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1
p. 137-163
Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
Début :
Mais, Madame, je ne dois pas oublier que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Béarn, Hérésie de Calvin, Succès, Religion prétendue réformée, Religion catholique, Gentilhommes, Religionnaires, Conseillers au Parlement, Lieutenant, Zèle, Seigneurs, Église romaine, Nouveaux convertis, Députés, Acte de délibération, Familles, Foi, Villes
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
Mais , Madame,
je ne
dois pas
je vous ay promis la fuite
Aouſt 1685.
oublier que
M
曹
138 MERCURE
des Converfions qui fe font
faites dans le Bearn , pendant
le mois de Juin . Je
vous aurois tenu parole plûtoft
, fans le temps qu'il m'a
fallu employer à concilier
des Relations que j'ay receuës
de divers endroits fur
cette affaire . C'eſt ce qui me
fait vous affeurer que je ne
vous en écriray rien qui ne
foit certain. Je vous ay déja
marqué , que depuis le commencement
de Mars jufques
à la fin de May, plus de
quatre mille cinq cens Perfonnes
avoiét abjuré l'Heré-
1
1
GALANT. 139 *
3
1
fie de Calvin dans cette Province.
Ces heureux fuccez
ont toûjours continué , & les
dix premiers jours de Juin
ont produit plusde trois mille
Abjurations de plufieurs Villes,
Bourgs , &Villages, où M..
Foucault , Commiffaire de
party par Sa Majefté dans
cette même Province , a laif--
fé des Miffionnaires , & tous
les ordres qu'il faut pour
prendre foin de l'inſtruction a
de ceux qui ont demandé du
temps.
Mais ce qui a donné un
grand mouvement aux Con
Mija
140 MERCURE
verfions qui ont fuivy , a
efté la reduction entiere de
la Ville de Salies , dans laquelle
parmy cinq cens Familles
de la Religion Prétenduë
Reformée , il n'y en
avoit pas vingt Catholiques .
Ce fut cette Ville qui du
temps de la Reyne Jeanne,
foûtint un long Siege fur la
Religion Catholique ; ce qui
avoit fait craindre d'abord
qu'il ne fuft fort malaiſé d'en
chaffer l'Heréfie ; mais les
plus cófiderables d'entre les
Gentilhommes & les Bourgeois
ayant abjuré , le PeuGALANT.
141
I
3
S
ple a fuivy , & en moins de
trois jours , il s'eſt converty
plus de deux mille Perfonnes
. M. le Préſident de Gaffion
eftant venu à Salies où
il poffede beaucoup de bien ,
a extrémement contribué
aux Converſions dont je .
vous parle , & comme toutes
les autres Villes du Bearn
avoient les yeux ouverts fur
ce que feroit celle de Salies ;
ce changement genéral de
tous les Habitans les a ébranlées
;
fiter
de
ces
bonnes
difpofide
forte que pour protions
, M. Foucault a fait.
142 MERCURE
deux chofes . La premiere,
a efté d'engager les Sei--
gneurs Catholiques qui ont
des terres où il y avoit des
Religionnaires
, d'aller inceffamment
travailler à leur
Converfion, en quoy ils ont
agy fiefficacement, qu'ils les
ont prefque tous ramenez à
l'Eglife.M.le Préfidét deGaffion
, M " Dorogne , de Candau
, de S. Macary , & Senay,
Confeillers du Parlement de
Navarre , Mrs les Marquis
de Moneins , Senéchal du
Pays de Soulle , de la Taulade
, Lieutenant de Roy , de
GALANT. 143
S
1
Navarreux , M's les Barons
de Boil & d'Affat , & beaucoup
d'autres Officiers &
Gentilshommes , ont utilement
employé le credit
qu'ils ont dans leurs Paroiffes
, pour feconder les intentions
du Roy. Sur tout la
Famille de M. le Baron Darbomave
, n'a rien épargné
dans une occafion fi importante
de ce qui pouvoit fignaler-
fon zele pour la Reli-
B gion Catholique , & pour le
fervicede SaMajefté.La fecó.
de chofe que M. Foucault a
faite , a efté de fe rendre in144,
MERCURE
continent dans les Villes &
dans les Paroiffes qui appartiennent
au Roy , comme
auffi dans celles dont
les Seigneurs font profeffion
de la Religion Prétenduë
Reformée , & pendant:
trois femaines qu'il a employées
à vifiter , à exhorter,
& à faire inftruire les Religionnaires
, il s'eſt fait des
Converfions fans nombre:
dans tous les lieux où il a
efté . Mais ce qu'il y a de
bien
glorieux pour
le
Roy
dans ce grand mouvement
de Religion , c'eſt la ſoumif
fion
1
GALANT: 145
5
fion que les Habitans d'Oleron,
qui eft la plus grandeVille
de la Province, ont témoi
gnéo à fes Ordres , faifant
voir par là qu'ils eftoient
perfuadez qu'ils ne pouvoiết
manquer en fuivant les volontez
d'un Prince , dont
toutes les entrepriſes paroiffent
viſiblement foûtenuës
du Ciel. Ce fage & zelé
Commiffaire qui les fit affembler
en fa prefence , ne
leur eut pas plûtoft fait connoiſtre
que l'intention de Sa
Majeſté eftoit qu'ils ſe fiſfent
inftruire des Principes
Aouft 1685.
1
N
146 MERCURE
de l'Eglife Romaine , qu'ils
demanderent quinze jours
pour le faire , & ce terme
eftant expiré , ils députerent
vers luy M. Colomits , l'un
d'entr'eux , pour luy dire
qu'ils eftoient réfolus d'embraffer
la Religion de leur
Souverain. C'eft ce qu'ils
firent tous avec leurs Femmes
& leurs Enfans , entre
les mains de M. l'Evefque
d'Oleron , & le premier de
Juillet ils affifterent tous à la
Meffe pontificalement celebrée
par ce Prelat , & enrendirent
la Prédication du
GALANT. 147
Is
S
1
Pere Carriere Jeſuite , ayant
à leur tefte M. Goulard Miniftre
, qui s'eftoit converty
quinze jours auparavant , &
qui leur avoit rendu raiſon
des Motifs de fon Abjuration
. Ils vinrent auffi le foir
à l'Eglife , où l'on chanta le
Te Deum , en Action de graces
de cette importante
Converſion . M. l'Evefque
y porta le Saint Sacrement
en Proceffion , & y donna la
Benédiction aux nouveaux
Convertis , & aux autres Catholiques
, dont l'Eglife fe
trouva pleine , & pour mieux
Nij
148 MERCURE
folemnifer le jour heureux
de la réunion de tous les
Habitans d'Oleron fous une
mefme Communion , les Jurats
firent faire des Feux de
joye , & M. Foucaut alluma
le Bucher de celuy qui fut
élevé à la Place publique , au
bruit du Canon & de la
Moufqueterie , & aux acclamatrons
de Vive le Roy . Huit
jours avant le retour des
Prétendus Reformez d'Oleron
à l'Eglife , M. Foucault
retourna à Pau , où dans une
Affemblée des Principaux
de la Ville , il leur fit conGALANT.
149
I noiftre les Motifs preffans
S qu'ils avoient de fuivre au
plûtoft l'exéple de ceux d'Oleron
. Ils luy demanderent
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire . Je n'ay
pas bien fceu quels moyens
il empløya pour réüffir dans
cette derniere entrepriſe;
mais il eſt certain que dés
l'onzième jour , les Habi
tans de Pau luy envoyerent
quatre Députez d'entr'eux .
M. Vidal ancien Avocat
porta la parole , & luy dit ,
Que leur Eglife , fi on pouvoir
encore luy donner ce nom ,
venoir
N iij
150 MERCURE
de les députer pour luy faire connoiftre
, qu'aprés avoir meurement
examiné les Points qui les
avoient tenus fi long- temps ſeparez
de la Communion Romaine , ils
avoiet ouvert les yeux à la verité;
qu'ils eftoient refolus de donner
au Roy , la fatisfaction de les
voir rentrerfousfon Augufte Regne
dans le fein de l'Eglife Catholique
, Apoftolique & Romaine;
qu'ils n'eftoient plus ces Enfans
rebelles & capricieux , qui
méprifoient la voix de leur Mere
, qui ne vouloient écouter
que
ue la voix de l'Etranger ; que
Le Roy qui fe fait un honneur
GALANT. 151
que
d'eftre le Fils aifné de l'Eglife,
les avoit enfin rangez fous fes
loix , mis fous fa Difcipline ,
qu'il leur faifoit prendre ce joug
aife , & ces falutaires chaifnes
leurs Peres avoient fi mal
beureufementbrifes qu'il nefalloit
pas des mains moins puiffantes que
Lesfiennes , pour rendre la veüe à
des Aveugles nez , &pour
transporter des tenebres à la lumiere,&
qu'il eftoit refervé à un Roy
auffi pieux que le LOUIS LE
GRAND , d'éteindre dans
leurs coeurs les fentimens d'une
Religion qu'ils avoient receüe
d'une illuftre Reyne . Ils fini
M. iiij
les
152 MERCURE
rent par des fouhaits , qu'aprés
que noftre invincible Monarque
aura eu ta fatisfaction de
ramener dans l'Eglife fes Sujets
dévoyez,il ait encore la gloire d'y
ranger toutes les Nations infidel
les.
Aprés ce Difcours ces
,
mefmes Députez remirent à
M. Foucault, un Acte de Déliberation
figné de tous les
Chefs de Famille qui
avoient affifté à leur Affeinblée
, conceu en ces termes.
,
GALANT. · 153
N
Ous fous-fignez Habi
tans & Chefs de Fa-
4145 mille de la Ville dePau, ayantfait
juſqu'à prefent profeffion de la
Religion Pretenduë Reformée ,
déclarons que fur ce qui nous a
efté reprefenté par M. Foucault,
Intendant de Bearn Navarre
, que le Roy n'avoit rien plus
à coeur , que de voir tous fes Sujets
reünis fous une mefme Com
munion , & ayant efté informez
que l'on nous avoit déguisé les
veritables fentimens de l'Eglife .
Romaine ; ce qui obligeoit Sa
Majefté qui veille continuelle154
MERCURE
ment au bien & à l'avantage de
fes Sujets , a defirer que nous nous
fiffions inftruire des Veritez Ca.
tholiques , nous aurions fupplié
ledit Sieur Foucault Intendant,
de nous permettre de nous affembler
pour déliberer fur une propofition
fi importante à noftre falut,
cette liberté nous ayant esté
accordée , nous nous sommes affemblez
prefque tous les jours
pendant trois semaines chez le
Sieur de Navailles , Sindic du
Pays de Bearn , & premierJurat
de la Ville de Pau , pour bien
reconnoftre les caufes de noftre feparation
d'avec l'Eglife Romai
GALANT. 155
1
> t nous déterminer fur le
Party que nous avions à fuivre;
fibien qu'aprés avoir meurement
déliberé fur tous les Poincts dans
lefquels
nous
differons , nous aurions
tous d'un commun accord
convenu qu'il eftoit de l'intereft
de nos confciences d'embraffer la
Foy Catholique , Apoftolique &
Romaine. Nous déclarons de
plus qu'encore que le defir de faire
noftrefalut , & la gloire de Dieu
foientles Motifs de noftre changement
; neanmoins l'obeïffance que
nous devons aux ordres de San
Majefté , & la reconnoiſſance
que nous avons de fes foins pa156
MERCURE
•
ternels , ont tres- utilement fervy
à noftre prompte détermination , à
quoy n'ont pas peu contribué les
fages follicitations qui nous ont
efté faites par ledit Sieur Intendant
, qui nous a pris charitablement
par la main pour nous remettre
dans l' Arche . Auffireconnoiffons-
nous dans cette Converfion
, que c'est par fon Canal
que nous avons fenty les effets de
la bonté de noftre Augufte Mo
narque, comme c'est par le Canal
de ce grand Prince , que nous
avons fenty les effets de la Grace
qui nous doit reünir à l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Ros
GALANT. 157 .
maine , que nous déclarons vouloir
profeffer fincerement & de
bonne foy , jusqu'au dernier moment
de noftre vie , enfoydequoy
nous avons figné la prefente Déliberation
à Pau ce 12. Juiller
1685. Ainfi figné Vidal Député,
Faget Avocat & Deyen , la
Vie Avocat, Gruyer Avocat &
Doyen , Dogovein , Faget, Larrieu
Avocat , Remy , Vignat,
Cafaubon Medecin , Blair Avocat
,&c.
Cet Acte de Déliberation
fi folemnel , fut fuivy le Dimanche
15. Juillet , de leur
158 MERCURE
Abjuration , auquel jour on
fit une Proceffion , où le Parlement
& tous les Corps de la
Ville affifterent . Le Te Deum
y fut auffi chanté , & les acclamations
de Vive le Roy ,
furent accompagnées du
bruit du Canon du Château,
& fuivies d'un Feu d'artifice,
& de la décharge de la Mouf
queterie. On peut dire que
la Converfion des Pretendus
Reformez de la Ville de Pau
a efté generale , puis qu'il
n'y refte prefentement que
deux Familles de Gentilshommes
, & une d'un MarGALANT.
159
chand, qui témoignent youloir
perfeverer dans la Religion
Pretenduë Reformée ,
avec les Femmes de trois Of
ficiers du Parlement , & de
quatre autres Bourgeois .
A l'égard des Pretendus
Reformez de la Ville d'Orthez
, qui avoient auſſi demandé
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire ,
M. Foucault s'eftant rendu
à Orthez le lendemain du
jour de l'échéance du terme
qu'il leur avoit accordé, plufieurs
des principaux Habitans
fe convertirent à fon ar
160 MERCURE
rivée, & leur Converfion fut
fuivie le mefine jour de celle
de plus de mille perfonnes,
le lendemain de mille autres ,
& en trois jours il n'y refta
pas deux cens perfonnes de
la Religion Pretenduë Reforinée
, de prés de quatre
mille qu'il y en avoit ;
forte qu'ils font preſentement
réduits à dix ou douze
Familles, qui avec une vingtaine
d'autres s'eftoient engagez
par un Traité , de demeurer
fermes dans leur Religion
, quand mefme tous
ceux qui en faifoient profeſ
de
GALANT. 16T
fion dans le Bearn , fe feroiét
Catholiques,ayat envoyé un
Deputé au Roy, pour le fupplier
de leur permettre d'en
cótinuer l'Exercice ; mais ces
20 autres Familles fe sót détachées,
aprés que M. Foucault
leur a fait
connoiftre que ce
Traité tenoit de la Faction.
Il y avoit encore cent Fa
milles de la Religion Pretenduë
Reformée , dans le Bourg
d'Orthez ; mais M. le Duc de
Grammont , qui en eft Sei--
gneur , leur ayant écrit pour
les engager à fuivre l'exem
ple de tous les autres lieux
Aoust 1685. O
162 MERCURE
de Bearn , elles fe font converties
, à la reſerve de trois
ou quatre qui font entrées
dans le Traité d'affociation
de celles qui perfeverent encore
dans leur opiniaſtreté
à Orthez. Cependant il y a
lieu d'efperer que ce petit
nombre , ainfi que quelques
Gentilshommes , & autres
poffedans des biens nobles ,
qui n'ont pû encore ſe déterminer
, ouvriront bientoft
les yeux à la verité, aprés
un exemple fi perſuaſif , &
fi memorable. Les chofes
eftant en ces termes on
?
GALANT. 163
peut regarder prefentement
le Bearn comme une Province
toute Catholique..
Huit cens Religionnaires
ou
environ difperfez dans toutes
ſes parties , doivent eſtre
comptez pour peu de chofe
fi l'on confidere que c'eft le
refte d'environ vingt deux.
mille , qui rempliffoient les
meilleures Villes & Bourgs
de la Province , & qui étoient
les plus riches. Joignez à
cela que parmy ces nouveaux
Convertis , il y a trois
Miniftres des plus habiles
qui ont fait leur Abjuration
depuis un mois.
je ne
dois pas
je vous ay promis la fuite
Aouſt 1685.
oublier que
M
曹
138 MERCURE
des Converfions qui fe font
faites dans le Bearn , pendant
le mois de Juin . Je
vous aurois tenu parole plûtoft
, fans le temps qu'il m'a
fallu employer à concilier
des Relations que j'ay receuës
de divers endroits fur
cette affaire . C'eſt ce qui me
fait vous affeurer que je ne
vous en écriray rien qui ne
foit certain. Je vous ay déja
marqué , que depuis le commencement
de Mars jufques
à la fin de May, plus de
quatre mille cinq cens Perfonnes
avoiét abjuré l'Heré-
1
1
GALANT. 139 *
3
1
fie de Calvin dans cette Province.
Ces heureux fuccez
ont toûjours continué , & les
dix premiers jours de Juin
ont produit plusde trois mille
Abjurations de plufieurs Villes,
Bourgs , &Villages, où M..
Foucault , Commiffaire de
party par Sa Majefté dans
cette même Province , a laif--
fé des Miffionnaires , & tous
les ordres qu'il faut pour
prendre foin de l'inſtruction a
de ceux qui ont demandé du
temps.
Mais ce qui a donné un
grand mouvement aux Con
Mija
140 MERCURE
verfions qui ont fuivy , a
efté la reduction entiere de
la Ville de Salies , dans laquelle
parmy cinq cens Familles
de la Religion Prétenduë
Reformée , il n'y en
avoit pas vingt Catholiques .
Ce fut cette Ville qui du
temps de la Reyne Jeanne,
foûtint un long Siege fur la
Religion Catholique ; ce qui
avoit fait craindre d'abord
qu'il ne fuft fort malaiſé d'en
chaffer l'Heréfie ; mais les
plus cófiderables d'entre les
Gentilhommes & les Bourgeois
ayant abjuré , le PeuGALANT.
141
I
3
S
ple a fuivy , & en moins de
trois jours , il s'eſt converty
plus de deux mille Perfonnes
. M. le Préſident de Gaffion
eftant venu à Salies où
il poffede beaucoup de bien ,
a extrémement contribué
aux Converſions dont je .
vous parle , & comme toutes
les autres Villes du Bearn
avoient les yeux ouverts fur
ce que feroit celle de Salies ;
ce changement genéral de
tous les Habitans les a ébranlées
;
fiter
de
ces
bonnes
difpofide
forte que pour protions
, M. Foucault a fait.
142 MERCURE
deux chofes . La premiere,
a efté d'engager les Sei--
gneurs Catholiques qui ont
des terres où il y avoit des
Religionnaires
, d'aller inceffamment
travailler à leur
Converfion, en quoy ils ont
agy fiefficacement, qu'ils les
ont prefque tous ramenez à
l'Eglife.M.le Préfidét deGaffion
, M " Dorogne , de Candau
, de S. Macary , & Senay,
Confeillers du Parlement de
Navarre , Mrs les Marquis
de Moneins , Senéchal du
Pays de Soulle , de la Taulade
, Lieutenant de Roy , de
GALANT. 143
S
1
Navarreux , M's les Barons
de Boil & d'Affat , & beaucoup
d'autres Officiers &
Gentilshommes , ont utilement
employé le credit
qu'ils ont dans leurs Paroiffes
, pour feconder les intentions
du Roy. Sur tout la
Famille de M. le Baron Darbomave
, n'a rien épargné
dans une occafion fi importante
de ce qui pouvoit fignaler-
fon zele pour la Reli-
B gion Catholique , & pour le
fervicede SaMajefté.La fecó.
de chofe que M. Foucault a
faite , a efté de fe rendre in144,
MERCURE
continent dans les Villes &
dans les Paroiffes qui appartiennent
au Roy , comme
auffi dans celles dont
les Seigneurs font profeffion
de la Religion Prétenduë
Reformée , & pendant:
trois femaines qu'il a employées
à vifiter , à exhorter,
& à faire inftruire les Religionnaires
, il s'eſt fait des
Converfions fans nombre:
dans tous les lieux où il a
efté . Mais ce qu'il y a de
bien
glorieux pour
le
Roy
dans ce grand mouvement
de Religion , c'eſt la ſoumif
fion
1
GALANT: 145
5
fion que les Habitans d'Oleron,
qui eft la plus grandeVille
de la Province, ont témoi
gnéo à fes Ordres , faifant
voir par là qu'ils eftoient
perfuadez qu'ils ne pouvoiết
manquer en fuivant les volontez
d'un Prince , dont
toutes les entrepriſes paroiffent
viſiblement foûtenuës
du Ciel. Ce fage & zelé
Commiffaire qui les fit affembler
en fa prefence , ne
leur eut pas plûtoft fait connoiſtre
que l'intention de Sa
Majeſté eftoit qu'ils ſe fiſfent
inftruire des Principes
Aouft 1685.
1
N
146 MERCURE
de l'Eglife Romaine , qu'ils
demanderent quinze jours
pour le faire , & ce terme
eftant expiré , ils députerent
vers luy M. Colomits , l'un
d'entr'eux , pour luy dire
qu'ils eftoient réfolus d'embraffer
la Religion de leur
Souverain. C'eft ce qu'ils
firent tous avec leurs Femmes
& leurs Enfans , entre
les mains de M. l'Evefque
d'Oleron , & le premier de
Juillet ils affifterent tous à la
Meffe pontificalement celebrée
par ce Prelat , & enrendirent
la Prédication du
GALANT. 147
Is
S
1
Pere Carriere Jeſuite , ayant
à leur tefte M. Goulard Miniftre
, qui s'eftoit converty
quinze jours auparavant , &
qui leur avoit rendu raiſon
des Motifs de fon Abjuration
. Ils vinrent auffi le foir
à l'Eglife , où l'on chanta le
Te Deum , en Action de graces
de cette importante
Converſion . M. l'Evefque
y porta le Saint Sacrement
en Proceffion , & y donna la
Benédiction aux nouveaux
Convertis , & aux autres Catholiques
, dont l'Eglife fe
trouva pleine , & pour mieux
Nij
148 MERCURE
folemnifer le jour heureux
de la réunion de tous les
Habitans d'Oleron fous une
mefme Communion , les Jurats
firent faire des Feux de
joye , & M. Foucaut alluma
le Bucher de celuy qui fut
élevé à la Place publique , au
bruit du Canon & de la
Moufqueterie , & aux acclamatrons
de Vive le Roy . Huit
jours avant le retour des
Prétendus Reformez d'Oleron
à l'Eglife , M. Foucault
retourna à Pau , où dans une
Affemblée des Principaux
de la Ville , il leur fit conGALANT.
149
I noiftre les Motifs preffans
S qu'ils avoient de fuivre au
plûtoft l'exéple de ceux d'Oleron
. Ils luy demanderent
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire . Je n'ay
pas bien fceu quels moyens
il empløya pour réüffir dans
cette derniere entrepriſe;
mais il eſt certain que dés
l'onzième jour , les Habi
tans de Pau luy envoyerent
quatre Députez d'entr'eux .
M. Vidal ancien Avocat
porta la parole , & luy dit ,
Que leur Eglife , fi on pouvoir
encore luy donner ce nom ,
venoir
N iij
150 MERCURE
de les députer pour luy faire connoiftre
, qu'aprés avoir meurement
examiné les Points qui les
avoient tenus fi long- temps ſeparez
de la Communion Romaine , ils
avoiet ouvert les yeux à la verité;
qu'ils eftoient refolus de donner
au Roy , la fatisfaction de les
voir rentrerfousfon Augufte Regne
dans le fein de l'Eglife Catholique
, Apoftolique & Romaine;
qu'ils n'eftoient plus ces Enfans
rebelles & capricieux , qui
méprifoient la voix de leur Mere
, qui ne vouloient écouter
que
ue la voix de l'Etranger ; que
Le Roy qui fe fait un honneur
GALANT. 151
que
d'eftre le Fils aifné de l'Eglife,
les avoit enfin rangez fous fes
loix , mis fous fa Difcipline ,
qu'il leur faifoit prendre ce joug
aife , & ces falutaires chaifnes
leurs Peres avoient fi mal
beureufementbrifes qu'il nefalloit
pas des mains moins puiffantes que
Lesfiennes , pour rendre la veüe à
des Aveugles nez , &pour
transporter des tenebres à la lumiere,&
qu'il eftoit refervé à un Roy
auffi pieux que le LOUIS LE
GRAND , d'éteindre dans
leurs coeurs les fentimens d'une
Religion qu'ils avoient receüe
d'une illuftre Reyne . Ils fini
M. iiij
les
152 MERCURE
rent par des fouhaits , qu'aprés
que noftre invincible Monarque
aura eu ta fatisfaction de
ramener dans l'Eglife fes Sujets
dévoyez,il ait encore la gloire d'y
ranger toutes les Nations infidel
les.
Aprés ce Difcours ces
,
mefmes Députez remirent à
M. Foucault, un Acte de Déliberation
figné de tous les
Chefs de Famille qui
avoient affifté à leur Affeinblée
, conceu en ces termes.
,
GALANT. · 153
N
Ous fous-fignez Habi
tans & Chefs de Fa-
4145 mille de la Ville dePau, ayantfait
juſqu'à prefent profeffion de la
Religion Pretenduë Reformée ,
déclarons que fur ce qui nous a
efté reprefenté par M. Foucault,
Intendant de Bearn Navarre
, que le Roy n'avoit rien plus
à coeur , que de voir tous fes Sujets
reünis fous une mefme Com
munion , & ayant efté informez
que l'on nous avoit déguisé les
veritables fentimens de l'Eglife .
Romaine ; ce qui obligeoit Sa
Majefté qui veille continuelle154
MERCURE
ment au bien & à l'avantage de
fes Sujets , a defirer que nous nous
fiffions inftruire des Veritez Ca.
tholiques , nous aurions fupplié
ledit Sieur Foucault Intendant,
de nous permettre de nous affembler
pour déliberer fur une propofition
fi importante à noftre falut,
cette liberté nous ayant esté
accordée , nous nous sommes affemblez
prefque tous les jours
pendant trois semaines chez le
Sieur de Navailles , Sindic du
Pays de Bearn , & premierJurat
de la Ville de Pau , pour bien
reconnoftre les caufes de noftre feparation
d'avec l'Eglife Romai
GALANT. 155
1
> t nous déterminer fur le
Party que nous avions à fuivre;
fibien qu'aprés avoir meurement
déliberé fur tous les Poincts dans
lefquels
nous
differons , nous aurions
tous d'un commun accord
convenu qu'il eftoit de l'intereft
de nos confciences d'embraffer la
Foy Catholique , Apoftolique &
Romaine. Nous déclarons de
plus qu'encore que le defir de faire
noftrefalut , & la gloire de Dieu
foientles Motifs de noftre changement
; neanmoins l'obeïffance que
nous devons aux ordres de San
Majefté , & la reconnoiſſance
que nous avons de fes foins pa156
MERCURE
•
ternels , ont tres- utilement fervy
à noftre prompte détermination , à
quoy n'ont pas peu contribué les
fages follicitations qui nous ont
efté faites par ledit Sieur Intendant
, qui nous a pris charitablement
par la main pour nous remettre
dans l' Arche . Auffireconnoiffons-
nous dans cette Converfion
, que c'est par fon Canal
que nous avons fenty les effets de
la bonté de noftre Augufte Mo
narque, comme c'est par le Canal
de ce grand Prince , que nous
avons fenty les effets de la Grace
qui nous doit reünir à l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Ros
GALANT. 157 .
maine , que nous déclarons vouloir
profeffer fincerement & de
bonne foy , jusqu'au dernier moment
de noftre vie , enfoydequoy
nous avons figné la prefente Déliberation
à Pau ce 12. Juiller
1685. Ainfi figné Vidal Député,
Faget Avocat & Deyen , la
Vie Avocat, Gruyer Avocat &
Doyen , Dogovein , Faget, Larrieu
Avocat , Remy , Vignat,
Cafaubon Medecin , Blair Avocat
,&c.
Cet Acte de Déliberation
fi folemnel , fut fuivy le Dimanche
15. Juillet , de leur
158 MERCURE
Abjuration , auquel jour on
fit une Proceffion , où le Parlement
& tous les Corps de la
Ville affifterent . Le Te Deum
y fut auffi chanté , & les acclamations
de Vive le Roy ,
furent accompagnées du
bruit du Canon du Château,
& fuivies d'un Feu d'artifice,
& de la décharge de la Mouf
queterie. On peut dire que
la Converfion des Pretendus
Reformez de la Ville de Pau
a efté generale , puis qu'il
n'y refte prefentement que
deux Familles de Gentilshommes
, & une d'un MarGALANT.
