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1
p. 22-26
Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Evesque, Duc de Laon, & Pair de France, ayant fait [...]
Mots clefs :
Évêque, Duc de Laon, Conversion, Hérétiques, Zèle, Succès, Discours, Nouveaux catholiques, Ténèbres, Erreurs, Vérités, Lumière, Église, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
M' l'Evesque, Duc de
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
Laon, & Pair de France,
ayant fait son Entréedans
sa Ville Episcopale au commencement
de l'autre Mois,
comme je vous l'ay mandé,
n'eut point déslors de soin
plus pressant que de s'appliquer
à la Convei sion des
Herétiques. L'ardeur de son
zele eut un succés si heureux,
que sept jours apres ilreçeut
l'abjuration de dix Personnes.
Chacun fut charmédu
Discours qu'il sir à ces nouveaux
Catholiques. Il leur
À
témoigna d'abord la joye
qu'il auoit de commencer
les fonctions de son ministere
par celle du Bon Pasteur,
qui est de remettre dans la
voye du salut ceux qui s'en
font , écartez, & leur fit
connoîtrequ'il ne leur estoitpas
inutile d'avoir esté
quelque temps envelopez
des tene bres de l'erreur,
parce qu'estant enfinheureusement
éclairez des lumieres
de la verité, ils auroient
plus de plaisir à la
voir, & plus de facilité à la
faire voir aux autres, En fuite
il leur expliqua les deux caractères
de la veritable Eglise,
qui sont son Unité,& ion
Universalité,& ille fit d'une
maniere sublime, & en mefme
temps si claire, qu'il rendit
capables ceux qu'il instruisoit,
d'instruireàleurtour
les plus aveuglez du Party
contraire. Il finit en leur disant,
qu'ayantl'avantaged'estre
devenus Enfans de lumiere,
ilsdevoient tâcher de dissiper les
erreurs autant par la pureté de
leur vie & de leurs moeurs, que
par celle de leur Foy; que tout
leur estoitfavorable, puis qu'en
rentrant
rentrant au sein de l'Eglise, ils
rentroientaussi dans le coeur d'un
Pere,dont ilsrecevroient de continuelles
marques de tendresse,
&que ce qui estoitpour eux un
bonheurfortgrand
,
c'est qu'ils
rentroientd'une maniere plus
singuliere fous la protection du
plus grand de tous les Roys, dont
lajusticeempeschoit que les Ensans
qui quittoient les maximes
de Calvin, ne redoutassent l'injusteindignation
de leurs Peres,
& dont la bonté offroit des récompensesproportionnées
aumerite
de ceux qui rendoient leurs
soûmissionsàl'Eglise. CeDisc
cours nattira pas moins de
loüanges au nouveau Prélat
dont je vous parle, qu'il fut
profitable pour tous ceux
qui l'entendirent.
Madame la Viguiere
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Résumé : Conversions faites par M. l'Evesque Duc de Laon, avec un Extrait de son Discours aux Nouveaux Convertis, [titre d'après la table]
Le duc de Laon, pair de France, a pris possession de sa ville épiscopale et a commencé à convertir les hérétiques. Sept jours après son arrivée, dix personnes ont abjuré leurs croyances hérétiques. L'évêque a exprimé sa joie de débuter son ministère par cette conversion, affirmant que leur expérience passée les rendrait aptes à promouvoir la vérité. Il a décrit les caractéristiques de la véritable Église, son unité et son universalité, de manière claire et sublime. Les convertis pourraient ainsi instruire les opposants. L'évêque a encouragé les nouveaux catholiques à adopter des principes moraux élevés et à bénéficier de la protection royale, qui garantissait leur sécurité et offrait des récompenses pour leur soumission à l'Église. Ce discours a été bien accueilli et bénéfique pour tous les auditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 232-238
Conversion de Mr Gilly, Ministre de Baugé, & de Mr Courdil, Ministre de Pinperdu, [titre d'après la table]
Début :
Il avoit eu plusieurs conférences sur ses doutes avec [...]
Mots clefs :
Ministre, Paroisse, Prétendus réformés, Assemblée, Temple, Consistoire, Difficultés, Réformateurs, Église catholique, Erreur, Discours, Lumière, Religion
3
p. 265-266
VI.
Début :
Que la dissimulation [...]
Mots clefs :
Prudence, Injure, Lumière, Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : VI.
V I.
de Rheims .
Ve la diffimulation
Eft en vogue à préfent parmy les Politiques,
Chacun en affermit les meilleures pratiques
Q. deJanvier 1685.
Ꮓ
266 Extraordinaire
Parte qu'elle a beaucoup de rapport , du.
nion
Avecque la prudence , & d'autant qu'elle
cache
Nos entreprises, nos defirs,
Nos affaires, nos déplaifirs
Mefme quoy qu'une injure extrémement
nousfache,
Avecelle on attend l'heure defe vanger
Et l'on fçait bienfe ménager.
O la bellefcience , & la plus ordinaire,
Sçavoir de toutfaire myftere,
Qui des plus grands deffeins aisément
vient à bout!
Ah! qu'il eft de ces Gens qui cachent leur
lumiere .
Et font dire qu'on voit ( ce que je ne puis
taire)
Des Lanternes fourdes partout.
SH
GIGEZ , du Havre.
de Rheims .
Ve la diffimulation
Eft en vogue à préfent parmy les Politiques,
Chacun en affermit les meilleures pratiques
Q. deJanvier 1685.
Ꮓ
266 Extraordinaire
Parte qu'elle a beaucoup de rapport , du.
nion
Avecque la prudence , & d'autant qu'elle
cache
Nos entreprises, nos defirs,
Nos affaires, nos déplaifirs
Mefme quoy qu'une injure extrémement
nousfache,
Avecelle on attend l'heure defe vanger
Et l'on fçait bienfe ménager.
O la bellefcience , & la plus ordinaire,
Sçavoir de toutfaire myftere,
Qui des plus grands deffeins aisément
vient à bout!
Ah! qu'il eft de ces Gens qui cachent leur
lumiere .
Et font dire qu'on voit ( ce que je ne puis
taire)
Des Lanternes fourdes partout.
SH
GIGEZ , du Havre.
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Résumé : VI.
Au XVIIe siècle, la dissimulation est une pratique politique valorisée pour sa prudence, permettant de cacher intentions et blessures. Elle est vue comme une science efficace pour mener à bien des projets. Le texte critique ceux qui masquent leur vraie nature, comparant cela à des lanternes sourdes. Il mentionne le 26 janvier 1685 et Le Havre, lié à une personne nommée Gigez.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 311-312
DEVISE SUR LA STATUE de Diane trouvée en la Ville d'Arles, qui depuis plusieurs siécles y estoit cachée, & qui a esté présentée au Roy.
Début :
Cette Devise a pour corps la Lune, qui apres l'Eclipse qu'elle [...]
Mots clefs :
Statue, Lune, Éclipses, Lumière, Diane, Gloire, Esprits, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : DEVISE SUR LA STATUE de Diane trouvée en la Ville d'Arles, qui depuis plusieurs siécles y estoit cachée, & qui a esté présentée au Roy.
DEVISE SUR LA STATUE
de Diane trouvée en lav VVailllëe
Artes, qui depuis plufieurs
fiécles y eftoit cachée , & qui
ma efté préſentée au Royd saa
Cette Devife a pour corps la Lune,
qui apres ↳ Eclipſe qu'elle fouffre par
l'interpofition de la Terre diametralemensoppofée
entre lle & le Soleil, fe
tire de l'ombre & reçoit la lumiere
de ce mefme Aftre. Cesparoles luyfervent
d'ame , Aliena luce corufcat .
Ellesfont expliquées par ces Vers.
Pourquoy
Ourquoy ne vanter pas cette illuftre
Diane,
Cet Oraclefameux, ce Chefd'oeuvre de
l'Art;
Puis que lesbeaux Efprits yprennent.tant
de parta
.
312
Extraordinaire
3
Et n'y trouvent rien de profane?
Pendant un long filence , & fans gloire
& fans bruit,
La terreluvfervoit d'une profonde nuit,
Quoy quel Aftredujourfist toûjoursfa
carrière ;
Mais par un bonheurfans pareil,
Si- toft qu'elle voit la lumiere,
Elle prendfon éclat de celuy du Soleil
RAULT.
de Diane trouvée en lav VVailllëe
Artes, qui depuis plufieurs
fiécles y eftoit cachée , & qui
ma efté préſentée au Royd saa
Cette Devife a pour corps la Lune,
qui apres ↳ Eclipſe qu'elle fouffre par
l'interpofition de la Terre diametralemensoppofée
entre lle & le Soleil, fe
tire de l'ombre & reçoit la lumiere
de ce mefme Aftre. Cesparoles luyfervent
d'ame , Aliena luce corufcat .
Ellesfont expliquées par ces Vers.
Pourquoy
Ourquoy ne vanter pas cette illuftre
Diane,
Cet Oraclefameux, ce Chefd'oeuvre de
l'Art;
Puis que lesbeaux Efprits yprennent.tant
de parta
.
312
Extraordinaire
3
Et n'y trouvent rien de profane?
Pendant un long filence , & fans gloire
& fans bruit,
La terreluvfervoit d'une profonde nuit,
Quoy quel Aftredujourfist toûjoursfa
carrière ;
Mais par un bonheurfans pareil,
Si- toft qu'elle voit la lumiere,
Elle prendfon éclat de celuy du Soleil
RAULT.
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Résumé : DEVISE SUR LA STATUE de Diane trouvée en la Ville d'Arles, qui depuis plusieurs siécles y estoit cachée, & qui a esté présentée au Roy.
La devise sur la statue de Diane, découverte dans la vallée de Vaillèle, utilise la Lune comme symbole central. Après une éclipse, la Lune sort de l'ombre et reçoit la lumière du Soleil, illustrée par 'Aliena luce corufcat'. Les vers soulignent la grandeur de Diane et l'admiration pour cette œuvre. Le texte décrit une période de silence et d'obscurité sur Terre, suivie d'un retour à la lumière grâce au Soleil.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 100-102
A Mr LE MARQUIS DE B.
Début :
J'ajoûte un Sonnet, que vous ne serez pas fâchée de voir. / Les Chevaux du Soleil sçavoient bien leur leçon ; [...]
Mots clefs :
Chevaux, Soleil, Lumière, Cocher, Imprudence , Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr LE MARQUIS DE B.
J'ajoûte un Sonnet , que
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
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Résumé : A Mr LE MARQUIS DE B.
Le texte présente un sonnet de l'Abbé du Claux, originaire du Dauphiné, dédié à un jeune Marquis décrit comme galant et bienfaisant. Ce poème célèbre le service du Marquis en tant que cocher pour deux personnes aimables de la province, l'une ayant touché son cœur. Adressé à M. le Marquis de B., le sonnet utilise la métaphore des chevaux du Soleil pour illustrer la vigilance nécessaire dans ses actions. Il met en garde contre l'imprudence, rappelant le destin de Phæton, qui a perdu le contrôle du char du Soleil. Le poème exhorte le Marquis à éviter de regarder en arrière lorsqu'il guide des personnes ignorantes de leur propre chemin, soulignant le danger de cette imprudence. La tâche du Marquis est comparée à celle de Phæton, mais avec une responsabilité accrue, car il conduit non pas un, mais deux soleils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 149-162
LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Début :
Vous vous souvenez de la Dispute qui s'est élevée / Sur le bord de l'Arar, ma Muse solitaire, [...]
Mots clefs :
Statue, Vénus, Muse, Amour, Sommeil, Triomphe, Courtisans, Glorieux, Grâces, Jeux, Coeur, Grandeur, Lumière, Charme, Héros, Heureux, Louis le Grand
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texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Vous vous ſouvenez de la
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Fermer
Résumé : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Le texte relate une controverse entre savants concernant l'identité de la statue de la ville d'Arles, qui pourrait représenter soit Vénus, soit Diane. Le roi Louis XIV tranche cette incertitude en optant pour Vénus. Magnin, membre de l'Académie Royale d'Arles, a écrit un ouvrage sur cette question. Le poème décrit ensuite la victoire de Vénus, qui met fin à la solitude du narrateur. Vénus invite ce dernier à célébrer sa victoire à la cour de Louis XIV, où Diane perd ses partisans. Les Muses et les Grâces célèbrent la grandeur du roi, soulignant ses qualités de souverain juste et aimable. Elles comparent ses vertus à celles des héros antiques et affirment que Vénus triomphe grâce à la voix du roi, qu'elles considèrent comme le plus parfait des hommes et le plus grand des rois. Par ailleurs, un dialogue se déroule entre Galant et Mercure dans un palais auguste. Galant admire la perfection des lieux et l'honneur rendu aux Muses et aux Grâces. Mercure annonce une ère de bonheur où la guerre ne troublera plus les cris de joie, affirmant que l'amour les pousse à régner dans ce siècle heureux. Les personnages disparaissent, suivis par les Zéphyrs. Un personnage restant seul exprime son bonheur de les suivre dans leur triomphe, mais préfère vivre près de Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
Fermer
Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 393-395
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle ; elle est de Mademoiselle / Le Corps qui des mortels frape le plus les yeux [...]
Mots clefs :
Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle ; elle cft de Mademoi394
MERCURE
felle du Chefne, qui avoit fait
celle du Lit.
ENIGM E.
Ze Corps qui des mortels frape
plus les yeux .
Me donna la naiſſance
Et par reconnoiffance
TAO
Je m'attache à fon fort , & le fuis
en tous lieux.
Souvent une aimable pucelle
Par mon pere enrichie , & moins
belle que lay,
De mon éloignement pour adoucir
l'ennuy ,
Fait voir de mes attraits l'images
·peu fidelles
Et quelquefois auffi fa courfe meura
triere ,
En me cachant mon pere
voudroit bien me faire perir ;
GALANT 395
Mais ce n'eft qu'un moment qu'elle
peut m'obscurcir ,
Car mon pere bien- tôt remportant
la victoire
Stait me rendre à ſes yeux , mon
éclat & ma gloire.
nouvelle ; elle cft de Mademoi394
MERCURE
felle du Chefne, qui avoit fait
celle du Lit.
ENIGM E.
Ze Corps qui des mortels frape
plus les yeux .
Me donna la naiſſance
Et par reconnoiffance
TAO
Je m'attache à fon fort , & le fuis
en tous lieux.
Souvent une aimable pucelle
Par mon pere enrichie , & moins
belle que lay,
De mon éloignement pour adoucir
l'ennuy ,
Fait voir de mes attraits l'images
·peu fidelles
Et quelquefois auffi fa courfe meura
triere ,
En me cachant mon pere
voudroit bien me faire perir ;
GALANT 395
Mais ce n'eft qu'un moment qu'elle
peut m'obscurcir ,
Car mon pere bien- tôt remportant
la victoire
Stait me rendre à ſes yeux , mon
éclat & ma gloire.
Fermer
9
p. 23-37
ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
Début :
Quels nouveaux concerts d'allegresse [...]
Mots clefs :
Procès, Dame, Lumière, Déesse, Ciel, Thémis, Impunité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
ODE.
Sur un Procès gagné
paruneDame.
QUels nouveaux concerts
d'allegresse
Retentissent de toutes
parts?
Quelle lumineuse Dé-
,
esse,
Attireicy tous mes re:
gards?
C'est Themis qui vient,
de descendre,
Themis ernpreffée à défendre
L'honneur de son sexe
outragé,
Et qui surl'envieétouffée
Vientélever un beau
Trosée
Au merite qu'elle a
vengé.
Par la nature & la fortune
Tous,
Tous nos destins sont
compassez,
Mais toûjours les bienfaits
de l'une
Par l'autre ontété traversez.
O Déesses,une mortelle
Seule à vôtre longue
querelle
Fit succeder d'heureux
accords.
Vous voulûtes à sa naissance
Signaler vôtre intelligence
En la comblant de vos
tresors.
Mais, que vois-je?la
noire Envie
Agitantson serpentaffreux,
Pour tenir l'éclat de-là
vie
Sort de son antre ténebreux.
L'avarice lui. sert de
guide,
Lamaliceausouris perfide,
-
L'impostureaux yeux
essrotez,
Del'ertfê^filtcs-iiiflciti-
, blesPI S^coiiaHclëur^: flambeaux
terribles
Marchent ta.ns ordrce"à,
ses côtez.
[L'innocence fiere
,-.
& tranquille - -
rVqit leurs exploits sans. s'ébranler, .,,,, )011 croit que leur fureur
sterile
EEnnvvaaininssécc'cllaattssvvaass'e'lxhaler.
Son esperance futtrompée,
De Themisalors oc-
.,cupee
Les secours furent -differez,
Et par l'impunité plus
forte
Leur audace frappoit
aux portes
Des tribunaux les plus
sacrez.
ElnafinnDtievin,ité bril-
Par toyleur orgueil est
détruit,
Et ta lumière étincelante
Dissîpe cette affreusè
1
nuit.
Déja leur troupe confondue,
A ton aspect tombe
éperdue,
Leur espoir. meurt
anéanti,
Et le noirdémon du
Dlênionge
Fuit, disparoît, & se
replonge
Dans l'ombre dont il
est forti..
Quille tes vêtemens
funèbres,
FiHç du Ciel,noble
pudeur,
La lumiere fort des
tenebres,
Reprends ta premier
fplcndeur.
D~ çmc divine mpr-
'{ t. V.
telle.
Dont tu fus la guidefidelle
Nos loïx ont été le foutien.
Reviens de palmes cou*
ronnée)
Etdeplaisirs enviroii-,
; née,
Chanter son triomphe
&le tien.
Assezla fraude & Finjustice,
Que sa gloire avoient
fçublesser,
Dans les pièges de l'artifice
Ont tâché de rembarasser.
Fuyez, jalousie obstinée,
De vôtre haleine erapoifonnée
Cessezd'offusquer les
vertus,
Regardez la haine impuissante
Et la discorde gemiffante,
Monstres fous ses pieds
abbatus.
Pour chanter leur joye
& sa gloire,
Combien d'immortelles
chansons
Les chastes filles de mémoire
Vont ditrer à leurs
nourrissons ?
Oh ! qu'après la triste
froidure
Nos yeux amis de la
verdure
font enchantez de son
retour.
Qu'aprèsles frayeursdu
naufrage,
On oublie aisément l'orage
Qui cede à l'éclat d'un
beau jour.
Tel souvent un nuage
sombre
Du sein de la terre exhalé
Tient fous l'épaisseur:
de son ombre
Le celesteflambeau
voilé,
La nature en tA cons- 1 temee~
Florelanguit abandonnée,
Philomcle u'a plus de
sons.
Et tremblant à ce noir
présage
Cerés pleure l'affreux
ravage.
Qui menace ses nourriflbns.
Mais bien-tôt, - vengeantleurinjure,
Je vois mille traits enââmez
Qui forcent la prison
obscure
Qui les retenoit enfermez.
Le ciel de toutes parts
s'allume
L'air s'échauffe, la terre
fume,
Lenuagecreve &pâlit,
Et dans un gouffre de
lumière
Savapeur humide & grossiere
Se dissipe &cs'ensevelit.
Sur un Procès gagné
paruneDame.
QUels nouveaux concerts
d'allegresse
Retentissent de toutes
parts?
Quelle lumineuse Dé-
,
esse,
Attireicy tous mes re:
gards?
C'est Themis qui vient,
de descendre,
Themis ernpreffée à défendre
L'honneur de son sexe
outragé,
Et qui surl'envieétouffée
Vientélever un beau
Trosée
Au merite qu'elle a
vengé.
Par la nature & la fortune
Tous,
Tous nos destins sont
compassez,
Mais toûjours les bienfaits
de l'une
Par l'autre ontété traversez.
O Déesses,une mortelle
Seule à vôtre longue
querelle
Fit succeder d'heureux
accords.
Vous voulûtes à sa naissance
Signaler vôtre intelligence
En la comblant de vos
tresors.
Mais, que vois-je?la
noire Envie
Agitantson serpentaffreux,
Pour tenir l'éclat de-là
vie
Sort de son antre ténebreux.
L'avarice lui. sert de
guide,
Lamaliceausouris perfide,
-
L'impostureaux yeux
essrotez,
Del'ertfê^filtcs-iiiflciti-
, blesPI S^coiiaHclëur^: flambeaux
terribles
Marchent ta.ns ordrce"à,
ses côtez.
[L'innocence fiere
,-.
& tranquille - -
rVqit leurs exploits sans. s'ébranler, .,,,, )011 croit que leur fureur
sterile
EEnnvvaaininssécc'cllaattssvvaass'e'lxhaler.
Son esperance futtrompée,
De Themisalors oc-
.,cupee
Les secours furent -differez,
Et par l'impunité plus
forte
Leur audace frappoit
aux portes
Des tribunaux les plus
sacrez.
ElnafinnDtievin,ité bril-
Par toyleur orgueil est
détruit,
Et ta lumière étincelante
Dissîpe cette affreusè
1
nuit.
Déja leur troupe confondue,
A ton aspect tombe
éperdue,
Leur espoir. meurt
anéanti,
Et le noirdémon du
Dlênionge
Fuit, disparoît, & se
replonge
Dans l'ombre dont il
est forti..
Quille tes vêtemens
funèbres,
FiHç du Ciel,noble
pudeur,
La lumiere fort des
tenebres,
Reprends ta premier
fplcndeur.
D~ çmc divine mpr-
'{ t. V.
telle.
Dont tu fus la guidefidelle
Nos loïx ont été le foutien.
Reviens de palmes cou*
ronnée)
Etdeplaisirs enviroii-,
; née,
Chanter son triomphe
&le tien.
Assezla fraude & Finjustice,
Que sa gloire avoient
fçublesser,
Dans les pièges de l'artifice
Ont tâché de rembarasser.
Fuyez, jalousie obstinée,
De vôtre haleine erapoifonnée
Cessezd'offusquer les
vertus,
Regardez la haine impuissante
Et la discorde gemiffante,
Monstres fous ses pieds
abbatus.
Pour chanter leur joye
& sa gloire,
Combien d'immortelles
chansons
Les chastes filles de mémoire
Vont ditrer à leurs
nourrissons ?
Oh ! qu'après la triste
froidure
Nos yeux amis de la
verdure
font enchantez de son
retour.
Qu'aprèsles frayeursdu
naufrage,
On oublie aisément l'orage
Qui cede à l'éclat d'un
beau jour.
Tel souvent un nuage
sombre
Du sein de la terre exhalé
Tient fous l'épaisseur:
de son ombre
Le celesteflambeau
voilé,
La nature en tA cons- 1 temee~
Florelanguit abandonnée,
Philomcle u'a plus de
sons.
Et tremblant à ce noir
présage
Cerés pleure l'affreux
ravage.
Qui menace ses nourriflbns.
Mais bien-tôt, - vengeantleurinjure,
Je vois mille traits enââmez
Qui forcent la prison
obscure
Qui les retenoit enfermez.
Le ciel de toutes parts
s'allume
L'air s'échauffe, la terre
fume,
Lenuagecreve &pâlit,
Et dans un gouffre de
lumière
Savapeur humide & grossiere
Se dissipe &cs'ensevelit.
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Résumé : ODE. Sur un Procez gagné par une Dame.
Le poème 'ODE. Sur un Procès gagné par une Dame' célèbre la victoire d'une femme dans un procès, symbolisée par la déesse Themis. Themis descend pour défendre l'honneur féminin outragé et élève un trophée au mérite vengé. Le poème souligne que les destins humains sont influencés par la nature et la fortune, mais que les bienfaits de l'une peuvent être traversés par l'autre. Une mortelle a réussi à mettre fin à une longue querelle entre les déesses en les réconciliant. La noire Envie, guidée par l'avarice, la malice et l'imposture, tente de ternir la vie de la dame. Cependant, l'innocence de la dame reste inébranlable face à ces attaques. Themis intervient, et l'impunité des méchants est brisée par la lumière de la justice. La troupe malfaisante est confondue et disparaît, permettant à la noble pudeur de reprendre sa place. Le poème se termine en célébrant la victoire de la dame, comparant sa situation à celle de la nature qui se régénère après une tempête. Les chastes filles de mémoire chanteront sa gloire, et la nature se réjouira de son retour, comme après une période de froid et de ténèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 73-98
DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
Début :
Quoyque ce discours ne soit pas une piece complette, ny [...]
Mots clefs :
Miroirs, Lumière, Yeux, Esprit, Animaux, Objets, Obscurité, Cerveau, Matière, Corps lumineux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
DISCO U R S
préliminaire fur la
lumiere.
QUoyque ce difcours ne
foit pas une piece com-.
plette , nyabfolument nouvelle , on n'a pas cru cependant devoir la laiffer
dans l'oubli non feulement parce qu'on y expli
que unfyfteme de la lumiere qui commence à avoir
de la vogue , mais encore
parce que la fuite va paFuillet 17120 G
74 MERCURE
roiftre inceffamment dans
un troifiéme volume des
effais & recherches de Mathematique & de Phyſique.
Premierement pour ce qui
regarde la nature de la lumiere , il n'eft rien aujour
d'huy de plus univerfellement reconnu que l'erreur des anciens Philofophes. Car fi on dit avec
quelques- uns que c'est une
qualité fenfible , fans expliquer quelle eft la nature & l'origine de cette qualité , il est évident que par
cette reſponſe , on ne nous
1
GALANT. 75
rend pas plus fçavans de
rien ; puifqu'il faudroit eftre aveugle pour ne fçavoir
pas que la lumiere eft fenfible & ennemi de la
clarté ,
ſe contenter , pour
des termes de qualitez occultes. Si on prétend avec
quelques autres que la lumiere n'eft autre chofe qu'-
une émanation d'efprits
animaux , qui fortant de
nos yeux , vont parcourir ,
& pour ainsi dire , vifiter
tous les objets qui font au
devant de nous pour en faire enfuite un fidelle rapGij
78 MERCURE
port à l'ame. Dans quelle
obfcurité ne tombe-t - on
pas, de prétendre qu'il puft
fortir d'un reſervoir aufli
borné , que l'eft celuy du
cerveau d'un animal , affez
de particules de matiere
pour s'eftendre non feulement à tous les corps qui
font autour de nous , dans
une diſtance de huit ou dix
lieuës à la ronde , mais
mefme jufques à la Lune ,
au Soleil , &juſques au Firmament , & de vouloir que
la viteffe de ces efprits ſoit
affez grande , pour parcou
1
GALANT. - 77
rir de tels efpaces deux fois
dans un clin d'œil , c'eſt àdire , dans un inftant fenfible ? Mais quand mefme
on leur accorderoit ces
deux paradoxes , quelle eft
la connoiffance de ces particules de matiere , pour
examiner les figures des
objets; & quelle eft leur memoire , pour retrouver les
yeux d'où elles font forties,
& pour en faire un fidelle
rapport à l'ame ? Pourquoy
ces meffageres ne nous
rendent - elles compte que
de la partie des corps qui
G iij
78 MERCURE
nous regarde , & non pas
auffi de celle qui eft derriere ces mefmes corps ?
Pourquoy ces efprits lumineux ne peuvent ils pas
faire leur effet , auffi bien
tandis que le Soleil & la
Lune font fous l'horizon ,
que lorsqu'ils font deffous ?
Eft - ce qu'ils ont quelque
fecrette fympathie avec ces
deux aftres , pluftoft qu'avec une infinité d'autres ,
dont le Ciel paroiſt parſemé pendant la nuit ? Ontils quelque antipathie pour
les ombres des corps, pour
GALANT. 79
ne s'y porter jamais qu'en
petite quantité, & avec peu
de force , quoyque d'ail .
leurs nos yeux foient expofez à la lumiere."
Enfiu posé que nos of
prits animaux fuffent en
affez grande quantité , qu'-
ils euffent toute la viteffe
neceffaire , & toutes les
connoiffances , & la memoire requifes , pour une
vifion parfaire , ce feroit
encore une preuve tres- infuffifante pour nous convaincre qu'ils font ce qu'on
doit entendre par la lumieG iiij
80 MERCURE
re naturelle. Car l'experience journaliere nous oblige toujours d'avouer qu'il
fort des corps lumineux
quelque chofe qui eft ca
pable de produire des effets
qu'on ne peut attribuer
qu'à des corpufcules , tels
que font ceux d'echauffer
de brufler , de fondre , &
de vitrifier toutesfortes de
corps , mefme l'or & les
diamants ; & d'où il n'eft
pas impoffible au contraire
de deduire tous ceux que
ces anciens Philofophes
attribuoient aux efprits lu-
GALANT.
81*
mineux des animaux , ou à
des qualitez encore plus.
occultes , comme vous allez le voir maintenant.
Bien loin donc , de tirer
de nos foibles yeux la lumiere mefme qui doit les
éclairer , & de nous rendre
avec les Anciens par ce
procedé fufpects en quel
que façon d'arrogance
nous irons chercher fonorigine dans les corps mefmes.
qu'on appellelumineux, tels.
que le Soleil , la Lune , lés
Etoilles , une chandelle &
autres de mefme nature..
