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Détail
Liste
1
p. 52-92
Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
Début :
J'ay ramassé avec soin toutes les Lettres qui parlent de [...]
Mots clefs :
Tripoli, Flotte, Amiral, Marquis, Chaloupes, Muraille, Vaisseaux, Armée, Guerres, Charles Quint, Turcs, Gouvernement, Grand seigneur, Forteresse, Mer, Bombardement, Galiotes, Ennemis, Bombes, Port, Cavalerie, Lieutenant, Funeste, Marchands, Otages, Trésors, Diamant, Joyaux, Argent, Ornements, Signature de paix, Blessés
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texteReconnaissance textuelle : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
J'ay ramaffé avec foin tou
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
tes les Lettres qui parlent
de l'affaire de Tripoli, afin de
vous en donner uneRelation
plus ample que celles qui ont
efté veuës ; c'est ce que je fais
toûjours , quand jay à traiter
quelque matiere importante
. La Flote commandée
par M. le Maréchal d'EGALANT.
53
ftrées Vice-Amiral de Fran
ce , eftant partie le 17. de
Juin de l'Ifle de Lampedouze
, arriva le 19. devant Tripoli
, où M. le Marquis
d'Anfreville croifoit avecM.
de Nefmond. L'on moüilla
avec un tres-beau temps, environà
deux lieues au large
de la Ville ; mais lefond s'étant
trouvéfort méchant,M.
de Tourville, fuivy de quelques
Chaloupes armées , alla
la nuit pour fonder jufque
fous les Murailles de Tripoli
; & ayant trouvé un plus
beau fond , M. d'Anfreville
E iij
54 MERCURE
leva l'Ancre , & alla moüiller
avec un autre Vaiffeau à
une lieuë de la Ville . Enfui
te le refte de l'Armée appareilla
pour venir moüiller
fur la mefme ligne. L'on
ne fçauroit découvrir que
les Murailles & les Fortereffes
, parce que la Ville eft
baffe , auffi bien que toute la
Cofte , qui eft fi dangereufe
, qu'il y a eu quelques-uns
de leurs Vaiffeaux qui s'y
font perdus. Cette Ville
qu'on appelle Tripoli de
Barbarie , eft grande , fort
ancienne , & la Capitale
f
1
GALANT. 55
d'un Royaume de ce nom .
Elle a efté baſtie par les Romains
fous le Régne de Trajan
, dont on voit encore diverfes
antiquitez. Elle porte
le nom de Tripoli , à caufe
de trois grands Ecueils ou
Rochers à fleur d'eau , qui
font à l'entrée de fon Port.
Elle a efté aux Genois qui
en furent chaffez par les Efpagnols.
Ce fut Dom Pedro
Navarro qui la prit en
1503. Ce Capitaine Efpagnol
eft celuy qui s'eſt ſignalé
dans les Guerres que
nous avons eues en Italie..
F iiij
56 MERCURE
L'Empereur Charles Quint,
donna Tripoli aux Chevaliers
de Jerufalem en 1525.
aprés qu'ils eurent perdu l'Ifle
de Rhodes
en 1522. Sinam
Bafla & Dragut Amiraux
de Soliman Empereur des
Turcs, ayant affiegé Malthe
inutilement , prirent Tripoli
en 1551. avec une Armée
Navale de cent cinquante
Vaiffeaux. Les Turcs en
eftant les maiſtres , en firent
un Gouvernement , où ils
envoyerent un Bacha ; mais
les Peuples s'eftant apperceus
que ces Bachas qui n'y
GALANT. $7
demeuroient que trois ou
quatre ans , emportoient des
fommes confiderables , ce
qui leur eſtoit d'un grand
>
préjudice
de ce dangereux Gouvernement
& fe mirent fur le
pied de Republique , commandée
par un d'entr'eux,
comme Tunis & Alger , ce
qui s'eft maintenu jufqu'à
prefent fous la protection du
Grand Seigneur. La principale
de leurs Fortereffes , &
qui avance le plus dans la
mer , s'appelle le Mandry.
C'est une groffe Tour gars'affranchirent
58 MERCURE
nie de Canon , & bien bâtie.
Il y en a plufieurs autres
fur le bord de la Mer.Le
Corps de la Place eft caché
par deux grands Baſtions
affez forts , fur lesquels il y
a plufieurs embrafeures . On
y compte foixante quatre
pieces de Canon en batterie.
L'Etat eft affez grand
entre la Mer & le Royaume
de Tunis , mais il y a peu
de Villes. Outre une premiére
Ville de Tripoli auffi
en Afrique , nommée Tripoli
Vecchio , qui eft l'ancienne
Sabrata fur la Mer MediterGALANT.
59
ranée , & dont l'air eft fi
mauvais , qu'elle eft prefque
demeurée fans Habitans , il
fe trouve encore deux autres
Villes de ce mefme
nom , qui appartiennent au
Turc. L'une eft Tripoli de
Natolie , Ville de la Turquie
d'Afie fur la Mer noire , &
l'autre Tripoli de Surie , Ville
& Port de Mer d'Afie, fur
la Mediterranée .
M. le Maréchal d'Eftrées.
ayant mouillé devant Tripoli
, & le mauvais temps
ne permettant pas d'abord
de rien entreprendre , on fe
60 MERCURE
contenta d'envoyer toutes
les nuits quelques Chaloupes
en garde , avec d'autres
petits Baftimens , où les Genéraux
s'embarquerent pour
reconnoiftre l'entrée du
Port , & faire prendre un
Plan de la Place qui fuft regulier.
Cela ſe fit juſqu'au 22 .
de Juin , que l'on donna ordre
aux cinq Bombardes
de fe préparer. Les Capitaines
firent démâter leurs
Huniers , & mirent leurs
Mortiers en place. Les
Chaloupes des Vaiffeaux de
Guerre allerent moüiller
GALANT. 61
des Ancres à portée de Canon
de la Ville , afin de ſe
pouvoir haler fur ces Ancres
pour tirer. On travailloit
avec une extréme diligence
lors qu'on découvrit fur la
Cofte trois Galiotes à Rames
, commandées par M.
le Motheux . M. du Mené,
& M. de Septemes qui
avoient quitté l'Armée par
ordre la
rejoignirent ce
mefme jour , & fournirent
des
détachemens pour le
foir. Ils furent compoſez de
quatorze grandes Chaloupes
à Rames ; des trois Ga
62 MERCURE
liotes , & de plufieurs autres
Baſtimens pour le ſervice
des Bombardes , qui commencerent
àfe haler fur les
huit heures du foir. M. de
Tourville qui commandoit
l'attaque , fit pofter les Baſtimens
armez à l'entrée du
Port , pour empefcher les
entrepriſes des Ennemis , &
les Galiotes à Bombes eftant
poftées à l'endroit marqué,
commencerent de jetter des
Bombes dans la Ville vers
les dix heures de ce mefme
foir. M. de Landoüillet,
Commiffaire Genéral , &
GALANT. 63
commandant une Compagnie
de Bombardiers , & M.
de Pointy commandant les
Galiotes à Bombes , avoient
fi bien mis toutes chofes en
état , qu'elles réüffirent comme
on fe l'eftoit promis .
Les Bombardiers tirerent
fort jufte ; mais cette Ville
qui les autres nuits avoit
fait un feu confiderable de
Moufqueterie fur nos Chaloupes
, qui n'en pouvoient
eſtre endommagées , changea
de conduite , & ne tira
pas un feul coup fur les
Bombardes qui en eſtoient
64 MERCURE
fort proches , & dont elle eftoit
tres-incommodée . L'on
continua de rirer juſqu'au
lendemain 23. à fix heures
du matin , que les détachemens'
fe retirerent avec les
Bomb.rdes , aprés avoir jetté
cinq cens Bombes . Pendant
tout ce temps , foit
que le feu de ces Bombes
qui tomboient dans les Batteries
des Tripolins, les empeſchaft
d'y refter,foit qu'ils
fuffent perfuadez qu'il eftoit
inutile de tirer , ils furent
toûjours dans une égale tran
quilité.
GALANT. 65
Les Bombardes demeurerent
au Poſte du Moüillage
jufques au foir qu'elles eurent
ordre de fe préparer avec
les Détachemens ordinaires
. Elles prirent chacu--
ne cent Bombes , &
du
leur eftoit neceffaires
le vent s'eftant rafraifchy ,
elles ne purent tirer que fur
les deux heures aprés minuit
24. ce qu'elles firent, fans
eftre incommodées du Canon
de la Ville , non plus
que le jour précedent, quoy
que les Bombes y fuffent jetrées
fi jufte , qu'on y vit le
Louſt 1685.
F
66 MERCURE
feu en plufieurs endroits.
M. le Maréchal d'Eftrées
ayant un autre deffein que
de leur jetter des Bombes,
commanda un détachement
pour aller fonder jufdans
le Port le fond
qu il pouvoit avoir , & defcendre
fur l'écueil le plus
proche de la Ville , afin de
voir s'il y auroit affez de terrain
pour y dreffer une Batterie
, d'où l'on puſt ruiner
la Place & les Fortereffes.
M. de Landoüillet , & M. de
Pointy s'embarquerent dans
une Chaloupe , & partirent
GALANT. 67
›
à dix heures du matin pour
aller au Port avec une Ga--
liote à Rames , commandée
par M. le Motheux , & cinq
Chaloupes
armées. Les Tripolins
commencerent
alors
à faire un grand feu ; mais ,
leur
Canon , quoy que
bien fervy ,
n'empefcha pas
que l'on n'abordaft
l'Ecueil,,
qui eft à une portée de
Moufquet de la Ville , & par
confequent
exposé à toutes
leurs Batteries M'S de Lán--
doüillet & de Pointy mi--
rent pied à terre fur l'Ecueil ,
&
connurent tout qui pou
E ij
68 MERCURE
voit fervir au deffein qu'on
- avoit pris. Pendant que les
cinq Chaloupes , malgré le
feu violent que faifoient les
Ennemis , fonderent dans le
Port , & à l'entour de l'Ecueil
, où l'on trouva un
beau fond , on vit au bord
de la Mer quantité de Troupes
de Cavalerie & d'Infanterie
, fur lesquelles M. de la
Guiche Lieutenant de Vaif
feau , commandant la premiere
des cinq Chaloupes,
tìra quelques coups de Canon
; ce qui furprit d'autant
plus les Ennemis , qu'ils n'aGALANT.
69
voient jamais veu que des
Chaloupes euffent du Canon.
Ceux qui eſtoient fur
l'Ecueil
, ayant remarqué
tout ce qu'ils vouloient fçavoir
, fe rembarquerent
, &
revinrent avec le détachement
. Plufieurs Boulets de
Canon porterent dans la
Galiote à Rames , de l'éclat
de l'un defquels , M. le Motheux
qui la commandoit
,
eut la cuiffe fracaffée . Trois
Soldats ou Matelots
y furent
auffi bleffez. Il y eut
plufieurs coups de Canon
dans les autres Chaloupes
;
70 MERCURE
mais elles n'en receurent au
cun dommage. M. le Comte
d'Eftrées , commandant
le Capable qui eftoit à la voile
pendant cette affaire , re--
vira de bord fur les Fortereffes
pour les canonner ;;
mais les Chaloupes s'eftant
retirées de deffous le feu
de la Ville , & le Vent s'étant
rafraiſchy , il revint :
moüiller auffi bien que la
Galiote qui avoit tiré
des Bombes jufqu'alors. Il
en tomba quelques - unes
dans la Ville , tandis que
le :
Peuple eftoit affemblé. Elless
GALANT. 71
tuerent environ trente
Hommes , & ce fracas fit
pouffer des cris épouventables.
Les Tripolins déconcertez
par l'effet des Bombes
, & incertains de ce
qu'on vouloit entreprendre
dans leur Port , fongerent
à fe garantir d'une Guerre,
dont la fin ne leur pouvoit
eftre que funefte , ce qu'ils
jugeoient aisément par l'intrépidité
de ceux qui en
plein jour , & malgré un feu
continuel , avoient abordé
un endroit , dont ils fe
croyoient entierement maî72
MERCURE
'
tres.
-
Ainfi ils réfolurent
d'envoyer demander la Paix,
& fur le midy on vit fortir
une Chaloupe avec un Pavillon
blanc. Elle vint à
bord de M. le Maréchal d'E
ftrées , & il parut un Vieillard
âgé de quatre – vingt
quatorze ans , qui aprés l'avoir
falué, luy dit. Jefuis l'infortuneTrik
, Beaupere de Babahaffan,
chaffe d' Alger ily a deux
ans, aprésy en avoir regné vingt
en qualité de Dey, & toujours
Amydes François .Je viens de la
du Divan de Tripoli , pour
Sçavoir ce que vous souhaitez,
part
&
GALANT. 73
eftre Médiateur de la Paix.
Cette propofition fut fort
bien receuë. M. le Maréchal
d'Eftrées répondit
, que
les Tripolins n'ignorant pas
les raiſons qui obligeoient
les François à les attaquer,
pouvoient aisément s'imaginer
de quelle façon il fal-
Toit agir pour faire finir la
Guerre ; qu'il vouloit bien
faire dreffer des Articles, fur
lefquels ils auroient à prendre
leurs meſures , & que
pour leur en faciliter les
moyens , non feulement il
leur accordoit une Tréve
Aoust 1685.
G
74 MERCURE
jufqu'au lendemain midy;
mais mefme qu'il leur envoyeroit
des Officiers auf
quels ils pourroient déclarer
leurs fentimens , mais
que s'ils vouloient profiter
d'une occafion fi favorable,
il falloit le faire fans aucun
delay , parce qu'il n'avoit
pas envie de perdre un feul
moment de beau temps.
Trik promit de leur faire
entendre ponctuellement
ces circonftances , & aprés
avoir affeuré M. le Maréchal
d'Eftrées qu'il avoit laiffé la
Villle dans une entiere dif
GALANT. 75
pofition à la Paix , il partit
du Vaiffeau laiffant pour
Oftage un des principaux
de Tripoli , qui eftoit venu
avec luy , pendant que M.
de Reymond , Major de
l'Armée , & M. de la Croix
Interprete, iroient à la Ville.
On tira cinq coups de Canon
pour le falüer à fon départ
, ce qui raffeura les Habitans
, que l'effet des Bombes
avoit jettez dans une
confternation
ble.M.de Reymond y partit
dans le mefme temps avec
M. de la Croix , & eſtant arinexprima-
Gij
76 MERCURE
rivé à la Ville , il fe rendit
chez le Dey, auquel il dit de
la part de M.le Vice- Amiral,
que l'on eftoit informé du
deffein que les Tripolins
avoient de faire la Paix , &
que s'il vouloit fçavoir à
quelles conditions on la
pouvoit obtenir , il n'avoit
qu'à préparer fon Confeil,
auquel on viendroit les expliquer
le lendemain . Le
Dey témoigna beaucoup de
joye d'une déclaration fi
avantageufe ; il affeura qu'il
employeroit tous les foins
pour mettre les Affaires en
GALANT. 77
état d'eſtre concluës au plûtoft
, & comme les honneftetez
font toûjours d'un
bon préfage dans le commencement
d'un Traité , il
en fit beaucoup à M. de
Reymond , qui en s'embar--
fut falué de plufieurs
quant y
coups de Canon .
Trix qui eftoit refté la nuit
dans la Ville , vint dés le ma---
tindu 25.à bord des Vaiffeaux , ›
pour prendre les Officiers
chargez des Conditions fous
lefquelles M. le Maréchal
d'Eftrées accordoit la Paix
aux Tripolins . Ils allerent
78 MERCURE
chez leDey ; & les plus confiderables
de Tripoli s'y eftant
rendus , on leut des articles .
Les principaux confiſtoient
à donner deux cens mille
écus pour le dédommagement
des prifes qu'ils avoiét
faites fur les Marchands Fráçois
, & à rendre tous les Efclaves
Chreftiens ; non feulement
les François , mais les
autres pris fous la Baniere
de France. Ils parurent étonnez
de ce qu'on leur demandoit
pour ce dédommagement.
Ils dirent qu'à la veri- ›
té ils avoient fait quelques
GALANT. 79
priſes , mais qu'il s'en falloit
beaucoup qu'elles n'allaſſent
à une fomme fi confiderable .
Ils ajoûterent qu'il leur feroit
entierement impoffible
de la trouver ; & ayant of
fert cent mille écus , ils prierent
avec tant de foûmiffion
& d'inftance qu'on diminuaft
la fomme qui leur ef
toit demandée
, que pour fi
nir toute conteftation , on la
modera à celle de cinq cens
mille livres ; ils tomberent
d'accord de la donner , avec
tous les Efclaves François
, &
dirent qu'à l'égard de la fom-
•
Giiij
80 MERCURE
me , ils en payeroient une
partie dés le lendemain , &
qu'ils fourniroient le refte
dans le terme de vingt jours.
On leur en accorda quinze,.
à condition que pendant ce
temps , ils envoyeroient des
Boeufs chaque jour pour la
fubfiftance des Equipages.
Pour ce qui eft des Efclaves,
ils affeurèrent qu'ils alloient ,
commencer à rendre tous
ceux qu'ils avoient dans la
Ville & fes Dépendances ,
environ au nombre de deux
cens, & que quatre cens autres
eftant partis dans les fept
GALANT. 8t
Vaiffeaux qu'ils avoient au
fervice du Grand Seigneur
contre les Venitiens , ils envoyeroient
dix des Principaux
d'entr'eux pour Oftage
en France , juſqu'à ce que
le retour de ces Vaiffeaux
les mift en pouvoir de renvoyer
ces Efclaves . Ils en
rendirent cent quatre -vingtdés
le lendemain 26. & envoyerent
deux Oltages. M..
Robert Commiffaire de la
Marine , alla ce mefme jour
à la Ville avec M. Biet , Secretaire
de M. le Maréchal
d'Etrées, pour recevoir cent
82 MERCURE
cinquante mille livres , qu'ils
avoient promis de donner.
Ils manquerent de parole ,
& n'apporterent que fort
peu de chofe , alleguant des
difficultez que le Peuple avoit
fait naiftre . C'eſtoient
autant de fauffes raifons ,
pour voir s'il n'y auroit pas
moyen de diminuer la fomme.
Cette conduite penfa
leur coûter de nouvelles pertes
. Les Galiotes à Bombes
s'eftoient retirées d'auprés
de la Ville. On les avoit fait
remafter de leurs Mafts de :
Hunes , & elles avoient reGALANT.
83
pris leurs voiles , & tout ce
qu'elles avoient quitté pour
tirer. M. le Vice - Amiral
voyant les Tripolins en balance,
leur fit dire qu'il trouveroit
les moyens de fe faire
tenir parole. En mefme teps
il ordonna aux Bombardes
de fe tenir preftes pour jetter
des Bombes au premier
fignal . En effet, elles mirent
bas leurs Mafts de Hune , &
s'approcherent de la Ville.
Cette difpofition effraya les
Tripolins . Ils avoient éprouvé
à leurs dépens ce qu'ils
avoient à craindre des Bom84
MERCURE
bes ; & le Dey voyant qu'on
alloit recommencer tout de
bon à en jetter , refolut de
tout remettre en uſage pour
en détourner l'effet. Le peuple
fe laiffa perfuader aiſément
, & offrit de contribuer
autant qu'il pourroit au
payement d'une fomme qui
devoir finir la guerre . On
impofa une taxe , & quelques
- uns des principaux
ayant dit qu'il eftoit honteux
d'accepter la Paix, & de
rendre les Efclaves , le Dey
fit couper la tefte à
des al riches ; &
quatre
par cet
GALANT. 85
1
I
exemple , cruel à la verité ,
mais fort neceffaire , il donna
lieu à la contribution de
la fomme que les Tripolins
avoient accordée. C'eft ce
qu'on apprit d'une Chaloupe
qu'ils envoyerent à bord.
Le 27. outre l'argent monnoyé,
& les lingots , ils apporterent
des bagues , des
colliers, des diamans , & plufieurs
autres joyaux de prix,
qu'ils ne faifoient point difficulté
d'ofter à leurs fem
mes , pour affeurer leur repos.
Ils rendirent auffi un
Vaiffeau Marchand du Ca86
MERCURE
pitaine Jean Carle de Marfeille
, qu'ils avoient pris
quelque temps auparavant.
Ils eurent jufqu'au 9. de Juillet
, à fournir la fomme entiere
, foit en argent , foit en
marchandiſe ; & ils donnerent
jufqu'aux Lampes d'argent
de la Sinagogue des
Juifs , aufquelles ils ajoûterent
des Harnois enrichis
d'argent , les ornemens des
Mitres des Janiffaires , & la
Pomme d'argent doré du
grand Etendard . M. le Vice-
Amiral avoit refolu de ne
point figner la Paix qu'aprés
GALANT. 87
ce temps-là ; mais ayant appris
que le Peuple qui avoit
abandonné la Ville , ne vouloit
point y rentrer qu'on ne
l'euft mis hors d'eftat de
craindre les Bombes , envoya
fon Secretaire à la maifon
du Dey , qui de fon coſté
luy envoya un Chaoux pour
ratifier la Paix . Ainſi M. de
la Croix, qui en avoit mis les
Articles en langue Turque ,
les leut en plein Divan ; &
aprés cette lecture , les Tripolins
la fignerent , & y mirent
le Sceau . Ils tirerent
vingt- cinq coups de Canon ,
88 MERCURE
pour faire paroiftre leur rẻ-
joüiffance ; & ils en tirerent
enfuite un pareil nombre
pour falüer M. le Maréchal
d'Eftrées. Un Patron Maltois,
forty de leur Port, avoit
affeuré qu'il y avoit plufieurs
maifons abattuës , plus de
trois cens perfonnes tuées ,
& que tous les Habitans ef
toient fi épouvantez
, qu'il
n'y a rien qu'ils n'euffent
donné pour avoir la Paix . Ils
demanderent un Conful de
la Nation Françoiſe , & M.
Martinet fut nommé pour
cet Employ , en attendant
GALANT. 89
les ordres de Sa Majesté. Si-
I toft que le Pavillon de Fran- -
ce parut fur la Maiſon , les
Tripolins tirerent encore
vingt-cinq coups de Canon
pour le falüer.
3
Cette Relation vous fem
bleroit imparfaite, fi je la finiffois
fans vous dire quel--
que chofe de particulier
de M. le Motheux , Capitai--
ne de Fregate legere , qui a
efté le feul Officier bleffe . Il
eut la cuiffe caffée en deux
endroits d'un éclat de boulet
de Canon, qui donna dans
la Galiote qu'il comman
Aguſt1685
H.
90 MERCURE
-
doit, comme je vous l'ay dé
ja marqué. M. le Motheux
eft tres diftingué dans le
Corps de la Marine. Il n'a
trouvé aucune occafion de
fe fignaler , qu'il n'ait embraffée
avec une ardeur digne
de fon zele. Il commandoit
une Galiote à l'affaire
d'Alger ; & il s'expoſoit avec
tant d'intrepidité & de valeur
, que les Officiers Generaux
furent obligez de luy
envoyer dire qu'il fe retiraft ;
à quoy il répondit , qu'il ef
toit neceffaire qu'il occupaft
le Poſte où il eftoit pour le
1
GALANT. GT
fervice de Sa Majesté . A la
defcente qui fut faite à Ge
nes , il fe trouva à la tefte des
Grenadiers , qui chafferent
tout ce qu'il y avoit de Troupes
dans Saint Pierre d'Are
ne ; & le refte de la Campagne
, il eut le commande--
ment de trois Galiotes à Ra-+
mes , avec lesquelles il pritt
dans la Riviere de Gehes
plufieurs petits Baftimens ,
qu'il aima mieux brûler que
d'écouter aucune ' dest propofitions
que luy firent lest
Proprietaires de ces Baftia !
mens, qui fe foûmettoient ài
Hij
92 MERCURE
luy payer tout ce qu'il voudroit
leur demander pour les
rendre . Il leur répondit , que
les Officiers qui avoient l'ho
neur de commander les Vaiffeaux
du Roy, eftoient incapables
de confentir à des
compofitions qui leur fuf
fent perfonnelles , & fit mettre
le feu à leurs Baftimens.
en leur preſence.
Fermer
Résumé : Relation de tout ce qui s'est passé à Tripoly. [titre d'après la table]
En juin, le maréchal d'Estrées, vice-amiral de France, mena une expédition contre Tripoli. La flotte, partie de Lampedouse, atteignit Tripoli le 19 juin. Cette ville, ancienne capitale romaine, était alors sous contrôle ottoman dirigé par un bacha. En raison du mauvais temps, la flotte française envoya des chaloupes pour explorer le port. Le 22 juin, les bombardes françaises commencèrent à bombarder la ville. Les défenseurs de Tripoli ne répondirent pas aux tirs. Les Français réussirent à aborder un écueil près du port et à le sonder, ce qui impressionna les habitants de Tripoli, les incitant à entamer des négociations de paix. Un représentant tripolin, Trik, proposa une médiation, et une trêve fut accordée jusqu'au lendemain midi. Les négociations aboutirent à un accord stipulant que Tripoli devait verser 500 000 livres pour compenser les prises faites sur les marchands français et libérer les esclaves chrétiens. Initialement, les Tripolitains ne respectèrent pas leur promesse, mais ils finirent par payer la somme totale en argent et en biens précieux. La paix fut officiellement signée le 9 juillet. Les Tripolitains demandèrent la nomination d'un consul français, et Monsieur Martinet fut désigné pour ce poste. Le capitaine Motheux, blessé lors de l'incident, était reconnu pour son courage et son dévouement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 336-355
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous tiens parole touchant les nouvelles de Siam, que [...]
Mots clefs :
Siam, Roi de Siam, Prince, Flotte, Hollandais, Constantin Phaulkon, Roi de Jambi, Prince Makassar, Clémence, Barcalon, Clémence, Religion, Tenasserim
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
- Je vous tiens parole touchant
les nouvelles de Siam,
que je vous promis le mois
passé, & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez
entre mes mains sur la mesme
affaire. Le premier vient d'un
lieu qui n'est éloigné que de
trois ou quatre journées de
Siam;& l'autreest tiré d'une
Lettre venuë de Siam mesme.
Vous les trouverez differens
en quelques endroits, mais
vous ne devez pas vous en étonner.
Nous voyonssouvent
que plusieurspersonnes qui
ont eux-mesmes vu ce qu'ils 4
racontent
racontent, le rapportent difseremment.
Quoy qu'il en
foit , à quelques doutes prés,
vous ne laisserez pas de connoistre
la verité du fait dont
il s'agit. Si l'on pouvoit aisément
avoir des éclaircisse,
mens de six mille lieuës, je
vous envoyerois une Relation
plus reguliere. Ce qui
fuit l'est pourtant assez pour
meriter d'estre lû.
On a etrvoje de Siam à Paris
un détailde la Conjpiration
tyittnPrinceMacassary afaite,
&comme je croyqu'elle tombera
entre vos mainsJje ne
-
njousen
écris point toutes les particularite^.
je vous dirayfeulement
que ce Prince ejloit Frere
j ou
proche Parent du Roy qui gouyernoitlifte
de MacajJar lors
lqeusi les Hollandois s'en rendirent
Maigrest&qu'il 'Vint chercher
azjle à Siam, ou je l'ay 1.;Û1
tycuilvivoitenperjonneprivée.