159
chand, qui témoignent youloir
perfeverer dans la Religion
Pretenduë Reformée ,
avec les Femmes de trois Of
ficiers du Parlement , & de
quatre autres Bourgeois .
A l'égard des Pretendus
Reformez de la Ville d'Orthez
, qui avoient auſſi demandé
quinze jours pour achever
de fe faire inftruire ,
M. Foucault s'eftant rendu
à Orthez le lendemain du
jour de l'échéance du terme
qu'il leur avoit accordé, plufieurs
des principaux Habitans
fe convertirent à fon ar
160 MERCURE
rivée, & leur Converfion fut
fuivie le mefine jour de celle
de plus de mille perfonnes,
le lendemain de mille autres ,
& en trois jours il n'y refta
pas deux cens perfonnes de
la Religion Pretenduë Reforinée
, de prés de quatre
mille qu'il y en avoit ;
forte qu'ils font preſentement
réduits à dix ou douze
Familles, qui avec une vingtaine
d'autres s'eftoient engagez
par un Traité , de demeurer
fermes dans leur Religion
, quand mefme tous
ceux qui en faifoient profeſ
de
GALANT. 16T
fion dans le Bearn , fe feroiét
Catholiques,ayat envoyé un
Deputé au Roy, pour le fupplier
de leur permettre d'en
cótinuer l'Exercice ; mais ces
20 autres Familles fe sót détachées,
aprés que M. Foucault
leur a fait
connoiftre que ce
Traité tenoit de la Faction.
Il y avoit encore cent Fa
milles de la Religion Pretenduë
Reformée , dans le Bourg
d'Orthez ; mais M. le Duc de
Grammont , qui en eft Sei--
gneur , leur ayant écrit pour
les engager à fuivre l'exem
ple de tous les autres lieux
Aoust 1685. O
162 MERCURE
de Bearn , elles fe font converties
, à la reſerve de trois
ou quatre qui font entrées
dans le Traité d'affociation
de celles qui perfeverent encore
dans leur opiniaſtreté
à Orthez. Cependant il y a
lieu d'efperer que ce petit
nombre , ainfi que quelques
Gentilshommes , & autres
poffedans des biens nobles ,
qui n'ont pû encore ſe déterminer
, ouvriront bientoft
les yeux à la verité, aprés
un exemple fi perſuaſif , &
fi memorable. Les chofes
eftant en ces termes on
?
GALANT. 163
peut regarder prefentement
le Bearn comme une Province
toute Catholique..
Huit cens Religionnaires
ou
environ difperfez dans toutes
ſes parties , doivent eſtre
comptez pour peu de chofe
fi l'on confidere que c'eft le
refte d'environ vingt deux.
mille , qui rempliffoient les
meilleures Villes & Bourgs
de la Province , & qui étoient
les plus riches. Joignez à
cela que parmy ces nouveaux
Convertis , il y a trois
Miniftres des plus habiles
qui ont fait leur Abjuration
depuis un mois.
Fermer
Résumé : Suite des Conversions faites dans le Bearn, pendant le mois de Juin. [titre d'après la table]
En juin 1685, plus de trois mille personnes en Béarn ont abjuré le calvinisme, portant à près de huit mille le nombre total de conversions depuis mars. Cette vague de conversions a été facilitée par M. Foucault, commissaire du roi, et des missionnaires. La ville de Salies, connue pour sa résistance au catholicisme, a vu une conversion massive en trois jours, influencée par des notables locaux comme le Président de Gassion. Les seigneurs catholiques ont également encouragé les conversions dans leurs domaines. À Oléron, les habitants ont demandé un délai pour s'instruire avant de se convertir collectivement le 1er juillet. À Pau, après une assemblée, les habitants ont décidé de se convertir après un délai de quinze jours. Les protestants de Pau ont envoyé des députés au roi pour annoncer leur retour au catholicisme. M. Vidal, ancien avocat, a déclaré que cette décision était mûrement réfléchie et motivée par la recherche du salut et l'obéissance aux ordres royaux. La conversion a été officialisée le 15 juillet par une procession et des célébrations. À Orthez, plusieurs habitants se sont également convertis, réduisant significativement le nombre de protestants. En août 1685, seules une dizaine de familles protestantes restaient en Béarn, ayant signé un traité pour maintenir leur religion. Cependant, vingt autres familles se sont retirées après avoir appris que ce traité était perçu comme une faction. Le duc de Grammont a encouragé cent familles protestantes à Orthez à se convertir, ne laissant que trois ou quatre familles fidèles à leur foi. Actuellement, le Béarn est considéré comme entièrement catholique, bien que quelques centaines de protestants dispersés subsistent. Trois ministres protestants influents figurent parmi les nouveaux convertis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 265-295
Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'avez paru si satisfaite de ce que je vous ay [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Religion prétendue réformée, Abjurations, Arrêts du conseil, Procès, Nouveaux convertis, Roi, Tuteurs, Déclaration, Erreurs, Calvin, Famille, Religion catholique, Paris, Provinces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
de ce que je vous ay
mandé dans ma derniere
Lettre , fur ce qui regarde la
Religion ; vous y avez veu
un fi grand nombre de Converfions
faites de bonne foy
par des perfonnes d'efprit ,
dont les lumieres en ont entrainé
d'autres , & mefme des
Villes ențieres , que je ne
Novembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
doute point que vous n'at
tendiez que je vous apprenne
aujourd'huy , que cette
Affaire , la plus importante
qui ait jamais eſté entrepriſe,
eft tout à fait confommée .
Elle eft dans des termes qui
donnent lieu de le croire ;
mais quoy que j'aye autant
de chofes à vous en dire que
le mois paffé , il me fera impoffible
de le faire , à cauſe
des grands Articles qui rempliffent
déja ma Lettre ; &
que quand elle feroit moins
avancée , il ne me reſteroit
pas encore affez de place
GALANT. 267
pour vous dire tout ce que
l'on m'a écrit fur cette matiere.
Ma premiere Lettre fuplera
à ce queje feray obligé
de referver. Depuis ma derniere
, on a publié trois Arrefts
du Confeil d'Etat du
Roy.
que
Le premier porte , Que les
Gentilshommes nouvellement convertis
à la Religion Catholique ,
reprendront dans les Eglifes les
meſmes Places Leurs Anceftres
y avoient avant qu'ils fe
fuffent laiffez infecter de l'Herefiey
jouiront de tous les
honneurs que Le changement de
Zij
268 MERCURE
Religion leur ont fait perdre , en
-forte que ceux qui s'en font mis en
poffeffion depuis ce temps - là , ſeront
obligez de les leurceder. Čet
Arreft eft tout remply de
prudence , puifqu'il épargne
toutes les Conteſtations &
les Procez qui pourroient
naître à l'égarddes marques
d'honneur, dont les Gentilshommes
'fe font toûjours
montrez fort jaloux .. Il eſt
bon d'ailleurs que les nouveaux
Convertis rentrant
dans leurs Droits , ayent la
fatisfaction pendant le Service
Divin, de fe voir placez
GALANT. * 269
en lieu d'où ils puiffent bien.
voir & entendre tout ce qui
concerne une Religion dans
laquelle ils peuvent n'eftre
pas encore entierement af
fermis. Cependant comme
le Roy eft fort jufte , & que
les perfonnes qui ont occupé
ces Places , & jouy de ces
honneurs , pendant que les
Gentilshommes qui viennent
de faire Abjuration , ont
profeffé la Religion Pretendue
Reformée, peuvent avoir
acquis quelque titre qui leur
donne droit de les conferver,
Sa Majesté les laiffe en pou-
:
Z.iij
270 MERCURE
voir d'agir par les voyes ordinaires
de la Juftice.
dé-
Le ſecond Arreſt porte
fenfes à tous Avocats , faifant
actuellement profeffion de la Re
ligion Pretendue Reformée , de
faire aucunes fonctions & Avocar
quelque Cour & Jurifdiction
que ce puiffe eftre. Sa Majefté
par fa Declaration du 11. Juilfet
dernier, avoit déja ordonné
qu'il ne feroit plus receu
aucun Avocat Religionnaire
; & ayant reconnu depuis
la publication du dernier Edit
, qui interdit dans tout le
Royaume l'Exercice de lac
GALANT. 271
Religion Pretenduë Reformée
, qu'il eftoit d'une dangereufe
confequence de laiffer
continuer les fonctions
d'Avocats à ceux qui étoient
déja receus , à caufe de l'abus
qu'ils pourroient faire du
credit que leur donne leur
profeffion fur ceux des Prétendus
Reformez qui leur
confient leurs Affaires , &
que
fe fervant contre eux
de leur confiance
, ils pourroient
les empeſcher de ſe
convertir , Elle a voulu y
7
pourvoir par l'Arreſt dont
je vous parle. Vous en voyez
Z iiij
272 MERCURE
les raifons , & elles vous pa
roiftront fans doute une fuite
de cette fageffe qui ne fe
dément jamais .
Letroifiéme eft uneInterpretation
de l'Arreſt du Confeil
d'Eftat , rendu le 18. Novembre
1680. par lequel le
Roy avoit accordé une furfeance
aux Marchands nouvellement
convertis . Sa Majeſté
ayant efté avertie qu'ils
pretendent fe fervir en tou
tes fortes d'Affaires du Penefice
qui leur a efté accordé,
& particulierementen celles
qui regarde leur Commerce
GALANT. 273
avec les Etrangers , ce qui
porteroit un préjudice notable
à celuy de fes Sujets , Elle
la
furfeance por- a ordonné
que
tée
par l'Arreft de r680. n'aura
& aucun lieu pour les Lettres
Billets de Change , ny pour les
affaires que les Marchands negotians
& Commiffaires Frangois
pourroient avoir avec les
Etrangers pour raison de leur
Commerce. Cette prévoyance
de Sa Majefté prévient quan
tite d'abus & de defordres ,
& marque la bonté qu'Elle a
pour les Etrangers
.
Il y a eu auffi deux Decla
274 MERCURE
rations du Roy , qui ont efte
enregistrées au Parlement le
17. de ce mois. L'une porte,
Qu'il nefera donné pour Tuteurs,
Subrogé- Tuteurs ou Curateurs
aux Enfans dont les Peres ou Meres
font morts on mourront de la
Religion Pretenduë Reformée ,
des perfonnes de la Religion
Catholique , pour avoir foin de
leur éducation & de leurs biens..
Sa Majesté toûjours équitable
& toûjours prudente , remedie
par là à de grands abus..
En effet , les Tuteurs Religionnaires
fe fervant de la
puiffance que cette qualité
que
GALANT. 275
leur donnoit fur leurs Pupilles,
les traitoient feverement
lors qu'ils témoignoiết queldeffein
de fe convertir ,
que
& leur refufoient mefme les
chofes les plus neceffaires
fous pretexte que l'eftat des
<
biens ou desaffaires de la fuci
ceffion de leurs Peres & Meres
ne permettoit pas qu'on
les élevaft fuiuant leur condition
. On a découvert auffr
que quelques -uns de ces Pu
pilles, n'ayant pas laiffé malgré
ces chagrins , d'abjurer
une Religion dans laquelle
ils ettoient perfuadez qu'ils
276 MERCURE
ne pouvoient
faire leur fa-
Fut , leurs Tuteurs en haine
de ce changement
, ont tellement
embaraffé leurs affai →
res , qu'ils en ont receu de
grands préjudices
lors qu'ils
ont eftéMajeurs
. Il étoit tresimportant
de remedier à ces
defordres , & c'eft ce que Sa
Majefté a fait par cette premiere
Declaration .
La feconde ordonne , Que
fi quelques Religionnaires fortent
du Royaume fans permiſſion , &
en dérobent la connoiſſance aux
Iuges ordinaires des Lieux , ceux
qui les découvriront ou dénonce
GALANT. 277
F
ront ,feront mis en poffeffion de la
moitié des fonds qu'ils auront dénoncez
dans les Pays où la Confifcation
a lieu; & que dans ceux
où elle n'eft pas receuë , la moitié
des fruits & revenus des biens
qu'ils découvriront leur fera donnée
, fans qu'on ait égard à ce qui
pourroit eftre opposé de lapart des
Parens & Heritiers de ceux des
Religionnaires qui fe ſeront ainſi
retirez. Cette Declaration remedie
à la negligence des
-Juges des Lieux , qui n'apportant
pas affez de foin pour
proceder contre les Pretendus
Reformez qui s'écha
278 MERCURE
pent du Royaume , font caufe
qu'ils continuent à joüir
des biens qu'ils y ont laif
fez ,foit au moyen des Contrats
de ventes , Ceffions ou
Tranſports fimulez faits au
profit de leurs Parens & Amis
, foit par
d'autres voyes
cachées . Un peu de rigueur
apparente pour ramener les
trop
faire
opiniaftres , eft avantageufe
à ceux à qui elle femble
nuire , & l'on ne fçauroit
pour les intereſts
de la vraye Religion .
Quoy que j'aye encore
à vous parler de Villes entieGALANT.
279
res converties , & que de fi
grands effets de la Grace &
des foins du Roy , duffent
me faire confondre les particuliers
avec la multitude ,
il y en a neanmoins beaucoup
qui doivent eſtre tirez
de la foule , & qui s'eftant
diſtinguez meritent de l'eftre
dans toutes les occafions
où leur exemple peut contribuer
au falut de leur prochain.
Mr Chardon fameux
Avocat eft de ce nombre.
S'il s'eft converty des derniers,
c'est parce qu'il a voulu
eftre fi bien éclaircy de la
28 > MERCURE
Religion qu'il fongeoit à
embraffer
> qu'il ne luy
reftaft aucun fcrupule. Il avouë
qu'eftant né dans une Religion
tolerée , ily eftoir demeuré;
fans avoir eu le temps juſqu'icy
den approfondir les erreurs ; mais
que lors qu'il y avoit fait refle
xion , il avoit fenty qu'une Religion
fi nouvelle ne pouvoit eftre
la veritable, & qu'il n'avoit pú
douter qu'elle n'euft le fort de ceuxe
qui ayant fait des fortunes trop
prodigieufes , fe trouvent élevez
fibaut , qu'il eftprefque impoffible
qu'ils ne retombent dans le
neant d'où ils font fortis. DeGALANT.
281
puis que ce celebre Avocat
a fait Abjuration , il a plaidé
la caufe de Dieu en plufieurs
endroits où il s'eft trouvé avec
desPretendus Reformez,
& leur a fait connoiftre qu'il
ne s'eſtoit converty qu'aprés
avoir examiné à loifir & ,
meurement tout ce qui regardoit
l'une & l'autre Religion
, & que s'il n'cuft pas
efté pleinement convaincu
des erreurs de celle de Calvin
, rien au monde n'auroit
efté capable de l'engager à
s'en feparer.
Nous avons encore eu icy
Aa Novembre 1685.
282 MERCURE
*
une Converfion qui a fait
beaucoupdebruit, & qui
fuivie de quantité d'autres.
a eſté
C'eft celle de M'Foreftier na
tifde Montpellier, qui ayant
eft en Hollande dés l'âge de
fix ans y fut élevé, & employé
par les Etats Generaux , premierement
auprés de M'le
Marquis de Monpoüillan ,
Lieutenant General de leur
Cavallerie; il eftoit auprésde
luy en qualité de Miniſtre
& il eut cette mefme qualité
auprés de leurs Ambaffadeurs
à
Conftantinople & à
Smirne, & en dernier lieu auGALANT.
283
prés de l'Ambaffadeur qu'ils
ont aujourd'huy en France.
Il a fait Abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , & a proteſté qu'à
l'avenir , il confacreroit fa
vie au fervice de l'Eglife Romaine.
Quelques gens cha
grins de ce changement , &
qui d'ailleurs n'eftoient pas
trop fatisfaits de ce qu'il pe
netroit dans leur conduite
plus qu'il n'auroiết fouhaité,
F'ont accufé de quelques def
ordres afin de noircir la Con
verfion ; mais malgré tout
ce qu'on a pû faire , la verité
Aa ij
284 MERCURE
a efté connue , & il n'a aucun
befoin que je juftifie
fon innocence.
. LeLe 15. de ce mois , M¹ Frizes
, quia efté Receveur General
pour Sa Majefté dans
la Generalité de Montpellier,
fit Abjuration avec toute fa
Famille & les Domestiques
.
entre les maius de Mr l'Archevefque
de Paris . Il def
cend de feu Meffire Simeon
Frizes , Baron de Sauve en
Languedoc , qui fut Secretaire
d'Etat & des Comman
demens , fous les Regnes de
Charles IX. Henry III. &
GALANT. 285.
I Henry IV. Sa Converfion
qui s'eft faire en prefence de
quantité de perſonnes de
qualité & de merite , a efté
d'une grande édification , &
doit fervir d'autant plus
perfuader les plus obſtinez,
que M ' Frizes eftoit un des
vingt - quatre Anciens du
Confiftoire de Charenton. Il
avoit toûjours paru des plus
zelez pour la Religion de
Calvin , & il n'a épargné
aucuns efforts pour la foûtenir
tant qu'il la crue
bonne .
Dáns le temps que le Tom
286 MERCURE
beau du Marefchal de Gafſion
s'eſt trouvé enfevely
fous les raynes de Charenton
, la derniere perfonne de
ce nom a fait Abjuration de
l'Herefie entre les mains du
Pere Robinet Jefuite. Elle eft
du Diocefe de Bourges, Veuve
de Meffire Frederic Henry
de Gaffion , & s'appelle
Sufanne Durand . Elle ne s'eft
convertie qu'aprés s'eftre
fait inftruire pendant une
année entiere , & ayoir ellemefme
verifié tous les Paffages
de l'Ecriture , qui pouvoient
fervir à la détromper.
GALANT. 287
Mr & Madame la Marqui
fe de Loftange ont fait la
mefme chofe, & s'y font ſentis
tellement pouffez par la
verité de la Religion Catholique
, que l'Edit de Nantes
n'eftoit pas encore revoqué
lors qu'ils fe font convertis .
Le bruit que fit il y a un
an l'Abjuration de M d'Arbaut
, Gentilhomme
de Nifmes
de l'Academie Royale
d'Arlus , m'oblige à vous informer
des fuites qu'elle a
euës à l'égard de Mademoifelle
d'Arbaut fa Fille. C'eft
une jeune perfonne qui a un
288 MERCURE
merite & des qualitez auffi
diftinguées qu'il y en ait par
my celles de fon fexe qui
font estimées les plus accom
plies. Ce digne Pere , qui avoit
paffé dans les plus confiderables
Emplois dont ceux
de la R. P. R. favorifent les
plus zelez de leur Secte , &
qui ayant d'ailleurs des talens
extraordinaires , s'eftoit
toû ours trouvé dans les Af
faires les plus importantes &
les plus fecretes de cette
Religion , fut enfin aſſez
heureux pour eftre defabu
fé de fes erreurs par les forns
de
GALANT. 289
deM ' l'Evefque deMirepoix.
fon Abjuration
Il
s'attira par
l'eftime
des Etats de Languedoc
qui luy en marquerent
une extrême
joye ; mais
dans
ce bonheur
il eut le
chagrin
de ſe voir abandonné
de Madame
d'Arbaut
fa
Femme
, qui le quitta
avec
ſept ou huit de ſes Enfans
,
& ne luy laiffa
que Mademoiſelle
d'Arbaut
fa Fille
aifnée
, que fa prudence
&
d'autres
raifons
retinrent
auprés
de luy, fans qu'elle
donnaft
aucun
fujet
d'efperer
qu'on
puft luy rendre
fuf-
Bb
Novembre 1685.
290 MERCURE
pectes les Maximes de Calvin
, dans lesquelles elle paroiffoit
entierement invinci
ble. Une opiniâtreté
ſi peu
commune dans une jeune
perfonne , qui avoit devant
les yeux l'exemple d'un Pere
fçavant & habile , étonnoit
tous ceux qui tâchoient de
la combattre. Elle dura une
année , mais enfin M' d'Arbaut
, aprés des foins & des
remontraces inutiles , l'ayant
fait réfoudre de paffer quelques
jours à Arles auprés de
Madame l'Abbeffe de Saint
Cefaire , Soeur de M' Rofe ,
GALANT. 291
pendant qu'il alloit ailleurs
pour quelques affaires , on
gagna fur fon efprit , qui
eft d'une étendue , d'une délicateffe
, & d'une force admirable
, qu'elle entreroit
dans des converfations
aifées
, & fans contrainte , avec
quelque fçavant Ecclefiaftique
qu'elle choifiroit.
pour s'inftruire des veritez
de la Religion Catholique
.
Le Pere Theophile , qui a efté
Provincial des Carmes déchauffez
, tres habile Theologien
& Predicateur
, ayant
efté prié de la voir , luy fit fi
Bb ij
292 MERCURE
bien connoiftre l'erreur où
fa naiſſance l'avoit engagée,
qu'aprés plufieurs Conferen
ces fe fentant entierement
convaincuë , elle confentit à
faire Abjuration , & le fit
fçavoir à M' l'Archevefque
d'Arles. Il en eut une joye
qu'il feroit difficile d'exprimer
, & malgré fon âge extremément
avancé, il voulut
faire luy-même les Ceremonie
de cette Abjuration . Elles
furent faites la veille de
la Touffaints dans laChapelle
de fon Palais , qui quoy que
fort grande , ſe trouva toute
GALANT. 293
remplie d'un concours extraordinaire
de Perfonnes de
qualité. Ce Prelat reveſtu de
fes habits Pontificaux fit un
Difcours fi touchant , & fi
plein de force & d'érudition ,
& l'accompagna d'une fi
grande effufion de larmes
de tendreffe , qu'il fut impoffible
à toute la Compagnie
de s'empefcher d'en verfer.
Cette jeune Demoiſelle s'acquitta
de cette action d'une
maniere toute édifiante , &
fit fa Profeffion de Foy,avec
un zele qui ne laiffa point
douter qu'elle ne fuſt veri-
Bb iij
294 MERCURE
tablement penetrée des veritez
Catholiques .
Páris fuit l'exemple des
Provinces , & on y voit tous
les jours des Converfions
fans nombre. Il ne manquoit
aux Heretiques que d'écou
ter ce que leurs Miniftres
apprehendoient qu'on ne
leur expliquaft trop clairement,
parce qu'ils fçavoient
que la verité leur feroit bientoft
connuë. Jugez combien
ils doivent aux bontez du
Roy , qui les ayant mis en
quelque forte d'obligation
de fe faire inftruire , les a mis
GALANT, 295
en mefme temps dans la
voye du Salut. En effet la
plufpart avoüent qu'ils y feroient
entrez bien plûtoft ,
fi on ne les avoit pas dé
tournez d'entendre la verité
qu'ils reconnoiffent preſentement.
J'apprens que M' Amproux
Confeiller au Parlement de
Paris , furprit agreablement
tous ceux de fa Compagnie
en entrant parmy eux com~
meCatholique,le jour qu'on
fit la Mercuriale.
Fermer
Résumé : Articles concernant tout ce qui s'est passé touchant les affaires de la Religion, & les Conversions depuis le mois dernier. [titre d'après la table]
En novembre 1685, la France a connu de nombreuses conversions sincères au catholicisme, impliquant des personnalités influentes dont les décisions ont encouragé d'autres conversions, y compris celles de villes entières. Le roi de France a pris plusieurs mesures pour consolider ces conversions. Trois arrêts du Conseil d'État ont été publiés : le premier permet aux gentilshommes convertis de reprendre leurs places dans les églises ; le second interdit aux avocats protestants d'exercer ; le troisième clarifie une surseance accordée aux marchands convertis. Deux déclarations royales ont également été enregistrées au Parlement : l'une concerne la nomination de tuteurs catholiques pour les enfants de protestants décédés, et l'autre offre des récompenses pour la dénonciation des protestants quittant le royaume sans autorisation. Parmi les conversions notables, on compte Monsieur Chardon, avocat célèbre, Monsieur Foreftier, ancien ministre, Monsieur Frizes, receveur général, Madame Suzanne Durand, veuve de Frédéric Henry de Gassion, Monsieur et Madame la Marquise de Lostange, et Mademoiselle d'Arbaut. Ces conversions sont présentées comme des exemples édifiants. Le texte relate aussi l'histoire d'un père et de sa fille, tous deux impliqués dans des événements religieux significatifs. Le père, après avoir abjuré ses erreurs, vit sa fille, Mademoiselle d'Arbaut, se convertir au catholicisme après des discussions avec des ecclésiastiques. À Paris, plusieurs conversions ont également eu lieu, dont celle de Monsieur Amproux, conseiller au Parlement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 4-25
Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Début :
Avant que d'entrer dans ce détail, j'ay à vous faire part [...]
Mots clefs :
Procession, Nouveaux convertis, Chrétiens, Fête, Église, Rome, Honneurs, Cortège, Pape, Dévotion, Cérémonie, Martyrs, Nominations, Cardinal, Conclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
Avant
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
que d'entrer dans ce
détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome
à Mr le Duc de S. Aignan
,
par M Chaffebras
de Cramailles.
Elle contient
ce qui
s'y eft paffé de confiderable
à quelques Feftes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez
particulieres
à la Proceſ
GALANT.
5
fion des Nouveaux Convertis
, & aux Réjouiffances qui
ont efté faites à l'occafion
des avantages remportez
par les Chreftiens fur les
Turcs.
L&
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E 4. du mois paffé , on fit
icy une Fefte extraordinaire
de S. Gaëtan , dans les deux
Maifons des Peres Theatins
principalement en leur Eglife de
Saint André Della Valle , une
des plus belles de Rome . Sa Sainteté
ayant ordonné par un Bref,
qu'onferoit d'orefnavant la Fefte
A iij
6 MERCURE
de Saint Gaëtan double , qui n'êtoit
auparavant que femidouble.
Le mefme jour l'on fit l'ouverture
de l'Eglife de S. Ignace
des Peres Jefuites du College Romain
, qui eft la Maison où ils
enfeignent , comme celle de la
Rue Saint Jacques à Paris . C'eft
une des plus belles Eglifes de
Rome aprés Saint Pierre. La
plupart de Meffieurs les Cardinoux,
& ce qu'il y a icy de perfonnes
de Qualitéla vinrent voir
ce jour là , le lendemain Dimanche,
L'Autel eftoit garny d'u
ne quantitéfurprenante d'argen
ع و م
GALANT. 7
terie , & le Service fe fit à quatre
Choeurs de Mufique. Cette
Eglife , celle de la Maiſon Profeffe
& celle du Novitiat , font
trois des plus belles de Rome.
Le mefme jour & le Diman
che fuivant , les Dominiquains
celebrerent la Fefte defaint Dominique
, Patron de cét Ordre.
Leur Principale Eglife eft
celle de Sancta Maria fuper
Minervam , qui estoit autrefois
le Temple d'Ifis . La Muſique
eftoit à huit Chours . Saint
Dominique Saint François
ayant esté comtemporains & fort
intimes amis , ces deux Ordres
?
A iiij
8 MERCURE
lie ,
›
ont toûjours confervé une affez
grande union l'un avec l'autre
pour en donner des marques publiques.
C'est l'ufage à Rome &
dans la plupart des Villes d'Ita
que le jour de faint Domini_
que les Obfervantins de Saint
François , nommez chez nous
Cordeliers , viennentfaire l'Office
dans le Convent des Dominiquains
, femblablement lejour
de faint François les Dominiquains
vontfaire l'Office chez les
Cordeliers.
Le 9. Aouft fe fit la Fefte de
Saint Laurent . C'est une des principales
de Rome ; on éleva des
GALANT:
9
Arcs de Triomphe dans les ruës
des environs de la Principale
Eglife de Saint Laurent.
Le 25. Aouft on celebra la
Fefte de Saint Louis dans l'E
glife de ce Saint , qui eft de la
Nation Françoife
. Il y eut une
tres-belle Mufique. M. l'Ambaffadeur
de France s'y rendit en
grand cortege à douze à treize
beures , qui font fept à huit heu
res du matin felon l'Horloge de
France , pour recevoir Meffieurs
les Cardinaux
quiy eftoient invitez
, il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils fe placerent
vous dans le Choeur fuivant leur
10 MERCURE
rang; fçavoir les Evefques , les
Prestres les Diacres . Comme
auffi M. l'Ambaffadeur à qui on
rendift les mefmes honneurs qui
leurfont rendus , foit pour les Encenffemens
, foit pour d'autre chofes.
L'Eglife eftoit toute tenduë
de bandes de Damas rouge , avec
desfleurs de Lys & des Soleils.
