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7951
p. 837-848
LETTRE touchant le doute proposé an sujet des Auteurs des Annales, connuës sous le nom de Saint Bertin.
Début :
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE touchant le doute proposé an sujet des Auteurs des Annales, connuës sous le nom de Saint Bertin.
LETTRE touchant le doute proposé an
sujet des Auteurs des Annales, connuës
sous le nom de Saint Bertin.
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger
ger d'examiner quels sont les Auteurs
des Annales qu'on surnomme du nom
de S. Bertin. Aussi - tôt que j'eus lû dans
le Mercure de Décembre 1736. les rai-
sons qu'il aporte , pour attribuer à Pru-
dence , Evêque de Troyes , ce qu'elles
contiennent depuis l'an 8 30. jusqu'à l'an
860. j'examinai les faits par moi-même.
J'ai relû ces Annales avec plus d'atten-
tion que je n'avois jamais fait , persuadé
qu'elles partoient d'une bonne Plume, et
d'un Sçavant du premier ordre pour ce
Siécle-là. Ma lecture n'a fait que mecon
firmer de plus en plus dans l'opinion que
la premiere Partie de cette continuation,
( qui n'est qu'une suite des Annales d'E-
ginhard ) devoit être d'un Ecrivain de-
meurant en France , et même dans la
Champagne. Je n'ajoûterai rien aux Ar-
gumens que M. L. D. L. R. a produits
pour prouver que c'est Hincmar de
A iiij
Rheims
38 MERCURE DE FRANCE
Rheims, autre Champenois , qui a conti-
nué , ou fait continuer ces Annales , de-
puis la mort de Prudence .
Mais voici , M. ce que je crois digne
de l'attention des Curieux.
On connoît plusieurs sortes d'Anna-
les qui se terminent au IX. Siécle. Il y
a les Annales d'Eginhard , continuées jus-
qu'à l'an 829. Celles de Fulde , celles
de Metz. Les deux premiers Recuëils
portent avec eux des marques que l'E-
crivain étoit des Cantons d'Allemagne.
Les Traits Historiques singuliers , les
évenemens Physiques , et autres , dont
Hs chargent leurs Annales , sont presque
toûjours arrivés dans la Germanie , l'Al-
sace , les Pays-bas ou la Lorraine. L'Au-
teur des Annales de Fulde fait voir par le
mal qu'il dit de Charles le Chauve , en
quel Lieu il écrivoit. Les Annales de
Metz ont aussi quelque chose qui les
caracterise , et qui prouve que c'est à
Metz qu'elles furent compilées. Mais il
n'en est pas de même de celles de Saint
Bertin ; elles ne contiennent rien qui
prouve que ce soit un Moine de S. Ber-
tin , ou un Auteur des environs qui les
ait redigées. Il n'y a rien de singulier ni
sur l'Abbaye de S. Bertin' , ni sur Saint
Omer , ou sur les autres Eglises et Pays
voisins
MAY.
1737.
8.3.9
voisins , qui paroisse avoir été observé
par préférence. Au contraire l'Auteur re-
marque avec soin des évenemens arrivés
enChampagne ; et comme par une espece
de prédilection,il instruit tout le Royau-
me , de faits qui ne regardent propre-
ment que la Champagne , ou pour par-
ler le langage Ecclesiastique , la Provin-
ce de Sens , parcourons un peu, ces An-
nales.
A l'an 834. l'Auteur entre dans le dé-
tail sur la route que Louis le Débonnai-
re tint pour venir de Langres à Blois : etil
dit , que ce fut per Tricaffinorum & Carno-
tum ac Dunenfium Regiones . De plus de tous
les Annalistes qui ont parlé de la Bataille
deFontenay proche Auxerre donnée en
841. cet Auteur est celui qui en fait enco-
re un plus grand détail , si on en excepte
Nithard qui s'y trouva en personne.
L'endroit où elle fut donnée n'est qu'à
23. lieuës ou environ de Troyes. Pru-
dence y raconte des faits qu'on ne lie
pas même dans Nithard, par exemple ,
pas
la prise de Georges Evêque de Ravenne ,
qui s'étoit trouvé à cette Bataille comme
envoyé du Pape pour concilier les Prin
ces .
A la même année 841. il nous aprend
comment Lothaire , qui venoit de passer
A v
le
840 MERCURE DE FRANCE
le Rhin , essayant de passer la Riviere
de Seine , remonta jusqu'au Pays apellé
Mauripensis , et pénétra par- là jusqu'à
Sens. Prudence devoit connoître à mer-
veille ce Pays Mauripensis
puisqu'il
étoit en partie dans son Diocése. Il en
dit encore un mot à l'an 859. nous apre-
nant que Nogent sur Seine étoit de ce
Pays , dit Pagus Mauripensis. Aussi ne
faut - il point le confondre avec le Hure-
poix. ( a ) Ce fut en cet endroit apa-
remment , comme étant situé dans les
parties supérieures de la Seine , que Lo-
thaire passa cette Riviere en 841. pour
venir à Sens. Au moins l'Annaliste a
cru qu'il convenoit de faire remarquer à
l'an 859. que les Corps des Saints Denis ,
(a ) Ce pagus Mauripensis est le même que le
Morvisus , qui touchoit au Pays Provinisus du
Capitulaire de l'an 853. Il aboutissoit au riva-
ge droit ou Oriental de la Seine , & non à l'au-
tre rivage . Nêlle qui la reposte du Diocése de
Troyes , étoit aussi alors du même Pays. Il me
semble qu'il y auroit quelque chose à retoucher
dans M. de Valois à l'article de sa Notice , ou
il traite du Pays Mauripensis. Je ne voudrois
point confondre ce Pays avec le Hurepoix. Le
Mauripensis fut rendu en langage vulgaire dans
les Titres par Morvois , que les Notaires ont
corrompu en celui de Montois. M. Niverd Con-
seiller au Présidial de Provins , m'écrivit en
8727. que le nom de Mantois étoit fort nouveau,
Rustique
'MA Y.
1737.
841
Rustique et Eleuthere , furent transpor-
tés à Nogent sur Seine , pour être à cou-
vert de l'insulte des Normans ; et qu'on
les y cacha soigneusement dans desTom-
beaux , le 21. Septembre. Il convenoit à
l'EvêqueDiocésain de sçavoir ces particu-
larités.Nogent surSeine est du Diocèse de
Troyes , et n'est éloigné de la Ville Epis-
copale que de 8. lieues. Continuons :
Il n'est point surprenant qu'à l'an 842.
il marque le double passage du Roy
Charles le Chauve par la Ville de Troyes
Tout autre que lui l'auroit marqué de
même ; le second surtout , puisque ce
Prince y célebra la Fête de Pâques. Mais
observez comment il décrit la route qu'il
tint en allant de Troyes à Strasbourg :
Inde Trecas adiens per Alfenfem pagum et
Tullum civitatem , & c. Ce pagus Alfensis
est une contrée des environs de Bar- sur-
Aube , qu'on nomme l'Azois , Pays qui
même alors étoit moins connu que le
Mauripensis : il est sur la route de Toul
au sortir de Troyes.
L'année 846. est remarquable dans ces
Annales par un fait des plus extraordi-
naires , et qui est circonstancié d'une ma-
niere qui fait croire quel'Historien n'étoit
pas bien éloigné du Pays Auxerrois. C'est
une inondation arrivée àAuxerre au mois
A vi
de
842 MERCURE DE FRANCE
de Mai. Je la raporterai dans les propres
termes de l'Auteur , quoiqu'elle soit déja
dans le Mercure du mois de Septembre
1724. page 1940. Hujus anni mense Maio
tanta apud Altiodorum civitatem inundatio
pluviarum fluxit ut parietes penetrans ipfas
etiam cupas plenas vini influvium Icaunam
retulerit fed et quod est mirabilius
quan
dam vineam cum terra , vitibus , et arbori-
bus omnibus in nullo disruptam , ita ut erat,
solidam à parte Icauna fluminis in alteram
ejusdemfluvii partem transposuerit , ac si in
eodem agro naturaliterfuerit.
A l'an 858. il marque un évenement peu
important duDiocése de Sens,avce des cir-
constances qui suposent un Ecrivain bien
voisin du même Pays. In pago Senonico ,
dit- il , in Ecclefia Sancia Porcaria die
Dominico celebranie Missam Presbytero ,
lupus fubitò introiens , plebemque assisten-
tern discurrendo perturbans , tandem inter
feminas identidemfaciens , disparuit. L'E-
glise de Sainte Porcaire est située entre
Auxerre et Troyes . Ce n'est plus aujour
d'hui qu'une Ferme dépendante de l'Ab-
baye de Pontigny , où on l'appelle Sain
re-Procaire.C'est à une petite demie lieuë
de cette Abbaye , à l'extremité du Dio-
gése de Sens.
A la même année , l'Auteur nous fait
voir
MAY.
1737
84%
voir qu'il connoissoit parfaitement la
Carte du Diocèse de Troyes et du voisi
nage : c'est lorsqu'il raporte la route
que tint le Roi Louis le Germanique
pour venir d'Allemagne jusque dans le
Pays Orleanois , à l'insçu de son Frere
Charles le Chauve. Du Palais de Pon-
tion dans le Pertois , il passa dans le Cha-
lonois et chés les Peuples apellés Cupe-
denfes De là à Sens , d'où il entra dans
l'Orleanois : et y ayant executé ses des-
seins , il revint par le même chemin, uf-
que ad Cupedenses. Quibus Karolus Rex
compertis per Catalaunos ufque ad Breonam
Villam festinus graditur. Charles auroit
bien voulu combattre ; mais n'étant pas
soutenu , il se retira en Bourgogne : et
Louis grossissant son parti de ceux qui
avoient quitté celui de Charles , vint à
Troyes , où il récompensa ceux qui l'a-
voient apellé en France. Tout cela est
tiré de ces Annales.
Je n'insisterai point ici sur la circons-
tance de Troyes , ni de Brienne qui est
au Diocèse de Troyes ; le fait étant cer-
tain il pouvoit être remarqué par les An
nalistes de ce temps - là quels qu'ils fussent,
Mais qu'un Auteur Flamand ait connu
les Peuples apellés Cupedenses , il n'y a
aucune apparence. C'étoient des Peu-
ples
344 MERCURE DE FRANCE
ples obscurs situés sur les limites des
Diocéses de Troyes, de Sens et de Meaux,
qui ne pouvoient guere être connus que
par un Ecrivain Troyen , Meldois ou Se-
nonois.
Pourquoi notre Annaliste sçut - it
qu'un Moine de Saint Germain de Paris,
avoit déposé à Aimant au Diocèse de
Sens en 858. les Corps de deux Martyrs
qu'il avoit aportés d'Espagne , si non
parce que ce Village est tout auprès de la
petite Ville de Montereau , située à la
jonction de la Seine et de l'Yonne , et
par conséquent fort proche de la route de
la Haute Champagne à Paris , fréquentée
par les Troyens ? Or Prudence , comme
Espagnol , dut s'interesser à cet évene-
ment , et il crut devoir le faire connoî
tre à la postérité.
Toutes ces circonstances Historiques
désignent certainement un Ecrivain de
la Province Senonoise et des environs de
Sens , Troyes et Auxerre. Je crois cepen-
dant qu'il doit être de Troyes , plûtôt
que d'aucune autre Ville , parce que c'est
celle dont il spécifie avec plus de soin
Jes Pays voisins , tels que les Mauripen-
ses , Alsenses , Cupedenses : Ensorte qu'il
me semble qu'on peut apliquer ici ce
qu'a dit saint Jerôme, Ex verbis et inte
pre:
MAY.
1737
845
pretatione nominum sæpe res ostenduntur
in Jer. cap. XXIII.
Mais ce qui démontre qu'on ne peut
raisonnablement attribuer la rédaction de
ces Annales à un Moinede saint Bertin ou
du voisinage ; c'est qu'à l'an 845. l'Au-
teur parle de ce Monastere comme d'un
Endroit qui lui étoit peu connu, Un cer-
tain Monastere , dit-il , apellé Sithdin.
C'est en racontant les ravages des Nor-
mans : Cum à quodam Monasterio, Sithdin
nomine, direpto incenfoque,oneratis navibus
repedarent , &c. Un Ecrivain du Pays se
seroit il exprimé ainsi ? Auroit-il aussi
apellé les Peuples de Teroüenne Tar-
visii , comme a fait l'Annaliste à Pan
850 ? Ce terme de quodam Monasterio
dénote clairement un Ecrivain éloigné ,
et il étoit pardonnable à un Espagnol ,
résident à Troyes , de désigner l'Abbaye
de saint Bertin , sous ce terme vague ;
puisqu'encore au douziéme siecle , des
Abbés de Ferrieres au Diocèse de Sens,
ignoroient qu'il y eût aux Pays-Bas une
Abbaye, dite Saint Martin de Tournay,et
réciproquement des Moines des Pays- Bas,
ignoroient où étoit située la célebre Ab-
Baye de Ferrieres. Les informations faites
là- dessus de part et d'autre , sont curieu-
ses à lire dans le Spicilege de D.Dachery,
Tome
848 MERCURE DE FRANCE
Tome XII. in Hist. Restaur. S. Martini
Tornac. Ainsi la distance de 80. lieuës
qu'il y a de Sithin , ou de saint Bertin à
Troyes , étoit sufisante pour que Pru-
dence se contentât de dire un certain Mo-
nastere nommé Sithiu.
De plus , si c'étoit un Moine du Pays
de Teroüenne , ou de Saint- Omer , qui
eût compilé ces Annales , ou qui se fûr
chargé d'écrire les évenemens considéra-
bles , pourquoi seroit-il entré dans un dé-
tail de certaines minuties qui regardent
ła Province de Sens , et le voisinage de
Troyes ? et eût-il oublié des faits de con-
séquence , arrivés , pour ainsi dire , aux
Portes de Saint Bertin ? C'étoit à lui
plûtôt qu'à un Moine de Saint Vandrille
au Diocèse de Rouen (a) à nous trans-
mettre les horribles ravages de Port de
Quentavich , faits par les Normands en-
844.cependant les Annales de Saint Ber
tin n'en font aucune mention , et sans-
cet Annaliste de Saint Vandrille nous
ignorerions ce fait .
Concluons donc de tout ce que j'ai dit,
que les Annales connues sous le nom de
Saint Bertin , sont de Prudence depuis-
(a ) Duchêne , Tom. 2. pag. 388 Quentavich
étoit à l'embouchure de la Riviere de Canche ,
dixu douze licuës de Saint Berting
l'an
MAY.
1737.
847
f'an 830. jusqu'à l'an 860. et qu'elles
sont celles - là même dont Hincmar veut
parler : que s'en étant fait des copies ,
une de ces copies a été portée aux Pays-
Bas , et ayant été conservée à Saint Ber-
tin , elle a servi d'original à ceux qui
l'ont fait imprimer.
Voilà M. ce que j'ai cru devoir ajou-
ter à l'Ecrit de M. L. D. L. R. pour
confirmer de plus en plus le Lecteur
dans la pensée qu'a eu M. l'Abbé Fleu-
ry. Je suis d'autant plus persuadé que
Saint Prudence est le premier Continua-
teur des Annales d'Eginhard , que dans
la dénomination de quelques Fêtes dont
il parle , je le vois employer des termes
plus usités dans l'Eglise d'Espagne que
dans celle de France , tel est le nom
de Festum
Apparitionis qu'il donne à
l'Epiphanie toutes les fois qu'il a occasion
d'en parler
sçavoir , aux années 838 ,
839, 840 et 842. Consultez là dessus la
Liturgie Mozarabe , au moins le frag-
ment qui est dans le premier Tome des
Sacremens, du Pere Martenne à l'endroit
de l'arrangement des offrandes. Vous ob
serverez aussi , si vous lisez les trente an-
nées de ces Annales , que FAuteur par
lant de la plupart des anciennes Villes du
Royaume , se sert des noms qui sont
dans
848 MERCURE DE FRANCE
dans l'Itineraire d'Antonin , ou dans les
Commentaires de César
Aiedincum
Senonum Augufta Trecorum , Casarodunum
Turonum , Durocortorum Remorum , Sama-
robriva Ambianorum , et toujours Loticia
Parisiorum. Ce Loticia ressent assés le
langage étranger : et toutes ces dénomi-
nations par périphrase , conviennent ce
semble au genie d'un Espagnol qui avoit
de l'érudition , comme en est convenu
son Continuateur
Prudentius , dit-il
adprimè Litteris eruditus.
Au reste , M. comme il paroît qu'il
y a bien des siecles que l'Eglise de Troyes
l'honore comme Saint ; je ne fais aucune
difficulté de lui donner ce titre en finis
sant ce qui le regarde. J'ai vû un su-
plement au Martyrologe Romain , im
primé il y a environ quarante ans , par
les soins du Pere Simon MothierJesuite,
dans lequel je le trouve. Lisez ce que
Molanus et depuis lui les Bollandistes
ont dit de Saint Forannan Abbé de Vazor
au 30. Avril , et vous verrez que la répu
gnance que l'on a à admettre certains
Saints de l'Antiquité , ne dure qu'un
temps; après quoi on revient à l'ancienne
Tradition , quand les faits ont été éclairg
cis. Je suis , Monsieur , & c .
A Paris ce 31. Janvier 1737.
sujet des Auteurs des Annales, connuës
sous le nom de Saint Bertin.
Le Public est très-obligé , M. au Sçavant qui a bien voulu se charger
ger d'examiner quels sont les Auteurs
des Annales qu'on surnomme du nom
de S. Bertin. Aussi - tôt que j'eus lû dans
le Mercure de Décembre 1736. les rai-
sons qu'il aporte , pour attribuer à Pru-
dence , Evêque de Troyes , ce qu'elles
contiennent depuis l'an 8 30. jusqu'à l'an
860. j'examinai les faits par moi-même.
J'ai relû ces Annales avec plus d'atten-
tion que je n'avois jamais fait , persuadé
qu'elles partoient d'une bonne Plume, et
d'un Sçavant du premier ordre pour ce
Siécle-là. Ma lecture n'a fait que mecon
firmer de plus en plus dans l'opinion que
la premiere Partie de cette continuation,
( qui n'est qu'une suite des Annales d'E-
ginhard ) devoit être d'un Ecrivain de-
meurant en France , et même dans la
Champagne. Je n'ajoûterai rien aux Ar-
gumens que M. L. D. L. R. a produits
pour prouver que c'est Hincmar de
A iiij
Rheims
38 MERCURE DE FRANCE
Rheims, autre Champenois , qui a conti-
nué , ou fait continuer ces Annales , de-
puis la mort de Prudence .
Mais voici , M. ce que je crois digne
de l'attention des Curieux.
On connoît plusieurs sortes d'Anna-
les qui se terminent au IX. Siécle. Il y
a les Annales d'Eginhard , continuées jus-
qu'à l'an 829. Celles de Fulde , celles
de Metz. Les deux premiers Recuëils
portent avec eux des marques que l'E-
crivain étoit des Cantons d'Allemagne.
Les Traits Historiques singuliers , les
évenemens Physiques , et autres , dont
Hs chargent leurs Annales , sont presque
toûjours arrivés dans la Germanie , l'Al-
sace , les Pays-bas ou la Lorraine. L'Au-
teur des Annales de Fulde fait voir par le
mal qu'il dit de Charles le Chauve , en
quel Lieu il écrivoit. Les Annales de
Metz ont aussi quelque chose qui les
caracterise , et qui prouve que c'est à
Metz qu'elles furent compilées. Mais il
n'en est pas de même de celles de Saint
Bertin ; elles ne contiennent rien qui
prouve que ce soit un Moine de S. Ber-
tin , ou un Auteur des environs qui les
ait redigées. Il n'y a rien de singulier ni
sur l'Abbaye de S. Bertin' , ni sur Saint
Omer , ou sur les autres Eglises et Pays
voisins
MAY.
