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1
p. 92-112
DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Début :
Messieurs de l'Académie Royale d'Arles ont fait depuis / Messieurs, Comme c'est le prix & le merite [...]
Mots clefs :
Mérite, Académie royale d'Arles, Sciences, Ouvrages, Honneur, Savants, Vertu, Moeurs, Religion, Hérésie, Ignorance
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
Royale d'Arles ont fait depuis
peu une une acquifition tresconfidérable
, en recevant
M ' Magnin dans leur Corps .
Son mérite vous eft connu
par tant d'Ouvrages que je .
vous ay envoyez de luy, qu'il
me feroit inutile de vous en
parler. Voicy le Remerci
ment qu'il leur a fait.
GALANT. 93
SSSS SSS2 Ssess 522
DISCOURS
DE M MAGNINI
A MESSIEURS
Ꭰ Ꭼ .
L'ACADEMIE ROYALE
M
D'ARLE S...
ESSIEURS,
Comme c'est le prix & le merite
des graces , qui regle la mefure&
le degré de la reconnoiffance
, celle
que je dois avoir de
l'honneur que vous m'avez fait,
م ت
94 MERCURE
en m'accordant une place parmy.
Vous , ne sçauroit avoir , ny plus
defenfibilité, ny plus d'étendue;
mais fi c'est auffi par ce mefme
prix qu'on doit juger de la diffi
culté qu'il y a d'en faire un jufte
Remerciment , vous vous perfuaderezfans
peine , que je n'ayrien
entrepris de ma vie de fi difficile à
bien executer, que celuy que j'ofe
& que je dois vous faire aujourd'huy
. Le Titre glorieux d'Academicien
Royal , étonne mes idées
au lieu d'élever mon efprit , &
me met dans un jour dont la furprife
m'éblouit , au lieu de m'éclairer.
GALANT.
9 ནྡ
di-
Vous le fçavez par vous - mefmes
, Meffieurs , vous le fçavez;
ilfuppofe un meriteſolide &
fingué , un génie heureux , une
fçavante fine politeſſe ,
mille autres talens que je reconnois
, que je revere , & que tout
le monde admire en chacun de
vous .
Comment pourrois- je donc ,
quand je ne fens & ne puis fairs
remarquer aucun de ces avanta
ges en moy , me perfuader que
jauray celuy de foutenir dignement
un Titre dont on doit avoir
une idée fi noble & fi élevée ?
Que je ferois heureux , Mef
96 MERCURE
fieurs , que je ferois heureux , fi
dans une occafion fi effencielle à
mon devoir, à ma reputation,
je pouvois de bonne foy & fans
Supercherie , me dispenfer de vous
faire un aveu fi propre
propre à vous
donner un jufte repentir du choix
que vous venez de faire ! Que
je ferois heureux encore unefois
fije pouvois me flater un moment
que cette déclaration ſi honteuse
& fi fincere toutefois , paſſera
pour une de ces figures ingenieufes
qui fervent à faire valoir le
merite à force de le defavoüer ,
& quirehauffent la réputation de
l'esprit par celle de la modeftie!
Mais
GALANT.
97
Mais quand je confidere à
quoy je suis engagé par le Titre
d'Académicien Royal dans cette
premiere action ; quand je meſu
re mes pensées & mes expreſſions
à la hauteur des merveilles que
j'entrevois , & qui devroient entrer
dans monfujet, fi j'avois l'adreffe
de les ranger , je ſens bien
que je n'auray dit que trop vray,
que le prétexte de l'Art , &
de la Figure ne fera rien à mon
avantage.
Diſpenſez-moy donc , Meffieurs
, difpenfez-moy de la néceffité
que le Titre que vous m'avezfait
l'honneurde me donner,
Fevrier
1685. I
98 MERCURE
femble m'impofer , de repafferfur
tant de beaux traits , qui rehauf
fent le merite & la gloire de
l'Academie Royale , dans mille
circonftances toutes plus avanta
geuſes l'une que l'autre , & qui
la ménent à l'immortalité , par la
mefme route & par le mefme
l'Academie Françoiſe
voeu que
qui la reconnoît
pour fa Fille
atnée
, eft depuis
fi long- temps
en
droit d'y afpirer
. Qu'ajouterois
-je
à tout ce que ceux qui m'ont
de
vancé
, vous
ont dit de riche
, de
fçavant
& de poly ,fur la dignité
du Titre
Royal
que vous
portez
?
Nefçait- on pas que fi les Noms
GALANT. 99
que le Créateur voulut impofer à
fes Ouvrages , exprimoient les
qualitez la nature des chofes
nommées , Louis LE GRAND
dont la conduite eft une Image fi
wifible de la Sageffe du Tout-
Puiffant , n'a donné le furnom de
Royale à l'Academie d'Arles,
que pour exprimer par ce beau
Titre l'excellence des foins , aufquels
il l'a deftinée , &parce
la Gloire & les Merveilles
de for Regne le plus floriffant
le plus augufte qui fut jamais
, devoient eftre l'objet de fes
veilles , de fes études , & de fes
ouvrages?
que
$21
I ij
Too MERCURE
Certes , ce grand Roy qui con
noift fi diftinctement , & ce qui a
manqué aux Regnesprécedens,
ce qui peut fervir à la gloire du
fien , apres avoir par des Con
questes qui ont étonné l'Univers
par la force invincible de leur rapidité,
étendu & affure fes Fron
tieres , a bien jugé que le repose
le bon-heur de fes Etats & de
fes Sujets , dépendoit de l'établiſfement
des Sciences , & de la
Culture des beaux Arts , & remontant
par l'esprit de cette Sa
geffe , qui voit & penetre tout
dans unfi bel ordre , juſques à la
fource de l'Herefie , dont l'extir
GALANT. IOI
n'a
pation fait le plus cher, le plus
conftant, & le plus affidu de tous
fesfoins , il s'eft bien aperceu que
cette Cangréne fi maligne dans
fon origine , & fifunefte dansfon
progrez, ne s'eft introduite
pris racine dans fes Etats , qu'à la
faveur de l'ignorance , & pour
combatre un malfidangereux &*
fi opiniâtre par un reméde conve
nable , il ménage , il foûtient , it
protége les Sciences par des établiffemens
commodes ,
beralitez genereuſes & néceſſaires
, & les a mifes , enfin en état
de triompher par tout des piéges
des fuites de l'erreur & du
des li-
I iij
102 MERCURE
"
menfonge & de faire comprendre
à tout ce qui n'a pas abandonné
le party de la raison & du
bon fens , que celuy de l'Herefie
n'a plus que l'obstination pour
toute défenſe.
Apres que les Sciences auront
fecondé les pieufes intentions de
Louis LE GRAND , en
foutenant les Droits Sacrez de la
Religion & de l'Eglife ,qui n'aja
mais eu , n'aura jamais de plus.
ferme appuy que fon Fils aîné,
ellesferviront encore avantageufement
au deffein qu'il a d'infpirer
à tous fes Sujets , l'amour &
la pratique des vertus morales,
GALANT. 103
& des moeurs honneftes . Elles
forment le coeur en éclairant l'efprit.
La lumiere du Soleil dans
l'ordre naturel précede la cha
leur, & les connoiffances doivent
difpofer l'ame à l'amour , & à la
poursuite du bien; c'eft pourquoy
Dieu qui en est la fource immenfe
, ne sçauroit eftre fouveraine
ment aimé , comme parle faint
Denis , qu'il ne foit parfaitement
aimé.
Que vous concevez bien ,
Meffeurs , le merite , la grandeur
& l'excellence de vos foins,
& de vos applications , & dans
leur principe , dans leur objet !
د ن ن ز
I
104 MERCURE
"
Vous n'étes pas à la Cour & fous
la vue augufte & Royale de
LOUIS LE GRAND , mais Louis
vous ne laiffez pas de reffentir les
effets glorieux de fes foins & de
fafageffe. Le Soleil produit les
plus riches Metaux, au delà de la
portée de fes rayons , fes vertus
s'infinüent où fa lumiere ne penetre
pas ; ce Monarque Augufte
, le Soleil non feulement de
fes Etats , mais de plufieurs Mondes
s'il y en avoit , fait fentir les
influences de fa fageffe par tout.
Elle eft immenfe dans fes foins ,
dansfes operations , comme fa
puiffance eft invincible dans fes
entrepriſes.
GALANT. 105
ques
Il fçait que les Sciences font
dans Arles comme dans leur centre,
qu'elles yfont naturalifées depuis
plufieurs Siécles . Les Obelifles
Arénes , les Amphitéatres
, & tant d'autres Antiquitez
dont elle mõtre encore aujourd'huy
les magnifiques monumens , font
affez connoistre de quelle confideration
elle a efté dans tous les
tems . Qui voudroit remonterjufques
aux plus anciens & moins
connus , découvriroit fans doute
que la politeffe y régnoit , avant
mefme que les Romains y euffent
élevé tant de marques , de la
magnificence de leur Empire ,
106 MERCURE
de l'eftime qu'ils faifoient de fon
Sejour; qu'aparemment la Co
lonie des Grecs qui vint aborder à
Marſeille , & qui vint àpropos
pour polir les moeurs des premiers
Gaulois , eut fes premiers établiffemens
dans la Ville d' Arles ; &
LOUIS LE GRAND qui recherche
jufques à la fource les femences
des beaux Arts, n'y afans
doute étably l' Academie Royale ,
que parce qu'il a jugé que
dans un
air , où les Sciences font en commerce
depuis fi long- temps , elles
ne manqueroient pas de faire un
progrés éclatant , & digne de la
glaire de fon Regne.
GALANT. 107
Jouiffez, Meffieurs , jouiſſez
des beaux jours qu'enfantent aux
deffeins de vos veilles , des aufpices
fi heureux , fi conftans & fi
magnifiques. Vous vivez , graces
auxfoins & à la faveur du
plusparfait des Roys ; vous vivez
d'une vie glorieufe & fpirituelle,
dont unfeuljour vaut mieux que
les plus longues années de l'ignorance.
Vous aprenez au Monde
tout ce qu'il y a de plus curieux à
fçavoir , des moeurs , de la Police
de la Religion des Anciens.
Vous tirez des ruines qui vous
environnent , mille monumens
d'antiquité, propres àfaire admi108
MERCURE
que
rer la penetration fçavante de
vos recherches. Que n'avez- vous
pas dit de curieux , fur la verité
de cette belle & fameufe Statue
Diane & Venus ont difpu.
tée fi long- temps , & d'une mamiere
fi fine & fi fpirituelle , &
qui enfin fous le nom de Venus,
doit eftre placée avec tant d'autres
, qui font venuës de tous les
endroits du Monde , pour rendre
hommage à Louis Le Grand,
dans la Galerie de Verfailles ?
Vivez , Meffieurs , vivez heureux
dans le noble foin qui vous
occupe. Vousfervez aux deffeins
d'un Monarque qui vient renouGALANT.
10g
veler la face du Monde , &
finir tous ces grands deffeins, que
ceux qui l'ont précedé n'ont fait
qu'ébaucher. Afpirez à la gloire
immortelle qu'il vous propoſe ; rien
ne vous manque pour y arriver.
Vous avez de fa main , & par
fon choix , un Protecteur, illuftre
par fa naiffance , diftingué parfa
faveur , recommandable parfon
merite , qui fçait allier avec tant
d'art & tant d'agrément, la plus
douce , la plus fine , & la plus
fçavante delicateffe des Mufes,
avec la fiere intrepidité de Mars,
en qui l'on voit la belle ame , le
bel efprit , & la grandeur de
110 MERCURE
courage , dans un fi noble & fe
doux accord, que les Sçavans &
les Guerriers peuvent également
y trouver un modéle pour fefor
mer l'esprit & le coeur.
Que je trouverois , tout foible
que je fuis , Meffieurs , que je
trouverois de chofes à repreſenter,
s'il m'étoit permis de m'abandonner
à tout ce qui vient s'offrir à
mes idées , & fi je pouvois ou
blier , que ne pouvant vous donner
des marques d'érudition &
d'efprit , je dois au moins vous
en donner de ma retenuë ! Ge
fera , Meffieurs , en étudiant
me formerfur voftre merite , &
GALANT. III
Jur tant de nobles & avantageufes
qualitez , qui vous diftin.
guent parmy les Sçavans , que je
puis efperer d'aprendre àfurmonter
une partie des defaurs qui me
rendent indigne de l'honneur que
vous m'avezfait , & cette rudeffe
que je fens mieux dans mes
expreffions , que je ne lafçay corriger.
le méditerayfur la beauté
de vos Ouvrages , pour m'inftruire
àpolir les miens ; & comme
ceux qui marchent au Soleil
font colorezfans qu'ils y penfent,
je fortifieray mes connoiffances à
force de ftre éclairépar vos lumie-
Dans la paffion que j'ay
res.
112. MERCURE
toûjours euë, & que j'auray tant
que je vivray , de faire diftinguer
ma voix parmy tant d'autres , qui
chantent & fans ceffe, & fi bien
la gloire , les vertus , les tra
vaux de Louis LE GRAND ,
j'eſſayeray de regler mes tons fur
vos doux accens , d'adoucir mes
Chalumeaux , en étudiant les ac
cordsfçavans de vos Luts ; &ne
pouvant meriter l'honneur de
voftre aprobation par aucune production
d'efprit, jeferayfoigneux
de meriter celuy de vos bonnes graces
, & de vostre eftime , par le
respect & la fincere foumifsion
que j'auray toûjourspour vous.
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Résumé : DISCOURS DE Mr MAGNIN A MESSIEURS DE L'ACADEMIE ROYALE D'ARLES.
M. Magnin adresse un discours de remerciement à l'Académie Royale d'Arles pour son admission. Il exprime son honneur et son humilité face à cette distinction, reconnaissant la difficulté de rendre justice à un tel honneur. Magnin souligne que le titre d'Académicien Royal implique des qualités telles que le mérite solide, le génie et la politesse savante, qu'il admire chez les membres de l'Académie. Il mentionne également la grandeur de Louis le Grand, qui a fondé l'Académie pour promouvoir les sciences et les arts, et pour combattre l'hérésie par l'éducation et la culture. Magnin loue Arles pour son riche passé et ses contributions aux arts et aux sciences. Il conclut en exprimant son désir de s'améliorer et de mériter l'honneur qui lui a été accordé, en étudiant et en admirant les œuvres des membres de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 121-130
LE LOUP, LE RENARD, ET LA MULE. FABLE.
Début :
Je vous envoye une Fable que vous trouverez aussi finement / Helas, que n'ay-je encor mon heureuse ignorance ! [...]
Mots clefs :
Loup, Renard, Mule, Ignorance, Instruit, Hasard, Ennui
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texteReconnaissance textuelle : LE LOUP, LE RENARD, ET LA MULE. FABLE.
Je vous envoye une Fable
que vous trouverez auffi finement
tournée que toutes
les autres que vous avez déja
leuës de M' de la Barre de
Tours. Vous me mandiez
qu'il vous ennuyoit de ne plus
rien voir de luy , & heureuſement
j'ay dequoy vous fatisfaire.
[ Fevrier 1685.
L
122 MERCURE
5252525252525252
LE LOUP,
LE RENARD,
ET LA MULE.
FABLE .
HElas, que n'ay-je encor mon
heureuse ignorance!
Qu'il m'eftfâcheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Je vous aimois ,&j'avois l'espérance
Que par devoir oupar reconnoif-
Sance
Vous me feriez goûter le fruit
Que méritoient mesfeux, mesfoins
& ma conftance;
Mais aujourd'huy mon espoir eft
détruit,
GALANT. 123
Et par ce que vous m'avez dit
F'ay connu vostre coeur &fon indiférence.
`Hélas, que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'eftfâcheux, Iris, d'eftre trop
bien inftruit!
$2
Mon Rival a parfon abſence
Evité la trifle Sentence,
Qui le pouvoit réduire où me voila
réduit.
Il n'est pas plus aimé, j'y vois de l'aparence;
Maisfon malheur n'estpoint en évidence.
Fene goûteray plus l'espoir dont il
jouit:
Ah, trop malheureufefcience!
Voyez l'ennuy cruel que vous avez
produit.
Lij
124 MERCURE
Hélas que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'estfacheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Sa
Ainfiparloit un pauvre Diable,
Trop curieux pourfon malheur,
Qui voulant lire au fond du coeur
D'une jeune Beauté qui n'étoit pas
traitable,
cc que le Loup
va voir dans
r vit ce
cette Fable.
25
Sire le Loup & Sire le Renard,
Animaux exerçans par tout la tyrannie
Se rencontrerent par hazard,
Tous deux ne cherchant point mauvaife
compagnie,
Nefe plaifantpas moins , qu'avec plus
méchans qu'eux;
GALANT. 125
Enfin donc, par hazard, s'étant trouvez
tous deux.
Apres quelque ceremonie,
Comme il convient à Gensfçachans
leur pain manger
.
Ils font un petit tour de promenade
enfemble.
Ilfautfçavoir comme un Berger,
A leur affecttousfes Moutons r'af-
Jemble,
Et comme tout Mananpour Volatille
tremble,
Renard & Loup, par tout conduisant
le
danger.
Ils marcherent parlant du beau icmps, ›
de la pluye,
Car Couple qui ne s'aime
Et qu'aucun commerce ne lie,
pas,
A des narrez bien longs trouvefort
peu d'appas..
Pour animer leur tefte- à- tefte,;
L
iij
126 MERCURE
3
Que n'ont- ils quelque Tiers ?un Tiers
eft un fecours,
Quifert beaucoup,lors que le Couple
eftbefte:
De cecy nous voyons lapreuve tous les
jours.
Ce Tiers à point nomméparut dans
un palage
Grave & penfif, mais qui n'étoit
pointfot,
Rouge de poil , de moyen Age,
C'eficit une Mule , en un mot.
Nos deux Meffieurs y viennent tout
en nage,
Pour accourir ils avoient pris le
trot.
Eftant un peu remis , le Loupfit la
Harangue
,
Mais, comme vousfçavez, il a mauvaife
langue,
Et ne pût pas perfuader
GALANT. 127
La Mule à découvrir comment elle
s'apelle.
Sire Renard, s'aproche plusprés d'elle ,
Afin de mieux luy demander
Ses qualités,fen nom, &fanaiffance ,
Car, ny le Loup , ny luy , n'eurent,
dit- il,jamais,
Ny l'honneur de la voir , ny de fa
connoiffance.
Avouray- je mon ignorance,
Dit la Mule ? excufez l'aveu queje
vous fais,
( Il est un peu d'une Pecore ).
Foy d'Animal d'honneur , je ne
fçay pas mon nom.
Bon , c'eft railler, dit le Loup.
Non,
Non, repartit la Mule, il eft vray,
je l'ignore,
Mes Parens, pour raiſon , ne me
l'ont point appris.
Liiij
128 MERCURE
D'un teldifcours nos Gens eftant
Surpris,
Tousdeux s'obtinerent encore
A la preffer àqui mieux mieux;
Mais la Mule en fçavoit plus
Roux.
Qui de vous deux fçait le
mieux lire,
Leur dit- elle?Le Loup luy dit d'abord,
c'eft moy.
