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p. 14-115
SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Début :
Il faut maintenant parler des Corps qu'on bruloit. Cette coûtume [...]
Mots clefs :
Sépulture, Tombeaux, Corps, Inhumation, Décès, Tradition, Grecs, Romains, Coutumes, Rois, Ensevelissement, Indiens , Présents mortuaires, Parfums, Gaulois, Richesses, Funérailles, Vêtements d'apparat, Cérémonies, Urnes, Linceul, Cendres, Bûcher, Autels, Pleureuses, Virgile, Homère, Peuples, Alexandre le Grand, Lois, Égyptiens, Juifs
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
E LA SEPULTURE
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
Fermer
Résumé : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Le texte explore les pratiques funéraires anciennes, en se concentrant particulièrement sur la crémation. Pluton est associé à la première inhumation, tandis que Méraos est crédité d'avoir introduit la crémation. Cette méthode était répandue chez plusieurs peuples, tels que les Grecs, les Romains, les Scythes, les Indiens, les Thraces, les Gètes, et les Éthiopiens. Souvent, ces cérémonies incluaient des sacrifices humains ou animaux. Les Gaulois brûlaient les corps avec les biens précieux du défunt. Les Thraces célébraient les funérailles avec des banquets joyeux. À Rome, la crémation était courante pour les personnes de haut rang, tandis que l'inhumation était plus fréquente pour le peuple. Les rites funéraires romains comprenaient le lavage, l'oignement, et l'habillage des corps en pourpre avant leur placement sur un bûcher. Les os et cendres étaient ensuite recueillis et placés dans une urne. Les Romains suivaient la loi des Douze Tables pour rapatrier les corps des soldats. Les Égyptiens, Hébreux, Juifs et Romains utilisaient de la toile de lin pour ensevelir les corps. Les Juifs préféraient les terres neuves pour les inhumations et ajoutaient des sacs d'odeurs sous la tête du défunt. Les Chinois ensevelissaient les corps debout, face à l'Orient, et utilisaient des onctions aromatiques. Les chrétiens lavaient les corps après la mort. Les inscriptions et épitaphes marquaient les tombeaux et les vertus des défunts. Les Romains avaient des règles strictes concernant les inhumations et les deuils. Les empereurs et rois étaient souvent inhumés dans ou près des temples. Les Turcs rasaient et lavaient les morts avant l'enterrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 217-252
RELATION de Monsieur Cassart.
Début :
Nous appareillâmes de la Martinique le 12. Janvier, & fimes voile [...]
Mots clefs :
Cassart, Flibustiers , Vaisseaux, Combat, Naufrage, Mortiers, Indiens , Caracas , Contribution , Retranchement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de Monsieur Cassart.
HELATION
de Monsieur Cassart. NOus appareillâmes de
la Martinique le 12.
janvier, & fimes voile pour
a Guadeloupe qui en un
sle Françoise, & voisine de
a précedente. Nous y prines
trois de nos Vaisseaux
lui y estoient, .& environ
:ent cinquante Flibustiers;
lelànousallâmes à S. Eustahe,
petite Isle Hollandoise
où nous moiiiiiames, le
2.
j.}
elle a esté pillée & brulee,il
y a deux ans par les Flibu
tiers de la Martinique, les
habitans nous firent plus d
pitié que d'envie;cependant
aprés avoir pris lavaleur
de IOOOO. écus de contribution
, nous levames
l'Ancre le :.7. pour aller à
Carasol, dans nostre rout
nous eûmes deux jours d
calmc, ce qui sit prendre le
parti à MonsieurCassart de
toucher la Coste de Caraças
Espagnolle, pour y faire dt
.réau, ayant appris qu'il n'y
on avoit point à Carasol
,
le
lo. Février estant sur la
:osie qui n'est habitée que
Indiens, le calme nous 0..
Iligea de moüillerdevant
ne Plage qu'on appelle
ropsea, ou cinq jours
prés nostre Vaisseau se perit;
je n'estoit pas à bord
quand ce malheur arriva, j'aois
profité d'un Canot que
Mr Cassart avoit envoyé à la
fille de Carcaça: avec le
Baron de Mouvance, Lieuenant
de Vaisseau qui alloit
aire un compliment de sa
art auGouverneur; comme
cerce Ville est éloignée de
dix huit lieuës de l'endroi
où nos Vaisseaux estoient
mouillez, nous n'aprimes
cette perre que deux jours
aprés, Mr Cassart ayan
appareillé sur lemìnuit pour
venir mouiller avec son escadre
à la Ville, son Vaisseau
deux heures aprés toucha
sur un banc inconnû à trois
lieuës de terre, & y rella
iqluelque temps, aprés quoy revint à flot de luy mêlTIC;
mais estant crevé dans beaucoup
d'endroits & plein
d'eau
, on n'eût que le temps
Ie l'aller echouer à terre, où
lOUS raYOnS laisse. On n'a
oresque rien sauvé, bienneureux
d'avoir pû sauver les
quipages & nos hardes, à
cause de la Mer qui bat en
tofts & qui est furieuse. Mr
tTaflart mit toute son application
aprés cela, à faire débrquerdeux
Mortiers de
douze pouces pour servir a
on expedition, ilyreüssit
avec beaucoup de peines,
nais il ne pût avoir les Bombes
ny les Fusécs; aprés un
bareil naufragc nous ne derions
plus songer à aller attaquer
Carasol,ayant perdu
pour trois mois de vivres à
huitcens hommes quiétoient
dans ce Navire, la moitié dCi
leurs armes, & toutes les munitions
de guerre;cependant
Mr Cassart en decida autre
ment. Le 13. de Fevrier
nous fimes voile pour
cette
Isle avec cinq Vaisseaux qui
nous restoient, & nous
y|
moüillâmes le 16. dans un
Ance que l'on appelle Sainte
Croix, comme les courants
Tone fort rapides, & qu'ils
portent au large, nous ne
fimespointnostre descente
c lendemain, à caused'un
le nos gros Vaisseaux qui
e pouvoit gagner le moüilage.