1 82 MERCURE
,. que
Et nous fommes portez à
prendre ce parti avec d'autant plus de raiſon
nous avons par l'experience journaliere, que plus
il y a de corps lumineux.
dans un mefme lieu , &
plus ils font vifs ou ardents;
plus nos yeuxenfont éclairez ; & tout au contraire à
mefure qu'on diminuë le
nombre & la force des
corps lumineux , la vifion
s'affoiblit. On a une preuve inconteſtable de cette
émanation de lumiere des
corps lumineux dans les
1
>:
GALANT. 83
miroirs ardents , qui eſtant
expofez directement à des
corps lumineux , raffemblent leur lumiere , & la
répandent en abondance
fur les objets qu'on veut
éclairer fortement. Mais
ce qui mefemble détruire
entre autres chofes, le ſyſtefmedes efprits lumineux des
Anciens, c'eft qu'on nelaiffe
pas quelquefois de voir fort
clair , quoyque le corps lumineux foit abfent, comme
il arrive pendant le temps.
de l'aurore & du crepufcule , c'est- à-dire, par l'efpace
84 MERCURE
de près de deux heures le
matin , & le foir dans les
longs jours d'Efté de ces
contrées; à moins qu'on ne
vouluſt dire que ces efprits
lumineux n'ont pas befoin .
alors abfolument du Soleil pour nous faire voir
clair ; mais la refponfe eft
aisée , car pourquoy cette
prétendue dépendance des
efprits animaux à l'égard
des corps lumineux n'auroit - elle lieu que pendant
le jour , & cefferoit- elle au
lever de l'aurore, ou au cou--
cher. du Soleil.
GALANT. 85
On nene peut cependant , fe difpenfer ablolument d'avouër icy en faveur des anciens partiſans
des efprits lumineux , qu'il
y a des yeux de certains
animauxd'où ilfemblefortir quelque chofe de fort
femblable à de la lumiere.
car outre que nous enfommes témoins en quelque
façon par nous - mefmes ,
quand nous regardons la
Ruit les yeux de quelque
animal nocturne comme
ceux des lapins, des hiboux,
& autres , principalement
86 MERCURE
fi ces animaux font carnaciers , tels les loups , les
renads , les tigres. Il paroift d'abord fort difficile.
d'expliquer fans le ſecours
de ces efprits , comment.
ces animaux pourroient
courirpendant la plus fombre nuit , avec autant de
rapidité qu'ils font , ſoit
pour le fauver
chaffer leur proye au travers des bleds , des vignes,
des bois , & des broufailles,
ou pour s'affembler , &
comment tant d'autres
ou pour
pourroient paſſer la moitié
GALAN . 87
de leur vie , enfermez dans
des terriers , ou tanieres, ou
dans des caves tres obfcures. D'un autre cofté il
femble qu'on peut tresbien douter auffi qu'il forte aucune telle lumiere des
yeux de ces animaux lorfque tout corps lumineux
eft abſent , comme chacun
peut s'en convaincre par
experience , & comme je
l'ay experimenté plufieurs
fois fur les chats , quoyqu'on foit affez communement perfuadé du contraire.
88. MERGURE
Mais après tout cette
prétenduë lumiere , quand
mefme elle viendroit de
ces animaux , eft tres- rare ;
& on ne peut pas meſme
dire qu'elle leur ſerve de
quelque chofe pendant le
jour, puifqu'elle difparoift
alors à nos yeux. A combien plus forte raifon donc
doit- on conclure que la lumiere qui nous éclaire
dant le jour ou la nuit , ne
vient pas de nos yeux, puifque dans quelque occafion que ce foit , on n'en
voit rien fortir de pareil.
penDe
GALANT. 89
De plus , il eft certain
que la lumiere qu'on raf
femble avecles miroirs ardents expofez directement
aux corps lumineux , agit
fur les corps , comme on
l'a dit cy- deffus , & comme on le peut voir au mo
yen du grand miroir de
métal qui eft à l'Obfervatoire , & d'un autre de verre
qui eft au Palais Royal,
avec lesquels onfond , on
vitrifie , & on calcine en
tres peu de temps toutes
fortes de corps , fans qu'il
foit neceffaire de recourir
Fuillet 17120 H
90 MERCURE
aux hiftoires fabuleuſes ,
qui pour relever l'excellen
ce des inventions d'Archimede nous racontent qu'il
brufloit du haut des murs.
de Siracufe , les vaiffeaux
des Romains qui la tenoient affiegée ; il faut
donc eftablir pour principe , que la lumiere eſt un
corps materiel comme les
corps mefmes , fur lesquels
elle agit , avec cette difference cependant , que fa
fubtilité , fa viteffe , & fa
fluidité , font prefque inconcevables , & qu'elle
émanedu corps lumineux ,
GALANT. 91
& non pas de nos yeux.
Quant à la fubtilité de
la lumiere , il faut qu'elle
foit extrême pour penetrer
en auffi peu de temps les
corps les plus durs & les
plus ferrez , comme les cryftaux, les diamants , & pref
que toutes les autres pierres précieuſes , fans parler
des nœuds des bois réfineux qu'elle penetre quelquefois juſqu'à l'épaiſſeur
de plus d'un pouce. Les
corps fluides ne font pas
plus à l'épreuve de ſa ſubtilité , que ceux dont on
Hij
94´ MERCURE
vient de parler ; & on peut
dire mefme queles yeuxde
la plufpart des poiffons leur
feroient prefque inutiles ,
s'ils ne pouvoient s'en ſervir que vers la fuperficie ·
de l'eau , & non pas au fond
des abysmes de la mer, où:
ils trouvent leur nourritu
re. Car il eft prefque inoui ,
qu'on ait apperceu aucune
lumiere fortir des yeux des
poiffons , ou des monstres
marins , quoyque pendant
la nuit les écailles de plufieurs en répandent en
abondance.
A l'égard de la viteffe
GALANT. 93 .
de la lumiere elle n'eft pas
moins prodigieufe que fa
fubtilité ,
puifqu'elle parcourt dans un temps fort
petit comme de deux heures environ des efpaces immenfes , tels que celuy qui
eft entre Saturne , c'est- àdire , entre la plus haute
Planette & la terre ; deforte qu'il n'y a aucune viteſſe
fenfible fur la terre , foit
d'une fleche ou d'un boulet de canon, qui ne foit à
l'égard de celle de la lu
miere moindre , que celled'une tortue ou d'un lima,
*
94 MERCURE
çon à l'égard de celles là.
On peut s'en convaincre
en confiderant de combien
la lumiere de la flamme
d'un canon précede le coup
fon boulet donné à une demielieuë du canon. Enfin
que la lumiere foit uncorps
tres fluide , perfonne n'en
doit douter , puifqu'elle
n'empefche aucunement
les divers mouvemens des
corps qui fe trouvent entre l'œil & le corps lumineux.
La nature de la lumiere
eſtant donc ainſi eſtablie ,
GALANT. 95
fçavoir qu'elle eft un corps
fluide , tres- rapide , &tresfubril , & eftant certain
aufli qu'elle dérive des
corps qu'on appelle lumineux , comme on l'a prouvécy- devant , il nous refte
d'expliquer de quelle maniere elle eft contenue
dans le corps lumineux ,
comment elle en découle
dans nos yeux , & enfin
comment nous appercevons parfon moyen tout ce
qui compofe ce qu'on appelle le monde. vifible.
Pour vous faire connoif
96 MERCURE
tre de quelle maniere elle eft contenue dans le
>
corps lumineux-, j'eſtabli
ray pour principe que le
corps lumineux , ou du
moins fa fuperficie , n'eſt
autre chofe qu'un amas de
matiere fort fubtile , forts
agitée , & tres fluide , lequel eft environné d'air ,
ou de quelque autre matiere fluide plus groffiere ,
qui le preffant de tous coftez lui fait prendre la figure
ronde fous laquelle il nous
paroift.Jefuppoferay encore que l'air que nous refpirons ,
GALANT. 97
rons , auffi bien que la
region aërée qui s'étend tout
autour de la terre à l'infini ,
font remplis de la matiere
que j'ay dit eftre la lumiere , laquelle lumiere doit
eftre differente de celle qui
compofe le corps lumineux , puiſqu'il a des bornes , & que celle - cy n'en
a point. Cecy eſtant ſupposé , voicy comme j'explique de quelle maniere
elle eft contenue dans le
corps lumineux.
Ce difcours s'eft trouvé
Juillet 1712.
I
98 MERCURE
trop long , pour le mettre
dans un feul Mercure , on
la partagé en deux , & l'on
donnera le refte le mois
prochain.
préliminaire fur la
lumiere.
QUoyque ce difcours ne
foit pas une piece com-.
plette , nyabfolument nouvelle , on n'a pas cru cependant devoir la laiffer
dans l'oubli non feulement parce qu'on y expli
que unfyfteme de la lumiere qui commence à avoir
de la vogue , mais encore
parce que la fuite va paFuillet 17120 G
74 MERCURE
roiftre inceffamment dans
un troifiéme volume des
effais & recherches de Mathematique & de Phyſique.
Premierement pour ce qui
regarde la nature de la lumiere , il n'eft rien aujour
d'huy de plus univerfellement reconnu que l'erreur des anciens Philofophes. Car fi on dit avec
quelques- uns que c'est une
qualité fenfible , fans expliquer quelle eft la nature & l'origine de cette qualité , il est évident que par
cette reſponſe , on ne nous
1
GALANT. 75
rend pas plus fçavans de
rien ; puifqu'il faudroit eftre aveugle pour ne fçavoir
pas que la lumiere eft fenfible & ennemi de la
clarté ,
ſe contenter , pour
des termes de qualitez occultes. Si on prétend avec
quelques autres que la lumiere n'eft autre chofe qu'-
une émanation d'efprits
animaux , qui fortant de
nos yeux , vont parcourir ,
& pour ainsi dire , vifiter
tous les objets qui font au
devant de nous pour en faire enfuite un fidelle rapGij
78 MERCURE
port à l'ame. Dans quelle
obfcurité ne tombe-t - on
pas, de prétendre qu'il puft
fortir d'un reſervoir aufli
borné , que l'eft celuy du
cerveau d'un animal , affez
de particules de matiere
pour s'eftendre non feulement à tous les corps qui
font autour de nous , dans
une diſtance de huit ou dix
lieuës à la ronde , mais
mefme jufques à la Lune ,
au Soleil , &juſques au Firmament , & de vouloir que
la viteffe de ces efprits ſoit
affez grande , pour parcou
1
GALANT. - 77
rir de tels efpaces deux fois
dans un clin d'œil , c'eſt àdire , dans un inftant fenfible ? Mais quand mefme
on leur accorderoit ces
deux paradoxes , quelle eft
la connoiffance de ces particules de matiere , pour
examiner les figures des
objets; & quelle eft leur memoire , pour retrouver les
yeux d'où elles font forties,
& pour en faire un fidelle
rapport à l'ame ? Pourquoy
ces meffageres ne nous
rendent - elles compte que
de la partie des corps qui
G iij
78 MERCURE
nous regarde , & non pas
auffi de celle qui eft derriere ces mefmes corps ?
Pourquoy ces efprits lumineux ne peuvent ils pas
faire leur effet , auffi bien
tandis que le Soleil & la
Lune font fous l'horizon ,
que lorsqu'ils font deffous ?
Eft - ce qu'ils ont quelque
fecrette fympathie avec ces
deux aftres , pluftoft qu'avec une infinité d'autres ,
dont le Ciel paroiſt parſemé pendant la nuit ? Ontils quelque antipathie pour
les ombres des corps, pour
GALANT. 79
ne s'y porter jamais qu'en
petite quantité, & avec peu
de force , quoyque d'ail .
leurs nos yeux foient expofez à la lumiere."
Enfiu posé que nos of
prits animaux fuffent en
affez grande quantité , qu'-
ils euffent toute la viteffe
neceffaire , & toutes les
connoiffances , & la memoire requifes , pour une
vifion parfaire , ce feroit
encore une preuve tres- infuffifante pour nous convaincre qu'ils font ce qu'on
doit entendre par la lumieG iiij
80 MERCURE
re naturelle. Car l'experience journaliere nous oblige toujours d'avouer qu'il
fort des corps lumineux
quelque chofe qui eft ca
pable de produire des effets
qu'on ne peut attribuer
qu'à des corpufcules , tels
que font ceux d'echauffer
de brufler , de fondre , &
de vitrifier toutesfortes de
corps , mefme l'or & les
diamants ; & d'où il n'eft
pas impoffible au contraire
de deduire tous ceux que
ces anciens Philofophes
attribuoient aux efprits lu-
GALANT.
81*
mineux des animaux , ou à
des qualitez encore plus.
occultes , comme vous allez le voir maintenant.
Bien loin donc , de tirer
de nos foibles yeux la lumiere mefme qui doit les
éclairer , & de nous rendre
avec les Anciens par ce
procedé fufpects en quel
que façon d'arrogance
nous irons chercher fonorigine dans les corps mefmes.
qu'on appellelumineux, tels.
que le Soleil , la Lune , lés
Etoilles , une chandelle &
autres de mefme nature..
1 82 MERCURE
,. que
Et nous fommes portez à
prendre ce parti avec d'autant plus de raiſon
nous avons par l'experience journaliere, que plus
il y a de corps lumineux.
dans un mefme lieu , &
plus ils font vifs ou ardents;
plus nos yeuxenfont éclairez ; & tout au contraire à
mefure qu'on diminuë le
nombre & la force des
corps lumineux , la vifion
s'affoiblit. On a une preuve inconteſtable de cette
émanation de lumiere des
corps lumineux dans les
1
>:
GALANT. 83
miroirs ardents , qui eſtant
expofez directement à des
corps lumineux , raffemblent leur lumiere , & la
répandent en abondance
fur les objets qu'on veut
éclairer fortement. Mais
ce qui mefemble détruire
entre autres chofes, le ſyſtefmedes efprits lumineux des
Anciens, c'eft qu'on nelaiffe
pas quelquefois de voir fort
clair , quoyque le corps lumineux foit abfent, comme
il arrive pendant le temps.
de l'aurore & du crepufcule , c'est- à-dire, par l'efpace
84 MERCURE
de près de deux heures le
matin , & le foir dans les
longs jours d'Efté de ces
contrées; à moins qu'on ne
vouluſt dire que ces efprits
lumineux n'ont pas befoin .
alors abfolument du Soleil pour nous faire voir
clair ; mais la refponfe eft
aisée , car pourquoy cette
prétendue dépendance des
efprits animaux à l'égard
des corps lumineux n'auroit - elle lieu que pendant
le jour , & cefferoit- elle au
lever de l'aurore, ou au cou--
cher. du Soleil.
GALANT. 85
On nene peut cependant , fe difpenfer ablolument d'avouër icy en faveur des anciens partiſans
des efprits lumineux , qu'il
y a des yeux de certains
animauxd'où ilfemblefortir quelque chofe de fort
femblable à de la lumiere.
car outre que nous enfommes témoins en quelque
façon par nous - mefmes ,
quand nous regardons la
Ruit les yeux de quelque
animal nocturne comme
ceux des lapins, des hiboux,
& autres , principalement
86 MERCURE
fi ces animaux font carnaciers , tels les loups , les
renads , les tigres. Il paroift d'abord fort difficile.
d'expliquer fans le ſecours
de ces efprits , comment.
ces animaux pourroient
courirpendant la plus fombre nuit , avec autant de
rapidité qu'ils font , ſoit
pour le fauver
chaffer leur proye au travers des bleds , des vignes,
des bois , & des broufailles,
ou pour s'affembler , &
comment tant d'autres
ou pour
pourroient paſſer la moitié
GALAN . 87
de leur vie , enfermez dans
des terriers , ou tanieres, ou
dans des caves tres obfcures. D'un autre cofté il
femble qu'on peut tresbien douter auffi qu'il forte aucune telle lumiere des
yeux de ces animaux lorfque tout corps lumineux
eft abſent , comme chacun
peut s'en convaincre par
experience , & comme je
l'ay experimenté plufieurs
fois fur les chats , quoyqu'on foit affez communement perfuadé du contraire.
88. MERGURE
Mais après tout cette
prétenduë lumiere , quand
mefme elle viendroit de
ces animaux , eft tres- rare ;
& on ne peut pas meſme
dire qu'elle leur ſerve de
quelque chofe pendant le
jour, puifqu'elle difparoift
alors à nos yeux. A combien plus forte raifon donc
doit- on conclure que la lumiere qui nous éclaire
dant le jour ou la nuit , ne
vient pas de nos yeux, puifque dans quelque occafion que ce foit , on n'en
voit rien fortir de pareil.
penDe
GALANT. 89
De plus , il eft certain
que la lumiere qu'on raf
femble avecles miroirs ardents expofez directement
aux corps lumineux , agit
fur les corps , comme on
l'a dit cy- deffus , & comme on le peut voir au mo
yen du grand miroir de
métal qui eft à l'Obfervatoire , & d'un autre de verre
qui eft au Palais Royal,
avec lesquels onfond , on
vitrifie , & on calcine en
tres peu de temps toutes
fortes de corps , fans qu'il
foit neceffaire de recourir
Fuillet 17120 H
90 MERCURE
aux hiftoires fabuleuſes ,
qui pour relever l'excellen
ce des inventions d'Archimede nous racontent qu'il
brufloit du haut des murs.
de Siracufe , les vaiffeaux
des Romains qui la tenoient affiegée ; il faut
donc eftablir pour principe , que la lumiere eſt un
corps materiel comme les
corps mefmes , fur lesquels
elle agit , avec cette difference cependant , que fa
fubtilité , fa viteffe , & fa
fluidité , font prefque inconcevables , & qu'elle
émanedu corps lumineux ,
GALANT. 91
& non pas de nos yeux.
Quant à la fubtilité de
la lumiere , il faut qu'elle
foit extrême pour penetrer
en auffi peu de temps les
corps les plus durs & les
plus ferrez , comme les cryftaux, les diamants , & pref
que toutes les autres pierres précieuſes , fans parler
des nœuds des bois réfineux qu'elle penetre quelquefois juſqu'à l'épaiſſeur
de plus d'un pouce. Les
corps fluides ne font pas
plus à l'épreuve de ſa ſubtilité , que ceux dont on
Hij
94´ MERCURE
vient de parler ; & on peut
dire mefme queles yeuxde
la plufpart des poiffons leur
feroient prefque inutiles ,
s'ils ne pouvoient s'en ſervir que vers la fuperficie ·
de l'eau , & non pas au fond
des abysmes de la mer, où:
ils trouvent leur nourritu
re. Car il eft prefque inoui ,
qu'on ait apperceu aucune
lumiere fortir des yeux des
poiffons , ou des monstres
marins , quoyque pendant
la nuit les écailles de plufieurs en répandent en
abondance.
A l'égard de la viteffe
GALANT. 93 .
de la lumiere elle n'eft pas
moins prodigieufe que fa
fubtilité ,
puifqu'elle parcourt dans un temps fort
petit comme de deux heures environ des efpaces immenfes , tels que celuy qui
eft entre Saturne , c'est- àdire , entre la plus haute
Planette & la terre ; deforte qu'il n'y a aucune viteſſe
fenfible fur la terre , foit
d'une fleche ou d'un boulet de canon, qui ne foit à
l'égard de celle de la lu
miere moindre , que celled'une tortue ou d'un lima,
*
94 MERCURE
çon à l'égard de celles là.
On peut s'en convaincre
en confiderant de combien
la lumiere de la flamme
d'un canon précede le coup
fon boulet donné à une demielieuë du canon. Enfin
que la lumiere foit uncorps
tres fluide , perfonne n'en
doit douter , puifqu'elle
n'empefche aucunement
les divers mouvemens des
corps qui fe trouvent entre l'œil & le corps lumineux.
La nature de la lumiere
eſtant donc ainſi eſtablie ,
GALANT. 95
fçavoir qu'elle eft un corps
fluide , tres- rapide , &tresfubril , & eftant certain
aufli qu'elle dérive des
corps qu'on appelle lumineux , comme on l'a prouvécy- devant , il nous refte
d'expliquer de quelle maniere elle eft contenue
dans le corps lumineux ,
comment elle en découle
dans nos yeux , & enfin
comment nous appercevons parfon moyen tout ce
qui compofe ce qu'on appelle le monde. vifible.
Pour vous faire connoif
96 MERCURE
tre de quelle maniere elle eft contenue dans le
>
corps lumineux-, j'eſtabli
ray pour principe que le
corps lumineux , ou du
moins fa fuperficie , n'eſt
autre chofe qu'un amas de
matiere fort fubtile , forts
agitée , & tres fluide , lequel eft environné d'air ,
ou de quelque autre matiere fluide plus groffiere ,
qui le preffant de tous coftez lui fait prendre la figure
ronde fous laquelle il nous
paroift.Jefuppoferay encore que l'air que nous refpirons ,
GALANT. 97
rons , auffi bien que la
region aërée qui s'étend tout
autour de la terre à l'infini ,
font remplis de la matiere
que j'ay dit eftre la lumiere , laquelle lumiere doit
eftre differente de celle qui
compofe le corps lumineux , puiſqu'il a des bornes , & que celle - cy n'en
a point. Cecy eſtant ſupposé , voicy comme j'explique de quelle maniere
elle eft contenue dans le
corps lumineux.
Ce difcours s'eft trouvé
Juillet 1712.
I
98 MERCURE
trop long , pour le mettre
dans un feul Mercure , on
la partagé en deux , & l'on
donnera le refte le mois
prochain.
Fermer
Résumé : DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
Le texte est un discours préliminaire sur la lumière, destiné à être publié en deux parties. L'auteur justifie la publication de ce discours en soulignant qu'il expose un système de la lumière en vogue, qui sera inclus dans un troisième volume de ses œuvres de mathématiques et de physique. L'auteur critique les erreurs des anciens philosophes concernant la nature de la lumière. Certains la considéraient comme une qualité sensible sans en expliquer la nature et l'origine. D'autres la voyaient comme une émanation d'esprits animaux sortant des yeux pour explorer les objets et en informer l'âme. Cette dernière théorie est jugée improbable car elle implique que des particules de matière sortent du cerveau pour parcourir de grandes distances à une vitesse incroyable. L'auteur affirme que la lumière est un corps matériel émanant des objets lumineux tels que le Soleil, la Lune, les étoiles et les chandelles. Cette théorie est soutenue par l'observation que plus il y a de corps lumineux, plus la vision est éclairée. Les miroirs ardents, qui concentrent la lumière, sont une preuve de cette émanation. Le texte mentionne également que certains animaux semblent émettre une lumière, mais cette lumière est rare et ne sert pas pendant le jour. La lumière est décrite comme extrêmement subtile, rapide et fluide, capable de pénétrer les corps durs et les fluides. Sa vitesse est telle qu'elle parcourt des distances immenses en peu de temps. Enfin, l'auteur propose que les corps lumineux contiennent une matière subtile et fluide qui est pressée par l'air ou une autre matière fluide, lui donnant une forme ronde. Cette lumière est différente de celle qui compose le corps lumineux car elle n'a pas de bornes. Le discours sera poursuivi dans le prochain numéro du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 87-109
SUITE DU DISCOURS préliminaire sur la Lumiere, inseré das le Mercure précedent.
Début :
La lumiere entant qu'elle est contenuë dans le corps [...]
Mots clefs :
Corps lumineux, Lumière, Corps opaque, Ombres, Catoptrique, Dioptrique, Arc-en-ciel, Parélie, Microscopes, Couronnes célestes, Vision
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU DISCOURS préliminaire sur la Lumiere, inseré das le Mercure précedent.
SUITE DU DISCOURS
préliminairesur la Lumiere
,
inféré dans le Mercure'
précèdent,
La lumiere entant qu'elle est contenue dans le
corps lumineux, n'est autre chose que l'avion mesme du corps lumineux,
par laquelle il pouffe à la
ronde autour de luy la lumiere matérielle qui l'environne. Or cette action
du corps lumineux vient
de ce que sa surface estant
composée ou couverte d'u.
ne matière tres fluide, &
tres agitée
,
son mouvement tend tousjours à la
faire écarter de son propre
centre; desorte que sans
la matiere plus grossiere
qui resserreexterieurement
le corps lumineux, ilest
certain qu'il se dissiperoît
incontinent, ou du moins
sa su perficie.C'est pourquoy il y a une espece de
combat perpetuel entre la
matiere du corps lumineux
qui tend à s'estendre
,
&
celle de l'ether qui l'environne
,
laquelle tend à le
resserrer.
resserrer. Dans ce combat
chacun est vaincu, & vain.
queurtouràtour,sansque
jamais la victoire cede entièrement àaucun des deux,
si ce n'est peut- estre quand
le corps lumineux s'estend
tout à fait, ce qu'on peut
plustost attribuer au défaut d'alimens qu'à la prêt
sion de l'ether environnant. Cet effort du corps
lumineux pour s'estendre,
peut se comparer, si l'on
veut, à celuy dîme éponge que l'on presseroit, 6c
qu'on lafcheroit successi-
vemenr entre ses doigts, &
l'action par laquelle l'effort
que le corps lumineux fait
pour s'estendre, poulie la
lumiere autour de luy
,
a
beaucoup de rapportàcelle
par laquelle on dit que les
Porcs
-
épies lancent à la
ronde contre ceux qui les
poursuivent & qui les pres
,[enr,les poils, ou plustost
les dards donc leur peau est
toute herissée, quoy qu'on
ait tout droit de douter de
cet effet.
Il n'est pas difficileapre's
celad'imaginer comment
la lumierequi environne
le corps lumineux estant
pouffée, pouffe celie qui
e
st
plus esloignée qu'<)!e/&:
celle cy ce lle qui est encore plus loin, jusquaceque
cet effort à force de s'entendre, soit tour
-
à fait aneanti
; & comment il se
forme par ce moyen au
tour du corps lumineux des
spheres concentriques de
lumiere qui se poussentmutuel lement & continue ilement les unes les autres
,
comme on voitqu'ilarrive aux cercles qui sefor-
ment dans l'eau quand on
y
jetre quelque pierre. De
plus il est encore aisé de
concevoir par ce moyen
comment en quelque endroit qu'on mette l'oeil autour d'un corps lumineux,,
il parvient tousjours de la
lumiere jusques à nous. Enfin si l'on considere que
l'œil est composé de parties transparentes, telles
que sont la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin
,
l'humeur vitrée & la
retine, on verrasans peine
quci la lumière estant un
corps tres-subtil & tresfluide, pénétré avec facilité toutes ces humeurs*
pour venir faire son impression sur lesesprits ani-
-
maux qui font contenus
dans les membranes qui
tapissent le fond de l'oeil,
& c'est de cette manière
que la lumière découle du
corps lumineux, pour venir dans nos yeux..
-
Ce n'est pas que je prétende pour cela, qu'il faille
qu'à chaque fois que nous
voyons un corpslumineux,
la lumière qui l'environne
immédiatement parvienne
jusques à nos yeux; car si
cela estoitil faudroit peucestre
,
non pas un temps
de deux heures environ
,
-
pour qu'elle pust faire sentir son impression depuis
Saturne >ulcjues - ,
a nous
comme on la dir cy-devant ;
mais un temps de
plusieursjours, ou mesme
de plusieurs mois.
Pour imaginer donc comme cette impression peut
parvenir à nos yeux de si
loin dans un temps si court,
il faut considerer que tout
l'Univers estant rempli de
matière et herée
,
ce qui
reste de vuide enrre les parties de la lumiere
,
peut
estre réputé pour rien; &
c'est pour cela que les partics de lumiere qui sont
proche de nos yeux font
presque meuês en mefmc
temps quecelles qui environnent le corps lumineux.
Quant à lamaniere dont
la lumiere se fait sentir,
elle est peu différente de
celle en laquelle les objets
des autres sens s'apperçoi-
vent; desorte que pour bien
expliquer raébon de la lumiere au dedans du cerveau, on peut asseurer.
qu'elle n'est autre chose
qu'une motion ou un ébranlement qu'elle cause
dans les esprits
,
sur les
quels elle fait impression
en arrivant au fond de l'oeil;
car ces esprits, comme
ceux detous les autres sens,
n'arrivant au fond de l'œil,
que par de petits canaux
appeliez nerfs, qui respon-,
dentautond du cerveau,
il est aisé de concevoir
comme
comme les motions que la
lumiere cause dans ces esprits parviennent jusques
à la partie la plus reculée
de sa substance, &c'en est
assez pour que le corps lumineux puisse dit estre veu.
Comme c'est assez pour
qu'un corps sonore soit
entendu, ou un corps odoriférant senti,ou un corps
savoureux gousté,ou enfin
un corps doux ou rude
mou ou dur, apperceu par
le toucher, que l'ébranlement que ses parties, ou
ses sucs ou sa surface eau-
sent dans les esprits animaux qui abondent dans
les organes de l'ouie
,
de
l'odorat ;
du goust & du
toucher, arrive jusques au
fond du cerveau.