Le Portrait de Sa Majesté tour
de bouten Manteau Royal ,
eftoit fur la Porte à costé de celuy
de Sa Sainteté. Tout ce qu'il y a
de François à Rome , fe trouverent
chez M. l'Ambaſſadeur dés
les onze heures d'Italie , pour
luy faire cortege , & ils furent
GALANT. II
régalez de Caffé de Liqueurs.
Son Cortege eftoit de trois Caroffes
de Velours en Broderie & Dorures
, chacun àfix Chevaux , &
quatre autres à deux Chevaux
Une douzaine de Pages au tour
en épée manteau à l'usage d'Italie
, & environ foixante Valets
de pied & Estaffiers , auffi en
épée & en manteau pour la pluf
part. Il y avoit enfuite environ
cinquante autres Caroffes de ceux
quifaifoient cortege.
Le Dimanche 2. de Septem
bre , Sa Sainteté tini Chapelle
extraordinairement dans fon Pa
lais de Montecavallo , & l'ony
12 MERCURE
chanta la Meffe le Te
&
Deum ,pourrendregraces à Dieu
des Victoires remportées fur les
Turcs par les Armées de l'Empereur
& des Venitiens.
Les Canons du Chateau S.
Ange annoncerent dés le matin
la Réjouiffance publique , &fur
le foir toute la Ville fe trouva
en joye . Chacun avoit allumé des
feux devant fa porte. Toutes les
Maifons estoient illuminées des
lampes & de lanternes aux Armes
du Pape , de l'Empereur &
de la Republique de Venife , la
plufpart de Meffieurs les Cardinaux
, de Meffieurs les PrinGALANT.
13
ces , avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blan.
che à chacune des feneftres de
leurs Palais , l'on tira un nombre
prodigieux de Mortiers , de
Petarts & de Fufees.
M. le Cardinal Chigi , Ne
veu du Pape Alexandre VII.
qui avoit fait éclairer la façade
defon Palais d'unegrande quantité
de flambeaux comme les autres
, fit encore tapiffer le derriere
du mefme Palais qui donne fur
le Cours , avec des Satins & des
pluſieurs dé- Damas rouges ,
pouilles remportées en divers
temps fur cét Ennemy commun
14 MERCURE
1
>
des Chreftiens. On y voyoit expofez
des Turbans , des Bonnets ,
des Heaumes , des Vestes , des
Hoquetons , des' Corcelets , des
Souliers , des Bottines , des Pabouches
, des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées,
des Haches , des Dagues , des
Poignards , des Pieux, des Mar
teaux , des Coutelas , des Tranchoirs
, des Arcs , des Fléches ,
des Carquois , des Lames , des Ja-.
velots , des Dards , des Boucliers,
des Bâtons ferrez, des Piques ,
un nombre infiny de diverfes Armes
à feu de differentes fortes ,
outreplufieurs brides mords de
GALANT. 15
Cheval , des felles , des houffes ,
des étriers , & autres harnachemens
à la Turque.
Ily
Ily avoit des Turcs liez &
garotezfur un Theatre , pleurans
leur nouveau defastre au milieu
de leurs Etendards & de leurs
Drapeaux. Ony avoit mis une
Tête de Mahometan defeichée
que
l'on difoit estre d'un Bacha
d'Alep , & la veritable peau
d'un homme corroiée , que M.
le Cardinal conferve parmy les
raretez de fa Maifon de plaifan
ce , & que l'on attribuoit en cette
occafion au Grand Vifir défunt.
Ces Réjouiffances continuerent
16 MERCURE
le lendemain Lundy. Sa Sainteté
fit diftribuer ce jour là plufieurs
Charitez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que
la Feste fuft encore agreable à
Dieu , & plus utile aux veritables
Chreftiens on, fit des Prie
res deQuarante heures leSamedy,
Dimanche & Lundy , dans l'Ē
glife de Sainte Marie Dell'ani
ma de la Nation d'Allemagne
de Flandres , & dans celle de
Saint Marc , enclavée dans le
circuit du Palais des Ambaffadeurs
de Venife , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Pleniere
¸à ceux qui s'acquiteroient des
GALANT. 17
dévoirs prefcris dans l'une de
ces deux Eglifes , & demanderoient
à Dieu la continuation des
Victoires contre lesi Infideles , la
Paix de l'Eglife , & l'union des
Princes Chreftiens. Il y eut auffi
de grandes Devotions avec la
mefme Indulgence accordée dans
les trois principales Bafiliques.
Sçavoir le Samedy 8. à S. Jean
de Latran , le Dimanche g . à S.
Pierre du Vatican , & le Lundy
zo. à Sainte Marie Majeure.
Le Dimanche 9. Septembre,
l'on fit icy fur le foir une Procef
fion celebre , où l'on transfera les
nouveaux Convertis à la Foy
Decembre 1685.
9 .
B
18 MERCURE
Catholique , dans le Palais de
feu M. le Cardinal Gastaldi
qui en mourant leur a donné ce
Palais pour leurfervir d'hospice.
C'est un des plus beaux de Rome :
Il eft fcitué entre le Chaftean
Saint Ange & la fuperbe Eglife
de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis aut
nombre de quatre- vingt , ou environ
, portoient chacun un Cierge
allumé ; ils eftoient precedez
des Confreres du Crucifix de faint
Marcel, dont la plus grande partie
font des Gentilshommes des
GALANT. 19
premieres Maifons de Rome.
Ces Confreres eftoient tous habillez
d'une Robe noire avec une
figure de Crucifix fur l'estomach ,
& un long baton noir à la main
rehauffé d'une petite Croix argen
tée & dorée. Trois des Principaux
de la Confrairie portoient
tour à tour une Croix de bois , de
quinze à dix-huit pieds de hau
teur , & d'autres tenoient un peu
plus loin un grand Crucifix environné
de quantité de Phanaux
dorez de Flambeaux ardens.
Meffieurs les Cardinaux Chi.
gy , Houvard de Nortfolch
accompagnoient la Proceſſion, &
Bij
20 MERCURE
aprés eux marchoient une centai
ne de Prelats , tous deux à deux
fuivis d'un nombre infiny de Peuple
qui y eftoit accouru de tous les
quartiers de Rome , pour gagner
l'Indulgence pleniere accordée par
Sa Sainteté , à tous ceux qui affi
fteroient à cette Ceremonie.
La Proceffion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie de
Graces prés la Porte Angelique ,
alla d'abord dans l'Eglife de
Saint Pierre , où après que chacuneut
fait fapriere , on fit voir
à tout le Peuple , les trois principales
Reliques que l'on conferve
dans le Trefor de cette Eglife ,
GALANT . 21
quifont le Linge avec lequelfain..
te
Veronique effuya le Vifage
du
Sauveur du Monde , quand il
fut conduit au Mont Calvaire ,
T'empreinte de fa Divine Face
eft demeuréefurceLinge . La Lan
ce qui perça fon Cofté lors qu'il
fut fufpendufur la Croix pour le
falut de tous les hommes , &un
grandmorceau de la Vraye Croix,
que le Pape Urbain VIII. fit
transporter d'une autre Eglife de
Rome en celle- cy en l'année 1629.
Enfuite la Proceffion fe remit en
ordre comme
auparavant , &
continua fa route
juſqu'au nouvel
Hospice que l'on avoit orné
22 MERCURE
de Tapifleries , de Festons , de
d'autres galanteries.
Fleurs
,
Le Mardy 2. Septembre M.
le Cardinal Paul Savelli- Perreti,
Diacre du Titre de Saint Geor
ges in Velabro, mourut icy à l'â–
ge de foixante- deux ans entre
une deux heures d'Italie , qui
font environ huit heures dufoir
fuivant l'Horloge de France. Il
déceda dans fon Palais bâty fur
les ruines du Theatre
ĺ'Emque
des
pereur Augufte fit élever à fon
Neveu Marcellus. C'eft où l'on
faifoit des Feux publics , &
Feftes de Taureaux & de Gladiateurs
, où dans les temps
GALANT. 23
14.
des Perfecutions , l'on tourmentoit
cruellement quantité de Saints
Martyrs
, que l'on expofoit aux
Beftes pour donnerde l'épouvan
te aux autres Chreftiens.
Ilfut nommé Cardinal le
Janvier 1664. fous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit efté
l'un des douze Clercs de la Chambre
Apostolique , & eftoit lors
qu'il mourut de plufieurs Congre
gorions de Rome. Ilfut inhumé
le Feudy fuivant dans l'Eglife de
Sancta Maria dara Coeli ,
dans une Chapelle de fa Famille.
Cette Eglife eft une des plus
confiderables de Rome. Elle eft
24 MERCURE
fcituée au Sommet du Mont Ca
pitolin ; l'on y monte par un Efcalier
de marbre blanc , de cent
vingt- quatre degrezdeſept à huit
toiſes de largeur , & ce font les
Freres Mineurs Obfervantins qui
gouuernent depuis deux cent
quarante ans.
la
Ce Cardinal a laiffé un Frere
M. le Prince d' Albano , qui est
aujourd'huy l'aifné de la Maifon
des Savelli , l'une des quatre premieres
plus anciennes de Ro
me , quiy tiennent rang de Princes
: celle- cy jouit d'un beau Privilege,
& l'aifné de la Famille
eft toûjours Mareschal né &
Gardien
GALANT. 25
Gardien perpetuel du Conclave,
conjointement avec M. le Car
dinal Camerlingue de la Sainte
Eglife , d'où vient que lors que le
Saint Siege eft vacant , il afon
appartement dans dans le Palais où
le Conclave fe tient.
M Antoine Paoluzi , Venitien
Auditeur de Rote , eft mort
icy. C'eftoit un Sujet des plus
capables.
Fermer
Résumé : Lettre de Rome. [titre d'après la table]
En septembre 1685, Rome a été le théâtre de nombreuses festivités religieuses et célébrations. Le 4 août, une fête en l'honneur de Saint Gaëtan a été organisée chez les Pères Théatins, et le pape a décidé que cette fête serait dorénavant célébrée comme une double fête. La même journée a marqué l'inauguration de l'église Saint-Ignace des Jésuites, attirant de nombreux dignitaires. Les Dominicains ont célébré la fête de saint Dominique avec une musique à huit chœurs, tandis que les Franciscains et les Dominicains ont échangé des offices pour symboliser leur union. Le 9 août, la fête de Saint Laurent a été marquée par des arcs de triomphe autour de son église principale. Le 25 août, la fête de Saint Louis a été célébrée avec une musique exceptionnelle et la présence de l'ambassadeur de France, dans une église décorée de damas rouge, de fleurs de lys, de soleils, ainsi que des portraits du roi de France et du pape. Le 2 septembre, le pape a tenu une chapelle extraordinaire pour remercier Dieu des victoires contre les Turcs obtenues par les armées de l'empereur et des Vénitiens. La ville était en liesse avec des feux, des illuminations et des tirs de mortiers. Le cardinal Chigi a exposé des armes turques et des prisonniers sur la façade de son palais. Après les victoires militaires, des trophées macabres, comme une tête de Mahométan et une peau humaine attribuée au Grand Vizir, ont été mis en scène. Le pape a distribué des charités aux pauvres et organisé des prières de Quarante Heures pour demander des victoires contre les infidèles, la paix de l'Église et l'union des princes chrétiens. Une procession a célébré le transfert de nouveaux convertis au catholicisme vers un palais légué par le cardinal Gastaldi, accompagnée de cardinaux et de prélats, et s'est rendue à la basilique Saint-Pierre où étaient exposées des reliques sacrées. Le 2 septembre, le cardinal Paul Savelli-Perretti est décédé à l'âge de soixante-deux ans et a été inhumé dans l'église Santa Maria in Ara Coeli. Son frère est le prince d'Albano, chef de la maison Savelli, une des plus anciennes familles de Rome. Antoine Paoluzi, un auditeur de la Rote vénitien, est également décédé à Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 166-270
Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye dit beaucoup de choses dans mes [...]
Mots clefs :
Conversions, Abjurations, Hérésie, Erreurs calvinistes, Vérité catholique, Nouveaux convertis, Royaume de France, Déclarations, Arrêts, Édit de Nantes, Révocation de l'édit de Nantes, Piété, Zèle, Famille, Marquis, Interdictions, Religion protestante, Duc de Noailles, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye dit
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
beaucoup de chofes dans
mes Lettres précedentes tou →
chant les Converfions & l'é
tat où les affaires de la Religion
ſe trouvent , il me reſte
encore dequoy vous en faire
un tres -long article. La Nor
'GALANT. 167
mandie a fuivy l'exemple des
autres Provinces. Võicy le
détail de ce qui s'y eft paffé.
La Chambre des Vacations.
du Parlement de Rouen, s'étant
affemblée extraordinairement
par
22. d'Octobre
, pour la veri
fication de l'Edit qui revo
que celuy de Nantes , M¹ le
Noble , Subftitut de M' le
Procureur
General , en demanda
l'enregiſtrement
en
ordre du Roy, le
ces termes,
168 MERCURE
M
ESSIEURS,
L'Edit de Nantes a
voit efté extorqué les armes à la
les Pretendus Refor main
par
mez, il y a prés d'un Siecle . G'é
toit le fruit de leur Revolte & de
leur Rebellion
, & pour ne pas
réveiller la memoire de tout ce qui
s'eftoit paẞé durant les Troubles ,
nos Rois avoient bien voulu differerla
deftruction de cet Ouvrage,
qui a estéfilong- temps le monument
odieux des guerres civiles
que ceux de la Religion Pretendue
Reformée avoient excitées
dans le Royaume
. Mais quoyque
la force
GALANT. 169
la force la violence euffent
donné l'eftre à cet Edit , le Roy ,
dont la bonté est égale pour tous
fes Sujets , ne tient pas pour les
faire rentrerdans le fein de l'Eglife
, les mefmes voyes qu'ils avoientprifes
pour s'en écarter On
peut dire
que ce Monarque dans
tout ce qu'il fait , est comme les
grands Fleuves dont les eaux coulent
inceffamment pour l'utilité
publique , & qu'il reffemble à ces
Astres du premier ordre , qui ne
quittent jamais la route & la carla
Providence
la
riere
que
Main de Dieu leur a marquée.
Aprés la lecture qui vient d'é-
Decembre 1685. P
170 MERCURE
cet
que
tre faite de l'Edit portant Révo
cation de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiffance , de
la Clemence , de la Piere du
Roy) nous ne pouvons pas douter
qu'il n'n'ait receu avec profufion
or divin dont parle Platon ,
le Soleil neforme pas dans la terre
, mais que le Ciel produit dans
les grandes Ames. Ceux de la
Religion Pretendue Reformée doivent
à la veuë de ce faint Edit ,
reconnoiftre
l'erreur dans laquelle
leur aveuglement
volontaire les a
retenus jufqu'à prefent, aprés que
leur naiffance & leur éducation
les y avoient malheureuſement
GALANT. 171
1
La
corrude
l'esprit ,
engagez. La Religion Catholique
Apoftolique & Romaine eft
créance de nos Rois , la Religion
de l'Estat, & la Foy de nos Peres.
Au contraire, la Religon Pretenduë
Reformée eftoit une nouveauté
introduite par
ption des moeurs
qui n'avoit efté tolerée que pour
le bien de la Paix , & à laquelle
on pouvoit justement appliquer la
parole & la penfee de Tertulien ,
lors qu'il a dir, que ce qui n'eftoit
que permis & fouffert, n'eftoit pas
bon. Par le Droit Romain , les
Enfans ne devoient point reconnoiftre
d'autre Religion , avoir
Pij
172 MERCURE
d'autre Culte , ny admettre d'autres
Sacrifices que ceux de leurs
Peres. Et Minutius Felix , l'un
des plus celebres Avocats de cette
Republique , difoit à la gloire de
Dieu , qu'ilfalloit diftinguer les
Rois , les Peuples , & les Nations
; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univers dont il
eftoit le Createur , Gentes Nationefque
diftinguimus, Deo
una domus eft mundus fic
totus .
Si dans le Paganisme , qui eftoit
un temps de tenebres & d'ob
fcurité, il eftoit défendu defe faire
toutes fortes de Dieux & de CulGALANT.
173
tes doit- il eftre permis à des Chre-
Stiens , qui n'ont qu'un mefme
Dieu , qu'un mefme Baptefme ,
qu'unune mefme Foy , & qu'un
mefme Roy, defe former differentes
opinions , qui les feparent de
l'Unité de l'Eglife , hors de laquelle
il n'y a point de falut ?
C'est ce qui fait que Saint Au
guftin regretant de pareilles divifions
, lors qu'il voyoit les Eglifes
Catholiques injustement ufurpées
par les Donatifes , s'écrioit avec
douleur:O domus mifera Chrifti
, titulos habes , noli effe
Donati poffeffio. Graces à Dieu
& au Roy , nous n'avons pas be-
Piij
174 MERCURE
foin de faire de femblablesplaintes
, puifque l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , va fans doute
eftrefuivy d'une réuniongenerale
de nos Freres , fi ardemment defirée
de tous les gens de bien. Jacobfe
glorifioit autrefois , d'avoir
estéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun mal yfuft arrivé
par fa faute , s'eftant privé
fouvent du fommeil pour le veil .
lerpendant la nuit , & ne s'étant
point donné de repos pour le conduire
pendant le jour; Mais nous
éprouvons aujourd'huy que le Roy
faifant les fonctions de Pasteur
GALANT. 175
4
& d'Evefque feculier de fon
Royaume , par le foin continuel
qu'il prend d'en extirper l'Herefie
, n'a pas moins de zele
d'activité pour fanctifier tous fes
Sujets , les inftruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en
avoit pour la confervation du
Troupeau de Laban , qui avoit
efté confié à fa conduite. La gloire
des Rois ne confifte pas à estre
élevez fur le Trône , mais à meriter
par
des actions heroiques &
vertueufes le Sceptre qu'ils por
tent ; & quoy que noftre invincible
Monarque, depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait
Pij
176 MERCURE
donné beaucoup plus d'éclat qu'il
`n'en a receu d'elle , l'aneantiſſement
de l'Edit de Nantes , qui
détruit un Schifme qui avoit fait
une figrande playe à l'Eglife &
à l'Etat , fera un Eloge immortel
qui rendra fa Memoire plus precieuſe
à la Pofterité , que le fouvenir
de tous les Peuples qu'il a
vaincus , de toutes les Victoi
res qu'il a remportées . Nous ne
pouvons mieux en cette occafion
feconder les intentions de Sa Majefté
, que de requerir inceffamment
l'Enregistrement , la Publi
cation , & l'Execution de fon
Edit
GALANT: 177
Mr le Noble fut d'autant
plus admiré dans ce Difcours,
qu'il le prononça le meſme
jour , que M' de Marillac Intendant
de la Generalité de
Rouen , luy remit l'Edit entre
les mains. Mr le Prefident
de Becdeliévre de Bremare
qui parla enfuite , fit admirer
la mefme prefence d'efprit.
Voicy ce qu'il dit dans la
mefme occafion.
T
Out le monde fçait que
l'Edit de Nantes , qui fut
publié en faveur de ceux de la
Religion Pretendue Reformée , a
178 MERCURE
efté donné dans le temps des Troubles
, pour appaifer les Guer
Tes civiles. Ceux de cette Religion,
qui avoient les armes à la main,
forcerent en quelque façon le Roy
Henry le Grand, de leur accorder
des Privileges dont ils eftoient indignes.
Il y avoit lieu d'efperer
qu'ils profiteroient des graces qui
leur avoient efté faites , & qu'ils
rentreroient dans leur devoir.
Mais regardant cet Edit comme
une Sauvegarde fous laquelle ils
vivaient en repos , ils fefont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit
plus les détruire . Cet Ouvrage
important eftoit refervé à la
GALANT. 179
Pieté de noftre Augufte Monarque.
Il n'y avoit que luy quifuft
capable d'entreprendre une figrande
affaire , & de renverser ce
Monftre de l'Herefte, qui a defolé
le Royaume pendant un ſi grand
no nbre d'années. Aprés avoir
vaincu fes Ennemis , dompté les
Barbares , donné la Paix à l'Europe
, il a tourné tous fes foins à la
Converfion de ceux de la Religion
Pretendue Reformée. Il a
effayé jufqu'icy de les gagner par
la donceur. Les Declarations qu'il
a envoyées depuis quelque temps,
n'ont eu aucun autre but. Des
Villes entieres & des Provinces
180 MERCURE
en ont profité ; mais plufieurs de
cette Religion s'eftant rendus plus
opiniaftres , s'aigriffant dejour
en jour , au lieu defuivre les avis
qu'on leur a donnez , il a esté en
fin neceffaire de revoquer cet Edit
par la Declaration dont on vient
de faire la lecture. Les voicy réduis
dans une heureuſe neceſſité de
rentrer dans le fein de l'Eglife ,
& d'abandonner leurs erreurs.
Nous espérons qu'ils feconderont
les bonnes intentions de Sa Ma.
jesté , & qu'ils voudront bien
écouter les Inftructions que l'onfe
prepare à leur donner.
On vit bien- toft à Rouen
GALANT. 181
des fruits de la
Révocation
de l'Edit de Nantes . M' le
Marquis de Beuvron Lieutenant
General de la Province ,
& Gouverneur du Vieux - Palais
de Rouen, ayant efté envoyé
par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa
Majefté aux Prétendus Reformez
de cette Ville là , fit
avertir les Chefs de Famille
de fe trouver à l'Hoftel commun
le dernier
d'Octobre ,
Lors qu'ils furent aſſemblez,
ce Marquis , avec qui eftoit
M. de Marillac , leur declara
que l'intention du Roy eftoit
182 MERCURE
qu'il n'y euft plus qu'une Religion
dans le Royaume , &
que ceux qui eftoient bons
François, & fidelles Sujets de
Sa Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer
dans le fein de la veritable
Eglife. Il leur parla d'une maniere
auffi éloquente que perfuafive
, & plufieurs qui n'at
tendoient depuis longtemps
que cette heureuſe démar
che , allerent fur l'heure figner
leur Abjuration devant
le Lieutenant
General du
Bailliage. Le nombre alla ce
jour- là à plus de mille perGALANT.
183
fonnes , Il augmenta dés le
lendemain , & en peu de
temps , de plus de fix mille
Religionnaires , à peine en
refta- t-il quarante Familles.
M' le Coadjuteur n'a épargné
aucuns foins dans les frequentes
vifites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Confiftoire
, pour
leur faire connoiffre la verité
qu'ils avoient toûjours refufé
d'entendre. Il en eft heureufement
venu à bout,aprés
avoir effuyé beaucoup d'incivilitez
, & mefme des duretez
que fon zele luy a fait
2
184 MERCURE
fouffrir avec plaifir par la joye
de travailler utilement aufalut
des ames.
M' de Morangis Intendant
à Caën , s'eft employé avec
le mefme fuccés & le mefme
zele , à convertir ceux qui y
faifoient Profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée .
Aprés qu'il les eut fait affembler
, il leur fit un Difcours
fi touchant & fi remply d'é
loquence , que prefque tous
ceux aufquels il parla, fignerent
en mefme temps l'Acte
de leurAbjuratio.Leur exemple
fut fuivy peu de jours
GALANT. 185
nomaprés
de la plus grande partie
de ce qui reftoit , & le
bre des Convertis monta jufqu'au
nombre de trois mille.
Il n'y en avoit plus que trente
qui refufoient d'abjurer ,
lors que j'ay receu cette nouvelle
, & comme elle m'a été
écrite dés le
commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eft
fentement
Catholique.Dans
ce mefme temps la Noblef
fe Proteftante de toute laGeneralité
, promit par écrit à
M de Morangis de fe faire
inftruire , & d'imiter ceux
Decembre 1685.
Q
pre186
MERCURE
qui font entrez dans la veritable
voye du falut . Ainfi
l'on apprend de jour en jour
les Converfions de cette
Nobleffe , & avant que vous
receviez cette Lettre , elle
fera peut-eftre entierement
Convertie .
M' le Marquis de faint
Germain , Gouverneur de la
Marche , ayant receu de la
part du Roy une Copie de
Ï'Edit qui fuprime l'Exercice
de la Religion Pretenduë
Reformée,avec ordre de faire
démolir en execution de
cét Edit,le Temple de la VilGALANT.
187
le d'Aubuffon , qui eftoit le
feul lieu de la Province où
fe filt cét Exercice . Il partit
de fon Chafteau le 21. Octobre
, accompagné de la Nobleffe
de fon Voifinage , &
arriva à celuy du Terret ,
Maifon tres-confiderable du
Pays,dont il avoit fait le ren
dez- vous du refte de la Province
. Mr de Creffat , Frere
aifné de M ' de Boisfrant
Chancelier de Monfieur , y
regala toute cette Compagnie
avec beaucoup de magnificence.
On monta le
lendemain à cheval , & l'om
Q ij
188 MERCURE
fe rendit à Aubuffon. Les
Habitans qui avoient eſté avertis
de la Marche de M' le
Marquis de Saint Germain ,
vinrent fous les Armes fort
loin au devant de luy , & le
receurent avec des falves &
des acclamations generales
de Vive le Roy , & point de
Religion que la Catholique . Il y
ayoit neanmoins parmy eux
grand nombre de Pretendus
Reformez , & ces acclamations
furent comme le Prelude
de leur Abjuration . M
´le Marquis de Saint Germain
trouva à propos d'aller droit
GALANT. 189:
au lieu où eftoit le Temple . II
avoit efte baſty à une lieuë
de la Ville ,fur une Montagne
la plus haute & la plus efcarpée
des environs . Plufieurs
Catholiques de tout fexe , de
tout âge , & de tous eſtats
travaillerent à l'envie à fa
démolition , & ce travail fut
fi animé du zele pour la veritable
Eglife & pour le fervice
de Sa Majefté , & par les
liberalitez de M' le Gouverneur
qui leur fit diftribuer
beaucoup de rafraichiffe
mens , qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeu
190 MERCURE
ra aucun veftige. On jetta
au bas de la Montagne toutes
les pierres qui le compofoient
, & par là on les ren
voya dans les Carrieres d'ou
elles avoiét efté tirées. Aprés
ces premiers Ordres fi heureufement
executez , M' le
Marquis de Saint Germain
fit fon Entrée dans la Ville,
& à peine fut-il defcendu
dans la Maiſon qui luy avoit
efté preparée ; qu'une foule
des Habitans Religionaires
vinrent le prier de vouloir
eftre témoin de l'Abjuration
qu'ils eftoient tout prefts de
GALANT. 191 .
faire entre les mains de leur
Curé. Des difpofitions fi
promptes & fi favorables le
furprirent agreablement . Il
y répondit avec des honnêtetez
& des careffes , qui engagerent
ce qui reftoit là de
Calviniftes à fe convertir les
jours fuivans. Le peu de
temps qu'on eut ce premier
jour , ne permit de recevoir
l'Abjuration que de fixvingt
perſonnes . Le lendemain
25. d'Octobre plus de
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eftant ac
192 MERCURE
couchée la nuit d'un Fils
M' le Gouverneur en voulut
bien eftre le Parrain . Ce
Baptefme fut folemnel &
fingulier de toutes manieres.
Toute la Ville fe remit fous
les Armes , & en allant à l'Eglife
, il fut precedé , accompagné
, & fuivy de plufieurs
falves de Moufqueterie. Les
Converfions continuerent
ce mefme jour 34. du mois ,
& le nombre des Calviniftes
qui eftoit de plus de fix cens,-
fut reduit à douze . Il parut
d'abord que ces derniers
cherchoient à fe diftinguer
par
GALANT. 193
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques
;
mais Mi le Gouverneur , M
de Creffat, & M ' de Gedoüin
Vicomte du Monteil fon
Gendre , leur parlerent avec
taut de force & de douceur,
qu'ils les ramenerent comme
les autres, & ils affifterent
à la Meffe chantée en Mufique
avec le Te Deum , &
les Prieres ordinaires pour
Roy.Mile Marquis de S.Ger,
main repaffa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniftre d'Aubuffon
, que les Conferences
Decembre
1685. R
le
194 MERCURE
qu'il y avoit euës par ordre
de M' de Creil Intendant de
la Province , avec Mr Tixier,
fçavant Ecclefiaftique , avoient
déja convaincu des
Veritez Catholiques qu'il
profeffe prefentement,ayant
renoncé à l'Herefie de Calvin..
