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751
p. 1894
« Le Maréchal de Noailles, qui avoit quitté le Roi à la Ferre pour se rendre à Metz, y [...] »
Début :
Le Maréchal de Noailles, qui avoit quitté le Roi à la Ferre pour se rendre à Metz, y [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Armée, Rhin
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texteReconnaissance textuelle : « Le Maréchal de Noailles, qui avoit quitté le Roi à la Ferre pour se rendre à Metz, y [...] »
Le Maréchal de Noailles , qui avoit quitté
le Roi à la Ferre pour ſe rendre à Metz , y
attendit S. M. & après avoir reçû fes ordres
, il partit le 6 , pour fe rendre à l'armée
du Roi , qui eft fur le Rhin , où il devoit
arriver le 9.
2
Les troupes qui ont marché de Flandre
pour aller fur le Rhin , arriverent près de
Metz le z & le 4 de ce mois , & elles en
font parties fur trois Colonnes , pour aller
joindre l'armée commandée par
de Coigny.
le Roi à la Ferre pour ſe rendre à Metz , y
attendit S. M. & après avoir reçû fes ordres
, il partit le 6 , pour fe rendre à l'armée
du Roi , qui eft fur le Rhin , où il devoit
arriver le 9.
2
Les troupes qui ont marché de Flandre
pour aller fur le Rhin , arriverent près de
Metz le z & le 4 de ce mois , & elles en
font parties fur trois Colonnes , pour aller
joindre l'armée commandée par
de Coigny.
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752
p. 1894-1895
Le Te Deum chanté à Metz, [titre d'après la table]
Début :
On chanta le 8 après midi dans l'Eglise Cathédrale le Te Deum en action de graces [...]
Mots clefs :
Roi, Te Deum, Fièvre
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texteReconnaissance textuelle : Le Te Deum chanté à Metz, [titre d'après la table]
On chanta le 8 après midi dans l'Eglife
Cathédrale le Te Deum en action de graces
de la priſe du Château Dauphin & des retranchemens
de la Vallée de Sture , & l'Evêque
de Metz y officia pontificalement.
Toutes les Maifons de cette Ville furent
illuminées pendant la nuit , & il y eut des
feux & des réjouiffances publiques.
Le Roi ne put aflifter au Te Deum , parce
qu'il s'étoit trouvé incommodé pendant la
nuit pécédente. S. M. ayant de la fievre , accomAOUST.
1744. 1895
compagnée d'une douleur de tête , fut faignée
au bras dans l'après midi . La fiévre
étant très- médiocre le 9 au matin , S. M.
prit une médecine , dont l'effet lui procura
beaucoup de foulagement par la diminution
des accidens de la maladie , ce qui donnoit
lieu d'efpérer que le Roi feroit bien- tôt entierement
rétabli.
Cathédrale le Te Deum en action de graces
de la priſe du Château Dauphin & des retranchemens
de la Vallée de Sture , & l'Evêque
de Metz y officia pontificalement.
Toutes les Maifons de cette Ville furent
illuminées pendant la nuit , & il y eut des
feux & des réjouiffances publiques.
Le Roi ne put aflifter au Te Deum , parce
qu'il s'étoit trouvé incommodé pendant la
nuit pécédente. S. M. ayant de la fievre , accomAOUST.
1744. 1895
compagnée d'une douleur de tête , fut faignée
au bras dans l'après midi . La fiévre
étant très- médiocre le 9 au matin , S. M.
prit une médecine , dont l'effet lui procura
beaucoup de foulagement par la diminution
des accidens de la maladie , ce qui donnoit
lieu d'efpérer que le Roi feroit bien- tôt entierement
rétabli.
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753
p. 1899-1902
Suite de la Maladie du Roi, / Arrivée de la Reine à Metz, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Metz du 18 de ce mois, que la médecine qu'on fit prendre au Roi le [...]
Mots clefs :
Roi, Douleur de tête, Fièvre, Évacuations, Redoublement, Saignée du pied
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Maladie du Roi, / Arrivée de la Reine à Metz, [titre d'après la table]
On a appris de Metz du 18 de ce mois ,
que la médecine qu'on fit prendre au Roi le
onze , eut un effet affés heureux , & qu'elle
procura des évacuations très- abondantes ,
mais qu'elle ne diminua pas , ainfi qu'on l'avoit
efperé , la fiévre & la douleur de tête.
L'une & l'autre étant confidérablement augmentées
, vers les cinq heures après midi
on fe détermina à une feconde faignée du
pied , qui fut faite à huit heures du foir ,
lorfqu'on put juger que l'opération du
gatif étoit finie. Cette faignée procura au
Roi pendant la nuit & le jour fuivant , de la
tranfpiration , du calme dans le poulx , &
quelques heures de fommeil , & elle affoiblit
un peu la douleur de tête , laqueile
avoit été très- vive la veille , & avoit parû
s'être fixée à la tempe droite.
pur-
Les évacuations continuerent le 12 avec
affés d'abondance , & elles donnerent lieu
de croire que l'état de foulagement , dans
lequel le Roi fe trouvoit , pourroit ſe foûtenir
, mais le 13 à trois heures du matin
S. M. eut un redoublement de fiévre trèsviolent
, & la douleur de tête , qui l'accompagnoit
, étant fort augmentée , on chercha
à en prévenir les fuites par une troifiéme faignée
du pied , à laquelle on eut recours à
fept heures du matin , & qui ne diminua
point les deux caufes , qui pouvoient rendre
la maladie dangereufe , Le
1900 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi l'ayant reconnu & jugeant de fon
état , fit appeller le Pere Peruffeau , & après
avoir entendu la Meffe , il le confefla. S.M.
demanda enfuite le Viatique , qui lui fut
apporté par l'Evêque de Soiffons , fon Premier
Aumônier , & elle le reçût vers les trois
heures après midi en préfence de toute la
Cour , avec beaucoup de pieté , & avec des
fentimens de Religion , auffi dignes d'un
Chrétien , que capables de faire juger de fa
parfaite réfignation à la volonté de Dieu . A
fix heures du foir , la douleur de tête & la
fiévre fe foûtenant avec la plus grande violence
, on fit au Roi une quatrième faignée
du pied. On fe fervit encore du même remede
le 14 à fix heures du matin ; on chercha
à entretenir la liberté du ventre , & le
foir du même jour , on appliqua des Sancfuës
fur la tempe droite , où le Roi fentoit
la plus grande douleur . Toutes ces précautions
prifes contre l'augmentation de la maladie,
ne procurerent aucun foulagement aut
Roi , & ne diminuerent point la fiévre ; elle
redoubla à dix heures & demie du foir avec
une douleur de tête infupportable , accompagnée
d'une grande agitation , & le Roi
ayant fouhaité vers les deux heures du matin
de recevoir l'Extrême- Onction , elle lui
fut adminiftrée par l'Evêque de Soiſſons. A
ce redoublement , il s'en joignit à quatre
heures
A O UST. 1744. 1901'
heures du matin un fecond , qui fut encore
plus confidérable , & pendant lequel le Roi
étant, tombé dans un affoupiffement trèseffrayant
, on employa avec fuccès le fecours
des vefficatoires, On donna auffi au Roi un
purgatif qui produifit beaucoup d'effet , &
les vives allarmes que l'état , dans lequel
S. M. étoit le matin , ayoit cauſées , diminuerent
un peu vers les deux heures après
midi.
Depuis ce moment le Roi a eu la tête libre,
& il a dormi à plufieurs repriſes ; la
fiévre a été moins violente ; les évacuations
qui ont été entretenues , ont répondu à ce
qu'on efperoit , & S. M. a été beaucoup
mieux le 15 au foir & le lendemain . Le redoublement
qu'on craignoit pour le 16 au
foir , a retardé de quelques heures , & il n'a
commencé le 17 qu'à une heure & demie du
matin ; il a été moins violent que les précédens
, mais il a été marqué par un très grand
affoupiffement , à la fin duquel on a donné
au Roi un léger purgatif, pour entretenir
Les évacuations. Il y en a eû plufieurs qui
ont rendu la tête très-libre , & ont diminué
l'émotion du poulx.
Le Roi a pallé la nuit du 17 affés tranquillement
; le redoublement de fiéyre a été médiocre
, & il a fini à cinq heures du matin.
On a continué l'ufage des purgatifs , & les
évacua1902
MERCURE DE FRANCE.
évacuations , qu'ils ont procurées , ont fait
efperer que le redoublement qu'on craignoit
pour la nuit du 19 , feroit moins fort que
précédens , le poulx du Roi n'ayant pas
encore été en auffi bon état qu'il l'a été depuis
le 18 au matin , & qu'il a continué de
l'être le foir.
La Reine arriva à Metz le 17 , vers minuit.
que la médecine qu'on fit prendre au Roi le
onze , eut un effet affés heureux , & qu'elle
procura des évacuations très- abondantes ,
mais qu'elle ne diminua pas , ainfi qu'on l'avoit
efperé , la fiévre & la douleur de tête.
L'une & l'autre étant confidérablement augmentées
, vers les cinq heures après midi
on fe détermina à une feconde faignée du
pied , qui fut faite à huit heures du foir ,
lorfqu'on put juger que l'opération du
gatif étoit finie. Cette faignée procura au
Roi pendant la nuit & le jour fuivant , de la
tranfpiration , du calme dans le poulx , &
quelques heures de fommeil , & elle affoiblit
un peu la douleur de tête , laqueile
avoit été très- vive la veille , & avoit parû
s'être fixée à la tempe droite.
pur-
Les évacuations continuerent le 12 avec
affés d'abondance , & elles donnerent lieu
de croire que l'état de foulagement , dans
lequel le Roi fe trouvoit , pourroit ſe foûtenir
, mais le 13 à trois heures du matin
S. M. eut un redoublement de fiévre trèsviolent
, & la douleur de tête , qui l'accompagnoit
, étant fort augmentée , on chercha
à en prévenir les fuites par une troifiéme faignée
du pied , à laquelle on eut recours à
fept heures du matin , & qui ne diminua
point les deux caufes , qui pouvoient rendre
la maladie dangereufe , Le
1900 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi l'ayant reconnu & jugeant de fon
état , fit appeller le Pere Peruffeau , & après
avoir entendu la Meffe , il le confefla. S.M.
demanda enfuite le Viatique , qui lui fut
apporté par l'Evêque de Soiffons , fon Premier
Aumônier , & elle le reçût vers les trois
heures après midi en préfence de toute la
Cour , avec beaucoup de pieté , & avec des
fentimens de Religion , auffi dignes d'un
Chrétien , que capables de faire juger de fa
parfaite réfignation à la volonté de Dieu . A
fix heures du foir , la douleur de tête & la
fiévre fe foûtenant avec la plus grande violence
, on fit au Roi une quatrième faignée
du pied. On fe fervit encore du même remede
le 14 à fix heures du matin ; on chercha
à entretenir la liberté du ventre , & le
foir du même jour , on appliqua des Sancfuës
fur la tempe droite , où le Roi fentoit
la plus grande douleur . Toutes ces précautions
prifes contre l'augmentation de la maladie,
ne procurerent aucun foulagement aut
Roi , & ne diminuerent point la fiévre ; elle
redoubla à dix heures & demie du foir avec
une douleur de tête infupportable , accompagnée
d'une grande agitation , & le Roi
ayant fouhaité vers les deux heures du matin
de recevoir l'Extrême- Onction , elle lui
fut adminiftrée par l'Evêque de Soiſſons. A
ce redoublement , il s'en joignit à quatre
heures
A O UST. 1744. 1901'
heures du matin un fecond , qui fut encore
plus confidérable , & pendant lequel le Roi
étant, tombé dans un affoupiffement trèseffrayant
, on employa avec fuccès le fecours
des vefficatoires, On donna auffi au Roi un
purgatif qui produifit beaucoup d'effet , &
les vives allarmes que l'état , dans lequel
S. M. étoit le matin , ayoit cauſées , diminuerent
un peu vers les deux heures après
midi.
Depuis ce moment le Roi a eu la tête libre,
& il a dormi à plufieurs repriſes ; la
fiévre a été moins violente ; les évacuations
qui ont été entretenues , ont répondu à ce
qu'on efperoit , & S. M. a été beaucoup
mieux le 15 au foir & le lendemain . Le redoublement
qu'on craignoit pour le 16 au
foir , a retardé de quelques heures , & il n'a
commencé le 17 qu'à une heure & demie du
matin ; il a été moins violent que les précédens
, mais il a été marqué par un très grand
affoupiffement , à la fin duquel on a donné
au Roi un léger purgatif, pour entretenir
Les évacuations. Il y en a eû plufieurs qui
ont rendu la tête très-libre , & ont diminué
l'émotion du poulx.
Le Roi a pallé la nuit du 17 affés tranquillement
; le redoublement de fiéyre a été médiocre
, & il a fini à cinq heures du matin.
On a continué l'ufage des purgatifs , & les
évacua1902
MERCURE DE FRANCE.
évacuations , qu'ils ont procurées , ont fait
efperer que le redoublement qu'on craignoit
pour la nuit du 19 , feroit moins fort que
précédens , le poulx du Roi n'ayant pas
encore été en auffi bon état qu'il l'a été depuis
le 18 au matin , & qu'il a continué de
l'être le foir.
La Reine arriva à Metz le 17 , vers minuit.
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754
p. 1904-1911
ARRIVÉE & séjour du Roi à Arras.
Début :
Le Roi arriva le 21 Juillet sur les dix heures du matin à la Ville d'Arras. Le chemin, [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Magistrat, Armes, Arras, Échevins, Hôtel de ville, Cité, Joie, Lanternes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRIVÉE & séjour du Roi à Arras.
ARRIVEE & féjour du Roi à Arras,
Le Roi arriva le 21 Juillet fur les dix heures
du matin à la Ville d'Arras. Le chemin ,
qui fe trouve entre la Porte de Meaulens &
le Fauxbourg , étoit bordé par les Archers
& les Arbalètriers , habillés uniformement ,
avec leurs Drapeaux & leurs Tambours. On
y avoit aufli fait rraannggeerr en haye le Corps
des Bouchers & celui des Portefaix , qui font
en poffeffion d'escorter le Magiftrat dans les
grandes Cérémonies. Les uns & les autres
étoient vêtus proprement, & armés de fufils,
A O UST. 1744 . 1905
à l'exception d'un certain nombre de Bouchers
, qui , outre leurs habits finguliers ,
portoient de grands couteaux au lieu d'épées
, & des haches au lieu de moufquets .
On avoit placé près de la Barriere tous les
Joueurs d'Inftrumens qu'on avoit pû raffembler.
Au pied du Glacis étoit le Corps de
Ville en Robes noires & en Boucles , * qui
fut préfenté au Roi par M, de la Roque ,
Commandant de la Place , en l'abſence
du Gouverneur & du Lieutenant Général
de la Province , ainfi que du Gouverneur
Particulier de la Ville. A la vûë du Roi,
qui fit fon entrée à cheval , les Echevins &
les autres Officiers du Magiftrat , mirent un
genou en terre , & M. Anfart , Confeiller-
Penfionnaire , complimenta S. M, en ces
termes.
SIRE ,
» Permettez qu'au nom des Habitans de
« votre Ville d'Arras , nous nous jettions
» aux pieds de V. M. pour lui renouveller
» les proteftations de notre fincere obéïffan-
» ce & de notre inviolable fidelité. La joye
» que nous infpire votre augufte préfence ,
» eft d'autant plus vive , que nous pouvons
aujourd'hui par nous -mêmes vous offrir
»
La Boucle eft une bande de velours rouge, brodée
d'or , que le Mayeur , les Echevins & les Affeffeurs
portent fur l'épaule.
I » nos
1906 MERCURE DE FRANCE.
و ر
> nos coeurs , nos fortunes & notre vie ,
» & admirer en la Perfonne facrée de V. M.
l'éclat de fes nouvelles victoires . Tels font,
« SIRE , les vrais fentimens d'un Peuple,
» qui vous eft inviolablement attaché , &
» qui ne ceffera de former des voeux pour la
» confervation de V. M, & pour la profpé-
» rité de fes armes,
La Harangue finie , M. Boucquel du Valhuon
, Moufquetaire de la Garde du Roi, &
Mayeur de la Ville , remit au Commandant
un Baffin d'argent , où étoient deux clefs du
même métail , fur lefquelles étoient gravées
les Armes de la Ville . Le Commandant préfenta
ce Baffin à S. M. qui prit les Clefs , &
les remit au Duc de Villeroi.
Enfuite le Roi entra dans la Ville au fon
des Violons , des Hautbois , des Tambours ,
& au bruit des acclamations du Peuple
; on fonna auffi toutes les cloches , &
il fe fit une triple décharge de l'artillerie
des Remparts.
Le Roi ayant traverſé une partie de la Ville
, prit fa route par la Porte de la Cité , *
dont les Echevins rendirent en cet endroit
leurs refpects à S. M. De-là elle alla faire ſa
priere à l'Eglife Cathédrale , où elle fut
* La Cité eft un Quartier féparé du reste de la Ville
ar une muraille & un foffé. Elle eft ſoumise à la Juifdiction
de l'Evêque , qui en nomme les Echevins,
comAO
UST. 1744. 1907
complimentée par l'Evêque & par le Prévôt
du Chapitre.
Ce Prince étant rentré dans la Ville , fe
rendit au Gouvernement , que le Magiftrat
avoit fait meubler , & S. M. y reçût, fuivant
l'ancien ufage , les préfens de la Ville , confiftant
en quatre douzaines de pains , & en
autant de bouteilles de vin de Bourgogne.
Le lendemain 22 Juillet , le Confeil Provincial
& Supérieur d'Artois fut admis à
l'audience du Roi , M. Palifor d'Incourt .
Premier Préfident , porta la parole en ces .
termes .
SIRE ,
» La guerre , qui attire après elle tant de
» malheurs , procure aujourd'hui à votre
» Confeil Supérieur d'Artois le plus grand
» de tous les bonheurs , celui de vous préfenter
fes plus refpectueux hommages , &
» de porter devant V. M. les voeux ardens ,
que chaque jour nous faifons pour elle
» aux pieds du Trône de l'Eternel.
"
»
L'Europe, aveugle jufqu'à ce jour fur fes
» véritables intérêts & fur toutes les vûës
"pacifiques de V. M. j'ajoûte , SIRE ,
» l'Europe étonnée du progrès glorieux de
» de vos armes , reconnoît avec furpriſe par
» la conquête rapide de Furnes , Ypres &
» Menin , qu'il n'y a pas d'ennemis qui
» ofent foutenir la force de votre bras, quand
I ij » vous
1908 MERCURE DE FRANCE.
» vous portez vous- même les coups dont
» vous les terraffez, La Juftice , qui marche
» à la tête de toutes vos entreprifes le lui
» fait fentir de plus en plus ; elle l'en con-
» vaincra encore davantage , en continuant
» d'accroître vos victoires & vos triomphes .
و ر
» Parmi la joye que caufent dans les coeurs
» de tous vos Sujets vos glorieux Exploits ,
»V.M. nous permettra de l'affûrer qu'il n'y
»en a pas de plus pure & de plus fincere
» que celle que les Habitans de cette Province
reflentent aujourd'hui de poffeder
» votre Perfonne facrée dans la Capitale.
» Le caractere de votre Peuple d'Artois ,
SIRE , eft de refpecter , d'aimer, de fer-
>> vir & d'adorer en quelque forte fon Sou-
» verain , fans le voir. Que ne ferons-nous
point , après avoir contemplé les graces ,
»fenti les bontés , & admiré les vertus de
» V.M !
"
Le Magiftrat avoit fait fabler toutes les
rues où le Roi devoit paffer. La plupart
des maiſons étoient ornées de Tapifleries ,
de Peintures , d'Inſcriptions , de fleurs & de
feuillages.
On éleva au carrefour de S. Aubert un Arc
de triomphe à deux faces . L'une étoit décorée
d'un Ordre Dorique, furmonté d'un Attique
, avec une Balustrade , au- deffus de laquelle
on avoit placé les Armes du Roi dans
le
A O UST. 1744. 1909
le milieu , & aux côtés , des Palmiers por
tant des Drapeaux & toutes fortes d'Inftru
mens Militaires. L'autre face étoit compo
fée d'un Ravalement , fur lequel étoit auffi
un Attique en Baluftrade , dont le milieu of
froit les Armes de la Ville d'Arras ; on voyoit
au-deffus le Chiffre du Roi , accompagné
de Trophées.
Cet Edifice , qui étoit chargé de differens
Emblêmes à la louange de S. M. a été
dreffé fur les Deffeins & exécuté par les foins
du Sr d'Huez , Peintre de l'Académie de
Rome , Sculpteur & Architecte.
Le 21 au foir & les deux jours fuivans ,
la façade de l'Hôtel de Ville fut illuminée
d'une quantité prodigieufe de Lampions, difpofés
en forme de Soleils , d'Etoiles , de
Fleurs - de- Lys , de Lettres de cinq pieds de
hauteur , qui compofoient plufieurs Vive le
Ri , &c. Dix grandes Niches vuides , qui
fe trouvent à ce Bâtiment , étoient remplies
de Lanternes de toile fort bien éclairées . On
avoit peint fur cinq de ces Lanternes , plus
élevées que les autres, des Perfonnages fymboliques
, repréfentant les principales Vertus
du Roi , fçavoir la Religion , la Bonté , la
Justice , la Val: ur & la Prudence . L'une des
cinq Figures d'en bas offroit la Victoire , tenant
une Palme & une branche d'Olivier ,
avec ces mots : Pariet victoria Pacem. D'un
I iij côté
1910 MERCURE DE FRANCE.
côté étoit une Renommée , embouchant fa
Trompette , dont la banderole portoit Proavum
aquavit , & aux pieds de la Figure étoit
écrit Nuntia veri. On avoit mis de l'autre
côté une feconde Renommée , qui préfentoit
fur fa banderole les noms des quatre
Places fortes , conquiſes en Flandre par
le
Roi , Menin , Ypres , la Kenoque & Furnes :
Au bas étoit cette Infcription , Uno hæc omnia
menfe. L'Hiftoire paroiffoit plus loin ,fous
la forme d'une femme tenant une plume &
un Livre , & regardant fixement le Portrait
du Roi , avec ces paroles , Hiftoria quanta
materies ! Enfin on voyoit un Apollon , touchant
fa Lyre , aux pieds duquel étoit le
Vers fuivant.
Vix rapidos poterit Regis cantare triumphos .
Il y avoit encore à l'Hôtel de Ville plu
feurs Cartouches illuminés , où on lifoit entre
autres ces Infcriptions :
LV DOVICI regls VISV eX V Ltat
atrebatVM. reX IVLIO SIMILIS VenIt ,
VIDet , atqVe VInCIt.
Tot vix Ipra dies quot reftitit Ilion annos.
Le Béfroi , Clocher remarquable par ſa
hauteur , par fa délicateffe & par fon Architecture
, quoique Gothique, fut auffi éclairé
d'un
A O UST. 1744. 1911
•
d'un grand nombre de lanternes & de ter
rines remplies de gaudron .
De plus ,le Magiftrat fit conftruire dans les
trois Places de la Ville , de grandes Piramides
, qui furent entierement garnies de
Lampions.
Il y eut outre cela de très belles Illumina
tions à l'Hôtel des Etats , au Confeil d'Artois
, à la Cathédrale & à l'Hôtel des Echevins
de la Cité , fans compter celles de toutes
les maifons particulieres , entre lefquelles
il s'en eft trouvé beaucoup de frappantes
par le nombre , l'arrangement & la vivacité
des lumieres. On fit des Feux par toute la
Ville & la Cité ; enfin les Habitans n'ont
rien épargné pour témoigner la joye qu'ils
reffentoient de la préfence de leur Souverain;
les rues les plus écartées & , pour ainf
dire, les plus pauvres , retentiffoient des mêmes
acclamations , brilloient des mêmes, fignes
de réjouiffance , que les quartiers les
plus beaux & les mieux habités.
Le Roi,pendant fon féjour à Arras, donna
plufieurs marques de fatisfaction & de
bonté.
Ce Prince partit le 24 vers les fix heures
du matin. Le Magiftrat en Corps l'attendoit
depuis quatre heures à la Barriere de Ronville
, avec le même cortége , dont il étoit
accompagné à l'entrée de S. M. qui prit le
chemin de Bapaume. I iiij VERS
Le Roi arriva le 21 Juillet fur les dix heures
du matin à la Ville d'Arras. Le chemin ,
qui fe trouve entre la Porte de Meaulens &
le Fauxbourg , étoit bordé par les Archers
& les Arbalètriers , habillés uniformement ,
avec leurs Drapeaux & leurs Tambours. On
y avoit aufli fait rraannggeerr en haye le Corps
des Bouchers & celui des Portefaix , qui font
en poffeffion d'escorter le Magiftrat dans les
grandes Cérémonies. Les uns & les autres
étoient vêtus proprement, & armés de fufils,
A O UST. 1744 . 1905
à l'exception d'un certain nombre de Bouchers
, qui , outre leurs habits finguliers ,
portoient de grands couteaux au lieu d'épées
, & des haches au lieu de moufquets .
On avoit placé près de la Barriere tous les
Joueurs d'Inftrumens qu'on avoit pû raffembler.
Au pied du Glacis étoit le Corps de
Ville en Robes noires & en Boucles , * qui
fut préfenté au Roi par M, de la Roque ,
Commandant de la Place , en l'abſence
du Gouverneur & du Lieutenant Général
de la Province , ainfi que du Gouverneur
Particulier de la Ville. A la vûë du Roi,
qui fit fon entrée à cheval , les Echevins &
les autres Officiers du Magiftrat , mirent un
genou en terre , & M. Anfart , Confeiller-
Penfionnaire , complimenta S. M, en ces
termes.
SIRE ,
» Permettez qu'au nom des Habitans de
« votre Ville d'Arras , nous nous jettions
» aux pieds de V. M. pour lui renouveller
» les proteftations de notre fincere obéïffan-
» ce & de notre inviolable fidelité. La joye
» que nous infpire votre augufte préfence ,
» eft d'autant plus vive , que nous pouvons
aujourd'hui par nous -mêmes vous offrir
»
La Boucle eft une bande de velours rouge, brodée
d'or , que le Mayeur , les Echevins & les Affeffeurs
portent fur l'épaule.
I » nos
1906 MERCURE DE FRANCE.
و ر
> nos coeurs , nos fortunes & notre vie ,
» & admirer en la Perfonne facrée de V. M.
l'éclat de fes nouvelles victoires . Tels font,
« SIRE , les vrais fentimens d'un Peuple,
» qui vous eft inviolablement attaché , &
» qui ne ceffera de former des voeux pour la
» confervation de V. M, & pour la profpé-
» rité de fes armes,
La Harangue finie , M. Boucquel du Valhuon
, Moufquetaire de la Garde du Roi, &
Mayeur de la Ville , remit au Commandant
un Baffin d'argent , où étoient deux clefs du
même métail , fur lefquelles étoient gravées
les Armes de la Ville . Le Commandant préfenta
ce Baffin à S. M. qui prit les Clefs , &
les remit au Duc de Villeroi.
Enfuite le Roi entra dans la Ville au fon
des Violons , des Hautbois , des Tambours ,
& au bruit des acclamations du Peuple
; on fonna auffi toutes les cloches , &
il fe fit une triple décharge de l'artillerie
des Remparts.
Le Roi ayant traverſé une partie de la Ville
, prit fa route par la Porte de la Cité , *
dont les Echevins rendirent en cet endroit
leurs refpects à S. M. De-là elle alla faire ſa
priere à l'Eglife Cathédrale , où elle fut
* La Cité eft un Quartier féparé du reste de la Ville
ar une muraille & un foffé. Elle eft ſoumise à la Juifdiction
de l'Evêque , qui en nomme les Echevins,
comAO
UST. 1744. 1907
complimentée par l'Evêque & par le Prévôt
du Chapitre.
Ce Prince étant rentré dans la Ville , fe
rendit au Gouvernement , que le Magiftrat
avoit fait meubler , & S. M. y reçût, fuivant
l'ancien ufage , les préfens de la Ville , confiftant
en quatre douzaines de pains , & en
autant de bouteilles de vin de Bourgogne.
Le lendemain 22 Juillet , le Confeil Provincial
& Supérieur d'Artois fut admis à
l'audience du Roi , M. Palifor d'Incourt .
Premier Préfident , porta la parole en ces .
termes .
SIRE ,
» La guerre , qui attire après elle tant de
» malheurs , procure aujourd'hui à votre
» Confeil Supérieur d'Artois le plus grand
» de tous les bonheurs , celui de vous préfenter
fes plus refpectueux hommages , &
» de porter devant V. M. les voeux ardens ,
que chaque jour nous faifons pour elle
» aux pieds du Trône de l'Eternel.
"
»
L'Europe, aveugle jufqu'à ce jour fur fes
» véritables intérêts & fur toutes les vûës
"pacifiques de V. M. j'ajoûte , SIRE ,
» l'Europe étonnée du progrès glorieux de
» de vos armes , reconnoît avec furpriſe par
» la conquête rapide de Furnes , Ypres &
» Menin , qu'il n'y a pas d'ennemis qui
» ofent foutenir la force de votre bras, quand
I ij » vous
1908 MERCURE DE FRANCE.
» vous portez vous- même les coups dont
» vous les terraffez, La Juftice , qui marche
» à la tête de toutes vos entreprifes le lui
» fait fentir de plus en plus ; elle l'en con-
» vaincra encore davantage , en continuant
» d'accroître vos victoires & vos triomphes .
و ر
» Parmi la joye que caufent dans les coeurs
» de tous vos Sujets vos glorieux Exploits ,
»V.M. nous permettra de l'affûrer qu'il n'y
»en a pas de plus pure & de plus fincere
» que celle que les Habitans de cette Province
reflentent aujourd'hui de poffeder
» votre Perfonne facrée dans la Capitale.
» Le caractere de votre Peuple d'Artois ,
SIRE , eft de refpecter , d'aimer, de fer-
>> vir & d'adorer en quelque forte fon Sou-
» verain , fans le voir. Que ne ferons-nous
point , après avoir contemplé les graces ,
»fenti les bontés , & admiré les vertus de
» V.M !
"
Le Magiftrat avoit fait fabler toutes les
rues où le Roi devoit paffer. La plupart
des maiſons étoient ornées de Tapifleries ,
de Peintures , d'Inſcriptions , de fleurs & de
feuillages.
On éleva au carrefour de S. Aubert un Arc
de triomphe à deux faces . L'une étoit décorée
d'un Ordre Dorique, furmonté d'un Attique
, avec une Balustrade , au- deffus de laquelle
on avoit placé les Armes du Roi dans
le
A O UST. 1744. 1909
le milieu , & aux côtés , des Palmiers por
tant des Drapeaux & toutes fortes d'Inftru
mens Militaires. L'autre face étoit compo
fée d'un Ravalement , fur lequel étoit auffi
un Attique en Baluftrade , dont le milieu of
froit les Armes de la Ville d'Arras ; on voyoit
au-deffus le Chiffre du Roi , accompagné
de Trophées.
Cet Edifice , qui étoit chargé de differens
Emblêmes à la louange de S. M. a été
dreffé fur les Deffeins & exécuté par les foins
du Sr d'Huez , Peintre de l'Académie de
Rome , Sculpteur & Architecte.
Le 21 au foir & les deux jours fuivans ,
la façade de l'Hôtel de Ville fut illuminée
d'une quantité prodigieufe de Lampions, difpofés
en forme de Soleils , d'Etoiles , de
Fleurs - de- Lys , de Lettres de cinq pieds de
hauteur , qui compofoient plufieurs Vive le
Ri , &c. Dix grandes Niches vuides , qui
fe trouvent à ce Bâtiment , étoient remplies
de Lanternes de toile fort bien éclairées . On
avoit peint fur cinq de ces Lanternes , plus
élevées que les autres, des Perfonnages fymboliques
, repréfentant les principales Vertus
du Roi , fçavoir la Religion , la Bonté , la
Justice , la Val: ur & la Prudence . L'une des
cinq Figures d'en bas offroit la Victoire , tenant
une Palme & une branche d'Olivier ,
avec ces mots : Pariet victoria Pacem. D'un
I iij côté
1910 MERCURE DE FRANCE.
côté étoit une Renommée , embouchant fa
Trompette , dont la banderole portoit Proavum
aquavit , & aux pieds de la Figure étoit
écrit Nuntia veri. On avoit mis de l'autre
côté une feconde Renommée , qui préfentoit
fur fa banderole les noms des quatre
Places fortes , conquiſes en Flandre par
le
Roi , Menin , Ypres , la Kenoque & Furnes :
Au bas étoit cette Infcription , Uno hæc omnia
menfe. L'Hiftoire paroiffoit plus loin ,fous
la forme d'une femme tenant une plume &
un Livre , & regardant fixement le Portrait
du Roi , avec ces paroles , Hiftoria quanta
materies ! Enfin on voyoit un Apollon , touchant
fa Lyre , aux pieds duquel étoit le
Vers fuivant.
Vix rapidos poterit Regis cantare triumphos .
Il y avoit encore à l'Hôtel de Ville plu
feurs Cartouches illuminés , où on lifoit entre
autres ces Infcriptions :
LV DOVICI regls VISV eX V Ltat
atrebatVM. reX IVLIO SIMILIS VenIt ,
VIDet , atqVe VInCIt.
Tot vix Ipra dies quot reftitit Ilion annos.
Le Béfroi , Clocher remarquable par ſa
hauteur , par fa délicateffe & par fon Architecture
, quoique Gothique, fut auffi éclairé
d'un
A O UST. 1744. 1911
•
d'un grand nombre de lanternes & de ter
rines remplies de gaudron .
De plus ,le Magiftrat fit conftruire dans les
trois Places de la Ville , de grandes Piramides
, qui furent entierement garnies de
Lampions.
Il y eut outre cela de très belles Illumina
tions à l'Hôtel des Etats , au Confeil d'Artois
, à la Cathédrale & à l'Hôtel des Echevins
de la Cité , fans compter celles de toutes
les maifons particulieres , entre lefquelles
il s'en eft trouvé beaucoup de frappantes
par le nombre , l'arrangement & la vivacité
des lumieres. On fit des Feux par toute la
Ville & la Cité ; enfin les Habitans n'ont
rien épargné pour témoigner la joye qu'ils
reffentoient de la préfence de leur Souverain;
les rues les plus écartées & , pour ainf
dire, les plus pauvres , retentiffoient des mêmes
acclamations , brilloient des mêmes, fignes
de réjouiffance , que les quartiers les
plus beaux & les mieux habités.
Le Roi,pendant fon féjour à Arras, donna
plufieurs marques de fatisfaction & de
bonté.
