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1
p. 309-312
A Mr DE POINCTY, Commandant dans une des Galiotes du Roy, nommée la Cruelle. BALADE.
Début :
Vous venez de voir dans cette Seconde Partie de ma Lettre une / Preux Chevalier, sage, & de bon alloy [...]
Mots clefs :
Mr de Poincti, Alger, Mosquée, Rivage, Louis
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texteReconnaissance textuelle : A Mr DE POINCTY, Commandant dans une des Galiotes du Roy, nommée la Cruelle. BALADE.
Vous venez de voir dans cetre
Seconde Partie de n1a Lettre une
llelation de i\1r de Poinétî .. touchant cc qui s'cft paifé devant
Alger.. Cette Relarion eft:oic
~JreiTée à M:~d~~moif~l!e des
Houlierest C}~fl: une Fille qui a
beaucoup d'ciprlt, & de hon
gouf.l:, & qui écrit auffi bien ç11
gro ~ ER CUF1-.E
Profe que M.idame îà. Mere écrit
e11 Vers.. c•efl: beaucollp tiire.
mais des Perfonnes tres - éclai~
rées en parlent d.e cette n1a11ierr,
& on peut les croire fi1r leur pa.
role. Si fa n1Gdefl:ie .. ne s'oppo .. ,
foît pas au delfein de fes An1isl r
qui voudraient bien donner des ~
Copies de fes Ouvrages, ils fer ..
viroie11t d~ un grand ornen1ent a
111e~ Lettres. Madan1e des Hou.
Jieres a régalé de cette Balade
celuy qui avoit envoyé la Re'a.
tio11 d, Alger à Miide1noifelle fa
Fille.
..
. *
--1
J GAL/\NT. 511 r
.
l
.;· A M r D E P 0 1 N C T Y,
Co1nn1~~ndant dans une des
Galiotes du Roy, nOn1mée
la l~r11t!le.
BAL AD Eo
lteux Che'thnlier, fage:. & de hon
ll!loy)
DdiA fça.vlnns pAr Dttme Ren1mmie~
.A qui tes F ait1 donnent 4ffe~ d·employfJ
f0:e Jans t11Nef l6in d' e{lre clos & coy,
f2!,tl. d fur Alger tcmhoit Bombe enjlâmée~
Lt fin premf·er 4Jront1tnt le danger
Sur la Cruelle as bien.fait telle rage~
fl.!11 peflc-mefle., Africain .. Etrang1r,
11ofquee & Tours giCent fur le Rivageo ~ ':».
.. _ ~...-.·
-... _.
'
....__
.... ·
Dans ton rccit,, ,~Aye & flere;t ;e ""Y
No/Ire Jeun~ffe }l Vdi.ncrc ltecofttumé~~
AH cr 11u fe/ll.. Pourtllnf~ comme ie croy~
~4 telle F efte 011 n' e.flpM [Ans cffeo1,
B nlle elle efloit,. & tu tas hi.en chornmle.
DH R!!efn~ h11bi.Je in (Art dt n11wig1r~
312 ~AErRCURE Sage en Confeils,farneux par_(on courage,
Dit 9ue par toy chez le 1.Vtore léger,
1v1ofquée & Tours gifentfllr le Rivage.
~~ De cette Gent fan$ honneur& fansfoy,
P aY- cet Exploit l'audace eft rcprimtc;
P ortr la réduire à fi·t.ivre noftre Loy,
JJc(oin ferA d' Apoflres comme toy,
Tc/le œuvrc "r!eut qtl on prcfèhe à mai,2
I
armee.
On te i/crra f4ns-dr;utc rtllV ilJer
Dans autre ttnnéc att-tre infidè!le P la(~ej
Dont on dira., comme on le dit ctAlgerJ
Mofq1Jée & Tours gifcnt fnrle Rivage.
"EN\lQY.
P 1:uples d~ Alger franchement~ dite s-mayj
.De Charlcs-Q-±:int que mit en defarroy
r.~(/ "e7Jaleitr aitjfi-bien que r orage)
Ou de LOV l S quifpait vom corr_;ger,
~el e.fl plm grand, plnsvai!lant, 6~ plm
[age?
Bien mieU.'t" que notu 'Vous en pou-vcz.. .
7utrer,
Mofquée & Tours gifentfur le Rivage
Seconde Partie de n1a Lettre une
llelation de i\1r de Poinétî .. touchant cc qui s'cft paifé devant
Alger.. Cette Relarion eft:oic
~JreiTée à M:~d~~moif~l!e des
Houlierest C}~fl: une Fille qui a
beaucoup d'ciprlt, & de hon
gouf.l:, & qui écrit auffi bien ç11
gro ~ ER CUF1-.E
Profe que M.idame îà. Mere écrit
e11 Vers.. c•efl: beaucollp tiire.
mais des Perfonnes tres - éclai~
rées en parlent d.e cette n1a11ierr,
& on peut les croire fi1r leur pa.
role. Si fa n1Gdefl:ie .. ne s'oppo .. ,
foît pas au delfein de fes An1isl r
qui voudraient bien donner des ~
Copies de fes Ouvrages, ils fer ..
viroie11t d~ un grand ornen1ent a
111e~ Lettres. Madan1e des Hou.
Jieres a régalé de cette Balade
celuy qui avoit envoyé la Re'a.
tio11 d, Alger à Miide1noifelle fa
Fille.
..
. *
--1
J GAL/\NT. 511 r
.
l
.;· A M r D E P 0 1 N C T Y,
Co1nn1~~ndant dans une des
Galiotes du Roy, nOn1mée
la l~r11t!le.
BAL AD Eo
lteux Che'thnlier, fage:. & de hon
ll!loy)
DdiA fça.vlnns pAr Dttme Ren1mmie~
.A qui tes F ait1 donnent 4ffe~ d·employfJ
f0:e Jans t11Nef l6in d' e{lre clos & coy,
f2!,tl. d fur Alger tcmhoit Bombe enjlâmée~
Lt fin premf·er 4Jront1tnt le danger
Sur la Cruelle as bien.fait telle rage~
fl.!11 peflc-mefle., Africain .. Etrang1r,
11ofquee & Tours giCent fur le Rivageo ~ ':».
.. _ ~...-.·
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Dans ton rccit,, ,~Aye & flere;t ;e ""Y
No/Ire Jeun~ffe }l Vdi.ncrc ltecofttumé~~
AH cr 11u fe/ll.. Pourtllnf~ comme ie croy~
~4 telle F efte 011 n' e.flpM [Ans cffeo1,
B nlle elle efloit,. & tu tas hi.en chornmle.
DH R!!efn~ h11bi.Je in (Art dt n11wig1r~
312 ~AErRCURE Sage en Confeils,farneux par_(on courage,
Dit 9ue par toy chez le 1.Vtore léger,
1v1ofquée & Tours gifentfllr le Rivage.
~~ De cette Gent fan$ honneur& fansfoy,
P aY- cet Exploit l'audace eft rcprimtc;
P ortr la réduire à fi·t.ivre noftre Loy,
JJc(oin ferA d' Apoflres comme toy,
Tc/le œuvrc "r!eut qtl on prcfèhe à mai,2
I
armee.
On te i/crra f4ns-dr;utc rtllV ilJer
Dans autre ttnnéc att-tre infidè!le P la(~ej
Dont on dira., comme on le dit ctAlgerJ
Mofq1Jée & Tours gifcnt fnrle Rivage.
"EN\lQY.
P 1:uples d~ Alger franchement~ dite s-mayj
.De Charlcs-Q-±:int que mit en defarroy
r.~(/ "e7Jaleitr aitjfi-bien que r orage)
Ou de LOV l S quifpait vom corr_;ger,
~el e.fl plm grand, plnsvai!lant, 6~ plm
[age?
Bien mieU.'t" que notu 'Vous en pou-vcz.. .
7utrer,
Mofquée & Tours gifentfur le Rivage
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Résumé : A Mr DE POINCTY, Commandant dans une des Galiotes du Roy, nommée la Cruelle. BALADE.
Le texte relate un événement survenu devant Alger, extrait de la Seconde Partie d'une lettre adressée à Madame des Houlières, une femme cultivée et honorable qui écrit également des vers. Des personnes éclairées apprécient cette relation et souhaitent en obtenir des copies pour enrichir leurs lettres, à condition que Madame des Houlières n'y voie pas d'objection. Madame des Houlières a offert une ballade à l'auteur de la relation d'Alger. Cette ballade est dédiée à un chevalier sage et loyal et raconte l'histoire d'une jeune fille fidèle et courageuse malgré les dangers. Elle met en avant les valeurs de loyauté et de courage, et exhorte à réprimer l'audace des ennemis pour les soumettre à la loi. Le texte se conclut par des couplets d'Alger, exprimant des sentiments de loyauté et de dévouement, et comparant la situation à des événements historiques pour souligner la grandeur et la générosité des actions décrites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1396-1398
Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Surugue, Graveur du Roy, à Paris, ruë des [...]
Mots clefs :
Estampe, Sainte Sophie, Mosquée, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Surugue , Graveur du Roy ,
à Paris , rue des Noyers , vient de graver
en une feuille , l'élevation en Perspective
de la principale Face de la Mosquée de
sainte Sophie de. Constantinople , avec
tous ses Accompagnemens, Galeries, Minarez , &c. ce qui fait un Morceau trescurieux .
Tout le monde sçait que ce superbe
Temple a été bâti originairement parl'Empereur Justin , en l'honneur de la Sagesse
Eternelles maisqu'il fut beaucoup amplifié,
enrichi, et orné par Justinien , en l'année
$37.1Les Turcs en ont fait leur principalo
Mosquée, et n'ont point changé son nom,
SelonM.Thevenot,l'un de nos plus habiles
Voyageurs ; ce Vaisseau a 114 pas de longueur , sur so de largeur. L'Edifice dans
euvreest quarré en dehors, et presque tout
rond en dedans. Il y a quatre principales
Portes qui conduisent àun grand vestibule
en portique , qui s'étend le long de toute la face. On trouve ensuite sept Portes
II. Vol. quis
JUI N. 17328 1397
1
qui conduisent à une espece de Nef, et
ensuite neuf autres portes de Bronze,
dontla principale est fort grande , et c'est
par là qu'on entre dans la Mosquée.