La Ville de Sedan , où il y
avoit plus de fix mille Religionaires,
eft à prefent toute
Catholique ; & l'on peut dire
que ce changement eſt un de
ceux qui fait le plus d'honneur
à l'authorité de noftre
Religion . Voicy comment il
eft arrivé.
GALANT. 195
Le 23. d'Octobre , M' de
Vrevin, Intendant fur la Frontiere
de Champagne , fit affembler
le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la
Ville , pour leur declarer que
l'Exercice de leur Religion
eftoit défendu par le nouvel
-Edit de Sa Majefté , qui caffoit
celuy de Nantes. Il leur
en fit faire la lecture , & leur
remontra par un Diſcours
tres-preffant, qu'ils devoient
fe réunir à l'Eglife , dont ils
s'étoient feparez par un pur
caprice ; qu'ils eftoient nouveaux,
& avoient quitté l'an-
Rij
196 MERCUER
C
cienne Religion ; que leurs
Peres avoient efté de noftre
Eglife ; que le temps eftoit
venu d'y rentrer ; que le Roy
fouhaitant avec ardeur une
réunion qui leur devoit eftre
fi avantageuſe , ils ne pou
voient rien faire qui luy fuft
plus agreable , & qu'il les exhortoit
de prendre promptement
une falutaire refolution.
Il ajoûta qu'il jugeoit
inutile de les faire fouvenir
de toutes les Declarations ,
· qui font porter les charges
de l'Eftat à ceux de la Religion
Pretendue Reformée ,
1
GALANT. 197
avant qu'elles tombent fur
les Catholiques ; qu'ils en
eftoient affez avertis , & que
fi en execution de ces Declarations
, ils fe trouvoient
obligez à loger des Gens de
guerre , ils ne devoient s'en
prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite& à leur obftination .
Les principaux Chefs paruret
furpris de ce difcours , & ne
voulant rien refoudre fans
un plus long examen , l'Aſ.
femblée fe fepara . M ' de Vrevin
jugeant que lès Confe
rences particulieres feroient
plus utiles , affembla encore
Riij
198 MERCURE
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois , & les
principaux du Confiftoire .
Comme ils avoient eu du
tempspour ſe faire inſtruire,
ils goûterent mieux les raifons
qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient,
& à leur falut , & aux volontez
du Roy. Plufieurs d'entre
eux s'en eftant laiffé perfuader
, fe rendirent le jour
de la Touffaints à l'Hoftel de
Ville . Le Refultat fut de declarer
à M l'Intendant, qu'ils
eftoient prefts de fe confor
mer aux Intentions du Roy ,
GALANT. 199
auquel ils avoient eſté toûjours
tres- foumis , en embraffant
la Religion Catholique
,
dans laquelle ils vouloient
vivre & mourir . On en dreffa
un Acte auffi- toft , & ils le fignerent
tous . Parmy eux eftoient
, Mr Conard , cy -devant
Capitaine de Chevaux.
legers ; M¹ de Peterlot , auffi
Capitaine ; M' Catel & M
Jean Chevalier , tous deux
Anciens du Confiftoire ; M
Leonard Chevalier , fon Frere
, Echevin & Capitaine de
la Bourgeoifie ; Mr Jean Chevalier
leur neveu, Echevin &
Riiij
200 MERCURE
Officier de la
Bourgeorfie ,
& plus de deux cens Chefs
de Familles des plus confiderables
Bourgeois . Le lendemain
M' l'Intendant les fit
encore tous affembler dans
le mefme lieu, & les mena de
là à l'Eglife de la Paroiſſe , où
Mile Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Mr
l'Archevefque de Reims, qui
par fon ordre eftoit pour lors
dans la Ville avec plufieurs
autres Ecclefiaftiques , pour
travailler par leurs Conferences
à la Converfion
des
Religionnaires
, leur fit un
GALANT: 201
tres éloquent Difcours . On
leur leut enfuite la Profeffion
de Foy , qu'ils fignerent tous
encore une fois dans l'Eglife.
Plus de trois cens Famillcs
des Villages circonvoifins
ont fuivy l'exemple des Habitans
de Sedan . Ces Converfions
n'ont efté fi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort longtemps
du falut de fes Sujets .
La plufpart , gagnez par des
foins fi charitables , avoient
commencé à fe faire inftruire
, & le Roy avoit fort contribué
à leur en rendre les
moyens faciles,
202 MERCURE
Je vous envoyay le mois
paffé une Relation , qui contenoit
la Converfion entiere
de tous les Pretendus Refor
mez de la Ville de Saint Jean
d'Angely. Elle eftoit ample,
elle eftoit curieuſe , & le nombre
de fes circonftances devoit
faire croire qu'elle eftoit
exacte. Il eft vray qu'il n'y
avoit rien contre la verité
mais il y manquoit beaucoup
de particularitez , glorieufes
aux perfonnes qui
ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à M' de
Gourgues Intendant du LiGALANT.
203
moufin. Des affaires qui demandoient
fa preſence à Limoges
l'ayant empêché d'en
fortir , il manda fur la fin du
mois d'Aouft à Mr Charrier
Procureur du Roy de S. Jean
d'Angely , qu'il fift aſſembler
les principaux Habitans de la
Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville
que des
gros Bourgs du Voiſinage ,
pour leur declarer qu'ils ne
devoient pas s'opposer aux
pieuſes intentions de Sa Majefté
, & leur offrir des Inftructions
& des Conferences.
Ils les accepterent , &
204 MERCURE
promirent d'y affifter avec
toute l'affiduité poſſible.
Mr l'Evefque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la deftruction de l'Herefie
dans fon Diocefe , commeje
vous l'ay déja fait voir, ayant
appris la bonne difpofition
des Habitans de Saint Jean
d'Angely , ne manqua pas de
s'y rendre , & s'eftant informé
de ce qui s'eftoit paffé en
execution des ordres de M
l'Intendant , il crùt qu'il eftoit
à propos pour la gloire
de Dieu , & pour le falut de
tant d'ames , de commencer
GALANT. 205
les Conferences dont ils ef
toient convenus. Il leur dit,
que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de M²
'Intendant en les acceptant ,
ils ne devoient pas differer
l'execution de ce qu'ils avoient
promis. Il fut arrefté
qu'elles feroient commencées
dans le Palais le 8. de
Septembre , que M¹ Bar Archipreftre
& Curé de Saint
Jean d'Angely, en feroit l'ouuerture
, & qu'il les continuëroit
autant que les autres
fonctions de fa Charge
le pourroient permettre. Les
206 MERCURE
Religionnaires
demanderent
à M² l'Evefque
de Saintes
que M' Durand Miniſtre
puſt
les fecourir dans cette occafion,
parce qu'ils fe fentoient
trop foibles pour parler de
Religion
, ce qui leur fut accordé.
Vous ne ferez pas fàchée
d'apprendre
icy ce qui
fe paffa dans les trois Conferences
qui furent faites , &
je croy mefme qu'elles peu -
vent eftre utiles pour la converfion
des opiniaftres
.
La premiere commença
en preſence de Mrs les Lieutenans
Generaux , Civil &
書
GALANT: 207
Criminel , de M' le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par M Bar,
dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à
convaincre l'Affemblée de
la poffibilité du falut dans
l'Eglife Romaine , il la prouva
par le témoignage des Docteurs
Proteftans , & par des
Paffages formels de Saint Irenée
, de Saint Ambroiſe , de
Saint Jerôme , & de S. Auguftin
, qui ont donné le pre
mier rang à cette Eglife , &
jugé qu'il faloit eftre lié de
Communion avec elle pour
208 MERCURE
n'eftre pas exclus du falut.
Ces veritez furent écoutées avec
beaucoup d'attention , &
quoy que ces Peres prouvaſfent
la neceffité d'eftre dans
1'Egliſe Romaine , Mª Bar n'y
fit point de fonds , parce que
l'eftat des affaires ne demandoit
que la poffibilité du falut
dans cette Eglife, & il reüffit
fi bien à la prouver ,
prouver , qu'on
s'apperçût auffi- toft des progrés
que fit fur tant d'ames
la force de la verité. Le Miniftre
eftonné voulut fortir
de la Queſtion , & lors qu'il
fut remis , il avoua que du y
GALANT. 209
temps des Peres que l'on ve
noit de citer , il ne doutoit
point que l'on ne fe
Lauver dans l'Eglife Ro
ne. On le preffa d'en dire
raifon , & aprés qu'il eut
efté long-temps fans fçavoir
que répondre , il dit qu'un
des articles qui retenoient
davantage ceux de leur
par
ty dans la feparation , eftoit
le culte des Reliques . Cette
queſtion fut vuidée fur le
champ par la
la lecture des Epiftres
de S. Jerôme , traduites
en François , qui fe trouverent
entre les mains de
Decembre 1685. S
210 MERCURE
Mr Bar. Le Peuple entendit
avec application la
Doctrine de ce Pere,& comprit
que les objections de
'Heretique Vigilance contre
l'honneur des Reliques
eftoient les mefmes que cel
les de leurs Miniftres , ce
qui furprit fort les plus finceres
du party. Cette premiere
Conference fut fatale
à l'Herefie . Son Défenfeur
ne pût repliquer rien de foliae
, & il fe retrancha à la de
mande de la verification de
tous les Paffages que l'on
avoit alleguez . Ils furent veGALANT.
211
-
rifiez le lendemain en prefence
des Magiftrats & des
plus habiles Religionaires ,
chez Mr Baudouin Avocat
que les gouttes avoient retenu
au lit. Il forma dés ce
moment la refolution de fe
( faire Catholique , ce qu'il
executa peu de temps aprés
avec berucoup d'avantage
pour noftre Religion , puifqu'il
attira aprés s'eftre conyerty
des Communautez
entieres
qui le confulterent fur
les motifs de fon change-
>
ment.
On rapporta aux Protef
Sij
212 MERCURE
tans dans la feconde Confe
rence qu'on avoit verifié tous
les Paffages alleguez dans la
premiere , & melme l'Epiſtre
de Saint Jerôme contre Vigilance
, & qu'il n'y avoit
plus qu'à propofer d'autres
motifs de feparation . Le Miniftre
parla de la transfubftantiation
& de fes confequences
& le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,
dont je vous ay déja parlé ,
allegua Saint Cyrille de Jeru
falem dans la quatriéme Ca
techefe , & en cita quelques
paroles des plus effenticles,
GALANT. 213
Comme ce Pere a parfaitement
expliqué le Myftere de
l'Euchariftie , on lut en François
cette Catechefe prefque
toute entiere avec une grande
partie de la cinquiéme
qui parle du Sacrifice de la
Meffe , de l'Invocation des
Martyrs , de la Priere pour
les Morts , & c . ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit
les Pretendus Reformez qui
n'en avoient jamais entendu
parler.
La troifiéme Conference
futfoutenue par le Pere Au214
MERCURE
guſtin de Saint Jean d'An
gely , Capucin fort renommé
dans les Controverfes . Le
Miniftre & les Doctes du
party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition
de l'Eglife , demanderent
que l'on difputaft fur l'Ecriture.
Il fut arrefté qu'on leur
donneroit cette fatisfaction ,
afin que le Peuple ne cruſt
pas que l'on refufoit d'entrer
dans cette forte de Controverfe.
On parla pendant plufieurs
Conferences de la Rea
lité , de l'Adoration de l'Ho
ftie , du retranchement de
GALANT . 215
la Coupe , & c. Le Pere Auguftin
défendit la caufe de
l'Eglife fur toutes ces choſes
avec beaucoup d'érudition ,
& d'honnefteté
, & il en foûtint
toûjours la Doctrine par
la lecture de certains Paffages
formels des Peres que
l'on écouta avec une entiere
attention . Sur la fin de la Semaine
, les Pretendus Refor
mez déclarerent qu'ils n'avoient
plus befoin de Conferences
, & demanderent
permiffion
de s'affembler
pour déliberer entre- eux fur
ce qu'ils avoient à faire . Les
216 MERCURE
Officiers creurent qu'il n'y
avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace ,
pnifqu'il n'en pouvoit revenir
qu'un fort grand bien ,
comme il parut dans la fuite.
On dit que le Miniftre parla
d'une maniere tres -forte pour
perfuader la réunion . M¹ le
Valois fameux Avocat fit la
mefme chofe & fe fervit
du credit qu'il s'eftoit acquis
fur l'efprit des Religionaires .
Ainfi aprés les Affemblées
particulieres , le Miniftre &
·les principaux du party allerent
dire aux Officiers qu'il y
ayoit
GALANT. 217
avoit efperance que l'on fe
reüniroit , mais que de certaines
confiderations les obligeoient
d'attendre M² l'Evefque
de Saintes. Je ne vous
repete point ce qui fe paffa
entre ce Prelat , & les Pretendus
Reformez puifque,
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite , &
que je vous ay appris les circonftances
de leur Abjuration.
Mais je ne puis m'empefcher
d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports.
dejoye , que ne pouvant mar-
Decembre 1685. T
218 MERCURE
quer le plaiſir interieur qu'ils
reffentoient , que par de continuelles
acclamations , ils
mirent le Predicateur qui
eftoit monté en Chaire pour
les prefcher , dans l'impoffi
bilité de fe faire donner audience.
C'eftoient des cris
d'allegreffe reiterez à tous
les momens .On les voyoit ,
tout remplis de leur bonheur
, embraffer les anciens
Catholiques , & benir hautement
Ml'Evefque & M'l'Intendant
, comme les Autheurs
, aprés le Roy, de leur
felicité , & de leur falut , de
GALANT. 219
forte que le Predicateur ravy
d'un fi admirable changement
, fe contenta de les
exhorter à demeurer fermes
dans ces fentimens , & leur
fouhaita les Benedictions du
Ciel ,avec les fuites heureufes
qu'ils avoient lieu d'efperer
d'une Converfion qui paroiffoit
fi pleine de ſincerité.
Comme fuivant les ordres
du Roy , M' de Gourgues
avoit commencé une oeuvre
fi fainte , il fembloit que
Dieu luy euft refervé la gloire
de la finir. Il n'avoit pû
eftre preſent aux éclatantes
Tij
220 MERCURE
Converfions qui venoient de
fe faire , parce qu'il avoit efté
obligé d'aller à Ruffec & à
Villefaignan qui eftoient des
pepinieres
de Pretendus
Reformez
. Il y donna de folides
marques du zele qu'il a toû
jours fait paroiftre pour les
interefts de la Veritable Eglife
, il alla de Maiſon en
Maifon , pour perfuader les
plus obftinez , & n'épargna
rien pour les toucher. Auffi
réüffi- t- il fi heureuſement ,
qu'il n'y en eut pas un qui
ne promiſt d'abandonner
l'Herefie , que fes Anceſtres
GALANT. 221
s'eſtoient trouvez obligez de
fuivre , mais comme fa
prefence
eftoit neceffaire à Saint
Jean d'Angely , illaiffa M' le
Marquis d'Argençon , Lieuà
tenant General d'Angoulefie
, pour tenir la main
à l'execution des promeffes
que ces Peuples luy avoient
faites de fe convertir
quoy ce Marquis s'employa
avec beaucoup de conduite
& de fuccez . M' de Gourgues
eftant arrivé à Saint Jean
d'Angely , fit beaucoup de
careffes au Miniftre , & loüa
fort les Officiers qui avoient
T iij
222 MERCURE
fi heureuſement répondu au
zele du Roy. Il fe fervit de
toute fa prudence pour ramener
au ſein de l'Eglife
ceux qu'une opiniâtreté extraordinaire
avoit jufques là
empefchez de fe convertir ;
il ménagea leurs efprits , &
les fceut engager par des
manieres fi douces & fi efficaces
, que tout ce qui reftoic
de Calviniftes en ce lieu là
( dont le nombre eſtoit de
trente Chefs de Famille , &
de quatre cens Femmes ou
Enfans ) abjura encore l'He
refie , en moins de huit jours.
GALANT 223
Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes
qui firent auffi leur Abjura .
tion volontairement. Plu
fieurs autres de ce Reffort ont
renoncé depuis ce temps- là
au Calvinifme , par les foins
de M' Rouffeler Lieutenant
Criminel , qui eftant Subdelegué
de M l'Intendant ,
imite en cette occafion tou
te fa douceur & toute fa fermeté.
M' de Gourgues aprés de
fi heureux fuccés , travailla
inceffamment à reduire ceux
de Taillebourg , de Saint Sa
Tij
224 MERCURE
"
vinien , de Tonney- Charente
, de Tonney- Bouthonne ,
de Matha , de Fontenay l'Abatu
, & d'autres lieux circonvoifms
, qui font de fon
département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans
quelques- uns de ce lieux
qu'il fembloit qu'on ne dûſt
rien efperer , mais M de
Gourgues leur parla d'une
maniere fi douce, fi charitable
& fi preffante pour les en
gager à recevoir les Inftructions
qui leur eftoient neceffaires
, qu'en peu de jours ils
fe convertirét en foule. Ainfi
GALANT. 225
l'erreur fut entierement banie
de tous ces lieux là, aprés
avoir regné avec un entier
empire , par l'aveuglement
prefque invincible que l'he
refie a caufé à ceux qui l'ont
receue avec la naiffance.
Aprés que cét Intendant
eut terminé fi heureuſement
les affaires qui l'avoient appellé
en Xaintonge , il revint
paffer par Angoulefme , &
La Rochefoucaud , où il y a
voit encore quantité de Re¹
ligionaires des plus obſtinez .
Il trouva M' l'Evefque d'Angoulefme
, qui penetré de ce
226 MERCURE
zele ardent qu'il fait éclater
en toute occafion pour l'intereft
de l'Eglife , avoit commencé
une Miffion . M' de
Gourgues fit auffi - toft ſçavoir
aux principaux des Pretendus
Reformez , qu'ils devoient
confentir à fe faire inftruire
; afin qu'en répon
dant par là au zele que le
Roy avoit pour leur falut ,
ils fuiviffent l'exemple des
Peuples de la Xaintonge . Il
n'eut pas de peine à les perfuader
, & les foins furent
auffi-toft fuivis de leur Converfion
. Il eut un pareil fucGALANT.
227
cés à Angouleſme , à Turenne
, & à Argentac , où il ne
fut pas plûtoft arrivé , que
tous les Religionnaires fe
rendirentavec empreffement
à l'Eglife , pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en
fa prefence.
Pendant que cet Intendant
travailloit d'une maniere fi
avantageufe à la converfion
des Religionnaires de fon
Département , Madame de
Gourgues fa Femme fecondoit
parfaitement fon zele ,
& l'on peut dire que par la
feule force de fes raifons , elle
228 MERCURE
a eu la gloire de convertir à
Limoges trois Demoiselles ,fi
fortement perfuadées de leur
Religion , que les plus éclairez
n'avoient pû mefme venir
à bout de les ébranler .
C'est ainsi qu'elle a rendu
veritable ce qu'un Pere de
l'Eglife a dit , qu'une Femme
veritablement
fage & vertueufe
eft tres - capable de
combattre & de vaincre.
Auffia - t - ellegagné les coeurs
& l'eftime de toute la Provin-'
ce. Toutes ces Converfions ,
& fur tout celles qui fe font
faites à Saint Jean d'Angely
,
GALANT. 3
229
doivent paffer pour un Miracle
, fi l'on confidere que
l'Herefie de Calvin y avoit
étably ſon ſiege d'une maniere
fi abfoluë , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'il
puft étrerenversé en fi peu de
temps . L'endurciffement
des
coeurs y faifoit prendre plûtoft
le party de vivre fans Religion
, que de rentrer dans
l'Eglife . Parler de converfion
à ces obftinez , c'eftoit les aigrir
; & lors qu'on vouloit
entrer en conference avec
eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Egli230
MERCURE
fe Romaine
, non feulement
ils refufoient
d'écouter
, mais
ils ne vouloient
pas deman
der à Dieu les lumieres
neceflaires
pour connoiſtre
la
verité. Cependant
voilà ces
Peuples convertis
fous l'heureux
Regne des Miracles , de
leur bon gré , ſans la moindre
violence
, & aprés des
Conferences
publiques
fur
tous les points dont ils ont
fouhaité d'eftre éclaircis . On
ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent efté entierement
convaincus
des Véritez
de la Religion
Catholique
,
GALANT 231
& en mefme temps , des erreurs
de celle qu'ils viennent
d'abandonner . Comme ils ne
la quittent que parce qu'ils
font perfuadez de fa faulleté,
peuvent -ils ouvrir les yeux
fur l'heureux eftat où ils fe
trouvent , fans reconnoiftre
qu'ils font redevables de leur
falut aux bontez du Roy , &
fans fe croire obligez de demander
fans ceffe au Ciel
qu'il continuë à le combler
de fes Benedictions, puiſqu'il
fe fert fi heureufement du
pouvoir que Dieu luy a confié
pour les arracher au De232
MERCURE
mon par une douce & fainte
violence ? Je ne vous ay fait
aucun détail des Conferences
qui fe font tenues dans les au- !
tres Villes , pour obliger les
Religionnaires
à renoncer à
F'erreur , parce qu'on s'y eſt
fervy des mefmes moyens
,
& qu'avant que de faire Ab
juration ils ont reconnu les
fauffetez fur lesquelles
ils avoient
juſque - là fermé les
yeux.
Il ne refte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converfions font deuës à
GALANT 密
•
233
M' de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , & à
M' de la Teraudiere , Maire
de la mefme Ville . Quoy
qu'en cette occafion ils ayét
fuivy les intentions de Sa Majefté,
& qu'ils ayent pour fon
fervice tout le zele qu'un fr
grand Monarque peut infpirer
aux plus empreffez de fes
Sujets , ce qu'ils ont fait ne
laiffe pas de marquer qu'ils
eftoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
fainte pour le falut des ames .
Ils ont fait voir aux plus obftinez
Calviniftes , que la
Decembre 1685.
f
V
234 MERCURE
plufpart d'entre eux croyoier
aveuglément les faufſetez
leurs Miniftres impofoient
à la Religion Catholique,
fans qu'ils euffent jamais
confulté aucun de nos Docque
teurs , & en les affeurant que
s'ils les écoutoient
avec douceur
& fans prévention
, ils
fe trouveroient
heureuſemet
détrompez
, ils les ont enga→
gez à y conſentir. Ces Conferences
ont eu leur effet accouftumé.
Les Calvinistes
ont efté inftruits ; ils ont efté
convaincus
; ils ont vû clair
dans les Miſteres de la Foy ,
GALANT. 235
& ils fe font convertis , fans
que de plus de cinq mille
perfonnes , il en foit reſté une
feule qui faffe encore Profef
fion de la Religion Pretendue
Reformée, Mr le Prefi
dent de Fontmorta efté fi pé
netré du plaifir que ce chan
gement luy a caufé , qu'il a
fait un feu de joye , ou quatre
jeunes Demoiselles mi
rent le feu à la tefte de deux
cens Filles converties , & au
bruit des Tambours & des
Trompettes. Je ne vous dé
cris point cette Fefte , ny la
Statue du Roy que l'on avoit
Vij
236 MERCURE
élevée exprés , & autour de
laquelle trois cens Moufquetaires
firent de continuelles
décharges , & burent à la fanté
de Sa Majefté avec le vin
de plufieurs Fontaines qui
couloient aux dépens de ce
genereux Prefident , quiavoit
chez luy une Table de foi
xante couverts pour les perfonnes
les plus qualifiées de
la Ville , fans celles qui fe
trouverent encore en plufieurs
endroits de fon logis.
Cette réjouiffance fe com.
muniqua dans toute la Ville ,
de forte que l'on peut dire
GALANT 237
que tous les Habitans burent
enfemble ce foir là, La Nobleſſe
de la Campagne
, qui
n'eftoit pas encore convertie
, dit Qu'elle ne croyoit pas que
la Religion Pretendue Reformée
fust en fi grande horreur aux Catholiques,
qu'ils deuffent avoir
tant de joye de l'avoir aneantie ;
mais que puifque cela estoit , it
falloit qu'ilsfe fiffent inftruire. Ils
Pont fait , & ils ſe font convertis
, ainfi la conduite de
Mr de Fontmort a efté fi heureufe
, qu'il a fait des Con-
> par les actions verfions
meſmes qu'on auroit crû le
238 MERCURE
moins capables de produire
le fruit qu'on en a tiré ; & ſes
plaiſirs , ainfi que fes foins
ont contribué à une réunion
fi fouhaitée. Ce Prefident
voyant l'indigence de beaucoup
de nouveaux Conver
tis , a foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a ven
du fon Caroffe & fes Chevaux
, afin de leur donner ce
qu'il auroient pû luy coufter
par an. On peut conoître par
Là, que les Catholiques n'ont
pas moins de zele pour affifter
leurs Freres , qu'on a toû
GALANT. 239
jours dit qu'en avoiét les Proteftans
, puifque les Particuliers
font des aumônes que
les Pretendus Reformez faifoient
feulement en Corps.
Mile Duc de Noailles ayant
fait fçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets,
Capitale des Sevennes, qu'ils
devoient fe difpofer à ſuivre
l'exemple de Nifmes , deMonpelier,
& des autres Villes de
Languedoc , en travaillant à
fe faire inftruire,M's Baudon
& Deyrolles , qui estoient
des principaux Religionnai
res de cette Ville - là , agirent
240 MERCURE
avec ardeur , pour inſpirer à
募
leurs Confreres la foûmiffion
qu'ils devoient aux ordres du
Roy , à laquelle ils avoient
efté eux-mefines puiffammét
exhortez par leurs Alteffes Sereniffimes
Monfieur le Prince
& Monfieur le Duc , à qui
appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance
porta tous
les Proteftans à s'affembler
chez M de Leuze de la Liquiere
Avocat, où ils prirent
une reſolution generale de
fe faire Catholiques
, & prierent
mefme MIS Baudon &
Deyrolles d'en aller affeurer
M5
GALANT. 241
Mr le Duc de Noailles . Ces
Deputez le virent à Niſmes ,
& il leur marqua la joye qu'il
avoit , non feulement de la
nouvelle qu'ils luy apportoient
, mais encore de ce
qu'ils avoient beaucoup contribué
à la refolution qui venoit
d'eftre prife. Ils allerent
auffi rendre leurs devoirs à
M' de Baville Intendant de
la Province , qui leur fit un
accueil tres-favorable...
Quelques jours aprés , M²
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereft de la Re
ligion , & le ſervice du Roy
Decembre 1685. X
242 MERCURE
eft infatigable , ayant ſceu
que fa prefence pouvoit faciliter
les Converfions dans
les hautes Sevenes , partit de
Nifmes avec M de Baville
& vint coucher à Alets , où
il apritavec joye que la fuite
des Miniftres de cette Ville
là , qui avoient manqué au
Serment public qu'ils avoiết
fait de facrifier leur vie pour
foûtenir leur Religion, avoit
beaucoup fervy à détromper
ceux de ce party , & à leur
faire connoiftre les erreurs
que ces mefmes Miniftres
jeur avoient prefchées . M
GALANT. 243
P
de Noailles receut à Alets
les Complimens de tous
les Corps , & M' de Saint Auban
, Juge d'Appeaux du
Comté de la mefme Ville, le
harangua à la tefte des Officiers.
Il luy dit ,que fi le prompt
changement de toute laVille d'A.
letsfaifoit connoiftre la toute -puif
fance de Louis LE GRAND , il
ne falloit pas une prudence moins
confommée que lafienne pour venir
à bout d'une entreprise de cette
importance, pour remettre dans
le chemin de la verité, ces malheu-
・reux aveuglez à qui defaux guides
avoient fait prendre la voye
X ij
244 MERCURE
du Menfonge ; que ces Brebis égarées
n'avoient pas voulu pendant
plus d'un Siecle écouter la
voix de leur vray Pafteur , pour
courir aprés ceux qui les trompoient
par d'inutiles fermens de
vouloir donner leurs vies pour el
les ; que la moindre crainte avoit
fait évanouir ces Mercenaires,
&
que leur fuite ayant fait ou
vrir les yeux aux Dévoyez, ils
avoient connu leur égarement ,
& eftoient rentrez avec plaifir
dans la veritable route qu'ils devoient
tenir pour leur falut ; que
voyant les precipices que
la
charité
de noftre Auguſte Monarque
GALANT. 245
leur avoitfait éviter, ils le beniroient
inceffamment d'avoir bien
voulu travailler à leur bonheur.
Il finit par les affurances de
la joye que leur donnoit la
prefence de M' le Duc de
Noailles , dont les grandes
qualitez ne furent pas oubliées.
