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51
p. 217-233
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Le P. Loüis de Sanlecque, Chanoine Regulier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Roi, Gouverneur, Femme, Fille, Parlement, Enfants, Épouse, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Le P. Loüis de Sanlecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
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Résumé : Article des Morts. [titre d'après la table]
En 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Le Père Louis de Sanlecque, chanoine régulier de l'Ordre de Saint-Augustin et prieur de Charnay près Dreux, est mort le 14 juillet. Dom N... Pouderoux, abbé de Saint-Martin de Canigou, est décédé le 28 août. Madame la Princesse de Vaudémont, Anne Élisabeth de Lorraine, est morte d'une attaque d'apoplexie le 5 août au château de Commercy. Née le 6 août 1649, elle avait épousé Charles Henry légitimé de Lorraine, prince de Vaudémont, le 27 avril 1669. Leur fils unique, Charles Thomas de Lorraine, dit le Prince Thomas de Vaudémont, est mort en 1704 en Italie. Madame la Princesse de Vaudémont était la fille de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et d'Anne Élisabeth de Lannoy. La Maison de Lorraine est l'une des plus anciennes maisons ducales souveraines, remontant à Gérard, comte d'Alsace, investi du duché de Haute Lorraine en 1048. Paul Duc de Beauvillier, pair de France et ministre d'État, est décédé le 31 août à l'âge de 66 ans. Il était le fils de François de Beauvillier et d'Antoinette Servient. Marie Henriette de Beauvillier, sa fille, a épousé Louis de Rochechouart, duc de Mortemart. Le texte mentionne également des informations sur les familles Thumery et Fourcy. René de Thumery, Conseiller au Parlement de Metz, a eu trois enfants : Adrien, Chevalier de Malthe ; Magdelaine, mariée en 1695 à Jean-Baptiste de Flexelles, Comte de Bregy ; et Valentine, non mariée. La famille Thumery est l'une des plus anciennes de Paris, possédant la terre de Boisfle depuis plus de 300 ans. Dame Marie Magdelaine Boucherat, veuve de Henry de Fourcy, Comte de Cheffy, Conseiller d'État et ancien Prévôt des Marchands, est décédée le 3 septembre 1714. Elle était la fille de Louis Boucherat, Chevalier Comte de Compans, ancien Chancelier de France, et de Françoise Marchand. Henry de Fourcy avait pour tante Marte de Fourcy, épouse d'Antoine Coffié, Marquis d'Effiat, Maréchal de France et Surintendant des Finances. Madame de Fourcy a eu plusieurs enfants, dont Henry-Louis, Maître des Requêtes, et Olivier.
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52
p. 259-263
Mariage. [titre d'après la table]
Début :
M Jean Baptiste de Montullé, Conseiller au Parlement, [...]
Mots clefs :
Conseiller au Parlement, Seigneur, Mariage, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage. [titre d'après la table]
M. Jean Baptifte de Montullé,
Conſeiller au Parlement,
a épousé Demoiselle Françoiſe
Glucq. Il eſt fils de M Jean-
Joſeph de Montullé , Conſeiller
du Roy en ſa Cour de
Parlement & Grande Chambre
d'icelle , Doyen de la premiere
des Requeſtes du Pa-
Yaj
260 MERCURE
lais , & de Dame Agnes Bouvard
de Fourqueux. Jean-Joſeph
de Montullé , originaire
de Bretagne , étoit fils de M.
de Montullé , Chevalier Seigneur
de Honglé , des Salles ,
& autres lieux , & de Dame
Renier , duquel mariage ſont
fortis Jean de Montullé , Religieux
Benedictin ; Jean Jofeph.;
Anne de Montullé, mariée
à M. de Boufbaudry , Seigneur
de Langan , Avocat General
au Parlement de Bretagne
; & Françoiſe , mariée à
M. de Montebert , Premier
Préſident de la Chambre des
GALANT. 261
Comptes de Nantes , qui ont
toutes deux laiſſez des enfans
actuellement en place dans
ledit Parlement. Dame Agnés
Bouvard de Fourqueux eſt
fille de M. Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Fourqueux
, Conſeiller au Parlement
, & de Dame Catherine
Laîné dont le nom eſt éteint
dans ladite perſonne & celle
de Dame Agnés Laîné ſa ſoeur
veuve de Robert de Pomereu
Conſeiller d'Etat & ancien
Prevoſt des Marchands. Elle
eſt foeur de Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Four262
MERCURE
queux , Procureur General en
la Chambre des Comptes. De
fon mariage avec Jean Joſeph
de Montullé ſont iſſus Auguſte-
Joſeph de Montullé ,
Docteur de Sorbonne,Doyen
de l'Egliſe de Beauvais & Vicaire
General du Dioceſe ;
Jean Baptifte dontjevous apprend
le Mariage , qui par ſa
mere ſe trouve allié aux Pomereu
, le Fevre d'Eaubonne ,
à M. le Chancelier , Meffieurs
Trudaine , Meſſieurs de
la Berchere , de Broglio , de
Châtillon , aux Pelletiers,àM.
le Duc de Noailles , à MefGALANT
. 263
ſieurs le Camus , Nicolaï ,
Pontcarré , Briffac , Dorſay ,
à Meffieurs de Mornay , & à
toutes les meilleurs familles
de la Robe.
Demoiſelle Françoiſe Glucq
a deux freres , l'un Conſeiller
au Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Confeil , &
uneſoeur mariée à M. le Comte
de Curton Chabanes Brigadier
& Colonel du Regiment
Royal des Cravates .
Conſeiller au Parlement,
a épousé Demoiselle Françoiſe
Glucq. Il eſt fils de M Jean-
Joſeph de Montullé , Conſeiller
du Roy en ſa Cour de
Parlement & Grande Chambre
d'icelle , Doyen de la premiere
des Requeſtes du Pa-
Yaj
260 MERCURE
lais , & de Dame Agnes Bouvard
de Fourqueux. Jean-Joſeph
de Montullé , originaire
de Bretagne , étoit fils de M.
de Montullé , Chevalier Seigneur
de Honglé , des Salles ,
& autres lieux , & de Dame
Renier , duquel mariage ſont
fortis Jean de Montullé , Religieux
Benedictin ; Jean Jofeph.;
Anne de Montullé, mariée
à M. de Boufbaudry , Seigneur
de Langan , Avocat General
au Parlement de Bretagne
; & Françoiſe , mariée à
M. de Montebert , Premier
Préſident de la Chambre des
GALANT. 261
Comptes de Nantes , qui ont
toutes deux laiſſez des enfans
actuellement en place dans
ledit Parlement. Dame Agnés
Bouvard de Fourqueux eſt
fille de M. Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Fourqueux
, Conſeiller au Parlement
, & de Dame Catherine
Laîné dont le nom eſt éteint
dans ladite perſonne & celle
de Dame Agnés Laîné ſa ſoeur
veuve de Robert de Pomereu
Conſeiller d'Etat & ancien
Prevoſt des Marchands. Elle
eſt foeur de Michel Bouvard
Chevalier Seigneur de Four262
MERCURE
queux , Procureur General en
la Chambre des Comptes. De
fon mariage avec Jean Joſeph
de Montullé ſont iſſus Auguſte-
Joſeph de Montullé ,
Docteur de Sorbonne,Doyen
de l'Egliſe de Beauvais & Vicaire
General du Dioceſe ;
Jean Baptifte dontjevous apprend
le Mariage , qui par ſa
mere ſe trouve allié aux Pomereu
, le Fevre d'Eaubonne ,
à M. le Chancelier , Meffieurs
Trudaine , Meſſieurs de
la Berchere , de Broglio , de
Châtillon , aux Pelletiers,àM.
le Duc de Noailles , à MefGALANT
. 263
ſieurs le Camus , Nicolaï ,
Pontcarré , Briffac , Dorſay ,
à Meffieurs de Mornay , & à
toutes les meilleurs familles
de la Robe.
Demoiſelle Françoiſe Glucq
a deux freres , l'un Conſeiller
au Parlement , & l'autre Conſeiller
au Grand Confeil , &
uneſoeur mariée à M. le Comte
de Curton Chabanes Brigadier
& Colonel du Regiment
Royal des Cravates .
Fermer
Résumé : Mariage. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre M. Jean-Baptiste de Montullé, conseiller au Parlement, et Demoiselle Françoise Glucq. Jean-Baptiste est le fils de M. Jean-Joseph de Montullé, conseiller du roi au Parlement et doyen des premières requêtes du Palais, et de Dame Agnès Bouvard de Fourqueux. Jean-Joseph de Montullé, originaire de Bretagne, est le fils de M. de Montullé, chevalier seigneur de Honglé, et de Dame Renier. De ce mariage sont nés Jean de Montullé, religieux bénédictin, Jean-Joseph, Anne de Montullé, mariée à M. de Bouffaudry, et Françoise, mariée à M. de Montebert, premier président de la Chambre des Comptes de Nantes. Dame Agnès Bouvard de Fourqueux est la fille de M. Michel Bouvard, chevalier seigneur de Fourqueux et conseiller au Parlement, et de Dame Catherine Laîné. Elle a eu avec Jean-Joseph de Montullé deux fils : Auguste-Joseph de Montullé, docteur de Sorbonne et vicaire général du diocèse de Beauvais, et Jean-Baptiste de Montullé. Par sa mère, Jean-Baptiste est lié à plusieurs familles illustres, dont les Pomereu, le Fevre d'Eaubonne, le chancelier, et les Trudaine. Demoiselle Françoise Glucq a deux frères, conseillers au Parlement et au Grand Conseil, et une sœur mariée à M. le comte de Curton Chabanes, brigadier et colonel du régiment Royal des Cravates.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 19-65
HISTOIRE.
Début :
Quelque temps aprés la memorable bataille de Fredelingue, M. le [...]
Mots clefs :
Chevalier, Comtesse, Honneur, Jardin, Dame, Femme, Dame, Veuve, Yeux, Vérité, Amour, Humeur, Rivaux, Homme, Conquête, Courage, Hommes, Réflexions, Repas, Coeur, Mariages, Bourgmestre, Réflexions
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE
Quelque temps aprés la
memorable bataille de Fre-
..
Bij
20 MERCURE
1
delingue , M. le Maréchal
deVillars mit ſes troupes en
differens quartiers , aprés
avoir joint à la tête de fon
armée victorieuſe le Heros
qu'il alloit chercher dans
le ſein de l'Empire. N...
vieux regiment , compoſé
de trois bataillons favoris
du Dieu des combats , fut
envoyé à Auſbourg, àUlm,
&àDonavvert. Le bataillon
qui fut mis en garniſon
àAuſbourg eſt celui où fervoit
alors,& où ſert peutêtre
encore à preſent l'admira
ble,ou plûtôt l'étourdiChe
!
GALANT. 21
valier dont je vais décrire
une partie des vaillans exploits.
La jeune & brillanteMadame
Spith , qu'on appelloit
par excellence la belle
d'Auſbourg , d'une famille
illuftre , riche de fon patrimoine
, veuve à vingt trois
ans ,& prête à ſe remarier ,
faifoit alors autant de conquêtes,
qu'ily avoit de mortels
qui s'offroient à ſes
yeux : auTemple , aux promenades
, aux aſſemblées ,
chez elle , tout retentiſſoit
du bruit de ſes charmes,
22 MERCURE
Mais ſa beauté étoit une
vraie pomme de diſcorde ,
qui rendoit les meilleurs
amis rivaux, de rivaux mortels
ennemis : de là alloient
&venoient cartels comme
billets doux, on ſe portoit
fur le pré , & tous les jours
on aprenoit que quelqu'un
ſe bleſſoit , ſe tuoit , ou ſe
faifoit tuer pour elle.
La Comteſſe de Manfeld
, precieuſe, veuve auffi,
&bellepartout ailleurs qu'à
côté de Madame Spith , de
qui elle ſe diſoit la meilleure
amic , enragcoit de ce
GALANT . 23
que de tant de victimes qui
s'egorgeoient pour cette
veuve , perſonne n'étoit
dans le goût de s'égorger
pour ſes appas. Mais qu'at-
elle donc de fi rare , di
foit elle àgens qui me l'ont
redit ? N'a- t -on pas des
yeux , une bouche , de la
blancheur , de l'éclat , des
traits reguliers , de la gor.
ge , de la taille , & des gra
ces?En verité il y a de quoy
en mourir.
Le Cheualier de ** étoit
alors de bonne foy amoureux
de cette belle Com24
MERCURE
=
teſſe , & l'auroit été aſſuré.
ment au moins fix mois ,
fi par malheur il n'avoit
pas vû Madame Spith dans
un jardin, une heure aprés
avoir fait en homme éperdu
ſa premiere declaration
à l'infortunée Comteſſe ,
qui avoit eu d'abord lacomplaiſance
de croire que ce
nouveau venu,homme trésaimable
, & redoutable de
taille & d'eftoc, alloit la vanger
de tous les larcins que
lui avoient faits les impitoyables
yeux de la Spith :
mais le traître n'étoit pas
né
GALANTE
45
né pour leur donner un démenti
qu'ils n'avoient jamais
reçû. Souffrez , dit- ilà
cette veure adorable , &
plein encore des tranſports
qu'il venoit d'étaler aux
pieds de la Comtefle , ſouffrez
, Madame, que je continue
avec vous la converſation
que je viens d'avoir
avec une des plus aimables
Dames de cette ville . L'avantage
que vous avez ſur
elle,me ſuffira pour vous la
rendre plus vive &plus ſincere.
De quelle Dame me
parlez-vous , Monfieur ? &&
Νου. 1714. C
26 MERCURE 1-
vous ,
quel diſcours me tenez
lui répondit fiere
ment Madame Spith? Ne
vous épouvantez point,Ma
dame , reprit- il, de ce que
vous venez d'entendre. II
n'y a pas encore une heure
que j'ai quitté la Comteſſe
de Manfeld ,je viens de lui
avoüer que je l'aime : mais s
il y a ſi peu d'intervale entre
cetre declaration & cellc
que je dois vous faire , que
je croy ne l'avoir entrere
nuë que de l'amour dont je
brûle pour vous. Je ſuis forti
de chez elle rempli de ma
GALANT.M
27
dire
paffion , je ſuis venu dansp
ce jardin, oùle hazard vous
offre ſeule à mes yeux , jen
ne ſçai encore qui vous êtes,
ni qui vous n'êtes pas : mais
je ſens qu'il ne m'eſt pas
poſſible de ne vous pas
ce qu'on ne peut pas , apres
vous avoir vue , dire à une
autre qu'à vous , & de ne
me pas dédire , en vous
voyant, de tout ce que j'ai
dit à d'autres. Bon , dit Ma
dame Spith,en elle même
voila encore une conquête que
je peux dérober à la Comteffe.
Courage , mes yeux , étalez
Cij
28 MERCURE
e
tous vos charmes ; ce Cavalier
fent fon bien , affurez- vous da e
fa défaite. Aprés ces courtes
justes reflexions ,qui ne reffemblent
pas mal à celles que
font toutes les Dames en pareil
cas : Je m'étonne ,Monfieur
, lui dit- elle , de vôtre
procede ; il eſt injufte , &
vous pouviez vous difpenferde
me rendre confidente
de l'outrage que vous faites
à Madame la Comteffe.
Elle est mon amie , & je
reçois comme une inſulte
un aveu qui l'offenfe. De
quelque façon , reprit le
GALANT. 39
Chevalier , que vous rece
viez cet aveu , vôtre amitié
pour la Comteffe , & vôtre
froideur pour moy n'en di
minuent ni l'ardeur , ni la
verité ; &à la premiere occafion
je ſoûtiendrai devant
vous , en prefence de la
Comteſſe elle-même , tout
ce que vous venez de voir
& d'entendre. A juger de
vôtre caractere par ce difcours
, répondit la belle
Spith , je ne vous croirois
pas auprés d'une Dame d'un
merite à vous faire regretter
long temps, & ces bruf
Ciij
30 MERCURE
queries &ces emportemens
conviennent fort mal avec
un ſexe qui ne doit au vôtre
que les bontez dont vous
vous rendez dignes à force
ade foûmiſſions & de foins.
Pour moy , Monfieur , ne
vous imaginez pas que l'offre
que vous venez de me
faire foit unhommage dont
je daigne me ſouvenir ja .
mais. C'eſt un honneur auquel
je ne m'attendois pas.
Mais j'apperçois fort à propos
Madame la Comteſſe
&ſa compagnie , avec qui
je vais vous laiſſer la liberté
GALANT. 031
de vous expliquer comme
sil vous plaira. Au nom de
Dieu , Madame , reprit le
ar Chevalier , ne nous abandonnez
pas , & foyez au
moins témoin des termes
de notre explication.Sur ces
Pentrefaites la tremblante
Comteſſe les joignit , fort
analarmée de trouver ſon
Chevalier avec une rivale
- aufli redoutable que la
Spith. Oferoit- on , lui ditcelle
,Madame , fans craindre
de troubler la douceur
inde ce tête à tête , ſe mêler
dans votre converſation ?
Ciiij
32. MERCURE
Oui , Madame , reprit la
belle veuve , il n'y a nul
danger pour vous à vous en
mêler ; &Monfieur , que je
n'ai point l'honneur de connoître
, me parloit de vous
dans de fi bons termes ,
que je n'ai eu l'indulgence
d'entendretout ce qu'ilm'a
* dit qu'à votre confideration.
S'il juge à propos de
vous repeter les difcours
qu'il m'a tenus , c'eſt ſon
affaire , & la mienne eſt de
vous laiſſer enſemble.s
Alors le Chevalier la retenant
par le bras , lui dic
GALANT. $33
fans ceremonic : Vous ſe-
Irez, Madame, la maîtreffe
de nous quitter lorſque je
vous aurai tenu parole. La
Spith qui apprehendoit fagement
les ſuites que pouvoit
avoir un éclat de cette
confequence , lui répondit
fur le champ : Je vous en
difpenfe, Monfieur ,& vous
m'obligerez infiniment de
an'en rien faire. Elle accom-
2pagna cette priere d'un regard
tendre & fouverain ;
elle fit une belle reverence
&s'en alla. De quoyl'entreteniez-
vous dóc,Monfieur,
4
34
MERCURE
lui dit la Comteffe , & d'où
vient le defordre où je vous
vois?Le temps,lui réponditil,&
mes foins vous apprendront
, Madame , ce que
vous en devez juger. En
attendant , permettez-moy
de vous demander ce que
vous faites d'une fi belle
femme dans cette ville,Ils
alloient fans doute com- :
mencer àſe chicaner endétail
fur ce ſujer , lors qu'on
-entendit un bruit épouvantable
dans la maiſon , par
où l'on entroit au jardin où
ils étoient. Deux hommes
GALANT.
$35
Lauffitôt parurent l'épée à la
main,courant comme des
forcenez dans les allées du
jardin , & demandantMadame
Spith à tout le monde.
Le Chevalier , que ce
nom repeté rant de fois fit
trembler , de peur qu'il ne
lui fût arrivé quelquetriſte
avanture , quitta bruſque--
ment la Comtefle , & courut
à la porte de la maiſon,
ar dont le paſſage lui fut dif
puté par deux autres hommes
maſquez , & armez
jusqu'aux dents mais fon
amour & fon courage fur36
MERCURE
monterent cet obſtacle. Il
ſe fit jour à travers ſes en
nemis avec une valeur digne
de tenir unrang éclatant
dans l'hiſtoire. Il tra
verſa comme un torrent
cour , veſtibule , falle , antichambre
& chambre ; &
enfin il entra l'épée à la
main dans un grand cabinet
, où il trouva un buffet
plein de vin ,unetable couverte
de viandes ,tout l'appareil
d'un grand repas , &
la belle Spith affiſe nonchalamment
dans un fauteüil,&
dans l'attitude d'une
GALANT.
37
1
perſonne bien affligée.
Sommes-nous ici en pays
ennemi , Madame, lui ditil
? & d'où vient donc , s'il
vous plaît , cette alarme ?
Mais de quelle nature eſt
cette guerre ? Tout ce que
je voy dans cette chambre
m'annonce la paix ; ſi l'on
n'exerce jamais contrenous
d'autres actes d'hoſtilité , il
n'y aura que de la gloire &
duprofitàbattre enbreche
une place ſi bien garnie.
Mettons nous à table à
bon compte. Attendez
vousquelqu'un ?Maispour38
MERCURE
quoy ne me répondez-vous
rien ? Tout ceci est-il un
enchantemente est- ce und
piege qu'on nous dreſſe ?
Ma foy n'importe , je vais
donner dans l'embuſcade.
Auſſitôt s'armant ſagement
d'un vitrecom *plein de vin,
il but une raſade à la ſanté
deſon incomparable veuve, P
que ſes tendres prieres de.
terminerent enfinà ſe met
tre à table à côté de lui. Ne
prenez pas s'il vous plaît ceci ,
Meſſieurs , pour le méchant
foupé du Vert-Galant
Grand were d'Allemagne , init Has
GALANT 393
Les bonnes gens alloient
commencer à ſe mettre en
belle humeur , lorſque la
compagnie à qui ce repas
étoit deſtiné , entra par une
autre porte que celle par où
ils étoient entrez. L'hôte de
la maison , qu'on avoit
averti depuis plus d'un
quart d'heure que l'on
avoit ſervi , avoit mieux
aimé laiſſer refroidir les
viandes , que ſe reſoudre à
ſe mettre à table ſans unc
honorable convive qu'il
attendoit . Cette convive
étoit juſtement la Comteffe
40 MERCURE
de Manfeld , qui n'eut pas
plûtôt apperçu la Spith &
ſon Chevalier , qu'elle fit
un cri àfendre le coeur de
toute l'aſſemblée , & s'évaLi
nouit.Chacun auffitôts'em
preffa à la ſecourir. Elle re
vint enfin , & aprés quel
ques injures mal articulées,
& entrecoupées de fan
glots , elle ſe mit à tableAb
Madame Spith pendant
la rumeur de cet évanoüif
ſement avoit eſſayé de s'éclypfer
: mais leChevaliery
qui s'embaraſſoit dela
Comteffe auſſi peu que du
refte
!
GALANT.
refte de la compagnie ,
l'avoit fi conftamment af
ſiegée , qu'il ne lui avoitpas
éré poffible de s'échaper..
D'ailleurs,quandelle auroit
pû s'enfuir , le maître de la
maiſon , qui avoit pour elle
beaucoupde confideration,
&qui la regardoit comme
la plus aimable femme
d'Auſbourg , n'auroit pas
manqué de courir aprés
elle ; le Chevalier en eût
fait autant , tous les Meffieurs
du feſtin les auroient
ſuivis , & les autres Dames
ſeroient reſtées ſans un mi-
• Νου. 1714. D
+ MERCURE
ferable chapeau : ce qui
"auroit été fort malhonnête .
Ainfi tout le monde conviendra
que le Chevalier
51 avoit fort bien fait de la
auqetenir woord ollad
remis ,
Voyons maintenant , dit
leBourguemeſtre , dés que
tous les efprits de l'affemblée
furent un peu ren
fi nous ſouperons, & faiſons
en forte que les plaiſirs &
2 la paix foient de la partie.
Parbleu , dit le Chevalier
nôtre hôte a raiſon, & nous
** ſommes de grands fots de
nous alambiquer la cervelle
1
1
1
GALANT. 43
1
in pour des vetilles. Vous ne
Içauriez vous imaginer ,
- Monfieur , lui répondit le
Bourguemestre , combien
si je ſuis charmé & de vôtre
belle humeur , & de vous
Jivoir des nôtres : mais je
rvoudrois bien ſçavoir par
quel hazard j'ai l'avantage
de vous avoir ici. Madame,
alui dit - il en montrant la
✔Spith , peut vous le conter
mieux que moy , & je vous
jure ſur mon honneur que
zuje n'en ſçai preſque rien.
Tout ce que je peux vous
lapprendre , c'eſt que me
Dij
44 MERCURE
promenant avec Madame
la Comteſſe dans le jardín
qu'on voit de ces fenêtres ,
un defordre extraordinaire,
des épées nuës , des mafques,&
lenom de Madame
Spith , que j'ai entendu
plufieurs fois dans cette
alarme , m'ont fait apprehender
qu'elle ne fût expoſée
à quelque grand peril .
J'ai couru ſur ſes pas,j'ai
tout ce qui s'eſt oppole
à mon paſſage ; j'ai
traverſé par une route que
je ne connois point une
enfilade de chambres, d'où
forcé
GALANT.MS
۱
jefuis enfin arrivé dans
ncelle- ci , où j'ai trouvé cette
belleveuve,le buffet dreſſé,
&la table ſervie. Cette ap-
- parition m'a réjoüi , j'y ſuis
reſté, j'y reſte , & j'y reſtepai
autant qu'il vous plaira.
Chacun applaudit à ce
touchant recit , hors la
Comteſſe , qui n'avoit pas
envie de rire , & qui , pendant
que les verres brilloient
,& que les fantez ſe
portoient à droite, à gauche
&de front , ſe tenoit à ellemême
le douloureux langage
que voici.
46 MERCURE
Que fais- tu , malheureuſe ,
quel est ton deffein ?
Mais non , elle le prit fur
-un ton plus bas , & ſe parla
en ces termes. Je jouë en
verité ici un fort joli rôle ,
& il convient bien à une
femme de ma condition de
ſe compromettre de la forte
avec des je ne ſçai qui. Affurément
j'ai bonne grace
àvoir l'air de complaiſance
& de langueur de cette
pimbêche. Elle s'applaudit ,
la petite fotte , des impertinences
&des grimaces du
Chevalier ; & Monfieur le
GALANT.
Bourguemestre eft , ne lu
en déplaiſe , un impoli , ut
frane butor , de les avoi
Stretenus à ſouper enmapre
fence. Si je me croyois, je
lui dirois ce qu'il merite ,
je chanterois mille injures
à la compagnie , au Chevalier
, à la Spith ; je lùi
jetterois le verre au nez , je
renverſcrois table , buffe
& chaifes , & je m'en irois
pour apprendre à ces belles
gens à traiter comme il
- convient une femme comme
moy.
Ce fut justement à cet
48 MERCURE
endroit de ſes reflexions
que le Chevalier lui dit ces
propres mots :J'ai l'honneur
de boire à vôtre ſanté , divine
Comteffe. Allez , Monſieur,
lui répondit elle avec
beaucoup de politeſſe, vous
êtes un impertinent , je n'ai
que faire ni de vous , ni de
vôtre fanté. Je réponds de la
verité de cette repartie ; car
une belle Dame me fit unjour
l'honneur de me dire la même
chofe.
Le Chevalier ne laiſſa pas
d'aller ſon train , & de rire
de l'obligeante replique.Je
ne
GALANT.
49
-nesçaifivous qui me lifez,vous
n'en riez pas auffi. Mais pendant
que nos gens font à ta
ble , permettez- moy , s'il vous
plaît, quatre ou cinq lignes de
digreffion. Je croy voir déja,
Meffieurs,quelque douzaine de
precieuxlecteurs faireſemblant
de s'ennuyer des reflexionsjudicieuses
que font les perſonnages
de cette histoire. Je leur ré
ponds à cela , que ces articles,
qu'ils traitent d'inutilitez ,
font des preuves de mon exactitude;&
fiMonsieur de Varillas
, de prolixe memoire ,
n'avoit pas prêté àſes Heros
Νου. 1714.
SO MERCURE
des rafinemens politiques , des
fentimens étudiez, des rai
fonnemens trés - recherchez ,
auroit-il jamais fait defi brillans
ouvrages ? Voyez encore
leJournal de Verdun ; il eſt
plein de maximes de jurisprudence
, de reflexions inutiles.
Voila mes modeles.
Cependant les oeillades ,
les bons mots , & la mauvaiſe
humeur font du foupé
du Bourguemestre.
Un Gentilhomme Franconien
touchédu déplaifir
de l'aimable Comteſſe,dont
il entendoit le coeur foû
GALANT.
SE
pirer à côté du ſien,à mefure
qu'il ſe dépêchoit de
s'enyvrer à ſa gloire , lui dit
enfin d'un air terrible : Qu'-
avez- vous , Madame ? qui
vous chagrine ? qui vous
importune ici ? Par monfoy,
moy l'y mettre dhors toutal'hire.
La belle Dame fe
rengorgeant auffitôt ſur la
parole de ſon défenſeur ,
lui montra obligeamment
Monfieur le Chevalier , à
qui l'Alleman fit un ſigne ,
qu'il ne jugea pas à propos
d'entendre. Il recommença
pluſieurs fois cette ceremo
Eij
52
MERCURE
1
nie , & l'autre y répondit
toûjours de même , juſqua
ce que la Comteſſe, ſe méfiant
apparemment de la
vertu de ſon heros , dit en
fin qu'elle ne vouloit point
qu'une ſi agreable fête fût
troublée mal à propos à fon
occafion. Elle impoſa fi
lence à l'Alleman , & tendit
la main au Chevalier , qui
la reçut en homme qui
connoiſſoit tout le prix de
cerre faveur. La Comteſſor
ajoûta à cette marque de
bonté, qu'elle n'étoit point
du nombre de ces bales
GALANT.
53
dont tant de rivaux ſe dif
putpient la conquête aux
dépens de leur ſang , & que
les combats,les enlevemens
&les violences n'étoient
pointdes épiſodes de ſa vie.
Il faut avoüer , Madame ,
lui dit la modeſte Spith ,
que celles qui ne font pas
maîtreſſes comme vous de
prévenir ces inconveniens ,
ſont bien malheureuſes ; &
ſi j'avois eu l'avantage d'ê
tre Madame la Comteffe
de Manfeld , je ne devrois
pas à la frayeur que j'ai euë
d'être enlevée , l'honneur
E iij
54
MERCURE
que j'ai d'être en ſi bonne
compagnie. Ah Madame !
lui dit le Bourguemeſtre, de
grace contez - nous cette
hiſtoire. Que puis - je vous
conter , Monfieur , répondit-
elle , fi ce n'eſt qu'en
fortant du jardin , deux
hommes maſquez m'ont
emportée dans une chambre
, dont ils ont fermé la
porte ſur eux ; qu'une fille
a
que je ne connois pas en a
ouvert une autre ; qu'elle
m'a dit : Madame', fi vous
voulez vous ſauver du peril
*
qui vous menace,, hatez
GALANT .
55
vous de fortir d'ici , montez
cet eſcalier , & retirez vous
dans la chambrela plus reculée
de cette autre maifon
; vous y trouverez un
azile qu'on ne violera pas ,
& des gens prompts à vous
vanger de l'inſulte que vous
font ceux qui vous ont
amenée ici . J'ai entendu
leur complot , & je me ſuis
ſervie de la clef de cette
porte pour vous tirer d'affaire.
Vous vous fouviendrez
de ce ſervice , ſi vous
le jugez à propos. Auflitôt
elle a diſparu. Je me fuis
Eiiij
56 MERCURE
ত
ſauvée toute tremblante
dans cet appartement , M.
le Chevalier y eſt venu un
moment apres moy, la compagnie
n'a pas tardé à y
entrer aprés lui. Voilamon
hiſtoire.Cela eſt admirable,
dit le Bourguemeſtre : mais
eft- il poffible que perſonne
ne connoiſſe ici les auteurs
de cette avanture ? Quoy
qu'il en ſoit , il n'y a juſqu'à
preſent point de mal à tout
cela ; & en attendant que
3 nous puiſſions en apprendre
la verité , ſongeons à nous
réjoüir. Depuis quelques
९
e
!
GALANT. 37
momens il m'eſt venu dans
la tête un deſlein , dont je
ferois fort aiſe de voir l'execution
avant la fin de ce
repas : mais pour en venir à
bout , il faut commencer
parraccommoder enſem-
Die Madame laComteffe&
Madame Spith. Un mal-
21entendu vous a broüillées ,
Meſdames , continua til,
$ que ma propoſition vous
reüniffe . Monfieur le Chevalier
eſt un Gentilhomme
fait pour l'amour ; vous me
paroiſſez vous difputer ſa
conquête , ou peu s'en faut :
58 MERCURE
vous êtes toutes deux belles ,
riches & veuves ; s'il n'eſt
marié , il eſt en âge de l'ê
tre , nous nous en rappor
terons à lui. Un de mes
grands plaiſirs eft de faire
des mariages , & furtout
des mariages extraordinai
res. De mon côté je m'ennuye
de n'avoir pas de femme.
Confultez vous ; fivous
m'en croyez , il ne tiendra
qu'à vous que Monfieur le
Chevalier & moy ayons
aujourd'hui chacun la nô
tre. Comment l'entendez
vous , Monfieur le BourGALANT
59
!
A
guemeſtre , lui dit la Com.
teffe , & à qui pretendeza
vous me donner ? Ecoutez,
Madame, reprit- il , écoutez
juſqu'au bout. Si l'humeur
de Monfieur le Chevalier
ne ſympathiſe pas avec la
vôtre , tâchez de vous ac
commoder de la mienne ,
ou ſi je ne vous conviens
pas , demandez- lui s'il vous
convient. Pourmoy , je re
cevrai de bonne grace des
mains de l'amour ou de la
fortune celle de vous deux
que le fort me laiſſera. Vous
nous faites ici une propoſi
60 MERCURE
tion aſſez bizarre , dit Ma
dame Spith ;& pour la con
cluſion de ces mariages ,
j'aimerois autant vous conſeiller
de vous en rapporter
àla pluralité des voix de la
compagnie. Pourquoy you
lez - vous que nous decidions
, Madame & moy ,
pour ou contre quelqu'un ?
Cependant ſi Madame la
Comteſſe juge à propos de
s'expliquer poſitivement
là-deſſus , je ne ſçai pas fi
pour n'avoir plus le chagrin
de voir tous les jours de
nouvelles avantures, nous
t
GALANT. 61
!
2
brouiller enſemble , je ne
ſouſerirai pas à la propofi
tion en faveur de la nouveauté.
Cela eſt fort bien
imaginé , reprit le Chevalier
, & voila ce qu'on appelle
traiter galamment de
grandes paffions. Hé bien
Monfieur , lui dit la Comteſſe
, voulez - vous vous
ſoûmettre à nôtre deciſion ?
Je ne ſçai , répondit - il :
mais puiſque chacun a opiné
ici comme il lui a plû ,
je croy qu'il eſt bien juste
que j'opine à mon tour.
Vous pouvez , dit le Bour
62 MERCURE
guemeſtre , donner vôtre
avis en toute liberté. Ainfi
foit , reprit le Chevalier ;
commeje ſuis plus heureux
aux cartes que je ne ſuis
habile aux Dames , j'opine
qu'il feroit à propos , pour
ne point cauſer de jaloufic
entre ces deux belles veuves
, que le fort fit nos partages.
Monfieur nôtre hôte
ſera le Roy de pique , Madame
la Comteſſe , Pallas ,
autrement dit la Dame de
pique ; Madame Spith ,
Judith, dunom de laDame
de coeur,& moy le Royde
GALANT
63
treffle. Ces deux Dames
tireront lequel de ces Rois
elles auront , & nous nous
tirerons ſur ces Dames.
Courage , Monfieur , lui
dit la Comteffe , foûtenez
vos extravagances juſqu'à
la fin. Madame Spith en
rit , toute l'affemblée ſe
prit à rire comme * un tas de
mouches. Cependant les af
fiftans commençoient à
s'impatienter de ne pas voir
la conclufion de cette
grande affaire , & faifoient
un bruit de diable avec les
DARabelais
MERCURE
verres& les bouteilles,pour
inviter les acteurs & les
actrices au dénoûment de
cette piece. LaComteſſe vit
bien ce que la compagnie
exigeoit d'elle,& en femme
reſoluë elle preſenta ſa
blanche main au Bourguemeſtre
, qui ſe traîna le
mieux qu'il put juſqu'à ſes
genoux , pour lui rendre
graces de l'honneur qu'elle
Jui faiſoit Le Chevalier en
même temps reçut celle de
Madame Spith , & la noce
commença. On ne fit point
un myſtere de ces maria-
,
1
GALANT.
ges , ils furent le lende
main publics dans la ville
d'Auſbourg. Les gens qui
avoient refolu d'enlever
Madame Spith furent fi
difcrets , qu'on ne les a jamais
connus.
Quelque temps aprés la
memorable bataille de Fre-
..
Bij
20 MERCURE
1
delingue , M. le Maréchal
deVillars mit ſes troupes en
differens quartiers , aprés
avoir joint à la tête de fon
armée victorieuſe le Heros
qu'il alloit chercher dans
le ſein de l'Empire. N...
vieux regiment , compoſé
de trois bataillons favoris
du Dieu des combats , fut
envoyé à Auſbourg, àUlm,
&àDonavvert. Le bataillon
qui fut mis en garniſon
àAuſbourg eſt celui où fervoit
alors,& où ſert peutêtre
encore à preſent l'admira
ble,ou plûtôt l'étourdiChe
!
GALANT. 21
valier dont je vais décrire
une partie des vaillans exploits.
La jeune & brillanteMadame
Spith , qu'on appelloit
par excellence la belle
d'Auſbourg , d'une famille
illuftre , riche de fon patrimoine
, veuve à vingt trois
ans ,& prête à ſe remarier ,
faifoit alors autant de conquêtes,
qu'ily avoit de mortels
qui s'offroient à ſes
yeux : auTemple , aux promenades
, aux aſſemblées ,
chez elle , tout retentiſſoit
du bruit de ſes charmes,
22 MERCURE
Mais ſa beauté étoit une
vraie pomme de diſcorde ,
qui rendoit les meilleurs
amis rivaux, de rivaux mortels
ennemis : de là alloient
&venoient cartels comme
billets doux, on ſe portoit
fur le pré , & tous les jours
on aprenoit que quelqu'un
ſe bleſſoit , ſe tuoit , ou ſe
faifoit tuer pour elle.
La Comteſſe de Manfeld
, precieuſe, veuve auffi,
&bellepartout ailleurs qu'à
côté de Madame Spith , de
qui elle ſe diſoit la meilleure
amic , enragcoit de ce
GALANT . 23
que de tant de victimes qui
s'egorgeoient pour cette
veuve , perſonne n'étoit
dans le goût de s'égorger
pour ſes appas. Mais qu'at-
elle donc de fi rare , di
foit elle àgens qui me l'ont
redit ? N'a- t -on pas des
yeux , une bouche , de la
blancheur , de l'éclat , des
traits reguliers , de la gor.
ge , de la taille , & des gra
ces?En verité il y a de quoy
en mourir.
Le Cheualier de ** étoit
alors de bonne foy amoureux
de cette belle Com24
MERCURE
=
teſſe , & l'auroit été aſſuré.
ment au moins fix mois ,
fi par malheur il n'avoit
pas vû Madame Spith dans
un jardin, une heure aprés
avoir fait en homme éperdu
ſa premiere declaration
à l'infortunée Comteſſe ,
qui avoit eu d'abord lacomplaiſance
de croire que ce
nouveau venu,homme trésaimable
, & redoutable de
taille & d'eftoc, alloit la vanger
de tous les larcins que
lui avoient faits les impitoyables
yeux de la Spith :
mais le traître n'étoit pas
né
GALANTE
45
né pour leur donner un démenti
qu'ils n'avoient jamais
reçû. Souffrez , dit- ilà
cette veure adorable , &
plein encore des tranſports
qu'il venoit d'étaler aux
pieds de la Comtefle , ſouffrez
, Madame, que je continue
avec vous la converſation
que je viens d'avoir
avec une des plus aimables
Dames de cette ville . L'avantage
que vous avez ſur
elle,me ſuffira pour vous la
rendre plus vive &plus ſincere.
De quelle Dame me
parlez-vous , Monfieur ? &&
Νου. 1714. C
26 MERCURE 1-
vous ,
quel diſcours me tenez
lui répondit fiere
ment Madame Spith? Ne
vous épouvantez point,Ma
dame , reprit- il, de ce que
vous venez d'entendre. II
n'y a pas encore une heure
que j'ai quitté la Comteſſe
de Manfeld ,je viens de lui
avoüer que je l'aime : mais s
il y a ſi peu d'intervale entre
cetre declaration & cellc
que je dois vous faire , que
je croy ne l'avoir entrere
nuë que de l'amour dont je
brûle pour vous. Je ſuis forti
de chez elle rempli de ma
GALANT.M
27
dire
paffion , je ſuis venu dansp
ce jardin, oùle hazard vous
offre ſeule à mes yeux , jen
ne ſçai encore qui vous êtes,
ni qui vous n'êtes pas : mais
je ſens qu'il ne m'eſt pas
poſſible de ne vous pas
ce qu'on ne peut pas , apres
vous avoir vue , dire à une
autre qu'à vous , & de ne
me pas dédire , en vous
voyant, de tout ce que j'ai
dit à d'autres. Bon , dit Ma
dame Spith,en elle même
voila encore une conquête que
je peux dérober à la Comteffe.
Courage , mes yeux , étalez
Cij
28 MERCURE
e
tous vos charmes ; ce Cavalier
fent fon bien , affurez- vous da e
fa défaite. Aprés ces courtes
justes reflexions ,qui ne reffemblent
pas mal à celles que
font toutes les Dames en pareil
cas : Je m'étonne ,Monfieur
, lui dit- elle , de vôtre
procede ; il eſt injufte , &
vous pouviez vous difpenferde
me rendre confidente
de l'outrage que vous faites
à Madame la Comteffe.
Elle est mon amie , & je
reçois comme une inſulte
un aveu qui l'offenfe. De
quelque façon , reprit le
GALANT. 39
Chevalier , que vous rece
viez cet aveu , vôtre amitié
pour la Comteffe , & vôtre
froideur pour moy n'en di
minuent ni l'ardeur , ni la
verité ; &à la premiere occafion
je ſoûtiendrai devant
vous , en prefence de la
Comteſſe elle-même , tout
ce que vous venez de voir
& d'entendre. A juger de
vôtre caractere par ce difcours
, répondit la belle
Spith , je ne vous croirois
pas auprés d'une Dame d'un
merite à vous faire regretter
long temps, & ces bruf
Ciij
30 MERCURE
queries &ces emportemens
conviennent fort mal avec
un ſexe qui ne doit au vôtre
que les bontez dont vous
vous rendez dignes à force
ade foûmiſſions & de foins.
Pour moy , Monfieur , ne
vous imaginez pas que l'offre
que vous venez de me
faire foit unhommage dont
je daigne me ſouvenir ja .
mais. C'eſt un honneur auquel
je ne m'attendois pas.
Mais j'apperçois fort à propos
Madame la Comteſſe
&ſa compagnie , avec qui
je vais vous laiſſer la liberté
GALANT. 031
de vous expliquer comme
sil vous plaira. Au nom de
Dieu , Madame , reprit le
ar Chevalier , ne nous abandonnez
pas , & foyez au
moins témoin des termes
de notre explication.Sur ces
Pentrefaites la tremblante
Comteſſe les joignit , fort
analarmée de trouver ſon
Chevalier avec une rivale
- aufli redoutable que la
Spith. Oferoit- on , lui ditcelle
,Madame , fans craindre
de troubler la douceur
inde ce tête à tête , ſe mêler
dans votre converſation ?
Ciiij
32. MERCURE
Oui , Madame , reprit la
belle veuve , il n'y a nul
danger pour vous à vous en
mêler ; &Monfieur , que je
n'ai point l'honneur de connoître
, me parloit de vous
dans de fi bons termes ,
que je n'ai eu l'indulgence
d'entendretout ce qu'ilm'a
* dit qu'à votre confideration.
S'il juge à propos de
vous repeter les difcours
qu'il m'a tenus , c'eſt ſon
affaire , & la mienne eſt de
vous laiſſer enſemble.s
Alors le Chevalier la retenant
par le bras , lui dic
GALANT. $33
fans ceremonic : Vous ſe-
Irez, Madame, la maîtreffe
de nous quitter lorſque je
vous aurai tenu parole. La
Spith qui apprehendoit fagement
les ſuites que pouvoit
avoir un éclat de cette
confequence , lui répondit
fur le champ : Je vous en
difpenfe, Monfieur ,& vous
m'obligerez infiniment de
an'en rien faire. Elle accom-
2pagna cette priere d'un regard
tendre & fouverain ;
elle fit une belle reverence
&s'en alla. De quoyl'entreteniez-
vous dóc,Monfieur,
4
34
MERCURE
lui dit la Comteffe , & d'où
vient le defordre où je vous
vois?Le temps,lui réponditil,&
mes foins vous apprendront
, Madame , ce que
vous en devez juger. En
attendant , permettez-moy
de vous demander ce que
vous faites d'une fi belle
femme dans cette ville,Ils
alloient fans doute com- :
mencer àſe chicaner endétail
fur ce ſujer , lors qu'on
-entendit un bruit épouvantable
dans la maiſon , par
où l'on entroit au jardin où
ils étoient. Deux hommes
GALANT.
$35
Lauffitôt parurent l'épée à la
main,courant comme des
forcenez dans les allées du
jardin , & demandantMadame
Spith à tout le monde.
Le Chevalier , que ce
nom repeté rant de fois fit
trembler , de peur qu'il ne
lui fût arrivé quelquetriſte
avanture , quitta bruſque--
ment la Comtefle , & courut
à la porte de la maiſon,
ar dont le paſſage lui fut dif
puté par deux autres hommes
maſquez , & armez
jusqu'aux dents mais fon
amour & fon courage fur36
MERCURE
monterent cet obſtacle. Il
ſe fit jour à travers ſes en
nemis avec une valeur digne
de tenir unrang éclatant
dans l'hiſtoire. Il tra
verſa comme un torrent
cour , veſtibule , falle , antichambre
& chambre ; &
enfin il entra l'épée à la
main dans un grand cabinet
, où il trouva un buffet
plein de vin ,unetable couverte
de viandes ,tout l'appareil
d'un grand repas , &
la belle Spith affiſe nonchalamment
dans un fauteüil,&
dans l'attitude d'une
GALANT.
37
1
perſonne bien affligée.
Sommes-nous ici en pays
ennemi , Madame, lui ditil
? & d'où vient donc , s'il
vous plaît , cette alarme ?
Mais de quelle nature eſt
cette guerre ? Tout ce que
je voy dans cette chambre
m'annonce la paix ; ſi l'on
n'exerce jamais contrenous
d'autres actes d'hoſtilité , il
n'y aura que de la gloire &
duprofitàbattre enbreche
une place ſi bien garnie.
Mettons nous à table à
bon compte. Attendez
vousquelqu'un ?Maispour38
MERCURE
quoy ne me répondez-vous
rien ? Tout ceci est-il un
enchantemente est- ce und
piege qu'on nous dreſſe ?
Ma foy n'importe , je vais
donner dans l'embuſcade.
Auſſitôt s'armant ſagement
d'un vitrecom *plein de vin,
il but une raſade à la ſanté
deſon incomparable veuve, P
que ſes tendres prieres de.
terminerent enfinà ſe met
tre à table à côté de lui. Ne
prenez pas s'il vous plaît ceci ,
Meſſieurs , pour le méchant
foupé du Vert-Galant
Grand were d'Allemagne , init Has
GALANT 393
Les bonnes gens alloient
commencer à ſe mettre en
belle humeur , lorſque la
compagnie à qui ce repas
étoit deſtiné , entra par une
autre porte que celle par où
ils étoient entrez. L'hôte de
la maison , qu'on avoit
averti depuis plus d'un
quart d'heure que l'on
avoit ſervi , avoit mieux
aimé laiſſer refroidir les
viandes , que ſe reſoudre à
ſe mettre à table ſans unc
honorable convive qu'il
attendoit . Cette convive
étoit juſtement la Comteffe
40 MERCURE
de Manfeld , qui n'eut pas
plûtôt apperçu la Spith &
ſon Chevalier , qu'elle fit
un cri àfendre le coeur de
toute l'aſſemblée , & s'évaLi
nouit.Chacun auffitôts'em
preffa à la ſecourir. Elle re
vint enfin , & aprés quel
ques injures mal articulées,
& entrecoupées de fan
glots , elle ſe mit à tableAb
Madame Spith pendant
la rumeur de cet évanoüif
ſement avoit eſſayé de s'éclypfer
: mais leChevaliery
qui s'embaraſſoit dela
Comteffe auſſi peu que du
refte
!
GALANT.
refte de la compagnie ,
l'avoit fi conftamment af
ſiegée , qu'il ne lui avoitpas
éré poffible de s'échaper..
D'ailleurs,quandelle auroit
pû s'enfuir , le maître de la
maiſon , qui avoit pour elle
beaucoupde confideration,
&qui la regardoit comme
la plus aimable femme
d'Auſbourg , n'auroit pas
manqué de courir aprés
elle ; le Chevalier en eût
fait autant , tous les Meffieurs
du feſtin les auroient
ſuivis , & les autres Dames
ſeroient reſtées ſans un mi-
• Νου. 1714. D
+ MERCURE
ferable chapeau : ce qui
"auroit été fort malhonnête .
Ainfi tout le monde conviendra
que le Chevalier
51 avoit fort bien fait de la
auqetenir woord ollad
remis ,
Voyons maintenant , dit
leBourguemeſtre , dés que
tous les efprits de l'affemblée
furent un peu ren
fi nous ſouperons, & faiſons
en forte que les plaiſirs &
2 la paix foient de la partie.
Parbleu , dit le Chevalier
nôtre hôte a raiſon, & nous
** ſommes de grands fots de
nous alambiquer la cervelle
1
1
1
GALANT. 43
1
in pour des vetilles. Vous ne
Içauriez vous imaginer ,
- Monfieur , lui répondit le
Bourguemestre , combien
si je ſuis charmé & de vôtre
belle humeur , & de vous
Jivoir des nôtres : mais je
rvoudrois bien ſçavoir par
quel hazard j'ai l'avantage
de vous avoir ici. Madame,
alui dit - il en montrant la
✔Spith , peut vous le conter
mieux que moy , & je vous
jure ſur mon honneur que
zuje n'en ſçai preſque rien.
Tout ce que je peux vous
lapprendre , c'eſt que me
Dij
44 MERCURE
promenant avec Madame
la Comteſſe dans le jardín
qu'on voit de ces fenêtres ,
un defordre extraordinaire,
des épées nuës , des mafques,&
lenom de Madame
Spith , que j'ai entendu
plufieurs fois dans cette
alarme , m'ont fait apprehender
qu'elle ne fût expoſée
à quelque grand peril .
J'ai couru ſur ſes pas,j'ai
tout ce qui s'eſt oppole
à mon paſſage ; j'ai
traverſé par une route que
je ne connois point une
enfilade de chambres, d'où
forcé
GALANT.MS
۱
jefuis enfin arrivé dans
ncelle- ci , où j'ai trouvé cette
belleveuve,le buffet dreſſé,
&la table ſervie. Cette ap-
- parition m'a réjoüi , j'y ſuis
reſté, j'y reſte , & j'y reſtepai
autant qu'il vous plaira.
Chacun applaudit à ce
touchant recit , hors la
Comteſſe , qui n'avoit pas
envie de rire , & qui , pendant
que les verres brilloient
,& que les fantez ſe
portoient à droite, à gauche
&de front , ſe tenoit à ellemême
le douloureux langage
que voici.
46 MERCURE
Que fais- tu , malheureuſe ,
quel est ton deffein ?
Mais non , elle le prit fur
-un ton plus bas , & ſe parla
en ces termes. Je jouë en
verité ici un fort joli rôle ,
& il convient bien à une
femme de ma condition de
ſe compromettre de la forte
avec des je ne ſçai qui. Affurément
j'ai bonne grace
àvoir l'air de complaiſance
& de langueur de cette
pimbêche. Elle s'applaudit ,
la petite fotte , des impertinences
&des grimaces du
Chevalier ; & Monfieur le
GALANT.
Bourguemestre eft , ne lu
en déplaiſe , un impoli , ut
frane butor , de les avoi
Stretenus à ſouper enmapre
fence. Si je me croyois, je
lui dirois ce qu'il merite ,
je chanterois mille injures
à la compagnie , au Chevalier
, à la Spith ; je lùi
jetterois le verre au nez , je
renverſcrois table , buffe
& chaifes , & je m'en irois
pour apprendre à ces belles
gens à traiter comme il
- convient une femme comme
moy.
Ce fut justement à cet
48 MERCURE
endroit de ſes reflexions
que le Chevalier lui dit ces
propres mots :J'ai l'honneur
de boire à vôtre ſanté , divine
Comteffe. Allez , Monſieur,
lui répondit elle avec
beaucoup de politeſſe, vous
êtes un impertinent , je n'ai
que faire ni de vous , ni de
vôtre fanté. Je réponds de la
verité de cette repartie ; car
une belle Dame me fit unjour
l'honneur de me dire la même
chofe.
Le Chevalier ne laiſſa pas
d'aller ſon train , & de rire
de l'obligeante replique.Je
ne
GALANT.
49
-nesçaifivous qui me lifez,vous
n'en riez pas auffi. Mais pendant
que nos gens font à ta
ble , permettez- moy , s'il vous
plaît, quatre ou cinq lignes de
digreffion. Je croy voir déja,
Meffieurs,quelque douzaine de
precieuxlecteurs faireſemblant
de s'ennuyer des reflexionsjudicieuses
que font les perſonnages
de cette histoire. Je leur ré
ponds à cela , que ces articles,
qu'ils traitent d'inutilitez ,
font des preuves de mon exactitude;&
fiMonsieur de Varillas
, de prolixe memoire ,
n'avoit pas prêté àſes Heros
Νου. 1714.
SO MERCURE
des rafinemens politiques , des
fentimens étudiez, des rai
fonnemens trés - recherchez ,
auroit-il jamais fait defi brillans
ouvrages ? Voyez encore
leJournal de Verdun ; il eſt
plein de maximes de jurisprudence
, de reflexions inutiles.
Voila mes modeles.
Cependant les oeillades ,
les bons mots , & la mauvaiſe
humeur font du foupé
du Bourguemestre.
Un Gentilhomme Franconien
touchédu déplaifir
de l'aimable Comteſſe,dont
il entendoit le coeur foû
GALANT.
SE
pirer à côté du ſien,à mefure
qu'il ſe dépêchoit de
s'enyvrer à ſa gloire , lui dit
enfin d'un air terrible : Qu'-
avez- vous , Madame ? qui
vous chagrine ? qui vous
importune ici ? Par monfoy,
moy l'y mettre dhors toutal'hire.
La belle Dame fe
rengorgeant auffitôt ſur la
parole de ſon défenſeur ,
lui montra obligeamment
Monfieur le Chevalier , à
qui l'Alleman fit un ſigne ,
qu'il ne jugea pas à propos
d'entendre. Il recommença
pluſieurs fois cette ceremo
Eij
52
MERCURE
1
nie , & l'autre y répondit
toûjours de même , juſqua
ce que la Comteſſe, ſe méfiant
apparemment de la
vertu de ſon heros , dit en
fin qu'elle ne vouloit point
qu'une ſi agreable fête fût
troublée mal à propos à fon
occafion. Elle impoſa fi
lence à l'Alleman , & tendit
la main au Chevalier , qui
la reçut en homme qui
connoiſſoit tout le prix de
cerre faveur. La Comteſſor
ajoûta à cette marque de
bonté, qu'elle n'étoit point
du nombre de ces bales
GALANT.
53
dont tant de rivaux ſe dif
putpient la conquête aux
dépens de leur ſang , & que
les combats,les enlevemens
&les violences n'étoient
pointdes épiſodes de ſa vie.
Il faut avoüer , Madame ,
lui dit la modeſte Spith ,
que celles qui ne font pas
maîtreſſes comme vous de
prévenir ces inconveniens ,
ſont bien malheureuſes ; &
ſi j'avois eu l'avantage d'ê
tre Madame la Comteffe
de Manfeld , je ne devrois
pas à la frayeur que j'ai euë
d'être enlevée , l'honneur
E iij
54
MERCURE
que j'ai d'être en ſi bonne
compagnie. Ah Madame !
lui dit le Bourguemeſtre, de
grace contez - nous cette
hiſtoire. Que puis - je vous
conter , Monfieur , répondit-
elle , fi ce n'eſt qu'en
fortant du jardin , deux
hommes maſquez m'ont
emportée dans une chambre
, dont ils ont fermé la
porte ſur eux ; qu'une fille
a
que je ne connois pas en a
ouvert une autre ; qu'elle
m'a dit : Madame', fi vous
voulez vous ſauver du peril
*
qui vous menace,, hatez
GALANT .
55
vous de fortir d'ici , montez
cet eſcalier , & retirez vous
dans la chambrela plus reculée
de cette autre maifon
; vous y trouverez un
azile qu'on ne violera pas ,
& des gens prompts à vous
vanger de l'inſulte que vous
font ceux qui vous ont
amenée ici . J'ai entendu
leur complot , & je me ſuis
ſervie de la clef de cette
porte pour vous tirer d'affaire.
Vous vous fouviendrez
de ce ſervice , ſi vous
le jugez à propos. Auflitôt
elle a diſparu. Je me fuis
Eiiij
56 MERCURE
ত
ſauvée toute tremblante
dans cet appartement , M.
le Chevalier y eſt venu un
moment apres moy, la compagnie
n'a pas tardé à y
entrer aprés lui. Voilamon
hiſtoire.Cela eſt admirable,
dit le Bourguemeſtre : mais
eft- il poffible que perſonne
ne connoiſſe ici les auteurs
de cette avanture ? Quoy
qu'il en ſoit , il n'y a juſqu'à
preſent point de mal à tout
cela ; & en attendant que
3 nous puiſſions en apprendre
la verité , ſongeons à nous
réjoüir. Depuis quelques
९
e
!
GALANT. 37
momens il m'eſt venu dans
la tête un deſlein , dont je
ferois fort aiſe de voir l'execution
avant la fin de ce
repas : mais pour en venir à
bout , il faut commencer
parraccommoder enſem-
Die Madame laComteffe&
Madame Spith. Un mal-
21entendu vous a broüillées ,
Meſdames , continua til,
$ que ma propoſition vous
reüniffe . Monfieur le Chevalier
eſt un Gentilhomme
fait pour l'amour ; vous me
paroiſſez vous difputer ſa
conquête , ou peu s'en faut :
58 MERCURE
vous êtes toutes deux belles ,
riches & veuves ; s'il n'eſt
marié , il eſt en âge de l'ê
tre , nous nous en rappor
terons à lui. Un de mes
grands plaiſirs eft de faire
des mariages , & furtout
des mariages extraordinai
res. De mon côté je m'ennuye
de n'avoir pas de femme.
Confultez vous ; fivous
m'en croyez , il ne tiendra
qu'à vous que Monfieur le
Chevalier & moy ayons
aujourd'hui chacun la nô
tre. Comment l'entendez
vous , Monfieur le BourGALANT
59
!
A
guemeſtre , lui dit la Com.
teffe , & à qui pretendeza
vous me donner ? Ecoutez,
Madame, reprit- il , écoutez
juſqu'au bout. Si l'humeur
de Monfieur le Chevalier
ne ſympathiſe pas avec la
vôtre , tâchez de vous ac
commoder de la mienne ,
ou ſi je ne vous conviens
pas , demandez- lui s'il vous
convient. Pourmoy , je re
cevrai de bonne grace des
mains de l'amour ou de la
fortune celle de vous deux
que le fort me laiſſera. Vous
nous faites ici une propoſi
60 MERCURE
tion aſſez bizarre , dit Ma
dame Spith ;& pour la con
cluſion de ces mariages ,
j'aimerois autant vous conſeiller
de vous en rapporter
àla pluralité des voix de la
compagnie. Pourquoy you
lez - vous que nous decidions
, Madame & moy ,
pour ou contre quelqu'un ?
Cependant ſi Madame la
Comteſſe juge à propos de
s'expliquer poſitivement
là-deſſus , je ne ſçai pas fi
pour n'avoir plus le chagrin
de voir tous les jours de
nouvelles avantures, nous
t
GALANT. 61
!
2
brouiller enſemble , je ne
ſouſerirai pas à la propofi
tion en faveur de la nouveauté.
Cela eſt fort bien
imaginé , reprit le Chevalier
, & voila ce qu'on appelle
traiter galamment de
grandes paffions. Hé bien
Monfieur , lui dit la Comteſſe
, voulez - vous vous
ſoûmettre à nôtre deciſion ?
Je ne ſçai , répondit - il :
mais puiſque chacun a opiné
ici comme il lui a plû ,
je croy qu'il eſt bien juste
que j'opine à mon tour.
Vous pouvez , dit le Bour
62 MERCURE
guemeſtre , donner vôtre
avis en toute liberté. Ainfi
foit , reprit le Chevalier ;
commeje ſuis plus heureux
aux cartes que je ne ſuis
habile aux Dames , j'opine
qu'il feroit à propos , pour
ne point cauſer de jaloufic
entre ces deux belles veuves
, que le fort fit nos partages.
Monfieur nôtre hôte
ſera le Roy de pique , Madame
la Comteſſe , Pallas ,
autrement dit la Dame de
pique ; Madame Spith ,
Judith, dunom de laDame
de coeur,& moy le Royde
GALANT
63
treffle. Ces deux Dames
tireront lequel de ces Rois
elles auront , & nous nous
tirerons ſur ces Dames.
Courage , Monfieur , lui
dit la Comteffe , foûtenez
vos extravagances juſqu'à
la fin. Madame Spith en
rit , toute l'affemblée ſe
prit à rire comme * un tas de
mouches. Cependant les af
fiftans commençoient à
s'impatienter de ne pas voir
la conclufion de cette
grande affaire , & faifoient
un bruit de diable avec les
DARabelais
MERCURE
verres& les bouteilles,pour
inviter les acteurs & les
actrices au dénoûment de
cette piece. LaComteſſe vit
bien ce que la compagnie
exigeoit d'elle,& en femme
reſoluë elle preſenta ſa
blanche main au Bourguemeſtre
, qui ſe traîna le
mieux qu'il put juſqu'à ſes
genoux , pour lui rendre
graces de l'honneur qu'elle
Jui faiſoit Le Chevalier en
même temps reçut celle de
Madame Spith , & la noce
commença. On ne fit point
un myſtere de ces maria-
,
1
GALANT.
ges , ils furent le lende
main publics dans la ville
d'Auſbourg. Les gens qui
avoient refolu d'enlever
Madame Spith furent fi
difcrets , qu'on ne les a jamais
connus.
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Résumé : HISTOIRE.
Après la bataille de Fre..., le maréchal de Villars déploya ses troupes, incluant un héros de l'Empire. Un régiment fut envoyé à Augsbourg, Ulm et Donauwörth. À Augsbourg, un bataillon comptait un Chevalier admiré et galant. Madame Spith, une veuve riche et belle de vingt-trois ans, attirait de nombreuses convoitises et rivalités. La comtesse de Manfeld, également veuve, était jalouse de l'attention portée à Madame Spith. Le Chevalier, initialement amoureux de la comtesse de Manfeld, changea d'avis après avoir rencontré Madame Spith. Lors d'une rencontre dans un jardin, il avoua son amour récent pour la comtesse mais déclara également sa passion soudaine pour Madame Spith, qui accepta ses avances. La comtesse de Manfeld, témoin de la scène, fut alarmée. Une situation complexe se déroula ensuite. Le Chevalier et Madame Spith furent interrompus par des hommes armés cherchant cette dernière. Le Chevalier la retrouva dans un cabinet où un repas était préparé. Leur tranquillité fut perturbée par l'arrivée de la comtesse de Manfeld, qui s'évanouit en les voyant. Après son rétablissement, elle se joignit au repas. La veuve tenta de s'échapper, mais fut retenue. La comtesse de Manfeld, enlevée puis sauvée, raconta brièvement son aventure. Plus tard, un homme nommé Galant suggéra de marier les deux veuves, Madame la Comtesse et Madame Spith, à deux hommes présents, dont lui-même et le Chevalier. Après un vote informel, les mariages furent célébrés publiquement le lendemain à Augsbourg. Les auteurs de l'enlèvement de Madame Spith restèrent inconnus malgré les investigations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Le 29 octobre 1714, M. Arnoul, Intendant des Galères et du Commerce à Marseille, organisa une fête en l'honneur de la Reine d'Espagne lors de sa visite à la Salle d'Armes de l'Arsenal des Galères. Informé de cette visite le 21 octobre, M. Arnoul choisit le mot latin 'Parma' pour la décoration, en référence au nom de la Reine de Parme. La Salle d'Armes fut ornée de trophées d'armes, d'écus et d'inscriptions latines célébrant la Reine. Un trophée d'armes avec l'écu des armes de Parme était placé au-dessus de la porte principale, accompagné de l'inscription 'Parma triumphans'. Divers écus des armes de Parme étaient dispersés dans la salle, accompagnés de devises et d'emblèmes. Une inscription latine soulignait que le bouclier de la Reine devait triompher sur les autres armes. La tête de Méduse sur le bouclier de Minerve fut remplacée par les armes de la Reine, symbolisant sa douceur et sa bonté. Des représentations symboliques et allégoriques liées à la Reine d'Espagne et à la Maison de Parme furent également présentées. L'Amour, représenté par Cupidon, utilisait divers symboles pour conquérir le cœur de la Reine. Il remplaça le bouclier de Minerve par ses propres armes, symbolisant la victoire de l'amour sur la raison. L'Amour chassa le hibou de Minerve et vola un oiseau sacré à sa mère Vénus pour l'associer à son bouclier, symbolisant la conquête des cœurs. Ces éléments étaient représentés par un bouclier avec un pigeon et un vers latin. La Reine d'Espagne, en combinant les armes de l'amour avec la pureté des lys, conquit un cœur digne d'elle. Cette scène était illustrée par une targe de Parme, répandant une odeur agréable et ornée des armes de l'Amour, placée dans un grand cœur porté par deux lions et appuyée contre deux tours, avec une colombe tenant une couronne de laurier. Apollon annonça des destins heureux par des oracles, prédisant l'union des lys florissants par la targe de Parme, symbolisant l'héritage probable du Duché de Florence par la Maison de Parme. Un second oracle promit que la Reine aurait sous son ombre le Prince des Asturies et les deux Infants, et qu'elle donnerait au Roi d'autres enfants. Un troisième oracle prédit que les lys de Parme, joints à ceux de France, produiraient. Lors de sa visite à Marseille, la Reine d'Espagne fut accueillie dans la Salle d'Armes par plusieurs dignitaires, dont M. le Chevalier de Rancé et M.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
55
p. 316-331
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis François de Harcourt, Comte de Cessanne, Chevalier de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Mort, Dame, Seigneur, Marquis, Lieutenant, Armées, Conseiller au Parlement, Armées du roi, Grands officiers, Chevalier de la Toison d'or, Roi, Duc d'Orléans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Meffire Loüis François de
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
Harcourt , Comte de Cefan
ne , Chevalier de la Toiſon
d'Or , & Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut
à Roüen le 20. Octobre 1714 .
fans enfans de Dame Marie
Loüife-Catherine de Nefmond
ſa femme , fille unique
de feu M. de Neſmond ,Chef
GALANT. 317
d'Eſcadre des ArméesNavales .
Il eſtoit frere de M. le Maréchal
Duc de Harcourt , &
eſtoit né le 10. Novembre
1677. Il avoit ſervi avec diftinction
en Eſpagne , en Picmont
, & en Allemagne. La
Maaſon de Harcourt eſt une
des plus illuftres du Royaume,
comme on le peut voir dans
l'Histoire qui en a eſté donnée
avet ſes preuves en 4 Volulumes
in folio par le ſieur de
la Roque,
Dame Marie le Roy de
Chomberville , veuve de Meffire
Claude de Nocey , Che-
Ddiij
318 MERCURE
:
valier Seigneur de Fontenay ,
cy-devant Sous Gouverneur
de S. A. R. Monteigneur le
Ducd'Orleans , mourut le 21 .
Octobre âgée de 75. ans, laifſant
poſterité : feu M. deNocey
ſon mary eſtoit d'une nobleſſe
diſtinguée de Normandie.
&
Dame Jeanne Moniquet ,
Epouſe de M. Humbert Piarrot
de Chamoulet , Maiſtre
des Comptes , mourut le 23.
Octobre , laiſſant pour fils M.
Piarrot de Chamouſet , Confeiller
au Parlement , ſorti d'us
ne bonne famille de Lyon.
GALANT. 319
M. Simon Tubeuf , Seigneur
, Baron de Ver & de
Blanzat , Conſeiller , Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire du Roy ,&
ci-devant de S. A. R. Monſeigneur
le Duc d'Orleans ,
mourut le 23. Octobre âgé
de 86. ans , laiſſant de Dame
Elifabeth Tétu ſon Epouſe un
fils unique Conſeiller au Par
lement . M. Tubeufqui vient
de mourir étoit coufin germain
de feu M. Charles Tubeuf,
Maistre des Requeſtes ,
& Intendant en Touraine ,
mort en 1680. fans enfans de
Dame Marguerite Pottier ſa
Ddij
320 MERCURE
femme , fille de M. Nicolas
Pottier,Seigneur de Novion ,
Premier Préfident au Parlement
de Paris , & il eſtoit neveu
de Jacques Tubeuf, Préſident
de la Chambre des Comptes
à Paris, & Sur Intendant
des Finances de la Reine Anne
d'Autriche mort le 10. Aouft
1670. & de Meffire Michel
Tubeuf , Evêque de S. Pons ,
puis de Caftre , mort en 1682 .
Fous deux fils de Simon Tubeuf,
Avocat au Parlement &
de Marie Talon .
M. Joſeph de Beaufort ,
Preſtre , Docteur en TheoloGALANT.
32 г
gie, Prieur de Lonjumeau,cidevant
Chanoine ,&Theologal
de Châlons , & Superieur
des Incurables de Paris, mourut
à l'Archevêché le 26. Oc
tobre.
Meffire Jean de la Vicuville
,Bailly de l'Ordre de Malre ,
& Ambaffadeur de ſa Religion
en France,mourut le 26 .
Octobre. Il avoit eſté reeeu
Chevalier de Malte au Grand
Prieuré de France le 20 Juin
1666. Il étoit fils de Charles
Duc de la Vieuville , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
de Monſeigneur le
322 MERCURE
Duc de Chartres , à preſent
Duc d'Orleans , Gouverneur
de la Province de Poitou ,&
avant Chevalier d'Honneur
de la Reine ,mort le z . Février
1689. & de Marie-Françoiſe
deVienne , Comteſſe de Châ
teauvieux , petit fils deCharles
Duc de la Vieuville , Premier
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy , Grand Fauconnier
de France , mort le 2 .
Janvier 1653 & de Marie
Bouhier , fille du ſieur deBeaumarchais
, Treſorier de l'Epargne
,& arriere petit fils de
Robert ,Marquis de la VicuGALANT.
323
ville, fait Chevalier desOrdres
du Roy en 1699 & Grand
Fauconnier de France , defcendu
par divers degrez de
Jean Cofkaer , Gentilhomme
Breton , Seigneur de Farbuſe
en Artois , mort avant l'an
1472. qui le premier prit le
nom de la Vieuville , comme
on le peut voir dans la nouvelle
Hiſtoire des Grands Of
ficiers de la Couronne au cha
pitre desGrands Fauconniers.
Sebastien le Clerc , Chevalier
Romain , Deffinateur , &
Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , ancien Profef324
MERCURE
feur en Geometrie , & Perf
pective de l'Académie Royale
de Peinture ,& de Sculpture ,
mourut le 2.5. Octobre en réputation
du plus habile homme
de ſontemps pour ſa Profeffion.
Meſſire Denis - Michel de
Verthamont , fils unique du
Premier Préſident au Grand
Conſeil , qui avoit eſté receu
Confeiller au Parlement , &
Commiffaire auxRequeſtes du
Palais le 12. Février 1710.
mourut fans alliance le 27.
Octobre 1714. âgé de 26.
ans..
GALANT. 325
-
Iſabelle-Claire Eugenie de
Montault de la Serre veuve de
Jean François Defiré de Naffau
Siegen , Chevalier de la
Toiſon d'or , dont elle eſtoit
la troiſiéme femme , mourut
en ſon Chaſteau de Renaix en
Flandre le 13. Octobre 1714.
Tout le monde ſçait que la
Maiſon de Naſſau eſt une des
plus illuſtres de l'Europe :
pour celle de Puger de laquelle
eſtoit Madame la Princeſſe de
Naſſau qui vient de mourir,
elle eſt fort diftinguée en
Provence , comme on le peut
voir dans le ſecond tome du
326 MERCURE
Nobiliaire de cette Province
par le ſieur Robert.
la
,
M. le Marquis de Baffompierre
fils unique du Marquis
de Baſſompierre , mourut le ..
Octobre âgé de 17. ans ,
Maiſon de Ballompierre établic
depuis long - temps en
Lorraine , où elle tient rang
entreles plus confiderables
s'est fait auſſi connoiſtre en
France par les ſervices du
Maréchal de Baſſompierre
dont on a des Memoires , &
dont l'éloge & la genealogie
ſe peuvent voir dans | Hiſtoire
des Grands Officiers de la
Couronne,
GALANT. 327
GYM Loüis de Lorouſe de
Saint Loüis , cy-devant Meſtre
de Camp de Cavalerie ,&Brigadier
de Armées du Roy ,
mourut le 8. Septembre à
l'Abbaye de la Trape , âgé
de 87. ans , en ayant paffé
40. au Service du Roy , & 30.
dans la pratique des vertus
chreſtiennes .
Meffire Charles Brulart de
Genlis , Archevêque d'Ambrun
, depuis l'an 1668. &
Meffire Fabio Brulartde Sillery
de l'Academie Françoiſe
Evêque de Soiffons depuis
l'an 1689. & frere de M. le
328 MERCURE
Marquis de Puizieux Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant
General de ſes Armées
&cy-devant Ambaſſadeur en
Suiffe font mortsle ... Novembre
1714. La famille de
Brulart originaire de la Ville
de Reims ,& établie depuis
long-temps à Paris , ne s'eſt
pas moins diftinguée dans la
robe que dans l'épée , & par
ſes alliances , elle a donné
un Chancelier de France au
dans l'epe
chapitre duquel on trouvera
ſa genealogie entiere dans
l'Histoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Dame
GALANT. 329
د
Dame Marie Robuſte ,
eſt morte en Poitou âgée
d'environ 100. ans le 31 du
mois paflé dans la Terre de
Fredilly , appartenante à M.
Robuſte ſon couſin germain ,
Lieutenant de Roy des Ville
& Château de Loudun &
Pays Loudunois. Elle estoit
d'une noble& ancienne famıl
le de Normandie, quis'y foutient
encore avec distinction.
Elle fit des alliances dignes de
ſa naiſſance : en premieres
nôces elle époufa Meffire
Jacques de Crombrug , Marquis
de Saintachou. Enfecon
Novembre 1714. Ee
330 MERCURE
des nôces Meſſire Loüis de
Grailly,Chevalier Seigneur de
Fredilly, laFuye, &la Mantallerie:
elle n'a point laiſſé d'enfans
de ſes deux mariages ; fa
beauté dont la regularité &
l'éclat extraordinaire furent
admirées en ſon temps , s'eſt
foutenuë juſques àla fin , fon
eſprit repondoit à ſa beauté ,
elleavoit les graces du monde
&de la politeffe , fa converfation
étoit agreable , feconde
, & vertueuſe , elle a conſervé
la force de ſon eſprit
juſques à la mort , que l'on
n'attendoit pas encore , car
GALANT. 331
peu de jours auparavant elle
étoit à la promenade à Cheval
, avec tout le feu , & tout
le brillant d'une belle vicil
leffe.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
En octobre et novembre 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Louis François de Harcourt, Comte de Cefan, Chevalier de la Toison d'Or et Lieutenant Général des Armées du Roi, est mort à Rouen le 20 octobre 1714 à l'âge de 36 ans. Il avait servi en Espagne, en Piémont et en Allemagne et était frère du Maréchal Duc de Harcourt. Dame Marie le Roy de Chomberville, veuve de Claude de Nocey, est décédée le 21 octobre à 75 ans. Son mari appartenait à une noblesse distinguée de Normandie. Parmi les autres décès notables, on compte Dame Jeanne Moniquet, épouse de Humbert Piarrot de Chamoulet, Maître des Comptes, et M. Simon Tubeuf, Seigneur de Ver et de Blanzat, Conseiller du Roi, tous deux décédés le 23 octobre. M. Joseph de Beaufort, Prêtre et Docteur en Théologie, et Jean de la Vicuville, Bailly de l'Ordre de Malte et Ambassadeur de sa Religion en France, sont morts le 26 octobre. Sébastien Le Clerc, Chevalier Romain et Graveur ordinaire du Cabinet du Roi, est décédé le 25 octobre. Denis-Michel de Verthamont, fils unique du Premier Président au Grand Conseil, est mort sans alliance le 27 octobre à 26 ans. Isabelle-Claire Eugénie de Montault de la Serre, veuve de Jean François Desiré de Siegen, est également décédée. Le texte mentionne également la famille d'une dame de Reims, établie à Paris, distinguée dans la robe et l'épée, ayant produit un chancelier de France. Dame Marie Robuste, issue d'une noble famille de Normandie, est morte en Poitou à environ 100 ans le 31 octobre. Elle avait contracté deux mariages sans avoir d'enfants et était connue pour sa beauté et son esprit vif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 235-247
MORTS.
Début :
Alexandre Benoist Stanislas Sobieski, dit le Prince Alexandre de Pologne [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Roi de Pologne, Chevalier, Prince, Roi, Fille, Marquis, Seigneur, Dame, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
Alexandre Benoist Stanislas
Sobieski , dit le Prince Alexandre
de Pologne , Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
il receut le Collier à Rome le
19. Decembre 1700. en l'E.
gliſe de S. Loüis des mains du
Prince de Monaco Ambaffadeur
de France, mourut àRo
me le 19. Novembre fans
eſtre marié. Il eſtoit né le 6.
Septembre 1677. fils de Jean
Sobieski ſucceſſivement Petit
Vij
236 MERCURE
-
1
General & Grand Maréchal
de la Couronne en 1665 .
Grand General du Royaume
en 1667 élû Roy de Pologne
le 21. May 1674. couronné
le 2. Février 1676. fait Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit
la même année , & mort à
Varſovie le 17. Juin 1696.
âgé de 72. ans , & de Marie-
Caſimire de la Grange d'Arquien
qu'il avoit épousé étant
veuve de Jean Prince de Zamoski
, & fille d'Henry de la
Grange , Marquis d'Arquien ,
Capitaine , & Colonel des
Gardes Suiſſes de Philippes de
2
GALANT. 237.
د
France , Duc d'Orleans , Chevalier
des Ordresdu Roy, puis
Cardinal , & de Françoiſe de
la Chartre. Le Prince Alexan .
dre qui vient de mourir avoit
pour frere aîné Jacques-
Loüis Henry Sobieski , dit le
Prince Jacques de Pologne né
en 1677. Chevalier de la Toiſon
d'or , marié le 10. Février
1691. avec Hedwige- Elifabeth
- Amelie de Baviere , fille
de Philippes GuillaumeComte
Palatin du Rhin , Electeur
de Baviere ,& de Neuf bourg ,
& d'Elizabeth - Amelie de
Heſſe d'Armſtat , de laquelle
)
238 MERCURE
il a des enfans , & pour puiné,
Conſtantin-Philippes Uladiflas
Sobieski , dit le Prince
Conſtantin de Pologne , néle
1. May 1680. Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit , dont il
receut le Collier en même
temps que ſon frere non marié
, & pour ſoeur Therefe-
Cafimire Sobieski née le 3.
Mars 1676. mariée le 15.
Aouſt 1694. avec Maximilien
Marie Electeur Duc de
Baviere à preſent vivant. Le
Roy de Pologne leur pere
eſtoit fils de Jacques Sobieski
Caftelan de Cracovic , Am
GALANT. 239
baffadeur Extraordinaire de la
Couronne de Pologne auprés
du Sultan Ofman Empereur
des Turcs , mort en 1646. &
de .... Zolkiewiski , fille de
Staniflas Zolkiewiski , Grand
Chancelier , & Grand General
de laCouronne ,tué à l'âge de
73. ans à la guerre contre les
Turcs le 6. Octobre 1620 .
Dame Marie- Anne Mitte
• de Chevrieres de S. Chaumont
, Epouſe de Meffire
Charles-Emmanuel de laVieuville,
Comtede Vienne,mourut
le 22. Novembre 1714.
âgée de 51. ans , laiffant pour
240 MERCURE
し
fils leMarquisde S. Chaumont
Colonel d'un Regiment de
Dragons; elle étoit fille d' Henry
Mitte de Chevrieres Comte
de S.Chaumont, &deCharlore
Suſanne de Grammont ,
& petite - fille de Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , Seigneur de
Chevrieres,Chevalier delOrdre
du Saint Eſprit , Ambaſſadeur
Extraordinaire àRome ,
&d'Iſabeau de Tournon ,&
arriere petite fille de Jacques
Mitte , Seigneur de Chevricses
, auffi Chevalier de l'Ordre
du S. Eſprit , LieutenantGeneral
GALANT. 248
24
(
neral au Gouvernement de
Lyonnois , d'où ſa Maiſon
étoit originaire , & de Ga
briele Dame de S. Chaumont
ſa premiere femme. M. le
Comte de Vienne ſon mary
eſt frere de M. le Marquis de
la Vieuville , cy-devant Chevalier
d'Honneurde la Reine ,
puis de Madamela Dauphine,
&Gouverneur des Provinces
du Haut & Bas Poitou , & de
feu M. le Bailly de la Vieuville
, Ambaſſadeur de la Religion
de Malthe en France ,
dont je vous appris la mort
dans mon dernier Journal.
Decembre 1714 . X
242 MERCURE
Dame Anne de Longueval
, veuve de Meffire Henry
de Saint Nectaire , Marquis
de Saint Nectaire & de Chateauneuf,
Vicomte de l'Eſtrange
, Lieutenant de Roy du
Haut Poitou , mourut le 28 .
Novembre 1714 âgée de 71 .
ans, ayant eu de fon mariage
pour fille uniqueDame Loafe
Therefe de S. Nectaire , femme
de Loüis de Cruffol d'Uzés
, Marquis de Florenfac ,
morte le 2. Juillet 1705. àl'â
ge de 33. ans , laffant un fils
&une fille. La Maiſon deLon
gueval eſt une des plus an
GALANT . 243
ciennes , & des mieux alliées
de la Province de Picardie,&
connue dans les premiers
temps ſous le nom de leChien:
pour celle de S. Nectaire , elle
eſt originaire de la Province
d'Auvergne , & une des plus
illuſtres du Royaume par fon
ancienneté , par ſes alliances ,
& par les dignitez dont elle a
été decorée comme on le
peut voir dans l'Hiſtoire des
GrandsOfficiers de la Couronne
auChapitre desMaréchaux
de France , où la Genealogie
en eſt rapportée tout au long.
Dame Marguerite de Ram--
,
Xij *
244 MERCURE
boüillet , Epouſe de Meſſire
Charles de Nocé , Chevalier
Seigneur de Fontenay , & de
la Chapelle , & auparavant
veuve de Meffire Guillaume
Scott , Chevalier Seigneur de
la Mezangere , Boſchervilles ,
&Confeiller au Parlement de
Roüen , mourut le 30. Novembre
âgée de 57. ans. La
Famille de Ramboüillet, et
connue à Paris pour avoir
donné pluſieurs Secretaires du
Roy; celle de Noré eſt originaire
de Normandie ,&d'une
nobleſſe diftinguée , & celle
de Scott eft connue à Roüen
GALANT. 245
pour avoir donné pluſieurs
Conſeillers , & des Préſidents
à Mortier au Parlement de
Normandie.
د
Dame Marguerite Rollor ,
veuve de Meſſire Loüis Doublet
, Tréforier General des
Maiſon , & Finances de feu
Monfieur le Duc d'Orleans ,
Frereunique du Roy , mourut
le s. Decembre âgée de 77.
ans , laiſſant pour fils unique
M. Doublet , auſſi Treſorier
Generalde la Maiſon& Finances
de M. le Duc d'Orleans ,
puis Secretaire de ſes Commandemens
, marié en 1698 .
X iij
246 MERCURE
avec N .... le Gendre , ſoeur
de Madame Crozat , & fille
de François le Gendre , Fermier
General ,& Secretaire du
Roy , & de Marguerite le
Roux. Madame Doublet qui
vient de mourir eftoit fille de
Nicolas Rollot , Secretaire du
Roy,& Commis de l'Epargne;
&de Claude Boutault ; & Μ.
Doublet ſon mary eſtoit oncle
deM. de Perfan , Conſeil-
Her au Parlement , de M. de
Croüy, Maistre des Requef.
tes ,& de Madame de Barıllon
femme du Maiſtre des Requêtes
de ce nom , tous trois enGALANT.
247
fins de Nicolas Doublet , Seigneur
de Perſan , Secretaire
du Roy & Fermier General ,
fils de Nicolas Doublet, Avocat
au Parlement , originaire
de Champagne.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et détails biographiques. Alexandre Sobieski, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, est décédé à Rome le 19 novembre sans être marié. Né le 6 septembre 1677, il était le fils de Jean Sobieski, qui a occupé divers postes prestigieux avant d'être élu Roi de Pologne le 21 mai 1674 et couronné le 2 février 1676. Jean Sobieski est décédé à Varsovie le 17 juin 1696 à l'âge de 72 ans. Il était marié à Marie-Casimire de la Grange d'Arquien. Alexandre Sobieski avait deux frères : Jacques-Louis Henry Sobieski, né en 1677, Chevalier de la Toison d'or, marié en 1691 à Hedwige-Élisabeth-Amélie de Bavière, et Constantin-Philippe Vladislas Sobieski, né le 1er mai 1680. Il avait également une sœur, Thérèse-Casimire Sobieski, née le 3 mars 1676, mariée en 1694 à Maximilien-Marie, Électeur Duc de Bavière. Le texte mentionne aussi le décès de Dame Marie-Anne Mitte de Chevrières de Saint-Chaumont, épouse de Charles-Emmanuel de la Vieuville, Comte de Vienne, décédée le 22 novembre 1714 à l'âge de 51 ans. Il fait référence à une rue nommée 'stre des Requef' et à Madame de Barillon, épouse du Maître des Requêtes portant ce nom. Trois personnes sont décrites comme étant 'enGALANT'. Enfin, le document présente Nicolas Doublet, Seigneur de Persan, Secrétaire du Roi et Fermier Général, fils de Nicolas Doublet, avocat au Parlement, originaire de Champagne.
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57
p. 320-331
MARIAGES.
Début :
J'aurais esté bien fâché de n'avoir point de Mariages ce / Messire Loüis-Vincent de Goesbriand, Marquis de [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Alliances, Seigneur, Marquis, Comte, Armées, Chevalier de l'ordre du roi, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
J'aurois eſté bien fâché de
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
n'avoir point de Mariages co
mois- cy , mais on vient heu
GALANT. 321
reuſement de m'en apporter
deux trop confiderables pour
n'en pas faire honneur à mon
Journal.
MARIAGES.
Meſſire Loüis - Vincent
de Goefbriand , Marquis de
Goëfbriand , a épouſé le ...
