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1
p. 7-21
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
En voicy d'autres, dont j'ay à vous faire part. [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Vérité, Sermons, Ministres, Maximes catholiques, Sincérité, Erreurs, Inquisition, Hérésie, Couvent
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texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
En voicy d'autres,
dont j'ay à vous faire
part. Celle de Guillaume-
Jofeph David , Chevalier,
Comte de Villemontade, eft
fort finguliere. Il eſt de Bretagne
, Fils de Mathurin
David,Seigneurde laRoche
bernard , Villemontade, &c.
& de Dame Mathurine
Jumel du Bordage , dans le
Dioceſe de S. Malo. Apres
A
iiij
8 MERCVRE
eftre forty des Etudes , &
avoir achevé fes Exercices,
les réfléxiós qu'il avoit faites
dés fes plus tendres années,
fur l'indifpenfable obligation
de chercher la verité,
fans s'obftiner dans l'erreur
par confidération de Famille
, commencerent à luy
faire fentir de grands troubles
. Il entendit diférens
Sermons dans nos Eglifes,
dont il fut affez touché,pour
s'accoûtumer à des Prati
ques de devotion contraires
à la Religion où il eftoit né.
Elles fervirent à fortifier le
GALANTM ,
deffein qu'il avoit eu de tour
temps de s'éclaircir de fes
doutes. Il confulta les plus
fçavans Miniftres qu'il put
trouver , & n'eftant point fak
tisfait de leurs réponfes , il
fe retira dans le Séminaire de
S. Lazare , où de jour en
jour on luy deffilloit les
yeux . M' de Villemontade
fon Pere , ayant eu avis
qu'il conféroit avec nos
Docteurs , prit un prétexte
éloigné pour le faire revenir.
Si -toft qu'il fut de retour , il
l'enferma dans un lieu , où il
fut traité pendant trois mois
10 MERCVRE
avec toutes les rigueurs ima
ginables. Il en comprit la
raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eftoit fon crime.
Il foufrit longtemps cette
perfécution fans qu'on le
laiffaft parler à perfonne.
Enfin ayant reconnu que la
feinte feule luy rendroit la
liberté , il déclara que les
Maximes des Catholiques
qu'il avoit voulu fçavoir, n'avoient
fait que l'affermir
dans la Religion de fes
Peres , qu'il prétendoit y
mourir, & que s'il eftoit coupable
, ce ne pouvoit eftre
GALANT. II
que d'avoir efté trop cu
rieux. La fincerité qu'il
affecta ayant adoucy fon
Pere , non feulement il le
tira de priſon , mais il commença
de travailler à fon
élevation du cofté de la Forrune.
Les honneurs qu'il
luy vouloir affurer furent
incapables de l'ébloüir. II
s'échapa dés qu'il en trouva
l'occafion , & apres avoir
confulté tout de nouveau en
diférens Lieux ce qu'il ren
contra de fameux Miniſtres,
fans qu'il en reçeuft aucun
éclairciffement qui le far
12 MERCVRE
tisfift, il ceffa de balancer,
& enfin le 17. de Septembre,
il abjura les erreurs à Avignon
, entre les mains du
Pere de Péruffis , Maistre de
l'Inquifition , qui luy avoit
procuré quelques conférences
avec M' le Vice- Légat.
Cette action faite avec un
zele qui marquoit affez l'attrait
preffant de la Grace,,
fut fuivie d'une autre qu'on
n'attendoit pas. Il réfolut de
quiter le monde , & choifit
le Tiers Ordre de S. François,
par le motif d'un quatriéme
Vou de Pénitence
GALANT. 13
que l'on y fait, outre les trois
folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de
cet Ordre font appellez Pénitens
. On les nomme auffi
Picpus , en beaucoup de
Villes du Royaume , à cauſe
d'un tres - beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans
une Rue appellée Picpus.
Ce vertueux Poftulant fut
renvoyé à Lyon , où eſt le
Novitiat de la Province , &
y prit l'Habit le cinquième
d'Octobre dernier , avec le
nom de Frere François-
Marie. Sa ferveurſurprend,
14 MERCVRE
Vi
& comme il eft agé de vingtfix
ans , & qu'il n'a rien fait
qu'apres avoir bien déliberé,
il eft aifé de connoistre que
l'Eſprit de Dieu agit veritablement
en luy.
Pendant le fejour que
M' le Duc de Navailles a
1
fait depuis peu à la Rochelle
, deux jeunes Perfonnes
, Filles de M' Pagez,
d'une des meilleures Familles
de la Ville , ont abjuré
les mefmes erreurs. Le
foupçon qu'on avoit de
leur deffein les ayant fait
obferver , la Cadete ſe tira
GALANT. 15
爆
adroitement de la Maifon
de fon Pere , & vint à celle
de Ville , demander la pro
tection de Madame la Du
cheſſe de Navailles , pour
elle , & pour fon Aînée qui
eftoit dans le deffein de la
.
fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection ,
cette Ducheffe fe faiſant un
plaifir particulier de pro
teger ceux qui luy demandentazile,
& ayant d'ailleurs
l'ardeur la plus empreffée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva
peu de temps apres les
16 MERCVRE
moyens de s'échaper , &
toutes deux apres s'eftre fait
inftruire par M Vignier de
l'Oratoire , Curé de S. Barthelemy
, ont renoncé à
l'Hérefie de Calvin, Ce zelé
Paſteur les a fait mettre aux
Filles de la Providence , où
il a foin qu'elles ne manquent
d'aucune des chofes
qui leur peuvent eſtre ncceffaires.
La principale loüange
de cette bonne oeuvre,
eft deue aux manieres infinuantes
& perfuafives, auffibien
qu'à la pieté d'une
de leurs Soeurs aînées, qui
GALANT. 17
changea de Religion il y
a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante
de Rochefort , à qui elle
avoit communiqué fon deffein
, l'ayant fait conduire à
Xaintes , au Convent des
Filles de Sainte Claire , elle
y embraffa les veritez Catholiques,
dont un fçavant
Recolet luy donna l'inftruction.
Depuis ce tempsM'de
Muns l'a recommandée au
Pere de la Chaife,& en a ob
tenu pour elle une Penfion
du Roy. Sa fage conduite a
toûjours édifié ces faintes
Decembre 1680. B
18 MERCVRE
Religieuses , & enfin elle eft
revenue à la Rochelle , où
M'le Duc, & Madame la Ducheffe
de Navailles , l'avoient
reconciliée avec les Parens ;
mais depuis la Converfion
de fes deux Cadetes , ils ne
veulent plus qu'on leur parle
d'elle. C'eft une Fille d'un
efprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dixfept
ans. Madame la Du
cheffe de Navailles l'a confiée
en partant à Madame
de Fontmort , qui eft une
-Dame d'une genérofité fort
peu commune , & auffi
GALANT. 19
connue dans le monde
par les charmes de fon
entretien , que par l'agré
ment qu'elle fçait donner
à toutes fes Lettres . Elle
eft Coufine germaine de
Madame la Marquife de
Maintenon , & Petite- Fille
comme elle du fameux M
d'Aubigny , qui eut tant de
part à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand .
Ces Converfions ont efté
fuivies de celle de M' Marie,
Avocat au Parlement ,
apres avoir longtemps combatu,
termina toutes les diffi
qui
Bij
20 MERCVRE
cultez qui l'arreftoient par
la folemnelle Abjuration:
qu'il fit le 17. de l'autre Mois ,
dans l'Eglife du Novitiat des
Jefuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur
de la Congregation établie
dans cette Maiſon , avec qui
il avoit eu de fréquentes
conférences. Ileft de Grenoble
, & on a efté convaincu
de la fincerité de ſon
changement, non feulement
par les interefts du monde
, aufquels il a genéreuſement
renoncé, abandonant
tous les avantages que luy
4
GALANT 21
ofroient fes Parens , mais
encor par les Motifs qu'il a
prononcez en Robe au pied
de l'Autel, & cela d'une maniere
fi édifiante , qu'il s'eſt
attiré
l'admiration de quan
tité de
Perſonnes de la premiere
qualité, qui ont efté
témoins de cette action,
dont j'ay à vous faire
part. Celle de Guillaume-
Jofeph David , Chevalier,
Comte de Villemontade, eft
fort finguliere. Il eſt de Bretagne
, Fils de Mathurin
David,Seigneurde laRoche
bernard , Villemontade, &c.
& de Dame Mathurine
Jumel du Bordage , dans le
Dioceſe de S. Malo. Apres
A
iiij
8 MERCVRE
eftre forty des Etudes , &
avoir achevé fes Exercices,
les réfléxiós qu'il avoit faites
dés fes plus tendres années,
fur l'indifpenfable obligation
de chercher la verité,
fans s'obftiner dans l'erreur
par confidération de Famille
, commencerent à luy
faire fentir de grands troubles
. Il entendit diférens
Sermons dans nos Eglifes,
dont il fut affez touché,pour
s'accoûtumer à des Prati
ques de devotion contraires
à la Religion où il eftoit né.
Elles fervirent à fortifier le
GALANTM ,
deffein qu'il avoit eu de tour
temps de s'éclaircir de fes
doutes. Il confulta les plus
fçavans Miniftres qu'il put
trouver , & n'eftant point fak
tisfait de leurs réponfes , il
fe retira dans le Séminaire de
S. Lazare , où de jour en
jour on luy deffilloit les
yeux . M' de Villemontade
fon Pere , ayant eu avis
qu'il conféroit avec nos
Docteurs , prit un prétexte
éloigné pour le faire revenir.
Si -toft qu'il fut de retour , il
l'enferma dans un lieu , où il
fut traité pendant trois mois
10 MERCVRE
avec toutes les rigueurs ima
ginables. Il en comprit la
raiſon, & n'eut pas de peine
à voir quel eftoit fon crime.
Il foufrit longtemps cette
perfécution fans qu'on le
laiffaft parler à perfonne.
Enfin ayant reconnu que la
feinte feule luy rendroit la
liberté , il déclara que les
Maximes des Catholiques
qu'il avoit voulu fçavoir, n'avoient
fait que l'affermir
dans la Religion de fes
Peres , qu'il prétendoit y
mourir, & que s'il eftoit coupable
, ce ne pouvoit eftre
GALANT. II
que d'avoir efté trop cu
rieux. La fincerité qu'il
affecta ayant adoucy fon
Pere , non feulement il le
tira de priſon , mais il commença
de travailler à fon
élevation du cofté de la Forrune.
Les honneurs qu'il
luy vouloir affurer furent
incapables de l'ébloüir. II
s'échapa dés qu'il en trouva
l'occafion , & apres avoir
confulté tout de nouveau en
diférens Lieux ce qu'il ren
contra de fameux Miniſtres,
fans qu'il en reçeuft aucun
éclairciffement qui le far
12 MERCVRE
tisfift, il ceffa de balancer,
& enfin le 17. de Septembre,
il abjura les erreurs à Avignon
, entre les mains du
Pere de Péruffis , Maistre de
l'Inquifition , qui luy avoit
procuré quelques conférences
avec M' le Vice- Légat.
Cette action faite avec un
zele qui marquoit affez l'attrait
preffant de la Grace,,
fut fuivie d'une autre qu'on
n'attendoit pas. Il réfolut de
quiter le monde , & choifit
le Tiers Ordre de S. François,
par le motif d'un quatriéme
Vou de Pénitence
GALANT. 13
que l'on y fait, outre les trois
folemnels de Religion. C'eſt
par là que les Religieux de
cet Ordre font appellez Pénitens
. On les nomme auffi
Picpus , en beaucoup de
Villes du Royaume , à cauſe
d'un tres - beau Convent
qu'ils ont à Paris , dans
une Rue appellée Picpus.
Ce vertueux Poftulant fut
renvoyé à Lyon , où eſt le
Novitiat de la Province , &
y prit l'Habit le cinquième
d'Octobre dernier , avec le
nom de Frere François-
Marie. Sa ferveurſurprend,
14 MERCVRE
Vi
& comme il eft agé de vingtfix
ans , & qu'il n'a rien fait
qu'apres avoir bien déliberé,
il eft aifé de connoistre que
l'Eſprit de Dieu agit veritablement
en luy.