1737.
8.3.9
voisins , qui paroisse avoir été observé
par préférence. Au contraire l'Auteur re-
marque avec soin des évenemens arrivés
enChampagne ; et comme par une espece
de prédilection,il instruit tout le Royau-
me , de faits qui ne regardent propre-
ment que la Champagne , ou pour par-
ler le langage Ecclesiastique , la Provin-
ce de Sens , parcourons un peu, ces An-
nales.
A l'an 834. l'Auteur entre dans le dé-
tail sur la route que Louis le Débonnai-
re tint pour venir de Langres à Blois : etil
dit , que ce fut per Tricaffinorum & Carno-
tum ac Dunenfium Regiones . De plus de tous
les Annalistes qui ont parlé de la Bataille
deFontenay proche Auxerre donnée en
841. cet Auteur est celui qui en fait enco-
re un plus grand détail , si on en excepte
Nithard qui s'y trouva en personne.
L'endroit où elle fut donnée n'est qu'à
23. lieuës ou environ de Troyes. Pru-
dence y raconte des faits qu'on ne lie
pas même dans Nithard, par exemple ,
pas
la prise de Georges Evêque de Ravenne ,
qui s'étoit trouvé à cette Bataille comme
envoyé du Pape pour concilier les Prin
ces .
A la même année 841. il nous aprend
comment Lothaire , qui venoit de passer
A v
le
840 MERCURE DE FRANCE
le Rhin , essayant de passer la Riviere
de Seine , remonta jusqu'au Pays apellé
Mauripensis , et pénétra par- là jusqu'à
Sens. Prudence devoit connoître à mer-
veille ce Pays Mauripensis
puisqu'il
étoit en partie dans son Diocése. Il en
dit encore un mot à l'an 859. nous apre-
nant que Nogent sur Seine étoit de ce
Pays , dit Pagus Mauripensis. Aussi ne
faut - il point le confondre avec le Hure-
poix. ( a ) Ce fut en cet endroit apa-
remment , comme étant situé dans les
parties supérieures de la Seine , que Lo-
thaire passa cette Riviere en 841. pour
venir à Sens. Au moins l'Annaliste a
cru qu'il convenoit de faire remarquer à
l'an 859. que les Corps des Saints Denis ,
(a ) Ce pagus Mauripensis est le même que le
Morvisus , qui touchoit au Pays Provinisus du
Capitulaire de l'an 853. Il aboutissoit au riva-
ge droit ou Oriental de la Seine , & non à l'au-
tre rivage . Nêlle qui la reposte du Diocése de
Troyes , étoit aussi alors du même Pays. Il me
semble qu'il y auroit quelque chose à retoucher
dans M. de Valois à l'article de sa Notice , ou
il traite du Pays Mauripensis. Je ne voudrois
point confondre ce Pays avec le Hurepoix. Le
Mauripensis fut rendu en langage vulgaire dans
les Titres par Morvois , que les Notaires ont
corrompu en celui de Montois. M. Niverd Con-
seiller au Présidial de Provins , m'écrivit en
8727. que le nom de Mantois étoit fort nouveau,
Rustique
'MA Y.
1737.
841
Rustique et Eleuthere , furent transpor-
tés à Nogent sur Seine , pour être à cou-
vert de l'insulte des Normans ; et qu'on
les y cacha soigneusement dans desTom-
beaux , le 21. Septembre. Il convenoit à
l'EvêqueDiocésain de sçavoir ces particu-
larités.Nogent surSeine est du Diocèse de
Troyes , et n'est éloigné de la Ville Epis-
copale que de 8. lieues. Continuons :
Il n'est point surprenant qu'à l'an 842.
il marque le double passage du Roy
Charles le Chauve par la Ville de Troyes
Tout autre que lui l'auroit marqué de
même ; le second surtout , puisque ce
Prince y célebra la Fête de Pâques. Mais
observez comment il décrit la route qu'il
tint en allant de Troyes à Strasbourg :
Inde Trecas adiens per Alfenfem pagum et
Tullum civitatem , & c. Ce pagus Alfensis
est une contrée des environs de Bar- sur-
Aube , qu'on nomme l'Azois , Pays qui
même alors étoit moins connu que le
Mauripensis : il est sur la route de Toul
au sortir de Troyes.
L'année 846. est remarquable dans ces
Annales par un fait des plus extraordi-
naires , et qui est circonstancié d'une ma-
niere qui fait croire quel'Historien n'étoit
pas bien éloigné du Pays Auxerrois. C'est
une inondation arrivée àAuxerre au mois
A vi
de
842 MERCURE DE FRANCE
de Mai. Je la raporterai dans les propres
termes de l'Auteur , quoiqu'elle soit déja
dans le Mercure du mois de Septembre
1724. page 1940. Hujus anni mense Maio
tanta apud Altiodorum civitatem inundatio
pluviarum fluxit ut parietes penetrans ipfas
etiam cupas plenas vini influvium Icaunam
retulerit fed et quod est mirabilius
quan
dam vineam cum terra , vitibus , et arbori-
bus omnibus in nullo disruptam , ita ut erat,
solidam à parte Icauna fluminis in alteram
ejusdemfluvii partem transposuerit , ac si in
eodem agro naturaliterfuerit.
A l'an 858. il marque un évenement peu
important duDiocése de Sens,avce des cir-
constances qui suposent un Ecrivain bien
voisin du même Pays. In pago Senonico ,
dit- il , in Ecclefia Sancia Porcaria die
Dominico celebranie Missam Presbytero ,
lupus fubitò introiens , plebemque assisten-
tern discurrendo perturbans , tandem inter
feminas identidemfaciens , disparuit. L'E-
glise de Sainte Porcaire est située entre
Auxerre et Troyes . Ce n'est plus aujour
d'hui qu'une Ferme dépendante de l'Ab-
baye de Pontigny , où on l'appelle Sain
re-Procaire.C'est à une petite demie lieuë
de cette Abbaye , à l'extremité du Dio-
gése de Sens.
A la même année , l'Auteur nous fait
voir
MAY.
1737
84%
voir qu'il connoissoit parfaitement la
Carte du Diocèse de Troyes et du voisi
nage : c'est lorsqu'il raporte la route
que tint le Roi Louis le Germanique
pour venir d'Allemagne jusque dans le
Pays Orleanois , à l'insçu de son Frere
Charles le Chauve. Du Palais de Pon-
tion dans le Pertois , il passa dans le Cha-
lonois et chés les Peuples apellés Cupe-
denfes De là à Sens , d'où il entra dans
l'Orleanois : et y ayant executé ses des-
seins , il revint par le même chemin, uf-
que ad Cupedenses. Quibus Karolus Rex
compertis per Catalaunos ufque ad Breonam
Villam festinus graditur. Charles auroit
bien voulu combattre ; mais n'étant pas
soutenu , il se retira en Bourgogne : et
Louis grossissant son parti de ceux qui
avoient quitté celui de Charles , vint à
Troyes , où il récompensa ceux qui l'a-
voient apellé en France. Tout cela est
tiré de ces Annales.
Je n'insisterai point ici sur la circons-
tance de Troyes , ni de Brienne qui est
au Diocèse de Troyes ; le fait étant cer-
tain il pouvoit être remarqué par les An
nalistes de ce temps - là quels qu'ils fussent,
Mais qu'un Auteur Flamand ait connu
les Peuples apellés Cupedenses , il n'y a
aucune apparence. C'étoient des Peu-
ples
344 MERCURE DE FRANCE
ples obscurs situés sur les limites des
Diocéses de Troyes, de Sens et de Meaux,
qui ne pouvoient guere être connus que
par un Ecrivain Troyen , Meldois ou Se-
nonois.
Pourquoi notre Annaliste sçut - it
qu'un Moine de Saint Germain de Paris,
avoit déposé à Aimant au Diocèse de
Sens en 858. les Corps de deux Martyrs
qu'il avoit aportés d'Espagne , si non
parce que ce Village est tout auprès de la
petite Ville de Montereau , située à la
jonction de la Seine et de l'Yonne , et
par conséquent fort proche de la route de
la Haute Champagne à Paris , fréquentée
par les Troyens ? Or Prudence , comme
Espagnol , dut s'interesser à cet évene-
ment , et il crut devoir le faire connoî
tre à la postérité.
Toutes ces circonstances Historiques
désignent certainement un Ecrivain de
la Province Senonoise et des environs de
Sens , Troyes et Auxerre. Je crois cepen-
dant qu'il doit être de Troyes , plûtôt
que d'aucune autre Ville , parce que c'est
celle dont il spécifie avec plus de soin
Jes Pays voisins , tels que les Mauripen-
ses , Alsenses , Cupedenses : Ensorte qu'il
me semble qu'on peut apliquer ici ce
qu'a dit saint Jerôme, Ex verbis et inte
pre:
MAY.
1737
845
pretatione nominum sæpe res ostenduntur
in Jer. cap. XXIII.
Mais ce qui démontre qu'on ne peut
raisonnablement attribuer la rédaction de
ces Annales à un Moinede saint Bertin ou
du voisinage ; c'est qu'à l'an 845. l'Au-
teur parle de ce Monastere comme d'un
Endroit qui lui étoit peu connu, Un cer-
tain Monastere , dit-il , apellé Sithdin.
C'est en racontant les ravages des Nor-
mans : Cum à quodam Monasterio, Sithdin
nomine, direpto incenfoque,oneratis navibus
repedarent , &c. Un Ecrivain du Pays se
seroit il exprimé ainsi ? Auroit-il aussi
apellé les Peuples de Teroüenne Tar-
visii , comme a fait l'Annaliste à Pan
850 ? Ce terme de quodam Monasterio
dénote clairement un Ecrivain éloigné ,
et il étoit pardonnable à un Espagnol ,
résident à Troyes , de désigner l'Abbaye
de saint Bertin , sous ce terme vague ;
puisqu'encore au douziéme siecle , des
Abbés de Ferrieres au Diocèse de Sens,
ignoroient qu'il y eût aux Pays-Bas une
Abbaye, dite Saint Martin de Tournay,et
réciproquement des Moines des Pays- Bas,
ignoroient où étoit située la célebre Ab-
Baye de Ferrieres. Les informations faites
là- dessus de part et d'autre , sont curieu-
ses à lire dans le Spicilege de D.Dachery,
Tome
848 MERCURE DE FRANCE
Tome XII. in Hist. Restaur. S. Martini
Tornac. Ainsi la distance de 80. lieuës
qu'il y a de Sithin , ou de saint Bertin à
Troyes , étoit sufisante pour que Pru-
dence se contentât de dire un certain Mo-
nastere nommé Sithiu.
De plus , si c'étoit un Moine du Pays
de Teroüenne , ou de Saint- Omer , qui
eût compilé ces Annales , ou qui se fûr
chargé d'écrire les évenemens considéra-
bles , pourquoi seroit-il entré dans un dé-
tail de certaines minuties qui regardent
ła Province de Sens , et le voisinage de
Troyes ? et eût-il oublié des faits de con-
séquence , arrivés , pour ainsi dire , aux
Portes de Saint Bertin ? C'étoit à lui
plûtôt qu'à un Moine de Saint Vandrille
au Diocèse de Rouen (a) à nous trans-
mettre les horribles ravages de Port de
Quentavich , faits par les Normands en-
844.cependant les Annales de Saint Ber
tin n'en font aucune mention , et sans-
cet Annaliste de Saint Vandrille nous
ignorerions ce fait .
Concluons donc de tout ce que j'ai dit,
que les Annales connues sous le nom de
Saint Bertin , sont de Prudence depuis-
(a ) Duchêne , Tom. 2. pag. 388 Quentavich
étoit à l'embouchure de la Riviere de Canche ,
dixu douze licuës de Saint Berting
l'an
MAY.
1737.
847
f'an 830. jusqu'à l'an 860. et qu'elles
sont celles - là même dont Hincmar veut
parler : que s'en étant fait des copies ,
une de ces copies a été portée aux Pays-
Bas , et ayant été conservée à Saint Ber-
tin , elle a servi d'original à ceux qui
l'ont fait imprimer.
Voilà M. ce que j'ai cru devoir ajou-
ter à l'Ecrit de M. L. D. L. R. pour
confirmer de plus en plus le Lecteur
dans la pensée qu'a eu M. l'Abbé Fleu-
ry. Je suis d'autant plus persuadé que
Saint Prudence est le premier Continua-
teur des Annales d'Eginhard , que dans
la dénomination de quelques Fêtes dont
il parle , je le vois employer des termes
plus usités dans l'Eglise d'Espagne que
dans celle de France , tel est le nom
de Festum
Apparitionis qu'il donne à
l'Epiphanie toutes les fois qu'il a occasion
d'en parler
sçavoir , aux années 838 ,
839, 840 et 842. Consultez là dessus la
Liturgie Mozarabe , au moins le frag-
ment qui est dans le premier Tome des
Sacremens, du Pere Martenne à l'endroit
de l'arrangement des offrandes. Vous ob
serverez aussi , si vous lisez les trente an-
nées de ces Annales , que FAuteur par
lant de la plupart des anciennes Villes du
Royaume , se sert des noms qui sont
dans
848 MERCURE DE FRANCE
dans l'Itineraire d'Antonin , ou dans les
Commentaires de César
Aiedincum
Senonum Augufta Trecorum , Casarodunum
Turonum , Durocortorum Remorum , Sama-
robriva Ambianorum , et toujours Loticia
Parisiorum. Ce Loticia ressent assés le
langage étranger : et toutes ces dénomi-
nations par périphrase , conviennent ce
semble au genie d'un Espagnol qui avoit
de l'érudition , comme en est convenu
son Continuateur
Prudentius , dit-il
adprimè Litteris eruditus.
Au reste , M. comme il paroît qu'il
y a bien des siecles que l'Eglise de Troyes
l'honore comme Saint ; je ne fais aucune
difficulté de lui donner ce titre en finis
sant ce qui le regarde. J'ai vû un su-
plement au Martyrologe Romain , im
primé il y a environ quarante ans , par
les soins du Pere Simon MothierJesuite,
dans lequel je le trouve. Lisez ce que
Molanus et depuis lui les Bollandistes
ont dit de Saint Forannan Abbé de Vazor
au 30. Avril , et vous verrez que la répu
gnance que l'on a à admettre certains
Saints de l'Antiquité , ne dure qu'un
temps; après quoi on revient à l'ancienne
Tradition , quand les faits ont été éclairg
cis. Je suis , Monsieur , & c .
A Paris ce 31. Janvier 1737.
Fermer
7952
p. 852-869
NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
Début :
Je me trouvai il y a quelques jours dans une compagnie, où la conversation [...]
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
NOUVELLES OBJECTIONS CONTRE L'AME DES BESTES.
Je me trouvai il y a quelques jours
dans une compagnie, où la conversation
tomba sur l'Ame des Bêtes : On dis-
puta vivement pour et contre , mais on
ne convint de rien
et chacun resta
dans son sentiment. C'est l'ordinaire :
Ainsi les Auditeurs n'en furent point
surpris , et ceux qui n'avoient pris au-
cun parti , convinrent que la question , de
sçavoir si les Brutes ont une Ame intelli-
gente distinguée de la matiere , est tout
à fait problematique , et que les deux
opinions et celle qui soutient l'existence
de cette Ame , et celle qui la nie , ong
également leur vrai semblance.
Tantas quis poterit componere lites ?
Quoique je me fusse mis du nombre
de ces derniers , je n'ai pas laissé en mon
particulier de faire quelques reflexions
sur cette question , d'autant plus que
chacun des Disputans , avoit prétendu
que son sentiment étoit le plus confor-
me à la Religion. Ce fut là le point le
plus
MAY.
17379
853
plas débattu de part et d'autre , surtout
su sujet d'un certain Ouvrage Anglois ,
ou prétendu tel , sur cette matiere , dont
on cita des morceaux qui établissent des
principes , lesquels parurent à tout le
monde aller trop loin , et être peu con-
formes à l'analyse de notre foy.
: Mes reflexions m'ont conduit à des
objections contre l'existence de cette
ame prétenduë , qui m'ont paru d'au-
tant plus interessantes , qu'elles ont fait
la même impression sur ceux auxquels je
les ai communiquées , et comme je ne
me souviens pas de les avoir vûës dans
aucun des Ouvrages que j'ai lûs sur ce
sujet : j'ai crû pouvoir les exposer pour
en avoir la solution. Peut- être produi
ront elles l'utilité que je m'en suis pro-
posée , par raport à la Religion , que
Pon met en jeu dans ces disputes. Aussi
sera-ce l'objet auquel je m'attacherai le
plus , après avoir premierement proposé
une difficulté , que la raison et l'expé-
rience seules m'ont fournie : la voici tele
le que je l'ai conçûë.
La preuve la plus vrai semblable de
Fexistence de l'Ame , dont il s'agit , est
sans contredit celle qui se tire de la do-
cilité des Brutes , que je nommerai dans
la suite avec le vulgaire , les animaux
simplement.
•
154 MERCURE DE FRANCE
simplement. Plusieurs de ces animaux ,
dit-on
sont disciplinables ; on leur
aprend une infinité de choses, qui ne con-
viennent point à leur nature , à chasser,
à danser , à jouer aux cartes et même
aux échets ; ce qu'ils font souvent avec
plus de dextérité et de succès que la plû-
part des hommes même : or leur instinct
*brute et naturel n'étant point ici ce
qui opere en eux ces effets si surprenans,
il faut nécessairement y reconnoître une
ame intelligente , un fonds de pensée
qui soit capable de se lier avec les signes
arbitraires dont il plaît aux hommes de
seservir , pour instruire ces animaux qui
connoissent ces signes , qui y répondent
par les effets que l'on attend d'eux ,et qui,
en un mot , par ce moyen se trouvent
en état de lier un commerce et une espe
ce de societé avec les humains. S'il n'é-
toit question que des operations , qui ,
quoiqu'admirables
>
toute une espece , et se font toujours et
par tout de la même maniere , il ne se-
roit
sont communes a
peut être pas si difficile de les expli
quer méchaniquement, par la disposition
uniforme des organes , qui, à la présence
des objets , recevant toujours les mêmes
impressions, sont aussi sujets aux mêmes
mouvemens : mais encore une fois , il
s'agit
MAY.
1737.
855
s'agit d'actions qui ne sont point ordinai-
res à l'espece quiles produit, qui ne sont
point uniformes , qui varient suivant les
individus même , entre lesquels par con-
séquent il s'en trouve , qui paroissent
avoir plus ou moins d'esprit : les exem-
ples en sont infinis et connus : il ne man-
que en un mot à ces Animaux rendus si
habiles que l'usage de la parole , pour
nous rendre raison de ce qu'ils font de
merveilleux , et qu'ils rendent en effet
en répondant si exactement aux signes
dont nous les avons fait convenir.
Quoique j'abrege cette preuve, que l'on
trouve par tout , je crois cependant que
je ne lui ai rien fait perdre de sa force , et
on verra bien tôt que ce ne seroit pas
mon interêt de le faire ; puisque plus
elle sera mise dans son jour , plus Pob-
jection que je veux en tirer sera forte et
victorieuse
et si elle est victorieuse de
cette preuve , elle le sera nécessairement
de toutes les autres , non-seulement par-
ce que celle- ci est la plus plausible , mais
bien plus encore , parce qu'elle ne peut
être détruite que toutes les autres ne
soient renversées , puisqu'elle me sert
elle-même à démontrer le défaut du prin
cipe , à l'établissement duquel on vou-
droit les faire servir.