LaConspiration ayant.eslé découverte,
le Roy de Siam envoya
offrir la grâce à tous ceux quiy
éwoient trempé" & ils ne voulurent
point l'accepter. On resolut
de les forcer dans leurCamp.34
qui efi à un quart de lieue de U
pille-Capitale. On envoya desTroupes
pour cela. Il n'y avoit
que deuxcensMacajjars
)
quelques-
uns disent mejme beaucoup
moins ; mats comme ce
font des gens qui ne reculent »' jamais quand ils ont mangé
leur^Amphion ou Opium, &
qu'ilsJefontdétermine^ a mOt:-
rir, on nepeut les exterminer
qu'avec peIne) & aprèsavoir
perdu beaucoup de monde. plusieurs
Anglois particuliers &
Serviteurs du Royje trouvèrent
dans l'aéîion.Les Officiers de Lt
* Compagnie & quelques au'rcs jjde !.~
Françoisvoulurentc'ire Lt
, partie. L'on fit la brers.cr- ch-fcentedans
le Camp desMacaf
fars en petit nombre &sans,
ordre. L'on fut repousé& oblige
de regagner les Balons ou
Chaloupes. Quarre François y
furent tuez ounoye%.Quelques
Angloisperirent de mesme. Lion
se rallia
> & tony retourna anjec
plus de monde & plus de
précautionqu'auparavant. Les
Jlfacafjarsfe battirent en defef
pere-,1%. ; mais leur Prince ayant
este tue d'un coup de Afoufquet
parunFrançois3 la pluspart demeurerent
sur la place
y
& les
autres furentfaits prisonniers.
jay entendu dire a des person:.-
iftes qui s'efloient trouvées en
flufieurs"Combats5 qu'ils n'avaient
jarnais veu de gens f
flirieux,que ceux-là. Mr du
Hautmejnil emmene avec luy
les deuxFils de ce Prince Macassar.
On les envoie au Roy.
Je croy que ceJontles Peres TVJuites
qui- font ctharge^deles
frefenter,
Voicy l'autre Exrait qui
cft beauco p plusconfidcfable.
Ily a environ vingt-fat ans
• que les Hollandois s'eslans rendus
Maigres du pays de A^fa- •€affar3 qui est aPointe de 1*1fit
Celcbes, le Roy de Adacaffarfut
obligé de se retirer chez'le Roy
de Jambi
3
où il fut fort bien recc'u,
maisejlant naturellement
fort rfmuant, il ne put sempescher
de cabaler contre ce Roy
t
qui estoitJonbienfaiteur. La
ebofeayant esié découverte
3
on le fit mourir. Son Fils alla
si jetter aux pieds du Roy
de Jambi> auquel il representa
que nayant point eu de part a
la maunjaife conduite de[on Pere
til cfperoit de sa clemence
qu'il n'en auroit pointàfinsupplice.
En effet le Roy de Jambi
donna à ce jeune Prince MacaJfJY,
nonfeulement la permif-
Fon de se retirer où il njoudroït,
avec environ deux cens cinquan*
quanteA4aca(jars qu'il anjoit
avec hty3mais encore il leur
fournitunBajlîmrntPour aller
J'- 1 1 d,¿ns les Efiâts duRoy de Siam)
qui leur donna un Camp auprès
île laVille,pouryfaire commodene/'
it leur refdrnce
.>
demesme
que plufî:ro's autresNations qui
ont des Camps autour de Siam.
Ce PrinceMacajJar;, fort zelé
Mahometan3 ayant cru décou-
* urir depuisenviron trois ans3
, que le Royde Siamsongeoit a
* quitter le Pavanifme
3 ci donna
fiujjt-tojt avis au Roy de Perse
)
d}Jti envoya un Ambassadeurà Sa
JWajejléSiamoise3pour l'exhorter
À embrdJfer lAlcotan. Cet Amhafjadeurarriva
a Tennaferim
lors que M. le Chevalier de
Chaumont partoit de Siam pour
retourner en France3 fyy ayant
appris la bonne reception que le
Roy de Siam luy avoit faite3 il
crut que ce Prince avoitembrafe
l'Evangile3 parce que dans l'Orient,
lors que les Rois ontchajigédeReligion,
ils ont toujours
pris la Chreflienne> ou celle de
Adahomet3félon que ceux qui
se font
prefente%les
premiers,
pour les prier àembrajjer leur
Religion3 efioient Chrestiensou
MahometAns.Ainsi cet AmbaffadeurPersan
ne doutant pas
tauuya son retour en Perse on ne
sijs couper le cou parce qu'en
effet contre les ordres du Royjon
Afaiftre ilavoitbeaucoup plus
tardéqu'il ne devoit3 il s'égorgea
luy-mesme à Tennaferim..
Cette nouvelle qui affligea le
Prince Macassar> ne luy ossa
pas l'envie de conspirer contre la
vie du Roy de Siam,&de pren-
Mdre desmefkres pourvenir a bout
'deson deOeinJ qui devoit s'exe-
• euter le If.Aoust de l*année der:
niere. Il voulut en donner avis
aun grandSeigneur qui ejioit à Loi:voavecle
ROJI, qu'il ne
qu-iitoitpointacanjedeJes o de Î(es
Char-es> r<r!ny écrivitunBil- CI.
B
Ict par i:n
Àf.iC<fjarafjidé3qui
.J JJ.i qui
(!-
"Í ',', >.~
'!~ /7
'1 >
[J
!
i
-
r fiant entreclansicPalais,> v si fut
"(>',1 ,~f'~) '1 ,
il si' r',. '1
(¡
1 rcnco-itrit "d- >.r- Ad. \Ju"j.nc:..) de-
,', '1
Venu as/o7s' ipr>" .,r..r,c. alon pa,"r llaamtor,i
d,-cc!-
,''y CIIUI de ccl cette Cl;,ir- ':.Y qui Pccfdoit C7 arge.
M. Confiance ayant demandek
ce Afttcajjar qu'ilreconnut)
ce qu'ilvenoitfaire a Louvoy
& s'il ne Jçavoit pds qu'aucun
Etranger ne devoit entrer danJ
ia Maijon du Roysans en avoir
demandé lafermijJion.) iLletrou*
1Ja chancclant
>
ce qui luy fit
soupçonner quelque chosè
„ &
l'obligea d'ordonner qu'on le Ó
- fouetaft
> pour avoir ose entrer
cJJe;( le Roysans leconsentement
du grand Bdrcalon. Lors qu'on
voulut luyosier Id PttJïne, le , J'" Bilktdu PrinceMacaffarc3") qui
cJtoit en chiffre
3
tomhx de la
poche queles Siamois portentdit
devant de cet habillement. On
1
essay t en 'Vain de le déchiffrerj
cc qui fit refondresur le champ
a en mettre le Porteur a la que-.
ion,pour luy faire avouer la
ventéj ce qu'il fit aprèsquon
»
luy eutpromis de luy pardonner.
Lors qu'on eut appris que les
mejurfi soient ejicprises pour
le II. Aoust" & que le grand
,j'eigneur qui elloit alors en (our)
sefioitmis de la païtie., le Roy
-de Siam s'abandonna entierementa
M. Confiance pourfaire
et qu'il jugeroit A propos. Comme
M. Conjlace] est humain3 il
envoya quérir ce Seigneur, &
luy ayantfaitconnoistre que
tout estoit découvert, illuy conseilla
d'avoir recours ala clemence
du Roy
>
auprès duquel
il promit de leservir, A con.
dition qu'il avoueroit toutes
thofeSjCe qu'iljît avecfranchifl;
âpres quoyM. Confiancepartit
toute
la
nuit de Louvo pourse
rendre à Siam3 d'où il alla att
Camp desMacassars> où ayant
fait entendre à leurPrince que
sa Conspiration efioitdécouverte^ qu'il n'y avoitpointd'autre
farty à prendre rour luy que
d'avoir recours a la clemencè dM
Roy, ce Prince loin de l'écouterx
éclata en injures contre la condutte
duRoy de Siam, quil traita
de chien pour avoir préféré
l'Evangile à l'Alcoran. Cela fit
frefoudre M. Confiancederetourner
dans la Ville, ou il
vajjembla ce qu'il put d'amis3
pour venir assieger le Camp du
JMacafjars3 & poury prendre
Uur Prince; maïsayant debarqué
avec une vingtaine de sa
,oinis-, dont il connoijjoitle courage
& le Zele pour luy.) les
Siamois qui estoient dans les Ba-.
Ions pour lesoûtenir3 Je retire^
rent @' emmenoient les Ba-
Ipns, lors que M. Confiance s'é.
tant jette a l'eau pour les faire
revenir
3 en vint a tout fort
heureusement. Le Prince MacajJàr
les voyantvenir3fe presensaavec
deux cens desfient-*
la lance à la main pour les repousser.
M. Confiance efioitalors
devec.stes Troupes sur une pointe
de terre dont le Camp des Maçaffars
cfloit commandé ; leur
Prince efioit presl de le percer,
lors que tJH.Veret, Chef 4%
Comptoir de la Compagnie Fran.
çoife, s'avança
3 & retirant
A4, Confianced'un si grand pe*
ril? tira un coup de fusil dans
fépaule droite du Prince Ala*
cajfar, qui en moûtutpeu après3
ce qui obligea jes gens de Il
rendre. On en fit
mourirlesplus
coupables
3
, ù les autres furent tecondamne^ a porter de la terre refle de leur rouie. Les deux
>
fils de ce Prince malheureux
ont partis pour France>dans le
Navire nomméle Cochc, commandéfarAf.
de Hautmejnih
Cet Article de Siam m'engage
à vous dire que Ion a eu des nouvelles
des Ambaffadeuts de ce
Royaume là qui estoient en France.
Un coup de vent qui avoit incommodé
leur petite Flote, lors
qu'ilsestoient au Cap de Finistierre,&
qui les avoit tourmentez
pendant neuf jours , en separa une
Flûte, qui arriva le 4. de Juin sous
le Fort du Cap de BonneEsperance.
Elle dit qu'elle attendoitson
Amiral. Ce mot d'Amiral fit présuposerune
Flote considerable,& A
les Hollandois ayant pris l'alarme,
deffendirent à cette Flute de moüiller
fous le Fort; en sorte qu'elle fut
obligée de demeurer' deux jours
fous les Voiles, aprés quoy elle
fut réjointe par les autres Bastimens
au nombre de six qui composoient
cette Flote. Les Hollandois
ayant esté eclaircis de ce que
c'estoit
, ne voulurent d'abord permettre
de descendre
,
qu'aux Ambassadeurs,
auxCommandans,&
à cinquante des plus malades;mais
enfin les choses s'accommoderent;
il fut arresté que tout l'Equipage
& toutes les Troupes descendroient,
à condition que les premiers
cinquante qui auroient mis
pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps, & qu'il
enarienviseindroit cinquante autres, de tout le restejusqu'a
ce qu'ils fussent tous dcfcendus.
Celadura jusqu'au 27. du mesme
mois, que toute cette Flote- fit
voile pour Siam. Tant qu'à duré
le dé barquement
,
les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout le
Cap, & nos gens se sont fort rafraîchis,
8c ont eu beaucoup de
plaisir à en vi siter les beaux Jardins.
On a appris cesnouvelles
par la Fregate, nommée la Ma-
-ligne, qui est partie du Cap pour •
retourner en France, dans le mesme
temps que le reste de la Flote
en est partie pour Siam. Ce retour
avoitesté resolu dés que l'on
partitde Brest. Les Bastimens destinez
à faire le Voyage de Siam,ne
s'estant pas trouvez suffisans, pour
- porter tous les Balots, & tous les
vivres , on en ajoûta un qui eut
ordre de revenir quand la flote
feroitarrivée auCap,&cela, parce
que la plus grande partie des vivres
devant alors estre consumée,
la Fregate que l'on avoir ajoûtée
ne pourroit plus estre necessaire,
On a sceu que pendant tout le
cours de ce Voyage, les Jesuites
ont eu grand foin de faire faire
beaucoup d'exercices de pieté, à
quoy leurs exhortations & leurs
btornsiexbempulesén'o
les nouvelles de Siam,
que je vous promis le mois
passé, & vous envoye deux
Extraits de Lettres tombez
entre mes mains sur la mesme
affaire. Le premier vient d'un
lieu qui n'est éloigné que de
trois ou quatre journées de
Siam;& l'autreest tiré d'une
Lettre venuë de Siam mesme.
Vous les trouverez differens
en quelques endroits, mais
vous ne devez pas vous en étonner.
Nous voyonssouvent
que plusieurspersonnes qui
ont eux-mesmes vu ce qu'ils 4
racontent
racontent, le rapportent difseremment.
Quoy qu'il en
foit , à quelques doutes prés,
vous ne laisserez pas de connoistre
la verité du fait dont
il s'agit. Si l'on pouvoit aisément
avoir des éclaircisse,
mens de six mille lieuës, je
vous envoyerois une Relation
plus reguliere. Ce qui
fuit l'est pourtant assez pour
meriter d'estre lû.
On a etrvoje de Siam à Paris
un détailde la Conjpiration
tyittnPrinceMacassary afaite,
&comme je croyqu'elle tombera
entre vos mainsJje ne
-
njousen
écris point toutes les particularite^.
je vous dirayfeulement
que ce Prince ejloit Frere
j ou
proche Parent du Roy qui gouyernoitlifte
de MacajJar lors
lqeusi les Hollandois s'en rendirent
Maigrest&qu'il 'Vint chercher
azjle à Siam, ou je l'ay 1.;Û1
tycuilvivoitenperjonneprivée.
LaConspiration ayant.eslé découverte,
le Roy de Siam envoya
offrir la grâce à tous ceux quiy
éwoient trempé" & ils ne voulurent
point l'accepter. On resolut
de les forcer dans leurCamp.34
qui efi à un quart de lieue de U
pille-Capitale. On envoya desTroupes
pour cela. Il n'y avoit
que deuxcensMacajjars
)
quelques-
uns disent mejme beaucoup
moins ; mats comme ce
font des gens qui ne reculent »' jamais quand ils ont mangé
leur^Amphion ou Opium, &
qu'ilsJefontdétermine^ a mOt:-
rir, on nepeut les exterminer
qu'avec peIne) & aprèsavoir
perdu beaucoup de monde. plusieurs
Anglois particuliers &
Serviteurs du Royje trouvèrent
dans l'aéîion.Les Officiers de Lt
* Compagnie & quelques au'rcs jjde !.~
Françoisvoulurentc'ire Lt
, partie. L'on fit la brers.cr- ch-fcentedans
le Camp desMacaf
fars en petit nombre &sans,
ordre. L'on fut repousé& oblige
de regagner les Balons ou
Chaloupes. Quarre François y
furent tuez ounoye%.Quelques
Angloisperirent de mesme. Lion
se rallia
> & tony retourna anjec
plus de monde & plus de
précautionqu'auparavant. Les
Jlfacafjarsfe battirent en defef
pere-,1%. ; mais leur Prince ayant
este tue d'un coup de Afoufquet
parunFrançois3 la pluspart demeurerent
sur la place
y
& les
autres furentfaits prisonniers.
jay entendu dire a des person:.-
iftes qui s'efloient trouvées en
flufieurs"Combats5 qu'ils n'avaient
jarnais veu de gens f
flirieux,que ceux-là. Mr du
Hautmejnil emmene avec luy
les deuxFils de ce Prince Macassar.
On les envoie au Roy.
Je croy que ceJontles Peres TVJuites
qui- font ctharge^deles
frefenter,
Voicy l'autre Exrait qui
cft beauco p plusconfidcfable.
Ily a environ vingt-fat ans
• que les Hollandois s'eslans rendus
Maigres du pays de A^fa- •€affar3 qui est aPointe de 1*1fit
Celcbes, le Roy de Adacaffarfut
obligé de se retirer chez'le Roy
de Jambi
3
où il fut fort bien recc'u,
maisejlant naturellement
fort rfmuant, il ne put sempescher
de cabaler contre ce Roy
t
qui estoitJonbienfaiteur. La
ebofeayant esié découverte
3
on le fit mourir. Son Fils alla
si jetter aux pieds du Roy
de Jambi> auquel il representa
que nayant point eu de part a
la maunjaife conduite de[on Pere
til cfperoit de sa clemence
qu'il n'en auroit pointàfinsupplice.
En effet le Roy de Jambi
donna à ce jeune Prince MacaJfJY,
nonfeulement la permif-
Fon de se retirer où il njoudroït,
avec environ deux cens cinquan*
quanteA4aca(jars qu'il anjoit
avec hty3mais encore il leur
fournitunBajlîmrntPour aller
J'- 1 1 d,¿ns les Efiâts duRoy de Siam)
qui leur donna un Camp auprès
île laVille,pouryfaire commodene/'
it leur refdrnce
.>
demesme
que plufî:ro's autresNations qui
ont des Camps autour de Siam.
Ce PrinceMacajJar;, fort zelé
Mahometan3 ayant cru décou-
* urir depuisenviron trois ans3
, que le Royde Siamsongeoit a
* quitter le Pavanifme
3 ci donna
fiujjt-tojt avis au Roy de Perse
)
d}Jti envoya un Ambassadeurà Sa
JWajejléSiamoise3pour l'exhorter
À embrdJfer lAlcotan. Cet Amhafjadeurarriva
a Tennaferim
lors que M. le Chevalier de
Chaumont partoit de Siam pour
retourner en France3 fyy ayant
appris la bonne reception que le
Roy de Siam luy avoit faite3 il
crut que ce Prince avoitembrafe
l'Evangile3 parce que dans l'Orient,
lors que les Rois ontchajigédeReligion,
ils ont toujours
pris la Chreflienne> ou celle de
Adahomet3félon que ceux qui
se font
prefente%les
premiers,
pour les prier àembrajjer leur
Religion3 efioient Chrestiensou
MahometAns.Ainsi cet AmbaffadeurPersan
ne doutant pas
tauuya son retour en Perse on ne
sijs couper le cou parce qu'en
effet contre les ordres du Royjon
Afaiftre ilavoitbeaucoup plus
tardéqu'il ne devoit3 il s'égorgea
luy-mesme à Tennaferim..
Cette nouvelle qui affligea le
Prince Macassar> ne luy ossa
pas l'envie de conspirer contre la
vie du Roy de Siam,&de pren-
Mdre desmefkres pourvenir a bout
'deson deOeinJ qui devoit s'exe-
• euter le If.Aoust de l*année der:
niere. Il voulut en donner avis
aun grandSeigneur qui ejioit à Loi:voavecle
ROJI, qu'il ne
qu-iitoitpointacanjedeJes o de Î(es
Char-es> r<r!ny écrivitunBil- CI.
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M. Confiance ayant demandek
ce Afttcajjar qu'ilreconnut)
ce qu'ilvenoitfaire a Louvoy
& s'il ne Jçavoit pds qu'aucun
Etranger ne devoit entrer danJ
ia Maijon du Roysans en avoir
demandé lafermijJion.) iLletrou*
1Ja chancclant
>
ce qui luy fit
soupçonner quelque chosè
„ &
l'obligea d'ordonner qu'on le Ó
- fouetaft
> pour avoir ose entrer
cJJe;( le Roysans leconsentement
du grand Bdrcalon. Lors qu'on
voulut luyosier Id PttJïne, le , J'" Bilktdu PrinceMacaffarc3") qui
cJtoit en chiffre
3
tomhx de la
poche queles Siamois portentdit
devant de cet habillement. On
1
essay t en 'Vain de le déchiffrerj
cc qui fit refondresur le champ
a en mettre le Porteur a la que-.
ion,pour luy faire avouer la
ventéj ce qu'il fit aprèsquon
»
luy eutpromis de luy pardonner.
Lors qu'on eut appris que les
mejurfi soient ejicprises pour
le II. Aoust" & que le grand
,j'eigneur qui elloit alors en (our)
sefioitmis de la païtie., le Roy
-de Siam s'abandonna entierementa
M. Confiance pourfaire
et qu'il jugeroit A propos. Comme
M. Conjlace] est humain3 il
envoya quérir ce Seigneur, &
luy ayantfaitconnoistre que
tout estoit découvert, illuy conseilla
d'avoir recours ala clemence
du Roy
>
auprès duquel
il promit de leservir, A con.
dition qu'il avoueroit toutes
thofeSjCe qu'iljît avecfranchifl;
âpres quoyM. Confiancepartit
toute
la
nuit de Louvo pourse
rendre à Siam3 d'où il alla att
Camp desMacassars> où ayant
fait entendre à leurPrince que
sa Conspiration efioitdécouverte^ qu'il n'y avoitpointd'autre
farty à prendre rour luy que
d'avoir recours a la clemencè dM
Roy, ce Prince loin de l'écouterx
éclata en injures contre la condutte
duRoy de Siam, quil traita
de chien pour avoir préféré
l'Evangile à l'Alcoran. Cela fit
frefoudre M. Confiancederetourner
dans la Ville, ou il
vajjembla ce qu'il put d'amis3
pour venir assieger le Camp du
JMacafjars3 & poury prendre
Uur Prince; maïsayant debarqué
avec une vingtaine de sa
,oinis-, dont il connoijjoitle courage
& le Zele pour luy.) les
Siamois qui estoient dans les Ba-.
Ions pour lesoûtenir3 Je retire^
rent @' emmenoient les Ba-
Ipns, lors que M. Confiance s'é.
tant jette a l'eau pour les faire
revenir
3 en vint a tout fort
heureusement. Le Prince MacajJàr
les voyantvenir3fe presensaavec
deux cens desfient-*
la lance à la main pour les repousser.
M. Confiance efioitalors
devec.stes Troupes sur une pointe
de terre dont le Camp des Maçaffars
cfloit commandé ; leur
Prince efioit presl de le percer,
lors que tJH.Veret, Chef 4%
Comptoir de la Compagnie Fran.
çoife, s'avança
3 & retirant
A4, Confianced'un si grand pe*
ril? tira un coup de fusil dans
fépaule droite du Prince Ala*
cajfar, qui en moûtutpeu après3
ce qui obligea jes gens de Il
rendre. On en fit
mourirlesplus
coupables
3
, ù les autres furent tecondamne^ a porter de la terre refle de leur rouie. Les deux
>
fils de ce Prince malheureux
ont partis pour France>dans le
Navire nomméle Cochc, commandéfarAf.
de Hautmejnih
Cet Article de Siam m'engage
à vous dire que Ion a eu des nouvelles
des Ambaffadeuts de ce
Royaume là qui estoient en France.
Un coup de vent qui avoit incommodé
leur petite Flote, lors
qu'ilsestoient au Cap de Finistierre,&
qui les avoit tourmentez
pendant neuf jours , en separa une
Flûte, qui arriva le 4. de Juin sous
le Fort du Cap de BonneEsperance.
Elle dit qu'elle attendoitson
Amiral. Ce mot d'Amiral fit présuposerune
Flote considerable,& A
les Hollandois ayant pris l'alarme,
deffendirent à cette Flute de moüiller
fous le Fort; en sorte qu'elle fut
obligée de demeurer' deux jours
fous les Voiles, aprés quoy elle
fut réjointe par les autres Bastimens
au nombre de six qui composoient
cette Flote. Les Hollandois
ayant esté eclaircis de ce que
c'estoit
, ne voulurent d'abord permettre
de descendre
,
qu'aux Ambassadeurs,
auxCommandans,&
à cinquante des plus malades;mais
enfin les choses s'accommoderent;
il fut arresté que tout l'Equipage
& toutes les Troupes descendroient,
à condition que les premiers
cinquante qui auroient mis
pied-à-terre s'en retourneroient
aprés un certain temps, & qu'il
enarienviseindroit cinquante autres, de tout le restejusqu'a
ce qu'ils fussent tous dcfcendus.
Celadura jusqu'au 27. du mesme
mois, que toute cette Flote- fit
voile pour Siam. Tant qu'à duré
le dé barquement
,
les Hollandois
ont fait bonne garde dans tout le
Cap, & nos gens se sont fort rafraîchis,
8c ont eu beaucoup de
plaisir à en vi siter les beaux Jardins.
On a appris cesnouvelles
par la Fregate, nommée la Ma-
-ligne, qui est partie du Cap pour •
retourner en France, dans le mesme
temps que le reste de la Flote
en est partie pour Siam. Ce retour
avoitesté resolu dés que l'on
partitde Brest. Les Bastimens destinez
à faire le Voyage de Siam,ne
s'estant pas trouvez suffisans, pour
- porter tous les Balots, & tous les
vivres , on en ajoûta un qui eut
ordre de revenir quand la flote
feroitarrivée auCap,&cela, parce
que la plus grande partie des vivres
devant alors estre consumée,
la Fregate que l'on avoir ajoûtée
ne pourroit plus estre necessaire,
On a sceu que pendant tout le
cours de ce Voyage, les Jesuites
ont eu grand foin de faire faire
beaucoup d'exercices de pieté, à
quoy leurs exhortations & leurs
btornsiexbempulesén'o
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Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Le texte relate une conspiration orchestrée par le prince Macassar contre le roi de Siam. Le prince Macassar, frère ou parent proche du roi de Macassar, avait trouvé refuge à Siam après avoir été chassé par les Hollandais. Une conspiration fut découverte, mais les conspirateurs rejetèrent la grâce offerte par le roi de Siam. Une bataille éclata, durant laquelle les Macassars, connus pour leur détermination accrue après consommation d'opium, furent difficiles à vaincre. Des Européens, notamment des Français et des Anglais, participèrent à cet affrontement. Le prince Macassar fut tué, et ses fils furent capturés et envoyés au roi de France. Un rapport confidentiel révèle que les Hollandais avaient pris le contrôle du pays de Macassar vingt ans plus tôt, forçant le roi de Macassar à se réfugier chez le roi de Jambi. Le fils du roi de Macassar, installé près de la ville de Siam, avait tenté de convertir le roi de Siam à l'islam via un ambassadeur, qui se suicida à son retour en Perse. La conspiration visait à assassiner le roi de Siam en août de l'année précédente. Un espion macassar fut intercepté en tentant de rencontrer un dignitaire français à Louvois. M. Confiance, représentant français en Siam, découvrit la conspiration après l'arrestation d'un étranger dans la maison du roi. Il interrogea les conspirateurs et conseilla au prince Macassar de se soumettre, mais celui-ci refusa et insulta le roi. M. Confiance organisa alors une attaque contre le camp des Macassars avec l'aide de M. Veret, chef du comptoir français. Le prince fut capturé après avoir été blessé, et les principaux coupables furent exécutés, tandis que les autres furent condamnés à des travaux forcés. Les fils du prince furent envoyés en France. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par les ambassadeurs siamois en France, retardés au Cap de Bonne-Espérance par les Hollandais. Après des négociations, la flotte reprit la mer vers le Siam, tandis que la frégate 'La Maligne' retourna en France. Les Jésuites encouragèrent des exercices de piété parmi l'équipage pendant le voyage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 287-288
Arrivée des Ambassadeurs de Siam à Bantam. [titre d'après la table]
Début :
Comme vous me marquez avoir leu avec plaisir toutes les [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs de Siam, Siam, Jésuites, Flotte, Banten
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée des Ambassadeurs de Siam à Bantam. [titre d'après la table]
Comme vous me marquez
avarlen avec plaifir toutes
Nouvelles que je vous ay
mandées des Ambaffadeurs
de Siam , depuis leur départ
de France , jy dois ajoûter ,
que les Jefuites qui en ont
toujours de tres curieufes ,
& de tres-fidelles , en ont eu
depuis celles qui fontvenuës
du Cap de Bonne- Efperance,
& qu'ils ont receu des Lettres
qui marquent l'arrivée des
Ambaffadcurs , & de nostre
Flote devant Bantam. Je n'en
fçay pas encore bien le détail
; mais il me paroift par
288MERCURE
tout ce que j'en ay entendu
dire que le Gouverneur a lit
aux François un accueil beau
coup meilleur que la dernie
re fois qu'ils pafferent devant
cette Place . Ceux qui ont des
Parens ou des Amis.fur cette
Flote , ou qui par d'autres interefts
doivent fouhaiter qu
elle arrive heureufement à
Siam , ont lieu de fe réjouir
de ces nouvelle s .
avarlen avec plaifir toutes
Nouvelles que je vous ay
mandées des Ambaffadeurs
de Siam , depuis leur départ
de France , jy dois ajoûter ,
que les Jefuites qui en ont
toujours de tres curieufes ,
& de tres-fidelles , en ont eu
depuis celles qui fontvenuës
du Cap de Bonne- Efperance,
& qu'ils ont receu des Lettres
qui marquent l'arrivée des
Ambaffadcurs , & de nostre
Flote devant Bantam. Je n'en
fçay pas encore bien le détail
; mais il me paroift par
288MERCURE
tout ce que j'en ay entendu
dire que le Gouverneur a lit
aux François un accueil beau
coup meilleur que la dernie
re fois qu'ils pafferent devant
cette Place . Ceux qui ont des
Parens ou des Amis.fur cette
Flote , ou qui par d'autres interefts
doivent fouhaiter qu
elle arrive heureufement à
Siam , ont lieu de fe réjouir
de ces nouvelle s .