Ce Prince partit le 24 vers les fix heures
du matin. Le Magiftrat en Corps l'attendoit
depuis quatre heures à la Barriere de Ronville
, avec le même cortége , dont il étoit
accompagné à l'entrée de S. M. qui prit le
chemin de Bapaume. I iiij VERS
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755
p. 1912
VERS de M. Bauvin, Avocat, & Membre de la Société Littéraire d'Arras, sur l'arrivée du Roi en cette Ville.
Début :
DE la splendeur qui l'environne [...]
Mots clefs :
Roi, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : VERS de M. Bauvin, Avocat, & Membre de la Société Littéraire d'Arras, sur l'arrivée du Roi en cette Ville.
VERS de M. Bauvin , Avocat , & Membre
de la Societé Littéraire d'Arras
l'arrivée du Roi en cette Ville.
DE la fplendeur qui l'environne
Sur
LOUIS daigne nous honorer ;
Profitons des inftans que ce Héros nous donne ,
Pour le voir & pour l'admirer.
Où font donc ces regards menaçans & terribles
Dont il frappoit nos ennemis ?
Ils ofoient fe croire invincibles ;
Son ſeul aſpect les a ſoumis.
De fa préfence formidable
1
Nous ne fentons pas les effets ;
Contre fes ennemis c'eft un Roi redoutable ;
C'eft un Pere pour les Sujers.
de la Societé Littéraire d'Arras
l'arrivée du Roi en cette Ville.
DE la fplendeur qui l'environne
Sur
LOUIS daigne nous honorer ;
Profitons des inftans que ce Héros nous donne ,
Pour le voir & pour l'admirer.
Où font donc ces regards menaçans & terribles
Dont il frappoit nos ennemis ?
Ils ofoient fe croire invincibles ;
Son ſeul aſpect les a ſoumis.
De fa préfence formidable
1
Nous ne fentons pas les effets ;
Contre fes ennemis c'eft un Roi redoutable ;
C'eft un Pere pour les Sujers.
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756
p. 1912-1914
PASSAGE du Roi par la Ville de Bapaume.
Début :
Le 24 Juillet, sur les neuf heures du matin, le Roi passant à Bapaume, en Artois, pour se rendre [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Peuple
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texteReconnaissance textuelle : PASSAGE du Roi par la Ville de Bapaume.
PASSAGE du Roi par la Ville de Bapaume.
Le 24 Juillet , fur les neuf heures du matin , le
Roi paffant à Bapaume , en Artois , pour se rendre
de la Frontiere de Flandre à fon armée d'Alface ,
Sa Majesté fut reçûë hors de la Ville par le Magiftrat
en Corps & en habits de cérémonie , ayant à ſa
tête M. Dubois , Lieutenant de Roi & Commandant
de la Place.
Les Compagnies des Archers & des Arbalêtriers
étoient rangées en haye pour contenir le Peuple,qui
s'etoit raffemblé de toutes parts , & qui faifoit éclatex
A O US. T. 1744. 1913
er la joye par des cris réiterés de Vive le Roi. On
fi ceffer le plûtôt qu'il fut poffible , ces premieres
acclamations , & M. Lorin , Subdelegué de l'Intendance
, qui s'étoit chargé de porter la parole , ayant
mis un genou en terre , dit au Roi :
כ כ
>>
SIRE ,
Quel bonheur pour la petite Ville de Bapaume
d'apporter ces foibles marques de fon relpect &
» de fon obéiffance jufqu'aux pieds d'un Roi pré-
» cieux à fes Sujets & réveré de fes ennemis même,
plus grand encore par la pureté de les motifs, que
par la rapidité de les fuccès , dont l'augufte pré-
» fence affûre partout le repos de fes Frontieres , &
» fait respecter par les Nations , les plus jaloufes de
notre bonheur , la fageffe & la fupériorité de fes
» Vûës pour le bien général de l'Europe !
, כ
Puiffe , SIRE , le Dieu des Victoires & de la
" Paix combler Votre Majefté de fes Bénédictions
les plus abondantes , & les mefurer fur les Voeux
" ardens d'un Peuple dont vous emportez tous les
" coeurs !
Le Roi parut fatisfait de cette courte Harangue ,
qu'il avoit écoutée avec bonté , & S. M. ayant pris
deux Clefs d'argent , qui lui furent préfentées dans
un Baffin par M. Devife , Mayeur de la Ville , à genoux
, auffi bien que le reste du Magiftrat , elle les
remit au Duc de Villeroi , Capitaine de fes Gardes
, après quoi ayant reçû le Plan de cette Place
de M de Salmon , Ingénieur en Chef, S. M. traverfa
la Ville au bruit du canon des Remparts &
aux acclamations d'un Peuple nombreux.
-Les rues par où le Roi paffa , & prefque toutes cel
les de la Ville , étoient fablées & ornées de feuillages
, de Guirlandes & de Couronnes de fleurs , entremêlées
d'Infcriptions & de Devifes à la gloire de
S. M. On avoit préparé en face de l'Hôtel de Ville
un Feu de tonneaux , à la maniere du Pays , embelli
LY de
1914 MERCURE DE FRANCE.
de Peintures & de Banderoles , mais ce feu ne fut
allumé que le 26 au foir , les habitans de cette petite
Ville ayant continué pendant trois jours entiers
les marques publiques qu'ils ont données d'une
fatisfaction inexprimable.
Le 24 Juillet , fur les neuf heures du matin , le
Roi paffant à Bapaume , en Artois , pour se rendre
de la Frontiere de Flandre à fon armée d'Alface ,
Sa Majesté fut reçûë hors de la Ville par le Magiftrat
en Corps & en habits de cérémonie , ayant à ſa
tête M. Dubois , Lieutenant de Roi & Commandant
de la Place.
Les Compagnies des Archers & des Arbalêtriers
étoient rangées en haye pour contenir le Peuple,qui
s'etoit raffemblé de toutes parts , & qui faifoit éclatex
A O US. T. 1744. 1913
er la joye par des cris réiterés de Vive le Roi. On
fi ceffer le plûtôt qu'il fut poffible , ces premieres
acclamations , & M. Lorin , Subdelegué de l'Intendance
, qui s'étoit chargé de porter la parole , ayant
mis un genou en terre , dit au Roi :
כ כ
>>
SIRE ,
Quel bonheur pour la petite Ville de Bapaume
d'apporter ces foibles marques de fon relpect &
» de fon obéiffance jufqu'aux pieds d'un Roi pré-
» cieux à fes Sujets & réveré de fes ennemis même,
plus grand encore par la pureté de les motifs, que
par la rapidité de les fuccès , dont l'augufte pré-
» fence affûre partout le repos de fes Frontieres , &
» fait respecter par les Nations , les plus jaloufes de
notre bonheur , la fageffe & la fupériorité de fes
» Vûës pour le bien général de l'Europe !
, כ
Puiffe , SIRE , le Dieu des Victoires & de la
" Paix combler Votre Majefté de fes Bénédictions
les plus abondantes , & les mefurer fur les Voeux
" ardens d'un Peuple dont vous emportez tous les
" coeurs !
Le Roi parut fatisfait de cette courte Harangue ,
qu'il avoit écoutée avec bonté , & S. M. ayant pris
deux Clefs d'argent , qui lui furent préfentées dans
un Baffin par M. Devife , Mayeur de la Ville , à genoux
, auffi bien que le reste du Magiftrat , elle les
remit au Duc de Villeroi , Capitaine de fes Gardes
, après quoi ayant reçû le Plan de cette Place
de M de Salmon , Ingénieur en Chef, S. M. traverfa
la Ville au bruit du canon des Remparts &
aux acclamations d'un Peuple nombreux.
-Les rues par où le Roi paffa , & prefque toutes cel
les de la Ville , étoient fablées & ornées de feuillages
, de Guirlandes & de Couronnes de fleurs , entremêlées
d'Infcriptions & de Devifes à la gloire de
S. M. On avoit préparé en face de l'Hôtel de Ville
un Feu de tonneaux , à la maniere du Pays , embelli
LY de
1914 MERCURE DE FRANCE.
de Peintures & de Banderoles , mais ce feu ne fut
allumé que le 26 au foir , les habitans de cette petite
Ville ayant continué pendant trois jours entiers
les marques publiques qu'ils ont données d'une
fatisfaction inexprimable.
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757
p. 1914-1916
TE DEUM chanté à la Chapelle du Palais à Paris, pour la Convalescence du Roi.
Début :
LE Parlement ayant été informé de la maladie du Roi, s'assembla le 17 Août & arrêta que M. [...]
Mots clefs :
Parlement, Roi, Chapelle, Cour, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TE DEUM chanté à la Chapelle du Palais à Paris, pour la Convalescence du Roi.
TEDEUM chanté à la Chapelle du Palais
à Paris , pour la Convalescence du Roi,
L
E Parlement été informé de la maladie ayant
du Roi , s'affembla le 17 Août & arrêta que M.
Dufranc , le plus ancien des quatre Sécretaires du
Roi , fervant près la Cour de Parlement , feroit député
en cette qualité pour aller à Metz s'informer
au nom de la Cour de la fanté du Roi , & témoigner
à S. M. la part que fon Parlement prenoit à fa maladie.
M. Dufranc ,étant parti le lendemain 18 , arriva
à Metz le 19 , & fat introduit dans la chanbre
du Roi par le Duc de Bouillon , Grand Chambellan
de France. Il rendit compte à S. M. du fujer
de fa députation . Le Roi répondit qu'il étoit trèsfenfible
aux inquiétudes de fon Parlement , que gra
ces à Dieu , fa fanté étoit beaucoup meilleure , &
& qu'il pouvoit en affûrer le Parlement. M. Dufranc
, étant de retour à Paris le 21 au foir , M.
le Premier Préfident fut auffi - tôt avertir le Corps
`du Parlement , de fe trouver le lendemain à l'affem .
blée des Chambres.
Le 22 à 10 heures du matin, les Chambres étant
affemblées , M. Dufranc rendit compte de fa députation
& de la réponſe du Roi , dont il fut fait regiftre
, & il fut arrêté que la Cour feroit chanter
fur le champ un Te Deum en la Chapelle de la
grand'Salle du Palais , en actions de graces de la
Convalescence du Roi : les ordres ayant été donnés
auffiA
OUST. 17.44. 1915
auffi - tôt pour faire les difpofitions néceffaires & tout
étant prêt vers l'heure de midi , Mrs du Parlement
fortirent de la Grand'Chambre en Corps de Cour
précédés du premier Huiffier , & de huit autres Huif
fiers de fervice & du Greffier , qui tenoit ce jour la
plume à la Grand'Chambre.
M. le Premier Préſident & MM . les Préſidens à
Mortier fe placerent fur lesBanquettes qui étoient à
gauche du côté de l'Evangile , enfuite MM. les
Confeillers d'honneur , quatre de MM . les Maîtres
des Requêtes , MM. les Préfidens des Enquêtes &
Requêtes , & Mrs les Confeillers de Grand- Chambre
des Enquêtes & des Requêtes fe placerent du
même côté fur le refte des Banquettes , & fur celles
qui étoient du côté de l'Epitre . L'affemblée étant
fort nombreuſe , on fut obligé de doubler & de tripler
les rangs.
Les Avocats étoient fur un Banc à gauche , der
riere M. le Premier Préfident & Mrs les autres Préfidens
& Confeillers.
M. Feydeau de Marville , Lieutenant Général de
Police , affifta à cette cérémonie & prit place parmi
MM. du Parlement , en qualité de Maître des Requêtes
.
Sur un Banc , dans le fond de la Salle , en face de
la Chapelle, étoient Mrs les Gens du Roi , & à côté
d'eux , MM . les Sécretaires de la Cour . Sur deux
autres Bancs derriere celui - ci , étoient les Subſtituts
de M. le Procureur Général , & fur un quatrième
Banc plufieurs Greffiers du Parlement .
Les Huiffiers du Parlement étoient fur un Banc à
gauche , proche la Chapelle , le premier Huiffier
ayant un Siége à part pour lui & un Prie - Dieu.
M. Duval , Commandant du Guet , qui étoit préfent
à cette cérémonie , avoit pofé derriere les Bancs,
depuis la Chapelle jufqu'à la porte de la Grand-
I vj Cham-
+
1916 MERCURE DE FRANCE.
Chambre , un double rang de Soldats du Guet pour
empêcher la confufion.
Lorfque le Parlement fut arrivé , le Clergé de la
Ste Chapelle , qui avoit été invité pour venir chanter
le Te Deum , vint proceffionnellement ; M. de
Vichy de Chanron , qui en eft le Tréforier , étant
revêtu de les habits Pontificaux , entonna le Te
Deum , qui fut continué par le Choeur de Mufique
de la Ste Chapelle, auquel s'étoient joints beaucoup
d'autres Chantres , Muticiens , & quantité d'Inftruimens.
Après le Te Deum, on chanta Domine falvum
fac Regem auffi en Mufique ; ces deux morceaux
qui étoient l'un & l'autre de la compofition de
l'Abbé de la Croix , Maître de Mufique de la Ste
Chapelle , furent très - bien exécutés. M. le Tréfo-
Tier ayant dit les Oraifons & Pricres accoutumées
& donné la Bénédiction , s'en retourna avec fon
Clergé dans le même ordre qu'il étoit venu .
à Paris , pour la Convalescence du Roi,
L
E Parlement été informé de la maladie ayant
du Roi , s'affembla le 17 Août & arrêta que M.
Dufranc , le plus ancien des quatre Sécretaires du
Roi , fervant près la Cour de Parlement , feroit député
en cette qualité pour aller à Metz s'informer
au nom de la Cour de la fanté du Roi , & témoigner
à S. M. la part que fon Parlement prenoit à fa maladie.
M. Dufranc ,étant parti le lendemain 18 , arriva
à Metz le 19 , & fat introduit dans la chanbre
du Roi par le Duc de Bouillon , Grand Chambellan
de France. Il rendit compte à S. M. du fujer
de fa députation . Le Roi répondit qu'il étoit trèsfenfible
aux inquiétudes de fon Parlement , que gra
ces à Dieu , fa fanté étoit beaucoup meilleure , &
& qu'il pouvoit en affûrer le Parlement. M. Dufranc
, étant de retour à Paris le 21 au foir , M.
le Premier Préfident fut auffi - tôt avertir le Corps
`du Parlement , de fe trouver le lendemain à l'affem .
blée des Chambres.
Le 22 à 10 heures du matin, les Chambres étant
affemblées , M. Dufranc rendit compte de fa députation
& de la réponſe du Roi , dont il fut fait regiftre
, & il fut arrêté que la Cour feroit chanter
fur le champ un Te Deum en la Chapelle de la
grand'Salle du Palais , en actions de graces de la
Convalescence du Roi : les ordres ayant été donnés
auffiA
OUST. 17.44. 1915
auffi - tôt pour faire les difpofitions néceffaires & tout
étant prêt vers l'heure de midi , Mrs du Parlement
fortirent de la Grand'Chambre en Corps de Cour
précédés du premier Huiffier , & de huit autres Huif
fiers de fervice & du Greffier , qui tenoit ce jour la
plume à la Grand'Chambre.
M. le Premier Préſident & MM . les Préſidens à
Mortier fe placerent fur lesBanquettes qui étoient à
gauche du côté de l'Evangile , enfuite MM. les
Confeillers d'honneur , quatre de MM . les Maîtres
des Requêtes , MM. les Préfidens des Enquêtes &
Requêtes , & Mrs les Confeillers de Grand- Chambre
des Enquêtes & des Requêtes fe placerent du
même côté fur le refte des Banquettes , & fur celles
qui étoient du côté de l'Epitre . L'affemblée étant
fort nombreuſe , on fut obligé de doubler & de tripler
les rangs.
Les Avocats étoient fur un Banc à gauche , der
riere M. le Premier Préfident & Mrs les autres Préfidens
& Confeillers.
M. Feydeau de Marville , Lieutenant Général de
Police , affifta à cette cérémonie & prit place parmi
MM. du Parlement , en qualité de Maître des Requêtes
.
Sur un Banc , dans le fond de la Salle , en face de
la Chapelle, étoient Mrs les Gens du Roi , & à côté
d'eux , MM . les Sécretaires de la Cour . Sur deux
autres Bancs derriere celui - ci , étoient les Subſtituts
de M. le Procureur Général , & fur un quatrième
Banc plufieurs Greffiers du Parlement .
Les Huiffiers du Parlement étoient fur un Banc à
gauche , proche la Chapelle , le premier Huiffier
ayant un Siége à part pour lui & un Prie - Dieu.
M. Duval , Commandant du Guet , qui étoit préfent
à cette cérémonie , avoit pofé derriere les Bancs,
depuis la Chapelle jufqu'à la porte de la Grand-
I vj Cham-
+
1916 MERCURE DE FRANCE.
Chambre , un double rang de Soldats du Guet pour
empêcher la confufion.
Lorfque le Parlement fut arrivé , le Clergé de la
Ste Chapelle , qui avoit été invité pour venir chanter
le Te Deum , vint proceffionnellement ; M. de
Vichy de Chanron , qui en eft le Tréforier , étant
revêtu de les habits Pontificaux , entonna le Te
Deum , qui fut continué par le Choeur de Mufique
de la Ste Chapelle, auquel s'étoient joints beaucoup
d'autres Chantres , Muticiens , & quantité d'Inftruimens.
Après le Te Deum, on chanta Domine falvum
fac Regem auffi en Mufique ; ces deux morceaux
qui étoient l'un & l'autre de la compofition de
l'Abbé de la Croix , Maître de Mufique de la Ste
Chapelle , furent très - bien exécutés. M. le Tréfo-
Tier ayant dit les Oraifons & Pricres accoutumées
& donné la Bénédiction , s'en retourna avec fon
Clergé dans le même ordre qu'il étoit venu .
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758
p. 1918
« Le 22 au soir, les Ambassadeurs & les Ministres Etrangers, lesquels sur la premiere nouvelle de la [...] »
Début :
Le 22 au soir, les Ambassadeurs & les Ministres Etrangers, lesquels sur la premiere nouvelle de la [...]
Mots clefs :
Roi, Comte, Ambassadeurs, Metz, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22 au soir, les Ambassadeurs & les Ministres Etrangers, lesquels sur la premiere nouvelle de la [...] »
Le 22 au foir , les Ambaffadeurs & les Miniftres
Etrangers , lefquels fur la premiere nouvelle de la
maladie du Roi , fe rendirent avec empreffement à
Metz , furent admis à faire à S. M. leur compliment
fur la guérifon. Ils furent conduits tous enfemble
chés le Roi par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le même jour , le Comte de Tering , que l'Empereur
a envoyé au Roi , pour fçavoir des nouvelles
de la fanté de S. M. s'acquitta de cette commiffion
& préfenta au Roi une Lettre de S. M. I.
Le Comte de Vactendonck , Grand Chambellan
de l'Electeur Palatin , & fon Miniftre d'Etat , ayant
été envoyé à Metz par ce Prince pour le même fujet
, il eut le 23 l'honneur de voir le Roi , & il félicita
S. M. de la part de l'Electeur Palatin . Ils furent
préfentés par le même Introducteur , ainfi que le
Comte de Spada , Grand - Maître de la Ducheffe de
Lorraine Doiiairiere , lequel fit le 24 , au nom de
cette Princeffe , fon compliment fur la guériſon
de S. M.
Etrangers , lefquels fur la premiere nouvelle de la
maladie du Roi , fe rendirent avec empreffement à
Metz , furent admis à faire à S. M. leur compliment
fur la guérifon. Ils furent conduits tous enfemble
chés le Roi par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le même jour , le Comte de Tering , que l'Empereur
a envoyé au Roi , pour fçavoir des nouvelles
de la fanté de S. M. s'acquitta de cette commiffion
& préfenta au Roi une Lettre de S. M. I.
Le Comte de Vactendonck , Grand Chambellan
de l'Electeur Palatin , & fon Miniftre d'Etat , ayant
été envoyé à Metz par ce Prince pour le même fujet
, il eut le 23 l'honneur de voir le Roi , & il félicita
S. M. de la part de l'Electeur Palatin . Ils furent
préfentés par le même Introducteur , ainfi que le
Comte de Spada , Grand - Maître de la Ducheffe de
Lorraine Doiiairiere , lequel fit le 24 , au nom de
cette Princeffe , fon compliment fur la guériſon
de S. M.
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759
p. 1918-1920
Convalescence du Roi, / Arrivée de la Reine & de la Famille Royale à Metz, [titre d'après la table]
Début :
On a appris de Metz du 25 de ce mois, que le calme, dans lequel le Roi se trouva le 18 après [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Nouvelles, Santé, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Convalescence du Roi, / Arrivée de la Reine & de la Famille Royale à Metz, [titre d'après la table]
On a appris de Metz du 25 de ce mois , que le
calme , dans lequel le Roi fe trouva le 18 après
midi , fe foûtint tout le jour , & que le redoublement
AOUST . 1744. 1919
"
ment de fiévre , qu'on craignoit dans la nuit fuivante
fut fi peu marqué , qu'il n'empêcha pas S.
M. de dormit huit heures , fans autre interruption
que celle du tems néceffaite pour prendre deux
bouillons , & pour changer de lit.
Cet heureux état de la ſanté du Roi , bien diffe
rent de celui des jours précédens , & la ceffation
des accidens de la maladie , firent juger le 19 au
matin , avec fondement , que S. M. toit hors de
danger , & qu'elle alloit entrer dans la Convalef
cence .
La joye inexprimable , que cet événement a répandu
dans tous les coeurs , fe fortifie de jour en
jour. J
La médecine douce qu'on fit prendre au Roi le
22 , pour prévenir le retour d'un mouvement de
fiévre , ayant emporté le refte de la bile , qui auroit
pú occafionner quelque accident , le Roi s'eft trou
vé depuis de mieux en mieux ; le poulx eft dans
fon état naturel , & il a permis de commencer le
à donner au Roi deux potages. S. , M . en a pris
un le 25 à midi ; elle a été levée l'après- midi près
de quatre heures , & le progrès de fa Convalefcence
annonce que le rétabliffement de fa fanté fera
prompt & auffi parfait qu'on puiffe le défirer.
24
La nuit du 24 , le Roi a fait dire la Meffe dans fa
Chambre à minuit , & il y a communié par les
mains de l'Evêque de Soiffons , Premier Aumônier
de S. M.
La Reine , qui fur les nouvelles , qu'elle avoit
reçûës de l'état du Roi , étoit partie de Verſailles le
15 au matin , pour fe rendre à Metz , y arriva le
17 , vers les onze heures & demie du foir , & elle
entra dès le moment chés le Roi.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de France.
eurent le 20 la fatisfaction de le voir , & de le trouver
guéri.
Les
424
1920 MERCURE DE FRANCE.
Les Prévôt des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris , allarmés des nouvelles arrivées le 15 au
matin de la fanté du Roi , & touchés vivement de
l'extrême inquiétude qu'elles caufoient dans toute
la Ville , firent partir fur le champ deux des Officiers
des Gardes de la Ville , afin que ces Officiers ,
pour fatisfaire le Public , pûffent envoyer de Metz
des nouvelles du Roi , par des couriers extraordinaires
établis fur la route. Deux de ces couriers
font partis chaque jour de Metz avec les nouvelles
de la fanté du Roi , que leur donnoit le Duc de Gêvres
, Gouverneuf de Paris , lequel ayant appris
que le Roi avoit été faigné du pied le 12 , pour la
feconde fois , le rendit auprès du Roi , & arriva à
Metz le ry.
>
La guérifon de S. M. a infpiré à ceux qui ont
P'honneur de lui être particulierement attachés
une joye dont on ne peut juger , que par les fentimens
qu'ils ont toujours fait paroître pour S. M. &
dont la défolation , dans laquelle la Cour a été pendant
la maladie du Roi , eft une nouvelle preuve .
calme , dans lequel le Roi fe trouva le 18 après
midi , fe foûtint tout le jour , & que le redoublement
AOUST . 1744. 1919
"
ment de fiévre , qu'on craignoit dans la nuit fuivante
fut fi peu marqué , qu'il n'empêcha pas S.
M. de dormit huit heures , fans autre interruption
que celle du tems néceffaite pour prendre deux
bouillons , & pour changer de lit.
Cet heureux état de la ſanté du Roi , bien diffe
rent de celui des jours précédens , & la ceffation
des accidens de la maladie , firent juger le 19 au
matin , avec fondement , que S. M. toit hors de
danger , & qu'elle alloit entrer dans la Convalef
cence .
La joye inexprimable , que cet événement a répandu
dans tous les coeurs , fe fortifie de jour en
jour. J
La médecine douce qu'on fit prendre au Roi le
22 , pour prévenir le retour d'un mouvement de
fiévre , ayant emporté le refte de la bile , qui auroit
pú occafionner quelque accident , le Roi s'eft trou
vé depuis de mieux en mieux ; le poulx eft dans
fon état naturel , & il a permis de commencer le
à donner au Roi deux potages. S. , M . en a pris
un le 25 à midi ; elle a été levée l'après- midi près
de quatre heures , & le progrès de fa Convalefcence
annonce que le rétabliffement de fa fanté fera
prompt & auffi parfait qu'on puiffe le défirer.
24
La nuit du 24 , le Roi a fait dire la Meffe dans fa
Chambre à minuit , & il y a communié par les
mains de l'Evêque de Soiffons , Premier Aumônier
de S. M.
La Reine , qui fur les nouvelles , qu'elle avoit
reçûës de l'état du Roi , étoit partie de Verſailles le
15 au matin , pour fe rendre à Metz , y arriva le
17 , vers les onze heures & demie du foir , & elle
entra dès le moment chés le Roi.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de France.
eurent le 20 la fatisfaction de le voir , & de le trouver
guéri.
Les
424
1920 MERCURE DE FRANCE.
Les Prévôt des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris , allarmés des nouvelles arrivées le 15 au
matin de la fanté du Roi , & touchés vivement de
l'extrême inquiétude qu'elles caufoient dans toute
la Ville , firent partir fur le champ deux des Officiers
des Gardes de la Ville , afin que ces Officiers ,
pour fatisfaire le Public , pûffent envoyer de Metz
des nouvelles du Roi , par des couriers extraordinaires
établis fur la route. Deux de ces couriers
font partis chaque jour de Metz avec les nouvelles
de la fanté du Roi , que leur donnoit le Duc de Gêvres
, Gouverneuf de Paris , lequel ayant appris
que le Roi avoit été faigné du pied le 12 , pour la
feconde fois , le rendit auprès du Roi , & arriva à
Metz le ry.
>
La guérifon de S. M. a infpiré à ceux qui ont
P'honneur de lui être particulierement attachés
une joye dont on ne peut juger , que par les fentimens
qu'ils ont toujours fait paroître pour S. M. &
dont la défolation , dans laquelle la Cour a été pendant
la maladie du Roi , eft une nouvelle preuve .
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760
p. 1920-1922
« La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...] »
Début :
La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Maladie, Conservation, Nouvelles, Joie, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...] »
La Ville de Metz & les habitans du Pays Meffin ,
qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz , &
pendant qu'il y étoit en bonne fanté , fe font entierement
occupés du loin de prouver à S. M. leur
amour & leur refpect , lui ont marqué dans fa maladie
F'un & l'autre , de la maniere la plus éclatante
, par leurs prieres continuelles pour la confervation
du Roi , par l'empreffement avec lequel ils fe
mettoient à portée d'apprendre à tout inftant des
nouvelles de S. M. par leurs tranfports de joye ,
dès qu'ils ont été certains de fa guérifon , & par
tout ce qu'ils ont crû le plus capable de faire connoître
leur fidélité & leut affection pour le Roi.
Toutes les Villes du Royaume ont donné pendant
AOUS T. 1921
1744 .
dant la maladie du Roi les plus fortes preuves de
leur refpectueux attachement pour S. M. & celle
de Paris , qui s'eft toujours fait un devoir de fe diftinguer
par fon zéle , a fait éclater fes fentimens ,
d'une maniere , qui depuis long - tems n'a point eú
d'exemple.
>
La premiere nouvelle de la maladie de S. M.
avoit répandu à Paris une affliction générale , & de
vives allarmes fe joignirent à cette affliction , lorfqu'on
fut informé par les lettres de Metz du 11 au
foir & par celles des jours fuivans , que les faignées
du pied , faites à S. M. n'avoient pas eû plus de fuccès
que les autres remédes employés , pour lui procurer
du foulagement.
On tomba dans une défolation inexprimable , en
apprenant que le 13 le Roi avoit reçû le Viatique ;
le furlendemain on lui avoit donné l'Extrêmeque
Onction , & qu'on avoit perdu prefque entierement
l'efperance de la guérifon de S. M. Les Eglifes ,
pendant les Prieres de Quarante - Heures , ordonnées
pour demander à Dieu la confervation du Roi ,
furent remplies le jour & la nuit par les perfonnes
de tous les Ordres , lefquelles par la ferveur dont
elles prioient , montroient combien elles défiroient
d'être exaucées. La plupart ne fe contentant pas de
mêler aux chants du Clergé leurs voix entrecou
pées de foupirs & de fanglots , & mettant en ufage
toutes les bonnes oeuvres que la Piété pouvoit leur
infpirer , diftribuoient d'abondantes aumônes aux
Pauvres , & elles portoient des fommes confidérables
aux Sacrifties , pour faire dire des Mefles. Des
perfonnes même , à qui leur peu de fortune fembloit
ne permettre que d'adreffer des voeux au
Ciel , pour en obtenir la grace qui faifoit l'objet
des fouhaits publics , employoient à ces ufages
pieux tout l'argent dont leurs befoins leur laiffoient
la
1922 MERCURE DE FRANCE.
la liberté de difpofer. On ne fortoit des Eglifes ,
que pour aller chercher des nouvelles de la fanté du
Roi chés ceux qu'on jugeoit être plus à portée d'en
être inftruits , & il y avoit une affluence conti
nuelle aux portes des Miniftres , ainsi qu'au Bureau
de la Pofte.
Le Peuple arrêtoit tous les couriers qu'il croyoit
arriver de Metz ; il les queftionnoit avec crainte
& felon leurs réponſes , il ſe livroit à la confterna
tion ou à l'efperance . Il fembloit que tous les habitans
de cette Ville partageaffent le danger avec le
Roi , & qu'ils éprouvaffent les mêmes orages que
S. M.
Cette agitation diminua par les nouvelles qu'on
reçût de l'état dans lequel le Roi s'étoit trouvé le
18 au foir , & elle fit place à la joye la plus parfaite
dès qu'on fut affûré que le 19 au matin S. M. étoit
hors de danger. Alors , on retourna aux Eglifes ,
pour rendre des actions de graces , avec le même
empreffement qu'on avoit eeuû ,, pour demander la
guérifon du Roi. La Ville ne retentit plus que de
cris d'allegreffe ; on voyoit de tous côtés des gens
courir dans les rues , & fe dire avec transport : Le
Roi eft guéri , & ces mots étoient accompagnés de
voeux ardens pour la confervation de S. M. La fatisfaction
augmente , à mesure qu'on apprend que
le Roi avance dans fa convalefcence , & il ne manque
à la joye des Parifiens que le plaifir d'avoir S.
pour témoin des démonſtrations de leur amour
& de leur refpect , lefquelles leur font autant d'honneur
, qu'elles font flateufes pour notre Augufte
Monarque.
qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz , &
pendant qu'il y étoit en bonne fanté , fe font entierement
occupés du loin de prouver à S. M. leur
amour & leur refpect , lui ont marqué dans fa maladie
F'un & l'autre , de la maniere la plus éclatante
, par leurs prieres continuelles pour la confervation
du Roi , par l'empreffement avec lequel ils fe
mettoient à portée d'apprendre à tout inftant des
nouvelles de S. M. par leurs tranfports de joye ,
dès qu'ils ont été certains de fa guérifon , & par
tout ce qu'ils ont crû le plus capable de faire connoître
leur fidélité & leut affection pour le Roi.
Toutes les Villes du Royaume ont donné pendant
AOUS T. 1921
1744 .
dant la maladie du Roi les plus fortes preuves de
leur refpectueux attachement pour S. M. & celle
de Paris , qui s'eft toujours fait un devoir de fe diftinguer
par fon zéle , a fait éclater fes fentimens ,
d'une maniere , qui depuis long - tems n'a point eú
d'exemple.
>
La premiere nouvelle de la maladie de S. M.
avoit répandu à Paris une affliction générale , & de
vives allarmes fe joignirent à cette affliction , lorfqu'on
fut informé par les lettres de Metz du 11 au
foir & par celles des jours fuivans , que les faignées
du pied , faites à S. M. n'avoient pas eû plus de fuccès
que les autres remédes employés , pour lui procurer
du foulagement.
On tomba dans une défolation inexprimable , en
apprenant que le 13 le Roi avoit reçû le Viatique ;
le furlendemain on lui avoit donné l'Extrêmeque
Onction , & qu'on avoit perdu prefque entierement
l'efperance de la guérifon de S. M. Les Eglifes ,
pendant les Prieres de Quarante - Heures , ordonnées
pour demander à Dieu la confervation du Roi ,
furent remplies le jour & la nuit par les perfonnes
de tous les Ordres , lefquelles par la ferveur dont
elles prioient , montroient combien elles défiroient
d'être exaucées. La plupart ne fe contentant pas de
mêler aux chants du Clergé leurs voix entrecou
pées de foupirs & de fanglots , & mettant en ufage
toutes les bonnes oeuvres que la Piété pouvoit leur
infpirer , diftribuoient d'abondantes aumônes aux
Pauvres , & elles portoient des fommes confidérables
aux Sacrifties , pour faire dire des Mefles. Des
perfonnes même , à qui leur peu de fortune fembloit
ne permettre que d'adreffer des voeux au
Ciel , pour en obtenir la grace qui faifoit l'objet
des fouhaits publics , employoient à ces ufages
pieux tout l'argent dont leurs befoins leur laiffoient
la
1922 MERCURE DE FRANCE.
la liberté de difpofer. On ne fortoit des Eglifes ,
que pour aller chercher des nouvelles de la fanté du
Roi chés ceux qu'on jugeoit être plus à portée d'en
être inftruits , & il y avoit une affluence conti
nuelle aux portes des Miniftres , ainsi qu'au Bureau
de la Pofte.
Le Peuple arrêtoit tous les couriers qu'il croyoit
arriver de Metz ; il les queftionnoit avec crainte
& felon leurs réponſes , il ſe livroit à la confterna
tion ou à l'efperance . Il fembloit que tous les habitans
de cette Ville partageaffent le danger avec le
Roi , & qu'ils éprouvaffent les mêmes orages que
S. M.
Cette agitation diminua par les nouvelles qu'on
reçût de l'état dans lequel le Roi s'étoit trouvé le
18 au foir , & elle fit place à la joye la plus parfaite
dès qu'on fut affûré que le 19 au matin S. M. étoit
hors de danger. Alors , on retourna aux Eglifes ,
pour rendre des actions de graces , avec le même
empreffement qu'on avoit eeuû ,, pour demander la
guérifon du Roi. La Ville ne retentit plus que de
cris d'allegreffe ; on voyoit de tous côtés des gens
courir dans les rues , & fe dire avec transport : Le
Roi eft guéri , & ces mots étoient accompagnés de
voeux ardens pour la confervation de S. M. La fatisfaction
augmente , à mesure qu'on apprend que
le Roi avance dans fa convalefcence , & il ne manque
à la joye des Parifiens que le plaifir d'avoir S.
pour témoin des démonſtrations de leur amour
& de leur refpect , lefquelles leur font autant d'honneur
, qu'elles font flateufes pour notre Augufte
Monarque.