De la mesme maniere
dont un corps lumineux est
apperceu; on peut dire aussi
qu on voit tous les autres
corps: car la lumiere que
le corps lumineux chasse à
la ronde
,
arrivant sur des
objets qu'elle ne peut penetrer
,
cft obligée de se
réfléchir
,
comme l'experience des miroirs le fait
voir; & cette refléxion ne
changeant rien dans la nature dela lumiere,non plus
que le mouvement d'une
baie de jeu de paume ne
change pas de nature pour
réflechir sur le pavé ou sur
la raquette, il est évident
que nos yeux sont toucher
recette lumiere réflechie.
comme ils le seroient,sielle
parvenoit à eux immédiatement du corps lumineux;
c'estpourquoy elle forme
encore les mesmes modifications dans le cerveau.
Et. par la mesmeraison
que nous voyons les corps
lumineux par leur lumiere
immediate
,
on peut dire
que nous voyons les objets éclairez par les corps
lumineux
,
au moyen de
leur lumiere réflechie. Car
alors les corps qui réflechissent la lumiere peuvent
eux-mesmes estre regardez comme des corps lumineux.
Enfin le sentiment des
cou leurs ne differant de
celuy de la lumiere, qu'en
ce-qu'il est accompagné
de quelque circonstance
accidentelle
,
qui modifie
la sensation, il est confiant
qu'on doit l'expliquer aussi
de la mesme maniere que
celuy de la lumiere immediate, ou directe & de la ré- flechie. Ainsi ilfera vray
de dire, par exemple, qu'-
un corps paroist coloré,
parce qu'ily a un corps lumineux qui pouffe de la
lumiere sur luy, & que ce
corps réflechissant cette lumiere
,
luy laisse une certaine impression qu'elle
navoit pas auparavant,
comme il arrive aux vents,
qui passant par de certaines regions froides ou
chaudes, retiennent quelque chose de leur temperature.
On peut adjouster à cette explication celle de la
formation des ombres des
corps; & on dira qu'un
corps opaque devant empescher la lumiere du corps
lumineux de tomber immediatement sur les corps qui
font derriere luy
;
il ne faut
pas s'estonner si ces corps
ne se font point sentir du
tout; ou du moins que très*
peu; sçavoir à proportion
de la lumiere qu'ils peuvent recevoir par laréflexion des autres corps qui
les environnent; laquelle
lumiere appellée réflet, ne
venant dans nos yeux tout
au plus qu'après deux réflexions, n'y doit causer
que des motions bien plus
foibles.
Outre la.lumiere & l'ombre
,
il y a encore quelque
chose de moyen entre l'un
& l'autre qu'on appelle Pénombre, dont on parlera
dans la fuite.
Enfin il n'arrive pas seulement dela lumiere d'un
corps lumineux dans nos
yeux, par les réflections
qu'elle souffre sur les corps
durs,qu'elle ne peut penetrer; mais il y en vient
aussi aprèsqu'elle a
passé
au travers d'autres
,
qu'on
appelle transparents, tel
que sont les verres
,
les
cristaux
,
les pierres précieuses, les bois,les gomroes) les sels
,
& les liqueurs, dans lesquels ourre
qu'elle ceflfe de continuer
son chemin en ligne droi-
te
,
comme on le dira en
son lieu, elle contracte aussi decertaines qualitez qui
forment des couleurs.
De sorte
que pour traiter
le sujet de la lumiere dans
toute son estenduë
,
il ne
resteroit,aprèsavoirparlé
de l'origine de la lumiere
directe, de sa nature & de
son progrez, de continuer
dans les discours suivants
à parler des ombres & des
pénombres, qui sont des
effets de la lumiere directe, d'entreprendre ensuite
d'expliquer la lumiere ré-
flechie,& de finir par la
lumiere rompuë & par les
couleurs.
Dans le traité des ombres & des pénombres on
explique comment les figures des corps opaques
se trouvent representées
par leur moyen en grand,
ou en petit.
Dans celuy de la Catoptrique ou de la lumiere ré
flechie, on explique les
differentes proprietez des
miroirs plats, des convexes & des concaves, d'où
vient qu'ils grosissent,ou
qu'ils diminuent, qu'ils redressent, ou qu'ils renversent les objets, qu'ils les
representent au juste, ou
qu'ils les defigurent,qu'ils
les approchent, ou les éloignent,& d'où vientenfin que lesunsbruslent, Ôc
que les autres n'échauffent pas seulement,ou mesme causent du froid.
Enfin dans le traité de
la Dioptrique ou de la lu-
-
miere rompuë, on fait connoistre toutes les proprietez des verres plats
,
des
convexes, ôc des concaves ;
d'où vient qu'ils font les
mesmes effets par refraction, que les miroirs précedens par réflection
;
de
quelle maniere on enfait
des microscopes
,
& des
telescopes pour grossir ou
approcher lesobjets;comment se forment les couleurs primitives;quelle est
la mechanique de l'œil, &
comment on peut perfectionner la vision: & aprés
avoir developpé les miracles que la lumiere produit sur la terre ;
il reste
de nous élever à confide-
rer ceux qui se passent dans
les Cieux,tels que font les
Arcs en-ciels,les Parélies,
& les Couronnes celestes,
dont je me flatte que l'explication ne donnera pas
moins de plaisir que ces
phenomenes ont pû causer
d'admiration.
préliminairesur la Lumiere
,
inféré dans le Mercure'
précèdent,
La lumiere entant qu'elle est contenue dans le
corps lumineux, n'est autre chose que l'avion mesme du corps lumineux,
par laquelle il pouffe à la
ronde autour de luy la lumiere matérielle qui l'environne. Or cette action
du corps lumineux vient
de ce que sa surface estant
composée ou couverte d'u.
ne matière tres fluide, &
tres agitée
,
son mouvement tend tousjours à la
faire écarter de son propre
centre; desorte que sans
la matiere plus grossiere
qui resserreexterieurement
le corps lumineux, ilest
certain qu'il se dissiperoît
incontinent, ou du moins
sa su perficie.C'est pourquoy il y a une espece de
combat perpetuel entre la
matiere du corps lumineux
qui tend à s'estendre
,
&
celle de l'ether qui l'environne
,
laquelle tend à le
resserrer.
resserrer. Dans ce combat
chacun est vaincu, & vain.
queurtouràtour,sansque
jamais la victoire cede entièrement àaucun des deux,
si ce n'est peut- estre quand
le corps lumineux s'estend
tout à fait, ce qu'on peut
plustost attribuer au défaut d'alimens qu'à la prêt
sion de l'ether environnant. Cet effort du corps
lumineux pour s'estendre,
peut se comparer, si l'on
veut, à celuy dîme éponge que l'on presseroit, 6c
qu'on lafcheroit successi-
vemenr entre ses doigts, &
l'action par laquelle l'effort
que le corps lumineux fait
pour s'estendre, poulie la
lumiere autour de luy
,
a
beaucoup de rapportàcelle
par laquelle on dit que les
Porcs
-
épies lancent à la
ronde contre ceux qui les
poursuivent & qui les pres
,[enr,les poils, ou plustost
les dards donc leur peau est
toute herissée, quoy qu'on
ait tout droit de douter de
cet effet.
Il n'est pas difficileapre's
celad'imaginer comment
la lumierequi environne
le corps lumineux estant
pouffée, pouffe celie qui
e
st
plus esloignée qu'<)!e/&:
celle cy ce lle qui est encore plus loin, jusquaceque
cet effort à force de s'entendre, soit tour
-
à fait aneanti
; & comment il se
forme par ce moyen au
tour du corps lumineux des
spheres concentriques de
lumiere qui se poussentmutuel lement & continue ilement les unes les autres
,
comme on voitqu'ilarrive aux cercles qui sefor-
ment dans l'eau quand on
y
jetre quelque pierre. De
plus il est encore aisé de
concevoir par ce moyen
comment en quelque endroit qu'on mette l'oeil autour d'un corps lumineux,,
il parvient tousjours de la
lumiere jusques à nous. Enfin si l'on considere que
l'œil est composé de parties transparentes, telles
que sont la cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin
,
l'humeur vitrée & la
retine, on verrasans peine
quci la lumière estant un
corps tres-subtil & tresfluide, pénétré avec facilité toutes ces humeurs*
pour venir faire son impression sur lesesprits ani-
-
maux qui font contenus
dans les membranes qui
tapissent le fond de l'oeil,
& c'est de cette manière
que la lumière découle du
corps lumineux, pour venir dans nos yeux..
-
Ce n'est pas que je prétende pour cela, qu'il faille
qu'à chaque fois que nous
voyons un corpslumineux,
la lumière qui l'environne
immédiatement parvienne
jusques à nos yeux; car si
cela estoitil faudroit peucestre
,
non pas un temps
de deux heures environ
,
-
pour qu'elle pust faire sentir son impression depuis
Saturne >ulcjues - ,
a nous
comme on la dir cy-devant ;
mais un temps de
plusieursjours, ou mesme
de plusieurs mois.
Pour imaginer donc comme cette impression peut
parvenir à nos yeux de si
loin dans un temps si court,
il faut considerer que tout
l'Univers estant rempli de
matière et herée
,
ce qui
reste de vuide enrre les parties de la lumiere
,
peut
estre réputé pour rien; &
c'est pour cela que les partics de lumiere qui sont
proche de nos yeux font
presque meuês en mefmc
temps quecelles qui environnent le corps lumineux.
Quant à lamaniere dont
la lumiere se fait sentir,
elle est peu différente de
celle en laquelle les objets
des autres sens s'apperçoi-
vent; desorte que pour bien
expliquer raébon de la lumiere au dedans du cerveau, on peut asseurer.
qu'elle n'est autre chose
qu'une motion ou un ébranlement qu'elle cause
dans les esprits
,
sur les
quels elle fait impression
en arrivant au fond de l'oeil;
car ces esprits, comme
ceux detous les autres sens,
n'arrivant au fond de l'œil,
que par de petits canaux
appeliez nerfs, qui respon-,
dentautond du cerveau,
il est aisé de concevoir
comme
comme les motions que la
lumiere cause dans ces esprits parviennent jusques
à la partie la plus reculée
de sa substance, &c'en est
assez pour que le corps lumineux puisse dit estre veu.
Comme c'est assez pour
qu'un corps sonore soit
entendu, ou un corps odoriférant senti,ou un corps
savoureux gousté,ou enfin
un corps doux ou rude
mou ou dur, apperceu par
le toucher, que l'ébranlement que ses parties, ou
ses sucs ou sa surface eau-
sent dans les esprits animaux qui abondent dans
les organes de l'ouie
,
de
l'odorat ;
du goust & du
toucher, arrive jusques au
fond du cerveau.
De la mesme maniere
dont un corps lumineux est
apperceu; on peut dire aussi
qu on voit tous les autres
corps: car la lumiere que
le corps lumineux chasse à
la ronde
,
arrivant sur des
objets qu'elle ne peut penetrer
,
cft obligée de se
réfléchir
,
comme l'experience des miroirs le fait
voir; & cette refléxion ne
changeant rien dans la nature dela lumiere,non plus
que le mouvement d'une
baie de jeu de paume ne
change pas de nature pour
réflechir sur le pavé ou sur
la raquette, il est évident
que nos yeux sont toucher
recette lumiere réflechie.
comme ils le seroient,sielle
parvenoit à eux immédiatement du corps lumineux;
c'estpourquoy elle forme
encore les mesmes modifications dans le cerveau.
Et. par la mesmeraison
que nous voyons les corps
lumineux par leur lumiere
immediate
,
on peut dire
que nous voyons les objets éclairez par les corps
lumineux
,
au moyen de
leur lumiere réflechie. Car
alors les corps qui réflechissent la lumiere peuvent
eux-mesmes estre regardez comme des corps lumineux.
Enfin le sentiment des
cou leurs ne differant de
celuy de la lumiere, qu'en
ce-qu'il est accompagné
de quelque circonstance
accidentelle
,
qui modifie
la sensation, il est confiant
qu'on doit l'expliquer aussi
de la mesme maniere que
celuy de la lumiere immediate, ou directe & de la ré- flechie. Ainsi ilfera vray
de dire, par exemple, qu'-
un corps paroist coloré,
parce qu'ily a un corps lumineux qui pouffe de la
lumiere sur luy, & que ce
corps réflechissant cette lumiere
,
luy laisse une certaine impression qu'elle
navoit pas auparavant,
comme il arrive aux vents,
qui passant par de certaines regions froides ou
chaudes, retiennent quelque chose de leur temperature.
On peut adjouster à cette explication celle de la
formation des ombres des
corps; & on dira qu'un
corps opaque devant empescher la lumiere du corps
lumineux de tomber immediatement sur les corps qui
font derriere luy
;
il ne faut
pas s'estonner si ces corps
ne se font point sentir du
tout; ou du moins que très*
peu; sçavoir à proportion
de la lumiere qu'ils peuvent recevoir par laréflexion des autres corps qui
les environnent; laquelle
lumiere appellée réflet, ne
venant dans nos yeux tout
au plus qu'après deux réflexions, n'y doit causer
que des motions bien plus
foibles.
Outre la.lumiere & l'ombre
,
il y a encore quelque
chose de moyen entre l'un
& l'autre qu'on appelle Pénombre, dont on parlera
dans la fuite.
Enfin il n'arrive pas seulement dela lumiere d'un
corps lumineux dans nos
yeux, par les réflections
qu'elle souffre sur les corps
durs,qu'elle ne peut penetrer; mais il y en vient
aussi aprèsqu'elle a
passé
au travers d'autres
,
qu'on
appelle transparents, tel
que sont les verres
,
les
cristaux
,
les pierres précieuses, les bois,les gomroes) les sels
,
& les liqueurs, dans lesquels ourre
qu'elle ceflfe de continuer
son chemin en ligne droi-
te
,
comme on le dira en
son lieu, elle contracte aussi decertaines qualitez qui
forment des couleurs.
De sorte
que pour traiter
le sujet de la lumiere dans
toute son estenduë
,
il ne
resteroit,aprèsavoirparlé
de l'origine de la lumiere
directe, de sa nature & de
son progrez, de continuer
dans les discours suivants
à parler des ombres & des
pénombres, qui sont des
effets de la lumiere directe, d'entreprendre ensuite
d'expliquer la lumiere ré-
flechie,& de finir par la
lumiere rompuë & par les
couleurs.
Dans le traité des ombres & des pénombres on
explique comment les figures des corps opaques
se trouvent representées
par leur moyen en grand,
ou en petit.
Dans celuy de la Catoptrique ou de la lumiere ré
flechie, on explique les
differentes proprietez des
miroirs plats, des convexes & des concaves, d'où
vient qu'ils grosissent,ou
qu'ils diminuent, qu'ils redressent, ou qu'ils renversent les objets, qu'ils les
representent au juste, ou
qu'ils les defigurent,qu'ils
les approchent, ou les éloignent,& d'où vientenfin que lesunsbruslent, Ôc
que les autres n'échauffent pas seulement,ou mesme causent du froid.
Enfin dans le traité de
la Dioptrique ou de la lu-
-
miere rompuë, on fait connoistre toutes les proprietez des verres plats
,
des
convexes, ôc des concaves ;
d'où vient qu'ils font les
mesmes effets par refraction, que les miroirs précedens par réflection
;
de
quelle maniere on enfait
des microscopes
,
& des
telescopes pour grossir ou
approcher lesobjets;comment se forment les couleurs primitives;quelle est
la mechanique de l'œil, &
comment on peut perfectionner la vision: & aprés
avoir developpé les miracles que la lumiere produit sur la terre ;
il reste
de nous élever à confide-
rer ceux qui se passent dans
les Cieux,tels que font les
Arcs en-ciels,les Parélies,
& les Couronnes celestes,
dont je me flatte que l'explication ne donnera pas
moins de plaisir que ces
phenomenes ont pû causer
d'admiration.
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Résumé : SUITE DU DISCOURS préliminaire sur la Lumiere, inseré das le Mercure précedent.
Le texte explore la nature et la propagation de la lumière. La lumière, issue d'un corps lumineux, est décrite comme une action par laquelle ce corps émet de la lumière matérielle autour de lui. Cette émission résulte du mouvement d'une matière fluide et agitée à la surface du corps lumineux, qui tend à s'étendre. Un combat perpétuel oppose cette matière à l'éther environnant, chacun alternant entre victoire et défaite. La lumière se propage en poussant les couches de lumière environnantes, formant des sphères concentriques similaires aux cercles dans l'eau après un impact. La lumière pénètre facilement les parties transparentes de l'œil pour impressionner les esprits animaux au fond de l'œil, permettant ainsi la vision. Le texte distingue entre la lumière directe et la lumière réfléchie, expliquant que les objets sont vus grâce à la lumière réfléchie par leur surface. Les couleurs et les ombres sont également mentionnées comme des effets de la lumière. Le texte annonce une suite de discours sur les ombres, les pénombres, la lumière réfléchie et la lumière réfractée, ainsi que sur les propriétés des miroirs et des verres. Il mentionne également des phénomènes célestes comme les arcs-en-ciel et les parhélies, dont l'explication sera développée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 54-56
Parodie de la premiere Enigme du mois de Septembre, dont le mot est l'ombre.
Début :
L'ombre est de la lumiere une assez laide fille, [...]
Mots clefs :
Ombre, Lumière, Cadran, Amoureux, Aiguille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la premiere Enigme du mois de Septembre, dont le mot est l'ombre.
Parodie de la premiere
Enigme du mois de
Septembre, dont le
mot est l'ombre.
L'ombreefi de la lumiere
une assèZ,laidejille
3 Sans ourler:J coudre ni
broder>
Elle fiait d'un quadran
rendre utile l'éguille
A ceux qui fixement
veulent la regarder.
Gens reglet prennent
foin d'obfermer ma
conduite:
Rende-ousamoureux
rutent pourtant a
lafuite.
D'aucuns regards que
ton jette sur
moy
Souvent tafPea d'une
ombre a causé de
l'efroj.
L'ombre dfftne mais
elle ne ne sçauroit
peindre:
MaisJansteinture eSi
-
ffait
teindre.V
Enigme du mois de
Septembre, dont le
mot est l'ombre.
L'ombreefi de la lumiere
une assèZ,laidejille
3 Sans ourler:J coudre ni
broder>
Elle fiait d'un quadran
rendre utile l'éguille
A ceux qui fixement
veulent la regarder.
Gens reglet prennent
foin d'obfermer ma
conduite:
Rende-ousamoureux
rutent pourtant a
lafuite.
D'aucuns regards que
ton jette sur
moy
Souvent tafPea d'une
ombre a causé de
l'efroj.
L'ombre dfftne mais
elle ne ne sçauroit
peindre:
MaisJansteinture eSi
-
ffait
teindre.V
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Résumé : Parodie de la premiere Enigme du mois de Septembre, dont le mot est l'ombre.
Le texte décrit une énigme intitulée 'Parodie de la première Enigme du mois de Septembre, dont le mot est l'ombre.' L'ombre est présentée comme l'ombre de la lumière, une 'assèZ laide jille' qui ne nécessite pas de modifications. Elle peut rendre utile une aiguille pour ceux qui la fixent. Les gens ordinaires ne l'observent pas, mais ceux qui le font tombent amoureux et cherchent à fuir. L'ombre effraie et ne peut être peinte, mais elle peut teindre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 240-277
LES ROCHES DE SALISBURY. ALLEGORIE.
Début :
Cette Isle noble antique renommée, [...]
Mots clefs :
Jeune roi, Albion, Noble, Palais, Prince Artus, Paix, Sage, Chevalier, Débats, Sang, Éclat, Roches, Salisbury, Peuple, Vieillard, Coeur, Amour, Justice, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ROCHES DE SALISBURY. ALLEGORIE.
LES ROCHES
DE SALISBURY.
ALLEGORIE.
CEtte Ille noble antique
renommée ,
Qui de Neptune à tel point
fut aimée
Qu'un de fes Fils voulut s'y
renfermer ,
Et de fon nom , Albion la
nommer.
Mainte merveille en fon
fein fait reluire
Qu'en ces vers - cy je ne
pretend
GALANT. 241
pretend déduire
Par le menus les Chroni
queurs paffés
En leurs recueils le deduifent
affez ;
Pour le prefent fuffit d'en
citer une
Sans plus , mais qui peut
mieux
qu'aucune ;
Paffer pour rare & que je
garentis
Sur le rapport de ces recuëils
gentils ;
Ge font ces Rocs autre
ment gons de pierre
Qu'on voir femez en cette
noble terre
Mars
1714.
!
X
242 MERCURE
Tout au travers d'un
champ vert & fleury
Que gens du lieu nomment
Saliſbury , ci să
Et que Merlin jadis par
fon genie
Fit transporter des mar
ches d'Ibernie ,
Car tels Rochers ne fcauroient
bonnement
Se trouver la fors par ensachantement.
of C
Orifmoterés qu'entre ces
roches nües , ⠀
Quia pars magie en ces
lieux font venuës
X
GALANT 243
S'en trouvent fept , trois
de
chacune part
Une au deffus , le tout fait
popar tel art
Qu'il
reprefente une porte
effective ,
Porte vraïment bien faite
& bien naïve
Mais c'eft le tout , car qui
voudroit y voir i
Tours & Châtels , doit
Cailleurs fe pourvoir ,
Et ne fçait-on encor pour
Do quel office
Ce haut Portail eft là fans
médifice.
Mais ces fecrets arcanes
X ij]
244 MERCURE
& facrés
Ja ne font faits pour eftre
penetrés ,
Fors de ceux- là que
lance autorife ,
vail-
A pour chaffer vertueufe
entrepriſe
L'Epée au poing , fendant
juſqu'au talons ..
Traitres , Geans , Endriaques
felons
Tant que pareux foit mis
hors de fervage ,
Quelque Empereur ou Roy
de franc lignage ,
Entre ceux- là eftoit prifé
jadis ,
GALANT 245
Agefilan , Florifel , Amadis
,
Et maints encor de qui
Dieu
par fa grace
Jufques à nous a conſervé
la
race ,
Temoin celuy que je vas
publier ,
Sage entre tous , & difcret
Chevalier
Qui merita par fa force invincible
D'eftre introduit dans la
grote invifible ;
Si le tient-on iffu felon la
chair
De Palmerin le Chevalier
X iij
246 MERCURE
fans Pair ,
Iceluy preux vers les roches
décrites
Alloit chantant les vertus
& merites ,
Du Prince Artus , des bons
tant regretté ,
Et recitoit fur fon Luth
argenté
Celui plaintif. O Rives
Britanniques !
O Roy dompteur des Saxons
tyraniques
Si comme on dit par don
furnaturels
Tu dois revoir ce monde
temporel ,
GALANT. 247
Et revenir chaffer hors de
nos terres
Rebellions , debats , troubles
& Guerres .
Que tardes- tu viens revoir
ton Palais
viens de prifon tirer la
douce paix ,
Qui t'as helas ! defolée &
chetive
Chez faction languit tousjours
plaintive.
Ainfi chantoit le Chevalier
dolentejust
Lors fur lui fembla, qu'une
voix l'appellant
X iiij
248 MERCURE
Par fon vrai nom lui parla
de la forte ,
Si les efprits qui gardent
cette porte
En paroiffant n'effarou
chent
tes yeux
,
Tu peux entrer , le Pala
din joyeux
A qui frayeur n'entra ja
mais dans l'ame ,
Prend fon Ecu , fe commande
à ſa Dame
Approche , arrive , & Demons
de hurler
De tempefter , crier fiffler,
voler
,
Mais pour néant car fans
GALANT . 249
merite ni doute
Le Champion pourſuit toujours
fa route
Si qu'euffiez vû tous ces
diables cadets
Larves , Lutins , Lemures,
farfaders
Spectres volans , Tene
brions , Genies ,
En moins de rien ceffer
leurs lytanies ,
& s'éclipfer à tout leur cas
rillon
Comme étourneaux devant
l'émerillon :
Eux départis , ô merveille
imprevuë !
50 MERCURE
2 La terre s'ouvre & ne s'of
fre à la vûë
Qu'un antre noir
mé caverneux ,
en
fu
Ou d'un Bandon l'éclat
fuligineux
Semble éclairer par fes
lueurs funebres
L'affreux manoir du Prince
des Tenebres ;
A la clarté du flambeau
ftygial
Par cent degrés le Che-
> valier loyal
Defcend au creux de la
fpelunque obfcure ..
Et trouve enfin pour l'hif
1
GALANT. __258
toire conclure ,
Un huis fermé qui s'ouvre
fur l'inftant
Et lúi decouvre un Palais
éclatant ;
Palais , non pas ? mais gro
te emerveillable
Tel que l'oeil ne voit onc
de femblable ,
Et que jamais fage n'ob
tint pour don
Telle demeure , hormis
Apollidon.
Car c'eft Illec que la troupe
de Gnomes
Dòminateurs des terref
trés royaumes
252 MERCURE
A raffemblé
pour
prince honorer
leur
Tout ce qui peut fon féjour
decorer ,
Ambre Corail , yvoire ;
marguerites ,
Perles , faphirs , hyacintes ,
Chrifolites
Riches métaux , bronze
Corinthien ,,
Jaſpe , porphire , & marbre
Phrygien ,
Sans oublier mainte belle
efcarboucle
Et
diamans
proprement
mis en boucle
Tout à l'entour , de qui
GALANT.
253
l'éclat riant
Pâlir feroit le Soleil d'Orient.
Or entendes qu'en ce lieu
de lumiere
Où l'art encore ſurpaſſe
la matiere
Brille fur tant de rubis
eftoilé
Un fiége d'or finement
cizelé ,
Ou repofoit le tres noble
Prophete
Qui cette Grote a choifi
pour retraite
Et fut jadis fous le Roy
254 MERCURE
Pendragon
Des Enchanteurs clame le
Bien
Parangon ,
paroiffoit iceluy
grand prud- homme ,
Prince de ceux que fage on
renomme
Tant à le voir fembloit
homme de biens
Vieillard honneſte & de
noble maintien ,
Si qu'eux, voyans feulealment
fon viſager 20
Euffent pour chef accepté
cettuy fage ,
Qui tout a l'heure en fon
féant dreffé VA
GALANT . 255
Ayant trois fois eternué
touffé ,
Les yeux luifans comme
12 deux Girandoles
Au Damoifel addreffa fes
paroles.
Je fuis Merlin qu'en vulpingaire
fermon
0: 0
Vos
vieuxconteurs pre
chent né du
démon ,
Attribuant par
malice grof
-1997
fiere
L'extraction des enfans de
lumiere ,
A la vertu de cet efprit
In enam vilain
Qui de l'Enfer fut créé
ม
256 MERCURE
Châtelain ,
J'ay visité la haut vos Colonies
,
Suivant les us de nous autres
Genies ,
Er fut long -tems Prophete
en Albion
Dont je plorai l'inique
oppreflion ,
Quand Vortiger dans le
fein Britanique
Eut attiré le ferpent Germanique
,
O mon païs ! ô peuples redoutés.
Deffiés -vous de ferpens allaités
.
Aux
GALANT. 257
Aux bords Germains , fuïés
leur
parentage,
Car c'eft d'iceux qu'eft né
vôtre éclavage ;
Je difparus dans ce conflict
amer 霉
Et par mon art tranſporté
d'outre mer
Ces hauts rochers qui fervent
de barriere ,
A cette grotte où bornant
ma carriere ,
Demogorgon
nôtre Roy
fouverain
,
Me fit ſeigneur du peuple
foûterrain.
C'eſt cette gent , dont l'eſ,
Mars 1714. Y
238 MERCURE
prit tutelaire
Va parcourant vôtre mon--
de populaire : -
Où je l'envoye en invifibles
corps ,
Examiner les troubles &
difcors ,
Qui , par l'engin du pere
de l'impofture,
Vont affligéant l'humaine
créature.
Par eux à donc m'ont efté
raportés.
Tous vos débats , maux &
calamités :
Qui par revolte & rufes infernales
,
GALANT 252
Ont affolé vos Provinces
natales .
Si que la Paix onques n'y
peut meurir ,
Tant qu'y verrés iniquités
Aleurir ,
Car ne croyés pouvoir par
smot vartifices
Paix rétablir fans l'aide de
juſtice ,
Par qui d'abord détruire
100% vous convient ,
L'enchantement ou fraude
2 la détient ,
Fraude fans qui rebelle féabpillonie
o
N'ût engendré fuperbe ty-
Y ij
260 MERCURE
rannie :
Et faction mere de tous les
maux ,
Qui font fortis des palais
infernaux ;
Or puis qu'en toy n'eft encore
effacée
La fouvenance & memoire
paffée
Du Prince Artus lá merveille
des Rois .
Je veux du fort t'interpreter
les loix ,
Et t'expliquer les divins ca
racteres
qui font enclos au livre des
myfteres.
