upérieurs
sur
l'impression
des
ouvràFEVRIER.
1731. 217
ouvrages classiques , académiques et périodiques.
Du plus au moins , il est permis
de raisoner sur les petites choses come
sur les grandes ; or malgré l'autorité
où la force du préjugé , n'a- t-on pas en
partie secoué le joug des anciens en fait
des arts et des siences ? N'a- t on pas réformé
les maisons , les cuisines , les équipages
, les modes , les usages etc. pourquoi
l'ortografe resteroìt - elle invariable ,
pendant que le langage mème auroit ses
changemens ? Je persiste donc à dire qu'on
doit faire passer la pratique et l'étude de
la nouvèle ou de la vraie ortografe qui
facilite la lecture ; avant que de faire pratiquer
la vieille ou la fausse ortografe qui
induit trop souvent en erreur les enfans ,
les fames , les gens de la campagne et les
étrangers , portés naturèlement à lire tout
et à prononcer toutes les lètres , bien loin
de les rendre muètes , et c'est pour lors la
vieille ortografe , et par surcroit la vieille
métode qui leur tendent des pieges au
moins à chaque ligne , pour ne pas
dire
à chaque mot.
Je dois , au reste , déclarer ici que je
ne répondraí à aucun de mes critiques
qu'autant que leurs dificultés ou leurs objections
iront contre la métode du bureau
tipografique , et contre la manière que
j'indique et que je propose pour bien montrer
218 MERCURE DE FRANCE
trer à lire aus petits enfans ; car pour ce qui
ne regarde en général que le sistème de l'anciène
ou de la nouvèle ortografe , j'aurai
souvent lieu d'en parler dans les réflexions
des A B C françois , sur tous les
sons de notre langue , sur l'ortografe de
quelques dictionaires , sur le traité d'ortografe
de feu M. l'Abé R. et sur les dife
rens extraits que j'ai faits d'une trentaine
d'auteurs ortografistes des deus derniers
siecles . En atendant ce petit ouvrage ,
voici l'avis que je donaí au compositeur
des lètres sur la biblioteque des enfans , et
que je n'ai pas cru devoir laisser imprimer
plutot par les raisons alleguées cidessus
.
Avis à l'imprimeur ou au compositeur des
lètres sur la bibliotèque des enfans , etc.
Le principal et peut-ètre le meilleur
avis que je puisse vous doner , c'est de
suivre exactement le manuscrit corigé
selon l'essai de cète ortografe . voici cependant
quelques règles qui vous metront
d'abord au fait de l'ortografe passagere ,
sur laquele j'ai interêt de pressentir le
gout des lecteurs non prévenus , afin de
pouvoir m'y conformer ensuite dans l'impression
de la bibliotèque des enfans.
Je demande que vous ne metiés sur les
voyeles , ni accent , ni chevron , ni les
deus
FEVRIER. 1731. 219
蒽
il
deus points que vous apelés trema , ou que
vous en pratiquiés bien l'usage et les diferences
, come dans les mots procès , bontés
, batême , ciguë , etc.... le chevron paroit
à present inutile sur les mots age ,
agé , etc....il ne faut jamais marquer
Pè
ouvert qu'avec l'accent grave et jamais
avec le circonflexe , à moins que l'e ne
soit long , come dans tête , etc.... à l'égard
des diftongues oculaires ai , ei , oi ,
qui ne font entendre que l'è ouvert ,
faudra essayer d'y metre l'i grave , come
dans les mots maitre , reine , il conoìt , etc.
afin de pouvoir faire distinguer les diftongues
des ieus et celles de l'oreille , surtout
lorsque la quantité et le son n'exigeront
pas l'usage du chevron. Je ne suis.
pas toujours la regle de l'accent circonflexe
, je préfere quelquefois l'i grave au
chevron , à cause des logètes du bureau
tipografique , en atendant l'usage des diftongues
chevronées entre les deus voyeles .
on metra aussi l'ì grave lorsqu'il fait entendre
l'e ouvert dans les voyeles nazales
ìn , ain , ein , etc. des mots lìn , vain ,
sein , etc..... et lorsque la diftongue ai
sonera come l'é fermé , vous ferés emploi
de l'i aigu , come dans les mots j'ai , plaisir,
je ferai , etc....il ne faut donc jamais
employer le chevron sur les voyeles , que:
pour marquer la longueur de leur durée
Qu
220 MERCURE DE FRANCE.
ou de leur quantité : car la regle d'em
ployer le chevron sur la voyele à côté de
Jaquelle on a suprimé quelque lètre , n'est
peut ètre pas toujours vraie ni sure, come
dans les mots sûre , vûe , ûë , etc. pour
seure , veue , eue , etc. qu'il sufit d'écrire
ue , etc. sans chevron ni trema;
quoique les imprimeurs aient les signes
sure , vue ,
pour marquer les voyeles longues
, brèves et douteuses , il n'en font
pas usage sur tout le latin qu'ils impriment
, et le françois n'est pas arivé au
point de caracteriser et de noter localement
le son de toutes les voyeles d'un
discours imprimé. il est donc inutile d'être
si scrupuleus sur une voyele, pendant
qu'on néglige les autres ; c'est l'usage et
la pratique du discours qui montrent les
longues et les breves ; c'est une erreur de
s'imaginer que la vieille ortografe avec des
lètres non prononcées ou muetes , puisse
indiquer aux ieus la quantité que l'oreille
demande.
Il faut donc employer le veritable accent
pour chaque voyele , ou n'en point
mètre , il paroit même inutile de le mar-.
quer toujours dans les mots qui revienent
souvent,come dans être , èlle, même ,
etc. et sur les silabes toujours suivies d'une
autre silabe avec l'e muet final qui oblige
d'ouvrir l'e des pénultiemes silabes , come
cètte
dans
FEVRIER. 1731 . 221
dans pere , bele , ils vienent , etc. L'usage
fréquent du chevron et de l'accent , rend
le caractere trop hérissé , et mème selon
quelques -uns , il le rend encore trop pédant
, surtout au milieu des mots , ou sur
l'e des monosilabes qui revienent souvent
et sans équivoque ; il sufit peut ètre d'en
mètre de tems en tems pour instruire les
lecteurs novices : mais vous ne devés
pas
oublier l'accent lorsqu'il sert à déterminer
le sens d'un mot , et que sans ce secours
le mot pouroit quelquefois ètre équivoque
ou induire en erreur la persone qui
lit , come dans les mots près , prés , tanté,
tante , etc. l'accent paroit toujours bien
employé sur les e finaus algus ou graves ,
en faveur des enfans et des étrangers ,
come dans bonté , bontés , procès , succès ,
étc. L'accent semble moins nécessaire pour
la lecture des premiers e des mots anée ,
créée , etc. mais il ne choque pas les ieus
acoutumés depuis lontems à cète varieté
et distinction d'e. Les anciens , dont on
s'autorise tant , metoient-ils des accens
sur les e et sur les autres voyeles ? à peine
fesolent- ils la dépense des points sur les
i. Nous- mèmes suivons-nous à l'égard des
voyeles capitales , l'usage des accens que
nous exigeons sur les petites voyeles ou
cèles du bas de casse , cependant la
plupart des lecteurs très- foibles sur la
lecture
222 MERCURE DE FRANCE
lecture des capitales , auroient là , plus
besoin d'accent que sur les petites lètres ;
on pouroit dire qu'un lecteur bien instruit
sur les mots en petites lètres , doit
ètre moins embarassé à lire sans accens
ces mèmes mots en lètres capitales . Je
parlerai de cet article dans les A B C françois
, il sufit à present de vous faire
remarquer ici que les E capitaus sans
accent choquent bien moins que les E
capitaus mal accentués et défigurés par
des apostrofes ou par des fragmens de l
en guise d'accens mal adaptés , come dans
LETRE PRETERIT , etc. au lieu
de LETRE , PRETERIT , etc.
bien des artisans mètent des points sur
les I capitaus en serrurerie , menuiserie,
cizelure , etc. le tout sans principes.
Les voyeles apelées trema n'ont jamais
été necessaires dans les mots ruë , conuë
ou rüe , conüe , etc. puisqu'il n'y a jamais
eu danger qu'on lût avec le son du v ,
rve , conve , etc. ce qui fait voir l'ignorance
idiotique de bien des auteurs et de
bien des imprimeurs. Les voyeles apelées
trema necessaires avant l'usage des j et des
v , sont donc apresent devenues inutiles
dans les mots boue , ouaille , etc. qu'on ne
sera plus exposé à lire bove , ovaille , etc.
les auteurs qui en continuent encore la
pratique dans bouë , onaille, etc. montrent,
sans
FEVRIER. 1731. 223
sans le vouloir , leur ignorance ou leur
préjugé idiotique ; profitera qui voudra
de l'avis , c'est leur afaire. Les trema sont
bons dans les mots Lais , Emmaüs , Saül,
Moïse , ciguë , etc. pour distinguer la prononciation
des autres mots lais , emaus >
moisi , saul , figue , etc. dont la lecture est
diférente. La seule ignorance des principes
a introduit l'usage de l'i trema pour
deus i dans les mots pai-is , abai- ie ;
moi- ien , etc. qu'on écrit abusivement
pais , abaie , moien , ou pa-is , aba-ïe ,
mo-ien , etc. se corigera encore là-dessus
qui voudra , mais cète ignorance est sensible
quand on voit et qu'on lit les mots
laïs, lais, hair, haine , païen, paien, paient,
etc. suposer que le point redoublé , redouble
sa voyele dans un endroit , qu'ailleurs
il unit , qu'ailleurs il divise les voyeles
, qu'ailleurs il indique les voyeles muetes
; c'est , ce me semble , faire un mauvais
usage du trema , et lui doner en mème-
tems trop de proprietés diferentes et
contraires les unes aus autres , come dans
païs , lais , ouailles , caën , etc. Je suis persuadé
que sans le préjugé idiotique , en
Holande , come en France , on auroìt honte
de s'obstiner à pratiquer un tel abus
et de préferer le mauvais usage , pendant
que le bon est le plus généralement suivi.
J'aurai souvent ocasion de reparler de cela
dans les A B C françois. Vous
224 MERCURE DE FRANCE
Vous n'emploirés donc jamais le y que
pour le double i , come dans moiien
paiis , etc. que j'écris moyen , pays , etc.
pour déferer à l'usage quand il n'induit
point en erreur . on pouroit aussi écrire
péis , abéie , etc. sans équivoque. Je tolere
le y dans la particule ey locale il y a , par
déference pour l'usage , et en faveur d'un
mot composé d'une seule lètre , quoique
nous ayons encore les mots a , o , en françois
, et les mots a , e , i , o , en latin . Ne
metés donc jamais l'i trema pour le y , ou
pour deus i. Quand j'écris aiant avec l'i
trema , pour a- iant , c'est en suposant
qu'on le prononce ainsi , car autrement
j'écrirois ai-iant avec un double i ou ayant
avec un y ; je soumets apresent , du moins
en partie , le principe de l'ortografe au
principe de la prononciation ; et mon erreur
ou mon ignorance sur le fait de la
prononciation , ne doit point infirmer le
principe sur l'ortografe , disctinction
qu'un lecteur équitable ne manquera pas
de suposer. Je ne parle pas ici des y finaus
employés dans les monossilabes roi , loi ,
quoi , ni , lui , etc. que bien des gens écrivent
encore roy , loy , quoy , ny , luy , etc.
c'est un reste des mauvais principes qu'on
suit chés les maitres écrivains.
Il faut condaner le ph de deus lètres
et préferer le simple ƒ d'une lètre, à moins
que
FEVRIER. 1731. 225
que ce ne soit dans un nom propre come
dans Joseph , Philipe , etc. encore bien des
gens écrivent Josef, Filipe , etc. et ils n'en
font peut-être pas plus mal. vous metrés
donc avec le ƒd'une lètre , les mots sfère,
filosofe , etc. au lieu de sphere , philosophe
etc. avec le ph de deus lètres , et cela en
faveur des enfans , des étrangers , et par
honeur pour la langue françoise , langue
d'un peuple franc , aussi libre et aussi maitre
de son ortografe que ses voisins les
italiens et les espagnols , un peu plus afranchis
que nous de la marque servile en fait
de langage ... vous laisserés toujours la
lètre h dans les mots où elle s'aspire , come
dans heros , etc. et lorsqu'elle sert à diviser
les voyeles et les silabes come dans
souhaits , etc. vous pourés la tolerer initiale
dans les mots humeur , honète , etc.
et quelquefois médiale dans aujourd'hui ,
etc. quoiqu'elle n'y soit point aspirées
mais il faut banir le b des mots chronologie
, cahot , écho , phiole , rhume , phantaisie
, theme , etc. qu'il faut écrire cronologie,
caot , éco , fiole , rume , fantaisie , ième , etc.
faute de caractère particulier la lètre h
est toujours nécessaire après le c pour indiquer
le son françois che des mots chiche,
chu heter, chou , etc. et cète raison de nécessité
confirme l'utilité de la réforme de
cète lètre dans les mots où elle est cap-
B tieuse
226 MERCURE DE FRANCE
tieuse , et où elle peut induire en erreur ,
come dans les mots cholere , Bachus , paschal
, etc.....
>
Je n'emploie la lètre double x , que
dans les endroits où elle fait la fonction
des deus lètres fortes cs , come dans axe ,
stix , etc. ou des deus lètres foibles ༡༢
come dans exil , examen , etc. et qu'on
pouroit écrire selon leur prononciation
acse , sticse , etc. egzil , egzamen , etc. et
cela sans induire en erreur ; avantage qui
n'est pas indiferent aus ieus des esprits
bons et bienfesans . vous ne devés jamais
employer la lètre double x pour les lètres
simples s ou z ; ainsi vous pourés im
primer ieus , sis , sisième , soissante , etc.
aulieu de ieux , six , sixième , soixante
etc. on trouve déja cète réforme dans
bien des livres anciens et modernes, dont
les auteurs avolent remarqué l'imperfection
de l'usage qui done quatre valeurs
diferentes à la lètre x.
Il faut rejeter l'emploi des consones inutilement
redoublées , lorsque cère double
consone est muère , ou qu'on ne la prononce
point dans le discours le plus soutenu
, come dans les mots abbé, accord
addoner, etc. que j'écris abé , acord , adoner,
etc. malgré la prétendue regle de
quantité françoise , qui n'est pas toujours
vraie à l'égard de toutes les consones redoublées
FEVRIER. 1731. 227
doublées . D'où vient qu'esclave de la lanque
latine qui alonge les voyèles suivies
de deus consones , on a cru qu'en françois
ce devoit être tout le contraire , et
que la double consone muète servoit à
faire conoitre que la voyele étoit bréve ?
cète regle fût - elle vraie , en demanderoit
une autre qui indicât quand la
double consone doit ètre muete ou prononcée
; l'usage montrera l'un come l'autre.
cependant par un reste d'égard pour
les ieus , je tolere encore la consone muete
inutilement redoublée dans de petits mots,
come dans cette , elle , qu'elle , etc. qu'il
sera bon d'écrire quelquefois avec une
seule consone et avec l'è grave , come
dans cète , cèle , qu'èle , etc. mais quand la
consone est redoublée dans la prononciation
, il faut la laisser dans l'ortografe,
come Pallas , Apollon , immodeste , etc. les
espagnols graves et sensés écrivent et prononcent
Palas, Apolon , quoiqu'ils sachent
bien qu'on dit et qu'on écrit en latin Pale
, las , et Apole , lon , etc.... Bien que
le double paroisse nécessaire dans les
mots je courrois , je courraí , etc. à cause
de la contraction des mots courerois
coureraí , etc. je ne mets cependant qu'un
avec le chevron sur la voyele où , come
jecoûrois , je coûrai , qu'on prononce fort
Cour-ois, cour-ai , fesant soner ler dans
Bij la
228 MERCURE DE FRANCE
>
la premiere silabe , etc. je parleraí de cela
dans l'ouvrage , des A B C françois. cependant
si les deus r se font entendre dans
ces exemples come dans le mot Varron ,
on peut y laisser le double r sans chevron.
Vous pouvés retrancher aussi la plupart
des lètres muètes inutiles , mème dans la
prononciation la plus soutenue , come
dans les mots asne , mesme , isle , coste
fluste , advocat , clef , baptesme , sept , ptisane,
vuide,paon , caën etc. que j'écris quelquefois
avec le chevron ou avec l'accent,
âne , mème , île , côte , flûte , avocat , clé ,
batême, sèt, tisane, vide, pân, cân , etc. et cela
en faveur des enfans , des étrangers , et de
la lecture ... selon le mème principe je
substitue les lètres prononcées aus lètres
non prononcées , come dans les mots lecon
, secrets , second , convent , que j'écris
Leçon , segrets, segond , couvent , j'écris aussi
par la mème raison , condâner , conoltre ,
etc. au lieu de condempner , cognoistre , ou
de condemner, connoistre , etc.... Je préfere
l'és avec l'accent aigu et le s , à l'ez avec
un z , par les raisons détaillées dans les
ABC françois ; la distinction des verbes ,
des participes , des noms pluriels , n'exige
point cète diference , l'Académie Françoise
ne l'a point admise dans la segonde
édition de son dictionaìre , et les partisans
de la vieille ortografe comancent d'écrire
FEVRIER. 1731. 229
crire avec l'è grave procès , succès , etc. aulieu
de procés , succés , avec l'é aigu ou avec
lez , procez , succez , etc. et les prés , aulieu
de prez , etc , il faut esperer qu'il n'en
resteront pas là.
"
Lorsqu'un mot aura plusieurs lètres à
tète ou à queue , come les mots diftinctif,
jurifdiction , infenfibles , style , inftructifs
fillabes , etc. il faut préferer les petits s et
les ct de deus lètres aus grans et aus
d'une piece , pour diminuer le nombre
des tètes et des queues , qui d'un mot en
font une espece de hérisson nuisible au
coup d'euil , et mètre distinctif, jurisdiction
, insensibles , stile , instructif, silabes ,
etc. Quand un mot avec des fou des &
liés se trouve environé d'autres mots
aïant des lètres à tète et à queue , soit
dans la ligne immédiatement au - dessus ,
soit dans la ligne immédiatement au- dessous
, soit dans la mème ligne à droite et
à gauche , il faut encore exclure et banir
les flons , simples ou doubles , la ligature
& , et leur préferer les petits s et les ct
de deus lètres . Je crois que pour pousser
encore un peu plus loin l'essai de la réforme
ortografique , et pour vous épargner
l'examen et la discussion sur l'emploi
, l'usage et le chois des consones courtes
ou longues , simples ou doubles , il
faudra banir totalement dès aujourdui les
Biij lètres
o MERCURE DE FRANCE.
lètres doubles inutiles , les ligatures , et rejeter
parconséquent les & , f, f , f,f, & ,
et leurs semblables , et leur préferer les
ct , st , ss , si , s , et. J'employois la conjonction
et en deus lètres après la virgule ,
et je tolerois ailleurs l' d'une piece ;
mais bien des persones de bon gout , disent
que cet & fait tort aus autres lètres
´et qu'on devroit l'abandoner , de mème
que les autres superfluités , aus maitres
écrivains et aus esprits gotiques , amateurs
et partisans des ligatures et des abréviations
. vous pouvés donc couvrir et condaner
ces sis cassetins pendant l'impression
de la suite des lètres sur la bibliotèque
des enfans , nous vêrons l'éfet que cet essai
produira sur le papier et sur les ieus
des lecteurs , je me regleraí ensuite làdessus
pour l'impression de mon ouvrage.
Je ne voudrois presque jamais employer
les lètres capitales ou majuscules.
dans la suite d'une frase et d'une période
que pour les noms propres , come
Paul , Mogel , Paris , etc. et non dans les
mots apellatifs de quelque nature qu'ils
pussent ètre , come prince , province , cordonier
, cheval , etc. les capitales après un
point et dans la mème frase , doivent
ètre du corps, paraleles aus autres letres,
de mème hauteur et plus petites que la
capitale qui comence la période en chef
et
FEVRIER. 1731. 231
et à la ligne. Lorsque cète petite majuscule
choqueta la vue, come dans les mots
il, on , etc. vous pourés mètre un plus
grand I ou un i du bas de casse , etc.
pour voir sur l'impression l'efet de cète
nouveauté.
و
Je dois dire ici un mot touchant l'exemple
que j'ai doné de la vieille et très -vieille
ortografe à la fin de la sisième lètre ; pour
faire voir d'une maniere sensible que l'ortografe
se raproche peu à peu de la prononciation
, j'ai mis le lecteur , pour ainsi
dire , entre deus extremités , afin de le rendre
plus atentif , et pour lui épargner la
peine d'aler feuilleter les vieus livres que
J'aurois pu citer , je renvoie cte discussion
à la suite des ABC françois. Les petsiones
scandalisées de cete nouvèle et de
cète vieille ortografe , sont priées de ne
pas fournir malgré elles des raisons contre
leur sentiment et leur préjugé .
Tachons de ne pas imiter l'ortografe de
ces fameus écrivains , qui prodigant l'usage
des lètres capitales , come s'ils donoient
des cronogrames , ne font
ne pas dificulté
d'écrire et de faire graver CaBinet , Re-
Ligion , InConftance , MaGiftrat , etc. qui
afectent d'employer le j et le v , au lieu
de l'i et de l'u voyeles dans les silabes initiales
, jl , jls, vn, jlluſtre, vnion, etc. qu'ils
devroient écrire il , ils, un , illustre , union ,
Biiij
..
etc.
232 MERCURE DE FRANCE
etc. ce sont là des fautes dans lesquèles les
imprimeurs ne tombent plus. il y a certains
maitres écrivains , des secretaires ,
des comis et des clercs , qui chérissent encore
leur ignorance sur cet article , il
est mème à craindre qu'ils ne se corigent
point tant que les grans seigneurs et les
maitres de ces scribes seront indiferens
ou prévenus sur l'exactitude de ces remarques
ortografiques.
Quoique le blanc des espaces bien pratiqués
serve à faire paroitre l'impression
plus bèle , on doit éviter le trop grand
nombre de ces espaces qui choquent la
vue lorsqu'ils forment des colones et des
zig- zag qui coupent les lignes ; c'est un
autre défaut que de vouloir remedier à
celuilà en metant des virgules où il n'en
faut point du tout. un compositeur de
bon gout , use sobrement et judicieusement
de la proportion et du nombre des
espaces et de l'usage des virgules , afin de ne
faire aucun tort au coup d'oeil de la bèle
impression , ni au sens du discours .Je trouve
quelquefois dans les livres les quinze
lignes de suite comancées par des lètres
à tète ou à queue , ce qui choque aussi
le coup d'euil , cela n'arivera pas lorsque
vous prendrés de petits s , des et , et des
at de deus lètres , étant dificile qu'il ne
s'en rencontre point à la tète d'une des
quinze
FEVRIER. 1731. 233
fblf
quinze lignes.un défaut encore plus grand
et que vous devés tâcher d'éviter , c'est
la rencontre des queues de la ligne d'en
haut avec les tètes de la ligne d'en bas
come PP , etc. on doit aussi regarder
come un défaut le mélange de
plusieurs lètres à petit ou à gros euil ,
de plusieurs lètres de diferente frape ,
quoique du mème corps ; le mèlange des
caractères neufs avec de vieus caractères
usés , pochés et mutilés , qui ne peuvent
jamais bien marquer tout le corps de la
lètre , ni d'une maniere nète et distincte,,
qui satisfasse le coup d'euil . L'imprimeur
a beau exalter son ouvrage imparfait , il
n'en sera pas cru , et il s'exposera à ètre
soupçoné d'ignorance ou de mauvaise foi.
Je sais bien que tout le monde n'y regarde
pas de si près , mais je sais aussi
qu'il y a de bons et de mauvais ouvriers
dans toute sorte de professions , et que les
bons come vous , qui visent à la perfecsion
, ne négligent rien de ce qui peut
les y conduire ; aucontraire , les ouvriers:
ignorans, indociles , obstinés, pleins d'eusmèmes
et indiferens sur le mieus , vieillissent
dans l'habitude de mal faire ; la
seule avidité du gain s'empare de leur
esprit et les aveugle si fort sur tout le
reste , qu'ils n'ont pas seulement la liberté
de voir que le gain mème se trouve
plus
234 MERCURE DE FRANCE
plus grand à mesure qu'on est plus habile
or on ne peut devenir habile qu'en
cultivant le bon gout et en observant
beaucoup de choses petites séparement ,
mais dont la totalité et l'ensemble , donent
la perfection , et c'est là- dessus que
le public pour son argent a le droit d'admirer
, de choisir , d'aprouver et d'acheter
; ou de mépriser , de condaner et de
rebuter l'ouvrage des auteurs , des imprimeurs
et des relieurs , come des autres
artisans. on poura continuer cète matiere
dans quelque autre ocasion .
LETRE touchant
l'essai de l'ortografe passagère dans les
lètres sur la biblioteque des enfans .
I
L est tems , Monsieur , que je vous
rende conte de l'ortografe passagère
dont j'ai fait l'essaì dans les précédentes
lètres. La raison distingue non -seulement
l'home de la bète , mais elle distingue
encore l'home de l'home. il y a bien des
gens qui ne voient que par les feus d'autrui
; et ceus là pour la plupart , quoique
très ignorans , ou peu instruits sur la
bonté des ieus des autres , croient ordinairement
ètre les mieus dirigés. si l'on
A v tient
210 MERCURE DE FRANCE
3r
tient quelquefois cète conduite dans les
afaires de la dernière importance , nous
ne devons pas ètre surpris de la voir
tenir en fait d'ortografe : ce qu'il y a détonant
, c'est de voir qu'un grand nombre
de ceus qui se piquent de la savoir
et d'en pouvoir raisoner , ne peuvent ensuite
doner aucune bone raison sur la
moindre des dificultés qu'on leur propose.
on ne se pique pas d'ètre géometre ni
architecte quand on ne s'est apliqué ni à
la géometrie ni à l'architecture ; pourquoi
se pique t- on de savoir l'ortografe ,
si l'on n'y a jamais fait de sérieuses refle
xions , et qu'on n'ait qu'une ortografe de
hazard , d'habitude idiotique et de sìmple
copie ? il y a des choses qui se décident
par l'autorité et par l'usage , cela est
très vrai en fait d'ortografe ; mais dans
un tems de trouble , de confusion , en
un mot, de schisme ortografique , quelle
règle suivre pour ariver enfin à l'uniformité
sur cette matiere il n'y en a aucune
qui puisse obliger et soumetre tous
les partis ; on suivra plusieurs ortografes.
tant que l'autorité de l'usage sera divisée .
une règle néanmoins que la prudence
semble indiquer par provision et par interim
, c'est de répresenter le vrai son
des mots et d'avoir de tems en tems
plus d'égard pour l'oreille que pour les
*
?
ieus
FEVRIER. 1731. 2fr
que
feus , surtout , quand les noms des lètres
seront faus , captieus ou équivoques.
cète règle sera dificile à pratiquer par les
persones qui ne savent pas bien lire , et
F'on peut , je pense , metre de ce nombre
, celles qui écrivent , par ex. gaife de
bones piques et lourag aue pasianse etc. au
lieu d'écrire j'ai fait des bonets piqués , et
Pouvrage avec passiance , ou pacience ou
patience etc. Je conclus
la raison peut
seule décider pendant le conflict de jurisdiction
ortografique , et que les parties
doivent ètre écoutées avant et plutôt que
d'ètre condanées sans examen , on ne doit
point s'obstiner à doner pour règle sure
générale, et universellement reçue de vieus
préjugés , et des lieus comuns refutés il y
a lontems par de très habiles auteurs qui
avoient peut ètre plus médité et plus re
fléchi , sur cète matière, que la plupart de
leurs adversaires . L'autorité et la raison
ne marchent pas toujours ensemble .
On doit avoir quelque égard pour les
ieus des lecteurs ; il est bon mème de les
consulter avant que d'en venir aus grandes
innovations ; c'est pourquoi je n'aí
fait que peu à peu les petits changemens
d'ortografe dans la suite des lètres sur la
biblioteque des enfans ; j'ai conduit insensiblement
, le lecteur déprevenu, u point
sur lequel je souhaiterois savoir ce qu'il
A vj pense
212 MERCURE DE FRANCE
pense de cet essai d'ortografe passagère ;
je n'ai pas cru le devoir prévenir là -dessus
par aucun avis préliminaire , parceque
j'ai interèt de savoir son propre sentiment
, indépendament de l'avis que j'aurois
pu doner à la tète de l'ouvrage , come
je le done ici mais j'ai cru qu'il étoit
bon de faire passer un peu de pratique
avant la téorie ; le lecteur par ce moyen.
bien instruit et plus au faìt , est ce me
semble , en état de mieus comparer et de
mieus décider ; l'experience en paroit
favorable. Bien des lecteurs non prévenus
et de bone foi , avouent qu'ils s'acoutument
sans peine à la vue de cète ortografe
, quoiqu'ils sentent qu'ils ne seroient
pas d'abord en état de la suivre dans leurs
écritures , faute de bien savoir les principes
necessaires pour l'observation de
toutes ces minuties : d'autres m'ont assuré
que l'impression des lètres sur la bibliotèque
des enfans paroissant plus nète et
enfin plus belle que celle du reste du мerils
ont conclu que c'étoit un èfer
de l'essai d'ortografe passagère , moins
herissée de lètres à tète ou à queue et de
capitales.
cure ,
Quoiqu'il paroisse que j'afecte de me
servir d'une nouvelle ortografe, je ne laisse
pas, dans un sens, d'aprouver ou de tolerer
les autres, il est mème nécessaire qu'un
enfant
FEVRIER. 1731. * 213
enfant qui travaille au bureau tipografique
sache bien la vieille ortografe , afin
de pouvoir lire toute sorte de livres et de
pouvoir se servir des dictionaires et des
livres classiques qui suivent encore cète
mème vieille ortografe. Mais je supose ,
avec raison , que pour montrer et pour
aprendre à lire , il est beaucoup mieus de
comancer par l'ortografe des sons ou de
l'oreille , qui tolere , par exemple , çaje ,
chapo etc. au lieu de sage , chapeau etc.
avant que de passer à l'ortografe des ieus
ou de l'usage , et cela m'a mème fait croire
qu'il sera beaucoup mieus de metre un
enfant de deus à trois ans sur la lecture
du latin plutôt que sur celle du françois,
parcequ'il y a plus de justesse et de verité
de raport entre la prononciation du
latin et le nom ou le son des lètres , qu'il
n'y en a entre la prononciation du françois
et le nom ou le son de ces mèmes.
lètres : d'ailleurs le latin les prononce pres →→
que toutes, et au contraire, le françois en a
beaucoup de muetes ; c'est pourquoi dans
la segonde classe du bureau tipografique
que j'apèle bureau lain , je conseille de
faire imprimer des mots latins préferablement
aus mots françois , et c'est dans
la troisième classe du bureau que l'enfant
trouvera ensuite les sons de la langue
françoise, mais je parlerai plus au long de
cet
214 MERCURE DE FRANCE.
cet article dans l'ouvrage des A B C la
tins et françois .
Je supose encore qu'après l'ortografe
de l'oreille ou des sons il sera mieus de
montrer l'ortografe la plus vraie , la plus
régulière et la plus conforme aus sons de
la langue , et de diferer la lecture et l'étude
d'une ortografe fausse , irréguliere ,
captieuse , équivoque quoiqu'anciene
parceque quand il s'agit de montrer à
lire à un enfant ; la première , la plus sìm--
ple et la meilleure règle à suivre , c'est
celle qui induit le moins en erreur l'enfant
qui aprend à lire ; or le principe des
partisans de la nouvèle ortografe est de
ne pas induire le lecteur en erreur , et
d'ètre sensible à la peine des enfans qui
aprènent à lire , au lieu que le principe
des partisans de l'anciène ortografe est de
mépriser toutes les facilités des nouvèles
métodes , de comancer par des règles
fausses , équivoques ou captieuses , et cela
avec un air et un ton d'autorité denué
de toute raison ; la seule qu'on allegue ,
et qui paroit assés mauvaise , est tirée de
l'exemple et de l'usage vulgaire ; on allegue
sans cesse que nos ancètres ont passé
par là , qu'ils n'ont pas apris autrement,
et que nous ne devons pas chercher des
métodes plus aisées que celles dont ils
se sont servis eus mèmes. La bonté et la
charité
FEVRIER. 173
2F5
charité éclairée n'aprouveront jamais ce
langage , qui n'est dicté que par l'esprit
de paresse , d'indiférence ou de préven
tion .
Si l'on prend la peine de faire réflexion:
sur la métode des anciens , on vèra qu'ils
ont écrit , lu et prononcé treu- ver , bonnes-
te etc. s'ensuit- il qu'il faille les imiter
à présent en cela il faudroit donc
écrire come on lit et come on prononce ,
puisque leur prononciation dictoit et regloit
l'écriture. si l'on veut suivre l'ortografe
des anciens , n'en doit- on pas aussi
conserver la prononciation , pourquoi diviser
cela , et se rendre esclave de l'un
plutôt que de l'autre A quoi bon citer
toujours l'exemple des anciens dont on
ne parle plus , et dont on n'écrit plus le:
langage ? Les anciens écrivolent tiltre , aulne
, cognoistre etc. parcequ'ils prononçolent
toutes les lètres de ces mots là ; ils suivoient
donc en cela le principe des modernes
ortografistes qui veulent un plus
grand raport de verité et de justesse entre
l'écriture et la parole , entre le langage
prononcé et le langage écrit , ou entre les
sons et les signes qui les représentent. il
est donc vrai de dire que l'ortografe des
anciens répondolt à leur prononciation
plus exactement que l'ortografe d'aujourdui
ne répond au langage d'apré
sent
216 MERCURE DE FRANCE
sent ; et la prétendue verité de ce dernier
raport ne peut se soutenir que par un
esprit de prévention , d'aveuglement ou
d'indiférence sur cète matière, persone
jusqu'ici , que je sache , n'a prouvé que
le changement de prononciation dans les
mots n'endoit jamais produire aucun dans
la manière de les écrire ; c'est tout ce que
l'on pouroit prétendre d'une langue sainte
et morte come l'ébraïque ; mais en fait
de langue profane et vivante , l'experien .
ce crie tous les jours contre la tiranie ortografique
de la plupart des maîtres d'école
cète meme experience oblige
souvent les partisans de la vieille ortografe
à se taire , quelque touchés et sensibles
qu'ils aient paru à la vue des moindres
innovations ortografiques , elle les
réduit et les force encote malgré eus à
se soumetre de tems en tems à la règle
des sons , et à suivre en bien des ocasions
le courant de l'usage moderne.
>
On
peut
donc
conclure
que le droit
et le fait sont
contre
les esclaves
de la
vieille
ortografe
; ils craignent
toujours
que le langage
françois
ne perde
ses marques
de jargon
et de servitude
; ils ont
beau
faire
, cela
arivera
tot ou tard
à la
gloire
de la nation
et de la langue
françoise
, il ne faudroit
pour
cela que
l'aten
.
tiondes
s upérieurs
sur
l'impression
des
ouvràFEVRIER.
1731. 217
ouvrages classiques , académiques et périodiques.
Du plus au moins , il est permis
de raisoner sur les petites choses come
sur les grandes ; or malgré l'autorité
où la force du préjugé , n'a- t-on pas en
partie secoué le joug des anciens en fait
des arts et des siences ? N'a- t on pas réformé
les maisons , les cuisines , les équipages
, les modes , les usages etc. pourquoi
l'ortografe resteroìt - elle invariable ,
pendant que le langage mème auroit ses
changemens ? Je persiste donc à dire qu'on
doit faire passer la pratique et l'étude de
la nouvèle ou de la vraie ortografe qui
facilite la lecture ; avant que de faire pratiquer
la vieille ou la fausse ortografe qui
induit trop souvent en erreur les enfans ,
les fames , les gens de la campagne et les
étrangers , portés naturèlement à lire tout
et à prononcer toutes les lètres , bien loin
de les rendre muètes , et c'est pour lors la
vieille ortografe , et par surcroit la vieille
métode qui leur tendent des pieges au
moins à chaque ligne , pour ne pas
dire
à chaque mot.
Je dois , au reste , déclarer ici que je
ne répondraí à aucun de mes critiques
qu'autant que leurs dificultés ou leurs objections
iront contre la métode du bureau
tipografique , et contre la manière que
j'indique et que je propose pour bien montrer
218 MERCURE DE FRANCE
trer à lire aus petits enfans ; car pour ce qui
ne regarde en général que le sistème de l'anciène
ou de la nouvèle ortografe , j'aurai
souvent lieu d'en parler dans les réflexions
des A B C françois , sur tous les
sons de notre langue , sur l'ortografe de
quelques dictionaires , sur le traité d'ortografe
de feu M. l'Abé R. et sur les dife
rens extraits que j'ai faits d'une trentaine
d'auteurs ortografistes des deus derniers
siecles . En atendant ce petit ouvrage ,
voici l'avis que je donaí au compositeur
des lètres sur la biblioteque des enfans , et
que je n'ai pas cru devoir laisser imprimer
plutot par les raisons alleguées cidessus
.
Avis à l'imprimeur ou au compositeur des
lètres sur la bibliotèque des enfans , etc.
Le principal et peut-ètre le meilleur
avis que je puisse vous doner , c'est de
suivre exactement le manuscrit corigé
selon l'essai de cète ortografe . voici cependant
quelques règles qui vous metront
d'abord au fait de l'ortografe passagere ,
sur laquele j'ai interêt de pressentir le
gout des lecteurs non prévenus , afin de
pouvoir m'y conformer ensuite dans l'impression
de la bibliotèque des enfans.
Je demande que vous ne metiés sur les
voyeles , ni accent , ni chevron , ni les
deus
FEVRIER. 1731. 219
蒽
il
deus points que vous apelés trema , ou que
vous en pratiquiés bien l'usage et les diferences
, come dans les mots procès , bontés
, batême , ciguë , etc.... le chevron paroit
à present inutile sur les mots age ,
agé , etc....il ne faut jamais marquer
Pè
ouvert qu'avec l'accent grave et jamais
avec le circonflexe , à moins que l'e ne
soit long , come dans tête , etc.... à l'égard
des diftongues oculaires ai , ei , oi ,
qui ne font entendre que l'è ouvert ,
faudra essayer d'y metre l'i grave , come
dans les mots maitre , reine , il conoìt , etc.
afin de pouvoir faire distinguer les diftongues
des ieus et celles de l'oreille , surtout
lorsque la quantité et le son n'exigeront
pas l'usage du chevron. Je ne suis.
pas toujours la regle de l'accent circonflexe
, je préfere quelquefois l'i grave au
chevron , à cause des logètes du bureau
tipografique , en atendant l'usage des diftongues
chevronées entre les deus voyeles .
on metra aussi l'ì grave lorsqu'il fait entendre
l'e ouvert dans les voyeles nazales
ìn , ain , ein , etc. des mots lìn , vain ,
sein , etc..... et lorsque la diftongue ai
sonera come l'é fermé , vous ferés emploi
de l'i aigu , come dans les mots j'ai , plaisir,
je ferai , etc....il ne faut donc jamais
employer le chevron sur les voyeles , que:
pour marquer la longueur de leur durée
Qu
220 MERCURE DE FRANCE.
ou de leur quantité : car la regle d'em
ployer le chevron sur la voyele à côté de
Jaquelle on a suprimé quelque lètre , n'est
peut ètre pas toujours vraie ni sure, come
dans les mots sûre , vûe , ûë , etc. pour
seure , veue , eue , etc. qu'il sufit d'écrire
ue , etc. sans chevron ni trema;
quoique les imprimeurs aient les signes
sure , vue ,
pour marquer les voyeles longues
, brèves et douteuses , il n'en font
pas usage sur tout le latin qu'ils impriment
, et le françois n'est pas arivé au
point de caracteriser et de noter localement
le son de toutes les voyeles d'un
discours imprimé. il est donc inutile d'être
si scrupuleus sur une voyele, pendant
qu'on néglige les autres ; c'est l'usage et
la pratique du discours qui montrent les
longues et les breves ; c'est une erreur de
s'imaginer que la vieille ortografe avec des
lètres non prononcées ou muetes , puisse
indiquer aux ieus la quantité que l'oreille
demande.
Il faut donc employer le veritable accent
pour chaque voyele , ou n'en point
mètre , il paroit même inutile de le mar-.
quer toujours dans les mots qui revienent
souvent,come dans être , èlle, même ,
etc. et sur les silabes toujours suivies d'une
autre silabe avec l'e muet final qui oblige
d'ouvrir l'e des pénultiemes silabes , come
cètte
dans
FEVRIER. 1731 . 221
dans pere , bele , ils vienent , etc. L'usage
fréquent du chevron et de l'accent , rend
le caractere trop hérissé , et mème selon
quelques -uns , il le rend encore trop pédant
, surtout au milieu des mots , ou sur
l'e des monosilabes qui revienent souvent
et sans équivoque ; il sufit peut ètre d'en
mètre de tems en tems pour instruire les
lecteurs novices : mais vous ne devés
pas
oublier l'accent lorsqu'il sert à déterminer
le sens d'un mot , et que sans ce secours
le mot pouroit quelquefois ètre équivoque
ou induire en erreur la persone qui
lit , come dans les mots près , prés , tanté,
tante , etc. l'accent paroit toujours bien
employé sur les e finaus algus ou graves ,
en faveur des enfans et des étrangers ,
come dans bonté , bontés , procès , succès ,
étc. L'accent semble moins nécessaire pour
la lecture des premiers e des mots anée ,
créée , etc. mais il ne choque pas les ieus
acoutumés depuis lontems à cète varieté
et distinction d'e. Les anciens , dont on
s'autorise tant , metoient-ils des accens
sur les e et sur les autres voyeles ? à peine
fesolent- ils la dépense des points sur les
i. Nous- mèmes suivons-nous à l'égard des
voyeles capitales , l'usage des accens que
nous exigeons sur les petites voyeles ou
cèles du bas de casse , cependant la
plupart des lecteurs très- foibles sur la
lecture
222 MERCURE DE FRANCE
lecture des capitales , auroient là , plus
besoin d'accent que sur les petites lètres ;
on pouroit dire qu'un lecteur bien instruit
sur les mots en petites lètres , doit
ètre moins embarassé à lire sans accens
ces mèmes mots en lètres capitales . Je
parlerai de cet article dans les A B C françois
, il sufit à present de vous faire
remarquer ici que les E capitaus sans
accent choquent bien moins que les E
capitaus mal accentués et défigurés par
des apostrofes ou par des fragmens de l
en guise d'accens mal adaptés , come dans
LETRE PRETERIT , etc. au lieu
de LETRE , PRETERIT , etc.
bien des artisans mètent des points sur
les I capitaus en serrurerie , menuiserie,
cizelure , etc. le tout sans principes.
Les voyeles apelées trema n'ont jamais
été necessaires dans les mots ruë , conuë
ou rüe , conüe , etc. puisqu'il n'y a jamais
eu danger qu'on lût avec le son du v ,
rve , conve , etc. ce qui fait voir l'ignorance
idiotique de bien des auteurs et de
bien des imprimeurs. Les voyeles apelées
trema necessaires avant l'usage des j et des
v , sont donc apresent devenues inutiles
dans les mots boue , ouaille , etc. qu'on ne
sera plus exposé à lire bove , ovaille , etc.
les auteurs qui en continuent encore la
pratique dans bouë , onaille, etc. montrent,
sans
FEVRIER. 1731. 223
sans le vouloir , leur ignorance ou leur
préjugé idiotique ; profitera qui voudra
de l'avis , c'est leur afaire. Les trema sont
bons dans les mots Lais , Emmaüs , Saül,
Moïse , ciguë , etc. pour distinguer la prononciation
des autres mots lais , emaus >
moisi , saul , figue , etc. dont la lecture est
diférente. La seule ignorance des principes
a introduit l'usage de l'i trema pour
deus i dans les mots pai-is , abai- ie ;
moi- ien , etc. qu'on écrit abusivement
pais , abaie , moien , ou pa-is , aba-ïe ,
mo-ien , etc. se corigera encore là-dessus
qui voudra , mais cète ignorance est sensible
quand on voit et qu'on lit les mots
laïs, lais, hair, haine , païen, paien, paient,
etc. suposer que le point redoublé , redouble
sa voyele dans un endroit , qu'ailleurs
il unit , qu'ailleurs il divise les voyeles
, qu'ailleurs il indique les voyeles muetes
; c'est , ce me semble , faire un mauvais
usage du trema , et lui doner en mème-
tems trop de proprietés diferentes et
contraires les unes aus autres , come dans
païs , lais , ouailles , caën , etc. Je suis persuadé
que sans le préjugé idiotique , en
Holande , come en France , on auroìt honte
de s'obstiner à pratiquer un tel abus
et de préferer le mauvais usage , pendant
que le bon est le plus généralement suivi.
J'aurai souvent ocasion de reparler de cela
dans les A B C françois. Vous
224 MERCURE DE FRANCE
Vous n'emploirés donc jamais le y que
pour le double i , come dans moiien
paiis , etc. que j'écris moyen , pays , etc.
pour déferer à l'usage quand il n'induit
point en erreur . on pouroit aussi écrire
péis , abéie , etc. sans équivoque. Je tolere
le y dans la particule ey locale il y a , par
déference pour l'usage , et en faveur d'un
mot composé d'une seule lètre , quoique
nous ayons encore les mots a , o , en françois
, et les mots a , e , i , o , en latin . Ne
metés donc jamais l'i trema pour le y , ou
pour deus i. Quand j'écris aiant avec l'i
trema , pour a- iant , c'est en suposant
qu'on le prononce ainsi , car autrement
j'écrirois ai-iant avec un double i ou ayant
avec un y ; je soumets apresent , du moins
en partie , le principe de l'ortografe au
principe de la prononciation ; et mon erreur
ou mon ignorance sur le fait de la
prononciation , ne doit point infirmer le
principe sur l'ortografe , disctinction
qu'un lecteur équitable ne manquera pas
de suposer. Je ne parle pas ici des y finaus
employés dans les monossilabes roi , loi ,
quoi , ni , lui , etc. que bien des gens écrivent
encore roy , loy , quoy , ny , luy , etc.
c'est un reste des mauvais principes qu'on
suit chés les maitres écrivains.
Il faut condaner le ph de deus lètres
et préferer le simple ƒ d'une lètre, à moins
que
FEVRIER. 1731. 225
que ce ne soit dans un nom propre come
dans Joseph , Philipe , etc. encore bien des
gens écrivent Josef, Filipe , etc. et ils n'en
font peut-être pas plus mal. vous metrés
donc avec le ƒd'une lètre , les mots sfère,
filosofe , etc. au lieu de sphere , philosophe
etc. avec le ph de deus lètres , et cela en
faveur des enfans , des étrangers , et par
honeur pour la langue françoise , langue
d'un peuple franc , aussi libre et aussi maitre
de son ortografe que ses voisins les
italiens et les espagnols , un peu plus afranchis
que nous de la marque servile en fait
de langage ... vous laisserés toujours la
lètre h dans les mots où elle s'aspire , come
dans heros , etc. et lorsqu'elle sert à diviser
les voyeles et les silabes come dans
souhaits , etc. vous pourés la tolerer initiale
dans les mots humeur , honète , etc.
et quelquefois médiale dans aujourd'hui ,
etc. quoiqu'elle n'y soit point aspirées
mais il faut banir le b des mots chronologie
, cahot , écho , phiole , rhume , phantaisie
, theme , etc. qu'il faut écrire cronologie,
caot , éco , fiole , rume , fantaisie , ième , etc.
faute de caractère particulier la lètre h
est toujours nécessaire après le c pour indiquer
le son françois che des mots chiche,
chu heter, chou , etc. et cète raison de nécessité
confirme l'utilité de la réforme de
cète lètre dans les mots où elle est cap-
B tieuse
226 MERCURE DE FRANCE
tieuse , et où elle peut induire en erreur ,
come dans les mots cholere , Bachus , paschal
, etc.....
>
Je n'emploie la lètre double x , que
dans les endroits où elle fait la fonction
des deus lètres fortes cs , come dans axe ,
stix , etc. ou des deus lètres foibles ༡༢
come dans exil , examen , etc. et qu'on
pouroit écrire selon leur prononciation
acse , sticse , etc. egzil , egzamen , etc. et
cela sans induire en erreur ; avantage qui
n'est pas indiferent aus ieus des esprits
bons et bienfesans . vous ne devés jamais
employer la lètre double x pour les lètres
simples s ou z ; ainsi vous pourés im
primer ieus , sis , sisième , soissante , etc.
aulieu de ieux , six , sixième , soixante
etc. on trouve déja cète réforme dans
bien des livres anciens et modernes, dont
les auteurs avolent remarqué l'imperfection
de l'usage qui done quatre valeurs
diferentes à la lètre x.
Il faut rejeter l'emploi des consones inutilement
redoublées , lorsque cère double
consone est muère , ou qu'on ne la prononce
point dans le discours le plus soutenu
, come dans les mots abbé, accord
addoner, etc. que j'écris abé , acord , adoner,
etc. malgré la prétendue regle de
quantité françoise , qui n'est pas toujours
vraie à l'égard de toutes les consones redoublées
FEVRIER. 1731. 227
doublées . D'où vient qu'esclave de la lanque
latine qui alonge les voyèles suivies
de deus consones , on a cru qu'en françois
ce devoit être tout le contraire , et
que la double consone muète servoit à
faire conoitre que la voyele étoit bréve ?
cète regle fût - elle vraie , en demanderoit
une autre qui indicât quand la
double consone doit ètre muete ou prononcée
; l'usage montrera l'un come l'autre.
cependant par un reste d'égard pour
les ieus , je tolere encore la consone muete
inutilement redoublée dans de petits mots,
come dans cette , elle , qu'elle , etc. qu'il
sera bon d'écrire quelquefois avec une
seule consone et avec l'è grave , come
dans cète , cèle , qu'èle , etc. mais quand la
consone est redoublée dans la prononciation
, il faut la laisser dans l'ortografe,
come Pallas , Apollon , immodeste , etc. les
espagnols graves et sensés écrivent et prononcent
Palas, Apolon , quoiqu'ils sachent
bien qu'on dit et qu'on écrit en latin Pale
, las , et Apole , lon , etc.... Bien que
le double paroisse nécessaire dans les
mots je courrois , je courraí , etc. à cause
de la contraction des mots courerois
coureraí , etc. je ne mets cependant qu'un
avec le chevron sur la voyele où , come
jecoûrois , je coûrai , qu'on prononce fort
Cour-ois, cour-ai , fesant soner ler dans
Bij la
228 MERCURE DE FRANCE
>
la premiere silabe , etc. je parleraí de cela
dans l'ouvrage , des A B C françois. cependant
si les deus r se font entendre dans
ces exemples come dans le mot Varron ,
on peut y laisser le double r sans chevron.
Vous pouvés retrancher aussi la plupart
des lètres muètes inutiles , mème dans la
prononciation la plus soutenue , come
dans les mots asne , mesme , isle , coste
fluste , advocat , clef , baptesme , sept , ptisane,
vuide,paon , caën etc. que j'écris quelquefois
avec le chevron ou avec l'accent,
âne , mème , île , côte , flûte , avocat , clé ,
batême, sèt, tisane, vide, pân, cân , etc. et cela
en faveur des enfans , des étrangers , et de
la lecture ... selon le mème principe je
substitue les lètres prononcées aus lètres
non prononcées , come dans les mots lecon
, secrets , second , convent , que j'écris
Leçon , segrets, segond , couvent , j'écris aussi
par la mème raison , condâner , conoltre ,
etc. au lieu de condempner , cognoistre , ou
de condemner, connoistre , etc.... Je préfere
l'és avec l'accent aigu et le s , à l'ez avec
un z , par les raisons détaillées dans les
ABC françois ; la distinction des verbes ,
des participes , des noms pluriels , n'exige
point cète diference , l'Académie Françoise
ne l'a point admise dans la segonde
édition de son dictionaìre , et les partisans
de la vieille ortografe comancent d'écrire
FEVRIER. 1731. 229
crire avec l'è grave procès , succès , etc. aulieu
de procés , succés , avec l'é aigu ou avec
lez , procez , succez , etc. et les prés , aulieu
de prez , etc , il faut esperer qu'il n'en
resteront pas là.
"
Lorsqu'un mot aura plusieurs lètres à
tète ou à queue , come les mots diftinctif,
jurifdiction , infenfibles , style , inftructifs
fillabes , etc. il faut préferer les petits s et
les ct de deus lètres aus grans et aus
d'une piece , pour diminuer le nombre
des tètes et des queues , qui d'un mot en
font une espece de hérisson nuisible au
coup d'euil , et mètre distinctif, jurisdiction
, insensibles , stile , instructif, silabes ,
etc. Quand un mot avec des fou des &
liés se trouve environé d'autres mots
aïant des lètres à tète et à queue , soit
dans la ligne immédiatement au - dessus ,
soit dans la ligne immédiatement au- dessous
, soit dans la mème ligne à droite et
à gauche , il faut encore exclure et banir
les flons , simples ou doubles , la ligature
& , et leur préferer les petits s et les ct
de deus lètres . Je crois que pour pousser
encore un peu plus loin l'essai de la réforme
ortografique , et pour vous épargner
l'examen et la discussion sur l'emploi
, l'usage et le chois des consones courtes
ou longues , simples ou doubles , il
faudra banir totalement dès aujourdui les
Biij lètres
o MERCURE DE FRANCE.
lètres doubles inutiles , les ligatures , et rejeter
parconséquent les & , f, f , f,f, & ,
et leurs semblables , et leur préferer les
ct , st , ss , si , s , et. J'employois la conjonction
et en deus lètres après la virgule ,
et je tolerois ailleurs l' d'une piece ;
mais bien des persones de bon gout , disent
que cet & fait tort aus autres lètres
´et qu'on devroit l'abandoner , de mème
que les autres superfluités , aus maitres
écrivains et aus esprits gotiques , amateurs
et partisans des ligatures et des abréviations
. vous pouvés donc couvrir et condaner
ces sis cassetins pendant l'impression
de la suite des lètres sur la bibliotèque
des enfans , nous vêrons l'éfet que cet essai
produira sur le papier et sur les ieus
des lecteurs , je me regleraí ensuite làdessus
pour l'impression de mon ouvrage.
Je ne voudrois presque jamais employer
les lètres capitales ou majuscules.
dans la suite d'une frase et d'une période
que pour les noms propres , come
Paul , Mogel , Paris , etc. et non dans les
mots apellatifs de quelque nature qu'ils
pussent ètre , come prince , province , cordonier
, cheval , etc. les capitales après un
point et dans la mème frase , doivent
ètre du corps, paraleles aus autres letres,
de mème hauteur et plus petites que la
capitale qui comence la période en chef
et
FEVRIER. 1731. 231
et à la ligne. Lorsque cète petite majuscule
choqueta la vue, come dans les mots
il, on , etc. vous pourés mètre un plus
grand I ou un i du bas de casse , etc.
pour voir sur l'impression l'efet de cète
nouveauté.
و
Je dois dire ici un mot touchant l'exemple
que j'ai doné de la vieille et très -vieille
ortografe à la fin de la sisième lètre ; pour
faire voir d'une maniere sensible que l'ortografe
se raproche peu à peu de la prononciation
, j'ai mis le lecteur , pour ainsi
dire , entre deus extremités , afin de le rendre
plus atentif , et pour lui épargner la
peine d'aler feuilleter les vieus livres que
J'aurois pu citer , je renvoie cte discussion
à la suite des ABC françois. Les petsiones
scandalisées de cete nouvèle et de
cète vieille ortografe , sont priées de ne
pas fournir malgré elles des raisons contre
leur sentiment et leur préjugé .
Tachons de ne pas imiter l'ortografe de
ces fameus écrivains , qui prodigant l'usage
des lètres capitales , come s'ils donoient
des cronogrames , ne font
ne pas dificulté
d'écrire et de faire graver CaBinet , Re-
Ligion , InConftance , MaGiftrat , etc. qui
afectent d'employer le j et le v , au lieu
de l'i et de l'u voyeles dans les silabes initiales
, jl , jls, vn, jlluſtre, vnion, etc. qu'ils
devroient écrire il , ils, un , illustre , union ,
Biiij
..
etc.
232 MERCURE DE FRANCE
etc. ce sont là des fautes dans lesquèles les
imprimeurs ne tombent plus. il y a certains
maitres écrivains , des secretaires ,
des comis et des clercs , qui chérissent encore
leur ignorance sur cet article , il
est mème à craindre qu'ils ne se corigent
point tant que les grans seigneurs et les
maitres de ces scribes seront indiferens
ou prévenus sur l'exactitude de ces remarques
ortografiques.
Quoique le blanc des espaces bien pratiqués
serve à faire paroitre l'impression
plus bèle , on doit éviter le trop grand
nombre de ces espaces qui choquent la
vue lorsqu'ils forment des colones et des
zig- zag qui coupent les lignes ; c'est un
autre défaut que de vouloir remedier à
celuilà en metant des virgules où il n'en
faut point du tout. un compositeur de
bon gout , use sobrement et judicieusement
de la proportion et du nombre des
espaces et de l'usage des virgules , afin de ne
faire aucun tort au coup d'oeil de la bèle
impression , ni au sens du discours .Je trouve
quelquefois dans les livres les quinze
lignes de suite comancées par des lètres
à tète ou à queue , ce qui choque aussi
le coup d'euil , cela n'arivera pas lorsque
vous prendrés de petits s , des et , et des
at de deus lètres , étant dificile qu'il ne
s'en rencontre point à la tète d'une des
quinze
FEVRIER. 1731. 233
fblf
quinze lignes.un défaut encore plus grand
et que vous devés tâcher d'éviter , c'est
la rencontre des queues de la ligne d'en
haut avec les tètes de la ligne d'en bas
come PP , etc. on doit aussi regarder
come un défaut le mélange de
plusieurs lètres à petit ou à gros euil ,
de plusieurs lètres de diferente frape ,
quoique du mème corps ; le mèlange des
caractères neufs avec de vieus caractères
usés , pochés et mutilés , qui ne peuvent
jamais bien marquer tout le corps de la
lètre , ni d'une maniere nète et distincte,,
qui satisfasse le coup d'euil . L'imprimeur
a beau exalter son ouvrage imparfait , il
n'en sera pas cru , et il s'exposera à ètre
soupçoné d'ignorance ou de mauvaise foi.
Je sais bien que tout le monde n'y regarde
pas de si près , mais je sais aussi
qu'il y a de bons et de mauvais ouvriers
dans toute sorte de professions , et que les
bons come vous , qui visent à la perfecsion
, ne négligent rien de ce qui peut
les y conduire ; aucontraire , les ouvriers:
ignorans, indociles , obstinés, pleins d'eusmèmes
et indiferens sur le mieus , vieillissent
dans l'habitude de mal faire ; la
seule avidité du gain s'empare de leur
esprit et les aveugle si fort sur tout le
reste , qu'ils n'ont pas seulement la liberté
de voir que le gain mème se trouve
plus
234 MERCURE DE FRANCE
plus grand à mesure qu'on est plus habile
or on ne peut devenir habile qu'en
cultivant le bon gout et en observant
beaucoup de choses petites séparement ,
mais dont la totalité et l'ensemble , donent
la perfection , et c'est là- dessus que
le public pour son argent a le droit d'admirer
, de choisir , d'aprouver et d'acheter
; ou de mépriser , de condaner et de
rebuter l'ouvrage des auteurs , des imprimeurs
et des relieurs , come des autres
artisans. on poura continuer cète matiere
dans quelque autre ocasion .
Fermer
Résumé : NEUVIEME LETRE touchant l'essaì de l'ortografe passagère dans les lètres sur la biblioteque des enfans.
L'auteur d'une lettre discute d'une expérience d'orthographe temporaire appliquée dans des lettres adressées à la bibliothèque des enfants. Il souligne que l'orthographe distingue les hommes et met en garde contre ceux qui se prétendent experts sans réflexion sérieuse. L'auteur note la difficulté de suivre une règle unique en période de confusion orthographique et propose de représenter le son véritable des mots, privilégiant l'oreille sur les yeux. L'auteur a introduit progressivement des changements orthographiques dans ses lettres pour observer la réaction des lecteurs. Il observe que beaucoup s'habituent à cette nouvelle orthographe, bien qu'ils aient du mal à l'appliquer eux-mêmes. Il approuve les autres orthographes pour des raisons pratiques, comme la lecture des dictionnaires et des livres classiques. L'auteur recommande d'enseigner d'abord l'orthographe des sons avant celle des yeux. Il suggère d'apprendre le latin avant le français aux enfants, car le latin est plus cohérent entre la prononciation et l'écriture. Il critique l'orthographe ancienne pour ses règles fausses et équivoques, et plaide pour une orthographe plus vraie et régulière. L'auteur affirme que la nouvelle orthographe facilitera la lecture et réduira les erreurs, surtout pour les enfants, les femmes, les gens de la campagne et les étrangers. Il précise qu'il ne répondra aux critiques que sur la méthode d'enseignement de la lecture et non sur le système orthographique en général. Le texte aborde également des règles orthographiques et typographiques spécifiques. L'auteur préfère l'i grave à l'accent circonflexe pour des raisons pratiques liées à l'impression. Il recommande l'utilisation de l'i grave pour indiquer l'e ouvert dans les voyelles nasales et l'i aigu pour la diphtongue ai lorsqu'elle sonne comme l'é fermé. Il critique l'usage excessif du chevron et des lettres muettes, estimant que l'usage et la pratique du discours suffisent à indiquer les voyelles longues et brèves. L'auteur souligne que l'accent est nécessaire pour éviter les équivoques et faciliter la lecture, notamment pour les enfants et les étrangers. L'auteur prône l'usage du f simple plutôt que ph, sauf dans les noms propres, et la suppression des consonnes redoublées muettes. Il recommande également de retrancher les lettres muettes inutiles et de substituer les lettres prononcées aux lettres non prononcées. Enfin, il préfère l'accent aigu sur l'e dans les mots comme procès et succès, et critique l'usage excessif des accents et des trémas qui rend le texte trop hérissé et pédant. Le texte traite également d'une proposition de réforme orthographique et typographique. L'auteur suggère de simplifier l'orthographe en éliminant les lettres doubles inutiles, les ligatures et certaines consonnes, préférant des combinaisons comme 'ct', 'st', 'ss', 'si', 's' et 'et'. Il recommande également de limiter l'usage des lettres capitales, sauf pour les noms propres, et d'éviter les abus de blancs et de virgules dans les textes imprimés. L'auteur critique l'usage excessif des lettres capitales et des fautes orthographiques commises par certains écrivains et scribes. Il insiste sur l'importance de la qualité typographique, évitant les mélanges de caractères et les défauts d'impression. Le texte se conclut par une réflexion sur la nécessité pour les imprimeurs de cultiver le bon goût et l'habileté pour produire des ouvrages de qualité, afin de mériter l'approbation du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 234-240
AVIS.
Début :
Pour la comodité du public, on a divisé le bureau tipographique en quatre classes qui pourront [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Classes, Lettres, Exemplaire, Ordre abécédaire, Leçons, Méthodes vulgaires, Bibliothèque des enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
la comodité du public , on a divisé le
bureau tipografique en quatre classes qui pouront
ètre vendues et achetées séparément , et les
unes après les autres à mesure que l'enfant croitra
en age et en conoissance.
La premiere classe contient 1 °. une table sans
pié , avec ses rebors dans les deus extremités , er
la tringle ou la regle du derriere sur laquelle on a
imprimé les grandes et les petites lètres dans l'ordre
abécédique , ainsi qu'il a été dit en parlant du
premier bureau tipografique pour un enfant de
deus à trois ans. 2 °. Deus jeus de cartes élémentaires
, c'est- à-dire au dos desquelles on a mis
les grandes et les petites lètres que l'enfant aprend
a. ranger vis-à-vis cèles de la regle sur la table
de ce premier bureau. 3 °. Deus petits cartons élémentaires
contenant huit leçons abécédiques , et
le vrai nom ou la vraiè dénomination des lètres
dans
FEVRIER . 235 1731.
dans un ordre nouveau métodique et facile.
4. Là feuille élémentaire des mèmes combinai
sons et en placard pour le segond exemplaire.
5. Une planche gravée pour le plan des quatre
classes , et du dictionaire du bureau tipografique.
6. une brochure de neuf feuilles sur la
bibliotèque des enfans , etc. et pour l'instruction
préliminaire touchant la métode du bureau tipografique.
7. une cassète de gros cartón , renforcée
de parchemin à tous les angles exterieurs ,
bordés de papier de couleur , et couverte des huir
leçons de la feuille élémentaire. cette cassète sert
à tenir le petit atirail literaire qui doit servir d'a
musement instructif à un enfant de deus à trois:
ans ou au - dessus de cer age. Le tout ne coutera
que
la some de dis livres.
