Résultats : 14595 texte(s)
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10151
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
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texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
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Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10152
p. 72
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Novembre est Enigme même ; celui du Logogryphe [...]
Mots clefs :
Lumière, Énigme
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texteReconnaissance textuelle : Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
LE
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
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10153
p. 75
AIR.
Début :
Non, Venus n'est pas comparable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
AIR.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
Non , Venus n'eft pas comparable
A la beauté dont je porte les fers :
Fur- il jamais dans l'univers
Un objet plus aimable
Viens , tendre amour , viens l'enflammer ,
Ne retarde plus fa défaite :
C'eſt à toi de rendre Iris parfaite ,
Ea foumettant fon coeur au doux plaifir d'aimer.
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10154
p. 76
« Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Début :
Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...]
Mots clefs :
Voltaire, Madame de Staal, Montesquieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
MERCURE DE FRANCE.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
ΝNire
Ous avons eu raifon de
ne pas met. \
tre dans le Mercure précédent , fous
le nom de M. de Voltaire , les vers fur la
mort de M. de Montefquieu. Nous venons
d'apprendre qu'ils font de M. Bordes , de
l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Lyon.
Nous n'avons pu mettre dans le Mercure
de Novembre la Lettre qui nous eft adreffée
fur les Mémoires de Madame de Staal ,
ne l'ayant reçue que le 30 Octobre , qui
étoit précisément le premier jour de la
diftribution de ce Journal. Il ne nous a
pas même été poffible de l'inférer dans celui-
ci . Le premier article où elle doit être
placée , étoit déja imprimé , quand elle
nous eft parvenue. Pour réparer ce contretems
, autant qu'il dépend de nous ,
nous commencerons par elle la partie fugitive
du fecond Mercure de ce mois , qui
paroîtra le 15. Ce ne fera qu'un retard de
deux femaines . Ce court intervalle ne fera
rien perdre de fon prix à l'ouvrage , & ne
doit pas empêcher l'Auteur d'enrichir notre
recueil des autres morceaux qu'il nous
promet.
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Résumé : « Nous avons eu raison de ne pas mettre dans le Mercure précédent, sous [...] »
Le Mercure de France explique des retards dans la publication de certains contenus. Les vers sur la mort de Montesquieu, initialement attribués à Voltaire, sont en réalité de M. Bordes, membre de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon. Une lettre concernant les Mémoires de Madame de Staal n'a pas pu être incluse dans les éditions de novembre et décembre en raison de son arrivée tardive. Pour remédier à ce contretemps, la lettre sera publiée dans la partie fugitive du second Mercure de ce mois, prévue pour le 15. Ce retard de deux semaines n'affectera pas la valeur de l'ouvrage et n'empêchera pas l'auteur de contribuer d'autres morceaux promis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10155
p. 107-121
« Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Début :
Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...]
Mots clefs :
Collection, Nature, Vérité, Docteur, Académies, Médecine, Découvertes, Philosophie, Physique, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Nous avons annoncé au mois de Septembre
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
110 MERCURE DE FRANCE.
22
interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
110 MERCURE DE FRANCE.
22
interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
Fermer
Résumé : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Le texte annonce la publication d'une nouvelle Collection académique, précédée d'un discours préliminaire de M. Gueneau. Ce discours expose des vues philosophiques et met en avant l'importance des vérités physiques. Gueneau combine profondeur de réflexion et éloquence stylistique, tout en évitant l'éloquence trompeuse. Il insiste sur l'observation et la méthode pour atteindre la certitude physique, commençant par l'observation de soi-même avant d'explorer le monde extérieur. Le préjugé est identifié comme un ennemi de la vérité, et Gueneau propose un doute méthodique pour le combattre. Le texte mentionne également des figures historiques telles que Bacon, Galilée, Descartes, Malebranche, Leibniz et Newton, soulignant leurs contributions à la philosophie et à la science. La Collection académique vise à rassembler les observations et découvertes des plus célèbres physiciens européens dans divers domaines scientifiques, évitant ainsi la dispersion des informations dans de nombreux volumes originaux. Le texte précise que trois volumes sont déjà publiés, avec un quatrième prévu pour Pâques 1756. Cette collection facilite la comparaison entre expériences et observations et est destinée aux personnes étudiant la nature. Elle a déjà reçu l'approbation publique. Le premier volume inclut les 'Essais d'Expériences Physiques' de l'Académie del Cimento de Florence, avec des additions du Docteur Musschenbroek, traitant de diverses découvertes, notamment sur la formation de la glace et l'expansion des solides chauffés. Il comprend également un extrait des vingt premières années du 'Journal des Sçavans'. Le deuxième volume contient les quatorze premières années des 'Transactions Philosophiques' de la Société Royale de Londres et une collection philosophique du Docteur Hook. Le troisième volume présente les 'Éphémérides' de l'Académie des Curieux de la Nature en Allemagne, couvrant les années jusqu'en 1686. Les traductions des textes originaux ont été réalisées par plusieurs savants, dont M. Lavirotte, M. Roux, M. Larcher, le Chevalier de Buffon, M. Daubenton, M. Nadaut, et M. Barberet. La collection est enrichie de plus de 150 figures sur près de 50 planches en taille-douce et bénéficie d'une excellente qualité typographique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10156
p. 121-126
« GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
Début :
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...]
Mots clefs :
Géographie, Réflexions, Réflexions, Isaac Newton
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE compofée en
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
latin par Bernard Varenius , revue par
Ifaac Newton , augmentée par Jacques Jurin
, traduite en anglois d'après les éditions
latines données par ces auteurs ,
avec des additions fur les nouvelles découvertes
, & préfentement traduite de l'anglois
en François avec des figures en taille-
I. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE .
douce . A Paris , chez Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; & Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , 1755. 4. vol. in-1 2.
Le titre feul déclare affez l'importance
de cet Ouvrage dont l'auteur eft Varenius
qui l'a écrit en latin . Les fréquentes éditions
de ce livre , qui fe font , pour ainfi
dire , fuccédées les unes aux autres , font
une preuve de fa bonté , & font fon plus
bel éloge . Le fuffrage d'un auffi grand
somme que M. Newton , ajoute le dernier
trait à fa louange . Cet illuftre philofophe
le jugea digne de fon attention ,
puifqu'il voulut lui-même prendre foin de
l'édition qui parut en 1672 à Cambridge :
il occupoit alors une chaire de Mathématiques
dans la fameufe Univerfité de cette
ville. Il commenta Varenius qui a traité
fon fujet en Géometre & en Phyficien ;
il trouva fa Géographie très-propre à être
mife entre les mains de fes éleves à qui il
faifoit des leçons publiques fur la même
matiere. Il la corrigea dans les chofes où
Varenius avoit fe il éclaircit
pu tromper ;
celles que celui ci n'avoit point affez développées
, & l'augmenta en beaucoup
d'endroits pour fuppléer à ce qui manquoit
pour la perfection de l'Ouvrage. Il fuffifoit
qu'un livre eût été revu par M. Newton
avec autant d'exactitude de fa part ,
DECEMBRE. 1755. 123
pour accélérer le débit de l'édition qui
s'épuifa malgré la quantité d'exemplaires.
qui s'étoient diftribuées à Cambridge . C'eft
ce qui engagea dans la fuite du tems , le
Docteur Jurin à donner une nouvelle édition
de cette Géographie , qu'il accompagna
d'un très- bon fupplément qui renferme
les découvertes les plus modernes pour
l'inftruction des jeunes étudians. Il la dédia
au Docteur Bentlei , à la follicitation
duquel il l'avoit entrepriſe. C'eft d'après
cette derniere édition latine , qu'a été compofée
la Traduction angloife qui paroît
être fort eftimée ; & la Traduction françoife
que nous annonçons , a été faite
fur cette Edition Angloife , fupérieure à
toutes les Editions Latines qui l'ont précédée.
Au moins , c'est ce que nous affure
M. de Puifieux qui eft le Traducteur françois
, & qui ne fe fera fans doute déterminé
à porter un pareil jugement , qu'après
les avoir comparées enfemble . On
doit lui fçavoir gré d'avoir rendu public
en notre langue un ouvrage auffi effentiel
pour perfectionner les connoiffances rela
tives à la Géographie . Ce livre eft trop
connu parmi les Sçavans pour nous arrêter
ici à en apprécier le mérite ; & la réputa
tion décidée dont il jouit nous difpenfe
d'en faire l'extrait. Fij
124 MERCURE
DE FRANCE.
REFLEXIONS fur les connoiffances
préliminaires au Chriftianifme , pour fervir
à l'inftruction des jeunes gens. A Paris ,
chez Vincent , rue S. Severin , à l'Ange ,
1 vol. in-12 . 1755 .
L'objet de ces réflexions eft l'expofition
des preuves qui établiffent l'existence de
Dieu , de la connoiffance duquel émane
la Religion qui , envifagée dans fon état
naturel , oblige l'homme fa créature , à des
devoirs envers lui . Ces confidérations préliminaires
conduifent à la néceffité d'admettre
une révélation ; & c'eſt d'elle que
le Chriftianifme tire toute fa force &
l'excellence de fa morale . L'Auteur a pour
cet effet retracé toutes les vérités qu'il
enfeigne dans une courte analyſe qui eft
une fuite de ces Réflexions . Elle fervira à
donner une teinture des notions Théologiques
à ceux qui ne fçavent tout au plus
que ce que leur catéchifme a pu leur apprendre.
On nous dit dans un avertiſſement
que l'inftruction des jeunes gens eft l'unique
but que l'Auteur s'eft propofé dans l'ouvrage
qu'il publie . On ajoute que le feul
fruit qu'il cherche à recueillir de fes foins ,
eft celui de former la jeuneffe aux vertus
dont la pratique eft recommandée par les
préceptes de l'Evangile. Cet aveu fait
DECEMBRE. 1755. 125
voir que fes vues font aufli louables que
fon travail eft édifiant .
PARAPHRASE & Explication des Pleaumes,
avec le texte de laVulgate ajouté à la
fuite felon l'ordre de cette Verfion , &
felon les Variantes Hébraïques . A Paris ,
chez Vincent , rue faint Severin , à l'Ange,
1755. gros volume in- 12 . Le même Libraire
vient de donner une nouvelle édition
d'un ouvrage intitulé , Confolations
chrétiennes avec des Réfléxions fur les buit
beatitudes , & la Paraphrafe des trois Cantiques
du Dante. Il a imprimé les Elémens
de Géométrie , traduits de l'anglois de
M.Thomas Simpfon de la Société Royale
de Londres , & Profeffeur de Mathématiques
à Wolwich , auxquels font ajoutés
deux petits ouvrages du même Auteur ; le
premier eft un effai fur les Maximis &
Minimis , des lignes , des angles & des
furfaces. Le fecond eft une fuite de problêmes
compliqués , dont il donne la con-
Atruction géométrique.
DISSERTATION ANATOMIQUE & pratique
fur une maladie de la peau d'une efpece
fort finguliere , adreffée en forme de
lettre à M. l'Abbé Nolet , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & c. par
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
M. Cuifio , Médecin de Naples , traduite
de l'italien , par M. V *** , Médecin de la
Faculté de Paris. A Paris , chez Vincent ,
rue faint Severin , à l'Ange , 1755. Le
même Libraire vend le vingt -unieme &
dernier volume des Mémoires de Rouffet,
in-8° . A Amfterdam. On trouve auffi chez
lui la Bible de le Cene , in -fol. 2. vol .
Nous annonçons la nouvelle édition
du nouvel abregé chronologique de l'Hiftoire
de France , enfemble lefupplément de cette
édition ; c'eft la cinquieme in. 12. donnée
par l'Auteur , depuis 1744 que parut
cet ouvrage pour la premiere fois : nons
ne parlons point des deux éditions in - 4 ° .
auffi imprimées fous fes yeux , ni des éditions
contrefaites dans les pays étrangers..
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Résumé : « GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE composée en latin par Bernard Varenius, revue par [...] »
En 1755, plusieurs ouvrages et publications ont été publiés. L'œuvre principale est une 'Géographie générale' rédigée en latin par Bernard Varenius. Cette œuvre a été revue et augmentée par Isaac Newton, alors professeur de mathématiques à Cambridge, qui l'a corrigée et enrichie pour ses élèves. La traduction française de cet ouvrage a été réalisée à partir de l'édition anglaise, jugée supérieure aux éditions latines précédentes. Le traducteur, M. de Puifieux, a souligné l'importance de cet ouvrage pour les connaissances géographiques. Le texte mentionne également d'autres publications, telles que 'Réflexions sur les connaissances préliminaires au Christianisme', destinées à instruire les jeunes sur l'existence de Dieu et la nécessité de la révélation chrétienne. Un autre ouvrage est une 'Paraphrase et Explication des Psaumes', incluant le texte de la Vulgate et des variantes hébraïques. Le libraire a également publié des 'Consolations chrétiennes' et des 'Éléments de Géométrie' traduits de l'anglais. Enfin, le texte annonce une 'Dissertation anatomique et pratique' sur une maladie de la peau, traduite de l'italien, ainsi que diverses autres publications, dont une nouvelle édition de l'abrégé chronologique de l'Histoire de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10157
p. 126-139
« JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Début :
JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...]
Mots clefs :
Camp, Camp de Richemont, Guerre, Yeux, Infanterie, Honneur, Esprit, Cavalerie, Escadrons, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
JOURNAL en vers de ce qui s'eft paffé
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
Fermer
Résumé : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Le texte présente un journal en vers rédigé par M. Vallier, Colonel d'Infanterie, relatant les événements survenus au camp de Richemont sous le commandement de M. de Chevert, Lieutenant Général des armées du Roi, du 26 août au 25 septembre 1755. Ce journal, publié à Paris chez Lambert, est considéré comme un nouveau genre littéraire car il décrit avec précision la disposition d'une armée, les attaques, les terrains, les positions des rivières, villages et chaumières, ainsi que les termes techniques de l'art militaire. L'auteur utilise des vers libres pour rendre la rapidité des évolutions militaires. Le poème, composé de près de huit cents vers, est enrichi par des éléments galants et des descriptions détaillées des mouvements militaires, permettant au lecteur de se sentir présent sur le champ de bataille. Le journal inclut également des descriptions de la vie au camp, comme l'arrivée de Madame de Caumartin, Intendante de Metz, et des manoeuvres militaires telles que l'attaque d'une grand'garde de cavalerie et la manoeuvre du 9 septembre où la cavalerie a attaqué l'infanterie. Le texte se termine par la description de la dernière manoeuvre du 20 septembre, où un village a été attaqué, et par des réflexions sur l'utilité des camps de paix pour former les officiers. Par ailleurs, le document énumère divers types de pouvoirs et commissions militaires, daté du 1er décembre 1755. Il inclut les pouvoirs de lieutenants généraux, les brevets de maréchaux de camp ou de brigadiers, les ordres de directeurs ou inspecteurs généraux, les provisions de grand-croix et de commandeurs de l'Ordre de Saint-Louis, les provisions de maréchaux généraux de logis, les provisions de gouverneurs des provinces, les commissions de colonels de régiment d'infanterie, de cavalerie ou de dragons, et enfin les commissions de capitaines aux Gardes. Le texte demande d'envoyer une note dans une forme spécifique pour chaque type de pouvoir ou commission. Pour les lieutenants généraux, maréchaux de camp et brigadiers, la note doit inclure le nom complet de l'officier, ses qualifications, la date du brevet ou du pouvoir, le nom du secrétaire d'État ayant contresigné le document, et, si possible, la date de décès de l'officier. Pour les autres provisions et commissions, il est demandé d'indiquer comment les officiers ont obtenu leurs places, soit par nouvelle levée, soit par la mort ou la démission d'un autre officier. Ces notes doivent être adressées à M. Desprès, premier commis du Bureau de la Guerre, à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10158
p. 140-146
« HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
Début :
HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...]
Mots clefs :
Astronomie, Science, Histoire de l'astronomie, Connaissances, Soleil, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
HISTOIRE générale & particuliere de
l'Aftronomie en 3 vol. in- 12 par M. Eſtève,
de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
A Paris , chez Ch . Ant . Jombert ,
rue Dauphine , Prix , 8 liv. reliés .
Cet Ouvrage eft divifé en deux parties.
La premiere qui eft à la portée de tout le
monde traite des différentes Nations , &
des divers hommes qui ont cultivé l'Aſtronomie.
L'Auteur y fait entrevoir les connoiffances
qu'on a eues fur cette ſcience
dans les différens âges , & en préfente les
diverfes migrations. C'eft ici l'Hiftoire
générale . La feconde partie quoique expliquée
avec clarté , paroît plus particulierement
réfervée pour les Sçavans . Car l'Autear
y donne le tableau du progrès qu'a
fait l'efprit dans la fcience Aftronomique :
c'eft comme un Traité d'Aftronomie fait
par la méthode d'invention. Les premieres
ées que durent fe faire les hommes qui
confidérerent les altres , y font exposées ,
& conduifent infenfiblement à ce qu'il y a
de plus fublime dans la fcience Aftronomique.
Voilà l'Hiftoire particuliere.
M. Eftève nous donne dans un Avantpropos
, les raifons qui l'ont porté à faire
choix de ce plan , qui ne reffemble à aucun
de ceux dont on s'étoit fervi jufqu'à préfent
pour traiter l'Hiftorique des Sciences.
DECEMBRE. 1755. 141
23
»
« On auroit pu , dit- il , parler en même-
» tems de la Nation qui s'occupoit à l'Af-
» tronomie & des découvertes qu'elle y
» avoit faites ; mais ce plan tout fimple
» qu'il paroît , eût préfenté partout des
» obftacles. Il eût fallu fuppofer le lecteur
» inftruit de la fcience dont il faudra don-
> ner ici les premiers élémens : il eût fallu
parler d'une infinité d'erreurs dont les
» hommes ont été abufés , & qu'il eft plus
» à propos d'oublier que de retenir. Aucu
» ne Nation n'a commencé à perfection-
» ner une fcience par le point où l'avoit
» laillée le peuple chez qui elle avoit été
l'apprendre. D'ailleurs , en rangeant les
» découvertes Aftronomiques dans leur vé-
>> ritable ordre chronologique , nous ne fe-
» rions que tranfporter l'efprit du lecteur
» parmi plufieurs objets qui lui feroient
» tous également inconnus , & il lui feroit
prefque impoffible de fentir l'efprit &
» le mérite des différentes inventions .
19
93
L'Auteur divife la premiere partie , c'eftà-
dire , l'Hiftoire générale en deux différens
livres. Le premier livre a pour titre ,
Hiftoiregénérale de l'Aftronomie , depuis fon
origine jufqu'à Copernic. Le titre du fecond
livre eft , Hiftoire générale de l'Aftronomie ,
depuis Copernic jufqu'au milieu du dix-buitieme
fiecle. Ainfi dans ces deux livres fe
142 MERCURE
DE FRANCE.
દા
trouve compriſe l'Hiftoire de tous les tems.
En approfondiffant
l'Aftronomie , on
trouve l'explication de plufieurs fables anciennes
que la plupart des modernes
avoient mal interprétées . C'eft ainſi que
M. Eftève nous apprend que « Prométhée,
" Roi de Scythie qui avoit éclairé les hom-
» mes fur les mouvemens des Aftres , fut
» regardé comme un rival des Dieux qui
» avoit ofé dérober le feu du ciel pour
» animer des ftatues... Le berger Endy-
» mion qui obtient des faveurs de la chafte
Diane , n'eft qu'un Aftronome qui fut
» affez heureux déterminer quelques
83
" fon
pour
» loix du mouvement de la Lune . Phaeton
qui ne put conduire le char d'Apollon
pere , & qui au milieu de fa courfe
» incertaine eft foudroyé par Jupiter , n'eſt
>> autre chofe qu'un Prince qui portoit ce
» nom &, qui s'étant beaucoup occupé aux
»obfervations du Soleil , ne put cepen-
» dant en conftruire la théorie : c'eft ainfi
pas
» que les fables anciennes ne font de
vains jeux d'imagination ; mais plutôt
» des vérités hiftoriques enveloppées fous
» des fictions poétiques ».
Après les tems fabuleux de l'Aftronomie
, fe préfentent les tems poétiques ,
c'eft-à-dire , les tems où les écrits des Aftronomes
n'étoient que des ouvrages
de
DECEMBRE. 1755. 143
poéfie qui renfermoient fans fiction les découvertes
qu'ils avoient faites dans la fcience
des Aftres. C'eft fous cette époque qu'il
faut ranger le fameux voyage des Argonautes
; comme auffi le poëte Orphée.
Voici ce que l'Auteur dit de ce dernier.
«Il ne faut pas croire que le fameux chan-
" tre de la Thrace , fut un muficien qui
fçut feulement moduler des fons . Il chantoit
far fa lyre la naiffance des Dieux
» protecteurs de la Grece , & les préceptes
» de l'Aftronomie. C'étoit un poëte philofophe
qui ne profanoit pas le langage
» des Dieux , en lui faiſant exprimer des
» objets puériles " .
"
33
2
C'eft avec le même efprit d'examen que
l'Auteur confidere les connoiffances aftronomiques
, que l'Hiftorien Jofephe & Philon
ont attribuées aux Juifs. Il parle enfuite
de l'antiquité des Babyloniens , &
du tems où ils étoient déja appliqués à
l'aſtronomie , du voyage d'Abraham en
Egypte , de l'ufage de la tour de Babel &
des Mâges qui étoient les Philofophes , ou
plutôt les Aftronomes de cette partie de la
terre. Le chef de ces Mâges s'appelloit Zocoaftre
, qui fut l'inftituteur de la fameufe
doctrine des deux principes. C'eft dans
cette école que l'aftrologie judiciaire a
commencé à prendre naiffance.
144 MERCURE DE FRANCE.
Prefqu'en même tems les Egyptiens cultivoient
l'Aftronomie avec fuccès ; ils élevoient
ces fameufes pyramides dont la
pofition fut décidée par des opérations
aftronomiques ; car dit l'Auteur , avec
toutes les connoiffances que nous avons
» dans ce fiécle , nous ne fçaurions tracer
une ligne qui allât plus directement du
» nord au fud , que ne le font les faces de
» ces pyramides. » La maniere dont on
mefuroit en Egypte le diametre du foleil ,
mérite d'être remarquée. » Au moment où
» l'on commençoit à découvrir les pre-
» miers rayons de cet aftre , on faifoit par-
» tir un cheval qui couroit jufqu'à ce que
» le foleil fût entierement levé : enfuite on
» mefuroit l'efpace qu'avoit parcouru le
» cheval pendant le tems que le foleil
» avoit mis à monter fur l'horifon ; &
» comme on fçavoit ce que le même cour-
»fier parcouroit dans une heure , on avoit
la meſure du diametre du foleil en trèspetites
parties du tems .
ע
"
Les Phéniciens fuccéderent aux Egyptiens
: ils furent les premiers qui entreprirent
des voyages de long cours , & qui
firent fervir utilement l'aftronomie à la
navigation . Salomon leur donna la conduite
de la flotte qu'il envoya par la mer
Rouge en Ophir , d'où ils rapporterent
beaucoup d'or.
Thalés
-
DECEMBRE. 1755.
145
Thalès , chef de la fecte Ionique , fut
le premier des Grecs , qui de la Phénicie
apporta dans fa patrie la fcience des altres,
Cet homme déclaré le plus fage de fes
citoyens par l'oracle d'Appollon , obtine
la confiance de quelques Phéniciens qui
lui revelerent la fublimité de leurs connoiffances
. L'aftronomie germa dans la
Grece , & produifit la fameufe école d'Alexandrie
qui donna naiffance à l'immortel
Ptolomée. Ainfi l'aftronomie qui de
l'Egypte avoit paffé en Phénicie & dans
la Gréce , retourna en Egypte confidérablement
accrue .
Les Romains ne connurent qu'imparfaitement
cette ſcience, & on peut dire que de
l'école d'Alexandrie elle pafla à la Cour
des Caliphes , qui la tranfmirent aux Rois
Maures qui regnoient en Efpagne : c'eſt
de ces derniers que les Allemands l'ont
reçue , & l'ont enfuite répandue dans toute
l'Europe . Tel eft le plan détaillé du premier
livre de l'Hiftoire générale de l'Aftronomie.
Nous avons cru devoir entrer
dans ce détail , afin qu'on pût fe faire une
idée de l'immenfité des objets dont traitoit
cet ouvrage . C'eft feulement un tableau
raccourci que nous avons préfenté ,
& il ne nous a pas été poffible d'y joindre
toutes les réflexions nouvelles & intéref-
I.Vol. G
146 MERCURE
DE FRANCE
.
fantes dont cette Hiftoire eft ornée. Pour
ne point donner trop d'étendue à ce précis
, nous ne ferons pas mention des livres
fuivans.
NOBILIAIRE
ARMORIAL général de
Lorraine en forme de Dictionnaire
, par le
R. P. Dom Ambroife Pelletier, Bénédictin,
Curé de Senones. 3 vol . in -fol. propofés
par foufcription
. A Nancy , chez H. Thomas
, Imprimeur-Libraire , rue de la Boucherie
, à la Bible d'or. 1755. Le premier
volume contiendra les ennoblis , le fecond
les familles nobles , & le troifieme l'ancienne
Chevalerie. Ceux qui voudront
foufcrire , payeront l'ouvrage en blanc 63
livres , & les autres 84 livres. On ne délivrera
des foufcriptions
que jufqu'au premier
Janvier 1756. On s'adreffera à Nancy
, chez H. Thomas , Imprimeur ; & à
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin. On
affranchira les lettres.
l'Aftronomie en 3 vol. in- 12 par M. Eſtève,
de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
A Paris , chez Ch . Ant . Jombert ,
rue Dauphine , Prix , 8 liv. reliés .
Cet Ouvrage eft divifé en deux parties.
La premiere qui eft à la portée de tout le
monde traite des différentes Nations , &
des divers hommes qui ont cultivé l'Aſtronomie.
L'Auteur y fait entrevoir les connoiffances
qu'on a eues fur cette ſcience
dans les différens âges , & en préfente les
diverfes migrations. C'eft ici l'Hiftoire
générale . La feconde partie quoique expliquée
avec clarté , paroît plus particulierement
réfervée pour les Sçavans . Car l'Autear
y donne le tableau du progrès qu'a
fait l'efprit dans la fcience Aftronomique :
c'eft comme un Traité d'Aftronomie fait
par la méthode d'invention. Les premieres
ées que durent fe faire les hommes qui
confidérerent les altres , y font exposées ,
& conduifent infenfiblement à ce qu'il y a
de plus fublime dans la fcience Aftronomique.
Voilà l'Hiftoire particuliere.
M. Eftève nous donne dans un Avantpropos
, les raifons qui l'ont porté à faire
choix de ce plan , qui ne reffemble à aucun
de ceux dont on s'étoit fervi jufqu'à préfent
pour traiter l'Hiftorique des Sciences.
DECEMBRE. 1755. 141
23
»
« On auroit pu , dit- il , parler en même-
» tems de la Nation qui s'occupoit à l'Af-
» tronomie & des découvertes qu'elle y
» avoit faites ; mais ce plan tout fimple
» qu'il paroît , eût préfenté partout des
» obftacles. Il eût fallu fuppofer le lecteur
» inftruit de la fcience dont il faudra don-
> ner ici les premiers élémens : il eût fallu
parler d'une infinité d'erreurs dont les
» hommes ont été abufés , & qu'il eft plus
» à propos d'oublier que de retenir. Aucu
» ne Nation n'a commencé à perfection-
» ner une fcience par le point où l'avoit
» laillée le peuple chez qui elle avoit été
l'apprendre. D'ailleurs , en rangeant les
» découvertes Aftronomiques dans leur vé-
>> ritable ordre chronologique , nous ne fe-
» rions que tranfporter l'efprit du lecteur
» parmi plufieurs objets qui lui feroient
» tous également inconnus , & il lui feroit
prefque impoffible de fentir l'efprit &
» le mérite des différentes inventions .
19
93
L'Auteur divife la premiere partie , c'eftà-
dire , l'Hiftoire générale en deux différens
livres. Le premier livre a pour titre ,
Hiftoiregénérale de l'Aftronomie , depuis fon
origine jufqu'à Copernic. Le titre du fecond
livre eft , Hiftoire générale de l'Aftronomie ,
depuis Copernic jufqu'au milieu du dix-buitieme
fiecle. Ainfi dans ces deux livres fe
142 MERCURE
DE FRANCE.
દા
trouve compriſe l'Hiftoire de tous les tems.
En approfondiffant
l'Aftronomie , on
trouve l'explication de plufieurs fables anciennes
que la plupart des modernes
avoient mal interprétées . C'eft ainſi que
M. Eftève nous apprend que « Prométhée,
" Roi de Scythie qui avoit éclairé les hom-
» mes fur les mouvemens des Aftres , fut
» regardé comme un rival des Dieux qui
» avoit ofé dérober le feu du ciel pour
» animer des ftatues... Le berger Endy-
» mion qui obtient des faveurs de la chafte
Diane , n'eft qu'un Aftronome qui fut
» affez heureux déterminer quelques
83
" fon
pour
» loix du mouvement de la Lune . Phaeton
qui ne put conduire le char d'Apollon
pere , & qui au milieu de fa courfe
» incertaine eft foudroyé par Jupiter , n'eſt
>> autre chofe qu'un Prince qui portoit ce
» nom &, qui s'étant beaucoup occupé aux
»obfervations du Soleil , ne put cepen-
» dant en conftruire la théorie : c'eft ainfi
pas
» que les fables anciennes ne font de
vains jeux d'imagination ; mais plutôt
» des vérités hiftoriques enveloppées fous
» des fictions poétiques ».
Après les tems fabuleux de l'Aftronomie
, fe préfentent les tems poétiques ,
c'eft-à-dire , les tems où les écrits des Aftronomes
n'étoient que des ouvrages
de
DECEMBRE. 1755. 143
poéfie qui renfermoient fans fiction les découvertes
qu'ils avoient faites dans la fcience
des Aftres. C'eft fous cette époque qu'il
faut ranger le fameux voyage des Argonautes
; comme auffi le poëte Orphée.
Voici ce que l'Auteur dit de ce dernier.
«Il ne faut pas croire que le fameux chan-
" tre de la Thrace , fut un muficien qui
fçut feulement moduler des fons . Il chantoit
far fa lyre la naiffance des Dieux
» protecteurs de la Grece , & les préceptes
» de l'Aftronomie. C'étoit un poëte philofophe
qui ne profanoit pas le langage
» des Dieux , en lui faiſant exprimer des
» objets puériles " .
"
33
2
C'eft avec le même efprit d'examen que
l'Auteur confidere les connoiffances aftronomiques
, que l'Hiftorien Jofephe & Philon
ont attribuées aux Juifs. Il parle enfuite
de l'antiquité des Babyloniens , &
du tems où ils étoient déja appliqués à
l'aſtronomie , du voyage d'Abraham en
Egypte , de l'ufage de la tour de Babel &
des Mâges qui étoient les Philofophes , ou
plutôt les Aftronomes de cette partie de la
terre. Le chef de ces Mâges s'appelloit Zocoaftre
, qui fut l'inftituteur de la fameufe
doctrine des deux principes. C'eft dans
cette école que l'aftrologie judiciaire a
commencé à prendre naiffance.
144 MERCURE DE FRANCE.
Prefqu'en même tems les Egyptiens cultivoient
l'Aftronomie avec fuccès ; ils élevoient
ces fameufes pyramides dont la
pofition fut décidée par des opérations
aftronomiques ; car dit l'Auteur , avec
toutes les connoiffances que nous avons
» dans ce fiécle , nous ne fçaurions tracer
une ligne qui allât plus directement du
» nord au fud , que ne le font les faces de
» ces pyramides. » La maniere dont on
mefuroit en Egypte le diametre du foleil ,
mérite d'être remarquée. » Au moment où
» l'on commençoit à découvrir les pre-
» miers rayons de cet aftre , on faifoit par-
» tir un cheval qui couroit jufqu'à ce que
» le foleil fût entierement levé : enfuite on
» mefuroit l'efpace qu'avoit parcouru le
» cheval pendant le tems que le foleil
» avoit mis à monter fur l'horifon ; &
» comme on fçavoit ce que le même cour-
»fier parcouroit dans une heure , on avoit
la meſure du diametre du foleil en trèspetites
parties du tems .
ע
"
Les Phéniciens fuccéderent aux Egyptiens
: ils furent les premiers qui entreprirent
des voyages de long cours , & qui
firent fervir utilement l'aftronomie à la
navigation . Salomon leur donna la conduite
de la flotte qu'il envoya par la mer
Rouge en Ophir , d'où ils rapporterent
beaucoup d'or.
Thalés
-
DECEMBRE. 1755.
145
Thalès , chef de la fecte Ionique , fut
le premier des Grecs , qui de la Phénicie
apporta dans fa patrie la fcience des altres,
Cet homme déclaré le plus fage de fes
citoyens par l'oracle d'Appollon , obtine
la confiance de quelques Phéniciens qui
lui revelerent la fublimité de leurs connoiffances
. L'aftronomie germa dans la
Grece , & produifit la fameufe école d'Alexandrie
qui donna naiffance à l'immortel
Ptolomée. Ainfi l'aftronomie qui de
l'Egypte avoit paffé en Phénicie & dans
la Gréce , retourna en Egypte confidérablement
accrue .
Les Romains ne connurent qu'imparfaitement
cette ſcience, & on peut dire que de
l'école d'Alexandrie elle pafla à la Cour
des Caliphes , qui la tranfmirent aux Rois
Maures qui regnoient en Efpagne : c'eſt
de ces derniers que les Allemands l'ont
reçue , & l'ont enfuite répandue dans toute
l'Europe . Tel eft le plan détaillé du premier
livre de l'Hiftoire générale de l'Aftronomie.
Nous avons cru devoir entrer
dans ce détail , afin qu'on pût fe faire une
idée de l'immenfité des objets dont traitoit
cet ouvrage . C'eft feulement un tableau
raccourci que nous avons préfenté ,
& il ne nous a pas été poffible d'y joindre
toutes les réflexions nouvelles & intéref-
I.Vol. G
146 MERCURE
DE FRANCE
.
fantes dont cette Hiftoire eft ornée. Pour
ne point donner trop d'étendue à ce précis
, nous ne ferons pas mention des livres
fuivans.
NOBILIAIRE
ARMORIAL général de
Lorraine en forme de Dictionnaire
, par le
R. P. Dom Ambroife Pelletier, Bénédictin,
Curé de Senones. 3 vol . in -fol. propofés
par foufcription
. A Nancy , chez H. Thomas
, Imprimeur-Libraire , rue de la Boucherie
, à la Bible d'or. 1755. Le premier
volume contiendra les ennoblis , le fecond
les familles nobles , & le troifieme l'ancienne
Chevalerie. Ceux qui voudront
foufcrire , payeront l'ouvrage en blanc 63
livres , & les autres 84 livres. On ne délivrera
des foufcriptions
que jufqu'au premier
Janvier 1756. On s'adreffera à Nancy
, chez H. Thomas , Imprimeur ; & à
Paris , chez Ganeau , rue S. Severin. On
affranchira les lettres.
Fermer
Résumé : « HISTOIRE générale & particuliere de l'Astronomie en 3 vol. in-12 par M. Estève, [...] »
L'ouvrage 'Histoire générale & particuliere de l'Astronomie' en trois volumes, rédigé par M. Estève de la Société Royale des Sciences de Montpellier, est publié à Paris par Ch. Ant. Jombert. Il est structuré en deux parties. La première partie, accessible à un large public, explore les différentes nations et les individus ayant contribué à l'astronomie, ainsi que les connaissances accumulées au fil des siècles et les migrations des idées astronomiques. La seconde partie, plus technique, est destinée aux savants et détaille l'évolution de la science astronomique, des premières observations aux découvertes les plus récentes. L'auteur justifie son choix de plan en expliquant que traiter simultanément des nations et des découvertes aurait nécessité des connaissances préalables chez le lecteur et aurait mentionné des erreurs mieux oubliées que retenues. L'histoire générale est divisée en deux livres : le premier couvre l'astronomie depuis ses origines jusqu'à Copernic, et le second de Copernic jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. L'ouvrage examine également plusieurs fables anciennes, révélant des vérités historiques sous des fictions poétiques. Par exemple, Prométhée est présenté comme un astronome, et le berger Endymion comme un observateur de la Lune. Les temps poétiques de l'astronomie sont également abordés, où les écrits des astronomes étaient des œuvres de poésie contenant des découvertes scientifiques. L'auteur explore les connaissances astronomiques attribuées aux Juifs par les historiens Joseph et Philon, ainsi que l'antiquité des Babyloniens et leur contribution à l'astronomie. Il mentionne également les Égyptiens, qui utilisaient l'astronomie pour construire les pyramides et mesurer le diamètre du Soleil. Les Phéniciens, successeurs des Égyptiens, utilisaient l'astronomie pour la navigation. Thalès, chef de la secte Ionique, apporta l'astronomie en Grèce, menant à la fameuse école d'Alexandrie et à Ptolémée. Les Romains connurent l'astronomie de manière imparfaite, et cette science passa à la cour des Caliphes, puis aux Rois Maures en Espagne, avant d'être transmise aux Allemands et répandue en Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10159
p. 146-153
Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Début :
VOTRE projet d'un Nobiliaire de Lorraine annonce, mon R. Pere, un ouvrage [...]
Mots clefs :
Nobiliaire, Nobiliaire de Lorraine, Histoire, Recueil, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Lettre adreffée au R. P. Dom Pelletier , Bénédictin
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
Fermer
Résumé : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
La lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, bénédictin de Senones, traite du projet de ce dernier pour un 'Nobiliaire de Lorraine'. L'auteur exprime ses regrets concernant l'organisation alphabétique choisie pour cet ouvrage, qu'il considère comme curieux, utile et savant. Il suggère que les savants, artistes ou hommes de lettres devraient être classés chronologiquement, suivant le temps où ils ont honoré leur pays. Cette méthode permettrait de présenter un tableau instructif de l'état des sciences et des arts en Lorraine à chaque siècle, comme l'a annoncé Dom Calmet dans sa préface. L'auteur propose que le 'Nobiliaire' soit organisé de manière chronologique, en commençant par les anciennes maisons du pays, suivies des familles étrangères et des ennoblis selon la date de leurs lettres. Cette disposition permettrait de créer une galerie héroïque rappelant l'histoire du pays et des familles, tout en citant les services rendus par les chefs et descendants des noms mentionnés. L'organisation chronologique faciliterait également les additions futures et éviterait les inconvénients des ouvrages alphabétiques, souvent oubliés et remplacés par des refontes. L'auteur espère que cette réflexion encouragera les auteurs à éviter la mode des dictionnaires ou almanachs en découpures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10160
p. 153-160
« LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Début :
LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...]
Mots clefs :
Poème, Peinture, Sang, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
LA PEINTURE , poëme , par M. Baillet ,
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
Baron de S. Julien. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris , chez Quillau , rue S. Jacques
, & chez Jombert , rue Dauphine.
Ce court poëme qui n'a guere plus de
deux cens vers , contient moins les préceptes
que les louanges de l'art qu'il célebre
: il nous paroît l'ouvrage d'un Auteur
qui joint au goût de la Peinture , le talent
de la Poéfie.
Quelques tirades que nous allons citer ,
le prouveront mieux que nos difcours .
Otoi , dont la beauté fit mon premier amour ,
Peinture , que j'aimai , dès que je vis le jour .....
Viens , dévoile à mes fens tes auguftes myfteres,,
Dirige tes crayons dans mes mains téméraires,
Allume dans mon fein ces tranſports créateurs
Des refforts du génie inftrumens & moteurs ,
Ce feu noble & facré , cet orgueil de notre être
Où l'homme égal aux Dieux , ſemble ſe reconnoître
,
Ce don qu'aucun effort ne fçauroit obtenir ,
Et qu'il faut éprouver pour te bien définir.
Fuyez. N'efpérez rien de vos foins téméraires,
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Artifans fans génie , ouvriers mercenaires ,
Qui dans ce champ de gloire , attirés par la faim ,
Envifagez pour but non l'honneur , mais le gain.
Allez , portez ailleurs cette vile induſtrie :
Ivres du fol efpoir dont votre ame eft nourrie ;
Il faut , pour le remplir , battre un autre fentier :
La peinture eft un art , & non pas un métier.
A l'occafion des Peintres d'animaux.
voici un morceau philofophique , où la
brute doit remercier le Poëte de la fupériorité
qu'il femble lui donner fur l'homme
, & qu'elle mérite peut- être à certains
égards.
Quel bras de Prométhée , oſant ravir la flâme ,
A l'inftin&t de la brute ajoute encore une ame ?
Nous fait voir des forêts les hôtes tous égaux ,
De l'homme fier & vain , plus fuperbes rivaux.
Plus courageux , plus fiers , plus foumis , plus dociles
,
Plus juftes , plus prudens , plus chaftes , plus tranquiles
,
Plus fobres , plus actifs , aux travaux plus conftans,
Plus fideles amis , plus fideles amans ;
Rois de cet Univers , fi la fourbe & l'adreſſe ,
L'artifice toujours appui de la foibleffe ,
Et les pieges couverts à la force tendus ,
N'étoient pas des humains les premieres vertus.
DECEMBRE 1755. ISS
La peinture d'Hiftoire me paroît bien
peinte dans le morceau fuivant..
Où m'as-tu tranfporté , Déeffe enchantereffe :
Quel nouveau feu dans moi fait paffer fon ivreffe !
Quel jour plus lumineux a frappé mes regards ,
Quels chefs-d'oeuvres vivans naiffent de toutes
parts !
C'étoit donc peu pour toi , féduifante peinture ,
De tromper par ton art , l'art même & la nature ;
Cet art vouloit un but & des projets plus hauts ,
De plus nobles fuccès pour tes nobles travaux .
Pour couronner ta gloire , ainfi que ton ouvrage ,
Dans le fond de nos coeurs , il fe fraye un paffage ,
Y réveille à la fois la pitié , la terreur ,
L'amour , l'ambition , la haine & la fureur ,
Toutes nos paffions , ces idoles fi cheres ,
De l'ame des humains , tyrans trop volontaires.
Le morceau de la haine des fils de Jocafte
eft encore un des mieux frappés . Il
termine le Poëme , & nous finirons par
lui ce précis.
C'eft un fecret penchant que nous éprouvons tous ,
Il naît , fe fortifie , & ne meurt qu'avec nous ,
Nous aimons par inftinct ceux qui nous firent
naître ,
Et.croyons tout devoir à qui nous devons l'être.
Notre coeur généreux , plein de ces fentimens ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Aime à multiplier ces tendres mouvemens .
Les neveux , les amis , les parens de nos Peres
Partagent avec eux ces refpects volontaires ;
Chacun d'eux les reçoit & les rend à ſon tour ,
Et les dégrés du fang font des dégrés d'amour.
Mais quand l'indépendance amenant la difcorde !
Des Peres & des Fils a troublé la concorde ,
Ou qu'un vil intérêt , deftructeur des maifons ,
Dans nos coeurs à longs traits répandant fes poi
fons ,
Une fois a rompu ce lien invincible ,
Plus le fang nous unit , plus la haine eft terrible.
Thebe en vit autrefois un exemple fameux.
Deux freres , nés d'un fang profcrit , inceftueux ,
Surpaffant en fureur les crimes de leur race ,
Comblerent dans fes murs leur fratricide audace.
Tous deux las de verfer le fang de leurs fujets ,
De s'habhorrer toujours , fans fe venger jamais ,.
Et de commettre au fort leur rage impatiente ,
Choifirent dans leur bras une route moins lente.
L'un vers l'autre avec joye , on les vit s'avancer ,
Se mefurer , fe joindre , ainfi que fe percer ,
Tomber , & ranimant leur facrilege envie ,
Poursuivre en fon rival les reftes de ſa vie ;
Et contens de la perdre en pouvant la ravir ,
Se rapprocher tous deux , s'égorger & mourir.
A ces freres éteints , par leur haine célebres ,
Thebes fit décerner tous les honneurs funebres ;
Et l'on réunit morts , fur un même bucher ,
DECEMBRE. 1755. 157
Ceux , que vivans , le fang n'avoit pu rapprocher.
O prodige ! à l'inftant la flamme divifée
Se fépare fur eux , ardente & courroucée :
A travers l'épaiffeur de fes globes brúlans.
On croit voir dans les airs leurs ſpectres menaçans
Sindigner , en mourant , d'un foin qui les honore ;
Et dans ces coeurs glacés la haine vit encore.
On a joint à ce Poëme un écrit en profe,
qui a pour titre , Caracteres des Peintres
François actuellement vivans , nouvelle.
édition. Il eft du même Auteur , & mérite
d'être lu.
LA MORT DE SÉJAN , Tragédie en vers.
qui n'a pas été jouée , précédée de deux
Epîtres en vers , Prix 30 fols. A Berlin ;.
& fe vend à Paris chez Duchefne , rue faint
Jacques.
C'eft un coup d'effai qui mérite d'autant
plus d'indulgence que l'auteur n'a que
vingt-deux ans.
NOUVELLE MÉTHODE pour apprendre
la Langue Latine par un fyftême fi facile
qu'il eft à la portée d'un enfant de cinq à
fix ans qui fçait lire : & fi prompt qu'on y
fait plus de progrès en deux ou trois années
qu'en huit ou dix , en fuivant la
158 MERCURE DE FRANCE.
route ordinaire , par M. de Launay , Auteur
de la nouvelle Méthode pour apprendre
à lire . Celle- ci eft propofée par ſoufcription
en quatre volumes in So. A Paris,
chez la veuve Robinot , quai des Grands
Auguftins , & chez Babuty fils , même
qual , 1755.
L'Auteur nous affure que par cet ouvrage
, tout fujet capable d'application depuis
cinq ans jufqu'à foixante , après un mois
ou deux d'inftruction , peut apprendre
feul & fans maître , à expliquer les Auteurs
latins les plus difficiles , & à rendre
raifon de toutes les regles de la Grammaire
& de la maniere la plus commode
& la plus aifée , fans aucun effort d'imagination
ni de mémoire . Ce fyftême eft
général , & peut s'appliquer à toutes les
langues. Le prix en feuilles fera pour les
Soufcripteurs de douze livres , dont fix
feront payées en foufcrivant; La foufcription
aura lieu jufqu'au mois de Février
prochain 1756 ; paffé ce tems , le prix fera
de dix-huit livres. Le premier volume
paroîtra au commencement de Février
& les trois autres de mois en mois.
PRINCIPES GENERAUX & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec
des obfervations fur l'orthographe , les
DECEMBRE 1755. 159
accents , la ponctuation , & la prononcia--
tion ; & un abrégé de regles de la verfification
françoife , dédiés à Mgr . le Duc de
Chartres , par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi . Septieme
édition revue & corrigée par l'Auteur.
A Paris , chez la veuve Lottin , J. H. Buttard
, rue S. Jacques ; & chez Defaint &
Saillant , rue S. Jean de Beauvais . 1755 .
Cet ouvrage eft un des meilleurs qu'on
ait faits fur notre langue. Les nombreuſes
éditions qui en ont été données , le louent
beaucoup plus que tout le bien que nous
pourrions en dire. La feptieme que nous
annonçons , met le comble à l'éloge . La
même Grammaire fe trouve à Poitiers ,
chez J. Felix Faulcon Imprimeur du
Clergé.
OBSERVATIONS critiques & politiques
fur le commerce maritime , dans
lefquelles on difcute quelques points felatifs
à l'induftrie & au commerce des Colonies
Françoifes , un volume in- 12 , petit
format , imprimé à Amfterdam ; & fe trouve
à Paris , chez Jombert , rue Dauphine.
1755.
Il paroîtra vers la fin de Janvier prochain
une carte en quatre feuilles , inti160
MERCURE DE FRANCE .
tulée Canada , Louisiane , & Terres Angloifes.
On peut attendre de M. d'Anville
qui a compofé cette carte , l'exactitude &
l'abondance de détail qui caractériſent ſes
ouvrages.
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Résumé : « LA PEINTURE, poëme, par M. Baillet, Baron de S. Julien. A Amsterdam ; & se [...] »
Le texte présente une critique du poème 'La Peinture' de M. Baillet, Baron de Saint-Julien, disponible à Amsterdam et à Paris. Ce poème, composé de deux cents vers, célèbre l'art de la peinture et les talents de son auteur, qui combine un goût prononcé pour la peinture et un talent poétique. Le poème exalte la peinture comme un art noble, distinct d'un simple métier, et critique les artistes sans génie qui recherchent uniquement le gain matériel. Il inclut des réflexions philosophiques sur la supériorité des animaux sur les humains dans certains aspects. Le poème décrit également la peinture d'histoire, qui doit éveiller les passions humaines, et se termine par une évocation de la haine fratricide des fils de Jocaste. En outre, le texte mentionne un écrit en prose du même auteur intitulé 'Caractères des Peintres Français actuellement vivans'. D'autres publications de l'auteur sont également citées, telles que la tragédie 'La Mort de Séjan', une nouvelle méthode pour apprendre le latin, une grammaire française, et des observations critiques sur le commerce maritime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10161
p. 160-164
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Début :
M. l'Abbé de Boismont ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de feu [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Nicolas Thyrel de Boismont, Esprit, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Lors d'une séance publique de l'Académie Française, l'Abbé de Boifmont a été élu pour succéder à M. l'Évêque de Mirepoix. Le 25 octobre, il a prononcé un discours jugé très éloquent, dont la beauté n'a pas été altérée par l'impression. Dans ce discours, il a défendu l'éloquence de la chaire, souvent critiquée pour être trop ornée et trop spirituelle. Il a argumenté que l'art d'embellir la raison est nécessaire pour captiver et soumettre les passions humaines. Sans cet art, l'attention reste morte, la conviction froide, et l'audience peut être tentée de douter. Il a regretté la simplicité des premiers défenseurs de la foi, mais a souligné que même eux utilisaient des moyens humains pour propager leur message. Il a cité des exemples comme Saint Paul, Tertullien, Saint Augustin, Saint Chrysostome et Saint Bernard, qui enrichissaient leurs discours de trésors d'imagination. L'Abbé Alary a répondu à l'Abbé de Boifmont avec un discours élégant et court, louant le talent de ce dernier pour la chaire et rendant hommage à M. l'Évêque de Mirepoix. Ce dernier, né dans une famille dévouée à la religion, a consacré sa vie à ses devoirs religieux, annonçant les vérités éternelles et gagnant le respect des grands. Il a été choisi pour instruire l'héritier du trône, lui inspirant une piété solide et éclairée, l'amour du devoir et le désir de s'instruire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10162
p. 202-204
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, l'observation, que je vous prie d'insérer dans le Mercure, n'est qu'une [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Chirurgien, Amputation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure .
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
ONSIEUR, l'obfervation , que je vous
prie d'inférer dans le Mercure , n'eft qu'une
confirmation d'une infinité d'autres que
vous trouverez répandues dans nos auteurs.
Ne la croyez pas néanmoins inutile , parce
que ce n'eft point une découverte. Dans
bien des cas , où le progrès de l'art ne nous
permet point de nous conduire à priori
l'expérience doit nous guider ; & furtout
dans les cas chirurgicaux , l'on ne fçauroit
affez accumuler de pareils faits pour affurer
la pratique. C'eft d'ailleurs fervir la
fociété que d'avertir le Chirurgien que la
nature eft toujours capable de ranimer des
parties que l'art lui prefcrivoit d'amputer.
Le 15 du mois de May dernier , je fus
appellé par un Chirurgien de cette ville ,
pour décider s'il falloit féparer totalement
le poignet d'un jeune homme , prefqu'entierement
coupé d'un coup de couteau de
chaffe qu'il venoit de recevoir. Je crus au
premier coup d'oeil , qu'il n'étoit foutenu
que par le tégument du côté du radius , &
DECEMBRE 1755- 203
que tout étoit tranché , arteres , veines ,
nerfs , tendons , tant des fléchiffeurs , que
des extenfeurs propres & communs , de
même que le radius & cubitus dans leurs
extrêmités inférieures ; & qu'ainfi il ne reftoit
d'autres fecours à porter au bleffé , que
de profiter de l'amputation déja faite . En
examinant cependant de plus près fi la
fection de deux os étoit unie , je découvris
l'artere radiale intacte. L'heureux tempérament
du fujet , fon âge d'environ
vingt-cinq ans , joints à cette circonftance ,
me firent naître pour lors l'idée de la
réunion que je fis effayer , me promettant
toujours d'en venir à l'amputation , fi
la nature ne me fecondoit. Le premier appareil
pofé , j'ordonnai les remedes géné
raux , & en attendant qu'on pût le lever ,
j'eus foin de faire examiner foir & matin
l'état de la partie malade , que le Chirurgien
fomentoit plufieurs fois par jour.
Douze heures après le coup reçu , nous
fentîmes que la main avoit repris fa chaleur
naturelle & même au-delà. Quarantehuit
heures après , à la levée du premier
appareil , je trouvai des pulfations au petit
doigt très diftinctes au rameau que lui
fournit la cubitale. Pour lors , je ne dout ai
point que la nature n'eût heureuſement
rencontré quelque anaſtomoſe ; & que
la
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
circulation ne fût rétablie partout . Dèslors
je promis une entiere réunion pourvu
que les os ne s'exfoliaffent point , qu'il
n'y eût point de fuppuration interne ; ou
que celle qui commerçoit extérieurement,
quoique légere , ne fusât point. Aucun de
ces malheurs ne nous eft arrivé heureufement.
Dans trente- fept jours la confolidation
a été faite . Le malade en eft quitte par
la perte totale du mouvement , & un
anéantiffement prefque parfait du fentiment.
Après un pareil exemple , qui n'eft
cependant pas unique , vous devez fentir ,
Monfieur , combien il eft effentiel de différer
dans le traitement des bleffures , toute
efpece d'amputation & combien le
public eft intéreffé , que tous ceux qui
exercent cette profeffion en foient inf
truits. Quand on n'éviteroit qu'un coup
de biftouri , c'est toujours faire un bien.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Aurillac , le 28 Juin 1755%
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Une lettre discute de l'importance de l'expérience en chirurgie, notamment dans les cas imprévisibles. Un chirurgien relate l'intervention sur un jeune homme dont le poignet était presque sectionné par un coup de couteau. Initialement, toutes les structures vitales semblaient sectionnées, mais l'artère radiale était intacte. Le chirurgien a donc tenté une réparation plutôt qu'une amputation. Douze heures après, la main avait repris sa chaleur naturelle, et après quarante-huit heures, la circulation était rétablie. Trente-sept jours plus tard, la consolidation osseuse était complète, bien que le mouvement et la sensibilité de la main fussent perdus. L'auteur insiste sur l'importance de différer les amputations et d'éviter les interventions chirurgicales inutiles pour mieux servir la société et les patients.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10163
p. 205-206
PEINTURE.
Début :
COMME la lettre que nous avons insérée dans le Mercure d'Octobre sur [...]
Mots clefs :
Prix, Académie royale de peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE.
PEINTURE.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
Cférée dans le Mercure d'Octobre fur
OMME la lettre que nous avons in
la féance publique, tenue le ro Septembre
par l'Académie Royale de Peinture , n'eft
entrée dans aucun détail de la diftribution
des prix , nous allons y fuppléer avec
le plus de précision qu'il nous fera poffible.
M. le Marquis de Marigny , Directeur
& Ordonnateur général des bâtimens du
Roi , diftribua ce jour-là les médailles d'or
& d'argent , que Sa Majefté accorde aux
éleves de cette Académie leur encoupour
ragement. Son gout & fon amour pour les
arts lui font joindre tant de politeffe à
cette diftribution des graces du Roi , qu'en
quelque maniere elles en augmentent de
prix.
206 MERCURE DE FRANCE.
Le premier prix de peinture fut adjugé
au Sr Chardin , fils du célébre M. Chardin
, Confeiller & Tréforier de la même
Académie. Le premier prix de Sculpture
au fieur Bridau. Le fecond prix de Peinture
au Sr Joullain , & le fecond de Sculpture
au Sr Berré. M. le Directeur général fit
enfuite la diftribution des médailles d'argent
accordées aux éleves fur des Académies
deffinées ou modelées . Nous attendons
, comme tout Paris , avec la plus vive
impatience l'impreffion du Poëme dont M.
Watelet fit la lecture dans cette féance ,
pour en rendre compte au Public , & lui
donner toutes les louanges qu'il mérite.
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Résumé : PEINTURE.
Le 9 septembre, la distribution des prix de l'Académie Royale de Peinture a eu lieu sous la présidence de M. le Marquis de Marigny, Directeur et Ordonnateur général des bâtiments du Roi. Les médailles d'or et d'argent ont été remises aux lauréats. Le premier prix de peinture a été attribué au Sr Chardin, fils du célèbre M. Chardin, Conseiller et Trésorier de l'Académie. Le premier prix de sculpture a été décerné au Sr Bridau. Le second prix de peinture a été remporté par le Sr Joullain, et le second prix de sculpture par le Sr Berré. Des médailles d'argent ont également été distribuées aux élèves des académies dessinées ou modelées. Le poème de M. Watelet, lu lors de cette séance, sera imprimé pour être rendu public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10164
p. 206-209
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, n'étant point connu de M. Gautier, & ne le connoissant [...]
Mots clefs :
Inventeur, Planches, Imprimer, Peinture, Couleurs, Jacques Gautier d'Agoty
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MONSIEUR, cont
ONSIEUR , n'étant point connu
de M. Gautier , & ne le connoiffant
que par fa grande réputation qu'il appuie
de tout fon crédit auprès du Public , permettez-
moi que par votre moyen je lui
demande l'explication de ce qu'il a avancé
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Il nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à quatre
Cuivres. Je n'ai jufqu'ici rien revoqué en
doute de tout ce qu'il lui a plu dire.puDECEMBRE.
1755. 207
bliquement , & fur fa parole j'ai cru , lui
voyant écrire fur toutes fortes de matieres
qu'il y étoit très -entendu . J'ai même
porté ma croyance jufqu'à me perfuader
qu'il avoit fait , ainfi qu'il le dit à qui
veut l'entendre , un fyftême meilleur que
celui de Newton , & j'attribuois à une obfl'inattention
tination impardonnable
,
allant jufqu'au mépris qu'ont les Sçavans
pour les découvertes : enfin j'étois
difpofé à croire des chofes encore plus incroyables
, & je fuis extrêmement affligé
de me voir dans la néceffité de lui retirer
cette confiance aveugle. Il fe dit l'inventeur
de ce qu'il appelle l'Art d'imprimer
les eftampes coloriées. Peut - il avoir oublié
qu'il eft de notoriété publique que M.
Le Blond l'avoit trouvé bien des années
avant qu'il fût en âge d'y penfer , & en
avoit donné des preuves connues pendant
long- tems en Angleterre , & dans fa vieilleffe
à Paris : que M. Gautier lui -même ,
entra chez M. Le Blond pour y apprendre
ce talent , auquel il ne s'étoit pas deftiné
d'abord , puifque s'il s'étoit propofé cette
Occupation plufieurs années auparavant ,
il s'y feroit apparemment préparé par une
longue étude du deffein ? La vafte étendue
des connoiffances dont on a vu depuis
les fruits , le tenoit alors dans une espece
zo8 MERCURE DE FRANCE.
d'indécifion , & c'eft maintenant fans
doute ce qui lui caufe ce manque de mémoire
. Je penfe cependant entrevoir quelque
caufe à l'erreur qui lui donne lieu de
fe croire inventeur.
M. Le Blond ne fe fervoit que de trois
planches chargées chacune d'une couleur ,
& plus ou moins travaillées , felon la quantité
dont cette couleur doit entrer dans la
teinte ; M. Gautier en a ajouté une quatrieme.
Seroit- ce là ce qu'il prendroit pour
une invention ? & fe peut-il qu'il ne s'apperçoive
pas que l'invention de cet art ,
affez peu important , confiſte à avoir conçu
le premier qu'on pourroit, par des planches
gravées & imprimées de différentes
couleurs , imiter les tons de la Peinture ?
M. Le Blond n'en mettoit que trois , M.
Gautier , pour ne faire que la même chofe,
en met quatre , un autre en mettra cinq ,
fix , tant que l'on voudra. Compteronsnous
le nombre des inventeurs par le nombre
des planches ? Quand on fuppoferoit
même que cette quatrieme planche auroit
apporté quelque perfection dans les ouvrages
de ce genre, ne devroit- on pas dire ,
pour parler exactement : M. Gautier , ani
moyen d'un privilege exclusif, a feul perfectionné
l'art d'imprimer les eftampes coloriées
à quatre cuivres.
DECEMBRE . 1755 : 209
Je fuis vraiment fâché que M. Gautier
m'ait mis dans le cas de l'incertitude à
l'égard du dégré de croyance qui lui eft
dûe ; & je ne vous cacherai pas que je
ferois curieux de fçavoir quels font ces
Académiciens qui ont approuvé les morceaux
qu'il a préfentés à M. le Marquis de
Marigny. Ces fuffrages font de poids , & je
crois que le Public , ainfi que moi , feroit
charmé de n'avoir là- deffus aucun doute.
J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'auteur d'une lettre demande des éclaircissements à un destinataire concernant une affirmation de M. Gautier publiée dans le Mercure de novembre précédent. L'auteur avait initialement cru sans réserve les déclarations de M. Gautier, notamment l'invention de l'art d'imprimer les tableaux à quatre cuivres. Cependant, il remet en question cette affirmation en soulignant que M. Le Blond avait déjà développé cette technique avant M. Gautier. L'auteur précise que M. Gautier avait appris cette technique auprès de M. Le Blond et que l'ajout d'une quatrième planche par M. Gautier ne constitue pas une véritable invention, mais une modification mineure. L'auteur exprime son regret de devoir révoquer sa confiance en M. Gautier et souhaite connaître les académiciens ayant approuvé les travaux de M. Gautier pour lever tout doute.
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10165
p. 209-212
Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Début :
Les Graces descendant du Ciel, pour animer les Talens & les Arts, forment [...]
Mots clefs :
Tableau, Talents, Gloire, Grâces, Couronne, Madame de Pompadour
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texteReconnaissance textuelle : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Explication d'un Tableau peint à l'encre de
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
la Chine , par M. Gefmond , repréfentant
les Graces animant & encourageant les
Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Es Graces defcendant du Ciel , pour
, le
LE Grec lesTalens & les Arts , forment
le principal grouppe , & donnent ,
par la lumiere qui les environne
jour à tous les objets dont le Tableau
eft compofé. Elles font accompagnées de
la Libéralité , qui récompenfe les dons ,
que les Graces répandent fur les heureux
Génies des Sciences & des Beaux-
Arts. Ces mêmes Génies. font reprétentés
au deffous , travaillant à l'envi , pour
fe rendre dignes des faveurs qu'ils reçoivent
des Divinités qui les éclairent & qui
les animent. Ils caractériſent , la Mufique,
le Deffein , la Poéfie , l'Architecture , com210
MERCURE DE FRANCE.
me les attributs , qui font au milieu d'eux ,
défignent la Peinture & la Sculpture , Arts,
fi juftement & fi dignement protégés aujourd'hui.