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761
p. 1922-1923
« M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...] »
Début :
M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...]
Mots clefs :
Parlement, Roi, Paris, Te Deum, Sainte-Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Dufranc, Sécretaire du Roi, servant près de la Cour de Parlement, & que cette Compagnie [...] »
M. Dufranc , Sécretaire du Roi , fervant près de
la Cour de Parlement , & que cette Compagnie
avoit envoyé à Metz , pour fçavoir des nouvelles
de
A O UST. 1744 . 1923
de la fanté de S. M. étant revenu à Paris , & ayant
informé le Parlement , que tous les accidens de la
maladie du Roi étoient entierement ceffés , le Parlement
fe rendit le 23 au matin dans l'Eglife de la
Ste Chapelle pour remercier Dieu d'avoir rendu S.
M. aux voeux de la France , & il Y affifta au Te
Deum , auquel le Tréforier de la Ste Chapelle officia
pontificalement.
Le même jour au foir , il y eut à Paris des réjoäiffances
publiques , par ordre du Parlement , à l'oc
cafion de la Convalefcence du Roi , & toutes les
rues furent illuminées. Il feroit difficile d'exprimer
en combien de manieres le Peuple témoigna fa
joye. La Ville fut en mouvement pendant toute la
nuit , & peu d'événemens ont été célébrés par des
acclamations fi générales & fi réitérées.
la Cour de Parlement , & que cette Compagnie
avoit envoyé à Metz , pour fçavoir des nouvelles
de
A O UST. 1744 . 1923
de la fanté de S. M. étant revenu à Paris , & ayant
informé le Parlement , que tous les accidens de la
maladie du Roi étoient entierement ceffés , le Parlement
fe rendit le 23 au matin dans l'Eglife de la
Ste Chapelle pour remercier Dieu d'avoir rendu S.
M. aux voeux de la France , & il Y affifta au Te
Deum , auquel le Tréforier de la Ste Chapelle officia
pontificalement.
Le même jour au foir , il y eut à Paris des réjoäiffances
publiques , par ordre du Parlement , à l'oc
cafion de la Convalefcence du Roi , & toutes les
rues furent illuminées. Il feroit difficile d'exprimer
en combien de manieres le Peuple témoigna fa
joye. La Ville fut en mouvement pendant toute la
nuit , & peu d'événemens ont été célébrés par des
acclamations fi générales & fi réitérées.
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762
p. 1925
MORTS.
Début :
LE 21 Juillet, D. Claire-Charlotte-Seraphine du Tillet de S. Mathieu, femme de François du Prat, [...]
Mots clefs :
Famille du Tillet, Comte, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS,
E 21 Juillet , D. Claire -Charlotte- Seraphine du
Tillet de S.Mathieu, femme de François du Prat,
Comte de Barbançon , Brigadier des Armées du
Roi , du premier Février 1719 , ci -devant premier
Veneur de M. le Duc d'Orleans , Régent du Royaume
, avec lequel elle avoit été mariée le 8 Octobre
1712 , mourut à Bourbon , âgée de 61 ans , laiffant
plufieurs enfans , entre autres le Comte de Barbançon
, Meftre de Camp d'un Régiment de fon nom ,
depuis 1735 , Brigadier d'Armée de la derniere Promotion
. Elle étoit fille de Jean- François du Tillet ,
Vicomte de S. Mathieu , & de D. Jeanne-Marguerite
de Botrant-Nanteuil. La Famille du Tillet eft
une des premieres de la Robe ; pour celle de du Prat,
voyez la Généalogie, qui en eft rapportée dans l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne ,Vol . VI .
fol . 456 .
3.
Le 23 , D. Marguerite Ferrant de S. Dizant
femme de Raoul- Antoine de S. Simon , Comte de
Courtomer , Capitaine d'une Compagnie dans le
Régiment des Gardes Françoifes , & Maréchal des
Camps & Armées du Roi , avec lequel elle étoit
mariée depuis 1719 , mourut en fon Château de
Flain , âgée de 46 ans , laiffant plufieurs enfans. Ele
étoit fille d'Etienne Ferrant, Seigneur de S. Dizant ,
Intendant & Contrôleur Général de l'Argenterie ,
Menus plaifirs & Affaires de la Chambre du Roi , &
d'Anne Beffet de la Chapelle.
E 21 Juillet , D. Claire -Charlotte- Seraphine du
Tillet de S.Mathieu, femme de François du Prat,
Comte de Barbançon , Brigadier des Armées du
Roi , du premier Février 1719 , ci -devant premier
Veneur de M. le Duc d'Orleans , Régent du Royaume
, avec lequel elle avoit été mariée le 8 Octobre
1712 , mourut à Bourbon , âgée de 61 ans , laiffant
plufieurs enfans , entre autres le Comte de Barbançon
, Meftre de Camp d'un Régiment de fon nom ,
depuis 1735 , Brigadier d'Armée de la derniere Promotion
. Elle étoit fille de Jean- François du Tillet ,
Vicomte de S. Mathieu , & de D. Jeanne-Marguerite
de Botrant-Nanteuil. La Famille du Tillet eft
une des premieres de la Robe ; pour celle de du Prat,
voyez la Généalogie, qui en eft rapportée dans l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne ,Vol . VI .
fol . 456 .
3.
Le 23 , D. Marguerite Ferrant de S. Dizant
femme de Raoul- Antoine de S. Simon , Comte de
Courtomer , Capitaine d'une Compagnie dans le
Régiment des Gardes Françoifes , & Maréchal des
Camps & Armées du Roi , avec lequel elle étoit
mariée depuis 1719 , mourut en fon Château de
Flain , âgée de 46 ans , laiffant plufieurs enfans. Ele
étoit fille d'Etienne Ferrant, Seigneur de S. Dizant ,
Intendant & Contrôleur Général de l'Argenterie ,
Menus plaifirs & Affaires de la Chambre du Roi , &
d'Anne Beffet de la Chapelle.
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763
p. 1966-1972
EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
Début :
LA résolution que le Roi a prise de se mettre à la tête de ses armées, pour [...]
Mots clefs :
Ode, Strophe, Roi, Bellone, Gloire, Louis, Conquêtes, Critique, Élie-Catherine Fréron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
EXTRAIT d'une Ode fur les Conquêtes
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
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764
p. 2043-2046
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
La suite des Portraits des Hommes Illustres dans les Arts & dans les Sciences contin[u]ë de paroître [...]
Mots clefs :
Portraits, Hommes illustres, Vers, Roi, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLE S.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
LA fuite des Portraits des Hommes Illuftres dans
les Arts & dans les Sciences , continnë de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
ruë d'Anjou . Il vient de mettre en vente ceux de
HENRI DE LORRAINE , COMTE DE HARCOURT ,
Chevalier des Ordres du Roi , Grand Ecuyer de
France , né le 20 Mars 1601 , mort le 25 Juillet
1666 , peint par Nic. Mignard & gravé par Fiquet.
FRANÇOIS DE LA MOTHE LE VAYER , de l'Acadé
mie Françoiſe , mort en 1672 , âgé de 86 ans , def
finé par Nanteuil & gravé par Etienne Feffard.
SCEVOLE DE Ste MARTHE , né à Loudun le 2 Fé
vrier 1536 , mort le 29 Mars 1623 , âgé de 87 ans
gravé par le même.
JEAN LAURENT BERNIN , Sculpteur , Architecte
& Peintre , né à Naples le 7 Décembre 1598 , mort
à Rome le 28 Novembre 1680 , peint par J. B
Gaulli & gravé par Pinffio.
Le
2044 MERCURE DEFRANCE.
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
tres du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre en vente les deux Portraits fuivans , qui
font Pendant .
LOUIS-FR.RANÇOIS DE BOURBON , PRINCE DE CONTY
, né à Paris le 13 Août 1717. On lit ces Vers an
bas de M. Moraine.
Digne fils des Héros qui t'ont donné naiffance ,
Terreur des Ennemis , amour de nos Soldats ,
Prince , auffi bien faifant , que fier dans les Combats,
Après LOUIS , tu fais la gloire de la France.
NICOLAS DE CATINAT , Maréchal de France , né
à Paris le premier Septembre 1637 , mort dans fon
Château de S. Gratien , près S. Denis en France , le
25 Février 1712. On lit ces Vers au bas, auſſi de M.
Moraine.
Grand Général , dont la mémoire
Sera toûjours pleine de gloire ,
Dont Marfal & Staffarde éternifent l'honneur ,
Du Prince Savoyard brave & fage vainqueur ,
Il ne tint pas à ton courage
Que notre Grand Conty n'eût plus trouvé d'ouvrage
Autre Portrait en hauteur , jufqu'aux genoux de
DON BERNARD DE MONTFAUCON , de la Congrégation
de S. Maur , né au Château de Soulage le 17
Janvier 1655 , mort à Paris le 21 Décembre 1741 ,
fort bien gravé par B. Audran , d'après le Portrait
original de M. Geuſlin. Il fe yend à Paris chés l'Auteur
,
SEPTEMBRE . 1744
2045'
teur , rue S. Jacques , à la Ville de Paris. On lit ces
Vers au bas.
Objetde fes fçavantes veilles
La docte Antiquité cachoit peu de merveilles ,
Qu'en vrai Critique il n'ait fçû voir,
Et par un fort, digne d'envie,
L'Or * , dont un Grand Monarque honora fon fça
yoir ,
Brille moins que l'éclat des Vertus de ſa vie. ·
REPRESENTATION DU FEU D'ARTIFICE , élevé
dans la Place de Gréve , par ordre de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins de la Ville de Paris , en
réjouiffance de l'heureux rétabliffement de la fanté
du Roi , le 8 Septembre 1744. Ce feu a été exécuté
fous la conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de fon Académie d'Architecture , Maître Général
Contrôleur , Infpecteur des Bâtimens de la Ville ,
inventé & peint par les Sieurs Dumefnil , freres ,
Peintres ordinaires de la Ville , fe vend chés de Peilly,
rue S. Jacques , à l'Image S. Benoît , & chés Heriffet
, le Pere , Graveur , rue S, Jacques , vis-à - vis
les Jefuites.
On vend au même endroit une autre Eftampe en
large & plus grande : c'eſt la repréſentation du Fau
D'ARTIFICE ET DE L'ILLUMINATION , élevé dans la
même Place , par l'ordre des mêmes Magiftrats , &
pour le même fujet. L'Illumination eftdu même M.
Beaufire , & l'artifice a été compofé & exécuté par
les Srs Rugieri , freres , Italiens de Bologne.
* La Médaille d'Or , que l'Empereur lui envoya ;
accompagnée d'une Lettre.
La
2046 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr Moyreau vient de mettre au jour une fort
belle Etampe en large , qu'on veni chés lui , ruë
S. Jacques , à la vieiile Poite , d'après le Tableau
Original de Ph. Vauvremens , de 20 pouces & demi
de haut fur 25 de large , qui eft dans le Cabinet
de M. le Préſident de Tugny . Cette Eftampe qui
porte pour Titre L'EMERASEMENT DU MOULIN , eft
dédiée au même Président de Tugny , 1744.
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765
p. 2048-2050
BRANLE, Dont la Musique est de M. Grandval.
Début :
Que chacun ici gambade ; [...]
Mots clefs :
Gai, Coeur, Commère, Souci, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRANLE, Dont la Musique est de M. Grandval.
BRANLE ,
Dont la Mufique eft de M. Grandval.
QUe chacun ici gambade ;
Faut tous fe mettre en train ;
Le bon Roi n'eft plus malade ;
Je n'ons plus de chagrin ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Camarade ;
Point d'fouci ,
Que tout ici
Crie avec moi ,
Vive le Roi.
**
Quand je craignions pour la vie ,
J'étions comme des foux ;
Le bon Vin & l'Eau de vie
Aviont perdu leur goût ;
Gai, gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Bûvons ; faifons la vie ;
Point d'fouci , & c .
+34
On oublioit la Guinguette ;
On pleuroit tout le jour ;
La Grand' Dame & la Grifette
Ne
SEPTEMBRE . 1744 2049.
Ne faifoient plus l'amour ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Guillemette ,
Point d'fouci , & c.
Le Marquis , l'Apoticaire ;
Mrs les Porteux d'Eau ;
La Fille & le Commiffaire ,
Aujourd'hui font égaux
Viens , Fanchon ;
Viens , Margoton ;
Viens auffi ma Comere ;
Point d'fouci , & c.
Je gagnons journée entiere ;
Pour rien on eft nourri ;
Comme l'Eau à la Riviere ,
Le Vin coule à Paris ; i
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , mon Compere ;
Point d'fouci , & c.
Je ferons tout des premieres
Affifes à l'Opera ;
J'en avons eu la priere ,
Et
2050 MERCURE DE FRANCE.
Et de par Ecrit d'a ;"
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , &c.
J'avons un Mariage à faire ,
Et nos voeux font remplis .
Nous allons le voir grand Pere
De par Monfieur fon Fils ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
*
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , & c..
Pour une fanté fi chere
Tout le monde joyeux ,
Vient de recouvrer fon Pere
Dans ce moment heureux ;'
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Gai , Mrs du Parterre ;
Point d'fouci ;
Que tout ici
Crie avec moi ;
Vive le Roi,
Dont la Mufique eft de M. Grandval.
QUe chacun ici gambade ;
Faut tous fe mettre en train ;
Le bon Roi n'eft plus malade ;
Je n'ons plus de chagrin ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Camarade ;
Point d'fouci ,
Que tout ici
Crie avec moi ,
Vive le Roi.
**
Quand je craignions pour la vie ,
J'étions comme des foux ;
Le bon Vin & l'Eau de vie
Aviont perdu leur goût ;
Gai, gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Bûvons ; faifons la vie ;
Point d'fouci , & c .
+34
On oublioit la Guinguette ;
On pleuroit tout le jour ;
La Grand' Dame & la Grifette
Ne
SEPTEMBRE . 1744 2049.
Ne faifoient plus l'amour ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , Guillemette ,
Point d'fouci , & c.
Le Marquis , l'Apoticaire ;
Mrs les Porteux d'Eau ;
La Fille & le Commiffaire ,
Aujourd'hui font égaux
Viens , Fanchon ;
Viens , Margoton ;
Viens auffi ma Comere ;
Point d'fouci , & c.
Je gagnons journée entiere ;
Pour rien on eft nourri ;
Comme l'Eau à la Riviere ,
Le Vin coule à Paris ; i
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , mon Compere ;
Point d'fouci , & c.
Je ferons tout des premieres
Affifes à l'Opera ;
J'en avons eu la priere ,
Et
2050 MERCURE DE FRANCE.
Et de par Ecrit d'a ;"
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , &c.
J'avons un Mariage à faire ,
Et nos voeux font remplis .
Nous allons le voir grand Pere
De par Monfieur fon Fils ;
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
*
Haut le pied , ma Comere ;
Point d'fouci , & c..
Pour une fanté fi chere
Tout le monde joyeux ,
Vient de recouvrer fon Pere
Dans ce moment heureux ;'
Gai , gai , gai ,
Et le coeur gai ;
Gai , Mrs du Parterre ;
Point d'fouci ;
Que tout ici
Crie avec moi ;
Vive le Roi,
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766
p. 2066
L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 15, ils donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle en Vers, & [...]
Mots clefs :
Comédie, Roi, Vers, Nation, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15 , ils donnerent la premiere repré
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
Fermer
767
p. 2067-2068
Les Comédiens Italiens font la même chose, & donnent une très-belle Illumination, [titre d'après la table]
Début :
Le 16, les Comédiens Italiens, qui n'ont pas été les derniers à marquer leur zéle à [...]
Mots clefs :
Roi, Hôtel, Illumination, Iris, Temple, Soleil, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Comédiens Italiens font la même chose, & donnent une très-belle Illumination, [titre d'après la table]
Le 16 , les Comédiens Italiens , qui n'ont
pas été des derniers à marquer leur zéle à
l'occafion de la Convalefcence du Roi , donnerent
la Comédie gratis. Ils repréfenterent
les Payfans de qualité , le Fleuve d'oubli , &
Arlequin toujours Arlequin, Piéces ornées de
Divertiffemens , de Chants & de Danfes ,
qui attirerent un concours prodigieux à
l'Hôtel de Bourgogne. Le foir, il y eut encore
une très-belle Illumination ; on avoit
placé fur le Balcon de cet Hôtel , quatre
Piéces de Vin , qu'on fit couler pendant la
plus grande partie de la nuit. On y avoit
placé auffi differens Symphoniftes , qui exécutérent
plufieurs beaux Morceaux de Mufique
, anciens & modernes.
Les mêmes Comédiens avoient déja donné
le 10 du même mois , jour que le Te
Deum fut chanté à N. D. une très - belle Illumination
fur toute la façade de leur Hôtel,
accompagnée d'une Décoration peinte en
détrempe , laquelle repréfentoit le Temple
d'Iris , de forme circulaire , furmonté par
un Arc- en-Ciel , fur le haut duquel paroiffoit
la Déeffe Iris , affife , avec les attributs
qui lui conviennent , & dans l'action de répandre
la rofée pour rendre la Terre féconde.
Les Illuminations , qui accompagnoient
ce grand Tableau , formoient trois Arcades
d'Ordre
2068 MERCURE DE FRANCE.
d'Ordre Ruftique , foûtenuës par des Pilaftres
du même Ordre. Entre les Arcades , regnoit
une espece de frife , fur laquelle on lifoit
en très-gros Caractéres , VIVE LE ROI.
Au -deffous des Pilaftres , on avoit pofé quatre
Pyramides de lumiere. L'intérieur du
Temple étoit d'une Architecture noble , &
tout tranfparant , ainfi
ainfi que l'Arc-en-Ciel &
la Figure d'Iris. On avoit auffi placé au milieu
du Temple le Portrait du Roi , ſous la
figure du Soleil , avec fes Symboles ordinaires
; on lifoit cette Infcription , POST NUBILA
PHOBÚ S.
Aux deux côtés du Soleil , étoient deux
Niches ; dans l'une étoit repréfentée la figure
de la Paix , & dans l'autre celle de
P'Abondance. Aux deux extremités & fur le
même Plan de l'Edifice , on avoit élevé deux
grandes Pyramides , qui faifoient un effet
merveilleux . Cette grande Décoration , qui
avoit s pieds de hauteur , fur so de large,
& qui a été goûtée des Connoiffeurs , a été
deffinée , peinte & conduite par les Sieurs
Brunetti , Pere & fils , Peintres Italiens, qui
ont déja donné des marques de leurs talens
fur ce même Théatre.
pas été des derniers à marquer leur zéle à
l'occafion de la Convalefcence du Roi , donnerent
la Comédie gratis. Ils repréfenterent
les Payfans de qualité , le Fleuve d'oubli , &
Arlequin toujours Arlequin, Piéces ornées de
Divertiffemens , de Chants & de Danfes ,
qui attirerent un concours prodigieux à
l'Hôtel de Bourgogne. Le foir, il y eut encore
une très-belle Illumination ; on avoit
placé fur le Balcon de cet Hôtel , quatre
Piéces de Vin , qu'on fit couler pendant la
plus grande partie de la nuit. On y avoit
placé auffi differens Symphoniftes , qui exécutérent
plufieurs beaux Morceaux de Mufique
, anciens & modernes.
Les mêmes Comédiens avoient déja donné
le 10 du même mois , jour que le Te
Deum fut chanté à N. D. une très - belle Illumination
fur toute la façade de leur Hôtel,
accompagnée d'une Décoration peinte en
détrempe , laquelle repréfentoit le Temple
d'Iris , de forme circulaire , furmonté par
un Arc- en-Ciel , fur le haut duquel paroiffoit
la Déeffe Iris , affife , avec les attributs
qui lui conviennent , & dans l'action de répandre
la rofée pour rendre la Terre féconde.
Les Illuminations , qui accompagnoient
ce grand Tableau , formoient trois Arcades
d'Ordre
2068 MERCURE DE FRANCE.
d'Ordre Ruftique , foûtenuës par des Pilaftres
du même Ordre. Entre les Arcades , regnoit
une espece de frife , fur laquelle on lifoit
en très-gros Caractéres , VIVE LE ROI.
Au -deffous des Pilaftres , on avoit pofé quatre
Pyramides de lumiere. L'intérieur du
Temple étoit d'une Architecture noble , &
tout tranfparant , ainfi
ainfi que l'Arc-en-Ciel &
la Figure d'Iris. On avoit auffi placé au milieu
du Temple le Portrait du Roi , ſous la
figure du Soleil , avec fes Symboles ordinaires
; on lifoit cette Infcription , POST NUBILA
PHOBÚ S.
Aux deux côtés du Soleil , étoient deux
Niches ; dans l'une étoit repréfentée la figure
de la Paix , & dans l'autre celle de
P'Abondance. Aux deux extremités & fur le
même Plan de l'Edifice , on avoit élevé deux
grandes Pyramides , qui faifoient un effet
merveilleux . Cette grande Décoration , qui
avoit s pieds de hauteur , fur so de large,
& qui a été goûtée des Connoiffeurs , a été
deffinée , peinte & conduite par les Sieurs
Brunetti , Pere & fils , Peintres Italiens, qui
ont déja donné des marques de leurs talens
fur ce même Théatre.
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768
p. 2068-2069
Les mêmes Comédiens représentent trois Piéces nouvelles, intitulées, l'Illumination, la Nôce de Village & les Fêtes sinceres, [titre d'après la table]
Début :
Le 17, les mêmes Comédiens donnerent la premiere représentation de trois Piéces [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Pièces, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les mêmes Comédiens représentent trois Piéces nouvelles, intitulées, l'Illumination, la Nôce de Village & les Fêtes sinceres, [titre d'après la table]
Le 17 , les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation de trois Piéces
nouvelles , en Vers , & en un Acte chacune ,
composées au fujet de la Convalescence du
Roi ; la premiere , intitulée l'illumination
la
SEPTEMBRE. 1744. 2069
la feconde,la Noce de Villagé, & la troiſième,
les Fêtes fincéres. Ces Piéces ont été parfaitemeet
bein executées , de-même que les Divertiffemens
& quelques Airs détachés , qui
ont fait beaucoup de plaifir , fans compter le
Vaudeville de la troifiéme Piéce , qui a été
auffi fort applaudi .
la premiere repréſentation de trois Piéces
nouvelles , en Vers , & en un Acte chacune ,
composées au fujet de la Convalescence du
Roi ; la premiere , intitulée l'illumination
la
SEPTEMBRE. 1744. 2069
la feconde,la Noce de Villagé, & la troiſième,
les Fêtes fincéres. Ces Piéces ont été parfaitemeet
bein executées , de-même que les Divertiffemens
& quelques Airs détachés , qui
ont fait beaucoup de plaifir , fans compter le
Vaudeville de la troifiéme Piéce , qui a été
auffi fort applaudi .
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769
p. 2085-2086
« LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...] »
Début :
LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...]
Mots clefs :
Metz, Reine, Monseigneur le Dauphin, Église collégiale, Saint Louis, Panégyrique, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 24 du mois dernier, le Parlement de Metz rendit ses respects à la Reine, & [...] »
LE 24 du mois dernier
,
le Parlement de
Metz rendit ses respects à la Reine , &
ensuite à Monseigneur le Dauphin,M. de
Montholon,Premier Président,portant la
parole. Ce Parlement fut présenté & conduit
chés la Reine & chés Monseigneur le
Dauphin avec les, mêmes cérémonies
,
observées,
lorsqu'il eut audience du Roi, le
lendemain de l'arrivée de S. M. à Metz, Le.
même jour, les Députés de ce Parlement eurent
l'honneur de rendre leurs respects à
Mesdames de France.
La nouvelleEgliseCollégialdeS.Louis du
LouvreJaquelle a été rebâtie par les libéralités
du Roi, étant entièrement achevée, M.
Robinet,Vicaire Général de l'Archevêque
de Paris,fit le 24 du mois dernier la cérémonie
de bénir cette Eglise.
Le lendemain, jour de la Fête de Saint
Louis,lePanégyrique de ce Saint y fut prononcé
par l'AbbéAtaud,Chanoinedumême
ChaChapitre,
qui fit une vive peinture de la:
désolation dans laquelle la maladie du Roi
avoir jette tous ses peuples. On chanta enfuite
le Te Durn en Musique, pour remercier
Dieu d'avoir conservé S. M. & l'Archevêque
de Bordeaux y officia pontificalement.
,
le Parlement de
Metz rendit ses respects à la Reine , &
ensuite à Monseigneur le Dauphin,M. de
Montholon,Premier Président,portant la
parole. Ce Parlement fut présenté & conduit
chés la Reine & chés Monseigneur le
Dauphin avec les, mêmes cérémonies
,
observées,
lorsqu'il eut audience du Roi, le
lendemain de l'arrivée de S. M. à Metz, Le.
même jour, les Députés de ce Parlement eurent
l'honneur de rendre leurs respects à
Mesdames de France.
La nouvelleEgliseCollégialdeS.Louis du
LouvreJaquelle a été rebâtie par les libéralités
du Roi, étant entièrement achevée, M.
Robinet,Vicaire Général de l'Archevêque
de Paris,fit le 24 du mois dernier la cérémonie
de bénir cette Eglise.
Le lendemain, jour de la Fête de Saint
Louis,lePanégyrique de ce Saint y fut prononcé
par l'AbbéAtaud,Chanoinedumême
ChaChapitre,
qui fit une vive peinture de la:
désolation dans laquelle la maladie du Roi
avoir jette tous ses peuples. On chanta enfuite
le Te Durn en Musique, pour remercier
Dieu d'avoir conservé S. M. & l'Archevêque
de Bordeaux y officia pontificalement.
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770
p. 2090-2096
Victoires remportées sur les ennemis, [titre d'après la table]
Début :
Le Maréchal de Noailles envoya ordre aux deux autres Détachemens que commandoient [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Roi, Troupes, Maréchal de Noailles, Rhin, Compagnies, Chevalier de Belle-Isle, Village, Ponts, Grenadiers, Détachement, Santé du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Victoires remportées sur les ennemis, [titre d'après la table]
Le Maréchal de Noailles envoya ordre
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
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771
p. 2096-2101
Te Deum chanté à Metz pour la guérison du Roi, [titre d'après la table]
Début :
Le 3 de ce mois après midi, la Reine, Monseigneur le Dauphin & Mesdames de [...]
Mots clefs :
Roi, Armée, Metz, Cour, Ennemis, Maréchal Comte de Saxe, Troupes, Lieutenant, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Metz pour la guérison du Roi, [titre d'après la table]
Le Maréchal de Noailles envoya ordre
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
aux deux autres Détachemens que commandoient
le Chevalier de Belle - Ifle & leComte
de Berchiny , de paffer la Mautern à Kalkenhaufen
, & de marcher du côté du Fort-
Louis par Schiren & par Suffelsheim . Vers
le midi , le Chevalier de Belle-Ifle lui manda
que les ennemis occupoient ce dernier Pofte
, & qu'ils y avoient un Corps de troupes ,
retranché derriere des abbatis d'Arbres , &
fur cet avis , le Maréchal de Noailles détacha
auffi-tôt fous les ordres du Comte d'Eu
& du Marquis de Clermont-Tonnerre
Lieutenans-Généraux , 16 Bataillons à la
tête defquels étoit la Brigade de Champagne
, & 16 Eſcadrons , avec fix piéces de
canon , pour foutenir le Chevalier de Belle-
Ifle , qui s'étant joint au Comte de Berchiny
, attaqua les retranchemens conſtruits
par les ennemis en deçà de Suffelsheim , &
dans lefquels il y avoit 4 à 5000 hommes ,
commandés par le Prince de Bade-Dourlach.
Ces retranchemens furent emportés l'épée à
la main , après une réſiſtance d'environ une
heure , & les troupes , qui les gardoient ,
furent pourfuivies jufqu'à l'entrée de la petite
SEPTEMBRE. 1744 2091
C
tite Plaine , qui eft entre la Forêt de Haguenau
& Suffelsheim .
Le Chevalier de Belle-lfle , après avoir
rallié fes troupes , attaqua auffi ce Village ,
qui étoit paliffadé, & dans lequel les ennemis
étoient en grand nombre , & il s'en empara.
Les ennemis , fuivant le rapport de tous
les prifonniers , ont perdu environ 1500
hommes dans ces deux actions , & il n'y a
eû , du côté des François , que 170 hommes
tués ou bleffés.
Le Comte de Lowendalh , qui étoit à une
lieuë fur la droite , ayant trouvé les ennemis
retranchés dans le Village d'Angenheim
, & jugeant qu'ils lui étoient trop fupericurs,
pour qu'il pût entreprendre de les
y forcer avec fon Détachement , il en donna
avis au Maréchal de Noailles , qui fit
avancer le Duc de Gramont à la tête de la
Brigade des Gardes Françoifes , avec ordre
de gagner la grande chauffée du Fort-Louis.
Le Maréchal de Noailles fit marcher en même-
tems de ce côté une Brigade d'artillerie
& dix piéces de canon , & ayant appris que
l'armée ennemie étoit campée , fa gauche à
fes Ponts de Benheim , & fa droite à Rechvangle
, Village fitué vis-à-vis du Fort-
Louis , il ordonna à toute l'armée , de joindre
le Détachement du Comte de Lowendalh
,
2092 MERCURE DE FRANCE
dalh , ce qui s'exécuta avec tant d'activité ,
que les troupes firent cette marche en trois
heures.
La Brigade des Gardes Françoifes s'étoit
renduë quelque-tems auparavant à Drufenheim
, & elle fe difpofoit à attaquer Angenheim
, lorfqu'elle s'apperçût que ce Village
étoit tout en feu . On y marcha fur le champ,
& comme il étoit prefque nuit , on ne penfoit
à fe former qu'au de là du Village. En
arrivant près d'un Ruiffeau bordé de Prai
ries marécageufes , & qui fe jette dans le
Rhin , un peu au- deffus du Fort- Louis , on
rencontra 32 Compagnies de Grenadiers ,
& un pareil nombre de Compagnies de Fufiliers
des ennemis , avec leurs troupes irregulieres
, qui étoient placées fur les aîles
dans les bois , & qui firent une décharge
fur nos troupes.
Les Grenadiers de l'armée du Roi franchirent
le Ruiffeau & le Foffé fur lequel les
ennemis avoient un retranchement ; ils
s'emparerent de deux redoutes ; ils pénétrerent
dans le retranchement , & ayant mis
les ennemis en fuite , il les pourfuivirent
jufqu'à dix heures du foir. La trop grande
obfcurité obligea les troupes de S. M. de
faire halte , & elles demeurerent en bataille
toute la nuit.
Le lendemain , à la pointe du jour , l'armée
SEPTEMBRE . 1744. 209
mée ayant commencé à paffer le Défilé , pour
marcher à Benheim , on reçût avis que le
Prince Charles avoit repaffé le Rhin , &
qu'il avoit brûlé fes Ponts.
Les troupes dans l'action du 23 au foir
& dans les deux attaques des retranchemens
& du Village de Suffelsheim , ont fait des
prodiges de valeur , & elles ont combattu
avec autant de bonheur que d'intrépidité
les ennemis ne nous ayant tué ou bleflé
qu'environ 200 hommes. Le Grand Prieur
de France a reçû un coup de fufil dans la
cuiffe ; M. de Fremur , Maréchal de Camp ,
a été bleffé dangereufement , ainfi que M.
Quenaut de Clermont , Maréchal de Camp
& Ingénieur , lequel eft mort depuis de fes
bleffures. M. de la Serre , Lieutenant Colonel
du Régiment du Roi , Infanterie , eft
bleffé à la jambe. M. du Tillet , Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes , M. d'Amfreville , Lieutenant
de Grenadiers dans ce Régiment , & le Che
valier de la Cofte Meffeliere , Officier dans
le même Régiment , ont été tués.
La perte des ennemis monte à 3000 hommes
, tués ou bleffés , fans y comprendre les
prifonniers , dont le nombre augmentoir
tous les jours , beaucoup de Soldats ennemis
, qui n'avoient pû rejoindre leur armée ,
fortant des bois où ils s'étoient réfugiés , &
venant fe rendre à difcrétion. On
2094 MERCURE DE FRANCE.
On fit paffer le 24 une partie de l'armée
du Roi dans l'Ifle du Marquifat , & l'armée
Impériale marcha vers Germersheim , où elle
devoit paffer le Rhin fur les Ponts de Bâteaux
qu'on avoit laiffés à Philifbourg.
Le 25 & le 26 , on travailla à jetter des
Ponts vis-à- vis du Fort-Louis.
Le Chevalier de Belle Ifle fut détaché le
27 avec 22 Compagnies de Grenadiers
cinq Régimens de Dragons , trois de Huffards
, & toutes les Compagnies Franches ,
aller à la pourfuite de l'arriere-garde
pour
des ennemis.
•
Le Maréchal de Seckendorf a fait un Détachement
de l'armée Impériale , lequel devoit
joindre le 29 celui du Chevalier de
Belle - Ifle au-delà de Philifbourg.
Le Marquis de Croiffy a été nommé Lieutenant
Général des armées du Roi , & le
Comte de Montmorency , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Flandre , a été fait
Brigadier.
,
Le premier Septembre , on célébra avec
les cérémonies accoûtumées dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de S. Denis , le
Service folemnel qui s'y fait tous les ans
pour le repos de l'Ame du feu Roi LOUIS
XIV , & l'Evêque de Meaux y officia pontificalement.
On
SEPTEMBRE. 1744.
2095
On mande de Strasbourg du S de ce
mois , que le Maréchal de Noailles ayant
fait jetter au Fort-Louis deux Ponts fur le
Rhin , l'armée du Roi paffa ce Fleuve depuis
le vingt-fix jufqu'au 29 du mois dernier , &
qu'ayant marché en plufieurs Divifions elle
a campé dans differens Poftes fur la route de
Stoloffen à Mulberg.
La premiere Divifion , compofée de 22
Compagnies de Grenadiers , de 36 Efca--
drons de Dragons & de Huffards , & des
Compagnies Franches , partit le 31 de Staf- ,
furt fous les ordres du Chevalier de Belle-
Ifle , Lieutenant Général , pour tâcher de
joindre l'arriere-garde des troupes de la
Reine de Hongrie.