La segonde classe consiste , 1 ° . en une table
sans pié , un peu plus large que celle de la premiere
classe. 2 °. En un casseau de deus rans de cas--
setins. 3 °. En leurs étiquetes tipografiques au bas
de chaque logète pour indiquer l'espece des .
cartes que l'on doit tenir dans ces mèmes logètes.
4. En une garniture de cartes imprimées
pour l'atirail des soissantes logètes , et le tout pour
le pris de vint livres . on rabatra quatre francs à
ceus qui rendront la table de la premiere classe
desorte que la segonde ne leur reviendra qu'à scise:
livres.
La troisieme classe comprend , 1. une table
sans pié. 2 ° . un casseau de quatre rans de logè..
tés ou de cent-vint cassetins. 3. Leurs étiquetes.
tipografiques au bas de chaque celule pour indiquer
les cartes qu'on y doit tenir. 4° . La garniture
des cartes imprimées pour les 120. cassetins:
contenant les grandes et les petites lètres de la
segonde classe , plus les sons simples et compo
sés , les chifres , et tous les signes nécessaires pour
imprimer du latin er du françois sur la table du
B vj
bureau
236 MERCURE DE FRANCE
bureau ; le tout pour la some de
quarante livres , et
l'on rabatra vint francs à ceus qui rendront le bu
reau de la deusième classe , ainsi celui de la
troisième ne leur reviendra qu'à vint livres.
D
La quatrième classe comprend , r . une table
brisée et ferrée , sans pié . 2 ° . Un casseau de sis
rans de cassetins , c'est-à- dire , les quatre rans de.
la troisiéme classe , et les deus rans du rudiment.
pratique. 3º . Les etiquètes de 180. celules. 4
L'assortiment necessaire pour garnir les quatre
rans de l'imprimerie, et les deus rans du rudiment:
pratique de la langue françoise et de la langue latine,
ainsi qu'on l'a détaillé dans la sètiéme lètre
de la bibliotèque des enfans , et cela pour le pris
de quatre-vint dis livres , sur lesquèles on rabatra.
quarante livres aus persones qui rendront le bu
reau de la troisième classe , de sorte que celui de
la quatrième ne leur reviendra qu'à so. livres.
Ceus qui voudront le bureau complet avec un
pié pour la table brisée , ferrée et fermant à clé
doneront une pistole de plus , c'est -à- dire en tout
cent francs ou soissante livres en rendant le bureau.
de la troisième classe ou de quarante livres.
NM le grammairien de Ventabrèn en Provence
, trouvera pour son instruction dans le
Mercure du mois prochain, la critique d'un Professeur
anonime de l'Université de Paris, ennemi
déclaré de la metode du bureau tipografique , et:
fameus champion des métodes vulgaires : en atendant
la réponse à ces deus critiques , le grammairien
est, prié de lire les sis dernieres lètres
sur la bibliotèqu des enfans inserées dans les
Mercures depuis le mois d'octobre dernier jusqu'au
present mois de fevrier. On se flate que
cète ètre radoucira un peu les, adversaires du
bureau tipografique, du moins ceus qui sans prévention
n'agiront que de bone foi et dans la
soule vue du bien public, sur lequel influra ton
jours lapremiere éducation des enfans.
FEVRIER.
173.1. 237
§. 13. A BC FRANÇOIS- LATIN..
Carac- Noms vul. Nomséfectifs ,
teres . gaires et valeur réele.
Figures. souvert veritable
Signes. faus , équi- dénomination
Letres. voques ou
captieus.
Exemplest
A.. a..
B.. b.
a.
be.
ce. C. c.
D. d. de.
E. e.
هن
a.
be.
de.
ce-ka- qu.
c muet.
é fermé.
è ouvert.
Aaron.
bombe.
cecrops.
ode:
juste.
bonté.
procès.
F. f.
effe..
fe. vif.
G.
g. ge. ge-ga-gu.
H. h. ache. he.
gigot.
héros.
I. i. i. i. if.
J. j. j. consone. je -ja .
K. k. Ka, ka-qu.
L. 1. elle. le.
jauge.
quiconque
seul.
M m. emme . me. ame,
N. n. enne. ne. mine.
O. o.
P. P
Q.
q.
R. r.
pe.
qu .
erre
0. 0.
coq..
pe.
qu-ka.
Gap.
quand.
re.
S. f. esse. se- ze.
rire.
Suson.
T. t. t. te- ci.. intention.
U. u. u. u. busc.
V. v. V. consone. ve. vive .
X. X. icse. kse-gze. axe. exil.
Y.
Y. y. grec.
i-ïe.
ny. payen
Z. z. zede . ze -ce.. zést . Usez...
EL & Cle &-et etc. et lui.
Letra
238 MERCURE DE FRANCE
Letres. Noms
vulgaires.
a. a.
e.
Noms Exem
éfectifs.
a . Bala.
e muet. vie.
§.14. TRENTE -DEUS SONS DELA LANGUE FRANÇOISE .
18. sons avec les consones françoises ,
J
1.vfo4ry.aenlçeosises
-V
amouillés 4liquides .12. sons ,6.forts ,6.forbles .s.voyeles naz .9.ordinaires .
i..
éfermé. clarté.
è ouvert
. accès.
Isaïe.
mot. Οι
u. u. une./
eu.se ,
ou. O ,
ü. cu . feu.
ü.. ou. cou.
ajenneja,titre.a.
é, enne;e , titre.é.
i, ennesi, titre.ĩ.
o,enne;o,titre.o.
u,enne;u,titre.ú.
tát.
bié
igrat.
pot.
"
ludi..
d .
come dans l'ABC'françoislatin..
BASEÒN BOX NATÉ
ch. ce , ache. che. chiche
come dans l'AB C. françoislatin.
三晶
ill. i , elle, elle. lhe paille
gn. ( g , enne .. gne, vigne
FEVRIER. 1731. 2397
S. 15. ABC PRONONCE'.
Initial Médial. Final
i.
1..
n.
P
ASJIJE BCAA62
abé,. téatre. Goá.
b. benir. Abel. Raab
cerise. recevoir. croc.
d..
dépit.
élant.
femele.
perdreaus jod
javelot. poste
rafle.. vif.
géất , gai. regard. Agag..
heron.
idée..
j. jujube.
k. kiriele .
Chathuant. ah !
élire . ni.
rejouir.
alkali . talk.
levreau: Alexis. bal.
m.. Mnemosine. Homere. Sem.
Nevers. anerie. Himen.
ognoi. adorer. Cacao.
pelican. adopter. Cap.
q: queue. aquerir. coq.
r. renard.
perdris. mer.
S. saucisse. Samson. as.
t. teton. rectitude. brut.
u. Uranic. chathuant. cocu.
V. Venus. revenir. verve..
X. Xénophon. Alexandre. styx .
y..
Z.
yeus. moyen. Henry.
Zenon. azile. dez à joue
eu. heureus.. demeure. jeu.
1
ou. ouaille.
jalousie.
hibou.
ch . cheval. acheter. hache.
gn. gniole. magnifique. regne.
ill. ailleurs. paille.
oi. oie. envoyé. \ loi.
ui. huile. reduire. lui.
ã. ange, enfance, an.
240 MERCURE DE FRANCE
ĕ. chrétienté. mien.
i. ingrat.
distincte.. vin.
ö. onde.
répondre.
thon .
Hun. lundi. brun.
&t. Ctesias. arctique. aspect.
ft. stile. histoire.
protest.
6. 16 . A B C MUET.
Initial Medial. Final
2. Août. Saone.
b. debte.
plomb.
Jacques .
banc.
d.
advis. nord.
Europe.
nuement. vie.
£. juifve . cléf
Magdelaine. loing.
habit. Jehan.
i.
gaigner..
j.
k. } nul exemple.
1. tiltre. baril.
m.
n.
commode, Montcalm
donner.
Θα oeconome.. choeur.
P. ptisane. baptême. camp.
coqdinde. cocq .
arriver. monsieur.
asne.
paradis.
chathuant .
vuide.
r.
S..
t.
u..
v, &c. nul exemple.
,
& , ét.
Voilà ce que j'avois à dire touchant l'essai de
Portografe passagère , et sur la métode du bureau
tipografique. Il faut apresent se mètre en garde
et songer à parer les coups que l'ignorance , la
prévention et peut -ètrel'envie ou la mauvaise for
méditent de porter contre la nouveauté , la simplicité
et l'utilité decète métode. J'ai l'honeur.etc.
la comodité du public , on a divisé le
bureau tipografique en quatre classes qui pouront
ètre vendues et achetées séparément , et les
unes après les autres à mesure que l'enfant croitra
en age et en conoissance.
La premiere classe contient 1 °. une table sans
pié , avec ses rebors dans les deus extremités , er
la tringle ou la regle du derriere sur laquelle on a
imprimé les grandes et les petites lètres dans l'ordre
abécédique , ainsi qu'il a été dit en parlant du
premier bureau tipografique pour un enfant de
deus à trois ans. 2 °. Deus jeus de cartes élémentaires
, c'est- à-dire au dos desquelles on a mis
les grandes et les petites lètres que l'enfant aprend
a. ranger vis-à-vis cèles de la regle sur la table
de ce premier bureau. 3 °. Deus petits cartons élémentaires
contenant huit leçons abécédiques , et
le vrai nom ou la vraiè dénomination des lètres
dans
FEVRIER . 235 1731.
dans un ordre nouveau métodique et facile.
4. Là feuille élémentaire des mèmes combinai
sons et en placard pour le segond exemplaire.
5. Une planche gravée pour le plan des quatre
classes , et du dictionaire du bureau tipografique.
6. une brochure de neuf feuilles sur la
bibliotèque des enfans , etc. et pour l'instruction
préliminaire touchant la métode du bureau tipografique.
7. une cassète de gros cartón , renforcée
de parchemin à tous les angles exterieurs ,
bordés de papier de couleur , et couverte des huir
leçons de la feuille élémentaire. cette cassète sert
à tenir le petit atirail literaire qui doit servir d'a
musement instructif à un enfant de deus à trois:
ans ou au - dessus de cer age. Le tout ne coutera
que
la some de dis livres.
La segonde classe consiste , 1 ° . en une table
sans pié , un peu plus large que celle de la premiere
classe. 2 °. En un casseau de deus rans de cas--
setins. 3 °. En leurs étiquetes tipografiques au bas
de chaque logète pour indiquer l'espece des .
cartes que l'on doit tenir dans ces mèmes logètes.
4. En une garniture de cartes imprimées
pour l'atirail des soissantes logètes , et le tout pour
le pris de vint livres . on rabatra quatre francs à
ceus qui rendront la table de la premiere classe
desorte que la segonde ne leur reviendra qu'à scise:
livres.
La troisieme classe comprend , 1. une table
sans pié. 2 ° . un casseau de quatre rans de logè..
tés ou de cent-vint cassetins. 3. Leurs étiquetes.
tipografiques au bas de chaque celule pour indiquer
les cartes qu'on y doit tenir. 4° . La garniture
des cartes imprimées pour les 120. cassetins:
contenant les grandes et les petites lètres de la
segonde classe , plus les sons simples et compo
sés , les chifres , et tous les signes nécessaires pour
imprimer du latin er du françois sur la table du
B vj
bureau
236 MERCURE DE FRANCE
bureau ; le tout pour la some de
quarante livres , et
l'on rabatra vint francs à ceus qui rendront le bu
reau de la deusième classe , ainsi celui de la
troisième ne leur reviendra qu'à vint livres.
D
La quatrième classe comprend , r . une table
brisée et ferrée , sans pié . 2 ° . Un casseau de sis
rans de cassetins , c'est-à- dire , les quatre rans de.
la troisiéme classe , et les deus rans du rudiment.
pratique. 3º . Les etiquètes de 180. celules. 4
L'assortiment necessaire pour garnir les quatre
rans de l'imprimerie, et les deus rans du rudiment:
pratique de la langue françoise et de la langue latine,
ainsi qu'on l'a détaillé dans la sètiéme lètre
de la bibliotèque des enfans , et cela pour le pris
de quatre-vint dis livres , sur lesquèles on rabatra.
quarante livres aus persones qui rendront le bu
reau de la troisième classe , de sorte que celui de
la quatrième ne leur reviendra qu'à so. livres.
Ceus qui voudront le bureau complet avec un
pié pour la table brisée , ferrée et fermant à clé
doneront une pistole de plus , c'est -à- dire en tout
cent francs ou soissante livres en rendant le bureau.
de la troisième classe ou de quarante livres.
NM le grammairien de Ventabrèn en Provence
, trouvera pour son instruction dans le
Mercure du mois prochain, la critique d'un Professeur
anonime de l'Université de Paris, ennemi
déclaré de la metode du bureau tipografique , et:
fameus champion des métodes vulgaires : en atendant
la réponse à ces deus critiques , le grammairien
est, prié de lire les sis dernieres lètres
sur la bibliotèqu des enfans inserées dans les
Mercures depuis le mois d'octobre dernier jusqu'au
present mois de fevrier. On se flate que
cète ètre radoucira un peu les, adversaires du
bureau tipografique, du moins ceus qui sans prévention
n'agiront que de bone foi et dans la
soule vue du bien public, sur lequel influra ton
jours lapremiere éducation des enfans.
FEVRIER.
173.1. 237
§. 13. A BC FRANÇOIS- LATIN..
Carac- Noms vul. Nomséfectifs ,
teres . gaires et valeur réele.
Figures. souvert veritable
Signes. faus , équi- dénomination
Letres. voques ou
captieus.
Exemplest
A.. a..
B.. b.
a.
be.
ce. C. c.
D. d. de.
E. e.
هن
a.
be.
de.
ce-ka- qu.
c muet.
é fermé.
è ouvert.
Aaron.
bombe.
cecrops.
ode:
juste.
bonté.
procès.
F. f.
effe..
fe. vif.
G.
g. ge. ge-ga-gu.
H. h. ache. he.
gigot.
héros.
I. i. i. i. if.
J. j. j. consone. je -ja .
K. k. Ka, ka-qu.
L. 1. elle. le.
jauge.
quiconque
seul.
M m. emme . me. ame,
N. n. enne. ne. mine.
O. o.
P. P
Q.
q.
R. r.
pe.
qu .
erre
0. 0.
coq..
pe.
qu-ka.
Gap.
quand.
re.
S. f. esse. se- ze.
rire.
Suson.
T. t. t. te- ci.. intention.
U. u. u. u. busc.
V. v. V. consone. ve. vive .
X. X. icse. kse-gze. axe. exil.
Y.
Y. y. grec.
i-ïe.
ny. payen
Z. z. zede . ze -ce.. zést . Usez...
EL & Cle &-et etc. et lui.
Letra
238 MERCURE DE FRANCE
Letres. Noms
vulgaires.
a. a.
e.
Noms Exem
éfectifs.
a . Bala.
e muet. vie.
§.14. TRENTE -DEUS SONS DELA LANGUE FRANÇOISE .
18. sons avec les consones françoises ,
J
1.vfo4ry.aenlçeosises
-V
amouillés 4liquides .12. sons ,6.forts ,6.forbles .s.voyeles naz .9.ordinaires .
i..
éfermé. clarté.
è ouvert
. accès.
Isaïe.
mot. Οι
u. u. une./
eu.se ,
ou. O ,
ü. cu . feu.
ü.. ou. cou.
ajenneja,titre.a.
é, enne;e , titre.é.
i, ennesi, titre.ĩ.
o,enne;o,titre.o.
u,enne;u,titre.ú.
tát.
bié
igrat.
pot.
"
ludi..
d .
come dans l'ABC'françoislatin..
BASEÒN BOX NATÉ
ch. ce , ache. che. chiche
come dans l'AB C. françoislatin.
三晶
ill. i , elle, elle. lhe paille
gn. ( g , enne .. gne, vigne
FEVRIER. 1731. 2397
S. 15. ABC PRONONCE'.
Initial Médial. Final
i.
1..
n.
P
ASJIJE BCAA62
abé,. téatre. Goá.
b. benir. Abel. Raab
cerise. recevoir. croc.
d..
dépit.
élant.
femele.
perdreaus jod
javelot. poste
rafle.. vif.
géất , gai. regard. Agag..
heron.
idée..
j. jujube.
k. kiriele .
Chathuant. ah !
élire . ni.
rejouir.
alkali . talk.
levreau: Alexis. bal.
m.. Mnemosine. Homere. Sem.
Nevers. anerie. Himen.
ognoi. adorer. Cacao.
pelican. adopter. Cap.
q: queue. aquerir. coq.
r. renard.
perdris. mer.
S. saucisse. Samson. as.
t. teton. rectitude. brut.
u. Uranic. chathuant. cocu.
V. Venus. revenir. verve..
X. Xénophon. Alexandre. styx .
y..
Z.
yeus. moyen. Henry.
Zenon. azile. dez à joue
eu. heureus.. demeure. jeu.
1
ou. ouaille.
jalousie.
hibou.
ch . cheval. acheter. hache.
gn. gniole. magnifique. regne.
ill. ailleurs. paille.
oi. oie. envoyé. \ loi.
ui. huile. reduire. lui.
ã. ange, enfance, an.
240 MERCURE DE FRANCE
ĕ. chrétienté. mien.
i. ingrat.
distincte.. vin.
ö. onde.
répondre.
thon .
Hun. lundi. brun.
&t. Ctesias. arctique. aspect.
ft. stile. histoire.
protest.
6. 16 . A B C MUET.
Initial Medial. Final
2. Août. Saone.
b. debte.
plomb.
Jacques .
banc.
d.
advis. nord.
Europe.
nuement. vie.
£. juifve . cléf
Magdelaine. loing.
habit. Jehan.
i.
gaigner..
j.
k. } nul exemple.
1. tiltre. baril.
m.
n.
commode, Montcalm
donner.
Θα oeconome.. choeur.
P. ptisane. baptême. camp.
coqdinde. cocq .
arriver. monsieur.
asne.
paradis.
chathuant .
vuide.
r.
S..
t.
u..
v, &c. nul exemple.
,
& , ét.
Voilà ce que j'avois à dire touchant l'essai de
Portografe passagère , et sur la métode du bureau
tipografique. Il faut apresent se mètre en garde
et songer à parer les coups que l'ignorance , la
prévention et peut -ètrel'envie ou la mauvaise for
méditent de porter contre la nouveauté , la simplicité
et l'utilité decète métode. J'ai l'honeur.etc.
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Résumé : AVIS.
Le texte décrit une division du bureau typographique en quatre classes, destinées à être vendues et achetées séparément en fonction de l'âge de l'enfant. Chaque classe contient des éléments spécifiques pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. La première classe, pour les enfants de deux à trois ans, inclut une table sans pied avec des lettres imprimées, des jeux de cartes élémentaires, des cartons contenant des leçons abécédiques, une feuille élémentaire, une planche gravée, une brochure sur la bibliothèque des enfants, et une cassette pour ranger le matériel. Le coût total est de dix livres. La deuxième classe comprend une table plus large, un casseau de deux rangs de cassetins, des étiquettes typographiques, et une garniture de cartes imprimées. Le prix est de vingt livres, avec une réduction de quatre francs pour ceux qui rendent la table de la première classe. La troisième classe inclut une table, un casseau de quatre rangs de cassetins, des étiquettes typographiques, et des cartes imprimées pour les cassetins. Le coût est de quarante livres, avec une réduction de vingt francs pour ceux qui rendent le bureau de la deuxième classe. La quatrième classe, la plus complète, comprend une table brisée et ferrée, un casseau de six rangs de cassetins, des étiquettes pour 180 cellules, et un assortiment nécessaire pour l'imprimerie et le rudiment pratique des langues française et latine. Le prix est de quatre-vingt-dix livres, avec une réduction de quarante livres pour ceux qui rendent le bureau de la troisième classe. Le texte mentionne également une critique d'un professeur anonyme de l'Université de Paris, adversaire de la méthode du bureau typographique. Il invite le grammairien de Ventabrèn à lire les lettres sur la bibliothèque des enfants pour se préparer à cette critique. Enfin, le texte liste les lettres de l'alphabet français et latin avec leurs noms vulgaires et effectifs, ainsi que des exemples de mots et des sons de la langue française.
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65
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure, vis-à-vis [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse, Libraires, Lettres, Sols
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
›
Les Libraires des Provinces & des .Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
tui indiquera.
PRIX XX X. SOLS,
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran-
Coife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
›
Les Libraires des Provinces & des .Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
tui indiquera.
PRIX XX X. SOLS,
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Résumé : AVIS.
L'avis traite de la distribution du Mercure de France. Les correspondants doivent envoyer leurs paquets cachetés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé en face de la Comédie Française à Paris. Les paquets peuvent également être remis aux libraires parisiens qui vendent le Mercure. Il est crucial d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers souhaitant recevoir rapidement le Mercure de France, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier préparera et expédiera les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix du Mercure de France est de vingt sols.
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66
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse, Paquets, Lettres, Librairies des Provinces
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
' ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour
les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterant
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Mi fageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXIV . SOLS.
' ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour
les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterant
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Mi fageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXIV . SOLS.
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Résumé : AVIS.
Le texte présente des informations sur la distribution et la réception du Mercure, une publication. Les paquets peuvent être envoyés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Les lecteurs peuvent également les remettre aux libraires parisiens qui vendent le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau pour recevoir le Mercure rapidement. Le prix de la publication est de vingt-quatre sous.
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67
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Adresse générale, Paris, Comédie-Française, Lettres, Poste, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
' ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie
Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront
remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires
qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie,
›
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
A
PRIX XXX. SOL'S.
' ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie
Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront
remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires
qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir,
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
oin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
oûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie,
›
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
A
PRIX XXX. SOL'S.
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Résumé : AVIS.
Le texte décrit les modalités de distribution et d'envoi des paquets pour le Mercure de France. Les envois doivent être adressés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour plus de commodité, les paquets cachetés peuvent être remis aux libraires parisiens vendant le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste afin d'éviter leur rejet et la perte des ouvrages en l'absence de copie. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau pour recevoir rapidement le Mercure. Ce dernier préparera et enverra les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées, pour un coût de trente sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 1315-1317
Lettres serieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Début :
LETTRES ET SÉRIEUSES ET BADINES, sur un Livre intitulé : État present de la République [...]
Mots clefs :
Lettres, Journal, Bienheureux serviteur de Dieu, Courroux du ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres serieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
LETTRES SERIEUSES ET BADINES , sur un
Livre intitulé : Etat present de la Républi
que des Provinces- Unies. Par M. F. M.
Janiçon ; et sur d'autres Ouvrages . Pre
miere Partie ; Nec unus in te ego hos animos
gessis longus post me ordo idem petentium
decus. Tit. Liv. Decad. 1. Lib. 1. A la
Haye , che Jean Wanduren , 1729. in 12.
de 273. pages , sans compter l'Epitre , la
Préface , l'Avis du Libraire et quantité de
Tables , de Listes et de Catalogues qui
en contiennent environ 90.
Ces Lettres sont un Journal d'une nou
velle espece , comme le dit l'Auteur dans
la Préface ; on verra bien , dit- il , que je
les ai écrites avec assez d'enjoument et de
liberté. Les suivantes seront de même, & c.
On apprend dans la dixiéme Lettre
1
I. Vol. qu'on
1316 MERCURE DE FRANCE
qu'on a imprimé à Venise un Livre sous
ce titre : Trattato dell' Arte Cavalleresca ,
dove si essaminano molte questioni curiosis
sime in tornoalle Bastonate . Vinegia , apresse
li Tremati. Le Marquis Gio Pirro de Mar
di Luogo , qui en est Auteur , s'efforce
d'y prouver que les coups de bâton ne
deshonorent point , et qu'on peut sans
honte aller boire avec celui de qui on les
a reçus.
Après ce titre de Livre , dont l'Auteur
n'affirme pas tout- à - fait l'existence , il
en rapporte un autre Espagnol , duquel
il dit avoir bien ri à Séville. En voici
le titre Exclamacion à la héroica y
Christiana paciencia , &c. Eloge de la
patience héroïque de ce grand Serviteur de
Dieu, Don Jean Rufo Medroso , où l'on
voit les choses merveilleuses qu'il dit en re
cevant des coups de bâton à la porte
la generosité
incomparable avec laquelle il jetta son épée
à terre , pour ne pas faire mal à son ennemi,
et sa prudente fuite. A Seville , par le Pere
Juan de Picas , Religieux de l'Ordre des
Humiliez , 1569.
Comédie , sa contenance modeste e de la
En voici un Passage qui a été traduit :
Le Bienheureux Serviteur de Dieu inter
rogé par son ami Don Pedro del Campo ,
pourquoi il ne s'étoit pas deffendu , lui
I. Vol. ré
JUIN. 1731. 1317
répondit avec son humilité ordinaire. Fe
vous ai déja raconté comment Don Miguel
me surprit ; j'ajoûte qu'il me pressa avec tant
d'ardeur, que je n'eus pas le loisir de résou
dre divers doutes qui me vinrent d'abord
dans l'esprit. Je ne sçavois si je pouvois en
conscience me servir d'une épée que j'avois
vouée à Nuestra Señora de la Paz. Je ne
sçavois si , étant Gentilhomme , il m'étoit per
mis de me battre avec une canne . Je ne sça
vois si mon Adversaire , étant Gentilhomme
comme moi , j'avois droit de le frapper avec
une canne. D'un autre côté , je songeai qu'on
pourroit faire passer cette rencontre pour un
Duel , et que notre sainte Mere Eglise excom
munie les Duellistes. Ce n'est pas tout encore.
Je veux, en vous découvrant jusqu'au fond de
mon coeur , vous faire voir à quel point mes
pechez ont attiré sur moi le couroux du Ciel.
Scache donc que comme par ces énormes
pechez je suis devenu l'enfant du diable ;
en un mot , je tremble comme lui , dès que je
vois seulement une épée nuë.
Livre intitulé : Etat present de la Républi
que des Provinces- Unies. Par M. F. M.
Janiçon ; et sur d'autres Ouvrages . Pre
miere Partie ; Nec unus in te ego hos animos
gessis longus post me ordo idem petentium
decus. Tit. Liv. Decad. 1. Lib. 1. A la
Haye , che Jean Wanduren , 1729. in 12.
de 273. pages , sans compter l'Epitre , la
Préface , l'Avis du Libraire et quantité de
Tables , de Listes et de Catalogues qui
en contiennent environ 90.
Ces Lettres sont un Journal d'une nou
velle espece , comme le dit l'Auteur dans
la Préface ; on verra bien , dit- il , que je
les ai écrites avec assez d'enjoument et de
liberté. Les suivantes seront de même, & c.
On apprend dans la dixiéme Lettre
1
I. Vol. qu'on
1316 MERCURE DE FRANCE
qu'on a imprimé à Venise un Livre sous
ce titre : Trattato dell' Arte Cavalleresca ,
dove si essaminano molte questioni curiosis
sime in tornoalle Bastonate . Vinegia , apresse
li Tremati. Le Marquis Gio Pirro de Mar
di Luogo , qui en est Auteur , s'efforce
d'y prouver que les coups de bâton ne
deshonorent point , et qu'on peut sans
honte aller boire avec celui de qui on les
a reçus.
Après ce titre de Livre , dont l'Auteur
n'affirme pas tout- à - fait l'existence , il
en rapporte un autre Espagnol , duquel
il dit avoir bien ri à Séville. En voici
le titre Exclamacion à la héroica y
Christiana paciencia , &c. Eloge de la
patience héroïque de ce grand Serviteur de
Dieu, Don Jean Rufo Medroso , où l'on
voit les choses merveilleuses qu'il dit en re
cevant des coups de bâton à la porte
la generosité
incomparable avec laquelle il jetta son épée
à terre , pour ne pas faire mal à son ennemi,
et sa prudente fuite. A Seville , par le Pere
Juan de Picas , Religieux de l'Ordre des
Humiliez , 1569.
Comédie , sa contenance modeste e de la
En voici un Passage qui a été traduit :
Le Bienheureux Serviteur de Dieu inter
rogé par son ami Don Pedro del Campo ,
pourquoi il ne s'étoit pas deffendu , lui
I. Vol. ré
JUIN. 1731. 1317
répondit avec son humilité ordinaire. Fe
vous ai déja raconté comment Don Miguel
me surprit ; j'ajoûte qu'il me pressa avec tant
d'ardeur, que je n'eus pas le loisir de résou
dre divers doutes qui me vinrent d'abord
dans l'esprit. Je ne sçavois si je pouvois en
conscience me servir d'une épée que j'avois
vouée à Nuestra Señora de la Paz. Je ne
sçavois si , étant Gentilhomme , il m'étoit per
mis de me battre avec une canne . Je ne sça
vois si mon Adversaire , étant Gentilhomme
comme moi , j'avois droit de le frapper avec
une canne. D'un autre côté , je songeai qu'on
pourroit faire passer cette rencontre pour un
Duel , et que notre sainte Mere Eglise excom
munie les Duellistes. Ce n'est pas tout encore.
Je veux, en vous découvrant jusqu'au fond de
mon coeur , vous faire voir à quel point mes
pechez ont attiré sur moi le couroux du Ciel.
Scache donc que comme par ces énormes
pechez je suis devenu l'enfant du diable ;
en un mot , je tremble comme lui , dès que je
vois seulement une épée nuë.
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Résumé : Lettres serieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Le document traite de l'ouvrage 'Lettres sérieuses et badines', publié en 1729 à La Haye. L'auteur y décrit son journal comme une collection de lettres écrites avec enjouement et liberté. Dans la dixième lettre, il mentionne un livre imprimé à Venise, 'Trattato dell' Arte Cavalleresca', où le Marquis Gio Pirro de Mar di Luogo tente de prouver que les coups de bâton ne déshonorent pas. L'auteur cite également un ouvrage espagnol, 'Exclamacion à la héroica y Christiana paciencia', qui éloge la patience héroïque de Don Jean Rufo Medroso face aux coups de bâton. Un passage traduit de cet ouvrage montre Don Jean Rufo expliquant pourquoi il ne s'est pas défendu, évoquant des doutes sur l'usage de l'épée et la peur de l'excommunication pour duel.
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69
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetez aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porierfur
theure à la Pofte , on anx Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetez aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porierfur
theure à la Pofte , on anx Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
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Résumé : AVIS.
Le document détaille les procédures pour l'envoi et la réception du Mercure, une publication. Les envois doivent être adressés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour plus de commodité, les lecteurs peuvent également déposer leurs paquets chez les libraires parisiens vendant le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste afin d'éviter leur rejet et la perte des ouvrages, surtout si aucune copie n'est conservée. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers désirant recevoir rapidement le Mercure de France, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier s'engage à préparer et expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le coût de cette prestation est de trente sols.
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70
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à adresse à Monsieur MOREAU, Commis au [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
TILDEN ' FOUNDATIO DRESSE generale eft à
195 Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofté , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
→
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'ox
loi indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
TILDEN ' FOUNDATIO DRESSE generale eft à
195 Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofté , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
→
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'ox
loi indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
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Résumé : AVIS.
L'avis porte sur la distribution du Mercure, une publication. La Fondation Tilden a fixé son adresse générale au 195, chez Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé en face de la Comédie Française à Paris. Les lecteurs peuvent déposer les paquets destinés à la Fondation chez les libraires vendant le Mercure à Paris. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste pour éviter qu'ils ne soient rejetés. Les libraires des provinces, des pays étrangers, ou les particuliers désirant recevoir le Mercure de France en priorité doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier se chargera de préparer et d'expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées par la loi. Le prix de la publication est de trente sols.
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71
p. 1684-1685
REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Début :
Cette Inscription, qui n'est qu'un fragment, seroit plus insctrutctive si [...]
Mots clefs :
Inscription, Consultat de Modestus et de Probus, Lettres, Médailles, Autel votif, Magistrats, Sculpteurs
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
REMARQUES au sujet d'une Inscription
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
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Résumé : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Le texte analyse une inscription antique datée de l'année 228, sous le consulat de Modestus et Probus, durant le règne d'Alexandre Sévère. L'inscription, fragmentaire, utilise le terme 'Dominorum', mais cela ne permet pas de l'attribuer spécifiquement à Alexandre Sévère et à Camillus. Les titres 'Dominus' et ses variantes étaient courants pour les empereurs du bas Empire et au siècle de Constantin. Les lettres 'V. S. L. M.' signifient 'Votum Solvit Libenter Merito', une formule courante dans les monuments et tombeaux antiques. L'inscription désigne probablement un autel votif érigé par un particulier pour la conservation des magistrats locaux ou des possesseurs du lieu. La tête de bélier présente sur l'autel est un ornement commun et ne suggère pas un lien avec le sacrifice nommé Criabolium. Les ornements des autels et des tombeaux antiques incluent souvent des têtes de béliers, de satyres, d'aigles, de griffons, de sphinx et autres figures, souvent des caprices de sculpteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 1687-1691
LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
Début :
Vous me demandez mon sentiment, Monsieur, sur l'explication que vient [...]
Mots clefs :
Inscription, Chanoine, Empereur, Sacrifice, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
LETTRE écrite d'Orleans , par
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
La lettre datée du 27 juin 1731 discute d'une inscription découverte à Auxerre et publiée dans le Mercure de mai 1731. Cette inscription, PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS., remonte au consulat de Modeste et Probus en 228 après J.-C., sous le règne de l'empereur Sévère Alexandre. L'auteur de l'explication propose qu'Ovinius Camillus, mentionné par Lampride, aurait pu être associé à l'Empire par Alexandre. Cependant, cette hypothèse est contestée en raison des divergences historiques et du manque de preuves solides. L'auteur de la lettre propose une autre interprétation pour le terme DOMINORUM, qui pourrait signifier AUGUSTORUM, désignant l'empereur et l'impératrice ou la mère de l'empereur, Mammée. Cette interprétation est soutenue par des exemples de médailles antiques. Les lettres V. S. L. M. sont expliquées par VOTUM SOLVIT LUBENS MERITO, indiquant que le sacrifice a été offert de manière méritoire pour la prospérité de la famille impériale.
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73
p. 1721-1736
LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Début :
MESSIEURS, On m'a fait tenir à la Campagne où je suis près de Canterbury, depuis quatre [...]
Mots clefs :
Nouvelliste, Canterbury, Lettres, Jalousie, Politesse française, Vérité, Ouvrages, Mémoire, Scène française
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
LETTRE de M. de Voltaire , à Messieurs
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
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Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Voltaire, depuis Canterbury, répond aux accusations publiées dans le Mercure de France. Un ami ou parent de feu M. de Campistron l'accuse d'avoir insulté la mémoire de cet écrivain dans une brochure. Voltaire nie catégoriquement avoir écrit cette brochure et affirme n'avoir jamais produit d'écrits satiriques depuis l'âge de seize ans. Il souligne qu'il passe ses jours dans les souffrances physiques et l'étude des bons livres, et qu'il n'a jamais été impliqué dans des écrits injurieux. Voltaire explique qu'il respecte la mémoire des auteurs illustres et qu'il a toujours évité d'utiliser des termes impolis pour parler des écrivains. Il mentionne avoir critiqué la pièce 'Alcibiade' de Campistron pour son style faible, mais sans intention d'insulter l'auteur. Il compare des vers de Campistron à ceux de Corneille et Racine pour illustrer ses points sur la qualité du style. Voltaire conclut en affirmant qu'il n'a fait que dire la vérité sur les défauts de la pièce, ce qui lui a attiré des injures. Il reconnaît les défauts de ses propres œuvres et les corrige constamment. Dans une autre lettre, Voltaire exprime son attachement à la vérité et son aversion pour la satire, qu'il considère comme le langage de l'envie. Il souligne l'importance de la politesse et des bienséances dans les écrits littéraires. Voltaire mentionne avoir reçu des épigrammes contre M. de Fontenelle et affirme que ces attaques ressemblent aux insultes d'un esclave envers un triomphateur. Il encourage à rendre justice aux contemporains et à louer les œuvres méritantes, citant des exemples comme les 'Mondes' de Fontenelle et les traductions de M. de la Motte. Voltaire conteste l'idée que la France manque d'hommes de talent, citant des progrès récents en mathématiques et en histoire. Il critique ceux qui se plaignent de la dégénérescence de leur époque et affirme que le siècle actuel a vu des avancées significatives. Il conclut en se justifiant pour la longueur de sa lettre, motivée par son amour pour les lettres, la patrie et la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 1942-1943
Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
Début :
LETTRES CRITIQUES à M. le Comte **** sur le Paradis perdu et reconquis [...]
Mots clefs :
Paradis, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
L
DES BEAUX ARTS , &c.
ETTRES CRITIQUES à M. le Comte
**** sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton. par R ***• 1. vol. 8°.
A Paris chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
et Henry. M. DCC. XXXI.
Ces Lettres sont au nombre de six ,
et contiennent ensemble 270. pages d'impression.
On nous dit au commencement
du Livre qu'il y a plus de 18. mois que
divers accidens ont fait remettre de
jour en jour l'impression des cinq pre
mieres . On espere cependant que malgré
ce délay , le sujet dont elles traitent , et
la maniere neuve dont il est traité
› pourront
A O UST. 1731. 1943.
ront encore attirer à ces Pieces l'attention
du Public. L'Auteur de la VI. Lettre
la commence ainsi. » J'ai lû le Paradis
» Reconquis , et je ne crains point de
vous dire que je l'ai lû avec plaisir ? s'il
» n'a point ces beautez éblouissantes ,
qui donnent tant d'éclat au Paradis
» perdu , en recompense il a moins de
» deffauts , et ses deffauts sont moins cho-
» quants. C'est au Public éclairé à juger
si cela est bien prouvé dans la suite de
cette Lettre , c'est aussi à lui à juger du
merite des précedentes qui nous ont
paru contenir un amusement agréable
et instructif.
DES BEAUX ARTS , &c.
ETTRES CRITIQUES à M. le Comte
**** sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton. par R ***• 1. vol. 8°.
A Paris chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
et Henry. M. DCC. XXXI.
Ces Lettres sont au nombre de six ,
et contiennent ensemble 270. pages d'impression.
On nous dit au commencement
du Livre qu'il y a plus de 18. mois que
divers accidens ont fait remettre de
jour en jour l'impression des cinq pre
mieres . On espere cependant que malgré
ce délay , le sujet dont elles traitent , et
la maniere neuve dont il est traité
› pourront
A O UST. 1731. 1943.
ront encore attirer à ces Pieces l'attention
du Public. L'Auteur de la VI. Lettre
la commence ainsi. » J'ai lû le Paradis
» Reconquis , et je ne crains point de
vous dire que je l'ai lû avec plaisir ? s'il
» n'a point ces beautez éblouissantes ,
qui donnent tant d'éclat au Paradis
» perdu , en recompense il a moins de
» deffauts , et ses deffauts sont moins cho-
» quants. C'est au Public éclairé à juger
si cela est bien prouvé dans la suite de
cette Lettre , c'est aussi à lui à juger du
merite des précedentes qui nous ont
paru contenir un amusement agréable
et instructif.
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Résumé : Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
Le document présente une critique intitulée 'Lettres critiques à M. le Comte sur le Paradis perdu et reconquis de Milton', publiée à Paris en 1731. L'ouvrage, composé de six lettres totalisant 270 pages, a été retardé de plus de 18 mois. L'auteur anonyme espère que le sujet et la manière neuve dont il est traité attireront l'attention du public. Dans la sixième lettre, l'auteur affirme avoir lu 'Le Paradis Reconquis' avec plaisir, bien que ce poème manque des beautés éblouissantes du 'Paradis Perdu'. Il souligne que 'Le Paradis Reconquis' a moins de défauts et que ceux-ci sont moins choquants. L'auteur invite le public éclairé à juger de la validité de ces propos et du mérite des lettres précédentes, qu'il trouve agréables et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. [2050]
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Adresse générale, Commis, Poste, Lettres, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Messageries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leursOuvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pay
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la p
miere main , & plus promptement , n'auro
qu'à donner leurs adreffes à M. More
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porters....
tbeure à la Pofte , ou aux Meffageries
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leursOuvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pay
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la p
miere main , & plus promptement , n'auro
qu'à donner leurs adreffes à M. More
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porters....
tbeure à la Pofte , ou aux Meffageries
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
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Résumé : AVIS.
Le texte décrit les modalités de distribution et d'envoi du 'Mercure de France'. Les envois doivent être adressés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour plus de commodité, les paquets cachetés peuvent être remis aux libraires parisiens qui vendent le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers souhaitant recevoir rapidement le Mercure, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau, qui préparera et enverra les paquets sans délai. Le prix du Mercure de France est de trente sols.
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76
p. 2068-2082
EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
MYLORD, De toutes les Médailles de l'Empereur Carausius, dont je fais depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Neptune, Carausius, Médaille, Médailles, Inscription, Mer, Bretons, Temple, Type, Grande-Bretagne, Flotte, Légende, Trident, Vaisseau, Maximien, Lettres, Cheval, Figure, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Médaille ans
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
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Résumé : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte présente une médaille antique de l'empereur Carausius, un souverain des anciens Bretons ayant régné à l'époque de Diocletien et de Maximien Hercule. Cette médaille, conservée dans le cabinet de Mylord Comte de Pembrok, est en petit bronze et bien conservée. Elle porte sur une face la tête de Carausius couronnée de rayons, avec l'inscription 'IMP. CARAUSIUS P. F AUG.' Sur l'autre face, on voit Neptune et Carausius se donnant la main, avec Neptune appuyé sur son trident et Carausius sur une pique. La légende indique 'VBERITAS AUG.' et 'R. S. R.' dans l'exergue. Cette médaille se distingue des autres types de médailles impériales, qui représentent généralement une femme tenant une bourse et une corne d'abondance. La représentation de Neptune et Carausius se donnant la main symbolise la maîtrise de la mer et l'abondance apportée par la navigation et le commerce maritime. Cette scène célèbre la victoire navale de Carausius sur la flotte de Maximien Hercule, soulignant son contrôle sur les mers et les richesses océaniques. Le texte mentionne également une inscription antique trouvée à Chichester, en Angleterre, dédiée à Neptune et Minerve. Cette inscription prouve le culte rendu à ces divinités par les anciens Bretons et révèle l'existence d'un temple construit par la communauté des maîtres charpentiers sous l'autorité du roi Cogidubnus. Le culte de Neptune était particulièrement vénéré dans les villes maritimes, et les marins lui adressaient des prières pour une navigation sûre. Les Jeux Isthmiens, célébrés en Grèce en l'honneur de Neptune, étaient couronnés d'ache ou de pin et tiraient leur nom de l'Isthme de Corinthe. À Rome, la fête de Neptune, appelée Neptunales, se déroulait le 21 août et incluait le sacrifice d'un taureau. Homère et Arnobe décrivent Neptune avec des cheveux bleus, tandis que Lucien lui attribue des cheveux noirs. La couleur bleue était également associée à son manteau. Neptune était souvent représenté avec un trident, symbole de son pouvoir sur les mers. Le cheval, sorti de la terre par un coup de trident, était également consacré à Neptune. À Rome, une statue de Neptune était placée dans le Cirque, mais fut retirée après un incident impliquant Auguste. Des médailles, notamment celles de Gallien, montrent Neptune avec un cheval marin ou un capricorne, soulignant son lien avec les mers. Le trident de Neptune, fabriqué par les Cyclopes, symbolisait les trois qualités de l'eau : liquide, féconde et potable.
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77
p. 2234-2236
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris par des Lettres de Constantinople, que la nuit du 19 au 20. Juillet le feu [...]
Mots clefs :
Jésuites, Janissaires, Constantinople, Gouverneur, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Na appris par des Lettres de Constantino-
Ople, appe pauitdu 19 au go. Juillet le feu
avoit pris au Faubourg de Tophana , que le vent
étoit si violent , qu'on n'avoit pû arrêter les suites
de l'Incendie , malgré les secours qu'y
firent apporter le Grand Seigneur , le G. Viz, et
le Capitan Pacha , qui s'y étoient rendus à cheval;
que le 20. à dix heures du matin , les flammes
qui s'étoient communiquées au Fauxbourg de
Galata , avoient réduit en cendres quantité de
maisons , l'Eglise et le Convent des Capucins ,
celui des Récolets , &c..
Les Lettres arrivées depuls , marquent que
PIncendie avoit commencé par la grande Fonderie
des Canons , et que le vent l'ayant communiqué
aux Magazins , Maisons et Boutiques qui:
sont contigues, il y en avoit eu près de sooo . de
brûlées en moins de trois heures , avec tous les
Meubles , Marchandises et autres Effets ; que les
Négocians François y avoient beaucoup perdu ,
mais que les Palais des Ambassadeurs n'avoient
point été endommagez.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. étoit malade
d'une fievre lente dont on craignoit les suites.
Par ces mêmes Lettres , on apprend que le Roy
de Perse , dont l'armée depuis sa derniere deffaite
avoit été renforcée jusqu'à 140 mille hommes
avoit attaqué le secours de 5000. hommes que
le G.. S..envoyoit du côté d'Erivan , pour obliger
les
SEPTEMBRE . 1731. 2235
tes Persans à en lever le Siege ; qu'après un combat
très-opiniâtré , les Turcs qui étoient fatiguer
d'une longue marche , avoient été forcez de se
retirer en désordre ; qu'ils avoient eu 16000 .
hommes de tuez sur la place ; qu'ils avoient perdu
20. Pieces de Canon et tous leurs Bagages ;
qu'on leur avoit fait 2000 Prisonniers ; et qu'après
cette Victoire le Roy de Perse étoit retourné
devant Erivan avec son armée , et qu'il avoit fait
sommer le Gouverneur de lui rendre la Place
dans trois jours , à peine d'être passé au fil de
l'épée , lui et toute sa Garnison. On ajoûte que
cette nouvelle avoit jetté toute la Ville de Constantinople
dans une grande consternation , et ranimé
les. Janissaires qui avoient demandé avec
hauteur que le G. S. fit la Paix avec le Roy de
Perse.
Par une autre Lettre de Constantinople du 30
Juillet , on apprend que le 21. du même mois
entre deux et trois heures du matin , le feu prit
à Topana , l'air étant alors assez calme. On travailla
d'abord dans le Palais de France à retirer
dans le Magazin vouté , ce qu'il y avoit de plus
précieux. Sur les cinq heures un vent du Nord
s'étant levé , porta l'Incendie du côté de Galata ,
où il a consumé les deux tiers de ce Quartier , et
toutes les Maisons que les François y habitoient ,
il n'en est resté que cinq ou six d'entieres ; à la
verité ils ont eû le loisir de transporter dans des.
Magazins de pierre ce qu'ils avoient de plus cònsiderable.
Les Jesuites ont perdu la maison qu'ils.
occupoient et toutes celles de leur enclos , qui
leur appartenoient ; on ne sçavoit même si le feu
n'auroit pas penetré jusqués dans l'Eglise où ils
ont mis tout ce qu'ils avoient ; les Capucins ont :
auffi perdu leur Maison, et leur Eglise est dans
la
2236 MERCURE DE FRANCE
le même état que celle des Jesuites ; à l'égard des
Dominiquains , le dommage qu'ils ont souffert
est beaucoup moins considerable.
Na appris par des Lettres de Constantino-
Ople, appe pauitdu 19 au go. Juillet le feu
avoit pris au Faubourg de Tophana , que le vent
étoit si violent , qu'on n'avoit pû arrêter les suites
de l'Incendie , malgré les secours qu'y
firent apporter le Grand Seigneur , le G. Viz, et
le Capitan Pacha , qui s'y étoient rendus à cheval;
que le 20. à dix heures du matin , les flammes
qui s'étoient communiquées au Fauxbourg de
Galata , avoient réduit en cendres quantité de
maisons , l'Eglise et le Convent des Capucins ,
celui des Récolets , &c..
Les Lettres arrivées depuls , marquent que
PIncendie avoit commencé par la grande Fonderie
des Canons , et que le vent l'ayant communiqué
aux Magazins , Maisons et Boutiques qui:
sont contigues, il y en avoit eu près de sooo . de
brûlées en moins de trois heures , avec tous les
Meubles , Marchandises et autres Effets ; que les
Négocians François y avoient beaucoup perdu ,
mais que les Palais des Ambassadeurs n'avoient
point été endommagez.
Ces Lettres ajoûtent que le G. S. étoit malade
d'une fievre lente dont on craignoit les suites.
Par ces mêmes Lettres , on apprend que le Roy
de Perse , dont l'armée depuis sa derniere deffaite
avoit été renforcée jusqu'à 140 mille hommes
avoit attaqué le secours de 5000. hommes que
le G.. S..envoyoit du côté d'Erivan , pour obliger
les
SEPTEMBRE . 1731. 2235
tes Persans à en lever le Siege ; qu'après un combat
très-opiniâtré , les Turcs qui étoient fatiguer
d'une longue marche , avoient été forcez de se
retirer en désordre ; qu'ils avoient eu 16000 .
hommes de tuez sur la place ; qu'ils avoient perdu
20. Pieces de Canon et tous leurs Bagages ;
qu'on leur avoit fait 2000 Prisonniers ; et qu'après
cette Victoire le Roy de Perse étoit retourné
devant Erivan avec son armée , et qu'il avoit fait
sommer le Gouverneur de lui rendre la Place
dans trois jours , à peine d'être passé au fil de
l'épée , lui et toute sa Garnison. On ajoûte que
cette nouvelle avoit jetté toute la Ville de Constantinople
dans une grande consternation , et ranimé
les. Janissaires qui avoient demandé avec
hauteur que le G. S. fit la Paix avec le Roy de
Perse.
Par une autre Lettre de Constantinople du 30
Juillet , on apprend que le 21. du même mois
entre deux et trois heures du matin , le feu prit
à Topana , l'air étant alors assez calme. On travailla
d'abord dans le Palais de France à retirer
dans le Magazin vouté , ce qu'il y avoit de plus
précieux. Sur les cinq heures un vent du Nord
s'étant levé , porta l'Incendie du côté de Galata ,
où il a consumé les deux tiers de ce Quartier , et
toutes les Maisons que les François y habitoient ,
il n'en est resté que cinq ou six d'entieres ; à la
verité ils ont eû le loisir de transporter dans des.
Magazins de pierre ce qu'ils avoient de plus cònsiderable.
Les Jesuites ont perdu la maison qu'ils.
occupoient et toutes celles de leur enclos , qui
leur appartenoient ; on ne sçavoit même si le feu
n'auroit pas penetré jusqués dans l'Eglise où ils
ont mis tout ce qu'ils avoient ; les Capucins ont :
auffi perdu leur Maison, et leur Eglise est dans
la
2236 MERCURE DE FRANCE
le même état que celle des Jesuites ; à l'égard des
Dominiquains , le dommage qu'ils ont souffert
est beaucoup moins considerable.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En juillet 1731, un incendie dévastateur a frappé Constantinople, débutant au faubourg de Tophana et se propageant à Galata. L'incendie, parti d'une fonderie de canons, a détruit près de 3000 bâtiments en trois heures, incluant des maisons, églises et couvents des Capucins et des Récolets. Les négociants français ont subi des pertes importantes, mais les palais des ambassadeurs ont été épargnés. Parallèlement, une bataille a opposé les forces turques et perses près d'Erivan. Le roi de Perse, à la tête de 140 000 hommes, a vaincu un contingent turc de 5 000 hommes, causant 16 000 morts, la perte de 20 pièces d'artillerie et 2 000 prisonniers. Le roi de Perse a ensuite assiégé Erivan. Cette défaite a provoqué une grande consternation à Constantinople, ranimant les Janissaires qui ont exigé la paix avec le roi de Perse. Un nouvel incendie à Tophana a détruit deux tiers du quartier de Galata et plusieurs maisons françaises, affectant également les Jésuites, Capucins et Dominicains.
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78
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
i
L
J
' ADRESSE generale eft à ફી
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
Lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
i
L
J
' ADRESSE generale eft à ફી
Monfieur MOREAU
Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
fein d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter fur
Pheure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
Lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
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Résumé : AVIS.
L'annonce concerne la distribution du 'Mercure'. Les expéditeurs peuvent envoyer lettres ou paquets à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour éviter les rejets et la perte des œuvres, il est conseillé d'affranchir les envois postaux. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau pour recevoir le Mercure de France rapidement. Monsieur Moreau préparera et expédiera les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix de cette distribution est de trente sols.
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79
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Adresse générale, Comédie-Française, Paris, Lettres, Paquets, Postes, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
TILDEN' FOUN ATIONS DRESSE generale eft à
190 Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran- و
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent ſe ſervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XX X. SOLS.
TILDEN' FOUN ATIONS DRESSE generale eft à
190 Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Fran- و
goife , à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent ſe ſervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers, ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , & de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XX X. SOLS.
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Résumé : AVIS.
L'avis traite de la distribution du Mercure de France. La direction générale des fondations Tilden est située au 190, rue Monsieur Moreau, à Paris, près de la Comédie Française. Pour simplifier l'envoi des paquets, les lecteurs peuvent les confier aux libraires parisiens vendant le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres et paquets envoyés par la poste afin d'éviter qu'ils ne soient rejetés. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers désirant recevoir rapidement le Mercure de France, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier préparera et expédiera les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le prix de cette distribution est de vingt sols.
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80
p. 2749-2762
ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
Début :
Vous avez lû, Monsieur, dans la septiéme Lettre de la Bibliotheque des enfans [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Table générale des caractères, Planche gravée, Lettres, Démonstration géométrique, Abc, Institution littéraire, Logettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
ONZIE'ME LETTRE
Bibliotheque des enfans , &c.
Vou
sur la
Ous avez lû , Monsieur,dans la septiéme
Lettre de la Biblioteque des enfans
une Table générale des caracteres , des
I. Vol. C.v sons
750 MERCURE DE FRANCE
sons simples , des sons composez , et des
combinaisons necessaires pour la garniture
des quatre premiers rangs du Bureau
tipografique. Vous avez même pû voir
une Planche gravée exprés pour donner
quelque idée du Bureau ; mais vous n'avez
pas la Table précise et détaillée des
180 étiquetes , des six rangs de logetes et
de la garniture complete de chaque fogete
séparément. Je vous envoye donc
cette Table , afin que dans la Province
vous puissiez facilement garnir vousmême
les classes du Bureau , à mesure
que vous les voudrez donner à vos chers.
enfans.
Pour la parfaite intelligence de cette
Table il sufit de savoir , Io. que le Bureau
complet est composé de six étages
ou de six rangs, chacun de trente cassetins
ou logetes- 2 ° .Que pour imprimer le françois
on emploie en noir les lettres romaines
, et que pour le latin on fait usage
des lettres italiques ou manuscrites , en
rouge. 3 ° . Que l'on imprime séparément
sur autant de cartes non-seulement les
lettres du grand et du petit Abécé , les
sons au , eau , eu , oient , ph, &c. mais
encore les indéclinables en , hem , ut , si,
quia, sine, & c. les déclinables luna , lupus,
c. les terminaisons an , â , arum,
J.Fol.
Λ
&c.
les
1
DECEMBRE 1731. 2731
les conjugables et leurs terminaisons , ex.
amo , amabam , bam , bas , bat , & c. et
cela afin que l'enfant exercé au Bureau
puisse facilement trouver dans leurs veritables
logetes étiquetées et indiquées
les deux Tables ci - dessous , les lettres
les sons , les signes et chaque partie d'oraison
, donnée sur la copie du thême , à
composer sur la table du Bureau.
par
Les personnes qui verront ces Tables
et qui examineront de près et avec attention
de quoi est composée la garniture
complete d'un Bureau tipografique, trouveront
qu'elle va de douze , à quinze et
à vingt mille lettres , imprimées ou manuscrites
, en noir ou en rouge , sur neuf
à dix mille cartes. Ouvrage tres pénible
et connu du seul artisan , Ceux , qui comme
vous , Monsieur , feront monter leurs
enfans peu à peu , d'une classe à l'autre ,
auront bien le loisir de garnir jou de faire
garnir les classes du Bureau , à proportion
de l'âge et des progrès de l'Enfant.
Vous faites prudemment,Monsieur , de
pratiquer la nouvelle déromination des
lettres. Ceux qui en fesant usage du Bureau
pour montrer à lire aux enfans , ont
cependant conservé l'ancienne dénomi
nation des lettres , quoique fausse , équivoque
ou captieuse , retardent beaucoup
1. Vol.
Cvjxles
2752 MERCURE DE FRANCE
les progrès des enfans ; et pour lors on
auroit tort de mettre sur la métode du
Bureau , la cause de ce retardement ; il
sera toujours considerable , parce que la
dénomination vulgaire tend continuellement
des piéges aux enfans , et que la
vraie dénomination des lettres , forme au
contraire en bien moins de temps , de fi
deles échos pour la prononciation des
lettres , des silabes et des mots en l'une
et en l'autre langue , cela étant susceptible
de démonstration géométrique ; ne
doit- on pas être surpris de trouver tant
de gens de merite et de beaucoup d'esprit,
esclaves du préjugé vulgaire , plutôt
que d'agir consequemment même sur
l'Abc.
On a remarqué que les enfans qui ont
la commodité de pouvoir laisser leur Bureau
toujourt ouvert , du moins les jours
d'exercice, profitoient beaucoup plus que
les enfans qui ne voyoient leur Bureau
qu'en présence du Maître , et seulement
pendant la leçon. Comme vous avez l'art
de mettre tout à profit , j'aurai soin de
vous faire part des nouvelles Tipogra
fiques les plus interessantes , pour la premiere
institution literaire.
I.Vols
TABLE
DECEMBRE
1731. 2753
TABLE des 180. Etiquetes , des six
rangs du Bureau Tipographique.
PREMIER rang de 30. logettes
I a 11 k 21
2 b 12 l
22 V
3 с 13 m 23 X
4. d 14 n
24 Y
S IS O 25 2
6 f 16
P
26 &
7 g
17 9 27 è
8 h 18 r 28 é
9 i
19 fsc
29 géogr.
10 J
20 t 30 fable.
SECOND rang de 30. logettes.
I A II K
2 B 21 U
12 L
3
C 22 V
13
M 4
D
23
X
14 N 24 Y
SE
15
O 25.23
6 F
16 P
26 ET
7
G
17 a 27 E
8 H 18 R
1
9 I
28 E
19 S
10 J
29 hift . f.
20 T
30 hift. p.
TROL
2754 MERCURE DE FRANCE
TROISIEME rang de 30. logettes.
I ha I themes
21 hu
2 bb
12 If
22 W
3 & 13 mm 23 caledr
. 4 dd
14 n n
24 hy
Ss he rf cau 25 livret
6 ph 16 PP
26 & c.
7 gu
17 qu
27 oient
8
magaz
18 rh 28 æoe
9 hi 19 ft
29 §5 *
10 tèmes 20 th
30 +=
QUATRIEME
rang de 30 lugettes.
5
II [ ] ( ) 21 ΟΙ
29
3 :
12 ill
22 2
13 ui 23 3
4
•
1+
oi
24 4
Seu 15 ou
25 5
6 ? 16 á an 26 6
7 gn 17 é en 27 7
8 ! 18 í in 28 8
9 l'apoft. 19 o on 29 9
10 ch 20 u un 30 10
CINQUIEME rang de 30. logettes
I a &
2 us i
3 or ,
oris
4 us ûs
I. Vol.
S es , ei
6 obus
9 parfait
10 pq parf.
II futur
12 îfinit
7 present
8 iparfait
13
༣
2755
DECEMBRE. 1731.
Is amor
16 v.dep:
17 v. com . 23 copat .
13 partici. 19 v. Iperf.
14 aris, atur 20 t. n. fr.
21 avoir
22 art. fr.
25 part. fr.
26 quia
27 bic vir
28 viri
29 xi, Elu
18 v. recip. 24 pr. poff. 30 tu es
i Je , 11 futur
\ SIXIÈME rang de
, ego
2 tu , tu
30. logeltes.
21 eftre
3 il , ille
12 íperat.
13 ger. fup.
22 n. fubft.
23 n. adject.
4 ce , bic
14 as , as
5 qui, qui 15 amo
24 pro.dem.
25 V, friç.
6 -là , met 16 v. neut. 26 ideclin .
7 presēt 17 v. iregul. 27 geres
8 Iparfait 18 v. fubft.
28 declin.
9 parfait 19 v. defect.
29 cojug.
10 pq parf 20 v . fráç.
30 sintaxe
•
TABLE de la garniture des 10 logettes
des six rangs du Bureau tipographique.
PREMIER rang
de
・30. logettes.
I vingt- cinq a "a 8 vingt
h b
2 vingt
b b 9 vingt- cinq i
i
3 vingt с C 10 vingt
4 vingt d d 11 dix k
s vingt-cinq e e 12 vingt
6 vingt
ff
7 vinge
g g
13 vingt
14 vingt
m m
n 22
1 Vol.
15
2756 MERCURE DE FRANCE
15 vingt- cinq o0 0 22 vingt
V ย
16 vingt
17 vingt
PP 23 - vingt
X
9 9 24 vingt Y y
I r Z Z
18 vingt
19 quinze
quinze
cinq
20 vingt
25 vingt
ff 26 dix
S
C
t t
21 vingt- cinqu u
& &
27 vingt - cinq è
28 vingt-cinq é
29 Paris
30 Pan
Parifit
Pan
SECOND rang de 30. logettes
I quinze A A 18 dix
1
R R
2 dix
B B
19 dix S S
3 dix
сс zo dix
T. T 4. dix
D D
21 quinze U v
S quinze E E 22 dix V V
6 dix F F 23 dix
X X
7 dix G G 24
dix
Y r
8. dix H H 25 dix Z Z
9 quinze I
I 26 trois ET ET
10 dix
J J fix Et Et
11 cinq K K fix et et
12 dix L L
13 dix
M M
27 quinze É
14 dix
N N
15 quinze O O
28 quinze É
29 Adam Adam
16 dix
17 dix
P P 30 Darius Darins
Q &
1. Vol
TROI
DECEMBRE. 1731. 2757.
TROISIEME rang de 30. logettes.
I six ha as af
six â à 2 æ
item en latin.
2 dix bb bb
3 dix CC сс
cinq ct &
dd dd
six he.es.ef.ê.ë
item en latin.
4 dix
✔ dix ff.6.ph.2 f.
2. M.
item en latin.
7dix gg. six gu.
item en latin.
8 Magasin
9 six hi. is. if. î. i.
autantpourle lat
10 Themes à faire.
11 themes faits.
12 dix ll. dix ll.
13 dix mm dix mm
cinq m . cinq m
14 dix nn . dix nn.
cinq n. cinq .
15 dix au 6 eau an
six ho . 6. of.
six bo . 6. of.
605.6 .Ô.60560
16 dix pp . dix pp.
17 six
qu .
six
gia
qua
six
qu .
deux Qu. z Qu
18 dix rr. dix rr.
cinq rh. cinq rh
19 10 ff5ft 10 $ſt
2 fç. 2 fc. 2 fa
20 dix tt. dix tt.
cinq th. cinq th
24 six hu. uf. us. â.
six ü. "
autant en italiq.
22 cinq W. 5 w.
autant en italiq.
23 calend. so cartes
du Calendrier.
24 six hy. six by.
deux ys. deux s
25 Livr. et nombr.
26 six &c. 6 & Ca
27 6 oi . oient. oiết
3 ai. aient. aiét.
3 ais. ais. aî.
3 cî. eif. el.
3 ay.cy. oif. of
28 10 x oe . 10 & oe .
SÆOE. Æ.
29 599 *... § 5*...
item 30 10+
2758 MERCURE DE FRANCE
QUATRIEME rang de 30. logettes :
1 dix , dix
2 dix ; dix ;
3 dix : dix :
4 dix . dix ..
5 six eu . heu .
trois eû. eü.
deux cu . euf.
dix ?. dix ?.
7
dix
gn . dix gn.
8 dix . dix !.
9 vingt apoft .
10 dix ch. dix ch.
11 six [ ]. ( )
autant en rouge.
deux oî
If six ou . où. trois
ouf. ous. oû.
hou. oü .
16 six a . an. 6 a. an
un aon. aën .
17 six é. en . 6 ẽ. en
18 six i. in . 6 7. in.
3. ain. aí. ein . cī
19 6 6. on . 6 . an *
I aon. I. ahon.
20 six ũ . un . 6 й m
un eun.
21 dix o . 1.
12 six ill. ille. lle. 22 dix 2
six il. deux lh.
23
dix 3
dix ill. dix
24 4
3 six ui.trois hui.
25
dix
S
trois uin. 2 uí 26 dix
4 item en rouge. 27 dix 7
six oi. oif. ois. 28 dix 8
deux hoi.
Troisoy.
29 dix 9
oin. of
30 dix 10
I. Vol.
RU
DECEMBRE . 1731. 2759
RUDIMENT PRATIQUE
de la Langue Latine.
CINQUIEME rang de 30 logettes.
CINQUIEME rang
six am. â. arum, as. is.
deux a. ab , deux a . un. Luna.
2 six um. orum. if, os, un Lupus.