Il y a au milieu un superbe Dôme, plus
grand en hauteur et en largeur que celui de S.Pierre de Rome. Sa Voute est faite en
forme de demi globe , et fort surbaissée,
ce qui la rend unique dans son espece. Il
y a aussi un Porche , qui regne tout àutour en dedans ; lequel porte une Galerie voutée , dont la largeur est de 30
pas , soutenue de 60 Colonnes de Marbre,
de Jappe , de Porphyre , &c. lesquelles
portentencore d'autres Galeries. On monte jusqu'à la derniere , par un dégré assez
aisé. On voit dans cette Mosquée le Tombeau d'un Empereur Chrétien , qu'on
croit être un des Constantins, et on montre une Pierre quarrée , creusée en petit
Bassin , dans laquelle les Turcs croient
que la Sainte Vierge lavoit les Langes du
Messie. Ils ont un grand respect pour cette Pierre , qu'ils disent avoir été apportée
de Judée.
L'interieur de ce Temple é oit autrefois tres- enrichi et peint d'un Mosaïque,
que les Turcs n'ont qu'à demi effacé. En
dehors sont 4 Minarets ou Clochers fort
auts et délicz ; au sommet desquels il y
II.Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
a des Balcons , d'où les Officiers de la
Mosquée appellent le peuple à la priere.
C'estsur le modele de sainte Sophie, que les
Empereurs Turcs ont fait bâtir les 6 ou 7
autres Mosquées Royales qu'on voit à
Constantinople , mais qui sont bien inferieures.
Des Voyageurs distinguez ont donné
divers desseins , qui ont été gravez de l'interieur et de l'exterieur de cet Edifice .
entre autres , Grelot et Corneille le Bruyn ;
mais on n'avoit point encore vû sa Face ,
si exactement et si nettement representée
que dans l'Estampe nouvellement gravée
par le St Surugue.
La Mosquée de Ste Sophie , a dit-on
été peinte par Bibiano, Peintre fort renommé pour ces sortes de représentations.
à Paris , rue des Noyers , vient de graver
en une feuille , l'élevation en Perspective
de la principale Face de la Mosquée de
sainte Sophie de. Constantinople , avec
tous ses Accompagnemens, Galeries, Minarez , &c. ce qui fait un Morceau trescurieux .
Tout le monde sçait que ce superbe
Temple a été bâti originairement parl'Empereur Justin , en l'honneur de la Sagesse
Eternelles maisqu'il fut beaucoup amplifié,
enrichi, et orné par Justinien , en l'année
$37.1Les Turcs en ont fait leur principalo
Mosquée, et n'ont point changé son nom,
SelonM.Thevenot,l'un de nos plus habiles
Voyageurs ; ce Vaisseau a 114 pas de longueur , sur so de largeur. L'Edifice dans
euvreest quarré en dehors, et presque tout
rond en dedans. Il y a quatre principales
Portes qui conduisent àun grand vestibule
en portique , qui s'étend le long de toute la face. On trouve ensuite sept Portes
II. Vol. quis
JUI N. 17328 1397
1
qui conduisent à une espece de Nef, et
ensuite neuf autres portes de Bronze,
dontla principale est fort grande , et c'est
par là qu'on entre dans la Mosquée.
Il y a au milieu un superbe Dôme, plus
grand en hauteur et en largeur que celui de S.Pierre de Rome. Sa Voute est faite en
forme de demi globe , et fort surbaissée,
ce qui la rend unique dans son espece. Il
y a aussi un Porche , qui regne tout àutour en dedans ; lequel porte une Galerie voutée , dont la largeur est de 30
pas , soutenue de 60 Colonnes de Marbre,
de Jappe , de Porphyre , &c. lesquelles
portentencore d'autres Galeries. On monte jusqu'à la derniere , par un dégré assez
aisé. On voit dans cette Mosquée le Tombeau d'un Empereur Chrétien , qu'on
croit être un des Constantins, et on montre une Pierre quarrée , creusée en petit
Bassin , dans laquelle les Turcs croient
que la Sainte Vierge lavoit les Langes du
Messie. Ils ont un grand respect pour cette Pierre , qu'ils disent avoir été apportée
de Judée.
L'interieur de ce Temple é oit autrefois tres- enrichi et peint d'un Mosaïque,
que les Turcs n'ont qu'à demi effacé. En
dehors sont 4 Minarets ou Clochers fort
auts et délicz ; au sommet desquels il y
II.Vol.
1398 MERCURE DE FRANCE
a des Balcons , d'où les Officiers de la
Mosquée appellent le peuple à la priere.
C'estsur le modele de sainte Sophie, que les
Empereurs Turcs ont fait bâtir les 6 ou 7
autres Mosquées Royales qu'on voit à
Constantinople , mais qui sont bien inferieures.
Des Voyageurs distinguez ont donné
divers desseins , qui ont été gravez de l'interieur et de l'exterieur de cet Edifice .
entre autres , Grelot et Corneille le Bruyn ;
mais on n'avoit point encore vû sa Face ,
si exactement et si nettement representée
que dans l'Estampe nouvellement gravée
par le St Surugue.
La Mosquée de Ste Sophie , a dit-on
été peinte par Bibiano, Peintre fort renommé pour ces sortes de représentations.
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Résumé : Estampes nouvelles de sainte Sophie, &c. [titre d'après la table]
Le sieur Surugue, graveur du Roi à Paris, a récemment gravé une perspective de la principale façade de la mosquée Sainte-Sophie de Constantinople, incluant ses galeries et minarets. Sainte-Sophie, initialement construite par l'empereur Justin en l'honneur de la Sagesse Éternelle, fut amplifiée et enrichie par Justinien en 537. Les Turcs en firent leur principale mosquée sans changer son nom. L'édifice mesure 114 pas de longueur sur 50 de largeur, est carré à l'extérieur et presque rond à l'intérieur. Il possède quatre portes principales menant à un vestibule en portique, suivi de sept puis neuf portes de bronze. Au centre se trouve un dôme plus grand que celui de Saint-Pierre de Rome, en forme de demi-globe surbaissé. Une galerie voûtée, soutenue par 60 colonnes de marbre, de jaspe et de porphyre, entoure l'intérieur. La mosquée abrite le tombeau d'un empereur chrétien et une pierre creusée en bassin, vénérée par les Turcs. L'intérieur, autrefois richement décoré de mosaïques, a été partiellement effacé par les Turcs. Quatre minarets élevés permettent aux officiers d'appeler à la prière. Sainte-Sophie a servi de modèle pour d'autres mosquées royales à Constantinople, bien que celles-ci soient inférieures. Plusieurs voyageurs, dont Grelot et Corneille le Bruyn, ont dessiné l'édifice, mais la gravure de Surugue est la plus précise. La mosquée a été peinte par Bibiano, renommé pour ses représentations.
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3
p. 2785-2797
LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Le Livre dont vous me parlez, Monsieur, est également curieux et édifiant, [...]
Mots clefs :
Ordre de saint Jean de Jerusalem, Livre, Journal de Verdun, Doutes, François Picquet, Consulat, Alep, Pacha , Historien, Mosquée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de...
Commandeur de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , au sujet d'un Livre nouveau
intitulé : La Vie de Messire François Pic
quet , &c.
E Livre dont vous me parlez , Mon
Li ,
→
fiant , il mérite que vous le lisiez avec
attention dès que vous serez de retour de votre Campagne. Le peu que
vous en avez vû dans le petit Journal de Verdun , n'est pas , comme vous
dites , suffisant pour vous instruire ; il l'a
été seulement pour exciter votre curiosité et pour former quelques doutes , que
vous me chargez d'éclaircir , les Journaux Litteraires n'en ayant point encore
parlé.
Le premier de ces doutes roule sur ces
paroles du Journaliste , page 175. du
mois de Septembre. En 1662. M. Pičquet revint en Europe, sans renoncer au Consulat d'Alep , qu'ilfit exercerparM. Baron.
II. Vol. C
Ces iiij
2786 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles font , sans doute , entendre
que M. Baron ne fut que le Substitut de
M. Picquet , et que celui- cy étant toûjours le maître du Consulat d'Alep , il y
commit une personne à sa dévotion, &c.
Votre interprétation est juste , Monsieur,
mais le fondement en est peu solide. Les
termes que je viens de rapporter sont
entierement du Journaliste;l'Historien de
M. Picquet ne parle point ainsi , et vous
avez eû grande raison de douter que
M. Baron , dont vous avez connu la famille , fort superieure à celle de M. Picquet , dont vous avez , dis- je , vû les Neveux se distinguer dans votre Ordre , ait
jamais été le Substitut d'un Consul d'Alep.
Mais comme je ne sçaurois bien remplir tout ce que vous exigez de moi au
sujet de ce nouveau Livre , sans le lire
attentivement d'un bout à l'autre , je ne
vous dis rien de plus ici sur cet article. L'occasion d'en parler reviendra à
la suite de mes Observations , que je soumets d'avance toutes à vos lumieres , ne
les ayant entreprises que pour vous obéïr,
et pour perfectionner un Ouvrage qui mérite l'attention de tous les gens de bien.