Ceux qui ont fuivy autrefois
Calvin , & qui en ont
quitté les erreurs il y a plufieurs
années , ont fait beau
coup de Converfions , parce
qu'eftant parfaitement
inftruits de l'une & de l'autre
Religion , ils fçavent par
X iij.
246 MERCURE
quels endroits les Miniftres
ont toûjours abufé de la credulité
de ceux qu'ils ont voulu
ébloüir . Cela eft arrivé à
M' du Vigean Gouverneur
des Pages de la petite Ecurie
du Roy , & qui a fait abjuration
de l'herefie il y a environ
vingt-cinq ans. Il étoit
au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont if
eft originaire , & comme on
fçavoit que l'intereft n'avoit
point contribué à fon changement
, & qu'il paffoit pour
honnefte-homme , on l'écouta
fur quelques points de
GALANT. 247
Controverfe. Il eut le bonheur
de convertir la Femme
la plus opiniâtre du Pays , avec
toute la Famille. Ces
Converfions attirerent celles
de plufieurs Gentilshommes
des environs , & de cinq
Demoiſelles , qui felon les
termes de la Lettre que j'en
ay receuë , avec les noms de
ces nouveaux Couvertis
s'eftoient voüez à la mort
plûtoft que de fe refoudre à
faire abjuration . C'eſt ainfi
que par des coups imprévûs
Dieu touche fouvent les
plus obſtinez.
X
iiij
248 MERCURE
On ne
peut donner
trop
de
loüanges
à tous
les Intendans
de Province
, qui n'ont
rien
oublié
de ce qui
pouvoit
perfuader
aux
Heretiques
qu'ils
avoient
toûjours
efté
dans
l'erreur
. J'ay
receu
une
ample
Lettre
, touchant
ce
que
Mr de Bezons
Intendant
de la Generalité
d'Orleans
,
a fait en cette
occafion
dans
tout
fon Département
. Il y
a parlé
avec
beaucoup
de
charité
& de force
, & la verité
a eu dans
fa bouche
, tous
les agrémens
qu'il
faut
pour
plaire
, toute
la force
necefGALANT.
249
faire pour toucher , & tout
le brillant poffible pour é
clairer. Ces paroles qui font
de Saint Auguſtin , font employées
dans la Lettre qui
m'a appris ce que je vous .
mande . Je ne vous l'envoye
point , parce qu'elle contient
beaucoup d'autres cho
fes dont je vous ay déja fait
fçavoir une partie ; mais la
perſonne qui l'a écrite a tant
d'érudition , & donne un fi
noble tour aux chofes , que
fi j'en reçois encore quel
ques Lettres , j'auray foin de
yous en faire part. Les Con250
MERCURE
verfions ont aufli efté frequentes
autour de Paris , &
l'on n'y parle prefque plusde
Calviniftes. Les cinq dernieres
Familles Proteftantes
qui reftoient à Nogent le
Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de M' Bouchet
ancien Curé de cette
Ville là.
Voicy les Déclarations qui
ont efté publiées depuis un
mois , & qui regardent ceux
de cette Religion . Par l'Edit
du mois d'Octobre dernier ,
qui en interdit l'Exercice
dans tout le Royaume , il eft
GALANT. 251
ordonné, que les Calviniſtes
qui fe font retirez dans les
Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confifquez
, en cas qu'il reviennent
dans quatre mois du
jour qu'il a efté publié ; &
comme il pourroit furvenir
quelques conteftations entre
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux
qui en pretendroient la confifcation
, au fujet du temps
de leur retour dans le Royaume
, le Roy toûjours équitable
& plein de bonté pour
252 MERCURE
fes Sujets , a déclaré , Qu'il
luy plaift que les Pretendus Reformez
qui fe font retirez avant
la Publication de l'Edit du Mois
qui en confequence d'Octobre ,
de ce mefme Edit , y reviendront
dans le temps de quatre mois¸ſeront
obligez de déclarer qu'ils
font de retour , & d'en prendre
Acte , qui leur fera donné fans
aucuns frais , par les Baillifs on
leurs Lieutenans aux Bailliages
Senechauffées dans le reffort
defquels feront fituées leurs Maifons
& demeures ordinaires , &
en leur abfence , par les Officiers
qui font aprés eux fuivant l'ordre
du Tableau.
a
GALANT. 253
Il eft porté par une autre
Déclaration , Que fià l'avenir
quelqu'un des Pretendus Refor
mez vient à déceder , fes deux
plus proches Parens , ou à leur
défaut , fes deux plus proches Voi.
fins , feront tenus de le déclarer
aux Juges Royaux , s'il y en a
dans les lieux où ilfaifoitfa de
meure , ou aux Fuges des Seigneurs
, de fignerfur le Regi-
Stre que ces mefmes Juges
dront. C'est ce qui a efté ordonné
avec beaucoup de
prudence , puifque les Tem
ples qui reftoient à ceux de
cetre Religion, ayant eſté dé
es en tien
254 MERCURE
molis , & les Confiftoires où
l'on tenoit les Regiſtres de
leurs déceds, fupprimez en
confequence de l'Edit d'Octobre
, le défaut de ces Regiftres
rend incertain le jour
de leur mort. Ainfi fans cette
nouvelle Déclaration , les
Catholiques qui auroient intereſt
, à fçavoir le temps où
cette mort feroit arrivée, demeureroiét
privezde la preuve
établie par les Ordónáces,
& feroient reduits à la preuve
par témoins , qui ne fe peut
faire que par une longue procedure
, & beaucoup de frais .
GALANT.
255
Je vous ay déja mandé ,
que le Roy par la Declaration
du 20. Janvier 1685. avoit
ordonné que les Confeillers
de fa Cour de Parlement,
faifant profeffion de la Religion
Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoistre des
Procez Civils & Criminels ,
aufquels les Ecclefiaftiques
& les nouveaux Convertis
auroient intereft . Comme
leurs fonctions dans ces
Charges vont eftre inutiles,
parce que la plupart des Pretendus
Reformez font réunis
à l'Eglife , & qu'il n'y a pref
256 MERCURE
que point de procez , où quel
ques nouveaux Convertis ne
foient Parties principales ou
intervenantes , Sa Majefté a
ordonné par fon Arreft du
Confeil d'Eftat du 23. No.
vembre , Que les Confeillers de
fa Cour de Parlement de Paris ,
qui fe trouverontfaire encore profeffion
de la Religion Pretenduë
Reformée , remettront inceffamment
entre les mains du Receveur
de fes Revenus cafuels , leur Procuration
ad Refignandum , de
leurs Offices , qui leur feront rembourſez
par ce Receveur fur le
pied de la fixation. Ils n'ont auGALANT.
257
cun fujet de fe plaindre, puifqu'il
n'eft pas jufte que des
Officiers de cette qualité, qui
devroient par leur exemple,
exciter le refte des Sujets du
Roy qui perfiftent dans l'erreur
, à rentrer dans l'Eglife,
& qui cependant refuſent
eux- mefmes les Inſtructions.
qui leur font offertes pour
reconnoiftre la veritable Religion
, demeurent plus longtemps
dans la dignité où les
élevent ces Charges .
Jajoûteray à cela, que Mỹ
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant
Y Decembre 1685.
258 MERCURE
efté averty qu'au prejudice
des Défenfes faites aux Pretendus
Reformez , par l'Edit
du mois d'Octobre , de plus
s'affembler en aucun lieu ou
Maiſon particuliere , pour
l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiffe eftre, quelques per
fonnes de celles qui fe diſent
eftre encore de la Religion
Pretenduë Reformée , ferendoient
à certains jours dans
les Maifons de divers Ambaffadeurs
& Miniftres Etrágers
, pour y faire l'Exercice
qui leur a efté défendu ; ce
GALANT. 259
Magiftrat dont le zele eſt
toûjours actif & vigilant , a
fait réiterer ces mefmes Défenfes
, fous les peines por--
tées par ce mefme Edit , enjoignant
aux Commiffaires
du Chaftelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la
main à l'execution de fon
Ordonnance
, qui a esté publiée
par toute la Ville.
Toutes ces Déclarations
& tous ces Edits font une fuite
des grands foins que le
Roy prend pour le falut de
fes Sujets Proteftans &
comme on en voit chaque
Y ij
260 MERCURE
jour les fruits , je n'en parle .
ray point davantage . Je vous
diray feulement que les Converfions
generales & particulieres
continuent tous les
jours d'une maniere qui fait
voir que ceux qui fe rendent,
font entierement convaincu
des erreurs où ils renoncent.
C'eft ce qui vient de
paroiftre dans la Converfion
de Meffire Alexandre l'Huillier,
Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Rebé entre les mains
de M' l'Abbé de la Salle Aumônier
du Roy. Il eſt d'une
GALANT. 261
Famille auffi illuftre qu'ancienne
, & recommandable:
par beaucoup de grandes Alliances.
M Foran , qui eft le
plus ancien Capitaine des
Vaiffeaux du Roy , a fait auf
fi Abjuration entre les mains
de M l'Archevefque de
Paris. La maniere dont cét .
Illuftre Prelat a fecondé le
zele de Sa Majesté pour le
falut des ames , eft une cho
fe incroyable. Il ne s'eft pref
que point paffé de jour de
puis quelques années , qu'il
n'ait contribué à la Converfion
de quelqu'un , ou qu'il
262 MERCURE
n'ait receu quelques Abjura
tions . Entre le grand nombre
de Converfions qui fe
font faites en cette Ville depuis
un mois , il y en a eu
une tres -remarquable. C'eſt
celle de Mr d'Imecour ancien
Colonel . De neuf Fils qu'il
a , tous dans le ſervice, il y en
eut fept qui firent Abjuration
avec luy ces jours paffez
entre les mains du Pere Gaillard
Jefuite. Les deux autres
qui font en des lieux fort éloignez
, s'y font fait inſtruire ,
& on les en croit partis pour
venir icy faire la mefme
GALANT. 263
Abjuration. Le jour de Noël
Mr Hervard nouvellement
converty , rendit les Pains-
Benits à la Grand' Meffe , ce
qui fut un grand fujet de joye
pour les Catholiques , & mefme
pour les nouveaux Convertis.
Quoy que j'aye parlé des
Converfions qui fe font faites
en beaucoup de Villes ,
je ne laifferay pas de vous
en donner des détails dans
mes autres Lettres, non pour
vous apprendre qu'on s'y eft
converty puifque vous le
fçavez , mais pour vous faire
264 MERCURE
fçavoir de quelle maniere
les chofes s'y font paffées ,
& que les Pretendus Reformez
n'ont abjuré qu'aprés
avoir efté pleinement inftruits
& convaincus des Veritez
de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteftante.
Je commenceraypar
ce qui s'eft fait à Alençon,
dont j'ay déja quelques
Memoires. J'efpere en rece
voir de beaucoup d'autres ·
Villes , & alors je vous entretiendray
à fonds de la conduite
qu'on y a tenuë touchant
les Converfions. Un
détail
GALANT: 265
détail hiftorique lors qu'il
aprend quelque chofe de
nouveau , eft toûjours eftimé
bon , mefme long-temps
aprés que les faits dont il
traite font arrivez .
On feroit furpris de voir
qu'il fe fait en fi peu de
temps un fi grand nombre
de Converfions, & l'on pourroit
croire que ceux qui les
font n'ont pas eu le loifir
d'examiner la Religion qu'ils
embraffent , fi depuis neuf
ou dix ans que Sa Majeſté
travaille à ce qu'Elle vient
de finir heureufement tou
Decembre 1685. Ꮓ
266 MERCURE
chant cette grande réunion ,
chacun n'avoit pas commencé
à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien
qu'il fuivroit un jour. C'elt ce
qui a fait que les principaux
Negocians de la Ville de
Paris , faifant Profeffion de
la Religion Pretenduë Reformée,
ayant efté aſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de M' le Marquis de Seignelay
Secretaire d'Eftat ,
en prefence de M' de Harlay
Procureur General , de
M' de la Reynie Lieutenant
GALANT. 267
•
General de Police , & de M'
Robert Procureur du Roy ,
déclarerent qu'ils eftoient
refolus de fe réunir inceffam-'
ment à la Religion Catholique
, felon la Profeffion de
Foy qui a efté dreffée par M
l'Archevefque de Paris , &
donnerent enfuite un Acte
de cette refolution , figné de
foixante & onze perſonnes ,
à M' le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui fçavoit
les fentimens de la plufpart
avant qu'ils vinffent chez
luy , & qu'ils avoient travaillé
à fe faireinftruire , leur
Z ij
268 MERCURE ,
marqua d'une maniere obligeante
, & d'un air tout engageant
, la fatisfaction
que
le Roy avoit euë de la difpofition
ou cè Monarque
fçavoit
qu'ils eſtoient , & leur
fit comprendre
, que quoy
qu'ils euffent agy pour euxmefmes
en travaillant
pour
leur falut , Sa Majesté ne laifferoit
pas de reconnoiftre
ce
qu'ils avoient fait , lorſque
l'occafion
fe prefenteroit
de
faire quelque chofe pour
eux . Depuis cette Affemblée ,
plufieurs autres Chefs de Familles
de la meſme Religion
,
GALANT. 269
ont déclaré qu'eftant convaincus
de leurs erreurs , ils
eftoient prefts de les abjurer .
On dreffa en mefme temps
un Acte de cette Déclaration
, & ils le fignerent. Quelques
jours auparavant M
le Nonce avoit preſenté au
Roy un Bref par lequel Sa
Sainteté luy exprimoit l'extrême
joye qu'Elle reffentoit
de la révocation de l'Edit
de Nantes , dont on fe preà
faire des réjouiffances
à Rome. Il eft dit du Roy
dans ce Bref, qu'il eſt veritablement
le Roy Trespare
Z iij
270 MERCURE
Chreftien , & que l'Eglife
mettra dans ces Regiftres ce
qu'il vient de faire pour Elle .
L'Eloge de Sa Majefté ſur la
révocation de cét Edit , a
efté prononcé dans toutes
les Harangues qui fe font
faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France &
des autres Cours de Juftice .
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé en plusieurs Villes du Royaume, touchant les affaires de la Religion, & les Conversions qui se sont faites. [titre d'après la table]
En octobre 1685, la Chambre des Vacations du Parlement de Rouen a enregistré la révocation de l'Édit de Nantes, promulguée par le roi de France. Cette révocation visait à ramener les protestants à l'Église catholique, considérée comme la foi des rois de France. Elle fut justifiée par la violence passée des révoltes protestantes et présentée comme un acte de puissance, de clémence et de piété royale. Dans plusieurs régions, des conversions massives au catholicisme ont eu lieu. À Rouen, plus de mille personnes se sont converties immédiatement. À Caen, l'intendant Morangis a réussi à convertir une grande partie des protestants. À Sedan, le marquis de Saint-Germain a démoli un temple protestant et supervisé la conversion de plus de six cents personnes. Des conversions similaires ont été observées à Saint-Jean-d'Angély, Angoulême, Turenne, Argentac et Limoges, souvent facilitées par des conférences religieuses et des figures locales influentes. Des déclarations royales ont interdit l'exercice du protestantisme et permis la récupération des biens confisqués. Les officiers protestants devaient remettre leurs procurations pour leurs offices et étaient encouragés à se convertir pour conserver leurs fonctions. Les rassemblements secrets de protestants ont été interdits et surveillés par les autorités. Des conversions notables ont été signalées, notamment celles d'Alexandre l'Huillier et de François Forant. Le roi a exprimé sa satisfaction et promis de reconnaître les efforts des convertis. Le nonce papal a présenté un bref du pape, louant le roi comme un véritable roi chrétien. Les actions du roi ont été élogieuses lors des harangues d'ouverture des parlements et des cours de justice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 123-124
Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez des Amis qui ayent besoin de quelque [...]
Mots clefs :
Vérités catholiques, Religion, Livre, Instruction, Nouveaux convertis, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Si vous avez des Amis qui
ayent befoin de quelque éclairciffement
fur les Veritez de nộ-
F 2
·124
MERCURE
tre Religion, vous leur pouvez
indiquer un Livre qui a paru depuis
peu , & qui leur fera d'une
grande utilité. Son Titre eft, Nouveau
Traité, pour fervir à l'Inftruction
des Nouveaux Convertis , &
àla Converfion de ceux qui font encore
dans l'Ignorance . Il eft fait par
Monfieur l'Abbé Quentin , Predicateur
de Sa Majeſté , & Autheur
d'une Theologie en François
qu'on eftime fort . Tous
ceuxqui l'ont leu , le regardent
comme un Ouvrage tres- propre
à éclairer & à affermir les Nouveaux
Catholiques par fa briéveté,
fa clarté, & fa force.
ayent befoin de quelque éclairciffement
fur les Veritez de nộ-
F 2
·124
MERCURE
tre Religion, vous leur pouvez
indiquer un Livre qui a paru depuis
peu , & qui leur fera d'une
grande utilité. Son Titre eft, Nouveau
Traité, pour fervir à l'Inftruction
des Nouveaux Convertis , &
àla Converfion de ceux qui font encore
dans l'Ignorance . Il eft fait par
Monfieur l'Abbé Quentin , Predicateur
de Sa Majeſté , & Autheur
d'une Theologie en François
qu'on eftime fort . Tous
ceuxqui l'ont leu , le regardent
comme un Ouvrage tres- propre
à éclairer & à affermir les Nouveaux
Catholiques par fa briéveté,
fa clarté, & fa force.
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Résumé : Nouveau Traité pour servir l'Instruction des nouveau Convertis, & à la Conversion de ceux qui sont encor dans l'ignorance. [titre d'après la table]
Le livre 'Nouveau Traité' de l'Abbé Quentin, prédicateur du roi, vise à instruire les nouveaux convertis au catholicisme. Approuvé pour sa brièveté, clarté et force persuasive, il éclaire et renforce la foi des lecteurs sur les vérités religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 146-189
Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Cette Lettre ne sçauroit estre que d'un tres-grand poids pour [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Abjurations, Conversions, Religion catholique, Religionnaires, Erreur, Hérésie, Roi, Nouveaux convertis, Évêques, Zèle, Protestants, Lieutenant, Parole, Calvin, Famille, Duchesse, Charité, Parlement, Instruction, Bénédiction, Lumière, Dogme, Arrêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Cette Lettre ne fçauroit eſtre
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
que d'un tres-grand poids pour
tous ceux , qui fans fe laiffer
préocuper, examineront de bon.
ne foy le raifonnement dont
GALANT. 147
l'Autheur fe fert pour combaire
la fauffe Doctrine des Calviniftes
, mais fi les uns contribuent
aux Converfions en écrivant , les
autres à qui leur rang donne le
pouvoir d'agir , ont des fuccés
tres avantageux des foins qu'ils
prennent à détruire l'Herefie.
Monfieur l'Evefque d'Auxerre
fçachant les difpofitios où étoient
les Pretendus Reformez de la
Charité , prit le deffein de s'y
rendre , afin d'achever ce que
les premieres Inftructions qu'ils
E avoient receuës , avoient heureuſement
commencé. Dom Alfonfe
Belin , Prieur Clauftral &
Grand Vicaire de la Charité , dont
ma Lettre d'Avril 1682. vous a
fait connoiltre le zele pour les
intereſts de la Religion Catholi
que , ayant efté averty du jour
G2
148 MERCURE
que ce Prelat devoit arriver , alla
au devant de luy à trois lieues de
là, & l'attendit à Pouilly , Ville dépendente
du Prieuré . Il le reccut
à la defcente de fon Caroffe , &
luy dit qu'il le venoit affeurer de
la joye que fon arrivée caufoit à
tous les bons & vrais Catholiques
, qui ne doutoient point
qu'en venant dans fa Ville de la
Charité , Ville confacrée à la
Vierge depuis plus de douze
fiecles , mais infectée malheureufement
de Dogmes de Calvin
, qui s'y étoient confervez
avec plus de force qu'en aucune
Ville du Royaume , il n'étoufaſt
cette Hydre maudite en luy arrachant
toutes les teftes , Monfieur
l'Evefque d'Auxerre partit de
Pouilly avec ce zelé Prieur , qui
l'accompagna jufques à la ChaGALANT.
149
rité , à une lieuë de laquelle Ville
il fut falué par plus de fix cens
Habitans qui s'eftoient mis fous
les armes. A cinquante pas de
la Porte de la Ville il fut receu
de tout le Clergé revêtu
de Chapes , & conduit proceffionnellement
dans la Ville.
Les Echevins estoient à l'entrée
, ayant à leur tefte Monfieur
Jouilly qui le harangua .
= Eftant arrivé à la porte de l'Eglife
de Noftre - Dame , il y fut
complimenté par Dom Charles
de la Moure , Prieur Clauftral
des Religieux Réformez
O du Prieuré qui l'accompa
gnoient en Chapes. Ils le conduifirent
jufqu'au Grand Au-
Etel en chantant le Te Deum , &
delà par les Cloiftres jufqu'au
Chateau Prieural , où Mon-
G
3
150 MERCURE
fieur le Lieutenant General luy
vint faire compliment , accompagné
de tous les Officiers de
Juftice. Le lendemain tout le
Clergé , avec les Peres Recolets,
le vint prendre proceffionnelle .
ment dans le Chafteau , & le
conduifit par la petite porte de
Noftre - Dame jufque dans la
Paroiffe de Sainte Croix , qui
occupe l'un des Collateraux de
cette Eglife. Ce Prelat apres
avoir fait quelques Prieres´ , &
donné la Benediction à tout le
Peuple, prit place dans un Fauteüil
, & fit un Difcours auffi
pieux que fçavant. Il expliqua
le fujet de ſa venuë avec tant
de grace & d'éloquence , qu'il
n'y eut perfonne dans tout l'Auditoire
qui n'en demeuraft charmé.
Les Religionnaires qui
GALANT.
étoient venus l'entendre en
tres - grand nombre , furent penetrez
de fes lumieres , & ouvrant
les yeux à la verité , ils ne fongerent
plus qu'a fe faire inftruire.
Ils furent fortifiez dans ces
fentimens par quantité de Sermons
de Controverfe que l'on
fit foir & matin , & dans lesquels
on éclaircit avec tant de netteté
les Articles conteftez , qu'ils
furent entierement convaincus
des Erreurs où les avoit engagez
le malheur de leur naiffance.
Ainfi ils n'eurent aucune
peine à les abjurer , & Monfieur
l'Evefque d'Auxerre , après avoir
fait un mois de fejour dans la
Charité , eut la confolation de
n'y laiffer en partant aucun
Religionnaire. Plufieurs Gentilhommes
des environs firent
G4
152 MERCVRE
auffi Abjuration avec toutes
leurs Familles , & ce change.
ment , quoy que general , fut
fi volontaire , qu'on n'abjuroit
que fur des convictions
ne laiffoient aucune chofe à
répondre.
de
-
que
La Converfion des Proteftans
n'eft pas toujours refervée aux
hommes Apoftoliques ; on voit
des Perfonnes du premier rang y
contribuer de toutes leurs forces;
& ce que Madame la Ducheffe
Meckelbourg a fait dans la
Ville de Chatillon fur Loing ,
dont elle eft Dame , en pourra
fervir de preuve. Elle a chaffé
l'Herefie d'un lieu qui fut le refuge
des Pretendus Reformez
du temps du Grand Amiral de
Chatillon. l'un de leurs principaux
Chefs , & Dieu a permis
LE
153
GALANT.
chu
qu'elle foit entrée dans la Maiſon
de Chatillon , en époufant en
premieres Noces le Perit-fils de
cet Amiral , afin qu'elle confondift
l'Here fie que fes Predeceffeurs
avoient établie dans fes
Terres. Il femble que ce privilege
luy eftoit deu , & qu'il
appartenoit particulierement à
une perfonne qui defcend du
premier Baron Chreftien , de
faire des action Chreftiennes.
Madame la Ducheffe de Meckelborg
eft de l'illuftre Maiſon de
Montmorency , qui a donné le
premier Baron Chreftien que la
France ait eu , puis qu'il fe fit
baptifer fous le Regne de Clovis.
Elle a épousé en fecondes Noces
1 Monfieur le Duc de Meckelbourg
Prince de l'Empire ,Souve
sain de fort grands Etats , & qui
G
S
154
MERCURE
la
tire fon origine des anciens
Rois des Vandales. Ce Prince
qui a fait paroistre depuis longtmps
l'amour qu'il a pour
Frince , a efté jufqu'à Chatillon
admirer avec tous ceux du
Pays lé zele & l'ardente piete
de cette illuftre Ducheffe. Elle
rencontra d'abord des Efprits fort
peu traitables , & un courage
moins grand que le fien auroit
peut - eftre abandonné l'entreprife.
Mais comme elle a le talent
de fçavoirgagner les coeurs , elle
a tout mis en ufage , & pour
avoir plus de force , elle a eu recours
à la parole de Dieu ,qui d'un
feul coup terraffe fouvent les
plus obſtinez. Pour cela elle
demanda à Monfieur l'Archevefque
un certain nombre de
Preftres de l'Oratoire des plus
GALANT. 155
·
experimentez , & armée de la
Benediction de fon Prelat , de la
Protection du Roy , & de la
Doctrine de ces faints Miffionnaires
, elle alla fondre fur les
Ennemis de l'Eglife , refugiez
depuis fi long temps dans Chatillon.
Ses deffeins ont réüffi , &
elle eft venue à bout de la réfiftance
qu'elle avoit d'abord trou
vée . Comme ces fortes de Converfions
font toûjours foibles
dans leur commencement
, quand
le bon exemple ne les foutient
pas , cette Princeffe a fondé dans
la Ville , & dans la mefme maifon
où les Religionnaires fai
foient leur Gollege , un Monaftere
de la Congregation
de
l'Adoration perpetuelle du Saint-
Sacrement , & a voulu que l'Eu
chariftic , qui avoir efté pref
G G
156 MERCURE
que inconnue
, & toûjours
niée
en ce lieu là , y receuft des honneurs
continuels
par les plus
faintes & les plus exemplaires
Filles de l'Ordre de Saint Benoift.
१
Je ne puis marquer affez fortement
combien on a efté fatisfait
dans toute la Ville des témoignages
de bonté que cette
Princeffe a rendus à tout le monde
dans cette importante occafion
. Elle confoloit tendrement
les uns , pendant qu'elle foulageoit
les autres par fes liberalitez
. Sa Maiſon eftoit le lieu de
la magnificence , & en mefme
temps de l'Affemblée des Fidelles.
Elle a tenu Table ouverte
pendant deux mois , fa charité
la faifant eftre toute à tous , infatigable
au travail , vigilante
pourles autres ; & humble dans
.
GALANT. 157
"
elle mefme . Meffieurs les Chanoines
de Chatillon , auffi bien
que les Preftres de l'Oratoire
dont je viens de vous parler, l'ont
fecondée avec tant de zele &
-de ferveur dans ce grand Ouvrage
, qui n'y a plus aujourd'huy
de Religionnaires
dans la
Ville. Il en fortit quelques - unsi
des plus obftinez lors qu'elle y
fut arrivée . On croit qu'ils y font.
rentrez depuis ce temps- là , &
apparemment
ils fe feront convertis
comme tous les autres.
On ne peut affez louer le zele
de Monfieur
l'Evefque
d'Orleans
, pour la Converfion
des
Pretendus
Reformez
de fon
Dioceſe . Ses foinsont
efté infatigables
, & la pieté tout - à - fait
édifiante
. Auffi n'a - t- on jamais
veu de Nouveaux
Convertis
158 MERCURE
montrer plus d'ardeur pour la
Religion Catholique . Ils fe trouvent
dans les Eglifes à tous les
Offices & à tous les Sermons , &
on diroit qu'ils l'ont toûjours
profeffée , tant leur Devotion
eft exemplaire & fervente.
Il faut vous tenir parole fur
l'Article d'Alençon . On n'en
peut parler fans donner à Madame
la Ducheffe de Guife les
honneurs qui luy font dûs. La
pieté de cette Princeffe , fa ver
tu , fes follicitations , fes Aumônes
fecretes , & les manieres
honneftes & familieres de
traiter avec le Peuples, y avoient
déja fervy à convertir beaucoup
de perfonnes avant que les dernieres
volontez du Roy euffent
efté expliquées. Monfieur de
Bouville Intendant de cette GeGALANT.