3 six is. em. es . um. ibus:
trois ium. ora. tia. ius. ia. un Soror
4 six us. ûs. ui. um. uum. ibus.
trois ubus . ib . ub⁹. un fructus.
's six ei. em. es . ebus. erum.
deux eb . un facies.
am. arum, as. abus, ebus. ibus.
trois obus. ubus. um. orum. is.
os. erum.
7 amen. doceam . legum. audiam.
trois
es. et. emus. etis. ent.
as, at, amus. atis . ant.
amarem. docerem. legerem. audirem.
trois rem . res. ret. rem . retis . rent.
amaverim. docuerim.
legerim. audiverim.
trois rim, ris . rit, rim®, ritis. rint.
10 amaviffem. docuiffem.legiffem audiviffem
sem. fses. fset. fsemus.
fsetis. fsent.
trois
trois.
Ra
2760 MERCURE DE FRANCE
11 amavero , docuero . legero. audivero.
trois ero. eris. erit. erim . eritis , erint.
12 amare. docere. legere. audire. ,
iffe. aturum. atum . ire.
trois effe. Elurum . iturum.
Elum. itum. amari. &c.
13 Participes . amans, &c.
terminaisons . ans. &'c.
14 or. aris. are …atur.
amur. amini. antur , &c.
15 amor. doceor. legor. audior.
16 verbes déponens, horor. polliceor, &c.
17 verbes communs , dignor , & c.
18 verbes réciproques.
19 verbes impersonnels oportet , &c.
20 terminaisons . noms françois , able, & c.
21 verbes auxiliaires , avoir , & c.
22 article françois , le . la , &c .
23 comparatifs superlatifs. terminaisons .
24 pronoms possessifs . meus , &c.
25 participes françois . aïant.
26 indéclinables latins. quia , &c.
27 genres. exemple , hic vir , &c.
28 déclinaisons. exemple , viri. utis , &6.
29 conjugaisons. exemple , xi, ctum, &c.
30 sintaxe. exemple , tu es. & c.
SIXIEME rang de 30. logettes.
1 Je. J'. je. j' . Ego. ego , &c.
1. Vol.
་
?
DECEMBRE. 1731. 2761
2 tu. toi, te. tu. tui. tibi. & c.
3 il . elle. foi. fe . s' . ille, illa, fui , & c.
4 ce. cet. cette hic. hac ,
& c .
5 que . quel . quelle . qui. quod , & c.
6 ci-là. même. met. libet , & c.
7 amo. doceo. lego . audio.
as . at. amus. aris , ant
trois es. et. emus . etis. ent.
is . it. imus . itis. unt.
amabam. docebam. legebam , & e,
trois bam. bas. bat. bamus , & c.
9 amavi. docui. legi , &c.
ΤΟ
trois sti. it. istis . erunt , ere , &e,
amaveram. docueram , &c,
trois eram. eras. erat , &c.
11 amabo. docebo.legam , &c.
trois bo. bis. bit. bimus , &c.
es. et. emus , &c.
י
& c.
12 imperatifs et terminaisons.
i3 gerondifs , supins , terminaisons,
14 o. as. at. amus. atis ,
15 amo. doceo . lego.'audio .
16 verbes neutres. venio , &c.
17 verbes irreguliers . malo.
18 sum. es. est. sumus , &c.
19 verbes defectifs . inquio , &e.
20 terminaisons , verbes françois .
21 Je suis. tu es. il est. & c .
22 noms substantifs. Deus. coelum , &
23 noms adjectifs. bonus , &c.
Le Vol
24
4762 MERCURE DE FRANCE
44 pronoms démonstratifs, celui- là , &c.
as verbes françois. J'aime , & c.
26 indéclinables françois. pourquoi , &c.
27 gentes . regles en themes .
28 déclinaisons. regles en themes.
29 conjugaisons . regles en themes .
30 sintaxe. regles en themes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Bibliotheque des enfans , &c.
Vou
sur la
Ous avez lû , Monsieur,dans la septiéme
Lettre de la Biblioteque des enfans
une Table générale des caracteres , des
I. Vol. C.v sons
750 MERCURE DE FRANCE
sons simples , des sons composez , et des
combinaisons necessaires pour la garniture
des quatre premiers rangs du Bureau
tipografique. Vous avez même pû voir
une Planche gravée exprés pour donner
quelque idée du Bureau ; mais vous n'avez
pas la Table précise et détaillée des
180 étiquetes , des six rangs de logetes et
de la garniture complete de chaque fogete
séparément. Je vous envoye donc
cette Table , afin que dans la Province
vous puissiez facilement garnir vousmême
les classes du Bureau , à mesure
que vous les voudrez donner à vos chers.
enfans.
Pour la parfaite intelligence de cette
Table il sufit de savoir , Io. que le Bureau
complet est composé de six étages
ou de six rangs, chacun de trente cassetins
ou logetes- 2 ° .Que pour imprimer le françois
on emploie en noir les lettres romaines
, et que pour le latin on fait usage
des lettres italiques ou manuscrites , en
rouge. 3 ° . Que l'on imprime séparément
sur autant de cartes non-seulement les
lettres du grand et du petit Abécé , les
sons au , eau , eu , oient , ph, &c. mais
encore les indéclinables en , hem , ut , si,
quia, sine, & c. les déclinables luna , lupus,
c. les terminaisons an , â , arum,
J.Fol.
Λ
&c.
les
1
DECEMBRE 1731. 2731
les conjugables et leurs terminaisons , ex.
amo , amabam , bam , bas , bat , & c. et
cela afin que l'enfant exercé au Bureau
puisse facilement trouver dans leurs veritables
logetes étiquetées et indiquées
les deux Tables ci - dessous , les lettres
les sons , les signes et chaque partie d'oraison
, donnée sur la copie du thême , à
composer sur la table du Bureau.
par
Les personnes qui verront ces Tables
et qui examineront de près et avec attention
de quoi est composée la garniture
complete d'un Bureau tipografique, trouveront
qu'elle va de douze , à quinze et
à vingt mille lettres , imprimées ou manuscrites
, en noir ou en rouge , sur neuf
à dix mille cartes. Ouvrage tres pénible
et connu du seul artisan , Ceux , qui comme
vous , Monsieur , feront monter leurs
enfans peu à peu , d'une classe à l'autre ,
auront bien le loisir de garnir jou de faire
garnir les classes du Bureau , à proportion
de l'âge et des progrès de l'Enfant.
Vous faites prudemment,Monsieur , de
pratiquer la nouvelle déromination des
lettres. Ceux qui en fesant usage du Bureau
pour montrer à lire aux enfans , ont
cependant conservé l'ancienne dénomi
nation des lettres , quoique fausse , équivoque
ou captieuse , retardent beaucoup
1. Vol.
Cvjxles
2752 MERCURE DE FRANCE
les progrès des enfans ; et pour lors on
auroit tort de mettre sur la métode du
Bureau , la cause de ce retardement ; il
sera toujours considerable , parce que la
dénomination vulgaire tend continuellement
des piéges aux enfans , et que la
vraie dénomination des lettres , forme au
contraire en bien moins de temps , de fi
deles échos pour la prononciation des
lettres , des silabes et des mots en l'une
et en l'autre langue , cela étant susceptible
de démonstration géométrique ; ne
doit- on pas être surpris de trouver tant
de gens de merite et de beaucoup d'esprit,
esclaves du préjugé vulgaire , plutôt
que d'agir consequemment même sur
l'Abc.
On a remarqué que les enfans qui ont
la commodité de pouvoir laisser leur Bureau
toujourt ouvert , du moins les jours
d'exercice, profitoient beaucoup plus que
les enfans qui ne voyoient leur Bureau
qu'en présence du Maître , et seulement
pendant la leçon. Comme vous avez l'art
de mettre tout à profit , j'aurai soin de
vous faire part des nouvelles Tipogra
fiques les plus interessantes , pour la premiere
institution literaire.
I.Vols
TABLE
DECEMBRE
1731. 2753
TABLE des 180. Etiquetes , des six
rangs du Bureau Tipographique.
PREMIER rang de 30. logettes
I a 11 k 21
2 b 12 l
22 V
3 с 13 m 23 X
4. d 14 n
24 Y
S IS O 25 2
6 f 16
P
26 &
7 g
17 9 27 è
8 h 18 r 28 é
9 i
19 fsc
29 géogr.
10 J
20 t 30 fable.
SECOND rang de 30. logettes.
I A II K
2 B 21 U
12 L
3
C 22 V
13
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D
23
X
14 N 24 Y
SE
15
O 25.23
6 F
16 P
26 ET
7
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17 a 27 E
8 H 18 R
1
9 I
28 E
19 S
10 J
29 hift . f.
20 T
30 hift. p.
TROL
2754 MERCURE DE FRANCE
TROISIEME rang de 30. logettes.
I ha I themes
21 hu
2 bb
12 If
22 W
3 & 13 mm 23 caledr
. 4 dd
14 n n
24 hy
Ss he rf cau 25 livret
6 ph 16 PP
26 & c.
7 gu
17 qu
27 oient
8
magaz
18 rh 28 æoe
9 hi 19 ft
29 §5 *
10 tèmes 20 th
30 +=
QUATRIEME
rang de 30 lugettes.
5
II [ ] ( ) 21 ΟΙ
29
3 :
12 ill
22 2
13 ui 23 3
4
•
1+
oi
24 4
Seu 15 ou
25 5
6 ? 16 á an 26 6
7 gn 17 é en 27 7
8 ! 18 í in 28 8
9 l'apoft. 19 o on 29 9
10 ch 20 u un 30 10
CINQUIEME rang de 30. logettes
I a &
2 us i
3 or ,
oris
4 us ûs
I. Vol.
S es , ei
6 obus
9 parfait
10 pq parf.
II futur
12 îfinit
7 present
8 iparfait
13
༣
2755
DECEMBRE. 1731.
Is amor
16 v.dep:
17 v. com . 23 copat .
13 partici. 19 v. Iperf.
14 aris, atur 20 t. n. fr.
21 avoir
22 art. fr.
25 part. fr.
26 quia
27 bic vir
28 viri
29 xi, Elu
18 v. recip. 24 pr. poff. 30 tu es
i Je , 11 futur
\ SIXIÈME rang de
, ego
2 tu , tu
30. logeltes.
21 eftre
3 il , ille
12 íperat.
13 ger. fup.
22 n. fubft.
23 n. adject.
4 ce , bic
14 as , as
5 qui, qui 15 amo
24 pro.dem.
25 V, friç.
6 -là , met 16 v. neut. 26 ideclin .
7 presēt 17 v. iregul. 27 geres
8 Iparfait 18 v. fubft.
28 declin.
9 parfait 19 v. defect.
29 cojug.
10 pq parf 20 v . fráç.
30 sintaxe
•
TABLE de la garniture des 10 logettes
des six rangs du Bureau tipographique.
PREMIER rang
de
・30. logettes.
I vingt- cinq a "a 8 vingt
h b
2 vingt
b b 9 vingt- cinq i
i
3 vingt с C 10 vingt
4 vingt d d 11 dix k
s vingt-cinq e e 12 vingt
6 vingt
ff
7 vinge
g g
13 vingt
14 vingt
m m
n 22
1 Vol.
15
2756 MERCURE DE FRANCE
15 vingt- cinq o0 0 22 vingt
V ย
16 vingt
17 vingt
PP 23 - vingt
X
9 9 24 vingt Y y
I r Z Z
18 vingt
19 quinze
quinze
cinq
20 vingt
25 vingt
ff 26 dix
S
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t t
21 vingt- cinqu u
& &
27 vingt - cinq è
28 vingt-cinq é
29 Paris
30 Pan
Parifit
Pan
SECOND rang de 30. logettes
I quinze A A 18 dix
1
R R
2 dix
B B
19 dix S S
3 dix
сс zo dix
T. T 4. dix
D D
21 quinze U v
S quinze E E 22 dix V V
6 dix F F 23 dix
X X
7 dix G G 24
dix
Y r
8. dix H H 25 dix Z Z
9 quinze I
I 26 trois ET ET
10 dix
J J fix Et Et
11 cinq K K fix et et
12 dix L L
13 dix
M M
27 quinze É
14 dix
N N
15 quinze O O
28 quinze É
29 Adam Adam
16 dix
17 dix
P P 30 Darius Darins
Q &
1. Vol
TROI
DECEMBRE. 1731. 2757.
TROISIEME rang de 30. logettes.
I six ha as af
six â à 2 æ
item en latin.
2 dix bb bb
3 dix CC сс
cinq ct &
dd dd
six he.es.ef.ê.ë
item en latin.
4 dix
✔ dix ff.6.ph.2 f.
2. M.
item en latin.
7dix gg. six gu.
item en latin.
8 Magasin
9 six hi. is. if. î. i.
autantpourle lat
10 Themes à faire.
11 themes faits.
12 dix ll. dix ll.
13 dix mm dix mm
cinq m . cinq m
14 dix nn . dix nn.
cinq n. cinq .
15 dix au 6 eau an
six ho . 6. of.
six bo . 6. of.
605.6 .Ô.60560
16 dix pp . dix pp.
17 six
qu .
six
gia
qua
six
qu .
deux Qu. z Qu
18 dix rr. dix rr.
cinq rh. cinq rh
19 10 ff5ft 10 $ſt
2 fç. 2 fc. 2 fa
20 dix tt. dix tt.
cinq th. cinq th
24 six hu. uf. us. â.
six ü. "
autant en italiq.
22 cinq W. 5 w.
autant en italiq.
23 calend. so cartes
du Calendrier.
24 six hy. six by.
deux ys. deux s
25 Livr. et nombr.
26 six &c. 6 & Ca
27 6 oi . oient. oiết
3 ai. aient. aiét.
3 ais. ais. aî.
3 cî. eif. el.
3 ay.cy. oif. of
28 10 x oe . 10 & oe .
SÆOE. Æ.
29 599 *... § 5*...
item 30 10+
2758 MERCURE DE FRANCE
QUATRIEME rang de 30. logettes :
1 dix , dix
2 dix ; dix ;
3 dix : dix :
4 dix . dix ..
5 six eu . heu .
trois eû. eü.
deux cu . euf.
dix ?. dix ?.
7
dix
gn . dix gn.
8 dix . dix !.
9 vingt apoft .
10 dix ch. dix ch.
11 six [ ]. ( )
autant en rouge.
deux oî
If six ou . où. trois
ouf. ous. oû.
hou. oü .
16 six a . an. 6 a. an
un aon. aën .
17 six é. en . 6 ẽ. en
18 six i. in . 6 7. in.
3. ain. aí. ein . cī
19 6 6. on . 6 . an *
I aon. I. ahon.
20 six ũ . un . 6 й m
un eun.
21 dix o . 1.
12 six ill. ille. lle. 22 dix 2
six il. deux lh.
23
dix 3
dix ill. dix
24 4
3 six ui.trois hui.
25
dix
S
trois uin. 2 uí 26 dix
4 item en rouge. 27 dix 7
six oi. oif. ois. 28 dix 8
deux hoi.
Troisoy.
29 dix 9
oin. of
30 dix 10
I. Vol.
RU
DECEMBRE . 1731. 2759
RUDIMENT PRATIQUE
de la Langue Latine.
CINQUIEME rang de 30 logettes.
CINQUIEME rang
six am. â. arum, as. is.
deux a. ab , deux a . un. Luna.
2 six um. orum. if, os, un Lupus.
3 six is. em. es . um. ibus:
trois ium. ora. tia. ius. ia. un Soror
4 six us. ûs. ui. um. uum. ibus.
trois ubus . ib . ub⁹. un fructus.
's six ei. em. es . ebus. erum.
deux eb . un facies.
am. arum, as. abus, ebus. ibus.
trois obus. ubus. um. orum. is.
os. erum.
7 amen. doceam . legum. audiam.
trois
es. et. emus. etis. ent.
as, at, amus. atis . ant.
amarem. docerem. legerem. audirem.
trois rem . res. ret. rem . retis . rent.
amaverim. docuerim.
legerim. audiverim.
trois rim, ris . rit, rim®, ritis. rint.
10 amaviffem. docuiffem.legiffem audiviffem
sem. fses. fset. fsemus.
fsetis. fsent.
trois
trois.
Ra
2760 MERCURE DE FRANCE
11 amavero , docuero . legero. audivero.
trois ero. eris. erit. erim . eritis , erint.
12 amare. docere. legere. audire. ,
iffe. aturum. atum . ire.
trois effe. Elurum . iturum.
Elum. itum. amari. &c.
13 Participes . amans, &c.
terminaisons . ans. &'c.
14 or. aris. are …atur.
amur. amini. antur , &c.
15 amor. doceor. legor. audior.
16 verbes déponens, horor. polliceor, &c.
17 verbes communs , dignor , & c.
18 verbes réciproques.
19 verbes impersonnels oportet , &c.
20 terminaisons . noms françois , able, & c.
21 verbes auxiliaires , avoir , & c.
22 article françois , le . la , &c .
23 comparatifs superlatifs. terminaisons .
24 pronoms possessifs . meus , &c.
25 participes françois . aïant.
26 indéclinables latins. quia , &c.
27 genres. exemple , hic vir , &c.
28 déclinaisons. exemple , viri. utis , &6.
29 conjugaisons. exemple , xi, ctum, &c.
30 sintaxe. exemple , tu es. & c.
SIXIEME rang de 30. logettes.
1 Je. J'. je. j' . Ego. ego , &c.
1. Vol.
་
?
DECEMBRE. 1731. 2761
2 tu. toi, te. tu. tui. tibi. & c.
3 il . elle. foi. fe . s' . ille, illa, fui , & c.
4 ce. cet. cette hic. hac ,
& c .
5 que . quel . quelle . qui. quod , & c.
6 ci-là. même. met. libet , & c.
7 amo. doceo. lego . audio.
as . at. amus. aris , ant
trois es. et. emus . etis. ent.
is . it. imus . itis. unt.
amabam. docebam. legebam , & e,
trois bam. bas. bat. bamus , & c.
9 amavi. docui. legi , &c.
ΤΟ
trois sti. it. istis . erunt , ere , &e,
amaveram. docueram , &c,
trois eram. eras. erat , &c.
11 amabo. docebo.legam , &c.
trois bo. bis. bit. bimus , &c.
es. et. emus , &c.
י
& c.
12 imperatifs et terminaisons.
i3 gerondifs , supins , terminaisons,
14 o. as. at. amus. atis ,
15 amo. doceo . lego.'audio .
16 verbes neutres. venio , &c.
17 verbes irreguliers . malo.
18 sum. es. est. sumus , &c.
19 verbes defectifs . inquio , &e.
20 terminaisons , verbes françois .
21 Je suis. tu es. il est. & c .
22 noms substantifs. Deus. coelum , &
23 noms adjectifs. bonus , &c.
Le Vol
24
4762 MERCURE DE FRANCE
44 pronoms démonstratifs, celui- là , &c.
as verbes françois. J'aime , & c.
26 indéclinables françois. pourquoi , &c.
27 gentes . regles en themes .
28 déclinaisons. regles en themes.
29 conjugaisons . regles en themes .
30 sintaxe. regles en themes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
La dix-septième lettre de la 'Bibliothèque des enfants' complète les informations fournies dans la septième lettre concernant la configuration d'un bureau typographique. Elle présente une table détaillée des 180 étiquettes, des six rangs de logettes et de la garniture complète de chaque logette. Le bureau typographique est structuré en six étages ou rangs, chacun contenant trente cassetins ou logettes. Pour l'impression en français, les lettres romaines en noir sont utilisées, tandis que pour le latin, les lettres italiques ou manuscrites en rouge sont employées. La lettre recommande d'imprimer séparément sur des cartes divers éléments linguistiques tels que les lettres de l'alphabet, les sons composés, les indéclinables, les déclinables, les conjugables et leurs terminaisons. Cette organisation permet aux enfants de trouver facilement les éléments nécessaires pour composer des textes sur le bureau typographique. La garniture complète d'un bureau typographique peut varier de douze à vingt mille lettres, imprimées ou manuscrites, réparties sur neuf à dix mille cartes. L'auteur insiste sur l'importance de la nouvelle dénomination des lettres pour éviter les pièges linguistiques et accélérer les progrès des enfants. Il observe que les enfants ayant un accès constant à leur bureau typographique progressent plus rapidement que ceux qui ne l'utilisent qu'en présence du maître. La lettre se conclut par une table détaillée des étiquettes et de la garniture des logettes, organisée par rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 2810-2821
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
Début :
On trouve à la tête de ce tome la Fable alphabetique des Sçavans qui [...]
Mots clefs :
Hommes illustres, Savants, Vol, Lettres, Maladie, Disgrâces
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , dans la République
des Lettres, avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages. Tome XV.de 409 pages
sans les Tables . A Paris , chez Briasson,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science.
1731.
N trouve à la tête de ce tome la
Fable alphabetique des Sçavans qui
y sont contenus. Le P. Niceron n'en a
point mis qui expose leurs noms ,
selon
l'ordre qu'ils tiennent dans ce volume.
Il y a dans ce Tome , comme dans les
autres , un nombre de Sçavans , du pre
mier ordre , entre lesquels il est difficile
de choisir. Nous nous sommes déterminez
en faveur d'Olympia Fulvia Morata,
dont l'article nous a paru très -singulier ,
parce qu'elle a été une Dame sçavante , et
par les différentes révolutions qui ont accompagné
sa vie.Le voicy tel qu'il est rapporté
dans les Mémoires.
Olympia Fulvia Morata , nâquit à Ferrare
, l'an 1526, Fulvio Peregrino Morato
son pere ,
natif de Mantouë , avoit professé
les belles Lettres en plusieurs Villes
I. Vol.
(d'Italic
-
DECEMBRE . 1731. 2811
d'Italie , et son mérite et sa capacité Pavoient
fait choisir pour Précepteur des
Princes de Ferrare, Hyppoliteet François ,
fils d'Alphonse.
On trouve une de ses Lettres sur la pro
nonciation de la Langue Latine , à la tête
de celles de Fluvia Morata sa fille , à qui
elle est addressée.
Les grandes dispositions qu'il remarqua
dans sa fille pour les Sciences , l'engagerent
à les cultiver ; il l'instruisit avec beaucoup
de soin , et elle fit en peu de temps
de si grands progrès , qu'elle devint l'admiration
de tout le monde.
La Princesse de Ferrare , Anne , fille
d'Hercule II. étudioit alors les Lettres
sous la conduite de Jean Sinapius , et l'on
jugea à propos de mettre auprès d'elle Ful
via Morata , afin que l'émulation que sa
compagnie lui inspireroit , la fit avancer
davantage dans les sciences qu'on lui enseignoit.
Le séjour de la Cour fût avanta
geux à notre sçavante,pour la même raison
, et on l'y vit , avec étonnement , réciter
des Discours Latins , parler Grec
expliquer les Paradoxes de Ciceron , et répondre
à toutes les questions qu'on lui
faisoit.
Mais l'affection que lui témoigna la Duchesse
de Ferrare , Renée de France , mere
1.Vol.
de
2012 MERCURE DE FRANCE
de la Princesse Anne , lui fut funeste ; car
elle lui communiqua le goût qu'elle avoit
pour les nouvelles opinions , au sujet de
Ia Religion , qu'elle favorisoit secretement
, et que Fulvia Morata embrassa
dans la suite.
Après avoir demeuré quelques années.
auprès de la jeune Princesse qui l'aimoit
beaucoup , elle retourna dans la maison
paternelle , pour assister son pere dans la
maladie dont il mourut. Elle ne retourna
plus après à la Cour , parce que sa mere
étant fort valetudinaire , elle se trouvoit
obligée , en qualité d'aînée de la famille ,
d'avoir soin de l'éducation de ses trois
soeurs et de son frere .
Une autre raison s'y joignit encore , celle,
dit- elle dans une de ses Lettres à Cælius
Secundus Curion , avec qui elle étoit liée
depuis long- temps d'une étroite amitié ,
qui auroit dû nous proteger , prévenuë par
les discours calomnieux de quelques personnes
mal intentionnées , nous a abandonnées et
maltraitées. Il eſt à présumer qu'elle veut
entendre , par là , la Duchesse de Ferrare
qui changea alors de dispositions à son
égard.
Quoiqu'il en soit , un jeune Allemand ,
nommé André Grunthler , qui étudioit
alors en Medecine à Ferrare , où il se fit
I.Vol. rece
DECEMBRE 1731. 2813
recevoir Docteur en cette Faculté , ayant
eu occasion de la voir et de la connoître ,
fut si touché de son mérite, qu'il l'épousa.
Il paroît incontestablement par ses Lettres
, que ce Mariage se fit avant leur dé
part pour l'Allemagne , c'est - à - dire , à
Ferrare ; mais M. de Thou veut qu'il ne
se soit fait qu'en Allemagne ; et ce qu'il
dit là- dessus semble s'accorder avec ce
que Grunthler assure dans une Lettre à
Curion , sur la mort de Fulvia -Morata sa
femme, qu'ils n'avoient pas vécu ensemble
cinq années. Si cela est , ils ont dû se
marier en 1550. c'est - à - dire , deux ans
après leur arrivée en Allemagne ; mais
cela ne paroît gueres probable ; il est
plutôt à croire que Grunthler n'a voulu
parler que du temps qu'ils ont été effectivement
ensemble , ses fréquens voyages
l'ayant obligé d'être souvent séparé d'elle.
Peut- être aussi y a-t-il faute d'impression
dans sa Lettre.
Fulvia- Morata laissa à Ferrare , sa mere,
nommée Lucrece , qu'elle aima toûjours
tendrement , et qu'elle n'oublia pas dans
toutes ses disgraces . Car on voit par une
de ses Lettres , que quoiqu'elle eût perdu
elle-même tout son bien dans les Guerres
d'Allemagne , elle prenoit parc à l'état .
E d'indigence où elle avoit appris qu'elle
I. Vol. F étoit
1814 MERCURE DE FRANCE
"
étoit réduite , en lui envoyant une somme
d'argent pour l'aider à subsister. Elle laissa
aussi en Italie ses trois soeurs , dont l'une
fut mariée quelque-temps après à un jeune
homme fort riche , qui l'épousa pour
son mérite , et les deux autres entrerent
au service de quelques Dames de considération
.
Pour ce qui est de son frere Emile , qui
n'avoit alors que huit ans , elle l'emmena
en Allemagne , et l'instruisit elle- même
dans les Langues Grecque et Latine.
Fulvia-Morata et son mari arriverent
en Allemagne , le 12 Juin 1548. et firent
quelque séjour à Ausbourg, chez une personne
de considération , nommée George
Herman, que Grunthler guérit d'une maladie
fâcheuse . Ils se rendirent ensuite à
Schweinfurt , Ville Impériale de Franconie
, dont ce Medecin étoit natif.
Il n'y avoit pas long- temps qu'ils y
étoient , lorsque les Troupes des Evêques
de Bamberg et de Wirtzbourg , de l'Elecfeur
de Saxe , du Duc de Brunswic et de
la Ville de Nuremberg vinrent l'assiéger,
parce que le Marquis de Brandebourg
contre qui ils étoient en Guerre , s'y étoit
retiré avec son armée. Ce Siége dura quatorze
mois , pendant lesquels on eût à
souffrir la famine et la peste. Près de la
Vol. moitié
DECEMBRE . 1731 . 2815.
moitié des habitans moururent de cette
maladie , et Gunthler en fut attaqué si
dangereusement , qu'on désespera de sa.
vie , cependant il en revint .
La résolution que prit le Marquis de
Brandebourg de faire sortir ses Troupes
secrettement de la Ville pendant la nuit,
fit croire qu'elle alloit voir la fin de ses
disgraces ; mais on fut trompé dans cette
pensée. Car à peine en fut il dehors, que
l'armée des deux Evêques et de Nuremberg
la prit d'assaut , la saccagea et y mit
le feu.
Au premier tumulte , Morata et son
mari se retirerent dans une Eglise pour se
mettre à couvert de l'insolence et de la
fureur des Soldats ; mais ils sortirent de
cet azile sur l'avis que leur donna un
Soldat inconnu , qu'on alloit réduire la
Ville en cendre. Avis d'autant plus important
, que s'ils fussent demeurez dans
ce lieu , ils y eussent été étouffez par la
fumée , de même que les autres qui s'y
étoient réfugiez.
› Comme ils sortoient de la Ville , ils furent
dépouillez entierement par les Soldats
, qui ne laisserent à Morata que sa
chemise ; son mari fut même arrêté deux
fois , mais il s'échappa heureusement à
chacune
Fij Le 1. Vol.
2816 MERCURE DE FRANCE
Le mari et la femme s'étant réunis
furent d'abord incertains du parti qu'ils
prendroient ; mais enfin ils se déterminerent
à se retirer à Hamelbourg. Comme
cette Ville étoit éloignée de trois mille
d'Allemagne de Schweinfurt
, Morata
eut bien de la peine à s'y rendre , étant
nuds pieds , toute déeḥevelée et n'ayant
qu'un mechant habit tout déchiré , qu'on
lui avoit prêté dans sa route. Les habitans
firent d'abord difficulté de les y laisser
entrer , parce qu'il leur avoit été défendu
de recevoir ceux qui sortiroient de
Schweinfurt , et tout ce qui purent obfut
la permission d'y demeurer
و
quatre jours , après lesquels ils furent
obligez d'en sortir , quoique Morata fût
actuellement malade de la fièvre que lui
avoient causé les fatigues de son voyage.
Echappez de tous ces dangers , ils en
coururent un nouveau , en passant par
une Ville dépendante d'un Evêque , que
Morata qui nous instruit de ce détail , ne
nomme point , mais qui ne peut être
autre que celui de Wirtzbourg. Celui qui
y commandoit pour ce Prélat , fit arrêter
Grunthler , à qui il déclara qu'il avoit
ordre de lui , de fiire mourir tous les habitans
de Schvveinfutt qui tomberoient
entre ses mains ; mais cet ordre n'eût
1. Vol.
poing
DECEMBRE. 1731. 2817
point d'execution , parce qu'il vint dès
Lettres de l'Evêque , qui lui procurerent
la liberté.
Le Comte de Reineck et celui d'Erbach
, chez qui ils passerent ensuite , les
reçurent avec beaucoup d'humanité.
Comme ils professoient la nouvelle Religion
aussi bien qu'eux , ils n'oublierent
rien pour leur faite oublier les disgraces
passées , et leur fournirent abondamment
des habits et tout ce qui leur étoit né
cessaire .
Ils commençoient alors à respirer, lorsque
l'Electeur Palatin appella Grunthler à
Heidelberg , pour professer la Medecine.
Ils allerent donc demeurer dans cette Ville
, où le nouveau Professeur entra en
exercice la même année , c'es-à- dire en
1554.
Les maux que Morata avoit eu à souffrir
, avoient alteré son temperament , et
elle ne fut pas long- temps sans ressentir
des effets de cette altération . Sa santé fut
toujours depuis tres- chancellante , et après
avoir langui quelques mois , elle mourut
le 26 Octobre 1555. n'ayant pas encore
29 ans complets.
1
Son mari et son frere la suivirent de'
bien près , et ils furent ensevelis tous trois
en un même tombeau , dans l'Eglise de
saint Pierre.
1. Vol.
Fiij Voicy
2818 MERCURE DE FRANCE
Voici son Epitaphe :
DEO IMM . S.
Et virtuti ac memoria Olympia Fulvia
Morata , Fulvii Morati Mantuani , viri
Doctiss. filia , Andrea Grunthleri Medici
conjugis lectissima , foemina cujus ingenium
ac singularis utriusque lingua cognitio , in
moribus autem probitas , summumque pietatis
studium , suprà communem modum semper
existimata sunt. Quod de ejus vita hominum
judicium , beata mors sanctissimè ac pacatistimé
ab ea obita , divino quoque confir
mavit testimonio . Obiit mutato solo à salute
DEV. suprà mille. Sua atatis XXIX. hic cum
Marito et Emilio fratre sepulta Heidelberga.
Guillelmus Rascalonus M. D. B. B. MM . Pr.
le
L'Epitaphe de son mari , faite par
même Auteur , merite d'être rapportée ,
d'autant plus qu'elle contient quelques
particularitez de sa mort.
D. O. M. Trino et Uni S.
'Andrea Zunthlero Swinfordiano , magne
peritia viro Medico et Philosopho qui simul
atque schola , in qua vix dum ab exilio
, profiteri artem coeperat , pestis metu hic
I. Vol. dissi
ป
ย
"
DECEMBRE . 1731. 2819
dissiparetur , solvi à corpore exoptavit ,proque
voto solutus est , non tadio solo amissa
incomparabilis exempli socia ac conjugis
Minerva sua ( erat enim in omni fortuna
homo modestissimus ) sed ut ex densâ hâc
cælestium ignoratione in lucem traductus , ab
errationibus Deum non ampliùs off.nderet ,
hic in spem resurrectionis quiescenti sodalis
sodali, Medicus Medico , Guillelmus Rascalonus
posuit.
Olympia Fulvia Morata avoit composé
plusieurs Ouvrages , dont la plûpart pés
rirent dans l'Incendie de la Ville de
Schvveinfert. Le peu qui s'est conservé , a
été ramassé par Cælius Secundus Curion ,
qui les publia sous ce titre.
Olympia Fulvia Morate , Foemina doctissima
ac planè divina , Opera omnia que
hactenus inveniri potuerunt ; quibus Coelii
secundi Curionis Epistola ac Orationes accesserunt.
Basilea 1558. in 8. C'est la premiere
édition, qui a été suivie de plusieurs
autres , faites aussi à Bâle dans la même
forme , en 1562 , 1570 , 1580 , & c.
Les Ouvrages de Morata consistent dans
les pieces suivantes .
1. Trois Discours prononcez en presence
de la Princesse Anne de Ferrare
1. Vol.
Fiiij . d'unc
2820 MERCURE DE FRANCE
d'une assemblée choisie , à qui elle expliquoit
les Paradoxes de Ciceron ..
2. L'Eloge de Q. Mutius Scevola, en Grec.
et en Latin.
3.
4.
•
S.
Les deux premieres Nouvelles de Bocace
, traduites en Latin.
Deux Dialogues.
Deux Livres de Lettres. On y apprend
plusieurs particularitez de sa vie . C'est
une négligence impardonnable à Curion
de ne les avoir pas rangées selon
l'ordre des temps , et d'avoir obmis les
dattes à la plupart.
6. Deux Livres de Poësies Grecques.
Voyez ses Lettres . Melchior Adam vi
ta Philosophorum Germanorum .
Les Eloges de M. de Thou , et les additions
de Teissier.
Voicy les noms des Scavans , contenus
dans la Table Alphabetique , du même
quinziéme Tome.
Jean Boscager, Tycho-Brahé, Guillaume
Caoursin , Hyacinthe Cestoni , Pierre
Corneille , Louis de Courcillon de Dangeau
, Pierre Delfini , Louis de Dieu
Charles Drelincourt , Guillaume Dugdale
, Jacques Esprit , Alberic Gentilis ,
Scipion Gentilis, François Genet, Ulric de
1. Vol. Hutten,
DECEMBRE. 1731. 2821
Hutten , Pierre la Sena , François de Launay
, Thomas Lydiat , Henry de Monantheüil
, Olympia Fulvia Morata , Christophle
Persona , Gobelin Persona , Jacques
Picolomini , Jacques Pilarino , Jean Pitseus
, Antoine Sanderus , Nicolas Sanderus
, Michel Scot , George de Scudery ,
Madeleine de Scudery , Philippe Sidney
Sebastien le Nain de Tillemont, Evangeliste
Torriceli , Thomas Willis , Henry
V varton .
des Hommes Illustres , dans la République
des Lettres, avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages. Tome XV.de 409 pages
sans les Tables . A Paris , chez Briasson,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science.
1731.
N trouve à la tête de ce tome la
Fable alphabetique des Sçavans qui
y sont contenus. Le P. Niceron n'en a
point mis qui expose leurs noms ,
selon
l'ordre qu'ils tiennent dans ce volume.
Il y a dans ce Tome , comme dans les
autres , un nombre de Sçavans , du pre
mier ordre , entre lesquels il est difficile
de choisir. Nous nous sommes déterminez
en faveur d'Olympia Fulvia Morata,
dont l'article nous a paru très -singulier ,
parce qu'elle a été une Dame sçavante , et
par les différentes révolutions qui ont accompagné
sa vie.Le voicy tel qu'il est rapporté
dans les Mémoires.
Olympia Fulvia Morata , nâquit à Ferrare
, l'an 1526, Fulvio Peregrino Morato
son pere ,
natif de Mantouë , avoit professé
les belles Lettres en plusieurs Villes
I. Vol.
(d'Italic
-
DECEMBRE . 1731. 2811
d'Italie , et son mérite et sa capacité Pavoient
fait choisir pour Précepteur des
Princes de Ferrare, Hyppoliteet François ,
fils d'Alphonse.
On trouve une de ses Lettres sur la pro
nonciation de la Langue Latine , à la tête
de celles de Fluvia Morata sa fille , à qui
elle est addressée.
Les grandes dispositions qu'il remarqua
dans sa fille pour les Sciences , l'engagerent
à les cultiver ; il l'instruisit avec beaucoup
de soin , et elle fit en peu de temps
de si grands progrès , qu'elle devint l'admiration
de tout le monde.
La Princesse de Ferrare , Anne , fille
d'Hercule II. étudioit alors les Lettres
sous la conduite de Jean Sinapius , et l'on
jugea à propos de mettre auprès d'elle Ful
via Morata , afin que l'émulation que sa
compagnie lui inspireroit , la fit avancer
davantage dans les sciences qu'on lui enseignoit.
Le séjour de la Cour fût avanta
geux à notre sçavante,pour la même raison
, et on l'y vit , avec étonnement , réciter
des Discours Latins , parler Grec
expliquer les Paradoxes de Ciceron , et répondre
à toutes les questions qu'on lui
faisoit.
Mais l'affection que lui témoigna la Duchesse
de Ferrare , Renée de France , mere
1.Vol.
de
2012 MERCURE DE FRANCE
de la Princesse Anne , lui fut funeste ; car
elle lui communiqua le goût qu'elle avoit
pour les nouvelles opinions , au sujet de
Ia Religion , qu'elle favorisoit secretement
, et que Fulvia Morata embrassa
dans la suite.
Après avoir demeuré quelques années.
auprès de la jeune Princesse qui l'aimoit
beaucoup , elle retourna dans la maison
paternelle , pour assister son pere dans la
maladie dont il mourut. Elle ne retourna
plus après à la Cour , parce que sa mere
étant fort valetudinaire , elle se trouvoit
obligée , en qualité d'aînée de la famille ,
d'avoir soin de l'éducation de ses trois
soeurs et de son frere .
Une autre raison s'y joignit encore , celle,
dit- elle dans une de ses Lettres à Cælius
Secundus Curion , avec qui elle étoit liée
depuis long- temps d'une étroite amitié ,
qui auroit dû nous proteger , prévenuë par
les discours calomnieux de quelques personnes
mal intentionnées , nous a abandonnées et
maltraitées. Il eſt à présumer qu'elle veut
entendre , par là , la Duchesse de Ferrare
qui changea alors de dispositions à son
égard.
Quoiqu'il en soit , un jeune Allemand ,
nommé André Grunthler , qui étudioit
alors en Medecine à Ferrare , où il se fit
I.Vol. rece
DECEMBRE 1731. 2813
recevoir Docteur en cette Faculté , ayant
eu occasion de la voir et de la connoître ,
fut si touché de son mérite, qu'il l'épousa.
Il paroît incontestablement par ses Lettres
, que ce Mariage se fit avant leur dé
part pour l'Allemagne , c'est - à - dire , à
Ferrare ; mais M. de Thou veut qu'il ne
se soit fait qu'en Allemagne ; et ce qu'il
dit là- dessus semble s'accorder avec ce
que Grunthler assure dans une Lettre à
Curion , sur la mort de Fulvia -Morata sa
femme, qu'ils n'avoient pas vécu ensemble
cinq années. Si cela est , ils ont dû se
marier en 1550. c'est - à - dire , deux ans
après leur arrivée en Allemagne ; mais
cela ne paroît gueres probable ; il est
plutôt à croire que Grunthler n'a voulu
parler que du temps qu'ils ont été effectivement
ensemble , ses fréquens voyages
l'ayant obligé d'être souvent séparé d'elle.
Peut- être aussi y a-t-il faute d'impression
dans sa Lettre.
Fulvia- Morata laissa à Ferrare , sa mere,
nommée Lucrece , qu'elle aima toûjours
tendrement , et qu'elle n'oublia pas dans
toutes ses disgraces . Car on voit par une
de ses Lettres , que quoiqu'elle eût perdu
elle-même tout son bien dans les Guerres
d'Allemagne , elle prenoit parc à l'état .
E d'indigence où elle avoit appris qu'elle
I. Vol. F étoit
1814 MERCURE DE FRANCE
"
étoit réduite , en lui envoyant une somme
d'argent pour l'aider à subsister. Elle laissa
aussi en Italie ses trois soeurs , dont l'une
fut mariée quelque-temps après à un jeune
homme fort riche , qui l'épousa pour
son mérite , et les deux autres entrerent
au service de quelques Dames de considération
.
Pour ce qui est de son frere Emile , qui
n'avoit alors que huit ans , elle l'emmena
en Allemagne , et l'instruisit elle- même
dans les Langues Grecque et Latine.
Fulvia-Morata et son mari arriverent
en Allemagne , le 12 Juin 1548. et firent
quelque séjour à Ausbourg, chez une personne
de considération , nommée George
Herman, que Grunthler guérit d'une maladie
fâcheuse . Ils se rendirent ensuite à
Schweinfurt , Ville Impériale de Franconie
, dont ce Medecin étoit natif.
Il n'y avoit pas long- temps qu'ils y
étoient , lorsque les Troupes des Evêques
de Bamberg et de Wirtzbourg , de l'Elecfeur
de Saxe , du Duc de Brunswic et de
la Ville de Nuremberg vinrent l'assiéger,
parce que le Marquis de Brandebourg
contre qui ils étoient en Guerre , s'y étoit
retiré avec son armée. Ce Siége dura quatorze
mois , pendant lesquels on eût à
souffrir la famine et la peste. Près de la
Vol. moitié
DECEMBRE . 1731 . 2815.
moitié des habitans moururent de cette
maladie , et Gunthler en fut attaqué si
dangereusement , qu'on désespera de sa.
vie , cependant il en revint .
La résolution que prit le Marquis de
Brandebourg de faire sortir ses Troupes
secrettement de la Ville pendant la nuit,
fit croire qu'elle alloit voir la fin de ses
disgraces ; mais on fut trompé dans cette
pensée. Car à peine en fut il dehors, que
l'armée des deux Evêques et de Nuremberg
la prit d'assaut , la saccagea et y mit
le feu.
Au premier tumulte , Morata et son
mari se retirerent dans une Eglise pour se
mettre à couvert de l'insolence et de la
fureur des Soldats ; mais ils sortirent de
cet azile sur l'avis que leur donna un
Soldat inconnu , qu'on alloit réduire la
Ville en cendre. Avis d'autant plus important
, que s'ils fussent demeurez dans
ce lieu , ils y eussent été étouffez par la
fumée , de même que les autres qui s'y
étoient réfugiez.
› Comme ils sortoient de la Ville , ils furent
dépouillez entierement par les Soldats
, qui ne laisserent à Morata que sa
chemise ; son mari fut même arrêté deux
fois , mais il s'échappa heureusement à
chacune
Fij Le 1. Vol.
2816 MERCURE DE FRANCE
Le mari et la femme s'étant réunis
furent d'abord incertains du parti qu'ils
prendroient ; mais enfin ils se déterminerent
à se retirer à Hamelbourg. Comme
cette Ville étoit éloignée de trois mille
d'Allemagne de Schweinfurt
, Morata
eut bien de la peine à s'y rendre , étant
nuds pieds , toute déeḥevelée et n'ayant
qu'un mechant habit tout déchiré , qu'on
lui avoit prêté dans sa route. Les habitans
firent d'abord difficulté de les y laisser
entrer , parce qu'il leur avoit été défendu
de recevoir ceux qui sortiroient de
Schweinfurt , et tout ce qui purent obfut
la permission d'y demeurer
و
quatre jours , après lesquels ils furent
obligez d'en sortir , quoique Morata fût
actuellement malade de la fièvre que lui
avoient causé les fatigues de son voyage.
Echappez de tous ces dangers , ils en
coururent un nouveau , en passant par
une Ville dépendante d'un Evêque , que
Morata qui nous instruit de ce détail , ne
nomme point , mais qui ne peut être
autre que celui de Wirtzbourg. Celui qui
y commandoit pour ce Prélat , fit arrêter
Grunthler , à qui il déclara qu'il avoit
ordre de lui , de fiire mourir tous les habitans
de Schvveinfutt qui tomberoient
entre ses mains ; mais cet ordre n'eût
1. Vol.
poing
DECEMBRE. 1731. 2817
point d'execution , parce qu'il vint dès
Lettres de l'Evêque , qui lui procurerent
la liberté.
Le Comte de Reineck et celui d'Erbach
, chez qui ils passerent ensuite , les
reçurent avec beaucoup d'humanité.
Comme ils professoient la nouvelle Religion
aussi bien qu'eux , ils n'oublierent
rien pour leur faite oublier les disgraces
passées , et leur fournirent abondamment
des habits et tout ce qui leur étoit né
cessaire .
Ils commençoient alors à respirer, lorsque
l'Electeur Palatin appella Grunthler à
Heidelberg , pour professer la Medecine.
Ils allerent donc demeurer dans cette Ville
, où le nouveau Professeur entra en
exercice la même année , c'es-à- dire en
1554.
Les maux que Morata avoit eu à souffrir
, avoient alteré son temperament , et
elle ne fut pas long- temps sans ressentir
des effets de cette altération . Sa santé fut
toujours depuis tres- chancellante , et après
avoir langui quelques mois , elle mourut
le 26 Octobre 1555. n'ayant pas encore
29 ans complets.
1
Son mari et son frere la suivirent de'
bien près , et ils furent ensevelis tous trois
en un même tombeau , dans l'Eglise de
saint Pierre.
1. Vol.
Fiij Voicy
2818 MERCURE DE FRANCE
Voici son Epitaphe :
DEO IMM . S.
Et virtuti ac memoria Olympia Fulvia
Morata , Fulvii Morati Mantuani , viri
Doctiss. filia , Andrea Grunthleri Medici
conjugis lectissima , foemina cujus ingenium
ac singularis utriusque lingua cognitio , in
moribus autem probitas , summumque pietatis
studium , suprà communem modum semper
existimata sunt. Quod de ejus vita hominum
judicium , beata mors sanctissimè ac pacatistimé
ab ea obita , divino quoque confir
mavit testimonio . Obiit mutato solo à salute
DEV. suprà mille. Sua atatis XXIX. hic cum
Marito et Emilio fratre sepulta Heidelberga.
Guillelmus Rascalonus M. D. B. B. MM . Pr.
le
L'Epitaphe de son mari , faite par
même Auteur , merite d'être rapportée ,
d'autant plus qu'elle contient quelques
particularitez de sa mort.
D. O. M. Trino et Uni S.
'Andrea Zunthlero Swinfordiano , magne
peritia viro Medico et Philosopho qui simul
atque schola , in qua vix dum ab exilio
, profiteri artem coeperat , pestis metu hic
I. Vol. dissi
ป
ย
"
DECEMBRE . 1731. 2819
dissiparetur , solvi à corpore exoptavit ,proque
voto solutus est , non tadio solo amissa
incomparabilis exempli socia ac conjugis
Minerva sua ( erat enim in omni fortuna
homo modestissimus ) sed ut ex densâ hâc
cælestium ignoratione in lucem traductus , ab
errationibus Deum non ampliùs off.nderet ,
hic in spem resurrectionis quiescenti sodalis
sodali, Medicus Medico , Guillelmus Rascalonus
posuit.
Olympia Fulvia Morata avoit composé
plusieurs Ouvrages , dont la plûpart pés
rirent dans l'Incendie de la Ville de
Schvveinfert. Le peu qui s'est conservé , a
été ramassé par Cælius Secundus Curion ,
qui les publia sous ce titre.
Olympia Fulvia Morate , Foemina doctissima
ac planè divina , Opera omnia que
hactenus inveniri potuerunt ; quibus Coelii
secundi Curionis Epistola ac Orationes accesserunt.
Basilea 1558. in 8. C'est la premiere
édition, qui a été suivie de plusieurs
autres , faites aussi à Bâle dans la même
forme , en 1562 , 1570 , 1580 , & c.
Les Ouvrages de Morata consistent dans
les pieces suivantes .
1. Trois Discours prononcez en presence
de la Princesse Anne de Ferrare
1. Vol.
Fiiij . d'unc
2820 MERCURE DE FRANCE
d'une assemblée choisie , à qui elle expliquoit
les Paradoxes de Ciceron ..
2. L'Eloge de Q. Mutius Scevola, en Grec.
et en Latin.
3.
4.
•
S.
Les deux premieres Nouvelles de Bocace
, traduites en Latin.
Deux Dialogues.
Deux Livres de Lettres. On y apprend
plusieurs particularitez de sa vie . C'est
une négligence impardonnable à Curion
de ne les avoir pas rangées selon
l'ordre des temps , et d'avoir obmis les
dattes à la plupart.
6. Deux Livres de Poësies Grecques.
Voyez ses Lettres . Melchior Adam vi
ta Philosophorum Germanorum .
Les Eloges de M. de Thou , et les additions
de Teissier.
Voicy les noms des Scavans , contenus
dans la Table Alphabetique , du même
quinziéme Tome.
Jean Boscager, Tycho-Brahé, Guillaume
Caoursin , Hyacinthe Cestoni , Pierre
Corneille , Louis de Courcillon de Dangeau
, Pierre Delfini , Louis de Dieu
Charles Drelincourt , Guillaume Dugdale
, Jacques Esprit , Alberic Gentilis ,
Scipion Gentilis, François Genet, Ulric de
1. Vol. Hutten,
DECEMBRE. 1731. 2821
Hutten , Pierre la Sena , François de Launay
, Thomas Lydiat , Henry de Monantheüil
, Olympia Fulvia Morata , Christophle
Persona , Gobelin Persona , Jacques
Picolomini , Jacques Pilarino , Jean Pitseus
, Antoine Sanderus , Nicolas Sanderus
, Michel Scot , George de Scudery ,
Madeleine de Scudery , Philippe Sidney
Sebastien le Nain de Tillemont, Evangeliste
Torriceli , Thomas Willis , Henry
V varton .
Fermer
Résumé : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
Le texte est un extrait des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres', publié en 1731 à Paris. Il présente une fable alphabétique des savants contenus dans le tome XV, qui compte 409 pages. Parmi les savants mentionnés, Olympia Fulvia Morata est particulièrement mise en avant. Olympia Fulvia Morata naquit à Ferrare en 1526. Son père, Fulvio Peregrino Morato, était un érudit qui avait été précepteur des princes de Ferrare. Reconnaissant les dispositions exceptionnelles de sa fille pour les sciences, il l'instruisit avec soin. Elle devint rapidement admirée pour ses compétences en latin, grec et philosophie. Elle fut ensuite placée auprès de la princesse Anne de Ferrare pour stimuler son éducation. Cependant, l'affection de la duchesse de Ferrare, Renée de France, pour Morata lui fut funeste, car elle lui transmit son goût pour les nouvelles opinions religieuses. Après avoir quitté la cour pour s'occuper de sa famille, Morata épousa André Grunthler, un médecin allemand. Ils se réfugièrent en Allemagne en 1548 et vécurent des périodes de grande détresse, notamment lors du siège de Schweinfurt. Malgré les épreuves, Morata continua à écrire et à instruire son frère. Elle mourut en 1555 à l'âge de 29 ans. Ses œuvres, en grande partie perdues lors de l'incendie de Schweinfurt, furent rassemblées et publiées par Cælius Secundus Curion. Elles incluent des discours, des traductions, des dialogues, des lettres et des poèmes. Le texte mentionne également trois autres figures historiques : Torricelli, Thomas Willis et Henry Varton. Torricelli est connu pour ses contributions scientifiques, notamment dans le domaine de la physique et de la mécanique des fluides. Thomas Willis est célèbre pour ses travaux en médecine, en particulier dans le domaine de la neurologie et de l'anatomie du cerveau. Henry Varton est mentionné sans détails supplémentaires sur ses contributions spécifiques.
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82
p. 2878-2880
ADDITION.
Début :
On a eû avis par la voye de Russie, que le grand secours attendu par les Tures, croit [...]
Mots clefs :
Lettres, Vienne, Persans, Constantinople, Armée ottomane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADDITION.
ADDITION.
Na cu avis par la voye de Russie , que fè
grand secours attendu par les Tures , croit
arrivé à 30 lieuës de Bagdad , et que le Roy de
Perse ayant rassemblé toutes ses Troupes qui
étoient dispersées en differens endroits , étoit
allé au-devant de ce secours pour le combattre
Les dernieres Lettres de Vienne portent , que
le bruit y étoit répandu que les Turcs ont rem²
porté une Victoire complette sur les Persans ;
que le Roi de Perse a perdu près de 40000 hommes
dans le combat ; que les Tures lui ont pris
cent pieces de canon , et tour son bagage , et
& Volo
qu'on
DECEMBRE. 1731. 2879
qu'on ne croyoit pas que ce Prince fût en état -
de continuer la guerre.
وت
Des Lettres de Constantinople portent , que
le 22 Septembre dernier , Topal Osman Pacha ,
nouveau Grand Vizir fie en cetre qualité son
Entrée publique dans cette Capitale. Elle fut des
plus superbes et des plus nombreuses : non- seulement
tous les Grands de l'Empire y assisterent
, mais aussi PAga des Janissaires , quoique
ce dernier ne paroisse ordinairement dans ces
sortes de cérémonies qu'à la suite du Grand Seigneur.
On a observé que lorsque ce premier
Ministre fut arrivé à PHôtel ordinaire des
Grands Vizirs , il en monta l'Escalier , appuyé.
sur l'Aga des Janissaires, et sur le Cafmacan , ou
Gouverneur de Constantinople , ce qu'on remarque
comme une distinction particuliere done
on n'a gueres vû d'exemples , et qui prouve l'estime
qu'on fait de ce premier Ministre , lequel ,
par sa douceur et par son affabilité , a sçu se
faire aimer de toute la Nation.
>
lui
Après que le G. V. se fut reposé quelque tems
dans son appartement › il se rendit au Serrail
où le G. S. le réçut fort gracieusement
remit les Sceaux de l'Empire , lui déclara en
même temps , à ce qu'on assure » qu'il le laissoit
le maître d'agir comme il le jugeroit à pro
pos dans la conjoncture presente. Il alla ensuite
au Divan , où il fur revêtu du Caftan d'hon
en presence des principaux Officiers de
l'Empire , qui le complimenterent sur sa nou
velle dignité , en lui baisant le bas de sa Robe.
neur ›
Le lendemain le G. V. alla à l'Audience du
G. S , avec lequel il fut long-temps en conféfence.
A son retour dans son Hôtel , il donna
I. Vol. Audience
2880 MERCURE DE FRANCE
Audience aux Interpretes des Ambassadeurs et
Ministres Etrangers , qui s'y étoient rendus pours
le complimenter au nom de leurs Maîtres : il
les reçut tous fort gracieusement.
Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçu avis de
Perse , qu'il s'étoit donné deux sanglantes Batailles
près d'Erivan , Ville assiegée par les Persans
; que dans la premiere , ceux - cy avoient été
les Vainqueurs , mais que dans la seconde ils
avoient éré battus par les Turcs. Cette Victoire,
a causé à Constantinople une joye generale , et ,
on a fait à ce sujet de grandes réjouissances
cependant on assure que le Divan a pris la ré◄
solution de faire de nouvelles offres fort avantageuses
au Roi de Perse pour l'engager à faire,
la Paix avec la Porte ; ce qui fait craindre que
cette Victoire , ne soit pas si complette qu'on le
publi . Quoiqu'il en soit cette nouvelle , jointe
au doux Gouvernement du nouveau G. V , et a
l'Amnistie generale accordée par S. H. à tous
ceux qui ont eû part aux dernieres révoltes , a
beaucoup contribué à rétablir la tranquillité dans
Constantinople.
,
ة ي ر
Ces Lettres ajoûtent encore que la derniere,
Bataille qui s'étoit donnée en Perse avoit été
très-sanglante , ayant duré plus de sept heures
que les Turcs commandez par le Pacha de Babilone
, avoient perdu plus de 12000 hommes
de leurs meilleures Troupes , et quantité d'Offi
ciers de distinction ; mais qu'enfin l'Armée Ot
tomane avoit remporté la Victoire après avoir
entierement défait l'Infanterie Persane ; que les
Turcs avoient fait un butin considerable , tout
le précieux: Bagage du Roi de Perse étant resté :
aux Vainqueurs , &C..
Na cu avis par la voye de Russie , que fè
grand secours attendu par les Tures , croit
arrivé à 30 lieuës de Bagdad , et que le Roy de
Perse ayant rassemblé toutes ses Troupes qui
étoient dispersées en differens endroits , étoit
allé au-devant de ce secours pour le combattre
Les dernieres Lettres de Vienne portent , que
le bruit y étoit répandu que les Turcs ont rem²
porté une Victoire complette sur les Persans ;
que le Roi de Perse a perdu près de 40000 hommes
dans le combat ; que les Tures lui ont pris
cent pieces de canon , et tour son bagage , et
& Volo
qu'on
DECEMBRE. 1731. 2879
qu'on ne croyoit pas que ce Prince fût en état -
de continuer la guerre.
وت
Des Lettres de Constantinople portent , que
le 22 Septembre dernier , Topal Osman Pacha ,
nouveau Grand Vizir fie en cetre qualité son
Entrée publique dans cette Capitale. Elle fut des
plus superbes et des plus nombreuses : non- seulement
tous les Grands de l'Empire y assisterent
, mais aussi PAga des Janissaires , quoique
ce dernier ne paroisse ordinairement dans ces
sortes de cérémonies qu'à la suite du Grand Seigneur.
On a observé que lorsque ce premier
Ministre fut arrivé à PHôtel ordinaire des
Grands Vizirs , il en monta l'Escalier , appuyé.
sur l'Aga des Janissaires, et sur le Cafmacan , ou
Gouverneur de Constantinople , ce qu'on remarque
comme une distinction particuliere done
on n'a gueres vû d'exemples , et qui prouve l'estime
qu'on fait de ce premier Ministre , lequel ,
par sa douceur et par son affabilité , a sçu se
faire aimer de toute la Nation.
>
lui
Après que le G. V. se fut reposé quelque tems
dans son appartement › il se rendit au Serrail
où le G. S. le réçut fort gracieusement
remit les Sceaux de l'Empire , lui déclara en
même temps , à ce qu'on assure » qu'il le laissoit
le maître d'agir comme il le jugeroit à pro
pos dans la conjoncture presente. Il alla ensuite
au Divan , où il fur revêtu du Caftan d'hon
en presence des principaux Officiers de
l'Empire , qui le complimenterent sur sa nou
velle dignité , en lui baisant le bas de sa Robe.
neur ›
Le lendemain le G. V. alla à l'Audience du
G. S , avec lequel il fut long-temps en conféfence.
A son retour dans son Hôtel , il donna
I. Vol. Audience
2880 MERCURE DE FRANCE
Audience aux Interpretes des Ambassadeurs et
Ministres Etrangers , qui s'y étoient rendus pours
le complimenter au nom de leurs Maîtres : il
les reçut tous fort gracieusement.
Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit reçu avis de
Perse , qu'il s'étoit donné deux sanglantes Batailles
près d'Erivan , Ville assiegée par les Persans
; que dans la premiere , ceux - cy avoient été
les Vainqueurs , mais que dans la seconde ils
avoient éré battus par les Turcs. Cette Victoire,
a causé à Constantinople une joye generale , et ,
on a fait à ce sujet de grandes réjouissances
cependant on assure que le Divan a pris la ré◄
solution de faire de nouvelles offres fort avantageuses
au Roi de Perse pour l'engager à faire,
la Paix avec la Porte ; ce qui fait craindre que
cette Victoire , ne soit pas si complette qu'on le
publi . Quoiqu'il en soit cette nouvelle , jointe
au doux Gouvernement du nouveau G. V , et a
l'Amnistie generale accordée par S. H. à tous
ceux qui ont eû part aux dernieres révoltes , a
beaucoup contribué à rétablir la tranquillité dans
Constantinople.
,
ة ي ر
Ces Lettres ajoûtent encore que la derniere,
Bataille qui s'étoit donnée en Perse avoit été
très-sanglante , ayant duré plus de sept heures
que les Turcs commandez par le Pacha de Babilone
, avoient perdu plus de 12000 hommes
de leurs meilleures Troupes , et quantité d'Offi
ciers de distinction ; mais qu'enfin l'Armée Ot
tomane avoit remporté la Victoire après avoir
entierement défait l'Infanterie Persane ; que les
Turcs avoient fait un butin considerable , tout
le précieux: Bagage du Roi de Perse étant resté :
aux Vainqueurs , &C..
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Résumé : ADDITION.
En 1731, des événements militaires et politiques impliquent l'Empire ottoman et la Perse. Des nouvelles de Russie signalent l'arrivée de renforts turcs près de Bagdad et la mobilisation des troupes persanes. Des lettres de Vienne rapportent une victoire ottomane à Bagdad, avec des pertes lourdes pour les Persans, incluant 40 000 hommes et cent pièces de canon, remettant en question la capacité du roi de Perse à poursuivre la guerre. À Constantinople, Topal Osman Pacha est nommé Grand Vizir et reçoit les sceaux de l'Empire, marquant son entrée publique par une cérémonie grandiose. En Perse, deux batailles près d'Erivan voient d'abord une défaite turque, suivie d'une victoire. Cette victoire est célébrée à Constantinople, mais le Divan envisage des offres de paix au roi de Perse. La dernière bataille, très sanglante, dure plus de sept heures et se solde par une victoire ottomane. La tranquillité est rétablie à Constantinople grâce à cette victoire et à une amnistie générale accordée par le sultan.
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83
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure, [...]
Mots clefs :
Adresse générale, Commis, Paquets, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Messageries, Sols
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perie de temps , de les faire porter fur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
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Résumé : AVIS.
Le document traite de la distribution et de l'envoi du 'Mercure de France'. Les envois doivent être adressés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Les lecteurs peuvent également remettre leurs paquets cachetés aux libraires parisiens qui vendent le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets pour éviter leur rejet et la perte des ouvrages. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau pour recevoir rapidement le Mercure, soit par la poste, soit par les messageries. Le prix du 'Mercure de France' est de trente sols.
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84
p. 544-548
DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
Début :
I. QUESTION. On suppose pour un moment l'ignorance des [...]
Mots clefs :
Questions, Lettres, Caractères, Système du bureau typographique, Méthode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
DEUX QUESTIONS sur la
dénomination des Lettres.
I. QUESTION.
On suppose pour un moment l'ignorance des Lettres , et que leur Inventeur paroissant pour la
premiere fois , donne les mots cy-dessous , pour.
exprimer les sons d'usage, qui signifient des chosesconnues. Il s'agit ensuite de donner des noms
MARS. 17328 $45 à ces nouveaux caracteres. Les noms vulgairess
d'aujourd'hui étant proposez , seroient- ils préfé--
rables aux noms que donne le Systême du Bu
Leau Tipographique ?
II. QUESTION..
On demande lequel se feroit le mieux entendre à
une personne qui ne sçait pas lire , de celui qui, -
pour demander les choses signifiées par les mots
cy-dessous , n'en prononceroit que les Lettres,
selon la Méthode vulgaire ; ou de celui qui n'en
prononceroit que les sons , selon la Méthode da
Bureau Typographique.
EXEMPLES de la Méthode.
Vulgaire. Typographique.
Mots.. Lettres nommées. Noms des Lettres, -
Réputa erre e pe u te ate is tion. o enne
Ailleurs. ai elle elle e u erre
esse.
Héris- ache e erre i esse esse
son. O enne
Café .. ce a effe e
Becasse. be e ce a esse esse e
Quicon- qu u i ce o enne qu
que це
Saucisse esse a u ce i esse
esse e
'Action acte io enne
ka fé
Re pe u te a ci
A lhe eu re ce
he re i ce
be ka ce
ki ke ō ke
se o ce i cen
a csi õ
Bœuf be o e u effe be eu fe
Phiole pe ache i o elle e fe io le
-Vi£... # consone i effe ye i fe
Joseph
545 MERCURE
DE FRANCE
Vulgaire. Typographiqus.
Mots. Lettres nommées. Noms des Lettres
Dâuphin .
