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1
p. 198-200
La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Début :
Elle fut suivie quelques jours apres de celle de la [...]
Mots clefs :
Monsieur, Plaisir, Joie
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texteReconnaissance textuelle : La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Elle fut ſuivie quelques iours apres de cellede laReyne , qui avoit envoyé d'abord au Roy & à Son AlteſſeRoya- le , Monfieur le Vicomte de
Nantiac , pour leur témoigner la joyequ'elle reſſentoitdecet- te importante Victoire. Celle
de Madame a paru ſigrande ,
qu'il eſt impoſſible del'expri- | mer , auſſi bien que les divers
mouvemens qui l'ont agitée - pendant deux jours. Elle verſoit des larmes qu'elle don -
144 LE MERCURE noit avec plaiſir à l'heureuſe nouvelle de cegrand fuccés,&
dans le plus fort de ſa joye, il y
avoitdes momens où la crainte la tourmentoit. Elle vouloit
croire que le combat n'eſtoit pas finy,&que Monfieur étoit encor au milieu des ennemis ;
&dans ce mélange de frayeur &de joye , de trouble & de
plaiſir,pourſentirtropdecho- ſes àla fois , elle ne ſçavoit pas nien cequ'elle ſentoit. L'eſprit deMademoiselleeſtoitde mê
me , & fon agitation la faiſoit courir juſques ſur l'eſcalier au devantde tous ceux qui arri- voientde l'Armée.
Nantiac , pour leur témoigner la joyequ'elle reſſentoitdecet- te importante Victoire. Celle
de Madame a paru ſigrande ,
qu'il eſt impoſſible del'expri- | mer , auſſi bien que les divers
mouvemens qui l'ont agitée - pendant deux jours. Elle verſoit des larmes qu'elle don -
144 LE MERCURE noit avec plaiſir à l'heureuſe nouvelle de cegrand fuccés,&
dans le plus fort de ſa joye, il y
avoitdes momens où la crainte la tourmentoit. Elle vouloit
croire que le combat n'eſtoit pas finy,&que Monfieur étoit encor au milieu des ennemis ;
&dans ce mélange de frayeur &de joye , de trouble & de
plaiſir,pourſentirtropdecho- ſes àla fois , elle ne ſçavoit pas nien cequ'elle ſentoit. L'eſprit deMademoiselleeſtoitde mê
me , & fon agitation la faiſoit courir juſques ſur l'eſcalier au devantde tous ceux qui arri- voientde l'Armée.
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Résumé : La Reyne envoye Monsieur le Vicomte de Nantiac au Roy & à Monsieur, pour leur témoigner la part qu'elle prend à la Victoire de son Altesse Royale. [titre d'après la table]
Après une victoire militaire, la Reine envoya le Vicomte de Nantiac pour exprimer sa joie au Roi et à Son Altesse Royale. Madame éprouva des émotions intenses, oscillant entre joie et crainte pour la sécurité de Monsieur. Mademoiselle partageait cette agitation et attendait les messagers de l'armée.
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2
p. 113-118
« Je vous avouë, Madame, que la lecture de cette Lettre [...] »
Début :
Je vous avouë, Madame, que la lecture de cette Lettre [...]
Mots clefs :
Plaisir, Amour noyé, Badinage, Divertissement, Fontenelle
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous avouë, Madame, que la lecture de cette Lettre [...] »
Je vous avouë , Madame ,
que la lecture de cette Let- tre m'a donné du plaifir ; je la trouve bien écrite , &je
voudrois en pouvoir imiter le ſtile dans toutes cellesque vous me faites l'honneur de
ſouhaiter de moy ; mais pour paffer de la Profe aux Vers, &
vous parler de l'AmourNoyé,
je ne ſuis point ſurprisqu'on vous en ait dit du bien , je
GALANT. 87 )
-
vous l'envoye . C'eſt une tres- jolie bagatelle. Comme elle aplû icy àtout le monde,jene doute pas qu'elle ne ſoit de
voſtre goût ; &afin que vous
en receviez plus de plaifir , il faut vous en expliquer le ſujet On s'eſtoit entretenu de toutes chofes dans une fort
agreable Compagnie ; on y
avoit méme un peu médit ,
car le moyen de parler long- temps , & de ne donner pas.
fur le prochain ? On ne ſçavoit plus que faire , la pluye empêchoit la promenade ;&
comme le badinage eft quel- quefois de faifon , on s'avifa de badiner. Le Jeu de l'Amour Noye fut le divertiſfe- ment qu'on choifit. Onnom me deux Amans aux Belles
88 LE MERCURE
qui en noyết l'un en faveurde l'autre. Il yen avoit quelques- unes dans cette petite Affem- blée , qui valoient bien qu'on ſouhaitât d'en eſtre choify, &
il arriva qu'une des plus en- joüées noyajuſqu'à douze fois un des deux Amans qu'on luy donna. Ce fut cettejeune Perſonne qui a les cheveux
d'un ſi beau blond,dont le vifage & la taille font fi fort à
vôtre gré , & que vous dites que Madame la Marquiſe de *** a raiſon d'appeller fon petit Ange. Voila la Noyeu- fe. Je ne vous puis dire quel eſt leNoyé, je ſçay ſeulement queles Versfont de Monfieur de Fontenelle , qui àl'âge de vingt ans a déja plus d'acquis qu'on n'en a ordinairement à
GALANT. 89
:
-
}
コ
コ
y
quarante. Il eſt de Roüen , if demeure ; &pluſieurs Per- ſonnes de la plus haute quali- té qui l'ont veuicy , avoüent que c'eſt unmeurtre quede le laiſſer dans la Province. Il
n'ya point de Science fur la- quelle il ne raiſonne folidement; mais il le fait d'une maniere aifée, &qui n'ariende la rudeſſe des Scavansde prop
feffion. Il n'aime les belles
Connoiſſances que pour s'en fervir en honneſte Homme.
Il a l'eſprit fin, galant, délicats &pour vous le faire connoître par un endroit qui vous
fera tres-connu , il eſt Neveu
deMeffieurs Corneille,
que la lecture de cette Let- tre m'a donné du plaifir ; je la trouve bien écrite , &je
voudrois en pouvoir imiter le ſtile dans toutes cellesque vous me faites l'honneur de
ſouhaiter de moy ; mais pour paffer de la Profe aux Vers, &
vous parler de l'AmourNoyé,
je ne ſuis point ſurprisqu'on vous en ait dit du bien , je
GALANT. 87 )
-
vous l'envoye . C'eſt une tres- jolie bagatelle. Comme elle aplû icy àtout le monde,jene doute pas qu'elle ne ſoit de
voſtre goût ; &afin que vous
en receviez plus de plaifir , il faut vous en expliquer le ſujet On s'eſtoit entretenu de toutes chofes dans une fort
agreable Compagnie ; on y
avoit méme un peu médit ,
car le moyen de parler long- temps , & de ne donner pas.
fur le prochain ? On ne ſçavoit plus que faire , la pluye empêchoit la promenade ;&
comme le badinage eft quel- quefois de faifon , on s'avifa de badiner. Le Jeu de l'Amour Noye fut le divertiſfe- ment qu'on choifit. Onnom me deux Amans aux Belles
88 LE MERCURE
qui en noyết l'un en faveurde l'autre. Il yen avoit quelques- unes dans cette petite Affem- blée , qui valoient bien qu'on ſouhaitât d'en eſtre choify, &
il arriva qu'une des plus en- joüées noyajuſqu'à douze fois un des deux Amans qu'on luy donna. Ce fut cettejeune Perſonne qui a les cheveux
d'un ſi beau blond,dont le vifage & la taille font fi fort à
vôtre gré , & que vous dites que Madame la Marquiſe de *** a raiſon d'appeller fon petit Ange. Voila la Noyeu- fe. Je ne vous puis dire quel eſt leNoyé, je ſçay ſeulement queles Versfont de Monfieur de Fontenelle , qui àl'âge de vingt ans a déja plus d'acquis qu'on n'en a ordinairement à
GALANT. 89
:
-
}
コ
コ
y
quarante. Il eſt de Roüen , if demeure ; &pluſieurs Per- ſonnes de la plus haute quali- té qui l'ont veuicy , avoüent que c'eſt unmeurtre quede le laiſſer dans la Province. Il
n'ya point de Science fur la- quelle il ne raiſonne folidement; mais il le fait d'une maniere aifée, &qui n'ariende la rudeſſe des Scavansde prop
feffion. Il n'aime les belles
Connoiſſances que pour s'en fervir en honneſte Homme.
Il a l'eſprit fin, galant, délicats &pour vous le faire connoître par un endroit qui vous
fera tres-connu , il eſt Neveu
deMeffieurs Corneille,
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Résumé : « Je vous avouë, Madame, que la lecture de cette Lettre [...] »
L'auteur d'une lettre exprime son plaisir à la lecture d'une missive précédente et admire le style de l'écriture de la destinataire. Il mentionne l'envoi d'une pièce intitulée 'L'Amour Noyé', qui a été bien accueillie par une compagnie réunie pour se divertir par une journée de pluie. Le jeu consistait à nommer des amants, et une jeune femme blonde a 'noyé' un des amants douze fois. Cette jeune femme, au visage et à la taille agréables, est surnommée 'le petit Ange' par la Marquise de ***. L'auteur évoque également Monsieur de Fontenelle, un jeune homme de Rouen âgé de vingt ans, déjà très savant et apprécié par des personnes de haute qualité. Fontenelle est décrit comme ayant un esprit fin, galant et délicat, et est le neveu de Messieurs Corneille.
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3
p. 127-128
« Pendant qu'on pressoit en mesme temps les Sieges de [...] »
Début :
Pendant qu'on pressoit en mesme temps les Sieges de [...]
Mots clefs :
Auteur, Plaisir, Vers
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texteReconnaissance textuelle : « Pendant qu'on pressoit en mesme temps les Sieges de [...] »
Pendant qu'on preſſoit en
mémetemps les Sieges deCamDy
e
es
82 LE MERCVRE
bray & de Saint Omer , voicy des Vers qui furent faits à la gloire du Roy,& queje ne dou- te pas que vous ne lifiez avec plaiſir. Je ſuis fâché de n'en connoître pas l'Autheur pour vous le nommer. Il luy ſeratoûjours avantageux d'avoüer un Ou- vrage de la force de celuy- cy.. Il feint que Pallas preſente Monſeigneur le Dauphin aux Muſes, &qu'elle leurparle ainfi fur le Parnaſſe
mémetemps les Sieges deCamDy
e
es
82 LE MERCVRE
bray & de Saint Omer , voicy des Vers qui furent faits à la gloire du Roy,& queje ne dou- te pas que vous ne lifiez avec plaiſir. Je ſuis fâché de n'en connoître pas l'Autheur pour vous le nommer. Il luy ſeratoûjours avantageux d'avoüer un Ou- vrage de la force de celuy- cy.. Il feint que Pallas preſente Monſeigneur le Dauphin aux Muſes, &qu'elle leurparle ainfi fur le Parnaſſe
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4
p. 209-211
Mariage de M. le Marquis de Fois, & de Mademoiselle d'Hendreson, premiere Fille d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Début :
Si l'Amitié fait faire des Complimens d'un costé, l'Amour [...]
Mots clefs :
Noce, Plaisir, Mr le Marquis de Foix, Mademoiselle d'Hendreson
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Fois, & de Mademoiselle d'Hendreson, premiere Fille d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Si l'Amitié faitfairedesComplimens d'uncoſté , l'Amour
GALANT. 151
debelle taille SYON DELA VILLA
fait faire des Mariages de l'autre , & nous venons de le voir
en la perſonne de M'le Marquis de Foix , Gouverneur &
Lieutenant General pour le Roy en la Province de Foix ,
qui a épousé Mademoiselle - d'Hendreſon , premiere Fille d'Honneur de Madame. Ellattu
eſt bien faite,
d'une tres-grade Maiſon d'Al- lemagne. Pour Mr le Marquis
de Foix , je n'ay que faire de vous dire qu'il eſt d'une des meilleures Maiſons duRoyaume ; le grandNomqu'il porte,
le marque affez. Leurs Alteſſes Royales,outre leurs libéralitez accouſtumées en de pareilles occafions, ont donné à la Mariée uneCroix de Diamansde
grand prix , &tous lesHabits de la Nôce qui s'eſt. faite au
152 LE MERCVRE Palais Royal avec beaucoup demagnificence. Il y eut Co- médiele foir. Les Mariez font
preſentement chez Madame la Ducheſſe de Merlebourg ,
qui les confidere fort , & qui auroit fait avec plaifir les frais de la Nôce , fi Madame l'euſt voulu fouffrir. Cette Princeffe
a preſque tous les jours monté àcheval , & s'eſt ſouventdonné le plaifir de la Chaſſe au Cerf, pendatle Voyage qu'elle a fait à Villers-Côtrets , où elle
a accompagné Monfieur.
GALANT. 151
debelle taille SYON DELA VILLA
fait faire des Mariages de l'autre , & nous venons de le voir
en la perſonne de M'le Marquis de Foix , Gouverneur &
Lieutenant General pour le Roy en la Province de Foix ,
qui a épousé Mademoiselle - d'Hendreſon , premiere Fille d'Honneur de Madame. Ellattu
eſt bien faite,
d'une tres-grade Maiſon d'Al- lemagne. Pour Mr le Marquis
de Foix , je n'ay que faire de vous dire qu'il eſt d'une des meilleures Maiſons duRoyaume ; le grandNomqu'il porte,
le marque affez. Leurs Alteſſes Royales,outre leurs libéralitez accouſtumées en de pareilles occafions, ont donné à la Mariée uneCroix de Diamansde
grand prix , &tous lesHabits de la Nôce qui s'eſt. faite au
152 LE MERCVRE Palais Royal avec beaucoup demagnificence. Il y eut Co- médiele foir. Les Mariez font
preſentement chez Madame la Ducheſſe de Merlebourg ,
qui les confidere fort , & qui auroit fait avec plaifir les frais de la Nôce , fi Madame l'euſt voulu fouffrir. Cette Princeffe
a preſque tous les jours monté àcheval , & s'eſt ſouventdonné le plaifir de la Chaſſe au Cerf, pendatle Voyage qu'elle a fait à Villers-Côtrets , où elle
a accompagné Monfieur.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Fois, & de Mademoiselle d'Hendreson, premiere Fille d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre Monsieur le Marquis de Foix, Gouverneur et Lieutenant Général pour le Roi en la Province de Foix, et Mademoiselle d'Hendreson, première Fille d'Honneur de Madame. Mademoiselle d'Hendreson est présentée comme bien faite et issue d'une très grande maison d'Allemagne, tandis que le Marquis de Foix appartient à l'une des meilleures maisons du royaume. Pour l'occasion, Leurs Altesses Royales ont offert à la mariée une Croix de Diamants de grand prix et tous les habits de la noce. La cérémonie, marquée par une grande magnificence, s'est déroulée au Palais Royal et a été suivie d'un concert. Les mariés résident actuellement chez Madame la Duchesse de Merlebourg, qui les confie fort et aurait volontiers pris en charge les frais de la noce si Madame l'avait permis. La Duchesse a également profité de son voyage à Villers-Côtrets pour monter à cheval et chasser au cerf en compagnie de Monsieur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 16-17
« Apres vous avoir divertie par des Vers dont le sens [...] »
Début :
Apres vous avoir divertie par des Vers dont le sens [...]
Mots clefs :
Énigme, Sens, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : « Apres vous avoir divertie par des Vers dont le sens [...] »
Après vous avoir divertie pardesVersdont le ſens n'eſt pas difficile à comprendre , il faut que je vous en envoyequi ne vous donneront pas moins de plaifir,&qui embaraſſeront agreablement voſtre eſprit.
C'eſt
GALANT. 13 C'eſt l'effet qu'ils doivent pro- duire ; & celuy qui les a faits n'auroit pas atteint le but qu'il s'eſt propoſé , s'il ne vous fai- ſoit réver quelque temps.Peut- eſtre prendrez-vous tout cela
pour un Enigme ; vous aurez
C'eſt
GALANT. 13 C'eſt l'effet qu'ils doivent pro- duire ; & celuy qui les a faits n'auroit pas atteint le but qu'il s'eſt propoſé , s'il ne vous fai- ſoit réver quelque temps.Peut- eſtre prendrez-vous tout cela
pour un Enigme ; vous aurez
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6
p. 145-146
MADRIGAL.
Début :
Mr Boyer donna en sortant cet Inpromtpu à Monsieur Colbert. / Icy tout plaist, icy tout est charmant, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisir, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Me Boyer don-
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
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7
p. 11-41
Histoire des deux Maris jaloux. [titre d'après la table]
Début :
Deux Marys que vous voulez bien que je me dispense [...]
Mots clefs :
Jaloux, Commissaire, Galanterie, Jardin, Musique, Cabinet, Dames, Maris, Jeux, Tuileries, Carosse, Fête, Histoire, Point d'honneur, Plaisir, Cavaliers
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des deux Maris jaloux. [titre d'après la table]
Deux
vous
Marys quGTHEADS
voulez bien que je me YON
diſpenſe de vous nommer ,
prennent ſouvent d'inutiles ſur des ſoupçons mal fondez qui leur font paffer de méchantes heures. Ils font tous deux dans
les Charges , tous deux impi- toyablement délicats fur le
Point-d'honneur , & par con- ſequent tous deux jaloux ,juf- qu'à trouver du crime dans les plus innocentes converſations.
La femme de l'un eſt une blode
Av
10 LE MERCVRE
bienfaite,d'une taille fine,&dé
gagée,l'œil bien fendu, &un vi- ſage qu'on peut dire avoir eſté fait au tour. L'autre a pourFem- me une grande Brune, qui a la douceur meſme peinte dans les yeux , le teint uny , le nez. bien taillé , la bouche agreable,
& des dents à ſe récrier. Ces
deux Dames qui n'ont pas moins d'eſprit que de beauté,
ont encor plus de vertu que d'eſprit , mais cette vertu n'eſt point farouche; &comme elles font fort éloignées de l'âge où il ſemble qu'il y ait quelque obli- gation de renoncer aux plaifirs le Jeu, la Comedie , l'Opera, &
les Promenades, font desdiver--
tiffemens qu'elles ne ſe refuſens point dans l'occaſion. Il y aune étroite amitié entre elles , &
cette amitié a peut-eſtre fait la
GALANT... IT
liaiſon des Marys qui ſe ſont gaſtez l'un l'autre , en ſe dé- couvrant leur jaloufie. Vous jugez bien, Madame , que cette conformité de ſentimens les a
fait agir de concert pour le re- mede d'un mal qui les tient dans une continuelle inquietu- de. C'eſt ce qui embarraffe ces deux aimables Perſonnes , qui ne ſçauroientpreſque plus faire aucune agreable Partie fans qu'un des Marys ſoit leurfur- veillant. A dire vray , la trop exacte vigilance n'eſt pas moins incommode qu'injurieufe.Quel- que tendreſſe qu'une Femme puiffe avoir pour celuy àqui le Sacrement la tientattachée,elle n'aime point à luy voir faire le perſonnage d'Argus. Tout ce qui marque de la défiance luy tiento lieu d'outrage ; & les
12 LE MERCVRE
Marys ayant leurs heuresdere- ſerve dont perſonne ne vient troubler la douceur , il eſt juſte qu'ils abandonnent les inutiles àceux qui n'en profitent ja- mais fans témoins. LesDames
dontje vous parle devenuës in- ſéparables & par leur veritable amitié , & par le fâcheux ra- port de leur fortune , n'ou- blioient rien pour ſe dérober ,
quand elles pouvoient , aux yeux de leurs importuns Ef- pions. Ce n'eſt pas , comme je vous l'ay déja dit , qu'elles euf- ſent aucune intrigue qui pût mettre leur vertu en péril , mais il ſuffiſoit qu'on fe défiaft de leur conduite pour leur faire prendre plaifir à ſe débaraſſer de leurs Jaloux , &c'eſtoit pour elles un ſujet de joye incroya- ble qu'une Partie d'Opera ou de
GALANT. 13 Promenade faite en ſecret.
Parmy ceux dont le Jeu leur
avoit donné la connoiſſance
( car fi elles ne pouvoient s'em- peſcher d'eſtre obſervées , elles s'eſtoient miſes ſur le pied de faire une partie de ce qu'elles vouloient ) deux Cavaliers
auſſi civils que galants , leur avoient fait connoiſtre par quelques affiduitez que le plai- fir de contribuer à les divertir
eſtoit un plaiſir ſenſible pour eux. Elles meritoient bien leurs
complaiſances , & l'agrément de leur humeur joint à leur beauté qui n'eſtoit pas médiocre, pouvoit ne pas borner en- tierement à l'eſtime les ſentimens qu'ils tâchoient quelque- foisdeleur découvrir. Ils étoient
Amis, &quand ces Belles trou- voient l'occaſion de Lquelque
7
14 LE MERCVRE divertiſſement à prendre ſans leur garde accoûtumée , elles n'eſtoient point fâchées d'en faire la Partie avec eux, Dans
cette diſpoſition , voicy ce qui leur arriva pendant que les jours eſtoient les plus longs;
car , Madame , je croy que le temps ne fait rien aupres de vous à la choſe,& qu'une avan- ture du Mois deJuillet que vous ignorez ne vous plaira pas moins à écouter qu'une Avanture du Mois de Decembre. On
m'en apprend de tous les co- ftez , & ne vous les pouvant écrire toutes à la fois, j'en garde les Memoires pour vous en fai- re un Article felon l'ordre de
leur ancienneté.
Le Jeu ſervant toûjours de prétexte aux Dames àrecevoir les vifites des Cavaliers, tantoſt
GALANT. 15 chez l'une , &tantoft chez l'autre, la Feſte d'un des deux arrive. Elles luy envoyent cha- cune un Bouquet. Cela ſe pra- tique dans le monde. Illeur en marque ſa reconnoiffance par des Vers galans, &par une tres- inftante priere de prendre jour pour venir ſouper dans une fort . belle Maiſon qu'il a aupres d'u- ne des Portes de la Ville , où il
les attendra avec ſon Amy. Le Party eſt accepté , mais l'impor- tance eſt de venir à bout de la
défiance des Marys qu'on ne veut point mettre de la Feſte.
Heureuſement pour elles , il fe
trouvent tous deux chargez d'affaires en mefme temps. On choiſit ce jour. Le Cavalier eſt averty. Les ordres ſont donnez,
&il ne s'agit plus que d'exe- cuter. Les Dames feignent de vouloir alter ſurprendre une de
16 LE MERCVRE
leurs Amies qui est à une lieuë
de Paris , & d'où elles ne doivent revenir qu'au frais. Undes
Marys les veut obliger à remet- tre au lendemain , afin de leur
tenir compagnie,&de ſe délaf- ſer un peude l'accablement des affaires. Il n'en peut rien obte- nir , & fur cette conteftation
arriva un Laquais de la Dame qui les avertit de fon retour, &
qu'elle viendra joüer l'apreſdî- née avec elles. Leurs meſures
font rompuës par ce contre- temps. Lesdeux Amies diffimu- lent. Refuſer une Partie de Jeu
pour en propoſer une autre qui les laiſſe diſparoiſtre pour tout le reſte du jour , ce ſeroit don- ner de legitimes foupçons. Elles joüent, demeurent à ſouper en- ſemble apres que le Jeu eſt finy,
&feignent d'y avoir gagné un malde teſte qui leur ofte l'ap
GALANT. 17.
pétit , & qui ne peut eftre fou- lagé que par une Promenade aux Thuilleries. On met les
Chevaux au Caroffe. LeMary que leur empreſſement à vou loir faire une Partie de Campagne fans luy, avoit déja com- mencé d'inquieter , les fait fui- vre parun petit home inconnu qui entre avec elles aux ThuiLGENDEDA
leries, &les envoyant fortir in- continent par la Porte qui eft du cofté de l'eau , & monter dans une Chaiſe Roulante
qu'elles avoient donné ordre qu'on y fiſt venir, découvre le
lieu du Rendez vous, &en vient
donner avis au Mary. Le coup eftoit rude pour un Jaloux. H
court chez fon Afſocié en ja- loufie ,luy conte leur commun defaſtre , & luy faiſant quitter les Affaires qu'il n'avoit pas en-
18 LE MERCVRE
cor achevé de terminer , le me ne où la Feſte ſe donnoit. Ils
trouvent moyen d'entrer dans la Court ſans eſtre veus , & fe gliffent de là dans le Jardin ,
d'où ils peuvent aifément dé- couvrir tout ce qui ſe paſſe dans la Salle. Elle estoit éclairée d'un fort grand nombre de Bougies. Ils s'approchent des Feneſtres à la faveur de quel- quesArbresfait enBuiffons; &
quoy qu'ils ne remarquent rien qui ſente l'intrigue dans les ref- pectueuſes manieres dont les Cavaliers en uſent avec leurs
Femmes , elles leur paroiſſent de trop bonne humeur en leur abfence,&ils voudroient qu'el- les ne ſe montraſſent aimables
que pour eux. Le Soupé s'ache- ve au fon des Hautbois qui prennent le chemin du Jardin
GALANT. 19 où la Compagnie les ſuit. Les Marys qui veulent voir à quoy l'Avanture aboutira, ſe retirent
dans un Cabinet de verdure
où ils demeurent cachez. Les
Dames ont à peine fait un tour d'Allée , qu'elles voyent l'air tout couvert de Fuſées volantes , qui fortent du fonds du
Jardin; les Etoilles & les Serpentaux qu'elles font paroiſtre tout - à - coup , les divertiſſent plus agreablement que leurs Marys, qui ne font pas en eſtat de goufter le plaifir de cette ſurpriſe. L'aimable Brune dont je vous ayfait le Portrait prend une de ces Fuſées , & la veut
tirer elle - meſme. Celuy qui donne la Feſte s'y eftant inuti- lementoppoſé,luy metunMou- choir ſur le cou ,dans la crainte qu'elle ne ſe brûle. LeMary
20 LE MERCVRE
perdpatience,il veut s'échaper.
Celuy qui eft avec luy dans le Cabinet l'arreſte , &àluy-mef
me beſoin d'eſtre arreſté au
moindre mot qu'il voit qu'on dittout bas àſa Femme. Jamais
Jaloux ne ſouffrirent tant. Ils
frapent des pieds contre terre,
atrachent des feüilles , & les
mangentde rage , & on pretend qu'un des deux penſa crever d'uneChenille qu'il avala.Apres quelques Menuets danſez dans
lagrande Allée , on vient dire aux Dames qu'un Baffin de Fruit les attendoit dans la Salle
pour les rafraiſchir. Ellesy re- tournent & n'y tardent qu'un moment , parce que minuit qui ſonne leur faitune neceſſité de
ſe retirer. Les Cavaliers les accompagnent juſqu'à leur Chai- ſe roulante qu'elles quittent
GALAN T. 21
pour aller reprendre leur Ca- roſſe qu'elles ont laiſſe àl'autre Porte des Thuilleries,&cependant les Hautbois qui ne font
point avertis de leur départ continuëntà joüer dans le Jar- din. Leurprefence eſt un obſta- cle fâcheux à l'impatience des Réclus du Cabinetde verdure
qui brûlentd'en fortir pour s'ap- procher des Feneſtres comme ilsont fait pendant le Soupé. Il eſtvrayqu'ils nedemeurentpas long-tempsdans cette contrain- te, mais ils n'en ſont affranchis
que pour ſouffrir encor plus cruellement. Un de ces Mefſieurs de la Muſique champe- ſtre eſtant entré dans la Salle
pour demander quelque choſe àceluyqui les employoit, reviết dire àſes Compagnonsqu'il n'y avoit plus trouvé perſonne,&
22 LE MERCVRE
qu'il n'avoit pû fçavoir ce que la Compagnie eſtoit devenuë.
Les Marys l'entendent , & c'eſt un coup de foudre pour eux.
Leur jaloufie ne leur laiſſe rien imaginer que de funeſte pour leur honneur. Ils peſtent contre eux-meſmes de leur lâche pa- tience àdemeurer fi long- temps témoins de leur honte, & ne
doutant point que leurs Fem- mes ne ſoientdans quelqueCa- binet avec leurs Amans, ils fortent du Jardin,montent en haut,
vontde Chambre en Chambre,
& trouvant une Porte fermée,
ils font tous leurs efforts pour l'enfoncer. UnDomeſtique ac- court à cebruit. Il a beau leur
demander à qui ils en veulent. Point de réponſe. Ils continuent à donner des pieds contre la Porte, & le Domestique qui
GALANT. 23 n'eſt point aſſez fort pour les retenir , commence à crier aux Voleurs de toute ſa force. Ces cris mettent toute la Maiſon en
rumeur. On vient au ſecours.
Chacun eſt armé de ce qu'il a
pûtrouver à la haſte, &le Maî tre-d'Hoſtel tient unMouſque- ton qu'il n'y a pas plaifir d'ef- ſuyer. Nos Deſeſperez le crai- gnent. Ils moderent leur em- portement , & on ne voit plus que deux Hommes interdits ,
qui ſans s'expliquer enragent de ce qu'on met obſtacle à
leur entrepriſe. Comme ils ne ſont connus de perſonne,
&qu'ils n'ont point leurs Ha- bits de Magiſtrature , on prend leur filence pour une convi- ction de quelque deſſein crimi- nel; & afin de les faire parler malgré eux,leMaiſtre-d'Hoſtel
ここ
24 LE MERCVRE envoye chercher un Commiffaire ſans leur en rien dire , &
les fait garder fort ſoigneuſe- mentjuſqu'à ce qu'il ſoit arrivé.
Cependant les Cavaliers qui ont remené les Dames aux
Thuilleries , reviennent au lieu
où s'eſt donné le Repas, &font furpris de voir en entrantqu'on amene un Commiſſaire. Ils en
demandent la cauſe. Onleur dit
que pendant que tout le mon- de eſtoit occupé en bas à met- tre la Vaiſſelle d'argent en ſeû- reté , deux Voleurs s'eſtoient
coulez dans les Chambres , &
avoient voulu enfoncer un Cabinet.Ilycourent avec le Com- miſſaire qui les livre pendus dans trois jours. Jugez de l'é- tonnement où ils ſe trouvent
quand on leur montre les pre tendus Criminels. Le Commiffaire
GALANT. 25
faire qui les reconnoiſt ſe tire
d'affaire en habile- Homme, &
feignant de croire que ce font eux qui l'ont envoyé chercher,
il leur demande en quoy ils ont beſoin defon miniftere. Ils l'obligent à s'en retourner chez luy, ſans s'éclaircir de la bévcuë quil'a fait appeller inutilement;
& les Cavaliers qui devinent une partie de la verité , ayant fait retirer leurs Gens, leurofrét
telle réparation qu'ils voudront de l'inſulte qu'on leur a faite ſans les connoiſtre. C'eſt là que le myſtere de la Feſte ſe déve- lope. Celuy qui l'a donnée leur découvre qu'elle eſt la fuite
d'unBouquet reçeu,&qu'ayant prié les Damesd'obtenir d'eux qu'ils luy fiffent l'honneur d'en venir partager le divertiſſement avec elles, il avoit eu le chagrin
Tome X. B
26 LE MERCVRE
d'apprendre qu'unembarras im- preveu d'affaires n'avoit pas permis qu'ils les pûffent accom- pagner; qu'il venoit de les re- mener chez elles, &qu'il eſpe-- roit trouver une occafion plus favorable de lier avec eux une
Partie de plaifir. Tandis qu'il ajoûte à ces excuſes des civili- tez qui adouciſſent peu à peu la colere de nos Jaloux , fon Amy envoye promptement avertir les Dames de ce qui vient d'ar- river,afin qu'elles prenent leurs meſures ſur ce qu'elles auront à
dire à leurs Marys. Ils quitent les Cavaliers fatisfaits en appa- rence de cette défaite,&fort réfolus de faire un grand chapitre àleursFemmes, Elles prévien- nent leur méchante humeur ,
& les voyant retourner cha- grins,elles leur content en riant
GALANT. 27 la malice qu'elles leur ont faite de neles mettre pas d'une Par- tie dont on avoit ſouhaité qu'ils fuſſent ; ce qui devoit leur fai- re connoiſtre que quand les Femmes ont quelque deſſein en teſte , elles trouvent toûjours moyen de l'executer. Les Ma- rys ſe le tirent pour dit ; &
ceux qui ont ſçeu les circon- ſtances de l'Hiſtoire , aſſurent que depuis ce temps-là ils ont donné à leurs Femmes beaucoup plus de liberté qu'ils ne leur en laiſſoient auparavant.
C'étoit le meilleur party à pren- dre pour eux. Lebeau Sexe eſt
ennemyde la contrainte, & telle n'auroit jamais la moindre tentation degalanterie, quin'en refuſe pas quelquefois l'occa- fion pour punir un Mary de ſa défiance.
t
vous
Marys quGTHEADS
voulez bien que je me YON
diſpenſe de vous nommer ,
prennent ſouvent d'inutiles ſur des ſoupçons mal fondez qui leur font paffer de méchantes heures. Ils font tous deux dans
les Charges , tous deux impi- toyablement délicats fur le
Point-d'honneur , & par con- ſequent tous deux jaloux ,juf- qu'à trouver du crime dans les plus innocentes converſations.
La femme de l'un eſt une blode
Av
10 LE MERCVRE
bienfaite,d'une taille fine,&dé
gagée,l'œil bien fendu, &un vi- ſage qu'on peut dire avoir eſté fait au tour. L'autre a pourFem- me une grande Brune, qui a la douceur meſme peinte dans les yeux , le teint uny , le nez. bien taillé , la bouche agreable,
& des dents à ſe récrier. Ces
deux Dames qui n'ont pas moins d'eſprit que de beauté,
ont encor plus de vertu que d'eſprit , mais cette vertu n'eſt point farouche; &comme elles font fort éloignées de l'âge où il ſemble qu'il y ait quelque obli- gation de renoncer aux plaifirs le Jeu, la Comedie , l'Opera, &
les Promenades, font desdiver--
tiffemens qu'elles ne ſe refuſens point dans l'occaſion. Il y aune étroite amitié entre elles , &
cette amitié a peut-eſtre fait la
GALANT... IT
liaiſon des Marys qui ſe ſont gaſtez l'un l'autre , en ſe dé- couvrant leur jaloufie. Vous jugez bien, Madame , que cette conformité de ſentimens les a
fait agir de concert pour le re- mede d'un mal qui les tient dans une continuelle inquietu- de. C'eſt ce qui embarraffe ces deux aimables Perſonnes , qui ne ſçauroientpreſque plus faire aucune agreable Partie fans qu'un des Marys ſoit leurfur- veillant. A dire vray , la trop exacte vigilance n'eſt pas moins incommode qu'injurieufe.Quel- que tendreſſe qu'une Femme puiffe avoir pour celuy àqui le Sacrement la tientattachée,elle n'aime point à luy voir faire le perſonnage d'Argus. Tout ce qui marque de la défiance luy tiento lieu d'outrage ; & les
12 LE MERCVRE
Marys ayant leurs heuresdere- ſerve dont perſonne ne vient troubler la douceur , il eſt juſte qu'ils abandonnent les inutiles àceux qui n'en profitent ja- mais fans témoins. LesDames
dontje vous parle devenuës in- ſéparables & par leur veritable amitié , & par le fâcheux ra- port de leur fortune , n'ou- blioient rien pour ſe dérober ,
quand elles pouvoient , aux yeux de leurs importuns Ef- pions. Ce n'eſt pas , comme je vous l'ay déja dit , qu'elles euf- ſent aucune intrigue qui pût mettre leur vertu en péril , mais il ſuffiſoit qu'on fe défiaft de leur conduite pour leur faire prendre plaifir à ſe débaraſſer de leurs Jaloux , &c'eſtoit pour elles un ſujet de joye incroya- ble qu'une Partie d'Opera ou de
GALANT. 13 Promenade faite en ſecret.
Parmy ceux dont le Jeu leur
avoit donné la connoiſſance
( car fi elles ne pouvoient s'em- peſcher d'eſtre obſervées , elles s'eſtoient miſes ſur le pied de faire une partie de ce qu'elles vouloient ) deux Cavaliers
auſſi civils que galants , leur avoient fait connoiſtre par quelques affiduitez que le plai- fir de contribuer à les divertir
eſtoit un plaiſir ſenſible pour eux. Elles meritoient bien leurs
complaiſances , & l'agrément de leur humeur joint à leur beauté qui n'eſtoit pas médiocre, pouvoit ne pas borner en- tierement à l'eſtime les ſentimens qu'ils tâchoient quelque- foisdeleur découvrir. Ils étoient
Amis, &quand ces Belles trou- voient l'occaſion de Lquelque
7
14 LE MERCVRE divertiſſement à prendre ſans leur garde accoûtumée , elles n'eſtoient point fâchées d'en faire la Partie avec eux, Dans
cette diſpoſition , voicy ce qui leur arriva pendant que les jours eſtoient les plus longs;
car , Madame , je croy que le temps ne fait rien aupres de vous à la choſe,& qu'une avan- ture du Mois deJuillet que vous ignorez ne vous plaira pas moins à écouter qu'une Avanture du Mois de Decembre. On
m'en apprend de tous les co- ftez , & ne vous les pouvant écrire toutes à la fois, j'en garde les Memoires pour vous en fai- re un Article felon l'ordre de
leur ancienneté.
Le Jeu ſervant toûjours de prétexte aux Dames àrecevoir les vifites des Cavaliers, tantoſt
GALANT. 15 chez l'une , &tantoft chez l'autre, la Feſte d'un des deux arrive. Elles luy envoyent cha- cune un Bouquet. Cela ſe pra- tique dans le monde. Illeur en marque ſa reconnoiffance par des Vers galans, &par une tres- inftante priere de prendre jour pour venir ſouper dans une fort . belle Maiſon qu'il a aupres d'u- ne des Portes de la Ville , où il
les attendra avec ſon Amy. Le Party eſt accepté , mais l'impor- tance eſt de venir à bout de la
défiance des Marys qu'on ne veut point mettre de la Feſte.
Heureuſement pour elles , il fe
trouvent tous deux chargez d'affaires en mefme temps. On choiſit ce jour. Le Cavalier eſt averty. Les ordres ſont donnez,
&il ne s'agit plus que d'exe- cuter. Les Dames feignent de vouloir alter ſurprendre une de
16 LE MERCVRE
leurs Amies qui est à une lieuë
de Paris , & d'où elles ne doivent revenir qu'au frais. Undes
Marys les veut obliger à remet- tre au lendemain , afin de leur
tenir compagnie,&de ſe délaf- ſer un peude l'accablement des affaires. Il n'en peut rien obte- nir , & fur cette conteftation
arriva un Laquais de la Dame qui les avertit de fon retour, &
qu'elle viendra joüer l'apreſdî- née avec elles. Leurs meſures
font rompuës par ce contre- temps. Lesdeux Amies diffimu- lent. Refuſer une Partie de Jeu
pour en propoſer une autre qui les laiſſe diſparoiſtre pour tout le reſte du jour , ce ſeroit don- ner de legitimes foupçons. Elles joüent, demeurent à ſouper en- ſemble apres que le Jeu eſt finy,
&feignent d'y avoir gagné un malde teſte qui leur ofte l'ap
GALANT. 17.
pétit , & qui ne peut eftre fou- lagé que par une Promenade aux Thuilleries. On met les
Chevaux au Caroffe. LeMary que leur empreſſement à vou loir faire une Partie de Campagne fans luy, avoit déja com- mencé d'inquieter , les fait fui- vre parun petit home inconnu qui entre avec elles aux ThuiLGENDEDA
leries, &les envoyant fortir in- continent par la Porte qui eft du cofté de l'eau , & monter dans une Chaiſe Roulante
qu'elles avoient donné ordre qu'on y fiſt venir, découvre le
lieu du Rendez vous, &en vient
donner avis au Mary. Le coup eftoit rude pour un Jaloux. H
court chez fon Afſocié en ja- loufie ,luy conte leur commun defaſtre , & luy faiſant quitter les Affaires qu'il n'avoit pas en-
18 LE MERCVRE
cor achevé de terminer , le me ne où la Feſte ſe donnoit. Ils
trouvent moyen d'entrer dans la Court ſans eſtre veus , & fe gliffent de là dans le Jardin ,
d'où ils peuvent aifément dé- couvrir tout ce qui ſe paſſe dans la Salle. Elle estoit éclairée d'un fort grand nombre de Bougies. Ils s'approchent des Feneſtres à la faveur de quel- quesArbresfait enBuiffons; &
quoy qu'ils ne remarquent rien qui ſente l'intrigue dans les ref- pectueuſes manieres dont les Cavaliers en uſent avec leurs
Femmes , elles leur paroiſſent de trop bonne humeur en leur abfence,&ils voudroient qu'el- les ne ſe montraſſent aimables
que pour eux. Le Soupé s'ache- ve au fon des Hautbois qui prennent le chemin du Jardin
GALANT. 19 où la Compagnie les ſuit. Les Marys qui veulent voir à quoy l'Avanture aboutira, ſe retirent
dans un Cabinet de verdure
où ils demeurent cachez. Les
Dames ont à peine fait un tour d'Allée , qu'elles voyent l'air tout couvert de Fuſées volantes , qui fortent du fonds du
Jardin; les Etoilles & les Serpentaux qu'elles font paroiſtre tout - à - coup , les divertiſſent plus agreablement que leurs Marys, qui ne font pas en eſtat de goufter le plaifir de cette ſurpriſe. L'aimable Brune dont je vous ayfait le Portrait prend une de ces Fuſées , & la veut
tirer elle - meſme. Celuy qui donne la Feſte s'y eftant inuti- lementoppoſé,luy metunMou- choir ſur le cou ,dans la crainte qu'elle ne ſe brûle. LeMary
20 LE MERCVRE
perdpatience,il veut s'échaper.
Celuy qui eft avec luy dans le Cabinet l'arreſte , &àluy-mef
me beſoin d'eſtre arreſté au
moindre mot qu'il voit qu'on dittout bas àſa Femme. Jamais
Jaloux ne ſouffrirent tant. Ils
frapent des pieds contre terre,
atrachent des feüilles , & les
mangentde rage , & on pretend qu'un des deux penſa crever d'uneChenille qu'il avala.Apres quelques Menuets danſez dans
lagrande Allée , on vient dire aux Dames qu'un Baffin de Fruit les attendoit dans la Salle
pour les rafraiſchir. Ellesy re- tournent & n'y tardent qu'un moment , parce que minuit qui ſonne leur faitune neceſſité de
ſe retirer. Les Cavaliers les accompagnent juſqu'à leur Chai- ſe roulante qu'elles quittent
GALAN T. 21
pour aller reprendre leur Ca- roſſe qu'elles ont laiſſe àl'autre Porte des Thuilleries,&cependant les Hautbois qui ne font
point avertis de leur départ continuëntà joüer dans le Jar- din. Leurprefence eſt un obſta- cle fâcheux à l'impatience des Réclus du Cabinetde verdure
qui brûlentd'en fortir pour s'ap- procher des Feneſtres comme ilsont fait pendant le Soupé. Il eſtvrayqu'ils nedemeurentpas long-tempsdans cette contrain- te, mais ils n'en ſont affranchis
que pour ſouffrir encor plus cruellement. Un de ces Mefſieurs de la Muſique champe- ſtre eſtant entré dans la Salle
pour demander quelque choſe àceluyqui les employoit, reviết dire àſes Compagnonsqu'il n'y avoit plus trouvé perſonne,&
22 LE MERCVRE
qu'il n'avoit pû fçavoir ce que la Compagnie eſtoit devenuë.
Les Marys l'entendent , & c'eſt un coup de foudre pour eux.
Leur jaloufie ne leur laiſſe rien imaginer que de funeſte pour leur honneur. Ils peſtent contre eux-meſmes de leur lâche pa- tience àdemeurer fi long- temps témoins de leur honte, & ne
doutant point que leurs Fem- mes ne ſoientdans quelqueCa- binet avec leurs Amans, ils fortent du Jardin,montent en haut,
vontde Chambre en Chambre,
& trouvant une Porte fermée,
ils font tous leurs efforts pour l'enfoncer. UnDomeſtique ac- court à cebruit. Il a beau leur
demander à qui ils en veulent. Point de réponſe. Ils continuent à donner des pieds contre la Porte, & le Domestique qui
GALANT. 23 n'eſt point aſſez fort pour les retenir , commence à crier aux Voleurs de toute ſa force. Ces cris mettent toute la Maiſon en
rumeur. On vient au ſecours.
Chacun eſt armé de ce qu'il a
pûtrouver à la haſte, &le Maî tre-d'Hoſtel tient unMouſque- ton qu'il n'y a pas plaifir d'ef- ſuyer. Nos Deſeſperez le crai- gnent. Ils moderent leur em- portement , & on ne voit plus que deux Hommes interdits ,
qui ſans s'expliquer enragent de ce qu'on met obſtacle à
leur entrepriſe. Comme ils ne ſont connus de perſonne,
&qu'ils n'ont point leurs Ha- bits de Magiſtrature , on prend leur filence pour une convi- ction de quelque deſſein crimi- nel; & afin de les faire parler malgré eux,leMaiſtre-d'Hoſtel
ここ
24 LE MERCVRE envoye chercher un Commiffaire ſans leur en rien dire , &
les fait garder fort ſoigneuſe- mentjuſqu'à ce qu'il ſoit arrivé.
Cependant les Cavaliers qui ont remené les Dames aux
Thuilleries , reviennent au lieu
où s'eſt donné le Repas, &font furpris de voir en entrantqu'on amene un Commiſſaire. Ils en
demandent la cauſe. Onleur dit
que pendant que tout le mon- de eſtoit occupé en bas à met- tre la Vaiſſelle d'argent en ſeû- reté , deux Voleurs s'eſtoient
coulez dans les Chambres , &
avoient voulu enfoncer un Cabinet.Ilycourent avec le Com- miſſaire qui les livre pendus dans trois jours. Jugez de l'é- tonnement où ils ſe trouvent
quand on leur montre les pre tendus Criminels. Le Commiffaire
GALANT. 25
faire qui les reconnoiſt ſe tire
d'affaire en habile- Homme, &
feignant de croire que ce font eux qui l'ont envoyé chercher,
il leur demande en quoy ils ont beſoin defon miniftere. Ils l'obligent à s'en retourner chez luy, ſans s'éclaircir de la bévcuë quil'a fait appeller inutilement;
& les Cavaliers qui devinent une partie de la verité , ayant fait retirer leurs Gens, leurofrét
telle réparation qu'ils voudront de l'inſulte qu'on leur a faite ſans les connoiſtre. C'eſt là que le myſtere de la Feſte ſe déve- lope. Celuy qui l'a donnée leur découvre qu'elle eſt la fuite
d'unBouquet reçeu,&qu'ayant prié les Damesd'obtenir d'eux qu'ils luy fiffent l'honneur d'en venir partager le divertiſſement avec elles, il avoit eu le chagrin
Tome X. B
26 LE MERCVRE
d'apprendre qu'unembarras im- preveu d'affaires n'avoit pas permis qu'ils les pûffent accom- pagner; qu'il venoit de les re- mener chez elles, &qu'il eſpe-- roit trouver une occafion plus favorable de lier avec eux une
Partie de plaifir. Tandis qu'il ajoûte à ces excuſes des civili- tez qui adouciſſent peu à peu la colere de nos Jaloux , fon Amy envoye promptement avertir les Dames de ce qui vient d'ar- river,afin qu'elles prenent leurs meſures ſur ce qu'elles auront à
dire à leurs Marys. Ils quitent les Cavaliers fatisfaits en appa- rence de cette défaite,&fort réfolus de faire un grand chapitre àleursFemmes, Elles prévien- nent leur méchante humeur ,
& les voyant retourner cha- grins,elles leur content en riant
GALANT. 27 la malice qu'elles leur ont faite de neles mettre pas d'une Par- tie dont on avoit ſouhaité qu'ils fuſſent ; ce qui devoit leur fai- re connoiſtre que quand les Femmes ont quelque deſſein en teſte , elles trouvent toûjours moyen de l'executer. Les Ma- rys ſe le tirent pour dit ; &
ceux qui ont ſçeu les circon- ſtances de l'Hiſtoire , aſſurent que depuis ce temps-là ils ont donné à leurs Femmes beaucoup plus de liberté qu'ils ne leur en laiſſoient auparavant.
C'étoit le meilleur party à pren- dre pour eux. Lebeau Sexe eſt
ennemyde la contrainte, & telle n'auroit jamais la moindre tentation degalanterie, quin'en refuſe pas quelquefois l'occa- fion pour punir un Mary de ſa défiance.
t
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Résumé : Histoire des deux Maris jaloux. [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire de deux couples, les Marys, caractérisés par leur sens de l'honneur et leur jalousie. Les épouses, belles et vertueuses, sont amies et partagent une aversion pour la surveillance excessive de leurs maris. Elles organisent une soirée secrète pour échapper à la vigilance de leurs conjoints, prétextant une visite à une amie. Lors de cette soirée, elles sont rejointes par deux cavaliers galants. Malgré leurs efforts pour surveiller leurs femmes, les maris sont déjoués et finissent par se faire passer pour des voleurs dans la maison où se déroule la fête. Ils sont arrêtés et emmenés par un commissaire. Les cavaliers, informés de la situation, interviennent et clarifient le malentendu. À leur retour, les femmes expliquent leur ruse à leurs maris, qui finissent par accepter la situation. Parallèlement, le texte aborde les changements dans les relations de genre suite à des événements historiques. Il mentionne que, depuis un certain moment, les hommes ont accordé davantage de liberté à leurs femmes, une décision jugée bénéfique pour eux. Les femmes sont opposées à la contrainte et peuvent refuser des avances galantes pour punir un mari méfiant. Cette approche est présentée comme une stratégie efficace pour maintenir l'harmonie dans les relations conjugales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 69-71
Etrennes, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, en vous parlant de quelques Présens / Duchesse en qui les Cieux ont mis cent trésors prétieux [...]
Mots clefs :
Présent galant, Paniers, Fruits, Duchesse, Trésors, Plaisir, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etrennes, [titre d'après la table]
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
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Résumé : Etrennes, [titre d'après la table]
La France interroge la Fortune sur les soixante billets blancs du roi à la loterie du Dauphin. La Fortune explique que cela montre la sagesse et la clémence du prince. Les conquérants et les États reconnaissent sa sagesse pour résoudre les différends et le choisissent comme arbitre, lui donnant des billets blancs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 5-6
II. L'Honnête Femme.
Début :
L'Honneste Femme plait en tous lieux omnibus, [...]
Mots clefs :
Honnête femme, Plaisir, Humeur, Charme, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II. L'Honnête Femme.
L'Honnête Femme.
Honnefte Femme plaift en tous
lieux omnibus ,
Elle entend raillerie , &jamais neſe
fâche,
Ellefçait s'occuper, comme il faut,
fans relâche,
Et rendre exactement à chacun les
tributs.
SS
A marquer la vertujamais elle n'eft
lâche,
Parlant avec juftice , évitant le
Phoebus ;
Eftimant le mérite, & non pas le
quibus,
Sortant fort bien de tout , foit qu'on
caufe, ou qu'on mâche.
A iij
6
Extraordinaire
Auxplaifirs , quandil faut, elle fait
tréve; Item
Fidelle àfon Epoux , c'eſt- là le tu
autem
Etpar fon humeur douce elle en arrefle
Pire ,
25
Jamais elle ne fceut à d'autres dire
amo ;
Elle danfe, elle touche, & le Lut &
la Lyre,
Etcharme tout le Monde ore vel ca
lamo.
Honnefte Femme plaift en tous
lieux omnibus ,
Elle entend raillerie , &jamais neſe
fâche,
Ellefçait s'occuper, comme il faut,
fans relâche,
Et rendre exactement à chacun les
tributs.
SS
A marquer la vertujamais elle n'eft
lâche,
Parlant avec juftice , évitant le
Phoebus ;
Eftimant le mérite, & non pas le
quibus,
Sortant fort bien de tout , foit qu'on
caufe, ou qu'on mâche.
A iij
6
Extraordinaire
Auxplaifirs , quandil faut, elle fait
tréve; Item
Fidelle àfon Epoux , c'eſt- là le tu
autem
Etpar fon humeur douce elle en arrefle
Pire ,
25
Jamais elle ne fceut à d'autres dire
amo ;
Elle danfe, elle touche, & le Lut &
la Lyre,
Etcharme tout le Monde ore vel ca
lamo.
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Résumé : II. L'Honnête Femme.
Le texte décrit une 'Honnête Femme' qui plaisante sans se fâcher, s'occupe de ses tâches avec diligence et parle avec justice. Elle respecte les vertus, apprécie le mérite et se distingue par son comportement approprié. Fidèle à son époux, elle apaise les personnes difficiles et excelle dans la danse et la musique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 288-295
Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
Début :
La Comédie estant plus à la mode qu'elle n'a jamais [...]
Mots clefs :
Comédie, Divertissement, Cour, Public, Troupes, Plaisir, Acteurs, Troupe de Molière, Décès, Applaudissements, Distinction, Actrices, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
La Comédie eftant plus à
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
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Résumé : Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
En France, la comédie gagne en popularité avec des représentations fréquentes à la cour et quotidiennes pour le public depuis la fusion des troupes françaises. La troupe, désormais nommée 'Troupe de Guénégaud', regroupe celles de l'Hôtel de Bourgogne, du Palais-Royal et du Marais. Plusieurs acteurs ont quitté la troupe, notamment Monsieur Habert, célèbre pour ses rôles féminins dans des pièces de Molière telles que 'Les Femmes savantes', 'Le Bourgeois gentilhomme' et 'La Devineresse', ainsi que pour ses interprétations dans 'Le Vicomte de l'Inconnu', 'Les Médecins' et 'Les Marquis ridicules'. Monsieur Poisson, après vingt-cinq ans de service, a également quitté la troupe, laissant derrière lui des œuvres marquantes comme 'La Cour' du Baron de la Craffe. La troupe a intégré de nouveaux acteurs et actrices, choisis parmi les meilleurs comédiens de province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 299-301
REPONSE DE MONSIEUR M... au Placet des trois Demoiselles.
Début :
Il ne falloit point m'engager, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Serment, Charmant, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE MONSIEUR M... au Placet des trois Demoiselles.
REPONSE DE MONSIEUR M...
0
auPlacet des trois Demoiſelles .
ITuefalloit point wi'engager
Pard'autre interest que levôtre
Leplaisir de vous obliger,
L'emparte chez moyfurtout autre.
300 MERCURE
SS
Quand j'aurois faitun grand
ferment,
Denemmeelaiſſer point corrompre,
Vostre PLACETeftfi charmant
Qu'ilpourroitmelefaire rompre..
Se
Mais ilfaut pourtant avouer,
Qu'en vous repdant un bon office,
C'eſt bien moins pour mevoir loüer,
Queparun acte de Iuftice.
Len'ay pas la demangeaison,
Deprendre contre vous les Armes,
Vous avez pourvous la raifon
OutrelaforcedeVOScharmes.
25
Cen'estpas mefaire un grandtort,
Que d'estre siprompt àme rendres
Quand on a pris le coeur d'abord,
Toutle reste eftfacile àprendre..
GALANT 391
Se
Diſpoſez-vous doncviſtement,
Ajouirde vostre conquestes
Iamais avec plus d'agrément
Ie n'enterinay de Requeste.
0
auPlacet des trois Demoiſelles .
ITuefalloit point wi'engager
Pard'autre interest que levôtre
Leplaisir de vous obliger,
L'emparte chez moyfurtout autre.
300 MERCURE
SS
Quand j'aurois faitun grand
ferment,
Denemmeelaiſſer point corrompre,
Vostre PLACETeftfi charmant
Qu'ilpourroitmelefaire rompre..
Se
Mais ilfaut pourtant avouer,
Qu'en vous repdant un bon office,
C'eſt bien moins pour mevoir loüer,
Queparun acte de Iuftice.
Len'ay pas la demangeaison,
Deprendre contre vous les Armes,
Vous avez pourvous la raifon
OutrelaforcedeVOScharmes.
25
Cen'estpas mefaire un grandtort,
Que d'estre siprompt àme rendres
Quand on a pris le coeur d'abord,
Toutle reste eftfacile àprendre..
GALANT 391
Se
Diſpoſez-vous doncviſtement,
Ajouirde vostre conquestes
Iamais avec plus d'agrément
Ie n'enterinay de Requeste.
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Résumé : REPONSE DE MONSIEUR M... au Placet des trois Demoiselles.
Monsieur accepte la demande des trois Demoiselles, motivé par la justice et non par la louange. Il reconnaît leur raison et leur charme, rendant toute opposition inutile. Il ne s'oppose pas à leur requête, leur permettant de jouir de leurs conquêtes sans formalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 76-78
« M. de la Russaliere fit voir en cette rencontre, que les / Pardon, Maman, pardon, [...] »
Début :
M. de la Russaliere fit voir en cette rencontre, que les / Pardon, Maman, pardon, [...]
Mots clefs :
Maman, Fille, Gentillesse, Garçon, Duchesse, Plaisir, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de la Russaliere fit voir en cette rencontre, que les / Pardon, Maman, pardon, [...] »
M. de la Ruffaliere fit voir
en cette rencontre , que les
plus ferieufes occupations,
ne font pas toûjours ennemies
d'une Muſe enjoüée. Il
fit dire à cette aimable Enfant
les Vers que vous allez
lire , & on les attacha à fes
Bandelettes la premiere fois
qu'on la porta à Madame la
Ducheffefa Mere .
Pardon
Ardon, Maman ,pardon,
Si je fuis une Fillc.
Vous m'avez faite trop gentille
GALANT. 77
Pour ne pas faire enfuite un fort joly
Garçon.
Sa
Quoy que je fache bien
Qu'un Fils aura toute votre tendreffe,
Ie préfere, Maman Ducheffe ,
Voftre contentement au mien.
25
I'ay bien trompédes Gens en paroiffant
aujour
Mais s'ilfaut qu'un Garçon yparoiffe
àfon tour
Il aura pour premier partage,
Leplaifir d'en tromper encore davantage.
25
Je commence à changer de peau prefentement,
Que ne mepeutce changement
G
iij
78 MERCURE
Que la Nature mefait faire,
Donner un autre Sexe ainfi qu'une
autre peau!
Le coup fans doute feroit beau,
Et pour la Fille , & pour la
Mere.
en cette rencontre , que les
plus ferieufes occupations,
ne font pas toûjours ennemies
d'une Muſe enjoüée. Il
fit dire à cette aimable Enfant
les Vers que vous allez
lire , & on les attacha à fes
Bandelettes la premiere fois
qu'on la porta à Madame la
Ducheffefa Mere .