1599
neralité , ayant receu ordre de
les faire entendre , fit avertir le
Maire & les Echevins de faireaffembler
à l'Hotel de Ville
tous ceux qui fuivoient la Religion
Pretenduë Reformée. Il
s'y rendit accompagné de Monfieur
Boulmier , Lieutenant General
du Bailliage ; de Monfieur
de Planches Buhaire , Confeiller
au Prefidial , premier Echevin
, & de Monfieur des Chefnes
Echevin , & Lieutenant General
des Eaux & Forefts. Les
Pretendus Reformez Y eftant
venus en tres - grand nombre ,
Monfieur l'Intendant leur fit un
Difcours auffi éloquent que pa--
thetique. Il dit qu'il leur avoit
déja fait connoiftre la bonté que
Sa Majesté avoit pour eux ; que
par une tendreffe vrayment pa
160 MERCURE
ternelle Elle , fouhaitoit qu'il n'y
euft plus dans tout fon Royaume
que la Religion Catholi
que , Apoftolique & Romaine ,
qui eftoit celle que le Sauveur
du Monde avoit uniquement
établie ; qu'il les avoit fait affembler
pour fçavoir d'eux s'il ne
vouloient pas fe rendre à des
Veritez qu'ils ne pouvoient contefter
fans fe vouloir aveugler
eux mefmes , qu'il efperoit qu'il
ne fe trouveroit point parmy eux
d'opiniâtres , & qu'il les prioit
de leur dire publiquement quelle
réfolution ils avoient formée . Un
d'entre eux , nommé Monfieurla
Chambre Billon , prit la parole
pour toute l'Affemblée , &
demanda un temps confiderable
pour répondre à la Propofition
de Monfieur l'Intendans,
GALANT 161
>
parce qu'ils ne pouvoient encore
avoir d'autre fentiment
que celuy de vivre , & de mourir
dans leur Religion , & que
pour luy il eftoit fort refolu
de la profeffer jufqu'au dernier
moment de fa vie. Un Gentil
homme appellé Monfieur
Dormans ayant fait une pareille
déclaration Monfieur
l'Intendant fe retira aprés les
avoir exhortez tout de nouveau
à feconder les bonnes intentions
du Roy , & leur avoit encore
donné quelques jours pour s'y
preparer. Peu de temps aprés
qu'il fut retourné chez-luy , la
plus grande partie de la Nobleffe
de cette Religion , alla le trouver
, & eut avec luy une longue
Conference aprés laquelle
quantité d'entre eux luy don
>
162 MERCURE
ހ
nerent parole de fe convertir-
Pendant ce temps un faint mouvement
agitoit toute la Ville .
Les Catholiques tâchoient d'engager
leurs Parens Religionnai
res à fe faire inftruire , & ' les
Amis faifoient la mefme choſe à
Fégard de leur Amis . Il y en avoit
d'autres qui agiffant par un pur
motif de charité , & regardant
tous les Chreftiens comme leurs
Freres , ne s'attachoient qu'à
combattre l'erreur des plus obftinez
. Monfieur l'Abbé de
Grancey s'attira beaucoup d'eftime
, par la maniere toute pleine
de ferveur dont il s'employa pour
les convaincre. MonfieurRicher
Tréforier de France, fit paroiftre
auffi un zele extraordinaire . Il
alloit de maifon en maiſon exhorter
les Heretiques , & jo
GALANT.
163
gnoit à cette ardeur toute fainte
une profonde fageffe , & une
Féloquence perfuafive dont il
eftoit mal aifé de ſe deffendre.
Monfieur Deſchenes agiffoit de
fon coté avec un pareil empreffement
, & le fuccez répondit
à tous les foins . Je vous ay parlé
de luy dans mes Lettres des mois
de May , & de luin dernier àl'occafion
de Monfieur Larpant
Miniftre de Sez , pour lors nouvellement
converty qu'il preſenta
à Sa Majesté . Le Roy luy
ayant marqué qu'il luy feroit
agreable qu'il continuaft de
procurer des Converfions , il s'y
eftoit appliqué avec une extreme
vigilance , & quand Monfieur
l'Intendant vint à Alençon,
il n'y avoit que huit jours qu'il
avoit heureufement travaillé à
164
MERCVRE
convertir trois Gentilshommes
leurs Femmes & leurs Enfans , qui
eftoient en fort grand nombre, ils
eftoient de la Paroiffe de Resperoux
à cinq lieuës d'Alençon.
Le mefme jour que Monfieur
de Bouville fit affembler
tous les Proteftans , il alla dans
plufieurs Maifons de la Ville ,
où il preffa les plus remarquables
des Pretendus Reformez
de renoncer à Calvin . Il
leur parla d'une maniere tresperfuafive
, & leur apporta de
fi folides raifons , qu'ils ne purent
luy répondre. Il les engagea
à venir des le foir mefme
chez Monfieur Chenard , Curé
de la Ville , qui les receut comme
les Apôtres recevoient ceux
qui fe prefentoient pour fe fais
re Baptifer , & eftre incorpoGALANT.
165
1
-rez dans l'Eglife , c'eft à dire ,
avec une bonté toute remplie
de tendreffe . Il leur expliqua
tous nos Myſteres , & les fit
entrer dans le fens de l'Ecriture,
en forte qu'ils n'avoient aucun
fujet de douter qu'en fe faifant
Catholiques ils n'embraffaffent
la feule Religion , dans
laquelle on peut faire fon falut.
Il ne les quitta qu'à dix heures
du foir pour conferer avec un
Gentilhomme des plus endurcis
, avec lequel il paffa une
partie de la nuit . Le lendemain
Monfieur Defchenes animé
toûjours du mefme zele , alla
chez plufieurs du Confiftoire
, & en engagea quatre à
faire Abjuration , mais comme
la Profeffion de Foy qu'ils vouloient
faire luy parut conceuë
166 MER CVRE
en des termes captieux , il menagea
fi bien leurs efprits ,
qu'il les fit refoudre à voir le
Pere du Parc Recteur des Jefuites
, qui n'a pas moins d'érudition
que de douceur . Pendant
cette Conference il affembla
cinquante autres des plus
zelez proteftants , & les mená
encore à ce Pere qui eut befoins
de beaucoup de patience
& d'autant de lumieres
qu'il en a , pour les faire convenir
de leurs erreurs . Ils furent
enfin contraints de les
avoüer , & les abjurerent auffitoft
entre les mains de cét
habile Recteur. Le mefme jour
Monfieur Defchefnes luy mena
encore quatre - vingt Religionnaires
, parmy lelquels il y avoit
des Apciens du Confiftoire
GALANT. 167
furent ac
des Lecteurs , & des Gens qui
avoient efté propoſez pour eſtre
Miniftres . Ces deux actions donnerent
on fi heureux mouvement
à la grande affaire dont il
s'agiffoit , que Monfieur Chepard
Curé d'Alençon , les Peres
Jefuites , & le Pere Gardy de
L'Oratoire , qui avcient beaucoup
de Parens parmy les Pretendus
Reformez
cablez par la quantité d'Abjurations
qu'ils receurent depuis le
Lundy jufqu'au Vendredy que
toute la Ville fut convertie . Ce
qu'il y eut de fort furprenant ,
que Monfieur de la Chambre
Billon qui avoit paru un des
plus opiniatres
& qui avoit
porté la parole pour les autres en
parlant à Monfieur l'Intendant,
fut un des premiers à fe converc'eft
›
768 MERCURE
tir , & il abjura de fi bonne foy ;
que le Dimanchefuivant s'eftant
trouvé à l'inhumation de Monfieur
de la Ruë , Chirurgien, fon
beau - Pere , pareillement nouveau
Converty , il donna au
Corps de l'eau bénifte , alla à
l'Offerte , & entendit la Meffe à
genoux ayant toûjours les mains
jointes. Ileft aifé de juger par
là jufques où va la ferveur des
nouveaux Convertis , qui n'étoient
ny Ancien , ny auffi attachez
que luy aux Erreurs qu'on
leur a fait reconnoiftre . L'on
travaille avec un grand foin à l'afermiffement
de la Religion qu'ils
ont embraffée . Monfieur Chenard
fait faire tous les Mardis des
Controverfes dans fon . Eglife
par le Pere du Parc , & tous les
Jeudis par le Pere Efpric de
Roüen,
GALANT. 169
Rouen , Capucin ; & le meſme
Curé explique tous les Samėdys
les Ceremonies de l'Eglife , &
prefche tous les Dimanches fur
les Articles de foy , ce qui eft
tout à fait édifiant pour ces nouveaux
Catholiques. On peut
voir par toutes ces chofes , que
tant de Converfions ne font duës
qu'à la profonde érudition de
ceux qui ont donné leurs foins
à les procurer fous les ordres de
nôtre Augufte Monarque , qui
eft feul caufe de cette grande
Revolution , fi avantageuſe à la
veritable Eglife.
Le nombre des Proteftans eft
auffi beaucoup diminué à fviers ,
où il y avoit trois cens perfonnes
de marque converties au commencement
de ce mois. Je n'en
ay eu aucunes nouvelles depuis
Ianvier 1686. H
170 MERCURE
,
ce temps - là ; mais il eſt à croire
que quantité d'autres ont fuivy
l'exemple de ces premiers . On
compte plufieurs Officiers parmy
ces nouveaux Convertis 82
entre autres le Capitaine Commandant
du Regiment du Maine;
Monfieur de Montveau , ancien
Lieutenat Colonel du Regiment
de Turenne ; Monfieur de Lory
fon Gendre ; Meffieurs de Mar.
chais & de la Porte , Gentils
hommes de Xaintonge dans la
Compagnie de Morton ; Monfieur
de Saint Aubin Interprete
des Langues ; Monfieur Herbin
Confeiller au Parlement de Mets,
avec fa Famille ; Madame Dozanne
, Veuve d'un Confciller;
& Monfieur de Vernicourt , auffi
Confeiller dans ce mefme Parlement.
La plufpart de ceux que
GALANT.
171
je viens de vous nommer , ont
fait Abjuration entre les mains
de Monfieur l'Evefque de Mets ,
fans y avoir efté portez que par
la pure connoiffance de la veriré.
On ne leur à pas mefme
prefenté d'autres armes que cel.
les dont elle eſt toûjours accompagnée
qui font des raiſons
fortes & folides , aufquelles il eft
impoffible de refuſer de ſe rendre
lorfque l'on conſent à les écouter.
,
Je vous ay fouvent parlé de
Monfieur Vilette , qui a fait la
fonction de Chef d'Eſcadre ces
deux dernieres années. C'eft un
Gentilhomme d'une des meilleures
Familles de Poitou , &
qui eft un fort bon homme de
Mer. Sa valeur eft connuë de
tout le monde , & il joint beau
H 2
172 MERCURE
>
coup d'efprit à beaucoup de
belles lettres. Il a fait Abjuration
depuis peu , en prefence
de Monfieur de Murcey fon
Fils aîné , Cornette des Chevaux
- legers de la Garde , & de
Monfieur le Prefident de Fontmort
fon beaufrere , entre les
mains de fon Curé , en fa maifon
de Murcey . Madame de
Caumon fa Soeur Femme
de Monfieur de Caumon Colonel
de Cavalerie , fe convertit
deux jours aprés luy , avec
Mefdemoiſelles de Caumon &
de Mayne fes Filles , par les
foins de ce mefme Prefident.
Ce qui doit furprendre dans
tout ce mouvement de Religion
, c'est qu'à l'heure que je
vous écris , il ne reste peut eftre
pas un Calvinifte dans les Pro
GALANT . 173
vinces qui en ont efté le plus
remplies , comme dans le Lan .
guedoc & dans le Poitou . Auffr
faut-il avouer que Monfieur le
Duc de Noailles a efté infatiga
ble dans les foins continuels qu'il
apris pour en pour en purger
tout le Languedoc . Il a efté dans
toutes les Villes , où il a jugé que
ſa preſence eftoit neceffaire , &
il a travaillé avec tant de zele ,
tant de prudence , & tant de
conduite , qu'il s'eft plus conver
ty de Miniftres dans ce feul Gou
vernement , que dans beaucoup
d'autres enfemble.
Je ne vous parleray point encore
ce mois cy des Conver
fions qui fe font faites à Rennes ,
à Nantes , & dans plufieurs autres
Villes , dont j'attens de jour en
jour quelques éclairciffemens
H
3
174 .
MERCURE
fur les Memoires qui m'ont efté
envoyez. Il s'en fait toûjours
icy de fort remarquables , & c'eft
ce qui abat entierement le party
des Proteftans . En effet , plus les
perfonnes qui fe convertiffent
font diftinguées , & fur tout par
leur efprit , plus ces Converfions
font utiles à l'Eglife , rien ne
marquant plus la fauffeté de la
Religion de Calvin , que quand
des gens éclairez dans les Dogmes
de cette Religion , aprés
avoir bien examiné ce que la
Catholique oblige de croire
demeurent d'accord des erreurs
de l'une , & des veritez de l'autre.
Monfieur Perachon peut
eftre mis au nombre de ceux ,
dont les fentimens doivent fervir
de décision . Auffi fa Converfion,
qui eft le fruit d'un long Exa
*
4
GALANT. 175
a
S
men , a - t - elle eſté un exemple
que beaucoup d'autres n'ont
point balancé à fuivre , & cette
raifon m'engage à entrer pour
luy dans quelque détail qui vous
le faffe connoiftre . Il eſt d'une
des plus anciennes Familles de
la Province du Lionnois , origi
naire de Piémont , & dont plu
fieurs Hiftoriens ont fait la Genealogie.
Il a excellé dans les
Bareaux de Grenoble & de Paris
, & Monfieur Baffet Doyen
des Avocats du Parlement de
Grenoble , lluuyy aa donné de
grandes louanges dans fon Recueil
d'Arrefts. Il a efté député
pendant plus de dix années des
Eglifes Pretenduës Reformées
des Provinces de Dauphiné ,
Lionnois & France , par les
Nominations des Synodes , &
H
4
176 MERCURE
a donné divers Ouvrages au
Public , qui ont efté imprimez
plufieurs fois en France & en
Hollande . Son efprit a paru
dans plufieurs Academies de
belles Lettres , où il avoit efté
fouhaité , & plufieurs Autheurs
parlent des Eloges qui luy ont
efté donnez fur l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Vers & en Profe . 11 eft tresprofond
dans beaucoup de connoiffances
, & fçait jufqu'à dix
Langues , furquoy on pourroit
produire en fa faveur des témoignages
fort avantageux. Il
a voyagé dans toutes les Cours
de l'Europe , & en connoist
affez les interefts pour y fervir
la Religion & l'Eftat. Il a travaillé
, & travaille encore tous
les jours aux Converfions des
GALANT. 177
Heretiques , & fon Ajburation
en a mis beaucoup dans la vel
ritable voye. L'ardeur qu'il a de
fervir à l'édification des nouveaux
Convertis , l'a engagé à
faire depuis peu des Traductions.
des plus belles Hymnes de l'Eglife
, que Sa Majesté a honorées
de fon approbation .
Monfieur Sonnet & Monfieur
dé Boully celebres Avocats , fe
font auffi convertis ; ainfi que
Meffieurs Janniffon & Baftide ,
gens tres éclairez , & des Anciens
de Gharenton . Ce dernier
eft Frere du Miniftre de
Blois.
·
Le Pere Alexis du Buc Theatin
, a auffi receu plufieurs Abjurations
pendant ce mois. Une
des plus remarquables , eft celle
de Mademoiſelle Bacalan , Filla
1
HS
178
MERCURE
de Monfieur Bacalan Seigneur
de Livron , Protecteur des Re
ligionnaires dans tout le Genevois.
Monfieur de Saint Hilaire ,
Lieutenant General de l'Artillerie
, & d'un merite fort diftingué
dans fon Employ , a fair
auffi
Abjuration , de mesme que
Monfieur Mangeot Medecin .
Quoy que ce dernier foit des
plus habiles dans cette profeffion
, il n'eft pourtant pas de la
Faculté de Paris , par une raifon
digne d'eftre remarquée , & fort
glorieufe à cette fçavante Facul
té. Non
feulement depuis quelques
années que l'on a receu
fort rarement des Pretendus Reformez
dans les autres Corps ,
mais mefme depuis que le Calvinifme
a
commencé à régner
GALANT. 179
en France , elle n'a voulu rece-
I voir aucun Medecin Religion-
- naire , quoy que fouvent elle
en ait efté preffée par des Perfonnes
fi élevées par leur nail
fances , & par le credit qu'elles
avoient dans l'Eftat , que la demande
qu'on luy en faifoit fern
bloit plûtoft un ordre ablolu
qu'une priere. Cependant nolle
authorité , quoy que fuperieure,
n'a jamais pû l'engager à y confentir
; ce qui eft aujourd'huy
affez digne de remarque , puif
que fi les autres Corps avoient
eu autant de fermeté , l'Here fie
n'auroit pas pris de fi profondes.
racines , & on l'auroit pû détrui
re plus facilement .
Ceux qui viennent encore
d'y renoncer font Madame
la Marquife de Tuigny Verdel-
H 6
180 MERCURE
les , de la Maifon de Martel , &
Mademoiſelle Chabot . Le nom
de Chabot , marque affez que
cette Demoiselle eft d'une Famille
où les erreurs de Calvin
eſtoient devenuës hereditaires ;
& fa Converfion doit faire connoiftre
plus qu'une autre , la
fauffeté de la Religion qu'elle
quitte.
Prefque tous les Proteftans
qui eftoient dans les Troupes de
Sa Majefté , fe font convertis. Ils
l'ont fait de bonne grace , & feulement
par ce qu'ils ont efté convaincus
que l'Eglife Catholique
eft la veritable Eglife . La plufpart
ont refufé les Penfions dont
le Roy a voulu les gratifier aprés
leur Converfion
, ce monarque
ne s'eftant point expliqué auparavant
fur cette Royale liberaliGALANT.
181
té , afin qu'il n'y euft que la feule
connoiffance de la Verité qui
les portaft à fe convertir. Ceux
qui n'ont rien voulu accepter ,
l'ont fait par une delicateffe de
confcience , car ce n'eft pas à
dire que les autres , dont l'intention
n'a pas efté intereffée en fe
convertiffant , n'ayent pû recevoir
les Bienfaits dont ils ont efté
honorez .
Je ne dois pas oublier de vous
marquer une chofe finguliere
touchant les Converfions . Monfieur
Mahais , Miniftre de l'E .
glife d'Orleans , s'eftant conver
ty y a déja quelque temps ,
Monfieur de la Bufiere , fon Pere
, Ancien de Charenton , nele
voulut point voir , ny permettre
méme qu'il entraft chez luy . Ce
Pere obftine ayant eſté relegué
182 MERCURE
à Bourges depuis la Révocation
de l'Edit de Nantes , Monfieur
Mahais , dont il ne pouvoit foufrir
la prefence , l'eft allé trouver
, & luy a fait voir fi clairement
les erreurs de fa Religion,
qu'il l'a obligé d'y renoncer . On
peut dire que rien n'eft plus fincere
qu'une pareille Converfion
, puis qu'elle fe fait entre
des Gens qui fçavent à fond de
quoy il s'agit , & qui peuvent
demeurer d'accord entre - eux du
peu de force qu'avoient les raifons
qu'une préocupation trop
aveugle leur faifoit oppofer à des
Veritez inconteftables.
Quoy que je pûffe encore
vous parler de plufieurs autres
Perfonnes qui fe font converties
icy depuis un mois , je n'entreray
pas neanmoins dans un
GALANT. 183
plus ample detail , faute de temps;
& de place , je vous diray feulement
que l'ardeur avec laquelle
les premiers Magiftrats
de cette grande Ville travaillent
aux Converfions , en produit
beaucoup Monfieur le Premier
Prefident fe donne la peine d'aller
luy- mefme dans les Prifons
où il fçait qu'il y a des Religionnaires
, & avec un zele remply
de ferveur , & une fainte éloquence
, il fçait fi bien les convaincre
de leurs erreurs , qu'ily
en a peu qui n'y renoncent . Il
prend le foin de les faire inftruire
, & il eft lay-mefme le témoin
de leur abjuration . Monfieur de
la Reynie , Lieutenant General
de Police , & Monfieur Robert',
Procureur du Roy au Chaftelet,
n'agiffent pas avec moins d'ar
184 MERCURE
deur pour les mefmes interefts .
Une prudente vigilance éclate
dans le zele qui les anime , &
tout cela eft accompagné d'une
bonté fi touchante , & de raifons
fi folides , qu'il eft difficile
de n'en eftre pas perfuadé. Je
ne parle point de Monfieur l'Archevefque
de Paris , de Monfieur
l'Evefque de Meaux , &
du Pere de la Chaiſe . Leurs
lumieres font fi connues auffibien
que la force de leur éloquence
, que perfonne n'ignore
qu'il ne leur échape que ceux
qu'une obftination invincible
empefche de les écouter. On
rend fort fouvent dans nos Eglifes
des graces à Dieu du grand
nombre de Converſions qui fe
font
, & le 14. de ce mois il y eut
Benediction à Saint Sauveur par
GALANT. 185°
Monfieur le Nonce , en Action
de Graces fur l'Extirpation de
l'Herefie . Monfieur l'Abbé Billet
y prefcha avec un fuccés qui
luy fut tres glorieux.
On a eu avis que Madame de
Berchoffen , Femme du Gou
verneur de la Ville & Principauté
d'Orange , s'y eft convertie
avec fa Fille au mois de Novembre
dernier , Elle a encore
deux autres Enfans . Elle eft Fille
de Monfieur Charles de Vethieux
, Confeiller au Parlement
de Grenoble , mort en 16o . Il
laiffa un Fils qui fe fit Catholique
l'année fuivante . Il eſt Prêtre
, & demeure à Lyon depuis
27. ans . Il y en a trente que la
Dame dont je vous aprens la
Converſion , eft mariée .
On a remarqué prefque dans
186 . MERCVRE
toutes les Villes , que les Femmes
ont toûjours efté les dernieres
à recevoir les Instructions
qu'on a voulu leur donner . Elles
s'apuyent fur le préjugé de leur
naiffance , qui leur fait fermer
l'oreille à tout ce qu'on peut leur
dire pour les convaincre de la
verité,& il y en a quelques- unes
qui voyent leurs Maris fe convertir
, fans que leur exemple les
puiffe obliger à renoncer à l'Erreur.
Comme l'obftination avec
laquelle elles font gloire de fe
diftinguer , met de la divifion
dans les Familles , & empefche
ou retarde la Converfion de
leurs Enfans , le Roy voulant y
pourvoir , a déclaré par un Edit
qui vient d'eftre publié , qu'il
veut que les Femmes des Nouveaux
Catholiques qui refufeGALANT
-187
ront de fuivre l'exemple de leurs
Maris ; ainfi que les Veuves qui
perfifteront dans la Religion
Pretenduë Reformée un mois
aprés l'enregistrement & la
publication de cet Edit , demeurent
décheües du pouvoir de difpofer
de leurs Biens , foit par
Teftament , Donation entre vifs,
Alienation ou autrement. A l'égard
de l'Ufufruit des Biens qui
pourront leur avenir , ou leur
eftre écheus par les Donations
que leurs Maris leur ont faites
par Contract de Mariage
ou entre - vviiffss , des Douaires ,
Droits de fucceder en Normandie
, Augmens de Dot , Habitations
, Droit de partager la
Communauté , Préciputs , & tous
autres avantages qui leur auront
efté faits par leurs Maris , l'in
188 MERCVRE
>
ris , l'intention de Sa Majesté
eft que tout cela appartienne à
leurs Enfans Catholiques , fuis
vant la Difpofition des Coûtumes
& à leur defaut aux
Hôpitaux des Villes les plus
proches de leur demeure ordinaire
, fans que cette peine puiffe
eftre declarée comminatoire ,
& fans préjudice de la proprieté
qui appartiendra aux Heritiers
Catholiques des mefmes Femmes
ou Veuves , lors qué leurs
Succeffions feront ouvertes , &
en cas qu'elles n'ayent d'ail
leurs aucun Bien pour fubfifter
, il leur fera pourveu d'Alimens
par les Juges , felon
que le cas l'exigera . Quoy que
tous ces Droits leur foient oftez
par l'Edit dont je vous parle ,
il fera en leur pouvoir d'y ren-
?
"GALANT. 189
î
trer , en abjurant la Religion
Pretenduë Reformée , & faiſant
enregistrer l'Acte de leur Abjuration
au Greffe de la plus proche
Juſtice.
Fermer
Résumé : Suite de l'article des Conversions, [titre d'après la table]
Le texte décrit les efforts de conversion des calvinistes au catholicisme dans diverses régions françaises. À La Charité-sur-Loire, l'évêque d'Auxerre, assisté par Dom Alphonse Belin, a réussi à convertir plusieurs calvinistes après un mois de sermons. La duchesse de Meckelbourg, avec l'appui des prêtres de l'Oratoire, a éradiqué l'hérésie à Chatillon-sur-Loing. À Chatillon, une princesse, soutenue par l'archevêque et le roi, a converti des protestants réfugiés et fondé un monastère. À Alençon, la duchesse de Guise et l'intendant Bouville, aidés par l'abbé de Grancey et Richer, ont encouragé les protestants à se convertir. Des conversions massives ont également eu lieu à Alençon et Siviers, impliquant des officiers et conseillers au Parlement de Metz. En Languedoc et Poitou, des personnalités comme Monsieur Vilette et le Duc de Noailles ont abjuré le calvinisme. Après la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs figures notables, telles que Madame la Marquise de Tuigny Verdelles et Mademoiselle Chabot, ont abandonné le protestantisme. Le roi a refusé de distribuer des pensions pour éviter toute suspicion de motivation financière. Les autorités, y compris le Premier Président et Monsieur de la Reynie, ont encouragé ces conversions par la persuasion. Les femmes, souvent réticentes à se convertir, ont été contraintes de se convertir sous peine de perdre leurs biens. Des actions de grâce ont célébré ces conversions. Le document aborde également les droits des veuves et de leurs enfants catholiques, stipulant que les biens des veuves doivent revenir aux enfants catholiques ou aux hôpitaux locaux, sauf si elles abjurent la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 192-215
Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Début :
Pour continuer le grand Article qui regarde la Religion, & [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Évêque, Prétendus réformés, Erreurs, Bénédiction, Ecclésiastique, Religionnaires, Conversions, Abjurations, Zèle, Nouveaux convertis, Discours, Procession, Missions, Controverse, Cérémonie, Hérésie, Piété, Famille, Opiniâtreté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
Pour continuer le grand
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
Article qui regarde la Religion
, & qui a remply depuis
un an la plus grande par
tie de toutes mes Lettres , j'ay
à vous faire fçavoir que M
l'Evefque de Rennes s'eſtant
rendu à Vitré en Bretagne
le 19.Novembre dernier , alla
dés le lendemain chez les
plus confiderables des Pretendus
Reformez , pour les
exhorter à ouvrir les yeux
fur leurs erreurs. Le foir il
donna la Benediction dans
la
GALANT. 193
la grande Eglife , reveſtu de
fes habits Pontificaux , ce
qu'il fit tous les soirs jufqu'au
dernier jour de ce mefme
mois , qu'il s'en retourna à
Rennes. Les jours fuivans il
continua ſes Vifites , toûjours
à pied , accompagné de fon
Grand Vicaire , du P. Bruant
Jefuite , & de plufieurs autres
fçavans Ecclefiaftiques .