B
Les
856 MERCURE DE FRANCE
Les Animaux entendent donc les si-
gnes que nous leur proposons , pour
nous faire aussi entendre à eux , et leur
Ame pensante y répond exactement ;
donc ils pensent. A qui ne vient-il pas
d'abord dans l'esprit que c'est grand
dommage qu'ils ne puissent parler pour
vous l'aprendre encore plus précisé-
ment eux- mêmes ? Mais quoi ne par-
lent-ils pas , au moins une grande partie
d'entre eux ? Le Perroquet , le Sanson-
net , la Linotte , &c. parlent fort bien,
il n'y a donc qu'à les intertoger. Mais
dévelopons un peu ceci , pour voir les
conséquences qui en résulteront.
On aprend à un Chien à jouer aux
cartes , et à écrire même en quelque
façon les noms des choses et des person-
nes qu'on lui nomme , par l'arrangement
exact qu'il fait des Lettres de l'Aphabet
dispersées devant lul ;
il connoît done
la différence des couleurs , et la valeur
des cartes et des lettres : de plus il faut
qu'il raisonne suivant les différens cas
des caprices du jeu et la différence des
noms. Il faut qu'il sçache distinguer une
quinte majeure,d'une quinte au Roy, d'u-
ne quatrième , &c. un quatorze d'as , d'un
quatorze de dix , et faire une juste apli
cation de ces connoissances pour gagner
comme
MAY.
1737.
857
comme il fait souvent l'Adversaire con-
tre lequel il joue. Que ces faits prouvent
trop et beaucoup au-delà de ce que pré-
tendent la plupart de ceux qui défen-
dent l'Ame des Bêtes , ce n'est pas ce
dont il s'agit présentement, non plus que
de montrer que ces exemples sont tou-
jours exagerés , & que bien des circons-
tances souvent obmises , les réduiroient
à leur juste valeur, si elles étoient dévoi-
Jées. Mais ces faits admis, je soutiens que
suposé que le Chien en question , agisse
par connoissance ; il ne peut être dou-
seux , qu'il ne nous en convainquît par
la parole , s'il en avoit l'usage. Car en-
fin la parole n'est qu'un signe , de la na-
ture de ceux dont on s'est servi pour
l'instruire , et dont il se sert ensuite lui-
même , pour exprimer cette connoissan-
ce qu'on supose le faire agir. Deux Muets
de naissance , abandonnés à eux- mêmes
et séquestrés du reste de la societé
mais obligés de vivre ensemble , inven-
teroient sans doute d'autres signes équi-
valens , pour s'exprimer leurs besoins ré-
ciproques, et pour entretenir entre eux le
commerce de la vie : et si après cela , par
quelque voye extraordinaire , ils acque-
roient l'usage de la parole , ils la substi
tueroient aux signes dont ils se servoient
auparavant.
Bij
En
858 MERCURE DE FRANCE
En effet , ou ce Chien , joint par
une réflexion , proprement dite , la con-
noissance qu'il a du Piquer , aux signes
et aux actions qu'il employe pour le
joüer , ou la chose se fait indépendem-
ment de cette connoissance , et par un
pur méchanisme
dans ce dernier cas ,
les Cartesiens ont raison , et l'Ame est
inutile et par conséquent non admissi-
ble. Et dans le premier , je demande
pourquoi cet Animal ne joindroit pas
également sa connoissance avec la paro
le , s'il en avoit l'usage. Je défie que ja-
mais on me donne là- dessus une dispa-
rité qui satisfasse.
Il est vrai
que
les Chiens n'ont pas les
organes disposés pour parler, mais les oi-
seaux parlent ; ce qui fait également pour
l'objection que je propose. Le change
ment d'espece n'y fait rien ; puisqu'on
admet également une Ame connoissan
te dans tous les Animaux. D'ailleurs plu
sieurs de ces Animaux parlans , sont dis-
ciplinables. J'ai vû deux Perroquets auxe
quels on avoit apris un jeu fort diver
tissant , qu'ils joüoient autour d'un cer-
ceau avec beaucoup d'agrément et d'in-
telligence , et ce n'avoit été qu'après un
long temps et bien des difficultés , qu'on
étoit parvenu à leur en donner la con-
noissance
IM A Y.
17378
859
noissance , qui n'est certainement point
naturelle à leur espece. N'objecte t'on
pas aussi une Linotte qui attachée sur une
petite planche entre deux sceaux en
équilibre , qui contiennent son boire et
son manger , mais posés un peu plus bas
que la planche ; de sorte que pour satis-
faire à ses besoins , cet oiseau est obligé
quand il veut manger , d'appuyer avec
un pied sur le sceau qui contient l'eau,
pour faire monter l'autre , qu'il fait aussi
descendre quand il veut boire. Voilà,dit-
on , une démonstration en faveur de
l'Ame que les Cartesiens voudroient
anéantir , puisque l'espece Linotte n'est
pas faite pour une telle épreuve ; cel-
le- ci esclave malgré elle ne vit jamais
aucune de ses semblables en pareil cas ;
où a-t'elle donc apris à raisonner si heu-
reusement sur les Loix de la Statique ?
Mais la Linotte est capable de parler ,
et on le lui aprend facilement, elle repete
même des airs et des chansons , qui exi-
gent outre la faculté de parler , de la mé-
moire et de la réminiscence : elle a donc
tout ce qu'il faut ,
si on lui supose
de
la connoissance , pour nous exprimer
elle-même ce qu'elle pense. Cependant,
et c'est la conclusion que je veux tirer
de tout ceci , jamais aucun Animal par-
B iij
lant
860 MERCURE DE FRANCE
lant n'a fait connoître par sesparoles qu'il
pensât , jamais on n'en a pû discipliner
jusqu'à ce point , pas même de la plus
légere ébauche. On n'y a jamais remar
qué qu'une mémoire purement machi-
nale , pas un mot qui témoigne de la
réflexion et du raisonnement
donc je
crois être en droit de conclure par le fais
même , que l'Ame en question est une
pure chimere. Je sçais bien que la plû-
part des Défenseurs de l'Ame des Bêtes;
ceux surtout qui craignent de choquer les
principes de la Religion , font profession
de leur refuser la réflexion et la liberté?
Prétendant seulement qu'elles agissent
suivant un certain instinct qu'ils n'ont ja
mais pû définir : c'est à ceux- ci que je vais
répondre en proposant ima secondeObjec
tion qui les regarde particulierement; car,
pour ceux qui confondant tout sans res◄
pect pour l'Analogie de la Foy , avoient
sans façon, qu'il n'y a que du plus et du
moins entre nous et les autres Animaux,je
ne leur adresse que la premiere, dont ils se
démêleront comme il leur plaira : Mais
par l'une et par l'autre , j'espere qu'on
verra ici comme en plusieurs autres
points , qu'il seroit facile d'indiquer qu'u-
ne grande partie de nos Philosophes mo-
dernes combattent les opinions de Des-
cartes,
MAY.
1737.
861
eartes , plûtôt à ce qu'il paroît souvent
pour contredire ce grand Homme , qui
fait tant d'honneur à la France , que par
une sérieuse et solide attention sur ses
Ouvrages ; auxquels pourtant , malgré
qu'ils en ayent , ils ont peut-être la prin
cipale obligation , de tant de bonnes
choses qu'ils sçavent , et dont ils nous
font part tous les jours.
Je prétends d'abord que si l'ame des
Bêtes agit sans réflexion , sans liberté et
sans aucun choix , elle est inutile pour
la fin que l'on se propose en l'admettant,'
qui est d'être le principe des operations
merveilleuses que l'on remarque
dans la
plûpart de ces Animaux ; inutile de
nous obecter qu'ils sont dociles et dis-
ciplinables , et de citer les Ouvrages
admirables qui sont propres à plusieurs
especes. Car cette Ame agissant néces-
sairement , ce ne peut - être qu'en con-
séquence des impressions que les corps
étrangers excitent dans les organes de
celui qu'elle anime ; puisque n'ayant au- *
cun choix , non-seulement elle ne peut
exciter aucun nouveau mouvement ,
mais aussi elle ne peut donner aucune
détermination nouvelle à ceux qui sont
actuellement excités. Elle ne le fait point
à l'égard des mouvemens qu'on apelle
B iiij
naturels,
862 MERCURE DE FRANCE
maturels , tels que sont ceux du cœur
des poulmons et des arteres ; cela est dé-
montré même par raport à l'Homme :
et elle ne le fait point non plus à l'égard
de ceux que nous nommons en nous vo-
lontaires , parce que la volonté préten-
due des Bêtes n'ayant aucune liberté
elle est entraînée elle-même par ces mou-
vemens à quoi sert donc cette Ame ? Si
elle agit nécessairement , ne devient- elle
pas un Etre multiplié sans nécessité ?
Et n'est-ce pas enfin sous des paroles ,
qui ne disent rien , revenir par un au-
tre tour au pur Systême du Méchanisme?
Mais pour pénétrer encore plus avant,
examinons l'Homme lui- même suivant
les lumieres de la Foy, qui sont évidem-
ment ici d'accord avec celles de la raison ,
comme j'espere qu'on le reconnoîtra tout
à l'heure.
Il est certain que l'Homme sent qu'il
pense et qu'il agit par réflexion et par
choix;et qu'en conséquence de sa volonté,
il s'excite en ses organes des mouvemens
quí la servent en esclaves , et qui y sont
exactement conformes : mais il comprend
aussi avec un peu d'attention
que tous
ces mouvemens pouroient être operés
par les Loix seules de la Méchanique :
je dis plus , et je soutiens que quoique
ces
MAY.
1737.
863
des mouvemens , soient des suites de sa
volonté , ce n'est pourtant pas elle qui
les produit, d'une maniere , d'une action
immédiate et Phisique. Elle n'en peut
être que l'occasion. Qu'il me soit per-
mis d'en exposer la preuve en peu de
mots , d'après un des plus grands Philo-
sophes de nos jours.
L'Homme sçait qu'il a des idées d'une
infinité de choses , et des perceptions de
toutes les sensations qu'excitent en lui
les objets étrangers : or ni ces idées , ni
ces perceptions ne sont point matériel-
les , parce que tout ce qui apartient à la
matiere , doit nécessairement être divi-
sible comme elle : cependant il est de
la derniere évidence , que ces idées et
ces perceptions sont essentiellement in-
divisibles. Qu'on partage en deux , si
l'on peut , l'idée d'un triangle , d'un
cercle , d'un Homme , d'un arbre , & c.
la perception même de cette idée , celle
d'une couleur , d'un son , &c. qu'on
divise la conclusion d'un syllogisme , le
plus ou le moins que l'esprit aperçoit
dans une comparaison qu'il fait entre
deux objets, par exemple, entre le tout et
sa partie. C'est ce qui est de la derniere
impossibilité ; et c'est aussi ce qui prou-
ve le plus invinciblement en nous , la
Bv
Léalité
864 MERCURE DE FRANCE
réalité d'un Etre qui pense et qui est
infiniment distingué de la matiere , par-
ce qu'il doit être de la même nature que
les operations qui lui sont propres.
Mais cette même preuve nous démon-
tre avec autant d'évidence › que cet
Etre , que nous apellons Ame , ne peut
agir sur la matiere d'une maniere immé
diate et Physique , parce que rien ne pa-
roît plus vrai que l'axiôme de Lucrece.
Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res.
Pour toucher et être touché, il faut avoir
des parties touchables ; or l'Ame n'en a
point , n'étant point divisible. Cela est
précis.
De cette vérité importante ainsi con-
nuë , je crois pouvoir établir , que si
1'Homme n'avoit pas été destiné de Dieu ,
a pouvoir le connoître et glorifier , il
paroît inutile que Dieu , par des liens
admirablės , eût uni à son corps une
Ame raisonnable et capable d'agir avec
choix et réflexion , ce qui est le principe
unique du bien et du inal , de la puni-
tion et de la récompense : or la raison
de cette inutilité , est comme on l'a dit
plus haut , que sans cette Ame raison-
nable , les Loix seules du mouvemenr
auroient pû produire dans le corps hu-
main toutes les actions animales néces
saires à sa conservation.
Je
MAY.
1737.
865
Je conclus donc que la Religion nous
aprenant que les Bêtes n'ont été for-
mées pour aucune fin semblable
et
qu'elles n'ont aucune liberté pour mé-
riter ou démériter ; il est démontré qu'u-
ne Ame intelligente distinguée de la ma
tiere et principe de leurs operations
leur est absolument inutile à tous égards ,
et que cette opinion , bien loin d'être
contraire à la Religion , lui est parfai
tement conforme.
Mais pour mettre encore , s'il se peut, ce
dernier point dans toutson jour , voyons
un peu par les raisons des deuxPartis,dans
lequel des deux il se trouve de plus grands
inconveniens par raport à la Foi.
Je commence par celui qui défend
cette derniere opinion , en suposant
que les Bêtes sont de pures machines
comme des Montres et des Tournebro-
ches , qu'en peut-on conclure contre la
Foy? Qu'il s'ensuivra que l'Homme n'est
peut être aussi qu'une automate ? que la
matiere peut penser ? et de-là , dit- on ,
le renversement de toute la Religion.
Mais ce qui doit détruire cette consé
quence , c'est que tout Homme peut se
dire à lui même et se convaincre qu'il
pense , et que sa pensée est une chose
spirituelle ou immaterielle , qui ne peut
B vj
jamais
866 MERCURE DE FRANCE
jamais être l'effet de quelque arrange-
ment que ce soit des parties de la matiere.
Cela suposé , il est évident que l'on
ne peut pas conclure que l'Homme n'est
qu'une pure machine , parce que les Bê-
tes sont telles. Ce ne sont pas les opera-
tions , quelques merveilleuses
qu'elles
soient , que je remarque dans mes or
ganes corporels , qui me font conclu
re que j'ai une Ame ; elles pouroient
être absolument sans cette Ame , mais
c'est parce que je sens que je pense , et
si je pense , c'est par une raison que
l'on m'accorde ne m'être pas commune
avec les Bêtes donc il n'y a pas à crain-
dre , que l'on puisse tirer aucune con-
séquence fâcheuse du pur méchanisme
qui fait agir ces Animaux , contre l'exis-
tence effective de mon Ame.
Voyons maintenant si ceux qui admet-
tent si facilement une Ame dans les Bru-
tes , seront aussi heureux , à se débaras-
ser des inductions qu'on peut tirer.de
leur opinion contre les vérités du Chris-
tianisme.
Je demande d'abord , si'les Bêtes ont
une Ame intelligente totalement dis-
tinguée de la matiere ; comment ils ré-
pondront à ceux qui prétendent qu'il
n'y a que du plus et du moins entre elles
et
MAY.
1737.
807
et nous que la seule différence des or-
ganes , produit la différence des opera-
tions , comme nous le voyons entre les
Hommes même , parmi ceux qui ont
beaucoup d'esprit et ceux qui n'en ont
guere ; que leurs Ames et les nôtres sont
de la même espece ; qu'en un mot , si
Ame du moindre insecte étoit dans un
corps humain , elle y produiroit les mê
mes effets , que l'Ame du plus grand
Philosophe. Auront-ils recours à la Ro-
ligion qui nous aprend le contraire ?
Mais c'est précisément pour cela même
que je prétends qu'il ne faut point ad-
mettre cette Ame , qui heurte si fort les
verités que cette Religion nous enseigne,
er de plus , qui ne voit que ce recours
ici à la Religion, ne seroit recevable qu'au-
tant que cette Religion nous aprendroit
bien précisément , que les Bêtes ont une
Ame telle qu'on veut l'admettre , quoi-
que de différente espece de la nôtre ? ce
qui est absolument faux.-
Mais en second lieu , si les Brutes ont
une Ame , dès qu'il est vrai et démon-
tré que cette Ame ne peut agir physique-
ment sur le corps , je suis en droit d'em-
ployer les preuves dont je me suis servi ,
pour tâcher de découvrir la raison pour
aquelle Dieu nous a donné une Ame à
nous-
"
868 MERCURE DE FRANCE
nous-mêmes. Cette Ame est inutile dans
les Animaux pour leurs operations mé-
chaniques ; donc il faut qu'elle y soit
pour une autre fin ; et cette fin quelle
peut-elle être , autre, que celle àlaquelle
l'Homme est destiné, à titre de sa raison
et de sa liberté ?
Vouloir pour éluder cette conséquen-
ce si naturelle , persister à nier que les
Bêtes ayent une liberté , c'est une peti-
tion de principe qui n'est plus recevable:
c'est même tomber dans une contradic-
tion évidente , qui donne beau jeu à l'ing
crédulité , puisque les motifs même qui
donnent lieu d'admettre de la connois-
sance dans les Brutes , comme la docili-
té et la facilité qu'il y a de les former à
des exercices étrangers à leur nature , ou
ne prouvent rien du tout , comme on
l'a dit plus haut , ou démontrent l'exis-
tence de cette liberté ; et on demandera
toujours aux Défenseurs de cette opi-
nion , qui est-ce qui les porte à admet-
tre cette Ame , s'ils lui refusent cette li
berté , ou à nier cette liberté , s'ils recon-
noissent cette Ame , puisque l'un suit
nécessairement de l'autre ? Et d'ailleurs ,
ils ne défendent la réalité de cette sub-
stance , que par l'Analogie de certaines
operations qui nous sont communes avec
les
MAY.
1737.
869
les Animaux ; en nous ces operations se
trouvent jointes avec celles de cette sub-
stance , ils en concluent qu'il doit y en
avoir aussi une dans ces Animaux ; mais
que ne concluent- ils donc aussi qu'il y a
en eux de la liberté , puisqu'en nous ces
operations sont jointes avec la liberté ? Ils
ne raisonnent donc pas conséquemment
en refusant cette prerogative aux Bêtes
ou s'ils veulent raisonner ainsi , il faut
qu'ils reconnoissent cette liberté. Cela
paroît sans réplique , et dès lors il est dé-
montré queleur systême semble s'accor-
der moins avec la Religion que celui qu'ils
combattent.
Voilà les objections que j'avois à pro-
poser ; on pouroit encore les pousser
plus loin , et peut-être les mettre dans
un plus grand jour : mais, quoique sim-
plement ébauchées , je pense qu'on en
sentira aisément la force ; je souhaite seu-
lement que ceux qui voudront bien se
donner la peine d'y répondre , ayent at-
tention en le faisant de ne rien avancer ,
qui puisse donner atteinte aux principes
qui doivent être sacrés à tous ceux qui
aiment sincerement la Religion , dans ce
tems sur-tout où le libertinage de l'esprit,
devenu en quelque façon à la mode , fait
tous les jours des progrès si dangereux.
Je me trouvai il y a quelques jours
dans une compagnie, où la conversation
tomba sur l'Ame des Bêtes : On dis-
puta vivement pour et contre , mais on
ne convint de rien
et chacun resta
dans son sentiment. C'est l'ordinaire :
Ainsi les Auditeurs n'en furent point
surpris , et ceux qui n'avoient pris au-
cun parti , convinrent que la question , de
sçavoir si les Brutes ont une Ame intelli-
gente distinguée de la matiere , est tout
à fait problematique , et que les deux
opinions et celle qui soutient l'existence
de cette Ame , et celle qui la nie , ong
également leur vrai semblance.
Tantas quis poterit componere lites ?
Quoique je me fusse mis du nombre
de ces derniers , je n'ai pas laissé en mon
particulier de faire quelques reflexions
sur cette question , d'autant plus que
chacun des Disputans , avoit prétendu
que son sentiment étoit le plus confor-
me à la Religion. Ce fut là le point le
plus
MAY.