Le 17. ce Vaisseau bien
oin de s'approcher étoit enlaine
par Ics courants & levent
contraire, ce qui nous
faisoit desesperecr de pouvoir
ien entreprendre & bien
moins de retiffir si ce Navire
venoit à nous manquer, cela
irriva cependant ainsi, & le
18. au matin nous ne le
nmesplus, il avoit avec luy
ies deux Mortiers de douze
pouces sauvez du naufrage,
qui estoient nos plus gros,
la plus grande partie des
Bombes pour d'autres que
nous avions, trois cent soldats
& quatorze ou quinze
Officiers done six
cftoicnc!
nos princi paux, tout s'opposoit
de ce coste-là a nostre
snrreprise: de l'autre nouSj
donnions le temps aux
ennemis
de s'assembler, cnnn
Mr Cassartcontre toute apparence
de reüssir prit son 1
parti sur le champ & dans la
resolution de vaincre ou d'y
rester, nous descendîmes à
terre Ie: même jour a neuf
heures du matin au nombre
de six cens soldats & de trois
cens cinquante Flibustiers;
d'abord nous trompâmes les
ennemis qui nous attendoicnt
dans l'Ance, devant
laquelle nous estions moüille
& qui nous voyoicnr partir
de nos Vaisseaux dans nos
Chaloupes, quand nous
nous fûmes un peu avanccz
& que' l'approche de terre
commenta à, couvrir nos
Chaloupes, nous vogâmes
de force sur nostre droite,
& nous mîmes pied à terre
un àun, deux à deux dans
une petitePlageque les ennemis
ne gjrdoient pas, la
croyant impratiquable, à la , ,. verite on na jamais rien veu
de pareil pour la difficult^
car s'il y avoir eu seulement
vingt hommes bien resolus,
nousaurions cfte obligez de
nous rembarquer avec perce,
c'estoit un endroit fort petit,
lequel aprés que Ton estoit
descendu à terre, il falloit
monter en grimpant par
dessus un Rocher tres dimcultueux
& passer par un
trou un à un pour s'aller former
dans un petit bois taillis
qui suivoit ce passage, nostre
bonheurnousconduisit heureusement
& nous fit former
peu à peu un corps de 400.
hommes, àl'abry desquels les
autres passoient & arrivoient
en seureté. Les ennemis qui
estoient à deux portées de
fusil de nous, ne nous sqeurent
que lorsque nous defilâmes
par quatre dans une
Plaine qui aboutissoit a ce
petit Bois, ou nous nous
rangeames en bataille,
quand nos gens furent dcfcendus
les ennemis ne nous
tirant que de tres-loin & occupant
une hauteur, nous
marchâmes à eux fort vîte
en bataille, ilsne disputerent
point leur terrain, ils nous
abandonnerent la Montagne
aprés avoir fait leur décharge
qui ne nous blessa que
cinq ou six hommes & en
tua trois, ils se jetterent sur
leur droitederriereunretranchement
qu'ils y
avoient:
comme nous avions monté
cette Montagne fort vîte
& que nos Troupes estoient
fort essouflées, Mr Caffart
les fic reposer; ce fût là que
les ennemis nous tirerent de
leur retranchement plus de
deux mil coups de fusil; mais
aux premiers tirez nous nous
couvtîmes de la Crete de la
Montage, ce qui rendit leur
grand feu sans beaucoup
d'effet, les balles nous passant
par dessus la teste,lorsque
nos soldats furent reposez
nous marchâmes droit à
eux sans beaucoup d'ordre
la bayonnete au bout du fusil;
ilssoûtinrent nostre fCll
quelque temps par le leur;
maiscomme nous avancions
toûjours à mesure que nous
avions tíré, il n'attendirent
pas l'effet denos ~bayons,
nous sautâmes dans le retranchement
qui estoitdune
bonne muraille de pierre &
les poursuivîmes l'espace de
demy lieuë, nous leurs
prîmes dans cette attaque
trois Drapeaux & la pluspart
de leurs chevaux qui nous
ont bien servi dans la suite,
nous perdîmes quarantecinq
hommes tant tuez que blessez,
Mr Cassartaesté blessé
dangereusement d'une balle
quiluy perce le pied; cette
affaire ayant ainsiréüssi nous
jugeames que ce choc intimideroit
les ennemis & que
nous irions plus loin; c'est
pourquoy l'on resolut de
s'aller emparer d'un habitation
qui nous restoit sur
nostre gauche à demy lieue
dans une belle Plaine, nous
y arrivâmes sans difficulté &
ne voyant d'ennemis d'un
costé ny d'autre, nous y
fimes nostreCamp. Comme
Mr Cassart avoit esté emporté
à bord il envoya Mr
de Bandeville, Capitaine de
Fregatte pour comm nder à
sa place & pour reglerce que
nous aurions à faire dans la
suite, nous passames la nuit
sansestreinquietezde !'ennc'"j
my, Mr Cassart, dis- je, ayanc
remis toutes choses à laprudence
de Mr de Bandeville,
soit pour le rembarquement,
foit pour penérrer
plus avant, l'on tine confcil
le lendemain matin pour