En voici d'abord le Titre. LA VIE de
Messire François Picquet , Consul de Franse et de Hollande à Alep ; ensuite Evêque
II. Vol. de
DECEMBRE 1732. 2787
de Cesarople,puis de Babylone, Vicaire Apos
tolique en Perse ; avec titre d'Ambassadeur
du Roy auprès du Roy de Perse , contenant
plusieurs évenemens curieux , arrivez dans
le temps de son Consulat et de son Episcopat, dans les Etats de Turquie et de Perse ,
et dans les Eglises des deux Empires.Divisée
en trois Livres , 1. vol. in 8. de 543. pages
sans la Préface et la Table. A Paris,
chez la Veuve Mergé , ruë S. Jacques ,
M. DCC. XXXII.
Une assez longue Préface contient d'abord l'Eloge de M. Picquet, lequel ne présente rien que de vrai, et de fort touchant.
Elle indique ensuite les sources où l'on a
puisé les Memoires qui ont servi à écrire
I'Histoire de sa vie. On distingue particulierement ici François Malaval , ce sçavant Aveugle de Marseille , qui avoit autrefois projetté de composer lui - même
cette Histoire , et qui a fourni des lumieres et des secours considerables pour l'exc
cution de celle dont il est question . Les
autres personnes qui ont concouru au
même dessein , sont aussi nommées avec
distinction dans la même Préface. X
LIVRE I. qui comprend les commencemens
de la vie de M. Picquet , l'Histoire de son
Consulat et divers evenemens concernant les
Eglises du Levant et de Turquie
II. Vol. Cv François
2738 MERCURE DE FRANCE
· François Piquet nâquit à Lyon le jour
de Pâques 12. Avfil 1626 ; il étoit fils de
Geofroy Picquet et d'Anne de Monery
l'un et l'autre d'une honnête et ancienne
Famille , que l'on mettoit au nombre des
Nobles de la ville de Lyon. L'Autheur
ajoute que Geofroy Picquet avoit été fort
riche , et qu'il passoit pour l'un des plus
considerables Banquiers de Lyon , qui
avoit le plus de crédit et de correspondances dans toutes les Places de l'Europe.
Je passe , Monsieur , les prémices de la
piété et les premieres études de ce serviteur de Dieu , qui avançoit à grands pas
dans la carriere de la vertu à mesure qu'il
croissoit en âge ; je passe aussi ses voyages
en divers endroits de l'Italie dont il vit les
principales Villes , et dont il ne revint à
Lyon que vers la fin de l'année 1650.
En 1652 le Consulat d'Alep , dont on
décrit ici l'importance et les avantages ,
étant venu à vacquer par la mort de M.
Bonin de Marseille , M. Picquet fut nommé par la Chambre du Commerce pour
remplir cette Charge , et la Cour approuva ce choix ,
Il s'embarqua à Marseille au mois de
Septembre de la même année , et après
avoir débarqué à Alexandrete il se rendit
à Alep au commencement de Decembre.
` II. Vol. On
DECEMBRE. 1732. 2789
On lui fit une Réception magnifique ;
tous les Consuls à la tête de leur Nation
vinrent le recevoir à l'entrée de la Ville ,
et le conduisirent jusqu'à son Palais &c.
Il faut passer ce terme , souvent employé
dans cette Histoire pour signifier la Mai son du Consul.
Il donna dabord toute son application
au rétablissement des affaires du Commerce, que la mauvaise foi des Marchands
et l'avarice insatiable des Gouverneurs
avoient fortdérangées. LePacha d'alors s'ap
pelloit Bichir , et non pas Bicier , comme
le nomme notre Autheur ; ses violences
et ses injustices l'avoient rendu fameux
dans l'Orient , et on parloit encore de lui
quand j'étois dans la Syrie. M. Picquet
vintcependantà bout de réprimer ses véxations ; il obtint des ordres précis de la
Porte , par lesquels il lui fut deffendu de
les continuer , et enjoint de donner une
entiere satisfaction au Consul de France ,
et de vivre desormais en bonne intelligence avec lui.
Divers incidens troublerent depuis cette
intelligence ; mais ils ne servirent qu'à
faire paroître la fermeté et la sagesse de
notre Consul qui eut toujours l'avantage
sur le Pacha , et maintint hautement les
droits et la gloire de la Nation.
II. Vol. C vj Je
2750 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis m'empêcher , Monsieur, de
vous dire ici que le narré de l'un de ces
incidens est une espece d'énigme pour
moi , je ne sçai si vous en comprendrez
mieux le sens ? Voici de quoi il s'agit.
» Le courage de ce brave Consul parut
>> encore , dit notre Historien , lorsque son
>> Vice- Consul étant investi dans sa Maison , qui étoit à l'extrêmité d'un fau-
»bourg, par 500 Mores , il alla lui- même
»à son secours à la tête de 200 François ,
» et les chargea si vigoureusement , qu'ils
furent obligez de prendre la fuite , et de
»lui laisser la gloire d'avoir purgé la cam-
» pagne de tous ces brigands , à la grande
»confusion du Pacha , qui negligeoit un
»devoir si essentiel à sa charge &c.
Tout le monde sçait que le Consul d'Alep n'a point de Vice-Consul dans cette
même Ville ; il y seroit fort inutile. Il
n'est pas moins certain que la Syrie n'est
pas le pays des Mores : d'où seroient donc
venus ceux qui investirent la Maison en
question ? M. le Chevalier Monier , originaire d'Alep, que vous avez fort connu
à Paris chez le Cardinal de Noailles , qui
a lu tous des premiers cette vie de M. Picquet, m'a avoué qu'il n'avoit pas mieux
compris que moi l'endroit dont je viens
de parler.
II. Vol. Cependant
DECEMBRE. 1732. 2791
Cependant les affaires du Commerce set
rétablissant de jour en jour , les Droits du
Consulat grossirent à proportion , et M.
Picquet se fit en peu de tems un gros re- venu. Rien n'est plus édifiant que de voir
dans le Livre même le saint usage qu'il
sçut en faire , et le détail de ses grandes
aumônes , particulierement envers les Ecclésiastiques et les pauvres Eglises du pays.
Ce détail est suivi du recit de la révolte du Pacha d'Alep , contre lequel le Grand Vizir envoya Mortasa et non pas Mourthesar , son Lieutenant , avec un corps de
troupes pour les opposer à ce Rebelle , et
pour commander en sa place dans Alep ,
ce qui ayant été heureusement executé , le
nouveau Pacha donna plusieurs témoignages d'estime et de considération à M.
Picquet , jusqu'à faire pendre le Grand
Douannier devant la porte du Palais
de France , pour vanger les injures qu'il
avoit faites à la Nation dans l'exercice de sa Charge , du tems du Pacha rebelle.
Les Gouverneurs Turcs ne visitent jamais personne , et ils affectent surtout de
ne pas se mesurer avec les Consuls : c'est
beaucoup quand ils s'acquittent à leur
égard des bienseances reglées. Cependant
le nouveau Pacha prévenu d'estime et
II. Vol. d'une
2792 MERCURE DE FRANCE
d'une amitié particuliere pour M. Picquet
lui rendit une visite. Le Consulde son côté
répondit tout de son mieux à cet honneur
extraordinaire, il regala le Pacha, et quand
celui-cy montoit à cheval pour s'en retourner , étant survenu une grosse pluye , M.
Picquet lui fit présenter un très- beau Manteau d'écarlate de Venise , doublé de bro
card d'or.
Le Pacha revint encore quelques jours
aprés chez le Consul pour demander
ses conseils au sujet de l'Armée des Rebelles , qui étoit encore assemblée , et
suivoit la fortune de Bichir Pacha.
La bienfeance et les suites de cette affaire
engagerent M. Picquet de visiter à son
tour le Pacha , qui lui rendit de grands
honneurs accompagnez de quelques présens , sçavoir une veste de drap verd , couleur cherie des Mahometans , et interdite
aux Chrétiens dans le Levant , une Pelisse , ou Fourure de Chameau , et le plus
beau Cheval de son Ecurie richement harnaché. La Pelisse de Chameau vous fera
sans doute rire , c'est apparemment une
méprise que je voudrois bien rejetter sur
'Imprimeur, s'il étoit possible , quoiqu'elle ne soit pas marquée dans l'Errata. Vous
sçavez ce que c'est que le poil et le cuir
d'un Chrmeau dont on fait seulement des
II. Vol.
cribles
DECEMBRE. 1732. 2793
cribles et d'autres usages les plus grossiers
Cette visite fut suivie de quelqu'autres
où toute ceremónie étoit bannie ; elles se
passoient dans la nuit pour conferer des
moyens de reduire les Chefs des Rebelles
et de dissiper leur Armée. Le Pacha et le
Consul convinrent enfin d'un moyen qui
fut éxecuté de la maniere qui suit.
Un jour de vendredi , destiné chez les
Mahometans à l'Assemblée generale et
aux Prieres publiques dans la principale
Mosquée , dans le tems de la plus grande
application des Assistans , 12 Imans ou
Ministres de la Religion , pratiquez par
le Pacha , tomberent brusquement sur les
Chefs des Rebelles et leur couperent la
tête. Le Pacha sortit en même tems de la
Ville avec l'Etendart de la Loi , qui fut
incontinent suivi par les troupes rebelles ,
et la tranquillité se rétablit aussi- tôt. C'est
ainsi , dit notre Historien , que Mortasa
assisté des lumieres et du conseil de M.
Picquet , remporta sur Bichir et les compagnons de sa revolte une victoire &c.
Il se trompe au reste dans ce narré, lorsqu'en expliquant le terme d'Iman , il dit
que ce sont chez les Turcs une espece de
Prêtres qui exercent leurs fonctions hors
la ville. Les Imans sont employez dans les
grandes villes , comme dans les petites
II. Vol. -Mosquées
2794 MERCURE DE FRANCE
Mosquées , il y en a à sainte Sophie et
dans les autres Mosquées Royales de Cons
tantinople , et par tout où les Mahométans ont des Temples.
