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1
p. 1966-1972
EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
Début :
LA résolution que le Roi a prise de se mettre à la tête de ses armées, pour [...]
Mots clefs :
Ode, Strophe, Roi, Bellone, Gloire, Louis, Conquêtes, Critique, Élie-Catherine Fréron
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Ode sur les Conquêtes du Roi.
EXTRAIT d'une Ode fur les Conquêtes
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
L
du Roi,
A réfolution que le Roi a prife de le
mettre à la tête de fes armées , pour
avancer le grand Ouvrage de la Paix
ayant ranimé les Mufes en France , a fait
éclore un nombre infini de Piéces de Poëfie.
>
M. l'Abbé Freron a fait part au Public d'une
Ode de fa façon , affés belle
pour exciter la
Critique nous avons cru qu'on nous fçauroit
bon gré d'en donner une idée dans ce
Journal par un Extrait.
,
Cette Ode qu'on peut dire belle , fans la
garantir bonne dans toutes fes parties a
pour objet & pour titre les Conquêtes du
Ro : commençons par l'oeconomie que l'ingénieux
Auteur y à mife. La Guerre vient
Le préfenter au jeune Monarque , & l'invite
à ne plus differer de venger les droits violés.
L'Auteur , avant que de la faire parler ,
la peint fous ces horribles traits :
Quelle Divinité barbare
S'offre à mes yeux épouvantés !
Deux glaives , forgés au Tarrare ,
Arment fes bras enfanglantés ;
Des
SEPTEMBRE. 1744. 1967
Des Serpens forment la Couronne ;
L'ombre du trépas l'environne ;
Le tonnerre gronde à l'entour
Les inexorables furies ,
;
Les Gorgones , de fang nourries ',
Compolent fon horrible Cour.
On a trouvé cette image trop noire ; on
auroi : voulu , que cette Guerre que l'Auteur
confond avec Pallas ou Bellonne dans
les autres Strophes , infpirât plus de terreur
que d'horreur , furtout devant fervir de
guide à un Roi , dont il fait cette aimable
peinture dans fa troifiéme Strophe.
Je fçais que mon pouvoir ſuprême
Ne fut jamais l'appui du tien ;
Que l'éclat de ton Diadême
A la clémence pour ſoutien ;
Mais fur des Rivaux mercénaires ,
Yvres d'exploits imagina: res ,
C'eft affés verfer de bienfaits ;
L'ennemi , que ta vertu bleſſe ,
Taxeroit enfin de foibleffe
La jufte horreur de mes forfaits.
B llonne animeroit le vengeur des droits ,
par l'exemple de Titus devant Soline , &
furtout par celui de fes plus grands Ayeux
comme on le voit dans la feptiéme Strophe :
>
Tes
1968 MERCURE DE FRANCE.
Tes Peres , Souverains Arbitres
Des querelles des Potentats ,
Ne t'ont eux - mêmes qu'à ces titres
Tranfmis de fi vaftes Etats ;
Ce n'eft qu'en marchant fur la trace
Du Dieu Conquerant de la Thrace ,
Que leurs pas fe font annoblis ;
Au haut du Temple de la Gloire ,
Sur les ailes de la victoire ,
Ils n'euffent point porté tes Lis.
LOUIS , inftruit par des leçons fi nobles
, fuit Bellonne dans la Flandre. Voici
quels font les Guerriers , à la tête defquels
il va fe mettre :
LOUIS apperçoit dans fa courfe
Ces vieux Guerriers , Maîtres du Sort ,
Avides de tarir la fource
D'un fang refpecté par la Mort .
Ce Sang dans leurs veines bouillonne ;
De leur Prince , aux Champs de Bellonne,
Ils brûlent de fuivre les pas ;
Dans fes yeux leur ame ravie
Puifant une nouvelle vie ,
Ne refpire que le trépas .