Fermer
Résumé : Arrivée des Ambassadeurs de Siam à Bantam. [titre d'après la table]
Les Jésuites ont reçu des lettres confirmant l'arrivée des ambassadeurs de Siam et de la flotte française à Bantam. Le gouverneur a offert un accueil plus favorable que lors de leur précédente visite. Les personnes concernées par cette flotte peuvent se réjouir de ces nouvelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 14-30
Nouvelles d'Espagne.
Début :
Extrait d'une Lettre de Sarragosse du 3. May. La [...]
Mots clefs :
Saragosse, Marseille, Madrid, Flotte, Régiment, Armée, Hongrie, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne.
Nouvelles. d'EJj?agne."
Extrait d'une Lettre de
Sarragosse du 3. May.
L
a Reine a toujours
quelques ressentimens de Fievres
le Roy & le Prince
des Asturies font en parfaite
santé.
Les préparatifs pour l'ouverture
de la Campagne feront
bien-tost achever
,
les
Magasins de Mequinença
de Lerida
, ee de Cervera
étant presque tout afait remplis,
& toute l'artillerie du
Royaume de Valence étant
arrivée à Tortoze. Alr le
Marquis de Valdecanas a é.
tendu les Qartiers des I"rou.
pes qu'il commande au dessus
de Balaguer, le long de la
Segre& de Bragosafin de
les fairesubsister plus commodement.
Deux mille Miqueletsfefontfournis
au Roy
&se font 'Vemts rendre avec
leurs armes.
- Les Lettres de Madrid
du 12. du mesme mois portent
que l'ArméedeCatalogne
devoit saUcmbler
le 17. au deçà de la Segre,
& que le 20. elle devoit
estre campée sous Lerida;
& que Mr le Marquis de
Bay avoir assemblé celle
d'Estremadure des le 25.
Avril ; que le 29. il avoit
passé la Xevora ;
quel'Artillerie
de cette Armée y
estoit arrivée,& que plusieursRegiments
avec un
grand
grand nombre de Soldats
de recruë estoient prests
dela joindre.
Celles du 18. assûrenc
qu'on en avoic receu de
Saragossequi marquoient
que la Reine estantentierement
délivrée de la fievre
en devoit partir au
pluslost pour revenir à
Madrid ou pour aller à
Logrono sur la frontière
de Navarre, où l'airefE
tres- bon, afinde restablir
sa santé, que le General
Stanhope. avoicrègleà
Saragosse avec Mr le
Marquis de Castellar
, un
Traitepourl'échangé des
Officiers prisonniers;que
celui pour l'échange des
Soldatsn'est pas encore
conclu ;que le Royaume
d'Arragon offroir de lever
à les dépends quatreRégiments
pour la garde des
frontières,& pour servir
d'escorte aux convois;
que t'Armée d'Efirama.
dure qui estoit desja forte
de vingt-trois bataillons , &dequarante-neufEscadrons,
estoit campée prés
du pont de Badajos ; que
Mr le Marquis de Bay s'estoitavec
la Cavalerie du
costé de la riviere de Caya,
ôc aux environs de Campo
Mayor où elle fourageoit
les grains, ce qui
estoit tres -
préjudiciable
aux Portugal à cause de
la disette qu'ilsen ont
que l'Armée Portugaise
estoit une partie à EHremoz,&
lereste dansd'autres
Places.
Lettre de Sarragosse
duzyAdai.
Mrs le Marquis d'Alto*
na, & le Comte d'Aguilar
ont estéfaitsCapitaines généraux.
Don Melchior dePor*t
tugal ayant este envoyé pouA
donner lachasse à une Trou*
pe de Volontairesquifaisoient
des courses du costé de Balbastro
, on a faitpendre un
grand nombre, & dissipé le
reste qui s'etsauvé dans les
Montagnes. Les Gardes du
Corps qui font en Quartier
dans le Royaume de Valence
avaient recu ordre dese mettre
en marche; mais cetordre a
* efléfufyendu3<& on croit qu'
ils escorteront les Vivres
y
les
Munitions & l'artillerie
quisontà Tortozeoùilestarrivé
24.pieces degros Canon.
Les Troupes Françoises qui
doiventjoindre les Espagnoles
sont entrées en Aragon, 0-
le Roy à nommésix bataillons
pouraller relever la garnison
de Girone. L'Armée. doit se
mettre enmarche le
5. du mois
prochain pour entrer en Catalogne.
Mrle Marquis de Boy
fourage les grains des environs
d Elvas & de Campo-
Mayor des deux cassé de la
Caïa sans que les Portugais
fassentaucun mouvementpour
sy oposer. Il doit arrivericyau
premier jour un convoy
considerable d'argentlm vient
de Cadiz. Lasanté de la
Reine devientmeilleure de
jour en jour, elle doit partir
A 7. du moisprochain à Corella
entre Calaharra& Tudc«•*
laou l'air 11fort bonO;
Nouvellesdeplusieurs endroits
Lettre de Marseille
du19.May.
Il a fait pendant deux
jours un vent de Sud-Ouest.
très violent. Léquipage d'unf'\
Barquede la Flotepartie de
rddopourBarcelone, qui eft1
échoüeé pres de Martigues ,
a raporte que cette Flotte.
près avoir mis à la voile le
26. Avril étant escortée par
Une Escadre de dix Vaisseaux
commandée par le Vice-AmiralNorris
avoitestéérepoussée
sur les Costes de Genes parun
gros vent} pendant lequel on
avoit estéobligée, de jetter
environ deux cens cinquante
chevaux dans la Mer; qu'
ayant ensuite remis à la Voile
,
elle avoit esté battu avant
hier d'une si rude Tempeste
que tous les Vaisseaux avoient
tfie contraintsdesi laisserallerau
gré du vent qui lès
foujfoit vers les Plages de
FoZ
y
qui sont tres dangereufis.
particulierement du cossé
rks. bouches du Rhosne.
D'autres
D'autres Lettres qu'on
a reçuës depuis portent
que cette Flote estoit de
quatre- vingt Bastimens
chargez de bled & de prés
de sept mille hommes de
Troupes; & qu'il est peri
un grand nombre de ces
Bastimens, Celan le raporc
des Equipages& des
Soldats de plusieurs Barques
qui ont abordé au
Porc de Cette & à quelques
autres delamesme
Code.
Celles deNaplesdu18.
Avril marquent qu'une
Tartane qui avoit demeuré
quelque tempsa- Cagliari,
avoit rapporté que
la pluspart des bastimens
de ce Convoy y avoient
relasché après avoir esté
fort maltraitez par une
tempeste qui les avoir ob- ez de jetteren mer dix-
- huit mille sepriersde
crains pour les allegir,
& qu'une Tartane chargée
de draps pour habil-
-
ler les trou pes, estoit allée
aborder à Palerme, quarante
soldats Napolitains
qu'il y avoit dessus ayant
forcé les Matelots de les
y conduire.
," On a publie à Vienne
un Traité conclu avec les
Députez des Confederez
de Hongrie le 29. Avril
au nom de l'Empereur
quoyqu'il fuit mort dés
le 17. Par ce Traité Sa
:'
Majesté Imperiale comme
Roy de Hongrie pardonne , au Prince Ra-
,
gotzi
,
le remet en possession
de tous ses biens,
luy accorde une retraite
pour luy, pour ses Enfans,
pour sa Cour, & pour tous
les Domeitiques en Hongrie,
en Tranfilvanie, ou
ailleurs, où bon luy rem.
bleray à condition que
dans un temps limité il
évacuera les Places qui
font en son pouvoir. Ce
Traité contient aussi une
Amnistie generale pour
tous les Hongrois & les
Transilvaniens de quelque
qualité & condition
qu'ils loient,avec une restitution
generale de tous
leurs biens, foit qu'ils
ayent esté consisquez,
vendus, donnez, ou demembrez,
& mesme que
les veuves & les orphelins
joüiront de ceux dont
ils auroient deu herirer;
que rexercice de la Religion
fera permis en Hongrie
& en Tranfilvanie,
suivant les Loix de ce Royaume
*, que les Officiers
& les
soldats
estrangers
pourront se retirer où ils
jugeront a propos, & ceux
qui font domefliques,relier
avec leurs Maistres,
& que les prisonniers de
guerre, de quelque qualité
& condition qu'ils
soient, joüiront de l'amniftie.
Il ne manque plus
àceTraité que la ratification
& l'execution.
Extrait d'une Lettre de
Sarragosse du 3. May.
L
a Reine a toujours
quelques ressentimens de Fievres
le Roy & le Prince
des Asturies font en parfaite
santé.
Les préparatifs pour l'ouverture
de la Campagne feront
bien-tost achever
,
les
Magasins de Mequinença
de Lerida
, ee de Cervera
étant presque tout afait remplis,
& toute l'artillerie du
Royaume de Valence étant
arrivée à Tortoze. Alr le
Marquis de Valdecanas a é.
tendu les Qartiers des I"rou.
pes qu'il commande au dessus
de Balaguer, le long de la
Segre& de Bragosafin de
les fairesubsister plus commodement.
Deux mille Miqueletsfefontfournis
au Roy
&se font 'Vemts rendre avec
leurs armes.
- Les Lettres de Madrid
du 12. du mesme mois portent
que l'ArméedeCatalogne
devoit saUcmbler
le 17. au deçà de la Segre,
& que le 20. elle devoit
estre campée sous Lerida;
& que Mr le Marquis de
Bay avoir assemblé celle
d'Estremadure des le 25.
Avril ; que le 29. il avoit
passé la Xevora ;
quel'Artillerie
de cette Armée y
estoit arrivée,& que plusieursRegiments
avec un
grand
grand nombre de Soldats
de recruë estoient prests
dela joindre.
Celles du 18. assûrenc
qu'on en avoic receu de
Saragossequi marquoient
que la Reine estantentierement
délivrée de la fievre
en devoit partir au
pluslost pour revenir à
Madrid ou pour aller à
Logrono sur la frontière
de Navarre, où l'airefE
tres- bon, afinde restablir
sa santé, que le General
Stanhope. avoicrègleà
Saragosse avec Mr le
Marquis de Castellar
, un
Traitepourl'échangé des
Officiers prisonniers;que
celui pour l'échange des
Soldatsn'est pas encore
conclu ;que le Royaume
d'Arragon offroir de lever
à les dépends quatreRégiments
pour la garde des
frontières,& pour servir
d'escorte aux convois;
que t'Armée d'Efirama.
dure qui estoit desja forte
de vingt-trois bataillons , &dequarante-neufEscadrons,
estoit campée prés
du pont de Badajos ; que
Mr le Marquis de Bay s'estoitavec
la Cavalerie du
costé de la riviere de Caya,
ôc aux environs de Campo
Mayor où elle fourageoit
les grains, ce qui
estoit tres -
préjudiciable
aux Portugal à cause de
la disette qu'ilsen ont
que l'Armée Portugaise
estoit une partie à EHremoz,&
lereste dansd'autres
Places.
Lettre de Sarragosse
duzyAdai.
Mrs le Marquis d'Alto*
na, & le Comte d'Aguilar
ont estéfaitsCapitaines généraux.
Don Melchior dePor*t
tugal ayant este envoyé pouA
donner lachasse à une Trou*
pe de Volontairesquifaisoient
des courses du costé de Balbastro
, on a faitpendre un
grand nombre, & dissipé le
reste qui s'etsauvé dans les
Montagnes. Les Gardes du
Corps qui font en Quartier
dans le Royaume de Valence
avaient recu ordre dese mettre
en marche; mais cetordre a
* efléfufyendu3<& on croit qu'
ils escorteront les Vivres
y
les
Munitions & l'artillerie
quisontà Tortozeoùilestarrivé
24.pieces degros Canon.
Les Troupes Françoises qui
doiventjoindre les Espagnoles
sont entrées en Aragon, 0-
le Roy à nommésix bataillons
pouraller relever la garnison
de Girone. L'Armée. doit se
mettre enmarche le
5. du mois
prochain pour entrer en Catalogne.
Mrle Marquis de Boy
fourage les grains des environs
d Elvas & de Campo-
Mayor des deux cassé de la
Caïa sans que les Portugais
fassentaucun mouvementpour
sy oposer. Il doit arrivericyau
premier jour un convoy
considerable d'argentlm vient
de Cadiz. Lasanté de la
Reine devientmeilleure de
jour en jour, elle doit partir
A 7. du moisprochain à Corella
entre Calaharra& Tudc«•*
laou l'air 11fort bonO;
Nouvellesdeplusieurs endroits
Lettre de Marseille
du19.May.
Il a fait pendant deux
jours un vent de Sud-Ouest.
très violent. Léquipage d'unf'\
Barquede la Flotepartie de
rddopourBarcelone, qui eft1
échoüeé pres de Martigues ,
a raporte que cette Flotte.
près avoir mis à la voile le
26. Avril étant escortée par
Une Escadre de dix Vaisseaux
commandée par le Vice-AmiralNorris
avoitestéérepoussée
sur les Costes de Genes parun
gros vent} pendant lequel on
avoit estéobligée, de jetter
environ deux cens cinquante
chevaux dans la Mer; qu'
ayant ensuite remis à la Voile
,
elle avoit esté battu avant
hier d'une si rude Tempeste
que tous les Vaisseaux avoient
tfie contraintsdesi laisserallerau
gré du vent qui lès
foujfoit vers les Plages de
FoZ
y
qui sont tres dangereufis.
particulierement du cossé
rks. bouches du Rhosne.
D'autres
D'autres Lettres qu'on
a reçuës depuis portent
que cette Flote estoit de
quatre- vingt Bastimens
chargez de bled & de prés
de sept mille hommes de
Troupes; & qu'il est peri
un grand nombre de ces
Bastimens, Celan le raporc
des Equipages& des
Soldats de plusieurs Barques
qui ont abordé au
Porc de Cette & à quelques
autres delamesme
Code.
Celles deNaplesdu18.
Avril marquent qu'une
Tartane qui avoit demeuré
quelque tempsa- Cagliari,
avoit rapporté que
la pluspart des bastimens
de ce Convoy y avoient
relasché après avoir esté
fort maltraitez par une
tempeste qui les avoir ob- ez de jetteren mer dix-
- huit mille sepriersde
crains pour les allegir,
& qu'une Tartane chargée
de draps pour habil-
-
ler les trou pes, estoit allée
aborder à Palerme, quarante
soldats Napolitains
qu'il y avoit dessus ayant
forcé les Matelots de les
y conduire.
," On a publie à Vienne
un Traité conclu avec les
Députez des Confederez
de Hongrie le 29. Avril
au nom de l'Empereur
quoyqu'il fuit mort dés
le 17. Par ce Traité Sa
:'
Majesté Imperiale comme
Roy de Hongrie pardonne , au Prince Ra-
,
gotzi
,
le remet en possession
de tous ses biens,
luy accorde une retraite
pour luy, pour ses Enfans,
pour sa Cour, & pour tous
les Domeitiques en Hongrie,
en Tranfilvanie, ou
ailleurs, où bon luy rem.
bleray à condition que
dans un temps limité il
évacuera les Places qui
font en son pouvoir. Ce
Traité contient aussi une
Amnistie generale pour
tous les Hongrois & les
Transilvaniens de quelque
qualité & condition
qu'ils loient,avec une restitution
generale de tous
leurs biens, foit qu'ils
ayent esté consisquez,
vendus, donnez, ou demembrez,
& mesme que
les veuves & les orphelins
joüiront de ceux dont
ils auroient deu herirer;
que rexercice de la Religion
fera permis en Hongrie
& en Tranfilvanie,
suivant les Loix de ce Royaume
*, que les Officiers
& les
soldats
estrangers
pourront se retirer où ils
jugeront a propos, & ceux
qui font domefliques,relier
avec leurs Maistres,
& que les prisonniers de
guerre, de quelque qualité
& condition qu'ils
soient, joüiront de l'amniftie.
Il ne manque plus
àceTraité que la ratification
& l'execution.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Espagne.
Le document relate des nouvelles militaires et politiques de diverses régions. À Saragosse, la Reine se remet de ses fièvres, tandis que le Roi et le Prince des Asturies sont en bonne santé. Les préparatifs pour la campagne militaire avancent, avec des magasins remplis et de l'artillerie arrivée. Le Marquis de Valdecanas a déplacé ses troupes pour mieux les approvisionner. Deux mille Miquelets ont été fournis au Roi. L'armée de Catalogne doit se rassembler et camper près de Lerida, tandis que l'armée d'Estrémadure, renforcée par de nouveaux régiments, est déjà en position près de Badajos. Le Marquis de Bay harcèle les Portugais en pillant leurs ressources. La Reine, rétablie, doit se rendre à Corella pour sa santé. À Marseille, une flotte escortée par le Vice-Amiral Norris a subi des tempêtes, perdant des chevaux et des navires. Des lettres de Naples rapportent des dommages causés par une tempête à un convoi. À Vienne, un traité a été publié, pardonnant au Prince Ragotzi et accordant une amnistie générale aux Hongrois et Transylvaniens, avec restitution des biens et liberté de religion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 33-35
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le Roy & le Prince des Asturies doivent accompagner la [...]
Mots clefs :
Général, Flotte, Asturies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'EJftagne.
LeRoy&le Princedes
! Astîuriesdoivent acompagner
la Reine à Corella, & on
travaille aux préparatifs
pour ce Voyage. Toutes les
Troupessont en riou-uepnme
excepté celles de la Maison
du Roy qui doivent partir
'VtYS le 10. avec Monfieur
: deVendôme. Le General
Stoerwiberg n'apas voulu m-,
tifier le Traité que le General
Stanhopeavoit fait pour
échangerlesOfficiersPrisonniers,
sexcufant sur ce que
les Soldats periraient quand
il n'y auroit plus d'Officiers
pour prendre soin d'eux. Ce
General est campé avec un
Corps de Troupes pres d'Igualada
où il peut les faire
subsister plus commodemrnt.
Nous avons appris que l'Amiral
Norris avoit debarqué
à Barcelone environcinq
mille hommes de sept qu'il
avoit en partatant de Vado
,
le resse ayant péri dans plufleurs
Tempesses quesa Flotte
a essuyées dans le trajet, avec
la plus part des chevaux qu>-
il avoit embarquez. & beaucoup
de Munitions de bouche.
Le bruit court que l'Archiduc
veut prositer du retour de cette
Flotte en Italie pourypas
ser
, & de là à Vienne;
mais que cet Amiralrefuje
desechargerdeJapersonne
sans en avoir auparavant
reçu un ordre de la Reim
Anne.
d'EJftagne.
LeRoy&le Princedes
! Astîuriesdoivent acompagner
la Reine à Corella, & on
travaille aux préparatifs
pour ce Voyage. Toutes les
Troupessont en riou-uepnme
excepté celles de la Maison
du Roy qui doivent partir
'VtYS le 10. avec Monfieur
: deVendôme. Le General
Stoerwiberg n'apas voulu m-,
tifier le Traité que le General
Stanhopeavoit fait pour
échangerlesOfficiersPrisonniers,
sexcufant sur ce que
les Soldats periraient quand
il n'y auroit plus d'Officiers
pour prendre soin d'eux. Ce
General est campé avec un
Corps de Troupes pres d'Igualada
où il peut les faire
subsister plus commodemrnt.
Nous avons appris que l'Amiral
Norris avoit debarqué
à Barcelone environcinq
mille hommes de sept qu'il
avoit en partatant de Vado
,
le resse ayant péri dans plufleurs
Tempesses quesa Flotte
a essuyées dans le trajet, avec
la plus part des chevaux qu>-
il avoit embarquez. & beaucoup
de Munitions de bouche.
Le bruit court que l'Archiduc
veut prositer du retour de cette
Flotte en Italie pourypas
ser
, & de là à Vienne;
mais que cet Amiralrefuje
desechargerdeJapersonne
sans en avoir auparavant
reçu un ordre de la Reim
Anne.
Fermer
Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Le texte décrit les préparatifs et événements militaires en Espagne. Le Roi et le Prince des Asturies doivent escorter la Reine à Corella. Les troupes sont en alerte, sauf celles de la Maison du Roi, qui partiront le 10 avec Monsieur de Vendôme. Le Général Stoerwiberg a refusé de ratifier un traité d'échange d'officiers prisonniers proposé par le Général Stanhope, justifiant cette décision par la survie des soldats en l'absence d'officiers. Stoerwiberg est positionné près d'Igualada avec ses troupes. L'Amiral Norris a débarqué à Barcelone avec environ cinq mille hommes, après avoir subi des pertes lors de tempêtes. Il est également envisagé que l'Archiduc pourrait se rendre en Italie, puis à Vienne, mais l'Amiral Norris refuse de débarquer sans ordre de la Reine Anne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 66-83
Nouvelles d'Angleterre, & de Hollande.
Début :
Les Lettres de Londres du 16. Octobre portent qu'on [...]
Mots clefs :
Angleterre, Paix, Flotte, Guerre, Vaisseau, Carthagène, France, Traité de paix, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre, & de Hollande.
Nouvellesd'Angleterre
& de Hollande.
Les Lettres de Londres
du 1 6.Octobre portent
qu'on en avoit reçu de la
Jamayque par lesquelles on
aprenoit que le Capitaine
Littleton
,
Commandant
une Escadre de 1JX Vaisseaux
de Guerre y étant arrivé
le 22.Juillet eut avis
que Mr du Casse
,
étoit du
côté de Cartagene
,
& qu'il
n' avoit que trois Vaisseaux
de guerre&deux Fregates,
cequi ': le fit résoudre de
l'aller attaquer ; que dans ce
dessein il fit voile le 29. &
que le 6. Août il vit terre à
huit où dixlieuës à l'Orient
de Cartagene. Que le même
jour un Vaisseau qu'il avoit
envoyé à là découverte
fit signal qu'il voyoit cinq,
Varîteaux à Boca Chica,qui
est à l'entrée du Port de Cartagene
;que le7aumatinil
découvrit quatre Navires à
qui *1 ctojhna chasse&cle soit
il en prit un grandqu'il crut
estre un Gallion,&une Parache
; qu'il résolutensuite de
retourner à la Jamaïque afin
defortifier sonEscadre du
Vaisseau le Medway,&d'aller
attendre Mr du Casse, au
bout Occidentalde l'Isle de
Cuba,paroùil devoitpasser
pour aller àla Havane;
mais que l'on n'avoit eûdepuisaucunes
nouvelles de Mr
de Littleton, & qu'on avoit
seulementapris de la Jamaïque
qu'on n'avoit trouvény
or ny argent dans les deux
Bastimens pris, ce quifaisoit
croire que Mr du Casse, les
avoitEnvoyez pour amuser
ce Capitaine pendant qu'il
prendroit une aurre route
'avcc les Gallions.
Celles du20 disent que
Je Colonel Clayton,aporta
le 16.la Relation de l'entrepriseformée
sur Quebec
qui portoiten substance
que la Flotte aprés avoir été
retenuë plusd'unmois à
Bastondansla nouvelle Angleterre
, en partit le roi
Aoûrdernier;qu'elle arriva
le 19. à l'entrée delà grande
,îiviere' de Saint Laurent Otr,
elle fut obligée par unvent
de Nordoüest tres violent
de moüiller dans , la Baye de
Gaspé;que le premier Septembre
ilsentrerent dans la
riviere ou ils avancèrent environ
quarente lieuës, aprés
quoy ils se trouverent incomodez
d'une brume fort
épaisse & d'un grand vent
d'Est-sud-Est; que vers les
huit heures du soir le Chevalier
Hovendon Walker
,
qui commandoit la Flotte,
fie signal aux Vaisseaux de se
tenir serrez, & deporrer au
Sud
,
les Pilotes qu'il avotjE
pris à Baston, dont le Gouverneur
luy avoit répondu
de la capacité, ne connissant
pas -lesmoiiiIlagcs.; que quoy
qu'il eustpriscetteprécaution
,
les Courants ne laisserent
pas de porter la Flotte
vers la coste du Nord où elle
donna sur des rochers qui
firent périr deux Vaisseaux
chargez de provisions
,
&
huit autres chargez devingt
six Compagnies de Troupes
réglées ; que néanmoins il
ne se perdit aucun Vaisseau
de guerre;quele lendemain
4 la Flotte demeura au meme
endroit pour secourir
ceux qui s'étoient fauvcz sur
les débris; que le r: on tint
Conseil de Guerre dans lequelilfut
résolud'abandonner
l'entreprise, parce que
la perte qu'on venoit de
faire en rendoit l'excution
plus difficile, & que d'ailleurs
la faison étoit siavancée,
qu'on avoir tout lieu de
craindre de pareils accidens,
par le peu de connoissance
des Pilotes;qu'ainsi on mie
à la voile pour décendre la
Riviere;que la Flottearriva
!~ 1 5. àla Baye des Espagnols
gnols, dans l'Isle du Cap
Breton; que le19on cinc
un autre Conseil de guerre
pour délibérer si on arraqueroit
le Fort de Plaisance
dans l'Isle de Terre-Neuve-,
suivant l'ordre. qu'on en
avoit en cas querentreprise
sur Quebec ne réüssitpas;
mais qu'il futrésolu de rc+
tourner en Angleterre, parce
qu'on n'avoitpassuffisament
de vivres.Que d'autres
Lettres écritespardes Officiers,
font monter la perte à
, quatorze Navires, à prés de
deux mille hommes
,
&
disentqu'on étoit en peine
du Colonel Nicholson,qui
ayoit ordre lorsquela Flotte
partie de Baston de s'avancer
de la New- YorK avec
3000. horameSjCe qu'il pouroit
rassembler de Sauvages
pourattaquer l'Isle de Mont
rcal sçituée vers le haut de
la Rivicre de Saint Laurent,
parce que la Flotte devant
luy fournir des vivres, on ne avoir pas comment il auroit
pû se retirer & résister
aux François & aux Sauva-
,
ges leurs amis.
Les Lettres du 30. de la
même Ville, portent que le
Chevalier Hovendon Walker,
étoit arrivé à la Rade de
Sainte Helene prés l'Isle de
Wight avec la Flotte qui étoit
allée en Canada;que les
Troupes qui étoient dessus
avoient esté distribuées en
quartier de rafraichissement
dans les lieuxvoisins; que le :16. le feu ayant pris par accidentauVaisseaurl'Edgar
do
>7°.pieces deCanons, sauta
> en l'air avec cinq cens hommes
qui étoient dessus, dont
aucun ne se sauva qu'un Matelot
qui étoit dans la Chaloupe
, & trois Officiers qui
avoient mis pied à terre;
qu'il y avoit sur ce Vaisseau
quelques Habitans de Port smouth
qui eurent la même
destinée que l'Equipage.
Que le 24. on publia les
Préliminaires dont on assuroit
que la France & l'Angleterre
estoient convenus
pour parvenir à une Paix génerale
,qui contiennent que
le Roy Très -
Chrestien reconnoistra
la Reine de la
Grande-Bretagne en cette
qualité, & la Succçflion à
la Couronne,selon qu'elle
est à present establie-qu'il
consentira de bonne foy
qu'onprennetoures les mefurcs
justes-&raisonnables
pour empêcher que les Coutonnes
de France & d',E[-
pagne ne soient jamais réü.
nies en la personned'un me-N
me Prince; que l'intention
duRoyest que tous lesPrinces
& Etats engagez dans
cette guerre, sans aucune
,
exception trouvent une satisfaction
raisonnable dans
le Traitéde Paix,& que le
Commerce soit rétably &; 1
maintenu à l'avantage de la
Grande Bretagne, de la Hol.
lande & des autres Nations,
que comme le Roy veut exa.
ctement observer la Paix
quand elle fera concluë, ôc
que l'objetqu'il se propose
etf d'assurer les Frontières de
son Royaume sansinquieter
en aucune maniéré les Etats
de ses voisins ,il promet de
consentir par le Traité qui
se fera que les Hollandois
soient mis en possession des
Places fortesqui y sont specifiées,
&qui serviront à l'avenir
de bariere pour assurer
le repos de la République de
Hollande ;que le Roy consent
aussi qu'on forme une
barrière seure &convenable
pour l'Empire & la Maison
d'Autriche;que quoyque le
Roy ait dépensé de grandes
sommes pour l'acquisition&
&les fortifications de Dunkerque,
Sa Majesté s'engage
à les faire raser aprèslaconclufion
de la Paix, moyens
nant un équivalent à sa fatisfaction
& comme les Anglois
ne peuvent le fournir,
la discution en fera remise
aux Conferences pour la
Négociation de la Paix. &
que lors que les Conférences
seront commencées on y
examinera à l'amiable & de
bonne foy les prétentions
des Princes & Etats engagez
dans cette Guerre, & on
n'obmettra rien pour les
terminer à la fatisfactondes
Parties.