Damoiſelle Marie Roſalie de
Chaſtillon , focur puînée de
Mademoiselle de Chaſtillon ;
dont je vous appris il ya quelques
mois le mariage avec M.
le Comte de Bacqueville du
nom de Boyvin , & fille de
/
322 MERCURE
Meffire Alexis Henry , Marquis
de Chaftillon , Chevalier
des Ordres du Roy, cy-devant
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S.A. R. M.
Duc d'Orleans , & de Dame
Marie Roſalie de Broüilly de
Piennes , foeur de Madame
la Ducheffe d'Aumont.
L'Hiftoire Genealogique de
laMaiſon de Chaftillon ayant
efté donnée au Public par le
celebre André du Cheſne , en
un Volume in folio , & fe
trouvant encore rapportée
dans la nouvelle Hiſtoire des
grands Officiers de la Cou-
1
GALANT. 323
ronne par le ſieur du Fourny ,
on ſe contentera de dire icy
que cette Maiſon & celle de
Montmorency ne le cedent à
aucuneMaiſon du Royaume
pourl'ancienneté, la grandeur
des alliances ,&qu'elles les furpaffent
toutes fans contredit
par le luſtre & grandes Charges
de la Couronne qu'elles
ont poſſedées de tout temps.
Meffire Alexis Magdelaine
Rofalie de Chaſtillon, Comte
de Chaſtillon , Colonel d'un
Regiment de Dragons , de
fon nom , Brigadier General
des Armées du Roy , Grand
324 MERCURE
Bailly de Haguenau , & CommiſſaireGeneral
de laCavalcric
Legere de France , Gendre de
Monfieur le Chancelier Voifin
, & couſin germain de
Mesdames de Bacqueville &
de Goefbriand , eft le ſeul
mafle reſtant de cette Illuſtre
Maiſon.
M. le Marquis de Goëfbriand
qui vient de ſe marier,
eſt fils de Meſſire Loüis Vincent
, Marquis de Goëfbriand
en Bretagne , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
General de ſes Armées ; & de
Dame Marie-MagdelaineD.f
GALANT. 325
maretz , fiile de M. Deſmaretz,
Controlleur General des Finances
de France , & Miniſtre
d'Etat ,, petit fils d Yves de
Goësbriand , Seigneur dudit
lieu , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Gouverneur du Château
Toro en Bretagne , encore
vivant , & de Dame Françoiſe
Gabriele de Kerguelay
Dame de Erodon , de Kergoumar
, de Kermorvan , de
Belle- Ifle , & Vicomtefle de
Troboder , & arriere petit fils
de Pierre de Goësbriand , Seigneur
deKergrech , &de Maric
Simon Dame de Penen
326 MERCURE
quer, lequel Pierre citon fils
puîné de François de Goësbriand
, Seigneur de Goefbriand
,Chevalier de l'Ordre
du Roy , Gentilhomme ordi
naire de ſa Chambre , & de
Renée de la Marzeliere , &
petit fils d'Yves , Seigneur de
Goesbriand , Chevalier de
l'Ordre du Roy , inſtituéCa,
pitaine & Gouverneur de la
Ville de Morlaix par Lettres
du 11. Août 155 8. forti d'une
Maiſon connuë en Bretagne
depuis plus de 400. ans ,
& diftinguée par ſes alliances
&par ſes ſervices,
GALANT . 327
-François - Emmanuel de
Cruffol , Comte de Lettrange
& Baron de Privas , &c. a
époulé le 17 Decembre Damoiſelle
Marguerite Colbert
de Villacerf ſa coufine , fille
de Meffire Pierre Gilbert Colbert
,Marquis de Villacerf ,
Premier Maiſtre d'Hoſtel de
Madame la Dauphine , &de
Damoiſelle Marie Magdelaine
de S. Nectaire de Brinon.
La Famille de Colbert eſt originaire
de la Ville deRheims';
elle eſt diſtinguée par ſes grandes
alliances ,par quatre grands
Miniſtres qu'elle a donné à la
328 MERCURE
France ,&par un grandnombre
d'Officiers Generaux des
Armées du Roy dont plufieurs
ont eſté tuez pour le
ſervice de Sa Majefté.
M. le Comte de Leftrange
qui vient de ſe marier , eft
couſin germain de Meffire
Jean Charles de Cruffol , Duc
dUzés, Premier Pair de France
,& fils de Meffire Loüis de
Crufſol , Marquis de Florenfac
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Menin
de feu Morſeigneur le Dauphin&
de feuë Marie-Loüiſe
Thereſe de Saint Nectaire
GALANT. 329
1
re Leſtrange. La Maiſon de
Crufſol l'une des plus anciennes
& des plus illuftres
du Royaume , tant par ſes alliances
avec les premieresMaiſons
du Royaume , que par
les grandes Charges & les
grandes Terres qu'elle a pofſedées
, a pris fon nom de la
Terre de Cruſſol ſituée ſur le
Rhône en Vivarais , qu'elle
poſſede de tems immemorial :
le Vicomté d'Uzés fut érigé
enDuché l'an 1565.& en Pairie
en 1572. en faveur d'Antoine
Comte de Crufſol, Scigneur
deLevis &de Florenfac,
Decembre 1714. Ec
330 MERCURE
Chevalier del Ordre du Roy ,
Confeiller au Conſeil Privé
Capitaine de so. Hommes
d'Armes des Ordres du Roy ,
Chevalier d'Honneur de la
Reine Catherine de Medicis
par la mort duquel fans enfans
il paſſa à Jacques deCruffol
ſon frere puîné renommé
alors ſous le nomdu Seigneur
d'Affier , & il eft le trifayeul
de M.le Duc d'Uzés d'à prefent
, & de M. le Comte de
Florenfac , qui a donné heu à
cetArticle. Voyez pour laGenealogie
de cette Maifon,
'Histoire des grands Officiers
GALANT
de la Couronne par M. du
Fourny.
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Résumé : MARIAGES.
Le texte décrit deux mariages notables au sein de la noblesse française. Le premier mariage unit Messire Louis-Vincent de Goëfbriand, Marquis de Goëfbriand, et Damoiselle Marie Rosalie de Chastillon, fille cadette de Mademoiselle de Chastillon. La famille de Chastillon est renommée pour son ancienneté et son prestige, comparable à celui de la maison de Montmorency. Le marié est le fils de Messire Louis Vincent, Chevalier des Ordres du Roy et Lieutenant Général des Armées, et de Dame Marie-Magdelaine Desmaretz, fille du Contrôleur Général des Finances de France. Le second mariage concerne François-Emmanuel de Cruffol, Comte de Lettrange et Baron de Privas, et Damoiselle Marguerite Colbert de Villacerf, sa cousine. La famille Colbert, originaire de Reims, est distinguée par ses grandes alliances et ses ministres. Le marié est cousin germain du Duc d'Uzés et fils de Loüis de Crufsol, Marquis de Florenfac et Maréchal des Camps et Armées du Roy. La Maison de Crufsol est l'une des plus anciennes et illustres du Royaume, reconnue pour ses alliances prestigieuses et ses possessions territoriales.
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58
p. 75-85
Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Début :
La police exacte qui s'observe à Paris est sans contredit [...]
Mots clefs :
Police de Paris, Police, Chevalier, Magistrat, Paris, Prince de Transylvanie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
La police exacte qui s'observe
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
à Paris est sans contredit
une des plus admirables
choses du monde; les
ordres y sont si bien donnez
& les mesures si bien
prises contre tout ce qui
peut nuire à la furece publique,
qu'on pretend qu'il
est presque impossible que
rien y échape à la precaution
& aux lumieres du Magiftrat
illustre quiest revêtu
presque seul du soin
penible de contenir jour &
nuitunmillion dames dans
un ordre presque toûjours
égal. Cependant, malgré
ses soins & sa vigilance infinis,
il ne laisse peut- erre
pas de s'y passer foliveftfc
bien deschoses(la galanterie
à part) dont le secret
ne fort pas facilement des
mains de ceux qui en font
les auteurs. En voici une
preuve.
M. le Chevalier de P.
sortant il y a environ quinze
jours, entre les dis pu
onze heures du soir, de'
chez le Prince de Transylvanie
,
dont chacun sçait
que la maison cita present
la première & laplusnoble
academie (le' jeu qui (oft
dans le ROYJUIlle) fut embrassé
brusquement par
quatre hommes déguisez,
jetté dans un carosse, promené
une bonne heure
dans les ruës de Paris, 5c
deposé enfindansunemaifOD).
QÙ d'abord on lemena a
la cave )
où on le laissa faire
d'assez tristesreflexions juc.-
qu'au lendemain matin.
Ses guides masquez furent
à la pointe du jour lui
rendre visite
, non pour lui
demander comment il avoit
passé la nuit, ni pour
le consoler de la mauvaise
avanture quilui étoit arrivée
la veille, mais pour l'exhorter
à la mert. Un d'eux
prie la parole, & lui dit:
Dans l'extremitéoùvôtre
imprudéce vous jette,Monsieur,
il ne vous reste plus
d'autre parti à prendre que
celui de mourir. Examinezvous,&
disposez-vous au
plus grand voyageque vous
puissiez faire.L'hommeque
vous avez offensé doit venir
incessamment vous arracher
la vie; si en attendant
vous avez besoin de
quelque chose, on va vous
apporter à boire ôc à manger.
Le Chevalier, qui est
homme d'honneur,&: qu'il
en faut croire sur sa parole,
assure que, quoique nature
pâtît beaucoup en lui, il ne
reçut pas trop mal ce compliment,
& qu'il répondit à
ces Meilleurs qu'ilétoitresolu
à la mort, puis qu'ils
l'avoient condamnéàmourir,
qu'au reste il étoit sûr
qu'il n'avoir ni querelles
J ni procès, ni affaires de
coeur, niintrigues de jeu
qui pussent luisusciter aucup
ennemi dans le monde;
que cependant il y avoit
long-temps qu'il n'avait
rien pris, & qu'ils lui feroiéc
plaisir de lui donner quelque
chose à manger. Ce
qu'onfit sur le champ. La
compagnie alors le quitta.
Vers le milieu de la nuit
suivante, il entendit ouvrir
avec grand bruit les portes
de la cave où il ccoic. Je
vous -
laisse à penser s'ilfc
crut prés de saderniere
heure, lors qu'il vit à la faveur
des lumieres les quatresatellites
s'approcher de
lui, & le livrer en même
temps à la fureur d'un autre
homme qu'il n'avoit point
encore vû. Cet homme tenoità
sa main une epéenue:
mais il fut bien étonné, lors
qu'au lieu de la sentir employer
à l'usageauquel illa
croyoit destinée, il entendit
celuiqu'il prenoit déjà pour
son bourreau dire aux autres
acteurs de la tragedie :
(
Quel homme m'avez-vous
amenéici,Meiffeurs?&d'où
vient cette mépri[c?Nevous
avois- je pas assez bien fait
son portrait ? Et toy, maraud,
dit-il à un d'entr'eux,
ne m'as,tu pas assuré que
tu le connoissois ? Allez,
vous êtes des faquins, re.
menez-moy feulement cet
homme dans la ville, Se
gardez-vous de lui faire aucun
tort.
Ilstirerent aussîtôt le pauvre
Chevalier de son cachot;
ils lui banderent les
yeux,ils le jetterent dans
le carosse de celui qui venoit
de leur parler avec
tant d'autorité
; & après un
grand nombre de tours &
de détours, ils le mirent enfin
au milieu du boulevard
de la porte Montmartre
où , avant de le quitter, ils
lui firent ce dernier compliment:
Vous sçavez,Monsieur,
que nous ne vous avons
rien pris de vôrre argent
, ni de vosnipes, &
mêmenousn'en voulons
rien; voici vôtre canne ôc
vôtreépée que nous mettons
à vos pieds: mais ne
soyez pas assez imprudent
pour vous débander les
yeux d'un bon quart d'heurc.
Nous allons rester deux
auprès de vous a vous examiner
, & prêts a vous tuer
si ce malheur vous arrive.
Le Chevalier qui venoit
de l'echaper si belle, leur
jura qu'il se garderoit bien
d'avoir envie de voir clair,
malgré eux. Il leur tint parole
; ils se retirèrent : il
rentra dans la ville, & le
lendemain J au plus tard, il
conta son histoire à tout le
monde. Je l'ai fçûc de la
premiere main, & je vous
la donne de lamienne,telle
qu'on me l'a donnée.
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Résumé : Aventure singuliere. [titre d'après la table]
Le texte relate l'enlèvement du Chevalier de P. à Paris, malgré la surveillance de la police. L'incident se produit alors que le Chevalier quitte la résidence du Prince de Transylvanie. Quatre individus déguisés l'enlèvent et le conduisent dans une cave. On lui annonce qu'il sera exécuté en raison de ses imprudences. Le Chevalier, affirmant ne pas avoir d'ennemis, demande à manger. Pendant la nuit, un homme armé d'une épée pénètre dans la cave. Après avoir réprimandé ses complices, il décide de libérer le Chevalier. Ce dernier est ensuite ramené à Paris, où on lui restitue ses effets personnels. Dès le lendemain, il raconte son aventure.
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59
p. 169-194
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis le mois passé de reprendre l'article de [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Chevalier, Gouverneur, Morts, Dame, Chevalier, Maréchal, Lieutenant général, Cardinal, Comte de Grignan, Cardinal d'Estrées, Duc d'Estrées, Ordres du roi, Chevalier des Ordres du roi, Royaume, Ordre du Saint-Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Je vous ay promis le mois ,
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
passé de reprendre l'article de
Son Eminence Monteigneur
le Cardinal d'Estrées ; nous y
voicy ,
Messieurs, vos regrets
sur la perte de ce grand homme
, feroient peutêtre son
éloge, & suffiroient pour
m'engagerau silence,si jen'étois
pas obligé d'en dire ce
que tout le monde peut n'en
pas sçavoir.
Cesar d'Estrées, Cardinal
du Titre de la Trinité du
Mont, Camerlingue du Sa-i
cré College
y
Evêqued'Albano,
cy-devant Evêque&Duc
de Laon, Pair de France,Com-
mandeur de l'Ordre du Saint
Esprit,Protecteur du Royaume
de Portugal,Abbé de
Longpont, duMontS Eloy,
de S. Nicolas Aubois
,
d'Anchin
prés Doüay, deStaffarde
en Piémont,& de S.Germain
des Prez, cy devant aussi Abbé
de S. Claude en Franche-
Comte,Docteur de Sorbonne
,
Doyen de l'Académie
Françoise
3
& Protecteur de
celle de Soissons, mourut au
Palais Abbatial de S. Germain
des Prez le mardy au foir
1 8.
Décembre 1714. Ilestoitné
au mois de Février ié18. fut,,
nommé Evêque de Laon en.
1653. créé Cardinal par le
PapeClément X. en 1671.
,&, fût fait
-
l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du
S.Espriten1688.Ilavoitété
employé en plusieursnégociations.
importantes dans les
Cours de Rome, de Portugal,
de Savoye & d Espagne, où il
s'estoit fait generalement aimer
& estimer. Il avoit eu
pour frere aîné FrançoisAncubai
2. du nom,Duc d'Er..
trées, Pair de France, Gouverneur
de rMs de France,
mort Ambjujdcur Extraordinaireà
Rome le 30Janvier
1687 ayeul de M. le Duc
d'Estrées à present vivant, &
pour frere puîné feu Jean
Comte d'Estrées
,
Maréchal
& Vice-Amiral de France,
Chevalierdes Ordres du Roy,
pere de M. le Maréchal d'Estrées,
&deM.l'Abbéd'Estrées
, Abbé de S. Claude en
Franche Comté, PrélatCommandeur
de l'Ordre du S. Esprit,
cy- devant Ambassadeur
en Portugal,puis Ambassadeur
Extraordinaire en Espagnc.
Ils estoient tous trois fils
deFrançois- Annibal d'Estrées,
Duc d'Estrées, Pair,& Maréchal
de France,Chevalier des
Ordres du Roy, Gouverneur
de 1Ifl: de France, & de Marie
de Bcthune Selles sa premiere
femme, petit-fils d'Antoine
d'Estrées,Seigneur de
Coeuvres
)
Grand- Maistre de
l'Artillerie de France, Chevalier
des Ordres du Roy,Senéchal&
Gouverneur duBoulonnois,
& de Françoise Babou
de la Bourdefiere, & arriéré
petit fils de Jean d'EC
trées, Seigneur de Coeuvres,
& de Vallieu, Grand-Maistre
de l'Artillerie de France, Chevalier
de l'Ordre du Roy, Se
Sencchal du Boulonnois,&de
Catherine de Bourbon, fille de
Jacques bâtard de Vendôme.
La Maison d'Estrées est originaire
de Picardie; ellen'est pas
moins illustreparl'ancienneté
de sa noblesse
, que par les
grandes dignirez de la Couronne
donc elle a estédecorée
& pu ses grandes alliances.
La genéalogie en est rapportée
dans l'Histoire des Maréchaux
de France par le sieur
Dufourny
, au chapitre des
Maréchaux de France, & des
Grands Maistres de l'Artillerie.
Peu de jours avant sa mort,
une Demoiselle de 14, ans
avoir soutenu à Turin une
These Latine qu'elle avoit dediée
à Madame Royale; cette
Princesse l'avait envoyée à M.
le Cardinal. Il y a pluficurs
traits dans l'Epitre dédicatoire
de cette These que le Public
verroit avec plaisir, s'ils n'étoient
pas )
à le bien prendre,
de vrais Concetti. Chacun sçait
que Son AUefle Royale cft
niece de Son Eminence, donc
M. de la Monnoye a fait l'E..
pitaphe à la tête du Livre des
Hexaples d'Origenes donne
par Dom Bernard de Montfaucon
en 2. vol. in fol. En
voicy les Vers.
HieillcestCæfàrIAtiQ
decus additus ostro
Herj-a de gente satusnon
de-gener JleroJ
Quem Tiberis,Bcetifque
colunt, cuisequana
pl. udit:
ConsilisReges doctus,populosque
luvare,
Immensaque omnem complexus
mente Minervam
Et calamo, & lingua
magnus,sedpectoremajor.
Magiclaine de l'Espinay ,
veuve de Henry de Lorraine,
Comte de Brionne
,
Grand-
Ecuyer de France en survivance
de M. le Comte d'Armagnac
son pere,Chevalier des
Ordres du Roy, mourut le..
Décembre 1714. laissa nt pour
fils unique Louis de Lorraine,
dit le Prince de Lambe fc
, marié
depuis le it MiYt709.
avec J anne Henriette Marguerite
de Durfort de Duras>
fille aînéede feu M. le Duc de
buras. Madame la Comtesse
de Brionne qui vient de mourir
estoitfille unique & heritiere
de Louis d Espinay,Marquis
d'Espmay en Bretagne&,
de Broon,& de Dame Marie-
Françoise Coufin de saint Denis)
cH sortied'une des plus anciennes
Maisons de Bretagne,
oùelle subsiste encore à present
, & qui a pris son nom
duChasteaud'Espinay dans la
Senechaussée de Rennes.
Noël Bouton, Seigneurde
S. Leger,&de Dennevy,dit
le Marquis deChamilly, Maréchal
de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur
de Strasbourg
,
&cy devant
Commandant dans les
Provinces de Poitou,dAunis,
&.de la Rochelle,mourut à
Paris le 8 sans laiser d'enfans
de Dame Elisabeth du Bouchetde
~Vilfltx sonEpouse Il
estoie né le 6. Avril ic36. &
avoir commencé a servir dés
l'an 1656. s'estoit signalé en
Candie en 1668. & dans un
nombre infini d'autres actions
, sur tout dans ladeffense
de la Ville de Grave dont il
CaOlt Gouverneur, & dont il
sontint le siege pendant prés e mois en 1674. Il futfait
Maréchal de France le ^.Janvier
1703. & Chevalier des
Ordres du Roy le 2.. Février
1705.Ilétoit frere puîné d'Erard
Bouton, Comte de Chamilly
,
M aréchal de Camp
9
pere dl. FrançoisBoucon,Comte
de Chamilly, Lieutenant
General des Armées du Roy,
cy- devant Ambasssadeur Extraordinaireen
Dannemarck,
qui n'a que des 6,les de son
mariage avec D.¡me Catherine
Poncé de la Rivière. La
Maison de Bouton Chamilly
cft d'une noblesse ancienne &.
distinguée en Bourgogne.
L'Histoire en a esté donné au
Public par le sieur Pallio, Imprimeur
des Etats de Bourgogne
,
& elle se trouve encore
dans le premier tome de tHtC.
toire des Grands Officiers de la
Couronne.
Mcffire FrançoisdeSalignac
de la Mothe Fenclon,
Archevêque & Duc de Cambray
,
Prince de Cambresis,
l'un des 40. de l'Académie
Françoise
,
cy-devant Précepteur
des EnfansdeFrance,
mourut en son Archevêché
Je Janvier 1715.Ii etoit
fils dePonsde. Salignac,Comre
de Fenclon
,
& de Dame
Loüise de la Crope S. Asbre
sa seconde femme. Il avoit
pour frere aînéFrançois de
SalignacComte de Fenelon,
fils dumêmePons deSalignac,,
&de Dame I sabeau d'Esparbes
de Lussan sa première femme,
& ayeul de M. le Marquis
de Fenelon
,
Colonel du
Regiment de Bigore, & de
Messieurs les Abbez de Fenelon
, & de Salignac. La Maison
de Salignac l'une des
plus anciennes du Royaume,
est originaire de Perigord;elle
prend son nom de la Chhâ"cell--
lenie de Salignac située à deux
lieuësdelaVille de Sarlattes,
lxclles'efi: alliée detout tems *
avec les Maisons les plus considerables.
Messire François Adhemar
de Monteil de Castelanne
,
Comte de Grignan, Chevalier
des Ordres du Roy, Lieutenant
General au Gouvernement
de Provence, mourut le
30. Decembre 1714. Ilestoit
fils de Louis Gaucher Adhemarde
Monteil
,
Comte de
Grignan,& de Marguerite
d'Ornano, & neveu de François
Adhemar de Montcil de
Grignan, Archevêque d'Arles
, l'un des Prelats Commandeurs
de l'Ordre du S. Esprit
mort en 1689. Le veritable
nom de M.le Comte de Grignan
étoit Castelanne, Maison
des plus anciennes, des
plusillustres,&des plus étenduës
de la Provence,& il ne
portoit le nom d'Adhemar de
Grignan qu'en vertu de la
substitution portée par leTestament
fait l'an lyo6. par
Gaucher Adhemar, Seigneur
& Baron de Grignan,de l'une
des
des plus puissantes Maisonsde
Provence, en faveur des ensans
sortis du mariage de Blanche
Adhemar sa fille avec Gaf.
pard de Castelanne, quatrième
ayeul de M. le Comte de
Grignan qui vient de mourir.
Messire Paul. Augusteton
de la Rochesoucault ;
Comte de Jarnac, Marquis de
Sourdam
,
&c. Brigadier des
Armées du Roy, & Colonel
du Régiment de Bearn, mourut
le 19. Décembre1714. Il
avoit épousé depuis peu Ma.
demoiselle dejarnac, heritiere
de la Comté de Jarnae du
nom deChabot,&demême
Maison que M le Duc de Rohan.
Il estoit frere puîné de
M. le Marquis de Montendre,
& fils de Messîre Louis Charles
de la Rochefoucault, Marquis
de Montendre, & de
Dame Magdelaine Pitou, donc
je vous ay appris la mort il y
a quelques mois. La Maison
de la Rochefoucault est une
des plUStllufires du Royaume;
ellc est originaire de l'Angoumois,
où ca situé le Château
de la Roche, qui luy a donné
son nom.
Louis, Chevalier Ecuyer
Seigneur de Bagnollet, Moeuvres,
de S.Hilaire, &c. Cohseiller-
Secretaire du Roy, &
cy devant Fermier General
,
mourut le 5. laissant entr'autres
enfans, Loüis Chevalier,
Président des Enquestes du
Parlement ;i) estoit fils de Nicolas
Chevalier sieur du Bochet,
Receveur des Tailles à
Nogent, & d'Anne Bonnet,
& petit fils de Claude Chevalier
sieurde S. Hilaire, & de
Moeuvres, Conseiller au Présidial
de Rheims, & Bailly de
cet Archevêché, & de Marguerite
Godé.
Dame Marie LoüiseChar.
lote Pot de Rhodes, seconde
femme de Gand Villain, Prince
d'Isenghien
, mourut en
couches le 8. Janvier;elleétoit
fiile de Charles Pot, Marquis
de Rhodes, cy-devant grand
Maistre des Cérémonies de
France, & de Dame Marie-
Therese de Simiane deGordcs;
la Maison dont elle sortoit est
une des plus anciennes & des
plusillustres du Berry, comme
on le peut voir par la Genealogie
qui en est rapponée dans
l'histoiie de cette Province,
pat le sieur de la Thomasiere,
Pour celle de Gand
- Villain,
d'Isenghien
,
elle est une des
plus anciennes & des plus illustres
du Comté de Flandres,
& forry des anciens Chastelains
de Gand, suivant le célebre
André Duchesne, qui
en a donné l'histoire avec ses
preuves a-la fuite de celle de
la Maison des anciens Comtes
de Guyenne.
Dame Marie-Marguerite-
Fran^ovfe del'Elées,épouse de
Mr Loüis Demoulins, Chevalier
Marquis de l'Isle, Brigadier
des Aimées du Roy,
Colonel du Regiment de la
Fere, mourut le 9 Janvier.
t Mr Jean du Faure de Valeille,
Maréchal des Camps
& Armées du Roy,Commandeur
de l'Or dre de S. Louis,
cy- devant Gouverneur de la
Ville & Citadelle de Nancy ,
mourut le 6 Janvier 1715.
Dame Cbai lore deCrequy,
épouse de MdTire Aymard
Louis
,
Marquis de Sailly
, Lieutenant General des Armées
du Roy, mourut le 2.
de ce mois; la Maison de
Crequy dont elle estoit, est
une des plus iliuftres du
Royaume, tant par son ancicnneté
que par la grandeur
de ses alliances; elle est originaire
de Picardie, où est situé
la Terre de ce nom; & 1* Genealogie
en est amplement
rapportée dans l'histoire des
grands Officiers de la Couronneau
Chapitredes Maréchaux
de France: Pour celle
de Sailly, elle est d'une Noblesse
distinguée de la même
Province de Picardie, & prend-
son nom dela Seigneurie de-
Sailly & ArrOÜalfe:
Dame Diane Gabrielle de
Damas Thianges, veuve de
Messire Philippes Julien Mazarini,
Mancini Duc de Nivernois
& Donziois,Pair de Fran.
ce,Chevalier des Ordres da
Roy, Gouverneur, & Lieutenant
General pour Sa Majesté
e fdi[s Pays, mourut le 12. Janvier
1715.laissant pour ensans
Mr le Prince de Vergagne,
Mr de Mancini, MadaDmOe la
Princesse de Chimay, & Madame
la Duchessed'Estrées:
Elleestoit sile deClaudLéonordDamasMarquis
deThianges,
&deGibriel de Rochechoürt,
Princesse de Tonnecharante
,
&;, petite fille de
Charles Damas Marquis da
hianges:)
Thianges, Chevalier de l'Ordre
du S. Esprit, Lieutenant
General au Gouvernement de
Bresse,Maréchal des Camps
& Armées du Roy, & Capitaine
de cent hommes d'armes
; la Maison de Damas est
originaire du Duché de Bourgogne,
& elle est une des plus
illustres du Royaume
, tant
par son ancienneté que par ses
grandes alliances. Pour celle
de Mancini, elle cO: originaire
dela Ville de Rome, & est
connuë en France depuis le
CardinalMazarin
,
dont feu
Mr le Duc de Nevers estoit
neveu par sa mere.
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs figures historiques et leurs réalisations. César d'Estrées, titulaire de multiples charges ecclésiastiques et nobles, est décédé le 18 décembre 1714. Il fut nommé Évêque de Laon en 1653, élevé au rang de Cardinal par le Pape Clément X en 1671, et devint Commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit en 1688. Il participa à diverses négociations diplomatiques à Rome, au Portugal, en Savoie et en Espagne. Ses frères étaient François-Annibal d'Estrées, Duc d'Estrées et Gouverneur des Meaux, et Jean d'Estrées, Maréchal et Vice-Amiral de France. La Maison d'Estrées, originaire de Picardie, est renommée pour son ancienneté et ses hautes dignités. Le texte mentionne également plusieurs autres personnalités notables décédées en fin d'année 1714 et début 1715. Noël Bouton, Marquis de Chamilly et Maréchal de France, est mort le 8 février 1715. François de Salignac de La Mothe Fénelon, archevêque et duc de Cambrai, précepteur des enfants de France, est décédé le 1er janvier 1715. Parmi les autres décès figurent François Adhémar de Monteil de Castelanne, comte de Grignan et lieutenant général en Provence, mort le 30 décembre 1714, et Paul Auguste de La Rochefoucauld, comte de Jarnac et brigadier des armées du roi, mort le 19 décembre 1714. Le texte évoque également la famille Mancini, connue en France depuis le Cardinal Mazarin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 195-207
MARIAGES.
Début :
Messire Guillaume de Lamoignon, Seigneur de Blancmesnil, Avocat au Parlement [...]
Mots clefs :
Parlement de Paris, Mariage, Fille, Marquis, Seigneur, Seigneur, Chevalier, Duc, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Meffire Guillaume de Lamoignon
, Seigneur de Blancmeſnil
, Avocat au Parlement
de Paris , veuf de Dame Marie
Loüiſe d'Aligre , fille de
M. d'Aligre , Preſident àMor-
1
Rij
196 MERCURE
tier , époufa le quatre de ce
mois Anne Elifabeth Roujault
, fille de Meffire Nicolas
Roujault , Seigneur de Villeneuve
, Maistre des Requeſtes
ordinaire del Hoſtel du Roy,
& Intendant de Juſtice à
Roüen , & de Dame Barbe-
Magdelaine Maynon , petite
filled'Eſtienne Roujault , Auditeur
des Comptes , mort
en 1682. & arriere petite fille
d'Eſtienne Roujault Secretaire
du Roy , receu le 26. Mars
1607. & mort le 8. Septem
bre 1630. &d'Anne Feydeau :
M. de Blancmeſnil eſt frete
GALANT . 197
,
de Meffire Chrétien de Lamoignon
, Chevalier Marquis
de Baſville , Preſident à
Mortier au Parlement de Paris
Secretaire & Commandeur
des Ordres du Roy ,&
fils de Meffire Chretien François
de Lamoignon , Chevalier
Marquis de Baſville , Baron
deBouffi & des.Yon, Préfident
à Mortier du Parlement
de Paris , mort le 7. Aouſt
1709. & de Dame Marie-
Jeanne Voyfin , coufine germaine
de Meffire Daniel-François
Voyfin , Seigneur de la
Noraye , à preſent Chancelier
Riij
198 MERCURE
de France , & Commandeur
des Ordres du Roy , petit fils
de Guillaume de Lamoignon
Marquis de Baſville , Premier
Preſident du Parlement de
Paris , mort le 10. Octobre
1677.&de DameMagdelaine
Potier,Dame de Blancmeſnil ,
&arriere petit fils de Chrétien
de Lamoignon Seigneur de
Baſville , receu Preſident au
même Parlement en 16 33. &
mort le 18. Janvier 1636. lequel
eſtoit fils de Charles de
Lamoignon Seigneur deBaf
ville , Maiſtre des Requeſtes
ordinaire de l'Hoſtel du Roy , SHEQUE DELA
LYON
1893
VILL
THEQUE
S
GALANTE
&Conſeiller
d'Etat , mov
1573. La famille de Lamorgnon,
l'une des plus illuftres de
la Robe , eſt originaire de la
Province de Nivernois
, & la
Genealogie s'en trouve amplement
déduite dans l'Hiſtoire
du Parlement de Paris par le
fieur Blanchard
.
Meffire Chaſſepot de Beaumont
, Conſeiller en la Cour
des Aydes de Paris , fils de
Charles Chaſſepot de Beaumont
, Maistre des Comptes,
&de Loüife-Thomas de l'Ifle,
& petit fils de FrançoisChaffepot
Seigneurde Beaumont,&
Riiij
200 MERCURE
deMenucourt , TreforierGeneral
de la Maiſon du Roy ,
& Receveur des Revenus Cafuels
de Sa Majesté , mort en
1665. &de Charlote Langrac,
épouſa le 4. de Mars ....
de laMichodiere , foeur deM.
de la Michodiere , Conſeiller
au Parlement de Paris , & fille
de Jean de la Michodiere ,
Maiſtre des Comptes à Paris,
& deMagdelaine Graffeteau ,
& petite fille d'Henry de la
Michodiere Treſorier de
France à Dijon , & d'Anne de
Berbily.
,
Meffire Loüis - Joſeph d'Al-
1
GALANT. 201
bert de Luynes , Comred'Albert,
épouſa le 17. de ce mois
dans la Chapelle du Château
de Compiegne , Marie Honorine
de Berghes deMontigny,
Chanoineſſe de Mons ,
fooeur d'Alphonse - François
Prince de Berghes , Grand
d'Eſpagne , Chevalier de la
Toiſon d'Or , & Commandant
les Gardes à cheval du
Royd'Eſpagne , marié depuis
quelques années avec Mademoiſelle
de Rohan Chabot ,
fille de M. le Duc de Rohan ,
&fille de Philippes François
Prince de Berghes , & de Jac202
MERCURE
1
queline de Lalain L Electeur
de Baviere a donné la Charge
de Grand Ecuyer de fa Maifon
à M. le Comte d'Albert.
Il eſt fils de Lois- Charles
d'Albert , Duc de Luynes &
-de Chevreuſe , Pair & Grand
Fauconnier de France , ChevalierdesOrdres
du Roy , &
d'Anne de Rohan Monbazon
ſa ſeconde femme , & petitfils
de Charles d'Albert , Duc
de Luynes , Pair ,Connêtable,
&Grand Fauconnier de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur
1
GALANT. 203
de Picardie , & de Marie de
RohanMonbazon. Il eſt frere
de M. le Chevalier deLuynes,
de feu Madame la Marquiſe
de Lavardin , de feu Meſdames
les Princeſſes de Guemené
& de Bournonville , & de
Mesdames les Marquifes de
Gouffier , de Veruë ,&de Seffac
, & oncle de M. le Duc de
Chaulnes , & grand oncle de
M. le Ducde Luynes d'aujourd'huy.
Il a longtemps ſervyà
la tête du Regiment deDragons
de Monſeigneur ,dont il
fur fait Colonel en 1692.
Voyez pour la génealogie de
1
204 MERCURE
la Maiſon d'Albert , qui eſt
_ une des plus illuftres duRoïaume
, l'hiſtoire des Chanceliers
par le ſieur Duchêne , & la
nouvelle hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Connêtables , &
desMarêchaux deFrance. Pour
la Maiſon de Berghes dont eft
Mademoiselle de Montigny ,
elle eſt une des plus illuftres
des Pays Bas ; elle a toûjours
eu entrée dans les Chapitres
dans lesquels on ne reçoit que
la plus haute Nobleff ; elle a
donné pluſieurs Chevaliers de
la Toiſon d'or , & toutes fes
GALANT. 205
alliances font confiderables.
Meſſire Louis d'Arpajon ,
Marquis d'Arpajon , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Chevalier de 1Ordre
de la Toiſon , fils de Jean
Loüis d'Arpajon , Marquis de
Severac , & de Charlote de
Vernou de Bonneil , & petitfils
de Loüis Duc d'Arpajon ,
Marquis de Severac , Lieutenant
General des Armées du
Roy & au Gouvernement de
Languedoc , & Chevalier de
ſes Ordres , & de Gloriande
de Lauzieres de Themines ſa
premiere femme , filleduMa
206 MERCURE
rêchal de Themines, a épousé
Charlote Anne le Bas , foeur
deDame Catherine le Bas de
Montargis , femme de Jean-
François Henault , Préſident
desEnquestes du Parlement de
Paris ,& fille de Claude leBas
de Montargis , Garde du Trefor
Royal , & d'Henriette-
Hardoüin Manfart , fille aînée
de feu M. Manfart , Surintendant
des Bâtimens du Roy ,
& petite fille de François le
Bas , Secretaire du Roy , originaire
de Berry. La Maiſon
d'Arpajon en Roüergue eft
une des plus illuftres & des
GALANT. 207
plus anciennes du Royaume ,
&elle s'eſt alliée aux Maiſons
deNarbonne , de Roquefcüil ,
Gaucourt , Harcourt,Aubuffon
, Efcars, Bourbon , Rouf.
fillon, Castelnau , Loubensde
Verdalle , &c .
Meffire Guillaume de Lamoignon
, Seigneur de Blancmeſnil
, Avocat au Parlement
de Paris , veuf de Dame Marie
Loüiſe d'Aligre , fille de
M. d'Aligre , Preſident àMor-
1
Rij
196 MERCURE
tier , époufa le quatre de ce
mois Anne Elifabeth Roujault
, fille de Meffire Nicolas
Roujault , Seigneur de Villeneuve
, Maistre des Requeſtes
ordinaire del Hoſtel du Roy,
& Intendant de Juſtice à
Roüen , & de Dame Barbe-
Magdelaine Maynon , petite
filled'Eſtienne Roujault , Auditeur
des Comptes , mort
en 1682. & arriere petite fille
d'Eſtienne Roujault Secretaire
du Roy , receu le 26. Mars
1607. & mort le 8. Septem
bre 1630. &d'Anne Feydeau :
M. de Blancmeſnil eſt frete
GALANT . 197
,
de Meffire Chrétien de Lamoignon
, Chevalier Marquis
de Baſville , Preſident à
Mortier au Parlement de Paris
Secretaire & Commandeur
des Ordres du Roy ,&
fils de Meffire Chretien François
de Lamoignon , Chevalier
Marquis de Baſville , Baron
deBouffi & des.Yon, Préfident
à Mortier du Parlement
de Paris , mort le 7. Aouſt
1709. & de Dame Marie-
Jeanne Voyfin , coufine germaine
de Meffire Daniel-François
Voyfin , Seigneur de la
Noraye , à preſent Chancelier
Riij
198 MERCURE
de France , & Commandeur
des Ordres du Roy , petit fils
de Guillaume de Lamoignon
Marquis de Baſville , Premier
Preſident du Parlement de
Paris , mort le 10. Octobre
1677.&de DameMagdelaine
Potier,Dame de Blancmeſnil ,
&arriere petit fils de Chrétien
de Lamoignon Seigneur de
Baſville , receu Preſident au
même Parlement en 16 33. &
mort le 18. Janvier 1636. lequel
eſtoit fils de Charles de
Lamoignon Seigneur deBaf
ville , Maiſtre des Requeſtes
ordinaire de l'Hoſtel du Roy , SHEQUE DELA
LYON
1893
VILL
THEQUE
S
GALANTE
&Conſeiller
d'Etat , mov
1573. La famille de Lamorgnon,
l'une des plus illuftres de
la Robe , eſt originaire de la
Province de Nivernois
, & la
Genealogie s'en trouve amplement
déduite dans l'Hiſtoire
du Parlement de Paris par le
fieur Blanchard
.
Meffire Chaſſepot de Beaumont
, Conſeiller en la Cour
des Aydes de Paris , fils de
Charles Chaſſepot de Beaumont
, Maistre des Comptes,
&de Loüife-Thomas de l'Ifle,
& petit fils de FrançoisChaffepot
Seigneurde Beaumont,&
Riiij
200 MERCURE
deMenucourt , TreforierGeneral
de la Maiſon du Roy ,
& Receveur des Revenus Cafuels
de Sa Majesté , mort en
1665. &de Charlote Langrac,
épouſa le 4. de Mars ....
de laMichodiere , foeur deM.
de la Michodiere , Conſeiller
au Parlement de Paris , & fille
de Jean de la Michodiere ,
Maiſtre des Comptes à Paris,
& deMagdelaine Graffeteau ,
& petite fille d'Henry de la
Michodiere Treſorier de
France à Dijon , & d'Anne de
Berbily.
,
Meffire Loüis - Joſeph d'Al-
1
GALANT. 201
bert de Luynes , Comred'Albert,
épouſa le 17. de ce mois
dans la Chapelle du Château
de Compiegne , Marie Honorine
de Berghes deMontigny,
Chanoineſſe de Mons ,
fooeur d'Alphonse - François
Prince de Berghes , Grand
d'Eſpagne , Chevalier de la
Toiſon d'Or , & Commandant
les Gardes à cheval du
Royd'Eſpagne , marié depuis
quelques années avec Mademoiſelle
de Rohan Chabot ,
fille de M. le Duc de Rohan ,
&fille de Philippes François
Prince de Berghes , & de Jac202
MERCURE
1
queline de Lalain L Electeur
de Baviere a donné la Charge
de Grand Ecuyer de fa Maifon
à M. le Comte d'Albert.
Il eſt fils de Lois- Charles
d'Albert , Duc de Luynes &
-de Chevreuſe , Pair & Grand
Fauconnier de France , ChevalierdesOrdres
du Roy , &
d'Anne de Rohan Monbazon
ſa ſeconde femme , & petitfils
de Charles d'Albert , Duc
de Luynes , Pair ,Connêtable,
&Grand Fauconnier de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur
1
GALANT. 203
de Picardie , & de Marie de
RohanMonbazon. Il eſt frere
de M. le Chevalier deLuynes,
de feu Madame la Marquiſe
de Lavardin , de feu Meſdames
les Princeſſes de Guemené
& de Bournonville , & de
Mesdames les Marquifes de
Gouffier , de Veruë ,&de Seffac
, & oncle de M. le Duc de
Chaulnes , & grand oncle de
M. le Ducde Luynes d'aujourd'huy.
Il a longtemps ſervyà
la tête du Regiment deDragons
de Monſeigneur ,dont il
fur fait Colonel en 1692.
Voyez pour la génealogie de
1
204 MERCURE
la Maiſon d'Albert , qui eſt
_ une des plus illuftres duRoïaume
, l'hiſtoire des Chanceliers
par le ſieur Duchêne , & la
nouvelle hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Connêtables , &
desMarêchaux deFrance. Pour
la Maiſon de Berghes dont eft
Mademoiselle de Montigny ,
elle eſt une des plus illuftres
des Pays Bas ; elle a toûjours
eu entrée dans les Chapitres
dans lesquels on ne reçoit que
la plus haute Nobleff ; elle a
donné pluſieurs Chevaliers de
la Toiſon d'or , & toutes fes
GALANT. 205
alliances font confiderables.
Meſſire Louis d'Arpajon ,
Marquis d'Arpajon , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & Chevalier de 1Ordre
de la Toiſon , fils de Jean
Loüis d'Arpajon , Marquis de
Severac , & de Charlote de
Vernou de Bonneil , & petitfils
de Loüis Duc d'Arpajon ,
Marquis de Severac , Lieutenant
General des Armées du
Roy & au Gouvernement de
Languedoc , & Chevalier de
ſes Ordres , & de Gloriande
de Lauzieres de Themines ſa
premiere femme , filleduMa
206 MERCURE
rêchal de Themines, a épousé
Charlote Anne le Bas , foeur
deDame Catherine le Bas de
Montargis , femme de Jean-
François Henault , Préſident
desEnquestes du Parlement de
Paris ,& fille de Claude leBas
de Montargis , Garde du Trefor
Royal , & d'Henriette-
Hardoüin Manfart , fille aînée
de feu M. Manfart , Surintendant
des Bâtimens du Roy ,
& petite fille de François le
Bas , Secretaire du Roy , originaire
de Berry. La Maiſon
d'Arpajon en Roüergue eft
une des plus illuftres & des
GALANT. 207
plus anciennes du Royaume ,
&elle s'eſt alliée aux Maiſons
deNarbonne , de Roquefcüil ,
Gaucourt , Harcourt,Aubuffon
, Efcars, Bourbon , Rouf.
fillon, Castelnau , Loubensde
Verdalle , &c .
Fermer
61
p. 208-226
MORTS.
Début :
Dame Anne le Maire, Epouse de Messire Denis Simon de [...]
Mots clefs :
Dame, Seigneur, Conseiller, Épouse, Chevalier, Pâris, Parlement, Mariage, Secrétaire, Cour des aides
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Dame Anne leMaite,Epouſe
de Meffire Denis Simon de
Mauroy , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Loüis , Maréchal
de Camp , Maréchal
general des Logis & Armées
du Roy , Inſpecteur general
de ſa Cavalerie , & Gouverneurde
la Ville& du Château
de Taraſcon , mourut le 9. de
ce mois , laiſſant des enfants.
M. deMauroy ſon mary eſt
fils de Denis de Mauroy , Scigneur
de la Magdelaine , Au
diteur
GALANT. 209
diteur des Comptes à Paris ,
&de Françoiſe Hurlot , & petit
fils d'Honoré de Mauroy ,
Seigneur de Verrier ſur Seine ,
& de Batilli , Intendant du
Duc d'Epernon ,dont il a écrit
la vie ,& Secretaire du Roy ,
&de Bonne le Liévre.
Meffire François de S. Nec
taire , Marquis de S. Victour ,
Seigneur de Brillac , mourut
le 24 de ce mois. La Maiſon
de S. Nectaire , dont il étoir
forty , eſt originaire de la-Province
d'Auvergne ,& une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume ,&la ge
Mars 1715. S
210 MERCURE
nealogie eneſt rapportée dans
la derniere hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Maréchaux de
France.
Leonard Forcet , Ecuyer
Conſeiller-Secretaire duRoy,
cy devant Fermier general, &
Treforier general des Bâtimens
de Sa Majesté , mourut
le 10. de ce mois. Il étoit fils
de Jacques Forcet , Maiſtre
dHoſtel du Roy , & de Catherine
d'Arbonne , & il laiffe
pluſieurs enfans de fon mariage
avec Charlote Blondel de
Joigny de Belle brune.
GALANT. 211
Dame Anne le Pileur
Epouſe de Meffire PierreMufnier
, Seigneur de Mauroy &
de S. Auguſtin , Correcteur
des Comptes , mourut le 17.
dece mois.
M. le Comte de Gizaucourt
Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Champagne ,
ci-devant Sous- Lieutenant des
Gendarmes de la Reine , eft
mort le 3. Mars dernier , dans
fon Château de Gizaucourt,
-âgé de 64. ans. Il laiſſe plu-
- ſieurs enfans de Dame Marie-
Charlote du Walk ſon Epouſe,
fille du Conte de Dame
:
Sij
212 MERCURE
pierre,qui a été tué au Siege de
Candie. M. le Comte de Gizaucourt
eſtoit fils de feu
M de Gizaucourt , Conſeiller
d'Erat , & de Dame Marie de
Turin.
2 Pierre Dipy , Secretaire Interprete
ordinaire du Roy ,
& de S. A. S. Monfieur le
Comte de Toulouſe, mourut
le 11. Février 1715. Il avoic
fuccedé au ſieur Dipy ſon
oncle Arabe , fort verſé dans
lés Langues Orientales .
Dame Marie Elifabeth le
Moyne , Epouse de Meſſire
Loüis Idiſon ,Chevalier , anGALANT.
213
cien Grand Mailtre des Eaux
& Foreſts de France , au départementd'Orleans
, mourut
le 11. Février , laiſſant quelques
enfans dans le ſervice.
Jean Charles le Comte ,
Correcteur de la Chambre
des Comptes , mourut le 12 .
Février .
Frere Claude-Gabriël Teftu
de Balincourt,Chevalier de
l'Ordre de S Jean de Jerufalem
, mourut le 13. Février :
la Famille de Teſtu eſt originaire
de Normandie , &
également diftinguée dans la
Robe , & dans l'Epée ; elle a
114 MERCURE
donné pluſieurs Capitaines au
Regiment des Gardes Francoiſes
, pluſieurs Chevaliers de "
Malthe, & pluſieurs Confeillers
au Parlement de Paris &
auGrand Confeil , & la Charge
de Chevalier du Guet de
cette Ville a eſté longtemps
poſſedée de pere en fils par les
Seigneurs de Villers , cadets
des Seigneurs de Balincourt,
elle s'eſtalliée aux Maiſons de
d'Ailly d'Annery , de Chaumejan
, de Fourilles , de Broc
S. Mars , & aux Familles de
Barjot Mouſſi , de Sere , de
Maſparault , Bauquemare de
le Maître , &c.
GALANT.
f
11
Meſſire Denis Huguet,Con
feiller de la grande Chambre
du Parlement , mourut le 17 .
de Février, laiſſant deMarguerite
de Turmenyes de Nointel
, pour fille unique , Dame
Elifabeth - Marguerite
Huguet , riche heritiére , mariée
depuis peu à M. le Comte
de Roucy , de la Maiſon dela
Rochefoucault . Il eſtoit fils de
Simon Huguet , Secretaire du
Roy , & forty d'une famille
originaire de la Ville d'Orleans
, où elle fubſiſte encore
à prefent , &de laquelle font
auffi Meffieurs Huguetde Se-
ト
216 MERCURE
monville Conſeillers au Pari
lement..
M. de la Forest d'Armaillé
Conſeiller au Parlement , eſt
monté à la grandChambre à
la place de feu M. Huguet. H
eſt d'une famille de Bretagne
diftinguée dans la Robe.
Dame Suſanne Fornier de
Montagny , Epouſe de Meffire
René Mérault , Cheva
- lier Seigneur de Villeron , Im
merville , Montminard , &
Conſeiller de la grand Cham
bre du Parlement , mourut le
26. Février , laiſſant pluſieurs
enfans encore jeunes : elle
étoit
GALANT. 217
étoit foeur de M. Fornier de
Montagny, Conſeiller au Parlement
, &fille de Claude Fornier
, Seigneur deMontagny ,
Préſident des Treſoriers de
France , & grand Voyer de la
Generalité de Paris . M. Merault
a auſſi des enfans de fon
premier mariage avec Dame
Elizabeth le Boiſtel d'Ambriere
ſa premiere femme , &
il eſt d'une ancienne famille de
Paris qui a donné un Maiſtre
des Requeſtes , & pluſieurs
Conſeillers au Parlement , &
pluſieurs Maiſtres des Compres
,& elle s'eſt alliée aux fa-
Mars 1715 . T
218 MERCURE
milles de Colbert , de Guenegault
, de Sainte Marthe, l'Archer
, Brodeau , & autres confiderables
de laRobe.
Meffire Pierre d'Arros , Baron
d'Argelos , Brigadier des
Armées du Roy, mourut le 1 .
Mars. Il avoit toûjours ſervy
avec beaucoup de réputation ,
oùil fortit de la Maiſon d'Arros
en Bearn où eſt ſituée la
Terre de ce nom , l'une des
douze Baronnies de ce Pays ,
& qui eſt entrée par alliance
dans une branche cadette de
la Maiſon de Gontaud Biron
qui en porte encore le nom.
GALANT. 219
M. d'Argelos laufe un neveu
auſſi nomméleBaron d'Argelos
, Colonel du Regiment de
Languedoc.
M. Morin, Docteur Regent
de la Faculté de Medecine de
Paris , & l'un des Meſſieurs de
l'Académie Royale des Sciences,
mourut le 2.Mars.
Dame Marie de Hemant ;
veuve deCharles deRougeon,
Chevalier del Ordre Militaire
de S. Loüis , & cy-devantLieutenant
pour le Roy au Neuf
Briſack , mourut le 9. Mars .
Emmanuel - Theodoſe de
la Tour , Cardinal , Doyen du
Tij
220 MERCURE
Sacré College , Evêque d'Oltie
, & de Veletri , Docteur de
la Maiſon & Societé de Sorbonne
, Chanoine & grand
Prevoſt de l'Eglise de Liege ,
auſſi Chanoine de Strasbourg,
Abbé , Chef , & general Adminiſtrateur
de l'Ordre de
Cluny en Bourgogne , auffi
Abbé des Abbayes de faint
Oüen de Roüen , de S. Waaft
d'Arras , de S. Amanden Flandres
, de S. Martin de Pontriſe,
de Tournus en Bourgogne,
de Vicogne , & deS. Pierre de
Beaujeu , cy - devant grand
Aumônier de France , Com
GALANT. 221
mandeur des Ordres du Roy ,
mourut à Rome le 2. Mars. Il
étoit né le 24. Août 1644. fut
fait Cardinal à la recommandation
du Roy par le Pape
Clement IX. le 5. Août 1669 .
fut pourvû de la Charge de
grand Aumônier de France&
desOrdres du Roy le 10. Decembre
1671. devint Doyen
du Sacré College en 1700. Il
étoit frere puîné de M. le Duc
de Boüillon , & de feu M. le
Comte d'Auvergne . La Maifon
de la Tour eſt une des
plus illuftres & des plus anciennes
du Royaume , & je
Tij
222 MERCURE
vous en ay parlé amplement
dans mon dernier Journal à
l'occaſion du mariage de M.
le Comtede laTour qui en eſt
cader , avec Mademoiselle de
Sainctot .
Meffire Nicolas le Camus
Seigneur de la Grange de
Bligny , de la Fortelle , & de
Clin,ConſeillerduRoi en tous
fesConſeils,Premier Preſident
de la Cour des Aydes de Paris
mourut le en réputation
d'un des plus grands
Magiſtrats que la France ait
eû depuis long temps : il fut
fait Premier Prefident de cette
GALANT. 223
Cour en 1672. aprés avoir
exercé la Charge de Conſeiller
au grandConfeil , &grand
Rapporteur en la Chancellerie
de France , puis celle de
Procureur General de la même
Cour des Aydes : il étoit
fils de Nicolas le Camus aufli
Procureur General de laCour
des Aydes ,& Conſeiller d'Etat
; & de Marie de la Barre ,
& petit fils de Nicolas le Camus
Secretaire du Roy , puis
Confeiller d'Etat ;& de Marie
Colbert : il avoit épouléMarie-
Geneviève l'Archer morte
en 1686. fille de Michel l'Ar-
Tiiij
224 MERCURE
cherMarquis d'Efternay, Prefident
en la Chambre des
Comptes de Paris , & de Marie
Merault , & il en avoit cu
entre autres enfans Nicolas le
Camus Seigneur de la Grange
duMilieu,& deBligny,Mailtre
des Requeſtes , nommé Premier
Preſident dela Cour des
Aydes en furvivance de ſon
pere le 7. Juin 1707. mort le
14. Avril 1712, laiffant de
fon mariage avec Dame Maric
Elifabeth l'Anglois de Villevrard
, Nicolas leCamus Seigneur
de la Grange du Milieu
&de Bligny , Confeiller de la
GALANT. 225
Cour des Aydes , nommé Premier
Preſident de la même
Cour en ſurvivance de ſon
aycul le 13. Mars 1714. qui a
épousé depuis peu Mademoiſelle
Beaugier riche heritiere ,
fille de M. Beaugier Fermier
general du Roy. Feu M. le
Camus Premier Preſident de
la Cour des Aydes , eſtoit
frere aîné de Meffire Jean le
Camus , Seigneur de Beaumetz
du port , & de S. Mandé
lez Paris , Maistre des Requêtes
ordinairede l'Hôtel du Roy ,
& Lieutenant Civil à Paris ,
mort le 28. Juillet 1710.
dans la réputation d'un des
226 MERCURE
plus éclairez & des meilleurs
Juges de noſtre temps. La
famille de le Camus s'eſt alliéc
aux familles de Colbert
Feydeau , Hannivel , Mennevilette
, Dagueſſeau , Pellot ,
Nicolaï , l'Archer , &c .
Dame Anne leMaite,Epouſe
de Meffire Denis Simon de
Mauroy , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Loüis , Maréchal
de Camp , Maréchal
general des Logis & Armées
du Roy , Inſpecteur general
de ſa Cavalerie , & Gouverneurde
la Ville& du Château
de Taraſcon , mourut le 9. de
ce mois , laiſſant des enfants.
M. deMauroy ſon mary eſt
fils de Denis de Mauroy , Scigneur
de la Magdelaine , Au
diteur
GALANT. 209
diteur des Comptes à Paris ,
&de Françoiſe Hurlot , & petit
fils d'Honoré de Mauroy ,
Seigneur de Verrier ſur Seine ,
& de Batilli , Intendant du
Duc d'Epernon ,dont il a écrit
la vie ,& Secretaire du Roy ,
&de Bonne le Liévre.
Meffire François de S. Nec
taire , Marquis de S. Victour ,
Seigneur de Brillac , mourut
le 24 de ce mois. La Maiſon
de S. Nectaire , dont il étoir
forty , eſt originaire de la-Province
d'Auvergne ,& une des
plus anciennes & des plus illuftres
du Royaume ,&la ge
Mars 1715. S
210 MERCURE
nealogie eneſt rapportée dans
la derniere hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne au
chapitre des Maréchaux de
France.
Leonard Forcet , Ecuyer
Conſeiller-Secretaire duRoy,
cy devant Fermier general, &
Treforier general des Bâtimens
de Sa Majesté , mourut
le 10. de ce mois. Il étoit fils
de Jacques Forcet , Maiſtre
dHoſtel du Roy , & de Catherine
d'Arbonne , & il laiffe
pluſieurs enfans de fon mariage
avec Charlote Blondel de
Joigny de Belle brune.
GALANT. 211
Dame Anne le Pileur
Epouſe de Meffire PierreMufnier
, Seigneur de Mauroy &
de S. Auguſtin , Correcteur
des Comptes , mourut le 17.
dece mois.
M. le Comte de Gizaucourt
Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Champagne ,
ci-devant Sous- Lieutenant des
Gendarmes de la Reine , eft
mort le 3. Mars dernier , dans
fon Château de Gizaucourt,
-âgé de 64. ans. Il laiſſe plu-
- ſieurs enfans de Dame Marie-
Charlote du Walk ſon Epouſe,
fille du Conte de Dame
:
Sij
212 MERCURE
pierre,qui a été tué au Siege de
Candie. M. le Comte de Gizaucourt
eſtoit fils de feu
M de Gizaucourt , Conſeiller
d'Erat , & de Dame Marie de
Turin.
2 Pierre Dipy , Secretaire Interprete
ordinaire du Roy ,
& de S. A. S. Monfieur le
Comte de Toulouſe, mourut
le 11. Février 1715. Il avoic
fuccedé au ſieur Dipy ſon
oncle Arabe , fort verſé dans
lés Langues Orientales .
Dame Marie Elifabeth le
Moyne , Epouse de Meſſire
Loüis Idiſon ,Chevalier , anGALANT.
213
cien Grand Mailtre des Eaux
& Foreſts de France , au départementd'Orleans
, mourut
le 11. Février , laiſſant quelques
enfans dans le ſervice.
Jean Charles le Comte ,
Correcteur de la Chambre
des Comptes , mourut le 12 .
Février .
Frere Claude-Gabriël Teftu
de Balincourt,Chevalier de
l'Ordre de S Jean de Jerufalem
, mourut le 13. Février :
la Famille de Teſtu eſt originaire
de Normandie , &
également diftinguée dans la
Robe , & dans l'Epée ; elle a
114 MERCURE
donné pluſieurs Capitaines au
Regiment des Gardes Francoiſes
, pluſieurs Chevaliers de "
Malthe, & pluſieurs Confeillers
au Parlement de Paris &
auGrand Confeil , & la Charge
de Chevalier du Guet de
cette Ville a eſté longtemps
poſſedée de pere en fils par les
Seigneurs de Villers , cadets
des Seigneurs de Balincourt,
elle s'eſtalliée aux Maiſons de
d'Ailly d'Annery , de Chaumejan
, de Fourilles , de Broc
S. Mars , & aux Familles de
Barjot Mouſſi , de Sere , de
Maſparault , Bauquemare de
le Maître , &c.
GALANT.
f
11
Meſſire Denis Huguet,Con
feiller de la grande Chambre
du Parlement , mourut le 17 .
de Février, laiſſant deMarguerite
de Turmenyes de Nointel
, pour fille unique , Dame
Elifabeth - Marguerite
Huguet , riche heritiére , mariée
depuis peu à M. le Comte
de Roucy , de la Maiſon dela
Rochefoucault . Il eſtoit fils de
Simon Huguet , Secretaire du
Roy , & forty d'une famille
originaire de la Ville d'Orleans
, où elle fubſiſte encore
à prefent , &de laquelle font
auffi Meffieurs Huguetde Se-
ト
216 MERCURE
monville Conſeillers au Pari
lement..
M. de la Forest d'Armaillé
Conſeiller au Parlement , eſt
monté à la grandChambre à
la place de feu M. Huguet. H
eſt d'une famille de Bretagne
diftinguée dans la Robe.
Dame Suſanne Fornier de
Montagny , Epouſe de Meffire
René Mérault , Cheva
- lier Seigneur de Villeron , Im
merville , Montminard , &
Conſeiller de la grand Cham
bre du Parlement , mourut le
26. Février , laiſſant pluſieurs
enfans encore jeunes : elle
étoit
GALANT. 217
étoit foeur de M. Fornier de
Montagny, Conſeiller au Parlement
, &fille de Claude Fornier
, Seigneur deMontagny ,
Préſident des Treſoriers de
France , & grand Voyer de la
Generalité de Paris . M. Merault
a auſſi des enfans de fon
premier mariage avec Dame
Elizabeth le Boiſtel d'Ambriere
ſa premiere femme , &
il eſt d'une ancienne famille de
Paris qui a donné un Maiſtre
des Requeſtes , & pluſieurs
Conſeillers au Parlement , &
pluſieurs Maiſtres des Compres
,& elle s'eſt alliée aux fa-
Mars 1715 . T
218 MERCURE
milles de Colbert , de Guenegault
, de Sainte Marthe, l'Archer
, Brodeau , & autres confiderables
de laRobe.
Meffire Pierre d'Arros , Baron
d'Argelos , Brigadier des
Armées du Roy, mourut le 1 .
Mars. Il avoit toûjours ſervy
avec beaucoup de réputation ,
oùil fortit de la Maiſon d'Arros
en Bearn où eſt ſituée la
Terre de ce nom , l'une des
douze Baronnies de ce Pays ,
& qui eſt entrée par alliance
dans une branche cadette de
la Maiſon de Gontaud Biron
qui en porte encore le nom.
GALANT. 219
M. d'Argelos laufe un neveu
auſſi nomméleBaron d'Argelos
, Colonel du Regiment de
Languedoc.
M. Morin, Docteur Regent
de la Faculté de Medecine de
Paris , & l'un des Meſſieurs de
l'Académie Royale des Sciences,
mourut le 2.Mars.
Dame Marie de Hemant ;
veuve deCharles deRougeon,
Chevalier del Ordre Militaire
de S. Loüis , & cy-devantLieutenant
pour le Roy au Neuf
Briſack , mourut le 9. Mars .
Emmanuel - Theodoſe de
la Tour , Cardinal , Doyen du
Tij
220 MERCURE
Sacré College , Evêque d'Oltie
, & de Veletri , Docteur de
la Maiſon & Societé de Sorbonne
, Chanoine & grand
Prevoſt de l'Eglise de Liege ,
auſſi Chanoine de Strasbourg,
Abbé , Chef , & general Adminiſtrateur
de l'Ordre de
Cluny en Bourgogne , auffi
Abbé des Abbayes de faint
Oüen de Roüen , de S. Waaft
d'Arras , de S. Amanden Flandres
, de S. Martin de Pontriſe,
de Tournus en Bourgogne,
de Vicogne , & deS. Pierre de
Beaujeu , cy - devant grand
Aumônier de France , Com
GALANT. 221
mandeur des Ordres du Roy ,
mourut à Rome le 2. Mars. Il
étoit né le 24. Août 1644. fut
fait Cardinal à la recommandation
du Roy par le Pape
Clement IX. le 5. Août 1669 .
fut pourvû de la Charge de
grand Aumônier de France&
desOrdres du Roy le 10. Decembre
1671. devint Doyen
du Sacré College en 1700. Il
étoit frere puîné de M. le Duc
de Boüillon , & de feu M. le
Comte d'Auvergne . La Maifon
de la Tour eſt une des
plus illuftres & des plus anciennes
du Royaume , & je
Tij
222 MERCURE
vous en ay parlé amplement
dans mon dernier Journal à
l'occaſion du mariage de M.
le Comtede laTour qui en eſt
cader , avec Mademoiselle de
Sainctot .
Meffire Nicolas le Camus
Seigneur de la Grange de
Bligny , de la Fortelle , & de
Clin,ConſeillerduRoi en tous
fesConſeils,Premier Preſident
de la Cour des Aydes de Paris
mourut le en réputation
d'un des plus grands
Magiſtrats que la France ait
eû depuis long temps : il fut
fait Premier Prefident de cette
GALANT. 223
Cour en 1672. aprés avoir
exercé la Charge de Conſeiller
au grandConfeil , &grand
Rapporteur en la Chancellerie
de France , puis celle de
Procureur General de la même
Cour des Aydes : il étoit
fils de Nicolas le Camus aufli
Procureur General de laCour
des Aydes ,& Conſeiller d'Etat
; & de Marie de la Barre ,
& petit fils de Nicolas le Camus
Secretaire du Roy , puis
Confeiller d'Etat ;& de Marie
Colbert : il avoit épouléMarie-
Geneviève l'Archer morte
en 1686. fille de Michel l'Ar-
Tiiij
224 MERCURE
cherMarquis d'Efternay, Prefident
en la Chambre des
Comptes de Paris , & de Marie
Merault , & il en avoit cu
entre autres enfans Nicolas le
Camus Seigneur de la Grange
duMilieu,& deBligny,Mailtre
des Requeſtes , nommé Premier
Preſident dela Cour des
Aydes en furvivance de ſon
pere le 7. Juin 1707. mort le
14. Avril 1712, laiffant de
fon mariage avec Dame Maric
Elifabeth l'Anglois de Villevrard
, Nicolas leCamus Seigneur
de la Grange du Milieu
&de Bligny , Confeiller de la
GALANT. 225
Cour des Aydes , nommé Premier
Preſident de la même
Cour en ſurvivance de ſon
aycul le 13. Mars 1714. qui a
épousé depuis peu Mademoiſelle
Beaugier riche heritiere ,
fille de M. Beaugier Fermier
general du Roy. Feu M. le
Camus Premier Preſident de
la Cour des Aydes , eſtoit
frere aîné de Meffire Jean le
Camus , Seigneur de Beaumetz
du port , & de S. Mandé
lez Paris , Maistre des Requêtes
ordinairede l'Hôtel du Roy ,
& Lieutenant Civil à Paris ,
mort le 28. Juillet 1710.
dans la réputation d'un des
226 MERCURE
plus éclairez & des meilleurs
Juges de noſtre temps. La
famille de le Camus s'eſt alliéc
aux familles de Colbert
Feydeau , Hannivel , Mennevilette
, Dagueſſeau , Pellot ,
Nicolaï , l'Archer , &c .
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62
p. 226-252
RELATION de la Ceremonie du Baptême de Mademoiselle de Tavannes, présentée à Dijon sur les Fonds à l'âge de dix ans, de laquelle S. A. E. Monseigneur le Duc de Baviere a été Parrain, & S. A. S. Madame la Duchesse de Vendosme a été Marraine le 17. d'Octobre 1714.
Début :
L'Auteur du present Livre vous annonça dans le Mercure / L'alliance spirituelle que S. A. E. a contracté avec S. [...]
Mots clefs :
Baptême, Cérémonie de baptême, Duc de Bavière, Duchesse de Vendôme, Dijon, Parrain, Mademoiselle de Tavannes, Cérémonie, Honneur, Marraine, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie du Baptême de Mademoiselle de Tavannes, présentée à Dijon sur les Fonds à l'âge de dix ans, de laquelle S. A. E. Monseigneur le Duc de Baviere a été Parrain, & S. A. S. Madame la Duchesse de Vendosme a été Marraine le 17. d'Octobre 1714.
L'Auteur du preſent Livre
vous annonça dans le Mercure
deNovembre,autant qu'ils'en
peut ſouvenir , que S. A. E.
Monſeigneur leDuc de Baviere
,& fon S. A. S. Madame
la Ducheſſe de Vendoſme ,
venoient de tenir ſur les Fonds
de Baptême , Mademoiselle
de Tavannes , il vous promit
,
GALANT. 227
en même temps une ample
Relationde cetteCeremonie,
il vous tient aujourd'huy parole
,& la voicy.
de
RELATION
de la Ceremonie du Baptême
de Mademoiselle de Tavannes,
preſentée à Dijon fur les
Fonds à l'âge de dix ans ,
laquelle S. A. E. Monfeigneur
le Ducde Baviere a été
Parrain , & S. A. S. Madamela
Duchefſfe de Vendofme
a été Marraine le 17.
d'Octobre 1714.
L'alliance ſpirituelle que
228 MERCURE
S. A. E. a contracté avec S.
A. S. Madame la Duchefle de
Vendôme , en faveur de Mademoiſelle
de Tavannes qui
vient de recevoir les Ceremonies
du Baptême à l'âge de dix
ans , eſt d'une trop éclatante
distinction ,pour paffer fous
filence la nouvelle de ce Baptême
; & pour n'en point
rendre publiques les particularitez.
Sans qu'il ſoit beſoin d'entrerdans
aucun détail de l'anciennetéde
la Maiſon de Saulx
tres connuë dés avant le dixiéme
fiecle a & autant illuftréc
Saulx le Duc , dont cette Maiſon
GALANT. 229
(
par dehautes alliances que par
le merite & le nombre des
grands Hommes qu'elle a produit
, il ſuffit icy de pouvoir
dire que la ſplendeur d'un tel
ſang n'a pas efté vray ſemblablement
un motif des moins
touchans pour déterminer
leur Alteſſes Electorale & Sereniffime
à accorder à cette
Demoiselle l'honneur d'eſtre
leur filleulle , d'autant plus
volontiers qu'outre les affiniporte
le nom , luy a appartenu longtemps
avant d'eſtre réünie par les
Ducs de Bourgogne à leur Duché.
Voyez Morery , Edition 1712.
230 MERCURE
tez qui font entre les Auguſtes
Maiſons de Bourbon & de
Baviere , Madame la Ducheffe
deVendoſme ſe trouve parente
de l'Electeur par la Maiſon
Palatine dont eſt Madame la
Princeffe.
Il ne paroiſt pas neanmoins
hors de propos de remarquer
icyque le ſurnom de Tavannes
que porte la Maiſon de
Saulx , vient d'Allemagne ;
elle l'a pris par le mariage de
Jean de Saulx Chevalier Scigneur
d'Orrain en 1504. avec
Marguerite de Tavannes
foeur & heritiere de Jean de
,
GALANT. 231
Tavannes Chevalier Seigneur
de Dello natif du Comté de
Ferrette en Allemagne. Ce
dernier fut Colonel des Bandes
Noires qu'il amena d'Allemagne
au ſervice du RoyFrançois
I.
C'eſt de cette alliance de
Jean de Saulx d'Orrain avec
Marguerite de Tavannes ,
qu'eſt iſſu le fameux Maréchal
de France Gaspard de Tavannes
, duquel deſcendent Meffieurs
les Comtes , & Marquis
de Tavannes d'aujourd'huy ,
&Mademoiselle de Tavannes
à laquelle on vient d'admi232
MERCURE
niſtrer les ceremonies du Baprême.
Elle est née le 24. de Mars
1704. & fut ondoyée le même
jour par le Curé de la Paroiſſe
de la Marche en Bourgogne,
Elle eſt fille de Meffire Louis-
Armand Marie de Saulx de
Tavannes,Chevalier Marquis
deMirebel , Baron de laMarche,
Seigneur de Chambole ,
Morey & autres lieux , & de
Dame Catherine de Choiſeul
de Chevigny
La ceremonie du Baptême
de cette Demoiselle devant ſe
faire dans le mois d'Octobre
dernier ,
GALANT. 233
dernier , à Dijon , où elle a été
élevée , & qui eſt le pays de ſes
Anceſtres ,leſquels depuis plufieurs
fiecles ont commandé
pour le Roy dans la Bourgogne,
en qualité de Lieutenans b
Generaux de cette Province,
b M. L. C. de Tavannes Henry-
Charles de Saulx , grand Bailly de
Dijon , & Guidon des Gendarmes de
Berry , qui a épousé N. Amelot de
Gournay fille de M.Amelot,Conſeiller
d'Etat ordinaire , ci-devant Ambaſladeur
en Eſpagne & autres Cours ; s'eſt
fait recevoir ce mois - ci à Dijon en
laChargede Lieutenant General pour
leRoy en Bourgogne , que poffedoit
Meffire Charles-Marie de Saulx de
Tavannes fon pere , époux de D. Marie-
Catherine Dagueſſeau , fille de M.
Mars 1715. V
234 MERCURE
S. A. E. jetta les yeux pour le
repreſenter dans la fonction
de Parrain , ſur M. le Baronde
Montigny,Chevalier de l'Ordre
de Wirtemberg, Brigadier
des Armées , Colonel d'unRegiment
de ſes Cuiraffiers , &
Commandant pour Elle à S.
With auxFrontieres de Weſtphalic.
Ce Baron qui étoit
alors en ces quartiers- là pour
le ſervice de ſon Alteſſe Elect.
en receut ordre e de ſe rendre
Dagueſſeau , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& foeur de M. Dagueſſeau, Procureur
General du Parlement de Paris.
•Cet ordre luv fût envoyé par M.
le Comtede Sefels.
GALANT. 235
en Bourgogne , pour , en fon
abfence , affifter de la part de
fon Maiſtre en qualité de Parrain
, au Baptême de Mademoiſelle
la Marquiſe de Tavannes
.
S. A. S. Madame la Ducheſſe
de Vendoſme honora
de ſa procuration Madame la
Premiere Preſidente de la
Chambre des Comptes de
Dijon , pour, à ſa place, ſervir
deMarraine au nom de S. A. S.
Cette glorieuſe commiffion
dont Madame Rigoley fut
chargée dans ce miniftere de
Religion,fit honneur au choix
Vij
236 MERCURE
de cette Princeſſe , non ſeulementpar
l'éminente vertu qui
diftingue cette Dame dans le
pays , encore plus que ſa dignité
; mais encore par la convenance
de famille qui ſe trouve
entre M. leBaron de Montigny&
cette Dame , dont le
nom eft Languet d, & laquelle
dElle eſt ſoeur de M. Languet de
Rochefort, Conſeiller au Parlement de
Dijon , de M. le C. deGergy, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon duRoy,
envoyé par S. M. à Florence, de M.
Languet , Abbé de S. Sulpice au Dioceſe
de Bellay , Ordre de Citeaux ,de
M. de la Villeneuve , Abbé de Goët
maloën , Aumônier de feuë Mad. la
Dauphine , ci-devant grand Vicaire
GALANT. 237
-
a épousé M. Rigoley , Magiftrat
auffi reſpectable par
une droiture finguliere que
par la fuperioritéde fon rang
dansla Chambre des Comptes
dont il eſt leChef.
M. de Montigny eftant
arrivé le 16. d'Octobre dernier
àDijon , la Ceremonie de ce
Baptême s'y fit le lendemain
Mercredy 17. environ le midy,
d'Autun, & à preſent Eveſque de
Soiffons , de M. l'Abbé Languet , cidevantVicaire
de S. Sulpice de Paris,&
aujourd'huy Curé de cette Paroiffe ,
par la refignation de feu M. de la
Chetardie , oncle de Mad. la Comteffede
Monafterolle
238 MERCURE
avec beaucoup de folemnité ,
dans la Paroiſſe de S. Nicolas .
Le bruit de quelques fanfares
ayantannoncé de temps àautre
pendant la matinée , cette
feſteau peuple,une multitude
innombrable de gens que la
rareté de ce pieux ſpectacle attiroit
de tous coſtez , accouruc
en telle affluence depuis les
neufheures dumatin en cette
Eglife , & vers l'Hôtel de Tavannes
, que toutes les ruës&
places qui y aboutiffent , furent
remplies d'une prodigieuſe
quantitéde ſpectateurs.
Les perſonnes de la plus
GALANT. 239
haute confideration s'étant
renduës à l'Hoſtel de Tavannes
, on en fortit à onze heures
pour aller à la Paroiſſe , où
Mademoiselle de Tavannes
fût conduite au ſon des hautbois
& des trompettes de la
Ville, au milieu de cette foule.
Les diſpoſitions merveilleuſes
qu'on apperçût dans
cette ame pleine de candeur ,
ne ſurprirent pas moins que
les graces infeparables de ſa
perfonne. La modeſtie de ſa
démarche excita de continuels
applaudiſſemens à ſon paffage.
240 MERCURE
Outre M. de la Briffe , Intendant
de la Province& quelques
Maiſtres des Requeſtes
qui furent prefens à cette ceremonie
, pluſieurs de Meffieurs
les Préſidens à Mortier
& Confeillers de la Cour ,
quoyque ce fut le temps des
vacations , y affifterent auffi.
Madame l'Intendante ſe trouva
pareillementalors dans l'Eglife
, avec des Préſidentes du
Parlement,& tout ce qu'il y
avoit de perſonnes les plus
diftinguées dans le pays...
La fingularité d'une conjoncture
ſi remarquable tanr
Par
GALANT. 241
i
par l'éminent caractere des
Parrain & Marraine , que par
le merite particulier de Mademoiſelle
de Tavannes , engagea
le fieur Gueneau ,Docteur
en Theologie , Curé de
cette Paroiſſe, de luy parler en
ces termes ,lorſqu'elles'y preſenta
pour recevoir la ceremonie
de ce premier Sacrement.
MADEMOISELLE,
Quel qu'illustre queſoit voftre
-naissance felon le monde ,vous
venez aujourd'huy reconnoistre
Mars 1715 . X
९ 242 MERCURE
j
au pied de vos Autels presqu'auf
fi-toft que vous en estes capable
qu'ilyen a une autre qui vous
touche davantage , pour laquelle
vous venez rendre à Dieu publiquement
des actions de graces ;
pourluy en marquer vostre recon
noiffance , vous lay allez confa
crer les premices de vostre raiſon
naiſſanteen luyfaiſant des promeſſes
qui nesontni moins grandes,
ni moins folemnelles,ni moins
indiſſolubles que les voeux que
vous avezquelquefois vúfaire
dans la Maison e Religieuse on
vouseſtes. Pournejamais oublier
•LesUrſulinesde Dijon.
GALANT. 243
de telles promeffes , vous n'avez,
Mademoiselle , qu'àfoutenir cette
belle éducation que vous avez
reçuë de la mere la plus capable
d'en donner. Vous n'avez qu'à
Soutenir cette longue fuite de
vertu qui coulent avec le fang
depuis tant de fiecles dans vostre
Maison. Vous y estes d'autant
plus engagée ,que les illuftres
Prince & Princeffe qui vous
font l'honneur de vous donner
leur noms
une vertu au-delà du commun .
auſſi bien que f Monfieur & g
demandent de vous
fMonfieur le Baron de Montigny .
Madame la Premiere Préſidente,
7
Xij
244 MERCURE
Madame qui tiennent icy leur
place ,&non moins recommandables
par leurpieté,leurs vertus
qu'ils font distinguez , par les
premiers rangs qu'ils occupent ,
vos illustres Parrain &Martaine
nefontpas icy enperſonne pour
répondre pour vous , vous eſtes en
âge de le faire vous- même :
toute cette auguste compagnie
n'y est aßemblée que pour estre
témoins de vos promeffes. Faffe
le Ciel que nous puissions tous
unjourrendre témoignage à Dieu
de lafidelité de laperfeverance
que vous aurez eû à les remplir
puiffion.
GALANT.. 245
Aprés ce diſcours qui parut
tres- convenable en cette
occurrence , la noble adulte
s'approcha des facrez Fonds ,
où les auguſtes noms de S. A.E.
Monseigneur le Duc de Baviere,
& ceux de S. A. S. Madame
la Ducheſſede Vendôme aïant
été impoſez à Mademoiselle.
de Tavannes , Elle fut appellée
Maximilienne , Emmanuelle
, Marie- Anne. Enfuite ce
Pasteur luy adminiſtra les autres
ceremonies du Baptême.
Alors chacun ſe ſentit touché
de voir l'onction penetrer
juſques au fonds du coeur de
!
Xiij
246 MERCURE
ecste innocente Neophyte ,
dont la picté édifiante fembloit
fe communiquerdans le
coeur de la plupart des ſpectateurs
; pluſieursy ayant paru
faifis d'un ſalutaire étonnement
, eux qui peut- être comme
un grand nombre d'autres
n'étoient venus des Villes circonvoiſines
encetteCapitale ,
qu'excitez par les circonſtancesde
la dignitéde tels Parrain
&Marraine , où par la ſeule
carioſitéd'y voir de quelle forte
ſe confere le Baprême aux
perſonnes parvenuës à l'âge de
connoiffance.
GALANT. 247
Ala fortiede l'Egliſe il s'éleva
un mélange d'acclamations
d'allegreſſe à l'honneur
de leurs A. E. & Sereniffime ;
on entendit alors de toutes
parts des voeux pour la profperité
de ces Prince & Princeffe
; on ne peut dire com
bien en même temps ondonna
de benedictions à la nouvelle
baptifée,qu'un concours
infini de perſonnes de tout
rang reconduifit juſques en
fon Hoſtel , au bruit des inftrumens
, auquel ſe joignirent
mille cris de Vive Baviere &
Vendofme ; l'air ne ceſſoit de
!
X iiij
248 MERCURE
retentir de ces grands noms ,
qu'il fuffit de prononcer pour
rappeller auflitoſt toutes les
idées de l'heroïſme , noms qui
font des éloges abregez &
complets , renfermans toute
la gloire que la valeur & la
bonté peuvent produire.
Au retour de la ceremonie ,
Madame la Marquiſe de Tavannes
, mere de Mademoifelle
de Tavannes , traita magnifiquement
l'illuftre affemblée
quiy avoit aſſiſté M. l'Intendant
& autres Mantres des
Requeſtes , ceux des Préſidens
à Mortier & Confeillers du
GALANT. 249
Parlement qui avoient été pre
ſens à la celebration du Baptê
me , Madame l'Intendante ,
toutes les Dames de marque
avec ce qui ſe trouva fur les
lieux de plus élevé parmi la
Nobleffe & dans les Cours
Souveraines de Dijon , furent
de ce regal fomptueux , où le
bon goût ne regna pas moins
que la profufion la mieux entenduë
; les mets ne s'y cedoient
pas l'un à l'autre en de.
licateſle , & on pourroit dire
que la varietéde pluſieurs chofes
rares qu'on y fervit ,&leur
fingularité donnerent le plai-
1
250 MERCURE
fir d'y voir tout ce qu'on ne
trouve preſque point ailleurs.
Tous ceux qui étoient de
ce repas eurent l'honneur de
boire debout à la ſanté de S.
A. E. de Baviere ,&à celle de
S. A. S. de Vendôme. On cûr
peine àretenir les mouvemens
de reconnoiffance dûë à chacun
de ces grands noms qui
nous ſont ſiprécieux ; l'undeſignant
un Souverain dont les
qualitez toutes heroïques font
les delices de la Cour & des
peuples ,& qui par ſa generofité
faiſant l'admiration du
fiecle , ſe montre ſi digne de
GALANT. 25
PEmpire ; & l'autre étant confacré
par la gloire pour être
le ſymbole de la bonté , &
pour conferver à la poſteriré
la memoire immortelle du
Reſtaurateur de la plus vaſte
Monarchie de l'Europe.
L'avantage d'avoir pour
Parrain une des premieres têres
du monde , & un Prince
regardé de chaque Nation
comme lemodele de la veritable
grandeur , & pour Marraine
une des meilleures Prin
ceſſes de la Terre , de la prepremiere
& de la plus puiſſante
Maiſon de l'Univers, eſt ſiglo252
MERCURE
rieux pour Mademoiselle de
Tavannes , que cet honneur
cauſant une ſi legitime réjoüiffance
à ſa Famille , on ne pût
s'empêcher dans ce feſtinde la
feliciter plus d'une fois ſur un
telbonheur : parmy les témoignages
de joye qu'on luy en
marqua , voicy quelques coupletsqui
furent faits à ce ſujer.
vous annonça dans le Mercure
deNovembre,autant qu'ils'en
peut ſouvenir , que S. A. E.
Monſeigneur leDuc de Baviere
,& fon S. A. S. Madame
la Ducheſſe de Vendoſme ,
venoient de tenir ſur les Fonds
de Baptême , Mademoiselle
de Tavannes , il vous promit
,
GALANT. 227
en même temps une ample
Relationde cetteCeremonie,
il vous tient aujourd'huy parole
,& la voicy.
de
RELATION
de la Ceremonie du Baptême
de Mademoiselle de Tavannes,
preſentée à Dijon fur les
Fonds à l'âge de dix ans ,
laquelle S. A. E. Monfeigneur
le Ducde Baviere a été
Parrain , & S. A. S. Madamela
Duchefſfe de Vendofme
a été Marraine le 17.
d'Octobre 1714.
L'alliance ſpirituelle que
228 MERCURE
S. A. E. a contracté avec S.
A. S. Madame la Duchefle de
Vendôme , en faveur de Mademoiſelle
de Tavannes qui
vient de recevoir les Ceremonies
du Baptême à l'âge de dix
ans , eſt d'une trop éclatante
distinction ,pour paffer fous
filence la nouvelle de ce Baptême
; & pour n'en point
rendre publiques les particularitez.
Sans qu'il ſoit beſoin d'entrerdans
aucun détail de l'anciennetéde
la Maiſon de Saulx
tres connuë dés avant le dixiéme
fiecle a & autant illuftréc
Saulx le Duc , dont cette Maiſon
GALANT. 229
(
par dehautes alliances que par
le merite & le nombre des
grands Hommes qu'elle a produit
, il ſuffit icy de pouvoir
dire que la ſplendeur d'un tel
ſang n'a pas efté vray ſemblablement
un motif des moins
touchans pour déterminer
leur Alteſſes Electorale & Sereniffime
à accorder à cette
Demoiselle l'honneur d'eſtre
leur filleulle , d'autant plus
volontiers qu'outre les affiniporte
le nom , luy a appartenu longtemps
avant d'eſtre réünie par les
Ducs de Bourgogne à leur Duché.
Voyez Morery , Edition 1712.
230 MERCURE
tez qui font entre les Auguſtes
Maiſons de Bourbon & de
Baviere , Madame la Ducheffe
deVendoſme ſe trouve parente
de l'Electeur par la Maiſon
Palatine dont eſt Madame la
Princeffe.
Il ne paroiſt pas neanmoins
hors de propos de remarquer
icyque le ſurnom de Tavannes
que porte la Maiſon de
Saulx , vient d'Allemagne ;
elle l'a pris par le mariage de
Jean de Saulx Chevalier Scigneur
d'Orrain en 1504. avec
Marguerite de Tavannes
foeur & heritiere de Jean de
,
GALANT. 231
Tavannes Chevalier Seigneur
de Dello natif du Comté de
Ferrette en Allemagne. Ce
dernier fut Colonel des Bandes
Noires qu'il amena d'Allemagne
au ſervice du RoyFrançois
I.