GALANT . 261
Ces mots finis le vieillard
s'arrefta
Puis fe fignant quelques
mots marmota ,
En feüillerant fon grand
antiphonaire
Ou par comment & glofe
interlinaire
Se touche au doigt & fe
montre éclairci
Tout l'avenir , lors , pour
fuivit ainsi ,
Ce brave Roy de qui l'ar
dente efpée
Au fang Germain tant de
fois fut trempée
262 MERCURE
De fes hauts faits le monde
récreant ,
Ufurpateurs eut mis tous à
néant
Si d'Atropos la colere felone
N'uft d'Albion renversé la
Colonne
Ah male- mort ! tes larroneffes
mains
Nous ont tollu le plus grand
des humains
Et rien n'y font ceux -là
dont le bon zele
Dans les hauts Cieux comme
Enoch le récele
Doit quelque jour à les oüir
GALANT . 263
narrer
H reviendra fon pays bien
heurer
;
Tous ces rebus d'antiques
propheties
Ne font qu'amas de vieilles
faceties ,
Dont le droit fens &
myftere caché
Eft fans emblême en ce li
vre epluché.
De ce bon Roy l'heroïque.
lignée
Au fond des bois reduite.
& confignée
Donna long- tems aux fi
264 MERCURE
deles Gallois
Chefs Souverains & magnanimes
Rois ,
Tant qu'une Soeur de ces
genereux
Princes
Dont le Germain
detenoit
les Provinces
Le Grand Walter en fes
Alancs enfánta
Qui leur vrai fang chez les
Pictes porta
,
Icy d'Artus fa tige eſt mipartie
Entre les Rois de l'antique
Scotie
Puis fe rejoint dans le fang
bien-aimé
Du
GALANT . 265:
Du bon Henry le fage furnommé
Qui s'uniffant à la royale
race
Dupreux Walter fçut enfuivre
la trace
Des Rois Bretons , dans la
double union
De l'Albanie au regne d'Albion
;
Or entend moy quoique
maint docte livre
ي ف
Conte qu'un jour Artus
doive revivre ,
Pour le deftin de voſtre Ifle
amenderA
CA
Si ne devés ce difcours re-
Z
Mars
1714.
266 MERCURE
garder
Que comme un type ou
fermon prothetique
Qui vous décrit l'evenement
implique
D'un jeune Roy de fon
fang defcendu
Qui par juftice à fon peuple
rendu ,
Doit extirper difcordes inteftines
Guerre ; debats , fcandales ,
& rapines ,
Si que pourrés par lui re-
9 voir encor
En Albion triompher l'âge
d'or
GALANT. 267
Et retourner profperité richeffe
Dilection , paix , amour &
lieffe .
Il de nos bords en naiſſant
diſparu
Terres & Meres dès l'enfance
à couru
Et s'eft appris par épreuve
importune
A fupporter l'une & l'autre
fortune
,
Afin qu'un jour par fon
exemple inftruit
De tout le mal qu'impieté
produit
Juftice & droit à tous il
Zij
168 MERCURE
fache rendre
Aider le foible & l'opprimé
deffendre ,
La noble Fée & le fage
Devin
Qui de ce Prince ont par
vouloir divin
J'ufqu'à ce jour regi la
deftinée
Ja des long- tems fa nail
fance ont ornée
L'une des dons qui le Corps
font chérir
L'autre de ceux qui font
l'ame fleurir
Tant qu'à le voir on ne
peut prefque dire
GALANT 269
Lequel en lui plus de tendreffe
infpire ,
Grace ou vertu ne qui
reüffit mieux
A l'admirer ou le coeur ou
les yeux
.
Déja le Dieu qui les combats
décide
De prés a vû comment ce
jeune Alcide
Sçait manier javelines &
dards
Ecus , haubergs , lances &
braquemars
Et méprifer dans le Champ
de Batailles
Z iij
270 MERCURE
Repos oififs , perils & funerailles
Dont aisément fe peut
imaginer
Comme en fon tems il
Laura gouverner
Ses ennemis , fi quelqu'un
s'en efcrime
Non pas les fiens ; car fon
coeur magnanime
Ne connoiftra pour fes
vrais ennemis
Que ceux du peuple en fa
garde remis
Auffi dans peu ce peu ple
refractaire
GALANT . 271
Reparera fa coulpe involontaire
Et pour bien toft faction
enterrer
Ce jeune Roy n'aura qu'à
ſe montrer ;
Car quel efprit tant foit - il
intraitable
Et fors iffu de manoir delectable
D'entendement , pourroit à
fon aſpect
N'eftre fajfi d'amour & de
respect ,
Eftil Lyon , Tigre ou Serpent
d'Affrique
Qui contemplant le regard
272 MERCURE
heroyque
Le noble éclat de fa douce
fierté
Qui fur ce front rempli de
Majefté
Marque fi bien ce qu'il eft ,
& doit eftre
Ne s'amollit , & reconnut
fon maiſtre
Partant croyés que contre
fes regards
Point ne tiendront les gen
tils Leopards
>
Tous feront bons tous
feront beaux & fages
GALANT . 173
Antiques
moeurs
il reffufci
tera
Gloire & vertu triompher
il fera ,
Que dirai je plus , il ferme
ra le Temple
Du vieux Janus , pour eſtre
à fon exemple
Des bons l'amour
& des
méchans
Feffroy
Finalement
ce legitime
Roy
Fera par tout fleurir paix
& juſtice
Juftice & paix , meres de
tout délice ,
Sans qui richeſſe , honneur
274 MERCURE
profperité
Fait plus de mal que
& pauvreté.
honte
Alors banquets & feltins
domeſtiques
Dances , chanfons , & pe
nices ruftiques ,
Tournois , Behours
tous autres ébats
>
&
Retournent
francs de
noifes & débats ,
Et durera cette joye eftablie
En Albion jufqu'au retour
d'Elic ;
O de tous biens principe &
fondement
GALANT. 275
O Lots en terre & non
point autrement ,
Repos , douceur , allegref
fe , innocence
Deduit , foulas , defir , &
joüiffance
Levés vos coeurs & tendés
vos efprits
Peuples heureux à ſes ordres
preſcrits
Par le vouloir de la Fée
immortelle
Qui vos deftins a pris en fa
tutelle
A tant fe tut le vieillard
nompareil
Lors s'inclina le Chevalier
276 MERCURE
vermeil ,
Qui méditant en extafe
profonde
Le grand Oracle , & myſ
tere où le fonde
Tout gentil coeur ami de
fon devoir
Fut transferé par magique
pouvoir
Dans le Palais de la haute
Pairie
Palais ou git tout l'art de
faërie
Comme celuy qui fait par
fa fplendeur
De toute l'lfle admirer la
grandeur ,.
GALANT . 277
Mais qui pourtant quoy
qu'il joigne & raffemble
De ce Climâ : tous les Sages
enſemble
Si ne reluit , & n'a d'éclat
en foy
Que par le Trofne & les
yeux de fon Roy,
DE SALISBURY.
ALLEGORIE.
CEtte Ille noble antique
renommée ,
Qui de Neptune à tel point
fut aimée
Qu'un de fes Fils voulut s'y
renfermer ,
Et de fon nom , Albion la
nommer.
Mainte merveille en fon
fein fait reluire
Qu'en ces vers - cy je ne
pretend
GALANT. 241
pretend déduire
Par le menus les Chroni
queurs paffés
En leurs recueils le deduifent
affez ;
Pour le prefent fuffit d'en
citer une
Sans plus , mais qui peut
mieux
qu'aucune ;
Paffer pour rare & que je
garentis
Sur le rapport de ces recuëils
gentils ;
Ge font ces Rocs autre
ment gons de pierre
Qu'on voir femez en cette
noble terre
Mars
1714.
!
X
242 MERCURE
Tout au travers d'un
champ vert & fleury
Que gens du lieu nomment
Saliſbury , ci să
Et que Merlin jadis par
fon genie
Fit transporter des mar
ches d'Ibernie ,
Car tels Rochers ne fcauroient
bonnement
Se trouver la fors par ensachantement.
of C
Orifmoterés qu'entre ces
roches nües , ⠀
Quia pars magie en ces
lieux font venuës
X
GALANT 243
S'en trouvent fept , trois
de
chacune part
Une au deffus , le tout fait
popar tel art
Qu'il
reprefente une porte
effective ,
Porte vraïment bien faite
& bien naïve
Mais c'eft le tout , car qui
voudroit y voir i
Tours & Châtels , doit
Cailleurs fe pourvoir ,
Et ne fçait-on encor pour
Do quel office
Ce haut Portail eft là fans
médifice.
Mais ces fecrets arcanes
X ij]
244 MERCURE
& facrés
Ja ne font faits pour eftre
penetrés ,
Fors de ceux- là que
lance autorife ,
vail-
A pour chaffer vertueufe
entrepriſe
L'Epée au poing , fendant
juſqu'au talons ..
Traitres , Geans , Endriaques
felons
Tant que pareux foit mis
hors de fervage ,
Quelque Empereur ou Roy
de franc lignage ,
Entre ceux- là eftoit prifé
jadis ,
GALANT 245
Agefilan , Florifel , Amadis
,
Et maints encor de qui
Dieu
par fa grace
Jufques à nous a conſervé
la
race ,
Temoin celuy que je vas
publier ,
Sage entre tous , & difcret
Chevalier
Qui merita par fa force invincible
D'eftre introduit dans la
grote invifible ;
Si le tient-on iffu felon la
chair
De Palmerin le Chevalier
X iij
246 MERCURE
fans Pair ,
Iceluy preux vers les roches
décrites
Alloit chantant les vertus
& merites ,
Du Prince Artus , des bons
tant regretté ,
Et recitoit fur fon Luth
argenté
Celui plaintif. O Rives
Britanniques !
O Roy dompteur des Saxons
tyraniques
Si comme on dit par don
furnaturels
Tu dois revoir ce monde
temporel ,
GALANT. 247
Et revenir chaffer hors de
nos terres
Rebellions , debats , troubles
& Guerres .
Que tardes- tu viens revoir
ton Palais
viens de prifon tirer la
douce paix ,
Qui t'as helas ! defolée &
chetive
Chez faction languit tousjours
plaintive.
Ainfi chantoit le Chevalier
dolentejust
Lors fur lui fembla, qu'une
voix l'appellant
X iiij
248 MERCURE
Par fon vrai nom lui parla
de la forte ,
Si les efprits qui gardent
cette porte
En paroiffant n'effarou
chent
tes yeux
,
Tu peux entrer , le Pala
din joyeux
A qui frayeur n'entra ja
mais dans l'ame ,
Prend fon Ecu , fe commande
à ſa Dame
Approche , arrive , & Demons
de hurler
De tempefter , crier fiffler,
voler
,
Mais pour néant car fans
GALANT . 249
merite ni doute
Le Champion pourſuit toujours
fa route
Si qu'euffiez vû tous ces
diables cadets
Larves , Lutins , Lemures,
farfaders
Spectres volans , Tene
brions , Genies ,
En moins de rien ceffer
leurs lytanies ,
& s'éclipfer à tout leur cas
rillon
Comme étourneaux devant
l'émerillon :
Eux départis , ô merveille
imprevuë !
50 MERCURE
2 La terre s'ouvre & ne s'of
fre à la vûë
Qu'un antre noir
mé caverneux ,
en
fu
Ou d'un Bandon l'éclat
fuligineux
Semble éclairer par fes
lueurs funebres
L'affreux manoir du Prince
des Tenebres ;
A la clarté du flambeau
ftygial
Par cent degrés le Che-
> valier loyal
Defcend au creux de la
fpelunque obfcure ..
Et trouve enfin pour l'hif
1
GALANT. __258
toire conclure ,
Un huis fermé qui s'ouvre
fur l'inftant
Et lúi decouvre un Palais
éclatant ;
Palais , non pas ? mais gro
te emerveillable
Tel que l'oeil ne voit onc
de femblable ,
Et que jamais fage n'ob
tint pour don
Telle demeure , hormis
Apollidon.
Car c'eft Illec que la troupe
de Gnomes
Dòminateurs des terref
trés royaumes
252 MERCURE
A raffemblé
pour
prince honorer
leur
Tout ce qui peut fon féjour
decorer ,
Ambre Corail , yvoire ;
marguerites ,
Perles , faphirs , hyacintes ,
Chrifolites
Riches métaux , bronze
Corinthien ,,
Jaſpe , porphire , & marbre
Phrygien ,
Sans oublier mainte belle
efcarboucle
Et
diamans
proprement
mis en boucle
Tout à l'entour , de qui
GALANT.
253
l'éclat riant
Pâlir feroit le Soleil d'Orient.
Or entendes qu'en ce lieu
de lumiere
Où l'art encore ſurpaſſe
la matiere
Brille fur tant de rubis
eftoilé
Un fiége d'or finement
cizelé ,
Ou repofoit le tres noble
Prophete
Qui cette Grote a choifi
pour retraite
Et fut jadis fous le Roy
254 MERCURE
Pendragon
Des Enchanteurs clame le
Bien
Parangon ,
paroiffoit iceluy
grand prud- homme ,
Prince de ceux que fage on
renomme
Tant à le voir fembloit
homme de biens
Vieillard honneſte & de
noble maintien ,
Si qu'eux, voyans feulealment
fon viſager 20
Euffent pour chef accepté
cettuy fage ,
Qui tout a l'heure en fon
féant dreffé VA
GALANT . 255
Ayant trois fois eternué
touffé ,
Les yeux luifans comme
12 deux Girandoles
Au Damoifel addreffa fes
paroles.
Je fuis Merlin qu'en vulpingaire
fermon
0: 0
Vos
vieuxconteurs pre
chent né du
démon ,
Attribuant par
malice grof
-1997
fiere
L'extraction des enfans de
lumiere ,
A la vertu de cet efprit
In enam vilain
Qui de l'Enfer fut créé
ม
256 MERCURE
Châtelain ,
J'ay visité la haut vos Colonies
,
Suivant les us de nous autres
Genies ,
Er fut long -tems Prophete
en Albion
Dont je plorai l'inique
oppreflion ,
Quand Vortiger dans le
fein Britanique
Eut attiré le ferpent Germanique
,
O mon païs ! ô peuples redoutés.
Deffiés -vous de ferpens allaités
.
Aux
GALANT. 257
Aux bords Germains , fuïés
leur
parentage,
Car c'eft d'iceux qu'eft né
vôtre éclavage ;
Je difparus dans ce conflict
amer 霉
Et par mon art tranſporté
d'outre mer
Ces hauts rochers qui fervent
de barriere ,
A cette grotte où bornant
ma carriere ,
Demogorgon
nôtre Roy
fouverain
,
Me fit ſeigneur du peuple
foûterrain.
C'eſt cette gent , dont l'eſ,
Mars 1714. Y
238 MERCURE
prit tutelaire
Va parcourant vôtre mon--
de populaire : -
Où je l'envoye en invifibles
corps ,
Examiner les troubles &
difcors ,
Qui , par l'engin du pere
de l'impofture,
Vont affligéant l'humaine
créature.
Par eux à donc m'ont efté
raportés.
Tous vos débats , maux &
calamités :
Qui par revolte & rufes infernales
,
GALANT 252
Ont affolé vos Provinces
natales .
Si que la Paix onques n'y
peut meurir ,
Tant qu'y verrés iniquités
Aleurir ,
Car ne croyés pouvoir par
smot vartifices
Paix rétablir fans l'aide de
juſtice ,
Par qui d'abord détruire
100% vous convient ,
L'enchantement ou fraude
2 la détient ,
Fraude fans qui rebelle féabpillonie
o
N'ût engendré fuperbe ty-
Y ij
260 MERCURE
rannie :
Et faction mere de tous les
maux ,
Qui font fortis des palais
infernaux ;
Or puis qu'en toy n'eft encore
effacée
La fouvenance & memoire
paffée
Du Prince Artus lá merveille
des Rois .
Je veux du fort t'interpreter
les loix ,
Et t'expliquer les divins ca
racteres
qui font enclos au livre des
myfteres.
GALANT . 261
Ces mots finis le vieillard
s'arrefta
Puis fe fignant quelques
mots marmota ,
En feüillerant fon grand
antiphonaire
Ou par comment & glofe
interlinaire
Se touche au doigt & fe
montre éclairci
Tout l'avenir , lors , pour
fuivit ainsi ,
Ce brave Roy de qui l'ar
dente efpée
Au fang Germain tant de
fois fut trempée
262 MERCURE
De fes hauts faits le monde
récreant ,
Ufurpateurs eut mis tous à
néant
Si d'Atropos la colere felone
N'uft d'Albion renversé la
Colonne
Ah male- mort ! tes larroneffes
mains
Nous ont tollu le plus grand
des humains
Et rien n'y font ceux -là
dont le bon zele
Dans les hauts Cieux comme
Enoch le récele
Doit quelque jour à les oüir
GALANT . 263
narrer
H reviendra fon pays bien
heurer
;
Tous ces rebus d'antiques
propheties
Ne font qu'amas de vieilles
faceties ,
Dont le droit fens &
myftere caché
Eft fans emblême en ce li
vre epluché.
De ce bon Roy l'heroïque.
lignée
Au fond des bois reduite.
& confignée
Donna long- tems aux fi
264 MERCURE
deles Gallois
Chefs Souverains & magnanimes
Rois ,
Tant qu'une Soeur de ces
genereux
Princes
Dont le Germain
detenoit
les Provinces
Le Grand Walter en fes
Alancs enfánta
Qui leur vrai fang chez les
Pictes porta
,
Icy d'Artus fa tige eſt mipartie
Entre les Rois de l'antique
Scotie
Puis fe rejoint dans le fang
bien-aimé
Du
GALANT . 265:
Du bon Henry le fage furnommé
Qui s'uniffant à la royale
race
Dupreux Walter fçut enfuivre
la trace
Des Rois Bretons , dans la
double union
De l'Albanie au regne d'Albion
;
Or entend moy quoique
maint docte livre
ي ف
Conte qu'un jour Artus
doive revivre ,
Pour le deftin de voſtre Ifle
amenderA
CA
Si ne devés ce difcours re-
Z
Mars
1714.
266 MERCURE
garder
Que comme un type ou
fermon prothetique
Qui vous décrit l'evenement
implique
D'un jeune Roy de fon
fang defcendu
Qui par juftice à fon peuple
rendu ,
Doit extirper difcordes inteftines
Guerre ; debats , fcandales ,
& rapines ,
Si que pourrés par lui re-
9 voir encor
En Albion triompher l'âge
d'or
GALANT. 267
Et retourner profperité richeffe
Dilection , paix , amour &
lieffe .
Il de nos bords en naiſſant
diſparu
Terres & Meres dès l'enfance
à couru
Et s'eft appris par épreuve
importune
A fupporter l'une & l'autre
fortune
,
Afin qu'un jour par fon
exemple inftruit
De tout le mal qu'impieté
produit
Juftice & droit à tous il
Zij
168 MERCURE
fache rendre
Aider le foible & l'opprimé
deffendre ,
La noble Fée & le fage
Devin
Qui de ce Prince ont par
vouloir divin
J'ufqu'à ce jour regi la
deftinée
Ja des long- tems fa nail
fance ont ornée
L'une des dons qui le Corps
font chérir
L'autre de ceux qui font
l'ame fleurir
Tant qu'à le voir on ne
peut prefque dire
GALANT 269
Lequel en lui plus de tendreffe
infpire ,
Grace ou vertu ne qui
reüffit mieux
A l'admirer ou le coeur ou
les yeux
.
Déja le Dieu qui les combats
décide
De prés a vû comment ce
jeune Alcide
Sçait manier javelines &
dards
Ecus , haubergs , lances &
braquemars
Et méprifer dans le Champ
de Batailles
Z iij
270 MERCURE
Repos oififs , perils & funerailles
Dont aisément fe peut
imaginer
Comme en fon tems il
Laura gouverner
Ses ennemis , fi quelqu'un
s'en efcrime
Non pas les fiens ; car fon
coeur magnanime
Ne connoiftra pour fes
vrais ennemis
Que ceux du peuple en fa
garde remis
Auffi dans peu ce peu ple
refractaire
GALANT . 271
Reparera fa coulpe involontaire
Et pour bien toft faction
enterrer
Ce jeune Roy n'aura qu'à
ſe montrer ;
Car quel efprit tant foit - il
intraitable
Et fors iffu de manoir delectable
D'entendement , pourroit à
fon aſpect
N'eftre fajfi d'amour & de
respect ,
Eftil Lyon , Tigre ou Serpent
d'Affrique
Qui contemplant le regard
272 MERCURE
heroyque
Le noble éclat de fa douce
fierté
Qui fur ce front rempli de
Majefté
Marque fi bien ce qu'il eft ,
& doit eftre
Ne s'amollit , & reconnut
fon maiſtre
Partant croyés que contre
fes regards
Point ne tiendront les gen
tils Leopards
>
Tous feront bons tous
feront beaux & fages
GALANT . 173
Antiques
moeurs
il reffufci
tera
Gloire & vertu triompher
il fera ,
Que dirai je plus , il ferme
ra le Temple
Du vieux Janus , pour eſtre
à fon exemple
Des bons l'amour
& des
méchans
Feffroy
Finalement
ce legitime
Roy
Fera par tout fleurir paix
& juſtice
Juftice & paix , meres de
tout délice ,
Sans qui richeſſe , honneur
274 MERCURE
profperité
Fait plus de mal que
& pauvreté.
honte
Alors banquets & feltins
domeſtiques
Dances , chanfons , & pe
nices ruftiques ,
Tournois , Behours
tous autres ébats
>
&
Retournent
francs de
noifes & débats ,
Et durera cette joye eftablie
En Albion jufqu'au retour
d'Elic ;
O de tous biens principe &
fondement
GALANT. 275
O Lots en terre & non
point autrement ,
Repos , douceur , allegref
fe , innocence
Deduit , foulas , defir , &
joüiffance
Levés vos coeurs & tendés
vos efprits
Peuples heureux à ſes ordres
preſcrits
Par le vouloir de la Fée
immortelle
Qui vos deftins a pris en fa
tutelle
A tant fe tut le vieillard
nompareil
Lors s'inclina le Chevalier
276 MERCURE
vermeil ,
Qui méditant en extafe
profonde
Le grand Oracle , & myſ
tere où le fonde
Tout gentil coeur ami de
fon devoir
Fut transferé par magique
pouvoir
Dans le Palais de la haute
Pairie
Palais ou git tout l'art de
faërie
Comme celuy qui fait par
fa fplendeur
De toute l'lfle admirer la
grandeur ,.
GALANT . 277
Mais qui pourtant quoy
qu'il joigne & raffemble
De ce Climâ : tous les Sages
enſemble
Si ne reluit , & n'a d'éclat
en foy
Que par le Trofne & les
yeux de fon Roy,
Fermer
Résumé : LES ROCHES DE SALISBURY. ALLEGORIE.
Le texte décrit les Roches de Salisbury, une île antique et noble, aimée par Neptune et nommée Albion par l'un de ses fils. Cette île est célèbre pour ses merveilles, notamment des rochers transportés par Merlin depuis les marches d'Ibernie. Ces rochers forment une porte mystérieuse dans un champ vert et fleuri près de Salisbury, gardée par des esprits et des démons. Seule une personne vertueuse et autorisée peut franchir cette porte. Un chevalier nommé Palmerin se rend à ces rochers et chante les vertus du prince Arthur. Une voix l'invite à entrer, et il découvre une grotte éclairée par un flambeau funèbre menant à un palais éblouissant décoré de pierres précieuses et de métaux rares. Dans ce palais repose Merlin, le prophète. Merlin explique qu'il a été prophète en Albion et a transporté les rochers pour protéger l'île. Il révèle également que l'île est affligée par des troubles et des révoltes, et que seule la justice peut rétablir la paix. Merlin prophétise le retour d'un jeune roi de la lignée d'Arthur, qui apportera justice et paix en Albion. Ce roi, élevé par une fée et un devin, est destiné à gouverner avec sagesse et à triompher de ses ennemis. Son règne verra le retour de la prospérité, de la paix et de l'amour. Après cette révélation, Merlin se tait, et le chevalier est transporté dans le palais de la haute pairie, où il contemple l'art de la féerie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
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Résumé : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Le texte présente un abrégé historique d'une dissertation de M. de Menage sur l'origine des sonnets dédiés à la belle Matineuse. Les poètes grecs n'ont jamais comparé l'Aurore ou le Soleil à une belle personne rencontrée au lever du jour. Cette comparaison apparaît d'abord chez Quintus Catulus, poète romain de la fin de la République, dont les vers sont conservés par Cicéron. Un autre poète latin anonyme a également utilisé cette comparaison. En Italie, Pétrarque et Annibal Caro ont traduit l'épigramme de Catulus. Caro est particulièrement connu pour son sonnet sur ce thème. Antonio Francesco Rainério et Marcello Giovanetti ont également écrit des œuvres inspirées de Catulus, bien que jugées inférieures à celles de Caro et Rainério. En France, Olivier de Magny et M. de Meziriac ont traduit l'épigramme de Catulus en sonnets. De Magny vivait sous les règnes d'Henri II et Charles IX, tandis que M. de Meziriac, savant et académicien, a imité soit l'épigramme de Catulus, soit le sonnet de Caro, ou les deux. Plusieurs sonnets français s'inspirent de l'épigramme de Catulus ou du sonnet de Caro, centrés sur la beauté féminine comparée à celle du soleil ou de l'aurore. Monsieur de Balzac demanda à Monsieur de Voiture de traduire un sonnet, ce qu'il fit malgré ses réticences initiales. Desportes, Monsieur de Malleville, Monsieur Tristan et l'Abbé Testu ont également écrit des sonnets sur ce thème. Le texte mentionne aussi des œuvres littéraires et des descriptions poétiques de scènes mythologiques, comme celles impliquant Bacchus, Pomone, Diane et Endymion. Il conclut en comparant les œuvres modernes à celles des auteurs classiques, notant que les premières n'ont pas atteint le même niveau de gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
15
p. 130-133
RONDEAU redoublé, & decisif, sur le sujet des Anciens & des Modernes.
Début :
Qu'un tournebroche ait sceu nous étonner [...]
Mots clefs :
Lumière, Anciens et Modernes, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU redoublé, & decisif, sur le sujet des Anciens & des Modernes.
RONDE AU
redoublé, & decisif, sur le
su jet des Anciens& des Modernes. ;
Q£tun tournebroche aitfît#
nous étonner
QuandsonAuteur luy donna la
lumiere;
lele crois btsn sans trop l'exd^-
miner,
Sur toutjadis qu'on n'exominoit
guere.
Mais dés qu'on vitl'horloge
menagere
Regler le temps é l'heure du
disner
,
Onfut surpris defus nostre bemisphere
Qu'untournebroche aitsceu nous
étonner.
De même AUiF
, si propre à
suborner,
Vartd*Anflote autrefois fccut
nous plaire,
, Sans rien comprendre on l'admiroitproôner.
Quandfin Auteur luj donna la
lumiere.
Lloinegtenmst,"pprréosDsepfelarrtees,
Etparraisonsfçacbanrse cramponner
, Fait voir que n'est l'autre qu'un
pauvre here,
Je le crois bien sans trop l'examiner.
'," Si les derniers sçavent tout
aetrorJer.
Ces faits pofe%
, que conclure
d'Homere,
Qu'à l'admirer on a pû j'obftintr
Sur toutjadis qu'on nexammoit
guere.
cMlaaisdierpoeser comme vérité
Que sur ces Vers on n'ait fce» rafiner.,
Que rien de mieux ne se peut i"
I"{.',' maisfaire
A dire vray cejl plus mal raisonner
Qu'untournebroche.
Par l'Auteur desînteresse
des bords de la Marne.
redoublé, & decisif, sur le
su jet des Anciens& des Modernes. ;
Q£tun tournebroche aitfît#
nous étonner
QuandsonAuteur luy donna la
lumiere;
lele crois btsn sans trop l'exd^-
miner,
Sur toutjadis qu'on n'exominoit
guere.
Mais dés qu'on vitl'horloge
menagere
Regler le temps é l'heure du
disner
,
Onfut surpris defus nostre bemisphere
Qu'untournebroche aitsceu nous
étonner.
De même AUiF
, si propre à
suborner,
Vartd*Anflote autrefois fccut
nous plaire,
, Sans rien comprendre on l'admiroitproôner.
Quandfin Auteur luj donna la
lumiere.
Lloinegtenmst,"pprréosDsepfelarrtees,
Etparraisonsfçacbanrse cramponner
, Fait voir que n'est l'autre qu'un
pauvre here,
Je le crois bien sans trop l'examiner.
'," Si les derniers sçavent tout
aetrorJer.
Ces faits pofe%
, que conclure
d'Homere,
Qu'à l'admirer on a pû j'obftintr
Sur toutjadis qu'on nexammoit
guere.
cMlaaisdierpoeser comme vérité
Que sur ces Vers on n'ait fce» rafiner.,
Que rien de mieux ne se peut i"
I"{.',' maisfaire
A dire vray cejl plus mal raisonner
Qu'untournebroche.
Par l'Auteur desînteresse
des bords de la Marne.
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16
p. 111-114
EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
Début :
Dans le cours de la Semaine Sainte, nous avons senti quatre [...]
Mots clefs :
Semaine Sainte, Tremblement de terre, Rocher, Vent, Tonnerre, Étoiles, Ciel, Lumière, Étincelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE de M. de Montdion Ingénieur ordinaire du Roy, écrite de Malte, le 8 Avril 1717.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
de M. de Monidion Ingénieur
ordinaire du Roy , écrite de Malte
, le 8 Avril 1717.