Pendant le fejour que
M' le Duc de Navailles a
1
fait depuis peu à la Rochelle
, deux jeunes Perfonnes
, Filles de M' Pagez,
d'une des meilleures Familles
de la Ville , ont abjuré
les mefmes erreurs. Le
foupçon qu'on avoit de
leur deffein les ayant fait
obferver , la Cadete ſe tira
GALANT. 15
爆
adroitement de la Maifon
de fon Pere , & vint à celle
de Ville , demander la pro
tection de Madame la Du
cheſſe de Navailles , pour
elle , & pour fon Aînée qui
eftoit dans le deffein de la
.
fuivre. Elle en fut reçeuë
avec toute forte d'affection ,
cette Ducheffe fe faiſant un
plaifir particulier de pro
teger ceux qui luy demandentazile,
& ayant d'ailleurs
l'ardeur la plus empreffée
pour tout ce qui touche la
Religion. Son Aînée trouva
peu de temps apres les
16 MERCVRE
moyens de s'échaper , &
toutes deux apres s'eftre fait
inftruire par M Vignier de
l'Oratoire , Curé de S. Barthelemy
, ont renoncé à
l'Hérefie de Calvin, Ce zelé
Paſteur les a fait mettre aux
Filles de la Providence , où
il a foin qu'elles ne manquent
d'aucune des chofes
qui leur peuvent eſtre ncceffaires.
La principale loüange
de cette bonne oeuvre,
eft deue aux manieres infinuantes
& perfuafives, auffibien
qu'à la pieté d'une
de leurs Soeurs aînées, qui
GALANT. 17
changea de Religion il y
a cinq ou fix mois. Madame
de Muns, Intendante
de Rochefort , à qui elle
avoit communiqué fon deffein
, l'ayant fait conduire à
Xaintes , au Convent des
Filles de Sainte Claire , elle
y embraffa les veritez Catholiques,
dont un fçavant
Recolet luy donna l'inftruction.
Depuis ce tempsM'de
Muns l'a recommandée au
Pere de la Chaife,& en a ob
tenu pour elle une Penfion
du Roy. Sa fage conduite a
toûjours édifié ces faintes
Decembre 1680. B
18 MERCVRE
Religieuses , & enfin elle eft
revenue à la Rochelle , où
M'le Duc, & Madame la Ducheffe
de Navailles , l'avoient
reconciliée avec les Parens ;
mais depuis la Converfion
de fes deux Cadetes , ils ne
veulent plus qu'on leur parle
d'elle. C'eft une Fille d'un
efprit fort avancé , quoy
qu'elle n'ait pas encor dixfept
ans. Madame la Du
cheffe de Navailles l'a confiée
en partant à Madame
de Fontmort , qui eft une
-Dame d'une genérofité fort
peu commune , & auffi
GALANT. 19
connue dans le monde
par les charmes de fon
entretien , que par l'agré
ment qu'elle fçait donner
à toutes fes Lettres . Elle
eft Coufine germaine de
Madame la Marquife de
Maintenon , & Petite- Fille
comme elle du fameux M
d'Aubigny , qui eut tant de
part à la confiance & à la faveur
de Henry le Grand .
Ces Converfions ont efté
fuivies de celle de M' Marie,
Avocat au Parlement ,
apres avoir longtemps combatu,
termina toutes les diffi
qui
Bij
20 MERCVRE
cultez qui l'arreftoient par
la folemnelle Abjuration:
qu'il fit le 17. de l'autre Mois ,
dans l'Eglife du Novitiat des
Jefuites , entre les mains du
Pere du Doy , Directeur
de la Congregation établie
dans cette Maiſon , avec qui
il avoit eu de fréquentes
conférences. Ileft de Grenoble
, & on a efté convaincu
de la fincerité de ſon
changement, non feulement
par les interefts du monde
, aufquels il a genéreuſement
renoncé, abandonant
tous les avantages que luy
4
GALANT 21
ofroient fes Parens , mais
encor par les Motifs qu'il a
prononcez en Robe au pied
de l'Autel, & cela d'une maniere
fi édifiante , qu'il s'eſt
attiré
l'admiration de quan
tité de
Perſonnes de la premiere
qualité, qui ont efté
témoins de cette action,
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs conversions religieuses marquantes. Guillaume-Joseph David, Comte de Villemontade, originaire de Bretagne, a été influencé par des réflexions sur la vérité religieuse dès son jeune âge. Après des discussions infructueuses avec divers ministres et docteurs, il s'est retiré au Séminaire de Saint-Lazare. Malgré l'opposition paternelle, il a abjuré le protestantisme à Avignon le 17 septembre et a rejoint le Tiers Ordre de Saint-François, prenant le nom de Frère François-Marie. À La Rochelle, deux filles de la famille Pagez ont également abjuré le calvinisme sous la protection de la Duchesse de Navailles et avec l'aide du curé Vignier. Une autre jeune fille, convertie grâce à l'Intendante de Rochefort, a été recommandée au Père de la Chaise et a reçu une pension royale. La Duchesse de Navailles l'a confiée à Madame de Fontmort, connue pour sa générosité et son esprit. Le texte mentionne aussi la conversion d'une femme issue d'une famille liée à Madame la Marquise de Maintenon et à Monsieur d'Aubigny, favori d'Henri IV. De plus, Monsieur Marie, avocat au Parlement, a abjuré solennellement sa foi précédente le 17 du mois précédent dans l'église du noviciat des Jésuites à Grenoble. Cette abjuration, supervisée par le Père du Doy, a suivi plusieurs conférences préparatoires. La sincérité de sa conversion a été démontrée par son renoncement aux intérêts mondains et aux avantages familiaux. Il a prononcé des motifs édifiants en robe au pied de l'autel, attirant l'admiration de nombreuses personnes de haut rang présentes lors de cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 121-153
A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
Début :
Depuis l'instant que j'eus l'honneur de vous voir pour [...]
Mots clefs :
Cœur, Pénétration, Innocence, Faiblesses, Vertus, Abus, Excès, Pitoyable, Équité, Complaisance, Sincérité, Gens de bien, Bonté du cœur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
A MADEMOISELLE
deP***
Sur la bonté du coeur.., DEpuis l'instant que j'eus
l'honneur de vous voir pour
la premiere fois, je vous ai
si souvent entendu parler
de la bonté du
-
coeur, que
je me fuis enfin determiné
à
-
approfondir une matiere
qfourit.semble vous occuper si
Souffrez que je vous
fasse part de mes reflexions;
non que je pretende ajoûter
par là quelque chose à
vos lumieres. Je sçai trop
que rien n'échape à vôtre
penetration: mais si vous
ne trouvez rien ici que vous
n'ayez déja apperçû de
vous-même, du moins ne
ferez-vous pas fâchée de
voir dans tout ce que je dirai
de la bonté du coeur,
une fidelle peinture du Vô-" trc.1 A mesure que les honw
mes se sont éloignez de la
première innocence, H%
ont perdu peuà peu lideQ
des vertusqui pouvoient les
y maintenir. Ils n'en ont
confervé que quelques apparences
dont ils ont fait
des marques à leurs désauts,
& ont enfin donné
à leurs foiblesses ainsi marquées
le nom des vertus
qu'ils ne connoissent plus,
& qui semblent n'oser paroîtrecequelles
sont, de
pmeur d'êétrepen brutteiàsleu.rs
Ils ont porté cet abus à
un tel excés, que je craindrois
devoir par-tout desa
voüer la bonté du coeur,
lorsque je la produirai sous
sa veritable figure, si je
n'appercevois en vous de
quoy justifier ce que je vais
dire à son sujet. Consuiltez
vous, confrontez vôtre in-i
terieur avec le portrait que
je vous donne
; Ôc s'ils se
rapportent, vous conviendrez
que je n'ai pas entier
rement participé à l'extrê-*
me aveuglement de laplû
part des hommes.
La bonté du coeur est ur
tendre sentiment de l'ame,
fondé sur la raison ôç sur la
vertu.
ld
Je dis, fondé sur la raison
& sur la vertu, parce
que, comme je le ferai voir
dans la suite, si l'un & l'autre
ne s'accompagnent pas,
le tendre sentiment n'est
qu'une foiblesse du temperamment,
dont on n'est pas
maître, & qu'on doit éviter
avec foin comme un
mauvais guide, capable de
nousfaire tomber dans de
grands inconveniens.
Pouravoir lecoeur veritablement
bon, il faut être
pitoyable envers tout le
monde:mais il ne suffit pas
de
-
compâtir aux peines
d'autrui ; ces sentimensde
pieté doivent encore nous
porter à chercher les
moyens de les faire cesser,,
sans examiner ce qu'il pour?
roit nous en coûterde démarches,
de soins, de veilles
, & de bien ruqinesi
nous étionsenétatd'en
employer à un si belusage:
&pour que ces sentimens
ayent toute leur pureté,il
est necessairequ'ils soient
desinteresseèz à unpoint ;
que nous nenvifàgiàâsdans
toutce qu'il nous faut faû
te1.que le bien &le repos
».
-
de ceux que nous voulons
obliger, sans avoir égard à
nous-mêmes, tant que no*,
tre innocence ne court aucun
risque.
Cette situation emporte
infailliblement avec elle k
reconnoissance, la generosité,
la discretion,l'équité,
la docilité, la complaisance
, la sincerité
,
& toutes
les autres qualitez qui nous
rendent propres à la societé
des gens de bien:elles sont
tellement enchaînées ensemble,
qu'on n'en peut séparer
aucune, sans altérer
& détruiremême toutes les
autres ; & si l'on, fait bien
attention a toutes ces circonfiances,
on trouvera
que la bonté du coeur qui
elles déterminent n'est au.
trechose que la charité elle-
même,à qui l'on a donné
un nom plusàl'usagedu monde.
Que cette peinture est
différente de l'idée qu'on a
aujourd'hui de la bonté du
coeur! Pour peu qu'on se
sente, une ame tendre &',
facile, on se l'attribuë, ont
s'en fait gloire,&on l'accporde
arux aiutrexs au m.ême Que Cloris, dit-on, a le
coeur bon! les chagrins de
ses amis la touchent comme
les siens propres, &elle
en est si affligée, que bien
loin d'être en état de se consoler
alors,elle a besoin el
le-mêmedeconsolation.
Elle est d'une douceur qui
charme, & sa complaisance
passe l'imagination.
Je l'avouë : mais qu'on
l'examine sans la perdre de
vûe. La raison & lavertu
accompagnentelles la sensibilité
qu'on lui voit pôiïï
ses amis? s'empresse-t-elle
à les soulager après les a
voirplaints ? & la voit-or
dans l'occasionprévenu
leurs demandes par des ser,
vices effectifs, danssedes
fein de leur épargner la
mortification & l'embarra
oùl'on se trouve, lors qu'
on est contraint par neceÍ;
sité d'avoir recours à se
amis? Si c'est là la conduit
de Cloris, qu'elle a le coeur
bon! que son procedé esrare!
Mais si elle s'en tien
aux pleurs & aux gemisse
mens sans passer outre, loin
que cette sensibilitéson guil
dée par la raison & la ver-*
tu, & parte de la bonté du
coeur, ce n'est en effet qu*
punneesseennssiibbiliiltiétéddeerteemrnppee--
ramment, une émotion na*
turelle causéepar la fynu
patie, & de la nature de
celles qu'excite en nous la
tenture de quelque avanT
cure touchante. Tant que
lesobjets sont presensà noa
yeux ou a nôtre Imagina.
tion,ils nous frapent &
nous interessent : mais à
peine font-ilsdisparusyqu€
nôtreémotion cesse&;
que nous en perdonsjusqu'à
la moindre idée. Doit.
ocn apopellerccelaubontrédu 1 Cette grande douceur
3! cette complaisanceaveugle
qu'on écoute dans Cloris,
font
des fuites de sa foifolefle
y- & pourlesdéfini
ju ftcs^ ce sontdes effets involontaires
d'une indolen.
ce naturelle qui la suitdans
toutes lesavionsde savie
ôc qu'on doit bannir dela
societé
, comme n'étant
d'aucun ufàge»
Mes amis me font si
chers, dit Doronte, que je
voudrois les voir parvenus
à la dernicre perfection.Je
souffre une peine extrême,
quand j'apperçois en eux
quelques défauts capables
de leur faire tort dans le
monde, & je voudrois les
en pouvoir corriger à quelque
prix que ce fût. Un tel,
par exemple, que je cheris
plus que moy-même) est à
la vérité recommandable
par mille belles qualitez:
mais certainesfoiblesses
viennent par malheur de*>
truire la belle idée qu'onen
pouvoit concevoir. Je l'eravertis
souvent avec douleur
, & il ne tient pas
moy qu'il ne s'en défasse
Est-il un meilleur CoeUJi
dans le monde,s'ecrient
alors ceux qui l'entendent
est-il un ami plus véritable?