voir si il falloit marcher par
terre à la Ville qui estoit à
huit lieuës de là, & l'on fût
d'avis d'attendre un jour
pour voir si deux beatteaux
que l'on avoit envoyé à bord
de ce Vaisseau qui nous
manquoit chercher nos gros
Mortiers, & nos Troupes
'arriveroient pas, aprés ce
emps attendu nous ne vÎnlCS
ien paroistre& nous n'aons
rien vtu depuis,les bâ-
~mens n'auront jamais pû
~agner contre le vent & les
ourants. Le 20l'on retint
n nouveau conseil qui s'cn
rmic entiérement à Mr
Cassart qui conclut à pené-
~trer dans le Pays & à marher
à laVille, nous voyons
evantnousmille difficultez
ui n'estoient pas faciles à
~rnionter par un si petit
ombre de Troupes que
ous estions, ayant selon les
apparences plusieurs retranchemens
à forcer qui mineroient
nostre Troupe avant
d'arriver à la Ville qui eaoie.,
fort éloignée oucre qu'il y
avoit dans rifle trois miUcJ
hommes armez, & que nous|
estions artendus depuis plus
de six semaines; d'un autre*
costé nous n'avions point de f
Port à nous auprés de la Ville
pour pouvoir débarquer nos
Mortiers & nos Vivres, cela
n'empêcha point il fût resolu
que l'an partiroit le lendemain,
& que nos Chaloupes
partiroient en raemci
temps en côtoyant la terre
avec les vivres, les bombes
& trois Mortiers qui nous
estoient, dont les deux plus
;ros n'estoient que de neuf
~pouces & l'autre au dessus,
, nous nous preparames a
narcher tout ce jour, pour
cette effetl'on fit débarquer
~enc cinquante Matelots ar-
~ez pour nous servir de
enfort,maisilsnousincommoderent
beaucoup plus
qu'ils ne nous furent utiles,
~e n, à six heures du man
nous nous mî(\mes en
tarchc) nous fimes quatre
licacs cc jour là sans voÏII
qui que ce soit, nous couchames
forttranquillement
à une habitation que nous
trouvâmes sur le chemin
Lc 22 nous fimes la rnêm
manoeuvre dans le dessein
de nous allcr emparer _d'
petit Port qui s'appelle Piscader,
qui est éloigné de la
Ville de trois quarts de lieuë
& oùily a une batterie de &
pieces decanon quidonnesur
la Mer & qui n'a qu'un foffi
retranché du costé de terre
afin de mettre nos Chal-
oupes en seurcte qui alloient
comme j'ay déja dit le long
de la coste à mesureque
nous avancions par terre,
mais nous fûmes trompez
dans nos attentes. Le 22. au
matin aprés avoir fait environ
une lieuë & passé un fort
mauvais defilé, nous arrivâmes
dans une Plaineassez
grande qui avoic pour face
une Montagne fort étenduë;
nostre guide nous dit que le
grand chemin passoit pardessus
la hauteur & qu'il n'en
connoissoit point d'autre,
sans nous defier de l'ennemy,
puisque nousnel'avionspas
trouvé au defilé nous marchâmes,
d'abord nous apperçûmes
quelques Cavaliers
ce qui nous fit fait alte pour
nous mettre en battaille
quand cela fût fait nous
continuames nostre route
tambour battant & Drapeaux
deployez à mesure
que nous avancions du pied
de la Montagne nous appercevions
le nombre des ennemis
augmenter &qu'ilyavoit
là un fort retranchement,
quand nous en fûmes bien
persuadez, Mr de Bandeville
fit marcher le premier
bataillon par la droite pour
prendre les ennemis en flanc
le second bataillon dont ma
Compagnie estoit & dont
j'étois troisiéme Capitaine
marcha droit en face du rctranchement,&
lesFlibustiers
& Matelots marcherent par
la gauche, dans cette disposition
sans sçavoir le nombre
d'ennemis que nous avions
à combattre jle premier bataillon
marcha seul par la
droite, comme j'ay déja dit,
parce qu'il falloit beaucoup
monter & passer par un Bois.
avant d'arriver au flanc du
retran hement, comme
nous n'étionssimplement
que hors la portéedu fusil
nousattendîmes que nostre
premier bataillon eût tiré
avant de donner, aux premiers
coups nous marcharries
les ennemis nous laisserent
approcher à portée de pistolet
sans tirer,aprèsquoy l'on
n'entendit plusde route parts
qu'un fCLJ terrible, neuf
pieces de canon qu'ilsavoient
tirerent sur nous à Inirraiile,
ce quifit plier lesFlibustiers&
Matelots; nos Troupes ne
firent pas de même, comme
le
le feu du canon Sc de la
Mousqueterie nous empêphoit
de montcr au retranchement
aussi visteque nous
l'-aurions souhaite,& que la
montée étoit assez escarpée.
L'on nousfit jetter sur nostre
droite, nous montâmes au
travers les Rochers &les
rPlnes) cequi nous fit rencontrer
avec les Grenadiers
du premier Bataillon, & entramesensemble
par le lfanc
dans le retranchement que
les ennemis abandonnerent.