On voit , fur le devant , la
Déelle des Talens , couronnée de laurier ,
& affife au pied d'un palmier , appuyée fur
un ancre , fymbole de l'Efpérance . Elle
tient un cartouche , où font gravées les
armes de Madame de Pompadour , & elle
contemple , avec autant de plaifir que d'admiration
, les Graces animer par leurs . regards
& leurs bienfaits , les Génies dont
elle eft la mere. Apollon , du côté oppofé ,
invite les Mufes qui l'environnent , à rendre
hommage aux Graces & à leur confaerer
leurs talens , puifque ce font elles fenles
, qui les peuvent faire valoir , & les
couronner d'une gloire immortelle . Au
bas du Tableau , on lit ces vers :
Dans les cieux , fur la terre , on invoque les
Graces ;
L'Amour leur doit les coeurs qui volent fur fes
traces ,
Apollon , tout le prix de fes heureux talens :
Elles ornent le coeur , l'efprit , les fentimens.
Sur le Tibre on les vit , dans Augufte & Mécene
Pour former le bon goût , prodiguer leurs faveurs :
Leur regne eft aujourd'hui fur le bord de la Seine ,
On le Dieu des Beaux- Arts leur doit les protecteurs.
DECEMBRE. 1755. 211
Nous ajouterons encore du même Auteur
, ( qui a donné au Public en 1752 .
Hiftoire métallique des campagnes du Roi ,
dédiée à Sa Majefté , & qui fe vend à
Paris , chez le fieur Vanheck , rue d'Enfer ,
près S. Landry, dans la Cité , ) la defcription
d'un tableau allégorique de fa compofition
, repréfentant Hercule couronné par
Les foins de la Sageffe , dédié à M. le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , à qui il en avoit
fait un hommage particulier en 1752 , &
dont nous allons donner une légere explication.
Le principal objet qu'a eu l'Auteur de
ce tableau , eft d'y peindre la gloire que
s'eft acquife M. le Maréchal , par fes nobles
travaux . Le Roi y eft défigné fous la
forme de Jupiter , & Minerve eft auprès de
lui . L'illuftre feigneur que l'on a eu deffein
d'y caractériſer , y eft repréſenté fous la
figure d'Hercule. Ce Héros , foulant à fes
pieds l'Hydre de Lerne , Type du plus
glorieux de fes exploits , regarde le fouverain
des Dieux , avec une expreffion , qui
fait voir tout fon amour & toute fa reconnoiffance
; image dont l'objet eft de faire
allufion aux différens emplois politiques
& militares que Sa Majefté a confiés au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , dans lesquels
il s'eft autant diftingué par la fupériorité
de fon génie , que par la force de fon cou-
#
212 MERCURE DE FRANCE.
rage . On voit la Victoire fur le devant du
tableau , aflife à l'ombre d'un palmier , fur
des trophées d'armes . Cette Déeffe , d'un
air fatisfait , confidere Hercule , couronné
par les mains de la Sageffe , & elle montre
fur fon bouclier cette infcription : Sic
Herculeo labore , novus Alcides , Heros Gallia
, immortali coronatur gloria , Jove probante
: qui fignifie : C'eft ainfi qu'un nouvel
Alcide , ce Héros François , a mérité , par des
travaux dignes d'Hercule , d'être couronné
d'une gloire immortelle , fous le bon plaifir
même de Jupiter. Au bas du tableau on lic
ces vers :
Un homme jufte , fage , & ferme en fes projets ;
Verroit , fans s'étonner , l'univers fe diffoudre ,
S'écrouler fur la tête , & le réduire en poudre,
Qu'il périrait conftant dans fes nobles objets .
Quand on fuit la vertu , jamais on ne recule :
C'eft par là qu'autrefois la Grece vit Hercule ,
Soutenant des deftins toute l'iniquité ; i
Vôler en dépit d'eux à l'immortalité.
Tel on vit de nos jours , le généreux BELLE-ISLE ,
Inébranlable au fort , à la gloire docile ,
A Prague , nous montrer un nouveau Xénophon ;
Fabius en Provence , au confeil un Caton .
Minerve , couronnant la Gloire qui le guide ,
Lecouronne aujourdhui fous tous les traits d'Alcide.
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Résumé : Explication d'un Tableau peint à l'encre de la Chine, par M. Gosmond, représentant les Graces animant & encourageant les Talens ; dédié à Madame de Pompadour.
Le texte présente deux tableaux allégoriques réalisés par M. Gefmond. Le premier tableau, exécuté à l'encre de Chine, est dédié à Madame de Pompadour et met en scène les Grâces animant et encourageant les talents. Les Grâces, descendues du ciel, illuminent les objets du tableau et sont accompagnées de la Libéralité, qui récompense les dons des Grâces aux génies des sciences et des beaux-arts. Ces génies, représentés au-dessous, travaillent pour se rendre dignes des faveurs des divinités. Les arts tels que la musique, le dessin, la poésie, l'architecture, la peinture et la sculpture sont également représentés. La Déesse des Talents, couronnée de laurier, contemple les Grâces animant les génies. Apollon invite les Muses à rendre hommage aux Grâces. Le tableau est orné de vers soulignant l'importance des Grâces dans les arts. Le second tableau, également de M. Gefmond, est dédié au Maréchal Duc de Belle-Isle et représente Hercule couronné par les fruits de la Sagesse. Hercule, foulant l'Hydre de Lerne, symbolise les exploits du Maréchal. Le Roi est représenté sous la forme de Jupiter, et Minerve est à ses côtés. La Victoire, assise à l'ombre d'un palmier, contemple Hercule couronné par la Sagesse. Une inscription sur le bouclier de la Victoire célèbre les travaux du Maréchal, comparés à ceux d'Hercule. Des vers en bas du tableau louent la fermeté et le courage du Maréchal, comparé à Hercule et à d'autres figures historiques.
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10166
p. 213-216
GRAVURE.
Début :
Le Sieur Chenu, Graveur, vient de donner au Public deux parfaitement [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampes, Tableau, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
E Sieur Chenu , Graveur , vient de
donner au Public deux parfaitement
belles eftampes d'après les tableaux peints
à Rome , par M. Pierré , Ecuyer , premier
Peintre de S. A. S. Mgneur le Duc d'Or-
Léans. Les fujets font deux Académies de
grandeur naturelle qui paroiffent ici ,
Tous les titres du Supplice de Promethée &
du Repos de Bacchus , parce que l'une qui
eft vue de face , eft attachée avec des chaînes
à un rocher; & l'autre vue par le dos
Le repofe fur une peau de Tigre & a des
pampres de vigne auprès , ce qui caractérife
l'un & l'autre fujet. Il n'eft pas poffible
d'exiger du burin une plus grande
précifion , & les chairs y font rendues avec
la plus grande vérité. Ces deux tableaux
font dans le cabinet de M. le Comte de
Vence. Le fieur Defcamps , Profeffeur de
l'école du deffein à Rouen , qui a eu l'honneur
de lui dédier la vie des Peintres Flamands
, Allemands & Hollandois , dont
les deux premiers tomes ont déja été donnés
au Public , n'a pu fe refufer aux juftes
éloges qu'ils méritent ; & malgré le principe
qu'il s'eft fait de ne parler que des
2
214 MERCURE DE FRANCE.
Peintres de ces trois nations , il dit dans
fon épître dédicatoire que ces tableaux
placés à côté d'un tableau du Rembrandt ,
s'y foutiennent par la couleur , & leur
font fort fupérieurs du côté de la correction
& de l'élegance du deſſein .
LE ST CHEDEL , Graveur , vient de donner
au Public une eftampe d'après Breugel
de Velour , de la même grandeur du tableau
; elle a pour titre Vente de poiffons à
Schevelinge. On y voit une grande multiplicité
de marchands , & plusieurs perfonnes
qui fe promenent au bord de la mer ,
foit à cheval ou dans des voitures. La rade
paroît couverte de vaiffeaux & de bâtimens
de pêcheurs. Ce tableau a tout le
précieux que l'on connoît à ceux de ce
Maître , & le Graveur connu depuis longtems
par fa touche fiere & hardie , en a
rendu les fineffes & les détails avec une
précifion qui né láiffe rien à défirer. Il
loge rue S. André des Arts , en face de la
rue Gît- le- coeur.
LE SI ALIAMET, Graveur, vient de donner
au Public en même tems une eftampe ,
qui a pour titre l'Humilité récompenſée ,
& qui fait pendant à la précédente ;
elle eft d'après le plus grand tableau que
DECEMBRE . 1755. 215
l'on connoiffe de Bartholomée Brehemberg.
Il eft peint fur bois , & a quatre pieds
de large fur trois de hauteur ; mais il a été
réduit de façon que les figures & le tout
fe trouvent en même proportion . Le Peintre
dont les tableaux font l'ornement des
cabinets des curieux , a choisi pour fon
fujet notre Seigneur , & le Centenier qui
eft à fes genoux ; plufieurs figures parfaitement
bien grouppées forment un cercle ,
& paroiffent l'écouter avec attention : le
payfage eft orné fur le devant d'un beau
morceau d'architecture en ruine. On apperçoit
une ville fur des rochers au bord
de la mer qui termine l'horizon ; & le ciel
qui paroît orageux , contribue à faire briller
les parties éclairées de ce tableau . Celui
de Breugel de Velour & ce dernier
font tous les deux du cabinet de M. le
Comte de Vence . Le Sieur Chedel a fait
l'eau- forte de l'un & de l'autre ; mais celle
de Bartholomée Brehemberg a été entierement
finie & retouchée au burin par le
fieur Aliamet , logé rue des Mathurins
la quatrieme porte cochere en entrant par
la rue de la Harpe. On trouvera chez l'un
& l'autre à acheter les deux pendans .
LE Sr DUFLOS vient de faire paroître
deux jolies eftampes qui ont pour titre
216 MERCURE DE FRANCE.
le Billet doux & la Revendeuse à la toilette.
Elles font gravées d'après deux tableaux
peints par M. Louis Aubert. L'un de ces
tableaux repréfente une Dame aflife fur un
fopha , lifant une lettre que vient de lui
apporter un domeftique. Dans l'autre tableau
on voit une Dame à fa toilette , qui
examine des dentelles que lui préfente une
marchande. Ces deux fujets font traités
dans le gout du célebre M. Chardin. Le
Graveur les a rendus avec beaucoup d'intelligence
, & a très bien faifi l'efprit du
Peintre. Les deux eftampes que j'annonce
au Public , fe vendent chez le fieur Duflos
Graveur , rue Galande, à côté de S. Blaiſe .
LE SE RIGAUD vient de mettre au jour
trois différentes vues du château de Bellevae.
Ces trois eftampes font dédiées à
Madame de Pompadour . On trouve chez
lui toutes les vues des Maifons Royales
& autres , & différentes marines & payafages
propres pour l'optique.
Il demeure rue S. Jacques , un peu audeffus
de la rue des Mathurins.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte présente plusieurs gravures récemment réalisées par des artistes renommés. Le Sieur Chenu a produit deux estampes d'après les tableaux de M. Pierré, premier Peintre du Duc d'Orléans. Ces œuvres, intitulées 'Le Supplice de Prométhée' et 'Le Repos de Bacchus', sont situées dans le cabinet du Comte de Vence et sont louées pour leur précision et la vérité des chairs représentées. Le Sieur Descamp, professeur à Rouen, a salué la qualité de ces tableaux, les comparant favorablement à un tableau de Rembrandt. Le Sieur Le St Chedel a gravé une estampe d'après Breugel de Velours, intitulée 'Vente de poissons à Schevelinge', montrant une scène maritime animée. Cette œuvre est appréciée pour sa précision et ses détails. Le Sieur Aliamet a publié une estampe, 'L'Humilité récompensée', d'après Bartholomée Brehemberg, représentant une scène biblique avec Jésus et un centurion. Cette gravure est également située dans le cabinet du Comte de Vence. Le Sieur Duflos a créé deux estampes, 'Le Billet doux' et 'La Revendeuse à la toilette', d'après les tableaux de M. Louis Aubert, dans le style de M. Chardin. Enfin, le Sieur Rigaud a publié trois vues du château de Bellevue, dédiées à Madame de Pompadour, ainsi que diverses autres vues et paysages.
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10167
p. 217-239
COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Début :
Ce que nous avions annoncé dans le Mercure d'Octobre au sujet de l'Orphelin / Cette Piece est précédée d'une Epitre ou d'un Discours préliminaire adressé à [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Époux, Rois, Enfant, Orphelin, Mère, Sang, Mort, Maître, Nature, Vainqueur, Répliques, Empereur, Femme, Vertu, Victime, Tragédie, Palais, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
COMEDIE FRANÇOISE.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
E que nous avions annoncé dans le
Mercure d'Octobre au fujet de l'Orphelin
de la Chine , eft exactement arrivé.
L'interruption qu'il a effuyée n'a fervi
qu'à rendre fa repriſe plus brillante . L'im
preffion même nuisible ordinairement
aux pieces de Théâtre , n'a pu faire aucun
tort au fuccès de cette Tragédie. Les
Comédiens François l'ont redonnée pour
la neuvième fois le 22 Octobre , avec un
grand concours & un applaudiffement
général : l'affluence & la réuffite ont été
égales pendant toutes les repréſentations
qui ont été au nombre de dix- fept. Notre
fentiment étoit fondé fur ce qu'un rôle
intéreffant qui domine , & qui eft fupérieurement
joué , eft prefque toujours le
garand fûr d'un fuccès conftant. Il fuffic
même lui feul pour établir une piece à demeure.
Phedre , Ariane & Médée pen-
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE.
vent fervir d'exemples. Quelque beau cependant
que foit le perfonnage d'Idamé
nous ne prétendons pas qu'il doive exclure
le mérite des autres qui lui font fubordonnés.
L'extrait que nous allons faire
de l'Orphelin , prouvera que nous ne bornons
point fes beautés à celles d'un feul
rôle.
Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Cette Piece eft précédée d'une Epitre
ou d'un Difcours préliminaire adreffé à
M. le Maréchal Duc de Richelieu . L'Auteur
y déclare que l'idée de fa Tragédie
lui eft venue à la lecture de l'Orphelin de
Tchao , Tragédie Chinoife , traduite par
le P. de Prémare , & non pas Brémare ,
comme il eft imprimé dans cette épitre.
La Scene eft dans un Palais des Mandarins
, qui tient au Palais Impérial dans la
la ville de Cambalu , aujourd'hui Pekin .
Les Acteurs font au nombre de ſept. Gen
giskan , EmpereurTartare. Octar , Ofman,
guerriers Tartares. Zamti , Mandarin
lettré. Idamé , femme de Zamti. Affeli ,
attaché à Idamé. Etan , attaché à Zamti.
Idamé ouvre le premier Acte avec Affeli
dans l'inftant où le Catai eft conquis
& faccagé ; elle apprend à fa confidente en
DECEMBRE . 1755. 219
gémiffant que le deftructeur de ce vaſte
Empire
Eft un Scythe , un foldat dans la poudre élevé ,
qui vint autrefois demander un afile dans
ce même Palais , où il porte aujourd'hui
la flamme, & qu'enfin Gengiskan n'eſt autre
que Temugin qui brûla pour elle , &
qui fut rejetté par fes parens. Un refus ,
ajoute-t'elle ,
Un refus a produit les malheurs de la terre :
De nos peuples jaloux tu connois la fierté ,
De nos Arts , de nos Loix , l'augufte antiquité ;
Une Religion de tout tems épurée ,
De cent fecles de gloire une fuite avérée :
Tout nous interdifoit dans nos préventions ,
Une indigne alliance avec les Nations.
Enfin un autre hymen , un plus faint noeud m'engage
:
Le vertueux Zamti mérita mon fuffrage .
Qui l'eût cru dans ces tems de paix & de bonheur
Qu'un Scythe méprifé feroit notre vainqueur !
Voilà ce qui m'allarme , & qui me défefpere ;
J'ai refuſé la main ; je fuis épouſe & mere :
Il ne pardonne pas : il fe vit outrager ;
Et l'univers fçait trop s'il aime à fe vanger.
Affeli veut la confoler , en lui difant
que les Coréens raffemblent une armée ;
mais elle répond que tout accroît fes
frayeurs , qu'elle ignore le deftin de l'Empereur
& de la Reine , & que le dernier
fruit de leur hymen , dont l'enfance eft
confiée à fes foins , redouble encore fa
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
crainte & fa pitié . Un foible rayon d'ef
poir vient luire dans fon ame consternée.
Mon époux , ajoute- t'elle , a porté les pas
au Palais .
Une ombre de refpect pour fon faint miniſtere ,
Peut-être adoucirá ces vainqueurs forcenés.
On dit que ces Brigands aux meurtres acharnés ,
Qui rempliffent de fang la terre intimidée
Ont d'un Dieu cependant confervé quelque idée ,
Tant la nature même en toute Nation ,
Grava l'Etre fuprême & la Religion.
Zamti qui paroît , vient augmenter les
terreurs de fa femme.
J'entre , dit- il , par des détours ignorés du vulgaire.
Je vois ces vils humains , ces monftres des déferts ,
A notre auguftre maître ofer donner des fers ;
Traîner dans fon palais , d'une main fanguinaire ,
Le pere , les enfans & leur mourante mere ;
Le pillage , le meurtre environnoient ces lieux.
Ce Prince infortuné , tourne vers moi les yeux ;
Il m'appelle , il me dit , dans fa langue facrée
Du Conquérant tartare & du peuple ignorée :
Conferve au moins le jour au dernier de mes fils.
Jugez , fi mes fermens & mon coeur l'ont promis ;
Jugez , de mon devoir , quelle eft la voix preffante.
J'ai fenti ranimer ma force la guiffante,
J'ai revolé vers vous , & c.
Etan entre éperdu. Il leur apprend que
la fuite eft impoffible ; qu'une garde cruelle
y met une barriere infurmontable , &
que tout tremble dans l'esclavage , depuis
DECEMBRE. 1755 .
221
que l'Empereur, fes enfans , & fon épouse,
ont été malfacrés . Octar furvient , & met
le comble à leur effroi par ces terribles
mots qui caractériſent
fi bien un Scythe ,
& qui font toujours applaudis.
Je vous ordonne au nom du vainqueur des humains
De mettre fans tarder cet enfant dans mes mains ;
Je vais l'attendre . Allez , qu'on m'apporte ce gage.
Pour peu que vous tardiez , le fang & le carnage
Vont encore en ces lieux fignaler fon courroux ,
Et la deftruction commencera par vous.
La nuit vient , le jour fuit . Vous, avant qu'il finiffe,
Si vous aimez la vie , allez , qu'on obéiffe .
Ce perfonnage quoiqu'il agiffe peu , &
qu'il foit fubalterne , frappe plus au Théâ
tre , il a plus de phifionomie que Gengis
fon maître ; il eft vrai que le fieur de Bellecour
le rend très-bien , & fait un beau
Tartare. Idamé tremble pour les jours de
l'enfant de tant de Rois , & dit qu'elle fuivroit
leurs Souverains dans la tombe , fi
elle n'étoit retenue par l'intérêt d'un fils
unique qui a befoin de fa vie . Zamti
s'écrie :
Après l'atrocité de leur indigne fort ,
Qui pourroit redouter & refufer la mort !
Le coupable la craint , le malheureux l'appelle ,
Le brave la défie , & marche au-devant d'elle ,
Le fage qui l'attend , la reçoit fans regrets.
Idamé lui demande ce qu'il a réfolu ,
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
fon époux lui replique de garder le ferment
qu'il a fait de conferver la vie du
dernier rejetton de la tige royale , & lui
dit d'aller l'attendre auprès de cet enfant.
Zamti refté feul avec Etan , lui confie le.
funefte projet qu'il a conçu de fubftituer
fon fils à la place de l'orphelin , & de facrifier
fon propre fang pour fauver celui
de fes Rois. Après avoir fait jurer à ce
confident qu'il tiendra ce fecret enfeveli ,
il le charge du foin d'aller cacher ce dépôt
précieux dans le fein des tombeaux bâtis
par leurs Empereurs , en attendant qu'il
puiffe faifir l'inftant de le remettre au chef
de la Corée. On ne peut pas mettre plus
d'intérêt dans un premier Acte.
Zamti qui a fermé cet Acte , commence
feul le fecond : fes entrailles font déchirées
; il dis dans fes cruelles allarmes.
O! mon fils , mon cher fils , as-tu perdu le jour à
Aura-t'on confommé ce fatal facrifice ?
Je n'ai pu de ma main te conduire au fupplice.
Etan paroît , & lui apprend qu'il a caché
l'Orphelin dans les tombeaux de fes
peres . Il l'inftruit en même tems que dans
l'abfence d'Idamé , on a conduit fon fils
à leurs vainqueurs barbares. Ah ! s'écrie
alors Zamti qui craint les reproches de
fon épouse .
DECEMBRE. 1755 . 223
Ah ! du moins , cher Etan , fi tu pouvois lui dire
Que nous avons livré l'héritier de l'Empire ,
Que j'ai caché mon fils , qu'il eft en fûreté !
Impofons quelque tems à fa crédulité.
Hélas ! la vérité fi fouvent eft cruelle ;
On l'aime & les humains font malheureux par elle .
On ne peut pas mieux excufer la néceffité
d'un menfonge . Etan fort , Idamé entre
défolée , & forme avec fon mari la
fcene la plus forte & la plus intéreffante :
elle l'eft au point qu'il faudroit la tranſcrire
entiere pour en rendre toutes les beautés
. Eh ! comment rendre d'ailleurs l'action
admirable , & le jeu accompli de l'Acrice
! Il faut voir Mlle Clairon. Il faut l'enrendre
dans ce rôle , pour juger de fa perfection.
Idamé s'écrie en arrivant.
"
Qu'ai-je vu qu'a- t'on fait ? Barbare , eft- il pof
fible ?
L'avez- vous commandé ce facrifice horrible ?
•
Quoi? fur toi , la nature a fi peu de pouvoir?
Zamti répond.
Elle n'en a que trop , mais moins que mon devoir
Et je dois plus au fang de mon malheureux maître,
Qu'à cet enfant obfcur à qui j'ai donné l'être.
1 Idamé réplique.
Non , je ne connois point cette horrible vertu .
J'ai vu nos murs en cendres , & ce trône abattu ;
J'ai pleuré de nos Rois les difgraces affreufes :
Mais par quelles fureurs encor plus douloureuſes ,
Veux- tu de ton époufe , avançant le trépas ,
Kiv ..
124 MERCURE DE FRANCE.
Livrer le fang d'un fils qu'on ne demande pas ?
Ces Rois enfèvelis , difparus dans la poudre ,
Sont-ils pour toi des Dieux dont tu craignes la
foudre ?
A ces dieux impuiffans , dans la tombe endormis
As- tu fait le ferment d'affaffiner ton fils ?
Hélas ! grands & petits , & fujets & Monarques ,
Diftingués un moment par de frivoles marques ,
Egaux par la nature , égaux par le malheur,
Tout mortel eft charge de la propre douleur :
Sa peine lui faffit ; & dans ce grand naufrage ,
Raflembler nos débris , voilà notre partage.
Où ferois- je ? grand dieu ! fi ma crédulité
Eu: tombé dans le piége à mes pas préfenté.
Auprès du fils des Rois fi j'étois demeurée ,
La victime aux bourreaux alloit être livrée :
Je ceffois d'être mere ; & le même couteau ,
Sur le corps de mon fils , me plongeoit au tombeau.
Graces à mon amour , inquiete , troublée ,
A ce fatal berceau l'inftinet m'a rappellée.
J'ai vu porter mon fils à nos cruels vainqueurs ;
Mes mains l'ont arraché des mains des raviſſeurs.
Barbare, ils n'ont point eu ta fermeté cruelle !
J'en ai chargé foudain cette eſclave fidelle ,
Qui foutient de fon lait fes miférables jours,
Ces jours qui périſſoient fans moì , ſans mon ſecours
;
J'ai confervé le fang du fils & de la mere ,
Et j'ofe dire encor de fon malheureux pere.
Zamti perfifte à vouloir immoler fon
fils. Elle s'y oppofe toujours en mere intrepide.
Son mari lui reproche alors de trahir
à la fois , le Ciel , l'Empire . & le fang de
fes Rois. Idamé lui fait cette réponſe admirable.
t
DECEMBRE . 1755. 225
De mes Rois : va , te dis- je , ils n'ont rien à prétendre
,
Je ne dois point mon fang en tribut à leur cendre.
Va , le nom de fujet n'eft pas plus faint pour nous,
Que ces noms fi facrés & de pere & d'époux.
La nature & l'hyinen , voilà les loix premieres ,
Les devoirs , les liens des Nations entieres :
Ces loix viennent des dieux , le reſte eft des humains
.
Ne me fais point hair le fang des Souverains.
Oui , fauvons l'Orphelin d'un vainqueur homicide
,
Mais ne le fauvons pas au prix d'un parricide.
Que les jours de mon fils n'achetent point fes
jours.
Loin de l'abandonner , je vole à fon fecours.
Je prens pitié de lui ; prends pitié de toi- même ,
De ton fils innocent , de la mere qui t'aime.
Je ne menace plus : je tombe à res genoux.
O pere infortuné , cher & cruel époux ,
Pour qui j'ai méprifé , tu t'en fouviens peut être,
Ce mortel qu'aujourd'hui le fort a fait ton maître!
Accorde moi mon fils , accorde moi ce fang
Que le plus pur amour a formé dans mon flanc ;
Et ne réfifte point au cri terrible & ter dre
Qu'à tes fens défolés l'amour a fait entendre.
Le fier Octar vient les interrompre , il
annonce l'arrivée de Gengiskan , & ordons
ne à fes foldats de fuivre les pas du Mandarin
& de fa femme ; de faifir l'enfant
qu'elle a repris , & d'apporter la victime
aux pieds de leur maître. Zamti promet de
la livrer, & Idamé déclare qu'on ne l'obtiendra
qu'avec la vie.
K v
226 MERCURE DE FRANCE.
Gengis paroît environné de fes guer
riers , & leur dit .
Que le glaive fe cache , & que la mort s'arrête ;
Je veux que les vaincus refpirent déformais.
J'envoiai la terreur , & j'apporte la paix :
La mort du fils des Rois fuffit à ma vengeance.
Qu'on ceffe de livrer aux flammes , au pillage ,
Ces archives de loix , ce vafte amas d'écrits ,
Tous ces fruits du génie , obiets de vos mépris .
Si l'erreur les dicta , cette erreur m'eft utile ;
Elle occupe ce peuple , & le rend plus docile.
Il renvoie fa fuite , & demeuré feul
avec Octar , il lui avoue qu'au comble
des grandeurs , le fouvenir d'une femme
qui avoit refufé fa main , lui revient dans
la penfée , qu'elle le pourfuit jufqu'au feint
de la victoire , mais qu'il veur l'oublier.
Ofman vient l'informer que la victime
alloit être égorgée , lorfqu'un événement
imprévu a fufpendu fon trépas. Dans ce
moment , dit-il ,
Une femme éperdue , & de larmes baignée
Arrive , tend les bras à la garde indignée ;
Et nous furprenant tous par fes cris forcenés ,
Arrêtez , c'est mon fils que vous affaffinez .
C'est mon fils , on vous trompe au choix de la
victime.
Cependant fon époux devant nous appellé .
De nos Rois , a - t'il dit , voilà ce qui nous refte
Frappez , voilà le fang que vous me demandez.
DECEMBRE . 1755. 227
Olman ajoute que dans ce doute confus ,
il revient demander à fon Empereur de
nouveaux ordres. Gengis charge Octar
d'interroger ce couple audacieux , & d'arracher
la vérité de leur bouche . Il ordonne
à fes autres guerriers d'aller chacun à
fon pofte , & d'y veiller fidelement de
peur d'une furprife de la part des Coréens.
Ce fecond Acte eft fi plein de chaleur
qu'on en eût fait un beau quatrieme : 'peutêtre
même que l'action y eft trop avancée ,
& qu'elle prend fur celle des Actes fuivans
, qui font un peu vuides , & qui ont
befoin des détails dont ils font embellis.
Gengis rentre pour revenir : il ouvre le
troifieme Acte , & demande à Ofnan fi
l'on a éclairci l'impofture de ces captifs.
Ce dernier lui répond qu'à l'afpect des
tourmens , le Mandarin perfifte dans fon
pemier aveu , & que fa femme , dont les
larmes augmentent la beauté , demande à
fe jetter aux pieds de Gengiskan . Elle paroît
; ce Conquérant eft frappé de fes traits ;
il la reconnoît pour cet objet qu'il a autrefois
adoré. Cette fcene ne tient pas tout ce
qu'elle promet . Gengis dit à Idamé de fe
raffurer ; que fon Empereur oublie l'affront
qu'elle a fait à Temugin ; que le dernier
rejetton d'une race ennemie eft la
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
feule victime qu'il demande ; qu'il faut
qu'on la lui livre , & qu'elle importe à fa
fureté ; qu'ldamé ne doit rien craindre
pour fon fils , & qu'il l'a prend fous fa
garde. Mais , ajoute- t'il , je veux être inftruit
de la vérité .
Quel indigne artifice ofe-t'on m'oppoſer
De vous , de votre époux , qui prétend m'impofer?
Il interroge cet époux qui eft amené devant
lui. Zamti répond qu'il a rempli fon
devoir. Gengis ordonne aux fiens qu'on
faififfe l'enfant que cet efclave a remis en
leurs mains : la tendre Idamé s'y oppofe :
le Tyran impatient , luidit de l'éclaircir fur
l'heure , ou qu'on va immoler la victime .
Eh bien ! s'écrie - t'elle , mon fils l'emporte.
Mon époux a livré ce fils .
Je devois l'imiter , mais enfin je ſuis mere;
Mon ame eft au-deffous d'un fi cruel effort.
Je n'ai pu , de mon fils , confentir à la mort.
Hélas ! au défefpoir que j'ai trop fait paroître ,
Une mere ailément pouvoit fe reconnoître..
Voyez , de cet enfant , le pere confondu ,
Qui ne vous a trahi qu'à force de vertu .
L'un n'attend fon falut que de fon innocence ,
Et l'autre eft refpectable alors qu'il vous offenfe.
Ne puniffez que moi , qui trahis à la fois
Et l'époux que j'admire , & le fang de nos Rois.
Digne époux , digne objet de toute ma tendreffe,
La pitié maternelle eft ma feule foibleffe ,
Mon fort fera le tien : Je meurs , fi tu péris :
Pardonne-moi du moins d'avoir ſauvé ton fils..
DECEMBRE. 1755. L2F
Je t'ai tout pardonné , lui répond Zamsi
, je n'ai plus rien à craindre pour le
fang de mon Roi. Ses jours font en fureté . Ils
ne le font pas , le récrie Gengis furieux.
Va réparer ton crime , ou fubir le trépas.
Zamti lui fait cette belle réplique.
Le crime eft d'obéir à des ordres injuftes ..
Tu fus notre vainqueur , & tu n'es pas mon Roi.
Si j'étois ton fujet , je te ferois fidelle.
Arrache-moi la vie , & refpecte mon zele.
Je t'ai livré mon fils , j'ai pu te l'immoler.
Penſes-tu que pour moi , je puifle encor trembler ?
Gengis commande qu'on l'entraîne :
Idamé veut le fléchir ; mais il lui ordonne
de fuivre fon mari . Comme elle infifte
il lui dit :
Allez , fi jamais la clémence
Dans mon coeur , malgré moi , pouvoit encor
entrer.
Vousfentez quels affronts il faudroit réparer.
Seul avec Octar , il fait éclater fon dépit
& fon amour. Son confident combat
cette flâme qu'il ne conçoit pas . Ofman
revient lui apprendre qu'Idamé & Zamti
refufent de découvrir l'azyle qui cache.
l'Orphelin , & qu'ils preffent tous deux
que la mort les uniffe. Gengis l'interrompt ,
& lui commande de voler vers Idamé , &c.
de l'affurer que fes jours font facrés & font
230 MERCURE DE FRANCE.
chers à fon maitre. Octar lui demande
quels ordres il veut donner fur cet enfant
des Rois qu'on cache à fa vengeance. Aucun
, répond- t'il .
Je veux qu'Idamé vive ; ordonne tout le refte.
Quel est votre efpoir , lui réplique
Octar ? Gengis termine l'Acte , en lui
difant :
D'être aimé de l'ingrate , ou de me venger d'elle ,
De la punir : tu vois ma foibleffe nouvelle .
Emporté , malgré moi , par de contraires voeux ,
Je frémis & j'ignore encor ce que je veux.
Gengis ouvre encore le quatrieme Acte,
& ordonne aux fiens de fe rendre aux pieds
des murs , en difant que l'infolent Coréen a
proclamé Roi cet enfant malheureux , mais
qu'il va marcher contr'eux fa tête à la main ;
qu'il a trop différé fa mort , & qu'il veut
enfin fans délai que Zamti lui obéiffe. Il
nous paroît que le commencement de cet
Acte fait le cercle , & retourne fur le
troisieme . Octar vient encore dire que le
Mandarin eft inflexible. Gengis s'écrie
étonné .
Quels font donc ces humains que mon bonheur
maîtrife !
A fon Roi qui n'eft plus , immolant la nature ,
L'un voit périr fon fils fans crainte & fans mur
mure ,
DECEMBRE. 1755.234
L'autre pour fon époux eft prête à s'immoler,
Rien ne peut les fléchir , rien ne les fait trembler..
Je vois un peuple antique , induftrieux , immenfes
Ses Rois fur la fageffe ont fondé leur puiffance ;
De leurs voifins foumis , heureux Législateurs ,
Gouvernant fans conquête , & regnant par les
moeurs.
Le ciel ne nous donna que la force en partage.
Nos Arts font les combats , détruire eft notre ou
vrage.
Ah ! de quoi m'ont fervi tant de fuccès divers !
Quel fruit me revient-il des pleurs de l'univers !
Nous rougiffons de fang le char de la victoire.
Peut-être qu'en effet il eft une autre gloire.
Mon coeur eft en fecret jaloux de leurs vertus ,
Et vainqueur , je voudrois égaler les vaincus.
Octar combat le fentiment de fon Maître
avec une franchife militaire , & lui dit :
Quel mérite ont des arts , enfans de la moleffe ,
Qui n'ont pu les fauver des fers & de la mort ?
Le foible eft destiné pour fervir le plus fort.
Tout céde fur la terre aux travaux , au courage
Mais c'est vous qui cédez & fouffrez un outrage.
Il ajoute que fes compagnons en murmurent
tout haut : Gengis lui répond :
Que l'on cherche Idamé . Sur ce qu'Octar infifte
: il lui replique en defpote.
Obéis.
De ton zele hardi réprime la rudeffe :
Je veux que mes fujets refpectent ma foibleffe.
Gengis feul , fe livre à tout fon amour ;
en témoignant fon mépris pour les monf232
MERCURE DE FRANCE.
tres cruels qui font à fa fuite. Idamé paroit
, il lui offre fon trône avec fa main.
Le divorce , dit-il , par mes loix eft permis ,
Et le vainqueur du monde à vous feule eft foumis.
S'il vous fut odieux , le trône a quelques charmes;
Et le bandeau des Rois peut effuyer des larmes.
La vertueufe Idamé lui répond avec une
noble ingénuité , que dans le tems qu'il
n'étoit que Temugin , elle auroit accepté
fa main qui étoit pure alors , fi fes parens
l'avoient agréé. Mais , ajoute-t'elle :
Mon hymen eft un noeud formé par le ciel même.
Mon époux m'eft facré ; je dirai plus : Je l'aime :
Je le préfere à vous , au trône , à vos grandeurs.
Pardonnez mon aveu , mais reſpectez nos moeurs :
Ne penfez pas non plus que je mette ma gloire
A remporter fur vous cette illuftre victoire ;
A braver un vainqueur , à tirer vanité
De ces juftes refus qui ne m'ont point couté.
Je remplis mon devoir , & je me rends juftice:
Je ne fais point valoir un pareil facrifice.
Portez ailleurs les dons que vous me propofez ;
Détachez- vous d'un coeur qui les a méprifez ;
Et puifqu'il faut toujours quidamé vous implore ,
Permettez qu'à jamais mon époux les ignore .
De ce foible triomphe il feroit moins flatté ,
Qu'indigné de l'outrage à ma fidélité .
Gengis lui dit en la quittant :
Quand tout nous uniffoit , vos loix que je dérefte
Ordonnerent ma honte & votre hymen funefte ;
Je les anéantis , je parle , c'eft affez ;
DECEMBRE 1755. 233
Imitez l'univers , Madame , obéiffez .
Mes ordres font donnés , & votre indigne époux
Doit remettre en mes mains votre Empereur &
vous .
Leurs jours me répondront de votre obéiffance.
Idamé gemit de fa cruelle pofition . Affeli
moins févere , lui confeille de fe relâcher
un peu de cette extrême aufterité
pour affurer les jours de fon mari , &
le bien de l'Empire . Zamti furvient , & lui
déclare qu'elle feule refte à l'Orphelin dans
l'Univers , que c'eft à elle à lui conferver
la vie , ainfi qu'à fon fils. Epoufe le Tyran
, pourſuit il.
Ta ferviras de mere à ton Roi malheureux.
Regne , que ton Roi vive , & que ton époux meure.
Elle l'interrompt , & lui dit :
Me connois-tu ? veux-tu que ce funefte rang
Soit le prix de ma honte , & le prix de ton fanga
Penfes- tu que je fois moins époufe que mere ?
Tu t'abules , cruel , & ta vertu févere
A commis contre toi deux crimes en un jour ,
Qui font frémir tous deux la nature & l'amour.
Barbare envers ton fils , & plus envers moi -même.
Ne te fouviens-tu plus qui je fuis , & qui t'aime ?
Crois-moi : le jufte ciel daigne mieux m'inſpirer ;
Je puis fauver mon Roi fans nous deshonorer.
Soit amour , foit mépris , le Tyran qui m'offenfe,
Sur moi , fur mes deffeins , n'eft pas en défiance:
Dans ces remparts fumans , & de fang abbreuvés,
234 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis libre , & mes pas ne font pas obfervés.
Le Chef des Coréens s'ouvre un fecret paffage
Non loin de ces tombeaux , où ce précieux gage ,
A l'ail qui le pourfuit , fut caché par tes mains.
De ces tombeaux facrés je fçais tous les chemins;
Je cours y ranimer fa languiffante vie,
Le rendre aux défenfeurs armés pour la patrie ;
Le porter en mes bras dans leurs rangs belliqueux
,
Comme un préfent d'un Dieu qui combat avec
eux.
Tu mourras , je le fçais ; mais , tout couverts de
gloire
Nous laifferons de nous une illuftre mémoire,
Mettons nos noms obfcurs au rang des plus
grands noms :
Et juge fi mon coeur a fuivi tes leçons .
Zamti tranfporté , s'écrie avec juftice,
Idamé , ta veftu l'emporte ſur la mienne !
En effet , cette vertu eft puifée dans la
nature & dans la raifon. Elle forme le
véritable héroïfme , qui honore l'humanité
fans en fortir. Tout grand qu'il eft ,
nous fentons que notre efpece en eft capable.
La vertu de Zamti tient plus au
préjugé. C'est une grandeur d'ame qui dégenere
en fanatifme , & qui eft d'autant
moins vraie , qu'elle bleffe les loix primitives
, & qu'elle excede nos forces. Voilà
pourquoi le caractere d'Idamé paroît fupérieur
à celui de Zamti , & nous intéreffe
davantage , même à la lecture.
DECEMBRE. 1755. 235
Idamé & Affeli commencent le cinquieme
Acte . Idamé a été arrêtée dans fa fuite
avec l'Orphelin. Elle eft captive une feconde
fois , & n'a plus d'efpoir que dans
la mort . Octar vient lui dire d'attendre,
l'Empereur qui veut lui parler , & qui paroit
un moment après . Gengis éclate en
reproches , & finit par preffer Idamé de
s'unir à lui , ce n'eft qu'à ce prix , dit-il ,
que je puis pardonner , & changer les châtimens
en bienfaits tout dépend d'un mor.
Prononcez fans tarder , fans feinte , fans détour ,
Si je vous dois enfin ma haine ou mon amour.
Idamé qui foutient fon noble caractere
jufqu'au bout , lui répond ,
L'un & l'autre aujourd'hui feroit trop condamnable
,
Votre haine eft injufte & votre amour coupable.
Cet amour eft indigne , & de vous & de moi :
Vous me devez juftice ; & fi vous êtes Roi ,
Je la veux , je l'attens pour moi contre vous-mê
me.
Je fuis loin de braver votre grandeur fuprême ;
Je la rappelle en vous , lorfque vous l'oubliez
Et vous-même en fecret vous me juftifiez .
Vous choififfez ma haine , réplique - t'il ,
vous l'aurez .
Votre époux , votre Prince & votre fils , cruelle,
Vont payer de leur fang votre fierté rebelle.
Ce mot , que je voulois , les a tous , condamés.
236 MERCURE DE FRANCE.
C'en est fait , & c'eſt vous qui les affaffinez .
Idamé tombe alors aux pieds de fon
maître , & lui demande une grace à genoux
. Il lui ordonne de fe lever & de déclarer
ce qu'elle veur. Elle le fupplie de
permettre qu'elle ait un entretien fecret
avec fon mari . Gengis le lui accorde , en
difant ;
Non , ce n'étoit pas lui qu'il falloit confulter !
Il m'enleva fon Prince , il vous a poffedée .
Que de crimes ! fa grace eft encore accordée .
Qu'il la tienne de vous , qu'il vous doive fon
fort .
Préfentez à fes yeux le divorce ou la mort.
Il la laiffe . Zamti paroît , elle lui dit :
la mort la plus honteufe t'attend . Ecoutemoi
:
Ne fçavons- nous mourir que par l'ordre d'un Roi ?
Les taureaux aux autels tombent en facrifice ;
Les criminels tremblans font traînés au fupplice
Lés mortels généreux difpofent de leur fort ;
Pourquoi des' mains d'un maître attendre ici la
mort
L'homme étoit -il donc né pour tant de dépendancea
De nos voiſins altiers imitons la conftance.
De la nature humaine ils foutiennent les droits ,
Vivent libres chex eux , & meurent à leur choix .
Un affront leur fuffit pour fortir de la vie ,
Er plus que le néant ils craignent l'infâmie.
Le hardi Japonnois n'attend pas qu'au cercueil
Un Defpote infolent le plonge d'un coup d'oeil.
DECEMBRE. 1755 . 237
Nous avons enfeigné ces braves Infulaires :
Apprenons d'eux enfin des vertus néceffaires .
Scachons mourir comme eux.
Son époux l'approuve ; mais ajoutet'il
, que pouvons - nous feuls & défarmés ?
Idamé tire un poignard qu'elle lui préfente
, en lui difant :
Tiens , fois libre avec moi , frappe , & délivrenous.
J'ai tremblé que ma main , mal affermie encore ,
Ne portât fur moi- même un coup mal affuré,
Enfonce dans ce coeur un bras moins égaré,
Immole avec courage une époufe fidelle ,
Tout couvert de mon fang tombe , & meurs auprès
d'elle.
Qu'à mes derniers momens j'embraffe mon époux;
Que le Tyran le voie , & qu'il en foit jaloux.
Zamti prend le poignard , en tremblant,
il balance ; & comme il veut s'en frapper ,
Gengis arrive à propos pour le défarmer .
O ciel ! s'écrie til , qu'alliez- vous faire ?
Idamé lui replique :
Nous délivrer de toi , finir notre mifere ,
A tant d'atrocités dérober notre fort.
Zamti ajoute :
Veux-tu nous envier juſques à notre mort ?
Oui , lui dit Gengis , que tant de vertu
fubjugue :
Je rougis fur le trône où n'a mis la victoire ,
D'être au- deſſous de vous au milieu de ma gloire;
238 MERCURE DE FRANCE.
En vain par mes exploits j'ai fçu me fignaler :
Vous m'avez avili ; je veux vous égaler.
J'ignorois qu'un mortel pût fe dompter lui-même.
Je l'apprens ; je vous dois cette grandeur fuprême.
Jouiffez de P'honneur d'avoir pu me changer :
Je viens vous réunir , je viens vous protéger.
Veillez , heureux époux , fur l'innocente vie
De l'enfant de vos Rois , que ma main vous con."
fie.
Par le droit des combats j'en pouvois difpofer :
Je vous remets ce droit dont j'allois abuſer.
Croyez qu'à cet enfant heureux dans fa mifere ,
Ainfi qu'à votre fils , je tiendrai lieu de pere .
Vous verrez fi l'on peut fe fier à ma foi.
Je fus un conquerant , vous m'avez fait un Roi.
Zamti pénetré d'un retour fi génereux ,
dit à ce Conquerant :
Ah ! vous ferez aimer votre joug aux vaincus.
Idamé tranfportée de joie & de furprife
, lui demande à fon tour.
Qui peut vous infpirer ce deffein ?
Gengis lui répond par ce mot , qui termine
le vers & la piece.
Vos vertus.
Ce dénouement eft très - applaudi , &
fait d'autant plus de plaifir qu'il finit la
tragédie fans effufion de fang. On doit dire
à la louange des Comédiens François ,
qu'ils n'ont rien épargné pour la mettre
au théatre avec tout l'éclat qu'elle mérite.
Ils y ont même obſervé le coſtume autant
DECEMBRE . 1755. 239
qu'il eft poffible de le fuivre. Mlle Clairon
faite pour fervir de modele , a ofé la premiere
fupprimer le panier. Mlle Hus à eu
le courage de l'imiter ; elles y ont gagné :
tout Paris a approuvé le changement , &
ne les a trouvées que plus aimables.
Les mêmes Comédiens vont remettre
fucceffivement les Troyennes & Philoctete
de M. de Châteaubrun , en attendant Andromaque
& Aftianax , tragédie nouvelle
du même Auteur. Le cothurne eft riche
cette année , & promet à ce théatre un
heureux hyver.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / Extrait de l'Orphelin de la Chine.
Le texte du Mercure de France de décembre 1755 relate le succès de la pièce de théâtre 'L'Orphelin de la Chine' à Paris. Après une interruption initiale, la tragédie a été jouée avec un grand succès, atteignant dix-sept représentations. Le rôle principal, interprété par un acteur de manière exceptionnelle, a été déterminant pour ce succès. La pièce, précédée d'une épître dédiée au Maréchal Duc de Richelieu, est inspirée de la tragédie chinoise 'L'Orphelin de Tchao', traduite par le Père de Prémare. L'action se déroule dans un palais des mandarins à Cambalu, aujourd'hui Pékin, et met en scène sept personnages, dont l'empereur tartare Gengiskan, des guerriers, des mandarins et leurs serviteurs. L'intrigue commence avec Idamé, femme du mandarin Zamti, qui apprend la conquête de son pays par Gengiskan, un Scythe qu'elle avait autrefois rejeté. Zamti, de retour au palais, décrit les atrocités commises par les conquérants. Octar, un guerrier tartare, ordonne la remise de l'orphelin royal. Zamti décide de sacrifier son propre fils pour sauver l'orphelin, mais Idamé s'y oppose farouchement, préférant sauver son enfant. Gengiskan apparaît ensuite, proclamant la paix et ordonnant la cessation des pillages. Il révèle également son amour non réciproque pour Idamé. La pièce se poursuit avec des révélations et des conflits entre les personnages, notamment autour du sort de l'orphelin et des enfants des souverains. Gengis Khan, après avoir été informé par Ofnan de la confession d'un Mandarin et de la beauté d'Idamé, reconnaît en elle une ancienne flamme. Il lui propose de sauver son fils en échange de la livraison d'un orphelin, dernier rejeton d'une race ennemie. Idamé, malgré sa peur, avoue avoir sauvé son fils et est prête à se sacrifier. Zamti, interrogé par Gengis, affirme avoir agi par devoir et refuse de trahir ses principes, même face à la mort. Gengis, frustré par leur résistance, ordonne leur arrestation et exprime son admiration pour leur courage et leur fidélité. Dans le cinquième acte, Idamé, capturée, refuse les propositions de Gengis et demande à mourir dignement. Elle convainc Zamti de se suicider avec elle pour éviter l'humiliation et la dépendance envers un tyran. Cependant, Zamti et Idamé sont interrompus par Gengis, qui les dissuade de leur geste. Gengis exprime son admiration pour leur vertu et décide de les protéger, leur remettant également le droit de disposer de leur enfant, qu'il considère comme le sien. Zamti et Idamé sont touchés par la générosité de Gengis, qui est motivée par leurs vertus. Le dénouement de la pièce est acclamé pour son absence de violence et son message positif. Les comédiens français, notamment Mlle Clairon et Mlle Hus, sont loués pour leur contribution à la mise en scène et leur respect des costumes. La saison théâtrale promet d'être riche avec plusieurs tragédies prévues, dont 'Andromaque' et 'Astianax' de M. de Châteaubrun.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10168
p. 239-240
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 10 Novembre la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
ES Comédiens Italiens ont donné le
LE
10 Novembre la premiere repréſentation
de l'Epouse Suivante , Comédie en un
acte en profe , de M. Chevrier. Elle a été
bien reçue. On y a trouvé de l'Intérêt : le
dénouement fur tout eft attendriffant. Mlle
Catinon y fait verfer des larmes ; c'eft elle
qui joue l'Epousefuivante & qui en fait le
fuccès . Cette jeune Actrice fait tous les
jours des progrès fenfibles . Elle joint à une
figure noble & décente de la fineffe & du
fentiment. Elle brille doublement à ce fpecracle
, & mérite de nouveaux applaudiffe240
MERCURE DE FRANCE .
mens dans le ballet qui fuit la piece. Ce
divertiffement qui a pour titre les Vielleux,
eft très- agréable & digne de M. Deheſſe ,
qui en eft le Compofiteur. Mlle Catinon
y eft charmante , & l'on peut affurer qu'elle
fait les honneurs de la fête.
ES Comédiens Italiens ont donné le
LE
10 Novembre la premiere repréſentation
de l'Epouse Suivante , Comédie en un
acte en profe , de M. Chevrier. Elle a été
bien reçue. On y a trouvé de l'Intérêt : le
dénouement fur tout eft attendriffant. Mlle
Catinon y fait verfer des larmes ; c'eft elle
qui joue l'Epousefuivante & qui en fait le
fuccès . Cette jeune Actrice fait tous les
jours des progrès fenfibles . Elle joint à une
figure noble & décente de la fineffe & du
fentiment. Elle brille doublement à ce fpecracle
, & mérite de nouveaux applaudiffe240
MERCURE DE FRANCE .
mens dans le ballet qui fuit la piece. Ce
divertiffement qui a pour titre les Vielleux,
eft très- agréable & digne de M. Deheſſe ,
qui en eft le Compofiteur. Mlle Catinon
y eft charmante , & l'on peut affurer qu'elle
fait les honneurs de la fête.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 10 novembre, les Comédiens Italiens ont présenté 'L'Epouse Suivante', une comédie de M. Chevrier. La pièce a été bien accueillie, notamment grâce à un dénouement émouvant. Mlle Catinon, dans le rôle principal, a reçu des applaudissements pour sa performance. Elle a également excellé dans le ballet 'Les Vieilleux', composé par M. Dehesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10169
p. 240
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le 1 Novembre, jour de la Toussaint, le Concert commença par le Requiem [...]
Mots clefs :
Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Novembre , jour de la Touffaint,
Lie Concertcommença par le Requiem le
de M. Galles. Enfuite Mlle Parifeau chanta
Venite , exultemus , petit motet de M. Mouret,
& reçut un accueil favorable. On exécuta
une fymphonie nouvelle. Mlle Fel chanta
Exultate Deo , petit motet de M. d'Herbain
,
avec l'applaudiffement general.
M. Balbatre joua fur l'orgue un carillon
fuivi du Quatuor de la chaffe de Zaïde , de
M. Royer. Ce morceau fit un grand effet.
Le Concert finit par le beau De profundis
de M. de Mondonville.
Novembre , jour de la Touffaint,
Lie Concertcommença par le Requiem le
de M. Galles. Enfuite Mlle Parifeau chanta
Venite , exultemus , petit motet de M. Mouret,
& reçut un accueil favorable. On exécuta
une fymphonie nouvelle. Mlle Fel chanta
Exultate Deo , petit motet de M. d'Herbain
,
avec l'applaudiffement general.
M. Balbatre joua fur l'orgue un carillon
fuivi du Quatuor de la chaffe de Zaïde , de
M. Royer. Ce morceau fit un grand effet.
Le Concert finit par le beau De profundis
de M. de Mondonville.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le concert spirituel de novembre, célébré le jour de la Toussaint, débuta avec le Requiem de Galles. Mlle Parifeau interpréta 'Venite, exultemus' de Mouret et reçut un accueil favorable. Mlle Fel chanta 'Exultate Deo' de d'Herbain et obtint des applaudissements. Balbastre joua un carillon et le Quatuor de la chasse de Zaïde de Royer. Le concert se conclut par le 'De profundis' de Mondonville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10170
p. 241-244
« On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Début :
On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...]
Mots clefs :
Madrid, Tremblement de terre, Catastrophe naturelle, Dégâts, Espagne, Portugal, Victimes, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
DE MADRID , le 10 Novembre .
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
ON effuya ici , le premier de ce mois , un des
plus violens tremblemens de terre qu'on y eût
éprouvé depuis long-tems. Il commença à dix
heures vingt minutes du matin , & il dura huit
minutes . Čet évenement répandit partout une
telle épouvante , que la plupart des habitans prirent
la fuite , & que les Prêtres même qui étoient
à l'Autel le quitterent. Cependant il n'eft arrivé
d'autre malheur que la perte de deux enfans tués
par une croix de pierre qui eft tombée du portail
de l'églife de Bon Succès. L'églife de S. André a
fouffert un tel ébranlement , qu'il s'eft fait plu
freurs lézardes dans la voûte & dans les murailles.
La partie fupérieure du portail de la paroiffe de
S. Louis s'eft fendue . {
Les fecouffes ont été auffi très - fortes à l'Efcu
rial , & l'on y eut la premiere à dix heures dix
minutes. La proximité des montagnes donnant
lieu de craindre que , s'il furvenoit un nouveau
tremblement , les fecouffes ne fuffent plus dangereufes
qu'à Madrid , leurs Majeftés partirent
après leur diner pour revenir ici . Elles y arriverent
à huit heures & demie du foir. Le lendemain ,
par égard pour les allarmes d'une partie de la
Cour , leurs Majeftés pafferent toute la matinée
fous une tente hors de la ville . Le foir , le Roi fit
chanter le Te Deum dans l'églife des Hieronymi-
I. Vol. L
242 MERCURE DE FRANCE.
tes , en actions de graces de ce que ce tremble
ment n'a point eu de fuites plus fâcheufes pour
cette capitale.
» Ce tremblement de terre a caufé beaucoup
» plus de dommage dans quelques autres villes
» d'Epagne , & il a fait des ravages affreux en
» Portugal. A l'égard de l'Espagne , nous avons
» appris par un courier venu de Séville le 8 , que
» la cathédrale , la plus belle églife du Royaume ,
» avoit été tellement ébranlée , qu'on avoit pris
la précaution de la fermer, que fa fameuse tour,
» appellé la Giralda étoit ouverte ; qu'on avoit
» fermé une autre églife , que plufieurs maiſons
» étoient tombées . L'Intendant de cette ville qui
» a mandé ces nouvelles , ajoute , qu'il n'avoit été
» informé jufqu'a préfent que de la mort de huit
perfonnes; qu'il étoit occupé à faire étayer plu-
» fieurs maifons qui avoient fouffert , & qu'il fai-
>> four former plufieurs rues. Le même tremble-
» ment s'est fait fentir en beaucoup d'autres villes
d'Efpagne , comme à San-Lucar de Barrameda,
à Salamanque , à Ségovie , à Valence , & jufqu'à
» Bilbao , & autres lieux. Mais on n'a aucun dé-
» tail de ces différends endroits , ce qui fait juger
que le dommage eft peu confidérable.
» Nous apprenons par les lettres de Cadix du '
» 4 , arrivées aujourd'hui par le courier ordinaire,
» que le tremblement de terre y a eu lieu ; qu'il a
> caulé peu de dommage , mais que la crue de la
» mer a fait craindre que la ville ne fût fubmer-
» gée : les caux ont abattu le parapet de la muraille
, depuis la porte de la Galette , juſqu'au
Fort de Sainte - Catherine . Le plus grand mal
» qu'ayent effuyé les environs de la ville , eft que
la chauffée qui conduit à l'Ifle , a été emportée
depuis la porte de terre jufqu'à la Cantarelle
DECEMBRE. 1755. 243
par les coups de mer qui ont enlevé tous ceux
» qui étoient deffus , foit en voitures , foit autre-
» ment. On fait monter à deux cens le nombre des
>> perfonnes qui ont péri fur cette chauffée. On
>> affure que le Gouvernement a pris les plus juftes
>> meſures pour préferver les habitans de Cadix
» en cas de récidive du tremblement , & que la
>> Caraca n'a point fouffert. C'est le lieu où font
» les vaiffeaux , & les magafins de la Marine d'Ef-
>> pagne.
"
» Pour ce qui regarde le Portugal , on a été in-
» formé par un courier dépêché de Liſbonne , &
» qui eft arrivé à Madrid le 8 du courant à 4 heu
» fes après-midi , que le 1er de ce mois , vers les
>> neuf heures du matin , le tremblement s'y eft
» fait fentir d'une façon terrible. Il a renversé
» la moitié de la ville , toutes les églifes & le pa-
« lais du Roi. Heureufement il n'eft arrivé aucun
accident à la Famille Royale qui étoit à Belem.
» Le Palais qu'elle habite dans ce lieu , a fouffert.
Au départ du courier elle étoit encore fous des
» baraques , elle couchoit dans des carroffes , &
» elle avoit été près de vingt - quatre heures fans
» Officiers , & fans avoir prefque rien à manger.
» Le feu a pris dans la partie de la ville , qui n'a
» pas été renversée . Il duroit encore , lorfque le
courier eft parti. Le Comte de Perelada , Am➡
» baffadeur d'Efpagne à la Cour de Portugal , a
» été écrasé par la chûte du portail de fon hôtel ,
» en voulant fe fauver. Neuf de fes domeftiques
» ont été tués . Le Comte de Bafchi , Ambaffadeur
» de France , qui demeure vis - à - vis l'Ambaffadeur
» d'Espagne , a fauvé le fils unique du Comte de
» Perelada , & s'eft retiré heureufement avec la
» Comteffe fon époufe , & avec les enfans , dans
» une maison de campagne , où il a reçu tout le
L
244 MERCURE DE FRANCE.
refte des gens de l'Ambaffadeur d'Espagne.
» Le Nonce en Portugal a écrit par le même
courier , au Nonce de Madrid. Il lui mande
» qu'il a eu trois perfonnes écrasées dans fon palais
, & il date ainfi fa lettre : Du lieu où exiſtoit
» ci-devant Lisbonne.
»Comme ce courier a été uniquement dépêché
pour informer leurs Majeftés Catholiques,
» qu'il n'étoit arrivé aucun malheur à la Famille
Royale , on ne fçait pas d'autres particularités .
Le Comte d'Ognao , Ambaſſadeur du Roi de
Portugal à Madrid , à qui on a adreflé ces funef-
» tes nouvelles , ignore le fort du Comte d'Ognao
>> fon pere , & du refte de fa famille . Les mêmes
» lettres marquent que le Tage a eu une crue trèsconfidérable
, qui a précédé le tremblemer t. II
» faut qu'elle ait été bien grande , puifqu'à Tolede
» où il paffe , & qui eft à plus de cent lieues de
» Liſbonne , en fuivant les contours de ce fleuve ,
» élévation de l'eau a été d'environ dix pieds.
» Plufieurs autres villes de Portugal ont beau-
» coup fouffert , entr'autres Cafcaes & Setuval ,
D
qui font deux ports de mer fitués de l'un &
» Pautre côté du Tage , & peu éloignés de Lisbonne.
Il y a eu auffi de grands dommages dans
le Royaume des Algarves. Des gens prétendent
» qu'il a péri cinquante mille habitans dans Lis-
» bonne. Le tremblement à eu différentes repri-
» fes pendant dix heures ; on fentoit encore des
>> mouvemens au départ du courier.
» Il paroît par ce que le Roi de Portugal écrit
à la Reine d'Efpagne , que Sa Majesté Très-Fi
» dele eft pénétrée de la plus vive douleur , &
» n'eft occupée qu'à procurer des fecours à tous
» les fujets échappés d'un fi affreux déſaſtre. ».
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Résumé : « On essuya ici, le premier de ce mois, un des plus violents [...] »
Le 1er novembre, Madrid a été frappée par un violent tremblement de terre d'une durée de huit minutes, débutant à dix heures vingt minutes du matin. Cet événement a provoqué la panique parmi les habitants, mais les dommages ont été limités à la mort de deux enfants tués par une croix de pierre tombant du portail de l'église de Bon Succès. Plusieurs églises et bâtiments, notamment l'église de Saint-André et le portail de la paroisse de Saint-Louis, ont subi des dommages. À l'Escurial, les secousses ont été très fortes, commençant à dix heures dix minutes. Par crainte d'un nouveau tremblement de terre, le roi et la reine ont quitté Madrid après dîner et sont revenus le soir. Le lendemain, ils ont passé la matinée sous une tente en dehors de la ville. Le surlendemain, le roi a fait chanter le Te Deum en action de grâce. Le tremblement de terre a causé plus de dommages dans d'autres villes d'Espagne, notamment à Séville où la cathédrale et plusieurs maisons ont été endommagées. À Cadix, la crue de la mer a causé des dégâts, entraînant la mort d'environ deux cents personnes sur une chaussée emportée par les vagues. Au Portugal, le tremblement de terre a été particulièrement dévastateur, renversant la moitié de Lisbonne, toutes les églises et le palais royal. La famille royale, qui se trouvait à Belem, a été épargnée. Un incendie a éclaté dans la partie de la ville non renversée, tuant ou blessant plusieurs ambassadeurs et dignitaires. Le Tage a connu une crue significative, atteignant environ dix pieds à Tolède. De nombreuses autres villes du Portugal, y compris Cascais et Setúbal, ont également souffert. On estime que cinquante mille habitants de Lisbonne ont péri. Le roi du Portugal a exprimé sa douleur et s'est engagé à secourir les survivants.
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10171
p. 245-248
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Aujourd'hui, le Roi s'est rendu à la Chambre des Pairs [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Sa Majesté, Discours, Colonies américaines, Adresse au roi, Régiments, Puissance, Bâtiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
.
DE LONDRES , le 13 Novembre.