Mais le sage, que ce:
apparences & ces détour
ne peuvent surprendre, de
couvre dans ce discours
un grand fond de malice
pu beaucoup de sotises dind<iscIre.tion.
-
Eneffet,siDoronteche
chepar là à décrier celui,
ont il paroîtavoir les incrêts
si fort à coeur, c'est
ne medisance, & une ma- ignité d'autant pluspernitieuse,
qu'elle cit plus eculiée
,
& qu'elle s'insinuë
pus lesapparences de l'anitié
la plus sincere & si
[ans le fond c'est sans desein
sans intention mauaise
qu'il parle; s'U ne fait
p.te suivre l'habitude qu'il.
contractée de dire tout.
ce qui lui est venu à la connoissance,
c'est une stups.,
jticé, une sotise & une indiscretion,
qu'on ne doit
pas moins bannirde la fo;
cieté que s'il pechoit par
malice, puisque les suites
en font les mêmes, & qu'i.
laisse les mêmesimpressions
dans l'esprit de ceux
qui l'écoutent. >h Quiconque a le coeur
bon regarde les défauts de
ses amis avec une pitié tendre
,il les cache,&pâlis
s'ils sont connus. Il n'en
parle jamais qu'à eux-mêmes
} encore lors qu'ille
en avertit, il le faitavec
discretion & retenue pour
; menaiilenager:
leur amour pr0
pre , qui pourroit les revolterys'ilallait
leur dire
ero face qu'il a remarqué
leurs foiblesses.
,,
Voila la route qu'on de-
~vroit tenir, au lieu d'aller.
comme Doronte dire tout,
~haut en publicyqu'on est
au desespoir de s'être apperçu
detels & tels défauts
en tels & tels amis, parce
qu'ils pourroient nuire à
teur réputation,s'ils ve*-
~loient à être connus dans
monde..
Cependant Doronte a
dit-on, leccciirïucles léj
vres; il est sincere ildit
tout ce qu'il pense, même
jusqu'a ses défauts&l'on
conclut de là qu'il alecoeur
bon:mais cette ouverture
cette sincerité apparente
cet aveu de sesdéfauts,
qu'on accribue à labonté
defon coeur,se trouveront
sion les examine- deAmples
effetsde sa maliceou
de sa forife; & quel quece
soit de ces deux principes
qui fasse parlerDoronte, il~
est toujours ou à crainte om
àIl mé,p"ris.
Si Doronte avoüoit les
défauts par bonté de coeue,
il en rougiroit;ce feroit un
retour qu'il feroit sur luimême
par repentir & par
"Vertui & cette même vertu
'le porteroit à s'en corriger,
pour n'avoir plus à en rout
gir : mais il a toujours la
iiriême confidence à faire
Ar ses foiblesses; au lieu,
d'amendement on n'ap-
~perçoit en lui que plus de
~fermeté, &plus d'art dans
d'aveu de ses foiblesses. Il
~faut donc qu'il le fasse par
d'autres motifs, & tout autre
motif que le repentir
& lavertu dans cette occa
fion ne peut partir quede
sa malice oude sa forife.
S'il agit par malice, c'est
un piegequ'il tend pour
acquerir la confiance par
cette fausse sincerité, afin
de s'établir sur le pied d'un
homme amateur dela verité,
à qui l'on doit ajouter
foy lors qu'il fait le portrait
d'autrui. En effet, si l'on
fait atention , on remarquera
qu'ilpassetoujours
de ses défauts à ceux des
aUJrcs) & qu'il fait si bien *
en forte, que lorsque l'on
en vient insensiblement au
parallele,on le regardé
comme un Saint à canoniser,
en comparaison de
ceux dont il a parlé.
Si ce n'est pas dans cette
vue qu'il declare fifouvenr
ses foiblesses, on doit peiu
ser que c'est un vicieuxen-L.
durci qui veut par là que le
monde se familiarise avec
elles) & s'accoûtume à le*
lui faire connoître, parce
qfu'ail nie rveeut p.as s'en dé-
Enfin si c'estpar [oti[e"
on doit en accuserune facilité&
une foiblesse natifc
relle qui le rend infaillible.
ment aussi indiscret pour
les autres que pour lui-même
; ôc toute indiscretion
tft contraire au commerce
des honnêtes gens. Voilà
cependant le plus grandindice
par lequel on doit connoître
la bonté du coeur
Onse laisse éblouir par ses
confessions étudiées, Ôcc
n'est dans le fond rien
moins que ce qu'on s'imagine.
Damis rend service
K\itlefihoridequand il
se peut ; il topeà tout; il
faittout ce qu'on veut, &:
l'on n'en doit jamaiscraint
dreun refus,';quelqtiepropositionqu'on
lui fasse,
Voila ce qui s'appelle un
toncoeurà, touteép, reuve.
juges indiscrets,entrezplus
toàric danslesdémarches
de Damis, pour décider des
sentimens de son coeur.Il
rend service
,
il est vrai:
mais il va par tout faire
fruitde sa generosité il
appelle à témoins, ceuxqui
lui ont obligation,&fait
voir par là qu'ilcherche
plus à passer pour obligeant
& genereux, qu'à l'être en effet. D'ailleurs, quandl'occafion
s'enpresente, il sacrifie
les amis & leurs intérêtsà
ses pallions & à ses plaisirs
& ne fait pas difficulté d'exiger
deux le pardon de
son procedé,. pour reconnoissance
de quelques services
peu considerables qu'-^
il leur a rendus lors qu'il
n'avoit rien de meilleur à
faire. , : Il tope à tout,OÎIneDOIÇ
1 jamais.
Jamais craindre de refus,
quelque propofirion qu'on
lui fasse , j'en conviens:
mais les libertins ont sur
luile même privilege. Il
consent à donner dans le
viceaussi-bien que dans la
vertu; la raison ni la vertu
ne font point ses guides, 6c
ce que vous appeliez bonté
du coeur est une molesse,
une facilité, une foiblesse
de temperamment, qui est
sausequ'il se laisse indifféremment
entraîner par tous
les objets qui le sollicitent,
quels qu'ils puissent être.
co'.
Si je voulois poursuivre
sur ce ton, & montrer dans
leur vrai jour les actions de
la plupart des hommes ,
qu'on attribueàla bonté du
coeur,au lieu de quelques
reflexions en passant, il me
faudroit entreprendreune
histoire universelle, qui,
loin de vous amuser, vou|
deviendroit ennuyeuse. Il
me suffirad'avoir fait que
ques portraits au naturel
& d'avoir par là tracé un
chemin pourdécouvrir la
vérité des intentions quofl
a trouvé le secret de déguiser
sous de fidelles ap- parences. -c '1'';"n;)
Il me reste encoreà vous
dire que la fausse idéeque
bous avons de la bontédu
coeur cause presque tous les
desordres qui arrivent dans
la societé civile. Comme
peu de choses nous persuadent
que nous avons cette
bonté du coeur-, peu de
choses aussi nous la déterminent
dans les autres,&
voici ce qui en arrive.
On entend diretous les
jours dans le monde : J'ai
fait une nouvelleconnois
sance,la perfonnc en question
me paroît avoir un bon
coeur , je veux en faire un
bon usage. Fondé sur ce
principe, on lie commerce
des deux cotez, on se confie
, on s'abandonne; &:
comme les simples apparences
de la bonté du coeur
font les feules liaisons de
cet assemblage, unnoeud
si foible ne subsiste pas
long-temps sans se rompre;
onne trouve par-tou
(
que des demonstration.
r
d'amitié, Se point d'amis.
Tous les hommes son
ssir le même pied; ils le
trompent également dans
les dispositions qu'ils apportent
à leur societé
; &ç
après s'être unis sans diverscemrent,
ilsse confient sans i& font réciproquement
la dupe les uns
des autres. Ils s'en apperçoivent
bientôt à la vérité:
mais aucund'eux ne veut
s'en attribuer la faute -, elle
est pourtant commune, &
telle prévention injuste les
desunit,les aigrit,& les rend
incapables de reconnoîgtre
leurs erreurs, & c'est ce
qui s'oppose a une union
plus solide.
Si quelqu'un veut ne pas
se tromper dans le choix de
ceux avec lesquels il pretend
s'associer il doit commencer
par rectifier ses
sentimens & pour avoir
une veritable idée de lai
bontédu coeur, s'empresser à l'acquerir selon le modele
quej'en ai donné. IL
examinera enfuite à leur
insçû la conduite de ceux,,
sur lesquels il aura jetté la
vûe. Il confrontera leurs
démarches avec le modele
qu'il aura gravé dans son
ame; & s'illes crquvçiçpn,
formes dans le temps qu'ils
n'auronr pris aucun soinde
se contraindre & de se déguifer,
voila ce qu'il cherche,
il peut s'y abandon
ner avec confiance.
Je croisenavoir dit aI:
fez, pour vous faire convenir
qu'on prostituë sans
ceIfe le titre de bonté du
eaur, en l'appropriant à des
Situations qui lui sont toutà-
fait opposées.Vous-verrez
aussi
par mes reflexions
l'aveuglement: où L'on, est
aujourd'hui, & le desordre
quiregne dans le eoejir de
la plûpart des hommes.
Comme le vôtre en este
xempt, & qu'il est venta,,
blement bon, vous en con
-cevez unepitié charitable.
Ce tendre sentiment fera
fondésur laraison & lavertu
comme ildoitl'être,
ainsi que je l'aifait voit
dans ma définition ,afin
qu'on puisse avec justice
l'attribuer à la bonté du
coeur; ôclifant dans le mien
..fan', être abusée, vous con- noîtrez que mes protesia
tions sont sinceres
,
lorsque
je vous jureque je fuis
avec zele & respect, &:.c.
deP***
Sur la bonté du coeur.., DEpuis l'instant que j'eus
l'honneur de vous voir pour
la premiere fois, je vous ai
si souvent entendu parler
de la bonté du
-
coeur, que
je me fuis enfin determiné
à
-
approfondir une matiere
qfourit.semble vous occuper si
Souffrez que je vous
fasse part de mes reflexions;
non que je pretende ajoûter
par là quelque chose à
vos lumieres. Je sçai trop
que rien n'échape à vôtre
penetration: mais si vous
ne trouvez rien ici que vous
n'ayez déja apperçû de
vous-même, du moins ne
ferez-vous pas fâchée de
voir dans tout ce que je dirai
de la bonté du coeur,
une fidelle peinture du Vô-" trc.1 A mesure que les honw
mes se sont éloignez de la
première innocence, H%
ont perdu peuà peu lideQ
des vertusqui pouvoient les
y maintenir. Ils n'en ont
confervé que quelques apparences
dont ils ont fait
des marques à leurs désauts,
& ont enfin donné
à leurs foiblesses ainsi marquées
le nom des vertus
qu'ils ne connoissent plus,
& qui semblent n'oser paroîtrecequelles
sont, de
pmeur d'êétrepen brutteiàsleu.rs
Ils ont porté cet abus à
un tel excés, que je craindrois
devoir par-tout desa
voüer la bonté du coeur,
lorsque je la produirai sous
sa veritable figure, si je
n'appercevois en vous de
quoy justifier ce que je vais
dire à son sujet. Consuiltez
vous, confrontez vôtre in-i
terieur avec le portrait que
je vous donne
; Ôc s'ils se
rapportent, vous conviendrez
que je n'ai pas entier
rement participé à l'extrê-*
me aveuglement de laplû
part des hommes.
