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1
p. 110-135
Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Début :
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans, l'esprit [...]
Mots clefs :
Veuve, Marquis, Vieillard, Banquier, Homme, Amant, Carosse, Amour, Balcon, Jalousies, Chevaux, Rival, Garderobe, Cocher
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Une jeune Veuve dont la beauté attiroit des Soûpirans ,
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
3
70 LE MERCVRE deménagertrois Amansque des raiſons d'intereſt ou de vanité
luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
E
que blonde , & un Rabat d'un
Point
GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
D
74 LE MERCVRE
Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
7
lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
Div
80 LE MERCVRE
qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
GALANT. 81
tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
84 LE MERCURE
dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
3
GALANT. 85
D
du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
l'eſprit des louanges , & l'air co-- quetdes railleries, avoit l'adreſſe
3
70 LE MERCVRE deménagertrois Amansque des raiſons d'intereſt ou de vanité
luy avoient fait choiſir d'un affez
diferent caractere. L'un eftoit un
jeûne Etouurdy , Marquis à bon titre , un peu gueux , mais bien fait, & fort capable de ſe faire ai -
mer. Il avoit l'air bon , ne manquoit derien en apparence , &
vivoit avec tout l'éclat qu'auroit pû faire un Homme de ſa naiffance,à qui la Fortune auroit été plus favorable qu'à luy. L'autre eſtoit un petit Vieillard,toûjours propre, de bonne humeur, libe- ral , & cette dernierequalité va- loit bienqu'on ne prit point gar- de à ſes années. Il avoit eſté autrefois Banquier , s'eſtoit meſlé enfuitede plus d'une affaire , &
pardes voyes inconnuës, il avoit trouvé moyen de ſe rendre un des plus riches Roturiers du
GALANT. 71T
Royaume. Les Viſites du Mar- quis luy faifoient paſſer de mé- chans momens , ſes grands airs n'eſtoient point à ſon uſage , &
c'eſtoit quelque choſe de fi re- doutable pour luy , qu'il eſtoit contraintde quiter la place ſi -tôt qu'il entroit. Il en avoit faires plaintes à la Dame, qui nos en N
incommodoit pas. Elle tournoit finement les choſes , &deuxou
trois paroles flateuſes menoient
lebon Homme où elle vouloit.
Son troifiéme Amanteſtoitd'une
eſpeceoppoſéeàl'un&à l'autre.
Il tenoit le milieu entre le Marquis &ile Banquier. UneCharge deRobe de rendoit confiderable,
&& il n'avoitrien d'ailleurs qui le
fit diftinguer. Pointde defaut re- marquable, point devertu parti.
culiere, il fervoit ſes Amis,&fans élevation ny baffeſſe il s'eſtoit
72 LE MERCVRE acquis la réputation d'honneſte Homme. Labelle Veuve l'attendoit un foir: Les jours eſtoient longs , & il ne devoit venirque fort tard. Une raiſon importante lobligeoit d'en ufer ainfi. Elle avoit un Procésdontil eſtoit Raporteur , & fi on l'euſt veu en- trer chez elle , ſes Parties au- roient eu droit de le récufer. Elle
croyoit le petit Vieillard à l'une de ſes Terres , le Marquis ne de voit pas revenir fi -toſt de la Cour,&fur cette afſurance elle avoit donné le rendez-vous; mais
comme les Coquetes font nées pour les Avantures , le Vieillard entra lors qu'elle y penſoit le moins. Il eſtoitdans ſa propreté ordinaire. Un Habit de Tafetas
noir tout chamarré de Dentelle,
le Bas de foye bien tiré Perru
E
que blonde , & un Rabat d'un
Point
GALANT 73 Point de France admirable. A
peine eut-il dit à la Veuve que Pimpatience de la revoir hay avoit fait précipiter ſon retour,
qu'on entendit le bruit d'un Car- roſſe àfix Chevaux. Il arreſta devant ſa Maiſon , on en defcendit
avec grand fracas , on heurta fort rudement à la Porte , & l'on
entra de plein- pied , fans s'in- former ſi on eſtoit en humeur
de voir les Gens. LaDame preſta l'oreille , & au bruit qui ſe fai- foit , elle n'eut pas de peine à
connoiſtre les manieres du Marquis. Elle s'en trouva embaraf- fée , il commençoit à faire nuit,
le Confeiller devoit venir àonze
heures,&pour ne ſe point brouil- ler avec luy , il falloit ſe défaire dedeuxAmans. Le Vieillardn'e
ſtoit pas moins en peinede ſon coſté , l'heure induë pour un
Tome VII.