Pardon
Ardon, Maman ,pardon,
Si je fuis une Fillc.
Vous m'avez faite trop gentille
GALANT. 77
Pour ne pas faire enfuite un fort joly
Garçon.
Sa
Quoy que je fache bien
Qu'un Fils aura toute votre tendreffe,
Ie préfere, Maman Ducheffe ,
Voftre contentement au mien.
25
I'ay bien trompédes Gens en paroiffant
aujour
Mais s'ilfaut qu'un Garçon yparoiffe
àfon tour
Il aura pour premier partage,
Leplaifir d'en tromper encore davantage.
25
Je commence à changer de peau prefentement,
Que ne mepeutce changement
G
iij
78 MERCURE
Que la Nature mefait faire,
Donner un autre Sexe ainfi qu'une
autre peau!
Le coup fans doute feroit beau,
Et pour la Fille , & pour la
Mere.
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Résumé : « M. de la Russaliere fit voir en cette rencontre, que les / Pardon, Maman, pardon, [...] »
Lors d'une rencontre, M. de la Ruffaliere a montré que les occupations sérieuses peuvent coexister avec l'inspiration poétique. Une jeune fille a récité des vers, initialement attachés à ses bandelettes, exprimant son désir de devenir un garçon pour mieux plaire à sa mère. Elle souhaite continuer à tromper les gens sur son apparence et espère un changement imminent pour satisfaire sa mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 263-287
Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy ayant résolu d'aller souper à Sceaux, dans la Maison qui [...]
Mots clefs :
Famille royale, Duc, Pavillon, Réception, Duc de Seignelay, Jardins, Plaisir, Princes, Divertissement, Orangerie, Galeries, Symphonie, Madame la Dauphine, Monseigneur le Dauphin, Ornements, Tapisserie, Lumières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Le Roy ayant refolu d'aller
fouper à Sceaux , dans la
Maiſon qui appartient à M.
le Marquis de Seignelay, Sa
· Majeſté l'en avertit quelques
jours auparavant , afin
qu'il euft le temps de ſe preparer
à la recevoir avec toute
laMaiſon Royale . CeMarquis
donna auffi -toſt les ordres
qu'il crut neceffaires
pour répondre à l'honneur
qu'il devoit recevoir, & n'oublia
rien de tout ce qu'il s'i
magina devoir eftre agreable
à fa Majefté. Le jour fut
choify ; mais le temps s'é-
6
264 MERCURE
2
tant tourné à la pluye , il y
eut à craindre qu'il ne changeaſt
pas fitoft , & le Roy
eut la bonté de marquer un
autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois . M. le Marquis
de Seignelay prit de fi
grands foins d'empefcher la
foule , qu'il n'entra dans le
Chafteau que des perfonnes
diftinguées , & des Officiers
de la Maiſon Royale. Ce qui
l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt
point incommodé de la preſfe
qui fuit ordinairement ces
fortes
GALANT. 265
fortes de divertiffemens
mais encore afin qu'il ne viſt
point de perſonnes inconnuës
, qui ſont deux chofes
qui gefnent, & qui font caufe
qu'on ne jouit qu'imparfaitement
des plaifirs aufquels
on s'eft preparé. Ainſi
l'on peut dire que le premier
que Sa Majefte goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy
de ne s'y trouver qu'avec fa
Cour ordinaire, & d'eftre af
furé que les divertiffemens
qu'on luy avoit preparez ,
feroient pour Elle des plaifirs
tranquilles . Le Roy ar-
Juillet 1685.
Ꮓ
266 MERCURE
riva à Seaux environ fur les
fix heures & demie du foir,
accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfieur
, de Madame, de Monfieur
le Duc , de Madame la
Ducheffe , de Monfieur le
Duc de Bourbon , de Mademoiſelle
de Bourbon, deMófieur
le Duc du Maine , de
Mademoiſelle de Nantes, de
plufieurs Ducs & Pairs , Marefchaux
de France , & des
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour. Quelques perfonnes
eftoient arrivées avant le
GALANT 267
Roy , du nombre defquelles
eftoient M. le Cardinal de
Bonzi , & M. le Nonce du
Pape. Sa Majeſté fut receuë
à la defcente de fon Caroffe,
par M. le Marquis de Seignelay
, M. le Coadjuteur de
Roüen, M. les Ducs de Che
vreuſe & de Beauvilliers, Mrs,
les Marquis de Maulevrier
& de Blainville, & M. le Bailly
Colbert. Meſdames les
Ducheffes de Chevreufe , de
Villeroy , de Beauvilliers &
de Mortemar; Mefdames les
Marquifes de Seignelay , de
Croifly, de Beuvron , de Me-
Zij
268 MERCURE
davy , & Madame la Comteffe
de Saint Geran, vinrent
recevoir Madame la Dauphine
& Madame . Le Roy
les falüà , avec cet air tout
engageant qui luy eſt ordinaire.
Il entra enfuite par la
porte du milieu dans l'Apartement
bas du Chafteau , où
il vit une enfilade de huit ou
neuf pieces fort proprement
meublées ; mais avec plus de
bon gouft què de richeffe ,
ou plûtoft avec une modeſte
magnificence , s'il eft permis
de parler ainfi. Au forcir de
cet Apartement , on trouva
GALANT. 269
be
fe
diverfes Chaiſes tirées par
des hommes,pour le promener
dans les Jardins . Il y a ya
long- temps qu'on fe fert de
2
l'uces
fortes de Chaifes à Verfailles
, & c'eft de là que l
fage en eft venu. Elles ne
font que pour une perſonne ,
inais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere
& toute nouvelle . Elle eftoit
à quatre places, & quatre paraffols
y eftoient attachez.
Rien n'eft fi commode & fi
doux que ces Chaiſes , parce
qu'elles font conduites par
des homines qui ne mar-
Z iij
270 MERCURE
chent point devant, mais qui
font de chaque cofté de la
Chaife. Madame la Dauphine
, Madame la Ducheffe
Madame la Princeffe deConty
, & Madame de Maintenon,
comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette
Chaife ; & plufieurs Princeffes,
Ducheffes, & autres Dames
qualifiées , ſe ſervirent
des autres. Il y en eut quelques-
unes qui fe firent un
plaifir de marcher , & qui
fuivirent en cela l'exemple
de Madame .
GALANT. 271
Monfeigneur le Dauphin ,
Monfieur, Monfieur le Duc,
Monfieur le Duc de Bourbon
, Monfieur le Duc du
Maine, & tous les Princes &
Seigneurs de la Cour, accompagnerent
le Roy à pied , &
M. de Seignelay fut toûjours
auprés de Sa Majeſté , pour
luy montrer ce qu'il y avoit
à voir , & pour l'éclaircir de
ce qu'Elle auroit pû fouhaiter
d'apprendre touchant les
chofes qu'Elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eftoit
au premier rang de toute la
Cour , & qu'il n'y avoit du
Z iiij
272 MERCURE
monde qu'à cofté & derriere
ce Prince ; de forte que rien
ne luy dérobant la veuë des
lieux où il fe promenoit , il
jou ïffoit fans obftacle de l'air
que la confufion empeſche
ordinairement de refpirer
dans ces fortes de divertiffemens.
Aprés qu'on eut traverſé
de belles Allées paliſſadées
,
on arriva à un Pavillon nommé
le Pavillon de l'Aurore ,
parce que l'Aurore en ſe levant
eft plûtoft remarquée
de ce lieu - là que d'aucun au-
& qu'il femble qu'elle
tre ,
GALANT. 273
ne paroiffe tous les matins
que pour l'éclairer . Ce Pavillon
peut
eftre encore appellé
le Pavillon de l'Aurore ,
à caufe qu'on y voit cette
Déeffe peinte de la main de
M. le Brun ; ce qui fuffit pour
faire juger des beautez du
dedans. Ce Pavillon a douze
ouvertures en comptant
celle de la porte ; & comme
ce Salon eft élevé, on monte
pour y entrer par deux Efcaliers
opofez l'un à l'autre . Il y
a dedans deux enfoncemens
qui fe regardent , & qui ren
fermét chacun trois croifées ,
274 MERCURE
Le tour de l'un de ces deux
enfoncemens eftoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées
, de confitures feches , &
de fruits auffi beaux qu'ils ef
toient rares pour la faifon.
Il y avoit dans l'autre enfoncement
ce que la France a
de plus habiles Maiſtres pour
les inftrumens , & dequoy
faire entendre une fimphonie
douce & proportionnée
à l'étendue de ce lieu. Le
Roy , Monſeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur,Madame, les Princes
, Princeffes, Ducheffes &
GALANT. 275
Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eftant pas affez fpacieux
pour contenir tous les Seigneurs
qui accompagnoient
Sa Majefté ; mais tous les
Courtifans eurent l'avantage
de faire leur Cour,en le promenant
dans le Jardin autour
des feneftres de ce Sa
lon , d'où ils eftoient veus de
tous ceux qui eftoient dedans,
& qui en rempliffoient
les feneftres , goûtant à la
fois quatre differens plaiſirs,
puis qu'ils refpiroient un air
frais & agreable, aprés avoir
276 MERCURE
effuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin; qu'ils jouif
foient d'une tres-belle veuë
qui offroit des Bois , des Plaines
& des Cofteaux , & qui
en de certains endroits s'étendoit
juſqu'à Paris ; qu'ils
entendoient une fimphonie
tres - douce , & qu'ils ſe rafraichiffoient
en même teins
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguftes
Perfonnes qui remplifoient
ce Salon , s'y trouverent fr
commodément , qu'elles
demeurerent pendant plus
d'une heure, apres quoy l'on
y
1.
GALANT. 277
en defcendit pour continuer
la promenade. On vit une
belle piece d'eau qui eft à
cofté du Chaſteau , & l'on fe
rendit enfuite dans la Sale
appellée des Maronniers, où
font cinq Fontaines tres-agreables
, fçavoir quatre tirant
vers les Angles , & une
dans le milieu. On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de
Fontaines , puis dans l'allée
d'eau. Le long de chaque
cofté de cette Allée, on voit
regner quantité de Buftes
fur des Scabellons, & des Jets
278 MERCURE
d'eau qui s'élevent auffi haut
que le Treillage. Chaque Jet
d'eau paroift entre deux Buftes
, & chaque Bufte entre
deux Jets d'eau . Il y a une
rigole le long du bas de chaque
cofté de l'Allée, pour recevoir
l'eau qui tombe d'un
fi grand nombre de Jets , &
aux quatre coins de cette Allée
font quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi
l'eau. Derriere les Buftes &
les Jets d'eau , s'élèvent de
grands Treillages qui for
ment des murailles de verdure.
Au fortir d'un lieu fi
GALANT. 279
7
beau , & où l'on refpire une
fraicheur qui enchante , on
alla voir le Pavillon appellé
des quatre Vents . C'eſt un
lieu charmant pour la beauré
de la veuë ! on revint enfuite
le long du Mail, puis en
defcendant un peu , on fe
rendit auprés d'une piece
d'eau qui contient envi
ron fix arpens. Le lieu fut
trouvé fi agréable , que le
Roy voulut s'y repofer , afin
d'y demeurer plus longtemps.
Sa Majesté choifit
pour s'affeoir , un endroit
qui regarde en face une Caf-
4
1280 MERCURE
-I
1
'
cade , qui eft à l'autre bout
de cette piece d'eau . Elle
eft fur le panchant d'une
cofte , & comme les eaux en
font vives , on peut affeurer
que tout y eft naturel. Elle
forme trois Allées d'eau , &
elle eft ornée de plufieurs
Vafes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où -fortent
les Jets . Pendant que
le Roy & la Maiſon Royale
furent affis vis à vis de cette
Cafcade , plufieurs Gondoles
dorées & vitrées , garnies
de Damas de diverfes
couleurs , & conduites par
r
GALANT. 281
des Rameurs vétus de blanc ,
& fort proprement mis,
avec des Rubans de couleur,
firent divers tours fur la piece
d'eau , & pafferent plufieurs
fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans
, s'il euft eu envie de fe
promener fur l'eau ; mais ce
Prince infatigable aimant
mieux prendre à pied le plaifir
de la promenade vint
voir de prés la Caſcade,
qu'il avoit examinée de loin
pendant une demy heure. Il
demeura encore quelque
temps à la confiderer , puis
Fuillet 1685.
A a
282 MERCURE
il monta à pied jufqu'au
haut , & Madame la Dauphine
, & les Dames le fuivirent
dans leurs Chaifes. On
entendit au haut de la Cafcade
, l'agréable bruit de
plufieurs Haut-bois qui fe
mefloit à celuy des eaux. Ils
eftoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent
long- temps fans eftre veus ,
de maniere qu'il fembloit
que cette mélodie inviſible
eftoit en l'air , & que ceux
qui la formoient fe faifoient
un plaifir de fuivre le Roy.
On eut le mefme divertiffe-
1
GALANT. 283:
ment en plufieurs endroits .
1 du Jardin , ou les Flutes douces
& les Haut- bois eftoient
cachez dans des Bofquets ..
Il ne reftoit plus qu'une piece
d'eau à voir. Le Roy youlut
encore y aller aprés avoir
veu la Cafcade , & lors qu'on
retourna au Chateau le:
Ciel commença à s'obfcur
cir, comme fi le jour n'euft
voulu finir , que lors que ce
Prince n'avoit plus befoin
de fa clarté
, & que la nuit
n'euft confenty à paroiltre,.
que dans le temps que fon
obfcurité eftoit néceffaire
Aa ij
284 MERCURE
pour
donner plus de plaifir
à Sa Majeſté, en faifant bril
ler davantage les lieux qu'on
avoit illuminez pour la recevoir.
Quoy qu'il n'y euſt
aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du
Chafteau , ce que l'on appel.
le Illuminations , il ne laiffa
pas de paroiftre fort brillant
, lors que la Cour eut
tourné fes pas de ce cofté là.
Toutes les Feneftres en
eftoient ouvertes & un
grand nombre de Luftres en
Éclairoit les Appartemens
auffi bien qu'une Galerie
GALANT. 285
haute , & une Galerie baffe
par lefquelles on y entre, &
dont les ouvertures ne font
point fermées , ce qui faifoit
paroiftre les Luftres , les
Bras dorez , & les Tableaux ,
dont ces
eftoient remplies . Le Roy
traverfa une partie de cette
Galerie pour fe rendre dans
l'Orangerie , où un Concert
eftoit préparé. Il entra par
le bout oppofé à l'endroit
où eftoient ceux qui devoient
faire ce Concert.
Ainfi ce Prince les vit tous
d'abord en face. On avoit
deux Galeries
286 MERCURE
pris fept Toifes de profondeur
pour les Places , Elles
eftoient feparées du cofté
de l'Orangerie par de grands
Pilaftres de Marbre , qui
portoient une Façade ou
cinq Luftres eftoient attachez
. Le mefme ordre fuivoit
jufques au fond où paroiffoient
deux manieres
d'Escaliers de chaque cofté,
qui rampoient fuivant la
pente d'un Amphitheatre
qui eftoit dans le fond , &
qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eftoit aufli dans
le fond au deffus de l'AmGALANT.
287
phitheatre. Tout ce fond
eftoit éclairé par beaucoup
de petits Luftres , & toutes
les faces des Pilaftres étoient
ornées de quantité de Plaques
portant plufieurs Bougies.
Tout le reste de l'Orangerie
eftoit paré d'une
tres- belle Tapiflerie
, reprefentant
toutes les Chaffes
des douze Mois de l'Année,
& de deux rangs de Luftres
qui régnoient depuis un
bout jufqu'à l'autre.
fouper à Sceaux , dans la
Maiſon qui appartient à M.
le Marquis de Seignelay, Sa
· Majeſté l'en avertit quelques
jours auparavant , afin
qu'il euft le temps de ſe preparer
à la recevoir avec toute
laMaiſon Royale . CeMarquis
donna auffi -toſt les ordres
qu'il crut neceffaires
pour répondre à l'honneur
qu'il devoit recevoir, & n'oublia
rien de tout ce qu'il s'i
magina devoir eftre agreable
à fa Majefté. Le jour fut
choify ; mais le temps s'é-
6
264 MERCURE
2
tant tourné à la pluye , il y
eut à craindre qu'il ne changeaſt
pas fitoft , & le Roy
eut la bonté de marquer un
autre jour. Ce fut le Lundy
16. de ce mois . M. le Marquis
de Seignelay prit de fi
grands foins d'empefcher la
foule , qu'il n'entra dans le
Chafteau que des perfonnes
diftinguées , & des Officiers
de la Maiſon Royale. Ce qui
l'engagea à ſe ſervir de cette
précaution , fut non ſeulement
afin que le Roy ne fuſt
point incommodé de la preſfe
qui fuit ordinairement ces
fortes
GALANT. 265
fortes de divertiffemens
mais encore afin qu'il ne viſt
point de perſonnes inconnuës
, qui ſont deux chofes
qui gefnent, & qui font caufe
qu'on ne jouit qu'imparfaitement
des plaifirs aufquels
on s'eft preparé. Ainſi
l'on peut dire que le premier
que Sa Majefte goûta en entrant
dans Seaux , fut celuy
de ne s'y trouver qu'avec fa
Cour ordinaire, & d'eftre af
furé que les divertiffemens
qu'on luy avoit preparez ,
feroient pour Elle des plaifirs
tranquilles . Le Roy ar-
Juillet 1685.
Ꮓ
266 MERCURE
riva à Seaux environ fur les
fix heures & demie du foir,
accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Monfieur
, de Madame, de Monfieur
le Duc , de Madame la
Ducheffe , de Monfieur le
Duc de Bourbon , de Mademoiſelle
de Bourbon, deMófieur
le Duc du Maine , de
Mademoiſelle de Nantes, de
plufieurs Ducs & Pairs , Marefchaux
de France , & des
plus qualifiez Seigneurs de la
Cour. Quelques perfonnes
eftoient arrivées avant le
GALANT 267
Roy , du nombre defquelles
eftoient M. le Cardinal de
Bonzi , & M. le Nonce du
Pape. Sa Majeſté fut receuë
à la defcente de fon Caroffe,
par M. le Marquis de Seignelay
, M. le Coadjuteur de
Roüen, M. les Ducs de Che
vreuſe & de Beauvilliers, Mrs,
les Marquis de Maulevrier
& de Blainville, & M. le Bailly
Colbert. Meſdames les
Ducheffes de Chevreufe , de
Villeroy , de Beauvilliers &
de Mortemar; Mefdames les
Marquifes de Seignelay , de
Croifly, de Beuvron , de Me-
Zij
268 MERCURE
davy , & Madame la Comteffe
de Saint Geran, vinrent
recevoir Madame la Dauphine
& Madame . Le Roy
les falüà , avec cet air tout
engageant qui luy eſt ordinaire.
Il entra enfuite par la
porte du milieu dans l'Apartement
bas du Chafteau , où
il vit une enfilade de huit ou
neuf pieces fort proprement
meublées ; mais avec plus de
bon gouft què de richeffe ,
ou plûtoft avec une modeſte
magnificence , s'il eft permis
de parler ainfi. Au forcir de
cet Apartement , on trouva
GALANT. 269
be
fe
diverfes Chaiſes tirées par
des hommes,pour le promener
dans les Jardins . Il y a ya
long- temps qu'on fe fert de
2
l'uces
fortes de Chaifes à Verfailles
, & c'eft de là que l
fage en eft venu. Elles ne
font que pour une perſonne ,
inais il y en avoit une à Seaux
d'une invention finguliere
& toute nouvelle . Elle eftoit
à quatre places, & quatre paraffols
y eftoient attachez.
Rien n'eft fi commode & fi
doux que ces Chaiſes , parce
qu'elles font conduites par
des homines qui ne mar-
Z iij
270 MERCURE
chent point devant, mais qui
font de chaque cofté de la
Chaife. Madame la Dauphine
, Madame la Ducheffe
Madame la Princeffe deConty
, & Madame de Maintenon,
comme Dame d'Atour
de Madame la Dauphine ,
prirent place dans cette
Chaife ; & plufieurs Princeffes,
Ducheffes, & autres Dames
qualifiées , ſe ſervirent
des autres. Il y en eut quelques-
unes qui fe firent un
plaifir de marcher , & qui
fuivirent en cela l'exemple
de Madame .
GALANT. 271
Monfeigneur le Dauphin ,
Monfieur, Monfieur le Duc,
Monfieur le Duc de Bourbon
, Monfieur le Duc du
Maine, & tous les Princes &
Seigneurs de la Cour, accompagnerent
le Roy à pied , &
M. de Seignelay fut toûjours
auprés de Sa Majeſté , pour
luy montrer ce qu'il y avoit
à voir , & pour l'éclaircir de
ce qu'Elle auroit pû fouhaiter
d'apprendre touchant les
chofes qu'Elle voyoit. Il faut
remarquer que le Roy eftoit
au premier rang de toute la
Cour , & qu'il n'y avoit du
Z iiij
272 MERCURE
monde qu'à cofté & derriere
ce Prince ; de forte que rien
ne luy dérobant la veuë des
lieux où il fe promenoit , il
jou ïffoit fans obftacle de l'air
que la confufion empeſche
ordinairement de refpirer
dans ces fortes de divertiffemens.
Aprés qu'on eut traverſé
de belles Allées paliſſadées
,
on arriva à un Pavillon nommé
le Pavillon de l'Aurore ,
parce que l'Aurore en ſe levant
eft plûtoft remarquée
de ce lieu - là que d'aucun au-
& qu'il femble qu'elle
tre ,
GALANT. 273
ne paroiffe tous les matins
que pour l'éclairer . Ce Pavillon
peut
eftre encore appellé
le Pavillon de l'Aurore ,
à caufe qu'on y voit cette
Déeffe peinte de la main de
M. le Brun ; ce qui fuffit pour
faire juger des beautez du
dedans. Ce Pavillon a douze
ouvertures en comptant
celle de la porte ; & comme
ce Salon eft élevé, on monte
pour y entrer par deux Efcaliers
opofez l'un à l'autre . Il y
a dedans deux enfoncemens
qui fe regardent , & qui ren
fermét chacun trois croifées ,
274 MERCURE
Le tour de l'un de ces deux
enfoncemens eftoit remply
de toutes fortes d'eaux glacées
, de confitures feches , &
de fruits auffi beaux qu'ils ef
toient rares pour la faifon.
Il y avoit dans l'autre enfoncement
ce que la France a
de plus habiles Maiſtres pour
les inftrumens , & dequoy
faire entendre une fimphonie
douce & proportionnée
à l'étendue de ce lieu. Le
Roy , Monſeigneur le Dauphin,
Madame la Dauphine,
Monfieur,Madame, les Princes
, Princeffes, Ducheffes &
GALANT. 275
Dames qualifiées , entrerent
feules dans ce Salon , ce lieu
n'eftant pas affez fpacieux
pour contenir tous les Seigneurs
qui accompagnoient
Sa Majefté ; mais tous les
Courtifans eurent l'avantage
de faire leur Cour,en le promenant
dans le Jardin autour
des feneftres de ce Sa
lon , d'où ils eftoient veus de
tous ceux qui eftoient dedans,
& qui en rempliffoient
les feneftres , goûtant à la
fois quatre differens plaiſirs,
puis qu'ils refpiroient un air
frais & agreable, aprés avoir
276 MERCURE
effuyé la chaleur & la pouffiere
du chemin; qu'ils jouif
foient d'une tres-belle veuë
qui offroit des Bois , des Plaines
& des Cofteaux , & qui
en de certains endroits s'étendoit
juſqu'à Paris ; qu'ils
entendoient une fimphonie
tres - douce , & qu'ils ſe rafraichiffoient
en même teins
avec les fruits & les eaux glacées.
Toutes les Auguftes
Perfonnes qui remplifoient
ce Salon , s'y trouverent fr
commodément , qu'elles
demeurerent pendant plus
d'une heure, apres quoy l'on
y
1.
GALANT. 277
en defcendit pour continuer
la promenade. On vit une
belle piece d'eau qui eft à
cofté du Chaſteau , & l'on fe
rendit enfuite dans la Sale
appellée des Maronniers, où
font cinq Fontaines tres-agreables
, fçavoir quatre tirant
vers les Angles , & une
dans le milieu. On alla de là
dans un petit Bois fait en labirinthe
, & tout remply de
Fontaines , puis dans l'allée
d'eau. Le long de chaque
cofté de cette Allée, on voit
regner quantité de Buftes
fur des Scabellons, & des Jets
278 MERCURE
d'eau qui s'élevent auffi haut
que le Treillage. Chaque Jet
d'eau paroift entre deux Buftes
, & chaque Bufte entre
deux Jets d'eau . Il y a une
rigole le long du bas de chaque
cofté de l'Allée, pour recevoir
l'eau qui tombe d'un
fi grand nombre de Jets , &
aux quatre coins de cette Allée
font quatre grandes coquilles
qui reçoivent auſſi
l'eau. Derriere les Buftes &
les Jets d'eau , s'élèvent de
grands Treillages qui for
ment des murailles de verdure.
Au fortir d'un lieu fi
GALANT. 279
7
beau , & où l'on refpire une
fraicheur qui enchante , on
alla voir le Pavillon appellé
des quatre Vents . C'eſt un
lieu charmant pour la beauré
de la veuë ! on revint enfuite
le long du Mail, puis en
defcendant un peu , on fe
rendit auprés d'une piece
d'eau qui contient envi
ron fix arpens. Le lieu fut
trouvé fi agréable , que le
Roy voulut s'y repofer , afin
d'y demeurer plus longtemps.
Sa Majesté choifit
pour s'affeoir , un endroit
qui regarde en face une Caf-
4
1280 MERCURE
-I
1
'
cade , qui eft à l'autre bout
de cette piece d'eau . Elle
eft fur le panchant d'une
cofte , & comme les eaux en
font vives , on peut affeurer
que tout y eft naturel. Elle
forme trois Allées d'eau , &
elle eft ornée de plufieurs
Vafes de Bronze , qui font
entre les Baffins d'où -fortent
les Jets . Pendant que
le Roy & la Maiſon Royale
furent affis vis à vis de cette
Cafcade , plufieurs Gondoles
dorées & vitrées , garnies
de Damas de diverfes
couleurs , & conduites par
r
GALANT. 281
des Rameurs vétus de blanc ,
& fort proprement mis,
avec des Rubans de couleur,
firent divers tours fur la piece
d'eau , & pafferent plufieurs
fois devant le Roy,
afin de l'inviter à entrer dedans
, s'il euft eu envie de fe
promener fur l'eau ; mais ce
Prince infatigable aimant
mieux prendre à pied le plaifir
de la promenade vint
voir de prés la Caſcade,
qu'il avoit examinée de loin
pendant une demy heure. Il
demeura encore quelque
temps à la confiderer , puis
Fuillet 1685.
A a
282 MERCURE
il monta à pied jufqu'au
haut , & Madame la Dauphine
, & les Dames le fuivirent
dans leurs Chaifes. On
entendit au haut de la Cafcade
, l'agréable bruit de
plufieurs Haut-bois qui fe
mefloit à celuy des eaux. Ils
eftoient cachez derriere la
Paliffade , & marcherent
long- temps fans eftre veus ,
de maniere qu'il fembloit
que cette mélodie inviſible
eftoit en l'air , & que ceux
qui la formoient fe faifoient
un plaifir de fuivre le Roy.
On eut le mefme divertiffe-
1
GALANT. 283:
ment en plufieurs endroits .
1 du Jardin , ou les Flutes douces
& les Haut- bois eftoient
cachez dans des Bofquets ..
Il ne reftoit plus qu'une piece
d'eau à voir. Le Roy youlut
encore y aller aprés avoir
veu la Cafcade , & lors qu'on
retourna au Chateau le:
Ciel commença à s'obfcur
cir, comme fi le jour n'euft
voulu finir , que lors que ce
Prince n'avoit plus befoin
de fa clarté
, & que la nuit
n'euft confenty à paroiltre,.
que dans le temps que fon
obfcurité eftoit néceffaire
Aa ij
284 MERCURE
pour
donner plus de plaifir
à Sa Majeſté, en faifant bril
ler davantage les lieux qu'on
avoit illuminez pour la recevoir.
Quoy qu'il n'y euſt
aucunes lumieres attachées
aux Murailles du dehors du
Chafteau , ce que l'on appel.
le Illuminations , il ne laiffa
pas de paroiftre fort brillant
, lors que la Cour eut
tourné fes pas de ce cofté là.
Toutes les Feneftres en
eftoient ouvertes & un
grand nombre de Luftres en
Éclairoit les Appartemens
auffi bien qu'une Galerie
GALANT. 285
haute , & une Galerie baffe
par lefquelles on y entre, &
dont les ouvertures ne font
point fermées , ce qui faifoit
paroiftre les Luftres , les
Bras dorez , & les Tableaux ,
dont ces
eftoient remplies . Le Roy
traverfa une partie de cette
Galerie pour fe rendre dans
l'Orangerie , où un Concert
eftoit préparé. Il entra par
le bout oppofé à l'endroit
où eftoient ceux qui devoient
faire ce Concert.
Ainfi ce Prince les vit tous
d'abord en face. On avoit
deux Galeries
286 MERCURE
pris fept Toifes de profondeur
pour les Places , Elles
eftoient feparées du cofté
de l'Orangerie par de grands
Pilaftres de Marbre , qui
portoient une Façade ou
cinq Luftres eftoient attachez
. Le mefme ordre fuivoit
jufques au fond où paroiffoient
deux manieres
d'Escaliers de chaque cofté,
qui rampoient fuivant la
pente d'un Amphitheatre
qui eftoit dans le fond , &
qui paroiffoit conduire à une
Galerie , qui eftoit aufli dans
le fond au deffus de l'AmGALANT.
287
phitheatre. Tout ce fond
eftoit éclairé par beaucoup
de petits Luftres , & toutes
les faces des Pilaftres étoient
ornées de quantité de Plaques
portant plufieurs Bougies.
Tout le reste de l'Orangerie
eftoit paré d'une
tres- belle Tapiflerie
, reprefentant
toutes les Chaffes
des douze Mois de l'Année,
& de deux rangs de Luftres
qui régnoient depuis un
bout jufqu'à l'autre.
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Résumé : Reception faite au Roy par Mr le Marquis de Seignelay, dans sa Maison de Seaux. [titre d'après la table]
Le roi effectua une visite à Sceaux le 16 juillet 1685, initialement reportée en raison de la pluie. La visite était réservée à des personnes distinguées et aux officiers de la Maison Royale. Accompagné de membres de la famille royale et de nobles, le roi fut accueilli par le marquis de Seignelay et d'autres dignitaires. Il visita des pièces élégamment meublées, puis se promena dans les jardins avec le marquis. Ils traversèrent diverses allées jusqu'au Pavillon de l'Aurore, orné d'une peinture de Le Brun, où des rafraîchissements et des musiciens étaient disponibles. La visite se poursuivit dans un grand salon, mais celui-ci ne pouvait pas accueillir tous les courtisans. Ces derniers se promenèrent donc dans le jardin, appréciant l'air frais et la vue sur les bois, plaines et collines. Ils découvrirent plusieurs attractions, notamment une pièce d'eau, une salle des Maronniers avec cinq fontaines, un labyrinthe de bois avec des fontaines, et une allée d'eau bordée de bustes et de jets d'eau. La promenade se poursuivit jusqu'au pavillon des Quatre Vents, près d'une autre pièce d'eau où le roi décida de se reposer. Des gondoles dorées naviguaient sur l'eau, mais le roi préféra explorer une cascade, admirant sa beauté. Des musiciens jouaient des hautbois, contribuant à l'ambiance agréable. La visite s'acheva par un concert dans l'orangerie, richement décorée avec des pilastres de marbre, des lustres et une tapisserie illustrant les chasses des douze mois de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 16-18
SONNET.
Début :
Les deux Réponses qui suivent à deux Questions du / Si un Amant qui est trahi par sa Maitresse, [...]
Mots clefs :
Amant, Maîtresse, Amour, Bergère, Mort, Trahison, Honneur, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Les deux Reponjes qui JuiveM À
deux guefions du XXIX.Extraordinaire,
font de M. Magnin,
dont je vom ay envoyé tant de
beaux Ouvrages à U gloire de SA
'-JJajel".
Si un Amant qui est trahi par sa
Maistresse, est en droit de publier
ses faveurs.
SONNET.
JEtaimois, tu leifçais, je taimois tert »
drement ;
Tu connoiffiis mon coeur, il efloitfifidelle,
Hors toy ,nulle Bergere a mes yeux nel - toitbelle,
Et ne pouvoit pretendre a m'avoirpour
AmAnt.
Jetefiuivoispartout, fAbfenc d'un mo.;-
ment
Efloit a mon amour une mort eternelle ;
Jamais enfin, jamais, tu t'en fiouviens j
cruelle,
Vn Berger amoureux naimasiconfiant-*
mont-
Et tu mofies trahir,perfide! a cet ou* trage
J.:/q!:'a,:! devrait A ller le transport de ma
r.{(!( !
Après celay dtvrois-je encortcménager?
Mais ne crains point quicy le courroux
me furmente,
J'estimeplus l'honneur de ne mepointvav.
Ier>
Ruelefoible plalfîrde te couvrirde honte.
deux guefions du XXIX.Extraordinaire,
font de M. Magnin,
dont je vom ay envoyé tant de
beaux Ouvrages à U gloire de SA
'-JJajel".
Si un Amant qui est trahi par sa
Maistresse, est en droit de publier
ses faveurs.
SONNET.
JEtaimois, tu leifçais, je taimois tert »
drement ;
Tu connoiffiis mon coeur, il efloitfifidelle,
Hors toy ,nulle Bergere a mes yeux nel - toitbelle,
Et ne pouvoit pretendre a m'avoirpour
AmAnt.
Jetefiuivoispartout, fAbfenc d'un mo.;-
ment
Efloit a mon amour une mort eternelle ;
Jamais enfin, jamais, tu t'en fiouviens j
cruelle,
Vn Berger amoureux naimasiconfiant-*
mont-
Et tu mofies trahir,perfide! a cet ou* trage
J.:/q!:'a,:! devrait A ller le transport de ma
r.{(!( !
Après celay dtvrois-je encortcménager?
Mais ne crains point quicy le courroux
me furmente,
J'estimeplus l'honneur de ne mepointvav.
Ier>
Ruelefoible plalfîrde te couvrirde honte.
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Résumé : SONNET.
La lettre évoque deux ouvrages de M. Magnin dédiés à Sa Majesté et discute de la publication des faveurs d'un amant trahi. Le sonnet exprime la douleur d'un amant fidèle trahi subitement. Il choisit de préserver son honneur sans se venger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 102-131
Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Début :
Ils estoient encore à Berny, lors qu'ils furent priez [...]
Mots clefs :
Tragédie, Femmes, Berny, Ambassadeurs, Roi, Collège Louis le Grand, Hercule, Ballet, Siam, Ambassadeur, Père de La Chaise, Enfants, Plaisir, Esprit, Princesses, Cheval, Portrait, Clovis, Hôtel des ambassadeurs, Abbé de Dangeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Ils estoient encore à
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Berny , lors qu'ils furent
priez par le Pere de la
de Siam.
103
ב
Ce
e Chaife , de venir à la Traitgedie
du College de Loüis:
le Grand , intitulée Clovis ..
Ils luy répondirent , qu'ils
nc croyoient pas qu'ils duf-
Sent voir perſonne , ny aller
en quelque Maiſon que ce
fust avant que d'avoir rendu
leurs respects au Roy ;
U
t
1
é
e
mais que puis qu'une Pere
Sonne auß ſage, les affuroit
que celaſe pouvoit , ilsy affifteroient
avec plaisir , ne
doutant point qu' allant au
[
College ,ils ne fiffent une
L iiij
104 Voyage des Amb.
choſe agreable aux deux
grands Roys. Le jour que
la Tragedie ſe devoit repreſenter
, ils partirent de
Berny des fix heures du
matin dans des Caroffes
dont les rideaux estoient
tirez , & vinrent incognita
ſe repoſer a l'Hoſtel des
Ambaſſadeurs , qui estoit
tout meublé pour les recevoir
le jour de leur Entrée.
L'heure de la Tragedie
approchant , les Jefuites
du Collegeleur ende
Siam. 105
α
e
0
S
voyerent quatreCaroffes,
avec les livrées de quelques
Princes Etrangers
qui y font en Penfion ,
parmy leſquels eftoient
celles du Fils naturel du
( Roy d'Angleterre, des Enfans
de M le Grand Ge-
S
-
neral de Pologne , & du
Fils de Mele grand General
de Lithuanie. Eſtant
arrivez au lieu qui leur
. eſtoit deſtiné , ils furent
furpris de la grandeur &
de la beauté du Theatre
106 Voyage des Amb.
où l'Action ſe devoit repreſenter
,& ils ne furent
pas moins étonnez de la
grande multitude de perſonnes
de la premiere
qualité , & d'une infinité
de peuple qui s'y trouva ,
fans qu'il y euſt la moindre
confufion. Ils admirerent
l'air dégagé des
Acteurs , & la beautédes
Danfes , & ils prirent un
tres - grand plaifir à voir
danfer les Enfans de Male
Duc de Villeroy , & de
de Siam. 107
.
1
2
-
Mts de Coëtquin, de Sourches
,& de la Mareliere ,
auffi- bien que M'le Chevalier
d'Avaux , tous Penfionnaires
, & qui charmerent
toute l'Affemblée .
Il eft neceffaire que je
yous faſſe icy un court
détail du Balet , afin de
vous faire mieux comprendre
ce qu'ils dirent de
ceDivertiſſement.
Ce Balet avoit quatre
- Parties , & chaque Partie
cinq Entrées .
108 VoyagedesAmb.
On voyoit dans la premiere
partie ce qu'Hercule
a fait pour ſa propre
gloire.
Dans la feconde
و
ce
qu'il a fait pour le bonheur
& pour l'utilité de
fes Peuples .
Dans la troifiéme , ce
qu'il a entrepris pour la
confervation defes Amis ,
&de fes Alliez .
Dans la quatriéme , ce
qu'ila execuré pour l'honneur
des Dieux.
de Siam. 109
t
Le Temps faifoit l'ouverture
du Balet . Il eſtoit
accompagné des Siecles.
Ce Dieu , aprés avoir attendu
pendant pluſieurs
années un Heros que le
Ciel luy avoit promis ,&
qui devoit effacer la gloire
de tous ceux qui a-
1 voient parujuſques alors,
› apprenoit enfin de Mercure,
qu'Hercule eſtoit ce
Heros qui devoit étonner
toute la terre par le nombre
, & par la grandeur
110 Voyage des Amb.
de fes belles actions .
Les travaux d'Hercule
eſtant rapportez à ceux
du Roy dans ce Balet , on
y voyoit ce Monarque
terraffer la Flandre , appaiſer
les Troubles au dedans
, & au dehors de fon
Royaume , dompter la
Triple Alliance , paffer le
Rhin , entrer en Hollande
, défendre les Duels ,
donner la Paix , rendre le
Commerce floriffant ,joindre
les Mers , donner du
de Siam. II
7
fecours à Candie , à la
Hongrie , auffi-bien qu'à
la Suede , foudroyer Alger
& Tripoli , delivrer
les Captifs', proteger fes
↑ Alliez , affoiblir l'Impieté,
foûtenir la vrayeReligion,
□ & détruire l'Herefie.
Il y a longtemps qu'on
| n'a fait de Balet dont le
deſſein ait efte fi beau , &
s qui ait mieux remply l'efprit.
Lors qu'on en explii
quoit les differentes Entrées
aux Ambaſſadeurs ,
112 Voyage des Amb.
ils prévenoient , ſansavoir
fçeu l'Allegorie que l'on avoit
voulu faire, tous ceux
qui leur parloient d'Hercule
, & difoient Que cet
Hercule devoit representer
leRoy , puis qu'il triomphoit
de tous ſes Ennemis , S
portoit la victoire par tout
où il paſſoit . Ils loüerent
fort la Collation qu'on
leur preſenta , & la trouverent
d'une beauté furprenante
, & d'une magnificence
extraordinaire .
de Siam. 113
Pluſieurs perſonnes de la
premiere qualité , comme
Princes , Ducs , Ambaffa-.
- deurs , & autres , les vinrent
voir pendant cette
Tragedie. Illes reçeurent
fort obligeamment ,
répondirent à chacun fe-
&
lon fon Employ , fon rang,
&fa qualité .
| M l'Abbé de Dangeau:
qui connoiſſoit parfaitement
leur merite ,&leur
eſprit , parce qu'il eſt in
time Amy de M'l'Abbé de
K
114 Voyage des Amb.
Choify , & que cet Abbé
luy a meſme adreffé une
fort belle Relation de fon
Voyage de Siam , qui n'a
point eſté imprimée, plein
de la réputation de ces
Ambaſſadeurs , & d'eftime
pour leurs belles qualitez
, les alla voir à Berny
, où ils le retinrent à
fouper . Ils ſe dirent beaucoup
de choſes ſpirituelles
; & enfin M² l'Abbé de
Dangoau dit au premier
Ambaſſadeur , Que dans
de Siam. 115
le defir qu'il avoit de converſer
avecun homme d'efprit
comme luy , il alloit
apprendre la Langue Siamoiſe
L'Ambaſſadeur luy
répondit , Que bien que ce
fuft une Langue a fée , il
luy épargneroit la moitiéde
la peine , en tachant luy
mesme d'aprendre le François
. Comme les Sçavans
font curieux , & que nous
en avons peu qui s'atta
chent plus à apprendre
que M' l'Abbé de Dan
Kij
116 Voyage des Amb.
geau , il luy fit beaucoup
de queſtions , & fut fort
content de ſes réponfes
. Tous ceux qui ont eſt é
voir ces Ambaſſadeurs , &
qui estoient d'un rang à
les entretenir, en font revenus
tout remplisde leur
efprit, & l'on a vû juſques
à vingt Compagnies en
un meſmejour ſortiravec
une entiere fatisfaction
de leurs reparties, toutes
fpirituelles ,& toutes differentes.
Leur civilité n'a
deSiam.
117
pas moins brillé que leur
- eſprit , & dés qu'ils ont
- connu parmy ceux qui les
font venus voir, quelques
perſonnes qui meritoient
d'être diftinguées,ils n'ont
- pas manqué à redoubler
leurs honneſterez . Medu
5 Mets , Garde du Trefor
Royal, eſtant alle un jour
leur rendre viſite , ils le
prierent de diſner fi-toft
qu'ils ſçeurent quiil eſtoit;
-& comme il répondit qu'il
ne pouvoit avoir cet hon118
Voyage des Amb.
neur , parce que des affaires
preffées l'obligeoient
de s'en retourner , ils dirent
que s'il vouloit leur
faire cette grace, ils prieroient
qu'on avançaſt le
difner , ce qu'ils firent ,
Mª du Mers n'ayant pů
A
refifter à une civilité fi engageante
.
Quelques Dames étant
alléesles voir à Berny , ils
ſe ſouvinrent en les enrendant
nommer qu'ils
avoient vú dancer leurs
de Siam. 119
Enfans dans la Tragedie
des Jefuites . Ils demanderent
à les voir , on répondit
qu'on les leur meneroit
dés que le Roy leur
auroit donné Audience ,
& l'on ajoûta que s'ils
vouloient , on les envoyeroitjuſques
à Siam; à quoy
ils répondirent , qu'ils y
Seroient bien receus 2
gnitez . Un autre jour apourvûs
des plus hautes di--
]
vant qu'ils partiffent de
Berny, l'Affemblée ſe trou
120 Voyage des Amb.
va tres - nombreuſe , & il
y avoit un cercle de fort
belles Dames , ce qui fut
cauſe qu'on leur fit diverfes
queſtions pendant cetteApreſdinée
là. Ily en eut
qui leur demanderent.
pourquoy ils n'avoient
pas amené leurs Femmes
avec eux , & ils demanderent
à leur tour , s'il y en
avoit parmy elles qui vouluffent
faire ce voyage en
cas que leurs Marisfe trouvaffent
obligez d'aller à
Siam
de Siam. 121
Siam. Les plus jeunes &
les plus belles de la Compagnie
leur demanderent
s'ils vouloient bien les
prendre pour Femmes, ce
qu'ellescroyoient qui leur
ſeroit permis , puis qu'ils
pouvoient en avoir pluſieurs.
Ils repartirent, Que
nonseulement ils le vouloient
bien , mais qu'ils les
traiteroient avec la diftin-
Etion qu'elles meritoient,
Leur donneroient les plus
beaux Appartemens .
L
122 Voyage des Amb.
Comme on voulut les
railler ſur ce qu'ils avoient
juſqu'à vingt-deux Femmes
, le premier Ambaf.
fadeur dit, Qu'on ne devoit
point s'en étonner , que c'étoit
l'usage du Pays , &que
dans les lieux où les modes
s'établiſſfoient , on s'y accoûtumoit
infeniblement , de
maniere qu'avec le temps ,
elles ne paroiſſfoient plus étranges
,&que par exemple
s'il arrivoit que ce fuft un
jour l'usage queles Femmes
de Siam. 123
-
de France euffent vingtdeux
Maris, il croyoit qu'il
ne leur faudroit pas beaucoup
de temps pour s'accoûtumer
à cette mode , &
- qu'elles seroient ſurpriſes
qu'on y trouvaſt un jour à
redire , de mesme qu'elles
trouvoient aujourd'huy étrange
qu'ily euft des hommes
à Siam qui euffent un
fi grand nombre de Femmes.
Ainfi ils raillerent galamment
, & avec eſprit,
celles qui avoient cru les
Lij
1.24 Voyage des Amb.
embarraffer , ce qu'ils ont
fait pluſieurs fois .
Ils reçeurent un jour
une viſite d'une Compagnie
auffi brillante qu'illuſtre.
Il y avoit M² &
Madame la Princeſſe d'IG
finguen, Madame la Princeffe
de Bournonville , &
Madame la Marquiſe de
Lavardin . Les deux Princeſſes
eſtoient à cheval ,
en Jufte- au- corps & en
Peruques,& veſtuës enfin
comme les Dames l'efde
Siam. 125
-
-
toient dans les Repetitions
du Carroufel , &
comme elles font ordinairement
lors qu'elles
vont à la Chaffe avec le
- Roy. Elles ſe mirent en
cercle,&la converſation
fut auffi galante quefpirituelle.
Les Ambaſfadeurs
furent furpris de leur voir
- des habits fi differens de
ceux des autres Femmes ,
& en demanderent la rai .
fon . On les eclaircit làdeſſus
,& ils loüerent l'a
Liij
126 Voyage des Amb.
dreffe des Dames qui ſças
voient fi bien monter à
cheval ,& comme on s'aperçeut
qu'ils auroient
bien ſouhaité voir de ces
galantes Cavalcades , les
deux Princeſſes , & Mile
Prince d'Iffinguen s'offrirent
à leur donner ce
plaifir; ce qu'ils accepterent
, mais en faiſant paroiſtre
leur refpect , &
en marquant qu'ils n'auroient
ofé le demander.
Les Dames defcendirent
ॐ
127 de Siam.
S
en meſme temps , & les
Ambaſſadeurs ſe mirent
-fur les Balcons qui regardent
la court. M'le Prince
d'Iffinguen , les deux
Princeſſes , & quelques
Gentilshommes de leur
- fuite,monterent auffi- toft
e à cheval , & aprés avoir
- fait quelques tours dans
- la court , on ouvrit le Jardin
, afin que cette galan--
te Troupe euſt plus d'étendue
pour faire voir
fon adreſſe ; les Ambaſſa-
L. iiij
128 Voyage des Amb.
dcurs pafferent de l'autre
cofté, & s'allerent mettre
aux feneftres quidonnent
fur le Jardin . Ils curent
pendant un quart d'heure
le plaifir de voir l'adreſſe
avec laquelle cesilluftres
Perſonnes ſçavoient manier
leurs chevaux. Aprés
cette Cavalcade ils monterent
tous pour prendre
congé des Ambaſfadeurs.
Le Soupé eſtoit preft , &
les Ambaſſadeurs les prefferent
de fi bonne grace
de Siam. 129
:
de leur faire l'honneur de
demeurer à fouper , qu'il
Ieur fut impoffible de s'en
défendre . Ils cederent
e leurs Fautcüils aux Princoffes
, les fervirent pendant
tout le Soupé , &
- burent à leur ſanté. On
but auffi à celle du principal
Ambaſſadeur , &
e de fes vingt- deux Femmes
. On parla du nombre
, & l'on dit agréable-
- ment que c'eſtoit beaue
coup. Il répondit qu'elles
130 Voyage des Amb.
estoient fatisfaites de luy,
& dit en s'adreffant à un
homme qui estoit à table,
Ie pourrois bien, Monfieur,
vous apprendre le Secret
d'en avoir autant . maisje
craindrois que cela ne plût
pas à Madame vostre
Femme.
Les Diamans qu'environnoient
un Portrait
une qu'avoit au bras
Dame qui estoit de ceSoupé
, ayant obligé à le regarder
, on luy demanda
de Siam. 131
de qui estoit ce Portrait.
Elle répondit que c'eſtoit
| celuy de fa Mere,&l'Ambaſſadeur
dit qu'elle devoit
mettre le Portrait
de fon Mary à l'autre
bras . Je paſse par deſsus
beaucoup de reparties ſpirituelles
qu'ils ont faites
à d'autres perſonnes.
de qualité qui ont eſté les
voir à Berny , parce que
cela me meneroit trop
- loin , & que j'ay beaucoup
de chofes curieuſes
à vous dire .
Fermer
Résumé : Ils viennent à la Tragedie qu'on represente tous les ans au College de Loüis le Grand, & tout ce qui s'est passé à cet égard. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, alors à Berny, reçurent une invitation du Père de la Chaise pour assister à une tragédie intitulée 'Clovis' au Collège de Louis-le-Grand. Ils déclinèrent initialement, souhaitant d'abord rendre leurs respects au roi, mais acceptèrent finalement en raison de la sagesse du Père. Le jour de la tragédie, ils se rendirent incognito à l'Hôtel des Ambassadeurs pour se reposer. Ils furent impressionnés par la grandeur du théâtre et la multitude de personnes présentes. La tragédie comprenait un ballet en quatre parties, représentant les exploits d'Hercule et les actions du roi de France. Les ambassadeurs apprécièrent particulièrement les danses des enfants pensionnaires, dont ceux du Duc de Villeroy et du Chevalier d'Avaux. Après la représentation, ils reçurent diverses visites, notamment celle de l'Abbé de Dangeau, qui exprima son désir d'apprendre la langue siamoise. Les ambassadeurs montrèrent une grande civilité et esprit, répondant avec finesse aux questions et railleries des visiteurs. Ils assistèrent également à une cavalcade de princesses et dames françaises, qu'ils complimentèrent sur leur adresse à cheval. Lors d'un souper, ils burent à la santé des princesses et répondirent avec humour aux questions sur leurs vingt-deux femmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 319-338
Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié à vous marquer que lors qu'ils allerent [...]
Mots clefs :
Monsieur le Duc, Roi, Troupes, Ambassadeur, Ordre de bataille, Prince, Mandarins, Rois, Inclinations, Plaisir, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Compliment, Bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
J'ay oubliéà vous mar
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
quer que lors qu'ils alle
Dd iiij
320 Voyage des Amb.
rent chez Mademoiſelle
d'Orleans , ils demanderent
à voir Madame de
Guife. Cette Princeffe, qui
avoit alors quelque indifpoſition
, leur fit faire excuſe
de ce qu'elle ne pouvoit
les recevoir. Ils auroient
eſté dés ce temps
là chez Monfieur le Duc,
mais cePrince n'eſtantpas
àParis, ils attendirent fon
retour deVerſailles . Mrde
Bonneüilles conduifit , &
Son Alteffe Sereniffime
de Siam.
321
leurdonnaAudience dans
fon Appartement bas de
l'Hôtel deCondé. On leur
fit compliment de ſa part
lors qu'ils deſcendirent de
caroffe , & Monfieur le
Ducles reçût à la ſeconde
porte de l'Appartement.
Ils estoient reveſtus de
toutes les marques de leur
Dignité ,& tous les Mandarins
avoient leurs Bonnets
de Ceremonie.Si- toft
qu'ils apperceurent ce
Prince,ils firent trois incli322
Voyage des Amb.
nations tres - profondes ,
les mains jointes & élevées
juſques à leur front.
Il traverſa enfuire avec
cux ſept ou huit Antichambres
, & Chambres
magnifiquement meublées
, & ils trouverent
dans un grand Cabinet
deftiné pour l'Audience,
trois Fauteuils d'un coſté,
&un autre vis à vis . Avant
que de commencer
leur Complimeut , ils fi
rent encore trois inclinade
Siam.
323
tions comme ils avoient
fait en entrant , & aprés
un Compliment remply
d'éloges de Monfieur le
Duc , auquel fon Alteſſe
répondit , ils commencerent
une Converſation
qui fut admirée & louée
tout haut de tous ceux
qui l'entendirent .J'en parle
comme témoin , & vay
vous rapporter en peu de
paroles , ce qui ſe dit pendant
trois quart- d'heures
qu'elle dura. Monfieur le
324 Voyage des Amb.
Duc dit d'abord , que ce
que Mle Chevalier de
Chaumont avoit rapporté
à Sa Majefté du Roy
de Siam , joint aux honneurs
,& aux bons traitemens
qu'il luy avoit faits ,
augmenteroit l'amitié qui
eſtoit entre les deux Rois.
Ils ne répondirent à cela
que par de profondes inclinations
, comme ils avoient
fait , lorſque Monfieur
le Ducavoit parlé de
chaque Roy , ou des deux
de Siam.
325
イ
Rois enſemble. Ce Prince
leur dit enſuite qu'ils avoient
vù quelques Troupes
du Roy à Maintenon,
& leur demanda comment
ils les trouvoient.
Le premier Ambaſſadeur
répondit , qu'il ne croyoit
pas qu'on en puſt voir de
plus belles , mais que cepen--
dant elles ne l'avoient point
furpris , puis qu'on ne peut
penfer trop de bien desTroupes
à qui le Roy a apris à
vaincre. Monfieur le Duc
326 Voyagedes Amb.
repliqua , que puis qu'il
trouvoit ces Troupes fi
belles , il feroit à ſouhaiter
que Siam ne fuſt pas fi éloignéafin
qu'elles s'y pufſent
plus facilement tranfporter
en cas de beſoin .
L'Ambaſſadeur repartir ,
Que Dieu ayant déja fait
un miracle en liant les deux
Rois d'une étroite amitié,
malgré le grand éloignement
de leurs Etats , il en
pouvoit faire encore un autrepour
le transport de ces
de Siam.
327
-
1
Troupes. Son Alteſſe luy
demanda quel ordre de
Bataille obſervoient les
Siamois , & s'il eſtoit à
peu prés le meſme qu'en
ce Pays- cy . L'Ambaffadeur
fitalors avec ſa Cane
la demonstration d'une
Armée Siamoiſe en Bataille.
Monfieur le Duc luy
fit des objections fur les
défauts qu'il y trouva , &
luy fit voir que les aifles
d'une Armée en maniere
de croiffant , ainſi qu'il
1
328 Voyage des Amb.
les luy avoit marquées, é
toient preſque toûjours
batues en détail , parce
que peu de Soldats pouvoient
combatre à la fois,
au lieu que nos Troupes
eſtant de front ont beaucoup
plus de force . L'Ambaſſadeur
donna quelques
raiſons pour combattre
celles de Monfieur
le Duc Cependant comme
il ne trouva pas luymeſme
fes raiſons affez
fortes , il fe retrancha fur
de Siam.
320
ce qu'il n'avoit pas pr
tendu dire que leurs Ar
mées estoient tout à faic.
en croiffant & dit qu'elles
étoient bien plus en ovale.
Monfieur le Duc repartit
, que pour ſuivre cet
ordre de Bataille , il faloit
que les Armées euffent un
front égal , puiſque celle
qui en auroit un plus
grand envelopperoit l'autre.
L'Ambaſſadeur repliqua
, Que leur ordre de Bataille
n'estoit pas toûjours le
Ee
332 Voyage des Amb.
mesme , & qu'ils le changeoient
selon qu'ils Sçavoient
que leurs Ennemis
avoient plus ou moins de
Troupes ; qu'ils avoient des
ordres de Bataille pour les
Montagnes, pourles vallées
& pourles lieux étroits , &
qu'il y avoit en leur Pays
beaucoup de Livres qui
marquoient ces divers ordres.
Monfieur le Duc avant
que de pouffer plus
loin la matiere , leur fit
quelque excuſe de toutes
1
de Siam.
331
les queſtions qu'il faiſoir
&dit que c'eſtoit à cauſe
de l'eſtime qu'il avoit
pour le Roy leur Maiſtre ,
&pour les Ambaffadeurs,
& par le plaifir qu'il prenoit
à les entendre Ils firentune
profondeinclination
,& ce Prince pourfuivit
en demandant la
maniere d'armer les Elephans
L'Ambaffadeur la
luy expliqua , & luy die
meme qu'on y mettoir
du Canon. Monficut le
Ecij
332 Voyage des Amb.
,
Duc alla au devant de ce
qu'on luy dit là- deffus , &
expliqua luy-mefme plufieurs
chofes.Ce Princedemanda
enfuite combien il
y avoit à peu prés de chevaux
dans Siam , & d'où
ils venoient , ce qui les fir
entrer dans le détail d'une
Guerre , qui eft prefentement
dans le Royaume
de Camboie , Monſieur
le Duc luy fit plufieurs
queſtions qui firent
paroiſtre fon eſprit,& la
de Siam.
333
connoiſſance qu'il a de
de 1 Hiftoire . Ce Prince
demanda en ſuite s'ils
faifoient des Prifonniers
dans le Combat, ou s'ils
ne donnoient point de
quartier , & fi quand ils
avoient fait des Prifonniers
, en cas que ce fuft
leur maniere, ils les échangeoient.
L'Ambaſſadeur
répondit , Qu'ilsfaisoient
des Prisonniers , mais
qu'ils attendoient que la
Guerre fust finie pour les
334 Voyage des Amb.
rendre. Monfieur le Duc
eut la bonté de dire du
bien de deux Mandarins
qu'il avoit vûs àVerſailles,
lors qu'ils eſtoient allez y
conduire les Prefensavant
le jour de l'Audience des
Ambaſladeurs . Ils marquerent
que ces Mandarins
leur avoient rémoigné
l'honneur qu'il leur
avoit fait , dont ils le remercioient
tres-humblemenr.