Le Renard ne dit rien, voulantfça.
voir pourquoy
Se fait cette demande. A mon pied
de derriere ,
Dit la Mule , mon nom est écrit ,
lifez donc .
Qii , moy , dit le Renard ? lireje
ne fçûs onc ,
Difant ces mots , il tourna le der-
-riere.
Je lis comme un Doccur , Oh,
montrez , dit le Loup .
GALANT. 129
La Mule en luy montrant , vous luy
lache un grand coup
Defon Fer à crampons au milieu du
vifage,
Et de ce coup ilfut étendu roide
mort.
Tant pis pour vous , Signor
Dottor,
Dit le Renard ,fuyant fans parler,
davantage.
$2
Or fus , lequel est le plusfage
A voftre avis , de ces deux Animaux?
Je tiens pour le Renard , & pourfon.
ignorance,
Une fachenfe experience ,
Nous faifant voir , que fi par la
fcience
de bien, il vient beau-
Il vient un peu de bien,
coup de maux.
130 MERCURE
A propos de cette Fable,
vous ferez bien aife d'aprendre
que le S Blageart en doit
debiter un Recueil au commencement
du mois prochain
, fous le Tître de Fables
Nouvelles
. Je ne vous
puis dire qui en eft l'Autheur.
Je fçay feulement que plufieurs
Perfonnes d'efprit qui
les ont veuës , les eftiment
fort , & difent en les loüant,
que l'Illuftre M ' de la Fontaine
qui a pouffé ſi loin ce
genre d'écrire , les lira luymefme
avec plaifir .
que vous trouverez auffi finement
tournée que toutes
les autres que vous avez déja
leuës de M' de la Barre de
Tours. Vous me mandiez
qu'il vous ennuyoit de ne plus
rien voir de luy , & heureuſement
j'ay dequoy vous fatisfaire.
[ Fevrier 1685.
L
122 MERCURE
5252525252525252
LE LOUP,
LE RENARD,
ET LA MULE.
FABLE .
HElas, que n'ay-je encor mon
heureuse ignorance!
Qu'il m'eftfâcheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Je vous aimois ,&j'avois l'espérance
Que par devoir oupar reconnoif-
Sance
Vous me feriez goûter le fruit
Que méritoient mesfeux, mesfoins
& ma conftance;
Mais aujourd'huy mon espoir eft
détruit,
GALANT. 123
Et par ce que vous m'avez dit
F'ay connu vostre coeur &fon indiférence.
`Hélas, que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'eftfâcheux, Iris, d'eftre trop
bien inftruit!
$2
Mon Rival a parfon abſence
Evité la trifle Sentence,
Qui le pouvoit réduire où me voila
réduit.
Il n'est pas plus aimé, j'y vois de l'aparence;
Maisfon malheur n'estpoint en évidence.
Fene goûteray plus l'espoir dont il
jouit:
Ah, trop malheureufefcience!
Voyez l'ennuy cruel que vous avez
produit.
Lij
124 MERCURE
Hélas que n'ay-je encor mon heureuſe
ignorance!
Qu'ilm'estfacheux, Iris , d'eftre trop
bien inftruit!
Sa
Ainfiparloit un pauvre Diable,
Trop curieux pourfon malheur,
Qui voulant lire au fond du coeur
D'une jeune Beauté qui n'étoit pas
traitable,
cc que le Loup
va voir dans
r vit ce
cette Fable.
25
Sire le Loup & Sire le Renard,
Animaux exerçans par tout la tyrannie
Se rencontrerent par hazard,
Tous deux ne cherchant point mauvaife
compagnie,
Nefe plaifantpas moins , qu'avec plus
méchans qu'eux;
GALANT. 125
Enfin donc, par hazard, s'étant trouvez
tous deux.
Apres quelque ceremonie,
Comme il convient à Gensfçachans
leur pain manger
.
Ils font un petit tour de promenade
enfemble.
Ilfautfçavoir comme un Berger,
A leur affecttousfes Moutons r'af-
Jemble,
Et comme tout Mananpour Volatille
tremble,
Renard & Loup, par tout conduisant
le
danger.
Ils marcherent parlant du beau icmps, ›
de la pluye,
Car Couple qui ne s'aime
Et qu'aucun commerce ne lie,
pas,
A des narrez bien longs trouvefort
peu d'appas..
Pour animer leur tefte- à- tefte,;
L
iij
126 MERCURE
3
Que n'ont- ils quelque Tiers ?un Tiers
eft un fecours,
Quifert beaucoup,lors que le Couple
eftbefte:
De cecy nous voyons lapreuve tous les
jours.
Ce Tiers à point nomméparut dans
un palage
Grave & penfif, mais qui n'étoit
pointfot,
Rouge de poil , de moyen Age,
C'eficit une Mule , en un mot.
Nos deux Meffieurs y viennent tout
en nage,
Pour accourir ils avoient pris le
trot.
Eftant un peu remis , le Loupfit la
Harangue
,
Mais, comme vousfçavez, il a mauvaife
langue,
Et ne pût pas perfuader
GALANT. 127
La Mule à découvrir comment elle
s'apelle.
Sire Renard, s'aproche plusprés d'elle ,
Afin de mieux luy demander
Ses qualités,fen nom, &fanaiffance ,
Car, ny le Loup , ny luy , n'eurent,
dit- il,jamais,
Ny l'honneur de la voir , ny de fa
connoiffance.
Avouray- je mon ignorance,
Dit la Mule ? excufez l'aveu queje
vous fais,
( Il est un peu d'une Pecore ).
Foy d'Animal d'honneur , je ne
fçay pas mon nom.
Bon , c'eft railler, dit le Loup.
Non,
Non, repartit la Mule, il eft vray,
je l'ignore,
Mes Parens, pour raiſon , ne me
l'ont point appris.
Liiij
128 MERCURE
D'un teldifcours nos Gens eftant
Surpris,
Tousdeux s'obtinerent encore
A la preffer àqui mieux mieux;
Mais la Mule en fçavoit plus
Roux.
Qui de vous deux fçait le
mieux lire,
Leur dit- elle?Le Loup luy dit d'abord,
c'eft moy.
Le Renard ne dit rien, voulantfça.
voir pourquoy
Se fait cette demande. A mon pied
de derriere ,
Dit la Mule , mon nom est écrit ,
lifez donc .
Qii , moy , dit le Renard ? lireje
ne fçûs onc ,
Difant ces mots , il tourna le der-
-riere.
Je lis comme un Doccur , Oh,
montrez , dit le Loup .
GALANT. 129
La Mule en luy montrant , vous luy
lache un grand coup
Defon Fer à crampons au milieu du
vifage,
Et de ce coup ilfut étendu roide
mort.
Tant pis pour vous , Signor
Dottor,
Dit le Renard ,fuyant fans parler,
davantage.
$2
Or fus , lequel est le plusfage
A voftre avis , de ces deux Animaux?
Je tiens pour le Renard , & pourfon.
ignorance,
Une fachenfe experience ,
Nous faifant voir , que fi par la
fcience
de bien, il vient beau-
Il vient un peu de bien,
coup de maux.
130 MERCURE
A propos de cette Fable,
vous ferez bien aife d'aprendre
que le S Blageart en doit
debiter un Recueil au commencement
du mois prochain
, fous le Tître de Fables
Nouvelles
. Je ne vous
puis dire qui en eft l'Autheur.
Je fçay feulement que plufieurs
Perfonnes d'efprit qui
les ont veuës , les eftiment
fort , & difent en les loüant,
que l'Illuftre M ' de la Fontaine
qui a pouffé ſi loin ce
genre d'écrire , les lira luymefme
avec plaifir .
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Résumé : LE LOUP, LE RENARD, ET LA MULE. FABLE.
La lettre, datée de février 1685, accompagne une fable intitulée 'Le Loup, le Renard et la Mule'. L'expéditeur répond à une demande de son destinataire, qui s'ennuyait de ne plus recevoir de nouvelles de M. de la Barre de Tours. La fable narre la rencontre fortuite entre un loup et un renard, deux animaux tyranniques, qui se promènent ensemble par ennui. Ils croisent une mule qui ignore son propre nom. Le loup et le renard tentent de découvrir ce nom. La mule les défie de lire son nom écrit sur son pied arrière. Le loup accepte et se fait frapper par le fer à crampons de la mule, ce qui le tue. Le renard, plus prudent, refuse et s'enfuit. La morale de la fable suggère que la prudence et l'ignorance peuvent parfois éviter des maux. La lettre mentionne également qu'un certain S. Blageart publiera prochainement un recueil de fables nouvelles, appréciées par plusieurs personnes d'esprit, et que même l'illustre M. de la Fontaine les lirait avec plaisir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 246
VI.
Début :
En vain à mon esprit je done la torture [...]
Mots clefs :
Torture, Ignorance, Énigme, Flux et reflux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
-
ENvainàmonesprit jedone la torture
Peur pouvoir découvrirlejens
Delaiierniere Enigme ou le Galant Mercure,
S'explique en mots embarrafans*
J'avoue a mon desavantage,
Dcuftde mon ignorance un chacunme
blâmer,
qhc jen'y voispointdavantage
Qu'an Flux & KcfluxdelaMer.
LESPADASSIN, de Dormans.
-
ENvainàmonesprit jedone la torture
Peur pouvoir découvrirlejens
Delaiierniere Enigme ou le Galant Mercure,
S'explique en mots embarrafans*
J'avoue a mon desavantage,
Dcuftde mon ignorance un chacunme
blâmer,
qhc jen'y voispointdavantage
Qu'an Flux & KcfluxdelaMer.
LESPADASSIN, de Dormans.
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4
p. 2117-2141
CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
Début :
J'aprens avec bien du plaisir, Monsieur, que vous ètes à présent un peut au faìt. [...]
Mots clefs :
Mots, Enfants, Enfant, Cartes, Méthode, Verbes, Pratique de la langue latine, Collège, Écoliers, Exercice, Langue, Dictionnaire, A, B, C Latin, Français, Ignorance, Savant, Conjugaison, Pratique, Règles, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
CINQUIE'ME LETRE sur l'usage des
Caries pour l'essai du rudiment pratique
de la langue latine , &c.
J'
'Aprens avec bien du plaisir,Monsieur,
que vous ètes à present un peu au fait
du bureau tipografique . L'auteur donera
encore bien des reflexions et des instruc-
A iij
tions
2118 MERCURE DE FRANCE
tions préliminaires sur la suite de l'atirail
literaire d'un enfant ; et le livre sur les
cinquante leçons des trois A , B , C latins
achevera de mètre cette métode dans
un plus grand jour : en atendant ce petit
ouvrage, voici quelques reflexions sur l'usage
des cartes , pour le rudiment pratique
de la langue latine. C'est l'auteur qui
parle.
La métode que j'ai donée pour montrer
les premiers élémens des lètres à un enfant
de 2 à 3 ans , peut également servir pour
lui enseigner ensuite les rudimens pratiques
de la langue latine ou de quelque
autre langue. Il faut toujours continuer
l'usage inftructif des cartes , et varier ce
jeu de tant de manieres , que l'enfant puisse
aprendre beaucoup en ne croyant que se
divertir. Ceus qui feront l'essai de ce jeu.
literaire en conoitront bientot l'utilité.
On a de la peine à s'écarter des vieilles
routes , et à s'éloigner des ancienes méto
des . On montre come l'on a été enseigné
soi-même , et l'on croit ordinaire-,
ment avoir été bien enseigné. Un sofisme
trivial d'autorité et d'imitation tient lieu
de raison : on suit aveuglément la pratique
des autres , au lieu de prendre de
tems en tems des voies diferentes. Que
risqueroit on dans cet essaì ? De perdre
tout au plus quelques anées : on auroit
cela
OCTOBRE . 1730. 2119
cela de comun avec la plupart des écoliers
enseignés selon les métodes vulgat→
res . Mais bien loin de perdre son tems
sans avoir apris ni les choses , ni la maniere
de les étudier , on sera étoné de voir
la rapidité des progrès d'un enfant exercé
suivant la métode du bureau tipografique.
On trouve bien des écoliers qui aïant
étudié des dis et douse ans sous d'habiles
maîtres , travaillé jour et nuit pour
ètre des premiers de leur classe , reçu
bien des pris et des aplaudissemens ; ne
laissent pas néanmoins ensuite de s'apercevoir
de leur ignorance et qu'ils ont mal
employé le tems pendant le long cours de
leurs classes. On doit conciure , par respect
pour les regens , qu'abusés par les métodes
ordinaires , l'abus passoit ensuite sur
leurs écoliers ; le tout de bone foi de la
part des uns , et selon le préjugé de la
part des autres. On se passione ordinairement
contre toutes les nouveles métodes ;
on les condane par provision et sans aucun
examen. Est - ce injustice , est- ce ignorance
; c'est peut-ètre quelquefois l'un et
l'autre ensemble.
Pour faire usage des cartes , on doit les
numeroter
, chifrer ou coter ,
chifrer ou coter , come étant
les feuillets
du livre de l'enfant : ce chifre
sert à ranger les cartes selon le jeu de la
A iiij
suite
2120 MERCURE DE FRANCE
suite grammaticale de l'article , des déclinaisons
, des noms , et des pronoms , et
de la conjugaison du verbe substantif
Sum ( je suis ), et des autres verbes qu'on
trouvera dans l'essal du rudiment pratique.
L'enfant aprendra donc à ranger sur
quelque table les déclinaisons et les conjugaisons
, mais il est mieus qu'il aprene
à les ranger sur le bureau tipografique.
On poura batre et mèler de tems en tems
ces petits jeus de cartes , afin que l'enfant
s'exerce à les remetre lui - mème dans
leur ordre ; ce qu'il fera aisément par le
moyen des chifres dont elles sont marquées.
Il faut qu'il lise ou recite ces cartes
à mesure qu'il les rangera ; et l'on aura
soin de lui doner en abregé les termes de
singulier, pluriel , nominat. gen. dat. ac.
voc. ablat. par les seules letres initiales :
S. P. N. G. D. A.V. Ab . metant sur une
carte en sis colones , les nombres , les cas ,
le mot latin , & c. en sorte que tout parolsse
distingué par les colones , les couleurs
, ou la diference des caracteres
Nom . Lun-a la Lune.
Gen. Lun- a de la Lune.
Dat. Lund à la Lune,&c.
Un enfant peut ensuite décliner les
cinq paradigmes des déclinaisons ou les
seules
OCTOBRE . 1730. 2121
seules terminaisons latines , tantot avec
françois , tantot sans françois , pour va
rier le jeu et se rendre plus fort sur cet
exercice ; il pratiquera la mème chose
pour le jeu des pronoms et des nombres.
Il faudra aussi imprimer ou écrire en
abregé sur des cartes les termes des tems,
des modes , des gerondifs , des supins , et
des participes ; les terminaisons actives et
passives des verbes latins et des verbes
françois , de mème que l'on a doné les
terminaisons des noms et des pronoms ;
ce qui joint à la totalité des combinai
sons des lètres , des sons , des chifres , et
des signes dont on se sert pour la ponctuation
, l'accentuation et la quantité ,
done l'abondance necessaire pour la casse
de l'imprimerie ; ainsi qu'onpoura le voir
dans la planche gravée exprès , et dans
l'article de la garniture du bureau .
>
Pour varier les jeus de cartes on poura
doner celui des déclinaisons avec les
scules terminaisons des cas , le mot latin
et le mot françois étant mis seulement
une fois come un titre , au haut de la
carte, partagée en deus colones , une moitié
pour le sing. et l'autre pour le plur.avec
l'article ou sans l'article pour les noms et
pour les pronoms. Exemple ,
A v Rofa
2122 MERCURE DE FRANCE
Rofa
Sing.
N ...
·
• a
la rose.
Plur.
arum
G.
D.
·
A.
V
&
am as ....
a
â is Ab ...
On fera la mème chose pour les tems
de l'Indicatif et du Subjonctif des verbes
, ne metant le françois qu'à la premiere
persone.
IND .
Pref.
SUB J.
S. S.
Amo , j'aime
Amem , que j'aime,
as
es
et at
P.
amus
atis
ant
P.
emus
etis
ent
Ces jeus de cartes doivent aussi ètre numerotés,
afin que l'enfant puisse les ranger
en une seule colone , les voir d'un coup
d'euil et les lire ou les reciter facilement
de suite , à mesure qu'il les rangera sur la
table du bureau , ou qu'il les parcoûra les
tenant dans sa main. Quand l'enfant saura
bien
OCTOBRE. 1730 , 2123
bien les terminaisons des noms et des
verbes , il déclinera et conjuguera tous
les mots qu'on lui donera. On ne sauroit
trop insister sur cet article , et l'on
poura pour lors se servir utilement des
tables analitiques et à crochets , faites
pour faciliter l'usage des declinaisons et
des conjugaisons , et pour orner le cabinet
d'un enfant .
Lorsqu'on voudra interoger l'écolier
sur les déclinaisons et sur les conjugaisons
, il ne faut pas suivre la métode
peu judicieuse de ces maitres qui demandent
trop tot , par exemple : Coment fait
Musa à l'acusatif plur? Quel est le genit.
plur. de Dominus ? Quelle est la troisiéme
persone du futur indicatif du verbe Amo ?
coment dit-on en latin , ils auroient aimé ?
&c. Ceux-là ne raisonent pas mieus , qui
demandent aus enfans : Combien y a -t - il
de sortes de noms ,
pronoms , de verbes ,
&c. Combien y a-t- il de terminaisons à la
troisiéme déclinaison , &c. Il est visible
que ces questions sont inutiles et hors la
portée d'un petit enfant . D'ailleurs c'est
une erreur de s'imaginer que parce qu'un
enfant aura apris par coeur et de suite un
rudiment latin françois pour la version
, il doiveensuite répondre sur le
champ à des questions détachées ; ou , ce
qui est encore plus dificile , à des quesde
A vj
tions
2124 MERCURE DE FRANCE
tions qui regardent la composition ; il
faudroit pour cet éfet qu'il ût vu et étudié
un rudiment françois- latin , et encore
seroit - il embarassé pour répondre
sur des questions détachées ou de purc
téorie: il est surprenant de voir que l'expérience
n'alt pas désabusé la plupart des
måltres.
Pour examiner un enfant et l'interoger
à propos , il faut lui faciliter la rêponse
, autrement cela le dégoute et le
dépite. On preche trop tot aus enfans la
doctrine de téorie ; on insiste mème trop
là dessus , il sufit de la debiter dansa
pratique et d'en faire sentir pour lors l'usage
et l'aplication ; l'experience demontre
la verité de cete remarque. On peut
aisément embarasser non seulement un
enfant , mais un savant , s'il est permis
d'interoger à sa fantaisie. Ce que je dis à
l'égard des noms , des pronoms , et des
verbes , n'est pas moins vraì à l'égard des
genres , des déclinaisons , des conjugalsons
, de la sintaxe , de toute la grammaire
, et mème de toutes les siénces : savoir
une regle par coeur , la chose est aisée ;
en faire l'aplication , c'est l'éfort de l'esprit
humain. Bien des savans latinistes
seroient peut être embarassés sur le champ,
si on leur demandoit , par exemple :
Quelle est la treisième lètre de l'A , B , C ;
pourquoi
OCTOBRE. 1730. 2125
pourquoi les anciens ont mis le B après l'A
dans l'ordre des lètres pourquoi les mots
dies , facies , &c. ont été apelés de la cinquième
declinaison ; pourquoi l'on a choisi
pour l'exemple de la premiere conjugaison ,
le verbe amo ( j'aime ) , plutôt que canto
(je chante) où le pronom je est sans élision;
ce que fignifient les mots gerondifs, supins .