D
74 LE MERCVRE
Homme de fa forte le pouvoit rendre ſuſpect au Marquis dont il avoit déja eſſuyé quelquebruf- querie ,& ne voulant s'expoſer ny à ſes emportemens jaloux,
ny àſe voir traité en petit Bour- geois , il témoigna fon inquié- tude à la Veuve. Elle en fut ra
vie, & luy propoſa d'entrer dans un Balcon aupres duquel il eſtoit affis. Le Party luy plût , il ouvrit promptement leBalcon,&n'eut que le temps d'en faire fermer la Porte apres qu'il s'y fur jetté. Le Marquis dit d'abord à la belle Veuve qu'il n'eſtoit venu que pour elle ſeule, ayant à le trou- ver le lendemain au lever du Roy ; que ſes Chevaux eſtant fatiguez , il s'eſtoit mis dans le Carroffe d'un Duc de ſes Amis,
qui l'avoit deſcendu àla Porte,
&qu'il eſperoit qu'elle voudroit
GALANT. 75 bien luy preſter le ſien pour le ramener chez luy quand il fe- roit temps de la quitter. Elle y
confentit,&apres avoir donné ordre qu'on avertiſt ſonCocher de ſe tenir preſt , elle entra en converſation avecle Marquis. If luy parla de fon amour, luy fit quelques reproches de certaines viſites qu'elle recevoit , & luy demanda fur tout des nouvelles
du petit Banquier qu'on luy fai- ſoit le tort dans lemondedeluy donner pour Amant. Il le tourna enridicule , & adjoûta que s'il le
rencontroit encore chez elle
comme il avoit déja fait , il, ne manqueroit pas à le divertir agreablement. La Dame qui a- voit intereſt àſe conferverle pe- tit Vieillard , & qui n'eſtant que Coquete,n'aimoit pas qu'on fiſt leSouverainavec elle , releva fes
Dij
76 LE MERCVRE
paroles d'un ton plus hautquele fien,& luy ayant ditqu'elle ne devoit compte de ſes actions à
perſonne. Elle luy témoigna fie- rementque s'il ne luy rendoit des foins que dans l'efperance du droit de maiſtriſe ,il ne fe pou- voit plus mal adreffer. Le Mar- quisluy réponditqueſon deſſein n'eſtoit pas de prendre aucune autorité ſur ſes ſentimens , qu'il diſputeroit volontiers ſon cœur avec un autre , mais qu'il y alloit deſagloire de ne pasfouffrir un Rivalqu'elle ne luy pouvoit don- ner fans ſe faire tort à elle-mefme. Ces jaloufies de gloire ne fatisfirent point la belle Veuve.