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoutumées ; & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Communes ,
a fait l'ouverture du Parlement par le Difcours
fuivant.
Mylords & Meffieurs , La fituation critique où
font actuellement les affaires , & la volonté dans
laquelle je fuis conflamment de m'appuyer des avis
de l'affiftance de mon Parlement dans toutes les
occafions importantes , m'ont fait fouhaiter de vous
raffembler le plutôt qu'il feroit poffible. Depuis vo
tre derniere Seffion , j'ai pris les mesures qui pouvoient
le plus contribuer à protéger nos poffeffions en
Amérique , & à nous faire recouvrer ce qui en a été
enlevé ou par empietement ou par invasion , au mépris
de la paix , & contre la foi des Traités les plus
folemnels. Pour remplir ces objets , on a apporté
autant de diligence que d'attention , à mettre en
état les forces maritimes de ces Royaumes , & à les
employer : quelques troupes de terres ont été envoyées
dans l'Amérique Septentrionale , & l'on afourni aux
différentes Colonies tous les encouragemens propres
les animer tant à leur propre défense , qu'a la défenfe
des droits de la Grande Bretagne . Avec unfincere
defir de garantir mon Peuple des malheurs de la
guerre, & deprévenir , au milieu des troubles préfens
, tout ce qui pourroit en allumer une générale en
Europe , j'ai été toujours prêt à accepter des voies
raisonnables honorables d'accommodement ; mais
jufqu'ici la France n'en a proposé aucune. Auffij'ai
borné mes vues, à empêcher cette Puillance de faire
de nouvelles ufurpations , ou de foutenir celles qu'sty
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
le a déja faites ; à faire pleinement connoître le droit
que nous avons de demander une fatisfaction pour
des hoftilités commifes dans le tems d'une profonde
paix, à faire échouer les deffeins qui , felon ce
que diverfes apparences & plufieurs préparatifs donnent
lieu de croire , ont été formés contre mes Royaumes
& mes Domaines. l'ai ſuivi en cela le fiflême
que je vous ai communiqué précédemment , & vous
m'avez donné les plus fortes afurances , que vous
m'aideriez efficacement à le faire réuffer . Quelle
Puiffance pourroit nous reprocher des démarches fi
néceffaires à notre fureté? Mon Frere le Roi d'Elpagne
ne regarde point d'un oeil indifférent l'orage qui
s'est élevé; & prenant un vif intérêt au commun
bonheur de l'Europe , il défire ardemment le mainzien
de la tranquillitégénérale . Il m'a fait aſſurer,
qu'il perfifteroit dans les mêmes fentimens pacifiques.
Occupé de ces grandes fins , je ne doute pas que mon
Parlement ne me feconde avec vigueur & avec zele ,
& que , dans une conjoncture où il s'agit fi particulierement
de l'intérêt de la Nation , les promeffes que
vous m'avezfaites dans votre derniere Sffion n'ayent
leur plein effet. En conféquence , j'ai confidérablement
multiplié mes armemens fur mer; j'ai fait auſſi
une augmentation dans mes forces de terre , de la
maniere la moins onéreuse qu'il a été poffible ; j'ai
conclu en même tems deux Traités , l'un avec l'Impératrice
de Ruffie , l'autre avec le Landgrave de
Hele -Caffel , lefquels vous feront communiqués.
Meffieurs de la Chambre des Communes , J'ai ordonné
qu'on vous remit les états pour le fervice de
P'année prochaine & les comptes des dépenses extraordinaires
, qui ont été faites cette année , ſuivant le
pouvoir que j'ai reçu du Parlement . Je vois avecgrand
chagrin , que le befoin de l'Etat exige de forts
fubfides. Je vous de mande feulement lesfecours fans
DECEMBRE. 1755. 247
lefquels je ne pourrois foutenir les entreprises commencées
, conformément à vos intentions , pour la
fureté de mes Royaumes , pour les autres objets
dont je vous ai déja parlé. Quelques sommes que
vous mefournifficz , vous devez compter qu'elles feront
employées avec la plus exacte économie , & uniquement
aux usages pour lefquels vous les deſtinerez .
Mylords & Meffieurs , Je me repose sur votre affec
tion & fur votre fidélité , dont je fais depuis fi longtems
l'expérience. It ne s'eft jamais préfenté de circonftances
dans lesquelles mon honneur & les inté
rêts dela Grande- Bretagneayent requisplus que dans
celle- ci , que vous délibéraffiez avec zele , unanimité
promptitude. Après que le Roi s'eft rétiré ,
les deux Chambres ont réfolu de préfenter chacune
une Adreffe à Sa Majefté. Les Seigneurs préfenteront
demain la leur. La Chambre des Communes
doit préfenter la fenne après demain . On
affure que fi la guerre fe déclare , le fubfide pour
l'année 1756 fera de huit millions fterlings . Le
bruit court auffi , que le Parlement paffera un
Bill , pour établir la Milice dans toutes les Provinces
de la Grande-Bretagne. Le feur Henriques
a préfenté aujourd'hui à tous les Membres des
deux Chambres fon projet , pour lever trois millions
fterlings chaque année par une Loterie.
Sa Majesté a déclaré que fuppofé qu'on fût dans
la néceffité d'affembler une armée , le Duc de
Cumberland la commanderoit en chef , & qu'il
auroit fous fes ordres le Chevalier Ligonier , Général
de Cavalerie ; le fieur Hawley , le Lord Tirawley
, le fieur Campbell . le Duc de Marlboroug
& le Chevalier Mordaunt , Lieutenans- Généraux
, le fieur Stuart , les Comtes de Loudon &
& de Panmure , le Lord Georges Sackeville & le
Comte d'Ancram , Majors Généraux. Le Gouver
248 MERCURE DE FRANCE.
nement le propofe de faire encore une nouvelle
augmentation de vingt hommes par Compagnies
dans chaque Régiment d'Infanterie fur l'établiffement
de la GrandeBretagne . Il y aura une pareille
augmentation dans le Régiment de Cavalerie
des Gardes Bleues.
Le 19 , l'Amiral Weft fit voile de Plymouth avec
une efcadre. Il eft à préfent décidé que l'Amiral.
Boscawen hivernera avec la fienne en Amérique.
On a fait partir deux vaiffeaux , l'un pour le Ĥavre-
de -Grace , Pautre pour Saint-Malo . Ces Bâtimens
ont à bord un grand nombre de paflagers
& de négocians , qui fe font trouvés à bord des
prifes faites fur les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 13 novembre, le roi de Grande-Bretagne a ouvert le Parlement en présence des Chambres des Pairs et des Communes. Il a mis en lumière la situation critique des affaires et la nécessité de protéger les possessions en Amérique, menacées par des empiètements ou des invasions. Pour ce faire, des mesures ont été prises pour renforcer les forces maritimes et terrestres, et des encouragements ont été fournis aux colonies pour leur défense. Le roi a exprimé son désir d'éviter la guerre tout en se préparant à des accommodements honorables, mais la France n'a proposé aucune voie raisonnable. Il a également mentionné les efforts pour empêcher de nouvelles usurpations françaises et pour garantir les droits de la Grande-Bretagne. Le roi d'Espagne a assuré son soutien pacifique. Le Parlement a été informé de l'augmentation des armements et des forces terrestres, ainsi que de la conclusion de traités avec l'Impératrice de Russie et le Landgrave de Hesse-Cassel. Le roi a demandé des subsides pour soutenir les entreprises en cours et a assuré une gestion économique des fonds. Les Chambres ont résolu de présenter des adresses au roi, et des préparatifs militaires ont été annoncés, incluant la nomination de hauts gradés pour une éventuelle armée. Des augmentations de troupes dans les régiments d'infanterie et de cavalerie ont également été proposées. L'Amiral Boscawen hivernera en Amérique, et deux vaisseaux ont été envoyés vers la France avec des prisonniers.
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10172
p. 248-250
« Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Début :
Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Naissance, Comte de Provence, Comtesse de Marsan, Famille royale, Monseigneur, Duc de Gesvres, Sieur Mirabaud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Le 17 Novembre , fur les trois heures du ma
tin , Madame la Dauphine fentit des douleurs.
Cette Princeffe accoucha une heure après d'un
Prince , que le Roi a nommé Comte de Provence.
A cinq heures , le Cardinal de Soubize , Grand
Aumônier de France , fit la cérémonie de l'ondoyement
, en préfence du Curé de la Paroiffe
du Château. Le fieur Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , Grand Tréforier de l'Ordre du Saint-
Efprit , apporta le Cordon de cet Ordre , & il eut
l'honneur de le paffer au cou du Prince , qui fut
remis entre les mains de la Comteſſe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France. Enfuite elle porta
Monfeigneur le Comte de Provence à l'appartement
qui lui étoit deftiné. Ce Prince y fut conduit
DECEMBRE . 1755. 249
felon l'ufage par le Capitaine des Gardes du Corps,
Entre midi & une heure , le Roi & la Reine
accompagnés de la Famille Royale , ainfi que des
Princes & des Princeffes du Sang , des Grands
Officiers de la Couronne , des Miniftres & des Seigneurs
& Dames de la Cour , & précédés des deux
Huiffiers de la Chambre , qui portoient leurs maffes
, fe rendirent à la Chapelle . Leurs Majeftés y
entendirent la Meffe , pendant laquelle le fieur
Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , & Sur - Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit exécuter le Te Deum , en mufique ,
de fa compofition . Cette Hymne fut entonnée par
l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire de la Chapelle
-Mufique.
L'après-midi , le Roi & la Reine , Monseigneur
le Dauphin , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame , Madame Victoire,
Madame Sophie & Madame Louife , reçurent
dans leurs appartemens les révérences des Dames
de la Cour , à l'occafion des couches de Madame
la Dauphine , & de la naiffance du Prince .
Le foir à huit heures , par les ordres du Duc de
Gefvres , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
en exercice , & fous la direction du fieur de Fontpertuys
, Intendant des Menus- Plaiſirs , on tira
dans la Place d'Armes , vis- à- vis de l'appartement
du Roi , un très - beau bouquet d'artifice , que Sa
Majefté alluma de fon balcon , par le moyen d'une
fufée courante . L'exécution n'a laiffé rien à défirer.
Le même jour , le Roi fit partir le fieur Binet ,
Meftre de Camp de Cavalerie , un de Gentilshommes
Ordinaires de Sa Majefté , & Premier
Valet de Chambre de Monfeigneur le Dauphin ,
pour aller à Luneville donner part de la naiffance
250 MERCURE DE FRANCE.
de Monfeigneur le Comte de Provence , au Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Madame la Dauphine , ainfi que le jeune Prince
, fe portent aufli bien qu'on puiffe le défirer .
Le fieur Mirabaud , Secrétaire Perpétuel de
P'Académie Françoife , ayant donné fa démiffion ,
cette Compagnie a élu , pour le remplacer , le
fieur Duclos , Hiftoriographe de France, un des
Quarante de l'Académie , & Aflocié Vétéran de
celle des Infcriptions & Belles- Lettres.
tin , Madame la Dauphine fentit des douleurs.
Cette Princeffe accoucha une heure après d'un
Prince , que le Roi a nommé Comte de Provence.
A cinq heures , le Cardinal de Soubize , Grand
Aumônier de France , fit la cérémonie de l'ondoyement
, en préfence du Curé de la Paroiffe
du Château. Le fieur Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , Grand Tréforier de l'Ordre du Saint-
Efprit , apporta le Cordon de cet Ordre , & il eut
l'honneur de le paffer au cou du Prince , qui fut
remis entre les mains de la Comteſſe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France. Enfuite elle porta
Monfeigneur le Comte de Provence à l'appartement
qui lui étoit deftiné. Ce Prince y fut conduit
DECEMBRE . 1755. 249
felon l'ufage par le Capitaine des Gardes du Corps,
Entre midi & une heure , le Roi & la Reine
accompagnés de la Famille Royale , ainfi que des
Princes & des Princeffes du Sang , des Grands
Officiers de la Couronne , des Miniftres & des Seigneurs
& Dames de la Cour , & précédés des deux
Huiffiers de la Chambre , qui portoient leurs maffes
, fe rendirent à la Chapelle . Leurs Majeftés y
entendirent la Meffe , pendant laquelle le fieur
Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , & Sur - Intendant de la Mufique de la
Chambre , fit exécuter le Te Deum , en mufique ,
de fa compofition . Cette Hymne fut entonnée par
l'Abbé Gergoy , Chapelain ordinaire de la Chapelle
-Mufique.
L'après-midi , le Roi & la Reine , Monseigneur
le Dauphin , Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur le Duc de Berry , Monfeigneur le
Comte de Provence , Madame , Madame Victoire,
Madame Sophie & Madame Louife , reçurent
dans leurs appartemens les révérences des Dames
de la Cour , à l'occafion des couches de Madame
la Dauphine , & de la naiffance du Prince .
Le foir à huit heures , par les ordres du Duc de
Gefvres , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
en exercice , & fous la direction du fieur de Fontpertuys
, Intendant des Menus- Plaiſirs , on tira
dans la Place d'Armes , vis- à- vis de l'appartement
du Roi , un très - beau bouquet d'artifice , que Sa
Majefté alluma de fon balcon , par le moyen d'une
fufée courante . L'exécution n'a laiffé rien à défirer.
Le même jour , le Roi fit partir le fieur Binet ,
Meftre de Camp de Cavalerie , un de Gentilshommes
Ordinaires de Sa Majefté , & Premier
Valet de Chambre de Monfeigneur le Dauphin ,
pour aller à Luneville donner part de la naiffance
250 MERCURE DE FRANCE.
de Monfeigneur le Comte de Provence , au Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Madame la Dauphine , ainfi que le jeune Prince
, fe portent aufli bien qu'on puiffe le défirer .
Le fieur Mirabaud , Secrétaire Perpétuel de
P'Académie Françoife , ayant donné fa démiffion ,
cette Compagnie a élu , pour le remplacer , le
fieur Duclos , Hiftoriographe de France, un des
Quarante de l'Académie , & Aflocié Vétéran de
celle des Infcriptions & Belles- Lettres.
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Résumé : « Le 17 Novembre, sur les trois heures du matin, Madame la Dauphine [...] »
Le 17 novembre, Madame la Dauphine accoucha à trois heures du matin d'un prince, nommé Comte de Provence par le Roi. Le Cardinal de Soubize procéda à l'ondoyement du prince en présence du curé de la paroisse du Château. Le sieur Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État, remit au prince le cordon de l'Ordre du Saint-Esprit, et la Comtesse de Marfan le conduisit à son appartement. Le 24 décembre, le Roi et la Reine assistèrent à une messe à la chapelle, suivie de l'exécution du Te Deum par le sieur Colin de Blamont. L'après-midi, la famille royale reçut les révérences des Dames de la Cour. Le soir, un bouquet d'artifice fut tiré dans la Place d'Armes, allumé par le Roi. Le même jour, le Roi envoya le sieur Binet à Lunéville pour annoncer la naissance du Comte de Provence au Roi de Pologne. Madame la Dauphine et le jeune prince se portaient bien. Par ailleurs, le sieur Duclos fut élu pour remplacer le sieur Mirabaud, Secrétaire Perpétuel de l'Académie Française.
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10173
p. 251-252
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Epître à [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS AT EN PROSE.
Epitre àM. de Voltaire par M. Clofier , page 5
Réponse de M. de Voltaire ,
Suite de la Promenade de Province ,
7.
ibid.
33
La Liberté , Imitation d'une Ode de Metaſtaze
Lettre à Madame .... fur les chagrins , l'impatience
, & l'humeur , 37
Fables , le Coq la Cigale ; & les deux Chiens, 41
Les Sauvages , Parodie d'une piece de clavecin de
M. Rameau.
Portrait d'un honnête homme ,
Ode tirée du Pleaume 99 ,
93
46
54
Vers fur la mort de M. le Marquis de Beauffremont
,
58
Potrait de M. Bofc , Confeiller d'Etat , &e. 62
Ode à Mlle .... fur fon gout pour la Philofophie ,
64
Copie de la Lettre écrite par M. Voifin à M. le
Prince de .... 67
252
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercu
re de Novembre ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Analyfe de l'Esprit des Loix ,
72
ibid.
75
77
Annonces, précis, & Extraits de Livres nouveaux ,
104
Séances publiques de l'Académie Françoiſe , 160
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Chronologie . Lettre à M. L. R. Desh . P. R. fur la
Chronologie de Newton , 165
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiftorique de la ville
de Paris ,
Métallurgie. Procédé pour retirer le Bleu de
Pruffe des Eaux minérales de M. Callabigi , 193
Chirurgie. Lettre à l'Auteur du Mercure fur l'am
putation ,
ART. IV. BEAUX ART S.
Peinture. Prix de l'Académie de Peinture ,
Grazure.
Comédie Françoife ,
179
202
205
213
ART. V. SPECTACLES.
217
Extrait de l'Orphelin de la Chine ,
218
Comédie Italienne , 239
Concert Spirituel , 240
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres . 241
248
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS AT EN PROSE.
Epitre àM. de Voltaire par M. Clofier , page 5
Réponse de M. de Voltaire ,
Suite de la Promenade de Province ,
7.
ibid.
33
La Liberté , Imitation d'une Ode de Metaſtaze
Lettre à Madame .... fur les chagrins , l'impatience
, & l'humeur , 37
Fables , le Coq la Cigale ; & les deux Chiens, 41
Les Sauvages , Parodie d'une piece de clavecin de
M. Rameau.
Portrait d'un honnête homme ,
Ode tirée du Pleaume 99 ,
93
46
54
Vers fur la mort de M. le Marquis de Beauffremont
,
58
Potrait de M. Bofc , Confeiller d'Etat , &e. 62
Ode à Mlle .... fur fon gout pour la Philofophie ,
64
Copie de la Lettre écrite par M. Voifin à M. le
Prince de .... 67
252
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercu
re de Novembre ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
Analyfe de l'Esprit des Loix ,
72
ibid.
75
77
Annonces, précis, & Extraits de Livres nouveaux ,
104
Séances publiques de l'Académie Françoiſe , 160
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Chronologie . Lettre à M. L. R. Desh . P. R. fur la
Chronologie de Newton , 165
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiftorique de la ville
de Paris ,
Métallurgie. Procédé pour retirer le Bleu de
Pruffe des Eaux minérales de M. Callabigi , 193
Chirurgie. Lettre à l'Auteur du Mercure fur l'am
putation ,
ART. IV. BEAUX ART S.
Peinture. Prix de l'Académie de Peinture ,
Grazure.
Comédie Françoife ,
179
202
205
213
ART. V. SPECTACLES.
217
Extrait de l'Orphelin de la Chine ,
218
Comédie Italienne , 239
Concert Spirituel , 240
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres . 241
248
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document est structuré en six sections principales. L'Article Premier rassemble des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des épîtres, des réponses, des fables, des odes, des portraits et des lettres. Parmi les œuvres notables figurent une épître de M. Clofier à M. de Voltaire, des fables comme 'Le Coq et la Cigale', et des parodies telles que 'Les Sauvages'. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec une analyse de 'L'Esprit des Lois' et des annonces de livres nouveaux. L'Article III aborde les sciences et les belles-lettres, couvrant des sujets comme la chronologie, l'histoire, la métallurgie et la chirurgie. L'Article IV se concentre sur les beaux-arts, mentionnant des prix de l'Académie de Peinture et des gravures. L'Article V liste les spectacles, tels que des extraits de pièces de théâtre et des concerts. Enfin, l'Article VI contient les nouvelles étrangères. Chaque section est accompagnée de références de pages spécifiques pour localiser les articles dans le document.
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10174
p. 252
« La Chanson notée doit regarder la page 75. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 75. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 75. [...] »
La Chanfon notée doit regarder la page 75 .
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10175
p. 252
« De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie Ch. A.Jombert. [...] »
De l'imprimerie de Ch. A. JOMBERT.
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10176
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Abonnés
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
deport , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinai
res à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A i
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres ,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
.On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainſi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
deport , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinai
res à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'est- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A i
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres ,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obſervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi& Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
.On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainſi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution du Mercure, une publication périodique. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les paquets et lettres doivent être adressés à M. Lutton, qui les transmettra à M. de Boissy, l'auteur du Mercure. Le prix d'abonnement est de 36 sols par volume. En s'abonnant à l'avance, le coût est de 21 livres pour quatorze volumes. Les volumes extraordinaires coûtent 30 sols pour les abonnés et seront payés avec l'année suivante. Les personnes de province paieront 31 livres 10 sols d'avance pour quatorze volumes et recevront les extraordinaires à proportion, francs de port. Ceux qui prennent en charge les frais de port paieront 30 sols par volume, soit 21 livres d'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée. Les personnes des provinces doivent envoyer le prix de leur abonnement par la poste ou donner des ordres pour le paiement à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le Mercure permet également de se procurer d'autres journaux, livres, estampes et musique.
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10177
p. 5
SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
Début :
Que du plus beau sang du monde, [...]
Mots clefs :
Naissance, Comte de Provence
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE de M. le Comte de Provence.
SUR LA NAISSANCE
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
de M. le Comte de Provence.
Ue du plus beau fang du monde ,
Notre Dauphine féconde ,
Augmente les rejettons ;
Et nous donne autant de Princes
Que la France a de Provinces ,
Sans celles que nous prendrons.
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10178
p. 6
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Début :
Bacchus & Flore tête à tête [...]
Mots clefs :
Bacchus, Flore, Vin
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texteReconnaissance textuelle : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la pofte
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
une corbeille defleurs & un petit panier de
vin vieux,
Bacchus & Flore tête à tête ,
Par la voiture des Zéphirs ,
Sont en route pour votre fête ,
Suivis d'un effein de déſirs :
Tous deux , preffés du même zele ,
Vous portent ce qu'ils ont de mieux ;
L'une , la fleur la plus nouvelle ,
Et l'autre , le vin le plus vieux.:
Chacun à vous fervir s'engage
Flore doit parer votre ſein :
Bacchus difpute l'avantage
De faire briller votre main ;
Ce Dieu veut fous vos doigts d'albâtre ,
Philis , voir couler fa liqueur :
Flore rendra tout idolâtre ,
Et Bacchus fera tout buveur .
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Résumé : Vers à Mlle Ch... en lui envoyant par la poste une corbeille de fleurs & un petit panier de vin vieux.
Le poème envoie à Mlle Ch... une corbeille de fleurs et un panier de vin vieux. Flore et Bacchus, portés par les Zéphyrs, offrent respectivement la fleur la plus nouvelle et le vin le plus vieux. Ils promettent de servir la destinataire, Flore ornant son sein de fleurs et Bacchus souhaitant voir le vin couler entre ses doigts. Flore rendra idolâtre de ses fleurs, et Bacchus fera en sorte que tout le monde devienne buveur.
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10179
p. 7-17
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
Début :
Rappellez-vous, Monsieur, notre conversation sur les Mémoires de Madame [...]
Mots clefs :
Madame de Staal, Mémoires, Plaisir, Style, Comédies, Théâtre, Ministre, Homme, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
La lettre datée du 16 octobre 1755 traite des Mémoires de Madame de Staal. L'auteur exprime son admiration pour les mémoires historiques sincères, en particulier ceux des hommes d'État, négociateurs et généraux. Il regrette le manque de mémoires de simples particuliers, bien que ceux-ci soient rares. L'abbé Trublet partage ce regret, souhaitant que des auteurs célèbres écrivent des mémoires sincères. L'auteur apprécie les Mémoires de Madame de Staal et souhaite que tout homme sincère et réfléchissant écrive ses mémoires, indépendamment de son style. Il cite les Mémoires de l'abbé de Marolles comme exemple de mémoires appréciés malgré un style médiocre. Il affirme que les mémoires de simples particuliers peuvent être aussi intéressants que ceux des grands hommes, car ils montrent l'homme dans sa vie quotidienne. L'auteur conteste l'idée que les Mémoires de Madame de Staal plaisent seulement par leur style. Il soutient que les petits faits de la vie privée sont tout aussi intéressants que les grands événements. Il admire le caractère unique de Madame de Staal et les circonstances de sa vie, bien qu'il critique ses amours détaillées dans les mémoires. La lettre se termine par une réflexion sur les malheurs des grands hommes et l'importance des mémoires pour comprendre la nature humaine. L'auteur suggère que les comédies de Madame de Staal auraient dû être publiées avant ses mémoires pour susciter plus d'intérêt. Il conclut en préférant le style narratif des mémoires à celui des comédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10180
p. 22-32
LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
Début :
SUHRID, riche Négociant de Bagdat, avoit une fille d'une beauté singuliere, [...]
Mots clefs :
Perruche, Yeux, Coeur, Théâtre, Talent, Gouvernante, Opéra, Sentiments, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
LA PERRUCHE GOUVERNANTE .
CONTE ORIENTAL ,
Par une jeune perfonne de Province , âgée
de 14 ans.
UHRID , riche Négociant de Bagdat ,
avoit une fille d'une beauté finguliere ,
& une perruche d'un mérite encore plus
furprenant. Elle n'avoit pas feulement le
talent de parler , elle avoit encore la faculté
de penfer. Elle avoit des fentimens ,
elle avoit des moeurs . C'étoit dans des tems
éloignés où tout étoit poffible. Suhrid
qui connoiffoit le prix de tant de rares
qualités , l'avoit établie Gouvernante de
fa maiſon , & particulierement de la jeune
Banou fa fille. Obligé de faire un voyage
pour le bien de fon commerce , il lui recommanda
ce précieux dépôt , & lui dit
avant fon départ : Zaïre , je confie Banou
à votre fageffe ; elle n'a que quinze ans ,
DECEMBRE . 1755. 23
elle eft fans experience , elle eft ingenue ;
mais elle a l'humeur vive , & je lui crois
le coeur fenfible ; elle tient de fa mere :
veillez fur fa conduite , & fur-tout prenez
foin d'écarter tous les objets qui pourroient
la féduire. Oh ! oh ! ne craignez
rien , lui répondit la perruche , repofezvous
fur mon zele & fur mon adreffe.
Votre fille aime les contes par-deffus toutes
chofes. Elle me prie à chaque inſtant
de lui en dire , & quitte tout pour les enrendre.
Quand un jeune féducteur viendra
s'offrir à fa vue , je lui conterai vîte
une hiftoire , où je lui ferai fentir adroitement
le danger du piége qu'on lui dreffe .
Par cette innocente rufe j'aurai l'efprit de
l'en garantir en l'amufant ; mais , ajoutat'elle
, revenez dans un mois . Si votre
abfence dure davantage , je ne réponds
plus de Banou je n'ai ma provifion de
contes que jufqu'à ce tems là ; je vous en
avertis. Suhrid lui promit de ne pas paffer
ce terme. Il appella enfuite fa fille ,
lui ordonna expreffément de ne rien faire
fans confulter fa bonne , l'embraffa , &
partit .
Almanzor , un jeune chanteur étoit
voifin de Banou ; il l'avoit apperçue à fa
fenêtre , qui étoit vis -à- vis de la fienne ,
& fa beauté l'avoit frappé . Elle l'avoit en-
7
24 MERCURE DE FRANCE.
tendu chanter , & fon coeur en avoit été
ému. Une après-midi que la perruche s'étoit
endormie , un ferin partit de l'appartement
d'Almanzor , & vola fur la toilette
de Banou , qui rajuftoit une boucle de
fes cheveux, & lui préfenta un billet qu'il
tenoit dans fon bec. Banou careffe l'oifeau
& prend le papier qu'elle lit. La perruche
s'éveille , & fond fur le ferin qu'elle
auroit déchiré , fi Banou ne l'avoit arraché
de fes griffes cruelles. Sa jeune éleve
furpriſe d'une colere fi violente , lui en
demande le fujet. Zaïre lui répond qu'elle
en a de fortes raifons , qu'un ferin a caufé
le malheur de fa vie , & qu'elle eft prête à
lui en raconter l'hiftoire , mais qu'elle
veut auparavant lire le billet qu'on lui a
écrit. Le Lecteur fera peut-être étonné de
voir une perruche qui fçait lire , mais elle
n'eft pas la feule. Banou remet à fa Bonne
le poulet , qui étoit conçu en ces termes :
Charmante Banou , de grace , apprenez
la mufique . Ce talent manque à vos charmes.
Je puis dire fans vanité que je fuis le
premier homme de Bagdat , pour montrer le
gout du chant. J'ai compofe le duo le plus
charmant du monde. Marquez moi l'heure
où votre Duegne fera la méridienne . Je volerai
dans votre chambre pour vous l'apprendre.
Quel plaifir de chanter d'accord avcc
vous!
Ah !
DECEMBRE . 1755 . 25.
Ah ! le petit fripon , s'écria la perruche ;
ah ! le petit fcélerat , qui ne vous offre fes
fervices que pour tromper votre innocence
! Non , non , interrompit Banou ; il eſt
trop joli pour me tromper : c'eft parce qu'il
eft joli , qu'il en eft plus à craindre , reprit
la Gouvernante. Oh ! j'aime la mufique ,
ma Bonne dites le Muficien , ma fille ;
mais il ne vous convient pas , contentezyous
de votre maître à danfer. Il eft
trop
laid , il n'eft plus jeune , dit la pupille.
Votre voix eft rebelle au chant , infifta la
perruche : vous avez la jambe brillante ,
vous danfez avec grace. C'eft votre talent ;
tenez - vous - y. Vous chanterez à faire
peur , ce fera votre perte : vous vous rendrez
ridicule. Croyez en mon expérience.
J'étois dans le même cas , & j'ai donné
bêtement dans le piege qu'on vient de vous
tendre. Il ne faut jamais fe déplacer. Pour
vous en convaincre , écoutez mon hif
toire,
LE RISQUE DU DEPLACEMENT ;
Aventure qui n'est pas fans exemple.
J
E fuis née dans l'ifle des oifeaux , pays
heureux où notre efpece domine . La
candeur y regnoit avec elle. Il n'y avoit
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
point d'hommes mais des oifeaux d'Afie
& d'Europe , inftruits par eux , font venus
s'y établir , ont ufurpé le trône , & perverti
nos moeurs. Un aigle étoit Roi de
l'ifle ; il étoit fier , mais il aimoit les arts ,
il les appelloit à fa Cour. La Comédie &
l'Opera partageoient fes amuſemens. Mon
pere étoit Comédien de la troupe du Prince
, il y jouoit les Rois. Comme mon plumage
étoit diftingué , que j'avois le maintien
noble , la parole aifée , & la prononciation
parfaite , il me fit débuter dans les
rôles de Princeffe. F'y réuffis parfaitement.
On n'entendit que des cris d'admiration
& des battemens d'aîles dans toute la falle.
Le fuccès fut tous les jours en croiffant. Il
me fit donner le nom de Zaïre , que j'ai
toujours porté , & m'attira des adorateurs
en foule , au point que j'en fus excédée.
>
Pour m'en débarraffer avec décence ;
mais contre l'efprit de mon état , j'étois
fur le point de faire choix d'un mari , &
de l'aveu de mon pere , j'avois jetté les
yeux fur un perroquet bouffon qui me faifoit
rire. Il repréfentoit les valers , & s'appelloit
la Verdure . Ce mariage étoit affor
ti. Il étoit Comédien aimé , & j'étois Actrice
à la mode : Mais un foir que j'avois
enchanté toute la Cour , Médor , un charmant
petit ferin vint m'exprimer fon raDECEMBRE.
1755. 27
viffement dans ma loge , avec des fons fi
touchans , que je fus fenfible à la douceur
de fon ramage . Pour m'achever , je fus le
lendemain à l'Opera . Medor y chantoit la
haute-contre. Il me vit dans une premiere
loge ; mes yeux qui l'applaudiffoient , animerent
fon expreffion , & firent paffer tout
leur feu dans fon organe. Il fe furpaffa.
Toute l'affemblée fortit enivrée de plaifir ,
& je m'en retournai folle d'amour . La tête
m'en tourna . Medor s'en apperçut ; le
fripon en profita , ou plutot il en abuſa
pour me perdre .
Deux jours après je le rencontrai au bal,
& nous nous arrangeâmes. Comme j'ai
toujours confulté la décence , que je craignois
les reproches de mon pere , & que le
myftere étoit de mon gout , je le priai de
ne me voir qu'en bonne fortune , & de
cacher bien fa flamme. Pendant trois mois
il fut auffi difcret que fidele ; mais au
bout de ce terme fon coeur me fut enlevé
par les agaceries d'une petite effrontée
d'une jeune linotte , dont le début à l'Opera
avoit réuffi , graces à fon manége plûtot
qu'à fon talent. Il me cacha d'abord
fon inconftance , & nous nous voyons toujours
fecrétement dans une petite maiſon
qu'il avoit louée dans un fauxbourg. En
ces circonftances la Verdure me preffa de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
conclure notre hymen, mais mon coeur &
mes yeux étoient changés. La comparaifon
que j'en fis alors avec mon beau ferin
l'enlaidit fi fort à ma vue , & je le trouvai
fi ignoble que je le congédiai , en lui difant
dédaigneufement , qu'une Princeffe
n'étoit point faite pour époufer un valet ;
tant il eft vrai que les fentimens de grandeur
qu'on exprime fur la fcene , nous
font encore illufion après l'avoir quittée ,
& qu'on fe figure être dans le monde , ce
qu'on repréfente au théâtre. C'eſt le délire
de la profeffion.
Le malin perroquet fe vengea de mon
dédain par un trait de fon emploi. Dans
une petite piece de fa façon , intitulée la
fauffe Princeffe ou le Déguisement ridicule
il parodia ma perfonne & mon jeu affez
plaifamment pour mettre contre moi
les rieurs de fon côté . Medor lui - même
trouva mauvais que je n'euffe point accepté
fon rival pour mari. Il me dit durement
que j'avois ce que je méritois , &
que ce mariage politique eût fervi de voile
à nos amours. Je lui répondis piquée
que , puifqu'il le prenoit fur ce ton , il
m'épouferoit lui - même pour effacer ce ridicule
, & pour juftifier mon refus, ou que
je romprois avec lui fans retour. Ah ! je
vous aime trop , fe récria-t'il , pour deDECEMBRE.
1755 29
venir votre mari . Je veux que ma flamme
foit éternelle , & ce titre feul feroit сара-
ble de l'éteindre. J'ai un plus noble parti
à vous propofer. Quel parti , lui demandai-
je avec vivacité ? C'eſt , par vos talens,
de remporter un nouveau triomphe qui
faffe oublier la mauvaiſe plaifanterie qu'on
vous a faite . La fingularité d'un fuccès
inattendu eft une éponge qui lave tout.
Vous avez une voix charmante , un gofier
flexible , des fons pénétrans qui vont jufqu'à
l'ame. Venez les faire briller fur notre
théâtre , c'eft la plus belle vengeance
que vous puiffiez tirer du vôtre . J'y fuis
Medor , vous y ferez Angelique . Mais , lui
dis- je , je n'ai jamais chanté , je ne fçai
pas la mufique . Eh ! je vous l'apprendrai ,
mon Ange , reprit - il affectueufement.
Avec les belles difpofitions que vous avez,
& tous mes foins que je vous prodiguerai
, je veux , avant qu'il foit quinze jours ,
vous mettre en état de chanter un rôle
mieux que moi. Vous faites le charme de
la Comédie , & vous ferez les délices de
l'Opera. Que ne peut le talent , quand
il est formé par l'amour ! A ce difcours
paffionné , qui ne l'auroit cru fincere !
c'étoit pourtant le langage de la perfidie ,
& qui cachoit la trame la plus noire. Le
traître venoit de l'arranger avec ma rivale
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
qui l'avoit imaginée. Incapable de trom❤
per , je me lailai prendre au piege. L'amour-
propre aida la féduction . Il m'exagéra
mon mérite , & m'aveugla fur le
danger. La nature m'avoit douée d'un organe
facile pour parler , mais j'oubliai
alors que j'avois reçu d'elle une voix défagréable
pour chanter. En conféquence
je fis la folie de me tranfplanter fur un
autre théâtre, où j'étois parfaitement étrangere.
La curiofité y attira tous les oiſeaux
du pays . On applaudit à tout rompre , dès
qu'on me vit paroître , mais à peine eusje
ouvert le bec pour chanter , & formé
ma premiere cadence , qu'une troupe
d'impertinens merles & de bruyans
étourneaux qui compofoient le parterre ,
me perça de mille fifflets : l'amphithéâtre
en même tems , les balcons , & toutes les
loges m'accablerent d'autant de huées . Le
perfide Medor , fous une trifteffe feinte ,
déguifoit fa joie fcélérate. Mon infolente
rivale triomphoit dans une loge , & par
fes éclats moqueurs animoit le combat.
Serins , linottes , pinçons , chardonnerets
tous fiffloient à l'uniffon . Le corbeau croaffoit
, la pie crioit , la cane , le canard ,
l'oifon même me contrefaifoit avec fes
fons nazillards. Tous les perroquets foulevés
par la Verdure , murmuroient con-
›
DECEMBRE. 1755. 3x
tre moi d'avoir compromis ainfi l'efpece.
Il n'y eut pas jufqu'à une vieille perruche,
ma grand'mere , qui s'écria en ricanant
de dépit Ah ! ah ! c'eft bien fait. Voilà
pour corriger cette petite folle , & pour
lui apprendre à fe déplacer. Sifflez , fifflez
fort, de peur qu'elle ne l'oublie . Je ne tins
point à ce dernier trait : J'abandonnai la
fcene , en m'arrachant les plumes de défefpoir.
Je voulus prendre ma revanche
fur mon premier théâtre , mais les difpofitions
étoient changées ; on m'y vit avec les
yeux de la prévention qui m'étoit contraire.
On m'y trouva mauvaiſe. J'eus toutes
mes camarades contre moi . Un ordre me
défendit de paroître à la Cour. Je devins
la fable de la ville. On me chanfonna.
Tous mes parens m'abandonnerent . Une
colombe fut la feule qui me confola , &
qui eut même le courage de fe montrer
en public avec moi . Bel exemple , qui
prouve que les fentimens de l'amitié font
plus furs & plus forts que ceux du fang
& de la nature ! Elle m'apprit que la perfide
linotte avoit engagé Medor à me jouer
ce cruel tour , afin de me rendre firidicule
aux yeux de tout le monde , qu'il
n'ofât plus me voir , & qu'il ne fût qu'à
elle fans partage.
Jugez , après ce récit , fi ma haine eft
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
fondée contre les ferins . Que mon exemple
vous ferve de leçon . Un jeune Muficien
eft pour vous un maître dangereux.
Son art eft fait pour vous féduire , & non
pas pour vous embellir. Vous avez , comme
moi , la voix fauffe. Fuyez Almanzor :
craignez mon défaftre ; & fongez que le
déplacement ternit toutes les graces , &
rend la beauté même ridicule.
CONTE ORIENTAL ,
Par une jeune perfonne de Province , âgée
de 14 ans.
UHRID , riche Négociant de Bagdat ,
avoit une fille d'une beauté finguliere ,
& une perruche d'un mérite encore plus
furprenant. Elle n'avoit pas feulement le
talent de parler , elle avoit encore la faculté
de penfer. Elle avoit des fentimens ,
elle avoit des moeurs . C'étoit dans des tems
éloignés où tout étoit poffible. Suhrid
qui connoiffoit le prix de tant de rares
qualités , l'avoit établie Gouvernante de
fa maiſon , & particulierement de la jeune
Banou fa fille. Obligé de faire un voyage
pour le bien de fon commerce , il lui recommanda
ce précieux dépôt , & lui dit
avant fon départ : Zaïre , je confie Banou
à votre fageffe ; elle n'a que quinze ans ,
DECEMBRE . 1755. 23
elle eft fans experience , elle eft ingenue ;
mais elle a l'humeur vive , & je lui crois
le coeur fenfible ; elle tient de fa mere :
veillez fur fa conduite , & fur-tout prenez
foin d'écarter tous les objets qui pourroient
la féduire. Oh ! oh ! ne craignez
rien , lui répondit la perruche , repofezvous
fur mon zele & fur mon adreffe.
Votre fille aime les contes par-deffus toutes
chofes. Elle me prie à chaque inſtant
de lui en dire , & quitte tout pour les enrendre.
Quand un jeune féducteur viendra
s'offrir à fa vue , je lui conterai vîte
une hiftoire , où je lui ferai fentir adroitement
le danger du piége qu'on lui dreffe .
Par cette innocente rufe j'aurai l'efprit de
l'en garantir en l'amufant ; mais , ajoutat'elle
, revenez dans un mois . Si votre
abfence dure davantage , je ne réponds
plus de Banou je n'ai ma provifion de
contes que jufqu'à ce tems là ; je vous en
avertis. Suhrid lui promit de ne pas paffer
ce terme. Il appella enfuite fa fille ,
lui ordonna expreffément de ne rien faire
fans confulter fa bonne , l'embraffa , &
partit .
Almanzor , un jeune chanteur étoit
voifin de Banou ; il l'avoit apperçue à fa
fenêtre , qui étoit vis -à- vis de la fienne ,
& fa beauté l'avoit frappé . Elle l'avoit en-
7
24 MERCURE DE FRANCE.
tendu chanter , & fon coeur en avoit été
ému. Une après-midi que la perruche s'étoit
endormie , un ferin partit de l'appartement
d'Almanzor , & vola fur la toilette
de Banou , qui rajuftoit une boucle de
fes cheveux, & lui préfenta un billet qu'il
tenoit dans fon bec. Banou careffe l'oifeau
& prend le papier qu'elle lit. La perruche
s'éveille , & fond fur le ferin qu'elle
auroit déchiré , fi Banou ne l'avoit arraché
de fes griffes cruelles. Sa jeune éleve
furpriſe d'une colere fi violente , lui en
demande le fujet. Zaïre lui répond qu'elle
en a de fortes raifons , qu'un ferin a caufé
le malheur de fa vie , & qu'elle eft prête à
lui en raconter l'hiftoire , mais qu'elle
veut auparavant lire le billet qu'on lui a
écrit. Le Lecteur fera peut-être étonné de
voir une perruche qui fçait lire , mais elle
n'eft pas la feule. Banou remet à fa Bonne
le poulet , qui étoit conçu en ces termes :
Charmante Banou , de grace , apprenez
la mufique . Ce talent manque à vos charmes.
Je puis dire fans vanité que je fuis le
premier homme de Bagdat , pour montrer le
gout du chant. J'ai compofe le duo le plus
charmant du monde. Marquez moi l'heure
où votre Duegne fera la méridienne . Je volerai
dans votre chambre pour vous l'apprendre.
Quel plaifir de chanter d'accord avcc
vous!
Ah !
DECEMBRE . 1755 . 25.
Ah ! le petit fripon , s'écria la perruche ;
ah ! le petit fcélerat , qui ne vous offre fes
fervices que pour tromper votre innocence
! Non , non , interrompit Banou ; il eſt
trop joli pour me tromper : c'eft parce qu'il
eft joli , qu'il en eft plus à craindre , reprit
la Gouvernante. Oh ! j'aime la mufique ,
ma Bonne dites le Muficien , ma fille ;
mais il ne vous convient pas , contentezyous
de votre maître à danfer. Il eft
trop
laid , il n'eft plus jeune , dit la pupille.
Votre voix eft rebelle au chant , infifta la
perruche : vous avez la jambe brillante ,
vous danfez avec grace. C'eft votre talent ;
tenez - vous - y. Vous chanterez à faire
peur , ce fera votre perte : vous vous rendrez
ridicule. Croyez en mon expérience.
J'étois dans le même cas , & j'ai donné
bêtement dans le piege qu'on vient de vous
tendre. Il ne faut jamais fe déplacer. Pour
vous en convaincre , écoutez mon hif
toire,
LE RISQUE DU DEPLACEMENT ;
Aventure qui n'est pas fans exemple.
J
E fuis née dans l'ifle des oifeaux , pays
heureux où notre efpece domine . La
candeur y regnoit avec elle. Il n'y avoit
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
point d'hommes mais des oifeaux d'Afie
& d'Europe , inftruits par eux , font venus
s'y établir , ont ufurpé le trône , & perverti
nos moeurs. Un aigle étoit Roi de
l'ifle ; il étoit fier , mais il aimoit les arts ,
il les appelloit à fa Cour. La Comédie &
l'Opera partageoient fes amuſemens. Mon
pere étoit Comédien de la troupe du Prince
, il y jouoit les Rois. Comme mon plumage
étoit diftingué , que j'avois le maintien
noble , la parole aifée , & la prononciation
parfaite , il me fit débuter dans les
rôles de Princeffe. F'y réuffis parfaitement.
On n'entendit que des cris d'admiration
& des battemens d'aîles dans toute la falle.
Le fuccès fut tous les jours en croiffant. Il
me fit donner le nom de Zaïre , que j'ai
toujours porté , & m'attira des adorateurs
en foule , au point que j'en fus excédée.
>
Pour m'en débarraffer avec décence ;
mais contre l'efprit de mon état , j'étois
fur le point de faire choix d'un mari , &
de l'aveu de mon pere , j'avois jetté les
yeux fur un perroquet bouffon qui me faifoit
rire. Il repréfentoit les valers , & s'appelloit
la Verdure . Ce mariage étoit affor
ti. Il étoit Comédien aimé , & j'étois Actrice
à la mode : Mais un foir que j'avois
enchanté toute la Cour , Médor , un charmant
petit ferin vint m'exprimer fon raDECEMBRE.
1755. 27
viffement dans ma loge , avec des fons fi
touchans , que je fus fenfible à la douceur
de fon ramage . Pour m'achever , je fus le
lendemain à l'Opera . Medor y chantoit la
haute-contre. Il me vit dans une premiere
loge ; mes yeux qui l'applaudiffoient , animerent
fon expreffion , & firent paffer tout
leur feu dans fon organe. Il fe furpaffa.
Toute l'affemblée fortit enivrée de plaifir ,
& je m'en retournai folle d'amour . La tête
m'en tourna . Medor s'en apperçut ; le
fripon en profita , ou plutot il en abuſa
pour me perdre .
Deux jours après je le rencontrai au bal,
& nous nous arrangeâmes. Comme j'ai
toujours confulté la décence , que je craignois
les reproches de mon pere , & que le
myftere étoit de mon gout , je le priai de
ne me voir qu'en bonne fortune , & de
cacher bien fa flamme. Pendant trois mois
il fut auffi difcret que fidele ; mais au
bout de ce terme fon coeur me fut enlevé
par les agaceries d'une petite effrontée
d'une jeune linotte , dont le début à l'Opera
avoit réuffi , graces à fon manége plûtot
qu'à fon talent. Il me cacha d'abord
fon inconftance , & nous nous voyons toujours
fecrétement dans une petite maiſon
qu'il avoit louée dans un fauxbourg. En
ces circonftances la Verdure me preffa de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
conclure notre hymen, mais mon coeur &
mes yeux étoient changés. La comparaifon
que j'en fis alors avec mon beau ferin
l'enlaidit fi fort à ma vue , & je le trouvai
fi ignoble que je le congédiai , en lui difant
dédaigneufement , qu'une Princeffe
n'étoit point faite pour époufer un valet ;
tant il eft vrai que les fentimens de grandeur
qu'on exprime fur la fcene , nous
font encore illufion après l'avoir quittée ,
& qu'on fe figure être dans le monde , ce
qu'on repréfente au théâtre. C'eſt le délire
de la profeffion.
Le malin perroquet fe vengea de mon
dédain par un trait de fon emploi. Dans
une petite piece de fa façon , intitulée la
fauffe Princeffe ou le Déguisement ridicule
il parodia ma perfonne & mon jeu affez
plaifamment pour mettre contre moi
les rieurs de fon côté . Medor lui - même
trouva mauvais que je n'euffe point accepté
fon rival pour mari. Il me dit durement
que j'avois ce que je méritois , &
que ce mariage politique eût fervi de voile
à nos amours. Je lui répondis piquée
que , puifqu'il le prenoit fur ce ton , il
m'épouferoit lui - même pour effacer ce ridicule
, & pour juftifier mon refus, ou que
je romprois avec lui fans retour. Ah ! je
vous aime trop , fe récria-t'il , pour deDECEMBRE.
1755 29
venir votre mari . Je veux que ma flamme
foit éternelle , & ce titre feul feroit сара-
ble de l'éteindre. J'ai un plus noble parti
à vous propofer. Quel parti , lui demandai-
je avec vivacité ? C'eſt , par vos talens,
de remporter un nouveau triomphe qui
faffe oublier la mauvaiſe plaifanterie qu'on
vous a faite . La fingularité d'un fuccès
inattendu eft une éponge qui lave tout.
Vous avez une voix charmante , un gofier
flexible , des fons pénétrans qui vont jufqu'à
l'ame. Venez les faire briller fur notre
théâtre , c'eft la plus belle vengeance
que vous puiffiez tirer du vôtre . J'y fuis
Medor , vous y ferez Angelique . Mais , lui
dis- je , je n'ai jamais chanté , je ne fçai
pas la mufique . Eh ! je vous l'apprendrai ,
mon Ange , reprit - il affectueufement.
Avec les belles difpofitions que vous avez,
& tous mes foins que je vous prodiguerai
, je veux , avant qu'il foit quinze jours ,
vous mettre en état de chanter un rôle
mieux que moi. Vous faites le charme de
la Comédie , & vous ferez les délices de
l'Opera. Que ne peut le talent , quand
il est formé par l'amour ! A ce difcours
paffionné , qui ne l'auroit cru fincere !
c'étoit pourtant le langage de la perfidie ,
& qui cachoit la trame la plus noire. Le
traître venoit de l'arranger avec ma rivale
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
qui l'avoit imaginée. Incapable de trom❤
per , je me lailai prendre au piege. L'amour-
propre aida la féduction . Il m'exagéra
mon mérite , & m'aveugla fur le
danger. La nature m'avoit douée d'un organe
facile pour parler , mais j'oubliai
alors que j'avois reçu d'elle une voix défagréable
pour chanter. En conféquence
je fis la folie de me tranfplanter fur un
autre théâtre, où j'étois parfaitement étrangere.
La curiofité y attira tous les oiſeaux
du pays . On applaudit à tout rompre , dès
qu'on me vit paroître , mais à peine eusje
ouvert le bec pour chanter , & formé
ma premiere cadence , qu'une troupe
d'impertinens merles & de bruyans
étourneaux qui compofoient le parterre ,
me perça de mille fifflets : l'amphithéâtre
en même tems , les balcons , & toutes les
loges m'accablerent d'autant de huées . Le
perfide Medor , fous une trifteffe feinte ,
déguifoit fa joie fcélérate. Mon infolente
rivale triomphoit dans une loge , & par
fes éclats moqueurs animoit le combat.
Serins , linottes , pinçons , chardonnerets
tous fiffloient à l'uniffon . Le corbeau croaffoit
, la pie crioit , la cane , le canard ,
l'oifon même me contrefaifoit avec fes
fons nazillards. Tous les perroquets foulevés
par la Verdure , murmuroient con-
›
DECEMBRE. 1755. 3x
tre moi d'avoir compromis ainfi l'efpece.
Il n'y eut pas jufqu'à une vieille perruche,
ma grand'mere , qui s'écria en ricanant
de dépit Ah ! ah ! c'eft bien fait. Voilà
pour corriger cette petite folle , & pour
lui apprendre à fe déplacer. Sifflez , fifflez
fort, de peur qu'elle ne l'oublie . Je ne tins
point à ce dernier trait : J'abandonnai la
fcene , en m'arrachant les plumes de défefpoir.
Je voulus prendre ma revanche
fur mon premier théâtre , mais les difpofitions
étoient changées ; on m'y vit avec les
yeux de la prévention qui m'étoit contraire.
On m'y trouva mauvaiſe. J'eus toutes
mes camarades contre moi . Un ordre me
défendit de paroître à la Cour. Je devins
la fable de la ville. On me chanfonna.
Tous mes parens m'abandonnerent . Une
colombe fut la feule qui me confola , &
qui eut même le courage de fe montrer
en public avec moi . Bel exemple , qui
prouve que les fentimens de l'amitié font
plus furs & plus forts que ceux du fang
& de la nature ! Elle m'apprit que la perfide
linotte avoit engagé Medor à me jouer
ce cruel tour , afin de me rendre firidicule
aux yeux de tout le monde , qu'il
n'ofât plus me voir , & qu'il ne fût qu'à
elle fans partage.
Jugez , après ce récit , fi ma haine eft
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
fondée contre les ferins . Que mon exemple
vous ferve de leçon . Un jeune Muficien
eft pour vous un maître dangereux.
Son art eft fait pour vous féduire , & non
pas pour vous embellir. Vous avez , comme
moi , la voix fauffe. Fuyez Almanzor :
craignez mon défaftre ; & fongez que le
déplacement ternit toutes les graces , &
rend la beauté même ridicule.
Fermer
Résumé : LA PERRUCHE GOUVERNANTE. CONTE ORIENTAL. Par une jeune personne de Province, âgée de 14 ans.
Le conte 'La Perruche Gouvernante' narre l'histoire d'Uhrid, un riche négociant de Bagdad, propriétaire d'une perruche exceptionnelle nommée Zaïre, capable de parler et de penser. Uhrid confie à Zaïre la surveillance de sa fille Banou, âgée de quinze ans, avant de partir en voyage. Il recommande à Zaïre de veiller sur Banou et de la protéger des tentations. Pendant l'absence d'Uhrid, un jeune chanteur nommé Almanzor tente de séduire Banou en lui envoyant un billet. Zaïre, alertée par l'arrivée du billet, intervient et raconte à Banou son propre passé tragique pour la dissuader de suivre Almanzor. Zaïre narre comment elle a été séduite par un serin, Médor, et comment elle a été humiliée en tentant de chanter à l'opéra. Elle met en garde Banou contre les dangers de se déplacer dans un domaine où elle n'est pas douée, comme elle l'a fait en quittant la comédie pour l'opéra. Zaïre conclut en exhortant Banou à fuir Almanzor et à se contenter de ses talents naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10181
p. 34
BOUQUET A Mademoiselle E. D. de Lyon, Par M. P. C. A. R. de P.
Début :
L'amour pour faire ta conquête, [...]
Mots clefs :
Amour, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET A Mademoiselle E. D. de Lyon, Par M. P. C. A. R. de P.
BOUQUET
A Mademoiselle E. D. de Lyon ;
Par M. P. C. A. R. de P.
L'Amour
'Amour pour faire ta conquête ,
Avoit pour le jour de ta fête ,
Avec foin cueilli cet oeillet ;
Amour , lui dis-je , à d'autres ce bouquet ,
La Belle n'a pas le coeur tendre ;
Te fattes- tu qu'Elifabet
De tes mains confente à le prendre ?
Elle le recevroit
Si l'Amitié l'offroit ;
Eh bien ! répond l'Amour , ufons de ftratagéme ;
Au nom de l'Amitié préſente le toi-même.
A Mademoiselle E. D. de Lyon ;
Par M. P. C. A. R. de P.
L'Amour
'Amour pour faire ta conquête ,
Avoit pour le jour de ta fête ,
Avec foin cueilli cet oeillet ;
Amour , lui dis-je , à d'autres ce bouquet ,
La Belle n'a pas le coeur tendre ;
Te fattes- tu qu'Elifabet
De tes mains confente à le prendre ?
Elle le recevroit
Si l'Amitié l'offroit ;
Eh bien ! répond l'Amour , ufons de ftratagéme ;
Au nom de l'Amitié préſente le toi-même.
Fermer
10182
p. 36-47
Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Début :
Ecuyer, Daniel-René Montaudouin naquit à Nantes, le 21 Janvier 1715. [...]
Mots clefs :
Commerce, Angleterre, Écuyer, Nantes, Académie des sciences, Société royale de Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Mémoire fur feu M. Montaudouin , de ta
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
Fermer
Résumé : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
René Montaudouin naquit à Nantes le 21 janvier 1715 dans une famille réputée pour son commerce et sa probité. Après des études infructueuses au Collège de la Flèche et à Rouen, il fut envoyé en Angleterre, où il admira le peuple pensant. De retour en France, il connut une conversion religieuse et se consacra aux mathématiques et à la métaphysique sous la direction du Père Giraud. En 1748, il retourna en Angleterre pour approfondir ses connaissances scientifiques et commerciales. Il fréquenta de nombreux savants et fut honoré par des personnalités influentes. De retour en France, il fut nommé correspondant de l'Académie des Sciences et construisit un navire selon les principes de Bouguer, malgré les préjugés du public marin. En 1753, il devint consul à Nantes, réformant le système judiciaire et commercial. Sa santé fragile, due à un régime austère et à un travail excessif, le conduisit à une mort prématurée le 11 septembre 1754 à l'âge de 39 ans. Montaudouin était respecté pour son dévouement au bien public et sa modestie. Il avait entrepris un ouvrage sur les assurances maritimes, mais il n'a rien publié de son vivant. Montaudouin a travaillé à améliorer l'utilité d'un ouvrage en calculant les traversées moyennes des navires. Il a d'abord additionné les jours de toutes les traversées pour obtenir une moyenne, puis cherché à déterminer les traversées moyennes pour différents moments de l'année en additionnant les traversées des mêmes mois. Cela permettrait, connaissant le jour de départ et la prime d'une traversée ordinaire, de déterminer l'augmentation de la prime pour chaque jour dépassant la traversée ordinaire. La prime est définie comme la somme des degrés de probabilité de perte et du profit de l'assureur. Montaudouin a également commencé un traité sur les avaries, visant à établir des formules pour embrasser tous les cas et éliminer l'arbitraire dans cette partie difficile du commerce maritime. Le Duc d'Aiguillon, seigneur respecté et bienfaiteur de la ville de Nantes, avait une grande estime pour Montaudouin, le considérant comme une perte considérable après sa mort.
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10183
p. 48-50
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Début :
La vive impression des passions de l'ame ! [...]
Mots clefs :
Peintres d'Italie, Peintres, Léonard de Vinci, Giacomo Cavedone, Jean Lanfranc, Carlo Cignani
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS DE CINQ FAMEUX
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
PEINTRES D'ITALIE.
Leonard de Vinci.
LA vive impreffion des paffions de l'ame !
Voilà de Leonard le talent dominant.
Il inftruit Raphael. Michel- Ange le blâme :
La haine doit flatter dans un tel concurrent.
Quel riche fonds fon traité de Peinture
Prodigue à la poſtérité !
Allez puifer à cette fource pure ,
Vous que la gloire appelle à l'immortalité,
Jacques Cavedone.
Le Colonna , Rubens & Velafquez (1)
Admirent tes tableaux , les donnent au Carrache
Cette flatteufe erreur couronna tes fuccès ;
Ce jour , le Dieu du gout te donna ſon attache.
On le vit applaudir aux beaux contours du nu ,
Que ta fimple maniere enfante.
(1 ) Le Roi d'Espagne avoit dans fa Chapelle une
Vifitation du Cavedone , que ces trois célébres Artiftes
jugerent être d'Annibal Carrache. Pareille
méprife étoit arrivée à Venise chez le Sénateur
Grimani ,& arrivoit tous les jours à Bologne , furtout
au fujet du begu tableau de Saint Alo dans
l'Eglife de Mendicanti,
Hélas !
DECEMBRE . 1755 . 49
Hélas ! ce grand talent , qu'eft-il donc devenu
Tu rougis. Ton hyver m'afflige✶ & t'épouvante.
Jean Lanfranc.
La lumiere en ce lieu ** fçavamment fe dégrade
.
Quel génie abondant ! qu'il eft fier & léger !
Son élegance attire , & fon ton perfuade.
Vers ces grouppes on vole ..... on craint de les
charger.
C'eft bien toi qui naquis pour les grandes machi
nes ;
Le raccourci magique eft un jeu pour ta main.
Difons mieux : à ton gré les demeures divines
S'ouvrent leur gloire éclate aux yeux du genre
humain.
Alexandre Veroneze .
Plaire eft ton lot . Tu peins avec amour,
La vigueur de ces tons , ce beau fini , ces graces
Prêtent à la nature un féduifant atour.
* Il devint un Peintre fi médiocre qu'il fut réduit
à faire des ex voto. Enfin il mourut dans une rue
de Bologne , où il mandioitfon pain.
** L'on a ici particuliérement en vue la coupole
de S. André de la Valle , qui fait à Rome l'admiration
des curieux . La Vierge affife fur des nuages
regarde fonfils qui eft peint au haut de la lanterne :
Au basfont plufieurs grouppes de Saints de Prephêtes
, dont l'effet ne laiſſe rien à désirer..
II. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
Je la vois , elle craint que tu ne la furpafles.
Le meilleur choix par elle échappe de tes mains.
Ate rendre incorrect ſe peut - il qu'on parvienne ›
Tu t'efforces d'unir le deffein des Romains
A la couleur Vénitience ?
Charles Cignani.
Quel Peintre gracieux ; fon fertile génie ,
D'une légere main eft au mieux ſecondé,
Il brille trop pour que la calomnie
A le perfécuter n'ait un gout décidé .
Il foumet à fon art les paffions de l'ame.
La force & la fraîcheur diftinguent fon pinceau :
Emule d'Auguftin l'amour par lui m'enflamme,
Ce Dieu , pour l'admirer , déchire fon bandeau.
* Le Duc Ranucio le manda pour peindre à
Parme les murs d'une chambre , Sur le plafond de
laquelle Auguftin Carrache avoit exprimé le pouvoir
de l'amour. Ce Prince donna à Cignani le
même fujet à continuer ; il le traita avec beaucoup
d'élégance.
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Résumé : PORTRAITS DE CINQ FAMEUX PEINTRES D'ITALIE.
Le texte présente des portraits de cinq célèbres peintres italiens. Léonard de Vinci est reconnu pour sa capacité à représenter les passions de l'âme, influençant Raphaël mais étant critiqué par Michel-Ange. Jacques Cavedone est admiré par le Colonna, Rubens et Vélasquez, qui attribuèrent à tort certains de ses tableaux à Annibal Carrache. Jean Lanfranc est loué pour son génie abondant et son talent pour les grandes compositions, notamment la coupole de l'église Saint-André de la Valle à Rome. Alexandre Veronese, après une carrière brillante, finit dans la misère, réduisant à peindre des ex-voto. Charles Cignani est apprécié pour son style gracieux et son talent à représenter les passions de l'âme, travaillant pour le Duc Ranucio à Parme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10184
p. 50-51
VERS Sur M. le Comte de Provence.
Début :
Quel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre, [...]
Mots clefs :
Comte de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Sur M. le Comte de Provence.
Nous avons cru devoir inférer ici les différentes
pieces de vers qui nous ont été envoyées
fur la naillance de Monfeigneur le
Comte de Provence. Si elles ne marquent
pas toutes le talent , elles prouvent du
moins le zele , & un évenement aufli intérellant
pour la France , ne peut être trop
célébré,
DECEMBRE . 1755 . 1755. ST
QU
VERS
Sur M. le Comte de Provence.
Uel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre,
Las de régner aux Cieux , defcend-t'il fur la terre?