Joseph i consone o esse e pe ache
de a u pe ache i
enne
Favori effe au consone o
je o ze è fe
de o fe i
soient erre i esse o ie
Vive
enne te
ú consone i u consone e
fe a ve o re i ze è
ve i ve
Phase pe ache a esse e fe a ze
Ligaé elle ige u e
Gant ge a enne te
Gigue ge i ge u e
Gigot ge i ge ot Agde a gende e
Juge i consone u ge
Gagége a ge e
Jaugé 1 consone a u
ge e
leighé
ghe at
ge i ghe
ge i ghe ot
a ghe de
je u je
ghe a gé
je o gé Lezé elle e zede e le zé
Volé u consone o elle e ve o lé
Louve
ne e le ou ve
elle a ne i me a leme è ze o
elle ou u consoAnimal a enne i emme a
Maison emme a i esse a
enne
Hyper ache i grec pe e
mnestre erre emme enne
e esse terre e
Mnemo emme enne e emsine me o esse i enne e
He i pe re mene fte re
me ne me o zeine
Stockolm
MARS. 17328 547
Vulgaire. Typographie.
Mots. Lettres nommées.
Stockolm.
esse te o ce ka o elle emme
Noms des Lettras.
fteo ke keole me • Mou- emme o u te o
ton enne
None enne o enné e
Ninive enne i enne i u
consone e
Agneau a ge enne e a u
Cha- ce ache a pe e
peau a u
me ou te õ
ne o ne e
ne i ne i've
a gne o
che a pe
Veau u consone e a u ve o
Pain pe a i enne pe î
Vin u consone i enne ve i
Viande u consone i a enne de e
ve iã de
Chou ce ache o u che ou
Volail- u consone a elle a i
le. elle elle e ye ole a lhe
Taxe te a isque e
te a kse
Exil e icse i elle e gze i le
Suson esse u esse o enne se u ze õ
Deux de e u isque de eu ce
Styx
Taxé te a icse e
Perplex pe e erre pe elle e
isque
esse ti grec isque Vœux u cans.o e u icse
Vivre ucons.i u cons.erre e ve i ve re
Zizanie zede i zede a enne ie
Chuche- ce ache u ce ache e
ICE re e erre
ze i ze a ne ie
che u che te re
te a csé
pere pe le ksce
fte i кse ve eu ce
Milhau
548 MERCURE DE FRANCE
Vulgaire.
Mots. Lettres nommées.
Typographique.
Noms des Lettres
Milhau emme i elle ache a ume il he o
Vigneu cons. i ge enne e ve igne.
Proven- pe erre o u consone
çal e enne ce a elle
Langue- elle a enne ge u e de
pe erre o ve a ce
a le
dochien e ce ache ie enne le a ghe de o che Bour- be o u erre ge u ités
gui- i ge enne o enne
gnon Castil- ce a esse te i elle elle
lan. a enne
be ou re ghigne
õ
ka fte i lhe a
Si quelqu'un dit qu'on a choisi exprès les mots
les plus propres, pour faire voir la supériorité de
la Méthode Typographique , sur la Méthode
vulgaire ; on lui répondra, en convenant du fait,
et en défiant tous les Maîtres , sans exception , de
pouvoit trouver un seul mot, en aucune languei vivante ou morte , dans lequel la dénomination.
et la Méthode vulgaire , ayent aucun avantage
sur la Méthode du Bureau. Si le fait est tel
comment se peut - il trouver un seul critique
contre la Pratique de la dénomination des sons
et des Lettres ?
C'est l'effet de la prevention qui met souvent
audessus de la raison de très-grans génies , et
à plus forte raison , de petits esprits incapables de
saisir , de suivre et de retenir les princip
dénomination des Lettres.
I. QUESTION.
On suppose pour un moment l'ignorance des Lettres , et que leur Inventeur paroissant pour la
premiere fois , donne les mots cy-dessous , pour.
exprimer les sons d'usage, qui signifient des chosesconnues. Il s'agit ensuite de donner des noms
MARS. 17328 $45 à ces nouveaux caracteres. Les noms vulgairess
d'aujourd'hui étant proposez , seroient- ils préfé--
rables aux noms que donne le Systême du Bu
Leau Tipographique ?
II. QUESTION..
On demande lequel se feroit le mieux entendre à
une personne qui ne sçait pas lire , de celui qui, -
pour demander les choses signifiées par les mots
cy-dessous , n'en prononceroit que les Lettres,
selon la Méthode vulgaire ; ou de celui qui n'en
prononceroit que les sons , selon la Méthode da
Bureau Typographique.
EXEMPLES de la Méthode.
Vulgaire. Typographique.
Mots.. Lettres nommées. Noms des Lettres, -
Réputa erre e pe u te ate is tion. o enne
Ailleurs. ai elle elle e u erre
esse.
Héris- ache e erre i esse esse
son. O enne
Café .. ce a effe e
Becasse. be e ce a esse esse e
Quicon- qu u i ce o enne qu
que це
Saucisse esse a u ce i esse
esse e
'Action acte io enne
ka fé
Re pe u te a ci
A lhe eu re ce
he re i ce
be ka ce
ki ke ō ke
se o ce i cen
a csi õ
Bœuf be o e u effe be eu fe
Phiole pe ache i o elle e fe io le
-Vi£... # consone i effe ye i fe
Joseph
545 MERCURE
DE FRANCE
Vulgaire. Typographiqus.
Mots. Lettres nommées. Noms des Lettres
Dâuphin .
Joseph i consone o esse e pe ache
de a u pe ache i
enne
Favori effe au consone o
je o ze è fe
de o fe i
soient erre i esse o ie
Vive
enne te
ú consone i u consone e
fe a ve o re i ze è
ve i ve
Phase pe ache a esse e fe a ze
Ligaé elle ige u e
Gant ge a enne te
Gigue ge i ge u e
Gigot ge i ge ot Agde a gende e
Juge i consone u ge
Gagége a ge e
Jaugé 1 consone a u
ge e
leighé
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ge i ghe
ge i ghe ot
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Volé u consone o elle e ve o lé
Louve
ne e le ou ve
elle a ne i me a leme è ze o
elle ou u consoAnimal a enne i emme a
Maison emme a i esse a
enne
Hyper ache i grec pe e
mnestre erre emme enne
e esse terre e
Mnemo emme enne e emsine me o esse i enne e
He i pe re mene fte re
me ne me o zeine
Stockolm
MARS. 17328 547
Vulgaire. Typographie.
Mots. Lettres nommées.
Stockolm.
esse te o ce ka o elle emme
Noms des Lettras.
fteo ke keole me • Mou- emme o u te o
ton enne
None enne o enné e
Ninive enne i enne i u
consone e
Agneau a ge enne e a u
Cha- ce ache a pe e
peau a u
me ou te õ
ne o ne e
ne i ne i've
a gne o
che a pe
Veau u consone e a u ve o
Pain pe a i enne pe î
Vin u consone i enne ve i
Viande u consone i a enne de e
ve iã de
Chou ce ache o u che ou
Volail- u consone a elle a i
le. elle elle e ye ole a lhe
Taxe te a isque e
te a kse
Exil e icse i elle e gze i le
Suson esse u esse o enne se u ze õ
Deux de e u isque de eu ce
Styx
Taxé te a icse e
Perplex pe e erre pe elle e
isque
esse ti grec isque Vœux u cans.o e u icse
Vivre ucons.i u cons.erre e ve i ve re
Zizanie zede i zede a enne ie
Chuche- ce ache u ce ache e
ICE re e erre
ze i ze a ne ie
che u che te re
te a csé
pere pe le ksce
fte i кse ve eu ce
Milhau
548 MERCURE DE FRANCE
Vulgaire.
Mots. Lettres nommées.
Typographique.
Noms des Lettres
Milhau emme i elle ache a ume il he o
Vigneu cons. i ge enne e ve igne.
Proven- pe erre o u consone
çal e enne ce a elle
Langue- elle a enne ge u e de
pe erre o ve a ce
a le
dochien e ce ache ie enne le a ghe de o che Bour- be o u erre ge u ités
gui- i ge enne o enne
gnon Castil- ce a esse te i elle elle
lan. a enne
be ou re ghigne
õ
ka fte i lhe a
Si quelqu'un dit qu'on a choisi exprès les mots
les plus propres, pour faire voir la supériorité de
la Méthode Typographique , sur la Méthode
vulgaire ; on lui répondra, en convenant du fait,
et en défiant tous les Maîtres , sans exception , de
pouvoit trouver un seul mot, en aucune languei vivante ou morte , dans lequel la dénomination.
et la Méthode vulgaire , ayent aucun avantage
sur la Méthode du Bureau. Si le fait est tel
comment se peut - il trouver un seul critique
contre la Pratique de la dénomination des sons
et des Lettres ?
C'est l'effet de la prevention qui met souvent
audessus de la raison de très-grans génies , et
à plus forte raison , de petits esprits incapables de
saisir , de suivre et de retenir les princip
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Résumé : DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres.
Le texte 'DEUX QUESTIONS sur la dénomination des Lettres' aborde deux interrogations principales concernant la dénomination et la prononciation des lettres. La première question examine la préférence entre les noms vulgaires actuels des lettres et ceux proposés par le Système du Bureau Typographique, en supposant une ignorance initiale des lettres. Le texte compare les noms des lettres selon la méthode vulgaire et la méthode typographique à travers divers exemples de mots. La deuxième question explore quelle méthode serait la plus compréhensible pour une personne ne sachant pas lire : prononcer les lettres selon la méthode vulgaire ou les sons selon la méthode typographique. Le texte fournit des exemples comparatifs de mots prononcés selon les deux méthodes. Le texte conclut en défiant les critiques de trouver un mot où la méthode vulgaire serait supérieure à la méthode typographique, affirmant que la prévention et les préjugés peuvent souvent obscurcir la raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 1678-1705
SUITE de l'Histoire DU PRINCE JALOUX.
Début :
Don Rodrigue flottant entre la crainte et l'esperance, se [...]
Mots clefs :
Rival, Don Alphonse, Don Pedro, Delmire, Don Rodrigue, Princesse, Amour, Prince jaloux, Lettres, Amant, Lit, Appartement, Couronne de Valence, Héritier
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire DU PRINCE JALOUX.
SUITE de l'Histoire DU PRINCE
D
JALOUX.
ON Rodrigue flottant entre la crain
te et l'esperance , se hâte d'aller rejoindre l'irritée Delmire,pour ne lui donner pas le temps de s'affermir dans les
fâcheuses dispositions où sa jalousie l'a- voit mise contre lui. Delmire accablée
d'une douleur mortelle , s'étoit renfermée dans son appartement , avec ordre
de n'y laisser entrer que D. Rodrigue. Ce
Prince aussi amoureux que jaloux, ne tarda
guére à s'y rendre il n'y entra qu'en
tremblant ; les pleurs dont il trouva le visage de sa chere Princesse tout inondé , et
ses soupirs , qu'elle sembloit plutôt adresser au ciel qu'à son Amant , lui firent
sentir à quel point il l'avoit offensée. Il
se jetta à ses pieds , et y demeura longtemps sans pouvoir proferer un seul mot.
Delmire fut la premiere à rompre le silence » Eh bien ! lui dit- elle , êtes- vous
>> assez convaincu de mon innocence ? et
» venez-vous me demander par quel gen-
» re de peine je dois vous faire expier
votre crime ? J'ai merité la mort , lui
» répondit Don Rodrigue , et je viens
> expi-
AOUST. 17320 1679
expirer à vos genoux ; mais si un cri
>> me que l'amour seul fait commettre,
» peut exciter la pitié , suspendez un mo-
>> ment une colere plus terrible pour moi
»que la mort même, et daignez examiner » les circonstances dont a été accompa-
>>gné ce même crime que vous allez
»nir. Eh ! quel autre que moy ne fut pas
>> devenu coupable? Qui n'eût pas cru que
pucette fatale Lettre , que le destin jaloux
»de mon repos, a fait tomber entre mes
»mains , s'addressoit à unRival secret ?
»Arrêtez, interrompit Delmire, vous par-
»lez icy le langage de tous les coupables ;
»ils ne manquent jamais d'attribuer au
·29
1
»destin les fautes dont on les accuse , et
»dont ils sont les premiers Auteurs. Je
>> conviens , poursuivit - elle , que cette
moitié de Lettre, qui vous a fait concevoir des soupçons si injurieux à ma gloire, auroit pû induire en erreur les cœurs .
les moins susceptiblés de jalousie , elle
»étoit de ma main ; elle s'addressoit à un
»Amant qui est en Arragon , tandis que
>>vous étiez dans Valence ; la signature
»présentoit à vos yeux la moitié de mon
»nom ; en un mot , toutes ces circons
>>tances , dont vous attendez votre justi-
»fication , le sort les avoient combinées
d'une maniere à vous rendre le plus jaAiiij loux
1680 MERCURE DE FRANCE
·
loux de tous les hommes ; mais n'avez-
»vous pas été le premier instrument de
Votre perte ? Quel Démon , l'ennemi de
»votre repos et du mien vous a porté à
faire intercepter cette Lettre , qui a fait
»en même temps votre crime et votre
supplice. N'accusez donc plus le destin,
il ne vous a fait commettre un second
crime que pour vous punir du premier.
>>Vous m'aviez déja soupçonnée , avant
que le hazard vous donnat de nouvelles
»défiances ; le destin les a plutôt confir-
» mées , qu'il ne les a fait naître , et je ne
» puis vous en punir avec trop de ri-
» gueur.
»
D. Rodrigue ne put disconvenir qu'il
ne fut allé lui-même au- devant de son
malheur. Puisque vous justifiez le destin , lui dit Delmire , d'un ton de voix.
» radouci ; c'est à la pitié ou plutôt à l'A-
» mour à vous justifier dans mon cœur ;
>> mais je crains bien que vous n'ayez sou-
» vent besoin de cette indulgence , et que
>> toute ma vie ne se passe à vous par-
» donner , parce que vous ne cesserez ja-
» mais de m'offenser. Le Prince amoureux
n'oublia rien pour la rassurer sur l'avenir ; mais il retomba bien- tôt dans le crime dont il venoit d'obtenir le pardon :
Voicy ce qui contribua à le rendre encore
criminel. Don
ན AOUST. 1732. 1681
Don Pedre, Frere de Delmire , avoit
souvent entendu parler de la jalousie de
Don Rodrigue; il n'avoit consenti à la
paix qu'aux pressantes instances de sa
sœur ; mais il l'aimoit trop pour vouloir
la rendre malheureuse ; l'amour fraternel
F'emporta dans son cœur sur la dignité
Royale , et le fit descendre jusqu'à se travestir , pour s'instruire par lui- même de
ce qui se passoit entre ces deux Amans
que l'hymen devoit unir. Le Roy de Valence ne l'avoit jamais vû; il n'avoit confié son dessein qu'à Florent ; ainsi tout
lui répondoit de l'incognito qu'il vouloit
garder dans la Cour de son beau frere
futur. Il n'y fut pas plutôt arrivé , que
Florent , à la faveur d'une nuit des plus
obscures , le conduisit à l'appartement
de Delmire ; cependant cela ne fut pas
assez secret , pour échapper à l'attention
de ce même confident , que nous avons
appellé Octave , et qui , comme nous l'avons déja dit , recherchoit la faveur de
son maître, aux dépens de son repos ; il
courut faire part de sa découverte à Don
Rodrigue.
963
Que devint ce Prince à un indice si peu
douteux de l'infidelité de Delmire ? Ce
n'étoit plus une Lettre équivoque, c'étoit
un Rival introduit la nuit dans l'appar
A v tement
1682 MERCURE DE FRANCE
tement d'une Princesse qu'il devoit épouser dans peu de jours. Cependant la promesse qu'il venoit de lui faire de n'être
plus jaloux , ne laissa pas de lui faire
craindre d'encourir sa disgrace éternelle ;
il ne voulut s'en fier qu'au rapport de ses
yeux , et ce fut dans cette pensée qu'il se
laissa guider par Octave jusqu'à l'appar
tement de Delmire.
Cette Princesse avoit déja reconnu son
cher Frere , qui l'avoit informée du dessein qui l'amenoit à Valence. Il l'a pria
de supprimer les noms de Frere et de Roi,
et de ne l'appeller qu'Evandre. Dom Rodrigue n'arriva qu'à la fin de leur conversation , oùFlorent étoit présent ; il prê
ta une oreille attentive , et entendit ces
mots , qui ne le laisserent plus douter de
son malheur. » Il est temps , dit Delinire
» à Florent, que mon cher Evandre se re-
»pose , allez le conduire dans la cham-
»bre la plus secrette demon appartement,
et prenez garde qu'aucun ne le voïe en-
>> trer ; je ferai tout ce qu'il vous plaît ,
» répondit le faux Evandre ; c'est à vous
»de me commander , ct à moi de vous
obeïr , lui répliqua Delmire ; l'amour
que j'ai pour vous , ajouta D. Pedro
Vous donne un droit suprême sur tou-
»tes mes volontez. Adieu , ma chere
» Delmire ,
7
A OUST. 1732. 1683
»Delmire , je me retire , pour n'être pas
» découvert.
A ces mots , Florent conduisit le Roy
d'Arragon dans l'appartement de Delmire; l'entretien qu'elle avoit eu avec son
Frere , s'étoit passé.dans une avant cour
et sans lumiere , comme l'entre- vûë le
demandoit. Elle alloit rentrer après lui ::
-97 Arrêtez , lui dit D. Rodrigue ; ne vous.
»pressez pas tant d'aller joüir d'un repos
>> que vous ôtez aux autres ; pourvû que
»ce ne soit que l'amour qui vous empê
» che d'être tranquille , lui répondit Delmire , je ne m'en plaindrai pas ; mais si
>> c'est encore la jalousie qui vous rend
»aussi agité que vous le paroissez , je ne
vous le pardonnerai de ma vie. Vous
"parlez de pardonner , reprit D. Rodri
" gue , quand c'est - à- yous à demander:
»grace ? Perfide que vous êtes ! préten 23. dez-vous démentir mes oreilles ? Mais
» c'est trop perdre de temps en discours ;
» il périra, cet heureux Evandre que vous
» me préferez , et je cours immoler cette
» premiere victime à mon juste ressenti-
»ment. A ces mots, il s'avança vers l'en
>> droit par où son prétendu Rival s'étoit
>> retiré: Juste- ciel ! s'écria Delmire ; de-
>> meurez ; qu'allez-vous faire ? quel sang
allez-vous répandre ? Non , non ; - lui
A vj » répon
1684 MERCURE DE FRANCE
❤
répondit le furieux Rodrigue, je ne puis
» assez- tôt le verser , ce sang qui doit m'ê-
» tre d'autant plus odieux , que l'amour
» vous le rend cher. Je frémis , lui dit la
»tremblante Delmire , en le retenant ,
» autant que sa foiblesse le lui pouvoit
»permettre ; mais son furieux Amant
n'eût pas beaucoup de peine à se déro-
» ber d'entre ses bras. Il couroit rapido-
» ment à sa vengeance , lorsque D.Pedro,
>> attiré par les cris de sa sœur , s'avança ,
l'épée à la main pour la secourir , sans
»sçavoir contre qui il devoit la deffendre.
Dans quelle affreuse situation se trouva
pour lors la malheureuse Delmire ; les
deux hommes que l'Amour er le sang lui
rendoient les plus chers ,
étoient prêts
périr l'un par l'autre. Quel parti pren- dre ? Elle n'en eut point d'autre que de
se précipiter entre les deux Epées. Ar-
» rête , s'écria t- elle , impétueux Amant
» et commence par me percer le cœur , si
» tu veux aller jusqu'à celui de mon Frere.
» Votre Frere , lui dit Rodrigue , en bais-
» sant la pointe de son épée par terre ; ô
»destin , quel sang m'allois-tu faire répandre ?
à
Ce terrible spectacle devint touchant :
par le repentir de Rodrigue ; peu s'en fallut qu'il ne se prosternât aux pieds de Dom
1
AOUST. 17; 2. 1681
Dom Pedro pour lui demander cette mort qu'il avoit voulu lui donner.
» Je suis plus coupable que vous, lui ré-
» pondit le Roy d'Arragon ; mon dégui-
» sement a causé votre erreur , mais vous
» devez le pardonner aux interêts du
» sang. J'ai voulu sçavoir de la propre
>> bouche de ma sœur , si cet hymen que
» vous m'avez assuré devoit faire votre
» bonheur , ne seroit pas un malheur
pour elle ; j'avois déja appris à quel ex-
» cès alloit votre amour pour Delmire ,
» et j'en suis plus convaincu que jamais
" par mes propres yeux. Je vous entends,
» Seigneur, lui répondit D. Rodrigue ;
» vous allez vous joindre à l'irritée Del-
» mire , pour me faire un crime de cet
» excès d'amour , et pour m'en punir par
la privation de ce que j'ai de plus cher ;
» j'attends l'Arrêt de ma mort déclaré ;
» je l'ai trop bien méritée , poursuivit-il
» en se jettant aux pieds de Delmire, mais
» n'y employez que vous- même , ajouta-
» t-il , en lui présentant son épée , et per-
>> cez un cœur plus malheureux encore
» qu'il n'est coupable.
Tout l'attendrissement de la triste Delmire n'auroit pas sauvé son Amant des
justes reproches qu'elle lui auroit pû faire , mais la conjoncture favorisoit le criminel ;
1686 MERCURE DE FRANCE
minel ; la Princesse n'osa faire connoître
au Roy son Frere tous les sujets de plainte qu'elle avoit eus précedemment , de
peur de lui donner de l'éloignement pour
un hymen qu'elle souhaitoit,autant qu'elle le craignoit. Elle ordonna à Rodrigue
de se lever , sans prononcer ni sa grace ,
ni sa condamnation ; elle se contenta de
jetter un profond soûpir que son Amant
attribua plus à sa douleur qu'à son amour..
D. Pedro lui donna une explication plus
favorable ; il ne douta point de la tendresse de sa sœur pour son Amant , et
n'imputa son silence qu'à sa modestie. Je
ne veux plus differer votre union , dit- il
à Rodrigue et à Delmire ; si toutes les jalousies du Roy de Valence étoient aussi
bien fondées qne celle- ci , il y auroit de
Pinjustice à s'en plaindre. Le hazard a pro
duit dans son cœur des mouvemens dont
la sagesse même auroit eu peine à se deffendre , et toute l'estime que j'ai pour
la Duchesse du Tirol ne seroit pas à l'épreuve d'une pareille aventure. Il ne me
refte plus , continua- t- il en s'addressant
au Roy de Valence , qu'à vous donner
des preuves de ma sincerité en vous déclarant mon Hymen , secret avec l'aimale Princesse dont je viens de vous par
er ; j'ai eu des raisons de politique pour
lev
AOUST. 1732 1687
pas
le cacher ; mais ces raisons ne doivent
aller jusqu'à tromper un Prince avec
qui je prétends être uni à jamais ; l'amour
me paroît assez puissant sur votre cœur
pour n'y laisser point de place à l'ambition , et je suis persuadé que dans l'Hymen qui va donner la paix à nos Peuples , vous envisagez plutôt la possession
de Delmire , que la brillante succession
qui lui appartiendroit par le droit de la
naissance , si le ciel me laissoit mourir
sans posterité. » Non, répondit D. Ro-
»drigue , tous les Empires du monde ne
>> sçauroient balancer dans mon cœur lese
>> charmes de l'adorable Delmire , et puis
» que je l'obtiens , je n'ai plus rien à dé-
>> sirer.
Alphonse lui renouvella les assurances
de son bonheur, et le pria seulement de
vouloir bien le differer jusqu'à l'arrivée
de la Duchesse du Tirol , qu'il vouloit
faire reconnoître Reine d'Arragon dans
le même jour où sa seeur. seroit déclarée
Reine de Valence. Delmire n'osa s'opposer ouvertement à la volonté de son Pere;
mais comme elle étoit tendrement aimée
de la Duchesse du Tirol , qu'elle attendoit incessamment; elle se promit d'ob
tenir , par son moïen , les délais dont elle
avoit encore besoin pour éprouver D. Ro
drigue.
Nous
1688 MERCURE DE FRANCE
Nous avons parlé au commencement
de cette Histoire de deux Lettres , que
ces deux tendres amies s'étoient écrites ;
la Princesse du Tirol n'avoit point fait
part de la sienne au Roy son époux , et
vouloit se reserver le plaisir de le surprendre. Cela ne tarda guére d'arriver , et ce
fut justement un nouveau piége que la
fortune tendit au jaloux Rodrigue , pour
le faire retomber dans cette espece de
frénesie qui l'avoit déja rendu si coupable
aux yeux de Delmire. Cette capricieuse
Déesse avoit arrêté qu'il le deviendroit
trois fois presque dans le cours d'une
même journée.
L'incertitude où Delmire l'avoit laissé
ne lui permit pas de joüir du repos oùla
nuit invite toute la nature ; son insomnie
causée par le trouble dont il étoit agité ,
l'obligea à se lever quelques heures après
qu'il se fut couché; et conduit par son
amour, ou par son mauvais génie, il porta
ses pas vers cette fatale Galerie, où sa derniere Scene, avec Delmire etle Roy d'Arragon s'étoit passée; c'étoit- là que la fortune lui en gardoit une derniere plus funeste encore.
A peine y avoit - il resté quelques momens au milieu des tenebres , occupé de
sa derniere aventure , qu'il fut tiré de sa
profon-
AOUST. 1732 1689
profonde réverie , par un éclat de rire qui
partoit de la Chambre de Delmire. Cette
joïe qui regnoit chez son Amante , tandis
qu'il étoit accablé de douleur , ne lui fit
que trop entendre qu'on ne l'aimoit pas
assez pour partager ses chagrins ; il s'approcha pour mieux distinguer les voix ,
mais elles furent interrompues par de
nouveaux éclats de rire , qui acheverent
de le picquer. » Que vous êtes heureuse ,
» dit-il tout bas , insensible Delmire , de
» pouvoir passer si subitement de la dou-
» leur au plaisir ? A cette douloureuse réfléxion il succeda un désir curieux ; l'ap
partement de Delmire étoit éclairé , D.Rodrigue voulut voir à travers la Serrure ce
qui se passoit chez son Amante , qui pût
donner lieu à cette joye immodérée. Quel
spectacle pour un Jaloux ! Il vit sa Prin
cesse entre les bras d'un jeune Cavalier ;
quel nouveau trouble s'empara de son
cœur à cette fatale vûë! La raison fit la
place à la fureur ; aucun respect ne le retint plus ; il frappa à la porte , et ordonna qu'on l'ouvrit , d'un ton de maître irrité.
Delmire ne douta point que ce ne fut-là
un nouvel accès de jalousie ; et prenant
son parti sur le champ , elle pria le Cavalier de se cacher pour quelques momens ,
ct
1690 MERCURE DE FRANCE
et fit ouvrir la porte au furieux Don Ro
drigue.
A peine fut-il entré , qu'il porta ses
yeux égarez de toutes parts , et ne trouvant plus l'objet de sa rage , il l'a déchargea toute entiere sur Delmire, qu'il
accabla des injures les plus sanglantes. La
Princesse garda un long silence , pour
voir jusqu'à quel excès pouvoit se répandre la fureur d'un Amant jaloux. Ce silence parut si injurieux à D. Rodrigue
que sa rage en prit de nouvelles forces ;
les reproches devenoient toujours plus
outrageans. » C'en est assez , lui dit Del-
»mire , avec une modération qui l'irrita
» encore davantage j'ai voulu voir de
» quels traits la jalousie pourroit peindre
»aux yeux d'un Amant, l'objet de sa ten-
» dresse ; la vôtre a répandu son plus noir
»poison sur la malheureuse Delmire. Je
» ne suis que trop payée de ma curiosité ;
je ne suis plus digne de votre amour ,
puisque j'ai perdu votre estime ; et deshonorée dans votre esprit , je ne dois
plus me flatter de regner sur votre >>> cœur.
» Moy , répondit l'impétueux Rodri
gue , je pourrois encore vous aimer ,
après ce que je viens de voir ! Oseriez-
» vous encore démentir mes yeux ? Non,
VOS
AOUST. 1732. 1691
>>
vos yeux ne vous ont point trompé ?
» lui répondit Delmire toujours plus
»tranquille en apparence ; quand ils vous
Dont montré Delmire entre les bras d'un
Cavalier ; mais ils vous ont justement
» puni de venir épier ce qui se passe chez
selle , et vous ne sçauriez vous disculper
» d'une défiance incompatible avec l'es-
» time que vous devez avoir pour une »Princesse destinée à votre lit. Ne m'in-
»terrompez pas , continua t- elle , voyant
» qu'il alloit ouvrir la bouche pour l'accabler de nouvelles injures; j'avoue que
»jamais soupçon ne fut mieux fondé que
>> le vôtre ; mais vous vous seriez épargné
»le supplice de me croire infidelle , si
» vous vous en étiez reposé sur ma vertu
»et sur ma gloire . Vous voyez que je ne
cherche point à vous nier le crime dont
vous m'accusez et dont vos propres
» yeux vous ont convaincu , mais voicy
ce que ma gloire exige de vous. L'offense est assez grande pour mériter ce
sacrifice ; j'exige donc de vous que vous
,, ne m'abbaissiez pas jusqu'à me justifier,
toute coupable que vous me croyez ; je
ne puis vous pardonner qu'à ce prix ;
c'est à vous à prendre une derniere résolution. Ma résolution est prise, lui répondit D. Rodrigue , je ne respire que
>>
>>
22
>>
>>
>>
» ven-
1692 MERCURE DE FRANCE
vengeance; je veux laver dans le sang
» d'un Rival l'outrage que vous m'avez
fait ; si l'amour ne retenoit mon bras ,
»mes coups iroient jusqu'à vous ; mais je
»le surmonterai cet indigne amour ; il ne
»sçauroit subsister sans l'estime dans un
» cœur tel que le mien ; il fera place à
» l'indifference; et peut- être au mépris, in-
»terrompit Delmire ; eh!n'a- t- il pas com-
»mencé par là? Tout soupçon jaloux qui
» Alétrit la gloire de ce qu'on aime, suppose
» un mépris éclatant. Mais il est temps de
finir une conversation qui ne sert qu'à
»vous aigrir davantage et à vous rendre
plus coupable ; j'ai voulu vous donner
» les moïens d'obtenir votre pardon ;
» vous n'avez pas voulu le meriter aux
» conditions que je vous ai imposées ; il
❤ne me reste plus qu'à me justifier et à
» vous punir ; s'il est vrai , comme vous
» venez de m'en assurer, que l'amour sub-
» siste encore dans votre cœur. Vous jus-
» tifier , s'écria D. Rodrigue , et par quel
» charme , par quel enchantement , par
» quel prestige le pourriez- vous? Plut au
" ciel , lui dit Delmire , avec un soupir
>> douloureux , qu'il vous fut aussi facile
» de cesser d'être jaloux , qu'à moi de
>> cesser d'être coupable à vos yeux ! Je ne
כן
» dis
AOUST. 1732. -1693
» dis plus qu'un mot ; si vous pouvez
>> vous résoudre à me croire innocente
sur ma seule parole ; je vous accepte
» pour époux , sans vous mettre à de nou-
»velles épreuves , mais si vous exigez que
»je me justifie , je renonce à vous pour
» jamais je n'ai plus rien à dire , c'est à
» vous de choisir,
Le ton absolu dont la Princeffe prononça ces dernieres paroles , commença
à donner quelque émotion à D. Rodrigue; mais ce qu'il avoit vû, le tenoit dans
une si parfaite sécurité , qu'il ne balança
plus à suivre le parti qu'il avoit déja pris ,
et qu'il croyoit le seul à prendre : » Oui ,
lui dit-il , je consens à vous perdre pour
»jamais , si vous prouvez votre innocen-
»ce ; elle m'est assez précieuse pour l'achepter aux dépens de ce qui devoit
»faire tout le bonheur de ma vie.
n
>> C'est assez , dit la Princesse , qu'on
aille éveiller le Roy mon Frere ? Quoi !
» lui dit le Roy de Valence , vous voulez
»le rendre témoin de votre honte ; dites
plutôt de votre injustice , répondit Del-
>> mire; j'ai besoin de sa présence , pour
n réprimer vos premiers transports , à la
» vûë de l'objet de votre jalousie.
Cette fermeté , qui est plutôt compagne de l'innocence que du crime , étonnale
1694 MERCURE DE FRANCE
le Prince jaloux ; il craignit de se voir confondu pour la troisiéme fois , quoique
tout l'assurât du contraire; il étoit même
prêt à se retracter ; mais l'arrivée de D.
Pedro ne lui en donna pas le temps , et
l'approche de son Rival acheva de l'affermir dans ses injustes soupçons. » Pardon-
» nez-moy, Seigneur, dit Delmire au Roy
»son Frere , si je trouble votre repos ,
» pour quelques momens , mais il s'agit
» d'assurer le mien pour toute ma vie.
» Jettez les yeux sur ce Cavalier , et déclarez son sort au plus jaloux de tous رو
les Amans. Cet éclaircissement n'a pas
»besoin de ma présence : Elle se retira en
» proférant ces dernieres paroles , avec
»une émotion qui acheva de faire trem-
» bler D. Rodrigue.
D. Pedro ne sçavoit que penser de la
prompte retraite de sa soeur ; il en chercha la cause dans les traits du Cavalier
mais quel fut son étonnement quand il
le reconnut pour sa chere Bélize , Duchesse de Tirol; il ne l'eût pas plutôt
nommée , que D. Rodrigue fit un grand
cri : Qu'ai-je fait , dit-il ? je suis le plus
malheureux et le plus criminel de tous les
hommes.
Le Roy d'Arragon comprit bien par
cette exclamation , que c'étoit quelque
nouvel effet de jalousie qui venoit brouil- ler
A OUST. 17320 1695
ler l'Amantavec l'Amantes mais comme il
ignoroit les conditions imposées et acceptées d'une et d'autre part , il crut que le
racommodement ne seroit pas difficile à
faire entre deux personnes dont il connoissoit l'amour réciproque. Il rassura
D Rodrigue sur les suites de ce nouvel
incident , et l'ayant prié d'aller se reposer, il entra chez Delmire avec sa charmante Epouse; qui sans doute n'eût pas
tant de peine à justifier son travestissement , que Rodrigue en trouvoit à révoquer l'Arrêt fatal auquel il avoit souscrit lui - même.
Il ne fut pas plutôt seul , qu'il se rappella tout ce que sa situation avoit de plus
funeste ; les injures atroces ou plutôt les
blasphêmes qu'il avoit vomis contre un
objet adorable; la bonté avec laquelle Delmíre avoit daigné les lui pardonner à des
conditions qu'elle n'exigeoit que pour sa
gloire , et sur tout la peine à laquelle il
s'étoit soumis lui même , si elle justifioit
son innocence; tout cela se présentant en
foule à sa mémoire , le mit dans un dé
sespoir le plus affreux qu'on puisse s'imaginer. » Quoi ? dit- il , j'ai été capable de
>> renoncer à Delmire ! fatale jalousie , à
» quel excès d'aveuglément m'as- tu por-
»té. C'en est trop , abandonnons une vie
que
1696 MERCURE DE FRANCE
»que la seule possession de ma Princesse
pouvoit me rendre agréable; il est temps
» qu'un sang criminel expie l'injure que
» j'ai faite à la vertu et à l'innocence mê-
» me. A ces mots, il alloit se percer d'un
coup mortel,si une main secourable n'eût
retenu le coup , prêt à tomber. » Qui
» m'empêche de venger Delmire outragée s'écria-t- il. C'est Delmire même ,
lui répondit cette Princesse , qui , ayant craint les suites de l'accablement où elle
l'avoit laissé , étoit sortie de son appartement pour les prévenir.
1
Elle s'étoit fait suivre par Téodore et
par Délie, prévoïant bien le besoin qu'elle pourroit avoir de leur secours contre
un désesperé : On a déja remarqué que
cette premiere étoit aussi favorable à D.
Rodrigue , que la derniere lui étoit contraire. Téodore frémit en voyant ce malheureux Prince prêt à se donner la mort ;
l'interêt qu'elle prenoit dans son Hymen et dans ses jours avoit un motif secret , dont on sera instruit à la fin de cette
histoire , que nous allons abreger autant
qu'il nous sera possible.
Delmire n'oublia rien pour remettre
l'esprit de son Amant dans une assiette
plus tranquille ; larmes, soupirs , sermens
de lui pardonner , assurance de le rendre
вен-
AOUST. 1732 1697
heureux , tout fut employé , mais inutilement. D. Rodrigue se crut indigne de la
grace qu'elle lui promettoit , et persista
dans le dessein de mourir. » Eh bien !
» jurez - moi du moins , lui dit-elle , que
» vous ne me rendrez pas témoin de vo-
>> tre morts et pour gage de votre ser-
>> ment , rendez- moi cette épée , dont la
>> seule vûë me fait frémir : la voilà , lui
» répondit D. Rodrigue. A peine l'eût- il
remise entre ses mains , qu'elle lui dit :
Vous pouvez exécuter le cruel dessein
dont tout mon amour ne peut vous distraire ; mais je vous jure , que je me percerai moi-même de ce fer que vous venez
de me donner , si vous ne respectez des
jours ausquels les miens sont attachez.
Quoi ? s'écria l'amoureux Rodrigue , c'est
moi qui ai fait le crime , et c'est vous que
vous voulez punir.
par
Cette Scene , où l'amour commençoit
à prendre le dessus , fut terminée l'amour même ; Rodrigue imposa des loix
à son tour , et ne promit de vivre à la
tendre Delmire qu'à condition qu'elle consentiroit à lui donner la main avant
que de se séparer de lui.
Votre pitié , lui dit - il , a plus de part
que votre amour , à la promesse que vous
me faites , d'oublier mon crime ; vous
B cherchez
1698 MERCURE DE FRANCE
cherchez du moins à prolonger mesjours
de quelques heures , mais je n'en puis
souffrir la durée, dans la crainte où je suis
de vous perdre pour jamais , je ne balance
plus voilà mon partage ; la mort ou
Delmire
La Princesse s'opposa long-temps à cette
résolution ; mais l'amoureux Prince n'en
voulant point démordre, Théodore et Dé
lie même y déterminerent Delmire ; la foy
mutuelle fût jurée en leur présence ; Delmire fut reconduite dans son appartement
par son Epoux. Nous allons voir en peu
de mots les suites fâcheuses que pensa
avoir cet Hymen clandestin .
A peine le jour commença à luire qu'on
wint annoncer à Delmire qu'un Cavalier
que ses rides rendoient respectable , lui
demandoit une audience secrete. Delmire
fit sortir tout le monde de son cabinet
et ordonna qu'on fit entrer l'inconnu . A
peine l'eût elle apperçû , qu'elle le reconnut pour un des plus affectionnez serviteurs de feu son pere. Que j'ai de plaisir,
d'Alvar, lui dit elle , de vous revoir après
une absence de 5 ou 6 années » Je serois
» encore dans les Prisons de Portugal , lui
dit- il si la nouvelle de votre prochain
Mariage ne m'avoit porté à mettre tout
> en
1
AOUST. 1732. 1896
» en usage pour recouvrer la liberté , je
»rends graces au ciel , poursuivit il , de
» m'avoir fait arriver assez à temps pour
>> le rompre.
» Rompre monHymen avec D. Rodri-
» gue , que dites- vous , D. Alvar ? Son-
» gez vous bien qu'il doit faire la félicité
» de deux Peuples ; dites plutôt, Madame,
» lui répondit-il , qu'il attireroit sur eux
» la malédiction du ciel ; mais c'est trop
» vous laisser en suspens , Madame , ap-
» prenez que D. Rodrigue est votre Fre-
»re Mon Frere , lui répondit Delmire
» en frémissant ! Qu'osez vous avancer ?
Ce que je ne suis que trop en état de
vous prouver, répondit D. Alvar ; achevez de me donner la mort , lui dit la
riste Delmire , par le récit d'une si fu-
» neste histoire.
D. Alvar n'attribuant la douleur de la
Princesse qu'à l'amour extrême qu'elle
avoit pour D. Rodrigue , l'éclaircit par
ces mots.
" Vous n'ignorez pas , Madame , l'étroi-
» te liaison qui avoit toujours uni D. Alphonse , Roy d'Arragon , et D. Fernand , Roy de Val nce ; ce dernier ce
trouvant sans enfans , dans un âge où
» il n'esperoir plus d'en avoir, eût recours
» à son ami ; la Reine , votre mere, étoit
Bij » déja
1700 MERCURE DE FRANCE
»déja accouchée de D. Pedro, et se trou-
"voit enceinte , pour la seconde fois ; D.
»Fernand pria D. Alphonse de vouloir
>>bien lui donner l'enfant qu'elle mettroit
»au monde , supposé que ce fut unPrin-
»ce. Quand D. Alphonse n'y auroit pas
»trouvé ses avantages , l'amitié qu'il por-
>>toit à D. Fernand , auroit obtenu de lui
» ce qu'on lui demandoit; on fit courir le
» bruit que la Reine de Valence étoit
»grosse, et la Reine d'Arragon ayant mis
>>au monde un enfant mâle , on fit entendre qu'il étoit mort en naissant, et il
>> fut donné à D. Fernand , qui l'appella
»D. Rodrigue. C'est le même que vous
>>alliez épouser; le ciel n'a pas voulu lais
» ser consommer un inceste si abomina-
»ble ; c'est à vous , Madame , à prendre
les mesures les plus convenables , dans
» une conjoncture si délicate.
>>
J'y penserai , lui dit Delmire , en levant au ciel des yeux remplis de larmes .
Aces mots elle congédia D. Alvar , et lui
promit de lui envoyer sa réponse la nuit
prochaine.
Elle fit dire qu'elle étoit indisposée , et
deffendit qu'on laissât entrer qui que ce
fut dans son appartement , jusqu'à nouvel ordre.
Le Roy de Valence fut surpris que cet
ordre
A O UST. 1732. 1701
ordre fut pour lui , après le don qu'elle
lui avoir fait de sa foy ; cependant son
respect l'empêcha de s'en plaindre. Tout
le jour se passa, sans que l'ordre fut révoqué ; ce qui redoubla l'inquiétude de l'amoureux Rodrigue.
La nuit étant venue , ce Prince impa
tient s'approcha de l'appartement de Delmire. Quelle fut sa surprise lorsqu'il en
vit sortir Florent , à qui Délie recomman
da de faire diligence pour remettre un
Billet entre les mains de D. Alvar ! il
craignit que le Roy d'Arragon ne s'opposât à son bonheur , et n'envoyât quelques ordres secrets à ce fidele Sujet. La
crainte qu'on ne lui enlevât sa chere Delmire , le porta à intercepter ce Billet ;
Florent intimidé par ses menaces ,
livra et retourna à l'Appartement de la
Princesse pour l'informer du mauvais succès de son Ambassade. De quelle horreur
ne fut pas saisi D. Rodrigue à la lecture
du Billet intercepté , on en va juger par
ce qu'il contenoit.
Delmire à D. Alvar.
le lui
Faites préparer le plus promptement que
vous pourrez une Barque qui m'éloigne de
ce funeste Rivage , je n'en puis plus soutenir la vie après le crime qui vient de s'y
com-
1702 MERCURE DE FRANCE
commettre ; je frissonne à l'aveu que je vous
en fais ; mon frere est entré dans mon lit.
Ne refusez pas votre secours à la plus malheureuse Princesse qui fût jamais.
D. Rodrigue fut d'abord si frappé qu'il
en perdit l'usage de ses sens ; mais après
quelques momens de reflexion , le crine lui parut si noir qu'il ne put le croire,
quoiqu'il fût tracé de la main même de
Delmire: » Non , dit- il , vertueuse Prin-
»cesse , je vous connois trop bien pour » vous croire si coupable ; vous voulez ,
»sans doute , éprouver si je serai encore
capable de me livrer à cette funeste
» passion qui faisoit mon malheur et le
» vôtre , mais elle ne seroit plus pardon-
>> nable ; vous étiez maîtresse de votre
» cœur quand je craignois votre infide-
» lité ; mais vous êtes mon Epouse , je ne
> crains plus rien , votre vertu me ré-
»pond de votre foi.
Après cette reflexion , qui remit le
calme dans son ame, il courut à l'Appartement de Delmire. Cette Princesse
instruite par Florent de . ce qui s'étoit
passé , avoit ordonné qu'on le laissât entrer; les remords dont elle étoit déchirée,
la rendirent d'abord interdite et muette ;
mais voyant D. Rodrigue se jetter à ses
pieds dans la posture du plus passionné
de
A O UST. 1732 1703
de tous les Amans : » Eloignez-vous , lui
» dit- elle , vous me faites frémir ; cessez
de me présenter un Epoux qui doit
» m'être odieux , depuis que j'ai appris
» qu'il est mon frere. Moi , votre frere ,
» s'écria D. Rodrigue ! Eh n'avez- vous
» pas lû ce funeste secret , lui répondit
»Delmire , dans le Billet que vous avez
>arraché à Florent.
La connoissance d'un malheur que ce
Prince n'avoit pris que pour une feinte ,
le mit dans un desespoir qui donna tout
à craindre à Delmire ; elle ne l'avoit ja
mais trouvé si digne d'être aimé ; ce n'étoit plus cet Amant jaloux , qui ne lui
prouvoit l'excès de son amour que par
les plus sanglans outrages , c'étoit un
Epoux fidele et passionné , qui n'étoit
sensible qu'au malheur d'être séparé pour
jamais du seul bien qui pouvoit faire sa
felicité.
Il est temps de tirer ces Amans infortunez d'une peine si cruelle ; D. Rodri
gue manda D. Alvar , pour être mieux
éclairci de son malheur. Il fit prier en
même- temps le Roy d'Arragon de venir
à l'Appartement de sa sœur , afin que
la présence du Souverain , imposant au
Sujet , l'empêchât de soutenir une imposture. D. Alvar confirma tout ce qu'il
B iij avoit
1704 MERCURE DE FRANCE
avoit dit à Delmire ; et pour ne laisser
aucun doute sur ce qu'il venoit de raconter , il voulut l'appuyer du témoignage de Théodore , qui avoit prêté son
ministere à la supposition d'enfant dont
il étoit question. Théodore ! s'écria Delmire; ô Monstre que les Enfers ont vomi
»pour le malheur de ma vie ; elle sça-
»voit que j'étois sœur de D. Rodrigue
»et c'est elle- même qui m'a déterminée
» à le recevoir pour Epoux.
20
Théodore arriva bientôt. » Oserez-
» vous nier , lui dit D. Alvar, que D. Rodrigue ne soit frere du Roy d'Arragon
et de la Princesse Delmire ? Je suis
prête à justifier le contraire , lui repon-
» dit Théodore. Ces mots et la fermeté
avec laquelle ils furent prononcez , em-
» pêcherent D. Rodrigue de l'accabler de
reproches , dont il se seroit repenti.
Finissons. Théodore convint de tout
ce que D. Alvar avoit revelé ; mais elle
déclara ce qui n'étoit pas venu à la connoissance de ce sage Vieillard. Le fils
supposé que D. Alphonse avoit donné à
D. Pedro étant mort , D. Pedro en substitua un autre en sa place sous le nom
de Rodrigue ; il avoit eu ce dernier de
Théodore , qui pour garantir la verité
de ce qu'elle avançoit , produisit un Acte
revêty
A OUS T. 1732. 1705
revêtu de toutes les formalitez et signé
de la main de D. Alphonse même. Par
cet Acte D.Pedro reconnoissoit Théodore
pour son Epouse et le fruit de lent hymen pour le legitime heritier de la Couronne de Valence. Ce dernier éclaircissement remit le calme dans tous les
cœurs ; et le double Mariage fut celebré
dès le lendemain , à la vûë des deux Peuples dont il devoit faire le bonheur.
D
JALOUX.
ON Rodrigue flottant entre la crain
te et l'esperance , se hâte d'aller rejoindre l'irritée Delmire,pour ne lui donner pas le temps de s'affermir dans les
fâcheuses dispositions où sa jalousie l'a- voit mise contre lui. Delmire accablée
d'une douleur mortelle , s'étoit renfermée dans son appartement , avec ordre
de n'y laisser entrer que D. Rodrigue. Ce
Prince aussi amoureux que jaloux, ne tarda
guére à s'y rendre il n'y entra qu'en
tremblant ; les pleurs dont il trouva le visage de sa chere Princesse tout inondé , et
ses soupirs , qu'elle sembloit plutôt adresser au ciel qu'à son Amant , lui firent
sentir à quel point il l'avoit offensée. Il
se jetta à ses pieds , et y demeura longtemps sans pouvoir proferer un seul mot.
Delmire fut la premiere à rompre le silence » Eh bien ! lui dit- elle , êtes- vous
>> assez convaincu de mon innocence ? et
» venez-vous me demander par quel gen-
» re de peine je dois vous faire expier
votre crime ? J'ai merité la mort , lui
» répondit Don Rodrigue , et je viens
> expi-
AOUST. 17320 1679
expirer à vos genoux ; mais si un cri
>> me que l'amour seul fait commettre,
» peut exciter la pitié , suspendez un mo-
>> ment une colere plus terrible pour moi
»que la mort même, et daignez examiner » les circonstances dont a été accompa-
>>gné ce même crime que vous allez
»nir. Eh ! quel autre que moy ne fut pas
>> devenu coupable? Qui n'eût pas cru que
pucette fatale Lettre , que le destin jaloux
»de mon repos, a fait tomber entre mes
»mains , s'addressoit à unRival secret ?
»Arrêtez, interrompit Delmire, vous par-
»lez icy le langage de tous les coupables ;
»ils ne manquent jamais d'attribuer au
·29
1
»destin les fautes dont on les accuse , et
»dont ils sont les premiers Auteurs. Je
>> conviens , poursuivit - elle , que cette
moitié de Lettre, qui vous a fait concevoir des soupçons si injurieux à ma gloire, auroit pû induire en erreur les cœurs .
les moins susceptiblés de jalousie , elle
»étoit de ma main ; elle s'addressoit à un
»Amant qui est en Arragon , tandis que
>>vous étiez dans Valence ; la signature
»présentoit à vos yeux la moitié de mon
»nom ; en un mot , toutes ces circons
>>tances , dont vous attendez votre justi-
»fication , le sort les avoient combinées
d'une maniere à vous rendre le plus jaAiiij loux
1680 MERCURE DE FRANCE
·
loux de tous les hommes ; mais n'avez-
»vous pas été le premier instrument de
Votre perte ? Quel Démon , l'ennemi de
»votre repos et du mien vous a porté à
faire intercepter cette Lettre , qui a fait
»en même temps votre crime et votre
supplice. N'accusez donc plus le destin,
il ne vous a fait commettre un second
crime que pour vous punir du premier.
>>Vous m'aviez déja soupçonnée , avant
que le hazard vous donnat de nouvelles
»défiances ; le destin les a plutôt confir-
» mées , qu'il ne les a fait naître , et je ne
» puis vous en punir avec trop de ri-
» gueur.
»
D. Rodrigue ne put disconvenir qu'il
ne fut allé lui-même au- devant de son
malheur. Puisque vous justifiez le destin , lui dit Delmire , d'un ton de voix.
» radouci ; c'est à la pitié ou plutôt à l'A-
» mour à vous justifier dans mon cœur ;
>> mais je crains bien que vous n'ayez sou-
» vent besoin de cette indulgence , et que
>> toute ma vie ne se passe à vous par-
» donner , parce que vous ne cesserez ja-
» mais de m'offenser. Le Prince amoureux
n'oublia rien pour la rassurer sur l'avenir ; mais il retomba bien- tôt dans le crime dont il venoit d'obtenir le pardon :
Voicy ce qui contribua à le rendre encore
criminel. Don
ན AOUST. 1732. 1681
Don Pedre, Frere de Delmire , avoit
souvent entendu parler de la jalousie de
Don Rodrigue; il n'avoit consenti à la
paix qu'aux pressantes instances de sa
sœur ; mais il l'aimoit trop pour vouloir
la rendre malheureuse ; l'amour fraternel
F'emporta dans son cœur sur la dignité
Royale , et le fit descendre jusqu'à se travestir , pour s'instruire par lui- même de
ce qui se passoit entre ces deux Amans
que l'hymen devoit unir. Le Roy de Valence ne l'avoit jamais vû; il n'avoit confié son dessein qu'à Florent ; ainsi tout
lui répondoit de l'incognito qu'il vouloit
garder dans la Cour de son beau frere
futur. Il n'y fut pas plutôt arrivé , que
Florent , à la faveur d'une nuit des plus
obscures , le conduisit à l'appartement
de Delmire ; cependant cela ne fut pas
assez secret , pour échapper à l'attention
de ce même confident , que nous avons
appellé Octave , et qui , comme nous l'avons déja dit , recherchoit la faveur de
son maître, aux dépens de son repos ; il
courut faire part de sa découverte à Don
Rodrigue.
963
Que devint ce Prince à un indice si peu
douteux de l'infidelité de Delmire ? Ce
n'étoit plus une Lettre équivoque, c'étoit
un Rival introduit la nuit dans l'appar
A v tement
1682 MERCURE DE FRANCE
tement d'une Princesse qu'il devoit épouser dans peu de jours. Cependant la promesse qu'il venoit de lui faire de n'être
plus jaloux , ne laissa pas de lui faire
craindre d'encourir sa disgrace éternelle ;
il ne voulut s'en fier qu'au rapport de ses
yeux , et ce fut dans cette pensée qu'il se
laissa guider par Octave jusqu'à l'appar
tement de Delmire.
Cette Princesse avoit déja reconnu son
cher Frere , qui l'avoit informée du dessein qui l'amenoit à Valence. Il l'a pria
de supprimer les noms de Frere et de Roi,
et de ne l'appeller qu'Evandre. Dom Rodrigue n'arriva qu'à la fin de leur conversation , oùFlorent étoit présent ; il prê
ta une oreille attentive , et entendit ces
mots , qui ne le laisserent plus douter de
son malheur. » Il est temps , dit Delinire
» à Florent, que mon cher Evandre se re-
»pose , allez le conduire dans la cham-
»bre la plus secrette demon appartement,
et prenez garde qu'aucun ne le voïe en-
>> trer ; je ferai tout ce qu'il vous plaît ,
» répondit le faux Evandre ; c'est à vous
»de me commander , ct à moi de vous
obeïr , lui répliqua Delmire ; l'amour
que j'ai pour vous , ajouta D. Pedro
Vous donne un droit suprême sur tou-
»tes mes volontez. Adieu , ma chere
» Delmire ,
7
A OUST. 1732. 1683
»Delmire , je me retire , pour n'être pas
» découvert.
A ces mots , Florent conduisit le Roy
d'Arragon dans l'appartement de Delmire; l'entretien qu'elle avoit eu avec son
Frere , s'étoit passé.dans une avant cour
et sans lumiere , comme l'entre- vûë le
demandoit. Elle alloit rentrer après lui ::
-97 Arrêtez , lui dit D. Rodrigue ; ne vous.
»pressez pas tant d'aller joüir d'un repos
>> que vous ôtez aux autres ; pourvû que
»ce ne soit que l'amour qui vous empê
» che d'être tranquille , lui répondit Delmire , je ne m'en plaindrai pas ; mais si
>> c'est encore la jalousie qui vous rend
»aussi agité que vous le paroissez , je ne
vous le pardonnerai de ma vie. Vous
"parlez de pardonner , reprit D. Rodri
" gue , quand c'est - à- yous à demander:
»grace ? Perfide que vous êtes ! préten 23. dez-vous démentir mes oreilles ? Mais
» c'est trop perdre de temps en discours ;
» il périra, cet heureux Evandre que vous
» me préferez , et je cours immoler cette
» premiere victime à mon juste ressenti-
»ment. A ces mots, il s'avança vers l'en
>> droit par où son prétendu Rival s'étoit
>> retiré: Juste- ciel ! s'écria Delmire ; de-
>> meurez ; qu'allez-vous faire ? quel sang
allez-vous répandre ? Non , non ; - lui
A vj » répon
1684 MERCURE DE FRANCE
❤
répondit le furieux Rodrigue, je ne puis
» assez- tôt le verser , ce sang qui doit m'ê-
» tre d'autant plus odieux , que l'amour
» vous le rend cher. Je frémis , lui dit la
»tremblante Delmire , en le retenant ,
» autant que sa foiblesse le lui pouvoit
»permettre ; mais son furieux Amant
n'eût pas beaucoup de peine à se déro-
» ber d'entre ses bras. Il couroit rapido-
» ment à sa vengeance , lorsque D.Pedro,
>> attiré par les cris de sa sœur , s'avança ,
l'épée à la main pour la secourir , sans
»sçavoir contre qui il devoit la deffendre.
Dans quelle affreuse situation se trouva
pour lors la malheureuse Delmire ; les
deux hommes que l'Amour er le sang lui
rendoient les plus chers ,
étoient prêts
périr l'un par l'autre. Quel parti pren- dre ? Elle n'en eut point d'autre que de
se précipiter entre les deux Epées. Ar-
» rête , s'écria t- elle , impétueux Amant
» et commence par me percer le cœur , si
» tu veux aller jusqu'à celui de mon Frere.
» Votre Frere , lui dit Rodrigue , en bais-
» sant la pointe de son épée par terre ; ô
»destin , quel sang m'allois-tu faire répandre ?
à
Ce terrible spectacle devint touchant :
par le repentir de Rodrigue ; peu s'en fallut qu'il ne se prosternât aux pieds de Dom
1
AOUST. 17; 2. 1681
Dom Pedro pour lui demander cette mort qu'il avoit voulu lui donner.
» Je suis plus coupable que vous, lui ré-
» pondit le Roy d'Arragon ; mon dégui-
» sement a causé votre erreur , mais vous
» devez le pardonner aux interêts du
» sang. J'ai voulu sçavoir de la propre
>> bouche de ma sœur , si cet hymen que
» vous m'avez assuré devoit faire votre
» bonheur , ne seroit pas un malheur
pour elle ; j'avois déja appris à quel ex-
» cès alloit votre amour pour Delmire ,
» et j'en suis plus convaincu que jamais
" par mes propres yeux. Je vous entends,
» Seigneur, lui répondit D. Rodrigue ;
» vous allez vous joindre à l'irritée Del-
» mire , pour me faire un crime de cet
» excès d'amour , et pour m'en punir par
la privation de ce que j'ai de plus cher ;
» j'attends l'Arrêt de ma mort déclaré ;
» je l'ai trop bien méritée , poursuivit-il
» en se jettant aux pieds de Delmire, mais
» n'y employez que vous- même , ajouta-
» t-il , en lui présentant son épée , et per-
>> cez un cœur plus malheureux encore
» qu'il n'est coupable.
Tout l'attendrissement de la triste Delmire n'auroit pas sauvé son Amant des
justes reproches qu'elle lui auroit pû faire , mais la conjoncture favorisoit le criminel ;
1686 MERCURE DE FRANCE
minel ; la Princesse n'osa faire connoître
au Roy son Frere tous les sujets de plainte qu'elle avoit eus précedemment , de
peur de lui donner de l'éloignement pour
un hymen qu'elle souhaitoit,autant qu'elle le craignoit. Elle ordonna à Rodrigue
de se lever , sans prononcer ni sa grace ,
ni sa condamnation ; elle se contenta de
jetter un profond soûpir que son Amant
attribua plus à sa douleur qu'à son amour..
D. Pedro lui donna une explication plus
favorable ; il ne douta point de la tendresse de sa sœur pour son Amant , et
n'imputa son silence qu'à sa modestie. Je
ne veux plus differer votre union , dit- il
à Rodrigue et à Delmire ; si toutes les jalousies du Roy de Valence étoient aussi
bien fondées qne celle- ci , il y auroit de
Pinjustice à s'en plaindre. Le hazard a pro
duit dans son cœur des mouvemens dont
la sagesse même auroit eu peine à se deffendre , et toute l'estime que j'ai pour
la Duchesse du Tirol ne seroit pas à l'épreuve d'une pareille aventure. Il ne me
refte plus , continua- t- il en s'addressant
au Roy de Valence , qu'à vous donner
des preuves de ma sincerité en vous déclarant mon Hymen , secret avec l'aimale Princesse dont je viens de vous par
er ; j'ai eu des raisons de politique pour
lev
AOUST. 1732 1687
pas
le cacher ; mais ces raisons ne doivent
aller jusqu'à tromper un Prince avec
qui je prétends être uni à jamais ; l'amour
me paroît assez puissant sur votre cœur
pour n'y laisser point de place à l'ambition , et je suis persuadé que dans l'Hymen qui va donner la paix à nos Peuples , vous envisagez plutôt la possession
de Delmire , que la brillante succession
qui lui appartiendroit par le droit de la
naissance , si le ciel me laissoit mourir
sans posterité. » Non, répondit D. Ro-
»drigue , tous les Empires du monde ne
>> sçauroient balancer dans mon cœur lese
>> charmes de l'adorable Delmire , et puis
» que je l'obtiens , je n'ai plus rien à dé-
>> sirer.
Alphonse lui renouvella les assurances
de son bonheur, et le pria seulement de
vouloir bien le differer jusqu'à l'arrivée
de la Duchesse du Tirol , qu'il vouloit
faire reconnoître Reine d'Arragon dans
le même jour où sa seeur. seroit déclarée
Reine de Valence. Delmire n'osa s'opposer ouvertement à la volonté de son Pere;
mais comme elle étoit tendrement aimée
de la Duchesse du Tirol , qu'elle attendoit incessamment; elle se promit d'ob
tenir , par son moïen , les délais dont elle
avoit encore besoin pour éprouver D. Ro
drigue.
Nous
1688 MERCURE DE FRANCE
Nous avons parlé au commencement
de cette Histoire de deux Lettres , que
ces deux tendres amies s'étoient écrites ;
la Princesse du Tirol n'avoit point fait
part de la sienne au Roy son époux , et
vouloit se reserver le plaisir de le surprendre. Cela ne tarda guére d'arriver , et ce
fut justement un nouveau piége que la
fortune tendit au jaloux Rodrigue , pour
le faire retomber dans cette espece de
frénesie qui l'avoit déja rendu si coupable
aux yeux de Delmire. Cette capricieuse
Déesse avoit arrêté qu'il le deviendroit
trois fois presque dans le cours d'une
même journée.
L'incertitude où Delmire l'avoit laissé
ne lui permit pas de joüir du repos oùla
nuit invite toute la nature ; son insomnie
causée par le trouble dont il étoit agité ,
l'obligea à se lever quelques heures après
qu'il se fut couché; et conduit par son
amour, ou par son mauvais génie, il porta
ses pas vers cette fatale Galerie, où sa derniere Scene, avec Delmire etle Roy d'Arragon s'étoit passée; c'étoit- là que la fortune lui en gardoit une derniere plus funeste encore.
A peine y avoit - il resté quelques momens au milieu des tenebres , occupé de
sa derniere aventure , qu'il fut tiré de sa
profon-
AOUST. 1732 1689
profonde réverie , par un éclat de rire qui
partoit de la Chambre de Delmire. Cette
joïe qui regnoit chez son Amante , tandis
qu'il étoit accablé de douleur , ne lui fit
que trop entendre qu'on ne l'aimoit pas
assez pour partager ses chagrins ; il s'approcha pour mieux distinguer les voix ,
mais elles furent interrompues par de
nouveaux éclats de rire , qui acheverent
de le picquer. » Que vous êtes heureuse ,
» dit-il tout bas , insensible Delmire , de
» pouvoir passer si subitement de la dou-
» leur au plaisir ? A cette douloureuse réfléxion il succeda un désir curieux ; l'ap
partement de Delmire étoit éclairé , D.Rodrigue voulut voir à travers la Serrure ce
qui se passoit chez son Amante , qui pût
donner lieu à cette joye immodérée. Quel
spectacle pour un Jaloux ! Il vit sa Prin
cesse entre les bras d'un jeune Cavalier ;
quel nouveau trouble s'empara de son
cœur à cette fatale vûë! La raison fit la
place à la fureur ; aucun respect ne le retint plus ; il frappa à la porte , et ordonna qu'on l'ouvrit , d'un ton de maître irrité.
Delmire ne douta point que ce ne fut-là
un nouvel accès de jalousie ; et prenant
son parti sur le champ , elle pria le Cavalier de se cacher pour quelques momens ,
ct
1690 MERCURE DE FRANCE
et fit ouvrir la porte au furieux Don Ro
drigue.
A peine fut-il entré , qu'il porta ses
yeux égarez de toutes parts , et ne trouvant plus l'objet de sa rage , il l'a déchargea toute entiere sur Delmire, qu'il
accabla des injures les plus sanglantes. La
Princesse garda un long silence , pour
voir jusqu'à quel excès pouvoit se répandre la fureur d'un Amant jaloux. Ce silence parut si injurieux à D. Rodrigue
que sa rage en prit de nouvelles forces ;
les reproches devenoient toujours plus
outrageans. » C'en est assez , lui dit Del-
»mire , avec une modération qui l'irrita
» encore davantage j'ai voulu voir de
» quels traits la jalousie pourroit peindre
»aux yeux d'un Amant, l'objet de sa ten-
» dresse ; la vôtre a répandu son plus noir
»poison sur la malheureuse Delmire. Je
» ne suis que trop payée de ma curiosité ;
je ne suis plus digne de votre amour ,
puisque j'ai perdu votre estime ; et deshonorée dans votre esprit , je ne dois
plus me flatter de regner sur votre >>> cœur.