Elle pretendit qu'elles faifoient voir trop peu de tendreffe , &
que ſi on en devoit pardonner quelques-unes , ce ne pouvoit eſtre que celles qui estoient cau-
GALANT. 77
7
lées par l'amour. Il ſe dit là-def- fus des choſes affez délicates. Le
Marquis demeura dans ſon cha- grin , & ne pat s'empeſcher de faire connoiſtre à la Dame qu'il l'eſtimoit trop pour la ſoupçon- ner de répondre à la paffion du Banquier ; mais que fi ces petits Meſſieurs n'avoient pas dans leur perſonne dequoy ſe faire aimer comme lesGensdequalité , ils ſe faifoient fouffrir par de certains endroits ... LaVeuve ne le laiſſa
pas achever. Sa fierté luy fit dire quelque chofe de choquant pour luy , qu'il voulut bien endurer d'elle , mais dont, il fit porter la peine àſon Rival , en redoublant les menaces qu'il avoitdéja fai- tes de le divertir à la premiere occafion. Il parloit fi haut , que le Vieillard qui entendoit tout,
trembloit de crainte dans leBalDiij
78 LE MERCVRE conoù il s'eſtoit enfermé, mais il
n'en fut pas quitte pour cela , &
preſque auſſi-toſt if trembla de froid , quoy que la chaleur fut fort grande. Le Tonnere qui a- voit commencé àgronder éclata tout-à-coup avec tantde violen ce qu'il ne s'eſtoit veu de long- temps un pareilorage. Il fur fui- vy de la pluye , qui tombant en abondance eutbientoſt colé l'Habit de tafetas contre la peau de ce pauvre Amant tranſy. Apres qu'elle fut un peu diminuée , le Marquis dit qu'il falloit voir fur leBalcon ſi elle estoit encor bien
forte. Cesparoles mirent le Vieil- lard dans de nouvelles. frayeurs.
La Veuve qui estoit aſſiſe aupres du Balcon , l'entrouvrit fans balancer, Elle avança ſa mainqu'el- le retira auſſi-toſt enle refermant
avec précipitation , &diſant que
GALANT
1 la pluye ceſſoit , mais qu'il faifoit unvent horrible. Elle demanda
en meſme temps fi onavoit mis les Chevaux àfon Carroffe. Au
tre embarras qu'elle n'avoit point préveu. Son Cocher à qui on avoitdit qu'elle ne ſortiroit point ce foir là,estoit allé boire en lieu où il fut impoſſible de le trouver. Cette nouvelle la defef pere. Un grand Laquais qu'elle avoit , eſtoit dans l'accez d'une
groffe fièvre, il ne luy en reſtoit qu'unpetit incapable de condui re ſes Chevaux, l'heure s'avan- çoit,&elle craignoit l'arrivée du Confeiller. Son inquietude pa- roift. Le Marquis qui n'en ſçait point la veritable raifon , la prie deneſepoint impatienter. Ill'af- furedenouveauque laſeule en- vie de la voir l'afait venir àParis , luy dit que c'eſt un plaifir
Div
80 LE MERCVRE
qu'il ne sçauroit avoir trop long temps ,&attendant que fon Co- cher fot revenu , il luy demande fi elle veut ſe divertir à joüer. Le Vieillardqui écoute tout, ne ſçait où il en eſt de ce redoublement
dediſgrace. La pluye l'avoit en- rûmé,l'enviede touffer le prend,
il y reſiſte autant qu'il peut , &
n'ofant ſe moucher, ny cracher,
ny éternuër , il ne s'en faut guere qu'il n'étouffe. La Da- mene paſſe pas mieux ſon temps que luy. Elle veut ſe tirer d'af- faire à quelque prix que ce ſoit,
&n'en trouve point d'autre mo- yenquededeclarer franchement au Marquis que fon Cocher ne rentrant quelquefois que le ma- tin , elle ne pretendpointluy laif- ſer paſſer la nuit chez elle , &