La bonté du coeur est ur
tendre sentiment de l'ame,
fondé sur la raison ôç sur la
vertu.
ld
Je dis, fondé sur la raison
& sur la vertu, parce
que, comme je le ferai voir
dans la suite, si l'un & l'autre
ne s'accompagnent pas,
le tendre sentiment n'est
qu'une foiblesse du temperamment,
dont on n'est pas
maître, & qu'on doit éviter
avec foin comme un
mauvais guide, capable de
nousfaire tomber dans de
grands inconveniens.
Pouravoir lecoeur veritablement
bon, il faut être
pitoyable envers tout le
monde:mais il ne suffit pas
de
-
compâtir aux peines
d'autrui ; ces sentimensde
pieté doivent encore nous
porter à chercher les
moyens de les faire cesser,,
sans examiner ce qu'il pour?
roit nous en coûterde démarches,
de soins, de veilles
, & de bien ruqinesi
nous étionsenétatd'en
employer à un si belusage:
&pour que ces sentimens
ayent toute leur pureté,il
est necessairequ'ils soient
desinteresseèz à unpoint ;
que nous nenvifàgiàâsdans
toutce qu'il nous faut faû
te1.que le bien &le repos
».
-
de ceux que nous voulons
obliger, sans avoir égard à
nous-mêmes, tant que no*,
tre innocence ne court aucun
risque.
Cette situation emporte
infailliblement avec elle k
reconnoissance, la generosité,
la discretion,l'équité,
la docilité, la complaisance
, la sincerité
,
& toutes
les autres qualitez qui nous
rendent propres à la societé
des gens de bien:elles sont
tellement enchaînées ensemble,
qu'on n'en peut séparer
aucune, sans altérer
& détruiremême toutes les
autres ; & si l'on, fait bien
attention a toutes ces circonfiances,
on trouvera
que la bonté du coeur qui
elles déterminent n'est au.
trechose que la charité elle-
même,à qui l'on a donné
un nom plusàl'usagedu monde.
Que cette peinture est
différente de l'idée qu'on a
aujourd'hui de la bonté du
coeur! Pour peu qu'on se
sente, une ame tendre &',
facile, on se l'attribuë, ont
s'en fait gloire,&on l'accporde
arux aiutrexs au m.ême Que Cloris, dit-on, a le
coeur bon! les chagrins de
ses amis la touchent comme
les siens propres, &elle
en est si affligée, que bien
loin d'être en état de se consoler
alors,elle a besoin el
le-mêmedeconsolation.
Elle est d'une douceur qui
charme, & sa complaisance
passe l'imagination.
Je l'avouë : mais qu'on
l'examine sans la perdre de
vûe. La raison & lavertu
accompagnentelles la sensibilité
qu'on lui voit pôiïï
ses amis? s'empresse-t-elle
à les soulager après les a
voirplaints ? & la voit-or
dans l'occasionprévenu
leurs demandes par des ser,
vices effectifs, danssedes
fein de leur épargner la
mortification & l'embarra
oùl'on se trouve, lors qu'
on est contraint par neceÍ;
sité d'avoir recours à se
amis? Si c'est là la conduit
de Cloris, qu'elle a le coeur
bon! que son procedé esrare!
Mais si elle s'en tien
aux pleurs & aux gemisse
mens sans passer outre, loin
que cette sensibilitéson guil
dée par la raison & la ver-*
tu, & parte de la bonté du
coeur, ce n'est en effet qu*
punneesseennssiibbiliiltiétéddeerteemrnppee--
ramment, une émotion na*
turelle causéepar la fynu
patie, & de la nature de
celles qu'excite en nous la
tenture de quelque avanT
cure touchante. Tant que
lesobjets sont presensà noa
yeux ou a nôtre Imagina.
tion,ils nous frapent &
nous interessent : mais à
peine font-ilsdisparusyqu€
nôtreémotion cesse&;
que nous en perdonsjusqu'à
la moindre idée. Doit.
ocn apopellerccelaubontrédu 1 Cette grande douceur
3! cette complaisanceaveugle
qu'on écoute dans Cloris,
font
des fuites de sa foifolefle
y- & pourlesdéfini
ju ftcs^ ce sontdes effets involontaires
d'une indolen.
ce naturelle qui la suitdans
toutes lesavionsde savie
ôc qu'on doit bannir dela
societé
, comme n'étant
d'aucun ufàge»
Mes amis me font si
chers, dit Doronte, que je
voudrois les voir parvenus
à la dernicre perfection.Je
souffre une peine extrême,
quand j'apperçois en eux
quelques défauts capables
de leur faire tort dans le
monde, & je voudrois les
en pouvoir corriger à quelque
prix que ce fût. Un tel,
par exemple, que je cheris
plus que moy-même) est à
la vérité recommandable
par mille belles qualitez:
mais certainesfoiblesses
viennent par malheur de*>
truire la belle idée qu'onen
pouvoit concevoir. Je l'eravertis
souvent avec douleur
, & il ne tient pas
moy qu'il ne s'en défasse
Est-il un meilleur CoeUJi
dans le monde,s'ecrient
alors ceux qui l'entendent
est-il un ami plus véritable?
Mais le sage, que ce:
apparences & ces détour
ne peuvent surprendre, de
couvre dans ce discours
un grand fond de malice
pu beaucoup de sotises dind<iscIre.tion.
-
Eneffet,siDoronteche
chepar là à décrier celui,
ont il paroîtavoir les incrêts
si fort à coeur, c'est
ne medisance, & une ma- ignité d'autant pluspernitieuse,
qu'elle cit plus eculiée
,
& qu'elle s'insinuë
pus lesapparences de l'anitié
la plus sincere & si
[ans le fond c'est sans desein
sans intention mauaise
qu'il parle; s'U ne fait
p.te suivre l'habitude qu'il.
contractée de dire tout.
ce qui lui est venu à la connoissance,
c'est une stups.,
jticé, une sotise & une indiscretion,
qu'on ne doit
pas moins bannirde la fo;
cieté que s'il pechoit par
malice, puisque les suites
en font les mêmes, & qu'i.
laisse les mêmesimpressions
dans l'esprit de ceux
qui l'écoutent. >h Quiconque a le coeur
bon regarde les défauts de
ses amis avec une pitié tendre
,il les cache,&pâlis
s'ils sont connus. Il n'en
parle jamais qu'à eux-mêmes
} encore lors qu'ille
en avertit, il le faitavec
discretion & retenue pour
; menaiilenager:
leur amour pr0
pre , qui pourroit les revolterys'ilallait
leur dire
ero face qu'il a remarqué
leurs foiblesses.
,,
Voila la route qu'on de-
~vroit tenir, au lieu d'aller.
comme Doronte dire tout,
~haut en publicyqu'on est
au desespoir de s'être apperçu
detels & tels défauts
en tels & tels amis, parce
qu'ils pourroient nuire à
teur réputation,s'ils ve*-
~loient à être connus dans
monde..
Cependant Doronte a
dit-on, leccciirïucles léj
vres; il est sincere ildit
tout ce qu'il pense, même
jusqu'a ses défauts&l'on
conclut de là qu'il alecoeur
bon:mais cette ouverture
cette sincerité apparente
cet aveu de sesdéfauts,
qu'on accribue à labonté
defon coeur,se trouveront
sion les examine- deAmples
effetsde sa maliceou
de sa forife; & quel quece
soit de ces deux principes
qui fasse parlerDoronte, il~
est toujours ou à crainte om
àIl mé,p"ris.
Si Doronte avoüoit les
défauts par bonté de coeue,
il en rougiroit;ce feroit un
retour qu'il feroit sur luimême
par repentir & par
"Vertui & cette même vertu
'le porteroit à s'en corriger,
pour n'avoir plus à en rout
gir : mais il a toujours la
iiriême confidence à faire
Ar ses foiblesses; au lieu,
d'amendement on n'ap-
~perçoit en lui que plus de
~fermeté, &plus d'art dans
d'aveu de ses foiblesses. Il
~faut donc qu'il le fasse par
d'autres motifs, & tout autre
motif que le repentir
& lavertu dans cette occa
fion ne peut partir quede
sa malice oude sa forife.
S'il agit par malice, c'est
un piegequ'il tend pour
acquerir la confiance par
cette fausse sincerité, afin
de s'établir sur le pied d'un
homme amateur dela verité,
à qui l'on doit ajouter
foy lors qu'il fait le portrait
d'autrui. En effet, si l'on
fait atention , on remarquera
qu'ilpassetoujours
de ses défauts à ceux des
aUJrcs) & qu'il fait si bien *
en forte, que lorsque l'on
en vient insensiblement au
parallele,on le regardé
comme un Saint à canoniser,
en comparaison de
ceux dont il a parlé.
Si ce n'est pas dans cette
vue qu'il declare fifouvenr
ses foiblesses, on doit peiu
ser que c'est un vicieuxen-L.
durci qui veut par là que le
monde se familiarise avec
elles) & s'accoûtume à le*
lui faire connoître, parce
qfu'ail nie rveeut p.as s'en dé-
Enfin si c'estpar [oti[e"
on doit en accuserune facilité&
une foiblesse natifc
relle qui le rend infaillible.
ment aussi indiscret pour
les autres que pour lui-même
; ôc toute indiscretion
tft contraire au commerce
des honnêtes gens. Voilà
cependant le plus grandindice
par lequel on doit connoître
la bonté du coeur
Onse laisse éblouir par ses
confessions étudiées, Ôcc
n'est dans le fond rien
moins que ce qu'on s'imagine.
Damis rend service
K\itlefihoridequand il
se peut ; il topeà tout; il
faittout ce qu'on veut, &:
l'on n'en doit jamaiscraint
dreun refus,';quelqtiepropositionqu'on
lui fasse,
Voila ce qui s'appelle un
toncoeurà, touteép, reuve.
juges indiscrets,entrezplus
toàric danslesdémarches
de Damis, pour décider des
sentimens de son coeur.Il
rend service
,
il est vrai:
mais il va par tout faire
fruitde sa generosité il
appelle à témoins, ceuxqui
lui ont obligation,&fait
voir par là qu'ilcherche
plus à passer pour obligeant
& genereux, qu'à l'être en effet. D'ailleurs, quandl'occafion
s'enpresente, il sacrifie
les amis & leurs intérêtsà
ses pallions & à ses plaisirs
& ne fait pas difficulté d'exiger
deux le pardon de
son procedé,. pour reconnoissance
de quelques services
peu considerables qu'-^
il leur a rendus lors qu'il
n'avoit rien de meilleur à
faire. , : Il tope à tout,OÎIneDOIÇ
1 jamais.
Jamais craindre de refus,
quelque propofirion qu'on
lui fasse , j'en conviens:
mais les libertins ont sur
luile même privilege. Il
consent à donner dans le
viceaussi-bien que dans la
vertu; la raison ni la vertu
ne font point ses guides, 6c
ce que vous appeliez bonté
du coeur est une molesse,
une facilité, une foiblesse
de temperamment, qui est
sausequ'il se laisse indifféremment
entraîner par tous
les objets qui le sollicitent,
quels qu'ils puissent être.
co'.
Si je voulois poursuivre
sur ce ton, & montrer dans
leur vrai jour les actions de
la plupart des hommes ,
qu'on attribueàla bonté du
coeur,au lieu de quelques
reflexions en passant, il me
faudroit entreprendreune
histoire universelle, qui,
loin de vous amuser, vou|
deviendroit ennuyeuse. Il
me suffirad'avoir fait que
ques portraits au naturel
& d'avoir par là tracé un
chemin pourdécouvrir la
vérité des intentions quofl
a trouvé le secret de déguiser
sous de fidelles ap- parences. -c '1'';"n;)
Il me reste encoreà vous
dire que la fausse idéeque
bous avons de la bontédu
coeur cause presque tous les
desordres qui arrivent dans
la societé civile. Comme
peu de choses nous persuadent
que nous avons cette
bonté du coeur-, peu de
choses aussi nous la déterminent
dans les autres,&
voici ce qui en arrive.