Comme le feu estoit fort diminué
les Flibustiers & les
Matelots reprirent courage
& donnerent par la gauche
quine tint pas, voyanc leurs
camarades en suite,ilsavoient
comme nous du blanc à
leurs chapeaux, ce qui nous
empêcha d'en tuerbeaucoup,
nous leurs prîmes encore
quatre Drapeaux & neuf
pieces de canon de bronze;
ce te action fût vive, mais
clic patoist incroyable, ils
estoient sept cens soixance
&, quinze blancs, & trois
cens noirs armcz, ce que
nous (qumes sur le champ
par les prisonniers que nous
simes, nous ne perdîmes que
quarante hommes tant tuez
que blcfleZj nous devionsen
perdre davantage & assurement
que toutnôtre bataillon
devoit y rester, nostre bonheur
vient de ce que nous
~cftions trop prests sans avoir
tiré, car ils estoient obligez
de tirer de haut en bas, ce
quifaisoit tomber la plufparc
de leurs balles derriere nous
sans effet, n'osant par trop fc
découvrir;je ne perdis que
cinq hommes de ma Compagnie
& mon Enseigne
bkLTé. Comme ceretranchement
estoit entouré de
Bois, nous ne nous y arreiames
point, nous rejoignames
legrand chemin & fimcs demi
lieue sans aucun vestige
d'ennemy nous nous reposâmes
dans lc dessein d'aller
le foir attaqucr Piscader,
mais comme nous contâmes
que cet endroit feroit fort
deffendu, nous fûmes coucher
à demi líeuë de ce petit
Port à caufc de lanuit.
Le lendemain 2. 3. nousmarchâmes
à Piscader, nous
fûmes surpris agréablement
d'y trouver pas Chaloupes
moüíllées;les ennemis épouvantez
de la veille avoicnt
abandonné cette batterie &
encloüé les canons & nos
Chaloupes estoient arrivées
demi- heure avant nous; l'é.
pouvante les avoient tellement
saisisqu'ils s'étoient
retirez en confusion dedans
leur Ville qui est fermée du
costé de la terre, par le Port
& fortifiee de quatre bons
Bastions, comme nous ne
devions pas esperer de faire
rendre cette Ville par le peu
de monde que nous estions
par la difficulté de faire débarquer
de gros canon de
nos Vaisseaux qui estoient
fort éloignez,n'y ayant point
de moüillage que dans le
Port, & par le peu de vivres
que nous avions, on se conrenta
de la bombarder à
dessein de la faire contribuer,
pour cet effet nous marchâmes
le 2.4. à la Ville, le terrein
avoic esté reconnu la .;1
veille par de mauvaisconnoisseurs,
ce qui pensa nous coûter
cher; car l'on nous mena
a portée du pistolet de cette
Ville pour aller à un Camp
que Ton avoit marqué; &
par le plus grand bon-heur
du monde, dans le temps de
nostre passage les ennemis
ayant mis lc feu à des maifons
qui cftoienc le long de
la Mer, nous passames à la
gueulle de leurs canons &
des Vaisseaux
*,
ils s'aperçeurent
cependant de nostre
marche sur la fin, ce qui les
fit tirer sur ceux qu'ils
voyoient, nous perdîmes
cinq hommes du canon ,
nous fûmes obligez de décamper
sur Itf champ, quoique
couverts d'un petit rideau,
lis chargeoient leurs
canons à demi charge, &
tirant p.ar,ricochet lis com- mençoient a nous incommoder,
cela nous fit retirer
derríere une Montagne qui
estoit proche de nous, &
nous campâmes hors la portée
du canon. Le 2 5. & le
16. nos trois mortiers furent
débarquez & mis en
batterie à rrois cens toises
delaVille. Le 27. au matin
estant prêts à tirer on envoya
sommer la Ville de contribuer,
ce que le Gouverneur
ne vouluc entendre, sa réponse
nous fit commencer
de bombarder à huit heures
du matin; on nous répondit
à bon coups de canon qui
nefirent rien dans nostre
épaulement. Sur le midy nos
mortiers cesserent de tirer,
& je montai la tranchée ce
foir la avec ma Compagnie ;
sur les huit heures du foir
nous recommençâmes de
tirer, ce qui dura jusqu'a minuit.
Le 18. au matin nous
fimeslamême chose, aprés
quoy sur les ncuf heures les
ennemis demanderent une
Tréve pour sçavoir ce que
Mr Caffard demandoit de
contnbution; cnfin apres
trois jours de pourparler a
cause de l'eloignement de
nos Vaisseaux
,
dans lesquels
Monsieur Caffart estoit, la
contribution fLIt arrêtée &
signée le 3. de Mars à quatre
cent soixante mille francs,
bien heureux d'avoir tirécela;
car si ils avoient attendus
encore un jour nous estions
obligezde nous rembarquer
faute de vivres & de munitions,
nous n'avions pas cent
bombres à tirer, encore n'étoient-
elles pas bonnes par
l'inégalitédéfusées, Le
Vaisseau absent les ayant
routes; l'on commença le
payement. Le 4, ils nous
tinrent jusqu'au 1 5. esperant
qu'il leur arriveroit quelque
nouvelle d'Europe pour leur
confirmer une Tréve avec la
France dont ils nous menaçoient.