,
L'armée Impériale , à laquelle fe font
joints les Régimens Allemands , qui font au
fervice du Roi , a paffé le Rhin à Germerfheim
, & le Comte de Seckendorf en a détaché
4000 hommes d'Infanterie & 2000,
de Cavalerie , qui font commandés par le
Comte de Piofafque , Général de Cavalerie
des troupes de l'Empereur , & par le Comte
de Segur , Lieutenant Général de celles du
Roi . Če Détachement arriva le 31 à Bretten
, & fur l'avis que les ennemis s'étoient
retirés le matin de Phortzheim , & , étoient
allés à Cauftadt , il dirigea fa marche , pour
aller paffer la Riviere d'Entz à Bietigheim.
Un
96 MERCURE DE FRANCE.
Un grand nombre de Déferreurs de l'armée
des ennemis s'eft rendu à celle du
Roi.
Le Maréchal de Noailles a paffé par Strafbourg
, en allant à Metz , où il devoit arriver
les de ce mois.
-On apprend de Metz du 8 du même mois,
que le progrès du rétabliſſement de la ſanté
du Roi étoit plus marqué depuis quelques
jours , qu'il ne l'avoit été dans ceux qui ont
fuivi les momens de la guérifon de S. M.
le Roi fe levoit vers le midi , fe promenoit
dans fon appartement , & ne ſe recouchoit
qu'à dix heures du foir,
que
S. M. dormit très-bien la nuit du 7 ; elle
s'habilla le 8 , & elle étoit dans l'état de
convalefcenee , le plus favorable qu'on pût
defirer ; ainfi l'on comptoit qu'elle fortiroit
inceffamment , & qu'en prenant l'air , elle
avanceroit beaucoup l'entier recouvrement
'de fes forces.
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772
p. 2105-2110
FESTE donné à l'Hôtel Royal des Invalides.
Début :
Le Dimanche 13 Septembre, on chanta processionnellement dans la grande Cour de [...]
Mots clefs :
Hôtel royal des Invalides, Te Deum, Alexandre Milon de Mesme, Procession, Illumination, Pots à feu, Lampions, Peuple, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donné à l'Hôtel Royal des Invalides.
FESTE donné à l'Hôtel Royal des Invalides.
Le Dimanche 13 Septembre , on chanta
proceffionnellement dans la grande Cour de
Î'Hôtel Royal des Invalides , pour la Convalefcence
du Roi un , Te Deum folemnel au
bruit des Timballes , des Trompettes , du
canon & de la moufqueterie. M. Milon
Evêque de Valence , y officia enfuite pontificalement
au Salut , & donna la Bénédic
tion du S. Sacrement. Le Curé de l'Hôtel fe
Hv char-
›
2106 MERCURE DE FRANCE.
chargea de conduire la Proceflion , qu'il fit
marcher dans un très bel ordre . Le Clergé ,
foutenu des plus belles Baffes de la Muſique
de la Cathédrale , & accompagné d'un grand
nombre d'autres Eccléfiaftiques , tous en
Chapes & converts de ces magnifiques
Ornemens en broderie, qui font une des
curiofités de l'Hôtel , étoit precedé de 20
jeunes Clercs , couronnés de fleurs , & revêtus
de belles Aubes & de ceintures couleur
de feu . Le bruit de guerre qui fe faifoit
entendre dans l'intervalle des Verfets du
Te Deum , joint à la modeftie de tous les
Soldats de l'Hôtel , qui précédoient la Proceffion
, ou qui marchoient à la fuite , ayant
à leur tête M. de la Courneufve , Gouverneur
, accompagné de l'Erat Major , infpiroit
tout enfemble la joie & la dévotion au
grand nombre de Peuple , qui fut attiré par
la beauté & par la nouveauté de cette Cérémonie.
Elle fut fuivie à l'entrée de la nuit , d'une
Illumination la plus brillante & la mieux
entendue , que l'on eût encore offerte aux
yeux du Public ; la face immenfe de l'Hôtel
étoit parfaitement bien éclairée de plus de
10 mille gros Lampions , arrangés fuivant
l'ordre de fon Architecture ; les vaftes côtés
de la grande Porte d'entrée , appellée la
Porte Royale , ceux des Portes collaterales ,
les
SEPTEMBRE. 1744. 2107
, les les chambranles de toutes les croifées
pilaftres & généralement toutes les principales
piéces de l'Edifice en étoient remplies.
Les plintes de chaque étage formoient fans
interruption de grandes lignes de lumieres ,
les corniches & tout l'entablement étoient
garnis de grands pots à feu , & le vuide des
croifées du corps avancé , orné de magnifiques
Girandoles.
Les deux petits Pavillons , qui accompagnent
la grille de la premiere Porte d'entrée,
auffi - bien que les Trophées qui les couronnent
, étoient illuminés en plein , & les
parapets des foffés garnis de groffes terrines,
à très-peu de distance l'une de l'autre. Sur
le devant de l'avant cour , étoient rangées
fur des piédeftaux feize grandes & hautes
Girandoles , en forme d'Epicias , dont
la lumiere éclatante , jointe à celle de l'Illumination
, changeoit la nuit en un trèsbeau
jour.
Le Periftile de l'entrée de la cour Royale
étoit auffi illuminé en dedans par des pots à
feu , des Lampions & des Luftres .
Les trois grandes Portes de l'Eglife , en,
tierement fermées , étoient auffi éclairées-
& toute l'Architecture du Portail , ornée de
Lampions & de pots à feu ; une grande al+
lée d'autres pots à feu > l'on avoit tra
cée dans toute la longueur de la cour Roya→
H vj
que
le ,
L108 MERCURE DE FRANCE.
le , réuniffoit l'Illumination du Portail de
l'Eglife à celle du Périftile , ce qui formoit
dans l'éloignement une charmante perſpecti
ve , & faifoit paroître tout l'interieur de
l'Hôtel en feu .
Un Monde prodigieux rempliffoit toute
l'étendue du Cours la Reine , où étoit le
plus beau coup d'oeil , & la chauffée du chemin
de Verfailles , qui paffe devant ce
Cours , étoit occupée de fix rangs de caroffes
de Spectateurs diftingués. Tous les environs
de l'Hôtel n'en étoient pas moins rémplis
, & le Peuple à qui l'on permit d'entrer
dans les cours , s'y réjouit bien avant dans
la nuit , à la brillante lumiere de ces Illuminations
, en faifant à plufieurs repriſes des
acclamations de VIVE LE ROI.
Plufieurs Maréchaux de France , les Familles
des Ambaſſadeurs Etrangers & grand
nombre de Dames du premier rang , voulurent
honorer cette Fête de leur préfence.
On fit au Peuple une diftribution de plufieurs
piéces de Vin hors l'enceinte de l'Hôtel
, où tout ſe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& de tranquillité.
Le Grand Confeil fit chanter le 27 du
mois dernier le Te Deum dans fa Chapelle.
Les Sécretaires du Roi & les Payeurs des
Rentes l'ont fait chanter , les premiers dans
I'ESEPTEMBRE.
1744. 2109
•
l'Eglife des Céleftins , & les feconds dans
celle des Religieux de Notre-Dame de la
Mercy.
Le 11 de ce mois , le Marquis Doria , Envoyé
Extraordinaire de la République de
Génes , eut une audience particuliere du
Roi , & il préfenta à S. M. le Marquis Pallavicini
, qui fut la nouvelle de la marche
du Roi , pour aller en Allemagne , avoit
reçû ordre de la République de Génes , de
fe rendre auprès de S. M. en qualité d'Envoyé
Extraordinaire , & qui après avoir
rempli la commiflion pour laquelle il eft
allé à Metz , félicita le Roi de la part de la
République fur la guérifon de S. M. Ces
deux Miniftres furent conduits à cette audience
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
>
On mande de Metz du 15 de ce mois ,
que le Roi fe portoit de mieux en mieux
qu'il avoit de l'appetit , qu'il paffoit les
nuits , auffi tranquillement qu'on pouvoit
le defirer , que fes forces fe rétablilfoient
chaque jour fenfiblement , & que S. M.
avoit tenu depuis huit jours deux Confeils
d'Etat , & elle a travaillé plufieurs fois
avec fes Miniftres .
-
Elle s'eft promenée le 14 en caroffe dans
les dehors de la Vilie , fans en être fatiguée
,
2110 MERCURE DE FRANCE.
guée , & elle eft allée le 15 après midi jufqu'à
Frefcati , qui eft à une lieuë de Metz.
Le Dimanche 13 Septembre , on chanta
proceffionnellement dans la grande Cour de
Î'Hôtel Royal des Invalides , pour la Convalefcence
du Roi un , Te Deum folemnel au
bruit des Timballes , des Trompettes , du
canon & de la moufqueterie. M. Milon
Evêque de Valence , y officia enfuite pontificalement
au Salut , & donna la Bénédic
tion du S. Sacrement. Le Curé de l'Hôtel fe
Hv char-
›
2106 MERCURE DE FRANCE.
chargea de conduire la Proceflion , qu'il fit
marcher dans un très bel ordre . Le Clergé ,
foutenu des plus belles Baffes de la Muſique
de la Cathédrale , & accompagné d'un grand
nombre d'autres Eccléfiaftiques , tous en
Chapes & converts de ces magnifiques
Ornemens en broderie, qui font une des
curiofités de l'Hôtel , étoit precedé de 20
jeunes Clercs , couronnés de fleurs , & revêtus
de belles Aubes & de ceintures couleur
de feu . Le bruit de guerre qui fe faifoit
entendre dans l'intervalle des Verfets du
Te Deum , joint à la modeftie de tous les
Soldats de l'Hôtel , qui précédoient la Proceffion
, ou qui marchoient à la fuite , ayant
à leur tête M. de la Courneufve , Gouverneur
, accompagné de l'Erat Major , infpiroit
tout enfemble la joie & la dévotion au
grand nombre de Peuple , qui fut attiré par
la beauté & par la nouveauté de cette Cérémonie.
Elle fut fuivie à l'entrée de la nuit , d'une
Illumination la plus brillante & la mieux
entendue , que l'on eût encore offerte aux
yeux du Public ; la face immenfe de l'Hôtel
étoit parfaitement bien éclairée de plus de
10 mille gros Lampions , arrangés fuivant
l'ordre de fon Architecture ; les vaftes côtés
de la grande Porte d'entrée , appellée la
Porte Royale , ceux des Portes collaterales ,
les
SEPTEMBRE. 1744. 2107
, les les chambranles de toutes les croifées
pilaftres & généralement toutes les principales
piéces de l'Edifice en étoient remplies.
Les plintes de chaque étage formoient fans
interruption de grandes lignes de lumieres ,
les corniches & tout l'entablement étoient
garnis de grands pots à feu , & le vuide des
croifées du corps avancé , orné de magnifiques
Girandoles.
Les deux petits Pavillons , qui accompagnent
la grille de la premiere Porte d'entrée,
auffi - bien que les Trophées qui les couronnent
, étoient illuminés en plein , & les
parapets des foffés garnis de groffes terrines,
à très-peu de distance l'une de l'autre. Sur
le devant de l'avant cour , étoient rangées
fur des piédeftaux feize grandes & hautes
Girandoles , en forme d'Epicias , dont
la lumiere éclatante , jointe à celle de l'Illumination
, changeoit la nuit en un trèsbeau
jour.
Le Periftile de l'entrée de la cour Royale
étoit auffi illuminé en dedans par des pots à
feu , des Lampions & des Luftres .
Les trois grandes Portes de l'Eglife , en,
tierement fermées , étoient auffi éclairées-
& toute l'Architecture du Portail , ornée de
Lampions & de pots à feu ; une grande al+
lée d'autres pots à feu > l'on avoit tra
cée dans toute la longueur de la cour Roya→
H vj
que
le ,
L108 MERCURE DE FRANCE.
le , réuniffoit l'Illumination du Portail de
l'Eglife à celle du Périftile , ce qui formoit
dans l'éloignement une charmante perſpecti
ve , & faifoit paroître tout l'interieur de
l'Hôtel en feu .
Un Monde prodigieux rempliffoit toute
l'étendue du Cours la Reine , où étoit le
plus beau coup d'oeil , & la chauffée du chemin
de Verfailles , qui paffe devant ce
Cours , étoit occupée de fix rangs de caroffes
de Spectateurs diftingués. Tous les environs
de l'Hôtel n'en étoient pas moins rémplis
, & le Peuple à qui l'on permit d'entrer
dans les cours , s'y réjouit bien avant dans
la nuit , à la brillante lumiere de ces Illuminations
, en faifant à plufieurs repriſes des
acclamations de VIVE LE ROI.
Plufieurs Maréchaux de France , les Familles
des Ambaſſadeurs Etrangers & grand
nombre de Dames du premier rang , voulurent
honorer cette Fête de leur préfence.
On fit au Peuple une diftribution de plufieurs
piéces de Vin hors l'enceinte de l'Hôtel
, où tout ſe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& de tranquillité.
Le Grand Confeil fit chanter le 27 du
mois dernier le Te Deum dans fa Chapelle.
Les Sécretaires du Roi & les Payeurs des
Rentes l'ont fait chanter , les premiers dans
I'ESEPTEMBRE.
1744. 2109
•
l'Eglife des Céleftins , & les feconds dans
celle des Religieux de Notre-Dame de la
Mercy.
Le 11 de ce mois , le Marquis Doria , Envoyé
Extraordinaire de la République de
Génes , eut une audience particuliere du
Roi , & il préfenta à S. M. le Marquis Pallavicini
, qui fut la nouvelle de la marche
du Roi , pour aller en Allemagne , avoit
reçû ordre de la République de Génes , de
fe rendre auprès de S. M. en qualité d'Envoyé
Extraordinaire , & qui après avoir
rempli la commiflion pour laquelle il eft
allé à Metz , félicita le Roi de la part de la
République fur la guérifon de S. M. Ces
deux Miniftres furent conduits à cette audience
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs.
>
On mande de Metz du 15 de ce mois ,
que le Roi fe portoit de mieux en mieux
qu'il avoit de l'appetit , qu'il paffoit les
nuits , auffi tranquillement qu'on pouvoit
le defirer , que fes forces fe rétablilfoient
chaque jour fenfiblement , & que S. M.
avoit tenu depuis huit jours deux Confeils
d'Etat , & elle a travaillé plufieurs fois
avec fes Miniftres .
-
Elle s'eft promenée le 14 en caroffe dans
les dehors de la Vilie , fans en être fatiguée
,
2110 MERCURE DE FRANCE.
guée , & elle eft allée le 15 après midi jufqu'à
Frefcati , qui eft à une lieuë de Metz.
Fermer
773
p. 2110-2113
Illuminations dans toutes les rües de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le jour qu'on tira le Feu d'artifice de l'Hôtel-de-Ville, toutes les maisons furent [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Habitants, Inscriptions, Devises, Metz, Te Deum, Fête, La Reine, Illuminations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illuminations dans toutes les rües de Paris, [titre d'après la table]
Le jour qu'on tira le Feu d'artifice de
l'Hôtel - de-Ville , toutes les maiſons furent
illuminées. Chaque Quai , chaque Place publique,
offrit cette nuit là un Spectacle qu'on
ne voyoit qu'avec furprife , & qu'on ne
quittoit qu'avec regret . Après avoir parcouru
une partie de Paris , on croyoit avoir
épuifé fon admiration , & on trouvoit en
arrivant dans une autre partie , un nouveau
fujet d'admirer. L'ardeur du zéle chés plufieurs
habitans de cette Ville , paroiffoit
avoir
SEPTEMBRE. 1744 211
avoir eû prefque les mêmes reffources que
l'opulence . Dans plus d'un endroit , on étoit
étonné , en confiderant l'élégance & le goût
d'une Illumination , d'apprendre qu'elle
avoit été ordonnée par un particulier , connu
de fes feuls voifins . Par tout on remarquoit
des objets, qui , s'ils n'étoient pas tous
également frappans par la magnificence , du
moins étoient tous également intéreffans
par ce qu'ils avoient de flateur pour le Roi.
Les habitans qui avoient été obligés de fe
tenir dans les bornes de la fimplicité , s'étoient
efforcés de montrer qu'ils ne cédoient
aux autres que par la dépenfe , & non par
les fentimens , & ce qui n'étoit peut-être
pas encore arrivé , la plupart des Boutiques
des moindres Artifans étoient ornées d'Inf
criptions , qui loiioient d'autant mieux S.
M. qu'elles étoient moins recherchées : ces
mots , Vive Louis le Bien- Aimé , tracés prefque
par tout en caracteres de feu , annonçoient
que la Nation déféroit à notre Monarque
un Titre , qui eft au- deffus de tous
les autres , & qui les renferme tous . Pendant
toute la nuit , les rues furent remplies ,
non-feulement de peuple , qui faifoit retentir
l'air de fes cris d'allegreffe , mais encore
de perfonnes de tous les Ordres , attirées par
le plaifir de partager la joie publique. On
entendoit de toutes parts , les unes expliquer
, à celles qui n'entendoient pas le Latim
,
2112 MERCURE DE FRANCE.
tin , les Inſcriptions & les Devifes , compofées
en cette Langue ; les autres applaudir à
la jufteffe de ces Infcriptions & de ces Devifes
, les répéter plufieurs fois , les faire redire
à leurs enfans . Ce qu'on lifoit , il fembloit
qu'on l'appercevoit gravé dans tous
les coeurs. Jamais il n'y eut une plus grande
agitation dans Paris , & jamais il n'y régna
plus d'ordre , malgré la multitude prodigieufe
de caroffes qui furent en mouvement
jufqu'à trois heures du matin . Cette
Fête , à jamais mémorable par fon objet ,
par fes circonftances & par fon éclat , doit
l'ètre encore plus par l'avantage fingulier
qu'elle a eû de n'être troublée par aucun
accident ni par aucune querelle . On auroit
dit que la joie ne laiffoit place à nul autre
fentiment ; que tous les Parifiens ne compofoient
qu'une feule Famille , unie par les
liens de la tendreffe ,autant que par ceux du
Sang , & qu'ils étoient des Freres , occupés
de l'unique foin de fe réjouir de ce que leur
Pere leur étoit rendu .
Les Etrangers , qui ont été témoins de
tous les tranfports aufquels les habitans de
cette Capitale fe font livrés , ont dû , en
voyant les marques de l'affection des François
pour le Roi , trouver la France bien redoutable
à fes ennemis .
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Ste Vierge , la Reine ſe rendit à l'Eglife
du
SEPTEMBRE . 1744. 2113
du Monaftere des Carmélites de Metz , &
S. M. y communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier.
Depuis 15 jours , les Eglifes de cette Ville
retentiffent des actions de graces que l'on
rend à Dieu pour la guérifon du Roi , les
differens Corps des Officiers de S. M. &
ceux des habitans de la Ville , s'étant également
empreffés de remercier la Bonté Di
vine d'avoir confervé le Roi pour le bonheur
de la France , & pour celui des
perfonnes
, qui font particulierement attachées
au fervice de S. M.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France ont entendu les Te
Deum , qui ont été chantés à cette occafion .
Le 13 après midi , la Reine , accompa
gr ée de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames & fuivie de toute la Cour
> >
affifta à celui que le Prince de Campo
Florido
, Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne
auprès
du Roi , fit chanter
dans l'Eglife
de l'Abbaye
de S. Arnoul
de Metz , qui étoit éclaipar
un grand
nombre
de lumieres
.
rée
Le foir , le même Ambaffadeur fit illuminer
, avec autant de magnificence que le
Lieu pouvoit le permettre , la maifon qu'il
occupe en cette Ville , & la rue qui y conduit
, & après un feu d'artifice on fervit un
fouper très-fplendide pour toutes les perfonnes
de la Cour , que le Prince de Campo
Florido avoit invitées à cette Fête .
l'Hôtel - de-Ville , toutes les maiſons furent
illuminées. Chaque Quai , chaque Place publique,
offrit cette nuit là un Spectacle qu'on
ne voyoit qu'avec furprife , & qu'on ne
quittoit qu'avec regret . Après avoir parcouru
une partie de Paris , on croyoit avoir
épuifé fon admiration , & on trouvoit en
arrivant dans une autre partie , un nouveau
fujet d'admirer. L'ardeur du zéle chés plufieurs
habitans de cette Ville , paroiffoit
avoir
SEPTEMBRE. 1744 211
avoir eû prefque les mêmes reffources que
l'opulence . Dans plus d'un endroit , on étoit
étonné , en confiderant l'élégance & le goût
d'une Illumination , d'apprendre qu'elle
avoit été ordonnée par un particulier , connu
de fes feuls voifins . Par tout on remarquoit
des objets, qui , s'ils n'étoient pas tous
également frappans par la magnificence , du
moins étoient tous également intéreffans
par ce qu'ils avoient de flateur pour le Roi.
Les habitans qui avoient été obligés de fe
tenir dans les bornes de la fimplicité , s'étoient
efforcés de montrer qu'ils ne cédoient
aux autres que par la dépenfe , & non par
les fentimens , & ce qui n'étoit peut-être
pas encore arrivé , la plupart des Boutiques
des moindres Artifans étoient ornées d'Inf
criptions , qui loiioient d'autant mieux S.
M. qu'elles étoient moins recherchées : ces
mots , Vive Louis le Bien- Aimé , tracés prefque
par tout en caracteres de feu , annonçoient
que la Nation déféroit à notre Monarque
un Titre , qui eft au- deffus de tous
les autres , & qui les renferme tous . Pendant
toute la nuit , les rues furent remplies ,
non-feulement de peuple , qui faifoit retentir
l'air de fes cris d'allegreffe , mais encore
de perfonnes de tous les Ordres , attirées par
le plaifir de partager la joie publique. On
entendoit de toutes parts , les unes expliquer
, à celles qui n'entendoient pas le Latim
,
2112 MERCURE DE FRANCE.
tin , les Inſcriptions & les Devifes , compofées
en cette Langue ; les autres applaudir à
la jufteffe de ces Infcriptions & de ces Devifes
, les répéter plufieurs fois , les faire redire
à leurs enfans . Ce qu'on lifoit , il fembloit
qu'on l'appercevoit gravé dans tous
les coeurs. Jamais il n'y eut une plus grande
agitation dans Paris , & jamais il n'y régna
plus d'ordre , malgré la multitude prodigieufe
de caroffes qui furent en mouvement
jufqu'à trois heures du matin . Cette
Fête , à jamais mémorable par fon objet ,
par fes circonftances & par fon éclat , doit
l'ètre encore plus par l'avantage fingulier
qu'elle a eû de n'être troublée par aucun
accident ni par aucune querelle . On auroit
dit que la joie ne laiffoit place à nul autre
fentiment ; que tous les Parifiens ne compofoient
qu'une feule Famille , unie par les
liens de la tendreffe ,autant que par ceux du
Sang , & qu'ils étoient des Freres , occupés
de l'unique foin de fe réjouir de ce que leur
Pere leur étoit rendu .
Les Etrangers , qui ont été témoins de
tous les tranfports aufquels les habitans de
cette Capitale fe font livrés , ont dû , en
voyant les marques de l'affection des François
pour le Roi , trouver la France bien redoutable
à fes ennemis .
Le 8 de ce mois , Fête de la Nativité de
la Ste Vierge , la Reine ſe rendit à l'Eglife
du
SEPTEMBRE . 1744. 2113
du Monaftere des Carmélites de Metz , &
S. M. y communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier.
Depuis 15 jours , les Eglifes de cette Ville
retentiffent des actions de graces que l'on
rend à Dieu pour la guérifon du Roi , les
differens Corps des Officiers de S. M. &
ceux des habitans de la Ville , s'étant également
empreffés de remercier la Bonté Di
vine d'avoir confervé le Roi pour le bonheur
de la France , & pour celui des
perfonnes
, qui font particulierement attachées
au fervice de S. M.
La Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France ont entendu les Te
Deum , qui ont été chantés à cette occafion .
Le 13 après midi , la Reine , accompa
gr ée de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames & fuivie de toute la Cour
> >
affifta à celui que le Prince de Campo
Florido
, Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne
auprès
du Roi , fit chanter
dans l'Eglife
de l'Abbaye
de S. Arnoul
de Metz , qui étoit éclaipar
un grand
nombre
de lumieres
.
rée
Le foir , le même Ambaffadeur fit illuminer
, avec autant de magnificence que le
Lieu pouvoit le permettre , la maifon qu'il
occupe en cette Ville , & la rue qui y conduit
, & après un feu d'artifice on fervit un
fouper très-fplendide pour toutes les perfonnes
de la Cour , que le Prince de Campo
Florido avoit invitées à cette Fête .
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774
p. 2115-2116
AUTRE du même Cardinal, au sujet de la prise du Château Dauphin.
Début :
PIERRE GUERIN DE TENCIN, &c. La Victoire dont nous allons rendre graces au [...]
Mots clefs :
Seigneur, Princes, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même Cardinal, au sujet de la prise du Château Dauphin.
AUTRE du même Cardinal , au sujet de
la prife du Château Dauphin.
IERRE GUERIN DE TENCIN , & C.
Pla Victoire dont nous allons rendre graces au
Seigneur , mes très chers Freres , renferme tout ce
qui pouvoit en relever le prix & l'éclat . Elle a été
remportée par deux. Princes de la Maifon de France
, & elle n'eft pas moins glorieuſe par la valeur
que les troupes des deux Nations ont montrée ,
qu'avantageule par les facilités qu'elle donne au
Roi d'Espagne de faire valoir la justice de fes droits
fur les Etats que le feu Empereur poffedoit en Italie.
Quelle joye pour des coeurs vraiment François ,
mes très chers Freres , & en même- teins quel puif
fant motif de confiance , de penser que nous avons
toujours été victorieux partout où le Roi & les
Princes de fon Sang ont commandé en Perfonne
Quelle fatisfaction pour Sa Majesté de voir ſe développer
fi rapidement dans ces jeunes Hé os ce
germe de bravoure & de fageffe qu'ils tiennent de
leurs
2116 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ancêtres ! mais que notre jufte admiration
pour nos Princes, n'affoibliffe pas la reconnoiffance
que nous devons au Seigneur . Quelques naturelles
que paroiffent dans certains hommes privilegiés les
qualités & les vertus qui font les grands Hommes ,
elles n'en font pas moins des dons de Dieu . Quelque
fort que foit le bras du Vainqueur , c'est tou
jours celui de Dieu qui l'a fait vaincre . Ainfi en demandant
au Seigneur de nouveaux fuccès qui hâtent
le retour de la Paix , attendons- les de få feula
Bonté , & que nos voeux foient auffi humbles que
purs & défintereflés .
A ces caufes , &c.
la prife du Château Dauphin.
IERRE GUERIN DE TENCIN , & C.
Pla Victoire dont nous allons rendre graces au
Seigneur , mes très chers Freres , renferme tout ce
qui pouvoit en relever le prix & l'éclat . Elle a été
remportée par deux. Princes de la Maifon de France
, & elle n'eft pas moins glorieuſe par la valeur
que les troupes des deux Nations ont montrée ,
qu'avantageule par les facilités qu'elle donne au
Roi d'Espagne de faire valoir la justice de fes droits
fur les Etats que le feu Empereur poffedoit en Italie.
Quelle joye pour des coeurs vraiment François ,
mes très chers Freres , & en même- teins quel puif
fant motif de confiance , de penser que nous avons
toujours été victorieux partout où le Roi & les
Princes de fon Sang ont commandé en Perfonne
Quelle fatisfaction pour Sa Majesté de voir ſe développer
fi rapidement dans ces jeunes Hé os ce
germe de bravoure & de fageffe qu'ils tiennent de
leurs
2116 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ancêtres ! mais que notre jufte admiration
pour nos Princes, n'affoibliffe pas la reconnoiffance
que nous devons au Seigneur . Quelques naturelles
que paroiffent dans certains hommes privilegiés les
qualités & les vertus qui font les grands Hommes ,
elles n'en font pas moins des dons de Dieu . Quelque
fort que foit le bras du Vainqueur , c'est tou
jours celui de Dieu qui l'a fait vaincre . Ainfi en demandant
au Seigneur de nouveaux fuccès qui hâtent
le retour de la Paix , attendons- les de få feula
Bonté , & que nos voeux foient auffi humbles que
purs & défintereflés .
A ces caufes , &c.
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775
p. 2116-2117
AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
Début :
PIERRE GUERIN DE TENCIN, &c. La maladie du Roi, mes très-chers Freres, a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Dieu, Prince, Sujets, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
AUTRE du même , au ſujet du rétabliſſement
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
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776
p. 2118-2122
« Le Samedi 15 Août, la nouvelle de la maladie du Roi s'étant répanduë, l'Abbé de Ste Geneviéve ordonna [...] »
Début :
Le Samedi 15 Août, la nouvelle de la maladie du Roi s'étant répanduë, l'Abbé de Ste Geneviéve ordonna [...]
Mots clefs :
Châsse de sainte Geneviève, Roi, Découverte, Santé, Rétablissement, Cloches, François Patot, Mandement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi 15 Août, la nouvelle de la maladie du Roi s'étant répanduë, l'Abbé de Ste Geneviéve ordonna [...] »
Le Samedi 15 Août, la nouvelle de la maladie du
"Roi s'étant répanduë , l'Abbé de Ste Geneviève ordonna
que la Châffe de la Ste Patronne de Paris ,
feroit découverte par devant, & qu'on chanteroit des
Saluts , pour demander à Dieu le rétabliſſement de
la
SEPTEMBRE. 1744. 2119
-
la fanté de S. M. En conféquence la Châffe fut découverte
au fon de toutes les cloches de l'Abbaye.
Le même jour , fur les 9 heures du foir , M. Dufranc
, Greffier du Parlement , & l'un des Sécretai
res du Roi , fervant en la Cour , fe rendit à Ste Geneviève
, & dit que MM. les Premier Préfident &
Procureur Général , ayant confulté les Registres du
Parlement , y avoient remarqué qu'on avoit ordon
né en pareil cas la découverte de la Châffe , avant
même que le Parlement eût rendu Arrêt , &que devant
être infailliblement rendu le Lundi 17 , les
circonstances actuelles exigeoient provifionellement
cette découverte .
Le Dimanche 16 , cela fut promptement exécuté
pour la grand-Meffe , & le tout annoncé par une
volée des 10 cloches , qui fut repetée le foir à 8
heures.
Le Lundi 17 , M. Yfabeau , auffi Greffier du Parlement
, & Sécretaire du Roi , fervant en cette
Cour , apporta l'Arrêt , portant que ce même jour
M. le Premier Préfident avoit dit à la Cour que la
nouvelle du fâcheux étar ou étoit le Roi , étant arrivée
à Paris , il avoit crû pouvoir ordonner , de concert
avec M. le Procurer Général , que la Chaffe de
Ste Genevieve feroit découverte , afin d'obtenir par
le fecours de la Patronne de la Ville capitale & du
Royaume , la confervation d'un fi grand Monarque
dont la vie eft fi précieuſe à la France ; o ü ile Pro.
cureur Général du Roi, la matiére miſe en délibération
, LA COUR a arrêté & ordonné , que conformément
aux Mandemens qui feront donnés par l'Archevêque
de Paris , il fera fait des Prieres publiques
pour le rétabliſſement de la fanté du Rol , pendant
lefquelles la Châffe de Ste Genevieve demanrera
découverte, ce qui fera mandé aux Abbé & Religieux
de ladite Abbaye, par l'un des Sécretaires du
Roi , fervant en la Cour.
Auffi-tôr
120 MERCURE DE FRANCE.
Auffi tôt l'Abbé de Ste Geneviève donna le Mandement
imprimé , qui va être rapporté.
Ce même jour 17 , fut célebrée , comme le porte
le Mandement , une Meffe folemnelle pour commencer
la Neuvaine .
Mrs les Prevôt des Marchands & Echevins de la
Ville de Paris , toujours attentifs à reclamer leur
Ste Patronne, & à témoigner leur zéle pour la Perfonne
facrée de S. M. avertirent que le lendemain
ils affifteroient à la grande Meffe & qu'ils continue
roient pendant toute la Neuvaine.
Le Mardi 18 , ces Meffieurs furent reçûs à la porte
de l'Eglife par le R. P. Abbé , à la tête de toute fa
Communauté, au fon des cloches & de l'orgue Ils y
font revenus les jours fuivans jufqu'au 26 inclufivement
, & pour témoigner leur joye & leur reconnoiffance
du meilleur état de la fanté du Roi , ils
parurent en Robes rouges de Cérémonie . La Meſſe
d'actions de graces fut célebrée ; on avoit chanté le
Te Deum la veille , auquel avoit pareillement affisté
le Corps de Ville.
Le Mandement du R. P. Abbé de Ste Genevieve
contenoit ce qui fuit.
FRANÇOIS PATOT , Abbé de l'Abbaye
Royale de Ste Geneviève au Mont de Paris , &c.
Nous venons de faire retentir les Temples facrés des
chants de joye & d'allegreffe , & nous avons rendų
de folemnelles actions de graces au Dieu des Armées
, de la protection qu'il a accordée à celles de
notre invincible Monarque , qui lui en a rapporté
toute la gloire ,fans l'attribuer ni à ſon courage, ni
à la valeur de les troupes. Aujourd'hui nos vænx
ont pour objet la fanté de ce Prince , fi chere & fi
précieuse à tous les Sujets ; la moindre altération
qu'elle peut fouffrir , nous allarme & nous engage
à recourir au fouverain Arbitre de nos vies , afin
que
SEPTEMBRE . 1744. 2121
que fléchi par nos prieres , il conferve des jours
d'où dépendent notre bonheur & notre tranquillité .
La Religion & la reconnoiffance exigent de nous
ce tribut. Les fatigues & les travaux que l'amour du
Roi pour fes Sujets l'a porté à effuyer , afin de les
mettre à couvert de la fureur de les ennemis ; les
dangers qu'il a courus , les longs & pénibles voyages
qu'il a entrepris dans cette faifon , tant de preuves
de fa tendreffe , demandent de nous un retour
qui nous rende fenfibles au parfait rétabliſſement
d'une fanté qu'il n'a point craint de facrifier au bien
particulier & commun de fes Peuples . Le Ciel qui
nous a donné ce Prince ficher dans les jours de les
miféricordes , les prolongera pour le bien de la Religion
& de l'Etat , & diffipera les juftes fujets de
nos craintes . Cette Protectrice de la France , qui a
toujours été l'objet de la confiance & de la pieté de
nos Rois , & de celle de leurs Sujets , comme un autre
Ifaïe , nous dira, attendrie fur nos gémiflemens ,
que le Seigneur a écouté les voeux que nous lui
avons adreflés , & que déja celui pour lequel nous
les avons formés en reffent les effets. Renouvellons.
les fans ceffe; nous ne pouvons les interrompre, fans
nous rendre coupables de l'ingratitude la plus condamnable.