C'eſt de cette alliance de
Jean de Saulx d'Orrain avec
Marguerite de Tavannes ,
qu'eſt iſſu le fameux Maréchal
de France Gaspard de Tavannes
, duquel deſcendent Meffieurs
les Comtes , & Marquis
de Tavannes d'aujourd'huy ,
&Mademoiselle de Tavannes
à laquelle on vient d'admi232
MERCURE
niſtrer les ceremonies du Baprême.
Elle est née le 24. de Mars
1704. & fut ondoyée le même
jour par le Curé de la Paroiſſe
de la Marche en Bourgogne,
Elle eſt fille de Meffire Louis-
Armand Marie de Saulx de
Tavannes,Chevalier Marquis
deMirebel , Baron de laMarche,
Seigneur de Chambole ,
Morey & autres lieux , & de
Dame Catherine de Choiſeul
de Chevigny
La ceremonie du Baptême
de cette Demoiselle devant ſe
faire dans le mois d'Octobre
dernier ,
GALANT. 233
dernier , à Dijon , où elle a été
élevée , & qui eſt le pays de ſes
Anceſtres ,leſquels depuis plufieurs
fiecles ont commandé
pour le Roy dans la Bourgogne,
en qualité de Lieutenans b
Generaux de cette Province,
b M. L. C. de Tavannes Henry-
Charles de Saulx , grand Bailly de
Dijon , & Guidon des Gendarmes de
Berry , qui a épousé N. Amelot de
Gournay fille de M.Amelot,Conſeiller
d'Etat ordinaire , ci-devant Ambaſladeur
en Eſpagne & autres Cours ; s'eſt
fait recevoir ce mois - ci à Dijon en
laChargede Lieutenant General pour
leRoy en Bourgogne , que poffedoit
Meffire Charles-Marie de Saulx de
Tavannes fon pere , époux de D. Marie-
Catherine Dagueſſeau , fille de M.
Mars 1715. V
234 MERCURE
S. A. E. jetta les yeux pour le
repreſenter dans la fonction
de Parrain , ſur M. le Baronde
Montigny,Chevalier de l'Ordre
de Wirtemberg, Brigadier
des Armées , Colonel d'unRegiment
de ſes Cuiraffiers , &
Commandant pour Elle à S.
With auxFrontieres de Weſtphalic.
Ce Baron qui étoit
alors en ces quartiers- là pour
le ſervice de ſon Alteſſe Elect.
en receut ordre e de ſe rendre
Dagueſſeau , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& foeur de M. Dagueſſeau, Procureur
General du Parlement de Paris.
•Cet ordre luv fût envoyé par M.
le Comtede Sefels.
GALANT. 235
en Bourgogne , pour , en fon
abfence , affifter de la part de
fon Maiſtre en qualité de Parrain
, au Baptême de Mademoiſelle
la Marquiſe de Tavannes
.
S. A. S. Madame la Ducheſſe
de Vendoſme honora
de ſa procuration Madame la
Premiere Preſidente de la
Chambre des Comptes de
Dijon , pour, à ſa place, ſervir
deMarraine au nom de S. A. S.
Cette glorieuſe commiffion
dont Madame Rigoley fut
chargée dans ce miniftere de
Religion,fit honneur au choix
Vij
236 MERCURE
de cette Princeſſe , non ſeulementpar
l'éminente vertu qui
diftingue cette Dame dans le
pays , encore plus que ſa dignité
; mais encore par la convenance
de famille qui ſe trouve
entre M. leBaron de Montigny&
cette Dame , dont le
nom eft Languet d, & laquelle
dElle eſt ſoeur de M. Languet de
Rochefort, Conſeiller au Parlement de
Dijon , de M. le C. deGergy, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon duRoy,
envoyé par S. M. à Florence, de M.
Languet , Abbé de S. Sulpice au Dioceſe
de Bellay , Ordre de Citeaux ,de
M. de la Villeneuve , Abbé de Goët
maloën , Aumônier de feuë Mad. la
Dauphine , ci-devant grand Vicaire
GALANT. 237
-
a épousé M. Rigoley , Magiftrat
auffi reſpectable par
une droiture finguliere que
par la fuperioritéde fon rang
dansla Chambre des Comptes
dont il eſt leChef.
M. de Montigny eftant
arrivé le 16. d'Octobre dernier
àDijon , la Ceremonie de ce
Baptême s'y fit le lendemain
Mercredy 17. environ le midy,
d'Autun, & à preſent Eveſque de
Soiffons , de M. l'Abbé Languet , cidevantVicaire
de S. Sulpice de Paris,&
aujourd'huy Curé de cette Paroiffe ,
par la refignation de feu M. de la
Chetardie , oncle de Mad. la Comteffede
Monafterolle
238 MERCURE
avec beaucoup de folemnité ,
dans la Paroiſſe de S. Nicolas .
Le bruit de quelques fanfares
ayantannoncé de temps àautre
pendant la matinée , cette
feſteau peuple,une multitude
innombrable de gens que la
rareté de ce pieux ſpectacle attiroit
de tous coſtez , accouruc
en telle affluence depuis les
neufheures dumatin en cette
Eglife , & vers l'Hôtel de Tavannes
, que toutes les ruës&
places qui y aboutiffent , furent
remplies d'une prodigieuſe
quantitéde ſpectateurs.
Les perſonnes de la plus
GALANT. 239
haute confideration s'étant
renduës à l'Hoſtel de Tavannes
, on en fortit à onze heures
pour aller à la Paroiſſe , où
Mademoiselle de Tavannes
fût conduite au ſon des hautbois
& des trompettes de la
Ville, au milieu de cette foule.
Les diſpoſitions merveilleuſes
qu'on apperçût dans
cette ame pleine de candeur ,
ne ſurprirent pas moins que
les graces infeparables de ſa
perfonne. La modeſtie de ſa
démarche excita de continuels
applaudiſſemens à ſon paffage.
240 MERCURE
Outre M. de la Briffe , Intendant
de la Province& quelques
Maiſtres des Requeſtes
qui furent prefens à cette ceremonie
, pluſieurs de Meffieurs
les Préſidens à Mortier
& Confeillers de la Cour ,
quoyque ce fut le temps des
vacations , y affifterent auffi.
Madame l'Intendante ſe trouva
pareillementalors dans l'Eglife
, avec des Préſidentes du
Parlement,& tout ce qu'il y
avoit de perſonnes les plus
diftinguées dans le pays...
La fingularité d'une conjoncture
ſi remarquable tanr
Par
GALANT. 241
i
par l'éminent caractere des
Parrain & Marraine , que par
le merite particulier de Mademoiſelle
de Tavannes , engagea
le fieur Gueneau ,Docteur
en Theologie , Curé de
cette Paroiſſe, de luy parler en
ces termes ,lorſqu'elles'y preſenta
pour recevoir la ceremonie
de ce premier Sacrement.
MADEMOISELLE,
Quel qu'illustre queſoit voftre
-naissance felon le monde ,vous
venez aujourd'huy reconnoistre
Mars 1715 . X
९ 242 MERCURE
j
au pied de vos Autels presqu'auf
fi-toft que vous en estes capable
qu'ilyen a une autre qui vous
touche davantage , pour laquelle
vous venez rendre à Dieu publiquement
des actions de graces ;
pourluy en marquer vostre recon
noiffance , vous lay allez confa
crer les premices de vostre raiſon
naiſſanteen luyfaiſant des promeſſes
qui nesontni moins grandes,
ni moins folemnelles,ni moins
indiſſolubles que les voeux que
vous avezquelquefois vúfaire
dans la Maison e Religieuse on
vouseſtes. Pournejamais oublier
•LesUrſulinesde Dijon.
GALANT. 243
de telles promeffes , vous n'avez,
Mademoiselle , qu'àfoutenir cette
belle éducation que vous avez
reçuë de la mere la plus capable
d'en donner. Vous n'avez qu'à
Soutenir cette longue fuite de
vertu qui coulent avec le fang
depuis tant de fiecles dans vostre
Maison. Vous y estes d'autant
plus engagée ,que les illuftres
Prince & Princeffe qui vous
font l'honneur de vous donner
leur noms
une vertu au-delà du commun .
auſſi bien que f Monfieur & g
demandent de vous
fMonfieur le Baron de Montigny .
Madame la Premiere Préſidente,
7
Xij
244 MERCURE
Madame qui tiennent icy leur
place ,&non moins recommandables
par leurpieté,leurs vertus
qu'ils font distinguez , par les
premiers rangs qu'ils occupent ,
vos illustres Parrain &Martaine
nefontpas icy enperſonne pour
répondre pour vous , vous eſtes en
âge de le faire vous- même :
toute cette auguste compagnie
n'y est aßemblée que pour estre
témoins de vos promeffes. Faffe
le Ciel que nous puissions tous
unjourrendre témoignage à Dieu
de lafidelité de laperfeverance
que vous aurez eû à les remplir
puiffion.
GALANT.. 245
Aprés ce diſcours qui parut
tres- convenable en cette
occurrence , la noble adulte
s'approcha des facrez Fonds ,
où les auguſtes noms de S. A.E.
Monseigneur le Duc de Baviere,
& ceux de S. A. S. Madame
la Ducheſſede Vendôme aïant
été impoſez à Mademoiselle.
de Tavannes , Elle fut appellée
Maximilienne , Emmanuelle
, Marie- Anne. Enfuite ce
Pasteur luy adminiſtra les autres
ceremonies du Baptême.
Alors chacun ſe ſentit touché
de voir l'onction penetrer
juſques au fonds du coeur de
!
Xiij
246 MERCURE
ecste innocente Neophyte ,
dont la picté édifiante fembloit
fe communiquerdans le
coeur de la plupart des ſpectateurs
; pluſieursy ayant paru
faifis d'un ſalutaire étonnement
, eux qui peut- être comme
un grand nombre d'autres
n'étoient venus des Villes circonvoiſines
encetteCapitale ,
qu'excitez par les circonſtancesde
la dignitéde tels Parrain
&Marraine , où par la ſeule
carioſitéd'y voir de quelle forte
ſe confere le Baprême aux
perſonnes parvenuës à l'âge de
connoiffance.
GALANT. 247
Ala fortiede l'Egliſe il s'éleva
un mélange d'acclamations
d'allegreſſe à l'honneur
de leurs A. E. & Sereniffime ;
on entendit alors de toutes
parts des voeux pour la profperité
de ces Prince & Princeffe
; on ne peut dire com
bien en même temps ondonna
de benedictions à la nouvelle
baptifée,qu'un concours
infini de perſonnes de tout
rang reconduifit juſques en
fon Hoſtel , au bruit des inftrumens
, auquel ſe joignirent
mille cris de Vive Baviere &
Vendofme ; l'air ne ceſſoit de
!
X iiij
248 MERCURE
retentir de ces grands noms ,
qu'il fuffit de prononcer pour
rappeller auflitoſt toutes les
idées de l'heroïſme , noms qui
font des éloges abregez &
complets , renfermans toute
la gloire que la valeur & la
bonté peuvent produire.
Au retour de la ceremonie ,
Madame la Marquiſe de Tavannes
, mere de Mademoifelle
de Tavannes , traita magnifiquement
l'illuftre affemblée
quiy avoit aſſiſté M. l'Intendant
& autres Mantres des
Requeſtes , ceux des Préſidens
à Mortier & Confeillers du
GALANT. 249
Parlement qui avoient été pre
ſens à la celebration du Baptê
me , Madame l'Intendante ,
toutes les Dames de marque
avec ce qui ſe trouva fur les
lieux de plus élevé parmi la
Nobleffe & dans les Cours
Souveraines de Dijon , furent
de ce regal fomptueux , où le
bon goût ne regna pas moins
que la profufion la mieux entenduë
; les mets ne s'y cedoient
pas l'un à l'autre en de.
licateſle , & on pourroit dire
que la varietéde pluſieurs chofes
rares qu'on y fervit ,&leur
fingularité donnerent le plai-
1
250 MERCURE
fir d'y voir tout ce qu'on ne
trouve preſque point ailleurs.
Tous ceux qui étoient de
ce repas eurent l'honneur de
boire debout à la ſanté de S.
A. E. de Baviere ,&à celle de
S. A. S. de Vendôme. On cûr
peine àretenir les mouvemens
de reconnoiffance dûë à chacun
de ces grands noms qui
nous ſont ſiprécieux ; l'undeſignant
un Souverain dont les
qualitez toutes heroïques font
les delices de la Cour & des
peuples ,& qui par ſa generofité
faiſant l'admiration du
fiecle , ſe montre ſi digne de
GALANT. 25
PEmpire ; & l'autre étant confacré
par la gloire pour être
le ſymbole de la bonté , &
pour conferver à la poſteriré
la memoire immortelle du
Reſtaurateur de la plus vaſte
Monarchie de l'Europe.
L'avantage d'avoir pour
Parrain une des premieres têres
du monde , & un Prince
regardé de chaque Nation
comme lemodele de la veritable
grandeur , & pour Marraine
une des meilleures Prin
ceſſes de la Terre , de la prepremiere
& de la plus puiſſante
Maiſon de l'Univers, eſt ſiglo252
MERCURE
rieux pour Mademoiselle de
Tavannes , que cet honneur
cauſant une ſi legitime réjoüiffance
à ſa Famille , on ne pût
s'empêcher dans ce feſtinde la
feliciter plus d'une fois ſur un
telbonheur : parmy les témoignages
de joye qu'on luy en
marqua , voicy quelques coupletsqui
furent faits à ce ſujer.
Fermer
63
p. 251-255
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul-Alexandre Petau, Conseiller au Parlement, & Doyen des [...]
Mots clefs :
Décès, Doyen, Conseiller au Parlement, Dame, Chevalier, Chancelier, Comte, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
> Mre Paul - Alexandre Petau Confeiller
au Parlement , & Doyen des Rcquêtes
du Palais , mourut le 4 Novembre
1716,
LE NOUVEAU
252
Dame Anne-Catherine de Noailles
Ipoufe de Me Louis - François Armand
Dupleffis , Duc de Richelieu & de Fron
Jacq , Pair de France > mourut fans pofterité
le 7 du même mois , âgée de 20
ans.
A
Dame Madelaine Bernard , époufe de
Me Jacques Hardouin Manfard , Chevalier
, Comte de Sagone , mourut le s
du même mois.
>
Me Claude - Alexis de Héere , Chevalier
de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Armées
du Roy Commandant pour SA
MAJESTE' au Gouvernement de Phalfbourg
& Saltzbourg , mourut le 7 du
même mois.
Dle Voifin , fille de M. le Chancelier ,
mourut fans alliance le 12 de ce mois .
Me François - Louis de Rouffelet , Marquis
de Chateaureynaud , Comte de Crofon
, Vicomte d'Artois , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , Capitaine général
des Armées navales de S. M˚C .
dans les mers Occidentales , Commandant
en chef
pour le Roy dans les Pays &
Duché de Bretagne , Vice- Amiral , &
Maréchal de France , mourut le du
même mois , âgé de 80 ans .
Jean-Louis de Rabutin , Comte de Bufi
153
Confeiller d'Etat de l'Empereur , Maréchal
de Camp , General & Colonel d'un
Régiment de Dragons , mourut à Vienne
le 16 de ce mois , âgé de 74 ans ,
Me Henri Dagueffau , Confeiller d'Etat
or linaire , & au Confeil de Régence
, mourur le 17 du même mois ,
âgé de 80 ans .
Daine Anne de Harvil , veuve de Me
François de Bethune, Due d'Orval , Chevalier
des Ordres du Rey , mourut le 18 .
Anne - Marie Gitar !, fille de M, Girard
Proc. General en la Chambre des Comptes
Paris , Seigneur de Villetancux , & de
Marie Royer eft morte le 20 Décembre
1716. Elle avoit épousé Jean- Baptifte
Briconnet , Seigneur de Magnanville ,
Confeiller au Parlement , mort le 15
Décembre 1698 , fans enfans . Il étoit fils
de Guillaume Briconnet , Seigneur de Le
veville , Aureuil , Quinquempois , recû
Confeiller au Parlement le 19 May 1635
Maiftre des Requeftes en Decembre 1641
& Préfilent au Grand Conſeil , mor
le trois Fevrier 1674 , & de Margue-t
rite Amelot , morte le 23 Février 1683 ,
Elle étoit fille de Jacques Amelot , Préfident
aux Requêtes du Palais & de
Catherine de Creil.
>
154 LE NOUVEAU
Me Charles Marquis d'Eftampes , Maua
ny , & c. Chevalier des Ordres du Roy ,
Capitaine des Gardes du Corps de S.
A. R. Mr le Duc d'Orleans , mourut le
31 Décembre 1716.
·
De Catherine Françoife d'Arpajon ;
Epouse de M. François de Roye de
la Rochefoucault , Comte de Roucy ,
Lieutenant General des Armées du Roy ,
mourut le 8 .
Se Marie Magdelaine de Caftil , veuve
de Me Nicolas Fouquet Vicomte de
Vacx , Sur- Intendant des Finances , mourut
le 12
,
De Magdelaine Gaudon , Veuve de
Me Georges de Clermont d'Amboiſe ,
Marquis de S. Aignan , mourut le premier
Janvier 1717
De Diane de Monthault Navailles feur
du feu Maréchal de ce nom › veuve de
Me René de Corrdoüan Marquis de
Langey , mourut auffi le premier de ce
mois .
,
De Marie- Louife Melanie Lefevre de
Caumartin , Epoufe de Me Jerofme-
Jofeph Goujon , Marquis de Thuiſi , Maître
des Requêtes , eft morte le premier
De Anne Cherré , Epoufe de Maiſtre
MERCURE.
255
Michel dé Sabin's , Chevalier , Seigneur
de la Qeze, Confeiller au Grand Coifeiller
, mourut le 4
Me Charles - Alexaudre d'Eftein de
Saillan , Abbé de S. Vincent de Senlis ,
mourut le 14 .
Dame Jeanne Gargam , veuve de Me
Charks Bret , Chevalier , Seigneur de
Clermont , Chef du Confeil d'Artois ,
dont elle étoit demeurée veuve à l'âge
de 21 ans , mourut le 14 , âgée de 88 ans .
Me Claude Romanet , Prefilent au Grand
Confeil , mourut fans alliance le 16 , âgée
de 33 ansr
-
Dame Michelle Lucrece Chappel ,
veuve de Meffire Jean- Jacques de Renouard
, Chevalier , Seigneur de Villeyer
& autres lieux , Confeiller du Roy en fa
Cour de Parlement de Bretagne , décéde
rue S. André des Arts , le 24 Janvier 1717 :
Mr Marconnet Gouverneur de la Rochelle
mourut il a quelques jours
dans un âge fort avancé.
·
,
y
0 Mr le Maréchal de Gacé Gouver
neur du Païs d'Aunis , vient d'être gratifié
du Gouvernement de Monfieur Marconnet,
Ces deux Gouvernemens fe trouvent
par - là réunis en une même perfonne,
Fermer
64
p. 92-111
HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
Début :
J'AY suivi vos conseils, Madame, J'ay été au bal de la Comedie, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Cléonice, Amour, Marquis, Bal, Sentiments, Conversation, Coeur, Tendresse, Sincérité, Rivaux, Désirs, Amitié, Perfidie, Esprit, Jalousie, Femmes
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texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
HISTORIETTE
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
Fermer
65
p. 139-141
A Rome ce 3 Mars 1717
Début :
Le Carnaval nous a fourni des amusemens de toute espece, [...]
Mots clefs :
Carnaval, Opéras, Réjouissances, Princes, Altesse sérénissime, Gouverneur, Comtesse, Curiosité, Marquis, Chevalier, Bal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome ce 3 Mars 1717
A Rome ce 3 Mars 1717
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
Fermer
66
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
67
p. 185-189
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre François de la Fonds, Seigneur de la Beuvriere, Colonel d'un [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Colonel, Dame, Duc, Chevalier, Conseiller, Familles, Prêtre, Lieutenant général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES. MORTS.
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Fermer
68
p. 175-176
A Pesaro, le 23 Mars 1717.
Début :
Le Chevalier de S. Georges qu'on apelle ici Roi d'Angleterre, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Ville, Duc, Prince, Canon, Modène, Romains, Sénateurs, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Pesaro, le 23 Mars 1717.
A Pefaro , le 23 Mars 1717 .
E Chevalier de S. Georges
qu'on apelle ici Roi d'Angleterre
, elt arrivé en cette Ville fans
aucune pompe , n'ayant pas voulu
permettre qu'on tirât le Canon le
jour de fon arrivée ; il foupa en Pu
blic, mais fans diftinction de rang
ni de place. Le Duc d'Ormond &
d'autres Seigneurs Anglois étoient à
fa Table , avec D. Carlo Albani . M
Anguifcola Vice- Legat , Mr Mofca ,
le Marquis Bufalini . Le Vice- Legat
donna le Regal . Le Chevalier de
S. Georges ne voulut être accompagné
d'aucuns Gardes dans la Salle,
il permit feulement qu'ils fuffent
devant la porte du Palais. Il n'a encore
que so. perfonnes de fa fuite ,
mais on en attend un plus grand
nombre.
Ce Prince a receu tous les hongeurs
poffibles à fon paffage
176 LE MERCURE
"
par l'Etat de Modéne , jufqu'à
fon arrivée à Boulogne , les
Ducs de Modéne & de Parme
l'ont défrayé , & l'ont regalé fplendidement.
Le premier lui a fait préfent
d'un magnifique caroffe attelé
de fix chevaux , & le fecond d'une
fomme de 12000 écus Romains,
Il partit le 13. de Modéné avec 5.
caroffes à fix chevaux , & la Garde
des Chevaux- Legers du Duc , pour
Caftel Franco , où il fut complimenté
par D. Carlo Albani , accompagné
de quatre Senateurs de cette
Ville.
E Chevalier de S. Georges
qu'on apelle ici Roi d'Angleterre
, elt arrivé en cette Ville fans
aucune pompe , n'ayant pas voulu
permettre qu'on tirât le Canon le
jour de fon arrivée ; il foupa en Pu
blic, mais fans diftinction de rang
ni de place. Le Duc d'Ormond &
d'autres Seigneurs Anglois étoient à
fa Table , avec D. Carlo Albani . M
Anguifcola Vice- Legat , Mr Mofca ,
le Marquis Bufalini . Le Vice- Legat
donna le Regal . Le Chevalier de
S. Georges ne voulut être accompagné
d'aucuns Gardes dans la Salle,
il permit feulement qu'ils fuffent
devant la porte du Palais. Il n'a encore
que so. perfonnes de fa fuite ,
mais on en attend un plus grand
nombre.
Ce Prince a receu tous les hongeurs
poffibles à fon paffage
176 LE MERCURE
"
par l'Etat de Modéne , jufqu'à
fon arrivée à Boulogne , les
Ducs de Modéne & de Parme
l'ont défrayé , & l'ont regalé fplendidement.
Le premier lui a fait préfent
d'un magnifique caroffe attelé
de fix chevaux , & le fecond d'une
fomme de 12000 écus Romains,
Il partit le 13. de Modéné avec 5.
caroffes à fix chevaux , & la Garde
des Chevaux- Legers du Duc , pour
Caftel Franco , où il fut complimenté
par D. Carlo Albani , accompagné
de quatre Senateurs de cette
Ville.
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69
p. 178-180
TRADUCTION DU COMPLIMENT De D. Carlo Albani Neveu du Pape, à Jacques III. Roy d'Angleterre.
Début :
Quoyque la Modestie Héroïque de Vôtre Majesté l'ait engagée à [...]
Mots clefs :
Vertus héroïques, Respect, Honneur, Sa Majesté, Grâces, Discours, Cardinal, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION DU COMPLIMENT De D. Carlo Albani Neveu du Pape, à Jacques III. Roy d'Angleterre.
TRADICTION
COMPLIMENT
De D. Carlo Albani Neveu du
Pape , à Jacques III. Roy
d'Angleterre.
Uoyque la Modeftie Héroïque
de Vôtre Majesté l'ait
engagée à entrer dans l'Etat Ecclefiaftique
fous un nom inconnu ,
pour fe dérober aux témoignages
Publics d'obéiffance
& de refpect
qui fe doivent à la Grandeur de fon
Rang , & à l'attachement inviolable
qu'Elle a toujours eue pour la
Sainte Eglife Catôlique , Sa Sainteté
ne pouvant refifter à l'envie
qu'Elle avoit de donner à V. M.
des marques de fa bonté Paternelle
, m'a fait l'honneur de me
charger de fon Bref Pontifical ,
pour le préfenter à V. M. Aux
expreffions du S. P. qui font pleines
D'AVRIL.
179
de tendreffe , je dois encore ajoûter
qu'il ma donné ordre d'offrir à V.
M. les Places de cet Etat qui lui
feront les plus agréables pour y faire
fon Royal féjour ; l'affûrant de
plus de l'ardent défir que S. S.
a de procurer toutes fortes de fatisfactions
à vôtre Majeſté .
Aprés avoir eu le bonheur de lui
préfenter mes refpects , je prens encore
la liberté de lui demander
l'honneur de fa puiffante protection
pour toute ma Famille qui eft entiérement
dévoilée à fon fervice ,
& pour moy en particulier ; c'eft
avec le zele le plus ardent & la
plus profonde humilité que je fuplie
V.M.de m'accorder cette grace
qui comblera mes voeux , & me
mettra enétat de n'envier le fort de
perfonne.
Ce difcours a été accompagné de
rafraichiffemens de toute efpéce ,
il y en avoit la charge de cent Faquins
: aprés s'être arrêté deux jours
à Boulogne , il en partit le 15. &
arriva le lendemain à Caftel San
180 LE MERCURE
Pietro & de là à Pefaro où il fera
fon féjour. Le Cardinal Paracciani
fera fait Vicaire de Rome & cet
Evêché donné à un fimple Prelat ,
pour éviter le concours du cérémonial
: le Cardinal Gualterio eft attendu
ici
pour y faluer le Chevalier
de S. Georges.
COMPLIMENT
De D. Carlo Albani Neveu du
Pape , à Jacques III. Roy
d'Angleterre.
Uoyque la Modeftie Héroïque
de Vôtre Majesté l'ait
engagée à entrer dans l'Etat Ecclefiaftique
fous un nom inconnu ,
pour fe dérober aux témoignages
Publics d'obéiffance
& de refpect
qui fe doivent à la Grandeur de fon
Rang , & à l'attachement inviolable
qu'Elle a toujours eue pour la
Sainte Eglife Catôlique , Sa Sainteté
ne pouvant refifter à l'envie
qu'Elle avoit de donner à V. M.
des marques de fa bonté Paternelle
, m'a fait l'honneur de me
charger de fon Bref Pontifical ,
pour le préfenter à V. M. Aux
expreffions du S. P. qui font pleines
D'AVRIL.
179
de tendreffe , je dois encore ajoûter
qu'il ma donné ordre d'offrir à V.
M. les Places de cet Etat qui lui
feront les plus agréables pour y faire
fon Royal féjour ; l'affûrant de
plus de l'ardent défir que S. S.
a de procurer toutes fortes de fatisfactions
à vôtre Majeſté .
Aprés avoir eu le bonheur de lui
préfenter mes refpects , je prens encore
la liberté de lui demander
l'honneur de fa puiffante protection
pour toute ma Famille qui eft entiérement
dévoilée à fon fervice ,
& pour moy en particulier ; c'eft
avec le zele le plus ardent & la
plus profonde humilité que je fuplie
V.M.de m'accorder cette grace
qui comblera mes voeux , & me
mettra enétat de n'envier le fort de
perfonne.
Ce difcours a été accompagné de
rafraichiffemens de toute efpéce ,
il y en avoit la charge de cent Faquins
: aprés s'être arrêté deux jours
à Boulogne , il en partit le 15. &
arriva le lendemain à Caftel San
180 LE MERCURE
Pietro & de là à Pefaro où il fera
fon féjour. Le Cardinal Paracciani
fera fait Vicaire de Rome & cet
Evêché donné à un fimple Prelat ,
pour éviter le concours du cérémonial
: le Cardinal Gualterio eft attendu
ici
pour y faluer le Chevalier
de S. Georges.
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70
p. 207-213
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul François Vollant, Chevalier Seigneur de Berville, Capitaine [...]
Mots clefs :
Chevalier, Capitaine, Décès, Maitre de camp, Seigneur, Lieutenant, Conseiller, Veuve, Femme, Peintre, Comtesse, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
Mre Paul François Vollant , Chevalier
Seigneur de Berville , Capitaine
dans le Regiment Meftre de
Camp general de Cavalerie , mourut
le 24 Mars 1717.
Sij
208 LE MERCURE
Mre Germain Chriftophe Ollier
de Beffic Mestre de Camp , mourut
le 25 Mars , ayant eu entre autres
enfans un fils , & feuë Mada→
me le Cocq , femme du Confeiller
au Parlement de ce nom .
> &
Mre Alexandre-Honoré deGriller
Seigneur de Briffac , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , Lieutenant
des Gardes du Corps
Gouverneur de Guife , mourut le
27. Mars âgé de 53. ans , fans enfans
de Dame N .. de Serre , fille
du Confeiller au Parlement de ce
nom. Il étoit neveu de feu Mre Albert
de Grillet de Briffac , Lieutenant
Général des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps de S.
M. & Gouverneur de Guife , &
fortoit d'une Famille originaire de
Breffe , divifée en plufieures branches
établies dans le Comtat Veneflin
& ailleurs , toutes égallement
diftinguées par leurs Alliances
& leurs fervices.
De Marie Dorfon , femme de
Mr Jean de Romanet Confeiller ,
Sécrétaire du Roy , & l'un des Fermiers
Generaux de S. M. , mourut
le trente Mars . âgée de 72 ans ,
D'AVRIL. 209
ayant eu pour enfans M'de Romanet
Préfident au Grand Confeil , mort
en Janvier 1717 , & un fils Confeiller
au Parlement.
>
Mre Armand de Bethune , Duc de
Charôt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy mourut
le premier Avril 1717 , laiffant entr'autres
enfans de feue De Marie
Fouquet fon Epoufe ,fille de Nicolas
Fouquet Vicomte de Vaux , Marquis
de Belle -Ifle , Procureur General
au Parlement de Paris , Miniftre
d'Etat , & Sur- Intendant des
Finances; Armand de Bethune Duc
de Charôt , Pair de France' , Capitaine
des Gardes du Corps du Roi,
pere de feu Mr le Marquis de Charôt
mort des bleffures qu'il reçût à
la Bataille de Malplaquet , & de
Mr le Marquis d'Ancenis . La Maifon
de Bethune eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du
Royaume , comme on le peut voir
par l'Hiftoire qui nous en a été donnée
par le fieur Duchêne , & dans
l'Histoire des Grands Officiers de
la Couronne .
Mre Antoine Rancher , Chevalier,
Seigneur de Maudetour , Lieute-
Siij
210 LE MERCURE
1
nant de Roy en la Province & Gouvernement
de Berry , mourut le 3
Avril 1717. Il avoit épousé Geneviéve
Angelique de Machault , fille
de Louis de Machault Confeiller
au Parlement ; il étoit fils de feu
Mre Antoine Rancher , Seigneur de
Trefiemont, mort Sous - Doyen des
Confeillers au Parlement de Paris,
& de De Elifabeth Rubantel , la Famille
de Rancher eft originaire de
la Ville de Tours , & elle n'eſt
moins diftinguée dans la Robe par
fon ancienneté, que par fes Alliances.
pas
De Marie Nozereau Fagon, Femme
de Mre Guy- Crefcent Fagon
premier Médecin du feu Roy ,
mourut le 4 Avril 1717. Elle étoit
mere de Mr Fagon , Confeiller
d'Etat , & Confeiller au Confeil
Royal des Finances , & de Mre
Antoine Fagon Evêque de Lombés.
Mr Jouvenet Peintre ordinaire
du Roy , ancien Directeur & Recteur
perpetuel de l'Academic
Royale de Peinture & Sculpture ,
mourut le fix Avril.
Me Claude Jean Pepin , ancien
Correcteur des Comtes , mourut le
Sept Avril.
.
D'AVRIL . 211
Antoine Benoît Ecuyer , Pein
tre du Roy enfon Academie Royale,
& fon unique Sculpteur en cire ,
mourut le huit Avril.
De Armande de la Tour d'Auvergne
, Epoufe de Mre Louis de
Melun , Duc de Joyeuſe , Pair de
France , Prince d'Epinoy , Comte
de Saint Pol &c. Meftre de Camp
& Commandant le Régiment Royal
Cavalerie , moûrut en couches le
13 Avril 1717 , âgée de 19 ans , 7
mois. Elle étoit fille de Me Ema.
nuel Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellant
de France & de Dame Marie
Victoire- Armande de la Tremoille ,
dont je vous appris la mort dans
mon dernier Journal. Les Maifons
de la Tour d'Auvergne & de Melun
font fi grandes & fi illuftres , & par
conféquent vous doivent être fi
connuës , , que je ne vous en donnerai
ici aucun détail .
De Louife - Madeleine de la
Marck , Comteffe de Braine , Baronne
de Pontarcy , Serignan , Mareüil
, la Vieille -Tour &c. veuve ,
de Mre Henry de Durfort , Duc de
Duras , mourut le 13 Avril , âgée
212 LE MERCURE
de 58 ans , laiffant pour fille Jeanne
Henriette de Durfort , mariée depuis
le 22 May 1709 , avec Henry
de Lorraine , Prince de Lambeſc ,
Petit fils de Mr le Comte d'Armagnac.
Elle étoit filled'Henry Robert
Efchalart de la Marck , Comte de
la Marck , Colonel du Régiment
de Picardie , & de Dame Jeanne
de Saveufe , & elle fortoit d'une
ancienne Maiſon originaire de Poitou
.
De Marie- Angelique de Cofnac ,
veuve de M. Procope - François
Comte d'Egmond , Duc de Gueldres
, de Juliers & de Eergues ,
Prince de Gaure & du S. Empire ,
Marquis de Renty , de la Longueville
&c. Grand d'Efpagne , Chevalier
de la Toifon d'or , General
de la Cavalerie , & des Dragons
de S. M. C. mourut le 14 Avril
1717 , âgée de 43 ans. Elle étoit
fille de M. François de Cofnac ,
Marquis de Cofnac , & de Dame
Locife d'Efparbes de Luffan , & petite
niéce de Daniel de Conafc
·Archevêque d'Aix , Commandeur
de l'Ordre de S. Efprit , & fortoit
d'une des plus anciennes & des plus
D'AVRIL . 213
illuftres Maifons du Limofin.
Mie Jean-Baptiste de Ribodon
Chevalier , Seigneur du Mouffeau ,
Liverdy &c. Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement , mourut
le 15 Avril , âgé de 69 ans. Il
avoit été reçû Confeiller au Parlement
le 15 Janvier 1683. & étoit
fils de Claude Ribodon , Seigneur
du Mouffeau , & de Dame Cathe
rine Grangié de Liverdy.
De Marie Quatrehommes veuve
de M. Achille Barentin , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement
& Grand Chambre d'icelle ,
fut enterrée Dimanche 26 , dans
l'Eglife du Grand Convent des
R. P. Auguftins.
Mre Paul François Vollant , Chevalier
Seigneur de Berville , Capitaine
dans le Regiment Meftre de
Camp general de Cavalerie , mourut
le 24 Mars 1717.
Sij
208 LE MERCURE
Mre Germain Chriftophe Ollier
de Beffic Mestre de Camp , mourut
le 25 Mars , ayant eu entre autres
enfans un fils , & feuë Mada→
me le Cocq , femme du Confeiller
au Parlement de ce nom .
> &
Mre Alexandre-Honoré deGriller
Seigneur de Briffac , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , Lieutenant
des Gardes du Corps
Gouverneur de Guife , mourut le
27. Mars âgé de 53. ans , fans enfans
de Dame N .. de Serre , fille
du Confeiller au Parlement de ce
nom. Il étoit neveu de feu Mre Albert
de Grillet de Briffac , Lieutenant
Général des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps de S.
M. & Gouverneur de Guife , &
fortoit d'une Famille originaire de
Breffe , divifée en plufieures branches
établies dans le Comtat Veneflin
& ailleurs , toutes égallement
diftinguées par leurs Alliances
& leurs fervices.
De Marie Dorfon , femme de
Mr Jean de Romanet Confeiller ,
Sécrétaire du Roy , & l'un des Fermiers
Generaux de S. M. , mourut
le trente Mars . âgée de 72 ans ,
D'AVRIL. 209
ayant eu pour enfans M'de Romanet
Préfident au Grand Confeil , mort
en Janvier 1717 , & un fils Confeiller
au Parlement.
>
Mre Armand de Bethune , Duc de
Charôt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy mourut
le premier Avril 1717 , laiffant entr'autres
enfans de feue De Marie
Fouquet fon Epoufe ,fille de Nicolas
Fouquet Vicomte de Vaux , Marquis
de Belle -Ifle , Procureur General
au Parlement de Paris , Miniftre
d'Etat , & Sur- Intendant des
Finances; Armand de Bethune Duc
de Charôt , Pair de France' , Capitaine
des Gardes du Corps du Roi,
pere de feu Mr le Marquis de Charôt
mort des bleffures qu'il reçût à
la Bataille de Malplaquet , & de
Mr le Marquis d'Ancenis . La Maifon
de Bethune eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du
Royaume , comme on le peut voir
par l'Hiftoire qui nous en a été donnée
par le fieur Duchêne , & dans
l'Histoire des Grands Officiers de
la Couronne .
Mre Antoine Rancher , Chevalier,
Seigneur de Maudetour , Lieute-
Siij
210 LE MERCURE
1
nant de Roy en la Province & Gouvernement
de Berry , mourut le 3
Avril 1717. Il avoit épousé Geneviéve
Angelique de Machault , fille
de Louis de Machault Confeiller
au Parlement ; il étoit fils de feu
Mre Antoine Rancher , Seigneur de
Trefiemont, mort Sous - Doyen des
Confeillers au Parlement de Paris,
& de De Elifabeth Rubantel , la Famille
de Rancher eft originaire de
la Ville de Tours , & elle n'eſt
moins diftinguée dans la Robe par
fon ancienneté, que par fes Alliances.
pas
De Marie Nozereau Fagon, Femme
de Mre Guy- Crefcent Fagon
premier Médecin du feu Roy ,
mourut le 4 Avril 1717. Elle étoit
mere de Mr Fagon , Confeiller
d'Etat , & Confeiller au Confeil
Royal des Finances , & de Mre
Antoine Fagon Evêque de Lombés.
Mr Jouvenet Peintre ordinaire
du Roy , ancien Directeur & Recteur
perpetuel de l'Academic
Royale de Peinture & Sculpture ,
mourut le fix Avril.
Me Claude Jean Pepin , ancien
Correcteur des Comtes , mourut le
Sept Avril.
.
D'AVRIL . 211
Antoine Benoît Ecuyer , Pein
tre du Roy enfon Academie Royale,
& fon unique Sculpteur en cire ,
mourut le huit Avril.
De Armande de la Tour d'Auvergne
, Epoufe de Mre Louis de
Melun , Duc de Joyeuſe , Pair de
France , Prince d'Epinoy , Comte
de Saint Pol &c. Meftre de Camp
& Commandant le Régiment Royal
Cavalerie , moûrut en couches le
13 Avril 1717 , âgée de 19 ans , 7
mois. Elle étoit fille de Me Ema.
nuel Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellant
de France & de Dame Marie
Victoire- Armande de la Tremoille ,
dont je vous appris la mort dans
mon dernier Journal. Les Maifons
de la Tour d'Auvergne & de Melun
font fi grandes & fi illuftres , & par
conféquent vous doivent être fi
connuës , , que je ne vous en donnerai
ici aucun détail .
De Louife - Madeleine de la
Marck , Comteffe de Braine , Baronne
de Pontarcy , Serignan , Mareüil
, la Vieille -Tour &c. veuve ,
de Mre Henry de Durfort , Duc de
Duras , mourut le 13 Avril , âgée
212 LE MERCURE
de 58 ans , laiffant pour fille Jeanne
Henriette de Durfort , mariée depuis
le 22 May 1709 , avec Henry
de Lorraine , Prince de Lambeſc ,
Petit fils de Mr le Comte d'Armagnac.
Elle étoit filled'Henry Robert
Efchalart de la Marck , Comte de
la Marck , Colonel du Régiment
de Picardie , & de Dame Jeanne
de Saveufe , & elle fortoit d'une
ancienne Maiſon originaire de Poitou
.
De Marie- Angelique de Cofnac ,
veuve de M. Procope - François
Comte d'Egmond , Duc de Gueldres
, de Juliers & de Eergues ,
Prince de Gaure & du S. Empire ,
Marquis de Renty , de la Longueville
&c. Grand d'Efpagne , Chevalier
de la Toifon d'or , General
de la Cavalerie , & des Dragons
de S. M. C. mourut le 14 Avril
1717 , âgée de 43 ans. Elle étoit
fille de M. François de Cofnac ,
Marquis de Cofnac , & de Dame
Locife d'Efparbes de Luffan , & petite
niéce de Daniel de Conafc
·Archevêque d'Aix , Commandeur
de l'Ordre de S. Efprit , & fortoit
d'une des plus anciennes & des plus
D'AVRIL . 213
illuftres Maifons du Limofin.
Mie Jean-Baptiste de Ribodon
Chevalier , Seigneur du Mouffeau ,
Liverdy &c. Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement , mourut
le 15 Avril , âgé de 69 ans. Il
avoit été reçû Confeiller au Parlement
le 15 Janvier 1683. & étoit
fils de Claude Ribodon , Seigneur
du Mouffeau , & de Dame Cathe
rine Grangié de Liverdy.
De Marie Quatrehommes veuve
de M. Achille Barentin , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement
& Grand Chambre d'icelle ,
fut enterrée Dimanche 26 , dans
l'Eglife du Grand Convent des
R. P. Auguftins.
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71
p. 5-61
De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
Début :
Je vous ay promis, Monsieur, de vous envoyer pour troisiéme & dernier [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Gardes, Maréchal, Chevalier, Douleurs, Accident, Domestiques, Gentilhommes, Cardinal, Fièvre, Voyage, Garnison, Vaisseaux, Vatican, Prince, Chasse, Compagnies, Espagne, Combat, Galère, Officiers, Sa Majesté, Imprudence , Capitaine, Gouverneur espagnol, Vérité, Discrétion, Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lunéville en Lorraine, le 30 May 1717. TROISIEME & DERNIERE Partie, des Mémoires DE M. LE CARDINAL DE RETZ.
De Lunéville en Lorraine
abigon le 30 May 1717 .
TROISIE' ME & DERNIERE
Partie , des Mémoires
DE M. LE CARDINAL DE RETZ ,
Ω
E vous ay promis , Monfieur,
de vous envoyer pour
troifiéme & dernier Extrait
, des Mémoires du
Card. de Retz , fon évasion du Château
de Nantes , & fes differentes
Avantures jufqu'àfon arrivée enIta-
A iij
6 LE MERCURE
lie ; j'éxécute mapromeſſe avecjoje =
Je ne doute pas que cet Extrait ne
faffe plaifir à vos lecteurs , par la
variété infinie de Circonstances extraordinaires
, dont ce
d'Hiftoire eft rempli.
bles
que
morceau
Ce qui eft extraordinaire , ne paroit
poffible àceux qui ne font capade
l'ordinaire, qu'aprés qu'-
il est arrivé. Tellefut l'évasion du
Cardinal de Retz , dont il va nous.
faire lui - même la Relation .
Je me fauvai un Samedy se d'-
Aouft,à cinq heures du foir. La porte
du petit Jardin fe referma aprés
moi , prefque naturellement. Je
defcendis , un bâton entre les jambes
, trés-heureufement d'un Baftion
qui avoit 40 pieds de haut .
Un Valet de Chambre qui eft encore
à moy , no nmé Fromentin amufa
mes Gardes en les faifant
boire. Ils s'amuferent eux -mêmes
à regarder unJacobin , qui ſe baignoit
& qui deplus fe noyoit . Le
Soldat qui étoit enfentinelle à zopas
de moi , en un lieud'où il ne pouvoit
DE JUIN
7
pas me joindre,n'ofa me tirer ; parce
que, lorfque je lui vis compaffer
fa mefche , je lui criai que je le
ferois pendre , fiil tiroit , & il
avoüa à la queſtion , qu'il crût fur
cette menace , que le Maréchal
étoit de concert avec moy. Deux
petits Pages qui fe baignoient &
qui me voyoient fufpendu à la corde
, criérent que je me fauvois ,
mais ils ne furent pas écouté ; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au fecours
du Jacobin , qui fe noyoit.
Mes quatre Gentils - hommes fe
trouverent à point nommé , au bas
du Ravelin , où ils avoient fait femblant
d'abbreuver leurs chevaux ,
comme s'ils euffent voulu aller à
la Chaffe. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eût feulement
la moindre allarme ; & comme
j'avois quarante Relais pofés
entre Paris & Nantes ; je ferois arrivé
infailliblement à Paris , le
Mardy à la pointe du jour , fans
unaccident que je puis dire avoir
8 LE MERCURE
été le fatal & le décifif du refte
de ma vie. Sitôt que je fus à cheval
, je pris la route de Maure ,
qui eft, fi je ne me trompe , à cinq
lieües de Nantes fur la Riviere,
& où nous étions convenus que
Mr de Brifac & Mr le Chevalier
de Sevigni m'attendroient avec un
bâteau pour la paffer. La Ralde
Ecuyer de M' de Brifac , qui marchoit
devant moi , me dit qu'il falloit
galoper d'abord , pour ne pas
donner le tems anx Gardes du Maréchal
de la Meilleraye , de fermer
la porte d'une petite rue du Fauxbourg
où étoit leur quartier , &
par laquelle il faloit néceffairement
paffer. J'avois un des meilleurs
chevaux du monde , qui avoit
coûté 1000 écus à Mr de Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main , parce que le Pavé étoit
trés mauvais & trés gliffant : Mais
Gentil-homme à moi , nommé
Boifguerin , m'ayant crié de mertre
le Piftolet à la main ; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Ma
un
DE JUIN
réchal , qui ne fongeoient toutefois
pas à nous ; je l'y mis effectivement
, & le prefentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de fe faifir de la
bride de mon cheval , le Soleil qui
étoit encore haut , donna dans la
platine ; la reverberation fit peur
à mon cheval , il fit un grand furfault
, & il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche , qui fe rompit contre
la borne d'une porte . Un Gentilhomme
à moi ,apelé Beauchêne , me
releva , & me remit à cheval ; &
quoique je fouffriffe des douleurs
incroyables , & que je fuffe obligé
de me tirer les cheveux , pour
m'empêcher de mévanouir, j'achevai
ma courfe de cinq lieües , avant
que le grand Maître qui me fuivoit
à toute bride , avec tous les coureurs
de Nantes ( au moins fi l'on
en veut croire la chanfon de Marigay
me pût joindre . Je trouvai
au lieu deftiné M. de Brifac & M.
de Sevigni avec leBatteau ; je m'e
་
10
LE MERCURE
vanoüis en y entrant ; on me fit
revenir en me jettant un verre
d'eau furle vifage .Je voulu remonrer
à cheval , quand nous eufmes
paffé la Riviere ; mais les forces
me manquerent , & M. de Briffac
fut obligé de me faire mettre
dans une groffe Meule de foin ;
& il me laiffa avec un Gentilhomme
à moi , appellé Monté ,
qui me tenoit entre fes bras. Il emmena
avec lui Joli qui feul avec
Monté, m'avoit pû fuivre ; les
chevaux des autres ayant manqué;
& il tira droit à Beaupreau , à deffein
d'y affembler la Nobleffe , pour
me venir tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle fe mettra en
état de cela , je me fens obligé de
vous raconter deux ou trois actions
particulieres de mes pauvres Domeftiques
, qui ne meritent pas d'-
être oubliées . ParisDocteur de Navarre
, qui avoit donné le fignal
avec fon Chapeau , aux quatre Gentils-
hommes qui me fuivirent en
cette occafion , fut trouvé fur le
DE JUIN. 11
bord de l'eau par Coulon Ecuyer
du Maréchal , qui le prit , en lui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; il dit à Coulon &
d'un ton niais & Normand , je le
diray à M. le Maréchal , que vous
vous amufez à battre un pauvre
Prêtre ,parce que vous n'ofés vous
prendre à M. Le Cardinal , qui a
de bonsPistolets à l'arfon de fa Selle.
Coulon prit cela pour bon , &
il lui demanda où j'étois . Ne le
voyez vous pas , dit le Docteur ,
qui entre dans ce Village . Vous
remarquerez , s'il vous plaît , qu'-
il m'avoit vupaffer l'eau , & il me
fauva ainfi. Il faut avouer que
cette prefence d'efprit n'eft pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre . Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit , étoit ce Beauchefne
dont je vous ay parlé cy- devant,
dont le cheval étoit outré & qui
>
12 LE MERCURE
n'avoit pas pû me fuivre . Coulon
le prenant pour moi , courût à lui,
& comme il le voïoit foûtenu par
beaucoup de Cavaliers qui étoient
preits à le joindre , il l'aborda , le
Piftolet à la main. Beauchefne
s'arrêta fur eux en la même pofture
, & il eût la fermeté de s'aperçevoir
dans cet instant , qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze -
pas de lui , il fe jetta dedans , penlant
qu'il arrêteroit Coulon , en
lui montrant un de fes Piſtolets ;
& il mit l'autre à la tête du Batelier
: fa réfolution ne le fauva pas
feulement , mais elle contribua
à me faire fauver moi- même ; parce
que le Grand Maître ne trou→
vant plus ce Bateau , fut obligé d'-
aller paffer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foin-
Je demeurai caché plus de heures,
avec une incommodité que je
ne puis vous exprimer , j'avois l'épaule
rompue & demife , j'y avois
une contufion terrible : la fiévre
me prit furles neuf heures du foir.
L'alteration
DE JUIN.
L'alteration qu'elle me donoir , étoit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du foin nouveau. Quoique
je fuffe fur le bord de la Riviere
, je n'ofois boire , parceque,
fi nous fuffions fortis de la Meule ,
Monté & moi , nous n'euflions eu
perfonne pour raccommoder le
foin qui eut paru remué , & qui
eut donné lieu par conféquent ,
à ceux qui couroient aprés moi ,
de foüiller. Nous n'entendiens
que des Cavaliers qui paffoient à
droite & à gauche , nous reconnûmes
même Coulon à la voix.
L'incommodité de la foif eft incroyable
& inconcevable à qui nẹ
l'a pas éprouvée. Mr de Roife Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs , que M. de Briffae avoit averti
en paffant chez lui , vint fur
les deux heures après minuit , me
prendre dans cette meule de foin :
Après qu'il eut remarqué qu'il n'y
avoit plus de Cavalerie aux en
virons , il me mit fur une civiere
à fumier , & il me fit porter par
Juin 1717.
B
14
LE MERC URE
deux Païfans dans la grange d'une
maifon qui étoit à lui , à une
lieuë de là : Il m'y enfevelit encore
dans le foin ; mais , comme
j'y avois de quoi boire , je m'y
trouvai même délicieufement. Mr
& Mde de Briffac m'y vinrent prendre
au bout de fept ou huit heures,
aves quinze ou vingt chevaux
& ils me menerent à Beaupreau ,
où je trouvai l'Abbé de Bellebat ,
qui les y étoit venu voir , & où je ne
demeurai qu'une nuit , jufqu'à
ce que la Nobleffe y fut affemblée.
Mr de Briffac étoit fort aimé dans
tout le Païs , & il mit enfemble
dans ce peu de tems , plus de 200
Gentils-Hommes . Mr de Retz qui
l'étoit encore plus dans fon Quartier
, le joignit à quatre lieues de
là avec 300. Nous paffâmes prefque
à la vûë de Nantes , d'où
quelques Gardes du Maréchal
fortirent pour efcarmoucher. Ils
furent repouffes vigoureufement
jufques dans la Barriere . Nous
arrivâmes à Machecoul , qui eft
DE JUIN. 15
dans le Païs de Retz , avec toute
forte de fûreté. Mde de Briffac
fe porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mde
de Retz au contraire , mouroient
de peur du Maréchal de la Meil
leraye , qui enragé qu'il étoit de
mon évafion , & encore plus de ce
qu'il avoit été abandonné de toute
la Nobleffe , menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
fang. Leur frayeur alla jufqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire , que mon mal n'étoit
que délicateffè , qu'il n'y avoit
rien de démis , & que j'en ferois
quitte pour une contufion. Le
Chirurgien affidé de Mr de Retz
le difoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'expofalle
pour une délicateffe , toute
ma Maiſon , qui alloit être inveftié
au premier jour dans Machecout .
J'étois cependant dans mon lit
oùje fentois des douleurs incroya
bles , & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
Bij
16
LE
MERCURE
difcours m'impatienterent au point,
que je pris la réfolution de quizter
tous ces gens -là , & de me
jetter dans Belle- Ifle , où je pourois
au moins me faire tranfporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que Mr le Maréchal
de la Meilleraye avoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laiffai pas de le hazarder ; je m'embarquai
au Port de la Roche , qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul , fur une Chaloupe
que Gifelaye Capitaine de Vaif
feau , bon-homme de Mer , voulut
piloter lui- même. Le tems - nous
obligea de moüiller , & d'être dé-
Couverts par une Chaloupe qui
nous vint reconnoître la nuit. La
Gifelaye qui fçavoit la Langue &
le Païs , s'en démella fort bien.
Nous nous remîmes à la voile à
la pointe du jour , & nous découvrîmes
quelque tems aprés , une
Barque longue de Bifcayens , qui
nous donnerent la chaffe. Nous
la prîmes à la confidération de. MI
DE JUIN. 17
de Briffac , qui n'eut pas pris plaifir
d'être mené en Espagne , parce
qu'il ne fe fauvoit pas de Prifon,
comme moi , & que l'on eut pû
par conféquent , lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longue faifoitforce de vent fur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux , de nous jerter à terre.
dans l'ifle de Rhé. La Barque fit
quelque mine de nous y fuivre ;
elle borda affés long - tems à nôtre
vûë , aprés quoi elle reprit la Mér.
Nous nous remîmes la nuit , &
nous arrivâmes à Belle- Ifle , à la
pointe du jour. Je fouffris tout ce
que l'on peut fouffrir dans ce trajet
, & j'u befoin de toute la for- .
ce de ma conftitution , pour deffendre
& fauver de la Gangrenne
une contufion auffi grande que
la mienne , & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du fel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle- Ifle le même
dégoût qu'à Machecoul ; mais ,
Biij
18 LE MERCURE
.
je n'y trouvai pas dans le fonď
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz , que
le Commandeur de Neufchaife
qui étoit à la Rochelle , avoit ordre
au premier jour , de m'inveftir
dans Belle - Ifle ; l'on y apprit
que le Maréchal faifoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons &
véritables , mais il s'en falloit
bien qu'ils fuffent fi preffans qu'on
les croyoit : Il falloit du tems pour
les rendre tels , & plus qu'il n'en
eut falu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul ,
infpira de l'indifpofition à Belle-
Ifle ; & je commençai à m'en appercevoir
, en ce qu'on commença
à croire que je n'avois pas en
effet l'épaule démife , & que la
douleur que je recevois de ma
contufion , faifoit que je m'imaginois
que mon mal étoit plus .
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne fauroit croire le chagrin
que l'on a de ces fortes de mur-
•
DE JUIN 19
mures , quand l'on fent qu'ils font
injustes : Ce qui eft vrai , eft que
ce chagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'eſt pas longreins
, fans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets , ou de la
frayeur , ou de la laffitude . Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux , dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni ,
homme de coeur , mais intereffé ;
craignoit que l'on ne lui rafât fa
maifon , & Mr de Briffac qui
croyoit avoir fuffisamment réparé
la pareffe , plutôt que la foibleffe
qu'il avoit témoignée dans le cours
de ma Prifon , étoit bien aife de
finir , & de ne point expofer fon
repos à une agitation , à laquelle
on ne voyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux , de les voir hors d'une af
faire , à laquelle ils n'étoient engagez
que pour l'amour de moi.
La difference eft , que je ne croyois
pas le péril fi prefent , ni
pour eux ni pour moi , que je ne
T
20 LE MERCURE
puffe au moins,à mon fens , prendre
le tems , & de me faire traiter
, & de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable , pour naviguer.
Ils me voulurent perfuader
de paffer en Hollande fur un Vaiffeau
de Hambourg, qui étoit à la
rade , & je ne crû pas que je duffe
confier ma perfonne à un Inconnu
qui me connoiffoit & qui pouvoit
me mener à Nantes , comme
en Hollande. Je leur propofai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Bifcaïe , qui étoit moüillée
à notre vue , à la pointe de
l'ifle, & ils appréhenderent de
fe criminalifer par ce commerce
avec les Efpagnols ; tant fut procedé,
que je m'impatientai de toures
les allarmes que l'on prenoît
& que l'on vouloit prendre à tous
momens , & que je m'embarquai
fur une Barque de Pefcheurs , où
il n'y avoit que cinq Mariniers, de
Belle-Ife , Joly , deux Gentilshommes
à moi , dont l'un s'appeloit
Borfgnerin & Sallé , & un VaDE
JUIN 21
let de Chambre que mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines ; ce qui nous
vint affés à propos , parce que nous
n'avions que fort peu d'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé ,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes .
Cofte fon beau- pere , n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir :
Mr de Briffac me prêta 80 Piltoles
, & celui qui commandoit dans
Belle- Ifle , 40. Nous quittâmes
nos habits , nous prîmes de méchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnifon , & nous nous
mîmes à la rame , à l'entrée de la
nuit , à deffein de prendre la route
de Saint Sebastien , dans le Quipufcoa.
Ce n'est pas qu'elle ne
fut affés longue pour un Bâtiment
de cette nature ; mais c'étoit le
lieu le plus proche où je pouvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems , toute la nuit ;
il calma à la pointe du jour , mais
ce calme ne nous donna pas
beau
22 LEMERCURE
,
>
coup de joye ; parce que nôtre
Bouffolle qui étoit unique , tomba
dans la Mer , par je ne fçai quel
accident. Nos Mariniers qui
fe trouverent fort étonnés
& qui d'ailleurs étoient fort
ignorans ne fçavoient où ils
étoient , & ne prirent de route ,
que celle qu'un Vaiffeau qui nous
donna la chaffe , nous força de
courir. Ils reconnurent à ſon gabarit,
qu'il étoit Turc & deSale.Comme
il broüilla fes voiles fur le foir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre , & que par confequent nous
n'en pouvions être loing. De petits
oifeaux , qui venoient fe percher
fur nôtre Mât , nous le marquoient
d'aillieurs affez. La queftion
étoit , quelle terre ce pouvoit
être , car nous craignions
autant celle de France , que celle
des Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmes tout le lendemain
; & un Vaiffeau dont nous
nous voulûmes aprocher , pour
DE JUIN. 23
nous en éclaircir , nous tira pour
toute réponſe , trois vollées de canon.
Nous avions fort peu d'eau
& nous aprehendions d'être chargés
en cet endroit par un gros
tems ,auquel il y avoit déja quelque
apparence. La nuit fut affez
douce : Nous aperçûmes à la pointe
du jour,une chaloupe à la Mer,
& nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine , parce qu'elle
apprehendoit que nous ne fuffions
Corfaires. Nous parlâmes Efpagnol
& François , à trois hommes
qui étoient dedans , & ils n'entendoient
ni l'une , ni l'autre Langue.
L'un d'eux fe mit à crier San Sebaftian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient . Nous lui
montrâmes de l'argent , & nous
lui repondîmes San Sebaftian
pour lui faire connoître que c'étoit-
là où nous voulions aller : Il
fe mit dans nôtre Barque , & il
nous y conduifit ; ce qui lui fut fort
parce que nous n'en étions
bien loing. Nous ne fûmes
aifé ,
pas pas
24
LE MERCURE
plutôt arrivez , que l'on nous demanda
nôtre Charte. Cette Charte
eft fi néceffaire à la Mer , que
tout homme qui navige fans l'avoir
, eft pendable fans autre forme
de procés. Le Patron de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas befoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits que nous
avions , obligea les Gardes du
Port de nous dire , que nous avions
la mine d'être pendu le lendemain;
mais nous leur répondîmes
que nous étions connus de Mr le
Baron de Vateville qui étoit au
pallage , & qui d'abord , jugea par
ces habits tous déchirez , que
j'étois un Impofteur . Il ne le témoigna
pourtant pas à tout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie . Il
me fit un fort long compliment ,
mais embaraffé , & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poite où
il étoit , de voir foavent des trompeurs.
Ce qui commença à l'all'û-
Ter
DE JUIN. 25
rer , fut l'arrivée de Beauchefne
que j'avois dépêché de Beaupreau ,
à Paris , & que mes amis me
renvoyerent en diligence , auffitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebaftien. Il le trouva fi bien
informé des nouvelles , qu'il eut
lieu de croire , qu'il n'étoit pas
un Courier fuppofé , & il l'en
trouva même beaucoup mieux inftruit
, qu'il ne fouhaitoit ; car , ce
fut lui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'Ef
pagne dans les lignes d'Arras ,
& cet avis que Mr de Vateville
fit paffer en diligence à Madrid ,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchefne me l'apporta
avec une diligence incroyable
, far une Frégate de Corfaire
Bifcain , qu'il trouva à la pointe
de Belle-ifle , & qui fut ravie de
fe charger de fa perfonne & de
fon paffage , fçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebaftien .
Mes amis me l'envoyerent , pour
m'exhorter à prendre le chemip
·Juin 1717.
C
26 LE MERCURE
de Rome , plûtôt que celui de
Meziere , où ils appréhendoient
que je vouluffe me jetter . Cet avis
étoit certainement le plus fage ,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement . Je le fuivis fans
héfiter , quoique ce ne fut pas
fans peine. Je connoiffois affés la
Cour de Rome , pour fçavoir que
le poſte d'un Refugié & d'un Suppliant
n'y eft pas agréable , & mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin , étoit plein
de mouvemens qui m'euffent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux , où j'euffe pû donner un
champ plus libre à mon reffentiment.
Le confeil de mes amis
l'emporta fur mes vûës : Ils mereprefenterent
que l'azile naturel
d'un Cardinal & d'un Evêque perfecuté,
étoit leVatican ; Mais il
des tems dans lefquels il n'eft pas
malaifé de prévoir , que ce qui devroit,
fervir d'azile , peut facillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choifis : & quelque
y a
DE JUIN. 27
évenement que ce choix ait û , je
ne m'enfuis jamais repenti , par
ce qu'il eût pour principe , la déférence
que je rendis au conſeil
de ceux à qui j'avois obligation. Je
l'eftimerois d'avantage , s'il avoit
été l'effet de ma moderation & du
défir de m'employer à mon établiffement
par les voyes Ecclefiaftiques
. Il ne tint pas aux Efpagnols
que je ne priffe un autre parti. Auf
fitôt que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz ,
ce qu'il fit en huit ou dix heures ,
& par les circonftances que je vous
ai marquées , & par un Secretaire
Bourdelois qu'il avoit , qui m'avoit
vû à Paris plufieurs fois ; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage , & m'y
tint fi couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à 3 lieuës de Saint Sebastien , eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès , que j'y étois arrivé , il
fut trompé lui-même le jour furvant
, au point d'en dépêcher un
Cij
28 LE MERCURE
autre , pour s'en dédire. Je fus trois
femaines dans un lit fans pouvoir
me remettre , & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable , ne voulut pas entrepren
dre de me traiter , paree qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule abfolument
démife , & il me condamna
à être eftropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boifguerin au
Roi d'Espagne , auquel j'écrivis ,
pour le prier de me permettre de
paffer par fes Etats pour aller à
Rome . Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro , audelà de
tout ce que je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès le lendeanain
; on lui donna une chaîne de
800. écus ; on m'envoya une litiere
du Corps , & on me dépêcha en
diligence. Don Chriftoval de Chaf-
Jambon Allemand , mais espagnolife
, & Secretaire des Langues
trés- confideré de Don Louis . Il
n'y a point d'effort que ce Secretaire
ne fit pour m'obliger d'aller à
DE JUIN. 200
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage feroit au
fervice de Sa Majefté Catholique ,
& par l'avantage que mes ennemis
prendroient contre moi. L'on
ne comprenoit pas ces raifons ,
qui étoient pourtant , comme vous
voyez , affés bonnes : & comme
je m'en étonnois , Vateville , qui
en prefence du Secretaire , avoit
été de fon avis , même avec vehemence
, me dit : Ce voyage coûteroit
soooo . écus au Roi , & peutêtre
à vous l'Archevêché, il ne fe
roit bon à rien , & cependant ilfaut´
que je parle comme lui , ou je ferois
brouillé à la Cour. Nous agiffons
fur lepied de Philippe II. qui avoit
pour maxime , d'engager toujours les
Etrangers par des démonstrationspu
bliques . Cette parole eft confiderable ,
& je l'ai moi-même appliquée pluš
d'unefois , en faifart reflexion fur
la conduite du Conseil d'Espagne
It
m'aparu en plus d'une occafion , qu'il
pêche autant par l'attachement trop
opiniarre , qu'il a àfes maximes gér
Ciij.
LE MERCURE
30
nérales , que l'on pêche en France
par le mépris que l'on fait & desgênérales
& des particulieres.
"
Quand D. Chriftoval vit , qu'il
ne pouvoit pas me perfuader d'al
ler à Madrid il n'oublia rien.
pour m'obliger à m'embarquer
fur une Fregate de Dunkerque
, qui étoit à S. Sebaſtien ; &
il me fit des offres immenfes en
cás que je vouluffe aller en Flandres,
traiter avec M le PRINCE,
me déclarer avec Meziere , Charleville
, & le Mont - Olimpe. II
avoit raifon de me propofer ce
party qui étoit en effet du fervice
du Roy fon Maître. Vous avez
vâ celle que j'û de ne le pas accepter.
Ce qui fut trés honnête
eft que tous mes refus n'empêchérent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours ,
dans lequel il y avoit 4000 écus
en piéces de quatre . Je ne crû
pas les devoir recevoir , ne faifant
rien pour le fervice du Roy
Catholique ; je m'en excufai fur
DE JUIN 37*
ce titre avec tout le refpect que
je devois : Et comme je n'avois ,
les miens .
pour moi , & pour
ni linge , ni habits , & que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines, furent prefque confommez
, en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; je le
priai de me donner 400 piſtoles ,
dont je lui fis ma promeffe , &
que je lui ai rendues depuis. Aprés
que je me fus un peu rétabli , je
partis de Saint Sebaftien , & je pris
la route de Valence pour m'embarquer
à Vinaros , où Don Chrif
toval me promit que Don Iuan d'
Autriche , qui étoit à Barcelonne,
m'envoyeroir une Fregatte & une
Galere. Le paffai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne ,
toute la Navarre , fous le nom de
Marquis de S. Florent , & fous la
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui difoit que j'eftois un
Gentil-homme de Bourgogne , qui
alloit fervir le Roy dans le Milanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,··
LE MERCURE
Ville affez confiderable au delà
de Pampelune , je trouvai le Peuple
affez émů. On y faifoit la nuic
des feux & des Corps de Gardes.
Les Laboureurs desenvirons s'étoient
foulevez ; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chaffe , ils étoient
entré dans la Ville , & ilsy
avoient fait beaucoup de violence
& même pillé quelques maifons.
Un Corps de gardes qui fut
pofé à dix heures du foir devant
'Hôtellerie où je logeois , commença
à me donnerquelques foup .
çons que l'on en ût pris de moi :
Mais une Litière du Roy , avec
les Muletiers de fa livrée , me raffuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épée fort longue & une'
grande Rondache à la main;il me dit
qu'il étoit lefils du Logis , & qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû , qu'il croyoit que
j'étois un François venu exprès ,
pour fomenter la revolte des Laboureurs
: Que l'Alcade , ne fec
DE JUIN. 33
;
voit lui-même ce qui en étoit
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte , pour
m'égorger, & que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis , commençoit
à murmurer & à s'échauf
fer. Je priai D. Martin de leur faire
voir fans affectation , la litiere du
Roy , de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en converfation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de M de Vateville. Il entra
juſtement dans ma chambre dans
ce moment , pour me dire que c'étoient
des Endemoniados , qui n'en
tendoient,ni rime , ni raiſon,&qu'ils
l'avoient lui - même menacé de le
maffacrer. Nous paffâmes ainfi
toute la nuit , ayant pour ferenade
une multitude de voix confufes ,
qui chantoient , ou plûtôt qui hurloient
des chanfons contre les Fran
çois. Je crû le lendemain au ma.
de faire
tin , qu'il étoit à propos
voir à ces gens - là , par nôtre
affùrance , que nous ne nous
renions pas pour François. Je vou34
LE MERCURE
1
fu fortir pour aller à la Meffe ; jo
trouvai fur le pas de la porte, une
fentinelle , qui me fit rentrer affez
promptement , en me mettant le
bout du Moufquet dans la tête ,
& en me difant qu'elle avoit ordre
de l'Alcade de me commander
de la part du Roy, de me tenir
dans mon Logis . J'envoyai D.
Martin à l'Alcade , pour lui dire
qui j'étois , & D. Pedro y alla
avec lui. Il me vint trouver en
même tems , il quitta fa Baguette à
La Porte de ma Chambre , il mit un
genouil en terre en m'adorant , il
baifa le bas de mon Jufte - au- Corps ,
mais il me déclara qu'il ne pouvoit
me laiffer fortir , qu'il n'en ût ordre
du Viceroy de Navarre , qui
étoit à Pampelune . D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville , &
il revint avec beaucoup d'excuses .
On me donna so Moufquetaires
d'efcorte , montés fur des ânes ,
qui m'accompagnerent jufqu'à
Cortés. Je continuai mon chemin
par l'Arragon , & paffai par SarDE
JUIN. 35
ragoce Capitale de ce Royaume ,
belle & grande Ville . Je fus furpris
au dernier point , d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les rues . Il y en a en
effet une infinité , & particulierement
d'Artifans qui font plus affectionnez
à l'Espagne , que les
Naturels du Pais. Le Duc de
Monteleon Napolitain , de la Maifon
de Pignatelli , Viceroy d'Arragon
, envoya à 3 ou 4 lieues au
devant de moi un Gentil-homme ,
pour me dire , qu'il y fut venu
lui-même avec toute la Nobleffe ,
fi le Roi fon Maître , ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre contraire
, qu'il fçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête , comme vous voyez ,fur
accompagné de mille & mille galenteries,
& de tousles rafraichiffemens
imaginables que je trouvai
à Sarragoffe. Permettez - moi , s'il
vousplait de m'y arrêter , pour vous
rendre compte de quelques circon-
Stances , qui m'y parurent affés curienfes.
36 LE MERCURE
Ontrouve , avant d'entrer dans
la Ville de ce côté- là , l'Alcaçar
des anciens Rois Maures , qui eft
préfentement à l'Inquifition. Il y
a auprés , une Allée d'arbres ,
dans laquelle je vis un Prêtre qui
fe promenoit. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit le Curé d'Huefca Ville
trés - ancienne en Arragon
& que ce Curé faifoit la quaran
taine , pour avoir enterré depuis
trois femaines , fon dernier Paroiffien
, qui étoit effectivement
le dernier de 12000 perfonnes
mortes de la Pefte , dans fa Paroiffe.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragoffe
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent : Mais
il ne fit pas reflexion que Nuestra
Senora del pilar , qui eft undes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Ef
pagne , ne fe pouvoit pas voir
Tous ce titre. L'on ne montre jamais
à découvert cette Image
miraculeufe
>
DE JUIN... 37
miraculeufe , qu'aux Souverains
& aux Cardinaux , le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre ; de forte que quand l'on
me vit dans le Baluftre avec un
Jufte-au- Corps de Velours noir &
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville ,
au fon de la Cloche , qui ne fonne
que pour cette cérémonie , crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoit , je crois , plus de 200
caroffes de Dames , qui me firent
cent & cent galanteries , auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Efpagnol .
Cette Eglife eft belle en elle
même , les richeffes & les ornemens
en font immenfes , & le
Thréfor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui fervoit à
allumer les Lampes qui font en
nombre prodigieux , & l'on
me dit que l'on l'avoit vût fept ans
à la porte de cette Eglife , avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
-Juin 1717. D
23 LE MERCURE
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'affûrerent que toute
la Ville l'avoit vâ , comme eux
& que fifi je voulois encor attendre
deux jours , je parlerois à plus
de 2000 hommes de dehors qui
l'avoient vû comme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert fa jambe
à ce qu'il difoit , en ſe frottant
de thuile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa .
ble , & il eft vray encore qu'à une
journée de Sarragoce , je trouvai
les grands chemins couverts de
gens , de toutes fortes de qualitez
qui yaccouroient . J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui fe peut dire non pas
feulement le pais le plus fain ,
mais encor leplus beau Jardin du
monde . Les Grenades , les Orangers
, les Curoniers y font les Paliffades
des grands chemins, Les
plus belles & les plus claires Eaux
du monde leur fervent de canaux .
Toute la Campagne qui eft émailDE
JUIN. 39
lée d'un million de fleurs differentes
qui fatent la vuë , y exhale
un million d'odeurs differentes qui
charment l'odorat . J'arrivai ainfi
à Vinaros où D. Fernand Carillo
Général des Galeres de Naples ,
me joignit le lendemain , avec la
Patronne de cetre Efcouade , belle
& excellente Galere , & renforcée
de la meilleure partie de la
Chiourme , & de la Soldatesque.
de la Capitane , que l'on avoit
prefque défarmée pour cet effet.
Don Fernand me rendit une lertre
de D. Juan d'Autriche , auffi
belle & galante que j'en aye jamais
vû: Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'une Fregate de
Dunkerque qui étoit à la même
plage , & qui étoit montée de 36
piéces de canon.Celle-ci étoit plus
fure pour paffer dans une faifon
auffi avancée; car nous étions dans
le mois d'Octobre . Je choifis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux. D.Chriftoval de Car
donne , Chevalier de S. Jacques,
Diij
40 LE MERCURE
arriva à Vinaros un quart d'heure
aprés D. Fernand Carillo , & il
me dit que Monfieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoit
envoyé pour m'offrir tout ce
qui dépendoit de lui : Qu'il fçavoit
que j'avois refufé ce que le Roy
Catholique m'avoit offert à Saint
Sebaftien ; qu'il n'ofoit par cette
raifon , me preffer de recevoir ce
qu'an Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il fçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent ; que j'étois fort liberal
, & que je ne ferois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme , il eſperoit que je ne
refulcrois pas quelques petits rafraichiffemens
pour elle . Ces rafraichiffemens
confiftoient en fix
grandes piéces pleines de toute
forte de confitures , de plufieurs
douzaines de pairs de gans d'Efpagne
exquis & d'une bourfe de
fenteur , dans laquelle il y avoit
DE JUIN,
"
2000 piéces d'or fabriquées de
Floride , qui revenoient à 2000 ,
200 , ou 300 Pistoles . Je reçû
le prefent fans en faire aucune
difficulté , en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de fervir fa Majefté Catholique
,je croyois que je manquerois
à mon devoir en toutes maniéres ,
fi je reçevois les grandes fommes
qu'elle avoit eûe la bonté de me
faire apporter à S. Sebaftien &
offrir à Vinaros ; mais que je croirois
aufli manquer au refpect que
je devois à un auffi grand Monarque
, fi je n'acceptois le fecond
dont il m'honoroit. le le reçû
donc , mais je donnai , avant de
m'embarquer,les confitures auCa
pitaine de la Galere , les gands à
D. Fernand , & l'or à D. Pedro ,
pour Mr le Baron de Vateville ;
en lui écrivant que comme il m'avoit
dit plufieurs fois qu'il étoitaf.
fez embaraffé acaufe de '' extreme
dépense qui étoit neceffaire pour
Diiij
42 LE MERCURE
achever l'Admiral des Indes d'Occident
qu'il faifoir conftruire à S.
Sebaſtien , je lui envoyois un petit
grain pour foulager fon mal de
tête , c'est ainsi qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vaiffeau
lui donnoit. Ma manière d'agir
en ce rencontre fut un peu outrée
l'eû raifon de donner le rafraichiffement
de Victuailles au
Capitaine ; il étoit indifferent de
retenir les gands d'Espagne ou de
les donner à D. Fernand , il eût.
été de la bonne conduite de retenir
les 2000 , & tant de Piftoles.
Les Efpagnols ne me l'ont jamais
pardonné : Ils ont toûjours attribué
à mon averfion , ce qui n'étoit
en moi , dans la verité , qu’-
une fuite de la profeffion que j'avois
toujours faite de neprendre de
l'argent de perfonne. Ie m'embarquai
à la feconde garde de la nuit
avec un gros tems , mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en
poupe. Nous faifions trois mille
DE IUIN. 43
par heure&nous arrivâmes le lendemain
à Maiorque Comme il
y avoit de la pefte en Arragon,
tout ce qui venoit de la Côte
d'Efpagne étoit fufpect à Maïorque
: Il y eût beaucoup d'allée & :
de venue pour nous faire donner
pratique , à laquelle le Magiftrat
de laville s'opofoit avec vigueur.
Le Viceroi qui n'eft pas à beaucoup
prés fi abfolu dans cette Ifle ,
que dans les autres Royaumes d'-
Efpagne , & qui avoit eû ordre
du Roy fon Maître , de me faire
toutes les honneftetez poffibles,fit
tant par fes inftances , que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville , à condition
de'n'ypoint coucher.Cela vous
paroît fans doûte affez extravagant
, parce que l'on porte le mauvais
air dans une Ville , quoiqu'on
n'y couche pas.lele dis l'aprés- dîné
à un Cavalier Majorquin , qui me
répondit ces propres paroles , que
je remarquai , parce qu'elles peuvent
s'appliquer à mille rencon44
LE MERCURE
tres que l'on fait dans la vie .
Nous ne craignons pas que vous nous
apportiez du mauvais air , parceque
nousfçavons bien que vous n'-
eftespaspaffé àHuesca , mais consme
vous vous en eftes aproché , nous
fommes bien aife defaire en vôtre
perfonne un exemple qui ne vous incommode
pointe qui nous accomode
·pour les fuites. Cela en Espagnol ,
eft plus fubftantiel , & méme plus
galant qu'en François. Le Viceroy
qui eft un Commandeur
Arragonois
, dont j'ai oublié le nom , me
vint prendre avec 100 ou 120 caroffes
pleins de Nobleffe , & la
mieux faite qui foir en Espagne.
Il me mena àla Meffe à la Cathédrale
, où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité , plus belles l'une que
l'autre ; & ce qui eft de merveilleux
, c'eft qu'il n'y en a point de
laides dans toute l'lfle ; au moins ,
elles y font trés-rares : Ce font
pour le moins , des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis &
de Rofes. Les femmes du bas peu-
・
DE IUIN 41
ple que l'on voit dans les rues ,
font de cette efpéce . Elles ont
comme une Coëffure particuliere,
qui eft fort jolie. Le Viceroy me
donna un dîner magnifique , dans
une fuperbe Tente de Brocard
d'or , qu'il avoit fait élever fur le
bord de la Mer. Il me mena aprés ,
entendre une Mufique dans un
Couvent de Filles , qui ne cédoient
pas en beauté aux Dames
de la Ville : Elles chanterent à la
Grille , à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
& plus paffionnées , que ne
font les Chanfons de Lambert .
Nous allâmes nous promener fur
le foir , aux environs de la Ville' ,
qui font les plus beaux du monde ,
& tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous revinfimes
chez le Viceroy , la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon , & qui étoit affife fous
un grand Dais , toute brillante
de Pierreries , donnoit un merveilleux
luftre à 60 Dames qui
46 LE MERCURE
étoient auprés d'elle, & qui'avoient
été choifies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
, dans la Galere , au bruit de
route l'Artillerie des Baftions , &
d'une infinité de Haut- Bois &. de
Trompettes . J'employai à ce divertiffement
, les trois jours que
le mauvais temps m'obligea de
paffer à Majorque. J'en partis le 4.
avec un vent frais , & en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures , & j'entrai fort hûreufement
avant la nuit au Port Mahon,
qui eft le plus beau de la Méditerranée
. Son embouchure eft fors
étroite , & je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y puiffent paffer
en voguant . Il s'élargit tout d'un
coup , & fait un Baffin oblong , qui
a une grande demie-lieuë de large ,
une bonne lieuë de long. Une
grande Montagne qui l'environne
de tout côté , fait un Théatre , qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte , ఈ
DE IULN. 47
par les uiffeaux qu'elle jette avec
une abondance prodigienfe , ouvre
mille & mille Scenes , qui fontfans
exagération , plus furprenantes ,
que celles de l'Opera. Cette même
Montagne ,
, ces mêmes Rochers
couvrent le Port de tous les vents ;
& dans les plus grandes tempêtes
il eft auffi calme , qu'un Baffin de
Fontaine , & auffi uni qu'une glace.
Il eft partout d'une égale profon
deur , & les Galions des Indes y
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection ,
ce Port eft dans l'Ile de Minorque :
qui donne encoreplus de chair &toutes
fortes deVictuailles néceffaires à
la Navigation , que celle de Majorque
neproduit deGrenades , d'Oranges&
de Limons. Le tems groffit extrémement
, aprés que nous fumes
entrez dans le Port , au point
que nous fumes obligez d'y deancurer
quatre jours . D. Fernand
Carillo , qui étoit Homme de
Qualité , âgé feulement de 24
ans , fort honnête & civil , cher48
LE MERCURE
cha à me donner tout le divertif
fement que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chaffe y étoit
la plus belle du monde , en toute
forte de Gibier , & la Pefche en
Poiffons . En voici une maniere
particuliere, ce mefemble, à ee Port.
Alprit cent Turcs de la Chiourme ,
il les mit de rang , il leur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieufe
groffeur , ilfit plonger 4 de fes Ef
claves , qui attacherent ce cable à
une fortgroffe pierre ; ils la tirerent
apres , à force de bras , avec
leurs Compagnons , au bord de
l'ean ; ils n'y réffirent qu'aprés des
efforts incroyables : Ils n'eurent
gueres moins de peine à caffer cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvérent
dedans , fept on buit écailles,
moindres les Huitres en grandeur
, mais d'un goût , fans.comparaifon
plus relevé. On lesfait cuire
dans leur eau , & le manger en
eft délicieux. Le tems s'étant adouci
, nous fîmes voile pour paffer
le Golfe , qui cominence en
que
cet
DE JUIN.
49
cet endroit. Il a cent lieues de
long & quarante de large , & il eſt
extrémement dangereux tant à
caufe des Montagnes de fable ,
que l'on prétend qu'il éléve & qu'il
roule quelquefois , que parce qu'il
n'y a point de Port fous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
côté, n'eft pas abordable ; celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre ,
eft trés-mauvaife : Enfin le trajet
n'en eft point agréable pour les Galeres
, pourpeu que la faifon foit avancée
, & elle l'étoit beaucoup
parce que nous étions fort proche de
La Touffaint , où il fait ordinairement
àla Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo , qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturiers , m'avoшiat
qu'une médiocre Fregate eût été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere . Il fe trouva
par l'événement > que la
moindre Felouque eût éré auffi
bonne que la meilleure Frégate.
Nous paffàmes le Golfe en 36
Juin 1717.
E
so
LEMERCURE
heures , par le plus beau tems
du monde , avec un vent qui ne
laiffoit pas de nous fervir & ne
nous obligeoit prefque pas à mettre
fur le Bourcet de la chambre
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre . Nous entrâmes
ainfi dans le Canal qui eft
entre laCorfe & la Sardaigne. D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuage qui lui faifoit apprehénder
changement de tems , me propofa
de donner fond à Porto Condé,
qui eft un Port def-habité dans la
Sardaigne , ce que j'agreai . Son
apprehenfion s'étant évanouie
avec les nuages , il changa d'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pour moi , car M. de Guife qui
alloit à Naples avec l'armée Navale
de France , étoit moüillé à
Porto Condé avec fix Galeres.
D. Fernand Carillo qui le fçût
deux jours aprés, me dit qu'il fe
fut noqué de ces fix Galeres ;
parce que la fienne qui avoit 450
DE
JUIN
SI.
hommes de
Chiourme , fe fut aifement
tirée
d'affaire ; mais, c'eût
toûjours été une affaire , dont un
homme qui fe fauve de Prifon ,
fe paffe encore plus
facillement
qu'un autre. La Fortereffe de S.
Boniface qui eft en Corfe & aux
Genois , tira 40 coups de Canon
en nous voyant , & comme nous
en
paffions trop loin
, nous
, pour en
jugeâmes
être falué
qu'elle nous faifoit quelque fignal
, & il étoit vrai ; car , elle
Dous avertiffoit qu'il y avoit des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne le prîmes pas ainfi ,& nous crûmes
qu'elle nous vouloit faire
connoiftre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
fortir du Canal , étoit Turquoife ,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaiſie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit
, fi je le lui permettois , le
plaifir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure. Il commanda
que l'on donna chaffe à la
E ij
52
LE MERCURE
au
Fregate qui paroiffoit effectivement
faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate , ne remarqua
pas un Banc de fable , qui ne
paroiffoit pas à la vérité
deffus de l'eau ; mais qui eft fi
connu , qu'il eft même marqué dans
les cartes. La Galere toucha :
Comme il n'y a rien de fidangereux
à la mer, tout le monde s'écria
mifericorde. Toute la Chiourme
fe leva pour effayer de la déferrer
& de fe jetter à la nage. D.
Fernand Carillo qui joüoit au Fiquet
avec Joly dans la Chambre
de Poupe , me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui , en
me criant que je la tiraffe , & il
tira la fienne pour aller fur le
Courfier , charger à coups deftramaçons
, tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatefque firent la même
chofe ,› parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme ,, où il y avoit
beaucoup de Turcs ,
de Turcs , ne relevafDE
JUN .
53
fent la Galere , c'eft- à dire,ne s'en
rendiffent les Maîtres , comme il
eft arrivé quelquefois en de femblables
occafions. Qand tour le
monde fe fut remis à la place , ilme
dit, de l'air du monde le plus froid
&le plus affûré J'ai ordre de S. M
de vous mettre en fûreté , il yfant
pourvoir. Je verrai aprés cela,fi la
Galere eft bleffée . En proferant cette
derniere parole , il me fit prendre
à force de corps par quatre Ef
claves , & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
Moufquetaires
Espagnols , aufquels
il commanda de me mener fur
un petit écueil qui paroiffoit à so
pas delà , & où il n'y avoit place
que pour quatre ou cing perfonnes .
Les Moufquetaires
étoient dans
canjufqu'à la ceinture , & ils me
firent pitié ; quand je vis , que
Galere n'étoit pas bleffée , je les y
voulu renvoyer ; mais ils me dirent
que fi les Corfaires qui étoient fur
le rivage,me voyoient fans une bonne
efcorte , ils ne manqueroient pas.
la
E iij
54 LE MERCURE
La
de me venir piller & égorger , ces
Barbares s'imaginans que tout ce
qui fait naufrage eft à eux.