On a appris par les Lettres
de la Haye du zi. Octobre
que sur le bruit qui s'y estoit
répandu que la Paix se négocioic
en Angleterre avoir
obligé les Etats Generaux à
y envoyer Mr Buys, Penfionnaire
d'Amsterdam en
qualité d'Envoyé Extraordinaire
: que le
1 6. il partit
pour aller s'embarquer sur
un Yacht de l'Etat que
le Comte de Strafford Ambassadeur
d'Angleterre arriva
le ii. à la Haye
,
&
que le lendemain matinil
eut une conférence avec le
Pensionnaire Heinfius.
Celles du29 portent qu'-
on ne doutoit plus des Negociations
de la Paix commencées
entre l'Angleterre
&la France;que comme
elle etoit ardemmeut souhaitée
le Publicq n'avoit
point d'autre attention; que
depuisl'arrivée du Comte
de Strafford
,
Ambassadeur
& Plénipotentiaire d'Angleterre,
il avoit toujours cil
des Conférences avec le
Pensionnaire Heinfius,&
sept Dépurer des Etats Généraux
qui s'étoient aussi
assemblez extraordinairement
pour déliberer sur ce
qu'il avoit communiqué.
Celles du5. Novembre
disent que tous les Ministres
des Puissances Alliées
,
lene
avoient dépêché des Courriers
pour les informer de
ces Propositions Préliminaires,
afin de recevoir leurs
ordres.
& de Hollande.
Les Lettres de Londres
du 1 6.Octobre portent
qu'on en avoit reçu de la
Jamayque par lesquelles on
aprenoit que le Capitaine
Littleton
,
Commandant
une Escadre de 1JX Vaisseaux
de Guerre y étant arrivé
le 22.Juillet eut avis
que Mr du Casse
,
étoit du
côté de Cartagene
,
& qu'il
n' avoit que trois Vaisseaux
de guerre&deux Fregates,
cequi ': le fit résoudre de
l'aller attaquer ; que dans ce
dessein il fit voile le 29. &
que le 6. Août il vit terre à
huit où dixlieuës à l'Orient
de Cartagene. Que le même
jour un Vaisseau qu'il avoit
envoyé à là découverte
fit signal qu'il voyoit cinq,
Varîteaux à Boca Chica,qui
est à l'entrée du Port de Cartagene
;que le7aumatinil
découvrit quatre Navires à
qui *1 ctojhna chasse&cle soit
il en prit un grandqu'il crut
estre un Gallion,&une Parache
; qu'il résolutensuite de
retourner à la Jamaïque afin
defortifier sonEscadre du
Vaisseau le Medway,&d'aller
attendre Mr du Casse, au
bout Occidentalde l'Isle de
Cuba,paroùil devoitpasser
pour aller àla Havane;
mais que l'on n'avoit eûdepuisaucunes
nouvelles de Mr
de Littleton, & qu'on avoit
seulementapris de la Jamaïque
qu'on n'avoit trouvény
or ny argent dans les deux
Bastimens pris, ce quifaisoit
croire que Mr du Casse, les
avoitEnvoyez pour amuser
ce Capitaine pendant qu'il
prendroit une aurre route
'avcc les Gallions.
Celles du20 disent que
Je Colonel Clayton,aporta
le 16.la Relation de l'entrepriseformée
sur Quebec
qui portoiten substance
que la Flotte aprés avoir été
retenuë plusd'unmois à
Bastondansla nouvelle Angleterre
, en partit le roi
Aoûrdernier;qu'elle arriva
le 19. à l'entrée delà grande
,îiviere' de Saint Laurent Otr,
elle fut obligée par unvent
de Nordoüest tres violent
de moüiller dans , la Baye de
Gaspé;que le premier Septembre
ilsentrerent dans la
riviere ou ils avancèrent environ
quarente lieuës, aprés
quoy ils se trouverent incomodez
d'une brume fort
épaisse & d'un grand vent
d'Est-sud-Est; que vers les
huit heures du soir le Chevalier
Hovendon Walker
,
qui commandoit la Flotte,
fie signal aux Vaisseaux de se
tenir serrez, & deporrer au
Sud
,
les Pilotes qu'il avotjE
pris à Baston, dont le Gouverneur
luy avoit répondu
de la capacité, ne connissant
pas -lesmoiiiIlagcs.; que quoy
qu'il eustpriscetteprécaution
,
les Courants ne laisserent
pas de porter la Flotte
vers la coste du Nord où elle
donna sur des rochers qui
firent périr deux Vaisseaux
chargez de provisions
,
&
huit autres chargez devingt
six Compagnies de Troupes
réglées ; que néanmoins il
ne se perdit aucun Vaisseau
de guerre;quele lendemain
4 la Flotte demeura au meme
endroit pour secourir
ceux qui s'étoient fauvcz sur
les débris; que le r: on tint
Conseil de Guerre dans lequelilfut
résolud'abandonner
l'entreprise, parce que
la perte qu'on venoit de
faire en rendoit l'excution
plus difficile, & que d'ailleurs
la faison étoit siavancée,
qu'on avoir tout lieu de
craindre de pareils accidens,
par le peu de connoissance
des Pilotes;qu'ainsi on mie
à la voile pour décendre la
Riviere;que la Flottearriva
!~ 1 5. àla Baye des Espagnols
gnols, dans l'Isle du Cap
Breton; que le19on cinc
un autre Conseil de guerre
pour délibérer si on arraqueroit
le Fort de Plaisance
dans l'Isle de Terre-Neuve-,
suivant l'ordre. qu'on en
avoit en cas querentreprise
sur Quebec ne réüssitpas;
mais qu'il futrésolu de rc+
tourner en Angleterre, parce
qu'on n'avoitpassuffisament
de vivres.Que d'autres
Lettres écritespardes Officiers,
font monter la perte à
, quatorze Navires, à prés de
deux mille hommes
,
&
disentqu'on étoit en peine
du Colonel Nicholson,qui
ayoit ordre lorsquela Flotte
partie de Baston de s'avancer
de la New- YorK avec
3000. horameSjCe qu'il pouroit
rassembler de Sauvages
pourattaquer l'Isle de Mont
rcal sçituée vers le haut de
la Rivicre de Saint Laurent,
parce que la Flotte devant
luy fournir des vivres, on ne avoir pas comment il auroit
pû se retirer & résister
aux François & aux Sauva-
,
ges leurs amis.
Les Lettres du 30. de la
même Ville, portent que le
Chevalier Hovendon Walker,
étoit arrivé à la Rade de
Sainte Helene prés l'Isle de
Wight avec la Flotte qui étoit
allée en Canada;que les
Troupes qui étoient dessus
avoient esté distribuées en
quartier de rafraichissement
dans les lieuxvoisins; que le :16. le feu ayant pris par accidentauVaisseaurl'Edgar
do
>7°.pieces deCanons, sauta
> en l'air avec cinq cens hommes
qui étoient dessus, dont
aucun ne se sauva qu'un Matelot
qui étoit dans la Chaloupe
, & trois Officiers qui
avoient mis pied à terre;
qu'il y avoit sur ce Vaisseau
quelques Habitans de Port smouth
qui eurent la même
destinée que l'Equipage.
Que le 24. on publia les
Préliminaires dont on assuroit
que la France & l'Angleterre
estoient convenus
pour parvenir à une Paix génerale
,qui contiennent que
le Roy Très -
Chrestien reconnoistra
la Reine de la
Grande-Bretagne en cette
qualité, & la Succçflion à
la Couronne,selon qu'elle
est à present establie-qu'il
consentira de bonne foy
qu'onprennetoures les mefurcs
justes-&raisonnables
pour empêcher que les Coutonnes
de France & d',E[-
pagne ne soient jamais réü.
nies en la personned'un me-N
me Prince; que l'intention
duRoyest que tous lesPrinces
& Etats engagez dans
cette guerre, sans aucune
,
exception trouvent une satisfaction
raisonnable dans
le Traitéde Paix,& que le
Commerce soit rétably &; 1
maintenu à l'avantage de la
Grande Bretagne, de la Hol.
lande & des autres Nations,
que comme le Roy veut exa.
ctement observer la Paix
quand elle fera concluë, ôc
que l'objetqu'il se propose
etf d'assurer les Frontières de
son Royaume sansinquieter
en aucune maniéré les Etats
de ses voisins ,il promet de
consentir par le Traité qui
se fera que les Hollandois
soient mis en possession des
Places fortesqui y sont specifiées,
&qui serviront à l'avenir
de bariere pour assurer
le repos de la République de
Hollande ;que le Roy consent
aussi qu'on forme une
barrière seure &convenable
pour l'Empire & la Maison
d'Autriche;que quoyque le
Roy ait dépensé de grandes
sommes pour l'acquisition&
&les fortifications de Dunkerque,
Sa Majesté s'engage
à les faire raser aprèslaconclufion
de la Paix, moyens
nant un équivalent à sa fatisfaction
& comme les Anglois
ne peuvent le fournir,
la discution en fera remise
aux Conferences pour la
Négociation de la Paix. &
que lors que les Conférences
seront commencées on y
examinera à l'amiable & de
bonne foy les prétentions
des Princes & Etats engagez
dans cette Guerre, & on
n'obmettra rien pour les
terminer à la fatisfactondes
Parties.
On a appris par les Lettres
de la Haye du zi. Octobre
que sur le bruit qui s'y estoit
répandu que la Paix se négocioic
en Angleterre avoir
obligé les Etats Generaux à
y envoyer Mr Buys, Penfionnaire
d'Amsterdam en
qualité d'Envoyé Extraordinaire
: que le
1 6. il partit
pour aller s'embarquer sur
un Yacht de l'Etat que
le Comte de Strafford Ambassadeur
d'Angleterre arriva
le ii. à la Haye
,
&
que le lendemain matinil
eut une conférence avec le
Pensionnaire Heinfius.
Celles du29 portent qu'-
on ne doutoit plus des Negociations
de la Paix commencées
entre l'Angleterre
&la France;que comme
elle etoit ardemmeut souhaitée
le Publicq n'avoit
point d'autre attention; que
depuisl'arrivée du Comte
de Strafford
,
Ambassadeur
& Plénipotentiaire d'Angleterre,
il avoit toujours cil
des Conférences avec le
Pensionnaire Heinfius,&
sept Dépurer des Etats Généraux
qui s'étoient aussi
assemblez extraordinairement
pour déliberer sur ce
qu'il avoit communiqué.
Celles du5. Novembre
disent que tous les Ministres
des Puissances Alliées
,
lene
avoient dépêché des Courriers
pour les informer de
ces Propositions Préliminaires,
afin de recevoir leurs
ordres.
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Résumé : Nouvelles d'Angleterre, & de Hollande.
Le texte traite des événements militaires et diplomatiques impliquant l'Angleterre et la Hollande. En octobre, des lettres de Londres rapportent que le capitaine Littleton, à la tête d'une escadre de dix vaisseaux de guerre, a appris la présence de Monsieur du Casse près de Carthagène avec trois vaisseaux de guerre et deux frégates. Littleton a décidé de l'attaquer mais a choisi de retourner en Jamaïque pour renforcer son escadre avant de se diriger vers l'ouest de Cuba pour attendre du Casse. Aucune nouvelle de Littleton n'a été reçue depuis, et les deux bâtiments capturés ne contenaient ni or ni argent, suggérant que du Casse les avait envoyés pour détourner Littleton. Le colonel Clayton a rapporté une expédition contre Québec. La flotte, partie de Boston, a été retardée et repoussée par des conditions météorologiques défavorables, perdant plusieurs navires et hommes. La flotte a ensuite décidé de retourner en Angleterre en raison du manque de vivres et de la saison avancée. Des lettres du 30 octobre indiquent que le chevalier Hovendon Walker est arrivé à Sainte-Hélène avec la flotte, et qu'un accident a causé l'explosion du vaisseau l'Edgar, tuant cinq cents hommes. Le 24 octobre, des préliminaires de paix entre la France et l'Angleterre ont été publiés, reconnaissant la reine d'Angleterre et établissant des mesures pour prévenir les conflits futurs. La France s'engage à raser les fortifications de Dunkerque et à former des barrières pour assurer la paix en Hollande et dans l'Empire. À La Haye, les États généraux ont envoyé Monsieur Buys en Angleterre pour les négociations de paix, et le comte de Strafford a eu des conférences avec le pensionnaire Heinsius et des députés des États généraux. Les négociations de paix entre l'Angleterre et la France sont confirmées, et les ministres des puissances alliées ont été informés des propositions préliminaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 262-267
Extrait d'une Lettre de Lisbone le 28. de Septembre.
Début :
On attend icy de jour à autre notre Flote du [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Flotte, Corsaires, Troupes, Paix, Négociants, Vaisseaux, Méditerranée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Lisbone le 28. de Septembre.
Extraitd'une Lettre de Lisbone
le 28. de Septembre.
On artcnd icy de jour à
autre notre Flote du Bresil,
& on a envoyé à sa rencontre
huit Vaisseaux de guerre
sur l'avis que plusieurs Bastimens
Corsaires de Salé croisoient
sur la route.. La reformedes
Troupes qui avoic
cité arrêté dans le Conseil il
« y a plusde deux mois n'est
point encore commencée,on
ne croit pas même qu'ettc se
fasse avant la conclusion de
la Paix avec l'Espagne. Nous
venons d'apprendre que deux
de nos Bastimens qui venoient
du Levant ont esté pris dans
la Mediterranée par ks Corsaires
d'Alger. La perte est
considerable pour nos Negotians
>
leurs charges estans de
plus d'un million. On apprend
de Cadix qu'il est arrivé
ii" Vaisseaux de guerre
Anglois qui retournent de la
Mediterranée dans les Ports
d'A ngleterre.
On mande de Marseille
que le 10. Octobre le Maréchal
de Tessé alerté avec
quatre Galleres à la rencontre
de leurs Altesses Royales
de Savoye, & leurs a porté
toutes sortes derafraîchissemens.
Il fut à bord du Vaisseau
Amiraloù leurs Altesses
estoient; il y sur reçû avec
tous les « bc>nncurs IInables.
bles. Ils firent de grandes
largesses àtoute la Chiourme.
On a amené dans ce Port la
semaine passéeuneTartane de
Naples, chargée de munitions
de guerre pour Barcelone,
& une Barque Genoise
chargée de bleds pour la
mêmeVille. Ces Bastimens
ont esté pris par une de
nos Fregates. Un Vaisseau de
guerre Malthois a pris aprés
un combat de trois heures
un Cor faired'Alger où il y
avoit quarante-six Esclaves
Chretiens qui ont esté remis
en liberté.
On écrit de Thionville,
qu'un parti ennemi de soixante
Cavaliers ayant p<,lfé
la Morelle à un gué au dessous
de Treves, pour venir
piller dans les trois Eveschez
a esté coupé & défait, qu'il
ne s'en est fauvé que dix, les
autres ayant esté tuez ou faits
pri fonniers.
Il en arrivé à Compiegne
des Chariots venants de Bruxelles
qui ont raporté à Mt
de Baviere tous les effets qu'il
y avoit laissé lorsqu'il fut obligé
après la bataille de Ramillies
de se retirer de cette
place.
On mande de Flandres
qu'on tiroit tous les nouveaux
Regimens qui y sont
pour les envoyer en Alsace,
où on dit qu'ils y feront
cassez, & ensuite incorporez
dans les vieux Corps, auC.
quels ils serviront de recruës.
le 28. de Septembre.
On artcnd icy de jour à
autre notre Flote du Bresil,
& on a envoyé à sa rencontre
huit Vaisseaux de guerre
sur l'avis que plusieurs Bastimens
Corsaires de Salé croisoient
sur la route.. La reformedes
Troupes qui avoic
cité arrêté dans le Conseil il
« y a plusde deux mois n'est
point encore commencée,on
ne croit pas même qu'ettc se
fasse avant la conclusion de
la Paix avec l'Espagne. Nous
venons d'apprendre que deux
de nos Bastimens qui venoient
du Levant ont esté pris dans
la Mediterranée par ks Corsaires
d'Alger. La perte est
considerable pour nos Negotians
>
leurs charges estans de
plus d'un million. On apprend
de Cadix qu'il est arrivé
ii" Vaisseaux de guerre
Anglois qui retournent de la
Mediterranée dans les Ports
d'A ngleterre.
On mande de Marseille
que le 10. Octobre le Maréchal
de Tessé alerté avec
quatre Galleres à la rencontre
de leurs Altesses Royales
de Savoye, & leurs a porté
toutes sortes derafraîchissemens.
Il fut à bord du Vaisseau
Amiraloù leurs Altesses
estoient; il y sur reçû avec
tous les « bc>nncurs IInables.
bles. Ils firent de grandes
largesses àtoute la Chiourme.
On a amené dans ce Port la
semaine passéeuneTartane de
Naples, chargée de munitions
de guerre pour Barcelone,
& une Barque Genoise
chargée de bleds pour la
mêmeVille. Ces Bastimens
ont esté pris par une de
nos Fregates. Un Vaisseau de
guerre Malthois a pris aprés
un combat de trois heures
un Cor faired'Alger où il y
avoit quarante-six Esclaves
Chretiens qui ont esté remis
en liberté.
On écrit de Thionville,
qu'un parti ennemi de soixante
Cavaliers ayant p<,lfé
la Morelle à un gué au dessous
de Treves, pour venir
piller dans les trois Eveschez
a esté coupé & défait, qu'il
ne s'en est fauvé que dix, les
autres ayant esté tuez ou faits
pri fonniers.
Il en arrivé à Compiegne
des Chariots venants de Bruxelles
qui ont raporté à Mt
de Baviere tous les effets qu'il
y avoit laissé lorsqu'il fut obligé
après la bataille de Ramillies
de se retirer de cette
place.
On mande de Flandres
qu'on tiroit tous les nouveaux
Regimens qui y sont
pour les envoyer en Alsace,
où on dit qu'ils y feront
cassez, & ensuite incorporez
dans les vieux Corps, auC.
quels ils serviront de recruës.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Lisbone le 28. de Septembre.
La lettre du 28 septembre de Lisbonne mentionne divers événements maritimes et militaires. Huit vaisseaux de guerre ont été envoyés pour protéger la flotte du Brésil contre les corsaires de Salé. La réforme des troupes, décidée depuis plus de deux mois, est retardée jusqu'à la conclusion de la paix avec l'Espagne. Deux navires marchands revenant du Levant ont été capturés par des corsaires d'Alger, causant des pertes importantes aux négociants. À Cadix, deux vaisseaux de guerre anglais sont revenus de la Méditerranée. À Marseille, le maréchal de Tessé a accueilli les Altesses Royales de Savoie. Une tartane de Naples et une barque génoise, chargées de munitions et de blé pour Barcelone, ont été capturées par une frégate française. Un vaisseau de guerre maltais a libéré quarante-six esclaves chrétiens après un combat contre un corsaire d'Alger. En Allemagne, un parti ennemi de soixante cavaliers a été défait près de Trèves. À Compiègne, des chariots de Bruxelles ont rapporté les effets du prince de Bavière après la bataille de Ramillies. En Flandre, de nouveaux régiments sont envoyés en Alsace pour être intégrés dans les vieux corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 59-61
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que l'Amiral Lillié avec un [...]
Mots clefs :
Flotte, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
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9
p. 7-13
A Venise le 14. Décembre 1715.
Début :
M. Grimani continuë de refuser l'employ de Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine général, République, Flotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 14. Décembre 1715.
AVenise le 14. Decembre 1715.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
M. Grimani continuë de
refuſer l'employ de Capitaine
General Il a preſenté un Memoire
fur ce ſujet qui doit être
porté dans trois Conſeils dif
ferens ,c'eſt à dire dans celuy
des Confeillers du Doge , &
A iiij
8 MERCURE
د
des troisChefs de la Quarantie
, dans celuy duCollege entier
, & enfin dans le Pregadi.
Ses excuſes ont déja été agrées
dans le premier de ces Conſeils.
Les ſentiments ont été
mi partis dans le deuxième
quoyque l'affaire yait étémiſe
deux fois en déliberation .
Quelque reſolution que l'ony
prenne , il paroît continuer
dans celle de ſe faire Ecclefiaftique
plûtôt que d'être forcéà
accepter cet employ , qu'il n'y
a point d'exemple que l'on ait
jamais refusé , mais c'eſt que
les affaires de la Republique
4
GALANT. و
étoientdans une ſituationbien
differente de celles où elle ſe
trouve preſentement . 1
M. Delphin n'a point écrit
à ſes Maîtres cette ſemaine ,
mais M. Piſani , General des
Iſſes , a mandé que ce Capitaine
General eſtoit parti le
dix- huit Octobre de Glimino
avec ſa Flotte pour aller vers
les Iſles de l'Archipel , dans la
vûë apparemment de tirer des
contributions de celles qui
ſont ſans deffenfe , & de tâ
cher de tirer quelque avantage
fur lesTures , s'il trouve leur
Flotte ſeparée , ainſi qu'il en
10 MERCURE
avoit receu quelques avis.
Quoyqu'il en ſoit , on luy reprochoitde
ce que lorſqu'elle
étoit unie , il n'entreprenoit
rien fur cette Flotte , & pre
ſentement qu'elle eſt ſeparée,
on craint qu'il ne luy arrive
quelque malheur.
Toutes les Garniſons qui
étoient dans les Places priſes
parCapitulation parles Turcs
font arrivées au Zante & à
Corfou , conſiſtant à 12. ou
15.00. hommes environ. Elles
y ont eſté tranſportées ſurdes
Bâtiments François .
Ondit àcette occaſion que
CALANT IF
les Turcs n'ont point pris
Parga; qu'ils avoient tenté de
le ſurprendre,mais que lesHabitants
s'eſtant deffendus vigoureuſement
, ils s'eſtoient
retirez de devant ce petit lieu.
Il arriva icy il y a quelques
jours deuxVaiſſeaux dela Florte
qui avoient eſté nolifez de
quelques Marchands &armez
enGuerre par la Republique
qui ne s'en ſervira plus . Il eſt
auſſi arrivé avant hier un autre
Vaiſſeau de Guerre nommé
la Ligue facrée ; il doit être
deſarmé , n'eſtant plus propre
pour naviger.
12 MERCURE
On attend icy inceffamment
M. le Comte de Schulembourg
qui eſt en contuma
ce au Lazaret de Verone. On
la luy fera achever dans une
Ifle des Langunes qui luy a été
preparée.
L'on a fait deux Traitez
pour la levée de isoo. hommes
,l'un avec le ComteNoftitz
, Lieutenant General , que
laRepublique prend àſon ſer.
vice , pour un Regiment de
1000. Polonnois ; & l'autre
avec M. de la Motte , au nom
duComte d'Enoff, pour soo.
de recruës du même Pays. On
GALANT. 13
ne fait pas cependant grand
fond fur l'arrivée de ces Trou
pes ,qu'il ſera difficile de conduire
icy.
Fermer
10
p. 143-148
A Londres, le 20. Mars 1717.
Début :
Le 5. on publia ici les Lettres du Comte Gyllemborg, des Barons [...]
Mots clefs :
Lettres, Rébellion, Forces, Roi de Suède, Cavalerie, Flotte, Soldats, Trône d'Angleterre, Cour, Armements, Comte Gyllemborg, Tsar, Paix, Baron, Conspiration
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texteReconnaissance textuelle : A Londres, le 20. Mars 1717.
A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Fermer
11
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
Fermer
12
p. 74-87
RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
Début :
Le Seigneur André Pisani, Capitaine Général de la République de Venise, [...]
Mots clefs :
Bataille navale, Vaisseaux, République de Venise, Turcs, Armée, Guerre, Navigation, Ennemis, Flotte, Attaques, Capitaine, Combat, Archipel, Liste, Seigneur, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
RELATION .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
Fermer
13
p. 62-65
A Venise le 25 Aoust 1717.
Début :
Les Lettres que l'on a reçûës ici cette semaine du Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine Pisani, Flotte, Victoire, Turcs, Canons, Barbares, Armée, Combats, Galère, Blessés et morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 25 Aoust 1717.
A Venise le 25 Aoust 1717.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
Fermer
14
p. 112-123
JOURNAL DE CAGLIARI.
Début :
Cagliari Ville Capitalle de l'Isle de Sardaigne, est située sur [...]
Mots clefs :
Cagliari, Sardaigne, Siège, Sénateur, Conseillers, Charges, Privilèges, Escadre, Débarquement, Troupes, Armée, Amnistie, Flotte, Châteaux, Canon, Port, Chevalier, Artillerie, Tranchées
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE CAGLIARI.
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
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15
p. 124-129
LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
Début :
La Lettre du Pape au Roy d'Espagne, touchant l'entreprise / Tres-Cher Fils en Jesus-Christ, Salut & Bénédiction Apostolique. [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Flotte, Gloire, Consistoire, Cardinaux, Église romaine, Combats, Douleur, Discours, Réputation, Guerre sacrée, Conseillers, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
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16
p. 1612-1613
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier Charles Wager a été nommé par le Roi, commandant en Chef de la [...]
Mots clefs :
Chevalier, Flotte, Distillateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En juin 1731, le Chevalier Charles Wager a été nommé Commandant en Chef de la flotte britannique. Des incendies ont détruit Blandfort dans le Dorset, Thwerton dans le Devonshire et une partie du quartier de Holborn à Londres. L'écuyer du Comte Kinnoul est arrivé à Londres avec des lettres du Grand Seigneur de Constantinople.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 2068-2082
EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Début :
MYLORD, De toutes les Médailles de l'Empereur Carausius, dont je fais depuis longtemps [...]
Mots clefs :
Neptune, Carausius, Médaille, Médailles, Inscription, Mer, Bretons, Temple, Type, Grande-Bretagne, Flotte, Légende, Trident, Vaisseau, Maximien, Lettres, Cheval, Figure, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
EXPLICATION d'une Médaille ans
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
tique trés- singuliere de CARAUSIUS
Empereur des Anciens Bretons au temps
de Diocletien et de Maximien Hercule ,
adressée à Mylord Comte de Pembrok •
Pair d'Angleterre & c. Par M. Genebrier
, Docteur en Medecine,
MYLORD,
De toutes les Médailles de l'Empereur
Carausius , dont je fais depuis long-temps
une récherche très- exacte , et qui sont
venues en assés bon nombre à ma connoissance
, l'une des plus singulieres ,
et qui intéresse le plus le Royaume de
la Grande Bretagne , est celle dont j'ai
entrepris de donner une explication .
Elle ne se trouve que dans votre Cabinet
, où j'ai eu la satisfaction de la voir ,
avec quantité d'autres raretez Litteraires
de toute espece , que vous possedez et
que
THE
NEW
YOR
SUCINC
LIBRAF
ASTOR
, LENOX
AN TILDEN
FOUNDATIO
(K
RY
.
N8.
SEPTEMBRE . 1731 2009
que vous vous faites un plaisir de communiquer
aux Amateurs de l'Antiquité ;
ce qui me suffit pour justifier la liberté
que je prens de faire paroître sous vos
Auspices ce que j'ai écrit au sujet de ce
Monument .
La Médaille est de petit Bronze , nette
et bien conservée ; on y voit d'un côté
la tête de Carausius couronnée de rayons,
et tournée du côté gauche , avec cette
Inscription IMP. CARAUSIUS P. F
AUG.
Au revers pour Type , Neptune , et
Carausius débout qui se donnent la main
droite: Neptune , qui est nud au côté
droit , à la réserve des parties inferieures ,
qui sont à demi couvertes d'un manteau
Aottant , s'appuye de la main gauche sur
son Trident , ayant le pied gauche posé
sur la Proue d'un Vaisseau . Carausius de
l'autre côté en habit de Guerre , la tête
couronnée de Laurier , s'appuye de la
main gauche sur une Pique , la pointe en
haut. Pour Legende VBERITAS AUG. et
dans l'Exergue R. S. R.