D
Ans le cours de la Semaine
Sainte , nous avons fenti quatre
fecouffes de Tremblemens de
Terse. Ces tremblemens arrivent
fouvent ; mais , comme toute l'Ifle
de Malte n'eft qu'une feule pièce
de Rocher , qui n'eft pas ébranlée
fi facillement. Ils n'y font pas dangereux
; ils font toujours accompagnés
d'un bruit femblable à celui
d'un grand vent , qui ne feroit
que paffer fort rapidement ; tout
cela ne dure qu'un inftant.
Les Tonnerres font ici beaucoup
plus grands & plus effroyables qu'en
France ; nous n'en entendons ici
que pendant 4 ou mois de nôtre
Hyver , & il n'y en a point depuis
le mois d'Avril , jufqu'au mois
Kij
112 LE MERCURE
d'Octobre , parce qu'on ne voit
point de nuages pendant tout l'Eté,
& vous fçavez qu'il ne peut y avoir
de Tonnerre fans nuages.
ou
J'ai pris plaifir à voir ici
plufieures Etoiles errantes
volantes , pendant la nuit. Ces
feux font beaucoup plus forts
qu'en France : Ils font femblables
à des fufées volantes , & font à peu
prés ce même bruit ; au refte , je
Vous marque feulement les faits ,
Vous êtes Phificien , vous jugerez
de la nature & des caufes de ces
Météores & c .
Je vous fais part en même tems ,
d'un Phénomene très- curieux , qui
a paru à Malte le 6 Septembre
1716 .
Vers les 10 heures du foir , au
milieu d'un Ciel fort férain , & pendant
un grand calme , on s'apperçût
par toute la Ville d'une lumiére
extraordinaire , qui effaça celle de
la Lune au dehors , & celle des
Bougies dans les Chambres . Cette
lumiére reffembloit par la couleur ,
DE MA Y.
113
ra ,
à un éclair très-brillant , avec cette
différence , qu'elle étoit continuë
& fans vacillation , pendant huir
ou 10 fecondes de tems qu'elle du-
& finit par une lumiere encore
plus vive qu'au commencement .
Ce qui donnoit cette lumiére , étoit
une barre de feu qui parut fout
d'un coup au milieu de l'Air , du
côté du couchant , élevée environ
à
45 dégrés de l'Horifon ; fa largeur
étoit de 2 à 3 diamétres apparens
du Soleil , & fa longueur à peu
près 18 ou 20 fois fa largeur , dirigée
du Nord , Oueſt au Sud- Est, &
marchant fuivant cette direction ,
avec une viteſſe un peu
moindre en
apparence , que celle d'une fléche ,
& qui lui fit parcourir pendant les
8 ou 10 fecondes qu'elle dura , à peu
prés la 8e partie de fon cercle : Ce
qu'il y a de plus fingulier , eft que
cette barre de feu jettoit de longues
étincelles par le bout du derrière ,
eu égard à fa marche , & que chemin
faifant , elle parut s'ouvrir par
fon milieu , d'où elle jetta encore
Kiij
114 LE MERCURE -
de pareilles étincelles , ainsi qu'elles
font reprefentées dans la figure . Il
y a encore une circonftance ; c'eft
qu'environ de minute de tems ,
après que ce feu fut confumé , on entendit
un bruit fourd , mais égal &
continu , comme d'un Tonnere éloigné
, qui dura autant de tems
que cette lumière avoit fait.
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17
p. 137-144
EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
Début :
Tout le monde sçait que la Lumiére se réfléchit, pour peu [...]
Mots clefs :
Physique, Lumière, Reflets, Réfraction, Rayons, Expérience, Réflexion, Atmosphère, Corps, Ombre, Obscurité, Distances, Observations, Direction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UN MORCEAU de Phisique, annoncé dans le Mercure dernier, sur une nouvelle propriété que M. de Lisle le jeune a remarquée dans les rayons de la Lumiére.
EXTRAIT D'UN MORCEAU
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
de Phifique, annoncé dans le Mercure
dernier , fur une nouvelle
propriété que M. de Lifle lejeune
a remarquée dans les rayons
de la Lumiére .
Out le monde fçait que la Lumiére
fe réfléchit , pour peu
qu'on ait quelque teinture de Phifique.
On fçait auffi , qu'elle fouffre
réfraction, c'est- à- dire , que fes
rayons paffans d'un milieu dans un
Miij
138 LE MERCURE
autre , comme de l'Air dans l'Eau ,
le verre &c , changent de route &
en tiennent une , plus ou moins
proche de la perpendiculaire , fuivant
la différente nature des milieus.
Mr de Lifle entreprend aujour
d'hui , de noas y faire appercevoir
une troifiéme propriété ; il ſe fonde
fur cette Expérience.
Si l'on introduit par un petit trou
dans une Chambre obfcure . la
Lumiére du Soleil ; les Ombres des
Corps placez dans cette Lumière ,
font plus grandes qu'elles ne devroient
l'être , fi la Lumiére , en rafant
les extrémitez de ces Corps ,
continuoit fa route en ligne droite .
D'où il conclud qu'à l'approche
des Corps , les rayons de la Lumiére
font détournés .
>
On ne peut pas foupçonner , ditil
, que cette Infléxion ſoit cauſée
par la Réfléxion puifqu'il eft
afé de prouver qu'une partie de la
Lumiére qui fouffre cette infléxion ,
Te détourne à l'approche des Corps ,
DE MAY. 139
fans même les toucher.
On pourroit avec plus de vraifemblance
, l'attribuer à la Refta-
&tion , enfuppofant que les Gorps
font environnés d'un Atmosphere
propre , dans lequel les rayons de
la Lumiére fouffrent réfraction ;
mais une Expérience de Mr
Nevveton détruit cette Hipothéfe.
Il a obfervé la grandeur de l'Ombre
d'un cheveu, dans l'Expérience
dont nous avons parlé ci-deffus ; il
l'a enfuite enfermé dans l'eau ,
entre deux plaques de verre , l'a
de même expofé à la Lumiére introduire
par un petit trou dans
une Chambre obfcure , & il n'a
remarqué aucune différence dans
la grandeur de cette Ombre ;
d'où il elt aifé de conclure , qu'il
n'y a point d'Atmoſphere au tour
du cheveu ; car , les rayons de
lumiére , en paffant de l'eau dans
cet Atmoſphere , euffent fouert
une réfraction différente de celle
qu'ils fouffrent , en paffant de l'Air
dans ledit Atmosphere.
140
LE
MERCURE
Oneft donc fort porté à croire,
que cette infléxion eft une propriété
particuliére de la Lumiédont
on ne connoit point encore
la nature . M. Nevvton avoit
commencé à la rechercher ;
mais d'autres occupations l'en
ont détourné. M. Delifle fe charge.
de pourfuivre cette recherche ,
& les Expériences qu'il a lûës à l'Academic
fur cette matiére , nous
affurent du fuccés
>
M. Delifle voulant donc connoître
les Régles de cette infléxion
, & en déterminer la quantité,
il s'eft appliqué à mesurer éxactement
les Ombres des Corps de différentes
figures & de differente
nature Il a varié les diftances
& la grandeur du trou , pour recevoir
plus ou moins de Lumiére ,
afin de pouvoir reconnoître par
toutes ces variétés , dans quelle
proportion fe fait cette augmen
tation des Ombres , audelà de ce
que la rectitude des rayons le permet
; mais , en faifant toutes ces
DE MAY. 141
Expériences , il s'eft apperçû que
l'Ombre des Corps prenoit de différentes
figures & de différentes
couleurs ; de forte que dans de
certaines circonftances , elle n'étoit
prefque pas reconnoiffable de
ce qu'elle eft ordinairement ; &
comme ce jeu de Lumiére fe faifant
endedans de l'ombre-même ,
en fait varier la grandeur & la
figure , il s'eft trouvé obligé d'interrompre
fes Expériences , fur la
groffeur de l'ombre : pour pour-
Tuivre ces apparences qui fe fontdans
l'ombre , parce qu'avane de
prouver l'infléxion par la grandeur
des ombres , il faut convenir de
ce que l'on doit prendre pour l'ombre.
Cela eft ici d'autant plus néceffaire
que les apparences qui
fe font dans l'ombre , font dans de
certaines circonftances plus fenfibles
,, que l'ombre-même.
>
Ce font ces apparences caufées
par le mélange de la Lumiére &
de l'ombre , dont M. Delifle nous
a fait un raport éxact dans le Mor142
LE MERCURE
ceau qu'il a lû à l'Academie.
Il commence fes Obfervations
par nous avertir , qu'on ne peut
appercevoir ces apparences fort
prés du corps , que par le fecours
d'excellens Microcofpes , à caufe
de la force de l'ombre dans ces
endroits. Enfuite , il entre dans le
détail de fes Expériences . Il dit
que recevant l'ombre du corps fur
un plan de Carton , elle paroît
fort noire & bien terminée , c'eftà-
dire ,bien féparée de la Lumiére ,
lorfque le plan eft proche du corps.
Si on l'en éloigne , les bords de
l'ombre fe mêlent avec la lumière ;
& enfin fi on place le Carton dans
une diftance plus confidérable; alors
l'ombre paroît divifée en bandes
paralleles à fa direction , diftinguées
par des intervalles moins
obfcurs. Le nombre des bandes
obfcures eft d'autant plus grand,
que le Carton eft plus prés du
corps ; car , à fure qu'on l'éloigne
, celles qui font voifines de
la lumière s'évanouiffent . Enfin ,
DE MAY... 143
lorfque ces intervalles lumineux
ou plûtôt moins obfcurs , font obfervés
à une certaine diftance du
corps , on s'apperçoit qu'ils font
compofez de couleurs femblables
à celles de l'Arc-en-Ciel , & qui
font rangées en cette façon du milieu
de l'ombre , vers les bords du
violet , puis du bleu , du verd ,
du jaune, & enfin du rouge. Enfuite,
vient labande obfcure, qui,par conféquent
eft compofée du rouge du
premier intervalle , & du violet
du fecond , où les mêmes couleurs
font encore rangées de la même
façon.
On voit par là , que la réfraction
n'eft pas la feule caufe capable
de féparer d'un faiſceau de
rayons , ceux qui font propres à
nous faire voir du jaune , d'avec
ceux qui nous font appercevoir
du
rouge , puifque l'inflexion produit
ce même effet ; il s'agit maintenant
de fçavoir , comment fe fait cette
infléxion , & les Loix qu'elle obferve;
ce que l'on pourra décou144
LE MERCURE
vrir , en faifant plufieures Expériences
& ce qui,une fois bien connu
, pourra beaucoup contribuer à
nous apprendre la nature de la Lumiere.
Fermer
18
p. 1977-1987
REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
Début :
J'ai avancé dans ma Description de l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726. [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Observations, Phénomènes, Lumière, Journaliste, Académie royale des sciences, Mémoires de Trévoux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
REPONSE de M. Godin , D. l'Ac.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
Fermer
Résumé : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
M. Godin, membre de l'Académie Royale des Sciences, réagit à un article des *Mémoires de Trévoux* de mai 1730 qui critique sa description de l'aurore boréale du 19 octobre 1726. Godin avait attribué aux pères Kircher et Schott l'idée que les aurores boréales étaient dues à la réflexion d'objets terrestres sur les nuages, agissant comme des miroirs. Les *Mémoires de Trévoux* accusent Godin d'avoir mal interprété les travaux de ces savants, notamment en omettant de mentionner que Schott rejetait cette explication. Godin admet avoir suivi les écrits du père Zahn, qui citait Kircher et Schott en soutien de cette théorie. Il cite des extraits des œuvres de Kircher et Schott pour démontrer que ces auteurs avaient effectivement évoqué des phénomènes aériens similaires aux aurores boréales, expliqués par la réflexion sur les nuages. Godin reconnaît que Schott avait changé d'avis par la suite, mais il maintient que sa propre description était basée sur des interprétations antérieures. Godin critique également les *Mémoires de Trévoux* pour avoir mal interprété les observations de M. de Mairan sur les aurores boréales et pour avoir contesté l'exactitude des observations astronomiques chinoises, notamment celles du père Kegler. Il défend la précision des observations de M. Maraldi et conteste l'idée que les découvertes astronomiques doivent beaucoup aux observations chinoises. Enfin, Godin aborde la controverse entre M. Delisle et le père Laval concernant la longitude de l'embouchure du fleuve Mississippi. Il souligne que l'Académie Royale des Sciences avait différé la publication du mémoire de Delisle pour permettre à Laval de répondre, et que la mort de Laval n'avait pas empêché cette réponse. Godin conclut que les observations de Delisle sont confirmées par celles de M. Baron, invalidant ainsi celles de Laval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 2935-2941
L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Début :
Le 29. Decembre le Roi honora de sa présence l'Opera de Phaëton, qui fut [...]
Mots clefs :
Décorations, Colonnes, Arcades, Soleil, Lumière, Galerie, Vestibules, Phaëton, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Le 29. Decembre le Roi honora de
fa préfence l'Opera de Phaeton , qui fut
executé dans fa plus grande perfection :
on danfa par extraordinaire à la fin dư
Divertiffement du quatriéme Acte le Pas
de Trois , dont on a déja parlé , exécuté
par les Srs Blondi , Dumoulin le jeune , &
la Dile Camargo . S. M. étoit placée dans
fa Loge, accompagnée des Ducs de Charoft
, de la Roche-Foucault & d'Harcourt;
les autres Loges du même côté étoient
occupées par les autres Seigneurs & Officiers
de fa Maiſon, H Nous
=
2936 MERCURE DE FRANCE
Nous avons affez parlé de cet Opera la
derniere fois qu'il fut remis au Théatre
au mois de Novembre 1721 , des paroles,
de la Muſique , du Ballet , des Habits &
des Décorations de ce tems- là , avec une
Deſcription particuliere de celle du Palais
du Soleil.
Dans cette repriſe les habits ſont très
magnifiques & très bien caracteriſés . Les
Balets,toujours compofés par le St Blondi,
font auffi ingénieux que variés.
Les principaux Danfeurs font les fieurs
Dumoulin , Dupré , Malterre & Laval ,
& la De Camargo en Egyptienne , termine
le Divertiffement du cinquième
Acte. Les principaux Rôles dans la Tragedie
de Lybie , de Theone & de Climene
font remplis par les Diles Antier , le
-Maure & Erremens ; ceux de Phaëton
d'Epaphus , de Protée & du Soleil fort
repréſentés par les fieurs Tribou , Chaſſe,
Dun & du Mas.
A l'égard des deux principales Décorations
dont nous avons à parler , celle
du fecond Acte repréfente une des Entrées
d'un Palais du Roy d'Egypte , d'ordre
Dorique. On y voit une grande Arcade
de chaque côté , aux côtez deſquelles
font deux Colonnes , dont l'entrecolonne
eft d'un Diametre & demi
felon l'ordre Dorique.
II. Vol. Après
DECEMBRE . 1730. 2937
Après les Arcades on voit un Veftibule
qui forme un quarré , fe reliant avec les
autres Colonnes . Ce Veftibule eft foutenu
par huit Colonnes , efpacées de 4
Diametres au milieu , & fur les côtez ,
d'un Diamétre & demi ; & fous le Veftibule
, de chaque côté , il y a deux autres
Arcades , comme les premieres , ayant
3 diametres de large , & 3 quarts de colonnes
& 8 diametres de haut.
Les Colonnes ont 2 pieds 3 pouces de
diametre ; elles pofent fur un Socle, font
canelées jufqu'au tiers , & font de marbre
d'Egypte , ainfi que la frife , les chapiteaux
, les bazes & les triglifles , faits en
confole , font de bronze , ainfi que le
refte des ornemens.
Ce Veftibule porte une grande Terraſſe
avec une Balustrade , qui fuppofe après
l'efcalier , conduire dans le reste du Palais
; & à travers le Veftibule , on voit
une continuation d'Arcades , portées
par des Colonnes qui ne fe voyent qu'obliquement.
L'habile Architecte fuppofe
par là y en avoir autant de l'autre côté
en fimetrie , & ce point de vûë qui eft
tres - pictorefque & tres- ingénieulement
imaginé , fait parfaitement l'effet qu'il
doit faire. L'air de grandeur & de noble
fimplicité de cette magnifique décoration
la font admirer par tous les Spectateurs
II. Vol.
inte-
Hij
2938 MERCURE DE FRANCE
intelligens. Elle eſt éclairée par une lumiere
douce qui donne le repos & le relief
convenable à toutes les parties. La
Perfpective & le Clair- obfcur y font employez
avec un art infini . On a remarqué,
Tans doute , que cette décoration fait un
parfait contraſte avec celle dont nous alfons
parler ; ce qui marque le génie &
l'habileté du fieur Servandoni , qui a fait
l'une & l'autre.
Le Palais du Soleil , au 4° Acte , eft tresélevé,
& ouvert en plufieurs endroits ; il
paroît à la vûë d'un vafte prodigieux par
la quantité des Colonnes & des Arcades
qui s'y trouvent , & qui fuppofent conduire
dans Pimmenfe étendue des nuages
qui paroiffent porter le Palais , & qui s'y
introduifent de toutes parts.
Le Thrône du Soleil eft placé au fond
d'une grande Galerie , ornée à droite &
à gauche d'une colonade d'ordre Compofite
, & entre les colonnes font de
grandes & magnifiques arcades .
Derriere le Thrône eft une Baluftrade
circulaire , à hauteur d'appui , au deffus
de laquelle ou voit plufieurs Divinitez
& grand nombre de Génies ; partie perfonnages
vivans , partie figures en relief,
imitant parfaitement le naturel.
Au delà de la Balustrade fe voyent
grandes Arcades , portées par des Co-
II.Vol
lonDECEMBRE
. 1730. 29 39
·
lonnes couplées , qui forment des ouvertures
pour
aller , par un plan de niveau
, derriere les colonnes de la Galerie,
& qui, font voir par la Perfpective un
magnifique Salon , formé par des Arcades
, foutenues par des Colonnes , de
même que la Galerie.
Vers le milieu de la Galerie , on commence
à monter au Thrône du Soleil ; on
y trouve une Baluftrade interrompuë au
milieu par trois marches , pour monter
fur un grand Palier , après lequel font
trois autres marches & un fecond Palier ,
par lequel on arrive par trois autres marches
circulaires au Thrône du Soleil. Ce
fecond Palier eft à niveau des bazes des
colonnes .
Toutes les colonnes font torfes , portées
par des piedeftaux compofez ; leurs chapiteaux
& entablemens font auffi compofez
pour placer les ornemens & les pierreries
dont ils font enrichis .
Le plafond de la Galerie eft en ceintre,
formé d'une colonne à l'autre , & enrichi
de feftons & autres ornemens . Entre
les travées font des ouvertures ovales
par où entrent les nuées , & aux bas côtez
du plafond , entre chaque colonne
il y a des médaillons , chacun reprefentant
quelque Attribut du Soleil .
>
Le Thrône eſt d'une forme prefque py.
II. Vol. Hij rami
2940 MERCURE DE FRANCE
ramidale & majeftueufe , il eft entouré
par derriere de rayons , formez avec du
tranfparent de gazes d'or , à travers lefquelles
on voit une lumiere fi vive & fi
brillante , que les yeux ont peine à en
foutenir l'éclat . Cette lumiere fort du
Thrône , & fe rependant de tous côtez ,
éclaire le Salon , la Galerie & tout le refte
de la Décoration , laquelle paroît fi chargée
d'or & de pierreries , de differentes
couleurs , comme Diamans , Rubis , Topafes
, Emeraudes , Perles , Lapis , &c.
qu'il eft impoffible d'imaginer quelque
chofe qui approche de fa richeſſe & de fa
fplendeur.
Ces Pierreries , qui font au nombre de
plus de 7000. & dont les plus petites
ont au moins un pouce & demi de diametre
, jettent à la lumiere un éclat & un
brillant prodigieux , tant par rapport à
leurs formes convexes , concaves & à facettes
, que par le grand poly & les cou
leurs tranfparentes qu'on leur a données.
Le public voit tous les jours avec beaucoup
de plaifir & de nouveaux applaudiffemens
, ce pompeux & refplandiffant
Spectacle , aujourd'hui le plus magnifique
de l'Europe ; le Roy qui a voulu
le voir, a témoigné publiquement en avoir
été tres fatisfait.
Le fieur Servandoni , Florentin , dont
II. Vol Dous
DECEMBRE. 1730. 2941
nous avons eu occaſion de parler tant de
fois , & dont nous avons donné des def
criptions des décorations qu'il a faites .
comme celle du Palais de Ninus , le Tem
ple de Minerve , les Champs élizées dans
Proferpine , la vafte Galerie dans Pyrrhus
la Calcade ou Torrent avec fluctuation ;
la chute du Nil , ou grande Cafcade ;
une Forêt , & c . & plufieurs autres Décorations
qui ont été generalement ap
plaudies & reconnues poffibles dans l'execation
réelle , felon les Regles de l'Architecture
. Il a fait auffi le Feu d'artifice
fur la Riviere,à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin ; les Plans &
Profils , pour bâtir l'Eglife des Grands
Auguftins ; pour un Arc de Triomphe à
la Porte de la Conference ; pour un nou
veau Théatre avec toutes fes dépendances
; le modele d'un Temple fait par
coupe de pierres , au nombre de plus de
fooo. toutes les parties le foutenant par
la coupe des pierres . Tous ces deffeins &
modeles qui lui ont été ordonnez par la
Cour , ont attiré chez lui grand nombre
de Seigneurs & de Curieux de diftinction,
qui l'ont honoré de leurs aplaudiffemens.
Il a fait encore au Château de Trenel
pour la Ducheffe d'Orleans plufieurs Ou
vrages que tous les Princes du Sang &
Seigneurs de la Cour ont vû avec une
finguliere fatisfaction .
fa préfence l'Opera de Phaeton , qui fut
executé dans fa plus grande perfection :
on danfa par extraordinaire à la fin dư
Divertiffement du quatriéme Acte le Pas
de Trois , dont on a déja parlé , exécuté
par les Srs Blondi , Dumoulin le jeune , &
la Dile Camargo . S. M. étoit placée dans
fa Loge, accompagnée des Ducs de Charoft
, de la Roche-Foucault & d'Harcourt;
les autres Loges du même côté étoient
occupées par les autres Seigneurs & Officiers
de fa Maiſon, H Nous
=
2936 MERCURE DE FRANCE
Nous avons affez parlé de cet Opera la
derniere fois qu'il fut remis au Théatre
au mois de Novembre 1721 , des paroles,
de la Muſique , du Ballet , des Habits &
des Décorations de ce tems- là , avec une
Deſcription particuliere de celle du Palais
du Soleil.
Dans cette repriſe les habits ſont très
magnifiques & très bien caracteriſés . Les
Balets,toujours compofés par le St Blondi,
font auffi ingénieux que variés.
Les principaux Danfeurs font les fieurs
Dumoulin , Dupré , Malterre & Laval ,
& la De Camargo en Egyptienne , termine
le Divertiffement du cinquième
Acte. Les principaux Rôles dans la Tragedie
de Lybie , de Theone & de Climene
font remplis par les Diles Antier , le
-Maure & Erremens ; ceux de Phaëton
d'Epaphus , de Protée & du Soleil fort
repréſentés par les fieurs Tribou , Chaſſe,
Dun & du Mas.
A l'égard des deux principales Décorations
dont nous avons à parler , celle
du fecond Acte repréfente une des Entrées
d'un Palais du Roy d'Egypte , d'ordre
Dorique. On y voit une grande Arcade
de chaque côté , aux côtez deſquelles
font deux Colonnes , dont l'entrecolonne
eft d'un Diametre & demi
felon l'ordre Dorique.
II. Vol. Après
DECEMBRE . 1730. 2937
Après les Arcades on voit un Veftibule
qui forme un quarré , fe reliant avec les
autres Colonnes . Ce Veftibule eft foutenu
par huit Colonnes , efpacées de 4
Diametres au milieu , & fur les côtez ,
d'un Diamétre & demi ; & fous le Veftibule
, de chaque côté , il y a deux autres
Arcades , comme les premieres , ayant
3 diametres de large , & 3 quarts de colonnes
& 8 diametres de haut.
Les Colonnes ont 2 pieds 3 pouces de
diametre ; elles pofent fur un Socle, font
canelées jufqu'au tiers , & font de marbre
d'Egypte , ainfi que la frife , les chapiteaux
, les bazes & les triglifles , faits en
confole , font de bronze , ainfi que le
refte des ornemens.
Ce Veftibule porte une grande Terraſſe
avec une Balustrade , qui fuppofe après
l'efcalier , conduire dans le reste du Palais
; & à travers le Veftibule , on voit
une continuation d'Arcades , portées
par des Colonnes qui ne fe voyent qu'obliquement.
L'habile Architecte fuppofe
par là y en avoir autant de l'autre côté
en fimetrie , & ce point de vûë qui eft
tres - pictorefque & tres- ingénieulement
imaginé , fait parfaitement l'effet qu'il
doit faire. L'air de grandeur & de noble
fimplicité de cette magnifique décoration
la font admirer par tous les Spectateurs
II. Vol.
inte-
Hij
2938 MERCURE DE FRANCE
intelligens. Elle eſt éclairée par une lumiere
douce qui donne le repos & le relief
convenable à toutes les parties. La
Perfpective & le Clair- obfcur y font employez
avec un art infini . On a remarqué,
Tans doute , que cette décoration fait un
parfait contraſte avec celle dont nous alfons
parler ; ce qui marque le génie &
l'habileté du fieur Servandoni , qui a fait
l'une & l'autre.
Le Palais du Soleil , au 4° Acte , eft tresélevé,
& ouvert en plufieurs endroits ; il
paroît à la vûë d'un vafte prodigieux par
la quantité des Colonnes & des Arcades
qui s'y trouvent , & qui fuppofent conduire
dans Pimmenfe étendue des nuages
qui paroiffent porter le Palais , & qui s'y
introduifent de toutes parts.
Le Thrône du Soleil eft placé au fond
d'une grande Galerie , ornée à droite &
à gauche d'une colonade d'ordre Compofite
, & entre les colonnes font de
grandes & magnifiques arcades .
Derriere le Thrône eft une Baluftrade
circulaire , à hauteur d'appui , au deffus
de laquelle ou voit plufieurs Divinitez
& grand nombre de Génies ; partie perfonnages
vivans , partie figures en relief,
imitant parfaitement le naturel.
Au delà de la Balustrade fe voyent
grandes Arcades , portées par des Co-
II.Vol
lonDECEMBRE
. 1730. 29 39
·
lonnes couplées , qui forment des ouvertures
pour
aller , par un plan de niveau
, derriere les colonnes de la Galerie,
& qui, font voir par la Perfpective un
magnifique Salon , formé par des Arcades
, foutenues par des Colonnes , de
même que la Galerie.
Vers le milieu de la Galerie , on commence
à monter au Thrône du Soleil ; on
y trouve une Baluftrade interrompuë au
milieu par trois marches , pour monter
fur un grand Palier , après lequel font
trois autres marches & un fecond Palier ,
par lequel on arrive par trois autres marches
circulaires au Thrône du Soleil. Ce
fecond Palier eft à niveau des bazes des
colonnes .
Toutes les colonnes font torfes , portées
par des piedeftaux compofez ; leurs chapiteaux
& entablemens font auffi compofez
pour placer les ornemens & les pierreries
dont ils font enrichis .
Le plafond de la Galerie eft en ceintre,
formé d'une colonne à l'autre , & enrichi
de feftons & autres ornemens . Entre
les travées font des ouvertures ovales
par où entrent les nuées , & aux bas côtez
du plafond , entre chaque colonne
il y a des médaillons , chacun reprefentant
quelque Attribut du Soleil .
>
Le Thrône eſt d'une forme prefque py.
II. Vol. Hij rami
2940 MERCURE DE FRANCE
ramidale & majeftueufe , il eft entouré
par derriere de rayons , formez avec du
tranfparent de gazes d'or , à travers lefquelles
on voit une lumiere fi vive & fi
brillante , que les yeux ont peine à en
foutenir l'éclat . Cette lumiere fort du
Thrône , & fe rependant de tous côtez ,
éclaire le Salon , la Galerie & tout le refte
de la Décoration , laquelle paroît fi chargée
d'or & de pierreries , de differentes
couleurs , comme Diamans , Rubis , Topafes
, Emeraudes , Perles , Lapis , &c.
qu'il eft impoffible d'imaginer quelque
chofe qui approche de fa richeſſe & de fa
fplendeur.
Ces Pierreries , qui font au nombre de
plus de 7000. & dont les plus petites
ont au moins un pouce & demi de diametre
, jettent à la lumiere un éclat & un
brillant prodigieux , tant par rapport à
leurs formes convexes , concaves & à facettes
, que par le grand poly & les cou
leurs tranfparentes qu'on leur a données.