Galere ne fe trouva pas bleffée ,
ce qui fut une manière de prodige.
On ne laiffa pas d'être plus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai fur la Galere. Comme
nous fortions du Canal , nous apperçûmes
encore la Frégate , qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus , avoit pris fa route. Nous
lui donnâmes la chaffe ; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures . Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Turquoife
, mais entre les mains des
Genois , qui l'avoient prife fur le
Turc , & qui l'avoient armée . Je
fus ,pour vous dire vrai , trés aile
que l'avanture ſe fut terminée
ainfi : Certe guerre ne me plaifoit
pas ; elle n'étoit pas grande , mais
une égratignure qui m'eut pû arriver
, l'eut rendue ridicule . D.
Fernand Carillo , qui étoit un jeu
DE JUIN $5
ne hommefort brave , me la propofa
, & je n'ût pas la force de
l'en refufer , quoique je viffe bien
que c'étoit une imprudence . Le
tems fe chargeant un peu , on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Vecchio. C'éft un Pòrt defhabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois , d'un Fort qui en
eft affés proche , vint nous avettir
de la part de fon Capitaine ,
que Mr de Guife étoit avec fix Galeres
de France à Porto Condé ,
qu'aparemment il nous avoit vu
paffer, & qu'il pourroit venir nous
furprendre. La même nuit , fur le
foir nous réfolûmes de nous
remettre à la Mer , quoique le
tems commençât à être fort gros ,
& qu'il y ût même quelque péril
de fortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à la bouche un écueil
de Rochers , qui jette un Courant
affés facheux. La bourafque augmenta
avec la Lune , & nous
umes une des plus grandes tempêtes
qui fe foit peut-être jamais .
›
"
56 LE MERCURE
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
fur la nôtre , & qui naviguoit
depuis cinquante ans , difoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil .
Tout le monde étoit en prieres , &
tout le monde fe confeffoit 11
n'y ût que D. Fernand Carillo , qui
communioit tous lesjours , quand il
étoit à Terre , & qui étoit d'une
Piété Angélique : Il n'y ût que
lui, dif-je , qui ne fe jetta pas aux
pieds des Preftres avec empreffement.
Il laisfoit faire les autres ,
mais , il ne fit rien en fon particculier,
& il me dit à l'oreille
Je crains bien que toutes ces Confeffions
, que lafeule peur produit
ne vaillent rien . Il demeura toujours
tranquile , donnant les ordres
avec une froideur admirable , &
en donnant du courage , mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples , qui faifoient
paroître un peu d'étonnement . Je
me fouviens toujours qu'il les appella
Senores foldados de Carlo
DE JUIN.
Quinto. Le Capitaine particulier
de la Galere , qui s'appeloit Vil
lanova , fe fit apporter au plus
fort du danger , fes manches en
broderie & fon écharpe rouge ,
en difant , qu'un véritable Efpagnol
devoit mourir avec la marque
de fon Roy. Il fe mit dans
un grand Fauteuil , & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain ,
qui ne pouvant tenir fur le Courfier
, marchoit à quatre pattes ,
en criant. Senor D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion , & le
Capitaine en le frapant , lui dit
Os enemigo de Dios pi de Confeçion :
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne , il me
répondit , que ce Vieillard fcandalifoit
toute la Galere . Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez auffi imaginer le ridicule.
Un Obfervantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre ; que
Saint François lui étoit apparu ,
38 LE MERCURE
l'avoit affuré que nous ne péririons
pas. ce ne feroit jamais fait,
fi j'entreprenois de vous décrire
les frayeurs & les impertinences
que
l'on voit en ces rencontres.
Le grand péril ne dura que fept
heures ; nous nous mîmes enfuite
unpeu à couvert fous la Pianonfe;
le tems s'adoucit , & nous gagnâmes
Portolongone . Nous y paffàmes
la Touffaint & la Fête des
Morts , parce que le vent nous
étoit contraire pour fortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol my fit
toutes les honnêtetés imaginables ;
& comme il vit que le mauvais
tems continuoit , il me confeilla
d'aller voir Portoferrare
, qui eft dans l'lfle d'Elbe ,
auffi bien que Porto Longone . Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre , & j'y allai à cheval . Je
vous ai tantôt dit , qu'il n'y a rien
de fi agréable dans le Théatre de
l'Opera , que la Scene du Port
Mahon , & je puis préfentement
vous dire avec autant de vérité ,
DE JUIN. 59
qu'il n'y a rien de fi pompeux
dans les repréfentations les plus
magnifiques que vous en avez
vûes,que tout ce qui paroît de cette
Place . Il faudroit être Homme
de Guerre pour vous la décrire .
Je me contenterai de vous dire ,
que fa force paffe fa magnificence:
Elle eft l'unique imprénable qui
foit au monde ; & le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. Il
l'alla vifiter , aprés qu'il ût prit
Porto Longone , dans le tems de
la Régence ; & comme il avoit
beaucoup de zéle pour le Service
de fon Maître , il dit au Commandeur
Griffory qui y commandoit
pour le grand Duc , que la
Fortification étoit bonne , mais que
fi le Roy fon Maître lui commandoit
de l'attaquer , il lui en rendroit
bon compte dans fix Semaines
. Le Commandeur Griffory
lui répondit , qu'il prenoit un trop
long tems , & que le Grand Duc
étoit fi fort Serviteur du Roy ,
qu'il ne faudroit qu'un moment .
60 LE MERCURE
>
Le Maréchal ût honte de fon emportement
, ou plûtôt de fon incivilité
, & il la répara en diſant,
vous êtes un galant Homme Mc
le Commandeur , & jefuis unfot ,
je confeffe que vôtre Place
eft imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes , &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore quand j'y
paffai. Le vent nous ayant permis
de fortir de Porto Longone ,
nous primes terre à Piombino ,
qui eft fur la Côte de Tofcane.
Je quittai dans ce lieu , la Galere ,
aprés avoir donné aux Officiers ,
aux Soldats & à la Chiourme
tout ce qui me reftoit d'argent ,
fans excepter la Chaîne d'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boifguerin. Je la lui achetai , &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovifio , qui est prince de Pombin.
Je ne réfervai que neuf Piftoles
, que je crû fuffifantes pour me
mener jufqu'à Florence. Je fuis
obligé
DE JUIN.
73
Toûjours l'Enfant lui fait tour de
matois ;
Quefip r elle il ût l'ame alarmée,
Fut confolé
d'aprendre vos Exploits :
Tout lui contoit la Déeffe aux cent
voix ,
Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
De vos beaux yeux couroit fe faire
fête:
Ce Dieu vous vit , Princeffe , l'antre
jour
Plus belle encor que Venus en fa
Cour ,
,
Ilvous aima , ce n'eſt cas qui m'étonne
,
A tous les coeurs votre beauté l'ordonne
;
De fes beaux traits , lui qui fçût
vous armer ,
Put-il tarder à s'en laiffer charmer:
Mais autre point caufe icy mafurprife
,
Vertu qui forme en tout vôtre Devife
,
Au moins devoit alarmerfes défirs:
Amour n'aima,finon pour les plaifirs,
Juin
1717. G
74 LE MERCURE
Poire à Pfiché lorsqu'il rendit les`
armes ;
Lefin matois contoitſurſes faveurs :
Pour vous , Princeffe , ayant d'autres
ardeurs ,
Sa belle Nymphe il immole à vos
charmes ,
Plus glorieux d'adorer vos rigueurs.
豬心
JOURNAL HISTORIQUE
de Paris.
Le 28. May , MA DA ME Vint
prendre congé du Roy , & le lendemain
elle partit pour S. Cloud ,
où cette Princeffe fe propofe de
faire un féjour de 4 mois.
Le même jour , M. le Comte
de Stairs Ambaffadeur d'Angleterre
arriva ici.
Le 29 , Mile Prince de Cellamaré
Ambaffadeur du Roy d'Ef
pagne , préfenta à S. M. T. C.
une Boete , dans laquelle on a
rouvé les Portraits de toute la Fa-
1
DE JUI N.
mille Royale d'Eſpagne : Sçavoir
, ceux de PHILIPPES V. de
de la Reine regnante , du Prince
des Afturies , du Prince Philippes ,
du Prince Ferdinand & de Don
Carlos Infants , tirés par OUATE.
Le 30. la Cour fut informée .
que la nuit du 20 May , le feu
ayantpris à l'Hôtel de Mr le Marquis
d'Avarey , Amballadeur de
France à Soleure en Suiffe ; le Palais.
fut embrafé en moins de trois
heures . La perte eft d'autant plus
confidérable , qu'outre les Bâtimens
brulés ; la Vaillelle d'argent,
les Meubles , Effets & Papiers de
Mr l'Ambaffadeur & de Mr de
la Martiniere y ont péris entiérement.
A peine ont-ils pû fe fauver
eux -mêmes en chemife , avec Mde
l'Ambaffadrice . Cet Accident
elt arrivé par la faute d'un Confiturier
, qui ayant laiffé dans fon
Office , une Poële pleine de charbons
ardents , fur laquelle il
avoit des Confitures , la flamme
fe communiqua aux Tapifleries ,
y
Gij
75 LE MERCURE
& caufa ce funefte embrafement .
Le 2. Juin la Charge de Gentil-
Homme ordinaire de feu Mi
Bourdelin , a été accordée à Mr
de Cazau Ecuyer de feu Mgr le
Dauphin .
Mrde Monteffon , ancien Lieurenant
General des Armées du
Roy , & Lieutenant des Gardes
du Corps , a û l'agrément de
Me' le Duc Régent , de fe démettre
de fa Lieutenance , en faveur
de M.fon fils Colonel de Cavalerie,
toutefois en dédomageant
Mi du Clos , qui comme le plus
ancien des Exempts , devoit monter.
Mr de Cerizy premier Enfeigne
, paffe à la Lieutenance , &
le Baton d'Exempt a été donné au
fils de Mr le Comte de Sommery .
premier Maître d'Hôtel de MADAME
Ducheffe de Berry.
Le 3. jour de l'Octave de la
Fête de Dieu , la Proceffion de
Saint Sulpice alla au Palais du
Luxembourg , dont les dehors
& le dedans de la cour étoient
DE JUIN 77
ornez des plus belles & des plus
riches tapifferies du Roy. MADAME
, Ducheffe de Berry ayant
été avertie que la Proceffion papiffoit
dans la rue de Tournon ,
alla au devant du
SAINT
SACREMENT , à la Porte du
Palais ; ayant à fes côtés Mr l'Archevêque
de Tours , Mr l'Abbé
de Rouget , M ' l'Abbé de Partenay
, Mr l'Abbé Danglade &
Mr l'Abbé du Tremblé fes Aumôniers
, tous en Rochet . Elle
étoit fuivie de tous les Officiers
& Dames du Palais , chacun un
-Cierge à la main : Sitôt que la
Proceffion parut , on entendit les
Fanfares des Trompettes , Timbales
, & Haut-bois qui étoient fur
le Balcon. Cette Princeffe vit paffer
toutes les Confréries , avec les
Valets de Pieds , dont il y en avoit
cinquante des fiens , outre plufieurs
de fes Pages , chacun un Cierge
à la main ; enfuite le Clergé
compofé de prés de 300 Ecclefaftiques
en Chapes , ou en Cha--
〃
Giij .
78 LE MERCURE
fubes. Le SAINT SACRE
MENT étoit porté par M le Curé ,
fous un des plus riches Dais , qu'-
on ait encore vû dans Paris. Aprés
qu'on eut chanté les Antiennes .
qui étoient réponduës par les Fanfares
des Timbales & Trompettes
, on donna la Bénédiction , &
la Proceffion fortit dans le même
ordre qu'elle étoit entrée , à la
difference feulement , qu'il y avoit
200 Soldats du Guer qui marchoient
, pour faire ranger le Peuple
, & pour le retenir. Devant le
SAINT SACREMENT mar
choient les Suiffes de cette Princeffe
, Tambour battant & le Fifre
joüant. Entre le Dais & Madame
Ducheffe de Berry , étoient
fes Aumôniers en Rochet , & les
Chapelains en Habit long. Madame
donnoit la main d'un côté,
à Mr le Marquis de Coëtanfao fon
Chevalier d'Honneur , & de l'autre
, à Mr le Chevalier d'Hautefort.
Mr le Comte de Rions fon
Lieutenant des Gardes , marchoit
•
DE JUIN 79
immédiatement devant elle , &
Mr le Marquis de la Rochefoucault
fon Capitaine des Gardes
la fuivoit , de même que Mdes les
Marquifes de Pons , de Clermont,
d'Aidiés , de Beauvau fes Dames
du Palais , avec Mr le Marquis
de Torcy , lleess Marguilliers
& le refte de fa Maifon , qui étoit.
trés nombreufe & trés - brillante.
Madame , Ducheffe de Berry fit
tout le chemin à pied , depuis le
Palais du Luxembourg , jufqu'à
l'Eglife S. Sulpice la Paroiffe. On
paffa par la rue Vaugirard , & par
la rue Caffette , où l'on entendit
un beau Motet , chanté par les
Religieufes du Saint Sacrement.
La Cérémonie finit dans l'Eglife
de Saint Sulpice par la Bénédition
du Saint Sacrément que
cette Princeffe reçût : On admira
le bel ordre qui fut obfervé ,
malgré la quantité du Peuple.
Le 6. quoiчue Mr le Maréchal
de Villeroy n'ait pû fe trouver
au Confeil d'Etat , à caufe d'une
go LE MERDURE
atteinte de Goute au Poigner , if
n'a cependant pas voulu fe priver
de l'honneur d'affifter au dîner du
Roy.
Le même jour , le fieur de
Bourvalais fut mis en liberté .
Le 7. la Régence nomma fix
Commiffaires , pour examiner la
forme de faire juger l'Affaire des
Princes.
Mr Pelletier de Soufy , Mr
Amelot , Mr de Nointel , Mr
d'Argenfon , M de la Bourdonnaye
& M¹ de S. Conteft , ont été
choifis pour cet effet . Ce dernier
a ordre de recevoir tous les Mémoires
qu'on préfentera , & d'en
faire feul le Raport.
Le 8. Mer le Duc Régent a
accordé une augmentation de
Brevet de retenue de soooo liv . 50000
à M. de la Chefnaye , fur fes
Charges de la Cornette Blanche ,
& de Grand Ecuyer Trenchant .
Le io . Mde la Princelle d'Harcour
préfenta au Roy Mde la Marquife
de Flamarin nouvellement
mariće .
DE JUIN 81
,
Le 10. MADAME vint de Saint
Cloud rendre vifite au Roy fur
le midi , & s'en retourna le foir.
Le 12. le Roy aprés fes études
qu'il continue de faire avec beaucoup
d'attention entendit la
Meffe , & tint fur les Fonds de Batéme
, le fils de fa Nourrice ,
avec Mde la Marquise de Villeroy.
Mr l'Abbé de Rochebonne Aumônier
du Roy , en fit les Cérémonies
, Mr le Curé de Saint
Germain l'Auxerrois préfent.
Le 13. les Feüillans par Ordre
du Roy , ont chantés pour
la premiere
fois , Vêpres dans fa Chapelle
, ce qu'ils continueront les
Dimanches & Fêtes. Ils font auffi
chargés de faire tous les jours la
Priere du foir , à l'imitation de
ce qui fe pratiquoit à la Chapelle
de Verſailles .
PROVISIONS DONNE'ES
en Juin 1717.
Le premier du mois , le Bre82
LE MEKCURE
vet de Second Enfeigne de
la Premiere Compagnie des
Moufquetaires , a été accordé à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
la démiffion de M de la
par
Roque .
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Moufqueraires,pour Mile Comte
de Treville , vacante par la démiffion
de Mr le Chevalier du
Creuzel.
Idem . Les Provifons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever , Pays & Sénéchauffées
des Launes , pour Mr le Marquis
de Poyanne , par la démiffion
de Mr le Marquis de Gaffion .
Idem. Les Provifions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres
, pour le Sieur d'Harling ,
Capitaine des Gardes du Corps
de MADAME , Colonel du Régiment
de Guienne Infanterie , & Brigadier
des Armées du Roy , par
le décés du fieur de Monpezat.
DE JUIN 83
Idem. Les Provifions de Viguier
des Ville & Vignale de
Sommieres , pour eneme,
Idem. Une Commiffion qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Cavallerie , à M du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Moufquetaires.
Idem. Deux autres Commiffions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde- Major de la seconde
Compagnie des Moufquetaires ,
& pour le Sieur de Laniziere ,
Ayde- Major de la dite Seconde
Compagnie.
Idem. Les Provifions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes & Auray , en faveur de
Mr le Comte de Lannion Baron
& Pair de Bretagne , Vicomte de
Rennes , Marquis de Pinay , Brigadier
des Armées du Roy , &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Charge érant vacante,
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion fon pere.
84 LE MERCURE
Idem. Les Provifions de la Charge
de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo , pour Mr
le Marquis de Coerquen , par le
décés de Mr le Marquis de Lannion.
Le se une Commiffion qui
donne rang de Mestre de Camp
de Cavallerie , au Sieur Dufort ,
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Moufquetaires .
Le 7. les Provifions en furvivance
, fur la nomination de Mgr
le Duc d'Orleans , de la Charge
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours , en faveur de
Mr de Monliart , dont le pere eft
actuellement pourvû.
Le 14. les Provifions de la
Charge de Gouverneur de l'Iſle
d'Oüeffant , pour Mr le Comte
de la Sauldraye de Nizon , fur la
nomination de Malle de Rieux ,
comme Dame & Marquife de
ladite lile .
Journal
DE JUIN. 61
obligé de die , que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceux qui étoient
fur cette Galere. Leur difcretion
à mon égard , n'a peut-être jamais
eu de pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes , dont il n'y en
avoit pas un qui ne me connut.
Il n'y en ût jamais un feul , qui
en donnat aucune démonitration.
Leur reconnoiffance fut égale à
leur difcretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
les touchatellement,qu'ils pleurerent
tous , quand je les quittai ,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu , où je
recouvrai ma liberté , laquelle
juſques là , avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures .
Ce Morcian , par lequel finiffent
les Mémoires du Cardinal de Retz,
eft fi beau , que j'ai cru vous faire
plaifir de le tranfcrire tout au long.
Je fuis avec toute l'estimepoffible ,
Monfieur , &c .
abigon le 30 May 1717 .
TROISIE' ME & DERNIERE
Partie , des Mémoires
DE M. LE CARDINAL DE RETZ ,
Ω
E vous ay promis , Monfieur,
de vous envoyer pour
troifiéme & dernier Extrait
, des Mémoires du
Card. de Retz , fon évasion du Château
de Nantes , & fes differentes
Avantures jufqu'àfon arrivée enIta-
A iij
6 LE MERCURE
lie ; j'éxécute mapromeſſe avecjoje =
Je ne doute pas que cet Extrait ne
faffe plaifir à vos lecteurs , par la
variété infinie de Circonstances extraordinaires
, dont ce
d'Hiftoire eft rempli.
bles
que
morceau
Ce qui eft extraordinaire , ne paroit
poffible àceux qui ne font capade
l'ordinaire, qu'aprés qu'-
il est arrivé. Tellefut l'évasion du
Cardinal de Retz , dont il va nous.
faire lui - même la Relation .
Je me fauvai un Samedy se d'-
Aouft,à cinq heures du foir. La porte
du petit Jardin fe referma aprés
moi , prefque naturellement. Je
defcendis , un bâton entre les jambes
, trés-heureufement d'un Baftion
qui avoit 40 pieds de haut .
Un Valet de Chambre qui eft encore
à moy , no nmé Fromentin amufa
mes Gardes en les faifant
boire. Ils s'amuferent eux -mêmes
à regarder unJacobin , qui ſe baignoit
& qui deplus fe noyoit . Le
Soldat qui étoit enfentinelle à zopas
de moi , en un lieud'où il ne pouvoit
DE JUIN
7
pas me joindre,n'ofa me tirer ; parce
que, lorfque je lui vis compaffer
fa mefche , je lui criai que je le
ferois pendre , fiil tiroit , & il
avoüa à la queſtion , qu'il crût fur
cette menace , que le Maréchal
étoit de concert avec moy. Deux
petits Pages qui fe baignoient &
qui me voyoient fufpendu à la corde
, criérent que je me fauvois ,
mais ils ne furent pas écouté ; parce
que tout le monde s'imagina
qu'ils apeloient les Gardes au fecours
du Jacobin , qui fe noyoit.
Mes quatre Gentils - hommes fe
trouverent à point nommé , au bas
du Ravelin , où ils avoient fait femblant
d'abbreuver leurs chevaux ,
comme s'ils euffent voulu aller à
la Chaffe. Je fus à cheval moimême
, avant qu'il y eût feulement
la moindre allarme ; & comme
j'avois quarante Relais pofés
entre Paris & Nantes ; je ferois arrivé
infailliblement à Paris , le
Mardy à la pointe du jour , fans
unaccident que je puis dire avoir
8 LE MERCURE
été le fatal & le décifif du refte
de ma vie. Sitôt que je fus à cheval
, je pris la route de Maure ,
qui eft, fi je ne me trompe , à cinq
lieües de Nantes fur la Riviere,
& où nous étions convenus que
Mr de Brifac & Mr le Chevalier
de Sevigni m'attendroient avec un
bâteau pour la paffer. La Ralde
Ecuyer de M' de Brifac , qui marchoit
devant moi , me dit qu'il falloit
galoper d'abord , pour ne pas
donner le tems anx Gardes du Maréchal
de la Meilleraye , de fermer
la porte d'une petite rue du Fauxbourg
où étoit leur quartier , &
par laquelle il faloit néceffairement
paffer. J'avois un des meilleurs
chevaux du monde , qui avoit
coûté 1000 écus à Mr de Brifac ;
je ne lui abandonnai pas toutefois
la main , parce que le Pavé étoit
trés mauvais & trés gliffant : Mais
Gentil-homme à moi , nommé
Boifguerin , m'ayant crié de mertre
le Piftolet à la main ; parce
qu'il voyoit deux Gardes du Ma
un
DE JUIN
réchal , qui ne fongeoient toutefois
pas à nous ; je l'y mis effectivement
, & le prefentant à la tête de
celui qui étoit le plus prés de moi,
pour l'empêcher de fe faifir de la
bride de mon cheval , le Soleil qui
étoit encore haut , donna dans la
platine ; la reverberation fit peur
à mon cheval , il fit un grand furfault
, & il retomba des quatre
pieds : j'en fus quitte pour l'épaule
gauche , qui fe rompit contre
la borne d'une porte . Un Gentilhomme
à moi ,apelé Beauchêne , me
releva , & me remit à cheval ; &
quoique je fouffriffe des douleurs
incroyables , & que je fuffe obligé
de me tirer les cheveux , pour
m'empêcher de mévanouir, j'achevai
ma courfe de cinq lieües , avant
que le grand Maître qui me fuivoit
à toute bride , avec tous les coureurs
de Nantes ( au moins fi l'on
en veut croire la chanfon de Marigay
me pût joindre . Je trouvai
au lieu deftiné M. de Brifac & M.
de Sevigni avec leBatteau ; je m'e
་
10
LE MERCURE
vanoüis en y entrant ; on me fit
revenir en me jettant un verre
d'eau furle vifage .Je voulu remonrer
à cheval , quand nous eufmes
paffé la Riviere ; mais les forces
me manquerent , & M. de Briffac
fut obligé de me faire mettre
dans une groffe Meule de foin ;
& il me laiffa avec un Gentilhomme
à moi , appellé Monté ,
qui me tenoit entre fes bras. Il emmena
avec lui Joli qui feul avec
Monté, m'avoit pû fuivre ; les
chevaux des autres ayant manqué;
& il tira droit à Beaupreau , à deffein
d'y affembler la Nobleffe , pour
me venir tirer de ma Meule de
Foin. Pendant qu'elle fe mettra en
état de cela , je me fens obligé de
vous raconter deux ou trois actions
particulieres de mes pauvres Domeftiques
, qui ne meritent pas d'-
être oubliées . ParisDocteur de Navarre
, qui avoit donné le fignal
avec fon Chapeau , aux quatre Gentils-
hommes qui me fuivirent en
cette occafion , fut trouvé fur le
DE JUIN. 11
bord de l'eau par Coulon Ecuyer
du Maréchal , qui le prit , en lui
donnant même quelques gourmades.
le Docteur ne perdit point
le jugement ; il dit à Coulon &
d'un ton niais & Normand , je le
diray à M. le Maréchal , que vous
vous amufez à battre un pauvre
Prêtre ,parce que vous n'ofés vous
prendre à M. Le Cardinal , qui a
de bonsPistolets à l'arfon de fa Selle.
Coulon prit cela pour bon , &
il lui demanda où j'étois . Ne le
voyez vous pas , dit le Docteur ,
qui entre dans ce Village . Vous
remarquerez , s'il vous plaît , qu'-
il m'avoit vupaffer l'eau , & il me
fauva ainfi. Il faut avouer que
cette prefence d'efprit n'eft pas
commune. En voici une de coeur
qui n'est pas moindre . Celui pour
qui le Docteur voulut me faire paffer
, quand il dit à Coulon que
j'entrois dans un Village qu'il lui
montroit , étoit ce Beauchefne
dont je vous ay parlé cy- devant,
dont le cheval étoit outré & qui
>
12 LE MERCURE
n'avoit pas pû me fuivre . Coulon
le prenant pour moi , courût à lui,
& comme il le voïoit foûtenu par
beaucoup de Cavaliers qui étoient
preits à le joindre , il l'aborda , le
Piftolet à la main. Beauchefne
s'arrêta fur eux en la même pofture
, & il eût la fermeté de s'aperçevoir
dans cet instant , qu'il
y avoit un Bâteau à dix où douze -
pas de lui , il fe jetta dedans , penlant
qu'il arrêteroit Coulon , en
lui montrant un de fes Piſtolets ;
& il mit l'autre à la tête du Batelier
: fa réfolution ne le fauva pas
feulement , mais elle contribua
à me faire fauver moi- même ; parce
que le Grand Maître ne trou→
vant plus ce Bateau , fut obligé d'-
aller paffer l'eau beaucoup plus
bas.Je reviens à ma Meule de Foin-
Je demeurai caché plus de heures,
avec une incommodité que je
ne puis vous exprimer , j'avois l'épaule
rompue & demife , j'y avois
une contufion terrible : la fiévre
me prit furles neuf heures du foir.
L'alteration
DE JUIN.
L'alteration qu'elle me donoir , étoit
encore cruellement augmentée par
la chaleur du foin nouveau. Quoique
je fuffe fur le bord de la Riviere
, je n'ofois boire , parceque,
fi nous fuffions fortis de la Meule ,
Monté & moi , nous n'euflions eu
perfonne pour raccommoder le
foin qui eut paru remué , & qui
eut donné lieu par conféquent ,
à ceux qui couroient aprés moi ,
de foüiller. Nous n'entendiens
que des Cavaliers qui paffoient à
droite & à gauche , nous reconnûmes
même Coulon à la voix.
L'incommodité de la foif eft incroyable
& inconcevable à qui nẹ
l'a pas éprouvée. Mr de Roife Saint
Offrange Homme de qualité du
Païs , que M. de Briffae avoit averti
en paffant chez lui , vint fur
les deux heures après minuit , me
prendre dans cette meule de foin :
Après qu'il eut remarqué qu'il n'y
avoit plus de Cavalerie aux en
virons , il me mit fur une civiere
à fumier , & il me fit porter par
Juin 1717.
B
14
LE MERC URE
deux Païfans dans la grange d'une
maifon qui étoit à lui , à une
lieuë de là : Il m'y enfevelit encore
dans le foin ; mais , comme
j'y avois de quoi boire , je m'y
trouvai même délicieufement. Mr
& Mde de Briffac m'y vinrent prendre
au bout de fept ou huit heures,
aves quinze ou vingt chevaux
& ils me menerent à Beaupreau ,
où je trouvai l'Abbé de Bellebat ,
qui les y étoit venu voir , & où je ne
demeurai qu'une nuit , jufqu'à
ce que la Nobleffe y fut affemblée.
Mr de Briffac étoit fort aimé dans
tout le Païs , & il mit enfemble
dans ce peu de tems , plus de 200
Gentils-Hommes . Mr de Retz qui
l'étoit encore plus dans fon Quartier
, le joignit à quatre lieues de
là avec 300. Nous paffâmes prefque
à la vûë de Nantes , d'où
quelques Gardes du Maréchal
fortirent pour efcarmoucher. Ils
furent repouffes vigoureufement
jufques dans la Barriere . Nous
arrivâmes à Machecoul , qui eft
DE JUIN. 15
dans le Païs de Retz , avec toute
forte de fûreté. Mde de Briffac
fe porta en Héroïne dans tout le
cours de cette Action. Mr & Mde
de Retz au contraire , mouroient
de peur du Maréchal de la Meil
leraye , qui enragé qu'il étoit de
mon évafion , & encore plus de ce
qu'il avoit été abandonné de toute
la Nobleffe , menaçoit de mettre
tout le Païs de Retz à feu & à
fang. Leur frayeur alla jufqu'au
point de s'imaginer ou de vouloir
faire croire , que mon mal n'étoit
que délicateffè , qu'il n'y avoit
rien de démis , & que j'en ferois
quitte pour une contufion. Le
Chirurgien affidé de Mr de Retz
le difoit à qui le vouloit entendre;
& qu'il étoit bien rude que j'expofalle
pour une délicateffe , toute
ma Maiſon , qui alloit être inveftié
au premier jour dans Machecout .
J'étois cependant dans mon lit
oùje fentois des douleurs incroya
bles , & où je ne pouvois pas
feulement me tourner. Tous ces
Bij
16
LE
MERCURE
difcours m'impatienterent au point,
que je pris la réfolution de quizter
tous ces gens -là , & de me
jetter dans Belle- Ifle , où je pourois
au moins me faire tranfporter
par Mer. Le trajet étoit fort délicat
, parce que Mr le Maréchal
de la Meilleraye avoit fait prendre
les armes à toute la Côte. Je ne
laiffai pas de le hazarder ; je m'embarquai
au Port de la Roche , qui
n'est qu'à une petite demi-lieuë
de Machecoul , fur une Chaloupe
que Gifelaye Capitaine de Vaif
feau , bon-homme de Mer , voulut
piloter lui- même. Le tems - nous
obligea de moüiller , & d'être dé-
Couverts par une Chaloupe qui
nous vint reconnoître la nuit. La
Gifelaye qui fçavoit la Langue &
le Païs , s'en démella fort bien.
Nous nous remîmes à la voile à
la pointe du jour , & nous découvrîmes
quelque tems aprés , une
Barque longue de Bifcayens , qui
nous donnerent la chaffe. Nous
la prîmes à la confidération de. MI
DE JUIN. 17
de Briffac , qui n'eut pas pris plaifir
d'être mené en Espagne , parce
qu'il ne fe fauvoit pas de Prifon,
comme moi , & que l'on eut pû
par conféquent , lui tourner à crime,
ce voyage. Comme la Barque
longue faifoitforce de vent fur nous,
& que même elle nous le gagnoit,
nous crûmes que nous ne ferions
que mieux , de nous jerter à terre.
dans l'ifle de Rhé. La Barque fit
quelque mine de nous y fuivre ;
elle borda affés long - tems à nôtre
vûë , aprés quoi elle reprit la Mér.
Nous nous remîmes la nuit , &
nous arrivâmes à Belle- Ifle , à la
pointe du jour. Je fouffris tout ce
que l'on peut fouffrir dans ce trajet
, & j'u befoin de toute la for- .
ce de ma conftitution , pour deffendre
& fauver de la Gangrenne
une contufion auffi grande que
la mienne , & à laquelle je n'appliquai
jamais d'autres remedes,
que du fel & du vinaigre. Je ne
trouvai pas à Belle- Ifle le même
dégoût qu'à Machecoul ; mais ,
Biij
18 LE MERCURE
.
je n'y trouvai pas dans le fonď
beaucoup plus de fermeté. L'on
s'imagina au Païs de Retz , que
le Commandeur de Neufchaife
qui étoit à la Rochelle , avoit ordre
au premier jour , de m'inveftir
dans Belle - Ifle ; l'on y apprit
que le Maréchal faifoit appareiller
douze Barques longues à
Nantes. Ces avis étoient bons &
véritables , mais il s'en falloit
bien qu'ils fuffent fi preffans qu'on
les croyoit : Il falloit du tems pour
les rendre tels , & plus qu'il n'en
eut falu pour me remettre. La
frayeur qui étoit à Machecoul ,
infpira de l'indifpofition à Belle-
Ifle ; & je commençai à m'en appercevoir
, en ce qu'on commença
à croire que je n'avois pas en
effet l'épaule démife , & que la
douleur que je recevois de ma
contufion , faifoit que je m'imaginois
que mon mal étoit plus .
grand qu'il ne l'étoit en effet.
On ne fauroit croire le chagrin
que l'on a de ces fortes de mur-
•
DE JUIN 19
mures , quand l'on fent qu'ils font
injustes : Ce qui eft vrai , eft que
ce chagrin change bien-tôt de nature
, parce que l'on n'eſt pas longreins
, fans s'appercevoir qu'ils
ne font que les effets , ou de la
frayeur , ou de la laffitude . Il entroit
de l'un & de l'autre dans
ceux , dont je vous parlerai en ce
lieu. Le Chevalier de Sevigni ,
homme de coeur , mais intereffé ;
craignoit que l'on ne lui rafât fa
maifon , & Mr de Briffac qui
croyoit avoir fuffisamment réparé
la pareffe , plutôt que la foibleffe
qu'il avoit témoignée dans le cours
de ma Prifon , étoit bien aife de
finir , & de ne point expofer fon
repos à une agitation , à laquelle
on ne voyoit plus de fin.
Je n'avois pas moins d'impatience
qu'eux , de les voir hors d'une af
faire , à laquelle ils n'étoient engagez
que pour l'amour de moi.
La difference eft , que je ne croyois
pas le péril fi prefent , ni
pour eux ni pour moi , que je ne
T
20 LE MERCURE
puffe au moins,à mon fens , prendre
le tems , & de me faire traiter
, & de me pourvoir d'un Bâtiment
raisonnable , pour naviguer.
Ils me voulurent perfuader
de paffer en Hollande fur un Vaiffeau
de Hambourg, qui étoit à la
rade , & je ne crû pas que je duffe
confier ma perfonne à un Inconnu
qui me connoiffoit & qui pouvoit
me mener à Nantes , comme
en Hollande. Je leur propofai de
me faire venir une barque de Corfaire
de Bifcaïe , qui étoit moüillée
à notre vue , à la pointe de
l'ifle, & ils appréhenderent de
fe criminalifer par ce commerce
avec les Efpagnols ; tant fut procedé,
que je m'impatientai de toures
les allarmes que l'on prenoît
& que l'on vouloit prendre à tous
momens , & que je m'embarquai
fur une Barque de Pefcheurs , où
il n'y avoit que cinq Mariniers, de
Belle-Ife , Joly , deux Gentilshommes
à moi , dont l'un s'appeloit
Borfgnerin & Sallé , & un VaDE
JUIN 21
let de Chambre que mon frere
m'avoit prêté. La Barque étoit
chargée de Sardines ; ce qui nous
vint affés à propos , parce que nous
n'avions que fort peu d'argent.
Mon frere m'en avoit envoyé ,
mais l'homme qui le portoit , avoit
été arrêté par les Gardes .
Cofte fon beau- pere , n'avoit
pas eu l'honêteté de m'en offrir :
Mr de Briffac me prêta 80 Piltoles
, & celui qui commandoit dans
Belle- Ifle , 40. Nous quittâmes
nos habits , nous prîmes de méchans
haillons de quelques Soldats
de la Garnifon , & nous nous
mîmes à la rame , à l'entrée de la
nuit , à deffein de prendre la route
de Saint Sebastien , dans le Quipufcoa.
Ce n'est pas qu'elle ne
fut affés longue pour un Bâtiment
de cette nature ; mais c'étoit le
lieu le plus proche où je pouvois
aborder avec fûreté. Nous eûmes
un fort gros tems , toute la nuit ;
il calma à la pointe du jour , mais
ce calme ne nous donna pas
beau
22 LEMERCURE
,
>
coup de joye ; parce que nôtre
Bouffolle qui étoit unique , tomba
dans la Mer , par je ne fçai quel
accident. Nos Mariniers qui
fe trouverent fort étonnés
& qui d'ailleurs étoient fort
ignorans ne fçavoient où ils
étoient , & ne prirent de route ,
que celle qu'un Vaiffeau qui nous
donna la chaffe , nous força de
courir. Ils reconnurent à ſon gabarit,
qu'il étoit Turc & deSale.Comme
il broüilla fes voiles fur le foir,
nous jugeâmes qu'il craignoit la
terre , & que par confequent nous
n'en pouvions être loing. De petits
oifeaux , qui venoient fe percher
fur nôtre Mât , nous le marquoient
d'aillieurs affez. La queftion
étoit , quelle terre ce pouvoit
être , car nous craignions
autant celle de France , que celle
des Turcs. Nous bordâmes toute
la nuit dans cette incertitude,
nous y demeurâmes tout le lendemain
; & un Vaiffeau dont nous
nous voulûmes aprocher , pour
DE JUIN. 23
nous en éclaircir , nous tira pour
toute réponſe , trois vollées de canon.
Nous avions fort peu d'eau
& nous aprehendions d'être chargés
en cet endroit par un gros
tems ,auquel il y avoit déja quelque
apparence. La nuit fut affez
douce : Nous aperçûmes à la pointe
du jour,une chaloupe à la Mer,
& nous nous en approchâmes avec
beaucoup de peine , parce qu'elle
apprehendoit que nous ne fuffions
Corfaires. Nous parlâmes Efpagnol
& François , à trois hommes
qui étoient dedans , & ils n'entendoient
ni l'une , ni l'autre Langue.
L'un d'eux fe mit à crier San Sebaftian
, pour nous donner à connoître
qu'ils en étoient . Nous lui
montrâmes de l'argent , & nous
lui repondîmes San Sebaftian
pour lui faire connoître que c'étoit-
là où nous voulions aller : Il
fe mit dans nôtre Barque , & il
nous y conduifit ; ce qui lui fut fort
parce que nous n'en étions
bien loing. Nous ne fûmes
aifé ,
pas pas
24
LE MERCURE
plutôt arrivez , que l'on nous demanda
nôtre Charte. Cette Charte
eft fi néceffaire à la Mer , que
tout homme qui navige fans l'avoir
, eft pendable fans autre forme
de procés. Le Patron de nôtre
Barque n'avoit pas fait cette réflexion
, croyant que je n'en avois
pas befoin. Le défaut de ce Papier,
joint aux méchans habits que nous
avions , obligea les Gardes du
Port de nous dire , que nous avions
la mine d'être pendu le lendemain;
mais nous leur répondîmes
que nous étions connus de Mr le
Baron de Vateville qui étoit au
pallage , & qui d'abord , jugea par
ces habits tous déchirez , que
j'étois un Impofteur . Il ne le témoigna
pourtant pas à tout hazard
, & il vint me voir dés le
lendemain à mon hôtellerie . Il
me fit un fort long compliment ,
mais embaraffé , & d'un homme
qui avoit accoûtumé au poite où
il étoit , de voir foavent des trompeurs.
Ce qui commença à l'all'û-
Ter
DE JUIN. 25
rer , fut l'arrivée de Beauchefne
que j'avois dépêché de Beaupreau ,
à Paris , & que mes amis me
renvoyerent en diligence , auffitôt
que je m'étois embarqué pour
Saint Sebaftien. Il le trouva fi bien
informé des nouvelles , qu'il eut
lieu de croire , qu'il n'étoit pas
un Courier fuppofé , & il l'en
trouva même beaucoup mieux inftruit
, qu'il ne fouhaitoit ; car , ce
fut lui qui lui apprit que l'Armée
de France avoit forcé celle d'Ef
pagne dans les lignes d'Arras ,
& cet avis que Mr de Vateville
fit paffer en diligence à Madrid ,
fut le premier que l'on y ût de
cette défaite. Beauchefne me l'apporta
avec une diligence incroyable
, far une Frégate de Corfaire
Bifcain , qu'il trouva à la pointe
de Belle-ifle , & qui fut ravie de
fe charger de fa perfonne & de
fon paffage , fçachant qu'il me venoit
chercher à Saint Sebaftien .
Mes amis me l'envoyerent , pour
m'exhorter à prendre le chemip
·Juin 1717.
C
26 LE MERCURE
de Rome , plûtôt que celui de
Meziere , où ils appréhendoient
que je vouluffe me jetter . Cet avis
étoit certainement le plus fage ,
mais il n'a pas été le plus hûreux
par l'événement . Je le fuivis fans
héfiter , quoique ce ne fut pas
fans peine. Je connoiffois affés la
Cour de Rome , pour fçavoir que
le poſte d'un Refugié & d'un Suppliant
n'y eft pas agréable , & mon
coeur qui étoit piqué au jeu contre
le Cardinal Mazarin , étoit plein
de mouvemens qui m'euffent
porté avec plus de gayeté, dans les
lieux , où j'euffe pû donner un
champ plus libre à mon reffentiment.
Le confeil de mes amis
l'emporta fur mes vûës : Ils mereprefenterent
que l'azile naturel
d'un Cardinal & d'un Evêque perfecuté,
étoit leVatican ; Mais il
des tems dans lefquels il n'eft pas
malaifé de prévoir , que ce qui devroit,
fervir d'azile , peut facillement
devenir un lieu d'exil. Je le
previs & je le choifis : & quelque
y a
DE JUIN. 27
évenement que ce choix ait û , je
ne m'enfuis jamais repenti , par
ce qu'il eût pour principe , la déférence
que je rendis au conſeil
de ceux à qui j'avois obligation. Je
l'eftimerois d'avantage , s'il avoit
été l'effet de ma moderation & du
défir de m'employer à mon établiffement
par les voyes Ecclefiaftiques
. Il ne tint pas aux Efpagnols
que je ne priffe un autre parti. Auf
fitôt que Mr de Vateville m'ût
reconnu pour le Cardinal de Retz ,
ce qu'il fit en huit ou dix heures ,
& par les circonftances que je vous
ai marquées , & par un Secretaire
Bourdelois qu'il avoit , qui m'avoit
vû à Paris plufieurs fois ; il me
mena chez lui dans un Apartement
qui étoit au plus haut étage , & m'y
tint fi couvert, que quoique M. le
Maréchal de Grammont qui n'étoit
qu'à 3 lieuës de Saint Sebastien , eût
donné avis à la Cour par un Courier
exprès , que j'y étois arrivé , il
fut trompé lui-même le jour furvant
, au point d'en dépêcher un
Cij
28 LE MERCURE
autre , pour s'en dédire. Je fus trois
femaines dans un lit fans pouvoir
me remettre , & le Chirurgien du
Baron de Vateville qui étoit fort
capable , ne voulut pas entrepren
dre de me traiter , paree qu'il étoit
trop tard. J'avois l'Epaule abfolument
démife , & il me condamna
à être eftropié pour tout le reste de
ma vie. J'envoyai Boifguerin au
Roi d'Espagne , auquel j'écrivis ,
pour le prier de me permettre de
paffer par fes Etats pour aller à
Rome . Ce Gentilhomme fut reçû
de Sa Majesté Catholique & de
Don Louis de Haro , audelà de
tout ce que je puis vous en exprimer.
On le dépêcha dès le lendeanain
; on lui donna une chaîne de
800. écus ; on m'envoya une litiere
du Corps , & on me dépêcha en
diligence. Don Chriftoval de Chaf-
Jambon Allemand , mais espagnolife
, & Secretaire des Langues
trés- confideré de Don Louis . Il
n'y a point d'effort que ce Secretaire
ne fit pour m'obliger d'aller à
DE JUIN. 200
Madrid. Je m'en défendis par
l'inutilité dont ce voyage feroit au
fervice de Sa Majefté Catholique ,
& par l'avantage que mes ennemis
prendroient contre moi. L'on
ne comprenoit pas ces raifons ,
qui étoient pourtant , comme vous
voyez , affés bonnes : & comme
je m'en étonnois , Vateville , qui
en prefence du Secretaire , avoit
été de fon avis , même avec vehemence
, me dit : Ce voyage coûteroit
soooo . écus au Roi , & peutêtre
à vous l'Archevêché, il ne fe
roit bon à rien , & cependant ilfaut´
que je parle comme lui , ou je ferois
brouillé à la Cour. Nous agiffons
fur lepied de Philippe II. qui avoit
pour maxime , d'engager toujours les
Etrangers par des démonstrationspu
bliques . Cette parole eft confiderable ,
& je l'ai moi-même appliquée pluš
d'unefois , en faifart reflexion fur
la conduite du Conseil d'Espagne
It
m'aparu en plus d'une occafion , qu'il
pêche autant par l'attachement trop
opiniarre , qu'il a àfes maximes gér
Ciij.
LE MERCURE
30
nérales , que l'on pêche en France
par le mépris que l'on fait & desgênérales
& des particulieres.
"
Quand D. Chriftoval vit , qu'il
ne pouvoit pas me perfuader d'al
ler à Madrid il n'oublia rien.
pour m'obliger à m'embarquer
fur une Fregate de Dunkerque
, qui étoit à S. Sebaſtien ; &
il me fit des offres immenfes en
cás que je vouluffe aller en Flandres,
traiter avec M le PRINCE,
me déclarer avec Meziere , Charleville
, & le Mont - Olimpe. II
avoit raifon de me propofer ce
party qui étoit en effet du fervice
du Roy fon Maître. Vous avez
vâ celle que j'û de ne le pas accepter.
Ce qui fut trés honnête
eft que tous mes refus n'empêchérent
pas qu'il ne me fit apporter
un petit coffre de velours ,
dans lequel il y avoit 4000 écus
en piéces de quatre . Je ne crû
pas les devoir recevoir , ne faifant
rien pour le fervice du Roy
Catholique ; je m'en excufai fur
DE JUIN 37*
ce titre avec tout le refpect que
je devois : Et comme je n'avois ,
les miens .
pour moi , & pour
ni linge , ni habits , & que les 400.
écus que je tirai de la vente de
mes Sardines, furent prefque confommez
, en ce que je donnai aux
gens de Mr de Vateville ; je le
priai de me donner 400 piſtoles ,
dont je lui fis ma promeffe , &
que je lui ai rendues depuis. Aprés
que je me fus un peu rétabli , je
partis de Saint Sebaftien , & je pris
la route de Valence pour m'embarquer
à Vinaros , où Don Chrif
toval me promit que Don Iuan d'
Autriche , qui étoit à Barcelonne,
m'envoyeroir une Fregatte & une
Galere. Le paffai dans une Litiere
du corps du Roy d'Espagne ,
toute la Navarre , fous le nom de
Marquis de S. Florent , & fous la
conduite d'un Maître d'Hôtel de
Vateville,qui difoit que j'eftois un
Gentil-homme de Bourgogne , qui
alloit fervir le Roy dans le Milanois.
Comme j'arrivai à Tudelle ,··
LE MERCURE
Ville affez confiderable au delà
de Pampelune , je trouvai le Peuple
affez émů. On y faifoit la nuic
des feux & des Corps de Gardes.
Les Laboureurs desenvirons s'étoient
foulevez ; parce qu'on leur
avoit deffendu la Chaffe , ils étoient
entré dans la Ville , & ilsy
avoient fait beaucoup de violence
& même pillé quelques maifons.
Un Corps de gardes qui fut
pofé à dix heures du foir devant
'Hôtellerie où je logeois , commença
à me donnerquelques foup .
çons que l'on en ût pris de moi :
Mais une Litière du Roy , avec
les Muletiers de fa livrée , me raffuroit.
Je vis entrer à minuit uncertain
D. Martin dans ma chambre,
avec une épée fort longue & une'
grande Rondache à la main;il me dit
qu'il étoit lefils du Logis , & qu'il
me venoit avertir que le peuple
étoit fort émû , qu'il croyoit que
j'étois un François venu exprès ,
pour fomenter la revolte des Laboureurs
: Que l'Alcade , ne fec
DE JUIN. 33
;
voit lui-même ce qui en étoit
qu'il étoit à craindre que la canaille
ne prit ce prétexte , pour
m'égorger, & que le Corps de gardes
qui étoit devant le Logis , commençoit
à murmurer & à s'échauf
fer. Je priai D. Martin de leur faire
voir fans affectation , la litiere du
Roy , de leur faire parler les Muletiers,
de les mettre en converfation
avec D. Pedro Maître d'Hôtel
de M de Vateville. Il entra
juſtement dans ma chambre dans
ce moment , pour me dire que c'étoient
des Endemoniados , qui n'en
tendoient,ni rime , ni raiſon,&qu'ils
l'avoient lui - même menacé de le
maffacrer. Nous paffâmes ainfi
toute la nuit , ayant pour ferenade
une multitude de voix confufes ,
qui chantoient , ou plûtôt qui hurloient
des chanfons contre les Fran
çois. Je crû le lendemain au ma.
de faire
tin , qu'il étoit à propos
voir à ces gens - là , par nôtre
affùrance , que nous ne nous
renions pas pour François. Je vou34
LE MERCURE
1
fu fortir pour aller à la Meffe ; jo
trouvai fur le pas de la porte, une
fentinelle , qui me fit rentrer affez
promptement , en me mettant le
bout du Moufquet dans la tête ,
& en me difant qu'elle avoit ordre
de l'Alcade de me commander
de la part du Roy, de me tenir
dans mon Logis . J'envoyai D.
Martin à l'Alcade , pour lui dire
qui j'étois , & D. Pedro y alla
avec lui. Il me vint trouver en
même tems , il quitta fa Baguette à
La Porte de ma Chambre , il mit un
genouil en terre en m'adorant , il
baifa le bas de mon Jufte - au- Corps ,
mais il me déclara qu'il ne pouvoit
me laiffer fortir , qu'il n'en ût ordre
du Viceroy de Navarre , qui
étoit à Pampelune . D. Pedro y alla
avec un Officier de la Ville , &
il revint avec beaucoup d'excuses .
On me donna so Moufquetaires
d'efcorte , montés fur des ânes ,
qui m'accompagnerent jufqu'à
Cortés. Je continuai mon chemin
par l'Arragon , & paffai par SarDE
JUIN. 35
ragoce Capitale de ce Royaume ,
belle & grande Ville . Je fus furpris
au dernier point , d'y voir
que tout le monde parloit François
dans les rues . Il y en a en
effet une infinité , & particulierement
d'Artifans qui font plus affectionnez
à l'Espagne , que les
Naturels du Pais. Le Duc de
Monteleon Napolitain , de la Maifon
de Pignatelli , Viceroy d'Arragon
, envoya à 3 ou 4 lieues au
devant de moi un Gentil-homme ,
pour me dire , qu'il y fut venu
lui-même avec toute la Nobleffe ,
fi le Roi fon Maître , ne lui eut
mandé d'obéir à l'ordre contraire
, qu'il fçavoit que je lui en
donnerois. Ce compliment fort
honnête , comme vous voyez ,fur
accompagné de mille & mille galenteries,
& de tousles rafraichiffemens
imaginables que je trouvai
à Sarragoffe. Permettez - moi , s'il
vousplait de m'y arrêter , pour vous
rendre compte de quelques circon-
Stances , qui m'y parurent affés curienfes.
36 LE MERCURE
Ontrouve , avant d'entrer dans
la Ville de ce côté- là , l'Alcaçar
des anciens Rois Maures , qui eft
préfentement à l'Inquifition. Il y
a auprés , une Allée d'arbres ,
dans laquelle je vis un Prêtre qui
fe promenoit. Le Gentil-homme
du Viceroy me dit que ce Prêtre
étoit le Curé d'Huefca Ville
trés - ancienne en Arragon
& que ce Curé faifoit la quaran
taine , pour avoir enterré depuis
trois femaines , fon dernier Paroiffien
, qui étoit effectivement
le dernier de 12000 perfonnes
mortes de la Pefte , dans fa Paroiffe.
Ce même Gentil-homme
du Viceroy me fit voir tout ce qu'-
il y avoit de remarquable à Sarragoffe
, toujours fous le nom de
Marquis de Saint Florent : Mais
il ne fit pas reflexion que Nuestra
Senora del pilar , qui eft undes plus
célébres Sanctuaires de toute l'Ef
pagne , ne fe pouvoit pas voir
Tous ce titre. L'on ne montre jamais
à découvert cette Image
miraculeufe
>
DE JUIN... 37
miraculeufe , qu'aux Souverains
& aux Cardinaux , le Marquis de
Saint Florent n'étoit ni l'un ni
l'autre ; de forte que quand l'on
me vit dans le Baluftre avec un
Jufte-au- Corps de Velours noir &
une Cravatte ; le Peuple infini qui
y étoit accouru de toute la Ville ,
au fon de la Cloche , qui ne fonne
que pour cette cérémonie , crut
que j'étois le Roy d'Angleterre.
Il y avoit , je crois , plus de 200
caroffes de Dames , qui me firent
cent & cent galanteries , auxquelles
je ne répondois que
comme un homme qui ne parloit
pas trop bien Efpagnol .
Cette Eglife eft belle en elle
même , les richeffes & les ornemens
en font immenfes , & le
Thréfor magnifique. L'on m'y
montra un homme qui fervoit à
allumer les Lampes qui font en
nombre prodigieux , & l'on
me dit que l'on l'avoit vût fept ans
à la porte de cette Eglife , avec
une feule jambe. Je l'y vis avec
-Juin 1717. D
23 LE MERCURE
deux. Le Doyen avec tous les
Chanoines m'affûrerent que toute
la Ville l'avoit vâ , comme eux
& que fifi je voulois encor attendre
deux jours , je parlerois à plus
de 2000 hommes de dehors qui
l'avoient vû comme ceux de la
Ville. Il avoit recouvert fa jambe
à ce qu'il difoit , en ſe frottant
de thuile de ces Lampes. On
célébre tous les ans la fête de ce
Miracle,avec un concours incroïa .
ble , & il eft vray encore qu'à une
journée de Sarragoce , je trouvai
les grands chemins couverts de
gens , de toutes fortes de qualitez
qui yaccouroient . J'entrai de l'Arragon
dans le Roïaume de Valence
, qui fe peut dire non pas
feulement le pais le plus fain ,
mais encor leplus beau Jardin du
monde . Les Grenades , les Orangers
, les Curoniers y font les Paliffades
des grands chemins, Les
plus belles & les plus claires Eaux
du monde leur fervent de canaux .
Toute la Campagne qui eft émailDE
JUIN. 39
lée d'un million de fleurs differentes
qui fatent la vuë , y exhale
un million d'odeurs differentes qui
charment l'odorat . J'arrivai ainfi
à Vinaros où D. Fernand Carillo
Général des Galeres de Naples ,
me joignit le lendemain , avec la
Patronne de cetre Efcouade , belle
& excellente Galere , & renforcée
de la meilleure partie de la
Chiourme , & de la Soldatesque.
de la Capitane , que l'on avoit
prefque défarmée pour cet effet.
Don Fernand me rendit une lertre
de D. Juan d'Autriche , auffi
belle & galante que j'en aye jamais
vû: Il me donnoit le choix de
cette Galere ou d'une Fregate de
Dunkerque qui étoit à la même
plage , & qui étoit montée de 36
piéces de canon.Celle-ci étoit plus
fure pour paffer dans une faifon
auffi avancée; car nous étions dans
le mois d'Octobre . Je choifis la
Galere, & vous verrez que je n'en
fis pas mieux. D.Chriftoval de Car
donne , Chevalier de S. Jacques,
Diij
40 LE MERCURE
arriva à Vinaros un quart d'heure
aprés D. Fernand Carillo , & il
me dit que Monfieur le Duc de
Montalte Viceroy de Valence l'avoit
envoyé pour m'offrir tout ce
qui dépendoit de lui : Qu'il fçavoit
que j'avois refufé ce que le Roy
Catholique m'avoit offert à Saint
Sebaftien ; qu'il n'ofoit par cette
raifon , me preffer de recevoir ce
qu'an Officier des Galeres avoit
ordre de m'aporter : mais que
comme il fçavoit que la precipitation
de mon voyage ne m'avoit
pas permis de me charger de beaucoup
d'argent ; que j'étois fort liberal
, & que je ne ferois pas faché
de faire quelque regale à la
Chiourme , il eſperoit que je ne
refulcrois pas quelques petits rafraichiffemens
pour elle . Ces rafraichiffemens
confiftoient en fix
grandes piéces pleines de toute
forte de confitures , de plufieurs
douzaines de pairs de gans d'Efpagne
exquis & d'une bourfe de
fenteur , dans laquelle il y avoit
DE JUIN,
"
2000 piéces d'or fabriquées de
Floride , qui revenoient à 2000 ,
200 , ou 300 Pistoles . Je reçû
le prefent fans en faire aucune
difficulté , en lui répondant que
comme je ne me trouvois pas en
état de fervir fa Majefté Catholique
,je croyois que je manquerois
à mon devoir en toutes maniéres ,
fi je reçevois les grandes fommes
qu'elle avoit eûe la bonté de me
faire apporter à S. Sebaftien &
offrir à Vinaros ; mais que je croirois
aufli manquer au refpect que
je devois à un auffi grand Monarque
, fi je n'acceptois le fecond
dont il m'honoroit. le le reçû
donc , mais je donnai , avant de
m'embarquer,les confitures auCa
pitaine de la Galere , les gands à
D. Fernand , & l'or à D. Pedro ,
pour Mr le Baron de Vateville ;
en lui écrivant que comme il m'avoit
dit plufieurs fois qu'il étoitaf.
fez embaraffé acaufe de '' extreme
dépense qui étoit neceffaire pour
Diiij
42 LE MERCURE
achever l'Admiral des Indes d'Occident
qu'il faifoir conftruire à S.
Sebaſtien , je lui envoyois un petit
grain pour foulager fon mal de
tête , c'est ainsi qu'il appelloit le
chagrin que la fabrique de ce Vaiffeau
lui donnoit. Ma manière d'agir
en ce rencontre fut un peu outrée
l'eû raifon de donner le rafraichiffement
de Victuailles au
Capitaine ; il étoit indifferent de
retenir les gands d'Espagne ou de
les donner à D. Fernand , il eût.
été de la bonne conduite de retenir
les 2000 , & tant de Piftoles.
Les Efpagnols ne me l'ont jamais
pardonné : Ils ont toûjours attribué
à mon averfion , ce qui n'étoit
en moi , dans la verité , qu’-
une fuite de la profeffion que j'avois
toujours faite de neprendre de
l'argent de perfonne. Ie m'embarquai
à la feconde garde de la nuit
avec un gros tems , mais qui ne
nous incommodoit pas beaucoup,
parce que nous avions le vent en
poupe. Nous faifions trois mille
DE IUIN. 43
par heure&nous arrivâmes le lendemain
à Maiorque Comme il
y avoit de la pefte en Arragon,
tout ce qui venoit de la Côte
d'Efpagne étoit fufpect à Maïorque
: Il y eût beaucoup d'allée & :
de venue pour nous faire donner
pratique , à laquelle le Magiftrat
de laville s'opofoit avec vigueur.
Le Viceroi qui n'eft pas à beaucoup
prés fi abfolu dans cette Ifle ,
que dans les autres Royaumes d'-
Efpagne , & qui avoit eû ordre
du Roy fon Maître , de me faire
toutes les honneftetez poffibles,fit
tant par fes inftances , que l'on
me permit à moi & aux miens,
d'entrer dans la Ville , à condition
de'n'ypoint coucher.Cela vous
paroît fans doûte affez extravagant
, parce que l'on porte le mauvais
air dans une Ville , quoiqu'on
n'y couche pas.lele dis l'aprés- dîné
à un Cavalier Majorquin , qui me
répondit ces propres paroles , que
je remarquai , parce qu'elles peuvent
s'appliquer à mille rencon44
LE MERCURE
tres que l'on fait dans la vie .
Nous ne craignons pas que vous nous
apportiez du mauvais air , parceque
nousfçavons bien que vous n'-
eftespaspaffé àHuesca , mais consme
vous vous en eftes aproché , nous
fommes bien aife defaire en vôtre
perfonne un exemple qui ne vous incommode
pointe qui nous accomode
·pour les fuites. Cela en Espagnol ,
eft plus fubftantiel , & méme plus
galant qu'en François. Le Viceroy
qui eft un Commandeur
Arragonois
, dont j'ai oublié le nom , me
vint prendre avec 100 ou 120 caroffes
pleins de Nobleffe , & la
mieux faite qui foir en Espagne.
Il me mena àla Meffe à la Cathédrale
, où je vis 30 ou 40 femmes
de Qualité , plus belles l'une que
l'autre ; & ce qui eft de merveilleux
, c'eft qu'il n'y en a point de
laides dans toute l'lfle ; au moins ,
elles y font trés-rares : Ce font
pour le moins , des beautés trésdélicates
, & des teints de Lis &
de Rofes. Les femmes du bas peu-
・
DE IUIN 41
ple que l'on voit dans les rues ,
font de cette efpéce . Elles ont
comme une Coëffure particuliere,
qui eft fort jolie. Le Viceroy me
donna un dîner magnifique , dans
une fuperbe Tente de Brocard
d'or , qu'il avoit fait élever fur le
bord de la Mer. Il me mena aprés ,
entendre une Mufique dans un
Couvent de Filles , qui ne cédoient
pas en beauté aux Dames
de la Ville : Elles chanterent à la
Grille , à l'honneur de leur Saint,
des Airs & des paroles plus galantes
& plus paffionnées , que ne
font les Chanfons de Lambert .
Nous allâmes nous promener fur
le foir , aux environs de la Ville' ,
qui font les plus beaux du monde ,
& tous pareils aux Campagnes du
Royaume de Valence. Nous revinfimes
chez le Viceroy , la Vicereine
qui étoit plus laide qu'un
Demon , & qui étoit affife fous
un grand Dais , toute brillante
de Pierreries , donnoit un merveilleux
luftre à 60 Dames qui
46 LE MERCURE
étoient auprés d'elle, & qui'avoient
été choifies entre les plus belles
de la Ville. On me ramena avec
cinquante flambeaux de cire blanche
, dans la Galere , au bruit de
route l'Artillerie des Baftions , &
d'une infinité de Haut- Bois &. de
Trompettes . J'employai à ce divertiffement
, les trois jours que
le mauvais temps m'obligea de
paffer à Majorque. J'en partis le 4.
avec un vent frais , & en Poupe.
Je fis cinquante lieuës en douze
heures , & j'entrai fort hûreufement
avant la nuit au Port Mahon,
qui eft le plus beau de la Méditerranée
. Son embouchure eft fors
étroite , & je ne crois pas que deux
Galeres à la fois y puiffent paffer
en voguant . Il s'élargit tout d'un
coup , & fait un Baffin oblong , qui
a une grande demie-lieuë de large ,
une bonne lieuë de long. Une
grande Montagne qui l'environne
de tout côté , fait un Théatre , qui
par la multitude & la hauteur des
arbres dont elle est couverte , ఈ
DE IULN. 47
par les uiffeaux qu'elle jette avec
une abondance prodigienfe , ouvre
mille & mille Scenes , qui fontfans
exagération , plus furprenantes ,
que celles de l'Opera. Cette même
Montagne ,
, ces mêmes Rochers
couvrent le Port de tous les vents ;
& dans les plus grandes tempêtes
il eft auffi calme , qu'un Baffin de
Fontaine , & auffi uni qu'une glace.
Il eft partout d'une égale profon
deur , & les Galions des Indes y
donnent fond à 4 pas de terre.
Pour comble de toute perfection ,
ce Port eft dans l'Ile de Minorque :
qui donne encoreplus de chair &toutes
fortes deVictuailles néceffaires à
la Navigation , que celle de Majorque
neproduit deGrenades , d'Oranges&
de Limons. Le tems groffit extrémement
, aprés que nous fumes
entrez dans le Port , au point
que nous fumes obligez d'y deancurer
quatre jours . D. Fernand
Carillo , qui étoit Homme de
Qualité , âgé feulement de 24
ans , fort honnête & civil , cher48
LE MERCURE
cha à me donner tout le divertif
fement que l'on pouvoit trouver
en ce beau Lieu. La Chaffe y étoit
la plus belle du monde , en toute
forte de Gibier , & la Pefche en
Poiffons . En voici une maniere
particuliere, ce mefemble, à ee Port.
Alprit cent Turcs de la Chiourme ,
il les mit de rang , il leur fit tenir
à tous un cable d'une prodigieufe
groffeur , ilfit plonger 4 de fes Ef
claves , qui attacherent ce cable à
une fortgroffe pierre ; ils la tirerent
apres , à force de bras , avec
leurs Compagnons , au bord de
l'ean ; ils n'y réffirent qu'aprés des
efforts incroyables : Ils n'eurent
gueres moins de peine à caffer cette
pierre à coups de marteau. Ils trouvérent
dedans , fept on buit écailles,
moindres les Huitres en grandeur
, mais d'un goût , fans.comparaifon
plus relevé. On lesfait cuire
dans leur eau , & le manger en
eft délicieux. Le tems s'étant adouci
, nous fîmes voile pour paffer
le Golfe , qui cominence en
que
cet
DE JUIN.
49
cet endroit. Il a cent lieues de
long & quarante de large , & il eſt
extrémement dangereux tant à
caufe des Montagnes de fable ,
que l'on prétend qu'il éléve & qu'il
roule quelquefois , que parce qu'il
n'y a point de Port fous vent. La
Côte de Barbarie qui le borne d'un
côté, n'eft pas abordable ; celle de
Languedoc qui lejoint de l'autre ,
eft trés-mauvaife : Enfin le trajet
n'en eft point agréable pour les Galeres
, pourpeu que la faifon foit avancée
, & elle l'étoit beaucoup
parce que nous étions fort proche de
La Touffaint , où il fait ordinairement
àla Mer de grands coups de
vent. D. Fernand de Carillo , qui
étoit un des Hommes d'Espagne
des plus avanturiers , m'avoшiat
qu'une médiocre Fregate eût été
meilleure en ce rencontre que la
plus forte Galere . Il fe trouva
par l'événement > que la
moindre Felouque eût éré auffi
bonne que la meilleure Frégate.
Nous paffàmes le Golfe en 36
Juin 1717.
E
so
LEMERCURE
heures , par le plus beau tems
du monde , avec un vent qui ne
laiffoit pas de nous fervir & ne
nous obligeoit prefque pas à mettre
fur le Bourcet de la chambre
de poupe ,
les lanternes de verre
dont on les couvre . Nous entrâmes
ainfi dans le Canal qui eft
entre laCorfe & la Sardaigne. D.
Fernand Carillo qui vit quelque
nuage qui lui faifoit apprehénder
changement de tems , me propofa
de donner fond à Porto Condé,
qui eft un Port def-habité dans la
Sardaigne , ce que j'agreai . Son
apprehenfion s'étant évanouie
avec les nuages , il changa d'avis
pour ne pas perdre le beau
tems. Ce fut un grand bonheur
pour moi , car M. de Guife qui
alloit à Naples avec l'armée Navale
de France , étoit moüillé à
Porto Condé avec fix Galeres.
D. Fernand Carillo qui le fçût
deux jours aprés, me dit qu'il fe
fut noqué de ces fix Galeres ;
parce que la fienne qui avoit 450
DE
JUIN
SI.
hommes de
Chiourme , fe fut aifement
tirée
d'affaire ; mais, c'eût
toûjours été une affaire , dont un
homme qui fe fauve de Prifon ,
fe paffe encore plus
facillement
qu'un autre. La Fortereffe de S.
Boniface qui eft en Corfe & aux
Genois , tira 40 coups de Canon
en nous voyant , & comme nous
en
paffions trop loin
, nous
, pour en
jugeâmes
être falué
qu'elle nous faifoit quelque fignal
, & il étoit vrai ; car , elle
Dous avertiffoit qu'il y avoit des
ennemis à Porto Condé. Nous
ne le prîmes pas ainfi ,& nous crûmes
qu'elle nous vouloit faire
connoiftre, qu'une petite Frégate
que nous voyoions devant nous au
fortir du Canal , étoit Turquoife ,
comme elle en avoit le gabarit.
D. Fernand prit fantaiſie de l'attaquer
, & il me dit qu'il me donneroit
, fi je le lui permettois , le
plaifir d'un Combat qui ne dureroit
qu'un quart d'heure. Il commanda
que l'on donna chaffe à la
E ij
52
LE MERCURE
au
Fregate qui paroiffoit effectivement
faire force de vent pour s'enfuir.
Le Pilote qui n'avoit d'attention
qu'àcette Frégate , ne remarqua
pas un Banc de fable , qui ne
paroiffoit pas à la vérité
deffus de l'eau ; mais qui eft fi
connu , qu'il eft même marqué dans
les cartes. La Galere toucha :
Comme il n'y a rien de fidangereux
à la mer, tout le monde s'écria
mifericorde. Toute la Chiourme
fe leva pour effayer de la déferrer
& de fe jetter à la nage. D.
Fernand Carillo qui joüoit au Fiquet
avec Joly dans la Chambre
de Poupe , me jetta la premiere
épée qu'il trouva devant lui , en
me criant que je la tiraffe , & il
tira la fienne pour aller fur le
Courfier , charger à coups deftramaçons
, tout ce qu'il trouvoit
devant lui. Tous les Officiers &
la Soldatefque firent la même
chofe ,› parce qu'ils apréhendoient
que la Chiourme ,, où il y avoit
beaucoup de Turcs ,
de Turcs , ne relevafDE
JUN .
53
fent la Galere , c'eft- à dire,ne s'en
rendiffent les Maîtres , comme il
eft arrivé quelquefois en de femblables
occafions. Qand tour le
monde fe fut remis à la place , ilme
dit, de l'air du monde le plus froid
&le plus affûré J'ai ordre de S. M
de vous mettre en fûreté , il yfant
pourvoir. Je verrai aprés cela,fi la
Galere eft bleffée . En proferant cette
derniere parole , il me fit prendre
à force de corps par quatre Ef
claves , & il me fit porter dans la
Felouque. Il y mit avec moi trente
Moufquetaires
Espagnols , aufquels
il commanda de me mener fur
un petit écueil qui paroiffoit à so
pas delà , & où il n'y avoit place
que pour quatre ou cing perfonnes .
Les Moufquetaires
étoient dans
canjufqu'à la ceinture , & ils me
firent pitié ; quand je vis , que
Galere n'étoit pas bleffée , je les y
voulu renvoyer ; mais ils me dirent
que fi les Corfaires qui étoient fur
le rivage,me voyoient fans une bonne
efcorte , ils ne manqueroient pas.
la
E iij
54 LE MERCURE
La
de me venir piller & égorger , ces
Barbares s'imaginans que tout ce
qui fait naufrage eft à eux.
Galere ne fe trouva pas bleffée ,
ce qui fut une manière de prodige.
On ne laiffa pas d'être plus
de deux heures à la relever. La
Felouque me vint reprendre , &
je remontai fur la Galere. Comme
nous fortions du Canal , nous apperçûmes
encore la Frégate , qui
voyant que la Galere ne la fuivoit
plus , avoit pris fa route. Nous
lui donnâmes la chaffe ; elle la
prit, & nous la joignîmes en moins
de deux heures . Nous trouvâmes
en effet qu'elle étoit Turquoife
, mais entre les mains des
Genois , qui l'avoient prife fur le
Turc , & qui l'avoient armée . Je
fus ,pour vous dire vrai , trés aile
que l'avanture ſe fut terminée
ainfi : Certe guerre ne me plaifoit
pas ; elle n'étoit pas grande , mais
une égratignure qui m'eut pû arriver
, l'eut rendue ridicule . D.
Fernand Carillo , qui étoit un jeu
DE JUIN $5
ne hommefort brave , me la propofa
, & je n'ût pas la force de
l'en refufer , quoique je viffe bien
que c'étoit une imprudence . Le
tems fe chargeant un peu , on crut
qu'il étoit à propos d'entrer dans
Porto Vecchio. C'éft un Pòrt defhabité.
Un Trompette du Gouverneur
Genois , d'un Fort qui en
eft affés proche , vint nous avettir
de la part de fon Capitaine ,
que Mr de Guife étoit avec fix Galeres
de France à Porto Condé ,
qu'aparemment il nous avoit vu
paffer, & qu'il pourroit venir nous
furprendre. La même nuit , fur le
foir nous réfolûmes de nous
remettre à la Mer , quoique le
tems commençât à être fort gros ,
& qu'il y ût même quelque péril
de fortir la nuit de PortoVecchio;
parce qu'il a à la bouche un écueil
de Rochers , qui jette un Courant
affés facheux. La bourafque augmenta
avec la Lune , & nous
umes une des plus grandes tempêtes
qui fe foit peut-être jamais .
›
"
56 LE MERCURE
vue à la Mer. Le Pilote Royal
des Galeres de Naples qui étoit
fur la nôtre , & qui naviguoit
depuis cinquante ans , difoit qu'il
n'avoit jamais rien vû de pareil .
Tout le monde étoit en prieres , &
tout le monde fe confeffoit 11
n'y ût que D. Fernand Carillo , qui
communioit tous lesjours , quand il
étoit à Terre , & qui étoit d'une
Piété Angélique : Il n'y ût que
lui, dif-je , qui ne fe jetta pas aux
pieds des Preftres avec empreffement.
Il laisfoit faire les autres ,
mais , il ne fit rien en fon particculier,
& il me dit à l'oreille
Je crains bien que toutes ces Confeffions
, que lafeule peur produit
ne vaillent rien . Il demeura toujours
tranquile , donnant les ordres
avec une froideur admirable , &
en donnant du courage , mais doucement
, à de vieux Soldats de
terre de Naples , qui faifoient
paroître un peu d'étonnement . Je
me fouviens toujours qu'il les appella
Senores foldados de Carlo
DE JUIN.
Quinto. Le Capitaine particulier
de la Galere , qui s'appeloit Vil
lanova , fe fit apporter au plus
fort du danger , fes manches en
broderie & fon écharpe rouge ,
en difant , qu'un véritable Efpagnol
devoit mourir avec la marque
de fon Roy. Il fe mit dans
un grand Fauteuil , & il donna un
grand coup de pied dans la machoire
d'un pauvre Napolitain ,
qui ne pouvant tenir fur le Courfier
, marchoit à quatre pattes ,
en criant. Senor D. Fernando por
l'amor de Dios Confeçion , & le
Capitaine en le frapant , lui dit
Os enemigo de Dios pi de Confeçion :
& comme je lui repréfentois que
la preuve n'étoit pas bonne , il me
répondit , que ce Vieillard fcandalifoit
toute la Galere . Vous ne
pouvez vous imaginer l'horreur
d'une grande tempête ; vous vous
en pouvez auffi imaginer le ridicule.
Un Obfervantin Sicilien
prêchoit au pied de l'Arbre ; que
Saint François lui étoit apparu ,
38 LE MERCURE
l'avoit affuré que nous ne péririons
pas. ce ne feroit jamais fait,
fi j'entreprenois de vous décrire
les frayeurs & les impertinences
que
l'on voit en ces rencontres.
Le grand péril ne dura que fept
heures ; nous nous mîmes enfuite
unpeu à couvert fous la Pianonfe;
le tems s'adoucit , & nous gagnâmes
Portolongone . Nous y paffàmes
la Touffaint & la Fête des
Morts , parce que le vent nous
étoit contraire pour fortir du Port.
Le Gouverneur Espagnol my fit
toutes les honnêtetés imaginables ;
& comme il vit que le mauvais
tems continuoit , il me confeilla
d'aller voir Portoferrare
, qui eft dans l'lfle d'Elbe ,
auffi bien que Porto Longone . Il n'y
a que 5 mille de l'un à l'autre par
terre , & j'y allai à cheval . Je
vous ai tantôt dit , qu'il n'y a rien
de fi agréable dans le Théatre de
l'Opera , que la Scene du Port
Mahon , & je puis préfentement
vous dire avec autant de vérité ,
DE JUIN. 59
qu'il n'y a rien de fi pompeux
dans les repréfentations les plus
magnifiques que vous en avez
vûes,que tout ce qui paroît de cette
Place . Il faudroit être Homme
de Guerre pour vous la décrire .
Je me contenterai de vous dire ,
que fa force paffe fa magnificence:
Elle eft l'unique imprénable qui
foit au monde ; & le Maréchal de
la Meilleraye en convenoit. Il
l'alla vifiter , aprés qu'il ût prit
Porto Longone , dans le tems de
la Régence ; & comme il avoit
beaucoup de zéle pour le Service
de fon Maître , il dit au Commandeur
Griffory qui y commandoit
pour le grand Duc , que la
Fortification étoit bonne , mais que
fi le Roy fon Maître lui commandoit
de l'attaquer , il lui en rendroit
bon compte dans fix Semaines
. Le Commandeur Griffory
lui répondit , qu'il prenoit un trop
long tems , & que le Grand Duc
étoit fi fort Serviteur du Roy ,
qu'il ne faudroit qu'un moment .
60 LE MERCURE
>
Le Maréchal ût honte de fon emportement
, ou plûtôt de fon incivilité
, & il la répara en diſant,
vous êtes un galant Homme Mc
le Commandeur , & jefuis unfot ,
je confeffe que vôtre Place
eft imprénable Le Maréchal
me fit ce conte à Nantes , &
le Commandeur me le confirma
à Porto Ferrare où il commandoit
encore quand j'y
paffai. Le vent nous ayant permis
de fortir de Porto Longone ,
nous primes terre à Piombino ,
qui eft fur la Côte de Tofcane.
Je quittai dans ce lieu , la Galere ,
aprés avoir donné aux Officiers ,
aux Soldats & à la Chiourme
tout ce qui me reftoit d'argent ,
fans excepter la Chaîne d'or que
le Roy d'Espagne avoit donnée à
Boifguerin. Je la lui achetai , &
la revendis au Facteur du Prince
Ludovifio , qui est prince de Pombin.
Je ne réfervai que neuf Piftoles
, que je crû fuffifantes pour me
mener jufqu'à Florence. Je fuis
obligé
DE JUIN.
73
Toûjours l'Enfant lui fait tour de
matois ;
Quefip r elle il ût l'ame alarmée,
Fut confolé
d'aprendre vos Exploits :
Tout lui contoit la Déeffe aux cent
voix ,
Mais aux propos Amour qui ne
s'arrête
De vos beaux yeux couroit fe faire
fête:
Ce Dieu vous vit , Princeffe , l'antre
jour
Plus belle encor que Venus en fa
Cour ,
,
Ilvous aima , ce n'eſt cas qui m'étonne
,
A tous les coeurs votre beauté l'ordonne
;
De fes beaux traits , lui qui fçût
vous armer ,
Put-il tarder à s'en laiffer charmer:
Mais autre point caufe icy mafurprife
,
Vertu qui forme en tout vôtre Devife
,
Au moins devoit alarmerfes défirs:
Amour n'aima,finon pour les plaifirs,
Juin
1717. G
74 LE MERCURE
Poire à Pfiché lorsqu'il rendit les`
armes ;
Lefin matois contoitſurſes faveurs :
Pour vous , Princeffe , ayant d'autres
ardeurs ,
Sa belle Nymphe il immole à vos
charmes ,
Plus glorieux d'adorer vos rigueurs.
豬心
JOURNAL HISTORIQUE
de Paris.
Le 28. May , MA DA ME Vint
prendre congé du Roy , & le lendemain
elle partit pour S. Cloud ,
où cette Princeffe fe propofe de
faire un féjour de 4 mois.
Le même jour , M. le Comte
de Stairs Ambaffadeur d'Angleterre
arriva ici.
Le 29 , Mile Prince de Cellamaré
Ambaffadeur du Roy d'Ef
pagne , préfenta à S. M. T. C.
une Boete , dans laquelle on a
rouvé les Portraits de toute la Fa-
1
DE JUI N.
mille Royale d'Eſpagne : Sçavoir
, ceux de PHILIPPES V. de
de la Reine regnante , du Prince
des Afturies , du Prince Philippes ,
du Prince Ferdinand & de Don
Carlos Infants , tirés par OUATE.
Le 30. la Cour fut informée .
que la nuit du 20 May , le feu
ayantpris à l'Hôtel de Mr le Marquis
d'Avarey , Amballadeur de
France à Soleure en Suiffe ; le Palais.
fut embrafé en moins de trois
heures . La perte eft d'autant plus
confidérable , qu'outre les Bâtimens
brulés ; la Vaillelle d'argent,
les Meubles , Effets & Papiers de
Mr l'Ambaffadeur & de Mr de
la Martiniere y ont péris entiérement.
A peine ont-ils pû fe fauver
eux -mêmes en chemife , avec Mde
l'Ambaffadrice . Cet Accident
elt arrivé par la faute d'un Confiturier
, qui ayant laiffé dans fon
Office , une Poële pleine de charbons
ardents , fur laquelle il
avoit des Confitures , la flamme
fe communiqua aux Tapifleries ,
y
Gij
75 LE MERCURE
& caufa ce funefte embrafement .
Le 2. Juin la Charge de Gentil-
Homme ordinaire de feu Mi
Bourdelin , a été accordée à Mr
de Cazau Ecuyer de feu Mgr le
Dauphin .
Mrde Monteffon , ancien Lieurenant
General des Armées du
Roy , & Lieutenant des Gardes
du Corps , a û l'agrément de
Me' le Duc Régent , de fe démettre
de fa Lieutenance , en faveur
de M.fon fils Colonel de Cavalerie,
toutefois en dédomageant
Mi du Clos , qui comme le plus
ancien des Exempts , devoit monter.
Mr de Cerizy premier Enfeigne
, paffe à la Lieutenance , &
le Baton d'Exempt a été donné au
fils de Mr le Comte de Sommery .
premier Maître d'Hôtel de MADAME
Ducheffe de Berry.
Le 3. jour de l'Octave de la
Fête de Dieu , la Proceffion de
Saint Sulpice alla au Palais du
Luxembourg , dont les dehors
& le dedans de la cour étoient
DE JUIN 77
ornez des plus belles & des plus
riches tapifferies du Roy. MADAME
, Ducheffe de Berry ayant
été avertie que la Proceffion papiffoit
dans la rue de Tournon ,
alla au devant du
SAINT
SACREMENT , à la Porte du
Palais ; ayant à fes côtés Mr l'Archevêque
de Tours , Mr l'Abbé
de Rouget , M ' l'Abbé de Partenay
, Mr l'Abbé Danglade &
Mr l'Abbé du Tremblé fes Aumôniers
, tous en Rochet . Elle
étoit fuivie de tous les Officiers
& Dames du Palais , chacun un
-Cierge à la main : Sitôt que la
Proceffion parut , on entendit les
Fanfares des Trompettes , Timbales
, & Haut-bois qui étoient fur
le Balcon. Cette Princeffe vit paffer
toutes les Confréries , avec les
Valets de Pieds , dont il y en avoit
cinquante des fiens , outre plufieurs
de fes Pages , chacun un Cierge
à la main ; enfuite le Clergé
compofé de prés de 300 Ecclefaftiques
en Chapes , ou en Cha--
〃
Giij .
78 LE MERCURE
fubes. Le SAINT SACRE
MENT étoit porté par M le Curé ,
fous un des plus riches Dais , qu'-
on ait encore vû dans Paris. Aprés
qu'on eut chanté les Antiennes .
qui étoient réponduës par les Fanfares
des Timbales & Trompettes
, on donna la Bénédiction , &
la Proceffion fortit dans le même
ordre qu'elle étoit entrée , à la
difference feulement , qu'il y avoit
200 Soldats du Guer qui marchoient
, pour faire ranger le Peuple
, & pour le retenir. Devant le
SAINT SACREMENT mar
choient les Suiffes de cette Princeffe
, Tambour battant & le Fifre
joüant. Entre le Dais & Madame
Ducheffe de Berry , étoient
fes Aumôniers en Rochet , & les
Chapelains en Habit long. Madame
donnoit la main d'un côté,
à Mr le Marquis de Coëtanfao fon
Chevalier d'Honneur , & de l'autre
, à Mr le Chevalier d'Hautefort.
Mr le Comte de Rions fon
Lieutenant des Gardes , marchoit
•
DE JUIN 79
immédiatement devant elle , &
Mr le Marquis de la Rochefoucault
fon Capitaine des Gardes
la fuivoit , de même que Mdes les
Marquifes de Pons , de Clermont,
d'Aidiés , de Beauvau fes Dames
du Palais , avec Mr le Marquis
de Torcy , lleess Marguilliers
& le refte de fa Maifon , qui étoit.
trés nombreufe & trés - brillante.
Madame , Ducheffe de Berry fit
tout le chemin à pied , depuis le
Palais du Luxembourg , jufqu'à
l'Eglife S. Sulpice la Paroiffe. On
paffa par la rue Vaugirard , & par
la rue Caffette , où l'on entendit
un beau Motet , chanté par les
Religieufes du Saint Sacrement.
La Cérémonie finit dans l'Eglife
de Saint Sulpice par la Bénédition
du Saint Sacrément que
cette Princeffe reçût : On admira
le bel ordre qui fut obfervé ,
malgré la quantité du Peuple.
Le 6. quoiчue Mr le Maréchal
de Villeroy n'ait pû fe trouver
au Confeil d'Etat , à caufe d'une
go LE MERDURE
atteinte de Goute au Poigner , if
n'a cependant pas voulu fe priver
de l'honneur d'affifter au dîner du
Roy.
Le même jour , le fieur de
Bourvalais fut mis en liberté .
Le 7. la Régence nomma fix
Commiffaires , pour examiner la
forme de faire juger l'Affaire des
Princes.
Mr Pelletier de Soufy , Mr
Amelot , Mr de Nointel , Mr
d'Argenfon , M de la Bourdonnaye
& M¹ de S. Conteft , ont été
choifis pour cet effet . Ce dernier
a ordre de recevoir tous les Mémoires
qu'on préfentera , & d'en
faire feul le Raport.
Le 8. Mer le Duc Régent a
accordé une augmentation de
Brevet de retenue de soooo liv . 50000
à M. de la Chefnaye , fur fes
Charges de la Cornette Blanche ,
& de Grand Ecuyer Trenchant .
Le io . Mde la Princelle d'Harcour
préfenta au Roy Mde la Marquife
de Flamarin nouvellement
mariće .
DE JUIN 81
,
Le 10. MADAME vint de Saint
Cloud rendre vifite au Roy fur
le midi , & s'en retourna le foir.
Le 12. le Roy aprés fes études
qu'il continue de faire avec beaucoup
d'attention entendit la
Meffe , & tint fur les Fonds de Batéme
, le fils de fa Nourrice ,
avec Mde la Marquise de Villeroy.
Mr l'Abbé de Rochebonne Aumônier
du Roy , en fit les Cérémonies
, Mr le Curé de Saint
Germain l'Auxerrois préfent.
Le 13. les Feüillans par Ordre
du Roy , ont chantés pour
la premiere
fois , Vêpres dans fa Chapelle
, ce qu'ils continueront les
Dimanches & Fêtes. Ils font auffi
chargés de faire tous les jours la
Priere du foir , à l'imitation de
ce qui fe pratiquoit à la Chapelle
de Verſailles .