•
Les Types qu'on avoit vûs jusqu'ici avec
la Legende Ubertas ou Uberitas se reduisoient
à deux differents , dont le
premier ne commence à se trouver sur
les Médailles Imperiales que sous Trajan
Dece
2070 MERCURE DE FRANCE
Dece. On y voit la figure d'une femme
debout , tenant de la main droite une
Bourse , et de la gauche une Corne d'abondance,
couchée sur le bras. Cette Médaille
étoit du Cabinet de feüe S. A. R.
MADAME , dont la Mémoire me sera toujours
en singuliere véneration .
Le second Type se trouve sur une Médaille
de Quintillus , frere de Claude le
Gothique , à qui il succeda à l'Empire
pour peu de jours. C'est une Femme debout
, le corps un peu panché en devant ,
laquelle tient des deux mains une Corne
d'abondance renversée , d'où sortent des
Pieces d'Or et d'Argent , ayant le pied
droit posé sur un Globe terrestre. Médail
le du Duc Darschot.
Il n'y a rien de semblable sur notre
Médaille de Carausius , le Type en est
tout different. Ce sont , comme je l'ai dit ,
deux figures debout ; celle d'une Divinité
, et celle d'un Heros qui se donnent la
main , et dont les divers attributs paroisgent
n'avoir guere de rapport aux autres
Types que nous venons de décrire.
Cependant à bien examiner le Type
et la Legende de celle-ci , rien de plus ingenieux
ni de plus flatteur.
En effet , que pouvoient imaginer de
plus expressif les Bretons pour donner
ung
SEPTEMBRE. 1731 207
ane juste idée de l'heureuse abondance
dont ils joüissoient sous Carausius , que
de représenter , comme ils ont fait , sur
ces Médailles Neptune qui lui donne la
main , et qui par cette attitude paroît
l'associer à l'Empire de la Mer , et le partager
avec lui ? On diroit qu'aprés la défaite
de la Flotte de Maximien Hercule ;
qui n'étoit point present à ce combat
Naval, les Bretons enflés d'une Victoire si
éclatante , eussent voulu mettre dans la
bouche de leur Protecteur cesVers deVirgi
le qui semblent avoir été faits pour relever
la gloire d'un évenement si mémorable.
Maturatefugam , Regique hac dicite vestro,
Non illi Imperium Pelagi savumque tridentem
و
›
Sed mihi sorte datum.
-On sçait qu'un Souverain qui s'est une
fois rendu le maître de la Mer joüit necessairement
de toutes choses suivant l'ex
pression de ( a ) l'Orateur Romain ; qui
mare teneat , eum necesse rerum potiri. Et si
dans le Continent il n'y a point de Peuples
heureux sans commerce , que feroient
sans ce secours ceux qui sont séparés
du reste des hommes par les Mers
C'est laNavigation et le Commerce qui de
(a) Epit. à Atticus¿
tout
2072 MERCURE DE FRANCE
tout temps ont rendu les Etats Maritimes
si florissans , en y apportant l'abondance.
c'est ce qui a formé en peu de temps les
plus puissantes Républiques de l'Univers.
Carausius ayant néttoyé l'Ocean de
Pirates , en ayant chassé les Flottes de
plusieurs Nations rédoutables , celles des
Francs et des Saxons , ayant enfin mis le
comble à ses travaux de Mer par la Victoire
navale qu'il venoit de remporter sur
la Flotte de Maximien Hercule son
concurrent , que pouvoient faire de
mieux les anciens Bretons pour immor
taliser la mémoire de leur Heros , que
de le représenter ainsi avec Neptune
qui lui donne la main ? Quoy de plus
convenable aux temps , aux lieux et aux
autres circonstances que ce Type et que
cette Legende VBERITAS AVG? puisque
par cette Victoire les Bretons demeuroient
les Maîtres de la Mer , et des
Trésors de l'Ocean. Quelque flatteur
que soit cet Eloge symbolique , il me
paroît bien plus modeste et plus beau que
celui que Pompée se donna lui même en
se disant par une vanité outrée le fils *
* Sextus Pompeius Magni Filius eo stultitia
processit inflammatus rerum maritimarum
felicitate , uutt NNeeppttuunnii se Filium diceret , es
Cyanea veste obduceretur Forph, in Horat.
de
SEPTEMBRE. 1731. 2073
de Neptune . Et cela seulement pour avoir
nettoyé, en 33. jours , la Mer de Sicile de
quelques miserables Esclaves revoltés , ou
des fugitifs des Armées de Sicile et de Capoüe.
Če qui lui suffit pour prendre le titre
que nous venons de dire , et pour se parer
d'une robe bleue cum marifeliciter uteretur,
Neptuni se Filium confessus est. Eumque bobus
auratis , et equo placavit. Aur. Victor .
On ne doit donc point être surpris de
voir Neptune sur les Médailles de Carausius
qui s'étoit rendu si redoutable sur
la Mer , et qui avoit surpassé de beaucoup
les Victoires de Pompée par ses exploits
Maritimes .
Cette Médaille de Carausius avec la
Figure de Neptune , n'est pas le seul
• Monument qui nous reste pour prouver
que les Bretons rendoient un culte particulier
à cette Divinité. On a trouvé depuis
quelque temps une Inscription antique
dans la Grande Bretagne qui merite
d'être rapportée ici , laquelle fait
remonter encore plus haut , le Culte de
Neptune dans cette Isle. Voici cette Inscription
exactement copiée sur l'Original
, gravée avec soin et avec les mêmes
Lacunes qui s'y trouvent par l'injure du
temps , mais que M. Roger Gale a heureusement
rétablies par de petits points
B aux
2074 MERCURE DE FRANCE
aux endroits qui ne sont pas assez visi .
bles et où la pierre est tronquée.
Ce Sçavant conjecture que les premieres
lettres qui manquent au commencement
de la septiéme ligne pouvoient être A
SACR. S. ou SACER . S. ( n'y ayant pas
assez de place pour un plus grand nombre
de lettres) pour dire A SACR is sunt ou
Sacerdotes sunt. Quoiqu'il en soit , cette
Inscription nous apprend qu'il y avoit
dans la grande Bretagne un Temple érigé
sous l'invocation de Neptune et sous celle
de Minerve , pour la conservation de la
Famille Imperiale , exprimée par le ter
me de Divine. DOMŪS DIVINAE.
L'Inscription apprend aussi que ce
Temple fut construit des deniers de la ,
Communauté ou du Corps des Maîtres
Charpentiers : Collegium Fabrorum , et des
autres Personnes qui pouvoient y être
admises , comme Ministres ou sous quelque
autre titre , cequi paroît être exprimé
par ces trois lettres D. S. D. de suo
dedicaverunt. Elle apprend encore que
Pudens , fils de Pudentinus , avoit donné
le fond sur lequel le Temple étoit bâti
Donante Aream Pudente Pudentini filio.
Et enfin que ce même Temple fut édifié
par l'autorité du Roy Cogidubnus , surnommé
Tibere-Claude , du nom de cet
Empereux
SEPTEMBRE. 1731. 2075
Empereur Romain , dont le Roy Breton
se faisoit honneur de prendre aussi la
qualité de Lieutenant ou de Viceroy dans
la Partie de la Grande Bretagne qui étoit
soumise à cet Empereur. Ex authoritate
Tiberii Claudii Cogidubni Regis Legati
Augusti in Britannia. C'est ainsi à peu
près que Cesar avoit établi Cavarinus
Roy des Senons , qui fut ensuite chassé
par les Siens.
Ce précieux Monument de l'Antiquité
Payenne fut trouvé à Chichester en 1723 .
·à quatre pieds sous terre , en creusant pour
faire une Cave dans la maison qui fait
le coin de la ruë de S. Martins- lane , en
tirant vers le Nord. Il est enclavé présentement
dans la muraille , sous une fenêtre
de la même Maison d'où il fut déterré.
C'est un Marbre gris , que M. Gale
croit avoir été tiré des Carrieres de Suffex .
Sa longueur est de six pieds, sur deux pieds
et trois quarts de largeur. Les lettres en
sont très-belles ; celles qui sont dans les
deux premieres lignes ont trois pouces de
longueur , et les autres ont deux pouces
un quart. Le mur du Temple * dont il
* Ily a plusieurs exemples d'un Temple consacré
à deux Divinitez. Jupiter et Minerve
avoient un Temple commun à Athenes près du
Trésor public, lequel leur étoit dédié sous le ritre
de CONSERVATEURS.Pausan,dans ses Atriques , & c.
Bij s'agit
2075 MERCURE DE FRANCE
s'agit et dont les Curieux ont examiné les
fondemens , avoit environ trois pieds
d'épaisseur .
Chichester où cette Inscription a été
trouvée , est une Ville d'Angleterre ,
qui n'est qu'à deux milles de la Mer, dont
un bras pouvoit anciennement arroser ses
Murailles. Elle est située assez près de
la Forêt d'Anderida , et de la Côte Meridionale
de l'Isle Britannique.
Minerve , dont il est parlé dans cette
Inscription , comme Inventrice des Arts,
étoit invoquée par tous les Artisans , selon
Lactance , ce qui donne lieu de
conjecturer qu'il y avoit peut-être auprès
de cette Ville un Arcenal pour la fabrique
des Vaisseaux , et que la Ville peut
avoir été autrefois beaucoup plus considerable
qu'on ne pense . On voit en effet
et aux environs les restes de trois grands
Chemins Romains qui y aboutissoient ,
et qui viennent de Porsthmouth, de Mid-,
surst et d'Arondel .
On
peut voir
l'explication
entiere
que
M.
Gale
a donnée
de cette
Inscription
dans
les
Transactions
Philosophiques
, ou
Journal
Anglois
, de l'Académie
Royale
de Londres
, page
379.
du
31. Octobre
1723.
la même
année
de sa découverte
.
* Instit
. Divin
. L. 1. P. 134,
Cet
SEPTEMBRE . 1731. 2077
Cet habile Académicien a fait là-dessus
plusieurs observations qui ne laissent rien
à desirer.
>
Pour revenir au Type de Neptune ,
qui paroît sur notre Médaille , Hygin
observe que ceux qui vouloient représenter
ce Dieu , lui mettoient ordinairement
un Dauphin à la main , ou sous le pied
croyant que c'étoit de tous les Poissons
celui qui lui étoit le plus agréable. Qui
Neptuno simulachrum faciunt Delphinum
aut in manu , aut sub pede ejus constituere
videmus , quod Neptuno gratissimum arbitrantur.
Cela se trouve conforme à la plûpart
des figures que nous avons de Neptune,
sur les Médailles de plusieurs Empereurs
et sur celles de quelques Villes Maritimes
qui représentent ainsi Neptune . Mais sur
les Médailles de Carausius , au lieu d'un
Dauphin , les Bretons ont affecté de mettre
sous les pieds de Neptune la Proie
d'un Vaisseau , pour montrer qu'ils avoient
mis leurs Vaisseaux et leurs Flottes sous
la protection d'une Divinité , laquelle
selon Diodote de Sicile , Livre s . avoit
trouvé l'Art de la Navigation , et de
mettre en Mer une Flotte entiere. Aussi
les Capitaines de Vaisseaux et les Matelots
, ne manquoient jamais avant que de
B iij mettre
3
2078 MERCURE DE FRANCE
mettre à la voile , d'adresser leurs voeux
et leurs prieres à Neptune , pour lui demander
une heureuse Navigation .
Nous avons dans Seneque , dans Plutarque
et dans Ciceron , là formule d'une
Priere que lui faisoient les Grecs avant
que de s'embarquer. Elle est toute des
plus courtes : Ορθαν αν ναῦν , ἀπαξ θανείν.
Les Latins l'ont tournée de la sorte. Quaaunque
Tempestas veniat , Neptune si averas
Navim sedens ad gubernaculum semper
rectam everte. » Divin Neptune , quelque
Tempête qui nous arrive , si vous
>> voyez que notre Vaisseau soit prêt à
» faire nauffrage ou à renverser , prenez
» vous-même le Gouvernail en main , et
" faites , par votre bonté , que notre Vaisseau
ne puisse jamais tomber que debout.
Aristide , dans un Hymne qu'il a composé
en l'honneur de Neptune , nous ap→
prend que les Fleuves , les Fontaines , et
en general toutes les Eaux étoient reverez
comme les plus grands et les premiers
Dieux de l'Antiquité. C'est pour cela que
le culte de Neptune étoit en grande veneration
chez les Grecs , sur tout dans les
Villes Maritimes. Ils avoient les Posidenies
, qui étoient des Fêtes instituées en
l'honneur de Neptune , dont elles portent
le nom . Ils avoient encore les Thynnées
SEPTEMBRE . 1731. 2079
3
nées , qui étoient des autres jours de Fê
tes où les Pêcheurs lui immoloient des
Thons. Tertullien , dans son Traité des
Spectacles , nous apprend que les Jeux
Isthmiens si celebres dans la Grece ,
( quoique le Victorieux n'y fût couronné
que d'Ache ou de Pin ) étoient
consacrez à Neptune. Ces Jeux tiroient
leur nom de Listhme de Corinthe , où
ils furent d'abord celebrez , selon Pausanias.
A Rome on faisoit la Fête de Neptune
le dixième des Kalendes de Septembre ,
sous le nom de Neptunales , et on lui
immoloit un Taureau , selon Virgile.
Taurum Neptuno , Taurum tibi pulchey
Apollo.
Homere avoit dit la même chose dans
le cinquiéme Livre de l'Odissée.
Cyaneos crines Taurus mactetur habenti.
On voit par ce Vers qu'Homere dis
tingue Neptune des autres Dieux par ses
cheveux bleus.
Arnobe , dans son huitiéme Livre contre
les Gentils , donne des yeux bleus à
Neptune. Neptunus oculis glaucis . En quoi
il est du sentiment de Lucien , mais ce
dernier lui donne des cheveux noirs ,
B iiij
contre
2080 MERCURE DE FRANCE
contre l'autorité d'Homere. Le bleu étoit
aussi la couleur de son Manteau , selon
Phurnutus , Neptuni vestis cyanea .
C'est pour cela que le fils de Pompée
prit une robbe
de cette couleur
après
son Expedition
Maritime
. Ce même General
de la Flotte Romaine
dans le passage
d'Aurelius
Victor
, rapporté
ci- dessus,
lui sacrifia
plusieurs
Taureaux
et un Cheval,
Eumque
bobus auratis et equo placavit.
On sçait que le cheval
étoit consacré
à
Neptune
, comme
à la Divinité
qui l'avoit
fait sortir de la terre d'un coup de
Trident
.
•
Tuque , cui prima frementem
Fudit equum Magno tellus percussa Trie
dente. Virg.
C'est aussi pour cette raison qu'on avoit
placé la Statuë de Neptune dans le Cirque
; mais par malheur Auguste y ayant
fait une espece de nauffrage , il en fit
-ôter la Statue , pour punir , en quelque
maniere , ce Dieu du peu de soin qu'il
avoit pris de sa personne.
•
Nous avons dans les Médailles de Gallien
deux Revers differens qui nous apprennent
que le Cheval Marin et le Ca
pricorne étoient aussi consacrez à Neptune.
Ces deux Types ont la même Lẹ-
gende
SEPTEMBRE. 1731. 208r
gende , NEPTUNO Conservatori AvGusti ;
Legende qui est commune avec la figure
du Cheval Marin . Quatre de ces Animaux
tirent ordinairement son Char sur
les Médailles de quelques autres Empereurs
; mais les Médailles de Gallien avec
Ia figure du Capricorne , sont très- rares
ou plutôt elles n'avoient pas encore été
connuës. M. l'Abbé de Rothelin en a
une, dans son Cabinet , et j'en possede une
autre ; je n'en parle ici que parce que
cette Médaille n'a encore été publiée ,
que je sçache , par aucun Antiquaire.
A l'égard du Trident sur lequel Neptune
s'appuye de la main gauche dans
notre Médaille , c'est , comme l'on sçait
le Sceptre qui lui fut fabriqué par les
Cyclopes , lorsque l'Empire de la Mer
Iui échut en partage.
Commodien , assez mauvais Poëte du
temps de Constantin , dit que Neptune
porte un Trident pour percer les Poissons.
Neptunum facitis Divum ex Saturno pronatum
Et Tridentem gerit , ut Pisces suffigere possit
Mais Prudence pense plus noblement,
forsqu'il dit que le Trident désigne la
triple qualité de l'Eau , qui est d'être liquide
, féconde , et potable. Tridentem
B. v verò
2082 MERCURE DE FRANCE
vero ob hanc rem gerere pingitur, quod aquarum
natura triplici virtute fungatur , id est
liquida , foecunda , potabili.
Je n'entrerai point ici dans un plus
grand détail sur le culte qu'on rendoit à
Neptune , principalement dans la Grece
et dans la Grande Bretagne en particulier..
Je n'ay pas dessein aussi de rapporter tout
ce que les Médailles , les Marbres , les
Pierres gravées , les Statuës et les autres
Monumens antiques , pourroient nous
fournir sur ce sujet. Tout ce que j'ay dit,
Milord , me paroît suffire pour l'explication
de cette Médaille singuliere de Carausius
, qui ne se trouve jusqu'à present
que dans votre Cabinet , et qui fut frappée
au sujet de la défaite de la Flotte de Maximien
Hercules , par le même Carausius.
J'ajoûte que c'est un Monument des plus
glorieux et des plus interessans qui puisse
se trouver pour le Royaume de la Gran
de Bretagne. Je suis avec beaucoup de
Respect , &c.
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Résumé : EXPLICATION d'une Médaille antique trés- singuliere de CARAUSIUS, Empereur des Anciens Bretons au temps de Diocletien et de Maximien Hercule, adressée à Mylord Comte de Pembrok, Pair d'Angleterre &c. Par M. Genebrier, Docteur en Medecine.
Le texte présente une médaille antique de l'empereur Carausius, un souverain des anciens Bretons ayant régné à l'époque de Diocletien et de Maximien Hercule. Cette médaille, conservée dans le cabinet de Mylord Comte de Pembrok, est en petit bronze et bien conservée. Elle porte sur une face la tête de Carausius couronnée de rayons, avec l'inscription 'IMP. CARAUSIUS P. F AUG.' Sur l'autre face, on voit Neptune et Carausius se donnant la main, avec Neptune appuyé sur son trident et Carausius sur une pique. La légende indique 'VBERITAS AUG.' et 'R. S. R.' dans l'exergue. Cette médaille se distingue des autres types de médailles impériales, qui représentent généralement une femme tenant une bourse et une corne d'abondance. La représentation de Neptune et Carausius se donnant la main symbolise la maîtrise de la mer et l'abondance apportée par la navigation et le commerce maritime. Cette scène célèbre la victoire navale de Carausius sur la flotte de Maximien Hercule, soulignant son contrôle sur les mers et les richesses océaniques. Le texte mentionne également une inscription antique trouvée à Chichester, en Angleterre, dédiée à Neptune et Minerve. Cette inscription prouve le culte rendu à ces divinités par les anciens Bretons et révèle l'existence d'un temple construit par la communauté des maîtres charpentiers sous l'autorité du roi Cogidubnus. Le culte de Neptune était particulièrement vénéré dans les villes maritimes, et les marins lui adressaient des prières pour une navigation sûre. Les Jeux Isthmiens, célébrés en Grèce en l'honneur de Neptune, étaient couronnés d'ache ou de pin et tiraient leur nom de l'Isthme de Corinthe. À Rome, la fête de Neptune, appelée Neptunales, se déroulait le 21 août et incluait le sacrifice d'un taureau. Homère et Arnobe décrivent Neptune avec des cheveux bleus, tandis que Lucien lui attribue des cheveux noirs. La couleur bleue était également associée à son manteau. Neptune était souvent représenté avec un trident, symbole de son pouvoir sur les mers. Le cheval, sorti de la terre par un coup de trident, était également consacré à Neptune. À Rome, une statue de Neptune était placée dans le Cirque, mais fut retirée après un incident impliquant Auguste. Des médailles, notamment celles de Gallien, montrent Neptune avec un cheval marin ou un capricorne, soulignant son lien avec les mers. Le trident de Neptune, fabriqué par les Cyclopes, symbolisait les trois qualités de l'eau : liquide, féconde et potable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 1629-1635
ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
Début :
Mon intention étant de ne laisser séparé du sein de [...]
Mots clefs :
Espagne, Traduction d'un décret, Toute-Puissance, Roi d'Espagne, Tribunaux, Alicante, Flotte, Armée, Oran
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
ESPAGNE.
TRADUCTION d'un Decret
de S. M. Catholique.
Mo
2
On intention étant de ne laisser séparé dis
sein de l'Eglise et de notre Religion Catho
lique , aucun des Domaines que la Divine Provi
dence remit à mes soins , quand elle me plaça sur le Trône de cette Monarchie , et qui par la superiorité
et la multitude de mes ennemis , m'ont été vioLemment et frauduleusement enlevez. J'ai médité
de tout temps la maniere dont je pourrois les réunirs .
mais comme la diversité des Evenemens m'a
empêchéjusqu'à present de parvenir à ce but tant
souhaité, je n'ai pu employer, selon ma volonté , les forces que la-Toute-Puissance m'a confiées; et quoique je ne sois pas aujourd'hui entierement libre d'autres soins , j'ai résolu de ne point differer à recouvrer l'importante Place d'Oran, qui a été autrefois l'objet de la pieté et de la valeur de la Nation
Espagnole ; et ayant principalement consideré
cette Place étant au pouvoir des Barbares Affri- que
cains, la porte est fermée à la Propagation de notre sacrée Religion , et qu'elle leur sert de moyen pour
mettre en esclavage les Habitans des Côtes immé--
·diates del'Espagne et d'ailleurs ayant dejustes raisons de craindre que les Barbares unefois instruits a
faire la guerre par Mer et par Terre , ne se préva- lent de cette Place et de son Port , pour causer des
fatalitez et des dommages aux Provinces voisines
de ce Royaume , si unefois elles étoient moins pourvûës de Troupes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Pour parveniravec l'assistance du Tout-Puissant ,
àun but si important , j'ai ordonné de faire assem-
:
H blox
1630 MERCURE DE FRANCE
>
dans
bler auprès d'Alicante un Corps de 30. mille hommes, s'il en est besoin , tant d'Infanterie que de
Cavalerie , pourvûs de tous les Vivres , Artillerie ,
Munitions et Outils convenables pour quelque entreprise considerable , sous les ordres du Capitaine General le Comte de Montemar et d'autres Officiers Generaux et particuliers que j'ai nommez
dont l'experience et la valeur me font esperer un
succès glorieux ; embarquez par mes ordres ,
un nombre suffisant de Navires ,
par les Escadres des Vaisseaux , des Galeres et
des Galiotes que j'ai fait armer, ils partent pour
le recouvrement d'Oran ; et comme toutes les pré- cautions humaines ne peuvent rien sans le secours de la Toute-Puissance , j'ordonne que ce Decret de
mon Conseil soit communiqué aux Archevêques ,
Evêques , Chapitres Ecclesiastiques , Villes et Bourgs
de mes Royaumes , comme on l'a pratiqué dans
d'autres occasions , afin d'obtenir , par des Prieres ,
et escortez
que le Tout-Puissant benisse et protege mes Armes
et mes vives ardeurs pour une Expedition si importante . Donné à Seville , le 6. Juin 1732. Signé,
MOY LE ROY. Et au bas est écrit , A
'Archevêque , Gouverneur du Conseil de Castille.
Le 25. Juin , les Tribunaux , le Corps de Ville
de Madrid , le Clergé Séculier et les Religieux
des Ordres Mandians , se rendirent à l'Eglise de
la Paroisse de sainte Marie de Almuneda , où en
vertu du Decret du Roy , adressé au Président
du Conseil de Castille , on commença des Prieres publiques pour demander à Dieu ses graces
et ses benedictions pour le succès de l'entreprise
de S. M. Cath. sur la Ville d'Oran en Afrique. L'ouverture de la Neuvaine se par une Procession generale qui sortit de cette Eglise, et se renfit
dit
JUILLET. 1732 : 1631
dit à celle de Sainte Croix. Le lendemain la mê
me Procession alla de la Paroisse de S. Jacques
à la Chapelle de N. Dame d'Atocha , et le 27. à
l'Eglise des Capucins de S. Antoine.
Le même jour , le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede , fit aussi l'ouverture des
Prieres publiques dans son Eglise Métropolitaine , dont relevoit autrefois la Ville d'Oran depuis la conquête qui en fut faite en 1509. par le
Cardinal Ximenes de Cisneros.
On a appris d'Alicante , que la Fotte du Roy
avoit mis à la voile le 15. du mois dernier , et
qu'on l'avoit perduë de vûë le 16.
Les Officiers Generaux qui commandent
dans l'Armée du Roy , embarquez sur cette
Flote , sont , le Comte de Montemar , qui en est
Capitaine General ; le Comte de Bureta ; Don
Philippe Dupuy ; le Comte de Zueveghen ; le
Marquis de Rerves ; le Vicomte del Puerto ,
Don Jerôme de Solis , le Marquis de Grassia
Real , le Comte de Roy- de - Ville , le Baron de
Sandrasqui, le Marquis de Montreal , Don Louis
d'Acosta , Don Gonçales de Carvagal´, le Marquis de Pozoblanco , Don François de Valanza ,
Don Jean Gonçales , Don Antoine Alvarés de
Bonorques , le Marquis de Santa- Cruz , et Don
Louis Dormay , Lieutenans Generaux ; Don Jo- seph Ybanez , Don André de Benincasa , Don
Barthelemy Ladron , Don Jean- Bapt. de Gages,
Don Renaud Mac- Donel , Don Jean Ely , le
Comte de Cecil , Don Nicolas Sangro , Don
Michel Cavanillas , Don Gregoire Gualoy Pueyo,
Don Dominique Sangro , Don Lelio Caraffe ,
Don François Ocampo , Don Joseph de Vicaria,
Don Isidore Germa , le Marquis de la Mina , le
Comte de Mariani , Don Luc Ferdinand PatinHij ho
1632 MERCURE DE FRANCE
Don
ho et Don André d'Afffito , Maréchaux de
Camp ; Don Sebastien d'Eselava , Don Manuel
de Sada-y- Antillon , Don Philippe Ramirez ,
Don Jean -François d'Horcasitas , Don Greg
Filtz Gerald , le Duc de S. Blas , Don Diegue
Fonce , Don Sauveur Joseph de Roldan , Jacques de Sylva , le Marquis de Baldacannas.et
Don Charles Vander Cruzen , Brigadiers.