17379
853
plas débattu de part et d'autre , surtout
su sujet d'un certain Ouvrage Anglois ,
ou prétendu tel , sur cette matiere , dont
on cita des morceaux qui établissent des
principes , lesquels parurent à tout le
monde aller trop loin , et être peu con-
formes à l'analyse de notre foy.
: Mes reflexions m'ont conduit à des
objections contre l'existence de cette
ame prétenduë , qui m'ont paru d'au-
tant plus interessantes , qu'elles ont fait
la même impression sur ceux auxquels je
les ai communiquées , et comme je ne
me souviens pas de les avoir vûës dans
aucun des Ouvrages que j'ai lûs sur ce
sujet : j'ai crû pouvoir les exposer pour
en avoir la solution. Peut- être produi
ront elles l'utilité que je m'en suis pro-
posée , par raport à la Religion , que
Pon met en jeu dans ces disputes. Aussi
sera-ce l'objet auquel je m'attacherai le
plus , après avoir premierement proposé
une difficulté , que la raison et l'expé-
rience seules m'ont fournie : la voici tele
le que je l'ai conçûë.
La preuve la plus vrai semblable de
Fexistence de l'Ame , dont il s'agit , est
sans contredit celle qui se tire de la do-
cilité des Brutes , que je nommerai dans
la suite avec le vulgaire , les animaux
simplement.
•
154 MERCURE DE FRANCE
simplement. Plusieurs de ces animaux ,
dit-on
sont disciplinables ; on leur
aprend une infinité de choses, qui ne con-
viennent point à leur nature , à chasser,
à danser , à jouer aux cartes et même
aux échets ; ce qu'ils font souvent avec
plus de dextérité et de succès que la plû-
part des hommes même : or leur instinct
*brute et naturel n'étant point ici ce
qui opere en eux ces effets si surprenans,
il faut nécessairement y reconnoître une
ame intelligente , un fonds de pensée
qui soit capable de se lier avec les signes
arbitraires dont il plaît aux hommes de
seservir , pour instruire ces animaux qui
connoissent ces signes , qui y répondent
par les effets que l'on attend d'eux ,et qui,
en un mot , par ce moyen se trouvent
en état de lier un commerce et une espe
ce de societé avec les humains. S'il n'é-
toit question que des operations , qui ,
quoiqu'admirables
>
toute une espece , et se font toujours et
par tout de la même maniere , il ne se-
roit
sont communes a
peut être pas si difficile de les expli
quer méchaniquement, par la disposition
uniforme des organes , qui, à la présence
des objets , recevant toujours les mêmes
impressions, sont aussi sujets aux mêmes
mouvemens : mais encore une fois , il
s'agit
MAY.
1737.
855
s'agit d'actions qui ne sont point ordinai-
res à l'espece quiles produit, qui ne sont
point uniformes , qui varient suivant les
individus même , entre lesquels par con-
séquent il s'en trouve , qui paroissent
avoir plus ou moins d'esprit : les exem-
ples en sont infinis et connus : il ne man-
que en un mot à ces Animaux rendus si
habiles que l'usage de la parole , pour
nous rendre raison de ce qu'ils font de
merveilleux , et qu'ils rendent en effet
en répondant si exactement aux signes
dont nous les avons fait convenir.
Quoique j'abrege cette preuve, que l'on
trouve par tout , je crois cependant que
je ne lui ai rien fait perdre de sa force , et
on verra bien tôt que ce ne seroit pas
mon interêt de le faire ; puisque plus
elle sera mise dans son jour , plus Pob-
jection que je veux en tirer sera forte et
victorieuse
et si elle est victorieuse de
cette preuve , elle le sera nécessairement
de toutes les autres , non-seulement par-
ce que celle- ci est la plus plausible , mais
bien plus encore , parce qu'elle ne peut
être détruite que toutes les autres ne
soient renversées , puisqu'elle me sert
elle-même à démontrer le défaut du prin
cipe , à l'établissement duquel on vou-
droit les faire servir.
B
Les
856 MERCURE DE FRANCE
Les Animaux entendent donc les si-
gnes que nous leur proposons , pour
nous faire aussi entendre à eux , et leur
Ame pensante y répond exactement ;
donc ils pensent. A qui ne vient-il pas
d'abord dans l'esprit que c'est grand
dommage qu'ils ne puissent parler pour
vous l'aprendre encore plus précisé-
ment eux- mêmes ? Mais quoi ne par-
lent-ils pas , au moins une grande partie
d'entre eux ? Le Perroquet , le Sanson-
net , la Linotte , &c. parlent fort bien,
il n'y a donc qu'à les intertoger. Mais
dévelopons un peu ceci , pour voir les
conséquences qui en résulteront.
On aprend à un Chien à jouer aux
cartes , et à écrire même en quelque
façon les noms des choses et des person-
nes qu'on lui nomme , par l'arrangement
exact qu'il fait des Lettres de l'Aphabet
dispersées devant lul ;
il connoît done
la différence des couleurs , et la valeur
des cartes et des lettres : de plus il faut
qu'il raisonne suivant les différens cas
des caprices du jeu et la différence des
noms. Il faut qu'il sçache distinguer une
quinte majeure,d'une quinte au Roy, d'u-
ne quatrième , &c. un quatorze d'as , d'un
quatorze de dix , et faire une juste apli
cation de ces connoissances pour gagner
comme
MAY.
1737.
857
comme il fait souvent l'Adversaire con-
tre lequel il joue. Que ces faits prouvent
trop et beaucoup au-delà de ce que pré-
tendent la plupart de ceux qui défen-
dent l'Ame des Bêtes , ce n'est pas ce
dont il s'agit présentement, non plus que
de montrer que ces exemples sont tou-
jours exagerés , & que bien des circons-
tances souvent obmises , les réduiroient
à leur juste valeur, si elles étoient dévoi-
Jées. Mais ces faits admis, je soutiens que
suposé que le Chien en question , agisse
par connoissance ; il ne peut être dou-
seux , qu'il ne nous en convainquît par
la parole , s'il en avoit l'usage. Car en-
fin la parole n'est qu'un signe , de la na-
ture de ceux dont on s'est servi pour
l'instruire , et dont il se sert ensuite lui-
même , pour exprimer cette connoissan-
ce qu'on supose le faire agir. Deux Muets
de naissance , abandonnés à eux- mêmes
et séquestrés du reste de la societé
mais obligés de vivre ensemble , inven-
teroient sans doute d'autres signes équi-
valens , pour s'exprimer leurs besoins ré-
ciproques, et pour entretenir entre eux le
commerce de la vie : et si après cela , par
quelque voye extraordinaire , ils acque-
roient l'usage de la parole , ils la substi
tueroient aux signes dont ils se servoient
auparavant.
Bij
En
858 MERCURE DE FRANCE
En effet , ou ce Chien , joint par
une réflexion , proprement dite , la con-
noissance qu'il a du Piquer , aux signes
et aux actions qu'il employe pour le
joüer , ou la chose se fait indépendem-
ment de cette connoissance , et par un
pur méchanisme
dans ce dernier cas ,
les Cartesiens ont raison , et l'Ame est
inutile et par conséquent non admissi-
ble. Et dans le premier , je demande
pourquoi cet Animal ne joindroit pas
également sa connoissance avec la paro
le , s'il en avoit l'usage. Je défie que ja-
mais on me donne là- dessus une dispa-
rité qui satisfasse.
Il est vrai
que
les Chiens n'ont pas les
organes disposés pour parler, mais les oi-
seaux parlent ; ce qui fait également pour
l'objection que je propose. Le change
ment d'espece n'y fait rien ; puisqu'on
admet également une Ame connoissan
te dans tous les Animaux. D'ailleurs plu
sieurs de ces Animaux parlans , sont dis-
ciplinables. J'ai vû deux Perroquets auxe
quels on avoit apris un jeu fort diver
tissant , qu'ils joüoient autour d'un cer-
ceau avec beaucoup d'agrément et d'in-
telligence , et ce n'avoit été qu'après un
long temps et bien des difficultés , qu'on
étoit parvenu à leur en donner la con-
noissance
IM A Y.
17378
859
noissance , qui n'est certainement point
naturelle à leur espece. N'objecte t'on
pas aussi une Linotte qui attachée sur une
petite planche entre deux sceaux en
équilibre , qui contiennent son boire et
son manger , mais posés un peu plus bas
que la planche ; de sorte que pour satis-
faire à ses besoins , cet oiseau est obligé
quand il veut manger , d'appuyer avec
un pied sur le sceau qui contient l'eau,
pour faire monter l'autre , qu'il fait aussi
descendre quand il veut boire. Voilà,dit-
on , une démonstration en faveur de
l'Ame que les Cartesiens voudroient
anéantir , puisque l'espece Linotte n'est
pas faite pour une telle épreuve ; cel-
le- ci esclave malgré elle ne vit jamais
aucune de ses semblables en pareil cas ;
où a-t'elle donc apris à raisonner si heu-
reusement sur les Loix de la Statique ?
Mais la Linotte est capable de parler ,
et on le lui aprend facilement, elle repete
même des airs et des chansons , qui exi-
gent outre la faculté de parler , de la mé-
moire et de la réminiscence : elle a donc
tout ce qu'il faut ,
si on lui supose
de
la connoissance , pour nous exprimer
elle-même ce qu'elle pense. Cependant,
et c'est la conclusion que je veux tirer
de tout ceci , jamais aucun Animal par-
B iij
lant
860 MERCURE DE FRANCE
lant n'a fait connoître par sesparoles qu'il
pensât , jamais on n'en a pû discipliner
jusqu'à ce point , pas même de la plus
légere ébauche. On n'y a jamais remar
qué qu'une mémoire purement machi-
nale , pas un mot qui témoigne de la
réflexion et du raisonnement
donc je
crois être en droit de conclure par le fais
même , que l'Ame en question est une
pure chimere. Je sçais bien que la plû-
part des Défenseurs de l'Ame des Bêtes;
ceux surtout qui craignent de choquer les
principes de la Religion , font profession
de leur refuser la réflexion et la liberté?
Prétendant seulement qu'elles agissent
suivant un certain instinct qu'ils n'ont ja
mais pû définir : c'est à ceux- ci que je vais
répondre en proposant ima secondeObjec
tion qui les regarde particulierement; car,
pour ceux qui confondant tout sans res◄
pect pour l'Analogie de la Foy , avoient
sans façon, qu'il n'y a que du plus et du
moins entre nous et les autres Animaux,je
ne leur adresse que la premiere, dont ils se
démêleront comme il leur plaira : Mais
par l'une et par l'autre , j'espere qu'on
verra ici comme en plusieurs autres
points , qu'il seroit facile d'indiquer qu'u-
ne grande partie de nos Philosophes mo-
dernes combattent les opinions de Des-
cartes,
MAY.
1737.
861
eartes , plûtôt à ce qu'il paroît souvent
pour contredire ce grand Homme , qui
fait tant d'honneur à la France , que par
une sérieuse et solide attention sur ses
Ouvrages ; auxquels pourtant , malgré
qu'ils en ayent , ils ont peut-être la prin
cipale obligation , de tant de bonnes
choses qu'ils sçavent , et dont ils nous
font part tous les jours.
Je prétends d'abord que si l'ame des
Bêtes agit sans réflexion , sans liberté et
sans aucun choix , elle est inutile pour
la fin que l'on se propose en l'admettant,'
qui est d'être le principe des operations
merveilleuses que l'on remarque
dans la
plûpart de ces Animaux ; inutile de
nous obecter qu'ils sont dociles et dis-
ciplinables , et de citer les Ouvrages
admirables qui sont propres à plusieurs
especes. Car cette Ame agissant néces-
sairement , ce ne peut - être qu'en con-
séquence des impressions que les corps
étrangers excitent dans les organes de
celui qu'elle anime ; puisque n'ayant au- *
cun choix , non-seulement elle ne peut
exciter aucun nouveau mouvement ,
mais aussi elle ne peut donner aucune
détermination nouvelle à ceux qui sont
actuellement excités. Elle ne le fait point
à l'égard des mouvemens qu'on apelle
B iiij
naturels,
862 MERCURE DE FRANCE
maturels , tels que sont ceux du cœur
des poulmons et des arteres ; cela est dé-
montré même par raport à l'Homme :
et elle ne le fait point non plus à l'égard
de ceux que nous nommons en nous vo-
lontaires , parce que la volonté préten-
due des Bêtes n'ayant aucune liberté
elle est entraînée elle-même par ces mou-
vemens à quoi sert donc cette Ame ? Si
elle agit nécessairement , ne devient- elle
pas un Etre multiplié sans nécessité ?
Et n'est-ce pas enfin sous des paroles ,
qui ne disent rien , revenir par un au-
tre tour au pur Systême du Méchanisme?
Mais pour pénétrer encore plus avant,
examinons l'Homme lui- même suivant
les lumieres de la Foy, qui sont évidem-
ment ici d'accord avec celles de la raison ,
comme j'espere qu'on le reconnoîtra tout
à l'heure.
Il est certain que l'Homme sent qu'il
pense et qu'il agit par réflexion et par
choix;et qu'en conséquence de sa volonté,
il s'excite en ses organes des mouvemens
quí la servent en esclaves , et qui y sont
exactement conformes : mais il comprend
aussi avec un peu d'attention
que tous
ces mouvemens pouroient être operés
par les Loix seules de la Méchanique :
je dis plus , et je soutiens que quoique
ces
MAY.
1737.
863
des mouvemens , soient des suites de sa
volonté , ce n'est pourtant pas elle qui
les produit, d'une maniere , d'une action
immédiate et Phisique. Elle n'en peut
être que l'occasion. Qu'il me soit per-
mis d'en exposer la preuve en peu de
mots , d'après un des plus grands Philo-
sophes de nos jours.
L'Homme sçait qu'il a des idées d'une
infinité de choses , et des perceptions de
toutes les sensations qu'excitent en lui
les objets étrangers : or ni ces idées , ni
ces perceptions ne sont point matériel-
les , parce que tout ce qui apartient à la
matiere , doit nécessairement être divi-
sible comme elle : cependant il est de
la derniere évidence , que ces idées et
ces perceptions sont essentiellement in-
divisibles. Qu'on partage en deux , si
l'on peut , l'idée d'un triangle , d'un
cercle , d'un Homme , d'un arbre , & c.
la perception même de cette idée , celle
d'une couleur , d'un son , &c. qu'on
divise la conclusion d'un syllogisme , le
plus ou le moins que l'esprit aperçoit
dans une comparaison qu'il fait entre
deux objets, par exemple, entre le tout et
sa partie. C'est ce qui est de la derniere
impossibilité ; et c'est aussi ce qui prou-
ve le plus invinciblement en nous , la
Bv
Léalité
864 MERCURE DE FRANCE
réalité d'un Etre qui pense et qui est
infiniment distingué de la matiere , par-
ce qu'il doit être de la même nature que
les operations qui lui sont propres.
Mais cette même preuve nous démon-
tre avec autant d'évidence › que cet
Etre , que nous apellons Ame , ne peut
agir sur la matiere d'une maniere immé
diate et Physique , parce que rien ne pa-
roît plus vrai que l'axiôme de Lucrece.
Tangere enim et tangi, nisi corpus, nulla potest res.
Pour toucher et être touché, il faut avoir
des parties touchables ; or l'Ame n'en a
point , n'étant point divisible. Cela est
précis.
De cette vérité importante ainsi con-
nuë , je crois pouvoir établir , que si
1'Homme n'avoit pas été destiné de Dieu ,
a pouvoir le connoître et glorifier , il
paroît inutile que Dieu , par des liens
admirablės , eût uni à son corps une
Ame raisonnable et capable d'agir avec
choix et réflexion , ce qui est le principe
unique du bien et du inal , de la puni-
tion et de la récompense : or la raison
de cette inutilité , est comme on l'a dit
plus haut , que sans cette Ame raison-
nable , les Loix seules du mouvemenr
auroient pû produire dans le corps hu-
main toutes les actions animales néces
saires à sa conservation.
Je
MAY.
1737.
865
Je conclus donc que la Religion nous
aprenant que les Bêtes n'ont été for-
mées pour aucune fin semblable
et
qu'elles n'ont aucune liberté pour mé-
riter ou démériter ; il est démontré qu'u-
ne Ame intelligente distinguée de la ma
tiere et principe de leurs operations
leur est absolument inutile à tous égards ,
et que cette opinion , bien loin d'être
contraire à la Religion , lui est parfai
tement conforme.
Mais pour mettre encore , s'il se peut, ce
dernier point dans toutson jour , voyons
un peu par les raisons des deuxPartis,dans
lequel des deux il se trouve de plus grands
inconveniens par raport à la Foi.
Je commence par celui qui défend
cette derniere opinion , en suposant
que les Bêtes sont de pures machines
comme des Montres et des Tournebro-
ches , qu'en peut-on conclure contre la
Foy? Qu'il s'ensuivra que l'Homme n'est
peut être aussi qu'une automate ? que la
matiere peut penser ? et de-là , dit- on ,
le renversement de toute la Religion.
Mais ce qui doit détruire cette consé
quence , c'est que tout Homme peut se
dire à lui même et se convaincre qu'il
pense , et que sa pensée est une chose
spirituelle ou immaterielle , qui ne peut
B vj
jamais
866 MERCURE DE FRANCE
jamais être l'effet de quelque arrange-
ment que ce soit des parties de la matiere.
Cela suposé , il est évident que l'on
ne peut pas conclure que l'Homme n'est
qu'une pure machine , parce que les Bê-
tes sont telles. Ce ne sont pas les opera-
tions , quelques merveilleuses
qu'elles
soient , que je remarque dans mes or
ganes corporels , qui me font conclu
re que j'ai une Ame ; elles pouroient
être absolument sans cette Ame , mais
c'est parce que je sens que je pense , et
si je pense , c'est par une raison que
l'on m'accorde ne m'être pas commune
avec les Bêtes donc il n'y a pas à crain-
dre , que l'on puisse tirer aucune con-
séquence fâcheuse du pur méchanisme
qui fait agir ces Animaux , contre l'exis-
tence effective de mon Ame.
Voyons maintenant si ceux qui admet-
tent si facilement une Ame dans les Bru-
tes , seront aussi heureux , à se débaras-
ser des inductions qu'on peut tirer.de
leur opinion contre les vérités du Chris-
tianisme.
Je demande d'abord , si'les Bêtes ont
une Ame intelligente totalement dis-
tinguée de la matiere ; comment ils ré-
pondront à ceux qui prétendent qu'il
n'y a que du plus et du moins entre elles
et
MAY.
1737.
807
et nous que la seule différence des or-
ganes , produit la différence des opera-
tions , comme nous le voyons entre les
Hommes même , parmi ceux qui ont
beaucoup d'esprit et ceux qui n'en ont
guere ; que leurs Ames et les nôtres sont
de la même espece ; qu'en un mot , si
Ame du moindre insecte étoit dans un
corps humain , elle y produiroit les mê
mes effets , que l'Ame du plus grand
Philosophe. Auront-ils recours à la Ro-
ligion qui nous aprend le contraire ?