PROVISIONS DONNE'ES
en Juin 1717.
Le premier du mois , le Bre82
LE MEKCURE
vet de Second Enfeigne de
la Premiere Compagnie des
Moufquetaires , a été accordé à
Mr le Chevalier du Creuzel ,
la démiffion de M de la
par
Roque .
Idem. Le Brevet de Cornette
dans la premiere Compagnie des
Moufqueraires,pour Mile Comte
de Treville , vacante par la démiffion
de Mr le Chevalier du
Creuzel.
Idem . Les Provifons de la
Charge de Gouverneur de Dax
& S. Sever , Pays & Sénéchauffées
des Launes , pour Mr le Marquis
de Poyanne , par la démiffion
de Mr le Marquis de Gaffion .
Idem. Les Provifions de la
Charge de Gouverneur des Ville
Château & Viguerie de Sommieres
, pour le Sieur d'Harling ,
Capitaine des Gardes du Corps
de MADAME , Colonel du Régiment
de Guienne Infanterie , & Brigadier
des Armées du Roy , par
le décés du fieur de Monpezat.
DE JUIN 83
Idem. Les Provifions de Viguier
des Ville & Vignale de
Sommieres , pour eneme,
Idem. Une Commiffion qui
donne Rang de Mestre de Camp
de Cavallerie , à M du Bofcq
Aide-Major de la Premiere Compagnie
des Moufquetaires.
Idem. Deux autres Commiffions
pour le Sieur de Peyrelongue
, Ayde- Major de la seconde
Compagnie des Moufquetaires ,
& pour le Sieur de Laniziere ,
Ayde- Major de la dite Seconde
Compagnie.
Idem. Les Provifions de Gouverneur
des Ville & Château de
Vannes & Auray , en faveur de
Mr le Comte de Lannion Baron
& Pair de Bretagne , Vicomte de
Rennes , Marquis de Pinay , Brigadier
des Armées du Roy , &
Colonel du Régiment de Xaintonge
; cette Charge érant vacante,
par le décés de Mr le Marquis de
Lannion fon pere.
84 LE MERCURE
Idem. Les Provifions de la Charge
de Gouverneur des Ville &
Château de Saint Malo , pour Mr
le Marquis de Coerquen , par le
décés de Mr le Marquis de Lannion.
Le se une Commiffion qui
donne rang de Mestre de Camp
de Cavallerie , au Sieur Dufort ,
Ayde-Major de la Premiere Compagnie
des Moufquetaires .
Le 7. les Provifions en furvivance
, fur la nomination de Mgr
le Duc d'Orleans , de la Charge
de Gouverneur des Ville & Duché
de Nemours , en faveur de
Mr de Monliart , dont le pere eft
actuellement pourvû.
Le 14. les Provifions de la
Charge de Gouverneur de l'Iſle
d'Oüeffant , pour Mr le Comte
de la Sauldraye de Nizon , fur la
nomination de Malle de Rieux ,
comme Dame & Marquife de
ladite lile .
Journal
DE JUIN. 61
obligé de die , que jamais gens
ne méritérent mieux des gratifications
, que ceux qui étoient
fur cette Galere. Leur difcretion
à mon égard , n'a peut-être jamais
eu de pareille. Ils étoient plus
de 600 hommes , dont il n'y en
avoit pas un qui ne me connut.
Il n'y en ût jamais un feul , qui
en donnat aucune démonitration.
Leur reconnoiffance fut égale à
leur difcretion. Celle que je leur
avois témoignée de leur honnêteté,
les touchatellement,qu'ils pleurerent
tous , quand je les quittai ,
pour prendre terre à Piombin. Ce
fut proprement en ce lieu , où je
recouvrai ma liberté , laquelle
juſques là , avoit été hazardée
par beaucoup d'avantures .
Ce Morcian , par lequel finiffent
les Mémoires du Cardinal de Retz,
eft fi beau , que j'ai cru vous faire
plaifir de le tranfcrire tout au long.
Je fuis avec toute l'estimepoffible ,
Monfieur , &c .
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72
p. 47-48
A M. LE CHEVALIER COYNART.
Début :
La terre a perdu sa verdure ; [...]
Mots clefs :
Fleurs, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : A M. LE CHEVALIER COYNART.
A M. LE CHEVALIER COYNART,
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
LA terre a perdu fa verdure ;
Flore atteinte de la froidure
Refuse aujourd'hui fes faveurs >
Ainsi vainement je m* apprête >
Chevalier, àchommer ta Fête,
Je ne fjaurois trouver de fleurs.
Au deffaut dé celles que Flore
Dans ses Parterres fait éclore ,
Et que l'on voie si- rôt mourir,
Je vais , volant avec audace ,
En cueillir fur le Mont-Parnasse
Que ie tems ne pourra flétrir.
Ç vj Newi
43 MERCURE DE FRANCE;
■H;a£ Soeurs plus fcavantes que belles.
Culcivenc ces fleurs immortelles >
Qui bravent le plus grand Hyver *■
Avec ces fleurs je veux te faire
Un bouquet , que jamais n'altère
Aucune impression de l'air.
Sans imposer aux yeuxt fans feindre ».
Avec ces fleurs je sçaurai peindre
Ta politesse , ta candeur ,
Ta mémoire heureuse , admirable
T.. n esprit facile . agréable >
EKs ans * surmontant la froideur».
Ce bouquet disert , patetique, .
De ton ame vraiment stoïqueL .
Exprimera l'égalité;
On y verra par quelle addreflè
Tu sça s donner â la vieillesse
Un air dont on est enchanté».
Ta conversátion charmante »
Auífi solide qu'amusante,
Y paroîtra dans tout son jour.
Voila les fleurs que pour ta gloire
Je vais aux filles de mémoire
Voler en leur faisant ma Cour.
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Résumé : A M. LE CHEVALIER COYNART.
L'auteur adresse une lettre poétique à M. le Chevalier Coynart, regrettant de ne pouvoir offrir des fleurs fraîches à cause de l'hiver. Il choisit alors de cueillir des fleurs immortelles sur le Mont-Parnasse, symbolisant des qualités intemporelles telles que la politesse, la candeur, la mémoire et l'esprit agréable du destinataire. Ces fleurs forment un bouquet qui exprime l'égalité et la stoïcité de l'âme du chevalier, ainsi que sa conversation charmante et solide. L'auteur conclut en affirmant qu'il va voler ces fleurs auprès des filles de mémoire pour célébrer la gloire du chevalier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 182-188
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
Jean François le Bouste, Lieutenant de Roy au Gouvernement de Languedoc, [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Chevalier, Seigneur, Marquis, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS, NAISSANCES
& Jlíariages.
JEan François le Bouste , Lieutenant de
Roy au Gouvernement de Languedoc,
Département du haut Vivarez & Velay ,
mourut à Paris le 23. Décembre 1729.
âgé de j8. ans.
Jean François de Quinson , Seigneur
de Le.yman> &c. Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant
7 A N V I E R. 1710. r«j
IF
Lieutenant Culoncl du Régiment de Ca«
Valérie de Villequier , mourut le 19 Dé
cembre dernier , âgé d'environ soixante
ôc douze ans.
M. Alexandre de GauJechart , Comte
d'EflVille , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Grand Croix de l'Ordre
•Royal & militaire de S. Louis , Gouver
neur du Fort de Barault , & ci-devant pre«
mier Lieutenant de la première Com
pagnie des Gardes du Corps de S. M.
mourut à Paris le premier Janvier , âgé
d'environ 7 j ans.
Il étoit Frère de M. Adolphe de Gau-
• dechart , Marquis de Bachiviliers , auflî
Lieutenant General des Armées du Roy 8c
^Gouverneur du Fort de Barault , mort en
17 17. & de Frère Nicolas de Gaudcchart
de Bachiviliers .Commandeur de Soissons
$c de Santeni , & Trésorier de l'Ordre de
Malte en 171 o. mort en 17x 0.
Le Comte d'EíTville est le dernier de la
branche aînée de la Maison de Gaudechart
, il ne reste plus que celle des Sei
gneurs de Mattancourt , & celle des Mar
quis de Guerieu. Cette Maison , l'une
des plus anciennes 8c des plus qualifiées
du Beauvoisis , prouve au-delà de seize
quartiers paternels & maternels des meil
leures Maisons du Royaume; elle a eu des
I ij Chc
184 MERCURE DE FRANCE.
Chevaliers de Rhodes, 8c ensuite plusieurs
de Malte .• elle est alliée aux Maisons de
Mornay , de Vignacourt , d'Hangest , de
Bousiers , d'Arquinviljers , de Vyonj d'Espinay
, de Mailly , de Clermont Toury $ç
jde plusieurs autres des plus illustres.
Jean de Begerede,Seigneur deGuairorte,
&c. Chevalier de S. Louis , Mestre dp
Camp d'Infanterie , premier Lieutenant
des Gardes Françoises , & Lieutenant des
Grenadiers , homme de valeur & trèsbon
Officier , mourut à Paris le z. âgé
de soixante & dix ans.
Charles de Bedé des Fougerais , Capi- m
taine au Régiment des Gardes Françoises ,
mourut le 5. âgé de cinquante ans. Sa
Compagnie a été donnée par le Roy à
M. Charpentier ; lc plus ancien Lieute
nant du même Régiment.
M. Lpuis Joseph de Çhâteauneuf de
Rochebonne , Evêque de Carcassonne a
.mourut dans son Diocèse le Janvier.
Marguerite Fraguier > veuve de Adam
Antoine Chassepot de Beaumont, Prési
dent à la Cour des Aides , mourut le 1 o .
âgée de 77. ans.
Gaspard Brayer , Conseiller en la
Grand'Charnbre , & Doyen du Parle
ment , mourut le onze , âgé de quatreyingt
fa ans.
Elisabeth
' J AN VI ER. 1730: t6Ç
Elisabeth Rouillé , véuve de Henry
de Lambert, Seigneur d'Herbigny , Maî
tre des Requêtes honoraire , mourut le
même jour dans la quatre- vingt-dix-sep-'
tie'me année de son âge.
Marie Anne le Camus , Veuve de René*
Bazin, Marquis de Flamanville, Lieu
tenant General des Arme'es du Ròy , mou
lut le 1 2. âge'e de 60. ans.
M. Claude Antoine , Chevalier, Doc
teur en Droit , Chanoine de l'Eglise deí
Paris , Syndic du Clergé de ce Diocèse ,
mourut le 3 r. Janvier, âgé de soixante
Sc quinze ans.
M. Louis le Peletier , Chevalier , Sei
gneur de Eeaupré, Sec. Conseiller du Roi
en tous ses Conseils, ci-devant Premier
Président du Parlement , mourut à Paris
le même jour dans la 69e année de son
âge. Au mois d'Avril 1707. le Roy
Pavoit nommé Premier Président du Par
lement , & il a exercé cette Charge jus
qu'au mois de Janvier I712. qu'il sup
plia Sa Majesté de vouloir bien accepter
sa démission.
Le 6. Janvier , fut ondoyé N. fils de
M- Jacques Bernard , Chevalier , Con
seiller du Roy en ses Conseils , Maître des
Requêtes ordinaire de son Hôtel , sur-In
tendant des Domaines, Maison 8c Finan-
I iij ces
Yef MERCURE DE FRANCE.-
ces de la Reine , Grand-Groix , Grand-
Prevôt 8c Maître des Cérémonies de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Lieu
tenant des Chasses des Plaisirs de S. M.
Seigrieupde Groíbois-le-Roy , du Sancy , ,
Boissry.S, Leger , &íc. S< de Dame Louise.
Olive Frortierde la Corte.
Le 9. on batiû à S. Eustache nneNc-"
gresse.de Nation , dite Julie , âgée de 1 4.
ans, &c ne'e dans l'Iíle de Madagascar.
Elle fut presente'e par D. Marie MadelainC-"
Delvenequier, Epouse deM. Denis Brousse^,
Lieutenant de Roy de l'Iíìê de France ; &C
Bomivée Marie Françoise Charlotte par-
M. Charles-de GoufHer^ Prêcre, Chanoine
de l'Eglisede Paris, , & par D,le Jaqueliner
Françoise cre Bourdin.fille de Pierre Aimé,
Comte de Bourdin , ses Parrain & Mi
taine.
D. Julie Sophie de Rochechouart de
Jars, Epouse de M.Bertrand, Vicomte
de Rochechouart , &c. accoucha le 1 o,.-
d'une fille qui fur tenue sur les Fonts , Sç
nommée Louise Alexandrine Julie , par
Alexandre de Rochechouart, Marquis de
Jars, & par D Marie Anne d'Espinay de
S. Luc , Epouse de François Marquis de
Rochechouart , &c.
Le Jacques Nòmpar de
Caumont, Marquis de la Force, fils d'Ar
mand
JANVIER. 1730. 1Î7
lîiatìd Nompar de Caumont , Duc de la
Force,, Pair de France , Marquis de Cau
mont , &c. & de Damé Anne Elisabeth
de Gruel-la-Frette,Damedes Fossés Mar
tel ,* &c. épousa Dllc Marie Louise de
Noailles, fille de Adrien Marie , Duc de
Noailles , Pair de France , Grand d'Es
pagne , Chevalier des Ordres du Roy ÔC
de la Toison d'Or , premier Capitaine
des Gardes du Corps- du- Roi , Lieute
nant General de ses Armées , Gouver
neur & Capitaine General de Roustìllon
& de Perpignan', Gouverneur de S. Ger
main en Laye , ci-devant Président du
Conseil de Finance > & Conseiller au
Conseil dè Régence , & de Dame Fran
çoise-Charlotte- Amable Daubigné ; le
mariage a été célébré à l'Hôtel de
îîoailles.
M.' Anne César Déparis la Brosse ,
Chevalier Marquis de Pomceaux , sous-
Montrèuil , Seigneur de Campremy &c.
Conseiller au Parlement , reçu en sur
vivance eh là Charge de Président en 1»
Chambre des Comptes , veuf de Dame
Marguerite- Elisabeth Trudaine , fils de
M. Anne-François Deparis , Chevalier
Seigneur de la Brosse , Président en la
Chambre des Comptes , & de fëuë Da
me Thérèse- Angélique Collin , épousa
le Si Janvier D "e Anne-Elisabeth Brayer,
I iiij fille
iSS MERCURE DE FRANCE,
fille de M. Gaspard Bráyer , Conseilles
du Roi en la Grand'Chambre , Doyea.
du Parlement , & de Dame Marie-Eli
sabeth de Chenevieres,
& Jlíariages.
JEan François le Bouste , Lieutenant de
Roy au Gouvernement de Languedoc,
Département du haut Vivarez & Velay ,
mourut à Paris le 23. Décembre 1729.
âgé de j8. ans.
Jean François de Quinson , Seigneur
de Le.yman> &c. Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant
7 A N V I E R. 1710. r«j
IF
Lieutenant Culoncl du Régiment de Ca«
Valérie de Villequier , mourut le 19 Dé
cembre dernier , âgé d'environ soixante
ôc douze ans.
M. Alexandre de GauJechart , Comte
d'EflVille , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Grand Croix de l'Ordre
•Royal & militaire de S. Louis , Gouver
neur du Fort de Barault , & ci-devant pre«
mier Lieutenant de la première Com
pagnie des Gardes du Corps de S. M.
mourut à Paris le premier Janvier , âgé
d'environ 7 j ans.
Il étoit Frère de M. Adolphe de Gau-
• dechart , Marquis de Bachiviliers , auflî
Lieutenant General des Armées du Roy 8c
^Gouverneur du Fort de Barault , mort en
17 17. & de Frère Nicolas de Gaudcchart
de Bachiviliers .Commandeur de Soissons
$c de Santeni , & Trésorier de l'Ordre de
Malte en 171 o. mort en 17x 0.
Le Comte d'EíTville est le dernier de la
branche aînée de la Maison de Gaudechart
, il ne reste plus que celle des Sei
gneurs de Mattancourt , & celle des Mar
quis de Guerieu. Cette Maison , l'une
des plus anciennes 8c des plus qualifiées
du Beauvoisis , prouve au-delà de seize
quartiers paternels & maternels des meil
leures Maisons du Royaume; elle a eu des
I ij Chc
184 MERCURE DE FRANCE.
Chevaliers de Rhodes, 8c ensuite plusieurs
de Malte .• elle est alliée aux Maisons de
Mornay , de Vignacourt , d'Hangest , de
Bousiers , d'Arquinviljers , de Vyonj d'Espinay
, de Mailly , de Clermont Toury $ç
jde plusieurs autres des plus illustres.
Jean de Begerede,Seigneur deGuairorte,
&c. Chevalier de S. Louis , Mestre dp
Camp d'Infanterie , premier Lieutenant
des Gardes Françoises , & Lieutenant des
Grenadiers , homme de valeur & trèsbon
Officier , mourut à Paris le z. âgé
de soixante & dix ans.
Charles de Bedé des Fougerais , Capi- m
taine au Régiment des Gardes Françoises ,
mourut le 5. âgé de cinquante ans. Sa
Compagnie a été donnée par le Roy à
M. Charpentier ; lc plus ancien Lieute
nant du même Régiment.
M. Lpuis Joseph de Çhâteauneuf de
Rochebonne , Evêque de Carcassonne a
.mourut dans son Diocèse le Janvier.
Marguerite Fraguier > veuve de Adam
Antoine Chassepot de Beaumont, Prési
dent à la Cour des Aides , mourut le 1 o .
âgée de 77. ans.
Gaspard Brayer , Conseiller en la
Grand'Charnbre , & Doyen du Parle
ment , mourut le onze , âgé de quatreyingt
fa ans.
Elisabeth
' J AN VI ER. 1730: t6Ç
Elisabeth Rouillé , véuve de Henry
de Lambert, Seigneur d'Herbigny , Maî
tre des Requêtes honoraire , mourut le
même jour dans la quatre- vingt-dix-sep-'
tie'me année de son âge.
Marie Anne le Camus , Veuve de René*
Bazin, Marquis de Flamanville, Lieu
tenant General des Arme'es du Ròy , mou
lut le 1 2. âge'e de 60. ans.
M. Claude Antoine , Chevalier, Doc
teur en Droit , Chanoine de l'Eglise deí
Paris , Syndic du Clergé de ce Diocèse ,
mourut le 3 r. Janvier, âgé de soixante
Sc quinze ans.
M. Louis le Peletier , Chevalier , Sei
gneur de Eeaupré, Sec. Conseiller du Roi
en tous ses Conseils, ci-devant Premier
Président du Parlement , mourut à Paris
le même jour dans la 69e année de son
âge. Au mois d'Avril 1707. le Roy
Pavoit nommé Premier Président du Par
lement , & il a exercé cette Charge jus
qu'au mois de Janvier I712. qu'il sup
plia Sa Majesté de vouloir bien accepter
sa démission.
Le 6. Janvier , fut ondoyé N. fils de
M- Jacques Bernard , Chevalier , Con
seiller du Roy en ses Conseils , Maître des
Requêtes ordinaire de son Hôtel , sur-In
tendant des Domaines, Maison 8c Finan-
I iij ces
Yef MERCURE DE FRANCE.-
ces de la Reine , Grand-Groix , Grand-
Prevôt 8c Maître des Cérémonies de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Lieu
tenant des Chasses des Plaisirs de S. M.
Seigrieupde Groíbois-le-Roy , du Sancy , ,
Boissry.S, Leger , &íc. S< de Dame Louise.
Olive Frortierde la Corte.
Le 9. on batiû à S. Eustache nneNc-"
gresse.de Nation , dite Julie , âgée de 1 4.
ans, &c ne'e dans l'Iíle de Madagascar.
Elle fut presente'e par D. Marie MadelainC-"
Delvenequier, Epouse deM. Denis Brousse^,
Lieutenant de Roy de l'Iíìê de France ; &C
Bomivée Marie Françoise Charlotte par-
M. Charles-de GoufHer^ Prêcre, Chanoine
de l'Eglisede Paris, , & par D,le Jaqueliner
Françoise cre Bourdin.fille de Pierre Aimé,
Comte de Bourdin , ses Parrain & Mi
taine.
D. Julie Sophie de Rochechouart de
Jars, Epouse de M.Bertrand, Vicomte
de Rochechouart , &c. accoucha le 1 o,.-
d'une fille qui fur tenue sur les Fonts , Sç
nommée Louise Alexandrine Julie , par
Alexandre de Rochechouart, Marquis de
Jars, & par D Marie Anne d'Espinay de
S. Luc , Epouse de François Marquis de
Rochechouart , &c.
Le Jacques Nòmpar de
Caumont, Marquis de la Force, fils d'Ar
mand
JANVIER. 1730. 1Î7
lîiatìd Nompar de Caumont , Duc de la
Force,, Pair de France , Marquis de Cau
mont , &c. & de Damé Anne Elisabeth
de Gruel-la-Frette,Damedes Fossés Mar
tel ,* &c. épousa Dllc Marie Louise de
Noailles, fille de Adrien Marie , Duc de
Noailles , Pair de France , Grand d'Es
pagne , Chevalier des Ordres du Roy ÔC
de la Toison d'Or , premier Capitaine
des Gardes du Corps- du- Roi , Lieute
nant General de ses Armées , Gouver
neur & Capitaine General de Roustìllon
& de Perpignan', Gouverneur de S. Ger
main en Laye , ci-devant Président du
Conseil de Finance > & Conseiller au
Conseil dè Régence , & de Dame Fran
çoise-Charlotte- Amable Daubigné ; le
mariage a été célébré à l'Hôtel de
îîoailles.
M.' Anne César Déparis la Brosse ,
Chevalier Marquis de Pomceaux , sous-
Montrèuil , Seigneur de Campremy &c.
Conseiller au Parlement , reçu en sur
vivance eh là Charge de Président en 1»
Chambre des Comptes , veuf de Dame
Marguerite- Elisabeth Trudaine , fils de
M. Anne-François Deparis , Chevalier
Seigneur de la Brosse , Président en la
Chambre des Comptes , & de fëuë Da
me Thérèse- Angélique Collin , épousa
le Si Janvier D "e Anne-Elisabeth Brayer,
I iiij fille
iSS MERCURE DE FRANCE,
fille de M. Gaspard Bráyer , Conseilles
du Roi en la Grand'Chambre , Doyea.
du Parlement , & de Dame Marie-Eli
sabeth de Chenevieres,
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Le document recense divers événements survenus en 1729 et au début de l'année 1730, incluant des décès, naissances et mariages. Parmi les décès notables, Jean François le Bouste, Lieutenant de Roy au Gouvernement de Languedoc, est décédé à Paris le 23 décembre 1729 à l'âge de 38 ans. Valérie de Villequier, Lieutenant Colonel du Régiment de Cavalerie, est mort le 19 décembre à environ 62 ans. Alexandre de Gaudéchart, Comte d'Étiville, Lieutenant Général des Armées du Roy et Grand Croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, est décédé à Paris le 1er janvier 1730 à environ 71 ans. Il était le dernier de la branche aînée de la Maison de Gaudéchart, une des plus anciennes et qualifiées du Beauvoisis. D'autres personnalités décédées incluent Jean de Bégerède, Seigneur de Guairorte et Chevalier de Saint-Louis, mort à Paris à 70 ans, et Charles de Béde des Fougerais, Capitaine au Régiment des Gardes Françaises, mort à 50 ans. Marguerite Fraguier, veuve de Adam Antoine Chassepot de Beaumont, Président à la Cour des Aides, est décédée à 77 ans. Gaspard Brayer, Conseiller en la Grand'Chambre et Doyen du Parlement, est mort à 85 ans. Élisabeth Rouillé, veuve de Henry de Lambert, Seigneur d'Herbigny, est décédée à 90 ans. Marie Anne le Camus, veuve de René Bazin, Marquis de Flamanville, est morte à 60 ans. Claude Antoine, Chevalier et Docteur en Droit, est décédé à 65 ans. Louis Le Peletier, Chevalier et Seigneur de Beaupré, ancien Premier Président du Parlement, est mort à 69 ans. Parmi les naissances, un fils de Jacques Bernard, Chevalier et Conseiller du Roy, a été ondoyé le 6 janvier. Le 9 janvier, une jeune fille nommée Julie, âgée de 14 ans et née à Madagascar, a été baptisée à Saint-Eustache. Julie Sophie de Rochechouart de Jars a accouché d'une fille nommée Louise Alexandrine Julie le 10 janvier. En ce qui concerne les mariages, Jacques Nompar de Caumont, Marquis de la Force, a épousé Marie Louise de Noailles, fille d'Adrien Marie, Duc de Noailles. Anne César Déparis, Chevalier Marquis de Pomponne, a épousé Anne-Élisabeth Brayer, fille de Gaspard Brayer, Conseiller du Roi en la Grand'Chambre.
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74
p. 416-423
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
N ... l'Heritier, Ecuyer, mourut à Paris le 17. Janvier. Il étoit fils de N. l'Heritier, [...]
Mots clefs :
Roi, Veuve, Seigneur, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS, NAISSANCES
IN ... PHeriiier, Ecuyer, mourut à Parij
ìe 17. Janvier. Il étoit fils de N. Ì' Héritier,
Historiographe du Roi, lequel a beaucoup tr»T
vaillé fur notre Histoire , & frère de Mlu rHéritier,
dont, les talens &»les Ouvrages font
SÍlez connus. II étoit orni de toutes les vertu?
qui forment l'honnête homme; sçachant beau
coup & ne faisant point parade de son sçavoir.
Les Mathématiques faifoient son étude favo+
rite, mais il ne laiíîbit pas de cultiver les Mu.*
ses , & il réiislìssoit en Poésie , par un talens
qui est comme héréditaire dans fa famille-
Le if. du même mois , Darne Marie- Claire
d'Estaing , veuve du Marquis de Montboistìer .
mourut en son Château de Clas en Auvergne,
âgée de 70. ans.
■ Dame Anne-Louise de Bragelorgne , veuve
de M. Pierre Gruyn , Chevalier , Seigneur de
Valgiand, Lacelle, &c. décéda le 30. Janvkir
âgée de S r, ans.
Jacques- Michel Baudry, Procureur Gène-*
r-al de la Chambre des Comptes de Blois , mou
rut à Blois le premier Février, âgé de So ans- II
laisse plusieurs enfans , dont l'aîné est pourvû
de la même Charge de son pei e.
Le i. François Gueret , Président de la
Chambre des Comptes de Blois, mourut , âgé
S r. ans , universellement regretté. C'est à ses
travaux que la Chambre des Comptes de Blois
•est redevable de son établissemen: à l'instar de
& Mariages,
Dainç
£É V R I E R. i7?Q. 4tr
Came Geneviève de Seve , veuve d'Antoine
Genou, Chevalier, Seigneur deGuibcrville
, Conseiller au Grand Conseil , mourut le;
t. du même mois , âgé de yt- ans environ.
Henry Fages, Abbé de la Cour- Dieu, Or
dre de Cîteaux , Diocèse d'Orléans , cy-devane
Controlleur des Finances de feuë son Alteffç
Royale M. le Duc d'Orléans , mourut à Mont
pellier le iï de ce mois , âgé de 89. ans.
Le même jour, François Hector de la Tour
Montauban , Comte de la Chaux . Maréchal
des Camps & Armées- du Roi, Chevalier d»
S. Louis, Gentilhomme de la Chambre du Duc
d'Orléans , premier Prince du Sang', mourut ,;
âgé d'environ r f. ans.
Adélaïde- Loùise de Damas de Thianges,-
yeuve de Louis Conti Sforce , Duc de Segny ,
k d'Onano , Comte de Sainte- Fleur , Chevavalier
des Ordres du Roi , mort le 7. Mari
, i6ír. mourut le 5. âgée de 76- ans. fille
étoic Dame d'Honneur de S. A. R. Madame
h Duchesse d'Orléans.
Le 4. Dame Catherine Guyot , veuve de
M. Joseph Dorât .Chevalier , Seigneur de la,
Barre, mourut, âgée de 6j ans.
.' Philippe de S. Martin de Boslàye , Cheva-
. lier de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Ar
mées du Roi , & Lieutenant Colonel du Régi-'
ment de Yivarets , mourut le de ce mois ,
âgé d'environ 8co ans.
Jacques- François de Johanne de la Carre .
fcíarquisde Saumery .Gouverneur des Iflesde
sainte Marguerite 6í de S. Honorât , Capitaîne-
Goaverneur des Château & Chasses deChambord.&
Grand Bailiy de Biois, mourut àChambord
le 8.de ce mois, d ans fa - année.Il avoiç
fcr ri fous M. de Ttirenne , &étoic Mestre -de:
Camp
4i 8 MERCURE DE FRANCE.
Camp de.Cavalerie au Combat d'Àltenhe
^premier Áoût ií7j-)ily eutl'épaulc & la cuisse
çassée, ce qui l'ayant empêché de pouvoir con
tinues de servir à la guerre ; le feu ,Roi , de
glorieuse mémoire, qui connoislot son mérite, í
ifL sagesse , son désintéressement & ses autres
qualicez personnelles,, le choisit en i688.pour
être Sous- Gouverneur des Enfans de Francç,
attaché à la personne de M. le Duc de Bou
logne. S. ML fut si contente de la manière
dont il se comporta dans cette Charge im
portante., qu'elle lui donna une nouvelle mar
que de ion estime & de la satisfaction qu'elle
5 voit de ses services, en 1c nommant dans son
Codicile , Sous-Gouverneur du Roy , heureu
sement régnant. II a soutenu dans ce glorieux
emploi la réputation qu'il s'étojt déja acquise , ;j
6 il vient de terminer fa vie exempte de tout
icproche , par une mort également chrétienne,
II avoit épousé par contrat du n. Novem
bre i6i6. Marguerite-Charlotte de Montlezun
de Besmaus, fille de François de Montlezun,
Chevalier , Seigneur de Besinaus , Piffons ,
Pommeufc , Lumigny , &c. Gouverneur pour
le Roi du Château de la Bastille. De ce Ma
riage font sortis, Jean-Baptiste, Marquis de
Saumery, Seigneur <4e la Boussaye , Maréchal
des Camps & Armées de S. M. cy - devant j
Çous- Gouverneur de S. M. Cornette desChe- il
yaux Legers de la Garde, Envoyé Extraordi- •
uaire du Roi près du feu Electeur de Bavière,
mort le r. May 171c âgé de 48. ans, laúlànc
de son Mariage avec Matie-Magdelaine Bé
nigne de Luffé, deux filles en bas âge, dont
l'une est morte en 1719.
François- Jean-Baptiste, Marquis de Saunie
rs > Comte de ÇíumeroUes , Maréchal des
Camps ,
ÍSartìps & Armées de S. M. cy-devant Envoyé
ììxtraordi.naire à la Cour de 1 Electeur de Ba
vière , à présent Gouverneur des Isles Sainte
Marguerite & de S. Honorât , Capitaine- Gou
verneur des Château & Chaííes de Chamboid.
Jacques , Chevalier de S. Jean de Jérusalem,
Alexandre, Docteur en Théologie de la Fa
culté de Paris , Evêque de Ríeux , sacré le 17.
Mars 1710. Georges , Seigneur de Piffons , Co
lonel d'Infanterie.
Nous nvons déja parlé de la Maison de Jo*
hanne Saumery , dans le Mercure du mois de
May* 1716. pag. ioíS. & suivantes, à l'occafion
du décès du Marquis de Saumery , fils aîné de
celui dont nous annonçons ì présent la mort.
Frère Gabriel de Calonne de Courtebourne ,
Chevalier Profès de l'Ordre de Sè Jean de Jé
rusalem , Commandeur de 4a Commandefie
de Fontaines- sous-Mondidier , cy-devanc
Capitaine d'une des Galères du Roy & de*
Cardes de l'Etendart , mourut à Marseille le
S. de ce mois , dans ía 71' année de son âge.
il étoit frère de Louis-Jacques de Calonne ,
Marquis de Courtebourne , Lieutenant- Gene
ral des Armées du Roi . Directeur Gênerai de
la Cavalerie, Lieutenant pour S. M. au Pays
d'Artois , & Gouverneur de Hefdin, mort en
en 170s. & d'Anne de Calonne de Courtebour
ne > veuve de François le Tonnelier- Breteúil t
Marquis de Fontenay-Tresigny , Sire de Ville*
bert, Baron de Boitron, &c. Conseiller d'E*
tat Ordinaire, & Intendant des Finances.
Le Marquis de Courtebourne a laissé de "son
mariage avec Anne de Gérard, Jacques de
Calonne, Marquis de Courttbourne , Mesire
de Camp de Cavalerie, Capitaine-Lieutenant
des Gendarmes de U Reine, & Lieutenant peur
K S.
**b MERCURE DE FRANCE.
S. M. au Pays d'Artois , & Anne 4ç Calôntíè
de Courtebourne » veuve de François le Tontielier-
Breteùil , Marquis de Fontenay-Tresigny
, &c. Conseiller d'Etat Órdinaire i &c est
mere de François Victor le Tonnelier- BreteùiU
Marquis de Fontenay-Tresigny , Sire de Villebert,
Baron de Boitron, &c. Commandeur
des Ordres du Roi , Chancelier de la Reine*
cy- devant Secrétaire d'Etat, & de, Charles-
Louis Auguste le Tonnelier- Breteùil , Evêque
de Rennes , Abbé de Ghaulnes , Prieur de
Reiiil j Grand- Maître de la Chapelle de S. M.
L' ancienneté de la Maison de Calonne Cour
tebourne est si connue, qu'il a paru inutile
d'entrer dans le détail de la Généalogie de
cette Maison.
Charles- Jean- Louis de Faucon , Marquis
de Ris , Maître de la Garderobe de feu son
Altesse Royale, Monsieur, Frère unique du
du Roi Louis XIV. mourut en cette Yille le
S. âgé de sS.ans-.
Dame Catherine de Lossanges de Bedver i
Abbesse de l' Abbaye de Rieunette > Ordre de
Cîteaux» Diocèse de Carcaflonne.y mou
lut le 9. de ce mois , âgée de 6;. ans.
Le io- de ce mois , M. Jean Denis » Che>
valier , Seigneur d'Origni , premier Ecuyer de
S. A. S. Madame-la Princesse de Conti , troi
sième Douairière , mourut âgé de 90. ans , ou
«nviron.
Le 1 r. Gabriel de la Porte , Doyen du Par
lement, mourut en la 81. année de son âge.
Pierre Thomas Barthélemy le Boulanger ,
Seigneur de Boisfremont, Maître ordinaire en
la Chambre des Comptes de Normandie,mourut
le 13. âgé de 44. ans.
Jean Marie Rangoni, Chevalier» Marquis
de
• jH? V R I E R. i7?o. 41^
fJff^Rangoni > & de Ramparto , Seigneur de
Stufione &é de Cailelvetro , Comte de Leviz-,
zano & de Guinta , Envoíé Extraordinaire de
, S, A. S. le Duc de Modene auprès de S. M,
T. C. & son Plénipotentiaire au Congrès de
Soiíibns , mourut le ir. Février âgé de ^7.
ans.
M. Charles Louis Lailemand, Comte de
Levignan , deceda le 18. Février âgé de 73. ans
un mois î,f. jours.
Le 13. Dame Anne Marie Magdelaine de
Beringhen , Abbesse du Pré, Ordre de saint
Benoist, Diocèse du Mans , y mourut dans 1»
47. année de ion âge.
La huit du 17.' au 18 , mourut à Paris Jo
seph François Ancezune , Duc deCaderousse,
âgé de Sf. ans.
Le nommé Nicolas Prezau > natif de Troyes
en Champagne > est mort depuis peu à Paris ,
fur la Paroisse S. Roch , âgé de 109. ans. Oa
assure qu'il étoit Soldat dans le Régiment des
Gardes Françoises , lors de la naissance du feH
Roi, & qui fut du nombre de ceux qui allè
rent au Louvre , à ce sujet, faire une décharge
sous les fenestres de l'Appartenaenr, de Louis.
XIII. »
Le 19. Janvier D. Jeanne Catherine Coustard,
Epouse de M. Basile-Claude Henry Anjorrant
, Chevalier , Conseiller au Parlement,
accoucha d'une fille qui fut tenue sur les fonts
par M. Guillaume Julien Le Douhre > \?on-
. seillcr du Roi , Maître ordinaire en fa Cham
bre des Comptes , & Doien de cette Cham
bre > & par Dame Geneviève LeMayre , veuve
de M. Claude Dubois , Chevalier. Seigneur
de Courceriers »Deíbordeaux , &c.
K ij Dame
4% i M ERCURE DE VK^Kë^J
Dame Marie- Anne de Matignon , Epoufë'Mp
Heriíy-Fiançois , Marquis de Grave , Barons
de Lattés , &c» Mestre de Camp de Cavalerie , V
accoucha le 31. Janvier d'une fille , qui suc ]
tenue fur les fonts ,& nommée M.arie-Anne-
Eleonor, par Jacques-François-Leonor Gri»
maldi , Duc de V&lentinois & d'Etouteville ,
Pair de France , Sire de Matignon , Comte de
Torigny» 8fC Lieutenant General de la Pro
vince de Normandie, &c. & par Daine Anne-
Elisabeth Gruel de la frette, Epouse d'Ar
mand Monpar deC*umont , Duc de la Force»
Pair de France, &c.
Le Comte du Rumain , de la Province de
Bretagne , Guidon de Gendarmerie & ,Weilre
de Camp de Cavalerie » a épousé > le mois de
Janvier dernier , D. N. ... de Mslnouë , fille
de N de Malnòuë ,& veuve d'unPrest»
dent du Parlement de Bretagne.
Claude-Gustave-Chretien , Marquis des Sal
les, Capitaine de Câvalerie , Gouverneur de
la Ville & du Château de Vaucouleurs , fils de
François , Comte des Salles , Marquis de
Buquevillé, Conseiller d'Etat d« S. A. R. de
Lorraine , premier Capitaine de ses Gardes du
Corps , Gouverneur de Pont-à- Mousson . &
Conservateur dts Privilèges át l'Université 1
& de D. Catherine de ïiquelrnont , épousa le
6. Février D. Adélaïde-Candide- Louise-Macie
de B/ancaj de Viîlárs , fille de Louis-Antoine
de Brancas , Duc de Villars • Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , &c, & de D.
Angélique Frefnih de Moras.
M. Thomas- Jacques- François Charpentier,
Ecuyer , Seigneur d'Enrrery , Espiez, Grizy ,
Valangouja , Ruç , Bei val , Thuville , LeVtílí'ers
FEVRIER. 1730. 4*1
ljerr,:"&c. Capitaine de Cavalerie au Regiíinent
Roïal Etranger, épousa le jj, de te
mois Dlle Madelaine- Angélique de Rioult de
Curzay, fille de M. Séraphin de Rioul , Cheva
lier, Seigneur de Curzay, Lieutenant pour
Sa Majelie' en Poitou , &. de Dame Thereze-
I Elizabeth Blondot-
IN ... PHeriiier, Ecuyer, mourut à Parij
ìe 17. Janvier. Il étoit fils de N. Ì' Héritier,
Historiographe du Roi, lequel a beaucoup tr»T
vaillé fur notre Histoire , & frère de Mlu rHéritier,
dont, les talens &»les Ouvrages font
SÍlez connus. II étoit orni de toutes les vertu?
qui forment l'honnête homme; sçachant beau
coup & ne faisant point parade de son sçavoir.
Les Mathématiques faifoient son étude favo+
rite, mais il ne laiíîbit pas de cultiver les Mu.*
ses , & il réiislìssoit en Poésie , par un talens
qui est comme héréditaire dans fa famille-
Le if. du même mois , Darne Marie- Claire
d'Estaing , veuve du Marquis de Montboistìer .
mourut en son Château de Clas en Auvergne,
âgée de 70. ans.
■ Dame Anne-Louise de Bragelorgne , veuve
de M. Pierre Gruyn , Chevalier , Seigneur de
Valgiand, Lacelle, &c. décéda le 30. Janvkir
âgée de S r, ans.
Jacques- Michel Baudry, Procureur Gène-*
r-al de la Chambre des Comptes de Blois , mou
rut à Blois le premier Février, âgé de So ans- II
laisse plusieurs enfans , dont l'aîné est pourvû
de la même Charge de son pei e.
Le i. François Gueret , Président de la
Chambre des Comptes de Blois, mourut , âgé
S r. ans , universellement regretté. C'est à ses
travaux que la Chambre des Comptes de Blois
•est redevable de son établissemen: à l'instar de
& Mariages,
Dainç
£É V R I E R. i7?Q. 4tr
Came Geneviève de Seve , veuve d'Antoine
Genou, Chevalier, Seigneur deGuibcrville
, Conseiller au Grand Conseil , mourut le;
t. du même mois , âgé de yt- ans environ.
Henry Fages, Abbé de la Cour- Dieu, Or
dre de Cîteaux , Diocèse d'Orléans , cy-devane
Controlleur des Finances de feuë son Alteffç
Royale M. le Duc d'Orléans , mourut à Mont
pellier le iï de ce mois , âgé de 89. ans.
Le même jour, François Hector de la Tour
Montauban , Comte de la Chaux . Maréchal
des Camps & Armées- du Roi, Chevalier d»
S. Louis, Gentilhomme de la Chambre du Duc
d'Orléans , premier Prince du Sang', mourut ,;
âgé d'environ r f. ans.
Adélaïde- Loùise de Damas de Thianges,-
yeuve de Louis Conti Sforce , Duc de Segny ,
k d'Onano , Comte de Sainte- Fleur , Chevavalier
des Ordres du Roi , mort le 7. Mari
, i6ír. mourut le 5. âgée de 76- ans. fille
étoic Dame d'Honneur de S. A. R. Madame
h Duchesse d'Orléans.
Le 4. Dame Catherine Guyot , veuve de
M. Joseph Dorât .Chevalier , Seigneur de la,
Barre, mourut, âgée de 6j ans.
.' Philippe de S. Martin de Boslàye , Cheva-
. lier de l'Ordre de S. Louis , Brigadier des Ar
mées du Roi , & Lieutenant Colonel du Régi-'
ment de Yivarets , mourut le de ce mois ,
âgé d'environ 8co ans.
Jacques- François de Johanne de la Carre .
fcíarquisde Saumery .Gouverneur des Iflesde
sainte Marguerite 6í de S. Honorât , Capitaîne-
Goaverneur des Château & Chasses deChambord.&
Grand Bailiy de Biois, mourut àChambord
le 8.de ce mois, d ans fa - année.Il avoiç
fcr ri fous M. de Ttirenne , &étoic Mestre -de:
Camp
4i 8 MERCURE DE FRANCE.
Camp de.Cavalerie au Combat d'Àltenhe
^premier Áoût ií7j-)ily eutl'épaulc & la cuisse
çassée, ce qui l'ayant empêché de pouvoir con
tinues de servir à la guerre ; le feu ,Roi , de
glorieuse mémoire, qui connoislot son mérite, í
ifL sagesse , son désintéressement & ses autres
qualicez personnelles,, le choisit en i688.pour
être Sous- Gouverneur des Enfans de Francç,
attaché à la personne de M. le Duc de Bou
logne. S. ML fut si contente de la manière
dont il se comporta dans cette Charge im
portante., qu'elle lui donna une nouvelle mar
que de ion estime & de la satisfaction qu'elle
5 voit de ses services, en 1c nommant dans son
Codicile , Sous-Gouverneur du Roy , heureu
sement régnant. II a soutenu dans ce glorieux
emploi la réputation qu'il s'étojt déja acquise , ;j
6 il vient de terminer fa vie exempte de tout
icproche , par une mort également chrétienne,
II avoit épousé par contrat du n. Novem
bre i6i6. Marguerite-Charlotte de Montlezun
de Besmaus, fille de François de Montlezun,
Chevalier , Seigneur de Besinaus , Piffons ,
Pommeufc , Lumigny , &c. Gouverneur pour
le Roi du Château de la Bastille. De ce Ma
riage font sortis, Jean-Baptiste, Marquis de
Saumery, Seigneur <4e la Boussaye , Maréchal
des Camps & Armées de S. M. cy - devant j
Çous- Gouverneur de S. M. Cornette desChe- il
yaux Legers de la Garde, Envoyé Extraordi- •
uaire du Roi près du feu Electeur de Bavière,
mort le r. May 171c âgé de 48. ans, laúlànc
de son Mariage avec Matie-Magdelaine Bé
nigne de Luffé, deux filles en bas âge, dont
l'une est morte en 1719.
François- Jean-Baptiste, Marquis de Saunie
rs > Comte de ÇíumeroUes , Maréchal des
Camps ,
ÍSartìps & Armées de S. M. cy-devant Envoyé
ììxtraordi.naire à la Cour de 1 Electeur de Ba
vière , à présent Gouverneur des Isles Sainte
Marguerite & de S. Honorât , Capitaine- Gou
verneur des Château & Chaííes de Chamboid.
Jacques , Chevalier de S. Jean de Jérusalem,
Alexandre, Docteur en Théologie de la Fa
culté de Paris , Evêque de Ríeux , sacré le 17.
Mars 1710. Georges , Seigneur de Piffons , Co
lonel d'Infanterie.
Nous nvons déja parlé de la Maison de Jo*
hanne Saumery , dans le Mercure du mois de
May* 1716. pag. ioíS. & suivantes, à l'occafion
du décès du Marquis de Saumery , fils aîné de
celui dont nous annonçons ì présent la mort.
Frère Gabriel de Calonne de Courtebourne ,
Chevalier Profès de l'Ordre de Sè Jean de Jé
rusalem , Commandeur de 4a Commandefie
de Fontaines- sous-Mondidier , cy-devanc
Capitaine d'une des Galères du Roy & de*
Cardes de l'Etendart , mourut à Marseille le
S. de ce mois , dans ía 71' année de son âge.
il étoit frère de Louis-Jacques de Calonne ,
Marquis de Courtebourne , Lieutenant- Gene
ral des Armées du Roi . Directeur Gênerai de
la Cavalerie, Lieutenant pour S. M. au Pays
d'Artois , & Gouverneur de Hefdin, mort en
en 170s. & d'Anne de Calonne de Courtebour
ne > veuve de François le Tonnelier- Breteúil t
Marquis de Fontenay-Tresigny , Sire de Ville*
bert, Baron de Boitron, &c. Conseiller d'E*
tat Ordinaire, & Intendant des Finances.
Le Marquis de Courtebourne a laissé de "son
mariage avec Anne de Gérard, Jacques de
Calonne, Marquis de Courttbourne , Mesire
de Camp de Cavalerie, Capitaine-Lieutenant
des Gendarmes de U Reine, & Lieutenant peur
K S.
**b MERCURE DE FRANCE.
S. M. au Pays d'Artois , & Anne 4ç Calôntíè
de Courtebourne » veuve de François le Tontielier-
Breteùil , Marquis de Fontenay-Tresigny
, &c. Conseiller d'Etat Órdinaire i &c est
mere de François Victor le Tonnelier- BreteùiU
Marquis de Fontenay-Tresigny , Sire de Villebert,
Baron de Boitron, &c. Commandeur
des Ordres du Roi , Chancelier de la Reine*
cy- devant Secrétaire d'Etat, & de, Charles-
Louis Auguste le Tonnelier- Breteùil , Evêque
de Rennes , Abbé de Ghaulnes , Prieur de
Reiiil j Grand- Maître de la Chapelle de S. M.
L' ancienneté de la Maison de Calonne Cour
tebourne est si connue, qu'il a paru inutile
d'entrer dans le détail de la Généalogie de
cette Maison.
Charles- Jean- Louis de Faucon , Marquis
de Ris , Maître de la Garderobe de feu son
Altesse Royale, Monsieur, Frère unique du
du Roi Louis XIV. mourut en cette Yille le
S. âgé de sS.ans-.
Dame Catherine de Lossanges de Bedver i
Abbesse de l' Abbaye de Rieunette > Ordre de
Cîteaux» Diocèse de Carcaflonne.y mou
lut le 9. de ce mois , âgée de 6;. ans.
Le io- de ce mois , M. Jean Denis » Che>
valier , Seigneur d'Origni , premier Ecuyer de
S. A. S. Madame-la Princesse de Conti , troi
sième Douairière , mourut âgé de 90. ans , ou
«nviron.
Le 1 r. Gabriel de la Porte , Doyen du Par
lement, mourut en la 81. année de son âge.
Pierre Thomas Barthélemy le Boulanger ,
Seigneur de Boisfremont, Maître ordinaire en
la Chambre des Comptes de Normandie,mourut
le 13. âgé de 44. ans.
Jean Marie Rangoni, Chevalier» Marquis
de
• jH? V R I E R. i7?o. 41^
fJff^Rangoni > & de Ramparto , Seigneur de
Stufione &é de Cailelvetro , Comte de Leviz-,
zano & de Guinta , Envoíé Extraordinaire de
, S, A. S. le Duc de Modene auprès de S. M,
T. C. & son Plénipotentiaire au Congrès de
Soiíibns , mourut le ir. Février âgé de ^7.
ans.
M. Charles Louis Lailemand, Comte de
Levignan , deceda le 18. Février âgé de 73. ans
un mois î,f. jours.
Le 13. Dame Anne Marie Magdelaine de
Beringhen , Abbesse du Pré, Ordre de saint
Benoist, Diocèse du Mans , y mourut dans 1»
47. année de ion âge.
La huit du 17.' au 18 , mourut à Paris Jo
seph François Ancezune , Duc deCaderousse,
âgé de Sf. ans.
Le nommé Nicolas Prezau > natif de Troyes
en Champagne > est mort depuis peu à Paris ,
fur la Paroisse S. Roch , âgé de 109. ans. Oa
assure qu'il étoit Soldat dans le Régiment des
Gardes Françoises , lors de la naissance du feH
Roi, & qui fut du nombre de ceux qui allè
rent au Louvre , à ce sujet, faire une décharge
sous les fenestres de l'Appartenaenr, de Louis.
XIII. »
Le 19. Janvier D. Jeanne Catherine Coustard,
Epouse de M. Basile-Claude Henry Anjorrant
, Chevalier , Conseiller au Parlement,
accoucha d'une fille qui fut tenue sur les fonts
par M. Guillaume Julien Le Douhre > \?on-
. seillcr du Roi , Maître ordinaire en fa Cham
bre des Comptes , & Doien de cette Cham
bre > & par Dame Geneviève LeMayre , veuve
de M. Claude Dubois , Chevalier. Seigneur
de Courceriers »Deíbordeaux , &c.
K ij Dame
4% i M ERCURE DE VK^Kë^J
Dame Marie- Anne de Matignon , Epoufë'Mp
Heriíy-Fiançois , Marquis de Grave , Barons
de Lattés , &c» Mestre de Camp de Cavalerie , V
accoucha le 31. Janvier d'une fille , qui suc ]
tenue fur les fonts ,& nommée M.arie-Anne-
Eleonor, par Jacques-François-Leonor Gri»
maldi , Duc de V&lentinois & d'Etouteville ,
Pair de France , Sire de Matignon , Comte de
Torigny» 8fC Lieutenant General de la Pro
vince de Normandie, &c. & par Daine Anne-
Elisabeth Gruel de la frette, Epouse d'Ar
mand Monpar deC*umont , Duc de la Force»
Pair de France, &c.
Le Comte du Rumain , de la Province de
Bretagne , Guidon de Gendarmerie & ,Weilre
de Camp de Cavalerie » a épousé > le mois de
Janvier dernier , D. N. ... de Mslnouë , fille
de N de Malnòuë ,& veuve d'unPrest»
dent du Parlement de Bretagne.
Claude-Gustave-Chretien , Marquis des Sal
les, Capitaine de Câvalerie , Gouverneur de
la Ville & du Château de Vaucouleurs , fils de
François , Comte des Salles , Marquis de
Buquevillé, Conseiller d'Etat d« S. A. R. de
Lorraine , premier Capitaine de ses Gardes du
Corps , Gouverneur de Pont-à- Mousson . &
Conservateur dts Privilèges át l'Université 1
& de D. Catherine de ïiquelrnont , épousa le
6. Février D. Adélaïde-Candide- Louise-Macie
de B/ancaj de Viîlárs , fille de Louis-Antoine
de Brancas , Duc de Villars • Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , &c, & de D.
Angélique Frefnih de Moras.
M. Thomas- Jacques- François Charpentier,
Ecuyer , Seigneur d'Enrrery , Espiez, Grizy ,
Valangouja , Ruç , Bei val , Thuville , LeVtílí'ers
FEVRIER. 1730. 4*1
ljerr,:"&c. Capitaine de Cavalerie au Regiíinent
Roïal Etranger, épousa le jj, de te
mois Dlle Madelaine- Angélique de Rioult de
Curzay, fille de M. Séraphin de Rioul , Cheva
lier, Seigneur de Curzay, Lieutenant pour
Sa Majelie' en Poitou , &. de Dame Thereze-
I Elizabeth Blondot-
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
En janvier et février 1730, plusieurs décès et naissances notables ont été enregistrés. Parmi les décès, PHeriiier, écuyer et fils de l'historiographe du Roi, est décédé à Paris le 17 janvier. Connu pour ses talents en mathématiques et en poésie, il laisse un vide dans ces domaines. Marie-Claire d'Estaing, veuve du Marquis de Montboissier, est morte à l'âge de 70 ans le même mois. Anne-Louise de Bragelorgne, veuve de Pierre Gruyn, est décédée le 30 janvier à l'âge de 85 ans. Jacques-Michel Baudry, procureur général de la Chambre des Comptes de Blois, est mort le 1er février à l'âge de 50 ans, laissant plusieurs enfants. François Gueret, président de la Chambre des Comptes de Blois, est décédé le même jour à l'âge de 81 ans. D'autres personnalités ont également perdu la vie, notamment Geneviève de Seve, veuve d'Antoine Genou, Henri Fages, abbé de la Cour-Dieu, François Hector de la Tour Montauban, maréchal des camps et armées du Roi, Adélaïde-Louise de Damas de Thianges, veuve de Louis Conti Sforce, Catherine Guyot, veuve de Joseph Dorât, Philippe de Saint-Martin de Boslaye, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, et Jacques-François de Johanne de la Carre, marquis de Saumery. En parallèle, plusieurs naissances ont été enregistrées. La fille de Jeanne Catherine Coustard et Basile-Claude Henry Anjorrant est née le 19 janvier. Marie-Anne de Matignon, épouse d'Henri-François, marquis de Grave, a accouché d'une fille le 31 janvier. Des mariages ont également été célébrés. Le Comte du Rumain a épousé une fille de la famille de Malnouë. Claude-Gustave-Christien, marquis des Salles, a uni sa vie à Adélaïde-Candide-Louise-Macie de Blancas de Villars. Thomas-Jacques-François Charpentier a épousé Madeleine-Angélique de Rioult de Curzay.
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75
p. 837-838
MORTS NAISSANCES.
Début :
Dame Marie-Jeanne de Marle, veuve de M. Etienne de Bragelogne, Chevalier, Seigneur [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES.
MORTS
DM
NAISSANCES.
Ame Marie-Jeanne de Marle , veuve de
M. Etienne de Bragelogne , Chevalier , Sei-
Igneur de Verfigny , Capitaine au Regiment des
Gardes Françoifes, Brigadier des Armées du Roi,
déceda le 2. Avril , âgée de 65. ans.
Michel de Hanon de la Mivoye , Chevalier de
POrdre Militaire de S. Louis , Seigneur d'Ify ,
Jouy , Lieutenant- Colonel du Régiment de Poitou
, mourut le 5. de ce mois , âgé de 70. ans.
Laurent Bordelon , Prêtre , Docteur de l'Univerfité
de Bourges , connu par un grand nombre
d'Ouvrages , mourut le 6. âgé de 75. ans.
Dame Françoife Aubery , veuve de M. Gabriel
de Cavoye , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , déceda le 8. Avril , âgée de 64. ans.
29
Nicolas du Blé , Marquis d'Huxelles , Miniftre:
d'Etat , Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur de la Haute & Baffe
-Alface , Gouverneur de la Ville de Strasbourg
cy-devant Lieutenant General au Gouvernement
de Bourgogne , & Gouverneur des Ville & Citadelle
de Cha on fur -Saone , mourut à Paris le 10.
de ce mois , dans la 79 ° année de fon âge. I
avoit été premier Ambaffadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaire au Congrès d'Utrecht , Miniftre:
du Confeil de Regence & Prefident du Confeil
des affaires étrangeres au mois de Septembre
1726. le Roi l'avoit nommé pour être de fes .
Confeils , aufquels il a toûjours affifté jufqu'au
mois de Décembre dernier , qu'il demanda
S. M. la permiſſion de ſe retirer.
:
L
•
838 MERCURE DE FRANCE
Le 16. René Ifmidon , Comte de Saffenage ,
Seigneur , Comte de Monteillers , Lieutenant General
pour le Roi , de la Province de Dauphiné
mourut à Paris , àgé d'environ 60. ans. Il avoit
été Premier Gentilhomme de la Chambre de
S. A. R. M. le Duc d'Orleans .
Jean- Alexandre Campain de S. Martin ', Abbé"
Commandataire de l'Abbaye Royale Notre-Da--
me de Clermont , Ordre de Cîteaux , Diocèfe du
Mans , mourut à Paris le 18. Avril , âgé de
'74 . ans .
Dame Barbe-Marguerite-Perrette Garnier de
Granvilliers , Epoule de M. Jofeph Lefquen ,
Chevalier , Seigneur , Marquis de la- Villemeneur,
Brigadier des Armées du Roi , Grand-Croix de
P'Ordre Militaire de S. Louis , accoucha le 1b.
de Mars d'un fils , qui fut nommé Alexandre
Jofeph.
Dame Marguerite Bofc , Epoufe de M. Bertrand
Cefar , Marquis de Guefclin , Chevalier ,
Seigneur de la Roberie Cranhac , & c. Mestre de
Camp de Cavalerie , accoucha le 17. du même
mois d'un fils,qui fut tenu fur les Fonts, & nommé
Jean- Baptifte par M. Jean- Baptifte Bofc , Chevalier
, Seigneur de Soucarieres , Confeiller d'Etat , ~
Procureur General du Roi en fa Cour des Aydes ,
Secretaire de la Chambre du Cabinet du Roi , &
Chevalier & Garde des Sceaux de l'Ordre de S.-
Lazare , & par Dame Marguerite le Gendre ,
Epoufe de M. Antoine Crozat , Commandeur des
Ordres du Roi , Seigneur du Marquifat de Mouy,
de Vrincourt, &c-
DM
NAISSANCES.
Ame Marie-Jeanne de Marle , veuve de
M. Etienne de Bragelogne , Chevalier , Sei-
Igneur de Verfigny , Capitaine au Regiment des
Gardes Françoifes, Brigadier des Armées du Roi,
déceda le 2. Avril , âgée de 65. ans.
Michel de Hanon de la Mivoye , Chevalier de
POrdre Militaire de S. Louis , Seigneur d'Ify ,
Jouy , Lieutenant- Colonel du Régiment de Poitou
, mourut le 5. de ce mois , âgé de 70. ans.
Laurent Bordelon , Prêtre , Docteur de l'Univerfité
de Bourges , connu par un grand nombre
d'Ouvrages , mourut le 6. âgé de 75. ans.
Dame Françoife Aubery , veuve de M. Gabriel
de Cavoye , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , déceda le 8. Avril , âgée de 64. ans.
29
Nicolas du Blé , Marquis d'Huxelles , Miniftre:
d'Etat , Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Gouverneur de la Haute & Baffe
-Alface , Gouverneur de la Ville de Strasbourg
cy-devant Lieutenant General au Gouvernement
de Bourgogne , & Gouverneur des Ville & Citadelle
de Cha on fur -Saone , mourut à Paris le 10.
de ce mois , dans la 79 ° année de fon âge. I
avoit été premier Ambaffadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaire au Congrès d'Utrecht , Miniftre:
du Confeil de Regence & Prefident du Confeil
des affaires étrangeres au mois de Septembre
1726. le Roi l'avoit nommé pour être de fes .
Confeils , aufquels il a toûjours affifté jufqu'au
mois de Décembre dernier , qu'il demanda
S. M. la permiſſion de ſe retirer.
:
L
•
838 MERCURE DE FRANCE
Le 16. René Ifmidon , Comte de Saffenage ,
Seigneur , Comte de Monteillers , Lieutenant General
pour le Roi , de la Province de Dauphiné
mourut à Paris , àgé d'environ 60. ans. Il avoit
été Premier Gentilhomme de la Chambre de
S. A. R. M. le Duc d'Orleans .
Jean- Alexandre Campain de S. Martin ', Abbé"
Commandataire de l'Abbaye Royale Notre-Da--
me de Clermont , Ordre de Cîteaux , Diocèfe du
Mans , mourut à Paris le 18. Avril , âgé de
'74 . ans .
Dame Barbe-Marguerite-Perrette Garnier de
Granvilliers , Epoule de M. Jofeph Lefquen ,
Chevalier , Seigneur , Marquis de la- Villemeneur,
Brigadier des Armées du Roi , Grand-Croix de
P'Ordre Militaire de S. Louis , accoucha le 1b.
de Mars d'un fils , qui fut nommé Alexandre
Jofeph.
Dame Marguerite Bofc , Epoufe de M. Bertrand
Cefar , Marquis de Guefclin , Chevalier ,
Seigneur de la Roberie Cranhac , & c. Mestre de
Camp de Cavalerie , accoucha le 17. du même
mois d'un fils,qui fut tenu fur les Fonts, & nommé
Jean- Baptifte par M. Jean- Baptifte Bofc , Chevalier
, Seigneur de Soucarieres , Confeiller d'Etat , ~
Procureur General du Roi en fa Cour des Aydes ,
Secretaire de la Chambre du Cabinet du Roi , &
Chevalier & Garde des Sceaux de l'Ordre de S.-
Lazare , & par Dame Marguerite le Gendre ,
Epoufe de M. Antoine Crozat , Commandeur des
Ordres du Roi , Seigneur du Marquifat de Mouy,
de Vrincourt, &c-
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Résumé : MORTS NAISSANCES.
En avril, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Ame Marie-Jeanne de Marle, veuve d'Étienne de Bragelogne, est décédée le 2 avril à 65 ans. Michel de Hanon de la Mivoye, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis et Lieutenant-Colonel du Régiment de Poitou, est mort le 5 avril à 70 ans. Laurent Bordelon, Prêtre et Docteur de l'Université de Bourges, connu pour ses ouvrages, est décédé le 6 avril à 75 ans. Dame Françoise Aubery, veuve de Gabriel de Cavoye, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est morte le 8 avril à 64 ans. Nicolas du Blé, Marquis d'Huxelles, Ministre d'État, Maréchal de France et Gouverneur de la Haute et Basse-Alsace, est décédé à Paris le 10 avril à 79 ans. Il a été Premier Ambassadeur Extraordinaire au Congrès d'Utrecht et Ministre du Conseil de Régence. René Ismidon, Comte de Saffenage et Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné, est mort à Paris le 16 avril à environ 60 ans. Jean-Alexandre Campain de Saint-Martin, Abbé Commandataire de l'Abbaye Royale Notre-Dame de Clermont, est décédé à Paris le 18 avril à 74 ans. Parmi les naissances, Dame Barbe-Marguerite-Perrette Garnier de Granvilliers a accouché le 11 mars d'un fils nommé Alexandre Joseph. Dame Marguerite Bosc a accouché le 17 mars d'un fils nommé Jean-Baptiste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 981-991
Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Début :
Le 18. Avril, les Comédiens François remirent au Théatre Le Muet, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Muet, Comtesse, Chevalier, Baron, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
E 18. Avril , les Comédiens François
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
·
que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
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que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
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Résumé : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Le 18 avril, les Comédiens Français ont présenté au Théâtre Le Muet une comédie en cinq actes et en prose, attribuée à M. de Palaprat. Palaprat a reconnu dans sa préface avoir collaboré avec Terence en adaptant l'Eunuque aux mœurs contemporaines. Le titre a été changé en Le Muet pour des raisons de censure théâtrale. La pièce met en scène des personnages et des situations adaptées aux mœurs du temps. L'intrigue principale suit Timante, fils du baron d'Ortigni, qui refuse d'épouser la fille du marquis de Sarian. Le baron menace de déshériter Timante au profit de son cadet, le chevalier. Frontin, valet de Timante, tente de manipuler les événements pour favoriser son maître et semer la discorde entre le baron et le chevalier. Ce dernier tombe amoureux de Zaïde, une esclave connue de la comtesse. Frontin utilise la crédulité du baron pour le convaincre que le chevalier est devenu muet par excès d'amour pour Zaïde. Il se déguise en médecin pour conseiller au baron de laisser le chevalier épouser Zaïde. La comtesse découvre le chevalier déguisé en muet et le confond avec le véritable muet envoyé par Timante. Des quiproquos et des révélations mènent à la reconnaissance de Zaïde comme fille du marquis de Sarian. Finalement, Timante et le chevalier épousent celles qu'ils aiment, et le baron consent à ces unions. Frontin obtient le pardon pour ses actions et reçoit Marine en récompense de ses 'heureuses fourberies'.
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77
p. 1046-1050
MORTS NAISSANCES, & Mariages.
Début :
Dame Jeanne Josephe de Carmin, Epouse de M. Yves Robert Ignace, Chevalier, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Dame, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES, & Mariages.
MORTS NAISSANCES,
D
& Mariages.
Ame Jeanne Jofephe de Carmin , Epouſe.
de M. Yves Robert Ignace , Chevalier
Baron de Legall , & auparavant Veuve de M. Nicolas
Jacques Defmars , Chevalier , Marquis de
Bellefoffe, Colonel , Meftre de Cavalerię , mourut
le 16. Avril , âgée de 40. ans.
D. Elifabeth Françoife de S. Chamans , fille
de
MAY. 1730. 1047
de feu François , Comte de S. Chamans , Chevalier
, Seigneur & Marquis de Mary , Meriel ,
&c. & de Dame Bonne de Chatellux , mourut le
23. du même mois , âgée de 30. ans .
N. Du Perray , Doyen des Avocats du Parle
ment , mourut le 25. Avril , âgé de plus de 90 .
ans , extrémement regretté par fa probité & fa
capacité. Il a exercé fa Profeffion avec beaucoup
d'honneur pendant près de 70. ans.
Le 28. Avril , Jean François Duret , Chevalier,
Seigneur de Villejuif,ancien Capitaine aux Gardes
Françoifes , Colonel d'Infanterie & Chevalier de
S. Louis , mourut âgé d'environ 62. ans .
Emanuel Charles Therefe de Froulay de Teffé,
Abbé de l'Abbaye de Valmont , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Rouen , Aumônier du Roy , &
Grand-Vicaire de l'Archevêque de Rouen, à Pontoiſe
, mourut à Paris le premier de ce mois , âgé
de
33. ans.
Charles Roger , Prince de Courtenay , mourut
à Paris le 7. de ce mois , âgé de près de 59. ans,
étant né au mois de Juillet 1671. Il ne laiffe
point d'enfans de Marie Claire Genevieve de Bretagne
fon Epoufe. La Branche de Courtenay fe.
trouve aujourd'huy fondue dans la Maifon de
Bauffremont , par le mariage d'Helene de Courtenay
avec le Marquis de Bauffremont , Chevalier
de la Toifon d'Or , Brigadier des Armées du
Roy , Meftre de Camp du Regiment de Dragons
de fon nom. On peut voir Du Bouchet fur la
Généalogie des Princes de Courtenay , le P. An
felme , &c.
Jacques Philippe Héron , Ecuyer , Sicur de la
Thuillerie , ancien Secretaire du Roy honoraire,
mourut à Pontoife le 10. de ce mois , âgé de 78.
ans , il avoit époufé Damoifelle Marguerite Du
Poirier Cotereau , fille de feu Jacques Du Poirier
Cotereau
I VJ
1048 MERCURE DE FRANCE
Cotereau , Chevalier , Seigneur de Villomer & de
Launay , Maître d'Hôtel ordinaire du feu Roy ,
Lieutenant Colonel du Regiment de Touraine
& de deffunte Dame Marguerite de Vallois . Il
laiffe une fille , Marguerite Therefe Héron ,
mariée à M. Pierre De Sabine , Chevalier , Seigneur
& Patron de Rieu , Comte de la Quieze ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Roi.
Pierre le Clerc , Chevalier, Seigneur des Hayes,
Lefrefne , Jacmelle , Auvers , Guedeniau , &c.
Confeiller au Parlement , mourut à Paris le i I.
May , âgé de 32. ans .
Pierre Nicolas de Berulles , Chevalier , Seigneur
de Foiffy , &c. Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Premier Prefident du Parlement de
Grenoble , & Commandant pour le Roy en ladite
Province, déceda le 14. May 1730. âgé de 43. ans.
2
Emanuel Theodofe de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon, d'Albret & de Château Thierry,
Vicomte de Turenne Comte d'Auvergne ,
d'Evreux & du Bas Armagnac , Pair, & ci- devant
Grand-Chambellan de France , Gouverneur &
Lieutenant General de la haute & baſſe Auvergne ,
mourut le 17. May , âgé d'environ 63. ans . Il
laiffe par fon Teftament 352 50. liv. en 23. legs
une fois payez ; fçavoir, 4000. liv . aux Théatins,
2000. liv. aux Petits Auguftins , 3.000. liv . aux
Religieux de S. Martin de Pontoiſe , 2000. liv.
aux Pauvres de la Paroiffe de S. Sulpice , 4000. I.
à l'Abbaye de Redon , 4000. liv . aux Jefuites de
la Maifon Profeffe , & le refte à fes Officiers &
Domeftiques. Les rentes viageres que ce Seigneur
a faites par fon Teftament confiftent en 61. legs ,
faifant la fomme annuelle de 31636. liv. fçavoir,
800. liv. à Mademoiſelle de Château - Thiery ,
3000. liv. au Pere Bourfault , Théatin , & le
refte
MAY. 1730. . 1049
refte à fes Officiers , Domeftiques , &c .
Dame Marguerite Dorat , Veuve de M. Jules
Marquis de Prunelé , Seigneur & Baron de S. Germain
le Defiré, de Mervilliers, &c. mourut le 18.
Avril , âgée de 74. ans environ.
N. Dubois , fameux Joueur de Baffon de la
Mufique du Roy , eft mort d'une pleurefie à
Fontainebleau le 24. de ce mois , âgé d'environ
45. ans , extrémement regretté.
>
Eugene , Comte de Beaujeu , Maréchal des
Camps & Armées du Roy Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , & Gou
verneur de l'Hôtel Royal des Invalides , mourut
le 26. May , âgé d'environ 64. ans .
Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie ,
Epoufe de Jean- Baptifte Martin d'Artaguiette
Diron , Chevalier , Baron d'Aiguierre , Marquis
de la Mothe S. Meray , &c. accoucha le 26. Avril
d'une fille qui fut tenue fur les Fonts, & nommée
Jeanne Charlote par M. René Herault, Chevalier,
Seigneur de Fontaine , l'Abbé de Vaucreffon , & c.
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé,
Confeiller honoraire en fon Grand Confeil,Maître
des Requêtes ordinaire de fon Hôtel,& Lieutenant
General de Police de Paris , & par D. Jeanne
Charlotte Guillart de la Vacherie , Veuve de M.'
Louis Herault , Chevalier , Seigneur d'Epone .
* Dame Anne Louife Martin de Vaucreffon
Epoufe de M. Louis Antoine de Bernage , Chevalier
, Marquis de Chaumont , Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous -Lieutenant des Gendarmes d'Anjou
, accoucha d'un fils , tenu fur les Fonts , &
nommé Louis , par M. Martin de la Porte , Confeiller
du Roy en la Venerie du Louvre , & par
D. Anne Marie Rouillé , Epoufe de M. Louis de
Bernage , Chevalier , Confeiller d'Etat ordinaire.
Louis Paul , Duc de Rochechouart , Pair de
France
roso MERCURE DE FRANCE
France , Prince de Tonnay - Charente , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roy , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Prince de Tonnay - Charente ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy ' ,
Chevalier des Ordres de Sa Majeſté , Lieutenant
General de fes Armées , & de feuë Dame Marie
de Beauvilliers S. Aignan, époufa le 4. May Dame
Marie Anne Elifabeth de Beauveau , fille de Pierre
Madeleine , Comte de Beauvau , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de fes Armées
, & Directeur General de la Cavalerie , &
Dragons de France , & de Dame Marie Therefe
de Beauvau. Les Maifons de Rochechouart , &
de Beauvau font fi anciennes , fi diftinguées
parmi les grandes Maifons du Royaume , & par
confequent fi connues , qu'il eft inutile d'entrer
là - deffus dans aucun détail.
Jean- Baptifte Darrots , Marquis de la Poupe--
liniere , époufa le 22. May Dame Marie Anne
Laurence Mcflageot.
D
& Mariages.
Ame Jeanne Jofephe de Carmin , Epouſe.
de M. Yves Robert Ignace , Chevalier
Baron de Legall , & auparavant Veuve de M. Nicolas
Jacques Defmars , Chevalier , Marquis de
Bellefoffe, Colonel , Meftre de Cavalerię , mourut
le 16. Avril , âgée de 40. ans.
D. Elifabeth Françoife de S. Chamans , fille
de
MAY. 1730. 1047
de feu François , Comte de S. Chamans , Chevalier
, Seigneur & Marquis de Mary , Meriel ,
&c. & de Dame Bonne de Chatellux , mourut le
23. du même mois , âgée de 30. ans .
N. Du Perray , Doyen des Avocats du Parle
ment , mourut le 25. Avril , âgé de plus de 90 .
ans , extrémement regretté par fa probité & fa
capacité. Il a exercé fa Profeffion avec beaucoup
d'honneur pendant près de 70. ans.
Le 28. Avril , Jean François Duret , Chevalier,
Seigneur de Villejuif,ancien Capitaine aux Gardes
Françoifes , Colonel d'Infanterie & Chevalier de
S. Louis , mourut âgé d'environ 62. ans .
Emanuel Charles Therefe de Froulay de Teffé,
Abbé de l'Abbaye de Valmont , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Rouen , Aumônier du Roy , &
Grand-Vicaire de l'Archevêque de Rouen, à Pontoiſe
, mourut à Paris le premier de ce mois , âgé
de
33. ans.
Charles Roger , Prince de Courtenay , mourut
à Paris le 7. de ce mois , âgé de près de 59. ans,
étant né au mois de Juillet 1671. Il ne laiffe
point d'enfans de Marie Claire Genevieve de Bretagne
fon Epoufe. La Branche de Courtenay fe.
trouve aujourd'huy fondue dans la Maifon de
Bauffremont , par le mariage d'Helene de Courtenay
avec le Marquis de Bauffremont , Chevalier
de la Toifon d'Or , Brigadier des Armées du
Roy , Meftre de Camp du Regiment de Dragons
de fon nom. On peut voir Du Bouchet fur la
Généalogie des Princes de Courtenay , le P. An
felme , &c.
Jacques Philippe Héron , Ecuyer , Sicur de la
Thuillerie , ancien Secretaire du Roy honoraire,
mourut à Pontoife le 10. de ce mois , âgé de 78.
ans , il avoit époufé Damoifelle Marguerite Du
Poirier Cotereau , fille de feu Jacques Du Poirier
Cotereau
I VJ
1048 MERCURE DE FRANCE
Cotereau , Chevalier , Seigneur de Villomer & de
Launay , Maître d'Hôtel ordinaire du feu Roy ,
Lieutenant Colonel du Regiment de Touraine
& de deffunte Dame Marguerite de Vallois . Il
laiffe une fille , Marguerite Therefe Héron ,
mariée à M. Pierre De Sabine , Chevalier , Seigneur
& Patron de Rieu , Comte de la Quieze ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Roi.
Pierre le Clerc , Chevalier, Seigneur des Hayes,
Lefrefne , Jacmelle , Auvers , Guedeniau , &c.
Confeiller au Parlement , mourut à Paris le i I.
May , âgé de 32. ans .
Pierre Nicolas de Berulles , Chevalier , Seigneur
de Foiffy , &c. Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Premier Prefident du Parlement de
Grenoble , & Commandant pour le Roy en ladite
Province, déceda le 14. May 1730. âgé de 43. ans.
2
Emanuel Theodofe de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon, d'Albret & de Château Thierry,
Vicomte de Turenne Comte d'Auvergne ,
d'Evreux & du Bas Armagnac , Pair, & ci- devant
Grand-Chambellan de France , Gouverneur &
Lieutenant General de la haute & baſſe Auvergne ,
mourut le 17. May , âgé d'environ 63. ans . Il
laiffe par fon Teftament 352 50. liv. en 23. legs
une fois payez ; fçavoir, 4000. liv . aux Théatins,
2000. liv. aux Petits Auguftins , 3.000. liv . aux
Religieux de S. Martin de Pontoiſe , 2000. liv.
aux Pauvres de la Paroiffe de S. Sulpice , 4000. I.
à l'Abbaye de Redon , 4000. liv . aux Jefuites de
la Maifon Profeffe , & le refte à fes Officiers &
Domeftiques. Les rentes viageres que ce Seigneur
a faites par fon Teftament confiftent en 61. legs ,
faifant la fomme annuelle de 31636. liv. fçavoir,
800. liv. à Mademoiſelle de Château - Thiery ,
3000. liv. au Pere Bourfault , Théatin , & le
refte
MAY. 1730. . 1049
refte à fes Officiers , Domeftiques , &c .
Dame Marguerite Dorat , Veuve de M. Jules
Marquis de Prunelé , Seigneur & Baron de S. Germain
le Defiré, de Mervilliers, &c. mourut le 18.
Avril , âgée de 74. ans environ.
N. Dubois , fameux Joueur de Baffon de la
Mufique du Roy , eft mort d'une pleurefie à
Fontainebleau le 24. de ce mois , âgé d'environ
45. ans , extrémement regretté.
>
Eugene , Comte de Beaujeu , Maréchal des
Camps & Armées du Roy Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , & Gou
verneur de l'Hôtel Royal des Invalides , mourut
le 26. May , âgé d'environ 64. ans .
Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie ,
Epoufe de Jean- Baptifte Martin d'Artaguiette
Diron , Chevalier , Baron d'Aiguierre , Marquis
de la Mothe S. Meray , &c. accoucha le 26. Avril
d'une fille qui fut tenue fur les Fonts, & nommée
Jeanne Charlote par M. René Herault, Chevalier,
Seigneur de Fontaine , l'Abbé de Vaucreffon , & c.
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé,
Confeiller honoraire en fon Grand Confeil,Maître
des Requêtes ordinaire de fon Hôtel,& Lieutenant
General de Police de Paris , & par D. Jeanne
Charlotte Guillart de la Vacherie , Veuve de M.'
Louis Herault , Chevalier , Seigneur d'Epone .
* Dame Anne Louife Martin de Vaucreffon
Epoufe de M. Louis Antoine de Bernage , Chevalier
, Marquis de Chaumont , Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous -Lieutenant des Gendarmes d'Anjou
, accoucha d'un fils , tenu fur les Fonts , &
nommé Louis , par M. Martin de la Porte , Confeiller
du Roy en la Venerie du Louvre , & par
D. Anne Marie Rouillé , Epoufe de M. Louis de
Bernage , Chevalier , Confeiller d'Etat ordinaire.
Louis Paul , Duc de Rochechouart , Pair de
France
roso MERCURE DE FRANCE
France , Prince de Tonnay - Charente , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roy , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Prince de Tonnay - Charente ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy ' ,
Chevalier des Ordres de Sa Majeſté , Lieutenant
General de fes Armées , & de feuë Dame Marie
de Beauvilliers S. Aignan, époufa le 4. May Dame
Marie Anne Elifabeth de Beauveau , fille de Pierre
Madeleine , Comte de Beauvau , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de fes Armées
, & Directeur General de la Cavalerie , &
Dragons de France , & de Dame Marie Therefe
de Beauvau. Les Maifons de Rochechouart , &
de Beauvau font fi anciennes , fi diftinguées
parmi les grandes Maifons du Royaume , & par
confequent fi connues , qu'il eft inutile d'entrer
là - deffus dans aucun détail.
Jean- Baptifte Darrots , Marquis de la Poupe--
liniere , époufa le 22. May Dame Marie Anne
Laurence Mcflageot.
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Résumé : MORTS NAISSANCES, & Mariages.
En mai 1730, plusieurs événements marquants ont été enregistrés, incluant des naissances, des mariages et des décès. Parmi les décès notables, on compte Dame Jeanne Jofephe de Carmin, épouse de M. Yves Robert Ignace, Chevalier Baron de Legall, décédée le 16 avril à l'âge de 40 ans. Dame Élisabeth Françoise de S. Chamans, fille de feu François, Comte de S. Chamans, est décédée le 23 avril à l'âge de 30 ans. Du Perray, Doyen des Avocats du Parlement, est décédé le 25 avril à l'âge de plus de 90 ans. Jean François Duret, Chevalier, Seigneur de Villejuif, est décédé le 28 avril à l'âge d'environ 62 ans. Emanuel Charles Thérese de Froulay de Tessé, Abbé de l'Abbaye de Valmont, est décédé à Paris le 1er mai à l'âge de 33 ans. Charles Roger, Prince de Courtenay, est décédé à Paris le 7 mai à l'âge de près de 59 ans. Jacques Philippe Héron, Ecuyer, Sicur de la Thuillerie, est décédé à Pontoise le 10 mai à l'âge de 78 ans. Pierre le Clerc, Chevalier, Seigneur des Hayes, Conseiller au Parlement, est décédé à Paris le 11 mai à l'âge de 32 ans. Pierre Nicolas de Berulles, Chevalier, Premier Président du Parlement de Grenoble, est décédé le 14 mai à l'âge de 43 ans. Emanuel Théodose de la Tour d'Auvergne, Duc de Bouillon, Pair de France, est décédé le 17 mai à l'âge d'environ 63 ans. Dame Marguerite Dorat, Veuve de M. Jules Marquis de Prunelé, est décédée le 18 avril à l'âge de 74 ans environ. N. Dubois, célèbre joueur de basson de la Musique du Roy, est décédé à Fontainebleau le 24 mai à l'âge d'environ 45 ans. Eugène, Comte de Beaujeu, Maréchal des Camps et Armées du Roy, est décédé le 26 mai à l'âge d'environ 64 ans. Du côté des naissances, Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie, épouse de Jean-Baptiste Martin d'Artaguiette Diron, a accouché le 26 avril d'une fille nommée Jeanne Charlotte. Dame Anne Louise Martin de Vaucreffon, épouse de M. Louis Antoine de Bernage, a accouché d'un fils nommé Louis. Parmi les mariages, Louis Paul, Duc de Rochechouart, a épousé le 4 mai Dame Marie Anne Élisabeth de Beauveau. Jean-Baptiste Darrots, Marquis de la Poupelinière, a épousé le 22 mai Dame Marie Anne Laurence Meslageot.
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78
p. 1252-1257
MORTS, NAISSANCE.
Début :
Dame Marie Madelaine Françoise Voisin, Epouse de M. Robert Deslandes, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Maréchal, Conseiller au Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCE.
MORTS NAISSANCE.
AmeMarieMadelaine FrançoifeVoifin,
Epoufe de M. Robert Deflandes ,
Chevalier , Seigneur de Crevecoeur , Confeiller
au Parlement de Normandie , mourut
à Paris le 22. Mai , âgée de 33. ans .
Le 27. mourut à Paris , âgée de
51. ans , Dame Elifabeth Françoife Huillier
, femme de Paul Benoit , Comte de
I. Vol. BraJUIN.
1730. 1253
Braque , Chevalier , Seigneur du Luat de
Boifrenaud & c. Intendant & Contrôleur
General des Ecuries & Livrées du Roi ;
fon corps fut porté le 29. en l'Eglife de
S. Roch fa Paroiffe , & delà tranfporté en
l'Eglife des P. P. de la Mercy, lieu de la
fepulture de la Maifon de Braque qui l'a
fondée & dotée dès l'année 1348. où
M de Braque avoient établis cinq Chapellenies
& un Hôpital à l'inftar de
' Hôtel- Dieu , avec trois Religieux & un
Gouverneur pour regir cet Hôpital defervi
par les Chapelains de Braque depuis
fon établiffement jufqu'en 1613. que la
Reine Marie de Medicis fit demander
cette Maiſon , Hôpital & Chapelle de
Braque à François de Braque , Chevalier,
Seigneur du Luat , pour y établir les
Religieux de l'Ordre de la Menci , Redemption
des Captifs. Ledit François de
Braque , quatriéme Ayeul du Comte de
Braque , confentit avec fes Enfans les
que
PP. de la Merci fuflent êtablis en la Chapelle
& Maifon de Braque , & ceda à la
Reine le droit de Patronage en ladite
Eglife il fe referva neanmoins & aux
fiens, les droits de fondateurs & de dotateurs
de ladite Egliſe & Maiſon de Braque
qui leur ont été confirmés par plufeurs
Arrêts du Parlement. 7
Jean de Nompere , Chevalier , Com-
;
I. Vol. I iij man1254
MERCURE DE FRANCE
mandeur de la Commanderie de S. Jac
ques Dulys , de l'Ordre Royal de M. D.
de Mont Carmel & de S. Lazare , mou
rut le 30. âgé de 76. ans.
Le 7 Juin , Alain -Emanuel de Coëtlogon
, Maréchal & Vive- Amiral de Fran-
Chevalier des Ordres du Roy , mourut
à Paris âgé de 83 ans , fix mois. Le
Roy l'avoit nommé Maréchal de France ,
le premier de ce mois .
La Maifon de Coëtlogon eft originaire
de Bretagne , & très-ancienne ; par les
Pieces produites à la verification des preuves
de M. le Maréchal de Coëtlogon ,
pour facreception dans l'Ordre du Saint-
Efprit , il paroît que la Terre de Coëtlogon
étoit poffedée en 1207 par Eudes
de Coëtlogon.
Le Pere Lobineau , page 396 des preuves
de fon Hiftoire de Bretagne , rapporte
tout au long une Tranfaction paffée en
1248 , fur le partage de la Seigneurie de
Porrhoet ; & dans cette Tranfaction Henry
de Coëtlogon , fils d'Eudes , eft qualifié ,
Monfeigneur.
Le Public nous fçaura gré , fans doute
de lui donner quelque détail , fur la vie &
-le caractere du Maréchal de Coëtlogon :
-toûjours attentifà celebrer le vray merite;
nous yfommes encore invitez par les Provifions
de Maréchal de France , de cetil-
1. Vol.
luftre
EST
TUIN. 1730 .
luftre Mort , que le hazard a fait tomber
entre nos mains ; on y apprend entr'au
tres chofes, que ce Maréchal s'étoit trou
vé à onze combats , & qu'après plufieurs
actions d'éclat , qu'il feroit trop long
de rapportet de la maniere qu'elles font
énoncées dans les Provifions . Son dernier
combat fut en 1703 , lorfque comman
dant cinq vaiffeaux du Roy , iill eenn prit
cinq de guerre Hollandois. A l'égard de
fon caractere , le Roy lui rend cet illuftre
témoignage ; que S. M. a réfolu de l'élever
à la dignité de Maréchal de France ,
pour reconnoître d'une maniere éclatante une
longuefuite defervices , & honorer en fa Perfonne
la vertu la plus pure & le plus parfait
defintereffement. Ce font les
termes des Provifions.
propres
Le 18 de ce mois , François Cornu de
Baliviere , Lieutenant General des armées
du Roy , Grand- Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , Gouverneur de
Rocroy , & ci - devant Lieutenant des
Gardes du-Corps , mourut à Paris , âgé
d'environ 78 , ans.