Par la Liste publiée à Séville , des Régimens
employez à cette expedition , ces Troupes consistent en 32. Bataillons , faisant.21.23000 . hommes , 12. Escadrons , faisant 1676. hommes , er
12. Escadros de . Dragons , montant à 1709. hommes , ensemble 26377. hommes. L'Artillerie
consiste en 110. Pieces de Canon , dont. 60. porlivres de balle , 20. 16. livres , 16. 12.
livres , et 14. 4. livres , et 60 Mortiers , sçavoir , 20. de 18 et 40. de 12. pouces de circonference ;
Il y a cent Bombardiers , 25. Mineurs et 40. Ingenieurs. Outre les Escadrons marquez cy- dessus,
4. Régimens de. Cavalerie de 3 Escadrons chacun , ainsi que quelques Bataillons , ont ordre de
se tenir prêts à être transportez en Afrique , en
cas de besoin.
tent 240
" On a appris depuis de, Séville , que la Flote
partie d'Alicante , étoit composée de 12. Vaisseaux de ligne , 2 Frégates , 2. Galiotes à Bom
bes , sept Galeres , dix -huit Galiotes à Rames , 12. Barques longues armées , et plus de :
joo. Bâtimens de transport ; que cette Flate
avoit été retenue pendant 7. jours au Cap de Palos , par les vents contraires , qu'elle n'en étoit
partie que
le 24. et que le 25. elle étoit devant
Oran que les vents, contraires avoient fait retar
der le débarquement jusqu'au 28 au soir ; que
le 29. à la pointe du jour , les Troupes débarquées
JUILLET. 17325 1633
quées avoient commencé à s'étendre du côté de
la Plage des Aiguades , qui est à une lieuë au
Couchant du Château d'Almarza , ou Mazarquibir ; qu'elles s'y étoient mises en Bataille sur
einq lignes ; que pendant que ces lignes se for
moient , les Maures avoient paru au nombre de
10. à 12000 hommes divisez en plusieurs troupes , pour être moins exposez au grand feu de
PArtillerie des Vaisseaux et des Galeres ; qu'on
avoit remarqué que le premier coup de Canon
tiré par la Galere le S. Joseph , avoit emporté l'Etendart de la plus nombreuse Troupe des Mau
res , ce qui les avoit fait reculer ; que toutes les
Troupes du Roy , tant Infanterie que Cavalerie ;
avoient débarqué malgré les escarmouches continuelles des Ennemis , et qu'il n'y avoit eu qu'un
petit nombre de Soldats blessez ; que les Maureg
ayant reconnu que tout le débarquement étoit
fait , leur Commandant avoit envoyé un Déta
chement de Cavalerie pour enlever beaucoup de
Soldats qui étoient restez à une Fontaine un peur
éloignée du Camp des Espagnols ; que le Comte de Montemar averti de cette marche avoit envoyé contre eux un détachement de 16. Compa gnies de Grenadiers , commandé par Don Luc
Ferdinand Patinho , et de 400. Cavaliers, sous les
ordres du Marquis de la Mina , pour favoriser la
retraite de ces Soldats écartez, mais qu'une partie
du Régiment du Prince , qui par hazard avois
débarqué du même côté de la Fontaine , avoit eté
suffisant pour repousser les Maures , et pour
obliger à se retirer sur le haut de la Montagne.
Les Lettres reçûës en dernier lieu de Seville portent , que le 5. le 6. et le 7. de ce mois , Don
Diegue Yopuli , le Comte de Valhermoso , et le
Marquis de la Mina , y avoient été dépêchez par
H iij
les
le
1624 MERCURE DE FRANCE
le Comte de Montemar , pour apporter au Roy
la nouvelle et le détail du Combat qui s'étoit
donné le 30. du mois dernier aux environs de
Mazarquibir , entre l'Armée de S M. Cat. et celle des Maures. Ces Lettres ajoûtent que les Maures avoient été défaits et mis en fuite , et que le
premier de ce mois l'Armée du Roy avoit prisle Château de Mazarquibir , la Ville et les Forts
d'Oran ; qu'on y avoit trouvé 138. pieces de
Canon, parmi lesquelles il y en avoit 87. de
bronze , 7. Mortiers , une grande quantité de Fusils. , de Sabres et d'autres Armes , et beaucoup
de Munitions de guerre et de Provisions , que la
fuite précipitée des Maures ne leur a pas permis d'emporter.
Pour rendre graces à Dieu d'un succès si heureux , le Roy a écrit dans les principales Villes
de son Royaume , pour y faire chanter le Te
Deum , et en consequence des ordres de S. M.
on a fait à Sevi le une Procession generale du
Clergé Séculier et Régulier , à laquelle l'Archevêque et le Corps de Ville ont assisté, et on a exposé à la veneration publique le Corps du Roy S. Ferdinand.
Les. on chanta le Te Deum, et on fit une se
conde Procession , qui alla faire sa Station à la
Chapelle où l'on conserve le Corps de ce S. Roy.
Le 6. on recommença une Neuvaine dans l'Église de N. Dame de l'Antiga , où il y a une
Image miraculeuse de la sainte Vierge , devant
Jaque le S. Ferdinand alloit souvent faire ses
prieres.
Le 9. il y eut à Madrid des Réjouissances publiques , des Feux d'Artifices et des Illuminations
qui ont duré trois nuits consécutives , à l'occasion de la nouvelle du débarquement , et on les
:
JUILLET. 1732. 1635
a recommencées depuis pour la Prise d'Oran
et de Mazarquibir.
On apprend d'Alger , que la Regence avoit fait
de grands préparatifs pour sa deffense , en cas
que la Ville fût attaquée ; que le vieux et le nouveau Mole , étoient garnis de Troupes et d'Artillerie , que le Dey avoit renforcé de 9000.
hommes la Garnison d'Oran , où il avoit fait
entrer quelques Ingenieurs étrangers , pour la
deffense des Ouvrages ; qu'il y avoit actuellement à Alger 14000. hommes de Troupes re- glées , sans compter les Milices de la Ville , et
que la Régence pouvoit mettre en campagne un
Corps de 15000. hommes de Cavalerie,
TRADUCTION d'un Decret
de S. M. Catholique.
Mo
2
On intention étant de ne laisser séparé dis
sein de l'Eglise et de notre Religion Catho
lique , aucun des Domaines que la Divine Provi
dence remit à mes soins , quand elle me plaça sur le Trône de cette Monarchie , et qui par la superiorité
et la multitude de mes ennemis , m'ont été vioLemment et frauduleusement enlevez. J'ai médité
de tout temps la maniere dont je pourrois les réunirs .
mais comme la diversité des Evenemens m'a
empêchéjusqu'à present de parvenir à ce but tant
souhaité, je n'ai pu employer, selon ma volonté , les forces que la-Toute-Puissance m'a confiées; et quoique je ne sois pas aujourd'hui entierement libre d'autres soins , j'ai résolu de ne point differer à recouvrer l'importante Place d'Oran, qui a été autrefois l'objet de la pieté et de la valeur de la Nation
Espagnole ; et ayant principalement consideré
cette Place étant au pouvoir des Barbares Affri- que
cains, la porte est fermée à la Propagation de notre sacrée Religion , et qu'elle leur sert de moyen pour
mettre en esclavage les Habitans des Côtes immé--
·diates del'Espagne et d'ailleurs ayant dejustes raisons de craindre que les Barbares unefois instruits a
faire la guerre par Mer et par Terre , ne se préva- lent de cette Place et de son Port , pour causer des
fatalitez et des dommages aux Provinces voisines
de ce Royaume , si unefois elles étoient moins pourvûës de Troupes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Pour parveniravec l'assistance du Tout-Puissant ,
àun but si important , j'ai ordonné de faire assem-
:
H blox
1630 MERCURE DE FRANCE
>
dans
bler auprès d'Alicante un Corps de 30. mille hommes, s'il en est besoin , tant d'Infanterie que de
Cavalerie , pourvûs de tous les Vivres , Artillerie ,
Munitions et Outils convenables pour quelque entreprise considerable , sous les ordres du Capitaine General le Comte de Montemar et d'autres Officiers Generaux et particuliers que j'ai nommez
dont l'experience et la valeur me font esperer un
succès glorieux ; embarquez par mes ordres ,
un nombre suffisant de Navires ,
par les Escadres des Vaisseaux , des Galeres et
des Galiotes que j'ai fait armer, ils partent pour
le recouvrement d'Oran ; et comme toutes les pré- cautions humaines ne peuvent rien sans le secours de la Toute-Puissance , j'ordonne que ce Decret de
mon Conseil soit communiqué aux Archevêques ,
Evêques , Chapitres Ecclesiastiques , Villes et Bourgs
de mes Royaumes , comme on l'a pratiqué dans
d'autres occasions , afin d'obtenir , par des Prieres ,
et escortez
que le Tout-Puissant benisse et protege mes Armes
et mes vives ardeurs pour une Expedition si importante . Donné à Seville , le 6. Juin 1732. Signé,
MOY LE ROY. Et au bas est écrit , A
'Archevêque , Gouverneur du Conseil de Castille.
Le 25. Juin , les Tribunaux , le Corps de Ville
de Madrid , le Clergé Séculier et les Religieux
des Ordres Mandians , se rendirent à l'Eglise de
la Paroisse de sainte Marie de Almuneda , où en
vertu du Decret du Roy , adressé au Président
du Conseil de Castille , on commença des Prieres publiques pour demander à Dieu ses graces
et ses benedictions pour le succès de l'entreprise
de S. M. Cath. sur la Ville d'Oran en Afrique. L'ouverture de la Neuvaine se par une Procession generale qui sortit de cette Eglise, et se renfit
dit
JUILLET. 1732 : 1631
dit à celle de Sainte Croix. Le lendemain la mê
me Procession alla de la Paroisse de S. Jacques
à la Chapelle de N. Dame d'Atocha , et le 27. à
l'Eglise des Capucins de S. Antoine.
Le même jour , le Cardinal d'Astorga , Archevêque de Tolede , fit aussi l'ouverture des
Prieres publiques dans son Eglise Métropolitaine , dont relevoit autrefois la Ville d'Oran depuis la conquête qui en fut faite en 1509. par le
Cardinal Ximenes de Cisneros.
On a appris d'Alicante , que la Fotte du Roy
avoit mis à la voile le 15. du mois dernier , et
qu'on l'avoit perduë de vûë le 16.
Les Officiers Generaux qui commandent
dans l'Armée du Roy , embarquez sur cette
Flote , sont , le Comte de Montemar , qui en est
Capitaine General ; le Comte de Bureta ; Don
Philippe Dupuy ; le Comte de Zueveghen ; le
Marquis de Rerves ; le Vicomte del Puerto ,
Don Jerôme de Solis , le Marquis de Grassia
Real , le Comte de Roy- de - Ville , le Baron de
Sandrasqui, le Marquis de Montreal , Don Louis
d'Acosta , Don Gonçales de Carvagal´, le Marquis de Pozoblanco , Don François de Valanza ,
Don Jean Gonçales , Don Antoine Alvarés de
Bonorques , le Marquis de Santa- Cruz , et Don
Louis Dormay , Lieutenans Generaux ; Don Jo- seph Ybanez , Don André de Benincasa , Don
Barthelemy Ladron , Don Jean- Bapt. de Gages,
Don Renaud Mac- Donel , Don Jean Ely , le
Comte de Cecil , Don Nicolas Sangro , Don
Michel Cavanillas , Don Gregoire Gualoy Pueyo,
Don Dominique Sangro , Don Lelio Caraffe ,
Don François Ocampo , Don Joseph de Vicaria,
Don Isidore Germa , le Marquis de la Mina , le
Comte de Mariani , Don Luc Ferdinand PatinHij ho
1632 MERCURE DE FRANCE
Don
ho et Don André d'Afffito , Maréchaux de
Camp ; Don Sebastien d'Eselava , Don Manuel
de Sada-y- Antillon , Don Philippe Ramirez ,
Don Jean -François d'Horcasitas , Don Greg
Filtz Gerald , le Duc de S. Blas , Don Diegue
Fonce , Don Sauveur Joseph de Roldan , Jacques de Sylva , le Marquis de Baldacannas.et
Don Charles Vander Cruzen , Brigadiers.
Par la Liste publiée à Séville , des Régimens
employez à cette expedition , ces Troupes consistent en 32. Bataillons , faisant.21.23000 . hommes , 12. Escadrons , faisant 1676. hommes , er
12. Escadros de . Dragons , montant à 1709. hommes , ensemble 26377. hommes. L'Artillerie
consiste en 110. Pieces de Canon , dont. 60. porlivres de balle , 20. 16. livres , 16. 12.
livres , et 14. 4. livres , et 60 Mortiers , sçavoir , 20. de 18 et 40. de 12. pouces de circonference ;
Il y a cent Bombardiers , 25. Mineurs et 40. Ingenieurs. Outre les Escadrons marquez cy- dessus,
4. Régimens de. Cavalerie de 3 Escadrons chacun , ainsi que quelques Bataillons , ont ordre de
se tenir prêts à être transportez en Afrique , en
cas de besoin.
tent 240
" On a appris depuis de, Séville , que la Flote
partie d'Alicante , étoit composée de 12. Vaisseaux de ligne , 2 Frégates , 2. Galiotes à Bom
bes , sept Galeres , dix -huit Galiotes à Rames , 12. Barques longues armées , et plus de :
joo. Bâtimens de transport ; que cette Flate
avoit été retenue pendant 7. jours au Cap de Palos , par les vents contraires , qu'elle n'en étoit
partie que
le 24. et que le 25. elle étoit devant
Oran que les vents, contraires avoient fait retar
der le débarquement jusqu'au 28 au soir ; que
le 29. à la pointe du jour , les Troupes débarquées
JUILLET. 17325 1633
quées avoient commencé à s'étendre du côté de
la Plage des Aiguades , qui est à une lieuë au
Couchant du Château d'Almarza , ou Mazarquibir ; qu'elles s'y étoient mises en Bataille sur
einq lignes ; que pendant que ces lignes se for
moient , les Maures avoient paru au nombre de
10. à 12000 hommes divisez en plusieurs troupes , pour être moins exposez au grand feu de
PArtillerie des Vaisseaux et des Galeres ; qu'on
avoit remarqué que le premier coup de Canon
tiré par la Galere le S. Joseph , avoit emporté l'Etendart de la plus nombreuse Troupe des Mau
res , ce qui les avoit fait reculer ; que toutes les
Troupes du Roy , tant Infanterie que Cavalerie ;
avoient débarqué malgré les escarmouches continuelles des Ennemis , et qu'il n'y avoit eu qu'un
petit nombre de Soldats blessez ; que les Maureg
ayant reconnu que tout le débarquement étoit
fait , leur Commandant avoit envoyé un Déta
chement de Cavalerie pour enlever beaucoup de
Soldats qui étoient restez à une Fontaine un peur
éloignée du Camp des Espagnols ; que le Comte de Montemar averti de cette marche avoit envoyé contre eux un détachement de 16. Compa gnies de Grenadiers , commandé par Don Luc
Ferdinand Patinho , et de 400. Cavaliers, sous les
ordres du Marquis de la Mina , pour favoriser la
retraite de ces Soldats écartez, mais qu'une partie
du Régiment du Prince , qui par hazard avois
débarqué du même côté de la Fontaine , avoit eté
suffisant pour repousser les Maures , et pour
obliger à se retirer sur le haut de la Montagne.
Les Lettres reçûës en dernier lieu de Seville portent , que le 5. le 6. et le 7. de ce mois , Don
Diegue Yopuli , le Comte de Valhermoso , et le
Marquis de la Mina , y avoient été dépêchez par
H iij
les
le
1624 MERCURE DE FRANCE
le Comte de Montemar , pour apporter au Roy
la nouvelle et le détail du Combat qui s'étoit
donné le 30. du mois dernier aux environs de
Mazarquibir , entre l'Armée de S M. Cat. et celle des Maures. Ces Lettres ajoûtent que les Maures avoient été défaits et mis en fuite , et que le
premier de ce mois l'Armée du Roy avoit prisle Château de Mazarquibir , la Ville et les Forts
d'Oran ; qu'on y avoit trouvé 138. pieces de
Canon, parmi lesquelles il y en avoit 87. de
bronze , 7. Mortiers , une grande quantité de Fusils. , de Sabres et d'autres Armes , et beaucoup
de Munitions de guerre et de Provisions , que la
fuite précipitée des Maures ne leur a pas permis d'emporter.
Pour rendre graces à Dieu d'un succès si heureux , le Roy a écrit dans les principales Villes
de son Royaume , pour y faire chanter le Te
Deum , et en consequence des ordres de S. M.
on a fait à Sevi le une Procession generale du
Clergé Séculier et Régulier , à laquelle l'Archevêque et le Corps de Ville ont assisté, et on a exposé à la veneration publique le Corps du Roy S. Ferdinand.
Les. on chanta le Te Deum, et on fit une se
conde Procession , qui alla faire sa Station à la
Chapelle où l'on conserve le Corps de ce S. Roy.
Le 6. on recommença une Neuvaine dans l'Église de N. Dame de l'Antiga , où il y a une
Image miraculeuse de la sainte Vierge , devant
Jaque le S. Ferdinand alloit souvent faire ses
prieres.
Le 9. il y eut à Madrid des Réjouissances publiques , des Feux d'Artifices et des Illuminations
qui ont duré trois nuits consécutives , à l'occasion de la nouvelle du débarquement , et on les
:
JUILLET. 1732. 1635
a recommencées depuis pour la Prise d'Oran
et de Mazarquibir.
On apprend d'Alger , que la Regence avoit fait
de grands préparatifs pour sa deffense , en cas
que la Ville fût attaquée ; que le vieux et le nouveau Mole , étoient garnis de Troupes et d'Artillerie , que le Dey avoit renforcé de 9000.
hommes la Garnison d'Oran , où il avoit fait
entrer quelques Ingenieurs étrangers , pour la
deffense des Ouvrages ; qu'il y avoit actuellement à Alger 14000. hommes de Troupes re- glées , sans compter les Milices de la Ville , et
que la Régence pouvoit mettre en campagne un
Corps de 15000. hommes de Cavalerie,
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Résumé : ESPAGNE. TRADUCTION d'un Decret de S. M. Catholique.
Le 6 juin 1732, le roi d'Espagne promulgue un décret visant à récupérer la ville d'Oran, alors sous contrôle des Barbaresques. Le roi exprime son intention de réunir les domaines séparés de l'Église et de la religion catholique, enlevés par la force et la fraude. La possession d'Oran par les Barbaresques empêche la propagation de la religion catholique et menace les côtes espagnoles. Pour cette raison, il ordonne l'assemblage d'une armée de 30 000 hommes près d'Alicante, sous le commandement du Comte de Montemar, et la préparation d'une flotte composée de vaisseaux, galères et galiotes. Le décret appelle également à des prières publiques pour obtenir la bénédiction divine. Le 25 juin 1732, des prières publiques sont organisées à Madrid et dans d'autres villes pour le succès de l'expédition. La flotte, partie le 15 juin, atteint Oran le 25 juin. Malgré des vents contraires et des escarmouches avec les Maures, les troupes espagnoles débarquent et commencent à s'étendre. Le 30 juin, un combat a lieu près de Mazarquivir, où les Maures sont défaits. Le 1er juillet, l'armée espagnole prend le château de Mazarquivir, la ville et les forts d'Oran, y trouvant une grande quantité d'armes et de munitions. Pour célébrer cette victoire, le roi ordonne des actions de grâce, notamment des processions et des Te Deum dans les principales villes du royaume. Des réjouissances publiques sont organisées à Madrid. Alger, de son côté, avait préparé des défenses, mais celles-ci n'ont pas suffi à empêcher la prise d'Oran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1637-1643
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Ville d'Oran.
Début :
L'Interêt que vous prenez, Monsieur, au succès des Armes [...]
Mots clefs :
Armement du roi d'Espagne, Conquête d'Oran, Flotte, Chrétienté Maritime, Afrique, Marine, Médaille, Barberousse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Ville d'Oran.
MORTS,
XXXXX
NAISSANCES,
et Mariage des Pays Etrangers.
E Duc Theodore , Prince Souverain de Sultz- bach, de la Maison Palatine,mourut le 11.
de ce mois à Dinckelspiel , dans la 74e année de
son âge , étant né le 14. Février 1659. Ce Prince
qui avoit épousé le 9. Juin 1692. Marie- Elonore
Amelie de Hesse- Reinfels- Rotembourg , morte
le 19. Janvier 1720. laisse pour heritier de ses
Etats , le Prince Joseph- Charles- Emanuel de Sultzbach , né le 17 Mars 1693. lequel avoit
épousé en 1717. Sophie- Auguste , fille de Charles Philippe Electeur Palatin , qui mourut en
couches le 30. Janvier 1728. duquel Mariage il
reste un Prince né le 15 Juin 1724.
Le 8. Juin , la Duchesse de Brunswick Beve- ren , sœur de l'Imperatrice et Epouse du Duc
Ferdinand Albert de Brunswick , accoucha d'un Prince.
On a appris de Milan, que le General Comte de
Stampa avoit conclu le Mariage du jeune Prince
Eugene de Savoye , avec la Princesse fille unique et heritiere du feu Duc de Massa de Carrara , et
que la celebration de ce Mariage devoit se faire incessamment.
XXXXX
NAISSANCES,
et Mariage des Pays Etrangers.
E Duc Theodore , Prince Souverain de Sultz- bach, de la Maison Palatine,mourut le 11.
de ce mois à Dinckelspiel , dans la 74e année de
son âge , étant né le 14. Février 1659. Ce Prince
qui avoit épousé le 9. Juin 1692. Marie- Elonore
Amelie de Hesse- Reinfels- Rotembourg , morte
le 19. Janvier 1720. laisse pour heritier de ses
Etats , le Prince Joseph- Charles- Emanuel de Sultzbach , né le 17 Mars 1693. lequel avoit
épousé en 1717. Sophie- Auguste , fille de Charles Philippe Electeur Palatin , qui mourut en
couches le 30. Janvier 1728. duquel Mariage il
reste un Prince né le 15 Juin 1724.
Le 8. Juin , la Duchesse de Brunswick Beve- ren , sœur de l'Imperatrice et Epouse du Duc
Ferdinand Albert de Brunswick , accoucha d'un Prince.
On a appris de Milan, que le General Comte de
Stampa avoit conclu le Mariage du jeune Prince
Eugene de Savoye , avec la Princesse fille unique et heritiere du feu Duc de Massa de Carrara , et
que la celebration de ce Mariage devoit se faire incessamment.
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Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de l'Armement du Roy d'Espagne, et de la Ville d'Oran.
Le texte évoque plusieurs événements familiaux et décès au sein de la noblesse européenne. Le duc Théodore, prince souverain de Sulzbach, est décédé le 11 du mois à Dinckelspiel à l'âge de 74 ans. Né le 14 février 1659, il avait épousé Marie-Éléonore Amélie de Hesse-Reinfel-Rotembourg le 9 juin 1692, décédée le 19 janvier 1720. Leur héritier, le prince Joseph-Charles-Emanuel de Sulzbach, né le 17 mars 1693, avait épousé en 1717 Sophie-Auguste, fille de Charles Philippe Électeur Palatin, décédée en couches le 30 janvier 1728. De cette union est né un prince le 15 juin 1724. Le 8 juin, la duchesse de Brunswick-Bevern, sœur de l'impératrice et épouse du duc Ferdinand Albert de Brunswick, a accouché d'un prince. À Milan, le général comte de Stampa a arrangé le mariage du jeune prince Eugène de Savoie avec la princesse héritière du défunt duc de Massa de Carrara, dont la célébration devait avoir lieu prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 1866-1874
SECONDE LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. au sujet de la Priste d'Oran, &c.
Début :
La premiere nouvelle, Monsieur, de la conquête d'Oran, est venuë ici par un Courier [...]
Mots clefs :
Conquête d'Oran, Roi d'Espagne, Flotte, Bâtiments, Ennemis, Armée, Marquis de Santa Cruz
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. au sujet de la Priste d'Oran, &c.
SECONDE LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. le Marquis de B. au sujet de
la Prise d'Oran , &c.
L
A premiere nouvelle , Monsieur , de la conquête d'Oran , est venue ici par un Courier
Extraordinaire dépêché de Séville le 10. de co
3
mois
A OUST. 1732. 1867
mois au Marquis de Castellar, Ambassadeur d'Es
pagne , lequel arriva à Paris le 20. Ce Ministrer
en fit part au Roy le lendemain , et présenta
S. M. une Lettre du Roy d'Espagne sur ce sujet.
Quelques jours après il donna un grand repas
aux Ministres Etrangers, aux Grands d'Espagne,
et aux Chevaliers de la Toison d'Or. Il y eut le
soir des Illuminations et une Fête entiere dans
son Hôtel ; on peut dire que toute la Ville y a
pris une grande part ; mais venons au détail que
vous avez droit d'attendre de moy sur cet Evene- ment.
Le premier soin du Roy d'Espagne , avant
que sa Flote se mit en Mer , a été de recomman der à Dieu le succès d'une entreprise si impor
tante , et d'ordonner des Prieres publiques dans
tous ses Etats. S. M. rendit pour cela un Decret
solemnel que je vais transcrire ici dans la Langue de l'Original , sçachant d'ailleurs que les
principales Langues de l'Europe vous sont fami lieres.
;
Siendo mi Real animo non, dejar separado del
gremio de laYglezia , y de nuestra Catholica Religion parte alguna de los Dominios que la Divina
Providega intrego a mi cuidado , quando me co- loco en el trono de esta Monarquia , y que la superioridad , y multiplicidad de mis enemigos arranco despues de mi obediencia violenta y fraudalen
tamente , he miditado en todos tiempos reunirlas
pero como la diversidad de las experimentadas contingincias ha embarazado hasta a hora el logro de
mis deseos , no hepodido ante aplicar a este importante'fin las considerables fuerzas que la Divina
omnipotencia hafiado in mi arbitrio ; y al presente
a unque no enteramente libre de ostros evidados
he resuelto no dilatar el de recobrar la importante
I ij Plaza
1668 MERCURE DE FRANCE
Plaza de Oran , que ha sido ostras vezer objecto
ร
valor , y de la piedad Christiana de la Nacion
spannola, considerandomuy principalmente que estando esta Plaza en poder de los Barbaros Africa- nos es una Purta Cerrada a la estencion de nuestra
Sagrada Religion , y abierta à la esclavidad de
los Habitadores de las immediatas Costas de Espanna , non sin fundato rezelo de que instruida esta Nacion de la guerra de Mar y tierra le facilite
la situacion de esta Paza y Puerto formidables , y
`fatales Ventay as sobre las vezings Provincias de
estos Ceynos , si tal Vez sehallazen entregadas al
descuido , o menos prorcidas de las fuerzas militares, conque presentemente, con la assistencia del
todo proderoso quedan superabundamente resguardadas , para et logro de tan importantefin he mandadojuntar en Alicante un exercito de hasta 30 M.
Infantes, y Cavallos ( si fuere menester ) provedido
de todos los viveros , Artilleria , municiones , y persechos correspondientes aquelquera ardua empressa
baxo las ordines del Capitan general Conde de Monsemar, y de mas Officiales Generales, y particulares , que he nombrado , y de Cuyas experiencias ,
y valor meprometo qualquera exito favorable , y
glorioso para que embarcados en el considerable numero de embarcaciones preventidas y escortadas de
las Esquadras de Navios , Galeras , y Galeotas
que a estefin he madato aprestar , passen immediamente a la recuperacion de mencionada Plaza de
Oran. Yporque todas las prevenciones humanas no
pueden sin los auxilios de la divina omnipotencia
assegurar el logro de empressa alguna , mando que
por la Camara se comunique luego esta determinacion a los Arzobispos , Obispos , y Cabildos Echlesiasticos , y atodas las Cuidades , y Villas de e
mes Reynos , segun se ha hecho en Otras occasiones,
*
+ estospara
A CUST. 1732 1869
para que se emplene en las Publicas , fervorosas Ro
gativas altodo Poderoso , afin que proteja mis reales
armas, y mes vivos deseos in tan importante expedicion. Expedido in Sevilla à 6 de Junio de 1732 .
Executese assi al Arzobispo Governador de Consejo
de Castilla. Yo EL REY.
Cet Acte de la pieté du Roy fut reçu avec un
applaudissement universel , principalement par
le Clergé. Un même zele parut aussi- tôt enflammer tous les cœurs , et par toute la Monarchie
d'Espagne on fit des vœux et on repeta ces grandes et édifiantes paroles qui furent autrefois prononcées avec tant de succès par le fameux Cardinal qui fit la premiere conquête d'Oran , * elles
méritent d'être transmises à la Posterité. Seigneur , ayez pitié de votre Peuple , et n'abandonnez
point votre héritage à des Barbares qui vous meconnoissent. Assistez-nous , puisque nous ne mettons
notre confiance qu'en vous et que nous n'adorons
que vous. Quoique nous n'ayons , mon Dieu , d'autre pensée ni d'autre dessein que d'étendre votre
sainte Foy et defaire honorer votre S. Nom ; nous
ne pouvons rien , toutefois , si vous ne nous prétez
la force de votre bras tout-puissant. Qu'est- ce que
peut la fragilité humaine sans votre secours La
puissance , l'Empire , la vertu , n'appartiennent qu'à
vous. Faites connoître à ceux qui vous haissent que
vous nous protegez , et ils seront confondus. Envoyez
le secours d'enhaut ; brisez la force de vos Ennemis et dissipez-les , afin qu'ils scachent qu'il n'y a que
vous qui êtes notre Dieu , qui combattez pour nous.