A ces caufes , pour nous conformer à l'Arrêt de
ce jour , rendu par la Cour de Parlement , nous ordonnons
que la Châffe de Ste Geneviève , Patronne
de Paris & du Royaume , fera découverte cejourd'hui
, dont la Ville fera avertie par le fon de toutes
les cloches de notre Abbaye ; que le même jour on
célébrera une Meffe folemnelle à neuf heures du
matin ; que pendant le tems que la Châffe demeurera
découverte , on dira au grand Autel des Mefles ,
depuis cinq heures du matin jufqu'à midi ; que quatre
Chanoines Réguliers de cette Eglife iront faire
leurs
2122 MERCURE DE FRANCE.
leurs prieres fucceffivement , felon l'ordre qui leur
fera marqué , devant ladite Châffe , hors le tems des
Meffes qui fe diront au grand Autel , & que tous
lés foirs après Complies fera fait un Salut , qui com .
mencera par une Proceffion dans l'Eglife , à laquelle
on chantera , 1° . les Litanies Aufer à nobis , &c.2°.
l'Antienne de Ste Geneviève , O felix Ancilla , &c.
3°. le Répons , Virtutes ; l'Antienne de la Ste Vierge
, Sub tuum prafidium , & Domine falvum fac Regem
, & l'Antienne Da Pacem ; le y . Dominus opem
ferat illi ; R. Super lectum doloris ejus. Les Orailous ,
la premiere pour le rétablissement de la fanté du
Roi , Omnipotens fempiterne Deus, &c . la deuxième ,
de la Ste Vierge , Concede nos famulos , &c . la troiféme
, de Ste Geneviève , Prafta quafumus , &c. &
la quatrième , pour la Paix , Deus, à quo fanita defideria
, c.
- Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Châffe demeurera exposée à la dévotion des Fidéles ,
tous les Prêtres qui célébreront la Meſſe dans notre
Eglife , continueront de dire les Oraifons , Secrettes
& Poftcommunions intitulées dans le Miffel , Pro
Infirmis , pour le Roi . Donné à Paris , en notre Ab.
baye Royale de Ste Geneviève , le 17 Août 1744.
Signé , Fr. François Paror , Abbé de Ste Genevieve
, &c.
"Roi s'étant répanduë , l'Abbé de Ste Geneviève ordonna
que la Châffe de la Ste Patronne de Paris ,
feroit découverte par devant, & qu'on chanteroit des
Saluts , pour demander à Dieu le rétabliſſement de
la
SEPTEMBRE. 1744. 2119
-
la fanté de S. M. En conféquence la Châffe fut découverte
au fon de toutes les cloches de l'Abbaye.
Le même jour , fur les 9 heures du foir , M. Dufranc
, Greffier du Parlement , & l'un des Sécretai
res du Roi , fervant en la Cour , fe rendit à Ste Geneviève
, & dit que MM. les Premier Préfident &
Procureur Général , ayant confulté les Registres du
Parlement , y avoient remarqué qu'on avoit ordon
né en pareil cas la découverte de la Châffe , avant
même que le Parlement eût rendu Arrêt , &que devant
être infailliblement rendu le Lundi 17 , les
circonstances actuelles exigeoient provifionellement
cette découverte .
Le Dimanche 16 , cela fut promptement exécuté
pour la grand-Meffe , & le tout annoncé par une
volée des 10 cloches , qui fut repetée le foir à 8
heures.
Le Lundi 17 , M. Yfabeau , auffi Greffier du Parlement
, & Sécretaire du Roi , fervant en cette
Cour , apporta l'Arrêt , portant que ce même jour
M. le Premier Préfident avoit dit à la Cour que la
nouvelle du fâcheux étar ou étoit le Roi , étant arrivée
à Paris , il avoit crû pouvoir ordonner , de concert
avec M. le Procurer Général , que la Chaffe de
Ste Genevieve feroit découverte , afin d'obtenir par
le fecours de la Patronne de la Ville capitale & du
Royaume , la confervation d'un fi grand Monarque
dont la vie eft fi précieuſe à la France ; o ü ile Pro.
cureur Général du Roi, la matiére miſe en délibération
, LA COUR a arrêté & ordonné , que conformément
aux Mandemens qui feront donnés par l'Archevêque
de Paris , il fera fait des Prieres publiques
pour le rétabliſſement de la fanté du Rol , pendant
lefquelles la Châffe de Ste Genevieve demanrera
découverte, ce qui fera mandé aux Abbé & Religieux
de ladite Abbaye, par l'un des Sécretaires du
Roi , fervant en la Cour.
Auffi-tôr
120 MERCURE DE FRANCE.
Auffi tôt l'Abbé de Ste Geneviève donna le Mandement
imprimé , qui va être rapporté.
Ce même jour 17 , fut célebrée , comme le porte
le Mandement , une Meffe folemnelle pour commencer
la Neuvaine .
Mrs les Prevôt des Marchands & Echevins de la
Ville de Paris , toujours attentifs à reclamer leur
Ste Patronne, & à témoigner leur zéle pour la Perfonne
facrée de S. M. avertirent que le lendemain
ils affifteroient à la grande Meffe & qu'ils continue
roient pendant toute la Neuvaine.
Le Mardi 18 , ces Meffieurs furent reçûs à la porte
de l'Eglife par le R. P. Abbé , à la tête de toute fa
Communauté, au fon des cloches & de l'orgue Ils y
font revenus les jours fuivans jufqu'au 26 inclufivement
, & pour témoigner leur joye & leur reconnoiffance
du meilleur état de la fanté du Roi , ils
parurent en Robes rouges de Cérémonie . La Meſſe
d'actions de graces fut célebrée ; on avoit chanté le
Te Deum la veille , auquel avoit pareillement affisté
le Corps de Ville.
Le Mandement du R. P. Abbé de Ste Genevieve
contenoit ce qui fuit.
FRANÇOIS PATOT , Abbé de l'Abbaye
Royale de Ste Geneviève au Mont de Paris , &c.
Nous venons de faire retentir les Temples facrés des
chants de joye & d'allegreffe , & nous avons rendų
de folemnelles actions de graces au Dieu des Armées
, de la protection qu'il a accordée à celles de
notre invincible Monarque , qui lui en a rapporté
toute la gloire ,fans l'attribuer ni à ſon courage, ni
à la valeur de les troupes. Aujourd'hui nos vænx
ont pour objet la fanté de ce Prince , fi chere & fi
précieuse à tous les Sujets ; la moindre altération
qu'elle peut fouffrir , nous allarme & nous engage
à recourir au fouverain Arbitre de nos vies , afin
que
SEPTEMBRE . 1744. 2121
que fléchi par nos prieres , il conferve des jours
d'où dépendent notre bonheur & notre tranquillité .
La Religion & la reconnoiffance exigent de nous
ce tribut. Les fatigues & les travaux que l'amour du
Roi pour fes Sujets l'a porté à effuyer , afin de les
mettre à couvert de la fureur de les ennemis ; les
dangers qu'il a courus , les longs & pénibles voyages
qu'il a entrepris dans cette faifon , tant de preuves
de fa tendreffe , demandent de nous un retour
qui nous rende fenfibles au parfait rétabliſſement
d'une fanté qu'il n'a point craint de facrifier au bien
particulier & commun de fes Peuples . Le Ciel qui
nous a donné ce Prince ficher dans les jours de les
miféricordes , les prolongera pour le bien de la Religion
& de l'Etat , & diffipera les juftes fujets de
nos craintes . Cette Protectrice de la France , qui a
toujours été l'objet de la confiance & de la pieté de
nos Rois , & de celle de leurs Sujets , comme un autre
Ifaïe , nous dira, attendrie fur nos gémiflemens ,
que le Seigneur a écouté les voeux que nous lui
avons adreflés , & que déja celui pour lequel nous
les avons formés en reffent les effets. Renouvellons.
les fans ceffe; nous ne pouvons les interrompre, fans
nous rendre coupables de l'ingratitude la plus condamnable.
A ces caufes , pour nous conformer à l'Arrêt de
ce jour , rendu par la Cour de Parlement , nous ordonnons
que la Châffe de Ste Geneviève , Patronne
de Paris & du Royaume , fera découverte cejourd'hui
, dont la Ville fera avertie par le fon de toutes
les cloches de notre Abbaye ; que le même jour on
célébrera une Meffe folemnelle à neuf heures du
matin ; que pendant le tems que la Châffe demeurera
découverte , on dira au grand Autel des Mefles ,
depuis cinq heures du matin jufqu'à midi ; que quatre
Chanoines Réguliers de cette Eglife iront faire
leurs
2122 MERCURE DE FRANCE.
leurs prieres fucceffivement , felon l'ordre qui leur
fera marqué , devant ladite Châffe , hors le tems des
Meffes qui fe diront au grand Autel , & que tous
lés foirs après Complies fera fait un Salut , qui com .
mencera par une Proceffion dans l'Eglife , à laquelle
on chantera , 1° . les Litanies Aufer à nobis , &c.2°.
l'Antienne de Ste Geneviève , O felix Ancilla , &c.
3°. le Répons , Virtutes ; l'Antienne de la Ste Vierge
, Sub tuum prafidium , & Domine falvum fac Regem
, & l'Antienne Da Pacem ; le y . Dominus opem
ferat illi ; R. Super lectum doloris ejus. Les Orailous ,
la premiere pour le rétablissement de la fanté du
Roi , Omnipotens fempiterne Deus, &c . la deuxième ,
de la Ste Vierge , Concede nos famulos , &c . la troiféme
, de Ste Geneviève , Prafta quafumus , &c. &
la quatrième , pour la Paix , Deus, à quo fanita defideria
, c.
- Nous ordonnons de plus , que pendant que la
Châffe demeurera exposée à la dévotion des Fidéles ,
tous les Prêtres qui célébreront la Meſſe dans notre
Eglife , continueront de dire les Oraifons , Secrettes
& Poftcommunions intitulées dans le Miffel , Pro
Infirmis , pour le Roi . Donné à Paris , en notre Ab.
baye Royale de Ste Geneviève , le 17 Août 1744.
Signé , Fr. François Paror , Abbé de Ste Genevieve
, &c.
Fermer
777
p. 2125-2127
Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
Début :
En conséquence l'Archevêque de Paris donna un Mandement, dont voici la teneur. / CHARLES-GASPARD-GUILLAUME DE VINTIMILLE, &c. Au Clergé Séculier & Régulier, & aux [...]
Mots clefs :
Seigneur, Roi, Monarque, Dieu, Vie, Aux portes de la mort, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement en conséquence, [titre d'après la table]
En conféquence l'Archevêque de Paris donna un
Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES GASPARD- GUILLAUME DE VINTI .
MILLE , & c. Au Clergé Séculier & Régulier , & aux
Fidéles de notre Diocèfe : Salut & Bénédiction.
Dans un tems , mes très- Chers Freres , où nous
attendions de jour en jour , que le Roi , à la tête de
fon armée , attaqueroit fes ennemis , & les forceroit
d'abandonner cette riche Province, de laquelle
ils s'étoient flatés de faire le théatre de leurs triomphes
, quelle fût notre affliction d'apprendre , que
S. M. réduite fur un lit de douleur, par une maladie
violente , étoit dans l'impuiflance d'exécuter la généreuse
réfolution qu'elle avoit prife !.
I ij Mais
2124 MERCURE DE FRANCE.
Mais quel furcroît de déſolation & d'accablement
pour nous , lorfque nous ne pûmes ignorer , que
malgré la vigueur de l'âge & tous les fecours humains
, ce Frince fe trouvoit dans une extrêmité ,
femblable à celle qui fit dire autrefois au Roi Ezechias
: N'étant encore qu'à la moitié de mes jours , je
me vois aux portes de la mort . . Je ne verrai plus le
-Seigneur dans la terre des vivans ; les hommes qui l'kabitent
vont difparoître à mes yeux , & ma vie n'eft plus
que comme la tente d'un Berger , qu'on plie, pour l'emporter
ailleurs.
·
Au bruit du péril auquel le trouvoit exposée une
vie dont dépendent le bonheur & le falut de la
France , la confternation fut générale ; les Grands
comme les Petits , les Riches comme les Pauvres ,
tous firent éclater leur douleur, & donnerent à l'envi
des marques de leur attachement pour la Perfon-
' ne facrée de leur Roi .On accouroit en foule dans nos
Eglifes , & furtout dans ce célebre Temple dédié
fous l'invocation de la Mere de Dieu , où les Miniftres
du Seigneur , profternés jour & nuit au pied
de l'Autel , s'efforçoient de fléchir la colere du Ĉiel,
& de détourner le coup terrible dont nous étions
menacés.
S'il en coûte à notre coeur de rouvrir dans le vôtre
, par le fouvenir de ces triftes objets , une
playe douloureufe , il est bien confolant de pouvoir
vous affûrer , que le fujer de nos allarmes eft entierement
diffipé, & que l'Augufte Monarque , que
nous avons pleuré comme mort , aujourd'hui plein
de vie & de fanté, eft en état d'accomplir les glorieux
projets que lui dicteront fon amour pour fesPeuples,
& fon zèle pour le rétabliſſement de la tranquillité
de l'Europe.
Beni foit , mille & mille fois le Seigneur , qui n'a
pas rejetté notre priere , ni éloigné fa miféricorde do
defus
SEPTEMBRE. 1744. 2125
deffus nous ! C'est lui , c'eft le Tout - Puiffant qui
conduit ce Prince jufqu'aux portes de la mort , & qui
l'en a retiré : la même main qui nous avoit bleffés ,
nous a guéris . Le Dieu de toute confolation a fait
fucceder à la tempête , aux larmes aux soupirs le
calme la joye : touché de tant de voeux , de tant
de prieres , de tant d'oeuvres de mortification & de
pénitence , il nous rend ce Monarque , plus digne
que jamais & de notre reſpect & de notre amour.
Dans ces circonftances , S. M. perfuadée comme
nous , que fa vie renouvellée , eft un bienfait de
celui qui a fur les Souverains comme fur les Sujets ,
un pouvoir abfolu de vie de mort , veut que nous
lui en rendions de très-humbles actions de graces ,
& par une fuite des fentimens qu'elle a fait paroître ,
dans le tems de la tribulation , elle nous ordonne de
demander les fecours dont elle a befoin , pour n'être
déformais occupée que de la gloire du Seigneur & du
bonheur defes Peuples.
לג
Obéiffons à des ordres fi refpectables . Remercions
Dieu de nous avoir épargné le plus redoutable trait
de la colere , que nous n'avions peut- être que trop
mérité. Demandons lui qu'il comble ce Monarque
de fes faveurs céleftes & des dons inestimables de fa
grace ; qu'il lui faffe goûter de plus en plus cette
belle Maxime de S. Auguftin , que la condition
des Souverains n'eft véritablement heureuſe , que
quand ils commandent avec juſtice ; qu'ils ne s'élevent
point avec orgueil , ni des éloges flateurs , ni
» des hommages féduifans de ceux qui les environ-
>>nent ; qu'ils fe fervent de leur autorité pour éten-
» dre le culte Divin ; qu'ils craignent Dieu , l'ai-
» ment & le fervent avec fidelité , qu'ils font plus
» de cas du Royaume qu'ils efperent dans le Ciel ,
» que de celui qu'ils poffedent fur la Terre ; qu'ils
répriment leurs paffions avec d'autant plus de loin .
I iij » qu'il
37
2126 MERCURE DE FRANCE.
» qu'il leur eft plus facile de les fatisfaire , & qu'ils
préferent l'avantage de les foûmettre & de les
dompter , à celui de commander au monde entier.
Enfin conjurons le Seigneur de nous conferver
long-tems le Tréfor qu'il nous a rendu , & de nous
faire jouir avec tranquillité , pendant une longue
fuite d'années , du fruit de nos voeux , en ajoûtant de
nouveaux jours à ceux d'un Roi , qui par un des plus
nobles fentimens que la Religion & l'Héroïfie
Chrétien peuvent infpirer , ne veut vivre que pour
faire honorer Dieu & pour nous rendre heureux-
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Métropolitaine,Nous ordonnons
que le Te Deum avec le Verfet Benedicamus Patrem
Filium , &c. & l'Oraifon Pro reftituta Regis fani.
tate ; l'Antienne , Domine falvum fac Regem , &c. le
Verfet Fiat manus tua , &c . & l'Orailon Pro Ree
& ejus Exercitu , fera chanté Jeudi 10 Septembre ,
dans notredite Eglife; Dimanche 13 du même mois,
dans toutes les Abbayes , Chapitres , Patoiffes &
Communautés Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui fuivra
la réception de notre préfent Mandement , dans
toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe . Nous ordonnons
en outre , que depuis le jour que le Te
Deum aura été chanté dans notredite Eglife Métropolitaine
, jufqu'au premier du mois d'Octobre exclufivement
, on récitera à toutes les Meffes la fufdite
Oraiſon avec la Secrete & la Poftcommunion
qui la fuivent. Nous recommandons aux Curés &
Vicaires de notre Diocèle , d'exhorter les Fidéles
dans leurs Prônes & autres Inftructions , de demander
au Ciel , ainfi que S. M. le défire , l'aſſiſtance
dont elle a befoin , pour faire de la fanté qu'elle a
recouvrée , un ufage agréable à Dieu & utile à fes
Peuples.
Si
SEPTEMBRE. 1744. 2127
Si mandons aux Archiprêtres , &c . Donné à Patis
en notre Palais Archiepifcopal le 6 Septembte
1744. Signé, CHARLES, Archevêque de Paris , & c.
Mandement , dont voici la teneur.
CHARLES GASPARD- GUILLAUME DE VINTI .
MILLE , & c. Au Clergé Séculier & Régulier , & aux
Fidéles de notre Diocèfe : Salut & Bénédiction.
Dans un tems , mes très- Chers Freres , où nous
attendions de jour en jour , que le Roi , à la tête de
fon armée , attaqueroit fes ennemis , & les forceroit
d'abandonner cette riche Province, de laquelle
ils s'étoient flatés de faire le théatre de leurs triomphes
, quelle fût notre affliction d'apprendre , que
S. M. réduite fur un lit de douleur, par une maladie
violente , étoit dans l'impuiflance d'exécuter la généreuse
réfolution qu'elle avoit prife !.
I ij Mais
2124 MERCURE DE FRANCE.
Mais quel furcroît de déſolation & d'accablement
pour nous , lorfque nous ne pûmes ignorer , que
malgré la vigueur de l'âge & tous les fecours humains
, ce Frince fe trouvoit dans une extrêmité ,
femblable à celle qui fit dire autrefois au Roi Ezechias
: N'étant encore qu'à la moitié de mes jours , je
me vois aux portes de la mort . . Je ne verrai plus le
-Seigneur dans la terre des vivans ; les hommes qui l'kabitent
vont difparoître à mes yeux , & ma vie n'eft plus
que comme la tente d'un Berger , qu'on plie, pour l'emporter
ailleurs.
·
Au bruit du péril auquel le trouvoit exposée une
vie dont dépendent le bonheur & le falut de la
France , la confternation fut générale ; les Grands
comme les Petits , les Riches comme les Pauvres ,
tous firent éclater leur douleur, & donnerent à l'envi
des marques de leur attachement pour la Perfon-
' ne facrée de leur Roi .On accouroit en foule dans nos
Eglifes , & furtout dans ce célebre Temple dédié
fous l'invocation de la Mere de Dieu , où les Miniftres
du Seigneur , profternés jour & nuit au pied
de l'Autel , s'efforçoient de fléchir la colere du Ĉiel,
& de détourner le coup terrible dont nous étions
menacés.
S'il en coûte à notre coeur de rouvrir dans le vôtre
, par le fouvenir de ces triftes objets , une
playe douloureufe , il est bien confolant de pouvoir
vous affûrer , que le fujer de nos allarmes eft entierement
diffipé, & que l'Augufte Monarque , que
nous avons pleuré comme mort , aujourd'hui plein
de vie & de fanté, eft en état d'accomplir les glorieux
projets que lui dicteront fon amour pour fesPeuples,
& fon zèle pour le rétabliſſement de la tranquillité
de l'Europe.
Beni foit , mille & mille fois le Seigneur , qui n'a
pas rejetté notre priere , ni éloigné fa miféricorde do
defus
SEPTEMBRE. 1744. 2125
deffus nous ! C'est lui , c'eft le Tout - Puiffant qui
conduit ce Prince jufqu'aux portes de la mort , & qui
l'en a retiré : la même main qui nous avoit bleffés ,
nous a guéris . Le Dieu de toute confolation a fait
fucceder à la tempête , aux larmes aux soupirs le
calme la joye : touché de tant de voeux , de tant
de prieres , de tant d'oeuvres de mortification & de
pénitence , il nous rend ce Monarque , plus digne
que jamais & de notre reſpect & de notre amour.
Dans ces circonftances , S. M. perfuadée comme
nous , que fa vie renouvellée , eft un bienfait de
celui qui a fur les Souverains comme fur les Sujets ,
un pouvoir abfolu de vie de mort , veut que nous
lui en rendions de très-humbles actions de graces ,
& par une fuite des fentimens qu'elle a fait paroître ,
dans le tems de la tribulation , elle nous ordonne de
demander les fecours dont elle a befoin , pour n'être
déformais occupée que de la gloire du Seigneur & du
bonheur defes Peuples.
לג
Obéiffons à des ordres fi refpectables . Remercions
Dieu de nous avoir épargné le plus redoutable trait
de la colere , que nous n'avions peut- être que trop
mérité. Demandons lui qu'il comble ce Monarque
de fes faveurs céleftes & des dons inestimables de fa
grace ; qu'il lui faffe goûter de plus en plus cette
belle Maxime de S. Auguftin , que la condition
des Souverains n'eft véritablement heureuſe , que
quand ils commandent avec juſtice ; qu'ils ne s'élevent
point avec orgueil , ni des éloges flateurs , ni
» des hommages féduifans de ceux qui les environ-
>>nent ; qu'ils fe fervent de leur autorité pour éten-
» dre le culte Divin ; qu'ils craignent Dieu , l'ai-
» ment & le fervent avec fidelité , qu'ils font plus
» de cas du Royaume qu'ils efperent dans le Ciel ,
» que de celui qu'ils poffedent fur la Terre ; qu'ils
répriment leurs paffions avec d'autant plus de loin .
I iij » qu'il
37
2126 MERCURE DE FRANCE.
» qu'il leur eft plus facile de les fatisfaire , & qu'ils
préferent l'avantage de les foûmettre & de les
dompter , à celui de commander au monde entier.
Enfin conjurons le Seigneur de nous conferver
long-tems le Tréfor qu'il nous a rendu , & de nous
faire jouir avec tranquillité , pendant une longue
fuite d'années , du fruit de nos voeux , en ajoûtant de
nouveaux jours à ceux d'un Roi , qui par un des plus
nobles fentimens que la Religion & l'Héroïfie
Chrétien peuvent infpirer , ne veut vivre que pour
faire honorer Dieu & pour nous rendre heureux-
A ces caufes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapitre
de notre Eglife Métropolitaine,Nous ordonnons
que le Te Deum avec le Verfet Benedicamus Patrem
Filium , &c. & l'Oraifon Pro reftituta Regis fani.
tate ; l'Antienne , Domine falvum fac Regem , &c. le
Verfet Fiat manus tua , &c . & l'Orailon Pro Ree
& ejus Exercitu , fera chanté Jeudi 10 Septembre ,
dans notredite Eglife; Dimanche 13 du même mois,
dans toutes les Abbayes , Chapitres , Patoiffes &
Communautés Séculieres & Régulieres de la Ville
& des Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui fuivra
la réception de notre préfent Mandement , dans
toutes les autres Eglifes de notre Diocèfe . Nous ordonnons
en outre , que depuis le jour que le Te
Deum aura été chanté dans notredite Eglife Métropolitaine
, jufqu'au premier du mois d'Octobre exclufivement
, on récitera à toutes les Meffes la fufdite
Oraiſon avec la Secrete & la Poftcommunion
qui la fuivent. Nous recommandons aux Curés &
Vicaires de notre Diocèle , d'exhorter les Fidéles
dans leurs Prônes & autres Inftructions , de demander
au Ciel , ainfi que S. M. le défire , l'aſſiſtance
dont elle a befoin , pour faire de la fanté qu'elle a
recouvrée , un ufage agréable à Dieu & utile à fes
Peuples.
Si
SEPTEMBRE. 1744. 2127
Si mandons aux Archiprêtres , &c . Donné à Patis
en notre Palais Archiepifcopal le 6 Septembte
1744. Signé, CHARLES, Archevêque de Paris , & c.
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778
p. 2130
EPIGRAMME sur la convalescence du Roi, envoyée à M. le Premier Président.
Début :
LA mort, aveugle en ses fureurs, [...]
Mots clefs :
Roi, Mort, René-Charles de Maupeou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME sur la convalescence du Roi, envoyée à M. le Premier Président.
EPIGRAMME fur la convalescence dis
Roi , envoyée à M. le Premier Président.
LA mort , aveugle en fes fureurs ,
Sans refpecter le Diadême ,
Alloit fraper l'objet de notre amour extrême.
Son bras s'arrête , en entendant nos pleurs ;
Elle vit bien à nos frayeurs ,
Que malgré la mort même ,
LOUIS vivroit dans tous les coeurs,
ENVO I
En lifant le Bultin qu'apporte le courier ,
Mon coeur peint dans ces Vers toute fon allegreſſe.
DeMaupeon , pour fon Roi je connois la tendreffe ;
C'est à Maupeon de les voir le premier.
Roi , envoyée à M. le Premier Président.
LA mort , aveugle en fes fureurs ,
Sans refpecter le Diadême ,
Alloit fraper l'objet de notre amour extrême.
Son bras s'arrête , en entendant nos pleurs ;
Elle vit bien à nos frayeurs ,
Que malgré la mort même ,
LOUIS vivroit dans tous les coeurs,
ENVO I
En lifant le Bultin qu'apporte le courier ,
Mon coeur peint dans ces Vers toute fon allegreſſe.
DeMaupeon , pour fon Roi je connois la tendreffe ;
C'est à Maupeon de les voir le premier.
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779
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
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780
p. 2136-2139
LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
Début :
SI tous les Sujets de S. M. ont donné des marques de la plus vive douleur, en apprenant sa maladie, [...]
Mots clefs :
Roi, Fête, Château, Officiers, Bourgeois, Habitants, Table, Santé, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
LETTRE écrite de CHOISI - LE -ROL,
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
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781
p. 2147-2151
ODE, Sur la Maladie du Roi.
Début :
QUEL tumulte affreux me réveille ? [...]
Mots clefs :
Heures, Roi, Nuit, Mort, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Maladie du Roi.
ODE ,
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
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782
p. 2152-2189
MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
Début :
Charles le Hardi, Comte d'Artois, & dernier Duc de Bourgogne, fut tué à [...]
Mots clefs :
Arras, Roi, Louis XI, Ville, Marie de Bourgogne, Province d'Artois, Cité, Bourgeois, Philippe de Crèvecoeur, Guerre, Rats, Mariage, Français, Arrageois, 1477, Duc de Bourgogne, Gouverneur, Habitants, Magistrat, Seigneur de Lude, Siège, Flandre, Historiens, Échevins, Archiduc, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
ME' MOIRE pour fervir à l'Histoire de
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
Fermer
782
783
p. 2220-2222
SUR le rétablissement de la santé du ROI.
Début :
OU suis-je ? Quels accords ! Quel éclatant hommage ! [...]
Mots clefs :
Roi, Trône, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR le rétablissement de la santé du ROI.
SUR le rétabliſſement de la ſanté du Roi ,
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
Ufuis-je ?Quels accords ! Quel éclatanthom
mage !
De ton amour , Seigneur , o , cent fois l'heureun
gage!
La France , jour & nuit t'imploroit pour ſon Roi ;
Ses ſoupirs , ſes ſanglots , font montés juſqu'à Toi.
Ta clémence a calmé ſa profonde triſteſſe ;
Sespleurs ſont convertis en des chants d'allegreſſe:
Tu nous rends notre Roi. Que la Terre & les Cieux
Exhalent pour ta gloire un Parfum précieux :
Eh ! pourrons nous jamais ,benifiant ta Puiſſance
Egaler au bienfait notre reconnoiſſance ?
Qu'est-ce , hélas ! que le Monde ? Un phantom
trompeur.
La Fortune ? La Vie ? Un fonge , une vapeur ,
Source de vanité , d'erreur & de preſtiges ,
Dont tu ne nous guéris,que quand tu nous affliges
Mais , lorſque ſur les Rois ton bras s'appéſantit ,
Le coup eſt plus bruyant , & tout en rétentit ;
Leur front humilié courbe toutes les têtes ;
Nos cris , nos voeux preſſans , détournent ces tem
pêtes :
La crainte allume en nous une efficace ardeur ;
Le remords prit naiſſance au ſein de la douleur.
Tune rejettes pointune eſpérance ferme ;
OCTOBRE. 1744. 2221
Tamain ouvre la Tombe , & ta main la referme.
Quand d'un ſaint répentir notre coeur eſt brifé ,
Lecourroux,qui t'enflame, eſt bientôt appaiſé.
De mon ame , Grand Dieu , je ne ſuis plus le
maître.
Quel tranſport la ravit ? Que lui fais-tu connoître ?
Comme ces Chérubins , de leurs aîles voilés ,
Elle écoute en tremblant tes Décrets révelés.
Des plus brillans Deſtins naiſſez , Divine Aurore.
France , que de Vertus vont t'illuſtrer encore !
Compagnesde Louis , fi cheres à ſon coeur ,
Elles vont de ſon Trône augmenter la fplendeur :
A leur fublime effor que ce Trône eſt propice !
Elles y trouveront la Bonté , la Juſtice ,
L'inébranlable Foi , la conſtante Amitié ,
La Valeur généreuſe ,& la tendre Pitié,
Qui , pleines d'un beau feu , d'un zéle légitime ,
Couronnent à l'envi ce Héros magnanime ;
Ce Roi , qui pour ſon Peuple affrontant les hazards,
Moiſſonna ſon amour aux pieds de cent Remparts.
Seigneur , ne permets plus que nos Cieux s'obf
curciffent.
Quel effroi nous ſaiſit quand nos Aſtres pâliſſent !
Dure, dure à jamais ce Jour clair & ferein ,
Que fait luire ſur nous ton Pouvoir ſouverain !
Qu'Iſrael ſoittoujours ton plus cherHéritage !
Diij Contre
2222 MERCURE DE FRANCE.
Contre ſes Ennemis fignale ſon courage !
Des cruels Philiſtins rends- le victorieux ,
Et que toujours ſon Roi trouve grace àtes yeux !
M. Tanevot .
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784
p. 2243-2253
Recueil d'Arrêts, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL d'Arrêts de Reglement, & autres Arrêtes notables, donnés au Parlement [...]
Mots clefs :
Normandie, Parlement, Province, Avocats, Arrêts, Règlement, Droit, Roi, Privilèges, Ordonnances, Vénalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil d'Arrêts, Extrait, [titre d'après la table]
RECUEIL d'Arrêts de Reglement , &
autres Arrêts notables, donnés au Parlement
deNormandie ſur toutes fortes de Matieres
Civiles , Bénéficiales & Criminelles , d'autres
Arrêts rendus au Parlement de Paris
au Grand Conſeil , & autres Cours , fur differentes
Queſtions Mixtes,& de Lettres Patantes
, Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts du Conſeil, concernant particulierement
la Normandie. Par M. Louis Froland
, ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats
du Parlement de Paris. Tome I. Α
Rouen , chés la veuve Jore , 1740. Volume
in-4°. de 900 pages.
E ij Quoique
2244 MERCURE DE FRANCE.
Quoique le Frontiſpice de cet Ouvrage
porte qu'il a été imprimé en 1740 , il n'a
néanmoins commencé à paroître publiquement
à Roiien que vers la fin de l'année
1742 , & à Paris l'année ſuivante.
M. Froland, fon Auteur , eſt connu depuis
long-tems , ayant fait la Profeſſion d'Avocat
, d'abord au Parlement de Normandie ,
ſon Pays natal , où il a été reçû au Serment
d'Avocat il y a plus de 66 ans , & enfuite
au Parlement de Paris , depuis 1688 , où il
fut élu Bâtonnier de l'Ordre des Avocats le
9 Mai 1734.
Le Public lui eſt déja redevable de ſept
autres Volumes in-4°. qui ſont des Mémoires
ſur le Velleïen , ſur la prohibition d'évovoquer
les Decrets de Normandie , ſur les
prétendues Coûtumes Locales du Comté
d'Eu , ſur les Statuts , 2 Vol. & fur le Droit
de Tiers & Danger.
Depuis quelquesannées que l'Auteur s'eſt
retiré dans ſa Patrie , il n'a travaillé que
pour le bien de ſes Concitoyens & de ſes
Confreres ; c'eſt dans cette vûë qu'il a donné
ſa Bibliothéque au College des Avocats
du Parlement de Roiien , & qu'il a fait le
Recueil d'Arrêts , dont le premier Volume
paroît , lequel doit être ſuivi de deux autres
Volumes.
Celui-ci eſt dédié au Parlement de Normandie,
OCTOBRE. 1744. 2245
mandie. L'Auteur , dans ſon Epitre Dédicatoire
, obſerve qu'il eſt déja âgé de 84
ans , & le plus ancien des Avocats du Parlement
de Normandie
M. Froland avertit au commencement de
l'Ouvrage , qu'il fera les deux fonctions de
Jurifconfulte & d'Hiſtorien , c'est-à -dire ,
qu'en donnant une idée du Gouvernement
général de la Neuſtrie , il expliquera les
faits qui ont rapport à la Juriſprudence.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties.
La premiere contient l'Hiſtoire du Droit
Municipal de la Province ; la ſeconde contient
divers Reglemens concernant les Officiers
de la Province ; la troiſfiéme contient
les Privileges , ſoit de la Province en général
, foit des Corps & Compagnies, Officiers
d'icelles , ou de quelques particuliers.
Chap. I. Il rapporte l'état de la Neuſtrie
du tems des Gaulois , des Romains & des
Francs ; de quelle maniere le Droit Romain
y fut introduit; l'invaſion des Normands ou
Peuples fortis du Nord,qui vinrent ravager
la Neuſtrie,dont ils demeurerent poffeffeurs
par le mariage de Giſelle , fille de Charles le
Chauve,avec Rollo, leur Chef, qui fut premier
Duc de Normandie , où il avoit tout
droit de Souveraineté,à la réſerve de l'hommage
, que lui & ſes ſucceſſeurs en firent au
Roi,
4
: E iij Rollo
2246 MERCURE DEFRANCE.
1
Roilo diviſa à ſes Officiers & à ſes Soldats
toutes les Terres qu'on lui avoit laiſſées , &
M. Froland dit que quelques-uns ont attribué
à cette fubdiviſion des Terres , l'origine
des Fiefs en Normandie.