Monfieur le Duc
leur dit enfuite qu'ils efde
Siam.
335
toient fur le point de partir
pour aller paffer quelques
jours à Verfailles ,&
qu'il avoit pris tant de
plaifir dans leur converfation
, qu'il vouloit les entretenir
encore quandsils
yferoient ,& fe promener
avec eux . L'Ambaſſadour
répondit , Qu'ils attendroient
ſes ordres là-deſſus,
& que c'estoit à luy à leur
faire sçavoir quand il luy
plairoit qu'ils euffent cet
bonneur. La converſation
336 Voyagedes Amb.
finit là, fans que perſonne
ſe levaſt , ce qui fut cauſe
que M' l'Abbé de Lionne,
qui avoit fervy d'Interprete
, dit à Monfieur le
Duc , que les Ambaffadeurs
ne feleveroient pas
qu'il ne felevaſt , & ils fe
leverent tous en meſme
temps. Ils firent encore
trois profondes inclinations
telles qu'ils les avoient
faites en entrant ,
& avant que de s'affeoir .
Monfieur le Duc voulut
les
de Siam.
337
Jes reconduirejuſques à la
meſme porte où il les avoit
reçeus , quelque inſtance
qu'ils fiffent pour
l'en empefcher. Ils firent
de pareilles inclinations
pareilles
en le quittant , & furent
reconduits par les Gentilshommes
de la Maiſon qui
lesavoient reçeus à la defcente.
Ils fortirent non
ſeulement charmez de
l'efprit de Monfieur le
Duc , mais encore ravis
de ce qu'il avoit eu la
Ff
338 Voyage des Amb.
bonté de les entretenir ,
& dirent que rien ne pouvoit
leur faire plus de plaifir
que cet honneur .
Fermer
Résumé : Audience donnée par Monsieur le Duc à ces Ambassadeurs, avec le détail de la conversation que ce Prince a euë avec eux. [titre d'après la table]
Le texte relate une audience accordée par Monsieur le Duc d'Orléans aux ambassadeurs de Siam. Initialement, les ambassadeurs souhaitaient rencontrer Madame de Guise, mais celle-ci était indisposée. Ils attendirent ensuite le retour de Monsieur le Duc de Versailles. L'audience se déroula à l'Hôtel de Condé, où les ambassadeurs furent reçus avec tous les honneurs dus à leur dignité et effectuèrent plusieurs inclinations profondes en signe de respect. Lors de l'audience, Monsieur le Duc souligna l'amitié entre les rois de France et de Siam, renforcée par les honneurs et les bons traitements accordés à l'ambassadeur Chevalier de Chaumont. Les ambassadeurs répondirent par des inclinations. La conversation porta ensuite sur les troupes françaises vues à Maintenon, que les ambassadeurs trouvèrent impressionnantes. Monsieur le Duc exprima le souhait que les troupes puissent être transportées plus facilement en Siam en cas de besoin. La discussion se poursuivit sur les ordres de bataille des armées siamoises et françaises. Les ambassadeurs expliquèrent les différentes formations utilisées en fonction du terrain et des ennemis. Monsieur le Duc fit des objections sur les faiblesses de certaines formations, mais les ambassadeurs défendirent leur efficacité. L'audience se conclut par des questions sur l'armement des éléphants, le nombre de chevaux en Siam, et les pratiques concernant les prisonniers de guerre. Monsieur le Duc exprima son désir de continuer la conversation à Versailles et les ambassadeurs acceptèrent avec gratitude. L'audience se termina par des inclinations profondes et des remerciements mutuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 327-343
Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Début :
Pendant le sejour qu'ils ont fait à Versailles, ils ont [...]
Mots clefs :
Audiences, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Audience, Ordres, Plaisir, Flandres, Affaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant le ſejour qu'ils ont
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
fait à Verſailles , ils ont eſté
pluſieurs fois chez Monfieur
le marquis de Seignelay , qui
les a eſté voir à Clagny. Il y
a eu des Audiances de ceremonie
& des entreveuës
pour parler d'affaires. Comme
pendant tout ce temps,
il s'eſt à peine paffé une heure
dans chaque journée , ſans
qu'on leur ait fait voir quelque
choſe de nouveau , il ſe
trouva que le jour deſtiné
pour la premiere Audience
Cciij
3:14 Suite du Voyage
que ce Marquis leur donna,.
l'eſtoit auſſi pour quelque
promenade qu'ils devoient
faire avant que d'y eftre conduit.
Ainſi ils en firent d'abord
quelque difficulté, ayant
de la peine à ſe refoudre à
rien faire avant cette viſite,
qui puſt leur donner quelque
plaifir. Ils firent meſme témoigner
à Monfieur de Seignelay
les ſentimens où ils
eſtoient là- deſſus. Lorſqu'ils en
eurent Audience , ils luy dirent,
qu'ily avoit longtemps qu'ils
Souhaitoient de voir arriver les
jour dans lequel ils pûffent leremercier
de tous les bons offices qu'il
des Amb. de Siam.
315
leur avoit rendus , &de tous les
ordres qu'il avoit donnez en leur
faveur , & qu'ils avoient le coeur
plein de reconnoiffance de toutes les
bontez qu'il avoit euës pour eux..
Monfieur de Seignelay repliqua
, que bien qu'il ne les eût
pas encore rvûs , il pouvoit les
affeurer qu'il avoit pris toute la
part poſſible à tout ce qui les regar--
doit, &qu'ils'y estoit employé avec
plaisir , qu'il estoit ravy d'apprendre
qu'ils euffent esté contens des
Soins qu'il avoit pris pour lesfaire
recevoir : Que toutes les raiſons
du monde l'obligeoient à les fatisfaire
en toutes choses : Que le
Roy luy avoit commandé plus
316 Suite du Voyage
d'une fois qu'on n'oubliaft rien
de ce qui pourroit leur estre
agreable qu'il foubaitioit
que tout eût efté executé ſelon les
ordres de Sa Majesté , &sespropres
inclinations.Ils répondirent,
qu'il ne devoit avoir aucune inquietude
là-deſſus , qu'ils avoient
Sujet d'eſtre contens de tous ceux
qui avoient executé ſes ardres ;
mais qu'ils l'estoient extrêmement
de Monfieur Decluzeaux Intendant
à Brest , & de Monsieur
Torf. Ils ſe loüerent fort de
ce dernier , & même à differentes
repriſes , & s'adreſſant
enfuite à Monfieur de Seignelay,
ils luy dirent, Que leRoy ne
fe
des Amb. de Siam.
317
trompant jamais dans ſon choix
pour l'execution de ſes ordres
ils s'eftimoient fort heureux d'avoir
à traiter avec un Ministre
d'une si grande prudence
& qui paroiſſoit disposé à les
aimer favorablement ; & qu'ils
ne doutoient point que cela ne
Servist beaucoup à entretenir
à augmenter la bonne amitié des
deux Rois .Monfieur de Seignelay
leur repartit , Qu'il ne dou
toit point que cette amitié ne s'augmentat
, parce qu'il sçavoit que
le Roy fon Maistre se plairoit
toûjours àfaire tout ce qui seroit
agreable au Roy de Siam , &
qu'il estoit persuadé que ce Mo-
Dd
318 Suite du Voyage
marque se feroit auſſi de son côté
un plaisir de ce que Sa Maiesté
pouvoit defirer de luy fur la Religion
Chreftienne , & fur le Commerce
de ſes Suiets. Il leur dit
enfuite , Qu'il avoit commencé à
s'intereffer pour eux afin deſuivre
les Ordres du Roy , à la confideration
du Roy leur maître; mais
que bien que tant de raiſons &son
devoir l'yengageaſſent,il s'yfentoit
encore plus porté depuis qu'il avoit
ouy dire tant de bien d'eux par le
merite de leurs propresPersonnes.
Ils marquerent une extrême
reconnoiſſance pour
des paroles ſi obligeantes , &
remercierent enſuite Mf de
des Amb. de Siam.
319
Seignelay de la bonne reception
qu'il avoit faite aux deux
Mandarins qui estoient icy il
y a deux ans , & des foins
qu'ils en avoit pris , & luy dirent
qu'ils avoient eſté tresagreables
au Roy de Siam,
Aprés cela on ſervit uneCollation
fort magnifique .
Madame la Princeffe d'Eſpi
noy , Meſdames les Ducheſſes
de Chevreuſe , de Beauvil
liers & de Mortemar , avec
Meſdames de Seignelay & des
Grignan , ſe mirent à table
avec eux , & l'honneur que
ces Dames leur firent , leur
donna beaucoup de joye .
Ddij
320 Suite du Voyage
Quoy que l'Ambaſſadeur
n'euſt vû Madame de Seignelay
que dans la fcule , &
fans qu'elle vouluſt eftre connuë
, il ne laiſſa pas de marquer
qu'il la reconnoiffoit &
luy fit là-deſſus un Compliment
fort galant , & dans le
quel il parla fort à propos de
fon merite.
Le jour que Monfieur de
Seignelay leur rendit viſite
chez eux , aprés les premiers
Complimens de part & d'autre
qui furent fait en peu de paroles
, il leur dit , Qu'il estoit
perfuadé qu'il auroit beaucoup
de plaisir à lier avec eux une
:
des Amb. de Siam . 321
longue conversation ; mais qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien
employer ce temps à parler d'affaires,
ce qu'ils feroient s'ils eftoient
feuls. Les Ambaſſadeurs
ayant témoigné beaucoup de
joye de cette propofition ,
chacun ordonna à ſes Gens
de fe retirer ; & ceux que la
curioſité avoir fait venir à
cette Audience , ſe retirerent
auffi .
Les Ambaſſadeurs eftant
allez chez Monfieur de Seignelay
quelques jours aprés,ils ne
le trouverent point , de forte
qu'ils furent obligez de l'attendre.
Il revint ,& leur dit,
Dd iij
3.22 Suite du Voyage
4
qu'il ne ferost pas forty si leRoy
ne l'eust envoyé querir. On
s'entretint de la magnificence
de Verſailles. L'Ambaſfadeur
dit , Qu'ily avoit dans
l'Orient quelques beautez difper-
Sées ; mais qu'on ne pouvoit voir
qu'à Versailles toutes cellesqu'ilsy
admiroient , &qu'ilſembloit que
Dieu n'eust passeulement donné au
Roy une grande puiſſance & ungénie
extraordinaire , mais encore
qu'il eust pris plaisir àfaire naître
fous ſon Regne dans toutesfortes
de Profeßons des Perſonnes capables
d'executer tout ce qu'il voudroit
entreprendre de magnifique &de
د
Surprenant.Monfieur de Seigne
des Amb. de Siam. 323
lay leur dit, Que Versailles estoit
veritablement la plus belle chofe
qu'ily eust en Europe ; mais qu'avant
le Regne du Roy , aucun de
ſes Predeceffeurs n'avoit porté la
magnificence au point où ils la
voyoient ; & que ce qu'il y a-
-voit de plus admirable &de plus
incomprehensible , estoit que le
Roy avoit fait bâtir Versailles
dans le meſime temps qu'il estoit
occupé à faire fortifier un tresgrand
nombre de Places : deforte
que c'eſtoit un des moindres Ouvrages
de Sa Majesté , qui ſoustenoit
auſſipendant le cours de toutes
ces grandes dépences , une glorieuse
Guerre contre la plupart des
Dd iiij
324 Suite du Voyage
Puissances de l'Europe liquées contre
luy , qu'il avoit obligées à recevoir
la Paix. Il leur parla enfuite
du Voyage qu'ils avoient
ſouhaité de faire pour voir les
Conquétes duRoy,& leur dit,
Que Sa Majesté l'avoit diminué ,
ne les faisoit aller qu'en Flandres,
de peur que lesfatigues de ce
Voyage dans une Saiſon fâcheuse ,
ne les incommodaffent.L'Ambaffadeur
répondit , Qu'il auroit en
une confolation particuliere de pouvoir
voir toutes les Conquestes du
Roy,quoy qu'à la verité ils nefuf-
Sent pas accoûtumez aux grands
froids ; mais qu'ayant veu les Places
de Flandres , ils pourroient en
des Amb. de Siam .
325
voir davantagefile froid n'estoit
pas trop violent, &laſaiſon trop
incommode. Enfuite Monfieur
de Seignelay leur dit , Qu'il
leur conſeilloit de prendre toutes
les précautions poffible contre le
froid. Pour moy , quoyque
j'en aye pris de tres-grandes
pour porter l'hiſtoire de cette
Ambaſſade plus loin dans
cette Lettre , il m'a eſté impoſſible
d'y faire entrer tout
ce qui regarde le Voyage des
Ambaſſadeurs à Verſailles. Il
me reſte des chofes tres- particulieres
à vous dire du Chenil
, & de la grande & petite
Ecurie ; & vous trouverez
Dd iiij
2 ds
326
dans ces
articles un
détail
dont
Suite du
Voyage
perſonne n'a
point
encore parlé
, &
qui
vous
marquera la
grandeur du
Roy.J'y
joindray
tout ce
que les
Ambaſſadeurs
ont
veu ,
fait & dit à
Paris ,
depuis
leur
retour de
Verſailles
,
juſqu'à
leur
départ
pour
Flandres ; &
dans la
même
Lettre je
vous
parleray de
tout
ce qui
s'eſt
paffé
pendant
ce
Voyage, & des
receptions
qui
leur
ont
eſté
faites
dans
tous
les
Lieux où ils ont
paffé.
Vous y
verrez des
choſes
nouvelles &
tres -
avec des
deſcriptions de
Fêtes curieuſes ,
galantes .
Cependant
comme
des Amb. de Siam. 327
je ſuis exact à vous tenir ma
parole,&que dans mapremiere
Relation ( dont celle - cy
n'eſt que la ſuite ) je ne vous
ay point envoyé le Diſcours
que les Ambaſſadeurs firent
au Roy le jour qu'ils curent
Audience de Sa Majeſté pour
la premiere fois ; voicy dequoy
contentervôtre curioſité
la-deſſus.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé dans les trois Audiences qu'ils ont euës de Mr de Seignelay, [titre d'après la table]
Pendant leur séjour à Versailles, les ambassadeurs du Siam ont rencontré à plusieurs reprises le marquis de Seignelay, qui les a également reçus à Clagny. Des audiences cérémonielles et des entretiens ont été organisés pour discuter des affaires. Les ambassadeurs ont exprimé leur gratitude envers Seignelay pour ses bons offices et les ordres donnés en leur faveur. Seignelay a assuré les ambassadeurs qu'il avait agi selon les ordres du roi de France pour veiller à leur bien-être. Les ambassadeurs ont loué l'intendant Decluzeaux à Brest et Monsieur Torf, ainsi que la prudence et la disposition favorable de Seignelay, qui renforcerait l'amitié entre les deux rois. Seignelay a répondu que l'amitié entre les rois s'accroîtrait, car le roi de France se plairait toujours à faire ce qui serait agréable au roi de Siam. Il a mentionné son intervention en leur faveur pour suivre les ordres du roi et par considération pour le roi de Siam. Les ambassadeurs ont marqué leur extrême reconnaissance et ont remercié Seignelay pour la bonne réception des mandarins deux ans auparavant. Une collation magnifique a été servie, à laquelle ont participé Madame la Princesse d'Espinoy et plusieurs duchesses. Lors d'une visite de Seignelay chez les ambassadeurs, ils ont discuté d'affaires en privé après avoir renvoyé leur entourage et les curieux. Les ambassadeurs ont ensuite rendu visite à Seignelay, qui les a informés qu'il n'aurait pas été présent sans l'ordre du roi. Ils ont discuté de la magnificence de Versailles, l'ambassadeur soulignant que seules les beautés dispersées dans l'Orient ne pouvaient égaler celles de Versailles. Seignelay a expliqué que Versailles était le plus bel endroit d'Europe et que son règne avait porté la magnificence à un niveau sans précédent, tout en menant une guerre glorieuse contre plusieurs puissances européennes. Seignelay a également parlé du voyage des ambassadeurs pour voir les conquêtes du roi, réduit à la Flandre pour éviter les fatigues d'une saison difficile. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir toutes les conquêtes, malgré les froids auxquels ils n'étaient pas habitués. Seignelay leur a conseillé de prendre des précautions contre le froid. Le texte mentionne également des détails sur le voyage des ambassadeurs à Versailles, leurs activités à Paris, et les réceptions qu'ils ont reçues.
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20
p. 59-62
Ce qui s'est passé à Monloüis le jour qu'ils y ont esté regalez par les Jesuites. [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain ils allerent accompagnez des Mandarins, à la Maison [...]
Mots clefs :
Mont-Louis, Jésuites, Pères, Père de La Chaise, Roi, Plaisir, Évêque de Beauvais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Monloüis le jour qu'ils y ont esté regalez par les Jesuites. [titre d'après la table]
Le lendemain ils allerent
accompagnez des Mandarins,
à la Maiſon des Peres Jeſuïtes,
dite Monloüis, ſituée ſur
une hauteur au de-là du Fau
60 III . P. du Voyage
bourg S.Antoine ; & aprés s'y
eſtre promenez pendant quelque
temps , on leur fervit un
dîner fi bien entendu & fi
magnifique, qu'ils dirent que
l'on ne pouvoit traiter avec
plus de magnificence & de
propreté. Le R. Pere de la
Chaife , Confefleur du Roy,
faifoit les honneurs de la
Maiſon. Il y eut concert de
Voix & d'Inftrumens pendant
le repas. Comme ils eftoient
dans un lieu fort élevé
au deſſus de Paris, ils prirent
beaucoup de plaifir à
regarder cette grande Ville,
des Amb. de Siam. 61
qui forme de ce coſté là un
des plus beaux aſpects qu'on
ſe puiffe imaginer ; & ayant
beaucoup de memoire, & l'imagination
tres-forte, ils remarquerent
la pluſpart des
lieux où ils avoient eſté . Mr
l'Eveſque de Beauvais, qui ſe
trouva ce jour là au ineſme
lieu , ſe fit un plaifir de leur
converſation. Ils remonterent
en carroſſe ſur les cinq
heures du ſoir , aprés avoir
fait au R. Pere de la Chaiſe,
&aux autres Peres qui l'accompagnoient,
beaucoup de
remercîmens de la reception
62 III. P. du Voyage
qu'ils leur avoient faite : &
ces Peres marquerent de leur
coſté, qu'il leur eſtoit impof
fible de faire affez de chofes
qui leur fuſſent agreables,
pour bien reconnoiftre les
bontez toutes fingulieres que
le Roy de Siam & fes Minif
tres ont pour les Miſſionnaires
de leur Compagnie.
accompagnez des Mandarins,
à la Maiſon des Peres Jeſuïtes,
dite Monloüis, ſituée ſur
une hauteur au de-là du Fau
60 III . P. du Voyage
bourg S.Antoine ; & aprés s'y
eſtre promenez pendant quelque
temps , on leur fervit un
dîner fi bien entendu & fi
magnifique, qu'ils dirent que
l'on ne pouvoit traiter avec
plus de magnificence & de
propreté. Le R. Pere de la
Chaife , Confefleur du Roy,
faifoit les honneurs de la
Maiſon. Il y eut concert de
Voix & d'Inftrumens pendant
le repas. Comme ils eftoient
dans un lieu fort élevé
au deſſus de Paris, ils prirent
beaucoup de plaifir à
regarder cette grande Ville,
des Amb. de Siam. 61
qui forme de ce coſté là un
des plus beaux aſpects qu'on
ſe puiffe imaginer ; & ayant
beaucoup de memoire, & l'imagination
tres-forte, ils remarquerent
la pluſpart des
lieux où ils avoient eſté . Mr
l'Eveſque de Beauvais, qui ſe
trouva ce jour là au ineſme
lieu , ſe fit un plaifir de leur
converſation. Ils remonterent
en carroſſe ſur les cinq
heures du ſoir , aprés avoir
fait au R. Pere de la Chaiſe,
&aux autres Peres qui l'accompagnoient,
beaucoup de
remercîmens de la reception
62 III. P. du Voyage
qu'ils leur avoient faite : &
ces Peres marquerent de leur
coſté, qu'il leur eſtoit impof
fible de faire affez de chofes
qui leur fuſſent agreables,
pour bien reconnoiftre les
bontez toutes fingulieres que
le Roy de Siam & fes Minif
tres ont pour les Miſſionnaires
de leur Compagnie.
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Résumé : Ce qui s'est passé à Monloüis le jour qu'ils y ont esté regalez par les Jesuites. [titre d'après la table]
Le lendemain, les ambassadeurs de Siam, accompagnés de mandarins, se rendirent à la Maison des Pères Jésuites, appelée Monloüis, située au-delà du bourg Saint-Antoine. Après une promenade, ils furent invités à un dîner somptueux, qu'ils jugèrent d'une magnificence et d'une propreté inégalables. Le Père de La Chaise, confesseur du roi, les accueillit et leur fit visiter les lieux. Un concert de voix et d'instruments anima le repas. Les ambassadeurs admirèrent Paris depuis la hauteur du lieu, appréciant sa beauté et ses aspects mémorables. L'évêque de Beauvais, présent ce jour-là, prit plaisir à converser avec eux. Vers cinq heures du soir, après avoir remercié le Père de La Chaise et les autres Pères pour leur accueil, les ambassadeurs remontèrent en carrosse. Les Pères Jésuites exprimèrent leur désir de faire plaisir aux ambassadeurs pour reconnaître les bonnes dispositions du roi de Siam et de ses ministres envers les missionnaires de leur Compagnie.
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21
p. 98-110
LOUIS. ECLOGUE.
Début :
Ce n'est point assez de vous avoir donné en Prose un abregé / Dans les vastes jardins de ce charmant Palais [...]
Mots clefs :
Iris, Yeux, Célimène, Dieu, Louis XIV, Gloire, Éloge, Louer, Plaisir, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOUIS. ECLOGUE.
Ce n'est point assez de vous
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
mmmB$mm$mm
LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
avoir donné en Prose un abre^é des surprenantes Mer
veilles du Regne du Roy ,, il
faut encore vous en fai.e voir
un Eloge en Vers dans une
Eclogue qui a l'approbation
de tous ceux qui s'y connoif,
09
sent. Elle: «ft de nllustrc
Madame des Houliercs. Ce
hom vous répond de lá beaiixé de rOuvrage. .> > .
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LÔ O í S.
"V,
È C L O G X3 E.
vastes jardins de ce
^ {ckâfmani Palais
- átSSf Á Zephirs , les Nayaits &
Flore i'..
n OntHfvlu de ne quitter jamiis,
Jj.p&ÇeUwne au lever de l' Au
rore
Qh/xntoient ainjt LQfVjS fous un
ombrage épais* , \...á
Iij
ìoo MERCURE
C ELI MENE.
Admirez^ cet amas superbe
D'Baux, de Marbres & d'Or qui
brillent à nos yeux, .,
Etde íAntiquité ces restes .précieux;
Cttte terre oà naguere à peine
croijsoit l'htrbe , " . ""'
QtíhnmeBoit feulement seau qui
tombe des Cieux ,»-.
Par leponvoir d'un Prince en tout
semblable aux Dieux ,
Renferme danssonsein mille &mìUe
: ; ' Noyades, , '. '>
Se pare des plus belles pleurs-*
Etpour elle Pomone & les pîamadryades
Sont prodigues de leurs faveurs.
-'' ZOV/S, plus grand qu'on ne
figure
Le Dieu qui préside aux Com
bats y
V : v
'»•'*
.'GALANT, ioi
De cent Peuples vaincus augmente
L. . 'ses Estais ,
Maisil est dans ces lieux Vainqueur
de la Nature.
IRIS. .
par ses rares Vertus yos yeux fout
éblouis$
Il faut en parler pour vous
.v * plaire^
On vous voity quoy qu'on fuisse
~1 . fan* i
Revenir toujours à ZOVlS.
CELIMENE,
D'un fijuste panchant bien loin dr
me défendre ,
^e fi**t. gloire de l'avouer,
fris y il est plus fort qu'on ne le peut
comprendre: ' [dre
Monpltis douxplaisir est d'enten-
%oiier ce Conquerantpar qui fçait
bien louer. ,.'.....
I H)
loi MERCURE
Malgré moy nepouvant hsuivre
Dans sesprompts &fameux Ex^
píoits y ... ; • .
jse ne pus me résoudre à vivre
Inutile au plus grand des Rois.
D'une noble audace animée
j4 fa gloire en secret jfi confacray.
mes jours 3
Et pour faire en tous lieux voler.
. fa renommée , t.
Des neuffcavantes Sœurs j'implaV ray le secours.
Tris , pour ces foins Heroïque*. .
Je negligeay les autres foins. '. ^
Mes infortunes' domestiques.
JEn'ftftt de fideHes témoins^
IRIS.
Le beàti xele qiti vous anime
Yvus empêche de voir quel
votes coures
GALANT, ioj
Vos •veilles , vos transports vous
rendent la v'iUime
De ce Roy que vow adorez^
CELsMENE» . •
Jíi! que fais-je four luyque
nivers ne faffe l
Depuis les Climats oi la glace
Enchaifne la fureur des Mers 3
jusque ddns les Climats oâ l'ar
deur est extrême,
Est.il un souple. qui ne fctime,
Etqui riait fas fur luy toujours les
yeux ouvertsì
IRIS.
jp U fcay. Cependantfi vous vjbh~
Uezjrìen croire.
CE LIME N E.
'^/fh ! changes dediscours , vosf*in£
font superflus ,
l
io4MER€URE ■
Avec moy celebrez^ fa gloire ,
Ou je ne vous écoute flus.
IRIS.
Hébien , deses hauts faits rappel
ions la memoire.
Qtfils font beaux , q» ils font
éclatans! .
ll a plus d'une fois foudroyé les
Titans.
Sa pieté rempórte, une pleine «jL
íknre
Sur un Monflrc orgueilleux que ref
'. fcitait le temps.
Il riefl pour luy rien d'impoJfìble>
Mais il efi plus charmant encor qu'il
n'est terrible,
Et jamais son abord ria fait de
Mècontcns. »
CELIMENE.
// Je laisse attendrir^ quefans crain
te on fe plaigne ,
GALANT, iof
Tous les malheureux font oììis.
Quel bonheur eCefire néfous son au*
guste Regne !
Que je fcay biengoâtcr ce bien dont
je jouis!
Quels que soient mes malheurs, je
' n'envie à pet sonne
Lefafie & les amis que la fortune
donne ,
Chanter ZOVlS LE GRAND
' borne tous mes dcjirs.
Ce plaisir oà je m'abandonne
Me tient lie» de tous les plaisirs*
iris. ; .
Un Roy de ces lointains Rivages
Que dore le Soleil de fes premiers
rayons >
Par de magnifiques hommages
Confirme de Z&V/S ce que nous:
en cryonSy
fol MERCURE
CELIMENE.
En vaindes diverses Provincer
Qui voudroient se soumettre aux,
Loix de ce Heros , . ^
Les jaloux &superbes Princes
S'unissent pour troublerfonglorieux
repos. . v
Si par des eforts témeraires
Ils violent la Paix dont LOVAIS
efttappuy,,
Quel Dieu peut les sauver de ces
vastes miseres
Que le fort des Vaincus traisne en
fouie après luyl
ÏRIS.
Qwnd U Ciel menaçait une teste.
fi chere
CELIMENE.
Ab! cruelle Iris, taifex^vous r
.%te renouvelle^ point une douleur
amere.
GALANT. 107
De tous fes mauxpaffez^je perce le?
myfierc.
Xl estoit regardé comme un Dicut
parmy nous s
Et de fes facrendroits jaloux
Ze Ciel nous afait voir unefi belle
Vt*.
Aux infirmitez^afsèrvïe.
Mais enfin que gagna son injuste
couroux ì
ZOljlS ne ploya point fous ces>
terribles coups..
A quelques projets qu'il s'atta-
.V . \. ehe y
Quelque soit le peril qui menace
"*; " .• ' fes jours , .*. '
On ne fçait oà l'homme se cache.
.Mais le Jieros paroist toujours t
«^» Pan ,fxtvy deplus d'un Satyre\r
A ces mots parut à leurs yeux*,,
ic8 MERCURE
Et leur donna l'effroy que la pudeur
inspire
\Au redoutable aspect de ces folafires Dieux.
Souffrez^que fous d'heureux frè~
sages > >\ », ;\ .
JTymphes , leur dit ce. Dieu des
Bois , .. ..
jfe mêle dans ces verds boccages
Mes doux concerts à vos char
mantes voix. .
Chantons le plus aimable & le plui
. grand des Rois.
Des Dieux mefmes LOVlS merix. .te les hommages^ ,
Rajjeurez^ vos esprits , ne craigne^
point d!outrages
•se ne suis point icy ce que je sui$
aittenrs , ;,.
ilfaut s y faire violence ,
De LOVlS íauguste presence
GALANT- 509
Est un terrible frein pour les mau
vaises mœurs.
Venez^ donc avec confiance
Chanter encore un Roy qui regne
fur les Cœurs.
Ahì fans la frayeur qui nuglacet
Luy dit lors Celimene avec unfies
,M foufris , \ . , .
J'oserois bien du chant vous difputer le prix.
2Tè condamnes point mon atedace, y;
Vos chalumeaux ont d'agreables
fonsi .
Mais quand ZOVlS ZE
ïGRAND anime mes chansons\
^Vi le disputerois me/me au Dieu
. du Parnasse. '
Alors plus vifie que le Fan
2Tefuit fardent Chasseur qui des
j " yeux le devore ,
ho MERCUR1
D'Iris suivie elle abandonna.
Pan y
Et fut refver ailleurs au^ Héros
qu'elle adore.
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Résumé : LOUIS. ECLOGUE.
Le texte présente une églogue en vers qui célèbre les mérites et les exploits du roi Louis XIV. Cette œuvre, approuvée par Madame des Houlières, est un éloge poétique des réalisations du règne du roi. L'action se déroule dans les jardins du château de Versailles, où des personnages mythologiques comme les Zephyrs, les Nymphes et Flore sont présents. Les personnages, tels que Célimène, Mercure, Iris et un Galant, admirent les beautés et les réalisations du roi. Ils décrivent les transformations spectaculaires des terres, les constructions magnifiques et les victoires militaires de Louis XIV. Le roi est comparé à un dieu, capable de vaincre la nature et de protéger son royaume contre les menaces. Célimène exprime son admiration et son amour pour le roi, soulignant que malgré les malheurs, elle ne peut qu'admirer son règne auguste. Mercure, après avoir hésité, décide de consacrer sa vie à servir le roi, négligeant ses propres intérêts. Iris et les autres personnages célèbrent les vertus et les exploits du roi, le comparant à des dieux et soulignant sa piété et sa grandeur. L'églogue se termine par une invitation à célébrer le roi, décrit comme le plus aimable et le plus grand des rois, méritant les hommages des dieux eux-mêmes. Les personnages expriment leur dévotion et leur admiration pour Louis XIV, le roi qui règne sur les cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 1-322
LA FESTE DE CHANTILLY.
Début :
Il n'y a point d'Empire sur la terre [...]
Mots clefs :
Chantilly, Fête, Prince, Canal, Alidor, Roi, Plaisir, Choeur, Bois, Table, Théâtre, Chasse, Forêt, Allée, Allées, Marbre, Jardin, Agréable, Parterre, Amour, Fleurs, Feu, Arbres, Divertissement, Galerie, Orontée, Ordre, Reine, Gelon, Danse, Architecture, Corbeilles, Bassin, Château, Salle, Fontaine, Figures, Divertissements, Monseigneur le Dauphin, Cascade
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texteReconnaissance textuelle : LA FESTE DE CHANTILLY.
LA FESTE
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
DEB
CHANTILLY.
L n'y a point
d'Empire fur la
terre où les Souverains
feient
plus aimez qu'ils le font
en France On ne leur
A
2 La Fefte
rend point une adoration
d'ufage comme en
Orient , ce qui ne les y
fait pas aimer davantage
, parce qu'ils fe communiquent
fort peu , &
qu'il eft impoffible qu'on
foit penetré d'amour
pour ce qu'on ne peut
connoiftre , puis qu'on
ne le voit que tres - rarement
. Il y a d'autres
Souverains dont le
gouvernement
tyrannique
leur fait rendre d'ayeu
de Chantilly.
3
gles obeiffances , qui éloignent
beaucoup plus
l'inclination qu'on pourroit
avoir pour eux qu'-
ils ne fe l'attirent ; mais
on voit peu de lieux où
l'union foit plus parfaite
qu'en France entre le
Souverain & fes Sujets.
Il fe communique fans
defcendre
de fa grandeur
, fes Sujets le voyent
& luy parlent fans avoir
moins de refpect pour
luy qu'en ont pour leurs
A ij
La Fefte
1
Rois ceux qui les adorent
. Ils executent fes
ordres avec une auffi entiere
obeiſſance , que fe
la font rendre les Princes
qui exercent fur leurs
Peuples un empire tyrannique
. De forte qu'on
peut conclure que de ces
trois manieres de gouverner
celle des Monarques
qui fe communiquent
, les fait aimer avec
un zele plus ardent &
plus parfait , & leur fait
de Chantilly.
rendre les mêmes refpects
& les mefmės obciffances
qu'aux autres . Le
Roy s'eftanto diftingué
entre tous les Princes
qui fuivant l'ufage de
leurs Etats vivent à peu
prés de la mefme forte ,
il feroit difficile d'exprimer
avec quelle joye ,
empreffement
, & quel
quel éclate il eft receu
dans tous les lieux qu'il
honore de fa prefence.
Je vous ay décrit plu
A j
6 La Fefte
fieurs des Festes qui fe
font faites en de pareilles
occafions . Le mefme zele
paroift pour toute la
Maiſon Royale , & l'on .
cherche à honorer
Souverain en
le
rendant
des honneurs éclatans
au Prince qui le touche
de plus prés , & particu
lierement lors que ce
Prince ne les merite pas
moins par le caractere de
bonté qui le rend aimable
, que par la grandeur
de Chantilly.
7
Monfeide
fon
rang.
gneur
le Dauphin
, que
Monfieur
le Prince
receut
le mois
paſſé
dans
fa belle
Maifon
de Chantilly
, a tous
ces
avantages
, & Son
Alteſſe
fereniffime
, à qui
la magnificence
eft naturelle
, fit
en cette
occafion
tout
ce
qu'on
pouvoit
attendre
d'un
grand
&
genereux
Prince
, ou
plutoft
tout
ce qu'on
attendoit
de
luy. C'eſt
dire
encore
da-
A iiij
8 La Fefte
vantage puis que ce Prins
ce n'a jamais rien fait
que de grand , & d'extraordinaire
, lors qu'il a
donné des Feftes . Ses manieres
galantes & magnifiques
eftant connuës , on
n'eut pas fitoft appris
que Monfeigneur devoit
aller à
Chantilly , qua
l'on demeura perfuadé
que tous les divertiffe
mens y feroient nou !
veaux , fuperbes , & remplis
d'invention . L'at
de Chantilly.
9
tente qu'on en avoit, a
efté remplie , & quand le
bruit qui s'eft répandu
de ces divertiffemens ne
vous obligeroit pas à
m'en demander un entier
détail , je me trouverois
engagé à de donner , non
feulement parce que je
vois que toute la France
le fouhaite , mais encore
parce queplufieurs Etrangers
m'ont fait l'honneur
de publier qu'ils
attendoient de mes foins
10 La Fefte
une Relation exacte de
cette fuperbe Fefte, & qu'-
ils en ont donné meſme
des témoignages publics .
Ces confiderations doivent
échauffer mon zele ,
mais elles ne me fourniront
pas dequoy répondre
à la bonne opinion
qu'on a de moy . Je puis
cependant m'affurer de
plaire , puis que la verité
n'a befoin d'eftre embellie
d'aucuns ornemens , &
que tout ce qui s'eft fait
de Chaneilly.
II
à Chantilly eftoit fi ingenieux
, fi galant , fi
magnifique , & fi bien
entendu , qu'il me fuffira
de dire les chofes
comme elles fe font paffées
, pour faire concevoir
toutes les beautez ,
& tous les agrémens d'une
Fefte où tous les jours
de nouveaux plaiſirs fuccedoient
les uns aux autres
: car ce n'eft
pas
toûjours
un grand ſpectacle
feul qui divertit , mais
12 La Fefte
l'enchaifnement des plaifirs
, qui cftant donnez à
propos , ne fatiguent
point. Je voudrois bien
pouvoir joindre à tout
cela une peinture un peu
reffemblante de l'activité
de Monfieur le Prince .
L'ardent defir qu'il avoit
de divertir Monfeigneur
luy donnoit des foins fi
empreffez , que fi la chofe
euft efté poffible , il auroit
marqué chaque heure
du jour par quelque
de Chantilly.
13
nouveau divertiffement .
Monſeigneur partit de
Verfailles le Dimanche
22. d'Aouft , & arriva
dans la Foreft de Chantilly
par le chemin de
Lufarche . Monfieur le
Monfieur le Duc , &
Prince de Conty le reccurent
au bout de la Foreft
vers le milieu de la
vieille route. Comme
c'eftoit le lieu où Monfeigneur
devoit chaffer ,
Monfieur le Prince y
14
La Fefte
4
cftoit pour luy faire commencer
fa chaffe . 11 prit
ce divertiffement jufqu'à
cinq heures du foir , &
le plaifir qu'il y trouva
fut d'autant plus grand ,
qu'ilvit s'élever quantité
de perdreaux & de faifandeaux.
Ainfi , comme la
chaffe avoit fait former
le deffein du voyage de
Chantilly , parce que
c'eſt le plus beau lieu du
monde pour chaffer , ce
fut le premier plaifir que
de
Chantilly. 15
Il alla
Monfeigneur prit en approchant
de cette delicicufe
Maiſon .
jufques au lieu nommé
la Table , qu'on dit eftre
juſtement au milieu de
la Foreft , toûjours accompagné
de Mor fieur
le Prince . La figure de ce
lieu eft ronde. Il a vingttrois
toifes de diametre ,
& eft partagé en douze
routes , qui ont pour
centre le point du milieu
de cette Place. Elles font
16
La Festés
toutes bordées de charmille
, & ont chacune
cinq toifes de large , & environ
une lieue de long .
Dans le milieu de ce rond
on avoit eu ſoin d'élever
une feuillée , dont la forme
ſuiyoit le meſme plan.
Elle eftoit de fept toifes
& demie de diametre ,
& élevée fur une Eftrade
de cinq pieds de haut.
Cette feuillée eftoit percée
de douze portiques
qui aboutiffoient à cha-
1
de Chantilly.
17
t
cune des douze routes
dont je viens de vous parler
, & pour y monter on
avoit conftruit quatre efcaliers
de douze pieds de
large , avec des appuis
en baluſtrades , des deux
coftez de chaque efcalier .
La mefme balustrade regnoit
tout autour de l'edifice
, & chaque portiz
que avoit vingt pieds de
haut fur douze de large-
La corniche ceftoit fail
lante en dehors ainfi
B
18 La Fefte
qu'en dedans ; le Dôme
avoit fon plein ceintre ,
& fur le milieu & au
deffus eftoit une baluftrade
de dix pieds de diametre.
Tout le Dôme , les
ceintres , les pilaftres , &
les appuis eftoient recouverts
de feuilles de chefne.
Des branches de Genievre
formoient
les baluftrades
, & le tout eftoit
conftruit de maniere
qu'on voyoit toute l'architecture
profilée . Tous
de
Chantilly.
19
les portiques eftoient ornez
de gros feftons de
feuilles de chefnes & de
bouquets de fleurs . La
Table où la Collation
fut fervie eftoit au milieu
de cet edifice . Elle
eftoit ronde & de dix
pieds de diametre. Une
grande Corbeille d'argent
en occupoit le point
du milieu .Elle eftoit foùtenuë
fur douze conſoles
à jour de vermeil doré
qui répondoient à cha-
B ij
20 La Fefte
cune des douze Arcades .
Ces douze confoles é
toient jointes les unes
aux autres avec des guirlandes
de fleurs , & portoient
chacune deux petites
corbeilles d'argent
remplies de fruits.La
grande du milieu l'eftoit
de fruits & de fleurs , &
le tout formoit une éle
vation toute à jour , &
qui ne faifoit aucun obftacle
à la veuë. On mit
a
fur cette table le couvert
de
Chantilly .
21
de Monfeigneur vis à vis
le milieu de la route qui
va à Chantilly. Tout le
pourtour de cette Place
de vingt - fix toiſes de
large , eftoit de treillage
de feuillée & orné de
portiques auffi de feüillée
, au travers defquels
on découvroit toutes les
routes . Monſeigneur entendit:
enl arrivant un
concert de Timbales , &
de Trompettes qu'on avoit
poftez dans le Bois.
22 La Fefte
à une diſtance mefurée ,
afin que l'harmonie étant
un peu éloignée cuſt
plus de douceur . Ce
Prince trouva tout le dedans
du Dôme vuide , &
la table fervie de vingtquatre
baffins de roft , &
de quatre plats d'entremets
autour de chaque
baffin , ce qui faifoit fixvingt
plats. Les meſures
avoient efté prifes fi jufte,
qu'on peut dire que ceux
qui fervoient eftoient ade
Chantilly.
23
vertis de
chaque pas que
Monſeigneur
faifoit dans
la Foreſt pour
avancer ;
de forte que ce Prince
arriva dans l'inftant
qu'on venoit de pofer le
dernier plat chaud fur
la table . Comme il n'y
avoit que le couvert de
Monfeigneur
, il ordonna
qu'on en mift d'autres,
& la table en fut auffitoft
garnie ; mais on n'en
mit point yis à vis de ce
Prince. Monfieur le Prin24
La Fefte
ce , Monfieur le Duc , &
Monfieur le Prince de
Conty furent placez à
cofté de
Monfeigneur ,
& les Seigneurs de fa
fuite occuperent le reſte
des places . On releva les
entremets chauds pour
én mettre de froids . Tout
fut enfuite relevé d'un
fervice entier de fruit,
avec le mefme nombre de
corbeilles , & de plats
qui rempliffoient la table
lors que Monfeigneur
arriva.
de
Chantilly.
25
>
arriva . Il y avoit quantité
de corbeilles ovales
&en lofange chacune de
deux pieds de diametre.
Je n'entre point dans le
détail des fruits & des
confitures , cela iroit à
l'infiny . Je vous diray
feulement que dans les
flancs des corbeilles ova-
T les eftoient de riches cuvettes
remplies de toutes
fortes de liqueurs . Ces
cuvettes eftoient accompagnées
de Sous- coupes
C
"
26 La Fefte
garnies de glaces , & de
quantité de verres à liqueurs
de differentes
manieres
. Un moment aprés
que l'on eut fervy le
fruit , le bruit de guerre
formé par les Trompettes
& par les Timbales
ceffa tout à coup, & dans
le mefme inſtant on entendit
dans la route qui
eftoit vis à vis de Monfeigneur
une harmonie
de Hautbois , de Flûtes ,
de Mufettes , & de divers
י נ
de Chantilly.
27
autres Inftrumens champeftres
. On l'écouta quelque
temps fans voir rien
paroiftre , & tout eftoit
fi bien concerté , & executé
avec tant d'ordre
& tant de jufteffe , qu'il
n'y avoit pas une feule
perfonne dans la route
qui devoit cftre remplie
un moment aprés . L'harmonie
ayant diverty les
oreilles , & infpiré de la
joye pendant quelque
temps , on apperceut de
C ij
28 La Fefte
loin le Dieu Pan qui étoit
fuivy par quatrevingt-
dix Faunes , Sylvains
, Satyres , & autres
Divinitez , qui ont accoûtumé
d'accompagner
ce Dieu dans les bois .
Toute cette troupe parut
d'abord à un demy quart
de lieuë de la . Table , &
ne fe mit en marche qu'aprés
que Monfeigneur
eut eu le temps de la remarquer,
Le Dieu Pan
que l'on voyoit à la tefte,
de Chantilly.
29
eftoit reprefenté par M.
de Lully , Surintendant
de la Mufique du Roy ,
qui battoit la meſure avec
fon Thirfe . Il eftoit
fuivy de vingt - quatre
Satyres , & de toutes les
Divinitez qui habitent
les Forefts . On entendoit
des Hautbois , des Mufettes
, & plufieurs aútres
Inftrumens champeftres ,
au fon defquels ſe faifoit
la marche . Leur diverfité
formoit une harmonie
C iij
30 La Fefte
tres - agreable , & le nombre
de ces Joueurs d'Inftrumens
eftoit fi grand
qu'il rempliffoit trois lignes
. Les Muficiens avec
le refté de la fuite du
Dieu Pan , marcherent
fur ces trois lignes avec
beaucoup d'ordre, & fans
aucune confufion . Les
Danfeurs au nombre de
vingt & un , qui avoient
tous des maffuës , eſtoient
montez fur les épaules les
uns des autres , & for-
1
de Chantilly.
31
moient des Groupes furprenans.
En effet , il y
avoit de quoy s'étonner
qu'en formant ces fortes
de Groupes ils fe puffent
tenir auffi fermes que fi
chacun d'eux cuſt eſté à
terre . Ils eftoient fuivis
de cinquante- un Muſiciens
, qui portoient chacun
fur leur tefte une corbeille
remplie de fruits
feints , reprefentant des
fruits de bois , commie
pignons, pommes de pin ,
C iiij
32 La Fefte
Gourdes , & autres qui
ne font connus que parmy
les Satyres. Ils te
noient chacun une branche
de cheſne . Cette
nombreuſe Troupe s'étant
avancée vers le bout
de l'allée le plus proche
de
Monfeigneur , les
Joueurs de Hautbois fe
rangerent des deux côtez
de l'escalier qui montoit
à la Table de ce
Prince , & quand ils furent
placez , les Danfeurs
de
Chantilly.
33
executerent parfaitement
bien ce qu'ils avoient
concerté , qui eftoit de
defcendre pour danfer ,
& de paroître neanmoins
toujours groupez . Pour
cet effet ceux qui cftoient
les plus élevez fautoient
en cadence de quatre mefures
en quatre mefures ,
& comme il n'en fautoit
que trois à la fois , on en
voyoit toûjours trois qui
formoient la mefme figure
que les trois pre-
1
1
34
La Fefte
a
miers . Ainfi l'Allée fut
toûjours remplie juſqu'à
ce que les trois derniers
euffent fait la mefme figure
que les trois premiers
. Les cinquante- un
Muficiens qui fuivoient ,
avancerent jufqu'aux environs
du lieu où les Satyres
groupez venoient
de finir leur danfe &
ayant paffé fous le portique
de l'avenue où ces
Satyres eftoient , ils fe
placerent fur un terrain ,
2
#
All
a
de Chantilly.
35
que l'on avoit gazonné
depuis le portique de la
route juſqu'à l'eſcalier.
Quand chacun eut pris
fa place , on joüa un Air
d'un autre mouvement ,
fur lequel tous les Faunes
, & les Satyrès firent
une danfe fort extraordinaire
. Elle plut beaucoup
à Monſeigneur , &
receut de grands applaudiffemens.
Cette danfe ,
qu'on pourroit nommer
un petit Ballet , eftant
36 La Fefte
finie, les Muficiens avancerent
vers l'efcalier ,
qu'ils monterent fur
deux lignes au fon des
Inftrumens , & lors qu'ils
furent arrivez fur l'eftrade
, ils fe feparerent les
uns à droite, & les autres
à gauche , de maniere
qu'ils entourerent la table.
Ceux qui portoient
les corbeilles fuivirent ,
& les placerent fur des
gueridons de feuillée qui
eſtoient fur les appuis
N
de
Chantilly.
37
des portiques . Les Hautbois
parurent aprés , & les
Danfeurs
monterent enfuite.
Ceux - cy s'eftant
pris par la main
danfeferent
autour de Monſeigneur
, fur un Air qui
1 eftoit tout
different
des
deux
derniers
qu'on venoit
d'entendre , & qui
fembloit
marquer
l'excés
de la joye
qu'on
reſſentoit
en ces lieux de la
prefence
de ce Prince.
Pendant
qu'on
danſoit
9
38 La Feste
autour de la table , les
Muficiens
·
defcendirent
par un eſcalier qui eſtoit
derriere Monfeigneur
, &
fe rendirent
dans une
Allée que l'on voyoit
à
côté de celle par où tout
ce divertiffement
eftoit
venu. Ils y trouverent
les Piqueurs endormis
avec leurs chiens .
Danfe finit juftement
en
ce temps - là , comme il
avoit efté concerté , &
les Muficiens chanterent
La
1
4
1:
de
Chantilly . 39
I
un morceau de Muſique
de feu M. de Lully , qui
paroiffoit avoir efté fait
exprés pour la fituation
où le trouvoient les cho
fes dans ce moment . On
entendit alors toute la
Foreſt retentir du bruit
de ces paroles . 65 31
Debout , Lyfifcas , bola
debout ,
Pour la chaffe ordonnée
Ilfautpréparer tout.
Les Piqueurs fe leve
rent aprés avoir fait tou40
La Fefte
"
16
tes les actions qui pouvoient
marquer qu'ils
eftoient profondement
affoupis , & qu'ils n'avoient
efté éveillez que
P
par ceux qui les appelque
loient , en leur difant
qu'ils allaffcut préparer
tout pour la Chaffe
l'on avoit ordonnée . On
entendit enfuiteun grand
bruit de Cors , & dans
cet inftant un Cerf ayant
traverfé la route à la vue
de Monfeigneur , ce Prinde
Chantilly. 4!
ce s'écria comme fouhaitant
d'avoir des chiens .
Dans le mefme temps on
vit paroiftre
une Meute
que l'on découpla
aprés
le Cerf.
Monfeigneur
voyant que les chiens
chaffoient fi bien , témoigna
eftre fâché de n'avoir
des
chevaux que pour tirer
en volant . En ce mo ·
ment on en vit paroiſtre
d'autres , fur quoy ce
Prince monta pour fuivre
la Chaffe , avec tous
D
42 La Fefte
les Seigneurs qui l'accompagnoient.
Il courut
le Cerf, qui fut pris dans
l'étang de Cormeille ,
aprés l'avoir couru environ
une heure . La Meute
eftoit à M. le Grand
, 10
Prieur . On ne peut en h
dire trop de bien non
plus que de l'équipage,
je vous en ay deja parlé
plufieurs fois.
&
Cette Chaffe eftant finie
, Monfeigneur prit le)
chemin du Chafteau , &
de Chantilly . 43*
dit en parlant du Repas
& du Divertiffement du
milieu de la Foreſt , que
tout y eftoit plein d'invention
, & fort bien executé
. ; que cela
pouvoit
paffer pour un divertif
fement complet , & qu'il
y avoit pris beaucoup de
plaifir . Les Airs eftoient
de M. de Lully le Cadet,
Surintendant de la Mufique
du Roy , & toute.
la Danfe de M. Pecourt ,
Danfeur ordinaire des .
Dij
44
La Fefte
Balets de Sa Majeſté . Tou
tes les Divinitez des Foreſts
, ainſi que les Faunes,
les Sylvains , & les Satyres
qui compofoient leur
fuite , avoient des habits
faits exprés qui les repre
ſentoient naturellement,
plûtoft comme on a accoûtumé
de les peindre ,
que comme on les voit
habillez fur le Theatre .
Ces habits eftoient faits
fur les deffeins de M.
Berrain, Deffinateur
ordide
Chantilly. 45
0
a
A
naire du Cabinet du Roy,
ainfi que toute la feuillée.
Ce qu'il y eut de furprenant
dans les plaifirs
de cette premiere journée
, c'eft que Monfeigneur
avant que d'arriver
à Chantilly , où il
fembloit que les Divertiffemens
deuffent feulement
commencer , avoit
eu le plaifir de deux
Chaffes differentes , un
| grand repas dans un lieu
Conftruit exprés , & une
46
La
Fefte
Fefte complete accompagnée
de Mufique , de fimphonie
, & de danfes , &
le tout executé par tout
ce qu'il y a de meilleures
Voix , & de plus habiles
Danfeurs en France . C'eſt
ce qui ne s'eftoit encore
jamais vu dans aucune
occafion femblable
&
ce que le zele de Monfieur
le Prince luy fit inventer
, Son Alteffe Sereniffime
ne
pouvant at:
tendre que Monſeigneur
,
de Chantilly . 47
0
1
fuſt arrivé a Chantilly ,
pour commencer à luy
témoigner la joye qu'Elle
avoit d'y voir venir
Ice Prince .
Aprés la prife du Cerf,
Monfeigneur arriva à
Chantilly par l'une des
grandes routes de la Foreft
, au bout de laquelle
on trouve une grande
demy - lune , par laquelle
a on entre dans une Avan-
Court qui n'eft pas encore
48
La
Fefte
entierement achevée.Elle
eft fituée entre un Etang
nommé l'Etang de Silve,
& le grand Fort du Châ
& par confequent teau ,
toute entourée d'eau . On
voit deux Pavillons à
droite & à gauche du
Pont Levis . Cette demylune
aboutit à un fer à
cheval , par lequel on
monte en front fur une
grande terraffe , au milieu
de laquelle eft une
Statuë Equeftre de bronzć
de Chantilly.
49
El
ze du dernier Conneſtacable
de
Montmorency
.
Cette Statuë fe trouve
vis à vis de l'entrée du
grand Château . C'eſt un
Edifice fort ancien , &
tres- irregulier , affis fur
une roche au milieu de
groffes fources , qui forment
un grand Foffé. Cependant
plufieurs groffes
Tours ne laiſſent pas
le rendre tres - agreable à
la veuë. Monfieur le
Prince fait travailler
pre-
E
11
de
50 La Fefte
fentement à rendre le
dedans de la Court regulier
, & à donner audehors
une face toute
nouvelle , foit
par l'ouverture
de trois rangs dc
feneftres , & deux grands
balcons qui
regneront
tout autour du Château,
foit par les combles qui
feront tous d'égale hau
teur , & à la manfarde.
A cofté gauche du fer à
cheval , eft un grand lo
gement detaché du Châ
de Chantilly.
SI
teau ,dont le rez de chauffée
eft à fleur d'eau du
a grand Foffé . C'eft dans
ce lieu où le logement dé
Monfeigneur avoit cfté
marqué , de mefme que
celuy de Madame la Ducheffe
, & de Madame la
Princeffe de Conty la
Douairiere . Ce fecond
Château avoit efté autrefois
bâty par Mrs de
Montmorency
, & on
lo l'appelloit la Capitainerie
. Feu Monfieur le Prin-
E ij
52
La Feste
ce en avoit fait accommoder
les dedans un an
avant qu'il mouruft, & il
y avoit ajoûté beaucoup
de commoditez . Les ornemens
de dehors font
des Pilaftres d'ordre Corinthien
. Ils compofent
la porte d'entrée de la
Court , & la façade du
coſté d'un petit parterre,
Tout le retour eft foûte
nu d'un grand balcon en
maniere de fauffe- braye .
Le logement d'enbas du
de Chantilly.
53
e
petit Château eft compo
fé de deux
Appartemens ,
dont la Salle eſt commune
à l'un & à l'autre .
Cette Salle eft ornée de
Tableaux ,
reprefentant
les plus belles Maifons
Campagne des envide
rons de Paris . Toutes les
pieces des deux Appartemens
aufquels elle fert ,
font ornez d'autres Tableaux
reprefentant diverfes
Fables de l'Antiquité
; en forte que l'une
E iij
54
La Fefte
des Chambres fait voir
l'Hiftoire de Venus , une
autre celle de Diane , une
autre celle de Flore , une
autre celle de Bacchus, &
une autre celle de Mome .
Toutes ces Chambres, qui
font percées en enfilade,
regnent le long du balcon
en fauffe-braye dont
on a parlé , & aboutiffent
à un grand Salon en retour
. Tout cet espace
eft remply de diverfes tables
curicufes , dont les >
de Chantilly . 55
tunes font rares par leur
travail , & les autres par
leur matiere de Buftes
;
avec leurs gaines & ſcabelons
, & de meubles
tres - finguliers .
tables
Outre
cela , il y avoit plufieurs
pour toutes fortes
de jeux. C'eft dans ce lieu
que Monfeigneur a fouvent
tenu appartement
devant, & aprés le fouper.
De ce logement , lors
qu'on a paffé par un Ve-
| ftibule qui eft ouvert par
56 La Fefte
deux grandes arcades du
cofté de la Court & du
petit Parterre , on monte
dans l'Appartement qui
eft au deffus , & qui fe
trouve fitué de plein pied
au rez de Chaufféc , de la
court du grand Chafteau,
auquel il eſt joint par un
Pont qui traverfe le
grand Foffé . Ce foffé eft
remply d'un tres- grand
nombre des plus belles,
& des plus groffes Carpes
que l'on puiffe voir.
de Chantilly .
ry
Cet
Appartement qui a
efté occupé par Monſeigneur
tant que la Feſte a
duré , eft compofé d'un
grand Salon , qui n'eft pas
encore entierement fait ,
& qui eft la feule piece
qu'on n'a pas eu le temps
d'achever. De ce Salon
on entre dans une grande
Antichambre , aprés laquelle
il y a une grande
Chambre , plufieurs Garderobes
, & un grand Cabinet,
dont la veuë donne
38 La Fefte
d'un cofté fur les Jardins,
& de l'autre fur une
grande Peloufe qui borde
la Foreft. Aprés ce Cabinet
on en trouve deux autres
de moindre grandeur,
dans le retour . L'un
donne entrée dans une
Galerie qui eft percée du
cofté de la Foreft de fix
grandes croifées , vis à
vis defquelles
il y a de
grands miroirs de glaces ,
dont les bordures font
d'un travail tout partide
Chantilly. 19
culier . Ces Miroirs reprefentent
cette grande Peloufe
dont je viens de
vous parler , avec une
partie de la Foreft . Au
deffous de ces glaces font
des tables de differentes
fortes de marbres des plus
beaux , & des plus precieux
; ces tables font
montées fur des pieds de
fculpture dorée ; il y en a
de plufieurs
manieres
. On
voit au bout de cette
Galerie un Portrait de
to
La
Fefte
feu Monfieur le Prince ,
fait par le vieux Jufte ,
du temps de la Bataille
de Rocroy . Ce Prince est
en pied
font à fes pieds occupent
une partie du terrain , &
du lointain. On y voit
d'un cofté l'ordre de la
Bataille de Rocroy , &
de l'autre le Combat . Ce
Tableau eft dans une bordure
d'une grande beauté
, & auffi magnifique
que bien travaillée , &
fes Armes qui
comme
de Chantilly.