Cependant la Flotte équipée en la Baye d'Alicant , étant prête , et les derniers ordres de la Cour étant arrivez , elle mit à la voile le 15. de
Frias de Bello Oran. Art. XIV.
I iij. Juin
1870. MERCURE DE FRANCE
Juin , composée de plus de 5oo. Bâtimens de
transport de douze Vaisseaux de ligne , deux
Frégates , deux Galiotes à Bombes , sept Galeres ,
dix-huit Galiotes à Rames , et douze Barques
longes armées. Elle trouva bien- tôt des vents
contraires qui l'obligerent de rester pendant sept
jours à l'abri du Cap de Palos , d'où elle partit le 24. favorisée d'un bon vent qui la fit entrer dans le Canal , ensorte que le 25. elle se trouva
à la vue de la Côte d'Oran ; cependant les vents
contraires et la rapidité des courans ,
mirent pas de mouiller dans la Baye de cette
Ville avant le 28. Ce moüillage se fit sans perdre
aucun Bâtiment. Le 29. au point du jour on
commença de faire la descente en la Plage dite
des Aiguadas , à une lieuë à l'Ouest du Château
Almarza ou Marzalquibir , par le moyen de
Joo. Chaloupes formant une ligne , soutenuë de
tout le feu des Vaisseaux et des Galeres.
ne lui perLes Ennemis , qui s'étoient avancez au nombre
de dix ou douze mille Turcs ou Maures , divisez
en plusieurs troupes , voulurent s'opposer au dé- barquement; mais l'Artillerie des Vaisseaux et
des Galeres ayant redoublé son feu , et le principal Etendart des Ennemis ayant été abatu par Je premier coup de Canon que tira la Galere
S. Joseph , ils reculerent jusqu'à une certaine
* Ces Etendars sont ordinairement faits de quelque riche Etoffe dont le fond est verd et qui a servi a orner le Tombeau de Mahomet. Il y a au milieu
La Profession de Foy ordinaire ALLAH , ALLAH ,
c. en caracteres Arabes , brodez d'or ou d'argent
quelquefois de Perles. Rien n'est plus capable de
consterner les Infideles , que l'enlevement "d'un tel
Etendart.
distance.
A OUST. 1732. 1871
distance. Dans le même temps les Troupes du
Roy sauterent à terre. Toute l'Infanterie acheva
de débarquer le même jour avec une partie de la
Cavalerie, le tout dans un très bon ordre , mal
gré les continuelles escarmouches des Maures ,
ensorte qu'il n'y eut que quelques Soldats de blessez dans l'Armée du Roy.
Dès que les Ennemis eurent vů que la descente.
étoit faite , ils tenterent avec, un Corps de leur
Cavalerie , de tomber sur une troupe de Soldats
Espagnols, qui s'étoient écartez pour se rafrai
chir à une Fontaine assez éloignée de l'Armée ,
mais ce mouvement ayant été apperçu du General , il détacha 16. Compagnies de Grenadiers';
commandées par Don Lucas Fernando Patino ,
Maréchal de Camp , et 400. Chevaliers sous les
ordres du Marquis de las- Minas , aussi Maréchal de Camp , pour leur couper la retraite et pour s'emparer d'un poste avantageux qui étoit à la droite de l'Armée. Chrétienne. Le hazard
voulut que le Régiment du Prince étant débarqué du côté de la même Fontaine , une partie de
ce Régiment chargea les Maures , ce qui empêcha de les couper ; mas on se saisit toûjours du
poste en question , avantage qui les força tous à
gagner le haut de la Montagne et qui donna la facilité de pourvoir l'Armée d'eau pour deux
jours , afin de se mettre aussi -tôt en marche pour scontinuer ses progrès.
Le 30. Juin on se hâta de construire un Fort
sur la Plage, au pied de la Montagne del Sancto,
pour assurer la communication , la subsistance
de Armée et le reste du Débarquement ; mais le
Détachement qui couvroir les Travailleurs , s'étant peu à peu engagé avec les Maures , qui le
chargeoient avec beaucoup de violence , fut obliI´ iiij gé
1872 MERCURE DE FRANCE
gé de faire un mouvement vers la Ligne et les
Postes qui pouvoient le secourir ; ce qui ne suffisant pas , le General fit avancer quelques Compagnies de Grenadiers; mais la multitude et le feu
des Barbares augmentant toûjours , le General accourut lui- même , et fut enfin obligé de mettre toute l'Armée en mouvement.
Le Comte de Montemar marcha d'abord en
six colomnes pour se saisir des Montagnes d'où
les ennemis étoient descendus , ce qui fut heureusement executé , après un combat très- opiniâtré ; ensorte que les Troupes du Roy s'établirent principalement sur la Montagne del Sanco,
qui commande la Forteresse de Marzarquibir , ce
qui coupa aux Maures toute communication
et leur ota tout espoir. }
En effet le lendemain premier Juillet , l'Armée
s'étant mise en marche pour aller chercher les
ennemis , on apprit que les Infideles avoient abandonné la Place et les Forts d'Oran , et qu'ayant
le Bey ou Commandant à leur tête , ils avoient
pris le parti de se retirer , ou plutôt de s'enfuir à
la faveur de la nuit. Le Bey étoit au milieu de
sa Garde , suivi de 200. chevaux chargez de ses
effets les plus précieux ; ensorte que l'Arméa
Chrétienne trouva la Place deserte , quantité de
meubles dans la maison du Bey , les Magazins.
remplis de munitions de toute espece , et un Camp
formé par des Baraques entre Oran et le Fort de
Marzalquibir.. - i
On a sçu que le jour du combat- l'Armée des
Maures étoit de 220co. Africains , et de 2000.
Turcs , dont une partie étoit de la Garnison de
Marzalquibir , qui ne purent entrer dans la Forteresse , les Troupes Chrétiennes s'étant emparées
très à propos de la Montagne del Sancto. Cetre,
action
AOUST. 17521 1873
action a été sanglante et il y est péri un grand
nombre d'infideles , àતે en juger par la quantité de
riches dépouilles , d'argent monnoyé, d'Armes
et de Harnois garnis d'orfévrerie , &c qui furent ...le partage des Soldats.
On a trouvé dans les Forteresses 138 pieces
de Canon , dont-87. sont de fonte , Sept Mortiers
et une grande quantité de munitions de guerre et
de bouche. Il y avoit dans le Mole d'Oran , une
grande Galiote et cinq Brigantins pour la course , qui furent pareillement abandonnez par les Maures.
Dans l'Armée du Roy il n'y a eu que 30 hom- mes de tuez et cent de blessez. Deux Officiersseulement sont du nombre des morts et six du
nombre des blessez.
Le 2 Juillet, le Gouverneur Turc de la Forteresse
de Marzarquibir, ayant été sommé de se rendré.il
sortit avec sa Garnison de 150. Tures , mais un
grand nombre d'Africains qui étoient dans la
Place , prirent le parti de se jetter dans la Mer
et d'aller à la nage rejoindre leur Armée.
Voilà , Monsieur , le précis de ce que j'ai lu
dans plusieurs Lettres originales écrites du Campdevant Oran le 30. Juin, et de Séville le 6. et le 8.
de Juillet. Le succès , comme vous voyez , a été
dès plus heureux. On donne de justes éloges au
Comte de Montemar, General, aux Officiers Generaux et aux autres Officiers qui ont servi sous
ses ordres , et à la valeur des Troupes , sur tout
aux Grenadiers , qur, malgré la résistance , le
grand feu des Ennemis et la situation des lieux
escarpez et difficiles , les ont enfin entierement:
défaits et mis en déroute.
J'aurai soin de vous instruire des suites de ces
heureux évenement. Je suis, &c.
AParis , ce 4. Août 17320
فل
Dy
1874 MERCURE DE FRANCE
J'apprends , en fermant ma Lettre , que le Roy
d'Espagne a nommé Gouverneur d'Oran le Marquis de Santa Cruz , qui l'étoit de Ceuta, et qui
a servi dans cette Expedition en sa qualité de
Maréchal de Camp. C'est le même que vous avez
connu ici et qui étoit Ambassadeur Plénipotentiaire du Roi d'Espagne au Congrès de Cambray,
écrite à M. le Marquis de B. au sujet de
la Prise d'Oran , &c.
L
A premiere nouvelle , Monsieur , de la conquête d'Oran , est venue ici par un Courier
Extraordinaire dépêché de Séville le 10. de co
3
mois
A OUST. 1732. 1867
mois au Marquis de Castellar, Ambassadeur d'Es
pagne , lequel arriva à Paris le 20. Ce Ministrer
en fit part au Roy le lendemain , et présenta
S. M. une Lettre du Roy d'Espagne sur ce sujet.
Quelques jours après il donna un grand repas
aux Ministres Etrangers, aux Grands d'Espagne,
et aux Chevaliers de la Toison d'Or. Il y eut le
soir des Illuminations et une Fête entiere dans
son Hôtel ; on peut dire que toute la Ville y a
pris une grande part ; mais venons au détail que
vous avez droit d'attendre de moy sur cet Evene- ment.
Le premier soin du Roy d'Espagne , avant
que sa Flote se mit en Mer , a été de recomman der à Dieu le succès d'une entreprise si impor
tante , et d'ordonner des Prieres publiques dans
tous ses Etats. S. M. rendit pour cela un Decret
solemnel que je vais transcrire ici dans la Langue de l'Original , sçachant d'ailleurs que les
principales Langues de l'Europe vous sont fami lieres.
;
Siendo mi Real animo non, dejar separado del
gremio de laYglezia , y de nuestra Catholica Religion parte alguna de los Dominios que la Divina
Providega intrego a mi cuidado , quando me co- loco en el trono de esta Monarquia , y que la superioridad , y multiplicidad de mis enemigos arranco despues de mi obediencia violenta y fraudalen
tamente , he miditado en todos tiempos reunirlas
pero como la diversidad de las experimentadas contingincias ha embarazado hasta a hora el logro de
mis deseos , no hepodido ante aplicar a este importante'fin las considerables fuerzas que la Divina
omnipotencia hafiado in mi arbitrio ; y al presente
a unque no enteramente libre de ostros evidados
he resuelto no dilatar el de recobrar la importante
I ij Plaza
1668 MERCURE DE FRANCE
Plaza de Oran , que ha sido ostras vezer objecto
ร
valor , y de la piedad Christiana de la Nacion
spannola, considerandomuy principalmente que estando esta Plaza en poder de los Barbaros Africa- nos es una Purta Cerrada a la estencion de nuestra
Sagrada Religion , y abierta à la esclavidad de
los Habitadores de las immediatas Costas de Espanna , non sin fundato rezelo de que instruida esta Nacion de la guerra de Mar y tierra le facilite
la situacion de esta Paza y Puerto formidables , y
`fatales Ventay as sobre las vezings Provincias de
estos Ceynos , si tal Vez sehallazen entregadas al
descuido , o menos prorcidas de las fuerzas militares, conque presentemente, con la assistencia del
todo proderoso quedan superabundamente resguardadas , para et logro de tan importantefin he mandadojuntar en Alicante un exercito de hasta 30 M.
Infantes, y Cavallos ( si fuere menester ) provedido
de todos los viveros , Artilleria , municiones , y persechos correspondientes aquelquera ardua empressa
baxo las ordines del Capitan general Conde de Monsemar, y de mas Officiales Generales, y particulares , que he nombrado , y de Cuyas experiencias ,
y valor meprometo qualquera exito favorable , y
glorioso para que embarcados en el considerable numero de embarcaciones preventidas y escortadas de
las Esquadras de Navios , Galeras , y Galeotas
que a estefin he madato aprestar , passen immediamente a la recuperacion de mencionada Plaza de
Oran. Yporque todas las prevenciones humanas no
pueden sin los auxilios de la divina omnipotencia
assegurar el logro de empressa alguna , mando que
por la Camara se comunique luego esta determinacion a los Arzobispos , Obispos , y Cabildos Echlesiasticos , y atodas las Cuidades , y Villas de e
mes Reynos , segun se ha hecho en Otras occasiones,
*
+ estospara
A CUST. 1732 1869
para que se emplene en las Publicas , fervorosas Ro
gativas altodo Poderoso , afin que proteja mis reales
armas, y mes vivos deseos in tan importante expedicion. Expedido in Sevilla à 6 de Junio de 1732 .
Executese assi al Arzobispo Governador de Consejo
de Castilla. Yo EL REY.
Cet Acte de la pieté du Roy fut reçu avec un
applaudissement universel , principalement par
le Clergé. Un même zele parut aussi- tôt enflammer tous les cœurs , et par toute la Monarchie
d'Espagne on fit des vœux et on repeta ces grandes et édifiantes paroles qui furent autrefois prononcées avec tant de succès par le fameux Cardinal qui fit la premiere conquête d'Oran , * elles
méritent d'être transmises à la Posterité. Seigneur , ayez pitié de votre Peuple , et n'abandonnez
point votre héritage à des Barbares qui vous meconnoissent. Assistez-nous , puisque nous ne mettons
notre confiance qu'en vous et que nous n'adorons
que vous. Quoique nous n'ayons , mon Dieu , d'autre pensée ni d'autre dessein que d'étendre votre
sainte Foy et defaire honorer votre S. Nom ; nous
ne pouvons rien , toutefois , si vous ne nous prétez
la force de votre bras tout-puissant. Qu'est- ce que
peut la fragilité humaine sans votre secours La
puissance , l'Empire , la vertu , n'appartiennent qu'à
vous. Faites connoître à ceux qui vous haissent que
vous nous protegez , et ils seront confondus. Envoyez
le secours d'enhaut ; brisez la force de vos Ennemis et dissipez-les , afin qu'ils scachent qu'il n'y a que
vous qui êtes notre Dieu , qui combattez pour nous.
Cependant la Flotte équipée en la Baye d'Alicant , étant prête , et les derniers ordres de la Cour étant arrivez , elle mit à la voile le 15. de
Frias de Bello Oran. Art. XIV.
I iij. Juin
1870. MERCURE DE FRANCE
Juin , composée de plus de 5oo. Bâtimens de
transport de douze Vaisseaux de ligne , deux
Frégates , deux Galiotes à Bombes , sept Galeres ,
dix-huit Galiotes à Rames , et douze Barques
longes armées. Elle trouva bien- tôt des vents
contraires qui l'obligerent de rester pendant sept
jours à l'abri du Cap de Palos , d'où elle partit le 24. favorisée d'un bon vent qui la fit entrer dans le Canal , ensorte que le 25. elle se trouva
à la vue de la Côte d'Oran ; cependant les vents
contraires et la rapidité des courans ,
mirent pas de mouiller dans la Baye de cette
Ville avant le 28. Ce moüillage se fit sans perdre
aucun Bâtiment. Le 29. au point du jour on
commença de faire la descente en la Plage dite
des Aiguadas , à une lieuë à l'Ouest du Château
Almarza ou Marzalquibir , par le moyen de
Joo. Chaloupes formant une ligne , soutenuë de
tout le feu des Vaisseaux et des Galeres.
ne lui perLes Ennemis , qui s'étoient avancez au nombre
de dix ou douze mille Turcs ou Maures , divisez
en plusieurs troupes , voulurent s'opposer au dé- barquement; mais l'Artillerie des Vaisseaux et
des Galeres ayant redoublé son feu , et le principal Etendart des Ennemis ayant été abatu par Je premier coup de Canon que tira la Galere
S. Joseph , ils reculerent jusqu'à une certaine
* Ces Etendars sont ordinairement faits de quelque riche Etoffe dont le fond est verd et qui a servi a orner le Tombeau de Mahomet. Il y a au milieu
La Profession de Foy ordinaire ALLAH , ALLAH ,
c. en caracteres Arabes , brodez d'or ou d'argent
quelquefois de Perles. Rien n'est plus capable de
consterner les Infideles , que l'enlevement "d'un tel
Etendart.
distance.
A OUST. 1732. 1871
distance. Dans le même temps les Troupes du
Roy sauterent à terre. Toute l'Infanterie acheva
de débarquer le même jour avec une partie de la
Cavalerie, le tout dans un très bon ordre , mal
gré les continuelles escarmouches des Maures ,
ensorte qu'il n'y eut que quelques Soldats de blessez dans l'Armée du Roy.
Dès que les Ennemis eurent vů que la descente.
étoit faite , ils tenterent avec, un Corps de leur
Cavalerie , de tomber sur une troupe de Soldats
Espagnols, qui s'étoient écartez pour se rafrai
chir à une Fontaine assez éloignée de l'Armée ,
mais ce mouvement ayant été apperçu du General , il détacha 16. Compagnies de Grenadiers';
commandées par Don Lucas Fernando Patino ,
Maréchal de Camp , et 400. Chevaliers sous les
ordres du Marquis de las- Minas , aussi Maréchal de Camp , pour leur couper la retraite et pour s'emparer d'un poste avantageux qui étoit à la droite de l'Armée. Chrétienne. Le hazard
voulut que le Régiment du Prince étant débarqué du côté de la même Fontaine , une partie de
ce Régiment chargea les Maures , ce qui empêcha de les couper ; mas on se saisit toûjours du
poste en question , avantage qui les força tous à
gagner le haut de la Montagne et qui donna la facilité de pourvoir l'Armée d'eau pour deux
jours , afin de se mettre aussi -tôt en marche pour scontinuer ses progrès.
Le 30. Juin on se hâta de construire un Fort
sur la Plage, au pied de la Montagne del Sancto,
pour assurer la communication , la subsistance
de Armée et le reste du Débarquement ; mais le
Détachement qui couvroir les Travailleurs , s'étant peu à peu engagé avec les Maures , qui le
chargeoient avec beaucoup de violence , fut obliI´ iiij gé
1872 MERCURE DE FRANCE
gé de faire un mouvement vers la Ligne et les
Postes qui pouvoient le secourir ; ce qui ne suffisant pas , le General fit avancer quelques Compagnies de Grenadiers; mais la multitude et le feu
des Barbares augmentant toûjours , le General accourut lui- même , et fut enfin obligé de mettre toute l'Armée en mouvement.
Le Comte de Montemar marcha d'abord en
six colomnes pour se saisir des Montagnes d'où
les ennemis étoient descendus , ce qui fut heureusement executé , après un combat très- opiniâtré ; ensorte que les Troupes du Roy s'établirent principalement sur la Montagne del Sanco,
qui commande la Forteresse de Marzarquibir , ce
qui coupa aux Maures toute communication
et leur ota tout espoir. }
En effet le lendemain premier Juillet , l'Armée
s'étant mise en marche pour aller chercher les
ennemis , on apprit que les Infideles avoient abandonné la Place et les Forts d'Oran , et qu'ayant
le Bey ou Commandant à leur tête , ils avoient
pris le parti de se retirer , ou plutôt de s'enfuir à
la faveur de la nuit. Le Bey étoit au milieu de
sa Garde , suivi de 200. chevaux chargez de ses
effets les plus précieux ; ensorte que l'Arméa
Chrétienne trouva la Place deserte , quantité de
meubles dans la maison du Bey , les Magazins.
remplis de munitions de toute espece , et un Camp
formé par des Baraques entre Oran et le Fort de
Marzalquibir.. - i
On a sçu que le jour du combat- l'Armée des
Maures étoit de 220co. Africains , et de 2000.
Turcs , dont une partie étoit de la Garnison de
Marzalquibir , qui ne purent entrer dans la Forteresse , les Troupes Chrétiennes s'étant emparées
très à propos de la Montagne del Sancto. Cetre,
action
AOUST. 17521 1873
action a été sanglante et il y est péri un grand
nombre d'infideles , àતે en juger par la quantité de
riches dépouilles , d'argent monnoyé, d'Armes
et de Harnois garnis d'orfévrerie , &c qui furent ...le partage des Soldats.
On a trouvé dans les Forteresses 138 pieces
de Canon , dont-87. sont de fonte , Sept Mortiers
et une grande quantité de munitions de guerre et
de bouche. Il y avoit dans le Mole d'Oran , une
grande Galiote et cinq Brigantins pour la course , qui furent pareillement abandonnez par les Maures.
Dans l'Armée du Roy il n'y a eu que 30 hom- mes de tuez et cent de blessez. Deux Officiersseulement sont du nombre des morts et six du
nombre des blessez.
Le 2 Juillet, le Gouverneur Turc de la Forteresse
de Marzarquibir, ayant été sommé de se rendré.il
sortit avec sa Garnison de 150. Tures , mais un
grand nombre d'Africains qui étoient dans la
Place , prirent le parti de se jetter dans la Mer
et d'aller à la nage rejoindre leur Armée.
Voilà , Monsieur , le précis de ce que j'ai lu
dans plusieurs Lettres originales écrites du Campdevant Oran le 30. Juin, et de Séville le 6. et le 8.
de Juillet. Le succès , comme vous voyez , a été
dès plus heureux. On donne de justes éloges au
Comte de Montemar, General, aux Officiers Generaux et aux autres Officiers qui ont servi sous
ses ordres , et à la valeur des Troupes , sur tout
aux Grenadiers , qur, malgré la résistance , le
grand feu des Ennemis et la situation des lieux
escarpez et difficiles , les ont enfin entierement:
défaits et mis en déroute.
J'aurai soin de vous instruire des suites de ces
heureux évenement. Je suis, &c.
AParis , ce 4. Août 17320
فل
Dy
1874 MERCURE DE FRANCE
J'apprends , en fermant ma Lettre , que le Roy
d'Espagne a nommé Gouverneur d'Oran le Marquis de Santa Cruz , qui l'étoit de Ceuta, et qui
a servi dans cette Expedition en sa qualité de
Maréchal de Camp. C'est le même que vous avez
connu ici et qui étoit Ambassadeur Plénipotentiaire du Roi d'Espagne au Congrès de Cambray,
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Résumé : SECONDE LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. au sujet de la Priste d'Oran, &c.
En 1732, la prise d'Oran par les Espagnols fut annoncée par un courrier extraordinaire de Séville à Paris le 20 juin. Avant l'expédition, le roi d'Espagne ordonna des prières publiques dans tous ses États pour assurer le succès de l'entreprise. Une flotte composée de plus de 500 bâtiments quitta Alicante le 15 juin et arriva devant Oran le 28 juin. Le débarquement des troupes espagnoles eut lieu le 29 juin, malgré la résistance des ennemis, qui furent repoussés par l'artillerie des vaisseaux. Les Espagnols construisirent un fort sur la plage pour sécuriser la communication et la subsistance de l'armée. Le 30 juin, les troupes espagnoles prirent les montagnes stratégiques, forçant les Maures à se retirer. Le 1er juillet, l'armée chrétienne trouva la place d'Oran désertée par les ennemis, qui avaient fui pendant la nuit. Les Espagnols découvrirent des munitions et des richesses abandonnées. La bataille fit 30 morts et 100 blessés dans les rangs espagnols. Le 2 juillet, la forteresse de Marzarquivir se rendit. Le roi d'Espagne nomma le Marquis de Santa Cruz gouverneur d'Oran. Le texte mentionne également une personne connue en tant qu'Ambassadeur Plénipotentiaire du Roi d'Espagne au Congrès de Cambray, sans fournir de détails supplémentaires sur cette personne.
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21
p. 2270
DANNEMARCK.
Début :
Le Roy ayant résolu de mettre sa Flotte sur le même pied que celle du Roy de Suede, a donné [...]
Mots clefs :
Danemark, Flotte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK.
DANNEMARCK.
E Roy ayant résolu de mettre sa Flote sur le
même pied que celle du Royde Suede, a donné
des Ordres pour faire construire incessamment
Vaisseaux de Guerre de 60. 80. et 90. pieces de
Canon , de sorte que la Flote de S. M. Dan, sera
l'année prochaine de 42 Vaisseaux de ligne et de
22 Frégates , sans compter les autres Bâtimens
qu'on peut armer en guerre en cas de necessité.
E Roy ayant résolu de mettre sa Flote sur le
même pied que celle du Royde Suede, a donné
des Ordres pour faire construire incessamment
Vaisseaux de Guerre de 60. 80. et 90. pieces de
Canon , de sorte que la Flote de S. M. Dan, sera
l'année prochaine de 42 Vaisseaux de ligne et de
22 Frégates , sans compter les autres Bâtimens
qu'on peut armer en guerre en cas de necessité.
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22
p. 201-203
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Malgré les défenses allégnées par le Général Fowke, le Conseil de guerre [...]
Mots clefs :
Londres, Général Fowke, Amiral Byng, Adresse au roi, Île de Minorque, Commissaires de l'Amirauté, Soulèvement populaire, Flotte, Discours
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 31 Août.
Malgré les défenſes alléguées par le Général
Fowke , le Confeil de guerre affemblé pour le
juger , l'a déclaré coupable , & l'a fufpendu de fon
rang pendant un an. L'Amiral Byng ayant été
conduit en cette Ville par des routes détournées ,
eft actuellement à l'Hôpital de Greenwich , où il
eft gardé à vue. Le Confeil de guerre , qui inftruira
le procès de cet Amiral , fera compofé de trois
Amiraux & de dix Capitaines de Vaiffeaux de
guerre. On a fait partir de Portſmouth le Vaiffeau
l'Antelope , pour aller chercher dix- neuf
Officiers dont l'accufé reclame le témoignage.
Le 20 Août , le Lord Maire & le Corps de la
Bourgeoifte de cette Capitale préfenterent au Roi
une Adreffe , dans laquelle ils témoignerent combien
ils étoient fenfibles aux inquiétudes que les
mauvais fuccès de la Nation dans la Méditerranée
devoient faire naître dans l'efprit de Sa Majesté.
Ils ajouterent qu'ils craignoient que la perte de
Pille Minorque , dont la Grande-Bretagne retiroit
de fi grands avantages & dont la confervation
étoit importante au commerce de fes Royaumes
, n'imprimât pour toujours une tache à l'honneur
des Anglois. En même temps ils repréfenterent
la néceffité d'établir une Milice générale
dans les trois Royaumes. Ils dirent qu'ils efpé-
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
roient que les auteurs des malheurs publics feroient
foigneufement recherchés & févérement
punis . Enfin ils affurerent le Roi , que fa fidelle
Ville de Londres concourroit en tout ce qui
dépendroit d'elle , pour la défenfe de Sa Majefté & 14
de la Maifon Royale. Le Roi répondit à cette
Adreffe : La perte de PIfe Minorque m'a caufé
une vive douleur. J'employerai tous mes foins au
maintien de l'honneur de la Nation , & du commerce
de mes Sujets. Les événemens de la guerre
font incertains , mais il ne fera rien obmis de ma
part pour la continuer avec vigueur , pour recouvrer
Les poffeffions de ma Couronne , & pour parvenir à
une paix folide & glorieuse. Je veillerai à ce qu'il
foit fait juftice de ceux qui auront manqué à leur
devoir envers moi & envers la Patrie. Mes ordres
font donnés pour qu'à l'avenir la fubordination
foit mieux obfervée dans mes Flottes & dans mes
Armées, je ne négligerai rien pour faire garder
le respect dû à mon Gouvernement.
On a réfolu d'ériger une Statue au Général
Blakeney dans une Place de la ville de Dublin .
Une des Infcriptions fera prife des termes dont
le Maréchal de Richelieu s'eft fervi , en parlant
de ce Général dans le ſecond article de la Capitulation
du Fort Saint - Philippe .
Les Commiffaires de l'Amirauté viennent de
déclarer de bonne priſe douze Navires enlevés
aux François avant la Déclaration de guerre .
Tout fe difpofe pour l'embarquement des troupes
deftinées à fervir dans l'expédition que projette le
Gouvernement. Elles feront renforcées de quelques
Régimens du camp de Blandfort.
Il y eut la femaine derniere une courfe de
chevaux à Barnet , près d'un château de l'Amiral
Byng. La populace s'y attroupa pour démolir ce
OCTOBRE . 1756. 203
bâtiment. Quelques perfonnes, pour faire diverfion
à cecomplot, fe prefferent de répandre le bruit que
ce Château feroit inceffamment confifqué , pour
être donné au Général Blakeney . Le peuple ajouta
foi à ces difcours , & tout fut tranquille.
DE LONDRES , le 31 Août.