Le public voit tous les jours avec beaucoup
de plaifir & de nouveaux applaudiffemens
, ce pompeux & refplandiffant
Spectacle , aujourd'hui le plus magnifique
de l'Europe ; le Roy qui a voulu
le voir, a témoigné publiquement en avoir
été tres fatisfait.
Le fieur Servandoni , Florentin , dont
II. Vol Dous
DECEMBRE. 1730. 2941
nous avons eu occaſion de parler tant de
fois , & dont nous avons donné des def
criptions des décorations qu'il a faites .
comme celle du Palais de Ninus , le Tem
ple de Minerve , les Champs élizées dans
Proferpine , la vafte Galerie dans Pyrrhus
la Calcade ou Torrent avec fluctuation ;
la chute du Nil , ou grande Cafcade ;
une Forêt , & c . & plufieurs autres Décorations
qui ont été generalement ap
plaudies & reconnues poffibles dans l'execation
réelle , felon les Regles de l'Architecture
. Il a fait auffi le Feu d'artifice
fur la Riviere,à l'occafion de la naiffance
de Monfeigneur le Dauphin ; les Plans &
Profils , pour bâtir l'Eglife des Grands
Auguftins ; pour un Arc de Triomphe à
la Porte de la Conference ; pour un nou
veau Théatre avec toutes fes dépendances
; le modele d'un Temple fait par
coupe de pierres , au nombre de plus de
fooo. toutes les parties le foutenant par
la coupe des pierres . Tous ces deffeins &
modeles qui lui ont été ordonnez par la
Cour , ont attiré chez lui grand nombre
de Seigneurs & de Curieux de diftinction,
qui l'ont honoré de leurs aplaudiffemens.
Il a fait encore au Château de Trenel
pour la Ducheffe d'Orleans plufieurs Ou
vrages que tous les Princes du Sang &
Seigneurs de la Cour ont vû avec une
finguliere fatisfaction .
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Résumé : L'Opera Phaéton, Décorations, [titre d'après la table]
Le 29 décembre, le roi assista à la représentation de l'opéra 'Phaéton', exécuté avec une grande perfection. À la fin du quatrième acte, un 'Pas de Trois' fut dansé par Blondi, Dumoulin le jeune et la dame Camargo. Le roi était accompagné des ducs de Charost, de la Roche-Foucault et d'Harcourt, tandis que les autres loges étaient occupées par divers seigneurs et officiers de la maison royale. L'opéra 'Phaéton' avait déjà été repris en novembre 1721, avec des descriptions détaillées des paroles, de la musique, du ballet, des habits et des décorations. Les habits étaient magnifiques et bien caractérisés. Les ballets, composés par Blondi, étaient ingénieux et variés. Les principaux danseurs incluaient Dumoulin, Dupré, Malterre, Laval et la dame Camargo, qui dansait le rôle d'une Égyptienne. Dans la tragédie de 'Lybie', les rôles principaux étaient interprétés par les dames Antier, le Maure et Erremens, et les sieurs Tribou, Chasse, Dun et du Mas. Les décorations étaient particulièrement remarquables. Le second acte représentait une entrée d'un palais du roi d'Égypte d'ordre dorique, avec des arcades et des colonnes en marbre d'Égypte, éclairées par une lumière douce. Le palais du Soleil, au quatrième acte, était très élevé et ouvert, avec de nombreuses colonnes et arcades. Le trône du Soleil, placé au fond d'une grande galerie, était entouré de colonnes composites et d'arcades magnifiques. La galerie menait à un salon formé par des arcades et des colonnes, avec un plafond en voûte enrichi de festons et d'ornements. Le trône avait une forme pyramidale et majestueuse, entouré de rayons transparents diffusant une lumière vive. La décoration était riche en or et en pierreries, au nombre de plus de 7000, jetant un éclat prodigieux. Le public applaudit ce spectacle magnifique, et le roi témoigna publiquement sa satisfaction. L'architecte Servandoni, Florentin, était reconnu pour ses nombreuses décorations applaudies et ses réalisations architecturales, telles que le feu d'artifice pour la naissance du Dauphin, les plans pour l'église des Grands Augustins, et divers ouvrages au château de Trianon pour la duchesse d'Orléans.
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20
p. 1053-1056
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
Début :
Quand Israël quitta la Terre [...]
Mots clefs :
Ode sacrée, Psaume, Israël, Héritage, Mer, Hébreux, Vérité, Sagesse, Gentils, Lumière
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
ODE SACRE'E ,
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
Tirée du Pseaume
In Exitu Israël de Ægypto , &c.
QUand Israël quitta la Terre
Des barbares Egyptiens ,
Celui qui commande au Tonnerre ,
Brisa ses funestes liens :
Il le prit pour son héritage ;
La Mer s'ouvrit à son passage ,
Le Jourdain suspendit ses Eaux ;
Les Colines et les Montagnes ,
Sauterent comme en nos Campagnes
Nous voyons bondir les Troupeaux.
O Mer en nauffrages féconde ,
A l'aspect du Camp des Hébreux ,
Pourquoi retiras-tu ton Onde ?
Jour1054
MERCURE DE FRANCE
Jourdain , pourquoi fuir devant eux ?
Monts orgueilleux , et vous , Colines ,
Les Moutons des Plaines voisines ,
Vous virent imiter leurs sauts ;
Grand Dieu ! la Terre en ta presence ,
S'émeut en voyant ta puissance ,
Un Rocher forme des Ruisseaux.
諾
Etre éternel ! que la memoire ,
De tant de Miracles divers ,
Ne tourne point à notre gloire ,
Qu'elle t'annonce à l'Univers ;
Que ta Verité , ta clémence ,
Ta Sagesse et ta Providence ,
Te manifestent aux Humains ;
Qu'ils sçachent qu'Israël révere ,
Le Maître du Ciel , qui sçait faire ,
Tout ce qu'embrassent ses desseins.
Les Gentils ont des Dieux frivoles
Qu'ils se sont eux-mêmes formez ,
Sourdes et trompeuses Idoles ,
Dont les yeux sont toujours fermez ;
Leurs pieds , leurs mains sont immobiles ;
De Métal masses inutiles ,
Vous êtes des Etres muets ;
Puissent
MAY.
1055 1731.
Puissent vous devenir semblables ,
Tous ceux qui croiront secourables ,
Des Dieux que les hommes ont faits.
Israël mit son esperance ,
Dans l'assistance du Seigneur ;
Aron invoqua sa puissance ,
Il s'est montré leur Protecteur ;
Celui qui craint de lui déplaire
Dans sa bonté sans cesse espere ,
Et toujours éprouve ses soins :
Combien de fois ce tendre Pere ,
Sans attendre notre Priere
A-t'il prévenu nos besoins ?
,
;
Son Peuple , de sa bienveillance ,
Mille fois sentit les effets ;
Ceux qui réverent sa puissance ,
Par lui sont comblez de bienfaits
Dans la splendeur ou l'indigence ,
Son incomparable clémence ,
Ecoute également leurs voeux .
Puissent vos enfans et vous- même ,
Etre benis du Dieu suprême ,
Qui créa la Terre et les Cieux !
Son
1056 MERCURE DE FRANCE
Son Trône au-delà du Tonnerre ,
Brille dans la celeste Cour :
Du néant il tira la Terre ,
Pour en faire notre séjour ,
Seigneur , dans la nuit éternelle ,
Tombeau de l'Ame criminelle ,
On ne benit point tes faveurs ;
Mais nous qui suivons ta lumiere ,
Durant l'Eternelle carriere ,
Nous celebrerons tes grandeurs.
Par M. de Sainte Palaye , de Montfort-
Lamaury
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume In Exitu Israël de Ægypto, &c.
L'ode sacrée, extraite du Psaume 'In Exitu Israël de Ægypto', commémore la libération d'Israël de l'esclavage en Égypte. Dieu, maître du tonnerre, a brisé les chaînes des Hébreux et leur a ouvert un passage à travers la mer Rouge et le Jourdain. Les montagnes et les collines ont bondi à sa présence, démontrant sa puissance. La mer, le Jourdain et les montagnes sont interpellés pour souligner leur soumission devant Dieu. Le texte insiste sur le fait que la mémoire de ces miracles doit servir à la glorification de Dieu, et non à la gloire humaine. Il met en avant la vérité, la clémence, la sagesse et la providence divines, contrastant avec les idoles muettes et inutiles des Gentils. Israël, en espérant dans l'assistance du Seigneur, a toujours été protégé et béni par Dieu, qui prévient les besoins de son peuple et écoute leurs vœux. L'ode se conclut par une invocation à Dieu, créateur de la Terre et des Cieux, dont le trône brille dans la cour céleste. Elle exprime le désir que les bénédictions divines soient sur les enfants et les fidèles, qui célébreront éternellement les grandeurs de Dieu.
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21
p. 1429-1450
APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Début :
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait faire à M. Tiers, autrefois Curé de Champrond, / Ne soyez point effrayé, mon cher Chanoine, de me revoir au bout de [...]
Mots clefs :
Écrit, Apparition, Ombre, Chanoine régulier, Réforme , Lumière, Révérend, Église d'Amiens, Bréviaires d'Amiens, Manuscrit
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texteReconnaissance textuelle : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
Fermer
Résumé : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Le texte présente un aveu de M. Thiers, ancien curé de Champrond, qui reconnaît des erreurs dans ses ouvrages. Cet aveu est présenté sous forme d'apparition, en référence à un écrit de 1712 intitulé 'Ombre de M. Thiers'. Dans cette apparition, M. Thiers s'adresse à un chanoine régulier de Saint-Quentin de Beauvais, admettant ses erreurs après avoir été éclairé par des religieux compétents. M. Thiers avait initialement tenté de réfuter une dissertation de M. de l'Estocq, chanoine d'Amiens, concernant la fête de la translation du corps de Saint Firmin le Confesseur. Il avait affirmé que le culte de Saint Salve, auteur de cette translation, était récent et que la vie de Saint Salve n'avait été écrite qu'au XIIIe siècle. Il avait également soutenu que les translations de simples confesseurs étaient rares avant le septième siècle. Cependant, des religieux lui ont démontré ses erreurs. Un manuscrit du Xe ou XIe siècle prouvait que la vie de Saint Salve était connue bien avant le XIIIe siècle. De plus, des exemples de translations de confesseurs au septième siècle ont été cités, comme celles de Saint Marcoul et Saint Taurin. Le Père Labbe a mentionné une translation encore plus ancienne, celle de Saint Ursin au VIe siècle. Le Père le Brun a également corrigé M. Thiers sur l'interprétation des bréviaires d'Amiens, expliquant que l'absence de Saint Salve dans certains bréviaires ne signifiait pas qu'il n'était pas honoré dans le diocèse. M. Thiers reconnaît ses erreurs et s'engage à les corriger, notamment en informant Maître Adrien Baillet pour une nouvelle édition de la 'Vie des Saints'. Il mentionne également une controverse sur la prononciation de 'Paraclitus' dans les bréviaires, où il admet que 'Paraclêtus' est désormais préféré. Le texte traite également de la prononciation, de la discipline ecclésiastique et des traditions locales. L'auteur exprime sa satisfaction que les personnes compétentes reviennent à la prononciation primitive conforme au grec. Il discute de la discipline dans les églises séculières, notant que certaines églises conservent une discipline plus exacte. Il évoque des traditions locales concernant des inscriptions et des reliques, comme l'inscription 'VIRGINI PARITURÆ' à Chartres et Nogent-sous-Coucy, et discute de la crédulité entourant ces traditions. Enfin, il rencontre l'abbé Guibert de Nogent, qui regrette sa crédulité envers certaines traditions locales. L'auteur insiste sur l'importance de la vérité et de la vérification des informations historiques, citant Tertullien et Dionysius d'Alexandrie. Il encourage chacun à avouer ingénument ses erreurs afin que la vérité triomphe de la fausseté et du mensonge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 1479-1482
A M. L'ARCHEVÊQUE DE SENS, STANCES.
Début :
Prélat, dont les vertus et le sçavoir sublime, [...]
Mots clefs :
Prélat, Lumière, Soissons, Pacifique, Mort, Amour de la paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. L'ARCHEVÊQUE DE SENS, STANCES.
A M. L'ARCHEVÊQUE
DE SENS ,
STAN- CE S.
"
Rélat , dont les vertus et le sçavoir sublime ,
Méritent nos respects , notre plus pur encens ,
Je ne viens point ici dans l'ardeur qui m'anime ,
Celebrer tes vertus par mes foibles accents ;
Je ne veux dans ces Vers que te montrer ma joye;
Souffre donc qu'elle éclatte, et qu'elle se déploye
Devant toi toute entiere en ce jour fortuné ,
Où , portant avec toi le zele et la lumiere ,
Tu viens d'un bon Pasteur commencer la car
riere ,
Pour le nouveau Troupeau que le Ciel t'a donné.
>
Si le choix inspiré , qui dans ces lieux t'amenè ,
Excita les regrets et les pleurs de Soissons
Riches de ce qu'il perd et qui cause sa peine ,
Nous bénissons LOUIS , et nous réjouissons.
D'un Prélat gracieux , affable et pacifique ,
La mort ici causoit une douleur publique ,
Tout le Troupeau saisi , gémissoit , s'allarmoit ,
Quel successeur plus digne eût banni la tristesse ?
11. Vol.
Dissipé
1480 MERCURE DE FRANCE
Dissipé la terreur et rendu l'allegresse ?
Qu'un Pontife zelé pour la paix qu'il aimoit ›
C'est l'amour de la paix , qui dans ces lieux t'ap
1
pelle ,
Tu la trouves ici , tu viens l'y maintenir.
Si de la verité tu soutiens la querelle ,
Sans alterer la paix , tu sçais la soûtenir.
De cette verité qui t'inspiré et t'éclaire ,
Défenseur génereux , tu la suis sans mystere ,
Et la fais triompher de la superbe erreur.
Mais tes armes , tes traits pour sa juste défense,
Sont les brillans éclairs d'une haute éloquence;
C'est une charité prudente et sans aigreur
De cette verité que ta plume sçavante
Orne des plus beaux traits et met dans tout son
jour,
En vain les ennemis d'une ardeur pétulente ,
Se déclarent les tiens , t'attaquent tour à tour.
Tu ne sçais opposer à toute l'amertume ,
Que répand contre toi leur outrageante plume ,
Qu'une douceur extrême et que la verité.
C'est ainsi qu'autrefois le Docteur de la grace ,
De ceux qui l'outrageoient , sçut confondre l'au
dace ,
Toujours doux, toujours humble et plein de
charité.
IL. Vol Que
JUIN.
1481
1731 .
Que Dieu jette sur nous un regard favorable ,
De te donner à nous , de nous donner à toi !
Et qu'il fait éclatter sa sagesse adorable ,
Qui veut par tés travaux affermir notre foi !
Cette Eglise commise à tes soins , à ton zele ,'
En toi trouve un Epoux attentif et fidele ,
Les Brebis un Pasteur , courageux , vigilant ,
Qui ne les conduira qu'en de sûrs Pâturages ,
Et sçaura les sauver des terribles ravages ,
Que fait le Loup qui voit le Pasteur indolent,
Si quelqu'une , pourtant , du troupeau se sépare
Prompt à courir après , tu la retrouveras ;
Sçavant à la tirer du chemin qui l'égare ,
Dans le sacré Bercail , tu la rameneras.
En toi l'ignorant trouve un Docteur charitable ,
Celui qui dans la foi chancelle et n'est pas stable ,
Pourra -t'il , s'il t'écoute , encore chanceler ?
On verra , j'en suis sûr , les Rochers et les Chê
nes ,
Accourir à ta voix , te suivre dans les Plaines ,
Suspendus et ravis de t'entendre parler.
Sans en être étonné je verrai ces miracles ,
Comment se pourroit-il que j'en fusse surpris ?
Par moi-même je sçai que les plus grands ob
stacles ,
II. Vo!. cedent
1482 MERCURE DE FRANCE
Cedent tous à ta voix , à tes doctes écrits.
Enfoncé dans l'erreur couverte de tenebres ,
Je marchois au hazard dans ses ombres funebres,
Insensé , je croyois suivre la verité.
Tes Ecrits éclattans d'une clarté celeste ,
1
D'abord m'ont découvert l'illusion funeste ,
Le fantôme imposteur dont j'étois entêté.
Bouchet , Chanoine de Sens.
DE SENS ,
STAN- CE S.
"
Rélat , dont les vertus et le sçavoir sublime ,
Méritent nos respects , notre plus pur encens ,
Je ne viens point ici dans l'ardeur qui m'anime ,
Celebrer tes vertus par mes foibles accents ;
Je ne veux dans ces Vers que te montrer ma joye;
Souffre donc qu'elle éclatte, et qu'elle se déploye
Devant toi toute entiere en ce jour fortuné ,
Où , portant avec toi le zele et la lumiere ,
Tu viens d'un bon Pasteur commencer la car
riere ,
Pour le nouveau Troupeau que le Ciel t'a donné.
>
Si le choix inspiré , qui dans ces lieux t'amenè ,
Excita les regrets et les pleurs de Soissons
Riches de ce qu'il perd et qui cause sa peine ,
Nous bénissons LOUIS , et nous réjouissons.
D'un Prélat gracieux , affable et pacifique ,
La mort ici causoit une douleur publique ,
Tout le Troupeau saisi , gémissoit , s'allarmoit ,
Quel successeur plus digne eût banni la tristesse ?
11. Vol.
Dissipé
1480 MERCURE DE FRANCE
Dissipé la terreur et rendu l'allegresse ?
Qu'un Pontife zelé pour la paix qu'il aimoit ›
C'est l'amour de la paix , qui dans ces lieux t'ap
1
pelle ,
Tu la trouves ici , tu viens l'y maintenir.
Si de la verité tu soutiens la querelle ,
Sans alterer la paix , tu sçais la soûtenir.
De cette verité qui t'inspiré et t'éclaire ,
Défenseur génereux , tu la suis sans mystere ,
Et la fais triompher de la superbe erreur.
Mais tes armes , tes traits pour sa juste défense,
Sont les brillans éclairs d'une haute éloquence;
C'est une charité prudente et sans aigreur
De cette verité que ta plume sçavante
Orne des plus beaux traits et met dans tout son
jour,
En vain les ennemis d'une ardeur pétulente ,
Se déclarent les tiens , t'attaquent tour à tour.
Tu ne sçais opposer à toute l'amertume ,
Que répand contre toi leur outrageante plume ,
Qu'une douceur extrême et que la verité.
C'est ainsi qu'autrefois le Docteur de la grace ,
De ceux qui l'outrageoient , sçut confondre l'au
dace ,
Toujours doux, toujours humble et plein de
charité.
IL. Vol Que
JUIN.
1481
1731 .
Que Dieu jette sur nous un regard favorable ,
De te donner à nous , de nous donner à toi !
Et qu'il fait éclatter sa sagesse adorable ,
Qui veut par tés travaux affermir notre foi !
Cette Eglise commise à tes soins , à ton zele ,'
En toi trouve un Epoux attentif et fidele ,
Les Brebis un Pasteur , courageux , vigilant ,
Qui ne les conduira qu'en de sûrs Pâturages ,
Et sçaura les sauver des terribles ravages ,
Que fait le Loup qui voit le Pasteur indolent,
Si quelqu'une , pourtant , du troupeau se sépare
Prompt à courir après , tu la retrouveras ;
Sçavant à la tirer du chemin qui l'égare ,
Dans le sacré Bercail , tu la rameneras.
En toi l'ignorant trouve un Docteur charitable ,
Celui qui dans la foi chancelle et n'est pas stable ,
Pourra -t'il , s'il t'écoute , encore chanceler ?
On verra , j'en suis sûr , les Rochers et les Chê
nes ,
Accourir à ta voix , te suivre dans les Plaines ,
Suspendus et ravis de t'entendre parler.
Sans en être étonné je verrai ces miracles ,
Comment se pourroit-il que j'en fusse surpris ?
Par moi-même je sçai que les plus grands ob
stacles ,
II. Vo!. cedent
1482 MERCURE DE FRANCE
Cedent tous à ta voix , à tes doctes écrits.
Enfoncé dans l'erreur couverte de tenebres ,
Je marchois au hazard dans ses ombres funebres,
Insensé , je croyois suivre la verité.
Tes Ecrits éclattans d'une clarté celeste ,
1
D'abord m'ont découvert l'illusion funeste ,
Le fantôme imposteur dont j'étois entêté.
Bouchet , Chanoine de Sens.
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Résumé : A M. L'ARCHEVÊQUE DE SENS, STANCES.
L'auteur adresse une lettre à l'archevêque de Sens pour louer ses vertus et son savoir. Il exprime sa joie de voir l'archevêque débuter sa carrière pastorale dans son nouveau diocèse. Le choix de l'archevêque a été inspiré et a suscité des regrets à Soissons, mais Louis XIV est béni pour cette nomination. L'archevêque est décrit comme un prélat gracieux, affable et pacifique, dont l'arrivée a dissipé la tristesse et la terreur dans le diocèse. L'auteur admire son zèle pour la paix et la vérité, qu'il défend avec éloquence et charité prudente. Comparé au Docteur de la grâce, l'archevêque fait preuve de douceur et d'humilité face aux attaques. L'auteur prie pour que Dieu bénisse cette union et que l'archevêque guide son troupeau avec vigilance et charité, sauvant les brebis égarées et instruisant les ignorants. Il témoigne personnellement des miracles opérés par les écrits de l'archevêque, qui l'ont tiré de l'erreur et révélé la vérité. Il conclut en affirmant que les obstacles les plus grands cèdent devant la voix et les écrits de l'archevêque.
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23
p. 2353-2360
ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Début :
Que vois-je ? quel pompeux Spectacle [...]
Mots clefs :
Lumière, Auteur, Univers, Dieu, Plaines, Ouvrage, Astre, Oiseaux, Terre, Puissance
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
ODE
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
Sur l'Ouvrage des six jours .
Ue vois-je ? quel pompeux Spectacle
Enchante mes regards surpris ?
Qui produit ce nouveau Miracle ,
Qui vient de charmer mes esprits ?
D'une masse informe et grossiere
Sort un Océan de lumiere ,
Qui doit éclairer l'Univers,
Le néant enfante la Terre ,
* Que la lumiere soit faite: et elle futfaite.Geni
Chap . premier.
B Et
2354 MERCURE DE FRANCE
Et tout ce que son sein enserre ?
Se soutient au milieu des Airs,
2
De quelle admirable structure ,
Paroît ce Pavillon ( 4) voûté ?
Il enveloppe la Nature ,
Dans sa sublime immensité.
Des Eaux séparant la matiere
Il lui sert de forte barriere
Contre leurs rapides efforts ;
Tel l'écueil en Mer orageuse
Arrête la vague orgueilleuse ,
Qui viendroit inonder nos bords,
Quelle brillante broderie , (")
Par son azur resplendissant ,
De cette liquide Prairie , (c)
Décore le pourpris naissant ?
Dans la nuit la plus effroyable ,
J'apperçois un nombre innombrable
D'Astres féconds et radieux ,
Dont les influences fertiles ,
(a ) Le Firmament.
(b ) Les Etoiles .
(c ) Le Firmament,
TomNOVEMBRE.
1733. 2358.
Tombant sur les terres stériles ,
Font germer des dons précieux .
1
Dès
que le sommet des Montagnes ,
Des feux de l'Aurore est doré ,
Je vois luire dans les Campagnes
Un Globe de flamme entouré. (a)
Ce superbe et grand Luminaire ,
Prétant sa chaleur salutaire ,
Annonce le jour aux Mortels.
Et dans sa carriere féconde ,
Décrit le vaste tour du Monde ,
Par ses mouvemens éternels.
Mais la nuit de ses voiles sombres ;
A peine couvre l'Univers ,
Qu'un Astre (6) dissipant les ombres .
Va prendre l'Empire des Airs.
Toujours fixe en son inconstance ,
Il doit ses rayons , sa puissance ,
Aux feux d'un Astre (c) plus brillant ;
Et sa lumiere bienfaisante ,
Guidant ma démarche tremblanté ,
Assure mon corps chancelant.
(a ) Le Soleil.
( b ) La Lune .
(c ) La Lune emprimio salumiere du Soleil,
Bij J'ad2356
MERCURE DE FRANCE
J'admire ces Plaines (a) profondes ,
Qui dans leurs immenses Bassins ,
Roulent de mugissantes Ondes ,
Jusques au bord de leur confins ;
Leur orgueil se brise au Rivage ;
Elles ne portent point leur rage ,
Au-delà des termes reglez ;
De cet humide et large espace ,
Les vens agitent la surface
Par des sifflements redoublez .
諾
Mais quelle Nation barbare ;
Habitera cet Element ?
A qui donner cette Eau bizarre
Et ce Monde si véhément ?
Un Peuple (6 ) muet et sauvage ;
Qui ne vit que de brigandage ,
Remplira ces affreux climats.
Dans ce grand et profond abyme ;
Du fort le foible est la victime ,
Après de funestes combats. (c)
Qu'à son gré ces Races féroces
S'abandonnent à leur fureur ;
( a ) La Mer ,
( b ) Les Poissons.
(c) Leurs guerres
Loin
NOVEMBRE . 1733 2357
Loin d'ici ces Monstres atroces ;
Evitons ce lieu plein d'horreur.
Entrons dans ces Plaines (a ) fleuries
Parcourons ces vertes Prairies ,
Qui tiennent nos yeux enchantez.
Cueillons ces Fruits que nous présente ;
Leur fécondité complaisante ,
Et jouissons de leurs bontez.
M
Je découvre d'autres merveilles
Et j'entens .... mais quel bruit ? quels sons &
Les Oiseaux frappent mes oreilles
Par leurs admirables Chansons.
Quelle charmante Symphonie ;
Quelle douce et tendre harmonie ,
Sort de ce foible et petit Corps ? (6)
A cette charmante Musique ,
Qui surpasse le son lyrique ,
Mille voix joignent leurs accords.
潞
Lorsque , ramenant la froidure
Tous les Aquilons frémissans , `
Vont dépouiller de leur verdure ;
Nos Bois tristes et languissans ;
Ceux-cy ( c) s'assemblant sua la Rive }
(a ) La Terrejonchée de fleurs.
(b ) Le Rossignol.
(c) Les Oiseaux de passage.
Bij D'une
1
2338 MERCURE DE FRANCE
D'une aîle prompte et fugitive ,
Vont sur des bords plus gracieux ;
Telle on voit la fleche empennée,
Sans être en chemin détournée ,
Traverser la Plaine des Cieux.
Enfin je poursuis et j'avance ,
Jusques dans le sein des Forêts
J'y vois une rustique engeance,
Que je perce d'un de mes traits.
Sa peau me sert de couverture ,
Je prens sa chair pour nourriture ,
Bien-tôt se présente un Ruisseau ;
11 tombe du haut des Montagnes ,
Et serpentanr dans les Campagnes
M'invite à boire de son cau.
Grand Dieu , que tes Oeuvres sont hellesà
Vous qui jouissez du bonheur
Des félicitez immortelles ,
Louez à jamais le Seigneur ;
Ce Seigneur , qui d'une parole
A créé l'un et l'autre Pole ,
Et le vaste Empire des Mers.
Par une éternelle priere ,
Louez l'Auteur de la Lumiere ,
Loüez l'Auteur de l'Univers.
Mais
NOVEMBR E. 1733 2355
Mais qui de toutes ces richesses ,
Doit être le dispensateur ?
Qui sera comblé des largesses
D'un si prodigue Bienfaicteur
De ces biens quel sera le Maître
C'est Adam , je le vois paroître ,
Il naît (a) de la terre formé.
Vers le Ciel il leve la tête.
Pour le distinguer de la bête ,
Dieu l'a de son souffle animé,
a
Pour partager le cours durable ,
De ses jours calmes et sereins ,
S'offre une Compagne ( 6) agréable ;
Qui doit seconder ses desseins:
Dieu rend communes leurs années,
En unissant leurs destinées ,
Par de mutuelles amours ;
Ah ! dans ce beau lieu ( c) de Plaisance ,
Une vive reconnoissance ,
Dans leurs coeurs doit vivre toujours
諾
Dans cette source de délices ,
Heureux Couple , vivez en paix.
>
T
(a ) Création de l'homme.
(b ) La femme.
(C) Le Paradis Terrestre.
Biiij
Offrez
1366 MERCURE DE FRANCE
Offrez vos coeurs en sacrifices ,
A l'Auteur de tant de bienfaits.
Respectez ses Loix adorables ,
Ne portez point des mains coupables,
Sur les Fruits d'un Arbre fatal .
Fuyez la voix enchanteresse ,
Qui surprenant votre foiblesse ,
yous feroit commertre le mal.
M
L'Eternel , après ces Miracles ,
Que d'un seul mot il a produits ,
Approuve en ses divins Oracles ,
Des Ouvrages si bien construits.
Il contemple leur excellence ,
Laissant reposer sa puissance ,
Pour benir ces Etres parfaits.
Et voulant que l'Homme et les Anges,
A l'envy chantent ses loüanges ,
Consacre ce jour à jamais .