ſe perdre d'honneur pour luy épargner la fatigue de s'en re-
GALANT. 81
tourner à pied. Le Marquis ré- pondque fi elle ne luy avoit pas promis fon Carroffe , il ſe ſe- roit aſſuré d'un autre , & qu'il n'y a pas lieu de demander qu'un Homme comme luy , quidemeu- re dans un Quartier tres-éloigné,
traverſe tout Paris au milieu des
bouës que la pluye a faites. Ces raiſons ne font point reçeuës. Il ira où il luy plaira , mais abfolu- ment il ne paſſera point la nuit chez elle. Ils s'aigriffent tous deux fur cette Difpute, ſe levent de deſſus leurs Sieges , & fe pro- menent dans la Chambre en ſe
querellant. LeMarquis entre dans une Garderobe oùil voit laDemoiſelle de la Dame. Elle estoit
de leur confidence , &il s'arreſte
à luyfaire des plaintesde fa Mai- ſtreſſe. La veuve prend ce temps pourtirer le Vieillard du Balcon,
D V
8 , LE MERCVRE
elle le mene fur l'Escalier , & le
conjure prefque à genoux de la delivrerdu Marquis. L'expedient qu'elle en trouve eſt de deſcendre
àl'Ecurie , de mettre les Chevaux à fon Carroſſe, de s'enve
loper dans unvieuxManteau de
Maiſtre Robert ſon Cocher qui reftoit toûjours au Logis ,de paf.. fer pour luy , &de ramener fon Rival. La propoſition luy paroiſt extravagante , il la rejette avec colere ,&ne fongequ'às'allerſe- cher. Elle ne fe rebute point, le preſſe , l'embaraffe à force de raiſons; &fur ce qu'illuy oppoſe qu'il fera verſer leCarroffeparce qu'il ne le ſçait pas mener , elle luy dit que ſes Chevauxſontfa- ciles àconduire , &que n'y ayant point d'embarras lanuitdans les Ruës , il faut qu'il manque d'a- mour pour elle , s'il s'obſtine à la
GALANT. 83 refufer. Tout cela ne leperfuade point. L'impatience la prend,&
elle va juſqu'à le menacerd'aller dire ſurl'heure auMarquisqu'el- le vient de le ſurprendre caché chez elle, épiantſesactions.L'en- viede plaire ſe meſle à la peur queluydonnecette menace. Il fe laiſſe mener à l'Ecurie , met les
Chevaux au Carroſſe le mieux
qu'il peut ,&apres qu'il s'eſt en- velopé du vieux Manteau de Maiſtre Robert , on avertit le
Marquis que le Cocher eft ren- tré , &qu'il peut deſcendre. Le Marquis dit adieu à la Dame affez froidement , ſe jette dans le Carroſſe avec un air chagrin,
&s'eftant laiſſe conduire par fon Rival , il luy donne unDemy- Loüis d'or endefcendant. Apei- ne eſtoit-il fortyde chez la Veu- ve , que le Conſeiller qui pen Dvj
84 LE MERCURE
dant la pluye n'avoit pas voulu faire marcherdeux uniques Che- vaux qu'il avoit , prit fon heure pour l'entretenir. Il entra ſans bruit, ayant laiſſe ſonCarroffe au bout de la Ruë pour éloigner le foupçon. Le petit Vieillardramena celuy de la Dame à laquelle il voulut inutilement donner le
bonfoir. On luy dit qu'elle dor-)
moit. II demanda fi l'on n'avoit
point veuſesGens , & fi lon ne
luy avoit point amené de Chai- ſe , ſuivant l'ordre qu'il en avoit donné. On luy répondit qu'on n'avoit veu perſonne , mais on les avoit renvoyez de peur qu'ils ne viſſent entrer le Conſeiller ::
Deforte qu'apres avoit ſervy de Cocher à fon Rival, il fut contraint de s'en retourner àpied fans autre récompenſe de ſes fra- yeurs&deſes peines ,que celle
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GALANT. 85
D
du Demy-Lois qu'il avoit eſté obligé derecevoir.