Mais c'est précisément pour cela même
que je prétends qu'il ne faut point ad-
mettre cette Ame , qui heurte si fort les
verités que cette Religion nous enseigne,
er de plus , qui ne voit que ce recours
ici à la Religion, ne seroit recevable qu'au-
tant que cette Religion nous aprendroit
bien précisément , que les Bêtes ont une
Ame telle qu'on veut l'admettre , quoi-
que de différente espece de la nôtre ? ce
qui est absolument faux.-
Mais en second lieu , si les Brutes ont
une Ame , dès qu'il est vrai et démon-
tré que cette Ame ne peut agir physique-
ment sur le corps , je suis en droit d'em-
ployer les preuves dont je me suis servi ,
pour tâcher de découvrir la raison pour
aquelle Dieu nous a donné une Ame à
nous-
"
868 MERCURE DE FRANCE
nous-mêmes. Cette Ame est inutile dans
les Animaux pour leurs operations mé-
chaniques ; donc il faut qu'elle y soit
pour une autre fin ; et cette fin quelle
peut-elle être , autre, que celle àlaquelle
l'Homme est destiné, à titre de sa raison
et de sa liberté ?
Vouloir pour éluder cette conséquen-
ce si naturelle , persister à nier que les
Bêtes ayent une liberté , c'est une peti-
tion de principe qui n'est plus recevable:
c'est même tomber dans une contradic-
tion évidente , qui donne beau jeu à l'ing
crédulité , puisque les motifs même qui
donnent lieu d'admettre de la connois-
sance dans les Brutes , comme la docili-
té et la facilité qu'il y a de les former à
des exercices étrangers à leur nature , ou
ne prouvent rien du tout , comme on
l'a dit plus haut , ou démontrent l'exis-
tence de cette liberté ; et on demandera
toujours aux Défenseurs de cette opi-
nion , qui est-ce qui les porte à admet-
tre cette Ame , s'ils lui refusent cette li
berté , ou à nier cette liberté , s'ils recon-
noissent cette Ame , puisque l'un suit
nécessairement de l'autre ? Et d'ailleurs ,
ils ne défendent la réalité de cette sub-
stance , que par l'Analogie de certaines
operations qui nous sont communes avec
les
MAY.
1737.
869
les Animaux ; en nous ces operations se
trouvent jointes avec celles de cette sub-
stance , ils en concluent qu'il doit y en
avoir aussi une dans ces Animaux ; mais
que ne concluent- ils donc aussi qu'il y a
en eux de la liberté , puisqu'en nous ces
operations sont jointes avec la liberté ? Ils
ne raisonnent donc pas conséquemment
en refusant cette prerogative aux Bêtes
ou s'ils veulent raisonner ainsi , il faut
qu'ils reconnoissent cette liberté. Cela
paroît sans réplique , et dès lors il est dé-
montré queleur systême semble s'accor-
der moins avec la Religion que celui qu'ils
combattent.
Voilà les objections que j'avois à pro-
poser ; on pouroit encore les pousser
plus loin , et peut-être les mettre dans
un plus grand jour : mais, quoique sim-
plement ébauchées , je pense qu'on en
sentira aisément la force ; je souhaite seu-
lement que ceux qui voudront bien se
donner la peine d'y répondre , ayent at-
tention en le faisant de ne rien avancer ,
qui puisse donner atteinte aux principes
qui doivent être sacrés à tous ceux qui
aiment sincerement la Religion , dans ce
tems sur-tout où le libertinage de l'esprit,
devenu en quelque façon à la mode , fait
tous les jours des progrès si dangereux.
Fermer
7953
p. 874-894
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Début :
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
ÉLOGE DE M. DE SENECÉ.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Antoine Bauderon de Senecé nâquit à Mâcon le 27. Octobre 1643. de
Brice Bauderon de Senecé , Lieutenant
Général au Bailliage et Siege Présidial de
la même Ville , et de D ... ... Grillet.
Son Pere, le troisième de sa Famille, qui
en ligne directe étoit revêtu de cete
Charge , ne négligea rien pour lui don-
ner une excellente éducation , et pour le
mettre en état de lui succeder un jour.
On ne pouvoit guere travailler sur un
meilleur fonds , cet Enfant étant né avec
Les qualités d'esprit les plus heureuses ,
et
sçavant.
MAY.
1737-
875
et avec les talens les plus avantageux ;
cultivé d'ailleurs par un Pere vertueux et
Dès l'âge de treize ans , ayant achevé
les Etudes ordinaires au College des Je-
suites de Mâcon , il fut envoyé à Paris ,
où il fit un nouveau Cours de Philoso
phie : Il en soutint des Theses publiques
avec un aplaudissement général sur la
fin de sa quatorziéme année. Revenu
à Mâcon , il employa deux années en-
tieres à profiter des leçons et des exem-
ples d'un Pere , qui n'oublioit rien pour
le formerà l'Etude et à la Vertu.
Il fut ensuite renvoyé à Paris pour l'E-
tude des Loix. Il s'y apliqua , fut reçû
Avocat , et suivit le Barreau pendant
quelque temps : mais ce n'étoit
son penchant le plus naturel.
pas là
Cependant , pressé par une Famille ,
qui l'aimoit tendrement , il revint à Mâ-
çon , où quelque temps après son arrivée,
le feu de la jeunesse l'entraîna dans une
malheureuse Affaire , nommée dans le
monde Affaire d'honneur. Elle fut suivie
d'un combat de quatre contre quatre , dans
laquelle l'un des Combattans succomba,
et plusieurs furent blessés. Notre jeune
Homme obligé de se retirer , alla cher-
cher un azile à la Cour de Savoye , où
son
876 MERCURE DE FRANCE
son esprit , sa dépense et ses talens lui
eurent bien-tôt acquis des Amis de dis
tinction .
Mais ,s'il est vrai qu'un malheur en at-
tire souvent un autre , cette situation
douce et agréable en aparence , fut bien-
tôt fatale à notre François réfugié . Il
devint Amoureux d'une, Dlle de la pre-
miere qualité , qui le reçut bien et le
préféra à plusieurs autres , qui préten-
doient à l'honneur de son Alliance. La
Dlle avoit plusieurs Freres , qui étoient
Amis de notre Aspirant , et qui eurent
d'abord ses recherches pour agréables ..
Cette derniere circonstance n'étoit ,
par malheur , fondée que sur une équi➡
voque de nom , au sujet de celui de Se-
necé. La Terre ainsi apellée , située entre
Tournus et Châlons , étoit alors dans
la Maison de Foix : Ces Messieurs le cru-
rent être de la même Maison ; mais M.de
Senecé qui ne vouloit tromper personne,
encore moins celle qui étoit la plus in-
reressée , avoit dès le commencement
déclaré son véritable état à la Dlle , la-
quelle n'ayant d'égard qu'au mérite de
son Amant , exigea de lui de laisser ses
Freres dans la favorable prévention où
ils étoient.
: Ceux-ci en sortirent bien-tôt par les
recherches
+
1
"A
A
MAY.
1737:
877
recherches qu'ils se crurent obligés de
faire avant que de rien conclure. Instruits
de la verité , ils donnerent dans un tra-
vers. Au lieu de prendre les mesures or-
dinaires pour s'oposer à ce Mariage , ils
entrerent dans un esprit de ressentiment,
dont la Dlle prévit et prévint les suites,
en priant M. de Senecé de disparoître
pour quelque temps : mais les Freres ani-
més et instruits du départ , eurent la
foiblesse de faire trouver des gens sur sa
route pour lui faire un mauvais pârti,
Il fallut battailler , l'Amant malheureux
s'en tira heureusement, et tout de suite il
se retira à Madrid , où il resta jusqu'à la
nouvelle de l'accommodement de sa
pre.
miere Affaire , que M. son Pere lui don
na , avec ordre de revenir.
De retour à Mâcon , ce Pere qui lui
destinoit toujours sa Charge , le renvoya
bien- tôt à Paris dans la vûë de le perfec-
tionner dans l'Etude des Loix, et dans les
autres connoissances , que le commerce
des Livres et la fréquentation du Barreau
pouvoient lui acquerir.
Mais l'essor
qu'il avoit pris , et le grand monde qu'il
avoit fréquenté lui avoient donné du
dégoût pourice genre d'Etude. L'amour
des plaisirs et de la liberté l'entraîna
bien- tôt du côté d'une jeune et brillante .
Cour
878 MERCURE DE FRANCE
Cour , dans laquelle il se fit des Amis
distingués. Il se flata qu'avec un pareil
secours et avec ses talens , il pouroit
faire une fortune fort au- dessus de celle
que sa Famille lui présentoit.
Rempli des ces idées , en attendant la
premiere occasion d'acquerir une Char-
ge à la Cour , il crut devoir fixer sa si-
tuation hors de la Province par un en
gagement. Il épousa à Paris , du consen-
tement de son Pere , la Dlle de Blaisy
Fille de M. de Burnot , Seigneur de Blai-
sy , Intendant de la Maison de la Du-
chesse d'Angoulême. Le Pere ne consti-
tua à son Fils que le moins qu'il pou-
- voit lui donner , la tendresse Paternelle
étoit fort ralentie à l'égard de ce Fils
par un second Mariage , dont il y avoit
des Enfans , et pour n'avoir pas suivi
ses volontés sur le choix d'une Profes
sion.
Peu de temps après l'occasion tant dé
sirée se présenta : M. de Senecé traita en
1673. de la Charge de Premier Valet de
Chambre de la Reine , avec M. de Visé.
Avant que de rien conclure , il fit un
Voyage à Mâcon pour obtenir l'agré-
ment et quelque suplément de finance
qui lui manquoit , de M. son Pere. Ce-
lui-ci profita de l'occasion pour faire avec -
toute
MAY.
1737.
879
toute la Famille , un dernier effort sur
l'esprit de son Fils au sujet de la Charge
de Lieutenant Général ,dont il le croyoit
très capable. Mais il n'y eut pas moyen
de lui faire changer d'objet. De retour à
Paris , M. de Senecé emprunta de ses
Amis ce qu'il lui falloit , conclut le mar
ché et entra chés la Reine en la qualité
que nous avons dite.
Il fut extrémement goûté à la Cour ; il
s'y fit des Amis de distinction , et des
Protecteurs puissans : On peut dire qu'il
le méritoit ; mais cette situation agréa-
ble , cette Fortune, aparente ne furent
pas d'une longue durée. La Reine très-
satisfaite de ses Services , et qui l'hono-
roit de beaucoup de bonté , vint à mou◄
rir au bout de dix ans ; et c'est le plus
grand malheur qui pouvoit arriver à son
zelé Domestique.
On suprime ici tout le détail de ce
malheur et de ses suites , pour n'en mar-
quer qu'une ou deux circonstances . Sça-
voir , que son Pere en mourant ne lui
donna d'autre part dans ses biens , que
ce qu'il lui avoit constitué en le mariant;
c'est à dire , une petite Terre de 3000.
livres de rente , auprès de Mâcon , nom-
mée Condemines. De plus, une riche Tan-
te , Sœur de la D. sa Mere , er Epouse
C
du
880 MERCURE DE FRANCE
du Premier Président du Présidial , en
mourant sans Enfans , ne fit aucune
mention de lui dans son Testament.
On suprime aussi l'indifférence, ordi-
naire aux Gens de Cour dans la disgra-
ce , qu'eurent à son égard ceux que
nous avons apellé ci- dessus Amis de dis-
tinction et Protecteurs puissans , dans
les différentes occasions qui se présente-
rent de le servir et de le dédommager,
La seule Duchesse d'Angoulême se mon-
tra sensible et bienfaisante. M. de Sene-
cé trouva chés cette Princesse , pour lui
et pour sa Famille , une retraite honora-
ble et utile ; ensorte que tant qu'elle vê-
cut,il ne fut presque exposé à aucune dé-
pense.
Mais après la mort de la Princesse ,
il fut obligé de revenir dans sa Province ,
dont on peut dire qu'il fit les délices , et
en particulier de la Ville de Mâcon ,
tout le monde étant charmé de posseder
un Sujet orné de tant de bonnes quali
tés , de celles principalement qui font
l'honnête Homme , et en même temps
les charmes de la societé.
La mort d'une Epouse chérie , qui lui
fut enlevée en 1685. à l'âge seulement
de 33. ans , Mere de huit Enfans , ré-
veilla en lui les idées de la Cour ; la ten-
tation
MAY.
1737.
831
tation d'y aller encore chercher Fortune,
le reprit. Mais son Voyage et un assés
long séjour furent inutiles ; ils ne le fu-
rent pas pour le guérir enfin de ces idées -
de grandeur et de ces espérances Aateu-
ses , dont il s'étoit presque toujours rem-
pli.
De retour pour la derniere fois dans
sa Patrie , il ne s'occupa plus que de Re-
ligion , de soins domestiques , et de Lit-
terature , sans rien perdre de cette gaye-
té et de cette joye innocente qui le fai-
soit désirer par tout , et qu'il apelloit le
Baume de la vie , l'Elixir de la sancé.
C'est dans cette situation que nous avons
commencé à connoître M. de Senecé
il y a environ quinze ans , à l'occasion
d'abord de quelques Poësies de sa façon,
qui ont paru dans le Mercure de France.
Il y a eu ensuite entre nous un commer-
çe réglé de Littérature , dont nous avons
profité , et qui a continué jusqu'à ses
derniers jours.
Il y avoit sans doute à profiter avec un
Ami de cet âge et de cette capacité . Il
ne vouloit point au reste qu'on le loüât ,
ni qu'on fit trop valoir ses Pieces . Au-
tant ennemi des Eloges outrés , que de
la critique amere , il censuroit agréable-
ment ce premier défaut dans le Mercu-
Cij
re
882 MERCURE DE FRANCE
re de l'un de nos Prédécesseurs , Ami
de l'Auteur , il crut lui devoir un avis
utile sur cet article. Il s'en acquita par
une Epître de sa façon , dont on ne sera
peut
être pas
fâché de voir ici quelque
chose , outre que c'est une Piecedes plus
fugitives , et que nous tenons de sa
main.
V... quand Jupiter des biens fit le partage,
Les Muses à ses dons eurent petite part :
Un peu de liberté fut tout leur Apanage ;
Elles l'ont bien gardée, et s'en servent sans fard.
J'en ai ma portion , moi , leur Eleve indignes
Mon esprit en tout temps marcha d'un pas égal,
Il tient en main la régle , et mesure la ligne ,
Prêt à la condamner quand elle y répond mal,
Je blamois hautement , fondé sur ce Principe ,
Tes aplaudissemens communs et prodigués ;
Faut-il qu'un tel esprit ( disois- je ) se dissipe
A donner au Public des Eloges brigués ?
Quoi ! par une lumiere et si vive et si pure
Les Bons et les Pervers seront- ils réjouis ?
C'est-là tout ce que
fait l'Auteur de la Nature
Et que font après lui le Soleil et LOUIS ,
LOUIS
MAY.
1737.
883
LOUIS et le Soleil sont en droit de le faire ,
Et c'est de leur grandeur l'illustre fonction :
Mais V... plus borné , doit en Juge sévere ,
Du bien avec le mal faire distinction.
Ses Volumes moins gros , seroient plus sûrs de
plaire ;
Suprimant les Ecrits d'an misérable Auteur ,
Il pouroit épargner du papier au Libraire ,
A lui des soins , enfin du dégoût au Leeteur.
Mon esprit contre toi murmuroit de la sorte :
Mais mon cœur depuis peu l'en a désavoüé.
Tu viens de m'oposer une raison plus forte ;
Qu'as-tu fait pour cela,V... ? Tu m'as loüé &c
Nous omettons le reste : cet échan
tillon suffira pour montrer le caractere
de notre Ami , par raport à la flaterie
qu'il ne pouvoit souffrir , et à la censu-
re , qui chés lui n'étoit jamais austere ni
farouche.
Nous avons dit qu'il ne pouvoit souf-
frir les louanges outrées , encore moins
les louanges personnelles . C'est dans cet
esprit qu'il nous a toujours refusé un pe-
tit détail sur sa vie et sur ses Ouvrages ,
qu'on lui a souvent demandé pour en
faire un jour honneur à sa Mémoire : voici
€ iij
seulo
884 MERCURE DE FRANCE
seulement ce que l'amitié ou l'importu
nité lui permirent de nous écrire le 21 .
Octobre 1735.
20
» Vous voulez me prendre par mon
propre interêt , par la proposition que
vous me faites de vous donner quel-
ques Memoires de ma vie , qui n'est
» pas si obscure que l'on n'y trouvât
» sujet de faire un petit Roman ; mais j'ai
>> renoncé à cette vanité , et il me suffit
» que l'on sçache qu'après avoir couru
le Monde dans ma jeunesse et avoir
» fait quelque figure à la Cour du Duc
» de Savoye , Charles- Emanuël second
>
23 je me suis attaché à celle de la Prin-
» cesse d'Angoulême , où je me suis ma-
» rié ,, et qui m'a servi d'échelle pour
»monter à la Cour de la Reine Marie-
» Therèse, Epouse de LOUIS LE GRAND ;
échelle qui s'est rompue sous mes pieds,
et où je me suis brisé le col par la mort
» de cette Princesse , étant demeuré sans
>> Charge et sans récompense . Je me suis
>> ensuite retiré dans mon Pays natal , où
»je me suis consolé du mieux que j'ai
» pû avec les Muses , qui ne m'ont point
» abandonné jusqu'à l'âge de quatre- vingt
» treize ans.Pour mon Pere , vous ne pou
» vez en dire trop de bien , qu'oiqu'il
» m'ait fort maltraité , et donné tous ses
>> biens
MAY.
17377
885
» biens à des filles d'un second lit. A cela
» près , c'étoit un homme illustre par ses
» mœurs , sa justice et son éloquence
» dont il a donné des preuves autenti-
tiques dans un beau volume de Ha
rangues, &c.Voilà assés parler des miens
» et de moi.
Cependant la longue carriere de M.
de Senecé s'avançoit et n'étoit pas loin
de son terme. Ses Lettres devenoient
moins fréquentes , mais elles étoient
morales , chrétiennes , édifiantes. Ceile
sur tout qu'il nous écrivit le six Dé-
cembre 1735. marquoit un fond de
Religion et de résignation , capable de
faire plaisir à de véritables Amis. C'étoit
dans la circonstance d'une maladie , qui
ne fut cependant pas la derniere. » J'at-
tends patiemment , disoit - il ,
l'heure
» qu'il plaira à Dieu de me marquer pour
» lui aller rendre mes comptes qui ne
» sont pas en trop bon état , &c. La
Lettre étoit accompagnée d'un Cantique
de sa façon sur le sujet de ces mêmes
Comptes , où il paroissoit encore du feu
et du génie , mais bien plus encore de
pieté et de confiance en la bonté divine .
La Piece finissoit par une invocation pa-
thétique adressée à la sainte Vierge. » J'ai
»fait , ajoûtoit-il , ce petit Morceau dans
C iiij
» l'un
886 MERCURE DE FRANCE
» l'un des plus grands accès de ma ma-
>> ladie , où pour l'ordinaire on ne songe
כג
pas à faire des Vers; mais j'ai éprouvé en
» cette occasion la vérité du Proverbe
»qui dit que la Mort est un Echo de la
» vie. En tout cas , ce que je vous envoye
» servira à vous faire faire quelques re-
fléxions chrétiennes. Les Gens de Let-
tres , si remplis de differentes idées
>
» ont besoin que quelquesfois on les
"
rapelle à Dieu par des refléxions sé-
» rieuses. Je vous demande pardon de
» faire ici le Prédicateur , contre ma coû-
» tume ; mais les aproches de la mort
"Ouvrent souvent les yeux les plus aveu-
» gles, et j'espere que vous me pardonne-
» rez l'effet d'une conversion qui est dans
» sa premiere ferveur, et que je voudrois
» pouvoir étendre sur tous mes Amis, par
» mi lesquels je vous considere tout des
» premiers , &c. Enfin , comme s'il pré-
voyoit que c'étoit- là la derniere Lettre
qu'il devoit nous écrire , il la chargea de
ses complimens ou plutôt de ses adieux
pour quelques Amis particuliers , qui
sont aussi les nôtres. Il saluoit et mora-
lisoit en ces termes l'un de ces Messieurs
qui aime beaucoup les Spectacles. » Fai-
» tes mes complimens à M. L. C. et di-
» tes- lui que j'ai bien du déplaisir qu'un
» bel
MAY.