Aubry de Trungy
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Résumé : ODE Sur l'Ouvrage des six jours.
Le poème 'ODE' relate la création du monde en six jours, selon la Genèse. Le premier jour, la lumière est créée, distinguant le jour de la nuit. Le deuxième jour, les cieux sont formés, séparant les eaux supérieures des eaux inférieures. Le troisième jour, les terres émergent et se couvrent de végétation. Le quatrième jour, le Soleil, la Lune et les étoiles sont placés dans le ciel pour réguler le temps. Le cinquième jour, les poissons et les oiseaux sont créés. Le sixième jour, les animaux terrestres et l'homme apparaissent. Adam, le premier homme, est façonné à partir de la terre et animé par le souffle divin. Ève, sa compagne, lui est donnée pour partager sa vie. Le poème se conclut par une exhortation à louer Dieu pour ses œuvres et à respecter ses lois, en évitant la tentation du mal. Dieu contemple ses créations avec satisfaction et consacre ce jour de création à jamais.
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24
p. 2283-2287
DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
Début :
Toute la face de la Maison du côté de la ruë étoit illuminée. Les Lampions [...]
Mots clefs :
Roi, Lampions, Jardin, Lumière, Fanfares, Convalescence, Girandoles, Terrines, Gabriel-Bernard de Rieux
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION de la Fête , donnéepar
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
Fermer
25
p. 62-81
SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
Début :
Monsieur le Cat Vice-Directeur de l'Académie, Correspondant de celle [...]
Mots clefs :
Corps, Électrique, Électricité, Matière, Tube, Air, Claude-Nicolas Le Cat, Centre, Corde, Expériences, Atmosphère, Circonférence, Matière subtile, Émanation, Tourbillon, Matière, Phénomène, Corps légers, Étincelles, Lumière, Soie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
SUITE de la Séance publique de l'Aca
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
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26
p. 74-76
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans moi, Lecteur, nul agrément, [...]
Mots clefs :
Lumière
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
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27
p. 72
Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure de Novembre est Enigme même ; celui du Logogryphe [...]
Mots clefs :
Lumière, Énigme
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texteReconnaissance textuelle : Mot de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure de Novembre, [titre d'après la table]
LE
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
E mot de l'Enigme du Mercure de Novembre
eft Enigme même ; celui du Logogryphe
et Lumiere , dans lequel on trouve
: re , mi , mer , lie , Jule , liere , merle ,
rime , lime , ver , lui , mur , Mire , Vire ,
Reme , mule , vir , Eve , mure , mire , rume.
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28
p. 211-212
AVIS.
Début :
Les lampes optiques de M. Rabiqueau se multipliant considérablement, il est obligé [...]
Mots clefs :
Lampes optiques, Défaut de fabrication, Lumière, Mèches, Huile, M. Rabiqueau
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Las lampes optiques de M. Rabiqueau fe multipliant
confidérablement , il eft obligé d'avertir
qu'un petit défaut d'attention , prive plufieurs perfonnes
de jouir de la beauté qu'ils remarquent ,
tant au cabinet , que chez plufieurs Princes &
Seigneurs , &c.
Le défaut le plus général, eftqu'on tient toujours
les meches trop groffes ; ce qui rend la lumiere
plus rouge , & forme plutôt champignon : ainfi
on doit être exact à les laiffer plus petites que plus
groffes , flottant dans le porte-meches , fans tomber.
Il faut couper le brûlé tous les jours , & régler
la hauteur des meches au fil fer , ou trois lignes
de fórtie. Les bouteilles fe rempliront plutôt
que plus tard , afin de ne pas laiffer les meches
fans buile : ce défaut fait brûler les meches en
dedans , & produit un feu qui s'alonge , fait caf
fer les verres , & peut même fondre l'étain. Quoiqu'on
ait donné une inftruction pour remettre des
bouteilles , fi on les caffe, il y a des perfonnes
qui remettent des bouteilles à l'aventure ; & l'huile
n'eft plus à fon point. D'autres fe font contentés
de mettre de l'huile dans le réfervoir des meches &
ce qui produit encore un mauvais effet , l'huile
s'abaiffant trop . Pour parer à ces inconvéniens , il
faut que les domestiques viennent avec la lampe ,
& une bouteille on deux , on les leur ajuftera.
Pour la Province , il faut qu'ils ayent foin de les
caffer & régler à la hauteur déterminée . Il vient
prefque tous les jours des perfonnes , foit de Paris.
eu des Provinces , qui veulent voir l'effet des lampes
au billard. On eft obligé de les renvoyer à la
212 MERCURE DE FRANCE.
nuit , la plupart venant dans le jour , même
l'heure des repréfentations phyfiques & méchaniques
, qui fe font tous les après midi jufqu'à fepe
heures du foir au cabinet privilégié du Roi , rue
S. Jacques , vis - à-vis les filles Ste. Marie , feul
endroit où l'on vend les lampes optiques.
Las lampes optiques de M. Rabiqueau fe multipliant
confidérablement , il eft obligé d'avertir
qu'un petit défaut d'attention , prive plufieurs perfonnes
de jouir de la beauté qu'ils remarquent ,
tant au cabinet , que chez plufieurs Princes &
Seigneurs , &c.
Le défaut le plus général, eftqu'on tient toujours
les meches trop groffes ; ce qui rend la lumiere
plus rouge , & forme plutôt champignon : ainfi
on doit être exact à les laiffer plus petites que plus
groffes , flottant dans le porte-meches , fans tomber.
Il faut couper le brûlé tous les jours , & régler
la hauteur des meches au fil fer , ou trois lignes
de fórtie. Les bouteilles fe rempliront plutôt
que plus tard , afin de ne pas laiffer les meches
fans buile : ce défaut fait brûler les meches en
dedans , & produit un feu qui s'alonge , fait caf
fer les verres , & peut même fondre l'étain. Quoiqu'on
ait donné une inftruction pour remettre des
bouteilles , fi on les caffe, il y a des perfonnes
qui remettent des bouteilles à l'aventure ; & l'huile
n'eft plus à fon point. D'autres fe font contentés
de mettre de l'huile dans le réfervoir des meches &
ce qui produit encore un mauvais effet , l'huile
s'abaiffant trop . Pour parer à ces inconvéniens , il
faut que les domestiques viennent avec la lampe ,
& une bouteille on deux , on les leur ajuftera.
Pour la Province , il faut qu'ils ayent foin de les
caffer & régler à la hauteur déterminée . Il vient
prefque tous les jours des perfonnes , foit de Paris.
eu des Provinces , qui veulent voir l'effet des lampes
au billard. On eft obligé de les renvoyer à la
212 MERCURE DE FRANCE.
nuit , la plupart venant dans le jour , même
l'heure des repréfentations phyfiques & méchaniques
, qui fe font tous les après midi jufqu'à fepe
heures du foir au cabinet privilégié du Roi , rue
S. Jacques , vis - à-vis les filles Ste. Marie , feul
endroit où l'on vend les lampes optiques.
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Résumé : AVIS.
L'avis traite des lampes optiques de M. Rabiqueau, dont la production a augmenté. Un défaut d'attention empêche certaines personnes de profiter pleinement de ces lampes, présentes dans des cabinets privés et chez des princes. Le problème principal est l'utilisation de mèches trop grosses, rendant la lumière rouge et formant des champignons. Il est recommandé d'utiliser des mèches plus petites, flottant dans le porte-mèches sans tomber, et de couper le brûlé quotidiennement. La hauteur des mèches doit être réglée avec un fil de fer ou trois lignes de fortie. Les bouteilles doivent être remplies à temps pour éviter que les mèches ne brûlent en dedans, ce qui peut endommager les verres et fondre l'étain. Malgré les instructions pour remplacer les bouteilles cassées, certaines personnes utilisent de l'huile non optimale. Pour remédier à ces inconvénients, les domestiques doivent apporter la lampe et des bouteilles pour ajustement sur place. Dans les provinces, il est crucial d'éviter de casser les bouteilles et de régler correctement la hauteur des mèches. De nombreuses personnes souhaitent voir l'effet des lampes au billard, mais sont souvent renvoyées le soir car elles viennent pendant la journée, y compris aux heures des représentations physiques et mécaniques au cabinet privilégié du Roi, rue Saint-Jacques.
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29
p. 48-49
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, qui que tu sois, si tu veux me connoître, [...]
Mots clefs :
Lumière
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
LECTEU
TE U R, qui que tu fois , fi tu veux me connoître
,
Sâche premierement que Dieu ſeul eſt mon maître;
Que je fus de tout temps ; que je fuis aujourd'hui;
Que j'exifte en tous lieux , fous la machine ronde ,
Et que vieille comme le monde ,
Je ne finirai qu'avec lui.
Sept membres compofent mon tout.
Otes-en trois , tu trouveras fans peine ,
Ce qui met fort fouvent un Poëte à la gêne.
Courage , lis-moi juſqu'au bout :
Décompofant mes pieds avec adreffe ,
J'offre
OCTOBRE. 1760.
34
J'offre , à tes yeux , un objet de tendreſſe ;
Deux notes de muſique ; un nombre ; un grain ;
Un quadrupède ; un fruit ; un animal de chaffe ;
L'inftrument du Dieu du Parnaſſe ;
La couronne du Dieu du vin .
Ce n'eft pas tout ; pourfuis , & pour fruit de t
veille ,
Tu trouveras un péché capital ;
Un des ouvrages de l'Abeille ;
Un mot fynonyme à Rival ;
Une ville de Normandie .
L'époux de Bethlabée , un Prophete fameux
Qui , fans perdre la vie ,
Fut admis dans les Cieux ;
Ce que l'homme en tous lieux préfére au diademe ,
Ce qui reste au fond du tonneau.
Un mot encor pour finir mon tableau :
Je te fers dans ce moment même.
LECTEU
TE U R, qui que tu fois , fi tu veux me connoître
,
Sâche premierement que Dieu ſeul eſt mon maître;
Que je fus de tout temps ; que je fuis aujourd'hui;
Que j'exifte en tous lieux , fous la machine ronde ,
Et que vieille comme le monde ,
Je ne finirai qu'avec lui.
Sept membres compofent mon tout.
Otes-en trois , tu trouveras fans peine ,
Ce qui met fort fouvent un Poëte à la gêne.
Courage , lis-moi juſqu'au bout :
Décompofant mes pieds avec adreffe ,
J'offre
OCTOBRE. 1760.
34
J'offre , à tes yeux , un objet de tendreſſe ;
Deux notes de muſique ; un nombre ; un grain ;
Un quadrupède ; un fruit ; un animal de chaffe ;
L'inftrument du Dieu du Parnaſſe ;
La couronne du Dieu du vin .
Ce n'eft pas tout ; pourfuis , & pour fruit de t
veille ,
Tu trouveras un péché capital ;
Un des ouvrages de l'Abeille ;
Un mot fynonyme à Rival ;
Une ville de Normandie .
L'époux de Bethlabée , un Prophete fameux
Qui , fans perdre la vie ,
Fut admis dans les Cieux ;
Ce que l'homme en tous lieux préfére au diademe ,
Ce qui reste au fond du tonneau.
Un mot encor pour finir mon tableau :
Je te fers dans ce moment même.
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30
p. 184-187
De PARIS, le 13 Mai 1763.
Début :
Le 13 Avril, le Corps de la Ville, à la tête duquel étoit le sieur de Pontcarré de [...]
Mots clefs :
Prévôts des marchands, Duc, Chevalier, Cérémonie, Ministre plénipotentiaire, Diplomatie, Météores, Lumière, Lune, Incendie, Prince de Condé, Ville, Dégâts, Perte, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Gains
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 13 Mai 1763.
De PARIS, le 13 Mai 1763.
Le 13 Avril , le Corps de Ville , à la tête
duquel étoit le fieur de Pontcarré de Viarmes ,
Prévôt des Marchands , fe tranſporta a l'Hôtel
de Lamoignon , rue Pavée , où il fit l'ouver
ture de la nouvelle Bibliothèque Publique que
l'on a déja annoncée. Le Duc de Brillac , Pair
& Grand Pannetier de France , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant - Général de ſes
JUILLET. 1763. 185
au Armées , nommé pour préfider cette année,
Chapitre de l'Ordre de S. Michel , s'eft rendu
le 9 de ce mois , à la Grand'Salle des Pères
Cordeliers de cette Ville . Là , revêtu du Manteau
& du Collier des Ordres du Roi , & ayant à
fes côtés le fieur Chendret , Héraut , & le fieur
Perfeville , Huifier defdits Ordres , en habit de
cérémonie ; il reçut Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le fieur Brochier , Ecuyer , premier Secré
taire du Comte de Rochechouart , Miniftre plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Parme. Le
Duc de Briffac aſſiſta enſuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Pères Cordeliers , en mémoire de l'apparition
de S. Michel.
On a appris de Lisbone , que Don Vincent
de Souza Coufinho , Miniftre plénipotentiaire du
Roi de Portugal , auprè; du Roi de Sardaigne
a été nommé par Sa Majefté Très-Fidèle , pour
venir réfider en la même qualité auprès du
Roi.
Le fieur Meffier , habile Aftronome , obfervant
à l'Obfervatoire Royal de la Marine , à l'Hôtel
de Clugny , le 29 Avril , à une heure quarantehuit
minutes du matin , a apperçu un globe de
feu , à la hauteur d'environ douze degrés fur
l'Horifon & à l'Orient de Paris , traînant une
longue queue lumineuſe , comme le fillon que
trace en l'air une fufée volante : fon diamétre
apparent étoit environ le tiers de la Lune , &
fa couleur étoit d'un rouge vif. La Lune qui
étoit alors fur l'Horifon , effaçoit une grande partie
de la lumière de ce Météore qui , dans une
nuit obfcure , auroit répandu une lumière confidérable
dans l'Atmosphère. Ce globe parut tome
186 MERCURE DE FRANCE.
ber prefque perpendiculairement , en employant
dans fa chute jufqu'à l'Horiſon environ quatorze
fecondes de temps. Le Ciel étoit pour lors prefque
totalement couvert , le vent au Sud- Oueſt
& le Barometre étoit à la hauteur de vingtfept
pouces fix lignes.
On écrit de Nancy , que le même jour , à une
heure & demie du matin , le même globe de
feu y a été obfervé. Ce globe n'a été apperçu
qu'un inftant à l'Oueft de Nancy , fort près de
l'Horifon , & traînant une queue brillante qui
auroit jetté une lumière très-conſidérable fi elle
n'avoit été effacée par celle de la Lune.
On vient d'apprendre la malheureuſe nouvelle
d'un incendie qui a détruit plus de la moitié de
la petite Ville d'Hirfon , appartenante au Prince
de Condé , & fituée dans la Généralité de Soiffons ,
Election de Guife . Le 23 du mois dernier , à cinq
heures du foir , le feu prit à la maiſon d'un
Couvreur , les flammes excitées par un vent du
Nord très-violent , fe portèrent , en moins d'une
demic heure , d'une extrémité à l'autre de la
Ville , & s'attachèrent en fept ou huit endroits
différens , avec une telle impétuofité , qu'en moins
de deux heures , plus de trois cens Bâtimens
furent entiérement confumés avec tous les meubles
, grains , fourages & effets qui s'y trou
voient enfermés , fans qu'il eût été poffible de
retirer du plus grand nombre de ces maifons ,
ni les papiers des Notaires & des Employés des
Fermes , ni même l'argent comptant. On regarde
comme un grand bonheur , qu'un enfant feul air
péri dans les flammes. Les Officiers & les principaux
Habitans du lieu , ont dreflé un Procèsverbal
de la perte que cet incendie a occafionnée ,
& l'eftimation monte à quatre cens quarante &
un mille fept cens vingt - une livres.
JUILLET. 1763 . 187
Un femblable malheur eft arrivé le premier
de ce mois , au Village de Perrigny , Bailliage
d'Auxonne , où cinquante maiſons ont été confumées
par le feu.
Le vingt - huitième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de- Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 8694 ; celurde
vingt mille livres au numéro 11093 ; & les deux
de dix mille livres aux numéros 5978 & 7110 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les Numéros fortis de
la Roue de Fortune , font , 7 , 19 , 34 , 56 , 59.
Le prochain Tirage fe fera le 16 Juin .
Le 13 Avril , le Corps de Ville , à la tête
duquel étoit le fieur de Pontcarré de Viarmes ,
Prévôt des Marchands , fe tranſporta a l'Hôtel
de Lamoignon , rue Pavée , où il fit l'ouver
ture de la nouvelle Bibliothèque Publique que
l'on a déja annoncée. Le Duc de Brillac , Pair
& Grand Pannetier de France , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant - Général de ſes
JUILLET. 1763. 185
au Armées , nommé pour préfider cette année,
Chapitre de l'Ordre de S. Michel , s'eft rendu
le 9 de ce mois , à la Grand'Salle des Pères
Cordeliers de cette Ville . Là , revêtu du Manteau
& du Collier des Ordres du Roi , & ayant à
fes côtés le fieur Chendret , Héraut , & le fieur
Perfeville , Huifier defdits Ordres , en habit de
cérémonie ; il reçut Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le fieur Brochier , Ecuyer , premier Secré
taire du Comte de Rochechouart , Miniftre plénipotentiaire
du Roi à la Cour de Parme. Le
Duc de Briffac aſſiſta enſuite , avec tous les Chevaliers
qui fe trouvoient préfens , à la Grand'-
Meffe qui fe célébre tous les ans dans l'Eglife des
Pères Cordeliers , en mémoire de l'apparition
de S. Michel.
On a appris de Lisbone , que Don Vincent
de Souza Coufinho , Miniftre plénipotentiaire du
Roi de Portugal , auprè; du Roi de Sardaigne
a été nommé par Sa Majefté Très-Fidèle , pour
venir réfider en la même qualité auprès du
Roi.
Le fieur Meffier , habile Aftronome , obfervant
à l'Obfervatoire Royal de la Marine , à l'Hôtel
de Clugny , le 29 Avril , à une heure quarantehuit
minutes du matin , a apperçu un globe de
feu , à la hauteur d'environ douze degrés fur
l'Horifon & à l'Orient de Paris , traînant une
longue queue lumineuſe , comme le fillon que
trace en l'air une fufée volante : fon diamétre
apparent étoit environ le tiers de la Lune , &
fa couleur étoit d'un rouge vif. La Lune qui
étoit alors fur l'Horifon , effaçoit une grande partie
de la lumière de ce Météore qui , dans une
nuit obfcure , auroit répandu une lumière confidérable
dans l'Atmosphère. Ce globe parut tome
186 MERCURE DE FRANCE.
ber prefque perpendiculairement , en employant
dans fa chute jufqu'à l'Horiſon environ quatorze
fecondes de temps. Le Ciel étoit pour lors prefque
totalement couvert , le vent au Sud- Oueſt
& le Barometre étoit à la hauteur de vingtfept
pouces fix lignes.
On écrit de Nancy , que le même jour , à une
heure & demie du matin , le même globe de
feu y a été obfervé. Ce globe n'a été apperçu
qu'un inftant à l'Oueft de Nancy , fort près de
l'Horifon , & traînant une queue brillante qui
auroit jetté une lumière très-conſidérable fi elle
n'avoit été effacée par celle de la Lune.
On vient d'apprendre la malheureuſe nouvelle
d'un incendie qui a détruit plus de la moitié de
la petite Ville d'Hirfon , appartenante au Prince
de Condé , & fituée dans la Généralité de Soiffons ,
Election de Guife . Le 23 du mois dernier , à cinq
heures du foir , le feu prit à la maiſon d'un
Couvreur , les flammes excitées par un vent du
Nord très-violent , fe portèrent , en moins d'une
demic heure , d'une extrémité à l'autre de la
Ville , & s'attachèrent en fept ou huit endroits
différens , avec une telle impétuofité , qu'en moins
de deux heures , plus de trois cens Bâtimens
furent entiérement confumés avec tous les meubles
, grains , fourages & effets qui s'y trou
voient enfermés , fans qu'il eût été poffible de
retirer du plus grand nombre de ces maifons ,
ni les papiers des Notaires & des Employés des
Fermes , ni même l'argent comptant. On regarde
comme un grand bonheur , qu'un enfant feul air
péri dans les flammes. Les Officiers & les principaux
Habitans du lieu , ont dreflé un Procèsverbal
de la perte que cet incendie a occafionnée ,
& l'eftimation monte à quatre cens quarante &
un mille fept cens vingt - une livres.
JUILLET. 1763 . 187
Un femblable malheur eft arrivé le premier
de ce mois , au Village de Perrigny , Bailliage
d'Auxonne , où cinquante maiſons ont été confumées
par le feu.
Le vingt - huitième Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de- Ville s'eft fait le 25 du mois dernier ,
en la manière accoutumée. Le Lot de cinquante
mille livres eft échu au numéro 8694 ; celurde
vingt mille livres au numéro 11093 ; & les deux
de dix mille livres aux numéros 5978 & 7110 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de
l'Ecole Royale Militaire. Les Numéros fortis de
la Roue de Fortune , font , 7 , 19 , 34 , 56 , 59.
Le prochain Tirage fe fera le 16 Juin .
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Résumé : De PARIS, le 13 Mai 1763.
En avril 1763, plusieurs événements marquants eurent lieu. Le 13 avril, le Corps de Ville, sous la direction du Prévôt des Marchands Pontcarré de Viarmes, inaugura la nouvelle Bibliothèque Publique à l'Hôtel de Lamoignon. Lors de cette cérémonie, le Duc de Brillac, président pour l'année, accueillit le Chevalier Brochier dans l'Ordre de Saint-Michel. Par la suite, le Duc de Brillac assista à la Grand-Messe en mémoire de Saint-Michel. À Lisbonne, Don Vincent de Souza Couto fut nommé ministre plénipotentiaire du Roi de Portugal auprès du Roi de Sardaigne. Le 29 avril, l'astronome Messier observa un globe de feu lumineux à l'Observatoire Royal de la Marine, phénomène également observé à Nancy le même jour. Les conditions météorologiques étaient particulières, avec un ciel couvert, un vent soufflant du sud-ouest et un baromètre à vingt-sept pouces six lignes. Le 23 mai, un incendie dévasta plus de la moitié de la ville d'Hirson, appartenant au Prince de Condé. En moins de deux heures, plus de trois cents bâtiments furent détruits, causant la mort d'un enfant et des pertes estimées à quatre cent quarante et un mille sept cent vingt et une livres. Le 1er juillet, un autre incendie détruisit cinquante maisons au village de Perrigny, dans le Bailliage d'Auxonne. Le 25 mai, le vingt-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, avec les numéros gagnants 8694, 11093, 5978 et 7110. La Loterie de l'École Royale Militaire fut également tirée, révélant les numéros fortunés 7, 19, 34, 56 et 59. Le prochain tirage était prévu pour le 16 juin.
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31
p. 160-173
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
Début :
I°. Des MIROIRS concaves. LES Miroirs concaves sont appellés Miroirs de [...]
Mots clefs :
Miroirs, Rayons, Estampes, Lumière, Concave, Diamètre, Corps, Pouces, Bouquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS
concaves , des LOUPES à eau &
des autres ouvrages qui fe fabriquent
dans la Manufacture defdits Miroirs
concaves & Glaces courbées , établie
par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau
eft à Paris rue des Prou-
,
vaires , la prèmiere porte à gauche en
entrant par la rue Saint-Honoré.
L
1º. Des MIROIRS concaves.
ES Miroirs concaves font appellés
Miroirs de Réflection , ou Miroirs de
Catoptrique , parce que tous leurs effets
font produits par les diverfes manières
dont ils réfléchiffent la lumière , & que
la fcience , qui a pour objet la lumière
réfléchie , s'appelle Catoptrique .
Un Miroir concave de cette ManufacOCTOBRE.
1763. 161
ture , eft compofé d'une glace ronde
courbée au feu en portion de fphére
& doucie , & polie , de manière que
la
furface concave & la furface convexe
font exactement deux courbes paralléles ;
d'où il fuit que cette glace a par- tout une
épaiffeur égale , ce qui eft très- important
pour les effets de ces Miroirs : ceux qui
font compofés d'une glace plate pardevant
, & convexe par- derriere , défigu
rent tous les objets qu'on leur préfente ,
La furface convexe eft étamée . Cette glace
eft enfermée dans une bordure de bois
noir , de laquelle fortent , à droite & à
gauche , les extrémités de l'axe du Miroir,
qui font appuyées horizontalement
fur un demi-cercle de cuivre poli , terminé
par un pivot vertical , qui s'enfonce
dans un pied de bois tourné & noirci.
Cette conftruction donne à ces Miroirs
toute la mobilité néceffaire aux expériences
pour lesquelles ils font deſtinés ;
& la beauté de leur monture , les met
en état de figurer dans les cabinets les
plus richement ornés .
La forme fphérique concave qu'ont
ces Miroirs , leur donne la proprieté
de réfléchir eu un petit efpace circu
laire qu'on appelle leur foyer , les
rayons de lumière qui tombent paral-
,
162 MERCURE DE FRANCE.
lèles fur leur furface ; & ce foyer eft un
peu moins éloigné de leur furface , que
le quart du diamètre de la fphère dont
ils font partie : ainfi un de ces Miroirs
étant expofé au foleil incliné , de forte
que fes rayons y tombent perpendiculairement
, ( confidéré comme plan ) ces
rayons feront réfléchis de bas en haut,
& fe réuniront à fon foyer , où cette
réunion produit une chaleur capable
d'enflammer , incinérer , fondre , vitrifier
le corps qu'on expofe à fon
action.
Le foyer des Miroirs , qui n'ont que
neuf ou douze pouces de diamètre , eſt à
dix-huit pouces de diftance du centre du
Miroir en avant. Le foyer des Miroirs
qui ont un plus grand diamètre , eft
plus éloigné de leur centre à proportion
; & dans les petits comme dans les
grands , ce foyer eft toujours tel , qu'il
fait produire au Miroir les plus grands
effets poffibles , felon fa grandeur.
La chaleur du foyer eft toujours proportionnée
à la grandeur du Miroir. Celui
du Roi , fait en cette Manufacture
dont le diamètre eft de 42 pouces ,
fond le fer battu en deux fecondes de
temps ; l'argent y acquiert une telle chaleur
, qu'en tombant dans l'eau , il prend
OCTOBRE. 1763 . 163
la forme d'une toile d'araignée claire ;
les cailloux s'y calcinent & s'y vitrifient
, & c .
M.
Ce Miroir fut préfenté au Roi le 13
Août 1757 , au Château de la Muette,
où il eft refté depuis dans le magnifique
cabinet de Phyfique de S. M. par
Berniere , l'un des quatre Contrôleurs-
Généraux des Ponts & Chauffées de
France qui eft l'Auteur & le Propriétaire
de cette Manufacture.
?
Toutes les fois que l'on veut faire des
expériences de cette efpéce , il faut que
le Miroir foit difpofé parallèlement au
difque du foleil ; alors les rayons fe réuniffent
en en-haut, eu un petit efpace circulaire
, qui eft comme le fommet d'un
cône , dont la furface du Miroir feroit la
bafe. Ainfi ce petit efpace circulaire ,
qui eft le foyer du Miroir , approche
d'autant plus de la ligne verticale , que
le foleil eft plus élevé fur l'horizon ; & ce
foyer eft toujours plus actif à midi , qu'en
toute autre heure de la journée , le foleil
étant bien découvert , & le temps.
fans nuages , ni vapeurs , dans le moment
de l'expérience .
En vous tenant à côté du Miroir
dans une place où les rayons directs du
foleil ne tombent point fur vous , vous
164 MERCURE DE FRANCE.
verrez ce foyer en l'air former une pe
tite pointe rouffe : c'eft en cet endroit
qu'il faut préſenter le corps fur lequel
vous voulez exercer ce foyer ; & pour
que votre Miroir foit fitué comme il
convient, il faut que l'ombre de ce corps
tombe précisément fur le centre du Miroir
; fi cette ombre n'y tombe pas, votre
Miroir eft mal placé , ou mal incliné ,
& vous n'aurez pas tout l'effet dont il
eft capable. Avec un Miroir de 12 pouces
de diamètre , on doit fondre fur le
champ du plomb , de l'étain , du bifmuth
, & c , & enflammer tous les corps
folides inflammables : je dis corps folides
, car ce foyer n'enflamme , ni l'efprit
de vin , ni les autres liqueurs inflammables
, fans interméde.
·
Ainfi la poſition naturelle du foyer
de ces Miroirs , eft de fe porter de bas
en haut mais il eft poffible de le diriger
de haut en- bas ; pour cela , recevez
d'abord les rayons du foleil fur un
Miroir plan , pofé prèfque à plat fur
le plancher. Ce Miroir- plan réfléchira
les rayons de bas en - haut , fous un angle
égal à celui de leur incidence : placez
votre Miroir concave , la furface
inclinée vers la terre , de manière qu'il
reçoive ces rayons réfléchis par le MiOCTOBRE.
1763.