&c. on doit donc menager un peu plus
les enfans.
Dès que l'enfant a décliné et conjugué
avec des cartes , selon le jeu du rudiment
pratique , il lui sera aisé de composer
sur la table du bureau les tèmes
qu'on lui donera mot à mot sur des cartes
, selon la métode des textes interlinaires
, le françois en noir , et le latin en
rouge , en caractere italique , et encore
mieus , en caractere de bèle écriture pour
instruire et disposer utilement l'imagination
de l'enfant , en atendant qu'il
aprene à former sur le papie. les caracteres
avec lesquels il se sera familiarisé
sur la table de son bureau . C'est pour
lors que l'enfant comencera à se servir
des terminaisons des noms , des pronoms,
et des verbes , en atendant le dictionaire
fait aussi en colombier , dans les
celules duquel on metra les mots écrits.
sur autant de cartes seulement quand
l'enfant en aura besoin ; c'est - à - dire D.
qu'il
2126 MERCURE DE FRANCE
qu'il verra croitre et augmenter son dictionaire
à mesure qu'il croitra lui- mème
en age et en sience , et à mesure qu'il
aprendra sa propre langue.
>
Quoique l'enfant ait le latin de son
tème sur une carte , il ne laisse pas de
faire un exercice qui aproche de la veritable
composition ; car s'il a , par exemple
, dans son tème oramus deum , il
trouvera le mot oro dans la logete des
verbes de la colone O , et le mot deus
à la logete des noms apellatifs de la colone
D; mais il sera obligé de chercher
et de prendre amus dans la logète des
tems où des terminaisons des verbes , etc.
ce que l'on vèra d'une manière sensible
au bas de la planche que j'ai fait graver
exprès. Les cartes des logetes étant étiquetées
, l'enfant aprend d'abord par pratique
et par sentiment le jeu des déclinaisons
, des conjugaisons , et des parties d'oraison
, et se met par là en état de passer
bientot à l'explication d'un texte aisé ,
ou de ses propres tèmes , dont le françois
et le latin sont copiés mot à mot
P'un sous l'autre , et ensuite recopiés sans
aucun françois sous le latin.
L'on peut prendre pour texte des tèmes
, l'abregé historique de la bible , l'abregé
du petit catechisme historique et
de la doctrine cretiène , en latin et en
françois
OCTOBRE . 1730. 2127
françois , l'apendix de la fable du pere
de Jouvenci , l'extrait du Pantheum du
P. Pomey . On poura aussi prendre des
tèmes dans le rudiment pratique sur les
parties d'oraison , en choisissant toujours
les mots du plus grand usage. Les Au
teurs expliqués et construits selon la métode
de M. du Marsais seront d'un grand
secours au comancement pour la lecture
pour l'explication , et pour la composition
dans les deus langues.
termes , pour
D
En suivant la métode du bureau tipografique
, un enfant se voit bientot en
état d'expliquer le latin du nouveau testament
et de l'imitation de Jesus - Christ ;
ce latin sufit pour doner l'abondance des
former l'oreille aus terminaisons
des noms , des pronoms ,, des verbes
, etc. sans que l'on doive craindre
l'impression de la mauvaise latinité sur
l'oreille d'un enfant qui n'est ocupé qu'à
retenir des mots et nulement à charger
sa mémoire d'un stile ou d'un genie auquel
il n'est pas encore sensible ; car je
parle d'un enfant de quatre à cinq ans ,
et quand il en auroit davantage , le nouveau
testament et l'imitation de Jesus-
Christ ne sont pas indignes de ce petit
sacrifice , malgré la fausse délicatesse de
certains, latinistes qui en fesant parade de
leur esprit , manquent souvent de jugement.
On
2128 MERCURE DE FRANCE
On trouvera dans peu l'enfant assés
fort pour lui faire entreprendre la lecture
et la version des fables de Phèdre
dont le texte est numeroté pour la construction
des parties d'oraison ; ou bien
pour lui faire expliquer les textes interlineaires
et construits selon le métode de
M. du Marsais ; l'experience de cet exercice
sur un enfant de cinq à sis ans qui
voyoit Phèdre pour la segonde fois , m'oblige
d'en conseiller l'essai et la pratique
aus maitres non prévenus. Quand je dis
néanmoins que cète métode est simple et
aisée , cela doit s'entendre des principes
dont elle fait usage : la composition et la
multiplicité des outils literaires divertit
et instruit l'enfant ; la peine ne regarde
le maitre et l'ouvrier de tout l'atirail
que l'on done à l'écolier : il n'y est lui
que pour le plaisir varié et instructif de
passer agréablement d'un objet à un autre
en changeant de cartes , de jeu , et de sujet;
ce qui est d'un mérite conu du seuł
artisan et des seuls témoins capables de
juger de l'ouvrage et des progrès . Un
livre alarme un enfant , au lieu que par le
jeu des cartes il ne voit que les pages des
leçons courantes , il forme son livre luimème
, ce qui augmente sa curiosité
bien loin de le dégoûter.
que
Beaucoup de maitres blament cependant
OCTOBRE . 1730. 2129
›
dant l'usage des textes interlinéaires ou
des textes construits et numerotés , et
pretendent que l'esprit des enfans aïant
moins à faire , cela les retarde de beaucoup
: les persones rigides qui veulent
laisser toutes les dificultés aus enfans,bien
loin de leur en épargner ou diminuer
quelqu'une , ne craignent èles pas de les
trop fatiguer, et de les rebuter ? le fruit des
colèges et du grand nombre en
peut décider
; il est plus aisé de blamer l'usage
de certaines métodes , que d'en inventer
de meilleures . On peut voir là dessus ce
qu'en a écrit M. du Marsais dans l'exposition
de sa métode raifonée , et faire en
mème tems réflexion que les métodes interlineaires
ont toujours été utilement
pratiquées , non seulement pour des en-
Fans , mais pour des homes , quand on a
voulu abreger la peine à ceux qui étudient
quelque langue morte ou vivante .
Nous avons l'ancien testament avec l'interpretation
en latin mot à mot sous l'ebreu
; nous avons de mème le nouveau
testament grec & latin , une langue sous
l'autre mot à mot : j'ai vu une gramatre
imprimée à Lisbone en 1535 dans laquèle
le latin et le portugais , et ensuite l'espagnol
et le portugais , sont une langue
sous l'autre. On a autrefois imprimé à
Strasbourg le parlement nouveau ou centurie
2130 MERCURE DE FRANCE
rie interlinéaire de DANIEL MARTIN LINGUISTE
, dans lequel livre on trouve l'aleman
pur dans une colone et le pur
françois dans l'autre , avec le mot aleman
sous chaque mot françois , et c'est peut
ètre ainsi qu'on devroit le pratiquer ou
l'essayer quelquefois pour la langue latine
, en métant le mot françols du dictionaire
sous chaque mot du pur texte
latin , ce qui au comancement épargneroit
à l'enfant le tems qu'il perd à chercher
les mots dans un dictionaire : exem
ple :
Numquam est fidelis cum potente focietas.
Jamais ètre fidele avec puissant societé.
Si des Téologiens ont cru tirer quel
que utilité de la glose ordinaire de la
bible de Nicolas de Lira , et de l'interprétation
interlinéaire d'Arias Montanus,
pourquoi les enfans doivent ils ètre privés
des livres classiques à glose interlinéaire
s'il est permis de condaner un
usage parcequ'il ne produit pas toujours
le bon éfet dont on s'étoit flaté , il y en
aura bien peu à l'abri de cète critique :
les écoles publiques ne produisent pas
des éfets proportionés au cours des anées
d'étude. S'agit il de nouvele métode , on
deOCTOBRE.
1730. 2131
demande à voir des exemples dans une
pratique continuée : nous en voyons tous
les jours de ces exemples dans les écoles
et dans les coleges ; le grand nombre des
écoliers. ne profite pas ; on auroit tort
cependant d'en conclure l'inferiorité des
éducations publiques ou la superiorité
des éducations particulieres. Il faut com
parer, raisoner, et examiner avant que de
prononcer pour ou contre une métode
qui regarde le coeur et l'esprit.
On poura voir les ouvrages de M. du
Marsals sur les articles 52 & 53 des mémoires
de Trévoux du mois de mai 1723
au sujet de l'interprétation interliné re
page 35. Nous avons aussi , dit ce filosofe
gramairien , quelques interprétations inter
linéaires du latin avec le françois , entr'autres
cèle de M. Waflard , fous le titre de
Premiers fondemens de biblioteque royale
à Paris chés Boulanger , dans les premieres
anées de la minorité de LourS
XIV. mais ces traductions sont fort mal exe•
cutées dans un petit in 12 ° , où les mots sont
fort prèssés , et où le françois qui n'eft qưéquivalant
ne fe trouve jamais juste sous le
latin. Il en est de mème de la version interlinéaire
des fables de Fédre , imprimée en
1654 , chés Benard , libraire du colege des
RR. P P. Jesuites &c.
›
C'est aux maitres au reste à voir
quand
2132 MERCURE DE FRANCE
quand il faudra oter à un enfant les gloses
interlinéaires : le plu-tot ne sera que
le mieus , si l'écolier peut s'en passer. La
pratique et l'experience guideront plus
surement que les vains raisonemens sur
cet exercice. Lorsque l'enfant faura expliquer
un texte construit ou numeroté
pour la construction , il faut quelques
jours après lui redoner le mème texte
qui ne soit ni construit ni numeroté : c'est
le moyen de juger des progrès de l'enfint,
et de l'utilité des textes interlinéaires ,
ou de la glose proposée et pratiquée pour
les premiers livres classiques que l'on fait
voir à un enfant ; la glose paroit plus necessaire
dans une classe de cent écoliers
pour un seul regent que dans une chambre
où l'enfant a un maitre pour lui seul .
C'est pourtant le regent à la tète de cent
écoliers qui afecte de mépriser le secours
de la glose interlinéaire , pendant qu'un
precepteur s'en acomode chargé d'un
seul enfant ; est - ce sience ou vanité dans
l'un , et paresse ou ignorance dans l'autre ?
La repugnance et le dégout que font
paroitre la plupart des enfans dans l'étude
du latin , du grec, et des langues mor
tes , prouvent en même tems qu'il y a
dans cet exercice literaire ou dans les métodes
vulgaires quelque chose d'étrange
et de contraire au naturel des enfans ; la
graOCTOBRE
. 1730. 2133
gramaire des écoles et leur maniere d'enseigner
la langue latine ont quelque chose
de rebutant et de peu convenable à
l'age et à la portée des enfans ; les rudimens
vulgaires sont ordinairement trop
abstraits ; il faut du sensible , et c'est ce
qu'on pouroit faire dans un rudiment
pratique j'en done l'essai en atendant
qu'un gramairien filosofe et métodiste
veuille bien y travailler lui mème , pendant
que d'autres latinistes s'amuseront
à augmenter le nombre des pieces d'éloquence
qui expirent en naissant , come
celes de téatre qu'on ne represente qu'une
fois.
n'en
On reprend mile et mile fois un enfant
sur la mème regle avant que de le
metre en état de ne plus faire le mème
solecisme : d'où vient cela ? est - ce faute
de mémoire ? les enfans , dit on ,
manquent pas ; ils aprènent facilement
par coeur des centaines de vers et de régles
; il faut donc conclure qu'aprendre
par coeur une régle , ou la metre en pratique
, sont deus choses très diferentes ;
l'une ne dépend que de la mémoire , et
l'autre dépend de l'aplication et de la sagacité
d'un home fait : je l'ai dit bien des
fois ; on peut savoir les régles d'aritmé
tique , d'algebre , 'de géometrie , de logique
etc. et ètre très ignorant dans la pratique
2134 MERCURE DE FRANCE
tique de ces mèmes régles : pourquoi
donc demander tant de sience pratique
dans un enfant qui n'a encore perdu que
sis mois ou un an à aprendre par coeur
quelques régles de gramaìre latine ? n'est
ce pas ignorance ou injustice d'atendre
et d'exiger d'un enfant l'éfort de genie
dont nous somes souvent incapables nous
mèmes.
A l'exemple des prédicateurs , je redis
souvent les mèmes choses , et je risque
come eus de ne persuader que peu de
persones. J'ignore le sort et le succès de
cet ouvrage ,
il me sufit le
pour present
de voir que mon déssein est louable et
utile , et de souhaiter , si cela est vrai ,
que le public en pense de mème. Il semble
que peu à peu je m'éloigne de mon sujet ,
quoique je ne perde jamais de vue la meilleure
route à suivre pour avancer les enfans
dans les exercices literaires . Je reviens
donc aus jeus de cartes : on peut
en doner pour les déclinaisons des noms
grecs , come pour cèles des noms latins ;
on peut doner sur des cartes la liste des
mots latins que l'enfant sait , et y metre
le grec au lieu du françois. Dans la suite
on poura y metre le mot ebreu il ne
s'agit d'abord que de lire ; mais à force
de lecture , l'enfant aprend les termes en
l'une & en l'autre langue , come il aprend
sa
OCTOBRE. 1730. 213.5
sa langue maternele à force d'actes réiterés
, et c'est à quoi les maîtres ne font
pas assés d'atention . On poura aussi metre
sur la longueur des cartes , et en trois
colones , le positif , le comparatif, et le
superlatif de quelques adjectifs réguliers,
et ensuite des réguliers de plusieurs
langues , et toujours simplement pour li
re et pour composer sur le bureau tipografique
, afin que l'enfant comance de
bone heure à voir et à sentir un peu le
raport , le genie , et l'esprit diferent des
langues sur chaque partie d'oraison .
Quand on voudra tenir dans une mème
logete du dictionaire des mots latins , des
mots françois , des mots grecs , et des
mots ebreus on poura , come il a été
dit , séparer les especes diferentes avec de
doubles , de triples cartes , ou de petits
cartons afın l'enfant
que puisse tenir en
ordre et trouver plus facilement toutes les
cartes dont il aura besoin , ainsi qu'on l'a
pratiqué pour séparer les cartes des letres
noires et des letres rouges lorsqu'on a été
obligé de les tenir dans le même trou ,
et que l'on a voulu multiplier la casse de
l'imprimerie pour l'usage du françois
du latin , du grec , de l'ebreu , de l'arabe
etc.
>
>
Quoique l'enfant soit en état d'expliquer
un livre , et de faire la plume à la
main
2136 MERCURE
DE FRANCE
main , un petit tème de composition en
latin , il ne doit pas pour
cela renoncer
à l'exercice du bureau tipografique ; il
poura y travailler seul pendant l'absence
du maître , et suivre pour le grec et l'ebreu
la métode pratiquée pour le latin :
c'est le moyen le plus facile pour faire
entretenir la lecture et l'étude de ces
quatre langues, et pour s'assurerdel'ocupation
d'un enfant , bien loin de l'abandoner
à lui mème et à l'oisiveté trop tolerée
dans enfance ; cète oisiveté produit
la fainéantise et le dégout , pour ne
pas dire l'aversion invincible que
que font
roitre pour l'étude la plupart des enfans
livrés à des domestiques. Tel parle ensuite
de punir les enfans, qui est plus coupable
qu'eus , faute de s'y être pris de bone
heure et d'une maniere plus judicieuse.
Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser un animal , on , on profite de leurs
premieres anées : pourquoi ne fait on pas
de mème à l'égard des enfans ? à quoi
veut on les ocuper depuis deus jusqu'à
sis & sèt ans ? c'est là le premier , le vrai,
et souvent l'unique tems qui promete ,
qui produise , et qui assure les succès et le
fruit de l'éducation tant desirée par les
parens.
pa-
Tout le monde convient assés que les
études de colege se réduiroie ntàpeu de
chose
OCTOBRE. 1730. 2137
:
chose si l'on n'avoit ensuite l'art ou la
maniere d'étudier seul avec le secours des
livres et la conversation des savans , il est
donc très important de doner de bone
heure à la jeunesse cet art d'étudier seul,
et enfin ce gout pour les livres et pour
les savans , gout que peu d'écoliers ont
au sortir des classes : ils n'aspirent la plupart
qu'à ètre delivrés de l'esclavage , et
à sortir de leur prétendue galère d'où
peut donc naitre une si grande aversion ?
ce ne sauroit ètre le fruit d'une noble
émulation : mais d'où vient d'un autre
coté que les études domestiques et particulieres
ne produisent pas , ce semble
dans les enfans le dégout que produisent
l'esprit et la métode des coleges ? bien des
enfans au sortir des classes vendent ou
donent leurs livres come des meubles inu-.
tiles et des objets odieus ; ceus qui étudient
dans la maison paternele raisonent
un peu plus sensément , et ne regardent
ordinairement come un martire leurs
exercices literaires ; ils conoissent un peu
plus le monde dans lequel ils vivents au
lieu les enfans des coleges regardent
que
souvent come un suplice d'ètre obligés
de vivre ensemble sequestrés loin du monde
; ils n'ont de bon tems selon eus que
celui du refectoir , de la recréation et de
l'eglise ; ils trouvent mauvais qu'on les
pas
B aille
2138 MERCURE DE FRANCE
aille voir pendant leur recréation ; ils
aiment mieus qu'on les demande pendant
qu'ils sont en classe , afin d'en abreger le
tems ; un enfant qui travaille au bureau
tipografique est animé de tout autre esprit
quèle est donc la cause de cète
grande diference ? la voici :
Si avant que d'envoyer un enfant aus
écoles et en classe , sous pretexte de jeunesse
, de vivacité et de santé , on lui a
laissé aprendre pendant bien des anées le
métier de fainéant , de vaurien et de petit
libertin , il n'est pas extraordinaire de
trouver qu'ensuite il ne veuille pas quiter
ses habitudes , ni changer ses amusemens
frivoles pour d'autres exercices plus
penibles ou moins agréables . On met souvent
et avec injustice sur le conte des coleges
la faute des parens qui n'envoient
leurs enfans en cinquième ou en quatrième
qu'à l'age de 13 à 14 ans , age où ils
se dégoutent facilement des études , et où
ils sentent la honte de se voir au milieu
de bien des écoliers plus petits , plus
jeunes et plus avancés qu'eus. Chacun sait
que quand on veut élever des animaus
ou redresser des plantes , il faut s'y prendre
de bone heure : ignore t'on que c'est
aussi la vraie et la seule manière de réussir
dans l'éducation des enfans le jeu du
bureau tipografique done cète manière
dans
?