61
comme Monfieur le Pring
ce a confacré ce lieu, a
la memoire de feu Mans
fieur fon Perfil a com
mencé à faire mettre des
Tableaux dans chaque
trumeau entre les croifées
& les glaces . Chacun
de ces Tableaux reprefante
par l'ordre des
temps une Campagne de
feu Monfieur le Prince.
La principale action , de
Ja,
la Campagnes, foit Siege
pu Bataille , painte en
F
3
62 La Fefte
grand , occupe le milieu
du Tableau
. Les autres
actions de la mefme Campagne
font peintes en petit
tout autour dans des
Cartouches
.
Le premier Tableau
reprefente la Campagne
de 1643. c'est à dire , la
Bataille de Rocroy . On
voit l'ordre de cette Bataille
dans le grand Cartouche
qui eſt au bas du
Tableau , ainfi que l'or
dre de Bataille des deux
་
de
Chantilly.
63
6
Armées . Il y a trois autres
Cartouches au côté droit
du mefme Tableau . Le
premier repreſente l'élevation
de Thionville ; le
fecond la Carte du Gouvernement
de Thionville,
& le troifiéme le Siege
de Thionville
. Il y a
auffi trois Cartouches à
la gauche du Tableau ,
Le premier fait voir le
Siege de Cirque , le fecond
la Carte du Gouvernement
de Cirque , &
11
Fij
84 La Fefte
le troifiéme l'élevation
de
Cirque.
Dans le fecond Tableau
eft reprefentée la
Campagne faite en Alle
magne en 1644.Les Com
bats donnez devant Fri
bourg le cinquiéme &
dixiénie Aouſt font peints
dans le milieu avec les
retranchemens de l'Atl
$
mée Bavaroife qui fu
rent forcez par celle que
commandoit feu Mon
fieur le Prince alors
2
de
Chantilly.
Duc
d'Anguien . Dans un
grand Cartouche au baş
eftole Plan de Philips
bourg ; dans les fix Cars
touches qui fontau coſté
droit du Tableau , font
repicfentez Oppenhien .
Beingen
Liechtonaug
DourlathipMayonce &
Landau Dans les fik
du cofté gauche on voit
VVoomes Spire Créukl
zenach ,
Bacharach , Neig
ftat & Baden.40 .mp3
Au
troifiéme Tableau;
Fiij
66 La Fefte
qui reprefente la Campa
gne de 1645. eft la Bataille
de Norlinguen ,
donnee le 3. Aouft entre
l'Armée du Roy commandée
par Monfieur le
Prince , & celle de l'Empereur.
Les deux grands
Cartouches qui font au
deffus du Tableau repre
fentent , l'un l'ordre de
la Bataille de Norlinguen
, l'autre & Norlinguen
. On voit dans les
trois Cartouches du cofté
de Chantilly.
677
droit l'élevation de Rottembourg
, la Carte du
Gouvernement de Rottembourg
, le Siege de
Rottembourg , & les
trois du cofté gauche reprefentent
le Siege de
Dunctelſbuhel , la Carte
du Gouvernement de
Dunctelſbuhel , & l'élevation
de Dunctelfbuhcl
.
Le quatriéme Tableau
fait voir la Campagne
de
1646. Au milieu eft la
šà La Fefte
Ville de Dunkerque &
dans les Cartouchés à
droite & à gauche
on
voit d'autres actions qui
regardent le Siege de l
mefnie Ville Les autres
Campagnes doivent eſtre
peintes fur d'autres iŢal
bleaux pareils dont les
places fondmarquées dant
la mefme Galerie gomais
>
> Tout cee Appartement
eftdie éclairéparaN HO
qui ne font pas encore
deffinez
, beep
5.1
de Chantilly.
69
&
bie infiny de Luftres &
de Girandoles de criftalt
Le couvert de Monſeigncur
fut mis dans une
Salle du grand Château ,
& Monfieur le Prince
qui fit fervir cousules
jours quatorzeou quinze
tables , comme vous vert
rez dans la fuite deffraya
toutes les perfonnes dis
ftinguées qui allerent à
Chantilly pour voir da
Fefte , ainfi que tous ceux
qui y furent employez
70 La Fefte
dont on
peut
dire que lo
nombre
eſtoit
infiny
.
Lors
qu'on
eut
foupé
,
Monſeigneur
tint
Appar
tement
. Aprés
vous
avoir
fait
une
defcription
des
deux
Chafteaux
, je croy
vous
devoir
parler
, non
pas
de toutes
les beautez
des
Jardins
, car je ne
Vous
en
entretiendray
qu'à
meſure
que
je vous
parleray
des
promenades
qu'y
fit
Monfeigneur
,
mais
de ce qu'ils
offrent
de Chantilly.
71
à la veuë de ceux qui
font dans les Appartemens
. En arrivant fur la
Terraffe , où je vous ay
dit qu'eftoit la figure du
Conneftable de Mont-
Il morency , on découvre
un grand efcalier, au bas
duquel eft un grand ron .
Ideau , & au milieu de
ce rondeau une gerbe
de plufieurs tuyaux . Au
delà de ce rondeau on
découvre un grand Parterre
feparé en deux parn
A La Feſte
ties par la croifée du
d'une
grand Canal. Il y a cinq
grandes pieces d'eau dans
Pune & l'autre partiel,
& chacune de ces grandes
pieces a un gros Jet
d'eau. Ces deux parties
fonts foutenues
grande allée d'ormes ch
Terraffe , avec des Ifs &
des Picea entre - deux
Au delà du grand Tanal
eſt un demy - rond qui
ferme la croifée, & dont
il s'éleve infenfiblement
jufques
395
12
de Chantilly.
73
>
juſques au haut de la
cofte une espece de fer
à cheval , qu'on appelle
le Vertugadin. Il eſt
compofé d'un grand glacis
de gazon , d'une grande
allée , fermée du cofté
du glacis par des Picea
taillez en piramide
ronde
, & de l'autre par des
ormes & une paliffade
entre-deux . Cette allée
eft jointe par ces deux
bouts , aux deux grandes
allées qui regnent_tout
G
74
La Fefte
le
le long du grand Canal :
Le point de veuë eſt ter
miné de ce coſté- là par
commencement des al
lées du grand Parterre ,
& de l'autre par une route
particuliere au travers
de la Foreft , qu'on ap
pelle la route du Con
neftable. Elle eft plus
large que toutes les autres
. Le Château eft à la
droite , comme je vous
l'ay déja marqué , & à la
gauche eft un petit Parc ,
de Chantilly.
75
qui feroit eftimé grand
par tout ailleurs , mais on
ne luy peut donner que
le nom de petit , fi on le
compare à l'autre , qui
a plus de cinq mille arpens
.
2
Le Lundy ( car pour
donner quelque ordre à
cette Relation , je la fepareray
par journées )
Monfeigneur alla courre
le loup aux environs
d'un Village appellé la
Chapelle , & au retour de
Gij
76 La Fefte
la Chaffe , ce Prince entra
dans fon Appartement ,
d'où il fortit quelque
temps aprés , pour aller
prendre à pied le plaifir
de la promenade. Il traverſa
le petit Parterre, &
ayant paffé le grand foffé
fur un pont de bois , il
trouva à ſa gauche un
gränd Parterre , enfermé
d'un cófté du foffé , de
l'Orangerie , & de l'autre ,
d'une galerie , & d'un
canal . Ce Parterre eft ende
Chantilly . 77
touré d'orangers parfaitement
beaux .
On y voit cinq pieces.
d'eau avec leurs jets. Celle
du milieu a pour pied
une Hydre , dont chaque
tefte vomit une quantité
prodigieufe d'eau . On y
voit auffi la Fontaine des .
Grenouilles . Elle eft fituée
dans un triangle au
deffous de la Terraffe du
grand foffé du Chafteau ,
entre cette Terraffe , les
Canal du Dragon , & le
Giij
78 La Fefte
petit bois de Chantilly,
qui eft à coté du Parterre
de l'Oragerie. Le Dra
gon eft une maniere d'a
nimal marin qui paroift
fortir de deffous la Ter
raffe du foffé . Il vomit
l'eau de la décharge de ce
foffé dans une coquille,
qui retombe dans un canat
qui eft le long d'un
des coftez de la piece où
eft la Fontaine des Grenouilles.
On deſcend
dans le Parterre par un
de Chantilly. 79
efcalier de
quarre ou
cinq marches fort grandes
& fort belles . Aux
deux coftez de cet eſcalier
font des napes d'eau
perpetuelles
, grandes,
belles , & bien fournies ,
qui tombent
dans de
grands
baffins
quarrez
C avec des bouillons
&
0
Dans ce bruits d'eau.
mefme Parterre font quatre
grands Picea , dont
le moindre a plus de foi-
Xante pieds de baut . Du
80 La Fefte
cofté du canal l'allée eft
garnie de Platanes , dont
le plus vieux a plus de
cent cinquante
ans . Cet
arbre eft fort rare en
France . Sa feüille eft à
peu prés comme celle de
vigne , & il fe depoüille
tous les ans de fon
écorce . De ce Parterre
Monſeigneur
entra dans
une Ifle par un grand
portique
de treillage. A
cofté de cette Iſle on en
voit une autre plus pede
Chantilly.
81
tite . Elles font partagées
par trois canaux .
La grande eft ornée de
plufieurs allées , de grandes
paliffades
, de deux
groffes Fontaines
enfermées
dans des Portiques
, & de plufieurs
ornemens
de treillage d'un
deffein tres agreable ,
& d'une propreté
furprenante
. L'extremité
de
'Ifle eft reveſtuë de
pierre de taille . On y
voit douze jets d'eau
-
82
La Fefte
qui fortent d'autant de
baffins au deffous " defquels
eft une cafcade de
2
toute la largeur de la
pointe de l'Ifle , & des
deux canaux . On trouve
dans la petite Ifle des
allées de grands Aunes ,
des paliffades , un treillage
en demy - rond
& une fontaine dans le
milieu . Deux Dragons
de
3
bronze femblent y combattre
. Il y en a un
renversé qui pouſſe un
de Chaneilly.
83
grand jet d'eau , & l'autre
en dégorge en abondance
fur ce premier . Vis
à vis de cette fontaine ,
& à la pointe de la mef
me Ifle , eft un Apparte
El ment de treillage , compofé
de quatre pieces . Il
eft parfaitement
bien entendu
, & d'un travail
tres - delicat
. Ces quatre
pieces fe trouvent fur un
terrain qui a en face la
I vue du canal ; à droite
3
fur la prairie , & à gauche
84
La Fefte
fur des jardins . A l'iffuc
de la promenade Monfeigneur
alla voir l'O
pera , que Monſieur
le
Prince avoit fait faire
exprés , Son Alteffe Sereniffime
ne voulant
point donner de diver
tiſſement qui euſt eſté déja
vû . Le lieu meſme fut
conftruit pour ce feul
Spectacle , & Monfieur
le Prince agar choiſi
l'Orangerie
de Chantilly
qui regne tout le long
du
de
Chantilly.
83
duparterre avec une terraffe
magnifique, dit à M.
I Berrain d'y conftruire ,
non feulement un theatre
, mais auffi une Salle
magnifique. L'Orangerea
70. toifes de long, &
vingt-fept pieds de large.
1 M. Berrain la divifa en
trois parties feparées par
des Portiques d'architecture
, fans y comprendre
le Veſtibule par où l'on
yes & duquel on
voyoit cette longue éten-
70
ОП
I
H
86
La Fefte
due eclairée de deux
rangs de Luftres , que les
grands Portiques qui fervoient
d'entrées à ces
differentes Salles , laif;
foient voir diftinctement
. Il feroit difficile
de trouver rien de plus
magnifique
, & dont les
ornemens fuffent plus diverfifiez
. Plus on appro
choit , plus on voyoit
que la magnificence alloit
toujours en aug
mentant , la derniere
.
de Chantilly.
87
Salle eftant infiniment
eftoit
plus riche
la
que , premiere
, & le theatre
encore
davantage
.
1 Le Veſtibule
orné de grands
arbres
qui ceintroient
, & cachoient
toute
la voûte
.
Les pieds
de ces arbres
cftoient
dans
une feule
caiffe qui regnoit
tout
autour
du Veftibule
, &
qui eftoit
peinte
en porcelaine
, & ornée
de chifres
de Monfeigneur
,
Hij
88 La Fefte
avec des attributs de ct
Prince . Ces arbres eftoient
fi verds , fi chargez
de feuillages , & fi
artiftement placez , qu'il
eftoit impoffible qu'on
vift les murs de ce Vel
tibule , de forte qu'on
le pouvoit prendre pour
une tres-belle allée . Ces
arbres conferverent leur
verdure pendant les huit
jours que dura la Feſte,
& ils donnerent une fi
agreable fraîcheur à ce
de Chantilly .
89
licu , qu'on refpiroit
en y entrant un air delicieux
, dont on ne pouvoit
s'empefcher de parler
, en marquant le plaifir
qu'on y prenoit. Ce
Veftibule eftoit éclairé
de plufieurs Luftres , ce
qui parmy la verdure des
arbres produifoit un effet
tres - réjouiffant , rien n'eftant
plus agreable à la
veuë que le verd , fur tout
lors qu'il eft éclairé .
Aprés qu'on avoit ad-
H iij
Do La Fefte
miré la fimple & riante
decoration de ce Vefti-
翼
bule , & qu'on y avoit
demeuré
quelque temps,
pour en goûter la douce
fraîcheur , on fe fentoit
excité à paffer outre ,
chacun eſtànt attiré par
le brillant qui paroiffoit
au travers d'un fuperbe
Portique , fous lequel il
falloit paffer pour entrer
dans la piece fuivante.
Ce Portique eftoit de
huit pieds d'ouverture
de Chantilly.
91
fur feize de hauteur . Il
eſtoit tout de marbre , &
d'une tres - belle architecture,
avec des ornemens
rehauffez d'or . Il fervoit
d'ouverture à une galerie
de feize toifes de
long fur vingt-fix pieds
de haut . Tout le pourtour
de cette galerie eftoit
orné d'un lambris ,
& d'une corniche , &
entre le lambris & la
corniche , on voyoit une
tres belle tapifferie tou92
La Feste
te d'une meſme fuite , &
qui eft nommée Tapiße
rie de Venus , parce que
tout ce qu'elle reprefen
te regarde cette Deeffe.
Outre les deux rangs
tres- beaux Luftres de cri
ftal qui éclairoient cette
fuperbe galerie , elle d
toit encore ornée &
de
éclairée par vingt - quatre
Girandoles de mefme matiere
, qui estoient pofées
fur des Gueridons .
Au bout de cette galerie
14
de Chantilly. 93
P
on voyoit un Portique
pareil à celuy par lequel
on eftoit entré. On montoit
trois marches fous
ce dernier Portique pour
entrer dans la troifiéme
piece , qui eftoit la Salle
de l'Opera. Elle avoit
cent quarante-deux pieds
de long en y comprenant
le Theatre & l'Orcheftre.
L'ordre de fon
architecture , ainſi que
celuy de la façade du
Theatre , eftoit Ionique1
La Fefte
94
Compofé. Cette Salle
eftoit partagée
en quatorze
pilaſtres de marbre
ornez de leurs chapiteaux
, & de leurs bafes ,
+
ainfi
que
de
plufieurs
mafcarons
, & de
quantité
de
feftons
, le tout
de relief
&
doré
. Les
pilaftres
eftoient
pofez
fur
leurs
piedeftaux
qui
fervoient
de
lambris
à
toute
la
Salle
. Entre
ces
pilastres
on
voyoit
des
Tapifferies
qui
reprefentoient
des
de Chantilly .
95
portiques d'architecture,
tout relevez d'or fur un
fond de velours rouge
Cramoifi. On avoit affùjetty
les efpaces qui sé
toient entre chaque pilaftre
à la hauteur & à la
largeur des pieces de cette
Tapiflerie . La Corniche
eftoit toute de marbre &
de relief avec des ornemens
d'or de mefme que
le plafond , & la façade
du Theatre qui estoient
du mefme ordre , mais
96 La Fefte
d'un plan fort extraor
dinaire. Entre les pilaf
tres des deux coftez du
Theatre eftoient deux
grandes Figures de ronde
boffe, chacune de fixpieds
de haut . L'une reprefen
toit la Poëfie , & l'autre
la Mufique. L'Orchestre
qu'on avoit fait pour la
Symphonie eftoit aufli
d'Architecture
de mar
bre . Cette Salle eftoit fi
brillante & fi riche ,
qu'on ne la pouvoit
d'abord
de Chantilly.
97
d'abord regarder fans étonnement
, & enfuite
fans
admiration , quoy
que
l'embelliffement des
lieux par où l'on venoit
de paffer duft faire attendre
quelque chofe qui
fuft entierement magnifique.
Ce fut fur ce Thea
tre que l'on repreſen
P'Opera . Les Vers
n'en pouvoient eſtre que
beaux , puis qu'ils eftoient
de M. le Clerc de l'Academie
Françoife . Ils aa
ta
I
98 La Fefte
voient efté mis en Mufique
par M. Lorenzany ,
Maistre de Muſique de
la Chapelle de la feuë
Reyne , dont les Ouvrages
font fort eftimez , &
M. Pecour avoit fait les
té
y avoit outre cela trois
Entrées qui compofoient
les divertiffemens , hors
deux qui eftoient de M.
de Leftang . Cet Opera
intitulé Orontée, fut chanpar
l'Academie de la
Mufique de Paris , & il
de
Chantilly.
99
des meilleurs Muficiens.
de la Mufique du Roy,
L'ouverture du Theatre
fe fit par la reprefentation
d'une grande & belle
Foreft que la diverfité
des arbres & des routes
faifoit paroiftre fort
fpacieufe. Lors qu'on
eut levé la toile , on vit
le Dieu Pan dans le fond
de cette Foreft . Toute fa
fuite , Sylvains , Satyres ,
& Faunes , eftoient en-
2
groupez en divers en-
I ij
100 La Fefte
droits . I
commença
Prologue
. Comme
tous
les Vers qu'on y chanta
regardent
le Roy & Monfeigneur
le Dauphin
, je
ne veux pas vous priver
de la
fatisfaction
que
vous aurez à les lire.
Voicy
ceux qui furent
chantez
d'abord
le
par
Dieu Pan . C'eftoit
M.
Moreau
qui faifoit
ce
perfonnage
.
ay veu tous les regnes des
Fay
Rois
de Chantilly.
10
10
Celebres par leurs exploits ,
Et dans mon fouvenir j'en confervois
la gloire ,
Mais depuis que LOUIS s'eft
fait voir à mesyeuxi
Tous ces Mortels fortent de
ma memoire ,
Et je ne mets que luy dans le
allots rang de nos Dieux.
Digne Fils d'un tel Pere ,
Qu'avec le Sceptre hereditaire
Il offre de Vertus que tu vas
initer
!
Celuy dont l'Univers adoroit
la puiffance
ofsit flater
Et
Es qui
Liij
102 La Fefte
D'eftre le Fils de Jupiter ,
Seroit jaloux de ta naiffance.
豪
Jeune Heros,quand je te vois
Dompter les Monstres de nos
shaw Bois
J'augure qu'animé de l'Aftre qui
te guide ,
Le moindre de tes exploits
Vaudra tous les travaux d'Al
cide .
Ton coeur vole déja fur des che
mins ouverts
Amille triomphes divers ,
fetouted
Tu aisée ,
Et nous voyons clairement
Que noftre Hippolite charmant,
de Chantilly. 103
6
Jen
Al'ombre de la Paix , cache un
aure Thefée.
Mais j'entens les concerts des
Nymphes de nos bois.
Vous,Faunes , vous , Silvains,
répondez à leurs voix.
Pan cut à peine achevé
ces Vers , qu'une troupe
de Driades & d'Hamadriades
fe fit voir . Voicy
ce que chanta une des
Driades.
O gloire incomparable
De LOUIS !
104 La Fefte
Les Siecles feront ébloûïs ,
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Le Choeur ayant repeté
ces Vers , un Faune
chanta ceux- cy .
Le fouvenir charmant de ce
nom fi vanté ,
Doit eftre auffi durable
Que l'immortalité
.
Une Hamadriade chan
ta enfuite ces quatre Vers.
Son Hiftoire incroyable
A la pofterité ,
Paffera pour la Fable
D'une Divinité.
de Chantilly. TOS
Deux Silvains finirent
par ceux - cy .
Redoutable par fes armes ,
Il nous charme dans la Paix .
Son Empire eft fans alarmes ,
Mille graces, mille charmes ,
Accompagnent fes bien-faits.
Le
Choeur
repeta .
O gloire incomparable
De LOUIS!
Les Siecles feront ébloüis
A l'éclat admirable ,
Defesfaits inouis.
Et tout cela fut entremeflé
de Danfes de Dria106
La Fefte
des , d'Hamadriades , &
de Faunes .
La Decoration du premier
Acte reprefentoit le
Temple de Venus . L'Architecture
eftoit d'un or
dre Ionique , & le plan
d'une forme ronde , avec
quatre Portiques
ou Porches
, dont l'un paroiffoit
de face , il y en avoit un
avec autre en perfpective
un periftille tournantautour
du Temple , dont les
Corniches eftoient porde
Chantilly. 107
DI
tées par des colomnes
d'Agathe , avec des chapiteaux
& bafes d'or . Il
y avoit des Statues d'or
entre les colomnes . L'Attique
qui eftoit fur la
Corniche
duTemple
, portoit
un Dôme orné de
bandeaux ,
panneaux , &
bas- reliefs fur des fonds
de marbre ; & fur le haut
de la rondeur du Dôme,
c'eftoit un couronnement
de baluftres
& de:
Piedeſtaux . La porte de
108 La Fefte
ce Temple qui eftoit entouré
d'arbres , ne s'ou
vroit qu'en certain temps,
& alors on voyoit le de
dans tres-magnifique
, &
un autel au milieu , Orontée
Reine d'Egypte
, fort
refoluë de n'aimer ja
mais , vint chanter le
triomphe
de la liberté.
Meliffe , fa confidente ,
& Creonte Chef de fon
Confeil , luy repreſente
rent inutilement qu'elle
devoit choifir un : Epoux
digne
de Chantilly. 109
digne d'elle parmy tant
de Rois Elle demeura
ferme à protefter qu'elle
pr vouloit point entendre
parler d'Hymenée ,
& elle eftoit dans ces
fentimens , lors que Gelon
, homme de Cour ,
luy vint dire qu'il avoit
be arraché un jeune Etranger
d'entre les mains
d'un affaffin qui l'avoit
bleffe . Cet Etranger parut
auffi-toft fous le nom
d'Alidor , foûtenu d'AK
te
110 La Fefte
"
riftée fa Mere . Sa beau
té , dont Gelon avoit
déja fait la peinture ,
toucha Orontée , qui ap
prit de luy que l'affaffin
luy avoit dit en le fra
pant , qu'il executoitles
ordres de la Reine de
Phenicie qui avoit juré
fa perte. Orontée , aprés
avoir commandé a Phar
nace d'en prendre foin,
fortit avec Meliffe &
Creonte , & Gelon demeura
feul.
7
de Chantilly.
HII
Son caractere qui a extremement
pleu à Chantilly
, eftoit une efpece
d'honnefte homme , fe
faifant un plaifir de joüir
de la vie libre , & de
méprifer toutes les belles
chimeres dont les autres
hommes fe font des
Occupations , qui les empêchent
d'avoir un moment
de joye & de repos
pendant toute leur vie .
Voicy de quelle maniere.
expliqua fa Philofo-
K ij
112 La Fefte
phie agreable , aprés avoir
vù fortir Alidor
bleffé.
$
•S'il eftoit morts qu'il feroit
regrété !
Moy ,pour rendre à jamais fa
memoire celebre,
Au bruit des pots j'aurois
chanté
D'un ton plaintiffon Qraifon
funebre.
Pour vivre longtemps »
Pour vivre contens ,
Il n'eft rien tel
boires
que
de bien
de Chantilly. 113
Bacchus fur tous les Dieux emporte
la victoire
Son or potable enchante tous
Les fens
,
Diffipe les chagrins & chaffe
l'humeur noire.
Pour vivre longtemps ,
و ا
Pour vivre contens
Il n'est rien tel que de bien
boire.
Que le Ciel me delivre
De ces Philofophes du temps,
Qui jour & nuit pâliffent fur
un Livre ,
De ces Amoureux languiffans
,
K iij
114
La
Fefte
& que
De ces affamez Courtiſans
Que repaift la fumée ,
l'espoir enyore.
Pour moy, je ne veux point eftre
efclave en amour,
Ny devenir Sçavant , ny vieillir
à la Cour ,
Ny mourirfotement, pour vivre
dans l'Hiftoire.
Pour vivre longtemps ,
Pour vivre contens د
Il n'est rien tel
boire.
que
de bien
Tous ceux qui ont entendu
l'Opera ont donné
tant de loüanges à cet
de
Chantilly.
IIS 1
On
endroit , en ont trouvé
le tour des penſées fi
nouveau & fi brillant ,
les Vers fi juftes , & d'un
caractere ſi aifé & ſi poly ,
que j'ay cru devoir vous
les envoyer tels qu'ils
ont efté chantez . Le Prince
Lyfandre eftant furvenu
lors que Gelon exerçoit
fa belle humeur ,
l'un parla du plaifir d'aimer
, & l'autre de celuy
de boire . La Princeffe Amafie
parut enfuite , qui
1
1
116 La Fefte
témoigna à Lyfandre
qu'elle fe rendoit à fon
amour . Le Temple de
Venus s'ouvrit , & on
vit une troupe d'Egy
ptiens , d'Ethiopiens ,
d'Indiens , & autres Nations
, qui porterent des
offrandes fur l'Aurel de
cette Déeffe. Le Choeur
fit des voeux pour obtenir
de l'Hymen qu'il
preparaft fes chaines
pour Orontée . Voicy les
Vers qui furent chantez
de Chantilly. 117
pendant cette offrande .
LE CHOEUR .
Dans nos Conceris , dans nos
chants d'alegreffe
,
Chantons Venus noftre grande
Déeſſe.
DEUX DU CHOEUR .
Tendres Amours , pour remplir
nos defirs
Banniffez lesfoupirs ,
Chaffez la trifteffe.
Deux autres du Choeur.
Tendres Amours pour remplir
nos defirs
Banniffez les foupirs ,
Venez , douxplaifirs
11.8 La Fefte
LE CHOEUR.
O Toy , doux Hymen en ce
jour,
Pour le coeur de la Reyne ›
Prepare ta chaine.
TRIO.
Uniffons nos accords tour à
tour.
Que par tout on chante ,
Que par tout on vante
Venus & l'Amour.
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour
L'Hymen & l'Amour
Il n'y eut point de
nouvelle decoration au
"
"
de Chantilly. 119
fecond acte, & l'on y vit
encore le mefme Temple .
Orontée furpriſe du
changement qui fe faifoit
dans fon coeur, loua
les charmes du jeune Etranger
, & fe refolvoit
à mourir plûtoft que de
#fe rendre à l'amour , lors
que Jacinte parut devant
elle en habit d'homme
,
& luy dit qu'ayant eſté
abandonnée
par un Amant
, elle l'avoit eſté
chercher
à Sidon
, où
DAY
120 La Fefte
Irene avoit adoucy fes
malheurs par fes bienfaits
. Elle ajoûta que les
Devins ayant declaré qu'
Alidor luy devoit un
jour ofter la Couronne,
ce qui l'avoit obligé à
prendre la fuite , cette
Reine avoit mis fa tefte à
prix , & que voulant luy
marquer fon zele , aprés
avoir efté fi bien recetë
dans fa Cour , elle avoit
furpris Alidor , & d'auroit
tué d'un poignard
qu'elle
de
Chantilly.
1921
Lit
qu'elle luy montra, fi on
ne l'en cuft empefchée.
Orontée charmée d'Alidor
luy arracha le poignard
, & elle en alloit
O percer Jacinte , quand
Creonte l'arrefta , & luy
fit connoiftre qu'il eftoit
indigne d'elle qu'elle
vouluft vanger Alidor.
Elle chaffa Jacinte de fa
prefence , & honteufe
d'avoir découvert fa paffion
, elle fit devant
Creonte de nouvelles
, 4
rec
ea
*
L
122
La Fefte
F
proteftations de n'aimer
jamais. Aprés qu'elle fut
fortie , Alidor parut avec
Ariftée , & fe plaignit du
malheur qui l'avoit contraint
de quitter la Cour
t
d'Irene, où il avoit vêcu
avec tant de gloire depuis
que la mort luy avoit
ravy fon Pere. Ariftée
luy dit que quoy
qu'Hipparque
cuft efte
autrefois Corfaire , il faifoit
trembler les Rois
par fa valeur , & que de
de
Chantilly.
123
Ipuis dix ans que ſes Vaiffeaux
avoient fait naufrage
, elle ne fçavoit
s'il étoit vivant où mort;
mais qu'elle ne pouvoit
fe défendre d'attendre
beaucoup des promeffes
de fon Aftre . Amafic les
interrompit pour dire à
Alidor , que la Reine
s'intereffoit pour luy , &
- qu'elle vouloit l'entretenir.
Lors qu'elle fut
feule , elle s'étonna de ce
qu'elle fentoit ſon coeur
Lij
124 La Fefte
diſpoſé à trahir Lyfandre
pour ſe donner à Alidor
, qu'elle trouvoit
tout aimable , & en même
temps des Peuples
d'Egypte mêlez d'autres
Nations vinrent celebrer
la Fefte de Bacchus & de
l'Amour. Toutes leurs
chanfons marquerent
l'envie qu'ils avoient
qu'Orontée vouluſt leur
donner un Roy. Le
Choeur fit d'abord entendre
ces Vers.
·
de Chantilly 125
-O
Quand tout le Ciel à nos
vaux eftpropice ,
Charmant efpoir , viens flater
nos defirs.
Que noftre joye en tous lieux
retentiffe ,
Redoublons tous nos Jeux &
nos plaifirs.
RECIT.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne,
Tu peux finir noftre peine ,
Seconde nos voeux .
LE CHOEUR.
Venus, enchaîne
Noftre aimable Reyne ,
Seconde nos vaux .
Liij
126 La Fefte
RECIT.
Tes aimables noeuds
Sans ceffe nous rendront heureux.
LE CHOEUR.
Quand tout le Cielfefait voir
fi propice
Charmant efpoir viensfeconder
nos voeux..
DEUX DU CHOEUR:
Dans ce beau jour
Fais que tout s'accompliße ,
Venus ,mene avec toy l'Amour.
Deux autres du Choeur.
L'attente
C D'un bien fi charmant ,
Enchante
de Chantilly.
127
h
U
Noftre tourment.
RECIT.
Parune douce chaîne,
En ce jour
Captive une Reyne ,
Puiffant Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Remplis noftre attente
Perçant de tes traits
Un coeur qui ſe vante
De n'aimer jamais.
DEUX DU CHOEUR.
Afuivre ta loy
Engage fa foy ,
Memphis veut un Roy,
LE CHOEUR.
Quand tout le Ciel, &c .
128 La Fefte.
" R
qu'une
Reine
Alidor feul commence
le troifiéme Acte, ens'ap
plaudiffant de fon bonheur
, de ce
luy donnoit afile dans
fa Cour , tandis qu'une
autre pourfuivoit fa
mort . Amafie eftant furvenue
luy demanda s'il
venoit admirer la beauté
des lieux où il eftoit , &
il répondit que quelques
charmes qu'ils euffent ,
il ne pouvoit avoir des
yeux que pour elle. Il
de
Chantilly. $29
me
ajouta qu'il vouloit l'aiens
mer toute fa vie . Amafic
nb receut fon
hommage a-
R vec plaifir , & il eftoit
Te &
à
fes
qu
be
lors
que
genoux
lors la
Reine parut
.
Elle
repropeu
de cha à
Alidor le
a
10 respect
qu'il avoit pour
elle , de venir
feduire
une jeune Princeſſe
dans
fo Palais. Amaſie ſortit ,
Alidor
ayant dit
qu'il eftoit bien éloigné
d'aimer
Amafie , aprés
ON
&
1. to
le. us les maux
que l'a130
La Fefte
mour luy avoit cauſez
dans la Cour d'Irene ,
Orontée l'affura qu'il
trouveroit en elle ce qu'il
avoit perdu dans cette
cruelle Reyne . Alidor
s'eftant éloigné , elle fit
connoiftre qu'elle ne
pouvoit
plus combattre
fa flamme. Dans ce moment
Gelon luy vintannoncer
qu'il avoit veula
Magicienne Ifmenie def
cendre des Cieux dans un
char de feu . Ifmenie pade
Chantilly. 131
rut, & declara à la Reyne
qu'il falloit malgrél
fon indifference qu'elle
fe refoluft à prendre un
Epoux , & qu'elle alloitinterroger
les Manes des
Rois d'Egypte, & l'Ombre
de Ptolomée
, pour
fçavoir fur qui tomberoit
fon choix. Alors elle
frappa de fa verge un des
coins du Theatre , & la
terre s'eftant auffi- toft.
ouverte, les tombeaux en
fortirent , & s'éleverent à
132 La Fefte
vingt - quatre pieds de
haut. Celuy du grand
Ptolomée qui s'éleva au
milieu du Theatre , eftoit
d'un ordre Dorique &
d'une compofition cr
traordinaire. Le plan é
toit quarré long avec des
piedeftaux faillans fur
chaque face & dans les
angles . Entre les piede
taux eftoient des Statues.
de marbre blanc , affiſes au
pied d'une grande con
fole , & appuyées fur les
piedeftaux
de Chantilly.
33
piedeftaux . Dans le milieu
s'élevoit un morceau
d'architecture
quarré
long , fuivant le plan
avec des pilaftres & des
confoles fur les angles.
Les Statues montoient
jufque fous la Corniche
5 de mefme que les pilaftres
, entre lefquels il y
avoit une grande arcade
percée & furbaiffée , fous
laquelle eftoit la figure
de Ptolomée de marbre
blanc , affife au pied d'un
M
134 La Fefte
Tombeau de Porphire ,
dont les ornemens étoient
de bronze doré.
La Corniche portoit un
focle fur lequel eftoient
pofez quatre Sphinx de
bronze, qui portoient un
grand Obelifque
orné de
caracteres , & de figures
hierogliphes
. Le fommet
eftoit un chapiteau compofé
fur lequel eftoit une
Urne. Il y avoit encore
quatre
autres Tombeaux
dans les coftez du Théa
14
de
Chantilly. 135
S
,
tre , & dans les éloignemens
de formes différen-
& tes. & une Statuë de
marbre à chaque Tom-
-beau. Tous ces Tombeaux
eftoient entourez
de Cyprés , d'Ifs , & autrès
arbres , & le tout enfemble
formoit un fpectacle
lugubre, mais tresmagnifique.
Aprés qu'Ifmenie
eut évoqué l'ombre
de Ptolomée , il parut
plufieurs Efprits qui
tournerent autour des
Mij
136 La Fefte
Tombeaux comme voulant
animer les Statuës ,
& on entendit un Choeur
de Mufique fort extraordinaire
dont les voix
paroiffoient fortir des
Tombeaux . Ce qui furprit
fort , c'eft que les
Statues qui eftoient drapées
auffi proprement que
fielles euffent efté travaillées
de marbre , eftoient
des Figures vivantes , chacune
dans une attitude
differente . Tout le mon-
"6
de
Chantilly . 137
I de les crut de
carton ,
ajufques
au temps
qu'Ifme-
Cnic
parla
à Ptolomée
.
Alors toutes les Statuës
Es remuerent avec des mouvemens
lents .
J'ay oublié de vous dique
requ'avant que l'évocaent
tion fe fiſt l'aimable
en Gelon foutenant toûjours
trafon caractere , eftoit forefta
ty d'une maniere fort
fpirituelle . Voicy ce qu'il
at dit. Tout le monde y a
remarqué un tour d'eftes,
с то
V
M iij
138 La Fefte
prit fingulier.
Je crains trop la Troupe infer
nale
,
Jenne veux point chez Plutoni
Mourir de foifcomme Tantale,
Ny boire l'eau du Phlegeton.
Tous les Vers de l'évocation
avoient quelque
choſe de majestueux , qui
ne contribua pas peu
à faire naiftre dans l'efprit
des Spectateurs cet
te efpece d'étonnement ,
qui fait , lors qu'il eft
bien excité , un des prin
de Chantilly.
139
cipaux plaifirs des Specta
cles . La Magicienne parla
ainfi aux Demons .
Venez , Demons , plus vifte
qu'un éclair,
Quittez was demeure's terribles,
Et des atomes de l'air
Faites- vous des corps vifibles.
Venez, venez, obeiſſez
Paroiffez paroiffez.
Aprés que les Demons
l'eurent affeurée qu'ils
eftoient prefts d'obeir ,
elle pourfuivit de cette
forte.
ISC
IX.
140 La Fefte
Des jours éteints de nos Monar
ques,
Dans leur froid tombeau ,
Malgré l'ordre des Parques.
Rallumez le flambeau.
Les Demons ayant ani- ˆ
mé les Statues des Rois,
elle s'adreffa à ces Statuës
, & fit entendre ces
Vers .
Marbres fourds Figures
muettes
De nos fuperbes Rois ,
Prêtez l'oreille à ma voix ,
Parlez, & du Deftin foyez les
interpretes.
de Chantilly. 141
Rr
5!
Elle confulta enfuite
la Statuë de Ptolomée ,
& l'Ombre répondit ces
quatre Vers.
Ma Fille , de l'Hymen tu dois
fubirla loy ,
Et tu l'accepteras fans peine s
Mais tu n'épouferas qu'un
Roy
2
Que te doit offrir une Reyne.
L'Ombre ayant parlé
de cette forte , toutes les
Statues reprirent leurs attitudes
& aprés qu'Orontée
cut marqué la
>
142
La Fefte
peine que luy faifoit cet
Oracle , tous les Tombeaux
difparurent
, &
l'Acte finit ..
Un Jardin delicieux
faifoit le Theatre du quatriéme
Acte. Le devant
eftoit une maniere de Ve
ftibule d'une architectu
re Ionique. Des Termés
de bronze doré tenoient
lieu de colomnes . Les
chapiteaux eftoient des
corbeilles de fleurs & de
fruits , qui portoient une
L
de t
Chantilly. 143
,
corniche de marbre &
un plafond magnifique.
Entre les Termes il y avoit
des arcades auffi de
marbre , avec les orne
mens de bronze pour entrer
dans une galerie qui
paroiffoit tapiflée d'éto
fes d'or à fond violet . Le
Veftibule occupoit un
o tiers du Theatre fur le
I devant , & le jardin patroiffoit
enfuite . Il eftoit
Morné de Statues reprefentant
des Amaurs fur des
144 La Fefte
piedeftaux, accompagnez
de baluftres de marbre &
de bronze , avec des ar
bres qui s'élevoient der
riere ces Figures , qu'on
voyoit ornées de fleurs
& de fruits . Les deux
coftez duTheatre étoient
de cette maniere. Au milieu
le jardin fe feparoit
en trois allées , une dans
le milieu , & deux diagonales.
Elles eftoient ſi
bien tracées , qu'on les
découvroit de tous les
endroits
de Chantilly. 145
Resi
endroits de la Salle . A la
face de chacun des angles
qui feparoient les
allées eftoit une Statuë
qde marbre blanc , fur un
* piedeſtal auffi de marbre
dorné de bas reliefs d'or .
éto D'autres Statuës qui re-
A prefentoient encore des
ep Amours ,
regnoient genenet
ralement dans toutes ces
ux trois allées. Au bout de
toid celle du milieu il y avoit
' on des
berceaux d'or percez
Lous à jour , reveftus de touend
N
146 La Fefte
tes fortes de fleurs , &
foûtenus par des Termes
en confoles de marbre
blanc. Au travers de ces
berceaux on voyoit une
caſcade naturelle avec
plus de cinquante jets
d'eau , fans y comprendre
les Napes. Cette cafcade
étoit faite avec tant d'art,
qu'elle fuivoit la perſpe
tive du Theatre . Elle
paroiffoit d'une grandeur
extraordinaire
, &
ne diminuoit rien des
de Chantilly.
147
nte
apra
"
objets qui eftoient au-
Ten tour. Ces ornemens efma
toient de marbre & de
de bronze , avec des vafes
O d'où fortoient des planle
tes . Au deffus de cette
caſcade paroiffoit une
allée d'arbres qui travercal
foit, & au delà on voyoit
nt un Palais fuperbe dans
l'éloignement
. Les deux
allées des coftez paroiffoient
auffi fort longues,
irt ornées d'une maniere differente
de celle du miien
Entd
pe
e. I
Nij
148 La Fefte
1
lieu. On appercevoit au
travers de pluſieurs Portiques
d'architecture
ruftique
mêlée d'arbres, une
caſcade dans l'enfoncement
. Ce qui eftoit de
remarquable , c'est que
les fontaines & les cafcades
avoient efté préparées
avec tant d'art, que
non feulement elles
n'empêcherent point qu'
on n'entendift la Mufique
& les Recits , mais
mefme elles fembloient
de Chantilly . 149
s'accorder avec la Simphonie
, dont les mou-
E vemens tantoft plus lens ,
tantoft plus preſſez , ex-
#primoient auffi le murmure
des eaux . Quelquefois
la Simphonie s'ar-
= rêtoit laiffer entenpour
dre ce murmure ; quelquefois
auffi le bruit des
eaux ceffoit pour ne laiffer
entendre que la Simphonie
qui l'imitoit.
Amafic vint refver
dans ce beau lieu au
N iij
150
La Feste
merite d'Alidor &
voyant yenir Lyſandre ,
elle luy avoua qu'elle
avoit changé. Lyfandre
1
l'ayant traitée de per
fide , elle luy confeilla
par cette chanſon de
changer comme elle.
Que l'inconftance eft agreable !
On s'engage avec un Amant ,
Et l'on le quitte au moment
Qu'on en trouvé un plus aimable.
Que l'inconftance est agréable !.
Lyfandre eftant forty,
de Chantilly.
151
refolu defe fatisfaire par
la mort de fon Rival fistoft
qu'il l'aura connu ,
Gelon vint avertir Amafie
qu'il avoit laiffé Alidor
avec la Reyne. Cela
dor
luy fit croire qu'il eftoit
aimé d'Orontée , & lors
qu'il parut , elle luy reprocha
fon ingratitude ,
en l'accufant de faire
contre elle ce qu'elle avoit
fait contre Lyfandre.
Elle fortit en
voyant
venir la Reyne , qui dit
10
152 La Fefte
à Alidor qu'il fçavoit
que l'amour qu'il avoit
eu pour Irene avoit caufé
fa colere, & Alidor ayant
répondu qu'un malheureux
comme luy fe con
noiffoit trop pour afpirer
à eftre aimé d'une Reyne,
elle ajoûta pour l'enhardir
à fe declarer , que
vertu meritoit un Diademe
, & qu'il n'y avoit
rien dont l'efperance luy
puft eftre deffenduë . Alidor
l'ayant quittée ,
•
fa
de
Chantilly .
153
dre
Creonte luy vint apprenque
le Frere d'Irene ,
Fils comme elle d'Agenor
Roy de Phenicie ,
& de Ladice , eftoit vivant
, & qu'un Envoyé
de fa Soeur venoit d'en
apporter la nouvelle.
Orontée en fut troublée ,
parce que ce Prince que
l'on croyoit mort , luy avoit
cfté deftiné par fon
Perę & par le Roy de
Phenicie , & qu'elle ne
pouvoit fatisfaire à ce
154
La Fefte
des
qui avoit efté predit par
fon Ombre, fans renoncer
à l'amour qu'elle avoit
pour Alidor . Creonte luy
confeilla de l'éloigner ,
pour faire ceffer
bruits defavantageux à
fa gloire , & elle répondit
qu'on auroit fujet
d'eftre content d'elle.
Cet Acte finit par le divertiffement
qui eft expliqué
dans ces Vers .
de Chantilly. 155
GELON.
Chers Compagnons delices
de la table ,
Rejcüiffons - nous.
Chantons , danfons, faifons les
fous.
Que la folie eft raisonnable !
LE CHOEUR.
Rejeüffons- nous
Chantons, danfons, faifons les
fous.
Que lafolie estraisonnable !
GELON .
D'où vient que le fommeil
m'accable ?
Que fes pavots font doux !
Camarades, couchons- nous
156 La Fefte
Sur le fein parfumé de Flore ,
Et dormons tous
Fufqu'au retour de l'Aurore,
Gelon s'eftant endormy
fur un lit de
gazon ,
un de fes Compagnons
dit ,
Dors , Gelon , dors.
Du jus divin ton ame eſt échauffée
,
Tu dois pour delaffer ton
corps ,
Te livrer tout entier dans les
bras de Morphée
Dors , Gelon , dors .
Aprés cela deux autres
compade
Chantilly. 157 .
21
10
Compagnons
de Gelon
dirent .
Vole , vole jufques aux Cieux
Sur l'aifle d'un fonge a greable,
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable.
Sur l'aifle d'un fonge agreable
Vole , vole jufques aux Cieux.
LE CHOEUR ayant repeté
Va boire à la table des Dieux
Le nectar delectable ,
Gelon s'éveilla au bruit
que firent fes Compa-
& l'Acte finit
gnons ,
par une Danſe.
Le Theatre ne changea
O
158 La Fefte
point de Decoration au
cinquiéme Acte, qui com
mença par cette Chanfon
d'Orontée .
Je way, cruel devoir, éloigner
de ces lieux
L'innocent objet de maflame.
Mais qui me répondra, grands
Dieux,
Qu'eftant loin de mesyeux
Il ne regne plus dans mon ame?
Malgré fon amour elle
ne laiffa pas de déclarer
à Alidor qu'ayant fceu
combien Irene eftoit irde
Chantilly.
139
ritée contre luy , elle ne
pouvoit fe difpenfer de
l'éloigner de fa Cour ,
& qu'elle luy donnoit
Thebes pour retraite . Il
ſe retira comme ne cherchant
plus qu'à mourir,
& prefque auffi - toſt on
vit paroiftre Jacinte qui.
dit à la Reyne que l'En-
том voyé de Sidon parloit
u d'arrefter Alidor , qu'elle
craignoit qu'on ne vouluft
attenter fur fa vie ,
& qu'elle efperoit que
O ij
160 La Fefte
l'avis qu'elle luy en donnoit
appaiſeroit la colere
qu'elle avoit fait éclater
contre elle. La Reyne
n'eut pas fitoft envoyé
Jacinte pour empeſcher
le départ d'Alidor , que
444
Creonte luy fit part d'une
autre nouvelle . Il luy
apprit que l'Ambaſſadeur
d'Irene eftoit le Corfaire
Hipparque Pere d'Alidor,
dont la mort avoit paſſé
pour certaine ; qu'il avoit
obtenu le pardon de fon
de Chantilly. 161
Fils , & qu'Irene eftoit
partie elle-mefme de Sidon
pour venir mettre ſa
Couronne fur la tefte
d'Alidor . Cela donna de
la jalouſie à Orontée
qui crut qu'Irene venoit
couronner Alidor comme
Amant , mais elle fut
détrompée par lfmenie ,
qui l'affura que cet Alidor
eftoit Fils d'Agenor
Roy de Phenicie,& Frere
d'Irene. Le Vaiffeau qui
portoit ce petit Prince
O iij
162 La Fefte
dans le temps de fa naiffance
, ayant fait naufrage
, Hipparque l'avoit
trouvé flottant dans un
Berceau , & enveloppé
de langes tiffus de la
main d'Iſmenie . Il avoit
apporté ces langes , & Ilmenie
les avoit reconnus.
Orontée que cette reconnoiffance
rendoit heureufe
, puifque l'Ombre
de Ptolomée luy avoit
predit qu'elle épouferoit
un Roy que luy offriroit
de Chantilly. 163
1
une Reyne , ordonna à
Amafie de recompenfer
l'amour de Lyfandre
.
L'Opera finit par une
Fefte galante que fit une
troupe d'Egyptiens
&
d'Egyptiennes
, pour ſe
réjouir d'une avanture
qui leur donnoit un Roy
digne de l'eftre .
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux!
DEUX DU CHOEUR .
Le Soleil qui nous éclaire
E
164 La Fefte
Pour briller de plus beaux
feux
Va fe joindre avec Cythere.
CHOEUR.
Foüiffez, heureux Amans ,
Des plaifirs les plus charmans,
Desplus doux raviffemens.
RECIT.
Quelle gloire
En ce beau jour !
Alidor, ( qui l'euft pu croire? )
Va remporter la victoire
Par les mains du Dieu d'Amour.
AUTRE RECIT.
Ifmenie a fceu predire
Cet Hymen fait dans les
Cieux
de Chantilly. 165
ema
Deux Deffus du Choeur.
Quel bonheur s'offre à nos
yeux
Si charmant , fi glorieux ?
Pour le bien de cet Empire ,
Couronné des mains des Dieux,
Alidor vint en ces lieux.
DEUX AUTRES DESSUS.
Doux moment !
Four charmant !
CHOEUR.
L'Univers de noftre Roy
Recevra bien-toft la Loy.
DEUX DU CHOEUR .
O doux moment !
O jour charmant !
KT!
рит
victor
Die
EC
redire
166
La Fefte
CHOEUR.
Le deftin remplit nos voeux.
Le Ciel nous donne un Roy ;
que nousfommes heureux !
Monfeigneur marqua
avec l'honnefteté qui luy
eft ordinaire, qu'il s'eftoit
beaucoup diverty à cet
Opera . Ce Prince tint Ap
partement le mefme jour,
& l'on y joüa à differentes
fortes de Jeux .
Le Mardy , qui eftoit
la troifiéme journée,
Monfeigneur voulut fe
de Chantilly . 167
B
donner le plaifir d'aller
tirer dans le Parc . Ce
Parc eft d'une beauté
merveilleufe &
quoy
que l'art l'ait beaucoup
embelly , il femble pourtant
qu'il ne luy doive
aucun de fes agrémens,
On y voit des cofteaux,
des plaines , & des bois
difpofez par la Nature
mefme d'efpace en efpace,
comme pour fervir de
retraite à toutes fortes
de gibier dont il eft rem168
La Fefte
ply , & pour offrir d'agreables
lieux de rafraìchiffement
à ceux qui
s'y promenent . Ces bois
font coupez par des rou
tes differentes qui fe croi
fent , & qui feroient en
d'autres lieux que Chantilly
, des promenades
•
qu'on admireroit, & qui
mefme en ce lieu- là où
tant de beautez fe trou
vent affemblées , ne laiffent
pas de fe faire regarder
avec plaifir. D'un
cofté
de Chantilly. 169
est
el
ner
et
côté où le terrain s'éleve
en côteau , on voit comme
dans une espece de
valon les canaux , les
prairies qui les bordent,
les Parterres , les Cafcades
, les petits bois dont
elles font ornées , les Ifles
dont je vous ay déja parlé
, qui font la plus delicieufe
, & la plus fuper
be veuë qu'on puiffe s'imaginer.
De l'autre côté
l'on voit comme dans
des enfonceniens des mai-
P
•
A
170 La Fefte
fons ruftiques qui paroiffent
au travers des bran
ches des arbres , des vil
lages qu'il femble qu'on
n'ait laiffez là dans une
efpece de lointain , que
pour faire des paysages
plus beaux que ceux que
le Pinceau nous a donnez
. On y trouve une
Menagerie dont la principale
porte donne fur
une des grandes allées
qui bordent le grand canal
, & qui d'un autre
de Chantilly . 171
côté fort dans les plaines
du parc. Cette Menagerie
, quoy qu'elle ne foit
pas encore achevée , ne
laiffe pas de paroiſtre
tres- magnifique . Outre
un parfaitement bel appartement
, dont la fimplicité
dans les meubles a
quelque chofe de plus agreable
que la richeffe en
d'autres lieux, la diftribution
d'une infinité d'endroits
propres à ferrer
tout ce qu'une Menage-
Pij
172 La Fefte
rie abondante peut fournir
de mets delicieux
,
fait un agrément qu'il
eft difficile d'exprimer .
On y voit un grand Salon
orné de peintures ,
teprefentant l'hiftoire
d'Ifis , & ce Salon eft
tourné de maniere qu'il
femble que ce foit plûtoft
le Temple d'Ifis qu'-
un baftiment ordinaire .
Beaucoup de Terraſſes
& de jardins champêtres
font l'ornement de cette
de
Chantilly .
173
maifon dont une des
courts eft bordée de huit
ou dix petits Pavillons ,
tous feparez les uns des
autres , & deftinez à lo-
Cintu
T'hif
Salo
ere
foit:
rdin
Terr
amp
de a
ger les animaux rares que
Monfieur le Prince fait
venir des Pays étrangers ,
Une autre court a dans le
milieu une fontaine toute
de fources vives ,
qu'on voit fourdre &
bouillonner parmy des
rocailles qui paroiffent
naturelles . On appelle
Piij
174
La Fefte
cette fontaine, la fontaine
de Narciße , parce que
ce Berger amoureux de
luy - mefme y paroiſt au
milieu fe regardant avec
tranſport , & tendant les
bras à fa Figure , qu'on
a le plaifir de voir dans
F'eau , tant cette cau eft
claire , nette & argentée,
pour me fervir des termes
d'Ovide , dont cette fontaine
furpaffe de beaucoup
la defcription .
Si je voulois contide
Chantilly. 175
nuer à vous faire celle
de cette Menagerie &
du Parc , je perdrois trop
longtemps Monfeigneur
de veue . Ce Prince , aprés
1 avoir tiré toute la matinée
dans ce Parc , alla
l'apréfdinée à la chaffe
du Cerf , avec la Meute
de M. du Maine , qui
n'a pas moins d'adreffe
que d'ardeur & d'activité
pour la Chaffe , & dont
l'équipage eft fi beau ,
qu'il ne cede qu'à celuy
176 La Fefte
du Roy. Il y eut le foir
Opera & Appartement .
Le Mercredy, Monfeigneur
alla à la chaffe aux
Perdreaux . Tous les Seigneurs
de fa fuite fe fe
parerent par Quadrilles.
Ce Prince eftant de retour
de la Chaffe , fit faire
un état de ce que cha
cun avoit tué , & envoya
cette Chaffe au Roy, avec
le détail , & les noms de
tous ceux qui avoient
chaffé. Il s'y trouva plus
de
Chantilly.
177
*
de cinq cens Faiſans ,
Perdrix , ou Liévres ,
Monfeigneur en ayant
tué luy ſeul plus de cent
quatre - vingt ; de forte
que s'il y euft eu un Prix
pour celuy qui en auroit
le plus tue , il cuſt eſté
donné à ce Prince . Il fe
promena l'apréfdînée , il
traverfa d'abord le Parterre
des Orangers , & alla
enfuite dans la partie du
jardin qui eft du côté du
Village de Chantilly.
178 La Fefte
II y entra par une gran
de porte qui eft au milieu
de la galerie des Cerfs .
Cette galerie s'appelle
ainfi , parce qu'elle eft
>
ornée de beaucoup de fi
gures de Cerfs au naturel
, portant tous au col
l'Ecuffon des Armes de
M' de
Montmorency ,&
des Maiſons avec lef
quelles ils avoient fait
alliance . Elle eft ouverte
en arcade fur le Parterre
des
Orangers , ayant au
de
Chantilly. 179
pied de fon mur un petit
ruiffeau d'eau vive &
claire qui coule fur un
beau fable , avec un murmure
le plus agreable du
monde. De l'autre cofté ,
entre les figures des cerfs
qui y font , elle eſt ornée
d'une peinture à frefque ,
reprefentant l'hiftoire
de Pfyché. Cette peinture
, quoy qu'un peu endommagée
par le temps,
ne laiffe pas d'eftre encore
d'une beauté à at
180
La Fefte
tacher les Connoiffeurs .
Cette galerie aboutit
d'uncôté à un grand Pavillon
apellé des Etuves,
à caufe qu'il y en avoit
autrefois.Ce Pavillon eft
compofé de deux grands
Salons , dont l'un eft ac
compagné
de Cabinets .
On trouve un Billard
dans le premier , & ily a
des Lits de repos dans
l'autre . Un de ces Salons
eft ouvert par unegrande
porte fur une des petites
Ifles
de Chantilly.
181
En
Ifles dont je vous ay parlé
, & il n'en eſt ſeparé
que par un canal que l'on
paffe fur un pont .
face de cette porte dans
l'Ifle , eft un grand
rond
de treillage
, qui forme
une efpece
de Salon dé-
Couvert
au milieu
duquel
eft une fontaine
avec
un tres-gros jet d'eau .
Par l'autre
bout
cette
galerie
conduit
à l'un
des Pavillons
de l'Orangerie
, compofé
auffi de
&
,
182
La Fefte
deux Salons. Monfei
gneur paſſa par une grande
allée de Picea en pi
ramide , & des Sapins entre-
deux , & eut le plaifir
de voir à la gauche , fur
une hauteur , ornée d'un
bois vert
une
cafcade
& une grande piece
d'eau avec trois gros jets,
dix levées , & autant de
baſſins à chandeliers. Ily
a dans la face de la cafcade
cinq grands Mafques
de bronze , qui vo
miffent une fort grande
de
Chantilly.
183
quantité d'eau , laquelle
tombant fur autant de
coquilles à trois rangs ,
forme autant de napes
d'eau . On voit au bas de
la caſcade un grand baffin
qui reçoit toutes ces
caux , & d'où fortent
plufieurs lances. L'archi
tecture de cette caſcade
eft fort correcte , & confifte
en plufieurs piedeftaux
. On y monte par
1 deux allées en rampes
qui forment des glacis
Qij
1.84 La Fefte
de gazon
tout - à - fait
Ces rampes agreables
font foutenues d'un côté
par des paliffades d'Ifs ,
& de l'autre par des Sabines,
& des boules d'autres
arbres verts . A la
droite font des Boulingrains
avec plufieurs fontaines
, & un petit canal
qui regne tout au long
de ces Boulingrains
, leſquels
fe terminent
de
mefme que la grande allée
, à une groſſe fontaide
Chantilly . 185
ya
ne dont le baffin eft enfoncé
d'environ cinq
pieds . Du milieu de ce
baffin s'éleve fur un picdeftal
à confoles , un au
tre baffin , dont il fort
un jet d'eau prodigieux
par fa groffeur . Il y a
une allée autour du
grand baffin, & une banquette
d'environ deux
pieds de haut au deffus
de l'allée , d'où fortent
vingt jets d'eau , qui for
ment un berceau fi juſte ,
Qiij
186 La Fefte
qu'on a le plaifir de fe
promener deffous fans
eftre moüillé. Le refte
eft un glacis de gazon .