» de Thalie.
1737.
887
bel Esprit comme le sien meure dans
l'hérésie des favoris de Melpomene et
Depuis l'Epoque que nous venons de
marquer , c'est-à - dire la fin de l'année
1735. qui fut aussi la fin de notre com-
merce Litteraire , M. de Senecé , de qui
nous avions quelquefois indirectement
des nouvelles, soigneux de nous informer
de son état , tourna toutes ses pensées du
côté du Ciel. Accablé enfin par le poids
de l'âge , éprouvé par de plus fréquentes
infirmités , mais consolé et fortifié par
de solides esperances , il expira douce-
ment entre les bras d'un digne Fils , le
premier jour de l'année 1737. âgé de
93. ans , deux mois et quelques jours.
Nous n'aurions rien à ajoûter à ce
que nous venons de dire , et que nous
avons crû devoir à la memoire de M. de
Senccé , si une nouvelle instruction , qui'
vient de nous arriver , ne nous enga-
geoit de joindre ici quelques circonstan
ces particulieres qui regardent sa Famille
et sa Personne ; rien n'est à négliger dans
P'Histoire des Hommes de Lettres.
On a marqué cy -dessus qu'il étoit fils,
petit-fils et arriere petit- fils de trois Lieu
tenans Generaux au Bailliage et Siege
Présidial du Mâconois. Ils furent tous
C
trois
888 MERCURE DE FRANCE
trois très- distingués dans la Province par
leur mérite personnel et par la maniere
noble dont ils y vivoient. Ils étoient issus
d'une très- ancienne Famille originaire
de la Ville de Paray le Monial , dans le
Charolois , à 12. lieues de Mâcon , où
l'un de leurs Ancêtres vint s'établir il Y
a plus de deux cens ans.
La probité et la Litterature sont com-
me héréditaires dans cette Famille. Mais
aucun ne se distingua davantage , et ne
joignit plus d'excellentes qualités à celles
que nous venons de dire , que Brice Bau-
que
deron de Senecé , Pere de celui que nous
regretons.
Il fut Auteur de plusieurs
Ouvrages estimés , et consommé sur tout
dans les sciences de son Etat. Le Conseil
et le Parlement , bien instruits de son
integrité et de ses lumieres , l'ont sou-
vent employé dans des affaires de consé-
quence , délicates et épineuses , commis-
sions dont il s'est acquité avec un aplau-
dissement general , et qui lui ont acquis
un honneur infini . Enfin il eut le bon-
heur dans les Troubles de la minorité du
Roy Louis XIV. de servir utilement son
Maître , moins par l'autorité de sa Char-
ge , que par la vivacité de son zele et
par la force de son éloquence , qui retine
a Ville de Mâcon , prête à tomber en-
tre
MAY.
1737.
889
tre les mains des Factieux , dans son de-
voir , et fit perdre à ceux-cy toute es-
perance pour le succès d'un projet qui
étoit apuyé de la force des Armes. La
Cour très satisfaite de sa conduite , lui
fit expedier des Lettres de Conseiller d'E-
tat , datées du 31. Juillet 1651. Il re-
çut aussi de la Cour de grands Eloges
sur sa sage conduite à la tenue des Grands
Jours dans la Ville de Clermont , où il
fut mandé et où il donna encore de gran-
des marques de zele et d'attachement
pour les interêts du Roy.Il mourut à Mâ-
con le 3. Octobre 1698. âgé de 88, ans ,
après y avoir exercé pendant quarante an-
nées la premiere Magistrature.Ona obinis
qu'il avoit un grand talent pour la Poë-
sie Latine et Françoise , dont il faisoit
quelquefois ses amusemens pour se dé-
lasser.
M. de Senecé son Fils , qui fait le su-
jet de cet Eloge , a eû , comme nous l'a-
vons dit , deux Fils de son Mariage. L'aî-
né entra de bonne heure dans le Service.
Il n'avoit que 18. ans lorsqu'il fut blessé à
la Bataille de Nervinde. Il fut aussi-tôt
fait Capitaine au Régiment de Piémont
où il continua de servir avec distinction
jusqu'à l'âge de 23. ans , qu'il fut tué
dans un combat qui se donna auprès de
C vi
Tour-
80 MERCURE DE FRANCE
Tournay. Il marchoit déja sur les traces
de son digne Pere , aimant les Lettres et
écrivant fort bien en Vers et en Prose.
Son Frere puisné prit aussi le parti des´
Armes , mais la mort de l'aîné ne permit
pas à ce tendre Pere de lui laisser suivre
son inclination , ne voulant pas d'ailleurs
risquer la seule personne qui pouvoit
donner des Héritiers à son nom . Dieu
en a disposé autrement ; car ce Fils uni--
que , marié depuis 20. ans n'a aujour-
d'hui de plusieurs Enfans qui lui sont nés,
que deux filles fort jeunes.
De six Filles que M. de Senecé avoir
aussi eûes de son Mariage, l'aînée mourut
peu après le décès de la Dame sa Mere ;
les quatre suivantes sont actuellement
Religieuses en differens Monasteres , et
la derniere est mariée à M. de la Salle
Gentilhomme du Mâconois , d'une bon-
me et ancienne Maison , originaire d'Au-
vergne. Un fils unique sorti de ce Ma--
riage , Capitaine dans le Régiment d'In-
fanterie d'Anjou , a été tué en Italie à
la Bataille de Guastalla, dans sa premiere
jeunesse.
Ainsi d'un assés grand nombre d'En-
fans et de petits- Enfans , il n'est resté à
M. de Senecé que le seul Fils dont nous
venons de parler , et que la Providence:
Luk
MAY.
1737.
891
lai avoit conservé pour être sa consola-
tion et son soutien dans le reste d'une
longue carriere. Nous sçavons qu'il s'en
est acquité dignement. C'est par ce cher
Fils , homme de Lettres et d'un mérite
distingué , que nous avons été informés
des principales circonstances de la Vie
de cet illustre Pere . L'une des plus im-
portantes , sans doute , est que depuis
quelques années il avoit de grands sen-
timens de pieté , parlant sans cesse de
Religion, souvent apliqué à lire et à mé-
diter la Sainte Ecriture. De là cet esprit
de patience et de résignation aux ordres
de Dieu dans les differentes tribulations
qui ont affligé sa vieillesse .
On ne peut pas trop dire que cette vertu
ait cú sa récompense dès cette vie , car nous
aprenons de la même source que de tous
les Seigneurs qui , l'avoient connu à la
Cour , et qui l'avoient , pour ainsi dire
accablé d'offres de service , & c. aucun
ne s'est souvenu de lui dans l'occa-
sion. Un grand Ministre , né pour le
bonheur general du Royaume et pour
relever la vertu abattuë et affligée , lui
a seul conservé l'honneur de ses bon-
nes graces , et lui a donné des secours
effectifs par diverses gratifications , et par
deux differentes pensions obtenues de
la
892 MERCURE DE FRANCE
la bonté du Roy. Par là
cer illustre'
Bienfaiteur l'a empêché d'avoir une
vieillesse nécessiteuse et l'a mis en état
de passer ses dernieres années dans une
douce tranquillité. Ces derniers termes
sont les mêmes dont M. de Condemines,
son digne Fils , s'est servi pour nous
instruire et pour exprimer sa reconnois-
sance. Condemines est le nom de sa Ter-
re, et presque le seul bien qui lui reste ;
» mais Dieu qui fait tout pour le mieux,
» nous dit- il fort chrétiennement
en
» me faisant décheoir des esperances d'u
> ne fortune considerable , m'a doüé
,
» d'un esprit tranquille et sans passion ,
qui me fait vivre content dans ma mé-
» diocrité.
Nous finirons par ce qui nous reste
à dire sur les Ouvrages de M. de Senecé,
qui a brillé , sur tout , par le talent de
la Poësie Françoise et Latine. Nous em-
prunterons pour cela les termes de M.
Titon du Tillet , qui après avoir déja
parlé de lui dans son Parnasse François,
nous a fait l'honneur de nous écrire à
l'occasion de sa mort ; nous, ajoûte-
rons ici le précis de sa Lettre.
" Je viens , M. d'aprendre la mort de
» M. de Senecé , Doyen de nos Poëtes
» François. Comme je m'interesse infini-
» menc
MAY.
1737.
893
» ment à la gloire de tous les Hommes
» celebres qu'a produits la France , et
>> plus particulierement à ceux qui doi-
» vent augmenter le nombre des Habi-
» tans du Parnasse François , je me sens
» obligé de vous annoncer la perte que
» nous faisons de cet Homme illus-
» tre , pour en faire part au Public dans
votre Journal , en attendant que je
» puisse moi- même rendre justice à sa
>> memoire dans le Suplément de la Vie
» de nos celebres Poëtes , &c. que je ras-
» semble sur le Parnasse François , que
» j'ai fait élever en Bronze, à mesure que
» la mort nous les enleve , & c.
>>
" Je lui dois d'ailleurs de la recon-
noissance par l'amitié dont il m'a ho-
» noré pendant quatre ou cinq ans , que
» nous avons été en commerce ensemble,
» et par le beau présent qu'il m'a faiɛ
» du gros volume manuscrit in 4°. de ses
» Poësies , non imprimées , dont j'espere
>> enrichir
le Public par l'impression.
» Ce Manuscrit est rempli d'un grand
1
» nombre de Morceaux interessants ,
où
>> l'on trouve de l'élevation , de la grace
» et sur tout cet élégant badinage , dont
» peu de gens sont capables, et que notre
» Auteur possedoit en Homme d'un es-
*
» prit supérieur , qui connoissoit d'ail-
»leurs
894 MERCURE DE FRANCE
» leurs à fond la Cour et la Ville , & c.
» On a imprimé un Recueil d'Epi-
grammes et d'autres Pieces de M. de
» Senecé , avec un Traité sur la compo-
» sition de l'Epigramme , 1. vol. in 12,
» d'environ 5oo. pages. A Paris , chés
» F. Giffart , 1717.
Il y a aussi quantité de bonnes Pieces
de sa façon , imprimées dans le Mercu-
re Galant et dans le Mercure de France ,
qui étant recueillies , formeroient un
juste volume.
Je finis ( c'est toujours M. Titon du
Tillet qui parle ) en joignant à ma Let-
» tre une Piece de Vers de M. l'Abbé-
Poncy de Neuville , connu par divers
» Ouvrages qui lui ont fait honneur , et.
» dont sept ont remporté des Prix de Poë-
» sie à l'Académie des Jeux Floraux de
>> Toulouse.
Fermer
7954
p. 896-900
QUESTIONS DIVERSES sur des Sujets d'économie.
Début :
UN Philosophe économe qui propose les Questions suivantes, se plaint [...]
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texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS DIVERSES sur des Sujets d'économie.
QUESTIONS DIVERSES
sur des Sujets d'économie.
UN Philosophe économe qui propose
les Questions suivantes, se
plaint du goût general qu'on a aujour◄
d'hui pour les recherches purement cu-
rieuses ; demande- t'on quelques instruc-
tions sur un Coquillage , une Pierre ins-
crite , un Marbre , &c. une foule de Sça-
vans s'empressent de communiquer leurs
lumieres au contraire , dans la Science
économique , laquelle embrasse tous les
Arts et toutes les Professions utiles , tou-
tes les bonnes découvertes , tout ce qui
tend à diminuer nos peines et à aug-
menter nos aises ; dans cette Science
dis-je , la plupart des Sçavans sont ou
muets ou pen instruits.
L'Auteur de ces Questions voulant faire
naître le goût des Recherches purement
économiques , se propose de faire de
temps en temps des Questions interes-
santes sur differens Sujets , et cela pour
donner
MAY.
1737.
897
donner occasion de vérifier plusieurs faits,
de constater plusieurs verités dont la dis-
cussion doit être avantageuse au Public.
Premiere Question.
Il y a déja long-temps qu'on a publié
l'Histoire abregée de toutes les Colonies
Angloises de l'Amérique , sous le titre
d'Amérique Angloise. On y trouve le com-
mencement , la suite et les progrès de
tous les Etablissemens des Anglois dans
le nouveau Monde , le moyen de s'y éta
blir et d'y avoir des fonds
9
avec les
conditions pour le transport des Person .
nes et pour l'achat des Terres ; outre plu-
sieurs autres particularités qui peuvent
faire plaisir à tous ceux qui s'interessent
à ces sortes d'entreprises.
Il seroit à souhaiter que quelque per-
sonne instruite nous donnât pareillement
l'Amérique Françoise , ou l'Histoire exacte
de toutes nos Colonies , Histoire déba-
rassée de tout ce qui n'est que de pure cu-
riosité, et où l'on s'attachât à faire con-
noître ce qu'il y a et ce qu'il peut y avoir
d'avantageux dans ces sortes d'établisse-
mens , tant pour le Public , que pour les
Particuliers de differentes conditions .
En attendant cette Histoire generale ,
en voudroit avoir quelques instructions
sur
898 MERCURE DE FRANCE
sur l'état actuel de nos Colonies de
Cayenne , des Antilles , et sur tout de
la Louisiane et du Canada ; on vou-
droit , dis- je , sçavoir si l'on peut exer-
cer dans tous ces Endroits le Négoce
et les Arts , sans Maîtrise , ni qualité s
s'il y a des servitudes et des Droits
Seigneuriaux comme en France , ou si
chacun y est absolument le maître de
ses fonds.
Sçavoir encore si l'on trouve des Ter-
res à prendre sans débourser , ou suposé
qu'il faille les acheter , sçavoir de qui et
à quelles conditions. Sçavoir de même
la facilité ou la difficulté du transport
pour les Personnes et pour les Marchan-
dises , et quels sont les Lieux où il y a
le plus de ressources et dont le climat
est le plus convenable au temperament
des François. On prie les Personnes qui
sont en état de répondre à ces Ques-
tions , de vouloir bien donner sur cela
un petit Memoire au Mercure.
On voit dans les Voyages de Lahon
tan et dans le Dictionaire de Commerce,
que l'on peut acquérir aisément des Ter-
res au Canada en payant un écu de Cens
par arpent , mais l'expression n'est pas
trop claire. Si c'est un écu de rente an-
nuelle , c'est horriblement cher ; si c'est
UA
MAY.
1737.
899
un écu de fonds , c'est- à-dire trois sols
de Droit Seigneurial tous les ans , c'est
encore un prix honnête pour ces Pays
perdus
quoiqu'il en soit tout cela de
vroit être mieux déterminé.
Seconde Question.
Un Particulier voulant faire executer
une sorte de voiture qu'il a imaginée ,
a besoin de sçavoir pour l'execution de
sa Machine , de combien il est plus fa-
cile de traîner un fardeau que de le por-
ter, en suposant peu de frotement, et su-
posant encore des chemins passablement
unis on invite les Géometres à faire
part de leurs lumieres sur cette Question.
Troisième Question.
On trouve dans la plupart des Livres
d'Agriculture , plusieurs Secrets ou prati-
ques pour procurer une abondante multi-
plication des Grains, Rien ne seroit plus
digne de quelques Membres de l'Acadé
mie des Sciences et de tous autres Particu-
liers qui ont de l'intelligence et qui veu
lent se rendre utiles , que de travailler avec
soin à vérifier ces pratiques et de publier
ensuite leurs Découvertes et leurs pro-
cedés ; ou de désabuser une fois le Public
de tous ces effets imaginaires ; on fait
tous
900 MERCURE DE FRANCE
tous les jours des recherches bien moins
utiles.
En attendant quelque bon Memoire
sur ce sujet , on demande si quelqu'un
sçait dès - à- présent un procedé facile et
confirmé par l'experience , pour produi-
re des récoltes plus abondantes ; s'il est
vrai qu'on distribuë à Lyon , à la Cure
S. Vincent , et dans une Communauté
de Filles , une matiere préparée pour la
même fin , matiere fort vantée dans le
Dictionnaire Economique de Chomel,au
mot Blé.
sur des Sujets d'économie.
UN Philosophe économe qui propose
les Questions suivantes, se
plaint du goût general qu'on a aujour◄
d'hui pour les recherches purement cu-
rieuses ; demande- t'on quelques instruc-
tions sur un Coquillage , une Pierre ins-
crite , un Marbre , &c. une foule de Sça-
vans s'empressent de communiquer leurs
lumieres au contraire , dans la Science
économique , laquelle embrasse tous les
Arts et toutes les Professions utiles , tou-
tes les bonnes découvertes , tout ce qui
tend à diminuer nos peines et à aug-
menter nos aises ; dans cette Science
dis-je , la plupart des Sçavans sont ou
muets ou pen instruits.
L'Auteur de ces Questions voulant faire
naître le goût des Recherches purement
économiques , se propose de faire de
temps en temps des Questions interes-
santes sur differens Sujets , et cela pour
donner
MAY.
1737.
897
donner occasion de vérifier plusieurs faits,
de constater plusieurs verités dont la dis-
cussion doit être avantageuse au Public.
Premiere Question.
Il y a déja long-temps qu'on a publié
l'Histoire abregée de toutes les Colonies
Angloises de l'Amérique , sous le titre
d'Amérique Angloise. On y trouve le com-
mencement , la suite et les progrès de
tous les Etablissemens des Anglois dans
le nouveau Monde , le moyen de s'y éta
blir et d'y avoir des fonds
9
avec les
conditions pour le transport des Person .
nes et pour l'achat des Terres ; outre plu-
sieurs autres particularités qui peuvent
faire plaisir à tous ceux qui s'interessent
à ces sortes d'entreprises.
Il seroit à souhaiter que quelque per-
sonne instruite nous donnât pareillement
l'Amérique Françoise , ou l'Histoire exacte
de toutes nos Colonies , Histoire déba-
rassée de tout ce qui n'est que de pure cu-
riosité, et où l'on s'attachât à faire con-
noître ce qu'il y a et ce qu'il peut y avoir
d'avantageux dans ces sortes d'établisse-
mens , tant pour le Public , que pour les
Particuliers de differentes conditions .
En attendant cette Histoire generale ,
en voudroit avoir quelques instructions
sur
898 MERCURE DE FRANCE
sur l'état actuel de nos Colonies de
Cayenne , des Antilles , et sur tout de
la Louisiane et du Canada ; on vou-
droit , dis- je , sçavoir si l'on peut exer-
cer dans tous ces Endroits le Négoce
et les Arts , sans Maîtrise , ni qualité s
s'il y a des servitudes et des Droits
Seigneuriaux comme en France , ou si
chacun y est absolument le maître de
ses fonds.
Sçavoir encore si l'on trouve des Ter-
res à prendre sans débourser , ou suposé
qu'il faille les acheter , sçavoir de qui et
à quelles conditions. Sçavoir de même
la facilité ou la difficulté du transport
pour les Personnes et pour les Marchan-
dises , et quels sont les Lieux où il y a
le plus de ressources et dont le climat
est le plus convenable au temperament
des François. On prie les Personnes qui
sont en état de répondre à ces Ques-
tions , de vouloir bien donner sur cela
un petit Memoire au Mercure.
On voit dans les Voyages de Lahon
tan et dans le Dictionaire de Commerce,
que l'on peut acquérir aisément des Ter-
res au Canada en payant un écu de Cens
par arpent , mais l'expression n'est pas
trop claire. Si c'est un écu de rente an-
nuelle , c'est horriblement cher ; si c'est
UA
MAY.