Le 1 5. nos Troupes
se rembarquerent
& nous fimes voile le 20.
pour la Ville de S. Domingue
Espagnolle; où nous
avons fait de l'eau &. sommes
partis deux Vaisseaux pour
Europe. Le 19. Mr Caffart
ayanc mené les deux autres
en Cartagene.
de Monsieur Cassart. NOus appareillâmes de
la Martinique le 12.
janvier, & fimes voile pour
a Guadeloupe qui en un
sle Françoise, & voisine de
a précedente. Nous y prines
trois de nos Vaisseaux
lui y estoient, .& environ
:ent cinquante Flibustiers;
lelànousallâmes à S. Eustahe,
petite Isle Hollandoise
où nous moiiiiiames, le
2.
j.}
elle a esté pillée & brulee,il
y a deux ans par les Flibu
tiers de la Martinique, les
habitans nous firent plus d
pitié que d'envie;cependant
aprés avoir pris lavaleur
de IOOOO. écus de contribution
, nous levames
l'Ancre le :.7. pour aller à
Carasol, dans nostre rout
nous eûmes deux jours d
calmc, ce qui sit prendre le
parti à MonsieurCassart de
toucher la Coste de Caraças
Espagnolle, pour y faire dt
.réau, ayant appris qu'il n'y
on avoit point à Carasol
,
le
lo. Février estant sur la
:osie qui n'est habitée que
Indiens, le calme nous 0..
Iligea de moüillerdevant
ne Plage qu'on appelle
ropsea, ou cinq jours
prés nostre Vaisseau se perit;
je n'estoit pas à bord
quand ce malheur arriva, j'aois
profité d'un Canot que
Mr Cassart avoit envoyé à la
fille de Carcaça: avec le
Baron de Mouvance, Lieuenant
de Vaisseau qui alloit
aire un compliment de sa
art auGouverneur; comme
cerce Ville est éloignée de
dix huit lieuës de l'endroi
où nos Vaisseaux estoient
mouillez, nous n'aprimes
cette perre que deux jours
aprés, Mr Cassart ayan
appareillé sur lemìnuit pour
venir mouiller avec son escadre
à la Ville, son Vaisseau
deux heures aprés toucha
sur un banc inconnû à trois
lieuës de terre, & y rella
iqluelque temps, aprés quoy revint à flot de luy mêlTIC;
mais estant crevé dans beaucoup
d'endroits & plein
d'eau
, on n'eût que le temps
Ie l'aller echouer à terre, où
lOUS raYOnS laisse. On n'a
oresque rien sauvé, bienneureux
d'avoir pû sauver les
quipages & nos hardes, à
cause de la Mer qui bat en
tofts & qui est furieuse. Mr
tTaflart mit toute son application
aprés cela, à faire débrquerdeux
Mortiers de
douze pouces pour servir a
on expedition, ilyreüssit
avec beaucoup de peines,
nais il ne pût avoir les Bombes
ny les Fusécs; aprés un
bareil naufragc nous ne derions
plus songer à aller attaquer
Carasol,ayant perdu
pour trois mois de vivres à
huitcens hommes quiétoient
dans ce Navire, la moitié dCi
leurs armes, & toutes les munitions
de guerre;cependant
Mr Cassart en decida autre
ment. Le 13. de Fevrier
nous fimes voile pour
cette
Isle avec cinq Vaisseaux qui
nous restoient, & nous
y|
moüillâmes le 16. dans un
Ance que l'on appelle Sainte
Croix, comme les courants
Tone fort rapides, & qu'ils
portent au large, nous ne
fimespointnostre descente
c lendemain, à caused'un
le nos gros Vaisseaux qui
e pouvoit gagner le moüilage.
Le 17. ce Vaisseau bien
oin de s'approcher étoit enlaine
par Ics courants & levent
contraire, ce qui nous
faisoit desesperecr de pouvoir
ien entreprendre & bien
moins de retiffir si ce Navire
venoit à nous manquer, cela
irriva cependant ainsi, & le
18. au matin nous ne le
nmesplus, il avoit avec luy
ies deux Mortiers de douze
pouces sauvez du naufrage,
qui estoient nos plus gros,
la plus grande partie des
Bombes pour d'autres que
nous avions, trois cent soldats
& quatorze ou quinze
Officiers done six
cftoicnc!
nos princi paux, tout s'opposoit
de ce coste-là a nostre
snrreprise: de l'autre nouSj
donnions le temps aux
ennemis
de s'assembler, cnnn
Mr Cassartcontre toute apparence
de reüssir prit son 1
parti sur le champ & dans la
resolution de vaincre ou d'y
rester, nous descendîmes à
terre Ie: même jour a neuf
heures du matin au nombre
de six cens soldats & de trois
cens cinquante Flibustiers;
d'abord nous trompâmes les
ennemis qui nous attendoicnt
dans l'Ance, devant
laquelle nous estions moüille
& qui nous voyoicnr partir
de nos Vaisseaux dans nos
Chaloupes, quand nous
nous fûmes un peu avanccz
& que' l'approche de terre
commenta à, couvrir nos
Chaloupes, nous vogâmes
de force sur nostre droite,
& nous mîmes pied à terre
un àun, deux à deux dans
une petitePlageque les ennemis
ne gjrdoient pas, la
croyant impratiquable, à la , ,. verite on na jamais rien veu
de pareil pour la difficult^
car s'il y avoir eu seulement
vingt hommes bien resolus,
nousaurions cfte obligez de
nous rembarquer avec perce,
c'estoit un endroit fort petit,
lequel aprés que Ton estoit
descendu à terre, il falloit
monter en grimpant par
dessus un Rocher tres dimcultueux
& passer par un
trou un à un pour s'aller former
dans un petit bois taillis
qui suivoit ce passage, nostre
bonheurnousconduisit heureusement
& nous fit former
peu à peu un corps de 400.