Dans l'Hiſtoire abregée qu'il donne des
Ducs de Normandie , on trouve pluſieurs
faits finguliers , par exemple , que Hugues
Comte de Châlons , vint nuds pieds , avec
une ſelle de cheval ſur le dos,faire excuſe à
Richard II. Duc de Normandie , dont il
étoit Vaſſal ; que le Comte de Belleſme en
fit autant à Robert II . Duc de Normandie ;
cette cérémonie humiliante étoit alors ufitéede
la part du Vaſſal qui avoit offenſé ſon
Seigneur.
Guillaume II. dit le Bâtard & le Conquérant
, VII . Duc de Normandie , fut déſigné
Roi d'Angleterre par Edoüard , qui n'avoit
point d'enfans , & après la mort de ce Prince
il fut Roi d'Angleterre , laquelle devint
par-là toute Normande , Guillaume ayant
donné toutes les Seigneuries & les Charges
àdes Nor nands,& établi de nouvelles Loix,
qui furent écrites en Langage Normand.
Ces Loix , dit M. Froland , furent portées
par nos Héros dans le Royaume de Naples
, la Poille , la Calabre , la Sicile & autres
Lieux ; & un Preſidentà Mortier , qui
avoit voyagé , certifioit qu'autrefois à Naples
OCTOBRE.
1744. 2247
ples les Avocats plaidoient en LangageNormand.
La même choſe avoit été ordonnée
en Angleterre par Guillaume le Conquérant
, & cet uſage continua juſqu'à Edoüard
III. ſous lequel en 1361 le Parlement , qui
ſe tint à Weſtmunſter , 159 années après la
réinion de la Normandie à la Couronne de
France, qui fut faite en 1204, ordonna que
l'on n'uſeroit plus que de la Langue Angloiſe
dans les Tribunaux & dans les Actes
de Juſtice.
Philippe Auguſte , après avoir chaffé de
Normandie le Duc Jean ſans terre , à cauſe
du meurtre de ſon neveu Artur , Duc de
Bretagne , y établit entre autres Loix, celle
du Talion.
Ch. 2. L'Auteur traite de l'Etabliſſement
de l'Echiquier Souverain de Normandie ,
d'abord ambulatoire , puis rendu ſédentaire
en 1499 , & décoré du titre de Parlement
en 1515 ; quelques Princes & Seigneurs
avoient auſſi leurs Echiquiers particuliers.
Le même Ch. traite auſſi de l'Etabliſſement
de la Cour des Aydes & de la Chambre
des Comptes , de l'union de ces deux
Cours , & de l'établiſſement des differentes
Jurisdictions qui s'exercent dans la Ville de
Roüen &dans les Fauxbourgs ; on y trouve
pluſieurs faits curieux , par exemple , que
Louis XI. ayant donné le Duché de Nor-
E iiij
mandie
2248 MERCURE DE FRANCE.
mandie au Duc de Berry , ſon frere , celui- si
mit à ſon doigt un Anneau , pour marquer
qu'il épouſoit la Province , ( c'étoit une des
manieres de prendre poſſeſſion , per annulum)
& lorſqu'il remit cette Province auRoi
pour le Duché de Guyenne, il renvoya l'Anneau
pour le rompre publiquement , ce qui
fut fait en préſence du Connétable , auquel
on remit les deux piéces de l'Anneau .
En parlant de la Chambre des Requêtes
du Palais de Roüen , créée en 1543 , M.
Froland dit que la création qui fut faite dans
cette année , de pluſieurs Offices de Préſidens
& de Confeillers , eſt le premier veſti-
- ge de la vénalité des Charges , ceux qui y
furent nommés ayant financé chacun deux
mille écus dans les coffres du Roi , ce qui
fut coloré du titre de Prêt pour les beſoins
de l'Etat ; on ne laiſſa pas de leur faire jurer
qu'ils n'avoient rien donné pour leur
Office.
La vénalité des Charges paroît cependant
plus ancienne , car avant S. Louis les Prévôtés
, Vicomtés , Châtellenies & Vigueries
étoient données à ferme , ce que S. Louis
défendit pour la Prévôté de Paris, mais qu'il
autoriſa pour les autres Juſtices ; on tenta la
vénalité des Charges ſous le Roi Jean &
ſous Louis XI , & Louis XII vendit publiquement
les Offices , mais les Particuliers
ne
OCTOBRE. 1744. 2249
ne pouvoient encore les vendre ; ce fur
François I. qui le permit , en lui payant le
quart de l'évaluation de l'Office.
a Pour ce qui eſt du Serment que les Officiers
faifoient de n'avoir rien donné , il
fut aboli en 1597 .
>
A l'ouverture du Parlement de Roiien en
1544 , il fut ordonné , ſur le réquifitoire
du Procureur Général , que les Préſidens
Conſeillers , Gens du Roi , Greffiers , leurs
Commis , Avocats & Procureurs , ſeroient
tenus à l'avenir de ſe faire raſer la barbe .
Le Chapitre 3. traite de l'ancien Coutumier
de Normandie, dont l'Auteur eſt inconnu
; la compilation eſt en Latin & en
François , & on ne ſçait lequel des deux eſt
le Texte ; il fut mis en Vers François par
Dourbaut , & après avoir ſouffert diverſes
altérations , il fut réformé en vertu de Lettres
Patentes de 1577 , & la nouvelle Coûtume
commença d'être obfervée en 1583 .
Les deux Chapitres ſuivans traitent des
uſages Locaux de la Province , & des prétendus
uſages Locaux du Comté d'Eu .
La Clameur de Haro fait la inatiere du
Chapitre 6 ; on ſçait que cette Clameur eſt
une invocation reſpectable du nom de
Raoul ou Rollo , premier Duc de Normandie
, dont la mémoire eſt en ſi grande vénération
par l'amour qu'il avoit pour la juf-
:
Ev tice ,
2250 MERCURE DE FRANCE .
tice , qu'il eſt encore aujourd'hui invoqué
par ceux qui cherchent à ſe garantir de
quelque injure qu'on veut leur faire. Cette
Clameur étoit en uſage dès le tems des Ducs
de Normandie. Paul Emile rapporte qu'après
la mort de Guillaume le Conquérant ,
elle fut miſe en pratique pour empêcher ſa
ſépulture en l'Egliſe de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir à Caën , & qui avoit été
conſtruite en partie ſur un fond appartenant
au nomme Aſſelin , qui arrêta la pompe
funebre , en interjettant la Clameur de
Haro.
Le Chapitre 7 concerne une Charte fans
date , appellée la Charte au Roi Philippe ,
qui fut inſerée à la fin de la nouvelle Coûtume
, & que quelques-uns croyent être de
Philippe Auguſte , les autres de Philippe le
Hardi.
Le huitiéme traite de laCharte Normande
, c'eſt ainſi qu'on appelle une Charte de
Louis Hutin , du 13 Juillet 1315 , qui
confirme les Priviléges de la Province , &
ordonne , entre autres chofes , que ſes Habitans
ne pourront être traduits dans des
Jurisdictions étrangeres.
Dans les Chapitres ſuivans il donne une
Notion des Articles placités, ou Reglement
de 1666 , du Reglement de 1673 , fur les
Tutelles , des Ordonnances , Edits & Déclarations
OCTOBRE .
1744. 2251
clarations qui forment des Loix générales
pour tout le Royaume , & qui font par
conféquent partie du Droit de la Province
de Normandie , des Ordonnances , Edits ,
Déclarations , Lettres Patentes & autres
Loix particulieres à cette Province; de quelques
Ordonnances , Articles de Coûtume
&du Reglement de 1666 , qui font abrogés
en tout ou partie ; enfin une Notice trèscurieuſe
des Auteurs Anglois qui ont fait
mention de l'ancien Droit de Normandie ;
des Commentateurs de la Coûtume de Normandie
, ancienne & nouvelle , de leurs
Ouvrages , & des autres Auteurs qui ont
écrit fur des matieres concernant le Droit
&les Uſages de cette Province.
Les Reglemens , qui font l'objet de la ſeconde
Partie de cet Ouvrage , concernent
les prérogatives & la compétence du Parlement
, des autres Tribunaux & Officiers de
laProvince.
Le Chapitre 40 , qui eſt dans cette ſecon
de Partie ,contient beaucoup de choſes curieuſes
, par rapport à l'Ordre des Avocats ,
entre autres , qu'ils portoient anciennement
la Robe rouge , enforte que le 4 Novembre
1514 , le Parlement leur fit ſignifier de ſe
trouver à l'Entrée de la Reine ( Anne de
Bretagne ) honnêtement montés & vêtus de Robes
d'écarlate & Chaperons fourés , pour ac-
E vj compa
2252 MERCURE DE FRANCE.
compagner les Préſidens & Conseillers ; ce
n'eſt que depuis la vénalité des Charges que
les Avocats ont ceſſé par modeſtie de porter
la Robe rouge , ſans qu'il y ait jamais eu
aucun Reglement qui leur en ait défendu
l'uſage .
La troifiéme Partie contient un Recueil
des Priviléges particuliers à laProvince de
Normandie , autres que la Clameur de Haro
& la Chartre Normande, tels que celuidu
Comté d'Eu , qui reſſortit au Parlement de
Paris ; la Prohibition d'évoquer les Decrets
de Normandie ; le Reglement de 1673 ,
pour leDroitdeTiers & Danger ſur les Bois;
le Privilége réſultant du Senatus confulce
Velleien , en faveur des femmes ; les Priviléges
particuliers de la Ville de Roiien & de
quelques autres Villes de la Province , ceux
du Parlement & de ſes differentes Chambres;
les Priviléges propres à certaines perſonnes
ſeulement , tel que celui que Louis
XIV accorda en 1667 aux Gentilshommes
& aux Bourgeois des Villes franches de la
Province , qui auroient dix ou douze enfans;
celui qu'on prétend avoir été accordé
aux filles , deſcenduës des freres de la Pucelle
d'Orleans , de pouvoir communiquer
la Nobleſſe à leurs maris , & dont pluſieurs
familles de la Province de Normandie ont
profité ; enfin des Priviléges revendiqués
par
OCTOBRE. 1744. 2253
par quelques Abbayes , Chapitres, Prieurés,
&&& autres Egliſes de la Province , & par quelques
Seigneurs, notamment celuide la Principauté
d'Yvetot , connuë ci-devant ſous le
titre de Royaume. Il n'y a point de Chapitre
qui n'eût fourni pluſieurs traits curieux
à rapporter , ſi cela n'eût paffé les bornes
d'un Extrait.
Les Arrêts de Reglement , & autres Arrêts
, tant du Parlement de Normandie , que
des autres Parlemens, annoncés par le Titre,
ſont répandus dans tout le corps de l'Ouvrage,
& principalement dans la feconde & la
troiſieme Partie , où ils ſont appliqués aux
differentes matieres auſquelles ils ont rapport.
autres Arrêts notables, donnés au Parlement
deNormandie ſur toutes fortes de Matieres
Civiles , Bénéficiales & Criminelles , d'autres
Arrêts rendus au Parlement de Paris
au Grand Conſeil , & autres Cours , fur differentes
Queſtions Mixtes,& de Lettres Patantes
, Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts du Conſeil, concernant particulierement
la Normandie. Par M. Louis Froland
, ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats
du Parlement de Paris. Tome I. Α
Rouen , chés la veuve Jore , 1740. Volume
in-4°. de 900 pages.
E ij Quoique
2244 MERCURE DE FRANCE.
Quoique le Frontiſpice de cet Ouvrage
porte qu'il a été imprimé en 1740 , il n'a
néanmoins commencé à paroître publiquement
à Roiien que vers la fin de l'année
1742 , & à Paris l'année ſuivante.
M. Froland, fon Auteur , eſt connu depuis
long-tems , ayant fait la Profeſſion d'Avocat
, d'abord au Parlement de Normandie ,
ſon Pays natal , où il a été reçû au Serment
d'Avocat il y a plus de 66 ans , & enfuite
au Parlement de Paris , depuis 1688 , où il
fut élu Bâtonnier de l'Ordre des Avocats le
9 Mai 1734.
Le Public lui eſt déja redevable de ſept
autres Volumes in-4°. qui ſont des Mémoires
ſur le Velleïen , ſur la prohibition d'évovoquer
les Decrets de Normandie , ſur les
prétendues Coûtumes Locales du Comté
d'Eu , ſur les Statuts , 2 Vol. & fur le Droit
de Tiers & Danger.
Depuis quelquesannées que l'Auteur s'eſt
retiré dans ſa Patrie , il n'a travaillé que
pour le bien de ſes Concitoyens & de ſes
Confreres ; c'eſt dans cette vûë qu'il a donné
ſa Bibliothéque au College des Avocats
du Parlement de Roiien , & qu'il a fait le
Recueil d'Arrêts , dont le premier Volume
paroît , lequel doit être ſuivi de deux autres
Volumes.
Celui-ci eſt dédié au Parlement de Normandie,
OCTOBRE. 1744. 2245
mandie. L'Auteur , dans ſon Epitre Dédicatoire
, obſerve qu'il eſt déja âgé de 84
ans , & le plus ancien des Avocats du Parlement
de Normandie
M. Froland avertit au commencement de
l'Ouvrage , qu'il fera les deux fonctions de
Jurifconfulte & d'Hiſtorien , c'est-à -dire ,
qu'en donnant une idée du Gouvernement
général de la Neuſtrie , il expliquera les
faits qui ont rapport à la Juriſprudence.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties.
La premiere contient l'Hiſtoire du Droit
Municipal de la Province ; la ſeconde contient
divers Reglemens concernant les Officiers
de la Province ; la troiſfiéme contient
les Privileges , ſoit de la Province en général
, foit des Corps & Compagnies, Officiers
d'icelles , ou de quelques particuliers.
Chap. I. Il rapporte l'état de la Neuſtrie
du tems des Gaulois , des Romains & des
Francs ; de quelle maniere le Droit Romain
y fut introduit; l'invaſion des Normands ou
Peuples fortis du Nord,qui vinrent ravager
la Neuſtrie,dont ils demeurerent poffeffeurs
par le mariage de Giſelle , fille de Charles le
Chauve,avec Rollo, leur Chef, qui fut premier
Duc de Normandie , où il avoit tout
droit de Souveraineté,à la réſerve de l'hommage
, que lui & ſes ſucceſſeurs en firent au
Roi,
4
: E iij Rollo
2246 MERCURE DEFRANCE.
1
Roilo diviſa à ſes Officiers & à ſes Soldats
toutes les Terres qu'on lui avoit laiſſées , &
M. Froland dit que quelques-uns ont attribué
à cette fubdiviſion des Terres , l'origine
des Fiefs en Normandie.
Dans l'Hiſtoire abregée qu'il donne des
Ducs de Normandie , on trouve pluſieurs
faits finguliers , par exemple , que Hugues
Comte de Châlons , vint nuds pieds , avec
une ſelle de cheval ſur le dos,faire excuſe à
Richard II. Duc de Normandie , dont il
étoit Vaſſal ; que le Comte de Belleſme en
fit autant à Robert II . Duc de Normandie ;
cette cérémonie humiliante étoit alors ufitéede
la part du Vaſſal qui avoit offenſé ſon
Seigneur.
Guillaume II. dit le Bâtard & le Conquérant
, VII . Duc de Normandie , fut déſigné
Roi d'Angleterre par Edoüard , qui n'avoit
point d'enfans , & après la mort de ce Prince
il fut Roi d'Angleterre , laquelle devint
par-là toute Normande , Guillaume ayant
donné toutes les Seigneuries & les Charges
àdes Nor nands,& établi de nouvelles Loix,
qui furent écrites en Langage Normand.
Ces Loix , dit M. Froland , furent portées
par nos Héros dans le Royaume de Naples
, la Poille , la Calabre , la Sicile & autres
Lieux ; & un Preſidentà Mortier , qui
avoit voyagé , certifioit qu'autrefois à Naples
OCTOBRE.
1744. 2247
ples les Avocats plaidoient en LangageNormand.
La même choſe avoit été ordonnée
en Angleterre par Guillaume le Conquérant
, & cet uſage continua juſqu'à Edoüard
III. ſous lequel en 1361 le Parlement , qui
ſe tint à Weſtmunſter , 159 années après la
réinion de la Normandie à la Couronne de
France, qui fut faite en 1204, ordonna que
l'on n'uſeroit plus que de la Langue Angloiſe
dans les Tribunaux & dans les Actes
de Juſtice.
Philippe Auguſte , après avoir chaffé de
Normandie le Duc Jean ſans terre , à cauſe
du meurtre de ſon neveu Artur , Duc de
Bretagne , y établit entre autres Loix, celle
du Talion.
Ch. 2. L'Auteur traite de l'Etabliſſement
de l'Echiquier Souverain de Normandie ,
d'abord ambulatoire , puis rendu ſédentaire
en 1499 , & décoré du titre de Parlement
en 1515 ; quelques Princes & Seigneurs
avoient auſſi leurs Echiquiers particuliers.
Le même Ch. traite auſſi de l'Etabliſſement
de la Cour des Aydes & de la Chambre
des Comptes , de l'union de ces deux
Cours , & de l'établiſſement des differentes
Jurisdictions qui s'exercent dans la Ville de
Roüen &dans les Fauxbourgs ; on y trouve
pluſieurs faits curieux , par exemple , que
Louis XI. ayant donné le Duché de Nor-
E iiij
mandie
2248 MERCURE DE FRANCE.
mandie au Duc de Berry , ſon frere , celui- si
mit à ſon doigt un Anneau , pour marquer
qu'il épouſoit la Province , ( c'étoit une des
manieres de prendre poſſeſſion , per annulum)
& lorſqu'il remit cette Province auRoi
pour le Duché de Guyenne, il renvoya l'Anneau
pour le rompre publiquement , ce qui
fut fait en préſence du Connétable , auquel
on remit les deux piéces de l'Anneau .
En parlant de la Chambre des Requêtes
du Palais de Roüen , créée en 1543 , M.
Froland dit que la création qui fut faite dans
cette année , de pluſieurs Offices de Préſidens
& de Confeillers , eſt le premier veſti-
- ge de la vénalité des Charges , ceux qui y
furent nommés ayant financé chacun deux
mille écus dans les coffres du Roi , ce qui
fut coloré du titre de Prêt pour les beſoins
de l'Etat ; on ne laiſſa pas de leur faire jurer
qu'ils n'avoient rien donné pour leur
Office.
La vénalité des Charges paroît cependant
plus ancienne , car avant S. Louis les Prévôtés
, Vicomtés , Châtellenies & Vigueries
étoient données à ferme , ce que S. Louis
défendit pour la Prévôté de Paris, mais qu'il
autoriſa pour les autres Juſtices ; on tenta la
vénalité des Charges ſous le Roi Jean &
ſous Louis XI , & Louis XII vendit publiquement
les Offices , mais les Particuliers
ne
OCTOBRE. 1744. 2249
ne pouvoient encore les vendre ; ce fur
François I. qui le permit , en lui payant le
quart de l'évaluation de l'Office.
a Pour ce qui eſt du Serment que les Officiers
faifoient de n'avoir rien donné , il
fut aboli en 1597 .
>
A l'ouverture du Parlement de Roiien en
1544 , il fut ordonné , ſur le réquifitoire
du Procureur Général , que les Préſidens
Conſeillers , Gens du Roi , Greffiers , leurs
Commis , Avocats & Procureurs , ſeroient
tenus à l'avenir de ſe faire raſer la barbe .
Le Chapitre 3. traite de l'ancien Coutumier
de Normandie, dont l'Auteur eſt inconnu
; la compilation eſt en Latin & en
François , & on ne ſçait lequel des deux eſt
le Texte ; il fut mis en Vers François par
Dourbaut , & après avoir ſouffert diverſes
altérations , il fut réformé en vertu de Lettres
Patentes de 1577 , & la nouvelle Coûtume
commença d'être obfervée en 1583 .
Les deux Chapitres ſuivans traitent des
uſages Locaux de la Province , & des prétendus
uſages Locaux du Comté d'Eu .
La Clameur de Haro fait la inatiere du
Chapitre 6 ; on ſçait que cette Clameur eſt
une invocation reſpectable du nom de
Raoul ou Rollo , premier Duc de Normandie
, dont la mémoire eſt en ſi grande vénération
par l'amour qu'il avoit pour la juf-
:
Ev tice ,
2250 MERCURE DE FRANCE .
tice , qu'il eſt encore aujourd'hui invoqué
par ceux qui cherchent à ſe garantir de
quelque injure qu'on veut leur faire. Cette
Clameur étoit en uſage dès le tems des Ducs
de Normandie. Paul Emile rapporte qu'après
la mort de Guillaume le Conquérant ,
elle fut miſe en pratique pour empêcher ſa
ſépulture en l'Egliſe de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir à Caën , & qui avoit été
conſtruite en partie ſur un fond appartenant
au nomme Aſſelin , qui arrêta la pompe
funebre , en interjettant la Clameur de
Haro.
Le Chapitre 7 concerne une Charte fans
date , appellée la Charte au Roi Philippe ,
qui fut inſerée à la fin de la nouvelle Coûtume
, & que quelques-uns croyent être de
Philippe Auguſte , les autres de Philippe le
Hardi.
Le huitiéme traite de laCharte Normande
, c'eſt ainſi qu'on appelle une Charte de
Louis Hutin , du 13 Juillet 1315 , qui
confirme les Priviléges de la Province , &
ordonne , entre autres chofes , que ſes Habitans
ne pourront être traduits dans des
Jurisdictions étrangeres.
Dans les Chapitres ſuivans il donne une
Notion des Articles placités, ou Reglement
de 1666 , du Reglement de 1673 , fur les
Tutelles , des Ordonnances , Edits & Déclarations
OCTOBRE .
1744. 2251
clarations qui forment des Loix générales
pour tout le Royaume , & qui font par
conféquent partie du Droit de la Province
de Normandie , des Ordonnances , Edits ,
Déclarations , Lettres Patentes & autres
Loix particulieres à cette Province; de quelques
Ordonnances , Articles de Coûtume
&du Reglement de 1666 , qui font abrogés
en tout ou partie ; enfin une Notice trèscurieuſe
des Auteurs Anglois qui ont fait
mention de l'ancien Droit de Normandie ;
des Commentateurs de la Coûtume de Normandie
, ancienne & nouvelle , de leurs
Ouvrages , & des autres Auteurs qui ont
écrit fur des matieres concernant le Droit
&les Uſages de cette Province.
Les Reglemens , qui font l'objet de la ſeconde
Partie de cet Ouvrage , concernent
les prérogatives & la compétence du Parlement
, des autres Tribunaux & Officiers de
laProvince.
Le Chapitre 40 , qui eſt dans cette ſecon
de Partie ,contient beaucoup de choſes curieuſes
, par rapport à l'Ordre des Avocats ,
entre autres , qu'ils portoient anciennement
la Robe rouge , enforte que le 4 Novembre
1514 , le Parlement leur fit ſignifier de ſe
trouver à l'Entrée de la Reine ( Anne de
Bretagne ) honnêtement montés & vêtus de Robes
d'écarlate & Chaperons fourés , pour ac-
E vj compa
2252 MERCURE DE FRANCE.
compagner les Préſidens & Conseillers ; ce
n'eſt que depuis la vénalité des Charges que
les Avocats ont ceſſé par modeſtie de porter
la Robe rouge , ſans qu'il y ait jamais eu
aucun Reglement qui leur en ait défendu
l'uſage .
La troifiéme Partie contient un Recueil
des Priviléges particuliers à laProvince de
Normandie , autres que la Clameur de Haro
& la Chartre Normande, tels que celuidu
Comté d'Eu , qui reſſortit au Parlement de
Paris ; la Prohibition d'évoquer les Decrets
de Normandie ; le Reglement de 1673 ,
pour leDroitdeTiers & Danger ſur les Bois;
le Privilége réſultant du Senatus confulce
Velleien , en faveur des femmes ; les Priviléges
particuliers de la Ville de Roiien & de
quelques autres Villes de la Province , ceux
du Parlement & de ſes differentes Chambres;
les Priviléges propres à certaines perſonnes
ſeulement , tel que celui que Louis
XIV accorda en 1667 aux Gentilshommes
& aux Bourgeois des Villes franches de la
Province , qui auroient dix ou douze enfans;
celui qu'on prétend avoir été accordé
aux filles , deſcenduës des freres de la Pucelle
d'Orleans , de pouvoir communiquer
la Nobleſſe à leurs maris , & dont pluſieurs
familles de la Province de Normandie ont
profité ; enfin des Priviléges revendiqués
par
OCTOBRE. 1744. 2253
par quelques Abbayes , Chapitres, Prieurés,
&&& autres Egliſes de la Province , & par quelques
Seigneurs, notamment celuide la Principauté
d'Yvetot , connuë ci-devant ſous le
titre de Royaume. Il n'y a point de Chapitre
qui n'eût fourni pluſieurs traits curieux
à rapporter , ſi cela n'eût paffé les bornes
d'un Extrait.
Les Arrêts de Reglement , & autres Arrêts
, tant du Parlement de Normandie , que
des autres Parlemens, annoncés par le Titre,
ſont répandus dans tout le corps de l'Ouvrage,
& principalement dans la feconde & la
troiſieme Partie , où ils ſont appliqués aux
differentes matieres auſquelles ils ont rapport.
Fermer
785
p. 2260-2262
Clôture de l'Opera Comique, & Compliment, [titre d'après la table]
Début :
La Foire S. Laurent a été prolongée cette année jusques & compris le 11 de [...]
Mots clefs :
Foire Saint-Laurent, Opéra-Comique, Clôture, Roi, France, Dlle d'Arimath
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texteReconnaissance textuelle : Clôture de l'Opera Comique, & Compliment, [titre d'après la table]
La Foire S. Laurent a été prolongée
cette année juſques & compris le 11 de
ce mois.
Le même jour l'Opera Comique fit la
clôture de ſon Théatre par la Piéce des
Amours Grivois , en Vaudevilles , laquelle a
eû un ſi grand ſuccès pendant le cours de la
Foire ; elle fut ſuivie du Bal de Strasbourg ,
qui n'a pas moins fait de plaiſir. La Dlle
Puvignée s'y eſt fort diftinguée dans les differens
Divertiſſemens , ayant été généralement
applaudie par de nombreuſes Affemblées.
Il y eut avant la derniere Piéce , un
Compliment adreſſé aux Spectateurs, qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
clôture
1
OCTOBRE. 1744. 2261
clôture du Théatre. C'eſt la Dlle d'Arimath
qui le prononça en ces termes .
» Oüi , MESSIEURS , l'empreſſement
> que vous avez témoigné pour notre Spec-
>> tacle , & les applaudiſſemens dont vous
>>l'avez honoré , font plus l'éloge de votre
>> zéle pour le Roi , que du talent de ceux
» qui ont entrepris de le chanter.
30 Nous connoiſſions votre amour pour le
>>plus grand & le meilleur des Rois ; nous
>>jugions de vos ſentimens par les nôtres ;
>>nous n'avons fait ſimplement que les co
" pier. La gloire du Roi,le bonheurde le voir
>>renaître , ont été des objets que nous
» avons crû dignes de vous être offerts.
» Cette matiere , dont nos coeurs ſont pé-
>>nétrés , étoit trop abondante , pour ne
>>>pas ſuffire , ſans les ſecours de l'eſprit.
לכ En effet , où trouveroit-on un ſujet
>>plus fufceptible des éloges de la bonté
• d'un Roi pour ſes Peuples , & de l'atta-
> chement des François pour leur Roi ?
La même Actrice chanta ſur l'Air : Cen'est
qu'en France.
Où trouver un Roi juſte & grand,
Qui loin de regner enTyran ,
Sur l'amour fonde ſa puiſſance ;
no
2262 MERCURE DE FRANCE.
Un Roi qui ne le fut jamais
Que pour le bien de ſes Sujets ?
Ce n'est qu'en France.
Où verra- t'on d'heureux Sujets ,
Dont les plaiſirs les plus parfaits
Se trouvent dans l'obeïſſance ;
Dont le coeur s'eſt fait une loi
De n'aimer rien plus que leur Roi ?
Ce n'est qu'en France,
cette année juſques & compris le 11 de
ce mois.
Le même jour l'Opera Comique fit la
clôture de ſon Théatre par la Piéce des
Amours Grivois , en Vaudevilles , laquelle a
eû un ſi grand ſuccès pendant le cours de la
Foire ; elle fut ſuivie du Bal de Strasbourg ,
qui n'a pas moins fait de plaiſir. La Dlle
Puvignée s'y eſt fort diftinguée dans les differens
Divertiſſemens , ayant été généralement
applaudie par de nombreuſes Affemblées.
Il y eut avant la derniere Piéce , un
Compliment adreſſé aux Spectateurs, qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
clôture
1
OCTOBRE. 1744. 2261
clôture du Théatre. C'eſt la Dlle d'Arimath
qui le prononça en ces termes .
» Oüi , MESSIEURS , l'empreſſement
> que vous avez témoigné pour notre Spec-
>> tacle , & les applaudiſſemens dont vous
>>l'avez honoré , font plus l'éloge de votre
>> zéle pour le Roi , que du talent de ceux
» qui ont entrepris de le chanter.
30 Nous connoiſſions votre amour pour le
>>plus grand & le meilleur des Rois ; nous
>>jugions de vos ſentimens par les nôtres ;
>>nous n'avons fait ſimplement que les co
" pier. La gloire du Roi,le bonheurde le voir
>>renaître , ont été des objets que nous
» avons crû dignes de vous être offerts.
» Cette matiere , dont nos coeurs ſont pé-
>>nétrés , étoit trop abondante , pour ne
>>>pas ſuffire , ſans les ſecours de l'eſprit.
לכ En effet , où trouveroit-on un ſujet
>>plus fufceptible des éloges de la bonté
• d'un Roi pour ſes Peuples , & de l'atta-
> chement des François pour leur Roi ?
La même Actrice chanta ſur l'Air : Cen'est
qu'en France.
Où trouver un Roi juſte & grand,
Qui loin de regner enTyran ,
Sur l'amour fonde ſa puiſſance ;
no
2262 MERCURE DE FRANCE.
Un Roi qui ne le fut jamais
Que pour le bien de ſes Sujets ?
Ce n'est qu'en France.
Où verra- t'on d'heureux Sujets ,
Dont les plaiſirs les plus parfaits
Se trouvent dans l'obeïſſance ;
Dont le coeur s'eſt fait une loi
De n'aimer rien plus que leur Roi ?
Ce n'est qu'en France,
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786
p. 2265-2268
« On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...] »
Début :
On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi, Major, Ennemis, Hussards
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...] »
On a appris du Camp devant Prague du 9
du mois dernier ,, que le premier , leRoide
Pruſſe paſſa la riviere d'Eger avec la quatriéme
Colonne de ſon armée , & qu'il joigait
le lendemain les troupes qui avoient
commencé l'Inveſtiſſement de la Ville de
Prague.
Le Maréchal de Schwerin & le Prince
Leopold d'Anhalt s'étant rendus devant
cette Place , preſque en même tems que le
Roi , on jetta le 3 ,un pont ſur la Moldaw ,
F
près
2266 MERCURE DE FRANCE.
près du Village de Hollochowitz , pour la
communication de l'armée de S. M. avec les
troupes que ces Généraux commandent.
Les , on conſtruiſit un autre pont ſur la
même riviere , vis-à-vis le Village de Braneck
, & l'on acheva d'inveſtir la Ville. On
ſe ſaiſit en même-tems de quelques portes ,
dont il étoit néceſſaire de ſe rendre maître ,
afin d'empêcher les ſorties de la garniſon .
Le Roi apprit le même jour , qu'un Détachement
des troupes de la Reine de Hongrie
étoit arrivé à Beraun , & S. M. y envoya
d'abord ſous les ordres du Major Général
Hacke cinq Bataillons & quelques
Huſſards , qui y trouverent les ennemis en
beaucoup plus grand nombre que le Roi
n'avoit crû. Le Comte de Bathiany , fur l'avis
du mouvement du MajorGénéralHacke,
avoit marché avec la plus grande partie des
troupes qu'il commande ,& il avoit poſté
1000 Croates en embuſcade.
Les ennemis étant fort ſuperieurs au Corps
détaché par S. M. leur Cavalerie s'avança
ſur quatre Colonnes , & elle attaqua ce
Corps avec beaucoup de vivacité , mais l'Infanterie
Pruſſienne , qui à la vûë des ennemis
s'étoit rangée en bataille des deux côtés
d'un chemin creux , foûtint le choc , ſans
s'ébranler . Les efforts de l'Infanterie , que
le Comte de Bathiany avoit amenée , & qui
fe
- OCTOBRE 1744.126
ſe joignit à ſa Cavalerie , n'enrent pas plus
de ſuccès ,& il ne put entamer d'aucun côté
les Pruffiens. Il retourna trois fois inutilement
à la charge , & après un combat qui
dura ſept heures , il fut repouffé par tout
avec perte. Découragé par icet échec , &
ayant été averti que le Roi avoit détaché
quelques Bataillons & plufieurs Efcadrons ,
pour renforcer le Corps du Major Général
Hacke , il prit la fuite & laiſſa ſes morts &
une partie de ſes bleſſes ſur le champ de bataille.
Les Généraux Feſtetitz & Lucheſi
étoient avec lui àl'action ,indo : 12
En cette occafion , les troupes de la Reine
de Hongrie ont perdu plus de 300 hom
mes, du nombre deſquels font le Comte de
Daun , Colonel , deux Lieutenans Colonels
, trois Capitaines,& pluſieurs autres
Officiers. On a trouvé ſur le champ de bataille
environ 200 bleſſés , & on a fait plufieurs
prifonniers, entre leſquels on compte
un Major , un Capitaine & un Lieutenant
deCavalerie.
Il n'y a eû du côté des Pruſſiens que 60
hommes de tués , & 198 de bleffés. Le Major
GénéralHadke l'a été d'un coup de feu
une main , & areçû sine contufion àune
jambe. Le. ColonelWobſer, ayant été bleffé
-au pied,&s'étant retirédans un bois , pour
fe faire panfer , ita eû de malheur de tom-
Fij ber 5.1
1268 MERCURE DE FRANCE.
ber entre les mains des Huſſards ennemis
& il a été fait priſonnier.
Le Roi , ayant été informé de la fuite des
ennemis , rappella les troupes qu'il avoit
envoyées au ſecours du Major Général
Hacke , & qui n'avoient marché que juſ
ques à Hordelitz.
UnCorps de troupes Pruſſiennes eſt en
tré dans le Duché de Troppau , s'eſt emparé
de la Ville de ce nom&de celle de Freudenthall
, & il a exigé de toutes les Villes
&de tous les Villages , qui font entre Of
mutz & la Frontiere de la Siléfie , des contributions
très-conſidérables de vivres & de
fourage.