On entend diretous les
jours dans le monde : J'ai
fait une nouvelleconnois
sance,la perfonnc en question
me paroît avoir un bon
coeur , je veux en faire un
bon usage. Fondé sur ce
principe, on lie commerce
des deux cotez, on se confie
, on s'abandonne; &:
comme les simples apparences
de la bonté du coeur
font les feules liaisons de
cet assemblage, unnoeud
si foible ne subsiste pas
long-temps sans se rompre;
onne trouve par-tou
(
que des demonstration.
r
d'amitié, Se point d'amis.
Tous les hommes son
ssir le même pied; ils le
trompent également dans
les dispositions qu'ils apportent
à leur societé
; &ç
après s'être unis sans diverscemrent,
ilsse confient sans i& font réciproquement
la dupe les uns
des autres. Ils s'en apperçoivent
bientôt à la vérité:
mais aucund'eux ne veut
s'en attribuer la faute -, elle
est pourtant commune, &
telle prévention injuste les
desunit,les aigrit,& les rend
incapables de reconnoîgtre
leurs erreurs, & c'est ce
qui s'oppose a une union
plus solide.
Si quelqu'un veut ne pas
se tromper dans le choix de
ceux avec lesquels il pretend
s'associer il doit commencer
par rectifier ses
sentimens & pour avoir
une veritable idée de lai
bontédu coeur, s'empresser à l'acquerir selon le modele
quej'en ai donné. IL
examinera enfuite à leur
insçû la conduite de ceux,,
sur lesquels il aura jetté la
vûe. Il confrontera leurs
démarches avec le modele
qu'il aura gravé dans son
ame; & s'illes crquvçiçpn,
formes dans le temps qu'ils
n'auronr pris aucun soinde
se contraindre & de se déguifer,
voila ce qu'il cherche,
il peut s'y abandon
ner avec confiance.
Je croisenavoir dit aI:
fez, pour vous faire convenir
qu'on prostituë sans
ceIfe le titre de bonté du
eaur, en l'appropriant à des
Situations qui lui sont toutà-
fait opposées.Vous-verrez
aussi
par mes reflexions
l'aveuglement: où L'on, est
aujourd'hui, & le desordre
quiregne dans le eoejir de
la plûpart des hommes.
Comme le vôtre en este
xempt, & qu'il est venta,,
blement bon, vous en con
-cevez unepitié charitable.
Ce tendre sentiment fera
fondésur laraison & lavertu
comme ildoitl'être,
ainsi que je l'aifait voit
dans ma définition ,afin
qu'on puisse avec justice
l'attribuer à la bonté du
coeur; ôclifant dans le mien
..fan', être abusée, vous con- noîtrez que mes protesia
tions sont sinceres
,
lorsque
je vous jureque je fuis
avec zele & respect, &:.c.
Fermer
Résumé : A MADEMOISELLE de P*** Sur la bonté du cœur.
La lettre examine la véritable nature de la bonté du cœur, soulignant que les hommes, en s'éloignant de leur innocence originelle, ont perdu le sens des vertus, les remplaçant par des apparences trompeuses. La bonté du cœur est définie comme un sentiment tendre de l'âme, fondé sur la raison et la vertu, et doit être désintéressé et actif, visant à soulager les peines d'autrui sans attendre de reconnaissance. L'auteur critique les fausses manifestations de la bonté du cœur, telles que les pleurs et les lamentations sans actions concrètes. Il analyse les comportements de personnages comme Cloris, Doronte et Damis pour révéler leur manque de véritable bonté. Cloris est émotive mais ne passe pas à l'action, Doronte utilise ses aveux de défauts pour manipuler les autres, et Damis rend service pour être perçu comme généreux mais sacrifie ses amis pour ses plaisirs. La fausse idée de la bonté du cœur cause des désordres dans la société civile, menant à des relations superficielles et à la méfiance. Pour éviter ces erreurs, l'auteur recommande de rectifier ses sentiments et d'examiner la conduite des autres à la lumière du véritable modèle de bonté du cœur. Il exprime également une pitié charitable envers le destinataire, dont le cœur est exempt de défauts et est véritablement bon. Le texte vise à clarifier les sentiments et les intentions de l'auteur, en se basant sur des réflexions personnelles et des définitions de la bonté et de la vertu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 225-249
LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Début :
En une Ville de basse Bretagne brilloit, malgré sa laideur [...]
Mots clefs :
Bretagne, Marquis, Baron, Magistrat, Mariage, Duperie, Dot, Laideur, Amour, Stratagème, Sincérité, Contrat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
LABELLEL.AIDE
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
ou la Duperie de Bretagne
,
Avanture de
l'an passé. -
ENuneVille de basse
Bretagne brilloit, malgré
sa laideur,une fille
de condition, c'estoit un
prodige; car avec des
traits, dont la description
auroit donnél'idée
d'une très-laide personne,
elle avoit desja fait
de très-fortes passions.
Elle avoit les yeux petits,
le _fi.ont étroit, le nez
court & relevé, la bouche
fort grande, mais de
belles dents, un rire agréable,
un air de vivacité
répandu dans tous
les traits, la rendoient la
plus piquante personne
du la Province, en forte
qu'on la nommoit par
singularité la belle laide.
UnMarquis passionnément
amoureux d'elle,
mais qui n'avoit pas aiIèz
de bien pour l'épouser,
elle qui n'en avoit point
du tout, fit une campagne
dans la marine, Se
rencontra en plusieurs
endroits un Baron negociantqui
avoit fait plusieurs
voyages sur mer
moitié guerre,moitié
marchandise, &C n'avoit
réüssi ny à l'un ny a.rau"
tre,estant tres-pesant de
genie.Ayant fort peu de
sens& de hardiesse il perdit
par avarice beaucoup
d'occasions de gagner. Il
avoit mis sur un vaisseau
quelque argent, ce vaisseau
ayant peri, il se dégoutta
du negoce, & resolut
de revenir sur son
pallier où il vivoit dans
une de fès terres fort engagée
par les pertes qu'il
avoit faites. Ce Barcn
devenu très-mal aisé,pria
fès amis de luy chercher
quelque femme jeune ou
vieille, belle ou laide,
vertueuse ou non >
pourvû
qu'elle luyapportast
de l'argent comptant. Il
ne luy importoit
, cette
espece d'aviscirculaire
qu'il donnoit à la Province
du besoin qu'il avoit
de se marier
,
vint aux
oreilles du Marquis, qui
trouva dans la bourse de
ses amis dix mille écus
d'argent comptant, avec
lesquels il medita de faire
la fortune de sa belle laide
& la sienne en la maoiere
que vous allez voir,
& à l'occasiond'une Lettre
qu'il receut de Cadis
en ce temps-là.
Un amy du Marquis
qui l'avoit veu à Cadis
avec le Baron, & qui estoit
alors à Cadis où un
ancien associé du Baron
estoit en peine de sçavoir
ce qu'il estoit devenu,
écrivit au Marquis de
luy faire sçavoir si le Baron
estoit en Bretagne,
& luy manda par occailon
que c'estoit pour luy
donner avis que son ancien
associé avoit recouvert
depuis peu sur les
debris de ce Vaisseau qui
avoit pery, plusieurs effets,
qui pour la part du
Baron se montoient à peu
présàcinquante mille
écus. Sur cette Lettred'avis)
ce Marquis qui eût
esté assez passablement
honneste homme s'il eût
esté riche
, &C s'iln'eût
point esté amoureux, oublia
en ce moment l'exade
probité pour le rendre
legitimemaistre de
cescinquante mille écus,
en profitant de la betise
&dela paressedu Baron.
Voicyce qu'ilfitdeconcert
avec sa belle laide.
Une fille plus vieille
que jeune,& réellement
trés
-
laide, les seconda
dans cette intrigue:elle
alla trouverun Magistrat
de la Ville de homme
aisé à tromper, parce
qu'il estoit bon & charitable
table, elle luy dit qu'estant
de famille delicate
sur l' honneur, elle seroit
assomée par deux brutaux
de freres qu'elle avoit,
si elle ne se marioit
au plus viste, parce que,
disoit-elle
, pour sauver
son honneur elle n'avoit
point de temps à perdre;
& pour faire croire qu'elle
avoitraison de se presser,
elle avoit un peu outré
son deshabillé&
garni son corset. Le Magiftrat
eutpeine à estre
desabusé de la sagesse de
lafille, parce qu'elle estoit
d'une laideur à rester
fage toute sa viemalgré
qu'elle en eust. Enfin le
Magistrat luy promit de
proposer au Baron les dix
mille écus qu'elle offrit,
& de disposer adroitement
le Baron à la prendre
en deshabillé en faveur
des dix mille écus;
& il fut resolu, qu'on
addresseroit leBaronchez
une Dame avec qui elle
logeoit, & qu'on luy
diroit d'y aller incognito
fous quelqueprétexte,
pour voir si la laideur ne
le rebuteroit point.
Deux jours aprés le
Baronalla de la part du
Magistrat chez l'hofleffe
intrigantedecette entreveuë
qui l'entretint un
moment de la laideur singuliere
de la fille à marier
,luy disant qu'elle ne
laissoit pas d'avoir quelque
agrément. Enfin, elle
luy fit voir la belle laide
au lieu de la laide laide:
d'abord le Baron en
fut charmé
,
& il en devint
passionnément amoureux.
A la seconde
visite il fit confidence de
son amour au Magistrat
qui avoit entendu quelquefois
parler de la belle
laide, & qui estant un
bon homme fort retiré,
la confondit avec la laide
laide qu'il avoit vue. Il
ne pouvoit pourtant
s'empescher d'admirer
comment le Baron en estoit
devenu amoureux ;
& le Baron luy répondoit
qu'en effet elle n'avoit
pas les traits beaux,
mais qu'elle l'avoit charmé.
Le Magistrat n'ayant
nul interest d'approfondir
d'avantage ce qui
pro quo, luy dit que
puisqu'il estoit content
il n'avoitqu'à convenir
de ses faits, & qu'il iroit
signer le contrat, mais
que puifqu'il s'estoitentremis
pour ce mariage,
qu'il prit bien garde à ne
luy pas donner parole
mal - à- propos, & à ne
luy point faire de reproches
dans la suite; qu'il
ne luy garantiffoit la fille
qu'à l'égard des dix mille
écus. LeBaron protesta
qu'il estoit dans une impatience
extrême
,
Se que
dés le lendemain on termineroit.
- Le Magistrat qui set
toit informé à quelqu'un
qui estoitla belle laide,
avoit esté instruit qu'un
Marquis en estoit devenu
fort amoureux; & sans
sortir de son erreur l'a
crut tousjours la mesme
qui l'estoit venu trouver.
Le jour fut pris enfin
pour le - lendemain
, &
enprenant ce dernierrendez
vous la laide belle
qui avoittousjours imité
le deshabiller dontl'autre
avoit dit la cause au Magistrat,
affectasurtout ce
jour-là del'estaller encore
davantage, en mesme
temps que ses charmes
achevoient de déterminer
le Baron à supporter les
malheurs qu'on luyavoit
fait pressentir
,
& qu'il
avoit à demy preveu,
comme nous l'avons dit.
Il estoit donc passionnément
amoureux, & n'avoit
sur l'amour qu'une
delicatesse basseBretonne.
Vous
Vdousoavezveu Gi;3 le bonne &>y;*
qui la donnoit au^Bai'ard
avoit estétrompé luymesme
par le manege de
la laide, &qu'il ne s'étoit
point trouveauxieh-f>
trevuësde la belle laide
&C du Baron, ce qui causace
qui pro quo que
vous verrez dans lafuite;l
La belle laide cruë enceinte
par le Baron, signa,
lapremièreune promessè
de mariage fous sein privé,
&C feignant après
avoir écrit son nom, une
honte subite 6C un remors
d'avoir à se reprocher
de ne pas avouer
franchementàson époux
qu'elle n'avoir pas un
coeur tout neuf, le tira à
quartier dans un coin de
la chambre, & luy avoüa
les yeux en pleurs, qu'il
feroit obligé de fairedans
troismoisladépensed'un
Baptême. Le Breton enchanté
de la beauté & de
la sinceritéde sa nouvelle
épouse
,
pleura aussi de
son costé, & enfuitevint
signer la promesse qu'ils
avoient quittée de vûë.