- D. Marguerite - Therefe Fleuriau , veuve
de Meffire Louis de Laurency , Chevalier
, Marquis de Montbrun , Confeiller
du Roy en tous fes Confeils d'Etat & Pri-
Prefident à Mortier du Parlement de
Touloufe, mourut à Paris le 19 Juin dans
I. Vol I j
la
1256 MERCURE DE FRANCE
la foixante & troifiéme année de fon âge,
F. Honoré Marion , Religieux , Prêtre,
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , de la
Langue de Provence , de la ville de Marſeil
les ,Prieur,Curé de l'Eglife de la Commanderie
de S.Jean de Latran à Paris, mourut le
21 Juin âgé d'environ 54 ans.. Il étoit fort
eftimé dans fon Ordre , & il eft regreté
de tous ceux qu'un Miniftere. de vingt
années avoit conduits & édifiez
Dominique Barberię de Saint- Conteſt
Confeiller d'Etat Ordinaire , mourut à
Paris le 22. dans la 62. année de fon âge,
Il avoit été Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire du Roi au Congrès de
Bade & de Cambray.
D. Marie Henriette Bourgoin , épouſe
de M. Anne- Louis Pinon , Chevalier ,
Vicomte de Quincy , &c. Confeiller au
Parlement , accoucha le 4. Juin , d'une
fille qui fut tenuë fur les fonts , & nommée
Marie- Agnès , par M. André- François
de Paul le Febvre d'Ormefon , Cons
feiller au Parlement , Chevalier Seigneur
Deftournelles ; & par Dame Marie-
Agnès Soullet , époufe de M. Jean
le Boulanger , Maître des Comptes.
D. Geneviève de Vandeuil , épouſe
d'Antoine-François de Lanquedouë de
Vandeuil , Seigneur de Paffay , Capitai-
I. Vol. ne
JUIN. 1730. 1257
ne de Cavalerie , accoucha le 15 Juin ,
d'une fille qui fut tenuë fur les fonts , &
nommée Anne-Loüife par François - Anne
de Vandeuil , Seigneur de Montgiron ,
&c. Ecuyer du Roy ; & par D. Louiſe
Charlotte le Fevre , veuve d'Aléxandro
Martinot , Maistre des Comptes.
On s'eft trompé en annonçant dans le
dernier Mercure , la mort de Pierre le
Clerc , Chevalier Seigneur des Hayes ,
Jumelles- le-Frefne , au Verfe- Guedenyau;
Confeiller au Parlement. Ce n'eſt point
lui qui eft mort , mais Dame Marie-Madeleine
Bachelier , fon époufe , fille de
M. Bachelier , Prefident des Tréforiers de
France , laquelle eft decedée le 11 May
dernier , âgée de 32. ans,
AmeMarieMadelaine FrançoifeVoifin,
Epoufe de M. Robert Deflandes ,
Chevalier , Seigneur de Crevecoeur , Confeiller
au Parlement de Normandie , mourut
à Paris le 22. Mai , âgée de 33. ans .
Le 27. mourut à Paris , âgée de
51. ans , Dame Elifabeth Françoife Huillier
, femme de Paul Benoit , Comte de
I. Vol. BraJUIN.
1730. 1253
Braque , Chevalier , Seigneur du Luat de
Boifrenaud & c. Intendant & Contrôleur
General des Ecuries & Livrées du Roi ;
fon corps fut porté le 29. en l'Eglife de
S. Roch fa Paroiffe , & delà tranfporté en
l'Eglife des P. P. de la Mercy, lieu de la
fepulture de la Maifon de Braque qui l'a
fondée & dotée dès l'année 1348. où
M de Braque avoient établis cinq Chapellenies
& un Hôpital à l'inftar de
' Hôtel- Dieu , avec trois Religieux & un
Gouverneur pour regir cet Hôpital defervi
par les Chapelains de Braque depuis
fon établiffement jufqu'en 1613. que la
Reine Marie de Medicis fit demander
cette Maiſon , Hôpital & Chapelle de
Braque à François de Braque , Chevalier,
Seigneur du Luat , pour y établir les
Religieux de l'Ordre de la Menci , Redemption
des Captifs. Ledit François de
Braque , quatriéme Ayeul du Comte de
Braque , confentit avec fes Enfans les
que
PP. de la Merci fuflent êtablis en la Chapelle
& Maifon de Braque , & ceda à la
Reine le droit de Patronage en ladite
Eglife il fe referva neanmoins & aux
fiens, les droits de fondateurs & de dotateurs
de ladite Egliſe & Maiſon de Braque
qui leur ont été confirmés par plufeurs
Arrêts du Parlement. 7
Jean de Nompere , Chevalier , Com-
;
I. Vol. I iij man1254
MERCURE DE FRANCE
mandeur de la Commanderie de S. Jac
ques Dulys , de l'Ordre Royal de M. D.
de Mont Carmel & de S. Lazare , mou
rut le 30. âgé de 76. ans.
Le 7 Juin , Alain -Emanuel de Coëtlogon
, Maréchal & Vive- Amiral de Fran-
Chevalier des Ordres du Roy , mourut
à Paris âgé de 83 ans , fix mois. Le
Roy l'avoit nommé Maréchal de France ,
le premier de ce mois .
La Maifon de Coëtlogon eft originaire
de Bretagne , & très-ancienne ; par les
Pieces produites à la verification des preuves
de M. le Maréchal de Coëtlogon ,
pour facreception dans l'Ordre du Saint-
Efprit , il paroît que la Terre de Coëtlogon
étoit poffedée en 1207 par Eudes
de Coëtlogon.
Le Pere Lobineau , page 396 des preuves
de fon Hiftoire de Bretagne , rapporte
tout au long une Tranfaction paffée en
1248 , fur le partage de la Seigneurie de
Porrhoet ; & dans cette Tranfaction Henry
de Coëtlogon , fils d'Eudes , eft qualifié ,
Monfeigneur.
Le Public nous fçaura gré , fans doute
de lui donner quelque détail , fur la vie &
-le caractere du Maréchal de Coëtlogon :
-toûjours attentifà celebrer le vray merite;
nous yfommes encore invitez par les Provifions
de Maréchal de France , de cetil-
1. Vol.
luftre
EST
TUIN. 1730 .
luftre Mort , que le hazard a fait tomber
entre nos mains ; on y apprend entr'au
tres chofes, que ce Maréchal s'étoit trou
vé à onze combats , & qu'après plufieurs
actions d'éclat , qu'il feroit trop long
de rapportet de la maniere qu'elles font
énoncées dans les Provifions . Son dernier
combat fut en 1703 , lorfque comman
dant cinq vaiffeaux du Roy , iill eenn prit
cinq de guerre Hollandois. A l'égard de
fon caractere , le Roy lui rend cet illuftre
témoignage ; que S. M. a réfolu de l'élever
à la dignité de Maréchal de France ,
pour reconnoître d'une maniere éclatante une
longuefuite defervices , & honorer en fa Perfonne
la vertu la plus pure & le plus parfait
defintereffement. Ce font les
termes des Provifions.
propres
Le 18 de ce mois , François Cornu de
Baliviere , Lieutenant General des armées
du Roy , Grand- Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , Gouverneur de
Rocroy , & ci - devant Lieutenant des
Gardes du-Corps , mourut à Paris , âgé
d'environ 78 , ans.
- D. Marguerite - Therefe Fleuriau , veuve
de Meffire Louis de Laurency , Chevalier
, Marquis de Montbrun , Confeiller
du Roy en tous fes Confeils d'Etat & Pri-
Prefident à Mortier du Parlement de
Touloufe, mourut à Paris le 19 Juin dans
I. Vol I j
la
1256 MERCURE DE FRANCE
la foixante & troifiéme année de fon âge,
F. Honoré Marion , Religieux , Prêtre,
de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , de la
Langue de Provence , de la ville de Marſeil
les ,Prieur,Curé de l'Eglife de la Commanderie
de S.Jean de Latran à Paris, mourut le
21 Juin âgé d'environ 54 ans.. Il étoit fort
eftimé dans fon Ordre , & il eft regreté
de tous ceux qu'un Miniftere. de vingt
années avoit conduits & édifiez
Dominique Barberię de Saint- Conteſt
Confeiller d'Etat Ordinaire , mourut à
Paris le 22. dans la 62. année de fon âge,
Il avoit été Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire du Roi au Congrès de
Bade & de Cambray.
D. Marie Henriette Bourgoin , épouſe
de M. Anne- Louis Pinon , Chevalier ,
Vicomte de Quincy , &c. Confeiller au
Parlement , accoucha le 4. Juin , d'une
fille qui fut tenuë fur les fonts , & nommée
Marie- Agnès , par M. André- François
de Paul le Febvre d'Ormefon , Cons
feiller au Parlement , Chevalier Seigneur
Deftournelles ; & par Dame Marie-
Agnès Soullet , époufe de M. Jean
le Boulanger , Maître des Comptes.
D. Geneviève de Vandeuil , épouſe
d'Antoine-François de Lanquedouë de
Vandeuil , Seigneur de Paffay , Capitai-
I. Vol. ne
JUIN. 1730. 1257
ne de Cavalerie , accoucha le 15 Juin ,
d'une fille qui fut tenuë fur les fonts , &
nommée Anne-Loüife par François - Anne
de Vandeuil , Seigneur de Montgiron ,
&c. Ecuyer du Roy ; & par D. Louiſe
Charlotte le Fevre , veuve d'Aléxandro
Martinot , Maistre des Comptes.
On s'eft trompé en annonçant dans le
dernier Mercure , la mort de Pierre le
Clerc , Chevalier Seigneur des Hayes ,
Jumelles- le-Frefne , au Verfe- Guedenyau;
Confeiller au Parlement. Ce n'eſt point
lui qui eft mort , mais Dame Marie-Madeleine
Bachelier , fon époufe , fille de
M. Bachelier , Prefident des Tréforiers de
France , laquelle eft decedée le 11 May
dernier , âgée de 32. ans,
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCE.
En 1730 à Paris, plusieurs décès et naissances ont été enregistrés. Ame-Marie-Madelaine Françoise Voifin, épouse de Robert Deflandes, Chevalier et Seigneur de Crevecoeur, est décédée le 22 mai à l'âge de 33 ans. Dame Élisabeth Françoise Huillier, femme de Paul Benoit, Comte de Brajuin, est morte le 27 mai à 51 ans. Braque, Chevalier et Seigneur du Luat de Boisfrenaud, Intendant et Contrôleur Général des Écuries et Livrées du Roi, est décédé le 29 mai. Son corps a été transporté à l'église des Pères de la Merci, fondée par la famille Braque en 1348. Jean de Nompere, Chevalier et Commandeur de la Commanderie de Saint-Jacques-Dulys, est mort le 30 mai à 76 ans. Alain-Emanuel de Coëtlogon, Maréchal et Vice-Amiral de France, est décédé le 7 juin à 83 ans. La maison de Coëtlogon est originaire de Bretagne et possède des archives remontant à 1207. François Cornu de Balivière, Lieutenant Général des armées du Roi et Gouverneur de Rocroy, est mort le 18 juin à environ 78 ans. Dame Marguerite-Thérèse Fleuriau, veuve de Louis de Laurency, Chevalier et Marquis de Montbrun, est décédée le 19 juin à 63 ans. Honoré Marion, Prêtre de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est mort le 21 juin à environ 54 ans. Dominique Barberini de Saint-Contest, Conseiller d'État, est décédé le 22 juin à 62 ans. Il a été Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire du Roi au Congrès de Bade et de Cambray. Marie Henriette Bourgoin, épouse d'Anne-Louis Pinon, Chevalier et Vicomte de Quincy, a accouché le 4 juin d'une fille nommée Marie-Agnès. Geneviève de Vandeuil, épouse d'Antoine-François de Lanquedouë de Vandeuil, a accouché le 15 juin d'une fille nommée Anne-Louise. Le document corrige également une erreur concernant la mort de Pierre le Clerc, signalant en réalité le décès de son épouse, Dame Marie-Madeleine Bachelier, fille de Bachelier, Président des Trésoriers de France, survenue le 11 mai à 32 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
79
p. 1365-1379
La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA VIE DE PIERRE MIGNARD, Premier Peintre du Roi, par l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Pierre Mignard, Peintre du roi, Portrait, Tableau, Honneur, Galerie, Duchesse, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
LA VIE DE PIERRE MIGNARD ,
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
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Résumé : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Pierre Mignard, Premier Peintre du Roi, est un artiste français du XVIIe siècle dont la vie et les œuvres sont marquées par une grande reconnaissance à la cour. Après son retour de Rome, Mignard réalisa plusieurs portraits notables, dont celui du jeune roi Louis XIV, exécuté en trois heures et envoyé à Madrid. Ce portrait impressionna la cour d'Espagne, notamment l'Infante, et contribua à la paix entre les deux nations. La reine mère commanda également son portrait, mettant en valeur sa jeunesse et sa beauté. Mignard peignit aussi le Cardinal Mazarin, un sujet difficile pour les artistes précédents. Mignard réalisa de nombreux portraits de la famille royale et de personnalités distinguées, ce qui lui valut une grande réputation. Il peignit également des œuvres à fresque, comme celles de l'Hôtel d'Epernon et de l'Hôtel de Longueville. Le portrait de la Marquise de Gouvernet fut particulièrement admiré pour sa vivacité. Il fut chargé de peindre la coupole du Val-de-Grâce, un ouvrage achevé en huit mois et décrit comme un triomphe de la peinture, représentant des scènes religieuses et des figures divines avec une grande maîtrise. En plus de ses portraits et fresques, Mignard réalisa des tableaux de chevalet, comme celui de la Duchesse de Brissac et de la Duchesse de La Vallière. Il participa également à des débats sur l'authenticité de ses œuvres. Le texte mentionne des anecdotes sur les commandes royales et les appréciations des contemporains de Mignard. Par exemple, le Duc de Montausier compara les styles de Brun et de Mignard aux noms des artistes eux-mêmes. En 1677, le frère unique de Louis XIV, Monsieur, commanda à Mignard des peintures pour le château de Saint-Cloud, avec Apollon comme sujet principal. La Galerie de ses œuvres représente Apollon à différents moments de sa vie, notamment sa naissance auprès de Latone et sa présence sur le mont Parnasse avec les Muses. Latone, insultée par les paysans de Lybie, est vengée par Jupiter qui les transforme en grenouilles. La galerie est ornée de peintures des façons et des talents de l'esprit, avec un plafond central où le Soleil, représenté sous les traits du Roi, est tiré par quatre chevaux blancs, précédé par l'Aurore. Mignard a réalisé plusieurs œuvres importantes, comme le cabinet de Diane à Sceaux, le plafond de l'Aurore, et divers tableaux à Versailles. En 1684, il a peint un plafond représentant Apollon et Minerve, avec le Génie de la France tenant un lys et s'appuyant sur Minerve. Mignard a été anobli en juin 1687 et a peint des portraits notables, tels que celui de la Duchesse du Lude et de Madame de Foix. Après la mort de Charles Le Brun en 1690, Mignard a été nommé Premier Peintre du Roi, Directeur de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, et Directeur de la Manufacture Royale des Gobelins. Il est décédé à Paris le 13 mai 1695 à l'âge de 84 ans. Son élégie souligne sa composition riche et gracieuse, son invention poétique, son style héroïque et sublime, ainsi que son habileté dans le détail et le drapé. La vie de Mignard a été écrite par la Comtesse de Feuquières, sa fille.
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80
p. 1477-1479
MARIAGE.
Début :
Le 30 May, M. Loüis-Robert Mallet de Graville, Sous-Lieutenant des Chevaux Legers de [...]
Mots clefs :
Seigneur, Comte, Chevalier, Lieutenant
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
LE 30 May ,M. Loiis-Robert Mallet de Gra- Liville , Sous -Lieutenant des Chevaux Legers de
Berry,époufa Dame Magdeleine Bouton de Chamilly
, veuve de M. François Martel , Comte de
Clere , fille de feu M. François Bouton , Comte
de Chamilly , Lieutenant General des Armées du
Roy, cy- devant Ambaffadeur Extraordinaire en
Dannemarc , & de Dame Catherine Poncet de la
Rivière , petite Niéce de feu Noël Bouton , Mar
quis de Chamilly , Maréchal de France , Cheva,
fier des Ordres du Roy , & Gouverneur de Straf
bourg.
M. le Comte de Graville eft fils de feu Louis
II.Vol. K Malle
1478
MERCURE DE FRANCE
Mallet de Graville , Marquis de Valſemé, Lieutenant
General des Armées du Roi,
Commandant en
Provence,
Commandeur de l'Ordre de S.Louis, &
auparavant Capitaine des Chevaux-Legers d'Or
leans,mort en Décembre 1707. & de feue D.Marguerite
de Sonnyng , petit- fils de Fury Mallet
de Graville , Marquis de Valfemé , auffi Capitaine
de la Compagnie des Chevaux- Legers d'Orleans,
& de Marguerite Mandot, arriere-petit-fils de Jean
Mallet , Seigneur de Drubec & de Valfemé , & de
Dame Magdeleine de Choifeul du Pleffis Pralin ,
Soeur de Cefar , Duc de Choifeul , Pair & Maréchal
de France, il a pour Trifayeul François Mallet
, Seigneur de Drubec , marié avec Françoife de
Hautemer , proche parente de Guillaume de Hautemer,
Maréchal de France, Chevalier des Ordres
du Roi,& Lieutenant General
aúGouvernement de
Normandie , ledit François Mallet , Seigneur de
Drubec, eft forti des Seigneurs de Cramefnil Mallet,
puifnez de la Maifon de Mallet- Graville, l'une des
plus grandes & des plus illuftres de la Province de
Normandie, comme on le verra par la
Genealogie
qui en fera donnée dans la nouv . Hift. des Grands
Officiers de la Couronne , au Chap. de Jean Mallet
, Sire de Graville , Grand- Maître des Arbalêtriers
, Grand-Pannetier, & Grand - Fauconnier de
France , ès anneés 1423. & 142 5. de Louis Mallet
, Sire de Graville , Amiral de France , Gouver→
neur de Picardie & Normandie , Chevalier des
Ordres du Roy , Capitaine des cent Gentilshom→
mes de fa Maifon , mort l'an 1516. & de Guillaume,
Seigneur de Cramefnil, Chevalier, Chambellan
du Roi , cominis par S. M. à l'exercice de
Maître des
Arbalêtriers de France au mois de Janvier
de l'an 1415. lequel est le 7e Ayeul de M. le
Comte de Graville , qui donne lieu à cet article .
La Généalogie de la Maifon de Bouton - Chamilli
,l'une des
premieres du Duché de
Bourgo-
II. Vol.
gne ,
JUIN. 1730. 1479
gne, fera auffi rapportée dans la même Hiftoire,
au Chapitre des Maréchaux de France , de même
que celle de la Maifon de Martel , l'une des plus
anciennes & des plus illuftres de Normandie ,
1'occafion de Guillaume Martel , Seigneur de Ba-
Confeiller Chambellan queville , Chevalier ,
établi Garde de l'Oriflame de France , en 1414.
LE 30 May ,M. Loiis-Robert Mallet de Gra- Liville , Sous -Lieutenant des Chevaux Legers de
Berry,époufa Dame Magdeleine Bouton de Chamilly
, veuve de M. François Martel , Comte de
Clere , fille de feu M. François Bouton , Comte
de Chamilly , Lieutenant General des Armées du
Roy, cy- devant Ambaffadeur Extraordinaire en
Dannemarc , & de Dame Catherine Poncet de la
Rivière , petite Niéce de feu Noël Bouton , Mar
quis de Chamilly , Maréchal de France , Cheva,
fier des Ordres du Roy , & Gouverneur de Straf
bourg.
M. le Comte de Graville eft fils de feu Louis
II.Vol. K Malle
1478
MERCURE DE FRANCE
Mallet de Graville , Marquis de Valſemé, Lieutenant
General des Armées du Roi,
Commandant en
Provence,
Commandeur de l'Ordre de S.Louis, &
auparavant Capitaine des Chevaux-Legers d'Or
leans,mort en Décembre 1707. & de feue D.Marguerite
de Sonnyng , petit- fils de Fury Mallet
de Graville , Marquis de Valfemé , auffi Capitaine
de la Compagnie des Chevaux- Legers d'Orleans,
& de Marguerite Mandot, arriere-petit-fils de Jean
Mallet , Seigneur de Drubec & de Valfemé , & de
Dame Magdeleine de Choifeul du Pleffis Pralin ,
Soeur de Cefar , Duc de Choifeul , Pair & Maréchal
de France, il a pour Trifayeul François Mallet
, Seigneur de Drubec , marié avec Françoife de
Hautemer , proche parente de Guillaume de Hautemer,
Maréchal de France, Chevalier des Ordres
du Roi,& Lieutenant General
aúGouvernement de
Normandie , ledit François Mallet , Seigneur de
Drubec, eft forti des Seigneurs de Cramefnil Mallet,
puifnez de la Maifon de Mallet- Graville, l'une des
plus grandes & des plus illuftres de la Province de
Normandie, comme on le verra par la
Genealogie
qui en fera donnée dans la nouv . Hift. des Grands
Officiers de la Couronne , au Chap. de Jean Mallet
, Sire de Graville , Grand- Maître des Arbalêtriers
, Grand-Pannetier, & Grand - Fauconnier de
France , ès anneés 1423. & 142 5. de Louis Mallet
, Sire de Graville , Amiral de France , Gouver→
neur de Picardie & Normandie , Chevalier des
Ordres du Roy , Capitaine des cent Gentilshom→
mes de fa Maifon , mort l'an 1516. & de Guillaume,
Seigneur de Cramefnil, Chevalier, Chambellan
du Roi , cominis par S. M. à l'exercice de
Maître des
Arbalêtriers de France au mois de Janvier
de l'an 1415. lequel est le 7e Ayeul de M. le
Comte de Graville , qui donne lieu à cet article .
La Généalogie de la Maifon de Bouton - Chamilli
,l'une des
premieres du Duché de
Bourgo-
II. Vol.
gne ,
JUIN. 1730. 1479
gne, fera auffi rapportée dans la même Hiftoire,
au Chapitre des Maréchaux de France , de même
que celle de la Maifon de Martel , l'une des plus
anciennes & des plus illuftres de Normandie ,
1'occafion de Guillaume Martel , Seigneur de Ba-
Confeiller Chambellan queville , Chevalier ,
établi Garde de l'Oriflame de France , en 1414.
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Résumé : MARIAGE.
Le 30 mai, Louis-Robert Mallet de Graville, sous-lieutenant des Chevaux-Légers de Berry, épousa Magdeleine Bouton de Chamilly, veuve de François Martel, Comte de Clere. Magdeleine était la fille de François Bouton, Comte de Chamilly, lieutenant général des armées du roi et ancien ambassadeur au Danemark, et de Catherine Poncet de la Rivière. Elle était également la petite-nièce de Noël Bouton, Marquis de Chamilly, Maréchal de France. Louis-Robert Mallet de Graville est le fils de Louis Mallet de Graville, Marquis de Valsemé, lieutenant général des armées du roi et Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, décédé en décembre 1707, et de Marguerite de Sonnyn. Il est le petit-fils de Fury Mallet de Graville et de Marguerite Mandot, et l'arrière-petit-fils de Jean Mallet, Seigneur de Drubec et de Valfemé, et de Magdeleine de Choiseul du Plessis Pralin. La famille Mallet de Graville est une des plus illustres de Normandie. La généalogie des familles Mallet de Graville, Bouton-Chamilly et Martel sera présentée dans la nouvelle histoire des Grands Officiers de la Couronne.
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81
p. 1685-1688
MORTS NAISSANCES,
Début :
N... Marquis d'Harcourt, Capitaine de Dragons, dans le Regiment Colonel General, [...]
Mots clefs :
Général, Chevalier, Roi, Duc, Épouse, Dame
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texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES,
MORTS NAISSANCES,
Ngon Marquis d'Harcourt
, Capitaine de Dragons
, dans le Regiment Colonel General
mourut à Lille le 20 Juin , âgé de 19 ans. Fl
étoit fils unique de Charles , Comte d'Harcourt
& Dollonde , cy- devant Meftre de Camp & Sous-
Lieutenant des Chevaux Legers de Bourgogne.
Chefdu Nom & des Armes de cette Illuftre Maifon;
& de Dame N.de Franquetot de Coigny,foeur
du Marquis de Coigny, Chevalier des ordres du
Roy , Lieutenant General de fes Armées , & Colonel
General des Dragons. Il ne refte plus de cette
branche des Comtes Dollonde,du nom d'Harcourt,
que les Coufins Germains du Comte d'Harcourt
, pere du Marquis qui vient de mourir, fça
voir , Jean-François d'Harcourt , Prêtre , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de Ménat en Auvergne
, & Guillaume , Marquis d'Harcourt, fon
frere , Capitaine des Vaiffeaux du Roy , retiré à
fa
"
1686 MERCURE DE FRANCE
La Terre de Baffe - Normandie, à cauſe de ſes infirmitez.
Il avoit époufé feuë Dame Anne - Rofe
de Poefrie , héritiere de la Maifon de Taillepied ,
de laquelle il avoit eu deux enfans , qui font Marie-
Rofe d'Harcourt , Penfionnaire au Monaftere
des Religieufes de la Vifitation de Caën , &
Jacques , Comte d'Harcourt , qui fait actuellement
fes exercices à l'Academie de Vandeuil.
C'eſt aujourd'hui le feul rejetton de cette Branche
de la Maifon d'Harcourt.
Dame Marie Salé Dumenillet , époufe
de M. Antoine-Thomas le Secq , Chevalier
, Seigneur de S. Martin , Baron de Balingant
, Confeiller du Roy en fes Confeils
,Procureur general des Eaux & Forêts,
décedée le 25 Juin 1730. âgée de 55 ans ,
environ .
Dame Anne Guilbert , veuve de N.Foy,
Seigneur de S. Maurice , Commiffaire du
Confeil pour les Monnoyes , mourut le 27
Juin , âgée de 88 ans .
•
M. Pierre- Gilbert de Voifins, Preſident
de la deuxième Chambre des Enquêtes du
Parlement , & Doyen des Prefidens des
Enquêtes & Requêtes , mourut le 1. dece
mois , âgé d'environ 74 ans .
Dame Françoife Glucq , époufe de J. B.
de Montulé , Confeiller au Parlement ,
Chef du Confeil de fon S.A.S.M. le Prince
de Conti , mourut le même jour , âgée
d'environ 46 ans.
Frere Louis de Fronlay de Teffé , Chevalier
, Profès , de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem
JUILLET. 1730. 1687
rufalem,Commandeur de Coulours, mourut
à Paris le 4 de ce mois , âgé de 65 ans.
Nicolas le Fevre , Seigneur de S. Luc ,
Benoît - la- Chapelle , &c. Lieutenant general
d'Epée au Bailliage & Préfidial de
Troyes & Maître des Eaux & Forêts, mourut
le 8.'âgé de 62 ans.
Dame Madelaine le Rebours , veuve de
M. Charles- Nicolas Huquet de Semonville
, Doyen du Parlement , décédé le 11
Juillet , âgée de 72 ans.
3 Emmanuel de Roquette Seigneur
d'Amades , premier Ecuyer de S. A. S.
Madame la Princeffe de Conty , feconde
Douairiere , mourut le 14 , âgé de 73 ans.
François de Neuville, Duc de Villeroy,
Pair & premierMaréchal deFrance , Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur de fa
Perfonne, General de fes Armées, Miniftre
d'Etat ,Chef duConfeilRoyal desFinances,
Gouverneur de la Ville de Lyon , & de la
Province de Lyonnois, Forêt & Baujolois,
mourut à Paris le 18 Juillet, âgé de 86 ans
3 mois. Il avoit époufé en 1662. Marie de
Coffe ,fille de Louis de Coffe , Duc de
Briffac , & de Catherine de Gondi , dont
il a eu le Duc de Villeroy , Lieutenant General
des Armées du Roy , Chevalier des
fes Ordres & Capitaine des Gardes du
Corps de S. M. Gouverneur de la Ville de
Lyon,&c .& l'Archevêque de Lyon , Commandeur
1688 MERCURE DE FRANCË
mandeur des Ordres du Roy. Le Duc de
Retz & le Duc d'Alincour font les fils du
Duc de Villeroy.
Dame Jeanne - Felix Nouvel , époule
de M. J. B. Sorba , Comte de la Villette
Secretaire d'Etat de la République dé Génes
, & fon Miniftre Plénipotentiaire à la
Cour de France, accoucha le 7 Juin , d'une
fille , qui fut nommée Role-Placidie.
Dame Anne Geneviève de Meuve, épou
fe de Jean - Paul Bochart de Champigny ,
Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
, Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , accoucha le 13. d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts & nommé Frederic, par
Frederic- Guillaume de la Trémoille . Prince
de Talmond , Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur des Ville
& Fortereffe de Saarlouis , & Pays en dépendans
; & par Dame Loüife - Françoiſe
d'Humieres, époufe de Louis- Antoine-Armand
, Duc de Grammont , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roy , Colonel
du Regiment des Gardes Françoifes &
Gouverneur de Bearn.-
Ngon Marquis d'Harcourt
, Capitaine de Dragons
, dans le Regiment Colonel General
mourut à Lille le 20 Juin , âgé de 19 ans. Fl
étoit fils unique de Charles , Comte d'Harcourt
& Dollonde , cy- devant Meftre de Camp & Sous-
Lieutenant des Chevaux Legers de Bourgogne.
Chefdu Nom & des Armes de cette Illuftre Maifon;
& de Dame N.de Franquetot de Coigny,foeur
du Marquis de Coigny, Chevalier des ordres du
Roy , Lieutenant General de fes Armées , & Colonel
General des Dragons. Il ne refte plus de cette
branche des Comtes Dollonde,du nom d'Harcourt,
que les Coufins Germains du Comte d'Harcourt
, pere du Marquis qui vient de mourir, fça
voir , Jean-François d'Harcourt , Prêtre , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de Ménat en Auvergne
, & Guillaume , Marquis d'Harcourt, fon
frere , Capitaine des Vaiffeaux du Roy , retiré à
fa
"
1686 MERCURE DE FRANCE
La Terre de Baffe - Normandie, à cauſe de ſes infirmitez.
Il avoit époufé feuë Dame Anne - Rofe
de Poefrie , héritiere de la Maifon de Taillepied ,
de laquelle il avoit eu deux enfans , qui font Marie-
Rofe d'Harcourt , Penfionnaire au Monaftere
des Religieufes de la Vifitation de Caën , &
Jacques , Comte d'Harcourt , qui fait actuellement
fes exercices à l'Academie de Vandeuil.
C'eſt aujourd'hui le feul rejetton de cette Branche
de la Maifon d'Harcourt.
Dame Marie Salé Dumenillet , époufe
de M. Antoine-Thomas le Secq , Chevalier
, Seigneur de S. Martin , Baron de Balingant
, Confeiller du Roy en fes Confeils
,Procureur general des Eaux & Forêts,
décedée le 25 Juin 1730. âgée de 55 ans ,
environ .
Dame Anne Guilbert , veuve de N.Foy,
Seigneur de S. Maurice , Commiffaire du
Confeil pour les Monnoyes , mourut le 27
Juin , âgée de 88 ans .
•
M. Pierre- Gilbert de Voifins, Preſident
de la deuxième Chambre des Enquêtes du
Parlement , & Doyen des Prefidens des
Enquêtes & Requêtes , mourut le 1. dece
mois , âgé d'environ 74 ans .
Dame Françoife Glucq , époufe de J. B.
de Montulé , Confeiller au Parlement ,
Chef du Confeil de fon S.A.S.M. le Prince
de Conti , mourut le même jour , âgée
d'environ 46 ans.
Frere Louis de Fronlay de Teffé , Chevalier
, Profès , de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem
JUILLET. 1730. 1687
rufalem,Commandeur de Coulours, mourut
à Paris le 4 de ce mois , âgé de 65 ans.
Nicolas le Fevre , Seigneur de S. Luc ,
Benoît - la- Chapelle , &c. Lieutenant general
d'Epée au Bailliage & Préfidial de
Troyes & Maître des Eaux & Forêts, mourut
le 8.'âgé de 62 ans.
Dame Madelaine le Rebours , veuve de
M. Charles- Nicolas Huquet de Semonville
, Doyen du Parlement , décédé le 11
Juillet , âgée de 72 ans.
3 Emmanuel de Roquette Seigneur
d'Amades , premier Ecuyer de S. A. S.
Madame la Princeffe de Conty , feconde
Douairiere , mourut le 14 , âgé de 73 ans.
François de Neuville, Duc de Villeroy,
Pair & premierMaréchal deFrance , Chevalier
des Ordres du Roy, Gouverneur de fa
Perfonne, General de fes Armées, Miniftre
d'Etat ,Chef duConfeilRoyal desFinances,
Gouverneur de la Ville de Lyon , & de la
Province de Lyonnois, Forêt & Baujolois,
mourut à Paris le 18 Juillet, âgé de 86 ans
3 mois. Il avoit époufé en 1662. Marie de
Coffe ,fille de Louis de Coffe , Duc de
Briffac , & de Catherine de Gondi , dont
il a eu le Duc de Villeroy , Lieutenant General
des Armées du Roy , Chevalier des
fes Ordres & Capitaine des Gardes du
Corps de S. M. Gouverneur de la Ville de
Lyon,&c .& l'Archevêque de Lyon , Commandeur
1688 MERCURE DE FRANCË
mandeur des Ordres du Roy. Le Duc de
Retz & le Duc d'Alincour font les fils du
Duc de Villeroy.
Dame Jeanne - Felix Nouvel , époule
de M. J. B. Sorba , Comte de la Villette
Secretaire d'Etat de la République dé Génes
, & fon Miniftre Plénipotentiaire à la
Cour de France, accoucha le 7 Juin , d'une
fille , qui fut nommée Role-Placidie.
Dame Anne Geneviève de Meuve, épou
fe de Jean - Paul Bochart de Champigny ,
Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
, Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , accoucha le 13. d'un fils , qui fut
tenu fur les Fonts & nommé Frederic, par
Frederic- Guillaume de la Trémoille . Prince
de Talmond , Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur des Ville
& Fortereffe de Saarlouis , & Pays en dépendans
; & par Dame Loüife - Françoiſe
d'Humieres, époufe de Louis- Antoine-Armand
, Duc de Grammont , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roy , Colonel
du Regiment des Gardes Françoifes &
Gouverneur de Bearn.-
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Résumé : MORTS NAISSANCES,
En 1730, plusieurs décès et naissances notables ont été enregistrés. Le Marquis d'Harcourt, Capitaine de Dragons, est décédé à Lille le 20 juin à l'âge de 19 ans. Fils unique de Charles, Comte d'Harcourt, et de Dame N. de Franquetot de Coigny, il laisse derrière lui ses cousins germains, Jean-François d'Harcourt, Prêtre et Abbé Commandataire, et Guillaume, Marquis d'Harcourt, Capitaine des Vaisseaux du Roy. Parmi les autres décès marquants, on compte Dame Marie Salé Dumenillet, épouse de M. Antoine-Thomas le Secq, décédée le 25 juin à l'âge de 55 ans ; Dame Anne Guilbert, veuve de N. Foy, décédée le 27 juin à l'âge de 88 ans ; M. Pierre-Gilbert de Voisins, Président de la deuxième Chambre des Enquêtes du Parlement, décédé en juin à l'âge de 74 ans ; Dame Françoise Glucq, épouse de J. B. de Montulé, décédée le même jour à l'âge de 46 ans ; Frère Louis de Fronlay de Tessé, Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, décédé à Paris le 4 juillet à l'âge de 65 ans ; Nicolas le Fèvre, Seigneur de Saint-Luc, décédé le 8 juillet à l'âge de 62 ans ; Dame Madeleine le Rebours, veuve de M. Charles-Nicolas Huquet de Semonville, décédée le 11 juillet à l'âge de 72 ans ; Emmanuel de Roquette, Seigneur d'Amades, décédé le 14 juillet à l'âge de 73 ans ; et François de Neuville, Duc de Villeroy, Pair de France et Maréchal, décédé à Paris le 18 juillet à l'âge de 86 ans. Du côté des naissances, Dame Jeanne-Félix Nouvel a donné naissance à une fille nommée Role-Placidie le 7 juin. Dame Anne Geneviève de Meuve a accouché d'un fils nommé Frédéric le 13 juin, dont les parrains étaient Frédéric-Guillaume de la Trémoille et Dame Louise-Françoise d'Humières.
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82
p. 1890-1892
CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
Début :
La Faculté de Théologie de Paris, après avoir presenté les Actes & les Décrets sur la Constiution [...]
Mots clefs :
Archevêque de Paris, Docteur, Chevalier, Faculté de théologie, Docteur
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
CEREMONIE de la prife de Bonnet de
Docteur , parM.l'Archevêque de Paris.
A Faculté de Théologie de Paris, après avoir
Lprefènié les Actes & les Décrets fur la Conftitution
Unigenitus , au Roy , à la Reine & aux
autres Seigneurs,à Fontaibleau , le 18 May 1730.
cvût qu'elle devoit auffi preſenter les mêmes Actes
à M. l'Archevêque de Paris. Elle nomma pour
cela M. Lullier Doyen, M. de Romigny Syndic,
& les fix plus anciens Docteurs , aufquels elle recommanda
de fupplier M. l'Archevêque de vouloir
prendre le Bonnet de Docteur. Ce Prélat
avoit fait fa Licence dans les années 1706. &
1707. Mais après avoir obtenu le dégré de Licentié
, ayant été nommé fucceffivement Evêque
de Marfeille , & Archevêque d'Aix , il n'avoit
pas pris le Bonnet ,
cela étoit arri- que
vé à M. de Harlay Archevêque de Rouen , &
enfuite Archevêque de Paris , qui après ſa Licence
ne prit le Bonnet de Docteur qu'après avoir
été nommé Archevêque de Paris.
ainfi
M. l'Archevêque de Paris fut donc prié par
la Faculté de fuivre l'exemple de M. de Harlay
& à cette occafion le Doyen accompagné du
Syndic & des autres Députez , lui fit un fort
beau Difcours le 23 May dernier.
On fera peut- être bien -aiſe d'être inftruit de
ce qui s'obſerve quand les Archevêques de Paris
prennent le Bonnet . Ordinairement le Licencié
eft tenu qui doit prendre le Bonnet de Docteur ,
de foutenir quelques jours auparavant une Theſe.
nommée Vefperie , & un des jours fuivans il fe
rend
AOUST. 1730. 1891
rend dans la grande Sale de l'Archevéché , ou
dans la Chapelle interieure qui eft au bout de la
Sale , avec fon Grand-Maître d'Etude , où il a
prié quelques jours auparavant le Chancelier de
Notre-Dame de fe trouver. Il y a trois Chaifes
difpofées , le dos tourné à l'Autel. Si la cerenonie
fe fait dans la Chapelle de l'Archevêché ou
dans la Grande Sale même , le Licencié prend la
place du milieu ; à fa droite eft ie Chancelier , &
à fa gauche fon Grand - Maître d'Etude. La ceremonie
commence par un Difcours Latin que fait
le Chancelier fur quelque fujet d'érudition ou de
piété , fur l'importance de la ceremonie ; &c,
Enfuite le Licencié fe met à genoux devant le
Chancelier , qui lui fait faire les fermens accoutumez.
Le nouveau Docteur remercie le Chan→
celier , & fon Grand - Maître d'Etude. Enfuite il
préfide à une Thefe , nommée Aulique.
Après que le nouveau Docteur à difputé fur
trois Medium , ainfi que le Grand-Maître d'Etude
& le Chancelier , le Chancelier le conduit à
Notre- Dame , lui fait faire le ferment fur l'Autel
des Martyrs de foutenir la verité , enſeignée par
l'Eglife Catholique , Apoftolique & Romaine
toute la vie ; jufqu'à répandre fon ſang pour la
défenfe de ces mêmes véritez.
Mais quand un Archevêque de Paris , nommé
& facré , prend le Bonnet de Docteur , prefque
toutes ces ceremonies font obmiſes. Il n'y a ní
Vefperie , ni Aulique , ni Difcours par le Chancelier
, ou par le nouveau Docteur , ni fermens à
exiger de lui. L'Archevêque étant à genoux vis - àvis
l'Autel de la Chapelle intérieure de l'Archevêché
, ayant à fa droitele Chancelier , & le Doyen
de la Faculté à fa gauche , le Chancelier fe leve
donner & prononce la Formule ordinaire, pour
par l'autorité & la Benediction Apoftolique , le
dégre I vj
1892 MERCURE DE FRANCE
-
dégré de Docteur. Il met en même temps le
Bonnet de Docteur fur la tête de l'Archevêque
aiafi finit la ceremonie. C'est ce qui s'eſt obſervé
en 1671. quand M. de Harlay , Archevêque de
Paris , reçût le Bonnet de Docteur. Et c'eft auffi
ce qui s'eft paffé le 24 May 1730. à la cérémonie
de M. de Vintimille du Luc , en preſence
d'un grand nombre de Docteurs. Ce Prélat fit
l'honneur au Chancelier , au Doyen , au Syndic
& aux autres Docteurs de les retenir à dîner. Il
s'y trouva auffi quelques Prélats.
La Faculté prefenta auffi les Actes , dont il eſt
parlé au commencement de ce Mémoire , à l'Aſfemblée
du Clergé , le 10 Juillet dernier , ayant
nommé pour cela les mêmes Députez , lefquels
furent reçûs par les Agens Generaux,qui les conduifirent
dans la Sale des Affemblées . M. Luillier
Doyen , y fit un Difcours latin tres - éloquent
qui fe trouve dans le Recueil des mêmes Actes ,
donnésdepuis peu au Public.
Docteur , parM.l'Archevêque de Paris.
A Faculté de Théologie de Paris, après avoir
Lprefènié les Actes & les Décrets fur la Conftitution
Unigenitus , au Roy , à la Reine & aux
autres Seigneurs,à Fontaibleau , le 18 May 1730.
cvût qu'elle devoit auffi preſenter les mêmes Actes
à M. l'Archevêque de Paris. Elle nomma pour
cela M. Lullier Doyen, M. de Romigny Syndic,
& les fix plus anciens Docteurs , aufquels elle recommanda
de fupplier M. l'Archevêque de vouloir
prendre le Bonnet de Docteur. Ce Prélat
avoit fait fa Licence dans les années 1706. &
1707. Mais après avoir obtenu le dégré de Licentié
, ayant été nommé fucceffivement Evêque
de Marfeille , & Archevêque d'Aix , il n'avoit
pas pris le Bonnet ,
cela étoit arri- que
vé à M. de Harlay Archevêque de Rouen , &
enfuite Archevêque de Paris , qui après ſa Licence
ne prit le Bonnet de Docteur qu'après avoir
été nommé Archevêque de Paris.
ainfi
M. l'Archevêque de Paris fut donc prié par
la Faculté de fuivre l'exemple de M. de Harlay
& à cette occafion le Doyen accompagné du
Syndic & des autres Députez , lui fit un fort
beau Difcours le 23 May dernier.
On fera peut- être bien -aiſe d'être inftruit de
ce qui s'obſerve quand les Archevêques de Paris
prennent le Bonnet . Ordinairement le Licencié
eft tenu qui doit prendre le Bonnet de Docteur ,
de foutenir quelques jours auparavant une Theſe.
nommée Vefperie , & un des jours fuivans il fe
rend
AOUST. 1730. 1891
rend dans la grande Sale de l'Archevéché , ou
dans la Chapelle interieure qui eft au bout de la
Sale , avec fon Grand-Maître d'Etude , où il a
prié quelques jours auparavant le Chancelier de
Notre-Dame de fe trouver. Il y a trois Chaifes
difpofées , le dos tourné à l'Autel. Si la cerenonie
fe fait dans la Chapelle de l'Archevêché ou
dans la Grande Sale même , le Licencié prend la
place du milieu ; à fa droite eft ie Chancelier , &
à fa gauche fon Grand - Maître d'Etude. La ceremonie
commence par un Difcours Latin que fait
le Chancelier fur quelque fujet d'érudition ou de
piété , fur l'importance de la ceremonie ; &c,
Enfuite le Licencié fe met à genoux devant le
Chancelier , qui lui fait faire les fermens accoutumez.
Le nouveau Docteur remercie le Chan→
celier , & fon Grand - Maître d'Etude. Enfuite il
préfide à une Thefe , nommée Aulique.
Après que le nouveau Docteur à difputé fur
trois Medium , ainfi que le Grand-Maître d'Etude
& le Chancelier , le Chancelier le conduit à
Notre- Dame , lui fait faire le ferment fur l'Autel
des Martyrs de foutenir la verité , enſeignée par
l'Eglife Catholique , Apoftolique & Romaine
toute la vie ; jufqu'à répandre fon ſang pour la
défenfe de ces mêmes véritez.
Mais quand un Archevêque de Paris , nommé
& facré , prend le Bonnet de Docteur , prefque
toutes ces ceremonies font obmiſes. Il n'y a ní
Vefperie , ni Aulique , ni Difcours par le Chancelier
, ou par le nouveau Docteur , ni fermens à
exiger de lui. L'Archevêque étant à genoux vis - àvis
l'Autel de la Chapelle intérieure de l'Archevêché
, ayant à fa droitele Chancelier , & le Doyen
de la Faculté à fa gauche , le Chancelier fe leve
donner & prononce la Formule ordinaire, pour
par l'autorité & la Benediction Apoftolique , le
dégre I vj
1892 MERCURE DE FRANCE
-
dégré de Docteur. Il met en même temps le
Bonnet de Docteur fur la tête de l'Archevêque
aiafi finit la ceremonie. C'est ce qui s'eſt obſervé
en 1671. quand M. de Harlay , Archevêque de
Paris , reçût le Bonnet de Docteur. Et c'eft auffi
ce qui s'eft paffé le 24 May 1730. à la cérémonie
de M. de Vintimille du Luc , en preſence
d'un grand nombre de Docteurs. Ce Prélat fit
l'honneur au Chancelier , au Doyen , au Syndic
& aux autres Docteurs de les retenir à dîner. Il
s'y trouva auffi quelques Prélats.
La Faculté prefenta auffi les Actes , dont il eſt
parlé au commencement de ce Mémoire , à l'Aſfemblée
du Clergé , le 10 Juillet dernier , ayant
nommé pour cela les mêmes Députez , lefquels
furent reçûs par les Agens Generaux,qui les conduifirent
dans la Sale des Affemblées . M. Luillier
Doyen , y fit un Difcours latin tres - éloquent
qui fe trouve dans le Recueil des mêmes Actes ,
donnésdepuis peu au Public.
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Résumé : CEREMONIE de la prise de Bonnet de Docteur, par M. l'Archevêque de Paris.
En mai 1730, la Faculté de Théologie de Paris a organisé une cérémonie pour la prise de bonnet de docteur par l'Archevêque de Paris. Après avoir présenté les Actes et les Décrets sur la Constitution Unigenitus au roi et à la reine à Fontainebleau le 18 mai 1730, la Faculté a demandé à l'Archevêque de prendre le bonnet de docteur. Bien que l'Archevêque ait obtenu sa licence en 1706 et 1707 et ait été nommé évêque de Marseille puis archevêque d'Aix, il n'avait pas encore effectué cette cérémonie. La Faculté a désigné M. Lullier, Doyen, M. de Romigny, Syndic, et les docteurs les plus anciens pour supplier l'Archevêque de suivre l'exemple de M. de Harlay, ancien archevêque de Rouen et de Paris. Le 23 mai, le Doyen, accompagné du Syndic et des autres députés, a prononcé un discours à cette occasion. La cérémonie du 24 mai a différé des pratiques habituelles, où le licencié doit soutenir deux thèses et prêter serment. Pour un archevêque, ces étapes sont omises. L'Archevêque, à genoux devant l'autel de la chapelle intérieure de l'archevêché, a reçu le bonnet de docteur du chancelier, qui a prononcé la formule ordinaire. Cette cérémonie avait déjà été observée en 1671 pour M. de Harlay. Par ailleurs, la Faculté a présenté les Actes à l'Assemblée du Clergé le 10 juillet, avec les mêmes députés. Ils ont été reçus par les Agents Généraux, et M. Lullier, Doyen, a prononcé un discours latin éloquent lors de cette présentation.
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83
p. 2113-2114
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
Jean-Baptiste Foubert de Bizy, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Jean de Latran, premier [...]
Mots clefs :
Marquis, Comte, Lieutenant, Armée, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS , NAISSANCES
& Mariages.
J
Ean - Baptifte Foubert de Bizy , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Jean de Latran , premier
Secretaire dans les Ambaffades du Marquis
de Bonac à la Porte Ottomanne & en Suiffe ,
mourut le 22. Août , âgé d'environ 42. ans,
Louis de Quelen- Stuart de Cauffade , Comt
de la Vauguyon , Meftre de Camp de Cavaleriee
mourut à Valenciennes le 25. du mois dernier
âgé de 25. ans.
M. Henry de Fabry , Comte d'Autrey , Meſtré
de Camp du Regiment de la Sarre , mourut à
Verfailles le 1. de ce mois , âgé de 42. ans .
Monfieur Benjamin - Louis Frottier , Marquis
de la Cofte Meffeliere , Lieutenant de Roy du
Poitou , mourut à Paris le 5. âgé de 64. ans .
Dame Marie-Anne Delorme , veuve de Meffire
Pierre Debas , Seigneur Dujelle , & au jour de
fon décès époufa M.Louis le Couftellier, Ecuyer,
'Comte de Liliers ; Brigadier des Armées du Roy
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , décedée le 8.
Septembre , âgée de 95. ans.
Le 1o. Guichard-Jofeph Duvernay , Confeiller
, Medecin ordinaire du Roy , Profeffeur en
Anatomie & Chirurgie au Jardin Royal des
Plantes , & de l'Académie Royale des Sciences ,
mourut âgé de 82. ans , extrémement regretté.
Le même jour , Louis- Charles , Marquis de
la Châtre , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Gouverneur du Fort de Pequay , mourut
à Paris âgé de 69. ans. Il y a quelques an
nées que le Roy avoit accordé au Comte de
Nançai, Mestre de Camp du Regiment de Bearn,
9
$1
2114 MERCURE DE FRANCE
le Gouvernement du Fort de Pequay , en furvi .
vance du Marquis de la Châtre , fon pere .
Le 18. Septembre , Dame Louife de Meures ,
veuve de Jean de Vivans , Marquis de Noaillac ,
Seigneur de Pufches , Montluc , & c. Lieutenant
General des Armées du Roy , mourut dans une
des Terres du Marquis de Jaucourt fon gendre ,
dans le Nivernois , âgée de 51 , ans d'une efquinancie
, après cinq jours de maladie : c'étoit
une Dame très- vertueufe & très-charitable. Elle
laiffe une fille unique qui eft Madame la Marquife
de Jaucourt , heritiere de tous les biens ,
ainfi que de fes vertus.
>
Cefar Alexandre , Comte de Gouffier , veuf
de Marguerite Henriette de Gouffier , époufa le
7. Septembre D. Marie Charlotte de Gouffier
veuve de Charles Madeleine Colbert , Cornette
des Chevaux -Legers de la Garde du Roi .
Anne Leon de Montmorency , fils de Leon de
Montmorency , & de D. Marie Madeleine de
Ponflemotte de l'Etoile de Montbrifeuil , époufa
le 11. D. Anne Marie Barbe - de- ville , fille de feu
Armand , Baron de ville &c . & de D. Anne Barbe
de Courcelles .
Gafpard de Fortia , Marquis de Montreal
Meftre de Camp de Cavalerie , Chevalier de Saint
Louis , veuf de D. Anne Marie de Vaugué, époufa
le 14. Marie- Anne de Fortia , fille de Charles-
Jofeph de Fortia , Confeiller d'Etat , & de feu D:
Marie Madeleine Thomas.
Jofeph d'Apchier , Comte de la Baume &c.
Grand Sénéchal de Provence , fils de feu Philip
pes d'Apchier ; Comte de la Baume &c. & de D,
Gabrielle de Genitoux de la Tourelle , époufa le
23. D. Anne Marguerite Guénet de Franqueville,
fille de feu Touffaint , Marquis de Franqueville ,
&c. & de D, Madeleine d'Anviré de Machon
ville.
& Mariages.
J
Ean - Baptifte Foubert de Bizy , Chevalier de
P'Ordre Militaire de S. Jean de Latran , premier
Secretaire dans les Ambaffades du Marquis
de Bonac à la Porte Ottomanne & en Suiffe ,
mourut le 22. Août , âgé d'environ 42. ans,
Louis de Quelen- Stuart de Cauffade , Comt
de la Vauguyon , Meftre de Camp de Cavaleriee
mourut à Valenciennes le 25. du mois dernier
âgé de 25. ans.
M. Henry de Fabry , Comte d'Autrey , Meſtré
de Camp du Regiment de la Sarre , mourut à
Verfailles le 1. de ce mois , âgé de 42. ans .
Monfieur Benjamin - Louis Frottier , Marquis
de la Cofte Meffeliere , Lieutenant de Roy du
Poitou , mourut à Paris le 5. âgé de 64. ans .
Dame Marie-Anne Delorme , veuve de Meffire
Pierre Debas , Seigneur Dujelle , & au jour de
fon décès époufa M.Louis le Couftellier, Ecuyer,
'Comte de Liliers ; Brigadier des Armées du Roy
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , décedée le 8.
Septembre , âgée de 95. ans.
Le 1o. Guichard-Jofeph Duvernay , Confeiller
, Medecin ordinaire du Roy , Profeffeur en
Anatomie & Chirurgie au Jardin Royal des
Plantes , & de l'Académie Royale des Sciences ,
mourut âgé de 82. ans , extrémement regretté.
Le même jour , Louis- Charles , Marquis de
la Châtre , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Gouverneur du Fort de Pequay , mourut
à Paris âgé de 69. ans. Il y a quelques an
nées que le Roy avoit accordé au Comte de
Nançai, Mestre de Camp du Regiment de Bearn,
9
$1
2114 MERCURE DE FRANCE
le Gouvernement du Fort de Pequay , en furvi .
vance du Marquis de la Châtre , fon pere .
Le 18. Septembre , Dame Louife de Meures ,
veuve de Jean de Vivans , Marquis de Noaillac ,
Seigneur de Pufches , Montluc , & c. Lieutenant
General des Armées du Roy , mourut dans une
des Terres du Marquis de Jaucourt fon gendre ,
dans le Nivernois , âgée de 51 , ans d'une efquinancie
, après cinq jours de maladie : c'étoit
une Dame très- vertueufe & très-charitable. Elle
laiffe une fille unique qui eft Madame la Marquife
de Jaucourt , heritiere de tous les biens ,
ainfi que de fes vertus.
>
Cefar Alexandre , Comte de Gouffier , veuf
de Marguerite Henriette de Gouffier , époufa le
7. Septembre D. Marie Charlotte de Gouffier
veuve de Charles Madeleine Colbert , Cornette
des Chevaux -Legers de la Garde du Roi .
Anne Leon de Montmorency , fils de Leon de
Montmorency , & de D. Marie Madeleine de
Ponflemotte de l'Etoile de Montbrifeuil , époufa
le 11. D. Anne Marie Barbe - de- ville , fille de feu
Armand , Baron de ville &c . & de D. Anne Barbe
de Courcelles .
Gafpard de Fortia , Marquis de Montreal
Meftre de Camp de Cavalerie , Chevalier de Saint
Louis , veuf de D. Anne Marie de Vaugué, époufa
le 14. Marie- Anne de Fortia , fille de Charles-
Jofeph de Fortia , Confeiller d'Etat , & de feu D:
Marie Madeleine Thomas.
Jofeph d'Apchier , Comte de la Baume &c.
Grand Sénéchal de Provence , fils de feu Philip
pes d'Apchier ; Comte de la Baume &c. & de D,
Gabrielle de Genitoux de la Tourelle , époufa le
23. D. Anne Marguerite Guénet de Franqueville,
fille de feu Touffaint , Marquis de Franqueville ,
&c. & de D, Madeleine d'Anviré de Machon
ville.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Le texte mentionne plusieurs décès de personnalités notables. Jean-Baptiste Foubert de Bizy, secrétaire dans les ambassades, est mort à 42 ans. Louis de Quelen-Stuart de Cauffade, maître de camp de cavalerie, est décédé à 25 ans. Henry de Fabry, comte d'Autrey et maître de camp du régiment de la Sarre, est mort à 42 ans. Benjamin-Louis Frottier, marquis de la Coste-Messeliere et lieutenant du roi du Poitou, est décédé à 64 ans. Marie-Anne Delorme, veuve de Pierre Debas, est morte à 95 ans. Guichard-Joseph Duvernay, médecin du roi et professeur en anatomie, est décédé à 82 ans. Louis-Charles, marquis de la Châtre et lieutenant général des armées du roi, est mort à 69 ans. Louise de Meures, veuve de Jean de Vivans et marquise de Noaillac, est décédée à 51 ans. Le texte évoque également plusieurs mariages. César Alexandre, comte de Gouffier, a épousé Marie Charlotte de Gouffier. Anne Léon de Montmorency a épousé Anne Marie Barbe de Ville. Gaspard de Fortia, marquis de Montréal, a épousé Marie-Anne de Fortia. Joseph d'Apchier, comte de la Baume, a épousé Anne Marguerite Guénet de Franqueville.
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84
p. 2753-2755
Entrée publique & Audience du Roy, de l'Ambassadeur de Venise, [titre d'après la table]
Début :
Le 3. de ce mois, M. Aluise Mocenigo, Ambassadeur Ordinaire de la République [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Venise, Roi, Reine, Chevalier, Comte, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée publique & Audience du Roy, de l'Ambassadeur de Venise, [titre d'après la table]
Le 3. de ce mois , M. Aluife Mocenigo ,
Ambaffadeur Ordinaire de la Républi
que de Venife , fit fon Entrée publique
dans la Ville de Paris. Le Maréchal de
Roquelaure & le Chevalier de Sainctor ,
Introducteur des Ambaffadeurs , allerent
le prendre dans les Caroffes du Roi &
de la Reine au Convent de Picpus , d'où
la Marche fe fit dans l'ordre fuivant : le
Caroffe de l'Introducteur , le Caroffe du
Maréchal de Roquelaure , précedés de
fon Ecuyer & de deux Pages à cheval ;
un Suiffe de l'Ambaffadeur à cheval , la
SAL. Vol. livrés
2754 MERCURE DE FRANCE
livrée de l'Ambaffadeur à pied , fix Officiers
à cheval , deux Ecuyers & fix Pages.
à cheval , le Caroffe du Roi , aux côtés
duquel marchoient la livrée du Maréchal
de Roquelaure & celle du Chevalier de
Sainctor ; le Caroffe de la Reine , celui
de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
Douairiere , ceux du Duc d'Orleans , de
la Ducheffe de Bourbon
J
"
> Douairiere
du Duc de Bourbon , de la Ducheffe de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princeffe de
Conti , Douairiere , de la Princeffe de
Conti , Seconde Douairiere , de la Princeffe
de Conti , Troifiéme Douairiere ,
du Prince de Conti , du Duc & de la
Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte & de
la Comteffe de Touloufe , & celui de M.
Chauvelin , Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
des affaires étrangeres , & à unc
diſtance de 30 à 40. pas , un Suiffe de
l'Ambaffadeur marchant à cheval devant
fes quatre Caroffes.
part
Après qu'il fut arrivé à fon Hôtel , if
fut complimenté de la
du Roi par
le Duc de Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre , de lapart
de
la Reine par le Comte de Teffé , fon
Premier Ecuyer , & de la part de Mada-
1. Vol. me
DECEMBRE . 1730. 2755
me la Ducheffe d'Orleans , Douairiere
par le Marquis de Crevecoeur , fon Premier
Ecuyer.
Le 5. le Prince de Pons & le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel dans les Caroffes du
Roi & de la Reine , & le conduifirent à
Verſailles , où il eut fa premiere audiance
publique du Roi. Il trouva à fon paffage
dans l'avant court du Château les Compagnies
des Gardes Françoifes & Suiffes
fous les armes , les tambours appellant ;
dans la Cour les Gardes de la Porte &
ceux de la Prevôté fous les armes à leurs
poftes ordinaires , & fur l'efcalier les
Cent Suiffes en habits de cerémonie , la
hallebarde à la main . Il fut reçû en dedans
de la Salle des Gardes par le Duc
d'Harcourt , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye & fous les
armes. Après l'audience du Roi , l'Ambaffadeur
fut conduit à celle de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin par le
Prince de Pons & le Chevalier de Sainctot.
I alla à ces Audiences en Robe
conformément à l'uſage des Ambaſſadeurs
de Venife , & après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris par le Chevalier de Sainctot dans
les Caroffes de L. M. avec les cerémonies
accoutumées .
Ambaffadeur Ordinaire de la Républi
que de Venife , fit fon Entrée publique
dans la Ville de Paris. Le Maréchal de
Roquelaure & le Chevalier de Sainctor ,
Introducteur des Ambaffadeurs , allerent
le prendre dans les Caroffes du Roi &
de la Reine au Convent de Picpus , d'où
la Marche fe fit dans l'ordre fuivant : le
Caroffe de l'Introducteur , le Caroffe du
Maréchal de Roquelaure , précedés de
fon Ecuyer & de deux Pages à cheval ;
un Suiffe de l'Ambaffadeur à cheval , la
SAL. Vol. livrés
2754 MERCURE DE FRANCE
livrée de l'Ambaffadeur à pied , fix Officiers
à cheval , deux Ecuyers & fix Pages.
à cheval , le Caroffe du Roi , aux côtés
duquel marchoient la livrée du Maréchal
de Roquelaure & celle du Chevalier de
Sainctor ; le Caroffe de la Reine , celui
de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
Douairiere , ceux du Duc d'Orleans , de
la Ducheffe de Bourbon
J
"
> Douairiere
du Duc de Bourbon , de la Ducheffe de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princeffe de
Conti , Douairiere , de la Princeffe de
Conti , Seconde Douairiere , de la Princeffe
de Conti , Troifiéme Douairiere ,
du Prince de Conti , du Duc & de la
Ducheffe du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte & de
la Comteffe de Touloufe , & celui de M.
Chauvelin , Garde des Sceaux , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
des affaires étrangeres , & à unc
diſtance de 30 à 40. pas , un Suiffe de
l'Ambaffadeur marchant à cheval devant
fes quatre Caroffes.
part
Après qu'il fut arrivé à fon Hôtel , if
fut complimenté de la
du Roi par
le Duc de Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre , de lapart
de
la Reine par le Comte de Teffé , fon
Premier Ecuyer , & de la part de Mada-
1. Vol. me
DECEMBRE . 1730. 2755
me la Ducheffe d'Orleans , Douairiere
par le Marquis de Crevecoeur , fon Premier
Ecuyer.
Le 5. le Prince de Pons & le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel dans les Caroffes du
Roi & de la Reine , & le conduifirent à
Verſailles , où il eut fa premiere audiance
publique du Roi. Il trouva à fon paffage
dans l'avant court du Château les Compagnies
des Gardes Françoifes & Suiffes
fous les armes , les tambours appellant ;
dans la Cour les Gardes de la Porte &
ceux de la Prevôté fous les armes à leurs
poftes ordinaires , & fur l'efcalier les
Cent Suiffes en habits de cerémonie , la
hallebarde à la main . Il fut reçû en dedans
de la Salle des Gardes par le Duc
d'Harcourt , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye & fous les
armes. Après l'audience du Roi , l'Ambaffadeur
fut conduit à celle de la Reine
& de Monfeigneur le Dauphin par le
Prince de Pons & le Chevalier de Sainctot.
I alla à ces Audiences en Robe
conformément à l'uſage des Ambaſſadeurs
de Venife , & après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris par le Chevalier de Sainctot dans
les Caroffes de L. M. avec les cerémonies
accoutumées .
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Résumé : Entrée publique & Audience du Roy, de l'Ambassadeur de Venise, [titre d'après la table]
Le 3 décembre 1730, M. Alvise Mocenigo, ambassadeur de la République de Venise, arriva à Paris. Il fut accueilli par le maréchal de Roquelaure et le chevalier de Sainctot, qui l'escortèrent jusqu'à son hôtel dans un cortège cérémoniel comprenant des carrosses du roi, de la reine, de Madame la duchesse d'Orléans douairière, du duc d'Orléans et d'autres nobles. À son arrivée, Mocenigo reçut des compliments de représentants royaux. Le 5 décembre, le prince de Pons et le chevalier de Sainctot conduisirent l'ambassadeur à Versailles pour sa première audience publique avec le roi. Les Gardes Françaises et Suisses étaient sous les armes, et les Cent Suisses en habits de cérémonie l'attendaient sur l'escalier. Après l'audience, Mocenigo fut reçu par la reine et le Dauphin. Il porta une robe conforme à l'usage des ambassadeurs vénitiens et fut reconduit à Paris par le chevalier de Sainctot avec les cérémonies habituelles.
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85
s. p.
PRIVILEGE DU ROY.
Début :
LOUIS, par la grace de Dieu, Roi de France & [...]
Mots clefs :
France, Brevet, Chevalier, Avenir, Ordre militaire de Saint Louis, Ouvrage, Lettres de Privilège, Examinateur , Obéissance, Exemplaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIVILEGE DU ROY.
LIBRABYRIVILEGE
$
35165
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1005
-
DU RO r.
•
>
LOUTS ,par la race de Dieu , Roi de France & de Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand - Confeil
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra, SA--
LUT : l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'a réable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE ,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Chevalier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compoſer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du.
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai.
res :A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois ,
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France, qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge ,
caractere , conjointement , ou ſeparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de la datze des Prefentes ; à condi
tion neanmoins que chaque volume portera fon Approbation
expreffè de l'Examinateur , qui aura été com.
9
9
9
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes , de quelques qualitéz & conditions qu'elles
foient , d'en introduire d'inpreilions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéi fance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres d'inprimer
, faireimprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre, ou planches , en tout
ou en parce , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmenta ion corrections
, changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000. livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un ciers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
q i auront droit de lui , & de tous dépens ,
dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impretion
de ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , conformément
aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fora
remis dans le même état où les Approbacions y au❤
ront été données , ès mains de nôtre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARM NON VILLA, Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai.
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de notredit très- cher & feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu deſquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêche nens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy -devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commence nent ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dúëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeillers. Secretaires, foy ſoit ajoûtée, &c.
$
35165
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1005
-
DU RO r.
•
>
LOUTS ,par la race de Dieu , Roi de France & de Navarre à nos Amez & Feaux Confeillers , les
Gens tenans nos Cours de Parlement , Maitres des
Requêtes ordinaires de nôtre Hôtel , Grand - Confeil
Baillifs , Senéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres
nos Officiers & Jufticiers qu'il appartiendra, SA--
LUT : l'applaudiffement que reçoit le MERCURE DE
FRANCE , Cy devant appellé le Mercure Galant
compofé depuis l'année 1672. par le fieur de Vifé , &
autres Auteurs , nous fait croire que le fieur Dufreni
Titulaire du dernier Brevet étant decedé , il ne convient
pas que le Public foit à l'avenir privé d'un ou
vrage auffi utile qu'a réable , tant à nos fujets qu'aux
étrangers ; c'eft dans cette vûë que bien informé des
talens , & de la fageffe du fieur ANTOINE DE LA ROQUE ,
Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie des
Gendarmes de notre Garde ordinaire , & Chevalier
de nôtre Ordre Militaire de Saint Louis ; nous l'avons
choisi pour compoſer à l'avenir exclufivement à tout
autre ledit Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE
FRANCE , & nous lui en avons à cet effet accordé nôtre
Brevet le 17. Octobre dernier , pour l'execution du.
quel ledit fieur de la Roque nous a fait fupplier de
lui accorder nos Lettres de Privilege fur ce neceffai.
res :A CES CAUSES , conformément audit Brevet , Nous
lui avons permis & permettons par ces Prefentes de
compofer & donner au Public à l'avenir tous les mois ,
à lui feul exclufivement , ledit Mercure de France, qu'il
pourra faire imprimer en tel volume , forme , marge ,
caractere , conjointement , ou ſeparement , & autant
de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume, & ce
pendant le temps de douze années confecutives , à
compter du jour de la datze des Prefentes ; à condi
tion neanmoins que chaque volume portera fon Approbation
expreffè de l'Examinateur , qui aura été com.
9
9
9
mis à cet effet. Faifons défenfes à toutes fortes de
perfonnes , de quelques qualitéz & conditions qu'elles
foient , d'en introduire d'inpreilions étrangeres dans
aucun lieu de nôtre obéi fance , comme auffi à tous
Libraires , Imprimeurs , Graveurs , & autres d'inprimer
, faireimprimer , graver , vendre , faire vendre,
débiter ni contrefaire ledit Livre, ou planches , en tout
ou en parce , ni d'en faire aucun Extrait , fous quel
que prétexte que ce foit , d'augmenta ion corrections
, changement de titre , ou autrement fans la
permiffion expreffe & par écrit de l'Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confifcation
des exemplaires contrefaits , de 6000. livres
d'amende , payables fans déport par chacun des contrevenans
, dont un ciers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , l'autre tiers à l'Expofant , ou à ceux
q i auront droit de lui , & de tous dépens ,
dommages
& interefts ; à la charge que ces Prefentes feront
enregistrées tout au long fur le Regiftre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , & ce
dans trois mois de la datte d'icelles ; que l'impretion
de ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non
ailleurs , en fin papier , & en beau caractere , conformément
aux Reglemens de la Librairie ; & qu'avant
de l'expofer en vente , le manufcrit ou imprimé qui
aura fervi de copie à l'impreflion dudit Livre fora
remis dans le même état où les Approbacions y au❤
ront été données , ès mains de nôtre très-cher &
Feal Chevalier , Garde des Sceaux de France , le
fieur FLEURIAU D'ARM NON VILLA, Commandeur de nos
ordres , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai.
res de chacun dans nôtre Bibliotheque publique , un
dans celle de nôtre Château du Louvre , & un dans
celle de notredit très- cher & feal Chevalier , Garde
des Sceaux de France ; le tout à peine de nullité des
Prefentes , du contenu deſquelles Vous enjoignons de
faire jouir ledit Expofant , ou fes ayans caufe pleinement
& paifiblement , fans fouffrir qu'il leur foit fait
aucuns troubles & empêche nens , & à cet effet nous
avons revoqué & revoquons tous autres Privileges
qui pourroient avoir été donnez cy -devant à d'autres
qu'audit Expofant ; Voulons que la copie des Prefentes
qui fera imprimée tout au long au commence nent ou
à la fin dudit Livre foit tenue pour dúëment fignifiée ,
& qu'aux copies collationnées par l'un de nos Amez
& Feaux Confeillers. Secretaires, foy ſoit ajoûtée, &c.
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Résumé : PRIVILEGE DU ROY.
Le document est un privilège royal émanant du roi de France et de Navarre, accordant la publication exclusive du 'Mercure de France'. Le roi reconnaît la valeur de cet ouvrage, initialement composé par le sieur de Visé et d'autres auteurs depuis 1672. À la suite du décès du titulaire du dernier brevet, le roi désigne le sieur Antoine de La Roque, écuyer et chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis, pour composer et publier le 'Mercure de France'. Ce privilège accorde à La Roque le droit exclusif de composer et de publier cet ouvrage mensuellement pour une durée de douze années consécutives. Chaque volume doit obtenir l'approbation expresse de l'examinateur. Le document interdit à toute personne d'imprimer, vendre ou contrefaire le livre sans autorisation, sous peine de confiscation et d'amende. Le privilège doit être enregistré auprès de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris, et l'impression doit se faire dans le royaume, en respectant les règlements de la librairie. Deux exemplaires de chaque volume doivent être remis à la bibliothèque publique, au château du Louvre, et au Garde des Sceaux de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 399-403
MORTS, NAISSANCES,
Début :
Le nommé Sylvain Pruneau, Maçon, mourut à Paris le 3. [...]
Mots clefs :
Comte, Épouse, Conseiller, Gouverneur, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES,
MORTS , NAISSANCES ,
Proica, sur la Paroisse de
E nommé Sylvain Pruneau , Maçon , mousut
>
La
S. Nicolas des Champs , dans la 111e année de
son âge.
François-Paul de Neuville de Villeroy , Prélat
Commandeur de l'Ordre du S. Esprit, Archevêque
de Lyon & Abbé de Fécamp , mourut dans son
Diocése le 6. de ce mois , dans la 54º année de
son âge.
Dame Catherine -Magdelaine Daniau de Saint
Gilles , Epouse de M.Jean-Louis , Comte d'Haurefort
de Bosein , Maréchal des Camps et Armées
I iiij
du
400 MERCURE DE FRANCE.
}
du Roi , Gouverneur des Ville , Château & Forts
de S. Malo , veuve du Comte de Vertillac , Maréchal
de Camp , Gouverneur de Mons , Lieutenant
de Roi de Périgord , mourut à Paris le 6.
de ce mois , âgée de 68. ans , sans laisser de posterité
de son second Mariage ; il ne lui reste de
sa premiere Alliance qu'une fille mariée au Comte
de Vertillac , Gouverneur & Sénechal de Perigord.
M. Henry Bochard de Champigny , Prévôt de
l'Eglise de S. Pierre de Lille , et Abbé d'Auberive,
Diocese de Langres , mourut à Lille le 11. de ce
mois , dans la 8re année de son âge .
Antoine Grimaldi , Prince de Monaco , Duc
de Valentinois , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , mourut à Monaco le 20. de ce
mois , dans la 7 re année de son âge, étant né le 27.
Janvier 1661. Il étoit fils de Louis Grimaldi
Prince de Monaco , mort à Rome le 3. Janvier
1701. et Catherine Charlotte de Grammont F
morte à Paris le . 4. Juin 1678. Il avoit épousé le
12. Juin 1688. Marie de Lorraine , fille de Louis
de Lorraine , Comte d'Armagnac , Grand-Ecuyer
de France , morte le 30. Octobre 1724 I laisse
de ce Mariage la Duchesse de Valentinois et la
Princesse d'Isenghien.
>
M. Nicolas-Remy Frizon , Seigneur de Blamont
cy -devant Président en la quatriéme
Chambre des Enquêtes , et President Honoraire
au Parlement , mourut le 23. Février , dans la 62
année de son âge.
1 D. Catherine Constance - Emilie Arnauld de
Pomponne , Epouse de Jean-Joachim Rouault ,
Comte de Cayeux , Brigadier des Armées du Roi ,
accoucha le 16. Janvier d'un fils , qui fut nommé
Alophe- Félicité , par Louis- Alophe Rouault ,
Conseiller
FEVRIER.. 1731. 451
Conseiller d'Etat , Auditeur de Rotte pour la
France , Abbé de Montmajour , représenté par
Claude-Jean-Baptiste Hyacinte -Joachim Rouault,
Marquis de Gamache , Gouverneur de S. Valery,
&c. Lieutenant General des Armées du Roi , et
par D. Catherine- Félicité Arnauld de Pomponne ,
Epouse de Jean - Baptiste Colbert , Marquis d'
Torcy , Ministre d'Etat , Commandeur des Or
dres du Roy.
D. Marie Megret , Epouse de Claude Pellot ,
Chevalier Comte de Trévieres , Conseiller au Par
lement,accoucha le 28.Fev.d'un fils , qui fut nommé
Auguste- Louis - Denis par Denis Aug. Comte
de la Eare , Maréchal de Camp , Commandeur de
l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de Ville- Franche
, et Baron des Etats de Languedoc , et par
D. Louise - Françoise Joly de Fleury , Epouse de
Jean- Nicolas Megret de Serilly , Avocat General
de la Cour des Aydes.
--
Dame Marie Anne Robillard , femme de
M'. Louis - Pierre d'Hozier , Juge d'Armes de
France , Chevalier de l'Ordre du Roi , son Conseiller
, Maître ordinaire en sa Chambre des
Comptes de Paris , et Généalogiste de la Maison.
et des Ecuries de Sa Majesté , et de celles de la
Reine , accoucha le 18 Janv . d'un fils , qui fut
nommé Charles - Pierre , par M. Charles d'Ho
zier , son grand Oncle , âgé de 91 ans.
2
2
D. Catherine Scholastique Bazin de Bezons
épouse de N. Hubert , Vicomte d'Aubusson
Comte de la Feuillade , Premier Baron de la Mar,
che , Seigneur du Duché de Roanez , &c. Mestre
de Camp du Regiment Royal Piémont , Cavalerie
, accoucha le 31. Janv.d'une fille, qui fut tenue:
sur les Fonts , et nommée Louise - Anne - Gabrielle
, par M. Armand Bazin de Bezons , Evê
que de Carcassonne et par D. Louise.- Mader
I V laine
402 MERCURE DE FRANCE
laine le Blanc , veuve d'Esprit -Juvenal de Har
ville , des Ursins , Marquis de Traisnel. La Cé
rémonie du Baptême fut faite par M. César le
Blanc , Evêque d'Avranches .
D. Jeanne-Catherine Coustard , épouse de Basile
- Claude-Henry Anjorrant , Conseiller au Parlement
, accoucha le 7 Fév. d'un fils, qui fut tenu
sur les Fonts , et nommé Claude - Joseph , par
Pierre-Joseph Dufort , Conseiller du Roy , Maître
Ordinaire en sa Chambre des Comptes, et par
D. Catherine Croizet , veuve de François - Guiflaume
Briçonnet , Chevalier , Seigneur de Millemant
, Comte d'Auteuil, Président au Parlement .
Il y a dans l'Article des Morts , du Mercure de
Janvier dernier une faute considérable , pag. 178 .
au sujet de la mort de Dame Eléonore de Maccarti
Réagh, &c. en ce que on a imprimé Mavarti
, au lieu de Maccarti , qui est le veritable
nom de cette Illustre Dame.La faute ne vient pas
de nous , mais de la personne qui a envoyé le
Mémoire sur lequel nous avons imprimé. Ces
sortes de méprises sont presque inévitables à notre
égard , mais elles sont aisées à réparer quand
nous en sommes avertis. Il n'en est pas de même
à l'égard des Registres publics , qui souvent n'en
sont pas exempts. Nous recevons quelquefois des
Extraits de ces Registres , qui ont besoin de correction
; nous rectifions les choses autant que
nous le pouvons ; mais cela ne remedie point à
ce qui pêche dans l'Original ; et la conséquence
en est tres grande.
La Dame qui donne lieu à cette remarque
éroit de la premiere Maison d'Irlande , et de la
Branche aînée de cette Maison , tres- connue en
Fance depuis long- temps ; et depuis peu par
Milord Montcassel , Lieutenant General, &c. son
trèsFEVRIER.
1731. 403
✔
très proche parent , mort au service du Roy
et par M. Maccarty Reagh , frere de cette Dame,
Chef de sa Maison , qui avoit amené en France
étant encore fort jeune, un Régiment , tout composé
de ses vassaux . Il a été tué , ainsi que
frere unique , au service du Roy. On est redevable
de cette instruction à M. l'Abbé Hassett , Irlandois
, Docteur de Sorbonne , & c.
Proica, sur la Paroisse de
E nommé Sylvain Pruneau , Maçon , mousut
>
La
S. Nicolas des Champs , dans la 111e année de
son âge.
François-Paul de Neuville de Villeroy , Prélat
Commandeur de l'Ordre du S. Esprit, Archevêque
de Lyon & Abbé de Fécamp , mourut dans son
Diocése le 6. de ce mois , dans la 54º année de
son âge.
Dame Catherine -Magdelaine Daniau de Saint
Gilles , Epouse de M.Jean-Louis , Comte d'Haurefort
de Bosein , Maréchal des Camps et Armées
I iiij
du
400 MERCURE DE FRANCE.
}
du Roi , Gouverneur des Ville , Château & Forts
de S. Malo , veuve du Comte de Vertillac , Maréchal
de Camp , Gouverneur de Mons , Lieutenant
de Roi de Périgord , mourut à Paris le 6.
de ce mois , âgée de 68. ans , sans laisser de posterité
de son second Mariage ; il ne lui reste de
sa premiere Alliance qu'une fille mariée au Comte
de Vertillac , Gouverneur & Sénechal de Perigord.
M. Henry Bochard de Champigny , Prévôt de
l'Eglise de S. Pierre de Lille , et Abbé d'Auberive,
Diocese de Langres , mourut à Lille le 11. de ce
mois , dans la 8re année de son âge .
Antoine Grimaldi , Prince de Monaco , Duc
de Valentinois , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , mourut à Monaco le 20. de ce
mois , dans la 7 re année de son âge, étant né le 27.
Janvier 1661. Il étoit fils de Louis Grimaldi
Prince de Monaco , mort à Rome le 3. Janvier
1701. et Catherine Charlotte de Grammont F
morte à Paris le . 4. Juin 1678. Il avoit épousé le
12. Juin 1688. Marie de Lorraine , fille de Louis
de Lorraine , Comte d'Armagnac , Grand-Ecuyer
de France , morte le 30. Octobre 1724 I laisse
de ce Mariage la Duchesse de Valentinois et la
Princesse d'Isenghien.
>
M. Nicolas-Remy Frizon , Seigneur de Blamont
cy -devant Président en la quatriéme
Chambre des Enquêtes , et President Honoraire
au Parlement , mourut le 23. Février , dans la 62
année de son âge.
1 D. Catherine Constance - Emilie Arnauld de
Pomponne , Epouse de Jean-Joachim Rouault ,
Comte de Cayeux , Brigadier des Armées du Roi ,
accoucha le 16. Janvier d'un fils , qui fut nommé
Alophe- Félicité , par Louis- Alophe Rouault ,
Conseiller
FEVRIER.. 1731. 451
Conseiller d'Etat , Auditeur de Rotte pour la
France , Abbé de Montmajour , représenté par
Claude-Jean-Baptiste Hyacinte -Joachim Rouault,
Marquis de Gamache , Gouverneur de S. Valery,
&c. Lieutenant General des Armées du Roi , et
par D. Catherine- Félicité Arnauld de Pomponne ,
Epouse de Jean - Baptiste Colbert , Marquis d'
Torcy , Ministre d'Etat , Commandeur des Or
dres du Roy.
D. Marie Megret , Epouse de Claude Pellot ,
Chevalier Comte de Trévieres , Conseiller au Par
lement,accoucha le 28.Fev.d'un fils , qui fut nommé
Auguste- Louis - Denis par Denis Aug. Comte
de la Eare , Maréchal de Camp , Commandeur de
l'Ordre de S. Louis , Gouverneur de Ville- Franche
, et Baron des Etats de Languedoc , et par
D. Louise - Françoise Joly de Fleury , Epouse de
Jean- Nicolas Megret de Serilly , Avocat General
de la Cour des Aydes.
--
Dame Marie Anne Robillard , femme de
M'. Louis - Pierre d'Hozier , Juge d'Armes de
France , Chevalier de l'Ordre du Roi , son Conseiller
, Maître ordinaire en sa Chambre des
Comptes de Paris , et Généalogiste de la Maison.
et des Ecuries de Sa Majesté , et de celles de la
Reine , accoucha le 18 Janv . d'un fils , qui fut
nommé Charles - Pierre , par M. Charles d'Ho
zier , son grand Oncle , âgé de 91 ans.
2
2
D. Catherine Scholastique Bazin de Bezons
épouse de N. Hubert , Vicomte d'Aubusson
Comte de la Feuillade , Premier Baron de la Mar,
che , Seigneur du Duché de Roanez , &c. Mestre
de Camp du Regiment Royal Piémont , Cavalerie
, accoucha le 31. Janv.d'une fille, qui fut tenue:
sur les Fonts , et nommée Louise - Anne - Gabrielle
, par M. Armand Bazin de Bezons , Evê
que de Carcassonne et par D. Louise.- Mader
I V laine
402 MERCURE DE FRANCE
laine le Blanc , veuve d'Esprit -Juvenal de Har
ville , des Ursins , Marquis de Traisnel. La Cé
rémonie du Baptême fut faite par M. César le
Blanc , Evêque d'Avranches .
D. Jeanne-Catherine Coustard , épouse de Basile
- Claude-Henry Anjorrant , Conseiller au Parlement
, accoucha le 7 Fév. d'un fils, qui fut tenu
sur les Fonts , et nommé Claude - Joseph , par
Pierre-Joseph Dufort , Conseiller du Roy , Maître
Ordinaire en sa Chambre des Comptes, et par
D. Catherine Croizet , veuve de François - Guiflaume
Briçonnet , Chevalier , Seigneur de Millemant
, Comte d'Auteuil, Président au Parlement .
Il y a dans l'Article des Morts , du Mercure de
Janvier dernier une faute considérable , pag. 178 .
au sujet de la mort de Dame Eléonore de Maccarti
Réagh, &c. en ce que on a imprimé Mavarti
, au lieu de Maccarti , qui est le veritable
nom de cette Illustre Dame.La faute ne vient pas
de nous , mais de la personne qui a envoyé le
Mémoire sur lequel nous avons imprimé. Ces
sortes de méprises sont presque inévitables à notre
égard , mais elles sont aisées à réparer quand
nous en sommes avertis. Il n'en est pas de même
à l'égard des Registres publics , qui souvent n'en
sont pas exempts. Nous recevons quelquefois des
Extraits de ces Registres , qui ont besoin de correction
; nous rectifions les choses autant que
nous le pouvons ; mais cela ne remedie point à
ce qui pêche dans l'Original ; et la conséquence
en est tres grande.
La Dame qui donne lieu à cette remarque
éroit de la premiere Maison d'Irlande , et de la
Branche aînée de cette Maison , tres- connue en
Fance depuis long- temps ; et depuis peu par
Milord Montcassel , Lieutenant General, &c. son
trèsFEVRIER.