Cette sanglante Tragedie , qui augmenta la bonne intelligence entre le Pacha d'Alep et le Consul François , fut suivie peu de tems après d'un spectacle plus
agréable ; c'est la fameuse Comedie de Pastor
Fido , dont M. le Consul voulut régaler le
Pacha. On dressa un Théatre dans la Maison Consulaire : la décoration en étoit
magnifique et bien entendue , et la Piece
fut executée avec tant de succès par de
jeunes Marchands François , que le Pacha
leur fit offrir un présent de deux mille
Piastres , lequel ne fut point accepté. Le
Gouverneur fut charmé de cette Piece
surtout de la belle Symphonie dont chaque Scene étoit suivie. Il y a beaucoup
d'apparence que c'est tout ce que les Turcs
purent admirer.
>
Le Pacha voulut regaler à son tour le
Consul et laNationFrançoise d'uneComédie Turque , laquelle fut representée dans
son Serrail par les meilleurs Acteurs du
Pays , et qui parut , dit notre Autheur ,
avoir son agrément dans l'esprit de nos
François. Ceux- ci ne manquerent pas ,
sans doute , de complaisance ; car vous
II. Vol. n'ignorez
DECEMBR E. 1732 2795
n'ignorez pas , Monsieur , que les Turcs
n'ont ni regles, ni genie pour ces sortes de
spectacles ; témoin celui dont je crois de
vous avoir parlé , et où je me suis trouvé
un jour chez le Pacha de Damas , qui n'étoit rempli que de boufonneries , quelquefois assez grossieres , et dont la derniere Scene fut un bizarre travestissement
des Acteurs,qui parurent habillez à la Françoise avec des Perruques &c. ce qui augmenta les éclats de rire et combla le plaisir des Spectateurs.
C'est à cette occasion que le Pacha d'Alep offrit au vertueux Consul deux des
plus belles filles et des principales Familles Turques de la Ville , qui avoient assisté à cette Comédie , offre qui fut bien
loin rejettée , et sur laquelle le Consul
s'excusa , en faisant confidence au Pacha
du Vou qu'il avoit fait de quitter le
monde pour embrasser l'Etat Ecclesiastique , comme il l'éxecuta quelques années
après.
M. Picquet n'avoit alors que trente ans ,
ce qui acheva de lui gagner l'estime et
l'amitié du Gouverneur. C'est à peu près
dans ce même tems que la République
de Hollande le choisit pour son Consul à
Alep et dans ses dépendances : l'agrément
du Roi est ici sous-entendu.
II. Vol. J.
2796 MERCURE DE FRANCE
Je ne suivrai point notre Historien
dans tout ce qu'il ajoûte des differens
effets du zele de ce Consul , pour affermir
les Catholiques Orientaux dans la Foi , et
pour soumettre les Schismatiques à l'Eglise Romaine. Il eut une tendresse particuliere pour l'Eglise Maronite , toute
Catholique , du Mont Liban ; il faut voir
dans le Livre même tout ce qu'il a fait
pour cette Eglise , qui fut de son tems
extrêmement persecutée ; on ne peut rien
lire de plus édifiant ni de mieux touché.
L'article des Esclaves Chrétiens que le
pieux Consul soulageoit par ses aumônes , et dont il rompoit les fers quand il
le pouvoit , est encore de ce même caractere , on ne sçauroit le lire sans être
émû.
Je ne m'arrêterai point aussi à extraire
le détail de la disgrace qui survint au Pacha d'Alep , disgrace que l'Auteur attri
bue à l'étroite union qu'il avoit avec le
Consul François , laquelle donna de l'ombrage au G. S. et au G. Viz. M. Picquet
déplora le malheureux sort de son ami
qui fût conduit comme un criminel à
Constantinople ; » craignant que la gran-
» de liaison qu'il avoit eue avec ce Pacha
» ne lui fut¯nuisible ; parce que dans ce
» pays là on ne manque pas de se défaire
II. Vol.
D d'u-
DECEMBRE. 1732 2797
» d'une personne sans bruit ; it résolut de
» se retirer , mais le Seigneur , qui vou-
>> loit encore se servir de son ministere
» pour le bien des Pauvres et de la Reli-
» gion , lui fit differer de deux ans l'exe-
»cution de son dessein.
Je m'arrête ici , Monsieur , pour ne
point trop fatiguer votre attention , et
pour préparer dans une seconde Lettre
la suite de cet Extrait et de mes petites
Remarques. Je suis , &c.
Commandeur de l'Ordre de S. Jean de
Jerusalem , au sujet d'un Livre nouveau
intitulé : La Vie de Messire François Pic
quet , &c.
E Livre dont vous me parlez , Mon
Li ,
→
fiant , il mérite que vous le lisiez avec
attention dès que vous serez de retour de votre Campagne. Le peu que
vous en avez vû dans le petit Journal de Verdun , n'est pas , comme vous
dites , suffisant pour vous instruire ; il l'a
été seulement pour exciter votre curiosité et pour former quelques doutes , que
vous me chargez d'éclaircir , les Journaux Litteraires n'en ayant point encore
parlé.
Le premier de ces doutes roule sur ces
paroles du Journaliste , page 175. du
mois de Septembre. En 1662. M. Pičquet revint en Europe, sans renoncer au Consulat d'Alep , qu'ilfit exercerparM. Baron.
II. Vol. C
Ces iiij
2786 MERCURE DE FRANCE
Ces paroles font , sans doute , entendre
que M. Baron ne fut que le Substitut de
M. Picquet , et que celui- cy étant toûjours le maître du Consulat d'Alep , il y
commit une personne à sa dévotion, &c.
Votre interprétation est juste , Monsieur,
mais le fondement en est peu solide. Les
termes que je viens de rapporter sont
entierement du Journaliste;l'Historien de
M. Picquet ne parle point ainsi , et vous
avez eû grande raison de douter que
M. Baron , dont vous avez connu la famille , fort superieure à celle de M. Picquet , dont vous avez , dis- je , vû les Neveux se distinguer dans votre Ordre , ait
jamais été le Substitut d'un Consul d'Alep.
Mais comme je ne sçaurois bien remplir tout ce que vous exigez de moi au
sujet de ce nouveau Livre , sans le lire
attentivement d'un bout à l'autre , je ne
vous dis rien de plus ici sur cet article. L'occasion d'en parler reviendra à
la suite de mes Observations , que je soumets d'avance toutes à vos lumieres , ne
les ayant entreprises que pour vous obéïr,
et pour perfectionner un Ouvrage qui mérite l'attention de tous les gens de bien.
En voici d'abord le Titre. LA VIE de
Messire François Picquet , Consul de Franse et de Hollande à Alep ; ensuite Evêque
II. Vol. de
DECEMBRE 1732. 2787
de Cesarople,puis de Babylone, Vicaire Apos
tolique en Perse ; avec titre d'Ambassadeur
du Roy auprès du Roy de Perse , contenant
plusieurs évenemens curieux , arrivez dans
le temps de son Consulat et de son Episcopat, dans les Etats de Turquie et de Perse ,
et dans les Eglises des deux Empires.Divisée
en trois Livres , 1. vol. in 8. de 543. pages
sans la Préface et la Table. A Paris,
chez la Veuve Mergé , ruë S. Jacques ,
M. DCC. XXXII.
Une assez longue Préface contient d'abord l'Eloge de M. Picquet, lequel ne présente rien que de vrai, et de fort touchant.
Elle indique ensuite les sources où l'on a
puisé les Memoires qui ont servi à écrire
I'Histoire de sa vie. On distingue particulierement ici François Malaval , ce sçavant Aveugle de Marseille , qui avoit autrefois projetté de composer lui - même
cette Histoire , et qui a fourni des lumieres et des secours considerables pour l'exc
cution de celle dont il est question . Les
autres personnes qui ont concouru au
même dessein , sont aussi nommées avec
distinction dans la même Préface. X
LIVRE I. qui comprend les commencemens
de la vie de M. Picquet , l'Histoire de son
Consulat et divers evenemens concernant les
Eglises du Levant et de Turquie
II. Vol. Cv François
2738 MERCURE DE FRANCE
· François Piquet nâquit à Lyon le jour
de Pâques 12. Avfil 1626 ; il étoit fils de
Geofroy Picquet et d'Anne de Monery
l'un et l'autre d'une honnête et ancienne
Famille , que l'on mettoit au nombre des
Nobles de la ville de Lyon. L'Autheur
ajoute que Geofroy Picquet avoit été fort
riche , et qu'il passoit pour l'un des plus
considerables Banquiers de Lyon , qui
avoit le plus de crédit et de correspondances dans toutes les Places de l'Europe.
Je passe , Monsieur , les prémices de la
piété et les premieres études de ce serviteur de Dieu , qui avançoit à grands pas
dans la carriere de la vertu à mesure qu'il
croissoit en âge ; je passe aussi ses voyages
en divers endroits de l'Italie dont il vit les
principales Villes , et dont il ne revint à
Lyon que vers la fin de l'année 1650.
En 1652 le Consulat d'Alep , dont on
décrit ici l'importance et les avantages ,
étant venu à vacquer par la mort de M.
Bonin de Marseille , M. Picquet fut nommé par la Chambre du Commerce pour
remplir cette Charge , et la Cour approuva ce choix ,
Il s'embarqua à Marseille au mois de
Septembre de la même année , et après
avoir débarqué à Alexandrete il se rendit
à Alep au commencement de Decembre.
` II. Vol. On
DECEMBRE. 1732. 2789
On lui fit une Réception magnifique ;
tous les Consuls à la tête de leur Nation
vinrent le recevoir à l'entrée de la Ville ,
et le conduisirent jusqu'à son Palais &c.
Il faut passer ce terme , souvent employé
dans cette Histoire pour signifier la Mai son du Consul.