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Résumé : Histoire de l'Amant Cocher. [titre d'après la table]
Le texte relate une situation impliquant une jeune veuve et ses trois amants. La veuve, réputée pour sa beauté et son esprit, a sélectionné des amants aux caractères distincts. Le premier est un jeune marquis, séduisant et aimable, mais financièrement démuni. Le second est un ancien banquier, riche et libéral, mais âgé. Le troisième est un conseiller au Parlement, honnête et sans traits de caractère particuliers. Un soir, la veuve attend la visite du conseiller, mais le vieillard et le marquis apparaissent de manière inattendue. Le vieillard se cache sur un balcon après avoir été surpris par l'arrivée du marquis. Ce dernier, après une discussion avec la veuve, menace le banquier. Une violente tempête survient, aggravant la situation. La veuve, inquiète de l'arrivée imminente du conseiller, doit trouver une solution pour se débarrasser des deux autres amants. Elle persuade le vieillard de se déguiser en cocher pour reconduire le marquis chez lui. Le conseiller, ignorant les événements, arrive finalement et s'entretient avec la veuve. Le vieillard, après avoir joué le rôle de cocher, doit rentrer chez lui à pied, ne recevant qu'un demi-louis pour sa peine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 100-102
A Mr LE MARQUIS DE B.
Début :
J'ajoûte un Sonnet, que vous ne serez pas fâchée de voir. / Les Chevaux du Soleil sçavoient bien leur leçon ; [...]
Mots clefs :
Chevaux, Soleil, Lumière, Cocher, Imprudence , Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr LE MARQUIS DE B.
J'ajoûte un Sonnet , que
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
vous ne ſerez pas fâchée de
voir. Il eſt de M² l'Abbé du
Claux , connu dans le Dauphiné
, par beaucoup d'endroits
qui le diftinguent. II
le fit fur ce qu'un jeune Marquis
, auſſi galant que bienfait
, avoit fervy de Cocher
à deux des plus aimables
Perſonnes de cette Province,
dont l'une a touché ſon coeur,
A M'LE MARQUIS DE B.
Es Chevaux du Soleilſçavoient
Attelcz dés long- temps au Char de la
Lumiere,
GALANT. ΙIΟOΙI
Ils ne quitoientjamais leur chemin
ordinaire .
Et quelfut cependant lefortde Phaë
ton?
Se
Prenez done garde à vous , trop hardy
Celadon ;
Ceux que vous conduisez ignorant
leur carriere,
Quand le coeur vous dira de regarder
derriere,
N'allez pasfuccomber à la deman
geaison .
SS
Lepéril en estgrand ; vous avezplus
àfaire
Que n'avoit autrefois ce Cocher teméraire,
Dont par tout l'imprudence alluma
tant defeux .
I ij
102 MERCURE
SS
Son employ demandoit moins deſoin ,
moins de peine,
Carpourson coup d'eſſay, ce beauFils
de Climene
Ne menoit qu'un Soleil , & vous en
menez deux .
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Résumé : A Mr LE MARQUIS DE B.
Le texte présente un sonnet de l'Abbé du Claux, originaire du Dauphiné, dédié à un jeune Marquis décrit comme galant et bienfaisant. Ce poème célèbre le service du Marquis en tant que cocher pour deux personnes aimables de la province, l'une ayant touché son cœur. Adressé à M. le Marquis de B., le sonnet utilise la métaphore des chevaux du Soleil pour illustrer la vigilance nécessaire dans ses actions. Il met en garde contre l'imprudence, rappelant le destin de Phæton, qui a perdu le contrôle du char du Soleil. Le poème exhorte le Marquis à éviter de regarder en arrière lorsqu'il guide des personnes ignorantes de leur propre chemin, soulignant le danger de cette imprudence. La tâche du Marquis est comparée à celle de Phæton, mais avec une responsabilité accrue, car il conduit non pas un, mais deux soleils.
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3
p. 102-103
Réponse, [titre d'après la table]
Début :
Ce Sonnet a donné lieu à cette Réponse, qui est de / Sur l'exemple de Phaëton [...]