OCTOBRE. 1730. 2139
› dans toute son étendue ; il amuse il
instruit les enfans , et les met en état de
faire plu-tot leur entrée honorable au pays
latin , et d'y gouter avec plus de fruit et
moins d'ennui les bones instructions des
habiles maîtres ; enfin le bureau est le
chemin qui conduit à la porte des écoles
publiques , et le bureau formera toujours
de bons sujets capables de faire honeur
aus parens , aus regens , aus coleges et à
l'état. Je n'entre point ici dans la question
indecise sur la préference des éducations
publiques ou particulieres ; on peut
lire là dessus les principaus auteurs qui en
ont parlé depuis Quintilien jusqu'à M.
Rollin et à M. l'abé de S. Pière. Mais
on ne sauroit disconvenir de la necessité
et de l'utilité des écoles publiques ; il
semble mème qu'en general les enfans
destinés à l'eglise ou à la robe devroient
tous passer par les coleges : à l'égard des
gens d'épée ou des enfans destinés à la
guère , il me semble que pour les bien
élever on pouroit s'y prendre d'une autre
manière , et en atendant l'établissement
de quelque colege politique et militaire
, la pratique du bureau me paroit
la meilleure à suivre ; elle abregera bien
du tems à la jeune noblesse , et lui permetra
l'étude de beaucoup de choses inutiles
à un prètre , à un avocat et à un me
Bij decia
2140 MERCURE DE FRANCE
decin , mais qu'il est honteus à un guerier
d'ignorer ; c'est pourquoi je me flate
que la métode du bureau tipografique
sera tot ou tard aprouvée non seulement
des gens du monde , mais encore des plus
savans professeurs de l'université , suposé
qu'ils veuillent bien prendre la peine
d'en aler voir l'usage et l'exercice dans
un de leurs fameus coleges . Si après cela ,
quelque persone desaprouve le ton de
confiance que l'amour du bien public et
de la verité me permet de prendre , j'avoûrai
ingénûment ma faute devant nos
maitres qui enseignant les letres font aussi
profession de cète mème verité ; et je
soumets dès à present avec une déference
respectueuse mes idées et mes raisonemens
à leur examen et à leur décision.
Pour revenir à la métode du bureau
je dis donc qu'èle est propre à doner du
gout pour l'étude , à metre bientot un
enfant en état de travailler seul avec les
livres , avantage si considerable qu'il n'en
faudroit pas d'autres pour lui doner la superiorité
sur toutes les métodes vulgaires.
On comence de bone heure à lui montrer
les letres , les sons , l'art d'épeler
de lire et de composer sur le bureau ; on
lit avec lui , on s'assure peu à peu de
l'intelligence de l'enfant , on l'instruit ,
on l'interoge à propos , on lui ' faît un
jeu
OCTOBRE . 1730. 214: 1
jeu et un vrai badinage de toutes les
questions , on lui enseigne la maniere de
fe fervir des livres françois , et sur tout
des tables des livres qui servent d'introduction
à l'histoire , à la géografie , à la
cronologie , au blason , et enfin aus siences
et aus arts dont il faut avoir quelque
conoissance , come des livres d'élemens
de principes , d'essais , de métodes , d'instituts
, afin de pouvoir passer ensuite aus
meilleurs traités des meilleurs auteurs
sur chaque matière , mais principalement
sur la profession qu'un enfant doit embrasser
, et à laquelle on le destine . Les
savans se fesant toujours un plaisir de
faire part de leurs lumières à ceus qui
les consultent , on ne doit jamais perdre
l'ocasion favorable de les voir et de les
entendre. Quand les parens au reste en
ont les moyens , ils ne doivent jamais
épargner ce qu'il en coute pour choisir
et se procurer les meilleurs maîtres , er
tous les secours possibles dans quelque
vile que l'on se trouve , cela influe dans
toute la vie qui doit être une étude continuèle
, si l'on veut s'aquiter de son devoir
, de quelque condition que l'on soit,
et quelque profession que l'on ait embrassée.
Je fuis etc.
Caries pour l'essai du rudiment pratique
de la langue latine , &c.
J'
'Aprens avec bien du plaisir,Monsieur,
que vous ètes à present un peu au fait
du bureau tipografique . L'auteur donera
encore bien des reflexions et des instruc-
A iij
tions
2118 MERCURE DE FRANCE
tions préliminaires sur la suite de l'atirail
literaire d'un enfant ; et le livre sur les
cinquante leçons des trois A , B , C latins
achevera de mètre cette métode dans
un plus grand jour : en atendant ce petit
ouvrage, voici quelques reflexions sur l'usage
des cartes , pour le rudiment pratique
de la langue latine. C'est l'auteur qui
parle.
La métode que j'ai donée pour montrer
les premiers élémens des lètres à un enfant
de 2 à 3 ans , peut également servir pour
lui enseigner ensuite les rudimens pratiques
de la langue latine ou de quelque
autre langue. Il faut toujours continuer
l'usage inftructif des cartes , et varier ce
jeu de tant de manieres , que l'enfant puisse
aprendre beaucoup en ne croyant que se
divertir. Ceus qui feront l'essai de ce jeu.
literaire en conoitront bientot l'utilité.
On a de la peine à s'écarter des vieilles
routes , et à s'éloigner des ancienes méto
des . On montre come l'on a été enseigné
soi-même , et l'on croit ordinaire-,
ment avoir été bien enseigné. Un sofisme
trivial d'autorité et d'imitation tient lieu
de raison : on suit aveuglément la pratique
des autres , au lieu de prendre de
tems en tems des voies diferentes. Que
risqueroit on dans cet essaì ? De perdre
tout au plus quelques anées : on auroit
cela
OCTOBRE . 1730. 2119
cela de comun avec la plupart des écoliers
enseignés selon les métodes vulgat→
res . Mais bien loin de perdre son tems
sans avoir apris ni les choses , ni la maniere
de les étudier , on sera étoné de voir
la rapidité des progrès d'un enfant exercé
suivant la métode du bureau tipografique.
On trouve bien des écoliers qui aïant
étudié des dis et douse ans sous d'habiles
maîtres , travaillé jour et nuit pour
ètre des premiers de leur classe , reçu
bien des pris et des aplaudissemens ; ne
laissent pas néanmoins ensuite de s'apercevoir
de leur ignorance et qu'ils ont mal
employé le tems pendant le long cours de
leurs classes. On doit conciure , par respect
pour les regens , qu'abusés par les métodes
ordinaires , l'abus passoit ensuite sur
leurs écoliers ; le tout de bone foi de la
part des uns , et selon le préjugé de la
part des autres. On se passione ordinairement
contre toutes les nouveles métodes ;
on les condane par provision et sans aucun
examen. Est - ce injustice , est- ce ignorance
; c'est peut-ètre quelquefois l'un et
l'autre ensemble.
Pour faire usage des cartes , on doit les
numeroter
, chifrer ou coter ,
chifrer ou coter , come étant
les feuillets
du livre de l'enfant : ce chifre
sert à ranger les cartes selon le jeu de la
A iiij
suite
2120 MERCURE DE FRANCE
suite grammaticale de l'article , des déclinaisons
, des noms , et des pronoms , et
de la conjugaison du verbe substantif
Sum ( je suis ), et des autres verbes qu'on
trouvera dans l'essal du rudiment pratique.
L'enfant aprendra donc à ranger sur
quelque table les déclinaisons et les conjugaisons
, mais il est mieus qu'il aprene
à les ranger sur le bureau tipografique.
On poura batre et mèler de tems en tems
ces petits jeus de cartes , afin que l'enfant
s'exerce à les remetre lui - mème dans
leur ordre ; ce qu'il fera aisément par le
moyen des chifres dont elles sont marquées.
Il faut qu'il lise ou recite ces cartes
à mesure qu'il les rangera ; et l'on aura
soin de lui doner en abregé les termes de
singulier, pluriel , nominat. gen. dat. ac.
voc. ablat. par les seules letres initiales :
S. P. N. G. D. A.V. Ab . metant sur une
carte en sis colones , les nombres , les cas ,
le mot latin , & c. en sorte que tout parolsse
distingué par les colones , les couleurs
, ou la diference des caracteres
Nom . Lun-a la Lune.
Gen. Lun- a de la Lune.
Dat. Lund à la Lune,&c.
Un enfant peut ensuite décliner les
cinq paradigmes des déclinaisons ou les
seules
OCTOBRE . 1730. 2121
seules terminaisons latines , tantot avec
françois , tantot sans françois , pour va
rier le jeu et se rendre plus fort sur cet
exercice ; il pratiquera la mème chose
pour le jeu des pronoms et des nombres.
Il faudra aussi imprimer ou écrire en
abregé sur des cartes les termes des tems,
des modes , des gerondifs , des supins , et
des participes ; les terminaisons actives et
passives des verbes latins et des verbes
françois , de mème que l'on a doné les
terminaisons des noms et des pronoms ;
ce qui joint à la totalité des combinai
sons des lètres , des sons , des chifres , et
des signes dont on se sert pour la ponctuation
, l'accentuation et la quantité ,
done l'abondance necessaire pour la casse
de l'imprimerie ; ainsi qu'onpoura le voir
dans la planche gravée exprès , et dans
l'article de la garniture du bureau .
>
Pour varier les jeus de cartes on poura
doner celui des déclinaisons avec les
scules terminaisons des cas , le mot latin
et le mot françois étant mis seulement
une fois come un titre , au haut de la
carte, partagée en deus colones , une moitié
pour le sing. et l'autre pour le plur.avec
l'article ou sans l'article pour les noms et
pour les pronoms. Exemple ,
A v Rofa
2122 MERCURE DE FRANCE
Rofa
Sing.
N ...
·
• a
la rose.
Plur.
arum
G.
D.
·
A.
V
&
am as ....
a
â is Ab ...
On fera la mème chose pour les tems
de l'Indicatif et du Subjonctif des verbes
, ne metant le françois qu'à la premiere
persone.
IND .
Pref.
SUB J.
S. S.
Amo , j'aime
Amem , que j'aime,
as
es
et at
P.
amus
atis
ant
P.
emus
etis
ent
Ces jeus de cartes doivent aussi ètre numerotés,
afin que l'enfant puisse les ranger
en une seule colone , les voir d'un coup
d'euil et les lire ou les reciter facilement
de suite , à mesure qu'il les rangera sur la
table du bureau , ou qu'il les parcoûra les
tenant dans sa main. Quand l'enfant saura
bien
OCTOBRE. 1730 , 2123
bien les terminaisons des noms et des
verbes , il déclinera et conjuguera tous
les mots qu'on lui donera. On ne sauroit
trop insister sur cet article , et l'on
poura pour lors se servir utilement des
tables analitiques et à crochets , faites
pour faciliter l'usage des declinaisons et
des conjugaisons , et pour orner le cabinet
d'un enfant .
Lorsqu'on voudra interoger l'écolier
sur les déclinaisons et sur les conjugaisons
, il ne faut pas suivre la métode
peu judicieuse de ces maitres qui demandent
trop tot , par exemple : Coment fait
Musa à l'acusatif plur? Quel est le genit.
plur. de Dominus ? Quelle est la troisiéme
persone du futur indicatif du verbe Amo ?
coment dit-on en latin , ils auroient aimé ?
&c. Ceux-là ne raisonent pas mieus , qui
demandent aus enfans : Combien y a -t - il
de sortes de noms ,
pronoms , de verbes ,
&c. Combien y a-t- il de terminaisons à la
troisiéme déclinaison , &c. Il est visible
que ces questions sont inutiles et hors la
portée d'un petit enfant . D'ailleurs c'est
une erreur de s'imaginer que parce qu'un
enfant aura apris par coeur et de suite un
rudiment latin françois pour la version
, il doiveensuite répondre sur le
champ à des questions détachées ; ou , ce
qui est encore plus dificile , à des quesde
A vj
tions
2124 MERCURE DE FRANCE
tions qui regardent la composition ; il
faudroit pour cet éfet qu'il ût vu et étudié
un rudiment françois- latin , et encore
seroit - il embarassé pour répondre
sur des questions détachées ou de purc
téorie: il est surprenant de voir que l'expérience
n'alt pas désabusé la plupart des
måltres.
Pour examiner un enfant et l'interoger
à propos , il faut lui faciliter la rêponse
, autrement cela le dégoute et le
dépite. On preche trop tot aus enfans la
doctrine de téorie ; on insiste mème trop
là dessus , il sufit de la debiter dansa
pratique et d'en faire sentir pour lors l'usage
et l'aplication ; l'experience demontre
la verité de cete remarque. On peut
aisément embarasser non seulement un
enfant , mais un savant , s'il est permis
d'interoger à sa fantaisie. Ce que je dis à
l'égard des noms , des pronoms , et des
verbes , n'est pas moins vraì à l'égard des
genres , des déclinaisons , des conjugalsons
, de la sintaxe , de toute la grammaire
, et mème de toutes les siénces : savoir
une regle par coeur , la chose est aisée ;
en faire l'aplication , c'est l'éfort de l'esprit
humain. Bien des savans latinistes
seroient peut être embarassés sur le champ,
si on leur demandoit , par exemple :
Quelle est la treisième lètre de l'A , B , C ;
pourquoi
OCTOBRE. 1730. 2125
pourquoi les anciens ont mis le B après l'A
dans l'ordre des lètres pourquoi les mots
dies , facies , &c. ont été apelés de la cinquième
declinaison ; pourquoi l'on a choisi
pour l'exemple de la premiere conjugaison ,
le verbe amo ( j'aime ) , plutôt que canto
(je chante) où le pronom je est sans élision;
ce que fignifient les mots gerondifs, supins .
&c. on doit donc menager un peu plus
les enfans.
Dès que l'enfant a décliné et conjugué
avec des cartes , selon le jeu du rudiment
pratique , il lui sera aisé de composer
sur la table du bureau les tèmes
qu'on lui donera mot à mot sur des cartes
, selon la métode des textes interlinaires
, le françois en noir , et le latin en
rouge , en caractere italique , et encore
mieus , en caractere de bèle écriture pour
instruire et disposer utilement l'imagination
de l'enfant , en atendant qu'il
aprene à former sur le papie. les caracteres
avec lesquels il se sera familiarisé
sur la table de son bureau . C'est pour
lors que l'enfant comencera à se servir
des terminaisons des noms , des pronoms,
et des verbes , en atendant le dictionaire
fait aussi en colombier , dans les
celules duquel on metra les mots écrits.
sur autant de cartes seulement quand
l'enfant en aura besoin ; c'est - à - dire D.
qu'il
2126 MERCURE DE FRANCE
qu'il verra croitre et augmenter son dictionaire
à mesure qu'il croitra lui- mème
en age et en sience , et à mesure qu'il
aprendra sa propre langue.
>
Quoique l'enfant ait le latin de son
tème sur une carte , il ne laisse pas de
faire un exercice qui aproche de la veritable
composition ; car s'il a , par exemple
, dans son tème oramus deum , il
trouvera le mot oro dans la logete des
verbes de la colone O , et le mot deus
à la logete des noms apellatifs de la colone
D; mais il sera obligé de chercher
et de prendre amus dans la logète des
tems où des terminaisons des verbes , etc.
ce que l'on vèra d'une manière sensible
au bas de la planche que j'ai fait graver
exprès. Les cartes des logetes étant étiquetées
, l'enfant aprend d'abord par pratique
et par sentiment le jeu des déclinaisons
, des conjugaisons , et des parties d'oraison
, et se met par là en état de passer
bientot à l'explication d'un texte aisé ,
ou de ses propres tèmes , dont le françois
et le latin sont copiés mot à mot
P'un sous l'autre , et ensuite recopiés sans
aucun françois sous le latin.
L'on peut prendre pour texte des tèmes
, l'abregé historique de la bible , l'abregé
du petit catechisme historique et
de la doctrine cretiène , en latin et en
françois
OCTOBRE . 1730. 2127
françois , l'apendix de la fable du pere
de Jouvenci , l'extrait du Pantheum du
P. Pomey . On poura aussi prendre des
tèmes dans le rudiment pratique sur les
parties d'oraison , en choisissant toujours
les mots du plus grand usage. Les Au
teurs expliqués et construits selon la métode
de M. du Marsais seront d'un grand
secours au comancement pour la lecture
pour l'explication , et pour la composition
dans les deus langues.
termes , pour
D
En suivant la métode du bureau tipografique
, un enfant se voit bientot en
état d'expliquer le latin du nouveau testament
et de l'imitation de Jesus - Christ ;
ce latin sufit pour doner l'abondance des
former l'oreille aus terminaisons
des noms , des pronoms ,, des verbes
, etc. sans que l'on doive craindre
l'impression de la mauvaise latinité sur
l'oreille d'un enfant qui n'est ocupé qu'à
retenir des mots et nulement à charger
sa mémoire d'un stile ou d'un genie auquel
il n'est pas encore sensible ; car je
parle d'un enfant de quatre à cinq ans ,
et quand il en auroit davantage , le nouveau
testament et l'imitation de Jesus-
Christ ne sont pas indignes de ce petit
sacrifice , malgré la fausse délicatesse de
certains, latinistes qui en fesant parade de
leur esprit , manquent souvent de jugement.
On
2128 MERCURE DE FRANCE
On trouvera dans peu l'enfant assés
fort pour lui faire entreprendre la lecture
et la version des fables de Phèdre
dont le texte est numeroté pour la construction
des parties d'oraison ; ou bien
pour lui faire expliquer les textes interlineaires
et construits selon le métode de
M. du Marsais ; l'experience de cet exercice
sur un enfant de cinq à sis ans qui
voyoit Phèdre pour la segonde fois , m'oblige
d'en conseiller l'essai et la pratique
aus maitres non prévenus. Quand je dis
néanmoins que cète métode est simple et
aisée , cela doit s'entendre des principes
dont elle fait usage : la composition et la
multiplicité des outils literaires divertit
et instruit l'enfant ; la peine ne regarde
le maitre et l'ouvrier de tout l'atirail
que l'on done à l'écolier : il n'y est lui
que pour le plaisir varié et instructif de
passer agréablement d'un objet à un autre
en changeant de cartes , de jeu , et de sujet;
ce qui est d'un mérite conu du seuł
artisan et des seuls témoins capables de
juger de l'ouvrage et des progrès . Un
livre alarme un enfant , au lieu que par le
jeu des cartes il ne voit que les pages des
leçons courantes , il forme son livre luimème
, ce qui augmente sa curiosité
bien loin de le dégoûter.
que
Beaucoup de maitres blament cependant
OCTOBRE . 1730. 2129
›
dant l'usage des textes interlinéaires ou
des textes construits et numerotés , et
pretendent que l'esprit des enfans aïant
moins à faire , cela les retarde de beaucoup
: les persones rigides qui veulent
laisser toutes les dificultés aus enfans,bien
loin de leur en épargner ou diminuer
quelqu'une , ne craignent èles pas de les
trop fatiguer, et de les rebuter ? le fruit des
colèges et du grand nombre en
peut décider
; il est plus aisé de blamer l'usage
de certaines métodes , que d'en inventer
de meilleures . On peut voir là dessus ce
qu'en a écrit M. du Marsais dans l'exposition
de sa métode raifonée , et faire en
mème tems réflexion que les métodes interlineaires
ont toujours été utilement
pratiquées , non seulement pour des en-
Fans , mais pour des homes , quand on a
voulu abreger la peine à ceux qui étudient
quelque langue morte ou vivante .