Il donna dabord toute son application
au rétablissement des affaires du Commerce, que la mauvaise foi des Marchands
et l'avarice insatiable des Gouverneurs
avoient fortdérangées. LePacha d'alors s'ap
pelloit Bichir , et non pas Bicier , comme
le nomme notre Autheur ; ses violences
et ses injustices l'avoient rendu fameux
dans l'Orient , et on parloit encore de lui
quand j'étois dans la Syrie. M. Picquet
vintcependantà bout de réprimer ses véxations ; il obtint des ordres précis de la
Porte , par lesquels il lui fut deffendu de
les continuer , et enjoint de donner une
entiere satisfaction au Consul de France ,
et de vivre desormais en bonne intelligence avec lui.
Divers incidens troublerent depuis cette
intelligence ; mais ils ne servirent qu'à
faire paroître la fermeté et la sagesse de
notre Consul qui eut toujours l'avantage
sur le Pacha , et maintint hautement les
droits et la gloire de la Nation.
II. Vol. C vj Je
2750 MERCURE DE FRANCE
Je ne puis m'empêcher , Monsieur, de
vous dire ici que le narré de l'un de ces
incidens est une espece d'énigme pour
moi , je ne sçai si vous en comprendrez
mieux le sens ? Voici de quoi il s'agit.
» Le courage de ce brave Consul parut
>> encore , dit notre Historien , lorsque son
>> Vice- Consul étant investi dans sa Maison , qui étoit à l'extrêmité d'un fau-
»bourg, par 500 Mores , il alla lui- même
»à son secours à la tête de 200 François ,
» et les chargea si vigoureusement , qu'ils
furent obligez de prendre la fuite , et de
»lui laisser la gloire d'avoir purgé la cam-
» pagne de tous ces brigands , à la grande
»confusion du Pacha , qui negligeoit un
»devoir si essentiel à sa charge &c.
Tout le monde sçait que le Consul d'Alep n'a point de Vice-Consul dans cette
même Ville ; il y seroit fort inutile. Il
n'est pas moins certain que la Syrie n'est
pas le pays des Mores : d'où seroient donc
venus ceux qui investirent la Maison en
question ? M. le Chevalier Monier , originaire d'Alep, que vous avez fort connu
à Paris chez le Cardinal de Noailles , qui
a lu tous des premiers cette vie de M. Picquet, m'a avoué qu'il n'avoit pas mieux
compris que moi l'endroit dont je viens
de parler.
II. Vol. Cependant
DECEMBRE. 1732. 2791
Cependant les affaires du Commerce set
rétablissant de jour en jour , les Droits du
Consulat grossirent à proportion , et M.
Picquet se fit en peu de tems un gros re- venu. Rien n'est plus édifiant que de voir
dans le Livre même le saint usage qu'il
sçut en faire , et le détail de ses grandes
aumônes , particulierement envers les Ecclésiastiques et les pauvres Eglises du pays.
Ce détail est suivi du recit de la révolte du Pacha d'Alep , contre lequel le Grand Vizir envoya Mortasa et non pas Mourthesar , son Lieutenant , avec un corps de
troupes pour les opposer à ce Rebelle , et
pour commander en sa place dans Alep ,
ce qui ayant été heureusement executé , le
nouveau Pacha donna plusieurs témoignages d'estime et de considération à M.
Picquet , jusqu'à faire pendre le Grand
Douannier devant la porte du Palais
de France , pour vanger les injures qu'il
avoit faites à la Nation dans l'exercice de sa Charge , du tems du Pacha rebelle.
Les Gouverneurs Turcs ne visitent jamais personne , et ils affectent surtout de
ne pas se mesurer avec les Consuls : c'est
beaucoup quand ils s'acquittent à leur
égard des bienseances reglées. Cependant
le nouveau Pacha prévenu d'estime et
II. Vol. d'une
2792 MERCURE DE FRANCE
d'une amitié particuliere pour M. Picquet
lui rendit une visite. Le Consulde son côté
répondit tout de son mieux à cet honneur
extraordinaire, il regala le Pacha, et quand
celui-cy montoit à cheval pour s'en retourner , étant survenu une grosse pluye , M.
Picquet lui fit présenter un très- beau Manteau d'écarlate de Venise , doublé de bro
card d'or.
Le Pacha revint encore quelques jours
aprés chez le Consul pour demander
ses conseils au sujet de l'Armée des Rebelles , qui étoit encore assemblée , et
suivoit la fortune de Bichir Pacha.
La bienfeance et les suites de cette affaire
engagerent M. Picquet de visiter à son
tour le Pacha , qui lui rendit de grands
honneurs accompagnez de quelques présens , sçavoir une veste de drap verd , couleur cherie des Mahometans , et interdite
aux Chrétiens dans le Levant , une Pelisse , ou Fourure de Chameau , et le plus
beau Cheval de son Ecurie richement harnaché. La Pelisse de Chameau vous fera
sans doute rire , c'est apparemment une
méprise que je voudrois bien rejetter sur
'Imprimeur, s'il étoit possible , quoiqu'elle ne soit pas marquée dans l'Errata. Vous
sçavez ce que c'est que le poil et le cuir
d'un Chrmeau dont on fait seulement des
II. Vol.
cribles
DECEMBRE. 1732. 2793
cribles et d'autres usages les plus grossiers
Cette visite fut suivie de quelqu'autres
où toute ceremónie étoit bannie ; elles se
passoient dans la nuit pour conferer des
moyens de reduire les Chefs des Rebelles
et de dissiper leur Armée. Le Pacha et le
Consul convinrent enfin d'un moyen qui
fut éxecuté de la maniere qui suit.
Un jour de vendredi , destiné chez les
Mahometans à l'Assemblée generale et
aux Prieres publiques dans la principale
Mosquée , dans le tems de la plus grande
application des Assistans , 12 Imans ou
Ministres de la Religion , pratiquez par
le Pacha , tomberent brusquement sur les
Chefs des Rebelles et leur couperent la
tête. Le Pacha sortit en même tems de la
Ville avec l'Etendart de la Loi , qui fut
incontinent suivi par les troupes rebelles ,
et la tranquillité se rétablit aussi- tôt. C'est
ainsi , dit notre Historien , que Mortasa
assisté des lumieres et du conseil de M.
Picquet , remporta sur Bichir et les compagnons de sa revolte une victoire &c.
Il se trompe au reste dans ce narré, lorsqu'en expliquant le terme d'Iman , il dit
que ce sont chez les Turcs une espece de
Prêtres qui exercent leurs fonctions hors
la ville. Les Imans sont employez dans les
grandes villes , comme dans les petites
II. Vol. -Mosquées
2794 MERCURE DE FRANCE
Mosquées , il y en a à sainte Sophie et
dans les autres Mosquées Royales de Cons
tantinople , et par tout où les Mahométans ont des Temples.
Cette sanglante Tragedie , qui augmenta la bonne intelligence entre le Pacha d'Alep et le Consul François , fut suivie peu de tems après d'un spectacle plus
agréable ; c'est la fameuse Comedie de Pastor
Fido , dont M. le Consul voulut régaler le
Pacha. On dressa un Théatre dans la Maison Consulaire : la décoration en étoit
magnifique et bien entendue , et la Piece
fut executée avec tant de succès par de
jeunes Marchands François , que le Pacha
leur fit offrir un présent de deux mille
Piastres , lequel ne fut point accepté. Le
Gouverneur fut charmé de cette Piece
surtout de la belle Symphonie dont chaque Scene étoit suivie. Il y a beaucoup
d'apparence que c'est tout ce que les Turcs
purent admirer.
>
Le Pacha voulut regaler à son tour le
Consul et laNationFrançoise d'uneComédie Turque , laquelle fut representée dans
son Serrail par les meilleurs Acteurs du
Pays , et qui parut , dit notre Autheur ,
avoir son agrément dans l'esprit de nos
François. Ceux- ci ne manquerent pas ,
sans doute , de complaisance ; car vous
II. Vol. n'ignorez
DECEMBR E. 1732 2795
n'ignorez pas , Monsieur , que les Turcs
n'ont ni regles, ni genie pour ces sortes de
spectacles ; témoin celui dont je crois de
vous avoir parlé , et où je me suis trouvé
un jour chez le Pacha de Damas , qui n'étoit rempli que de boufonneries , quelquefois assez grossieres , et dont la derniere Scene fut un bizarre travestissement
des Acteurs,qui parurent habillez à la Françoise avec des Perruques &c. ce qui augmenta les éclats de rire et combla le plaisir des Spectateurs.
C'est à cette occasion que le Pacha d'Alep offrit au vertueux Consul deux des
plus belles filles et des principales Familles Turques de la Ville , qui avoient assisté à cette Comédie , offre qui fut bien
loin rejettée , et sur laquelle le Consul
s'excusa , en faisant confidence au Pacha
du Vou qu'il avoit fait de quitter le
monde pour embrasser l'Etat Ecclesiastique , comme il l'éxecuta quelques années
après.
M. Picquet n'avoit alors que trente ans ,
ce qui acheva de lui gagner l'estime et
l'amitié du Gouverneur. C'est à peu près
dans ce même tems que la République
de Hollande le choisit pour son Consul à
Alep et dans ses dépendances : l'agrément
du Roi est ici sous-entendu.
II. Vol. J.
2796 MERCURE DE FRANCE
Je ne suivrai point notre Historien
dans tout ce qu'il ajoûte des differens
effets du zele de ce Consul , pour affermir
les Catholiques Orientaux dans la Foi , et
pour soumettre les Schismatiques à l'Eglise Romaine. Il eut une tendresse particuliere pour l'Eglise Maronite , toute
Catholique , du Mont Liban ; il faut voir
dans le Livre même tout ce qu'il a fait
pour cette Eglise , qui fut de son tems
extrêmement persecutée ; on ne peut rien
lire de plus édifiant ni de mieux touché.