Dans les bras de Morphée on m'arrache au repos.
Mais un lys éclatant fuccede à mes pavots .
Réveil délicieux ! un Bourbon vient de naître ;
De tous les coeurs françois , il eft déja le maître :
La France tous les ans s'enrichit d'un Héros.
Quelle race en vertus fut jamais plus féconde ,
Et plus digne d'orner tous les trônes du monde ?
pieces de vers qui nous ont été envoyées
fur la naillance de Monfeigneur le
Comte de Provence. Si elles ne marquent
pas toutes le talent , elles prouvent du
moins le zele , & un évenement aufli intérellant
pour la France , ne peut être trop
célébré,
DECEMBRE . 1755 . 1755. ST
QU
VERS
Sur M. le Comte de Provence.
Uel redoutable bruit ! Le Maître du tonnerre,
Las de régner aux Cieux , defcend-t'il fur la terre?
Dans les bras de Morphée on m'arrache au repos.
Mais un lys éclatant fuccede à mes pavots .
Réveil délicieux ! un Bourbon vient de naître ;
De tous les coeurs françois , il eft déja le maître :
La France tous les ans s'enrichit d'un Héros.
Quelle race en vertus fut jamais plus féconde ,
Et plus digne d'orner tous les trônes du monde ?
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Résumé : VERS Sur M. le Comte de Provence.
En décembre 1755, des poèmes célèbrent la naissance du Comte de Provence. Ils expriment la surprise et la joie, comparant l'événement à un éclair après un sommeil paisible. Le nouveau-né, membre de la famille Bourbon, est acclamé comme un futur maître des cœurs français. Les poèmes soulignent la fécondité et la dignité de la race Bourbon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10185
p. 51
AUTRES.
Début :
Comment à nom le Jouvenceau ? [...]
Mots clefs :
Comte de Provence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES.
AUTRE S.
ComOmmmeenntt a nom le Jouvenceau ?
Ah ! c'eft le Comte de Provence.
Pour un petit Cadet de France ,
Cadédis , le friand morceau !
Un Gentilhomme n'eft pas mince
Quand d'un tel fief on le fait Prince.
Il eft déja l'efpoir , l'honneur de fa province.
Mais lorsqu'on fort d'un fang fi beau ;
Les plus petits font grands dès le berceau.
ComOmmmeenntt a nom le Jouvenceau ?
Ah ! c'eft le Comte de Provence.
Pour un petit Cadet de France ,
Cadédis , le friand morceau !
Un Gentilhomme n'eft pas mince
Quand d'un tel fief on le fait Prince.
Il eft déja l'efpoir , l'honneur de fa province.
Mais lorsqu'on fort d'un fang fi beau ;
Les plus petits font grands dès le berceau.
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10186
p. 55
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du premier volume du Mercure de Decembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du premier volume du Mercure de Decembre est la lettre R. [...]
Mots clefs :
Lettre R, Chapeau
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texteReconnaissance textuelle : Mot de l'Enigme & du Logogryphe du premier volume du Mercure de Decembre, [titre d'après la table]
L'E mot de l'Enigme du premier volume
da Mercure de Decembre eft la lettre R.
Celui du Logogryphe , Chapeau , dans lequel
on trouve cave , écu , cape , cep , ave ,
Eau , Auch , peau , Pau , pavé , Cap , Ava ,
Eu , ah ! avec , pen , au , ce , ache , chape.
da Mercure de Decembre eft la lettre R.
Celui du Logogryphe , Chapeau , dans lequel
on trouve cave , écu , cape , cep , ave ,
Eau , Auch , peau , Pau , pavé , Cap , Ava ,
Eu , ah ! avec , pen , au , ce , ache , chape.
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10187
p. 55
ENIGME.
Début :
Mon éclat éblouit le plus noble des sens, [...]
Mots clefs :
Pelote de neige
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Mon éclat éblouit le plus noble des fens ,
1
Il me faut preffer pour me faire ;
Si celui qui me fait , me preffe trop long- tems ,
Je redeviens ma propre mere.
Mon éclat éblouit le plus noble des fens ,
1
Il me faut preffer pour me faire ;
Si celui qui me fait , me preffe trop long- tems ,
Je redeviens ma propre mere.
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10188
p. 56
« Nous avons avancé dans le Mercure d'Octobre, p. 44. que M. le Chevalier de [...] »
Début :
Nous avons avancé dans le Mercure d'Octobre, p. 44. que M. le Chevalier de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons avancé dans le Mercure d'Octobre, p. 44. que M. le Chevalier de [...] »
Nous avons avancé dans le Mercure
d'Octobre , p. 44. que M. le Chevalier de
Fontaines , & Madame la Marquife de
Fontanges fa foeur , jouiffoient de la penhion
faite par les Juifs de Mets à M. le
Marquis de Livri leur grand pere ; mais
on nous avoit mal inftruits, & nous venons
d'apprendre qu'ils ne l'ont plus depuis près
de onze ans.
d'Octobre , p. 44. que M. le Chevalier de
Fontaines , & Madame la Marquife de
Fontanges fa foeur , jouiffoient de la penhion
faite par les Juifs de Mets à M. le
Marquis de Livri leur grand pere ; mais
on nous avoit mal inftruits, & nous venons
d'apprendre qu'ils ne l'ont plus depuis près
de onze ans.
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10189
p. 59-112
SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
Début :
Nous avons rendu compte de la premiere partie de cet Ouvrage dans les [...]
Mots clefs :
Simonide, Auteur, Poète, Histoire, Prince, Règne, Témoignage, Carthaginois, Juifs, Sacrifices, Syracusains, Syracuse, Hippocrate, Écrivains, Guerre, Reine, Armée, Pythagore, Sacrifices humains, République, Ruines, Royauté, Nature, Hommes, Jéhovah, Coutume, Livres, Avarice, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
SUIT E
De l'Extrait de l'Hiftoire de Simonide ;
& dufiecle où il a vécu , &c .
Ous avons rendu de la
Nmierepartie de cet Ouvrage dans les
Nouvelles du mois d'Octobre. Nous nous
engageâmes alors à donner l'Extrait de la
feconde pour le mois fuivant ; mais des raifons
particulieres nous ont mis dans le cas
de différer plus longtems que nous ne penfions
à remplir notre engagement. Quoiqu'il
en foit , nous y fatisfaifons aujourd'hui
; & nous allons parler de ce que contient
cette feconde partie , qui commence
par un expofé de la conduite que tint
Gelon après avoir triomphé des Carthaginois.
Pour peu que l'on veuille fe fouvenir
du titre de cette hiftoire , & de fon
objet , l'on ceffera d'être furpris de voir
difparoître Simonide pour quelque temps
de deffus la fcene . Il faut d'abord fçavoir
que les Carthaginois étoient entrés en con
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
fédération avec Xerxès qui les avoit attirés
dans fon parti , & étoit convenu avec eux
que tandis qu'il envahiroit la Grece , ils
feroient une irruption en Sicile & en Italie,
pour empêcher ceux qui habitoient ces
contrées de venir au fecours les uns des autres
. Ils choifirent pour Général Hamilcar
qui ayant affemblé une armée de trois cens
mille hommes , & équipé des vaiffeaux à
proportion pour le tranfport de fes troupes
, fit voile vers la Sicile . Il vint débarquer
à Panorme , un des Ports de cette Ifle,
& mit le fiege devant Himéré , ville maritime
du voisinage. Mais les chofes tournerent
au défavantage des Carthaginois
que défirent ceux de cette Ifle fous la conduite
de Gelon qui commandoit l'armée
qu'ils avoient levée à la nouvelle de cette
invafion fubite. Un gros de fa cavalerie
brûla la flotte d'Hamilcar qui fut tué dans
la mêlée ; cent cinquante mille hommes
demeurerent fur le champ de bataille : le
refte fut fait prifonnier & vendu comme
efclave . Une infcription en vers que l'opinion
commune attribue à Simonide , apprend
que Gelon fut aidé dans cette conjoncture
par fes trois freres , Hieron , Polyzele
& Thrafibule , qui contribuerent
par leur courage au fuccès de fes armes.
Le bruit de cette défaite répandit l'allarme
DECEMBRE. 1755. 61 .
dans Carthage , & il ne fut malheureuſement
que trop confirmé par le petit nombre
de ceux qui avoient eu le bonheur de
fe fauver dans un efquif. Il jetta la confternation
dans l'efprit de fes habitans qui
appréhendoient déja que Gelon ufant de fa
victoire , ne portât à fon tour la guerre jufque
dans leurs murs. Ils députerent auffitôt
des Amballadeurs à Syracufe pour im-.
plorer la clémence du vainqueur , & le
folliciter par les plus vives inftances à procurer
la paix. La modération qui étoit naturelle
à Gelon , lui fit écouter leurs propofitions.
Il n'abufa point de la malheureufe
circonftance qui réduifoit les Carthaginois
à la néceflité de paffer par toutes
les conditions qu'il lui auroit plu de leur
impofer. Celles qu'il exigea ne démentirent
point l'équité de fon caractere . Il y
- en eut une entr'autres qui témoigne qu'il
étoit auffi attentif à remplir les devoirs de
l'humanité que ceux de grand Capitaine ;
deux qualités qui le rendoient d'autant
plus eftimable , qu'elles ne fe trouvent
pas toujours réunies. Avant que de foufcrire
à aucun accommodement avec les
Carthaginois , il voulut que l'abolition
des facrifices humains qu'ils faifoient à
leur dieu Saturne , entrât dans la conclufion
du traité de paix qu'il s'agiffoit de
62 MERCURE DE FRANCE.
ratifier. Il ne pouvoit fans doute concevoir
fans horreur qu'ils lui facrifiaffent
jufqu'à leurs propres enfans ; & qu'ils
fiffent de cette barbare coutume une pratique
religieufe qui armoit leurs mains
contre ce qu'ils avoient de plus cher au
monde . Tout engagé qu'étoit Gelon dans
les erreurs groffieres du Paganifme , il lui
fuffifoit de faire ufage de fa raifon guidée
par les lumieres naturelles , pour fe convaincre
qu'un femblable culte étoit nonfeulement
injurieux & contraire à l'inſtitution
des Loix Divines , mais répugnoit
même à l'idée qu'il eft convenable de ſe
former de la Divinité . En effet , de l'invoquer
de cette façon , c'étoit la croire altérée
du fang humain , & qui plus eft du
fang innocent. C'étoit par conféquent faire
plutôt un monftre qu'un Dieu dont on
anéantiffoit par - là les attributs les plus
effentiels , tels que la fouveraine bonté &
la fouveraine juftice , en un mot toutes les
perfections morales , en vertu defquelles
il ne doit vouloir que ce qui eft abfolument
digne de lui. Il falloit affurément
pouffer l'extravagance auffi loin que la
cruauté , pour s'imaginer que la colere
divine ne fût capable d'être appaifée que
par ces fortes de facrifices qui eurent cours
à Carthage & dans plufieurs autres conDECEMBRE
1755. 63
trées. Il y avoit dans cette ville un Temple
élevé à Saturne , où étoit ſa ſtatue d'airain
, dont la défcription qu'en donnent
Diodore de Sicile & Eufebe , reffemble
beaucoup à celle que des Ecrivains Juifs.
font de la ftatue de Moloch , cette fameufe
idole dont l'Ecriture parle en divers endroits
. On fçait qu'elle étoit l'objet du
culte des Ammonites & de quelques nations
voifines : de- là vient que la plupart
des Critiques font perfuadés que Saturne
& Moloch n'étoient qu'une même Divinité
, qui avoit été adorée fous des dénominations
différentes. Les perfonnes curieufes
de vérifier cette remarque , peuvent
confulter ce qu'ont écrit à ce fujet , Selden ,
Beyer , Voffius , Goodwin , les PP . Kircher
& Calmet qui font ceux aufquels on
renvoie pour s'inftruire de ces chofes. Les
facrifices humains paffent communément
pour avoir pris naiffance chez les Phéniciens
, dont les Carthaginois étoient une
colonie . Il n'eft donc pas furprenant que
ces derniers ayent marqué autant d'attachement
qu'ils en avoient pour un ufage
qu'ils tenoient d'origine , & qui s'étoit
introduit chez plufieurs peuples qui l'avoient
reçu d'eux , ou immédiatement des
Phéniciens , comme on le prouve par le
rapport d'une foule d'écrivains que l'on cite
64 MERCURE DE FRANCE.
pour garantir la vérité de ce fait. Un paffage
de Porphyre dont on produit les paroles
fondées fur le témoignage de Sanchoniaton
, apprend quelles étoient les circonftances
où ceux- ci offroient à Saturne
des facrifices fanglans . La maniere dont la
chofe eft atteftée par Sanchoniaton , montre
affez que le culte qu'on rendoit à cette
fauffe divinité étoit très ancien. On infifte
particulierement fur cet Auteur Phénicien
que Porphyre fait contemporain de Sémiramis
Reine d'Affyrie , & dit avoir approché
du tems où vivoit Moyfe. Il avoit
compofé une histoire des antiquités de
fon pays , qu'il avoit dédiée à Abibal , Roi
de Beryte fa patrie , & que Philon de Byblos
avoit traduite en Grec fous l'empire
d'Adrien . Il n'en refte plus qu'un fragment
qui nous a été confervé par Eufebe. Comme
l'efpece de Synchroniſme que le récit
de Porphyre tend à établir , fe trouve liée à
deux Époques incompatibles l'une avec
l'autre , & qui feroient par cela même plus
propres à le détruire qu'à le conftater , on
pourroit croire que la cenfure de Scaliger ,
de Voffius & de Bochart , n'eft pas dépourvue
de fondement , lorfqu'ils le qualifient
d'erreur groffiere , qu'ils jugent à propos
d'imputer au peu d'exactitude de Porphyre
en matiere de chronologie. Ils auroient
DECEMBRE . 1755 65
fans doute raifon , fi l'on entendoit par
Sémiramis la fameufe Reine d'Affyrie de
ce nom , qui fut femme de Ninus , & qui
gouverna avec beaucoup d'habileté let
royaume dont fon mari avoit été le Fondateur
, & dont il l'avoit laiffée en poffeffion
par fa mort. En effet , le regne de cette
Sémiramis eft antérieur de plus de Soo ans
à la prife de Troye ; date qui eft affurément
fort éloignée de confirmer la proximité
de tems que Porphyre met entre
cette Reine & Moyfe de qui la mort ne
précede la ruine de cette ville que d'environ
d'eux fiecles & demi , felon la chrono-'
logie du Texte Hébreu. Il faut avouer que
fi les chofes étoient fur le pied que le pren
nent les Sçavans modernes que nous avons
cités , la faute feroit fenfible : mais le devoir
d'un Critique étant d'interpréter ce'
que dit un Auteur dans le fens le plus favorable
, on faifit l'occafion qui s'offre naturellement
de juftifier Porphyre du reproche
qu'il s'eft attiré de leur part. On fait
donc voir qu'il ne s'agit point ici de la
Sémiramis dont nous venons de parler ,
mais d'une autre Reine d'Affyrie , qui a
porté le même nom , & qui eft venue plufieurs
fiecles après la premiere . Elle eft auffi
connue fous celui d'Atoffe , & elle eut
pour pere Beloch II . Roi d'Affyrie , qui'
66 MERCURE DE FRANCE.
l'affocia à l'Empire dans la douzieme année
de fon regne , & avec qui elle régna
conjointement treize ans. Eufebe qui nous
apprend qu'elle fut également appellée Sémiramis
, ne nous inftruit pas de la caufe
qui lui mérita un pareil furnom. Il y a
apparence que des traits de reffemblance
qu'elle put avoir dans les actions de fa vie
avec la Sémiramis femme de Ninus , que
fes grandes qualités & fes vices ont rendue
fi célebre dans l'Hiftoire , fuffirent
pour le lui faire donner . L'identité d'un
nom qui a été commun à deux Reines , qui
ont eu les mêmes Etats fous leur dépendance
, les aura fait confondre enfemble ;
en attribuant à l'une ce qui appartient à
l'autre. C'eft ce qui avoit été déja très - bien
rémarqué par Photius , qui a repris un ancien
Ecrivain dont il a extrait l'Ouvrage
pour être tombé dans une femblable confufion
. On traite incidemment cette queftion
de chronologie , que l'on éclaircit
par un calcul qui fert à prouver que le rapport
de Porphyre ne péche en aucune façon
contre l'ordre exact des temps. Les facrifices
humains ne cefferent que pour un
temps à Carthage . Quoique leur abolition
fit une partie eflentielle du traité que Gelon
avoit conclu avec ceux de cette République
, il femble pourtant qu'elle n'eut
DECEMBRE. 1755. 67
lieu qu'autant que ce Prince vécut depuis
ce traité. Ils les renouvellerent après fa
mort , qui vraisemblablement leur parut
une raifon fuffifante pour rompre l'engagement
qu'ils avoient contracté. C'est ce
que prouve évidemment une circonstance ,
où étant réduits au défefpoir par Agatocle
Tyran de Syracufe , qui les avoit battus ,
ils facrifierent à leur dieu Saturne deux
cens d'entre les fils de leurs plus illuftres
concitoyens , afin de fe le rendre propice.
Tertullien nous apprend que cette abominable
coutume fe perpétua en Afrique , &
dura publiquement jufqu'au temps du Proconfulat
de Tibere qui fit mettre en croix
les Prêtres auteurs d'une femblable impiété.
Il eft à propos de remarquer qu'il ne
faut pas confondre ce Tibere Proconful
d'Afrique avec l'Empereur du même nom,
lequel fut fucceffeur d'Augufte . Celui dont
il eft question , eft poftérieur à ce Prince
d'environ un fiecle , & ne doit avoir vécu
que fous Adrien qui l'avoit revêtu de la
dignité Proconfulaire. Cette remarque eft
fortifiée par le témoignage de Porphyre
, de Lactance & d'Eufebe , qui rappor
tent la ceffation des facrifices humains au
temps d'Adrien , fous le regne duquel
ils furent abolis dans prefque tous les
lieux où ils étoient en ufage. Au cas qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
fouhaite des preuves plus directes de ce
que nous venons de dire à ce fujer , on n'a
qu'à confulter Saumaiſe ( 1 ) Henri de Valois
( 2 ) , & le P. Pagi ( 3) , qui ont fait
l'obfervation dont nous parlons , & qui
ont très- bien difcuté ce point de critique.
Si le traitement rigoureux dont on avoit
ufé en Afrique envers les Prêtres qui
avoient prêté leur ministère à de pareils
crimes , fervit d'abord à intimider les autres
, il ne put pourtant pas réprimer leur
penchant pour ces fortes de facrifices qui
fe continuerent fecrétement dans la fuite ;
& cela fe pratiquoit ainfi au commencement
du troifieme fiecle , comme le témoigne
Tertullien qui écrivoit vers ce tempsla
fon Apologétique . La victoire que ceux
de la Sicile avoient remportée fur les Carthaginois
, avoit été le fruit de l'habileté
de Gelon , & de fon expérience dans l'art
de la guerre. Auffi avoit- elle contribué à
redoubler l'affection que les Syracufains
avoit pour lui. Il avoit fçu la mériter par
fon humeur populaire , & furtout par la
fagelle avec laquelle il fe conduifoit dans
l'adminiftration des affaires de la Républi-
( 1 ) Cl. Salmafi. Not. in Spartian. ( 2 ) Henric.
Valefi. Annotation . in oration . Eufeb. de Laudib.
Conftantin. pag. 287. ( 3) Pag . Critic, in Annal.
Baron. fub ann. c. 11. n . 14. p . 12 .
DECEMBRE 1755 . 69
que , qui ne pouvoit tomber en de meilleures
mains que les fiennes. Ces motifs
réunis concoururent à affermir l'autorité
dont il jouiffoir longtems avant la défaite
de la flotte des Carthaginois, Le ſervice
important qu'il venoit de rendre à ſa patrie
, trouva dans les Syracufains un peuple
reconnoiffant qui confentit à le payer
du facrifice de fa liberté , en lui déférant
alors la royauté. Quoique le pouvoir de
Gelon fût déja très- abfolu , il lui manquoit
encore la qualité de Roi pour le confirmers
ce n'eft pas qu'il n'eût pu l'ufurper , à
l'exemple de bien d'autres , s'il avoit eu
deffein d'employer comme eux les voies
de la force & de la violence pour l'acquérir
: mais content de gouverner à Syracufe
fous le nom de Généraliffime ou de Préteur
, il ne fe mit pas fort en peine d'afpirer
à un titre qui auroit fans doute indifpofé
les efprits , & lui auroit attiré l'indignation
de fes concitoyens , s'il eût ofé
le prendre fans leur aveu , & qui d'ailleurs
n'eût pas augmenté davantage fa puiffance.
Les traits fous lefquels on nous le repréfente
dans le rang où il fe vit élevé ,
font l'éloge de fon caractere ; ce Prince ,
bien loin d'affecter la pompe qui en paroît
inféparable , & d'abufer du pouvoir attaché
à fa nouvelle dignité , fembloit ne l'a
70 MERCURE DE FRANCE.
•
voir acceptée que pour obliger fes concitoyens
, & céder à leurs inftances réitérées
qui ne purent le diſpenſer de fe foumettre
à leur volonté. C'eft pourquoi il difoit
que l'intention des Syracuſains, en lui mettant
la couronne fur la tête , avoit été de
l'engager par une faveur auffi marquée à
protéger la juftice & l'innocence. Le foin
de maintenir entr'eux la paix & l'union , &
de gagner le coeur de fes fujets par fes manieres
affables & pleines d'humanité , faifoit
fon unique occupation . C'eft ainfi que
fes vertus lui frayerent le chemin du trône,
dont perfonne ne s'étoit vu en poffeffion
depuis la mort d'Archias fondateur de
Syracufe. Ce dernier étoit né à Corinthe
& iffu de la race des Bacchiades , famille
diftinguée & puiffante dans cette ville. Une
aventure finguliere que l'on pourra voir
détaillée dans l'ouvrage , l'ayant contraint
d'abandonner les lieux de fa naiſſance , il
fe retira en Sicile , où s'étant établi avec une
colonie de fes compatriotes qui l'avoient
fuivi , il bâtit Syracufe. Après y avoir
regné plufieurs années , il fut tué par un
jeune homme pour qui il avoit eu une
tendreffe criminelle , & dont il avoit abufé
dans l'enfance : le temps où tombe la
fondation de cette ville , forme une Epoque
affez curieufe pour mériter qu'on s'arDECEMBRE.
1755. 71
rête à la déterminer conformément à la
fupputation qui réfulte d'une particularité
que fourniffent les Marbres. On touche
auffi un mot de la grandeur de Syracufe ,
qui comprenoit dans fon enceinte quatre
villes voifines l'une de l'autre , & dont
Archias n'en compofa qu'une feule. La
forme de fon gouvernement éprouva du
changement depuis la mort de celui qui en
avoit jetté les fondemens. Les Syracufains
abolirent l'Etat Monarchique pour lui fubftituer
le Démocratique qui fe maintint
fort longtems. Hippocrate Tyran de Gele,
tenta dans la fuite de leur ravir la liberté.
Après avoir réduit divers Peuples de la
Sicile fous fon obéiffance , il tourna fes armes
contre les Syracufains qu'il défit auprès
du fleuve Elore. Ceux ci n'auroient
point évité la fervitude qui les ménaçoit ,
s'ils n'avoient été fecourus des Corinthiens
& des Corcyréens qui prirent leur défenfe,
à condition qu'ils céderoient à Hippocrate
la ville de Camarine qui avoit été jufqueslà
fous leur dépendance. Dans le temps
qu'Hippocrate continuoit à faire la guerre,
il mourut devant la ville d'Hybla . Gelon ,
dont les ancêtres avoient depuis bien des
années leur établiſſement dans Gele , &
defcendu du Sacrificateur Telinès , ayant
reçu d'Hippocrate le commandement de la
72 MERCURE DE FRANCE.
cavalerie s'étoit fignalé par fon courage
dans toutes ces occafions. Les Gelois las de
fe voir opprimés par la tyrannie , refuſerent
de reconnoître pour leurs Souverains
Euclide & Cléandre , les deux fils qu'Hippocrate
avoit laiffés. Gelon , fous prétexte
de réprimer la révolte des Gelois , envahit
la domination , & en priva les enfans
d'Hippocrate , dès qu'il eut fait rentrer les
rebelles dans leur devoir. Gelon ramena
enfuite de Cafmene dans Syracufe quelques
uns de fes habitans nommés Gamores
, qui en avoient été chaffés. Les Syracufains
qui le virent approcher , livrerent
en fon pouvoir leur ville & leurs perfonnes.
On ne fçauroit dire s'ils crurent qu'il
leur feroit plus avantageux d'agir de la
forte que de s'expofer aux maux que les
fuites d'un fiege ont coutume d'occafionner.
Ce qu'il y a de vrai , c'eſt que Gelon
devint maître abfolu de cette ville fans
qu'il lui en coutât le moindre combat . Il
abandonna la principauté de Gele à fon
frere Hieron , & fe réferva celle de Syracufe
qu'il peupla de nouveaux habitans ,
& qu'il rendit plus que jamais floriffante.
Une réflexion très - naturelle porte l'Auteur
à conclure que la conduite de Gelon
en cette circonftance dément le caractere
qu'on lui attribue. Il y auroit fans doute
de
DECEMBRE 1755. 73
pour
de l'injuftice à le juger fur cette feule
action ; qui , quoiqu'elle ne foit pas à la
vérité fort honorable à fa mémoire , ne
doit pourtant point influer fur le refte de
fa vie : au moins c'eſt ce qu'on eft en droit
d'inférer du témoignage des Ecrivains de
l'antiquité qui ont parlé de lui . Il paroît
feulement par- là que Gelon , tout vertueux
qu'on nous le dépeint d'ailleurs , ne fut
pas toujours exempt de la paffion de dominer
, qui le fit ufer de perfidie envers
les héritiers légitimes , en les dépouillant
de l'autorité fouveraine , & l'engagea dans
des pratiques criminelles fatisfaire
fon ambition. Comme les Anciens qui ont
déterminé le tems de fon regne , varient
confidérablement entr'eux , lorfqu'il s'agit
d'en conftater la durée , qu'ils étendent
plus ou moins , felon la fupputation à
laquelle ils s'attachent , on infifte conféquemment
fur les contradictions apparentes
qui naiffent de la différence de leur calcul
, & afin d'être en état de les concilier
on recherche la caufe qui a produit ces
variétés. Il fuffit pour la découvrir de
comparer exactement leur rapport ,
dont
la diverfité vient de ce que le commencement
de la domination de Gelon pouvant
fe fixer à différentes dates , cela à donné
lieu à la différente maniere d'en compter
II.Vol. Ꭰ
7 MERCURE DE FRANCE.
les années. Les uns ont daté l'Epoque de
fon regne, dumoment qu'il fut maître dans
Syracufe dont les habitans s'étoient foumis
à lui ; parce qu'il y avoit un pouvoir
prefque aufli abfolu que celui qui eft affecté
à la Royauté . Les autres qui ont niarqué
les chofes avec plus de précifion , re
l'ont commencé que depuis qu'il fut proclané
Roi , titre que lui mériterent l'importance
de fes fervices & fon dévouement
au bien de la République. Nous ferions
trop longs , s'il nous falloit entrer dans
le détail de preuves qui fervent à établir
la vérité de cette remarque que nous ne
faifons qu'indiquer. C'eft pourquoi nous
aimons mieux renvoyer les Lecteurs curieux
d'approfondir les matieres de cette
nature à l'ouvrage même , où il leur fera
plus facile de prendre une idée jufte &
précife des calculs qui accompagnent cette
difcuffion chronologique. Gelon mourut
après avoir gouverné Syracufe fept
ans , avec la qualité de Roi. Il laiffa pour
fon fucceffeur Hieron , le plus âgé de fes
deux freres qui reftoient. Il ordonna en
mourant , à Damareté fa femme & fille de
Theron Tyran d'Agrigente , d'époufer
Polyzele qui fut pourvu du commandement
de l'armée , que l'on avoit fans doute
foin de tenir toujours prête à marcher
DECEMBRE. 1755- 75
en cas que le peuple de Syracufe fût inquieté
par fes voifins , ou attaqué par
des nations étrangeres. Hieron parvenu
à jouir de la Royauté , fe comporta bien
différemment de fon prédéceffeur. Il hérita
du rang de fon frere , mais non pas
de fes vertus . Il étoit avare , violent &
auffi éloigné de la probité de Gelon que
de fa candeur. Son humeur cruelle &
fanguinaire n'auroit pas manqué d'exciter
un foulevement général parmi les Syracufains
, fi le fouvenir des bienfaits de Gelon
, dont la mémoire leur étoit par conféquent
très -chere n'eût été un motif
capable de les retenir. Les foupçons & la
défiance , vices inféparables d'une conduite
tyrannique , l'armerent contre fes propres
fujets , dont il craignoit les complots,
Il s'imagina que pour mettre fa vie en fureté
, la force feroit une voie moins douteufe
que leur affection qu'il auroit fallu
captiver. Il leva pour cet effet des troupes
mercenaires , & compofa fa garde de
foldats étrangers. Comme il s'apperçut de
l'attachement des Syracufains pour Polyzele
qu'ils cheriffoient autant qu'ils le
haïffoient , ce fut affez pour lui faire foupçonner
fon frere d'afpirer à la Royauté , &
pour lui rendre toutes fes démarches fufpectes.
Il ne vit plus en lui qu'un rival
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
dangereux , qu'il étoit de fon intérêt de
perdre. Un événement parut favorable à
les deffeins . Il s'agiffoit de prendre la défenfe
des Sybarites qui avoient imploré
fon fecours contre les Crotoniates, par qui
ils étoient affiégés . Il faifit cette occafion
de fe défaire de fon frere qui étant chargé
du commandement de l'armée , reçut ordre
de lui de les aller fecourir.
Il avoit , felon toutes les apparences ,
travaillé aux moyens de le faire périr dans
le combat . Au moins c'eft ce que crut
Polyzele qui , pénétrant fes intentions , &
connoiffant d'ailleurs fa jaloufie , refuſa
d'obeir. Hieron irrité de fe voir fruftré
dans fes projets , éclata en menaces. Polyzele
n'auroit certainement pas tardé à
éprouver les effets de fon reffentiment ,
s'il n'avoit pris le parti de s'en garantir
en fe refugiant à la Cour de Theron dont
il avoit épousé la fille . Il n'en fallut pas
davantage pour brouiller ces deux Princes
, qui auparavant étoient amis . Hieron
reclama Polyzele comme un rebelle qu'il
vouloit punir , & fut indigné de ce que le
Roi d'Agrigente lui donnoit une retraite
dans fes Etats. D'un autre côté , la violence
que l'on faifoit à Polyzele , touchoit
trop Theron pour ne pas l'engager à foutenir
la cauſe de ſon gendre , & à le déDECEMBRE.
1755, 77
fendre des injuftes pourfuites de fon frere.
On fe difpofoit déja de part & d'autre à
la guerre , lorfque Hieron tomba dangereufement
malade . Ce qu'il y a de fingulier
, c'eft que cette maladie toute fâcheufe
qu'elle devoit être pour ce Prince , lui
fut pourtant néceffaire , puifqu'elle occafionna
un changement dans fa perfonne ,
auquel on n'avoit pas lieu de s'attendre.
Pour adoucir l'ennui que lui caufoit la
longueur de fa convalefcence , il invita
par fes largeffes les plus fameux Poëtes de
fon tems à fe rendre auprès de lui . Il efperoit
trouver dans leurs entretiens un remede
à fes chagrins domeftiques. On peut
croire que Simonide , de qui Pindare luimême
avoit appris les principes de fon
art , ne fut pas oublié dans le nombre de
ceux qu'Hieron attira à fa Cour. Il fut celui
qui fçut le mieux s'infinuer dans l'efprit
de ce Prince , & obtenir fa confiance.
Ce Prince eut l'obligation au commerce
qu'il lia avec les Sçavans qu'il avoit
fait venir , d'avoir poli fes moeurs & orné
fon efprit qui étoit naturellement capable
des plus grandes chofes , mais qu'une
application continuelle aux exercices militaires
ne lui avoit pas permis jufques là
de cultiver. Il profita beaucoup dans les
fréquentes converfations qu'il avoit avec
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Simonide . Elles furent autant de leçons
qui lui infpirerent l'amour de la vertu , &
l'accoutumerent par dégrés à en remplir
les devoirs . Elles lui firent ouvrir les yeux
fur fes égaremens , & fentir toute l'injuftice
de la guerre qu'il alloit fe mettre fur
les bras . Les confeils de notre Poëte lui furent
d'une grande reffource pour tourner
les chofes vers la pacification . Voici de
quoi il eft queftion. Theron ayant donné
Thrafydée fon fils pour maître aux Himerens
, celui-ci rendit fa domination infupportable
par fon orgueil & par fes violences
, qui les contraignirent de fe foulever
contre lui . Ils n'oferent fe plaindre de fa
conduite à Theron , parce qu'ils craignirent
que l'oppreflion devînt encore plus
forte , en cas que le pere fe montrât juge
peu équitable dans la caufe de fon fils.
C'est pourquoi ils fe déterminerent à envoyer
des Députés à Hieron pour lui offrir
du fecours contre Theron , & lui déclarer
en même tems qu'ils fouhaitoient à l'avcnir
dépendre de lui . Cette conjoncture
fournir à Simonide les moyens de remettre
la paix entre les deux Princes , & de faire
l'office de médiateur. Ce fut par fes avis
que Hieron inftruifit le Roi d'Agrigente
du complot formé par les habitans d'Himere
, & l'avertit de prendre fes mesures
pour le faire avorter.
DECEMBRE. 1755. 79
La reconnoiffance de Theron fut égale
à la générosité du procedé d'Hieron , avec
qui il ne fongea plus qu'à fe réconcilier ,
& leurs démêlés mutuels furent dès- lors
pacifiés. Hieron , pour affermir davantage
cette union , époufa la foeur de ce Prince .
Il rendit fon amitié à Polyzele , & les deux
freres vécurent depuis en bonne intelligence.
« Hieron commença ( dit l'Auteur )
à facrifier fes intérêts au bien public. Il
38
ne s'occupa plus que du foin d'acquerir,
» à l'exemple de Gelon , par fes manieres
» affables & par fa clémence , le coeur &
» l'eftime de fes fujets . Ses libéralités qu'ils
» éprouverent dans la fuite , effacerent
» entierement de leur mémoire les traits
" d'avarice qu'ils avoient d'abord remar-
» qués en lui . Sa Cour devint l'afyle des
» fciences , par la protection qu'il accor-
» doit aux perfonnes qui les cultivoient
» avec fuccès. Il montroit plus d'ardeur à
» les prévenir par des récompenfes , que
» les autres n'en avoient à les obtenir.
و د
L'Auteur accompagne fon récit de cette
réflexion qui fe préfente naturellement .
» Comme il réjaillit autant de gloire fur
le Prince qui répand fes bienfaits , que
» fur le particulier qui les reçoit , com-
" bien de Souverains ne font un accueil
» favorable au mérite , peut - être moins
Div
80 MERCURE DE FRANCE .
"3
» pour l'honorer , que pour fatisfaire euxmêmes
leur vanité ! Si l'on compare cet-
» te derniere conduite d'Hieron avec celle
qu'il avoit tenue en premier lieu , on
» fera furpris d'un contrafte auffi frappant.
Il devoit du moins avoir un fond de
» vertu ; car les fciences toutes feules ne
produifent point de pareils changemens.
» Elles perfectionnent à la vérité un heu-
» reux naturel ; mais il eft rare qu'elles
» réforment un coeur vicieux . >>
ود
Nous avons déja infinué quelque chofe
de l'avarice de Simonide . On peut affurer
qu'il n'y a point d'endroit où elle parut
plus à découvert qu'à la Cour d'Hieron .
Elle s'eft caractérisée jufques dans les reparties
qu'on lui attribue . Nous allons citer
quelques - unes de celles que l'on a recueillies.
On apprend d'Ariftote que la
femme d'Hieron ayant demandé à ce Poëte
, lequel étoit le plus à défirer , d'être riche
on fçavant ? il répondit , qu'il préferoit les
richeſſes , puisqu'on ne voyoit tous les jours
à la porte de riches que des fçavans . Hieron
avoit donné ordre qu'on lui fournît
chaque jour les provifions néceffaires pour
le faire vivre dans l'abondance , & Simonide
pouffoit l'épargne jufqu'à en vendre
la principale partie. Lorfqu'on voulut fçavoir
pourquoi il fe comportoit de la forte.
DECEMBRE. 1755. 81
C'est ( reprit- il auffi - tôt ) pour montrer en
public la magnificence du Prince , & ma
grande frugalité. Cette réponſe paroit à
M. Bayle un pauvre fubterfuge , & l'on
ne peut nier que fa remarque ne foit jufte.
Mais c'eft affez l'ordinaire des Beaux-
Efprits de payer de traits ingénieux pour
excufer les défauts qui choquent en eux
& fur lefquels on les preffe de s'expliquer ,
quand ils n'ont point de bonnes raifons à
alléguer pour leur juftification. Toutes
les fois que l'avarice infatiable de ce Poëte
l'expofoit à des railleries & à des reproches
, il avoit fon excufe prête , en difant
, qu'il aimoit mieux enrichir fes ennemis
après fa mort , qu'avoir besoin de fes
amis pendant fa vie. Auffi n'étoit - il rien
moins que difpofé à écrire gratuitement :
c'eft ce qu'il fit fentir à un homme qui
l'avoit follicité à compofer des vers à fa
louange , en fe contentant de l'affurer qu'il
lui en auroit des obligations infinies. Une
pareille propofition fatisfit peu Simonide ,
qui lui répondit , qu'il avoit chez lui deux
caffettes , l'une pour les payemens qu'il exigeoit,
& l'autre pour les obligations qu'on pouvoit
lui avoir, que la premiere reftoit toujours
vuide , au lieu que celle- ci ne ceffoit jamais
d'être pleine. On conçoit aifément que fon
humeur intéreffée devoit rendre fa plume
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
fort venale . Ce qu'il y a de certain , c'est
qu'il a la réputation d'avoir été le premier
des Poëtes Grecs qui ayent mis les Mufes
à louage. On ne fçauroit difconvenir que
cette tache n'obfcurciffe la gloire qu'il s'eft
acquife par la beauté de fon génie. L'indigne
trafic qu'il faifoit de fes ouvrages
donna naiffance à un proverbe honteux à
fa mémoire . Il fuffifoit que des vers fuffent
vendus au plus offrant pour porter le nom
de vers de Simonide. Comme le mot grec
dont fe font fervis des Auteurs anciens ,
pour exprimer l'avarice de Simonide , reçoit
des acceptions différentes , felon l'ufage
auquel on l'applique , il a induit en
erreur Lilio Giraldi , qui à attaché à ce terme
une fignification contraire à fon analogie
, quelle que foit la racine d'où on
veuille le dériver , & dont , à plus forte
raifon , il ne peut être fufceptible dans
l'occafion où il fe trouve employé. C'eſt
ce qui eft fpécifié plus particuliérement
dans l'ouvrage auquel il faut recourir , fi
l'on fouhaite s'en inftruire. Nous ajouterons
encore à ce que nous venons de dire
de ce Poëte , une circonftance qui dévoile
entierement l'exceffive paffion qu'il avoit
de thefaurifer. Un Athlete vainqueur à la
courfe des Mules , ayant voulu l'engager
a célébrer la victoire , lui offroit une fomDECEMBRE.
1755 .
83
me trop modique
, Simonide
refufa de le
fatisfaire
fur fa demande
, fous prétexte
qu'il
à un homme
comme lui
conviendroit
peu
de louer des Mules . Mais l'autre ayant pre- pofé un prix raifonnable
, notre Poëte
confentit
à faire l'éloge de ces Mules, qu'il
qualifia de filles de chevaux
aux pieds légers, expreffion
emphatique
qui a été défapprouvée
avec juftice par des Critiques
. Nous ne croyons
pas devoir nous arrêter à une
autre repartie
à peu-près du même genre, qui lui eft attribuée
par Tzetzes
, Auteur
peu exact en fait de narration
hiftorique
, parce qu'elle porte fur une fuppofition
évidemment
fauffe qui rend fon récit fufpect
, pour ne rien dire de plus. Il faut
confulter
l'ouvrage
pour avoir une pleine
conviction
de ce que nous remarquons
à ce fujet. Simonide
poffeda jufqu'à la mort
les bonnes graces d'Hieron
, dans lefquelles
il étoit entré fort avant . Il ne fut point confideré
à la Cour comme
un homme
dont le talent confiftoit
uniquement
à faire
des vers , & à donner
quelques
leçons
de morale ; ce Prince le jugea capable
de l'aider de fes confeils
dans le gouverne- ment des affaires , & il eut lieu de s'en louer
dans plus d'une occafion
. Auffi s'ouvroitil
familiérement
à ce Poëte , dont il connoiffoit
la prudence
, & il ne faifoit au-
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cune difficulté de lui communiquer fes
penfées les plus fecrétes. Les entretiens
qu'ils avoient enſemble là - deffus , ont fans
doute fourni à Xenophon le fujet d'un
Dialogue de fa façon , où les introduifant
l'un & l'autre pour interlocuteurs , il produit
lui-même fous ces noms empruntés ,
fes réflexions politiques. C'est une excellente
piece qui renferme un parallele entre
la condition des Rois & celle des Particuliers.
Comme Hieron avoit paffé par ces
deux états , cet ingénieux Ecrivain ne pouvoit
choifir perfonne qui fût censé être
mieux à portée que ce Prince d'en apprécier
les différences. La maniere dont il
fait parler Simonide , eft analogue au caractere
de ce Poëte qui foutient par la
folidité des avis qu'Hieron reçoit de lui ,
la réputation de fage qu'il a méritée
par l'honnêteté de fes moeurs : En effet ,
quelques légeres taches répandues fur fa
vie , que l'on devroit taxer plutôt de foibleffes
inféparables de l'humanité , ne
pourroient balancer toutes les belles qualités
que la nature lui avoit accordées , s'il
n'avoit témoigné dans fes actions un penchant
trop marqué pour l'avarice la plus
fordide , vice fi honteux qu'il fuffit lui
feul pour diminuer l'éclat des vertus qui
l'ont rendu d'ailleurs recommandable.
DECEMBRE. 1755 . 85
da ce
que
Les fréquentes converfations d'Hieron
& de Simonide ne rouloient point feulement
fur des matieres de pure politique ;
elles avoient encore pour objet l'examen
des queftions les plus philofophiques . C'eſt
ce qui paroît par la célebre réponſe que
notre Poëte fit à ce Prince , qui lui demanc'étoit
que Dien ? Il faut convenir
que la queftion étoit des plus épineufes ,
& par conféquent très- propre à embarraffer.
Auffi Simonide ne manqua pas de
prétexte pour juftifier l'impuiffance où il
fe voyoit d'y fatisfaire fur le champ , &
il obtint du tems pour y rêver plus à fon
aiſe. Le terme étant expiré , Hieron étonné
de tous les délais dont ce Poëte ufoit
pour éluder l'explication qu'on exigeoit
de lui , en voulut apprendre la caufe . Simonide
avoua ingénuement , que plus il
approfondiffoit la chofe , plus elle lui fembloit
difficile à réfoudre.
Si l'on inféroit de fa réponſe à Hieron ,
que ce Poëte avoit formé quelque doute
fur l'existence d'un Etre Suprême, ce feroit
non-feulement étendre la conclufion beaucoup
plus loin que ne l'eft la prémiffe ; mais
ce feroit déduire une conféquence trèsfauffe.
Car Simonide étoit fi peu porté à
nier qu'il y eût une Divinité , que jamais.
Poëte Payen n'a peut -être eu une perfuaS6
MERCURE DE FRANCE.
fion plus vive des effets de fa puiffance ;
c'est ce que témoignent affez les fragmens
qui nous reftent de fes Poélies , & principalement
quelques vers de lui , qui font
cités par Théophile d'Antioche . « Il y eft
dit , qu'il n'arrive aux hommes aucun
" mal inopiné : que Dieu fait en un feul
» moment changer de face à toutes chofes,
» & que perfonne ne fçauroit fe flatter
d'acquérir la vertu fans une affiftance
» particuliere de fa part ».
Simonide termina fa vie à l'âge de quatre
-vingt-dix ans , dont il paffa les trois
derniers à la Cour d'Hieron. Le tombeau
qu'on lui avoit élevé à Syracufe , fut dans
la fuite du temps démoli par un Général
des Agrigentins , appellé Phoenix , qui en
fit fervir les matériaux à la conftruction
d'une tour. On marque le temps dont fa
mort précede celle d'Hieron , & pour le
conftater d'une maniere préciſe , il a fallu
néceffairement fixer celui où tombe le
commencement & la fin du regne de cè
Prince , duquel on détermine conféquemment
la durée. On fent bien que tout celá
eft accompagné de détails chronologiques
dans lesquels nous évitons ici de nous engager
parce qu'ils n'intéreffent qu'un
très -petit nombre de Sçavans exercés à ce
genre d'étude. L'Auteur conduit plus loin
DECEMBRE. 1755. $7
que la mort de notre Poëte , le fil de fa
narration qui offre en raccourci l'hiftoire
de Syracufe . Il parcourt avec rapidité les
révolutions qui arriverent à cette République
depuis l'expulfion de Thrafybule
frere & fucceffeur d'Hieron , que fa conduite
violente avoit fait chaffer de Syra--
cufe , jufqu'au temps qu'elle éprouva le
fort ordinaire aux Villes que les Romain's
foumettoient
à leurs armes . Comme le récit
de ces chofes femble au premier coup
d'oeil ne tenir en aucune façon au plan général
de l'Ouvrage , on ne manquera pas
de le trouver abfolument hors d'oeuvre.
En tout cas , l'Auteur a prévenu lui-même
l'objection qui peut avoir lieu . «< Ayant ,
» dit-il , donné la plus grande partie de
» l'histoire de cette fameufe République ,
» que j'ai eu occafion de prendre dès fon
» origine , je me ferois reproché mon peu
» d'attention à procurer au Lecteur une
» entiere fatisfaction , fi je n'avois rendu
fon inftruction complette , en mettant
» devant fes yeux un précis de la fuite
» des affaires de Syracufe , jufqu'au temps
» qu'elle tomba au pouvoir des Romains ,
"
"
qui l'affujettirent à leur Empire. Je pen-
» fe avoir été d'autant plus fondé à le
faire , qu'un des derniers de ceux qui
ont gouverné defpotiquement en cette
Ville , étoit defcendu de Gélon , &
1
88 MERCURE DE FRANCE.
و ر
porté le nom d'Hieron , ainfi que le
» frere de ce Prince. Il marcha fi parfaite-
» tement fur les traces du premier , que
» de Préteur qu'il étoit auparavant à Sy-
» racufe , il s'ouvrit également par fes
» vertus un chemin à la royauté. Il eft
» furtout célebre par fes démêlés avec les
» Romains qui le défirent plus d'une fois :
» ce qui l'obligea de contracter avec eux
» une alliance dans laquelle il perfifta le
» refte de fes jours . Il étoit donc naturel
» de toucher légerement ce qui regarde ce
» Monarque de qui l'hiftoire ne doit pas
» être détachée de celle de fes Ancêtres ,
» dont il n'a point démenti les belles actions.
Enfin quand on trouveroit que
» la relation de ces chofes fort des bornes
» que mon principal fujet me prefcrivoit ,
» s'il réfulte pour le Lecteur quelque avan-
» tage de voir réunies dans un feul point de
» vue toutes les différentes révolutions
particulieres à l'état de cette Républi-
» que , depuis l'époque de fa fondation ,
jufqu'à celle de fa ruine ; c'eft lui feul
» qui fera mon apologie
"3
L'Auteur , après avoir fait l'hiftoire de
Simonide & celle de fon Siecle , paffe enfuite
au détail de fes Poéfies. Quoiqu'il en
eût compofé un grand nombre , il en refte
à peine des fragmens qui font comme des
débris échappés aux injures du temps. Ils
DECEMBRE. 1755 . 89
ont été recueillis par Fulvius Urfinus , &
en partie par Leo Allatius. Le premier les
a accompagnés de notes de fa façon . Il
n'eftfouvent parvenu jufqu'à nous que les
titres de plufieurs de ces Poéfies qui ont
tranfmis avec honneur le nom de Simonide
à la postérité. Les perfonnes curieufes
de les connoître , n'auront qu'à recourir
à la Bibliotheque Grecque du fçavant
M. Fabricius. Comme fon objet principal
eft d'y offrir une notice des ouvrages
des Auteurs Grecs , & d'y détailler les circonftances
qui en dépendent , il a dreffé
avec fon exactitude ordinaire un catalogue
de toutes les différentes fortes de Poëmes
qu'avoit écrits Simonide , autant qu'il
a pu en avoir connoiffance , en feuilletant
ceux d'entre les Anciens qui ont eu occafion
de les indiquer , lorfqu'ils ont cité des
vers de ce Poëte . On n'a pas cru devoir
s'arrêter dans cette Hiftoire à ces fortes de
détails , dont on ne tire d'autre fruit que
celui de fatisfaire fa curiofité. Ils peuvent
être fupportables en Latin , où l'on n'affecte
pas la même délicateffe qu'en notre Langue
, lorfqu'il s'agit de chofes auffi feches :
elles caufent de l'ennui & du dégout au
Lecteur François qui s'attend à des inftructions
plus folides. Quand on confidere la
perte de beaucoup de bons ouvrages que
90 MERCURE DE FRANCE.
le temps nous a ravis , tandis qu'il a épargné
tant de foibles productions qui , bien
loin d'être enviées , ne méritoient pas même
de voir le jour , on ne fçauroit s'empêcher
d'avouer que c'eft -là un de ces caprices du
fort qui prend plaifir à fe jouer de tous les
moyens que l'induftrie humaine peut imaginer
pour fe garantir de fes injuftices.
Si on demande à l'Auteur pourquoi il ne
s'eft point fait un devoir de traduire en
notre langue ces fragmens poétiques , ( car
quelques imparfaits que foient les morceaux
qu'ils renferment , ils ferviroient du
moins à donner une idée de la beauté du
génie de Simonide ) il répondra que la
défunion des parties qui forment l'enchaînement
du difcours , rend trop difparates les
chofes qui font énoncées dans les vers de
ce Poëte : comme elles n'ont aucune relation
les unes avec les autres , elles font par
cela même incapables d'offrir un fens fuivi
; « de forte que ce feroit , ( dit-il , ) per-
» dre fes peines , que d'expofer ces frag-
» mens en l'état actuel où ils font , fous
les yeux du Lecteur François qui aime
qu'on ne lui préfente que des idées bien
afforties , & parfaitement liées enſem-
» ble . On trouve dans un recueil qu'on
a fait de ces fragmens , deux pieces écrites
en vers ïambes , qui ont été mises à ce
DECEMBRE. 1755. 91
qu'il paroît , fur le compre de notre Simo
nide : c'eft ce qu'il y a de plus entier de
tout ce qui eft venu jufqu'à nous de fes
Poéfies. L'une roule fur le peu de durée de
la vie humaine , & l'autre eft une efpece
de fatyre ridicule contre les femmes , où
F'on ne produit que des injures groffieres
pour reprendre les défauts qu'on peut leur
reprocher. On y fait une application continuelle
des vices de ce fexe , aux diverfes
propriétés attachées à la nature des animaux
defquels on feint qu'il a été formé.
On y fuppofe que l'origine de l'ame des
femmes eft différente felon la diverfité de
leur humeur ; que l'ame des unes est tirée
d'un cheval , ou d'un renard , ou d'un finge
, 8 que celle des autres vient de la
terre & de la mer. Elien cite un vers qui
a rapport aux femmes qui aiment la parure.
On reconnoît difficilement Simonide
à ces traits qui font indignes de lui , &
affurément certe piece n'eft pas marquée
au coin qui caractérife communement fes
productions. Enfin il eft inconteſtable que
ces deux Poëmes n'appartiennent en aucune
maniere au Simonide dont on écrit
la vie; puifque les Anciens ne nous appren
nent point qu'il fe foit jamais exercé dans
ce genre de poéfie . Il les faut reftituer à
un autre Simonide qui a précédé le nôtre
92 MERCURE DE FRANCE.
de plus de deux fiecles. C'est lui qui doit
en être regardé comme le véritable auteur.
Il ne feroit pas étonnant que l'identité de
nom eût fait confondre enfemble ces deux
Poëtes , qui font du refte très- différens l'un
de l'autre. C'est ce que l'on confirme par
une preuve que fournit le témoignage des
Anciens qui ont pris foin de les diftinguer,
l'un , par la qualité de Poëte Lyrique , &
l'autre , par celle de Poëte Iambique. Celui
qui eft renommé dans l'antiquité par la
compofition de fes ïambes , étoit né à
Minoa , ville de l'ifle Amorgos. Suidas le
dit fils d'un certain Crinée qui ne nous
eft pas autrement connu . Ses travaux poétiques
ont eu le même fort que ceux de
notre Simonide. Il n'en fubfifte plus que
des fragmens qui confiftent uniquement
en ces deux poëmes dont nous venons de
parler , & en quelques vers détachés qui
nous ont été confervés par Athénée , Galien
, Clément d'Alexandrie & Stobée .
On recherche le temps où il vivoit ; &
comme une date que produit Suidas , conconcourt
à le déterminer par celle de la
ruine de Troye , l'Auteur piend de-là occafion
d'entrer dans un examen chronologique
des différentes Epoques que les Anciens
affignent à la prife de cette Ville.
Nous nous bornerons à en expofer ici le
DECEMBRE . 1755 . +3
"
"3
réſultat qu'il en donne lui - même dans fa
préface. Quelque foit le calcul auquel on
veuille s'attacher , « il eft conftant , (dit-il)
» que celui du LexicographeGrec eft fautif,
» à moins qu'on ne fubftitue dans fon
» texteune lettre numérale à l'autre , ainfi
que Voffius l'a parfaitement obfervé. Il
»y a d'autant plus d'apparence qu'il aura
fouffert en cela de l'inadvertance des
Copiftes qui font fujets à commettre de
» femblables mépriſes ; que la validité de
» la leçon qu'on propofe fe peut inférer
» d'un paffage formel qui fe tire de Tatien.
C'eft par-là feulement qu'on vient à bout
» de fauver la contradiction fenfible qui
» naîtroit de fon témoignage , & de celui
» de quelques - uns des Anciens , qui font
» ce Simonide contemporain d'Archiloque
, & par conféquent le renvoyent
» bien en- deça du fiecle où il le place.
» Comme il s'accorde à dire qu'Archilo-
» que fleuriffoit fous Gygès Roi de Lydie,
» dans la perfonne duquel commence la
» Dynaſtie des Mermnades , il s'enfuit de-
>> là que le temps du Simonide en queftion
»fe trouve étroitement lié à celui du regne
» de ce Prince & de fes fucceffeurs. C'eſt
pourquoi il réfulte des moyens que j'ai
employés pour fixer l'un par l'autre , une
» difcuffion qui m'a paru propre à répan-
"
39
94 MERCURE DE FRANCE.
» dre une nouvelle clarté fur la Chronolo-
» gie des Rois de Lydie ». Nous ajouterons
que la matiere eft affez importante
par elle-même pour fixer la curiofité des
Sçavans que leur propre expérience a mis
en état de fe convaincre de l'obſcurité qui
regne fur cette partie de l'Hiftoire ancienne.
La maniere avantageufe dont on nous
parle du Simonide fameux par fes productions
Lyriques , ne permet pas d'hésiter à
le placer au rang des meilleuts Poëtes de
l'Antiquité ce qu'on ne fçauroit dire
également de celui qui a écrit des vers
iambes. Il eft certain qu'il n'a pas joui de
la même célébrité , & que notre Simonide
l'emporte à tous égards fur l'autre. D'ailleurs
fon talent s'étendoit plus loin qu'à
faire des vers. C'est ce qu'on a été à portée
de voir plus d'une fois dans le cours
de cet Extrait. Cela paroît encore par l'invention
des quatre Lettres Grecques ( ou
,, » & , qui lui eft communément
attribuée. Il faut pourtant avouer qu'elle
lui eft conteſtée par quelques- uns qui en
font honneur à Epicharme né en Sicile .
Tzetzes balance même auquel des deux il
doit la rapporter , ou à notre Simonide ,
ou à Simonide le Samien qu'il dit être fils
d'un certain Amorgus. Il n'eft pas douteux
que ce dernier ne foit le même que
DECEMBRE. 1755.
95
le Poëte iambique de ce nom , à qui quelques
anciens Ecrivains donnent Samos
pour patrie , quoique le plus grand nombre
le faffe naître à Amorgos . Il n'eft pas
difficile de s'appercevoir de la méprife
grolliere de Tzetzes , qui transforme le
nom du lieu de la naiffance de ce Simonide
, en celui du pere de ce Poëte. On
n'infifte point fur cesLettres qui auroient
pu fournir le fujet d'une difcuffion , fi
Scaliger , Saumaife , Samuel Petit , Voffius
, Bochart , Ezéchiel Spanheim , Etienne
Morin , & le P. Montfaucon , n'avoient
déja épuifé tout ce que l'on peut produire
fur l'origine de l'Alphabeth Grec. On a
cru qu'il étoit plus à propos de renvoyer
à ces doctes Critiques , en citant au bas
de la page les endroits de leurs ouvrages ,
où ils ont traité cette matiere , que de redire
en gros des chofes qu'ils ont fi bien approfondies
en détail . Notre Simonide paffe
encore pour avoir ajouté une huitième
corde à la Lyre dont il fe propofa par- là
de perfectionner l'ufage , comme nous
l'apprenons expreffément de Pline . On
trouve parmi les fragmens de fes Poéfies
quelques vers qui ont été allégués par Platon
, Lucien , Athenée , Clément d'Alexandrie
, & Théodoret. Ils valent bien
la peine d'être cités pour leur fingularité.
96 MERCURE DE FRANCE.
Leur objet eft de définir quels font les biens
préférables de la vie. Voici ce qu'ils renferment.
« De tous les biens dont les hommes
peuvent jouir , le premier eft la fan-
»té , le fecond la beauté , le troiſieme les
richeffes amaffées fans fraude , & le
quatrieme la jeuneſſe qu'on paffe avec
» fes amis ».
22.
De tous les ouvrages que Simonide
avoit compofés , il n'y en a point afſurément
qui l'ait plus illuftré , & lui ait attiré
plus de louanges des Anciens , que ceux
qui portoient le titre de Threnes ou de
Lamentations. Ce font elles que Catulle
défigne par cette expreffion , mæftius lacrymis
Simonideis. Horace les a également en
vue , lorfqu'il dit pour repréfenter des
Mufes plaintives , Cea retractes munera
Nama. Son talent principal étoit d'émouvoir
la pitié ; & l'on peut affurer qu'il excelloit
dans le genre pathétique. Au moins
c'est l'aveu que fait Denys d'Halicarnaffe ,
qui le préfere à tous les Poëtes qui avoient
travaillé dans la même partie , après l'avoir
d'ailleurs regardé comme un modele
dans le choix des mots. La leçon de cet
endroit du Traité de l'Auteur Grec dont
on cite les paroles , eft d'autant plus défectueufe
, qu'elle forme un fens tout contraire
à celui que cet ancien Critique veut
exprimer.
DECEMBRE. 1755. 97
exprimer. Cela paroît avoir été occafionné
par la tranfpofition de deux mots qu'il s'agit
de remettre à la place qui leur eft propre
, pour réduire l'énoncé de la phraſe
grecque à un fens naturel & raifonnable.
C'est ce que l'Hiftorien a entrepris dans
une note dont le but est de rectifier ce paffage
qui a été étrangement altéré par l'inadvertence
des Copiftes. Le jugement que
Quintilien porte de Simonide confirme
celui de Denys d'Halicarnaffe , qui rapporte
un morceau d'une de ces Lamentations
de notre Poëte. Danaë déplorant fes malheurs
en faifoit le fujer . On fçait que fuivant
la fable , cette Princeffe infortunée
fut enfermée par l'ordre d'Acrifius fon
pere , dans un coffre d'airain avec l'enfant
qu'elle avoit mis au jour pour être jettée
dans la mer. Simonide fuppofe que dans
le temps qu'elle erroit au gré des vents &
des flots , elle parla en ces termes à Perfée.
" O mon fils , de combien de maux tà
» mere eft accablée . Tu te mets peu en
peine du fifflement des vents , & de l'im-
» pétuofité des vagues qui roulent fur ta
» tête : Ah ! fi tu pouvois connoître la
grandeur du péril qui nous menace , tu
prêterois fans doute l'oreille à mes dif-
» cours. Mais non . Dors, cher enfant , dors ,
je l'ordonne. Ainfi que lui, puiffiez- vous
"
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
éprouver le même calme , flots d'une
» mer agitée , & vous auffi mes maux dont
la mefure ne fçauroit être comblée » .
C'eft relativement à ce don d'attendrir
que Grotius a cru pouvoir lui comparer le
Prophéte Jéremie. Ces fortes de paralleles
qu'on établit entre des Ecrivains Sacrés
& des Auteurs Profanes , femblent avoir
d'abord quelque chofe de choquant : mais
pour peu qu'on veuille faire un moment
abstraction du caractere de prophéte qui
appartient à ce dernier , & qui par conféquent
le met hors de toute comparaifon
avec un Poëte Payen , il ne fera plus queftion
que de les envisager l'un & l'autre du
côté du mérite perfonnel . On ne pourra
s'empêcher pour lors de convenit que le
parallele ne foit jufte . En effet , on ne doit
pas ignorer que Jéremie ait réuni toutes
les qualités effentielles à la poéfie dans fes
Lamentations , qui offrent le tableau le plus
touchant de la défolation & de la ruine
de Jérutalem .
Simonide ne réuffiffoit pas moins dans
la peinture des images ; c'eft le témoignage
que lui rend Longin , ce célebre Critique
de l'antiquité , dont la déciſion eſt
d'un fi grand poids en pareil cas . Aucun
Poëte n'avoit , felon ce Rhéteur , décrit
plus vivement l'apparition d'Achille fur
DECEMBRE. 1755. 99
fon tombeau , dans le tems que les Grecs
fe préparoient à partir . Nous finirons par
dire que la douceur qui regnoit dans fes
vers ,l'avoit fait furnommer Melicerie , &
cependant il avoit employé en écrivant le-
Dialecte Dorique , qui paroît être le moins
fufceptible de cette douceur qui caractérifoit
fes Poéfies.
On a renvoyé à la fin de cette Hiſtoire
deux Remarques qui valent deux Differtations
: Quoiqu'elles ne femblent avoir
qu'une liaifon fort indirecte avec fon
plan , elles ne laiffent pas de fervir d'éclairciffement
à deux endroits de fon texte .