On attendoit avec impatience
,
disoit on,le Magistrat
qui devoit signer
comme témoin. Dans
cette impatiencel'épouse
monta en carrosse pour
eller au devant de luy, &C
quelque temps après on
vit revenir avec le Magistrat
la laide laide, qui
du plus loin qu'elle vit le
Baron courut l'embrasser
comme époux. M.le Baron
voyant cet épouvantail,
s'éstonna
,
setroubla,
& jura bas Breton que ce
n'estoit point la celle qui
avaitsigné : ceux qui estoient
du complot luy dirent
qu'il extravaquoit,
& le Magistrat qui n'avoit
jamaisveu que celle-
là, le crut réellement
extravagant,quandilluy
jura que celle à qui il setoit
mariéestoitcharmante.
Voicy commenton la
voit escamotée pour luy
substituer la laide affreuse.
La belle après avoir
signé un papier, avoit
occupé les yeux 6c le
coe) ur du Baron, pendant
qu'on substitua un
Wrc papier où celle-cy
avoit réellement
-
signé,
-&cestoit ce dernier que
le Baronavoit signéaussi,
ensortequ'il estoit rnai'ié
avec la laide qui luy apportoit
à ce qu'il crut ui*
enfanten mariage.D'ailleurs
les dix mille écus estoient
réellement sur table
,
& c'est ce qui tenoit
au coeur du Baron à qui
on proposa que si ce mariage
ne luy convenoit
pas qu'on pouvoitannullex
l'affaire. Comme on
vit qu'ilnepouvoit se refoudre
ny à lascher les
trente mille francs ny à fè
charger de la laide enceinte,
le Marquis qui
-èftOlt present luy fit une
proposition en ces termesf
Rien n'est plus vray- ,
Monsieur, que tout ce
qu'on vous 3. dit, &je
fuis passionnément amoureux
de cette belle
laide,& si amoureux ,
que j'avaisdessein de
l'emmener à Cadis. Vous
avez euautrefois quelque
actionsurun vaisseau qui
apery, si vous voulezme
ceder la part que vous y
av ez, j'iray denleÍlcI: làies
cequ'onpourroit en
civo r sauvé, & à tout hazard
je vous lâisse ces dix
mille écus d'argent com-
-ptspt& jcod"a& charge
.ducciitràti'j Letraité fut
conclu, &cequele Baron,
ceda au Marquis se
trouva assez considerable
pour servir de dor à» sa
bcitc maistresse oui n'avoit
jamais commis aucui-
ie faute contre sr*on honneur, mais bien contre
la sincerité en trompant
le Magistrat& le
Baron.
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Résumé : LA BELLE LAIDE ou la Duperie de Bretagne, Avanture de l'an passé.
Le texte décrit une intrigue en Bretagne impliquant une jeune femme surnommée 'la belle laide' en raison de ses traits ingrats mais de son charme. Un Marquis amoureux mais sans fortune apprend qu'un Baron ruiné cherche une épouse fortunée. Le Marquis, aidé par la 'belle laide' et une complice plus âgée et réellement laide, élabore un plan. La complice persuade un magistrat de proposer le mariage au Baron en se faisant passer pour une jeune femme en détresse. Le magistrat, trompé par son apparence, accepte de faciliter le mariage. Le Baron, charmé par la 'belle laide' qu'il prend pour la complice, accepte de l'épouser. Lors de la signature du contrat de mariage, une substitution est effectuée : la 'belle laide' signe un faux document, remplacé par celui de la complice laide. Le Baron découvre la supercherie après la signature mais est contraint d'accepter en raison des dix mille écus promis. Le Marquis révèle alors son amour pour la 'belle laide' et propose au Baron de racheter sa part dans un vaisseau naufragé en échange des écus et de la charge de la laide. Le Baron accepte, permettant ainsi au Marquis et à la 'belle laide' de vivre ensemble avec la fortune récupérée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 92-111
HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
Début :
J'AY suivi vos conseils, Madame, J'ay été au bal de la Comedie, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Cléonice, Amour, Marquis, Bal, Sentiments, Conversation, Coeur, Tendresse, Sincérité, Rivaux, Désirs, Amitié, Perfidie, Esprit, Jalousie, Femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE DEDIEE A MADAME LA COMTESSE DE ***
HISTORIETTE
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
DEDIE E A MADAME
LA COMTESSE
D.E
***
JAY
AY fuivi vos confeils , Madame ,
J'ay éé au bal de la Comedie
mais je ne ferai point flatteur au point
de vous avouer , que j'y ay reffenti
tout le plaifir que vous m'aviez fair
efperer.Je n'examine point fi la faute
en eft a la nature du fpectacle ou à
mon caractère ; qu'importe quand on
s'ennuye , je prévois que cet aveu e
m'attiera pas beaucoup d'éloges de
la part des petits Mautres, & des o
quettes ; à les en croire , rien de plus
charmant que le bal . C'eft la qu'a
l'ayde d'un iafque , on fe dérobe aux
MERCURE. 25
yeux des jalouz , fans le bal , que d'a
mans favorisés gémiroient encor dans
leurs chaines , que de foupirs pouffés
qui n'eullent jamais ofés naiftre à vi«
fage découvert ; enfin on peut définir
le bal , le veritable Temple de l'Amour
: il y lance fes traits de toutes
parts , & fa puiflance y paroift d'autant
plus grande , qu'il n'y a pas be
foin , comme dans le refte du monde ,
du fecours des appas pour faire de
nouveaux fujets , les maximes ordinaires
y font peu d'uſage , on s'y aime
fans fe connoiftre ,& fans s'être vûs ,
on diroit que tout l'air de ce lieu n'eft
formé que defoupirs , ce portrait peut
être fidele , mais pour peu que je
vouluffe entrer en difpure , que je
trouverois de chofes capables de balancer
ces avantages ! combien de
Maris à l'ayde du mafque ont appris
ce qu'ils enragent de fçavoir , combiende
confpirations amoureuſes dé .
couvertes ! combien d'indifcretions !
combien d'infidelités ! enfin combien
de femmes ont eû le dépit mortel de
perdre le jour, ces conquêtes qu'elles
94 LE NOUVEAU
ne devoient qu'à leur déguiſement .
Frappé de ces contradictions , Madame,
croiriez -vous , que je n'ai été
touché que des malheureux ,fans prendre
la moindre part à la joye des autres
; il ne vous eft pas difficile de juger
qu'avec ces fentimens , je me fuis
fort ennuyé ; cependant j'ai tenu bon ,
j'ai refté jufqu'à cinq heures , &
comme vous m'aviez ordonné ďêtre
toûjours, alerte pour apprendre
quelque hiftoire ;l'envie de vous fatisfaire
m'a déterminé de me mettre dans
une loge à côté de deux Cavaliers , qui
ne faifoient que d'y entrer ; ils avoient
beaucoup danſé à l'envi l'un de l'autre,
avec une Dame fort bien faite qui
venoit de leur faire entendre qu'il
étoit de la bienfeance qu'elle rejoignit
la compagnie , & qu'ils ne la fui
villent pas d'avantage . Je crû dabord
que la jalouſe aſſembloit nos rivaux
, & que leur converfation feroit
des plus vives. Je m'approchay fans
affecter de curiofité , je feignis d'être
fatigué, & de m'endormir. Voici Madame
, ce que j'entendis ; le recit de
MER CURE.
25
leur converfation va commencer
mon hiſtoire ; afin que vous ne foyez
point furprife , que je nomme d'abord
mes deux heros ; vous fçaurez que j'en
reconnus un à ſa voix qu'il déguifoit
mal , & qu'apiés avoir appris ce que
je voulois fçavoir , je me fis connoître
à eux , & eux à moy ; & c'est du
Chevalier mon amy, que j'ay'appris
toute l'intrigue .
Nous fommes amis depuis longtemps
, difoit le Marquis de Polygni
au Chevalier de Lefclache ; ou je me
trompe , ou nous fommes rivaux ,
parlez -moy de bonne foy , eft- ce avec
fincerité que vous avez exprimé vos
défirs à l'aimable inconnuë : je vous
confefle , reprit le Chevalier , que
je n'ay jamais été féduit fi agréablement
, & cependant vous fçavez que
nous n'avons fait qu'entrevoir fon vifage
; ce que j'en ay vû, ne fuffit que
trop, je ferois bien fâché que vous fufiez
auffi enchanté que je le fuis, j'au
rois un Concurrent trop dangereux ,
& ce ne feroit que par mes fentimens
que je pourois difputer le prix , d'un
96 LE NOUVEAU
le
coeur d'où dépend ma felici é , & qui
n'est peut-être pas refervé au plus fincere;
Poligni ne manqua pas à fon tour
de tendres expreffions , il parut auffi
amoureux que fon ami , le Chevalier
l'en auroit cru a moins , la jaloufie
qui accompagne l'amour par tout ,
lui avoit déja perfuadé ; dans ce moment,
il regarda le Marquis avec des
yeux de Rival, il eût peine à fe deffendre
d'un mouvement de dépit , ce qu'il
pût faire , fut de garder un exterieur
tranquille tandis qu'il étoit fi troublé
audedans. La fituation de Poligni
étoit à peu-prés la même , il craignit
que cette égalité de fentimens ne refroidit
leur union , il en parla au Chevalier
, ils fe donnerent de mutuelles
aflurances de s'aimer toûjours , & de
facrifierplûtoft leurs plus tendres défirs
, que de fouffrir dans leur cout ,
la moindre alteration l'un pour l'autre
.
Ces nouvelles proteftations finies,
ils quitterent la loge , ce fut alors
que je me fis reconnoiftre mais
comme je fuis icy un perfonnage peu
neceflaire
>
MERCUR E. 97
neceffaire à la fcene ;je reprends mon
recit , ils parcoururent de nouveau la
fale du bal , re, oignirent leur aima
ble inconnue qu'ils n'avoient point
perdu des yeux , la fuivirent quand
elle forti , & apprirent par un de fes
domestiques qu'ils gratifierent , qui
elle étoit & où elle demeuroit . C'étoit
la belle Cleonice , que l'abfence
d'un mary jaloux rendoit
d'un abord facile ; la nouvelle pouvoit
- elle être plus favorable à
nos ainans , ils s'embrafferent en fe
feparant , Poligni gagna la place des
victoites ,& Lelclache,le taux -bourg
faint Germain .
Je ne vous diray point , Madame, G
no deux amis dormi ent tranquillement
, d'un côté ils étoient amoureux
; de l'autre ils étoient fatigués
par plufieures veilles, ce qui rend leur
repos contr dictoire : ce que je fçais
pofitivement , c'eft que Pol gny s'é.
tant levé à quatre heures du foir , i .
fut beaucoup moins à la toilette q
l'ordinaire, tant il avoit d'impauence
d'aller voir l'objet de fon nouvel a
98 LE NOUVEA
U
mour , il y fut donc à cinq heures ,
& voici comme il debuta ; N'y a t'il'
point d'indifcretion , Madame , à venir
voir de fi prés des appas qui ont
produit cette nuit, de fi tendres effets,
malgré le foin que vous aviez pris
de les cacher , on lui répondit avec'
beaucoup d'efprit & de politefle . J'ef-'
pere , Madame , que vous me fçaurez
bon gré de ne pas charger mon hiftoire
de toute leur converfation ,
Mademoiſelle Scudery ne vous en
tiendroit pas quitte à fi bon marché
pour moy j'aime mieux laiffer à mon
Lecteur, le foin de deviner tout ce qui
peut le dire en pareille occafion , je
m'en fie mieux à fes fentinens qu'à
mes expreffions ; mais voici une circonftance
que je ne puis taire ; dans
le temps que Poligny tâchoit d'exprimer
tout ce qu'il reflentoit ' autant
que la modeftie de Cleonice le pouvoit
permettre , on apporta une Lettre
qu'un Laquais venoit de laif.
fer, lans dire de quelle part , & qui
foudain avoit difparu ; la femme
de chambre fut un peu gronMERCUR
E. 96
99
dée , & on luy défendit felon la coutume,
de fe charger jamais des Lettres
d'un inconnu ; Cleonice la lut cependant
d'abord tout bas , & enfuite à
Poligny; voici ce qu'elle contenoit .