Malgré les défenſes alléguées par le Général
Fowke , le Confeil de guerre affemblé pour le
juger , l'a déclaré coupable , & l'a fufpendu de fon
rang pendant un an. L'Amiral Byng ayant été
conduit en cette Ville par des routes détournées ,
eft actuellement à l'Hôpital de Greenwich , où il
eft gardé à vue. Le Confeil de guerre , qui inftruira
le procès de cet Amiral , fera compofé de trois
Amiraux & de dix Capitaines de Vaiffeaux de
guerre. On a fait partir de Portſmouth le Vaiffeau
l'Antelope , pour aller chercher dix- neuf
Officiers dont l'accufé reclame le témoignage.
Le 20 Août , le Lord Maire & le Corps de la
Bourgeoifte de cette Capitale préfenterent au Roi
une Adreffe , dans laquelle ils témoignerent combien
ils étoient fenfibles aux inquiétudes que les
mauvais fuccès de la Nation dans la Méditerranée
devoient faire naître dans l'efprit de Sa Majesté.
Ils ajouterent qu'ils craignoient que la perte de
Pille Minorque , dont la Grande-Bretagne retiroit
de fi grands avantages & dont la confervation
étoit importante au commerce de fes Royaumes
, n'imprimât pour toujours une tache à l'honneur
des Anglois. En même temps ils repréfenterent
la néceffité d'établir une Milice générale
dans les trois Royaumes. Ils dirent qu'ils efpé-
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
roient que les auteurs des malheurs publics feroient
foigneufement recherchés & févérement
punis . Enfin ils affurerent le Roi , que fa fidelle
Ville de Londres concourroit en tout ce qui
dépendroit d'elle , pour la défenfe de Sa Majefté & 14
de la Maifon Royale. Le Roi répondit à cette
Adreffe : La perte de PIfe Minorque m'a caufé
une vive douleur. J'employerai tous mes foins au
maintien de l'honneur de la Nation , & du commerce
de mes Sujets. Les événemens de la guerre
font incertains , mais il ne fera rien obmis de ma
part pour la continuer avec vigueur , pour recouvrer
Les poffeffions de ma Couronne , & pour parvenir à
une paix folide & glorieuse. Je veillerai à ce qu'il
foit fait juftice de ceux qui auront manqué à leur
devoir envers moi & envers la Patrie. Mes ordres
font donnés pour qu'à l'avenir la fubordination
foit mieux obfervée dans mes Flottes & dans mes
Armées, je ne négligerai rien pour faire garder
le respect dû à mon Gouvernement.
On a réfolu d'ériger une Statue au Général
Blakeney dans une Place de la ville de Dublin .
Une des Infcriptions fera prife des termes dont
le Maréchal de Richelieu s'eft fervi , en parlant
de ce Général dans le ſecond article de la Capitulation
du Fort Saint - Philippe .
Les Commiffaires de l'Amirauté viennent de
déclarer de bonne priſe douze Navires enlevés
aux François avant la Déclaration de guerre .
Tout fe difpofe pour l'embarquement des troupes
deftinées à fervir dans l'expédition que projette le
Gouvernement. Elles feront renforcées de quelques
Régimens du camp de Blandfort.
Il y eut la femaine derniere une courfe de
chevaux à Barnet , près d'un château de l'Amiral
Byng. La populace s'y attroupa pour démolir ce
OCTOBRE . 1756. 203
bâtiment. Quelques perfonnes, pour faire diverfion
à cecomplot, fe prefferent de répandre le bruit que
ce Château feroit inceffamment confifqué , pour
être donné au Général Blakeney . Le peuple ajouta
foi à ces difcours , & tout fut tranquille.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le Conseil de guerre britannique a déclaré le Général Fowke coupable et l'a suspendu de son rang pendant un an. L'Amiral Byng est actuellement sous garde à l'Hôpital de Greenwich. Un Conseil de guerre, composé de trois Amiraux et de dix Capitaines, a été formé pour instruire son procès. Le vaisseau l'Antelope a été envoyé de Portsmouth pour ramener dix-neuf officiers dont Byng réclame le témoignage. Le 20 août, le Lord Maire et la bourgeoisie de Londres ont adressé une pétition au Roi, exprimant leurs inquiétudes face aux échecs en Méditerranée, notamment la perte de Minorque, et ont demandé l'établissement d'une milice générale et la punition des responsables. Le Roi a répondu qu'il veillerait à maintenir l'honneur de la Nation et à faire justice. Une statue du Général Blakeney doit être érigée à Dublin. Les Commissaires de l'Amirauté ont déclaré de bonne prise douze navires français capturés avant la déclaration de guerre. Les préparatifs pour l'embarquement des troupes destinées à une expédition projetée par le Gouvernement sont en cours, avec des renforts provenant du camp de Blandfort. La semaine précédente, une course de chevaux à Barnet près du château de l'Amiral Byng a attiré une foule menaçante, apaisée par la rumeur de la confiscation du château pour le Général Blakeney.
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23
p. 196-197
ESPAGNE.
Début :
Les lettres de Lisbonne marquent que la Flotte de la Baye [...]
Mots clefs :
Madrid, Flotte, Secousses, Alicante, Frégate, Attaque, Combat sanglant, Prisonnier
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAG N E.
DE MADRID , le 19 Juillet.
Les lettres de Liſbonne marquent que la Flotte
de la Baye de Tous les Saints a mis à la voile avec
un vent favorable. Ces lettres ajoutent qu'on a
fenti du côté de Cafcaes quelques nouvelles fecouffes
de tremblement de terre.
D'ALICANTE , le 29 Juin .
Une Frégate de Marſeille , appellée le Théléma
que , a été attaquée & prife le 19 de ce mois
fous le canon du Château de Morayra , par la Frégate
du Roi d'Angleterre l'Expérience , dont le
feur Strhaan a le commandement. Le combat
quoique de peu de durée , a été très-fanglant. Il
y a eu à bord du Bâtiment François 35 hommes de
tués & 123 de bleffés . Le fieur Strhaan , qu'un fi .
grand nombre de prifonniers embarraffoit , les a
SEPTEMBRE. 1757. 197
*
fait embarquer fur un Senaw de ce Port , qu'il a
rencontré au large , & qui a remis ici les bleffés
le 24 au foir. Tout le monde , en les voyant , a
été fai fi de compaffion & d'horreur. Aucun d'eux
n'avoit été panlé , & tous avoient été entiérement
dépouillés , fans en excepter le Capitaine , dont
la bravoure auroit mérité un autre traitement .
Ceux que le fort des armes a épargnés , périffoient
de faim & de foif ; & l'on a fçu que depuis 24
heures ils n'avoient pris aucune nourriture , parce
que le Capitaine Efpagnol , qui a été forcé de les
recevoir , n'avoit prefque plus de vivres & que
les Anglois ne lui en avoient remis aucuns pour la
fubfiftance de ces prifonniers.
DE MADRID , le 19 Juillet.
Les lettres de Liſbonne marquent que la Flotte
de la Baye de Tous les Saints a mis à la voile avec
un vent favorable. Ces lettres ajoutent qu'on a
fenti du côté de Cafcaes quelques nouvelles fecouffes
de tremblement de terre.
D'ALICANTE , le 29 Juin .
Une Frégate de Marſeille , appellée le Théléma
que , a été attaquée & prife le 19 de ce mois
fous le canon du Château de Morayra , par la Frégate
du Roi d'Angleterre l'Expérience , dont le
feur Strhaan a le commandement. Le combat
quoique de peu de durée , a été très-fanglant. Il
y a eu à bord du Bâtiment François 35 hommes de
tués & 123 de bleffés . Le fieur Strhaan , qu'un fi .
grand nombre de prifonniers embarraffoit , les a
SEPTEMBRE. 1757. 197
*
fait embarquer fur un Senaw de ce Port , qu'il a
rencontré au large , & qui a remis ici les bleffés
le 24 au foir. Tout le monde , en les voyant , a
été fai fi de compaffion & d'horreur. Aucun d'eux
n'avoit été panlé , & tous avoient été entiérement
dépouillés , fans en excepter le Capitaine , dont
la bravoure auroit mérité un autre traitement .
Ceux que le fort des armes a épargnés , périffoient
de faim & de foif ; & l'on a fçu que depuis 24
heures ils n'avoient pris aucune nourriture , parce
que le Capitaine Efpagnol , qui a été forcé de les
recevoir , n'avoit prefque plus de vivres & que
les Anglois ne lui en avoient remis aucuns pour la
fubfiftance de ces prifonniers.
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Résumé : ESPAGNE.
Le 19 juillet à Madrid, des lettres de Lisbonne rapportent que la flotte de la Baie de Tous les Saints a pris la mer avec un vent favorable. Des secousses de tremblement de terre ont également été signalées près de Cafcaes. Le 29 juin à Alicante, la frégate française le Thélémaque a été attaquée et capturée par la frégate britannique l'Expérience, commandée par le seigneur Strhaan. Le combat, bien que bref, a été violent, entraînant 35 morts et 123 blessés à bord du navire français. Les prisonniers britanniques ont été transférés sur un senau rencontré en mer, qui les a ramenés à Alicante le 24 juin. Les blessés ont suscité compassion et horreur en raison de l'absence de soins et du pillage de leurs effets personnels, y compris ceux du capitaine. Le capitaine espagnol, contraint d'accueillir les prisonniers, manquait de vivres, et les Britanniques n'en avaient pas fourni.
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24
p. *204-204
DE LONDRES, le 1 Mars.
Début :
On est ici dans un grand embarras, au sujet de la flotte qu'on se [...]
Mots clefs :
Flotte, Mer baltique, Roi de Prusse, Russie, Négociations, Embarras
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 1 Mars.
DE LONDRES , le Mars.
On eft ici dans un grand embarras , au fujet de
la flotte qu'on le propofoit d'envoyer dans la mer
Baltique . D'un côté , le Roi de Pruffe infifte far
cet envoi ; & il annonce que fans cela , il fongera
à faire la paix . De l'autre côté , l'on fent qu'on ne
fauroit l'effectuer fans fe brouiller avec la Ruffie.
On attend fur cela le fuccès des négociations du
fieur Keith , notre Minittre en cette Cour.
On eft ici dans un grand embarras , au fujet de
la flotte qu'on le propofoit d'envoyer dans la mer
Baltique . D'un côté , le Roi de Pruffe infifte far
cet envoi ; & il annonce que fans cela , il fongera
à faire la paix . De l'autre côté , l'on fent qu'on ne
fauroit l'effectuer fans fe brouiller avec la Ruffie.
On attend fur cela le fuccès des négociations du
fieur Keith , notre Minittre en cette Cour.
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25
p. 211-212
DE MADRID, le 18 Mars.
Début :
La Cour célébra, le 15 de ce mois, l'anniversaire de l'Infant Don Philippe, [...]
Mots clefs :
Anniversaire, Infant, Forces armées, Soldats, Recrutement et engagement, Flotte, Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 18 Mars.
De MADRID , le 18 Mars.
La Cour célébra , le 15 de ce mois , l'anniverfaire
de l'infant Don Philippe , Duc de Parme ,
qui eft entré dans fa quarante-unième année .
212 MERGURE DE FRANCE.
1
On continue les préparatifs ordonnés par le
Roi , pour rendre la Monarchie Efpagnole encore
plus refpectable que par le paffé . Nos forces de
terre confiftent en plus de cent dix mille hommes.
Nous aurons , ce Printemps , quarante- neuf vaiſ
feaux de ligne , armés & prêts à mettre en mer.
On preffe l'équipement de la flotte deſtinée pour
les Indes. On forme beaucoup de conjectures fur
l'objet de ces préparatifs . Mais dans les circonf
tances préfentes , ils peuvent n'en avoir d'autre
que de fe tenir prêt à tout événement .
La Cour célébra , le 15 de ce mois , l'anniverfaire
de l'infant Don Philippe , Duc de Parme ,
qui eft entré dans fa quarante-unième année .
212 MERGURE DE FRANCE.
1
On continue les préparatifs ordonnés par le
Roi , pour rendre la Monarchie Efpagnole encore
plus refpectable que par le paffé . Nos forces de
terre confiftent en plus de cent dix mille hommes.
Nous aurons , ce Printemps , quarante- neuf vaiſ
feaux de ligne , armés & prêts à mettre en mer.
On preffe l'équipement de la flotte deſtinée pour
les Indes. On forme beaucoup de conjectures fur
l'objet de ces préparatifs . Mais dans les circonf
tances préfentes , ils peuvent n'en avoir d'autre
que de fe tenir prêt à tout événement .
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Résumé : DE MADRID, le 18 Mars.
Le 18 mars à Madrid, la Cour a célébré l'anniversaire du Duc de Parme. Le Roi a ordonné des préparatifs pour renforcer la Monarchie Espagnole. Les forces terrestres comptent plus de cent dix mille hommes. Quarante-neuf vaisseaux de ligne seront armés pour le printemps. La flotte destinée aux Indes est également en cours d'équipement. Ces préparatifs visent à se tenir prêt à toute éventualité.
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26
p. 212-213
DE LONDRES, le 20 Mars.
Début :
Les troupes destinées pour l'Allemagne, s'embarquent actuellement en différens ports [...]
Mots clefs :
Troupes, Flotte, Escadre, Conseil de guerre, Mer baltique, Seigneur, Témoins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Mars.
De LONDRES , le 20 Mars.
Les troupes deftinées pour l'Allemagne , s'em
barquent actuellement en différens ports du
Royaume. On les fait monter à vingt-un mille
cinq cens hommes. La grande flotte qu'on deftine
à agir contre les côtes de France , eft à la rade
de Spithead , prête à mettre à la voile . Elle attend
les troupes qui doivent s'y embarquer .
L'efcadre deftinée pour la mer Baltique , n'eft
pas encore formée. On affure , que les Puiffances
du Nord ont témoigné , qu'elles ne verroient pas
avec indifférence une efcadre Angloife dans cette
mer.
Le Confeil de guerre , chargé de l'affaire du
Lord Georges Sackeville , a été occupé , depuis
le 6 jufqu'au 12 , à entendre les témoins venus
d'Allemagne , pour dépofer contre lui . Les
fieurs de Vilingerode & de Derenthal , Adjudans
généraux du Prince Ferdinand , font les deuxpincipaux.
On dit qu'ils l'ont beaucoup chargé.
AVRIL. 1760. 215
Ce Seigneur a produit , le 15 & les jours fuivans
, les témoins qui lui font favorables. La
décifion de ce Procès ne fçauroit tarder.
Les troupes deftinées pour l'Allemagne , s'em
barquent actuellement en différens ports du
Royaume. On les fait monter à vingt-un mille
cinq cens hommes. La grande flotte qu'on deftine
à agir contre les côtes de France , eft à la rade
de Spithead , prête à mettre à la voile . Elle attend
les troupes qui doivent s'y embarquer .
L'efcadre deftinée pour la mer Baltique , n'eft
pas encore formée. On affure , que les Puiffances
du Nord ont témoigné , qu'elles ne verroient pas
avec indifférence une efcadre Angloife dans cette
mer.
Le Confeil de guerre , chargé de l'affaire du
Lord Georges Sackeville , a été occupé , depuis
le 6 jufqu'au 12 , à entendre les témoins venus
d'Allemagne , pour dépofer contre lui . Les
fieurs de Vilingerode & de Derenthal , Adjudans
généraux du Prince Ferdinand , font les deuxpincipaux.
On dit qu'ils l'ont beaucoup chargé.
AVRIL. 1760. 215
Ce Seigneur a produit , le 15 & les jours fuivans
, les témoins qui lui font favorables. La
décifion de ce Procès ne fçauroit tarder.
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Résumé : DE LONDRES, le 20 Mars.
Le 20 mars, environ 21 500 soldats britanniques se préparent à embarquer vers l'Allemagne depuis divers ports du Royaume-Uni. Une flotte importante, destinée à opérer contre les côtes françaises, est prête à appareiller depuis Spithead et attend l'embarquement des troupes. L'escadre prévue pour la mer Baltique n'est pas encore constituée, en raison de la désapprobation des puissances du Nord face à une éventuelle présence navale britannique dans cette région. Parallèlement, le Conseil de guerre a auditionné du 6 au 12 mars des témoins allemands contre Lord Georges Sackeville. Les principaux témoins à charge sont les adjudants généraux du Prince Ferdinand, Vilingerode et Derenthal. Lord Georges Sackeville a présenté ses propres témoins favorables le 15 avril et les jours suivants. La décision de ce procès est imminente.
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27
p. 198-199
DE LONDRES, le 1 Juin.
Début :
On a été fort déconcerté ici de la résolution prise par les Puissances du Nord [...]
Mots clefs :
Résolution, Flotte, Mer baltique, Accès, Roi de Prusse, Incendies, Dégâts, Pondichéry, Combat, Amiral, Chef d'escadre, Comte, Conseil, Exécution, Maison de Shirley
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 1 Juin.
De LONDRES , le n. Juin.
On a été fort déconcerté ici de la réfolution
prife par les Puiflances du Nord de fermer à nos
Flottes l'entrée de la Mer Baltique . On ne s'atten
doit pas à la triple alliance qui vient d'être conclue.
L'impoffibilité de fecourir le Roi de Pruffe
de ce côté , paroît avoir déterminé la Cour à faire
de plus grands efforts en Allemagne
On a reçu , de Bo on , laitre nouvelle de
trois incendies confécutifs arrivés dans cette Ville.
Le dernier , qui a été le plus confidérable , a réduit
en cendres plus de quatre cens maiſons &
magazins remplis d'effers de toute espéce . Cet
événement eft du zo Mars.
Les nouvelles arrivées, depuis peu , de Madras,
font évanouir le bruit qui s'étoit répandu de la
prife de Pondichéri Elles contiennent des détails
du Combat donné , au moi d'Octobre dernier ,
entre notre flote commandée par l'Amiral Pocock
& celle de France fous les ordres du fieur
Daché , Chef d'Efcadre. Ce combat a duré trois
heures , pendant le quelles nous avons eu cinq
cens hommes tués ou bleflés . Les Lettres du continent
confirment au la nouvelle du combat
de Vandavachi , & du défavantage que nos troupes
y ont eu.
Le prétendu Comte de S. Germain , qui avoit
été arrêté dans cette Ville , & confié à la garde
d'un Mellager d'Etat , a été relâché fous la conJUILLET.
1760.
23111 :
199
dition de fortir inceffamment du Royaume : ce
qu'il a exécuté.
1. 3
+
Laurent Shirley , Comte de Ferrers , Pair d'An- ,
gleterre , fubit , les du mois dernier , la peine
portée contre lui le 18 du mois précédent. Il fue
conduit à Tiburn , dans fon Caroffe à fix chevaux ,
& vêtu de fon habit le plus magnifique. L'échafaur
& la potence , étoient tendus de noir. Il monta
avec fermeté fur féchafauty & après une courte
priere , il fe livra à l'Exécuteur . Une heure après
T'exécution , fon corps fut envoyé, fuivant la Sentence
, à l'Amphithéâtre des Chirurgiens . Après
y avoir fervi à une jours à
démonstration anatomique, &
avoir été expofé deux jours à la vue du Public ,
il a été rendu à fes parens qui l'ont fait tranfporter
dins le Comté de Leiceftre , buieft lehchef lieu
de fa maifon & la fepulture de fes Ancêtres. Le
cercueil oùil a été dépofé , porté cette Infcription go
Laurent Ferrers éxécuté le 5 Mai 1760. La maifon!
de Shirley , dont le chef fur décoré en 1711. des
Titres héréditaires de Comte , Vicomte & Pair ▸
d'Angleterre, eft une des plus anciennes du Royau
me. Elle tire fon origine de Safwato , qui étoit un
des premiers Seigneurs Anglo- Saxons , lors de la
conquête de l'Angleterre par Guillaume , Duc de
Normandie.
On a été fort déconcerté ici de la réfolution
prife par les Puiflances du Nord de fermer à nos
Flottes l'entrée de la Mer Baltique . On ne s'atten
doit pas à la triple alliance qui vient d'être conclue.
L'impoffibilité de fecourir le Roi de Pruffe
de ce côté , paroît avoir déterminé la Cour à faire
de plus grands efforts en Allemagne
On a reçu , de Bo on , laitre nouvelle de
trois incendies confécutifs arrivés dans cette Ville.
Le dernier , qui a été le plus confidérable , a réduit
en cendres plus de quatre cens maiſons &
magazins remplis d'effers de toute espéce . Cet
événement eft du zo Mars.
Les nouvelles arrivées, depuis peu , de Madras,
font évanouir le bruit qui s'étoit répandu de la
prife de Pondichéri Elles contiennent des détails
du Combat donné , au moi d'Octobre dernier ,
entre notre flote commandée par l'Amiral Pocock
& celle de France fous les ordres du fieur
Daché , Chef d'Efcadre. Ce combat a duré trois
heures , pendant le quelles nous avons eu cinq
cens hommes tués ou bleflés . Les Lettres du continent
confirment au la nouvelle du combat
de Vandavachi , & du défavantage que nos troupes
y ont eu.
Le prétendu Comte de S. Germain , qui avoit
été arrêté dans cette Ville , & confié à la garde
d'un Mellager d'Etat , a été relâché fous la conJUILLET.
1760.
23111 :
199
dition de fortir inceffamment du Royaume : ce
qu'il a exécuté.
1. 3
+
Laurent Shirley , Comte de Ferrers , Pair d'An- ,
gleterre , fubit , les du mois dernier , la peine
portée contre lui le 18 du mois précédent. Il fue
conduit à Tiburn , dans fon Caroffe à fix chevaux ,
& vêtu de fon habit le plus magnifique. L'échafaur
& la potence , étoient tendus de noir. Il monta
avec fermeté fur féchafauty & après une courte
priere , il fe livra à l'Exécuteur . Une heure après
T'exécution , fon corps fut envoyé, fuivant la Sentence
, à l'Amphithéâtre des Chirurgiens . Après
y avoir fervi à une jours à
démonstration anatomique, &
avoir été expofé deux jours à la vue du Public ,
il a été rendu à fes parens qui l'ont fait tranfporter
dins le Comté de Leiceftre , buieft lehchef lieu
de fa maifon & la fepulture de fes Ancêtres. Le
cercueil oùil a été dépofé , porté cette Infcription go
Laurent Ferrers éxécuté le 5 Mai 1760. La maifon!
de Shirley , dont le chef fur décoré en 1711. des
Titres héréditaires de Comte , Vicomte & Pair ▸
d'Angleterre, eft une des plus anciennes du Royau
me. Elle tire fon origine de Safwato , qui étoit un
des premiers Seigneurs Anglo- Saxons , lors de la
conquête de l'Angleterre par Guillaume , Duc de
Normandie.
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Résumé : DE LONDRES, le 1 Juin.
Le 17 juin 1760, à Londres, la décision des puissances du Nord de fermer la mer Baltique aux flottes britanniques a surpris les autorités. Cette mesure, non anticipée malgré la récente triple alliance, a conduit la Cour à renforcer ses efforts en Allemagne pour aider le roi de Prusse. À Boston, trois incendies ont été signalés, le dernier ayant détruit plus de quatre cents maisons et magasins le 20 mars. Des nouvelles de Madras ont clarifié la situation à Pondichéry, détaillant un combat naval d'octobre entre les flottes britannique et française, causant la mort ou la blessure de cinq cents Britanniques. Des lettres confirment également la défaite britannique à Vandavachi. Le prétendu Comte de Saint-Germain, arrêté à Londres, a été libéré à condition de quitter le royaume. Laurent Shirley, Comte de Ferrers, a été exécuté le 5 mai 1760 à Tyburn après avoir été condamné le 18 avril précédent. Son corps a été utilisé pour des démonstrations anatomiques avant d'être rendu à sa famille pour inhumation dans le comté de Leicester. La maison de Shirley est l'une des plus anciennes du royaume, remontant à Sawato, seigneur anglo-saxon lors de la conquête normande.
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28
p. 201
De DANTZICK, le 24 Juillet 1760.
Début :
L'Armée Russienne, qui s'étoit rassemblée en Posnanie, est en pleine marche, [...]
Mots clefs :
Armée russe, Marche, Baron de Laudon, Prince Henri, Camps militaires, Détachements, Flotte, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De DANTZICK, le 24 Juillet 1760.
De DANTZICK , le 24 Juillet 1760.
'Armée Ruffienne , qui s'étoit raffemblée en
Pofnanie , eft en pleine marche , depuis plu
fieurs jours , pour le porter fur la Siléfie. Elle,
eft actuellement dans les environs de Militsch ,
fe dirigeant fur Vohlau entre Glogau & Breſlau.
La communication , entre cette armée & celle du
Baron de Laudon , eft fur le point d'étre ou
verte .
L'armée du Prince Henri , campe encore dans
les environs de Landsberg . Le Général de Goltze ,
eft en avant , entre Zienlig & Meferitz . Les détachemens
Rules , font fouvent aux prifes avec
ceux de l'armée Pruffienne La flote Ruffe a mis
à la voile de Cronstadt , le 8 de ce mois , fous les
ordres de l'Amiral Mifchakoff. Elle est composée
de dix Vailleaux de ligne & de cinq Frégates ,
auxquels fe joindront quelques autres Vailleaux
de guerre équipés à Revel. Cette flote ira enfuite
fur les côtes de Scanie , pour s'y réunir à celle de
Suéde.
'Armée Ruffienne , qui s'étoit raffemblée en
Pofnanie , eft en pleine marche , depuis plu
fieurs jours , pour le porter fur la Siléfie. Elle,
eft actuellement dans les environs de Militsch ,
fe dirigeant fur Vohlau entre Glogau & Breſlau.
La communication , entre cette armée & celle du
Baron de Laudon , eft fur le point d'étre ou
verte .
L'armée du Prince Henri , campe encore dans
les environs de Landsberg . Le Général de Goltze ,
eft en avant , entre Zienlig & Meferitz . Les détachemens
Rules , font fouvent aux prifes avec
ceux de l'armée Pruffienne La flote Ruffe a mis
à la voile de Cronstadt , le 8 de ce mois , fous les
ordres de l'Amiral Mifchakoff. Elle est composée
de dix Vailleaux de ligne & de cinq Frégates ,
auxquels fe joindront quelques autres Vailleaux
de guerre équipés à Revel. Cette flote ira enfuite
fur les côtes de Scanie , pour s'y réunir à celle de
Suéde.
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Résumé : De DANTZICK, le 24 Juillet 1760.
Le 24 juillet 1760, l'armée russe avance vers la Silésie depuis la Poméranie. Elle est près de Militsch et se dirige vers Vohlau. La communication avec l'armée du Baron de Laudon sera bientôt rétablie. L'armée du Prince Henri est près de Landsberg. La flotte russe, partie de Cronstadt le 8 juillet avec dix vaisseaux de ligne et cinq frégates, se dirigera vers la Scanie pour rejoindre la flotte suédoise.
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29
p. 193-194
De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Début :
On a reçu successivement le 2 & le 3 de ce mois deux exprès du Capitan-Bacha ; ils nous ont appris [...]
Mots clefs :
Constantinople, Capitan pacha, Flotte, Ville, Canons, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
De CONSTANTINOPLE le 7 Juillet.
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Le 7 juillet, le Capitan-Bacha arrive à Sinope avec sa flotte, sauf un vaisseau de 74 canons en réparation. Les troupes se préparent à des expéditions en Crimée et dans le Kouban. Une victoire loyale à la Porte a été remportée dans le Kouban contre les Tartares de Sahin Guéray. Une petite flotte, incluant le vaisseau réparé, deux frégates, six chébecs et vingt bâtiments de transport, attend un vent favorable pour rejoindre le Capitan-Bacha. La peste continue de sévir, notamment parmi les officiers. Le 15 septembre 1778, des troupes se déplacent vers Iffaca et Ismaïl, avec des soldats sécurisant les chemins jusqu'à Roussé et avançant vers Bender et l'embouchure du Danube. Environ 300 000 hommes montrent des comportements barbares. À Roussé, trois compagnies se révoltent, tuant leur commandant et se dispersant, propageant ainsi la peste. À Bagdad, après la mort d'Abdullah Bacha, deux factions de 5000 hommes chacune se disputent le pouvoir jusqu'à l'arrivée de Husein Bacha. Après des combats, elles acceptent de rester tranquilles. Bassora, sous contrôle persan, est dévastée par des maladies et un long siège, apparaissant comme un amas de ruines et de marais.
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