:
UnCorps de Huſſards des mêmes troupes
s'eſt avancé juſqu'à Meſericz , & il en a
chaſſé un Détachement de Hanaques , qui
occupoit ce Poſte.
du mois dernier ,, que le premier , leRoide
Pruſſe paſſa la riviere d'Eger avec la quatriéme
Colonne de ſon armée , & qu'il joigait
le lendemain les troupes qui avoient
commencé l'Inveſtiſſement de la Ville de
Prague.
Le Maréchal de Schwerin & le Prince
Leopold d'Anhalt s'étant rendus devant
cette Place , preſque en même tems que le
Roi , on jetta le 3 ,un pont ſur la Moldaw ,
F
près
2266 MERCURE DE FRANCE.
près du Village de Hollochowitz , pour la
communication de l'armée de S. M. avec les
troupes que ces Généraux commandent.
Les , on conſtruiſit un autre pont ſur la
même riviere , vis-à-vis le Village de Braneck
, & l'on acheva d'inveſtir la Ville. On
ſe ſaiſit en même-tems de quelques portes ,
dont il étoit néceſſaire de ſe rendre maître ,
afin d'empêcher les ſorties de la garniſon .
Le Roi apprit le même jour , qu'un Détachement
des troupes de la Reine de Hongrie
étoit arrivé à Beraun , & S. M. y envoya
d'abord ſous les ordres du Major Général
Hacke cinq Bataillons & quelques
Huſſards , qui y trouverent les ennemis en
beaucoup plus grand nombre que le Roi
n'avoit crû. Le Comte de Bathiany , fur l'avis
du mouvement du MajorGénéralHacke,
avoit marché avec la plus grande partie des
troupes qu'il commande ,& il avoit poſté
1000 Croates en embuſcade.
Les ennemis étant fort ſuperieurs au Corps
détaché par S. M. leur Cavalerie s'avança
ſur quatre Colonnes , & elle attaqua ce
Corps avec beaucoup de vivacité , mais l'Infanterie
Pruſſienne , qui à la vûë des ennemis
s'étoit rangée en bataille des deux côtés
d'un chemin creux , foûtint le choc , ſans
s'ébranler . Les efforts de l'Infanterie , que
le Comte de Bathiany avoit amenée , & qui
fe
- OCTOBRE 1744.126
ſe joignit à ſa Cavalerie , n'enrent pas plus
de ſuccès ,& il ne put entamer d'aucun côté
les Pruffiens. Il retourna trois fois inutilement
à la charge , & après un combat qui
dura ſept heures , il fut repouffé par tout
avec perte. Découragé par icet échec , &
ayant été averti que le Roi avoit détaché
quelques Bataillons & plufieurs Efcadrons ,
pour renforcer le Corps du Major Général
Hacke , il prit la fuite & laiſſa ſes morts &
une partie de ſes bleſſes ſur le champ de bataille.
Les Généraux Feſtetitz & Lucheſi
étoient avec lui àl'action ,indo : 12
En cette occafion , les troupes de la Reine
de Hongrie ont perdu plus de 300 hom
mes, du nombre deſquels font le Comte de
Daun , Colonel , deux Lieutenans Colonels
, trois Capitaines,& pluſieurs autres
Officiers. On a trouvé ſur le champ de bataille
environ 200 bleſſés , & on a fait plufieurs
prifonniers, entre leſquels on compte
un Major , un Capitaine & un Lieutenant
deCavalerie.
Il n'y a eû du côté des Pruſſiens que 60
hommes de tués , & 198 de bleffés. Le Major
GénéralHadke l'a été d'un coup de feu
une main , & areçû sine contufion àune
jambe. Le. ColonelWobſer, ayant été bleffé
-au pied,&s'étant retirédans un bois , pour
fe faire panfer , ita eû de malheur de tom-
Fij ber 5.1
1268 MERCURE DE FRANCE.
ber entre les mains des Huſſards ennemis
& il a été fait priſonnier.
Le Roi , ayant été informé de la fuite des
ennemis , rappella les troupes qu'il avoit
envoyées au ſecours du Major Général
Hacke , & qui n'avoient marché que juſ
ques à Hordelitz.
UnCorps de troupes Pruſſiennes eſt en
tré dans le Duché de Troppau , s'eſt emparé
de la Ville de ce nom&de celle de Freudenthall
, & il a exigé de toutes les Villes
&de tous les Villages , qui font entre Of
mutz & la Frontiere de la Siléfie , des contributions
très-conſidérables de vivres & de
fourage.
:
UnCorps de Huſſards des mêmes troupes
s'eſt avancé juſqu'à Meſericz , & il en a
chaſſé un Détachement de Hanaques , qui
occupoit ce Poſte.
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787
p. 2268-2271
FESTE donnée par M. l'Abbé de la Fare, Extrait d'une Lettre écrite, par M..... le 10 Septembre 1744.
Début :
J'arrivai, il y a quatre jours, Monsieur, chés votre ami M. l'Abbé de la Fare Lopez, [...]
Mots clefs :
Dîner, Roi, Rivière, Fanfares, Jardins, Violons, Lampions, Boîtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée par M. l'Abbé de la Fare, Extrait d'une Lettre écrite, par M..... le 10 Septembre 1744.
FESTE donnée parM. l'Abbé de la Fare,
Extrait d'une Lettre écrite , parM..... la
10 Septembre 1744.
J
'Arrivai , il y a quatre jours , Monfieur ;
chés votre ami M. l'Abbé de laFareLopez',
dans ſon Château de Juziers , ſur le
bord du grand chemin de Normandie &de
la riviere de Seine , entre Mante & Meulan,
ſituation encore plus belle que l'on ne
me
OCTOBRE. 1744. 2269
me l'avoit dit ; la maiſon n'eſt pas grande ,
nous y étions pourtant quinze Maîtres tous
bien couchés , & plus de vingt perſonnes à
table ſoir & matin , mais vous connoiffez
ſa façon de penſer ; il ne ſçauroit avoir trop
de monde chés lui : il nous donna une grande
Fête avant-hier ,jour de celle de la Vierge
, en réjouiſſance de la Convalefcence du
Roi. Grande Mefle en Muſique , excellens
inftrumens &belles voix ; le Moter , Tota
pulchra esdeCampra,& unDomineſalvumfac
Regem , au bruit des Fanfares , Trompettes ,
&Ballons excellens , avec une décharge de
mouſqueterie & de trente-fix Boëtes. Après
laMeffe , Concert d'Inſtrumens & des mêmes
voix accompagnées de la Mulette , &
terminées par le Tambourin du fameux M.
Abram de l'Opera , après quoi un grand
dîner ſous l'allée des matonniers , où l'on
avoit mis une table de quarante couverts ,
ſervie avec une abondance , une délicateſſe
&une régularité qui nous étonna tous. Il
avoit invité tous ſes voiſins de la Banlieuë :
fes jardins en terraſſe juſqu'au haut de la
montagne , & fon parterre étoient couverts
de peuple venu de huit lieuës à la ronde
quinous regardoit dîner,&faiſoit un ſpectacle
réjouiſſant. Pendant le dîner , les habitans
précédés de violons , apporterent des
fleurs&des fruits àM. l'Abbé , & les Fani
Fiij fa2270
MERCURE DE FRANCE.
fares ne diſcontinuerent pas ; le repas finic
parun fruit compoſé de vingt-cinq grandes
corbeilles en pyramides, alors l'Abbé ſe leva
&porta à ſes quarante convives armés chacun
d'un verre de vin de Champagne , la
ſanté du Roi Louis le Bien-Aimé; elle fur
célébrée par tout le monde,hommes & femmes
debout , au bruit des Fanfares & d'une
triple décharge de moufqueterie & des
trente- fix Boëtes , après quoi on cria Vive le
Roi, ce qui fut répété par plus de deux mille
perſonnes.
Après le dîner qui fut long , on diſtribua
des violons dans les jardins & dans les
cours pour faire danfer le peuple , auquel
on avoit abandonné le fruit&des tonneaux
de vin ,& on exécuta unConcert magnifi
que dans l'appartement d'en-bas . A l'entrée
de la nuit , on commença l'illumination ,
compoſée de plus de mille gros Lampions ,
ou pots-à-feu , qui faisoient toute l'enceinte
de la Terraffe , & continuoient le long du
grand chemin ſur la riviere de Seine , l'enceinte
des Jardins , Parterres & Baffins
d'eau. :
: Les deux façades de la maifon depuis le
comble , juſqu'au bas , étoient illuminées ,
accompagnées des portiques de feu , &c .
qu'on voyoit de trois lieuës à la ronde des
deux côtés de la riviere. Les Danſes & les
Fan
OCTOBRE. 1744. 227
Fanfares continuerent juſqu'à un grand fouper
, au ſon des violons & le bruit de la
mouſqueterie & des Boëtes , enſuire lesDanſes&
le Concert recommencerent & ne finirent
que vers les cinq heures du matin ,mais
l'illumination fut fi grande & fi heureuſe ,
que les Lampions étoient encore allumés
le lendemain matin à huit heures .
Extrait d'une Lettre écrite , parM..... la
10 Septembre 1744.
J
'Arrivai , il y a quatre jours , Monfieur ;
chés votre ami M. l'Abbé de laFareLopez',
dans ſon Château de Juziers , ſur le
bord du grand chemin de Normandie &de
la riviere de Seine , entre Mante & Meulan,
ſituation encore plus belle que l'on ne
me
OCTOBRE. 1744. 2269
me l'avoit dit ; la maiſon n'eſt pas grande ,
nous y étions pourtant quinze Maîtres tous
bien couchés , & plus de vingt perſonnes à
table ſoir & matin , mais vous connoiffez
ſa façon de penſer ; il ne ſçauroit avoir trop
de monde chés lui : il nous donna une grande
Fête avant-hier ,jour de celle de la Vierge
, en réjouiſſance de la Convalefcence du
Roi. Grande Mefle en Muſique , excellens
inftrumens &belles voix ; le Moter , Tota
pulchra esdeCampra,& unDomineſalvumfac
Regem , au bruit des Fanfares , Trompettes ,
&Ballons excellens , avec une décharge de
mouſqueterie & de trente-fix Boëtes. Après
laMeffe , Concert d'Inſtrumens & des mêmes
voix accompagnées de la Mulette , &
terminées par le Tambourin du fameux M.
Abram de l'Opera , après quoi un grand
dîner ſous l'allée des matonniers , où l'on
avoit mis une table de quarante couverts ,
ſervie avec une abondance , une délicateſſe
&une régularité qui nous étonna tous. Il
avoit invité tous ſes voiſins de la Banlieuë :
fes jardins en terraſſe juſqu'au haut de la
montagne , & fon parterre étoient couverts
de peuple venu de huit lieuës à la ronde
quinous regardoit dîner,&faiſoit un ſpectacle
réjouiſſant. Pendant le dîner , les habitans
précédés de violons , apporterent des
fleurs&des fruits àM. l'Abbé , & les Fani
Fiij fa2270
MERCURE DE FRANCE.
fares ne diſcontinuerent pas ; le repas finic
parun fruit compoſé de vingt-cinq grandes
corbeilles en pyramides, alors l'Abbé ſe leva
&porta à ſes quarante convives armés chacun
d'un verre de vin de Champagne , la
ſanté du Roi Louis le Bien-Aimé; elle fur
célébrée par tout le monde,hommes & femmes
debout , au bruit des Fanfares & d'une
triple décharge de moufqueterie & des
trente- fix Boëtes , après quoi on cria Vive le
Roi, ce qui fut répété par plus de deux mille
perſonnes.
Après le dîner qui fut long , on diſtribua
des violons dans les jardins & dans les
cours pour faire danfer le peuple , auquel
on avoit abandonné le fruit&des tonneaux
de vin ,& on exécuta unConcert magnifi
que dans l'appartement d'en-bas . A l'entrée
de la nuit , on commença l'illumination ,
compoſée de plus de mille gros Lampions ,
ou pots-à-feu , qui faisoient toute l'enceinte
de la Terraffe , & continuoient le long du
grand chemin ſur la riviere de Seine , l'enceinte
des Jardins , Parterres & Baffins
d'eau. :
: Les deux façades de la maifon depuis le
comble , juſqu'au bas , étoient illuminées ,
accompagnées des portiques de feu , &c .
qu'on voyoit de trois lieuës à la ronde des
deux côtés de la riviere. Les Danſes & les
Fan
OCTOBRE. 1744. 227
Fanfares continuerent juſqu'à un grand fouper
, au ſon des violons & le bruit de la
mouſqueterie & des Boëtes , enſuire lesDanſes&
le Concert recommencerent & ne finirent
que vers les cinq heures du matin ,mais
l'illumination fut fi grande & fi heureuſe ,
que les Lampions étoient encore allumés
le lendemain matin à huit heures .
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788
p. 2281-2282
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
Début :
M. de Lucé, notre Intendant, donna ici le 13 de ce mois une Fête magnifique. [...]
Mots clefs :
Intendant, Fête, Roi, Peuple, Vin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite deTours
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
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789
p. 2283-2287
DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
Début :
Toute la face de la Maison du côté de la ruë étoit illuminée. Les Lampions [...]
Mots clefs :
Roi, Lampions, Jardin, Lumière, Fanfares, Convalescence, Girandoles, Terrines, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION de la Fête , donnéepar
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
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790
p. 2287-2289
FESTE donnée par M. l'Archevêque de Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Un dîner splendide & somptueux, où assisterent les plus notables Personnes [...]
Mots clefs :
Lampions, Inscription, Roi, Jardin, Pots à feu, Guirlandes, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée par M. l'Archevêque de Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
FESTE donnée par M. l'Archevêque de
Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville.
U
N dîner ſplendide & fomptueux, οἱ
affifterent les plus notables Perſonnes
de la Ville , & qui fut ſervi avec autant
d'ordre que magnificence , fut le prélude de
cette Fête. On alla enſuite à Vepres , après
leſquelles on chanta ſolemnellement en actions
de graces de la convaleſcence duRoi
un Te Deum en Muſique , ſuivi d'un Motet,
pendant lequel on tira le canon de la Ville ;
la Milice Bourgeoiſe fut toute la journée
ſous les armes ; vers les huit heures du foir ,
on coinmença àl'Archevêché l'Illumination,
qu'on y avoit préparée.
A
Au - deſſus de la principale Porte , or
née de Feſtons &de Guirlandes , on voyoit
trois Tableaux ; celui du milieu repréſen
toit un Soleil ſortant des nuages , avec,
cette Inſcription , Siccat lachrimas ; d'un
côté étoit un autre Tableau repréſentant la
Religion , qui annonçoit au Peuple ( par
cette Inſcription , tirée de l'Ecriture , Dext
tera Domini fecit Virtutem ) la grace que
Dieu leur avoit faite en rendant le Roi à
l'ardeur
288 MERCURE DE FRANCE.
l'ardeur de leurs voeux , & de l'autre côté
un autre Tableau repreſentoit la France ,
qui ſe félicitoit d'apprendre une ſi bonne
nouvelle , avec cette Inſcription , tirée aufli
de l'Ecriture , Hac eft Dies boni nuntii ; on y
voyoit auſſi les Armes du Roi , au bas defquelles
étoit écrit VIVE LE ROI ; des Lampions
en formoient les Lettres , & parmi les
acclamations réïtérées , pluſieurs Fontaines
deVin couloient avec abondance,
Quel Spectacle magnifique , de voir en
entrant , tout ce ſuperbe Corps de Logis illuminé
par un nombre infini de Lampions
&de Pots à feu ! on avoit exactement ſuivi
l'ordre d'Architecture , ce qui formoit un
coup d'oeil des plus gracieux. Vis-à- vis la
la grande Porte d'entrée , on avoit élevé un
Trône , accompagné de tous les ornemens
&Symboles de la Royauté.
On n'étoit pas moins agréablement ſurpris
de voir en entrant dans le Jardin , un Parterre
, dont les Pots à feu imitoient parfaitement
le deſſein. La façade du Palais , du
côté du Jardin , étoit auffi illuminée par un
nombre infini de Lampions.
• Si les yeux étoient fatisfaits , les oreilles
ne l'étoient pas moins par le ſon mélodieux
d'Inſtrumens de toute eſpece , qu'on avoit
placés ſur une eſpece de Tour , attenant le
Parterre.
Au
OCTOBRE. 1744. 228
Auboutd'une allée de Tilleuls à double
rang d'Arbres , garnis de Lampions , ainſi
que tous les Arbres du Jardin , régne
un Terraſſe ſur laquelle on avoit élevéun
Edifice de Charpente , ſoûtenuë par des Pilaſtres
de Marbre feint , avec des Portiques,
chargés de Guirlandes & de Lampions. Le
haut de l'Edifice,orné d'une Balustrade, portoit
une Pyramide embellie par des Trophées
, au deſſus de laquelle étoit un Globe
d'Azur fleurdeliſé . Ce fut-là le Théatre d'un
Feu d'artifice , dont l'exécution étonna tous
les Spectateurs ; pendant toute la Fête , les
rafraîchiſſemens , fruits & glaces de toute
eſpece , furent diftribués avec profuſion.
Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville.
U
N dîner ſplendide & fomptueux, οἱ
affifterent les plus notables Perſonnes
de la Ville , & qui fut ſervi avec autant
d'ordre que magnificence , fut le prélude de
cette Fête. On alla enſuite à Vepres , après
leſquelles on chanta ſolemnellement en actions
de graces de la convaleſcence duRoi
un Te Deum en Muſique , ſuivi d'un Motet,
pendant lequel on tira le canon de la Ville ;
la Milice Bourgeoiſe fut toute la journée
ſous les armes ; vers les huit heures du foir ,
on coinmença àl'Archevêché l'Illumination,
qu'on y avoit préparée.
A
Au - deſſus de la principale Porte , or
née de Feſtons &de Guirlandes , on voyoit
trois Tableaux ; celui du milieu repréſen
toit un Soleil ſortant des nuages , avec,
cette Inſcription , Siccat lachrimas ; d'un
côté étoit un autre Tableau repréſentant la
Religion , qui annonçoit au Peuple ( par
cette Inſcription , tirée de l'Ecriture , Dext
tera Domini fecit Virtutem ) la grace que
Dieu leur avoit faite en rendant le Roi à
l'ardeur
288 MERCURE DE FRANCE.
l'ardeur de leurs voeux , & de l'autre côté
un autre Tableau repreſentoit la France ,
qui ſe félicitoit d'apprendre une ſi bonne
nouvelle , avec cette Inſcription , tirée aufli
de l'Ecriture , Hac eft Dies boni nuntii ; on y
voyoit auſſi les Armes du Roi , au bas defquelles
étoit écrit VIVE LE ROI ; des Lampions
en formoient les Lettres , & parmi les
acclamations réïtérées , pluſieurs Fontaines
deVin couloient avec abondance,
Quel Spectacle magnifique , de voir en
entrant , tout ce ſuperbe Corps de Logis illuminé
par un nombre infini de Lampions
&de Pots à feu ! on avoit exactement ſuivi
l'ordre d'Architecture , ce qui formoit un
coup d'oeil des plus gracieux. Vis-à- vis la
la grande Porte d'entrée , on avoit élevé un
Trône , accompagné de tous les ornemens
&Symboles de la Royauté.
On n'étoit pas moins agréablement ſurpris
de voir en entrant dans le Jardin , un Parterre
, dont les Pots à feu imitoient parfaitement
le deſſein. La façade du Palais , du
côté du Jardin , étoit auffi illuminée par un
nombre infini de Lampions.
• Si les yeux étoient fatisfaits , les oreilles
ne l'étoient pas moins par le ſon mélodieux
d'Inſtrumens de toute eſpece , qu'on avoit
placés ſur une eſpece de Tour , attenant le
Parterre.
Au
OCTOBRE. 1744. 228
Auboutd'une allée de Tilleuls à double
rang d'Arbres , garnis de Lampions , ainſi
que tous les Arbres du Jardin , régne
un Terraſſe ſur laquelle on avoit élevéun
Edifice de Charpente , ſoûtenuë par des Pilaſtres
de Marbre feint , avec des Portiques,
chargés de Guirlandes & de Lampions. Le
haut de l'Edifice,orné d'une Balustrade, portoit
une Pyramide embellie par des Trophées
, au deſſus de laquelle étoit un Globe
d'Azur fleurdeliſé . Ce fut-là le Théatre d'un
Feu d'artifice , dont l'exécution étonna tous
les Spectateurs ; pendant toute la Fête , les
rafraîchiſſemens , fruits & glaces de toute
eſpece , furent diftribués avec profuſion.
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791
p. 2289-2290
Te Deum chanté à Arras, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 13. Septembre, on chanta dans l'Eglise Cathédrale d'Arras un Te Deum [...]
Mots clefs :
Église, Te Deum, Roi, Joie, Société littéraire d'Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Arras, [titre d'après la table]
Le Dimanche 13. Septembre , on chanta
dans l'Egliſe Cathédrale d'Arras un Te Deum
ſolemnel en actions de graces de la guériſon
du Roi, auquel aſſiſterent tous les Corps qui
ont coûtume de ſe trouver à de ſemblables
Cérémonies. Le ſoir on tira des Fuſées , &
on alluma un Feu de joye vis- à-vis l'Hôtel
de Ville , dont la façade & la Tour étoient
entierement illuminées. Parmi les Inſcriptions
dont cet Hôtel étoit orné , on liſoit les
Chronographes ſuivans.
MæſtVs eXVLtet popVLVs
reDIVIVO prInCIpe.
G In
2290 MERCURE DE FRANCE.
In två ſaLVte , reX LODOIX ,
oMnIs popVLI ſalVs .
Il y eut auſſi ce jour-là des Feux & des
Illuminations dans toutes les rues de la
Ville. Les Echevins & le Peuple de la Cité
firent paroître les mêmes ſignes de réjoüiffance,
Outre cette Fête générale , pluſieurs Compagnies
ont voulu témoigner leur zéle &
leur joye par des ſolemnités particulieres,
Entre autres , le Conſeil Provincial & Supérieur
d'Artois a fait chanter dans ſa Chapelle
un Te Deum en Muſique. La Societé
Littéraire en a auſſi fait exécuter un dans
l'Egliſe des Jacobins , & elle a tenu à cette
occafion une Affemblée publique au Gouvernement.
M. le Directeur ouvrit la Séance
par un Diſcours touchant le rétabliſſement
de la ſantédu Roi , aprés quoi on recita
deux Piéces de Poëſie ſur le même ſujet
, qui furent ſuivies de deux Diſſertations
concernant l'Hiſto re de la Province d'Ar
tois.
dans l'Egliſe Cathédrale d'Arras un Te Deum
ſolemnel en actions de graces de la guériſon
du Roi, auquel aſſiſterent tous les Corps qui
ont coûtume de ſe trouver à de ſemblables
Cérémonies. Le ſoir on tira des Fuſées , &
on alluma un Feu de joye vis- à-vis l'Hôtel
de Ville , dont la façade & la Tour étoient
entierement illuminées. Parmi les Inſcriptions
dont cet Hôtel étoit orné , on liſoit les
Chronographes ſuivans.
MæſtVs eXVLtet popVLVs
reDIVIVO prInCIpe.
G In
2290 MERCURE DE FRANCE.
In två ſaLVte , reX LODOIX ,
oMnIs popVLI ſalVs .
Il y eut auſſi ce jour-là des Feux & des
Illuminations dans toutes les rues de la
Ville. Les Echevins & le Peuple de la Cité
firent paroître les mêmes ſignes de réjoüiffance,
Outre cette Fête générale , pluſieurs Compagnies
ont voulu témoigner leur zéle &
leur joye par des ſolemnités particulieres,
Entre autres , le Conſeil Provincial & Supérieur
d'Artois a fait chanter dans ſa Chapelle
un Te Deum en Muſique. La Societé
Littéraire en a auſſi fait exécuter un dans
l'Egliſe des Jacobins , & elle a tenu à cette
occafion une Affemblée publique au Gouvernement.
M. le Directeur ouvrit la Séance
par un Diſcours touchant le rétabliſſement
de la ſantédu Roi , aprés quoi on recita
deux Piéces de Poëſie ſur le même ſujet
, qui furent ſuivies de deux Diſſertations
concernant l'Hiſto re de la Province d'Ar
tois.
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792
p. 2291-2300
FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, comme étant du Pays, que la Cour des Comptes &c. [...]
Mots clefs :
Roi, Place, Comptes, Compagnie, Peuple, Joie, Feu, Palais, Pays, Zèle, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
FESTES données par la Cour des Aides
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
Fermer
793
p. 2300-2303
FESTES données par la Ville d'Aix, en Provence, par M. le Marquis Des Issarts, Premier Consul, Premier Procureur du Pays, & Syndic du Corps de la Noblesse, au sujet du rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre du 25 septembre 1744.
Début :
SI le Parlement, la Cour des Comptes de Provence, MM. les Premiers [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Roi, Santé, Peuple, Corps, Consuls, Marquis des Issarts, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données par la Ville d'Aix, en Provence, par M. le Marquis Des Issarts, Premier Consul, Premier Procureur du Pays, & Syndic du Corps de la Noblesse, au sujet du rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre du 25 septembre 1744.
FESTES données par la Ville d'Aix , en
Provence , par M.le Marquis Des Hlarts,
Premier Conful,Premier Procureur du Pays,
Syndic du Corps de la Nobleſſe , auſujer
du rétabliſſement de la ſanté du Roi. Extrait
d'une Lettre du 25 Septembre 1744.
Se
I le Parlement , la Cour des Comp
tes de Provence , MM . les Premiers
Préſidents des deux Cours ,le Grand Prévôt,
les Tréſoriers de France , enfin preſque
tous les Corps , ont ſignalé leur joie par des
Fêtes brillantes , au ſujet du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , le Corps de Ville d'Aix
ne s'eſt pas moins diſtingué le 30 de ce
mois . Dès la veille , les Tambours , Fifres ,
Tambourins , Tymbales , & Trompettes
annoncerent aux habitans la folemnité du
lendemain . Les Confuls , Lieutenans Généraux
de Police , ordonnerent une illumination
générale , & des feux devant les portes
de
OCTOBRE. 1744. 230
tous les habitans , que les ruës fuffent tapiffées
, & que la Bourgeoifie , & les Arts
& Métiers füſſent ſous les armes , ordres
qui furent parfaitement exécutés.
Le Dimanche au matin , jour de la Fêtes
il y eût à Aix plus de vingt mille perfonnes
accouruës des Lieux circonvoiſins ; les Confuls
fe rendirent à l'Hôtel-de-Ville à 9 heures
du matin , précédés de la Garde Bourgeoiſe
fous les armes , fuivis des anciens
Confulaires& des Conſeillers de Ville. Ils
allerent enſuite à l'Egliſe Métropolitaine de
S. Sauveur , où la Meſſe , en actions de graces
, fut folemnellement célébrée par M.
l'Abbé de Roquefort , Premier Grand Vicaire
, M. l'Archevêque étant indiſpoſé ; le
Te Deum de M. de laLande fut chanté d'abord
après la Meſſe , au bruit des Boëtes ,
&de pluſieurs Salves de la moufqueterie
des Arts & Métiers. Les Confuls revinrent
à l'Hôtel-de-Ville dans le même ordre .
Acinq heures du foir , les Confuls retournerent
à l'Eglife , pour aſſiſter à l'Exaudiat
& aux Motets chantés en Muſique. Ils
allerent enfuite allumer un feu ordinaire
dans la Place de l'Hôtel-de-Ville ; de- là ,
ſuivis d'un Peuple immenfe , qui faiſoit retentir
l'Air de cris de Vive le Roi , ils ſe rendirent
dans la grande Place des Prêcheurs
ou Dominicains , pour voir tirer un trèsbeau
feu d'artifice. Μ.
2302 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis des Iſſarts , Premier Con
ful d'Aix , Premier Procureur du Pays , SindicduCorps
de la Nobleſſe de Provence ,
voulût en cette occaſion faire éclater ſa
joie , plus particulierement. Après le feu
d'artifice , dont on vient de parler , ce Scigneur
alla ſe placer ſur le grand balconde
P'Hôtel-de- Ville , & jetta de l'argent au
Peuple ; il donna enfuite un ſplendide fouper
dans le même Hôtel aux principaux
Membres du Clergé , au Corps de Ville , à
la principale Nobleſſe des deux Cours , &
de la Ville , & aux Capitaines & Officiers
de la Bourgeoisie. La ſanté du Roi fut célébrée
trois fois au bruit des Boëtes , de la
Mouſqueterie , & aux acclamations du Peuple,
dont les cris de joie ne ceſſoient , que
pour admirer les fuſées volantes , l'illuminationde
la façade de l'Hôtel-de Ville , les
Emblèmes , les Arcs de Triomphe , accompagnés
de Fontaines de Vin , & ſurtout le
portraitde notreGrand Monarque. Dès que
le fruit fut fervi , le Marquis des Iffarts fit
ouvrir toutes les portes de l'Hôtel-de -Ville ;
les Danſeurs ( a ) , & le Peuple entourerent
(a) Les Danseurs. On appelle ainſi plufieurs bandes
de jeunes gens , habillés proprement avec des
chemiſes de toile d'Hollande , des Rubans en bandoliere
, & une eſpece de Culote à la Matelote ,
garnie
OCTOBRE. 1744. 230
rent la table , & le repas devint général
On but la ſanté de l'Infant Don Philippe ,
du Prince de Conty , & celle du Marquis
de Mirepoix , Commandant dans la Province.
Pour terminer une ſi belle journée , le
Marquis des Iffarts fit tirer à minuit dans la
Place de l'Hôtel-de-Ville , un feu d'artifice ,
dont l'exécution brillante & parfaite mit le
comble à la réputation du Sr Carlo , fameux
Artificier d'Avignon .
Le reſte de la nuit fut employé àdanſer ,
&à admirer les differentes illuminations
qui demanderoient chacune uneDeſcription
particuliere ; Mrs de l'Univerſité , & M.
Vanloo , Peintre célébre , ſe ſont ſurtout
diftingués en ce genre. Le Peuple a été ſt
content de ces deux Fêtes réunies , qu'il
reſta conſtamment ſur la Place de l'Hôtelde-
Ville , pour reconduire le Marquis des
Iffarts chés lui , en criant : Vive notre Grand
Roi. :
garnie de Rubans , bas & fouliers blancs , friſés&
poudrés , ayant un Caſque en tête ,couvert de plumes,&
portant une eſpece de Sceptre à la main.
On croit que c'eſt à peu près l'habit des Anciens
Troubadours de Provence .
Provence , par M.le Marquis Des Hlarts,
Premier Conful,Premier Procureur du Pays,
Syndic du Corps de la Nobleſſe , auſujer
du rétabliſſement de la ſanté du Roi. Extrait
d'une Lettre du 25 Septembre 1744.
Se
I le Parlement , la Cour des Comp
tes de Provence , MM . les Premiers
Préſidents des deux Cours ,le Grand Prévôt,
les Tréſoriers de France , enfin preſque
tous les Corps , ont ſignalé leur joie par des
Fêtes brillantes , au ſujet du rétabliſſement
de la ſanté du Roi , le Corps de Ville d'Aix
ne s'eſt pas moins diſtingué le 30 de ce
mois . Dès la veille , les Tambours , Fifres ,
Tambourins , Tymbales , & Trompettes
annoncerent aux habitans la folemnité du
lendemain . Les Confuls , Lieutenans Généraux
de Police , ordonnerent une illumination
générale , & des feux devant les portes
de
OCTOBRE. 1744. 230
tous les habitans , que les ruës fuffent tapiffées
, & que la Bourgeoifie , & les Arts
& Métiers füſſent ſous les armes , ordres
qui furent parfaitement exécutés.
Le Dimanche au matin , jour de la Fêtes
il y eût à Aix plus de vingt mille perfonnes
accouruës des Lieux circonvoiſins ; les Confuls
fe rendirent à l'Hôtel-de-Ville à 9 heures
du matin , précédés de la Garde Bourgeoiſe
fous les armes , fuivis des anciens
Confulaires& des Conſeillers de Ville. Ils
allerent enſuite à l'Egliſe Métropolitaine de
S. Sauveur , où la Meſſe , en actions de graces
, fut folemnellement célébrée par M.
l'Abbé de Roquefort , Premier Grand Vicaire
, M. l'Archevêque étant indiſpoſé ; le
Te Deum de M. de laLande fut chanté d'abord
après la Meſſe , au bruit des Boëtes ,
&de pluſieurs Salves de la moufqueterie
des Arts & Métiers. Les Confuls revinrent
à l'Hôtel-de-Ville dans le même ordre .
Acinq heures du foir , les Confuls retournerent
à l'Eglife , pour aſſiſter à l'Exaudiat
& aux Motets chantés en Muſique. Ils
allerent enfuite allumer un feu ordinaire
dans la Place de l'Hôtel-de-Ville ; de- là ,
ſuivis d'un Peuple immenfe , qui faiſoit retentir
l'Air de cris de Vive le Roi , ils ſe rendirent
dans la grande Place des Prêcheurs
ou Dominicains , pour voir tirer un trèsbeau
feu d'artifice. Μ.
2302 MERCURE DE FRANCE.
M. le Marquis des Iſſarts , Premier Con
ful d'Aix , Premier Procureur du Pays , SindicduCorps
de la Nobleſſe de Provence ,
voulût en cette occaſion faire éclater ſa
joie , plus particulierement. Après le feu
d'artifice , dont on vient de parler , ce Scigneur
alla ſe placer ſur le grand balconde
P'Hôtel-de- Ville , & jetta de l'argent au
Peuple ; il donna enfuite un ſplendide fouper
dans le même Hôtel aux principaux
Membres du Clergé , au Corps de Ville , à
la principale Nobleſſe des deux Cours , &
de la Ville , & aux Capitaines & Officiers
de la Bourgeoisie. La ſanté du Roi fut célébrée
trois fois au bruit des Boëtes , de la
Mouſqueterie , & aux acclamations du Peuple,
dont les cris de joie ne ceſſoient , que
pour admirer les fuſées volantes , l'illuminationde
la façade de l'Hôtel-de Ville , les
Emblèmes , les Arcs de Triomphe , accompagnés
de Fontaines de Vin , & ſurtout le
portraitde notreGrand Monarque. Dès que
le fruit fut fervi , le Marquis des Iffarts fit
ouvrir toutes les portes de l'Hôtel-de -Ville ;
les Danſeurs ( a ) , & le Peuple entourerent
(a) Les Danseurs. On appelle ainſi plufieurs bandes
de jeunes gens , habillés proprement avec des
chemiſes de toile d'Hollande , des Rubans en bandoliere
, & une eſpece de Culote à la Matelote ,
garnie
OCTOBRE. 1744. 230
rent la table , & le repas devint général
On but la ſanté de l'Infant Don Philippe ,
du Prince de Conty , & celle du Marquis
de Mirepoix , Commandant dans la Province.