1737.
899
un écu de fonds , c'est- à-dire trois sols
de Droit Seigneurial tous les ans , c'est
encore un prix honnête pour ces Pays
perdus
quoiqu'il en soit tout cela de
vroit être mieux déterminé.
Seconde Question.
Un Particulier voulant faire executer
une sorte de voiture qu'il a imaginée ,
a besoin de sçavoir pour l'execution de
sa Machine , de combien il est plus fa-
cile de traîner un fardeau que de le por-
ter, en suposant peu de frotement, et su-
posant encore des chemins passablement
unis on invite les Géometres à faire
part de leurs lumieres sur cette Question.
Troisième Question.
On trouve dans la plupart des Livres
d'Agriculture , plusieurs Secrets ou prati-
ques pour procurer une abondante multi-
plication des Grains, Rien ne seroit plus
digne de quelques Membres de l'Acadé
mie des Sciences et de tous autres Particu-
liers qui ont de l'intelligence et qui veu
lent se rendre utiles , que de travailler avec
soin à vérifier ces pratiques et de publier
ensuite leurs Découvertes et leurs pro-
cedés ; ou de désabuser une fois le Public
de tous ces effets imaginaires ; on fait
tous
900 MERCURE DE FRANCE
tous les jours des recherches bien moins
utiles.
En attendant quelque bon Memoire
sur ce sujet , on demande si quelqu'un
sçait dès - à- présent un procedé facile et
confirmé par l'experience , pour produi-
re des récoltes plus abondantes ; s'il est
vrai qu'on distribuë à Lyon , à la Cure
S. Vincent , et dans une Communauté
de Filles , une matiere préparée pour la
même fin , matiere fort vantée dans le
Dictionnaire Economique de Chomel,au
mot Blé.
Fermer
7955
p. 900-905
EPITHALAME, Sur le Mariage de M. *** avec Mademoiselle ***.
Début :
UN sommeil doux et tranquille, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME, Sur le Mariage de M. *** avec Mademoiselle ***.
EPITHALAME,
Sur le Mariage de M. *** avec
Mademoiselle ***.
UN sommeil doux et tranquille,
Sur un duvet souple et docile ,
Réparoit insensiblement
Mes sens et ma raison débile
Des travaux du jour précedent ,
Quand l'aimable Dieu de Cithere
Voltigeant d'une aîle legere ,
Sur mes yeux couverts de pavots
Vint me fater dans mon repos
D'uni
MAY.
Du songe le plus délectable ,
Et par un Spectacle agréable]
17376
De Jeux , de Graces et d'Amours ,
Me rendre la nuit préférable
Au plus brillant de tous les jours .
Jamais ce Dieu n'eut tant de charmes ,
Qu'il m'en offrit pour cette fois ,
Ses plaisirs étoient sans allarmes ,
Sans remords on suivoit ses loix ,
Au lieu de dards , des fleurs nouvelles
Composoient seules son Carquois ;
Les Graces , les Amours fidelles ,
Dans leurs Danses continuelles ,
En couronnoient leur Souverain ,
Qui pour Sceptre tenoit en main
Un Bouquet formé des plus belles ,
Tel que Vénus dans ses atours
En peut porter aux plus beaux jours.
Dieux ! quel triomphe , quelle gloire
Flatoit ce jeune Conquérant !
Tout m'annonçoit une victoire
Sur quelques cœurs du plus haut rang.
Pour agir avec assurance ,
Et diriger encore mieux
Un coup de pareille importance ,
Il avoit dépouillé ses yeux
De ce bandeau malicieux
Qui lui ravit la connoissance
901
Des
902 MERCURE DE FRANCE
Des Traits que son aveugle enfance ,
Lui fait décocher sans égard ,
Quand il séduit par inconstance
Deux cœurs assemblés au hazard ;
Les Plaisirs, en réjouissance ,
En avoient fait un Etendart ,
On leur main conduite par l'Art ,
Avoit dans un Champ héraldique ,
Sous mainte couleur symbolique ,
Réuni les faits glorieux
Des Citoyens les plus fameux
Qu'eût jamais produit l'Armorique;
Je contemplois tous ces Emaux
Qui me rapelloient la memoire.
Des noms et des traits les plus beaux
Que nous avoit transmis l'Histoire ,
Lorsque le Dieu de la Beauté
M'attirant d'un tendre sourire ;
Voy , me dit- il , dans mon Empire
S'il fut hymen mieux concerté ;
Jupiter , à ma volonté
S'est fait un plaisir de souscrire ;
Sa main a conclu le Traité.,
Lors au milieu d'un cercie auguste
De Héros et de demi- Dieux ,
Que les soins d'un amour si juste
Avoient rassemblés dans ces Lieux ;
Je cherchai l'illustre conquête ,
T
MAY.
A qui l'Amour victorieuz
Avoit préparé cette Fête
Pour un hymen si glorieux ;
1737.
Si les vertus pouvoient paroître
J'eusse aperçu dans le moment
Celle que je voulois connoître ;
Mais le commun empressement ,
De gens qui par reconnoissance ,
Far interêt ou par naissance ,
Se succedoient incessamment
En réverence ou compliment,
Me frustroit de mon esperance ,
Lorsqu'un Amour officieux ,
Au loin échapé de ses yeux ,
Me fit voir la jeune Héroïne ,
Dans qui l'esprit , l'air gracieux ,
Les vertus , mieux que l'origine
Retraçoient ses nobles Ayeux ; ·
Pour un Epoux plein de tendresse ,
L'hymen en ce jour d'allegresse ,
Recevoit sa main et sa foy ,"
Et sous cette commune Loy
Ils s'assuroient de leur promesse ;
A ses traits vainqueurs et guerriers ,
A son front couvert de Lauriers ,
Je compris que dans les allarmes
Amour enfin avoit surpris
Au redoutable Dieu des Armes -
903
D Us
904 MERCURE DE FRANCE
Un de ses plus chers Favoris ;
Non , me dit- il , c'est un partage ,
Qu Mars aura tout l'avantage ,
Je rendrai plus que je n'ai pris
Il n'accorde à mes vœux timides
Un cœur si superbe et si grand ,
La posterité des Alcides.
Ainsi mille objets ravissans
Des plaisirs toujours renaissans ;
Quand du jour l'ingrate lumiere
Et changer en réalité
O Dieux ! fut-il jamais un songe
ENVOT.
En ce jour de réjouissance ,
>
Que pour conserver dans son sang
Offroient à mes regards avides
Mais pour consommer son Ouvrage ,
Amour dans un brillant nuage ,
Envelopa les deux Epoux ;
Les Conviés se retirerent ,
Et les Plaisirs seuls s'envolerent
A cet aimable rendez- vous ;
J'observois encor leur carriere ,
Vint troubler ma félicité ,
L'illusion d'un doux mensonge ;
Plus conforme à la verité.
Daignez , illustre * * *
Agréer
MAY.
1737.
Agréer ces Vers en présent ,
Ils méritent quelque indulgence ,
Car je n'eus en les composant
D'autre Apollon que la reconnoissance.
ACCARON.
Sur le Mariage de M. *** avec
Mademoiselle ***.
UN sommeil doux et tranquille,
Sur un duvet souple et docile ,
Réparoit insensiblement
Mes sens et ma raison débile
Des travaux du jour précedent ,
Quand l'aimable Dieu de Cithere
Voltigeant d'une aîle legere ,
Sur mes yeux couverts de pavots
Vint me fater dans mon repos
D'uni
MAY.
Du songe le plus délectable ,
Et par un Spectacle agréable]
17376
De Jeux , de Graces et d'Amours ,
Me rendre la nuit préférable
Au plus brillant de tous les jours .
Jamais ce Dieu n'eut tant de charmes ,
Qu'il m'en offrit pour cette fois ,
Ses plaisirs étoient sans allarmes ,
Sans remords on suivoit ses loix ,
Au lieu de dards , des fleurs nouvelles
Composoient seules son Carquois ;
Les Graces , les Amours fidelles ,
Dans leurs Danses continuelles ,
En couronnoient leur Souverain ,
Qui pour Sceptre tenoit en main
Un Bouquet formé des plus belles ,
Tel que Vénus dans ses atours
En peut porter aux plus beaux jours.
Dieux ! quel triomphe , quelle gloire
Flatoit ce jeune Conquérant !
Tout m'annonçoit une victoire
Sur quelques cœurs du plus haut rang.
Pour agir avec assurance ,
Et diriger encore mieux
Un coup de pareille importance ,
Il avoit dépouillé ses yeux
De ce bandeau malicieux
Qui lui ravit la connoissance
901
Des
902 MERCURE DE FRANCE
Des Traits que son aveugle enfance ,
Lui fait décocher sans égard ,
Quand il séduit par inconstance
Deux cœurs assemblés au hazard ;
Les Plaisirs, en réjouissance ,
En avoient fait un Etendart ,
On leur main conduite par l'Art ,
Avoit dans un Champ héraldique ,
Sous mainte couleur symbolique ,
Réuni les faits glorieux
Des Citoyens les plus fameux
Qu'eût jamais produit l'Armorique;
Je contemplois tous ces Emaux
Qui me rapelloient la memoire.
Des noms et des traits les plus beaux
Que nous avoit transmis l'Histoire ,
Lorsque le Dieu de la Beauté
M'attirant d'un tendre sourire ;
Voy , me dit- il , dans mon Empire
S'il fut hymen mieux concerté ;
Jupiter , à ma volonté
S'est fait un plaisir de souscrire ;
Sa main a conclu le Traité.,
Lors au milieu d'un cercie auguste
De Héros et de demi- Dieux ,
Que les soins d'un amour si juste
Avoient rassemblés dans ces Lieux ;
Je cherchai l'illustre conquête ,
T
MAY.
A qui l'Amour victorieuz
Avoit préparé cette Fête
Pour un hymen si glorieux ;
1737.
Si les vertus pouvoient paroître
J'eusse aperçu dans le moment
Celle que je voulois connoître ;
Mais le commun empressement ,
De gens qui par reconnoissance ,
Far interêt ou par naissance ,
Se succedoient incessamment
En réverence ou compliment,
Me frustroit de mon esperance ,
Lorsqu'un Amour officieux ,
Au loin échapé de ses yeux ,
Me fit voir la jeune Héroïne ,
Dans qui l'esprit , l'air gracieux ,
Les vertus , mieux que l'origine
Retraçoient ses nobles Ayeux ; ·
Pour un Epoux plein de tendresse ,
L'hymen en ce jour d'allegresse ,
Recevoit sa main et sa foy ,"
Et sous cette commune Loy
Ils s'assuroient de leur promesse ;
A ses traits vainqueurs et guerriers ,
A son front couvert de Lauriers ,
Je compris que dans les allarmes
Amour enfin avoit surpris
Au redoutable Dieu des Armes -
903
D Us
904 MERCURE DE FRANCE
Un de ses plus chers Favoris ;
Non , me dit- il , c'est un partage ,
Qu Mars aura tout l'avantage ,
Je rendrai plus que je n'ai pris
Il n'accorde à mes vœux timides
Un cœur si superbe et si grand ,
La posterité des Alcides.
Ainsi mille objets ravissans
Des plaisirs toujours renaissans ;
Quand du jour l'ingrate lumiere
Et changer en réalité
O Dieux ! fut-il jamais un songe
ENVOT.
En ce jour de réjouissance ,
>
Que pour conserver dans son sang
Offroient à mes regards avides
Mais pour consommer son Ouvrage ,
Amour dans un brillant nuage ,
Envelopa les deux Epoux ;
Les Conviés se retirerent ,
Et les Plaisirs seuls s'envolerent
A cet aimable rendez- vous ;
J'observois encor leur carriere ,
Vint troubler ma félicité ,
L'illusion d'un doux mensonge ;
Plus conforme à la verité.
Daignez , illustre * * *
Agréer
MAY.
1737.
Agréer ces Vers en présent ,
Ils méritent quelque indulgence ,
Car je n'eus en les composant
D'autre Apollon que la reconnoissance.
ACCARON.
Fermer
7956
p. 929-932
ELEGIE.
Début :
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
ELEGIE.
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ?
En vain depuis long-temps la fortune ennemie
Ne fait tomber sur moi que des yeux de cour
roux;
Helas ! elle a bien moins de cruauté que vous !
J'avois cru jusqu'ici que c'étoit sa puissance ,
Qui même,malgré vous,m'ôtoit toute esperancej
J'avois cru qu'à Tircis l'Hymen vous engageant,
Vous aimeriez toujours votre premier Amantg
Je commence à sentir toute mon infortune ,
Et la lumiere enfin me devient importune.
J'aprends , pour mon malheur , en ce funeste
jour ,
E ij
Que
930 MERCURE DE FRANCE
Que l'Hymen dans votre ame a fait naître l'a
II
vous
mour;
La jeunesse pour moi n'est plus un avantage :
Four vous plaire il faudroit avoir un peu plus
d'âge.
Vous préférez l'amour du vieux Tircis au mien,
Malgré son air rêveur et son grave maintien;
Toujours morne et pensif, pour flateuses avances,
fait
par amour de longues remontrances;
Elles valent pour vous les plus tendres aveux ;
A ses moindres leçons pour lui croissent vos feux;
Mais ce qui met le comble à mon malheur ex-
trême ,
C'est de voir sur ses pas voler tout ce que j'aime
Que, lorsque disparoît cet Argus si jaloux,
Le plaisir de vous voir m'est enlevé par vous
je me convaincs alors , trop ingrate Silvie
Je me convaincs alors de votre perfidie ;
Lorsqu'un trompeur espoir soulageoit mes sou
pirs ,
Pourquoi donc me ravir ce reste de plaisirs
Mais non, à vos desseins je rends plus de justice,
Si de l'amour en vous j'éprouve le caprice ,
Il sçait l'autoriser par un choix glorieux.
Quelqu'un des trois Bergers qui vinrent en ces
lieux ,
Ou Lislor , ou Lisis , ou l'empressé Crisante
Me ravit l'autre jour le cœur de mon Amante
Le départ de Tircis secondant vos desirs ,
Allez
MAY.
17378
Allez au plus heureux donner mille plaisirs.
Des plus nobles talens le brillant avantage
Lislor , favorisé par la docte Minerve ,
beaux jours ,
93
Les distingue tous trois dans notre voisinage ;
Ils sçavent, quand il faut , soupirer avec art ,
Et moi,pour mon malheur, je vous aime sans fard;
Sent souvent les transports d'une féconde verve;
Il sçait , en vers pompeux dans le temps des
Se plaindre et soupirer pour de feintes amours;
11 charme également , soit qu'assis près d'un
hêtre ,
Il enfle , à son loisir , une Flûte champêtre ,
Ou soit que se servant des plus tendres pipaux ,
Il mêle ses accens au doux chant des Oiseaux;
Dans ses vers aprouvés par les neuf doctes Fées ,
Il se plaît de Bacchus à chanter les trophées ;
Il parle élegamment de Pomone et Cerès ,
Des timides troupeaux , des monts et des forêts.
Les deux autres ont pû , par leur active adresse ,
Ainsi que votre estime avoir votre tendresse ;
L'honneur d'avoir été couronnés dans nos jeux ,
A pu leur mériter de vivre sous vos nœuds.
Helas !
s'il est ainsi , partez en diligence ;
Allez donc profiter de leur chere presence.
Usez à votre gré de votre liberté.
Privez-moi du bonheur que j'ai tant souhaité ;
Du choix le plus honteux me fissiez-vous l'ou
trage ,
E iij
Tircis
932 MERCURE DE FRANCE
Tircis sur mon amour eût-il quelque avantage ,
Et me quittassiez- vous pour le suivre.... Ah
mourir !
Plûtôt que me resoudre à ne vous pas cherir.
Soit enfin
que l'Amour, sous un fateur auspice,
Aux atraits séducteurs de quelque autre Nar-
cisse,
Qui des vôtres épris, dépoüille sa fierté ,
Et vous céde , attendri , le prix de la beauté ,
Soit , dis-je , qu'à ses vœux il vous rende sen-
sible ,
Et que pour lui j'éprouve un départ si terrible
Ah ! du moins succombant à mon mortel ennui,
Je sçaurai me montrer plus amoureux que lui.
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ?
En vain depuis long-temps la fortune ennemie
Ne fait tomber sur moi que des yeux de cour
roux;
Helas ! elle a bien moins de cruauté que vous !
J'avois cru jusqu'ici que c'étoit sa puissance ,
Qui même,malgré vous,m'ôtoit toute esperancej
J'avois cru qu'à Tircis l'Hymen vous engageant,
Vous aimeriez toujours votre premier Amantg
Je commence à sentir toute mon infortune ,
Et la lumiere enfin me devient importune.
J'aprends , pour mon malheur , en ce funeste
jour ,
E ij
Que
930 MERCURE DE FRANCE
Que l'Hymen dans votre ame a fait naître l'a
II
vous
mour;
La jeunesse pour moi n'est plus un avantage :
Four vous plaire il faudroit avoir un peu plus
d'âge.
Vous préférez l'amour du vieux Tircis au mien,
Malgré son air rêveur et son grave maintien;
Toujours morne et pensif, pour flateuses avances,
fait
par amour de longues remontrances;
Elles valent pour vous les plus tendres aveux ;
A ses moindres leçons pour lui croissent vos feux;
Mais ce qui met le comble à mon malheur ex-
trême ,
C'est de voir sur ses pas voler tout ce que j'aime
Que, lorsque disparoît cet Argus si jaloux,
Le plaisir de vous voir m'est enlevé par vous
je me convaincs alors , trop ingrate Silvie
Je me convaincs alors de votre perfidie ;
Lorsqu'un trompeur espoir soulageoit mes sou
pirs ,
Pourquoi donc me ravir ce reste de plaisirs
Mais non, à vos desseins je rends plus de justice,
Si de l'amour en vous j'éprouve le caprice ,
Il sçait l'autoriser par un choix glorieux.
Quelqu'un des trois Bergers qui vinrent en ces
lieux ,
Ou Lislor , ou Lisis , ou l'empressé Crisante
Me ravit l'autre jour le cœur de mon Amante
Le départ de Tircis secondant vos desirs ,
Allez
MAY.
17378
Allez au plus heureux donner mille plaisirs.
Des plus nobles talens le brillant avantage
Lislor , favorisé par la docte Minerve ,
beaux jours ,
93
Les distingue tous trois dans notre voisinage ;
Ils sçavent, quand il faut , soupirer avec art ,
Et moi,pour mon malheur, je vous aime sans fard;
Sent souvent les transports d'une féconde verve;
Il sçait , en vers pompeux dans le temps des
Se plaindre et soupirer pour de feintes amours;
11 charme également , soit qu'assis près d'un
hêtre ,
Il enfle , à son loisir , une Flûte champêtre ,
Ou soit que se servant des plus tendres pipaux ,
Il mêle ses accens au doux chant des Oiseaux;
Dans ses vers aprouvés par les neuf doctes Fées ,
Il se plaît de Bacchus à chanter les trophées ;
Il parle élegamment de Pomone et Cerès ,
Des timides troupeaux , des monts et des forêts.
Les deux autres ont pû , par leur active adresse ,
Ainsi que votre estime avoir votre tendresse ;
L'honneur d'avoir été couronnés dans nos jeux ,
A pu leur mériter de vivre sous vos nœuds.
Helas !
s'il est ainsi , partez en diligence ;
Allez donc profiter de leur chere presence.
Usez à votre gré de votre liberté.
Privez-moi du bonheur que j'ai tant souhaité ;
Du choix le plus honteux me fissiez-vous l'ou
trage ,
E iij
Tircis
932 MERCURE DE FRANCE
Tircis sur mon amour eût-il quelque avantage ,
Et me quittassiez- vous pour le suivre.... Ah
mourir !