» Moy , répondit l'impétueux Rodri
gue , je pourrois encore vous aimer ,
après ce que je viens de voir ! Oseriez-
» vous encore démentir mes yeux ? Non,
VOS
AOUST. 1732. 1691
>>
vos yeux ne vous ont point trompé ?
» lui répondit Delmire toujours plus
»tranquille en apparence ; quand ils vous
Dont montré Delmire entre les bras d'un
Cavalier ; mais ils vous ont justement
» puni de venir épier ce qui se passe chez
selle , et vous ne sçauriez vous disculper
» d'une défiance incompatible avec l'es-
» time que vous devez avoir pour une »Princesse destinée à votre lit. Ne m'in-
»terrompez pas , continua t- elle , voyant
» qu'il alloit ouvrir la bouche pour l'accabler de nouvelles injures; j'avoue que
»jamais soupçon ne fut mieux fondé que
>> le vôtre ; mais vous vous seriez épargné
»le supplice de me croire infidelle , si
» vous vous en étiez reposé sur ma vertu
»et sur ma gloire . Vous voyez que je ne
cherche point à vous nier le crime dont
vous m'accusez et dont vos propres
» yeux vous ont convaincu , mais voicy
ce que ma gloire exige de vous. L'offense est assez grande pour mériter ce
sacrifice ; j'exige donc de vous que vous
,, ne m'abbaissiez pas jusqu'à me justifier,
toute coupable que vous me croyez ; je
ne puis vous pardonner qu'à ce prix ;
c'est à vous à prendre une derniere résolution. Ma résolution est prise, lui répondit D. Rodrigue , je ne respire que
>>
>>
22
>>
>>
>>
» ven-
1692 MERCURE DE FRANCE
vengeance; je veux laver dans le sang
» d'un Rival l'outrage que vous m'avez
fait ; si l'amour ne retenoit mon bras ,
»mes coups iroient jusqu'à vous ; mais je
»le surmonterai cet indigne amour ; il ne
»sçauroit subsister sans l'estime dans un
» cœur tel que le mien ; il fera place à
» l'indifference; et peut- être au mépris, in-
»terrompit Delmire ; eh!n'a- t- il pas com-
»mencé par là? Tout soupçon jaloux qui
» Alétrit la gloire de ce qu'on aime, suppose
» un mépris éclatant. Mais il est temps de
finir une conversation qui ne sert qu'à
»vous aigrir davantage et à vous rendre
plus coupable ; j'ai voulu vous donner
» les moïens d'obtenir votre pardon ;
» vous n'avez pas voulu le meriter aux
» conditions que je vous ai imposées ; il
❤ne me reste plus qu'à me justifier et à
» vous punir ; s'il est vrai , comme vous
» venez de m'en assurer, que l'amour sub-
» siste encore dans votre cœur. Vous jus-
» tifier , s'écria D. Rodrigue , et par quel
» charme , par quel enchantement , par
» quel prestige le pourriez- vous? Plut au
" ciel , lui dit Delmire , avec un soupir
>> douloureux , qu'il vous fut aussi facile
» de cesser d'être jaloux , qu'à moi de
>> cesser d'être coupable à vos yeux ! Je ne
כן
» dis
AOUST. 1732. -1693
» dis plus qu'un mot ; si vous pouvez
>> vous résoudre à me croire innocente
sur ma seule parole ; je vous accepte
» pour époux , sans vous mettre à de nou-
»velles épreuves , mais si vous exigez que
»je me justifie , je renonce à vous pour
» jamais je n'ai plus rien à dire , c'est à
» vous de choisir,
Le ton absolu dont la Princeffe prononça ces dernieres paroles , commença
à donner quelque émotion à D. Rodrigue; mais ce qu'il avoit vû, le tenoit dans
une si parfaite sécurité , qu'il ne balança
plus à suivre le parti qu'il avoit déja pris ,
et qu'il croyoit le seul à prendre : » Oui ,
lui dit-il , je consens à vous perdre pour
»jamais , si vous prouvez votre innocen-
»ce ; elle m'est assez précieuse pour l'achepter aux dépens de ce qui devoit
»faire tout le bonheur de ma vie.
n
>> C'est assez , dit la Princesse , qu'on
aille éveiller le Roy mon Frere ? Quoi !
» lui dit le Roy de Valence , vous voulez
»le rendre témoin de votre honte ; dites
plutôt de votre injustice , répondit Del-
>> mire; j'ai besoin de sa présence , pour
n réprimer vos premiers transports , à la
» vûë de l'objet de votre jalousie.
Cette fermeté , qui est plutôt compagne de l'innocence que du crime , étonnale
1694 MERCURE DE FRANCE
le Prince jaloux ; il craignit de se voir confondu pour la troisiéme fois , quoique
tout l'assurât du contraire; il étoit même
prêt à se retracter ; mais l'arrivée de D.
Pedro ne lui en donna pas le temps , et
l'approche de son Rival acheva de l'affermir dans ses injustes soupçons. » Pardon-
» nez-moy, Seigneur, dit Delmire au Roy
»son Frere , si je trouble votre repos ,
» pour quelques momens , mais il s'agit
» d'assurer le mien pour toute ma vie.
» Jettez les yeux sur ce Cavalier , et déclarez son sort au plus jaloux de tous رو
les Amans. Cet éclaircissement n'a pas
»besoin de ma présence : Elle se retira en
» proférant ces dernieres paroles , avec
»une émotion qui acheva de faire trem-
» bler D. Rodrigue.
D. Pedro ne sçavoit que penser de la
prompte retraite de sa soeur ; il en chercha la cause dans les traits du Cavalier
mais quel fut son étonnement quand il
le reconnut pour sa chere Bélize , Duchesse de Tirol; il ne l'eût pas plutôt
nommée , que D. Rodrigue fit un grand
cri : Qu'ai-je fait , dit-il ? je suis le plus
malheureux et le plus criminel de tous les
hommes.
Le Roy d'Arragon comprit bien par
cette exclamation , que c'étoit quelque
nouvel effet de jalousie qui venoit brouil- ler
A OUST. 17320 1695
ler l'Amantavec l'Amantes mais comme il
ignoroit les conditions imposées et acceptées d'une et d'autre part , il crut que le
racommodement ne seroit pas difficile à
faire entre deux personnes dont il connoissoit l'amour réciproque. Il rassura
D Rodrigue sur les suites de ce nouvel
incident , et l'ayant prié d'aller se reposer, il entra chez Delmire avec sa charmante Epouse; qui sans doute n'eût pas
tant de peine à justifier son travestissement , que Rodrigue en trouvoit à révoquer l'Arrêt fatal auquel il avoit souscrit lui - même.
Il ne fut pas plutôt seul , qu'il se rappella tout ce que sa situation avoit de plus
funeste ; les injures atroces ou plutôt les
blasphêmes qu'il avoit vomis contre un
objet adorable; la bonté avec laquelle Delmíre avoit daigné les lui pardonner à des
conditions qu'elle n'exigeoit que pour sa
gloire , et sur tout la peine à laquelle il
s'étoit soumis lui même , si elle justifioit
son innocence; tout cela se présentant en
foule à sa mémoire , le mit dans un dé
sespoir le plus affreux qu'on puisse s'imaginer. » Quoi ? dit- il , j'ai été capable de
>> renoncer à Delmire ! fatale jalousie , à
» quel excès d'aveuglément m'as- tu por-
»té. C'en est trop , abandonnons une vie
que
1696 MERCURE DE FRANCE
»que la seule possession de ma Princesse
pouvoit me rendre agréable; il est temps
» qu'un sang criminel expie l'injure que
» j'ai faite à la vertu et à l'innocence mê-
» me. A ces mots, il alloit se percer d'un
coup mortel,si une main secourable n'eût
retenu le coup , prêt à tomber. » Qui
» m'empêche de venger Delmire outragée s'écria-t- il. C'est Delmire même ,
lui répondit cette Princesse , qui , ayant craint les suites de l'accablement où elle
l'avoit laissé , étoit sortie de son appartement pour les prévenir.
1
Elle s'étoit fait suivre par Téodore et
par Délie, prévoïant bien le besoin qu'elle pourroit avoir de leur secours contre
un désesperé : On a déja remarqué que
cette premiere étoit aussi favorable à D.
Rodrigue , que la derniere lui étoit contraire. Téodore frémit en voyant ce malheureux Prince prêt à se donner la mort ;
l'interêt qu'elle prenoit dans son Hymen et dans ses jours avoit un motif secret , dont on sera instruit à la fin de cette
histoire , que nous allons abreger autant
qu'il nous sera possible.
Delmire n'oublia rien pour remettre
l'esprit de son Amant dans une assiette
plus tranquille ; larmes, soupirs , sermens
de lui pardonner , assurance de le rendre
вен-
AOUST. 1732 1697
heureux , tout fut employé , mais inutilement. D. Rodrigue se crut indigne de la
grace qu'elle lui promettoit , et persista
dans le dessein de mourir. » Eh bien !
» jurez - moi du moins , lui dit-elle , que
» vous ne me rendrez pas témoin de vo-
>> tre morts et pour gage de votre ser-
>> ment , rendez- moi cette épée , dont la
>> seule vûë me fait frémir : la voilà , lui
» répondit D. Rodrigue. A peine l'eût- il
remise entre ses mains , qu'elle lui dit :
Vous pouvez exécuter le cruel dessein
dont tout mon amour ne peut vous distraire ; mais je vous jure , que je me percerai moi-même de ce fer que vous venez
de me donner , si vous ne respectez des
jours ausquels les miens sont attachez.
Quoi ? s'écria l'amoureux Rodrigue , c'est
moi qui ai fait le crime , et c'est vous que
vous voulez punir.
par
Cette Scene , où l'amour commençoit
à prendre le dessus , fut terminée l'amour même ; Rodrigue imposa des loix
à son tour , et ne promit de vivre à la
tendre Delmire qu'à condition qu'elle consentiroit à lui donner la main avant
que de se séparer de lui.
Votre pitié , lui dit - il , a plus de part
que votre amour , à la promesse que vous
me faites , d'oublier mon crime ; vous
B cherchez
1698 MERCURE DE FRANCE
cherchez du moins à prolonger mesjours
de quelques heures , mais je n'en puis
souffrir la durée, dans la crainte où je suis
de vous perdre pour jamais , je ne balance
plus voilà mon partage ; la mort ou
Delmire
La Princesse s'opposa long-temps à cette
résolution ; mais l'amoureux Prince n'en
voulant point démordre, Théodore et Dé
lie même y déterminerent Delmire ; la foy
mutuelle fût jurée en leur présence ; Delmire fut reconduite dans son appartement
par son Epoux. Nous allons voir en peu
de mots les suites fâcheuses que pensa
avoir cet Hymen clandestin .
A peine le jour commença à luire qu'on
wint annoncer à Delmire qu'un Cavalier
que ses rides rendoient respectable , lui
demandoit une audience secrete. Delmire
fit sortir tout le monde de son cabinet
et ordonna qu'on fit entrer l'inconnu . A
peine l'eût elle apperçû , qu'elle le reconnut pour un des plus affectionnez serviteurs de feu son pere. Que j'ai de plaisir,
d'Alvar, lui dit elle , de vous revoir après
une absence de 5 ou 6 années » Je serois
» encore dans les Prisons de Portugal , lui
dit- il si la nouvelle de votre prochain
Mariage ne m'avoit porté à mettre tout
> en
1
AOUST. 1732. 1896
» en usage pour recouvrer la liberté , je
»rends graces au ciel , poursuivit il , de
» m'avoir fait arriver assez à temps pour
>> le rompre.
» Rompre monHymen avec D. Rodri-
» gue , que dites- vous , D. Alvar ? Son-
» gez vous bien qu'il doit faire la félicité
» de deux Peuples ; dites plutôt, Madame,
» lui répondit-il , qu'il attireroit sur eux
» la malédiction du ciel ; mais c'est trop
» vous laisser en suspens , Madame , ap-
» prenez que D. Rodrigue est votre Fre-
»re Mon Frere , lui répondit Delmire
» en frémissant ! Qu'osez vous avancer ?
Ce que je ne suis que trop en état de
vous prouver, répondit D. Alvar ; achevez de me donner la mort , lui dit la
riste Delmire , par le récit d'une si fu-
» neste histoire.
D. Alvar n'attribuant la douleur de la
Princesse qu'à l'amour extrême qu'elle
avoit pour D. Rodrigue , l'éclaircit par
ces mots.
" Vous n'ignorez pas , Madame , l'étroi-
» te liaison qui avoit toujours uni D. Alphonse , Roy d'Arragon , et D. Fernand , Roy de Val nce ; ce dernier ce
trouvant sans enfans , dans un âge où
» il n'esperoir plus d'en avoir, eût recours
» à son ami ; la Reine , votre mere, étoit
Bij » déja
1700 MERCURE DE FRANCE
»déja accouchée de D. Pedro, et se trou-
"voit enceinte , pour la seconde fois ; D.
»Fernand pria D. Alphonse de vouloir
>>bien lui donner l'enfant qu'elle mettroit
»au monde , supposé que ce fut unPrin-
»ce. Quand D. Alphonse n'y auroit pas
»trouvé ses avantages , l'amitié qu'il por-
>>toit à D. Fernand , auroit obtenu de lui
» ce qu'on lui demandoit; on fit courir le
» bruit que la Reine de Valence étoit
»grosse, et la Reine d'Arragon ayant mis
>>au monde un enfant mâle , on fit entendre qu'il étoit mort en naissant, et il
>> fut donné à D. Fernand , qui l'appella
»D. Rodrigue. C'est le même que vous
>>alliez épouser; le ciel n'a pas voulu lais
» ser consommer un inceste si abomina-
»ble ; c'est à vous , Madame , à prendre
les mesures les plus convenables , dans
» une conjoncture si délicate.
>>
J'y penserai , lui dit Delmire , en levant au ciel des yeux remplis de larmes .
Aces mots elle congédia D. Alvar , et lui
promit de lui envoyer sa réponse la nuit
prochaine.
Elle fit dire qu'elle étoit indisposée , et
deffendit qu'on laissât entrer qui que ce
fut dans son appartement , jusqu'à nouvel ordre.
Le Roy de Valence fut surpris que cet
ordre
A O UST. 1732. 1701
ordre fut pour lui , après le don qu'elle
lui avoir fait de sa foy ; cependant son
respect l'empêcha de s'en plaindre. Tout
le jour se passa, sans que l'ordre fut révoqué ; ce qui redoubla l'inquiétude de l'amoureux Rodrigue.
La nuit étant venue , ce Prince impa
tient s'approcha de l'appartement de Delmire. Quelle fut sa surprise lorsqu'il en
vit sortir Florent , à qui Délie recomman
da de faire diligence pour remettre un
Billet entre les mains de D. Alvar ! il
craignit que le Roy d'Arragon ne s'opposât à son bonheur , et n'envoyât quelques ordres secrets à ce fidele Sujet. La
crainte qu'on ne lui enlevât sa chere Delmire , le porta à intercepter ce Billet ;
Florent intimidé par ses menaces ,
livra et retourna à l'Appartement de la
Princesse pour l'informer du mauvais succès de son Ambassade. De quelle horreur
ne fut pas saisi D. Rodrigue à la lecture
du Billet intercepté , on en va juger par
ce qu'il contenoit.
Delmire à D. Alvar.
le lui
Faites préparer le plus promptement que
vous pourrez une Barque qui m'éloigne de
ce funeste Rivage , je n'en puis plus soutenir la vie après le crime qui vient de s'y
com-
1702 MERCURE DE FRANCE
commettre ; je frissonne à l'aveu que je vous
en fais ; mon frere est entré dans mon lit.
Ne refusez pas votre secours à la plus malheureuse Princesse qui fût jamais.
D. Rodrigue fut d'abord si frappé qu'il
en perdit l'usage de ses sens ; mais après
quelques momens de reflexion , le crine lui parut si noir qu'il ne put le croire,
quoiqu'il fût tracé de la main même de
Delmire: » Non , dit- il , vertueuse Prin-
»cesse , je vous connois trop bien pour » vous croire si coupable ; vous voulez ,
»sans doute , éprouver si je serai encore
capable de me livrer à cette funeste
» passion qui faisoit mon malheur et le
» vôtre , mais elle ne seroit plus pardon-
>> nable ; vous étiez maîtresse de votre
» cœur quand je craignois votre infide-
» lité ; mais vous êtes mon Epouse , je ne
> crains plus rien , votre vertu me ré-
»pond de votre foi.
Après cette reflexion , qui remit le
calme dans son ame, il courut à l'Appartement de Delmire. Cette Princesse
instruite par Florent de . ce qui s'étoit
passé , avoit ordonné qu'on le laissât entrer; les remords dont elle étoit déchirée,
la rendirent d'abord interdite et muette ;
mais voyant D. Rodrigue se jetter à ses
pieds dans la posture du plus passionné
de
A O UST. 1732 1703
de tous les Amans : » Eloignez-vous , lui
» dit- elle , vous me faites frémir ; cessez
de me présenter un Epoux qui doit
» m'être odieux , depuis que j'ai appris
» qu'il est mon frere. Moi , votre frere ,
» s'écria D. Rodrigue ! Eh n'avez- vous
» pas lû ce funeste secret , lui répondit
»Delmire , dans le Billet que vous avez
>arraché à Florent.
La connoissance d'un malheur que ce
Prince n'avoit pris que pour une feinte ,
le mit dans un desespoir qui donna tout
à craindre à Delmire ; elle ne l'avoit ja
mais trouvé si digne d'être aimé ; ce n'étoit plus cet Amant jaloux , qui ne lui
prouvoit l'excès de son amour que par
les plus sanglans outrages , c'étoit un
Epoux fidele et passionné , qui n'étoit
sensible qu'au malheur d'être séparé pour
jamais du seul bien qui pouvoit faire sa
felicité.
Il est temps de tirer ces Amans infortunez d'une peine si cruelle ; D. Rodri
gue manda D. Alvar , pour être mieux
éclairci de son malheur. Il fit prier en
même- temps le Roy d'Arragon de venir
à l'Appartement de sa sœur , afin que
la présence du Souverain , imposant au
Sujet , l'empêchât de soutenir une imposture. D. Alvar confirma tout ce qu'il
B iij avoit
1704 MERCURE DE FRANCE
avoit dit à Delmire ; et pour ne laisser
aucun doute sur ce qu'il venoit de raconter , il voulut l'appuyer du témoignage de Théodore , qui avoit prêté son
ministere à la supposition d'enfant dont
il étoit question. Théodore ! s'écria Delmire; ô Monstre que les Enfers ont vomi
»pour le malheur de ma vie ; elle sça-
»voit que j'étois sœur de D. Rodrigue
»et c'est elle- même qui m'a déterminée
» à le recevoir pour Epoux.
20
Théodore arriva bientôt. » Oserez-
» vous nier , lui dit D. Alvar, que D. Rodrigue ne soit frere du Roy d'Arragon
et de la Princesse Delmire ? Je suis
prête à justifier le contraire , lui repon-
» dit Théodore. Ces mots et la fermeté
avec laquelle ils furent prononcez , em-
» pêcherent D. Rodrigue de l'accabler de
reproches , dont il se seroit repenti.
Finissons. Théodore convint de tout
ce que D. Alvar avoit revelé ; mais elle
déclara ce qui n'étoit pas venu à la connoissance de ce sage Vieillard. Le fils
supposé que D. Alphonse avoit donné à
D. Pedro étant mort , D. Pedro en substitua un autre en sa place sous le nom
de Rodrigue ; il avoit eu ce dernier de
Théodore , qui pour garantir la verité
de ce qu'elle avançoit , produisit un Acte
revêty
A OUS T. 1732. 1705
revêtu de toutes les formalitez et signé
de la main de D. Alphonse même. Par
cet Acte D.Pedro reconnoissoit Théodore
pour son Epouse et le fruit de lent hymen pour le legitime heritier de la Couronne de Valence. Ce dernier éclaircissement remit le calme dans tous les
cœurs ; et le double Mariage fut celebré
dès le lendemain , à la vûë des deux Peuples dont il devoit faire le bonheur.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire DU PRINCE JALOUX.
Le texte relate les péripéties de Rodrigue et Delmire, marquées par la jalousie et les malentendus. Rodrigue, tourmenté par la jalousie, se rend auprès de Delmire après avoir trouvé une lettre équivoque. Delmire, accablée de douleur, accuse Rodrigue de l'avoir soupçonnée injustement. Rodrigue, conscient de son erreur, implore son pardon. Delmire, bien que blessée, accepte de lui pardonner, mais exprime ses craintes quant à la récurrence de sa jalousie. Rodrigue promet de changer, mais sa promesse est rapidement mise à l'épreuve. Don Pedro, frère de Delmire, se déguise pour vérifier la fidélité de Delmire et de Rodrigue. Rodrigue, informé par Octave, un confident, surprend Don Pedro dans l'appartement de Delmire. Dans un accès de jalousie, Rodrigue s'apprête à tuer Don Pedro, mais Delmire s'interpose. Don Pedro révèle alors son identité et explique son déguisement. Rodrigue, repentant, demande pardon. Don Pedro, touché par la sincérité de Rodrigue, accepte de pardonner et décide d'accélérer l'union entre Rodrigue et Delmire. Plus tard, la Duchesse du Tirol, amie de Delmire, arrive et écrit une lettre à Delmire, qui est interceptée par Rodrigue. Cette lettre, mal interprétée, ravive la jalousie de Rodrigue, le plongeant à nouveau dans le doute et la suspicion. Rodrigue, agité par un trouble, se rend dans la galerie où il avait vécu une scène précédente avec Delmire et le roi d'Aragon. Il entend des rires provenant de la chambre de Delmire, ce qui le pousse à observer à travers la serrure. Il découvre Delmire dans les bras d'un jeune cavalier, ce qui le plonge dans une fureur jalouse. Il frappe à la porte et, après avoir été introduit, accuse Delmire d'infidélité. Delmire, gardant son calme, lui explique qu'il a mal interprété la scène et lui propose de choisir entre la croire sur parole ou la perdre à jamais. Rodrigue, aveuglé par sa jalousie, insiste pour qu'elle se justifie. Delmire appelle alors son frère, le roi, qui révèle que le cavalier est en réalité la duchesse de Tirol, Bélize, déguisée. Rodrigue, pris de désespoir, décide de se suicider, mais Delmire l'en empêche et lui jure de l'aimer malgré son comportement. Ils finissent par se marier secrètement. Le lendemain, un serviteur de Delmire, Alvar, arrive et menace de révéler le mariage, espérant ainsi le rompre. Don Alvar informe la princesse Delmire que Don Rodrigue, qu'elle doit épouser, est en réalité son frère. Il explique que le roi Ferdinand de Valence, ami du roi Alphonse d'Aragon, avait demandé à Alphonse de lui donner l'enfant que la reine d'Aragon portait, car Ferdinand n'avait pas d'héritier. L'enfant, un garçon, fut présenté comme mort-né et donné à Ferdinand, qui le nomma Rodrigue. Delmire, horrifiée, décide de fuir mais est interceptée par Rodrigue, qui ne croit pas à sa culpabilité. Après des révélations supplémentaires, il s'avère que Théodore, une servante, avait substitué un autre enfant à celui de Pedro, fils de la reine d'Aragon. Théodore produit un acte confirmant ces faits. Finalement, le double mariage est célébré, apportant le bonheur aux deux peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
86
p. 2692-2696
ESPAGNE.
Début :
Le 7. Novembre, on fit partir de Barcelone un Convoy de 25 Bâtimens de transport, [...]
Mots clefs :
Espagne, Convoi, Lettres, Oran, Ceuta, Marquis de Santa Cruz
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
E7. Novembre , on fit partir de Barcelone
un Convoy de 25 Bâtimens de transport ,
escortés par le Vaisseau de Guerre le S. François , sur lesquels on avoit embarqué quatre Bataillons et 800. Grenadiers des Régimens des
Gardes Espagnols et Walones.
Le 10. ce Convoy passa à la hauteur d'Alicante , où il fut joint par les Vaisseaux de Guer- re de Malte , dont on a déja parlé , et par quatre
Vaisseaux de Guerre du Roi , qui n'ayant
pú doubler le Cap Palos , à cause des vents contraires , étoient entrés dans le Port d'Alicante.
Ces quatre Vaisseaux ont à bord un Bataillon du
Régiment d'Arragon , et 9. Compagnies du Régiment d'Ultonia , Infanterie ; on a appris depuis que ce Convoy est arrivé à Oran , dont la
Garnison , au moyen de ce renfort , est compo
sée présentement de 20 Bataillons et de 2 Compagnies de Grenadiers , dont celles des Régimens
des Gardes Espagnoles et Walonnes sont de cent hommes chacune.
Des Lettres écrites depuis portent que le
Gouverneur du Château de Sainte Croix s'étant
apperçu que les Maures travailloient dans un
Valon au pied de ce Château , avoit fait la nuit du 11 au 12 de Novembre une sortie de deux
Compagnies de Grenadiers et de quelques Tra
vailleurs qui les attaquerent et en tuerent un
grand nombre ; qu'on avoit reconnu alors
qu'ils avoient ouvert deux Mines au pied de ce
Fort , mais qu'il leur étoit impossible d'en tirer
aucun avantage , parce qu'il y avoit de ce côté-là
un Rocher d'une dureté impénétrable ; que les
1.Vol.
Maures
DECEMBRE. 1732. 2693
Maures qui avoient pris d'abord la fuite , étoient
revenus en plus grand nombre , et qu'ils avoient
attaqué les Grenadiers dans leur Retraite ; mais
que le feu du Fort les avoit obligez de se retirer
après avoir perdu plus de 400 hommes ; que les
Espagnols n'avoient eu que cinq Soldats de tuez dans cette sortie.
Ces Lettres ajoûtent que quelques déserteurs
Maures avoient rapporté que le nommé Lazarin ,
homme riche et puissant dans le pays , dont les
Terres étoient situées aux environs de Mostagan , à 14 lieues d'Oran , s'étoit retiré avec tous
ses effets et bestiaux , pour ne pas être exposé
aux cruautez de Bigotillo , l'un des Generaux
des Maures , et qu'en faveur des Chrétiens , il
avoit levé des Soldats Maures avec lesquels il
avoit enlevé une partie des Troupeaux de Bigotillo , et les avoit emmené dans des Terres éloignées , où il s'étoit retranché pour se deffendre
et conserver sa prise.
D'autres nouvelles reçues d'Oran portent , que
le 21 Novembre au matin , le Gouverneur de
Cette Ville avoit fait une sortie de 10000. hom
mes , qu'il avoit attaqué en même tems les
Turcs et les Maures dans leurs Tranchées ; qu'il
les avoit obligez de prendre la fuite après quelque résistance ; qu'il les avoit poursuivis plus
d'une fieue , et que la Garnison étoit rentrée dans la Place.
On a appris par des Lettres anterieures , qu'u
ne Compagnie de Grenadiers du Régiment de Cantabria , qui étoit dans un poste avancé , l'avoit abandonné sans qu'on sçut ce qui l'y avoit
obligé ; que quelques jours après , cette Compa
gnie se trouvant dans le même poste les ennemis étoient venus l'insulter , que le Lieutenant I. Vol. Hiiij s'é-
2894 MERCURE DE FRANCE
s'étoit avancé à la tête de 20 Grenadiers , la
bayonnette au bout du fusil , malgré les ordres
du Capitaine , qui le trai.oit de téméraire ; que
ce Lieutenant lui ayant répondu qu'il vouloit
faire voir que ce n'avoit point été par faute de
courage qu'on avoit fait la retraite des jours précédens , le Capitaine avoit marché avec toute
la Compagnie que Don François d'Araona Commandant du Château de Sainte Croix , et
du second Bataillon du même Régiment , avoit
joint cette Compagnie , qu'ils avoient attaqué
les Maures avec tant de valeur , qu'après leur
avoir tué plus de 200. hommes , ils les avoient Contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Les dernieres Lettres reçûës portent , que dans
la sortie que le Marquis de Santa Cruz fit faire
le 21 de Novembre , il avoit fait attaquertous les
Postes occupez par les Turcs et les Maures , et
que s'étant apperçu qu'un Détachement des
Troupes Espagnoles avoit été coupé par un
Corps de Cavalerie Maure , et qu'il étoit en
danger d'être taillé en piéces , il étoit sorti de la Place à la tête d'un autre détachement pour le
secourir , qu'il avoit obligé ce Corps de Cavalerie à prendre la fuite ; qu'en même- tems les autres Troupes Espagnoles avoient chassé les
Maures de tous leurs quartiers ; que le Marquis
de Santa-Crux , Capitaine General´et Gouverneur d'Oran , le Marquis de Valdecanas , Brigadier des Armées du Roi , et le Colonel Don Joseph Pinel , ayant eu le malheur d'être tuez dans
ces differentes attaques , et que d'ailleurs ces
Troupes étant extrêmement fatiguées , elles
étoient rentrées dans la Place vers les cinq heures après midi : que le 23 , l'Officier qui commandoit dans Oran ,à la place du Marquis de
I. Vol Santa
DECEMBRE. 1722. 2695
1
Santa- Cruz , avoit fait une seconde sortie genezale , et qu'ayant attaqué en même- tems tous
les quartiers des Maures , il les en avoit chassés;
qu'on comptoit qu'ils avoient perdu plus de
Ioooo. hommes dans ces deux actions ; que les
Maures ayant passé les Montagues , n'avoient
pas reparu depuis le23.et que les détachemens de
Cavalerie qu'on avoit envoyés à la découverte
n'en avoient pû apprendre aucunes nouvelles.
Ces derniers avis ajoûtent , que du côté des
Espagnols il y avoit environ 600. hommes de
tuez , et près de 1500 blessez ; que les Troupes
Espagnoles qui sont encore à Oran montoient à
13000. hommes , et qu'une partie étoit actuellément campée hors de la Place dans le Camp
que les Turcs et les Maures occupoient , qu'elles
en avoient brûlé les barraques et détruit les
Fortins qu'ils avoient construits et élevez autour de ce Camp , et que quelques recherches
qu'on eut faites , on n'avoit encore pû trouver
le corps du Marquis de Santa- Cruz.
On mande de Seville , que le Marquis de
Villadarias , Lieutenant General des Armées du
Roi , que S. M. vient de nommer pour commander en Chef à Oran , à la place du Marquis de Santa- Cruz , doit s'y rendre incessam
ment.
On écrit de Ceuta que le 14 du mois dernier il étoit venu du côté de Tetuan un Corps de Troupes de 4000. hommes d'Infanterie , et de
4000. de Cavalerie , que le même jour le Gouverneur de Ceuta avoit fait une sortie qui avoit
mis toutes ces nouvelles Troupes en fuite ; les
mêmes Lettres portent que les Noirs de Miquenez s'étoient soulevez , et qu'ils avoient proclamé Roi un frere du Roi régnant , lequel s'étoi mis à leur tête,
I. Vole Hv D'au
2696 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent que l'Armée du Roi
de Maroc se tenoit encore à plus d'une lieuë de
Ceuta sans oser rien entreprendre ; que le Gou- verneur voulant connoître sûrement l'état de cette Armée , avoit fait embarquer le 15 de Novembre so hommes qui avoient mis pied à terre
le 20 dans une plage où ils s'étoient cachez
derriere un Rocher ; que le 21 au matin huit
Maures armez s'étant approchez de ce Rocher
les Espagnols en avoient tué trois et fait deux
autres prisonniers que le bruit de la Mousquete- rie avoit attiré les Maures de ce côté là , mais
que les Espagnols avoient eu le tems de se rembarquer avec leurs prisonniers , desquels on avoit
appris qu'il n'y avoit dans le Camp des Maures
que 4000. hommes d'Infanterie et 1500. de
Cavalerie.
E7. Novembre , on fit partir de Barcelone
un Convoy de 25 Bâtimens de transport ,
escortés par le Vaisseau de Guerre le S. François , sur lesquels on avoit embarqué quatre Bataillons et 800. Grenadiers des Régimens des
Gardes Espagnols et Walones.
Le 10. ce Convoy passa à la hauteur d'Alicante , où il fut joint par les Vaisseaux de Guer- re de Malte , dont on a déja parlé , et par quatre
Vaisseaux de Guerre du Roi , qui n'ayant
pú doubler le Cap Palos , à cause des vents contraires , étoient entrés dans le Port d'Alicante.
Ces quatre Vaisseaux ont à bord un Bataillon du
Régiment d'Arragon , et 9. Compagnies du Régiment d'Ultonia , Infanterie ; on a appris depuis que ce Convoy est arrivé à Oran , dont la
Garnison , au moyen de ce renfort , est compo
sée présentement de 20 Bataillons et de 2 Compagnies de Grenadiers , dont celles des Régimens
des Gardes Espagnoles et Walonnes sont de cent hommes chacune.
Des Lettres écrites depuis portent que le
Gouverneur du Château de Sainte Croix s'étant
apperçu que les Maures travailloient dans un
Valon au pied de ce Château , avoit fait la nuit du 11 au 12 de Novembre une sortie de deux
Compagnies de Grenadiers et de quelques Tra
vailleurs qui les attaquerent et en tuerent un
grand nombre ; qu'on avoit reconnu alors
qu'ils avoient ouvert deux Mines au pied de ce
Fort , mais qu'il leur étoit impossible d'en tirer
aucun avantage , parce qu'il y avoit de ce côté-là
un Rocher d'une dureté impénétrable ; que les
1.Vol.
Maures
DECEMBRE. 1732. 2693
Maures qui avoient pris d'abord la fuite , étoient
revenus en plus grand nombre , et qu'ils avoient
attaqué les Grenadiers dans leur Retraite ; mais
que le feu du Fort les avoit obligez de se retirer
après avoir perdu plus de 400 hommes ; que les
Espagnols n'avoient eu que cinq Soldats de tuez dans cette sortie.
Ces Lettres ajoûtent que quelques déserteurs
Maures avoient rapporté que le nommé Lazarin ,
homme riche et puissant dans le pays , dont les
Terres étoient situées aux environs de Mostagan , à 14 lieues d'Oran , s'étoit retiré avec tous
ses effets et bestiaux , pour ne pas être exposé
aux cruautez de Bigotillo , l'un des Generaux
des Maures , et qu'en faveur des Chrétiens , il
avoit levé des Soldats Maures avec lesquels il
avoit enlevé une partie des Troupeaux de Bigotillo , et les avoit emmené dans des Terres éloignées , où il s'étoit retranché pour se deffendre
et conserver sa prise.
D'autres nouvelles reçues d'Oran portent , que
le 21 Novembre au matin , le Gouverneur de
Cette Ville avoit fait une sortie de 10000. hom
mes , qu'il avoit attaqué en même tems les
Turcs et les Maures dans leurs Tranchées ; qu'il
les avoit obligez de prendre la fuite après quelque résistance ; qu'il les avoit poursuivis plus
d'une fieue , et que la Garnison étoit rentrée dans la Place.
On a appris par des Lettres anterieures , qu'u
ne Compagnie de Grenadiers du Régiment de Cantabria , qui étoit dans un poste avancé , l'avoit abandonné sans qu'on sçut ce qui l'y avoit
obligé ; que quelques jours après , cette Compa
gnie se trouvant dans le même poste les ennemis étoient venus l'insulter , que le Lieutenant I. Vol. Hiiij s'é-
2894 MERCURE DE FRANCE
s'étoit avancé à la tête de 20 Grenadiers , la
bayonnette au bout du fusil , malgré les ordres
du Capitaine , qui le trai.oit de téméraire ; que
ce Lieutenant lui ayant répondu qu'il vouloit
faire voir que ce n'avoit point été par faute de
courage qu'on avoit fait la retraite des jours précédens , le Capitaine avoit marché avec toute
la Compagnie que Don François d'Araona Commandant du Château de Sainte Croix , et
du second Bataillon du même Régiment , avoit
joint cette Compagnie , qu'ils avoient attaqué
les Maures avec tant de valeur , qu'après leur
avoir tué plus de 200. hommes , ils les avoient Contraints de rentrer dans leurs tranchées.
Les dernieres Lettres reçûës portent , que dans
la sortie que le Marquis de Santa Cruz fit faire
le 21 de Novembre , il avoit fait attaquertous les
Postes occupez par les Turcs et les Maures , et
que s'étant apperçu qu'un Détachement des
Troupes Espagnoles avoit été coupé par un
Corps de Cavalerie Maure , et qu'il étoit en
danger d'être taillé en piéces , il étoit sorti de la Place à la tête d'un autre détachement pour le
secourir , qu'il avoit obligé ce Corps de Cavalerie à prendre la fuite ; qu'en même- tems les autres Troupes Espagnoles avoient chassé les
Maures de tous leurs quartiers ; que le Marquis
de Santa-Crux , Capitaine General´et Gouverneur d'Oran , le Marquis de Valdecanas , Brigadier des Armées du Roi , et le Colonel Don Joseph Pinel , ayant eu le malheur d'être tuez dans
ces differentes attaques , et que d'ailleurs ces
Troupes étant extrêmement fatiguées , elles
étoient rentrées dans la Place vers les cinq heures après midi : que le 23 , l'Officier qui commandoit dans Oran ,à la place du Marquis de
I. Vol Santa
DECEMBRE. 1722. 2695
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Santa- Cruz , avoit fait une seconde sortie genezale , et qu'ayant attaqué en même- tems tous
les quartiers des Maures , il les en avoit chassés;
qu'on comptoit qu'ils avoient perdu plus de
Ioooo. hommes dans ces deux actions ; que les
Maures ayant passé les Montagues , n'avoient
pas reparu depuis le23.et que les détachemens de
Cavalerie qu'on avoit envoyés à la découverte
n'en avoient pû apprendre aucunes nouvelles.
Ces derniers avis ajoûtent , que du côté des
Espagnols il y avoit environ 600. hommes de
tuez , et près de 1500 blessez ; que les Troupes
Espagnoles qui sont encore à Oran montoient à
13000. hommes , et qu'une partie étoit actuellément campée hors de la Place dans le Camp
que les Turcs et les Maures occupoient , qu'elles
en avoient brûlé les barraques et détruit les
Fortins qu'ils avoient construits et élevez autour de ce Camp , et que quelques recherches
qu'on eut faites , on n'avoit encore pû trouver
le corps du Marquis de Santa- Cruz.
On mande de Seville , que le Marquis de
Villadarias , Lieutenant General des Armées du
Roi , que S. M. vient de nommer pour commander en Chef à Oran , à la place du Marquis de Santa- Cruz , doit s'y rendre incessam
ment.
On écrit de Ceuta que le 14 du mois dernier il étoit venu du côté de Tetuan un Corps de Troupes de 4000. hommes d'Infanterie , et de
4000. de Cavalerie , que le même jour le Gouverneur de Ceuta avoit fait une sortie qui avoit
mis toutes ces nouvelles Troupes en fuite ; les
mêmes Lettres portent que les Noirs de Miquenez s'étoient soulevez , et qu'ils avoient proclamé Roi un frere du Roi régnant , lequel s'étoi mis à leur tête,
I. Vole Hv D'au
2696 MERCURE DE FRANCE
D'autres Lettres portent que l'Armée du Roi
de Maroc se tenoit encore à plus d'une lieuë de
Ceuta sans oser rien entreprendre ; que le Gou- verneur voulant connoître sûrement l'état de cette Armée , avoit fait embarquer le 15 de Novembre so hommes qui avoient mis pied à terre
le 20 dans une plage où ils s'étoient cachez
derriere un Rocher ; que le 21 au matin huit
Maures armez s'étant approchez de ce Rocher
les Espagnols en avoient tué trois et fait deux
autres prisonniers que le bruit de la Mousquete- rie avoit attiré les Maures de ce côté là , mais
que les Espagnols avoient eu le tems de se rembarquer avec leurs prisonniers , desquels on avoit
appris qu'il n'y avoit dans le Camp des Maures
que 4000. hommes d'Infanterie et 1500. de
Cavalerie.
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Résumé : ESPAGNE.
En novembre 1732, un convoi de 25 bâtiments de transport, escorté par le vaisseau de guerre le Saint-François, quitta Barcelone avec quatre bataillons et 800 grenadiers des régiments des Gardes Espagnols et Wallons. Le 10 novembre, près d'Alicante, le convoi fut rejoint par des vaisseaux de Malte et quatre vaisseaux royaux transportant un bataillon du régiment d'Aragon et neuf compagnies du régiment d'Ultonia. Le convoi arriva à Oran, renforçant la garnison qui compta alors 20 bataillons et 2 compagnies de grenadiers. Le 11 novembre, le gouverneur du château de Sainte-Croix attaqua des Maures dans un vallon. Les Maures, bien que repoussés, avaient tenté de miner le fort sans succès. Lors de leur retraite, les grenadiers espagnols subirent des pertes, avec cinq soldats tués. Des déserteurs maures rapportèrent que Lazarin, un homme influent, s'était retiré pour échapper aux cruautés de Bigotillo, un général maure, et levait des soldats pour attaquer les troupeaux de ce dernier. Le 21 novembre, le gouverneur d'Oran mena une sortie avec 10 000 hommes contre les Turcs et les Maures dans leurs tranchées. Après une résistance, les ennemis furent repoussés et poursuivis sur plus d'une lieue. Lors de cette sortie, le marquis de Santa Cruz, capitaine général et gouverneur d'Oran, ainsi que le marquis de Valdecanas et le colonel Don Joseph Pinel furent tués. Les troupes espagnoles, fatiguées, rentrèrent dans la place. Le 23 novembre, une seconde sortie chassa les Maures de leurs quartiers, qui se retirèrent dans les montagnes après avoir perdu plus de 1 000 hommes. Du côté espagnol, environ 600 hommes furent tués et près de 1 500 blessés. Les troupes espagnoles à Oran totalisaient 13 000 hommes, une partie campant hors de la place. Le marquis de Villadarias fut nommé pour remplacer le marquis de Santa Cruz. À Ceuta, une sortie contre 4 000 hommes d'infanterie et 4 000 de cavalerie maures mit ces troupes en fuite. Les Noirs de Miknez se soulevèrent et proclamèrent un frère du roi régnant comme leur roi. L'armée du roi de Maroc, bien que présente, n'osa pas entreprendre d'action. Des espions espagnols confirmèrent la présence de 4 000 hommes d'infanterie et 1 500 de cavalerie dans le camp maure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 22-34
LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
Début :
Vous avez donc lû, Madame, le Spectacle de la Nature ? Ce que vous [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Dialogues, Vérité, Critiques, Poème dramatique, Pièces de théâtre, Jeunes gens, Silence, Personnages, Lettres, Savants, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
L E TTR écrire à une Dame de Province,
au sujet dard, Critique du Spectacle de
la Nature, par le R 1’. G rMinime,
inserée dans le Mercure de F rance du
mai: de Novembre dernier.
Ous avezhclonc lû , Madame , le
Spectacle de la Nature? Ce que vous
A m’cn avez écrit , me fait connoxtre qu’en
-. ' ' - Provincq
.‘ 'J
JANVIER. ‘I753. ‘a;
Ÿrovince comme à Paris , il trouve des
Apologistes et des Critiques, et que le
nombre des premiers y est , comme ici ,
le plus grand. Ce que les autres trou
vent à redire dans cet Ouvrage , ne porte
et ne peut porter aucune atteinte à son
mérite. Les sujets y sont traitez avec‘ tant
de gtace et de solidité , que les plus dif
‘ficiles sont obligez d'avouer que ce ne
peut être que la production d’un habile
‘homme. Ce seroit peu que ce Livre n’eût.
d’autres avantages que les beautez de la
Langue, et qu'il ne présenxât à l'esprit
qu'une vaine recherche de choses qui
dans le fond nous interessent peu: il y
a, on le peut dire, un vrai profit, je
‘ne dis pas à le" lire , mais à l'étudier.
L’Auteur ne s’est pas contenté d‘y t'as
sembler tout ce qui est le plus capabe de
ïpicqucr la curiosité , il s’est aussi appli
‘qué à nous faire comprendre Pusage qu'on
en doit faire, et à prescrire les bornes
qu’elle doit avoir. -
Qlelque bonne idée, dites vous, que
vous en ayez , et quelque excellv nt que
cet Ouvrage vous ait paiû et vous pa
roisse encore, vous rie-pouvez» vous em
' “cher de vous rendre aux raisons du
. P. G. Minime, dont la Lettre Criti
z _ que est , au ‘jugement de plusicgurs. ,' fort
" " ' ‘ judicieuse
'14 MERCURE DE FRANCE
judicieuse. Il est vrai que d’abord on est
frappé de ce u’il dit; mais si on y
prend bien garde , c’est que son stile aisé
et insinuant fait recevoir pour bon tout
ce qui, éxauniné de près , paroît tout
autrement. Je vous exposerai, si vous
voulez bien me le permettre , quelques
réflexions que j'ai Faites sur cette Lettre,
et je serai assez témeraire pour hazarder
de dire librement ce que j'en pense. Je
ne Pentteprcnds que parce que FAuteur
du Spectacle de la Nature a résolu de ne
I
, as re ondre.
P ~,UP I O d l du .
u 1l me soit permis e e 1re. nos
Sçavans ne devroient pas affecter tant
dîndifference pour les Critiques que l’on
fait de leurs Ouvrages. Il y en a,sans
doute , qui ne méritent pas dattention.
I.e faux et l'absurde qui y domine, les
détruit assez, et le meilleur moyen de
réfuter les Auteurs de ces Critiques , est
de garder le silence en les laissant s’ap
plaudir d'un triomphe imaginaire. Mais
qu’en confonde les bonnes Critiques avec
les mauvaises, c’est ce qui ne peut être
qu’injuste,et même , si je l’ose dire , peu
conforme à la charité.
L‘Amo.ur de la paix ne peut être 1e
"principe d’une t lle conduite , et quand
Vil seroit vrai , personne ne s'en persuade
a
J A N VI E R.’ I753.‘ a‘;
"t'a. Les uns prendront le silence d"un Au
teur censuré pour un mépris , et les autres
pourun aveu de ses erreurs; ce qui me
paroi‘: égalemïtt dangereux. A quoi ne
s’emportent pas ceux qui se croyent mé-‘
Prisez E OEe d’invectives de leur partÊ
souvent dans des Ecrits publics. Que de
termes peu mesurez! Et, le dirai je ? que
dïnjures débitées avec amphase et d'une
maniere siindigne du Christianisme! mais
cela n’est propre qu’à ceux qui se croyent
mêprisez. Qie ne disent et que ne pensent
pas ceux qui ont connoissance et de l’Ou—
vrage et de sa Critique? ils se laissent fa-a
cilement emporter â de vains. discours,
delà à la médisance et insensiblement-à la
calomnie. _
Ceux qui au contraire ont assez de va-Î
nité pour regarder le silence d’un Auteur
contre lequel ils auront écrit , comme
un aveu des fautes qu’ils prétendront avoir
relevées , ceux-là , dis- je , ne tardent:
gueres de s’enhardir à quelque chose de
plus , ils se familiarisent avec leurs prê
jugez , et y entraînent les simples et les
ignorans; enfin ils se croyent de grands
génies, et cette erreur dont on ne tra
vaille pas â les désabuser , les engage à
deshonorer la République des Lettres par
des fratras de\ Livres qui ne contiennent
le plus souvent que des mots:
f2? MERCURE DE FRANCE
z On me dira que de véritables Chrétiens
ne tomberont jamais dans l’un ni dans
_1’autre de ces excès. Il est vrai: mais peut
_on se flatter qu’en n'a affaire qu‘à de tol
les gens e Tout un PubliÊnÆst-"il päs té-'
moin de ce qui se passe , et entte-t-il dans
des vuës si justes et si saintes? 1l est né:
cessaire de lui faire connoitre la vérité soie
en avoiiant ses fautes de bonne foi , soit
en réfutant sans aigreur ce qui est injuse
tement censuré. Pardonnezomoi , Maclay-Ï
_me , cette petite disgression , je reviens
à la lettre du R. P. G.
_ Je ne puis y souffrir les équivoques de
Ioäanges et de blâme qui y regnent. (Lie!
est le but de la Critique , si ce n’est de
faire connoîtrc la vérité et de combattre
_lc Faux? Dira-t-on que c’est remplir cc
but, lotsqu’on ne ÿexplique que d’une
maniere équivoque? Il faut, et surtout
dans la Satyre , ÿexpliquer nettement , et
ne point aller chercher du mistcre où il n’y
en a point. C’est abuser de la Critique ,‘
que de ne la pas faire servir à montrer la.
-verité dans tout son jour , et à ne la faire
appercevoir qu'au travers d’une fausse
lueur, ou même d’une épaisse obscurité.
Le R. P. G. auroit pu-temperer quelques
‘termes qui sonnent mal, mais sans doute
il a agi de bonne foi. Il ne fam pas lui
prem’
JANVIE RA.‘ 17332-17
prctcr trop de malice; cela sera échappe’ à
son attention, et il n’aura pas manqué de
se condamner le remier là-dessus.
Bien difierent e vous , Madame ,le R.‘
P. trouve les Dialogues du Spectacle de la
nature froids et languissanrs 5 la raison
qu’il‘cn donne, c'est que les Interlocu
teurs ne lui plaisent pas , parce qu’ils lui
sont inconnus. Il voudroit qu'au lieu de
ceux-ci , on eut fait parler un Dcscartes ,
un Rohault, un P. Malebranchc, 85e. Il
veut prouver son sentiment par l’exem
pie du Poëme Dramatique, et il seroit d'a
vis que, comme dans celui-ci , on n’in-‘
troduisit dans le Dialogue que des homà
mes célebres Je serois tenté de croire que
le R.. P. G. ne cormoît pas bien la nature
ni du Dialogue ni du Poëme Dramatique.‘
Il est vrai qu’on ne perd rien à ignorer
celui-ci et qu’un bon Religieux n’en doit
prepdreconnoissanccqueäpour être mieux
en etat de faire senrirJe anger des SPCC!
taeles. Mais il fandroit être plus circons
pect sur ce qu'on avance. Comparer le
Dialogue au PoëmeDramatique , des:
comparer un sim le appartement à un
grand Palais‘, et ire qu’on_ peut se for
mer la même idée de cet Appartement
que de tout le Palais cl’ont il n’esr qu’une
très-petite partie: sur ce pied un Palais
‘ CI
O
'23 MER CURE DE FRANCE
en contiendroit une centaine d’aurres ,
comme un Poëme Dramatique renferme
roqir en luièmême trente ou quarante au
tres Poëmes Dramatiques , puisque toutes
les Scenes sont presque toujours autant '
de Dialogues, il est inutile dînsisrer sur:
le faux de cette comparaison , il se fait
assez sentir de lui même. Je remarquerai
seulement que les Dialogues sont suscepÂ
Iibles du grand et du merveilleux; ce
pendant le R. P. G. semblene mettre de
difïerence entre les Pièces de Thèarrè et
l'es Dialogues qu’en ce que lcs sujets de
ceux cl sont plus paisibles et plus rran-.
quilès que ceux quioccupenr no‘; Thèarres.
Il cuOEsoit du témoignage et de Pexem
le de Ciccrompour‘ llcur moyen dïnrerespsreroulveesrleqcuteeulres mdeainls
un Dialogue èroit de nefaire parler que
de ‘grands hommes qui se fussent rendus
fameux dans les Sciences sur lesquelles on
veut discourir. Le R. P. G. auroir pu
employer de bonnes raisons pour assurer
son sentiment, plutosr que d’allcr cheræ
cher dans I-Iorace des passages qui ne re
äardentque les Pièces de Théarre. Je veux
ien pour un moment qu’il n'y air point
de diflërence ( quant au fond) entre le
Poëme Dramatique et: le Dialogue. Alors
si des Pièces de Thèarre ont eu un grand
succès
JANVIE RJ17”. 2’
"succès , quoique le fonds et les personna
ges soient de pures fictions, il faut con
venir que des Dialogues dont le sujet est
important , mais dont les interlocuteurs
«sont imaginez , peuvent et avec plus de.
raison que ces Pieces , être du goût des
Sçavans. Or presque toutes les Coméq
dies n’ont d’autre fonds que la fiction
et d'autres personnages que des noms en
l'ait. .
Je ne veux pour preuve de ceci ue
les Comedies de Terence; elles ont ait
tadmiration de tous les siecles et sont en
core aujourdbui les délices des amateurs
des Belles-Lettres. Cependant comment
connoîtuon les personnages qui y jouent
leurs rôles? quel est leur Pays ‘.7 quelles
sont leurs grandes actions P ou dira-fion
que ces Pieccs si parfaites, ne sont pas
es Poëmes Dramatiques?
Le précepte d’Horace de nîmroduire
sur la Scene que des Heros connus , ne re-u.
garde que le Tragique. Encore ce Poëre ne‘
dit-il pas qu’on ne puisse passer outre,
et la manierc dont il le propose est plu
_tôt un conseil qu'une reglc dont la pra.
tique soit absolument necessaire. Ccst ce
pendant â la Comedie plutôt qug 1a T,"
êdie , que le R. P, G. compare le Dia-ç
Îogue. Pourquoi donc citer Horaçe O _
. » n
3e MERCURE DE FRANCE
Ou accordera que le Dialogue feroit
Plus d’impression sur l’esprit des Lec
teurs si on n’y faisoit parler que des
rands hommes. Mais quoi 2 ne tiendra
‘t’il ’à l l l b h d ï
qu eut mettre (ans a ouc e es
discours qu’ils ont peut-être bien tenus
à quelques Particuliers , mais qui ne sont
peut-être jamais entrez ni dans leurs con
versations ni dans leurs disputes? Qïon
ne s’y trompe pas , les Dialogues de Ci
ceron ne sont pas tout-Êt-fait de l’ima
gination de ce sçavant Orateur; il n’a.a
fait dire à ses Interlocuteurs que ce qu’ils
avoienr dit entre eux 5 il est vrai qu'il a
poli leurs discours et que même il y a mis
du sien ; mais le fond est réel 3 ce qui est
nécessaire pour conserver la vrai-sem
blance. .
On peut dire la même chose de Platon.
Ces deux Auteûrs qu’en peut regarder
comme les plus sages et les plus éclairez
de PAntiquitÉ Payenne, nous ont laissé"
dans leurs Dialogues des Chefs-d'oeuvres
de l’Art. Mais ils ne sont faits que pour
"des hommes dont le jugement est formé.
Ces Dialogues s, tout beaux qu’ils sont ,
_ne pourroient, entre les mains de jeu;
nes gens , que leur causer du dégoût et
de l'ennui; tandis que je suis persuadé
que l'es‘ Entretiens ‘du Spectacle de la N44
‘ mm
J V Ï E R. I73;. 31;
mm les charmeront et ne les lasserone
iamais. Cependant les Interlocuteurs de
ces derniers sont deo personnages ima
ginez et ceux des autres sont des homo.
.mes de la plus haute réputation. Et qui
de ce catactere le R. P. G. auroit-il voulu
qu’on fit parler dans les Dialogues du
Spectacle de la Nature? M" Descartes ,
Gassendi , Rohault, Régis , «Sec? C’eûc
été sans doute un plaisant spectacle de
voir ces esprits sublimes , tout pleins de
‘grands objets qu’ils venoient de méditer,
en‘ venir tout d’un coup aux prises les
uns apec les autres sur un Insecte , un
Coquillage , un Poisson , un Oiseau , ôcc.‘
Voilà cependantce qui auroir été du goût
du R. P. Ne pourrdit-on pas lui deman
der s’il y a bien pensé ?
De plus , que fairedire 5. ces grandi
hommes sur des matieres ausquelles ils
ne se sont peut-être jamais arrêtés. Ou il
eût fallu les faire parler en Philosophes,
et‘ alors les jeunes gens pour qui prin
cipalempnt l’Ouvrage dont il s'agir a été
compose,.n’y ourroienratteindre; ou il
eût fallu les aire entrer clairs un Petit
détail de choses qui ne pouvoient être
nouvelles ni aux uns ni aux autres, ce
qui‘ ne seroit plus soutenir leurs carac
teres. Pourquoi le R. P. G. voudroit-il
a {IONS
‘g: MERCURE DE FRANCE
nous persuader qu’un jeune homme â la
{leur de son âge , soit inca able de Par
tention qu’il faut apporter a des Confeq
rences reglées, sur tout lorsque la ma
tiere qu’on y traite est curieuse , agréable
et‘ interessante i‘ Il n’est que trop vrai ;
les jeunes gens de condition sont pou:
‘la plupart ennemis de toute application
d'esprit à ce qui regarde la Religion e:
les Belles-Lettres, et c’est ce qu'on ne
peut trop déplorer. Mais aussi n’y a t’il
pas toûjours de ces heureux génies qui
se portent au bien dès leur jeunesse , _el:
qui saisissent avidement tout ce qu’ils
çroyent pouvoir contribuer à les‘ rendre
meilleurs? ne peut-on pas en supposer
cun pareil? ' v
Je ne sçai ce qui peut faire paroîtrc
méprlsables au R. P. les petits traits de
morale ré andus dans les Entretiens dont
il s’agit. c prétendu defiaut qu’on re
proche encore à un homme recomman
dable par sa pieté et par sa science , s'é
Vanoüitoit bien-tôt; si on pensoit une
bonne fois ue c’est pour jeunesse quclil écrigaussi-bl’iiennsqtruuectli’oAnudteeulra
du Spectacle d: la Nature. Les jeunes gens
font rarement refléxion sur ce qu'ils lisent,
ce qui fait qu’ils ne retirent aucun fruit de
routes leurs lecturesll est donc important
de
, JANVIER. 1733.‘ 5;!
de les accoûtumer de bonne heure à peu;
9er et à tirer d’utilcs leçons de tout ce
qui‘ passe devant leurs yeux. Je veux
bien que dans une Histoire composée
pourjdes Sçavans , on se d_ispense de met.
tre des Refléxions morales un peu éten
duës; mais on ne doit pas blâmer ceux
qui ppur Putilité des jeunes gens, ju,
genra propos d’en ‘user autrement. Si
tant de personnes s’élev_cnt contre cette
pratique-fil faut en convenir, des: que lfa.
mour propre n’y trouve pas son compte.
Une verité qu’on lui montre au doigt, lui
déplaît; il voudroit toujours avoir la satis
factionde l’appercevoir le premienCcst de
tous les ‘vices le plus dominant dans l’hom-,
me et le’ plus injurieux àlaMajesté divine;
dedesr cependant- celui qu’on‘ fomente
avec le plus d’ardeur , au lieu de tâcher
de le réprimer. Il est triste quede nos‘
jours on veüille en faire l’ame de l’ins
nruçriorndes Enfans. Grandinconvenieqt
que "des personnes sensées ont remarqué
ansAun‘ nouveausystême , qui d’ailleurs'
paropxtexcellent. . » ,_ .
_ lînfin le Portrait dt} ŸAne que le R.P.G;
a voulu tourneren ridicule , paroît tel
détache de ce qui précede et de ce qui
\5UlÎ. u’o_n le lise dans le Livrp même
e}: qufpn 1e liscisans préjugé , on n’y dé
couvrira
'54. MERCURE DE FRANCE
couvrira qu’un simple badinage , qugâ
la verité , auroir mieux convenu dansla.
bouche d’un Candidat de Réthorique.
' J ‘ai Fhbnneur d’être , Madame, ôcc.
Le x9 Dccembn 1732.
au sujet dard, Critique du Spectacle de
la Nature, par le R 1’. G rMinime,
inserée dans le Mercure de F rance du
mai: de Novembre dernier.
Ous avezhclonc lû , Madame , le
Spectacle de la Nature? Ce que vous
A m’cn avez écrit , me fait connoxtre qu’en
-. ' ' - Provincq
.‘ 'J
JANVIER. ‘I753. ‘a;
Ÿrovince comme à Paris , il trouve des
Apologistes et des Critiques, et que le
nombre des premiers y est , comme ici ,
le plus grand. Ce que les autres trou
vent à redire dans cet Ouvrage , ne porte
et ne peut porter aucune atteinte à son
mérite. Les sujets y sont traitez avec‘ tant
de gtace et de solidité , que les plus dif
‘ficiles sont obligez d'avouer que ce ne
peut être que la production d’un habile
‘homme. Ce seroit peu que ce Livre n’eût.
d’autres avantages que les beautez de la
Langue, et qu'il ne présenxât à l'esprit
qu'une vaine recherche de choses qui
dans le fond nous interessent peu: il y
a, on le peut dire, un vrai profit, je
‘ne dis pas à le" lire , mais à l'étudier.
L’Auteur ne s’est pas contenté d‘y t'as
sembler tout ce qui est le plus capabe de
ïpicqucr la curiosité , il s’est aussi appli
‘qué à nous faire comprendre Pusage qu'on
en doit faire, et à prescrire les bornes
qu’elle doit avoir. -
Qlelque bonne idée, dites vous, que
vous en ayez , et quelque excellv nt que
cet Ouvrage vous ait paiû et vous pa
roisse encore, vous rie-pouvez» vous em
' “cher de vous rendre aux raisons du
. P. G. Minime, dont la Lettre Criti
z _ que est , au ‘jugement de plusicgurs. ,' fort
" " ' ‘ judicieuse
'14 MERCURE DE FRANCE
judicieuse. Il est vrai que d’abord on est
frappé de ce u’il dit; mais si on y
prend bien garde , c’est que son stile aisé
et insinuant fait recevoir pour bon tout
ce qui, éxauniné de près , paroît tout
autrement. Je vous exposerai, si vous
voulez bien me le permettre , quelques
réflexions que j'ai Faites sur cette Lettre,
et je serai assez témeraire pour hazarder
de dire librement ce que j'en pense. Je
ne Pentteprcnds que parce que FAuteur
du Spectacle de la Nature a résolu de ne
I
, as re ondre.
P ~,UP I O d l du .
u 1l me soit permis e e 1re. nos
Sçavans ne devroient pas affecter tant
dîndifference pour les Critiques que l’on
fait de leurs Ouvrages. Il y en a,sans
doute , qui ne méritent pas dattention.
I.e faux et l'absurde qui y domine, les
détruit assez, et le meilleur moyen de
réfuter les Auteurs de ces Critiques , est
de garder le silence en les laissant s’ap
plaudir d'un triomphe imaginaire. Mais
qu’en confonde les bonnes Critiques avec
les mauvaises, c’est ce qui ne peut être
qu’injuste,et même , si je l’ose dire , peu
conforme à la charité.
L‘Amo.ur de la paix ne peut être 1e
"principe d’une t lle conduite , et quand
Vil seroit vrai , personne ne s'en persuade
a
J A N VI E R.’ I753.‘ a‘;
"t'a. Les uns prendront le silence d"un Au
teur censuré pour un mépris , et les autres
pourun aveu de ses erreurs; ce qui me
paroi‘: égalemïtt dangereux. A quoi ne
s’emportent pas ceux qui se croyent mé-‘
Prisez E OEe d’invectives de leur partÊ
souvent dans des Ecrits publics. Que de
termes peu mesurez! Et, le dirai je ? que
dïnjures débitées avec amphase et d'une
maniere siindigne du Christianisme! mais
cela n’est propre qu’à ceux qui se croyent
mêprisez. Qie ne disent et que ne pensent
pas ceux qui ont connoissance et de l’Ou—
vrage et de sa Critique? ils se laissent fa-a
cilement emporter â de vains. discours,
delà à la médisance et insensiblement-à la
calomnie. _
Ceux qui au contraire ont assez de va-Î
nité pour regarder le silence d’un Auteur
contre lequel ils auront écrit , comme
un aveu des fautes qu’ils prétendront avoir
relevées , ceux-là , dis- je , ne tardent:
gueres de s’enhardir à quelque chose de
plus , ils se familiarisent avec leurs prê
jugez , et y entraînent les simples et les
ignorans; enfin ils se croyent de grands
génies, et cette erreur dont on ne tra
vaille pas â les désabuser , les engage à
deshonorer la République des Lettres par
des fratras de\ Livres qui ne contiennent
le plus souvent que des mots:
f2? MERCURE DE FRANCE
z On me dira que de véritables Chrétiens
ne tomberont jamais dans l’un ni dans
_1’autre de ces excès. Il est vrai: mais peut
_on se flatter qu’en n'a affaire qu‘à de tol
les gens e Tout un PubliÊnÆst-"il päs té-'
moin de ce qui se passe , et entte-t-il dans
des vuës si justes et si saintes? 1l est né:
cessaire de lui faire connoitre la vérité soie
en avoiiant ses fautes de bonne foi , soit
en réfutant sans aigreur ce qui est injuse
tement censuré. Pardonnezomoi , Maclay-Ï
_me , cette petite disgression , je reviens
à la lettre du R. P. G.