Mon coeur népour aimer fe voyoit
en partage,
Tant de délicateffe , & defineerité ,
Que craignant d'éprouver quelqu'infidelité,
Il cherchoit fon pareil pour fixerfon
hommage:
Dans un nombre infini j'ay trouvé
quelques belles ,
Queje croyois d'abord avoir feduit
fes voeux ,
Mais fur leur peu defoy, bien- toft
ouvrant les yeux,
Fe connoiffois aßez qu'il n'eftoit pas
pour elles.
Je (oupirois toujours apres une avanture
Quim'offrit cet objet que je m'eftois
Forme ;
Cet objet fi charmant of feroir ren
fermé
Tij.
$36007
100
NOUVEAU LE
Le coeur le plus parfait qu'eut produit
la nature ;
Quand vos premiers regardsfont venusmefurprendre,
Sous leurs aimables coups interdit
enchanté ,
Fav vû que mon malheur , ou ma
felicité
Dépendait de la part que vous y
voudrez prendre.
Le Chevalier qui s'attendoit de
voir Cleonice le lendemain , n'avoit
point figné , mais Poligny reconnut
dans le moment, fon file, & fon écriture
, ille nomma pour l'Auteur de
ces vers , & tournant la converfation
fur les Poëtes , il faut avouer , ditil
, que ces Meffieurs là font bien
heureux , ils font de leur imagination
ce qu'ils veulent , ils rellentent des
peines ou des plaifits à leur gré , ils
font aujourdhui une elegie , demain
le caprice qui
un Madrigal, fuiva
les gouverne , je veux croire que mon
ami le Chevalier n'eft point du nombre
de ces Poëtes ; & lors qu'il nous
MERCURE 101
écrit fi tendrement , il faut qu'il reffente
quelque chofe , Cleonice comprit
facilement la fin de ce difcours,
& fans vouloir s'inftruire des fentiméns
du Chevalier , elle repartit
fimplement , qu'il feroit à fouhaiter
que chacun fut Poëte ; puifqu'il n'y
auroit plus de maux réels , & qu'elle
étoit bien perfuadée que tous les Amans
étoient Poëtes en ce lens . Poligni
voulut répliquer , mais quelquesperfonnes
qu'on vint annoncer ,
l'obligerent à garder fa réponſe , &
même à prendre congé de la compagnie
, ce qu'il fit dans le moment.
Un redoublement de tendrefle fur
l'effet de fon entre- vûë , la declaration
du Chevalier ne laifloit pas de
l'inquieter , fon procedé, difoit-il , eſt
plus refpectueux que le mien , il n'a
pas même mis fon nom , l'amour aime
tous ces petits myfteres , & moy
j'ay ofé me prefenter tout d'un coup ;
il eft vray que mon bonheur dépend
du caractere de la perfonne que j'ai
me , prefque tout fon fexe appelle vi
vacité , ardeur , empreffement , ce qui
I iij
102 LE NOUVEAU
il
me paroift une temerité ; un air firetenu
n'eft pas toujours de faifon.
Aprés ces reflexions que j'affure que
fit le Marquis , ou qu'il dût faire ,
alla trouver le Chevalier qui fçavoit
déja fa vifite ; ne me demandez point
Madame , qui l'avoit ſi bien inſtruit ,
fi on vouloit expliquer tous les par
où , & tous les comment des amoureux
, ou n'auroit jamais fait ; il fuffic
de fçavoir une fois, que le Dieu qui
les infpire, eft le plus fubtil, & le plus
ingenieux de tous ; il endort les Ĉerberes
, adoucit les Megeres , c'eft à
dire, en ftyle commun , qu'il gagne les
Suiffes les plus intraitables , & les
femmes de chambre les plus revêches.
Bon jour,mon cher Chevalier, dit
le Marquis, en l'embrallant, fi j'avois
efté auffi pareffeux que toy , tes affaires
ne feroient pas en fi bon train ,
& on ne fçauroit pas que Lefelache
eft un des amans le plus poli qui foit
au monde , & qui s'exprime avec le
plus de délicatelle ; tu ne te ferois jamais
attendu de m'avoir cette obliga.
MERCURE
203
tion; mais quelqu'amoureux que je
fois, mon amitié l'emporte. Que je
m'eſtimerai heureux fi le Chevalier
en agit ainfi avec moy , Lefclache
l'en aflura avec les termes les plus
perfuafifs , il s'informa plus exactement
de l'obligation pretenduë , que
Poligni vouloit qu'il luy eat , il ne fit
nul myftere de fa declaration en vers,
il s'habilla & fortit avec luy , il n'y
eut rien de particulier le refte du
jour .
Le lendemain ils fe trouverent tous
deux chez Cleonice , Poligni qui entra
le dernier, ne pût cacher un peu
de rougeur , tant il eft vray que les
premiers mouvemens de l'amour
font de nous porter à la vengeance,
indiftin&tement contre tout rival , il fe
remit pourtant , & aprés avoir badiné
agréablement fur leur tête à
tête , fur l'Auteur des vers , il examina
en lay même , fi quelques regards
favorables ou quelques réponfes
de la partde Cleonice ,ne marqueroit
point dés ce jour une préference,
car felon luy; l'amour eftoit prompt
104 LE NOUVEAU
às
s'expliquer ; mais qu'il eft difficile
de trouver la verité par un-femblable
examen ; la jaloufie qui eft toujours
de la partie nous tourne l'efprit de
façon, que nous croyons fouvent le
contraire de ce qui eft : ce que je puis
vous affurer, Madame, c'eft que pendant
les cinq ou fix premieres vifites
que firent nos amis rivaux , il eut
efté difficile à un tiers non intereffé ,
de deviner lequel des deux eftoit le
mieux traité .
Les choles en eftoient là ; lorſque
Poligni fongeant à rendre fes petits ,
foins utiles , chercha quelque moyen
pour cela , il ne doutoit point que
l'efprit & le merite du Chevalier ne
fuflent capable defaire diverfion dans
le coeur de Cleonice ; mais il ne vouloit
pas fe brouiller ouvertement, & voici
ce qu'il inventa. Ce trait va vous
donner, Madame,une idée bien deſavantageufe
de nos amans , & je fuis .
für que dés ce moment, ils vont perdre
vostre eftime ; voici donc ce que
Je Marquis propofa auChevalier , &c
comme il s'expliq ua.
MER CURE.
105
Nous nous fommes promis que notre
amitié triompheroit de notre amour
; ce n'eft pas atfez , mon cher,
pour des amis comme nous , il faut
encore que ce qui fert à brociller les
autres , ferve à forufier notre union .
Je vois bien qu'il n'étoit pas poffible
de vivre fans voir Cleonice , j'ai tout
fait pour te faire un facrifice de mes
defirs, fans y pouvoir réullir. Jamais
nous n'avancerons , tant que nous
nous trouverons enfemble chez elle ,
nous nous détrui - ons l'un l'autre , je
te donne le choix .
Le Chevalier fentit la verité de ces
taifons , & s'y rendit .
Ce n'eft pas le tout mon Cher, reprit
Poligni , les femmes font artificieufes
, & l'on peut , fans crime
ufer d'artifices avec elles , il faut que
nous nous diſions reciproquement les
progrès que nous ferons ; devenons,
s'il eft ií
Die , heureux
tous les
deux ; & crainte que notre intelligence
ne parut fufpecte ; rompons - là
ën apparence
; trouvons- nous encore
une fois enfemble
chez Cleonice
;
106 LE NOUVEAU
nous nous y dirons des chofes vives,
& nous finirons , s'il le faut , par un
combat fimulé ; quand ces feintes ne
ferviroient qu'à lui prouver la puiffance
de les attraits ; c'eft toûjours
beaucoup , & je t'aflure que les Dames
aiment mieux voir regner une
petite guerre entre leurs amans, qu'-
une fi parfaite tranquillité ; le Chevalier
eut quelque peine à fe rendre
à ces dernieres propofitions , la delicateffe
de fon amour s'y oppofoit ,
& fon amitié étoit fi fincere , que
l'ombre même de la perfidie , lui faìfoit
horreur ; cependant il les adopta
à la fin. Telle eft , Madame , la raifon
de l'homme , elle ne manque
prefque iamais de lui montrer le vrai ;
mais rarement elle a affez de force
pour l'engager à le prendre , & fa refittance
ne fert, pour l'ordinaire , qu à
rendre plus éclatant , le triomphe de
nos paffions .
Aprés une convention fi étonnante
entre deux perfonnes, qu'on pouvoit
foupçonner d'abord de veritable amour
, ils fongerent à agir en conMERCURE
107 .
>
fequence, ils fe trouverent chez la da
me , le querellerent , fe battirent ,
& la feinte fut fi bien conduite, que
Cleonice les crût irreconciliables, tur
tout quand elle euft éprouvé , que
l'interpofition de les charmes & de
fes difcours n'avoit pû calmer leur tu
reur , ils ne fe trouverent plus chez
elle , ils affecterent même d'y venir
un quart d'heure , l'un aprés l'autre,
afin que celui qui viendroit le dernier,
eut occafion de prouver la continuation
de fon reffentiment , en nevoulant
pas entrer .
La fincerité ne fut pas fi égale dans
les rapports qu'ils fe firent de l -urs
progrez , le Chevalier difoit bonnement
les chofes comme elles fe paffoient
, mais Poligni luy faifoit des
aveux tels qu'il lu plaifoit ; car ils
n'étoient pas d'aprés le vrar , le Chevalier
qui croyoit le Marquis de bon .
ne foy , s'imaginoit qu'il eftoit plus
favorifé que lui , ces jugemens les en
hardilloient , il en devenont plus entreprenant
, Cleonice s'en appercevoit
& reptimoit fon audace ; cela
108 LE NOUVEAU
le defefperoit, dans l'idée qu'il avoit,
que le Marquis eftoit mieux traité
il n'ofoit en faire fes plaintes , crainre
d'indifcretion ; en un mot , il étoit
la dupe de fa franchife: car Poligni en
profitoit , & pour faire la cour a fes
dépens , il rapportoit à Cléonice
tout ce qui fe paffoit entre elle & le
Chevalier , difant , qu'il le faifoit
par vanité. Cela ne pouvoit
manquer de rendre Lefelache odieux ;
il s'en app rçût avec douleur, & fans
penetrer les veritables raifons de la
haine de fa maiftreffe , il s'en prit à
fon étoile , & comme il eft fage jufques
dans le defefpoir , voici ce qu'il
écrivit.
BILLET.
Fe fuis plus perfuadé que ja- .
mais , Madame , qu'il y a une
Dé‹ffe aveugle qui décide ici bas
de notre bonheur , puisqu'avec
les plus tendres fentimens du
monde,je n'aipu meriter le moindre
MERCURE.
189
dre retour de vous ; il y a dans
ma deftinée , je ne fçais quelle
malignité, que je ne conçois pas,
ilfaut lafuivre , Madame , & ne
vous point ennuyer d'avantage ;
c'est le parti que j'ai pris.
Voilà peut eftre, Madame , le premier
Amant qui ait tenu parole en
pareille occafion , il cefla de la voir
en effet ; Poligni triomphoit de fon
fuccès , mais comme la perfidie ne
peut eftre long-tems victorieule. Le
Chevalier fut bien- tôt vangé .
La fatisfaction eft ordinairement enamour
, la fource de l'inconftance ;
Poligny fut beaucoup moins affidu ;
la Dame qui étoit déja prévenuë
contre le Chevalier , foupçonna d'abord
qu'il avoit quelque part dans
ce refroidiffement , fon foupçon` fe
confirma , parce qu'il lui fut rapport
té, qu'ils fe voyoient dans ces idées ;
le dépit luy fit faire ce que l'amour
n'avoit pû exiger , elle luy écrivit en
ces termes.
K
110 LE NOUVEAU
Billet de Cleonice.
Fe fçavois bien , Monfieur ,
que vous eftiezun indifcret , mais
je nefçavoispas que vous euffiez
raffemble en vous, toutes les mauvaifes
qualitez ; je mefouviendrai
long- tems du bal , &je me
garderai des nouvelles connoiffan
ces.
