La Ville de Metz & les habitans du Pays Meffin ,
qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz , &
pendant qu'il y étoit en bonne fanté , fe font entierement
occupés du loin de prouver à S. M. leur
amour & leur refpect , lui ont marqué dans fa maladie
F'un & l'autre , de la maniere la plus éclatante
, par leurs prieres continuelles pour la confervation
du Roi , par l'empreffement avec lequel ils fe
mettoient à portée d'apprendre à tout inftant des
nouvelles de S. M. par leurs tranfports de joye ,
dès qu'ils ont été certains de fa guérifon , & par
tout ce qu'ils ont crû le plus capable de faire connoître
leur fidélité & leut affection pour le Roi.
Toutes les Villes du Royaume ont donné pendant
AOUS T. 1921
1744 .
dant la maladie du Roi les plus fortes preuves de
leur refpectueux attachement pour S. M. & celle
de Paris , qui s'eft toujours fait un devoir de fe diftinguer
par fon zéle , a fait éclater fes fentimens ,
d'une maniere , qui depuis long - tems n'a point eú
d'exemple.
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La premiere nouvelle de la maladie de S. M.
avoit répandu à Paris une affliction générale , & de
vives allarmes fe joignirent à cette affliction , lorfqu'on
fut informé par les lettres de Metz du 11 au
foir & par celles des jours fuivans , que les faignées
du pied , faites à S. M. n'avoient pas eû plus de fuccès
que les autres remédes employés , pour lui procurer
du foulagement.
On tomba dans une défolation inexprimable , en
apprenant que le 13 le Roi avoit reçû le Viatique ;
le furlendemain on lui avoit donné l'Extrêmeque
Onction , & qu'on avoit perdu prefque entierement
l'efperance de la guérifon de S. M. Les Eglifes ,
pendant les Prieres de Quarante - Heures , ordonnées
pour demander à Dieu la confervation du Roi ,
furent remplies le jour & la nuit par les perfonnes
de tous les Ordres , lefquelles par la ferveur dont
elles prioient , montroient combien elles défiroient
d'être exaucées. La plupart ne fe contentant pas de
mêler aux chants du Clergé leurs voix entrecou
pées de foupirs & de fanglots , & mettant en ufage
toutes les bonnes oeuvres que la Piété pouvoit leur
infpirer , diftribuoient d'abondantes aumônes aux
Pauvres , & elles portoient des fommes confidérables
aux Sacrifties , pour faire dire des Mefles. Des
perfonnes même , à qui leur peu de fortune fembloit
ne permettre que d'adreffer des voeux au
Ciel , pour en obtenir la grace qui faifoit l'objet
des fouhaits publics , employoient à ces ufages
pieux tout l'argent dont leurs befoins leur laiffoient
la
1922 MERCURE DE FRANCE.
la liberté de difpofer. On ne fortoit des Eglifes ,
que pour aller chercher des nouvelles de la fanté du
Roi chés ceux qu'on jugeoit être plus à portée d'en
être inftruits , & il y avoit une affluence conti
nuelle aux portes des Miniftres , ainsi qu'au Bureau
de la Pofte.
Le Peuple arrêtoit tous les couriers qu'il croyoit
arriver de Metz ; il les queftionnoit avec crainte
& felon leurs réponſes , il ſe livroit à la confterna
tion ou à l'efperance . Il fembloit que tous les habitans
de cette Ville partageaffent le danger avec le
Roi , & qu'ils éprouvaffent les mêmes orages que
S. M.
Cette agitation diminua par les nouvelles qu'on
reçût de l'état dans lequel le Roi s'étoit trouvé le
18 au foir , & elle fit place à la joye la plus parfaite
dès qu'on fut affûré que le 19 au matin S. M. étoit
hors de danger. Alors , on retourna aux Eglifes ,
pour rendre des actions de graces , avec le même
empreffement qu'on avoit eeuû ,, pour demander la
guérifon du Roi. La Ville ne retentit plus que de
cris d'allegreffe ; on voyoit de tous côtés des gens
courir dans les rues , & fe dire avec transport : Le
Roi eft guéri , & ces mots étoient accompagnés de
voeux ardens pour la confervation de S. M. La fatisfaction
augmente , à mesure qu'on apprend que
le Roi avance dans fa convalefcence , & il ne manque
à la joye des Parifiens que le plaifir d'avoir S.
pour témoin des démonſtrations de leur amour
& de leur refpect , lefquelles leur font autant d'honneur
, qu'elles font flateufes pour notre Augufte
Monarque.