Nous avons l'ancien testament avec l'interpretation
en latin mot à mot sous l'ebreu
; nous avons de mème le nouveau
testament grec & latin , une langue sous
l'autre mot à mot : j'ai vu une gramatre
imprimée à Lisbone en 1535 dans laquèle
le latin et le portugais , et ensuite l'espagnol
et le portugais , sont une langue
sous l'autre. On a autrefois imprimé à
Strasbourg le parlement nouveau ou centurie
2130 MERCURE DE FRANCE
rie interlinéaire de DANIEL MARTIN LINGUISTE
, dans lequel livre on trouve l'aleman
pur dans une colone et le pur
françois dans l'autre , avec le mot aleman
sous chaque mot françois , et c'est peut
ètre ainsi qu'on devroit le pratiquer ou
l'essayer quelquefois pour la langue latine
, en métant le mot françols du dictionaire
sous chaque mot du pur texte
latin , ce qui au comancement épargneroit
à l'enfant le tems qu'il perd à chercher
les mots dans un dictionaire : exem
ple :
Numquam est fidelis cum potente focietas.
Jamais ètre fidele avec puissant societé.
Si des Téologiens ont cru tirer quel
que utilité de la glose ordinaire de la
bible de Nicolas de Lira , et de l'interprétation
interlinéaire d'Arias Montanus,
pourquoi les enfans doivent ils ètre privés
des livres classiques à glose interlinéaire
s'il est permis de condaner un
usage parcequ'il ne produit pas toujours
le bon éfet dont on s'étoit flaté , il y en
aura bien peu à l'abri de cète critique :
les écoles publiques ne produisent pas
des éfets proportionés au cours des anées
d'étude. S'agit il de nouvele métode , on
deOCTOBRE.
1730. 2131
demande à voir des exemples dans une
pratique continuée : nous en voyons tous
les jours de ces exemples dans les écoles
et dans les coleges ; le grand nombre des
écoliers. ne profite pas ; on auroit tort
cependant d'en conclure l'inferiorité des
éducations publiques ou la superiorité
des éducations particulieres. Il faut com
parer, raisoner, et examiner avant que de
prononcer pour ou contre une métode
qui regarde le coeur et l'esprit.
On poura voir les ouvrages de M. du
Marsals sur les articles 52 & 53 des mémoires
de Trévoux du mois de mai 1723
au sujet de l'interprétation interliné re
page 35. Nous avons aussi , dit ce filosofe
gramairien , quelques interprétations inter
linéaires du latin avec le françois , entr'autres
cèle de M. Waflard , fous le titre de
Premiers fondemens de biblioteque royale
à Paris chés Boulanger , dans les premieres
anées de la minorité de LourS
XIV. mais ces traductions sont fort mal exe•
cutées dans un petit in 12 ° , où les mots sont
fort prèssés , et où le françois qui n'eft qưéquivalant
ne fe trouve jamais juste sous le
latin. Il en est de mème de la version interlinéaire
des fables de Fédre , imprimée en
1654 , chés Benard , libraire du colege des
RR. P P. Jesuites &c.
›
C'est aux maitres au reste à voir
quand
2132 MERCURE DE FRANCE
quand il faudra oter à un enfant les gloses
interlinéaires : le plu-tot ne sera que
le mieus , si l'écolier peut s'en passer. La
pratique et l'experience guideront plus
surement que les vains raisonemens sur
cet exercice. Lorsque l'enfant faura expliquer
un texte construit ou numeroté
pour la construction , il faut quelques
jours après lui redoner le mème texte
qui ne soit ni construit ni numeroté : c'est
le moyen de juger des progrès de l'enfint,
et de l'utilité des textes interlinéaires ,
ou de la glose proposée et pratiquée pour
les premiers livres classiques que l'on fait
voir à un enfant ; la glose paroit plus necessaire
dans une classe de cent écoliers
pour un seul regent que dans une chambre
où l'enfant a un maitre pour lui seul .
C'est pourtant le regent à la tète de cent
écoliers qui afecte de mépriser le secours
de la glose interlinéaire , pendant qu'un
precepteur s'en acomode chargé d'un
seul enfant ; est - ce sience ou vanité dans
l'un , et paresse ou ignorance dans l'autre ?
La repugnance et le dégout que font
paroitre la plupart des enfans dans l'étude
du latin , du grec, et des langues mor
tes , prouvent en même tems qu'il y a
dans cet exercice literaire ou dans les métodes
vulgaires quelque chose d'étrange
et de contraire au naturel des enfans ; la
graOCTOBRE
. 1730. 2133
gramaire des écoles et leur maniere d'enseigner
la langue latine ont quelque chose
de rebutant et de peu convenable à
l'age et à la portée des enfans ; les rudimens
vulgaires sont ordinairement trop
abstraits ; il faut du sensible , et c'est ce
qu'on pouroit faire dans un rudiment
pratique j'en done l'essai en atendant
qu'un gramairien filosofe et métodiste
veuille bien y travailler lui mème , pendant
que d'autres latinistes s'amuseront
à augmenter le nombre des pieces d'éloquence
qui expirent en naissant , come
celes de téatre qu'on ne represente qu'une
fois.
n'en
On reprend mile et mile fois un enfant
sur la mème regle avant que de le
metre en état de ne plus faire le mème
solecisme : d'où vient cela ? est - ce faute
de mémoire ? les enfans , dit on ,
manquent pas ; ils aprènent facilement
par coeur des centaines de vers et de régles
; il faut donc conclure qu'aprendre
par coeur une régle , ou la metre en pratique
, sont deus choses très diferentes ;
l'une ne dépend que de la mémoire , et
l'autre dépend de l'aplication et de la sagacité
d'un home fait : je l'ai dit bien des
fois ; on peut savoir les régles d'aritmé
tique , d'algebre , 'de géometrie , de logique
etc. et ètre très ignorant dans la pratique
2134 MERCURE DE FRANCE
tique de ces mèmes régles : pourquoi
donc demander tant de sience pratique
dans un enfant qui n'a encore perdu que
sis mois ou un an à aprendre par coeur
quelques régles de gramaìre latine ? n'est
ce pas ignorance ou injustice d'atendre
et d'exiger d'un enfant l'éfort de genie
dont nous somes souvent incapables nous
mèmes.
A l'exemple des prédicateurs , je redis
souvent les mèmes choses , et je risque
come eus de ne persuader que peu de
persones. J'ignore le sort et le succès de
cet ouvrage ,
il me sufit le
pour present
de voir que mon déssein est louable et
utile , et de souhaiter , si cela est vrai ,
que le public en pense de mème. Il semble
que peu à peu je m'éloigne de mon sujet ,
quoique je ne perde jamais de vue la meilleure
route à suivre pour avancer les enfans
dans les exercices literaires . Je reviens
donc aus jeus de cartes : on peut
en doner pour les déclinaisons des noms
grecs , come pour cèles des noms latins ;
on peut doner sur des cartes la liste des
mots latins que l'enfant sait , et y metre
le grec au lieu du françois. Dans la suite
on poura y metre le mot ebreu il ne
s'agit d'abord que de lire ; mais à force
de lecture , l'enfant aprend les termes en
l'une & en l'autre langue , come il aprend
sa
OCTOBRE. 1730. 213.5
sa langue maternele à force d'actes réiterés
, et c'est à quoi les maîtres ne font
pas assés d'atention . On poura aussi metre
sur la longueur des cartes , et en trois
colones , le positif , le comparatif, et le
superlatif de quelques adjectifs réguliers,
et ensuite des réguliers de plusieurs
langues , et toujours simplement pour li
re et pour composer sur le bureau tipografique
, afin que l'enfant comance de
bone heure à voir et à sentir un peu le
raport , le genie , et l'esprit diferent des
langues sur chaque partie d'oraison .
Quand on voudra tenir dans une mème
logete du dictionaire des mots latins , des
mots françois , des mots grecs , et des
mots ebreus on poura , come il a été
dit , séparer les especes diferentes avec de
doubles , de triples cartes , ou de petits
cartons afın l'enfant
que puisse tenir en
ordre et trouver plus facilement toutes les
cartes dont il aura besoin , ainsi qu'on l'a
pratiqué pour séparer les cartes des letres
noires et des letres rouges lorsqu'on a été
obligé de les tenir dans le même trou ,
et que l'on a voulu multiplier la casse de
l'imprimerie pour l'usage du françois
du latin , du grec , de l'ebreu , de l'arabe
etc.
>
>
Quoique l'enfant soit en état d'expliquer
un livre , et de faire la plume à la
main
2136 MERCURE
DE FRANCE
main , un petit tème de composition en
latin , il ne doit pas pour
cela renoncer
à l'exercice du bureau tipografique ; il
poura y travailler seul pendant l'absence
du maître , et suivre pour le grec et l'ebreu
la métode pratiquée pour le latin :
c'est le moyen le plus facile pour faire
entretenir la lecture et l'étude de ces
quatre langues, et pour s'assurerdel'ocupation
d'un enfant , bien loin de l'abandoner
à lui mème et à l'oisiveté trop tolerée
dans enfance ; cète oisiveté produit
la fainéantise et le dégout , pour ne
pas dire l'aversion invincible que
que font
roitre pour l'étude la plupart des enfans
livrés à des domestiques. Tel parle ensuite
de punir les enfans, qui est plus coupable
qu'eus , faute de s'y être pris de bone
heure et d'une maniere plus judicieuse.
Quand on veut redresser un arbre , ou
dresser un animal , on , on profite de leurs
premieres anées : pourquoi ne fait on pas
de mème à l'égard des enfans ? à quoi
veut on les ocuper depuis deus jusqu'à
sis & sèt ans ? c'est là le premier , le vrai,
et souvent l'unique tems qui promete ,
qui produise , et qui assure les succès et le
fruit de l'éducation tant desirée par les
parens.
pa-
Tout le monde convient assés que les
études de colege se réduiroie ntàpeu de
chose
OCTOBRE. 1730. 2137
:
chose si l'on n'avoit ensuite l'art ou la
maniere d'étudier seul avec le secours des
livres et la conversation des savans , il est
donc très important de doner de bone
heure à la jeunesse cet art d'étudier seul,
et enfin ce gout pour les livres et pour
les savans , gout que peu d'écoliers ont
au sortir des classes : ils n'aspirent la plupart
qu'à ètre delivrés de l'esclavage , et
à sortir de leur prétendue galère d'où
peut donc naitre une si grande aversion ?
ce ne sauroit ètre le fruit d'une noble
émulation : mais d'où vient d'un autre
coté que les études domestiques et particulieres
ne produisent pas , ce semble
dans les enfans le dégout que produisent
l'esprit et la métode des coleges ? bien des
enfans au sortir des classes vendent ou
donent leurs livres come des meubles inu-.
tiles et des objets odieus ; ceus qui étudient
dans la maison paternele raisonent
un peu plus sensément , et ne regardent
ordinairement come un martire leurs
exercices literaires ; ils conoissent un peu
plus le monde dans lequel ils vivents au
lieu les enfans des coleges regardent
que
souvent come un suplice d'ètre obligés
de vivre ensemble sequestrés loin du monde
; ils n'ont de bon tems selon eus que
celui du refectoir , de la recréation et de
l'eglise ; ils trouvent mauvais qu'on les
pas
B aille
2138 MERCURE DE FRANCE
aille voir pendant leur recréation ; ils
aiment mieus qu'on les demande pendant
qu'ils sont en classe , afin d'en abreger le
tems ; un enfant qui travaille au bureau
tipografique est animé de tout autre esprit
quèle est donc la cause de cète
grande diference ? la voici :
Si avant que d'envoyer un enfant aus
écoles et en classe , sous pretexte de jeunesse
, de vivacité et de santé , on lui a
laissé aprendre pendant bien des anées le
métier de fainéant , de vaurien et de petit
libertin , il n'est pas extraordinaire de
trouver qu'ensuite il ne veuille pas quiter
ses habitudes , ni changer ses amusemens
frivoles pour d'autres exercices plus
penibles ou moins agréables . On met souvent
et avec injustice sur le conte des coleges
la faute des parens qui n'envoient
leurs enfans en cinquième ou en quatrième
qu'à l'age de 13 à 14 ans , age où ils
se dégoutent facilement des études , et où
ils sentent la honte de se voir au milieu
de bien des écoliers plus petits , plus
jeunes et plus avancés qu'eus. Chacun sait
que quand on veut élever des animaus
ou redresser des plantes , il faut s'y prendre
de bone heure : ignore t'on que c'est
aussi la vraie et la seule manière de réussir
dans l'éducation des enfans le jeu du
bureau tipografique done cète manière
dans
?
OCTOBRE. 1730. 2139
› dans toute son étendue ; il amuse il
instruit les enfans , et les met en état de
faire plu-tot leur entrée honorable au pays
latin , et d'y gouter avec plus de fruit et
moins d'ennui les bones instructions des
habiles maîtres ; enfin le bureau est le
chemin qui conduit à la porte des écoles
publiques , et le bureau formera toujours
de bons sujets capables de faire honeur
aus parens , aus regens , aus coleges et à
l'état. Je n'entre point ici dans la question
indecise sur la préference des éducations
publiques ou particulieres ; on peut
lire là dessus les principaus auteurs qui en
ont parlé depuis Quintilien jusqu'à M.
Rollin et à M. l'abé de S. Pière. Mais
on ne sauroit disconvenir de la necessité
et de l'utilité des écoles publiques ; il
semble mème qu'en general les enfans
destinés à l'eglise ou à la robe devroient
tous passer par les coleges : à l'égard des
gens d'épée ou des enfans destinés à la
guère , il me semble que pour les bien
élever on pouroit s'y prendre d'une autre
manière , et en atendant l'établissement
de quelque colege politique et militaire
, la pratique du bureau me paroit
la meilleure à suivre ; elle abregera bien
du tems à la jeune noblesse , et lui permetra
l'étude de beaucoup de choses inutiles
à un prètre , à un avocat et à un me
Bij decia
2140 MERCURE DE FRANCE
decin , mais qu'il est honteus à un guerier
d'ignorer ; c'est pourquoi je me flate
que la métode du bureau tipografique
sera tot ou tard aprouvée non seulement
des gens du monde , mais encore des plus
savans professeurs de l'université , suposé
qu'ils veuillent bien prendre la peine
d'en aler voir l'usage et l'exercice dans
un de leurs fameus coleges . Si après cela ,
quelque persone desaprouve le ton de
confiance que l'amour du bien public et
de la verité me permet de prendre , j'avoûrai
ingénûment ma faute devant nos
maitres qui enseignant les letres font aussi
profession de cète mème verité ; et je
soumets dès à present avec une déference
respectueuse mes idées et mes raisonemens
à leur examen et à leur décision.
Pour revenir à la métode du bureau
je dis donc qu'èle est propre à doner du
gout pour l'étude , à metre bientot un
enfant en état de travailler seul avec les
livres , avantage si considerable qu'il n'en
faudroit pas d'autres pour lui doner la superiorité
sur toutes les métodes vulgaires.
On comence de bone heure à lui montrer
les letres , les sons , l'art d'épeler
de lire et de composer sur le bureau ; on
lit avec lui , on s'assure peu à peu de
l'intelligence de l'enfant , on l'instruit ,
on l'interoge à propos , on lui ' faît un
jeu
OCTOBRE . 1730. 214: 1
jeu et un vrai badinage de toutes les
questions , on lui enseigne la maniere de
fe fervir des livres françois , et sur tout
des tables des livres qui servent d'introduction
à l'histoire , à la géografie , à la
cronologie , au blason , et enfin aus siences
et aus arts dont il faut avoir quelque
conoissance , come des livres d'élemens
de principes , d'essais , de métodes , d'instituts
, afin de pouvoir passer ensuite aus
meilleurs traités des meilleurs auteurs
sur chaque matière , mais principalement
sur la profession qu'un enfant doit embrasser
, et à laquelle on le destine . Les
savans se fesant toujours un plaisir de
faire part de leurs lumières à ceus qui
les consultent , on ne doit jamais perdre
l'ocasion favorable de les voir et de les
entendre. Quand les parens au reste en
ont les moyens , ils ne doivent jamais
épargner ce qu'il en coute pour choisir
et se procurer les meilleurs maîtres , er
tous les secours possibles dans quelque
vile que l'on se trouve , cela influe dans
toute la vie qui doit être une étude continuèle
, si l'on veut s'aquiter de son devoir
, de quelque condition que l'on soit,
et quelque profession que l'on ait embrassée.
Je fuis etc.
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Résumé : CINQUIÈME LÈTRE sur l'usage des Cartes pour l'essaì du rudiment pratique de la langue latine, &c.
Le texte présente une méthode pédagogique pour l'apprentissage de la langue latine à travers l'usage de cartes, adaptée aux enfants dès l'âge de 2 à 3 ans. Cette approche vise à rendre l'apprentissage ludique et efficace. Les cartes, numérotées et organisées, structurent l'apprentissage des déclinaisons, conjugaisons et autres éléments grammaticaux. L'enfant apprend à ranger et à réciter ces cartes, facilitant ainsi la mémorisation et la compréhension. L'auteur critique les méthodes traditionnelles, jugées inefficaces et trop théoriques, et prône une approche pratique et interactive. Les cartes sont également utilisées pour des exercices variés et progressifs, comme la déclinaison des paradigmes et la conjugaison des verbes. Elles servent aussi pour des exercices de composition et de version, en s'appuyant sur des textes historiques ou religieux. Cette méthode prépare l'enfant à des lectures plus complexes, comme le Nouveau Testament ou les fables de Phèdre, tout en évitant de surcharger sa mémoire. Le texte discute également des jeux de cartes pour rendre l'apprentissage plus agréable et instructif, permettant aux enfants de passer d'un sujet à un autre sans se lasser. Les livres peuvent alarmer les enfants, mais les cartes leur permettent de créer leur propre livre, augmentant ainsi leur curiosité. Certains maîtres critiquent l'usage des textes interlinéaires, mais l'auteur note leur utilité pour apprendre des langues mortes ou vivantes, citant des exemples comme l'Ancien et le Nouveau Testament avec des interprétations mot à mot. L'auteur critique les méthodes traditionnelles d'enseignement du latin et du grec, les trouvant trop abstraites et rebutantes pour les enfants. Il propose des rudiments pratiques et l'utilisation de cartes pour enseigner les déclinaisons et les adjectifs. Il insiste sur l'importance de commencer tôt l'éducation des enfants et de leur apprendre à étudier seul. Le texte compare également les écoles publiques et les éducations privées, notant que les premières ne produisent pas toujours des résultats proportionnés aux années d'étude. Il critique les méthodes vulgaires d'enseignement et propose des approches plus adaptées à l'âge et à la portée des enfants. Enfin, l'auteur souligne la différence entre apprendre par cœur des règles et les appliquer en pratique, insistant sur la nécessité de méthodes éducatives plus judicieuses dès le jeune âge.