hommes, àl'abry desquels les
autres passoient & arrivoient
en seureté. Les ennemis qui
estoient à deux portées de
fusil de nous, ne nous sqeurent
que lorsque nous defilâmes
par quatre dans une
Plaine qui aboutissoit a ce
petit Bois, ou nous nous
rangeames en bataille,
quand nos gens furent dcfcendus
les ennemis ne nous
tirant que de tres-loin & occupant
une hauteur, nous
marchâmes à eux fort vîte
en bataille, ilsne disputerent
point leur terrain, ils nous
abandonnerent la Montagne
aprés avoir fait leur décharge
qui ne nous blessa que
cinq ou six hommes & en
tua trois, ils se jetterent sur
leur droitederriereunretranchement
qu'ils y
avoient:
comme nous avions monté
cette Montagne fort vîte
& que nos Troupes estoient
fort essouflées, Mr Caffart
les fic reposer; ce fût là que
les ennemis nous tirerent de
leur retranchement plus de
deux mil coups de fusil; mais
aux premiers tirez nous nous
couvtîmes de la Crete de la
Montage, ce qui rendit leur
grand feu sans beaucoup
d'effet, les balles nous passant
par dessus la teste,lorsque
nos soldats furent reposez
nous marchâmes droit à
eux sans beaucoup d'ordre
la bayonnete au bout du fusil;
ilssoûtinrent nostre fCll
quelque temps par le leur;
maiscomme nous avancions
toûjours à mesure que nous
avions tíré, il n'attendirent
pas l'effet denos ~bayons,
nous sautâmes dans le retranchement
qui estoitdune
bonne muraille de pierre &
les poursuivîmes l'espace de
demy lieuë, nous leurs
prîmes dans cette attaque
trois Drapeaux & la pluspart
de leurs chevaux qui nous
ont bien servi dans la suite,
nous perdîmes quarantecinq
hommes tant tuez que blessez,
Mr Cassartaesté blessé
dangereusement d'une balle
quiluy perce le pied; cette
affaire ayant ainsiréüssi nous
jugeames que ce choc intimideroit
les ennemis & que
nous irions plus loin; c'est
pourquoy l'on resolut de
s'aller emparer d'un habitation
qui nous restoit sur
nostre gauche à demy lieue
dans une belle Plaine, nous
y arrivâmes sans difficulté &
ne voyant d'ennemis d'un
costé ny d'autre, nous y
fimes nostreCamp. Comme
Mr Cassart avoit esté emporté
à bord il envoya Mr
de Bandeville, Capitaine de
Fregatte pour comm nder à
sa place & pour reglerce que
nous aurions à faire dans la
suite, nous passames la nuit
sansestreinquietezde !'ennc'"j
my, Mr Cassart, dis- je, ayanc
remis toutes choses à laprudence
de Mr de Bandeville,
soit pour le rembarquement,
foit pour penérrer
plus avant, l'on tine confcil
le lendemain matin pour
voir si il falloit marcher par
terre à la Ville qui estoit à
huit lieuës de là, & l'on fût
d'avis d'attendre un jour
pour voir si deux beatteaux
que l'on avoit envoyé à bord
de ce Vaisseau qui nous
manquoit chercher nos gros
Mortiers, & nos Troupes
'arriveroient pas, aprés ce
emps attendu nous ne vÎnlCS
ien paroistre& nous n'aons
rien vtu depuis,les bâ-
~mens n'auront jamais pû
~agner contre le vent & les
ourants. Le 20l'on retint
n nouveau conseil qui s'cn
rmic entiérement à Mr
Cassart qui conclut à pené-
~trer dans le Pays & à marher
à laVille, nous voyons
evantnousmille difficultez
ui n'estoient pas faciles à
~rnionter par un si petit
ombre de Troupes que
ous estions, ayant selon les
apparences plusieurs retranchemens
à forcer qui mineroient
nostre Troupe avant
d'arriver à la Ville qui eaoie.,
fort éloignée oucre qu'il y
avoit dans rifle trois miUcJ
hommes armez, & que nous|
estions artendus depuis plus
de six semaines; d'un autre*
costé nous n'avions point de f
Port à nous auprés de la Ville
pour pouvoir débarquer nos
Mortiers & nos Vivres, cela
n'empêcha point il fût resolu
que l'an partiroit le lendemain,
& que nos Chaloupes
partiroient en raemci
temps en côtoyant la terre
avec les vivres, les bombes
& trois Mortiers qui nous
estoient, dont les deux plus
;ros n'estoient que de neuf
~pouces & l'autre au dessus,
, nous nous preparames a
narcher tout ce jour, pour
cette effetl'on fit débarquer
~enc cinquante Matelots ar-
~ez pour nous servir de
enfort,maisilsnousincommoderent
beaucoup plus
qu'ils ne nous furent utiles,
~e n, à six heures du man
nous nous mî(\mes en
tarchc) nous fimes quatre
licacs cc jour là sans voÏII
qui que ce soit, nous couchames
forttranquillement
à une habitation que nous