Nous fupprimons , pour abbreger , plufieurs
Strophes , & nous paffons à la dixiéme
, où il s'agit de la prife de Menin ; voici
la
SEPTEMBRE. 1744 1969
la Deſcription de cette premiere Place conquife
:
Sufpendant fon deſtin tragique ,
A l'abri des retranchemens ,
Vainement le Lion Belgique
Remplit l'air de rugiffemens ;
Vainement-fa gueule enflâmée
Vomit le fang & la fumée ;
Effrayé de nos appareils ,
Il héfite , il tremble , il recule ;
Dans LOUIS il croit voir Hercule ,
Le Destructeur de fes pareils.
la flâme
'Armé de la terrible Lance,
Que la Guerre mit dans ſa main ,
Le Héros s'approche & s'élance
A travers cent foudres d'airain ;
Le bruit , l'horreur , les eaux ,
Rien n'épouvante fa grande Ame ;
Ses Soldats en font éblouis ;
Bellonne elle- même l'admire,
Orgueilleufe quefon Empire
Ait un Guerrier tel que Louis.
La douziéme Strophe eft confacrée à la
gloire d'un de nos vaillans Princes ; le Public
la verra avec fatisfaction .
Mais
T
1970 MERCURE DEFRANCE.
Mais tandis que ma voix rapide
T'arrête au milieu des hazards ,
Quel eft ce Guerrier intrépide
Qui brave les horreurs de Mars ?
Mes yeux peuvent- ils méconnoître
L'Augufte Sang qui le fit naître ?
C'eſt le tien ; c'eft le Sang des Dieux ;
Clermont tonne ; le Ciel s'embrafe
La foudre gronde , tombe , écrase
L'antre du Lion furieux.
L'Auteur ayant paffé avec le même feu ,
de la réduction de Menin à celle d'Ypres ,
& aux autres Conquêtes du Roi , pourſuit
ainfi :
Sur les débris de ces murailles
Bellonne s'éleve foudain.
D'affreux monceaux de funerailles -
Soûtiennent fon Trône d'airain ;
Son oeil farouche au loin contemple
Tous les Peuples , qui dans fon Temple
Rendent hommage à fes fureurs ;
Son ame de joye enyvrée ,
Voit la terre aux combats livrée ,
Et s'applaudit de ces horreurs.
Quelques Profateurs ont critiqué le terme
prifes pour des enterre- de funerailles , priſes pour
mens ,
SEPTEMBRE. 1744 1971
mens , & non pour la mort même . Mais
l'exemple de Corneille dans le Cid , autorife
l'Auteur à s'exprimer , comme il a fait ;
eh ! que deviendroit le langage des Dieux ,
fi l'on le réduifoit à s'en tenir à celui des
Hommes : paffons à une Strophe qui a réuni
tous les fuffrages ; c'eft Bellonne qui parle :
Ah ! dit-elle , quel doux ſpectacle
Les Alpes offrent à mes fens !
CONTY s'indigne de l'obſtacle
Des Rocs fous fes pas renaiffans.
Kival du Héros de Carthage ,
Sa gloire devient, ton partage ;
L'orgueil des Monts eft démenti ,
Et ces roches du Ciel voiſines ,
Dans l'Hiftoire de leurs ruines
Verront Annibal & CONTY.
L'Hiftoire ne fait point paffer les Alpes à
Annibal , mais de cette Critique , quelque
jufte quelle foit , il n'en revient que plus
de gloire au Prince que l'Auteur veut célé
brer , puifqu'il a plus fait qu'Annibal.
Bellonne finit l'Ode par cette Strophe ,
adreffée aux François :
François , fous de plus doux aufpices
Vous verrez renaître ces jours ,
Don
1972 MERCURE DE FRANCE
Dont les Dieux , jadis fi propices ,
Prenoient foin d'embellir le cours ;
Et moi , plongeant aux noirs abîmes
L'horrible amas de mes victimes ,
La Mort , le Tumulte & l'Effroi ,
J'irai dans les demeures fombres
Etonner les plus fiéres ombres
Des triomphes de votre Roi.
Les voix recueillies fur cette Piéce , on
dire que fi elle a eu des Contradicpeut
teurs , l'Auteur doit fe flater que les vrais
Connoiffeurs lui ont rendu avec éloge la
juſtice qui lui eſt dûë.
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2
p. 71-74
LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
Début :
Loin d'ici l'affreuse Bellonne ; [...]
Mots clefs :
Concerts, Bellone, Louis, Mars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
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