Le bas de cette fontaine
s'ouvre en tenaille , & le
haut qui eft oppofé à la
prairie , eft foûlevé d'une
grande demy - lune , au
deffous de laquelle eft
un bois vert , qui fe termine
dans une grande
allée fur la hauteur , qui
paffe tout au long des
fruitiers , & mene à la
de Chantilly.
187
Faifanderie, dans laquelle
on trouve une quantité
prodigieufe de Faifans
& de Perdrix , qu'on
y éleve avec de grands
foins . Elle eft composée
de trois jardins en terraffe
, d'un corps de logis
de deux Pavillons , & de
I quatre grands jets d'eau
dans autant de baffins ,
l'un dans la court , & les
trois autres dans chacun
des jardins , qui font toust
trois en terraffe . Ce fut
188 La Fefte
für le canal qui répond
à ces deux parties que
Monfeigneur
s'embar
qua avec tous les Seigneurs
de fa fuite , pour
aller prendre le divertif
fement de la joûte fur
l'eau , & pour voir tirer
l'Oye , ce qui fe devoit
faire fur le grand canal ,
par les Mariniers que
Monfieur le Prince avoit
fait venir exprés . Les deux
bâtimens fur lefquels
Monfeigneur s'embar
de Chantilly .
189
qua avec ceux de fa fuite,
eſtoient ornez de leurs
Pavillons
& Tendelets
,
& conduits par dix - huit
Rameurs habillez en Matelots
. A mefure que
Monfeigneur avança , il
découvrit de nouvelles
beautez . Aprés la Faifanderie
on trouve un grand
jardin én terraffe , lequel
finit de mefme que les
jardins fruitiers qui font
au deffus , à un grand
rond , d'où defcend fur
A
190 L.
La Fefte
le canal une grande allée,
& ce qui la traverſe va
paffer entre la tefte & le
corps de la grande caſcade
, & fe termine au Pa
villon de Manfe . Toute
cette partie s'appelle le
Bois du Lude. Il y a plus
de vingt allées differentes
, dont la plufpart ont
des baffins & de grands
jets d'eau , dans le centre
où ces allées fe
coupent. Les arbres en
font parfaitement beaur,
de
Chantilly.
191
& les paliffades tres- unies
. Les principales de
ces allées menent par differens
endroits à la grande
caſcade . La teſte en eſt
foulevée de mefme que
les côtez par des paliffades
& par des Ifs , avec
du gazon dans les differens
paliers . Cette teſte
eft compofée d'un demy
octogone d'architecture
avec des Termes , des piedeftaux
, des baffins , des
animaux de bronze , des
192 La Fefte
coquilles & des rocailles .
Il y a fur trois gradins
de gazon neuf baſſins qui
reçoivent l'eau de neuf
grands vaſes . Au deffous
des gradins font encore
d'autres baffins les uns
fur les autres
au premier
defquels eft une
groffe gerbe d'eau faite
avec tant d'art , qu'on
n'en a point encore veu
"
de pareille. L'eau en paroift
auffi blanche que
nége , & fa tefte s'écarte
la
fi
de Chantilly. 193
fi agreablement, que rien
ne fçauroit mieux reprefenter
des épics qui fe détachent
d'une veritable
gerbe . Dans toute la circonference
des baffins qui
font au deffous de celuylà
font des jets - d'eau ,
lefquels avec les napes
quis'échapent des mefmes
baffins , & l'eau de la
gerbe font en tombant
un effet admirable . Au
deffus de tout le
pourtour
de ce demy
octogo-
R
194 La Fefte
ne font des baffins taillez
tres- proprement , du
milieu defquels comme
de la coulette qui eft au
deffous , fortent plufieurs
lances de meſme que du
fond de fon grand baffin,
& comme de tous les côtez
on voit des Jets &
des chûtes d'eau , ce contraſte
fait beaucoup de
plaifir à la veuë . Il y a
dans le milieu de la grande
allée de la caſcade un
fort beau baffin octode
Chantilly.
195
gone , du milieu duquel`
& des quatre coftez fortent
cinq jets d'eau . Le
corps de la caſcade con--
mence au bord de cette
allée. Elle est toute rem-
$
plie de gradins , de lances
, de napes , de bouillons
d'eau , & de marches
fur lefquelles , & des
deux coftez , l'eau fe brife ,
avec un murmure agreable
. Après avoir formé
une grande nape de plus
de cinquante pieds de
1
Rij
196 La Fefte
tour , elle ſe va precipiter
dans un goufre d'où elle
difparoift , pour rentrer
par deffous terre dans le
canal qui luy eft oppofé.
Au delà de ce goufre font
quatre baffins avec un
gros jet d'eau , qui avec
un glacis de gazon cn
tenaille forment le pied
de cette belle cafcade ,
aprés lequel on trouve
au bout d'une allée un
grand quarré long orné
tout autour de doubles
de Chantilly.
197
"
paliffades entre les grands
arbres , au pied defquelles
commence un double
gradin de gazon qui fe
termine en glacis de tous
coftez.A l'entrée on trouve
un rond d'eau du
milieu duquel s'éleve une
des plus groffes fontainės
qu'on ait encore veuës ,
Le refte de l'efpace eft occupé
par un quarré plus
long que large , dans le
milieu duquel s'élève un
grand rocher de mefme
R iij
198 La Fefte
figure. Quatre grands
jets d'eau en arcades partent
des quatre coins ,
& vingt- quatre jets d'eau
de deux pouces de dia
metre forment le pied
d'un autre grand jet
d'eau qui a du moins
foixante pieds de hau
teur , & qui tient le milieu
de cette partie. Voilà
tous les objets qui parurent
à
Monſeigneur pendant
le temps qu'il demeura
fur le canal de la
de Chantilly . 199
Riviere . Au fortir de ce
lieu-là fon Bateau entra
dans un canal de traverſe
qui porte fes eaux au Pavillon
de Manſe . De ce
canal on découvrit toute
la Prairie qui va juſqu'à
la chauffée de Gouvieux
,
ainfi que deux grandes allées
en terraffe , chacune
enfermée de deux grands
canaux
& la mefme
Prairie coupée dans le milieu
par un cinquiéme canal
. Tous ces canaux &
200 La Fefte
toutes ces terraffes ont au
moins onze à douze cens
toifes de long. De là on
vint dans une éclufe à
trois
portes .
Si- toft qu'on les cut
ouvertes , on vit comme
une Mer qui auroit rompu
fes digues , fe précipiter
à grands flots roulant
les uns fur les autres
avec un bruit effroyable.
Les bateaux ayant efte
élevez à la hauteur du
grand canal , on y entra
H
de Chantilly. 201
au fon des
Trompettes ,
& des
concerts de plufortes
fieurs d'Inftrumens
, qui eftoient aux
bords du canal , & fur le
canal mefme dans des bateaux
. Comme je viens
de vous parler du Pavillon
de Manfe , il me refte
à vous dire que les eaux
d'une fource admirable
y font élevées à foixante
& quinze pieds de haula
Machine que
teur ,
par
laRiviere y fait
mouvoir;
1
1
1
202
La Fefte.
que ces mefmes eaux font
portées de là dans un
grand Refervoir , qui eſt
fitué entre les jardins &
la foreft , entouré d'unc
large terraffe , & de quatre
grandes allées , & que
ce Refervoir contient
plus de cent trente mille
muids d'eau. Le divertiffement
de la Joûte &
de l'Oye eftoit prepare
dans le grand canal , où
je viens de vous marquer
que Monfeigneur
de Chantilly. 203
cftoit entré. Ces fortes.
de Jeux fe firent vis à
vis de la grande caſcade.
Les environs du canal
où cette Fefte fe fit, font
admirables par la diverfité
des plans & des vûës .
1 D'un cofté font tous les
jardins remplis de canaux
, fontaines & cafcades
; & de l'autre eſt un
payfage élevé en amphitheatre
par
plufieurs
grandes allées , dont je
vous ay parlé en vous
1
204 La Fefte
faiſant la defcription du
Parc . Ce payſage eftoit
tout remply de peuple ,
de mefme que les bords
du grand canal . Quand
ce divertiffement fut finy,
Monfeigneur entra
dans un bâtiment tout
doré , conftruit à la maniere
de ceux dont fe fert
le Roy de Siam , & que
l'on nomme Balons, dont
Sa Majefté a fait prefent
à Monfieur le Prince. Il
y avoit des Luths , des
Theorbes ,
de
Chantilly. 205
Theorbes , des Baffes de
Violes , & des Voix choifies
, dans la Poupe de ce
Balon . Il eftoit accomgné
d'un autre bâtiment
remply d'un fort grand
nombre de Joeurs d'Infftrumens
, & d'un Choeur
de plus de foixante perfonnes
.
Monfeigneur arriya
au fon de tous ces
Inftrumens , & au chant
de toutes ces Voix , à la
teſte du canal où eft la
grande caſcade de toute
S
206 La Fefte
la Riviere. Elle eft d'unc
finguliere beauté , & merite
d'autant plus d'eftre
admirée , qu'il n'y a au
cun jardin connu , où il
fe trouve rien de femblable
, fi ce n'eft dans
la Vigne de Frefcati en
Italie . Imaginez - vous ,
Madame , une abondance
d'eau prodigieufe qui
tombe par divers fauts
fur des gradins en demyrond
, dans un grand baſfin
quatre fois plus large
A
CO
10
de Chantilly. 207
que le canal . Cette eau
fe brife en tombant , &
forme autant de petits
rochers d'eau , qui tout
blanchiffans d'écume ,
font un effet admirable .
Toute cette eau fort d'un
grand baffin en rond qui
reçoit toute la Riviere
de Chantilly , fans qu'on
s'apperçoive par où elle
entre , parce que tout autour
de ce baffin , il y a
des allées de grands arbres
à
double rang, &
,
1
Sij
208 La Fefte
des paliffades . Ces arbres
& ces paliffades cachent
la veuë du canal , qui par
un aqueduc fouterrain ,
conduit dans ce baffin
les eaux de cette Riviere.
Monfeigneur eut le plaifir
d'y voir pêcher. On
prit plus de cinq cens
poiffons d'un feul coup
de Filet. Ce Prince retourna
en carroffe au
Chasteau , & y tint Ap
partement avant & aprés
fon Soupé . Madame la
de Chantilly. 209!
Princeffe & Madame la
Princeffe de Conty arri
verent ce jour-là à Chantilly
entre minuit & une
heure .
Le Jeudy qui eftoit la
cinquième journée, Monfieur
le Prince ayant efté
averty que Madame la
Ducheffe & Madame la
Princeffe de
Conty la
Douairiere
devoient partir
de
Verſailles aprés le
couché du Roy pour venir
à
Chantilly , fe pre-
S iij
La Feste
para à les recevoir . Monfeigneur
voulut aller auf
fi au devant de ces Prin
ceffes . Il partit à trois
heures du matin , & les
rencontra
au bout de la
route du Mail fur le che
min de Lufarche
où
elles furent receues au
bruit des Trompettes
&
des Timbales
. Cependant
Monfieur
le Prince qui
avoit diſpoſé un Diver-
,
tiffement pour les furprendre
, alla au deyant
de
Chantilly.
211
و
d'elles jufqu'au milicu
de la route d'où il les
accompagna à cheval de
mefme que Monfeigneur.
Elles entendirent peu de
temps aprés une harmonie
champeftre , & virent
paroiftre environ quatrevingt
Faunes & Satyres
fur des chevaux caparaçonnez
de feuillages qui
rangerent en deux files
& les
accompagnerent
jufqu'au Château
bruit d'un grand nom
fe
au
"
L
21 2 La Fefte
bre d'Inftrumens . Cette
Cavalcade fut trouvée
auffi extraordinaire que
divertiffante . Les Princef
fes allerent fe repoſer ſi
toft qu'elles furent arri
vées dans les Apparteniens
qui leur avoient
efté preparez . Monſeigneur
qui s'eftoit
levé
avant
trois
heures
du
matin, alla coure
le Loup
à Merlou
au lieu de fe
mettre
au lit. Je ne vous
diray pointque Monfieur
de
Chantilly.
213
le Prince faifoit fervir
tous les jours dans differentes
Salles , & dif
ferens Appartemens de fa
Maiſon , plufieurs tables
toutes très - magnifiques.
& tres - delicates tant
pour les Seigneurs qui
accompagnoient Monfeigneur
, que pour un
nombre prefque infiny
de
Gentilshommes
d'autres perfonnes
que
leur devoir où la curiofité
avoit atrirées à Chan-
,
&
214
La Fefte
tilly. Tous les Villages
des environs eftoient
pleins d'Officiers qui avoient
foin de faire fervir
avec abondance tous
ceux qui y eftoient logez.
Les Princeffes eurent aprés
leur difné le divertiffement
de la Joufte fur
l'eau des grands foffez
du Château au deffous
de leurs Appartemens
,
d'où elles pouvoient
prendre ce plaifir .
Le fixième jour , qui
de Chantilly.
215
eftoit le Vendredy , Monfeigneur
alla courre le
Cerf avec les chiens de
Monfieur le Duc du
Mayne , & Monfieur
le
C
Prince ayant fait preparer
tout ce qui eftoit
neceffaire pour une grande
chafse , & d'une maniere
toute nouvelle ,
on ſe rendit
l'apréſdînée
dans les belles routes de
la Foreft . Je ne fçaurois
m'empefcher
de vous faire
remarquer que ces rou216
·La Fefte
tes , dont on auroit peine
à dire le nombre, rant
il eft grand , & qui coupent
de tous coftez une
des plus belles & des plus
vaftes Foreſts du monde ,
font toutes à perte de
veuë , d'une tres- grande
largeur avec des palifsades
d'une hauteur extraordinaire.
On n'en
fçauroit voir de plus
toufuës , elles ont un
terrain fort uny , & qui
eft couvert d'une herbe
fi
de Chantilly. 217
1
fi fraîche & fi verte, qu'il
n'y a point de tapis de
gazon plus vert. Ce fut
par ces routes que l'on
alla jufqu'à un Etang
qni eft au milieu de cette
1
1
Foreft , & qui eft appellé
l'Etang de Comelle. Cet
Etang peut avoir environ
un quart de lieuë de
long , fur un demy quart
de lieue de large. Il eft
dans un fond dont le
terrain s'éleve tout au
tour en amphitheatre , à
T
י ד
218 La Fefte
la referve de la chaussée,
& tout eft garny de Bois ,
ce qui fait une veuë fort
agreable. Les toiles de
chaſse enfermoient l'Etang
, & leur enceinte
s'étendoit
par un cofté
dans la foreft . On avoit
drefsé une feuillée fur la m
chaufsée , avec des Tentes
au milieu , pour y mettre
les Dames . Une collation
magnifique y fut fervie.
Tous les Spectateurs eftoient
autour ou derrie- a
de Chantilly.
219
re les toiles . On trouva
fur l'Etang des bateaux
Couverts de leurs Tendelets
, & plufieurs autres
plus petits couverts de
feuillages . Monfeigneur,
Madame la Duchefse ,
Madame la Princesse de
Conty ,Monfieur le Prince
, & les Dames d'honneur
des Princesses
, avec
quelques
- uns des Seigneurs
de leur fuite , entrerent
dans le plus
grand de ces bateaux.
Tij
220
La Fefte
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty ,
& Monfieur de Vandofme
fe mirent dans le fecond
. Tout le refte de
leur fuite fe partagea dans
les autres , & Madame la
Princeffe fe plaça fous
la Feuillée avec plufieurs
autres Dames . A peine avoit-
on achevé de s'ems
barquer , qu'on entendit
retentir de tous coftez le
fon de plufieurs troupes
de Hautbois & de Trom
de
Chantilly
221
pettes qui eftoient placez
en divers endroits &
peu de temps aprés un
bruit de cors & de chiens
qui firent lancer dans
ร
l'Etang à plufieurs reprifes
un grand nombre de
fangliers , de cerfs & de
biches . Tous ceux qui étoient
dans les bateaux ,
prirent leur party pour
les attaquer
, les uns avec
des pieux , les autres avec
des dards , & les autres
avec des épées, Plu
Tiij
222
La Fefte
fieurs ſe ſervirent de grof
fes gaules avec des noeuds
coulans au bout afin de
les pouvoir prendre vi
vans . Ils firent tout le
tour de l'Etang en cet
équipage , & formerent
un croiffant pour chaffer
toutes les beftes du cofté
où eftoit Madame la Princeffe
, ce qui caufa un
plaifir fingulier qui fut
encore augmenté lors
qu'on donna les chiens
qui attaquerent ces beſtes
de Chantilly. 223
de toutes parts , & avec
tant de vigueur , qu'un
feul chien coëffa un fan :
glier à plufieurs
fois & le
noya. Cette Chaffe
dura
environ deux heures , &
donna beaucoup de plaifir.
Les Dames eurent la
fatisfaction de prendre
des cerfs elles -mefmes avec
les noeuds coulans
qu'elles leur jettoient .
On attachroit enfuite la
corde au bateau que les
cerfs tiroient en voulant
224
La
Fefte
gagner
le bord , en forte
qu'on faifoit
lever les
rames , & lors qu'ils l'avoient
conduit à bord,
on leur coupoit la corde ,
& on leur donnoit la liberté.
Elles curent encore
le plaifir de prendre
dans leur bateau quantité
depetits Faons vivans,
& de leur donner auffi
la liberté. Cependant
quoy qu'on
cuft foin
d'en fauver
le plus qu'on
put , on ne laiffa pas d'en
de Chantilly . 225
0:
apporter de morts dans la
court du Château , au
nombre
de cinquante
ou
foixante , tant cerfs & biches
que fangliers
. On
revint en fuite au Château
où il y eut Appartement
& Opera
.
6.
Le
lendemain Samedy
Monfeigneur
alla à la
Chaffe du Loup dans la
foreft . Les Dames demeurerent
ce jour - là au
Chafteau , parce que le
beau temps ceffa . A fon
1
226
La Fefte
retour il eut avec elles
le divertiffement
d'un
concert dans l'apartement
de Madame la Princeffe
de Conty. Les Vers
eftoient de M. du Boulay
, Secretaire de M. le
Grand Prieur , & la Mufique
de la compofition
de M. de Lully , Sur- intendant
de la Mufique
du Roy. Je dois vous
dire pour l'intelligence
de ces vers que le divertiffement
qu'on donna à
de Chantilly. 227.
Monfeigneur au milieu
de la foreft le jour que ce
Prince arriva à Chantilly
, ayant efté trouvé fort
beau , on avoit refolu de
recevoir lés Princeffes en
cet endroit , le jour qu'-
elles arriveroient , de la
même maniere que Monfeigneur
le Dauphin , &
comme le divertiffement
de la chaffe ne leur convenoit
pas , les Vers que
vous allez lire devoient
eftre chantez , au lieu de
228 La Fefte
ceux qui avoient fervy
de prelude au divertif- t
fement de la chasse , & ha
qui commençoient par
Debout, Lyfifcas , &c. k
ce qui ne fut pas executé,
parce que les Princeſses
devant venir la nuit ,
pour éviter la grande
chaleur du jour , l'heure
n'eftoit pas propre pour
un repas , & pour un divertissement
pareil à celuy
qui le fuivit , de forte
que les Vers qui avoient
cfté
de Chantilly . 229
efté faits pour cette reception
, n'ayant point efté
chantez , ils le furent
dans l'appartement de
Madame la Princesse de
Conty , le jour que je
viens de vous marquer.
Les
voicy.
, Princeffes , vous voyez ces hoftes.
de nos bois ,
Pour la premiere fois ,
Quitter leurs demeures paifibles
:
Mais d'un jeune Heros toutfuit
icy les Loix ;
V
230
La
Fefte
Et ce n'est que pour vous que
foumis àfa voix
Ces demy- Dieux fe font
rendus vifibles.
Faunes , vous eftes trop heureux
,
Que l'innocence de vos jeux
Acette belle Troupe ait marqué
vos hommages ;
Dans ces lieux où tout cherche
à flaterleurs defirs
Vous faites leurs premiers
plaifirs.
Aprés de fidoux avantages
Retirez-vous contents fous vos
fombresfeuillages.
de Chantilly. 231
Ces champeftres Divinitez ›
Princeffes voyant vos beautexx
Vous prennent pour des Immortelles.
Faunes , vous ne vous trompez
pas,
Ilen eft dans les cieux & mime
desplus belles ,
Quifont éclater moins d'appas.
Quel nouveau jour nous
éclaire ,
Etfe repand dans ces lieux !
Nous reconnoiffons
lesyeux
Vij
232 La Fefte
·
Sources de tant de lumiere :
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne .
Ab , que vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
B
Les jeux , les ris , la jeuneſſe ,
Accompagnent tous vos pas ;
Aux lieux où vous n'eftes pas
On voit regner la trifteffe.
De mille Amours empreſſez
La Troupe vous environne.
Aboque vous embelliſſez
Lesfeftes que l'on vous donne!
Ces Vers furent applaudis
, & l'on trouva qu'ils
de Chantilly.
233
convenoient parfaitement
au fujet. Il y eut
encore ce jour- là Appartement
& Opera , & enfuite
Media- noche
Jamais on n'a vu tant
de divertiffemens dans un
feul jour , & de tant
de differentes manieres
qu'il y en eut le Dimanche
, qui eftoit la huitiéme
journée. Il femble
qu'ils renaiffoient dans
le temps qu'on cuft cu
fujet de croire que leur
V iij
234
La Fefte
nombre auroit deu diminuer
, à caufe des differens
& continuels
plaifirs
qui pendant
fept jours !
avoient répandu la joye
dans tout Chantilly
.
Mais files divertiffemens
fembloient devoir eftre
épuifez , le zele de M
le Prince ne l'eftoit pas.
Ce jour-là aprés la Meffe,
Monfeigneur alla à la
Chaffe du cerf avec les
chiens de M. le Grand
Prieur. Au retour de la
A
de
Chantilly . 235
Chaffe il fe fendit avec
les Dames dans la Maifon
de Silvie pour le repas
que Monfieur le Prince
luy donnoit. Il faut vous
expliquer ce que c'eft que
cette maifon de Silvie .
C'est une espece de petit
Château qui n'eft com
pofé que d'un Appartement
bas de quatre pieces
, feulement percé en
enfilade , & aboutiffant
d'un coftés aux allées
champeftres d'un grand
0
236 La Fefte
་
bois qui eſt à coſté de la
grande terrasse , vis à vis
le vieux Château . On
appelle auffice Bois le
Bois de Silvie . De l'autre
coſté cette maiſon aboutit
à un demy rond qui
eft dans la grande Forest,
& dont je vous parleray
-bien-toft . Un petit parterre
bordé de berceaux
de chevrefeüil regne tout
le long de cette maiſon.
On dit que ce nom de
Silvie luy a efté donné
0:3
de Chantilly.
2.37
par le fameux Theophile
qui eftoit attaché au fervice
de Mrs de Montmorency
, & qui lors qu'ils
cftoient à Chantilly paffoit
une partie de fon
temps a refver agreablement
, & à faire des Vers
au bord d'une Fontaine,
toute fimple & toute³naturelle
, pouruneMaiſtref
fe qu'il avoit , appellée
Sylvie. On voit encore
cette Fontaine auprés de
cette maiſon , & les pe-
1
238
La
Fefte
tites murailles d'appuy
qui l'environnent & qui
en fervent à des bancs
de marbre qui font
tout autour , font encore
ornez d'une infinité de
Vers galans qui y ont
efté écrits par ce Poëte
amoureux. Ce fut dans
cotec maifon que Monfieur
le Prince fit fervir
un retour de Chafse à
Monfeigneur . Aprés qu'-
on eut mangé les entremets
, comme on croyoit
de
Chantilly. 239
qu'on alloit fervir le
fruit, Monfieur le Prince
dit à
Monfeigneur
, que
sil en vouloit il falloit
qu'il fe donnast la peine
d'en aller chercher au milieu
du Labirinthe où le
Deffert eftoitfervy . Monfeigneur
accepta la propofition
avec joye , &
l'on fe leva de table pour
aller dans le Labirinthe .
Il eft au milieu d'une partie
de la Foreft que Son
Alteffe Sereniffime a fait
4
240 La Fefte
enclore depuis peu de
temps . Dans cet eſpace
de la Foreft , enfermé du
cofté de la grande chute
d'eau , on voit un fort
de
beau Jeu de Mail , & un
de longue Paume . Au deça
eft un grand Manege ,
& à cofté font les Jeux.
l'Arquebuſe & de l'Arbalefte
, avec de grands
Portiques d'Architecture:
au milieu de grandes allées
. Monfieur le Prince
voulant que de quelque
cofté
de Chantilly. 241
i
cofté que Monseigneur
puſt tourner , il trouvaſt
un plaifir impreveu , avoit
fait venir des genst
quifebotenoient tout)
prefts dans chacun des
Jeux dons je viens de
vous parler, en fortè qu'il
y avoit dans le Jeu de
Paume des Joueurs de longue
Paume , des Joueurs
de Mail dans le Mail , des
Tireurs d'Arbalefte
d'Arquebufe dans les
deux lieux deftinez à ces
•
&
1
X
242 La Fefte
exercices , & des chevaux
de bague dans le manege
.
Le reste de la Foreſt qui
n'eft point occupé par
ces Jeux , eft coupé de
grandes routes , qui prennent
leur commencement
dans un domy rond
qui fait comme l'avantcour
du Pavillon de Sylvie
, & qui fe feparent
encore en plufieurs autres
, ce qui fait une promenade
auffi divertiffante
que belle . În
X
de Chantilly. 243
Voilà la fituation du
Labyrinthe qui eſt ſi
remply de detours , qu'il
eft prefque impoſſible
de ne s'y pas égarer , &
d'en trouver le milieu .
Il eft auffi ingenieufement
imaginé que tout
le refte de Chantilly, que
Monfieur le Prince a ordonné
, & quoy qu'il ne
foit pas encore dans la
perfection où ce Prince
veut qu'il foit , je ne laifferay
pas de vous en donx
ij
244
La Fefte
ner une idée la plus jufte
que je pourray . On y
doit trouver à l'entrée
deux Figures de marbre,
que Monfieur le Prince
fait faire à Rome ; l'une
reprefentant Thefée qui
entre dans le labirinthe,
& l'autre Ariane qui luy
-prefente le fil dont il doit
ſe fervir pour affurer (on
retour. Une figure du Minotaure
, qui fe fait auffi
à Rome, doit cftre au milieu
, & comme , felon la
de Chantilly. 2455
Fable, on devoit facrifier
tous les ans à ce Montre
neuf jeunes enfans
d'Athenes , on trouve en
pluſieurs endroits dans :
des enfoncemens qui font
le long des routes du :
Labirinthe, des figures de
jeunes enfans affligez &-
épouvantez du danger
où ils font. En d'autres
enfoncemens pareils , on
trouve des bancs de :
Marbre avec des cartou
ches portez fur des pie--
"
Xiij
246
La Fefte..
deftaux . Sur chacun de
ces cartouches eft une
Enigme , de forte qu'en
mefme temps qu'on offre
à ceux qui font dans
le Labirinthe dequoy repofer
leur corps , on leur
prefente dequoy fatiguer
leur efprit par la curiofité
qui les porte à lire
ce qui fe prefente à leurs
yeux , & par l'envie naturelle
qu'on à de pene
trer ce qu'on n'entend
pas d'abord. Voicy les
de Chantilly. 247
Enigmes que l'on trou
ve en ce beau lieu.
I.མ
On ne m'entend pas dire un
A mot
( tre.
Auxyeux je ne fçaurois paroif-
Je fais connoifire & méconnoiftre
L'habile homme d'avec le fot
Mues , fouvent je perfuade ;
Je fuis propre pour un malade ,
Je fuis le jour, j'aime les nuits,
ne fçaurois pleurer ny rire,
Quifuis-je ? cecy doitfuffire.
ne fuis pas ce que je fuis
Si j'ay pouvoir de te le dire.
Fe
La
Fefte
II.
Tantoft beau, tantoft laid , je
plais , & je fais peur ,
Je ne fuis rien du tout , & je
fais toutes chofes
Rarement veritable & bien
fouvent trompeur,
Je fuis toujours fujet à des
Metamorphofes
Sans conleur" je fçay peindre,
je parle fans voix,
Je vais chez les Bergers , je vi
fite les Roys ,
1
Et je donne aux Amans d'heu
reuſes avantures,
Scavant Magicien j'inftruis les
curieux
de Chantilly. 249
Je prens en un moment cent
fortes de Figures ,
Mais on nepeut me voir qu'on
ne ferme les yeux..
230
La Fefte
HII.
Si tu fearvois de quel endroit
du monde,
On ne peut voir que trois aunes
des cieux,
Cel point de doctrine profonde
T'éleveroit au rangdes Dieux.
de
Chantilly. 231
IV.
D'un pere lumineux je fuis la
Fille obfcure,
Je méprife la terre, & je m'éleve
aux cieux
Où j'apaife fouvent la colere
des Dieux ,
Quand ils ont refolu de per
dre la
nature.
Ma prefence eft cruelle aux
yeux ,
Et toujours Hofteffe fafchenfe,
Je fais fuvent pleurer une
perfonne beureuse.
22
+19
252
La Fefte
V.
Je fais autant de manx que je
caufe de biens
Quand on me veut forcer jeſchape
à mes liens
Je voy fair devant moy, par
tout on me fait place,
Les Princes les Rois de moy
trop amoureux >
Avec des longs travaux me .
conduifent chez eux.
Mais poureux quelques fois je
fuis toute de glace.
塗塗
Tor
me
VI.
de Chantilly . 253
VI.
Tout le monde me craint , tout
le morde me fuit ,
Je mene dans le port, j'augmente
les orages
,
Je produis la clarté , je forme des
nuages ,
Le jour m'eft ennemy, je le fuis
de la nuit
Toujours en action , jamais je
ne m'arreste
Terrible aux criminels , charmant
dans une Fefte.
253
Y
234
La Fefte
VII.
Fe brouille les amis , & jé les
entretiens ,
Faccrois les revenus , je diffipe
les biens ,
Favance le trepas , je prolonge
la
vie ,
F'augmente
la temerité
,
Fe feme la difcorde , à la paix
je convie ,
Et les plus diffolus aiment ma
pureté.
de Chantilly.
255
VIII
2
Quel eft cet art ingenieux .
De peindre la parole, e deparler
aux yeux
Et qui fçait , par des traits de
figures tracées ,
Donner de la couleur du
corps aux pensées ?
Y ij
256 La Fefte
IX.
Des petits & des grands mon
fein eft le refuge
Faypar toute la terre un celebre
renom
Et tout feulje porte le nom
D'un Berger , d'un Prince &
d'un juge
de Chantilly. 257
X.
Amant infortuné d'une belle
Maiftreffe
Dont la grace est égale à la legereté
,
Je la cours en tous lieux ,je la
pourfuisfans ceffe
Pour contenter l'amour dontje
fuis tourmenté.
Elle , trop e flâmée , accorde à
mon e vie
Un baifer fatal à ma vie,.
Y iij
258 La Fefte
XI.
Effet inanimé d'une cauſe vi-
Vante
Je retire les Morts du tenebreux
Séjour.
Par moy le fort d'un fiecle eft
le plaifir d'un jour,
Et celuy qui m'a fait oufe cache,
oufe vante.
Fentretiens tout le monde ,
ne dis jamais mot ›
Pour eftre bien vétu je n'enfuis.
pas moins fot..
de Chantilly. 259
XII
Un bon vieux pere a douze
enfans ,
Ces douze en ont plus de trois
cens
Ces trois cens en ont plus de mille ..
Ceux- cy font blancs ,ceux- làfont.
noirs ,
Et par de mutuels deve´rs
Tous confervent l'accord à l'USnivers
utile.
260 La Feste
Outre les figures d'enfans
on en rencontre
beaucoup d'autres reprefentant
differens perſonnages
, comme des A-
19
fem
mours , de petits Jeux
qui femblent fe moquer,
& infulter ceux qui s'égarent.
Les piedeftaux , &
Lesfcabellons qui portent,
foit les Enfans , foit les
Cartouches , font de dif
ferent marbre tres-beau.
Parmy tant d'Enigmes ,
on n'a pas oublié celle
de Chantilly . 261
du Sphinx , qui eſt ſi faª
meufe. Le Sphinx y eft
luy- mefme , qui la prefente
en Latin & en
François . Monfeigneur
eftant entré dans le La-
T
1
byrinthe avec les Princes
& Princeffes , & tous les
Seigneurs de fa fuite ,
chacun prit des chemins
differens pour arriver
plûtoft au lieu où eftoit
la Colation , & ceux qui
fe promirent d'en trouver
bien- toft le centre ,
1
1
26.2 La Fefte
fe lafferent en faiſant plus
de chemin que les autres,
fans avoir plus d'avanta
ge fur eux. On peut dire
feulement qu'ils furent
les premiers trompez ,
tant ce Labirinthe
eft
difficile.Cependant Monfieur
le Prince , pour faciliter
le moyen d'en trouver
le milieu , y avoit fait
placer un Concert de
Hautbois . On marchoit
droit au lieu où ce Concert
eftoit entendu 2,. &
de Chantilly.
263
que dans
lors qu'on en eftoit tout
proche , & qu'on croyoit
ne devoir plus avancer
que pour y entrer , on
s'en éloignoit infenfiblement
; de forte
le temps où l'on eftcit
le plus perfuadé qu'on
n'avoit plus de chemin
à faire , on s'en trouvoit
encore auffi loin que lors
qu'on avoit commencé
à faire le premier pas .
Les agreables impatiences
que cela caufoit fer-
1
264
La Fefte
voient de divertiſſement
à ceux mefmes qui eftoient
les plus
trompez.
Enfin
Monfeigneur qui
s'eſtoit rendu , deſelperant
de trouver ce qu'il
cherchoit , & voulant
épargner aux Dames la
fatigue de marcher plus
longtemps , dit à Monfieur
le Prince qu'il falloit
les mettre dans le
bon
chemin ; ce que Son
Alteffe fit . Quand ils furent
dans la veritable
Ioute ,
de Chantilly . 265
route , ils arrriverent
bien- toft au centre de ce
..
Labirinthe , extremément
furpris de ce qu'ils y
trouverent , parce qu'il
ne s'eft encore jamais
rien vû de pareil . Il faut
vous dire pour vous le
bien faire
comprendre ,
que le milieu du Labirinthe
reprefente une
manière de grande Salle
découverte . Son plan eſt
quarré avec un enfoncementen
rond ſur chaque
Z
266 La Fefte
1
face . La table qui eftoit
dreffée dans le milieu de
cettte efpece de Salle fuivoit
le mefme plan . Le
deffus reprefentoit un
parterre
, dont les compartimens
eftoient for
mez par des corbeilles
d'argent , & tous les fentiers
qui feparoient les
corbeilles eftoient degazon
, de forte qu'il n'y
avoit point de nape. Les
devants & le tour de la
table eftoient de feuillade
Chantilly.
i
267
2
ges ornez de feftons de
fleurs , avec un cordon
pareillement
de fleurs qui
bordoit la table . Le milieu
en eftoit occupé par
un vaſe de filigrane d'argent
, d'où fortoit un
Oranger tout couvert de
fleurs & de fruits naturels
. Comme ce vafe étoit
plus étroit vers le pied ,
on avoit placé tout autour
huit autres vafes garnis
de fleurs . Ils eftoient
accompagnez
de huit cor-
1
1
Z ij
268 La Fefte
beilles qui en eftoient
auffi remplies , & ces corbeilles
eftoient portées
fur autant de niafques
d'or qui fervoient d'orces
vafes
nement au grand vafe.
De forte que les fleurs de
de toutes ces corbeilles
& de tous
faifoient enſemble un effet
tres - agreable , & qui
avoit quelque chofe de
delicieux. Les corbeilles
parterre
qui formoient
le
& qui eftoient en Dôme
de Chantilly. .269
joignant l'agrément
de
leurs figures au different
coloris d'une fi grande
quantité de fleurs , le tout
formoit un composé dont
la veuë eftoit rejouye , &
dont on ne pouvoit fe
laffer d'admirer l'agreable
& riante diverfité , &
ce qui la faifoit encore
paroiftre davantage, c'eft
que toutes les corbeilles
qui fe trouvoient d'une
mefme forme eftoient
garnies de fruits de mef-.
Z iij
270 La Fefte
me couleur , & qu'elles
eftoient difpofées de forte
qu'on croyoit voir un
parterre
veritable
. Outre
toutes ces corbeilles
, il
y en avoit encore beaucoup
d'autres
.
Il y avoit un Bufet
dans chacun des quatre
angles du lieu où eftoit
la table , & chaque bufet
avoit trois gradins. Ils
cftoient tous ornez de gazon
, de feüillée , & de
• feftons de fleurs fans nade
Chantilly . 271
pes , afin qu'ils euffent
du rapport
à la table qui
n'en avoit point . Tous
ces bufets eftoient
garnis
de vafes d'argent
& de
porcelaines
. Sur les coins.
de chaque
étage , & dans
le milieu
du troifiéme
gradin
eftoit un autre
vafe plus haut que les
autres . Aux deux coftez
de chaque
bufet , on
voyoit
deux focles de
gazon fur chacun
defquels
eftoit pofée une
272 La Fefte
caiffe. Ces caiffes étoient
au nombre
de
douze , & l'on voyoit
fortir de chacune un arbre
fruitier chargé de
tres- beau fruit , & qui
n'avoit pas moins dequoy
contenter le gouft
que la veuë . Outre ces
quatre bufets , il y en
avoit deux grands qui
eftoient en face de la table
, & qui fuivoient le
plan du lieu où ils étoient
dreffez . Ils avoient
de Chantilly.
273
deux gradins dont le premier
eftoit occupé par
une couche de Melons
naturels . Le fecond étoit
garny de vingt- quatre
couverts de porcelaines
fines . Le reſte eftoit
remply de gafteaux , &
d'affiettes de groffes truffes
derriere lefquelles étoient
de tres- belles porcelaines
garnies de fleurs .
Une maniere de doffier
formé par des confoles
où eftoient attachées des
274 La Fefte
guirlandes de fleurs faifoient
le fond de ces deux
bufets.
Lorfque Monfeigneur
entra dans le Labirinthe
il n'y trouva perſonne
ceux mefmes qui avoient
pris le foin du fervice s'en
eftant éloignez , & s'étant
cachez par l'ordre
de Monfieur le Prince ,
qui vouloit donner à cette
Fefte un air de liberté.
C'eſt un plaifir que les
Rois & les grands Princes
de Chantilly. 275
gouftent rarement , &
qu'il eft plus difficile de
leur donner que les Festes
les plus fuperbes & les
repas les plus magnifiques
, où ils vont moins
pour les recevoir , puifqu'il
n'y a rien d'extraor
dinaire pour eux , que
pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'ils font de
ceux qu'ils veulent bien
honorer de leur preſence.
Monfeigneur & ceux qui
l'acompagnoient prirent.
276
La Fefte
beaucoup de plaifir dans
le Labirinthe . Ils exami- ,
nerent la table dont l'invention
leur parut toute
nouvelle , & tres-fingu
liere. Ils confiderent les
bufets & le tout enfemble
leur parut un Enchantement
d'autant plus
grand qu'ils n'eftoient
point incommodez
de la
foule & qu'ils pou
voient refpirer en liberté
l'air delicieux que tant de
fleurs avoient parfumé. i
L'apréf
de Chantilly. 277
L'apréfdinée , Monfeigneur
alla tirer , & trouva
un nouveau divertif
foment à fon retour. C
divertiſſement commença
à huit heures du foir.
Il eftoit donné par le
Dicu Pan , que le vilain
temps avoit empefché le
jour précedent de divertir
Monfeigneur dans le
Bois , où il y avoit une
grande Fefte preparée ,
& qui pour ne manquer
aucune occafion de le
A a
278 La Fefte
divertir , s'eftoit emparé
du Theatre, & avoit convié
toutes les Divinitez
des Bois , toutes les Nym·
phes de Chantilly , & les
Bergers & Bergeres du
mefme licu , à donner un
divertiffement au Fils du
plus grand Roy de la
Terre. Pan eftoit dans le
fond du Theatre , dont
la decoration repreſentoit
une Foreft . Ce Dieu
eftoit élevé fur une eſpece
de petit Trône de ga-
£ A
de
Chantilly
279
zon , & entouré de toutes
les Divinitez des Bois,
& de cinquante - quatre
Faunes , Satires , & Silvains
, qui estoient les
mefmes qui l'avoient accompagné
dans tous les
divertiffemens qu'il avoit
donnez à Monfeigneur
par tout où il avoit pû
rencontrer ce Prince, & ils
s'eftoient attachez depuis
fon arrivée à
Chantilly ,
à le chercher dans tous
les lieux où il leur eftoir
A a ij
280 La Fefte
permis d'aller , afin de
continuer
à le divertir.
Vingt - quatre Nymphes
magnifiquement
vêtuës
eftoient affifes fur le
devant du Theatre . On
voyoit enfuite quantité
de Bergers avec des habits
tres propres & con
venables
à leur caractere
, & derriere
ces Bergers
paroiffoient
les Satires ,
les Faunes , les Silvains ,
les Divinitez
des Bois , &
le Dieu Pan dans le fond
de Chantilly. 281
élevé de la
maniere que
je viens de vous marquer.
Ce grand nombre
de perfonnes
differemtment
habillées
formoit
une
nuance tres agrea
ble. On avoit place fur
le devant
celles qui ef
toient le plus
magnifiquement
vêtues , parce
-
qu'on les voyoit plus
facilement , & cette gra ,
dation avoit je ne fçay
quoy qui frapoit d'abord
, & qui plaifoit d'au-
A a iij
282 La Fefte
tant plus , qu'elle faifoit
diftinguer
fans peine le
rang des divers Perfonnages
dont tout le Theatre
eftoit remply , ce qui
ne ſe fait pas aifément
lors qu'ils paroiffent
d'abord
mêlez . Ils le furent
dans la fuite , mais d'une
maniere auffi agreable
que nouvelle , car aprés
qu'on eut joué l'ouverture
, tout ce grand divertiffement
ayant commencé
par un Paffepied ,
de Chantilly. 283
une Nymphe feleya feule
en danfant , une autre fe
leya derriere elle fans être
apperceue, &la fuivit,une
troifiéme fit la mefme
chofe, & les autres ayant
imité ces trois premieres
,
en formant toutes une
danfe en rond , le milieu
du Theatre qui eftoitvuide
avant que le divertiſſement
commençaſt
, ſe
trouva agreablement
remply , & mefme fans
qu'on fe fuft prefque
284
La Fefte
apperceu
de quelle maniere
ces Nymphes étoient
forties de leur
place. Il y en cut quelques-
unes qui chante
rent en danfant
, apres
quoy Pane & tous ceur
de fa fuite
fe mêlerent
avec les Nymphes , les Ber
gers & les Bergeres , &
ce mélange d'habits dif
ferens produifit une varieté
qui fut un grand
charme pour la veuë .
Ce divertiffement eftoit
de Chantilly. 285
meflé d'Airs Italiens &
François , & de Symphonie
. Tous ces Airs avoient
efté faits par M. Lorenzani
, pour un Opera
que M. le Duc de Nevers
donna au Roy à Fontaine-
bleau il y a quelques
années , & qui fut trous
vé tres-agreable , & tresbeau
par Sa Majefté & par
toute la Cour. Le genie
plein d'invention de ce
Duc eft connu de tout
le monde , & quand il
286 La Fefte
s'échappe à faire des Vers,
ce qui ne luy arrive pas
ordinairement
, on y remarquè
un certain tour
d'efprit naturel , & une
vivacité qui en feroient
fouventreconnoître l'Auteur
, s'ils eftoient meſlez
avec d'autres . Parmy
ces Airs , il y en avoit
quelques- uns que M. Lorenzani
avoit faits exprés
pour ce divertiffe-
5 parce que lors
qu'on ramaſſe ainſi quelment
de
Chantilly.
287
1
01
ques pieces enſemble
pour en faire une espece
de corps , il faut une maniere
de liaiſon quiene
fe trouve
ours ,
pas
à
moins qu'on ne faffe
quelque
chofe de nouveau
qui ferve à les joindre
, de forte qu'il fallut
& des Vers , & des Airs
ce qui fut
nouveaux
fait avec une
diligence
prefque
incroyable .
Tout ce qui
regardoit le
Balet qui fut meflé dans
288
7
La Fefte
ce fpectacle eftoit de M.
Pecour , & parut auſſi
bien imaginé qu'il fut
promptement & bien executé.
On ne chercha pas
à faire cet impromptu
,
parce qu'on manquoit de
divertiſſemens à Chantilly
, puis qu'au contraire
il y en a eu quelques-
uns qui n'ont pû
cftre donnez
, le temps ne
s'eftant
pas trouvé propre
pour les faire paroître
dans les lieux pour
lefquels
de Chantilly. 289
lefquels on les avoit deftinez
; mais Monfieur le
Prince qui ne vouloit pas
laiffer paffer un feul jour
fans que Monſeigneur
euft le plaifir de plufieurs
fortes de
divertiffemens ,
avoit fi bien difpofé toutes
chofes , & fi bien
choifi & preparé toutes
les perfonnes qu'il employoit
, qu'il eftoit ſeur
que lorfque le mauvais
temps feroit manquer un
divertiffement , il pour-
Bb
290 La Fefte
roit facilement &
en
"
fort peu d'heures luy en
faire fubftituer un autre ,
& mefme qui feroit du
gouft de Monfeigneur
fuivant les chofes qu'il
remarqueroit qui plai
roient à ce Prince . Celuy
que le Dieu- Pan & les
Divinitez des Bois donnerent
fur le theatre fut
de ce nombre . Il dura au
moins deux heures , & il
fut fi bien executé , &
avec tant dejufteffe qu'on
2
de Chantilly.
291
auroit pu aifément lefaire
paffer pour un de ceux qui
avoient été preparezavant
F'arrivée deMonfeigneur
.
Il femble qu'après tous
les divertiffemens qu'on
avoit déja eus , le Diman
che dont je vous parle ,
qui eftoit la huitiéme
journée , on n'en devoit
plus attendre d'autres , &
que cette journée en avoit
efté affez remplie.
Cependant il y en eut encore
deux des plus grands
Bb ij
292
La Fefte
& des plus confiderables
dont on ait oüy parler depuis
long-temps . Ce futun
Feu d'artifice & une Illumination
qui fuccederent
à ce qui venoit d'ê ,
tre veu fur le Theatre . Je
ne puis vous donner une
jufte idée de l'un & de
l'autre qu'en vous en faifant
la defcription
. Quelque
exacte qu'elle puiffe
eftre , elle fera toujours
beaucoup au deffous de
l'éclat de ces deux brillans
divertiſſemens .
de Chantilly. 293
Monfeigneur fortit de
la Salle de l'Opera à neuf
heures du foir par la Galerie
des Cerfs qui eſt au
bout de l'Orangerie . Il
monta dans une grande
Caleche avec toutes les
Dames , & entra dans le
Jardin où il fe
promena
quelque temps à la clarté
d'un grand nombre de
flambeaux dans une belle
allée qui fait face à cette
Galerie . Il eftoit conduit
par Monfieur le
Bb iij
294 La
Fefte
Prince .
Monfeigneur
و
ayant quitté cette proménade
alla au bord du canal
& en remontant
le long du bord comme
pour venir à fa teſte , on
fut extremement furpris
de le voir tout en feu *
& tout bordé de groffes
lumieres qui eftoient fi
proches les unes des autres
qu'elles paroiffoient
fe toucher. La croifée du
canal qui va droit au
grand eſcalier du Châde
Chantilly. 295
teau eftoit bordée de
Imefme . Lorsque Monfeigneur
arriva dans cet endroit
, d'où l'on peut dé-
- couvrir le Château , il
1 parut étonné ainfi que
toute fa Cour . Il avoit
fujet de l'eftre ; car on n'a
2.
jamais rien veu de fi fur
prenant
que l'Illumination
qui parut en face .
C'eftoit le grand Efcalier
, qui eftant illuminé
paroiffoit
comme s'il cuft
efté bafty de pierres pre296
La Fefte
cieuſes , éclairées par lc
Soleil . Pour vous faire
mieux comprendre la
beauté de cette Illumination
, je croy vous devoir
parler de l'architecture
de cet Efcalier & de
tout ce qui l'embellit ,
il eft eftimé de tous les
gens de bon goût , tant
pour fa
beauté que pour
fa grandeur. Ce font
deux façades que les paliers
& les marches feparent
en deux parties égade
Chantilly . 297
les , ornées de fix colomnes
qui font accouplées
deux a deux . Du cofté
des marches font deux
: grands Arcs rampans ,
qui dans leur enfoncement
forment chacun.
une grote . Ces colomnes:
foûtiennent une Coiniche
d'ordre Dorique , &
dans chacune dès Niches ,
il y a une FigurePedestre .
L'une reprefente Acis &
Galatée . Acis eft dans
a l'attitude d -un Amant
298 La Fefte
qui regardefa Maiftreffe,
& qui joue de la Flûte.
On fçait que ce fut
par là que la Nymphe
en fut charmée . Galatée
eft repreſentée d'une
maniere qui fait paroiftre
combien elle a
de plaifir à entendre les
fons que rend la Flûte
d'Acis . L'autre Figure
repreſente Alphée & Arethufe.
Alphée eſt un
jeune Fleuve qui devint
amoureux de cette Nym
de Chantilly. 299
phe , en la voyant fe
baigner dans fes eaux ,
& il eft dans l'attitude
d'un homme paſſionné ,
que l'amour oblige à la
pourfuivre. Arethufe eft
reprefentée comme une
perfonne faific d'effroy ,
qui ayant efté furpriſe
T par le Fleuve , prend fes
g habits , & s'enfuit en demandant
fecours à Diane.
Dans chaque Grote ,
tornée de rocailles , de
joncs marins & de ro300
La Fefte
feaux , eft une grande Figure
reprefentant un
Fleuve accoudé fur un
grand vaſe renverſé . Au
pied de cette Figure eft
un Dauphin qui porte
un petit enfant . De deffous
les pieds de ces quatre
Figures fortent trois
napes d'eau. Ces deux
vafes & ces Dauphins en
verfent une grande quantité
, laquelle eſtant receue
dans une auge , forme
autant de grandes napes
de
Chantilly. 301
pes qui tombent toutes
dans deux grands baſſins ,
d'où fortent trois lances
d'eau , & toutes ces eaux
jointes enſemble ſe dé-
,
chargent en caſcade dans
le grand foffé . Elles font
toutes des eaux de fource,
qui n'eftant élevées par
I aucune machine mais
coulant naturellement
,
& receuës feulement dans
les tuyaux, font aller ces
fontaines jour & nuit.
Toutes les parties de cet-
Cc
302
La Fefte
te Architecture jufqu'au
moindre filet des moulures
eftoient bordées de
lumieres qui fe touchoient
les unes les autres
. Les boffages meſme
des colomnes en eſtoient
marquez. Tous les de
dans des niches où font
les Fleuves & autres Statuës
, eftoient illumi nez
fans que l'on puſt remarquer
comment , & toutes
les eaux qui en fortent
& forment des napes ,
50
de Chantilly . 303
eftoient auffi éclairées.
Toutes les marches depuis
le bas de l'efcalier .
jufqu'au haut eftoient
auffi bordées de lumieres .
Il y avoit fur le haut un
grand piedeſtal de toute
la largeur de l'efcalier ,
portant une piramide ,
dont le fommet eftoit
- élevé à quarante pieds
de hauteur , & fur le haut
de laquelle on voyoit
une Fleur de Lys . Tous
les ornemens du piedeſtal
Cc ij
304
La Fefte
८
& de la piramide cftoient
formez par les lunieres.
• On remarquoit les Chi
fres de Monfeigneur
, enfermez
dans une Medaille.
Tout ce grand
efcalier , avec cette Piramide
, paroiffoit au deffus
, faifoit un des plus
>
agreables fpectacles que
l'on puiffe voir cet
Efcalier n'ayant aucune
partie qui ne fuft illuminée.
Les appuis qui bordoient
les foffez du Châde
Chantilly. 305
་་་
teau des deux coſtez de
l'Eſcalier, le grand baſſin
qui eft en face , où eft la
gerbe , les allées des parterres
qui font aux coſtez
du canal , les baffins qui
font dans les parterres
au
nombre de dix , tous les
piedeftaux & les marches
par où l'on defcend pour
C aller au canal , enfin tout
ce qui fe voyoit du canal
de cet endroit eftoit
auffi bordé de groffes lumieres
. Le mefme ſpecta-
Cc iij
306 La Fefte
cle continuoit dans ce
qu'on peut voir au delà
du canal où eft une Montagne
qui s'éleve en glacis
, & que l'on nomme
le Vertugadin , parce qu'il
en a la forme , tout y é
toit pareillement bordé
de plufieurs lumieres en
differens endroits , juf
qu'au fommet qui a prés
de quatre- vingt pieds de
haut . Monfeigneur eftoit
placé proche la gerbe ,
tellement qu'il pouvoit
de Chantilly. 307
voir l'Efcalier , & tout le
refte de l'Illumination
d'une feule veuë . Il paroiffoit
au deffus de cette
Montagne
un Soleil fi
haut qu'il furprit tous.
ceux qui le virent . L'on
fit partir un grand nombre
de fufées des plus.
belles qui fe foient encore
veuës. Il y en avoit
beaucoup de nouvelle invention
. On en remarequoit
dont les petites
fufées qu'elles jettent
308 La Fefte
{
d'ordinaire aprés s'eftre
élevées , en produifoient
encore plufieurs autres .
On en tira quantité en
forme de Girandoles ,
dont l'effet fut admirable;
ainfi l'air eftoit continuellement
éclairé, tant
par ces fufées que par les
pots à feu , trompes &
autres machines qui ne
difcontinuoient point.
Le dernier partement
d'une girade qui remplit
tout l'air de feu. L'arti
fut
de Chantilly. 309
fice qu'on tira fut en fi
grand nombre , que tous
les Spectateurs en furent
furpris ; auffi peut - on
dire qu'on en a peu veu
de femblable. Cette girande
ne fut pas plûtoft
finie , que l'on mit le
feu à une machine qui
tournoit fur deux fens
differens , & qui jettoit
des feux en l'air & fur
terre . On trouva cette
machine fort extraordinaire
. Ce qu'on vit paroi310
La Fefte
ftre enfuite tout proche
le baffin de la gerbe fut
un fpectacle qui meri
toit bien les regards
qu'il attira . C'eftoit une
gerbe de feu qui remplit
l'air d'artifice durant
un fort long- temps . Sitoft
qu'elle finit le feu
d'eau commença à tirer.
Je n'ay point de termes
pour vous exprimer la
beauté de cet artifice . Je
vous diray feulement que
l'air & l'eau furent toùde
Chantilly. 311 1
er
LITE
jours en feu , & qu'il s'y
formoit des combats par
les fufées qui fe pourfulvoient
, & qui quelquefois
s'enfonçoient dans
l'eau en la faifant boüillonner
, & qui aprés y
avoir fait plufieurs tourbillons
en fortoient pour
en faire autant en l'air
en fe pourſuivant ; ils
rentroient enfuite dans
l'eau , & en reffortoient
plufieurs fois . Il y avoit
d'autres artifices fur
312
La Fefte
l'eau . Ils eſtoient plus
tranquilles , éclairoient
beaucoup , & jettoicut
des feux fort élevez qui
en tombant fe cachoient
quelque temps dans l'eau
d'où ils reffortoient
enfuite
, & en produifoient
d'autres qui ferpentoient
fur la furface du baffin .
L'on peut dire qu'il eft
rare de voir tant de fortes
d'artifices & en fi
grande quantitépour une
feule Fefte , & dans un
auffi
de Chantilly. 313
DIC
0%
0
auffi beau lieu j car
c'eftoit dans le milieu
de toute l'illumination
dont je viens de vous
7 parler : Le tout enſemble
formoit le Spectacle le
plus agreable & le plus
brillant qu'on puiſſe s'imaginer,
Cette journée eftant
ainfi finie, chacun ayant
l'idée remplie de tout ce
qu'il avoit vû pendant lë
jour , retourna dans fon
appartement , fans pou-
Dd
314
La Fefte
voir s'entretenr d'autre
choſe. Les plaiſirs fur
lefquels rouloit l'entretien
eftoient en fi grand
nombre , qu'on en compta
fix dans la mefme
journée . , qui font la
Chaffe , le Difné à Silvie,
la Collation dans le Labirinthe
, le Divertiſſement
de Pan fur le Theatre
, l'Illumination , & le
Feu d'artifice . Tous ces
Divertiffemens eftoient
fi grands & fi étendus ,
de
Chantilly. 315
I
qu'une journée auroit
cfté bien remplie d'un
feul de ces plaifirs . Chacun
s'entretenoit de ce
luy qui convenoit le
plus à fon caractere , mais
on loüoit generalement
la galanterie , la magnificence
, & la grandeur
de tous ces Divertiffemens.
On difoit que
Chantilly eftoit un lieu
enchanté , où les plaifirs
naiffoient à chaque inftant
, & où l'on en trou-
Dd ij
: 316
La Fefte
voit de nouveaux à chaque
pas qu'on faifoit . Enfin
l'on s'alla coucher
,
l'efprit tout remply de
tant d'agreables
idées , &
je fuis perfuadé
qu'elles
firent le fujet des fonges
de la plupart
de ceux
qui rêverent
cette nuitlà
. On pouvoit
rêver à
fon aife , car Monfieur
le Prince avoit fi bien
donné fes ordres
2
2 que
chacun
eftoit
logé
fort commodement
. Le
len
de Chantilly. 317
demain matin Monfeigneur
qui prefere les nobles
exercices , quoy qu’-
un peu fatiguans , au re-
T pos du lit , alla courre le
1
Cerf dés le matin avec
les chiens de Monfieur
du Maine , revint diner
à Chantilly , & alla
l'apréfdinée aux toiles ,
où il y avoit une tresgrande
quantité de fam
gliers , biches , renards ,.
lievres & lapins . Cette
chaffe parut luy donner
Dd iij
318 La Fefte
beaucoup de plaifir . Enfin
aprés avoir fait à
Monfieur le Prince mille
honneftetez qu'on voyoit
bien qui partoient du
coeur , ce Prince prit le:
chemin de Verſailles . Il
avoit fujet d'eftre fatisfait
, non feulement des
divertiffemens qu'on luy
avoit donnezàChantilly,
qui quelques grands qu'
ils fuffent, n'étoient point
au deffus d'un Prince du
Sang de France, mais auffi
de
Chantilly..