Jamais homme ne fut fi furpris que
le Chevalier , à la lecture de ce
Billet , il fit pour la probité, ce qu'il
avoit refolu de ne plus faire pour
fon amour ; il ne pût fouffrir qu'on
l'outrageat fi injuftement , il fut chez
Cleonice , & aprés une converfation
de trois heures , il ſe juſtifia ſi bien ,
qu'enfin Cleonice lui avoua tout ce
que Poligny avoit dit contre lui , cet
aveu le troubla fi fort qu'il fut un
demi- quart d'heure fans parler ; en
MER CURE. 111
fin ayant rappellé fes fens , il decouvrit
à fon tour toute l'intrigue ; il ne
crût plus rien devoir à un ami fi indigne
, il devint celui de Cleonice , &
l'eft encore aux conditions de part &
d'autre , de ne plus jamais revoir
Poligny ; voici mon hiftoire , Madame,
vous n'y avez point vû de ces
faits furprenants qui étonnent l'efprit
, ni de ces circonftances variées
qui le flatent ; c'est un recit des plus
fimples,tiré d'aprés nature ; mais auffi
vous y voyez la fincerité reconnue
, triompher à la fin de la perfidie.
C'eft voftre vertu favorite que
j'ai voulu couronner , pouvois- je
mieux m'acquiter de l'emploi que
vous m'aviez donné : Je fuis , Madame
,
Voftre trés -humble &
trés-obéiffant ferviteur,
DE BONNEVAL.
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6
p. 70-73
Traduction de la Lettre du Grand Seigneur au Roy.
Début :
La gloire des plus majestueux Rois de la croyance de [...]
Mots clefs :
Rois, Croyances, Louis, Amitié, Sincérité, Duc, Ambassade , Félicité, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Lettre du Grand Seigneur au Roy.
Traduction de la Lettre du
Grand Seigneur au Roy.
LAgloire des plus majestueux
Rois la croyance de JESUS ,
le choifi entre les Princes de la
Religion du Meffre , l'Arbitre de
MERCURE. 71
toutes les Nations Chrêtiennes ,
Seigneur de majefté & d'honneur,
Patron de louange & de gloire ,
LOUIS EMPEREUR DE FRANCE ,
dont la fin des jours foit comblée
de bonheur & de felicité.
A l'arrivée de cette fublime &
imperialle Lettre , vous fçaurez
que la Lettre d'amitié & de compliments
, qui m'a efté envoyée
de votre part , eftant arrivée , &
ayant efté préfentée avec fa traduction
au pied de mon Throne
Imperial , Siege de la Juſtice , & de
l'équité , par l'entremiſe de mon
Vilir IBRAHIM PACHA , PréfentementCAIMACAM
DE MON EPERON
IMPERIAL, dont la grandeur
foit de durée , j'ay connu par
fon contenu plein de fincerité &
d'amitié , que de l'avis du glorieux
, parmi les Princes de la
royance de JESUS , le choifi
parmi les Grands Honorez de la
Religion du Meffie , dont la
fin foit hûreufe : LE DUG D'ORLEANS
VOTRE ONCLE , ET
72
LE NOUVEAU
VOTRE REGENT , par raport à
votre Minorité , vous aviez trouvé
à propos de rappeler l'Exemplaire
des Grands de la Religion
du Meffie le Comte Defalleurs
dont la fin foit hûreufe , à qui
votre GLORIEUX BIS- AYE UL,
qui a quitté ce monde paffager ,
avoit ci-devant confié l'Ambaffade
de mon hûreuſe PORTE , me priant,
pour , en recompenſe de ſes longs
Tervices , le faire jouir du repos
qu'il a merité , & qui lui eft dû ,
de vous le renvoyer. Et me marquant
en même tems , que vous
n'oublierez rien pour entretenir ,
& maintenir la forte , conftante , &
fincere amitié , que vos glorieux
Ancêtres ont toujours eue avec
ma fublime PORTE , dont la félicité
eft attachée à l'Eternité ; Il est très
fûr , & très veritable , que nous
entretiendrons & maintiendrons
auffi du côté de votre Perfonne
Imperiale , l'amitié , & la bonne
correfpondance , qu'il y a toujours
eûë jufques à prefent , entre
د
Nos
MERCURE. 73
Nos Ancêtres de glorieufe memoire
& les Votres , avec les mêmes
fins que vous y avez apporté
de votre part. Ayant donc
trouvé convenable , fuivant votre
priere , de vous renvoyer votre
fufdit Ambaffadeur , qui eft un
vieillard très fage , très prudent ,
& très confommé dans les affaires ,
qui a très parfaitement bien rempli
les devoirs de fon Ambaffade ,
pour fe rendre auprès de vous. Je
vous écris par lui cette Lettre ,
qui marque la félicité , & la profpérité
, & vous reconnoîtrés , quand
vous la recevrez , la penfée , & le
défir , que j'ay d'entretenir & maintenir
comme il fe doit , la
bonne intelligence , & la forte &
fincere amitié , qui eft entre nous .
Ecrit dans le commencement de
la Lune de Zilkade Icherife , l'an
1128 ; cela repond à peu prés au
au 15 Octobre 1716.
,
A Andrinople la bien gardée ,
lieu de Victoire , & de profpérité.
Grand Seigneur au Roy.
LAgloire des plus majestueux
Rois la croyance de JESUS ,
le choifi entre les Princes de la
Religion du Meffre , l'Arbitre de
MERCURE. 71
toutes les Nations Chrêtiennes ,
Seigneur de majefté & d'honneur,
Patron de louange & de gloire ,
LOUIS EMPEREUR DE FRANCE ,
dont la fin des jours foit comblée
de bonheur & de felicité.
A l'arrivée de cette fublime &
imperialle Lettre , vous fçaurez
que la Lettre d'amitié & de compliments
, qui m'a efté envoyée
de votre part , eftant arrivée , &
ayant efté préfentée avec fa traduction
au pied de mon Throne
Imperial , Siege de la Juſtice , & de
l'équité , par l'entremiſe de mon
Vilir IBRAHIM PACHA , PréfentementCAIMACAM
DE MON EPERON
IMPERIAL, dont la grandeur
foit de durée , j'ay connu par
fon contenu plein de fincerité &
d'amitié , que de l'avis du glorieux
, parmi les Princes de la
royance de JESUS , le choifi
parmi les Grands Honorez de la
Religion du Meffie , dont la
fin foit hûreufe : LE DUG D'ORLEANS
VOTRE ONCLE , ET
72
LE NOUVEAU
VOTRE REGENT , par raport à
votre Minorité , vous aviez trouvé
à propos de rappeler l'Exemplaire
des Grands de la Religion
du Meffie le Comte Defalleurs
dont la fin foit hûreufe , à qui
votre GLORIEUX BIS- AYE UL,
qui a quitté ce monde paffager ,
avoit ci-devant confié l'Ambaffade
de mon hûreuſe PORTE , me priant,
pour , en recompenſe de ſes longs
Tervices , le faire jouir du repos
qu'il a merité , & qui lui eft dû ,
de vous le renvoyer. Et me marquant
en même tems , que vous
n'oublierez rien pour entretenir ,
& maintenir la forte , conftante , &
fincere amitié , que vos glorieux
Ancêtres ont toujours eue avec
ma fublime PORTE , dont la félicité
eft attachée à l'Eternité ; Il est très
fûr , & très veritable , que nous
entretiendrons & maintiendrons
auffi du côté de votre Perfonne
Imperiale , l'amitié , & la bonne
correfpondance , qu'il y a toujours
eûë jufques à prefent , entre
د
Nos
MERCURE. 73
Nos Ancêtres de glorieufe memoire
& les Votres , avec les mêmes
fins que vous y avez apporté
de votre part. Ayant donc
trouvé convenable , fuivant votre
priere , de vous renvoyer votre
fufdit Ambaffadeur , qui eft un
vieillard très fage , très prudent ,
& très confommé dans les affaires ,
qui a très parfaitement bien rempli
les devoirs de fon Ambaffade ,
pour fe rendre auprès de vous. Je
vous écris par lui cette Lettre ,
qui marque la félicité , & la profpérité
, & vous reconnoîtrés , quand
vous la recevrez , la penfée , & le
défir , que j'ay d'entretenir & maintenir
comme il fe doit , la
bonne intelligence , & la forte &
fincere amitié , qui eft entre nous .
Ecrit dans le commencement de
la Lune de Zilkade Icherife , l'an
1128 ; cela repond à peu prés au
au 15 Octobre 1716.
,
A Andrinople la bien gardée ,
lieu de Victoire , & de profpérité.
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7
p. 53
ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
Début :
Trouver un cœur bienfait n'est pas chose facile ; [...]
Mots clefs :
Étrennes, Comtesse, Coeur, Reconnaissance, Hommage, Sincérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
ETRENNES à Madame la
Comtesse de ***
Rouver un coeur bienfait n'est pas chose fa .
cile ;
On court pour le chercher au bout de l'Univers
Et de ses voyages divers
On n'emporte souvent qu'une peine inutile.
Puisse le mien être digne de vous ;
Vous l'avez rencontré sans prendre tant de peine
De l'honneur de vous plaire uniquement jaloux ,
Au votre il s'est lié d'une secrete chaîne ,
Et c'eft dans mes malheurs un remede bien doux
Ma parfaite reconnoissance
S'exprime mieux par un humble silence
Que par les longs détours d'un éloge apprêté ;
L'esprit n'a point de part à mon sincere hommage
Il est du coeur le pur langage ;
Le langage du coeur est toujours écouté.
Comtesse de ***
Rouver un coeur bienfait n'est pas chose fa .
cile ;
On court pour le chercher au bout de l'Univers
Et de ses voyages divers
On n'emporte souvent qu'une peine inutile.
Puisse le mien être digne de vous ;
Vous l'avez rencontré sans prendre tant de peine
De l'honneur de vous plaire uniquement jaloux ,
Au votre il s'est lié d'une secrete chaîne ,
Et c'eft dans mes malheurs un remede bien doux
Ma parfaite reconnoissance
S'exprime mieux par un humble silence
Que par les longs détours d'un éloge apprêté ;
L'esprit n'a point de part à mon sincere hommage
Il est du coeur le pur langage ;
Le langage du coeur est toujours écouté.
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Résumé : ETRENNES à Madame la Comtesse de ***
Le poème est dédié à une comtesse et exprime la difficulté de trouver un cœur bienveillant. L'auteur espère que son propre cœur soit digne de la comtesse, rencontrée sans effort. Leur lien est secret et apaisant. La reconnaissance de l'auteur se manifeste par un silence humble plutôt que par des éloges. Son hommage est sincère et vient du cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 59-60
VERS Faits par un Partisan du Celibat.
Début :
Veut-on que je prenne une femme ? [...]
Mots clefs :
Célibat, Complaisance, Sincérité, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par un Partisan du Celibat.
VERS
Faits par un Partisan du Celibat,
VEut- on que je prenne une femme ?
J'y veux trouver ensemble et jeunesse et beauté ,
L'esprit bienfait , une belle ame ,
Agrément et simplicité ,
Coeur sensible sans jalousie ,
Complaisance et sincerité ,
Vivacité sans fantaisie ,
Sagesse
小
o MERCURE DE FRANCE
Sagesse sans austerité ;
Enfin , pour la rendre parfaite ,
A toutes les vertus joignez tous les appas ;
Voila celle que je souhaite ;
Trop heureux cependant de ne la trouver pas !
Faits par un Partisan du Celibat,
VEut- on que je prenne une femme ?
J'y veux trouver ensemble et jeunesse et beauté ,
L'esprit bienfait , une belle ame ,
Agrément et simplicité ,
Coeur sensible sans jalousie ,
Complaisance et sincerité ,
Vivacité sans fantaisie ,
Sagesse
小
o MERCURE DE FRANCE
Sagesse sans austerité ;
Enfin , pour la rendre parfaite ,
A toutes les vertus joignez tous les appas ;
Voila celle que je souhaite ;
Trop heureux cependant de ne la trouver pas !
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