Il les vit tous , & plus
d'une fois , & mefme il fe
donna la peine d'en aller
chercher quelques - uns jufque
dans leurs Maifons de
Campagne, àune affez gran-
Février 1686. R
194 MERCURE
de diſtance de la Ville. Il
leur parla avec fermeté, mais
en répondant à tout ce qu'ils
luy oppoferent , il employa
des manieres fi honneftes, &
fi pleines de douceur , que
beaucoup d'entr'eux demandant
du temps pour ſe faire
inftruire , commencerent à
faire voir que les raiſons dont
il fe fervoit contre eux leur
paroiffoient convaincantes,
Le Jeudy 22. on receut des
Lettres de M le Duc de
Chaunes , Gouverneur de
Bretagne qui expliquoient
les intentions du Roy. Les
GALANT. 185
Magiftrats firent auffi.toft
affembler les Religionnaires
à la Maiſon de Ville , & les
exhorterent à fe rendre dignes
de l'extreme bonté que
Sa Majesté témoignoit pour
cette Province, puis que c'eftoit
par elle qu'on achevoit
de preffer les Pretendus Ré.
formez du Royaume de
changer de Religion , & qu'-
ainfi ils avoient eu le temps
de fe preparer à fuivre l'exemple
des autres.Deux jours
aprés on fit une feconde Af
femblée , & alors fans balancer,
M' de Gennes Guilmarais
Rij
196 MERCURE
Avocat au Parlement de Paris
, qui s'eſt marié à Vitré ,
porta la parole pour luy , &
pour les principaux duParty,
qui eftoient prefens . Le Senéchal
les pria de l'accompagner
, pour aller donner
leurs Noms à M' l'Evefque
de Rennes . Les Catholiques
& eux s'embraffoient de tous
coftez, & par tout où ils paffoient
ce n'eftoient que des
démonftrations
de joye.Leur
nombre s'eftant extremément
accru en trois jours ,
ce zelé Prelat leur fit faire
Abjuration le 27.
dans le
GALANT. 197
C
Choeur des Benedictins. Il
leur dit d'abord qu'ils ne
pouvoient trop fe réjouir d'eftre
rentrez fi heureuſement
au ſein de l'Eglife dont leurs
Anceſtres s'eftoient ſeparez ,
& fur la fin de cette Ceremonie
il les exhorta à bien
travailler pour leur falut , &
porta tous les Affiftans à rendre
graces
du recouvrement de ces Brebis
égarées , à l'exemple du
Paſteur de l'Evangile . Il dit
enfuite la Meffe du Saint Efprit
, aprés laquelle ils fignerent
tous . Il fe fit encore
à Dieu avec luy
Riij
198 MERCURE
quantité d'Abjurations le
lendemain , & en huit jours il
ne refta plus que cinquante
Religionnaires , dont il y avoit
quarante- cinq Femmes,
& cinq Hommes , qui tarderent
peu à faire comme les
autres . Le Pere Bruant Jefuite
faifoit tous les foirs un
fort long Difcours , en forme
d'Inftruction , ce qui eftoit
d'une grande utilité pour les
nouveaux Convertis. Il continua
ces Difcours jufqu'a
prés Noël , fans prendre un
jour de repos , & ce fut toûjours
avec de grands fruits .
GALANT. 199
Le 27. Decembre Mr l'Evef
que de Rennes revint à Vitré
, & s'eftant rendu le lendemain
en l'Eglife de Noftre
Dame . principale Paroiffe de
la Ville , où tout le Clergé fe
trouva, il y entona le Te Deum
aprés Vefpres , en preſence
de M' le Duc de Chaunes ,
qui affifta a cette Ceremonie,
accompagné de M'l’Abbé
Flechier, nominé à l'Evef
ché de Lavaur , & de M ' l'Abbé
deGuenegaud.Le Samedy
29. de ce mefme mois , ce
Duc. fit affembler au Chafteautous
les nouveaux Con-
R iiij
200 MERCURE
vertis , pour leur témoigner
fa joye de leur réunion à
l'Eglife , & les exhorter à répondre
par des fentimens
finceres aux fains que Sa
Majefté prenoit pour procu
rer leur falut.
Je vous ay déja fait un
détail de tout ce qui s'eft
paffé à Alençon touchant les
Converfions , il faut vous en
apprendre les fuites . Les Jefuites
ont fait une Miflion
par l'ordre du Roy pour
les nouveaux Catholiques .
Elle fut ouverte le ſecond du
mois paffé par une Proceffion
GALANT. 201
Generale , à laquelle affifterent
le Corps de Ville , Mrs
du Prefidial , dix de ces Peres
en Surplis , les Capucins , &
tout le Clergé. Au retour M
Chefnard Curé d'Alençon ,
fit un excellent Difcours fur
les motifs de la Penitence ,
laquelle cette Miſſion invitoit
toute la Ville. Il chanta
enfuite la Meſſe du S. Efprit,
où tous les Peres de la Mif
fion fe trouverent. Depuis
ce temps là , il y a eu chaque
jours quatre Difcours ; l'un
de grand matin pour les gens.
de travail & de fervice ; un
202 MERCURE
autre à dix heures fur les
Points fondamentaux de
noftre Religion ; une Inftruction
familiere à une heure
aprés midy , & le foir à cinq
heures une Controverfe fuivie
des Prieres ordinaires
dans les Miffions . Le jour
des Roys , premier Dimanche
de l'année , le Maire &
les Echevins voulant honorer
la Miffion , preſenterent
les Pains Benits au nom de
Sa Majefté & de la Ville . On
les alla prendre à l'Hoſtel de
Ville au fon des Tambours
,
& ils furent apportez par
GALANT. 203
feize Sergens d'Armes avec
leurs Bandolieres fleurdeli .
fées. Les Trompetes les re
ceurent à la porte de l'Eglife,
& fe mélant au fon des Clo .
ches & des Orgues , attirerent
une infinité de monde
à voir cette ancienne Ceremonie
qu'on renouvelloit en
faveur des nouveaux Catholiques
, pour les accoûtumer
à nos ufages . L'affiduité &
l'attention qu'ils ont euë
pendant cette Miſſion , font
fez connoiftre que leur Converfion
a efté fincere.
Le Dimanche 10. de ce
204 MERCURE
mois, Dame Sufanne de Vez ,
Veuve de Meffire Daniel de
Rainneval,Lieutenant Colo
nel du Regiment de Souche ,
à prefent nommé d'Arcourt,
fit Abjuration de l'Herefie ,
dans une des plus confiderables
Parroiffes d'Arras . Elle
s'eftoit mife depuis quelque
temps entre les mains d'un
Capucin tres-fçavant dans
les Controverfes , & elle en
avoit receu tous les éclaircif
femens dont elle avoit befoin
fur fes Doutes , auffi - bien
Mademoiſelle Saquier , que
Fille d'Ifaac Saquier Miniftre
GALANT. 205
fameux. Toutes chofes étant
difpofées , M ' de Préfontaine
Prefident en Chef du
Confeil d'Artois , & M' Bataille
, Procureut General au
mefme Confeil , allerent les
prendre en Carroffe , & les
conduifirent à l'Eglife . Toutes
les Perfonnes confiderables
de la Province s'y
trouverent , & il y en eut
beaucoup qui fe firent un
honneur de figner fur l'Acte
de leur
Profeffion de Foy ;
entre
Montmorency
autres Madame de
Madame
la Marquife d'Arancy , &
206 MERCURE
Madame la Comteffe de
Mauve , de la Maifon de
Crequy . On chanta le Veni
Crtator , qui fut fuivy d'un
tres- éloquent Difcours que
le Pere Capucin fit à ces
deux Dames avant que de
recevoir leur Abjuration.
Cela eftant fait , elles prononcerent
leur Profeffion de
Foy avec une ferveur toute
édifiante , & cette Ceremonie
finit par le Te Deum. Mademoiſelle
de Rainneval
âgée de quinze à ſeize ans ,
Fille de Madame de Rainneval
, eft dans le Convent
GALANT.
207
des Urfulines, où l'on ne doute
point que les exemples
de vertu & de pieté de ces
faintes Religieuſes
, joints
aux lumieres qu'elle y reçoit
du Pere de la Ferté Jefuite ,
auffi recommandable par fon
zele & par fon rare fçavoir ,
que par fa naiſſance , ne l'engagent
dans peu de temps à
faire la mefine Abjuration .
M' le Vaffeur,Prieur d'Auchy
, a receu depuis quelque
temps la Profeffion de Foy
de quatorze Religionnaires
qui ont renoncé à leurs Erreurs.
Une Niepce du fa208
MERCURE
meux Mr Conrard , mort
Secretaire de l'Accademie
Françoife , eftoit de ce nombre.
La Ceremonie a efté
faite à Rofoy prés de Soiffons
.
Mademoiſelle Dorte,dont
la fermeté pour la Religion
Proteftante paroiffoit infurmontable
, & qui mefme l'a
fait connoiftre par des a-
Єtions trop hardies
perfonne de fon Sexe , a fait
auffi Abjuration à Metz entre
les mains de M' l'Evefque
dans l'Eglife des Urfulines.
Mademoiſelle de Montigny
pour
une
GALANT. 209
abjura en mefme temps . M.
Duchat Confeiller au Parlement
, & M Bancelin Capitaine
& proche Parent d'un
Miniftre de Mets , fe font
convertis dans la mefme
Ville.
.
la
J'ay auffi à vous apprendre
la Converfion de M ' du
Faux Amperoux . C'eſt un
Gentilhomme de Bretagne
qui avoit efté deftiné pour
Robe ; & dont la fortune feroit
beaucoup plus confiderable
qu'elle n'eft , s'il avoit
moins aimé les Lettres &
fa Famille. Ces deux raiſons
Fevrier 1686.
S
210 MERCURE
#
l'ont obligé de ceder à fes
Proches , des avantages qu'il
pouvoit legitimement prerendre.
L'amour qu'il a pour
les Lettres n'a pas efté fans
progrez , puifqu'il fçait l'Antiquité
& l'Ecriture autant
qu'aucun homme de fon âge.
Sur tout il poffede parfaitement
l'Hiftoire , la Geogra
phie , l'Eftat prefent de l'Europe
, l'Intereſt des Princes ,
& les Affaires étrangères. Il
entend dix Langues , & parle
& écrit la noftre avec une
entiere pureté. Quoy qu'il
fuft fort perfuadé de fa ReGALANT.
211
ligion , neantmoins comme
il eftoit extremément éloigné
de fe croire infaillible
& incapable de fe tromper ,
le foin de fon falut , & la volonté
du Roy l'obligerent de
s'inftruire à fonds des matieres
de Controverſe , aufquelles
jufques alors il ne
s'eftoit pas entierement attaché.
Après avoir fait un
long Examen en lifant les
Livres qui ont efté publiez
de part & d'autre , n'ayant
pû fe fatisfaire ny fe deter
miner , il alla trouver M¹l'Evefque
de Meaux pour qui
Sij
212 MERCURE
la lecture de fes Ouvrages ,
& fa reputation luy avoient
donné une haute eftime , &
les longues Conferences
qu'il
eut avec ce Sçavant Prelat
diffiperent fi bien tous fes
Doutes , qu'il fut enfin convaincu
que felon les promef
fes de l'Evangile , il doit
avoir eu toûjours une veritable
Eglife , fubfiftante & vifible
, qui ne peut eſtre autre
que l'Eglife Catholique. Ainfi
il abjura entre fes mains à
Verſailles peu de jours aprés
ces Conferences
.
Y
Il refte fi peu de PerfonGALANT.
213
nes à convertir à Paris, qu'on
peut dire qu'on n'y trouve
prefque plus de Proteftans.
Ainfi je ferois trop long fi
je vous nommois tous ceux
qui s'y font faits Catholiques.
Je vous diray ſeulement
que M ' Muiffon Confeiller
au Parlement , & Madame
fa Femme ont fait Abjuration
aprés avoir pris un
foin tres - particulier de fe
faire inftruire , & employé
un long- temps pour chercher
la Verité qu'ils ont enfin
reconnuë. M' Monginot
la Sale s'eft auffi converty a
vec toute la Famille .
214 MERCURE
Entre toutes ces Converfions
, il n'y en a point eu de
plus éclatante que celle de
M' le Comte de Madaillan
de Lefpare , auffi diftingué
par les vives lumieres de fon
efprit , que par les glorieux
avantages qu'il tire de fa
naiffance Il a voulu s'éclaircir
à fond des Veritéz Catholiques
, & il en a efté fi
pleinement convaincu , que
ne fe contentant pas de renoncer
à l'Erreur , il a voulu
que ce qui avoit fervy à le
détromper, contribuaſt à fairé
ceffer l'aveuglement de
GALANT. 215
ceux qui perfiftent dans
l'Herefie de Calvin . Il a écrit
lès Motifs qui l'ont engagé
à fe reünir à l'Eglife Romaine
, & ces raiſons font fi
fortes, & expliquées avec tant
de netteté , qu'elles ont déja
ramené plufieurs Perfonnes
du mefine party. Je ne doute
point que les plus opiniâtres
n'en foient touchez , & qu'aprés
les avoir leus , ils ne demeurent
d'accord que l'Eglife
Catholique eſt la ſeule
Eglife , dans laquelle on peut
faire fon falut.
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Résumé : Conversions faites depuis le mois dernier, [titre d'après la table]
En novembre 1685, l'évêque de Rennes se rendit à Vitré pour encourager les protestants à se convertir au catholicisme. Il visita les notables protestants, leur parla avec fermeté et douceur, et bénit les fidèles dans la grande église chaque soir jusqu'à la fin du mois. Accompagné de son grand vicaire et du Père Bruant jésuite, il poursuivit ses visites, y compris dans les maisons de campagne. Le 22 février 1686, des lettres du duc de Chaulnes expliquèrent les intentions du roi, et les magistrats rassemblèrent les protestants pour les exhorter à se convertir. Deux jours plus tard, un avocat prit la parole au nom des protestants. Le 27 février, une cérémonie d'abjuration eut lieu dans le chœur des Bénédictins, où l'évêque exhorta les nouveaux convertis à travailler pour leur salut. En huit jours, seuls cinquante protestants restèrent, dont quarante-cinq femmes et cinq hommes, qui se convertirent peu après. Le Père Bruant continua ses discours jusqu'à Noël. Le 27 décembre, l'évêque revint à Vitré et entonna le Te Deum en présence du duc de Chaulnes. À Alençon, les jésuites menèrent une mission similaire. À Arras, Dame Suzanne de Vez et Mademoiselle Saquier abjurèrent après des éclaircissements d'un capucin. À Rosoy, M. le Vasseur reçut la profession de foi de quatorze religionnaires. À Metz, Mademoiselle Dorte et Mademoiselle de Montigny abjurèrent entre les mains de l'évêque. À Paris, plusieurs personnes se convertirent, notamment M. Muiffon et sa famille, ainsi que le comte de Madailan de Lesparre, dont la conversion influença d'autres personnes. Le texte souligne que très peu de protestants restent à Paris. L'auteur affirme l'unicité de l'Église catholique comme voie de salut, convainquant même les plus opiniâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 264-283
REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Début :
Il a paru un Ecrit plein de calomnies, contre la conduite / Il ne faut que voir le titre de cette Lettre, pour juger [...]
Mots clefs :
Protestants, Conversions, Méthodes, Calomnies, Sainteté, Tourments, Erreurs, Schisme, Louange, Barbarie, Sainte vérité, Dragons, Obéissance, Providence, Abjuration, Révolte, Persécutions, Nouveaux convertis, Église romaine, Démons, Dieu, Jésus-Christ, Pasteurs, Communion
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Il a paru un Ecrit plein de
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
calomnies, contre la condui
l'on a tenuë en Frante
que
ce
pour
ramener
les
Protef
tans
à l'Eglife
. Vous
ferez
bien
aife
de
voir
la
Réponſe
qu'on
y a faite
. Elle
fait
connoiftre
avec
combien
d'injuſtice
on
veut
noircir
la plus
éclatante
& la plus
fainte
action
qu'on
ait
jamais
entre
prife
.
REPONSE
GALANT
265
REPONSE A UN ECRIT
INTITULE ,
Lettre Paftorale aux Protef
tans de France, tombez par
la force des
tourmens.
I
Lesfaut que voir le titre de
cette Lettre pour juger de
quel efprit estoit anime celuy qui
la écrite, & quelle idée il a voulu
donner de ce qui s'eft paßé en
France à l'égard des Proteftans.
Qurne croiroit en lifant cette expreffion
outrée de tombez par la
force des tourmens , qu'on n'a
employé pour leur converfion que
Février
1686, Z
266 MERCURE
de
lefer & le feu, que les bourreaux
#les gehennes. On ne nie pas.
que le Roy n'ait jugé à propos
fe fervir defon authorité pourfai
re réuffer ce pieux deffein, & qu'il
n'ait cru pouvoirfaire aujourd'huy
ce qu'ont fait autrefois les Empereurs
Chrestiens dans un cas pa
reils afin de retirerfes Sujets de
lafunefte fecurité dans laquelle les
malheur de leur naiffance & la
force de l'habitude les retenoit de
puis fi long- temps , mais se n'aefté
qu'à l'extrémité qu'il s'yeftrefo
In , & l'Eglife fe feroit contentée
d'employer, pour vélaɔkazforcɔdes)
aifons fi aprés plufiones extors
be
de mir
GALANT 267
tations
vainement reiterées , on
n'avoir reconnu que la feule perfuafion
ne feroit pas capable d'ar
racher des erreurs fi enracinées. Il
falloit ou renoncer à la pensée de
faire ceffer le Schifme en France
laffer
perpetuellement fubfifter
des levains de difcorde dans
L'Etat , on fe refoudre de joindre
les menaces aux
exhortations , afin
que
la crainte difpofaft les efprits
àrecevoir
l'inftruction, Saint Au
guftin aprouva lafeverité de l'ancienne
Eglife contre les Donatif=
tes , quand elle vit les heureuse
fuccés qu'elle avoit produits. La
conduite qu'en a tenue en France
Zij
268 MERCURE
à l'égard des Proteftans , fe jufli
fie par des fuccés beaucoup plus
furprenans ; outre qu'on doit a
vouer à la louange de noftre grand
Monarque , que jamais perſonne
avant luy n'afceufi bien l'art de
temperer la ſeverité par la douceurs
cars'il a esté obligé quelquefois
de parler en Maire , on l'a
wen toujours agir en Pere ; s'il a
quelquefois levé le bras , fa bonté
le luy a quafi toujours retenų , &
il n'a jamais frappé qu'à regret.
Aufond , ce que l'Autheur de la
Lettre Paftorale appelle enſtyle
de Declamateur des cruautez
des barbaries inouies , n'a efté auGALANT.
269
f
e
tre chose qu'un logement de Gens
de Guerre à l'ordinaire , qui à la
verité a faitfouffrir les gens dans
leurs biens, mais jamais dans leurs
perfonnes. Les Officiers des Tronpes
entrant dans l'efprit du Maif
tre,n'ont eu d'autre application que
celle de defendre & d'empeſcher
les violences ; fi malgré leurs
précautions il s'en eft commis quel
qu'une , ou elle n'a pas efté fceuë,
où elle a efté punie fur le champ.
Une marque de cette verité,
c'est que cet Autheur feditleux ,
qui fait fi bienpeindre les chofes ,
qui leur donne de fi fortes couleurs
quand il luy plaist , & qui va
Z iij
270 MERCURE
jufqu'à outrer mefme les exagerations,
ne marque aucun exemple
de ces barbaries inouies , & que
toute's › ces cruantez berribles des
Dragons fe reduifent felon luy
mesme , à avoir empefché leurs
Hoftes de dormir. Mais il a beau
faire , il a beau ternir lagloire du
plus grand évenement que
ait jamais accordé à aucun Prince
de la Terre , malgré luy , malgré
tous les efforts du Demen , il ne
moura jamais dans la memoire des
Hommes, & l'on ne pourra s'em
pefcher d'y reconnoistre le doigt de
Dieu , fi l'on confideré avec quelle
rapidité tant de Villes, tant de Pro
Dien
GALANT. 271
vinces ont efté ramenées à l'obeïffance
de l'Eglife , fans qu'il en
ait coûté unefeute goute de fang.
Auffi l'Autheur de la Lettre , étonné
de ces évenement miracu
Leuse , qu'il appelle une défection
generale, une chute qui enfait
tomber mille à droit , & mille à
gauche , avoue qu'il ne peut s'em
pefcher den fremir. Il a raison ,
fans doute , mais ce devroit eftre.
d'unfaint fremiffement , qui l'o
bligeant de donner gloire à Dieu,
luy fit employerfes grands talens.
aexalter les merveilles de la Pro
vidence , à faire admirer les cho-.
fes magnifiques que Dieu a voulu
Z iiij
272 MERCURE
faire en nos jours , & àreſtituer
àl'Eglife les droits les preraz
gatives qu'il s'efforce de luy ofter
Cet Autheur ne fe contente pas
de peindre des plus noires couleurs
la plus grande , la plus e
la plus loüable de toutes les ac
tions ,fon efprit inquiet & malın
ne peutfouffrir que ceux qu'il appelle
Tombez , jourffent de la
tranquillité que leur converfion
Leur a procurée ; il tafche par tou
tesfortes de moyens d'alarmerleur
confcience, d'ébranler leur fidelite,
de les porter à la defobriſſan.
ce es à la revolte. C'eft icy qu'où
bliant qu'il est né le Sujet de noftre
GALANT. 2735
augufte Prince , il déploye tous les
traits de fon éloquence , & fefert
de tout ce que l'art à accoûtuméde
mettre en pratique pour émouvoir
les efprits . Il leur peint d'un cofté
ta grandeur & l'énormité de leur
faute, & leurfait voir de l'autre
les Enfers ouverts prefts à les engloutir
, s'ils ne fe relevent prom
prement de leur chute , & tout cela,
avec des figures fi vivės , & un
ton fi menaçant , qu'il n'y a point
dame qu'il ne fuft capable de jetter
dans le dernier defefpoir.
Heureufement il ne s'adreſſe,
qu'à ceux qui font tombez par la
force des tourmens , il declare
274 MERCURE
a ces qu'il n'entend point parler
lâches Chreftiens, qui vont d'euxmefmes
porter leurs noms , parce,
dit-il, qu'il n'y a plus pour eux
de facrifice , mais une atten,
te terrible des Jugemens de
Dieu ,fans fe fouvenir que cette
délicateffe qu'il affecte en ce te occafion
, n'a jamais efté en usage
dans fa Communion , où l'on
toujours receu indifferemment toutes
fortes de Relaps ; mais pour
donner plus de poids à fa Lettre,
il ne falloit pas qu'il s'en tinft là.
Confolons - nous donc , puifqu'il
veut bien fe reftraindre aux feuls
Tombezpar la force des tourmens,
GALANT 275
carfurce pied. la fa Lettre ne nous
fera pas un fort grand mal.
Au reste, quand cet Autheur
fait une comparaifon des Chreftiens
qui tomboient par foibleffe
au temps de la perfecution , avec
nos nouveaux Convertis, ilfe met
à la place de ces faints Peres dont
il emprunte les expreſſions & les
reparties qu'ils faifoient aux foibles,
& il nous fait l'honneur de
nous mettre à celle des Payens de
ce temps -lá. Comme il a bien préveu
qu'une réunion à l'Eglife Romaine
, confiderée fur le pied d'u
ne Societé Chreftienne, ne paroiftroit
pas un affez grand crime ,
276 MERCURE
ne donneroit pas affez de lieu à
fes declamations & à fes reproches
, il a bien fallu qu'il en fift
une Societe Payenne. C'est pour
cela qu'il compare par tout lafau.
te des pretendus Tombez à celle
de ces mauvais Chreftiens qui alloient
anciennement offrir de l'encens
aux Idoles , qu'il la qualifie
d'apoftafie, de blafphéme, & qu'il
appelle les Pasteurs qui ont changé
des Demons volages . C'est pour
cela encore qu'il avertit les Tombez,
quefa Lettre eft le troifiéme
chant du Coq ; que comme teur
crime eft femblable à celuy de
Saint Pierre , il faut qu'ils imiGALANT.
277
tent ce Saint Apostre , en fortant
promptement de la maison de Caï
phe , & qu'après avoir reniéJefus-
Chrift publiquement , ils devoient
le confeffer auffi publiquement.
la
En verité, on eft furpris qu'un
homme noury dans le fein du
Christianifme , puiffe porter
fureur de la calomnie jufqu'à ce
point- là , que d'appeller ceux qui
fe réuniffent à l'Eglife Romaine,
des Apostats, des Blafphemateurs
&
des Demons qui renient Jefus
Chrift . La feule propofition fait
borreur , & l'on ne croit pas devoir
s'arrefter à combattre une opi278
MERCURE
nion auffi damnable & auffi vifiblement
fauffe . On fe contentera
donc pour la confolation de ceux
qu'il appelle Tombez , de faire
l'aveu mefme d'un des
ne
voir
par
plus
illuftres
du
Party
, que
cette
opinion
luy
eft particuliere
,
fut
jamais
celle
des
autres
Protef
tans
. Voicy
ce qu'il
dit parlant
de
La croyance
de l'Eglife
Romaine
.
Elle
adore
le mefme
Jefus
Chrift
que
nous
adorons
; elle
confeffe
l'unité
de
fa Perfon
ne
& la verité
de fes
deux
Na
,
tures
, le croyant
Dieu.eter
nel
de
mefme
fubftance
que
le
Pere
& le
Saint
Efprit
, &
GALANT. 279
Homme fait en temps de la
chair de la bien - heureufe
Vierge, femblable à nous en
toutes chofes , hormis le pe
ché , vrayement Emmanuel
comme nous l'avoient promis
les anciens Oracles. Elle
reconnoift la verité , l'utilité
& la neceffité defes fouffran
ces , & prefche comme nous
que fon Sang a expié les crimes
du Genre-humain , &
que le falut de l'Univers eft
le prix de fa mort. Elle le croît
affis dans les Cieux à la dextre
de Dieu fon Pere , elle l'actend
au dernier jour pour ju
280 MERCURE
ger le Monde, & efpere de fa
grace la bien- heureuſe immortalité.
Elle donne à fes
Enfans leBaptême qu'il nous
a inftitué. Elle les repaift de
l'Euchariftie
. Elle leur recommande
la pieté envers
luy , & la charité envers les
hommes , &c. Certes, ajoûtes
t-il , nous ne pouvons ny ne
voulons nier que l'Eglife Ro
maine ne croye encore aujourd'huy
toutes ces faintes
veritez. Qu'on juge aprés cela
fi c'est renierJefus Chrift , que de
fe joindre à une Societé qui enfei
gne toutes les chofes que nous venons
de rapporter
.
GALANT. 28t
ils
Mais nous efperons que les
pretendus Tombez, à qui s'adreffe
noftre Autheur, feront bien- toft
eux- mefmes les Défenseurs
de notre
fainte Religion ; & qu'au lieu
de fe faire les illufions qu'il craint,
s'appercevront
de toutes celles
qu'on leur a faites autrefois ; que
leur Réunion fera nonfeulement
exterieure, mais interieure & fincere
, & qu'au lieu de fonger à
amafferdes richeffes pour les tranf
porter dans des Terres Etrangeres,
ils ne fongeront plus qu'à fe faire
un threfør de bonnes oeuvres ,$, pour
meriter un jour les glorieufes récompenſes
, que 3 que Dieu promet à
Fevrier 1686. Aa
282 MERCURE
ceux qui l'auront fervy fidelle
ment.
Al'égard des Pafteurs qui ont
abandonné ce titre ufurpé , pour
devenir de fimples Brebis du Seigneur
, on les exhorte d'enrepren
dre l'efprit , &de pardonner à cet
Autheur envenimé tous les traits
qu'il a poußez contre leurbonneur
leur reputation , afin que cet
exemple de moderation ferve à le
corriger à le faire entrer en luymeſme
; & pour nous , nous prierons
ce grand Sauveur, qui a racheté
fon Eglife par fon Sang,
d'en eftre luy- mefme le Défenfeur
& le Bouclier, & d'inspirer fi
GALANT. 283
bien cet Autheur , qu'il ne fonge
plus deformais à l'outrager , mais
plutoft que rentrant dansfa Communion
, il reconnoiffe à tous fes
divins caracteres , qu'elle eft veritablement
l'Epouse de Feſus-
Christ , à quifeule appartiennent
ces precieufes Promeffes qu'il afai
tes d'eftré avec Elle jusqu'à la fin
des Siecles.
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Résumé : REPONSE A UN ECRIT INTITULÉ Lettre Pastorale aux Protestans de France, tombez par la force des tourmens.
Un écrit contenant des calomnies contre les méthodes françaises de reconversion des protestants au catholicisme a été publié. En réponse, une 'Lettre Pastorale aux Protestants de France, tombés par la force des tourments' dénonce ces accusations. La lettre pastorale critique l'usage de la force et des tourments pour la conversion, bien que le roi ait agi en dernier recours après des tentatives de persuasion infructueuses. Elle affirme que les conversions ont été réalisées sans violence excessive et que les dragons n'ont causé de souffrances que dans les biens, non dans les personnes. L'auteur de la lettre pastorale est accusé de déformer la réalité et d'alarmer les consciences des convertis. La lettre pastorale critique les protestants se ralliant à l'Église romaine, les qualifiant de 'tombez' et les accusant d'apostasie et de blasphème. Elle les exhorte à se repentir publiquement. Cependant, la réponse réfute ces accusations en soulignant que l'Église romaine partage les mêmes croyances fondamentales que les protestants, notamment l'adoration de Jésus-Christ, la Trinité, la divinité de Jésus, sa naissance virginale, son sacrifice rédempteur, et son retour pour juger le monde. Elle mentionne également la pratique des sacrements comme le baptême et l'eucharistie, ainsi que la promotion de la piété et de la charité. La réponse espère que les 'tombez' défendront leur foi sincèrement et vivront selon les enseignements chrétiens. Elle appelle les pasteurs ayant rejoint l'Église romaine à pardonner à l'auteur de la lettre et à prier pour qu'il reconnaisse la véritable nature de l'Église romaine, vue comme l'épouse de Jésus-Christ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 6-34
LETTRE CHRESTIENNE & Catholique, adressée aux faux Pasteurs fugitifs, qui sont dispersez dans les Pays Etrangers.