319
Edu zele fincere avec lequel
Monfieur le Prince
l'avoit receu . M. Berrain
, dont le genic univerfel
eft tres -propre pour
toutes ces fortes de divertiffemens
, avoit efté
chargé du foin de toute
la Fefte , & Mrs le
Camus & Breaar l'avoient
efté de ce qui regardoit
les tables. Les
Princeffes écrivoient tous
les jours au Roy , & luy
rendoient compte des di
03207 La Fefte
.
vertiffemens de chaque
journée avec tant d'etprit
qu'on ne parloit à
la Cour que de leurs lettres
. Monfeigneur envoyoit
tous les jours
fçavoir des nouvelles de
la fanté du Roy & de
Madame la Dauphine ,
& on depefchoit tous les
jours à ce Prince des
Gentilshommes de leur
part. Je ne fçaurois trop
vous entretenir de Chantilly
, & pour vous en
de Chantilly. 321
dire encore un mot en
gros , il eft fitué dans un
valon au milieu de deux.
forefts , dont l'une eft
celle de Chantilly &
l'autre celle Dalatre . Les
:
jardins ont au moins
deux mille cinq cens toifes
de longueur jufques
à l'Etang de Gouvieux ,
& il y a autant de navigation
. Il ne faut pas
confiderer feulement
Chantilly par toutes ces
chofes , la pofterité le:
$22 La Fefte , &c.
doit toûjours regarder
comme un lieu fort confiderable
, quand il ne le
feroit que parce qu'un
grand Prince accablé du
poids de fes Lauriers a
donné fes foins à une
partie des embelliſſemens
qu'on y voit , & y a paffé
les dernieres années
d'une vie feconde en
Miracles , & dont tout
ce qu'il y aura d'Hiftoriens
parleront avec
Joge
.
MVSKVM
BRITAN
NICVM
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Résumé : LA FESTE DE CHANTILLY.
Le Prince de Condé organisa une fête somptueuse à Chantilly en l'honneur du Dauphin, fils du roi de France. Cette célébration soulignait l'amour et le respect des sujets envers les souverains français, reconnus pour leur accessibilité et leur communication directe. La fête comprenait divers divertissements, tels qu'une chasse et des danses exécutées par des groupes de danseurs représentant des satyres, accompagnés par des musiciens. Le Dauphin félicita l'organisation et l'inventivité des divertissements. Le château de Chantilly, en rénovation, abritait des tableaux illustrant les campagnes militaires du Prince de Condé, comme la Bataille de Rocroy et le siège de Dunkerque. Les jardins comprenaient un grand escalier, des parterres ornés de fontaines et de statues, ainsi qu'un opéra construit dans l'orangerie. La fête incluait des spectacles de statues animées et des oracles prédisant l'avenir. Les jardins offraient des pavillons, des cascades, des fontaines et des bassins. Des divertissements nautiques et des chasses étaient organisés, suivis de réceptions et de concerts. Le prince et les invités participèrent à diverses activités, comme la jouste sur l'eau et la chasse au cerf. Après le repas, Monseigneur fut invité à chercher le dessert dans un labyrinthe orné de statues de marbre représentant Thésée, Ariane et le Minotaure, ainsi que des figures d'enfants effrayés et des bancs de marbre avec des énigmes gravées. Le centre du labyrinthe abritait une salle découverte avec une table décorée de corbeilles d'argent et de fleurs. La fête comprenait également une partie de tir suivie d'un spectacle dirigé par le dieu Pan, représentant une forêt peuplée de nymphes, bergers, satyres, faunes et silvains. Le dimanche, des feux d'artifice et une illumination spectaculaire du grand escalier du château furent organisés, transformant celui-ci en une vision éclatante avec des colonnes, arcs rampants, statues mythologiques, fontaines et sculptures de fleuves et dauphins. Les fontaines, alimentées par des sources naturelles, formaient des cascades et des jets d'eau illuminés. La journée inclut une chasse, un dîner, une collation dans le labyrinthe et un spectacle de théâtre. Les feux d'artifice comportaient des fusées innovantes, des girandoles, une gerbe de feu suivie d'un feu d'eau, et des artifices sur l'eau simulant des combats entre les fusées et l'eau. La fête se conclut par des discussions sur la galanterie et la magnificence des divertissements. Le prince exprima sa satisfaction et participa à une chasse le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 27-73
Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Début :
Quoyqu'il s'agisse d'une Oraison funebre dans l'article qui suit, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, Madame de Maubuisson, Plaisir, Exorde, Électeurs, Histoire, Princesse Louise Hollandine Palatine, Maison Palatine, Abbé Maboul, Gloire, Religion, Dieu, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Quoyqu'il s'agiffe d'une Oraifon funebre dans l'article Cij 28 MERCURE qui fuit, vous le trouverez bien different de ce qui regarde ordinairement ces fortes d'ouvrages qui contiennent plus de traits d'éloquence & de loüanges que de faits , ceux qui s'y trouvent n'yétant prefque toujours rapportezque pour donner lieu de briller à l'éloquence de l'Orateur ; mais ce que vous allez lire doit être regardé comme l'Hiftoire entiere d'une vie remplie d'incidens merveilleux & de l'hiftoire d'une converfion encore plus mer veilleufe , & dont la lecture ne doit pas moins attacher GALANT 29 & faire de plaifir , que feroit celle de l'hiftoire la plus curieufe. On a fait un Service magnifique dans l'Eglife de l'Abbaye de Maubuiffon , pour la Princeffe Loüife Hollandine , Palatine , dernière Abbeffe de cette Abbaye. Mr l'Evêque de Beziers officia ; & Mr l'Abbé 'Maboul , Grand Vicaire de Poitiers , & nommé à l'Evêché d'Alet , prononça l'Oraiſon funebre en prefence de Madame la Princeffe. Mr l'Evêque d'Alet prit pour texte ces paroles du 44. Pfeaume : OMNIS GLOC iij 30 MERCURE 1 les RIA EJUS FILIE REGIS AB INTUS. Toute la gloire de la Fille du Roy vient de fon cœur. Lefaint Efprit , dit- il , dans fon Exorde , parlant dans l'Ecriture de la Fille du Roy , ne fait entendre dans fon éloge , ni les avantages de la naiſſance , ni preeminences du rang: il ne la louë ni par la majefté de fes traits, ni parla dignité defa perfonne ; il ne luy fait un merite ni de l'éclat de fes richeffes , ni de la magnifi cence defa Cour: il ne la chèrche, il ne la regarde qu'en elle- même, il met toutefa gloire dansfon cœur. Chargé du glorieux , mais GALANT 31 difficile Miniftere de rendre à la Fille d'un Roy un jufte tribut de louange , me fera-t - il permis de chercher hors d'elle- même les titres de fa gloire ? Vousparleray je de la nobleffe de ce Sang illuſtre, qui deHeros en Heros a coulétout pur dans fes veines ? Affembleray - je fur fon tombeau les lauriers que fes Anceftres ont ceüillis en tant d'occafions ? Vous reprefenteray-je la hauteur de tant de Trônes , au milieu defquels elle est née ? Feray-je le dénombrement det Empereurs , des Rois , des Electeurs que fa Maiſon a donnez à l'Europe &qui ont rempli le monde C iiij 32 MERCURE entier du bruit de leur nom? Elle-même m'en défavoüeroit , & elle me défend encore aprés fa mort de la revêtir de ces grandeurs hereditaires , & dont elle s'eft pendant fa vie figenereusement dépouillée ? Cette Princeffe étoit feconde fille de Frederic V. dit le Contant , Electeur Palatin , & élú Royde Boheme , d'Elizabeth Stuart , fille de Facques 1. Roy d'Angleterre. L'Ŏrateur tira le partage de fon Difcours de l'Hiftoire de la Converfion de cette Princeffe. Egalement fuperieure , dit-il , e aux obftacles & aux devoirs , CALANT 33 elle furmonte ces obftacles par la grandeur de fafoy ; elle remplit &furpaffe même fes devoirs , par l'étendue de fa charité. L'herefte continua- t- il au commencement de la premiere partie , qui comme un torrent impetueux , innonda dans le penultiémefiecle toute l'Allemagne & qui foûtenu par les interrefts d'u ne politique mondaine , entraîna prefque malgré eux , tous les plus puiffans Princes de l'Empire , s'étoit fait du Chef de la Marfon Palatine un de fes plus grands Protecteurs. ( C'étoit l'Ayeul de Madame l'Abbeffe de Maubuif- 34 MERCURE fon ) devenue comme hereditaire dans cette augufte Maifon , elle paffa auxPrinces fes defcendans , elle fe vantoit d'avoir en eux fes plus fermes appuis , & de trouver dans leur haute valeur, dans leur faux zele autant que des armes pour pouffer plus loin fes conqueftes. Vous le permites. ainfi, o mon Dieu , pourſuivit Mr d'Alet , non pour détruire, maispour purifier votre Eglife : Vousfiftes de ces Princes , les nobles inftrumens de vôtre Justice : Vous empruntates leurs bras pour châtier Ifrael, y établirparces falutaires effets de vôtre colere pa- GALANT 35 ternelle, la pureté de vôtre culte... Le Duc de Brunſwick & la Republique d'Hollande prefenterent au Baptême le Princeffe Loüife , ces Princes , continua- t- il , quifuivant lafage Inftitution de cette ancienne ceremonie auroient dú répondre à l'Eglife de l'integritéde fa foy , fervirent de caution & d'interpreftes de fon dévouement au Calvinisme. Il parla enfuite de l'éducation que lui donna Sybille de Keller de la Maifon des Ducs de Curlande, qui avoit auffi eu ſoin de celle du Roy de Boheme fon pere. Faifant de la droiture du 36 MERCURE cœur, dit- il , en parlant de cette Dame & de la pureté des moeurs , du mépris de la vanité de l'horreur du menfonge ; de lacompaffion pour les pauvres , de la tendreffe pour les malheu reux ; de la crainte de Dieu & de fon amour , fes plus familieres inftructions , elle verfoit dans cette amo tendre lepoifon de l'erreur avec d'autant plus de facilité , qu'à lafaveurde ces grandes vertus , ils y trouvoientplus d'accés & qu'ils fe prefentoient à elle fous les noms empruntez de verité & de Religion.... Les préjugezde la Princeffe, continua t - il, GALANT 37 pour groffiffoient encore par lapolitique des Miniftres attentifs à les cultiver : découvrant de jour en jour en elle de nouvelles vertus qui meuriffoient avec l'âge , comprenant tout ce qu'ils devoient en attendre l'honneur de la fecte pour leurpropre reputation , ils s'accrediterentde plus en plus auprés d'elle fous la qualité uſurpée d'Envoyez du Seigneur , & couvrant leur fauffe doctrine de la parole de Dieu , pour elle toujours reſpectable , ils n'oublioient rien pour luy en faire une religieufe habitude , toujoursplusforte plus infurmontable que la 38 MERCURE . nature même. Il dit enfuite , que la lecture affiduè de l'Ecriturefainte commença à diffiper fes tenebres , & il oppofa l'utilité de cette lecture au danger inévitable de celle des Romans , & autres Livres profanes. Cet endroit fut délicatement touché , & aprés quelques foli- · des réflexions fur la témerité des Proteftans , qui prétendent être feuls les Juges & les Interpretes de l'Ecriture. Il fit voir le premier moyen dont la Providence fe feroit pourtoucher le cœur de la Princeffe , la conference qu'un Medecin Catho- GALANT 39 lique de la Reine de Boheme eut en preſence de ces deux Princeffes fur le Baptême des enfans , & il dit : Que le Mini tre étant demeuré fans replique , demanda huit jours poury répondre, qu'à la fin de ce terme ayant manqué au rendez- vous s'excufant fur des affaires ; enfin preffé par la Reine , il luy avoia qu'aprés une longue attention & un penible travail , il n'avoit rien trouvédans la Bible de quoy répondre aux objections du Medecin ; que la Princeffe alors âgée de huit ans s'enfouvint toûjours depuis que la grace luy en fit 1 40 MERCUKE tirer dans un ageplus avancé des motifs de converfion. La mauvai fe foy d'un Miniftre , ajoûta ce Prélat , dont dans un âge tendre , elle avoit esté un témoin nonfufpect , vint fortifier fes doutes.... Cesfalutaires doutes , ces heureufes inquiétudes croiffoient encore lorfque lifant dans l'Ecriture les terribles vengeances que Dieu jaloux de l'honneur de fon Culte, exerce contre les Rois qui l'ont abandonné, elle enfaifoit une trifte mais juſte application aux difgraces du Royfon pere. L'Orateur fit en cet endroit un détail des mécontentemens des Etats de GALANT 41 Boheme, qui appellerent à leur fecours l'Electeur Palatin , & le firent leur Roy ; & dit que l'on trouvoit l'éloge de ce ' Prince terminé par cette penLéc. Quel Prince plus digne du trônefi l'herefie ne luy avoitfervi de premier degré pour y monter. Il fit enfuite un détail de la bataille de Prague ( en 1620) que Maximilien , Duc de Baviere , ayeul de l'Electeur de ce nom , gagna fur le Roy de Boheme : Bataille , continuat-il,dontlesfuitesfurentfifuneftes pour ce dernier &fi avantageufespour lepremier , puifque la Janvier 1710. D 42 MERCURE dignité Electorale fut transportée de la branche aînée dans la branche cadete de la Maiſon Palatine de Baviere ; pendant que les Courtisans , continua le Prélat, regardoient ces évenemens commed'injuftes caprices d'une aveuglefortune, la Princeffe yadoroit lesJugemensprofonds d'unefecrette providence, la grace fe me lant à fes réflexions , luy faifoit appercevoir dans ces malheursdomeftiques , les malheurs inévita bles que doivent craindre toft ou tard les protecteurs de l'Herefie. Il parla enfuite des Révolutions d'Angleterre, qui furent GALANT 43 pour la Princeffe un champfecond de falutaires reflexions : >> Ce Schifme fameux ', dit - il , d'un Roy , qui comme un autre Salomon abandonna la Sageffe pourfacrifierauxIdoles d'une bon teufe volupté ( il parloit d'Henry VIII.) & qui pour ferrer de plus prés les liens fcandaleuxqu'- une aveuglepaffion avoitformez, rompit les nœuds facrez qui l'attachoient à l'Eglife. Ce Schifme qui par une malheureufe fecondi. té produifit dans un Royaume autrefois fi fidelle ces monstrueuses Sectes , qui divifées entre ellesmêmes , ont donné prefque de nos Dij 44 MERCURE Į jours le plus horrible fpectacle ( il parloit de la mort tragique du Roy Charles I. oncle maternel de cette Abbeffe ) que tous les crimes enfemble puiffent donner à l'Univers : ce Schifme lafunefte origine des malheurs d'une Royale Maifon dont les plus heroïques vertus unies aux droits du fang n'ont pú la garentir. Cette Princeffe inftruite par des pieces - authentiques, & d'autant moinsfufpectes , parce qu'elle les tenoit des mains même les plus intereffées à les cacher, ne pût voir fans horreur les que nomsfpecieux de pureté &de reforme , qui l'avoient GALANT 45 n abufée , n'avoient efté que le maf que de l'ambition & de l'intereft; le zele qu'une aveugle fureur; lafeparation de l'Eglife , qu'une revolte declarée contre les Puiffances legitimes , E... Aidée, dans lafituation où ces reflexions la mettoient , des confeils de la Princeffe d'Oxeldre , fon illuftre Amie, quefon merite plus quefa naiffance luy avoit justement acquife ; éclairée de Miniftresfideles ( des Preftres Ecoffois ) enfin pleinement convaincuëpar la lecture d'un livre où l'herefie forcée dans fes derniers retranchemens , fe trouve accablée fous le poids 46 MERCURE immenfe de l'éternelle verité(c'eft un Traité écrit en Langue Flamande contre les Miniftres de BofLeduc ) elle fe declara àfes Confi dens : Catholique dans le cœur , il ne manquoit àfaparfaite converfion qu'uneprofeffion publique. Réjouiffez- vous , s'écria le Prelat en cet endroit , Anges du Ciel, la Brebis égarée eft fur les épaules du Pafteur ; la dragme perduë eſt retrouvée ; l'enfantprodigue va revenir dans la maiſon paternelle. Il fit enfuite un éloquent détail des combats interieurs que la Princeffe eut à foûtenir pour manifeſter ſa GALANT 47 1 que creance. Latendreffe paternelle , les préjugez , & les liens l'éducation luy avoit formez dans Lafamilles les hommages les deferences refpectueufes qu'unepuifSante Republique luy rendoient ; la note d'ingratitude qu'elle alloit encourir ; le regret de l'avoir efti mée prendre la place de l'eftime qu'on a eu pour elle; foûtenirfeu · le contre tous une Religionprofcrite décriée, fefaire de tous ceux qu'elle connoiffoit & qu'elle aimoit fes plus implacables ennemis. Quelle tentation ! quelle épreuve ! fondez vous icy, Grands dumonde , s'écria l'éloquent Prelat , 48 MERCURE interrogez vos cœurs nous dites quels efforts il en coûteroit à voftre Foy, fi au préjudice des plus forts des plus anciens engagemens ;ft au préjudice des liaifons les plus tendres ; jîau préjudice de vôtrefortune & de vôtre gloire ; fi au préjudice des plus flatteufes efperances elle avoit à fe declarer.... Une tentation encore plus forte s'éleva , la crainte de déplaire à une Mere Angufte qu'elle aimoit uniquement & dont elle eftoit tendrement aimée , qui faifoitfeule toutefajoye , &dont elle eftoit reciproquement la plus douce confolation ; cette crainte formée GALANT 49 formée par les plus nobles & les plus religieuxfentimens luy deffendoit de fe découvrir : elle fe défia d'elle - même ; elle apprehendoit deftre trahie par fa propre tendreffe ; elle redoutoit des larmes puiffantes; elle craignoit une douleur refpectable & n'ofant s'expofer à un combat trop inégal , elle fermapour lapremierefois defa vie à la Reinefa mere lefanctuaire de fon cœur.... Mais une voix evangelique luycriafans ceffe que quiconque ne haïfſoit pas fon pere & fa mere ne pouvoit eftre Difciple de Jefus Chrift. La Princeffe fe réveilla à cette Janvier 1710. E So MERCURE voix, penetrée de cette importante maxime, fit taire la nature pour n'entendre que la Grace & quoy qu'il en puft coûter à fon cœur , elle s'arracha par une fuite genereufe du fein de la Reine pour Je réunirà l'Eglife. Ce Prelat fit enfuite le détail de la fuite de cette Princeffe , qui déguiféc traverfa toutes les rues de la Haye, & fans aucun fecours ny aucune des précautions que la prudence peut fuggerer en pareille occafion , arriva à Anvers où elle fe jetta dans les Carmelites Angloifes. Le détail de cette fuite fut fuivi de GALANT 51 1 celuy de la defolation où fe trouva la Cour de Boheme , touchant l'éclypfe de la Princeffe , & fur tout aprés qu'on en cut reconnu le motif par un billet trouvéfur la toilette, & où eftoient écrits ces mots: Je paffe en France pour me faire Catholique merendre Religieufe ( paroles courtes , s'écria MrdAlet) mais admirables , dignes d'eftre tranfmifes à la pofteri té dans les Annales de l'Eglife , paroles marquées dufceau de l'Ef prit de Dieu qui les a dictées qui refpirant cette noble fimplicité de l'Evangile qui ne connoift ny E ij 52 MERCURE de déguisement , ny artifice , font un miroirfidelle de la candeur lapureté du cœur de la Princeffe qui les a écrites..... Aprés s'eftre affermie , ajoûta - t - il , de plus enplus fous la conduite d'un Miniftre habile & fidelle ( un Pere Jefuite) quicomme un autre Ananie , luy ouvrit deplus en plus les yeuxfur la verité de nos Myfteres , elle renonça publiquement à l'Herefie , qu'elle avoit depuis long-temps abjurée dansfon cœur. Il parla enfuite de fon exactitude fur les moindres pratiques de la Religion Catholique. Point de doutes inquiets , GALANT 53 dit-il , point de curiofité indifcrette , point d'orgueilleufe fingularité ; respectant jufques dans les moindres Ceremonies l'autorité de l'Eglife , toutluyenparoiftgrand, tout luy en paroift auguste. elleParlant cutduitedu defir qu fe confacrer à Dieu dans la Religion , il rapporta ſon voyage en France , & dit qu'elle fut reçue à Rouen par Edouard Prince Palatin fonfrere. Vous diray-je , s'écria-t - il , quels furent les tranfports de leur mutuelle amitié , qui formée par les plus purs fentimens de la nature empruntoit de nouvelles forces de E ij 54 MERCURE la conformité de Religion ? ( ce Prince ayant abjuré la Religion Proteftante) vousreprefenteray je les tendres mouvemens de fon cœur, lorfquepaffantpar la Royale Abbaye de Maubuiffon , elle embraffa les trois Princeffes fes nieces , Marie-Loüife Princeffe de Salms , AnnePrinceffe de Condé , devant qui Mr d'Alet pare loit , Benedicte de Brunswick, mere de l'Imperatrice & de la Ducheſſe de Modene; &que dans leurs vertus naiffantes elle appergutpar un heureuxpreffentiment , tout ce que l'Europe en devoit attendre , non-feulementpour le bon- GALANT 55 heur des Etats où la Providence les deftinoit mais plus encore pour lagloire & l'édification de l'Eglife. gue Il fit enfuite un éloge court, mais vif , d'Anne de Gonzaleur mere, & belle-four de Me de Maubuiffon. Enfin dit- il , la Princeffe arrivée à la Cour fut prefentée au Roy par Henriette-Marie de France , Reine d'Angleterre , Princeffe plus celebre par lagrandeur defon courage que par la fingularité de fes malheurs. Ce Prince , en parlant du Roy , joignant aux bien-faits l'accueil le plus gratieux , fit conE iiij 56 MERCURE noiftre par ce noble effai defa bondefa liberalité Royale qu'il té feroit deformaisle Protecteur, & lazile des Princes perfecutez pour laJustice, &que malgré la duretédes temps les plus difficiles il leur fourniroit du fonds de fes propres befoins dequoy foutenir avec éclar la majesté des Rois & l'honneur de la Religion. La Prin ceffe fe retira enfuite à la Vifitation de Chaillot auprés de la Reine d'Angleterre fa tante , & aprés y avoir affermifa vocation pendant une année , elle alla fe renfermer àMaubuiffon. Mr d'Alet commença faſe- GALANT 57 conde Partie par une peinture de l'état Monaftique, qui fut vi ve & touchante & qu'il finis par ces paroles : quel prodige de voir une Princeffe de 36. ans qui joignoit à la noble fierté qu'elle avoit puifée dans fon fang, un efprit folide & élevé ; & qui accoûtumée aux douceurs d'une Courflatenfe voyoit l'obeiffance courir au-devant d'elle de la voir , dis-je ,fe plier tout d'un coup àdes obfervancesfi penibles ; courir à fon tour au devant de L'obeïſſance , & oublier ce qu'elle eftoit néepour defcendre à ce qu'il yadeplus bas er de plus humi1 58 MERCURE Veut liant dans la Religion ; en vain une Sage Abbeſſe ( Catherine Angelique d'Orleans ) ménager une foy naiffante & épargnerà un temperament délicar ce que la Religion à de trop auftere ; la Princeffe n'y peut confentir leur charité en cela peu d'accord fe manifefte également dans la Superieure par la prudence & dans la Novice par la ferveur. Il prit à témoin de fa ferveur & de fon exactitude de fon humilité ; & de fes autres vertus Religieufes les Vierges fes compagnes qui luy ont furvécu. рец GALANT 59 Me de Maubuiffon , dit-il , attaquée d'une maladie mortelle & dépofitaire des vœux unanimes de fa Communauté dont tous les regards eftoient fixez fur la Princeffe , écrivit au Roj pour luy reprefenter des vœux fi juftes. Ce Prince , ajoûta-t il , qui dans le choix des Miniftres de l'Eglife a plus d'égard à la grandeur de la vertu qu'à éclat de la naiffance , les trouvant réünis au plus haut degré dans la perfonne de la Princeffe, la nomma à cette a Abbaye choix le bonheur de ce Monaftere ilpropofa àtousceuxdu Royaume affurant par ce noble 60 MERCURL من unmodele duplus fage du plus heureux Gouvernement. L'Orateur , fit enfuite un portrait de la nouvelle Abbeffe dont il oppofa la conduite à celle de quelques autres Abbelfes dont la digniténe fait qu'amollir la vertu ; & aptés les avoir peintes d'aprés le naturel , il s'écria, plut au Cielque ce nefût icy qu'un portrait defantaifie qui ne trouvat point de reffemblance; & ayant encore chargé celuy de la nouvelle Abbeffe de Maubuiffon de nouveaux traits,il le finit ainfi : contente de porter la Croix de Jefus- Chrift, GALANT 61 dans le cœur , elle ne portajamais celle qui eftant dans l'inftitution un fymbole de penitence , eft devenue dans l'opinion des hommes un ornement de dignité : confentant à peine d'eftre la premiere dans le Choeur , elle defcendit de Chaire qui l'élevoit au-deffus des autres pouryplacer l'Image de la Sainte Vierge , ofterpar cette fage conduite à celles qui viendront aprés elle jusqu'à la tentation d'y remonter ; elle effaça elle-mêmefes Armes qu'on avoit peintes à coté d'un Autel , perJonne n'ofant toucher à un monumentfirefpectable ; ce qui don. 62 MERCURE na occafion à l'Orateur de dire , qu'elle fçavoit peindre ; & que dansfes heures de loifir , elle avoit fait un grand nombre de Tableaux dont l'Eglife & fa Maifon font remplies , & qu'elle en avoit donné pluſieurs auxParoiffes , & Communautez voifines. En parlant de fon humilité, il raporta une délicate conceffion qu'elle fit à une autre Abbeſſe , ſur la fimplicité d'une naïve réponfe. Cette Abbeffe voulant venir àMaubuiffon , fit demander à la Princeffe fi elle luy donneroit la droite , Me de GALANT 63 Maubuiffon répondit : depuis que je fuis Religieufe je ne connois ni la droite ni lagauche que pourfairelefigne de la Croix. Un Orateur continua t'il la montrant elle-même dans un portrait fidelle , tout le monde s'y reconnoift , elle feule ne s'y trou ve pas , elle regarde un éloge délicat & détourné comme un innocent moyen pratiqué avec Art pour l'inftruireplus poliment de fes devoirs. Mr d'Alet s'étendit fur les fruits & l'utilité du bon exemple : les hommes, dit il , naturellementportez à l'imitation ne s'ac- 64 MERCURE ! coutument qu'à ce qu'il voyent, &l'obéiffance aux loix penibles rigoureufes par elles - mêmes ne leur devient fuportable & facile qu'autant qu'elles font gardées par ceux mêmes qui les ontfaites. Cela fut precedé d'un détail circonftancié de l'exactitude & de la pureté des mœurs de Me de Maubuiffon ; ce qu'il dit de fa douceur eftoit peint d'aprés le naturel , &il finit cet endroit par ces paroles : cette fage Abbeffe naturellement incapable des foupçons inquiets & des injurieufes défiances qui font plus d'Hypocrites que de Saints GALANT 65 Reg Jaiffoit à fes filles une liberté honnefte qui loin de dégenerer en abus ne fervoit qu'à donner de l'éclat plus de merite à la ferveur. La familiarité avec laquelle elle vivoit avec fes + Religieufes & l'accés qu'elle leur donnoit en tout temps auprés d'elle , fournirent de beaux traits à l'Orateur , mais par quel fecret pensez- vous ajouta t il , qu'elle ait entretenu danscettefainte Maiſon ( Maubuiſſon ) cette auftere regularité qui depuis tant d'années ne s'eft jamais démentie & qui fervant d'exemple aà toutes les CommuJanvier 1710, F 66 MERCURE nautez de fon Ordre , en eft en même temps l'admiration ; cefut parunrare & prudent defintereffe ment une attention particuliere à n'y admettre que des filles d'une vocation éprouvée. Il s'éleva alors contre les maximes de quelques Superieures qui fous le nom tant vanté du bien du Monaftere cachant fouvent une infatiable avarice qui met à prix l'entrée du Sanctuaire , &font un indigne trafic du vœu de pauvreté , & qui jaloufes de fignaler leur Gouvernement par de fuperbes édifices , le font peu de GALANT 67 former des temples vivans au Saint8 Elprit. Le refte fut également fort & foutenu &ce fut undes plus beaux endroits du Difcours. Jamais Traité jamais Convention , ajoutatil , en parlant de Me de Maubuiffon , dans la reception desfujets , elle laiffoit à la difcretion des parens ce que leur tendreffe ou leur charité leur infpiroit & les recevant comme une aumofne elle ne l'exigea jamais comme une dette. Ce qu'elle faifoit pour examiner la vocation des filles fut extraordinaire & éloquemment traité Fij 68 MERCURE & en parlant de fon amour pour les Pauvres , il poursuivic de la forte: dans une année de calamité dont le trifte fouvenir dureroit encore , s'il n'eftoit étouf fé fous lepoids d'une calamitéprefente , plus longue & plus rigoureufe, Mde Maubuiffonfe trou vaaffiegée parune infinité de malheureuxque lafaim, lanudité,les maladies , plus encore la répu tation de ce charitableMonafterey attiroientde toutes parts ; lesfonds prefque épuifez, &fa Communauté prête à tomber dans l'indigence qu'elle avoit voulu faire éviter aux autres , elle voit croî- GALANT 69 tre toutd'un coup les reffources & cette providence aux promeffes de qui elle avoit eftéfidelle foutenir fa Communautéallarméefans que les paurores ceffaffent d'eftre fecourus , ce qui donna lieu à M d'Alet de s'élever avec force contre les riches avares qui fe refuſent aux befoins connus • d'une mifere prefente pour prévenir les befoins incertains d'une mifere à venir. Cet endroit fur fort applaudi , & à l'occafion des vœux que M de Maubuiffon faifoit con. tinuellement pour l'extirpation de l'Herefie , & la part 70 MERCURE qu'elle prenoit aux malheurs de ceux qui errent dans la foy, l'Orateur dit qu'elle redoubloit chaque jour fes prieres & fes vœux pour la Perfonne Sacrée du Roy. L'Herefie vaincuë par fes bontez & profcrite parfapuiffance , les Nouveautez confonduës ; la Veritéprotegée , la Pieté en honneur ; la Religion affife avecluy fur le Trône ; ces merveilles toujours prefentes àſon efprit , luy faifoient compter les triomphes de la Foy par les jours de Louis le Grand, e fa charité en cela d'accordavec fa reconnoif fance , luyfaifoit un devoirpar- GALANT 71 ticulier & perfonnel d'implorer fans ceffe de nouvelles Benedictionsfurfon regne & de demander à Dieu la confervation d'un Prince fi cher à fes fujets , & fi neceffaire à l'Eglife. A des vœux fi legitimes &fi faints , continua l'eloquent Prelat , fe joignoit un zele ardent pour les Princes de l'Augufte Maifon Pa latine. Zele qui formépar la tendreffe & la charité unies enfemble, avoit moins pour objet leurs profperitez temporelles , que leur fanctification. Zele glorieufement récompenfe parla converfion d'une grande Princeffe ( Mr l'Evê 72 MERCURE que d'Alet parloit en cet endroit de S. A. R. Madame ) qui dans la place la plus proche du premier Trône du monde , ne s'y fait pas moins aimer parfes rares bontez, qu'elle y eft admirée par le brillant éclat de fes heroiques vertus. Cet endroit fut extrê mement applaudi , & il convenoit d'autant plus de louer ces deux Princeffes , que Madame & M la Princeffe qui eftoir prefente à la Ceremonie , font toutes deux niéces de feuë M de Maubuiffon , & filles de fes deux freres , feu M' l'Electeur Palatin & le feu Prince Edouard. GALANT 73 douard. Ce Prelat finit par un Compliment qu'il fit à M˚ la Princeffe ; par des éloges de la Maifon de Condé , & par un détail de la mort de cette illuftre Abbeffe à laquelleelle s'étoit preparée pendant une maladie de fept ans
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Résumé : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
L'oraison funèbre pour Louise Hollandine, princesse palatine et dernière abbesse de l'abbaye de Maubuisson, se distingue par son accent sur les faits plutôt que sur l'éloquence. Prononcée par l'abbé Maboul, grand vicaire de Poitiers et nommé à l'évêché d'Alet, cette oraison relate la vie de Louise Hollandine, marquée par des événements remarquables et une conversion religieuse significative. Louise Hollandine était la seconde fille de Frédéric V, électeur palatin et roi de Bohême, et d'Élisabeth Stuart, fille de Jacques Ier, roi d'Angleterre. Son éducation rigoureuse l'avait formée aux valeurs de droiture, de pureté et de compassion. La princesse avait été influencée par des lectures assidues des Écritures saintes et par des ministres, ce qui avait conduit à sa conversion au catholicisme. Cette conversion fut le résultat de réflexions profondes et de rencontres, notamment avec un médecin catholique, et elle dut surmonter des obstacles intérieurs et sociaux pour manifester sa foi. Après sa conversion, Louise Hollandine quitta la Cour de Bohême pour se rendre en France. Elle fut influencée par un ministre jésuite et renonça publiquement à l'hérésie protestante. En France, elle fut reçue à Rouen par son frère, le prince Édouard Palatin, également converti au catholicisme. Elle exprima son désir de se consacrer à Dieu et fut présentée au roi de France par Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre. Le roi promit de protéger les princes persécutés pour la justice et la religion. Louise Hollandine se retira ensuite à la Visitation de Chaillot auprès de sa tante, la reine d'Angleterre, avant de s'installer à l'abbaye de Maubuisson. Elle y affirma sa vocation pendant une année avant de devenir abbesse. Malgré son rang noble, elle s'adapta aux observances monastiques avec humilité et ferveur. L'orateur loua sa sagesse, son humilité, son exactitude et sa charité envers les pauvres. Elle maintint une austère régularité dans l'abbaye, formant des 'temples vivants au Saint-Esprit'. Louise Hollandine priait continuellement pour l'extirpation de l'hérésie et la protection de la foi. Son zèle se manifesta également par ses prières pour la famille palatine et pour la conversion de la princesse Madame. La princesse s'était préparée à sa mort pendant une maladie qui avait duré sept ans. L'oraison funèbre se conclut par des éloges à la princesse présente lors de la cérémonie.
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25
p. 324-326
RÉPONSE à la question.
Début :
Un jour un Philosophe Arabe disputoit de generosité avec un [...]
Mots clefs :
Calife, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la question.
R£ PONSE a 1. „(j à la questw». r >' u n jour un Philofô--
phe Arabe disputoit de
gencrofitçavecuiiiKa.*
lise en :refúfant. fèspré-»
sensavecune gràndeuit
d'ame Pliilôfophique{
quoy donc s'écria le Kalife,
n'auray-je jamais le
plaisir queje désire le
plus ardemment, ce fcroit
de te faire accepter
seulement deux mille
Dragmes. Le Philosophe
révaluimoment
-& ditensuite au Kalife
hé bien soit
,
j'accepte
vôtre présent
,
afin de
pouvoirdireque je fuis
plusgénéreuxque vous;
car en recevantde vous
je vous donne un plaisir
que voussouhaitez ardemment,
& vous ne
;ne donnez que de l'argent
,
dOllt: nous ne
nous foutions ny l'un.,
iiyl'autre.
phe Arabe disputoit de
gencrofitçavecuiiiKa.*
lise en :refúfant. fèspré-»
sensavecune gràndeuit
d'ame Pliilôfophique{
quoy donc s'écria le Kalife,
n'auray-je jamais le
plaisir queje désire le
plus ardemment, ce fcroit
de te faire accepter
seulement deux mille
Dragmes. Le Philosophe
révaluimoment
-& ditensuite au Kalife
hé bien soit
,
j'accepte
vôtre présent
,
afin de
pouvoirdireque je fuis
plusgénéreuxque vous;
car en recevantde vous
je vous donne un plaisir
que voussouhaitez ardemment,
& vous ne
;ne donnez que de l'argent
,
dOllt: nous ne
nous foutions ny l'un.,
iiyl'autre.
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Résumé : RÉPONSE à la question.
Un philosophe et un kalife discutent de générosité. Le kalife offre deux mille dragmes au philosophe, qui accepte en soulignant qu'il donne au kalife le plaisir désiré, tandis que le kalife ne donne que de l'argent. Ainsi, aucun des deux ne sort gagnant de cette transaction.
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26
p. 290-294
POUR une Dame qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
Début :
Cesse charmante Iris, cesse de souhaiter [...]
Mots clefs :
Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : POUR une Dame qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
POVRune Damequi
avoit demandé des
Versà lauteur.
Cesse charmante Iris,cesse
desouhaiter
Des vers qu'Apollon me refuse,
Et n'espere pas que ma Muse
Puisse à present te contenter;
Je ne fuis plus,quoi que ell
faÍfc:J
Ce que j'estois dans mes
beaux jours,
Quand à la suite dcsAmours
Je badinois avec les Grâces.
C'est alors que j'aurois chan-
Tousles charmes de ta beau- té,; Sur un ton si doux&si
tendre, ; :
Que ton coeur par tes sens
t.. fc laiss-antémouvoir
Auroit presque autant pris
de plaisir à m'entendre, "E
- Que mes yeux en ont à te
-
voir. :.
Cet heureux tempsn'estplus
excuse ma foiblesse ;
Tout ce que je puis faire en
l'estat où je suis,
C'est de combatre les ennuis
Qjc trînee avec soi la vieil- - lcflc5
Mon esprit plus timide&
mon corps plus pesant
Me font voir toute ma misere*,
Je pleurele passé, je me
plains du present,
Et l'avenir me desespere.
Non,non,puisque les cheveux
gris
Ont fait füÍr les jeux & les
ris;
Il ne faut pas que je tennuye
Quelagrément trouveroistu?
A m'entendre prêcher d'un
: ton de Jeremie, ,J
Qu'il n'est aucun plaisir sur
lafinde lavie, fl
Que celui d'avoir bien vécu.
Cependant, c'estce que je
pense,
Ce que chacun pense à son
tout,
- Ce que toi-même enfin tu
penserasunjour;
Heureuse si tu peut m'cJi
croire par avance,
Et si dés aujourd'huy faisant
quelques efforts;
Un sentiment si salutaire
T'arrache àdes plaisirs qui ne
dureront guere
Pour t'épargner de longs
remords.
avoit demandé des
Versà lauteur.
Cesse charmante Iris,cesse
desouhaiter
Des vers qu'Apollon me refuse,
Et n'espere pas que ma Muse
Puisse à present te contenter;
Je ne fuis plus,quoi que ell
faÍfc:J
Ce que j'estois dans mes
beaux jours,
Quand à la suite dcsAmours
Je badinois avec les Grâces.
C'est alors que j'aurois chan-
Tousles charmes de ta beau- té,; Sur un ton si doux&si
tendre, ; :
Que ton coeur par tes sens
t.. fc laiss-antémouvoir
Auroit presque autant pris
de plaisir à m'entendre, "E
- Que mes yeux en ont à te
-
voir. :.
Cet heureux tempsn'estplus
excuse ma foiblesse ;
Tout ce que je puis faire en
l'estat où je suis,
C'est de combatre les ennuis
Qjc trînee avec soi la vieil- - lcflc5
Mon esprit plus timide&
mon corps plus pesant
Me font voir toute ma misere*,
Je pleurele passé, je me
plains du present,
Et l'avenir me desespere.
Non,non,puisque les cheveux
gris
Ont fait füÍr les jeux & les
ris;
Il ne faut pas que je tennuye
Quelagrément trouveroistu?
A m'entendre prêcher d'un
: ton de Jeremie, ,J
Qu'il n'est aucun plaisir sur
lafinde lavie, fl
Que celui d'avoir bien vécu.
Cependant, c'estce que je
pense,
Ce que chacun pense à son
tout,
- Ce que toi-même enfin tu
penserasunjour;
Heureuse si tu peut m'cJi
croire par avance,
Et si dés aujourd'huy faisant
quelques efforts;
Un sentiment si salutaire
T'arrache àdes plaisirs qui ne
dureront guere
Pour t'épargner de longs
remords.
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Résumé : POUR une Dame qui avoit demandé des Vers à l'Auteur.
L'auteur répond à une dame qui lui a demandé des vers. Il explique qu'il ne peut plus écrire comme autrefois, lorsqu'il était jeune et inspiré. Il regrette de ne plus pouvoir chanter les charmes de la dame avec la même douceur et tendresse. Il avoue que l'âge l'a rendu plus faible et plus triste, et qu'il combat les ennuis de la vieillesse. Il exprime sa tristesse pour le passé, sa plainte pour le présent et son désespoir face à l'avenir. Il conseille à la dame de ne pas se laisser distraire par les plaisirs éphémères et de se préparer à une vieillesse sereine, en adoptant dès maintenant des sentiments salutaires pour éviter les remords futurs.
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27
p. 298-303
Sur la retraite de Mr de
Début :
Heureux qui se trouvant trop foible & trop tenté [...]
Mots clefs :
Monde, Heureux, Plaisir, Biens, Sage, Retraite
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texteReconnaissance textuelle : Sur la retraite de Mr de
Sur la retraite de Mrde
Heureux qui se trouvant
trop foible & trop tenté
Du monde, enfin se déba- rasse ;
Heureux qui plein de cha-
Pourservir
Pour servir ssoonnprochain y
conferve sa place
Differens dans leur i veuë égaux
en piècej L'un cfpere tout de la grace,
L'autre apréhende tout de
sa fragilité.
Ce monde que Dieu mémo
cxclud de son partage,
N'est pas le monde qu'il a fait;
C'estiocemqurenl'heoimnmiepimpiiftc
ajoute à cet ouvrage, Qui fait que son auteur le
condamne&le haitj
Observez feulement le peu
qu'il vous ordonne,
Et sanscesse lebénissant,
Usez de son présent, mais
tel qu'il vous le donne
à
'r
Etvousn'aurez plus rien qui
ne soit innocent.
Croistu que le plaisir qu'en
toute la nature
Le premier Estre a répandu,
Soit un piege qu'il a tendu
Poursurprendre sacréature,
Nonnon, tous ces biens
que tu vois,
Te viennent d'une main &
: trop bonne &trop sage,
Et s'il en est quelqu'undont
les divines Loix
Ne te permettent pas l'u.
sage ;
Examine le bien, ce plaisir
prétendu,
Dontl'appa, tâche à te seduire,
Et tu verras ingrat qu'il ne
t'est deffendu,
Que parce qu'il te pourroit
nuire.
Sans les Loix & l'heureux
secours
Quelles te fournissentsans
cette ;
Comment avec tant de foiblesse
Pourrois-tu conserver &tes
biens & tes jours, :
Exposé chaque instant à mille
& mille injures;
Rien ne rassureroit ton coeur
1 - épouvanté,
Et ces justes decrets contre
qui tu murmures
Font taplus grande seuteté?
Voudrois tu que la Providence
Eut reglé l'Univers au gré
de tessouhaits,
Et qu'en le comblant de
bienfaits,
Dieu t'eut encor soustrait à
à sonobéissance?
Quelle étrange societé
Pormeroient entre nous l'crregr&
I'Injuitlcc.,
Si l'homme indépendant
n'avoit que soncaprice,
Pour conduire savolonté
Heureux qui se trouvant
trop foible & trop tenté
Du monde, enfin se déba- rasse ;
Heureux qui plein de cha-
Pourservir
Pour servir ssoonnprochain y
conferve sa place
Differens dans leur i veuë égaux
en piècej L'un cfpere tout de la grace,
L'autre apréhende tout de
sa fragilité.
Ce monde que Dieu mémo
cxclud de son partage,
N'est pas le monde qu'il a fait;
C'estiocemqurenl'heoimnmiepimpiiftc
ajoute à cet ouvrage, Qui fait que son auteur le
condamne&le haitj
Observez feulement le peu
qu'il vous ordonne,
Et sanscesse lebénissant,
Usez de son présent, mais
tel qu'il vous le donne
à
'r
Etvousn'aurez plus rien qui
ne soit innocent.
Croistu que le plaisir qu'en
toute la nature
Le premier Estre a répandu,
Soit un piege qu'il a tendu
Poursurprendre sacréature,
Nonnon, tous ces biens
que tu vois,
Te viennent d'une main &
: trop bonne &trop sage,
Et s'il en est quelqu'undont
les divines Loix
Ne te permettent pas l'u.
sage ;
Examine le bien, ce plaisir
prétendu,
Dontl'appa, tâche à te seduire,
Et tu verras ingrat qu'il ne
t'est deffendu,
Que parce qu'il te pourroit
nuire.
Sans les Loix & l'heureux
secours
Quelles te fournissentsans
cette ;
Comment avec tant de foiblesse
Pourrois-tu conserver &tes
biens & tes jours, :
Exposé chaque instant à mille
& mille injures;
Rien ne rassureroit ton coeur
1 - épouvanté,
Et ces justes decrets contre
qui tu murmures
Font taplus grande seuteté?
Voudrois tu que la Providence
Eut reglé l'Univers au gré
de tessouhaits,
Et qu'en le comblant de
bienfaits,
Dieu t'eut encor soustrait à
à sonobéissance?
Quelle étrange societé
Pormeroient entre nous l'crregr&
I'Injuitlcc.,
Si l'homme indépendant
n'avoit que soncaprice,
Pour conduire savolonté
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Résumé : Sur la retraite de Mr de
Le poème traite de la retraite spirituelle et de la sagesse de se détacher des tentations du monde. Il loue ceux qui, se sentant faibles et tentés, choisissent de se libérer du monde pour servir leur prochain. Le texte distingue deux types de personnes : ceux qui se confient entièrement à la grâce divine et ceux qui craignent leur propre fragilité. Le monde, modifié par les actions humaines, est exclu du partage de Dieu. Le poète conseille de suivre les ordres divins et d'utiliser les présents de Dieu de manière innocente. Les plaisirs de la nature ne sont pas des pièges, mais des dons d'une main bonne et sage. Certains plaisirs sont interdits pour éviter de nuire. Le texte souligne l'importance des lois divines pour protéger les biens et la vie des hommes, constamment exposés à des dangers. Les décrets divins apportent sécurité et certitude. Le poème conclut en rejetant l'idée d'une indépendance humaine basée sur le caprice, soulignant que l'homme doit obéir à la Providence divine.
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28
p. 55-57
2. Conseil.
Début :
Que conseilleriez-vous à un gouteux qui ne trouve du plaisir qu'à [...]
Mots clefs :
Vin, Boire, Ivrogne, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : 2. Conseil.
Conseil.;
Que conseilleriez-vous à ungou*
'tf!ftX quine trouve duplaisirqu à
boire,à* quimsouffre que quand
ila bû.
CONSEIL BACHIQUE.
Buvez & souffrez.
L'INDOLENT.
Passez-vous du plaisir
pour vous exempter de la
douleur., -,v
CONSEIL'
d'accommodement. -
-
Un peu devin, un peu
de goute, un peude bien,
un peu de mal,c'est le
mieux qu'on puisse avoir
encemoude.
L'YVROGNE.
Buvons tant que nous
ne sentions pas venir la
goute.
L'ANONYME
,',,"
Poliçon..,
Je vous conseilledé
boire
boire tout, car quand
tout vôtre vin fera bû vous
n'enaurez pas la goute,
, REFLEXIONS
duVoluptueux.
Pourquoy faut-il quela
douleur suive le plaisir
j'aimerois mieux , encore
quela goute me prit avant
que j'eusse bû, l'esperance
du plaisir m'aide à supporter
la douleur: maismon
plaisir est empoisonnépar
la crainte des douleurs qui
vont le suivre.
Que conseilleriez-vous à ungou*
'tf!ftX quine trouve duplaisirqu à
boire,à* quimsouffre que quand
ila bû.
CONSEIL BACHIQUE.
Buvez & souffrez.
L'INDOLENT.
Passez-vous du plaisir
pour vous exempter de la
douleur., -,v
CONSEIL'
d'accommodement. -
-
Un peu devin, un peu
de goute, un peude bien,
un peu de mal,c'est le
mieux qu'on puisse avoir
encemoude.
L'YVROGNE.
Buvons tant que nous
ne sentions pas venir la
goute.
L'ANONYME
,',,"
Poliçon..,
Je vous conseilledé
boire
boire tout, car quand
tout vôtre vin fera bû vous
n'enaurez pas la goute,
, REFLEXIONS
duVoluptueux.
Pourquoy faut-il quela
douleur suive le plaisir
j'aimerois mieux , encore
quela goute me prit avant
que j'eusse bû, l'esperance
du plaisir m'aide à supporter
la douleur: maismon
plaisir est empoisonnépar
la crainte des douleurs qui
vont le suivre.
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Résumé : 2. Conseil.
Le texte discute des avis variés sur la consommation de vin et la gestion de la goutte. Les conseils vont de 'boire et souffrir' à éviter le plaisir pour échapper à la douleur. Certains préconisent un équilibre ou de boire jusqu'à ne plus sentir la douleur. Un individu regrette que la douleur suive le plaisir, préférant que la goutte le prenne avant de boire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 65-123
ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Début :
Sans interrompre le paralelle d'Homere & de Rabelais, je [...]
Mots clefs :
Homère, Rabelais, Plaisir, Médecin, Parallèle, Hommes, Mari, Oeil, Fous, Dames, Compagnons, Moutons, Caverne, Cyclope, Patience, Marchand, Femme, Dieux, Troupeaux, Paris, Jupiter, Argent, Sourd, Muette, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
ARTICLE
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
burlesque.
Suite du Paralelle d'Homere&
deRabelais.
SAns interrompre le
paralelle d'Homere&
de Rabelais,je puis interrompre
les reflexions
comiques & serieuses
que j'ai commencéesfutcesdeux
Auteurs. Trop de réflexions
de fuite feroient
une dissertation
ennuyeuse
,
sur tout
pour les Dames, dont
j'ambitionne les suffrages;
elles ont legoût
plus delicat& plus vrai
que les hommes, dont
la pluspart se piquant
,de
<
critique profonde,
sont toûjours en garde
contre ce qui plaÎrjqui
ont, pour ainsidire,
emouue leur goût naturel
à force de science
dC de préjugez; en un
f- mot, qui jugent moins
par ce qu'ils sentent,
que par ce qu'ilssçavent.
Plusieurs Dames af.
fez contentes de quelques
endroits de mes
dissertations, se sont
plaint que les autres
netoient pas assez intelligibles
pour elles,
qui ne sont pasobligées
d'avoir lû Homere ni
Rabelais: il est vrai que
le Poete Grec est à presenttraduitenbonfrançois:
mais Rabelais est
encore du grec pour elles
; je vais donc tâcher
declaircir& de purifier
quelques morceaux de
Rabelais, pour les rendre
moins ennuyeux
aux Dames.
Ces extraits épurez
feront plaisir à celles
qui, curieuses de lire
Rabelais, n'ont jamais
voulu contenter leur
curiosité aux dépens de
leur modestie.
En donnantce qu'il
y a de meilleur dans
Rabelais, je fixerai la
curiosité de celles qui
en faveur du bon, auroient
risqué de lirele
mauvais.
Et s'il y en a quelqu'une
qui n'aiepû resister
à la tentation de
tout lire,elle pourra
citer Maître François à
l'abryde mes extraits,
sans être soupçonnée
d'auoir lu l'original.
Dans la derniere dissertation
j'ai opposé à
une harangue du sage
Nestor, une lettre écrite
à Gargantua par
Grandgousier son pere.
Vous avez vû que Rabelais
s'est mélé du fcrieux.;
Homere lemele
aussi quelquefois du
burlesque, autre sujet
de paralelle.Vousaurez
ici un conte heroïcomique
de l'Odissée, mais
commençons par un
conte de Rabelais;je ne
prétens qu'opposer le
premier coupd'oeil de
ces deuxcontes,&non.
pas les comparer exaétcment:
j'entrouverai
dans la fuite quelquestuinnss
ppluuss pprroopprreess aà eêttrree.
comparez ensemble.
Voici celui de Rabelais,
'f
donc j'ai feulement conservé
le fond, en a joûtant
& retranchant
tout ce que j'aicrû pouvoir
le rendre plus
agréable,& plusintelligible
aux Dames.
LES
LES MOUTONS
de Dindenaut.
<*. En une Naufou Navire
estoitletaciturnien.,
songe-creux,&malignement
intentionnéPanurge
: encemêmè Navire
estoit un Marchand de
moutonsnomméDindenaut,
hommegaillard,
raillard
,
grand rib leur
5
nurgetoutdébifié de mi-
Lie, 6c mal en point d'acouftrement
,
déhousillé
de chevelure
,
vesce
délabrée, éguillettes
rompues, boutons intermitans
chauffes pensantes,&:
lunettes pendues
au bonnet. Le Marchant
donc s'émancipa
en gausseriessur chaque
piece d'iceluy accoustrement,
mais specialement
sur ses lunettes : luy difarteavoir<
fçupar traciitioli
vulgaire que tout
homme arborant lunett
tes sur toûjours onc mal
voulu des femmes étranges
& vilipendé de la
siennedomestique ,sur
lesquels pronostics apostrophant
Panurge en son
honneur, l'appella je ne
sçay comment, id est,
d'un nom qui réveilla i«rPanurgedesaléthargie
^.rêveusej carrêvoitjuste
• en ce momentauxinconveniens
à venir de son
futur mariage. Holà,
holà
, mon bon Marchand
*,
dit d'abord Panurge
d'un air niais 8c
bonnasse, holà, vous disje,
car onc ne fus, ny ne
puis maintenant estre ce
-
que nul n'est que par mariage
: A quoy repart
Dindenaut, que marié
ou non mariée c'esttout
un ; car fruits de Cor-,
nuaille sont fruits précoces
j & m'est avisque
pour porter tels fruits ,
êtes fait &C moulé comme
de cire: ouy , cette
plante mordra sur~vôrre
chef comme chiendenc
sur terre graffe.
Ho ,
ho
,
ho
,
reprit
bonnement Panurge,
quartier, quartier, car
par la vertu- boeuf ou
asne que je suis, ne puis
avoir espritd'Aigle: perçant
les nuës,par quoy
gaudissez-vous de moy,
si c'est vostre plaisir ,
mais rien nerepliqueray
faute de répliqué : prenons
patience.
Patience vous duira
dit le Marchand, , comme
à tant d'autres. Patienceestvertu
maritale.
Patience soit imterrompit
Panurge, mais changeons
de propos : Vous
avez-là force beaux moutons,
m'envendriez-vous
bien un paravanture.
O le vaillant acheteur
de moutons, dit le Marchand.
Feriez volontiers
plus Convenablement
vous acheter un bon ha-,
bit pour quand vous E~
rez marié,habit de lné.)
nage ,
habit avenant ,
manteau profitable
chapeau commode, &,
panache de cerf.
Va-rience, dit Panurge,
& vendez-moy feulc,
ment un de vos Inou,
ton.
Tubleu
,
dit le Mat>
chand, ce seroit fortune
pour vous qu'un de ces
beliers. Vendriez sa fine
laine pour faire draps, sa
Mue peau pour faire cuir s
sa chair friande pour
nourrir Princes, & (i
petite-oye pieds :& teste
vous resteroient, & cornes
encore sur le marché-
Patience,dit Panurge,
tout ce que dites de cornerie
a esté corné aux
oreilles tant & tant de
fois,laissons ces vieilleties
; sottises nouvelles.
sont plus de InÍfea,
-- Ah qu'il dit bien! reprit
le Marchand, il merite
que mouton je luy
vende, ilestbon homme
: ç'a parlons daffaire.
Bon, dit Panurge eit
joye, vous venez au but,
6c n'auray plus besoinde
patience.
T C'a, dit le Marchand,
écoutez - mcy.j'écoute
dit Panurge.
LE M. Approchez cette
oreilledroite.P.
ce. LE M. Et la gauche. l P. Hé bien. LE M. En
l'autre encore. P. N'enay
quecesdeux. LE M.Ouvrez
- les donc toutes
grandes. P. A vôtre commandement.
LE MARC.
Vous allez au pays des
Lanternois? P.Ouy. LE
M. Voir le monde? P,
Certes. LE M. Joyeusement
? P. Voire. Le M,
Sans vous fâcher P. N'en
ayd'envie. LEM. Vous
avez nom Robin. P. Si
VOUS voulez. LE MARC.
Voyez-vous ce Moutons
P. Vous me l'allez vendre,
LEM.Ilanom Robin
comme vous. Ha
9 ha
, ha.Vons allez au
pays des Lanternois voir
le motide,i.oyeuCement,'
sans vous fâcher, ne vous
fâchez - donc guere si
Robin mouton n'est pas
pour vous. Bez, bez
bez; & continua ainsi
bez, bez, aux oreillesdu
pauvre Panurge
) en le
mocquant de la lourderie.
Oh,patience,patience
, reprit Panurge, bai£
sant épaules & teste en
toute humilité
,
à bon
besoin de
-
patience qui
moutons vcut avoir de
Dindenaut; maisje vois
que vous me lanternifibolisez
airtfi pource que
me croyez pauvre here,
voulant acheter sans
payer, ou payer sans argent,
ôc-en ce vous irom- -
pez à la mine, car voicy
dequoyfaire emplette :
disantcela Panurge tire
ample & longue bourse,
que par cas fortuit, contre
son naturel avoit pleine
de Ducacons, de laquelle
opulence le Marchand
fut ébahi, & incontinent
gausserie ccfTa
à l'aspectd'objet tant respectable
comme est argent.
,
Par iceluy alleché
le Marchand demanda
quatre, cinq, six fois
plus que ne valloit le
mouton;à quoy Panurge
fit comme riche enfant
de Paris, le prit au
mot, de peur que mouton
ne luy échapa
,
&
tirant desa bourse le prix
exorbitant, sans autre
mot dire que patience
,
patience, lnie les deniers
, és mains du Marchand
, & choisit à même le
troupeau un grand &
* beau maistre mouton
qu'il emporta brandi
fous son bras
- ,car de
forceautant que demalin
vouloir avoit,cependant
le mouton cryoit,
bêloit Sccn consequance
naturelle, oyant celuy-
cy bêler,bêloient
ensemblement les autres
moutons, commedisant
en leur langage moutonnois,
ou menez-vous
nostre compagnon,
de
mêmedisoient maisen
langageplus articulé les
assistants à Panurge ou
,diantre menez-vous ce
- mouton,& qu'en allezvous
faire, à quoy répond
Panurge le mouton
n'est-il pas à moyy
l'ay bien payé& chacun
de son bienfait selon
qu'il s'avise,ce mouton
s'appelle Robin comme
moy3 Dindenaut l'a dit.