trouvâmes sur le chemin
Lc 22 nous fimes la rnêm
manoeuvre dans le dessein
de nous allcr emparer _d'
petit Port qui s'appelle Piscader,
qui est éloigné de la
Ville de trois quarts de lieuë
& oùily a une batterie de &
pieces decanon quidonnesur
la Mer & qui n'a qu'un foffi
retranché du costé de terre
afin de mettre nos Chal-
oupes en seurcte qui alloient
comme j'ay déja dit le long
de la coste à mesureque
nous avancions par terre,
mais nous fûmes trompez
dans nos attentes. Le 22. au
matin aprés avoir fait environ
une lieuë & passé un fort
mauvais defilé, nous arrivâmes
dans une Plaineassez
grande qui avoic pour face
une Montagne fort étenduë;
nostre guide nous dit que le
grand chemin passoit pardessus
la hauteur & qu'il n'en
connoissoit point d'autre,
sans nous defier de l'ennemy,
puisque nousnel'avionspas
trouvé au defilé nous marchâmes,
d'abord nous apperçûmes
quelques Cavaliers
ce qui nous fit fait alte pour
nous mettre en battaille
quand cela fût fait nous
continuames nostre route
tambour battant & Drapeaux
deployez à mesure
que nous avancions du pied
de la Montagne nous appercevions
le nombre des ennemis
augmenter &qu'ilyavoit
là un fort retranchement,
quand nous en fûmes bien
persuadez, Mr de Bandeville
fit marcher le premier
bataillon par la droite pour
prendre les ennemis en flanc
le second bataillon dont ma
Compagnie estoit & dont
j'étois troisiéme Capitaine
marcha droit en face du rctranchement,&
lesFlibustiers
& Matelots marcherent par
la gauche, dans cette disposition
sans sçavoir le nombre
d'ennemis que nous avions
à combattre jle premier bataillon
marcha seul par la
droite, comme j'ay déja dit,
parce qu'il falloit beaucoup
monter & passer par un Bois.
avant d'arriver au flanc du
retran hement, comme
nous n'étionssimplement
que hors la portéedu fusil
nousattendîmes que nostre
premier bataillon eût tiré
avant de donner, aux premiers
coups nous marcharries
les ennemis nous laisserent
approcher à portée de pistolet
sans tirer,aprèsquoy l'on
n'entendit plusde route parts
qu'un fCLJ terrible, neuf
pieces de canon qu'ilsavoient
tirerent sur nous à Inirraiile,
ce quifit plier lesFlibustiers&
Matelots; nos Troupes ne
firent pas de même, comme
le
le feu du canon Sc de la
Mousqueterie nous empêphoit
de montcr au retranchement
aussi visteque nous
l'-aurions souhaite,& que la
montée étoit assez escarpée.
L'on nousfit jetter sur nostre
droite, nous montâmes au
travers les Rochers &les
rPlnes) cequi nous fit rencontrer
avec les Grenadiers
du premier Bataillon, & entramesensemble
par le lfanc
dans le retranchement que
les ennemis abandonnerent.
Comme le feu estoit fort diminué
les Flibustiers & les
Matelots reprirent courage
& donnerent par la gauche
quine tint pas, voyanc leurs
camarades en suite,ilsavoient
comme nous du blanc à
leurs chapeaux, ce qui nous
empêcha d'en tuerbeaucoup,
nous leurs prîmes encore
quatre Drapeaux & neuf
pieces de canon de bronze;
ce te action fût vive, mais
clic patoist incroyable, ils
estoient sept cens soixance
&, quinze blancs, & trois
cens noirs armcz, ce que
nous (qumes sur le champ
par les prisonniers que nous
simes, nous ne perdîmes que
quarante hommes tant tuez
que blcfleZj nous devionsen
perdre davantage & assurement
que toutnôtre bataillon
devoit y rester, nostre bonheur
vient de ce que nous
~cftions trop prests sans avoir
tiré, car ils estoient obligez
de tirer de haut en bas, ce
quifaisoit tomber la plufparc
de leurs balles derriere nous
sans effet, n'osant par trop fc
découvrir;je ne perdis que
cinq hommes de ma Compagnie
& mon Enseigne
bkLTé. Comme ceretranchement
estoit entouré de
Bois, nous ne nous y arreiames
point, nous rejoignames
legrand chemin & fimcs demi
lieue sans aucun vestige
d'ennemy nous nous reposâmes
dans lc dessein d'aller
le foir attaqucr Piscader,
mais comme nous contâmes
que cet endroit feroit fort
deffendu, nous fûmes coucher
à demi líeuë de ce petit
Port à caufc de lanuit.
Le lendemain 2. 3. nousmarchâmes
à Piscader, nous
fûmes surpris agréablement
d'y trouver pas Chaloupes
moüíllées;les ennemis épouvantez
de la veille avoicnt
abandonné cette batterie &
encloüé les canons & nos
Chaloupes estoient arrivées
demi- heure avant nous; l'é.