Plûtôt que me resoudre à ne vous pas cherir.
Soit enfin
que l'Amour, sous un fateur auspice,
Aux atraits séducteurs de quelque autre Nar-
cisse,
Qui des vôtres épris, dépoüille sa fierté ,
Et vous céde , attendri , le prix de la beauté ,
Soit , dis-je , qu'à ses vœux il vous rende sen-
sible ,
Et que pour lui j'éprouve un départ si terrible
Ah ! du moins succombant à mon mortel ennui,
Je sçaurai me montrer plus amoureux que lui.
Fermer
7957
p. 932
« On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...] »
Début :
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...] »
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes
du Mercure d'Avril par Bouton,
Maison , Poitrine, fier, et Clamor. On
trouve dans le premier Logogry phe Mai,
ais , son, amo , Jonas, main , Minos , Sion,
Sina , as , Simon, ami , anis ,Jason , onam,
nom , os , ïo , ino , an , mois , Naïm, Mons,
le Mans,Siam , foas, soin, mi , et si. Dans
le second , le Po , Pot , Pont , Port , Porte,
Point , Pointe , Poire , Porc , Prône , Pie ,
Pin , Pinte, Pite , Pion , Peintre , Pieri.
Dans le troisième , If, fer , et Ré , note
de Musique. Et dans le quatrième , Clam,
Amor, Roma , et Lac.
du Mercure d'Avril par Bouton,
Maison , Poitrine, fier, et Clamor. On
trouve dans le premier Logogry phe Mai,
ais , son, amo , Jonas, main , Minos , Sion,
Sina , as , Simon, ami , anis ,Jason , onam,
nom , os , ïo , ino , an , mois , Naïm, Mons,
le Mans,Siam , foas, soin, mi , et si. Dans
le second , le Po , Pot , Pont , Port , Porte,
Point , Pointe , Poire , Porc , Prône , Pie ,
Pin , Pinte, Pite , Pion , Peintre , Pieri.
Dans le troisième , If, fer , et Ré , note
de Musique. Et dans le quatrième , Clam,
Amor, Roma , et Lac.
Fermer
7958
p. 933
ENIGME.
Début :
Je dois ma naissance à la Terre ; [...]
Mots clefs :
Papier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E dois ma naissance à la Terre ;
Le Auide Elément préside à ma façon.
Je proclame la Paix , je déclare la Guerre :
L'Aveugle ne sçauroit prendre de moi leçon.
Paisible confident des secrets des Puissances ,
Je regle par tous les Etats .
Je porte à la douceur , je nourris les vengeances.
Je brûle au milieu des Combats.
On ne sçauroit sans moi régler aucune affaire,
Tant je sus par tout nécessaire.
Aux Amans éloignés , je suis d'un grand secours.
Mon corps en mille endroits galope nuits et jours
Susceptible à la fois de bonté , de malice :
Mes Emplois sont bien différens,
Tantôt je sers à l'artifice ,
Tantôt la vertu je défen s .
L'Homme est si peu constant, si leger, si volage:
Qu'après m'avoir ardemment désiré :
Il me met au plus vil usage .
Mon moindre sort est d'être laceré .
J. B. C. C. De F.
E dois ma naissance à la Terre ;
Le Auide Elément préside à ma façon.
Je proclame la Paix , je déclare la Guerre :
L'Aveugle ne sçauroit prendre de moi leçon.
Paisible confident des secrets des Puissances ,
Je regle par tous les Etats .
Je porte à la douceur , je nourris les vengeances.
Je brûle au milieu des Combats.
On ne sçauroit sans moi régler aucune affaire,
Tant je sus par tout nécessaire.
Aux Amans éloignés , je suis d'un grand secours.
Mon corps en mille endroits galope nuits et jours
Susceptible à la fois de bonté , de malice :
Mes Emplois sont bien différens,
Tantôt je sers à l'artifice ,
Tantôt la vertu je défen s .
L'Homme est si peu constant, si leger, si volage:
Qu'après m'avoir ardemment désiré :
Il me met au plus vil usage .
Mon moindre sort est d'être laceré .
J. B. C. C. De F.
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7959
p. 934
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis plein de réjoüissance ; [...]
Mots clefs :
Opéra
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
J
E suis plein de réjouissance ;
J'assemble Peuple et grands Seigneurs
A Marscille , à Lyon , en d'autres Lieux de France ;
Mais à Paris surtout sont mes Adorateurs.
Mon nom est dérivé de la Langue Latine ;
L'Italie est mon origine ,
Prends-le de suite , il fournit quatre mots
Toûjours dans le même langage ,
Une exclamation , un secours dans les maux
Ce qu'un Meunier garde dans son ménage ,
Ce dont tout le monde a l'usage..
Mon Anagrame est du tout le plus fin ;
Terme respectueux , sans aller au Devin.
J
E suis plein de réjouissance ;
J'assemble Peuple et grands Seigneurs
A Marscille , à Lyon , en d'autres Lieux de France ;
Mais à Paris surtout sont mes Adorateurs.
Mon nom est dérivé de la Langue Latine ;
L'Italie est mon origine ,
Prends-le de suite , il fournit quatre mots
Toûjours dans le même langage ,
Une exclamation , un secours dans les maux
Ce qu'un Meunier garde dans son ménage ,
Ce dont tout le monde a l'usage..
Mon Anagrame est du tout le plus fin ;
Terme respectueux , sans aller au Devin.
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7960
p. 934-935
AUTRE.
Début :
Je suis legere, et je fais l'ornement [...]
Mots clefs :
Feuille
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E suis legere , et je fais l'ornement
D'un lieu sans moi dépouillé d'agrément
Cher Lecteur , en veux- tu connoître d'avantage?
Tu te feras en un moment ,
De mon Anatomie un divertissement.
Commençons : De mon nom sept pieds font
l'assemblage ;
Les trois premiers t'offrent un Elément ;
A mes quatre derniers , joins encore ma tête ,
Je
MAY.
935 1737.
Je plais , j'inspire de l'Amour ;
Sans moi le plus galant séjour
N'offiiroit qu'une triste Fête.
Prends -tu ma premiere moitié ,
Menu , long , d'un corps délié ,
J'unis , j'attache , je ressere.
4. 2. et 5. Nouvel arrangement ;
Je suis symbole ou cause de colere.
3.4 et 2. chose bien chere ,
Tâches d'en profiter , et quand ? dès ce moment.
Souvent il n'est plus temps , quand on pense à le
faire.
7. 6. 4. suivi de deux ,
Je suis le nom d'un Prophete fameux.
6. 4. et 7. le reste déplorable
D'un bon vin vieux , mais qui n'est plus potable
5. 7. 3. 4. un des Fils d'Israël .
Dont les Neveux n'eurent aucun partage
Aux Champs jadis promis par l'Etefnel.
3. 4. 2.-6. 7. au milieu du Village ,
Bergers dansent au bruit de mes tons ennuyeux
Mais j'en dis trop , Lecteur , dévine si tu peux.
J. N. M
E suis legere , et je fais l'ornement
D'un lieu sans moi dépouillé d'agrément
Cher Lecteur , en veux- tu connoître d'avantage?
Tu te feras en un moment ,
De mon Anatomie un divertissement.
Commençons : De mon nom sept pieds font
l'assemblage ;
Les trois premiers t'offrent un Elément ;
A mes quatre derniers , joins encore ma tête ,
Je
MAY.
935 1737.
Je plais , j'inspire de l'Amour ;
Sans moi le plus galant séjour
N'offiiroit qu'une triste Fête.
Prends -tu ma premiere moitié ,
Menu , long , d'un corps délié ,
J'unis , j'attache , je ressere.
4. 2. et 5. Nouvel arrangement ;
Je suis symbole ou cause de colere.
3.4 et 2. chose bien chere ,
Tâches d'en profiter , et quand ? dès ce moment.
Souvent il n'est plus temps , quand on pense à le
faire.
7. 6. 4. suivi de deux ,
Je suis le nom d'un Prophete fameux.
6. 4. et 7. le reste déplorable
D'un bon vin vieux , mais qui n'est plus potable
5. 7. 3. 4. un des Fils d'Israël .
Dont les Neveux n'eurent aucun partage
Aux Champs jadis promis par l'Etefnel.
3. 4. 2.-6. 7. au milieu du Village ,
Bergers dansent au bruit de mes tons ennuyeux
Mais j'en dis trop , Lecteur , dévine si tu peux.
J. N. M
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7961
p. [9]36
« TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
Début :
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière,
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
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7962
p. [9]36
« La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
Début :
La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
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7963
p. [9]36-937
« DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
Début :
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
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7964
p. 937-944
Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
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7965
p. 944
« LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
Début :
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
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7966
p. 945-947
Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
Début :
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
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7967
p. 948
« OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
Début :
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition,
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
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7968
p. 948
« HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
Début :
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
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7969
p. 948
« LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
Début :
LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
LES PRINCIPES de la Morale et du
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
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7970
p. 948-949
« HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
Début :
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens,
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
Fermer
7971
p. 949-953
Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
Début :
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes de toutes les Nations, tant Anciens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
Fermer
7972
p. 953-954
« CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
Début :
CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
CONFERENCES des Ordonnances de
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
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7973
p. 954-955
« JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
Début :
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...]
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
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7974
p. 955-959
Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation de la Jeunesse : troisiéme année, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
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7975
p. 959-963
Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE SICILE, traduite en François par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
Fermer
7976
p. 963-967
Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
Début :
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ, traduite et revûë sur l'ancien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ,
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
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7977
p. 967-970
Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers et Danger, sur les Bois de la Province de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
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7978
p. 970-982
Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE écrite par M. *** à M. *** au sujet du Passage du Roy et de la Reine de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
LETTRE écrite par M. *** à M. ***
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
Fermer
7979
p. 982-984
« Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Début :
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
32
MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
33
*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
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MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
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*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
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7980
p. 984
« CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
Début :
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
Fermer
7981
p. 984-985
Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février 1738 le Prix d'une Médaille d'or à l'Ou
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
Fermer
7982
p. 985
Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de Soissons, tint son Assemblée publique dans le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Fermer
7983
p. 985-986
Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tint sa Séance publique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
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7984
p. 986-991
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
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7985
p. 991-996
Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
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7986
p. 996-997
« Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...] »
Début :
Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...] »
Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine
cien
MAY.
1737.
997
à Amsterdam , Secretaire pour l'Espagne au
Congrès d'Utrech , Contrôleur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , Secretaire et Histo-
riographe de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , mourut en sa maison de Cires - les-
Marlou , en Beauvoisis , le 23. Avril dernier ,
dans la 68e année de son âge.
cien
MAY.
1737.
997
à Amsterdam , Secretaire pour l'Espagne au
Congrès d'Utrech , Contrôleur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , Secretaire et Histo-
riographe de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , mourut en sa maison de Cires - les-
Marlou , en Beauvoisis , le 23. Avril dernier ,
dans la 68e année de son âge.
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7987
p. 997-998
Estampes Nouvelles.
Début :
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
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7988
p. 998-999
« Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Début :
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
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7989
p. 999-1000
Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Début :
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
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7990
p. 1000
« La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
Début :
La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
La suite des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
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7991
p. *1001-1001
DUO.
Début :
Marthe et Colin se sont mis en ménage ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DUO.
DUO.
Eole en regle le destin
TOGE
Marthe et Colin se sont mis en ménage ;
Un Moulin fait leur héritage ,
Si-tôt qu'il souffle , ils ont du vin.
Mais lorsqu'il a calmé sa fureur vagabonde ,
La guerre est allumée entre Marthe et Colin,
Po
I
Il faut que le vent gronde
la paix soit au Moulin.
Eole en regle le destin
TOGE
Marthe et Colin se sont mis en ménage ;
Un Moulin fait leur héritage ,
Si-tôt qu'il souffle , ils ont du vin.
Mais lorsqu'il a calmé sa fureur vagabonde ,
La guerre est allumée entre Marthe et Colin,
Po
I
Il faut que le vent gronde
la paix soit au Moulin.
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7992
p. 1001-1018
L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Fermer
7993
p. 1018
« Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Début :
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique,
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
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7994
p. 1018
« Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...] »
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Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...]
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Les Comédiens François repetent une Tragédie
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
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7995
p. 1019-1020
RUSSIE.
Début :
LE 25. Mars, S. M. Cz. reçut un Courier, par lequel elle aprit que le Contre-Amiral [...]
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.LE 25. Mars, S. M. Cz. reçut un Courier,
par lequel elle aprit que le Contre-Amiral
Bredahl étoit arrivé à Asoph avec les Galeres
qu'on a construites cet hyver à Bransch et à Ve
ronitz , et qui font faites de maniere qu'elles
peuvent le démonter et se remonter facilement;
que ce Contre-Amiral étoit descendu avec une
partie de ces Galeres à l'embouchure du Fleuve
du Tanais; qu'il y avoit fait la revue de la Flotte
qu'il avoit trouvée en très- bon état , et que
deux Bâtimens qu'il avoit envoyés à la décou-
verte dans la Mer Noire , s'étoient emparés
d'un Brigantin Turc , qui alloit de Constanti-
nople à Caffa , sur lequel on avoit fait 126.
Esclaves ; et que les Turcs pris fur ce Brigantin
avoient assuré que le Capitan Pacha faifoit tou-
tes les dispositions nécessaires , pour que la Flotte'
Au Grand Seigneur pût être mise en Mer au
Commencement du mois de Mai.
On assure que le G. S. auroit accordé à la
Czarine une partie de ses demandes , et peut-
être même lui auroit cedé Asoph , si les Jannis-
saires et le Peuple de Constantinople , ayant été
informés de ce que contenoient les Articles Pré-
liminaires proposés par S. M. Cz. ne s'étoient
attroupés plusieurs fois tumultueusement pour
demander la continuation de la Guerre
et que
Hautesse avoit lieu de craindre d'exciter le
méconten
1010 MERCURE DE FRANCE
mécontentement de ses Sujets ,
si elle accepteit
les conditions que la Czarine exigeoit d'elle.
par lequel elle aprit que le Contre-Amiral
Bredahl étoit arrivé à Asoph avec les Galeres
qu'on a construites cet hyver à Bransch et à Ve
ronitz , et qui font faites de maniere qu'elles
peuvent le démonter et se remonter facilement;
que ce Contre-Amiral étoit descendu avec une
partie de ces Galeres à l'embouchure du Fleuve
du Tanais; qu'il y avoit fait la revue de la Flotte
qu'il avoit trouvée en très- bon état , et que
deux Bâtimens qu'il avoit envoyés à la décou-
verte dans la Mer Noire , s'étoient emparés
d'un Brigantin Turc , qui alloit de Constanti-
nople à Caffa , sur lequel on avoit fait 126.
Esclaves ; et que les Turcs pris fur ce Brigantin
avoient assuré que le Capitan Pacha faifoit tou-
tes les dispositions nécessaires , pour que la Flotte'
Au Grand Seigneur pût être mise en Mer au
Commencement du mois de Mai.
On assure que le G. S. auroit accordé à la
Czarine une partie de ses demandes , et peut-
être même lui auroit cedé Asoph , si les Jannis-
saires et le Peuple de Constantinople , ayant été
informés de ce que contenoient les Articles Pré-
liminaires proposés par S. M. Cz. ne s'étoient
attroupés plusieurs fois tumultueusement pour
demander la continuation de la Guerre
et que
Hautesse avoit lieu de craindre d'exciter le
méconten
1010 MERCURE DE FRANCE
mécontentement de ses Sujets ,
si elle accepteit
les conditions que la Czarine exigeoit d'elle.
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7996
p. 1020-1022
ALLEMAGNE.
Début :
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
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7997
p. 1022-1026
ITALIE.
Début :
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour la Canonisation de la Bienheureuse Catherine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
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7998
p. 1026
ESPAGNE.
Début :
Les revenus de la Charge de Grand Amiral d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
Les revenus de la Charge de Grand Amiral
d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a
été pourvû , ont été fixés à 200000. Ducats par
an , et il a été reglé que tous les Officiers de la
Marine seroient obligés de s'adresser à ce Prin-
ce pour ce qui regarde les fonctions de leurs
Emplois , et pour obtenir les graces qu'il sau-
rønt à demander à la Cour.
Les revenus de la Charge de Grand Amiral
d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a
été pourvû , ont été fixés à 200000. Ducats par
an , et il a été reglé que tous les Officiers de la
Marine seroient obligés de s'adresser à ce Prin-
ce pour ce qui regarde les fonctions de leurs
Emplois , et pour obtenir les graces qu'il sau-
rønt à demander à la Cour.
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7999
p. 1026
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée de plus de cent ans, et qui a été malade pendant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE-BRETAGNE.
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée
de plus de cent ans, et qui a été malade pendant
quelques jours , étant parfaitement rétablie
de son indisposition ,
partit le 23. du mois
passé pour sa Terre de Throgmore.
Le même jour 2. Bateaux venant de Greenwich
à Londres furent renversés , et 13. Passagers
furent noyés. Plusieurs autres Bateaux fureng
renversés le 24. entre Fulham et Westminster
et il a peri 8. ou 9. personnes.
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée
de plus de cent ans, et qui a été malade pendant
quelques jours , étant parfaitement rétablie
de son indisposition ,
partit le 23. du mois
passé pour sa Terre de Throgmore.
Le même jour 2. Bateaux venant de Greenwich
à Londres furent renversés , et 13. Passagers
furent noyés. Plusieurs autres Bateaux fureng
renversés le 24. entre Fulham et Westminster
et il a peri 8. ou 9. personnes.
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8000
p. 1031-1032
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine
des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes
Françoises et de celui des Gardes Suisses . Ils
firent l'exercice , er'ils défilerent en présence de
S. M. Monseigneur le Dauphin se trouva à cette
Revûë.
Le Roy a donné le Gouvernement de Landres-
cy au Comte de la Marck ; celui de Briançon,
au Marquis de Maulevrier- Langeron, celui d'Ai
re à M. de Ceberes, et celui de Bethune à M. de
Tarneau
Le
1032 MERCURE DE FRANCE
Les de ce mois Monseigneur le Dauphin fir
rendre à l'Eglise de la Paroisse du Château de
Versailles les Pains Benits , qui furent presentés
par l'Abbé de Choiseul , Aumônier du Roy en
quartier.
Dom Etienne Richard , Général de l'Ordre
des Chartreux , étant mort le 3. du mois der-
nier dans la 69. année de son âge , Dom Mi-
chel de Larnage , Prieur de la Chartreuse de S.
Hugon , a été élû Général de cet Ordre.
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine
des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes
Françoises et de celui des Gardes Suisses . Ils
firent l'exercice , er'ils défilerent en présence de
S. M. Monseigneur le Dauphin se trouva à cette
Revûë.
Le Roy a donné le Gouvernement de Landres-
cy au Comte de la Marck ; celui de Briançon,
au Marquis de Maulevrier- Langeron, celui d'Ai
re à M. de Ceberes, et celui de Bethune à M. de
Tarneau
Le
1032 MERCURE DE FRANCE
Les de ce mois Monseigneur le Dauphin fir
rendre à l'Eglise de la Paroisse du Château de
Versailles les Pains Benits , qui furent presentés
par l'Abbé de Choiseul , Aumônier du Roy en
quartier.
Dom Etienne Richard , Général de l'Ordre
des Chartreux , étant mort le 3. du mois der-
nier dans la 69. année de son âge , Dom Mi-
chel de Larnage , Prieur de la Chartreuse de S.
Hugon , a été élû Général de cet Ordre.
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