_ Je ne puis y souffrir les équivoques de
Ioäanges et de blâme qui y regnent. (Lie!
est le but de la Critique , si ce n’est de
faire connoîtrc la vérité et de combattre
_lc Faux? Dira-t-on que c’est remplir cc
but, lotsqu’on ne ÿexplique que d’une
maniere équivoque? Il faut, et surtout
dans la Satyre , ÿexpliquer nettement , et
ne point aller chercher du mistcre où il n’y
en a point. C’est abuser de la Critique ,‘
que de ne la pas faire servir à montrer la.
-verité dans tout son jour , et à ne la faire
appercevoir qu'au travers d’une fausse
lueur, ou même d’une épaisse obscurité.
Le R. P. G. auroit pu-temperer quelques
‘termes qui sonnent mal, mais sans doute
il a agi de bonne foi. Il ne fam pas lui
prem’
JANVIE RA.‘ 17332-17
prctcr trop de malice; cela sera échappe’ à
son attention, et il n’aura pas manqué de
se condamner le remier là-dessus.
Bien difierent e vous , Madame ,le R.‘
P. trouve les Dialogues du Spectacle de la
nature froids et languissanrs 5 la raison
qu’il‘cn donne, c'est que les Interlocu
teurs ne lui plaisent pas , parce qu’ils lui
sont inconnus. Il voudroit qu'au lieu de
ceux-ci , on eut fait parler un Dcscartes ,
un Rohault, un P. Malebranchc, 85e. Il
veut prouver son sentiment par l’exem
pie du Poëme Dramatique, et il seroit d'a
vis que, comme dans celui-ci , on n’in-‘
troduisit dans le Dialogue que des homà
mes célebres Je serois tenté de croire que
le R.. P. G. ne cormoît pas bien la nature
ni du Dialogue ni du Poëme Dramatique.‘
Il est vrai qu’on ne perd rien à ignorer
celui-ci et qu’un bon Religieux n’en doit
prepdreconnoissanccqueäpour être mieux
en etat de faire senrirJe anger des SPCC!
taeles. Mais il fandroit être plus circons
pect sur ce qu'on avance. Comparer le
Dialogue au PoëmeDramatique , des:
comparer un sim le appartement à un
grand Palais‘, et ire qu’on_ peut se for
mer la même idée de cet Appartement
que de tout le Palais cl’ont il n’esr qu’une
très-petite partie: sur ce pied un Palais
‘ CI
O
'23 MER CURE DE FRANCE
en contiendroit une centaine d’aurres ,
comme un Poëme Dramatique renferme
roqir en luièmême trente ou quarante au
tres Poëmes Dramatiques , puisque toutes
les Scenes sont presque toujours autant '
de Dialogues, il est inutile dînsisrer sur:
le faux de cette comparaison , il se fait
assez sentir de lui même. Je remarquerai
seulement que les Dialogues sont suscepÂ
Iibles du grand et du merveilleux; ce
pendant le R. P. G. semblene mettre de
difïerence entre les Pièces de Thèarrè et
l'es Dialogues qu’en ce que lcs sujets de
ceux cl sont plus paisibles et plus rran-.
quilès que ceux quioccupenr no‘; Thèarres.
Il cuOEsoit du témoignage et de Pexem
le de Ciccrompour‘ llcur moyen dïnrerespsreroulveesrleqcuteeulres mdeainls
un Dialogue èroit de nefaire parler que
de ‘grands hommes qui se fussent rendus
fameux dans les Sciences sur lesquelles on
veut discourir. Le R. P. G. auroir pu
employer de bonnes raisons pour assurer
son sentiment, plutosr que d’allcr cheræ
cher dans I-Iorace des passages qui ne re
äardentque les Pièces de Théarre. Je veux
ien pour un moment qu’il n'y air point
de diflërence ( quant au fond) entre le
Poëme Dramatique et: le Dialogue. Alors
si des Pièces de Thèarre ont eu un grand
succès
JANVIE RJ17”. 2’
"succès , quoique le fonds et les personna
ges soient de pures fictions, il faut con
venir que des Dialogues dont le sujet est
important , mais dont les interlocuteurs
«sont imaginez , peuvent et avec plus de.
raison que ces Pieces , être du goût des
Sçavans. Or presque toutes les Coméq
dies n’ont d’autre fonds que la fiction
et d'autres personnages que des noms en
l'ait. .
Je ne veux pour preuve de ceci ue
les Comedies de Terence; elles ont ait
tadmiration de tous les siecles et sont en
core aujourdbui les délices des amateurs
des Belles-Lettres. Cependant comment
connoîtuon les personnages qui y jouent
leurs rôles? quel est leur Pays ‘.7 quelles
sont leurs grandes actions P ou dira-fion
que ces Pieccs si parfaites, ne sont pas
es Poëmes Dramatiques?
Le précepte d’Horace de nîmroduire
sur la Scene que des Heros connus , ne re-u.
garde que le Tragique. Encore ce Poëre ne‘
dit-il pas qu’on ne puisse passer outre,
et la manierc dont il le propose est plu
_tôt un conseil qu'une reglc dont la pra.
tique soit absolument necessaire. Ccst ce
pendant â la Comedie plutôt qug 1a T,"
êdie , que le R. P, G. compare le Dia-ç
Îogue. Pourquoi donc citer Horaçe O _
. » n
3e MERCURE DE FRANCE
Ou accordera que le Dialogue feroit
Plus d’impression sur l’esprit des Lec
teurs si on n’y faisoit parler que des
rands hommes. Mais quoi 2 ne tiendra
‘t’il ’à l l l b h d ï
qu eut mettre (ans a ouc e es
discours qu’ils ont peut-être bien tenus
à quelques Particuliers , mais qui ne sont
peut-être jamais entrez ni dans leurs con
versations ni dans leurs disputes? Qïon
ne s’y trompe pas , les Dialogues de Ci
ceron ne sont pas tout-Êt-fait de l’ima
gination de ce sçavant Orateur; il n’a.a
fait dire à ses Interlocuteurs que ce qu’ils
avoienr dit entre eux 5 il est vrai qu'il a
poli leurs discours et que même il y a mis
du sien ; mais le fond est réel 3 ce qui est
nécessaire pour conserver la vrai-sem
blance. .
On peut dire la même chose de Platon.
Ces deux Auteûrs qu’en peut regarder
comme les plus sages et les plus éclairez
de PAntiquitÉ Payenne, nous ont laissé"
dans leurs Dialogues des Chefs-d'oeuvres
de l’Art. Mais ils ne sont faits que pour
"des hommes dont le jugement est formé.
Ces Dialogues s, tout beaux qu’ils sont ,
_ne pourroient, entre les mains de jeu;
nes gens , que leur causer du dégoût et
de l'ennui; tandis que je suis persuadé
que l'es‘ Entretiens ‘du Spectacle de la N44
‘ mm
J V Ï E R. I73;. 31;
mm les charmeront et ne les lasserone
iamais. Cependant les Interlocuteurs de
ces derniers sont deo personnages ima
ginez et ceux des autres sont des homo.
.mes de la plus haute réputation. Et qui
de ce catactere le R. P. G. auroit-il voulu
qu’on fit parler dans les Dialogues du
Spectacle de la Nature? M" Descartes ,
Gassendi , Rohault, Régis , «Sec? C’eûc
été sans doute un plaisant spectacle de
voir ces esprits sublimes , tout pleins de
‘grands objets qu’ils venoient de méditer,
en‘ venir tout d’un coup aux prises les
uns apec les autres sur un Insecte , un
Coquillage , un Poisson , un Oiseau , ôcc.‘
Voilà cependantce qui auroir été du goût
du R. P. Ne pourrdit-on pas lui deman
der s’il y a bien pensé ?
De plus , que fairedire 5. ces grandi
hommes sur des matieres ausquelles ils
ne se sont peut-être jamais arrêtés. Ou il
eût fallu les faire parler en Philosophes,
et‘ alors les jeunes gens pour qui prin
cipalempnt l’Ouvrage dont il s'agir a été
compose,.n’y ourroienratteindre; ou il
eût fallu les aire entrer clairs un Petit
détail de choses qui ne pouvoient être
nouvelles ni aux uns ni aux autres, ce
qui‘ ne seroit plus soutenir leurs carac
teres. Pourquoi le R. P. G. voudroit-il
a {IONS
‘g: MERCURE DE FRANCE
nous persuader qu’un jeune homme â la
{leur de son âge , soit inca able de Par
tention qu’il faut apporter a des Confeq
rences reglées, sur tout lorsque la ma
tiere qu’on y traite est curieuse , agréable
et‘ interessante i‘ Il n’est que trop vrai ;
les jeunes gens de condition sont pou:
‘la plupart ennemis de toute application
d'esprit à ce qui regarde la Religion e:
les Belles-Lettres, et c’est ce qu'on ne
peut trop déplorer. Mais aussi n’y a t’il
pas toûjours de ces heureux génies qui
se portent au bien dès leur jeunesse , _el:
qui saisissent avidement tout ce qu’ils
çroyent pouvoir contribuer à les‘ rendre
meilleurs? ne peut-on pas en supposer
cun pareil? ' v
Je ne sçai ce qui peut faire paroîtrc
méprlsables au R. P. les petits traits de
morale ré andus dans les Entretiens dont
il s’agit. c prétendu defiaut qu’on re
proche encore à un homme recomman
dable par sa pieté et par sa science , s'é
Vanoüitoit bien-tôt; si on pensoit une
bonne fois ue c’est pour jeunesse quclil écrigaussi-bl’iiennsqtruuectli’oAnudteeulra
du Spectacle d: la Nature. Les jeunes gens
font rarement refléxion sur ce qu'ils lisent,
ce qui fait qu’ils ne retirent aucun fruit de
routes leurs lecturesll est donc important
de
, JANVIER. 1733.‘ 5;!
de les accoûtumer de bonne heure à peu;
9er et à tirer d’utilcs leçons de tout ce
qui‘ passe devant leurs yeux. Je veux
bien que dans une Histoire composée
pourjdes Sçavans , on se d_ispense de met.
tre des Refléxions morales un peu éten
duës; mais on ne doit pas blâmer ceux
qui ppur Putilité des jeunes gens, ju,
genra propos d’en ‘user autrement. Si
tant de personnes s’élev_cnt contre cette
pratique-fil faut en convenir, des: que lfa.
mour propre n’y trouve pas son compte.
Une verité qu’on lui montre au doigt, lui
déplaît; il voudroit toujours avoir la satis
factionde l’appercevoir le premienCcst de
tous les ‘vices le plus dominant dans l’hom-,
me et le’ plus injurieux àlaMajesté divine;
dedesr cependant- celui qu’on‘ fomente
avec le plus d’ardeur , au lieu de tâcher
de le réprimer. Il est triste quede nos‘
jours on veüille en faire l’ame de l’ins
nruçriorndes Enfans. Grandinconvenieqt
que "des personnes sensées ont remarqué
ansAun‘ nouveausystême , qui d’ailleurs'
paropxtexcellent. . » ,_ .
_ lînfin le Portrait dt} ŸAne que le R.P.G;
a voulu tourneren ridicule , paroît tel
détache de ce qui précede et de ce qui
\5UlÎ. u’o_n le lise dans le Livrp même
e}: qufpn 1e liscisans préjugé , on n’y dé
couvrira
'54. MERCURE DE FRANCE
couvrira qu’un simple badinage , qugâ
la verité , auroir mieux convenu dansla.
bouche d’un Candidat de Réthorique.
' J ‘ai Fhbnneur d’être , Madame, ôcc.
Le x9 Dccembn 1732.
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Résumé : LETTRE écrite à une Dame de Province, au sujet de la Critique du Spectacle de la Nature, par le R. P. G. Minime, inserée dans le Mercure de France du mois de Novembre dernier.
La lettre de L E TTR, publiée dans le Mercure de France de novembre 1752, examine la critique du 'Spectacle de la Nature' par le Père G. Minime. L'auteur note que cet ouvrage suscite des avis variés, tant en province qu'à Paris, et reconnaît ses mérites malgré les critiques. Il souligne que le livre offre un véritable profit à l'étude, au-delà des simples beautés linguistiques. L'auteur critique sévèrement la lettre du Père G. Minime, la qualifiant d'équivoque et malveillante, et regrette que l'auteur du 'Spectacle de la Nature' ne réponde pas aux critiques. Il insiste sur la nécessité de prendre en compte et de réfuter les critiques sans aigreur. L'auteur conteste également les comparaisons établies par le Père G. Minime entre le dialogue et le poème dramatique, défendant la pertinence des interlocuteurs imaginaires dans les dialogues. Il conclut en soulignant l'importance de la morale et de l'éducation des jeunes gens à travers des lectures appropriées. Par ailleurs, le texte aborde la pratique des réflexions morales dans l'écriture de l'histoire. Il reconnaît que, bien que les historiens puissent éviter ces réflexions dans des œuvres destinées à des savants, d'autres souhaitent les inclure pour l'utilité des jeunes gens. Cette pratique est critiquée, notamment parce qu'elle heurte l'amour-propre, un vice dominant et injurieux à la majesté divine, souvent encouragé plutôt que réprimé. L'auteur exprime sa tristesse face à l'intégration de ce vice dans l'éducation des enfants, soulignant un inconvénient remarqué par des personnes sensées. Le texte mentionne également un portrait ridicule d'une jeune fille, présenté comme un simple badinage plutôt qu'une critique sérieuse. La lettre se termine par l'expression de l'honneur de l'auteur à être au service de Madame, datée du 19 décembre 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
88
p. 177-184
RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
Début :
Je viens de voir dans le Mercure du mois d'Octobre dernier, deux Articles [...]
Mots clefs :
Orléans, Inscription, Lettres, Serfs, Roi, Gaules, Voyage, Manumission, Guespin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
RE'PONSE à deux Articles du Mercure
du mois d'Octobre dernier.
J
E viens de voir dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , deux Articles
qui me concernent ; le premier, contient
des Remarques sur ce que j'ai dit au
'sujet de la Manumission d'Orleans , dans
le Mercure de Juin , et dans le second on
nous donne une nouvelle Etimologie du
mot de Guespin , contre celle qui est imprimée
dans le Mercure de May. Voicy
ce que j'ai à répondre à l'un et à l'autre.
L'Auteur des Remarques les commence
par m'avertir que l'Inscription d'Orleans,
que je croyois jusques icy , n'avoir point
été donnée figurée, se trouve neanmoins
gravée dans les Annales Benedictines, du
P. Mabillon. En effet , elle s'y rencontre
à la page 533 du 5 vol . Je remercie
l'Observateur de me l'avoir indiquée ,
mais quand j'aurois sçû cette particularité,
je n'aurois pas moins donné l'Inscription
au Mercure , qui étant un Livre en-
I tre
178 MERCURE DE FRANCE
tre les mains de tout le monde , est beaucoup
plus propre qu'aucun autre à la répandre
et à la faire connoître par tout.
On sçaura du moins ce qu'est devenu ce
Monument après la destruction desTours,
où il se trouvoit attaché , et cela pourra
engager ceux qui passeront par Orleans ,
à demander à le voir. Les Curieux doivent
tout attendre en cette occasion de la
politesse des Chanoines qui en ont la
garde.
L'Observateur se plaint ensuite , que
dans la Liste de ceux qui ont rapporté
l'Inscription , j'aie oublié l'Auteur du
Voyage Liturgique , dans l'Ouvrage duquel
elle se trouve fidelement décrite . A cela
je réponds que je n'ai jamais pensé à faire
un dénombrement complet de tous ceux
qui ont fait mention de ce Monument. Je
n'ai cité que ceux que j'avois sous la
main ; car il y en a bien un plus grand
nombre ; et je me contenterai icy d'ajouter
Guillaume Fournier ; d'autant plus
qu'en rapportant l'Inscription , ch. 4. du
liv. 1. de ses Selectiones , il s'est trompé sur
le nom de l'Affranchi , LETBERTUS , qu'il
appelle mal LEMTBERTUS . Au reste , ce
n'est point le titre de Voyage Liturgique
qui m'a empêché de penser à cet Ouvrage
, comme semble le croire l'Auteur des
Re-
,
JANVIE R. 1733 179
Remarques ; je sçavois qu'il y avoit dans
ce Livre bien des choses plus éloignées de
la Liturgie , qu'une Manumission ad altare.
Mais comme je n'avois fait que par--
courir legerement ce Voyage , lorsqu'il
parut , je ne me souvenois pas d'y avoir
vû la nôtre .
La Remarque qui suit , regarde l'Ins--
cription même: On demande pourquoi
l'affranchissement de Letbert est le seul
qui se trouve gravé sur la Pierre ; et on
ajoute que j'en devois rendre raison . J'avoue
que si je l'avois fait , j'aurois donné
un grand jour à l'Inscription . Mais com
ment en venir à bout ? Les termes simples
et concis qui la composent, ne donnent
aucun lieu à des conjectures , et les Archives
de l'Eglise d'Orleans , où ce Letbert
est entierement inconnu , ne nous
en apprennent pas davantage . Il faut
donc , sans chercher à deviner , dans un
fait entierement obscur , se contenter de
dire , avec M de Lasaussaie * , que la gravûre
de cet affrancissement n'a été que
pour suppléer à un autre Acte , selon la
disposition de la Loy de Constantin sur
ce sujet , qui permet que dans cette occasion
: Vice Actorum , interponatur qualiscunque
scriptura.
✯ Annal. Eccl. Aurel. L. 9. n. 6.
I ij Com
180 MERCURE DE FRANCE
les
Comme tout ce que j'ai dit sur les Serfs
et leurs affranchissemens , n'a été que pour
en donner une teinture legere qui pût
servir à entendre l'Inscription , j'ai pû
avancer d'une maniere generale que
Serfs avoient subsisté en France jusqu'au
milieu du treizième siècle, quoiqu'il n'en
soit fait mention que bien long- tems après,
puisque ce fut vers ce tems - là , qu'au
rapport d un des Historiens d'Orleans, *
S. Louis affranchit tous ceux qui se trouvoient
en France , moyennant quelques
sommes qu'ils payeroient à leurs Scigneurs.
Il est vrai que cette Ordonnance
que Le Maire date de l'an 1255. ne se
trouve point dans le nouveau Recueil de
celles de nos Rois de la troisiéme Race .
Mais comme dans les Lettres du Roi
Louis Hutin , du troisième Juillet 1315 ,
sur le même sujet , il est fait mention d'une
Ordonnance plus ancienne qu'on n'a
pas , il y a apparence que c'est de celle
de S. Louis qu'il est parlé. Les Seigneurs
ne se presserent pas beaucoup d'obéir à
ces ordres , qu'on avoit réïterez sous les
Régnes suivans, et il est parlé de Serfs jusques
dans le quinziéme siècle , quoiqu'a
bolis dès le treizième.
* Le Maire , p . 327. dų I. Tome,
J¢
JANVIER 1733 181
9
Je viens à la derniere Observation de
l'Auteur du Mémoire. J'ai dit que les Lettres
que le Chapitre d'Orleans avoit obtenuës
en 1204. du Roi Philippe Auguste
, pour l'affranchissement de ses Serfs
servirent vingt ans après en 1224 pour
ceux de Mesnil - Giraut , et qu'elles furent
confirmées par le Roi Louis VIII. L'Au
teur m'oppose que dans les Lettres de ce
Roi qui sont rapportées par Ducange et
par le Pere Martenne , et qui , pour le dire
en passant , ne se trouvent point dans le
Trésor de l'Eglise d'Orleans , il n'est parlé
en aucune maniere de cette confirmation
. Cela est vrai . Mais une autre Charte
de Louis VIII. du même Trésor , donnée
à Paris au mois de Septembre de la même
année 1224. en fait expresse mention .
Noveritis quod nos dilectis nostris Domino
et Cto Aurelianensi ad exemplum progenitoris
nostri Philippi recordationis inclite
Regis quondam F.illustris concessimus ut ipsi
servos suos et ancillas suas... autoritate nostra
et sua manumittant. Comme cette Charte
ne parle point de Mesnil Giraut , et
que ce sont des Lettres distinctes de celles
que
de Ducange et du Pere Martenne , c'est
une faute de les avoir confondues , mais
je ne l'ai fait qu'après les Auteurs de
I iij
l'His182
MERCURE DE FRANCE
1
l'Histoire d'Orleans , dont j'avois co-
*
pié les termes sur cet article : cela peut
me servir d'excuse .
Voilà ce que j'avois à dire sur le premier
Mémoire. L'Auteur m'en paroît aussi
poli que sçavant , et je lui ai bien de
l'obligation de l'idée avantageuse qu'il
s'est formée de moi ; j'aurois cependant
souhaité qu'il ne m'eut point désigné par
mon nom , et que me trouvant couvert
sous des Lettres initiales , il m'eut laissé
garder l'incognito.
Il s'agit à présent de la nouvelle étimologie
du mot de Guespin . L'Auteur la
tire de Guespos , mot Grec selon lui , qui
signifie une pierre brillante qui se trouve
aux environs de l'Epire , et voici l'histoire
qu'il fait de cette dénomination . Les
peuples de ces Pays étant passés dans les
Gaules environ 250 ans après la destruction
de Troye , y fonderent la Ville d'Orleans
et remarquant dans ses habitans
une finesse d'esprit qu'on ne voyoit point
dans les autres Gaulois , ils les appellerent
Guespos , par rapport à la pierre brillante
de même nom .
La Pierre dont veut parler notre Etimologiste
est le Gyp , pierre transparen
Le Maire , p. 327. T. 1. Guion. pag.
te *
JANVIER. 1732. 183
te qui se trouve avec le plastre , et qu'il
auroit dû nommer Gupsos futes , car
son Guespos ne signifie rien . Que cette
pierre se rencontre en Epire , ou non
cela ne fait rien au sujet dont il s'agit ,
puisqu'il n'est point vrai que les Epirotes
se soient jamais venus établir dans les
Gaules. L'Etimologiste a confondu les
habitans de la Phocide , Province voisine
de l'Epire , avec les Phocéens , peuples
d'Ionie en Asie , qu'on sçait avoir descendus
dans les Gaules du tems de Cyrus ,
dont ils fuyoient la domination ; mais
la fondation d'Orleans n'est pas moins
étrangere à ces derniers qu'aux Epirotes.
Les Phocéens se contenterent d'occuper les
>
côtes maritimes où ils avoient abordé
sans avancer dans les terres , bien loin de
pénétrer dans des Provinces aussi éloignées
que les nôtres. Marseille leur dût
sa naissance , mais celle d'Orleans appartient
trop aux Chartrains , sous la domi
nation desquels nous trouvons cette Ville
aussi-tôt qu'elle nous est connue , pour
vouloir la rapporter à d'autres. Tout ce
que l'Etimologiste dit là- dessus est avancé
gratuitement et sans aucune preuve.
Herodote , L. I. Justin , Liv. XLIII. Solin ,
C8. &c.
I iiij Je
184 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois à mon tour lui reprocher sa
négligence pour la recherche de la Verité , si
je ne craignois de m'être déja trop arrêté
sur un Sujet qui peut- être ne méritoit pas
d'être refuté sérieusement.
D. P.
A Orleans , ce 7 Decembre 1732.
du mois d'Octobre dernier.
J
E viens de voir dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , deux Articles
qui me concernent ; le premier, contient
des Remarques sur ce que j'ai dit au
'sujet de la Manumission d'Orleans , dans
le Mercure de Juin , et dans le second on
nous donne une nouvelle Etimologie du
mot de Guespin , contre celle qui est imprimée
dans le Mercure de May. Voicy
ce que j'ai à répondre à l'un et à l'autre.
L'Auteur des Remarques les commence
par m'avertir que l'Inscription d'Orleans,
que je croyois jusques icy , n'avoir point
été donnée figurée, se trouve neanmoins
gravée dans les Annales Benedictines, du
P. Mabillon. En effet , elle s'y rencontre
à la page 533 du 5 vol . Je remercie
l'Observateur de me l'avoir indiquée ,
mais quand j'aurois sçû cette particularité,
je n'aurois pas moins donné l'Inscription
au Mercure , qui étant un Livre en-
I tre
178 MERCURE DE FRANCE
tre les mains de tout le monde , est beaucoup
plus propre qu'aucun autre à la répandre
et à la faire connoître par tout.
On sçaura du moins ce qu'est devenu ce
Monument après la destruction desTours,
où il se trouvoit attaché , et cela pourra
engager ceux qui passeront par Orleans ,
à demander à le voir. Les Curieux doivent
tout attendre en cette occasion de la
politesse des Chanoines qui en ont la
garde.
L'Observateur se plaint ensuite , que
dans la Liste de ceux qui ont rapporté
l'Inscription , j'aie oublié l'Auteur du
Voyage Liturgique , dans l'Ouvrage duquel
elle se trouve fidelement décrite . A cela
je réponds que je n'ai jamais pensé à faire
un dénombrement complet de tous ceux
qui ont fait mention de ce Monument. Je
n'ai cité que ceux que j'avois sous la
main ; car il y en a bien un plus grand
nombre ; et je me contenterai icy d'ajouter
Guillaume Fournier ; d'autant plus
qu'en rapportant l'Inscription , ch. 4. du
liv. 1. de ses Selectiones , il s'est trompé sur
le nom de l'Affranchi , LETBERTUS , qu'il
appelle mal LEMTBERTUS . Au reste , ce
n'est point le titre de Voyage Liturgique
qui m'a empêché de penser à cet Ouvrage
, comme semble le croire l'Auteur des
Re-
,
JANVIE R. 1733 179
Remarques ; je sçavois qu'il y avoit dans
ce Livre bien des choses plus éloignées de
la Liturgie , qu'une Manumission ad altare.
Mais comme je n'avois fait que par--
courir legerement ce Voyage , lorsqu'il
parut , je ne me souvenois pas d'y avoir
vû la nôtre .
La Remarque qui suit , regarde l'Ins--
cription même: On demande pourquoi
l'affranchissement de Letbert est le seul
qui se trouve gravé sur la Pierre ; et on
ajoute que j'en devois rendre raison . J'avoue
que si je l'avois fait , j'aurois donné
un grand jour à l'Inscription . Mais com
ment en venir à bout ? Les termes simples
et concis qui la composent, ne donnent
aucun lieu à des conjectures , et les Archives
de l'Eglise d'Orleans , où ce Letbert
est entierement inconnu , ne nous
en apprennent pas davantage . Il faut
donc , sans chercher à deviner , dans un
fait entierement obscur , se contenter de
dire , avec M de Lasaussaie * , que la gravûre
de cet affrancissement n'a été que
pour suppléer à un autre Acte , selon la
disposition de la Loy de Constantin sur
ce sujet , qui permet que dans cette occasion
: Vice Actorum , interponatur qualiscunque
scriptura.
✯ Annal. Eccl. Aurel. L. 9. n. 6.
I ij Com
180 MERCURE DE FRANCE
les
Comme tout ce que j'ai dit sur les Serfs
et leurs affranchissemens , n'a été que pour
en donner une teinture legere qui pût
servir à entendre l'Inscription , j'ai pû
avancer d'une maniere generale que
Serfs avoient subsisté en France jusqu'au
milieu du treizième siècle, quoiqu'il n'en
soit fait mention que bien long- tems après,
puisque ce fut vers ce tems - là , qu'au
rapport d un des Historiens d'Orleans, *
S. Louis affranchit tous ceux qui se trouvoient
en France , moyennant quelques
sommes qu'ils payeroient à leurs Scigneurs.
Il est vrai que cette Ordonnance
que Le Maire date de l'an 1255. ne se
trouve point dans le nouveau Recueil de
celles de nos Rois de la troisiéme Race .
Mais comme dans les Lettres du Roi
Louis Hutin , du troisième Juillet 1315 ,
sur le même sujet , il est fait mention d'une
Ordonnance plus ancienne qu'on n'a
pas , il y a apparence que c'est de celle
de S. Louis qu'il est parlé. Les Seigneurs
ne se presserent pas beaucoup d'obéir à
ces ordres , qu'on avoit réïterez sous les
Régnes suivans, et il est parlé de Serfs jusques
dans le quinziéme siècle , quoiqu'a
bolis dès le treizième.
* Le Maire , p . 327. dų I. Tome,
J¢
JANVIER 1733 181
9
Je viens à la derniere Observation de
l'Auteur du Mémoire. J'ai dit que les Lettres
que le Chapitre d'Orleans avoit obtenuës
en 1204. du Roi Philippe Auguste
, pour l'affranchissement de ses Serfs
servirent vingt ans après en 1224 pour
ceux de Mesnil - Giraut , et qu'elles furent
confirmées par le Roi Louis VIII. L'Au
teur m'oppose que dans les Lettres de ce
Roi qui sont rapportées par Ducange et
par le Pere Martenne , et qui , pour le dire
en passant , ne se trouvent point dans le
Trésor de l'Eglise d'Orleans , il n'est parlé
en aucune maniere de cette confirmation
. Cela est vrai . Mais une autre Charte
de Louis VIII. du même Trésor , donnée
à Paris au mois de Septembre de la même
année 1224. en fait expresse mention .
Noveritis quod nos dilectis nostris Domino
et Cto Aurelianensi ad exemplum progenitoris
nostri Philippi recordationis inclite
Regis quondam F.illustris concessimus ut ipsi
servos suos et ancillas suas... autoritate nostra
et sua manumittant. Comme cette Charte
ne parle point de Mesnil Giraut , et
que ce sont des Lettres distinctes de celles
que
de Ducange et du Pere Martenne , c'est
une faute de les avoir confondues , mais
je ne l'ai fait qu'après les Auteurs de
I iij
l'His182
MERCURE DE FRANCE
1
l'Histoire d'Orleans , dont j'avois co-
*
pié les termes sur cet article : cela peut
me servir d'excuse .
Voilà ce que j'avois à dire sur le premier
Mémoire. L'Auteur m'en paroît aussi
poli que sçavant , et je lui ai bien de
l'obligation de l'idée avantageuse qu'il
s'est formée de moi ; j'aurois cependant
souhaité qu'il ne m'eut point désigné par
mon nom , et que me trouvant couvert
sous des Lettres initiales , il m'eut laissé
garder l'incognito.
Il s'agit à présent de la nouvelle étimologie
du mot de Guespin . L'Auteur la
tire de Guespos , mot Grec selon lui , qui
signifie une pierre brillante qui se trouve
aux environs de l'Epire , et voici l'histoire
qu'il fait de cette dénomination . Les
peuples de ces Pays étant passés dans les
Gaules environ 250 ans après la destruction
de Troye , y fonderent la Ville d'Orleans
et remarquant dans ses habitans
une finesse d'esprit qu'on ne voyoit point
dans les autres Gaulois , ils les appellerent
Guespos , par rapport à la pierre brillante
de même nom .
La Pierre dont veut parler notre Etimologiste
est le Gyp , pierre transparen
Le Maire , p. 327. T. 1. Guion. pag.
te *
JANVIER. 1732. 183
te qui se trouve avec le plastre , et qu'il
auroit dû nommer Gupsos futes , car
son Guespos ne signifie rien . Que cette
pierre se rencontre en Epire , ou non
cela ne fait rien au sujet dont il s'agit ,
puisqu'il n'est point vrai que les Epirotes
se soient jamais venus établir dans les
Gaules. L'Etimologiste a confondu les
habitans de la Phocide , Province voisine
de l'Epire , avec les Phocéens , peuples
d'Ionie en Asie , qu'on sçait avoir descendus
dans les Gaules du tems de Cyrus ,
dont ils fuyoient la domination ; mais
la fondation d'Orleans n'est pas moins
étrangere à ces derniers qu'aux Epirotes.
Les Phocéens se contenterent d'occuper les
>
côtes maritimes où ils avoient abordé
sans avancer dans les terres , bien loin de
pénétrer dans des Provinces aussi éloignées
que les nôtres. Marseille leur dût
sa naissance , mais celle d'Orleans appartient
trop aux Chartrains , sous la domi
nation desquels nous trouvons cette Ville
aussi-tôt qu'elle nous est connue , pour
vouloir la rapporter à d'autres. Tout ce
que l'Etimologiste dit là- dessus est avancé
gratuitement et sans aucune preuve.
Herodote , L. I. Justin , Liv. XLIII. Solin ,
C8. &c.
I iiij Je
184 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois à mon tour lui reprocher sa
négligence pour la recherche de la Verité , si
je ne craignois de m'être déja trop arrêté
sur un Sujet qui peut- être ne méritoit pas
d'être refuté sérieusement.
D. P.
A Orleans , ce 7 Decembre 1732.
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Résumé : RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
L'auteur réagit à deux articles du Mercure d'octobre précédent. Le premier article discute de la manumission d'Orléans, mentionnée dans le Mercure de juin. L'auteur découvre que l'inscription d'Orléans, qu'il croyait non figurée, est en réalité gravée dans les Annales Benedictines du Père Mabillon. Il remercie l'observateur pour cette information mais justifie la publication de l'inscription dans le Mercure, car ce dernier est plus accessible au public. Il reconnaît avoir omis de citer l'auteur du Voyage Liturgique, qui décrit fidèlement l'inscription, mais précise qu'il n'avait pas l'intention de faire un dénombrement complet des sources. L'auteur aborde également la question de l'unicité de l'affranchissement de Letbert gravé sur la pierre, un fait qu'il ne peut expliquer faute de preuves suffisantes. Il mentionne que les serfs ont subsisté en France jusqu'au milieu du treizième siècle, bien que des ordonnances comme celle de Saint Louis aient visé à les affranchir. Le second article propose une nouvelle étymologie du mot 'Guespin', que l'auteur réfute. Selon lui, cette étymologie est incorrecte et repose sur des confusions historiques. L'auteur critique la méthode de l'étymologiste, qui aurait confondu les habitants de la Phocide avec les Phocéens. Il souligne que la fondation d'Orléans est attribuée aux Chartrains, non aux Épirotes ou aux Phocéens. Il conclut en regrettant la négligence de l'étymologiste dans la recherche de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 338-339
Livres nouveaux, chez Briasson, ruë S. Jacques à la Science.
Début :
Recherches interessantes sur les Vers à tuyau, qui infestent les Vaisseaux, les Digues d'Hollande, [...]
Mots clefs :
Lettres, Science, Strasbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux, chez Briasson, ruë S. Jacques à la Science.
Livres nouveaux chez Briasson
S. Jacques à la Science.
1
>
ruë
Recherches interessantes sur les Vers à
tuyau,qui infestent les Vaisseaux, lesDigues
d'Hol-
1
FEVRIER. 1733. 339
d'Hollande , &c. avec les Procès Verbaux
des Inspecteurs des Digues. Par M. P,
Massuet , in 12, avec figures. Amster
dam , 1733 .
LETTRES d'un Théologien de l'Université
Catholique de Strasbourg , à
un des principaux Magistrats de cette
Ville , faisant profession de suivre la
Confession d'Ausbourg , sur les six principaux
obstacles à la conversion des Protestans,
A Strasbourg , chez J. Franç. le
Roux , au coin de la rue des Orfévres ,
1732. in 4. Ces Lettres sont du P. J. Jacq,
Scheffmacher , de la Compagnie de Jesus.
Observationes Miscellaneæ in Auctores
veteres et recentiores ab eruditis Britannis
cum Notis variorum Vitorum Doc
torum , 8. Amstelodami , 1732 .
Henrici Ruisch,, Med. clar, 4, Amstellodami
, 1733 .
>
Etat Militaire de l'Empire Ottoman
contenant l'Histoire , l'accroissement et
les progrès de cette Science parmi les
Turcs. Par M. le C. de Marsigli , fol.
2. vol. fig. Amsterdam , 1732 .
S. Jacques à la Science.
1
>
ruë
Recherches interessantes sur les Vers à
tuyau,qui infestent les Vaisseaux, lesDigues
d'Hol-
1
FEVRIER. 1733. 339
d'Hollande , &c. avec les Procès Verbaux
des Inspecteurs des Digues. Par M. P,
Massuet , in 12, avec figures. Amster
dam , 1733 .
LETTRES d'un Théologien de l'Université
Catholique de Strasbourg , à
un des principaux Magistrats de cette
Ville , faisant profession de suivre la
Confession d'Ausbourg , sur les six principaux
obstacles à la conversion des Protestans,
A Strasbourg , chez J. Franç. le
Roux , au coin de la rue des Orfévres ,
1732. in 4. Ces Lettres sont du P. J. Jacq,
Scheffmacher , de la Compagnie de Jesus.
Observationes Miscellaneæ in Auctores
veteres et recentiores ab eruditis Britannis
cum Notis variorum Vitorum Doc
torum , 8. Amstelodami , 1732 .
Henrici Ruisch,, Med. clar, 4, Amstellodami
, 1733 .
>
Etat Militaire de l'Empire Ottoman
contenant l'Histoire , l'accroissement et
les progrès de cette Science parmi les
Turcs. Par M. le C. de Marsigli , fol.
2. vol. fig. Amsterdam , 1732 .
Fermer
Résumé : Livres nouveaux, chez Briasson, ruë S. Jacques à la Science.
Le document énumère des livres récemment publiés chez Briasson en février 1733. Parmi eux, une étude de M. P. Massuet sur les vers à tuyau en Hollande, accompagnée des procès-verbaux des inspecteurs des digues, publiée à Amsterdam en 1733. Une correspondance entre un théologien catholique de l'Université de Strasbourg et un magistrat protestant de la ville, rédigée par J. Jacq. Scheffmacher de la Compagnie de Jésus, est également mentionnée, publiée à Strasbourg en 1732. Le document cite aussi des observations sur des auteurs anciens et récents par des érudits britanniques, publiées à Amsterdam en 1732, ainsi qu'un ouvrage médical de Henrici Ruisch, publié à Amsterdam en 1733. Enfin, un livre sur l'état militaire de l'Empire Ottoman, incluant l'histoire et les progrès de cette science parmi les Turcs, écrit par M. le C. de Marsigli, est publié à Amsterdam en 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 935-943
LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
Début :
MONSIEUR, L'éxactitude scrupuleuse que vous faites paroître dans l'Ouvrage [...]
Mots clefs :
Lyon, Lettres, Dictionnaire de Richelet, Gloire, Esprit, Avocat, Célèbre, Mémoire, Pierre Aubert, République des Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
LETTRE à M. de la R. contenant
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
quelques particularitez sur la personne
et la Vie de M. Aubert , Doyen des
Avocats de Lyon.
MONS ONSIEUR ,
L'éxactitude scrupuleuse que vous fai
tes paroître dans l'Ouvrage périodique
qui attire l'attention du Public et des
Gens de Lettres , depuis que vous y
donnez vos soins , m'engage à vous addresser
quelques Memoires sur la Vie de
M. Aubert , dont vous nous annoncez la
mort dans le Mercure du mois de Mars
dernier. J'ose me flatter que vous vou
drez bien leur donner une place dans
celui que vous avez actuellement sous la
presse. Persuadé , comme je le suis , Monsieur
, que l'article inseré dans votre dernier
Mercure à son sujet , ne peut venir
que de quelque personne qui n'est
pas bien au fait de ce qui regarde cet
homme célebre , sur la vie duquel j'ai
l'honneur de vous adresser le Mémoire
cy-joint ; j'oserai relever quelques endroits
de ce même article de votre Jour-
E v nal
936 MERCURE DE FRANCE
Il
nal du mois dernier , qui m'ont parû
répréhensibles , par rapport à l'exactitude
qui n'y est pas tout à fait observée.
1°. M. Aubert est mort à 91. ans et
non pas à 94. en voici la
preuve.
est né , comme je le dis dans mon Mémoire
, le 9. Février 1642. et il est mort
le 18. Février 1733. Voyez son article
dans la Bibliotheque des Aureurs , mise
à la tête du Richelet.
2. On ne doit pas dire qu'il ait commencé
à travailler aux augmentations du
Dictionnaire de Richeler à l'âge de 90.
ans. Comment , en effer , cela pourroit
il être , puisque ce Livre étoit déja sous la
presse dès la fin de l'année 1723. quoi,
qu'il n'ait été achevé d'imprimer qu'en
1728 ? Il est clair par la date de sa naissance
, que je viens de citer , qu'en 1723,
il n'avoit que 8r. ans , et il n'est pas
moins certain , puisque c'est de lui- même
que je le tiens , qu'il a commencé à tra
vailler aux augmentations de ce Diction
naire plus de 15 ans auparavant qu'il le
donnât à l'Imprimeur. Par conséquent il
n'avoit guéres que 65. lorsqu'il entreprit
ce travail. Une pareille erreur seroit capable
, si elle n'étoit pas relevée , de décréditer
un Livre aussi important qu'est
le Dictionnaire de Richelet ; en un mor,
une
MAY. 1733 937
une Encyclopédie de la Langue Françoise
, qui sera toûjours estimée des personnes
doctes et de tous les gens de bon
goût. Je suis avec toute la considération
possible , &c.
A Paris de 12. Avril 1733 .
L. B. D.
PIERRE AUBERT , Avocat , nâquic
à Lyon le 9. Février 1642. Ses premieres
études de Grammaire et de Rhétorique
commencerent à développer son
génie , et ses heureuses dispositions pa
furent bien-tôt dans tout leur jour. Quoique
fort jeune, l'amour des Belles-Lettres
qu'il possedoit au souverain degré
, lui faisoit dévorer tous les Livres
nouveaux qui paroissoient alors , et par
un jugement déja formé , il y prenoit
tout ce qui pouvoit contribuer à la po
litesse de son style et à lui inspirer des
pensées également vives et délicates . La
Poësie même l'amusa pendant quelque
temps . A l'âge de 16. à 17. ans , il vit
par hazard un Roman intitulé , le Voyage
de l'Isle d'Amour , qui lui fit bien -tôc
concevoir l'idée d'en écrire le Retour. I
ne s'étoit proposé de communiquer ce
petit travail qu'à ses plus chers amis ,
E vj mais
938 MERCURE DE FRANCE
mais l'évenement ne répondit point à ses
intentions ; car après le cours de ses études
, ayant quitté pour quelque temps
la Province , afin de puiser le bon goût
dans la Capitale du Royaume , qui est la
source de la belle Litterature , son pere
profita de son départ , et de concert avec
ses amis , fit imprimer cette legere ébauche
de l'esprit d'un jeune homme , qui
dans la suite a fait l'ornement et la gloire
d'un Corps dont il étoit un si digne
Membre.
De retour à Lyon , il donna toute son
application à l'étude du Droit , et prit
ensuite le parti du Barreau . Le succès des
premieres Causes qu'il plaida sembloit
l'inviter à continuer , mais une santé foible
et délicate interrompit sa course et
l'obligea de prendre une autre roure pour
parvenir à une gloire qui n'est pas solide.
Ce seroit sans doute ici le lieu de
rapporter quelques traits singuliers de la
vivacité de génie et de la présence d'esprit
de ce célebre Avocat Consultant ;
mais comme je me suis seulement proposé
de donner des Mémoires sur les
principales actions de la vie d'un homme
qui m'a honoré de son amitié , je me
restreindrai donc à en rapporter ici les
circonstances les plus essentielles , persuade
MAY. 17337 939
suadé qu'elles ne pourront qu'être bien
reçûës de ceux qui ne se sont point laissé
prévenir par de faux préjugez , ou par
une jalousie indigne des veritables gens
de Lettres .
Il fit pendant plusieurs années la fonction
de Procureur du Roy dans la Jurisdiction
de la Conservation des Privileges
des Foires de Lyon , si fameuses
même parmi les Etrangers . Son esprit
et sa capacité lui mériterent la protection
de la Maison de Villeroy , et une
amitié mêlée de beaucoup de déférence
de la part du dernier Maréchal de ce
nom . Ce fut aussi ce même mérite qui
engagea la Ville de Lyon à le choisir
en 1700. pour un de ses Echevins . Il
fut nommé quelque temps après Procureur
du Roy de la Police de la même
Ville , Charge qu'il a exercée jusqu'à sa
mort , de même que celle de Juge de
l'Archevêché et du Comté de Lyon.
Malgré les grandes et pénibles occupations
que lui procuroient ces differens
Emplois , l'amour de l'étude étoit trop
profondément enraciné dans son esprit ,
pour ne lui pas donner les intervales de
temps que pouvoient lui laisser les fréquentes
Audiances qu'il étoit obligé d'accorder
à ceux qui venoient le consulter,
C'étoit
940 MERCURE DE FRANCE
C'étoit donc cette violente , mais louable
passion pour les Lettres , qui lui fit
acquerir à grands frais cette Bibliothe
que aussi nombreuse que bien choisie
qui a toujours été ouverre à ses amis
et qui est aujourd'hui , pour ainsi dire
l'héritage de tous les Amateurs des Sciences
, par le soin qu'il a pris de la rendre
publique.
Revenons à ses Ouvrages. H publia
en 1710. son Recueil de Factums , imprimé
à Lyon , chez Anisson , en deux vomes
in 4. Il a été du nombre de ceux
qui commencerent à faire des Assemblées
Académiques , qui furent en 1725. établies
en forme d'Académie reglée par
Lettres Patentes du Roy , sous le titre
d'Académie des Sciences et des Belles-
Lettres.
En 1728. parut son Dictionnaire de
Richelet , avec des Additions d'Histoire
de Grammaire , de Critique et de Jurisprudence
, en 3. volumes in folie , imprimé
chez Duplain . On trouve à la tête
de cet Ouvrage le sentiment de M. Lancelot
sur cette nouvelle Edition du Dictionnaire
de Richelet , où ce célebre Académicien
rend à notre Auteur un témoi
gnage qui fera toujours honneur à sa
mémoire. On y voit aussi un Abregé de
la
MAY. 17337 940
la Vie des Auteurs citez dans ce Dictionnaire
, recueilli par M. Laurent le
Clerc de S. Sulpice de Lyon , connû
dans la République des Lettres par un
grand nombre d'augmentations qu'il a
données pour le Dictionnaire de Moréry,
et par plusieurs autres Ouvrages :
En 1731. se voyant dans un âge trèsavancé
, et son esprit n'ayant encore reçû
aucune atteinte par le grand nombre
d'années , il prit une résolution qui rendra
sa mémoire chere à ceux qui aiment
véritablement le bien et la gloire de leur
Patrie.
Dans l'appréhension où il étoit que
parmi les embarras d'une succession , ses
Climenes , ( c'est ainsi qu'il appelloit ses
Livres ) ne se vissent dans la dure né
cessité de la division , il prit le parti de
proposer à Mrs du Consulat , sa Biblio
theque pour la rendre publique.
Il manquoit depuis trop long- temps.
la gloire de cette seconde Ville du Royau
me , un Monument qui la rendît en quel
que sorte supérieure à une infinité d'autres
Villes , en alliant dans son sein les
Muses et le Commerce , pour qu'une proposition
si importante et si digne des
sentimens d'un parfait Cytoyen , pût être
rejettée par des personnes qui doivent
Se
942 MERCURE DE FRANCE
pu .
se montrer sur tous les autres , jaloux
d'un si beau titre. Elle fut donc reçûë
avec la joye et la reconnoissance que
méritoit un si grand attachement à la
Patrie. Mrs les Echevins , et à leur tête
M. Perrichon , que son mérite personnel
a élevé à la Place de Prévôt des Mar>
chands , et que son zele pour P'utilité
blique , rend cher aux differens Corps de
Négocians qui travaillent avec succès sous
ses auspices , assignerent à notre Auteur
2000. livres de pension pendant sa vie
et 5oo. écus de rente après sa mort à
M. Duchol son Neveu. Ils laissereng
néanmoins au premier le reste de ses
jours , la joissance de ces mêmes Livres,
qui avoient fait les délices de sa jeune se ,
et sa consolation dans un âge plus avancé.
Enfin ayant mis sa chere Bibliotheque
hors d'état d'être jamais divisée , il ne
songea plus qu'à finir en paix sa carriere
dans la retraite de son Cabinet , donnant
toutefois quelques heures de son temps à
ses amis et aux Gens de lettres qui ont
continué de lui rendre visite jusqu'à sa
mort , qui arriva le 18. Février 1733-
Si la Ville de Lyon a l'avantage de recueillir
les fruits du travail de notre célebre
Avocat , par l'utilité qu'elle retire
de ce bel établissement , elle ne pouvoit
mieux
MAY. 94% 1733.
qu'en
mieux marquer sa reconnoissance ,
choisissant , comme elle a fait , pour son
Bibliothequaire un homme versé dans l'a
connoissance des Livres , aussi distingué
dans le Barreau par la profession d'Avocat
, qu'il éxerce avec honneur , que
connu dans la République des Lettres
par les Notes curieuses qu'il a données
sur les Oeuvres de Despreaux , et en
dernier lieu sur celles de Regnier. C'est
par les sages avis et l'étroite amitié dont
il étoit lié avec M. Aubert , que la Ville
de Lyon possede un si riche et si utile
Présent , ensorte que l'on peut dire à
bon droit que cet habile Commentateur
partage la gloire d'un don si précieux
avec le Bienfaicteur même.
*
L. B. D.
* M. Claude Brosset , Avocat au Présidial de
Lyon.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. de la R. contenant quelques particularitez sur la personne et la Vie de M. Aubert, Doyen des Avocats de Lyon.
La lettre adressée à M. de la R. corrige plusieurs informations erronées concernant la vie de Pierre Aubert, Doyen des Avocats de Lyon. Pierre Aubert est né le 9 février 1642 à Lyon et est décédé le 18 février 1733 à l'âge de 91 ans, contrairement à ce que le Mercure de France avait publié. L'auteur de la lettre rectifie également l'âge d'Aubert lorsqu'il a commencé à travailler aux augmentations du Dictionnaire de Richelet, affirmant qu'il avait 65 ans et non 90 ans. Pierre Aubert a démontré très tôt un talent pour les lettres et la poésie. À l'âge de 16 ou 17 ans, il a écrit un roman intitulé 'Le Retour de l'Isle d'Amour'. Après ses études de droit, il a exercé la profession d'avocat mais a dû abandonner en raison de sa santé fragile. Il a ensuite occupé plusieurs postes administratifs à Lyon, notamment celui de Procureur du Roi et d'Échevin. Aubert était également un érudit passionné par les lettres et les sciences. Il a publié plusieurs ouvrages, dont un Recueil de Factums en 1710 et une édition augmentée du Dictionnaire de Richelet en 1728. En 1731, il a décidé de léguer sa bibliothèque à la ville de Lyon pour en faire une bibliothèque publique. Cette proposition a été acceptée avec reconnaissance, et Aubert a reçu une pension de 2000 livres pendant sa vie et une rente de 500 écus pour son neveu après sa mort. La bibliothèque, riche et bien choisie, est devenue un héritage pour tous les amateurs des sciences. Aubert a passé ses dernières années dans la retraite, recevant des amis et des gens de lettres jusqu'à sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
91
p. 1949-1974
LETTRE à l'Auteur du Projet d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, imprimé dans le second volume du Mercure de Juin 1733. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Début :
Les Essais de Montaigne ne m'eurent pas si-tôt passé par les mains, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Montaigne, Style, Traduction, Langue, Homme, Lettre, Français, Pensée, Original, Épithète, Mal, Traduire, Virgile, Lettres, Anciens, Manière, Grand, Yeux, Auteurs, Marville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Projet d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, imprimé dans le second volume du Mercure de Juin 1733. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
LETTRE à l'Auteur du Projet d'une
nouvelle Edition des Essais de Montaigne
, imprimé dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croissie en
Bretagne.
I
Lipas
Es Essais de Montaigne ne m'eurent
si-tôt passé
passé par
les mains , Monsieur
, que je me vis au nombre de ses
Partisans. J'admirai ses pensées , et je
n'aimai pas moins les graces et la naïveté
de son stile. Après ce début je puis vous
déclarer à la franquette ce que je pense.
de l'entreprise que vous formez d'ha
biller Montaigne à la moderne , changeant
sa fraise en tour de cou son pourpoint
éguilletté , en habit à paniers ; son
grand chapeau élevé en pain de sucre ,
en petit fin castor de la hauteur de quacre
doigts , &c.
Traduire en Langue Françoise un Auteur
Original , qui vivoit encore au com-
C men
1950 MERCURE DE FRANCE
que
mencement de 1592. et dont l'Ouvrage
est écrit dans la même Langue , me paroît
un projet d'une espece singuliere ,
et vous en convenez vous- même. Ce
n'est ppaass qquuee je nie l'échantillon
que
vous produisez de votre stile , n'ait du
mérite et qu'il ne vous fasse honneur ; il
est pur, élegant, harmonieux ; ses liaisons
peut-être un peu trop étudiées en font
un contraste avec celui de Seneque ,
qu'un Empereur Romain comparoit à
du sable sans chaux. Si la France n'eût
point vû naître un Montaigne avant
vous , vous pourriez , en continuant sur
le même ton , prétendre au même rang ;
mais souffrez que je vous dise que les
charmes de votre stile ne font que blanchir
, en voulant joûter contre ceux du
vieux et vrai Montaigne.
Il n'en est pas de la Traduction que
vous entreprenez , comme de rendre en
François un Auteur qui a travaillé avec
succès dans une Langue morte. Peu de
personnes sont en état de comparer le
Grec de l'Iliade avec la Traduction Françoise
de Me Dacier. Si ceux qui possedent
le mieux cette Langue , sont assez
habiles pour juger des pensées , ils ne
le sont point pour prononcer sûrement
sur l'expression , de- là vient que Me Dacier
་
SEPTEMBRE .
1733.
1951
cier
trouvera
toujours des
Avocats pour
et contre . L'un
soutiendra que tel endroit
est rendu à
merveille , un autre
prétendra
que non ; ou plutôt sans rien affirmer
, l'un dira credo di si et l'autre credo
di nà. Pour moi je
m'imagine que nous
marchons à tâtons dans le goût de l'Ansiquité
, et que la
prévention nous porte
souvent à regarder
comme
beautez dans
les
Anciens , ce qui n'est
souvent que
méprise ou
négligence. J'en ai vû , qui
ne
s'estimoient
chiens au petit collier
dans la
République des
Lettres , je les
ai vû , dis je , se
passionner
d'admiration
pour ce Vers de Virgile.
Cornua
velatarum
obvertimus
antennarum .
Admirez , me disoient- ils , la chute
grave de ces grands mots.Ils ne sont point
là sans dessein. Ne sentez vous pas dans
ce Vers
spondaïque le dur travail des
Matelots , qui se fatiguent à tourner les
Vergues d'un
Vaisseau , pesantes et chargées
de voilure ? Il me semble , répons
dois-je , que je sens quelque chose ; mais
n'y auroit- il point à craindre que vous
et moi nous ne fussions la duppe du préjugé
? L'idée
avantageuse et pleine de
respect que vos Maîtres vous inspirent
dès votre bas âge , pour tout ce qui nous
Cij reste
1952 MERCURE DE FRANCE
reste de ces celebres Auteurs , demeure ,
pour ainsi dire , cloüée dans vos têtes .
Mucho se conserva lo que en la mocedad
se deprende.
Si Virgile revenoit au monde , il nous
montreroit que nous louons dans ses Ouvrages
beaucoup de choses qu'il eût réformées
, s'il en cût eu le temps ou de
moins s'il l'eût pû faire ; et qu'au contraire
nous passons legerement sur plu
sieurs endroits dont il faisoit grande estime.
Cette Epithete , nous diroit- il , ce
monosillabe gracieux , à quoi vous ne
faites point attention , fut cause que je
veillai plus d'une nuit , et je vous jure
qu'il me fallut fouiller dans tous les
coins de mon cerveau avant que de parvenir
à le dénicher..
On raconte que notre Santeüil füt
travaillé d'une longue insomnie pour
trouver une Epithete qui pût exprimer
le son du marteau qui bat sur l'enclume.
Après bien des nuits passées commes
les Lievres , l'Epithete tant souha
tée se présenta , c'étoit refugus. Cette
rencontre fut pour lui un Montje
il se leve aussi - tôt , fait grand bruit
court par les Dortoirs , sans penser qu'il
étoit nud en chemise , frappe à toutes le
portes , les Chanoines se réveillent , l'a
larr
.
SEPTEMBRE . 1733. 1953
*
larme les saisit ; tous se figurent qu'un
subit incendie dans la maison est la
cause d'un pareil'vacarme. Enfin , quand
il fut question d'en sçavoir le sujet , Santeüil
leur apprit d'un ton fier , qu'il
avoit interrompu leur sommeil leur
pour
faire part d'une rare Epithete qu'il venoit
de trouver , ayant couru vainement
après elle pendant toute une Semaine..
Je vous laisse à penser si les Chanoines
se plurent beaucoup à cette farce ; ils
donnerent au D ..... l'Epithete et le
Poëte. N'importe , il les obligea de l'entendre
, sans quoi , point de patience . Les
Chanoines l'écouterent en se frottant les
yeux , et se hâterent d'applaudir , afin
de se défaire plus vîte d'un importun..
Santeuil retourna se coucher en faisant
des gambades , non moins content du
tour qu'il venoit de jouer , que d'avoir
trouvé l'Epithete qu'il cherchoit. Là finit
cette plaisante Scene que je ne donne
point pour article de foi.
C'est la gloire de passer pour avoir.
plus d'intelligence qu'un autre , qui engage
un Commentateur à se creuser le
erveau pour chercher dans cette Strophe
, dans cette expression d'Horace ,
un sens alambiqué dont personne n'ait
fait la découverte avant lui , quoique
Ciij nous
1954 MERCURE DE FRANCE
nous ne soyons pas plus au fait de la
propre signification des mots Grecs et
Latins , que de leur prononciation ; un
tel homme se croit un Christophle Colomb
dans le Pays des Belles- Lettres . Cependant
nous nous dépouillons nousmêmes
pour revétir les Anciens , et nous
donnons au Commentaire un temps qui
seroit plus utilement employé à l'invention
. C'est dans ce sens que je veux entendre
ici ce Passage de Quintilien : Supervacuus
foret in studiis longior labor , si nihil
liceret meliùs invenire præteritis. Il y en
a qui se sont figuré que Virgile dans
son Eglogue à Pollion , avoit prédit la
Naissance de Jesus- Christ . Les Romains
curieux d'apprendre ce qui leur devoit arriver
, avoient la superstition de le chercher
dans les Livres de ce Poëte , après
avoir choisi dans leur idée le premier ,
le second , ou tout autre Vers de la page
que le sort leur offroit , pour être l'interprete
du Destin . C'étoit- là ce qu'ils
appelloient Sortes Virgiliana . Nos premiers
François en croyoient autant des
Livres de la Sainte Ecriture . D'autres
non moins extravagans , se sont per
suadé que les principes de toutes les
Sciences et de la Magie même , étoient
renfermez dans les Poëmes d'Homere , et
LuSEPTEMBRE
. 1733. 1955
Lucien fait mention d'un faux Prophete
nommé Alexandre qui prétendoit qu'un
certain Vers d'Homere , écrit sur les portes
des Maisons , avoit la vertu de préserver
de la peste. Les hommes sont idolâtres
, non- seulement des Ouvrages d'esprit
des Anciens , mais même de tout ce
qui respire le moindre air d'Antiquité ,
et tel Curieux qui croiroit avoir parmi
ses possessions la Pantoufle de fer qui
sauta du pied d'Empedocle , quand il se
lança dans les flammes du Mont Etna, ne
voudroit peut-être pas faire échange de
cette Relique avec tous les Diamans du
Royaume de Golconde.
il`se
Tout beau , Mademoiselle , s'écriera
quelque Censeur aux sourcis herissez ,
compassant et nivelant toutes mes phra
ses , vous nous agencez ici de singulieres
digressions , et prenez un air scientifique
qui vous sied assez mal. Sçavez
vous qu'en vous écartant de votre sujet
vous péchez contre le précepte d'Horace.
Servetur ad imum;
Qualis ab incepto processerit , et sibi constet.
Et que vous donnez dans un si grand
ridicule , que l'Abbé Ménage , qui après
avoir parcouru dans sa cervelle , le La.
C iiij tium
1956 MERCURE DE FRANCE
tium , la Grece , l'Allemagne , l'Espagne ,
et peut- être la Chine et la Turquie
pour trouver l'origine du mot Equus
crut enfin l'avoir rencontré en Italie
et fit descendre en ligne directe ou collaterale
, Equus , du mot Italien Alfana
étimologie misérablement écorchée que
le Chevalier de Cailli ou d'Aceilli ;
fronda dans une jolie
Epigrammesétimologie
qui présente à mes yeux l'Arbre
Généalogique de plusieurs Maisons nouvellement
nobles , qui vont mandier à
prix d'argent en Irlande et en Italie , de
belles branches qu'elles entent ensuite
sur le tronc le plus. vil , de sorte qu'à
l'examiner de près , vous verriez du Laurier
, de l'Oranger , de l'Olivier et du,
Grenadier , entez sur un mauvais trou
de chou.
Si je fais des digressions dans la Lettre
que je vous adresse , Monsieur , ce
n'est point par affectation , mais par coûtume.
De plus comme il s'agit ici principalement
de Montaigne, je tache d'imiter
un peu son stile . Ses transitions sont fréquentes
, mais elles ont de la grace , et
comme elles se viennent placer pour l'or-,
dinaire très naturellement , l'Auteur fait
voir qu'il sçait écrire d'une maniere vive ,
aisée et indépendante. Cependant vous.
eussiez
SEPTEMBRE. 1733. 1957
eussiez pû l'attaquer en ce qu'il abandonne
quelquefois tellement son Sujet ,
que si l'on revient à voir comment il
a intitulé tel Chapitre , on s'imaginera
que l'Imprimeur s'est trompé et qu'il
a mis un titre au lieu d'un autre .
Vous aurez encore une nouvelle matiere
à me faire un procès , sur ce qu'en me :
déclarant contre ceux qui encensent à
l'aveugle les Anciens , et préconisent jusqu'à
leurs défauts , je me révolte contre
le desssein que vous avez de tourner
le Gaulois de Montaigne à la Françoise ,.
et que je semble braver le Précepte de
Macrobe , dans ses Saturnales , Vivamus:
moribus præteritis , præsentibus verbis loquamur.
Dans ce que j'ai avancé je n'ai
prétendu parler que des Langues mor--
tes. J'ai frondé les Commentaires prolixes
et superflus , sans condamner ab
solument les Traductions . J'ai blâmé :
Pidolâtrie sans desaprouver les sentimens
d'estime qu'on doit à tant de beautez
originales qui brillent dans les Livres des
Anciens .
Quant à Montaigne , je ne convien--
drai pas qu'il soit aussi Gaulois que vous
voudriez le faire croire. Si vous parliez
de traduire en François les Poësies Gau
loises de Bérenger , Comte de Provence,
GNI Ou
3
1958 MERCURE DE FRANCE
ou celle de Thibaut , Comte de Champagne
, qui rima d'amoureuses Chansons.
en l'honneur de la Reine Blanche , Mere
de S. Loiis ; à la bonne heure. Le stilede
ce temps- là est si different du nôtre,
qu'il semble que ce ne soit plus la même
Langue. Mais Montaigne , on l'entend ,
il n'est personne que son stile vif et varié
n'enchante , et je puis sans flaterie ,
ajuster à son sujet ces paroles d'un de
nos vieux Auteurs. C'est un bel esprit
doué de toutes les graces , gentillesses , cour
toisies et rondeurs que l'on peut souhaiter.
En effet il faut être perclus d'esprit , sh
l'on ne comprend point ses phrases les.
plus difficiles , pour peu qu'on s'y arrête.
L'utilité que produira votre Traduction
prétendue , ce sera de faire lire Montaigne
à quelques personnes curieuses de
voir la difference de son stile au vôtre..
Pour peu qu'en quelques endroits le vô
tre demeure au -dessous du sien , ses beautez
en recevront un nouvel éclat , et on
s'obstinera à lui trouver par tout le méme
mérite , afin de rabaisser celui de votre
Traduction . Il n'en est pas de Montaigne
comme de Nicole et de la Bruye ,
re. Quoique ceux- cy possedent bien leur
langue , neanmoins la plus grande partie
de leur valeur est dans les pensées ,
au
SEPTEMBRE . 1733. 1959.
au lieu que
les graces
de
l'autre sont
également
partagées
entre le sentiment
et la diction , toute vieille qu'elle est.
Quand il invente des termes , ils sont
expressifs et ne sçauroient se suppléer
avec le même
agrément et la même force.
Ses tours gascons qui dérident sa morale
, servent par tout à égayer le Lecteur.
Ses
négligences
mêmes ne sont
point
désagréables , ce sont des Ombres
au Tableau. Etienne
Pasquier , dans le
premier Livre de ses Lettres , blâme la
hardiesse de Clément Marot , qui s'avisa
mal-à- propos de ressacer le stile du Roman
de la Rose , commencé
par Guillaume
de Loris et continué par Clopinel.
Il n'y a , dit- il , homme docte entre
nous , qui ne lise les doctes Ecrits de Maître
Alain Chartier, et qui n'embrasse le Roman
de la Rose , lequel à la mienne volonté
, que par une bigarure de langage vieux
et nouveau , Clément Marot n'eût pas vou
In habiller à sa mode.