L'une eft deftinée à examiner fi le nom de
Jao cité dans un paffage de Porphyre que
l'on rapporte , eft le même que celui de
Jehovah ufité particuliérement chez les
Juifs pour défigner Dieu : A cet égard la
chofe eft hors de conteftation. Il s'agit
feulement de fçavoir laquelle de ces deux
différentes prononciations attachées à un
même nom , doit être réputée pour l'anciemne
, & par conféquent pour la véritable.
C'est une matiere qui a déja exercé
d'habiles Critiques , tels que Genebrard ,
Fuller , Louis Cappel , Drufius , Sixtinus
'Amama , Buxtorfe le fils , Gataker & Leufden.
Cette queftion entraîne néceffairement
dans une difcuffion grammaticale ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui n'est à portée d'être bien entendue que
des perfonnes qui ont acquis quelque intelligence
de l'Hébreu . On a mis en un,
caractere lifible pour tout le monde les
paffages qu'on a été obligé de produire
dans cette Langue , & cela pour des motifs
que l'Auteur a eu foin d'expliquer dans
fa préface. Les Sçavans fe partagent fur
çet article. Les uns, comme Cappel, Walton
& M. Le Clerc fe déclarent pour la
prononciation de Jao ou Jauoh , & rejertent
celle de Jehovah , qu'ils difent n'avoir
prévalu que depuis la ponctuation de
la Maffore , d'après laquelle Galatin Ecriyain
du feizieme fiecle , a le premier introduit
parmi nous cette Leçon du nom de
Dieu , qui eft actuellement la feule accréditée
. Ils penfent être d'autant plus difpenfés
d'acquiefcer à l'autorité de la Maffore
, qu'ils la combattent par des raifons
que leur fournit la nouveauté de fon invention
, qui , felon la plupart d'entr'eux ,
ne remonte pas au - delà du fixieme fiecle ,
& dont quelques - uns reculent l'époque
jufqu'au onzieme. Il y en a d'autres au
contraire qui demeurent attachés à la Lede
Jehovah dont ils foutiennent la validité
, parce qu'elle leur paroît beaucoup
mieux conferver l'analogie de l'Hébreu ;
ils s'efforcent de la défendre contre toutes
çon
DECEMBRE. 1755. ioi
les objections qui peuvent avoir lieu , &
ils ne balancent pas à croire que les Grecs
à qui les Phéniciens avoient tranfmis ce
nom , ne l'ayent ainfi altéré par une maniere
défectueuse de le prononcer. Il faut
avouer qu'ils font valoir des argumens (pécieux
pour fortifier leur opinion : cependant
, comme ce n'eft point ici un fujer
qui foit capable de recevoir ce dégré de
certitude que communiquent des preuves
qui mettent l'état des chofes dans la derniere
évidence , on ne doit s'attendre qu'à de
fimples conjectures qui ont de part & d'autre
une égale probabilité : ainfi le parti le
plus fage eft de ne point décider affirmati
vement dans de pareilles matieres. En effet,
comment vouloir déterminer pofitivement
l'ancienne prononciation de ce nom , s'il
eft conftant par le témoignage de Philon
& de Jofephe , qu'elle avoit été interdite
aux Juifs avant que J. C. vînt au monde
. Le premier la reftreint aux bornes du
Sanctuaire , où les Prêtres , fpécialement
le fouverain Sacrificateur , avoient le privilege
exclufif de le prononcer tous les ans
le jour que fe célébroit la fête des Expiations
. Ce nom n'étant donc point d'ufage
hors du Sanctuaire , où la maniere de le
proférer fe maintenoit par tradition , &
la permiffion de le prononcer étant une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des prérogatives affectées à la Sacrificature
, elle n'a pas dû fubfifter plus long-tems
que le Temple , & la tradition de ce nom
s'eft affurément perdue à travers tant de
fiecles qui fe font écoulés depuis la ruine
de Jérufalem. Peut on après cela fe flatter
d'en fixer aujourd'hui la prononciation.Les
Docteurs Juifs poftérieurs à cet événement
ont encore encheri fur la vénération que
leurs ancêtres avoient pour ce nom de
Dieu , & fur l'idée qu'ils fe formoient de
fa fainteté qui le rendoit ineffable à leur
égard. Ceux qui font venus après , felon
leur louable coutume d'outrer les fentimens
de leurs peres , ont pouffé les chofes
fi loin que cette vénération eft dégénérée
en une fuperftition exceffive qui fe
perpétue chez cette nation . Des Rabbins
ont étrangement raffiné fur les propriétés de
ce nom , & fur l'analogie grammaticale de
trois de fes lettres , qu'ils difent réunir les
trois différentes manieres d'exifter qui
n'appartiennent qu'à Dieu . Quiconque
ofoit violer cette défenfe de proférer le
nom Jehovah étoit puni de mort , s'il falloit
croire tout ce qu'ils nous débitent
hardiment à ce fujer. Ils ont fait plus , ils
l'ont érigée en article de foi , & menacent
les infracteurs de l'exclufion de la
vie éternelle . Toutes les fois que le Texte
DECEMBRE. 1755. 103
,
Hébreu porte la Leçon de Jehovah , ils lui
fubftituent le nom Adonaï , & tantôt celui
d'Elohim , lorfqu'il arrive que le Jehovah
eft précédé d'Adonai , & alors ces deux
noms fe trouvent joints enſemble . Il leur
eft auffi ordinaire d'ufer de mots compofés
pour caracterifer ce nom ineffable
comme ceux de Schem Hammiouchad , ou
de Schem Hamphorafch , le nom propre de
Dieu , & de Schern Schel arba othioth , le
nom formé de quatre lettres. Quand on les
preffe de dire fur quoi ils fondent cette
interdiction , ils alléguent en leur faveur
des paffages de l'Exode & du Lévitique
dont ils détournent ou changent le fens
pour la pouvoir autorifer. Les paroles de
l'Ecriture qu'ils nous oppofent , ne fignifient
pourtant rien moins que ce qu'ils
veulent leur faire fignifier. Il n'en a pas
fallu davantage pour les expofer au reproche
de falfification , qui leur a été intenté
par
Galatin . On entre relativement à cet
objet dans quelques détails hiftoriques ,
qui pourront compenfer ce qu'il y a de
fec dans un travail de cette nature.
On obferve que ce nom de Dieu n'a pas
été inconnu dans les premiers tems . aux
nations étrangeres , & furtout à celles qui
étoient voifines de la Judée . C'est ce qui
paroît confirmé par plufieurs exemples que
trop
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
par
Selden & M. Ferrand ont apportés , & qui
mettent ce fait hors de doute. Le Critique
Anglois & M. Huet foupçonnent même
que Pythagore pourroit avoir tiré l'idée
des propriétés mystérieuses de fa Quaternité
de celles que renferment les quatre
lettres qui conftituent le nom Jehovah. On
n'ignore pas que les Sectateurs du Philofophe
Grec , quand il s'agiffoit de fe lier
un ferment inviolable , juroient par cette
Quaternité à laquelle ils attribuoient toutes
les perfections , & qu'ils nommoient la
fource de vie , & le fondement de l'éternité,
Ils ne vouloient exprimer autre choſe parlà
que Dieu lui- même appellé par Pyihagore
le nombre des nombres . Ce Philofophe
paffe pour avoir emprunté des Juifs
plufieurs Dogmes " importans qu'il s'étoit
appropriés. C'est une circonftance dont la
vérité eft atteftée par Hermippus Hiftorien
Grec qui Heuriffoit du tems de Prolemée
Evergere, & par le Juif Ariftobule qui
vivoit à la Cour de Ptolemée Philometor,
Jofephe témoigne expreffément qu'il affecta
de fe montrer en bien des chofes zelé
imitateur des rites de fa nation . S. Ambroife
le fait même Juif d'origine : mais
on ne fçait où ce Pere de l'Eglife peut
avoir puifé cette particularité qui eft deftituée
de fondement . On reprend Lactan-
L
DECEMBRE . 1755. 105
ce d'avoir nié mal - à - propos que Pythagore
ait jamais eu aucun commerce avec les
Juifs , fans donner des raifons folides de
ce qu'il avançoit. On infifte particuliérement
fur fon voyage à Babylone , où il
s'offrit affez d'occafions qui mirent ce Phifofophe
à portée de s'entretenir avec plufieurs
d'entre ce peuple , dont une partie
y réfidoit encore pendant le féjour de Pythagore
en cette ville. Il y conféra fréquemment
avec les Mages dont il fçur fi
bien gagner l'amitié , qu'ils lui firent part
de leurs connoiffances , & l'initierent dans
leurs mysteres. Porphyre rapporte qu'il y
devint difciple d'un certain Zabratus ,
duquel il apprit tout ce qui concerne la
nature & les principes de l'univers . Il y a
eu dès les premiers tems du Chriftianif
me des Ecrivains qui fe font imaginés que
ce Zabratus ou Zaratus , & que Clement
d'Alexandrie appelle Nazaratus , étoit
le même que le Prophète Ezechiel , comme
le certifie ce Pere Grec qui écrivoit fur
la fin du fecond fiecle , & qui rejette
d'ailleurs l'opinion de ces gens là : néanmoins
Ménaffeh Ben - Ifraël , & quelques
autres , n'ont pas laiffé d'avoir une feniblable
penſée . Ce qu'il y a de plus éton -
nant , c'eft qu'un auffi habile homme que
l'étoit Selden , ait pu pencher vers ce fen-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
timent d'autant plus infoutenable , qu'il
eft incompatible avec l'exacte chronologie.
C'eft ce qu'il n'a pas été fort difficile
de prouver. MM. Hyde & Prideaux ont entendu
par ce Zabratus le fameux Zoroaf
tre. Ils fe font fondés fur un paffage
d'Apulée qui veut que Pythagore ait été
difciple de ce Législateur des Mages ; ce
qui eft pourtant fujet à un grand nombre
de difficultés , comme de célebres Modernes
l'ont fuffifamment démontré . On
pourroit peut-être les lever , en fuppofant
deux perfonnages de ce nom qui auront
fleuri à différens tems l'un de l'autre , &
dont le premier aura été le fondateur de
la Secte des Mages, & le fecond le réformateur
de leur religion ; fuppofition que l'on
peut d'un côté appuyer fur le témoignage
des Hiftoriens Orientaux , qui font vivre
un Zoroastre fous le regne de Darius fils
d'Hyftafpe , & de l'autre fur le récit d'Agathias
qui avoue que de fon tems ( c'eſtà-
dire dans le fixieme fiecle ) les Perfans
étoient dans cette perfuafion . Au refte , ce
n'est là qu'une conjecture, qu'on fe contente
d'infinuer , & l'on laiffe à chacun
la liberté de penfer à cet égard ce qu'il
voudra. Quant à l'autre Differtation , elle
traite des moyens qu'il y a de concilier les
différences qui fe rencontrent entre les AnDECEMBRE.
1755. 107
ciens au fujet des dates qui tendent à
fixer , foit le commencement
ou la durée
du regne de divers Princes. Les regnes de
Prolemée Soter , de Seleucus Nicator , &
de l'Empereur Julien fourniffent les exemples
que l'on produit . On leur a joint encore
celui du regne de Dagobert I , fur la
date duquel les Hiftoriens varient , afin de
rendre la vérité de cette remarque plus
fenfible aux perfonnes qui fe font rendues
l'Hiftoire de France plus familiere que
l'Hiftoire Ancienne . Ces exemples réunis
fous un même point de vue , concourent
à confirmer tout ce qui a été dit
touchant la maniere d'accorder les différentes
Epoques d'où l'on a compté les années
de la fouveraineté deGelon à Syracufe.
L'ouvrage eft terminé par le Projet d'une
Hiftoire des Juifs à laquelle travaille l'Auteur
, & qu'il a annoncée dans fa préface.
Elle comprendra
l'expofition de toutes
les révolutions
qui font arrivées à ce peuple
dans l'Orient depuis la ruine de Jérufalem
jufqu'au douzieme fiecle , où l'établiffement
qu'il s'y étoit fait , fût entièrement
ruiné. Comme l'Auteur s'eft livré
aux Etudes Théologiques
qu'il a pris à tâche
de fortifier par l'intelligence
des Langues
Sçavantes, les recherches où elles l'ont
néceffairement
engagé , l'ont mis en état
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'affembler les matériaux qui ferviront à la
compofition de cet ouvrage, On le deftine
à éclaircir les points les plus embarraffés
de l'Histoire Judaïque , & à difcuter
quelques - uns des Rites & des Dogmes de
cette nation , furtout lorsqu'ils lui font
communs avec les Chretiens. On y parlera
auffi des cérémonies , & en général des
affaires de difcipline que l'Eglife peut avoir
empruntées de la Synagogue. Elles ont
routes deux , par rapport à leur Hiſtoire. ,
une influence d'autant plus réciproque que
l'une eft fortie de l'autre , & par conféquent
on ne fçauroit approfondir l'Hiftoire
de l'Eglife , qu'on ne foit en mêmetems
obligé d'approfondir celle des Juifs ,
qui lui eft intimément unie. On fe flatte
qu'on ne fera pas fâché de voir inferé ici
en entier ce Projet , qui fert à donner une
idée de la grandeur de l'entreprife , du
but
que l'on s'y propofe , & de la méthode
à laquelle on doit s'attacher dans l'exécution
: mais la longueur que comporte
déja cet extrait , eft une raifon plus que
fuffifante pour renvoyer la chofe au mois
prochain . Si l'on fe récrie fur l'étendue de
cette analyfe , qui paffe de beaucoup les
bornes dans lesquelles nous avons coutume
de refferrer nos extraits , nous répon
drons que comme cette hiftoire de SimoDECEMBRE.
1755 109
nide eft remplie d'un grand nombre de difcuffions,
qui , quoiqu'effentielles aux vues
dans lesquelles on l'a compofée, font pourtant
de nature à rebuter bien des Lecteurs
pour qui elles ont quelque chofe de trop
épineux , on a profité de la voie de ce
Journal pour mettre tout le monde à portée
de connoître les faits dont le récit entre
dans le plan de l'Hiftoire . Pour cet
effet , on a retracé ici dans le même ordre
qui a été obfervé dans fa marche les différens
traits de la vie de ce Poëre , avec les
événemens de fon tems qui y font liés , &
l'on n'a fait qu'indiquer fimplement les
détails chronologiques qui en conftituent
le fonds : Ainfi cette analyfe doit être confiderée
moins comme un extrait que comme
un abregé de l'Ouvrage.
Delaguene , Libraire - Imprimeur de
l'Académie Royale de Chirurgie , rue faint
Jacques , à l'Olivier d'or , diftribue un
Mémoire auffi nouveau par fon objet que
par fa publication . Il eft intitulé Témoi
gnage public rendu à M. Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde du Corps de Sa
Majefte ; par Pierre Dedyn d'Anvers . On
ya joint les preuves de la Cure avec quel
ques Réflexions concernant M. de Torrès
110 MERCURE DE FRANCE.
par qui le Malade avoit été manqué. L'Avertiffement
qu'on a mis à la tête de ce
Mémoire , nous en fournira la notice.
« Cet écrit , dit - on , eft l'ouvrage d'un
» Malade jugé incurable par de célebres
» Praticiens, & qui , contre toute efpéran-
» ce , a été guéri radicalement par le re-
» mede de M. Dibon . C'eft une espece de
و د
.30
confeffion publique dictée par la recon-
>> noiffance ; une defcription vraie & naïve
» de la maladie de l'Auteur , & des mal-
» heureuſes épreuves par lefquelles il a
» paffé jufqu'à fa parfaite guérifon . On a
» cru devoir conferver fon langage & fon
ortographe , moitié Wallon , & moitié
François ils pourront amufer quelques
" Lecteurs. Mais on a traduit toute la
» piece pour
la faire entendre des autres ,
» & on a mis la verfion à côté du texte ,
» pour n'y pas laiffer foupçonner la plus
légere altération. Ce Mémoire eft fuivi
» des Certificats de Meffieurs Goulard Mé-
» decin ordinaire du Roi , Le Dran , Henriques
, Morand , & Hebrard , Maîtres
» en Chirurgie ».
""
On trouve chez le même Libraire un
autre écrit qui a pour titre : Lettre à M. de
Torrès ,fervant de réponse , &c. Cette Lettre
contient un témoignage pareil à celui
de Pierre Dedyn , & publié par un BourDECEMBRE
, 1755 .
geois de Paris dont le nom & la demeure
y font défignés. Nous ne prononçons rien
là- deffus. Comme fimples Hiftoriens nous
en laiffons le jugement aux Maîtres de
l'Art.
CATALOGUE DES ESTAMPES &
livres nouveaux d'Italie , la plupart de
Rome , qui fe trouvent chez N. Tilliard ,
quai des Auguftins. 1755.
CATALOGUE DE LIVRES DE PIETE ,
de morale & d'éducation ; livres d'hiftoire
, de belles lettres , fciences & arts ; livres
de droit & de finances , livres amufans
& de théatres , qui fe vendent à Paris
, chez Prault pere , quai de Gèvres ,
1755.
L'ENFANT GRAMMAIRIEN , ouvrage
qui contient des principes de grammaire
génerale , mis à la portée des enfans.
Une Grammaire latine , & une Méthode
françoife- latine , ou maniere de traduire
le françois en latin . A Blois , chez Pierre-
Paul Charles ; & fe vend à Paris , chez la
veuve Robinot , quai des grands Auguftins.
<
FRAGMENS CHOISIS d'éloquence , efpece
de Rhétorique moins en préceptes qu'en
112 MERCURE DE FRANCE.
exemples , également utile aux Gens de
lettres , & à tous ceux qui veulent fe former
à l'éloquence de la chaire , par M. de
Gerard de Benat , 2 vol . A Avignon , chez
Jofeph Payen , Imprimeur Libraire , place
S. Didier. A Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Combriere : & à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais.
Nous croyons que cette maniere d'écrire
fur l'éloquence , eft une des plus utiles.
Les exemples frappent bien plus , &
en conféquence perfuadent mieux que les
préceptes. Ceux ci ne peuvent même être
bien développés & bien fentis que par le
fecours des premiers. L'Auteur nous paroît
montrer du goût dans le choix , &
nous penfons que fon travail mérite des
louanges.
RAISON ou idée de la Poéfie Grecque ,
Latine & Italienne , ouvrage traduit de
l'Italien de Gravina , par M. Reguier. 2 vol .
petit in- 12 , à Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq ; & chez J. B. Defpilly , rue
S. Jacques , à la vieille Pofte.
De l'Extrait de l'Hiftoire de Simonide ;
& dufiecle où il a vécu , &c .
Ous avons rendu de la
Nmierepartie de cet Ouvrage dans les
Nouvelles du mois d'Octobre. Nous nous
engageâmes alors à donner l'Extrait de la
feconde pour le mois fuivant ; mais des raifons
particulieres nous ont mis dans le cas
de différer plus longtems que nous ne penfions
à remplir notre engagement. Quoiqu'il
en foit , nous y fatisfaifons aujourd'hui
; & nous allons parler de ce que contient
cette feconde partie , qui commence
par un expofé de la conduite que tint
Gelon après avoir triomphé des Carthaginois.
Pour peu que l'on veuille fe fouvenir
du titre de cette hiftoire , & de fon
objet , l'on ceffera d'être furpris de voir
difparoître Simonide pour quelque temps
de deffus la fcene . Il faut d'abord fçavoir
que les Carthaginois étoient entrés en con
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
fédération avec Xerxès qui les avoit attirés
dans fon parti , & étoit convenu avec eux
que tandis qu'il envahiroit la Grece , ils
feroient une irruption en Sicile & en Italie,
pour empêcher ceux qui habitoient ces
contrées de venir au fecours les uns des autres
. Ils choifirent pour Général Hamilcar
qui ayant affemblé une armée de trois cens
mille hommes , & équipé des vaiffeaux à
proportion pour le tranfport de fes troupes
, fit voile vers la Sicile . Il vint débarquer
à Panorme , un des Ports de cette Ifle,
& mit le fiege devant Himéré , ville maritime
du voisinage. Mais les chofes tournerent
au défavantage des Carthaginois
que défirent ceux de cette Ifle fous la conduite
de Gelon qui commandoit l'armée
qu'ils avoient levée à la nouvelle de cette
invafion fubite. Un gros de fa cavalerie
brûla la flotte d'Hamilcar qui fut tué dans
la mêlée ; cent cinquante mille hommes
demeurerent fur le champ de bataille : le
refte fut fait prifonnier & vendu comme
efclave . Une infcription en vers que l'opinion
commune attribue à Simonide , apprend
que Gelon fut aidé dans cette conjoncture
par fes trois freres , Hieron , Polyzele
& Thrafibule , qui contribuerent
par leur courage au fuccès de fes armes.
Le bruit de cette défaite répandit l'allarme
DECEMBRE. 1755. 61 .
dans Carthage , & il ne fut malheureuſement
que trop confirmé par le petit nombre
de ceux qui avoient eu le bonheur de
fe fauver dans un efquif. Il jetta la confternation
dans l'efprit de fes habitans qui
appréhendoient déja que Gelon ufant de fa
victoire , ne portât à fon tour la guerre jufque
dans leurs murs. Ils députerent auffitôt
des Amballadeurs à Syracufe pour im-.
plorer la clémence du vainqueur , & le
folliciter par les plus vives inftances à procurer
la paix. La modération qui étoit naturelle
à Gelon , lui fit écouter leurs propofitions.
Il n'abufa point de la malheureufe
circonftance qui réduifoit les Carthaginois
à la néceflité de paffer par toutes
les conditions qu'il lui auroit plu de leur
impofer. Celles qu'il exigea ne démentirent
point l'équité de fon caractere . Il y
- en eut une entr'autres qui témoigne qu'il
étoit auffi attentif à remplir les devoirs de
l'humanité que ceux de grand Capitaine ;
deux qualités qui le rendoient d'autant
plus eftimable , qu'elles ne fe trouvent
pas toujours réunies. Avant que de foufcrire
à aucun accommodement avec les
Carthaginois , il voulut que l'abolition
des facrifices humains qu'ils faifoient à
leur dieu Saturne , entrât dans la conclufion
du traité de paix qu'il s'agiffoit de
62 MERCURE DE FRANCE.
ratifier. Il ne pouvoit fans doute concevoir
fans horreur qu'ils lui facrifiaffent
jufqu'à leurs propres enfans ; & qu'ils
fiffent de cette barbare coutume une pratique
religieufe qui armoit leurs mains
contre ce qu'ils avoient de plus cher au
monde . Tout engagé qu'étoit Gelon dans
les erreurs groffieres du Paganifme , il lui
fuffifoit de faire ufage de fa raifon guidée
par les lumieres naturelles , pour fe convaincre
qu'un femblable culte étoit nonfeulement
injurieux & contraire à l'inſtitution
des Loix Divines , mais répugnoit
même à l'idée qu'il eft convenable de ſe
former de la Divinité . En effet , de l'invoquer
de cette façon , c'étoit la croire altérée
du fang humain , & qui plus eft du
fang innocent. C'étoit par conféquent faire
plutôt un monftre qu'un Dieu dont on
anéantiffoit par - là les attributs les plus
effentiels , tels que la fouveraine bonté &
la fouveraine juftice , en un mot toutes les
perfections morales , en vertu defquelles
il ne doit vouloir que ce qui eft abfolument
digne de lui. Il falloit affurément
pouffer l'extravagance auffi loin que la
cruauté , pour s'imaginer que la colere
divine ne fût capable d'être appaifée que
par ces fortes de facrifices qui eurent cours
à Carthage & dans plufieurs autres conDECEMBRE
1755. 63
trées. Il y avoit dans cette ville un Temple
élevé à Saturne , où étoit ſa ſtatue d'airain
, dont la défcription qu'en donnent
Diodore de Sicile & Eufebe , reffemble
beaucoup à celle que des Ecrivains Juifs.
font de la ftatue de Moloch , cette fameufe
idole dont l'Ecriture parle en divers endroits
. On fçait qu'elle étoit l'objet du
culte des Ammonites & de quelques nations
voifines : de- là vient que la plupart
des Critiques font perfuadés que Saturne
& Moloch n'étoient qu'une même Divinité
, qui avoit été adorée fous des dénominations
différentes. Les perfonnes curieufes
de vérifier cette remarque , peuvent
confulter ce qu'ont écrit à ce fujet , Selden ,
Beyer , Voffius , Goodwin , les PP . Kircher
& Calmet qui font ceux aufquels on
renvoie pour s'inftruire de ces chofes. Les
facrifices humains paffent communément
pour avoir pris naiffance chez les Phéniciens
, dont les Carthaginois étoient une
colonie . Il n'eft donc pas furprenant que
ces derniers ayent marqué autant d'attachement
qu'ils en avoient pour un ufage
qu'ils tenoient d'origine , & qui s'étoit
introduit chez plufieurs peuples qui l'avoient
reçu d'eux , ou immédiatement des
Phéniciens , comme on le prouve par le
rapport d'une foule d'écrivains que l'on cite
64 MERCURE DE FRANCE.
pour garantir la vérité de ce fait. Un paffage
de Porphyre dont on produit les paroles
fondées fur le témoignage de Sanchoniaton
, apprend quelles étoient les circonftances
où ceux- ci offroient à Saturne
des facrifices fanglans . La maniere dont la
chofe eft atteftée par Sanchoniaton , montre
affez que le culte qu'on rendoit à cette
fauffe divinité étoit très ancien. On infifte
particulierement fur cet Auteur Phénicien
que Porphyre fait contemporain de Sémiramis
Reine d'Affyrie , & dit avoir approché
du tems où vivoit Moyfe. Il avoit
compofé une histoire des antiquités de
fon pays , qu'il avoit dédiée à Abibal , Roi
de Beryte fa patrie , & que Philon de Byblos
avoit traduite en Grec fous l'empire
d'Adrien . Il n'en refte plus qu'un fragment
qui nous a été confervé par Eufebe. Comme
l'efpece de Synchroniſme que le récit
de Porphyre tend à établir , fe trouve liée à
deux Époques incompatibles l'une avec
l'autre , & qui feroient par cela même plus
propres à le détruire qu'à le conftater , on
pourroit croire que la cenfure de Scaliger ,
de Voffius & de Bochart , n'eft pas dépourvue
de fondement , lorfqu'ils le qualifient
d'erreur groffiere , qu'ils jugent à propos
d'imputer au peu d'exactitude de Porphyre
en matiere de chronologie. Ils auroient
DECEMBRE . 1755 65
fans doute raifon , fi l'on entendoit par
Sémiramis la fameufe Reine d'Affyrie de
ce nom , qui fut femme de Ninus , & qui
gouverna avec beaucoup d'habileté let
royaume dont fon mari avoit été le Fondateur
, & dont il l'avoit laiffée en poffeffion
par fa mort. En effet , le regne de cette
Sémiramis eft antérieur de plus de Soo ans
à la prife de Troye ; date qui eft affurément
fort éloignée de confirmer la proximité
de tems que Porphyre met entre
cette Reine & Moyfe de qui la mort ne
précede la ruine de cette ville que d'environ
d'eux fiecles & demi , felon la chrono-'
logie du Texte Hébreu. Il faut avouer que
fi les chofes étoient fur le pied que le pren
nent les Sçavans modernes que nous avons
cités , la faute feroit fenfible : mais le devoir
d'un Critique étant d'interpréter ce'
que dit un Auteur dans le fens le plus favorable
, on faifit l'occafion qui s'offre naturellement
de juftifier Porphyre du reproche
qu'il s'eft attiré de leur part. On fait
donc voir qu'il ne s'agit point ici de la
Sémiramis dont nous venons de parler ,
mais d'une autre Reine d'Affyrie , qui a
porté le même nom , & qui eft venue plufieurs
fiecles après la premiere . Elle eft auffi
connue fous celui d'Atoffe , & elle eut
pour pere Beloch II . Roi d'Affyrie , qui'
66 MERCURE DE FRANCE.
l'affocia à l'Empire dans la douzieme année
de fon regne , & avec qui elle régna
conjointement treize ans. Eufebe qui nous
apprend qu'elle fut également appellée Sémiramis
, ne nous inftruit pas de la caufe
qui lui mérita un pareil furnom. Il y a
apparence que des traits de reffemblance
qu'elle put avoir dans les actions de fa vie
avec la Sémiramis femme de Ninus , que
fes grandes qualités & fes vices ont rendue
fi célebre dans l'Hiftoire , fuffirent
pour le lui faire donner . L'identité d'un
nom qui a été commun à deux Reines , qui
ont eu les mêmes Etats fous leur dépendance
, les aura fait confondre enfemble ;
en attribuant à l'une ce qui appartient à
l'autre. C'eft ce qui avoit été déja très - bien
rémarqué par Photius , qui a repris un ancien
Ecrivain dont il a extrait l'Ouvrage
pour être tombé dans une femblable confufion
. On traite incidemment cette queftion
de chronologie , que l'on éclaircit
par un calcul qui fert à prouver que le rapport
de Porphyre ne péche en aucune façon
contre l'ordre exact des temps. Les facrifices
humains ne cefferent que pour un
temps à Carthage . Quoique leur abolition
fit une partie eflentielle du traité que Gelon
avoit conclu avec ceux de cette République
, il femble pourtant qu'elle n'eut
DECEMBRE. 1755. 67
lieu qu'autant que ce Prince vécut depuis
ce traité. Ils les renouvellerent après fa
mort , qui vraisemblablement leur parut
une raifon fuffifante pour rompre l'engagement
qu'ils avoient contracté. C'est ce
que prouve évidemment une circonstance ,
où étant réduits au défefpoir par Agatocle
Tyran de Syracufe , qui les avoit battus ,
ils facrifierent à leur dieu Saturne deux
cens d'entre les fils de leurs plus illuftres
concitoyens , afin de fe le rendre propice.
Tertullien nous apprend que cette abominable
coutume fe perpétua en Afrique , &
dura publiquement jufqu'au temps du Proconfulat
de Tibere qui fit mettre en croix
les Prêtres auteurs d'une femblable impiété.
Il eft à propos de remarquer qu'il ne
faut pas confondre ce Tibere Proconful
d'Afrique avec l'Empereur du même nom,
lequel fut fucceffeur d'Augufte . Celui dont
il eft question , eft poftérieur à ce Prince
d'environ un fiecle , & ne doit avoir vécu
que fous Adrien qui l'avoit revêtu de la
dignité Proconfulaire. Cette remarque eft
fortifiée par le témoignage de Porphyre
, de Lactance & d'Eufebe , qui rappor
tent la ceffation des facrifices humains au
temps d'Adrien , fous le regne duquel
ils furent abolis dans prefque tous les
lieux où ils étoient en ufage. Au cas qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
fouhaite des preuves plus directes de ce
que nous venons de dire à ce fujer , on n'a
qu'à confulter Saumaiſe ( 1 ) Henri de Valois
( 2 ) , & le P. Pagi ( 3) , qui ont fait
l'obfervation dont nous parlons , & qui
ont très- bien difcuté ce point de critique.
Si le traitement rigoureux dont on avoit
ufé en Afrique envers les Prêtres qui
avoient prêté leur ministère à de pareils
crimes , fervit d'abord à intimider les autres
, il ne put pourtant pas réprimer leur
penchant pour ces fortes de facrifices qui
fe continuerent fecrétement dans la fuite ;
& cela fe pratiquoit ainfi au commencement
du troifieme fiecle , comme le témoigne
Tertullien qui écrivoit vers ce tempsla
fon Apologétique . La victoire que ceux
de la Sicile avoient remportée fur les Carthaginois
, avoit été le fruit de l'habileté
de Gelon , & de fon expérience dans l'art
de la guerre. Auffi avoit- elle contribué à
redoubler l'affection que les Syracufains
avoit pour lui. Il avoit fçu la mériter par
fon humeur populaire , & furtout par la
fagelle avec laquelle il fe conduifoit dans
l'adminiftration des affaires de la Républi-
( 1 ) Cl. Salmafi. Not. in Spartian. ( 2 ) Henric.
Valefi. Annotation . in oration . Eufeb. de Laudib.
Conftantin. pag. 287. ( 3) Pag . Critic, in Annal.
Baron. fub ann. c. 11. n . 14. p . 12 .
DECEMBRE 1755 . 69
que , qui ne pouvoit tomber en de meilleures
mains que les fiennes. Ces motifs
réunis concoururent à affermir l'autorité
dont il jouiffoir longtems avant la défaite
de la flotte des Carthaginois, Le ſervice
important qu'il venoit de rendre à ſa patrie
, trouva dans les Syracufains un peuple
reconnoiffant qui confentit à le payer
du facrifice de fa liberté , en lui déférant
alors la royauté. Quoique le pouvoir de
Gelon fût déja très- abfolu , il lui manquoit
encore la qualité de Roi pour le confirmers
ce n'eft pas qu'il n'eût pu l'ufurper , à
l'exemple de bien d'autres , s'il avoit eu
deffein d'employer comme eux les voies
de la force & de la violence pour l'acquérir
: mais content de gouverner à Syracufe
fous le nom de Généraliffime ou de Préteur
, il ne fe mit pas fort en peine d'afpirer
à un titre qui auroit fans doute indifpofé
les efprits , & lui auroit attiré l'indignation
de fes concitoyens , s'il eût ofé
le prendre fans leur aveu , & qui d'ailleurs
n'eût pas augmenté davantage fa puiffance.
Les traits fous lefquels on nous le repréfente
dans le rang où il fe vit élevé ,
font l'éloge de fon caractere ; ce Prince ,
bien loin d'affecter la pompe qui en paroît
inféparable , & d'abufer du pouvoir attaché
à fa nouvelle dignité , fembloit ne l'a
70 MERCURE DE FRANCE.
•
voir acceptée que pour obliger fes concitoyens
, & céder à leurs inftances réitérées
qui ne purent le diſpenſer de fe foumettre
à leur volonté. C'eft pourquoi il difoit
que l'intention des Syracuſains, en lui mettant
la couronne fur la tête , avoit été de
l'engager par une faveur auffi marquée à
protéger la juftice & l'innocence. Le foin
de maintenir entr'eux la paix & l'union , &
de gagner le coeur de fes fujets par fes manieres
affables & pleines d'humanité , faifoit
fon unique occupation . C'eft ainfi que
fes vertus lui frayerent le chemin du trône,
dont perfonne ne s'étoit vu en poffeffion
depuis la mort d'Archias fondateur de
Syracufe. Ce dernier étoit né à Corinthe
& iffu de la race des Bacchiades , famille
diftinguée & puiffante dans cette ville. Une
aventure finguliere que l'on pourra voir
détaillée dans l'ouvrage , l'ayant contraint
d'abandonner les lieux de fa naiſſance , il
fe retira en Sicile , où s'étant établi avec une
colonie de fes compatriotes qui l'avoient
fuivi , il bâtit Syracufe. Après y avoir
regné plufieurs années , il fut tué par un
jeune homme pour qui il avoit eu une
tendreffe criminelle , & dont il avoit abufé
dans l'enfance : le temps où tombe la
fondation de cette ville , forme une Epoque
affez curieufe pour mériter qu'on s'arDECEMBRE.
1755. 71
rête à la déterminer conformément à la
fupputation qui réfulte d'une particularité
que fourniffent les Marbres. On touche
auffi un mot de la grandeur de Syracufe ,
qui comprenoit dans fon enceinte quatre
villes voifines l'une de l'autre , & dont
Archias n'en compofa qu'une feule. La
forme de fon gouvernement éprouva du
changement depuis la mort de celui qui en
avoit jetté les fondemens. Les Syracufains
abolirent l'Etat Monarchique pour lui fubftituer
le Démocratique qui fe maintint
fort longtems. Hippocrate Tyran de Gele,
tenta dans la fuite de leur ravir la liberté.
Après avoir réduit divers Peuples de la
Sicile fous fon obéiffance , il tourna fes armes
contre les Syracufains qu'il défit auprès
du fleuve Elore. Ceux ci n'auroient
point évité la fervitude qui les ménaçoit ,
s'ils n'avoient été fecourus des Corinthiens
& des Corcyréens qui prirent leur défenfe,
à condition qu'ils céderoient à Hippocrate
la ville de Camarine qui avoit été jufqueslà
fous leur dépendance. Dans le temps
qu'Hippocrate continuoit à faire la guerre,
il mourut devant la ville d'Hybla . Gelon ,
dont les ancêtres avoient depuis bien des
années leur établiſſement dans Gele , &
defcendu du Sacrificateur Telinès , ayant
reçu d'Hippocrate le commandement de la
72 MERCURE DE FRANCE.
cavalerie s'étoit fignalé par fon courage
dans toutes ces occafions. Les Gelois las de
fe voir opprimés par la tyrannie , refuſerent
de reconnoître pour leurs Souverains
Euclide & Cléandre , les deux fils qu'Hippocrate
avoit laiffés. Gelon , fous prétexte
de réprimer la révolte des Gelois , envahit
la domination , & en priva les enfans
d'Hippocrate , dès qu'il eut fait rentrer les
rebelles dans leur devoir. Gelon ramena
enfuite de Cafmene dans Syracufe quelques
uns de fes habitans nommés Gamores
, qui en avoient été chaffés. Les Syracufains
qui le virent approcher , livrerent
en fon pouvoir leur ville & leurs perfonnes.
On ne fçauroit dire s'ils crurent qu'il
leur feroit plus avantageux d'agir de la
forte que de s'expofer aux maux que les
fuites d'un fiege ont coutume d'occafionner.
Ce qu'il y a de vrai , c'eſt que Gelon
devint maître abfolu de cette ville fans
qu'il lui en coutât le moindre combat . Il
abandonna la principauté de Gele à fon
frere Hieron , & fe réferva celle de Syracufe
qu'il peupla de nouveaux habitans ,
& qu'il rendit plus que jamais floriffante.
Une réflexion très - naturelle porte l'Auteur
à conclure que la conduite de Gelon
en cette circonftance dément le caractere
qu'on lui attribue. Il y auroit fans doute
de
DECEMBRE 1755. 73
pour
de l'injuftice à le juger fur cette feule
action ; qui , quoiqu'elle ne foit pas à la
vérité fort honorable à fa mémoire , ne
doit pourtant point influer fur le refte de
fa vie : au moins c'eſt ce qu'on eft en droit
d'inférer du témoignage des Ecrivains de
l'antiquité qui ont parlé de lui . Il paroît
feulement par- là que Gelon , tout vertueux
qu'on nous le dépeint d'ailleurs , ne fut
pas toujours exempt de la paffion de dominer
, qui le fit ufer de perfidie envers
les héritiers légitimes , en les dépouillant
de l'autorité fouveraine , & l'engagea dans
des pratiques criminelles fatisfaire
fon ambition. Comme les Anciens qui ont
déterminé le tems de fon regne , varient
confidérablement entr'eux , lorfqu'il s'agit
d'en conftater la durée , qu'ils étendent
plus ou moins , felon la fupputation à
laquelle ils s'attachent , on infifte conféquemment
fur les contradictions apparentes
qui naiffent de la différence de leur calcul
, & afin d'être en état de les concilier
on recherche la caufe qui a produit ces
variétés. Il fuffit pour la découvrir de
comparer exactement leur rapport ,
dont
la diverfité vient de ce que le commencement
de la domination de Gelon pouvant
fe fixer à différentes dates , cela à donné
lieu à la différente maniere d'en compter
II.Vol. Ꭰ
7 MERCURE DE FRANCE.
les années. Les uns ont daté l'Epoque de
fon regne, dumoment qu'il fut maître dans
Syracufe dont les habitans s'étoient foumis
à lui ; parce qu'il y avoit un pouvoir
prefque aufli abfolu que celui qui eft affecté
à la Royauté . Les autres qui ont niarqué
les chofes avec plus de précifion , re
l'ont commencé que depuis qu'il fut proclané
Roi , titre que lui mériterent l'importance
de fes fervices & fon dévouement
au bien de la République. Nous ferions
trop longs , s'il nous falloit entrer dans
le détail de preuves qui fervent à établir
la vérité de cette remarque que nous ne
faifons qu'indiquer. C'eft pourquoi nous
aimons mieux renvoyer les Lecteurs curieux
d'approfondir les matieres de cette
nature à l'ouvrage même , où il leur fera
plus facile de prendre une idée jufte &
précife des calculs qui accompagnent cette
difcuffion chronologique. Gelon mourut
après avoir gouverné Syracufe fept
ans , avec la qualité de Roi. Il laiffa pour
fon fucceffeur Hieron , le plus âgé de fes
deux freres qui reftoient. Il ordonna en
mourant , à Damareté fa femme & fille de
Theron Tyran d'Agrigente , d'époufer
Polyzele qui fut pourvu du commandement
de l'armée , que l'on avoit fans doute
foin de tenir toujours prête à marcher
DECEMBRE. 1755- 75
en cas que le peuple de Syracufe fût inquieté
par fes voifins , ou attaqué par
des nations étrangeres. Hieron parvenu
à jouir de la Royauté , fe comporta bien
différemment de fon prédéceffeur. Il hérita
du rang de fon frere , mais non pas
de fes vertus . Il étoit avare , violent &
auffi éloigné de la probité de Gelon que
de fa candeur. Son humeur cruelle &
fanguinaire n'auroit pas manqué d'exciter
un foulevement général parmi les Syracufains
, fi le fouvenir des bienfaits de Gelon
, dont la mémoire leur étoit par conféquent
très -chere n'eût été un motif
capable de les retenir. Les foupçons & la
défiance , vices inféparables d'une conduite
tyrannique , l'armerent contre fes propres
fujets , dont il craignoit les complots,
Il s'imagina que pour mettre fa vie en fureté
, la force feroit une voie moins douteufe
que leur affection qu'il auroit fallu
captiver. Il leva pour cet effet des troupes
mercenaires , & compofa fa garde de
foldats étrangers. Comme il s'apperçut de
l'attachement des Syracufains pour Polyzele
qu'ils cheriffoient autant qu'ils le
haïffoient , ce fut affez pour lui faire foupçonner
fon frere d'afpirer à la Royauté , &
pour lui rendre toutes fes démarches fufpectes.
Il ne vit plus en lui qu'un rival
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
dangereux , qu'il étoit de fon intérêt de
perdre. Un événement parut favorable à
les deffeins . Il s'agiffoit de prendre la défenfe
des Sybarites qui avoient imploré
fon fecours contre les Crotoniates, par qui
ils étoient affiégés . Il faifit cette occafion
de fe défaire de fon frere qui étant chargé
du commandement de l'armée , reçut ordre
de lui de les aller fecourir.
Il avoit , felon toutes les apparences ,
travaillé aux moyens de le faire périr dans
le combat . Au moins c'eft ce que crut
Polyzele qui , pénétrant fes intentions , &
connoiffant d'ailleurs fa jaloufie , refuſa
d'obeir. Hieron irrité de fe voir fruftré
dans fes projets , éclata en menaces. Polyzele
n'auroit certainement pas tardé à
éprouver les effets de fon reffentiment ,
s'il n'avoit pris le parti de s'en garantir
en fe refugiant à la Cour de Theron dont
il avoit épousé la fille . Il n'en fallut pas
davantage pour brouiller ces deux Princes
, qui auparavant étoient amis . Hieron
reclama Polyzele comme un rebelle qu'il
vouloit punir , & fut indigné de ce que le
Roi d'Agrigente lui donnoit une retraite
dans fes Etats. D'un autre côté , la violence
que l'on faifoit à Polyzele , touchoit
trop Theron pour ne pas l'engager à foutenir
la cauſe de ſon gendre , & à le déDECEMBRE.
1755, 77
fendre des injuftes pourfuites de fon frere.
On fe difpofoit déja de part & d'autre à
la guerre , lorfque Hieron tomba dangereufement
malade . Ce qu'il y a de fingulier
, c'eft que cette maladie toute fâcheufe
qu'elle devoit être pour ce Prince , lui
fut pourtant néceffaire , puifqu'elle occafionna
un changement dans fa perfonne ,
auquel on n'avoit pas lieu de s'attendre.
Pour adoucir l'ennui que lui caufoit la
longueur de fa convalefcence , il invita
par fes largeffes les plus fameux Poëtes de
fon tems à fe rendre auprès de lui . Il efperoit
trouver dans leurs entretiens un remede
à fes chagrins domeftiques. On peut
croire que Simonide , de qui Pindare luimême
avoit appris les principes de fon
art , ne fut pas oublié dans le nombre de
ceux qu'Hieron attira à fa Cour. Il fut celui
qui fçut le mieux s'infinuer dans l'efprit
de ce Prince , & obtenir fa confiance.
Ce Prince eut l'obligation au commerce
qu'il lia avec les Sçavans qu'il avoit
fait venir , d'avoir poli fes moeurs & orné
fon efprit qui étoit naturellement capable
des plus grandes chofes , mais qu'une
application continuelle aux exercices militaires
ne lui avoit pas permis jufques là
de cultiver. Il profita beaucoup dans les
fréquentes converfations qu'il avoit avec
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Simonide . Elles furent autant de leçons
qui lui infpirerent l'amour de la vertu , &
l'accoutumerent par dégrés à en remplir
les devoirs . Elles lui firent ouvrir les yeux
fur fes égaremens , & fentir toute l'injuftice
de la guerre qu'il alloit fe mettre fur
les bras . Les confeils de notre Poëte lui furent
d'une grande reffource pour tourner
les chofes vers la pacification . Voici de
quoi il eft queftion. Theron ayant donné
Thrafydée fon fils pour maître aux Himerens
, celui-ci rendit fa domination infupportable
par fon orgueil & par fes violences
, qui les contraignirent de fe foulever
contre lui . Ils n'oferent fe plaindre de fa
conduite à Theron , parce qu'ils craignirent
que l'oppreflion devînt encore plus
forte , en cas que le pere fe montrât juge
peu équitable dans la caufe de fon fils.
C'est pourquoi ils fe déterminerent à envoyer
des Députés à Hieron pour lui offrir
du fecours contre Theron , & lui déclarer
en même tems qu'ils fouhaitoient à l'avcnir
dépendre de lui . Cette conjoncture
fournir à Simonide les moyens de remettre
la paix entre les deux Princes , & de faire
l'office de médiateur. Ce fut par fes avis
que Hieron inftruifit le Roi d'Agrigente
du complot formé par les habitans d'Himere
, & l'avertit de prendre fes mesures
pour le faire avorter.
DECEMBRE. 1755. 79
La reconnoiffance de Theron fut égale
à la générosité du procedé d'Hieron , avec
qui il ne fongea plus qu'à fe réconcilier ,
& leurs démêlés mutuels furent dès- lors
pacifiés. Hieron , pour affermir davantage
cette union , époufa la foeur de ce Prince .
Il rendit fon amitié à Polyzele , & les deux
freres vécurent depuis en bonne intelligence.
« Hieron commença ( dit l'Auteur )
à facrifier fes intérêts au bien public. Il
38
ne s'occupa plus que du foin d'acquerir,
» à l'exemple de Gelon , par fes manieres
» affables & par fa clémence , le coeur &
» l'eftime de fes fujets . Ses libéralités qu'ils
» éprouverent dans la fuite , effacerent
» entierement de leur mémoire les traits
" d'avarice qu'ils avoient d'abord remar-
» qués en lui . Sa Cour devint l'afyle des
» fciences , par la protection qu'il accor-
» doit aux perfonnes qui les cultivoient
» avec fuccès. Il montroit plus d'ardeur à
» les prévenir par des récompenfes , que
» les autres n'en avoient à les obtenir.
و د
L'Auteur accompagne fon récit de cette
réflexion qui fe préfente naturellement .
» Comme il réjaillit autant de gloire fur
le Prince qui répand fes bienfaits , que
» fur le particulier qui les reçoit , com-
" bien de Souverains ne font un accueil
» favorable au mérite , peut - être moins
Div
80 MERCURE DE FRANCE .
"3
» pour l'honorer , que pour fatisfaire euxmêmes
leur vanité ! Si l'on compare cet-
» te derniere conduite d'Hieron avec celle
qu'il avoit tenue en premier lieu , on
» fera furpris d'un contrafte auffi frappant.
Il devoit du moins avoir un fond de
» vertu ; car les fciences toutes feules ne
produifent point de pareils changemens.
» Elles perfectionnent à la vérité un heu-
» reux naturel ; mais il eft rare qu'elles
» réforment un coeur vicieux . >>
ود
Nous avons déja infinué quelque chofe
de l'avarice de Simonide . On peut affurer
qu'il n'y a point d'endroit où elle parut
plus à découvert qu'à la Cour d'Hieron .
Elle s'eft caractérisée jufques dans les reparties
qu'on lui attribue . Nous allons citer
quelques - unes de celles que l'on a recueillies.
On apprend d'Ariftote que la
femme d'Hieron ayant demandé à ce Poëte
, lequel étoit le plus à défirer , d'être riche
on fçavant ? il répondit , qu'il préferoit les
richeſſes , puisqu'on ne voyoit tous les jours
à la porte de riches que des fçavans . Hieron
avoit donné ordre qu'on lui fournît
chaque jour les provifions néceffaires pour
le faire vivre dans l'abondance , & Simonide
pouffoit l'épargne jufqu'à en vendre
la principale partie. Lorfqu'on voulut fçavoir
pourquoi il fe comportoit de la forte.
DECEMBRE. 1755. 81
C'est ( reprit- il auffi - tôt ) pour montrer en
public la magnificence du Prince , & ma
grande frugalité. Cette réponſe paroit à
M. Bayle un pauvre fubterfuge , & l'on
ne peut nier que fa remarque ne foit jufte.
Mais c'eft affez l'ordinaire des Beaux-
Efprits de payer de traits ingénieux pour
excufer les défauts qui choquent en eux
& fur lefquels on les preffe de s'expliquer ,
quand ils n'ont point de bonnes raifons à
alléguer pour leur juftification. Toutes
les fois que l'avarice infatiable de ce Poëte
l'expofoit à des railleries & à des reproches
, il avoit fon excufe prête , en difant
, qu'il aimoit mieux enrichir fes ennemis
après fa mort , qu'avoir besoin de fes
amis pendant fa vie. Auffi n'étoit - il rien
moins que difpofé à écrire gratuitement :
c'eft ce qu'il fit fentir à un homme qui
l'avoit follicité à compofer des vers à fa
louange , en fe contentant de l'affurer qu'il
lui en auroit des obligations infinies. Une
pareille propofition fatisfit peu Simonide ,
qui lui répondit , qu'il avoit chez lui deux
caffettes , l'une pour les payemens qu'il exigeoit,
& l'autre pour les obligations qu'on pouvoit
lui avoir, que la premiere reftoit toujours
vuide , au lieu que celle- ci ne ceffoit jamais
d'être pleine. On conçoit aifément que fon
humeur intéreffée devoit rendre fa plume
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
fort venale . Ce qu'il y a de certain , c'est
qu'il a la réputation d'avoir été le premier
des Poëtes Grecs qui ayent mis les Mufes
à louage. On ne fçauroit difconvenir que
cette tache n'obfcurciffe la gloire qu'il s'eft
acquife par la beauté de fon génie. L'indigne
trafic qu'il faifoit de fes ouvrages
donna naiffance à un proverbe honteux à
fa mémoire . Il fuffifoit que des vers fuffent
vendus au plus offrant pour porter le nom
de vers de Simonide. Comme le mot grec
dont fe font fervis des Auteurs anciens ,
pour exprimer l'avarice de Simonide , reçoit
des acceptions différentes , felon l'ufage
auquel on l'applique , il a induit en
erreur Lilio Giraldi , qui à attaché à ce terme
une fignification contraire à fon analogie
, quelle que foit la racine d'où on
veuille le dériver , & dont , à plus forte
raifon , il ne peut être fufceptible dans
l'occafion où il fe trouve employé. C'eſt
ce qui eft fpécifié plus particuliérement
dans l'ouvrage auquel il faut recourir , fi
l'on fouhaite s'en inftruire. Nous ajouterons
encore à ce que nous venons de dire
de ce Poëte , une circonftance qui dévoile
entierement l'exceffive paffion qu'il avoit
de thefaurifer. Un Athlete vainqueur à la
courfe des Mules , ayant voulu l'engager
a célébrer la victoire , lui offroit une fomDECEMBRE.
1755 .
83
me trop modique
, Simonide
refufa de le
fatisfaire
fur fa demande
, fous prétexte
qu'il
à un homme
comme lui
conviendroit
peu
de louer des Mules . Mais l'autre ayant pre- pofé un prix raifonnable
, notre Poëte
confentit
à faire l'éloge de ces Mules, qu'il
qualifia de filles de chevaux
aux pieds légers, expreffion
emphatique
qui a été défapprouvée
avec juftice par des Critiques
. Nous ne croyons
pas devoir nous arrêter à une
autre repartie
à peu-près du même genre, qui lui eft attribuée
par Tzetzes
, Auteur
peu exact en fait de narration
hiftorique
, parce qu'elle porte fur une fuppofition
évidemment
fauffe qui rend fon récit fufpect
, pour ne rien dire de plus. Il faut
confulter
l'ouvrage
pour avoir une pleine
conviction
de ce que nous remarquons
à ce fujet. Simonide
poffeda jufqu'à la mort
les bonnes graces d'Hieron
, dans lefquelles
il étoit entré fort avant . Il ne fut point confideré
à la Cour comme
un homme
dont le talent confiftoit
uniquement
à faire
des vers , & à donner
quelques
leçons
de morale ; ce Prince le jugea capable
de l'aider de fes confeils
dans le gouverne- ment des affaires , & il eut lieu de s'en louer
dans plus d'une occafion
. Auffi s'ouvroitil
familiérement
à ce Poëte , dont il connoiffoit
la prudence
, & il ne faifoit au-
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cune difficulté de lui communiquer fes
penfées les plus fecrétes. Les entretiens
qu'ils avoient enſemble là - deffus , ont fans
doute fourni à Xenophon le fujet d'un
Dialogue de fa façon , où les introduifant
l'un & l'autre pour interlocuteurs , il produit
lui-même fous ces noms empruntés ,
fes réflexions politiques. C'est une excellente
piece qui renferme un parallele entre
la condition des Rois & celle des Particuliers.
Comme Hieron avoit paffé par ces
deux états , cet ingénieux Ecrivain ne pouvoit
choifir perfonne qui fût censé être
mieux à portée que ce Prince d'en apprécier
les différences. La maniere dont il
fait parler Simonide , eft analogue au caractere
de ce Poëte qui foutient par la
folidité des avis qu'Hieron reçoit de lui ,
la réputation de fage qu'il a méritée
par l'honnêteté de fes moeurs : En effet ,
quelques légeres taches répandues fur fa
vie , que l'on devroit taxer plutôt de foibleffes
inféparables de l'humanité , ne
pourroient balancer toutes les belles qualités
que la nature lui avoit accordées , s'il
n'avoit témoigné dans fes actions un penchant
trop marqué pour l'avarice la plus
fordide , vice fi honteux qu'il fuffit lui
feul pour diminuer l'éclat des vertus qui
l'ont rendu d'ailleurs recommandable.
DECEMBRE. 1755 . 85
da ce
que
Les fréquentes converfations d'Hieron
& de Simonide ne rouloient point feulement
fur des matieres de pure politique ;
elles avoient encore pour objet l'examen
des queftions les plus philofophiques . C'eſt
ce qui paroît par la célebre réponſe que
notre Poëte fit à ce Prince , qui lui demanc'étoit
que Dien ? Il faut convenir
que la queftion étoit des plus épineufes ,
& par conféquent très- propre à embarraffer.
Auffi Simonide ne manqua pas de
prétexte pour juftifier l'impuiffance où il
fe voyoit d'y fatisfaire fur le champ , &
il obtint du tems pour y rêver plus à fon
aiſe. Le terme étant expiré , Hieron étonné
de tous les délais dont ce Poëte ufoit
pour éluder l'explication qu'on exigeoit
de lui , en voulut apprendre la caufe . Simonide
avoua ingénuement , que plus il
approfondiffoit la chofe , plus elle lui fembloit
difficile à réfoudre.
Si l'on inféroit de fa réponſe à Hieron ,
que ce Poëte avoit formé quelque doute
fur l'existence d'un Etre Suprême, ce feroit
non-feulement étendre la conclufion beaucoup
plus loin que ne l'eft la prémiffe ; mais
ce feroit déduire une conféquence trèsfauffe.
Car Simonide étoit fi peu porté à
nier qu'il y eût une Divinité , que jamais.
Poëte Payen n'a peut -être eu une perfuaS6
MERCURE DE FRANCE.
fion plus vive des effets de fa puiffance ;
c'est ce que témoignent affez les fragmens
qui nous reftent de fes Poélies , & principalement
quelques vers de lui , qui font
cités par Théophile d'Antioche . « Il y eft
dit , qu'il n'arrive aux hommes aucun
" mal inopiné : que Dieu fait en un feul
» moment changer de face à toutes chofes,
» & que perfonne ne fçauroit fe flatter
d'acquérir la vertu fans une affiftance
» particuliere de fa part ».
Simonide termina fa vie à l'âge de quatre
-vingt-dix ans , dont il paffa les trois
derniers à la Cour d'Hieron. Le tombeau
qu'on lui avoit élevé à Syracufe , fut dans
la fuite du temps démoli par un Général
des Agrigentins , appellé Phoenix , qui en
fit fervir les matériaux à la conftruction
d'une tour. On marque le temps dont fa
mort précede celle d'Hieron , & pour le
conftater d'une maniere préciſe , il a fallu
néceffairement fixer celui où tombe le
commencement & la fin du regne de cè
Prince , duquel on détermine conféquemment
la durée. On fent bien que tout celá
eft accompagné de détails chronologiques
dans lesquels nous évitons ici de nous engager
parce qu'ils n'intéreffent qu'un
très -petit nombre de Sçavans exercés à ce
genre d'étude. L'Auteur conduit plus loin
DECEMBRE. 1755. $7
que la mort de notre Poëte , le fil de fa
narration qui offre en raccourci l'hiftoire
de Syracufe . Il parcourt avec rapidité les
révolutions qui arriverent à cette République
depuis l'expulfion de Thrafybule
frere & fucceffeur d'Hieron , que fa conduite
violente avoit fait chaffer de Syra--
cufe , jufqu'au temps qu'elle éprouva le
fort ordinaire aux Villes que les Romain's
foumettoient
à leurs armes . Comme le récit
de ces chofes femble au premier coup
d'oeil ne tenir en aucune façon au plan général
de l'Ouvrage , on ne manquera pas
de le trouver abfolument hors d'oeuvre.
En tout cas , l'Auteur a prévenu lui-même
l'objection qui peut avoir lieu . «< Ayant ,
» dit-il , donné la plus grande partie de
» l'histoire de cette fameufe République ,
» que j'ai eu occafion de prendre dès fon
» origine , je me ferois reproché mon peu
» d'attention à procurer au Lecteur une
» entiere fatisfaction , fi je n'avois rendu
fon inftruction complette , en mettant
» devant fes yeux un précis de la fuite
» des affaires de Syracufe , jufqu'au temps
» qu'elle tomba au pouvoir des Romains ,
"
"
qui l'affujettirent à leur Empire. Je pen-
» fe avoir été d'autant plus fondé à le
faire , qu'un des derniers de ceux qui
ont gouverné defpotiquement en cette
Ville , étoit defcendu de Gélon , &
1
88 MERCURE DE FRANCE.
و ر
porté le nom d'Hieron , ainfi que le
» frere de ce Prince. Il marcha fi parfaite-
» tement fur les traces du premier , que
» de Préteur qu'il étoit auparavant à Sy-
» racufe , il s'ouvrit également par fes
» vertus un chemin à la royauté. Il eft
» furtout célebre par fes démêlés avec les
» Romains qui le défirent plus d'une fois :
» ce qui l'obligea de contracter avec eux
» une alliance dans laquelle il perfifta le
» refte de fes jours . Il étoit donc naturel
» de toucher légerement ce qui regarde ce
» Monarque de qui l'hiftoire ne doit pas
» être détachée de celle de fes Ancêtres ,
» dont il n'a point démenti les belles actions.
Enfin quand on trouveroit que
» la relation de ces chofes fort des bornes
» que mon principal fujet me prefcrivoit ,
» s'il réfulte pour le Lecteur quelque avan-
» tage de voir réunies dans un feul point de
» vue toutes les différentes révolutions
particulieres à l'état de cette Républi-
» que , depuis l'époque de fa fondation ,
jufqu'à celle de fa ruine ; c'eft lui feul
» qui fera mon apologie
"3
L'Auteur , après avoir fait l'hiftoire de
Simonide & celle de fon Siecle , paffe enfuite
au détail de fes Poéfies. Quoiqu'il en
eût compofé un grand nombre , il en refte
à peine des fragmens qui font comme des
débris échappés aux injures du temps. Ils
DECEMBRE. 1755 . 89
ont été recueillis par Fulvius Urfinus , &
en partie par Leo Allatius. Le premier les
a accompagnés de notes de fa façon . Il
n'eftfouvent parvenu jufqu'à nous que les
titres de plufieurs de ces Poéfies qui ont
tranfmis avec honneur le nom de Simonide
à la postérité. Les perfonnes curieufes
de les connoître , n'auront qu'à recourir
à la Bibliotheque Grecque du fçavant
M. Fabricius. Comme fon objet principal
eft d'y offrir une notice des ouvrages
des Auteurs Grecs , & d'y détailler les circonftances
qui en dépendent , il a dreffé
avec fon exactitude ordinaire un catalogue
de toutes les différentes fortes de Poëmes
qu'avoit écrits Simonide , autant qu'il
a pu en avoir connoiffance , en feuilletant
ceux d'entre les Anciens qui ont eu occafion
de les indiquer , lorfqu'ils ont cité des
vers de ce Poëte . On n'a pas cru devoir
s'arrêter dans cette Hiftoire à ces fortes de
détails , dont on ne tire d'autre fruit que
celui de fatisfaire fa curiofité. Ils peuvent
être fupportables en Latin , où l'on n'affecte
pas la même délicateffe qu'en notre Langue
, lorfqu'il s'agit de chofes auffi feches :
elles caufent de l'ennui & du dégout au
Lecteur François qui s'attend à des inftructions
plus folides. Quand on confidere la
perte de beaucoup de bons ouvrages que
90 MERCURE DE FRANCE.
le temps nous a ravis , tandis qu'il a épargné
tant de foibles productions qui , bien
loin d'être enviées , ne méritoient pas même
de voir le jour , on ne fçauroit s'empêcher
d'avouer que c'eft -là un de ces caprices du
fort qui prend plaifir à fe jouer de tous les
moyens que l'induftrie humaine peut imaginer
pour fe garantir de fes injuftices.