1731. 403
✔
très proche parent , mort au service du Roy
et par M. Maccarty Reagh , frere de cette Dame,
Chef de sa Maison , qui avoit amené en France
étant encore fort jeune, un Régiment , tout composé
de ses vassaux . Il a été tué , ainsi que
frere unique , au service du Roy. On est redevable
de cette instruction à M. l'Abbé Hassett , Irlandois
, Docteur de Sorbonne , & c.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES,
En février 1731, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Sylvain Pruneau, maçon, est décédé à l'âge de 111 ans à la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs. François-Paul de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon et abbé de Fécamp, est mort à 54 ans. Dame Catherine-Magdelaine Daniau de Saint-Gilles, veuve du comte de Vertillac, est décédée à Paris à l'âge de 68 ans. Henry Bochard de Champigny, prévôt de l'église de Saint-Pierre de Lille, est mort à 8 ans. Antoine Grimaldi, prince de Monaco, est décédé à 73 ans, laissant deux filles de son mariage avec Marie de Lorraine. Nicolas-Rémy Frizon, ancien président au Parlement, est mort à 62 ans. Du côté des naissances, Dame Catherine Constance-Émilie Arnauld de Pomponne a accouché d'un fils nommé Alophe-Félicité. Dame Marie Megret a donné naissance à un fils nommé Auguste-Louis-Denis. Dame Marie Anne Robillard, épouse de Louis-Pierre d'Hozier, a accouché d'un fils nommé Charles-Pierre. Dame Catherine Scholastique Bazin de Bezons a eu une fille nommée Louise-Anne-Gabrielle. Enfin, Dame Jeanne-Catherine Coustard a donné naissance à un fils nommé Claude-Joseph. Le document mentionne également une erreur corrigée dans un article précédent concernant le nom de Dame Eléonore de Maccarti Réagh, grâce à l'intervention de l'abbé Hassett.
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87
p. 810-815
MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Début :
Pierre Perrin, Ecuyer, Conseiller Secrétaire du Roi, Maison Couronne [...]
Mots clefs :
Écuyer, Avocat, Chevalier, Lieutenant général des armées, Gouverneur, Fermier général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
MORTS , NAISSANCES ,
et Mariages.
Perétaire du Roi , Maison Couronne ,
Ierre Perrin , Ecuyer , Conseiller Se-
&c. Honoraire , Avocat en Parlement ès-
Conseils du Roi , mourut le 33. Mars ,
âgé de 75. ans.
Henry Doresmieux , Ecuyer , Avocat
au Parlement , Intendant de feuë Mada
me la Dauphine , et Chef du Conseil de
feu M. le Duc de Berry , mourut le 4.
de ce mois , âgé de 80. ans.
M. Augustin André , Ecuyer , Conseiller
Secretaire du Roi , Maison , &c. Conseiller
à la Cour des Aydes , mourut le
4: Avril , dans la 49. année de son âge.
Antoine le Prêtre , Chevalier , Comte
de Vauban , de Busseul et de Boyer , Marquis
de Magny , Seigneur d'Essertine
Moulins sur l'Arconse , Poisson , la Bastie
, & c. Lieutenant Général des Armées du
Roy , Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Gouverneur des Ville et
ChâA
V RIL. 1731.
8ir
Château de Bethune , Ingénieur General
et Directeur des Fortifications des Places
d'Artois , mourut en son Gouvernement
le 10. d'Avril , universellement regretté.
On lui donna en entrant au service du
Roi en 1672. une Lieutenance au Regi
ment de Champagne en 1674. il eut
une Compagnie dans celui de Normandie
; il fut fait Brigadier d'Infanterie au
mois de Mars 1693. Maréchal de Camp.
en 1702. Lieutenant General en 1704.
Il commença à servir en qualité d'Ingénieur
en 1674. au Siége de Besançon où
il fut blessé de deux coups de de fusil , en
faisant le logement de la contrescarpe. It
servit ensuite avec le Maréchal de Vauban
son oncle , à tous ceux qu'il fit depuis..
Il suivit cet illustre Général dans presque
toutes les visites qu'il fit des Places du
Royaume , travaillant sous lui aux projets
de fortifications qui ont été execu--
tez sur ses desseins. Ce travail embrassoit
la construction de plus de soixante
nouvelles Places , et la réparation de plus
de quatre-vingt anciennes ; après cela '
il fut chargé de faire en Chef plusieurs.
Siéges à celui de Courtrai , en 1683 .
il fut blessé d'un coup de fusil à la main
droite , dont il est demeuré estropić .
:
Il servit en 1702. à la défense de Keservert
, sous les ordres de Monseigneur
le
>
812 MERCURE DE FRANCE
,
le Duc de Bourgogne. En 1703. au Siege
de Brisack , où il conduisit l'attaque de
la gauche , avec une approbation generale
, ce qui opera la réddition de la place.
En 1708. à la défense de l'Isle , sous les
ordres du Maréchal de Bouflers. Il défendit
en 1710. Bethune dont il étoit Gouverneur
у tint contre l'attente du Roi
et celle des deux armées , quarante deux
jours de tranchée ouverte quoique la
place fut petite , mauvaise , mal munie ;
et la garnison fort foible. En 1714. il fut
choisi par les Rois de France et d'Espagne
, pour faire en Chef, sous les ordres
du Maréchal de Bervick , le Siege de
Barcelone , où il reçut un coup de fusil
au travers du corps.
>
Malgré tous les périls où il a été expo
sé pendant ses longs services ; il a été de
bonne heure à la tête du Corps du Génie ,
et en a été long- temps le Doyen ; Il a
vû périr plus de 600. Ingenieurs. Il s'étoit
trouvé à 44. Sieges d'attaque ou de
défenses de Places , de Villes , de Citadelle
, ou de Châteaux , et à grand nombre
d'autres actions où il avoit reçû seize
blessures considerables. Il a perdu au
service du Roi , son pere , deux freres
un beau frere , deux oncles , et onze cousins
germains , ou issus de germains , ensorte
qu'il y a peu de famille dans le Royau
me
1
AVRIL. 1731. 813
me qui ait tant essuyé de feu , et répandu
tant de sang que llaa sienne , dont il ne
restoit que lui de son nom et ses deux
fils , dont l'aîné est guidon de Gendarmerie
, et le cadet Lieutenant au Regiment
du Roi , Infanterie.
M. Louis Teissier , ancien Fermier Général
, mourut à Paris le 12. de ce mois ,
âgé de 77. ans.
>
Jacques de Barberie , Chevalier Marquis
de Courteille Maître des Requêtes
honoraire , ci- devant Intendant d'Alençon
, et ensuite du Berry , décedé de
17. Avril , âgé de 56. ans.
•
Dame Marie Anne d'Espinay de S. Luc,
Epouse de M. François , Marquis de Rochechouart
, mourut le 24. de ce mois ,
dans la 58. année de son âge.
Frere Michel Forbin de Janson , Chevalier
Profez de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
, Commandeur de la Commanderie
de Borderes , du Prieuré de Toulouse
, et Brigadier des Armées du Roi , mourut
à Paris le même jour , âgé d'environ
60. ans.
Mlle des Barres âgé d'onze ans , a re
çûë les cérémonies du Baptême le deuxiéme
Avril , dans l'Eglise de S. Roch ,
et a été nommée Bonne Benigne , par
la Comtesse de Saint Chamans sa Grand-
Mere ,
314 MERCURE DE FRANCE
J
Mere , et par le Marquis de Baufremon ;
Chevalier de la Toison d'Or , Brigadier
des Armées du Roi. Elle est fille du
Comte des Barres , qui est d'une noble
et ancienne Maison de Bourgogne , et de
Judith de Saint Chamans , son épouse.
Le 6. Avril les Cérémonies du Baptême
furent suppléées à René Prosper , né
le 27. Mars précédent , fils de M. Jean
René de Longueil , Marquis de Maisons
et de Poissy , & c. Président à Mortier
du Parlement de Paris ; et de Dame Jeanne
Louise , Baüyn ' d'Argenvilliers. Il a
été nommé par M. Nicolas Prosper
Baüyn d'Argenvilliers , Ministre et Secretaire
d'Etat , et par Dame Charlote
Angelique Coursin veuve de M. Jacques
Roque , Seigneur de Varangeville, et
Ambassadeur du Roi à Venise .
>
Dame Louise Adelaide Sabligoton d'Epinay
, épouse de M. Guy , Louis , Charles
Delaval Montmorency , accoucha le
13. de ce mois d'une fille , qui fut tenuë
sur les Fonts , et nommé Louise
Adelaide Philippine , par L. A. S. Monseigneur
Louis Duc d'Orleans , premier
Prince du Sang , et par Mademoiselle
Philippine Elizabeth d'Orleans. La Cérémonie
fut faite en la Chapelle du Palais
Royal , par le Curé de S. Eustache.
Jean
1
AVRIL. 1731.
815
Jean Baptiste le Clerc , Seigneur de
Boisguiche , & c. épousa le 24. Avril Da
me Marie Therese le Bas de Givangis ,
fille de Louis le Bas de Givangis , Trésorier
des Gardes Françoises , et de Dame
Catherine Quentin.
et Mariages.
Perétaire du Roi , Maison Couronne ,
Ierre Perrin , Ecuyer , Conseiller Se-
&c. Honoraire , Avocat en Parlement ès-
Conseils du Roi , mourut le 33. Mars ,
âgé de 75. ans.
Henry Doresmieux , Ecuyer , Avocat
au Parlement , Intendant de feuë Mada
me la Dauphine , et Chef du Conseil de
feu M. le Duc de Berry , mourut le 4.
de ce mois , âgé de 80. ans.
M. Augustin André , Ecuyer , Conseiller
Secretaire du Roi , Maison , &c. Conseiller
à la Cour des Aydes , mourut le
4: Avril , dans la 49. année de son âge.
Antoine le Prêtre , Chevalier , Comte
de Vauban , de Busseul et de Boyer , Marquis
de Magny , Seigneur d'Essertine
Moulins sur l'Arconse , Poisson , la Bastie
, & c. Lieutenant Général des Armées du
Roy , Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Gouverneur des Ville et
ChâA
V RIL. 1731.
8ir
Château de Bethune , Ingénieur General
et Directeur des Fortifications des Places
d'Artois , mourut en son Gouvernement
le 10. d'Avril , universellement regretté.
On lui donna en entrant au service du
Roi en 1672. une Lieutenance au Regi
ment de Champagne en 1674. il eut
une Compagnie dans celui de Normandie
; il fut fait Brigadier d'Infanterie au
mois de Mars 1693. Maréchal de Camp.
en 1702. Lieutenant General en 1704.
Il commença à servir en qualité d'Ingénieur
en 1674. au Siége de Besançon où
il fut blessé de deux coups de de fusil , en
faisant le logement de la contrescarpe. It
servit ensuite avec le Maréchal de Vauban
son oncle , à tous ceux qu'il fit depuis..
Il suivit cet illustre Général dans presque
toutes les visites qu'il fit des Places du
Royaume , travaillant sous lui aux projets
de fortifications qui ont été execu--
tez sur ses desseins. Ce travail embrassoit
la construction de plus de soixante
nouvelles Places , et la réparation de plus
de quatre-vingt anciennes ; après cela '
il fut chargé de faire en Chef plusieurs.
Siéges à celui de Courtrai , en 1683 .
il fut blessé d'un coup de fusil à la main
droite , dont il est demeuré estropić .
:
Il servit en 1702. à la défense de Keservert
, sous les ordres de Monseigneur
le
>
812 MERCURE DE FRANCE
,
le Duc de Bourgogne. En 1703. au Siege
de Brisack , où il conduisit l'attaque de
la gauche , avec une approbation generale
, ce qui opera la réddition de la place.
En 1708. à la défense de l'Isle , sous les
ordres du Maréchal de Bouflers. Il défendit
en 1710. Bethune dont il étoit Gouverneur
у tint contre l'attente du Roi
et celle des deux armées , quarante deux
jours de tranchée ouverte quoique la
place fut petite , mauvaise , mal munie ;
et la garnison fort foible. En 1714. il fut
choisi par les Rois de France et d'Espagne
, pour faire en Chef, sous les ordres
du Maréchal de Bervick , le Siege de
Barcelone , où il reçut un coup de fusil
au travers du corps.
>
Malgré tous les périls où il a été expo
sé pendant ses longs services ; il a été de
bonne heure à la tête du Corps du Génie ,
et en a été long- temps le Doyen ; Il a
vû périr plus de 600. Ingenieurs. Il s'étoit
trouvé à 44. Sieges d'attaque ou de
défenses de Places , de Villes , de Citadelle
, ou de Châteaux , et à grand nombre
d'autres actions où il avoit reçû seize
blessures considerables. Il a perdu au
service du Roi , son pere , deux freres
un beau frere , deux oncles , et onze cousins
germains , ou issus de germains , ensorte
qu'il y a peu de famille dans le Royau
me
1
AVRIL. 1731. 813
me qui ait tant essuyé de feu , et répandu
tant de sang que llaa sienne , dont il ne
restoit que lui de son nom et ses deux
fils , dont l'aîné est guidon de Gendarmerie
, et le cadet Lieutenant au Regiment
du Roi , Infanterie.
M. Louis Teissier , ancien Fermier Général
, mourut à Paris le 12. de ce mois ,
âgé de 77. ans.
>
Jacques de Barberie , Chevalier Marquis
de Courteille Maître des Requêtes
honoraire , ci- devant Intendant d'Alençon
, et ensuite du Berry , décedé de
17. Avril , âgé de 56. ans.
•
Dame Marie Anne d'Espinay de S. Luc,
Epouse de M. François , Marquis de Rochechouart
, mourut le 24. de ce mois ,
dans la 58. année de son âge.
Frere Michel Forbin de Janson , Chevalier
Profez de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem
, Commandeur de la Commanderie
de Borderes , du Prieuré de Toulouse
, et Brigadier des Armées du Roi , mourut
à Paris le même jour , âgé d'environ
60. ans.
Mlle des Barres âgé d'onze ans , a re
çûë les cérémonies du Baptême le deuxiéme
Avril , dans l'Eglise de S. Roch ,
et a été nommée Bonne Benigne , par
la Comtesse de Saint Chamans sa Grand-
Mere ,
314 MERCURE DE FRANCE
J
Mere , et par le Marquis de Baufremon ;
Chevalier de la Toison d'Or , Brigadier
des Armées du Roi. Elle est fille du
Comte des Barres , qui est d'une noble
et ancienne Maison de Bourgogne , et de
Judith de Saint Chamans , son épouse.
Le 6. Avril les Cérémonies du Baptême
furent suppléées à René Prosper , né
le 27. Mars précédent , fils de M. Jean
René de Longueil , Marquis de Maisons
et de Poissy , & c. Président à Mortier
du Parlement de Paris ; et de Dame Jeanne
Louise , Baüyn ' d'Argenvilliers. Il a
été nommé par M. Nicolas Prosper
Baüyn d'Argenvilliers , Ministre et Secretaire
d'Etat , et par Dame Charlote
Angelique Coursin veuve de M. Jacques
Roque , Seigneur de Varangeville, et
Ambassadeur du Roi à Venise .
>
Dame Louise Adelaide Sabligoton d'Epinay
, épouse de M. Guy , Louis , Charles
Delaval Montmorency , accoucha le
13. de ce mois d'une fille , qui fut tenuë
sur les Fonts , et nommé Louise
Adelaide Philippine , par L. A. S. Monseigneur
Louis Duc d'Orleans , premier
Prince du Sang , et par Mademoiselle
Philippine Elizabeth d'Orleans. La Cérémonie
fut faite en la Chapelle du Palais
Royal , par le Curé de S. Eustache.
Jean
1
AVRIL. 1731.
815
Jean Baptiste le Clerc , Seigneur de
Boisguiche , & c. épousa le 24. Avril Da
me Marie Therese le Bas de Givangis ,
fille de Louis le Bas de Givangis , Trésorier
des Gardes Françoises , et de Dame
Catherine Quentin.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Le document relate divers événements survenus en avril 1731, incluant des naissances, des mariages et des décès. Parmi les décès notables, Ierre Perrin, Ecuyer et Conseiller du Roi, est décédé le 33 mars à l'âge de 75 ans. Henry Doresmieux, Ecuyer et Avocat au Parlement, est décédé le 4 avril à 80 ans. M. Augustin André, Ecuyer et Conseiller du Roi, est également décédé le 4 avril à 49 ans. Antoine le Prêtre, Chevalier et Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédé le 10 avril à 80 ans. Il a servi en tant qu'ingénieur et a participé à de nombreux sièges et fortifications sous la direction de son oncle, le Maréchal de Vauban. D'autres décès mentionnés incluent M. Louis Teissier, ancien Fermier Général, décédé le 12 avril à 77 ans, Jacques de Barberie, Chevalier et Intendant, décédé le 17 avril à 56 ans, et Dame Marie Anne d'Espinay de S. Luc, épouse du Marquis de Rochechouart, décédée le 24 avril à 58 ans. Les naissances et baptêmes notables incluent Mlle des Barres, baptisée le 2 avril et nommée Bonne Benigne, et René Prosper, né le 27 mars et baptisé le 6 avril. Dame Louise Adelaide Sabligoton d'Epinay a accouché le 13 avril d'une fille nommée Louise Adelaide Philippine. Enfin, Jean Baptiste le Clerc a épousé Dame Marie Therese le Bas de Givangis le 24 avril.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 1056-1070
SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Début :
Aprés avoir fait connoître les Personnes originaires du Comté d'Eu qui [...]
Mots clefs :
Mémoires historiques, Personnes illustres, Chevalier, Vicomte héréditaire, Diocèse d'Amiens, Bataille de Nicopolis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
SUITTE des Memoires historiques sur les
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
perfonnes illustres originaires du Comté
d'En.
A
Prés avoir fait connoître les Personnes
originaires du Comté d'Eu qui
se sont distinguées par leurs sciences, ou
par leur pieté , je vais presentement parler
de celles qui par leur valeur , ou par
leur habileté dans les Arts , ont merité
d'être particulicrement estimées. Je commence
par Guillaume d'Eu , fils ainé d'Eustache
d'Eu ; Seigneur de la Chaussée ,
Chevalier
MAY. 1057 1731 .
1
Chevalier et Vicomte hereditaire du Comté
d'Eu , et d'Alix de Piquigni . Ce Seigneur
avoit pris naissance dans un Châ-
Iteau qui subsistoit alors au fauxbourg de
la chaussée d'Eu , dont on voit encore les
vestiges , et qui faisoit le chef- lieu et le domicile
ordinaire de cette ancienne et illustre
maison qui descend des premiers Comtes
d'Eu ; et parceque ce fief de la chaussée
d'Eu,quoique membre du Comté d'Eu
et de la Province de Normandie , est néanmoins
situé du côté de la Picardie , et du
Diocèse d'Amiens , les Historiens ont
donné quelquefois à ce Seigneur le nom
de brave et vaillant Picard .
Elevé d'une maniere conforme à sa naissance
, il ne fut pas plutôt en âge d'exercer
la profession des Armes , qu'il l'embrassa.
Il est vrai que l'Histoire * ne nous
a pas transmis tout ce que ce Seigneur a fait
de singulier et d'heroïque , où nous eussions
sans doute trouvé des preuves abondantes
de sa valeur : elle ne nous fournit
qu'une seule action ; mais qui , quoique
seule , est plus que suffisante pour justifier
quel étoit , l'excès de son courage.
C'est de la fameuse bataille de Nicopolis
en Bulgarie , donnée l'an 1396.
* Froiffart. T. IV. Ch. 72.
Nicopolis
to58 MERCURE DE FRANCE
dont je veux parler , le jeune Seigneur
ayant suivi en .... le Comte d'Eu Phillipe
d'Artois , Connétable de France .
On voit dans ce que l'Histoire rapporte
de cette bataille , que la trop grande
vivacité du Comte d'Eu , ayant engagé
mal à propos les troupes Françoises à marcher
indiscrettement vers l'armée ennemie
, sans être suivie de l'armée chrétienne
, elles se trouverent à l'instant envelopées
par soixante mille Turcs. Ce fût dans
cette funeste occasion que Guillaume d'Eu
fit connoître jusqu'où alloit son intrépidité
et sa valeur ; car les Historiens ont particulierement
remarqué que pendant l'horrible
massacre que les Turcs faisoient des
François , Guillaume d'Eu se fit jour deux
fois , l'épée à la main , au travers de cette
nombreuse armée ; ce qui lui donnoit , s'il
avoit voulu une entiere liberté de se tirer
du peril ; mais persuadé qu'il étoit indigne
pour lui de survivre à la perte du Corps
des
troupes Françoises , il aima mieux
retourner daus la mêlée , où il perit avec
les autres. ( a )
Je vais maintenant parler d'un autre
Seigneur du Comté d'Eu qui s'est rendu
fameux pour avoir été le premier qui a
(a) Froiff. ibid. Baudier, Hist . des Turcs L. 2 .
Ch. 1.
tenté
MAY. 1731 . 1059
tenté la découverte d'un nouveau Monde ;
et qui a ouvert un chemin pour passer dans
l'Amerique. Ce Seigneur est Jean de
Bethencourt, Baron deS. Martin leGaillard ,
au Comté d'Eu , lequel a commencé le
premier établissement qui s'est fait aux
ifles des Canaries . ( a ) Ces Ifles , à la verité
,avoient été connuës des Anciens sous
le nom des Ifles Fortunées ; et quelques
Avanturiers sétant hazardés d'y aborder
y avoient quelquefois réussi ; mais l'usage
de la Boussole n'étant pas encore connu,
peu avoient osé se hazarder à faire un
semblable voiage, Lorsqu'enfin la direction
de l'éguille aimantée vers le Nord fût découverte,
et l'usage qu'on en pouvoit faire
pour régler sa route sur Mer confirmé ;
Jean de Bethencourt fût le premier qui
entreprit de tenter par cette voye l'accès
de ces Ifles , qui étoient alors abandonnées.
Robert de Bracquemont son cousin y
donna lieu ; comme il avoit de l'inclination
pour les expeditions de Mer , il forma
le dessein d'aborder ces Isles, et de s'en
mettre en possession . C'est pourquoi il
obtint en 1401. du Roy de Castille Jean
II. la permission d'en faire la Conquête :
ce qui lui fût accordé en consideration des
services qu'il avoit rendus à ce Prince dans
(a) Jean de Verrier,Hist, des Canaries,
les
1060 MERCURE DE FRANCE
les guerres contre le Portugal . Mais soit
que dans la suite il eût prit son parti d’avancer
plutôt sa fortune en France , que
de l'aller chercher si loin , comme en effet
il y fût pourvû quelque tems aprés de la
qualité d'Amiral ; soit enfin qu'il voulût
donner la gloire de cette découverte à Jean
de Bethencourt son parent , et lui procurer
un établissement , il lui en donna la
commission , et lui ceda ses droits qui lui
furent confirmés par la Reine Catherine ,
veuve du Roy Jean II.
Le Baron de S. Martin aiant pris toutes
ses mesures pour son embarquement , mit
enfin à la voile dans l'été de l'année 1402 .
et aborda heureusement aux Canaries ,
dont il conquit d'abord quelques Isles .
Mais ne se trouvant pas assés fort pour
se rendre Maître des autres , il revint en
Espagne où il reçût des munitions et de
l'argent de Henry III . Roy de Castille ,
qui lui donna la souveraineté de ces Isles ,
à condition qu'il lui en feroit hommage ;
étant retourné il se saisit encore de quelques
unes , et en particulier de celle qui
se nomme Lancelote , où il fit bâtir un Fort.
Il y prit même la qualité de Roy : mais
étant mort peu de tems aprés , il y laissa
Y
pour surcesseur son neveu nommé Me-
Baut , avec la même qualité . Tout le monde
MAY. 1731. 1061
de convient que ce voyage est le premier
qui se soit fait avec ordre , et le plus loin
vers la ligne. Ce qui donna lieu ensuite aux
Portugais , et aux Castillans de hazarder
d'autres voyages de long cours ; comme
de doubler le cap de BonneEsperance pour
passer aux Indes , et de faire enfin la découverte
de l'Amerique.
Je ne doute pas que ceux qui ont par
la lecture quelque connoissance du fameux
armateur Jacques Sore dont je vais présentement
parler , ne soient surpris que je
lui donne place dans le rang des personnes
illustres qui sont sorties du Comté d'Eu
parceque la pluspart des Historiens qui
en parlent , le regardent comme un insigne
Pirate , et un veritable scelerat : mais
c'est justement ce qui doit m'y engager ;
car il ne paroît pas que les Historiens
` lui aient rendu la justice qui lui est duë.
Deux choses , il est vrai , ont contribué
à le rendre odieux de son vivant. La premiere,
parcequ'il étoit Calviniste , et protegé
des principaux Chefs de cette secte.
La seconde , en ce que s'étant un jour rendu
maître d'un Bâtiment Espagnol qui alloit
au Bresil , sur lequel étoient embarquez
des Jesuites qui y passoient pour annoncer
la foy , il les fit tous mourir et jetter ensuite
dans la mer,
J'avoije
ト
1062 MERCURE DE FRANCE
>
J'avoue que ce fût un malheur pour
Jacques Sore d'avoir vêcu dans l'héresie
dont les funestes sentimens ont pû contribuer
à l'animer contre les Jesuites : c'est
surquoy je ne prétend s pas le disculper ;
mais à cela près , il peut avoir eu d'ailleurs
de bonnes qualités naturelles , lesquelles
ont pû le mettre fort audessus du commun.
C'est aussi sous cet aspect que je
pretends le faire régarder,apuïé comme je
suis sur ce qu'en a pensé un excellent connoisseur
qui devoit bien sçavoir ce qu'il
étoit , puisqu'il vivoit de son tems , qu'il
étoit en place pour en juger , et qu'il
ne peut être soupçonné de lui avoir été
favorable par la conformité de réligion :
sçavoir Pierre Bourdeille , Abbé de Brantome
, connu sous ce dernier nom ; lequel
parlant par occasion dans ses Mémoires
de Jacques Sore , fait son éloge en´
deux mots , en disant qu'il avoit été un
des bons hommes de Mer qui fût de
son tems , ajoûtant même qui eût été
depuis. (a)
Jacques Sore étoit natif du village de
Floques , situé proche de la Mer à une
petite lieuë de la Ville d'Eu , il avoit
comme j'ai dit , cu le malheur d'être élevé
>
(a)Mem . de Brant. Eloge de M. de Mont-luc.
dans
ΜΑΥ. 1731. 1063
dans la secte de Calvin ; mais étant d'un
esprit vif , et hardi , né avec quelques
biens , voyant la guerre déclarée contre
la France et l'Angleterre lors du Siége
du Havre de grace en 1563. il prit le
parti d'armer une frégate pour aller en
course contre les ennemis de l'Etat , sur
lesquels il ne tarda pas à faire des prises
considerables , et à se rendre formidable
sur la mer. Mais la paix ayant été faite
plutôt qu'il ne le souhaittoit , il lui fallût
chercher un prétexte qui l'autorisat à continuer
une profession de son goût , et
où il se voioit en état d'avancer sa fortune.
Il le trouva , ce prétexte , dans son protecteur
le fameux Amiral de Châtillon
lequel non content de lui faire une pension
, lui procura des lettres de Jeanne
d'Albret , Reine de Navarre , par les
quelles elle l'établissoit Amiral de Navarre
, ce qui lui donnoit droit de courir
sur les vaisseaux Espagnols , comme il
fit en effet. Pour y mieux reüssir il prit
avec lui un autre Armateur nommé
Didacus d'Andrada , s'engageant de par
tager le butin. ( a )
Ce für alors qu'il donna vigoureusement
la chasse aux vaisseaux d'Espagne ,
(a) Flarim, de Raim. Hist, de l'Heresie. L.
5. p. 738.
D
of
1664 MERCURE DE FRANCE
·
et qu'il prit celui dont les Historiens
ont fait tant de bruit, Il est vrai que ce
bâtiment alloit au Bresil , et qu'il y por
toit des Jesuites destinés pour les Missions
du Pays , dont le Chef s'appelloit
Ignace , du nom du Fondateur de sa
Compagnie. Les Auteurs varient sur le
nombre , les uns disent qu'il y en avoit
douze , les autres trente- huit , d'autres
enfin quarante . N'importe , il est toûjours
certain que Jacques Sore prit ce bâtiment
l'an 1570. et qu'il fit mourir les
Jesuites , comme je l'ai dit plus haut,
( a ) Je sçay que tous les Auteurs crient
avec raison contre cette action pleine de
cruauté , et qu'ils la regardent comme
un effet de la haine de Jacques Sore
contre la Catholicité. Les anciens de ce
pays-cy rapportoient la chose d'une maniere
qui la rendoit un peu moins odieuse ;
sçavoir , que Jacques Sore n'en avoit
agi ainsi que par réprésailles , en ce que
les Espagnols aiant traité de la même
maniere un particulier qui lui appartenoit
, et qui étoit tombé entre leurs
mains , il crût d'ailleurs que les Jesuites
y avoient eu part. Mais cela ne sçauroit
jamais le disculper.
fc) Florim, de Raim, ibid, Hist. gener. d'Hora
griz, liv, 15,
Nôtre
MAY. 1731. 1065
Nôtre Amiral de Navarre fit , au rapport
de Brantôme , une autre prise qui
fit beaucoup de bruit pour le bien et
le mal qu'elle causa au parti Calviniste.
Ce fût un vaisseau Venitien , du port
de douze à treize cens tonneaux , qu'il
aborda , et qu'il prit en déçà du détroit
de Gibraltar , lequel faisoit voile vers
l'Angleterre. L'ayant conduit à la Rochelle
, les Calvinistes le firent passer
quelque tems aprés au Port de Broüage
dont ilsvouloient se rendre les maîtres . Če
qui en effet leue facilita la prise de cette
place , est que s'étant avisé de placer
de l'artillerie sur la hune de ce vaisseau
qu'il avoit extrémement large , ils
tuoient de-là à coup sûr tous ceux qui
se présentoient pour défendre la bréche ;
mais aiant malheureusement pour eux
laissé le vaisseau désarmé dans ce Port ,
et le Roy Charles IX . étant venu assiéger
peu de temps aprés la Rochelle
, il
ly fit repasser
; et l'ayant
fait couler à
fond à l'entrée
du Port , il fit placer dessus
une batterie
qui fit des merveilles
battre la Ville , et pour empêcher
le secours
d'y entrer.
,
pour
Enfin l'Amiral Sore , las d'une vie si
agitée , prit le parti d'abandonner la Marine
, et de se retirer au Comté d'Eu ,
Dij son
+
1066 MERCURE DE FRANCE
son pays , pour y finir le reste de ses
jours dans le repos , et encore mieux ,
si on en croit la tradition du même pays,
pour y rentrer dans le sein de l'Eglise .
On tient qu'il y est mort , et qu'il a été
inhumé comme Catholique dans l'Eglise
du Village de Floques , qui étoit, comme
j'ay dit , le lieu de sa naissance ; au
moins est- il certain , que c'est une insigne
calomnie ce qu'a avancé celui qui
à fait les Additions à l'Histoire de Portugal
par Jerôme Ozorius ( a ) ,sçavoir , que
le Capitaine Sore se retira dans sa patrie ,
pour y mourir comme enragé , écumant
sa mort comme un Sanglier , ce qui
n'a nulle vrai- semblance, puisque qui que
ce soit dans le pays n'a jamais entendu
parler de pareille chose , le tems n'en
étant pas si éloigné , moi- même m'étant
souvent entretenu des Avantures de Jacques
Sore avec ceux dont les Peres l'avoient
parfaitement connu , et dont les
proches parens avoient eû part à ses expeditions.
D'ailleurs les habitans de cette
ville ayant toûjours été fort opposés
au Calvinisme , et Jacques Sore étant
mort à leur porte , il n'est pas vrai- semblable
qu'une mort si tragique eût
échapé à leur connoissance , et à leur
mémoire ; ils n'auroient pas ignorés
(4) Liv. ag. ch. 3.
même
MAY. 1731. 1067
même , fameux comme il étoit , le lieu
profane où on l'auroit inhumé , s'il étoit
mort Calviniste .
Voici encore un autre Capitaine de
vaisseau , et depuis Chef d'Escadre , natifdu
Comté d'Eu , lequel a dû aussi son
élevation à la seule force de son génie
sçavoir,Abraham Du Quesne , Pere de l'illustre
Du Quesne , Géneral des Armées
Navales de France. Il naquit au Bourg
de Blangi, dans le Comté d'Eu , de parens
peu favorisés de la Fortune , et qui
avoient le malheur , comme ceux de l'Amiral
Sore, d'être infectés, de l'héresie de
Calvin ; ce qui est assez particulier , vû le
peu de progrès que cette héresie avoit
fait dans le Comté d'Eu. Il y a apparen
ce que ce fût ce qui lui donna lieu de se
retirer à Dieppe où le Calvinisme étoit
plus en vogue. Il y apprit la Carte Marine
, se mit sur les vaisseaux et se rendit
capable d'être Pilote .
Aprés avoir exercé cette profession
pendant quelque temps , il passa en Sue -
de , où s'étant fait connoître , il obtint une
place de Pilote dans les vaisseaux de la
• Reine Christine. Comme cette Princesse
trouva à propos d'envoyer quelques
vaisseaux en France , il fut choisi préferablement
à d'autres pour les conduire
D iij parcequ'il
1068 MERCURE DE FRANCE
parcequ'il étoit François. S'étant distingué
dans cette occasion , il fut fait Capitaine
de vaisseau du Roy dans l'Armée
navale de France , où il se signala de maniere
, que le Roy Louis XIV. ne fit. pas
difficulté de l'envoyer en Suede avec une
Escadre pour y ménager des affaires qui
regardoient la Marine. Comme la France
étoit alors en guerre avec l'Espagne ,
Abraham Du Quesne ne pouvoit guére
éviter d'être attaqué par les vaisseaux
Espagnols qui tenoient la Mer , lesquels
d'ailleurs le surpassoient de beaucoup en
nombre. En effet , comme il revenoit en
France , il se donna un combat entre les
deux Flottes ; et quoique Du Quesne fit
des prodiges de valeur , il reçut une blessure
considerable , et fut fait Prisonnier.
Ayant été conduit à Dunkerque , il y
mourut peu aprés de sa blessure , l'an
1535. dans les sentimens de la Réligion
Prétendue Reformée.
,
Il ne me reste presentement qu'à parler
des deux freres Anguier , qui ont excellé
dans la Sculture , et qui ont primé de
nos jours dans ce bel Art. Ils naquirent
tous deux à Eu dans la Paroisse de S. Jean,
d'un pere menuisier. Nés tous deux pour
la Sculture , et le Dessein ; dès qu'ils commencerent
à faire usage de leur esprit ,
on
MAY. 1731 . 1069
on les vit s'occupper à faire de petites
figures de bois ou de pierre avec leurs coû
teaux , en quoy ils réussissoient passablement
bien , ce qui frappa un honnête
Bourgeois de la ville , et l'engagea à en
prendre soin par charité. Voyant enfin
qu'ils commençoient d'être en âge à pouvoir
travailler , et que le goût pour la
Sculture se fortifioit de plus en plus en
eux , il obtint d'un Jesuite qui alloit à
Paris , qu'il les y meneroit pour les placer
chez un Maître où ils pussent se perfectionner
, ce que ce Pere fit en effet.
A peine eurent-ils commencé à modeler
des figures , que le Maître s'apperçût
bientôt qu'ils iroient fort loin un
jour , s'ils continuoient de travailler. Il
le connût encore mieux , lorsqu'ils eurent
commencé à se servir du cizeau sur le
bois et sur la pierre. Après s'être ainsi
formés quelque tems à Paris , ils allerent
à Rome, afin qu'il ne leur manquât rien
pour se perfectionner dans leur Art .
Etant enfin de rétour à Paris , ils y acquirent
une telle réputation , qu'ils furent
employés pour les plus considerables morceaux
de Sculture ; tels que le grand Crucifix
de marbre qui tient lieu de Tableau
à l'Autel de l'Eglise de Sorbonne , tous
les ornemens et les bas- reliefs de la porte
D iiij
de
D070 MERCURE DE FRANCE
de S. Denis , et les deux figures de celle
de S. Antoine dans l'Eglise des Celestins
le Tombeau du Duc de Rohan , et l'Obelisque
du Duc de Longueville. Tous
les Ornemens de l'Autel de l'Eglise du
Val de grace , et sur le même Autel le
petit Jesus dans la Crèche , avec la Sainte
Vierge et S. Joseph , et quantité d'autres
ouvrages dont on peut voir le détail
dans la Déscription de Paris par Germain
Brice.
Enfin , aprés avoir si dignement employé
le talent que Dieu leur avoit donné ,
ils finirent leurs jours ; sçavoir , François
qui étoit l'ainé le 8. Août 1669. et Michel
le 11. Juillet 1686. Ils furent tous
deux inhumez dans la Nef de l'Eglise de
S. Roch leur Paroisse , sous une Tombe
de marbre blanc , sur laquelle fût gravée
I'Epitaphe suivante ,
Dans sa concavité ce funeste Tombeau
Tient les os renfermés de l'un et l'autre frere ;
Il leur étoit aisé d'en avoir un plus beau
Si de leurs propres mains ils l'eussent voulu faire
Mais il importe peu de loger noblement
Ce qu'aprés le trépas un corps laisse de reste
Et pourvûque ce Corps quittant le logement
L'Ame trouve le sien dans le séjour celeste..
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Résumé : SUITE des Memoires historiques sur les personnes illustres originaires du Comté d'Eu.
Le texte met en lumière plusieurs personnalités marquantes originaires du Comté d'Eu, distinguées par leurs exploits militaires, leurs découvertes ou leurs talents artistiques. Guillaume d'Eu, fils aîné d'Eustache d'Eu, est un Chevalier et Vicomte héréditaire du Comté d'Eu. Né dans un château au faubourg de la Chaussée d'Eu, il est parfois surnommé 'brave et vaillant Picard'. Il a démontré son courage lors de la bataille de Nicopolis en 1396, où il a combattu avec intrépidité contre les Turcs. Jean de Bethencourt, Baron de Saint-Martin-le-Gaillard, est célèbre pour avoir été le premier à tenter la découverte d'un nouveau monde et à ouvrir un chemin vers l'Amérique. En 1402, il a conquis plusieurs îles des Canaries et a établi un fort sur l'île de Lancelote, se proclamant roi de ces îles. Jacques Sore, natif du village de Floques près d'Eu, est un armateur controversé. Calviniste et protégé des chefs de cette secte, il est connu pour ses actions de piraterie, notamment la capture d'un vaisseau espagnol transportant des Jésuites, qu'il a fait exécuter. Malgré ses actes de cruauté, certains historiens comme Pierre Bourdeille, Abbé de Brantôme, reconnaissent ses qualités naturelles et son habileté en mer. Sore a fini ses jours dans le Comté d'Eu, où il est inhumé comme catholique dans l'église de Floques. Abraham Du Quesne, né au Bourg de Blangi dans le Comté d'Eu, provenait d'une famille peu fortunée et calviniste. Il se rendit à Dieppe pour apprendre la carte marine et devint pilote. Après avoir servi en Suède, il fut nommé capitaine de vaisseau dans la marine française. Lors d'un combat contre les Espagnols, il fut blessé et capturé, mourant peu après à Dunkerque en 1535. Les frères Anguier, François et Michel, naquirent à Eu dans la paroisse de Saint-Jean, fils d'un menuisier. Dès leur jeune âge, ils montrèrent un talent pour la sculpture et furent pris en charge par un bourgeois qui les envoya à Paris pour se perfectionner. Après avoir étudié à Rome, ils acquirent une grande réputation à Paris, réalisant des œuvres notables comme le crucifix de l'église de la Sorbonne et divers ornements dans plusieurs églises parisiennes. François mourut le 8 août 1669 et Michel le 11 juillet 1686. Ils furent inhumés dans l'église de Saint-Roch.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
Fermer
Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 1612-1613
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier Charles Wager a été nommé par le Roi, commandant en Chef de la [...]
Mots clefs :
Chevalier, Flotte, Distillateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En juin 1731, le Chevalier Charles Wager a été nommé Commandant en Chef de la flotte britannique. Des incendies ont détruit Blandfort dans le Dorset, Thwerton dans le Devonshire et une partie du quartier de Holborn à Londres. L'écuyer du Comte Kinnoul est arrivé à Londres avec des lettres du Grand Seigneur de Constantinople.
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91
p. 2913-2914
MORTS.
Début :
Dame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller [...]
Mots clefs :
Dame, Chevalier, Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller
Ame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis
du Roy , Grand-Maître des Eaux en Forêts de
France , département d'Orleans , mourut à Paris
le 18. Novembre , âgée de 28.
Le 27. du même mois , M. Jean-Antoine de
la Baune , Conseiller du Roy , Maître Ordinaire
en sa Chambre des Comptes , mourut , âgé de
75 ans.
Louis - Paul de Rochechouart - Mortemart ,
Duc de Rochechouart , Prince de Tonnay- Charante
, Comte de Chaumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , mourut à Paris le 4. de
ce mois , dans la 21. année de son âge. Il ne
laisse point d'enfans de N. de Beauveau , son
Epouse , fille unique du Marquis de Beauveau ,
Chevalier des Ordres du Roy. S. M. a accordé
la Charge de Premier Gentilhomme de la Chambre
, et le Régiment dont il étoit Colonel , au
Marquis de Mortemar , son frere , âgé de 18. ans.
Le 12 Décembre Jean- François le Do du
Chevron , Chevalier de Saint Louis , Mestre
de Camp de Cavalerie , Grand- Prévôt General
de la Connétablie , Gendarmerie & Maré
chaussée de France , et des Camps et Armées de
Sa Majesté , Inspecteur General des Maréchaus2914
MERCURE DE FRANCE
sées du Royaume , mourut à Paris , âgé de ss.
ans.
M. Frederic- Charles Trudaine de Lauzieres ,
Mestre de Camp de Cavalerie et Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orleans ,
mourut le 15. de ce mois au Château de Montigny
, âgé d'environ 29. ans.
Le second Volume du Mercure de ce Mois,
est actuellement sous presse , et paroîtra incessamment
Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller
Ame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis
du Roy , Grand-Maître des Eaux en Forêts de
France , département d'Orleans , mourut à Paris
le 18. Novembre , âgée de 28.
Le 27. du même mois , M. Jean-Antoine de
la Baune , Conseiller du Roy , Maître Ordinaire
en sa Chambre des Comptes , mourut , âgé de
75 ans.
Louis - Paul de Rochechouart - Mortemart ,
Duc de Rochechouart , Prince de Tonnay- Charante
, Comte de Chaumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , mourut à Paris le 4. de
ce mois , dans la 21. année de son âge. Il ne
laisse point d'enfans de N. de Beauveau , son
Epouse , fille unique du Marquis de Beauveau ,
Chevalier des Ordres du Roy. S. M. a accordé
la Charge de Premier Gentilhomme de la Chambre
, et le Régiment dont il étoit Colonel , au
Marquis de Mortemar , son frere , âgé de 18. ans.
Le 12 Décembre Jean- François le Do du
Chevron , Chevalier de Saint Louis , Mestre
de Camp de Cavalerie , Grand- Prévôt General
de la Connétablie , Gendarmerie & Maré
chaussée de France , et des Camps et Armées de
Sa Majesté , Inspecteur General des Maréchaus2914
MERCURE DE FRANCE
sées du Royaume , mourut à Paris , âgé de ss.
ans.
M. Frederic- Charles Trudaine de Lauzieres ,
Mestre de Camp de Cavalerie et Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orleans ,
mourut le 15. de ce mois au Château de Montigny
, âgé d'environ 29. ans.
Le second Volume du Mercure de ce Mois,
est actuellement sous presse , et paroîtra incessamment
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Résumé : MORTS.
Le document énumère plusieurs décès notables. Diette Ravanne, Chevalier et Conseiller, et Ame Agnès Courtois, épouse de Louis du Roy, Grand-Maître des Eaux et Forêts de France, sont décédés à Paris le 18 novembre. Agnès Courtois avait 28 ans. Le 27 novembre, M. Jean-Antoine de la Baune, Conseiller du Roi et Maître Ordinaire en sa Chambre des Comptes, est mort à l'âge de 75 ans. Louis-Paul de Rochechouart-Mortemart, Duc de Rochechouart, Prince de Tonnay-Charente, Comte de Chaumont, Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi et Colonel d'un Régiment d'Infanterie, est décédé à Paris le 4 décembre à l'âge de 21 ans. Il n'a laissé aucun enfant, et ses charges ont été attribuées à son frère, le Marquis de Mortemar, âgé de 18 ans. Jean-François Le Do du Chevron, Chevalier de Saint Louis, Mestre de Camp de Cavalerie, Grand-Prévôt Général de la Connétablie, Gendarmerie et Maréchaussée de France, et Inspecteur Général des Maréchaussées du Royaume, est mort à Paris le 12 décembre à l'âge de 66 ans. M. Frédéric-Charles Trudaine de Lauzieres, Mestre de Camp de Cavalerie et Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-Légers d'Orléans, est décédé le 15 décembre au Château de Montigny à l'âge d'environ 29 ans. Le second volume du Mercure de ce mois est en cours d'impression.
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92
p. 2041-2047
MORTS, NAISSANCES,
Début :
Le 23. du mois dernier, M. François Grillet de Brissac, Lieutenant des [...]
Mots clefs :
Épouse, Dame, Chevalier, Conseiller, Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES,
MORTS , NAISSANCES
E 23. du mois dernier , M. François
Grillet de Brissac , Lieutenant des
Gardes du Corps et Brigadier des Armées.
du Roi , mourut dans un âge avancé.
Dame Marie - Jeanne - Charlotte de
Maupeou , veuve en premieres Nôces de
M.Leon de Fontlebon ,Seigneur de Vitrac-
Montembeuf,Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoises, et au jour de son décèds
épouse de M. Michel - Gabriel- Raphaël de
Beauvais , Baron de Gentilly , Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Monseigneur
le Duc de Berry , mourut le 25. Juillet ,
âgée de 49. ans.
Dame Elizabeth- Therese le Rebours
veuve de M. Michel Chamillard , Ministre
d'Etat , et qui avoit été Controlleur
General des Finances , Secretaire d'Etat
avec le département de la guerre , Grand-
Trésorier et Commandeur des Ordres
du Roi , mourut en son Château de la
Suze au Maine le 26. du mois dernier
âgée d'environ 74. ans.
Dame Claude- Geneviève Cheriere
yeuve de Lancelot Turpin Crissé , Com-
IC
2042 MERCURE DE FRANCE
te de Sansay , Brigadier des Armées du
Roi , Colonel du Régiment d'Infanterie
de son nom mourut le 28. Juillet en
son Château d'Erouville en Beauce , âgée
de 48. ans.
و
Louis Comte du Bourg , petit-fils du
Maréchal de ce nom , Mestre de Camp ,
mourut à Strasbourg le premier de ce
mois.
Olivier Jegou de Querville , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , Evê
que et Comte de Tréguier , mourut dans
son Diocèse , le 2. Août. Il avoit été sacréle
30. Octobre 1697.
Dime Paule de Clermont-Tonnerre de
Chafle , Abbesse de l'Abbaye Royale de
Villiers , Ordre de Cîteaux , Diocèse de
Sens , mourut le 2. Août , âgée de 63. ans..
La Dame des Bertons de Crillon , qu'elle
avoit demandé pour sa Coadjutrice , lui
succede:
Alexandre Dezouches , Seigneur de la
Lande , & c . Chevalier de S. Louis Lieutenant
de Roi de la Ville d'Arras , mou
rut le 2. Août , âgé de 48. ans.
M. de S. Yves , Chirurgien , celebre
Oculiste de S. Côme , est mort à Paris le 3 .
Août , âgé de 66. ans , après avoir exercé
sa Profession avec beaucoup de talens , et
s'être acquis la réputation qu'il méritoit .
laisse
A O UST. 1731. 2043
pour
laisse un Eleve de son nom qui travailloit
sous lui depuis seize ans , et sur lequel
il se reposoit depuis plusieurs années
toutes les Operations que ses infirmitez
ne lui permettoient pas de faire. Il occupe
le même Appartement , Place du
Palais Royal , ruë S. Thomas du Louvre.
Guillaume le Noir , Secretaire du Roi ,
Receveur General des Finances d'Alençon
, et l'un des Fermiers Generaux de
S. M. mourut le 4. Août , âgé de 48. ans ..
Gaspard- Pierre de Fieubet , Chevalier
Seigneur de Vincüil , fils de Louis - Gaspard
de Fieubet , Conseiller au Parlement,
mourut le s . Août , âgé de 17. ans , 3 .
mois.
Jean -Pierre d'Argouges de Ranes , Chevalier
, Marquis de la Chapelle - la- Reine,
Doy n du Conseil d'Etat , mourut à Paris
le 7. de ce mois , dans la 86. année
de son âge.
Le même jour , Dame Loüise Elizabeth
de Marcillac , Epouse de M. Joseph Hennequin
de Charmont , cy devant Secretaire
de la Chambre et Cabinet du Roi ,,
Secretair des Commandemens de Monseigneur
le Dauphin , et Ambassadeur du
Roi auprès de la République de Venise ,
mourut au Château de Charmont en
Champagne, dans la 62. année de son âge
Le
T044 MERCURE DE FRANCE
·
@
Le 12. Alexandre de Rochechouart ;
Marquis de Jars , Capitaine des Gardes
du Corps de la Reine, seconde Doüairiere
d'Espagne , mourut au Château de Meudon
, de la petite verole , âgé de 53. ans.
Henri , Comte de Saulx de Tavannes
ey-devant Mestre de Camp , Lieutenant
du Régiment d'Orleans, Cavalerie , mourut
à Paris le 13. de ce mois , dans la 74 .
année de son âge.
M. François de Montholon , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Commandeur
de celui de S. Lazare , Mestre
de Camp de Cavalerie , ancien Cornette
de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roi , mourut à
S. Germain en Laye le 13 , de ce mois ,
dans un âge avancé. Il étoit petit - fils et
arriere - petit - fils de deux Gardes des
Sceaux de France du même nom .
Le même jour , Dame Anne- Marie-
Barbe Deville , Epouse de Anne Leon de
Montmorency , Chef du nom et Armes
de la Maison , premier Baron Chrétien en
France , Enseigne des Gendarmes de Berry
, Seigneur de Courtalin-Bois - Buffenle
Plessis- d'Arque , le Poilay , le Vernay ,;
des deux Modave , de Biemrcé , de Banderelle
, de Fermée , Termoiyne. , &c.
mourut âgée de 18 ans 7. mois .
L
La
A O UST. 1731. 2045
2.
Le 19. François de la Forest , d'Armaillé
, Chevalier , Baron de Craon , Seigneur
de la Forest d'Armaillé , & c. Conseiller
de la Grand'Chambre du Parle--
ment , mourut âgé d'environ 88. ans .
Dame Françoise Robert , Epouse de
M. François Moreau , Chevalier , Conseiller
du Roi en ses Conseils d'Etat et
Privez , Honoraire en sa Cour de Parlement
, et Procureur de Sa Majesté au
Châtelet de Paris , accoucha d'un fils
qui est le 14me enfant qu'elle a eû depuis
17. ans et demi de mariage , dont il lui
reste encore six garçons et deux filles ; il
fut baptisé le même jour sur les six heures
du soir , en l'Eglise de S.Mery sa Paroisse ,
et nommé Charles-François , par Charles-
François de Vintimille des Comtes de
Marseille , Comte du Luc , Marquis des
Arcs , la Marthe , &c. Chevalier et Commandeur
de tous les Ordres de S. M. son-
Conseiller d'État ordinaire d'Epée , Gouverneur
des Isles de Porquerolles et Lingoustier
, Lieutenant de Roi en Proven
ce , et par Dame Anne-Victoire de La-:
moignon , Epouse de M. René- Charles
de Maupeou , Conseiller du Roi en tous.
ses Conseils , Président de son Parlelement
, Seigneur de Noisy, Vicomte de
Bruyeres , Marquis de Morangue , &G
2046 MERCURE DE FRANCE
Dame V ctoire Guillard , Epouse 'de
Jean Baptiste-Martin Dartaguette- Biron ,
Baron Daguerre , &c. accoucha le 16.
*Juillet d'une fille , qui fut tenuë sur les
Fonts par Jean - Baptiste Guillard , Seigneur
de la Vacherie , Chambellan de
feu M. le Duc de Berry , Gouverneur
d'Arras , et par D. Louise , Adelaïde Herault
, fille de M. Herault , Lieutenant
General de Police .
D. Emilie de Mailly du Brüeil , Epouse
de Jean- François de Creil , Marquis de
Nancré , &c. Brigadier des Armées du
Roi , Capitaine Commandant des Grenadiers
à Cheval , accoucha le premier
Août d'une fille , qui fut nommée Louise
Felicité- Emilie ,, par Louis Gabriël des
Acres , Comte de Laigle , Colonel du.
Regiment d'Anguien , et par D. Bonne-
Felicité Bernard , fille de Samuel Bernard,
Comte de Coubeot , Conseiller d'Etat .
Dame. Louise Thevenin de Coursan ,
Epouse de Jean - Zacharie de la Faurie ,
Baron de Villandreult , Président à la
Cour des Aydes , accoucha le 8. Août
d'une fille qui fut nommée Anne Jeanne,
par Jean Thevenin , Baron de Thorci ,
Conseiller au Parlement , et par D. Anne
Thevenin de Coursan , fille de feu Jean
Thevenin , Baron de Coursan , Maître
des Requêtes.
A O UST. 1731. 2047
1
Dame Jeanne- Françoise Gardien , Epou
se de François - Elie de Chastenay , Che
valier , Marquis de Lanty , Lieutenant-
Colonel du Mestre de Camp General
Cavalerie , Chevalier de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , accoucha le 9 .
Août d'un fils , qui fut baptisé le 10. ,à
la Paroisse de S. Eustache , et tenu par
Alexis- Magdelaine Rosalie , Comte de
Chatillon , Chevalier des Ordres du Roi ,
Maréchal de Camp des Armées de S. M.
et Mestre de Camp General de la Cavalerie
Legere de France , et par Dame
Françoise de Pressigny , Epouse de M. le
Président de Nassigny.
D. Anne - Marie - Barbe Deville , Epousé
d'Anne Leon de Montmorency , accoucha
le 11. Août d'un fils , qui fut nommé
Anne Léon , par Léon de Montmorency,
et par D. Anne Barbe de Besser , veuve
de Charles- Joseph de Courcelles.
D. Magdelaine- Angelique de Neuville
de Villeroy , Epouse de Joseph Marie ,
Duc de Boufflers , Pair de France , &c.
accoucha le 17. d'un fils , qui fut nommé
Charles- Joseph , par Nicolas de Neuville
, Duc de Villeroy , Pair de France ,
Capitaine des Gardes du Corps du Roi ,
&c. et par Dame Catherine - Charlotte de
Grammont , Maréchale de Boufflers , & c.
E 23. du mois dernier , M. François
Grillet de Brissac , Lieutenant des
Gardes du Corps et Brigadier des Armées.
du Roi , mourut dans un âge avancé.
Dame Marie - Jeanne - Charlotte de
Maupeou , veuve en premieres Nôces de
M.Leon de Fontlebon ,Seigneur de Vitrac-
Montembeuf,Lieutenant au Regiment des
Gardes Françoises, et au jour de son décèds
épouse de M. Michel - Gabriel- Raphaël de
Beauvais , Baron de Gentilly , Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Monseigneur
le Duc de Berry , mourut le 25. Juillet ,
âgée de 49. ans.
Dame Elizabeth- Therese le Rebours
veuve de M. Michel Chamillard , Ministre
d'Etat , et qui avoit été Controlleur
General des Finances , Secretaire d'Etat
avec le département de la guerre , Grand-
Trésorier et Commandeur des Ordres
du Roi , mourut en son Château de la
Suze au Maine le 26. du mois dernier
âgée d'environ 74. ans.
Dame Claude- Geneviève Cheriere
yeuve de Lancelot Turpin Crissé , Com-
IC
2042 MERCURE DE FRANCE
te de Sansay , Brigadier des Armées du
Roi , Colonel du Régiment d'Infanterie
de son nom mourut le 28. Juillet en
son Château d'Erouville en Beauce , âgée
de 48. ans.
و
Louis Comte du Bourg , petit-fils du
Maréchal de ce nom , Mestre de Camp ,
mourut à Strasbourg le premier de ce
mois.
Olivier Jegou de Querville , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , Evê
que et Comte de Tréguier , mourut dans
son Diocèse , le 2. Août. Il avoit été sacréle
30. Octobre 1697.
Dime Paule de Clermont-Tonnerre de
Chafle , Abbesse de l'Abbaye Royale de
Villiers , Ordre de Cîteaux , Diocèse de
Sens , mourut le 2. Août , âgée de 63. ans..
La Dame des Bertons de Crillon , qu'elle
avoit demandé pour sa Coadjutrice , lui
succede:
Alexandre Dezouches , Seigneur de la
Lande , & c . Chevalier de S. Louis Lieutenant
de Roi de la Ville d'Arras , mou
rut le 2. Août , âgé de 48. ans.
M. de S. Yves , Chirurgien , celebre
Oculiste de S. Côme , est mort à Paris le 3 .
Août , âgé de 66. ans , après avoir exercé
sa Profession avec beaucoup de talens , et
s'être acquis la réputation qu'il méritoit .
laisse
A O UST. 1731. 2043
pour
laisse un Eleve de son nom qui travailloit
sous lui depuis seize ans , et sur lequel
il se reposoit depuis plusieurs années
toutes les Operations que ses infirmitez
ne lui permettoient pas de faire. Il occupe
le même Appartement , Place du
Palais Royal , ruë S. Thomas du Louvre.
Guillaume le Noir , Secretaire du Roi ,
Receveur General des Finances d'Alençon
, et l'un des Fermiers Generaux de
S. M. mourut le 4. Août , âgé de 48. ans ..
Gaspard- Pierre de Fieubet , Chevalier
Seigneur de Vincüil , fils de Louis - Gaspard
de Fieubet , Conseiller au Parlement,
mourut le s . Août , âgé de 17. ans , 3 .
mois.
Jean -Pierre d'Argouges de Ranes , Chevalier
, Marquis de la Chapelle - la- Reine,
Doy n du Conseil d'Etat , mourut à Paris
le 7. de ce mois , dans la 86. année
de son âge.
Le même jour , Dame Loüise Elizabeth
de Marcillac , Epouse de M. Joseph Hennequin
de Charmont , cy devant Secretaire
de la Chambre et Cabinet du Roi ,,
Secretair des Commandemens de Monseigneur
le Dauphin , et Ambassadeur du
Roi auprès de la République de Venise ,
mourut au Château de Charmont en
Champagne, dans la 62. année de son âge
Le
T044 MERCURE DE FRANCE
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@
Le 12. Alexandre de Rochechouart ;
Marquis de Jars , Capitaine des Gardes
du Corps de la Reine, seconde Doüairiere
d'Espagne , mourut au Château de Meudon
, de la petite verole , âgé de 53. ans.
Henri , Comte de Saulx de Tavannes
ey-devant Mestre de Camp , Lieutenant
du Régiment d'Orleans, Cavalerie , mourut
à Paris le 13. de ce mois , dans la 74 .
année de son âge.
M. François de Montholon , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Commandeur
de celui de S. Lazare , Mestre
de Camp de Cavalerie , ancien Cornette
de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roi , mourut à
S. Germain en Laye le 13 , de ce mois ,
dans un âge avancé. Il étoit petit - fils et
arriere - petit - fils de deux Gardes des
Sceaux de France du même nom .
Le même jour , Dame Anne- Marie-
Barbe Deville , Epouse de Anne Leon de
Montmorency , Chef du nom et Armes
de la Maison , premier Baron Chrétien en
France , Enseigne des Gendarmes de Berry
, Seigneur de Courtalin-Bois - Buffenle
Plessis- d'Arque , le Poilay , le Vernay ,;
des deux Modave , de Biemrcé , de Banderelle
, de Fermée , Termoiyne. , &c.
mourut âgée de 18 ans 7. mois .
L
La
A O UST. 1731. 2045
2.
Le 19. François de la Forest , d'Armaillé
, Chevalier , Baron de Craon , Seigneur
de la Forest d'Armaillé , & c. Conseiller
de la Grand'Chambre du Parle--
ment , mourut âgé d'environ 88. ans .
Dame Françoise Robert , Epouse de
M. François Moreau , Chevalier , Conseiller
du Roi en ses Conseils d'Etat et
Privez , Honoraire en sa Cour de Parlement
, et Procureur de Sa Majesté au
Châtelet de Paris , accoucha d'un fils
qui est le 14me enfant qu'elle a eû depuis
17. ans et demi de mariage , dont il lui
reste encore six garçons et deux filles ; il
fut baptisé le même jour sur les six heures
du soir , en l'Eglise de S.Mery sa Paroisse ,
et nommé Charles-François , par Charles-
François de Vintimille des Comtes de
Marseille , Comte du Luc , Marquis des
Arcs , la Marthe , &c. Chevalier et Commandeur
de tous les Ordres de S. M. son-
Conseiller d'État ordinaire d'Epée , Gouverneur
des Isles de Porquerolles et Lingoustier
, Lieutenant de Roi en Proven
ce , et par Dame Anne-Victoire de La-:
moignon , Epouse de M. René- Charles
de Maupeou , Conseiller du Roi en tous.
ses Conseils , Président de son Parlelement
, Seigneur de Noisy, Vicomte de
Bruyeres , Marquis de Morangue , &G
2046 MERCURE DE FRANCE
Dame V ctoire Guillard , Epouse 'de
Jean Baptiste-Martin Dartaguette- Biron ,
Baron Daguerre , &c. accoucha le 16.
*Juillet d'une fille , qui fut tenuë sur les
Fonts par Jean - Baptiste Guillard , Seigneur
de la Vacherie , Chambellan de
feu M. le Duc de Berry , Gouverneur
d'Arras , et par D. Louise , Adelaïde Herault
, fille de M. Herault , Lieutenant
General de Police .
D. Emilie de Mailly du Brüeil , Epouse
de Jean- François de Creil , Marquis de
Nancré , &c. Brigadier des Armées du
Roi , Capitaine Commandant des Grenadiers
à Cheval , accoucha le premier
Août d'une fille , qui fut nommée Louise
Felicité- Emilie ,, par Louis Gabriël des
Acres , Comte de Laigle , Colonel du.
Regiment d'Anguien , et par D. Bonne-
Felicité Bernard , fille de Samuel Bernard,
Comte de Coubeot , Conseiller d'Etat .
Dame. Louise Thevenin de Coursan ,
Epouse de Jean - Zacharie de la Faurie ,
Baron de Villandreult , Président à la
Cour des Aydes , accoucha le 8. Août
d'une fille qui fut nommée Anne Jeanne,
par Jean Thevenin , Baron de Thorci ,
Conseiller au Parlement , et par D. Anne
Thevenin de Coursan , fille de feu Jean
Thevenin , Baron de Coursan , Maître
des Requêtes.
A O UST. 1731. 2047
1
Dame Jeanne- Françoise Gardien , Epou
se de François - Elie de Chastenay , Che
valier , Marquis de Lanty , Lieutenant-
Colonel du Mestre de Camp General
Cavalerie , Chevalier de l'Ordre Royal et
Militaire de S. Louis , accoucha le 9 .
Août d'un fils , qui fut baptisé le 10. ,à
la Paroisse de S. Eustache , et tenu par
Alexis- Magdelaine Rosalie , Comte de
Chatillon , Chevalier des Ordres du Roi ,
Maréchal de Camp des Armées de S. M.
et Mestre de Camp General de la Cavalerie
Legere de France , et par Dame
Françoise de Pressigny , Epouse de M. le
Président de Nassigny.
D. Anne - Marie - Barbe Deville , Epousé
d'Anne Leon de Montmorency , accoucha
le 11. Août d'un fils , qui fut nommé
Anne Léon , par Léon de Montmorency,
et par D. Anne Barbe de Besser , veuve
de Charles- Joseph de Courcelles.
D. Magdelaine- Angelique de Neuville
de Villeroy , Epouse de Joseph Marie ,
Duc de Boufflers , Pair de France , &c.
accoucha le 17. d'un fils , qui fut nommé
Charles- Joseph , par Nicolas de Neuville
, Duc de Villeroy , Pair de France ,
Capitaine des Gardes du Corps du Roi ,
&c. et par Dame Catherine - Charlotte de
Grammont , Maréchale de Boufflers , & c.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES,
En juillet et août 1731, plusieurs décès et naissances notables ont été enregistrés. Parmi les décès, M. François Grillet de Brissac, Lieutenant des Gardes du Corps et Brigadier des Armées du Roi, est décédé à un âge avancé le 23 juillet. Dame Marie-Jeanne-Charlotte de Maupeou, veuve de M. Léon de Fontlebon et épouse de M. Michel-Gabriel-Raphaël de Beauvais, est décédée le 25 juillet à l'âge de 49 ans. Dame Élisabeth-Thérèse Le Rebours, veuve de M. Michel Chamillard, Ministre d'État et ancien Contrôleur Général des Finances, est décédée le 26 juillet à environ 74 ans. Dame Claude-Geneviève Chérière, veuve de Lancelot Turpin Crissé, est décédée le 28 juillet à 48 ans. Louis Comte du Bourg, petit-fils du Maréchal de ce nom, est décédé à Strasbourg le 1er août. Olivier Jegou de Querville, Évêque et Comte de Tréguier, est décédé le 2 août. Dame Paule de Clermont-Tonnerre de Chafle, Abbesse de l'Abbaye Royale de Villiers, est décédée le 2 août à 63 ans. Alexandre Dezouches, Seigneur de la Lande et Lieutenant du Roi de la Ville d'Arras, est décédé le 2 août à 48 ans. M. de Saint-Yves, chirurgien et oculiste célèbre, est décédé à Paris le 3 août à 66 ans. Guillaume Le Noir, Secrétaire du Roi et Receveur Général des Finances d'Alençon, est décédé le 4 août à 48 ans. Gaspard-Pierre de Fieubet, Chevalier et Seigneur de Vincüil, est décédé le 5 août à 17 ans et 3 mois. Jean-Pierre d'Argouges de Ranes, Chevalier et Marquis de la Chapelle-la-Reine, est décédé à Paris le 7 août à 86 ans. Le même jour, Dame Louise Élisabeth de Marcillac, épouse de M. Joseph Hennequin de Charmont, est décédée à 62 ans. Alexandre de Rochechouart, Marquis de Jars et Capitaine des Gardes du Corps de la Reine, est décédé le 12 août à 53 ans. Henri, Comte de Saulx de Tavannes, ancien Mestre de Camp, est décédé à Paris le 13 août à 74 ans. M. François de Montholon, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis et Mestre de Camp de Cavalerie, est décédé à Saint-Germain-en-Laye le 13 août à un âge avancé. Le même jour, Dame Anne-Marie-Barbe Deville, épouse de Anne Léon de Montmorency, est décédée à 18 ans et 7 mois. François de la Forest d'Armaillé, Chevalier et Conseiller de la Grand'Chambre du Parlement, est décédé à environ 88 ans le 19 août. Pour les naissances, Dame Françoise Robert, épouse de M. François Moreau, a accouché d'un fils baptisé Charles-François le 19 août. Dame Victoire Guillard, épouse de Jean-Baptiste-Martin Dartaguette-Biron, a accouché d'une fille le 16 juillet. Dame Émilie de Mailly du Brüeil, épouse de Jean-François de Creil, a accouché d'une fille nommée Louise Félicité-Émilie le 1er août. Dame Louise Thevenin de Coursan, épouse de Jean-Zacharie de la Faurie, a accouché d'une fille nommée Anne Jeanne le 8 août. Dame Jeanne-Françoise Gardien, épouse de François-Élie de Chastenay, a accouché d'un fils baptisé le 10 août. Dame Anne-Marie-Barbe Deville, épouse de Anne Léon de Montmorency, a accouché d'un fils nommé Anne Léon le 11 août. Dame Madeleine-Angélique de Neuville de Villeroy, épouse de Joseph Marie, Duc de Boufflers, a accouché d'un fils nommé Charles-Joseph le 17 août.
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93
p. 2226-2235
Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Août, l'Opera Comique donna la premiere Représentation de deux petites [...]
Mots clefs :
Foire, Danse, Chevalier, Tragédie, Enfants comédiens, Danseurs pantomimes anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27. Août , l'Opera Comique donna
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
Fermer
Résumé : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27 août 1731, l'Opéra Comique a présenté deux pièces en un acte, accompagnées de divertissements. Les pièces, intitulées 'Les Éveillez de Poiffi' et 'Les petits Comédiens, ou la Tante dupée', ont été interprétées par des enfants dont le plus âgé n'avait pas treize ans. Ces représentations ont attiré une foule nombreuse à la Foire Saint-Laurent, notamment grâce à la présence d'un enfant de quatre ans qui dansait et parodiait avec grâce. La pièce 'Les petits Comédiens' se déroule dans une maison de campagne près de Tours. Julie, la dame du lieu, et son ami le Chevalier attendent une troupe de comédiens pour représenter la tragédie d'Iphigénie. Cependant, un domestique annonce un accident ayant causé la mort de plusieurs comédiens. La Rancune, chef de la troupe, arrive blessé et raconte l'accident. Julie et le Chevalier insistent pour que la pièce soit jouée malgré tout. La Rancune propose alors une troupe composée de sa famille, qui joue une pièce intitulée 'La Nièce vengée, ou la Double Surprise'. Le 18 septembre, l'Opéra Comique a été invité à la cour pour représenter 'L'Acte de Strasbourg', 'Les petits Comédiens', et la danse du Petit Sabotier, suivie d'un ballet exécuté par des danseurs anglais. La reine a été très satisfaite de ces représentations. Le 20 septembre, l'Opéra Comique a présenté une nouvelle pièce en un acte, 'Le Temple du Sommeil', suivie de 'Les petits Comédiens' et d'un ballet de danseurs anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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94
p. 2256-2261
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le premier de ce mois, on célébra avec les cérémonies accoutumées, [...]
Mots clefs :
Abbaye royale de Saint-Denis, Chevalier, Duc, Rançon des Français, Royaume de Maroc, Marseille, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c.
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
L
و oncélébraEpremierdecemois
avec les cérémonies accoutumées
dans l'Eglise de l'Abbaye Royale de S.
Denis , le Service solemnel qui s'y fair
tous les ans pour le repos de l'Ame du
feu Roi Louis XIV. L'Evêque de Lavaur
officia pontificalement : le Duc du Maine,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu et
le Comte de Toulouse y assisterent
ainsi que plusieurs Seigneurs de la Cour..
Le Roi a accordé au Duc de la Tremoille
, l'un des premiers Gentilhommes.
de la Chambre , l'agrément du Regiment
de Champagne , dont le Chevalier
de Tessé , qui en étoit Colonel , a donné
sa démission , et le Regiment d'Infanterie
qu'avoit le Duc de la Tremoille , a été
accordé au fils aîné du Comte de Tessé
premier Ecuyer de la Reine
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2257
Le 27. du mois dernier , 34. Esclaves
François , rachetez à Constantinople par
les Peres Mathurins , de l'Ordre de la Ste.
Trinité , débarquerent à Marseille pour
se rendre à Paris , et de - là en leurs Pays,
Les autres députez du même Ordre
sont partis pour Cadix .. pour traiter
aussi de la rançon des François , détenus
au Royaume de Maroc.
>
On écrit de Marseille , qu'il y étoit arri
vé un accident bien triste . Il y avoit plus
dedeux ans que le Capitaine Grason en
étoit sorti avec son Vaisseau pour la côte
de Guinée et on étoit fort en peine sur
son sujet , lorsqu'on apprît enfin le 29.
Août qu'il venoit d'arriver aux Isles de
Marseille , fort content de son expédition
qui a eû tout le succès possible. C'est la
coûtume quand les Bâtimens entrent dans
la Baye , de saluer le Fort de Nôtre-
Dame de la Garde. En rendant ce salut
un des Canons creva , tua le Capitaine
avec deux hommes de son équipage , et
blessa le Capitaine en second. Une heure
après , le Vaisseau entra dans le Port.
Le 8 Sept. Fête de la Nat. de la Vierge,
il y eût Concert spirituel au Château des
Tuilleries. On y chanta le Motet Landa
Fe2258
MERCURE DE FRANCE
Jerusalem , de l'Abbé Gaveau , qui est un
excellent morceau de Musique. La Demoiselle
Petitpas chanta seule un petir
Motet nouveau du Sieur Le Maire , qui
fût très-goûté , de même qu'un autre à
deux voix chanté par les Demoiselles
Lenner , de la Musique du Roy , et Petitpas
et après plusieurs Pieces de simphonie
, éxecutées avec tout autant de
vivacité que de précision , le Concert fut
terminé par le Confitemini , Motet de M.
de Lalande.
Le Roy a accordé l'agrément de la
Charge de Président à Mortier , vacante
par la mort de Mr. de Maisons , à Mr.
Talon Avocat Général du Parlement ,
et Sa Majesté a donné la Charge d'Avo-
'cat General à Mr. Joly de Fleury , Fils
aîné du Procureur Général.
C
Le 16. le Duc de S. Aignan , Chevalier
des Ordres du Roy , et son Ambassadeur
à Rome , prit congé de Sa Majesté
pour s'y rendre. Il partira dans les
premiers jours d'Octobre par Marseille
où tes Galeres qui doivent le passer à
Civitavechia , sont prêtes..
-9
Le 19. après midy , le Roy fit auprès
de la grande avenue du Château de Versailles
:
SEPTEMBRE . 1731. 2259
sailles , la révûë du Regiment de Dragons
d'Orleans , à la tête duquel étoit le Duc
d'Orleans. Le Regiment défila et fit plusieurs
mouvemens devant Sa Majesté , qui
en parût très contente , et il vint ensuite
passer devant la Reine , qui étoit avec
Monseigneur le Dauphin sur le Balcon de
l'appartement des Princesses d'Orleans,
Le Roi Stanislas et la Reine son Epouse
, qui sont venus incognito passer quelques
jours à Versailles , avec la Reine
leur fille en partirent le 19. de ce mois
pour retourner à Chambord. Pendant
leur séjour à la Cour , le Roy les a vûs
plusieurs fois chez la Reine .
,
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie. pour le remboursé
ment des Actions fût tirée en la ma
niere accoûtumée à l'Hôtel de la Compagnie
. La liste des Numeros gagnans
des Actions et dixième d'Actions , qui
doivent être remboursées , faisant en tout
le nombre de 309. Actions et un dixième
d'Action. Il y a un Nota sur la liste de
ce mois , qui fait voir pourquoi on a été
obligé de tirer un dixième d'Action
de plus .
Au mois d'Août dernier , il y eût differents
2260 MERCURE DE FRANCE
ferents Concerts chez la Reine. M. de
Blamont , Sur- Intendant de la Músique
du Roy de Semestre , fit chanter à chaque
Concert un Acte seulement de l'Opera
de Bellerophon , à cause de la Promenade.
Les Demoiselles Courrasier , Barbier
et Roblin chanterent les principaux
Rôles , et les Sieurs Godonnerche , Dangerville
et Petillot , ceux du Roy , de
Bellerophon et d'Amisodar.
Le 3. Septembre , on chanta le Prolo
gue et le premier Acte d'Atys , le Sieur
d'Angerville fit le Rôle du Temps dans
le Prologue , et celui d'Idas dans la Piece.
Le Sr. Petillot chanta le Rôle d'Atyr
et la Dlle. Lenner celui de Sangaride.
Le 15 , on continua le même Opera
par le second et troisiéme Acte . La Dile
Antier chanta le Rôlle de Cybelle , et le
Sr. Chassé celui de Celenus et du Sommeil.
La Dlle. Antier ayant infiniment brillé
dans ce Rôle eût ensuite l'honneur
d'être présentée au Roy Stanislas , et à
la Reine son Epouse , qui la reçûrent
avec une bonté distinguée , et lui marquerent
leur satisfaction par les témoignages
les plus gracieux.
>
Le 25 , le Comte Maffey , Amdassadeur
Extr. du Roy de Sardaigne , eût
une
SEPTEMBRE 1731. 2261
,
une Audience particuliere du Roy , dans
laquelle il prit congé de S. M étant
conduit par le Chevalier de Sainctot
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à l'Audience de la Relne
et à celle de Monseigneur le Dauphin
, de Monseigneur le Duc d'Anjou
et de Mesdames de France. '
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En septembre 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le 1er septembre, un service solennel en mémoire du roi Louis XIV a été célébré à l'Abbaye Royale de Saint-Denis, officié par l'évêque de Lavaur et en présence de dignitaires. Le roi a accordé au Duc de la Tremoille le régiment de Champagne et au fils aîné du Comte de Tessé un régiment d'infanterie. Le 27 août, 34 esclaves français, rachetés à Constantinople par les Pères Mathurins, ont débarqué à Marseille pour retourner en France. D'autres membres de l'Ordre de la Sainte-Trinité se sont rendus à Cadix pour négocier la rançon de Français détenus au Maroc. À Marseille, un accident tragique a eu lieu le 29 août : le capitaine Grason et deux membres de son équipage ont été tués par l'explosion d'un canon lors de l'entrée de leur vaisseau dans la baie. Le 8 septembre, un concert spirituel a été organisé au Château des Tuileries, incluant des motets de l'Abbé Gaveau et du Sieur Le Maire. Le roi a nommé M. Talon Président à Mortier et M. Joly de Fleury Avocat Général. Le Duc de Saint-Aignan, ambassadeur à Rome, a pris congé du roi pour partir à Rome via Marseille. Le 19 septembre, le roi a passé en revue le régiment de dragons d'Orléans à Versailles. Le roi Stanislas et la reine son épouse, incognito à Versailles avec la reine leur fille, sont repartis pour Chambord. Le 25 septembre, la lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée pour rembourser les actions. En août, plusieurs concerts ont eu lieu chez la reine, incluant des extraits de l'opéra Bellerophon. Le 3 septembre, des extraits d'Atys ont été chantés, avec la participation de plusieurs chanteurs renommés. La demoiselle Antier, ayant brillé dans son rôle, a été présentée au roi Stanislas et à la reine. Le 25 septembre, le Comte Maffey, ambassadeur du roi de Sardaigne, a pris congé du roi et de la famille royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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95
p. 2683-2688
MORTS ET MARIAGES.
Début :
Charles-Maurice Colbert de Villacerf, Abbé de S. Pierre de Neusle [...]
Mots clefs :
Marquis, Écuyer du roi, Docteur en théologie, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES.
MORTS ET MARIAGES.
· Harles Maurice Colbert de Villacert
,Abbé de S. Pierre de Neanfle
-le vieil et de S. André en Goulfer
mourut le 26 d'Octobre .
"
>
Le 27 , N. Pezey , Herault er Garde-
Armorial , Frere servant d'Armes des
Ordres Royaux , Militaires et Hospitaliers
de N. D. de Mont-Carmel et de
S. Lazare de Jerusalem , ancien Directeur
de l'Académie de S. Luc , mourut
âgé de 83 ans.
D. Claire-Marie , née Princesse de Lis
...I vj gre,
2684 MERCURE DE FRANCE
gne , Epouse de M. Scipion-Louis-Joseph
de la Garde , Marquis de Chambonas
, Comte de S. Julliat , Baron des
Etats de Languedoc , Lieutenant de Roy
de la même Province , Enseigne de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde
du Roy , mourut à Paris le 5 de ce mois ,
âgée de 30. ans.
> M. Claude-Adrien de Baussan Chevalier
, Seigneur de Toiry , Frere de
l'Intendant de Poitiers , ancien Ecuyer
du Roy , mourut le 7 , âgé de so. ans,
ou environ. Il fut nommé par le Roy
pour commander l'Equipage que S. M.
envoya pour conduire la Reine en Fran
ce. Cette Princesse l'honora d'une pension
, et lui donna d'autres marques dignes
de la liberalité de S. M.
>
Le même jour , M. Louis - François
Maurin, Doyen des Auditeurs des Comptes
, mourut âgé de 77. ans .
D. Charlotte de Serre , Veuve de M.
François le Bas du Plessis , Ecuyer , ancien
Trésorier de l'Extraordinaire des
Guerres mourut aussi le même jour ,
âgée de 66. ans .
و
Honoré , Comte de Ste. Maure , Marquis
d'Archiac , Baron de la Tour Blanche
, Seigneur de la Feüillade , Premier
Ecuyer de la Grande Ecurie du Roy
mourut
NOVEMBRE . 1731. 2635
mourut à Paris le 8 , dans la 79 année
de son âge. Il avoit été Menin de M. le
Dauphin , Ayeul de S. M
Ecuyer de M. le Duc de Berry , et Capitaine
de la Plaine S. Denis.
و
M ,
Premier
>
Le ୨ D. Marguerite Cherré Veuve
de Nicolas le Clerc , Ecuyer , Seigneur
de Brisguiche et de Riberpré , ancien
Trésorier General de l'Extraordinaire des
Cuerres , mourut âgée de 64. ans.
Dame Pelagic Constance du Lis , Epou
se de M. Pierre de Brilhac , Seigneur de
la Vicomté de Geneay , &c . Premier Président
du Parlement de Bretagne , Con-
-seiller du Roy en tous ses Conseils
mourut à Paris le 11 Novembre , âgée
d'environ 40. ans .
Michel- Pierre d'Argouges , Evêque de
Perigueux , et Abbé de N. D. de Jouy',
mourut dans son Diocèse le 13. de ce
mois , dans la 47. année de son âge.
Guy de la Rochefoucauld , Duc de la
Rocheguyon , Comte de Durtal , Baron
d'Estissac , &c. Mestre de Camp de Cavalerie
, mourut le 16 de ce mois , âgé
d'environ 32. ans. Son corps fut transporté
de l'Eglise S. Sulpice sa Paroisse ,
en celle de Ste . Geneviève , où est la sé
pulture de sa Maison. Il fut presenté au
R. P. Prieur par M. l'Abbé Amé , Docteur
2636 MERCURE DE FRANCE
teur en Théologie , lequel fit à ce sujet
un Discours également pieux et éloquent.
Le 3 Septembre dernier , le Marquis
de Sabrevois des Cluselles , Capitaine au
Regiment du Maine Cavalerie , épousa
Françoise Louise de Quiry , fille de Louis,
Comte de Quiry , Lieutenant General de
la Province d'Aunix , Ville et Gouverne
ment de la Roch lle , Isle de Rhé , Brouage
, Rochefort , Oleron , Places et Forteresses
en dépendantes , Châteaux et
Isles adjacentes , Gouverneur des Tours ,
Ports , Havres et Chaines de la Rochelle,
Mestre de Camp de Cavalerie , et Chevalier
de l'Ordre Royal et Militaire de S.
Louis , et de Dame Marie de Malesieux
Dame d'honneur de S. A. S. Mademoiselle
du Maine , La maison de Sabrevois
est ancienne , puisqu'elle tenoir rang dès
Pan 1368 , suivant un compte de Jean le
Mercier , Trésorier General des Guerres
en ladite année . Claude de Sabrevois ,
en 1932. Chambellan du Roy , et Chevalier
de son ordre . Charles de Sabrevois ,
Chevalier de Malthe , fut reçu Grand
Prieur de France le 12 Juin 1617 , alliez
à la maison de Mailly , de vieux Pont
Epinay , Alegre , &c. La Ceremonie fut
faite par l'Evêque de Lavaur , Oncle de
La
NOVEMBRE . 1731. 287
la nouvelle mariée , dans la Chapelle de
M. le Comte de Guiry , à Bagneux , près
Paris..
M. François du Four, sieur de la Tour,
Chevalier , Seigneur , Baron de Veze en
Auvergne , Capitaine au Regiment de la
Ferté Imbaut ; épousa le trois du mois
passé au Château de Pully , près de Baugenci
, M Rose Gédoyn , fille de M.Alphonse
Gédoyn , Chevalier , Seigneur de
Pully , Capitaine des Vaisseaux du Roy
Gouverneur de la Ville et du Château de
Baugenci , et de Dame Rose Tourtié.
Cette Demoiselle qui a l'honneur d'être
alliée à plusieurs grandes Maisons , telles
que les Maisons de Gesvre , de Canillac ,
de Saucour , de Gravilles , et à plusieurs
familles distinguées dans l'Epée et dans
la Robbe , descend en droite ligne de ce
Robert Gédoyn , si célébre en son temps,,
qui a été Sécretaire des Commandemens
sous quatre de nos Rois , et dont nous./
lisons cette belle Epitaphe dans les Ocuvres
de Marot.
Sçais- tu , passant , de qui est ce tombeau ?
D'un , qui jadis , en cheminant tout beau ,
Monta plus haut que tous ceux qui se hâtent
C'est le tombeau , là où les vers s'apartent,
C'est
2888 MERCURE DE FRANCE
Du bon vieillard agréable et heureux ,
Dont tu as vû tout le monde amoureux .
Cy - gît , hélas ! plus je ne le puis taire ,
Robert Gédoyn , excellent Secretaire ,
Qui quatre Rois servit sans désaroi ,
Maintenant est avecque le grand Roy ,
Où il repose après travail et peine.
Or avécu personne d'âge plein ,
Pleine de biens & vertus honorables ',
Puis a laissé ce monde misérable "
Sans le regret qui l'homme souvent mord ;
O vie heureuse ! ô bien heureuse mort !
François - Louis de Lovel de Murat ,
Comte de Nogaret de Calvisson , âgé
d'environ dix huit ans , fils de Louis de
Murat de Nogaret , Marquis de Calvisson
, &c. Baron des Etats de Languedoc ,
Colonel d'Infanterie , Commandant pour
le Roy de la Ville de Marsillargues , et de
Dame Louise de Louet de Murat de Nogaret
de Calvisson, épousa le 22 Novembre
, Dame Anne- Magdelaine - Adelaïde
de Maupeou , âgée de seize ans ; fille de
René-Charles de Maupeou , Marquis de
Morangle et de Montigny, &c . President
au Parlement ; et de Dame Anne- Victoire
de Lamoignon de Courson . La célébration
fut faite dans l'Eglise Paroissialle
de S. Paul de cette Ville .
· Harles Maurice Colbert de Villacert
,Abbé de S. Pierre de Neanfle
-le vieil et de S. André en Goulfer
mourut le 26 d'Octobre .
"
>
Le 27 , N. Pezey , Herault er Garde-
Armorial , Frere servant d'Armes des
Ordres Royaux , Militaires et Hospitaliers
de N. D. de Mont-Carmel et de
S. Lazare de Jerusalem , ancien Directeur
de l'Académie de S. Luc , mourut
âgé de 83 ans.
D. Claire-Marie , née Princesse de Lis
...I vj gre,
2684 MERCURE DE FRANCE
gne , Epouse de M. Scipion-Louis-Joseph
de la Garde , Marquis de Chambonas
, Comte de S. Julliat , Baron des
Etats de Languedoc , Lieutenant de Roy
de la même Province , Enseigne de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde
du Roy , mourut à Paris le 5 de ce mois ,
âgée de 30. ans.
> M. Claude-Adrien de Baussan Chevalier
, Seigneur de Toiry , Frere de
l'Intendant de Poitiers , ancien Ecuyer
du Roy , mourut le 7 , âgé de so. ans,
ou environ. Il fut nommé par le Roy
pour commander l'Equipage que S. M.
envoya pour conduire la Reine en Fran
ce. Cette Princesse l'honora d'une pension
, et lui donna d'autres marques dignes
de la liberalité de S. M.
>
Le même jour , M. Louis - François
Maurin, Doyen des Auditeurs des Comptes
, mourut âgé de 77. ans .