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5
p. 2405-2406
RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
Début :
Je n'ai jamais douté, Madame, que l'experience ne confirmât ce que j'avois déja eu [...]
Mots clefs :
Ignorance, Prévention, Présomptueux, Critique
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
LETTRE de l'Auteur Typographe à M.
Riombal , au sujet de sa Lettre inserée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier.
J
'Ai appris , Monsieur , qu'on se plaignoit
de ce que vous aviez employé dans vôtre
Lettre ces termes subsantifs d'ignorance , de prévention
, d'envie et de mauvaise foi , contre
des Critiques habiles , qui supposent avoir droit
d'employer contre leurs adversaires de la Cour
et de la Ville , les termes adjectifs de présomptueux
, de fou , de sot , de dupe , de charlatan
et d'avanturier. On dit que vous avez mal -fait
de suivre leur exemple en cela. Le Public scandalisé
du fait , jugera la dispute : Si le bureau
a eu le malheur de n'être pas du goût de quelques
Regens du Plessis , il ne s'ensuit pas qu'ils
soient bien au fait du Sistême Typographique ;
ces Messieurs sçavent bien qu'on peut être habile
sur une chose et être dans l'ignorance sur
l'autre.
>
Quoiqu'ils sçachent bien le Latin et le Grec
qu'ils sont obligez d'enseigner , ils peuvent ignorer
le sistême dont ils croyent n'avoir pas besoin
2406 MERCURE DE FRANCE
soin ; et ce n'est que sur cet Article que doivent
tomber les expressions qui vous ont échappé à
Poccasion des leurs. Nous aurions tort d'ailleurs
de nous plaindre d'un College célebre , dont le
digne Principal a bien voulu permettre l'usage du
Bureau, sans sçavoir que dans la suite on s'en serviroit
pour MONSEIGNEUR LE DAUPHINCT
pour MESDAMES DE FRANCE ; Vous n'ignorez pas
non plus que les deux Sous - Principaux de ce
fameux College ont reconnu l'utilité de ce sistême
il y auroit donc de l'injustice , et même
de l'ingratitude à confondre sous le terme de
College , les Critiques et les Approbateurs du
Bureau Typographique , J'ai l'honneur d'être
&c.
Riombal , au sujet de sa Lettre inserée
dans le Mercure du mois de Septembre
dernier.
J
'Ai appris , Monsieur , qu'on se plaignoit
de ce que vous aviez employé dans vôtre
Lettre ces termes subsantifs d'ignorance , de prévention
, d'envie et de mauvaise foi , contre
des Critiques habiles , qui supposent avoir droit
d'employer contre leurs adversaires de la Cour
et de la Ville , les termes adjectifs de présomptueux
, de fou , de sot , de dupe , de charlatan
et d'avanturier. On dit que vous avez mal -fait
de suivre leur exemple en cela. Le Public scandalisé
du fait , jugera la dispute : Si le bureau
a eu le malheur de n'être pas du goût de quelques
Regens du Plessis , il ne s'ensuit pas qu'ils
soient bien au fait du Sistême Typographique ;
ces Messieurs sçavent bien qu'on peut être habile
sur une chose et être dans l'ignorance sur
l'autre.
>
Quoiqu'ils sçachent bien le Latin et le Grec
qu'ils sont obligez d'enseigner , ils peuvent ignorer
le sistême dont ils croyent n'avoir pas besoin
2406 MERCURE DE FRANCE
soin ; et ce n'est que sur cet Article que doivent
tomber les expressions qui vous ont échappé à
Poccasion des leurs. Nous aurions tort d'ailleurs
de nous plaindre d'un College célebre , dont le
digne Principal a bien voulu permettre l'usage du
Bureau, sans sçavoir que dans la suite on s'en serviroit
pour MONSEIGNEUR LE DAUPHINCT
pour MESDAMES DE FRANCE ; Vous n'ignorez pas
non plus que les deux Sous - Principaux de ce
fameux College ont reconnu l'utilité de ce sistême
il y auroit donc de l'injustice , et même
de l'ingratitude à confondre sous le terme de
College , les Critiques et les Approbateurs du
Bureau Typographique , J'ai l'honneur d'être
&c.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre d'une Dame, qui depuis peu fait usage du Bureau Tipographique.
L'auteur typographe écrit à M. Riombal pour répondre à une lettre publiée dans le Mercure de septembre précédent. L'auteur note que M. Riombal a utilisé des termes tels qu'ignorance, prévention, envie et mauvaise foi contre des critiques, tandis que ces critiques employaient des adjectifs péjoratifs comme présomptueux, fou, sot, dupe, charlatan et aventurier. L'auteur souligne que le public jugera cette dispute. Il précise que le fait que le bureau typographique n'ait pas plu à certains régents du Plessis ne signifie pas qu'ils maîtrisent le système typographique. Ces régents, bien qu'experts en latin et en grec, peuvent ignorer ce système qu'ils jugent inutile. L'auteur défend l'usage du bureau typographique, approuvé par le principal d'un collège célèbre et reconnu utile par deux sous-principaux. Il conclut en soulignant l'injustice de confondre les critiques et les approbateurs du système typographique.
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6
p. 3074-3075
A MADEMOISELLE DE ...
Début :
Vous ignorez, aimable Brune, [...]
Mots clefs :
Ignorance, Expérience, Indifférence, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE ...
A MADEMOISELLE DE .
Vous ignorez , aimable Brune
Le pouvoir d'un regard que lancent deux beaun
yeux ,
Trop fier d'une vertu commune ,
Je comptois plus que vous l'ignorer en ces lieux»
Plein d'une triste experience ,
Que donne un malheureux et tendre attache
ment ,
Je cherchois du repos et du soulagement ,
Dans les bras de l'indifference.
來
J'y parvenois de jour en jour ,
Fai commencé trop tôt , me disois - je à mois
même ,
C'est fait ... j'ai trop aimé , j'ai trop connu
l'Amour ,
Four croire après cela que j'aime..
語
Ingrate experience , inutile raison ,
De quoi me servez-vous ? un trouble affreus
m'agite ,
Je cherchais un remede , et j'ai pris le poison.
Deux beaux yeux vous ont mis en fuite.
11. Vol. Que
DECEMBRE . 1731. 3075
Que vais je devenir ; qu'êtes-vous devenus è̟-
J'ai vu Coelidoris dans un lieu solitaire ,
Si Venus étoit sage , ah ! ce seroit Venus ;
Mais je hais trop l'Amour pour la croire sa mere
M
Moi , dont l'indolente fierté ,
Ne m'avoit plus laissé d'amour que pour l'étude,
Pirois , peu sage encor , risquer ma liberté,.
Après une épreuve si rude .
諾
Non , ma raison , je fais serment ,
D'étouffer par tes soins cette naissante flamme,
Témeraire propos ! quand l'objet est charmant ,
Et qu'il cherche à sçavoir le secret de notre ame,
D'Hautefeuille .
Vous ignorez , aimable Brune
Le pouvoir d'un regard que lancent deux beaun
yeux ,
Trop fier d'une vertu commune ,
Je comptois plus que vous l'ignorer en ces lieux»
Plein d'une triste experience ,
Que donne un malheureux et tendre attache
ment ,
Je cherchois du repos et du soulagement ,
Dans les bras de l'indifference.
來
J'y parvenois de jour en jour ,
Fai commencé trop tôt , me disois - je à mois
même ,
C'est fait ... j'ai trop aimé , j'ai trop connu
l'Amour ,
Four croire après cela que j'aime..
語
Ingrate experience , inutile raison ,
De quoi me servez-vous ? un trouble affreus
m'agite ,
Je cherchais un remede , et j'ai pris le poison.
Deux beaux yeux vous ont mis en fuite.
11. Vol. Que
DECEMBRE . 1731. 3075
Que vais je devenir ; qu'êtes-vous devenus è̟-
J'ai vu Coelidoris dans un lieu solitaire ,
Si Venus étoit sage , ah ! ce seroit Venus ;
Mais je hais trop l'Amour pour la croire sa mere
M
Moi , dont l'indolente fierté ,
Ne m'avoit plus laissé d'amour que pour l'étude,
Pirois , peu sage encor , risquer ma liberté,.
Après une épreuve si rude .
諾
Non , ma raison , je fais serment ,
D'étouffer par tes soins cette naissante flamme,
Témeraire propos ! quand l'objet est charmant ,
Et qu'il cherche à sçavoir le secret de notre ame,
D'Hautefeuille .
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Résumé : A MADEMOISELLE DE ...
Dans une lettre poétique datée de décembre 1731, adressée à 'Mademoiselle de', l'auteur exprime son désarroi face à l'amour et ses conséquences. Il reconnaît le pouvoir des regards, notamment ceux de 'deux beaux yeux' qui l'ont troublé. L'auteur tente de se libérer de ses sentiments en se réfugiant dans l'indifférence, mais admet avoir trop aimé pour y parvenir. Il décrit son expérience amoureuse comme ingrate et inutile, lui ayant apporté plus de tourment que de soulagement. La lettre mentionne une rencontre avec Coelidoris dans un lieu solitaire et exprime une aversion pour l'amour, associé à Vénus. Malgré ses efforts pour étouffer ses sentiments, il reconnaît la difficulté de résister à un objet charmant cherchant à connaître les secrets de son âme. La lettre est signée 'D'Hautefeuille'.
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7
p. 112-114
Reflexions sur differens sujets, &c. [titre d'après la table]
Début :
REFLEXIONS sur differens Sujets de Physique, de Guerre, de Morale, [...]
Mots clefs :
Réflexions, Ignorance, Progrès, Révolutions, Théorie
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texteReconnaissance textuelle : Reflexions sur differens sujets, &c. [titre d'après la table]
REFLEXIONS sur differens Sujets de
Physique , de Guerre, de Morale , de Critique, d'Histoire , de Mathematique , &c.
Ouvrage Periodique , par M. de ....
le prix est de 4. sols petite brochure de
14. pagès in 8. AParis , chez F. le Breon , Quay de Conty , à l'Aigle d'or 1731.
Cette premiere feuille ne contient encore rien de ce que l'Auteur fait esperer.
C'est un Discours Préliminaire qui peut
servir dePréface à tout l'ouvrage Periodique qu'on annonce , et cet ouvrage de la
maniere dont on nous dit qu'il sera dispoSC
JANVIER. 1732. 113
sẽ et varié , pourra être utile et agréable.
Son But principal , dit- on , est l'utilité
des gens de Guerre. Un Officier dans une
Garnison , ou dans un Quartier , a bien
des heures de loisir qu'il ne sçait à quoi
employer , &c. Il ne faut pas s'étonner de
cette attention de l'Auteur pour les Offi
ciers ; il se déclare lui même homme de
Guerre; du reste il ne veut pas être connu.
Quoiqu'il en soit on peut attendre quel--
que chose de bon de l'execution de ce projet, s'il est vrai que de tous les Sujets par
ticuliers,contenus dans chaque feuille , distribuée toute sles semaines, il ne doit y en
avoir aucun qui nepuisse contribuer à polir l'esprit , à foriner le jugement , ou à redresser le cœur..
La troisiéme feuille est intitulée, Sur les
Sciencesqui conviennent à chaque Profession
commence ainsi,
2
La nécessité de s'intruire est commune:
à tous les hommes : ils naissent dans une
ignorance si profonde de toutes choses ,
qu'il n'y a que des soins continuels et une
application suiviequi puissent leur procurer les connoissances qui leur sont necessaires. Je suppose qu'on fût en France 30 .
ou 40. ans sans instruire la jeunesse , il n'y
a pas de doute qu'elle se reduiroit au même
pointe F. Y
114 MERCURE DE FRANCE
point d'obscurité , où sont à present l'E
gypte et la Grece, autrefois si Aleurissantes.
Uneinterruption de quelques années peutdétruire les progrès de plusieurs Siécles.
Dès que le malheur des tems où l'indolence des Peuples fait cesser leurs études et
leur application , ils retombent dans le
même état d'ignorance d'où leur travail
les avoit tirés.
Ces mêmes revolutions arrivent de tems:
en tems en particulier , à l'égard de cerraines professions; dès que l'émulation ou
la pratique en sont interrompues , elles
tombent dans une langueur qui approche
de l'extinction. Il y a 30. ou 40. ans que
la Sculpture fleurissoit parmi nous , à present nous n'avons personne qui remplace
les Pugets et les Girardons ; la Science de
la Guerre se neglige et s'oublie peu à peu.
Il est à souhaiter que la paix ne finisse
point; mais si elle cessoit dans 20.ans, lorsque tous les bons Officiers seront morts ou
décrepits , avec quelle ignorance ne feroiton pas la Guerre dans les premieres Campagnes , malgré les secours qu'on a dans
les bons livres que nous avons sur cette
matiere ? Le nombre des jeunes Officiers
qui s'appliquent veritablement à la theorie est si petit , qu'une grande armée ne s'en ressentiroit presque pas.
Physique , de Guerre, de Morale , de Critique, d'Histoire , de Mathematique , &c.
Ouvrage Periodique , par M. de ....
le prix est de 4. sols petite brochure de
14. pagès in 8. AParis , chez F. le Breon , Quay de Conty , à l'Aigle d'or 1731.
Cette premiere feuille ne contient encore rien de ce que l'Auteur fait esperer.
C'est un Discours Préliminaire qui peut
servir dePréface à tout l'ouvrage Periodique qu'on annonce , et cet ouvrage de la
maniere dont on nous dit qu'il sera dispoSC
JANVIER. 1732. 113
sẽ et varié , pourra être utile et agréable.
Son But principal , dit- on , est l'utilité
des gens de Guerre. Un Officier dans une
Garnison , ou dans un Quartier , a bien
des heures de loisir qu'il ne sçait à quoi
employer , &c. Il ne faut pas s'étonner de
cette attention de l'Auteur pour les Offi
ciers ; il se déclare lui même homme de
Guerre; du reste il ne veut pas être connu.
Quoiqu'il en soit on peut attendre quel--
que chose de bon de l'execution de ce projet, s'il est vrai que de tous les Sujets par
ticuliers,contenus dans chaque feuille , distribuée toute sles semaines, il ne doit y en
avoir aucun qui nepuisse contribuer à polir l'esprit , à foriner le jugement , ou à redresser le cœur..
La troisiéme feuille est intitulée, Sur les
Sciencesqui conviennent à chaque Profession
commence ainsi,
2
La nécessité de s'intruire est commune:
à tous les hommes : ils naissent dans une
ignorance si profonde de toutes choses ,
qu'il n'y a que des soins continuels et une
application suiviequi puissent leur procurer les connoissances qui leur sont necessaires. Je suppose qu'on fût en France 30 .
ou 40. ans sans instruire la jeunesse , il n'y
a pas de doute qu'elle se reduiroit au même
pointe F. Y
114 MERCURE DE FRANCE
point d'obscurité , où sont à present l'E
gypte et la Grece, autrefois si Aleurissantes.
Uneinterruption de quelques années peutdétruire les progrès de plusieurs Siécles.
Dès que le malheur des tems où l'indolence des Peuples fait cesser leurs études et
leur application , ils retombent dans le
même état d'ignorance d'où leur travail
les avoit tirés.
Ces mêmes revolutions arrivent de tems:
en tems en particulier , à l'égard de cerraines professions; dès que l'émulation ou
la pratique en sont interrompues , elles
tombent dans une langueur qui approche
de l'extinction. Il y a 30. ou 40. ans que
la Sculpture fleurissoit parmi nous , à present nous n'avons personne qui remplace
les Pugets et les Girardons ; la Science de
la Guerre se neglige et s'oublie peu à peu.
Il est à souhaiter que la paix ne finisse
point; mais si elle cessoit dans 20.ans, lorsque tous les bons Officiers seront morts ou
décrepits , avec quelle ignorance ne feroiton pas la Guerre dans les premieres Campagnes , malgré les secours qu'on a dans
les bons livres que nous avons sur cette
matiere ? Le nombre des jeunes Officiers
qui s'appliquent veritablement à la theorie est si petit , qu'une grande armée ne s'en ressentiroit presque pas.
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Résumé : Reflexions sur differens sujets, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'REFLEXIONS sur differens Sujets de Physique, de Guerre, de Morale, de Critique, d'Histoire, de Mathematique, &c.' est une publication périodique parue à Paris en 1731. Elle vise principalement à être utile aux militaires, notamment aux officiers en garnison ou en quartier, qui disposent de temps libre. L'auteur, un homme de guerre souhaitant rester anonyme, publie chaque semaine des feuilles abordant divers sujets pour enrichir l'esprit, former le jugement et redresser le cœur. La troisième feuille, intitulée 'Sur les Sciences qui conviennent à chaque Profession', insiste sur l'importance de l'instruction continue pour éviter l'ignorance. L'auteur cite l'exemple de l'Égypte et de la Grèce, où l'interruption des études a conduit à une perte de connaissances. Il souligne également le déclin de la sculpture et de la science de la guerre en France. L'auteur espère une paix durable mais craint que, en cas de guerre, celle-ci soit menée avec ignorance en raison du manque de jeunes officiers formés à la théorie.
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8
p. 2115-2120
L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
Début :
Elide, jadis si chantée, [...]
Mots clefs :
Académie de Marseille, Utilité des prix académiques, Jeux, Ignorance, Esprit, Gloire, Succès, Vices
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texteReconnaissance textuelle : L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
L'UTILITE'
DES PRIX ACADEMIQUES.
ODE qui a remporté le Prix de l'Académie
de Marseille. Par M. d'Ardene.
EE
Lide , jadis si chantée ,
Non ,je ne puis goûter tes Jeux ,
Leur pompe a beau m'être van
tée ,.
Qu'est-ce qu'un prix souvent douteux ?
Dans un tourbillon ( a ) de poussiere ,
( a ) Course des Chariots.
A ij Un
2116 MER CURE DE FRANCE
Un Char vole dans la carriere ,
Plus prompt que l'oeil du Spectateurs
A ses côtez suit la Victoire ;
Qui va-t'elle couvrir de gloire ,
Des Coursiers ou du Conducteur ?
Quels objets surprenans m'attirent ,
Des Rivaux courent (a) s'embrasser !
Ah Ciel ! j'en vois ( b ) qui ne respirent ,
Que le sang qu'ils content verser
Il coule ; quelle barbarie !
La Nature émuë , attendrie ,
I ;
En frémit; m'arrache à ces Lieux,
A ces Spectacles tu présides ,
Alecton , des Jeux homicides ,
Sont dignes d'amuser tes yeux.
Nos combats sont bien plus tranquiles.;
Minerve en dicta le projet.
Nobles , interessans , utiles ,
L'esprit en est l'ame et l'objet.
A le former nos Jeux aspirent ,
Ils nous enflamment , nous inspirent ;
Chaque instant hâte les succès.
La regle instruit ; l'exemple pique ;
( a ) La Lutte.
(b ) Les Gladiateurs.
L'Espr
OCTOBRE . 1733 2117
1733..
L'Esprit au loin se communique ;
Tout ressent de ses progrès.
Je te conçois , heureux prodige !