Si on demande à l'Auteur pourquoi il ne
s'eft point fait un devoir de traduire en
notre langue ces fragmens poétiques , ( car
quelques imparfaits que foient les morceaux
qu'ils renferment , ils ferviroient du
moins à donner une idée de la beauté du
génie de Simonide ) il répondra que la
défunion des parties qui forment l'enchaînement
du difcours , rend trop difparates les
chofes qui font énoncées dans les vers de
ce Poëte : comme elles n'ont aucune relation
les unes avec les autres , elles font par
cela même incapables d'offrir un fens fuivi
; « de forte que ce feroit , ( dit-il , ) per-
» dre fes peines , que d'expofer ces frag-
» mens en l'état actuel où ils font , fous
les yeux du Lecteur François qui aime
qu'on ne lui préfente que des idées bien
afforties , & parfaitement liées enſem-
» ble . On trouve dans un recueil qu'on
a fait de ces fragmens , deux pieces écrites
en vers ïambes , qui ont été mises à ce
DECEMBRE. 1755. 91
qu'il paroît , fur le compre de notre Simo
nide : c'eft ce qu'il y a de plus entier de
tout ce qui eft venu jufqu'à nous de fes
Poéfies. L'une roule fur le peu de durée de
la vie humaine , & l'autre eft une efpece
de fatyre ridicule contre les femmes , où
F'on ne produit que des injures groffieres
pour reprendre les défauts qu'on peut leur
reprocher. On y fait une application continuelle
des vices de ce fexe , aux diverfes
propriétés attachées à la nature des animaux
defquels on feint qu'il a été formé.
On y fuppofe que l'origine de l'ame des
femmes eft différente felon la diverfité de
leur humeur ; que l'ame des unes est tirée
d'un cheval , ou d'un renard , ou d'un finge
, 8 que celle des autres vient de la
terre & de la mer. Elien cite un vers qui
a rapport aux femmes qui aiment la parure.
On reconnoît difficilement Simonide
à ces traits qui font indignes de lui , &
affurément certe piece n'eft pas marquée
au coin qui caractérife communement fes
productions. Enfin il eft inconteſtable que
ces deux Poëmes n'appartiennent en aucune
maniere au Simonide dont on écrit
la vie; puifque les Anciens ne nous appren
nent point qu'il fe foit jamais exercé dans
ce genre de poéfie . Il les faut reftituer à
un autre Simonide qui a précédé le nôtre
92 MERCURE DE FRANCE.
de plus de deux fiecles. C'est lui qui doit
en être regardé comme le véritable auteur.
Il ne feroit pas étonnant que l'identité de
nom eût fait confondre enfemble ces deux
Poëtes , qui font du refte très- différens l'un
de l'autre. C'est ce que l'on confirme par
une preuve que fournit le témoignage des
Anciens qui ont pris foin de les diftinguer,
l'un , par la qualité de Poëte Lyrique , &
l'autre , par celle de Poëte Iambique. Celui
qui eft renommé dans l'antiquité par la
compofition de fes ïambes , étoit né à
Minoa , ville de l'ifle Amorgos. Suidas le
dit fils d'un certain Crinée qui ne nous
eft pas autrement connu . Ses travaux poétiques
ont eu le même fort que ceux de
notre Simonide. Il n'en fubfifte plus que
des fragmens qui confiftent uniquement
en ces deux poëmes dont nous venons de
parler , & en quelques vers détachés qui
nous ont été confervés par Athénée , Galien
, Clément d'Alexandrie & Stobée .
On recherche le temps où il vivoit ; &
comme une date que produit Suidas , conconcourt
à le déterminer par celle de la
ruine de Troye , l'Auteur piend de-là occafion
d'entrer dans un examen chronologique
des différentes Epoques que les Anciens
affignent à la prife de cette Ville.
Nous nous bornerons à en expofer ici le
DECEMBRE . 1755 . +3
"
"3
réſultat qu'il en donne lui - même dans fa
préface. Quelque foit le calcul auquel on
veuille s'attacher , « il eft conftant , (dit-il)
» que celui du LexicographeGrec eft fautif,
» à moins qu'on ne fubftitue dans fon
» texteune lettre numérale à l'autre , ainfi
que Voffius l'a parfaitement obfervé. Il
»y a d'autant plus d'apparence qu'il aura
fouffert en cela de l'inadvertance des
Copiftes qui font fujets à commettre de
» femblables mépriſes ; que la validité de
» la leçon qu'on propofe fe peut inférer
» d'un paffage formel qui fe tire de Tatien.
C'eft par-là feulement qu'on vient à bout
» de fauver la contradiction fenfible qui
» naîtroit de fon témoignage , & de celui
» de quelques - uns des Anciens , qui font
» ce Simonide contemporain d'Archiloque
, & par conféquent le renvoyent
» bien en- deça du fiecle où il le place.
» Comme il s'accorde à dire qu'Archilo-
» que fleuriffoit fous Gygès Roi de Lydie,
» dans la perfonne duquel commence la
» Dynaſtie des Mermnades , il s'enfuit de-
>> là que le temps du Simonide en queftion
»fe trouve étroitement lié à celui du regne
» de ce Prince & de fes fucceffeurs. C'eſt
pourquoi il réfulte des moyens que j'ai
employés pour fixer l'un par l'autre , une
» difcuffion qui m'a paru propre à répan-
"
39
94 MERCURE DE FRANCE.
» dre une nouvelle clarté fur la Chronolo-
» gie des Rois de Lydie ». Nous ajouterons
que la matiere eft affez importante
par elle-même pour fixer la curiofité des
Sçavans que leur propre expérience a mis
en état de fe convaincre de l'obſcurité qui
regne fur cette partie de l'Hiftoire ancienne.
La maniere avantageufe dont on nous
parle du Simonide fameux par fes productions
Lyriques , ne permet pas d'hésiter à
le placer au rang des meilleuts Poëtes de
l'Antiquité ce qu'on ne fçauroit dire
également de celui qui a écrit des vers
iambes. Il eft certain qu'il n'a pas joui de
la même célébrité , & que notre Simonide
l'emporte à tous égards fur l'autre. D'ailleurs
fon talent s'étendoit plus loin qu'à
faire des vers. C'est ce qu'on a été à portée
de voir plus d'une fois dans le cours
de cet Extrait. Cela paroît encore par l'invention
des quatre Lettres Grecques ( ou
,, » & , qui lui eft communément
attribuée. Il faut pourtant avouer qu'elle
lui eft conteſtée par quelques- uns qui en
font honneur à Epicharme né en Sicile .
Tzetzes balance même auquel des deux il
doit la rapporter , ou à notre Simonide ,
ou à Simonide le Samien qu'il dit être fils
d'un certain Amorgus. Il n'eft pas douteux
que ce dernier ne foit le même que
DECEMBRE. 1755.
95
le Poëte iambique de ce nom , à qui quelques
anciens Ecrivains donnent Samos
pour patrie , quoique le plus grand nombre
le faffe naître à Amorgos . Il n'eft pas
difficile de s'appercevoir de la méprife
grolliere de Tzetzes , qui transforme le
nom du lieu de la naiffance de ce Simonide
, en celui du pere de ce Poëte. On
n'infifte point fur cesLettres qui auroient
pu fournir le fujet d'une difcuffion , fi
Scaliger , Saumaife , Samuel Petit , Voffius
, Bochart , Ezéchiel Spanheim , Etienne
Morin , & le P. Montfaucon , n'avoient
déja épuifé tout ce que l'on peut produire
fur l'origine de l'Alphabeth Grec. On a
cru qu'il étoit plus à propos de renvoyer
à ces doctes Critiques , en citant au bas
de la page les endroits de leurs ouvrages ,
où ils ont traité cette matiere , que de redire
en gros des chofes qu'ils ont fi bien approfondies
en détail . Notre Simonide paffe
encore pour avoir ajouté une huitième
corde à la Lyre dont il fe propofa par- là
de perfectionner l'ufage , comme nous
l'apprenons expreffément de Pline . On
trouve parmi les fragmens de fes Poéfies
quelques vers qui ont été allégués par Platon
, Lucien , Athenée , Clément d'Alexandrie
, & Théodoret. Ils valent bien
la peine d'être cités pour leur fingularité.
96 MERCURE DE FRANCE.
Leur objet eft de définir quels font les biens
préférables de la vie. Voici ce qu'ils renferment.
« De tous les biens dont les hommes
peuvent jouir , le premier eft la fan-
»té , le fecond la beauté , le troiſieme les
richeffes amaffées fans fraude , & le
quatrieme la jeuneſſe qu'on paffe avec
» fes amis ».
22.
De tous les ouvrages que Simonide
avoit compofés , il n'y en a point afſurément
qui l'ait plus illuftré , & lui ait attiré
plus de louanges des Anciens , que ceux
qui portoient le titre de Threnes ou de
Lamentations. Ce font elles que Catulle
défigne par cette expreffion , mæftius lacrymis
Simonideis. Horace les a également en
vue , lorfqu'il dit pour repréfenter des
Mufes plaintives , Cea retractes munera
Nama. Son talent principal étoit d'émouvoir
la pitié ; & l'on peut affurer qu'il excelloit
dans le genre pathétique. Au moins
c'est l'aveu que fait Denys d'Halicarnaffe ,
qui le préfere à tous les Poëtes qui avoient
travaillé dans la même partie , après l'avoir
d'ailleurs regardé comme un modele
dans le choix des mots. La leçon de cet
endroit du Traité de l'Auteur Grec dont
on cite les paroles , eft d'autant plus défectueufe
, qu'elle forme un fens tout contraire
à celui que cet ancien Critique veut
exprimer.
DECEMBRE. 1755. 97
exprimer. Cela paroît avoir été occafionné
par la tranfpofition de deux mots qu'il s'agit
de remettre à la place qui leur eft propre
, pour réduire l'énoncé de la phraſe
grecque à un fens naturel & raifonnable.
C'est ce que l'Hiftorien a entrepris dans
une note dont le but est de rectifier ce paffage
qui a été étrangement altéré par l'inadvertence
des Copiftes. Le jugement que
Quintilien porte de Simonide confirme
celui de Denys d'Halicarnaffe , qui rapporte
un morceau d'une de ces Lamentations
de notre Poëte. Danaë déplorant fes malheurs
en faifoit le fujer . On fçait que fuivant
la fable , cette Princeffe infortunée
fut enfermée par l'ordre d'Acrifius fon
pere , dans un coffre d'airain avec l'enfant
qu'elle avoit mis au jour pour être jettée
dans la mer. Simonide fuppofe que dans
le temps qu'elle erroit au gré des vents &
des flots , elle parla en ces termes à Perfée.
" O mon fils , de combien de maux tà
» mere eft accablée . Tu te mets peu en
peine du fifflement des vents , & de l'im-
» pétuofité des vagues qui roulent fur ta
» tête : Ah ! fi tu pouvois connoître la
grandeur du péril qui nous menace , tu
prêterois fans doute l'oreille à mes dif-
» cours. Mais non . Dors, cher enfant , dors ,
je l'ordonne. Ainfi que lui, puiffiez- vous
"
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
éprouver le même calme , flots d'une
» mer agitée , & vous auffi mes maux dont
la mefure ne fçauroit être comblée » .
C'eft relativement à ce don d'attendrir
que Grotius a cru pouvoir lui comparer le
Prophéte Jéremie. Ces fortes de paralleles
qu'on établit entre des Ecrivains Sacrés
& des Auteurs Profanes , femblent avoir
d'abord quelque chofe de choquant : mais
pour peu qu'on veuille faire un moment
abstraction du caractere de prophéte qui
appartient à ce dernier , & qui par conféquent
le met hors de toute comparaifon
avec un Poëte Payen , il ne fera plus queftion
que de les envisager l'un & l'autre du
côté du mérite perfonnel . On ne pourra
s'empêcher pour lors de convenit que le
parallele ne foit jufte . En effet , on ne doit
pas ignorer que Jéremie ait réuni toutes
les qualités effentielles à la poéfie dans fes
Lamentations , qui offrent le tableau le plus
touchant de la défolation & de la ruine
de Jérutalem .
Simonide ne réuffiffoit pas moins dans
la peinture des images ; c'eft le témoignage
que lui rend Longin , ce célebre Critique
de l'antiquité , dont la déciſion eſt
d'un fi grand poids en pareil cas . Aucun
Poëte n'avoit , felon ce Rhéteur , décrit
plus vivement l'apparition d'Achille fur
DECEMBRE. 1755. 99
fon tombeau , dans le tems que les Grecs
fe préparoient à partir . Nous finirons par
dire que la douceur qui regnoit dans fes
vers ,l'avoit fait furnommer Melicerie , &
cependant il avoit employé en écrivant le-
Dialecte Dorique , qui paroît être le moins
fufceptible de cette douceur qui caractérifoit
fes Poéfies.
On a renvoyé à la fin de cette Hiſtoire
deux Remarques qui valent deux Differtations
: Quoiqu'elles ne femblent avoir
qu'une liaifon fort indirecte avec fon
plan , elles ne laiffent pas de fervir d'éclairciffement
à deux endroits de fon texte .
L'une eft deftinée à examiner fi le nom de
Jao cité dans un paffage de Porphyre que
l'on rapporte , eft le même que celui de
Jehovah ufité particuliérement chez les
Juifs pour défigner Dieu : A cet égard la
chofe eft hors de conteftation. Il s'agit
feulement de fçavoir laquelle de ces deux
différentes prononciations attachées à un
même nom , doit être réputée pour l'anciemne
, & par conféquent pour la véritable.
C'est une matiere qui a déja exercé
d'habiles Critiques , tels que Genebrard ,
Fuller , Louis Cappel , Drufius , Sixtinus
'Amama , Buxtorfe le fils , Gataker & Leufden.
Cette queftion entraîne néceffairement
dans une difcuffion grammaticale ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui n'est à portée d'être bien entendue que
des perfonnes qui ont acquis quelque intelligence
de l'Hébreu . On a mis en un,
caractere lifible pour tout le monde les
paffages qu'on a été obligé de produire
dans cette Langue , & cela pour des motifs
que l'Auteur a eu foin d'expliquer dans
fa préface. Les Sçavans fe partagent fur
çet article. Les uns, comme Cappel, Walton
& M. Le Clerc fe déclarent pour la
prononciation de Jao ou Jauoh , & rejertent
celle de Jehovah , qu'ils difent n'avoir
prévalu que depuis la ponctuation de
la Maffore , d'après laquelle Galatin Ecriyain
du feizieme fiecle , a le premier introduit
parmi nous cette Leçon du nom de
Dieu , qui eft actuellement la feule accréditée
. Ils penfent être d'autant plus difpenfés
d'acquiefcer à l'autorité de la Maffore
, qu'ils la combattent par des raifons
que leur fournit la nouveauté de fon invention
, qui , felon la plupart d'entr'eux ,
ne remonte pas au - delà du fixieme fiecle ,
& dont quelques - uns reculent l'époque
jufqu'au onzieme. Il y en a d'autres au
contraire qui demeurent attachés à la Lede
Jehovah dont ils foutiennent la validité
, parce qu'elle leur paroît beaucoup
mieux conferver l'analogie de l'Hébreu ;
ils s'efforcent de la défendre contre toutes
çon
DECEMBRE. 1755. ioi
les objections qui peuvent avoir lieu , &
ils ne balancent pas à croire que les Grecs
à qui les Phéniciens avoient tranfmis ce
nom , ne l'ayent ainfi altéré par une maniere
défectueuse de le prononcer. Il faut
avouer qu'ils font valoir des argumens (pécieux
pour fortifier leur opinion : cependant
, comme ce n'eft point ici un fujer
qui foit capable de recevoir ce dégré de
certitude que communiquent des preuves
qui mettent l'état des chofes dans la derniere
évidence , on ne doit s'attendre qu'à de
fimples conjectures qui ont de part & d'autre
une égale probabilité : ainfi le parti le
plus fage eft de ne point décider affirmati
vement dans de pareilles matieres. En effet,
comment vouloir déterminer pofitivement
l'ancienne prononciation de ce nom , s'il
eft conftant par le témoignage de Philon
& de Jofephe , qu'elle avoit été interdite
aux Juifs avant que J. C. vînt au monde
. Le premier la reftreint aux bornes du
Sanctuaire , où les Prêtres , fpécialement
le fouverain Sacrificateur , avoient le privilege
exclufif de le prononcer tous les ans
le jour que fe célébroit la fête des Expiations
. Ce nom n'étant donc point d'ufage
hors du Sanctuaire , où la maniere de le
proférer fe maintenoit par tradition , &
la permiffion de le prononcer étant une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des prérogatives affectées à la Sacrificature
, elle n'a pas dû fubfifter plus long-tems
que le Temple , & la tradition de ce nom
s'eft affurément perdue à travers tant de
fiecles qui fe font écoulés depuis la ruine
de Jérufalem. Peut on après cela fe flatter
d'en fixer aujourd'hui la prononciation.Les
Docteurs Juifs poftérieurs à cet événement
ont encore encheri fur la vénération que
leurs ancêtres avoient pour ce nom de
Dieu , & fur l'idée qu'ils fe formoient de
fa fainteté qui le rendoit ineffable à leur
égard. Ceux qui font venus après , felon
leur louable coutume d'outrer les fentimens
de leurs peres , ont pouffé les chofes
fi loin que cette vénération eft dégénérée
en une fuperftition exceffive qui fe
perpétue chez cette nation . Des Rabbins
ont étrangement raffiné fur les propriétés de
ce nom , & fur l'analogie grammaticale de
trois de fes lettres , qu'ils difent réunir les
trois différentes manieres d'exifter qui
n'appartiennent qu'à Dieu . Quiconque
ofoit violer cette défenfe de proférer le
nom Jehovah étoit puni de mort , s'il falloit
croire tout ce qu'ils nous débitent
hardiment à ce fujer. Ils ont fait plus , ils
l'ont érigée en article de foi , & menacent
les infracteurs de l'exclufion de la
vie éternelle . Toutes les fois que le Texte
DECEMBRE. 1755. 103
,
Hébreu porte la Leçon de Jehovah , ils lui
fubftituent le nom Adonaï , & tantôt celui
d'Elohim , lorfqu'il arrive que le Jehovah
eft précédé d'Adonai , & alors ces deux
noms fe trouvent joints enſemble . Il leur
eft auffi ordinaire d'ufer de mots compofés
pour caracterifer ce nom ineffable
comme ceux de Schem Hammiouchad , ou
de Schem Hamphorafch , le nom propre de
Dieu , & de Schern Schel arba othioth , le
nom formé de quatre lettres. Quand on les
preffe de dire fur quoi ils fondent cette
interdiction , ils alléguent en leur faveur
des paffages de l'Exode & du Lévitique
dont ils détournent ou changent le fens
pour la pouvoir autorifer. Les paroles de
l'Ecriture qu'ils nous oppofent , ne fignifient
pourtant rien moins que ce qu'ils
veulent leur faire fignifier. Il n'en a pas
fallu davantage pour les expofer au reproche
de falfification , qui leur a été intenté
par
Galatin . On entre relativement à cet
objet dans quelques détails hiftoriques ,
qui pourront compenfer ce qu'il y a de
fec dans un travail de cette nature.
On obferve que ce nom de Dieu n'a pas
été inconnu dans les premiers tems . aux
nations étrangeres , & furtout à celles qui
étoient voifines de la Judée . C'est ce qui
paroît confirmé par plufieurs exemples que
trop
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
par
Selden & M. Ferrand ont apportés , & qui
mettent ce fait hors de doute. Le Critique
Anglois & M. Huet foupçonnent même
que Pythagore pourroit avoir tiré l'idée
des propriétés mystérieuses de fa Quaternité
de celles que renferment les quatre
lettres qui conftituent le nom Jehovah. On
n'ignore pas que les Sectateurs du Philofophe
Grec , quand il s'agiffoit de fe lier
un ferment inviolable , juroient par cette
Quaternité à laquelle ils attribuoient toutes
les perfections , & qu'ils nommoient la
fource de vie , & le fondement de l'éternité,
Ils ne vouloient exprimer autre choſe parlà
que Dieu lui- même appellé par Pyihagore
le nombre des nombres . Ce Philofophe
paffe pour avoir emprunté des Juifs
plufieurs Dogmes " importans qu'il s'étoit
appropriés. C'est une circonftance dont la
vérité eft atteftée par Hermippus Hiftorien
Grec qui Heuriffoit du tems de Prolemée
Evergere, & par le Juif Ariftobule qui
vivoit à la Cour de Ptolemée Philometor,
Jofephe témoigne expreffément qu'il affecta
de fe montrer en bien des chofes zelé
imitateur des rites de fa nation . S. Ambroife
le fait même Juif d'origine : mais
on ne fçait où ce Pere de l'Eglife peut
avoir puifé cette particularité qui eft deftituée
de fondement . On reprend Lactan-
L
DECEMBRE . 1755. 105
ce d'avoir nié mal - à - propos que Pythagore
ait jamais eu aucun commerce avec les
Juifs , fans donner des raifons folides de
ce qu'il avançoit. On infifte particuliérement
fur fon voyage à Babylone , où il
s'offrit affez d'occafions qui mirent ce Phifofophe
à portée de s'entretenir avec plufieurs
d'entre ce peuple , dont une partie
y réfidoit encore pendant le féjour de Pythagore
en cette ville. Il y conféra fréquemment
avec les Mages dont il fçur fi
bien gagner l'amitié , qu'ils lui firent part
de leurs connoiffances , & l'initierent dans
leurs mysteres. Porphyre rapporte qu'il y
devint difciple d'un certain Zabratus ,
duquel il apprit tout ce qui concerne la
nature & les principes de l'univers . Il y a
eu dès les premiers tems du Chriftianif
me des Ecrivains qui fe font imaginés que
ce Zabratus ou Zaratus , & que Clement
d'Alexandrie appelle Nazaratus , étoit
le même que le Prophète Ezechiel , comme
le certifie ce Pere Grec qui écrivoit fur
la fin du fecond fiecle , & qui rejette
d'ailleurs l'opinion de ces gens là : néanmoins
Ménaffeh Ben - Ifraël , & quelques
autres , n'ont pas laiffé d'avoir une feniblable
penſée . Ce qu'il y a de plus éton -
nant , c'eft qu'un auffi habile homme que
l'étoit Selden , ait pu pencher vers ce fen-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
timent d'autant plus infoutenable , qu'il
eft incompatible avec l'exacte chronologie.
C'eft ce qu'il n'a pas été fort difficile
de prouver. MM. Hyde & Prideaux ont entendu
par ce Zabratus le fameux Zoroaf
tre. Ils fe font fondés fur un paffage
d'Apulée qui veut que Pythagore ait été
difciple de ce Législateur des Mages ; ce
qui eft pourtant fujet à un grand nombre
de difficultés , comme de célebres Modernes
l'ont fuffifamment démontré . On
pourroit peut-être les lever , en fuppofant
deux perfonnages de ce nom qui auront
fleuri à différens tems l'un de l'autre , &
dont le premier aura été le fondateur de
la Secte des Mages, & le fecond le réformateur
de leur religion ; fuppofition que l'on
peut d'un côté appuyer fur le témoignage
des Hiftoriens Orientaux , qui font vivre
un Zoroastre fous le regne de Darius fils
d'Hyftafpe , & de l'autre fur le récit d'Agathias
qui avoue que de fon tems ( c'eſtà-
dire dans le fixieme fiecle ) les Perfans
étoient dans cette perfuafion . Au refte , ce
n'est là qu'une conjecture, qu'on fe contente
d'infinuer , & l'on laiffe à chacun
la liberté de penfer à cet égard ce qu'il
voudra. Quant à l'autre Differtation , elle
traite des moyens qu'il y a de concilier les
différences qui fe rencontrent entre les AnDECEMBRE.
1755. 107
ciens au fujet des dates qui tendent à
fixer , foit le commencement
ou la durée
du regne de divers Princes. Les regnes de
Prolemée Soter , de Seleucus Nicator , &
de l'Empereur Julien fourniffent les exemples
que l'on produit . On leur a joint encore
celui du regne de Dagobert I , fur la
date duquel les Hiftoriens varient , afin de
rendre la vérité de cette remarque plus
fenfible aux perfonnes qui fe font rendues
l'Hiftoire de France plus familiere que
l'Hiftoire Ancienne . Ces exemples réunis
fous un même point de vue , concourent
à confirmer tout ce qui a été dit
touchant la maniere d'accorder les différentes
Epoques d'où l'on a compté les années
de la fouveraineté deGelon à Syracufe.
L'ouvrage eft terminé par le Projet d'une
Hiftoire des Juifs à laquelle travaille l'Auteur
, & qu'il a annoncée dans fa préface.
Elle comprendra
l'expofition de toutes
les révolutions
qui font arrivées à ce peuple
dans l'Orient depuis la ruine de Jérufalem
jufqu'au douzieme fiecle , où l'établiffement
qu'il s'y étoit fait , fût entièrement
ruiné. Comme l'Auteur s'eft livré
aux Etudes Théologiques
qu'il a pris à tâche
de fortifier par l'intelligence
des Langues
Sçavantes, les recherches où elles l'ont
néceffairement
engagé , l'ont mis en état
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'affembler les matériaux qui ferviront à la
compofition de cet ouvrage, On le deftine
à éclaircir les points les plus embarraffés
de l'Histoire Judaïque , & à difcuter
quelques - uns des Rites & des Dogmes de
cette nation , furtout lorsqu'ils lui font
communs avec les Chretiens. On y parlera
auffi des cérémonies , & en général des
affaires de difcipline que l'Eglife peut avoir
empruntées de la Synagogue. Elles ont
routes deux , par rapport à leur Hiſtoire. ,
une influence d'autant plus réciproque que
l'une eft fortie de l'autre , & par conféquent
on ne fçauroit approfondir l'Hiftoire
de l'Eglife , qu'on ne foit en mêmetems
obligé d'approfondir celle des Juifs ,
qui lui eft intimément unie. On fe flatte
qu'on ne fera pas fâché de voir inferé ici
en entier ce Projet , qui fert à donner une
idée de la grandeur de l'entreprife , du
but
que l'on s'y propofe , & de la méthode
à laquelle on doit s'attacher dans l'exécution
: mais la longueur que comporte
déja cet extrait , eft une raifon plus que
fuffifante pour renvoyer la chofe au mois
prochain . Si l'on fe récrie fur l'étendue de
cette analyfe , qui paffe de beaucoup les
bornes dans lesquelles nous avons coutume
de refferrer nos extraits , nous répon
drons que comme cette hiftoire de SimoDECEMBRE.
1755 109
nide eft remplie d'un grand nombre de difcuffions,
qui , quoiqu'effentielles aux vues
dans lesquelles on l'a compofée, font pourtant
de nature à rebuter bien des Lecteurs
pour qui elles ont quelque chofe de trop
épineux , on a profité de la voie de ce
Journal pour mettre tout le monde à portée
de connoître les faits dont le récit entre
dans le plan de l'Hiftoire . Pour cet
effet , on a retracé ici dans le même ordre
qui a été obfervé dans fa marche les différens
traits de la vie de ce Poëre , avec les
événemens de fon tems qui y font liés , &
l'on n'a fait qu'indiquer fimplement les
détails chronologiques qui en conftituent
le fonds : Ainfi cette analyfe doit être confiderée
moins comme un extrait que comme
un abregé de l'Ouvrage.
Delaguene , Libraire - Imprimeur de
l'Académie Royale de Chirurgie , rue faint
Jacques , à l'Olivier d'or , diftribue un
Mémoire auffi nouveau par fon objet que
par fa publication . Il eft intitulé Témoi
gnage public rendu à M. Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde du Corps de Sa
Majefte ; par Pierre Dedyn d'Anvers . On
ya joint les preuves de la Cure avec quel
ques Réflexions concernant M. de Torrès
110 MERCURE DE FRANCE.
par qui le Malade avoit été manqué. L'Avertiffement
qu'on a mis à la tête de ce
Mémoire , nous en fournira la notice.
« Cet écrit , dit - on , eft l'ouvrage d'un
» Malade jugé incurable par de célebres
» Praticiens, & qui , contre toute efpéran-
» ce , a été guéri radicalement par le re-
» mede de M. Dibon . C'eft une espece de
و د
.30
confeffion publique dictée par la recon-
>> noiffance ; une defcription vraie & naïve
» de la maladie de l'Auteur , & des mal-
» heureuſes épreuves par lefquelles il a
» paffé jufqu'à fa parfaite guérifon . On a
» cru devoir conferver fon langage & fon
ortographe , moitié Wallon , & moitié
François ils pourront amufer quelques
" Lecteurs. Mais on a traduit toute la
» piece pour
la faire entendre des autres ,
» & on a mis la verfion à côté du texte ,
» pour n'y pas laiffer foupçonner la plus
légere altération. Ce Mémoire eft fuivi
» des Certificats de Meffieurs Goulard Mé-
» decin ordinaire du Roi , Le Dran , Henriques
, Morand , & Hebrard , Maîtres
» en Chirurgie ».
""
On trouve chez le même Libraire un
autre écrit qui a pour titre : Lettre à M. de
Torrès ,fervant de réponse , &c. Cette Lettre
contient un témoignage pareil à celui
de Pierre Dedyn , & publié par un BourDECEMBRE
, 1755 .
geois de Paris dont le nom & la demeure
y font défignés. Nous ne prononçons rien
là- deffus. Comme fimples Hiftoriens nous
en laiffons le jugement aux Maîtres de
l'Art.
CATALOGUE DES ESTAMPES &
livres nouveaux d'Italie , la plupart de
Rome , qui fe trouvent chez N. Tilliard ,
quai des Auguftins. 1755.
CATALOGUE DE LIVRES DE PIETE ,
de morale & d'éducation ; livres d'hiftoire
, de belles lettres , fciences & arts ; livres
de droit & de finances , livres amufans
& de théatres , qui fe vendent à Paris
, chez Prault pere , quai de Gèvres ,
1755.
L'ENFANT GRAMMAIRIEN , ouvrage
qui contient des principes de grammaire
génerale , mis à la portée des enfans.
Une Grammaire latine , & une Méthode
françoife- latine , ou maniere de traduire
le françois en latin . A Blois , chez Pierre-
Paul Charles ; & fe vend à Paris , chez la
veuve Robinot , quai des grands Auguftins.
<
FRAGMENS CHOISIS d'éloquence , efpece
de Rhétorique moins en préceptes qu'en
112 MERCURE DE FRANCE.
exemples , également utile aux Gens de
lettres , & à tous ceux qui veulent fe former
à l'éloquence de la chaire , par M. de
Gerard de Benat , 2 vol . A Avignon , chez
Jofeph Payen , Imprimeur Libraire , place
S. Didier. A Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Combriere : & à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais.
Nous croyons que cette maniere d'écrire
fur l'éloquence , eft une des plus utiles.
Les exemples frappent bien plus , &
en conféquence perfuadent mieux que les
préceptes. Ceux ci ne peuvent même être
bien développés & bien fentis que par le
fecours des premiers. L'Auteur nous paroît
montrer du goût dans le choix , &
nous penfons que fon travail mérite des
louanges.
RAISON ou idée de la Poéfie Grecque ,
Latine & Italienne , ouvrage traduit de
l'Italien de Gravina , par M. Reguier. 2 vol .
petit in- 12 , à Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq ; & chez J. B. Defpilly , rue
S. Jacques , à la vieille Pofte.
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Résumé : SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
Le texte présente un extrait de l'histoire de Simonide, se concentrant sur les événements après la victoire de Gelon sur les Carthaginois en Sicile. Gelon, aidé par ses frères Hieron, Polyzele et Thrasibule, défit les Carthaginois à Himère, détruisit leur flotte et captura de nombreux prisonniers. Cette victoire renforça son autorité à Syracuse, où il fut offert la royauté en reconnaissance de ses services. Bien que son pouvoir fût déjà absolu, cette offre officialisa son statut de roi. Les Carthaginois, alliés de Xerxès, avaient envahi la Sicile sous le commandement d'Hamilcar avec une armée de trois cents mille hommes. Après leur défaite, Carthage envoya des ambassadeurs à Syracuse pour négocier la paix. Gelon, connu pour sa modération, accepta les propositions de paix et imposa l'abolition des sacrifices humains à Saturne, une pratique barbare et contraire à l'humanité. Les sacrifices humains étaient une pratique ancienne attribuée aux Phéniciens, dont les Carthaginois étaient une colonie. Ces sacrifices persistaient à Carthage même après le traité avec Gelon et furent renouvelés après sa mort. Tertullien rapporte que ces sacrifices continuèrent secrètement jusqu'au temps de Tibère, proconsul d'Afrique sous Adrien. Le texte mentionne également la vie et les œuvres de Simonide, un poète grec, et sa relation avec le tyran Hieron de Syracuse. La cour de Hieron devint un centre des sciences grâce à sa protection des savants et des récompenses qu'il offrait. Simonide, connu pour son avarice, fut un favori de Hieron et jouit de sa protection malgré ses défauts. Il refusa souvent de travailler gratuitement et vendait ses poèmes, ce qui lui valut une réputation de poète mercenaire. Simonide était également conseiller de Hieron et participait à des discussions politiques et philosophiques. Il termina sa vie à la cour de Hieron et fut enterré à Syracuse. Le texte discute également de la chronologie et des époques attribuées à la prise de Troie, en se basant sur des témoignages anciens. Il souligne la supériorité du Simonide lyrique, connu pour ses threnes ou lamentations, qui ont ému la pitié et illustré son talent pathétique. Denys d'Halicarnaffe et Quintilien louent son choix des mots et son émotion. Le texte mentionne également des fragments de ses poèmes, cités par des auteurs anciens, et son invention supposée des quatre lettres grecques. Enfin, le texte traite d'une question grammaticale et historique concernant la prononciation du nom de Dieu en hébreu, débattue par plusieurs érudits. Cette question est complexe et nécessite une connaissance approfondie de l'hébreu. Les savants sont divisés sur la prononciation correcte, certains préférant 'Jao' ou 'Jauoh' et rejetant 'Jehovah', tandis que d'autres soutiennent 'Jehovah', arguant qu'elle conserve mieux l'analogie de l'hébreu. Le texte souligne que la prononciation exacte est difficile à déterminer, car elle était interdite aux Juifs avant la venue de Jésus-Christ et n'était connue que des prêtres dans le sanctuaire. Après la destruction du Temple, cette tradition s'est perdue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10190
p. 112-124
« MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
Début :
MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Mémoire, Noblesse, Armorial, Chevalier, Armes, Tradition, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
MÉMOIRE & Differtation critique fur
un des plus confidérables articles des trois
derniers volumes de l'Armorial Général ,
( ou Regiftres de la Nobleffe ) de M. d'HoDECEMBRE.
1755. 113
zier de Sérigny , Juge d'Armes de France
en furvivance , dont on a parlé dans
prefque tous les ouvrages périodiques.
Nous avons annoncé ce Mémoire dans
le Mercure du mois de Novembre , &
nous en avions même employé le commencement
dans celui de Mars de cette.
même année . Des raifons particulieres qui
ne nous ont point permis d'en donner la
fuite , font l'objet des plaintes éxagerées
de l'Auteur dans fon avertiffement. On
a imprimé à la fuite la réponſe d'un Irlandois
, à qui le premier Mémoire avoit
été envoyé en manufcrit , & qui défend
avec chaleur les antiquités , les généalogies
Irlandoifes , & un illuftre compatriote
attaqué par M. de Sérigny. Nous
ne nous croyons pas permis de nous ériger
en Juge de ces deux procès ; nous
nous contenterons d'en être les Rapporteurs.
M. Sérigny a travaillé avec foin un
article qui fe trouve à la tête du troifiéme
Regiftre de l'Armorial Général de
France , & qui lui a paru fans doute
mériter une difcuffion exacte . Cet arti
cle eft celui d'Alès de Corbet. Puifqu'il
en eft fait mention dans différens Journaux
, il y a apparence qu'on a cru que le
Public feroit content des recherches pé114
MERCURE DE FRANCE.
nibles que cet article a dû coûter à M.
de Sérigny ; mais le Public eft plus aifé
à contenter que les intéreffés ; & l'Auteur
du Mémoire en queftion a bien l'air
d'être quelqu'un de ceux- ci.
Les noms des Seigneurs de Châteaux
& de Saint Chriftophe ( les deux premieres
Baronnies d'Anjou & de Touraine),
font exprimés dans les anciennes chartes
fous une terminaifon latine , par les
mots de luia , de Aloya , de Aludia ,
de Alodia , de Alea , de Aleia , & c . MM .
d'Alés de Corbet qui prétendent defcendre
de cette illuftre maiſon , traduifent ,
après plufieurs ( 1 ) Auteurs modernes , ces
noms latins par celui d'Alés . M. de Sérigny
les traduit par celui d'Alluye qu'il
dit être celui d'une maifon illuftre à qui
la terre qui porte aujourd'hui ce nom ,
a du appartenir. C'eft- là le fujet de la
rixe .
Paffons aux raifons du Critique. 11
examine les motifs qui ont fait rejetter
( 1 ) Le chevalier de l'Hermite- Soliers , la Roque
, Carreau , Ménage , le Comte de Boullainvilliers
, M. de Miroménil , Intendant de Tours , la
Martiniere , le Dictionnaire Univerfel de France ,
Dom Eperon , Prieur de la Clarté en 1733 , Dom
Defchamps , & Dom Caffard , dont le premier
étoit chargé il y a dix ans , de travailler à PHIL
toire de Touraine.
DECEMBRE. 1755. 115
par M. de Sérigny , ceux fur lefquels les
Auteurs modernes qu'on vient de nommer
ont appuyé l'opinion qu'il défend ;
il effaye de prouver que M. de Sérigny
n'entreprend d'affoiblir leur autorité ,
que par des conjectures & des poffibilités
, dont il tire enfuite des conclufions
pofitives , & finit ainfi cette difcuffion .
"
n
Reprenons les dix ou onze Auteurs
» qui ont appellé les Seigneurs de Saint
Chriftophe d'Alés ou d'Alais , ont pu
» fe copier fucceffivement ; quelques-uns
» n'avoient pas toute la critique défira-
» ble ; d'autres étoient trop hardis , com-
» me la Roque ; d'autres trop irréfolus ,
» comme Ménage ; le Comte de Boullain-
» villiers tiroit toutes fes lumieres à cet
égard de M. de Miroménil Intendant de
» Touraine , comme Ménage les fiennes
» de Carreau , & la Roque de l'Her-
» mite ; que plufieurs fuffent du Pays ,
travaillaffent fur les lieux mêmes , d'après
les titres , les monumens & la
tradition , cela n'empêche pas qu'ils
n'ayent pu fe tromper & comme Gram-
» mairiens , & comme Critiques , & com-
» me mauvais Juges d'une tradition qui
» pouvoit bien n'être pas affez établie ,
» affez ancienne pour leur fervir d'ap-
"pui. Qui fçait même fi le Chevalier de
ور
33
K
116 MERCURE DE FRANCE.
20
» l'Hermite n'eft pas tout à la fois ,
» & l'inventeur de ce furnom , & l'au-
» teur de cette tradition ? Les la Mar-
» tinieres , les Piganiols de la Force s'en
» font rapportés au Comte de Boulainvil-
» liers , qui paffoit pour fçavant & pour
» connoiffeur en Nobleffe . Les Bénédic-
» tins fe feront eux-mêmes laiffés pren-
» dre à ce piége : enfin aucun d'eux ne
» démontre la néceffité de leur traduc-
» tion , ni qu'il faille fuivre leur exemple
dans leur confiance pour cette tra-
» dition . Donc cette traduction eſt non-
» feulement hazardée , mais fauffe , mais
» infoutenable ; donc cette tradition n'eft
" pas moins à rejetter , & doit néceffairement
être regardée comme moderne ,
encore qu'on n'en voye pas clairement
» la naiffance. »
» Telle eft la conféquence abfolue &
» décifive que M. de Sérigny tire de fes
» principes.
13
Le Critique attaque à fon tour , les
raifons fur lefquelles M. de Sérigny appuie
la traduction des mots latins déja
cités , par celui d'Alluye. La premiere qu'il
ellaye de réfuter , eft l'identité que fon
adverfaire croit trouver entre les noms
latins qui expriment dans les anciennes
chartes le nom de la terre d'Alluye , &
DECEMBRE. 1755. 117
les noms latins des Seigneurs de Saint
Chriftophe & de Châteaux . On lui oppofe
fon propre raifonnement , & l'on
prétend qu'il pourroit auffi bien fervir
à prouver que la terre d'Alluye s'appelle
actuellement d'Alés , qu'à prouver que le
nom d'Alluye étoit en ce temps - là celui
des Seigneurs de Saint Chriftophe , &c .
Après avoir fait fentir plufieurs différences
contradictoires à l'identité prétendue
par M. de Sérigny , il ajoute qu'en
fuppofant même cette identité entre les
Seigneurs de cette terre , & ceux de Saint
Chriftophe , il feroit auffi poffible qu'ils
euffent donné leur nom à cette même
terre , que de l'avoir emprunté d'elle ; il
foutient enfin que quand les Seigneurs
de Saint Chriftophe ne fe feroient appellés
ni d'Allés ni d'Alluye
> par le
différent idiôme des Provinces où les defcendans
de ces Seigneurs ont habités depuis
la féparation des différentes bran
ches de leur Maifon , il auroit arripu
yer que le nom françois qu'ils portoient
alors , eût produit celui d'Alés pour la
branche qui étoit en Anjou & en Touraine
, & celui d'Alluye pour la terre
qui étoit en Beauce , d'autant que certe
rerre étant fortie très -peu de temps après
de leur Maifon , ceux à qui elle a appartenu
depuis , ont pu en laiffer cor-
&
118 MERCURE DE FRANCE.
rompre plus aifément le nom , n'ayant
pas le même intérêt à le lui conferver.
Après avoir attaqué les preuves de M.
de Sérigny par des preuves négatives , on
lui en oppofe de pofitives ; on convient
que l'analogie des noms latins des Seigneurs
de Saint Chriftophe & de la terre
d'Alluye , pourroit autorifer à la traduire
par le même mot françois , fi l'on n'avoit
pour guide que ces mots latins ,
quoique le mot de Aleia , la plus commune
dénomination de la maifon de Saint
Chriſtophe , fe traduife plus naturellement
par d'Alés , que par d'Alluye. Mais
fans conter tous les Auteurs qui ont traduits
ces mots latins par le mot d'Alés ,
toutes les fois qu'il s'eft agi des Seigneurs
de Saint Chriſtophe, on cite d'anciens actes
françois , des actes du tems où ces Seigneurs
étoient dans leur plus grand luftre
, des actes où ils parlent eux-mêmes ,
& où ils prennent des noms très - analogues
à celui d'Alés , & très-éloignés de
celui d'Alluye ; on en cite d'autres par lefquels
ont veut prouver que long - temps
après que la terre d'Alluye fut fortie de la
maifon de S. Chriftophe , felon la fuppofttion
de M. de Sérigny , elle ne s'appelloit
point encore d'Alluye. Par quel hazard
( conclut-on ) les Seigneurs de Châ-
-teaux , qu'on en fuppofe fortis 300 ans
A
DECEMBRE. 1755 .
119
auparavant , auroient - ils deviné qu'elle
viendroit enfin à fe nommer de la forte ,
& en auroient ils pris d'avance le nom ?
- Le Critique , en difcutant la defcendance
de la Maifon d'Alluye , telle que
la fuppofe M. de Sérigny , prérend que
ce dernier leur attribue encore le don de
prophétie d'une façon plus finguliere ,
puifqu'il y a toute apparence , fi l'on en
veut croire ce même Critique , que la
terre n'étoit point encore entrée dans la
maifon des Goët , dont M. de Sérigny
fait fortir la maifon d'Alluye , quand
celle- ci en prit le nom , au lieu de garder
le nom illuftre de fon origine , uniquement
parce que cette terre devoit appartenir
dans so ou 60 ans à la branche
aînée qui ne la conferva pas long- tems ,
& qu'elle devoit porter 500 ans après ce
même nom d'Alluye . Je vais encore
» plus loin ( continue- t'il ) , & je dis pofi
» tivement qu'il n'y en a jamais ett ( de
» maifon d'Alluye ) . Ce n'eft pas affez de
» dire qu'une maifon , à qui on fuppofe
» une origine illuftre , de grandes allian-
» ces & de puiffantes richeffes, aexifté. Elle
<<
ne fe fût pas tellement enterrée qu'on
» n'en trouvat quelques veftiges dans l'hiſ
»ftoire , dans des fondations , dans quel-
» ques monumens ; au moins on trou
i
110 MERCURE DE FRANCE.
» veroit ces Seigneurs cités dans quelques
rôles du ban ; on verroit les aveux
» qu'ils auroient rendus de leurs terres ,
& ceux que des vaffaux très- diftingués
& en grand nombre , leur rendoient
; rien de tout cela , on ne voit
pas un Chevalier , un écuyer , un hom-
» me d'armes , un fimple archer de cette
» maifon. On ne la trouve dans aucun
» catalogue de Nobleffe ; on ne voit fes
» armes empreintes nulle part , & perfonne
n'a pris la peine de nous les tranf-
» mettre. On n'avoit garde ; car la Mai-
» fon même n'a jamais exifté ; en voici
» une preuve complette.
" On connoît diftinctement tous les Sei-
» gneurs qui ont poffédé cette terre , & c . »
Il entre ici dans un dérail où nous ne
le fuivrons point . C'eſt à ceux qui voudront
connoître de ce différend , d'examiner
les preuves à charge & à décharge.
Après-avoir effayé d'anéantir la Maifon
d'Alluye , l'Auteur du Mémoire s'éfforce
d'établir l'identité des noms latins ;
donnés dans les chartes aux Seigneurs de
Saint Chriftophe , avec celui que portent
MM. d'Alés de Corbet ; c'eft le fujet
du dernier article qu'il commence ainfi .
» Le nom des Seigneurs de S. Chriftophe
& Châteaux eft véritablement
d'Ales
DECEMBRE. 1755. 121
»
>> d'Alés . 1 ° . Celui d'Alluye ( le feul qui
peut le lui difputer avec quelque apparence
) une fois exclu , on voit aifé-
» ment que c'eft celui-là qui doit le remplacer,
& reprendre une place que l'autre
» a tenté vainement d'ufurper . »
"
»
Secondement , l'Auteur s'appuie du témoignage
des écrivains modernes dont
il a été parlé ci - deffus : « Nous ſommes
» en droit , dit - il ) , de pefer leurs
fuffrages , puifqu'on nous défend do
» les compter ; mais notre condition
» n'en eft pas pire. Un la Roque feul ,
» un Ménage font plus que capable de
» faire pencher la balance , & comme
» Grammairiens , & comme Critiques
» & comme ayant le tact fin en fait de
Nobleffe , & comme très-verfés dans
» les recherches qui la regardent ; ajoutons
les Hiftoriens & les Annaliſtes de
» ces Provinces même , les Auteurs de
tous nos grands Dictionnaires géographiques
, ceux des Mémoires faits par
» ordre de la Cour , & rédigés par
» un Comte de Boullainvilliers ; enfin
» les fçavans Bénédictins qui ont encore
» travaillé depuis à l'hiftoire de Tou-
» raine ».
و د
La troifiéme preuve eft tirée du nom
de trois Chevaliers , cités dans la Baillie
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans & qui fe fuccédent dans un
temps fort court & dans la même Province
; ces noms font de Aloia , de Allogia
, d'Alés ; & l'Auteur en infere que les
deux premiers , qui étoient néceſſairement
de la maifon de Saint Chriftophe , ne
pouvant cependant être de la Maifon
d'Alluye , qui felon lui , n'a jamais exifté ,
étoient parconféquent les prédéceffeurs
du troifiéme , d'autant que fans cela on
ne trouveroit aucuns rejettons de la Maifon
des Seigneurs de Saint Chriftophe ,
dont un grand nombre de collatéraux ont
été mariés , ni d'origine à ce Chevalier
d'Alés qui fembleroit fortir fubitement de
deffous terre , dans un temps où les Maifons
ne paroiffoient & ne difparoiffoient
pas dans un inftant , & où la Nobleffe
n'étoit pas encore un effet commerçable .
Le défenfeur de la Maifon d'Alés
écarte enfuite les analogies tirées des mots
latins ; & après en avoir montré l'incer
titude , il en vient à difcuter la preuve
qu'il a déja touchée ailleurs , celle des
actes françois concernant les Seigneurs
de Saint Chriftophe , où des noms trèsanalogues
à celui que portent aujourd'hui
MM . d'Alés de Corbet fe rencontrent
très-fréquemment. L'Auteur a fçu
donner un air de vraisemblance à cette
DECEMBRE. 1755. 123
derniere partie de fon Mémoire . Ce n'eft
pas à nous à juger fi la vérité y eft auffi
refpectée qu'elle le devroit être. Nous
en dirons autant de la differtation , fur
les antiquités d'Irlande. Mais c'en eft
affez les bornes de notre Journal ne
nous permettent point de nous étendre
davantage fur ce fujet .
:
COLLECTION de décifions nouvelles
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente , par M. J. B. Denifart, Procureur
au Châtelet de Paris , tom. iv .
Ce quatrieme volume de l'ouvrage de
M. Denifart eft abfolument femblable aux
précédens. On y trouve plufieurs articles
qui inftruifent en amufant , tels font ceux
où l'Auteur traite du Mariage , de la Nobleffe
, de la Naiflance , des Noms & Armes
, &c. Les articles qui ne font pas fufceptibles
du même agrément , n'en font
pas moins utiles . M. Denifart n'y emploie
les termes barbares de la chicane que dans
une extrême néceffité , & en général ce
livre peut être lu avec plaifir , même par
le Lecteur le plus frivole : ce quatrieme
volume fera principalement néceffaire aux
Notaires , aux Curés , & aux Officiaux . Il
contient des inftructions qu'ils ne doivent
point ignorer : elles font détaillées aux
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
mots Mariage , Minutes , Notaires , &
Official.
Les articles où M. Denifart traite de la
légitimité & des offices font auffi très inftructifs
& très- étendus ; & l'on trouve dans
tour cet ouvrage une fi grande quantité
d'Arrêts & de Loix nouvelles , qui ne fe
trouvent point ailleurs , qu'il ne peut qu'être
infiniment utile , furtout aux Jurifconfultes
de provinces qui ignorent fouvent
les queftions difficiles qui fe préſentent
journellement au Parlement de Paris ,
& les Arrêts qui les décident.
REGLES ET OBSERVATIONS trèsimportantes
pour les perfonnes attaquées
des hernies , auxquelles on a joint une petite
differtation fur l'ufage des bottines
pour les enfans ; Par M. Dejean recu à S.
Côme , pour les Hernies ou Defcentes . A
Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoife. 17.55 .
un des plus confidérables articles des trois
derniers volumes de l'Armorial Général ,
( ou Regiftres de la Nobleffe ) de M. d'HoDECEMBRE.
1755. 113
zier de Sérigny , Juge d'Armes de France
en furvivance , dont on a parlé dans
prefque tous les ouvrages périodiques.
Nous avons annoncé ce Mémoire dans
le Mercure du mois de Novembre , &
nous en avions même employé le commencement
dans celui de Mars de cette.
même année . Des raifons particulieres qui
ne nous ont point permis d'en donner la
fuite , font l'objet des plaintes éxagerées
de l'Auteur dans fon avertiffement. On
a imprimé à la fuite la réponſe d'un Irlandois
, à qui le premier Mémoire avoit
été envoyé en manufcrit , & qui défend
avec chaleur les antiquités , les généalogies
Irlandoifes , & un illuftre compatriote
attaqué par M. de Sérigny. Nous
ne nous croyons pas permis de nous ériger
en Juge de ces deux procès ; nous
nous contenterons d'en être les Rapporteurs.
M. Sérigny a travaillé avec foin un
article qui fe trouve à la tête du troifiéme
Regiftre de l'Armorial Général de
France , & qui lui a paru fans doute
mériter une difcuffion exacte . Cet arti
cle eft celui d'Alès de Corbet. Puifqu'il
en eft fait mention dans différens Journaux
, il y a apparence qu'on a cru que le
Public feroit content des recherches pé114
MERCURE DE FRANCE.
nibles que cet article a dû coûter à M.
de Sérigny ; mais le Public eft plus aifé
à contenter que les intéreffés ; & l'Auteur
du Mémoire en queftion a bien l'air
d'être quelqu'un de ceux- ci.
Les noms des Seigneurs de Châteaux
& de Saint Chriftophe ( les deux premieres
Baronnies d'Anjou & de Touraine),
font exprimés dans les anciennes chartes
fous une terminaifon latine , par les
mots de luia , de Aloya , de Aludia ,
de Alodia , de Alea , de Aleia , & c . MM .
d'Alés de Corbet qui prétendent defcendre
de cette illuftre maiſon , traduifent ,
après plufieurs ( 1 ) Auteurs modernes , ces
noms latins par celui d'Alés . M. de Sérigny
les traduit par celui d'Alluye qu'il
dit être celui d'une maifon illuftre à qui
la terre qui porte aujourd'hui ce nom ,
a du appartenir. C'eft- là le fujet de la
rixe .
Paffons aux raifons du Critique. 11
examine les motifs qui ont fait rejetter
( 1 ) Le chevalier de l'Hermite- Soliers , la Roque
, Carreau , Ménage , le Comte de Boullainvilliers
, M. de Miroménil , Intendant de Tours , la
Martiniere , le Dictionnaire Univerfel de France ,
Dom Eperon , Prieur de la Clarté en 1733 , Dom
Defchamps , & Dom Caffard , dont le premier
étoit chargé il y a dix ans , de travailler à PHIL
toire de Touraine.
DECEMBRE. 1755. 115
par M. de Sérigny , ceux fur lefquels les
Auteurs modernes qu'on vient de nommer
ont appuyé l'opinion qu'il défend ;
il effaye de prouver que M. de Sérigny
n'entreprend d'affoiblir leur autorité ,
que par des conjectures & des poffibilités
, dont il tire enfuite des conclufions
pofitives , & finit ainfi cette difcuffion .
"
n
Reprenons les dix ou onze Auteurs
» qui ont appellé les Seigneurs de Saint
Chriftophe d'Alés ou d'Alais , ont pu
» fe copier fucceffivement ; quelques-uns
» n'avoient pas toute la critique défira-
» ble ; d'autres étoient trop hardis , com-
» me la Roque ; d'autres trop irréfolus ,
» comme Ménage ; le Comte de Boullain-
» villiers tiroit toutes fes lumieres à cet
égard de M. de Miroménil Intendant de
» Touraine , comme Ménage les fiennes
» de Carreau , & la Roque de l'Her-
» mite ; que plufieurs fuffent du Pays ,
travaillaffent fur les lieux mêmes , d'après
les titres , les monumens & la
tradition , cela n'empêche pas qu'ils
n'ayent pu fe tromper & comme Gram-
» mairiens , & comme Critiques , & com-
» me mauvais Juges d'une tradition qui
» pouvoit bien n'être pas affez établie ,
» affez ancienne pour leur fervir d'ap-
"pui. Qui fçait même fi le Chevalier de
ور
33
K
116 MERCURE DE FRANCE.
20
» l'Hermite n'eft pas tout à la fois ,
» & l'inventeur de ce furnom , & l'au-
» teur de cette tradition ? Les la Mar-
» tinieres , les Piganiols de la Force s'en
» font rapportés au Comte de Boulainvil-
» liers , qui paffoit pour fçavant & pour
» connoiffeur en Nobleffe . Les Bénédic-
» tins fe feront eux-mêmes laiffés pren-
» dre à ce piége : enfin aucun d'eux ne
» démontre la néceffité de leur traduc-
» tion , ni qu'il faille fuivre leur exemple
dans leur confiance pour cette tra-
» dition . Donc cette traduction eſt non-
» feulement hazardée , mais fauffe , mais
» infoutenable ; donc cette tradition n'eft
" pas moins à rejetter , & doit néceffairement
être regardée comme moderne ,
encore qu'on n'en voye pas clairement
» la naiffance. »
» Telle eft la conféquence abfolue &
» décifive que M. de Sérigny tire de fes
» principes.
13
Le Critique attaque à fon tour , les
raifons fur lefquelles M. de Sérigny appuie
la traduction des mots latins déja
cités , par celui d'Alluye. La premiere qu'il
ellaye de réfuter , eft l'identité que fon
adverfaire croit trouver entre les noms
latins qui expriment dans les anciennes
chartes le nom de la terre d'Alluye , &
DECEMBRE. 1755. 117
les noms latins des Seigneurs de Saint
Chriftophe & de Châteaux . On lui oppofe
fon propre raifonnement , & l'on
prétend qu'il pourroit auffi bien fervir
à prouver que la terre d'Alluye s'appelle
actuellement d'Alés , qu'à prouver que le
nom d'Alluye étoit en ce temps - là celui
des Seigneurs de Saint Chriftophe , &c .
Après avoir fait fentir plufieurs différences
contradictoires à l'identité prétendue
par M. de Sérigny , il ajoute qu'en
fuppofant même cette identité entre les
Seigneurs de cette terre , & ceux de Saint
Chriftophe , il feroit auffi poffible qu'ils
euffent donné leur nom à cette même
terre , que de l'avoir emprunté d'elle ; il
foutient enfin que quand les Seigneurs
de Saint Chriftophe ne fe feroient appellés
ni d'Allés ni d'Alluye
> par le
différent idiôme des Provinces où les defcendans
de ces Seigneurs ont habités depuis
la féparation des différentes bran
ches de leur Maifon , il auroit arripu
yer que le nom françois qu'ils portoient
alors , eût produit celui d'Alés pour la
branche qui étoit en Anjou & en Touraine
, & celui d'Alluye pour la terre
qui étoit en Beauce , d'autant que certe
rerre étant fortie très -peu de temps après
de leur Maifon , ceux à qui elle a appartenu
depuis , ont pu en laiffer cor-
&
118 MERCURE DE FRANCE.
rompre plus aifément le nom , n'ayant
pas le même intérêt à le lui conferver.
Après avoir attaqué les preuves de M.
de Sérigny par des preuves négatives , on
lui en oppofe de pofitives ; on convient
que l'analogie des noms latins des Seigneurs
de Saint Chriftophe & de la terre
d'Alluye , pourroit autorifer à la traduire
par le même mot françois , fi l'on n'avoit
pour guide que ces mots latins ,
quoique le mot de Aleia , la plus commune
dénomination de la maifon de Saint
Chriſtophe , fe traduife plus naturellement
par d'Alés , que par d'Alluye. Mais
fans conter tous les Auteurs qui ont traduits
ces mots latins par le mot d'Alés ,
toutes les fois qu'il s'eft agi des Seigneurs
de Saint Chriſtophe, on cite d'anciens actes
françois , des actes du tems où ces Seigneurs
étoient dans leur plus grand luftre
, des actes où ils parlent eux-mêmes ,
& où ils prennent des noms très - analogues
à celui d'Alés , & très-éloignés de
celui d'Alluye ; on en cite d'autres par lefquels
ont veut prouver que long - temps
après que la terre d'Alluye fut fortie de la
maifon de S. Chriftophe , felon la fuppofttion
de M. de Sérigny , elle ne s'appelloit
point encore d'Alluye. Par quel hazard
( conclut-on ) les Seigneurs de Châ-
-teaux , qu'on en fuppofe fortis 300 ans
A
DECEMBRE. 1755 .
119
auparavant , auroient - ils deviné qu'elle
viendroit enfin à fe nommer de la forte ,
& en auroient ils pris d'avance le nom ?
- Le Critique , en difcutant la defcendance
de la Maifon d'Alluye , telle que
la fuppofe M. de Sérigny , prérend que
ce dernier leur attribue encore le don de
prophétie d'une façon plus finguliere ,
puifqu'il y a toute apparence , fi l'on en
veut croire ce même Critique , que la
terre n'étoit point encore entrée dans la
maifon des Goët , dont M. de Sérigny
fait fortir la maifon d'Alluye , quand
celle- ci en prit le nom , au lieu de garder
le nom illuftre de fon origine , uniquement
parce que cette terre devoit appartenir
dans so ou 60 ans à la branche
aînée qui ne la conferva pas long- tems ,
& qu'elle devoit porter 500 ans après ce
même nom d'Alluye . Je vais encore
» plus loin ( continue- t'il ) , & je dis pofi
» tivement qu'il n'y en a jamais ett ( de
» maifon d'Alluye ) . Ce n'eft pas affez de
» dire qu'une maifon , à qui on fuppofe
» une origine illuftre , de grandes allian-
» ces & de puiffantes richeffes, aexifté. Elle
<<
ne fe fût pas tellement enterrée qu'on
» n'en trouvat quelques veftiges dans l'hiſ
»ftoire , dans des fondations , dans quel-
» ques monumens ; au moins on trou
i
110 MERCURE DE FRANCE.
» veroit ces Seigneurs cités dans quelques
rôles du ban ; on verroit les aveux
» qu'ils auroient rendus de leurs terres ,
& ceux que des vaffaux très- diftingués
& en grand nombre , leur rendoient
; rien de tout cela , on ne voit
pas un Chevalier , un écuyer , un hom-
» me d'armes , un fimple archer de cette
» maifon. On ne la trouve dans aucun
» catalogue de Nobleffe ; on ne voit fes
» armes empreintes nulle part , & perfonne
n'a pris la peine de nous les tranf-
» mettre. On n'avoit garde ; car la Mai-
» fon même n'a jamais exifté ; en voici
» une preuve complette.
" On connoît diftinctement tous les Sei-
» gneurs qui ont poffédé cette terre , & c . »
Il entre ici dans un dérail où nous ne
le fuivrons point . C'eſt à ceux qui voudront
connoître de ce différend , d'examiner
les preuves à charge & à décharge.
Après-avoir effayé d'anéantir la Maifon
d'Alluye , l'Auteur du Mémoire s'éfforce
d'établir l'identité des noms latins ;
donnés dans les chartes aux Seigneurs de
Saint Chriftophe , avec celui que portent
MM. d'Alés de Corbet ; c'eft le fujet
du dernier article qu'il commence ainfi .
» Le nom des Seigneurs de S. Chriftophe
& Châteaux eft véritablement
d'Ales
DECEMBRE. 1755. 121
»
>> d'Alés . 1 ° . Celui d'Alluye ( le feul qui
peut le lui difputer avec quelque apparence
) une fois exclu , on voit aifé-
» ment que c'eft celui-là qui doit le remplacer,
& reprendre une place que l'autre
» a tenté vainement d'ufurper . »
"
»
Secondement , l'Auteur s'appuie du témoignage
des écrivains modernes dont
il a été parlé ci - deffus : « Nous ſommes
» en droit , dit - il ) , de pefer leurs
fuffrages , puifqu'on nous défend do
» les compter ; mais notre condition
» n'en eft pas pire. Un la Roque feul ,
» un Ménage font plus que capable de
» faire pencher la balance , & comme
» Grammairiens , & comme Critiques
» & comme ayant le tact fin en fait de
Nobleffe , & comme très-verfés dans
» les recherches qui la regardent ; ajoutons
les Hiftoriens & les Annaliſtes de
» ces Provinces même , les Auteurs de
tous nos grands Dictionnaires géographiques
, ceux des Mémoires faits par
» ordre de la Cour , & rédigés par
» un Comte de Boullainvilliers ; enfin
» les fçavans Bénédictins qui ont encore
» travaillé depuis à l'hiftoire de Tou-
» raine ».