Début :
Le soin que prend ce Monarque de toutes les choses / La Grace de Jesus-Christ, nostre seul Sauveur, & nôtre [...]
Mots clefs :
Église, Jésus-Christ, Dieu, Foi, Catholique, Vérité, Paroles, Pasteurs, Vie, Prince, Brebis, Caractère, Zèle, Esprit, Chaire, Pierre, Religion, Nouveaux convertis, Sauveur, Frères, Mort, Bouche, Roi, Coeur, Tromper
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE CHRESTIENNE & Catholique, adressée aux faux Pasteurs fugitifs, qui sont dispersez dans les Pays Etrangers.
Le foin que prend ce Monarque
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
de toutes les chofes
qui regardent l'affermiffement
de la vraye Religion ,
donne lieu de jour en jour
à des Ouvrages qui font d'une
grande utilité pour les
nouveaux Convertis , puis
qu'ils leur font voir combien
les Miniftres qui les ont a
bandonnez , ont une conduite
éloignée de celle des
vrais Pafteurs. En voicy un
de cette nature , que vous ne
ferez pas fâchée de voir.
GALANT.
T
52225222 252525252
LETTRE CHRESTIENNÉ
& Catholique , adreffée
aux faux Paſteurs fugitifs,
qui font difperfez dans les
Pays Etrangers.
L
A Grace de Jefus- Chrift ,
noftre feul Sauveur, & nôtre
unique Mediateur , vous faffe
connoiftre, mes Freres abufez,
la Verité de fa fainte Parole. Je
veux croire qu'il y en a parmy
vous qui font trompez de bonne
foy, & qui marchent au milieu
des tenebres & des ombres de la
A iiij
8 MERCURE
Mort,croyant eftre dans la lumiere
de l'Evangile , & dans le jour
de la vie qui est en Jesus - Chrift;
mais permettez que l'amour ardent
que nous avons pour voſtre
falut , nous ouvre la bouche ,
que la charité qui nous preffe ,
cette charitéfi tendre qui n'eft autre
chofe que l'Esprit de Dieu répandu
dans nos coeurs , pour parler
comme l'Ecriture
, faſſe auprés
de vous une derniere tentative
, en vous adreffant de la part
d'un grand Prince ces paroles fi
touchantes d'un S. Prophete
d'un grand Roy . Jufqu'à quand ,
jufqu'à quand aurez - vous le
GALANT. 9
&
4...
coeur pefant , obftiné & endurcy
? Pourquoy aimezvous
fr fort la Vanité
d'où vient que vous cherchez
avec tant d'ardeur le
Menfonge , pour vous tromper
vous-mefmes & pour
tromper les autres ? Pfal.
On a beau vous éclairer , vous
reſſemblez à ces Gens dont parle
Apoftre S. Paul , qui ne ferment
pasfeulement les
yeux
veritable lumiere , mais qui mettent
encore leurs mains deffus ,
pour s'empefcher de voir la moindre
lueur quiferoit capable de fai
receffer leur aveuglement . Vous
à la
10 MERCURE
eftes des Aveugles , & vous vou
lez conduire d'autres Aveugles.
Quelle fera donc la fin de vos
égaremens Ah fin funeste
déplorable ,, que le Sauveur du
Monde a marquée luy-mefme
dansfa fainte & divine Parole !
Vous tomberez, n'en doutez nullement
, dans le fond du precipice ,
vous yferez tomber les autres
aprés vous. Vostre chûte fera
d'autant plus malheureuse qu'elle
en fera tomber plufieurs qui
croyent marcherfeurement en vous
prenant pour leurs Guides . Pauvres
Peuples ! Malheureux Con....
ducteurs , qui conduisezfans Or
GALANT. II
dre , qui parlez fans authorité ,
qui prefchez fans Miffion
combien trompez- vous de panvres
ames , dont vous rendrez
compte un jour au jufteJugement
de Dieu? C'est là où je vous appelle
, c'est là où je vous attens.
Ouy, vous y rendrez compte
Ames rachetées par lefang d'un
Dieu , pour qui Fefus- Chrift est
mort , & pour le falut defquelles
ilferoit encore tout preft de mourir.
de ces
Fufqu'à quand, encore une fois,
n'écouterez- vous point la voix de
voftre Dieu , de voftre Roy , &
de vos veritables Pafteurs , qui
12 MERCURE
vous exhortent depuis fi longtemps
de rentrer dans le fein de
l'Eglife voftre Mere , dont vous
eftes injuftement fortis ? jufqu'à
quand vous égarerez- vous dans
les voyes de l'Iniquité & dans
les routes criminelles de Babilone,
pour parler avec un Prophete ? Si
vous eftiez de veritables Pafteurs,
comme vous en ufurpez le nom
que ne feriez vous pas , ou plû- .
toft que n'auriez- vouspoint fait ?
Le veritable Pafteur , dit Fefus-
Chrift , donnefa vie pourfes Brebis
. Voilà Fidée la plus jufte &
marque la plus certaine d'un
veritable Pafteur donnée pour la
la
nom ,
GALANT.
13
Cela fuppofe , dites moy , je ·
vous prie , pauvres Freres abufez,
où trouve-t- on parmy vous ce
caractere de Pafteur ? Quifont
ceux d'entre- vous qui le portent
avecjuſtice ? A- t-on veu un feul
Miniftre qui ait donné fa vie
pourfon Troupeau ? Cirez- nousen
un feul , marquez- nous fon
Zele , racontez- nous le genre
fon Martyre. N'avez- vous pas
au contraire quitté la Houlette &
abandonné le Bercail , comme des
Pasteurs mercenaires ? Nos Troude
peauxfeduits , nos Brebis abufées ,
font, dites- vous , errantes & vagabondes
, étonnées & furprifes
14 MERCURE
de voir hors du danger ceux qui
devroient les
encourager par leur
prudence , & quifont obligezpar
leurtitre de Pasteur , de les def
fendre jufqu'à la derniere goute
de leurfang. Que diront aprés cela
les perfonnes éclairées qui fe
font converties de bonne foy ?Que
diront les gens d'efprit de bon
fens ? Ils rirontde vostre infidelité,
ils auront toûjours dans le
fonds du coeur une juſte indignation
contre leurs Ministres qui
ont fuy , & qui ont démenty fi
lâchement par leurs actions la
Doctrine qu'ils avoient enfeignée
par leurs paroles.
&
GALANT.
J5 IS
Ne dites point que vous avez
obey au Prince,& que vous vous
estes accommodez autemps. Vous
avezfagement fait pour vos interests
particuliers ; mais où est ce
Zele ardent , ce courage intrepide
de ces genereux Pasteurs , de nos
anciens Evefques , qui pendant
les plus violentes perfecutions fe
font expofez aux tourmens & à
la mortmefme , à l'exemple deJe
fus- Christ le Souverain Pasteur
qui a donnéfa viepourfes Brebis?
Helas bien loin de fuivre ces
grands exemples de fainteté , ces
courages tous heroiques qui ont
verfe leur fang pour foûtenir les
16 MERCURE
interests de la verité de nostre
fainte Religion , vous ne vous
fervez de vostre efprit & de vos
plumes que pourfemer l'yvroie &
la zizanie dans le fein de l'Eglife.
Vous eftes femblables à cét
homme Ennemy dont il eft parlé
dans l'Evangile , puifque vous
n'écrivez aux nouveaux Convertis
à la Foy Catholique , que
les détourner de rendre à
pour
Dieu & à leur Prince ce qu'ils
leur doivent. Vos Lettresfous de
que
de
belles paroles ne cachent.
mauvais deffeins. Elles fomentent
l'esprit de revolte & defedition
, efprit fi fort opposé à ceGALANT.
17
2
luy de Fefus- Chrift qui nous a dit ·
à tous, Apprenez de moy que
je fuis doux, & rendez à Ĉefar
ce qui eft à Ceſar , & à
Dieu ce qui eft à Dieu . Vous
avez la voix de Jacob , mais
-vos mainsfont des mains d'Efau ,
fous lapeau de Brebis , vous
portez les dents du Loup.
Les raifons fpecienfes que vous:
infinuez ft doucement , ne font fi
propres qu'àfurprendre les foibles,
& à tromper les ignorans , mais
les habiles s'en moquent, & vous
difent par ma bouche : Venez
nous prefcher de plus prés ce q, w
yous nous écrivez de trop loin
Juin 1686..
B
18 MERCURE
nous vous connoiftrons alors pour
de veritables Pafteurs , fi vous en
faites les oeuvres , & fi vous don
nez votre vie pour vos Troupeaux.
Pourquoy traitez- vous de
Prostituée , d'Adultere
Corrompue la fainte Eglife Rode
maine , que nous reconnoiſſons à
preſent pour eſtre la veritable . Eglife
? Nous n'y trouvons rien au
fonds ny dans la Doctrine , ny
dans les Maurs , de tout ce que
vous nous avez dit autrefois . Le
Portrait affreux que vous nous en
avez fait , n'eftoit pas fidelle .
C'eftoit plûtoft un effet de vostre
zele amer , & de vostre emporGALANT.
19
tement outré , qu'une expreffion
fincere de la pure verité. En effet,,
fil'on en juge fans paffion & fans
enteftement , qui ne fera perfuadé,,
pour peu qu'il ait de connoiſſance
de la venerable Antiquité , que
l'Eglife Romaine eft celle qui a
toujours confervé toute pure la
Doctrine des faints Apoftres ,
la Foy Orthodoxe , par une Tra- -
dition conftante & non interrompue
, qu'elle a esté de tout temps
reconnue & appellée parles faints
Peres , la Tige , le Tronc , le Chef
des Eglifes , lagrande Eglife , la
premiere Chaire , Eglife Mere
Matrice de toutes les autre ?
Bijb
20 MERCURE
Quifquis à Matrice difcefferit
, dit S. Cyprien , feorfum
vivere & fpirare non poteft,
& fubftantiam
falutis amittit
. Pefez bien ces paroles , peuton
rien trouver de plus fort
plus formel , quand on les lit fans
aigreur , & dans le defir de faire
fonfalut?
de
S.Paul ne dit-il pas que la Foy
des Romains fera annoncée par
tout, & quand on vouloit autrefois
marquer un veritable Chreftien
, ne luy donnoit - on pas
furnom de Romain.comme on vois
dans les Actes du Concile d'Ephe
fe , au chapitre dixième, où l'Emle
GALANT.
pereurTheodofe leJeune appelle la
Foy Catholique , la Religion Romaine
?
Les Ennemis mefme de l'Eglife
ont fenty, & reconnu malgré
eux cette verité incontestable.
C'est ce qu'on voit dans Victor
au livre premier de la perfecution
des Vandales , focundus Arien
parlant à Theodoric.
La raison qui les portoit à cela,
c'est qu'ils voyoient que de tout
temps le gros des Chreftiens eftoit
dans la Communion Romaine , r
qu'ilsy accouroient enfoule de tous
les endroits de la Terre ; car dans
la confufion des Sectes qui fe van
22 MERCURE
toient d'eftre Chreftiennes , Dieu
ne manqua jamais à fon Eglife ,
il fceut luy conferver une marqued'autorité
que
les Heretiques ne
иссе
tous
pouvoient prendre. Elle eft Apo-
Stolique, la fuite, lafucceffion , l'au
torité primitive luy appartiennent..
Elle eft Catholique & Univer
felle , elle embraffe tous les temps ,
elle s'étendde tous côtez ,
ceux qui l'ont quittée , l'ont premierement
reconnue , & ne peuvent
effacer le caractere de leur
Nouveauté, ny celuy de leur Rebellion,
S. Irenée ne dit- il pas en
core qu'il eft neceffaire que toutes
Les Eglifes s'uniffent & convien
GALANT.
23
nent avec laRomaine , parce que
la plus puiffante Principauté ref
de en elle ? Prenez & lifez.
Ce font fes propres paroles , qui
font bien differentes de celles des
Ministres fugitifs , qui ont une
averfion terrible prefque infurmontable
pour l'Eglife Romaine
; Ad hanc Ecclefiam propter
potentiorem principalitatem
neceffe eft omnem
convenire Ecclefiam , hoc
eft eos qui funt undique fideles.
C'estpourquoy S. Cyprien
reprend ceux qui adherent à une
autre Chaire qu'à celle de S. Pierre
,qu'il appelle l'Eglife principa
24
MERCURE
le , d'où eft fortie l'unité Sacerdotale.
Je ne vous rapporte point icy
le témoignage de S. Ambroise
dans l'Oraifon Funebre de fon
Frere Satyre , ny celuy de S, Ierôme
dans l'Apologie contre Rufin,
ny celuy de S. Auguftin dans
la Lettre cent foixante - deuxième,
parlant de l'Evefque Cecilian ;
Vous pouvez vous - mefme aller
chercher ces autoritez dans leurs
fources , de crainte que je ne vous
fois fufpect dans mes citations.
Mais aprés tant de preuves
de la plus pure & de la plus faime
Antiquité, qui doutera unfeal
ne
moment.
GALANT.
25
ment que c'eft efire Heretique on
Schifmatique que de fe feparer de
l'Eglife Romaine , où S. Pierre
premier des Apoftres , a étably fon
Siege , comme dans le centre de
l'Univers. C'est ce qui fait qu'-
Optat conclut en ces termes . Igiturnegare
non potes fcire te
in Urbe Roma Petro Cathedram
Epifcopalem effe collatam
, in qua federit omnium
Apoftolorum Caput ,
Petrus , unde & Cephas aple
pellatus eft , in qua una Cathedra
, unitas ab omnibus
fervaretur , ne finguli Apoftoli
fingulas fibi quifque
Juin 1686.
26 MERCURE
deffenderent , ut jam Schif
maticus & peccator effet qui
contra eam fingularem Cathedram
alteram collocaret.
C'eft neanmoins ce qu'ontfait de
tout temps les Heretiques qui fe
font feparez de la Communion
Romaine, comme les Ariens , Donatiftes
, Neftoriens , Eutichéens,
Monotelites, Luciferiens, Lutheriens
, Calviniftes , & plufieurs
autres , qui ont tous injustement
élevé la Chaire du Menfonge contre
la Chaire de la Verité , rompant
ainfi facrilegement la fainte
Unité de l'Eglife fi fouvent recommandée
parJofus - Chrift , &
GALANT. 27
déchirantfans honte la Robefans
couture ; en cela plus condamnaque
les Soldats qui la jetterent
au fort à la Mort di Sauveur.
bles
Comment donc vous autres Mi
niftres d'iniquité , qui vous piquez
de fçavoir les Ecritures , & de
les penetrer à fonds , ofez- vous
dire que l'Eglife de Dieu , cette
ancienne Eglife que Iefus - Chrift
a fondéefur le rocherferme &
fur la pierre inébranlable , comment
ofez- vous dire que cette Eglife
eft corrompuë, qu'elle eft tombée
en décadence , & que le Pape
qui la gouverne eft l'Ante- Chrift
Quel horrible Blafphême ! quel
Cij
28 MERCURE
Sacrilege plus épouvantable , &
quelle calomnie moins foutenable
que celle - là ! L'Ante.Chrift doit
eftre un homme particulier , felon
les faintes Ecritures . Ilfe dira
le Meffie , il doit eftre Iuif de
Nation , de la Tribu de Dan par
extraction, il doit estre reconnu
fuivy des Iuifs , il doit faire de
faux miracles , fe faire Roy , fe
dire le Chrift , nier Iefus Chrift,
ne regner que trois ans , enfin il
doit faire mourir Enoc & Elie ,
mourir luy- mefme par le foufle
de la bouche de Dieu comme
parle S. Jean dans fon Apocalypfe.
Voila le caractere de l' AnteGALANT.
29
Chrift , voila quel fera l'homme
de peché & le Fils de perdition
dont parlefaint Paul ; caractere
qui ne peut jamais convenir au
Succeffeur de S.Pierre , au Vicaire
de 1. C. aufaint Pere qui gouverne
aujourd'huy l'Eglife de
Dieu avec tant de zele , de pieté,
d'édification ; qui n'employefes
biens & ceux de l'Eglife que poar
foulager les miferables , nourrir les
faire la guerre au Pauvres ,
Turc , l'Ennemy du nom Chreftien
; un Pape dont les éclatantes
vertus brillent de tous côtez , &
portentpar tout le Monde la gloire
du Chriftianiſme avec la bonne
C iij
30 MERCURE
qui
odeur de Iefus- Chrift. Vous connoiffez
la verité de ce que je dis ,
je fuis perfuadé que fi vous
n'étoufiez pas la voix fecrete de
vostre confcience , vous reviendriez
bien-toft dans l'Arche du
Seigneurpour vousfauver du Deluge
qui vous environne ,
vousfera perir fans reffource , fr
vous n'y prenezgarde. Rentrez.
donc , mes Freres abufez , rentrez
au plûtost dans l' Arche , c'est
dire, dans l'Eglife Catholique ,
Apoftolique & Romaine , mais
rentrez-y comme laColombe avec
un rameau d'Olive , fymbole de
la Paix , c'eft à dire , dans un ef
GALANT.
31
prit de douceur & de charitépour
affermir l'union qui s'y trouve ,
nonpaspour la rompre & pour
la détruire par vos Ecrits feditieux.
N'imitez pas le Corbeau ,
en vous attachant à des corps
morts à la grace par le peché , je
veux dire , en fuivant les Heretiques
obftinez, ces efprits de chair
& de fang , qui corrompent les
Fidelles par la mauvaife odeur de
leur doctrineempoisonnée. Venez,
encore une fois , dans nos nos Temples,
dont la feule Antiquité vous perfuadera
que vos Peres vos Ancêtres
profeffoient une mesme do-
Atrine , & participoient avec nous
C iiij
32 MERCURE
aux mefmes Sacremens. Vous y
trouverez encore leurs noms , leurs
cendres , ou leurs tombeaux.
Que fi malgré toutes ces raifons
vous continuez à fomenter un efprit
d'erreur & de Rebellion parmy
les nouveaux Convertis , encore
chancelans dans la vraye
Foy , fouvenez vous que l'on
vous regarderá comme des Perturbateurs
du repos public , des ennemis
du Chriftianifme , des mem
bres gâtez
neceffairement retrancher avec le
fer et le feu
corrompus qu'ilfaut
Enfin ,faites reflexion que pendant
plus de trois cens ans entiers
GALANT.
33
qu'ont duré les perfecutions dans
l'Eglife, on n'a jamais veu aucun
Catholique,aucun veritableChrétien
qui fe foitfoulevé, ny qui ait
formé aucune fedition contre fon
Prince legitime , comme ont fait
depuis peu ces Efprits feditieux ,
ces Protestans rebelles dans l'Empire
fous Tekeli , en Angleterre
fous le Duc de Montmouth , en
France dans les Sevenes , & en
Savoye dans les Vallées , qni ont
tous fi bien profité de vos pernicieux
confeils , de vos mawvaifes
inftructions. Les veritables
Chreftiens aiment bien mieux endurer
en paix enpatience tou34
MERCURE
que
de
tes fortes de tourmens ,
manquer ainfi à la Foy de Iefus
Chrift , & à fesfaintes Maximes
, en n'obeïffunt pas de tout
leur coeur à leur Souverain comme
à Dieu mefme, dont il eft la fidelle
Image.
Incraffatum eft cor populi
hujus , & auribus graviter
audierunt , & oculos fuos
clauferunt , nequando videant
, & auribus audiant ,
& corde intelligant , & convertantur
, & fanem eos.
Mat. c. 13. V. 15.
Fermer
10
p. 303-304
Abjuration faite entre les mains du Piere Alexis du Buc, par Messire Charles Bohleng, natif de Suede. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 15. de ce mois le Pere Alexis du Buc, Superieur [...]
Mots clefs :
Père Alexis, Instruction, Nouveaux convertis, Religion catholique, Avantages, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration faite entre les mains du Piere Alexis du Buc, par Messire Charles Bohleng, natif de Suede. [titre d'après la table]
Le Dimanche 15. de ce mois
le Pere Alexis du Buc , Superieur
des Theatins , qui continuë
fes Inftructions pour les
nouveaux Convertis , avec le
zele qu'il a toûjours fait paroiftre
dans ce qui regarde
les avantages de la Religion
Catholique , receut en prefence
de plufieurs perfonnes
de qualité l'abjuration de
Meffire Charles Bohleng ,
d'une des illuftres Familles
304 MERCURE
de Suede , Capitaine au Regiment
d'Alface.
le Pere Alexis du Buc , Superieur
des Theatins , qui continuë
fes Inftructions pour les
nouveaux Convertis , avec le
zele qu'il a toûjours fait paroiftre
dans ce qui regarde
les avantages de la Religion
Catholique , receut en prefence
de plufieurs perfonnes
de qualité l'abjuration de
Meffire Charles Bohleng ,
d'une des illuftres Familles
304 MERCURE
de Suede , Capitaine au Regiment
d'Alface.
Fermer
11
p. 272-277
Zele des nouveaux Convertis de Niort, pour tout ce qui regarde la Religion Catholique. [titre d'après la table]
Début :
Il me seroit difficile de vous exprimer combien les nouveaux Convertis [...]
Mots clefs :
Nouveaux convertis, Croyance, Vérité, Placet, Écriture, Sens, Cérémonie, Niort, Conversions, Couvent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zele des nouveaux Convertis de Niort, pour tout ce qui regarde la Religion Catholique. [titre d'après la table]
Ilme feroitdifficile de
vous_ exprimer combien les
nouveaux Convertis se fortiricnc
tous les jours dans la
nouvelle croyance qu'ils ont
embrassée. On dévoie estre
perluade que cela arrivèrent
à ceux qui voudroient écouter,
puis qu'il n'y a que l'obstination
à fermer l'oreille,
8c les yeux à la vérité
,
qui
empesche de la découvrir.
Les nouveaux Réunis de la
Ville de Niort en Poitou »
ont écouté,&ils ont crut
& cela fait voir qu'onne peut
entendre parler la véritésans
la reconnoistre. Ils estoient
au nombre de quatre mille,
qui doivent au Roy: & au
»Pere le Blanc, Cordelier de
la Provincede Touraine, les
lumières qu'ils ont receucs.
-
Ils ont fait cannoistre par un
Placer à Mr l'Archevesque
deParis, qu'ils avoient este
édifiez delàconduite de ce
Pere; & instruits par ses Sermons
pendant l'Avent & le
Caresme dernier; ce qui les
engageoit à le supplier d'obtenirduRoyqu'ilretournast
auprèsd'eux,afin que dansles
principales Festesde l'année
, il achevast de leur découvrir
le veritable sens de
l'Ecriture-Sainte,& des Misteres
sacrez, & qu'en leur et
lp'Eligqluiasen,t les ceremonies de
& de l'Office divin
ii
t
ilpuft les porter à la pénitence
& a la sanctification des
iroeurs,&donner à leurs consciences
le reposqu'ilscherchent.
M Augier de la Teraudiere
leur a dressécePlacet,
& a elle député icy pour
en solliciter la réponse. C'est
un homme d'un mérité distingué
,
dontje vous ay parlé
dans plusieurs de mesLettres)
& qui a déjà esté quatre fois
Maire de la Ville de Niort.
Sa pieté est sincere, & son
zele desinteressé, ce qu'il a
fait connoistre dans le temps
des Convergions, ayant travaille
à celles de près de vingt
mille personnes. Comme le
Roy ne cherche que le salut
desamesde sesSujets,&qu'il
ne luy importe par qui ils
recoivent les lumieres dont
iillssoonnttbbeessooiinn,, ce Monarque, C~ Monar~ue, aaccordéàces heureux Réunis
, le Pere qu'ils luyont fait
demander, & parce qu'estant
Vicaire de son Ordre au
grand Convent de Paris, cet
Employ sembloit l'y devoir J arrester 1 , Sa Majesté a ordonnéqu'on
luy en conservast lec
droits & les privilèges, pendant
qu'un autre en feroit les
rfonctions,
n'estant pas juste
que dans letemps qu'il ferviroit
le public, il fust destitué
ï d'unhonneur qu'il s'estateir
ré par son merite
vous_ exprimer combien les
nouveaux Convertis se fortiricnc
tous les jours dans la
nouvelle croyance qu'ils ont
embrassée. On dévoie estre
perluade que cela arrivèrent
à ceux qui voudroient écouter,
puis qu'il n'y a que l'obstination
à fermer l'oreille,
8c les yeux à la vérité
,
qui
empesche de la découvrir.
Les nouveaux Réunis de la
Ville de Niort en Poitou »
ont écouté,&ils ont crut
& cela fait voir qu'onne peut
entendre parler la véritésans
la reconnoistre. Ils estoient
au nombre de quatre mille,
qui doivent au Roy: & au
»Pere le Blanc, Cordelier de
la Provincede Touraine, les
lumières qu'ils ont receucs.
-
Ils ont fait cannoistre par un
Placer à Mr l'Archevesque
deParis, qu'ils avoient este
édifiez delàconduite de ce
Pere; & instruits par ses Sermons
pendant l'Avent & le
Caresme dernier; ce qui les
engageoit à le supplier d'obtenirduRoyqu'ilretournast
auprèsd'eux,afin que dansles
principales Festesde l'année
, il achevast de leur découvrir
le veritable sens de
l'Ecriture-Sainte,& des Misteres
sacrez, & qu'en leur et
lp'Eligqluiasen,t les ceremonies de
& de l'Office divin
ii
t
ilpuft les porter à la pénitence
& a la sanctification des
iroeurs,&donner à leurs consciences
le reposqu'ilscherchent.
M Augier de la Teraudiere
leur a dressécePlacet,
& a elle député icy pour
en solliciter la réponse. C'est
un homme d'un mérité distingué
,
dontje vous ay parlé
dans plusieurs de mesLettres)
& qui a déjà esté quatre fois
Maire de la Ville de Niort.
Sa pieté est sincere, & son
zele desinteressé, ce qu'il a
fait connoistre dans le temps
des Convergions, ayant travaille
à celles de près de vingt
mille personnes. Comme le
Roy ne cherche que le salut
desamesde sesSujets,&qu'il
ne luy importe par qui ils
recoivent les lumieres dont
iillssoonnttbbeessooiinn,, ce Monarque, C~ Monar~ue, aaccordéàces heureux Réunis
, le Pere qu'ils luyont fait
demander, & parce qu'estant
Vicaire de son Ordre au
grand Convent de Paris, cet
Employ sembloit l'y devoir J arrester 1 , Sa Majesté a ordonnéqu'on
luy en conservast lec
droits & les privilèges, pendant
qu'un autre en feroit les
rfonctions,
n'estant pas juste
que dans letemps qu'il ferviroit
le public, il fust destitué
ï d'unhonneur qu'il s'estateir
ré par son merite
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Résumé : Zele des nouveaux Convertis de Niort, pour tout ce qui regarde la Religion Catholique. [titre d'après la table]
Le texte relate l'enthousiasme des nouveaux convertis à une nouvelle foi, attribué à leur ouverture d'esprit et à l'écoute de la vérité. À Niort, en Poitou, environ quatre mille personnes, reconnaissantes envers le roi et le Père le Blanc, un cordelier de Touraine, ont été inspirées par ses sermons durant l'Avent et le Carême précédents. Elles désirent son retour pour poursuivre ses enseignements sur l'Écriture Sainte et les mystères sacrés afin de se repentir et de sanctifier leurs vies. Ces convertis ont sollicité l'archevêque de Paris via un placet rédigé par M. Augier de la Teraudiere, connu pour avoir contribué à la conversion de près de vingt mille personnes. Le roi, préoccupé par le salut de ses sujets, a approuvé leur demande, permettant au Père le Blanc de conserver ses droits et privilèges au grand couvent de Paris tout en continuant à servir à Niort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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