D. Charlotte de Serre , Veuve de M.
François le Bas du Plessis , Ecuyer , ancien
Trésorier de l'Extraordinaire des
Guerres mourut aussi le même jour ,
âgée de 66. ans .
و
Honoré , Comte de Ste. Maure , Marquis
d'Archiac , Baron de la Tour Blanche
, Seigneur de la Feüillade , Premier
Ecuyer de la Grande Ecurie du Roy
mourut
NOVEMBRE . 1731. 2635
mourut à Paris le 8 , dans la 79 année
de son âge. Il avoit été Menin de M. le
Dauphin , Ayeul de S. M
Ecuyer de M. le Duc de Berry , et Capitaine
de la Plaine S. Denis.
و
M ,
Premier
>
Le ୨ D. Marguerite Cherré Veuve
de Nicolas le Clerc , Ecuyer , Seigneur
de Brisguiche et de Riberpré , ancien
Trésorier General de l'Extraordinaire des
Cuerres , mourut âgée de 64. ans.
Dame Pelagic Constance du Lis , Epou
se de M. Pierre de Brilhac , Seigneur de
la Vicomté de Geneay , &c . Premier Président
du Parlement de Bretagne , Con-
-seiller du Roy en tous ses Conseils
mourut à Paris le 11 Novembre , âgée
d'environ 40. ans .
Michel- Pierre d'Argouges , Evêque de
Perigueux , et Abbé de N. D. de Jouy',
mourut dans son Diocèse le 13. de ce
mois , dans la 47. année de son âge.
Guy de la Rochefoucauld , Duc de la
Rocheguyon , Comte de Durtal , Baron
d'Estissac , &c. Mestre de Camp de Cavalerie
, mourut le 16 de ce mois , âgé
d'environ 32. ans. Son corps fut transporté
de l'Eglise S. Sulpice sa Paroisse ,
en celle de Ste . Geneviève , où est la sé
pulture de sa Maison. Il fut presenté au
R. P. Prieur par M. l'Abbé Amé , Docteur
2636 MERCURE DE FRANCE
teur en Théologie , lequel fit à ce sujet
un Discours également pieux et éloquent.
Le 3 Septembre dernier , le Marquis
de Sabrevois des Cluselles , Capitaine au
Regiment du Maine Cavalerie , épousa
Françoise Louise de Quiry , fille de Louis,
Comte de Quiry , Lieutenant General de
la Province d'Aunix , Ville et Gouverne
ment de la Roch lle , Isle de Rhé , Brouage
, Rochefort , Oleron , Places et Forteresses
en dépendantes , Châteaux et
Isles adjacentes , Gouverneur des Tours ,
Ports , Havres et Chaines de la Rochelle,
Mestre de Camp de Cavalerie , et Chevalier
de l'Ordre Royal et Militaire de S.
Louis , et de Dame Marie de Malesieux
Dame d'honneur de S. A. S. Mademoiselle
du Maine , La maison de Sabrevois
est ancienne , puisqu'elle tenoir rang dès
Pan 1368 , suivant un compte de Jean le
Mercier , Trésorier General des Guerres
en ladite année . Claude de Sabrevois ,
en 1932. Chambellan du Roy , et Chevalier
de son ordre . Charles de Sabrevois ,
Chevalier de Malthe , fut reçu Grand
Prieur de France le 12 Juin 1617 , alliez
à la maison de Mailly , de vieux Pont
Epinay , Alegre , &c. La Ceremonie fut
faite par l'Evêque de Lavaur , Oncle de
La
NOVEMBRE . 1731. 287
la nouvelle mariée , dans la Chapelle de
M. le Comte de Guiry , à Bagneux , près
Paris..
M. François du Four, sieur de la Tour,
Chevalier , Seigneur , Baron de Veze en
Auvergne , Capitaine au Regiment de la
Ferté Imbaut ; épousa le trois du mois
passé au Château de Pully , près de Baugenci
, M Rose Gédoyn , fille de M.Alphonse
Gédoyn , Chevalier , Seigneur de
Pully , Capitaine des Vaisseaux du Roy
Gouverneur de la Ville et du Château de
Baugenci , et de Dame Rose Tourtié.
Cette Demoiselle qui a l'honneur d'être
alliée à plusieurs grandes Maisons , telles
que les Maisons de Gesvre , de Canillac ,
de Saucour , de Gravilles , et à plusieurs
familles distinguées dans l'Epée et dans
la Robbe , descend en droite ligne de ce
Robert Gédoyn , si célébre en son temps,,
qui a été Sécretaire des Commandemens
sous quatre de nos Rois , et dont nous./
lisons cette belle Epitaphe dans les Ocuvres
de Marot.
Sçais- tu , passant , de qui est ce tombeau ?
D'un , qui jadis , en cheminant tout beau ,
Monta plus haut que tous ceux qui se hâtent
C'est le tombeau , là où les vers s'apartent,
C'est
2888 MERCURE DE FRANCE
Du bon vieillard agréable et heureux ,
Dont tu as vû tout le monde amoureux .
Cy - gît , hélas ! plus je ne le puis taire ,
Robert Gédoyn , excellent Secretaire ,
Qui quatre Rois servit sans désaroi ,
Maintenant est avecque le grand Roy ,
Où il repose après travail et peine.
Or avécu personne d'âge plein ,
Pleine de biens & vertus honorables ',
Puis a laissé ce monde misérable "
Sans le regret qui l'homme souvent mord ;
O vie heureuse ! ô bien heureuse mort !
François - Louis de Lovel de Murat ,
Comte de Nogaret de Calvisson , âgé
d'environ dix huit ans , fils de Louis de
Murat de Nogaret , Marquis de Calvisson
, &c. Baron des Etats de Languedoc ,
Colonel d'Infanterie , Commandant pour
le Roy de la Ville de Marsillargues , et de
Dame Louise de Louet de Murat de Nogaret
de Calvisson, épousa le 22 Novembre
, Dame Anne- Magdelaine - Adelaïde
de Maupeou , âgée de seize ans ; fille de
René-Charles de Maupeou , Marquis de
Morangle et de Montigny, &c . President
au Parlement ; et de Dame Anne- Victoire
de Lamoignon de Courson . La célébration
fut faite dans l'Eglise Paroissialle
de S. Paul de cette Ville .
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Résumé : MORTS ET MARIAGES.
En octobre et novembre 1731, plusieurs décès et mariages notables ont été enregistrés. En octobre, plusieurs personnalités ont décédé, notamment Harles Maurice Colbert de Villacert, abbé de Saint-Pierre de Neanfle et de Saint-André en Goulfer, le 26 octobre. N. Pezey, héraldiste et ancien directeur de l'Académie de Saint-Luc, est mort à l'âge de 83 ans le 27 octobre. Claire-Marie, princesse de Lisle et épouse de Scipion-Louis-Joseph de la Garde, marquis de Chambonas, est décédée à l'âge de 30 ans le 5 octobre. Claude-Adrien de Baussan, chevalier et ancien écuyer du roi, est mort à l'âge de 60 ans le 7 octobre. Louis-François Maurin, doyen des auditeurs des comptes, est décédé à l'âge de 77 ans le 7 octobre. Charlotte de Serre, veuve de François le Bas du Plessis, ancien trésorier des guerres, est morte à l'âge de 66 ans le 7 octobre. Honoré, comte de Sainte-Maure et marquis d'Archiac, premier écuyer de la grande écurie du roi, est décédé à l'âge de 79 ans le 8 octobre. En novembre, d'autres décès ont été signalés, tels que Marguerite Cherré, veuve de Nicolas le Clerc, ancien trésorier général des guerres, à l'âge de 64 ans le 10 novembre. Pelagic Constance du Lis, épouse de Pierre de Brilhac, premier président du Parlement de Bretagne, est morte à environ 40 ans le 11 novembre. Michel-Pierre d'Argouges, évêque de Périgueux, est décédé à l'âge de 47 ans le 13 novembre. Guy de La Rochefoucauld, duc de La Rocheguyon et maître de camp de cavalerie, est mort à environ 32 ans le 16 novembre. Concernant les mariages, le marquis de Sabrevois des Cluselles a épousé Françoise Louise de Quiry le 3 septembre 1731. François du Four, seigneur de Vèze, a épousé Rose Gédoyn le 3 octobre 1731. Enfin, François-Louis de Lovel de Murat, comte de Nogaret de Calvisson, a épousé Anne-Magdelaine-Adélaïde de Maupeou le 22 novembre 1731.
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96
p. 3024-3036
Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Début :
Avec l'Extrait de la Comédie Héroïque du Chevalier Bayard, que [...]
Mots clefs :
Chevalier, Amour, Amitié, Maîtresse, Auteur, Monologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Aroique du Chevalier Bayard , que
nous avons annoncé dans le premier volume
du Mercure de ce mois , nous donnerons
ici quelques traits de l'Histoire ,
qui ont servi de matiere à cette Piece.
Au second Siege de Bresse , où la Ville.
fut prise d'assaut , une Mere éperdue se
jettant aux pieds de Bayard , lui offrit en
don sa maison , et tout ce qui étoit dedans
; lui demandant pour toute grace
qu'il conservât l'honneur de deux belles
Filles qu'elle avoit , sur quoi le Chevalier
prit tous les soins qu'il falloit pour
Jui mettre l'esprit en repos ; et , loin de
vouloir profiter de ses offres , il fit payer.
exactement tout ce que l'on prit dans le
II. Vol.
Logis
DECEMBRE 1731. 3025
1
Logis tant qu'il y resta ; et en sortant , il
partagea avec les deux Belles la rançon ,
le Pere et la Mere l'avoient contraint
d'accepter.
que
>
Plusieurs de nos Historiens ont rap-.
porté avec de grands Eloges sa continen
ce auprès d'une autre jeune et très-belle
personne , que sa Mere pressée par le
besoin avoit voulu livrer à ses plaisirs .
On dit qu'ayant apperçu en elle une véritable
douleur d'avoir été contrainte à
faire ce pas , il en fut si touché , et conserva
son honneur si exactement , qu'au
moment même qu'elle s'offrit à lui , quoi
qu'au milieu de la nuit , il la conduisit
chez une Dame de ses Parentes , à laquelle
il recommanda d'en avoir grand
soin , et l'en tira trois jours après pour
la marier , à ses propres dépens , à un
jeune homme qui la recherchoit , laissant
de plus , à la Mere de quoi la retirer de
la nécessité.
L'Auteur a réuni ces deux actions
pour accommoder la derniere au Théatre
avec décence , et il a pris le beau de celle-
cy pout faire le dénouement de sa
Piece.
De cette derniere Demoiselle on a fait
l'aînée des deux soeurs de Bresse . On lui
a donné , avec le nom de Julie , toutes,
II. Vol. les.
3026 MERCURE DE FRANCE
-
les belles qualitez qu'il falloit pour mériter
l'amour de Bayard . Et sous le nom
de Montfort , on a peint son Amant ,
un jeune Guerrier plein de valeur et de
mérite , et digne de devenir Ami intime
du Chevalier : voici la Fable de la Piecc ..
Le Seigneur Marc , Pere de Julie , et
son intime Ami , le Podestat , de la Ville
de Bresse , ouvrent là Scene . Celui - cy ,
Barbon très amoureux et très - jaloux ,
vient rendre visite à l'autre > pour le
prier de le faire parler au Chevalier
Bayard , son Hôte. On lui demande une
grosse rançon ; il veut la faire moderer.
Frontin paroit , ( c'est le Chirurgien , et
tout ensemble le Valet de Chambre de
Bayard . ) On s'informe à lui de l'état de
sa blessure ; Frontin , pour donner une
preuve qu'il en est bien guéri , dit qu'il
donne le Bal ce soir même aux deux
Soeurs , ce qui allarme la jalousie du Podestat.
Le Seigneur Marc , et lui sortent
pour aller trouver Bayard .
Pendant le séjour que fait Bayard chez
le Seigneur Marc , il devient amoureux
de Julie et Rival de Montfort sans le
sçavoir. Frontin , rusé Gascon , s'en apperçoit
, et en fait part à la Mere , femme
passionnée pour les François et pour tout
ce qui vient de France. Elle se fait une
IL Vol..
agréable,
DECEMBRE 1731. 3027
agréable idée des plaisirs que cet hymen
lui procureroit. Mais Frontin y voit un
grand obstacle ; c'est qu'il croit Montfort
aimé de Julie. Il n'y a point d'autre
moyen de la guérir , que de l'empêcherde
le voir , en le faisant passer pour mort.
La conjoncture est favorable pour ce des◄.
sein , et en effet , on le croit mort pendant
quelque temps dans le Logis ; mais
un incident qu'on va voir le ressuscitera .
Les filles paroissent seules. Clarice , la
Cadette , jeune Italienne très vive et
très- peu circonspecte , comme on est à
son âge , presse Julie de déclarer enfin
son amour à Montfort ; mais celle- cy ,
par prudence et par délicatesse craint
que cet aveu n'augmente la passion de
son Amant , qui n'est déja que trop vive ,
et dont elle prévoit le mauvais succès ,
par l'avarice de leur Pere;elle s'éforçe elle .
même d'éteindre som Amour. A l'appro
che du Podestat et de Bayard , elles se
retirent.
-
- Le Chevalier , après avoir promis au.
Podestat de parler en sa faveur , apprend
de lui , par hazard , que Montfort est
actuellement dans la Ville. Il est fortétonné
de n'avoir encore reçu aucune
visite de lui , après la tendre amitié qu'il
lui avoit autrefois témoignée. L'autre l'ex-
II. Vol.
cuse
3028 MERCURE DE FRANCE
euse sur quelques blessures qu'il a recues
à l'assaut , ( ce qu'il dit exprès pour écarter
l'idée de leur combat , ) mais dont il
le croit à present bien guéri , et en état
de sortir. Bayard , ¡ dans l'ardeur de le revoir
, fait partir sur le champ son Carosse,
`avec deux de ses Hommes d'Armes , pour
le conduire chez lui.
Le Chevalier reste seul , et attend Frontin.
Il fait connoître là qu'il aime Julie ,
mais qu'il veut s'embarquer prudemment
dans cet amour. Il a donné commission
secrette à Frontin de s'informer si ella
avoit le coeur libre ; il vient dans le moment
lui rendre réponse , et dans cette
Scene Frontin se confirme pleinement
par son adresse , dans l'opinion qu'it
avoit de l'amour de son Maître .
Le second Acte commence tristement.
Julie vient d'apprendre la mort de son
Amant , qu'elle croit certaine . Sa douleur
éclate. Montfort introduit au Logis , par
les Hommes d'Armes de Bayard , malgré
les soins de la Mere et de Frontin ,, entend
ses plaintes en secret , et apprend pour la
premiere fois qu'il est aimé. Clarice , en
la consolant à sa maniere , apperçoit
Montfort écoutant , et saisie de frayeur ,
prenant la réalité pour une apparition de
son ombre , elle s'enfuit avec de grands
Ha Vola cris
DECEMBRE
1731. 3029
cris. Julie plus courageuse , l'attend , et
reconnoit la fausseté de sa mort . Elle lui
marque d'abord quelque regret d'avoir
été entendue ; mais à la fin , dans une
Scene très tendre , elle cede aux raisons.
qu'elle a de l'aimer , blâme l'ingratitude
de ses Parens , lui recommande le secret
et l'exhorte à tout esperer de sa constance .
La Mere arrive , et très- surprise de les
trouver ensemble , après quelques réproches
, lui apprend que c'est pour le mettre
à couvert de la colere de Bayard , qu'elle
a fait courir elle-même le bruit de sa
mort . Qu'il se dispense de venir chez
elle , de crainte que le Chevalier ne découvre
en lui l'Auteur du Combat ; mais
le voyant arriver , elle se retire , ne pou
vant parer cette premiere visite .
L'enrrevue de deux Amis est fort tendre.
Le Chevalier s'informe d'abord du
succès d'un amour dont Montfort lui
avoit autrefois parlé ;; mmaaiiss apprenant
qu'il a perdu tous espoirs par l'avarice
d'un Pere , et qu'il ne songe plus au mariage,
Bayard le presse de changer de senti
ment. Il lui marque le regret qu'il a de
ne s'être pas marié à son âge , et de voir
finir en lui sa famille. Et sur ce que Monfort
lui rémontre qu'il est encore en état
d'y penser , il lui avoue qu'il y songe en
II. Vol. effet
3030 MERCURE DE FRANCE
effet , et qu'il a déja fait un choix qu'il·
lui déclarera dès qu'il verra quelque retour
de la part de la Belle. Touché de son
malheureux sort avec tant de mérite ,
son amitié s'échauffe pour lui de plus en
plus. Il lui promet de prendre soin désormais
lui- même de son avancement , et
de le mettre en état de vaincre l'avarice
du Père ; en effet il commence par le
faire son Lieutenant. Après cette faveur ,
il lui demande le nom de sa Maîtresse
que Monfort va lui dire , en le suppliant
auparavant de garder le secret qui leur
est important , et que sa Maîtresse lui a
fait jurer de ne jamais déclarer . Bayard
par discretion , l'arrête , et lui défend de
trahir son serment ; et par là , l'éclaircissement
est suspendu , et on est interessé
de voir Bayard s'efforcer de mettre
son Rival en état d'épouser sa propre
Maîtresse.
Le secret est prêt à tout moment à se
découvrir. Julie charmée de la faveur où
elle voit son Amant auprès du Chevalier,
et des marques sinceres d'amitié qu'elle
en reçoit elle - même , forme le dessein de
s'ouvrir à lui sur leur passion mutuelle
pour s'appuyer de son crédit sur l'esprit
de son avare Pere , dont il tient la fortune
entre ses mains . Elle choisit pour
II. Vol. cela
"
DECEMBRE . 1731. 3038
cela le temps du Bal qu'il donne , à ce
qu'on croit , en réjouissance du retour de
sa santé.
pas-
Au milieu de sa joye , Monfort lui vient
encore annoncer qu'il est sûr de faire sa
fortune dans quelques heures , par l'enlevement
d'un riche convoy qui doit
ser par le Pays Bressan ; il court chercher
le Chevalier pour lui demander les gens
dont il a besoin pour cette expédition.
Frontin armé de toutes Pieces , vient annoncer
par un récit gascon et comique ,
l'enlevement du convoy par lui et son
Compagnon Bayard .
Monfort arrive , il est au désespoir d'a
voir manqué l'occasion ; mais Julie , en
fille forte , le console , et redoublant sa
tendresse , rend bien - tôt le calme à son
coeur.
La nuit s'est passée dans l'intervale du
troisiéme au quatriéme Acte ; le Chevalier
qui ouvre le quatrième , ayant remarqué
le soir précedent à son retour ,
quelque chagrin sur le visage de Monfort
, s'informe de Frontin s'il n'en sçait
point la cause ; il apprend que c'est d'avoir
manqué le convoy. Bayard compatit
beaucoup à sa peine ; et le voyant arri
ver s'excuse de ne l'avoir pas mis au
moins de la partie , ne croyant pas sa
II. Vol. santé
3032 MERCURE DE FRANCE
>
santé assès rétablie pour l'exposer ainsi ;
mais pour le consoler , il lui en cede tout
le profit ; ( ce trait est de l'histoire ; ) et
pour lui donner une plus forte marque
d'amitié , lui ouvre tout son coeur et
lui apprend qu'il aime Julie . Monfort
est frappé du coup ; Bayard s'en apperçoit
, et l'attribuë à quelque reste de foi
blesse qui est passée sur le champ , dit
Monfort , qui s'efforce d'en cacher la
cause ; et son nouveau Rival lui dit avec
transport qu'il en va faire la demande au
Pere , aussi bien que celle de Clarice pour
St. Pol ; esperons , dit-il , de nous voir
bien tôt au comble de nos voeux , puisqu'à
present tu n'es plus en état d'être
refusé.
gue
· Monfort reste seul , dans un Monolotrès
- touchant exhale sa douleur. Julie
qui par Frontin a appris ce riche present
, vient au milieu de son désespoir
lui en marquer sa joye ; il a beau dissimuler
son chagrin , elle s'en apperçoit
et le poursuit pour en sçavoir la cause.
Bayard paroît avec le Seigneur Marc ,
qui lui accorde sa fille , mais qui réfuse
Clarice à S. Pol, parce qu'il s'est engagé de
donner au Podestat , sous peine d'un trèsgros
dédit , et se retire. St. Pol apprenant
le dédit et le réfus , ménace de faire per-
11. Vol
dre
DECEMBRE . 1931. 3033
are la tête au Podestat , s'il ne s'en désiste
, ayant trouvé dans ses Papiers des
preuves, qu'il a trempé dans la révolte de
Bresse ; mais le Chevalier , par bonté de
coeur , arréte sa colere , lui dit qu'il est
venu une Amnistie , et lui conseille seulement
de lui faire peur , pour en tirer lo
dédit. Et c'est ce que Frontin exécute ,
dans la Scene suivante, où le Pere est present
, où il apprend du Podestat , en colere
, que le Seigneur Marc trempe aussi
dans la Rebellion . Cet incident est préparéau
premiet Acte.
Cette découverte sert à Frontin , qui
conduit l'intrigue en faveur de son Maître
, à faire peur à la Mere à son tour ,
et l'oblige à presser son Epoux d'accorder
tout ce qu'elle lui demande , et pour leur
rançon , et pour la dot de ses Filles : ce
qu'elle obtient.
Julie ayant enfin appris d'un autre que
de Monfort l'amour de Bayard , lui en
fait un doux reproche . Son Amant , dans
cette Scene qui est très- tendre , la presse
par de bonnes et fortes raisons qui l'interessent
seule , à consentir à épouser le
Chevalier. Elle n'y peut répondre que
par des sentimens , et à la fin se détermine
à se jetter dans un saint azile , entre les
bras d'une sage Parente dont elle va im-
II. Vol. F plorer
3034 MERCURE DE FRANCE
plorer le secours , et d'y attendre le changement
de ses affaires.
ap-
La Mere survient qui entend sa réso
lution ; et pour l'en détourner lui
>
prend le péril où est son Pere. Monfort
la détermine lui-même au sacré devoir
de l'en retirer. Elle en prend la résolution
avec courage , dit un adieu trèsferme
et très touchant à Monfort ; la
Mere et lui se retirent , et la laissent seule
attendre la déclaration du Chevalier. Il
la lui vient faire d'un air assez gay , muni
de l'aveu de ses Parens , selon les moeurs
gauloises , mais pourtant en marquant un
peu de défiance. Elle l'assure qu'il doit
être sûr de lui plaire , venant , non-sculement
de la part de ses Parens , mais encore
de celle de Monfort , qui a acquis
sur elle autant de droit qu'ils en ont , en
lui sauvant l'honneur et la vie. Elle lui
déclare ensuite leur combat , et s'attendrit
au souvenir de l'état où Bayard l'avoit
mis. A ce récit , Bayard est frappé
d'étonnement et d'admiration , de l'effort
d'amitié de son Rival. Il est attendri luimême.
La Scene est trés- touchante. A la
fin il reste persuadé de la sincerité de Julie
, quipromet de l'aimer , et la prie d'aller
assurer le Pere du consentement qu'elle
donne à son bonheur , afin de le hâter.
11. Vol. Il
DECEMBRE. 1731. 3035
Il reste seul , et fait les réfléxions qu'un
homme aussi amoureux , mais aussi rai
sonnable que lui, doit faire. Il balance entre
l'amour et l'amitié , et pour l'aider à
se déterminer , ordonne à Frontin de faire
venir Monfort. St. Pol , qu'il a chargé de
faire les accords , vient lui annoncer que
tout est fini , et que la Mere va venir lui
présenter et rançon et dot. Elle arrive en
effet , et dans le temps qu'il lui rend graces
des genereux efforts qu'elle a faits en sa
faveur , Monfort paroît, à qui Bayard fait,
avec transport , part de son bonheur , en
lui demandant où en est le sien. Il répond
que sa Maîtresse , forcée par ses Parens ,
a couronné l'amour d'un plus digne Rival
, et que ne le quittant point par in,
constance , il n'a aucun sujet de s'en plaindre.
Puisque tu sors si content d'avec ta
Belle , lui dit Bayard , tu peux donc à present
me dire son nom; là- dessus Monfort le
prie de lui accorder de n'en parler jamais,
puisque ce n'est que par l'oubli qu'il peut
se consoler. Le Chevalier touché de Pétat
où il le voit , lui fait un reproche tendre
de lui avoir trop bien caché son amour ;
lui cede enfin Julie , partage la rançon
entre lui et St. Pol , et l'assure que l'amour
dans son coeur a laissé la place entiere à
l'amitié . Monfort pénetré de cette grace ,
II. Vol. Fij
se
036 MERCURE DE FRANCE
se jette à ses pieds. Il le releve , en le
priant de souffrir qu'il soit équitable à
son tour , et ne profite point d'un bien
qui lui appartient , et qu'il a acheté au
prix de son sang &c. et Julie finit la
Piece par un digne Eloge d'une action
héroïque , qui donne un Scipion à la
France .
Au reste , cette Piece est fort bien répresentée
par les Srs . Quinaut , Dufrene ,
Montmenil , Dangeville , Duchemin et
Armand , et par les Dlles La Motte , Labat
, et Quinaut , qui remplissent les
Rôles du Chevalier Bayard , de Monfort ,
de St. Pol , du Podestat , du Seigneur
Marc , et de Frontin , de Madame Marc ,
de Julie , et de Clarice.
"
Cette Comédie qui a eu six Représenta
tions , sera réjoüée ; l'Auteur travaille à
la rendre encore plus digne de son sujet ,
et de l'attention du Public.
nous avons annoncé dans le premier volume
du Mercure de ce mois , nous donnerons
ici quelques traits de l'Histoire ,
qui ont servi de matiere à cette Piece.
Au second Siege de Bresse , où la Ville.
fut prise d'assaut , une Mere éperdue se
jettant aux pieds de Bayard , lui offrit en
don sa maison , et tout ce qui étoit dedans
; lui demandant pour toute grace
qu'il conservât l'honneur de deux belles
Filles qu'elle avoit , sur quoi le Chevalier
prit tous les soins qu'il falloit pour
Jui mettre l'esprit en repos ; et , loin de
vouloir profiter de ses offres , il fit payer.
exactement tout ce que l'on prit dans le
II. Vol.
Logis
DECEMBRE 1731. 3025
1
Logis tant qu'il y resta ; et en sortant , il
partagea avec les deux Belles la rançon ,
le Pere et la Mere l'avoient contraint
d'accepter.
que
>
Plusieurs de nos Historiens ont rap-.
porté avec de grands Eloges sa continen
ce auprès d'une autre jeune et très-belle
personne , que sa Mere pressée par le
besoin avoit voulu livrer à ses plaisirs .
On dit qu'ayant apperçu en elle une véritable
douleur d'avoir été contrainte à
faire ce pas , il en fut si touché , et conserva
son honneur si exactement , qu'au
moment même qu'elle s'offrit à lui , quoi
qu'au milieu de la nuit , il la conduisit
chez une Dame de ses Parentes , à laquelle
il recommanda d'en avoir grand
soin , et l'en tira trois jours après pour
la marier , à ses propres dépens , à un
jeune homme qui la recherchoit , laissant
de plus , à la Mere de quoi la retirer de
la nécessité.
L'Auteur a réuni ces deux actions
pour accommoder la derniere au Théatre
avec décence , et il a pris le beau de celle-
cy pout faire le dénouement de sa
Piece.
De cette derniere Demoiselle on a fait
l'aînée des deux soeurs de Bresse . On lui
a donné , avec le nom de Julie , toutes,
II. Vol. les.
3026 MERCURE DE FRANCE
-
les belles qualitez qu'il falloit pour mériter
l'amour de Bayard . Et sous le nom
de Montfort , on a peint son Amant ,
un jeune Guerrier plein de valeur et de
mérite , et digne de devenir Ami intime
du Chevalier : voici la Fable de la Piecc ..
Le Seigneur Marc , Pere de Julie , et
son intime Ami , le Podestat , de la Ville
de Bresse , ouvrent là Scene . Celui - cy ,
Barbon très amoureux et très - jaloux ,
vient rendre visite à l'autre > pour le
prier de le faire parler au Chevalier
Bayard , son Hôte. On lui demande une
grosse rançon ; il veut la faire moderer.
Frontin paroit , ( c'est le Chirurgien , et
tout ensemble le Valet de Chambre de
Bayard . ) On s'informe à lui de l'état de
sa blessure ; Frontin , pour donner une
preuve qu'il en est bien guéri , dit qu'il
donne le Bal ce soir même aux deux
Soeurs , ce qui allarme la jalousie du Podestat.
Le Seigneur Marc , et lui sortent
pour aller trouver Bayard .
Pendant le séjour que fait Bayard chez
le Seigneur Marc , il devient amoureux
de Julie et Rival de Montfort sans le
sçavoir. Frontin , rusé Gascon , s'en apperçoit
, et en fait part à la Mere , femme
passionnée pour les François et pour tout
ce qui vient de France. Elle se fait une
IL Vol..
agréable,
DECEMBRE 1731. 3027
agréable idée des plaisirs que cet hymen
lui procureroit. Mais Frontin y voit un
grand obstacle ; c'est qu'il croit Montfort
aimé de Julie. Il n'y a point d'autre
moyen de la guérir , que de l'empêcherde
le voir , en le faisant passer pour mort.
La conjoncture est favorable pour ce des◄.
sein , et en effet , on le croit mort pendant
quelque temps dans le Logis ; mais
un incident qu'on va voir le ressuscitera .
Les filles paroissent seules. Clarice , la
Cadette , jeune Italienne très vive et
très- peu circonspecte , comme on est à
son âge , presse Julie de déclarer enfin
son amour à Montfort ; mais celle- cy ,
par prudence et par délicatesse craint
que cet aveu n'augmente la passion de
son Amant , qui n'est déja que trop vive ,
et dont elle prévoit le mauvais succès ,
par l'avarice de leur Pere;elle s'éforçe elle .
même d'éteindre som Amour. A l'appro
che du Podestat et de Bayard , elles se
retirent.
-
- Le Chevalier , après avoir promis au.
Podestat de parler en sa faveur , apprend
de lui , par hazard , que Montfort est
actuellement dans la Ville. Il est fortétonné
de n'avoir encore reçu aucune
visite de lui , après la tendre amitié qu'il
lui avoit autrefois témoignée. L'autre l'ex-
II. Vol.
cuse
3028 MERCURE DE FRANCE
euse sur quelques blessures qu'il a recues
à l'assaut , ( ce qu'il dit exprès pour écarter
l'idée de leur combat , ) mais dont il
le croit à present bien guéri , et en état
de sortir. Bayard , ¡ dans l'ardeur de le revoir
, fait partir sur le champ son Carosse,
`avec deux de ses Hommes d'Armes , pour
le conduire chez lui.
Le Chevalier reste seul , et attend Frontin.
Il fait connoître là qu'il aime Julie ,
mais qu'il veut s'embarquer prudemment
dans cet amour. Il a donné commission
secrette à Frontin de s'informer si ella
avoit le coeur libre ; il vient dans le moment
lui rendre réponse , et dans cette
Scene Frontin se confirme pleinement
par son adresse , dans l'opinion qu'it
avoit de l'amour de son Maître .
Le second Acte commence tristement.
Julie vient d'apprendre la mort de son
Amant , qu'elle croit certaine . Sa douleur
éclate. Montfort introduit au Logis , par
les Hommes d'Armes de Bayard , malgré
les soins de la Mere et de Frontin ,, entend
ses plaintes en secret , et apprend pour la
premiere fois qu'il est aimé. Clarice , en
la consolant à sa maniere , apperçoit
Montfort écoutant , et saisie de frayeur ,
prenant la réalité pour une apparition de
son ombre , elle s'enfuit avec de grands
Ha Vola cris
DECEMBRE
1731. 3029
cris. Julie plus courageuse , l'attend , et
reconnoit la fausseté de sa mort . Elle lui
marque d'abord quelque regret d'avoir
été entendue ; mais à la fin , dans une
Scene très tendre , elle cede aux raisons.
qu'elle a de l'aimer , blâme l'ingratitude
de ses Parens , lui recommande le secret
et l'exhorte à tout esperer de sa constance .
La Mere arrive , et très- surprise de les
trouver ensemble , après quelques réproches
, lui apprend que c'est pour le mettre
à couvert de la colere de Bayard , qu'elle
a fait courir elle-même le bruit de sa
mort . Qu'il se dispense de venir chez
elle , de crainte que le Chevalier ne découvre
en lui l'Auteur du Combat ; mais
le voyant arriver , elle se retire , ne pou
vant parer cette premiere visite .
L'enrrevue de deux Amis est fort tendre.
Le Chevalier s'informe d'abord du
succès d'un amour dont Montfort lui
avoit autrefois parlé ;; mmaaiiss apprenant
qu'il a perdu tous espoirs par l'avarice
d'un Pere , et qu'il ne songe plus au mariage,
Bayard le presse de changer de senti
ment. Il lui marque le regret qu'il a de
ne s'être pas marié à son âge , et de voir
finir en lui sa famille. Et sur ce que Monfort
lui rémontre qu'il est encore en état
d'y penser , il lui avoue qu'il y songe en
II. Vol. effet
3030 MERCURE DE FRANCE
effet , et qu'il a déja fait un choix qu'il·
lui déclarera dès qu'il verra quelque retour
de la part de la Belle. Touché de son
malheureux sort avec tant de mérite ,
son amitié s'échauffe pour lui de plus en
plus. Il lui promet de prendre soin désormais
lui- même de son avancement , et
de le mettre en état de vaincre l'avarice
du Père ; en effet il commence par le
faire son Lieutenant. Après cette faveur ,
il lui demande le nom de sa Maîtresse
que Monfort va lui dire , en le suppliant
auparavant de garder le secret qui leur
est important , et que sa Maîtresse lui a
fait jurer de ne jamais déclarer . Bayard
par discretion , l'arrête , et lui défend de
trahir son serment ; et par là , l'éclaircissement
est suspendu , et on est interessé
de voir Bayard s'efforcer de mettre
son Rival en état d'épouser sa propre
Maîtresse.
Le secret est prêt à tout moment à se
découvrir. Julie charmée de la faveur où
elle voit son Amant auprès du Chevalier,
et des marques sinceres d'amitié qu'elle
en reçoit elle - même , forme le dessein de
s'ouvrir à lui sur leur passion mutuelle
pour s'appuyer de son crédit sur l'esprit
de son avare Pere , dont il tient la fortune
entre ses mains . Elle choisit pour
II. Vol. cela
"
DECEMBRE . 1731. 3038
cela le temps du Bal qu'il donne , à ce
qu'on croit , en réjouissance du retour de
sa santé.
pas-
Au milieu de sa joye , Monfort lui vient
encore annoncer qu'il est sûr de faire sa
fortune dans quelques heures , par l'enlevement
d'un riche convoy qui doit
ser par le Pays Bressan ; il court chercher
le Chevalier pour lui demander les gens
dont il a besoin pour cette expédition.
Frontin armé de toutes Pieces , vient annoncer
par un récit gascon et comique ,
l'enlevement du convoy par lui et son
Compagnon Bayard .
Monfort arrive , il est au désespoir d'a
voir manqué l'occasion ; mais Julie , en
fille forte , le console , et redoublant sa
tendresse , rend bien - tôt le calme à son
coeur.
La nuit s'est passée dans l'intervale du
troisiéme au quatriéme Acte ; le Chevalier
qui ouvre le quatrième , ayant remarqué
le soir précedent à son retour ,
quelque chagrin sur le visage de Monfort
, s'informe de Frontin s'il n'en sçait
point la cause ; il apprend que c'est d'avoir
manqué le convoy. Bayard compatit
beaucoup à sa peine ; et le voyant arri
ver s'excuse de ne l'avoir pas mis au
moins de la partie , ne croyant pas sa
II. Vol. santé
3032 MERCURE DE FRANCE
>
santé assès rétablie pour l'exposer ainsi ;
mais pour le consoler , il lui en cede tout
le profit ; ( ce trait est de l'histoire ; ) et
pour lui donner une plus forte marque
d'amitié , lui ouvre tout son coeur et
lui apprend qu'il aime Julie . Monfort
est frappé du coup ; Bayard s'en apperçoit
, et l'attribuë à quelque reste de foi
blesse qui est passée sur le champ , dit
Monfort , qui s'efforce d'en cacher la
cause ; et son nouveau Rival lui dit avec
transport qu'il en va faire la demande au
Pere , aussi bien que celle de Clarice pour
St. Pol ; esperons , dit-il , de nous voir
bien tôt au comble de nos voeux , puisqu'à
present tu n'es plus en état d'être
refusé.
gue
· Monfort reste seul , dans un Monolotrès
- touchant exhale sa douleur. Julie
qui par Frontin a appris ce riche present
, vient au milieu de son désespoir
lui en marquer sa joye ; il a beau dissimuler
son chagrin , elle s'en apperçoit
et le poursuit pour en sçavoir la cause.
Bayard paroît avec le Seigneur Marc ,
qui lui accorde sa fille , mais qui réfuse
Clarice à S. Pol, parce qu'il s'est engagé de
donner au Podestat , sous peine d'un trèsgros
dédit , et se retire. St. Pol apprenant
le dédit et le réfus , ménace de faire per-
11. Vol
dre
DECEMBRE . 1931. 3033
are la tête au Podestat , s'il ne s'en désiste
, ayant trouvé dans ses Papiers des
preuves, qu'il a trempé dans la révolte de
Bresse ; mais le Chevalier , par bonté de
coeur , arréte sa colere , lui dit qu'il est
venu une Amnistie , et lui conseille seulement
de lui faire peur , pour en tirer lo
dédit. Et c'est ce que Frontin exécute ,
dans la Scene suivante, où le Pere est present
, où il apprend du Podestat , en colere
, que le Seigneur Marc trempe aussi
dans la Rebellion . Cet incident est préparéau
premiet Acte.
Cette découverte sert à Frontin , qui
conduit l'intrigue en faveur de son Maître
, à faire peur à la Mere à son tour ,
et l'oblige à presser son Epoux d'accorder
tout ce qu'elle lui demande , et pour leur
rançon , et pour la dot de ses Filles : ce
qu'elle obtient.
Julie ayant enfin appris d'un autre que
de Monfort l'amour de Bayard , lui en
fait un doux reproche . Son Amant , dans
cette Scene qui est très- tendre , la presse
par de bonnes et fortes raisons qui l'interessent
seule , à consentir à épouser le
Chevalier. Elle n'y peut répondre que
par des sentimens , et à la fin se détermine
à se jetter dans un saint azile , entre les
bras d'une sage Parente dont elle va im-
II. Vol. F plorer
3034 MERCURE DE FRANCE
plorer le secours , et d'y attendre le changement
de ses affaires.
ap-
La Mere survient qui entend sa réso
lution ; et pour l'en détourner lui
>
prend le péril où est son Pere. Monfort
la détermine lui-même au sacré devoir
de l'en retirer. Elle en prend la résolution
avec courage , dit un adieu trèsferme
et très touchant à Monfort ; la
Mere et lui se retirent , et la laissent seule
attendre la déclaration du Chevalier. Il
la lui vient faire d'un air assez gay , muni
de l'aveu de ses Parens , selon les moeurs
gauloises , mais pourtant en marquant un
peu de défiance. Elle l'assure qu'il doit
être sûr de lui plaire , venant , non-sculement
de la part de ses Parens , mais encore
de celle de Monfort , qui a acquis
sur elle autant de droit qu'ils en ont , en
lui sauvant l'honneur et la vie. Elle lui
déclare ensuite leur combat , et s'attendrit
au souvenir de l'état où Bayard l'avoit
mis. A ce récit , Bayard est frappé
d'étonnement et d'admiration , de l'effort
d'amitié de son Rival. Il est attendri luimême.
La Scene est trés- touchante. A la
fin il reste persuadé de la sincerité de Julie
, quipromet de l'aimer , et la prie d'aller
assurer le Pere du consentement qu'elle
donne à son bonheur , afin de le hâter.
11. Vol. Il
DECEMBRE. 1731. 3035
Il reste seul , et fait les réfléxions qu'un
homme aussi amoureux , mais aussi rai
sonnable que lui, doit faire. Il balance entre
l'amour et l'amitié , et pour l'aider à
se déterminer , ordonne à Frontin de faire
venir Monfort. St. Pol , qu'il a chargé de
faire les accords , vient lui annoncer que
tout est fini , et que la Mere va venir lui
présenter et rançon et dot. Elle arrive en
effet , et dans le temps qu'il lui rend graces
des genereux efforts qu'elle a faits en sa
faveur , Monfort paroît, à qui Bayard fait,
avec transport , part de son bonheur , en
lui demandant où en est le sien. Il répond
que sa Maîtresse , forcée par ses Parens ,
a couronné l'amour d'un plus digne Rival
, et que ne le quittant point par in,
constance , il n'a aucun sujet de s'en plaindre.
Puisque tu sors si content d'avec ta
Belle , lui dit Bayard , tu peux donc à present
me dire son nom; là- dessus Monfort le
prie de lui accorder de n'en parler jamais,
puisque ce n'est que par l'oubli qu'il peut
se consoler. Le Chevalier touché de Pétat
où il le voit , lui fait un reproche tendre
de lui avoir trop bien caché son amour ;
lui cede enfin Julie , partage la rançon
entre lui et St. Pol , et l'assure que l'amour
dans son coeur a laissé la place entiere à
l'amitié . Monfort pénetré de cette grace ,
II. Vol. Fij
se
036 MERCURE DE FRANCE
se jette à ses pieds. Il le releve , en le
priant de souffrir qu'il soit équitable à
son tour , et ne profite point d'un bien
qui lui appartient , et qu'il a acheté au
prix de son sang &c. et Julie finit la
Piece par un digne Eloge d'une action
héroïque , qui donne un Scipion à la
France .
Au reste , cette Piece est fort bien répresentée
par les Srs . Quinaut , Dufrene ,
Montmenil , Dangeville , Duchemin et
Armand , et par les Dlles La Motte , Labat
, et Quinaut , qui remplissent les
Rôles du Chevalier Bayard , de Monfort ,
de St. Pol , du Podestat , du Seigneur
Marc , et de Frontin , de Madame Marc ,
de Julie , et de Clarice.
"
Cette Comédie qui a eu six Représenta
tions , sera réjoüée ; l'Auteur travaille à
la rendre encore plus digne de son sujet ,
et de l'attention du Public.
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Résumé : Spectacles, le Chevalier Bayard, Comédie [titre d'après la table]
Le texte présente un résumé de l'histoire du Chevalier Bayard, en mettant en avant deux actions marquantes de sa vie. Lors du second siège de Bresse, une mère offrit sa maison et ses filles à Bayard pour préserver leur honneur. Bayard refusa les offres et paya pour tout ce qui fut pris dans la maison, partageant ensuite la rançon avec les filles. Une autre anecdote relate comment Bayard sauva l'honneur d'une jeune femme dont la mère l'avait offerte à lui. Touché par sa douleur, il la conduisit chez une parente et la maria à un jeune homme, offrant également de l'argent à la mère. L'auteur de la pièce a combiné ces deux actions pour créer une intrigue théâtrale. Dans la pièce, Julie, l'aînée des deux sœurs de Bresse, est amoureuse de Montfort, un jeune guerrier. Bayard, hôte du père de Julie, devient également amoureux de Julie sans le savoir. Frontin, le valet de Bayard, manipule la situation pour favoriser l'amour entre Julie et Montfort. La pièce se développe autour des intrigues et des malentendus entre les personnages, notamment la fausse nouvelle de la mort de Montfort et les efforts de Bayard pour aider son ami. Bayard finit par avouer son amour à Julie, mais elle lui révèle qu'elle aime Montfort. Touché par l'amitié de Montfort, Bayard accepte de les laisser se marier. La pièce se conclut par des révélations et des résolutions touchantes, mettant en avant les valeurs de l'honneur et de l'amitié. Dans une scène, Bayard convoque Montfort pour discuter de sa situation. St. Pol annonce que la mère de Julie va venir présenter la rançon et la dot pour sa libération. La mère arrive et Bayard la remercie pour ses efforts. Montfort apparaît et révèle que sa maîtresse l'a quitté pour un autre homme, mais il accepte cette situation avec dignité. Bayard, ému, lui demande le nom de sa maîtresse, mais Montfort préfère ne pas le divulguer pour se consoler plus facilement. Bayard, touché par la situation de Montfort, lui cède Julie et partage la rançon entre Montfort et St. Pol. Il affirme que l'amour a laissé place à l'amitié dans son cœur. Montfort, reconnaissant, se jette à ses pieds, mais Bayard le relève et insiste pour que Montfort profite du bien qu'il lui offre. La pièce se termine par un éloge de Julie sur l'action héroïque de Bayard. La pièce, intitulée 'Le Chevalier Bayard', est interprétée par des acteurs tels que Quinaut, Dufrene, Montmenil, Dangeville, Duchemin, Armand, ainsi que les demoiselles La Motte, Labat, et Quinaut. La comédie a eu six représentations et l'auteur travaille à l'améliorer pour une future réjouissance.
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97
p. 798-803
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Claude François Pellot, Comte de Trevieres &c. ancien Maître des [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Ordres, Veuve
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS , NAISSANCES
C
et Mariages
Laude François Pellot,Comte deTrevieres &c. ancien Maître des Requêtes , mourut le 27. Mars âgé de 76. ans.
M. Jacques Bigaut , Docteur en Theo
logie,Curé de sainte Marie Madeleine de
la Ville-Levêque , mourut le 30 Mars ,
âgé de 58 ans.
D. Madelaine d'Archi , veuve de M.
René Duvernet, sieur de la Vallée, Ecuyer
ordinaire de la Grande Ecurie du Roi,
mourut à Paris le 1. Avril, âgée d'environ
82 ans.
Charles-Armand de Gontaut de Biron ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de
S. Bertrand de Chaumont, mourut le 5.
Avril âgé de 29. ans.
Le
AVRIL 1732. 799
་
Le Prince Frederic , frere de l'Archevêque de Vienne , mourut à Strasbourg le
de ce mois , âgé de so ans. Il étoit Grand
Doyen et Chanoine de l'Eglise Cathedrale
de Strasbourg , Grand-Prévor de celle de
Liege , et Prieur du Pont S.Esprit, deNan
tua en Bugey , et de la Charité sur Loire.
D. Angelique Marguerite de Battefort
Delaubepin , veuve de Charle Marie de
Montmorency , Chevalier, Premier Baron
Chrétien en France , Seigneur de NeuvyPailloux , mourut le 15 Avril , âgée de
Sans.
Charles - Thimoleon - Louis de Cossé ,
Duc de Brissac , Pair et Grand Panetier
de France , Baron de Montreuil - Bellai ,
Seigneur de Lugni , Martigni , Briant ,
Bregue , Vaucretien , la Lande &c, mourut à Paris géneralement regretté , le 18
Avril âgé de 39 ans.
Le 21. de ce mois mourut M. Antoine
le Moine, Docteur de la Maison et Societé
de Sorbonne , Chanoine de S. Benoît et
Censeur Royal , âgé de 65 ans , fort regretté par sa candeur et son érudition.
D.Louise de Crevant d'Humieres, veuve de M. Charles- Louis d'Hautefort, Marquis de Surville , Lieutenant Géneral des
Armées du Roi, mourut le 22 Avril dans
fa 72me année de son âge. Elle étoit veuve Hv en
800 MERCURE DE FRANCE
en premieres nôces du Comte de Vassé
Vidame du Mans , mort le 7 Août 1684.
Charles- Louis Auguste le TonnelierBreteuil , Evêque de Rennes , Abbé de
S. Pierre de Chaumes , Prieur Comman→
dataire de Deüil et d'Escarmeil , et GrandMaître de la Chapelle de Musique du Roi,
mourut dans son Diocèse le 24 de ce mois ,
âgé de 4 ans accomplis.
Il étoit fils de François le Tonnelier dé
Breteuil, Marquis de Fontenay- Tresigny,
Sire de Vill bert , Baron de Boitron , Seigneur des Chapelles Breteüil &c. Conseiller d'Etat ordinaire , Intendant des Finances , et de Anne de Calonne de Courrebourne , er frere de François-Victor lo
Tonnelier Breteüil , Marquis de Fonte
nay-Tresigni &c. Commandeur des Or. ,
dres du Roi , Chancelier de la Reine
cy-devant Secretaire d'Etat au departe .
ment de la Guerre.
4
La Maison de Breteuil est trop connue,
pour qu'on entre ici dans le détail de sa
Genealogie.
D. Marie Therese Emmanuel Casimire
Geneviève de Bethune , Epouse de Char
les Louis-Auguste Fouquet , Comte de
Belle Isle , Lieutenant Général des Armées du Roi , Mestre de Camp General
,
des
AVRIL. 1732: 801
ས
des Dragons de France , Gouverneur des
Ville et Fort d'Huningue , Commandant
en chef dans les trois Evêchez, frontieres
de la Lorraine , de l'Alsace et du Duché
de Luxembourg, accoucha le 27 Mars
d'un fils qui fut nommé Louis Marie par
Louis Fouquet , Marquis de Belle- Isle son
Ayeul , et par D. Jeanne- Marie Guion
veuve de Miximilien-Henri de Bethune
Duc de Sully , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi &c.
- D. Marie- Anne Petit de Villeneuve
fille de feu M. Petit de Villeneuve , Président de la Cour des Aides , Epouse de
M. Jean-Baptiste le Feron , Chevalier Seigneur du Plessis- aux Bois, de Cuisy , d'Iverni , Conseiller du Roi en ses Conseils,
Maître des Requêtes, accoucha le 11 Avril
d'un fils qui fut tenu le même jour sur les
Fonts Baptismaux , et nommé Jean- Bap
tiste Evrard , par M. Evrard Titou Du
tillet , Maître d'Hôtel de feüe Madamela
Dauphine, Mere du Roi et Commissaire:
Provincial des Guerres, son grand Oncle
et par D. Marie- Anne Foucault , veuve
de M. Petit de Villeneuve , Conseiller de
La Cour des Aides, sa Bisayeule.
Le Samedi 12 Avril , Jean- Charles de
Crussol , Duc d'Uzés , premier Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,,
H&vj Gou
802 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur des Provinces de Saintonges
et d'Angoumois , et D. Anne Julie- Françoise de Crussol d'Uzés , Epouse de M. Louis Cesar de la Baume, le Blanc de la
Valiere , Duc de Vaujour , Gouverneur et
Grand Sénechal en survivance de la Province de Bourbonnois , Colonel du Regiment de la Valiere , tinrent sur les Fonts
de Baptême en l'Eglise deS. Eustache, une
petite Juive âgée de trois ans et demi
fille d'Eléazard Levi , Juif Hollandois et
de Fronoca Jacob , sa femme , et lui don
nerent le nom d'Anne Julie Françoise.
4 D. Marie-Therese de Baillon , Epouse
d'Antoine- François de la Tournelle,Comte de la Tournelle , &c. accoucha le 13
Avril d'une fille, qui fut nommée Jeanne'
Charlotte par Jean de Baillon , Conseiller
au Parlement de Paris , et par D. Jeanne
Charlotte du Deffant de la Lande , veuve
de Roger de la Tournelle, Marquis de
Courancy.
D. Jeanne Marie-Joseph Guyon, Epou
se d'Anne de Lugnac de Reuilly , accou
cha le 19. Avril d'une fille qui fut nommée Marie- Louise par Louis de Gand de
Merodes de Montmorency, Prince d'Isen
ghien , Chevalier des Ordres du Roi
Lieutenant Géneral de ses Armées et de la
Province d'Artois , Gouverneur des Ville
et
AVRIL. 17328 80%
et Citadelle d'Arras , et par D. JeanneMarie Guyon , veuve de MaximilienHenry de Bethune , Duc de Sully , Pair de
France , Prince Souverain d'Henrichemont et de Boissel , Chevalier des ordres
du Roi &c.
Augustin Joseph , Comte de Mailly ར
fils de Joseph , Marquis de Mailly , Baron de S. Amant &c. et de Louise Magdelaine-Joseph-Marie de la Riviere, de la
Roche-de-Vaux , épousa le zr Avril D.
Constance Colbert de Torcy , fille deJean- Baptiste Colbert, Marquis de Torcy,
de Croisy &c. Ministre d'Etat, Comman
deur des Ordres du Roi , et de D: Cathe
rine Felicité Arnaud de Pomponne
C
et Mariages
Laude François Pellot,Comte deTrevieres &c. ancien Maître des Requêtes , mourut le 27. Mars âgé de 76. ans.
M. Jacques Bigaut , Docteur en Theo
logie,Curé de sainte Marie Madeleine de
la Ville-Levêque , mourut le 30 Mars ,
âgé de 58 ans.
D. Madelaine d'Archi , veuve de M.
René Duvernet, sieur de la Vallée, Ecuyer
ordinaire de la Grande Ecurie du Roi,
mourut à Paris le 1. Avril, âgée d'environ
82 ans.
Charles-Armand de Gontaut de Biron ,
Abbé Commandataire de l'Abbaye de
S. Bertrand de Chaumont, mourut le 5.
Avril âgé de 29. ans.
Le
AVRIL 1732. 799
་
Le Prince Frederic , frere de l'Archevêque de Vienne , mourut à Strasbourg le
de ce mois , âgé de so ans. Il étoit Grand
Doyen et Chanoine de l'Eglise Cathedrale
de Strasbourg , Grand-Prévor de celle de
Liege , et Prieur du Pont S.Esprit, deNan
tua en Bugey , et de la Charité sur Loire.
D. Angelique Marguerite de Battefort
Delaubepin , veuve de Charle Marie de
Montmorency , Chevalier, Premier Baron
Chrétien en France , Seigneur de NeuvyPailloux , mourut le 15 Avril , âgée de
Sans.
Charles - Thimoleon - Louis de Cossé ,
Duc de Brissac , Pair et Grand Panetier
de France , Baron de Montreuil - Bellai ,
Seigneur de Lugni , Martigni , Briant ,
Bregue , Vaucretien , la Lande &c, mourut à Paris géneralement regretté , le 18
Avril âgé de 39 ans.
Le 21. de ce mois mourut M. Antoine
le Moine, Docteur de la Maison et Societé
de Sorbonne , Chanoine de S. Benoît et
Censeur Royal , âgé de 65 ans , fort regretté par sa candeur et son érudition.
D.Louise de Crevant d'Humieres, veuve de M. Charles- Louis d'Hautefort, Marquis de Surville , Lieutenant Géneral des
Armées du Roi, mourut le 22 Avril dans
fa 72me année de son âge. Elle étoit veuve Hv en
800 MERCURE DE FRANCE
en premieres nôces du Comte de Vassé
Vidame du Mans , mort le 7 Août 1684.
Charles- Louis Auguste le TonnelierBreteuil , Evêque de Rennes , Abbé de
S. Pierre de Chaumes , Prieur Comman→
dataire de Deüil et d'Escarmeil , et GrandMaître de la Chapelle de Musique du Roi,
mourut dans son Diocèse le 24 de ce mois ,
âgé de 4 ans accomplis.
Il étoit fils de François le Tonnelier dé
Breteuil, Marquis de Fontenay- Tresigny,
Sire de Vill bert , Baron de Boitron , Seigneur des Chapelles Breteüil &c. Conseiller d'Etat ordinaire , Intendant des Finances , et de Anne de Calonne de Courrebourne , er frere de François-Victor lo
Tonnelier Breteüil , Marquis de Fonte
nay-Tresigni &c. Commandeur des Or. ,
dres du Roi , Chancelier de la Reine
cy-devant Secretaire d'Etat au departe .
ment de la Guerre.
4
La Maison de Breteuil est trop connue,
pour qu'on entre ici dans le détail de sa
Genealogie.
D. Marie Therese Emmanuel Casimire
Geneviève de Bethune , Epouse de Char
les Louis-Auguste Fouquet , Comte de
Belle Isle , Lieutenant Général des Armées du Roi , Mestre de Camp General
,
des
AVRIL. 1732: 801
ས
des Dragons de France , Gouverneur des
Ville et Fort d'Huningue , Commandant
en chef dans les trois Evêchez, frontieres
de la Lorraine , de l'Alsace et du Duché
de Luxembourg, accoucha le 27 Mars
d'un fils qui fut nommé Louis Marie par
Louis Fouquet , Marquis de Belle- Isle son
Ayeul , et par D. Jeanne- Marie Guion
veuve de Miximilien-Henri de Bethune
Duc de Sully , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi &c.
- D. Marie- Anne Petit de Villeneuve
fille de feu M. Petit de Villeneuve , Président de la Cour des Aides , Epouse de
M. Jean-Baptiste le Feron , Chevalier Seigneur du Plessis- aux Bois, de Cuisy , d'Iverni , Conseiller du Roi en ses Conseils,
Maître des Requêtes, accoucha le 11 Avril
d'un fils qui fut tenu le même jour sur les
Fonts Baptismaux , et nommé Jean- Bap
tiste Evrard , par M. Evrard Titou Du
tillet , Maître d'Hôtel de feüe Madamela
Dauphine, Mere du Roi et Commissaire:
Provincial des Guerres, son grand Oncle
et par D. Marie- Anne Foucault , veuve
de M. Petit de Villeneuve , Conseiller de
La Cour des Aides, sa Bisayeule.
Le Samedi 12 Avril , Jean- Charles de
Crussol , Duc d'Uzés , premier Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi ,,
H&vj Gou
802 MERCURE DE FRANCE
Gouverneur des Provinces de Saintonges
et d'Angoumois , et D. Anne Julie- Françoise de Crussol d'Uzés , Epouse de M. Louis Cesar de la Baume, le Blanc de la
Valiere , Duc de Vaujour , Gouverneur et
Grand Sénechal en survivance de la Province de Bourbonnois , Colonel du Regiment de la Valiere , tinrent sur les Fonts
de Baptême en l'Eglise deS. Eustache, une
petite Juive âgée de trois ans et demi
fille d'Eléazard Levi , Juif Hollandois et
de Fronoca Jacob , sa femme , et lui don
nerent le nom d'Anne Julie Françoise.
4 D. Marie-Therese de Baillon , Epouse
d'Antoine- François de la Tournelle,Comte de la Tournelle , &c. accoucha le 13
Avril d'une fille, qui fut nommée Jeanne'
Charlotte par Jean de Baillon , Conseiller
au Parlement de Paris , et par D. Jeanne
Charlotte du Deffant de la Lande , veuve
de Roger de la Tournelle, Marquis de
Courancy.
D. Jeanne Marie-Joseph Guyon, Epou
se d'Anne de Lugnac de Reuilly , accou
cha le 19. Avril d'une fille qui fut nommée Marie- Louise par Louis de Gand de
Merodes de Montmorency, Prince d'Isen
ghien , Chevalier des Ordres du Roi
Lieutenant Géneral de ses Armées et de la
Province d'Artois , Gouverneur des Ville
et
AVRIL. 17328 80%
et Citadelle d'Arras , et par D. JeanneMarie Guyon , veuve de MaximilienHenry de Bethune , Duc de Sully , Pair de
France , Prince Souverain d'Henrichemont et de Boissel , Chevalier des ordres
du Roi &c.
Augustin Joseph , Comte de Mailly ར
fils de Joseph , Marquis de Mailly , Baron de S. Amant &c. et de Louise Magdelaine-Joseph-Marie de la Riviere, de la
Roche-de-Vaux , épousa le zr Avril D.
Constance Colbert de Torcy , fille deJean- Baptiste Colbert, Marquis de Torcy,
de Croisy &c. Ministre d'Etat, Comman
deur des Ordres du Roi , et de D: Cathe
rine Felicité Arnaud de Pomponne
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Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En avril 1732, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Laude François Pellot, Comte de Trevieres et ancien Maître des Requêtes, est décédé le 27 mars à l'âge de 76 ans. M. Jacques Bigaut, Docteur en Théologie et Curé de Sainte Marie Madeleine de la Ville-Levêque, est mort le 30 mars à 58 ans. D. Madelaine d'Archi, veuve de René Duvernet, sieur de la Vallée, a décédé à Paris le 1er avril à environ 82 ans. Charles-Armand de Gontaut de Biron, Abbé Commandataire de l'Abbaye de Saint Bertrand de Chaumont, est mort le 5 avril à 29 ans. Le Prince Frédéric, frère de l'Archevêque de Vienne, est décédé à Strasbourg le 6 avril à 50 ans. Il occupait plusieurs postes ecclésiastiques importants. D. Angélique Marguerite de Battefort Delaubepin, veuve de Charles Marie de Montmorency, est morte le 15 avril. Charles-Thimoléon-Louis de Cossé, Duc de Brissac, Pair et Grand Panetier de France, est décédé à Paris le 18 avril à 39 ans. M. Antoine le Moine, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, est mort le 21 avril à 65 ans. D. Louise de Crevant d'Humières, veuve de Charles-Louis d'Hautefort, est décédée le 22 avril à 72 ans. Charles-Louis-Auguste le Tonnelier-Breteuil, Evêque de Rennes, est mort dans son diocèse le 24 avril à 44 ans. Plusieurs naissances et mariages ont également été signalés. D. Marie Thérèse Emmanuel Casimire Geneviève de Bethune a accouché le 27 mars d'un fils nommé Louis Marie. D. Marie-Anne Petit de Villeneuve a donné naissance à un fils le 11 avril, baptisé Jean-Baptiste Evrard. Le Duc d'Uzès et D. Anne Julie-Françoise de Crussol d'Uzès ont baptisé une petite Juive de trois ans et demi, nommée Anne Julie Françoise. D. Marie-Thérèse de Baillon a accouché d'une fille le 13 avril, nommée Jeanne-Charlotte. D. Jeanne Marie-Joseph Guyon a donné naissance à une fille le 19 avril, nommée Marie-Louise. Enfin, Augustin Joseph, Comte de Mailly, a épousé D. Constance Colbert de Torcy le 21 avril.
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98
p. 2507-2509
MORTS, NAISSANCES et Mariages.
Début :
Le Chevalier de Fenelon, Exempt des Gardes du Corps du Roi, mourut à Fontainebleau [...]
Mots clefs :
Chevalier, Marquis, Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
MORTS , NAISSANCES
et Mariages.
E Chevalier de Fenelon , Exempt des Gardes Le de
le 21 du mois dernier âgé de 32 ans. Sa place
d'Exempt a été donnée à M. de la Tour , Briga dier des Gardes du Corps.
M. Léon Roulier , Chanoine de l'Eglise de
Paris , Conseiller du Roi en la Cour de Parle- ment et Grand- Chambre d'icelle , déceda le 30.
Octobre à Auteuil , âgé de 70 ans environ.
M. Pierre-François Durand de Monthessu
Conseiller du Roi en la Cour de Parlement , fils
de Jean - Maurice Durand , Seigneur de Chalas , Latour du Bost , Matougues , Pringy , &c.
et de Dame Louise Duvey , mourut le 6 Novembre âgé de 23 ans.
Louis - Henri - Jacques - René Herault , fils
de M. René Herault, Chevalier, Seigneur de Fontaine- Labbé , de Vaucresson , &c. Conseiller
d'Etat , Lieutenant General de Police, et de feuë
Dame Marie-Marguerite Durey , mourut le 6.
Novembre âgé de 8. ans , environ.
M, Claude Leullier , Docteur de la Faculté de
Theologie de Paris , Grand- Maître , Principal'
de la Maison et College du Cardinal le Moine ,
et Curé de la Paroisse de S. Jean l'Evangeliste, du
même College , mourut le 10 de ce mois âgé de 73 ans.
M. Simon Menassier , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine
I iiij Hono-
2558 MERCURE DE FRANCE
Honoraire de S. Honoré , Sous- Penitencier et
Chapelain de PEglise de Paris , et Principal du
College de Sainte Barbe , mourut le 19. âgé de 77. ans.
M. Abraham Peirenc de Moras , Chevalier
Seigneur de S. Priest , de Clinchamp et autres
lieux , Maître des Requêtes , Chef du Conseil
de S. A. S. Madame la Duchesse , mourut à Paris le 20 âgé de 49 ans.
Dame Marie-Elisabeth Chefdeville , veuve de
Claude Bernard Rousseau , Ecuyer , Conseiller du Roi , Doyen des Auditeurs de la Cham.
bre des Comptes , Chevalier de S. Lazare , mourut le 21 Novembre , âgée de 76. ans accomplis.
Sa grande pieté , son humilité profonde , sa tendresse et sa charité pour les pauvres , ses soins
pour les prisonniers , et sa délicatesse pour la ré- putation de son Prochain , ont pendant tout le Cours de sa vie animé toutes ses actions.
Dame Therese Desbordes , veuve de M. Edme
Conrade Fugere , Conseiller de la Cour des Ay
des , mourut le 24. âgée de 32 ans.
Dame Charlotte- Elisabeth de Bassompierre ;
Epouse de N... Marquis de Choiseul- Beaupré
Enseigne de Gendarmerie , et Lieutenant General
des Provinces de Champagne et Brie , accoucha
les Octobre dans la Ville de Nancy d'un fils ,
qui fût nommé Jacques Renaud , par N... de
Barillon , Comte de Morangis , et par Madame
la Duchesse deCroüy.L'Enfant portera le nom de Comte de Savigny.
D. Emilie de la Rochefoucault , Epouse de
Charles-Emanuel de Crussol- Saint- Sulpice , Duc
de
NOVEMBRE. 1732. 2509
de Crussol , accoucha le 16 Octobre d'une fille
qui fut nommée Emilie.
Dame Marie-Sophie Colbert de Seignelay, Epouse de Charles- François de Montmorency- Luxembourg , Duc de Luxembourg , de Montmo
rency et de Piney , Pair et premier Baron Chré tien de France , Gouverneur de la Province de
Normandie , accoucha le 6. Novembre d'une
fille , qui fut nommée Marie Françoise - So
phie.
D. Elisabeth-Françoise de Gilliers , Epouse
de Pierre Charles , Comte de Nonant , Chevalier
de S. Louis , Capitaine au Régiment de Sa Ma- jesté , Infanterie , accoucha le 7 Novembre d'un
fils , qui fut nommé Louis par Louis Léon Bou- thilier , Comte de Beaujeu , Capitaine au même
Régiment , et par Dame Marie Marguerite de
Carvoisin , Dachy , Epouse de Pierre Brunet de
Chailly , Comte de Serigny , Maître des Requê tes Honoraire , Président en la Chambre des
Comptes.
Le 17. Pierre. François de Mesgrigny , Che valier , Seigneur de Villebertin , Chevillelles
épousa au Château de Villemereüil près de
Troyes , Demoiselle Louise Le Courtois , fille de
feu Louis Le Courtois , Chevalier , Seigneur
de Bignicourt , Bucey , et sœur de Pierre Le
Courtois , Chevalier , Baron de saint Cyr, et Conseiller au Parlement.
Guillaume-Marie-Joseph-Joachim de RosnyVinen , Marquis d'Epiré , fils de Jean- Baptiste
de Rosny et de D. Judith- Gabrielle Picquet ,
épousa le 20 Novembre D. Louise Emilie de
Visdelou de Bienassis , fille de René- François de
Visdelou , et de D. Margurite Iris de Poys ,
Marquise de Montesson.
et Mariages.
E Chevalier de Fenelon , Exempt des Gardes Le de
le 21 du mois dernier âgé de 32 ans. Sa place
d'Exempt a été donnée à M. de la Tour , Briga dier des Gardes du Corps.
M. Léon Roulier , Chanoine de l'Eglise de
Paris , Conseiller du Roi en la Cour de Parle- ment et Grand- Chambre d'icelle , déceda le 30.
Octobre à Auteuil , âgé de 70 ans environ.
M. Pierre-François Durand de Monthessu
Conseiller du Roi en la Cour de Parlement , fils
de Jean - Maurice Durand , Seigneur de Chalas , Latour du Bost , Matougues , Pringy , &c.
et de Dame Louise Duvey , mourut le 6 Novembre âgé de 23 ans.
Louis - Henri - Jacques - René Herault , fils
de M. René Herault, Chevalier, Seigneur de Fontaine- Labbé , de Vaucresson , &c. Conseiller
d'Etat , Lieutenant General de Police, et de feuë
Dame Marie-Marguerite Durey , mourut le 6.
Novembre âgé de 8. ans , environ.
M, Claude Leullier , Docteur de la Faculté de
Theologie de Paris , Grand- Maître , Principal'
de la Maison et College du Cardinal le Moine ,
et Curé de la Paroisse de S. Jean l'Evangeliste, du
même College , mourut le 10 de ce mois âgé de 73 ans.
M. Simon Menassier , Prêtre , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine
I iiij Hono-
2558 MERCURE DE FRANCE
Honoraire de S. Honoré , Sous- Penitencier et
Chapelain de PEglise de Paris , et Principal du
College de Sainte Barbe , mourut le 19. âgé de 77. ans.
M. Abraham Peirenc de Moras , Chevalier
Seigneur de S. Priest , de Clinchamp et autres
lieux , Maître des Requêtes , Chef du Conseil
de S. A. S. Madame la Duchesse , mourut à Paris le 20 âgé de 49 ans.
Dame Marie-Elisabeth Chefdeville , veuve de
Claude Bernard Rousseau , Ecuyer , Conseiller du Roi , Doyen des Auditeurs de la Cham.
bre des Comptes , Chevalier de S. Lazare , mourut le 21 Novembre , âgée de 76. ans accomplis.
Sa grande pieté , son humilité profonde , sa tendresse et sa charité pour les pauvres , ses soins
pour les prisonniers , et sa délicatesse pour la ré- putation de son Prochain , ont pendant tout le Cours de sa vie animé toutes ses actions.
Dame Therese Desbordes , veuve de M. Edme
Conrade Fugere , Conseiller de la Cour des Ay
des , mourut le 24. âgée de 32 ans.
Dame Charlotte- Elisabeth de Bassompierre ;
Epouse de N... Marquis de Choiseul- Beaupré
Enseigne de Gendarmerie , et Lieutenant General
des Provinces de Champagne et Brie , accoucha
les Octobre dans la Ville de Nancy d'un fils ,
qui fût nommé Jacques Renaud , par N... de
Barillon , Comte de Morangis , et par Madame
la Duchesse deCroüy.L'Enfant portera le nom de Comte de Savigny.
D. Emilie de la Rochefoucault , Epouse de
Charles-Emanuel de Crussol- Saint- Sulpice , Duc
de
NOVEMBRE. 1732. 2509
de Crussol , accoucha le 16 Octobre d'une fille
qui fut nommée Emilie.
Dame Marie-Sophie Colbert de Seignelay, Epouse de Charles- François de Montmorency- Luxembourg , Duc de Luxembourg , de Montmo
rency et de Piney , Pair et premier Baron Chré tien de France , Gouverneur de la Province de
Normandie , accoucha le 6. Novembre d'une
fille , qui fut nommée Marie Françoise - So
phie.
D. Elisabeth-Françoise de Gilliers , Epouse
de Pierre Charles , Comte de Nonant , Chevalier
de S. Louis , Capitaine au Régiment de Sa Ma- jesté , Infanterie , accoucha le 7 Novembre d'un
fils , qui fut nommé Louis par Louis Léon Bou- thilier , Comte de Beaujeu , Capitaine au même
Régiment , et par Dame Marie Marguerite de
Carvoisin , Dachy , Epouse de Pierre Brunet de
Chailly , Comte de Serigny , Maître des Requê tes Honoraire , Président en la Chambre des
Comptes.
Le 17. Pierre. François de Mesgrigny , Che valier , Seigneur de Villebertin , Chevillelles
épousa au Château de Villemereüil près de
Troyes , Demoiselle Louise Le Courtois , fille de
feu Louis Le Courtois , Chevalier , Seigneur
de Bignicourt , Bucey , et sœur de Pierre Le
Courtois , Chevalier , Baron de saint Cyr, et Conseiller au Parlement.
Guillaume-Marie-Joseph-Joachim de RosnyVinen , Marquis d'Epiré , fils de Jean- Baptiste
de Rosny et de D. Judith- Gabrielle Picquet ,
épousa le 20 Novembre D. Louise Emilie de
Visdelou de Bienassis , fille de René- François de
Visdelou , et de D. Margurite Iris de Poys ,
Marquise de Montesson.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES et Mariages.
En octobre et novembre 1732, plusieurs événements marquants ont été enregistrés, incluant des naissances, des décès et des mariages. Parmi les décès notables, le Chevalier de Fénelon, Exempt des Gardes, est décédé à l'âge de 32 ans et a été remplacé par M. de la Tour. M. Léon Roulier, Chanoine de l'Église de Paris et Conseiller du Roi, est mort à Auteuil à l'âge de 70 ans. M. Pierre-François Durand de Monthessu, Conseiller du Roi, est décédé à 23 ans. Louis-Henri-Jacques-René Hérault, Conseiller d'État et Lieutenant Général de Police, est mort à l'âge de 8 ans. M. Claude Leullier, Docteur en Théologie et Curé de la Paroisse de Saint Jean l'Évangéliste, est décédé à 73 ans. M. Simon Menassier, Prêtre et Chanoine Honoraire de Saint Honoré, est mort à 77 ans. M. Abraham Peirenc de Moras, Maître des Requêtes, est décédé à 49 ans. Dame Marie-Élisabeth Chefdeville, veuve de Claude Bernard Rousseau, est morte à 76 ans. Enfin, Dame Thérèse Desbordes, veuve de M. Edme Conrad Fugère, est décédée à 32 ans. Du côté des naissances, Dame Charlotte-Élisabeth de Bassompierre a donné naissance à un fils nommé Jacques Renaud, Comte de Savigny. D. Émilie de La Rochefoucauld a accouché d'une fille nommée Émilie. Dame Marie-Sophie Colbert de Seignelay a eu une fille nommée Marie Françoise-Sophie. D. Élisabeth-Françoise de Gilliers a donné naissance à un fils nommé Louis. Deux mariages ont également été célébrés : celui de Pierre-François de Mesgrigny avec Demoiselle Louise Le Courtois, et celui de Guillaume-Marie-Joseph-Joachim de Rosny-Vinen avec D. Louise Émilie de Visdelou de Bienassis.
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99
p. 169-171
MORTS, NAISSANCES & Mariages.
Début :
Le 9 Janvier, mourut Mre Jean-Zacharie de Lafaürie de Villendrault, [...]
Mots clefs :
Dame, Marquis, Veuve, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
MORTS,NAISSANCES
- l gâvMariages.
' E 9 Janvier, mourut M” Jean - Za?
charie de Lafaürie de Villenclrlàult,
Président en la Cour des Aydes de Paris,
, ïct Conseiller Honoraire au Parlement de
Bordeaux) Chevalier , Seigneur , Baron
Ho’ Villendrault , Vicomte de ‘Paulmier ,
“dans la 33 année de son âge.
' Dame Marie de Lamoignon , veuve
‘tic Victor Maurice, Comte de Broglie,
Maréchal de France, Gouverneur d'As
vesncs , mourutâ Paris le n, Janvier
Ïlans la 88° année de son âge.
François Doffoil, mourut à. Ver-vins,
‘petite Ville de Picardie, le r; de ce mois,
âgé de no ans, étant né en 152.3. il per
dit son pere à Pâge de Io ans , et Fut ma
tiépînq fois , ec eut douze garçons et
huit filles. _
Dame Jeanne-Antoinette (le Belloy;
veuve de Charles, Comtcide Lannoy 5
filie de Feu Jacques deiBelloy, Chevalier,
‘Marquis de Carillon , et de Dame Ami
CÎC de Courtenay , mourut en son Chä;
teau de la. Motte, en Picardie, âgée de.
8€ ans.
PÎCE:
[70 ME RCURE D E FRANCE
q Pierre Brûlard, Marquis de Genlis, est;
' mort dequis quelque rempsfllans son
Château de Genlisen Picardiec, dans la
85‘ année de son âge. v ' _ ‘
M” ‘Pierre Sabatier , Évêque d’Amiens,‘
mourut le zo. dans son Dioclse , âgé de
79 ans accomplis.
Dame Antoinerte-hladelaine de Bor
deaux; veuve M. Henry Martel , Comte
de Fontaine , premier Ecuyer cle S. A. R,‘ '
Madame la Duchesse d’O_rlean_s , mougrç
à Paris le 24,-d.ans la °7z°annêe de son
âge. Son Corps fut transporté en l’Egli—
se du Village de Brétigny , dont elle émit:
Darne. - ' -. ‘»
Dame Marie- Gahrielle le Cirier de"
Neufchelles, Epouse de Jacques -,'Samuel
‘le Clerc , Marquis de Juigné , 86C. Colt-a}
‘nel du Régiment dïnfmrerie d’Orleans ,
accoucha le 4 Janvier d’un fils,qui fut:
pommé Léon-Marguerite , par Leon le
‘Cirier, Marquis de Neufchelles, Lieu;
tenantdes Gardes du Corpsfi/larêchal des
Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Sainte Ménéhoud , et par D. Maries
‘Marguerite le Méneszrel de Hauguel‘,
E ouse de Jacques Bazin de Bezons, Ma.
Ïx chal de France , Chevalier des Ordres
du Roy ’, ôzc. ‘ - -
. l‘ Are
JANVIER: :733.‘ ‘x7!
Àtmand-Jean de S. Simon , Marquis de
Ruiïec , Grand d’Espngne de la premiere
Classe , Mestre de Camp de Cavalerie,
second fils de Loüis , Duc de S. Simon ,
Pair de France , Comte de Rane , ôcc.
Grand dfEspagne de la premiere Classe ,
Chevalier des Ordres du Roy, Gouver
‘neur de Blaye, Grand-Baillif et Gouver
neur de Senlis", Capitaine du Pont S.Ma
Vxent , Vidame de Chartres, Marquis de
Ruffec,&c. et de. D. Marie de Durfort
de Lorge, épousa Zdans la Chapelle de
PHôtel d’Auvergne ,la nuit du 2px au 2.7.
' Janvier , Dame Marie - Jeanne - Loüise
Bauyn d’Angervllliers , veuve de Jeanä
René de Longueil , Marquis de Maisons,‘
ëcc Président à Mortier , Fille unique de’
Nicolas - Prosper Bauyn , Seigneur d’An
gervilliers , Ministre et Secretaire d’Etat_,_
et de Dame Marianne de Maupou.
- l gâvMariages.
' E 9 Janvier, mourut M” Jean - Za?
charie de Lafaürie de Villenclrlàult,
Président en la Cour des Aydes de Paris,
, ïct Conseiller Honoraire au Parlement de
Bordeaux) Chevalier , Seigneur , Baron
Ho’ Villendrault , Vicomte de ‘Paulmier ,
“dans la 33 année de son âge.
' Dame Marie de Lamoignon , veuve
‘tic Victor Maurice, Comte de Broglie,
Maréchal de France, Gouverneur d'As
vesncs , mourutâ Paris le n, Janvier
Ïlans la 88° année de son âge.
François Doffoil, mourut à. Ver-vins,
‘petite Ville de Picardie, le r; de ce mois,
âgé de no ans, étant né en 152.3. il per
dit son pere à Pâge de Io ans , et Fut ma
tiépînq fois , ec eut douze garçons et
huit filles. _
Dame Jeanne-Antoinette (le Belloy;
veuve de Charles, Comtcide Lannoy 5
filie de Feu Jacques deiBelloy, Chevalier,
‘Marquis de Carillon , et de Dame Ami
CÎC de Courtenay , mourut en son Chä;
teau de la. Motte, en Picardie, âgée de.
8€ ans.
PÎCE:
[70 ME RCURE D E FRANCE
q Pierre Brûlard, Marquis de Genlis, est;
' mort dequis quelque rempsfllans son
Château de Genlisen Picardiec, dans la
85‘ année de son âge. v ' _ ‘
M” ‘Pierre Sabatier , Évêque d’Amiens,‘
mourut le zo. dans son Dioclse , âgé de
79 ans accomplis.
Dame Antoinerte-hladelaine de Bor
deaux; veuve M. Henry Martel , Comte
de Fontaine , premier Ecuyer cle S. A. R,‘ '
Madame la Duchesse d’O_rlean_s , mougrç
à Paris le 24,-d.ans la °7z°annêe de son
âge. Son Corps fut transporté en l’Egli—
se du Village de Brétigny , dont elle émit:
Darne. - ' -. ‘»
Dame Marie- Gahrielle le Cirier de"
Neufchelles, Epouse de Jacques -,'Samuel
‘le Clerc , Marquis de Juigné , 86C. Colt-a}
‘nel du Régiment dïnfmrerie d’Orleans ,
accoucha le 4 Janvier d’un fils,qui fut:
pommé Léon-Marguerite , par Leon le
‘Cirier, Marquis de Neufchelles, Lieu;
tenantdes Gardes du Corpsfi/larêchal des
Camps et Armées du Roy , Gouverneur
de Sainte Ménéhoud , et par D. Maries
‘Marguerite le Méneszrel de Hauguel‘,
E ouse de Jacques Bazin de Bezons, Ma.
Ïx chal de France , Chevalier des Ordres
du Roy ’, ôzc. ‘ - -
. l‘ Are
JANVIER: :733.‘ ‘x7!
Àtmand-Jean de S. Simon , Marquis de
Ruiïec , Grand d’Espngne de la premiere
Classe , Mestre de Camp de Cavalerie,
second fils de Loüis , Duc de S. Simon ,
Pair de France , Comte de Rane , ôcc.
Grand dfEspagne de la premiere Classe ,
Chevalier des Ordres du Roy, Gouver
‘neur de Blaye, Grand-Baillif et Gouver
neur de Senlis", Capitaine du Pont S.Ma
Vxent , Vidame de Chartres, Marquis de
Ruffec,&c. et de. D. Marie de Durfort
de Lorge, épousa Zdans la Chapelle de
PHôtel d’Auvergne ,la nuit du 2px au 2.7.
' Janvier , Dame Marie - Jeanne - Loüise
Bauyn d’Angervllliers , veuve de Jeanä
René de Longueil , Marquis de Maisons,‘
ëcc Président à Mortier , Fille unique de’
Nicolas - Prosper Bauyn , Seigneur d’An
gervilliers , Ministre et Secretaire d’Etat_,_
et de Dame Marianne de Maupou.
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Résumé : MORTS, NAISSANCES & Mariages.
En janvier 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Le 9 janvier, M. Jean-Charles de Lafaürie de Villenclrlàult, Président à la Cour des Aydes de Paris et Conseiller Honoraire au Parlement de Bordeaux, est décédé à l'âge de 33 ans. Dame Marie de Lamoignon, veuve de Victor Maurice, Comte de Broglie, Maréchal de France, est morte à Paris le 11 janvier à l'âge de 88 ans. François Doffoil est décédé à Ver-vins, en Picardie, le 1er janvier à l'âge de 90 ans. Il avait perdu son père à l'âge de 10 ans et s'était marié six fois, ayant douze garçons et huit filles. Dame Jeanne-Antoinette de Belloy, veuve de Charles, Comte de Lannoy, est décédée dans son château de la Motte, en Picardie, à l'âge de 86 ans. Pierre Brûlard, Marquis de Genlis, est mort dans son château de Genlis, en Picardie, à l'âge de 85 ans. M. Pierre Sabatier, Évêque d’Amiens, est décédé le 20 janvier dans son diocèse à l'âge de 79 ans. Dame Antoinette-Hadelaine de Bordeaux, veuve de Henry Martel, Comte de Fontaine, est morte à Paris le 24 janvier à l'âge de 72 ans. Son corps a été transporté à l’église du village de Brétigny, dont elle était Dame. Dame Marie-Gabrielle le Clerc de Neufchelles, épouse de Jacques-Samuel le Clerc, Marquis de Juigné, a accouché le 4 janvier d’un fils nommé Léon-Marguerite. Le 27 janvier, Armand-Jean de Saint Simon, Marquis de Ruffec, Grand d’Espagne de la première Classe, a épousé dans la chapelle de l’Hôtel d’Auvergne Dame Marie-Jeanne-Louise Bauyn d’Angerville, veuve de Jean-René de Longueil, Marquis de Maisons. Elle était la fille unique de Nicolas-Prosper Bauyn, Seigneur d’Angerville, Ministre et Secrétaire d’État, et de Dame Marianne de Maupeou.
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100
p. 171-172
REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, inserée dans le premier volume de Decembre.
Début :
Preux Chevalier, d'une voix haute, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Amour, Preux
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, inserée dans le premier volume de Decembre.
,R E P O NSE à l4 Missive du Cher/dg‘
lier de Ismcottoe , inscrit dans le‘ premit?
volume de Decembre.
_ PReux Chevalier , d’une voix haute ,'
Dans tes Rivaux tu ne comptes que trois.
. De par: l’Amour aprends que cette fois ,
Comme maint Chevalier, tu comptes sans son
,_ 116cc ,_ C
O
‘.172 MÉRCURE DE FRANCE:
Ce n'est pas le tout d’êtré Preux ;
‘Qmique la valeur plaise â Pobfet qu'on adore.‘
Un Rival qu’en «lédaigne. ou celui qifonignorc}
Est souvent le plus dangereux. ‘
C’est moi qui le premier ai sçû‘ rendre les armés
‘A celle qui peut tout charmer.
Mieux que "moi , tu pourrois connaître tous set
charmes ,
Mais tu ne sçaurois mieux l'aimer.
j’ai gardé trop long-temps un amoureux silence};
L’Amour est quelquefois du Sexe féminin,
Il veut qu’en parle , et si la Belle s’cn ofïence g
Il m’a promis qufim beau matin , i
Il prendrois soin de n13 delîcnce.
Cnnnunri.
lier de Ismcottoe , inscrit dans le‘ premit?
volume de Decembre.
_ PReux Chevalier , d’une voix haute ,'
Dans tes Rivaux tu ne comptes que trois.
. De par: l’Amour aprends que cette fois ,
Comme maint Chevalier, tu comptes sans son
,_ 116cc ,_ C
O
‘.172 MÉRCURE DE FRANCE:
Ce n'est pas le tout d’êtré Preux ;
‘Qmique la valeur plaise â Pobfet qu'on adore.‘
Un Rival qu’en «lédaigne. ou celui qifonignorc}
Est souvent le plus dangereux. ‘
C’est moi qui le premier ai sçû‘ rendre les armés
‘A celle qui peut tout charmer.
Mieux que "moi , tu pourrois connaître tous set
charmes ,
Mais tu ne sçaurois mieux l'aimer.
j’ai gardé trop long-temps un amoureux silence};
L’Amour est quelquefois du Sexe féminin,
Il veut qu’en parle , et si la Belle s’cn ofïence g
Il m’a promis qufim beau matin , i
Il prendrois soin de n13 delîcnce.
Cnnnunri.
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Résumé : REPONSE à la Missive du Chevalier de Leucotece, inserée dans le premier volume de Decembre.
Un chevalier répond à Ismcottoe, affirmant que son rival en amour est redoutable. Il se vante d'avoir charmé cette personne en premier et doute que son rival puisse l'aimer autant. Il espère que l'amour le récompensera pour sa délicatesse après un long silence amoureux.
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