Mais examinons ce que signifie le terme
de Traduction , conformément au
sens qu'on lui a donné chez toutes les
Nations. Traduire , c'est , si je ne me ·
trompe , rendre en une autre Langue les
pensées , le stile et tout l'esprit d'un Au
seur. Votre Traduction peut- elle avoir
C vj
les
1960 MERCURE DE FRANCE
les qualitez prescrites ? Je ne sçaurois me
le persuader. Elle est faite en même
Langue , et par conséquent ne doit point
être appellée Traduction , et votre stile.
n'ayant nul rapport à celui de Montaigne
, ses pensées déguisées ne seront
aucunement semblables à elles - mêmes..
C'est pourquoi Scarron n'a point traduit.
l'Eneïde , mais il l'a parodié. Le stile de
Montaigne est un mêlange d'enjoüé et
de sérieux , assaisonné réciproquement
P'un par l'autre. Il ne paroît point qu'il
marche , mais qu'il voltige ; au lieu que
le vôtre cheminant d'un pas grave et
composé , représente un Magistrat qui
marche en Procession , et dont la pluye ,
la grêle et la foudre ne dérangeroient
pas la fiere contenance. ;
Sifractus illabatur Orbis , T
Impavidum ferient ruinas
Virgile se donna- t'il les airs de rajeu- ,
nir le bon homme Ennius ! et notre Ab
bé D. F *** Maître passé en fine plaisanterie
, oseroit- il couper la barbe à
Rabelais et le mutiler ? Ces soins scru
puleux convenoient seulement au P.
J*********qu'Apollon a établi son Chirur
gien Major sur le Parnasse , depuis lequel
temps un Poëte ne se hazarde
P
pas
même
SEPTEMBRE . 1733. 1964
même d'y prononcer le terme de fistula,.
de crainte que l'équivoque de quelque
maladie ne le fasse livrer entre ses mains
Au sur- plus la République des Lettres
n'y perdra rien , si Montaigne n'est point
lû de ceux qui sont rebutez de refléchiz
un moment sur quelques - unes de ses
phrases. Ce sont , sans doute , des génies
superficiels , incapables d'attention et
prêts peut- être à se dédire quand vous .
les aurez mis à même en couvrant le
vieux Montaigne d'une Rédingotre à la
mode. Le Bembo , dans ses Observations
sur la Langue Italienne , dit qu'il n'appartient
: pas à là Multitude de décider ·
des Ouvrages des Sçavans . Non è la Mul
titudine quella , che alle compositioni d'al
cun secolo dona grido , mà sono pochissimi
huomini di ciascun secolo , al giudicio de
quali , percioche sono essi più dotti degli
altri riputati , danno poi le Genti e la Multitudine
fede , che per se sola giudicare non
sa drittamente , è quella parte si piega colle :
sue voci , à che ella pochi huomini che io
dico sente piegare.
Les sçavans Jurisconsultes balancerent :
long- temps à traduire en notre Langue
les Instituts de Justinien , ne voulant
pas que ce précieux Abregé des Loix Romaines
, réservé pour les Juges et less
Avocats,
1962 MERCURE DE FRANCE
Avocats , s'avilit en passant par la Boutique
triviale des Procureurs , ausquels
il convient de travailler de la main de
toute façon , plutôt que de la tête . Ayols
les mêmes égards pour Montaigne , qui
n'en vaudra pas moins tout son prix ,
pour n'être point lû des Précieuses et
des petits Maîtres , Nation ignorante à
la fois et décisive , qui préfere le Roman
le plus plat aux Productions les plus solides.
Ah! Monsieur , que vous feriez une
oeuvre méritoire , et que vous rendriez
un grand service à la Province de Bretagne
, si vous vouliez , vous qui vous
montrez si charitable pour le Public
prendre la peine de traduire en François
intelligible notre Coûtume , dont les
Gauloises équivoques sont des pépinieres
de procès ! Mais ne vous fais - je point le
vôtre mal à propos , Monsieur ?voyons
et comparons quelques phrases de votre
Traduction avec l'Original .
Dans le premier Chapitre l'Auteur loüe
la constance du Capitaine Phiton , qui
témoignoit une insigne grandeur d'ame ,
au milieu des tourmens qu'on lui faisoit
souffrir , par les ordres de Denis le Tiran.
Il eut , dit Montaigne , le courage
toujours constant sans se perdre, et d'un visage
SEPTEMBRE . 1733. 1963
ge toujours ferme , alloit au contraire , ramentevant
à haute voix l'honorable et glorieuse
cause de sa mort , pour n'avoir voulu
rendre son Pays entre les mains d'un Tiran
, le menaçant d'une prochaine punition
des Dieux. Ce stile n'est- il pas nerveux ,
vif , soutenu , et comparable à celui dece
Rondeau dont la Bruyere fait si
grande estime.
Bien à propos s'en vint Ogier en France
Pour le Pays des Mécréans monder , &c.
Comparons maintenant au Gaulois de
Montaigne votre Traduction , mais Phiton
parut toujours ferme et constant , pu- ри
bliant à haute voix l'honorable et glorieuse
cause du tourment indigne qu'on lui faisoit
souffrir. Convenez que l'Original n'a pas
moins de force et de noblesse que la
Traduction ; qu'alloit est plus propre que
parut , d'autant que Phiton étoit foüetté
par les rues , et que publiant n'est pas.
si expressif que ramentevant , qui signifie
qu'il mettoit sous les yeux du Peuple
la peinture de ses genereux exploits ..
A la verité ramentevoir est un terme suranné
aujourd'hui , cependant il est noble
, et Malherbe l'a employé dans une
de ses plus belles Odes ..
La
1964 MERCURE DE FRANCE
La terreur des choses passées ,
A leurs yeux se ramentevant.
Et Racan , le plus illustre des Eleves:
de ce fameux Maître , en a fait usage.
en plus d'un endroit de ses aimables Poë
sies , comme dans une. Eglogue.
Cela ne sert de rien qu'à me ramentevoir .
Que je n'y verrai plus , & c. .
Je trouve tant d'énergie dans cette expression
, que je n'ai pas moins de regret
de sa perte que Pasquier en eut de.
celle de Chevalerie , Piétons , Enseigne
Coronale , en la pláce dèsquels on substitua
Cavalerie , Infanterie , Enseigne
Colonelle , quoique moins conformes à
l'étimologies que la Bruyere en eut dela
perte de maint et de moult , et que Voiture
en témoigna de la mauvaise chicanequ'on
intenta à Car , qui se vit à deux :
doigts de sa ruine. Le stile de Montai
gne est coupé , hardi , sententieux , et
ses libertez ne trouveront des Censeurs
que parmi les Pédans.
Cet Auteur après le morceau d'His--
toire que j'ai cité , fait tout à coup cette
refléxion qui s'échappe comme un trait ,.
et.qui a rapport à ce qu'il traite dans le
Cha-
.
SEPTEMBRE. 1733. 1961
Chapitre: Certes c'est un sujet merveilleusement
vain , divers et ondoyant que l'homme ; il
estenal aisé d'y fonder jugement constant et
uniforme. Ce qui est ainsi paraphrasé dans
votre Traduction . Au reste il ne manque
pas d'exemples contraires à ceux - cy , ce qui
fait voir l'inconstance , et si cela se peut dire
, la variation de l'homme dans les mêmes
circonstances , il agit differemment et
reçoit des mêmes objets des impressions tout
opposées , d'où il s'ensuit qu'il n'est pas sûr
d'en juger d'une maniere constante et uniforme.
La Traduction est plus polie et
plus déployés , mais l'Original est plus vif
et plus dégagé ; et de cet ondoyant , qu'en
avez-vous fait ? De cet ondoyant qui tout
seul vaut un discours entier C'est là que
se découvre le grand Art de la précision ,
et c'est dans ce goût délicat et serré que
l'admirable la Fontaine commence un
de ses Contes.
O combien l'homme est inconstant , divers ,
Foible , leger , tenant mal sa parole.
1
Quoique deux phrases ne soient pas
suffisantes pour faire le parallele de l'Original
, cependant je m'en tiendrai là.
Je les ai prises au hazard , et pour s'en
convaincre on n'a qu'à comparer la premiere
1966 MERCURE DE FRANCE
miere phrase de chaque Chapitre de l'Original
, avec la premiere de chaque Chapitre
de la Traduction . Pour faire court ,
je trouve Montaigne excellent tel qu'il
est , non que je prétende absolument le
justifier de quelques vices que vous censurez
; mais en ce Monde il n'est rien
d'accompli , le Soleil a ses taches , et les
hommes au-dessus du commun ne sont
pas moins extraordinaires dans leurs défauts
, que dans leurs vertus .
Hor superbite è via col viso altero ,
Figliuoli d'Eva , è non chinate'l volto ,
Si che veggiato il vostro mal sentero.
›
Dante , Purg. Canto 12.
Vigneul Marville , dans ses mélanges
d'Histoire et de Littérature , décide quel
quefois au hazard, du mérite des Auteurs.
Quand il rencontre juste, c'est pour l'ordinaire
un aveugle qui ne sçauroit marcher
sans bâton. Le jugement qu'il porte
des Essais de Montaigne dans son premier
volume , est copié d'après l'Auteur
de la Logique de Port- Royal , Pascal et
Malbranche ; qui devoient parler avec
plus de circonspection du Maître qui
leur apprit à penser ; quand ce n'eût été
que par reconnoissance.
Ce
SEPTEMBRE. 1733. 1967
Ce que le même Vigneul Marville soutient
dans son second volume , au sujet
de l'esprit de Montaigne , me paroît cependant
fort judicicux ; mais vous n'y
trouverez pas votre compte , vous qui
pensez à nous donner tout Montaigne à
votre guise. Tel que soit un Auteur , nous
dit il , il nefaut point le démembrer , on
aime mieux le voir tout entier avec ses deffauts
, que de le voir déchiré par piéces ; il
faut que
le corps et l'ame soient unis ensemble
; la séparation de quelque maniere qu'elle
se fasse ne sçauroit être avantageuse aw
tout et ne satisfera jamais le public.
Vigneul Marville , dans son troisième
volume , revient encore aux Essais de
Montaigne , preuve qu'il l'estimoit , car
d'un Auteur qu'on méprise , on ne s'en
embarasse pas tant ; mais il prend de travers
une partie du jugement qu'en a porté
Sorel , dans sa Bibliotheque Françoise.
Quelque favorable que lui soit Sorel , dit
Marville , il ne peut s'empêcher de dire que
ce n'est point une Lecture propre aux igno
rans , aux apprentifs et aux esprits foibles
qui ne pourroient suppléer au défaut de l'or
dre , ni profiter des pensées extraordinaires
et hardies de cet Ecrivain. Peut- on dire
après cela , que le jugement de Sorel soit
désavantageux à Montaigne , et qu'il ne
soit
1968 MERCURE DE FRANCE MERCU
soir plutôt en sa faveur que contre lui ?
Vigneul Marville étoit prévenu , enyvré
de Malbranche et de Pascal , il ne voyoit
pas que c'étoit la jalousie du métier qui
les forçoit à rabaisser Montaigne , et que
par conséquent ils ne devoient point être
témérairement crus sur leur parole, quoique
la Bruyere dût avoir les mêmes motifs
; néanmoins il en parle en juge intelligent
et désinterressé , et d'abord il
saute aux yeux , qu'il en veut à ces Critiques
chagrins , à ces Philosophes jaloux,
à ces Géometres pointilleux , qui ne sont
jamais contens que d'eux - mêmes. Voici :
les termes dont se sert la Bruyere : Deux
Ecrivains dans leurs Ouvrages ont blâme
Montaigne , queje ne crois pas , aussi - bien
qu'eux , exempt de toute sorte de blâme ; il
paroît que tous deux ne l'ont estimé en nulle:
maniere ; l'un ne pensoit pas assez pourgoû
ter un homme qui pense beaucoup , l'autre
pense trop subtilement , pour s'accommoder
des pensées qui sont naturelles ; Que cette :
critique est modeste ! que les Censeurs.
sont finement redressez , et que l'éloge
est délicat !
J'oubliois de vous demander , Monsieur
, pourquoi en traduisant Montaigne
, vous ne parlez pas de rendre en
Beaux Vers François les citations qu'il entrelasse
SEFTEMBRE . 1733. 1969
trelasse avec un art admirable , et qui ne
peuvent être supprimées qu'à son préjudice.
Questo , comme dit l'Italien , Guasterà
la coda alfagiana.
Au reste je rends justice à votre stile
dont les beautez , par rapport à ellesmêmes
sont tres bien entendues . Il n'y a
personne qui ne s'apperçoive en les lisant
, que vous n'en êtes point à votre
coup d'essai , ou que , si vous n'avez point
encore fait présent au public de quelque
Ouvrage , vous ne soyez en état de lui en
donner d'excellens , quand il vous plaira.
Je ne pense pas non plus que ma décision
doive servir de régle : je dis mon
sentiment , je puis me tromper , et
dans ces jours de dispute , il faudroit que
je fusse bien folle pour me proclamer infaillible.
Je ne doute pas même que votre
entreprise ne soit du goût d'une infinité
de personnes qui jugeront que je
rêve , et qui se diront l'une à l'autre :
An censes ullam anum tam deliram fuisse ?
Cependant cette Lettre ne sera point
sans quelque utilité , elle servira à prouver
en votre faveur que quelque bon que
puisse être un Ouvrage nouveau , il ne
parvient pas d'abord jusqu'à subir l'approbation
générale. Vous aurez votre
Four , vous critiquerez cette Lettre , le
1
stile
1970 MERCURE DE FRANCE
stile vous en paroîtra irrégul er ; lardé à
tort et à travers de citations estropiées ,
qui comme des pièces étrangeres , wit
nent mal - à - propos se placer dans l'échiquier.
Vous me donnerez le nom de
mauvais Singe de Mathanasius.
O la plaisante bigarure , direz- vous !
ôle rare et le nouveau parquet ! Ceci
n'est ni Voiture , ni Balzac , ni Bussi
ni Sévigné ; à quoi bon citer en Latin ,
en Italien , en Espagnol , ce qui peut
avoir la même grace en François ; ces reproches
, auxquels je me prépare , me
tappellent ce que j'ai lu dans les Lettres
d'Etienne Pasquier. Le passage est assez
divertissant , pour être rapporté tout au
long : Non seulement désire - je , dit cet
Auteur , que cette emploite se fasse ès Païs
qui sont contenus dans l'enceinte de notre
France ; mais aussi que nous passions tant
les Monts Pirénées que les Alpes , et désignions
avec les Langues qui ont quelque
communauté avec la nôtre , comme l'Espagnole
et l'Italienne , non pas pour ineptement
Italianiser, comme fent quelques Soldaıs , qui,
pourfaire paroître qu'ils ont été en Italie
couchent à chaque bout de champ quelques
mots Italiens. Il me souvient d'un Quidant
lequel demandant sa Berrette , pour son
Bonnet, et se courrouçant à son Valet qu'il ne
>
Lui
SEPTEMBRE. 1733. 1971
lui apportoit le Valet se sçut fort bien excuser
, lui disant qu'il estimoit qu'il commandoit
quelque chose à saservante Perrette.
La plaisanterie qui suit celle - ci dans la
même Lettre , est dans le même goût ,
mais elle est si gaillarde qu'il me suffira
d'y renvoyer le Lecteur ; quoiqu'après
un Prud'homme , tel que Pasquier , il
semble qu'il n'y ait point à risquer de
faire de faux pas dans le sentier de la
modestie.
Qu'il faut de travail pour se former
un stile , qui soit à la fois varié , léger ,
agréable et régulier ! l'un est diffus , enflé,
tonnant , le bon sens est noyé dans les
paroles ; l'autre est si pincé , si délicat
qu'il semble que ce soit une toile d'araignée
qui n'est bonne à rien , et dont les
filets sont si déliez qu'en souflant dessus ,
on jette au vent tout l'ouvrage. Cependant
tous les Auteurs se flattent d'écrire
naturellement, Je lus ces jours derniers
un Factum , cousu , brodé, rapetassé
recrépi de citations vagues et superflues
, et farci de plaisanteries fades et
amenées par force. Ce qui me fit rire ,
ce fut de voir citer les Eglogues de
Fontenelle dans un Ecrit où il ne s'agit
que de Dixmes ; mais j'entends , ou je
me trompe , tous nos Auteurs , Petits-
Mai1972
MERCURE DE FRANCE
Maîtres , qui se rassemblent en tumulte ,
et m'accusent devant Appollon, en criant
après moi , comme quand les Normands
appelloient de leurs débats à leur fince
Raoul , d'où nous est venu le terme de
Haro : Comment , me disent - ils , vous
osez nommer un Auteur aussi distingué
que l'est M. de Fontenelle , et le nommer
Fontenelle tout court , sans que son
nom soit précédé du terme cérémonieux
de Monsieur? Pardonnez moi , gens paîtris
de Musc et de Fard , et qui faites
gloire d'être tout confits en façons.
Je suis fiere et rustique , et j'ai l'ame grossiere.
Ne vous souvient il pas du trait d'un
Gascon , qui disoit nûment qu'il dînoit
chez Villars ; et sur ce que quelqu'un
l'argnoit , en lui représentant que le petit
mot de Monsieur ne lui eût point
écorché la bouche. Eh ! depuis quand , répondit-
il , dites vous Monsieur Pompée ,
Monsieur César , Monsieur Aléxandre ?
Je puis donc aussi riposter sur le même
ton : Depuis quand dites- vous Monsieur
Lucien , Monsieur Virgile Monsieur
Cicéron , Monsieur Pline ? Nos François
qui se portent un respect infini , ont appris
des Italiens , ce me semble , à se Mon→→
signoriser. Autrefois , et il n'y a pas long-
'
temps ,
SEPTEMBRE . 1733. 1973
temps , un Livre portoit le nom de son
Auteur , et même son nom de Baptême,
( ce qui paroîtroit aujourd'hui tenir du
campagnard ) ; cela , sans aller chercher
plus loin , et sans remonter jusqu'à Mə
rot , Saint Gélais , Malherbe, se peut voir
dans les premieres Editions de Corneille ,
de Boileau et de Racine, qui sont simplement
intitulées : Théatre de P. Corneille ,
Oeuvres de Nicolas Despreaux - Boileau ,
Oeuvres deRacine ; mais depuis que la plûpart
des Comédies ne sont que des tissus de
complimens , et lesTragédies de petits Ro-`
mans en rime ; tout sent parmi nous l'afféterie
et l'affectation ; et le superflu ne se
trouve pas moins dans le titre que dans le
corps de l'Ouvrage. A propos , de superflu
, je ne pense pas que je vous donne
beau jeu , et que vous me répondiez que
si le superflu domine jamais que que part,
c'est sur tout dans cette Lettre , où j'entasse
Discours sur Discours , qui ne tienment
presque point au sujet ; j'avouerai
qu'en commençant cette Lettre , mon
dessein n'étoit que de vous dire simplement
dans une demi page , ce que je
pense de votre projet de traduction ; mais
les phrases se sont insensiblement enfilées
comme des Patenottes , grosses ,
petites , et de toutes couleurs ; telle est
D ma
1974 MERCURE DE FRANCE
ma maniere d'écrire une Lettre promptes.
ment , sans apprêt , jettant sur le papier
tout ce qui se présente , pouvû qu'il ne
soit point absolument déraisonnable . Je
suis , Monsieur , & c.
Au Croisic en Bretagne , ce 7. Aoust.
nouvelle Edition des Essais de Montaigne
, imprimé dans le second volume
du Mercure de Juin 1733. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croissie en
Bretagne.
I
Lipas
Es Essais de Montaigne ne m'eurent
si-tôt passé
passé par
les mains , Monsieur
, que je me vis au nombre de ses
Partisans. J'admirai ses pensées , et je
n'aimai pas moins les graces et la naïveté
de son stile. Après ce début je puis vous
déclarer à la franquette ce que je pense.
de l'entreprise que vous formez d'ha
biller Montaigne à la moderne , changeant
sa fraise en tour de cou son pourpoint
éguilletté , en habit à paniers ; son
grand chapeau élevé en pain de sucre ,
en petit fin castor de la hauteur de quacre
doigts , &c.
Traduire en Langue Françoise un Auteur
Original , qui vivoit encore au com-
C men
1950 MERCURE DE FRANCE
que
mencement de 1592. et dont l'Ouvrage
est écrit dans la même Langue , me paroît
un projet d'une espece singuliere ,
et vous en convenez vous- même. Ce
n'est ppaass qquuee je nie l'échantillon
que
vous produisez de votre stile , n'ait du
mérite et qu'il ne vous fasse honneur ; il
est pur, élegant, harmonieux ; ses liaisons
peut-être un peu trop étudiées en font
un contraste avec celui de Seneque ,
qu'un Empereur Romain comparoit à
du sable sans chaux. Si la France n'eût
point vû naître un Montaigne avant
vous , vous pourriez , en continuant sur
le même ton , prétendre au même rang ;
mais souffrez que je vous dise que les
charmes de votre stile ne font que blanchir
, en voulant joûter contre ceux du
vieux et vrai Montaigne.
Il n'en est pas de la Traduction que
vous entreprenez , comme de rendre en
François un Auteur qui a travaillé avec
succès dans une Langue morte. Peu de
personnes sont en état de comparer le
Grec de l'Iliade avec la Traduction Françoise
de Me Dacier. Si ceux qui possedent
le mieux cette Langue , sont assez
habiles pour juger des pensées , ils ne
le sont point pour prononcer sûrement
sur l'expression , de- là vient que Me Dacier
་
SEPTEMBRE .
1733.
1951
cier
trouvera
toujours des
Avocats pour
et contre . L'un
soutiendra que tel endroit
est rendu à
merveille , un autre
prétendra
que non ; ou plutôt sans rien affirmer
, l'un dira credo di si et l'autre credo
di nà. Pour moi je
m'imagine que nous
marchons à tâtons dans le goût de l'Ansiquité
, et que la
prévention nous porte
souvent à regarder
comme
beautez dans
les
Anciens , ce qui n'est
souvent que
méprise ou
négligence. J'en ai vû , qui
ne
s'estimoient
chiens au petit collier
dans la
République des
Lettres , je les
ai vû , dis je , se
passionner
d'admiration
pour ce Vers de Virgile.
Cornua
velatarum
obvertimus
antennarum .
Admirez , me disoient- ils , la chute
grave de ces grands mots.Ils ne sont point
là sans dessein. Ne sentez vous pas dans
ce Vers
spondaïque le dur travail des
Matelots , qui se fatiguent à tourner les
Vergues d'un
Vaisseau , pesantes et chargées
de voilure ? Il me semble , répons
dois-je , que je sens quelque chose ; mais
n'y auroit- il point à craindre que vous
et moi nous ne fussions la duppe du préjugé
? L'idée
avantageuse et pleine de
respect que vos Maîtres vous inspirent
dès votre bas âge , pour tout ce qui nous
Cij reste
1952 MERCURE DE FRANCE
reste de ces celebres Auteurs , demeure ,
pour ainsi dire , cloüée dans vos têtes .
Mucho se conserva lo que en la mocedad
se deprende.
Si Virgile revenoit au monde , il nous
montreroit que nous louons dans ses Ouvrages
beaucoup de choses qu'il eût réformées
, s'il en cût eu le temps ou de
moins s'il l'eût pû faire ; et qu'au contraire
nous passons legerement sur plu
sieurs endroits dont il faisoit grande estime.
Cette Epithete , nous diroit- il , ce
monosillabe gracieux , à quoi vous ne
faites point attention , fut cause que je
veillai plus d'une nuit , et je vous jure
qu'il me fallut fouiller dans tous les
coins de mon cerveau avant que de parvenir
à le dénicher..
On raconte que notre Santeüil füt
travaillé d'une longue insomnie pour
trouver une Epithete qui pût exprimer
le son du marteau qui bat sur l'enclume.
Après bien des nuits passées commes
les Lievres , l'Epithete tant souha
tée se présenta , c'étoit refugus. Cette
rencontre fut pour lui un Montje
il se leve aussi - tôt , fait grand bruit
court par les Dortoirs , sans penser qu'il
étoit nud en chemise , frappe à toutes le
portes , les Chanoines se réveillent , l'a
larr
.
SEPTEMBRE . 1733. 1953
*
larme les saisit ; tous se figurent qu'un
subit incendie dans la maison est la
cause d'un pareil'vacarme. Enfin , quand
il fut question d'en sçavoir le sujet , Santeüil
leur apprit d'un ton fier , qu'il
avoit interrompu leur sommeil leur
pour
faire part d'une rare Epithete qu'il venoit
de trouver , ayant couru vainement
après elle pendant toute une Semaine..
Je vous laisse à penser si les Chanoines
se plurent beaucoup à cette farce ; ils
donnerent au D ..... l'Epithete et le
Poëte. N'importe , il les obligea de l'entendre
, sans quoi , point de patience . Les
Chanoines l'écouterent en se frottant les
yeux , et se hâterent d'applaudir , afin
de se défaire plus vîte d'un importun..
Santeuil retourna se coucher en faisant
des gambades , non moins content du
tour qu'il venoit de jouer , que d'avoir
trouvé l'Epithete qu'il cherchoit. Là finit
cette plaisante Scene que je ne donne
point pour article de foi.
C'est la gloire de passer pour avoir.
plus d'intelligence qu'un autre , qui engage
un Commentateur à se creuser le
erveau pour chercher dans cette Strophe
, dans cette expression d'Horace ,
un sens alambiqué dont personne n'ait
fait la découverte avant lui , quoique
Ciij nous
1954 MERCURE DE FRANCE
nous ne soyons pas plus au fait de la
propre signification des mots Grecs et
Latins , que de leur prononciation ; un
tel homme se croit un Christophle Colomb
dans le Pays des Belles- Lettres . Cependant
nous nous dépouillons nousmêmes
pour revétir les Anciens , et nous
donnons au Commentaire un temps qui
seroit plus utilement employé à l'invention
. C'est dans ce sens que je veux entendre
ici ce Passage de Quintilien : Supervacuus
foret in studiis longior labor , si nihil
liceret meliùs invenire præteritis. Il y en
a qui se sont figuré que Virgile dans
son Eglogue à Pollion , avoit prédit la
Naissance de Jesus- Christ . Les Romains
curieux d'apprendre ce qui leur devoit arriver
, avoient la superstition de le chercher
dans les Livres de ce Poëte , après
avoir choisi dans leur idée le premier ,
le second , ou tout autre Vers de la page
que le sort leur offroit , pour être l'interprete
du Destin . C'étoit- là ce qu'ils
appelloient Sortes Virgiliana . Nos premiers
François en croyoient autant des
Livres de la Sainte Ecriture . D'autres
non moins extravagans , se sont per
suadé que les principes de toutes les
Sciences et de la Magie même , étoient
renfermez dans les Poëmes d'Homere , et
LuSEPTEMBRE
. 1733. 1955
Lucien fait mention d'un faux Prophete
nommé Alexandre qui prétendoit qu'un
certain Vers d'Homere , écrit sur les portes
des Maisons , avoit la vertu de préserver
de la peste. Les hommes sont idolâtres
, non- seulement des Ouvrages d'esprit
des Anciens , mais même de tout ce
qui respire le moindre air d'Antiquité ,
et tel Curieux qui croiroit avoir parmi
ses possessions la Pantoufle de fer qui
sauta du pied d'Empedocle , quand il se
lança dans les flammes du Mont Etna, ne
voudroit peut-être pas faire échange de
cette Relique avec tous les Diamans du
Royaume de Golconde.
il`se
Tout beau , Mademoiselle , s'écriera
quelque Censeur aux sourcis herissez ,
compassant et nivelant toutes mes phra
ses , vous nous agencez ici de singulieres
digressions , et prenez un air scientifique
qui vous sied assez mal. Sçavez
vous qu'en vous écartant de votre sujet
vous péchez contre le précepte d'Horace.
Servetur ad imum;
Qualis ab incepto processerit , et sibi constet.
Et que vous donnez dans un si grand
ridicule , que l'Abbé Ménage , qui après
avoir parcouru dans sa cervelle , le La.
C iiij tium
1956 MERCURE DE FRANCE
tium , la Grece , l'Allemagne , l'Espagne ,
et peut- être la Chine et la Turquie
pour trouver l'origine du mot Equus
crut enfin l'avoir rencontré en Italie
et fit descendre en ligne directe ou collaterale
, Equus , du mot Italien Alfana
étimologie misérablement écorchée que
le Chevalier de Cailli ou d'Aceilli ;
fronda dans une jolie
Epigrammesétimologie
qui présente à mes yeux l'Arbre
Généalogique de plusieurs Maisons nouvellement
nobles , qui vont mandier à
prix d'argent en Irlande et en Italie , de
belles branches qu'elles entent ensuite
sur le tronc le plus. vil , de sorte qu'à
l'examiner de près , vous verriez du Laurier
, de l'Oranger , de l'Olivier et du,
Grenadier , entez sur un mauvais trou
de chou.
Si je fais des digressions dans la Lettre
que je vous adresse , Monsieur , ce
n'est point par affectation , mais par coûtume.
De plus comme il s'agit ici principalement
de Montaigne, je tache d'imiter
un peu son stile . Ses transitions sont fréquentes
, mais elles ont de la grace , et
comme elles se viennent placer pour l'or-,
dinaire très naturellement , l'Auteur fait
voir qu'il sçait écrire d'une maniere vive ,
aisée et indépendante. Cependant vous.
eussiez
SEPTEMBRE. 1733. 1957
eussiez pû l'attaquer en ce qu'il abandonne
quelquefois tellement son Sujet ,
que si l'on revient à voir comment il
a intitulé tel Chapitre , on s'imaginera
que l'Imprimeur s'est trompé et qu'il
a mis un titre au lieu d'un autre .
Vous aurez encore une nouvelle matiere
à me faire un procès , sur ce qu'en me :
déclarant contre ceux qui encensent à
l'aveugle les Anciens , et préconisent jusqu'à
leurs défauts , je me révolte contre
le desssein que vous avez de tourner
le Gaulois de Montaigne à la Françoise ,.
et que je semble braver le Précepte de
Macrobe , dans ses Saturnales , Vivamus:
moribus præteritis , præsentibus verbis loquamur.
Dans ce que j'ai avancé je n'ai
prétendu parler que des Langues mor--
tes. J'ai frondé les Commentaires prolixes
et superflus , sans condamner ab
solument les Traductions . J'ai blâmé :
Pidolâtrie sans desaprouver les sentimens
d'estime qu'on doit à tant de beautez
originales qui brillent dans les Livres des
Anciens .
Quant à Montaigne , je ne convien--
drai pas qu'il soit aussi Gaulois que vous
voudriez le faire croire. Si vous parliez
de traduire en François les Poësies Gau
loises de Bérenger , Comte de Provence,
GNI Ou
3
1958 MERCURE DE FRANCE
ou celle de Thibaut , Comte de Champagne
, qui rima d'amoureuses Chansons.
en l'honneur de la Reine Blanche , Mere
de S. Loiis ; à la bonne heure. Le stilede
ce temps- là est si different du nôtre,
qu'il semble que ce ne soit plus la même
Langue. Mais Montaigne , on l'entend ,
il n'est personne que son stile vif et varié
n'enchante , et je puis sans flaterie ,
ajuster à son sujet ces paroles d'un de
nos vieux Auteurs. C'est un bel esprit
doué de toutes les graces , gentillesses , cour
toisies et rondeurs que l'on peut souhaiter.
En effet il faut être perclus d'esprit , sh
l'on ne comprend point ses phrases les.
plus difficiles , pour peu qu'on s'y arrête.
L'utilité que produira votre Traduction
prétendue , ce sera de faire lire Montaigne
à quelques personnes curieuses de
voir la difference de son stile au vôtre..
Pour peu qu'en quelques endroits le vô
tre demeure au -dessous du sien , ses beautez
en recevront un nouvel éclat , et on
s'obstinera à lui trouver par tout le méme
mérite , afin de rabaisser celui de votre
Traduction . Il n'en est pas de Montaigne
comme de Nicole et de la Bruye ,
re. Quoique ceux- cy possedent bien leur
langue , neanmoins la plus grande partie
de leur valeur est dans les pensées ,
au
SEPTEMBRE . 1733. 1959.
au lieu que
les graces
de
l'autre sont
également
partagées
entre le sentiment
et la diction , toute vieille qu'elle est.
Quand il invente des termes , ils sont
expressifs et ne sçauroient se suppléer
avec le même
agrément et la même force.
Ses tours gascons qui dérident sa morale
, servent par tout à égayer le Lecteur.
Ses
négligences
mêmes ne sont
point
désagréables , ce sont des Ombres
au Tableau. Etienne
Pasquier , dans le
premier Livre de ses Lettres , blâme la
hardiesse de Clément Marot , qui s'avisa
mal-à- propos de ressacer le stile du Roman
de la Rose , commencé
par Guillaume
de Loris et continué par Clopinel.
Il n'y a , dit- il , homme docte entre
nous , qui ne lise les doctes Ecrits de Maître
Alain Chartier, et qui n'embrasse le Roman
de la Rose , lequel à la mienne volonté
, que par une bigarure de langage vieux
et nouveau , Clément Marot n'eût pas vou
In habiller à sa mode.
Mais examinons ce que signifie le terme
de Traduction , conformément au
sens qu'on lui a donné chez toutes les
Nations. Traduire , c'est , si je ne me ·
trompe , rendre en une autre Langue les
pensées , le stile et tout l'esprit d'un Au
seur. Votre Traduction peut- elle avoir
C vj
les
1960 MERCURE DE FRANCE
les qualitez prescrites ? Je ne sçaurois me
le persuader. Elle est faite en même
Langue , et par conséquent ne doit point
être appellée Traduction , et votre stile.
n'ayant nul rapport à celui de Montaigne
, ses pensées déguisées ne seront
aucunement semblables à elles - mêmes..
C'est pourquoi Scarron n'a point traduit.
l'Eneïde , mais il l'a parodié. Le stile de
Montaigne est un mêlange d'enjoüé et
de sérieux , assaisonné réciproquement
P'un par l'autre. Il ne paroît point qu'il
marche , mais qu'il voltige ; au lieu que
le vôtre cheminant d'un pas grave et
composé , représente un Magistrat qui
marche en Procession , et dont la pluye ,
la grêle et la foudre ne dérangeroient
pas la fiere contenance. ;
Sifractus illabatur Orbis , T
Impavidum ferient ruinas
Virgile se donna- t'il les airs de rajeu- ,
nir le bon homme Ennius ! et notre Ab
bé D. F *** Maître passé en fine plaisanterie
, oseroit- il couper la barbe à
Rabelais et le mutiler ? Ces soins scru
puleux convenoient seulement au P.
J*********qu'Apollon a établi son Chirur
gien Major sur le Parnasse , depuis lequel
temps un Poëte ne se hazarde
P
pas
même
SEPTEMBRE . 1733. 1964
même d'y prononcer le terme de fistula,.
de crainte que l'équivoque de quelque
maladie ne le fasse livrer entre ses mains
Au sur- plus la République des Lettres
n'y perdra rien , si Montaigne n'est point
lû de ceux qui sont rebutez de refléchiz
un moment sur quelques - unes de ses
phrases. Ce sont , sans doute , des génies
superficiels , incapables d'attention et
prêts peut- être à se dédire quand vous .
les aurez mis à même en couvrant le
vieux Montaigne d'une Rédingotre à la
mode. Le Bembo , dans ses Observations
sur la Langue Italienne , dit qu'il n'appartient
: pas à là Multitude de décider ·
des Ouvrages des Sçavans . Non è la Mul
titudine quella , che alle compositioni d'al
cun secolo dona grido , mà sono pochissimi
huomini di ciascun secolo , al giudicio de
quali , percioche sono essi più dotti degli
altri riputati , danno poi le Genti e la Multitudine
fede , che per se sola giudicare non
sa drittamente , è quella parte si piega colle :
sue voci , à che ella pochi huomini che io
dico sente piegare.
Les sçavans Jurisconsultes balancerent :
long- temps à traduire en notre Langue
les Instituts de Justinien , ne voulant
pas que ce précieux Abregé des Loix Romaines
, réservé pour les Juges et less
Avocats,
1962 MERCURE DE FRANCE
Avocats , s'avilit en passant par la Boutique
triviale des Procureurs , ausquels
il convient de travailler de la main de
toute façon , plutôt que de la tête . Ayols
les mêmes égards pour Montaigne , qui
n'en vaudra pas moins tout son prix ,
pour n'être point lû des Précieuses et
des petits Maîtres , Nation ignorante à
la fois et décisive , qui préfere le Roman
le plus plat aux Productions les plus solides.
Ah! Monsieur , que vous feriez une
oeuvre méritoire , et que vous rendriez
un grand service à la Province de Bretagne
, si vous vouliez , vous qui vous
montrez si charitable pour le Public
prendre la peine de traduire en François
intelligible notre Coûtume , dont les
Gauloises équivoques sont des pépinieres
de procès ! Mais ne vous fais - je point le
vôtre mal à propos , Monsieur ?voyons
et comparons quelques phrases de votre
Traduction avec l'Original .
Dans le premier Chapitre l'Auteur loüe
la constance du Capitaine Phiton , qui
témoignoit une insigne grandeur d'ame ,
au milieu des tourmens qu'on lui faisoit
souffrir , par les ordres de Denis le Tiran.
Il eut , dit Montaigne , le courage
toujours constant sans se perdre, et d'un visage
SEPTEMBRE . 1733. 1963
ge toujours ferme , alloit au contraire , ramentevant
à haute voix l'honorable et glorieuse
cause de sa mort , pour n'avoir voulu
rendre son Pays entre les mains d'un Tiran
, le menaçant d'une prochaine punition
des Dieux. Ce stile n'est- il pas nerveux ,
vif , soutenu , et comparable à celui dece
Rondeau dont la Bruyere fait si
grande estime.
Bien à propos s'en vint Ogier en France
Pour le Pays des Mécréans monder , &c.
Comparons maintenant au Gaulois de
Montaigne votre Traduction , mais Phiton
parut toujours ferme et constant , pu- ри
bliant à haute voix l'honorable et glorieuse
cause du tourment indigne qu'on lui faisoit
souffrir. Convenez que l'Original n'a pas
moins de force et de noblesse que la
Traduction ; qu'alloit est plus propre que
parut , d'autant que Phiton étoit foüetté
par les rues , et que publiant n'est pas.
si expressif que ramentevant , qui signifie
qu'il mettoit sous les yeux du Peuple
la peinture de ses genereux exploits ..
A la verité ramentevoir est un terme suranné
aujourd'hui , cependant il est noble
, et Malherbe l'a employé dans une
de ses plus belles Odes ..
La
1964 MERCURE DE FRANCE
La terreur des choses passées ,
A leurs yeux se ramentevant.
Et Racan , le plus illustre des Eleves:
de ce fameux Maître , en a fait usage.
en plus d'un endroit de ses aimables Poë
sies , comme dans une. Eglogue.
Cela ne sert de rien qu'à me ramentevoir .
Que je n'y verrai plus , & c. .
Je trouve tant d'énergie dans cette expression
, que je n'ai pas moins de regret
de sa perte que Pasquier en eut de.
celle de Chevalerie , Piétons , Enseigne
Coronale , en la pláce dèsquels on substitua
Cavalerie , Infanterie , Enseigne
Colonelle , quoique moins conformes à
l'étimologies que la Bruyere en eut dela
perte de maint et de moult , et que Voiture
en témoigna de la mauvaise chicanequ'on
intenta à Car , qui se vit à deux :
doigts de sa ruine. Le stile de Montai
gne est coupé , hardi , sententieux , et
ses libertez ne trouveront des Censeurs
que parmi les Pédans.
Cet Auteur après le morceau d'His--
toire que j'ai cité , fait tout à coup cette
refléxion qui s'échappe comme un trait ,.
et.qui a rapport à ce qu'il traite dans le
Cha-
.
SEPTEMBRE. 1733. 1961
Chapitre: Certes c'est un sujet merveilleusement
vain , divers et ondoyant que l'homme ; il
estenal aisé d'y fonder jugement constant et
uniforme. Ce qui est ainsi paraphrasé dans
votre Traduction . Au reste il ne manque
pas d'exemples contraires à ceux - cy , ce qui
fait voir l'inconstance , et si cela se peut dire
, la variation de l'homme dans les mêmes
circonstances , il agit differemment et
reçoit des mêmes objets des impressions tout
opposées , d'où il s'ensuit qu'il n'est pas sûr
d'en juger d'une maniere constante et uniforme.
La Traduction est plus polie et
plus déployés , mais l'Original est plus vif
et plus dégagé ; et de cet ondoyant , qu'en
avez-vous fait ? De cet ondoyant qui tout
seul vaut un discours entier C'est là que
se découvre le grand Art de la précision ,
et c'est dans ce goût délicat et serré que
l'admirable la Fontaine commence un
de ses Contes.
O combien l'homme est inconstant , divers ,
Foible , leger , tenant mal sa parole.
1
Quoique deux phrases ne soient pas
suffisantes pour faire le parallele de l'Original
, cependant je m'en tiendrai là.
Je les ai prises au hazard , et pour s'en
convaincre on n'a qu'à comparer la premiere
1966 MERCURE DE FRANCE
miere phrase de chaque Chapitre de l'Original
, avec la premiere de chaque Chapitre
de la Traduction . Pour faire court ,
je trouve Montaigne excellent tel qu'il
est , non que je prétende absolument le
justifier de quelques vices que vous censurez
; mais en ce Monde il n'est rien
d'accompli , le Soleil a ses taches , et les
hommes au-dessus du commun ne sont
pas moins extraordinaires dans leurs défauts
, que dans leurs vertus .
Hor superbite è via col viso altero ,
Figliuoli d'Eva , è non chinate'l volto ,
Si che veggiato il vostro mal sentero.
›
Dante , Purg. Canto 12.
Vigneul Marville , dans ses mélanges
d'Histoire et de Littérature , décide quel
quefois au hazard, du mérite des Auteurs.
Quand il rencontre juste, c'est pour l'ordinaire
un aveugle qui ne sçauroit marcher
sans bâton. Le jugement qu'il porte
des Essais de Montaigne dans son premier
volume , est copié d'après l'Auteur
de la Logique de Port- Royal , Pascal et
Malbranche ; qui devoient parler avec
plus de circonspection du Maître qui
leur apprit à penser ; quand ce n'eût été
que par reconnoissance.
Ce
SEPTEMBRE. 1733. 1967
Ce que le même Vigneul Marville soutient
dans son second volume , au sujet
de l'esprit de Montaigne , me paroît cependant
fort judicicux ; mais vous n'y
trouverez pas votre compte , vous qui
pensez à nous donner tout Montaigne à
votre guise. Tel que soit un Auteur , nous
dit il , il nefaut point le démembrer , on
aime mieux le voir tout entier avec ses deffauts
, que de le voir déchiré par piéces ; il
faut que
le corps et l'ame soient unis ensemble
; la séparation de quelque maniere qu'elle
se fasse ne sçauroit être avantageuse aw
tout et ne satisfera jamais le public.
Vigneul Marville , dans son troisième
volume , revient encore aux Essais de
Montaigne , preuve qu'il l'estimoit , car
d'un Auteur qu'on méprise , on ne s'en
embarasse pas tant ; mais il prend de travers
une partie du jugement qu'en a porté
Sorel , dans sa Bibliotheque Françoise.
Quelque favorable que lui soit Sorel , dit
Marville , il ne peut s'empêcher de dire que
ce n'est point une Lecture propre aux igno
rans , aux apprentifs et aux esprits foibles
qui ne pourroient suppléer au défaut de l'or
dre , ni profiter des pensées extraordinaires
et hardies de cet Ecrivain. Peut- on dire
après cela , que le jugement de Sorel soit
désavantageux à Montaigne , et qu'il ne
soit
1968 MERCURE DE FRANCE MERCU
soir plutôt en sa faveur que contre lui ?
Vigneul Marville étoit prévenu , enyvré
de Malbranche et de Pascal , il ne voyoit
pas que c'étoit la jalousie du métier qui
les forçoit à rabaisser Montaigne , et que
par conséquent ils ne devoient point être
témérairement crus sur leur parole, quoique
la Bruyere dût avoir les mêmes motifs
; néanmoins il en parle en juge intelligent
et désinterressé , et d'abord il
saute aux yeux , qu'il en veut à ces Critiques
chagrins , à ces Philosophes jaloux,
à ces Géometres pointilleux , qui ne sont
jamais contens que d'eux - mêmes. Voici :
les termes dont se sert la Bruyere : Deux
Ecrivains dans leurs Ouvrages ont blâme
Montaigne , queje ne crois pas , aussi - bien
qu'eux , exempt de toute sorte de blâme ; il
paroît que tous deux ne l'ont estimé en nulle:
maniere ; l'un ne pensoit pas assez pourgoû
ter un homme qui pense beaucoup , l'autre
pense trop subtilement , pour s'accommoder
des pensées qui sont naturelles ; Que cette :
critique est modeste ! que les Censeurs.
sont finement redressez , et que l'éloge
est délicat !
J'oubliois de vous demander , Monsieur
, pourquoi en traduisant Montaigne
, vous ne parlez pas de rendre en
Beaux Vers François les citations qu'il entrelasse
SEFTEMBRE . 1733. 1969
trelasse avec un art admirable , et qui ne
peuvent être supprimées qu'à son préjudice.
Questo , comme dit l'Italien , Guasterà
la coda alfagiana.
Au reste je rends justice à votre stile
dont les beautez , par rapport à ellesmêmes
sont tres bien entendues . Il n'y a
personne qui ne s'apperçoive en les lisant
, que vous n'en êtes point à votre
coup d'essai , ou que , si vous n'avez point
encore fait présent au public de quelque
Ouvrage , vous ne soyez en état de lui en
donner d'excellens , quand il vous plaira.
Je ne pense pas non plus que ma décision
doive servir de régle : je dis mon
sentiment , je puis me tromper , et
dans ces jours de dispute , il faudroit que
je fusse bien folle pour me proclamer infaillible.
Je ne doute pas même que votre
entreprise ne soit du goût d'une infinité
de personnes qui jugeront que je
rêve , et qui se diront l'une à l'autre :
An censes ullam anum tam deliram fuisse ?
Cependant cette Lettre ne sera point
sans quelque utilité , elle servira à prouver
en votre faveur que quelque bon que
puisse être un Ouvrage nouveau , il ne
parvient pas d'abord jusqu'à subir l'approbation
générale. Vous aurez votre
Four , vous critiquerez cette Lettre , le
1
stile
1970 MERCURE DE FRANCE
stile vous en paroîtra irrégul er ; lardé à
tort et à travers de citations estropiées ,
qui comme des pièces étrangeres , wit
nent mal - à - propos se placer dans l'échiquier.
Vous me donnerez le nom de
mauvais Singe de Mathanasius.
O la plaisante bigarure , direz- vous !
ôle rare et le nouveau parquet ! Ceci
n'est ni Voiture , ni Balzac , ni Bussi
ni Sévigné ; à quoi bon citer en Latin ,
en Italien , en Espagnol , ce qui peut
avoir la même grace en François ; ces reproches
, auxquels je me prépare , me
tappellent ce que j'ai lu dans les Lettres
d'Etienne Pasquier. Le passage est assez
divertissant , pour être rapporté tout au
long : Non seulement désire - je , dit cet
Auteur , que cette emploite se fasse ès Païs
qui sont contenus dans l'enceinte de notre
France ; mais aussi que nous passions tant
les Monts Pirénées que les Alpes , et désignions
avec les Langues qui ont quelque
communauté avec la nôtre , comme l'Espagnole
et l'Italienne , non pas pour ineptement
Italianiser, comme fent quelques Soldaıs , qui,
pourfaire paroître qu'ils ont été en Italie
couchent à chaque bout de champ quelques
mots Italiens. Il me souvient d'un Quidant
lequel demandant sa Berrette , pour son
Bonnet, et se courrouçant à son Valet qu'il ne
>
Lui
SEPTEMBRE. 1733. 1971
lui apportoit le Valet se sçut fort bien excuser
, lui disant qu'il estimoit qu'il commandoit
quelque chose à saservante Perrette.
La plaisanterie qui suit celle - ci dans la
même Lettre , est dans le même goût ,
mais elle est si gaillarde qu'il me suffira
d'y renvoyer le Lecteur ; quoiqu'après
un Prud'homme , tel que Pasquier , il
semble qu'il n'y ait point à risquer de
faire de faux pas dans le sentier de la
modestie.
Qu'il faut de travail pour se former
un stile , qui soit à la fois varié , léger ,
agréable et régulier ! l'un est diffus , enflé,
tonnant , le bon sens est noyé dans les
paroles ; l'autre est si pincé , si délicat
qu'il semble que ce soit une toile d'araignée
qui n'est bonne à rien , et dont les
filets sont si déliez qu'en souflant dessus ,
on jette au vent tout l'ouvrage. Cependant
tous les Auteurs se flattent d'écrire
naturellement, Je lus ces jours derniers
un Factum , cousu , brodé, rapetassé
recrépi de citations vagues et superflues
, et farci de plaisanteries fades et
amenées par force. Ce qui me fit rire ,
ce fut de voir citer les Eglogues de
Fontenelle dans un Ecrit où il ne s'agit
que de Dixmes ; mais j'entends , ou je
me trompe , tous nos Auteurs , Petits-
Mai1972
MERCURE DE FRANCE
Maîtres , qui se rassemblent en tumulte ,
et m'accusent devant Appollon, en criant
après moi , comme quand les Normands
appelloient de leurs débats à leur fince
Raoul , d'où nous est venu le terme de
Haro : Comment , me disent - ils , vous
osez nommer un Auteur aussi distingué
que l'est M. de Fontenelle , et le nommer
Fontenelle tout court , sans que son
nom soit précédé du terme cérémonieux
de Monsieur? Pardonnez moi , gens paîtris
de Musc et de Fard , et qui faites
gloire d'être tout confits en façons.
Je suis fiere et rustique , et j'ai l'ame grossiere.
Ne vous souvient il pas du trait d'un
Gascon , qui disoit nûment qu'il dînoit
chez Villars ; et sur ce que quelqu'un
l'argnoit , en lui représentant que le petit
mot de Monsieur ne lui eût point
écorché la bouche. Eh ! depuis quand , répondit-
il , dites vous Monsieur Pompée ,
Monsieur César , Monsieur Aléxandre ?
Je puis donc aussi riposter sur le même
ton : Depuis quand dites- vous Monsieur
Lucien , Monsieur Virgile Monsieur
Cicéron , Monsieur Pline ? Nos François
qui se portent un respect infini , ont appris
des Italiens , ce me semble , à se Mon→→
signoriser. Autrefois , et il n'y a pas long-
'
temps ,
SEPTEMBRE . 1733. 1973
temps , un Livre portoit le nom de son
Auteur , et même son nom de Baptême,
( ce qui paroîtroit aujourd'hui tenir du
campagnard ) ; cela , sans aller chercher
plus loin , et sans remonter jusqu'à Mə
rot , Saint Gélais , Malherbe, se peut voir
dans les premieres Editions de Corneille ,
de Boileau et de Racine, qui sont simplement
intitulées : Théatre de P. Corneille ,
Oeuvres de Nicolas Despreaux - Boileau ,
Oeuvres deRacine ; mais depuis que la plûpart
des Comédies ne sont que des tissus de
complimens , et lesTragédies de petits Ro-`
mans en rime ; tout sent parmi nous l'afféterie
et l'affectation ; et le superflu ne se
trouve pas moins dans le titre que dans le
corps de l'Ouvrage. A propos , de superflu
, je ne pense pas que je vous donne
beau jeu , et que vous me répondiez que
si le superflu domine jamais que que part,
c'est sur tout dans cette Lettre , où j'entasse
Discours sur Discours , qui ne tienment
presque point au sujet ; j'avouerai
qu'en commençant cette Lettre , mon
dessein n'étoit que de vous dire simplement
dans une demi page , ce que je
pense de votre projet de traduction ; mais
les phrases se sont insensiblement enfilées
comme des Patenottes , grosses ,
petites , et de toutes couleurs ; telle est
D ma
1974 MERCURE DE FRANCE
ma maniere d'écrire une Lettre promptes.
ment , sans apprêt , jettant sur le papier
tout ce qui se présente , pouvû qu'il ne
soit point absolument déraisonnable . Je
suis , Monsieur , & c.
Au Croisic en Bretagne , ce 7. Aoust.
Fermer
Résumé : LETTRE à l'Auteur du Projet d'une nouvelle Edition des Essais de Montaigne, imprimé dans le second volume du Mercure de Juin 1733. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croissic en Bretagne.
Mlle de Malcrais de la Vigne critique le projet de rééditer les *Essais* de Montaigne en les modernisant. Elle admire les pensées et le style de Montaigne, mais conteste l'idée de traduire un auteur français du XVIe siècle en français moderne. Elle reconnaît la qualité du style de l'éditeur, mais le compare défavorablement à celui de Montaigne, qu'elle juge plus nerveux, vif et soutenu. Elle souligne que traduire un auteur contemporain diffère de traduire un auteur d'une langue morte, comme Homère. Elle met en garde contre les préjugés qui peuvent faire admirer des aspects des anciens textes qui ne sont pas réellement admirables. La lettre inclut des digressions sur l'admiration excessive des anciens auteurs et des anecdotes sur des poètes comme Santeüil. L'auteure défend l'idée que Montaigne est déjà accessible et que sa langue, bien que vieille, est charmante et expressive. Elle conclut que la traduction moderne ne pourra pas capturer l'esprit et les grâces de l'original. Le texte compare également le style de Montaigne, mêlant l'enjoué et le sérieux, à celui du traducteur, plus grave et composé. Il critique la traduction, affirmant qu'elle manque de force et de noblesse par rapport à l'original. Le texte mentionne des critiques littéraires comme Vigneul Marville et La Bruyère, qui ont des avis variés sur les *Essais* de Montaigne. Il reconnaît les qualités du style du traducteur mais maintient que la traduction ne rend pas justice à l'original. L'auteur aborde également des sujets divers, comme les difficultés de créer un style d'écriture varié et agréable, et critique les auteurs qui écrivent de manière trop enflée ou trop délicate. Elle mentionne des anecdotes et des réflexions sur la communication et la littérature, soulignant l'importance de la spontanéité et de l'authenticité dans l'écriture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 2007-2008
« RECUEIL D'OUVRAGES CURIEUX de Mathématique et de Mécanique, ou Description [...] »
Début :
RECUEIL D'OUVRAGES CURIEUX de Mathématique et de Mécanique, ou Description [...]
Mots clefs :
Grollier de Servière, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL D'OUVRAGES CURIEUX de Mathématique et de Mécanique, ou Description [...] »
RECUEIL D'OUVRAGES CURIEUX de Mas
thématique et de Mécanique , ou Descri-
-ption du Cabinet de M. Grollier de Ser
viere , avec des Figures en Taille- douce ,
par son petit- fils M. Grollier de Serviere,.
ancien, Lieutenant Colonel , l'un des 25 ;
E vi de:
2008 MER CURE DE FRANCE
de l'Académie des Sciences et des Belles.
Lettres de Lyon . Seconde Edition , revaë,
corrigée , et augmentée de nouvelles Me
chines , et de plusieurs Planches 4 Lyou,
shez David Forey , Libraire. 1733. in 4..
LETTRES à Monsieur H... sur les pre
miers Dieux ou Rois d'Egypte. A Paris,
chez la veuve Ribou , rue de la Comédie
Françoise. 1733 , in 12. de 216 pages, sans
les Tables..
thématique et de Mécanique , ou Descri-
-ption du Cabinet de M. Grollier de Ser
viere , avec des Figures en Taille- douce ,
par son petit- fils M. Grollier de Serviere,.
ancien, Lieutenant Colonel , l'un des 25 ;
E vi de:
2008 MER CURE DE FRANCE
de l'Académie des Sciences et des Belles.
Lettres de Lyon . Seconde Edition , revaë,
corrigée , et augmentée de nouvelles Me
chines , et de plusieurs Planches 4 Lyou,
shez David Forey , Libraire. 1733. in 4..
LETTRES à Monsieur H... sur les pre
miers Dieux ou Rois d'Egypte. A Paris,
chez la veuve Ribou , rue de la Comédie
Françoise. 1733 , in 12. de 216 pages, sans
les Tables..
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Résumé : « RECUEIL D'OUVRAGES CURIEUX de Mathématique et de Mécanique, ou Description [...] »
Le document présente le 'Recueil d'Ouvrages Curieux de Mas' incluant deux ouvrages. Le premier décrit le cabinet de M. Grollier de Servière, rédigé par son petit-fils, et réédité en 1733 à Lyon. Le second, 'Lettres à Monsieur H... sur les premiers Dieux ou Rois d'Égypte', publié en 1733 à Paris, compte 216 pages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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93
p. 2054
TURQUIE ET PERSE.
Début :
Selon les Dépêches d'Achmet-Pacha, Commandant à Bagdad, Thamas Kouli-Kan étant [...]
Mots clefs :
Achmet Pacha, Thamas Kouli-Kan, Topal Osman Pacha, Armée, Camp, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
Elon les Dépêches d'Achmet-Pacha Commandant
à Bagdad , Thamas Kouli- Kan étant
instruit que l'Armée de Topal Osman , devoit
être augmentée considerablement , avoit abandonné
le projet de s'emparer de cette importante
Place , et les Troupes qui en faisoient le blocus
, avoient abandonné leur Camp pour l'aller
joindre auprès de Moussoul.
Ces Lettres ajoûtent que la disette et les maladies
avoient fort diminué l'Armée Persanne , et
qu'elle étoit fort inferieure à celle des Turcs. "
On a appris aussi qu'un Corps de 10000. Jannissaires
, à qui Topal Osman avoit ordonné
d'observer les mouvemens des Ennemis , avoit
attaqué un de leurs Convois et s'en étoit rendu
maître.
Les 15000. Janissaires qu'on envoye à Topal
Osman , ont dû arriver dans son Camp le 9.
Juillet.
Plusieurs Lettres confirment que les 40000.
Tartares qui ont reçû ordre de marcher en Geor-
"gie , y sont entrez vers le 15. Juin.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
Le texte décrit des événements militaires entre la Turquie et la Perse. Achmet-Pacha rapporte que Thamas Kouli-Kan a renoncé à attaquer Bagdad. Les troupes turques ont rejoint Topal Osman à Mossoul. L'armée persane est affaiblie par la disette et les maladies. Topal Osman a capturé un convoi ennemi avec 10 000 janissaires et reçu 15 000 autres. 40 000 Tartares ont marché vers la Géorgie.
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94
p. 2153-2156
REMARQUES Sur l'Orthographe moderne.
Début :
Il y a long-temps que les bons Grammairiens et les véritables Sçavants en [...]
Mots clefs :
Orthographe, Innovations, Écrire, Noms, Langue, Lettres, Mauvais
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES Sur l'Orthographe moderne.
REMARQUES
Sur l'Orthographe moderne.
IL y a long- temps que les bons Grammairiens
et les véritables Sçavants en
géneral, se sont plaints des innovations de
L'Orthographe moderne . Il semble qu'on
veüille entierement abolir la trace de toute
étymologie. C'est un principe de corruption
dans la langue , qu'une maniere
d'écrire inusitée , et qui renverse toutes les
constructions. Ceux qui n'ont pas abandonné
entierement le goût des Belles- Lettres,
doivent s'opposer vivement au progrès
d'un abus si généralement répandu.
Peut- on n'être pas choqué en lisant filosofie,
les Anglais,les Fransais? On retranche
les t avant les s. à tous les mots pluriers.
Cents , qui signifie plusieurs centaines, ne
s'écrit pas differemment de cens qui signi
fie dénombrement ou un droit de censive.
Je ne puis lire sans baillemens , les
flos , les ras , les chas , un aman , dont
la terminaison réguliere est differente de
celle d'un aiman , les trais , les Sçavans ,
et ce dernier mot me fait douter si je
dois dire les Sçavanes ou les Sçavantes
1154 MERCURE DE FRANCE
tes. On écrira bien- tôt , ils disais , au
lieu de ils disoient , et la monosyllabe cin,
pour exprimer saint sanctus , ceint cinctus
, cinq quinque , sein sinus , seing signatura
, et ainsi des autres . Les noms propres
sont défigurez par la maniere de
les écrire. On met de petites Lettres au
commencement des noms des Nations ,
les alemans , les italiens . On trouve dans
les Livres imprimez nouvellement , Descartes
, Dumoulin , Lecoq , Delalande ; il
faudra done écrire aussi Demontmorency,
Dechatillon , les deux reines Jeannes
Denaples ; et tandis que les Correcteurs
des Livres modernes , prodiguent les let
tres majuscules où il n'en faut point
ils les épargnent dans les noms propres
où elles sont nécessaires . Cependant on
dit en Latin , Cartesius , Molinaus , preu
ve certaine que l'article est distinct du
nom propre , et ne do t pas être écrit
uno contextu , mais séparément et chacun.
avec une lettre majuscule , qui est la
lettre initiale de tout ce qui fait partie
du nom propres comme dans le nom
de La Roche Foucault , où les differens
mots qui composent ce nom , doivent
avoir chican leur lettre majuscule . Il y
a de la difference entre les monosyllabes
de Du , Des , et Le , qui précédent les
noms
OCTOBR E. 1733. 2159
و
doinoms
propres. Du , Des , et Le
ventos'écrire par des majuscules , car ces
monosyllabes quoique distincts du
nom , y sont nécessairement attachées ;
mais la monosyllabe de marque seulement
dans son origine une Seigneurie ,
et n'entre pour rien dans le nom ; elle ne
s'y joint pas lorsqu'on l'écrit seul ; et
c'est la raison pour laqu lle on dit toujours
Le Veneur , Du Guesclin , au licu
qu'on dit , Rochechouart , Tavanes , en
appellant simplement par leurs noms les
Seigneurs de Rochechouart et de Tavanes.
Suivant ce principe on doit écrire Pierre
de Marca et Jean Du Tillet ou René
Des Cartes , parce que Du et Des renferment
outre de , une partie du nom
propre , comme qui diroit Seigneur du
lieu appellé Le Tillet , ou du lieu appellé
Les Carte . Il seroit à souhaiter que
les Auteurs donna sert plus d'attention
à l'impression de leurs Ouvrages , et qu'ils
ne s'en rapportassent pas à des Correcteurs
d'Imprimerie , qui étant ordinalrement
peu lettrez , introduisent plusieurs
abus , dont l'exemple se répand et forme
peu à peu un mauvais goût contre
lequel il est à peine permis ensuite de
reclamer. Les accents sont le plus souvent
très-mal distribuez , et un Etranger
2156 MERCURE DE FRANCE
ger qui en lisant la plupart des Livres
François , regleroit sur eux sa prononciarion
, feroit des fautes presque con
tinuelles. Ces reflexion's ne présentent
pas d'abord toute l'importance qu'elles
renferment. Le mauvais goût ramene
insensiblement la barbarie , et les ravages
de la barbarie influent sur tous les
objets qui sont de la plus grande conséquence
pour la Societé. On méprise
déja le sçavoir ; les beaux esprits du siecle
craignent de paroître sçavants ; ils veulent
tout devoir à la nature. Rien ne contribue
tant à la politesse d'une Nation
et au progrès des Belles Lettres , que la
pureté de la Langue , et la Langue ne
peut avoir d'ennemi plus dangereux que
le mauvais goût de l'orthographe et de
l'écriture . La régularité de l'impression
est une des choses qui décide le plus du
succès des Ouvrages ; les Auteurs doivent
donc employer tous leurs soins pour
réparer la perte que l'Imprimerie a faite
des Etiennes et des Manuces.
Sur l'Orthographe moderne.
IL y a long- temps que les bons Grammairiens
et les véritables Sçavants en
géneral, se sont plaints des innovations de
L'Orthographe moderne . Il semble qu'on
veüille entierement abolir la trace de toute
étymologie. C'est un principe de corruption
dans la langue , qu'une maniere
d'écrire inusitée , et qui renverse toutes les
constructions. Ceux qui n'ont pas abandonné
entierement le goût des Belles- Lettres,
doivent s'opposer vivement au progrès
d'un abus si généralement répandu.
Peut- on n'être pas choqué en lisant filosofie,
les Anglais,les Fransais? On retranche
les t avant les s. à tous les mots pluriers.
Cents , qui signifie plusieurs centaines, ne
s'écrit pas differemment de cens qui signi
fie dénombrement ou un droit de censive.