Robin mouton sçait bien * nager je le voisà sa
mine
,
& ce disant subitementjetta
son mouton
en pleine mer, criantnage
Robin, nâge mon mignon
: or Robin mouton
allant à l'eau
,
criant
bêlant; tous les autres
moutons criansbêlans
en pareilleintonation,
commencerent soy jetter
après Se fauter en merà
la file, figue le debat entr'eux
estoit à qui suivroit
le premier son compagnon
dans l'eau, car
nature afait de tousanimaux
mouton le plu»*
sot, & a suivre mauvais
exemple le plus enclin,
fors l'homme.
Le Marchand tout cecy
voyant demeura ftupesait
& tout cHrayey
s'efforçant à retenir fèsmoutons
de tout foi*
pouvoir, pendant quoy
Panurge en son fang
froid rancunier, luy disoit
, patienceDindeinatit.,
patience, & ne
vous bougez, ny tourmentez.,
Robin mouton
reviendra à nâge & ses
compagnons - le refuivront;
venez Robin, venez
mon fils, & ensuite
crioit aux oreilles de
Dindenaut ,., comme avoit
par Dindenaut esté
crié aux siennes en signe
de moquerie, bez, bez,
FinablementDindenaut
voyant perir tous ses
moutons en prit un grãd
& fort par la toison, cuidant
aintl luy retenant
retenir le reste
)
mais d.
mouton puissantentraîna
Dindenaut luy -mê'
me , en l'eau
,
& ce sut
lors que Panurge redoubla
de crier, nâge Robin
, nâge Dindenaut,
bez, bez, bez,tant que
par noyement, des moutons
Sedu Marchand sut
cette avanture finie,donc
donc Panurge ne rioit
que sous barbe, parce
que jamais on ne le vit
rire en plein,queje sçache.
Jecroirois bien que le
caractere de Panurge a
servi de modele pour celuy
de la Rancune. Moliere
a pris de ce seul Con-
-
te-cy deuxou trois Jeux
de Theatre, & la Fontaine
plusieurs bons mots.
Enfin nos meilleursAutheurs
ont puisé dans Rabelais
leur excellent comique,
&les Poëtes dit
Pont -neuf en ont tiré
leursplates boufoiincries.
Les Euripides & les Se-
-
neques ont pris dans Homere
le sublime de leur
Poësie, & les Nourrices
luy doivent leurs Contes
depeau-d'asne,leurs Ogres
qui mangent la
chair fraîche, sont descendus
en ligne droite du
Cyclope dontvousallez
voir Je Conte.
Voiladonc Homere 8t
Rabelais grands modeles
pour l'excellent & dangereux
exemples pour le
mauvais du plus bas
ordre. Homere & Rabelais
occupent les beaux
esprits; mais ils amusent
les petits enfants;humiliez-
vous grands Auteurs
vousestes hommes ;
l'homme a du petit 6C
du grand du haut & du
1 bas; c'est son partage r
& si quelqu'unde nos
Sçavants S'obfbiie à
trouver tout granddans
un Ancien, petitesse
dans -ce Moderne quelque
grand qu'ilsoitd'ailleurs
il prouve ce que ja*
Vance, qu'il ya du petit
c'k., du grand dans tous
les hommes.
Revenons à nos moutons,
diroit Rabelais,
m'avez parlé des moutons
de Dindenaut, si
faut-il trouver aussi moutons
en oeuvres d'Hojnere3
puisque és miens
moutons y a , ou ne se
point mester ny ingerer
de le mettre en paralelle
àl'encontre de moy.
Ouy
Ouy dea, repliquerai
je, on trouvera prou
de moutons dans I'oeuvre
grec, & hardiment
les paralelliserai avec
les vôtres, Maître François;
car avez dit,
ou vous, ou quelqu'un
de votre école, que
chou pourchou Aubervilliers
vaut bien Paris;
& dirai de même, que
moutons pour moutons
Rabelais vaut bienHomere
: or a-t-on déja vû
comme par malignité
Panurgienne moutons
de Dindenaut sauterent
en Iller; voyons donc
commeparastuce l'iyfsienne
moutons de Ciclope
lui fauteront fous
jambe, en sortant de sa
caverne.
LES MOUTONS
DU CYCLOPE. DAns l'isle des Cyclopes
où j'avois PrIsterre,
je descendisavec les plus
vaillans hommes de mon Vaisseau
,
je trouvai une caverne
d'une largeur étonnante. Le
Çyclope qui l'habitoit étoit
aux champs,où il avoit mené
paître ses troupeaux.Toute
sa caverne étoit dans un ordreque
nousadmirions. Les
agneaux separez d'un côté,
les chevreaux d'un autre, &c.On yoyoit là de grands
pots à conserver le lait , ici
des paniers de jonc, dans lesquels
il faiioic des fromages,
&c. Nous avions aporté du vin,
pris chez les Ciconiens, &c..
Nous buvions de ce vin, &
mangions les fromages du Cy.
clope, lors qu'il arriva.
Je fus effrayé en le voyant.
C'étoit un vaste corps comme
celui d'une montagne; il n'y
eut jamais un monstre plus
épouvantable: il portoit sur
ses épaules une charge efrrbois
sec; le bruit qu'il fit en le jettant
à terre à l'entrée de la
caverne, retentit si fort, que
tous mes compagnons saisis de
crainte,secacherent en differens
endroits de cette terrible
demeure.
Il fait entrertoutes ses brebis;
il ferme sa caverne, pousfant
une roche si haute & si
forte, qu'il auroit été impossible
de la mouvoir, à
force de boeufs ou de chevaux.
Je le voyois faire tout fou
ménage,tantôt tirer le lait
de ses brebis, & Enfin il
allume ion feu, & comme
l'obscurité qui nous avoit cachez
fut dissipée par cette
clarté, il nous apperçut : Qui
êtes-vous donc, nous dit-il
d'un ton menaçant 2 des Pirates,
qui pour piller & faire
perir les autres hommes,ne
craignez pas vous-même de
vous exposer sur la mer ?
Quoy ? des Marchands que
l'avarice fait passer d'un bout
de l'U nivers à l'autre pour
s'enrichir,entretenant le luxe
de leur Patrie ? êtes-vous des
vagabons qui courez les mers
par la vaine curiosité d'apprendre
ce qui se passe chez
autruy.
Je pris la parole, & luy dis
que nous étions de l'armée
d'Agamemnon
, que je le
priois de nous traiter avec
l'hospitalité que Jupiter a
commandée,& de se souvenir
que les Etrangers font
fous la protection des Dieux
> & que l'on doit craindre de
les offenser.
Tu es bien temeraire
, me dit-ilfïerement, de venir de
si loin me discourir sur la
crainte & sur l'obeïssance
que tu dis que je dois aux
Dieux:apprens que les Cyclopes
ne craignent ni vôtre
Jupiter ni vos Dieux: pour
n'avoir été nouris d'une chevre,
ils ne s'estiment pas moins
heureux, je verray ce que je
-
dois faire de toy ,
je n'iray
point consulter l'Oracle làdessus,
c'est mon affaire de
sçavoir ce que je veux, &c.
Je lui parlai encor pour tâcher
de l'adoucir: mais dédaignant
de me répondre, il
nous regardoit avec (on oeil
terrible; (car les Cyclopcs
n'en ont qu'un.) Enfin il se
saisit tout d'un coup de deux
de mes compagnons,& a près
les avoir élevez bien haut, il
les abbatit avec violence, &
leur écrasa la tête: il les met
bientôt en pieces,la terreest
couverte de leur sang, il est
ensanglanté lui-même:ce montre
, ce cruel monstre les
mange, les devore: Jugez en
quel état nous étions 2
Aprés s'être rassasié de cette
abominable maniere
,
il
but plusieurs cruches de lait,
& s'étendit pour dormir au
milieu de ses troupeaux. Combien
de fois eus-je dessein de
plonger mon épée dans son
corps ?&c.mais il auroit salu
périr dans cette cavernes
car il étoit impossible d'ôter
la pierrequi la fermoit : il falloit
donc attendre ce que sa
cruauté decideroit de nôtre
vie.
A peine ce cruel fut-il éveillé
qu'il se prépara un déjeuner
aussi funeste que le repas du
foir précèdent, deux de mes
camarades furent dévorez de
même
, a prèsquoy il fit sortir
aupâturage ses troupeaux, &
nous laissa enfermez dans la
caverne,enrepoussant la pesante
roche qui lui servoit de
porte.
Je cherchons dans monesprit
quelque moyen de punir
ce barbare, & de nous délivrer.
Il y avoit à l'entrée
de sa caverne unemassuë aussi
longueque le mats d'un navire
, nous en coupâmes de quoi
faire une autre massuë
, que
nous aiguisâmes pour executer
mon projetquandl'occa,-
sion seroit venuë.
Le Cyclope rentra, &recommenca
un autre repas aus-
- sifuneste à deux autres de mes
compagnons, que ceux que
je vous ay racontez;je m'approchai
de lui portant en main
un vase de ce vin admirable
quenous avions. Buvez.; lui
dis-je,peut-êtremesçaurez-voui
gré du present que je vous offre,
¿y.,c.Il prit la coupe, la but,
& y ayant pris un extrême
plaisir, il voulut sçavoir mon
nom, & promit de metraiter
avec hospitalité.
Je remplis sa coupe une autre
fais, ill'avale avec plaisir,
il ne paroissoit plus avoir cet-
-
te cruauté qui nous effrayoit,
je caressois ce monstre, Cije
tâchois de le gagner par la
douceur de mes paroles, il
revenoit toûjours à me demander
mon nom.
Dans l'embarras où j'étois
je luy fis accroire que je me
nommoisPersonnes alors pour
récompense de mes caressés
& demon vin,il me dit:
Eh bien, Personne, tous tes
camarades passeront devant
toy >
je te reserve pour être
le dernier que je mangeray.
Il s'étendit à terre en me
prononçant ces terribles paroles
>
le vin & le sommeil
l'accablcrent 6c c'étoit
ce que j'attendois;j'allay
prendre ma Massuë, j'allumay
la pointe dans le feu
que le Cyclope avoit couvert
de cendres,nous a pprochons
du Cyclope, pendant que
quatre de mes compagnons
enfoncent ce bois& ce feu
dans son oeil, j'aidois à le
déraciner, &c.
Apres l'avoir aveuglé de
-
cette maniéré nous nous étions
retirez loin de luy, & nous
attendions quel seroit l'effet
de sa rage & de ses cris. Un
grand nombre deCyclopes,
qui avoient entendu les heurlemens
accoururent à sa porte,
& luy demandoient : qui
est-ce qui peut vous avoir attaquédans
vôtre Maison ?
Comme celui-cy s'étoit persuadé
que je me nommois
Personne, il ne pouvoir leur
faire comprendre qu'il yavoit
un ennemi en dedans qui l'avoit
maltraittè,ilsentendoiét
qu'iln'avoitété blessé de per- sonne.ainsi par cet équivoque
les Cyclopes se retirèrent
, en disant: c'est donc
une affiction que Jupitert'envoye
, il faut plier sous les
coups de sa colere.
Je fus ravi d'entendre que
ces Cyclopes le retiroient:
cependant celui-cy,outré de
rage,alloit de côté & d'autre
dans sa Caverne, étendant
les bras pour nous prendre
, mais rien n'étoit plus
aisé que de luy échapper,
l'espace étoit grand, & il ne
voyoit goutte, &c..-
Il prit enfin le party d'ouvrir
à demy sa Caverne, de
sortequ'il n'y avoit de place
que pour sortir trois ou quatre
ensemble, il crut qu'il nous
arrêteroit au passage: il se met
au milieu, qu'il occupoit, étendant les bras & les jambes,
& faisoit sortir ses Moutons
,qu'il tâtoit les uns aprés
les autres; nous ne donnâmes
pas dans un piége si grossier
, cependant il falloit sortir
ou périr; je repassois en
mon esprit une infinité de
stracagêmes ; Enfin ayant
choisi neuf desplus forts Beliers,
je les attachay trois à
trois, je liay fou-s leur ventre
mes neuf compagnons restez,
qui passerent de- cette sorte
ians être reconnus, je tentay
le même hasard pour moy^
il y avoitun Belier plusgrand
que tous les autres, je me cache
aussi fous son ventre, le
- Cyçlope le reconnoît à l'é- passeur de sa laine, le careslè
& le retient, comment,
disoit-il, tu n'es pas aujourd'huylepremier
au pâturage
? tu es touché de l'aÍfliél-ioa
de ton Maître, tu ne vois plus
cet oeil qui te conduisoit &:
que tu connoissois,un traître
me l'a arraché,tu me montrerois
ce traître si tu pouvois
m'exprimer ta fidélité, si jele
tenoiscesceelerat,&c.Enfin
ce monstre occupé de sa
rage & de savengeance,laisse
passerleBelier que je tenois
embrasse par la laine de son
col, & c'est ainsi. que nous
voyant tous en liberté, nous
respirâmesavec plaisir.
J'ai choisi de bonne foi
pour opposer aux contes
de Rabelais, un desmeilleurs
de l'Odiffée
; car
mon but principal est
d'orner mon paralelle, &:
non de dégrader Homere.
Convenons qu'il y a
une poësie excellente dans
les endroits même où il
manque de justesse & de
bon sens.. quel mot m'est
échappé? mais je me dédiray
quand on voudra,
ôcà force deraisonnemens
& d'interprétations
,
je
trouveray par tout du
bon sens n'en fut-il point.
On n'aura pas de peine
àen trouver beaucoup
dans
dans les discours que le
Cyclope tient à Ulysse;
le premier contient une
morale admirable. Qui
êtes-vous? luy-dit-il ,
des
Pirates, Cc. Il joint dans
le second à une noble fierté
contre Jupiter, une
raillerie fine & delicate.
se riirai point consulter
l'aracle, &c. Ce Cyclope,
ce monstre ell un
Aigle pour l'esprit
: mais,
tout a coup, avant même
que d'avoir bû, il devint
stupide comme un boeuf,
il se couche & s'endort
tranquillement au milieu:
de ses ennemis armez,aprés
avoir dévoré deux de
leurs compagnons.
Ce Cyclope establir
d'abord que les Cyclopes
ne reconnoissent
,
ni ne
craignent point Jupiter,
ni les autres Dieux: & ces
mêmes Cyclopes un moment
apres, trompezpar
l'équivoque & mauvaise
turlupinade du mot de
Personne, croyent pieusement
que les heurlemens
du monstre sont une juste
punition des Dieux, ôc
semblent même par une
crédulité respedueusen'o
fer entrer dans la caverne
du Cyclope, pour s'éclaircir
du fait. Mais j'ay
promis d'éviter la dissertation
dans ce paralelle-cy ;
nous trouverons assez
d'autres occasions de critique
dans Homere, &
beaucoup plus dans Rabelais.
Finissons par un petit
conte de ce dernier.
ES
LA FEMME
MUETE.
DAns
un certain Pays
barbare & non policé en
moeurs, y avoit aucuns
maris bourus, & à chef
mal tymbré
, ce que ne
voyons mie parmy nos
maris Parisiens, dont
grande partie, ou tous
pour le moins, sont merveilleusement
raisonnans,
& raisonnables;aussi onc
ne vit-on arriver à Paris
grabuge ni maleficeentre
maris & femmes.
Or en ce Pays-là, tant
different de celui-cinôtre,
y avoit un mary si pervers
d'entendement, qu'ayant
acquis par mariage une
femme muete,s'en ennuya
& voulant soy guerir de
cet ennuy & elle de sa
mueterie, le bon & inconsideré
mary voulut qu'-
elle parlât, & pour ce
eut recours à l'art des Medecins
& Chirurgiens, qui
pour la démuetirluiinciserent
& bistouriserent un.
enciligloteadherâtaufilet.
bref, elle recouvra santé
de langue, & icelle langue
voulant recuperer l'oysiveté
passée, elle parla tant,
tant & tant,quec'estoit
benediction
;
si
ne laissa
pourtant le mary bouru
de se lasserde si plantheureuse
parlerie : il recourut
au Medecin, le priant &
conjurant, qu'autant il
avoit mis de science en oeuvre,
pour faire caq ueter sa
femme muete, autant il en
employât pour la faire taire.
Alors le Medecin confessantque
limitéest le sçavoir
médicinal,lui dit qu'il
avoit bi^n pouvoi r de
faire
parler femme
; mais que
faudroit arc bien pluspuisfant
pour la faire taire. Ce
monobstant le mari suplia,
pressa, insista, persista, si
que le sçavantissime docteur
découvrit en un coin
des registres de son cerveau
remede unique, &
specifique contre iceluy
interminable parlement
de femme,& ce remede
c'est surdité du mary. Ouidà,
fort bien, dit le mari :
mais de ces deux maux
voyons quel fera le pire,ou
entendre sa femme parler,
ou ne rien entendre du
tout; Le cas est suspensif,
&: pendant que ce mari
là-dessus en suspens estoit,
Medecin d'operer, Medecin
de medicamenter,par
provision, sauf à consulter
par apré1s.
Bref par certain charme
de sortilege medicinal
le pauvre mari se trouva
sourd avant qu'il eût acheve
de déliberer s'il confentiroit
à surdité
:
Lyvoila
donc, & il s'y tient faute
de
de mieux, & c'est comme
il faudroit agir en opérations
de medecine, Qu'arriva-
t-il? e'cousez.ôcvous
lesçaurez. :A'J:\ -J Le Medecinàhalde besogne
demandoitforce
argent:mais c'est à quoy
ce maryne peut entendre;
car il est sourd comme
voyez, le Medecin pourtant
par beaux signes &c
gestes significatifs argent
demandait& redemadoit
jusqu'às'irriter & colerier:
mais en pareil cas gestes
ne font entendus, à peine
entent-on paroles bien articulées
,ou écritures attestées
& réiterées par Sergens
intelligibles. Le Medecin
donc se vit contraint
de rendre l'oüie au sourd,
afin qu'il entendît à payement,
& le mary de rire,
entendant qu'ilentendoit,
puis de pleurer par prévovoyance
de ce qu'il n'entendroit
pas Dieu tonner,
désqu'il entendroit parler
sa femme.Or, de tout ceci
resulte, conclusion
moralement morale, qui
dit,qu'en cas de maladie
& de femmes épousées,
le mieux est de le tenir
comme on eit de peur de
pis.
Fermer
Résumé : ARTICLE burlesque. Suite du Paralelle d'Homere & de Rabelais.
Le texte compare les œuvres d'Homère et de Rabelais, deux auteurs classiques, en mettant en lumière leurs aspects comiques et sérieux. L'auteur souhaite rendre les œuvres de Rabelais plus accessibles aux dames, qui trouvent Homère plus intelligible grâce à une récente traduction en français. Pour ce faire, il entreprend de clarifier et de purifier certains passages de Rabelais afin de les rendre moins ennuyeux pour un public féminin. L'auteur présente ensuite un conte de Rabelais, 'Les Moutons de Dindenaut', qu'il a adapté pour le rendre plus agréable et intelligible. Ce conte met en scène Panurge, un personnage de Rabelais, et un marchand de moutons nommé Dindenaut. Panurge achète un mouton nommé Robin et le jette à la mer, provoquant une réaction en chaîne où tous les moutons suivent Robin et se noient. Le marchand, tentant de retenir ses moutons, se noie également. Le texte compare ce conte à un épisode de l'Odyssée d'Homère, où les moutons du Cyclope jouent un rôle similaire. L'auteur souligne que les meilleurs auteurs ont puisé dans Rabelais et Homère pour leur comique et leur sublime, respectivement. Il conclut en affirmant que ces auteurs sont des modèles pour le meilleur et le pire, et que tous les hommes ont en eux du petit et du grand. Par ailleurs, le texte relate un épisode de l'Odyssée où Ulysse et ses compagnons sont capturés par un Cyclope. Ulysse tente de convaincre le Cyclope de les traiter avec hospitalité, invoquant la protection des dieux, mais le Cyclope refuse, affirmant qu'il ne craint ni Jupiter ni les dieux. Il dévore plusieurs compagnons d'Ulysse et les laisse enfermés dans sa caverne. Ulysse, cherchant un moyen de se venger, prépare une massue avec ses compagnons. Lors du retour du Cyclope, Ulysse lui offre du vin pour l'endormir. Profitant de son sommeil, Ulysse et ses hommes lui crevent l'œil avec la massue chauffée à blanc. Aveuglé, le Cyclope appelle à l'aide, mais ses semblables, trompés par l'équivoque du nom 'Personne', ne lui portent pas secours. Ulysse et ses hommes s'échappent en s'accrochant sous les moutons du Cyclope. Le texte se termine par une réflexion sur la poésie d'Homère, soulignant la moralité et la finesse des discours du Cyclope.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 15-30
LA MORT DE PALÉMON, IDILLE.
Début :
Dans ces Valons fleuris, sous de sombres feüillages, [...]
Mots clefs :
Bergers, Chant, Dieux, Bois, Coeur, Plaisir, Coeur, Amour, Amoureux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE PALÉMON, IDILLE.
LAMORT
DEPALE'MON,
DILLE.
TIRSIS,LICIDAS.
DLICIDAS. -
r>
Ans ces Valons
fleuris, sous de
1 sombres se.u1i1llages,
Tout presenteà nos yeux
de riantes images:
Assis sur le gazon au pied
de ces côteaux,
Nousentendons, Tirsis,
le doux bruit des
ruisseaux.
Jamais plus vivementde
l'Aurore naissante
Nebrilla dans les eaux la
lumiere tremblante;
Flore sur leur passage écale
ses crésors
Lafraîcheur des Zyéphirs
se répand sur leurs bords.
Mais quoy?dans ces beaux
lieux,où chacun fous
les Hecres
Vient goûter des plaisirs
innocens & champêtres,
ToûToujours
seul, toujours
1 plein du trouble où
jetevoy,
Tout paroît a tes yeux
1 aussi triste que toy.
Faut-il qu'un noir chagrin
t'arrache à tant
z—
de charmes?
Les Dieux ne rendront
1 point Palémonà tes
larmes. 1
Epargne, cher Tirsis, des
regrets superflus,
Et cette enfin de plaindre
un Berger qui n'est
Plus..
TIRSIS.
Permets un libre cours à
ma douleur extrême;
Du fort de Palémon je ne
plains que moy-même:
De mes justes regrets tu
demeures surpris,. :
Du bien que j'ai perdu
connoissois-tu le prix?
LICIDAS.
Palémon eut pour toy l'amitié
la plus tendre;
Je Içai, pour te former,
les foins qu'il voulut
prendre:
A toy seul, quel Berger
n'en parut point jaloux?
A toy seul ilfît part de ses
chants les plus doux.
TIRSIS.
Ila plus fait pour moy ) tu
1as vusans envie,
C'est à lui que je dois le
calme de ma vie:
A de trop doux transports
m'arrachant sans retour,
C'est lui qui m'a sauve
des écueils de l'amour.
Esclave d'un penchant qui
nepeutquenousnuire,
Helas!à quelle erreur me
laissois-je seduire?
Je croyois., prévenu par
de tendres desirs,
Qu'en vivant sans amour
on vivoit sans plaisirs:
Un coeur, qui n'aimoit
point., me sembloit
inutile.
Mais enfin j'ai connu le
prix d'un fort tranquile;
E1t de'gagé> des fers qui m'avoient arjreAce1.y
Au rang des plus grands
biens j'ai misma liberté,
LICIDAS.
Par quel charme secret,
- Palémoa dans ton
ame,
Tirfis, a-t-il- éteint une
innocente flâme >
Lui-même toûjours prê-t
d'applaudir à tes feux,
T'en parloit comme eût
fait un Berger
amoureux.
.c
TIRSIS.
.L Palémon; dans lesnoeuds
de la plus douce
Chaîne
Vit à regret Tirfis retenu
parIsmene:
Mais comment dégager
un captifsi content?
Des caprices démené il
attendoit l'instant.
Cependant dans mon
coeur, quabusoit l'esperance
,
.,
Ses discours par degrez
portoient l'indifference.
Heureux, me disoit-il, qui
fage en les plaisirs
Dans sa feule raison a puisé
ses desirs. j
Il goûte dans la paix, que
l'innocence inspire,
Un bonheur aussi pur que
le jour qu'ilrespire i
Indépendant de tout, sans
soins & sans ennui,
C'estassez qu'en secret il
soit content de lui: -
Il trouve tous les biens
dans la vertu qu'il
aime,
Et vivant pour lui seul
)
[e
suffit à lui-même.
LICIDAS.
Instruit par les conseils
d'un si sage Berger,
Quel coeur eûtpu,Tirsis,
ne se pas dégager?
Avec lui la vertu n'avoit
rien de sauvage :
De nos plus douxplaisirs
il permettoit l'usage.
Lui-même aimoit nos
jeux. Avec toy dans
nos bois
Souvent à nos concerts il
a mêlé sa voix.
Quelle voix chantoit
mieux Ariane
abusée
Attestant les ser).mens du
parjure. Thesée?
Je
Jecrois l'entendre encor.
Les amoureux Zéphirs
Dans les Forêts alors retenoient
leurs loupirs:
De leur Palais humide;à
ses chants attentives,
Les Nayades en foule accouroient
sur lesrives•
Les flots qu'il suspendoit.
craignoient de s'agiter;
Les Echosécoutoient &
n'osoientrépéter.
TIRSIS.
•»
Si-tôt que dans ceslieux,
au retour de l'Aurore,
Tous les Prez deployoient
les richesses de Flore,
Au fond des bois obscurs,
azile du repos,
Nousallions par nos
chants réveiller les
Echos.
Là, tandis qu'à leur gré, sur le bord des fontaines,
Les Zephirs agitoient les
ombres incertaines,
Tandis que les Oiseaux
animoienr leurs
concerts,
Que les fleurs exhaloient
-
leurs parfums dans
les airs,
Couchez prés du cristal
d'une onde vive &
-
pure,
Nous n'étions jamais las
d'admiréela NamrCwr;
Momens, que m'offre encor
un tendre fouveniv
£tfesTypu_$écoutezpour
nej^lus revenir. ,,:~ 'r]
r LICIDAS.
-.1.. D'unBerger si chéri si les
Dieux te séparent,
Oublie im triste fort quand
:
les Dieux le réparent.
DAAS lieux5qu'ont
charmé leschants de
Palémon,
- Succede à ce Berger l'ai- *
macle Philémon:-
Philémon,qu'en ses Vers
Apollon même inspire,
A qui CeDieu souvent a
confié sa Lyre.
Ses accenssont pourmoy
ce qu'est sur les
côteaux
Pour un'Biergerrêveur le murmure des ear:ux'* -
Ou pourunVoyageur
échauffédans sasource
Unruisseau pur 8c frais
qui.JaiJIicde sa£aui
.,'
TIR SIS.
Je connois Philémon, si
vanté dans nos bois,
Et je sçai ce qu'ont pû les
charmes desa voix:
Ce Berger, que guidoit
une charmante Fée,
Descendit aux Enfers sur
les traces d'Orphée.*
Heureuxs'il m'apprenoit
par. quels charmans
accords
Sa voix se fit entendre aux
rivages des Morts.
* La Descenteaux Enfers, Ode deM.de
la Mette.
Palémon, en dépit de la
Parque [évére)
Je fléchirois Charon,j'enchanterois
Cerbére:
Et j'irois, des Destins forçant
la dure Loi, *
Te rendre la lumiere, ou
la perdre avecToi.
DEPALE'MON,
DILLE.
TIRSIS,LICIDAS.
DLICIDAS. -
r>
Ans ces Valons
fleuris, sous de
1 sombres se.u1i1llages,
Tout presenteà nos yeux
de riantes images:
Assis sur le gazon au pied
de ces côteaux,
Nousentendons, Tirsis,
le doux bruit des
ruisseaux.
Jamais plus vivementde
l'Aurore naissante
Nebrilla dans les eaux la
lumiere tremblante;
Flore sur leur passage écale
ses crésors
Lafraîcheur des Zyéphirs
se répand sur leurs bords.
Mais quoy?dans ces beaux
lieux,où chacun fous
les Hecres
Vient goûter des plaisirs
innocens & champêtres,
ToûToujours
seul, toujours
1 plein du trouble où
jetevoy,
Tout paroît a tes yeux
1 aussi triste que toy.
Faut-il qu'un noir chagrin
t'arrache à tant
z—
de charmes?
Les Dieux ne rendront
1 point Palémonà tes
larmes. 1
Epargne, cher Tirsis, des
regrets superflus,
Et cette enfin de plaindre
un Berger qui n'est
Plus..
TIRSIS.
Permets un libre cours à
ma douleur extrême;
Du fort de Palémon je ne
plains que moy-même:
De mes justes regrets tu
demeures surpris,. :
Du bien que j'ai perdu
connoissois-tu le prix?
LICIDAS.
Palémon eut pour toy l'amitié
la plus tendre;
Je Içai, pour te former,
les foins qu'il voulut
prendre:
A toy seul, quel Berger
n'en parut point jaloux?
A toy seul ilfît part de ses
chants les plus doux.
TIRSIS.
Ila plus fait pour moy ) tu
1as vusans envie,
C'est à lui que je dois le
calme de ma vie:
A de trop doux transports
m'arrachant sans retour,
C'est lui qui m'a sauve
des écueils de l'amour.
Esclave d'un penchant qui
nepeutquenousnuire,
Helas!à quelle erreur me
laissois-je seduire?
Je croyois., prévenu par
de tendres desirs,
Qu'en vivant sans amour
on vivoit sans plaisirs:
Un coeur, qui n'aimoit
point., me sembloit
inutile.
Mais enfin j'ai connu le
prix d'un fort tranquile;
E1t de'gagé> des fers qui m'avoient arjreAce1.y
Au rang des plus grands
biens j'ai misma liberté,
LICIDAS.
Par quel charme secret,
- Palémoa dans ton
ame,
Tirfis, a-t-il- éteint une
innocente flâme >
Lui-même toûjours prê-t
d'applaudir à tes feux,
T'en parloit comme eût
fait un Berger
amoureux.
.c
TIRSIS.
.L Palémon; dans lesnoeuds
de la plus douce
Chaîne
Vit à regret Tirfis retenu
parIsmene:
Mais comment dégager
un captifsi content?
Des caprices démené il
attendoit l'instant.
Cependant dans mon
coeur, quabusoit l'esperance
,
.,
Ses discours par degrez
portoient l'indifference.
Heureux, me disoit-il, qui
fage en les plaisirs
Dans sa feule raison a puisé
ses desirs. j
Il goûte dans la paix, que
l'innocence inspire,
Un bonheur aussi pur que
le jour qu'ilrespire i
Indépendant de tout, sans
soins & sans ennui,
C'estassez qu'en secret il
soit content de lui: -
Il trouve tous les biens
dans la vertu qu'il
aime,
Et vivant pour lui seul
)
[e
suffit à lui-même.
LICIDAS.
Instruit par les conseils
d'un si sage Berger,
Quel coeur eûtpu,Tirsis,
ne se pas dégager?
Avec lui la vertu n'avoit
rien de sauvage :
De nos plus douxplaisirs
il permettoit l'usage.
Lui-même aimoit nos
jeux. Avec toy dans
nos bois
Souvent à nos concerts il
a mêlé sa voix.
Quelle voix chantoit
mieux Ariane
abusée
Attestant les ser).mens du
parjure. Thesée?
Je
Jecrois l'entendre encor.
Les amoureux Zéphirs
Dans les Forêts alors retenoient
leurs loupirs:
De leur Palais humide;à
ses chants attentives,
Les Nayades en foule accouroient
sur lesrives•
Les flots qu'il suspendoit.
craignoient de s'agiter;
Les Echosécoutoient &
n'osoientrépéter.
TIRSIS.
•»
Si-tôt que dans ceslieux,
au retour de l'Aurore,
Tous les Prez deployoient
les richesses de Flore,
Au fond des bois obscurs,
azile du repos,
Nousallions par nos
chants réveiller les
Echos.
Là, tandis qu'à leur gré, sur le bord des fontaines,
Les Zephirs agitoient les
ombres incertaines,
Tandis que les Oiseaux
animoienr leurs
concerts,
Que les fleurs exhaloient
-
leurs parfums dans
les airs,
Couchez prés du cristal
d'une onde vive &
-
pure,
Nous n'étions jamais las
d'admiréela NamrCwr;
Momens, que m'offre encor
un tendre fouveniv
£tfesTypu_$écoutezpour
nej^lus revenir. ,,:~ 'r]
r LICIDAS.
-.1.. D'unBerger si chéri si les
Dieux te séparent,
Oublie im triste fort quand
:
les Dieux le réparent.
DAAS lieux5qu'ont
charmé leschants de
Palémon,
- Succede à ce Berger l'ai- *
macle Philémon:-
Philémon,qu'en ses Vers
Apollon même inspire,
A qui CeDieu souvent a
confié sa Lyre.
Ses accenssont pourmoy
ce qu'est sur les
côteaux
Pour un'Biergerrêveur le murmure des ear:ux'* -
Ou pourunVoyageur
échauffédans sasource
Unruisseau pur 8c frais
qui.JaiJIicde sa£aui
.,'
TIR SIS.
Je connois Philémon, si
vanté dans nos bois,
Et je sçai ce qu'ont pû les
charmes desa voix:
Ce Berger, que guidoit
une charmante Fée,
Descendit aux Enfers sur
les traces d'Orphée.*
Heureuxs'il m'apprenoit
par. quels charmans
accords
Sa voix se fit entendre aux
rivages des Morts.
* La Descenteaux Enfers, Ode deM.de
la Mette.
Palémon, en dépit de la
Parque [évére)
Je fléchirois Charon,j'enchanterois
Cerbére:
Et j'irois, des Destins forçant
la dure Loi, *
Te rendre la lumiere, ou
la perdre avecToi.
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Résumé : LA MORT DE PALÉMON, IDILLE.
Le texte relate un dialogue entre Tirsis et Licidas, centré sur la mémoire de Palémon, un berger récemment décédé. Tirsis exprime sa douleur et son chagrin face à la perte de Palémon, qu'il considère comme un ami cher et un guide. Licidas rappelle à Tirsis les moments heureux partagés avec Palémon et ses qualités exceptionnelles. Tirsis se remémore comment Palémon l'a aidé à éviter les pièges de l'amour et à apprécier la tranquillité et la liberté. Licidas souligne que, malgré sa sagesse, Palémon n'était pas dépourvu de sentiments et appréciait les plaisirs innocents. Tirsis évoque les moments de bonheur partagés avec Palémon dans la nature. Licidas mentionne que Philémon, un autre berger inspiré par Apollon, pourrait succéder à Palémon. Tirsis exprime son admiration pour Philémon et son désir de retrouver Palémon, même au-delà de la mort.
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31
p. 107-120
POEME SUR LA SAGESSE.
Début :
Non, non je ne viens point sur les bords du Permesse, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Passions, Plaisir, Désirs
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texteReconnaissance textuelle : POEME SUR LA SAGESSE.
POEME
SUR
LASAGESSE. NOnction,/>neviens
pointsurles bords
du Permesse,
Phœbits, te demander ta
frenenque yvresse
Sur d'autres va versertes
sçavantes fureurs,
La vérité ria pointbesoin
detessaveurs.
11 me faut cet éclat,cette
lumiere pure,
Quifaitfinltr le vrai,ton
fiu le défigure»
Atinerve,Ire-me
j'oserai te chanter,
Il y va de tagloire & tu
dois m'écouter.
Où suis-je? quelsjardins!
en ceslieux la nature
A-t-elle pris pour moysa
plus belle parure?
Jamais un Culsibeau
n'éclairal'univers;
Que ce Zephireestdoux,.
que ces coteaux
verds 0»m,„--"tran[porte,Jeduisantesagesse?
Ici la volupté regne avec
la paresse :
Que dis-je ?
cejt Ici le tranquileJejour
Où de sages heureux tu
composes ta Cour.
Tu mavois donc trompé,
ridiculeStoïque,
Charmé d'une vertu superbe & chimerique,
Tu disois que toujours,
sensible à nos <vœux, LaSagess~savoitsurdes
rochers~/t.
Tu nousla dépeignois fnste,seche& cruelle:
Tu la connoissois mal,vois
combien elle cft belle.
Unairmajestueux ; mais
mêlédedouceur,
Permet à les beaux yeux
une douce langueur:
Jamais sa majesté ne fit
rienperdreauxgraces
Faites depuislong-temps à
marchersursestraces;
Onles von aCenvirelever
sa attraits
De ce charme inconnu qui
ne doit rienaux traits:
Souvent aussiles ris ennuyez* à Cythere,
Pour suivre la Deep abandonnent leur mere.
ZUbas-tu donc de sauvage
,
& pourquoy les
Mortels,
Déee,laient-ilssansencenstesautels?
Toujours à leurs besoins
sensible,favorable,
Tu tends à cesingrats une mainsecourable,
Tu leur permets encor les
craintes, les desirs,
Tu sçais quec'estpareux
qu'onarrive aux
plaisirs.
Oui: SagejJeJ & voila de
ta bonté le gage, Jamais des pajjïons tu
n'interdis l'usage.
Telque le Souverain des
ventstumultueux
Aervit à son gré leur
sousseimpetueux;
11
Il ne les tient pas tousep
claves dans la chaîne,
On en voit quelquefois
s'échapper dans la
plaine:
Maisilssont ménagez,de
leurssouffles divers
Le fage mouvement anime l'univers.
Borée en vainfrémit,son
MaltrelereIJerre)
Un vent de tropsuffitpour
ravager la terre.
De la Sagesseainsi la redoutable voix
Impose auxpallionsd'imperieufes Loix.
Ne noty en plaignons
point,sa facilepuissance
Ne veut quereprimerleur
fougueuse insolence.
Sonzele ànousservir, &
sessoinsgenereux
Nous en laissent toujours
afJeZfour être heureux.
Helas!quelleferoit,Humains, vôtremisere,
Sipossesseursd'un cœur qui
riattroit rien àfaire,
A vous-mêmes toujours
vous voua ~f~
rendus ?
Grands Dieux!tous les
plaisirs pour <VQM(eroient perdus.
Mais nous legoûtons tous,
une heureusefoiblesse
Charme un Amant ravi
mêmedesa tristesse ;
De vifs ftl doux transports,sine timide ardeur,
L'élevent quelquefois au
comble du bonheur.
Oui, quand l'amourd'un
cœurefi unefoislemaître.
Ille sçait agiter autant
1
qu'ille doit être.
Au gré (le deux beaux
yeux laissons-nous donc
charmer,
On ne scauroit assez, ni
trop souvent aimer.
Faisonsplus, livrons-nom
à d'aimables chimeres,
La Sagasseleveut, elles
font necessaires,
C'efi par elle qu'un bien
que l'on n'obtiendra pas, Selaissantesperer
,
brille
demilleappas.
Sans elles, malheureux
,
pleins de notre indigence,
Nous n'avens du plaisir
que la seule apparence:
A nos befows encor par
elles ajusté,
Lejeu de la nature a toute
sa beauté.
Ce desirorgueilleux, cette sireurdeglotre
Que nepeut asouvir la
plus bellevictoire,
Cetteardeurpourl'estime,
à quil'hommeabuse
Croit ensacrifiant se voir
éternisé
C'estla mere des Arts,
r/en faisons point
myjlere,
De toutes les ruertUJ elle
estaussilamere.
Mais quoy ! des passions
l'excezj trop dangereux,
Jamaisàl'univers nefutil onereux ?
Non, ne redoutonspoint
leur utileravage,
L'airpoursecorrigerveut
souvent de l'orage.
O toy,que les humains doiventseule implorer,
S"'ge{fe,vo/J leurs cœurs st)
vienst'en emparer.
Qu'avectoy leplasirincessammentl'habite,
Déesse, l'universparmoy
t'en sollicite.
Tu le peux, tu n'es point
cettetristeraison,
Dont un mortel heureux
craint lefatalpoison:
JSion^nonjerieflpointtoy
qui veux nousfaire
entendre
Qae faits pour le plaisir,
- nom rien devons point prendre.
Sensibleànosdesirstu(j'ais
nom sèrvir mieux,
Tu scais, & de tes dons
cep le plus précieux,
Qtiune douce folieentout
temps nom possede,
Quepournous épuisée, un
autreluisuccede.
SUR
LASAGESSE. NOnction,/>neviens
pointsurles bords
du Permesse,
Phœbits, te demander ta
frenenque yvresse
Sur d'autres va versertes
sçavantes fureurs,
La vérité ria pointbesoin
detessaveurs.
11 me faut cet éclat,cette
lumiere pure,
Quifaitfinltr le vrai,ton
fiu le défigure»
Atinerve,Ire-me
j'oserai te chanter,
Il y va de tagloire & tu
dois m'écouter.
Où suis-je? quelsjardins!
en ceslieux la nature
A-t-elle pris pour moysa
plus belle parure?
Jamais un Culsibeau
n'éclairal'univers;
Que ce Zephireestdoux,.
que ces coteaux
verds 0»m,„--"tran[porte,Jeduisantesagesse?
Ici la volupté regne avec
la paresse :
Que dis-je ?
cejt Ici le tranquileJejour
Où de sages heureux tu
composes ta Cour.
Tu mavois donc trompé,
ridiculeStoïque,
Charmé d'une vertu superbe & chimerique,
Tu disois que toujours,
sensible à nos <vœux, LaSagess~savoitsurdes
rochers~/t.
Tu nousla dépeignois fnste,seche& cruelle:
Tu la connoissois mal,vois
combien elle cft belle.
Unairmajestueux ; mais
mêlédedouceur,
Permet à les beaux yeux
une douce langueur:
Jamais sa majesté ne fit
rienperdreauxgraces
Faites depuislong-temps à
marchersursestraces;
Onles von aCenvirelever
sa attraits
De ce charme inconnu qui
ne doit rienaux traits:
Souvent aussiles ris ennuyez* à Cythere,
Pour suivre la Deep abandonnent leur mere.
ZUbas-tu donc de sauvage
,
& pourquoy les
Mortels,
Déee,laient-ilssansencenstesautels?
Toujours à leurs besoins
sensible,favorable,
Tu tends à cesingrats une mainsecourable,
Tu leur permets encor les
craintes, les desirs,
Tu sçais quec'estpareux
qu'onarrive aux
plaisirs.
Oui: SagejJeJ & voila de
ta bonté le gage, Jamais des pajjïons tu
n'interdis l'usage.
Telque le Souverain des
ventstumultueux
Aervit à son gré leur
sousseimpetueux;
11
Il ne les tient pas tousep
claves dans la chaîne,
On en voit quelquefois
s'échapper dans la
plaine:
Maisilssont ménagez,de
leurssouffles divers
Le fage mouvement anime l'univers.
Borée en vainfrémit,son
MaltrelereIJerre)
Un vent de tropsuffitpour
ravager la terre.
De la Sagesseainsi la redoutable voix
Impose auxpallionsd'imperieufes Loix.
Ne noty en plaignons
point,sa facilepuissance
Ne veut quereprimerleur
fougueuse insolence.
Sonzele ànousservir, &
sessoinsgenereux
Nous en laissent toujours
afJeZfour être heureux.
Helas!quelleferoit,Humains, vôtremisere,
Sipossesseursd'un cœur qui
riattroit rien àfaire,
A vous-mêmes toujours
vous voua ~f~
rendus ?
Grands Dieux!tous les
plaisirs pour <VQM(eroient perdus.
Mais nous legoûtons tous,
une heureusefoiblesse
Charme un Amant ravi
mêmedesa tristesse ;
De vifs ftl doux transports,sine timide ardeur,
L'élevent quelquefois au
comble du bonheur.
Oui, quand l'amourd'un
cœurefi unefoislemaître.
Ille sçait agiter autant
1
qu'ille doit être.
Au gré (le deux beaux
yeux laissons-nous donc
charmer,
On ne scauroit assez, ni
trop souvent aimer.
Faisonsplus, livrons-nom
à d'aimables chimeres,
La Sagasseleveut, elles
font necessaires,
C'efi par elle qu'un bien
que l'on n'obtiendra pas, Selaissantesperer
,
brille
demilleappas.
Sans elles, malheureux
,
pleins de notre indigence,
Nous n'avens du plaisir
que la seule apparence:
A nos befows encor par
elles ajusté,
Lejeu de la nature a toute
sa beauté.
Ce desirorgueilleux, cette sireurdeglotre
Que nepeut asouvir la
plus bellevictoire,
Cetteardeurpourl'estime,
à quil'hommeabuse
Croit ensacrifiant se voir
éternisé
C'estla mere des Arts,
r/en faisons point
myjlere,
De toutes les ruertUJ elle
estaussilamere.
Mais quoy ! des passions
l'excezj trop dangereux,
Jamaisàl'univers nefutil onereux ?
Non, ne redoutonspoint
leur utileravage,
L'airpoursecorrigerveut
souvent de l'orage.
O toy,que les humains doiventseule implorer,
S"'ge{fe,vo/J leurs cœurs st)
vienst'en emparer.
Qu'avectoy leplasirincessammentl'habite,
Déesse, l'universparmoy
t'en sollicite.
Tu le peux, tu n'es point
cettetristeraison,
Dont un mortel heureux
craint lefatalpoison:
JSion^nonjerieflpointtoy
qui veux nousfaire
entendre
Qae faits pour le plaisir,
- nom rien devons point prendre.
Sensibleànosdesirstu(j'ais
nom sèrvir mieux,
Tu scais, & de tes dons
cep le plus précieux,
Qtiune douce folieentout
temps nom possede,
Quepournous épuisée, un
autreluisuccede.
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Résumé : POEME SUR LA SAGESSE.
Le poème 'Sur la Sagesse' commence par une invocation à Phœbus, le dieu du soleil, pour obtenir son inspiration. Le poète exprime son désir de vérité et de lumière pure, capable de révéler le vrai sans le défigurer. Il se prépare à chanter la sagesse, soulignant son importance et sa beauté. La sagesse est décrite comme majestueuse mais douce, permettant une langueur charmante. Elle n'est ni austère ni cruelle, mais accessible et bienveillante. Elle permet aux mortels d'éprouver des passions et des désirs, nécessaires pour atteindre les plaisirs. Le poète compare la sagesse à un souverain des vents, qui les maîtrise sans les réprimer complètement, permettant ainsi à l'univers de s'animer. La sagesse impose des lois aux passions, mais de manière douce et généreuse, permettant aux humains de rester heureux. Le poème explore également les plaisirs et les passions humaines, soulignant que même la tristesse peut être charmante. L'amour et les chimères aimables sont nécessaires pour apprécier pleinement les plaisirs. La sagesse est présentée comme la mère des arts et des vertus, mais son excès peut être dangereux. Cependant, les passions sont utiles et nécessaires, comme l'orage qui corrige l'air. Enfin, le poète invoque la sagesse, la déesse que les humains doivent implorer, car elle habite le plaisir et peut rendre l'univers heureux sans être une raison triste et fatale. La sagesse est sensible aux désirs humains et sait les servir, offrant une douce folie qui succède à une autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 184-186
AUTRE RESPONSE par Madame la C....
Début :
On a bien moins de plaisir en beuvant dans un [...]
Mots clefs :
Verres à boire, Taille, Vin, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE RESPONSE par Madame la C....
'AUTRE RESPONSE
par Madame la C....
On a bien moins de
plaifir en beuvant dans un
petit Verre , on ne boit
que du bout des lévres , à
peine le palais eft - il atteint par quelques goutes ,
qu'il n'en reste plus pour
fucceder
1
GALANT. 185
fucceder à celles la ; &
quand le vin commence à
entrer dans le gofier , le
palais eft à fec. Mais en
beuvant dans un grand
Verre , je fens une traifnée
de plaifirs depuis les lévres jufqu'au fond du gofier; un petit Verre à pei
ne fatisfait - il un de mes
fens qui eft le gouft ; mais
dans un grand mon nez y
plonge , & mes yeux s'y
delectent. Je vois, je flaire,
& j'avale en beuvant , le
vin réjouit en mefmetems
le gouft , l'odorat & la
-May 1712. e
186 MERCURE
veuë , voila trois fens aut
moins de fatisfaits ; car le
toucher ne laiffe pas d'avoir la part au plaifir qu'on
a d'empoigner un grand
Verre , & peut- eftre que
Foüie peut jouir encore du
glou glou que forment les
rafades quand on les avale
àlongs traits.
par Madame la C....
On a bien moins de
plaifir en beuvant dans un
petit Verre , on ne boit
que du bout des lévres , à
peine le palais eft - il atteint par quelques goutes ,
qu'il n'en reste plus pour
fucceder
1
GALANT. 185
fucceder à celles la ; &
quand le vin commence à
entrer dans le gofier , le
palais eft à fec. Mais en
beuvant dans un grand
Verre , je fens une traifnée
de plaifirs depuis les lévres jufqu'au fond du gofier; un petit Verre à pei
ne fatisfait - il un de mes
fens qui eft le gouft ; mais
dans un grand mon nez y
plonge , & mes yeux s'y
delectent. Je vois, je flaire,
& j'avale en beuvant , le
vin réjouit en mefmetems
le gouft , l'odorat & la
-May 1712. e
186 MERCURE
veuë , voila trois fens aut
moins de fatisfaits ; car le
toucher ne laiffe pas d'avoir la part au plaifir qu'on
a d'empoigner un grand
Verre , & peut- eftre que
Foüie peut jouir encore du
glou glou que forment les
rafades quand on les avale
àlongs traits.
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Résumé : AUTRE RESPONSE par Madame la C....
Madame la C... compare la consommation de vin dans un petit et un grand verre. Dans un petit verre, seul le plaisir des lèvres et du palais est atteint. Dans un grand verre, les lèvres, le palais, le gosier, l'odorat et la vue sont sollicités. Le toucher, par la prise en main, et l'ouïe, par le bruit des gorgées, sont également impliqués.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 33-56
DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
Début :
SCENE 1. BELONNE, suivie des Guerrier, & L'HYMEN accompagné [...]
Mots clefs :
Spectacles et divertissements, Noces, Musique, Belonne, Hymen, Amour, Fureur, Plaisir, Douceur, Destin, Didascalie, Soleil, Heures, Ballet, Étourdis, Choeur
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texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
DIVERTISSEMENT
donné depuis peu à une node
d'un Officier general.
Les paroles font de M. P...
mifes en mufique par M.
de la E.......
SCENE L
BELONNE , fuivie des:
Guerriers & L'HYMEN
acccompagné des Amours:
O
BELONNE..
Ui rend l'Hymenfi
teméraire ?
H vient mêler aux cris de
341 MERCURE
guerre & de fureur
De fes chants amoureux:
l'importune langueur.
Ne craint-il point de me
déplaire ?
L'HYMEN.
Sima douceur déplaît à Belonne en colere ,
Ses fureurs ne plaifent gueress
Aux paifibles Amours, I
Quiviennent pour toujours
Diffipertes horreurs par des
chants d'allegreffe.
BELONNE.
Nefçais- tu pas que la fierté
D'une impitoyable Déeſſe
GALANT. 35%
S'irrite par la tendreffe ?
Je fens déja mon cœur de
colere agité :
Mais je fais grace à ta temerité
En faveur de ta foibleffe.
L'HYMEN.
L'Hymen & les Amours
Sont plus forts qu'on ne
penſe ;
Uneheureufe alliance.
Vient d'unir pour toûjours
L'Hymen & les Amours.
Er la Difcorde a bien peu
de puiffance
Lorfque l'on voit d'intelli
gence
MERCURE
L'Hymen & les Amours:
L'HYMEN aux Amours.
Invoquonsle Deftin, lui feul
par fa prefence
Peut de Belonne arrêter la
puiffance.
BELONNE.
Guerriers,par vos fieres cla
meurs:
Venez au Deftin même inſpirer mes fureurs.
CHOEURS des Guerriers »
accompagnez de trompettes.
Deftin , foyez inexorable ,
Que la guerre dure à jamais.
GALANT. 37
CHOEURS des Amours
accompagnez de Autes
douces..
Deltin , ſoyez- nous favorable ,
LHymenvous demande la
paix.
SCENE 11.
LE DESTIN.
JE fais le malheur extrême
De'a plûpart des h'ima'ns :
Mais leurbonheur fupr ne
Eft auffi dans mes mains.
38 MERCURE
Pour les punir je defole la
terre
Par Belonne & par ſon tonnerre ;
Et quand je veux leur donner d'heureux jours ,
J'éteins le flambeau de la
guerre
Par le flambeau des Amours.
Al'arrêt du Deftin que Belonne obeiffe ,
Et qu'Hymen à jamais de
ces lieux la banniſſe.
BELONNE.
Si tout languit dans un pròfond repos,
1
GALANT. 3.9
Que deviendra la valeur
des Heros?
LE DESTIN avec un accompagnement.
La valeur des Heros triomphera du vice ,
La force des Guerriers fervira deformais
Afaire trembler l'injuſtice ,
La force des Guerriers fervira deformais
A maintenir la juftice &
la paix.
LE DESTIN feul.
Fuis donc , va porter la
guerre
Et les horreurs du trépas
40 MERCURE
En quelque coin de la terre
Que le Soleil n'éclaire pas.
Belonne les Guerriers
prennent lafuite, & le Deftin ordonne aux peuples d'invoquer le Soleil, & de de
mander l'abondance lebon.
heur que la guerre avoit in
terrompus.
SCENE IH
LE DESTIN,
APrés avoir chaffé Belonne ,
Peuples , le Deftin vous orསྙབག བརྡ ལྟ D'a-
GALANT. 41
D'avoir recours au Dieuqui
doircombler nos vœux;
C'eſt le Soleil , dont la prèfence
Peut feule conferver dans
ces climats heureux
L'ordre, le calme & l'abon2 dance i
CeDieuquiparfa prudense
Sçait moderer la courfe en
parcourant les airs ;
• CeDieu quipar luiſeulfçait
regler fa puiffance,
Merite feul auffi de regler
2715 Funivers. e
* Le Deftin rentre dans-la
Grotte profonde d'où il étoit Octobre 17125 D
42 MERCURE
forti, & on voit paroître les
Soleil accompagné des Heures.
SCENE IV.
LE SOLEIL & LES
HEURES.
TAnt que le demon de
la guerre
Par fes fureurs a defolé la
terre ,
Le Deſtin a permis que le
demon des airs ,
Le cruel Aquilonfit regner
les hyvers
GALANT.
Dans l'excés de fa rage
Ila voulu confondre les faifons ,
Renverfer les moiffons.
Enfin j'ai diffipé l'orage ,
Jeramene en ces lieux,pour
combler vos defirs
Et l'abondance & les plaifirs.
Une NYMPHE.
Sans l'abondance
Tous les plaiſirs font languiffans,
2.1
On languiroit dans l'abondance
Sans les plaifirs & les jeux
innocens.
Dij
44 MERCURE.
Une autre NYMPHE
Le Soleil qui donne
Une riche autonne
Donne auffi de doux printemps ;.
La même ardeur qui rend
nos moiffons abondantes ,
Parent nos champs.
De mille fleurs naiffantes
Qui charment les fens.
LE SOLEIL parlant
aux Heures.
Vous qui fuivez les loix que
j'ai ſçû vous preſcrire ,
Vous , Heures , dont les pas.
égaux
GALANT.
Marquent mesglorieux tra
vaux ,
Faites qu'on admire
Jufques dans vos jeux
Cet ordre merveilleux
Que ma juſteſſe inſpire.
DIVERTISSEMENT
des Heures..
Les douze Heures forment
une entrée de Baller , fur plufieurs airs dont la méfure &
les chauts imitent au naturel
toutes les differentes manieres
dont les Horloges & les Pendules fonuent les Heures.
464 MERGURE
Toute la Scene ſuivante~
marque la jufteffe des heures ,
&l'égalité du cours du So--
leil.
SCENE V..
Une des HEURES
QUel bruit nouveau ſe
fait entendre ?
Ce font Une autre HEURE..
les Plaifirs turbu
lens
,
Qui malgré nous viennent
ici fe rendre
Leurs chants impetueux
GALANT 47
leurs tranfports violens
Vont troubler nos jeux innocens.
Entrée de Plaifirs turbulens.
L'ETOURDI
Nous cherchions en ces
lieux une Fête éclatante.
Mais rien n'y flate nôtre attente.
Quelle tranquilité le cal
bat me regne icis , wing
Eft- ce done ainfi 260231
Qu'un divertiffement s'aps prête ?
Le defardre, le bruit , le
trouble & le fracas
Nefont-ils pasbenq-294
48 MERCURE
Les charmes d'une Fête?
L'ordre pour nous n'apomt
d'appas.
Quittez , Heures , quittez
l'importune jufteffe ,
Et n'exprimez que la vîteffe :
Du temps , dont vous marquez les pas.
Une des Heures tranquilles.
chante ce qui fuit , accompa
gnée d'une fymphonie douce.
Les pas des Heures char
TODA antes nuo
I
mantes
Ne font jamais affez lents.
Unpetit Chœur d'Heures.
reprend.
Les pas des Heures charmantes Ne
GALANT. 49
Nefont jamais affez lents.
L'ETOURDI.
Les Heures font toûjours
trop lentes
Pour les plaiſirs impatiens.
Courons , agitons- nous , le
repos nous ennuye.
LES ETOURDIS.
Courons , agitons-nous , le
repos nous ennuye ,
Brufquons le temps, paffons
la vie.
Une des HEURES tranquilles.
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Octobre 1712.
E
SP%.
MERCURE
Et nous cherchons à la goûtter
La courfe du temps vous
ennuye
Vous voulez la precipiter,
Que ne pouvons nous l'ar
rêter ?
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Et nous cherchons à la goû
ter..
L'ETOURDI.
Le temps qui fuit , & que
je fuis,
Tout rapide qu'il eft, m'ennuye & minquieter,
Toûjours je le regrette ,
GALANT.
ST
Jamais je n'en joüis.
Une des HEURES tranquilles.
Sans regret. du paffé , la
tranquille innocence
Joüit d'unjour quicontente
fes vœux,
Elle attend fans impatience
Des jours encore plus heu
reux.
L'ETOURDI.
Suivons le temps &ſa vìteffe extrême ,
Il faut courir auffi vîte que
lui ,
s'é¿ ·
S'agiter , s'étourdir , &s'é
viter foy- même
Eij
MERCURE
Pour éviter l'ennui.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
30་ ིན་ vie.
Une des HEURES tran...
quilles.
Tout eft plaifir dans la vie.
? L'ETOURDI.