Un seul prix arme cent Rivaux.
C'est le point fixe qui dirige ,
Leur ambition , leurs travaux .
Tous animez par l'Esperance
Un d'entre eux plus hardi s'élance ,
Touche au but , se fait couronner.
Ces Emules qu'on voit paroître ,
Suivent de près le Char du Maître ;
Mais ne sont là que pour l'orner,
52
Calmez-vous , Troupe impatiente ,
Vos efforts ne sont pas déçûs.
Non , le triomphe que je chante ,
Sert le Vainqueur , er lês Vaincus.
Tel que ce Géant ( a ) formidable
Qui devenoit plus redoutable ,
Chaque fois qu'il fut terrassé ;
Mes chutes même m'affermissent.
Sur l'aréne , à mes pieds frémissent
Ceux par qui je fus renversé.
Heureuse à jamais la Contrée ,
(a ) Anthée.
A iij Qu'itj
2118 MERCURE DE FRANCE
Qu'illustrent de tels Combattans !
L'ignorance fuit éplorée ,
Du milieu de ses Habitans.
La Gloire avec fierté l'en chasse ,
Un sçavoir brillant la remplace ;
Que le génie est different !
Où l'on rougissoit de s'instruire ,
Un espoir flatteur n'a qu'à luire ,
On y rougit d'être ignorant.
M
L'Eloquence et la Poësie ,
Nos Jeux les ravirent aux Cieux.
D'un noble feu l'ame saisie ,
Nous parlons la Langue des Dieux.
Mais j'admire d'autres merveilles.
Nul secret n'échappe à nos veilles
Les voiles tombent devant nous.
Prodige obscur , hardi systême ,
Tout s'arrange , l'Olympe même ,
De nos lumieres est jaloux.
O vous de qui l'intelligence ,
Eut les succès les plus brillans ,
Nos Couronnes sont la semence ,
(a ) Differentes Académies qui par le prix qu'elles
distribuent , perfectionnent les Sciences les plus
utiles.
Qui
OCTOBRE
1 . 1733. 2119
Qui fit éclore vos talens .
C'est l'aiguillon qui les anime.
Que ne peut la soif et l'estime?
L'Univers lui doit sa splendeur.
Héros , Guerriers , ou Pacifiques ,
Arts utiles et magnifiques ,
Cette soif fit votre grandeur .
Quels changemens vois - je paroître !
L'esprit orné polit les moeurs. ,
La lumiere vient - elle à croître ?
Les Vertus germent dans les coeurs.]
La nuit sombre de l'ignorance ,
Des vices accroit la licence ,
Elle enfante l'égarement .
A l'aide de nos exercices ,
Et de l'ignorance et des vices ,
Nous triomphons également.
Villars , de qui la Terre ențiere ,
Admire et vante la valeur ,
Qui domptant ton ardeur guerriere ,
Sçus calmer l'Europe en fureur ,
Tu voulus pour combler ta gloire ,
*
* M. le Marechal de Villars vient de fonder
perpetuité le Prix qu'il fournissoit tous les ans
Académie de Marseille , dont il est Protecteur .
A j Aux
2120 MERCURE DE FRANCE
Aux doctes Filles de mémoire
Prêter un appui généreux ;
Les dons faits à ces Immortelles ,
Tu les rends immortels comme elles ,
Ton nom ne peut durer moins qu'eux.
L'Académie de Marseille a fait dé
clarer par son Secretaire , à l'Auteur de
cette Ode , lequel remporta les Prix de
Prose et de. Poësie de la même Académie
en 1931. de vouloir bien ne plus
travailler pour ces Prix.
DES PRIX ACADEMIQUES.
ODE qui a remporté le Prix de l'Académie
de Marseille. Par M. d'Ardene.
EE
Lide , jadis si chantée ,
Non ,je ne puis goûter tes Jeux ,
Leur pompe a beau m'être van
tée ,.
Qu'est-ce qu'un prix souvent douteux ?
Dans un tourbillon ( a ) de poussiere ,
( a ) Course des Chariots.
A ij Un
2116 MER CURE DE FRANCE
Un Char vole dans la carriere ,
Plus prompt que l'oeil du Spectateurs
A ses côtez suit la Victoire ;
Qui va-t'elle couvrir de gloire ,
Des Coursiers ou du Conducteur ?
Quels objets surprenans m'attirent ,
Des Rivaux courent (a) s'embrasser !
Ah Ciel ! j'en vois ( b ) qui ne respirent ,
Que le sang qu'ils content verser
Il coule ; quelle barbarie !
La Nature émuë , attendrie ,
I ;
En frémit; m'arrache à ces Lieux,
A ces Spectacles tu présides ,
Alecton , des Jeux homicides ,
Sont dignes d'amuser tes yeux.
Nos combats sont bien plus tranquiles.;
Minerve en dicta le projet.
Nobles , interessans , utiles ,
L'esprit en est l'ame et l'objet.
A le former nos Jeux aspirent ,
Ils nous enflamment , nous inspirent ;
Chaque instant hâte les succès.
La regle instruit ; l'exemple pique ;
( a ) La Lutte.
(b ) Les Gladiateurs.
L'Espr
OCTOBRE . 1733 2117
1733..
L'Esprit au loin se communique ;
Tout ressent de ses progrès.
Je te conçois , heureux prodige !
Un seul prix arme cent Rivaux.
C'est le point fixe qui dirige ,
Leur ambition , leurs travaux .
Tous animez par l'Esperance
Un d'entre eux plus hardi s'élance ,
Touche au but , se fait couronner.
Ces Emules qu'on voit paroître ,
Suivent de près le Char du Maître ;
Mais ne sont là que pour l'orner,
52
Calmez-vous , Troupe impatiente ,
Vos efforts ne sont pas déçûs.
Non , le triomphe que je chante ,
Sert le Vainqueur , er lês Vaincus.
Tel que ce Géant ( a ) formidable
Qui devenoit plus redoutable ,
Chaque fois qu'il fut terrassé ;
Mes chutes même m'affermissent.
Sur l'aréne , à mes pieds frémissent
Ceux par qui je fus renversé.
Heureuse à jamais la Contrée ,
(a ) Anthée.
A iij Qu'itj
2118 MERCURE DE FRANCE
Qu'illustrent de tels Combattans !
L'ignorance fuit éplorée ,
Du milieu de ses Habitans.
La Gloire avec fierté l'en chasse ,
Un sçavoir brillant la remplace ;
Que le génie est different !
Où l'on rougissoit de s'instruire ,
Un espoir flatteur n'a qu'à luire ,
On y rougit d'être ignorant.
M
L'Eloquence et la Poësie ,
Nos Jeux les ravirent aux Cieux.
D'un noble feu l'ame saisie ,
Nous parlons la Langue des Dieux.
Mais j'admire d'autres merveilles.
Nul secret n'échappe à nos veilles
Les voiles tombent devant nous.
Prodige obscur , hardi systême ,
Tout s'arrange , l'Olympe même ,
De nos lumieres est jaloux.
O vous de qui l'intelligence ,
Eut les succès les plus brillans ,
Nos Couronnes sont la semence ,
(a ) Differentes Académies qui par le prix qu'elles
distribuent , perfectionnent les Sciences les plus
utiles.
Qui
OCTOBRE
1 . 1733. 2119
Qui fit éclore vos talens .
C'est l'aiguillon qui les anime.
Que ne peut la soif et l'estime?
L'Univers lui doit sa splendeur.
Héros , Guerriers , ou Pacifiques ,
Arts utiles et magnifiques ,
Cette soif fit votre grandeur .
Quels changemens vois - je paroître !
L'esprit orné polit les moeurs. ,
La lumiere vient - elle à croître ?
Les Vertus germent dans les coeurs.]
La nuit sombre de l'ignorance ,
Des vices accroit la licence ,
Elle enfante l'égarement .
A l'aide de nos exercices ,
Et de l'ignorance et des vices ,
Nous triomphons également.
Villars , de qui la Terre ențiere ,
Admire et vante la valeur ,
Qui domptant ton ardeur guerriere ,
Sçus calmer l'Europe en fureur ,
Tu voulus pour combler ta gloire ,
*
* M. le Marechal de Villars vient de fonder
perpetuité le Prix qu'il fournissoit tous les ans
Académie de Marseille , dont il est Protecteur .
A j Aux
2120 MERCURE DE FRANCE
Aux doctes Filles de mémoire
Prêter un appui généreux ;
Les dons faits à ces Immortelles ,
Tu les rends immortels comme elles ,
Ton nom ne peut durer moins qu'eux.
L'Académie de Marseille a fait dé
clarer par son Secretaire , à l'Auteur de
cette Ode , lequel remporta les Prix de
Prose et de. Poësie de la même Académie
en 1931. de vouloir bien ne plus
travailler pour ces Prix.
Fermer
Résumé : L'UTILITÉ DES PRIX ACADEMIQUES. ODE qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille. Par M. d'Ardene.
Le texte est une ode qui a remporté le Prix de l'Académie de Marseille et traite de l'utilité des prix académiques. L'auteur, M. d'Ardene, compare les jeux académiques aux jeux anciens, violents et barbares, pour souligner la tranquillité et l'utilité des compétitions intellectuelles modernes. Ces jeux, inspirés par Minerve, visent à former l'esprit et à stimuler les progrès intellectuels. Un prix académique motive de nombreux concurrents, dirigés par l'ambition et l'espoir de la victoire. Même la défaite est bénéfique, car elle affermit les participants. Les prix académiques illustrent une contrée en chassant l'ignorance et en remplaçant la honte de s'instruire par un espoir flatteur. L'éloquence et la poésie sont ravies aux cieux par ces jeux. Les académies, par les prix qu'elles distribuent, perfectionnent les sciences utiles et animent les talents. La soif de connaissance et d'estime pousse les héros, guerriers ou pacifiques, à atteindre la grandeur. Les exercices académiques triomphent de l'ignorance et des vices, polit les mœurs et font croître la lumière. Le maréchal de Villars, protecteur de l'Académie de Marseille, a fondé un prix perpétuel pour soutenir les doctes filles de mémoire, rendant ainsi son nom immortel. L'Académie de Marseille a déclaré à l'auteur de cette ode, lauréat des prix de prose et de poésie en 1731, de ne plus travailler pour ces prix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 2819-2834
SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
Je réponds, Monsieur, le plutôt qu'il m'est possible à la derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Littérature des mahométans, Turcs, Constantinople, Bibliothèque, Histoire, Ignorance, Sciences, Roi, Vérité, Paris, Levant, Lettres, Mosquée, Préjugé, Langues
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
SECONDE Lettre de M. D. L. R.
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
Fermer
Résumé : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
La lettre de M. D. L. R., datée de 1732, répond à une missive reçue de Constantinople le 30 mars 1732, qui interrogeait la véracité de ses propos sur la littérature des Mahometans et des Turcs, publiés dans le Mercure de Septembre 1732. L'auteur affirme avoir écrit sérieusement et sans exagération, s'appuyant sur des autorités et ses propres lectures. Il mentionne que son voyage au Levant et ses lectures des ouvrages orientaux, ainsi que ses échanges avec des savants comme François Pétis de la Croix et Antoine Galland, l'ont détrompé sur l'ignorance supposée des Turcs. Ces savants ont rapporté des connaissances orientales et des manuscrits précieux, comme la Bibliothèque de Hadji Calfa, qui démontre la culture scientifique et artistique des Orientaux. L'auteur cite également le Comte de Marsigli, dont l'ouvrage sur l'État militaire de l'Empire Ottoman atteste de la culture et des études des Turcs. Il encourage son correspondant à apprendre le turc pour se rendre compte par lui-même de la richesse littéraire et scientifique de cette nation. La lettre se termine par une discussion sur l'impropriété du terme 'Sophi' pour désigner le roi de Perse et l'annonce de la réception d'un porte-lettres turc brodé. Le texte traite également de divers sujets historiques et culturels. Il commence par une traduction en vers français d'un texte persan souhaitant un bonheur durable et exempt de maux. Il mentionne une cornaline gravée en caractères persans, appartenant à un dévot musulman, avec l'inscription 'Mazhar ila faiz Aichay', signifiant 'protégé par les faveurs d'Aichay'. Aichay, ou Aïcha, est identifiée comme la troisième femme de Mahomet et la fille d'Abdallah, surnommé Abou Bakr. Elle est respectée pour son savoir et son rôle dans la transmission des paroles de Mahomet, ce qui lui vaut le titre de 'Mère des Fidèles'. Aïcha est également célèbre pour son intervention dans la bataille du Chameau contre l'armée d'Ali, après l'assassinat du calife Othman. Elle fut capturée et plus tard libérée par Ali, retournant à Médine où elle mourut à un âge avancé. Le texte aborde également la mosquée Sainte-Sophie à Constantinople, en mentionnant une critique de M. A... de Marseille, qui affirme que l'eau de la mer pénètre dans les voûtes souterraines de la mosquée. Cette affirmation est contestée par un officier de la mosquée et confirmée par les observations de Guillaume-Joseph Grelot, un ingénieur français. Le texte se termine par une confirmation de l'exactitude des descriptions de Grelot concernant les eaux souterraines et les installations de la mosquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 56-63
COPIE d'une lettre écrite par M. de Voltaire à M. Rousseau, de Genève, datée du 30 Août, 1755.
Début :
J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain : je vous [...]
Mots clefs :
Société, Hommes, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Ignorance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE d'une lettre écrite par M. de Voltaire à M. Rousseau, de Genève, datée du 30 Août, 1755.
Nous inferons une feconde fois la lettre de
M. de Voltaire à M. Rouſſeau de Genève :
trois raifons nous y déterminent . 1º . Pour la
donner plus correcte. 2 ° . Pourl'accompagner
de notes , où l'on trouvera les corrections &·
les additions qui ont été faites à cette même
lettre , telle qu'elle paroît imprimée à la fuite
de l'Orphelin . On fera par là plus à portés
de comparer les deux leçons , & de juger
quelle eft la meilleure . 3. Nous la redonnons
pour la commodité du Lecteur , qui pourra
la parcourir fans changer de volume , avant
que de lire la réponse de M. Rouſſeau , que
nous allons y joindre , afin de ne rien laiſſer à
défirer fur ce sujet à la curiofité du public .
COPIE d'une lettre écrite par M. de Voltaire
à M. Rouffeau , de Genève , datée du
30 Août , 1755.
J'Ai :
'Ai
reçu , Monfieur
, votre
nouveau
livre
contre
le genre
humain
: je vous
en remercie
. Vous
plairez
aux hommes
à
qui vous
dites
leurs
vérités
, & vous
ne
NOVEMBRE. 1755. 57
les corrigerez pas. Vous peignez avec des
couleurs bien vraies les horreurs de la
fociété humaine , dont l'ignorance & la
foibleffe fe promettent tant de douceurs ,
On n'a jamais employé tant d'efprit à vou→
loir nous rendre bêtes.
Il prend envie de marcher à quatre
pattes , quand on lit votre ouvrage ; cependant
comme il y a plus de foixante ans
que j'en ai perdu l'habitude , je fens malheureufement
qu'il m'eft impoffible de la
reprendre , & je laiffe cette allure naturelle
à ceux qui en font plus dignes que vous
& moi. Je ne peux non plus m'embarquer
pour aller trouver les fauvages du
Canada , premierement , parce que les maladies
aufquelles je fuis condamné , me rendent
un médecin ( a ) d'Europe néceffaire ;
Secondement , parce que la guerre eft portée
dans ce païs - là ; & que les exemples
de nos nations ont rendu ces fauvages
prefque auffi méchans que nous . Je me
borne à être un fauvage paifible dans la
folitude que j'ai choifie auprès de votre
patrie , où vous devriez être ( b ).
•
(4) Il y a dans la copie imprimée chez Lam
bert ; me rétiennent auprès du plus grand Medecin
de l'Europe , & que je ne trouverois pas Les
mêmes fecours chez les Miflouris.
(b ) Qu yous êtes tant défiré.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
J'avoue avec vous que les Belles- Lettres
& les Sciences ont caufé quelquefois beaucoup
de mal. Les ennemis du Taffe firent
de fa vie un tiffu de malheurs. Ceux de
Galilée le firent gémir dans les priſons à
70 ans , pour avoir connu le mouvement
de la terre ; & ce qu'il y a de plus honteux
, c'eft qu'ils l'obligerent à fe rétracter.
: Dès que vos amis eurent commencé le
Dictionnaire Encyclopédique , ceux qui
oferent être leurs rivaux , les traiterent de
Déiftes , d'Athées & même de Janféniſtes .
Si j'ofois me compter parmi ceux dont les
travaux n'ont eu que la perfécution pour
récompenfe , je vous ferois voir une troupe
de miférables acharnés à me perdre , du
jour que je donnai la Tragédie d'Edipe ,
une bibliothéque de calomnies ridicules
imprimées contre moi ( c ) , un Prêtre ex-
(r) Un homme , qui m'avoit des obligations
affez connues , me payant de mon fervice par
vingt libelles ; un autre beaucoup plus coupable
encore , faifant imprimer mon propre ouvrage du
fiecle de Louis XIV. avec des notes dans lefquelles
l'ignorance la plus craffe vomit les plus infâmes
impoftures : un autre qui vend à un Libraire
quelques chapitres d'une prétendue hiſtoire univerfelle
fous mon nom , le Libraire affez avide
pour imprimer ce tiffu informe de bévues , de
fauffes dates , de faits & de noms eftropiés ; & enfin
des hommes affez injuftes pour m'imputer la
publication de cette raplodie.
NOVEMBRE. 1755 . 19
Jéfuite que j'avois fauvé du dernier fupplice
, me payant par des libelles diffamatoires
, du fervice que je lui avois rendu ;
un homme plus coupable encore , faifant
imprimer mon propre ouvrage du fiecle
de Louis XIV. avec des notes où la plus
craffe ignorance débite les impoftures les
plus effrontées , un autre qui vend à un
Libraire une prétendue hiftoire univerfelle
fous mon nom , & le Libraire affez
avide & affez fot pour imprimer ce tiffa
informe de bévues , de fauffes dattes , de
faits & de noms eftropiés ; & enfin des
hommes affez lâches & affez méchans pour
m'imputer certe rapfodie ; je vous ferois
voir la fociété infectée de ce nouveau genre
d'hommes inconnus à toute l'antiquité,
qui ne pouvant embraffer une profeffion
honnête , foit de laquais , foit de manoeuvre
, & fçachant malheureufement lire &
écrire , fe font courtiers de littérature , volent
des manufcrits , les défigurent & les
vendent.