و د
La troifiéme preuve eft tirée du nom
de trois Chevaliers , cités dans la Baillie
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans & qui fe fuccédent dans un
temps fort court & dans la même Province
; ces noms font de Aloia , de Allogia
, d'Alés ; & l'Auteur en infere que les
deux premiers , qui étoient néceſſairement
de la maifon de Saint Chriftophe , ne
pouvant cependant être de la Maifon
d'Alluye , qui felon lui , n'a jamais exifté ,
étoient parconféquent les prédéceffeurs
du troifiéme , d'autant que fans cela on
ne trouveroit aucuns rejettons de la Maifon
des Seigneurs de Saint Chriftophe ,
dont un grand nombre de collatéraux ont
été mariés , ni d'origine à ce Chevalier
d'Alés qui fembleroit fortir fubitement de
deffous terre , dans un temps où les Maifons
ne paroiffoient & ne difparoiffoient
pas dans un inftant , & où la Nobleffe
n'étoit pas encore un effet commerçable .
Le défenfeur de la Maifon d'Alés
écarte enfuite les analogies tirées des mots
latins ; & après en avoir montré l'incer
titude , il en vient à difcuter la preuve
qu'il a déja touchée ailleurs , celle des
actes françois concernant les Seigneurs
de Saint Chriftophe , où des noms trèsanalogues
à celui que portent aujourd'hui
MM . d'Alés de Corbet fe rencontrent
très-fréquemment. L'Auteur a fçu
donner un air de vraisemblance à cette
DECEMBRE. 1755. 123
derniere partie de fon Mémoire . Ce n'eft
pas à nous à juger fi la vérité y eft auffi
refpectée qu'elle le devroit être. Nous
en dirons autant de la differtation , fur
les antiquités d'Irlande. Mais c'en eft
affez les bornes de notre Journal ne
nous permettent point de nous étendre
davantage fur ce fujet .
:
COLLECTION de décifions nouvelles
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente , par M. J. B. Denifart, Procureur
au Châtelet de Paris , tom. iv .
Ce quatrieme volume de l'ouvrage de
M. Denifart eft abfolument femblable aux
précédens. On y trouve plufieurs articles
qui inftruifent en amufant , tels font ceux
où l'Auteur traite du Mariage , de la Nobleffe
, de la Naiflance , des Noms & Armes
, &c. Les articles qui ne font pas fufceptibles
du même agrément , n'en font
pas moins utiles . M. Denifart n'y emploie
les termes barbares de la chicane que dans
une extrême néceffité , & en général ce
livre peut être lu avec plaifir , même par
le Lecteur le plus frivole : ce quatrieme
volume fera principalement néceffaire aux
Notaires , aux Curés , & aux Officiaux . Il
contient des inftructions qu'ils ne doivent
point ignorer : elles font détaillées aux
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
mots Mariage , Minutes , Notaires , &
Official.
Les articles où M. Denifart traite de la
légitimité & des offices font auffi très inftructifs
& très- étendus ; & l'on trouve dans
tour cet ouvrage une fi grande quantité
d'Arrêts & de Loix nouvelles , qui ne fe
trouvent point ailleurs , qu'il ne peut qu'être
infiniment utile , furtout aux Jurifconfultes
de provinces qui ignorent fouvent
les queftions difficiles qui fe préſentent
journellement au Parlement de Paris ,
& les Arrêts qui les décident.
REGLES ET OBSERVATIONS trèsimportantes
pour les perfonnes attaquées
des hernies , auxquelles on a joint une petite
differtation fur l'ufage des bottines
pour les enfans ; Par M. Dejean recu à S.
Côme , pour les Hernies ou Defcentes . A
Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoife. 17.55 .
Fermer
Résumé : « MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
Le mémoire critique rédigé par M. de Sérigny, Juge d'Armes de France en survivance, porte sur un article de l'Armorial Général de France. Ce mémoire, annoncé dans le Mercure de France, a suscité des réponses, notamment celle d'un Irlandois défendant les antiquités et généalogies irlandaises. M. de Sérigny a examiné l'article des Alès de Corbet, une famille prétendant descendre d'une illustre maison d'Anjou et de Touraine. La controverse principale concerne la traduction des noms latins des seigneurs de Châteaux et de Saint-Christophe. Les Alès de Corbet traduisent ces noms par 'Alès', tandis que M. de Sérigny les traduit par 'Alluye'. Le critique du mémoire de M. de Sérigny examine les motifs et les arguments des auteurs modernes qui soutiennent la traduction 'Alès'. Il conteste l'autorité de ces auteurs, soulignant leurs erreurs possibles et l'absence de preuves solides. Il affirme que la traduction 'Alluye' est également plausible et que les seigneurs de Saint-Christophe auraient pu donner leur nom à la terre d'Alluye plutôt que l'inverse. Le mémoire critique attaque également les preuves de M. de Sérigny en opposant des actes français anciens où les seigneurs de Saint-Christophe utilisent des noms proches de 'Alès'. Il conclut que la maison d'Alluye n'a jamais existé, faute de vestiges historiques ou de mentions dans les rôles du ban et les aveux de terres. Le texte se termine sans jugement définitif, laissant aux lecteurs le soin d'examiner les preuves présentées. Par ailleurs, le texte mentionne un ouvrage de M. Denifart, qui se distingue par ses articles instructifs et amusants. Parmi les sujets traités, on trouve le mariage, la noblesse, la naiveté, les noms et armes. L'auteur évite les termes techniques complexes sauf en cas de nécessité absolue, rendant le livre accessible même aux lecteurs les plus frivoles. Ce quatrième volume est particulièrement destiné aux notaires, curés et officiels, contenant des instructions détaillées sur des mots-clés tels que mariage, minutes, notaires et officiels. Les articles sur la légitimité et les offices sont également très instructifs et étendus. L'ouvrage inclut une grande quantité d'arrêts et de lois nouvelles, absents d'autres sources, ce qui le rend particulièrement utile pour les juristes de province, souvent ignorants des questions difficiles traitées au Parlement de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10191
p. 124-132
« CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
Début :
CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...]
Mots clefs :
Chimie médicinale, Médecins, Remèdes, Maladies, Chimie, Goût, Médecine, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
CHIMIE médicinale , contenant la
maniere de préparer les remedes les plus
ufités , & la méthode de les employer
pour la guérifon de maladies. Par M.
Malouin , Médecin ordinaire de S. M. la
Reine , Docteur & ancien Profeſſeur de Pharmacie
en la Faculté de Médecine de Paris ,
DECEMBRE. 1755. 125
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , & Cenfeur royal
des Livres. A Paris chez d'Houry , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie.
Nous avons déja parlé de ce livre , mais
en général , fans en faire l'extrait : il eft
utile de donner une connoiffance plus
particuliere de ce qu'il contient , pour
mettre le Public en état d'en juger.
C'est un Traité de tous les meilleurs
remeđes , & des fimples & des compofés :
M. Malouin en indique le choix & les
propriétés dans les différentes maladies ,
& pour les différens tempéramens ; il en
détermine les dofes , & il y explique la
maniere de les employer , avec le regime
qu'on doit tenir en les prenant.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
, qui font contenues en deux volumes
in- 12. imprimés fur du beau papier ,
& en caracteres bien lifibles.
Le premier volume comprend trois
parties , dont la premiere traite des principes
& des termes de Chimie ; « il y a ,
dit l'Auteur , page 27. en Chimie com-
» me dans toutes les Sciences , des ter-
» mes confacrés pour exprimer des cho-
» fes qui font particulieres à cette Scien
» ce. Cela fe trouve dans tous les Arts ,
» & c'eft une chofe reçue partout le
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» monde . il n'y a que par rapport à la
» Médecine , que des efprits faux &
» mal inftruits , qui par prévention haïf-
» fent les Médecins & les tournent en ri-
» dicule , trouvent mauvais que les Mé-
» cins fe fervent des termes de leur Art ,
» en parlant de remedes & de mala-
2 dies , &c. » 23
La feconde partie contient ce qui regarde
les remedes tirés des animaux . Pour
mieux faire connoître cet Ouvrage , nous
rapporterons un paffage de chaque partie ,
& nous le prendrons prefqu'à livre ouvert :
on lit pag. 210. « En général , les re-
» medes volatils , furtout ceux qui font
» tirés du genre des animaux , agiffent en
» excitant la tranſpiration . Il y a fur cela
» une remarque à faire , qui mérite bien
» qu'on y falfe attention , c'eft que quoi-
» que Sanctorius en Italie , Dodart en
France , Keil en Angleterre , ayent fait
» voir qu'entre toutes les évacuations na-
« turelles du corps vivant , celle qui fe
» fait par la tranfpiration, eft la plus grande
& la plus importante , cependant
» il femble que depuis qu'on a mieux
» connu cette fonction du corps , on a
plus négligé dans le traitement des
» maladies , les remedes qui la procu-
» rent , ou qui l'entretiennent.
هد
DECEMBRE. 1755. 127.
» Il faut convenir que l'ufage de ces
fortes de remedes , rend l'exercice de
» la Médecine plus difficile , parce qu'au-
" tant ils font utiles dans certains cas ,
» autant ils font dangereux dans d'autres :
ils ne font pas indifférens comme le
» font la plupart des remedes qu'on emploie
communément dans toutes les
» maladies .
»
"9
» Cette difficulté à difcerner les diffé-
» rentes occafions d'employer les diffé-
» rens moyens de guérir , exclut de la
» bonne pratique de la Médecine quiconque
n'eſt pas véritablement Médecin ,
» & rompt la routine dangereufe de la
pratique , en réveillant continuellement
»l'attention des Médecins.
»
"
» Le nombre & la différence des re-
» medes appliqués à propos , fourniſſent
» un plus grand nombre de reffources aux
» malades pour guérir. Si on étoit affez
30 perfuadé de cette vérité , il refteroit
» moins de malades en langueur , on
» verroit moins de maladies incurables ,
» il y auroit moins de gens qui feroient
» les Médecins , & la Pharmacie feroit
mieux tenue & d'un plus grand fecours.
» En voulant fimplifier la Médecine ,
» non point par un choix plus naturel
» des remedes , mais par un retranche-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» ment d'un plus grand nombre de nédicamens
, quoique bons , on l'appauvrit
» croyant la ſimplifier ; & alors il y a plus
» de gens qui s'imaginent pouvoir fai-
» gner , purger , & donner des apozemes
, voyant qu'on fait confifter pref-
» que toute la pratique de la Médecine
» dans ces trois chofes. •
" Il est vrai que le Public qui aime
» la nouveauté , qui fait plus de cas de
» ce qu'il connoît moins , & qui eftime
» peu ce qui eft d'un commun ufage , for-
» ce les Médecins d'abandonner de bons
» remedes anciens , en leur montrant
» moins de confiance , & plus de répu-
" gnance pour ces remedes .
"3
" Les Médecins font obligés quelque-
» fois d'ufer de remedes nouveaux , parce
» que ces remedes font fouhaités & au-
» torifés dans les fociétés des malades ,
uniquement par efprit de mode. Le Médecin
feroit foupçonné de ne pas ai-
» mer ces remedes , c'eſt - à- dire , d'être
» prévenu contre , s'il n'en approuvoit
» pas l'ufage pour la perfonne qui a envie
» d'en prendre , parce que quelqu'un de
» fa connoiffance en aura pris avec fuc-
» cès , ou parce que fes amis les lui au-
» ront confeillés avec exagération , à l'or-
» dinaire .
DECEMBRE. 1755. 129
» On doit remarquer que dans ces
» occafions , c'eft faire injuftice à la Méde-
» cine , de lui imputer d'être changeante
puifqu'on l'y force ; elle eft aucon-
» traire une des Sciences humaines qui
a le moins changé : la doctrine d'Hip-
» pocrate fubfifte encore aujourd'hui , &
» c'est en fe perfectionnant qu'elle a paru
» changer.
99
» C'est bien injuftement auffi qu'on
» reproche aux Médecins de fuivre des
» modes dans le traitement des mala-
» dies , puifqu'au contraire une des pei-
» nes de leur état eft de s'oppofer aux mo
» des qu'on veut introduire dans l'ufage
des remedes par les Charlatans ' qui
emploient des moyens extraordinaires ,
» dont on ne connoît point encore les
» inconvéniens : les efprits frivoles s'y
» confient plus qu'aux remedes ordinai-
» res , qui ne font point fenfation , parce
» qu'on y eft accoutumé.
"
Le Public a un goût paffager pour
» les remedes , comme pour toute autre
chofe. La force de l'opinion eft fi gran-
» de , qu'il n'y a perfonne qui ne doive
» fe conformer plus ou moins à la mo-
» de : il n'eft pas au pouvoir du Méde-
» cim d'arrêter ce torrent , il ne peut
qu'ufer de retenue , en s'y prétant.
n
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
"
Cependant lorfque le remede qu'on lui
» propofe , peut - être nuifible au malade ,
» il doit déclarer qu'il eft d'avis contrai-
» re , & expliquer fon fentiment , fans
» pourtant entreprendre de s'opposer à ce
qu'on veut faire , parce que le Méde-
» cin n'eft chargé que du confeil , & non
» de l'exécution. Le Médecin ne doit
» avoir d'autre volonté , que celle de bien
» confeiller , en faifant grande attention à
» la maladie & au malade . Au refte c'eſt
» prendre fur foi mal- à- propos , que de
vouloir affujettir fon Malade à fa vo-
و ر
ود
lonté.
" En général il eft fort mauvais pour
la fociété d'attenter à la liberté des
» autres , il faut , pour être heureux dans
le commerce de la vie , faire la volon-
» té d'autrui , & non pas la fienne . Cela
» eft vrai pour le Médecin comme pour
le Malade : le Médecin doit toujours
» dire avec fincérité , & quelquefois avec
force , fon fentiment , mais il ne doit
point faire de reproches fi on n'a pas
fuivi fon avis ; & il doit continuer de
» donner fes confeils , tant qu'on les lui
» demande , & tant que perfonnellement
» on le traite avec honneur , & c.
"
་
La troifiéme partie de ce livre traite
des plantes & de leurs vertus , des vins ,
DECEMBRE. 1755. 13R
» &c. Il femble , dit Monfieur Malouin ,
» que les vins du Levant ont toutes
» les bonnes qualités , lorfqu'ils ont le
» goût de goudron , parce que c'eft la
» mode... On a la vanité ou la foibleffe
» d'être en cela du goût de tout le mon-
" de... La plupart de ces gens- là trouve-
» roient ce goût de goudron défagréable
» dans le vin , s'ils ne voyoient pas que
» les autres convives le trouvent bon.
» Il en eft du vin , comme de la mufi-
» que , fouvent on veut faire croire qu'on
» y trouve des beautés , quoiqu'on ne les
» fente pas , uniquement parce qu'on
voit les autres faire des démonftrations
» d'admirations. La plupart des hommes
» font faux , juſques dans le plaifir : ils
» veulent paroître avoir du plaifir où les
❞ autres en prennent .. L'opinion maîtriſe
» les fentimens les plus naturels , & elle
tyrannife tout le monde . Il n'eft pas rai- >
» fonnable de blâmer les Médecins de
ce qu'elle a lieu en Médecine ; il feroit
plus jufte de les plaindre de ce que ,
" continuellement attachés à la nature ,
qui dans fa grande variété eft toujours
» la même , on les en diftrait , pour les
" forcer de fe conformer aux ufages nou-
» veaux , mais reçus , c'eft- à - dire , aux
" modes ; fi les Médecins s'opiniâtroient
33
95
99
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
"» à y réfifter , on les regarderoit com-
» me des hommes médiocres qui n'ont
» pas de goût , ou qui ont intérêt à ne
pas laiffer accréditer une chofe qui ne
» vient pas d'eux. Un Médecin fage ne
» doit pas s'expofer inutilement à cette in-
» juſtice ; il faut fe prêter dans la fociété ,
» pour y être bien . «.
»
23
Les perfonnes qui par état , par humanité
, ou par goût feulement , s'occupent
de la fanté , qui eft l'objet le plus
digne des gens fenfés & bons , doivent
avoir cette Chimie médecinale ; ils y trouveront
des connoiffances fuffifantes , &
ils les y trouveront aifément , parce que
ce livre eft fait avec beaucoup d'ordre.
» Il étoit d'autant plus utile , dit l'Au-
» teur , pag. 228 , d'y donner ces connoif-
« fances , qu'elles fe trouvent plus rare-
» ment , & moins complettement ailleurs
» que dans ce livre , qui eft fait pour
» les Chirurgiens , pour les Apothicaires ,
» pour les Médecins , & pour tous ceux
« qui veulent s'occuper utilement , & con-
" noître particulierement ce qui a rap-
» port à la confervation & au rétablife-
» ment de la fanté . »
maniere de préparer les remedes les plus
ufités , & la méthode de les employer
pour la guérifon de maladies. Par M.
Malouin , Médecin ordinaire de S. M. la
Reine , Docteur & ancien Profeſſeur de Pharmacie
en la Faculté de Médecine de Paris ,
DECEMBRE. 1755. 125
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , & Cenfeur royal
des Livres. A Paris chez d'Houry , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie.
Nous avons déja parlé de ce livre , mais
en général , fans en faire l'extrait : il eft
utile de donner une connoiffance plus
particuliere de ce qu'il contient , pour
mettre le Public en état d'en juger.
C'est un Traité de tous les meilleurs
remeđes , & des fimples & des compofés :
M. Malouin en indique le choix & les
propriétés dans les différentes maladies ,
& pour les différens tempéramens ; il en
détermine les dofes , & il y explique la
maniere de les employer , avec le regime
qu'on doit tenir en les prenant.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
, qui font contenues en deux volumes
in- 12. imprimés fur du beau papier ,
& en caracteres bien lifibles.
Le premier volume comprend trois
parties , dont la premiere traite des principes
& des termes de Chimie ; « il y a ,
dit l'Auteur , page 27. en Chimie com-
» me dans toutes les Sciences , des ter-
» mes confacrés pour exprimer des cho-
» fes qui font particulieres à cette Scien
» ce. Cela fe trouve dans tous les Arts ,
» & c'eft une chofe reçue partout le
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» monde . il n'y a que par rapport à la
» Médecine , que des efprits faux &
» mal inftruits , qui par prévention haïf-
» fent les Médecins & les tournent en ri-
» dicule , trouvent mauvais que les Mé-
» cins fe fervent des termes de leur Art ,
» en parlant de remedes & de mala-
2 dies , &c. » 23
La feconde partie contient ce qui regarde
les remedes tirés des animaux . Pour
mieux faire connoître cet Ouvrage , nous
rapporterons un paffage de chaque partie ,
& nous le prendrons prefqu'à livre ouvert :
on lit pag. 210. « En général , les re-
» medes volatils , furtout ceux qui font
» tirés du genre des animaux , agiffent en
» excitant la tranſpiration . Il y a fur cela
» une remarque à faire , qui mérite bien
» qu'on y falfe attention , c'eft que quoi-
» que Sanctorius en Italie , Dodart en
France , Keil en Angleterre , ayent fait
» voir qu'entre toutes les évacuations na-
« turelles du corps vivant , celle qui fe
» fait par la tranfpiration, eft la plus grande
& la plus importante , cependant
» il femble que depuis qu'on a mieux
» connu cette fonction du corps , on a
plus négligé dans le traitement des
» maladies , les remedes qui la procu-
» rent , ou qui l'entretiennent.
هد
DECEMBRE. 1755. 127.
» Il faut convenir que l'ufage de ces
fortes de remedes , rend l'exercice de
» la Médecine plus difficile , parce qu'au-
" tant ils font utiles dans certains cas ,
» autant ils font dangereux dans d'autres :
ils ne font pas indifférens comme le
» font la plupart des remedes qu'on emploie
communément dans toutes les
» maladies .
»
"9
» Cette difficulté à difcerner les diffé-
» rentes occafions d'employer les diffé-
» rens moyens de guérir , exclut de la
» bonne pratique de la Médecine quiconque
n'eſt pas véritablement Médecin ,
» & rompt la routine dangereufe de la
pratique , en réveillant continuellement
»l'attention des Médecins.
»
"
» Le nombre & la différence des re-
» medes appliqués à propos , fourniſſent
» un plus grand nombre de reffources aux
» malades pour guérir. Si on étoit affez
30 perfuadé de cette vérité , il refteroit
» moins de malades en langueur , on
» verroit moins de maladies incurables ,
» il y auroit moins de gens qui feroient
» les Médecins , & la Pharmacie feroit
mieux tenue & d'un plus grand fecours.
» En voulant fimplifier la Médecine ,
» non point par un choix plus naturel
» des remedes , mais par un retranche-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» ment d'un plus grand nombre de nédicamens
, quoique bons , on l'appauvrit
» croyant la ſimplifier ; & alors il y a plus
» de gens qui s'imaginent pouvoir fai-
» gner , purger , & donner des apozemes
, voyant qu'on fait confifter pref-
» que toute la pratique de la Médecine
» dans ces trois chofes. •
" Il est vrai que le Public qui aime
» la nouveauté , qui fait plus de cas de
» ce qu'il connoît moins , & qui eftime
» peu ce qui eft d'un commun ufage , for-
» ce les Médecins d'abandonner de bons
» remedes anciens , en leur montrant
» moins de confiance , & plus de répu-
" gnance pour ces remedes .
"3
" Les Médecins font obligés quelque-
» fois d'ufer de remedes nouveaux , parce
» que ces remedes font fouhaités & au-
» torifés dans les fociétés des malades ,
uniquement par efprit de mode. Le Médecin
feroit foupçonné de ne pas ai-
» mer ces remedes , c'eſt - à- dire , d'être
» prévenu contre , s'il n'en approuvoit
» pas l'ufage pour la perfonne qui a envie
» d'en prendre , parce que quelqu'un de
» fa connoiffance en aura pris avec fuc-
» cès , ou parce que fes amis les lui au-
» ront confeillés avec exagération , à l'or-
» dinaire .
DECEMBRE. 1755. 129
» On doit remarquer que dans ces
» occafions , c'eft faire injuftice à la Méde-
» cine , de lui imputer d'être changeante
puifqu'on l'y force ; elle eft aucon-
» traire une des Sciences humaines qui
a le moins changé : la doctrine d'Hip-
» pocrate fubfifte encore aujourd'hui , &
» c'est en fe perfectionnant qu'elle a paru
» changer.
99
» C'est bien injuftement auffi qu'on
» reproche aux Médecins de fuivre des
» modes dans le traitement des mala-
» dies , puifqu'au contraire une des pei-
» nes de leur état eft de s'oppofer aux mo
» des qu'on veut introduire dans l'ufage
des remedes par les Charlatans ' qui
emploient des moyens extraordinaires ,
» dont on ne connoît point encore les
» inconvéniens : les efprits frivoles s'y
» confient plus qu'aux remedes ordinai-
» res , qui ne font point fenfation , parce
» qu'on y eft accoutumé.
"
Le Public a un goût paffager pour
» les remedes , comme pour toute autre
chofe. La force de l'opinion eft fi gran-
» de , qu'il n'y a perfonne qui ne doive
» fe conformer plus ou moins à la mo-
» de : il n'eft pas au pouvoir du Méde-
» cim d'arrêter ce torrent , il ne peut
qu'ufer de retenue , en s'y prétant.
n
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
"
Cependant lorfque le remede qu'on lui
» propofe , peut - être nuifible au malade ,
» il doit déclarer qu'il eft d'avis contrai-
» re , & expliquer fon fentiment , fans
» pourtant entreprendre de s'opposer à ce
qu'on veut faire , parce que le Méde-
» cin n'eft chargé que du confeil , & non
» de l'exécution. Le Médecin ne doit
» avoir d'autre volonté , que celle de bien
» confeiller , en faifant grande attention à
» la maladie & au malade . Au refte c'eſt
» prendre fur foi mal- à- propos , que de
vouloir affujettir fon Malade à fa vo-
و ر
ود
lonté.
" En général il eft fort mauvais pour
la fociété d'attenter à la liberté des
» autres , il faut , pour être heureux dans
le commerce de la vie , faire la volon-
» té d'autrui , & non pas la fienne . Cela
» eft vrai pour le Médecin comme pour
le Malade : le Médecin doit toujours
» dire avec fincérité , & quelquefois avec
force , fon fentiment , mais il ne doit
point faire de reproches fi on n'a pas
fuivi fon avis ; & il doit continuer de
» donner fes confeils , tant qu'on les lui
» demande , & tant que perfonnellement
» on le traite avec honneur , & c.
"
་
La troifiéme partie de ce livre traite
des plantes & de leurs vertus , des vins ,
DECEMBRE. 1755. 13R
» &c. Il femble , dit Monfieur Malouin ,
» que les vins du Levant ont toutes
» les bonnes qualités , lorfqu'ils ont le
» goût de goudron , parce que c'eft la
» mode... On a la vanité ou la foibleffe
» d'être en cela du goût de tout le mon-
" de... La plupart de ces gens- là trouve-
» roient ce goût de goudron défagréable
» dans le vin , s'ils ne voyoient pas que
» les autres convives le trouvent bon.
» Il en eft du vin , comme de la mufi-
» que , fouvent on veut faire croire qu'on
» y trouve des beautés , quoiqu'on ne les
» fente pas , uniquement parce qu'on
voit les autres faire des démonftrations
» d'admirations. La plupart des hommes
» font faux , juſques dans le plaifir : ils
» veulent paroître avoir du plaifir où les
❞ autres en prennent .. L'opinion maîtriſe
» les fentimens les plus naturels , & elle
tyrannife tout le monde . Il n'eft pas rai- >
» fonnable de blâmer les Médecins de
ce qu'elle a lieu en Médecine ; il feroit
plus jufte de les plaindre de ce que ,
" continuellement attachés à la nature ,
qui dans fa grande variété eft toujours
» la même , on les en diftrait , pour les
" forcer de fe conformer aux ufages nou-
» veaux , mais reçus , c'eft- à - dire , aux
" modes ; fi les Médecins s'opiniâtroient
33
95
99
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
"» à y réfifter , on les regarderoit com-
» me des hommes médiocres qui n'ont
» pas de goût , ou qui ont intérêt à ne
pas laiffer accréditer une chofe qui ne
» vient pas d'eux. Un Médecin fage ne
» doit pas s'expofer inutilement à cette in-
» juſtice ; il faut fe prêter dans la fociété ,
» pour y être bien . «.
»
23
Les perfonnes qui par état , par humanité
, ou par goût feulement , s'occupent
de la fanté , qui eft l'objet le plus
digne des gens fenfés & bons , doivent
avoir cette Chimie médecinale ; ils y trouveront
des connoiffances fuffifantes , &
ils les y trouveront aifément , parce que
ce livre eft fait avec beaucoup d'ordre.
» Il étoit d'autant plus utile , dit l'Au-
» teur , pag. 228 , d'y donner ces connoif-
« fances , qu'elles fe trouvent plus rare-
» ment , & moins complettement ailleurs
» que dans ce livre , qui eft fait pour
» les Chirurgiens , pour les Apothicaires ,
» pour les Médecins , & pour tous ceux
« qui veulent s'occuper utilement , & con-
" noître particulierement ce qui a rap-
» port à la confervation & au rétablife-
» ment de la fanté . »
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Résumé : « CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
L'ouvrage 'Chimie médicinale' a été rédigé par M. Malouin, médecin de la Reine et ancien professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris. Publié en décembre 1755, ce traité se concentre sur la préparation et l'emploi des remèdes les plus utiles pour soigner diverses maladies. Il est structuré en quatre parties réparties sur deux volumes. La première partie traite des principes et des termes de la chimie, soulignant l'importance des termes spécifiques à cette science. La deuxième partie aborde les remèdes dérivés des animaux, notant que ces remèdes volatils, bien que utiles, peuvent être dangereux et nécessitent une grande expertise pour être employés correctement. La troisième partie explore les plantes et leurs vertus, ainsi que les vins, en critiquant les modes et les opinions influençant les goûts. L'ouvrage vise à fournir des connaissances détaillées sur les remèdes, leurs propriétés et leur utilisation adaptée aux différents tempéraments et maladies. Il s'adresse aux chirurgiens, apothicaires, médecins et à toute personne intéressée par la conservation et le rétablissement de la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10192
p. 133-140
Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Début :
Vous avez pris, Monsieur, une trop grande part à l'établissement du College [...]
Mots clefs :
Collège, Collège du Belley, Belley, Marquis de Paulmy, Ministre, Honneur, Province, Coeur, Joie, Chanoine, Guerre, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
Lettre écrite de Belley , à l'occafion du paſſage
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
de M. le Marquis de Paulmy par cette
ville.
Ous avez pris , Monfieur , une trop
grande part à l'établiffement
du Cotlege
du Belley , dont j'eus l'honneur de
vous entretenir , il y a quelques mois ( 1 ) ,
pour vous laiffer ignorer fes actions d'éclat
& fes fuccés , dans les occafions furtout
qui intéreffent particulierement
la ville
& la province. Vous conviendrez
aifément
que le paffage de M. le Marquis de
Paulmy par Belley , eft un de ces momens
précieux également propres à s'attirer
l'attention de nos Mufes , & à exciter la
joie dans le coeur de nos citoyens .
Ce Miniftre arriva ici le famedi s Juil- S
let dernier fur les dix heures du foir. La
porte de la ville par laquelle il fit fon entrée
, étoit illuminée avec gout , & chargée
d'un cartouche , où on lifoit cette infcription
, qui étoit de M. Vinfon , Chanoine
Régulier de S. Antoine , Syndic du
College.
( 1 ) Voyez le Mercure d'Avril de cette année,
Page 147.
134 MERCURE DE FRANCE.
Felici Adventui
Supremi Bellorum Moderatoris
Tanto exultans hofpite
Bellicenfis Civitas
Plaudit.
L'écuffon des armes de M. le Marquis
de Paulmy faifoit partie de la décoration
de la porte. Vous fçavez que ce font deux
lions d'or paffans fur un fond d'azur . M.
Vinfon y avoit fait ajouter ce mot , Defenfuri
incedunt ; allufion noble , qui caracrerife
heureufement les fonctions du Miniftre
occupé pour lors à la vifite de nos
places de guerre.
L'infcription qui étoit placée fur la façade
de l'Hôtel de ville , pareillement illuminée
, eft de la même main , & elle exprime
la même penfée avec plus de développement
:
Vigilantiffimo
Belli Adminiftro ,
Provincias Tutanti Prafentiá ,
Hoftes Providentia Continenti ,
Gratulatur Bellicium.
Le lendemain de fon arrivée , M. le
Marquis de Paulniy reçut les complimens
des Syndics de la province, & des Corps
DECEMBRE. 1755. 135.
de la ville. Voici celui qui fut prononcé
par M. Granier , Chanoine Régulier de S.
Antoine , Profeffeur de Rhétorique , &
qui fut également gouté du Miniftre &
du Public.
Monfeigneur , votre arrivée eft l'é-
" poque de la joie publique , & vous êtes ,
» Monfeigneur , le digne objet de notre
» admiration & de nos hommages . La na-
» ture , en vous comblant de fes dons les
plus rares , vous infpira l'ardeur de les
» cultiver. Aux talens fupérieurs vous
» joignîtes bientôt les connoiffances les
plus vaftes , les plus fublimes vertus ,
» & vous fçûtes toujours tempérer leur
» éclat par le voile attrayant des qualités
» fociables. Dans un âge encore tendre
» vous fixâtes les regards du Monarque &
" les fuffrages du public. La carriere eft
» d'abord ouverte aux grands hommes.
» Leur mérite en marque l'étendue . Une
nation prudente & notre ancienne alliée
» vous vit menager auprès d'elle les in-
" térêts de notre Monarchie . Elle eut tout
» lieu d'être furprife de trouver dans un
» Ambaſſadeur auffi jeune la pénétration
» la plus vive , la circonfpection la plus
» réfléchie , la prudence la plus confom-
» mée. Devenu depuis l'arbitre de la guer-
» re , on vous voit , Monfeigneur , avec
و ر
"
136 MERCURE DE FRANCE.
, ر
» une activité furprenante , parcourir le
» Royaume de l'une à l'autre extrêmité ,
examiner tout par vous-même , pour-
»voir à la fûreté de nos frontieres , &
faire paffer dans le coeur de nos enne-
»mis cette crainte pleine d'égards , que
la vigilance du gouvernement ne man-
" que jamais d'infpirer. Il convenoit à un
Roi conquerant & pacifique d'avoir un
Miniftre également jaloux de prévenir
» la guerre & de la faire avec fuccès . Plus
» la foudre , dont vous êtes dépofitaire ,
» caufe de terreur , moins vous aimez à
» la faire éclater. C'eft à vos foins & à vo-
» tre prudence que nos provinces doivent
» leur repos. Veuille le ciel conferver
» long - tems une vie fi précieuſe à la France
! Puiffent nos fentimens & nos voeux
» mériter au College de Belley l'honneur
»de votre protection !
Les Penfionnaires du College fignalerent
leur zele par un compliment en vers ,
de la compofition de M. Sutaine , auffi
Chanoine Régulier de S. Antoine , & Profeffeur
de Rhétorique. Ce fut M. Dugaz ,
de Lyon , l'un de ces penfionnaires , qui
devint l'interprete des fentimens communs
, qu'il exprima avec autant d'aflurance
que de bonne grace , en ces termes :
Quelle divinité puiſſante
DECEMBRE. 1755 137
Favorife ces lieux ?
Jamais fous le regne des Dieux ,
L'Univers gouta- t'il de grace plus touchante !
Nous te voyons , Paulmy , nos voeux font fatisfaits.
Le Ciel pouvoit -il mieux feconder nos fouhaits ,
Qu'en accordant à notre impatience
Le bonheur d'admirer le foutien de la France ?
Qui feroit infenfible à tes tendres égards ,
Miniftre du Dieu de la guerre ?
Pour venir dans ces lieux tu quittes ton tonnerre ;
Tu craindrois d'effrayer nos timides regards.
Autour de toi , les jeux , les ris , les
Viennent folâtrer tour à tour;
Et nous ne voyons fur tes traces ,
graces ,
Que des coeurs pénétrés de refpect & d'amour.
Sous l'ordre du plus grand des Princes ,
Ta prévoyante activité
Affure à nos riches Provinces
Une douce tranquillité.
Oui , c'eſt partes bienfaits , qu'aux bords de l'Hyppocrêne
,
Jaloux des faveurs d'Apollon ,
Nous allons cultiver dans le facré vallon
Les fruits heureux d'une innocente veine.
Tu t'en fouviens , Phoebus & les neuf Soeurs
Te répétoient encor leurs chanfons immortelles ,
Quand le plus grand des Rois , par de juftes faveurs
>
138 MERCURE DE FRANCE.
Remit entre tes mains fidelles
Le noble emploi d'aller chez des peuples prudens
( 1 )
Faire briller l'éclat qui t'environne ,
Et foutenir les droits de fa couronne.
Qui n'admira dès -lors les refforts tout puiffans
De ta fage induſtrie ›
A peine revenu dans ta chere Patrie ,
On vit de généreux rivaux , ( 2 )
On vit un corps illuftre , où regnent la ſageſſe ,
Le bon goût , les talens & le dieu du Permeffe ,
Admirer tes nobles travaux ;
Ceindre ton front du laurier de la gloire ,
Partager avec toi fes foins laborieux ;
Graver ton nom au Temple de Mémoire ,
Et t'élever au rang des Dieux.
Sans doute les neuf foeurs firent naître en ton ame
Ce feu divin dont la céleste flamme
Anime ton grand coeur.
Daigne voir leurs enfans avec un oeil flatteur ,
Reçois nos voeux & notre hommage ,
Ce fera de notre bonheur
Le garand le plus fûr , le plus précieux gage .
Ce n'eft point là l'unique témoignage
de la joie qu'a donné le College pendant
le féjour de M. le Marquis de Paulmy à
( 1 ) Ambaſſade de M. de Paulmi en Suiffe.
(2) Réception de M. de Paulmy à l'Académie
Françoile.
DECEMBRE . 1755. 139
Belley ; il a taché de l'amufer , & de le
retenir le plus longtemps qu'il étoit poffible
, par la repréfentation d'une Comédie ;
fpectacle d'autant plus agréable à nos Citoyens
, qu'il paroiffoit pour la premiere
fois dans cette ville. Pour peu que ce coup
d'effai pique votre curiofité , je me ferai
un plaifir de vous envoyer une autrefois
l'analyſe de la piece , à laquelle nous avons
unanimement accordé nos fuffrages.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Belley , le 15 Juillet , 1755 .
Duchefne , Libraire à Paris , rue S. Jacques
, au Temple du Gout , vient de mettre
en vente l'Année Musicale , ouvrage
périodique. Cet ouvrage d'agrément fe
diftribue toutes les femaines par une feuille
grand in 8 °. de quatre pages , contenant
des Ariettes & Vaudevilles nouveaux , &
des petits airs choifis par les plus habiles
Muficiens , tant Italiens que François.
Chaque feuille fe vend fix fols . Les amateurs
qui fouhaiteront s'abonner , payeront
pour Paris quinze livres
par année
& on les leur apportera chez eux au moment
qu'elles fortiront de deffous preffe ;
& pour la province on payera dix- huit livres
par an. Le Libraire fe charge de les
140 MERCURE DE FRANCE.
faire rendre à leur deftination , francs de
port. La premiere feuille a paru le premier
Août 1755.
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Résumé : Lettre écrite de Belley, à l'occasion du passage de M. le Marquis de Paulmy par cette ville.
La lettre, rédigée à Belley, célèbre la visite du Marquis de Paulmy dans cette ville. L'auteur exprime sa reconnaissance envers le Marquis pour son rôle dans la création du Collège de Belley et souligne l'importance de sa venue. Le Marquis est arrivé à Belley le samedi 3 juillet vers dix heures du matin. Il a été accueilli par une porte illuminée et décorée d'un cartouche portant l'inscription 'Felici Adventui Supremi Bellorum Moderatoris' et les armes du Marquis. Le lendemain, le Marquis a reçu les compliments des syndics de la province et de la ville. M. Granier, chanoine régulier de Saint-Antoine et professeur de rhétorique, a prononcé un discours en l'honneur du Marquis, mettant en avant ses talents, ses connaissances et ses vertus, ainsi que son rôle dans la diplomatie et la défense du royaume. Les pensionnaires du Collège ont également exprimé leur admiration par un compliment en vers composé par M. Sutaine. Pour marquer la joie de cette visite, le Collège a organisé une représentation théâtrale, un événement rare pour la ville. L'auteur propose d'envoyer une analyse de la pièce jouée. La lettre se conclut par une mention de la publication de l'Année Musicale par le libraire Duchefne.
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10193
p. 140-143
Almanachs pour l'année mil sept cent cinquante-six.
Début :
Les Spectacles de Paris, ou Calendrier historique & chronologique de tous les [...]
Mots clefs :
Almanachs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanachs pour l'année mil sept cent cinquante-six.
Almanachs pour l'année milfept cent cinquante
-fix.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
Théâtres , cinquieme partie pour 1756.
Chaque partie fe vend féparément 1 l . 4 £.
La France littéraire , où l'Almanach des
Beaux Arts , contenant les noms & ouvrages
de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement , 11. 10 f.
Almanach des Corps des Marchands ,
Arts , Métiers & Communautés du Royau-
1 l. 4 f.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique ,
me ,
Almanach de perte & gain , avec un
abrégé alphabétique de tous les jeux qui
fe jouent en Europe ,
rl.
Nouvel Almanach Chantant du beau
Sexe , ou Apologie des Dames , 12 f.
Almanach Chantant , ou nouvelles Allégories
,
Nouvelles Loteries d'Etrennes magi
12 f.
12 f.
1 l . 4 6.
ques ,
Deux Almanachs des Fables en Vaudevilles
,
DECEMBRE. 1755. 141
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
,
12 f. Nouvel
Almanach
danfant
, ou les plai- firs du bal ,
12f.
Nouveau Calendrier du Deftin , précédé
de tous les amuſemens de Paris , 12 f.
Nouvelles Tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris , 12 f.
L'Oracle
de Cythere
, ou l'Almanach
du
Berger ,
Etrennes chantantes des Amans ,
Almanach des Francs Maçons ,
12 f.
12 f.
12 f.
Nouvel Almanach des Francs Maçons &
des Franches Maçonnes
> 12 f.
La Magie Blanche , 12 f.
La Magie Noire ,
12 f.
Almanach Chantant de Momus ,
12 f.
de ,
La Bagatelle , ou Etrennes à tout le mon-
Almanach du Sort ,
1. 12 f.
" 12 f.
Et un affortiffement général de tous les
Almanachs.
Nous ne pourrons donner qu'au mois
de Janvier l'extrait de l'Effai fur les Colonies
Françoifes , que nous avons déja annoncé ,
ainfique l'indication de plufieurs ouvrages
dont nous devions parler en Décembre. ›
142 MERCURE DE FRANCE.
LE MOYEN de devenir Peintre en
trois heures , & d'exécuter au pinceau les
ouvrages des plus grands maîtres fans
avoir appris le deffein . A Paris , chez les
Libraires affociés . 1755 .
Cette brochure eft compofée de deux
entretiens. M. Vifpré qu'on y fait parler ,
m'a écrit lui même pour fe plaindre de l'abus
qu'on a fait de fa confiance. Sa lettre
eft conçue eu ces termes . Monfieur , ayant
fçu que plufieurs perfonnes fe faifoient
un amuſement de colorer des eftampes fur
le verre , & que la plûpart n'y pouvoient
parvenir , faute des plus légers principes ,
j'ai été follicité par un homme qui fe mêle
d'écrire de lui confier ma méthode pour
en faire part au public. Comme j'avois intérêt
d'annoncer que j'ai eu le bonheur
de réuffir à peindre fur glaces étamées &
autres , j'ai cédé à ſa vive inftance . Mais
il femble ne s'être fervi de mon nom que
pour me rendre ridicule en me prêtant
un langage que je fuis incapable de tenir.
Mon intention étoit fimplement de me
faire connoître d'une maniere fuccinte &
intelligible. Une feuille d'impreffion fuffifoit
, mais la cupidité de cet Ecrivain , à
qui j'ai donné gratis mon déſiſtement , me
force de défavouer authentiquement fes
entretiens fur la peinture aufquels je rou-
.
DECEMBRE.
1755 . 143
girois d'avoir part . J'attends , Monfieur ,
de votre équité , que vous voudrez bien
inférer ma lettre dans votre Mercure , pour
rendre mon défaveu public.
-fix.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
Théâtres , cinquieme partie pour 1756.
Chaque partie fe vend féparément 1 l . 4 £.
La France littéraire , où l'Almanach des
Beaux Arts , contenant les noms & ouvrages
de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement , 11. 10 f.
Almanach des Corps des Marchands ,
Arts , Métiers & Communautés du Royau-
1 l. 4 f.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique ,
me ,
Almanach de perte & gain , avec un
abrégé alphabétique de tous les jeux qui
fe jouent en Europe ,
rl.
Nouvel Almanach Chantant du beau
Sexe , ou Apologie des Dames , 12 f.
Almanach Chantant , ou nouvelles Allégories
,
Nouvelles Loteries d'Etrennes magi
12 f.
12 f.
1 l . 4 6.
ques ,
Deux Almanachs des Fables en Vaudevilles
,
DECEMBRE. 1755. 141
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
,
12 f. Nouvel
Almanach
danfant
, ou les plai- firs du bal ,
12f.
Nouveau Calendrier du Deftin , précédé
de tous les amuſemens de Paris , 12 f.
Nouvelles Tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris , 12 f.
L'Oracle
de Cythere
, ou l'Almanach
du
Berger ,
Etrennes chantantes des Amans ,
Almanach des Francs Maçons ,
12 f.
12 f.
12 f.
Nouvel Almanach des Francs Maçons &
des Franches Maçonnes
> 12 f.
La Magie Blanche , 12 f.
La Magie Noire ,
12 f.
Almanach Chantant de Momus ,
12 f.
de ,
La Bagatelle , ou Etrennes à tout le mon-
Almanach du Sort ,
1. 12 f.
" 12 f.
Et un affortiffement général de tous les
Almanachs.
Nous ne pourrons donner qu'au mois
de Janvier l'extrait de l'Effai fur les Colonies
Françoifes , que nous avons déja annoncé ,
ainfique l'indication de plufieurs ouvrages
dont nous devions parler en Décembre. ›
142 MERCURE DE FRANCE.
LE MOYEN de devenir Peintre en
trois heures , & d'exécuter au pinceau les
ouvrages des plus grands maîtres fans
avoir appris le deffein . A Paris , chez les
Libraires affociés . 1755 .
Cette brochure eft compofée de deux
entretiens. M. Vifpré qu'on y fait parler ,
m'a écrit lui même pour fe plaindre de l'abus
qu'on a fait de fa confiance. Sa lettre
eft conçue eu ces termes . Monfieur , ayant
fçu que plufieurs perfonnes fe faifoient
un amuſement de colorer des eftampes fur
le verre , & que la plûpart n'y pouvoient
parvenir , faute des plus légers principes ,
j'ai été follicité par un homme qui fe mêle
d'écrire de lui confier ma méthode pour
en faire part au public. Comme j'avois intérêt
d'annoncer que j'ai eu le bonheur
de réuffir à peindre fur glaces étamées &
autres , j'ai cédé à ſa vive inftance . Mais
il femble ne s'être fervi de mon nom que
pour me rendre ridicule en me prêtant
un langage que je fuis incapable de tenir.
Mon intention étoit fimplement de me
faire connoître d'une maniere fuccinte &
intelligible. Une feuille d'impreffion fuffifoit
, mais la cupidité de cet Ecrivain , à
qui j'ai donné gratis mon déſiſtement , me
force de défavouer authentiquement fes
entretiens fur la peinture aufquels je rou-
.
DECEMBRE.
1755 . 143
girois d'avoir part . J'attends , Monfieur ,
de votre équité , que vous voudrez bien
inférer ma lettre dans votre Mercure , pour
rendre mon défaveu public.
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Résumé : Almanachs pour l'année mil sept cent cinquante-six.
Le document énumère divers almanachs et brochures disponibles pour l'année 1756. Parmi les publications notables figurent 'Les Spectacles de Paris, ou Calendrier historique & chronologique de tous les Théâtres' (5ème partie, 1 livre 4 sols), 'La France littéraire, ou l'Almanach des Beaux-Arts' (1 livre 10 sols), et 'Almanach des Corps des Marchands, Arts, Métiers & Communautés du Royaume' (1 livre 4 sols). D'autres almanachs couvrent des sujets variés comme les jeux en Europe, les apologies des dames, les fables en vaudevilles, et les calendriers du destin. Les prix de ces publications oscillent entre 1 livre et 12 sols. Le texte mentionne également un retard dans la publication de l'extrait d'un essai sur les colonies françaises, initialement prévu pour décembre. De plus, une brochure intitulée 'Le Moyen de devenir Peintre en trois heures' est signalée, composée de deux entretiens. L'auteur, M. Vifpré, exprime son mécontentement quant à l'utilisation abusive de son nom dans cette brochure, affirmant n'avoir jamais approuvé le contenu des entretiens publiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10194
p. 143-144
ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
Début :
Monseigneur le Maréchal Duc de Belle-Isle, Gouverneur Général des [...]
Mots clefs :
Collège, Chanoines, Metz, Collège royal, Jeune noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
ETABLISSEMENT d'un College
Royal dans la ville neuve de Merz fous le
nom de S. Louis confié à perpétuité aux
Chanoines Réguliers de la
Congrégation de
N. Sauveur , établis en cette Ville.
Monfeigneur le Maréchal Duc de
Belle- Ifle ,
Gouverneur Général des
trois Evêchés , ayant attiré les Chanoines
Réguliers de Lorraine dans la ville neuve
de Metz bâtie par fes foins , ils y ont formé
une penfion pour l'éducation de la
jeune Nobleffe qui a mérité la confiance
des
Nationaux & des Etrangers . Leurs
fuccès ont engagé M. Pillevel alors Abbé
Régulier de S. Pierremont , depuis élevé
au
Généralat de la
Congrégation ,
avoit fait les frais de tous les bâtimens &
qui
pourvu jufques-là à l'entretien de cet établiffement
, à chercher les moyens de lui
procurer des fonds pour l'avenir. Dans
cette vue , par un exemple unique de défintéreffement
& de zele pour le bien
blic , il s'est démis
volontairement de fon
pu144
MERCURE DE FRANCE.
Abbaye entre les mains du Roi fans aucune
referve demandant que le titre de fon
Abbaye fût fupprimé , & que tous les
biens & revenus en fuffent unis à la maifon
qu'il avoit fait bâtir à Metz.
En conféquence , par la protection &
les bons offices de Monfeigneur le Maréchal
Duc de Belle - Ifle , le Roi informé des
progrès de cet établiſſement , a donné ſon
confentement pour l'union des biens de la
menfe abbatiale de S. Pierremont dont le
titre a été fupprimé , à ladite maifon des
Chanoines Réguliers de la ville neuve de
Metz , laquelle union eft confommée . Le
Roi charge ladite Maifon à perpétuité de
loger , nourrir , & enfeigner douze jeunes
Gentilshommes à fa nomination. Il l'a décorée
du titre de College Royal de S. Louis ,
lui a donné pour cachet ordinaire l'écuffon
de fes armes , qui doit auffi être placé
fur l'entrée principale , & lui a accordé
tous les privileges utiles & bonorables que
pouvoit défirer cet établiſſement .
A Metz , le 14 Novembre 1755.
Royal dans la ville neuve de Merz fous le
nom de S. Louis confié à perpétuité aux
Chanoines Réguliers de la
Congrégation de
N. Sauveur , établis en cette Ville.
Monfeigneur le Maréchal Duc de
Belle- Ifle ,
Gouverneur Général des
trois Evêchés , ayant attiré les Chanoines
Réguliers de Lorraine dans la ville neuve
de Metz bâtie par fes foins , ils y ont formé
une penfion pour l'éducation de la
jeune Nobleffe qui a mérité la confiance
des
Nationaux & des Etrangers . Leurs
fuccès ont engagé M. Pillevel alors Abbé
Régulier de S. Pierremont , depuis élevé
au
Généralat de la
Congrégation ,
avoit fait les frais de tous les bâtimens &
qui
pourvu jufques-là à l'entretien de cet établiffement
, à chercher les moyens de lui
procurer des fonds pour l'avenir. Dans
cette vue , par un exemple unique de défintéreffement
& de zele pour le bien
blic , il s'est démis
volontairement de fon
pu144
MERCURE DE FRANCE.
Abbaye entre les mains du Roi fans aucune
referve demandant que le titre de fon
Abbaye fût fupprimé , & que tous les
biens & revenus en fuffent unis à la maifon
qu'il avoit fait bâtir à Metz.
En conféquence , par la protection &
les bons offices de Monfeigneur le Maréchal
Duc de Belle - Ifle , le Roi informé des
progrès de cet établiſſement , a donné ſon
confentement pour l'union des biens de la
menfe abbatiale de S. Pierremont dont le
titre a été fupprimé , à ladite maifon des
Chanoines Réguliers de la ville neuve de
Metz , laquelle union eft confommée . Le
Roi charge ladite Maifon à perpétuité de
loger , nourrir , & enfeigner douze jeunes
Gentilshommes à fa nomination. Il l'a décorée
du titre de College Royal de S. Louis ,
lui a donné pour cachet ordinaire l'écuffon
de fes armes , qui doit auffi être placé
fur l'entrée principale , & lui a accordé
tous les privileges utiles & bonorables que
pouvoit défirer cet établiſſement .
A Metz , le 14 Novembre 1755.
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Résumé : ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
Le texte décrit la création d'un collège royal à Metz, dédié à Saint Louis. Cette initiative a été confiée aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de Notre Sauveur. Le Maréchal Duc de Belle-Isle, Gouverneur Général des trois Évêchés, a invité ces chanoines à s'installer dans la ville neuve de Metz, où ils ont fondé une pension pour l'éducation des jeunes nobles. Le succès de cette pension a poussé M. Pillevel, Abbé Régulier de Saint-Pierremont et Général de la Congrégation, à chercher des financements. Il a cédé son abbaye au Roi, demandant que ses biens et revenus soient intégrés à la maison des chanoines de Metz. Informé par le Maréchal Duc de Belle-Isle, le Roi a accepté cette union et a chargé les chanoines de loger, nourrir et instruire douze jeunes gentilshommes choisis par lui. Le collège a été nommé Collège Royal de Saint Louis et a reçu divers privilèges. Cette décision a été officialisée à Metz le 14 novembre 1755.
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10195
p. 145-148
Prix proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse, pour les années 1756, 1757, & 1758.
Début :
La Ville de Toulouse, célébre par les prix qu'on y distribue depuis longtems [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, Toulouse, Auteurs, Sciences, Académie, Prix, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : Prix proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse, pour les années 1756, 1757, & 1758.
Prix propofes par l'Académie Royale des
Sciences , Infcriptions & Felles Lettres
de Toulouse , pour les années 1756 , 1757,
1758.
LA
A Ville de Toulouſe , célébre
par les
prix qu'on y diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poéfie & aux Arts,
voulant
contribuer auffi au progrès des
Sciences & des Lettres , a , fous le bon
plaifir du Roi , fondé un prix de la valeur
de cinq cens livres , pour être diftribué
tous les ans par
l'Académie Royale des
Sciences ,
Infcriptions & Belles- Lettres , à
celui qui , au jugement de cette Compagnie
, aura le mieux traité le fujet qu'elle
aura propofé.
Le fujet doit être
alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Littérature.
Le fujet proposé pour le prix double de
cette année 1755 , étoit l'Etat des Sciences
des Arts à Toulouſe fous les Rois Vifigots; &
quellesfurent les Loix & les Moeurs de cette
Villefous le gouvernement de ces Princes.
Quelques - uns des ouvrages préfentés
contiennent des recherches & des conjectures
qui auroient pu mériter le prix , fi
elles avoient été
fuffifamment dirigées vers
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
les principales parties du fujet propofé , &
fi les Auteurs euffent eu foin d'en tirer
tous les avantages qui pouvoient en réfulter.
Mais leur négligence à ces deux égards
a déterminé l'Académie à réferver encore
ce prix double , pour le joindre à celui de
1758 , qui fera de 1500 livres , & pour
lequel elle propofe de nouveau le même
fujet. Ceux qui compoferont pour ce prix ,
doivent s'attacher à déterminer avec le
plus de clarté & de folidité , qu'il fera
poffible , l'état des Loix , des Maurs , des
Sciences & des Arts à Toulouſe , & dans
l'étendue du Royaume dont cette Ville
fut la capitale fous les Rois Vifigots.
Lorfque les Sçavans furent informés
que le fujet du prix double de 1756 feroit
encore de déterminer la direction & la for
me la plus avantageufe d'une digue , pour
qu'elle refifte avec tout l'avantage poffible à
l'effort des eaux , en ayant égard aux diverfes
manieres dont elles tendent à la détruire ,
ils furent avertis que l'Académie n'a pas
moins en vue les digues deftinées à élevet
les eaux , ou à changer leur direction , que
celles qui ont pour objet de défendre les
bords de la mer ou ceux des rivieres .
Quant au prix triple de 1757 , qui a
pour fujet la Théorie de l'Ouie, les Sçavans
furent avertis l'année derniere , que l'ADECEMBRE.
1755. 147
cadémie , en priant les
Auteurs de fe renfermer
dans le fujet
propofé ,
demande
principalement une
expofition
exacte &
prouvée des
fonctions de chaque partie de
l'Oreille pour la
perception du fon.
Les
Auteurs qui ont déja remis des ouvrages
fur ces fujets ,
pourront les préfenter
derechef, après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront
convenables.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les affociés étrangers
de
l'Académie. Ses autres membres font
exclus de
préténdre au prix.
Ceux qui
compoferont , font priés d'écrire
en
François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs
ouvrages qui foit
bien lisible , furtout quand il y aura des
calculs
algébriques.
Les Auteurs
écriront au bas de leurs
ouvrages une fentence ou devife ; mais ils
n'y mettront point leur nom . Ils pourront
néanmoins
y joindre un billet féparé &
cacheté , qui
contienne la même fentence
ou devife , avec leur nom , leurs qualités
& leur adreffe :
l'Académie exige même
qu'ils prennent cette
précaution , lorfqu'ils
adrefferont leurs écrits au
Secrétaire . Ce
billet ne fera point ouvert , fi la piece n'a
remporté le prix.
Ceux qui
travailleront pour le prix ,
意
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pourront adreffer leurs ouvrages à M. l'Abbé
de Sapte , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, ou les lui faire remettre par
quelque perfonne domiciliée à Toulouſe.
Dans ce dernier cas il en donnera fon récépiffé
, fur lequel fera écrite la fentence
de l'ouvrage , avec fon numero , felon
l'ordre dans lequel il aura été reçu.
Les paquets adreffés au Secrétaire doivent
être affranchis de port .
Les ouvrages ne feront reçus que jufqu'au
dernier Janvier des années pour le
prix defquelles ils auront été compofés.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la piece qu'elle aura couronnée.
Si l'ouvrage qui aura remporté le prix ,
a été envoyé au Secrétaire à droiture , le
Tréforier de l'Académie ne délivrera ce
prix qu'à l'Auteur même qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une procuration
de fa part.
S'il y a un récépiffé du Secrétaire , le
prix fera délivré à celui qui le repréſentera.
L'Académie qui ne preferit aucunfyftême,
déclare auffi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
Sciences , Infcriptions & Felles Lettres
de Toulouse , pour les années 1756 , 1757,
1758.
LA
A Ville de Toulouſe , célébre
par les
prix qu'on y diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poéfie & aux Arts,
voulant
contribuer auffi au progrès des
Sciences & des Lettres , a , fous le bon
plaifir du Roi , fondé un prix de la valeur
de cinq cens livres , pour être diftribué
tous les ans par
l'Académie Royale des
Sciences ,
Infcriptions & Belles- Lettres , à
celui qui , au jugement de cette Compagnie
, aura le mieux traité le fujet qu'elle
aura propofé.
Le fujet doit être
alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Littérature.
Le fujet proposé pour le prix double de
cette année 1755 , étoit l'Etat des Sciences
des Arts à Toulouſe fous les Rois Vifigots; &
quellesfurent les Loix & les Moeurs de cette
Villefous le gouvernement de ces Princes.
Quelques - uns des ouvrages préfentés
contiennent des recherches & des conjectures
qui auroient pu mériter le prix , fi
elles avoient été
fuffifamment dirigées vers
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
les principales parties du fujet propofé , &
fi les Auteurs euffent eu foin d'en tirer
tous les avantages qui pouvoient en réfulter.
Mais leur négligence à ces deux égards
a déterminé l'Académie à réferver encore
ce prix double , pour le joindre à celui de
1758 , qui fera de 1500 livres , & pour
lequel elle propofe de nouveau le même
fujet. Ceux qui compoferont pour ce prix ,
doivent s'attacher à déterminer avec le
plus de clarté & de folidité , qu'il fera
poffible , l'état des Loix , des Maurs , des
Sciences & des Arts à Toulouſe , & dans
l'étendue du Royaume dont cette Ville
fut la capitale fous les Rois Vifigots.
Lorfque les Sçavans furent informés
que le fujet du prix double de 1756 feroit
encore de déterminer la direction & la for
me la plus avantageufe d'une digue , pour
qu'elle refifte avec tout l'avantage poffible à
l'effort des eaux , en ayant égard aux diverfes
manieres dont elles tendent à la détruire ,
ils furent avertis que l'Académie n'a pas
moins en vue les digues deftinées à élevet
les eaux , ou à changer leur direction , que
celles qui ont pour objet de défendre les
bords de la mer ou ceux des rivieres .
Quant au prix triple de 1757 , qui a
pour fujet la Théorie de l'Ouie, les Sçavans
furent avertis l'année derniere , que l'ADECEMBRE.
1755. 147
cadémie , en priant les
Auteurs de fe renfermer
dans le fujet
propofé ,
demande
principalement une
expofition
exacte &
prouvée des
fonctions de chaque partie de
l'Oreille pour la
perception du fon.
Les
Auteurs qui ont déja remis des ouvrages
fur ces fujets ,
pourront les préfenter
derechef, après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront
convenables.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les affociés étrangers
de
l'Académie. Ses autres membres font
exclus de
préténdre au prix.
Ceux qui
compoferont , font priés d'écrire
en
François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs
ouvrages qui foit
bien lisible , furtout quand il y aura des
calculs
algébriques.
Les Auteurs
écriront au bas de leurs
ouvrages une fentence ou devife ; mais ils
n'y mettront point leur nom . Ils pourront
néanmoins
y joindre un billet féparé &
cacheté , qui
contienne la même fentence
ou devife , avec leur nom , leurs qualités
& leur adreffe :
l'Académie exige même
qu'ils prennent cette
précaution , lorfqu'ils
adrefferont leurs écrits au
Secrétaire . Ce
billet ne fera point ouvert , fi la piece n'a
remporté le prix.
Ceux qui
travailleront pour le prix ,
意
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pourront adreffer leurs ouvrages à M. l'Abbé
de Sapte , Secrétaire perpétuel de l'Académie
, ou les lui faire remettre par
quelque perfonne domiciliée à Toulouſe.
Dans ce dernier cas il en donnera fon récépiffé
, fur lequel fera écrite la fentence
de l'ouvrage , avec fon numero , felon
l'ordre dans lequel il aura été reçu.
Les paquets adreffés au Secrétaire doivent
être affranchis de port .
Les ouvrages ne feront reçus que jufqu'au
dernier Janvier des années pour le
prix defquelles ils auront été compofés.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la piece qu'elle aura couronnée.
Si l'ouvrage qui aura remporté le prix ,
a été envoyé au Secrétaire à droiture , le
Tréforier de l'Académie ne délivrera ce
prix qu'à l'Auteur même qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une procuration
de fa part.
S'il y a un récépiffé du Secrétaire , le
prix fera délivré à celui qui le repréſentera.
L'Académie qui ne preferit aucunfyftême,
déclare auffi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
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Résumé : Prix proposés par l'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse, pour les années 1756, 1757, & 1758.