pouvante les avoient tellement
saisisqu'ils s'étoient
retirez en confusion dedans
leur Ville qui est fermée du
costé de la terre, par le Port
& fortifiee de quatre bons
Bastions, comme nous ne
devions pas esperer de faire
rendre cette Ville par le peu
de monde que nous estions
par la difficulté de faire débarquer
de gros canon de
nos Vaisseaux qui estoient
fort éloignez,n'y ayant point
de moüillage que dans le
Port, & par le peu de vivres
que nous avions, on se conrenta
de la bombarder à
dessein de la faire contribuer,
pour cet effet nous marchâmes
le 2.4. à la Ville, le terrein
avoic esté reconnu la .;1
veille par de mauvaisconnoisseurs,
ce qui pensa nous coûter
cher; car l'on nous mena
a portée du pistolet de cette
Ville pour aller à un Camp
que Ton avoit marqué; &
par le plus grand bon-heur
du monde, dans le temps de
nostre passage les ennemis
ayant mis lc feu à des maifons
qui cftoienc le long de
la Mer, nous passames à la
gueulle de leurs canons &
des Vaisseaux
*,
ils s'aperçeurent
cependant de nostre
marche sur la fin, ce qui les
fit tirer sur ceux qu'ils
voyoient, nous perdîmes
cinq hommes du canon ,
nous fûmes obligez de décamper
sur Itf champ, quoique
couverts d'un petit rideau,
lis chargeoient leurs
canons à demi charge, &
tirant p.ar,ricochet lis com- mençoient a nous incommoder,
cela nous fit retirer
derríere une Montagne qui
estoit proche de nous, &
nous campâmes hors la portée
du canon. Le 2 5. & le
16. nos trois mortiers furent
débarquez & mis en
batterie à rrois cens toises
delaVille. Le 27. au matin
estant prêts à tirer on envoya
sommer la Ville de contribuer,
ce que le Gouverneur
ne vouluc entendre, sa réponse
nous fit commencer
de bombarder à huit heures
du matin; on nous répondit
à bon coups de canon qui
nefirent rien dans nostre
épaulement. Sur le midy nos
mortiers cesserent de tirer,
& je montai la tranchée ce
foir la avec ma Compagnie ;
sur les huit heures du foir
nous recommençâmes de
tirer, ce qui dura jusqu'a minuit.
Le 18. au matin nous
fimeslamême chose, aprés
quoy sur les ncuf heures les
ennemis demanderent une
Tréve pour sçavoir ce que
Mr Caffard demandoit de
contnbution; cnfin apres
trois jours de pourparler a
cause de l'eloignement de
nos Vaisseaux
,
dans lesquels
Monsieur Caffart estoit, la
contribution fLIt arrêtée &
signée le 3. de Mars à quatre
cent soixante mille francs,
bien heureux d'avoir tirécela;
car si ils avoient attendus
encore un jour nous estions
obligezde nous rembarquer
faute de vivres & de munitions,
nous n'avions pas cent
bombres à tirer, encore n'étoient-
elles pas bonnes par
l'inégalitédéfusées, Le
Vaisseau absent les ayant
routes; l'on commença le
payement. Le 4, ils nous
tinrent jusqu'au 1 5. esperant
qu'il leur arriveroit quelque
nouvelle d'Europe pour leur
confirmer une Tréve avec la
France dont ils nous menaçoient.
Le 1 5. nos Troupes
se rembarquerent
& nous fimes voile le 20.
pour la Ville de S. Domingue
Espagnolle; où nous
avons fait de l'eau &. sommes
partis deux Vaisseaux pour
Europe. Le 19. Mr Caffart
ayanc mené les deux autres
en Cartagene.
Fermer
Résumé : RELATION de Monsieur Cassart.
Le texte relate une expédition militaire dirigée par Monsieur Cassart, débutant le 12 janvier depuis la Martinique vers la Guadeloupe. Après avoir pillé l'île hollandaise de Saint-Eustache, les forces se dirigèrent vers Carasol. Un calme forcé les obligea à mouiller devant la plage de Ropsea, où leur vaisseau se perdit. Cassart, informé deux jours plus tard, vit également son vaisseau s'échouer, entraînant la perte de vivres et de munitions. Malgré ces revers, Cassart décida d'attaquer Carasol. Le 13 février, ils appareillèrent avec cinq vaisseaux restants et mouillèrent le 16 dans l'anse Sainte-Croix. Le 18, un vaisseau avec des mortiers et des soldats se perdit. Cassart, résolu, descendit à terre avec 650 soldats et 350 flibustiers. Ils trompèrent les ennemis en débarquant sur une plage impraticable et montèrent une attaque surprise. Après une bataille intense, ils prirent trois drapeaux et des chevaux. Cassart fut blessé. Le 20, ils décidèrent de pénétrer dans le pays malgré les difficultés. Le 22, ils affrontèrent un retranchement ennemi et prirent quatre drapeaux et neuf pièces de canon. Ils continuèrent leur avancée, repoussant les attaques ennemies et prenant des positions stratégiques. Par la suite, le texte décrit une expédition militaire à Piscader. À leur arrivée, les auteurs constatèrent que les ennemis avaient abandonné une batterie et enfermé les canons, laissant leurs chaloupes à quai. Les forces ennemies s'étaient retirées dans leur ville fortifiée, protégée par quatre bastions. Les auteurs décidèrent de bombarder la ville pour obtenir une contribution, faute de pouvoir la prendre d'assaut ou de débarquer des canons lourds. Le 24, ils marchèrent vers la ville mais furent pris sous le feu ennemi, perdant cinq hommes. Ils se retirèrent derrière une montagne pour échapper aux tirs. Les 25 et 26, trois mortiers furent débarqués et mis en batterie. Le 27, après un ultimatum refusé par le gouverneur, le bombardement commença. Les pourparlers aboutirent à une contribution de 460 000 francs, signée le 3 mars. Les troupes se rembarquèrent le 15 et partirent pour la ville de Saint-Domingue espagnole le 20.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
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