(d ) Je pourrois me plaindre qu'une
plaifanterie faite il y a près de trente ans
(d) Je pourrois me plaindre que des fragmens
d'une plaifanterie faite il y a près de trente ans
fur le même fojet , que Chapelain eut la bêtife de
traiter férieufement , courent aujourd'hui le monde
par l'infidélité & l'ayarice de ces malheureux ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
ans fur le même fujet , que Chapelain eut
la bêtife de traiter férieufement , court
aujourd'hui le monde par l'infidélité &
l'avarice de ces malheureux qui l'ont défigurée
avec autant de fottife que
de mafice
, & qui , au bout de trente ans , vendent
partout cet ouvrage , lequel , certainement
, n'eft plus le mien , & qui eft
devenu le leur. J'ajouterois qu'en dernier
lieu , on a ofé fouiller dans les archives
les plus refpectables , & y voler une partie
des mémoires que j'y avois mis en dépôt
, lorsque j'étois hiftoriographe de France
, & qu'on a vendu à un Libraire de Paris
le fruit de mes travaux. Je vous peindrois
l'ingratitude , l'impofture & la rapine
me pourſuivant jufqu'aux pieds des Alpes
, & jufqu'au bord de mon tombeau (e) .
qui ont mêlé leurs groffieretés à ce badinage ,
qui en ont rempli les vuides avec autant de fottife
que de malice , & qui enfin au bout de trente ans,
vendent partout en manufcrit ce qui n'appartient
qu'à eux , & qui n'eft digne que d'eux. J'ajouterai
qu'en dernier lieu on a volé une partie des maté
riaux que j'avois raffemblés dans les archives publiques
, pour fervir à l'hiftoire de la guerre de
1741. lorfque j'étois hiftoriographe de France ;
qu'on a vendu à un Libraire ce fruit de mon travail
; qu'on fe faifit à l'envi de mon bien , comme
j'étois déja mort , & qu'on le dénature pour le
mettre à l'encan .
(e) Mais que concluerai-je de toutes ces tribuNOVEMBRE.
1755. 61
Mais , Monfieur , avouez auffi que ces
épines attachées à la littérature & à la
reputation , ne font que des fleurs en comparaifon
des maux qui , de tout tems , ont
inondé la terre .
Avouez que ni Cicéron , ni Lucrece ,
ni Virgile , ni Horace , ne furent les Aulations
? Que je ne dois pas me plaindre. Que
Pope , Deſcartes , Bayle , le Camoëns , & cent
autres ont effuié les mêmes injuftices , & de plus
grandes ; que cette deftinée eft celle de prefque
Tous ceux que l'amour des lettres a trop féduits .'
Avouez , en effet , que ce font là de ces petits
malheurs particuliers , dont à peine la fociété s'apperçoit.
Qu'importe au genre humain que quelques
frelons pillent le miel de quelques abeilles . Les
gens de lettres font grand bruit de toutes ces petites
querelles : le refte du monde les ignore , ou en rit.
De toutes les amertumes répandues fur la vie humaine
, ce font là les moins funeftes. Les épines .
attachées à la littérature & à un peu de réputation ,
ne font que des fleurs en comparaifon des autres
maux , qui de tout tems ont inondé la terre.
Avouez que ni Cicéron , ni Varron , ni Lucrece ,
ni Virgile, ni Horace , n'eurent la moindre part
aux profcriptions. Marius étoit un ignorant , le
barbare Sylla , le crapuleux Antoine , l'imbécile
Lépide , lífoient peu Platon & Sophocle ; & pour
ce tyran fans courage , Octave Cépias , furnommé
fi lâchement Augufte , il ne fut un déteftable
affaffin , que dans le tems où il fut privé de la fociété
des gens de lettres . Avouez que Pétrarque
& Bocace ne firent pas naître les troubles d'Italie.
Avouez que le badinage de Marot , &c.
62 MERCURE DE FRANCE.
teurs des profcriptions de Silla , de ce débauché
d'Antoine , de cet imbécile Lépide
, de ce tyran fans courage , Octave
Cépias furnommé fi lâchement Augufte.
Avouez que le badinage de Marot n'a
pas produit la faint Barthelemi , & que la
tragédie du Cid ne caufa pas lesguerres
de la fronde . Les grands crimes n'ont été
commis que par de célébres ignorans. Cel
qui fait & ce qui fera toujours de ce monde
une vallée de larmes , c'eſt l'infatiable
cupidité de l'indomptable orgueil des hom
mes , depuis Thamas - Koulikan qui ne
fçavoit pas lire , jufqu'à un commis de la
Douanne , qui ne fçait que chiffrer. Les
Lettres nourriffent l'ame , la rectifient
la confolent , & elles font même votre
gloire dans le tems que vous écrivez
contr'elles. Vous êtes comme Achille , qui
s'emporte contre la gloire , & comme le
P. Mallebranche dont l'imagination brillante
écrivoit.contre l'imagination (ƒ).
M. Chappuis m'apprend que votre fan-
"
(f) Si quelqu'un doit fe plaindre des lettres
c'eft moi , puifque dans tous les tems & dans tous
les lieux ; elles ont fervi à me perfécuter. Mais il
faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait , comme
il faut aimer la fociété , dont tant d'hommes
méchans corrompent les douceurs ; comme il
faut aimer fa patrie , quelques injuſtices qu'on
y effuye.
NOVEMBRE . 1755. 63
ré eft bien mauvaife ; il faudroit la venir
rétablir dans l'air natal , jouir de la liberté,
boire avec moi du lait de nos vaches &
brouter nos herbes.
Je fuis très- philofophiquement , & avec
la plus tendre eftime. &c.
M. de Voltaire à M. Rouſſeau de Genève :
trois raifons nous y déterminent . 1º . Pour la
donner plus correcte. 2 ° . Pourl'accompagner
de notes , où l'on trouvera les corrections &·
les additions qui ont été faites à cette même
lettre , telle qu'elle paroît imprimée à la fuite
de l'Orphelin . On fera par là plus à portés
de comparer les deux leçons , & de juger
quelle eft la meilleure . 3. Nous la redonnons
pour la commodité du Lecteur , qui pourra
la parcourir fans changer de volume , avant
que de lire la réponse de M. Rouſſeau , que
nous allons y joindre , afin de ne rien laiſſer à
défirer fur ce sujet à la curiofité du public .
COPIE d'une lettre écrite par M. de Voltaire
à M. Rouffeau , de Genève , datée du
30 Août , 1755.
J'Ai :
'Ai
reçu , Monfieur
, votre
nouveau
livre
contre
le genre
humain
: je vous
en remercie
. Vous
plairez
aux hommes
à
qui vous
dites
leurs
vérités
, & vous
ne
NOVEMBRE. 1755. 57
les corrigerez pas. Vous peignez avec des
couleurs bien vraies les horreurs de la
fociété humaine , dont l'ignorance & la
foibleffe fe promettent tant de douceurs ,
On n'a jamais employé tant d'efprit à vou→
loir nous rendre bêtes.
Il prend envie de marcher à quatre
pattes , quand on lit votre ouvrage ; cependant
comme il y a plus de foixante ans
que j'en ai perdu l'habitude , je fens malheureufement
qu'il m'eft impoffible de la
reprendre , & je laiffe cette allure naturelle
à ceux qui en font plus dignes que vous
& moi. Je ne peux non plus m'embarquer
pour aller trouver les fauvages du
Canada , premierement , parce que les maladies
aufquelles je fuis condamné , me rendent
un médecin ( a ) d'Europe néceffaire ;
Secondement , parce que la guerre eft portée
dans ce païs - là ; & que les exemples
de nos nations ont rendu ces fauvages
prefque auffi méchans que nous . Je me
borne à être un fauvage paifible dans la
folitude que j'ai choifie auprès de votre
patrie , où vous devriez être ( b ).
•
(4) Il y a dans la copie imprimée chez Lam
bert ; me rétiennent auprès du plus grand Medecin
de l'Europe , & que je ne trouverois pas Les
mêmes fecours chez les Miflouris.
(b ) Qu yous êtes tant défiré.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
J'avoue avec vous que les Belles- Lettres
& les Sciences ont caufé quelquefois beaucoup
de mal. Les ennemis du Taffe firent
de fa vie un tiffu de malheurs. Ceux de
Galilée le firent gémir dans les priſons à
70 ans , pour avoir connu le mouvement
de la terre ; & ce qu'il y a de plus honteux
, c'eft qu'ils l'obligerent à fe rétracter.
: Dès que vos amis eurent commencé le
Dictionnaire Encyclopédique , ceux qui
oferent être leurs rivaux , les traiterent de
Déiftes , d'Athées & même de Janféniſtes .
Si j'ofois me compter parmi ceux dont les
travaux n'ont eu que la perfécution pour
récompenfe , je vous ferois voir une troupe
de miférables acharnés à me perdre , du
jour que je donnai la Tragédie d'Edipe ,
une bibliothéque de calomnies ridicules
imprimées contre moi ( c ) , un Prêtre ex-
(r) Un homme , qui m'avoit des obligations
affez connues , me payant de mon fervice par
vingt libelles ; un autre beaucoup plus coupable
encore , faifant imprimer mon propre ouvrage du
fiecle de Louis XIV. avec des notes dans lefquelles
l'ignorance la plus craffe vomit les plus infâmes
impoftures : un autre qui vend à un Libraire
quelques chapitres d'une prétendue hiſtoire univerfelle
fous mon nom , le Libraire affez avide
pour imprimer ce tiffu informe de bévues , de
fauffes dates , de faits & de noms eftropiés ; & enfin
des hommes affez injuftes pour m'imputer la
publication de cette raplodie.
NOVEMBRE. 1755 . 19
Jéfuite que j'avois fauvé du dernier fupplice
, me payant par des libelles diffamatoires
, du fervice que je lui avois rendu ;
un homme plus coupable encore , faifant
imprimer mon propre ouvrage du fiecle
de Louis XIV. avec des notes où la plus
craffe ignorance débite les impoftures les
plus effrontées , un autre qui vend à un
Libraire une prétendue hiftoire univerfelle
fous mon nom , & le Libraire affez
avide & affez fot pour imprimer ce tiffa
informe de bévues , de fauffes dattes , de
faits & de noms eftropiés ; & enfin des
hommes affez lâches & affez méchans pour
m'imputer certe rapfodie ; je vous ferois
voir la fociété infectée de ce nouveau genre
d'hommes inconnus à toute l'antiquité,
qui ne pouvant embraffer une profeffion
honnête , foit de laquais , foit de manoeuvre
, & fçachant malheureufement lire &
écrire , fe font courtiers de littérature , volent
des manufcrits , les défigurent & les
vendent.
(d ) Je pourrois me plaindre qu'une
plaifanterie faite il y a près de trente ans
(d) Je pourrois me plaindre que des fragmens
d'une plaifanterie faite il y a près de trente ans
fur le même fojet , que Chapelain eut la bêtife de
traiter férieufement , courent aujourd'hui le monde
par l'infidélité & l'ayarice de ces malheureux ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
ans fur le même fujet , que Chapelain eut
la bêtife de traiter férieufement , court
aujourd'hui le monde par l'infidélité &
l'avarice de ces malheureux qui l'ont défigurée
avec autant de fottife que
de mafice
, & qui , au bout de trente ans , vendent
partout cet ouvrage , lequel , certainement
, n'eft plus le mien , & qui eft
devenu le leur. J'ajouterois qu'en dernier
lieu , on a ofé fouiller dans les archives
les plus refpectables , & y voler une partie
des mémoires que j'y avois mis en dépôt
, lorsque j'étois hiftoriographe de France
, & qu'on a vendu à un Libraire de Paris
le fruit de mes travaux. Je vous peindrois
l'ingratitude , l'impofture & la rapine
me pourſuivant jufqu'aux pieds des Alpes
, & jufqu'au bord de mon tombeau (e) .
qui ont mêlé leurs groffieretés à ce badinage ,
qui en ont rempli les vuides avec autant de fottife
que de malice , & qui enfin au bout de trente ans,
vendent partout en manufcrit ce qui n'appartient
qu'à eux , & qui n'eft digne que d'eux. J'ajouterai
qu'en dernier lieu on a volé une partie des maté
riaux que j'avois raffemblés dans les archives publiques
, pour fervir à l'hiftoire de la guerre de
1741. lorfque j'étois hiftoriographe de France ;
qu'on a vendu à un Libraire ce fruit de mon travail
; qu'on fe faifit à l'envi de mon bien , comme
j'étois déja mort , & qu'on le dénature pour le
mettre à l'encan .
(e) Mais que concluerai-je de toutes ces tribuNOVEMBRE.
1755. 61
Mais , Monfieur , avouez auffi que ces
épines attachées à la littérature & à la
reputation , ne font que des fleurs en comparaifon
des maux qui , de tout tems , ont
inondé la terre .
Avouez que ni Cicéron , ni Lucrece ,
ni Virgile , ni Horace , ne furent les Aulations
? Que je ne dois pas me plaindre. Que
Pope , Deſcartes , Bayle , le Camoëns , & cent
autres ont effuié les mêmes injuftices , & de plus
grandes ; que cette deftinée eft celle de prefque
Tous ceux que l'amour des lettres a trop féduits .'
Avouez , en effet , que ce font là de ces petits
malheurs particuliers , dont à peine la fociété s'apperçoit.
Qu'importe au genre humain que quelques
frelons pillent le miel de quelques abeilles . Les
gens de lettres font grand bruit de toutes ces petites
querelles : le refte du monde les ignore , ou en rit.
De toutes les amertumes répandues fur la vie humaine
, ce font là les moins funeftes. Les épines .
attachées à la littérature & à un peu de réputation ,
ne font que des fleurs en comparaifon des autres
maux , qui de tout tems ont inondé la terre.
Avouez que ni Cicéron , ni Varron , ni Lucrece ,
ni Virgile, ni Horace , n'eurent la moindre part
aux profcriptions. Marius étoit un ignorant , le
barbare Sylla , le crapuleux Antoine , l'imbécile
Lépide , lífoient peu Platon & Sophocle ; & pour
ce tyran fans courage , Octave Cépias , furnommé
fi lâchement Augufte , il ne fut un déteftable
affaffin , que dans le tems où il fut privé de la fociété
des gens de lettres . Avouez que Pétrarque
& Bocace ne firent pas naître les troubles d'Italie.
Avouez que le badinage de Marot , &c.
62 MERCURE DE FRANCE.
teurs des profcriptions de Silla , de ce débauché
d'Antoine , de cet imbécile Lépide
, de ce tyran fans courage , Octave
Cépias furnommé fi lâchement Augufte.
Avouez que le badinage de Marot n'a
pas produit la faint Barthelemi , & que la
tragédie du Cid ne caufa pas lesguerres
de la fronde . Les grands crimes n'ont été
commis que par de célébres ignorans. Cel
qui fait & ce qui fera toujours de ce monde
une vallée de larmes , c'eſt l'infatiable
cupidité de l'indomptable orgueil des hom
mes , depuis Thamas - Koulikan qui ne
fçavoit pas lire , jufqu'à un commis de la
Douanne , qui ne fçait que chiffrer. Les
Lettres nourriffent l'ame , la rectifient
la confolent , & elles font même votre
gloire dans le tems que vous écrivez
contr'elles. Vous êtes comme Achille , qui
s'emporte contre la gloire , & comme le
P. Mallebranche dont l'imagination brillante
écrivoit.contre l'imagination (ƒ).
M. Chappuis m'apprend que votre fan-
"
(f) Si quelqu'un doit fe plaindre des lettres
c'eft moi , puifque dans tous les tems & dans tous
les lieux ; elles ont fervi à me perfécuter. Mais il
faut les aimer malgré l'abus qu'on en fait , comme
il faut aimer la fociété , dont tant d'hommes
méchans corrompent les douceurs ; comme il
faut aimer fa patrie , quelques injuſtices qu'on
y effuye.
NOVEMBRE . 1755. 63
ré eft bien mauvaife ; il faudroit la venir
rétablir dans l'air natal , jouir de la liberté,
boire avec moi du lait de nos vaches &
brouter nos herbes.
Je fuis très- philofophiquement , & avec
la plus tendre eftime. &c.
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Résumé : COPIE d'une lettre écrite par M. de Voltaire à M. Rousseau, de Genève, datée du 30 Août, 1755.
Le texte présente une lettre de Voltaire à Rousseau, datée du 30 août 1755, republiée pour corriger des erreurs, ajouter des notes explicatives et offrir une lecture continue avant la réponse de Rousseau. Dans cette lettre, Voltaire exprime sa réception du livre de Rousseau, intitulé 'contre le genre humain'. Il reconnaît la vérité des horreurs de la société humaine décrites par Rousseau. Voltaire mentionne qu'il est impossible pour lui de revenir à un état plus naturel ou de vivre parmi les sauvages du Canada en raison de sa santé et des guerres. Il évoque également les persécutions subies par les intellectuels, y compris lui-même, et les calomnies dont il a été victime. Voltaire compare ces épreuves aux maux plus grands qui affligent l'humanité et conclut que les lettres, malgré les abus, nourrissent et consolent l'âme. Il exprime finalement son amour pour les lettres et la société, malgré leurs défauts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 46-47
LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
Début :
PAR un beau jour de la semaine, [...]
Mots clefs :
Ignorance, Malice, Demi-savant, Orgueil, Estime, Air
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texteReconnaissance textuelle : LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
LES ECOLIERS ET LE BALON ,
PAR
FABLE.
AR un beau jour de la ſemaine ,
C'eft -à -dire un jour de congé ,
De jeunes Ecoliers en plaine
Un troupeau partagé ,
S'envoyoit , l'un à l'autre , un Balon élastique ;
C'étoit un charme de les voir !
A toi ! ... Fort bien ! .... A moi ! .... Chacun
court & s'applique ,
Ne voulant point faillir au jeu comme au devoir.
AVRIL. 1763 . 47
L'un deux , laffé de l'exercice ,
Par ignorance ou par malice ,
Pique le Balon , l'air s'enfuit ,
Et le faux embonpoint foudain s'évanouit.
Ainfi dans l'orgueil qui l'anime <
Se montre le demi -fçavant :
Tout rempli de fa propre eftime ,
Il s'enfile ! Mais fondez-le il n'en fort que du
venţ
Par M. GUICHARD .
PAR
FABLE.
AR un beau jour de la ſemaine ,
C'eft -à -dire un jour de congé ,
De jeunes Ecoliers en plaine
Un troupeau partagé ,
S'envoyoit , l'un à l'autre , un Balon élastique ;
C'étoit un charme de les voir !
A toi ! ... Fort bien ! .... A moi ! .... Chacun
court & s'applique ,
Ne voulant point faillir au jeu comme au devoir.
AVRIL. 1763 . 47
L'un deux , laffé de l'exercice ,
Par ignorance ou par malice ,
Pique le Balon , l'air s'enfuit ,
Et le faux embonpoint foudain s'évanouit.
Ainfi dans l'orgueil qui l'anime <
Se montre le demi -fçavant :
Tout rempli de fa propre eftime ,
Il s'enfile ! Mais fondez-le il n'en fort que du
venţ
Par M. GUICHARD .
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Résumé : LES ECOLIERS ET LE BALON, FABLE.
La fable 'Les Écoliers et le Ballon' de M. Guichard, datée d'avril 1763, raconte des écoliers jouant avec un ballon élastique. L'un d'eux le pique, le dégonflant. La fable compare cet incident à l'orgueil des demi-savants, qui ne produisent que du vent lorsqu'ils sont interrogés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 8
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, je suis puissante, & le fus en tout tems. [...]
Mots clefs :
Ignorance