L'Académie Royale des Sciences, Inscriptions & Belles-Lettres de Toulouse a institué des prix pour les années 1756, 1757 et 1758, avec des sujets alternant entre Mathématiques, Médecine et Littérature. Pour l'année 1755, le sujet portait sur l'état des sciences et des arts à Toulouse sous les rois Wisigoths, ainsi que sur les lois et mœurs de la ville durant cette période. Cependant, les travaux présentés n'ont pas suffisamment abordé les aspects principaux du sujet, ce qui a conduit l'Académie à reporter le prix double de 1755 pour l'ajouter à celui de 1758, portant ainsi la valeur du prix à 1500 livres. Pour l'année 1756, le sujet concernait la construction de digues résistantes aux eaux. Les savants ont été informés que l'Académie considérait également les digues destinées à élever ou à changer la direction des eaux. En 1757, le sujet était la théorie de l'ouïe, avec une demande d'exposition exacte et prouvée des fonctions de chaque partie de l'oreille pour la perception du son. Les auteurs peuvent soumettre leurs travaux en français ou en latin, avec une devise mais sans nom. Ils peuvent inclure un billet séparé et cacheté contenant leur nom et leurs coordonnées. Les ouvrages doivent être adressés au Secrétaire perpétuel de l'Académie, M. l'Abbé de Sapte, avant le dernier janvier de l'année concernée. Le prix sera proclamé lors de l'assemblée publique du 25 août et délivré à l'auteur ou à son représentant muni d'une procuration ou d'un récépissé.
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10196
p. 196-214
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
Début :
La Société littéraire ouvrit ses séances par la lecture du remerciement, envoyé [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Châlons, Société littéraire, Cadavres, Cimetière, Calomnie, Coeur, Discours, Exhumation, Sciences, Académies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Littéraire de Châlons
fur Marne.
A Société littéraire ouvrit fes féances
Lpar la lecture du remerciement , envoyé
par M. Desforges- Maillard , l'un de
fes Allociés externes.
Ce difcours eft le fruit du zéle que le
nouvel afſocié a toujours fait paroître pour
le progrès des Sciences & des Lettres , dont
l'utilité eft attaquée dans certains ouvrages
enfantés de nos jours par l'amour de
la fingularité , & par l'envie de paroître.....
M. D. F. M. examine les différens paradoxes
, qui tour à tour ont occupé la ſcene ,
& il expofe avec jufteffe & préciſion ce que
nous devons aux fciences , dont l'origine
a été celle des Arts & de l'induftrie , & aux
Lettres qui font la clef des fciences ....
En vain , pour foutenir une opinion
bizarre , allegue -t'on les abus occafionnés
par les oeuvres de la dépravation du coeur.
M. D. F. M. répond que des abus particuliers
il n'eft pas permis de tirer des conféquences
générales .... J'aimerois autant
qu'on avançat que la création du feu eft
DECEMBRE 1755. 197
pernicieufe , parce qu'il dépend d'un fou
de fe précipiter dans les flammes , & que
le feu venant à manquer à la malice hu
maine, il n'y auroit plus d'incendiaires, &c .
M. D. F. M. paffe à l'examen d'une autre
thefe. Comme une erreur fe renouvelle
ordinairement dans une autre , j'ai vu ,
dit-il , mettre en problême fi la multipli
cité des Académies ne feroit point un jour
la perte des talens.... N'eft- ce pas la même
chofe que fi l'on s'avifoit de dire qu'il feroit
dangereux peut- être que la plûpare
des hommes recherchâffent la vertu , parce
que la poffeffion en devenant trop commune
, il n'y auroit plus de gloire à devenir
vertueux ?
Après avoir fait fentir que ces chimériques
fyftêmes ont pris naiffance chez les
uns dans l'ambition & le défefpoir de parvenir
à la fupériorité littéraire , & chez
les autres dans l'ennui que leur caufe l'étude,
... il déplore le malheur de ces aveugles
nés , qui ne devant jamais voir la lumiere
, voudroient pouvoir l'éteindre de
leur fouffle pour tout le genre humain.
Pour réfoudre ce fecond problême , M.
D. F. M. avance avec vérité
avec vérité que les
Capitales des Royaumes ne font pas les
feuls endroits du monde où il foit permis
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
d'être fçavant & d'avoir de l'efprit.... Il eſt
de tous les païs , de tous les tems , de tous
les fexes , de toutes les conditions..... I
parle toutes les langues , & fructifie partout
où il eft cultivé.... D'où il conclud
que la multiplicité des Académies , loin
de pouvoir nuire aux talens , les éleve au
contraire , les encourage , & les multiplie....
Combien en voyons- nous éclorre ;
qui fe fuffent ignorés eux - mêmes , s'ils
ne s'étoient réveillés au bruit flateur de l'émulation
excitée par la gloire prochaine !
Combien de fçavans fe fuffent ensevelis
dès leur naiffance , privés par la fortune
des fecours néceffaires pour fe rendre dans
la Capitale, loin de laquelle on s'imaginoit
par un faux préjugé, qu'il n'étoit pas poffible
de mettre au jour quelque chofe qui fûr
digne de paroître ! ..
M. D. F. M. examine quelles étoient
les fources de cette prévention fatale , &
en affigne trois principales ; le chagrin de
manquer , dans la Province , d'équitables &
de fages critiques , que l'on pût familiérement
confulter fur fes effais ; le défagrément
de produire de bonnes chofes , fans
avoir d'approbateurs , dans des lieux où les
hommes capables de juger demeuroient
ifolés dans leurs cabinets , & de ne trouDECEMBRE.
1755. 199
ver dans le refte des Citoyens que des ames
infenfibles aux fruits de leurs veilles ....
L'établiſſement des Sociétés Littéraires
dans les Villes les plus confidérables des
Provinces lui paroît avoir levé tous les obftacles
que la distance de la Capitale oppofoit
au progrès des beaux Arts. Il entre
dans le détail des avantages que l'on retire
tous les jours de ces fortes d'établiſſemens,
ce qui le conduit naturellement à l'éloge
de l'Académie Françoife , qu'il nomme
avec autant de juftice que de vérité , la
Reine des Académies ..... Une comparaifon
délicate , heureufement amenée , fournit
à M. D. F. M. l'occafion de marquer fon attachement
au premier Tribunal du Royaume
par un éloge bien mérité de ce Sénat
par excellence.... Nous voudrions pouvoir
communiquer à nos lecteurs toutes les
beautés de ce morceau . Nous terminerons
cet extrait par l'éloge du Prince , Protec
teur.... » Scipion à la guerre , le laurier de.
» Mars le couronne ; Scipion pendant la
paix , il honore les Térences de fon ef-
" time , de fes confeils & de fon amitié....
Parlant enfuite de la réception de ce Prince
à l'Académie Françoife , M. D. F. M. dit.
que cet événement doit être à jamais écrit .
en lettres d'or ; événement qui comble
ود
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'honneur , non feulement les Académiciens
vivans , mais dont l'éclat rétroactif
réjaillir fur ceux mêmes qui ont payé le
fatal tribut à la nature.... & c.
A la fuite de ce difcours étoit une ode ,
tirée du Pleaume 45. Deus nofter refugium
& virtus , adjutor in tribulationibus...
M. l'Abbé Suicer , Licencié ès Loix ,
chargé de répondre à ce difcours , fir l'éloge
du nouveau récipiendaire. Nous allons
tranfcrire les principaux traits de ce
morceau, qui nous a paru vrai &bien frappé.
» Où vit - on un génie plus heureux &
» plus fécond , une imagination plus brillante
& plus ornée ? Beauté dans les
» images ; délicateffe dans les fentimens ;
» finelle dans les expreffions.... Quel genre
savez-vous effayé qui n'ait réuffi entre
» vos mains ? .... Perfonne n'écrivit avec
plus de force , ne badina avec plus d'efprit
, ne conta avec plus de légereté....
» L'empreffement que le public a marqué
pour vos ouvrages , à mefure qu'ils
voyoient le jour , n'a rien qui doive fur-
» prendre : il étoit l'effet de ce goût pour
»la belle nature , qui fe trouve toute en-
» tiere avec fes graces naïves dans ces pro-
→ductions admirables , dignes d'un fiecle
plus équitable ou moins prévenu .
DECEMBRE. 1755. 201.
M. l'Abbé Suicer caractériſe enfuite les
Ouvrages qui ont paru fous le nom de
Mile Malerais Delavigne : « Vos charman-
» tes hirondelles ont pris leur vol en
" 1730 ( 1 ) , & fur leurs aîles legeres ont
porté dans toute l'Europe fçavante la réputation
juftement méritée de celui qui
» leur avoit donné l'être....
M. Culoteau de Velie , Avocat du Roi
au Préfidial , Directeur , a lu un difcours
fur l'abus des talens ; fon ouvrage eft divifé
en deux parties : dans la premiere , if
examine quelle peut être la fource de ces
abus , & croit la trouver dans l'amourpropre
& la cupidité : l'un gâte l'efprit ,
l'autre corrompt le coeur ; le premier diminuant
à fes yeux ( de l'homme ) l'idée
de fes propres défauts , augmente en mê
me-tems celle de fon mérite ; la feconde
le foumet à l'empire des paffions : de l'un
naiffent la folle vanité , l'ambition , Penvie
, &c ; de l'autre l'intempérance , la
diffipation , la débauche , &c ; de toutes
les deux fuit la perte de l'homme entier.
M. D. V. parcourt quelques états de la
vie : il y découvre divers abus des talens .
Comme fon deffein eft moins d'entrer dans
(1 ) L'Idylle des hirondelles a été imprimée dans
le Mercure de France , Décembre 1730 , 1 vol. g.
2577
I iv
202 MERCURE DE FRANCE.
un détail fuivi , que de chercher les moyens
de les prévenir , ou d'y remédier ; il effaye
de les déterminer dans la feconde partie.
D'abord il confidere l'homme dans les premieres
années de fa jeuneffe , dans ces
tems heureux où l'efprit cherche à connoître
, & le coeur commence à défirer : invefti
par une multitude d'objets , également
nouveaux & inconnus , peut - être
dangereux , M. D. V. reconnoît qu'un
guide feroit bien utile à l'homme pour
éclairer fon ignorance , former fon goût ,
diriger fes pas incertains.... Il demande ce
guide rempli de zéle.... Il veut qu'il réuniffe
les qualités du coeur aux dons de l'efprit....
M. D. V. confidere enfuite l'homme plus
avancé en âge : dans la fuppofition que les
paffions auront pris le deffus : il indique
trois moyens pour rétablir tout dans l'ordre
: » Aimer la vérité , étudier la fageffe ,
» & chercher dans la fociété des gens de
» bien les fecours néceffaires pour arriver
plus furement à la connoiffance de l'une
» & de l'autre. »> M. D. V. prouve la néceffité
de ces trois points par des exemples
tirés de l'histoire , & par des autorités ref,
pectables.
M. Dupré d'Aulnay , ancien Commiffaire
des Guerres , Chevalier de l'Ordre
DECEMBRE. 1755. 203
de Chriſt , de la Société Littéraire d'Arras ,
lut un Mémoire fur l'écoulement de la matiere
fubtile dans le fer & dans l'aimant
par lequel il combat le fyftême de Descartes,
& de quelques Phyficiens qui l'ont fuivi ,
& qui attribuent la détermination de cet
écoulement dans le fer à des poils qu'ils
fuppofent exiſter dans ce métal , &c. Il explique
de quelle maniere les émanations
du foleil & de l'air fubtil agiffent fur les
corps mols ou folides ; il réfute la prétention
de ceux qui foutiennent que la ma
tiere magnétique fe meut avec plus de facilité
dans le fer que dans l'air , & rapporte
diverfes propriétés de la matiere univerfelle
connue fous différentes dénominations
d'air fubil , d'éther , de matiere
électrique , &c. Sur tous ces articles , l'Auteur
entre dans une infinité de détails phyfiques
qu'il n'eft guere poffible d'abréger.
M. Navier , Docteur en Médecine , Affocié-
Correfpondant de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , toujours occupé de
recherches utiles , a lu une differtation
fur le danger des exhumations en général ,
& en particulier fur celle que Pon fe propofoit
de faire des cadavres qui repofent
dans le cimetiere ( 1 ) de la Paroiffe de
S. Alpin de Châlons.
(1 ) On avoit formé le projet d'agrandir la
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Ce Mémoire a deux parties ; dans la
premiere M. N. établit les différens degrés
de corruption que parcourent fucceffivement
les corps des animaux deftitués de
vie , & qui doivent les conduire à une
deftruction totale . De ces principes il conclud
que le monftrueux mêlange qui réfulte
de la putréfaction , venant à s'élever
fous la forme d'exhalaifons infectes ,
& pouvant atteindre jufqu'à l'intérieur
des organes tendres & délicats des corps
animés , il y porteroit infailliblement la
deftruction... Ces exhalaifons fe tranfmettroient
plus ou moins à tous ceux qui ſe
trouveroient dans cette atmoſphere ... Nos
liqueurs une fois imprégnées de ces parties
virulentes,ne s'en dépouilleroient qu'avec
peine , & plufieurs fuccomberoient ,
malgré les efforts redoublés que la nature
Place qui eft devant l'Hôtel de Ville, par le retranchement
du Cimetiere de S. Alpin , qui en occupe
une bonne partie . On devoit transporter incelfamment
les cadavres de ce cimetiere dans un autre
également au coeur de la Ville . M. N averti
des préparations que l'on faifoit à cet effet , & prévoyant
les fâcheux accidens auxquels la Ville alloit
être expofée par une exhumation auffi précipitée
, car il y avoit à peine dix-huit mois que
l'on ceffoit d'y enterrer , fe propofa de faire
connoître les funeftes effets qui alloient en réfalter.
DECEMBRE . 1755. 205
pourroit faire pour fecouer le joug d'un
ennemi auffi redoutable.... Le malheur qui
en réfulteroit , ne fe borneroit pas feulement
au court efpace de temps pendant
lequel l'air fe trouveroit alteré. Une partie
des miafmes corrupteurs
qui fe feroient
gliffés dans les corps vivans , y
pourroient féjourner fort long- temps , en
fe tranfmettant
des uns aux autres , ou
même en s'y tenant comme cachés pendant
un certain temps , avant que d'y exercer
leur fureur....
M. N. obferve qu'en telle circonftance
le poifon fe gliffe dans les corps par plus
d'une voie .... Les pores cutanés , la refpiration
, les nourritures , &c , font autant de
moyens qui en facilitent l'introduction ....
Un intervalle de dix huit à vingt mois ne
lui paroît pas un temps fuffifant pour confumer
tous les cadavres d'un cimetiere ,
& pour laiffer aux parties corrompues
dont la terre eft pénétrée , le loifir de
fe diffiper ou de changer entierement de
nature , en reprenant leurs premieres formes
& principes....
Il le prouve , 1 ° . par l'exhumation des
cadavres d'un cimetiere ( 1 ) de Châlons,
,
(1 ) Le cimetiere , dit De la Madeleine , appartenant
à l'Hôtel-Dieu . Cette exhumation fe fit en
1724.
Z06 MERCURE DE FRANCE.
lefquels , quoiqu'au bout de quatre ans
au moins , ne fe trouverent cependant pas
à beaucoup près confumés , exhalant encore
une odeur fi infecte , que l'on avoit
peine d'y réfifter , malgré la quantité d'encens
que l'on brûloit. 2 °. Par le rapport de
différens foffoyeurs , qui tous affurent ,
d'après l'expérience , qu'il y auroit danger
d'ouvrir les tombeaux avant quatre ans.
Il en eft même , ajoute M. N. qui ont
obfervé que la pluie confervoit les corps
morts. 3 °. Par le récit d'un fait , dont luimême
a été témoin tout récemment. Un
foffoyeur , en creufant une foffe ( 1 ) , lui
a fait voir les débris de trois cadavres qui
étoient l'un fur l'autre , encore tous chargés
de fubftance charnue , de cheveux &
d'entrailles , quoiqu'il y eut vingt ans que
le premier étoit inhumé , le ſecond onze
ans , & le troifieme huit.
Dans la feconde partie , M. N. propoſe
les moyens qu'il juge les plus propres pour
garantir de la contagion prefque inévitable
, ceux qui font exposés au mauvais
air des exhumations . Il confeille de les differer
le plus qu'il eft poffible , comme le
(1 ) Dans l'Eglife Collégiale & Paroiffiale de
Notre Dame en Vaux , le foffoyeur avoit été
obligé de quitter plufieurs fois l'ouvrage pour
aller refpirer un nouvel air.
DECEMBRE. 1755. 207
moyen le plus fûr. Si une néceflité extrê
me ne permet aucun délai , il faut prendre
des précautions . La premiere , & une
des plus effentielles , confifte à faire dans
les cimetieres plufieurs petites tranchées ,
que l'on remplira de chaux- vive , fur laquelle
on aura foin de jetter beaucoup
d'eau . L'eau imprégnée des particules
ignées & abforbantes de la chaux , pénétreront
la terre & les reftes des cadavres dont
elles détruiront les miafmes corrupteurs ,
en tout ou en partie .... Réiterer cette opération
plus ou moins , felon la quantité
& l'état des cadavres.... Employer toujours
de la chaux nouvelle , & fort chargée
de parties de feu... 2 °. Choifir pour
l'exhumation , le temps le plus froid de
l'année , celui où le vent du Nord
regnera
le plus.... 3 ° . Allumer de grands feux autour
du cimetiere .... tirer du canon , ou
faire détonner au moins trois ou quatre
fois par jour , tout autre inftrument chargé
de poudre fulminante.... Ces derniers
moyens , dit M. N. ont la propriété de
corriger & de détruire efficacement les
exhalaifons putrides . dont l'atmoſphere
pourroit encore fe trouver chargée ; d'accélerer
les courans de l'air , &c. ( 1 )
•
J
(1) Meffieurs les Officiers municipaux , fur les
représentations qui leur ont été faites par M. N
208 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui fouhaiteront connoître plus à
fonds l'excellence de ces moyens pour les
temps de contagion , peuvent confulter
un ouvrage que M. N. a donné au Public
en 1753 , où il développe le méchanifme,
par lequel ils operent des effets fi prompts
& fi falutaires. Il fe trouve à Paris , chez
Cavelier , rue faint Jacques , au lys d'or.
L'ufage d'enterrer dans les Eglifes , &
d'expofer les offemens de corps morts dans
des Charniers , a donné lieu à M. Navier
de faire des obfervations fur ce double
abus. Dans un fecond mémoire qui est une
fuite du précedent , il s'éleve avec raifon
contre les inhumations dans les Eglifes ,
que l'on permet trop fréquemment , furtout
à Châlons , fous le fpécieux prétexte
de quelque profit qui en revient aux Fabriques.
Il obferve que les enterremens
dans les Eglifes n'ont point été permis
avant le neuvieme fiecle ; que depuis
qu'ils ne font plus défendus , ils ont toujours
occafionné des accidens très -fâcheux.
Il en rapporte quelques-uns , tant anciens
que nouveaux, arrivés à Châlons, à Montpellier,
à Paris , dans les Royaumes étrangers
, &c. Les terres que l'on remue , en
creufant de nouvelles foffes dans les Egli-
, ont ordonné fur le champ de difcontinuer le re
muement des terres du cimetiere de S. Alpin.
DECEMBRE. 1755. 209.
fes, fe trouvant imprégnées d'une grande
quantité de parties corrompues que les
cadavres y ont tranfmis ; il n'eft pas étonnant
qu'il en résulte des effets auffi funeftes....
Si les corps des animaux deftitués
de vie , abandonnés en plein air , occafionnent
fouvent des maladies contagieufes
, quoique l'air libre où ils fe trouvent
expofés , enleve & balaye , pour ainfi dire
continuellement les miafmes putrides qui
s'élevent de ces cadavres , à meſure qu'ils
fe corrompent , que n'y- a- t'il pas à craindre
dans les Eglifes où l'on enterre beaucoup
de monde ? .... Ce font ces parties:
empoifonnées , dont la terre fe trouve imprégnée
, qui ont caufé la mort à une in-.
finité de folloyeurs , en ouvrant des terreins
où même il ne fe trouvoit aucuns:
veftiges de cadavres.... C'eft auffi la raiſon
pour laquelle ils ne peuvent creufer une
foffe qu'en plufieurs reprifes. Interrogezles
, dit M. N. ils vous répondront qu'ils
ſe ſentent comme fuffoqués , lorfqu'ils y
reftent long- temps.... Cet Académicien
attribue , avec Ramazzini , la courte du
rée de leur vie, aux vapeurs infectées qu'ils
reſpirent.
Pour remedier à cet abus , le moyen le
plus efficace , felon M. N. feroit de net
point enterrer dans les Eglifes , ou au210
MERCURE DE FRANCE.
moins de le faire très- rarement. Alors il
recommande d'éteindre beaucoup de chaux
fur les corps , n'y ayant pas de méthode
plus fure pour les détruire promptement ,
fans qu'ils paffent , pour ainfi dire , par
aucun degré de corruption ....
Malgré ces précautions , comme l'air
des Eglifes pourroit toujours être un peu
alteré, M. N. propoſe un moyen bien fimple
pour lui rendre toute fa pureté ; moyen
qui a été indiqué dans les Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
vol. 1748 , pour renouveller l'air des Hôpitaux
: ce feroit de pratiquer des jours
vers les voûtes , à certaines diſtances , en
détachant quelques carreaux de vitres les
plus elevés. Ces petites ouvertures , qui ne
pourroient donner beaucoup de froid ,
procureroient à l'air extérieur une libre
communication avec l'intérieur.
M. N. n'approuve point l'établiſſement
des Charniers. Il nous apprend un fait qui
mérite quelque attention . J'ai fouvent été,
dit-il , vifiter les Charniers dans les divers
endroits où j'ai fait quelque réfidence, & j'y
ai toujours vu des os ( 1 ) chargés de parties
(1) Nous fommes en état de confirmer la vérité
de ce récit , par un autre fait , qui a eu pour
témoin une perfonne de grande confidération.
Elle a vu dans un charnier une tête de mort ,
dont la cervelle dégoutoit encore,
DECEMBRE. 1755 .
21T
charnues & corrompues
.... Ne devroit- on
pas remédier à un tel abus , & défendre ,
fous des peines exemplaires
, d'expofer en
plein air les offemens des cadavres , qui
peuvent toujours l'alterer par des exhalaifons
mal-faifantes , quand bien même ils
ne feroient point chargés de parties charnues....
On ne peut veiller avec trop de
foin à entrenir l'air dans toute fa pureté,
puifque la vie & la fanté en dépendent....
M. N. conclud à la fuppreffion
& deftruction
des Charniers , qui lui paroiffent plus
nuifibles qu'utiles : il defireroit qu'on obligeât
les foffoyeurs à remettre en terre tous
les offemens qu'ils pourroient
trouver en
creufant les foffes....
Nous nous fommes un peu étendus fur
cés deux Mémoires , à caufe de l'importance
des matieres qui y font traitées. Il
feroit à fouhaiter , pour le bien de l'humanité,
que le miniftere public entrât dans
les fages vues de l'Auteur .
M. Viallet , l'un des Ingenieurs
de la
Province, & Membre de la Société , lut
des remarques fur la divifibilité de la matiere
, relatives au fyftême de Needham ,
dans fes obfervations
microfcopiques
; cetre
differtation
, qui eft toute en calculs &
dimenfions
, n'eft pas fufceptible d'extrait.
M. Meunier , Avocat en Parlement
212 MERCURE DE FRANCE.
dans une fuite de réflexions fut la mort ,
s'attacha à montrer l'aveuglement des
hommes qui vivent comme s'ils ne devoient
jamais mourir ; & après avoir fait
connoître , par une expofition touchante
de ce que nous voyons arriver tous les
jours , que la force du tempérament & la
bonté de la complexion ne font point des
titres fur lefquels on puiffe fe promettre
une longue vie , il examina ces deux importantes
queſtions : « Pourquoi dans le mon
» de on a tant de foin d'écarter la pensée
» de la mort ; & pourquoi , tandis que
tout paffe dans la nature , l'homme feul
voudroit toujours demeurer. »
M. l'Abbé Suicer a lu des réflexions en
vers fur le peu de fruit qu'operent aujourd'hui
les Prédications. Il en attribue la
caufe , & au Miniftre qui cherche moins
à convertir, qu'à fe faire un nom ; & aux
Auditeurs , que l'habitude & la curiofité
menent fouvent à l'Eglife , plutôt que le
defir de l'inftruction .
Nous terminerons ce Programme par
l'extrait d'un difcours fur la Calomnie ,
envoyé par M. de la Motte-Conflans ,
Avocat , l'un des Affociés externes.
Le fameux Tableau dans lequel Apelle
repréſenta les attributs de la calomnie , a
fourni la matiere & l'idée de ce difcours.
DECEMBRE. 1755. 213
Voici la defcription que M. D. L. M. C.
fait de la calomnie , d'après ce chef- d'oeuvre
de la Peinture : « L'envie eft preſque
toujours fon motif. La flatterie eft un
reffort qu'elle fait jouer avec le plus funefte
fuccès. Elle porte le feu de la difcorde
, & facrifie la trop foible innocence
avec une fureur impitoyable . C'eſt
» à la crédulité qu'elle s'adreffe : la crédulité
eft la fille de l'ignorance , & l'ignorance
fe livre facilement aux impreffions
du foupçon . Cependant la vérité
» cherche à fe faire jour ; elle s'avance à
lents , & fait marcher le trifte repentir
à la fuite de la calomnie...."
و ر
pas
M. D. L. M. C. ne fe borne point à une
ftérile admiration de ce célebre morceau :
la morale lui fournit des traits lumineux ,
& des leçons utiles pour tous les Etats.
Le Sage regarde la calomnie comme un
avis falutaire qui lui indique les vices
qu'il doit éviter , & le mérite calomnié
acquiert un nouveau luftre... Ces deux réflexions
, dit M. D. L. M. C. fuffifent pour
nous mettre au- deffus des traits d'une fatyre
injufte .... Il s'applique à les développer
dans le cours de fon ouvrage. Nous
ne le fuivrons pas dans fa marche , nous
nous contenterons feulement de copier ici
quelques-unes de ces réflexions.
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe faifit toutes les inftructions
avec empreffement . L'amertume qui
les accompagne, ne peut l'effrayer , c'eſt à
la perfection qu'il tend : aucun obſtacle
n'eft capable de le détourner de fon objet.
Une prudente diffimulation & la perfévérance
dans le bien ; telles font les armes
qu'il oppofe à la calomnie .... Cette
leçon eft de pratique.
Le fouffle de la calomnie ne peut jamais
éteindre le flambeau de la vérité , qui fans
ceffe éclaire les démarches de la vertu.
Que le menfonge , pour frapper des coups
plus violens , épuile toutes fes odieufes
reffources , ils viendront tôt ou tard ces
temps heureux , où l'impofture fera forcée
de rendre hommage à la vérité.…... Ceci eſt
la confolation de l'innocence.
En finiffant fa differtation , M. de la
Motte-Conflans obſerve qu'il eft furprenant
que parmi tant de Peintres célebres ,
qui ont fleuri depuis deux fiecles , aucun
n'ait tenté de faire revivre le tableau d'Apelle.
De la Société Littéraire de Châlons
fur Marne.
A Société littéraire ouvrit fes féances
Lpar la lecture du remerciement , envoyé
par M. Desforges- Maillard , l'un de
fes Allociés externes.
Ce difcours eft le fruit du zéle que le
nouvel afſocié a toujours fait paroître pour
le progrès des Sciences & des Lettres , dont
l'utilité eft attaquée dans certains ouvrages
enfantés de nos jours par l'amour de
la fingularité , & par l'envie de paroître.....
M. D. F. M. examine les différens paradoxes
, qui tour à tour ont occupé la ſcene ,
& il expofe avec jufteffe & préciſion ce que
nous devons aux fciences , dont l'origine
a été celle des Arts & de l'induftrie , & aux
Lettres qui font la clef des fciences ....
En vain , pour foutenir une opinion
bizarre , allegue -t'on les abus occafionnés
par les oeuvres de la dépravation du coeur.
M. D. F. M. répond que des abus particuliers
il n'eft pas permis de tirer des conféquences
générales .... J'aimerois autant
qu'on avançat que la création du feu eft
DECEMBRE 1755. 197
pernicieufe , parce qu'il dépend d'un fou
de fe précipiter dans les flammes , & que
le feu venant à manquer à la malice hu
maine, il n'y auroit plus d'incendiaires, &c .
M. D. F. M. paffe à l'examen d'une autre
thefe. Comme une erreur fe renouvelle
ordinairement dans une autre , j'ai vu ,
dit-il , mettre en problême fi la multipli
cité des Académies ne feroit point un jour
la perte des talens.... N'eft- ce pas la même
chofe que fi l'on s'avifoit de dire qu'il feroit
dangereux peut- être que la plûpare
des hommes recherchâffent la vertu , parce
que la poffeffion en devenant trop commune
, il n'y auroit plus de gloire à devenir
vertueux ?
Après avoir fait fentir que ces chimériques
fyftêmes ont pris naiffance chez les
uns dans l'ambition & le défefpoir de parvenir
à la fupériorité littéraire , & chez
les autres dans l'ennui que leur caufe l'étude,
... il déplore le malheur de ces aveugles
nés , qui ne devant jamais voir la lumiere
, voudroient pouvoir l'éteindre de
leur fouffle pour tout le genre humain.
Pour réfoudre ce fecond problême , M.
D. F. M. avance avec vérité
avec vérité que les
Capitales des Royaumes ne font pas les
feuls endroits du monde où il foit permis
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
d'être fçavant & d'avoir de l'efprit.... Il eſt
de tous les païs , de tous les tems , de tous
les fexes , de toutes les conditions..... I
parle toutes les langues , & fructifie partout
où il eft cultivé.... D'où il conclud
que la multiplicité des Académies , loin
de pouvoir nuire aux talens , les éleve au
contraire , les encourage , & les multiplie....
Combien en voyons- nous éclorre ;
qui fe fuffent ignorés eux - mêmes , s'ils
ne s'étoient réveillés au bruit flateur de l'émulation
excitée par la gloire prochaine !
Combien de fçavans fe fuffent ensevelis
dès leur naiffance , privés par la fortune
des fecours néceffaires pour fe rendre dans
la Capitale, loin de laquelle on s'imaginoit
par un faux préjugé, qu'il n'étoit pas poffible
de mettre au jour quelque chofe qui fûr
digne de paroître ! ..
M. D. F. M. examine quelles étoient
les fources de cette prévention fatale , &
en affigne trois principales ; le chagrin de
manquer , dans la Province , d'équitables &
de fages critiques , que l'on pût familiérement
confulter fur fes effais ; le défagrément
de produire de bonnes chofes , fans
avoir d'approbateurs , dans des lieux où les
hommes capables de juger demeuroient
ifolés dans leurs cabinets , & de ne trouDECEMBRE.
1755. 199
ver dans le refte des Citoyens que des ames
infenfibles aux fruits de leurs veilles ....
L'établiſſement des Sociétés Littéraires
dans les Villes les plus confidérables des
Provinces lui paroît avoir levé tous les obftacles
que la distance de la Capitale oppofoit
au progrès des beaux Arts. Il entre
dans le détail des avantages que l'on retire
tous les jours de ces fortes d'établiſſemens,
ce qui le conduit naturellement à l'éloge
de l'Académie Françoife , qu'il nomme
avec autant de juftice que de vérité , la
Reine des Académies ..... Une comparaifon
délicate , heureufement amenée , fournit
à M. D. F. M. l'occafion de marquer fon attachement
au premier Tribunal du Royaume
par un éloge bien mérité de ce Sénat
par excellence.... Nous voudrions pouvoir
communiquer à nos lecteurs toutes les
beautés de ce morceau . Nous terminerons
cet extrait par l'éloge du Prince , Protec
teur.... » Scipion à la guerre , le laurier de.
» Mars le couronne ; Scipion pendant la
paix , il honore les Térences de fon ef-
" time , de fes confeils & de fon amitié....
Parlant enfuite de la réception de ce Prince
à l'Académie Françoife , M. D. F. M. dit.
que cet événement doit être à jamais écrit .
en lettres d'or ; événement qui comble
ود
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
d'honneur , non feulement les Académiciens
vivans , mais dont l'éclat rétroactif
réjaillir fur ceux mêmes qui ont payé le
fatal tribut à la nature.... & c.
A la fuite de ce difcours étoit une ode ,
tirée du Pleaume 45. Deus nofter refugium
& virtus , adjutor in tribulationibus...
M. l'Abbé Suicer , Licencié ès Loix ,
chargé de répondre à ce difcours , fir l'éloge
du nouveau récipiendaire. Nous allons
tranfcrire les principaux traits de ce
morceau, qui nous a paru vrai &bien frappé.
» Où vit - on un génie plus heureux &
» plus fécond , une imagination plus brillante
& plus ornée ? Beauté dans les
» images ; délicateffe dans les fentimens ;
» finelle dans les expreffions.... Quel genre
savez-vous effayé qui n'ait réuffi entre
» vos mains ? .... Perfonne n'écrivit avec
plus de force , ne badina avec plus d'efprit
, ne conta avec plus de légereté....
» L'empreffement que le public a marqué
pour vos ouvrages , à mefure qu'ils
voyoient le jour , n'a rien qui doive fur-
» prendre : il étoit l'effet de ce goût pour
»la belle nature , qui fe trouve toute en-
» tiere avec fes graces naïves dans ces pro-
→ductions admirables , dignes d'un fiecle
plus équitable ou moins prévenu .
DECEMBRE. 1755. 201.
M. l'Abbé Suicer caractériſe enfuite les
Ouvrages qui ont paru fous le nom de
Mile Malerais Delavigne : « Vos charman-
» tes hirondelles ont pris leur vol en
" 1730 ( 1 ) , & fur leurs aîles legeres ont
porté dans toute l'Europe fçavante la réputation
juftement méritée de celui qui
» leur avoit donné l'être....
M. Culoteau de Velie , Avocat du Roi
au Préfidial , Directeur , a lu un difcours
fur l'abus des talens ; fon ouvrage eft divifé
en deux parties : dans la premiere , if
examine quelle peut être la fource de ces
abus , & croit la trouver dans l'amourpropre
& la cupidité : l'un gâte l'efprit ,
l'autre corrompt le coeur ; le premier diminuant
à fes yeux ( de l'homme ) l'idée
de fes propres défauts , augmente en mê
me-tems celle de fon mérite ; la feconde
le foumet à l'empire des paffions : de l'un
naiffent la folle vanité , l'ambition , Penvie
, &c ; de l'autre l'intempérance , la
diffipation , la débauche , &c ; de toutes
les deux fuit la perte de l'homme entier.
M. D. V. parcourt quelques états de la
vie : il y découvre divers abus des talens .
Comme fon deffein eft moins d'entrer dans
(1 ) L'Idylle des hirondelles a été imprimée dans
le Mercure de France , Décembre 1730 , 1 vol. g.
2577
I iv
202 MERCURE DE FRANCE.
un détail fuivi , que de chercher les moyens
de les prévenir , ou d'y remédier ; il effaye
de les déterminer dans la feconde partie.
D'abord il confidere l'homme dans les premieres
années de fa jeuneffe , dans ces
tems heureux où l'efprit cherche à connoître
, & le coeur commence à défirer : invefti
par une multitude d'objets , également
nouveaux & inconnus , peut - être
dangereux , M. D. V. reconnoît qu'un
guide feroit bien utile à l'homme pour
éclairer fon ignorance , former fon goût ,
diriger fes pas incertains.... Il demande ce
guide rempli de zéle.... Il veut qu'il réuniffe
les qualités du coeur aux dons de l'efprit....
M. D. V. confidere enfuite l'homme plus
avancé en âge : dans la fuppofition que les
paffions auront pris le deffus : il indique
trois moyens pour rétablir tout dans l'ordre
: » Aimer la vérité , étudier la fageffe ,
» & chercher dans la fociété des gens de
» bien les fecours néceffaires pour arriver
plus furement à la connoiffance de l'une
» & de l'autre. »> M. D. V. prouve la néceffité
de ces trois points par des exemples
tirés de l'histoire , & par des autorités ref,
pectables.
M. Dupré d'Aulnay , ancien Commiffaire
des Guerres , Chevalier de l'Ordre
DECEMBRE. 1755. 203
de Chriſt , de la Société Littéraire d'Arras ,
lut un Mémoire fur l'écoulement de la matiere
fubtile dans le fer & dans l'aimant
par lequel il combat le fyftême de Descartes,
& de quelques Phyficiens qui l'ont fuivi ,
& qui attribuent la détermination de cet
écoulement dans le fer à des poils qu'ils
fuppofent exiſter dans ce métal , &c. Il explique
de quelle maniere les émanations
du foleil & de l'air fubtil agiffent fur les
corps mols ou folides ; il réfute la prétention
de ceux qui foutiennent que la ma
tiere magnétique fe meut avec plus de facilité
dans le fer que dans l'air , & rapporte
diverfes propriétés de la matiere univerfelle
connue fous différentes dénominations
d'air fubil , d'éther , de matiere
électrique , &c. Sur tous ces articles , l'Auteur
entre dans une infinité de détails phyfiques
qu'il n'eft guere poffible d'abréger.
M. Navier , Docteur en Médecine , Affocié-
Correfpondant de l'Académie Royale
des Sciences de Paris , toujours occupé de
recherches utiles , a lu une differtation
fur le danger des exhumations en général ,
& en particulier fur celle que Pon fe propofoit
de faire des cadavres qui repofent
dans le cimetiere ( 1 ) de la Paroiffe de
S. Alpin de Châlons.
(1 ) On avoit formé le projet d'agrandir la
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Ce Mémoire a deux parties ; dans la
premiere M. N. établit les différens degrés
de corruption que parcourent fucceffivement
les corps des animaux deftitués de
vie , & qui doivent les conduire à une
deftruction totale . De ces principes il conclud
que le monftrueux mêlange qui réfulte
de la putréfaction , venant à s'élever
fous la forme d'exhalaifons infectes ,
& pouvant atteindre jufqu'à l'intérieur
des organes tendres & délicats des corps
animés , il y porteroit infailliblement la
deftruction... Ces exhalaifons fe tranfmettroient
plus ou moins à tous ceux qui ſe
trouveroient dans cette atmoſphere ... Nos
liqueurs une fois imprégnées de ces parties
virulentes,ne s'en dépouilleroient qu'avec
peine , & plufieurs fuccomberoient ,
malgré les efforts redoublés que la nature
Place qui eft devant l'Hôtel de Ville, par le retranchement
du Cimetiere de S. Alpin , qui en occupe
une bonne partie . On devoit transporter incelfamment
les cadavres de ce cimetiere dans un autre
également au coeur de la Ville . M. N averti
des préparations que l'on faifoit à cet effet , & prévoyant
les fâcheux accidens auxquels la Ville alloit
être expofée par une exhumation auffi précipitée
, car il y avoit à peine dix-huit mois que
l'on ceffoit d'y enterrer , fe propofa de faire
connoître les funeftes effets qui alloient en réfalter.
DECEMBRE . 1755. 205
pourroit faire pour fecouer le joug d'un
ennemi auffi redoutable.... Le malheur qui
en réfulteroit , ne fe borneroit pas feulement
au court efpace de temps pendant
lequel l'air fe trouveroit alteré. Une partie
des miafmes corrupteurs
qui fe feroient
gliffés dans les corps vivans , y
pourroient féjourner fort long- temps , en
fe tranfmettant
des uns aux autres , ou
même en s'y tenant comme cachés pendant
un certain temps , avant que d'y exercer
leur fureur....
M. N. obferve qu'en telle circonftance
le poifon fe gliffe dans les corps par plus
d'une voie .... Les pores cutanés , la refpiration
, les nourritures , &c , font autant de
moyens qui en facilitent l'introduction ....
Un intervalle de dix huit à vingt mois ne
lui paroît pas un temps fuffifant pour confumer
tous les cadavres d'un cimetiere ,
& pour laiffer aux parties corrompues
dont la terre eft pénétrée , le loifir de
fe diffiper ou de changer entierement de
nature , en reprenant leurs premieres formes
& principes....
Il le prouve , 1 ° . par l'exhumation des
cadavres d'un cimetiere ( 1 ) de Châlons,
,
(1 ) Le cimetiere , dit De la Madeleine , appartenant
à l'Hôtel-Dieu . Cette exhumation fe fit en
1724.
Z06 MERCURE DE FRANCE.
lefquels , quoiqu'au bout de quatre ans
au moins , ne fe trouverent cependant pas
à beaucoup près confumés , exhalant encore
une odeur fi infecte , que l'on avoit
peine d'y réfifter , malgré la quantité d'encens
que l'on brûloit. 2 °. Par le rapport de
différens foffoyeurs , qui tous affurent ,
d'après l'expérience , qu'il y auroit danger
d'ouvrir les tombeaux avant quatre ans.
Il en eft même , ajoute M. N. qui ont
obfervé que la pluie confervoit les corps
morts. 3 °. Par le récit d'un fait , dont luimême
a été témoin tout récemment. Un
foffoyeur , en creufant une foffe ( 1 ) , lui
a fait voir les débris de trois cadavres qui
étoient l'un fur l'autre , encore tous chargés
de fubftance charnue , de cheveux &
d'entrailles , quoiqu'il y eut vingt ans que
le premier étoit inhumé , le ſecond onze
ans , & le troifieme huit.
Dans la feconde partie , M. N. propoſe
les moyens qu'il juge les plus propres pour
garantir de la contagion prefque inévitable
, ceux qui font exposés au mauvais
air des exhumations . Il confeille de les differer
le plus qu'il eft poffible , comme le
(1 ) Dans l'Eglife Collégiale & Paroiffiale de
Notre Dame en Vaux , le foffoyeur avoit été
obligé de quitter plufieurs fois l'ouvrage pour
aller refpirer un nouvel air.
DECEMBRE. 1755. 207
moyen le plus fûr. Si une néceflité extrê
me ne permet aucun délai , il faut prendre
des précautions . La premiere , & une
des plus effentielles , confifte à faire dans
les cimetieres plufieurs petites tranchées ,
que l'on remplira de chaux- vive , fur laquelle
on aura foin de jetter beaucoup
d'eau . L'eau imprégnée des particules
ignées & abforbantes de la chaux , pénétreront
la terre & les reftes des cadavres dont
elles détruiront les miafmes corrupteurs ,
en tout ou en partie .... Réiterer cette opération
plus ou moins , felon la quantité
& l'état des cadavres.... Employer toujours
de la chaux nouvelle , & fort chargée
de parties de feu... 2 °. Choifir pour
l'exhumation , le temps le plus froid de
l'année , celui où le vent du Nord
regnera
le plus.... 3 ° . Allumer de grands feux autour
du cimetiere .... tirer du canon , ou
faire détonner au moins trois ou quatre
fois par jour , tout autre inftrument chargé
de poudre fulminante.... Ces derniers
moyens , dit M. N. ont la propriété de
corriger & de détruire efficacement les
exhalaifons putrides . dont l'atmoſphere
pourroit encore fe trouver chargée ; d'accélerer
les courans de l'air , &c. ( 1 )
•
J
(1) Meffieurs les Officiers municipaux , fur les
représentations qui leur ont été faites par M. N
208 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui fouhaiteront connoître plus à
fonds l'excellence de ces moyens pour les
temps de contagion , peuvent confulter
un ouvrage que M. N. a donné au Public
en 1753 , où il développe le méchanifme,
par lequel ils operent des effets fi prompts
& fi falutaires. Il fe trouve à Paris , chez
Cavelier , rue faint Jacques , au lys d'or.
L'ufage d'enterrer dans les Eglifes , &
d'expofer les offemens de corps morts dans
des Charniers , a donné lieu à M. Navier
de faire des obfervations fur ce double
abus. Dans un fecond mémoire qui est une
fuite du précedent , il s'éleve avec raifon
contre les inhumations dans les Eglifes ,
que l'on permet trop fréquemment , furtout
à Châlons , fous le fpécieux prétexte
de quelque profit qui en revient aux Fabriques.
Il obferve que les enterremens
dans les Eglifes n'ont point été permis
avant le neuvieme fiecle ; que depuis
qu'ils ne font plus défendus , ils ont toujours
occafionné des accidens très -fâcheux.
Il en rapporte quelques-uns , tant anciens
que nouveaux, arrivés à Châlons, à Montpellier,
à Paris , dans les Royaumes étrangers
, &c. Les terres que l'on remue , en
creufant de nouvelles foffes dans les Egli-
, ont ordonné fur le champ de difcontinuer le re
muement des terres du cimetiere de S. Alpin.
DECEMBRE. 1755. 209.
fes, fe trouvant imprégnées d'une grande
quantité de parties corrompues que les
cadavres y ont tranfmis ; il n'eft pas étonnant
qu'il en résulte des effets auffi funeftes....
Si les corps des animaux deftitués
de vie , abandonnés en plein air , occafionnent
fouvent des maladies contagieufes
, quoique l'air libre où ils fe trouvent
expofés , enleve & balaye , pour ainfi dire
continuellement les miafmes putrides qui
s'élevent de ces cadavres , à meſure qu'ils
fe corrompent , que n'y- a- t'il pas à craindre
dans les Eglifes où l'on enterre beaucoup
de monde ? .... Ce font ces parties:
empoifonnées , dont la terre fe trouve imprégnée
, qui ont caufé la mort à une in-.
finité de folloyeurs , en ouvrant des terreins
où même il ne fe trouvoit aucuns:
veftiges de cadavres.... C'eft auffi la raiſon
pour laquelle ils ne peuvent creufer une
foffe qu'en plufieurs reprifes. Interrogezles
, dit M. N. ils vous répondront qu'ils
ſe ſentent comme fuffoqués , lorfqu'ils y
reftent long- temps.... Cet Académicien
attribue , avec Ramazzini , la courte du
rée de leur vie, aux vapeurs infectées qu'ils
reſpirent.
Pour remedier à cet abus , le moyen le
plus efficace , felon M. N. feroit de net
point enterrer dans les Eglifes , ou au210
MERCURE DE FRANCE.
moins de le faire très- rarement. Alors il
recommande d'éteindre beaucoup de chaux
fur les corps , n'y ayant pas de méthode
plus fure pour les détruire promptement ,
fans qu'ils paffent , pour ainfi dire , par
aucun degré de corruption ....
Malgré ces précautions , comme l'air
des Eglifes pourroit toujours être un peu
alteré, M. N. propoſe un moyen bien fimple
pour lui rendre toute fa pureté ; moyen
qui a été indiqué dans les Mémoires de
l'Académie Royale des Sciences de Paris ,
vol. 1748 , pour renouveller l'air des Hôpitaux
: ce feroit de pratiquer des jours
vers les voûtes , à certaines diſtances , en
détachant quelques carreaux de vitres les
plus elevés. Ces petites ouvertures , qui ne
pourroient donner beaucoup de froid ,
procureroient à l'air extérieur une libre
communication avec l'intérieur.
M. N. n'approuve point l'établiſſement
des Charniers. Il nous apprend un fait qui
mérite quelque attention . J'ai fouvent été,
dit-il , vifiter les Charniers dans les divers
endroits où j'ai fait quelque réfidence, & j'y
ai toujours vu des os ( 1 ) chargés de parties
(1) Nous fommes en état de confirmer la vérité
de ce récit , par un autre fait , qui a eu pour
témoin une perfonne de grande confidération.
Elle a vu dans un charnier une tête de mort ,
dont la cervelle dégoutoit encore,
DECEMBRE. 1755 .
21T
charnues & corrompues
.... Ne devroit- on
pas remédier à un tel abus , & défendre ,
fous des peines exemplaires
, d'expofer en
plein air les offemens des cadavres , qui
peuvent toujours l'alterer par des exhalaifons
mal-faifantes , quand bien même ils
ne feroient point chargés de parties charnues....
On ne peut veiller avec trop de
foin à entrenir l'air dans toute fa pureté,
puifque la vie & la fanté en dépendent....
M. N. conclud à la fuppreffion
& deftruction
des Charniers , qui lui paroiffent plus
nuifibles qu'utiles : il defireroit qu'on obligeât
les foffoyeurs à remettre en terre tous
les offemens qu'ils pourroient
trouver en
creufant les foffes....
Nous nous fommes un peu étendus fur
cés deux Mémoires , à caufe de l'importance
des matieres qui y font traitées. Il
feroit à fouhaiter , pour le bien de l'humanité,
que le miniftere public entrât dans
les fages vues de l'Auteur .
M. Viallet , l'un des Ingenieurs
de la
Province, & Membre de la Société , lut
des remarques fur la divifibilité de la matiere
, relatives au fyftême de Needham ,
dans fes obfervations
microfcopiques
; cetre
differtation
, qui eft toute en calculs &
dimenfions
, n'eft pas fufceptible d'extrait.
M. Meunier , Avocat en Parlement
212 MERCURE DE FRANCE.
dans une fuite de réflexions fut la mort ,
s'attacha à montrer l'aveuglement des
hommes qui vivent comme s'ils ne devoient
jamais mourir ; & après avoir fait
connoître , par une expofition touchante
de ce que nous voyons arriver tous les
jours , que la force du tempérament & la
bonté de la complexion ne font point des
titres fur lefquels on puiffe fe promettre
une longue vie , il examina ces deux importantes
queſtions : « Pourquoi dans le mon
» de on a tant de foin d'écarter la pensée
» de la mort ; & pourquoi , tandis que
tout paffe dans la nature , l'homme feul
voudroit toujours demeurer. »
M. l'Abbé Suicer a lu des réflexions en
vers fur le peu de fruit qu'operent aujourd'hui
les Prédications. Il en attribue la
caufe , & au Miniftre qui cherche moins
à convertir, qu'à fe faire un nom ; & aux
Auditeurs , que l'habitude & la curiofité
menent fouvent à l'Eglife , plutôt que le
defir de l'inftruction .
Nous terminerons ce Programme par
l'extrait d'un difcours fur la Calomnie ,
envoyé par M. de la Motte-Conflans ,
Avocat , l'un des Affociés externes.
Le fameux Tableau dans lequel Apelle
repréſenta les attributs de la calomnie , a
fourni la matiere & l'idée de ce difcours.
DECEMBRE. 1755. 213
Voici la defcription que M. D. L. M. C.
fait de la calomnie , d'après ce chef- d'oeuvre
de la Peinture : « L'envie eft preſque
toujours fon motif. La flatterie eft un
reffort qu'elle fait jouer avec le plus funefte
fuccès. Elle porte le feu de la difcorde
, & facrifie la trop foible innocence
avec une fureur impitoyable . C'eſt
» à la crédulité qu'elle s'adreffe : la crédulité
eft la fille de l'ignorance , & l'ignorance
fe livre facilement aux impreffions
du foupçon . Cependant la vérité
» cherche à fe faire jour ; elle s'avance à
lents , & fait marcher le trifte repentir
à la fuite de la calomnie...."
و ر
pas
M. D. L. M. C. ne fe borne point à une
ftérile admiration de ce célebre morceau :
la morale lui fournit des traits lumineux ,
& des leçons utiles pour tous les Etats.
Le Sage regarde la calomnie comme un
avis falutaire qui lui indique les vices
qu'il doit éviter , & le mérite calomnié
acquiert un nouveau luftre... Ces deux réflexions
, dit M. D. L. M. C. fuffifent pour
nous mettre au- deffus des traits d'une fatyre
injufte .... Il s'applique à les développer
dans le cours de fon ouvrage. Nous
ne le fuivrons pas dans fa marche , nous
nous contenterons feulement de copier ici
quelques-unes de ces réflexions.
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe faifit toutes les inftructions
avec empreffement . L'amertume qui
les accompagne, ne peut l'effrayer , c'eſt à
la perfection qu'il tend : aucun obſtacle
n'eft capable de le détourner de fon objet.
Une prudente diffimulation & la perfévérance
dans le bien ; telles font les armes
qu'il oppofe à la calomnie .... Cette
leçon eft de pratique.
Le fouffle de la calomnie ne peut jamais
éteindre le flambeau de la vérité , qui fans
ceffe éclaire les démarches de la vertu.
Que le menfonge , pour frapper des coups
plus violens , épuile toutes fes odieufes
reffources , ils viendront tôt ou tard ces
temps heureux , où l'impofture fera forcée
de rendre hommage à la vérité.…... Ceci eſt
la confolation de l'innocence.
En finiffant fa differtation , M. de la
Motte-Conflans obſerve qu'il eft furprenant
que parmi tant de Peintres célebres ,
qui ont fleuri depuis deux fiecles , aucun
n'ait tenté de faire revivre le tableau d'Apelle.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons sur Marne.
La Société Littéraire de Châlons-sur-Marne a débuté ses séances par la lecture d'un remerciement de M. Desforges-Maillard, un associé externe. Ce discours met en avant l'importance des sciences et des lettres, souvent critiquées par des ouvrages contemporains cherchant la singularité et l'apparence. M. Desforges-Maillard défend l'utilité des sciences et des lettres, soulignant qu'elles sont à l'origine des arts et de l'industrie. Il réfute les arguments basés sur les abus occasionnés par la dépravation du cœur, affirmant qu'il ne faut pas tirer de conclusions générales à partir d'abus particuliers. Il compare cette idée à celle de condamner la création du feu parce qu'il peut causer des incendies. Le discours aborde ensuite la question de la multiplicité des académies, qui ne devrait pas être perçue comme une perte pour les talents. Au contraire, les académies encouragent et multiplient les talents. M. Desforges-Maillard déplore les préjugés qui limitent la reconnaissance des talents en dehors des capitales et souligne que les sociétés littéraires dans les provinces aident à surmonter ces obstacles. L'Abbé Suicer, licencié en lois, a répondu au discours en louant le génie et la fécondité de M. Desforges-Maillard, soulignant sa maîtrise de divers genres littéraires et l'accueil favorable du public à ses œuvres. M. Culoteau de Velie, avocat du roi, a lu un discours sur l'abus des talents, divisé en deux parties. La première examine les sources de ces abus, qu'il trouve dans l'amour-propre et la cupidité. La seconde propose des moyens pour prévenir ou remédier à ces abus, notamment en formant le goût et en dirigeant les pas incertains des jeunes esprits. M. Dupré d'Aulnay a présenté un mémoire sur l'écoulement de la matière subtile dans le fer et l'aimant, réfutant le système de Descartes et de certains physiciens. Il explique les interactions entre les émanations du soleil et de l'air subtil avec les corps mols ou solides. Enfin, M. Navier, docteur en médecine, a lu une dissertation sur les dangers des exhumations, en particulier celle prévue pour le cimetière de la paroisse de Saint-Alpin à Châlons. Il détaille les degrés de corruption des corps et les risques sanitaires associés aux exhalaisons infectes, proposant un délai minimum de quatre ans avant toute exhumation pour éviter les dangers pour la santé publique. M. Navier rapporte que dans l'église collégiale de Notre-Dame en Vaux, des fossoyeurs ont dû quitter leur travail en raison de l'air vicié. Pour prévenir la contagion lors des exhumations, il recommande de les différer autant que possible et, si nécessaire, de prendre des précautions telles que creuser des tranchées remplies de chaux vive et d'eau pour détruire les miasmes corrupteurs. Il suggère également de choisir le temps le plus froid de l'année, d'allumer des feux autour du cimetière et de tirer du canon pour purifier l'air. M. Navier critique l'usage d'enterrer dans les églises, pratique qui a causé des accidents fâcheux. Il observe que cette pratique, interdite avant le neuvième siècle, a été réintroduite pour des raisons financières. Les terres des cimetières, imprégnées de particules corrompues, provoquent des maladies contagieuses. Pour remédier à cet abus, il propose de cesser les inhumations dans les églises ou de les rendre très rares, et de brûler de la chaux sur les corps pour les détruire rapidement. Il recommande également de pratiquer des ouvertures dans les voûtes des églises pour renouveler l'air. M. Navier s'oppose aux charniers, notant que des os chargés de parties charnues y sont souvent trouvés. Il propose de supprimer et détruire les charniers et d'obliger les fossoyeurs à réenterrer les ossements trouvés. Le texte mentionne également d'autres contributions, comme celles de M. Viallet sur la divisibilité de la matière, de M. Meunier sur la mortalité humaine, et de l'abbé Suicer sur l'inefficacité des prédications. Enfin, M. de la Motte-Conflans présente un discours sur la calomnie, inspirée par un tableau d'Apelle, soulignant que la vérité finit toujours par triompher.
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10197
p. 215
MUSIQUE.
Début :
Nous annonçons pour les Amateurs un excellent Recueil de Pieces Françoises [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
Ous annonçons pour les Amateurs
un excellent Recueil de Pieces Frangoifes
& Italiennes , Petits Airs , Brunettes
Menuets , & c. avec des Doubles & Varia-
Lions accommodés pour deux Flûtes traverfieres
, Violons , Par- deffus de Viole ; par M.
Taillart l'aîné , maître de Flute , rue des
Lavandieres
On y trouve auffi beaucoup de morceaux
d'effet & d'exécution , qui font dignes
du nom & du talent de l'Auteur. Ce
Recueil fe vend fix livres chez le fieur
Bayard , rue S. Honoré , à la Regle d'or ;
le fieur Vernadé , rue du Roule , à la
Croix d'or ; & Mademoiſelle Caftagnery,
rue des Prouvaires.
Ous annonçons pour les Amateurs
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& Italiennes , Petits Airs , Brunettes
Menuets , & c. avec des Doubles & Varia-
Lions accommodés pour deux Flûtes traverfieres
, Violons , Par- deffus de Viole ; par M.
Taillart l'aîné , maître de Flute , rue des
Lavandieres
On y trouve auffi beaucoup de morceaux
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du nom & du talent de l'Auteur. Ce
Recueil fe vend fix livres chez le fieur
Bayard , rue S. Honoré , à la Regle d'or ;
le fieur Vernadé , rue du Roule , à la
Croix d'or ; & Mademoiſelle Caftagnery,
rue des Prouvaires.
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Résumé : MUSIQUE.
Le recueil de pièces musicales de M. Taillart l'aîné, maître de flûte, comprend des airs, brunettes, menuets et variations pour deux flûtes traversières, violons et viole. Disponible chez Bayard, Vernadé et Mademoiselle Caftagnery, il contient des morceaux d'effet et d'exécution remarquables. Prix : six livres.
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10198
p. 216
GRAVURE.
Début :
Le sieur Chenu vient de mettre encore au jour une nouvelle Estampe qui a [...]
Mots clefs :
Estampe
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
E fieur Chenu vient de mettre encore
au jour une nouvelle Eftampe qui a
pour titre La Moiffon on l'Eté. Il l'a
gravée d'après le Tableau original de A.
D. Velde , qui fe trouve dans le Cabinet
de fon Ex. Mgr. le Comte de Bruhl , Premier
Miniftre de S. M. le Roi de Pologne,
Electeur de Saxe. Nous croyons qu'elle
mérite l'approbation des Connoiffeurs. On
la vend chez l'Auteur , rue de la Harpe ,
près le paffage des Jacobins , vis- à-vis le
caffé de Condé.
Nous annonçons une autre belle Eftampe
repréfentant Jefus Chrift reffufcité ;
elle eft gravée par Salvador , Penfionnaire
du Roi d'Efpagne , à Paris , d'après le
Tableau de M. Carlo- Vanloo , qu'on voit
dans le Cabinet de M. de Julienne.
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Résumé : GRAVURE.
Deux gravures sont annoncées. La première, 'La Moisson en l'Été', par Chenu d'après van de Velde, appartient au Comte de Bruhl. La seconde, 'Jésus-Christ ressuscité', par Salvador d'après Vanloo, est dans la collection de Monsieur de Julienne. Les gravures sont disponibles à l'achat chez l'auteur, rue de la Harpe.
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10199
p. 217
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont repris Nanine, Comédie en trois Actes de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Voltaire
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Es Comédiens François ont repris
Lanine , Comédie en trois Actes de
M. de Voltaire , qui eft auffi applaudie
qu'elle eft bien jouée. Ils ont remis fucceffivement
au Théâtre la Coupe Enchantée ;
petite piece dont la premiere moitié eft des
plus faillantes , & qui n'avoit pas été jouée
depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard
y eft charmante dans le rôle du jeune homme.
Les mêmes Comédiens fe préparent à
donner inceffamment Aftianax , Tragédie
nouvelle de M. de Châteaubrun . Les voyages
de la Cour ne leur ont pas permis de
reprendre les Troyennes , ni Philoctete du
même Auteur , comme nous l'avions annoncé
d'après leur premier arrangement.
Es Comédiens François ont repris
Lanine , Comédie en trois Actes de
M. de Voltaire , qui eft auffi applaudie
qu'elle eft bien jouée. Ils ont remis fucceffivement
au Théâtre la Coupe Enchantée ;
petite piece dont la premiere moitié eft des
plus faillantes , & qui n'avoit pas été jouée
depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard
y eft charmante dans le rôle du jeune homme.
Les mêmes Comédiens fe préparent à
donner inceffamment Aftianax , Tragédie
nouvelle de M. de Châteaubrun . Les voyages
de la Cour ne leur ont pas permis de
reprendre les Troyennes , ni Philoctete du
même Auteur , comme nous l'avions annoncé
d'après leur premier arrangement.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Les Comédiens Français ont repris 'Lanine' de Voltaire et 'La Coupe Enchantée', absente des scènes depuis plus de vingt ans. Mlle Beaumenard a été remarquée dans cette dernière pièce. Ils se préparent à jouer 'Astianax' de M. de Châteaubrun. Les voyages de la Cour ont retardé la reprise des pièces 'Les Troyennes' et 'Philoctète'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10200
p. 218
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont continué jusqu'ici l'Epouse suivante. Elle est actuellement [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE
ITALIENNE
.
LES
Es Comédiens
Italiens ont continué
juſqu'ici l'Eponſeſuivante. Elle eft actuellement
fuivie des Fêtes Parifiennes
qui
ont été données pour la premiere fois le 29 Novembre
, à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
Les Scenes qui les amenent font de M.
Chevrier ; & le Ballet qu'on a trouvé aufſi
agréable que bien décoré , eft de M. Dehelle.
Nous rendrons au plutôt un compre
plus détaillé de ce divertiffement
, ainfi
que de l'Epoufe Suivante .
Voici des Couplets de M. Guérin qu'on
a chantés au même fpectacle le jour de la
Nailfance du nouveau Prince.
ITALIENNE
.
LES
Es Comédiens
Italiens ont continué
juſqu'ici l'Eponſeſuivante. Elle eft actuellement
fuivie des Fêtes Parifiennes
qui
ont été données pour la premiere fois le 29 Novembre
, à l'occafion de la Naiffance
de Monfeigneur
le Comte de Provence.
Les Scenes qui les amenent font de M.
Chevrier ; & le Ballet qu'on a trouvé aufſi
agréable que bien décoré , eft de M. Dehelle.
Nous rendrons au plutôt un compre
plus détaillé de ce divertiffement
, ainfi
que de l'Epoufe Suivante .
Voici des Couplets de M. Guérin qu'on
a chantés au même fpectacle le jour de la
Nailfance du nouveau Prince.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le texte évoque des comédies italiennes et des fêtes parisiennes célébrant la naissance du Comte de Provence le 29 novembre. Les scènes sont de M. Chevrier et le ballet, agréable et bien décoré, de M. Dehelle. Des couplets de M. Guérin ont été chantés à cette occasion. Des détails supplémentaires sur ces divertissements seront fournis ultérieurement.
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