Mots clefs :
Char, Amante, Belle, Cocher, Téméraire, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Réponse, [titre d'après la table]
Ce Sonnet a donné lieu à
cette Réponſe , qui eſt de
l'Autheur des Stances qui le
précédent .
de Phaëton
N'intimidez point Celadon,
Son entrepriſe est diférentes
En conduisant un Char, ilconduit une
Amante,
Mais l'Amour estfur le Timon.
Se
Ce petit Dieu tientuneRefne; ..
1
GALANT. 103
L'Amant peut - il manquer alors de
reüffir?
Il doit mener le Charfans peine,
La Bellefuit avec plaisir.
SS
Tel Cochernn''estpoint teméraire.
Pourquoy de Phaëton craindroit-il le
deftin?
Qu'iltourne àdroit, àgauche, ilſçait
cequ'ilpeutfaire,
L'Amourapplanitſon chemin.
cette Réponſe , qui eſt de
l'Autheur des Stances qui le
précédent .
de Phaëton
N'intimidez point Celadon,
Son entrepriſe est diférentes
En conduisant un Char, ilconduit une
Amante,
Mais l'Amour estfur le Timon.
Se
Ce petit Dieu tientuneRefne; ..
1
GALANT. 103
L'Amant peut - il manquer alors de
reüffir?
Il doit mener le Charfans peine,
La Bellefuit avec plaisir.
SS
Tel Cochernn''estpoint teméraire.
Pourquoy de Phaëton craindroit-il le
deftin?
Qu'iltourne àdroit, àgauche, ilſçait
cequ'ilpeutfaire,
L'Amourapplanitſon chemin.
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Résumé : Réponse, [titre d'après la table]
Un sonnet compare l'entreprise de Céladon à celle de Phaéton. Céladon, guidé par l'Amour, conduit une amante. La réponse souligne que l'amant, bien que prudent, doit mener le char avec peine, tandis que l'amante fuit avec plaisir. La question est posée de savoir pourquoi Phaéton craindrait le destin, car il sait tourner et l'Amour aplani son chemin.
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4
p. 66-69
Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent à Chambor le 24. C'est une [...]
Mots clefs :
Chambord, Ambassadeurs, Cocher, Description, Château de Chambord, Saint-Laurent-des-Eaux, Storf, Chute
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs dif
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
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Résumé : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Le 24, les ambassadeurs du roi de Siam visitèrent Chambord, une Maison Royale située dans le Blaisois, à environ trois ou quatre lieues de Blois, du côté d'Orléans. Le château, commencé par François Ier peu avant sa mort et achevé par Henri II, se trouve au milieu d'un grand parc, près de la rivière de Couffon. Le bâtiment se compose de quatre grands pavillons et d'un escalier en coquille permettant à plusieurs personnes de monter sans se voir tout en pouvant parler ensemble. Les ambassadeurs admirèrent la faïencerie et la canardière, trouvant le château très beau et demandèrent le plan du bâtiment. Ils passèrent la nuit à Saint-Laurent-des-Eaux. Lors du voyage, un accident de voiture eut lieu, mais le premier ambassadeur intervint pour éviter que le cocher ne soit puni, estimant que le malheur subi était suffisant et que personne n'avait été blessé.
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5
p. 85-92
Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Début :
Le trait est nouveau, il est ancien, il y a plus d'un [...]
Mots clefs :
Cocher, Maître, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
Fermer
Résumé : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Un cocher au service de M. Elvetius, un médecin hollandais réputé, décide de quitter son emploi pour devenir médecin. Il affirme avoir acquis des connaissances médicales en observant et aidant M. Elvetius. Ce dernier, intrigué, organise une mise en scène avec deux amis pour dissuader le cocher. Ils simulent des maladies et lui donnent un bassin contenant de la marmelade, prétendant qu'il s'agit d'un remède. Le cocher, dégoûté, comprend son erreur et renonce à son projet de devenir médecin, retournant à son poste de cocher.
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