Je ne puis lire sans baillemens , les
flos , les ras , les chas , un aman , dont
la terminaison réguliere est differente de
celle d'un aiman , les trais , les Sçavans ,
et ce dernier mot me fait douter si je
dois dire les Sçavanes ou les Sçavantes
1154 MERCURE DE FRANCE
tes. On écrira bien- tôt , ils disais , au
lieu de ils disoient , et la monosyllabe cin,
pour exprimer saint sanctus , ceint cinctus
, cinq quinque , sein sinus , seing signatura
, et ainsi des autres . Les noms propres
sont défigurez par la maniere de
les écrire. On met de petites Lettres au
commencement des noms des Nations ,
les alemans , les italiens . On trouve dans
les Livres imprimez nouvellement , Descartes
, Dumoulin , Lecoq , Delalande ; il
faudra done écrire aussi Demontmorency,
Dechatillon , les deux reines Jeannes
Denaples ; et tandis que les Correcteurs
des Livres modernes , prodiguent les let
tres majuscules où il n'en faut point
ils les épargnent dans les noms propres
où elles sont nécessaires . Cependant on
dit en Latin , Cartesius , Molinaus , preu
ve certaine que l'article est distinct du
nom propre , et ne do t pas être écrit
uno contextu , mais séparément et chacun.
avec une lettre majuscule , qui est la
lettre initiale de tout ce qui fait partie
du nom propres comme dans le nom
de La Roche Foucault , où les differens
mots qui composent ce nom , doivent
avoir chican leur lettre majuscule . Il y
a de la difference entre les monosyllabes
de Du , Des , et Le , qui précédent les
noms
OCTOBR E. 1733. 2159
و
doinoms
propres. Du , Des , et Le
ventos'écrire par des majuscules , car ces
monosyllabes quoique distincts du
nom , y sont nécessairement attachées ;
mais la monosyllabe de marque seulement
dans son origine une Seigneurie ,
et n'entre pour rien dans le nom ; elle ne
s'y joint pas lorsqu'on l'écrit seul ; et
c'est la raison pour laqu lle on dit toujours
Le Veneur , Du Guesclin , au licu
qu'on dit , Rochechouart , Tavanes , en
appellant simplement par leurs noms les
Seigneurs de Rochechouart et de Tavanes.
Suivant ce principe on doit écrire Pierre
de Marca et Jean Du Tillet ou René
Des Cartes , parce que Du et Des renferment
outre de , une partie du nom
propre , comme qui diroit Seigneur du
lieu appellé Le Tillet , ou du lieu appellé
Les Carte . Il seroit à souhaiter que
les Auteurs donna sert plus d'attention
à l'impression de leurs Ouvrages , et qu'ils
ne s'en rapportassent pas à des Correcteurs
d'Imprimerie , qui étant ordinalrement
peu lettrez , introduisent plusieurs
abus , dont l'exemple se répand et forme
peu à peu un mauvais goût contre
lequel il est à peine permis ensuite de
reclamer. Les accents sont le plus souvent
très-mal distribuez , et un Etranger
2156 MERCURE DE FRANCE
ger qui en lisant la plupart des Livres
François , regleroit sur eux sa prononciarion
, feroit des fautes presque con
tinuelles. Ces reflexion's ne présentent
pas d'abord toute l'importance qu'elles
renferment. Le mauvais goût ramene
insensiblement la barbarie , et les ravages
de la barbarie influent sur tous les
objets qui sont de la plus grande conséquence
pour la Societé. On méprise
déja le sçavoir ; les beaux esprits du siecle
craignent de paroître sçavants ; ils veulent
tout devoir à la nature. Rien ne contribue
tant à la politesse d'une Nation
et au progrès des Belles Lettres , que la
pureté de la Langue , et la Langue ne
peut avoir d'ennemi plus dangereux que
le mauvais goût de l'orthographe et de
l'écriture . La régularité de l'impression
est une des choses qui décide le plus du
succès des Ouvrages ; les Auteurs doivent
donc employer tous leurs soins pour
réparer la perte que l'Imprimerie a faite
des Etiennes et des Manuces.
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Résumé : REMARQUES Sur l'Orthographe moderne.
Le texte critique les innovations de l'orthographe moderne, considérées par les grammairiens et les savants comme une corruption de la langue. Ces modifications abolissent les traces étymologiques et perturbent les constructions linguistiques. Parmi les exemples cités, on trouve des mots comme 'filosofie' ou 'les Fransais', ainsi que la suppression des 't' avant les 's' dans les mots pluriels. Le texte déplore également la confusion entre 'cents' et 'cens', ainsi que l'écriture incorrecte de termes réguliers comme 'flos', 'ras', 'chas', etc. Les noms propres sont également mal orthographiés, avec des majuscules mal placées et des lettres minuscules inappropriées. Il souligne l'importance de la distinction entre les monosyllabes 'Du', 'Des', et 'Le' dans les noms propres. Le texte regrette que les auteurs ne prêtent pas assez attention à l'impression de leurs ouvrages, laissant les correcteurs introduire des abus. Les accents sont souvent mal placés, ce qui peut induire en erreur les étrangers apprenant la langue. Le mauvais goût en orthographe ramène la barbarie et méprise le savoir. La pureté de la langue est essentielle pour la politesse d'une nation et le progrès des belles-lettres. Les auteurs doivent donc veiller à la régularité de l'impression de leurs ouvrages.
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95
p. 2385-2387
LETTRE écrite de Paris, le 15 d'Octobre 1733. sur le Testament de Pierre Pithou.
Début :
Il y a quelques jours, Monsieur, que le Testament de Pierre Pithou me [...]
Mots clefs :
Pierre Pithou, Paris, Testament, Troyes, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Paris, le 15 d'Octobre 1733. sur le Testament de Pierre Pithou.
LETTRE écrite de Paris , le 15 d'Octobre
1733. sur le Testament de Pierre Pithon.
Ly a quelques jours , Monsieur , que
le Testament de Pierre Pithou me
tomba sous la main, il respire un si grand
amour de la vertu ; il contient des Préceptes
si excellents pour régler la conduite
des hommes dans tous les temps , que
j'ai cru qu'une traduction françoise de ce
petit ouvrage ne pourroit qu'être utile
C V
et
2386 MERCURE DE FRANCE
et mériteroit peut- être d'avoir sa place
dans votre Journal.
Ce Testament a été imprimé en Latin
en 1628. à Troyes, chez du Ruau , à la
tête du Commentaire de Pithou , sur la
Coutume de Troyes.On le trouve au commencement
du premier volume du Corpus
Juris Canonici Gregorii XIII. notis illustratum
Pet. et Franc. Pithai , ex Bibliotheca
illustrissimi Claudii le Peletier.A Paris
, chez Thierry, 1687. il étoit encore
parmi les OEuvres de M. Boivin , Garde
de la Bibliotheque du Roy , imprimées
en 1711 .
Pithou a occupé une des premieres
Places entre les Jurisconsultes et les Sçavans
du quinziéme siécle. Quel siecle
Monsieur , pour les Sciences et pour les
Belles Lettres ! Les plus Grands Hommes
de son temps , Cujas , Turnebe , de Thou,
Scaliger , Pasquier , Loisel , Papire Masson
, Rapin , Passerat ; tous, en un mot,
en faisoient un cas singulier; tous lui ont
consacré des Eloges . Le mordant Scaliger
avouë qu'il étoir parfaitement honnête homme
, aimant à faire, plaisir à un chacun ,
menant tout le monde dans sa Bibliotheque ,
prêtant volontiers et présentant ce qu'il avoit,
si l'on vouloit s'en servir. Ce suffrage seul
confirme tout ce que Pithou dit de foi-.
même. II
NOVEMBRE. 1733. 2387
Il étoit de la Ville de Troyes en Champagne
, descendu d'une noble et ancienne
famille de Normandie ; il fit sa principale
occupation des affaires du Palais.
Le Roy Henry III . l'honora en 1585.
de la Commission de son Procureur General
de la Chambre de Justice , qu'il
envoya en Guyenne. Henry IV. lui donna
la même Commission en 1594. pour
le rétablissement de fon Parlement à
Paris. Pithou a enrichi la République
des Lettres d'une quantité de Livres de
Théologie , d'Histoire et de Belles - Lettres
; une vie si laborieuse et si utile
finit trop tôt ; il mourut âgé seulement
de 57. ans , le premier de Novembre
de l'année 1596.
1733. sur le Testament de Pierre Pithon.
Ly a quelques jours , Monsieur , que
le Testament de Pierre Pithou me
tomba sous la main, il respire un si grand
amour de la vertu ; il contient des Préceptes
si excellents pour régler la conduite
des hommes dans tous les temps , que
j'ai cru qu'une traduction françoise de ce
petit ouvrage ne pourroit qu'être utile
C V
et
2386 MERCURE DE FRANCE
et mériteroit peut- être d'avoir sa place
dans votre Journal.
Ce Testament a été imprimé en Latin
en 1628. à Troyes, chez du Ruau , à la
tête du Commentaire de Pithou , sur la
Coutume de Troyes.On le trouve au commencement
du premier volume du Corpus
Juris Canonici Gregorii XIII. notis illustratum
Pet. et Franc. Pithai , ex Bibliotheca
illustrissimi Claudii le Peletier.A Paris
, chez Thierry, 1687. il étoit encore
parmi les OEuvres de M. Boivin , Garde
de la Bibliotheque du Roy , imprimées
en 1711 .
Pithou a occupé une des premieres
Places entre les Jurisconsultes et les Sçavans
du quinziéme siécle. Quel siecle
Monsieur , pour les Sciences et pour les
Belles Lettres ! Les plus Grands Hommes
de son temps , Cujas , Turnebe , de Thou,
Scaliger , Pasquier , Loisel , Papire Masson
, Rapin , Passerat ; tous, en un mot,
en faisoient un cas singulier; tous lui ont
consacré des Eloges . Le mordant Scaliger
avouë qu'il étoir parfaitement honnête homme
, aimant à faire, plaisir à un chacun ,
menant tout le monde dans sa Bibliotheque ,
prêtant volontiers et présentant ce qu'il avoit,
si l'on vouloit s'en servir. Ce suffrage seul
confirme tout ce que Pithou dit de foi-.
même. II
NOVEMBRE. 1733. 2387
Il étoit de la Ville de Troyes en Champagne
, descendu d'une noble et ancienne
famille de Normandie ; il fit sa principale
occupation des affaires du Palais.
Le Roy Henry III . l'honora en 1585.
de la Commission de son Procureur General
de la Chambre de Justice , qu'il
envoya en Guyenne. Henry IV. lui donna
la même Commission en 1594. pour
le rétablissement de fon Parlement à
Paris. Pithou a enrichi la République
des Lettres d'une quantité de Livres de
Théologie , d'Histoire et de Belles - Lettres
; une vie si laborieuse et si utile
finit trop tôt ; il mourut âgé seulement
de 57. ans , le premier de Novembre
de l'année 1596.
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Résumé : LETTRE écrite de Paris, le 15 d'Octobre 1733. sur le Testament de Pierre Pithou.
La lettre du 15 octobre 1733 évoque le testament de Pierre Pithou, juriste et savant du XVIe siècle. L'auteur, ayant découvert ce testament, le décrit comme un ouvrage rempli d'amour pour la vertu et contenant des préceptes excellents pour guider la conduite humaine. Il suggère de publier une traduction française dans le journal Mercure de France. Le testament de Pithou a été imprimé en latin en 1628 à Troyes et figure dans le Corpus Juris Canonici de 1687 et les œuvres de M. Boivin en 1711. Pithou, originaire de Troyes, appartenait à une noble famille normande et a occupé des postes importants sous les rois Henri III et Henri IV, notamment en tant que procureur général de la Chambre de Justice. Reconnu comme l'un des juristes et savants les plus éminents de son siècle, il était apprécié par des figures notables telles que Cujas, Turnebe, de Thou et Scaliger. Pithou a enrichi la République des Lettres par ses nombreux ouvrages en théologie, histoire et belles-lettres. Il est décédé à l'âge de 57 ans, le 1er novembre 1596.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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96
p. 2419-24[2]6
Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE Litteraire de la France, où l'on traite de l'origine et du [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire de la France, Villes, Savants, Marseille, Lettres, Auteurs, Langue, Historien, Ouvrage, Sujet, Connaissance , Éloquence, Philosophie, Poète, Gaules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
ISTOIRE Litteraire de la France.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
Hoù l'on traite de l'origine et du
progrès , de la décadence et du rétabiissea
2420 MERCURE DE FRANCE
sement des Sciences , parmi les Gaulo's et
parmi les François , &c. Par des Reli
gieux Benedictins , de la Congrégation
de S. Maur. A Paris , chez Chaubert
Gissey , Osmont , Huart Paîné , Clousier
Hourdel et David le jeune , Libraires . I.
vol . in 4. divisé en deux parties , & c.
Le seul titre de cette Histoire que nous
avons donné dans toute son étendue.
dans le dernier Mercure , pourroit suffire
pour en donner une grande idée . If
contient le précis de l'Entreprise la plus
vaste et la plus utile qu'on ait encore formée
pour la gloire de notre Nation . Diverses
Histoires particulieres des Sçavans
d'une Province , d'une Ville , d'une Université
, d'un Corps Académique de ce
Royaume , publiées en différens temps ,
et par differens Autheurs , n'ont fait que
mieux comprendre la nécessité d'une
Histoire Générale de la France sçavante
composée tout de suite , et par des Ecri
vains , chargez de ce seul travail . Ce no
ble dessein a enfin été conçu , et en partié
déja heureusement exécuté par de sçavans
Hommes, nez , pour ainsi dire , pour
l'avancement des Lettres , et pour les
plus grandes et les plus laborieuses Entreprises.
Le premier volume dont il s'agit icy ;
pourra
NOVEMBRE. 1733. 242
pourra faire juger du mérite et de l'importance
de tout l'ouvrage , et de l'ordre
de son exécution ; il comprend tous les
temps antérieurs à la naissance de J.C.et
encore l'Histoire des Lettres en France
durant les IV. premiers siècles de l'Eglise
. Entreprendre de donner un juste Extrait
de ce volume , qui contient en tout
près de neuf cent pages , ce seroit à nous
une espece de témerité. Extrait qui nous
jetteroit infailliblement au delà des bornes
de notre Journal , nous nous contenterons
donc de quelques traits qui paroissent
exiger de nous une attention
particuliere.
Nos sçavans Auteurs , après avoir décrit
l'Etat de laRépublique des Lettres dans les
Gaules, avant et durant le tems des Druïdes
, sous le nom desquels on comprenoit
tous les Gens de Lettres des Gaules , exposent
comment les Sciences des Grecs s'y
introduisirent par le canal des Marseillois,
Grecs , Photéens d'origine . Ils n'oublient
rien de tout ce qui se trouve épars dans
divers Auteurs anciens sur cette celebre
Colonie , dont il est aussi parlé amplement
dans deux de nos ( 1 ) Journaux ,
par rapport aux Sciences , aux exercices
( 1 ) Mercure de Decembre 1728. et de Janvier
Aca
1730p
2422 MERCURE DE FRANCE
Académiques , à la Politesse , et aux
Grands Hommes qui ont brillé dans
Marseille Sçavante , ce qui nous engage
d'abreger icy sur ce sujet.
, Son Gouvernement Politique non
moins admirable que son Académie, n'est
pas omis dans cette Histoire . On suivoit
à Marseille , disent nos Auteurs , les Loix
Ioniques exposées dans un lieu public ,
où chacun pouvoit les voir pour s'y conformer.
Le droit d'hospitalité y étoit
en une singuliere veneration ; on y maintenoit
la seureté publique , en ne permettant
à personne d'y entrer armé ; les
représentations licentieuses du Théatre
en étoient sévérement bannies , ainsi que
la molesse , la volupté, la fraude et le mensonge
, et on voyoit regner en la place
dans cette Ville , la bonne foy , la frugalité
et la modestie . Ciceron estimoit si
fort un tel Gouvernement , qu'il doutoit
si Marseille n'étoit pas préférable non
seulement à toute la Grece , mais encore
à toutes les Nations de l'Univers . Aussi
les Marseillois mériterent bientôt le
Titre et les Privileges d'Amis et d'Alliez
du Peuple Romain . Marseille fut appellée
la soeur de Rome.
Diverses Colonies de Marseillois bâtirent
dans les Gaules , selon nos Auteurs ,
les
NOVEMBRE . 1733. 2423
les Villes d'Agde , de Nice , d'Antibes ,
d'Olbic , de Taurence, et peut être celles
d'Arles et de Fréjus . Cette énumeration
pourroit être plus étendue , sans y comprendre
même plusieurs Villes fondéesou
policées par des Colonies Marscilloises,
hors des Gaules , en Espagne , en Italie ,
en-Affrique , et c'est ainsi que se répandit
dans les principales Villes Gauloises
et ailleurs le goût des Lettres ; ces Villes
firent succeder aux Ecoles des Druïdes
des Académies, où elles entretenoient
des Professeurs pour y enseigner , à l'exemple
de Marseille , toutes sortes de sciences.
Telles étoient les Villes de Narbonne
, d'Arles , de Vienne , de Toulouse ,
d'Autun , de Lyon , de Nismes , de Bourdeaux
, et en particulier les Villes qui
devoient leur origine , ou leur ampliation
et leurs moeurs à celle de Marseille.
Le détail de la Litterature et des divers
Sçavans qui ont illustré ces Villes , doit
être lû dans le Livre même , et il le mérite
par l'abondance et par la richesse de
la matiere.
En examinant les Révolutions qu'ont
eues dans les Gaules les diverses Langues
qu'on y a parlé successivement , nos Hisforiens
reviennent à Marseille , ne doutant
point que la Langue Grecque n'ait
été
2424 MERCURE DE FRANCE
été durant long- temps la Langue vulgaire
des Marseillois , tres connue . disentils
, dans toute la Narbonnoise , et à
Lyon même. C'est ce que quelques Sçavans
modernes paroissent avoir ignoré
et ce qui les a jettez dans de grandes méprises
; telle est , par exemple , celle de
M. de Valbonnais , qui n'avoit pas accoutumé
d'errer , et qui a été observée dans
le Mercure d'Août 1721. au sujet d'un
Marbre Antique , chargé d'une Inscription
Grecque, du Cabinet de M.Rigord .
Ce qu'ils disent ensuite de la Langue
Gauloise ou Celtique, est d'une érudition
peu commune , et demande une attention
particuliere . Ils finissent ce sujet-la par
ces mots. De cette Langue Gauloise, jointe
à la Grecque , à la Latine et à celle des
Francs , s'est formé notre Langue Françoise
, qui à l'aide de quelques accroissement
qu'elle a reçus des Langues de nos
voisins , a pris la consistance , où elle est
présentement.
Enfin nos Auteurs remarquent que les
Gaulois Lettrez , sçachant que le Barreau
étoit la Porte la plus ordinaire qui conduisoit
aux charges distinguées, et que l'Eloquence
étoit le moïen le plus certain d'y
briller, ils s'attacherent à cultiver en même-
tems l'Eloquence et la Jurisprudence,
NOVEMBRE . 1733. 2425
ce qui les fit exceller dans la connoissance
du Droit et dans l'art de bien parler.
Ainsi les Sçavans aimerent mieux servir
leur Patrie et le Public de vive voix , que
par écrit. Que si quelques- uns d'entr'eux
ont laissé des Ouvrages de leur façon , la
longueur et le malheur des temps en ont
privé la posterité. Ils nous ont même envié
non seulement la connoissance de
presque tous ces grands Hommes , mais
aussi jusqu'à leurs noms et au moindre.
trait de leur Histoire.
Cette Remarque étoit nécessaire à l'égard
de quelques Lecteurs qui pourroient
s'étonner du petit nombre de Gaulois sçavans
, dont il est fait mention dans cet
Ouvrage , pour les temps qui ont précédé
la naissance de J. C. On y trouve cependant
les Eloges de Pitheas , Philosophe
Astronome et Géographe; d'Euthymenes
Historien et Géographe ; d'Eratoshénes
Philosophe et Historien ; de Lucius Plotius
, Rhéteur ; de Marcus- Antonius Gnipho
, Professeur d'Eloquence et des Belles
Lettres ; de Valerius Cato , Poëte et
Grammairien ; de Roscius excellent
Comédien ; de Divitiac , Philosophe :
de C. Valerius - Procillus , Ambassadeur.
et Favori de Jules César ; de Telon et
Gyardes , Astronomes ; de Cornelius Gal-
E lus,
2446 MERCURE DE FRANCE
lus , Poëte ; de Publ. Terentius- Varo , Historien
et Poëte , de Trogue Pompée , Historien.
N'oublions pas de dire que nos Histo
riens sur la fin d'une Préface , qu'on ne
peut se dispenser
de lire , supplient
les
Sçavans de leur faire connoître
les fautes
qui ont pû leur échaper dans le cours
d'un si long Ouvrage , et de les aider en
leur communiquant
de nouvelles
lumieres
, et en leur faisant part des richesses
litteraires
qui leur manquent. Ils addressent
sur tout cette priere aux divers
Ordres Religieux
du Royaume
, fournis
déja presque tous des Bibliotheques
de
leurs Auteurs , et par là plus à portée
d'indiquer
les autres Ecrivains
qu'ils ont
eu depuis la publication
de ces mêmes
Bibliotheques
. Pour garans de leur re
connoissance
ils donnent les témoignages
publics qu'ils rendent icy des obligations
qu'ils ont à ceux dont le commerce
litteraire
leur a été de quelque secours
,
Nous rendrons compte sommairement
dans l'un de nos premiers Journaux de
la seconde Partie de cette Histoire , qui
comprend les quatre premiers siecles du
Christianisme.
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Résumé : Histoire Litteraire de la France, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Littéraire de la France' est rédigé par des religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur et publié à Paris. Il explore l'origine, le progrès, la décadence et le rétablissement des sciences parmi les Gaulois et les Français. Le premier volume se concentre sur les périodes antérieures à la naissance de Jésus-Christ et les quatre premiers siècles de l'Église. Cet ouvrage est le fruit d'une entreprise ambitieuse visant à compiler une histoire générale des savants de France. Les auteurs décrivent l'état des lettres dans les Gaules avant et durant l'époque des druides, qui étaient les hommes de lettres gaulois. Ils expliquent comment les sciences grecques se sont introduites en Gaule grâce aux Marseillois, une colonie grecque. Marseille est particulièrement soulignée pour son gouvernement politique et son académie, qui servaient de modèle aux autres villes gauloises. Les Marseillois ont fondé plusieurs villes en Gaule et ailleurs, répandant ainsi le goût des lettres et établissant des académies. L'ouvrage examine également les révolutions linguistiques en Gaule, mettant en avant l'importance de la langue grecque à Marseille et dans d'autres régions. Les Gaulois lettrés cultivaient l'éloquence et la jurisprudence, préférant servir leur patrie de vive voix plutôt que par écrit. Plusieurs savants gaulois sont mentionnés, tels que Pitheas, Eratosthène, et Trogue Pompée. Les auteurs encouragent les savants à signaler les erreurs et à partager leurs connaissances pour enrichir l'ouvrage. Ils expriment leur gratitude envers ceux qui les ont aidés dans cette entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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97
p. 2557-2560
LETTRE de M. de P... à Mad. de L... écrite de Toulouse, le 10 Septembre 1733.
Début :
MADAME, J'ai reçû depuis trois jours seulement la Lettre [...]
Mots clefs :
Plaisir, Genre humain, Lettres, Éloignement, Amitié, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de P... à Mad. de L... écrite de Toulouse, le 10 Septembre 1733.
LETTRE de M. de P... à Mad. de
L... écrite de Toulouse , le 10 Septembre
1733
MADAME,
J'ai reçû depuis trois jours seulement
la Lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire , il y en a plus de quinze ; je
serois en droit de me plaindre de ceux
qui l'ont retenue et qui ont différé par là
le plaisir qu'elle devoit me faire; je poutrois
déclamer contre eux et contre le
sort ; peut- être réussirois - je à parer ces
lieux communs et ces tours usez de quelque
air de nouveauté ; mais en prenantle
ton ordinaire des Amans , j'aurois à
craindre d'être confondu avec ceux dont
j'aurois emprunté le langage Il me paroît
que votre séjour à la Campagne ne vous.
a pas mise dans des dispositions favorables
pour prêter l'oreille à des propos qui'
pourroient avoir un air galant ; les réflé
xions que vous y faites redoublent votre
dégoût pour les frivoles occupations du
genre humain ; elles excitent votre indignation
contre lui , et vous font sentir-
I. Vol.
cam
2558 MERCURE DE FRANCE
combien est méprisable tout ce qui fait
ses délices ; vous aimez votre solitude
comme un azile qui vous dérobe la vûë
de toutes ces miseres , et par un excès de
précaution vous y prolongez votre séjour
avec plaisir , comme dans un lieu de sureté
contre la contagion de l'exemple . Vos
chagrins philosophiques sont tres légiti
mes; peu de gens pourroient voir sans
confusion , tout ce que la raison et la vertu
comprennent dans la liste des niaise
ries et dans celle des vices ; je n'ai garde
d'entreprendre cette énumération ; les
premiers articles révolteroient la plus
brillante moitié du genre humain, et peu
s'en faudroit qu'avant que de finir je ne
m'attirasse la haine publique ; je croi
d'ailleurs que tout considéré , il vaut
mieux laisser l'Univers en paix , que
d'aller grossir le nombre de ceux qui ont
travaillé vainement à le réformer ; j'espere
que employerai plus utilement mes
Discours en vous priant de faire attention
que vous ne pouvez , sans injustice ,
me river en même- temps de votre conversation
et de vos Lettres ; j'attendois
avec impatience celle dont vous venez
de m'honorer , elle m'a fait un plaisir
infini , j'ai presque oublié votre absence
en la lisant , ou plutôt j'ai formé des re-
I. Vol.
grets
}
DECEMBRE: 1733. 2559
grets sur ce qu'on ne peut jouir de la satisfaction
d'en recevoir qu'au prix de votre
éloignement . Pour me venger de la
rareté de vos Lettres , je suis tenté d'en
faire l'éloge , je pourrois publier hardiment
qu'elles feroient honneur aux meil
leurs Esprits ; on admire en les lisant , la
nouveauté et la finesse des pensées , l'élé,
gance du stile , la politesse du langage ;
vos invectives sont semées de traits qui
ont échapé aux beaux Génies des deux
siécles rivaux ; rien n'est plus ingénieux
ni plus vif que vos dépits , mais ce qui
charme le plus , ce sont les sentimens
nobles et gencreux qui animent tout ce
qui part de vous ; je poursuivrois avec
plaisir , mais connoissant votre éloignement
pour les louanges , je crains de pousser
trop loin ma vangeance , et d'abuser.
de la hardiesse que me donne votre absence
.
Je bornerois là ma réponse , si vous ne
me disicz , Madame , que vous souhaitez
de moi un volume ; vous m'assurez qu'à
la dixiéme lecture , ma Lettie pourra
encore vous délasser des Entretiens triviaux
de votre voisinage champêtre ; animé
de cet espoir séduisant , je vais tâcher
de vous satisfaire ; j'aime mieux m'exposer
au danger de vous ennuyer.comme
1.Vol. VOS
2560 MERCURE DE FRANCE
vos voisins , que de laisser échapper une.
occasion de vous donner des marques de
mon parfait dévouement .
Pour mériter votre attention , du moins
par le choix du sujet , je veux vous parler
de l'Amitié et de sa prééminence sur
l'Amour ; mes réfléxions justifieront la
préférence que vous avez toujours donnée
à vos Amis , sur tous vos Adorateurs.
Le reste paroîtra dans le prochain Mercure...
L... écrite de Toulouse , le 10 Septembre
1733
MADAME,
J'ai reçû depuis trois jours seulement
la Lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire , il y en a plus de quinze ; je
serois en droit de me plaindre de ceux
qui l'ont retenue et qui ont différé par là
le plaisir qu'elle devoit me faire; je poutrois
déclamer contre eux et contre le
sort ; peut- être réussirois - je à parer ces
lieux communs et ces tours usez de quelque
air de nouveauté ; mais en prenantle
ton ordinaire des Amans , j'aurois à
craindre d'être confondu avec ceux dont
j'aurois emprunté le langage Il me paroît
que votre séjour à la Campagne ne vous.
a pas mise dans des dispositions favorables
pour prêter l'oreille à des propos qui'
pourroient avoir un air galant ; les réflé
xions que vous y faites redoublent votre
dégoût pour les frivoles occupations du
genre humain ; elles excitent votre indignation
contre lui , et vous font sentir-
I. Vol.
cam
2558 MERCURE DE FRANCE
combien est méprisable tout ce qui fait
ses délices ; vous aimez votre solitude
comme un azile qui vous dérobe la vûë
de toutes ces miseres , et par un excès de
précaution vous y prolongez votre séjour
avec plaisir , comme dans un lieu de sureté
contre la contagion de l'exemple . Vos
chagrins philosophiques sont tres légiti
mes; peu de gens pourroient voir sans
confusion , tout ce que la raison et la vertu
comprennent dans la liste des niaise
ries et dans celle des vices ; je n'ai garde
d'entreprendre cette énumération ; les
premiers articles révolteroient la plus
brillante moitié du genre humain, et peu
s'en faudroit qu'avant que de finir je ne
m'attirasse la haine publique ; je croi
d'ailleurs que tout considéré , il vaut
mieux laisser l'Univers en paix , que
d'aller grossir le nombre de ceux qui ont
travaillé vainement à le réformer ; j'espere
que employerai plus utilement mes
Discours en vous priant de faire attention
que vous ne pouvez , sans injustice ,
me river en même- temps de votre conversation
et de vos Lettres ; j'attendois
avec impatience celle dont vous venez
de m'honorer , elle m'a fait un plaisir
infini , j'ai presque oublié votre absence
en la lisant , ou plutôt j'ai formé des re-
I. Vol.
grets
}
DECEMBRE: 1733. 2559
grets sur ce qu'on ne peut jouir de la satisfaction
d'en recevoir qu'au prix de votre
éloignement . Pour me venger de la
rareté de vos Lettres , je suis tenté d'en
faire l'éloge , je pourrois publier hardiment
qu'elles feroient honneur aux meil
leurs Esprits ; on admire en les lisant , la
nouveauté et la finesse des pensées , l'élé,
gance du stile , la politesse du langage ;
vos invectives sont semées de traits qui
ont échapé aux beaux Génies des deux
siécles rivaux ; rien n'est plus ingénieux
ni plus vif que vos dépits , mais ce qui
charme le plus , ce sont les sentimens
nobles et gencreux qui animent tout ce
qui part de vous ; je poursuivrois avec
plaisir , mais connoissant votre éloignement
pour les louanges , je crains de pousser
trop loin ma vangeance , et d'abuser.
de la hardiesse que me donne votre absence
.
Je bornerois là ma réponse , si vous ne
me disicz , Madame , que vous souhaitez
de moi un volume ; vous m'assurez qu'à
la dixiéme lecture , ma Lettie pourra
encore vous délasser des Entretiens triviaux
de votre voisinage champêtre ; animé
de cet espoir séduisant , je vais tâcher
de vous satisfaire ; j'aime mieux m'exposer
au danger de vous ennuyer.comme
1.Vol. VOS
2560 MERCURE DE FRANCE
vos voisins , que de laisser échapper une.
occasion de vous donner des marques de
mon parfait dévouement .
Pour mériter votre attention , du moins
par le choix du sujet , je veux vous parler
de l'Amitié et de sa prééminence sur
l'Amour ; mes réfléxions justifieront la
préférence que vous avez toujours donnée
à vos Amis , sur tous vos Adorateurs.
Le reste paroîtra dans le prochain Mercure...
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Résumé : LETTRE de M. de P... à Mad. de L... écrite de Toulouse, le 10 Septembre 1733.
Dans une lettre datée du 10 septembre 1733 à Toulouse, M. de P... exprime sa joie de recevoir une lettre de Madame de L..., malgré un retard de quinze jours. Il évite de se plaindre des circonstances ayant causé ce retard. L'auteur note que le séjour de Madame à la campagne l'a rendue réfractaire aux propos galants et aux occupations frivoles, appréciant sa solitude comme un refuge contre les misères humaines. Il reconnaît la légitimité de ses réflexions philosophiques et de son dégoût pour les niaiseries et les vices du genre humain. M. de P... exprime son impatience de recevoir ses lettres et admire la qualité de son écriture, soulignant la nouveauté et la finesse des pensées, l'élégance du style, et la politesse du langage. Il évite cependant de trop la louanger, connaissant son éloignement pour les compliments. Madame lui a demandé un volume, et il s'engage à le lui fournir, préférant risquer de l'ennuyer plutôt que de manquer une occasion de lui montrer son dévouement. Il choisit de traiter le sujet de l'amitié et de sa prééminence sur l'amour, justifiant ainsi la préférence de Madame pour ses amis. La suite de ses réflexions apparaîtra dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 2819-2834
SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
Je réponds, Monsieur, le plutôt qu'il m'est possible à la derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Littérature des mahométans, Turcs, Constantinople, Bibliothèque, Histoire, Ignorance, Sciences, Roi, Vérité, Paris, Levant, Lettres, Mosquée, Préjugé, Langues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
SECONDE Lettre de M. D. L. R.
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
Fermer
Résumé : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
La lettre de M. D. L. R., datée de 1732, répond à une missive reçue de Constantinople le 30 mars 1732, qui interrogeait la véracité de ses propos sur la littérature des Mahometans et des Turcs, publiés dans le Mercure de Septembre 1732. L'auteur affirme avoir écrit sérieusement et sans exagération, s'appuyant sur des autorités et ses propres lectures. Il mentionne que son voyage au Levant et ses lectures des ouvrages orientaux, ainsi que ses échanges avec des savants comme François Pétis de la Croix et Antoine Galland, l'ont détrompé sur l'ignorance supposée des Turcs. Ces savants ont rapporté des connaissances orientales et des manuscrits précieux, comme la Bibliothèque de Hadji Calfa, qui démontre la culture scientifique et artistique des Orientaux. L'auteur cite également le Comte de Marsigli, dont l'ouvrage sur l'État militaire de l'Empire Ottoman atteste de la culture et des études des Turcs. Il encourage son correspondant à apprendre le turc pour se rendre compte par lui-même de la richesse littéraire et scientifique de cette nation. La lettre se termine par une discussion sur l'impropriété du terme 'Sophi' pour désigner le roi de Perse et l'annonce de la réception d'un porte-lettres turc brodé. Le texte traite également de divers sujets historiques et culturels. Il commence par une traduction en vers français d'un texte persan souhaitant un bonheur durable et exempt de maux. Il mentionne une cornaline gravée en caractères persans, appartenant à un dévot musulman, avec l'inscription 'Mazhar ila faiz Aichay', signifiant 'protégé par les faveurs d'Aichay'. Aichay, ou Aïcha, est identifiée comme la troisième femme de Mahomet et la fille d'Abdallah, surnommé Abou Bakr. Elle est respectée pour son savoir et son rôle dans la transmission des paroles de Mahomet, ce qui lui vaut le titre de 'Mère des Fidèles'. Aïcha est également célèbre pour son intervention dans la bataille du Chameau contre l'armée d'Ali, après l'assassinat du calife Othman. Elle fut capturée et plus tard libérée par Ali, retournant à Médine où elle mourut à un âge avancé. Le texte aborde également la mosquée Sainte-Sophie à Constantinople, en mentionnant une critique de M. A... de Marseille, qui affirme que l'eau de la mer pénètre dans les voûtes souterraines de la mosquée. Cette affirmation est contestée par un officier de la mosquée et confirmée par les observations de Guillaume-Joseph Grelot, un ingénieur français. Le texte se termine par une confirmation de l'exactitude des descriptions de Grelot concernant les eaux souterraines et les installations de la mosquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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99
p. 2864-2868
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris, le 10 Décembre 1733. au sujet d'un Livre, intitulé : Les Privileges des Suisses, &c.
Début :
Vous avez annoncé au public Monsieur, dans le Mercure de [...]
Mots clefs :
Nation, Privilèges, Suisses, Lettres, Service, Mots, Jouir, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris, le 10 Décembre 1733. au sujet d'un Livre, intitulé : Les Privileges des Suisses, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Pa
ris , le 10 Decembre 1733. au sujet d'un
Livre , intitulé Les Privileges des
Suisses , & c. :
Vsieur ,dans le Mercure de
Ous avez annoncé au public Mondernier
, un Livre qui a pour titre , les
Privileges des Suisses , & c. avec un Traité
Historique et Politique, & c. on vous prie
de vouloir bien aussi lui annoncer les faur
tes qu'on y a remarquées , entres autres
celles qui suivent :
Premierement, Partie premiere, Traité
II. Vol. hisDECEMBRE.
1733. 2865.
historique , pag. 6. lorsque parlant des
Lettres Patentes , dont Louis XI . gratifia
la Nation Suisse en 1481. L'Auteur de ce
Livre parle ainsi : Elles renferment tout le
fondement des Privileges dont les Militaires
Suisses sont en droit de jouir en France.
Ce mot Militaire , semble exclure tout
le reste de la Nation , contre l'esprit et la
teneur de ces Lettres qui accordent les
inêmes Privileges à tous ceux de cette Nation
habituez dans leRoyaume . Il suffisoit de
dire , dont les Suisses sont en droit de jouir
en France ; ou bien , dont les Militaires et
tous autres Suisses sont en droit de joüir
en France , suivant l'esprit des Lettres Patentes.
Deux lignes après , l'Auteur continuë
ainsi : Ceux de cette Nation qui sont an
service du Roy , croiroient n'avoir rien à
desirer , & c. Quoique ces mots' : Qui sont
au service du Roy , ne puissent porter aucun
préjudice aux droits de ceux qui n'y
sont pas ; néanmoins on peut dire que
c'est une erreur, attendu qu'ils suivent de
près la remarqué cy - dessus , outre les suivantes.
Page 6. dans la substance de ces mêmes
Lettres , l'Auteur y a omis ces mots :
Et tous autres de ladite Nation , qui doivent
être à la suite de ceux- cy : Gages
II. Vol. et
2866 MERCURE DE FRANCE
et Solde ; ce qui ne peut être fait que dans
le dessein de soutenir les idées de soR
Traité historique.
Page 40 , lig 10 , et suivantes , on se
persuade que les personnes bien instruites ne
seront point étonnées de voir les Privileges
don jouit cette Nation , et ceux en particu-
Lier qui se sont dévouez au service du Roy
d'une maniere plus spéciale . C'est icy encore
une erreur , car l'Auteur fait toujours
entendre que ce n'est que ceux
qui se sont dévou z au service du Roy ,
qui ont droit de jouir de ces Privil ges ,
et ceux en particulier qui s'y sont dévoüez
d'une maniere plus spéciale .
On passe sous silence ce qu'il dit des
differens Acres qu'il rapporte dans son
Recueil , rendus pour et contre ces Privileges
; mais on peut remarquer en passant
qu'il n'a pas manqué d'omettre ou
de retrancher ces mots : Et tous autres de
la lite Nation , en tous les Actes et en
tous les endroits où ils devoient être.
蒙
L'Esprit équitable , dit encore l'Auteur
, de ceux qui gouvernent cette Netion,
ne les portera jamais à prétendre au delà des
articles stipulez entre les Parties . En cela
il a raison , mais il n'oseroit soutenir que
ces contestations dont il fait mention ,
l'on ne voit que trop souvent naître
que
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2867.
à l'occasion de ces Privileges , soient arrivées
pour avoir voulu prétendre au delà
des articles stipulez , sur quoi l'on auroit
bien des choses à dire.
Seconde Partie , pag. 2 et 3. dans le
corps des Lettres de Louis XI.on y a aussi
retranché ces mots : Et tous autres de ladi
Nation , et cela en deux endroits.
On a fait la même chose dans les Lettres
Patentes d'Henry IV. de 1602. pag.
62,63,64 et 65. et c'est particulierement
icy où l'omission est grande , puisqu'on
y a retranché cinq fois ces mots :
Et tous autres de ladite Nation . Cependant
voicy un Extrait des propres termes
de ces Lettres Patentes , où ces mots sont
tapporrez cinq fois , collationnées aux
Originaux , par Carpor , Conseiller , Secretaire
du Roy , signez de lui , avec pa
taphe.
» ... auroit été ... octroyé et accordé
à tous de ladite Nation qui étoient alors
» et seroient pour le temps à v nir à son
» service , et à ses gages et solde , et tous
autres de ladite Nation , mariez èt ha-
» bituez , & c,
» .
•
et en outre , afin que les sus-
» dits Gens de Guerre , et tous autres de
» ladite Nation , & c.
•
..
à ceux de la susdite Nation ·
11. Vol.
qui
2868 MERCURE DE FRANCE
" qui sont employez à leurdit service et
» à leurs gages et solde ; à tous autres de
» la susdite Nation , comme dit est , & c.
» . • avons à iceuxdits Suisses , étant
>> en nos gages et solde , et à tous autres de
» ladite Nation , mariez et habituez en
» notre Royaume , et leurs Veuves , du-
>> rant leur viduité , continuez et confir
» mez , &c. . Si donnons en Man-
» dement à nos Amez , &c.
» de nos présentes confirmations , et du
» contenu cy- dessus ils fassent , souffrent
net laissent lesdits Suisses , étant en no-
» tredit service , gage et soide , et tous
•
•
que
autres de ladite Nation , mariez et ha-
» bituez en notre Royaume et leurs Veu-
» ves durant leur viduité , joüir et user
» pleinement et paisiblement , &c.
,
Le Livre sur lequel on a fait ces Remarques
, intitulé : les Privileges des Suis
ses , cst imprimé à Paris , chez la veuve
Saugrain et Pierre Prault. 1731 .
ris , le 10 Decembre 1733. au sujet d'un
Livre , intitulé Les Privileges des
Suisses , & c. :
Vsieur ,dans le Mercure de
Ous avez annoncé au public Mondernier
, un Livre qui a pour titre , les
Privileges des Suisses , & c. avec un Traité
Historique et Politique, & c. on vous prie
de vouloir bien aussi lui annoncer les faur
tes qu'on y a remarquées , entres autres
celles qui suivent :
Premierement, Partie premiere, Traité
II. Vol. hisDECEMBRE.
1733. 2865.
historique , pag. 6. lorsque parlant des
Lettres Patentes , dont Louis XI . gratifia
la Nation Suisse en 1481. L'Auteur de ce
Livre parle ainsi : Elles renferment tout le
fondement des Privileges dont les Militaires
Suisses sont en droit de jouir en France.
Ce mot Militaire , semble exclure tout
le reste de la Nation , contre l'esprit et la
teneur de ces Lettres qui accordent les
inêmes Privileges à tous ceux de cette Nation
habituez dans leRoyaume . Il suffisoit de
dire , dont les Suisses sont en droit de jouir
en France ; ou bien , dont les Militaires et
tous autres Suisses sont en droit de joüir
en France , suivant l'esprit des Lettres Patentes.
Deux lignes après , l'Auteur continuë
ainsi : Ceux de cette Nation qui sont an
service du Roy , croiroient n'avoir rien à
desirer , & c. Quoique ces mots' : Qui sont
au service du Roy , ne puissent porter aucun
préjudice aux droits de ceux qui n'y
sont pas ; néanmoins on peut dire que
c'est une erreur, attendu qu'ils suivent de
près la remarqué cy - dessus , outre les suivantes.
Page 6. dans la substance de ces mêmes
Lettres , l'Auteur y a omis ces mots :
Et tous autres de ladite Nation , qui doivent
être à la suite de ceux- cy : Gages
II. Vol. et
2866 MERCURE DE FRANCE
et Solde ; ce qui ne peut être fait que dans
le dessein de soutenir les idées de soR
Traité historique.
Page 40 , lig 10 , et suivantes , on se
persuade que les personnes bien instruites ne
seront point étonnées de voir les Privileges
don jouit cette Nation , et ceux en particu-
Lier qui se sont dévouez au service du Roy
d'une maniere plus spéciale . C'est icy encore
une erreur , car l'Auteur fait toujours
entendre que ce n'est que ceux
qui se sont dévou z au service du Roy ,
qui ont droit de jouir de ces Privil ges ,
et ceux en particulier qui s'y sont dévoüez
d'une maniere plus spéciale .
On passe sous silence ce qu'il dit des
differens Acres qu'il rapporte dans son
Recueil , rendus pour et contre ces Privileges
; mais on peut remarquer en passant
qu'il n'a pas manqué d'omettre ou
de retrancher ces mots : Et tous autres de
la lite Nation , en tous les Actes et en
tous les endroits où ils devoient être.
蒙
L'Esprit équitable , dit encore l'Auteur
, de ceux qui gouvernent cette Netion,
ne les portera jamais à prétendre au delà des
articles stipulez entre les Parties . En cela
il a raison , mais il n'oseroit soutenir que
ces contestations dont il fait mention ,
l'on ne voit que trop souvent naître
que
II. Vol.
DECEMBR E. 1733. 2867.
à l'occasion de ces Privileges , soient arrivées
pour avoir voulu prétendre au delà
des articles stipulez , sur quoi l'on auroit
bien des choses à dire.
Seconde Partie , pag. 2 et 3. dans le
corps des Lettres de Louis XI.on y a aussi
retranché ces mots : Et tous autres de ladi
Nation , et cela en deux endroits.
On a fait la même chose dans les Lettres
Patentes d'Henry IV. de 1602. pag.
62,63,64 et 65. et c'est particulierement
icy où l'omission est grande , puisqu'on
y a retranché cinq fois ces mots :
Et tous autres de ladite Nation . Cependant
voicy un Extrait des propres termes
de ces Lettres Patentes , où ces mots sont
tapporrez cinq fois , collationnées aux
Originaux , par Carpor , Conseiller , Secretaire
du Roy , signez de lui , avec pa
taphe.
» ... auroit été ... octroyé et accordé
à tous de ladite Nation qui étoient alors
» et seroient pour le temps à v nir à son
» service , et à ses gages et solde , et tous
autres de ladite Nation , mariez èt ha-
» bituez , & c,
» .
•
et en outre , afin que les sus-
» dits Gens de Guerre , et tous autres de
» ladite Nation , & c.
•
..
à ceux de la susdite Nation ·
11. Vol.
qui
2868 MERCURE DE FRANCE
" qui sont employez à leurdit service et
» à leurs gages et solde ; à tous autres de
» la susdite Nation , comme dit est , & c.
» . • avons à iceuxdits Suisses , étant
>> en nos gages et solde , et à tous autres de
» ladite Nation , mariez et habituez en
» notre Royaume , et leurs Veuves , du-
>> rant leur viduité , continuez et confir
» mez , &c. . Si donnons en Man-
» dement à nos Amez , &c.
» de nos présentes confirmations , et du
» contenu cy- dessus ils fassent , souffrent
net laissent lesdits Suisses , étant en no-
» tredit service , gage et soide , et tous
•
•
que
autres de ladite Nation , mariez et ha-
» bituez en notre Royaume et leurs Veu-
» ves durant leur viduité , joüir et user
» pleinement et paisiblement , &c.
,
Le Livre sur lequel on a fait ces Remarques
, intitulé : les Privileges des Suis
ses , cst imprimé à Paris , chez la veuve
Saugrain et Pierre Prault. 1731 .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Paris, le 10 Décembre 1733. au sujet d'un Livre, intitulé : Les Privileges des Suisses, &c.
La lettre datée du 10 décembre 1733 critique un ouvrage intitulé 'Les Privileges des Suisses'. L'auteur de la lettre met en lumière plusieurs erreurs et omissions présentes dans le livre. Tout d'abord, l'auteur du livre utilise le terme 'Militaire' de manière restrictive, excluant ainsi le reste de la nation suisse. Cette utilisation est contraire à l'esprit des Lettres Patentes de Louis XI en 1481, qui accordent des privilèges à tous les Suisses résidant en France. L'auteur du livre omet également les mots 'Et tous autres de ladite Nation' dans divers passages, ce qui altère la portée des privilèges accordés. Cette omission est particulièrement notable dans les Lettres Patentes de Louis XI et d'Henri IV en 1602, où ces mots apparaissent plusieurs fois dans les originaux. La lettre souligne que l'auteur du livre ignore certaines contestations relatives à ces privilèges. Le livre critiqué a été imprimé à Paris chez la veuve Saugrain et Pierre Prault en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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100
p. 123-127
« Simart, Libraire, donnera dans le mois de Mars prochain un Recüeil des Lettres de Madame [...] »
Début :
Simart, Libraire, donnera dans le mois de Mars prochain un Recüeil des Lettres de Madame [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Physique nouvelle en dialogues, Marquise de Sévigné, Académie des Jeux floraux, Dictionnaire des termes de pratique, Peintre, Lettres, Pellegrini, Boucher, Louis de Boullogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Simart, Libraire, donnera dans le mois de Mars prochain un Recüeil des Lettres de Madame [...] »
Simart , Libraire , donnera dans le mois de
Mars prochain un Recueil des Lettres de Madame
la Marquire de Sevigné , en quatre Volumes in
12. Il y a à la tête un beau Portrait de cette
Illustre Auteur. On n'a rien oublié pour rendre
cette Edition parfaite , soit par rapport aux
Caracteres et au papier , soit par le soin qu'on a
pris de collationner exactement chaque Lettre
sur l'original.
Il a paru au commencement de l'Année deraiere
un nouveau Recueil des Piéces de Poësie et
d'Eloquence , présentées à l'Académie des Jeux
Floraux les Prix des Années 1729. et 1730. pour
imprimé à Toulouze , chez le Camus . On trouve
à la page 231. une Imitation en vers François
de la premiere Elégie des Tristes d'Ovide , commençant
par ce vers : Ouvrage infortuné , fruis
amer de mes larmes , &c . Mais ce qui a surpris le
plus , c'est qu'on lit dans l'Avertissement qui est
au-devant , que M. F.... Conseiller du Roy
Commissaire de la Marine au Département de
Toulon, s'est déclaré l'Auteur de cette Piéce. Il y
>
lic
224 MERCURE DE FRANCE
lieu de croire que cet Article y a été inseré sang
sa participation . Car on sçait que la même imisation
avoit déja paru dès 1727. au Tome III.
Pag. 363. de la continuation des Mémoires de
Littérature , qui s'imprime à Paris chez Simart
laquelle y avoit été donnée sous le nom de M.
Le P. B. L'Auteur de ces Mémoires l'appelle un
des plus grands et des plus sçavans Magistrats du
Royaume; et l'on a appris qu'en effet c'étoit M.
le Président Bouhier qui fut reçu la même année
à l'Académie Françoise. Dans cette nouvelle
Edition il y a quelques changemens , mais de peu
d'importance , qui n'empêchent pas qu'on ne
reconnoisse aisément que c'est la même Piéce
qu'on auroit mieux fait de laisser dans l'état où
l'Auteur l'avoit mise.
Le Pere Regnault J. qui a donné ici une nou
velle Edition de ses Entretiens Physiques , ou de
la Physique nouvelle en Dialogues , réimprimée à
Amsterdam , et traduite en Anglois à Londres ,
va donner l'origine ancienne de la Physique nouvelle.
L'Ouvrage est fait en forme d'entretiens par
Lettres ; et il s'imprime chez Jacques Clousier.
C'est un parallele de l'ancienne Physique et de la
Physique nouvelle , où l'on se propose de montrer
, sur tout , trois choses.
1. Ce que la Physique nouvelle a de la Physique
ancienne.
2. Le dégré de perfection de la Physique nouvelle
sur la Physique ancienne .
3. Comment la Physique est parvenue à ce
dégré de perfection .
Il a paru au commencement de cet année un
Rouvel Ouvrage de M. Claude-Joseph De Ferriere,
Doyca
JANVIER 1734. 125
,
Doyen des Docteurs Régens de la Faculté de
Droits de Paris . Ce Livre à pour titre : Nouvelle
Introduction à la Pratique ou Dictionnaire des
termes de Pratique , de Droit , d'Ordonnances et do
Coutumes , avec les Jurisdictions de France. Il est
en deux Volumes in quarto , et se vend à Paris ;
ehez Michel Brunet , et Claude Prudhomme , en la
grande Salle du Palais . Cet Ouvrage avoit déja
paru sous le titre d'Introduction à la Pratique ,
en deux Volumes in douze. Les réimpressions
qui en ont été faites , dans les tems qu'il n'étoit
qu'un simple projet , font assez connoître de
quelle utilité doit être celui qui paroît aujourd'hui
avec des augmentations si considérables ,
que l'Auteur a crû devoir faire ajouter à son titre
celui de Dictionnaire ; ensorte que c'est plutôt
un nouvel Ouvrage qu'une réimpression de celui
qui avoit paru jusqu'à présent.
On a réimprimé depuis peu à Londres , avec
un Apendix d'Edouard Baynard , Membre du
College des Médecins , l'Histoire des Bains froids.
tant anciens que modernes ; par le Chevalieg
Jean Floyer, 2 Vol . in 8.
Ambroise Haude , Libraire du Roy de Prusse
et de l'Académie des Sciences à Berlin, avertit les
Gens de Lettres qu'il imprime par souscription
un Ouvrage important , qui a pour titre La
Chronologie de l'Histoire Sainte et des Historiens
Profanes , qui la concernent , depuis la sortie d'Eypte
jusqu'à la Captivité de Babylone. Par Alphonse
de Vignoles , 2. Vol. 4. On distribue le
Programme dans plusieurs grandes Villes de
l'Europe, chez les principaux Libraires, et à Paris
chez Briasson , lesquels recevront les Souscrip
cione
126 MERCURE DE FRANCE
tions jusqu'à la fin d'Avril 1734. On promet que
l'Ouvrage sera achevé d'imprimer au commencement
d'Octobre de cette même année 1734. Le
prix pour le papier ordinaire sera de huit florins
de Hollande , et pour le grand papier de
onze florins.
&
Le 31. de Décembre dernier M. Pellegrini .
Peintre Venitien, fut reçu de l'Académie Royale
de Peinture et de Sculpture , sur un Tableau
qu'il lui a envoyé. Le Sujet est allégorique: c'est
la Modestie qui présente l'Ouvrage de ce Peintre
à l'Académie , sous la figure de la Peinture , avee
le Génie de la France qui écrit le jugemeut
qu'elle en fait. M.Pellegrini avoit été agréé dès le
tems qu'il vint à Paris , où il peignit la Galerie de
la Banque.
Le même jour M. Cars de Paris , un de nos
meilleurs Graveurs , Graveur en Taille - douce
ayant presenté les Portraits de Mrs Sebastien
Bourdon Peintre , et Michel Anguier , Sculpteur,
tous deux de l'Académie, qu'il a gravez d'après
Mrs Rigaud et Revel, fut aussi reçu Académicien,
Le 30 Janvier M. Boucher , Peintre , digne
Eleve de M. le Moine , déja connu par quantité
d'Ouvrages qui font honneur à la feinture et à
ses heureux talens , fut reçu à l'Académie d'une
voix unanime sur un Tableau en large , représentant
Renaud et Armide dans les plaisirs , avec
un fond de Paysage , orné d'Architecture , les
figures sont demi nature.
Un autre excellent Sujet fut reçu le même
jour , sur les Portraits en hauteur jusqu'aux genoux
, de Mrs Galoche Peintre , et le Moine pere,
Sculpteur , c'est M. Tocquet qui a de grands talens
pour le Portrait.
JANVIER.
127 1724.
Eleve de feu M. Boul- M. Verdot , Peintre
longne Paîné , étant mort depuis peu Professeur
ałe l'Académie , M. Noël Coypel a été nommé
par l'Academie pour remplir cette place , er
M. du Mont le Romain , a été nommé Adjoin
Professeur .
La perte que cette Académie à faite depuis
peu de M. de Boullongne son Directeur , et premier
Peintre du Roy , n'a apporté aucun changement
; il n'a pas plû à S. M. de nommer de
Premier Peintre , et l'Académie n'a point éû dẹ
Directeur. Sur l'avis de M. Rigault , un des plus
dignes de remplir cette place , l'Académie a délibéré
que les quatre Recteurs feroient chacun
pendant trois mois les fonctions de Directeur.
Ce que cette Illustre Académie vient de faire
et qui a encore été generalement approuvé , c'est
l'Election d'Academicien Honoraire et Amateur,
de M. de Boullogne , Conseiller au Parlement
de Metz , Premier Commis des Finances , et fils
de feu M. de Boullongne , Premier Peintre du
Roy , dont nous avons parlé dans le premier
Volume du Mercure de Décembre dernier
page 2663.
Mars prochain un Recueil des Lettres de Madame
la Marquire de Sevigné , en quatre Volumes in
12. Il y a à la tête un beau Portrait de cette
Illustre Auteur. On n'a rien oublié pour rendre
cette Edition parfaite , soit par rapport aux
Caracteres et au papier , soit par le soin qu'on a
pris de collationner exactement chaque Lettre
sur l'original.
Il a paru au commencement de l'Année deraiere
un nouveau Recueil des Piéces de Poësie et
d'Eloquence , présentées à l'Académie des Jeux
Floraux les Prix des Années 1729. et 1730. pour
imprimé à Toulouze , chez le Camus . On trouve
à la page 231. une Imitation en vers François
de la premiere Elégie des Tristes d'Ovide , commençant
par ce vers : Ouvrage infortuné , fruis
amer de mes larmes , &c . Mais ce qui a surpris le
plus , c'est qu'on lit dans l'Avertissement qui est
au-devant , que M. F.... Conseiller du Roy
Commissaire de la Marine au Département de
Toulon, s'est déclaré l'Auteur de cette Piéce. Il y
>
lic
224 MERCURE DE FRANCE
lieu de croire que cet Article y a été inseré sang
sa participation . Car on sçait que la même imisation
avoit déja paru dès 1727. au Tome III.
Pag. 363. de la continuation des Mémoires de
Littérature , qui s'imprime à Paris chez Simart
laquelle y avoit été donnée sous le nom de M.
Le P. B. L'Auteur de ces Mémoires l'appelle un
des plus grands et des plus sçavans Magistrats du
Royaume; et l'on a appris qu'en effet c'étoit M.
le Président Bouhier qui fut reçu la même année
à l'Académie Françoise. Dans cette nouvelle
Edition il y a quelques changemens , mais de peu
d'importance , qui n'empêchent pas qu'on ne
reconnoisse aisément que c'est la même Piéce
qu'on auroit mieux fait de laisser dans l'état où
l'Auteur l'avoit mise.
Le Pere Regnault J. qui a donné ici une nou
velle Edition de ses Entretiens Physiques , ou de
la Physique nouvelle en Dialogues , réimprimée à
Amsterdam , et traduite en Anglois à Londres ,
va donner l'origine ancienne de la Physique nouvelle.
L'Ouvrage est fait en forme d'entretiens par
Lettres ; et il s'imprime chez Jacques Clousier.
C'est un parallele de l'ancienne Physique et de la
Physique nouvelle , où l'on se propose de montrer
, sur tout , trois choses.
1. Ce que la Physique nouvelle a de la Physique
ancienne.
2. Le dégré de perfection de la Physique nouvelle
sur la Physique ancienne .
3. Comment la Physique est parvenue à ce
dégré de perfection .
Il a paru au commencement de cet année un
Rouvel Ouvrage de M. Claude-Joseph De Ferriere,
Doyca
JANVIER 1734. 125
,
Doyen des Docteurs Régens de la Faculté de
Droits de Paris . Ce Livre à pour titre : Nouvelle
Introduction à la Pratique ou Dictionnaire des
termes de Pratique , de Droit , d'Ordonnances et do
Coutumes , avec les Jurisdictions de France. Il est
en deux Volumes in quarto , et se vend à Paris ;
ehez Michel Brunet , et Claude Prudhomme , en la
grande Salle du Palais . Cet Ouvrage avoit déja
paru sous le titre d'Introduction à la Pratique ,
en deux Volumes in douze. Les réimpressions
qui en ont été faites , dans les tems qu'il n'étoit
qu'un simple projet , font assez connoître de
quelle utilité doit être celui qui paroît aujourd'hui
avec des augmentations si considérables ,
que l'Auteur a crû devoir faire ajouter à son titre
celui de Dictionnaire ; ensorte que c'est plutôt
un nouvel Ouvrage qu'une réimpression de celui
qui avoit paru jusqu'à présent.
On a réimprimé depuis peu à Londres , avec
un Apendix d'Edouard Baynard , Membre du
College des Médecins , l'Histoire des Bains froids.
tant anciens que modernes ; par le Chevalieg
Jean Floyer, 2 Vol . in 8.
Ambroise Haude , Libraire du Roy de Prusse
et de l'Académie des Sciences à Berlin, avertit les
Gens de Lettres qu'il imprime par souscription
un Ouvrage important , qui a pour titre La
Chronologie de l'Histoire Sainte et des Historiens
Profanes , qui la concernent , depuis la sortie d'Eypte
jusqu'à la Captivité de Babylone. Par Alphonse
de Vignoles , 2. Vol. 4. On distribue le
Programme dans plusieurs grandes Villes de
l'Europe, chez les principaux Libraires, et à Paris
chez Briasson , lesquels recevront les Souscrip
cione
126 MERCURE DE FRANCE
tions jusqu'à la fin d'Avril 1734. On promet que
l'Ouvrage sera achevé d'imprimer au commencement
d'Octobre de cette même année 1734. Le
prix pour le papier ordinaire sera de huit florins
de Hollande , et pour le grand papier de
onze florins.
&
Le 31. de Décembre dernier M. Pellegrini .
Peintre Venitien, fut reçu de l'Académie Royale
de Peinture et de Sculpture , sur un Tableau
qu'il lui a envoyé. Le Sujet est allégorique: c'est
la Modestie qui présente l'Ouvrage de ce Peintre
à l'Académie , sous la figure de la Peinture , avee
le Génie de la France qui écrit le jugemeut
qu'elle en fait. M.Pellegrini avoit été agréé dès le
tems qu'il vint à Paris , où il peignit la Galerie de
la Banque.
Le même jour M. Cars de Paris , un de nos
meilleurs Graveurs , Graveur en Taille - douce
ayant presenté les Portraits de Mrs Sebastien
Bourdon Peintre , et Michel Anguier , Sculpteur,
tous deux de l'Académie, qu'il a gravez d'après
Mrs Rigaud et Revel, fut aussi reçu Académicien,
Le 30 Janvier M. Boucher , Peintre , digne
Eleve de M. le Moine , déja connu par quantité
d'Ouvrages qui font honneur à la feinture et à
ses heureux talens , fut reçu à l'Académie d'une
voix unanime sur un Tableau en large , représentant
Renaud et Armide dans les plaisirs , avec
un fond de Paysage , orné d'Architecture , les
figures sont demi nature.
Un autre excellent Sujet fut reçu le même
jour , sur les Portraits en hauteur jusqu'aux genoux
, de Mrs Galoche Peintre , et le Moine pere,
Sculpteur , c'est M. Tocquet qui a de grands talens
pour le Portrait.
JANVIER.
127 1724.
Eleve de feu M. Boul- M. Verdot , Peintre
longne Paîné , étant mort depuis peu Professeur
ałe l'Académie , M. Noël Coypel a été nommé
par l'Academie pour remplir cette place , er
M. du Mont le Romain , a été nommé Adjoin
Professeur .
La perte que cette Académie à faite depuis
peu de M. de Boullongne son Directeur , et premier
Peintre du Roy , n'a apporté aucun changement
; il n'a pas plû à S. M. de nommer de
Premier Peintre , et l'Académie n'a point éû dẹ
Directeur. Sur l'avis de M. Rigault , un des plus
dignes de remplir cette place , l'Académie a délibéré
que les quatre Recteurs feroient chacun
pendant trois mois les fonctions de Directeur.
Ce que cette Illustre Académie vient de faire
et qui a encore été generalement approuvé , c'est
l'Election d'Academicien Honoraire et Amateur,
de M. de Boullogne , Conseiller au Parlement
de Metz , Premier Commis des Finances , et fils
de feu M. de Boullongne , Premier Peintre du
Roy , dont nous avons parlé dans le premier
Volume du Mercure de Décembre dernier
page 2663.
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Résumé : « Simart, Libraire, donnera dans le mois de Mars prochain un Recüeil des Lettres de Madame [...] »
Le texte présente plusieurs publications et événements littéraires et artistiques. Simart, Libraire, prévoit de publier un recueil des lettres de Madame la Marquise de Sévigné en quatre volumes, incluant un portrait de l'auteur et une édition soignée. À Toulouse, un nouveau recueil des pièces de poésie et d'éloquence, présentées à l'Académie des Jeux Floraux pour les années 1729 et 1730, a été imprimé. Ce recueil contient une imitation en vers français de la première élégie des Tristes d'Ovide, dont l'auteur est contesté. Le Père Regnault prépare une nouvelle édition de ses Entretiens Physiques, comparant l'ancienne et la nouvelle physique. Claude-Joseph de Ferrière a publié une 'Nouvelle Introduction à la Pratique', un dictionnaire des termes juridiques. À Londres, l'Histoire des Bains froids de Jean Floyer a été réimprimée avec un appendice. Alphonse de Vignoles travaille sur une 'Chronologie de l'Histoire Sainte', dont la souscription est ouverte jusqu'à avril 1734. L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli plusieurs nouveaux membres, dont Pellegrini, Cars, Boucher et Tocquet. L'Académie a également nommé Noël Coypel et du Mont le Romain comme professeurs, et élu M. de Boullogne comme académicien honoraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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