L'article des Esclaves Chrétiens que le
pieux Consul soulageoit par ses aumônes , et dont il rompoit les fers quand il
le pouvoit , est encore de ce même caractere , on ne sçauroit le lire sans être
émû.
Je ne m'arrêterai point aussi à extraire
le détail de la disgrace qui survint au Pacha d'Alep , disgrace que l'Auteur attri
bue à l'étroite union qu'il avoit avec le
Consul François , laquelle donna de l'ombrage au G. S. et au G. Viz. M. Picquet
déplora le malheureux sort de son ami
qui fût conduit comme un criminel à
Constantinople ; » craignant que la gran-
» de liaison qu'il avoit eue avec ce Pacha
» ne lui fut¯nuisible ; parce que dans ce
» pays là on ne manque pas de se défaire
II. Vol.
D d'u-
DECEMBRE. 1732 2797
» d'une personne sans bruit ; it résolut de
» se retirer , mais le Seigneur , qui vou-
>> loit encore se servir de son ministere
» pour le bien des Pauvres et de la Reli-
» gion , lui fit differer de deux ans l'exe-
»cution de son dessein.
Je m'arrête ici , Monsieur , pour ne
point trop fatiguer votre attention , et
pour préparer dans une seconde Lettre
la suite de cet Extrait et de mes petites
Remarques. Je suis , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de ... Commandeur de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau intitulé: La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre traite d'un livre intitulé 'La Vie de Messire François Picquet', qui mérite une lecture attentive. Elle répond à des doutes soulevés par un journal littéraire concernant le consulat d'Alep exercé par François Picquet et son substitut, M. Baron. La lettre précise que les termes du journal ne sont pas ceux de l'historien de Picquet et que la famille de M. Baron est plus distinguée que celle de Picquet. François Picquet, né à Lyon en 1626, fils de Geofroy Picquet, un banquier influent, fut nommé consul d'Alep en 1652 et arriva à Alep en décembre de la même année. Il rétablit les affaires commerciales perturbées par la mauvaise foi des marchands et l'avarice des gouverneurs. Picquet obtint des ordres de la Porte pour réprimer les vexations du Pacha Bichir et rétablir une bonne intelligence. Le livre relate divers événements, dont un incident où Picquet secourut son vice-consul attaqué par des brigands, bien que l'existence de ce vice-consul soit mise en doute. Les affaires commerciales se rétablirent, permettant à Picquet de faire des aumônes significatives. Le livre décrit également la répression d'une révolte du Pacha d'Alep, avec l'aide du lieutenant Mortasa, et les relations diplomatiques entre Picquet et le nouveau Pacha. Picquet organisa une représentation de la comédie 'Pastor Fido' pour le Pacha, suivie d'une comédie turque offerte par le Pacha. Picquet refusa l'offre du Pacha de lui donner deux jeunes filles turques, invoquant son vœu de se consacrer à l'état ecclésiastique. À l'époque des faits relatés, Picquet avait trente ans. Le texte mentionne également les actions et les honneurs reçus par Picquet, qui a gagné l'estime et l'amitié du gouverneur local. Il fut choisi par la République de Hollande comme consul à Alep et ses dépendances, avec l'agrément implicite du roi. Picquet montra un zèle particulier pour affermir les catholiques orientaux dans la foi et soumettre les schismatiques à l'Église romaine. Il manifesta une tendresse spéciale pour l'Église maronite du Mont Liban, qu'il soutint malgré les persécutions. Il aida également les esclaves chrétiens en leur offrant des aumônes et en les libérant quand cela était possible. La disgrâce du pacha d'Alep, attribuée à son étroite union avec Picquet, causa de l'ombre au Grand Seigneur et au Grand Vizir. Picquet craignit pour sa sécurité et envisagea de se retirer, mais il différa son départ de deux ans à la demande de Dieu, qui souhaitait encore se servir de son ministère pour le bien des pauvres et de la religion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 2819-2834
SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
Je réponds, Monsieur, le plutôt qu'il m'est possible à la derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Littérature des mahométans, Turcs, Constantinople, Bibliothèque, Histoire, Ignorance, Sciences, Roi, Vérité, Paris, Levant, Lettres, Mosquée, Préjugé, Langues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
SECONDE Lettre de M. D. L. R.
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
sur la Litterature des Mahometans , et
sur celle des Turcs en particulier.
J
E réponds , Monsieur , le plutôt qu'il
m'est possible à la derniere Lettre que
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
de Constantinople le 30 Mars dernier ,
et je commence par l'Article le plus es
sentiel et que vous me recommandez
particulierement. Vous me demandez si
j'ai prétendu parler bien sérieusement ,
II. Vol.
2820 MERCURE DE FRANCE
du moins s'il n'y a rien d'exagéré dans
la Lettre qui concerne la Litterature des
Mahometans et celle des Turcs en particulier
, que vous avez lue dans le Mercure
de Septembre 1732. ajoûtant que
vous attendez ma réponse pour me développer
les Reflexions que vous avez
faites là-dessus et que dès à présent, c'està-
dire , sans attendre ma Réponse , vous
êtes dans le Préjugé general que les Turcs
sont d'une ignorance crasse ,
très- peu
curieux d'en sortir , &c.
Je vous dirai d'abord , Monsieur , que
j'ai écrit très sérieusement sur le sujet en
question , que je ne crois pas avoir rien
exageré et que je n'ai rien avancé sans
autorité , sur quoi je vous renvoye à ma
Lettre même du Mercure , sans préjudice
des autres autoritez que je puis encore
vous alleguer.
J'ajoûterai à cette affirmation que ce
n'est pas mon Voyage du Levant seul
qui m'a détrompé sur la prétendue ignorance
des Turcs ; je suis allé dans l'Orient
presque avec le même Préjugé où
vous êtes aujourd'hui , et que plusieurs
années de séjour n'ont pas encore détruit
chez vous , Préjugé , pour le dire
en passant , qui empêche , qui ôte l'envie
de s'instruire et de parvenir à la découverte
de la verité.
DECEMBRE . 1733. 2827
Mon voyage ne m'a donné là - dessus
qu'une premiere lueur , mais cette lueur
est devenue lumiere et certitude par les
lectures que j'ai faites depuis mon retour
des ouvrages des Mahometans Anciens et
Modernes , qui fe trouvent dans la Bibliotheque
du Roy et ailleurs , et par le
long commerce que j'ai eû avec plusieurs
sçavans d'élite en érudition orientale ,
qui ont passé une partie de leur vie dans
le Levant et qui sont morts à Paris dans
une haute réputation de vertu , et d'amour
pour la verité. Je n'en nommerai
ici que deux , sçavoir.
François Peris de la Croix Parisien
Sécretaire , Interprete du Roy pour les
Langues Orientales , Professeur en Arabe
au Collège Royal , mort sur la fin de
l'année 1713. M. Colbert le fit passer
dans fa jeunesse et séjourner fuccessivement
à Alep , à Hispaham , à Constantinople
, pour apprendre en perfection les
trois principales Langues , l'Histoire , les
Coutumes & c . des Nations du Levant.
Dans son instruction , dont j'ai une copie,
cette habile Ministre lui ordonne de
s'instruire particulierement à l'égard des
Sciences et des Arts cultivez dans ces differens
Pays. M. Petis en rapporta beaucoup
de doctrine Orientale , dequoi il a
?
11, Vol. donné
822 MERCURE DE FRANCE
·
donné des preuves toute sa vie , et plusieurs
Manuscrits utiles , dont il a tra
duit une bonne partie , entre lesquels est
la curieuse Bibliotheque de Hadgi Calfa,
Turc moderne de Constantinople , * qui
feule est capable de détruire le Préjugé
commun de la prétendue ignorance des
Mahometans & c .
Et Antoine Galland de Noyon , de
PAcadémie Royale des Inscriptions et
des Belles Lettres associé à celle des
Ricovrati de Padoue , Antiquaire du Roy,
Professeur en Arabe au Collège Royal ,
mort au mois de Février 1715 Il suivie
le Marquis de Nointel dans fon Ambassade
de Constantinople , dans son voyage
de la Palestine,et dans sa visite des Echelles
du Levant. De retour en France il fit
encore dux voyages à Constantinople
et au Levant par les ordres de M M. Col
* Ce seul Ouvrage peut détromper bien des gens,
et même quelques Sçavans , qui croyent que les
Turcs et autres Mahometans négligent les Sciences ,
trompez par des Voyageurs , qui ne sçackant pas les
Langues , n'ont pas på conferer avec les Sçavans
des l'ays qu'ils ont parcourus . Cette Bibliotheque
est une veritable Encyclopedie de toutes les Sciences
et de tous les Arts chez les Orientaux . Préface de
P'Histoire de Tamerlan , traduite du Persan pat
M. Peus de la Croix, et donnée au Public après
sa mort. 4. vol. 1 12. Paris 1722.
11. Vol. bert
DECEMBRE . 1733. 2823
1
bert er de Louvois , pour la recherche
des Medalles et des Manuscrits . ce qui
acheva de le perf.ctionner dans l'intelligence
des Langues , et dans la connoissance
de l'Histoire et de tout ce qui concerne
les Orientaux . Il étoit d'ailleurs bon
Critique , excellent Antiquaire et naturellement
Philofophe. Il a composé plusieurs
Ouvrages , dont quelques uns ont
été imprimez. De ses Manuscrits ceux
qui regardent l'Orient ont passé dans la
Bibliotheque du Roy. On lui doit l'Edition
de la Bibliotheque Crientale de
M. d'He belot , faite à Paris en 1697 ,
grand in fol.de 106 pag. et la belle Préface
qui est à la tête . a Preface dont la
(a) On fait quelque grace aux Arabes , et ils
passent pour avoir autrefois cult vé les Sciences aves
grande application. On attribue de la politesse aux
Per ans et on leur rend justice .Mais , par leur nom
seul , les Turcs sont tellement décriez , qu'il suffit
ordinairement de les nommer pour signifier une
Nation grossiere , barbare et d'une ignorance achevée
, et sous leur nom on entend parler de ceux qui
sont sous la domination de l'Empire Ottoman . Cependant
on leur fait injustice ; car sans s'arréter à
Les justifier ici de barbarie et de grossiereté , ce qui
demanderoit un détail .... On peut dire à l'égard
de l'ignorance , qu'ils ne cedent ni aux Arabės ni
aux Iersans dans les Sciences et dans les Belles- Lettrer
, communes à ces trois at.ons , et qu'ils les
cultivent presque dès le commencement de lcur Em-
II. Vol.
scule
2824 ME RCURE DE FRANCE
seule lecture est capable de détruire l'erreur
des Européens qui excluent la cul
ture des Sciences et des beaux Arts de
tout le Mahométisme.