Pour terminer une ſi belle journée , le
Marquis des Iffarts fit tirer à minuit dans la
Place de l'Hôtel-de-Ville , un feu d'artifice ,
dont l'exécution brillante & parfaite mit le
comble à la réputation du Sr Carlo , fameux
Artificier d'Avignon .
Le reſte de la nuit fut employé àdanſer ,
&à admirer les differentes illuminations
qui demanderoient chacune uneDeſcription
particuliere ; Mrs de l'Univerſité , & M.
Vanloo , Peintre célébre , ſe ſont ſurtout
diftingués en ce genre. Le Peuple a été ſt
content de ces deux Fêtes réunies , qu'il
reſta conſtamment ſur la Place de l'Hôtelde-
Ville , pour reconduire le Marquis des
Iffarts chés lui , en criant : Vive notre Grand
Roi. :
garnie de Rubans , bas & fouliers blancs , friſés&
poudrés , ayant un Caſque en tête ,couvert de plumes,&
portant une eſpece de Sceptre à la main.
On croit que c'eſt à peu près l'habit des Anciens
Troubadours de Provence .
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794
p. 2304-2305
ACTIONS de graces & Fête à Nogent-le-Rotrou. Extrait d'une Lettre du 17 Septembre 1744.
Début :
M. le Duc de Sully, Seigneur de la Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche, [...]
Mots clefs :
Officiers, Bailliage, Château, Te Deum, Roi, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTIONS de graces & Fête à Nogent-le-Rotrou. Extrait d'une Lettre du 17 Septembre 1744.
ACTIDNS degrâces& Fête à Nogem-le-
Roîrou. Extrait d'une Lettre du 17
Septembre 1744. M le Duc de Sully, Seigneur de la
Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche
,
nommée aujourd'hui dans tous les
ActesNogent-le-Bethune,ayant donné ses
ordres, pour que dans touslesLieuxqui lui
appartiennent, il fut rendu à Dieu de solemnelles
actionsde grâces v&c. pour l'heureux
rétablissement de la- santé du Roi, M.
Morin,l'un des principaux Officiers du Bailliage
& de la Police de Nogent, chargé par
desordres particuliers, s'en est acquitté ici
avec tout le zéle & tout le succès possibles.
LaFêtefutannoncée le soir parleson
des Cloches,& commencée par un Te Denm-,
solemnellement chanté dans l'Eglise Collégiale
de S. Jean. Le Bailliage en Corps,
ayantM.de Perceval ,Lieutenant Général,
à latête
,
& le Corps de Ville, y assisterent,
accompagnésde deux Compagnies de Milice
Bourgoise, avec leurs Officiers & les
Enseignes déployées.
Après le Te Dmm
, on alluma le Feu de
joye
,
quiavoit été préparé devant la principale
Porte du Château ; un Peuple innom
nombrable fit en même-tems retentir l'air
de cris redoublés de Vive le Roi. On fit pluſieurs
décharges de moufqueterie , & on
entendit par întervalles la Symphonie de
pluſieurs Inſtrumens.
Après cette Cérémonie , toute la façade
du Château fut illuminée avec beaucoup
d'art : un tems doux & tranquile conferva
long-tems le feu des Lampions , enforte que
toute la Ville , qui eſt beaucoup dominée
par le Château , eût le plaiſir de joüir longtems
de cet agréable ſpectacle.
M. Morin donna enfuite un grand repas ,
auquel fûrent invités le Doyen de S. Jean ,
les Officiers & Avocats du Bailliage , le
Maire , les Officiers de la Bourgeoifie , &
d'autres perſonnes de diſtinction. Tout y
fût ſervi avec autant de profuſion que de
délicateſſe. Toute la Ville étoit dans la
joye ; les Violons donnerent des Serenades
à la porte des principaux Officiers ,
&la Fête , qui dura preſque toute la nuit ,
fût terminée ſans le moindre bruit , &à la
fatisfaction de tout le monde.
Roîrou. Extrait d'une Lettre du 17
Septembre 1744. M le Duc de Sully, Seigneur de la
Ville de Nogent-le-Rotrou, au Perche
,
nommée aujourd'hui dans tous les
ActesNogent-le-Bethune,ayant donné ses
ordres, pour que dans touslesLieuxqui lui
appartiennent, il fut rendu à Dieu de solemnelles
actionsde grâces v&c. pour l'heureux
rétablissement de la- santé du Roi, M.
Morin,l'un des principaux Officiers du Bailliage
& de la Police de Nogent, chargé par
desordres particuliers, s'en est acquitté ici
avec tout le zéle & tout le succès possibles.
LaFêtefutannoncée le soir parleson
des Cloches,& commencée par un Te Denm-,
solemnellement chanté dans l'Eglise Collégiale
de S. Jean. Le Bailliage en Corps,
ayantM.de Perceval ,Lieutenant Général,
à latête
,
& le Corps de Ville, y assisterent,
accompagnésde deux Compagnies de Milice
Bourgoise, avec leurs Officiers & les
Enseignes déployées.
Après le Te Dmm
, on alluma le Feu de
joye
,
quiavoit été préparé devant la principale
Porte du Château ; un Peuple innom
nombrable fit en même-tems retentir l'air
de cris redoublés de Vive le Roi. On fit pluſieurs
décharges de moufqueterie , & on
entendit par întervalles la Symphonie de
pluſieurs Inſtrumens.
Après cette Cérémonie , toute la façade
du Château fut illuminée avec beaucoup
d'art : un tems doux & tranquile conferva
long-tems le feu des Lampions , enforte que
toute la Ville , qui eſt beaucoup dominée
par le Château , eût le plaiſir de joüir longtems
de cet agréable ſpectacle.
M. Morin donna enfuite un grand repas ,
auquel fûrent invités le Doyen de S. Jean ,
les Officiers & Avocats du Bailliage , le
Maire , les Officiers de la Bourgeoifie , &
d'autres perſonnes de diſtinction. Tout y
fût ſervi avec autant de profuſion que de
délicateſſe. Toute la Ville étoit dans la
joye ; les Violons donnerent des Serenades
à la porte des principaux Officiers ,
&la Fête , qui dura preſque toute la nuit ,
fût terminée ſans le moindre bruit , &à la
fatisfaction de tout le monde.
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795
p. 2307-2310
Fête donnée par M. de Julienne, [titre d'après la table]
Début :
M. de Julienne, Chevalier de l'Ordre du Roi, Entrepreneur des Manufactures Royales [...]
Mots clefs :
Roi, Portique, Arcades, Pyramide, Colonne, Fête, Manufactures, M. de Julienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fête donnée par M. de Julienne, [titre d'après la table]
M. de Julienne , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Entrepreneur des Manufactures Royales
des Draps& des Ecarlates des Gobelins ,
fit chanter le 17 Septembre , dans l'Egliſe
Royale & Paroiſſiale de S. Hyppolite un Te
Deum à grand Choeur, au fujet de la Convalefcence
du Roi.
Il donna à cette occafion un fouper de
25 couverts , & fit illuminer le Cloître de
l'Egliſe Paroiffiale & Collégiale de S. Marcel,
que les Chanoines lui avoient offert ,
comme un Lieu plus convenable , & à une
très-petite diftance où l'Hôtel des Manufactures
eſt ſitué.
L'Enclos
2308 MERCURE DE FRANCE.
L'Enclos de cet Hôtel eſt très-ſpacieux ;
lamoitié eſt plantée de fix rangées d'Ormes,
qui forment pluſieurs allées ,dont la principale
aboutit à la grande porte de l'Eglife.
A la tête de ces allées , on avoit conſtruit
un grand Portique , dont le milieu étoit
marqué par une grande Arcade de 10 pieds
d'ouverture fur 30 d'élévation , couronnée
d'un Fronton, fur la pointe duquel on liſoir
dans un Cartouche à fond bleu , en Ca
ractéres d'or , VIVE LE ROI. Au-deſſus
du Fronton , s'élevoit une Pyramide de 18
pieds de hauteur, terminée par une Fleur de
Lis de fix pieds. Cette Pyramide étoit auffi
peinte en bleu & garnie de Lampions ; on
voyoit vers le milieu de la Pyramide leChiffre
duRoi couronné,le tout profilé de Lampions
, ainſi que le reſte de la Décoration ,
ce qui faiſoit un très-bel effet , & qu'on
voyoit de fort loin.
La grande Arcade du milieu étoit accompagnéede
cinq moindres Arcades de chaque
côté. Toute cette ſuite d'Arcades étoit
interrompuë par une Colomne torſe, de 15
pieds de hauteur , avec ſa baze &fơn chapiteau.
Du chapiteaude chaque Colomne,s'élevoit
uneConſole pour ſervir d'appui à la corniche
de l'entablement. Sur cette corniche,on
avoit placé à l'aplomb de chaque Colomne,
des Vaſes d'une très-belle forme , & de
grandes
OCTOBRE. 1744. 2309
grandes Fleurs-de-Lis aux extrémités. Toutes
les Arcades dont on vient de parler ,
étoient ornées de Feſtons & de Guirlandes,
Au travers de ce grand Portique , de 16
toiſes de face , on voyoit dans l'éloignement
une autre Décoration , auſſi en Portique ,
repréſentant l'entrée d'un Palais en perfpective
; du milieu du Veſtibule pendoit un
Lustre de cristal , garni de bougies , & entre
les Arbres dont on a parlé , étoient encore
d'autres Luftres , qui répondoient aux Arcades
de ce Portique , &qui éclairoient des
Danſes , qui s'y étoient formées,
Pour que les Perſonnes de diſtinction
invitées à cette Fête , puſſent joüir commo
dément de ce gracieux coup d'oeil , M. de
Julienne avoit eu ſoin de faire conſtruire
un Amphithéatre , couvert & orné de Tapiſſeries
, capable de contenir 400 perfon.
nes; & afin qu'il ne manquât rien à cette
Fête , il avoit fait élever ſur chaque côté du
Cloître des Gradins , pour placer la Symphonie
, Violons , Tymbales , Trompettes
& Cors de Chaſſe , qui ſe répondoient alternativement
; & dans l'autre extrémité
étoient poſées deux piéces de Vin , qui furent
diſtribuées au Peuple. Pendant route
cette Fête , il fut tiré pluſieurs Boëres , qui
ne contribuerent pas peu à rendre cette réjoüiſſance
des plus ſolemnelles. On peut dire
!
2310 MERCURE DE FRANCE.
re enfin, que M. de Julienne, qui a été l'Inventeur
de ce Spectacle , n'a rien épargné
pour donner des marques de ſon zéle, pour,
célébrer l'heureux retour de la ſanté du
Roi.
Roi , Entrepreneur des Manufactures Royales
des Draps& des Ecarlates des Gobelins ,
fit chanter le 17 Septembre , dans l'Egliſe
Royale & Paroiſſiale de S. Hyppolite un Te
Deum à grand Choeur, au fujet de la Convalefcence
du Roi.
Il donna à cette occafion un fouper de
25 couverts , & fit illuminer le Cloître de
l'Egliſe Paroiffiale & Collégiale de S. Marcel,
que les Chanoines lui avoient offert ,
comme un Lieu plus convenable , & à une
très-petite diftance où l'Hôtel des Manufactures
eſt ſitué.
L'Enclos
2308 MERCURE DE FRANCE.
L'Enclos de cet Hôtel eſt très-ſpacieux ;
lamoitié eſt plantée de fix rangées d'Ormes,
qui forment pluſieurs allées ,dont la principale
aboutit à la grande porte de l'Eglife.
A la tête de ces allées , on avoit conſtruit
un grand Portique , dont le milieu étoit
marqué par une grande Arcade de 10 pieds
d'ouverture fur 30 d'élévation , couronnée
d'un Fronton, fur la pointe duquel on liſoir
dans un Cartouche à fond bleu , en Ca
ractéres d'or , VIVE LE ROI. Au-deſſus
du Fronton , s'élevoit une Pyramide de 18
pieds de hauteur, terminée par une Fleur de
Lis de fix pieds. Cette Pyramide étoit auffi
peinte en bleu & garnie de Lampions ; on
voyoit vers le milieu de la Pyramide leChiffre
duRoi couronné,le tout profilé de Lampions
, ainſi que le reſte de la Décoration ,
ce qui faiſoit un très-bel effet , & qu'on
voyoit de fort loin.
La grande Arcade du milieu étoit accompagnéede
cinq moindres Arcades de chaque
côté. Toute cette ſuite d'Arcades étoit
interrompuë par une Colomne torſe, de 15
pieds de hauteur , avec ſa baze &fơn chapiteau.
Du chapiteaude chaque Colomne,s'élevoit
uneConſole pour ſervir d'appui à la corniche
de l'entablement. Sur cette corniche,on
avoit placé à l'aplomb de chaque Colomne,
des Vaſes d'une très-belle forme , & de
grandes
OCTOBRE. 1744. 2309
grandes Fleurs-de-Lis aux extrémités. Toutes
les Arcades dont on vient de parler ,
étoient ornées de Feſtons & de Guirlandes,
Au travers de ce grand Portique , de 16
toiſes de face , on voyoit dans l'éloignement
une autre Décoration , auſſi en Portique ,
repréſentant l'entrée d'un Palais en perfpective
; du milieu du Veſtibule pendoit un
Lustre de cristal , garni de bougies , & entre
les Arbres dont on a parlé , étoient encore
d'autres Luftres , qui répondoient aux Arcades
de ce Portique , &qui éclairoient des
Danſes , qui s'y étoient formées,
Pour que les Perſonnes de diſtinction
invitées à cette Fête , puſſent joüir commo
dément de ce gracieux coup d'oeil , M. de
Julienne avoit eu ſoin de faire conſtruire
un Amphithéatre , couvert & orné de Tapiſſeries
, capable de contenir 400 perfon.
nes; & afin qu'il ne manquât rien à cette
Fête , il avoit fait élever ſur chaque côté du
Cloître des Gradins , pour placer la Symphonie
, Violons , Tymbales , Trompettes
& Cors de Chaſſe , qui ſe répondoient alternativement
; & dans l'autre extrémité
étoient poſées deux piéces de Vin , qui furent
diſtribuées au Peuple. Pendant route
cette Fête , il fut tiré pluſieurs Boëres , qui
ne contribuerent pas peu à rendre cette réjoüiſſance
des plus ſolemnelles. On peut dire
!
2310 MERCURE DE FRANCE.
re enfin, que M. de Julienne, qui a été l'Inventeur
de ce Spectacle , n'a rien épargné
pour donner des marques de ſon zéle, pour,
célébrer l'heureux retour de la ſanté du
Roi.
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796
p. 2312
Réjoüissances publiques à Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Le 20, il y eut des réjoüissances publiques à Versailles pour la convalescence du Roi, & [...]
Mots clefs :
Roi, Portique, Réjouissances publiques, Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réjoüissances publiques à Versailles, [titre d'après la table]
Le 20, il y eut des réjoüiſſances publiques
àVerſailles pour la convalefcencedu Roi ,&
toutes les maiſons de la Ville furent illuminées,
ainſi que les Egliſes des deux Paroiſſes,
& celle des Récolets. Le Portail de l'Egliſe
de la Paroiſſe de S. Louis le fut avec beaucoup
de magnificence. La Décoration , qui
avoit 16pieds de haut , ſur 12 de large , repréſentoit
le Portique d'un Temple , dans
l'enfoncement duquel on voyoit la Statuë
du Roi ſur un Piédeſtal , avec certe Inſcription:
Parenti Patria Redivivo confecrat Amor.
Au-deſſus du Portique étoit un Soleil , qui
jettoit unegrande lumiere. Un Palmier &
Olivier , formés par des Lampions , occupoient
les deux côtés du Portique , ſur le
ceintreduquel étoient ces mots , Jam Palma
nata funt , ecce paratur Oliva. M. Sibot, Prêtre
de la Miſſion , a fait la dépenſe de cetre
illumination , & le Deſſein en a été donné
par M. Frati , Peintre & Architecte de l'Académie
de Florence.
àVerſailles pour la convalefcencedu Roi ,&
toutes les maiſons de la Ville furent illuminées,
ainſi que les Egliſes des deux Paroiſſes,
& celle des Récolets. Le Portail de l'Egliſe
de la Paroiſſe de S. Louis le fut avec beaucoup
de magnificence. La Décoration , qui
avoit 16pieds de haut , ſur 12 de large , repréſentoit
le Portique d'un Temple , dans
l'enfoncement duquel on voyoit la Statuë
du Roi ſur un Piédeſtal , avec certe Inſcription:
Parenti Patria Redivivo confecrat Amor.
Au-deſſus du Portique étoit un Soleil , qui
jettoit unegrande lumiere. Un Palmier &
Olivier , formés par des Lampions , occupoient
les deux côtés du Portique , ſur le
ceintreduquel étoient ces mots , Jam Palma
nata funt , ecce paratur Oliva. M. Sibot, Prêtre
de la Miſſion , a fait la dépenſe de cetre
illumination , & le Deſſein en a été donné
par M. Frati , Peintre & Architecte de l'Académie
de Florence.
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797
p. 2314
« Le Baron de Kesselstatt, Grand Prévôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & [...] »
Début :
Le Baron de Kesselstatt, Grand Prévôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & [...]
Mots clefs :
Trèves, Roi, Rétablissement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Baron de Kesselstatt, Grand Prévôt de l'Eglise Métropolitaine de Tréves, & [...] »
Le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prévôt
de l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , &
que l'Electeur de Tréves a nommé ſon Envoyé
Extraordinaire auprès du Roi , pour
aller féliciter S. M. fur le rétabliſſement de
ſa ſanté , s'étant rendu à Metz , il s'eſt acquitté
de cette commiſſion le 21 du mois
dernier. Il a été conduit à l'audience du Roi,
ainſi qu'à cellesde la Reine & de Meſdames
de France , par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaſſadeurs .
de l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , &
que l'Electeur de Tréves a nommé ſon Envoyé
Extraordinaire auprès du Roi , pour
aller féliciter S. M. fur le rétabliſſement de
ſa ſanté , s'étant rendu à Metz , il s'eſt acquitté
de cette commiſſion le 21 du mois
dernier. Il a été conduit à l'audience du Roi,
ainſi qu'à cellesde la Reine & de Meſdames
de France , par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaſſadeurs .
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798
p. 2314-2315
SUR la Convalescence du Roi.
Début :
France, le Ciel te rend ton Maître, [...]
Mots clefs :
Roi, Maître, Prince, Jour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR la Convalescence du Roi.
SUR la Convalescence du Roi,
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
Rance , le Ciel te rend ton Maître ,
Ce Héros qu'il forma pour faire ton bonheur ,
Qui par ſes ſentimens t'a toûjours fait connoître ;
Qu'il n'eſtime rien tant que regner ſur ton coeur ;
Ceſſe de répandre des larmes ;
Il renaît pour ſecher tes pleurs ,
Et ce jour fortuné, qui finit tes douleurs,
T'affûre un deſtin plein de charmes.
Reſpecte en ce grand Roi, l'Ouvrage duTrès-Haut;
Pour ta félicité , ſa bonté le conſerve ;
Quelle grace à lui rendre ; un Prince, ſansdéfaut ,
Eſt le Maître qu'il te réſerve ;
Le front ceint de Lauriers cueillis par ſa valeur ,
Il vient frapper mes yeux d'une ſplendeur nouvelle;
La vertu , la prudence , appui de la grandeur ,
Rendront
OCTOBRE. 1744. 2318
Rendront ſa mémoire éternelle.
Qui ; monDieu,tu nous parles en ce jour par ſa voix,
EtLours devient le modéle
Sur lequel tu prétens que ſe forment les Rois ;
Peuple ſoumis à ſa puiſſance , favorisé duCiel, ado
re ſa clémence ;
Redouble , s'il ſe peut , ta tendreſſe &tes voeux ;
Content de ta reconnoiffance ,
Il prendra ſoin de ſes jours précieux.
Couvert d'une gloire immortelle ,
Paris , tu vas revoir ce Roi victorieux ;
Ne ceſſe d'élevertes chants juſques aux Cieux ;
Sers ton Dieu , ferston Prince avec le même zéle
Son exemple aujourd'hui doit ranimer ta foi ;
Avec des qualités ſi dignes de ton Roi ,
Tu mériteras qu'on t'appelle
Lhéritage du Jufte & la Ville fidelle.
Par M. Bailly , Garde Général des Tam
bleaux du Roi..
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799
p. 2319-2325
FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
Début :
IL n'y a aucune Ville qui ait témoigné plus de joye pour la Convalescence du Roi, que celle de [...]
Mots clefs :
Roi, Convalescence, Lampions, Fête, Abbaye, Peuple, Joie, Te Deum, Ville, Feu, Magnifique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données dans la Ville de Tours, pour la Convalescence du Roi.
2320 MERCURE DE FRANCE.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
Roi , aux deux côtés duquel on avoit placé deux
Palmes d'une grandeur & d'une étenduë proportionnées
, qui jettoient un feu & un éclat admirables.
Des Guirlandes de feu , ſemées de Lampions , en
forme de Diamans , régnoient tout le long de cet
Edifice ; d'autres , de même eſpece , ténoient ſufendus
au milieu de chaque Croiſée & de chaque Porte
, des Luftres de Lampions.
Au-deſſus des Croiſées du rez- de-chauffée , deux
rangs de lumieres , avec des Pots à feu , formoient
une magnifique Balustrade. A l'endroit le plus éminent
du Palais Abbatial , on avoit élevé un grand
Soleil , parfaitement éclairé , avec ces mots au-deffous,
en très-gros Caractéres , garnis de Lampions,
SERENITAS RESTITUTA , CONVALESCENTE REGE ,
de forte qu'on pouvoit les lire de plus de 300 pas.
Tous les Bâtimens qui environnent le Palais Abbatial
, pour être illuminés dans un autre goût , n'en
étoient pas moins éclatans. On y liſoit dans pluſieurs
endroits ces mots VIVE LE Ror , & ceux- ci La-
TITIA PURA .
Le long des Terraſſes , & dans pluſieurs endroits
du Jardin, on avoit placé beaucoup de groſſes Terrines.
Enfin on n'a tien négligé pour rendre cette
Fête digne du Souverain pour qui elle étoit deſtinée.
Flle fut annoncée par le carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye, puis precédée & fuivie d'une
décharge d'un grand nombre de Boëtes. Jamais la
joye ne fut plus grande, depuis les plus jeunes Penfionnaires
juſqu'aux plus graves Religieuſes , toutes
en donnerent les marques les plus touchantes.
La fituation de l'Abbaye de Beaumont, qui eft ervironnée
de Ponts & de Levées , permettant à la
vûë de découvrir une grande partie de ſon intérieur,
donna lieu à un grand concours de monde . En effer
le Peuple de la Ville accourut en foule des endroits
les
OCTOBRE.
1744. 2321
les plus éloignés , pour participer à la joye que l'on
faiſoit éclater pour la Convalescence du Roi .
Notre grand Prélat & M. L'Intendant , ſuivirent
cet exemple , & bien-tôt les Fêtes devinrent géné-
Tales. Les réjoniſſances de M. l'Intendant commenrent
le Dimanche 13 Septembre. Il y eut une illumination
magnifique & très -bien entenduë, & un Souper
, où M. l'Archevêque ſe trouva. Il y avoit cinq
tables differentes, qui faisoient plus de 140 couverts,
toutes ſervies avec beaucoup de délicateffe & de
profufion. Le ſouper fut fuivi d'un Bal. Le Peuple
ne fut point oublié , on fit dreffer dans les cours
plufieurs tables , qui toutes retentiſſoient d'acclamations
de VIVE LE ROI , & le Peuple danſa toute
la nuit. On ne décrira point la magnificence des
feux& des illuminations ; c'eſt M. de Bayeux , In .
génieur de la Province & connu par ſes talens , qui
en avoit donné le Plan ; il ſuffira de dire que le ſuc.
cès furpaſſa l'attente , & l'on attendoit d'autant plus
du zéle de M.l'Intendant ,qu'il ne ceſſe point d'en
marquer la vivacité dans toutes les parties de l'Adminiſtration
, dont il eſt chargé , ſurtout dans une
application fans relâche à rétablir les Manufactures
& à rendre la Ville de Tours auſſi floriſſante qu'elle
l'a été autrefois .
Le Dimanche ſuivant 20 du même mois , M. l'Archevêque
fu chanter dans ſa Cathédrale un Te Deum,
qui dès la veille fut annoncé par le ſon de toutes les
Cloches , & peut- être n'est- il pas dans le Royaume
unt plus belle ſonnerie. La Muſique du Te Deum
fut trouvée parfaite& très bien exécutée. Elle étoit
de la compofition du Sr du Luc. L'Auteur , déja diftingué
par d'autres Morceaux en ce genre,remplis
l'idée qu'on avoit de ſa capacité ,& foutint parfaitement
la réputation qu'il s'eſt faite à Paris par les
Piéces qu'il a données aux Concerts Spirituels . Les
Hv Com2322
MERCURE DE FRANCE.
Compagnies de Ville y aſſiſterent en habits de cérémonie.
Jamais on ne vit une ſi grande affluence
de Peuple.
Ily eut au Palais Archiepifcopal un Feu de joye,
tunetrès-belle illumination & un grand fouper pour
tout le Chapitre & autres perſonnes , ce qui forma
deux grandes tables, de 30 couverts chacune. Dans
la cour de l'Archevêché & dans la Place qui eſt auprès
, couloient des Fontaines de vin pour le Peuple.
Tout répondoit à la grandeur de celui pour qui
ſe faifoit la Fête , & à la générofité de celui qui la
donnoit. Le Prélat , admirable en tout , mais particulierement
par ſa bonté , fit diſtribuer des aumônes
confidérables , paroiſſant toujours avec cet air de
grandeur & d'affabilité , qui lui concilie le reſpect
&la tendre confiance des Peuples:
Toute la Bordure du Bâtiment , qui eft d'úne très
grande longueur , & toutes les Croiſées , étoient
éclairées par pluſieurs milliers de Lampions , depuis
le haut juſqu'au bas ; on s'attacha pour ce Deſlein
àl'Ordre d'Architecture , que l'on fuivit exactement.
A la face de la premiere cour à droite , paroiffoient
en differens endroits les Armes de S M. éclairées
de quantité de Lampions: Deux mille Terrines,
poſées avec art , tant en-dedans qu'en - dehors , répandoient
laplus grande clarté ; tout le Portail&&
les Bâtimens contigus , étoient illuminés avec le
même goût.
Vers les onze heures du foir , on tirale Feu d'ar
tifice , élevé dans le Jardin ſur un Amphithéatre
très ſpacieux.
Sur les Piliers de cet Amphithéatre s'élevoient
cinquante groffes Gerbes, qui jettoient un feuétonnant,
& finiffoient par un bruit ſemblable à celui du
canon. On voyoit dans un grand Baffin du Jardin
deux
OCTOBRE. 1744. 2323
deux Soleils tournans , qui au milieu de l'eau , faifoient
un très-bel effet. Cinquante groſſesGerbes ,
fuivies d'une Chaſſe de plus de soo Plongeons, qui
fortoient de l'eau & ſe répandoient fur tout le Parterre
, formoient un ſpectacle auſſi agréable que fingulier.
Sut la Terraffe de l'Archevêché parurent
pluſieurs Gerbes à fix quarts , & dans le même inftant
ſuivirent trois décharges de 300 Sauciffons , qui
imitoient le bruit du canon . Dans toute la Charmille
du Parterre on avoit diſtribué avec ordre 200
Pots à feu , qui jettoient chacun plus de 60 pieds en
ferpenteaux. Tout a été exécuté par le Sr Courſon
Artificier du Roi.
>
Les Réjouiſſances de la Ville ſe firent le même
jour. On ne trouva-point de ſituation plus propre
pour l'illumination , que la Maiſon des PP . Capu
eins. Il eſt impoſſible en effet de ſe repréſenter com
bien le coup d'oeil étoit frappant. La Maiſon de ces
PP. dont les foins ne contribuerent paspeu à l'embelliſſement
de la Fête , eſt parfaitement bien ſituée.
Elle domine toute la Ville,& étant placée au-deſſus
des bords enchantés de la Loire, elle offroit le plus
magnifique ſpectacle. Il y eut plufieurs décharges
de l'Artillerie, & la Ville traita enſuite les Capucins .
Les Particuliers ne montrerent pas moins de vivacité,&
l'empreſſement à célebrer le rétabliſſement
de la ſanté du Roi fut unanime. Le Corps des Marchands
fit chanter un Te Deum , illumina fon Bu
reau , & diftribus d'abondantės aumônes . Les Marchands
Fabriquans firent le lendemain la même choſe.
Tous fans diftinction , marquoient un égal defir
de fignaler leur zéle pour la Pertonne de notre Mo:
narque , & jamais on n'a mieux vu combien cet attachement
eſt gravé dans tous les coeurs Ge qu'on
ne doit pas oublier fur tout , ce font les aumônes.
LePrélat avoit donné l'exemple ,& il fut ſuivi .
Hvj
Les
2324 MERCURE DE FRANCE .
Les PP. Jéſuites donnerent un repas à tous les
Pauvres de la Ville qui ſe préſenterent. Mad. de
Chezelles , dont la Pieté releve encore la Naiſſance,
&connue par ſa grande charité ſous le nom de la
Mere des Prisonniers , chargée des libéralités de
M. l'Archevêque , alla porter la joye juſques dans
les Priſons , & on peut dire que la ſanté du plus
grand des Rois , a fait entrer l'allegreſſe dans les
Lieux condamnés aux larmes & à l'horreur. Il fembloit
que tous les coeurs ne fuflent alors capables
que de ſentimens de plaifir.
Il n'eſt ni Ville , ni Bourg, ni Village, ni Hameau
dans toute la Touraine , qui n'ait ſuivi l'exemple de
laVille Capitale .
Dans l'Abbaye de Cormery , les Peres Bénédictins
, tant en leur nom , qu'en celui de M. de Vaubrun
, leur Abbé , dont tout le monde connoît & le
mérite & l'eſprit , ont donné une Fête , qui mérite
de tenir fa place dans cette Relation.
Le Samedi au foir , 10 Octobre, la Fête fut annoncée
par pluſieurs décharges de l'Artillerie de la
Ville , qui fut ſuivie du ſon des cloches de l'Abbaye.
Le Dimanche ſur les cinq heures du foir , les Religieux
en Chappes , accompagnés de tout le Clergé
de la Ville , fuivis des Officiers de la Jurifdiction ,
tous les Habitans ſous les armes , fe rendirent dans
l'Egliſe de cette Abbaye. Plus de 2000 Lampions
en compartimens , dont les uns formoient des feftons
de fleurs , les autres compofoient differens Emblêmes
à la gloire du Roi , préſentoient un coup
d'oeil des plus brillants. Du hout du Frontifpice de
l'Eglife fortoit un Soleil plein de lumieres , dont
les rayons étoient ménagés avec tant d'art , qu'ils
ne ſe réüniffoient que pour faire briller les Armes
du Roi , autour deſquelles on liſoit , LUCET ET
ORNAT; plus bas le préſentoiens les Armes de M
de
OCTOBRE. 1744. 2325
de Vaubrun , Abbé de Cormery , avec celles de
l'Abbaye , qui étoient décorées d'une infinité de
Lampions. Le grand Autel étoit tout illuminé ; la
Décoration du Sanctuaire étoit formée de Lam.
pions , qui repréſentoient en gros Caractéres cette
Inſcription : QUEM PLANXIT AMOR , EI GRATU
LATUR AMOR. Tout le Choeur des Religieux n'offroit
aux yeux que des VIVA LE ROI.
A la premiere ſalve , le R. P. Prieur précedé du
Maître de Cérémonie , monta ſur un Trône parfemé
de Fleursde Lis , & entonna le Te Deum , qui fut
chanté à trois Choeurs . On fit enſuite défiler la Milice
Bourgeoife , au bruit des Tambours & Violons.
Les Religieux en Chappes, précedés de leur Clergé,
marchoient deux à deux , pour ſe rendre dans la
Place deſtinée pour allumer le Feu de joye.. Le
Prieur , avec quatre Religieux des plus anciens ,
y mit le feu , ce qui fut ſuivi de pluſieurs décharges
d'Artillerie. Tout retentiſſoit des acclamations
& des cris de joye du Peuple , à qui l'on
diftribucit fans meſure des vivres de differentes efpeces
, pendant que deux Fontaines de Vin cou-
Loient avec abondance.
La Fête fut terminée par un beau Feu d'artifice,
de la compofition du St Courſon.
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800
p. 2326
« Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...] »
Début :
Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Prague, Gouverneur, Roi, Marquis d'Escoville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22 du mois dernier au soir, le Marquis d'Escoville, Chambellan du Roi de Prusse, & que ce [...] »
Le 22 du mois dernier au ſoir , le Marquis d'Ef
coville , Chambellan du Roi de Pruffe , & que ce
Prince a choisi pour apporter au Roi la nouvelle de
la priſe de Prague , arriva à Metz , & le lendemain
il remit à S. M. une Lettre de S. M. Pr. étant préſentédans
la Chambre par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 28 , ce Marquis prit congé du Roi , pour retourner
auprès du Roi de Pruffe. Cet Officier a
confirmé que S. M. Pr. ayant refuſé d'accorder la
Capitulation demandée par le Gouverneur de Prague
, ce Gouverneur avoit conſenti , en ſe rendant,
que la garniſon , compoſée de 22 Bataillons , tant
d'anciennes troupes , que de Milices enregimentées,
fut priſonniere de guerre.
Le 23 , le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prévôt de
l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , & que l'Electeur
de Tréves avoit nommé ſon Envoyé auprès du
Roi , eat ſon audience de congé de S. M y ayant
été conduit par le Chevalier de Sainctot .
coville , Chambellan du Roi de Pruffe , & que ce
Prince a choisi pour apporter au Roi la nouvelle de
la priſe de Prague , arriva à Metz , & le lendemain
il remit à S. M. une Lettre de S. M. Pr. étant préſentédans
la Chambre par le Chevalier de Sainc
tot , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 28 , ce Marquis prit congé du Roi , pour retourner
auprès du Roi de Pruffe. Cet Officier a
confirmé que S. M. Pr. ayant refuſé d'accorder la
Capitulation demandée par le Gouverneur de Prague
, ce Gouverneur avoit conſenti , en ſe rendant,
que la garniſon , compoſée de 22 Bataillons , tant
d'anciennes troupes , que de Milices enregimentées,
fut priſonniere de guerre.
Le 23 , le Baron de Keſſelſtatt , Grand Prévôt de
l'Egliſe Métropolitaine de Tréves , & que l'Electeur
de Tréves avoit nommé ſon Envoyé auprès du
Roi , eat ſon audience de congé de S. M y ayant
été conduit par le Chevalier de Sainctot .
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