165
roir- plan ; alors votre Miroir concave
donnera un foyer de haut en- bas , que
vous pourrez diriger dans un creufet
évafé , pour l'exercer fur des corps aifés
à fondre , & que vous voudrez pouffer
au-delà de la fufion . Vous pourrez y
calciner de l'antimoine ; y faire bouillir
une petite quantité d'eau ; brûler un peu
de bois , plongé dans l'eau même , & c.
Par le moyen de cette réflection d'un
Miroir-plan , on peut de fort loin introduire
les rayons folaires dans un lieu où
jamais les rayons directs ne pourroient
atteindre , & y former un foyer brûlant.
Placez un Miroir concave debout dans
une chambre du rez-de- chauffée expofée
au Nord , fa glace tournée vers une
cour , ou un jardin. Au fond de cette
cour , ou de ce jardin , fût - ce même à
plus de cent pieds de diftance du Miroir
concave , recevez les rayons du foleil
fur un Miroir-plan , appuyé contre le
dos d'une chaife , & incliné de manière
qu'il réfléchiffe fur le Miroir concave ;
les rayons folaires fe réuniront au foyer
de ce Miroir encore en affez grande
quantité , pour enflammer du bois &
d'autres corps combustibles.
Si l'on place pendant la nuit une groffe
bougie au foyer d'un de ces Miroirs ,
166 MERCURE DE FRANCE.
que ce Miroir foit pofé verticalement ,
ayant fon centre à la hauteur des yeux
d'une perfonne , & que le vent n'agite
point la bougie , à quelque diſtance que
cette perfonne fe recule du Miroir , en
faifant que ces yeux , le centre du Miroir
& fon foyer , foient dans la mêmeligne
, elle verra toute la ſurface du Miroir
en feu , & fi éclatante , qu'elle aura
peine à en foutenir l'impreffion . Cet effet
feroit très-fuprenant , avec un Miroir
d'un grand diamètre , pour quelqu'un
qui fe trouveroit à 500 pas de diftance ,
l'oeil dans cette ligne fans avoir été
prévenu.
La bougie étant ainfi placée , il part
du Miroir une colonne rouffe de lumière
, qu'on peut aifément appercevoir
le long de l'allée du jardin , en ſe tenant
fur le côté. Cette colonne eft compofée
des rayons de lumière que la furface
du Miroir réfléchit , & rend parallèles
entr'eux : qu'on coupe cette colonne
, en interpofant un livre à plus de
cent pieds de diſtance du Miroir , on y
lira d'autant plus aifément , que la nuit
fera plus obfcure .
Les chofes étant en cet état , fi on
fe place derrière le Miroir , on ne fera
point vu ; mais on verra & on reconOCTOBRE.
1763. 167
noîtra toutes les perfonnes qui traverſeront
la colonne de lumière.
Avec deux de ces Miroirs combinés
on a fait à Prague une expérience fort
ingénieufe , qui a été depuis fouvent
repétée. On place au foyer d'un de ces
Miroirs , percé au centre , un gros charbon
, foutenu fur un fupport de fil d'archal
, & qu'on anime avec un foufflet ,
dont le bout s'introduit par le trou qui
eft au cenrre du Miroir ; il part de ce
Miroir une colonne de rayons de feu
qu'on fait tomber fur la furface du fecond
Miroir , placé à vingt ou trente
pieds diſtances du premier. Ce fecond
Miroir réunit ces rayons à fon foyer ,
& il en résulte affez de chaleur pour
fondre des graiffes & de la cire , pour
brûler différens corps , faire partir un
piftolet , & c .
>
Si on place un de ces Miroirs le
dos tourné dans une fenêtre , & qu'on
lui préfente des tableaux , ou des Eftampes
, deffinées en perspective & enluminées
, les lieux repréfentés par ces
tableaux & par ces eftampes , paroîtront
de grandeur naturelle , & avec
une netteté bien fupérieure à celle que
donnent ces optiques communes , compofées
d'une Loupe de verre folide , &
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un Miroir - plan incliné : la raiſon en
eft fimple. La lumière fait une double
perte avec ces fortes d'optiques , puifqu'elle
eft réfléchie par un Miroir- plan
& qu'elle traverſe enfuite une loupe d'un
verre épais , & fouvent d'une couleur
foncée ; au lieu que quand on regarde
les mêmes eftampes avec un Miroir concave
, la lumière n'éprouve qu'une feule
réflection.
En préfentant à un des Miroirs de petits
tableaux , ou de petits deffeins , il eft
bien plus aifé d'en remarquer les défauts ,
ou les perfections , qu'en les regardant
directement.
Si l'on ne veut pas prendre la peine de
tenir les eftampes debout devant le Miroir
, ce qui peut fatiguer quand on en a
un grand nombre à voir , on peut les
mettre à plat fur la table où eft le Miroir ,
entre foi & le pied du Miroir , le bas de
l'eftampe tourné du côté du Miroir ; on
fait en forte que le foleil tombe fur les eftampes
; on incline le Miroir vers elles
un peu moins de quarante- cinq degrés ,
& on l'éleve par fon pivot , de manière
que du centre du Miroir fur les eftampes ,
la diſtance foit de la longueur de fon
foyer ; alors , en appuyant les coudes fur
la table , & regardant dans le Miroir , les
eftampes
OCTOBRE . 1763 . 169
eftampes y feront le même effet , que fi
on les tenoit devant lui verticalement.
Remarquez bien que la pofition la plus
avantageufe
du Miroir , eft celle dans laquelle
il tombe fur la glace le moins de
lumière qu'il eft poffible ; & qu'il faut
au contraire que les objets qu'on lui préfente
, comme les eftampes qu'on veut
y voir , foient parfaitement
éclairées , &
même par le foleil , autant que faire ſe
peut ; alors on voit les lieux que repréfentent
ces eftampes , comme fi on étcit
dans ces lieux mêmes ; les ombres y deviennent
naturelles , & tout paroît dans
fa grandeur & dans fa pofition propres.
Il faut feulement , felon la difpofition
de
fa vue , avancer , ou reculer l'eftampe
du Miroir plus ou moins , jufqu'à ce
qu'on en voie l'effet le plus grand , & en
même temps le plus net.
Si yous placez ce Miroir dans le fond
d'une Salle , en face d'un beau point de
vue , varié par des maifons , des arbres
des eaux , & autres objets agréables qui
foient dans le moment éclairés par le foleil
, & que vous préfentiez , à - peu- près
au foyer de ce Miroir , un carton blanc ,
de moitié moins large que fon diamètre
& tenu verticalement entre ces objets &
le Miroir , vous verrez ce point de vue
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ces arbres , ces maifons , fe peindre dans
un fens renverfé fur ce carton avec leurs
couleurs propres : s'il paffe une perſonne
éclairée par le foleil à vingt-cinq ou trente
pieds du Miroir , vous verrez fon image
en petit & avec fes couleurs , paffer en
fens contrairefous votre carton , & la tête
en en-bas.
Si vous pofez ce Miroir verticalement
fur quelque chofe qui l'éléve affez , pour
que le centre de fa glace foit à la hauteur
de vos yeux , qu'il ait le dos tourné au
grand jour , & que vous vous teniez debout
à la diftance de fon foyer feulement,
qui eft , comme on l'a dit , à dix - huit
pouces de fon centre pour les Miroirs de
neuf à douze pouces de diamètre , vous
vous y verrez prodigieufement groffi , &
la tête en en-haut. Si vous reculez à-peuprès
au double de fon foyer , c'est - à -dire ,
a trois pieds du centre du Miroir , vous
vous y verrez de groffeur naturelle , mais
la tête en en- bas ; & en avançant doucement
votre tête vers le Miroir , vous bai-
Jerez votre image qui fortira du Miroir ,
& s'approchera de vous comme vous vous
approcherez d'elle . Si vous reculez encore
d'environ deux pieds pour qu'en allongeant
le bras vers le Miroir à la hauteur
de vos yeux , votre main fe trouve à trois
OCTOBRE. 1763. 171
pieds , à-peu - près du centre du Miroir ,
vous verrez en l'air & en dehors , entre
le Miroir & vous , l'image de votre
main venir au - devant de vous , &
en remuant les doigts , votre main femblera
toucher cette image & en être
touchée , comme fi une autre main prenoit
la vôtre , ainfi comme font ordinairement
deux amis qui fe rencontrent
. Enfin fi vous reculez encore d'environ
un pied , & que tenant votre épée
nue à la main , vous en dirigiez la pointe
vers le centre du Miroir , comme en
vifant vers les yeux de votre image, vous
verrez la pointe de votre épée fortir du
miroir & revenir vers vous, comme fi une
autre perfonne fe battoit contre vous.
Si vous fendez un peu par un bout un
bâton de trois à quatre pieds de longueur,
que vous paffiez dans cette fente
la queue d'un bouquet , & qu'étant
placé comme ci- devant , vous préfentiez
au Miroir ce bâton par le bout où
eft le bouquet , en le dirigeant horizontalement
comme l'épée ; mais en obfervant
de préfenter le bouquet renverfé
, & le tenant éloigné du Miroir
du double de fon foyer , c'est-à - dire ,
de trois pieds du centre , fi c'eft un
Miroir de neuf, & de douze pouces de
Hij
173 MERCURE DE FRANCE.
diamètre ; vous verrez en l'air fon ima
ge les fleurs en en-haut , & plufieurs
perfonnes étant à côté de vous les verront
auffi .
Vous pouvez auffi fufpendre ce bouquet
renversé derrière un carton noir
placé debout devant le Miroir , à la diftance
du double de fon foyer , & qui
ne s'éléve que jufqu'à la moitié de fa
hauteur , en forte qu'on puiffe aiſément
regarder pardeffus dans ce Miroir ; alors
on ne verra pas le bouquet réel , & cependant
on appercevra fon image en
l'air au-deffus de ce carton , en place
duquel même on peut mettre toute autre
chofe qui aura moins l'air d'avoir
été mife exprès,
Avec un peu d'intelligence & d'adreffe
, on peut varier cet effet de bien
des manières , & le rendre très - furprenant
: on peut , par exemple , la nuit
dans une chambre , dans laquelle on ne
verra aucunes lumières , faire voir fur
une table un chat, un chien , un oiſeau ,
un petit enfant même , couchés fur le
côté, & ce que l'on verra ne fera qu'une
image fantaſtique , qui fera d'autant
mieux illufion qu'elle aura tous les mouvemens
animés que fe donnera l'objet
réel qu'on ne verra pas
OCTOBRE. 1763 . 173
Il y a un grand nombre d'autres expériences
curieufes à faire avec ces Miroirs
concaves , & dont le détail feroit
d'une trop grande étendue pour un fimple
extrait comme celui -ci . Je finirai , en
difant que la propriété qu'ils ont de
groffir prodigieufemnt , les rend fort
commodes aux hommes pour ſe rafer
& pour fe nettoyer les dents ; & aux
Dames pour placer leur rouge & en affoiblir
les extrémités graduellement , de
manière à imiter mieux la belle nature,
qu'il eft fait pour fuppléer.
Le refle au Mercure prochain.
concaves , des LOUPES à eau &
des autres ouvrages qui fe fabriquent
dans la Manufacture defdits Miroirs
concaves & Glaces courbées , établie
par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau
eft à Paris rue des Prou-
,
vaires , la prèmiere porte à gauche en
entrant par la rue Saint-Honoré.
L
1º. Des MIROIRS concaves.
ES Miroirs concaves font appellés
Miroirs de Réflection , ou Miroirs de
Catoptrique , parce que tous leurs effets
font produits par les diverfes manières
dont ils réfléchiffent la lumière , & que
la fcience , qui a pour objet la lumière
réfléchie , s'appelle Catoptrique .
Un Miroir concave de cette ManufacOCTOBRE.
1763. 161
ture , eft compofé d'une glace ronde
courbée au feu en portion de fphére
& doucie , & polie , de manière que
la
furface concave & la furface convexe
font exactement deux courbes paralléles ;
d'où il fuit que cette glace a par- tout une
épaiffeur égale , ce qui eft très- important
pour les effets de ces Miroirs : ceux qui
font compofés d'une glace plate pardevant
, & convexe par- derriere , défigu
rent tous les objets qu'on leur préfente ,
La furface convexe eft étamée . Cette glace
eft enfermée dans une bordure de bois
noir , de laquelle fortent , à droite & à
gauche , les extrémités de l'axe du Miroir,
qui font appuyées horizontalement
fur un demi-cercle de cuivre poli , terminé
par un pivot vertical , qui s'enfonce
dans un pied de bois tourné & noirci.
Cette conftruction donne à ces Miroirs
toute la mobilité néceffaire aux expériences
pour lesquelles ils font deſtinés ;
& la beauté de leur monture , les met
en état de figurer dans les cabinets les
plus richement ornés .
La forme fphérique concave qu'ont
ces Miroirs , leur donne la proprieté
de réfléchir eu un petit efpace circu
laire qu'on appelle leur foyer , les
rayons de lumière qui tombent paral-
,
162 MERCURE DE FRANCE.
lèles fur leur furface ; & ce foyer eft un
peu moins éloigné de leur furface , que
le quart du diamètre de la fphère dont
ils font partie : ainfi un de ces Miroirs
étant expofé au foleil incliné , de forte
que fes rayons y tombent perpendiculairement
, ( confidéré comme plan ) ces
rayons feront réfléchis de bas en haut,
& fe réuniront à fon foyer , où cette
réunion produit une chaleur capable
d'enflammer , incinérer , fondre , vitrifier
le corps qu'on expofe à fon
action.
Le foyer des Miroirs , qui n'ont que
neuf ou douze pouces de diamètre , eſt à
dix-huit pouces de diftance du centre du
Miroir en avant. Le foyer des Miroirs
qui ont un plus grand diamètre , eft
plus éloigné de leur centre à proportion
; & dans les petits comme dans les
grands , ce foyer eft toujours tel , qu'il
fait produire au Miroir les plus grands
effets poffibles , felon fa grandeur.
La chaleur du foyer eft toujours proportionnée
à la grandeur du Miroir. Celui
du Roi , fait en cette Manufacture
dont le diamètre eft de 42 pouces ,
fond le fer battu en deux fecondes de
temps ; l'argent y acquiert une telle chaleur
, qu'en tombant dans l'eau , il prend
OCTOBRE. 1763 . 163
la forme d'une toile d'araignée claire ;
les cailloux s'y calcinent & s'y vitrifient
, & c .
M.
Ce Miroir fut préfenté au Roi le 13
Août 1757 , au Château de la Muette,
où il eft refté depuis dans le magnifique
cabinet de Phyfique de S. M. par
Berniere , l'un des quatre Contrôleurs-
Généraux des Ponts & Chauffées de
France qui eft l'Auteur & le Propriétaire
de cette Manufacture.
?
Toutes les fois que l'on veut faire des
expériences de cette efpéce , il faut que
le Miroir foit difpofé parallèlement au
difque du foleil ; alors les rayons fe réuniffent
en en-haut, eu un petit efpace circulaire
, qui eft comme le fommet d'un
cône , dont la furface du Miroir feroit la
bafe. Ainfi ce petit efpace circulaire ,
qui eft le foyer du Miroir , approche
d'autant plus de la ligne verticale , que
le foleil eft plus élevé fur l'horizon ; & ce
foyer eft toujours plus actif à midi , qu'en
toute autre heure de la journée , le foleil
étant bien découvert , & le temps.
fans nuages , ni vapeurs , dans le moment
de l'expérience .
En vous tenant à côté du Miroir
dans une place où les rayons directs du
foleil ne tombent point fur vous , vous
164 MERCURE DE FRANCE.
verrez ce foyer en l'air former une pe
tite pointe rouffe : c'eft en cet endroit
qu'il faut préſenter le corps fur lequel
vous voulez exercer ce foyer ; & pour
que votre Miroir foit fitué comme il
convient, il faut que l'ombre de ce corps
tombe précisément fur le centre du Miroir
; fi cette ombre n'y tombe pas, votre
Miroir eft mal placé , ou mal incliné ,
& vous n'aurez pas tout l'effet dont il
eft capable. Avec un Miroir de 12 pouces
de diamètre , on doit fondre fur le
champ du plomb , de l'étain , du bifmuth
, & c , & enflammer tous les corps
folides inflammables : je dis corps folides
, car ce foyer n'enflamme , ni l'efprit
de vin , ni les autres liqueurs inflammables
, fans interméde.
·
Ainfi la poſition naturelle du foyer
de ces Miroirs , eft de fe porter de bas
en haut mais il eft poffible de le diriger
de haut en- bas ; pour cela , recevez
d'abord les rayons du foleil fur un
Miroir plan , pofé prèfque à plat fur
le plancher. Ce Miroir- plan réfléchira
les rayons de bas en - haut , fous un angle
égal à celui de leur incidence : placez
votre Miroir concave , la furface
inclinée vers la terre , de manière qu'il
reçoive ces rayons réfléchis par le MiOCTOBRE.
1763.
165
roir- plan ; alors votre Miroir concave
donnera un foyer de haut en- bas , que
vous pourrez diriger dans un creufet
évafé , pour l'exercer fur des corps aifés
à fondre , & que vous voudrez pouffer
au-delà de la fufion . Vous pourrez y
calciner de l'antimoine ; y faire bouillir
une petite quantité d'eau ; brûler un peu
de bois , plongé dans l'eau même , & c.
Par le moyen de cette réflection d'un
Miroir-plan , on peut de fort loin introduire
les rayons folaires dans un lieu où
jamais les rayons directs ne pourroient
atteindre , & y former un foyer brûlant.
Placez un Miroir concave debout dans
une chambre du rez-de- chauffée expofée
au Nord , fa glace tournée vers une
cour , ou un jardin. Au fond de cette
cour , ou de ce jardin , fût - ce même à
plus de cent pieds de diftance du Miroir
concave , recevez les rayons du foleil
fur un Miroir-plan , appuyé contre le
dos d'une chaife , & incliné de manière
qu'il réfléchiffe fur le Miroir concave ;
les rayons folaires fe réuniront au foyer
de ce Miroir encore en affez grande
quantité , pour enflammer du bois &
d'autres corps combustibles.
Si l'on place pendant la nuit une groffe
bougie au foyer d'un de ces Miroirs ,
166 MERCURE DE FRANCE.
que ce Miroir foit pofé verticalement ,
ayant fon centre à la hauteur des yeux
d'une perfonne , & que le vent n'agite
point la bougie , à quelque diſtance que
cette perfonne fe recule du Miroir , en
faifant que ces yeux , le centre du Miroir
& fon foyer , foient dans la mêmeligne
, elle verra toute la ſurface du Miroir
en feu , & fi éclatante , qu'elle aura
peine à en foutenir l'impreffion . Cet effet
feroit très-fuprenant , avec un Miroir
d'un grand diamètre , pour quelqu'un
qui fe trouveroit à 500 pas de diftance ,
l'oeil dans cette ligne fans avoir été
prévenu.
La bougie étant ainfi placée , il part
du Miroir une colonne rouffe de lumière
, qu'on peut aifément appercevoir
le long de l'allée du jardin , en ſe tenant
fur le côté. Cette colonne eft compofée
des rayons de lumière que la furface
du Miroir réfléchit , & rend parallèles
entr'eux : qu'on coupe cette colonne
, en interpofant un livre à plus de
cent pieds de diſtance du Miroir , on y
lira d'autant plus aifément , que la nuit
fera plus obfcure .
Les chofes étant en cet état , fi on
fe place derrière le Miroir , on ne fera
point vu ; mais on verra & on reconOCTOBRE.
1763. 167
noîtra toutes les perfonnes qui traverſeront
la colonne de lumière.
Avec deux de ces Miroirs combinés
on a fait à Prague une expérience fort
ingénieufe , qui a été depuis fouvent
repétée. On place au foyer d'un de ces
Miroirs , percé au centre , un gros charbon
, foutenu fur un fupport de fil d'archal
, & qu'on anime avec un foufflet ,
dont le bout s'introduit par le trou qui
eft au cenrre du Miroir ; il part de ce
Miroir une colonne de rayons de feu
qu'on fait tomber fur la furface du fecond
Miroir , placé à vingt ou trente
pieds diſtances du premier. Ce fecond
Miroir réunit ces rayons à fon foyer ,
& il en résulte affez de chaleur pour
fondre des graiffes & de la cire , pour
brûler différens corps , faire partir un
piftolet , & c .
>
Si on place un de ces Miroirs le
dos tourné dans une fenêtre , & qu'on
lui préfente des tableaux , ou des Eftampes
, deffinées en perspective & enluminées
, les lieux repréfentés par ces
tableaux & par ces eftampes , paroîtront
de grandeur naturelle , & avec
une netteté bien fupérieure à celle que
donnent ces optiques communes , compofées
d'une Loupe de verre folide , &
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un Miroir - plan incliné : la raiſon en
eft fimple. La lumière fait une double
perte avec ces fortes d'optiques , puifqu'elle
eft réfléchie par un Miroir- plan
& qu'elle traverſe enfuite une loupe d'un
verre épais , & fouvent d'une couleur
foncée ; au lieu que quand on regarde
les mêmes eftampes avec un Miroir concave
, la lumière n'éprouve qu'une feule
réflection.
En préfentant à un des Miroirs de petits
tableaux , ou de petits deffeins , il eft
bien plus aifé d'en remarquer les défauts ,
ou les perfections , qu'en les regardant
directement.
Si l'on ne veut pas prendre la peine de
tenir les eftampes debout devant le Miroir
, ce qui peut fatiguer quand on en a
un grand nombre à voir , on peut les
mettre à plat fur la table où eft le Miroir ,
entre foi & le pied du Miroir , le bas de
l'eftampe tourné du côté du Miroir ; on
fait en forte que le foleil tombe fur les eftampes
; on incline le Miroir vers elles
un peu moins de quarante- cinq degrés ,
& on l'éleve par fon pivot , de manière
que du centre du Miroir fur les eftampes ,
la diſtance foit de la longueur de fon
foyer ; alors , en appuyant les coudes fur
la table , & regardant dans le Miroir , les
eftampes
OCTOBRE . 1763 . 169
eftampes y feront le même effet , que fi
on les tenoit devant lui verticalement.
Remarquez bien que la pofition la plus
avantageufe
du Miroir , eft celle dans laquelle
il tombe fur la glace le moins de
lumière qu'il eft poffible ; & qu'il faut
au contraire que les objets qu'on lui préfente
, comme les eftampes qu'on veut
y voir , foient parfaitement
éclairées , &
même par le foleil , autant que faire ſe
peut ; alors on voit les lieux que repréfentent
ces eftampes , comme fi on étcit
dans ces lieux mêmes ; les ombres y deviennent
naturelles , & tout paroît dans
fa grandeur & dans fa pofition propres.
Il faut feulement , felon la difpofition
de
fa vue , avancer , ou reculer l'eftampe
du Miroir plus ou moins , jufqu'à ce
qu'on en voie l'effet le plus grand , & en
même temps le plus net.
Si yous placez ce Miroir dans le fond
d'une Salle , en face d'un beau point de
vue , varié par des maifons , des arbres
des eaux , & autres objets agréables qui
foient dans le moment éclairés par le foleil
, & que vous préfentiez , à - peu- près
au foyer de ce Miroir , un carton blanc ,
de moitié moins large que fon diamètre
& tenu verticalement entre ces objets &
le Miroir , vous verrez ce point de vue
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ces arbres , ces maifons , fe peindre dans
un fens renverfé fur ce carton avec leurs
couleurs propres : s'il paffe une perſonne
éclairée par le foleil à vingt-cinq ou trente
pieds du Miroir , vous verrez fon image
en petit & avec fes couleurs , paffer en
fens contrairefous votre carton , & la tête
en en-bas.
Si vous pofez ce Miroir verticalement
fur quelque chofe qui l'éléve affez , pour
que le centre de fa glace foit à la hauteur
de vos yeux , qu'il ait le dos tourné au
grand jour , & que vous vous teniez debout
à la diftance de fon foyer feulement,
qui eft , comme on l'a dit , à dix - huit
pouces de fon centre pour les Miroirs de
neuf à douze pouces de diamètre , vous
vous y verrez prodigieufement groffi , &
la tête en en-haut. Si vous reculez à-peuprès
au double de fon foyer , c'est - à -dire ,
a trois pieds du centre du Miroir , vous
vous y verrez de groffeur naturelle , mais
la tête en en- bas ; & en avançant doucement
votre tête vers le Miroir , vous bai-
Jerez votre image qui fortira du Miroir ,
& s'approchera de vous comme vous vous
approcherez d'elle . Si vous reculez encore
d'environ deux pieds pour qu'en allongeant
le bras vers le Miroir à la hauteur
de vos yeux , votre main fe trouve à trois
OCTOBRE. 1763. 171
pieds , à-peu - près du centre du Miroir ,
vous verrez en l'air & en dehors , entre
le Miroir & vous , l'image de votre
main venir au - devant de vous , &
en remuant les doigts , votre main femblera
toucher cette image & en être
touchée , comme fi une autre main prenoit
la vôtre , ainfi comme font ordinairement
deux amis qui fe rencontrent
. Enfin fi vous reculez encore d'environ
un pied , & que tenant votre épée
nue à la main , vous en dirigiez la pointe
vers le centre du Miroir , comme en
vifant vers les yeux de votre image, vous
verrez la pointe de votre épée fortir du
miroir & revenir vers vous, comme fi une
autre perfonne fe battoit contre vous.
Si vous fendez un peu par un bout un
bâton de trois à quatre pieds de longueur,
que vous paffiez dans cette fente
la queue d'un bouquet , & qu'étant
placé comme ci- devant , vous préfentiez
au Miroir ce bâton par le bout où
eft le bouquet , en le dirigeant horizontalement
comme l'épée ; mais en obfervant
de préfenter le bouquet renverfé
, & le tenant éloigné du Miroir
du double de fon foyer , c'est-à - dire ,
de trois pieds du centre , fi c'eft un
Miroir de neuf, & de douze pouces de
Hij
173 MERCURE DE FRANCE.
diamètre ; vous verrez en l'air fon ima
ge les fleurs en en-haut , & plufieurs
perfonnes étant à côté de vous les verront
auffi .
Vous pouvez auffi fufpendre ce bouquet
renversé derrière un carton noir
placé debout devant le Miroir , à la diftance
du double de fon foyer , & qui
ne s'éléve que jufqu'à la moitié de fa
hauteur , en forte qu'on puiffe aiſément
regarder pardeffus dans ce Miroir ; alors
on ne verra pas le bouquet réel , & cependant
on appercevra fon image en
l'air au-deffus de ce carton , en place
duquel même on peut mettre toute autre
chofe qui aura moins l'air d'avoir
été mife exprès,
Avec un peu d'intelligence & d'adreffe
, on peut varier cet effet de bien
des manières , & le rendre très - furprenant
: on peut , par exemple , la nuit
dans une chambre , dans laquelle on ne
verra aucunes lumières , faire voir fur
une table un chat, un chien , un oiſeau ,
un petit enfant même , couchés fur le
côté, & ce que l'on verra ne fera qu'une
image fantaſtique , qui fera d'autant
mieux illufion qu'elle aura tous les mouvemens
animés que fe donnera l'objet
réel qu'on ne verra pas
OCTOBRE. 1763 . 173
Il y a un grand nombre d'autres expériences
curieufes à faire avec ces Miroirs
concaves , & dont le détail feroit
d'une trop grande étendue pour un fimple
extrait comme celui -ci . Je finirai , en
difant que la propriété qu'ils ont de
groffir prodigieufemnt , les rend fort
commodes aux hommes pour ſe rafer
& pour fe nettoyer les dents ; & aux
Dames pour placer leur rouge & en affoiblir
les extrémités graduellement , de
manière à imiter mieux la belle nature,
qu'il eft fait pour fuppléer.
Le refle au Mercure prochain.
Fermer
31
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
32
p. 135-147
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
Début :
LES Miroirs convèxes sont composés d'une glace semblable à celle des [...]
Mots clefs :
Loupe, Miroirs, Rayons, Foyer, Diamètre, Glace, Verre, Miroirs concaves, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
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33
p. 138
De COPPENHAGUE, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le 11 de ce mois, vers les onze heures du soir, [...]
Mots clefs :
Temps, Globe de feu, Ciel, Étincelle, Lumière
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texteReconnaissance textuelle : De COPPENHAGUE, le 17 Juillet 1764.
De COPPENHAGUE , le 17 Juillet 1764.
Le 11 de ce mois , vers les onze heures du foir ,
le Temps étant ferein & calme , on apperçut à
Toricbilitrup dans l'Ifle de Falſter un globe de
feu dont le mouvement rapide étoit dirigé dư
Sud au Nord , & dont la lumière , très - éclatante
dans fa partie antérieure , diminua infenfiblement
& le termina par une étincelle femblable à une
Etoile.
Le 11 de ce mois , vers les onze heures du foir ,
le Temps étant ferein & calme , on apperçut à
Toricbilitrup dans l'Ifle de Falſter un globe de
feu dont le mouvement rapide étoit dirigé dư
Sud au Nord , & dont la lumière , très - éclatante
dans fa partie antérieure , diminua infenfiblement
& le termina par une étincelle femblable à une
Etoile.
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