A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.