Je pourrois , Monsieur , m'en tenir à
ces autoritez , persuadé qu'elles sont plus
que suffisantes pour confirmer tout ce
que j'ai avancé dans ma premiere Lettres
mais je ne puis omettre un troisiéme Témoin
qui se presente icy bien naturelle.
ment ; Témoin illustre et des plus recevables
sur le sujet qui est en question ;
c'est le fameux Comte de Marsigli, dort
on vient de publier un bel Ouvrage sur
l'Etat (a ) Militaire de l'Empire Ottoman ,
& c.
Ce Seigneur vint à Constantinople avec
pire. La Bibliotheque Orientale en fait foi, et observe
dans leur Histoire une suite continuelle de Docteurs
de leur Religion et de leur Loy , très fameux et
très estimez parmi eux , tant pa . leur Doctrine que
par leurs Ecrits. Ils ont aussi des Historiens trèscelebres
e: très - exacts des Actions de leurs Sultans ,
et on peut compter comme une marque de la délicatesse
de leur esprit le nombre considerable de leurs
Poëtes , qui montoit à 590. vers la fin du siecle
passé , & c. A. Galland , dans son Discours pour
servir de Préface à la Bibliotheque Orientale de
B. d'Herbelot.
(a ) STATO MILITARE dell' Imperio Ottomano
, &c. 1. vol . fol. A la Haye et à Amsterdam
1732.
11. Vol.
DECEM DK E. 1733. 2825
an Ambassadeur de la République de
Venise , n'étant encore âgé que de vingt
ans , dans le dessein de s'instruire à fond,
principalement sur le sujet que je viens
que
de dire , rempli auparavant des préjugez
ordinaires , & c . Il servit ensuite l'Empereur
dans les Guerres de Hongrie . Pris
par les Tartares,qui le vendirent au Pacha
de Témiswar , &c. il sçut mettre à profit
son infortune , pour acquerir toutes les
connoissances qui lui manquoient. Après
avoir recouvré sa liberté , il reprit ses
Emplois dans l'Armée Impériale , et il les
conserva jusqu'à la Paix de Carlowits
à laquelle il servit même utilement ; et ,
après la Paix il fut établi Commissaire
Général pour le Reglement des Limites.
Dans l'Ouvrage qui vient de paroître ,
où il ne s'agit rien moins que de Science
et de Litterature , l'Auteur n'a pû
s'empêcher de rendre là - dessus un témoignage
à la verité. Après avoir dépeint
les Turcs , qu'il dégrade tant qu'il
peut , indolens , mous , oisifs , sur tout
les Asiatiques , n'agissant que par nécessité
, &c. il se récrie contre nos préjugez
sur le point de leurs Etudes. Il par
fe de Constantinople et des autres grandes
Villes , » comme étant remplies de
Personnes instruites dans le Mahome-
II. Vol. Ꭰ tisme
2020 TRANCE
» tisme , qui sçavent au moins les trois
» Langues , le Turc , le Persan et l'A-
» rabe : Esprits cultivez en plus d'un gen-
» re de Litterature , Poëtes délicats , His-
» toriens polis , mais d'une exactitude ,
» scrupuleuse , et par là un peu ennuyeuxs
Dialecticiens subtils , Moralistes pro-
» fonds , Géomêtres , Astronomes , Géographes
, et par dessus tout grands Alchymistes
; ce qu'il a été en état , de :
» prouver par un Catalogue de plus de
» 86000 Ecrivains du dernier siécle , re
>> cueillis dans sa Bibliotheque de Boulogne
, et dont il à fourni une Copie:
» pour celle du Vatican . Si les Turcs
n'impriment pas , ce n'est pas , dit il ,
» qu'il ne leur soit libre de le faire ; leur
» motif est de ne pas empêcher une mul-
>> titude innombrable de Copistes de ga
» gner leur vie. On en comptoit 90009
>> pendant son séjour à Constantinople..
» Une autre sorte d'Etude , selon le mê
» me Auteur , c'est que nul Gouverne,
ment au monde n'est plus appliqué et
plus ponctuel que le Gouvernement
Turc , pour conserver des Registres
A
* Le Comte de Marsigli est de Boulogne , et y a
fondé une Académie . Il est des Académies Royales
des Sciences de Paris et de Montpellier , et de la
Societé Royale de Londres,
II. Vol exacts
DECEM DN E. 1733• 2027
exacts en tout ce qui regarde les Trai-,
a tez avec les Puissances Etrangeres , le..
» Domaine , le Cérémonial , l'Expédi
tion des Ordres , celles des Arrêts ou
Ordonnances et Commandemens ; l'E-
>> tat des Officiers en service , et singulie
☐rement les Finances.
Au reste , Monsieur , je vous connois
un si bon esprit , tant d'amour et de vénération
pour la vérité , pour me servir
de vos termes sur ce sujet , que je ne désespere
pas de vous voir changer un jour
de sentiment , sur tout si vous voulez
vous donner la peine d'apprendre seulement
le Turc , qui n'est pas une Langue
fort difficile, et dans laquelle je vous crois
déja initié;cela vous mettroit en état d'entrer
plus souvent dans cette grande Ville,
de laquelle vous êtes peut - être autant separé
par le préjugé , que par un petit bras
de Mer , et de vous instruire par vousmême
, en conferant avec les Gens de Lettres
, & c. Je ne doute pas que vous
in'ayez trouvé des Turcs d'une ignorance
crasse , et comme vous dites , tres- peu
curieux d'en sortir ; mais ce n'est pas
assez pour affirmet la même chose de
toute la Nation . Où ne trouve- t-on pas
dans l'Europe même , de la rusticité et de
l'ignorance ? On trouve aussi du goûr
II. Vol. Dij de
2808 MENCURE
de la Politesse , et de l'Erudition , quand
rien n'empêche d'en chercher. Mais en
voilà asez sur ce sujet.
Rien n'est plus sensé et plus dans le
vrai que ce que vous me dites , Monsieur,
sur l'impropriété du mot de Sophi , par
lequel les Ecrivains Européens , suivis en
dernier lieu par le a P. du Cerceau , désignent
le Roy de Perse. Vous convenez
qu'à ne consulter que la raison , cette
expression est tout- à fait vicieuse , comme
je l'ai prouvé dans un article de mes
Lettres , auquel votre politesse donne le
nom de Dissertation. La verité est qu'on
n'a point encore décidé dans les formes
que ce terme doive être proscrit parmi
ceux qui se piquent de parler correcte
ment mais en attendant cette décision ,
et malgré la continuation du mauvais
usage par des Ecrivains mal instruits , ou
entêtez , ibn'est pas moins certain qu'on
-he prescrit jamais contre la vérité et contre
la raison , et qu'il est toujours temps
de reclamer en leur faveur. L'usage ,j'en
-conviens ; décide le plus souvent en fait
de langue , au préjudice du bon sens et
des régles, mais c'est quand il ne s'agit
précisément que de la Grammaire. Icy il
( a ) Hissoire de la derniere Révolution de Perse
2 vol . in 12. Paris. 1728,
M. Vel.
s'agie
DECEMBRE . 1733. 2829
s'agit d'un point d'Histoire et de Critique.
J'espere m'étendre davantage sur
ce sujet dans un Ecrit que je prépare , et
qui soutiendra peut- être le titre que vous
voulez bien lui donner par avance .
J'ai enfin reçu depuis peu le beau Jusdam
, ou le Porte Lettres de fabrique
Turque , que vous m'aviez annoncé, orné
d'une broderie parlante ; et si cela se
peut dire , bien obligeante de la part de
ceux qui me font l'honneur de me l'envoyer.
Ils devoient en envoyer aussi l'interprétation
; car je ne sçai si nous aurons
bien réussi à expliquer les deux Vers Persans
qui sont si artistement brodez dessus.
C'est ce que vous pourrez faire examiner
par vos Experts . Voici comment
on a lû et interpreté icy cette galanterie
orientale.
Djah toй hemtchou ni i met ferdaous bi zevăl ,
Felicitas tua sicut gratia Paradisi sine defectu
Umr toй hemtchou middet eflāk bi chumăr,
Atas tua sicut spatium sæculorum sine numero.
On s'est servi de la Langue latine pour
mieux rendre l'original Persan , auquel
les Vers suivans , ajoutez par l'Autheur
ême de la Traduction , pourront servir
de Paraphrase :
II. Vol. Djij N...
2830 MERCURE DE FRANCE
N... qu'un bonheur durable
Soit compagnon de tes travaux ,
Qu'il soit exempt de tous les maux ,
Qu'aux biens du ciel il soit semblable.
Que des jours longs et gracieux
Rendenr ton sort digne d'envie ,
Que le terme du cours des Cieux
Soit aussi celui de ta vie.
J'ai reçu presque en même- tems et da
-même Païs , une très- belle Cornaline ,
qui à, sans doute, servi de Cachet à quelque
dévot Musulman de distinction , car
on y lit ces mots Arabes , tres-bien gravez
en caracteres Persans : Mazhar ila
faiz Aichay , c'est- à-dire , protegé par les
faveurs d'Aichay.
Aichay ou Aischah est une Personne
des plus respectables du Mahométisme
en qualité de troisiéme Femme de Mahomet
, et de Fille d'Abdallah , surnommé
depuis a Abubekre ou Pere de la Pudelle
, parce qu'à son exception , ce faux
Prophete n'a épousé que des Veuves . S'il
y a jamais eu des Héroïnes et des Femmes
sçavantes chez les Musulmans , cel
(a ) Abubckre , successeur immédiat de Mabomet
, et le premier des Califes.
11. Kola
k.
DECEMBRÉ . 1933 . 2831
le-cy doit être considérée comme la plus
celebre et la plus ancienne. Son autorité
dans la Religion fut grande de tout tems
parmi les Sunnites , ou les Orthodoxes
pour avoir retenu et transmis ce grand.
nombre de Paroles prétendues Remarquables
de Mahomet , et de Traditions ,
qui ont fait depuis un corps de Doctrine
appellé la Sunna. Aischah par cette raison
est souvent qualifiée de Nabiah ơs
de Prophétesse , et de Seddika , ou de témoin
fidele et authentique. Ils l'appel
lent aussi la Mere des Fidelles .
Sa renommée n'est gueres moins grande
dans l'Histoire du côté de la Politique
et du Gouvernement , et par la valeur
qu'elle fit enfin paroître à la fatale journée
du (a ) Chameau, dans la Bataille qu'elle
donna contre l'Armée d'Ali , pour vanger
la mort du Kalife - Othman , donnant
par sa présence et par son exemple le
mouvement et le courage à ses Troupes.
Bataille sanglante dans laquelle il y eut
près de zo mille Arabes de tuez sur la
place ; qu'elle perdit cependant avec sa
: ( a ) Ainsi nommée par les Historiens , à cause
du Chameau que montoit Aischah , lequel on ne
put jamais arrêter dans la mêlée , qu'en lui coupant
les Jarrets , ce qui donna lieu à la prise de la
Princesse , et à la déroute de son armée , c. )
II. Vol. D iiij.li2832
MERCURE DE FRANCE
liberté. Ali la lui rendit depuis , en la
renvoyant à Médine, où elle mourut l'an
58 de l'Hégire (a) , c'est à.dire fort âgée,
et fut inhumée auprès de Mahomet son
Epoux.
Je vous envoye avec plaisir, le Plan de
la Principale Face de la Mosquée de sainte
Sophie de Constantinople , gravé icy
par le Sr Surugue , Graveur du Roy , à
l'occasion duquel on a fait en peu de
mots la Description et l'Histoire de ce
fameux Temple, dans le II.Vol.du Mercure
de Juin 1732. Cette Description a
donné lieu à une Critique . M. A .. . de
Marseille , qui a séjourné à Constantinople
, soutient que l'eau de la Mer entre
dans les voutes souterraines , sur les
quelles tout l'Edifice est bâti , et qu'on
peut y aller en Batteau ; circonstance
qu'il ne falloit pas , dit-il , omettre dans
cette Description ; promettant de don
ner là-dessus un Ecrit , qu'il ne donne ce
pendant point.
J'admire , Monsieur , votre complaisance
, laquelle , quoique persuadé du
contraire , par la haute situation où se
trouve cette Mosquée , et par son grand
éloignement du Niveau de la Mer , vous
a porté à vouloir éclaircir ce fait extraor
(a ) 677 de JESUS -CHRIS T.
1x 11. Vol.
diDECEMBRE.
1733. 2833
'dinaire. Cet article de votre Lettre est
réjouissant ; il me semble vor ce vieux
Officier de la Mosquée , chargé du soin
de conduire par tout les Etrangers de
distinction , que vous avez consulté,douter
d'abord , si on lui parloit sérieusement
, puis hausser les épaules , éclater
de rire , et enfin après avoir repris son
sérieux , et bien promené sa main sur sa
barbe , vous assurer gravement qu'il n'y
avoit point d'autre Eau sous Sainte Sophie
, que celle d'une Citerne tres - spacieuse
, d'où on la tire pour l'usage des
Gens attachez au service de la Mosquée ,
par un Puits , dont l'ouverture est dans
le Temple même , et que le reste de ces
Voutes souterraines est divisé en plusieurs
Magazins remplis de Munitions de
Guerre , &c. Cet article mérite d'être
communiqué à M. A... si ses autres Mémoires
sur Constantinople ne sont pas
plus exacts , on ne lui conseille pas de les
mettre au jour.
Au reste j'ai été ravi de voir confirmer
par votre Officier de Sainte Sophie , tout
ce que Guillaume-Joseph Grelor, fameux
Ingénieur François , avoit déja dit de
Eaux souterraines de cette Mosquée
presque dans les mêmes termes , en mar
quant dans ses Plans , la Place précise
II. Vol Dv P
2834 MERCURE DE FRANCE
Puits , de la Citerne , des dégrez pour
descendre aux différens Robiners , & c,
Ce qui marque la grande exactitude de
ce Voyageur , envoyé exprès dans le Levant
par le feu Roy , et dont nous avons
un excellent Ouvrage sur Constantino
ple. Je suis , Monsieur , & c.
A Paris , ce fuillet 1733 .
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Résumé : SECONDE Lettre de M. D. L. R. sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
La lettre de M. D. L. R., datée de 1732, répond à une missive reçue de Constantinople le 30 mars 1732, qui interrogeait la véracité de ses propos sur la littérature des Mahometans et des Turcs, publiés dans le Mercure de Septembre 1732. L'auteur affirme avoir écrit sérieusement et sans exagération, s'appuyant sur des autorités et ses propres lectures. Il mentionne que son voyage au Levant et ses lectures des ouvrages orientaux, ainsi que ses échanges avec des savants comme François Pétis de la Croix et Antoine Galland, l'ont détrompé sur l'ignorance supposée des Turcs. Ces savants ont rapporté des connaissances orientales et des manuscrits précieux, comme la Bibliothèque de Hadji Calfa, qui démontre la culture scientifique et artistique des Orientaux. L'auteur cite également le Comte de Marsigli, dont l'ouvrage sur l'État militaire de l'Empire Ottoman atteste de la culture et des études des Turcs. Il encourage son correspondant à apprendre le turc pour se rendre compte par lui-même de la richesse littéraire et scientifique de cette nation. La lettre se termine par une discussion sur l'impropriété du terme 'Sophi' pour désigner le roi de Perse et l'annonce de la réception d'un porte-lettres turc brodé. Le texte traite également de divers sujets historiques et culturels. Il commence par une traduction en vers français d'un texte persan souhaitant un bonheur durable et exempt de maux. Il mentionne une cornaline gravée en caractères persans, appartenant à un dévot musulman, avec l'inscription 'Mazhar ila faiz Aichay', signifiant 'protégé par les faveurs d'Aichay'. Aichay, ou Aïcha, est identifiée comme la troisième femme de Mahomet et la fille d'Abdallah, surnommé Abou Bakr. Elle est respectée pour son savoir et son rôle dans la transmission des paroles de Mahomet, ce qui lui vaut le titre de 'Mère des Fidèles'. Aïcha est également célèbre pour son intervention dans la bataille du Chameau contre l'armée d'Ali, après l'assassinat du calife Othman. Elle fut capturée et plus tard libérée par Ali, retournant à Médine où elle mourut à un âge avancé. Le texte aborde également la mosquée Sainte-Sophie à Constantinople, en mentionnant une critique de M. A... de Marseille, qui affirme que l'eau de la mer pénètre dans les voûtes souterraines de la mosquée. Cette affirmation est contestée par un officier de la mosquée et confirmée par les observations de Guillaume-Joseph Grelot, un ingénieur français. Le texte se termine par une confirmation de l'exactitude des descriptions de Grelot concernant les eaux souterraines et les installations de la mosquée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 179
De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
Début :
La quatriéme Sultane est accouchée le 10 de ce mois d'une Princesse qui a été nommée Mihr- Scha [...]
Mots clefs :
Sultane, Princesse, Tremblement de terre, Mosquée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
De CONSTANTINOPLE , le 16 Décembre 1762.
La quatriéme Sultane eft accouchée le 10 de ce
mois d'une Princeſſe qui a été nommée Mihr- Scha
Sultane. Il n'y a point eu de réjouiffance à cette
Occaſion .
Suivant quelques Lettres des Dardanelles , on
y a reffenti le 2 du mois dernier entre onze
heures & midi , deux fecouffes violentes de tremblement
de terre , & le 7 il s'eft élevé à une heure
de nuit un ouragan terrible , qui a déraciné les
arbres dans les jardins & dans les campagnes , &
a renversé plus de cent maiſons & un Minaret ,
qui , en retombant fur la Moſquée , a fort.endommagé
cet édifice.
La quatriéme Sultane eft accouchée le 10 de ce
mois d'une Princeſſe qui a été nommée Mihr- Scha
Sultane. Il n'y a point eu de réjouiffance à cette
Occaſion .
Suivant quelques Lettres des Dardanelles , on
y a reffenti le 2 du mois dernier entre onze
heures & midi , deux fecouffes violentes de tremblement
de terre , & le 7 il s'eft élevé à une heure
de nuit un ouragan terrible , qui a déraciné les
arbres dans les jardins & dans les campagnes , &
a renversé plus de cent maiſons & un Minaret ,
qui , en retombant fur la Moſquée , a fort.endommagé
cet édifice.
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 16 Décembre 1762.
Le 10 décembre 1762, la quatrième sultane a donné naissance à une princesse nommée Mihr-Scha Sultane sans célébrations. Le 2 décembre, deux forts tremblements de terre ont été ressentis. Le 7 décembre, un ouragan a déraciné des arbres, détruit plus de cent maisons et un minaret, endommageant une mosquée.
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