1:20
Tout eſt chagrin dans la
vie :
Mais ce qui t tient lieu de
plaifirs ,
C'eft de voler de defirs en
defirs.
Hors l'inconftance tout en
nuye.
GALANT. 53
DUO.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
.niv
vie.
L'HEURE tranquille.
Tout eft plaifir dans la vie.
L'HEURE tranquille ſeule.
Quand on fçait avec peu
contenter fon envie ,
Lorique des tranquiles plaifirs
L'innocence nous defennuye,
Tout eft plaifir dans la vie.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin.
E iij
$4
MERCURE
L'HEURE
Tout eft plaifir.
TOUS DEUX enfemble.
Tout eft chagrin dans la
vie.
Tout eft plaifir dans la vie,
DIVERTISSEMENT
des Plaiſirs innocens
& des Heures.
Unpetit Chœur formé par
les Heures reprend les paroles.
dis Duo.
Tout eft plaifir.....
GALANT. 55
UnPlaifir innocent chante
ce qui fuit.
Tout eft plaifir dans la vie ,
Qui fçait dans un heureux
féjour
Profiter d'un beau jour ,
Jamais ne s'ennuye.
Le chant des oifeaux ,
Le murmure des eaux
Une fleur fraîchement . .
cueillie ,
Touteft plaifir dans la vie.
On finit par un Chaur
d'Ecos , qui repetent en differentes manieres les paroles
fuivantes.
Tout eft plaifir dans la vie ;
E
iiij
56 MERCURE
Quand on s'eft fait un fort
au-deffus de l'envie ;
Quand on fçait mêler à
propos
Aux travaux glorieux les
charmes du repos ,
Tout eft plaifir dans la vie.
CHOEUR.
Faifons redire auxEchos :
Tout eft plaifir dans la vie
donné depuis peu à une node
d'un Officier general.
Les paroles font de M. P...
mifes en mufique par M.
de la E.......
SCENE L
BELONNE , fuivie des:
Guerriers & L'HYMEN
acccompagné des Amours:
O
BELONNE..
Ui rend l'Hymenfi
teméraire ?
H vient mêler aux cris de
341 MERCURE
guerre & de fureur
De fes chants amoureux:
l'importune langueur.
Ne craint-il point de me
déplaire ?
L'HYMEN.
Sima douceur déplaît à Belonne en colere ,
Ses fureurs ne plaifent gueress
Aux paifibles Amours, I
Quiviennent pour toujours
Diffipertes horreurs par des
chants d'allegreffe.
BELONNE.
Nefçais- tu pas que la fierté
D'une impitoyable Déeſſe
GALANT. 35%
S'irrite par la tendreffe ?
Je fens déja mon cœur de
colere agité :
Mais je fais grace à ta temerité
En faveur de ta foibleffe.
L'HYMEN.
L'Hymen & les Amours
Sont plus forts qu'on ne
penſe ;
Uneheureufe alliance.
Vient d'unir pour toûjours
L'Hymen & les Amours.
Er la Difcorde a bien peu
de puiffance
Lorfque l'on voit d'intelli
gence
MERCURE
L'Hymen & les Amours:
L'HYMEN aux Amours.
Invoquonsle Deftin, lui feul
par fa prefence
Peut de Belonne arrêter la
puiffance.
BELONNE.
Guerriers,par vos fieres cla
meurs:
Venez au Deftin même inſpirer mes fureurs.
CHOEURS des Guerriers »
accompagnez de trompettes.
Deftin , foyez inexorable ,
Que la guerre dure à jamais.
GALANT. 37
CHOEURS des Amours
accompagnez de Autes
douces..
Deltin , ſoyez- nous favorable ,
LHymenvous demande la
paix.
SCENE 11.
LE DESTIN.
JE fais le malheur extrême
De'a plûpart des h'ima'ns :
Mais leurbonheur fupr ne
Eft auffi dans mes mains.
38 MERCURE
Pour les punir je defole la
terre
Par Belonne & par ſon tonnerre ;
Et quand je veux leur donner d'heureux jours ,
J'éteins le flambeau de la
guerre
Par le flambeau des Amours.
Al'arrêt du Deftin que Belonne obeiffe ,
Et qu'Hymen à jamais de
ces lieux la banniſſe.
BELONNE.
Si tout languit dans un pròfond repos,
1
GALANT. 3.9
Que deviendra la valeur
des Heros?
LE DESTIN avec un accompagnement.
La valeur des Heros triomphera du vice ,
La force des Guerriers fervira deformais
Afaire trembler l'injuſtice ,
La force des Guerriers fervira deformais
A maintenir la juftice &
la paix.
LE DESTIN feul.
Fuis donc , va porter la
guerre
Et les horreurs du trépas
40 MERCURE
En quelque coin de la terre
Que le Soleil n'éclaire pas.
Belonne les Guerriers
prennent lafuite, & le Deftin ordonne aux peuples d'invoquer le Soleil, & de de
mander l'abondance lebon.
heur que la guerre avoit in
terrompus.
SCENE IH
LE DESTIN,
APrés avoir chaffé Belonne ,
Peuples , le Deftin vous orསྙབག བརྡ ལྟ D'a-
GALANT. 41
D'avoir recours au Dieuqui
doircombler nos vœux;
C'eſt le Soleil , dont la prèfence
Peut feule conferver dans
ces climats heureux
L'ordre, le calme & l'abon2 dance i
CeDieuquiparfa prudense
Sçait moderer la courfe en
parcourant les airs ;
• CeDieu quipar luiſeulfçait
regler fa puiffance,
Merite feul auffi de regler
2715 Funivers. e
* Le Deftin rentre dans-la
Grotte profonde d'où il étoit Octobre 17125 D
42 MERCURE
forti, & on voit paroître les
Soleil accompagné des Heures.
SCENE IV.
LE SOLEIL & LES
HEURES.
TAnt que le demon de
la guerre
Par fes fureurs a defolé la
terre ,
Le Deſtin a permis que le
demon des airs ,
Le cruel Aquilonfit regner
les hyvers
GALANT.
Dans l'excés de fa rage
Ila voulu confondre les faifons ,
Renverfer les moiffons.
Enfin j'ai diffipé l'orage ,
Jeramene en ces lieux,pour
combler vos defirs
Et l'abondance & les plaifirs.
Une NYMPHE.
Sans l'abondance
Tous les plaiſirs font languiffans,
2.1
On languiroit dans l'abondance
Sans les plaifirs & les jeux
innocens.
Dij
44 MERCURE.
Une autre NYMPHE
Le Soleil qui donne
Une riche autonne
Donne auffi de doux printemps ;.
La même ardeur qui rend
nos moiffons abondantes ,
Parent nos champs.
De mille fleurs naiffantes
Qui charment les fens.
LE SOLEIL parlant
aux Heures.
Vous qui fuivez les loix que
j'ai ſçû vous preſcrire ,
Vous , Heures , dont les pas.
égaux
GALANT.
Marquent mesglorieux tra
vaux ,
Faites qu'on admire
Jufques dans vos jeux
Cet ordre merveilleux
Que ma juſteſſe inſpire.
DIVERTISSEMENT
des Heures..
Les douze Heures forment
une entrée de Baller , fur plufieurs airs dont la méfure &
les chauts imitent au naturel
toutes les differentes manieres
dont les Horloges & les Pendules fonuent les Heures.
464 MERGURE
Toute la Scene ſuivante~
marque la jufteffe des heures ,
&l'égalité du cours du So--
leil.
SCENE V..
Une des HEURES
QUel bruit nouveau ſe
fait entendre ?
Ce font Une autre HEURE..
les Plaifirs turbu
lens
,
Qui malgré nous viennent
ici fe rendre
Leurs chants impetueux
GALANT 47
leurs tranfports violens
Vont troubler nos jeux innocens.
Entrée de Plaifirs turbulens.
L'ETOURDI
Nous cherchions en ces
lieux une Fête éclatante.
Mais rien n'y flate nôtre attente.
Quelle tranquilité le cal
bat me regne icis , wing
Eft- ce done ainfi 260231
Qu'un divertiffement s'aps prête ?
Le defardre, le bruit , le
trouble & le fracas
Nefont-ils pasbenq-294
48 MERCURE
Les charmes d'une Fête?
L'ordre pour nous n'apomt
d'appas.
Quittez , Heures , quittez
l'importune jufteffe ,
Et n'exprimez que la vîteffe :
Du temps , dont vous marquez les pas.
Une des Heures tranquilles.
chante ce qui fuit , accompa
gnée d'une fymphonie douce.
Les pas des Heures char
TODA antes nuo
I
mantes
Ne font jamais affez lents.
Unpetit Chœur d'Heures.
reprend.
Les pas des Heures charmantes Ne
GALANT. 49
Nefont jamais affez lents.
L'ETOURDI.
Les Heures font toûjours
trop lentes
Pour les plaiſirs impatiens.
Courons , agitons- nous , le
repos nous ennuye.
LES ETOURDIS.
Courons , agitons-nous , le
repos nous ennuye ,
Brufquons le temps, paffons
la vie.
Une des HEURES tranquilles.
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Octobre 1712.
E
SP%.
MERCURE
Et nous cherchons à la goûtter
La courfe du temps vous
ennuye
Vous voulez la precipiter,
Que ne pouvons nous l'ar
rêter ?
Vous cherchez à paffer la
vie ,
Et nous cherchons à la goû
ter..
L'ETOURDI.
Le temps qui fuit , & que
je fuis,
Tout rapide qu'il eft, m'ennuye & minquieter,
Toûjours je le regrette ,
GALANT.
ST
Jamais je n'en joüis.
Une des HEURES tranquilles.
Sans regret. du paffé , la
tranquille innocence
Joüit d'unjour quicontente
fes vœux,
Elle attend fans impatience
Des jours encore plus heu
reux.
L'ETOURDI.
Suivons le temps &ſa vìteffe extrême ,
Il faut courir auffi vîte que
lui ,
s'é¿ ·
S'agiter , s'étourdir , &s'é
viter foy- même
Eij
MERCURE
Pour éviter l'ennui.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
30་ ིན་ vie.
Une des HEURES tran...
quilles.
Tout eft plaifir dans la vie.
? L'ETOURDI.
1:20
Tout eſt chagrin dans la
vie :
Mais ce qui t tient lieu de
plaifirs ,
C'eft de voler de defirs en
defirs.
Hors l'inconftance tout en
nuye.
GALANT. 53
DUO.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin dans la
.niv
vie.
L'HEURE tranquille.
Tout eft plaifir dans la vie.
L'HEURE tranquille ſeule.
Quand on fçait avec peu
contenter fon envie ,
Lorique des tranquiles plaifirs
L'innocence nous defennuye,
Tout eft plaifir dans la vie.
L'ETOURDI.
Tout eft chagrin.
E iij
$4
MERCURE
L'HEURE
Tout eft plaifir.
TOUS DEUX enfemble.
Tout eft chagrin dans la
vie.
Tout eft plaifir dans la vie,
DIVERTISSEMENT
des Plaiſirs innocens
& des Heures.
Unpetit Chœur formé par
les Heures reprend les paroles.
dis Duo.
Tout eft plaifir.....
GALANT. 55
UnPlaifir innocent chante
ce qui fuit.
Tout eft plaifir dans la vie ,
Qui fçait dans un heureux
féjour
Profiter d'un beau jour ,
Jamais ne s'ennuye.
Le chant des oifeaux ,
Le murmure des eaux
Une fleur fraîchement . .
cueillie ,
Touteft plaifir dans la vie.
On finit par un Chaur
d'Ecos , qui repetent en differentes manieres les paroles
fuivantes.
Tout eft plaifir dans la vie ;
E
iiij
56 MERCURE
Quand on s'eft fait un fort
au-deffus de l'envie ;
Quand on fçait mêler à
propos
Aux travaux glorieux les
charmes du repos ,
Tout eft plaifir dans la vie.
CHOEUR.
Faifons redire auxEchos :
Tout eft plaifir dans la vie
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Résumé : DIVERTISSEMENT donné depuis peu à une noce d'un Officier general. Les paroles sont de M. P... & mises en musique par M. de la E.....
Un divertissement récent a été organisé en l'honneur d'un officier général. La scène s'ouvre sur Belonne, déesse de la guerre, accompagnée de guerriers, et l'Hymen, dieu du mariage, entouré des Amours. Belonne s'interroge sur l'audace de l'Hymen à mêler les chants amoureux aux cris de guerre. L'Hymen répond que les Amours et lui sont plus puissants que les fureurs de Belonne. Le Destin intervient alors, expliquant qu'il peut à la fois causer le malheur et le bonheur des hommes. Il ordonne à Belonne de porter la guerre ailleurs et aux peuples d'invoquer le Soleil pour l'abondance et le bonheur. Le Soleil apparaît ensuite, accompagné des Heures, et explique qu'il a dissipé les fureurs de la guerre pour apporter l'abondance et les plaisirs. Une nymphe souligne que l'abondance sans plaisirs est languissante. Le Soleil et les Heures célèbrent l'ordre et la justice, illustrés par une danse des Heures. Des plaisirs turbulents perturbent ensuite la scène, cherchant une fête plus animée. Les Heures tranquilles chantent la beauté de leur rythme régulier, tandis que les étourdis expriment leur ennui face au repos et leur désir de précipiter le temps. Les Heures et les étourdis débattent sur la nature de la vie, les uns trouvant tout chagrin, les autres tout plaisir. Le divertissement se conclut par un chœur affirmant que la vie est pleine de plaisirs pour ceux qui savent en profiter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 87-95
BOUQUET à Mademoiselle de B...
Début :
Parmi tous les honneurs qu'on s'empresse à vous rendre [...]
Mots clefs :
Honneur, Triomphe, Plaisir, Jaloux, Bouquet, Flore, Assortiment, Déguisement, Flamme, Martyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET à Mademoiselle de B...
Il 0 V Q^V' E
à Adademoiselle de B
PArmi
tous leshonneurs
qu'on s'empresse à vous
rendre
Dans un jour de triomphé
& de plaisir pour vous,
Je ne viens point medes
, ma voix aux voeux de
tous
Ce procedé peut vous fafcj
prendre,
Et m'attirer vostre courroux:
Mais un Dieu pour me le
deffendre,
Exprès du Ciel vient
-
de
descendre:
Ce Dieu de ses droits cft:
jaloux,
Et je dois obeïr quoy qu'il
faille entreprendre.
Pour vous faire un Bouquet
je demandois des
fleurs
A la jeune & brillante
Flore,
Aussiton elle en sit éclore,
J'en vis dans Ces jardins de
toutes les couleurs.
J'approche,leurclar & me
charme & m'attache, jen
J'en admire l'assortiment,
Quel fpe&acle à mes yeux
s'offre dans ce moment
Sous les traits du zephire
amour me les arrache.
Je le reconnus aisément
Malgré tout son déguisement,
L'ayant veu dans vos yeux
où souvent il se cache.
a~.
Téméraire mortel, me
y dit il, en courroux,
Vous osez faire un bouquet
a Julie?
Dites quelle
-
est vostre ',: folie?
,Vousprétendez gouster
mes plaisïrs les plus doux,
Et vous cherchez mon ennemie?
Vostre ennemie, ô Ciel
amour? que dites-vous?
Luy dis je avec une surprise
extrême
Julie a trop d'appas pour
déplaire à l'amour,
etest par elle que chaque
jour
On reconnoist vostre pouvoir
supréme,
Ses yeux vifs & perçans
portent dans tous les
coeurs,
Et vos flammes & vos ar-
,
deurs,
eteOE par elle plustost que
par vous que son aime,
Et dans ce barbare sejour
Elle a sceu vous faire une
cour,
Vous me voulez tromper
vousmesme,
Julie a trop dappaspour
déplaire à l'amour.
A lavoir,on setrouble,on
1
s'enflame à l'entendre,
Ses yeux charment les
coeurs, son cfprit les
retient
Sa grâce les enchante §c
quand sa voix survient,
Un coeur luy-mesme a peineà
se comprendre, si
Mille doux mouvemens l'agitenttouràtour,i
C)cfi par elle plutost que
par vous que l'on aime,
Vous me voulez tromper
vous-mesme
Julie a trop d'appas pour
-
déplaire à l'amour.
Julie a mille appas pour
4 engager, pour plaire,
Je le sçais, dit l'amour, &
je ne puis m'en taire, :.
Je dois plus à l'éclac de
ddee*c—etsebsrbirlillalnantstsaatttrtraaititss-.";-1
Qu'à la force de tous les
traits
Dont autrefois m'arma la
-
Déesse ma mere y
Mais il ne faut pas au
surplus
Que Julie en fasse un
abus;
Quand pour ses appas on
soupire
Tendres regards, discoursflateurs
Beaux compliments, Cm~
ris trompeurs,
Sont les salaires du martyre
Qu'elle faitendurer aux
1 cecurs
Ce n'est là proprement
qu'amusermon empire,
Il faut, il faut de soUdes
faveurs,
C'est a ce but que tout
amant aspire.
Je scais bien charmante
Julie
Que je vous dois un bouquccencejour;
< -
Mais je n'aurai pas la folie
Demépriser les ordres de
L'amour;
Aussi pourquoi tousjours
voulezvous vous desfendre,
Vous charmez tous les
coeurs, on ne peut vous
charmer,
Ah c'est assez nous enflamer,
A vostre tour il faut vous
rendre,
Je vous promets des fleurs
si vous voulez aimer.
à Adademoiselle de B
PArmi
tous leshonneurs
qu'on s'empresse à vous
rendre
Dans un jour de triomphé
& de plaisir pour vous,
Je ne viens point medes
, ma voix aux voeux de
tous
Ce procedé peut vous fafcj
prendre,
Et m'attirer vostre courroux:
Mais un Dieu pour me le
deffendre,
Exprès du Ciel vient
-
de
descendre:
Ce Dieu de ses droits cft:
jaloux,
Et je dois obeïr quoy qu'il
faille entreprendre.
Pour vous faire un Bouquet
je demandois des
fleurs
A la jeune & brillante
Flore,
Aussiton elle en sit éclore,
J'en vis dans Ces jardins de
toutes les couleurs.
J'approche,leurclar & me
charme & m'attache, jen
J'en admire l'assortiment,
Quel fpe&acle à mes yeux
s'offre dans ce moment
Sous les traits du zephire
amour me les arrache.
Je le reconnus aisément
Malgré tout son déguisement,
L'ayant veu dans vos yeux
où souvent il se cache.
a~.
Téméraire mortel, me
y dit il, en courroux,
Vous osez faire un bouquet
a Julie?
Dites quelle
-
est vostre ',: folie?
,Vousprétendez gouster
mes plaisïrs les plus doux,
Et vous cherchez mon ennemie?
Vostre ennemie, ô Ciel
amour? que dites-vous?
Luy dis je avec une surprise
extrême
Julie a trop d'appas pour
déplaire à l'amour,
etest par elle que chaque
jour
On reconnoist vostre pouvoir
supréme,
Ses yeux vifs & perçans
portent dans tous les
coeurs,
Et vos flammes & vos ar-
,
deurs,
eteOE par elle plustost que
par vous que son aime,
Et dans ce barbare sejour
Elle a sceu vous faire une
cour,
Vous me voulez tromper
vousmesme,
Julie a trop dappaspour
déplaire à l'amour.
A lavoir,on setrouble,on
1
s'enflame à l'entendre,
Ses yeux charment les
coeurs, son cfprit les
retient
Sa grâce les enchante §c
quand sa voix survient,
Un coeur luy-mesme a peineà
se comprendre, si
Mille doux mouvemens l'agitenttouràtour,i
C)cfi par elle plutost que
par vous que l'on aime,
Vous me voulez tromper
vous-mesme
Julie a trop d'appas pour
-
déplaire à l'amour.
Julie a mille appas pour
4 engager, pour plaire,
Je le sçais, dit l'amour, &
je ne puis m'en taire, :.
Je dois plus à l'éclac de
ddee*c—etsebsrbirlillalnantstsaatttrtraaititss-.";-1
Qu'à la force de tous les
traits
Dont autrefois m'arma la
-
Déesse ma mere y
Mais il ne faut pas au
surplus
Que Julie en fasse un
abus;
Quand pour ses appas on
soupire
Tendres regards, discoursflateurs
Beaux compliments, Cm~
ris trompeurs,
Sont les salaires du martyre
Qu'elle faitendurer aux
1 cecurs
Ce n'est là proprement
qu'amusermon empire,
Il faut, il faut de soUdes
faveurs,
C'est a ce but que tout
amant aspire.
Je scais bien charmante
Julie
Que je vous dois un bouquccencejour;
< -
Mais je n'aurai pas la folie
Demépriser les ordres de
L'amour;
Aussi pourquoi tousjours
voulezvous vous desfendre,
Vous charmez tous les
coeurs, on ne peut vous
charmer,
Ah c'est assez nous enflamer,
A vostre tour il faut vous
rendre,
Je vous promets des fleurs
si vous voulez aimer.
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Résumé : BOUQUET à Mademoiselle de B...
L'auteur écrit à 'Ademoiselle de B', probablement Julie, pour expliquer son absence lors d'un jour de triomphe et de plaisir en son honneur. Il attribue cette absence à l'amour, qu'il considère comme une force divine. Dans sa lettre, il décrit une tentative de créer un bouquet de fleurs, interrompue par l'Amour personnifié en Zéphyr, qui affirme que Julie est son ennemie. L'auteur conteste cette vision, vantant les charmes et les qualités de Julie qui la rendent aimable à tous. L'Amour reconnaît ses attraits mais met en garde contre l'abus de son pouvoir, soulignant que les hommages reçus sont le prix de la souffrance infligée aux cœurs. Enfin, l'Amour promet des fleurs à Julie si elle accepte de rendre les sentiments qu'elle inspire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 169-176
EGLOGUE.
Début :
Bergers qui craignez la peine, [...]
Mots clefs :
Églogue, Berger, Languir, Plaisir, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE.
E G LOG U E.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
BErgers qui craignez la
peine,
Les rigueurs, & les mes-
,
pris;
Gardez de porter la chais
ne
De la ifere Amarillis :
Que peut-on attendre
d'elle
Si pour la tendre Tirfis
Elle est tousjours si cruelle,
Qu'au plus fort de son tourment
Il n'ose à cette inhumaine
Faire connoistre sa peine
-
Par un souspir seulement?
Estime,respect,ccndresse,
Tout l'offense
, tout la
.b!esîe,
Tout ce qui vient à sa Cour
Sous l'Etendart de l'Armour
, Est receu d'unairsevere,
Et le Berger a beau faire,
Elle le verra mourir
Sans se laisser attendrir.
Une ardeur sans esperance
Doitsignaler sa confiance.
Le malheureux! il voit
bien
Ce qu'il faudra qu'il endure
,
Mais un Amour sans mesure
Ne s'épouvante de rien;
Qu'Amarillis soit contente,
Que tout refponde à ses
voeux, Cet Amant qu'elle tourmente
Se croira tousjours heureux.
Dansl'excès de sa tendresse
Nul autre foin ne le presse;
Il voudroit dans son transport,
Il voudroit pour la Cruelle
Souffrir cent fois une mort,
Qui ladeust rendre immortelle.
S'il falloit, pour couronner
Ce cher objet de ses peines,
S'aller mettre dans les
chaisnes:
Nuls supplices,nullesgesnes
Ne le pourroient estonner.
Cependant, est-il possible?
Amarillisinsensible
Voit ces difcrettes langueurs
,
Sans modérer ses rigueurs.
La crainte respectueuse
De ce fidelle Berger,
Sa tendresse ingenieuse
Qui ne cesse de songer
A ce qui peut l'obliger,
Rien ne la sçauroit changer.
Tousjours sierc, & serieuse
Elle prend foin d'éviter
De le voir, de l'écouter:
Elle jouë avec Acante,
t Et rit avec Licidas;
Mais siTirsis se presente,
Atoutautrecomplaisante,
,
Elle ne l'écoute pas.
! De cette injuste malice
Quand pour demander justice
Il cherche de toutes parts
A rencontrer ses régards ;
L'inhumaine prévenuë
Du dessein de cet Amant,
Mesnage si bien sa veuë,
Qu'il la cherche vainement.
Lorsqu'il vient sur saMusette,
1
La plus douce du Hameau)
Entonner un Air nouveau)
Affectantd'estre distraire,
Elle écoute avec Lysette
Quelque grossier Chalumeau.
-
Quand il danse à quelque,
Feste
Tout s'approche, , tout s'arreste;
Elle feule avec dédain ,.
- M
S'esloigne, tourne la teste,
Et le trouve trop badin.
Combien de Fleurs respanduës
A sa porte, sous ses pas,
Soins inutiles, helas!
Cene font que Fleurs perduës
L'ingrate ) ne les voit pas.
Dans cetterigueur extrême
Conserver pour ce qu'on
aime
Tousjours le mesme penchant,
Est-ilrien de si touchant?
Ce transportinconcevable
Dans un Siecle si gafil,
Est d'un prix inestimable,
Et cette fiere Beauté
N'en verra point de semblable.
Nous ne voyons plus d'Amants
A l'épreuve des tourments
, Le seul plaisir les engage,
& l'on blasme le Berger
Qui plustost que de changer,
Veut languir dans l'esclavage
, Et tel aujourd'huy charmé
Dés demain veut estre
, aimé.
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Résumé : EGLOGUE.
Le poème relate la souffrance de Tirsis, un berger épris d'Amarillis, une femme cruelle et insensible. Tirsis endure en silence ses tourments, incapable de révéler sa peine à Amarillis, qui reste sévère et indifférente à ses avances. Malgré les rigueurs et les mépris d'Amarillis, Tirsis continue d'espérer et de souffrir pour elle, prêt à endurer n'importe quelle épreuve pour la rendre heureuse. Amarillis, cependant, évite Tirsis, préférant la compagnie d'autres bergers comme Acante et Licidas. Elle ignore les marques d'affection de Tirsis, ne l'écoute pas et ne voit pas les fleurs qu'il lui offre. Le poème souligne la constance et la profondeur de l'amour de Tirsis, contrastant avec l'ingratitude et la dureté d'Amarillis. Il met en lumière la rareté des amours capables de résister aux tourments dans une époque où les sentiments sont souvent éphémères.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 3-48
AVANTURE nouvelle.
Début :
Un Gentilhomme d'un veritable merite, & d'une naissance [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Belle, Coeur, Amour, Plaisir, Sentiments, Esprit, Mariage, Passion, Peine, Chagrin, Amoureux, Jeune, Violence, Beauté, Devoir, Engagement, Entretenir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE nouvelle.
tA-VANTV RE
nouvelle.
N Gentilhomme
d'un ver itable mérite
, 5c d'une naissance
aflfczdiftinguée pour a:-,,
Voir[pris'lenomde Marquis
sans qu'on pût dire
qu'il l1eueusurpé, étant
un jour allé entendre un
concert, où il fut mené
par un ami, trouva dans
la maison où il se faisoit
une Demoiselle dont la
beauté lui parut piquante.
Elle étoitblonde,
avoit les traits assez reguliers,
le teint d'un
éclat qui surprenoitC 8C
une douceur toute charmante
répandue sur son
vifagc. Il fit fibien qui
se plaça auprès d'elle; &C
tandis que tout le monde
prêtoit l'oreille avec
foin aux belles voixdont
le concert etoit composé
,
il eut lesyeuxtoûjours
attachez sur cette
aimable personne. Les
paroles qu'on chanta lui
donnèrent lieu de l'entretenir.
Il en tira de
quoy la flater sur son merité;&
s'il la mit dans
quelque embarras à forr
ce de lui donner des
loüanges, il ne laissa pas
de s'appercevoir qu'elle
avoit l'esprit aisé, &C
que le silence qu'ellegardoit
quelquefois étoit un
effet de sa mode stie. Il
ne sortit point de l'assemblée
sans avoir appris qui
elle étoit. Il fçut que sa
qualitérépondoit à fou
merite, & qu'ayant perdu
(on pere & sa mere
dans son plus bas âge,
elle demeuroit chez une
tante quis'étoit chargée
ic Ca conduite. jCorrune
4, l'avoittrouvce toute
aimable, l'envie de la
voir avec quelque liberté
Lui fie ch erc her accès
auprès de la tante;Se
vous jugez bien qu'ayant
de l'esprit 8c du fçavoirfaiiç
,il n'eut pas de peine
à y relilTiF, Dans les
premiers foins qu'il s'attacha
à lui rendre, son
unique vûë fut le plaisir
-d'un amufernent honne.
te qui l'occupât pendant
quelques heures. Il dit
force douceurs à la bellesepreparant
au triomphe
d'attendrir un jeune
coeur. Ce ne lui fut
pas une chose aisée. Elle
s3'accoûA tuma a 1l,'entendre
,
sans qu'aucun sentiment
particul ier lui
fîr découvrir qu'elle fut
touchée; &cetteespece
d'indiffcrence blessant le
Marquis, qui étoit fier
naturellement, il ne put
souffiir sans beaucoup
de peine qu'elle lui ôtât
la gloire de lui laisser remarquer
en elle un commencement
de passion.
Ce n'est pas qu'elle n'eût
pour lui des honnêtetez,
dont il eût eu lieud'être
content, s'iln'eût souhaité
que del'estime :
ma is ce n'étoientpoint
des honnêtetez de diftinérion,
& il regardoit
comme une honte, qu'-
elle attendît son entier
hommage pour se declarer,
après que partout
ailleurs on l'avoit
presque toûjours prévenu
par des avances. Cependant
les manières de
la belle, de quelque froideur
qu'elles lui parussent
, ne laisserent pas
d.e1:enflâmer, Si meme
on peut dire que ce fut
ce qui porta son amour
à toute la violence qu'il
commença de sentir. Il
iy abandonna malgré
lui, & à quelque plix
que ce pût étre, il rèlOlut
de.se donner le plaisir
de se fairedirequ'il
étoit aimé. Ses empreffçmeus,
qu'il redoubla.,
le firent voir le plus amoureux
de tous les
hommes. Il dit à la belle
leschofès les plus flateuses,
& ne douta point
qu'en lui déclarant qu'il
la vouloit époufer,il ne
lui çausât toute la joye
que lui devoit inspirer
une alliance si avantageufe.
La belle reçut
cette dec laration avec
beaucou p de reconnoiiTance
> &C après lui
avoir marqué en ternies
fort serieux qu'clle
luiétoit sen siblement
obligée de l'honncur
qu'illui faisoit,elleajouta
que dépendant d'une
tante, dont lesvolontez
regloient les siennes,cetoit
à elle qu'il se devoit
adresser. Une réponse si
peu attenduë déplut au
Marquis. Ilditàlabelle,
avec un peu de chagrin,
qu'ilnesongeoit à se
marier que pour vivre
heureux > qu'il ne pouvoit
l'être s'iln'avoit son
coeur, & que ne voulant
le devoir qu'à dtcmême,
il seroit fort inutile
de lui faire demander,
le consentement de
ses parens, tant qu'illa
verroic dans cette reserve.
Il fie ce qu'il put pour
l'en tirer, & ses plus fortes
prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour sa paisson
,
qu'une
assurance qu'elle suivrois
son devoir sans aucune
peine, & qu'aussitôt
que sa tante auroit
parlé0 il auroit sujet d'être
content. Le Marquis
tira de làuneconfequence
qui fit fbuHrirfa delicateffc.
Il s'en expliqua
avec la belle
,
& lui dit'
d'un ton de plainte,qu'il
lui devoit estre bien fâi
cheux de, voir que si la
tanre soppofoit à (on
bonheur, clic feroit prelte
à le dégager pour la
fatisfiuie. Labelle luircpliqua
qu'il se faisoit
tore de craindre qu'on
n'eust pas pour lui les
égards qui étoient deus
6càsonmérité & à sa
naissance;S£ n'ayant pu
l'obliger de se declarer
plus precifémerit, illui
fit connoître qu'il alloit
remettre au temps le
succés de sesdesseins,
afin que Imipression que
ses services feroient sur
son coeur lui fît tenir
d'elle feule ce que son
amour ne pouvoit devoir
à d'autres. Il continua
ses soins, qui furent toujours
reçus d'une man
iéré assez engageante.
L'étatoù il se trouvoit avoir
quelque chose d'extraordinaire.
Il aimoit
avec excés ; & quoique
labelle lui fît voir beaucoup
coup d'estime, 6C qu'il
ne remarquât rien qui
lui fît apprehender que
sa recherche ne lui sust
pas agreable, il ne pouvoit
se resoudre à presser
de rien conclure,
| parce qu'il ne voyoit pas
i qu'elle eust pour luy les
< empressemens dont il
croyoit que sa passion le
; rendroit digne. Les cho-
} ses ayant encore demeuré
un peu detempsdans
ces melmes termes,elles
changèrent de face par
un incident qui eut des
fuites qu'on n'attendoit
pas. Le Marquis avoit
un frere qu'on nommoit
Je Chevalier. Il estoit à
Rome depuis trois ou
quatre années, & il en
revint en ce temps-là.
Le Marquis qui avoit
toujours vescu avec luy
dans la plus étroiteliaison
que l'amitié ait jamais
établie entre deux
freres
, ne manqua pas
un peu après son retour,
de l'entretenir de samaistresse.
Ilne luy parla
ni de son esprit ni de sa
beauté, &C voulant qu'il
en jugeast par luy-mesme,
ille mena chez cette
jeune personne. Le Chevalier
qui avoit acquis
dans ses Voyages certaines
maniérés pleines
d'agrément qui perfectionnent
les heureux ta-
Jens que l'on a receus de
la natute,brilla fort avec
la belle dans une assez
longue conversationqui
fut aussivive qu'enjoüée.
Il fut touché de ce qu'il
connut d'aimable en elle,
& son frere luy ayant
demandé son sentiment,
il luy en dit millebiens,
& ne pouvoit fc lasser
de luy applaudir sur le
choix qu'il avoit fait.
Le Marquis ravi d'estre
approuvé, &. ne trouvant
point de plus grand
plaisir que d'entendre
parler d'elle,engagea le
Chevalier à la voir souvent.
C'estoient toujours
de nouveaux applaudiffemens
qu'il recevoir sur
f sa passion; & comme il
i estoitaisé de voir que le
Chevalier luy parloirde
bonne soy, & que rien
n'enflâme tant que les
:; louanges qu'on entend
donner ace qu'on aime,
J le Marquis sans y penser
i prenoit desredoublemés
; d'amour dont il ne pouvoit
démefler toute la
force. Il trouvoit que sa
maistresse avoit plus d'esprit
de jour en jour, &C
il ne comprenoit pas
qu'il lui étoit inspiré par
l'envie de plaire. La belle
ne sçavoit pas ellemesme
d'où lui venoient
de certains je ne sçay
quoy qui la rendoient
pluscharmante, & qui
lui donnoient en tout
une vivacité extraordinaire.
Elle suivoit un
panchant quelle neconnoissoit
pas, & le Chevalier
ne faisantrien qui
ne parlast à sonavantage,
elle abandonnoic son
coeur avec plaisir à des
sentimens qu'ellen'avoit
jamais eus. Elle ne s'a pperceut
mesme qu'ils
étoient nouveaux pour
elle, que lorsque le Chevalier
passa trois ou quatre
jours sans la venir
voir avec son frere. Elle
en montra quelque trouble,&
l'empressement
qu'elle avoit à demander
ce qui l'occupoit ailleurs,
étoit une marque
qu'elle y prenoit intesest.
Elle étoit moins
gaye lereste du jour, &
quand le Chevalier revenoit
, outre la joye
qu'elle laissoit éclater sur
son virage, elle lui faisoit
de si obligeans reproches
de sa négligence
, qu'elle ne pouvoit
lui dire plus ouvertement
ment que rien ne lui
plaisit tant que ses visites.
Elle ne cachoit rien
detoutecela au Marquis,
parce qu'agissant naturellement,
& n'ayant jamais
connu ce que c'étoit
quel'amour elle
étoit bien éloignée de
penser qu'il y eust rien
dans ses sentimens dont
il lui salut faire mystere.
Cependant comme
un amant véritablement
touché a les yeux bien
éclairez sur les moindres
choses, le Marquis
connut bientôt que sa
maîtreflfe sentoit pour le
Chevalier ce qu'il n'avoit
jamais pu lui faire
sentir pour lui. Il en eut
un depit secret qui fut
soutenu par sa fierté;
& au lieu d'y donner
ordre en l'empeschant
de le voir, il s'en fie accompagner
toutes les
fois qu'il alla chez elle.
Il étoit toujours de bonnehumeur;
Se sans laisfer
échaper aucun mouvement
ni de jalousie,
ni de chagrin, il montroit
un esprit libre qui
auroit trom pé les plus
clairvoyans. Le Chevalier
y fut abusé, & ne
crut point que par cette
fausse liberté d'esprit il
se ménageât celled'observer
ce qui se passoit
dans le coeur de samaitresse
: mais comme la
belle avoit pour lui une
honnesteté qui lui découvroit
des sentimens
plus forts que l'estime,
& qu'il se feroit senti de
grandes dispositions à y
répondre sans l'engagement
où il la voyoit, il
resolut, & pour Ton repos
, & pour s'acquicrer
de ce qu'il devoit à l'amitié
du Marquis, de renoncer
à une voue agreable,
mais qui pouvoie
le mettre en peril d'aller
plus loin qu'il ne lui
étoit permis. Ilavoitdéja
celle de parler si fortement
à son frere du
mérite de la belle, de
peur que le plaisir d'en
dire du bien ne découvrist
trop ce qu'il eust
voulu pouvoir se déguiser
à lui-mesme 5 & le
Marquis
,
homme attentif
à tout remarquer,
avoit jugé comme il le
devoit de cette reserve.
Ainsi quand le Chevalier
lui dit qu'il avoit
dessein de faire un voyage,
il entra d'abord dans
le motifqui en étoit eause
;& ce que la belle lui
avoit fait paroîtreavec
ingénuité de ses nouveaux
sentimens, ne lui
permettant point de
douter que leurs coeurs
ne s'entendirent sans
s'être expliquez, il fit
un effort sur lui pour
ne montrer aucune foiblesse.
A pres avoir pris
un visage gai, ildità
son frere qu'il voyoit
son embarras; que non
seulement il aimoit la
belle: mais qu'il avoit
dû s'appercevoir qu'il
avoit touché son coeur;
& que pour n'écouter
pas une passion qui lui
pouvoit attirer le blâme
de s'être fait son rival,
il se resol voit à s'éloigner.
Là dessus il l'embrassa,
comme lui étant
fort obligé des égards
honncces qu'il avoit
pour lui,&luidit enfuite
queleplus grand
plaisir qu'il lui pouvoic
faire étoit de ne point
partir, &, de continuer
à voir sa maitresse. Il
ajoûta qu'il l'aimoit
beaucoup
par les belles
qualitez qui la rendoient
estimable:mais que son
amour n'ayant jamais
été assezfort pour lui
faire vaincre l'aversion
qu'il avoit toûjours sentie
pour le mariage, il
s'étoit tenu dans les seuls
termes d'amant, sans avoir
osé pousser les cho
ses plus loin : qu'a prés
l'ouverture qu'il lui faisoit,
c'étoit à lui à se con- sulter, & que s'il étoit
assez amoureux pour
vou loir bien épouser la
belle, il lui cederoit ses
pretentions avec d'autant
plus de joye, qu'il
empêcheroiten l'épousant
qu'on ne se plaignistdelui.
Ce discours
surprit tellement le Chevalier,
qu'il en demeura
embarassé.Ilrépondit
que n'ayant rien à se reprocher
dans sa conduite,
il ne se défendroit
point des sentimens qu'-
on lui vouloit imputer;
qu'il ne desavoüoit pas
que l'esprit & la beauté
de la personne dont il
s'agissoit ne l'eussent rendu
sensible
: mais que
tout ce qu'il sentoit demeurant
soûmis à sarai;,,'
son, il n'avoit point à I s'expliquer là-dessus ;
qu'il consentoit à ne
point partir, si l'on jugeoit
à propos qu'il sus-
, pendistson voyage: mais
qu'il seroit inutile de
lui demander qu'il 6ft
encore des visites ; qu'-
absolument il n'en rendroit
aucune à la belle
que sa fortune ne fust
! arre stée; que le Marquis
|1 ayant tant de sujet de l'aimer, pouvoiç fatisr
faire son amour, puis
qu'il ne tenoit qu'à lui
de se ren d re heureux;
& que s'il étoit vrai qu'il
fust assez ennemidu mariage
pour estre bien aise
de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avec elle,
il pouvoit donner
telle parole qu'il lui plairoit
en son nom, avec assurance
qu'il ne seroit
pointdesavoüé. Le Marquis
n'en voulut point
sçavoir davanta ge. liaila
trouver la belle, & lui
dit qu'il étoit temps
qu'il connusts'il étoit
aimé veritablement. La
belle,qui crut qu'il pretendoit
encore la faire
expliquer, & qui se
sentoit moinsdisposée
que jamais à se réjoüir
des marques qu'il lui
pouvoit donner de sa
passion
,
lui répondit avec
beaucoup de froideur,
que sa tante [eure
pouvoit disposer de ses
volontez
, comme elle
l'en avoitdéjà assuré,
&qu'il n'étoit pas befoin
qu'il la confulrât
sur cequil avoit à faire.
Le dépit qui animoit le
Marquis depuis quelque
temps, le fit passer
par- dessus l'aigreur de
cette réponse. Il repliqua
qu'elle n'étoit pas
entrée dans ce qu'il avoit
voulu lui dire;que
s'étant examiné dans les
sentimens qu'il avoit
pour elle, il s'etoit connu
si mal disposé au mariage,
que dans la crainte
de ne la pas rendre
aussiheureuse qu'elle
meritoit de rcfirej il la
prioit, si elle avoit un
peu de bonté pour lui,
de vouloir bien recevoir
son frere en sa place, &C
de trouver bon qu'il allât
traiter cette affaire
avec sa tante. L'émotion
que fit voir la belle trahit
tout le secret de son
coeur. Elle ne sçut que
répondre, tant la joye
l'avoit saisie; & ce ne
fut qu'aprés que le Marquis,
en continuant a
lui parler,lui eut donné
le temps de vaincre son
trouble,qu'elle lui dit,
quoy qu'un peu deconcertée
,
qu'elle se feroit
toûjoursun fujctde joye
de l'obliger: mais qu'-
elle n'avoit pas lieu de
presumer assez d'elle-même,
pour se flater que
le
le mariagequ'il lui proposoit
fût agreable à son
frere. Le Marquis en répondit,
&cetteassurance
mit la belle dans un
état de plaisir, qui lui fit
connoître tout ce que
l'amour avoit produit
pour le Chevalier. L'en-
, tiere certitude qu'il en
eut par là le fit resoudre
à ne plus songer à elle,
& s'applaudissant de ce
dessein, comme s'il eût
dû la punir & le vanger,
parce qu'en effet le
parti du Chevalier lui
étoit moins avantageux,
il alla trouver latante.
Elle fut surprise de ce
changement : mais il
lui parla d'un air si libre,
& lui peignit avec
,
tant de force le dégoût
presque invincible qu'il
avoit du mariage, ( ce
qui l'avoit obligé d'amener
son frere chez sa
niece, dont il avoit bien
prévû qu'il deviendroit
amoureux ) qu'elle demeura
persuadée qu'il
nedisoitrien qui ne fût
vrai.Elle ne voulut pourtant
lui donner aucune
parole, qu'elle n'eût fçû
les sentimens de sa niece.
Elle les avoit déja pêne-*
trez, & lui reprocha qu'-
elle perdoit le rang de
Marquise pour ne s'être
pas assez possedée : mais
c'étoit un jeune coeur
surpris par l'amour, sans
qu'il se fust fait connoître.
La bellene put s'empêcher
de parler du Chevalier
d'une maniere fort
avantageuse;&satante
la vit tellement satisfaite
de ce choix, qu'elle
y donna son consentement.
Le Chevalier resista
long-temps à ce
que son frere avoit fait
pour lui. Il le pria de
se mieux examiner, Se
de craindre qu'un peu
de chagrin n'eust part à
laresolution qu'il avoit
prise: mais plus il fit
voir pour lui d'honnê-
1 teté là-dessus
,
plus le
; Marquis l'assura querien
'; ne lui pouvoit faire tant
, de plaisir que son mariage,
& il lui reïtera ces
assurances avec des manieres
si ouvertes Se d'un
cfprit si content, qu'il
ne laissa plus de scrupule
au Chevalier. Il continua
de se fcrvir du mê- tme pretexte; Se pour
mieux faire paroître que
son coeur étoitentierement
libre,ilfit dresser
te contrat lui-même,&
voulut faire les frais de
la noce. Rien ne lui fit
peine en tout cela, & il
leprocesta à tous ses amis.
Cependant on ne
futpasplutôt revenu de
l'Egliseoù le mariage
venoitd'estrefait,qu'on
fut surpris de le voir tomber
dans un chagrin extraordinaire.
Ilditqu'il
se trouvoit mal, & en
effet deux heures après
la fievre le prit avec une
extreme violence. Cet
accident troubla fort la
joye des mariez; & leur
déplaisir augméta beaucoup
le lendemain,
quand le transport au
cerveau ne le laissant
plusmaîtrede sa raison,
fit connoître la vraiecause
de son mal. Il dit cent
choses touchantes sur ce
qu'il n'avoit pu se faire
aimer de la bélier sur
la necessité où il setoit
veu de la ceder à son
frcre. On connut par là
qu'il s'étoitfait violence,
& que la contrainte qu'il
avoir tâché de s'imposer
lavoir réduit au tnalheureuxétatoù
il Ce trouvoit.
Ilvécutencoretrois
jours, pendant lesquels
ses agitations redoublerent
,
sans qu'il cessât
de parler du defcfpoir
où lavoit jette son trop
de delicatcfsc.
nouvelle.
N Gentilhomme
d'un ver itable mérite
, 5c d'une naissance
aflfczdiftinguée pour a:-,,
Voir[pris'lenomde Marquis
sans qu'on pût dire
qu'il l1eueusurpé, étant
un jour allé entendre un
concert, où il fut mené
par un ami, trouva dans
la maison où il se faisoit
une Demoiselle dont la
beauté lui parut piquante.
Elle étoitblonde,
avoit les traits assez reguliers,
le teint d'un
éclat qui surprenoitC 8C
une douceur toute charmante
répandue sur son
vifagc. Il fit fibien qui
se plaça auprès d'elle; &C
tandis que tout le monde
prêtoit l'oreille avec
foin aux belles voixdont
le concert etoit composé
,
il eut lesyeuxtoûjours
attachez sur cette
aimable personne. Les
paroles qu'on chanta lui
donnèrent lieu de l'entretenir.
Il en tira de
quoy la flater sur son merité;&
s'il la mit dans
quelque embarras à forr
ce de lui donner des
loüanges, il ne laissa pas
de s'appercevoir qu'elle
avoit l'esprit aisé, &C
que le silence qu'ellegardoit
quelquefois étoit un
effet de sa mode stie. Il
ne sortit point de l'assemblée
sans avoir appris qui
elle étoit. Il fçut que sa
qualitérépondoit à fou
merite, & qu'ayant perdu
(on pere & sa mere
dans son plus bas âge,
elle demeuroit chez une
tante quis'étoit chargée
ic Ca conduite. jCorrune
4, l'avoittrouvce toute
aimable, l'envie de la
voir avec quelque liberté
Lui fie ch erc her accès
auprès de la tante;Se
vous jugez bien qu'ayant
de l'esprit 8c du fçavoirfaiiç
,il n'eut pas de peine
à y relilTiF, Dans les
premiers foins qu'il s'attacha
à lui rendre, son
unique vûë fut le plaisir
-d'un amufernent honne.
te qui l'occupât pendant
quelques heures. Il dit
force douceurs à la bellesepreparant
au triomphe
d'attendrir un jeune
coeur. Ce ne lui fut
pas une chose aisée. Elle
s3'accoûA tuma a 1l,'entendre
,
sans qu'aucun sentiment
particul ier lui
fîr découvrir qu'elle fut
touchée; &cetteespece
d'indiffcrence blessant le
Marquis, qui étoit fier
naturellement, il ne put
souffiir sans beaucoup
de peine qu'elle lui ôtât
la gloire de lui laisser remarquer
en elle un commencement
de passion.
Ce n'est pas qu'elle n'eût
pour lui des honnêtetez,
dont il eût eu lieud'être
content, s'iln'eût souhaité
que del'estime :
ma is ce n'étoientpoint
des honnêtetez de diftinérion,
& il regardoit
comme une honte, qu'-
elle attendît son entier
hommage pour se declarer,
après que partout
ailleurs on l'avoit
presque toûjours prévenu
par des avances. Cependant
les manières de
la belle, de quelque froideur
qu'elles lui parussent
, ne laisserent pas
d.e1:enflâmer, Si meme
on peut dire que ce fut
ce qui porta son amour
à toute la violence qu'il
commença de sentir. Il
iy abandonna malgré
lui, & à quelque plix
que ce pût étre, il rèlOlut
de.se donner le plaisir
de se fairedirequ'il
étoit aimé. Ses empreffçmeus,
qu'il redoubla.,
le firent voir le plus amoureux
de tous les
hommes. Il dit à la belle
leschofès les plus flateuses,
& ne douta point
qu'en lui déclarant qu'il
la vouloit époufer,il ne
lui çausât toute la joye
que lui devoit inspirer
une alliance si avantageufe.
La belle reçut
cette dec laration avec
beaucou p de reconnoiiTance
> &C après lui
avoir marqué en ternies
fort serieux qu'clle
luiétoit sen siblement
obligée de l'honncur
qu'illui faisoit,elleajouta
que dépendant d'une
tante, dont lesvolontez
regloient les siennes,cetoit
à elle qu'il se devoit
adresser. Une réponse si
peu attenduë déplut au
Marquis. Ilditàlabelle,
avec un peu de chagrin,
qu'ilnesongeoit à se
marier que pour vivre
heureux > qu'il ne pouvoit
l'être s'iln'avoit son
coeur, & que ne voulant
le devoir qu'à dtcmême,
il seroit fort inutile
de lui faire demander,
le consentement de
ses parens, tant qu'illa
verroic dans cette reserve.
Il fie ce qu'il put pour
l'en tirer, & ses plus fortes
prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour sa paisson
,
qu'une
assurance qu'elle suivrois
son devoir sans aucune
peine, & qu'aussitôt
que sa tante auroit
parlé0 il auroit sujet d'être
content. Le Marquis
tira de làuneconfequence
qui fit fbuHrirfa delicateffc.
Il s'en expliqua
avec la belle
,
& lui dit'
d'un ton de plainte,qu'il
lui devoit estre bien fâi
cheux de, voir que si la
tanre soppofoit à (on
bonheur, clic feroit prelte
à le dégager pour la
fatisfiuie. Labelle luircpliqua
qu'il se faisoit
tore de craindre qu'on
n'eust pas pour lui les
égards qui étoient deus
6càsonmérité & à sa
naissance;S£ n'ayant pu
l'obliger de se declarer
plus precifémerit, illui
fit connoître qu'il alloit
remettre au temps le
succés de sesdesseins,
afin que Imipression que
ses services feroient sur
son coeur lui fît tenir
d'elle feule ce que son
amour ne pouvoit devoir
à d'autres. Il continua
ses soins, qui furent toujours
reçus d'une man
iéré assez engageante.
L'étatoù il se trouvoit avoir
quelque chose d'extraordinaire.
Il aimoit
avec excés ; & quoique
labelle lui fît voir beaucoup
coup d'estime, 6C qu'il
ne remarquât rien qui
lui fît apprehender que
sa recherche ne lui sust
pas agreable, il ne pouvoit
se resoudre à presser
de rien conclure,
| parce qu'il ne voyoit pas
i qu'elle eust pour luy les
< empressemens dont il
croyoit que sa passion le
; rendroit digne. Les cho-
} ses ayant encore demeuré
un peu detempsdans
ces melmes termes,elles
changèrent de face par
un incident qui eut des
fuites qu'on n'attendoit
pas. Le Marquis avoit
un frere qu'on nommoit
Je Chevalier. Il estoit à
Rome depuis trois ou
quatre années, & il en
revint en ce temps-là.
Le Marquis qui avoit
toujours vescu avec luy
dans la plus étroiteliaison
que l'amitié ait jamais
établie entre deux
freres
, ne manqua pas
un peu après son retour,
de l'entretenir de samaistresse.
Ilne luy parla
ni de son esprit ni de sa
beauté, &C voulant qu'il
en jugeast par luy-mesme,
ille mena chez cette
jeune personne. Le Chevalier
qui avoit acquis
dans ses Voyages certaines
maniérés pleines
d'agrément qui perfectionnent
les heureux ta-
Jens que l'on a receus de
la natute,brilla fort avec
la belle dans une assez
longue conversationqui
fut aussivive qu'enjoüée.
Il fut touché de ce qu'il
connut d'aimable en elle,
& son frere luy ayant
demandé son sentiment,
il luy en dit millebiens,
& ne pouvoit fc lasser
de luy applaudir sur le
choix qu'il avoit fait.
Le Marquis ravi d'estre
approuvé, &. ne trouvant
point de plus grand
plaisir que d'entendre
parler d'elle,engagea le
Chevalier à la voir souvent.
C'estoient toujours
de nouveaux applaudiffemens
qu'il recevoir sur
f sa passion; & comme il
i estoitaisé de voir que le
Chevalier luy parloirde
bonne soy, & que rien
n'enflâme tant que les
:; louanges qu'on entend
donner ace qu'on aime,
J le Marquis sans y penser
i prenoit desredoublemés
; d'amour dont il ne pouvoit
démefler toute la
force. Il trouvoit que sa
maistresse avoit plus d'esprit
de jour en jour, &C
il ne comprenoit pas
qu'il lui étoit inspiré par
l'envie de plaire. La belle
ne sçavoit pas ellemesme
d'où lui venoient
de certains je ne sçay
quoy qui la rendoient
pluscharmante, & qui
lui donnoient en tout
une vivacité extraordinaire.
Elle suivoit un
panchant quelle neconnoissoit
pas, & le Chevalier
ne faisantrien qui
ne parlast à sonavantage,
elle abandonnoic son
coeur avec plaisir à des
sentimens qu'ellen'avoit
jamais eus. Elle ne s'a pperceut
mesme qu'ils
étoient nouveaux pour
elle, que lorsque le Chevalier
passa trois ou quatre
jours sans la venir
voir avec son frere. Elle
en montra quelque trouble,&
l'empressement
qu'elle avoit à demander
ce qui l'occupoit ailleurs,
étoit une marque
qu'elle y prenoit intesest.
Elle étoit moins
gaye lereste du jour, &
quand le Chevalier revenoit
, outre la joye
qu'elle laissoit éclater sur
son virage, elle lui faisoit
de si obligeans reproches
de sa négligence
, qu'elle ne pouvoit
lui dire plus ouvertement
ment que rien ne lui
plaisit tant que ses visites.
Elle ne cachoit rien
detoutecela au Marquis,
parce qu'agissant naturellement,
& n'ayant jamais
connu ce que c'étoit
quel'amour elle
étoit bien éloignée de
penser qu'il y eust rien
dans ses sentimens dont
il lui salut faire mystere.
Cependant comme
un amant véritablement
touché a les yeux bien
éclairez sur les moindres
choses, le Marquis
connut bientôt que sa
maîtreflfe sentoit pour le
Chevalier ce qu'il n'avoit
jamais pu lui faire
sentir pour lui. Il en eut
un depit secret qui fut
soutenu par sa fierté;
& au lieu d'y donner
ordre en l'empeschant
de le voir, il s'en fie accompagner
toutes les
fois qu'il alla chez elle.
Il étoit toujours de bonnehumeur;
Se sans laisfer
échaper aucun mouvement
ni de jalousie,
ni de chagrin, il montroit
un esprit libre qui
auroit trom pé les plus
clairvoyans. Le Chevalier
y fut abusé, & ne
crut point que par cette
fausse liberté d'esprit il
se ménageât celled'observer
ce qui se passoit
dans le coeur de samaitresse
: mais comme la
belle avoit pour lui une
honnesteté qui lui découvroit
des sentimens
plus forts que l'estime,
& qu'il se feroit senti de
grandes dispositions à y
répondre sans l'engagement
où il la voyoit, il
resolut, & pour Ton repos
, & pour s'acquicrer
de ce qu'il devoit à l'amitié
du Marquis, de renoncer
à une voue agreable,
mais qui pouvoie
le mettre en peril d'aller
plus loin qu'il ne lui
étoit permis. Ilavoitdéja
celle de parler si fortement
à son frere du
mérite de la belle, de
peur que le plaisir d'en
dire du bien ne découvrist
trop ce qu'il eust
voulu pouvoir se déguiser
à lui-mesme 5 & le
Marquis
,
homme attentif
à tout remarquer,
avoit jugé comme il le
devoit de cette reserve.
Ainsi quand le Chevalier
lui dit qu'il avoit
dessein de faire un voyage,
il entra d'abord dans
le motifqui en étoit eause
;& ce que la belle lui
avoit fait paroîtreavec
ingénuité de ses nouveaux
sentimens, ne lui
permettant point de
douter que leurs coeurs
ne s'entendirent sans
s'être expliquez, il fit
un effort sur lui pour
ne montrer aucune foiblesse.
A pres avoir pris
un visage gai, ildità
son frere qu'il voyoit
son embarras; que non
seulement il aimoit la
belle: mais qu'il avoit
dû s'appercevoir qu'il
avoit touché son coeur;
& que pour n'écouter
pas une passion qui lui
pouvoit attirer le blâme
de s'être fait son rival,
il se resol voit à s'éloigner.
Là dessus il l'embrassa,
comme lui étant
fort obligé des égards
honncces qu'il avoit
pour lui,&luidit enfuite
queleplus grand
plaisir qu'il lui pouvoic
faire étoit de ne point
partir, &, de continuer
à voir sa maitresse. Il
ajoûta qu'il l'aimoit
beaucoup
par les belles
qualitez qui la rendoient
estimable:mais que son
amour n'ayant jamais
été assezfort pour lui
faire vaincre l'aversion
qu'il avoit toûjours sentie
pour le mariage, il
s'étoit tenu dans les seuls
termes d'amant, sans avoir
osé pousser les cho
ses plus loin : qu'a prés
l'ouverture qu'il lui faisoit,
c'étoit à lui à se con- sulter, & que s'il étoit
assez amoureux pour
vou loir bien épouser la
belle, il lui cederoit ses
pretentions avec d'autant
plus de joye, qu'il
empêcheroiten l'épousant
qu'on ne se plaignistdelui.
Ce discours
surprit tellement le Chevalier,
qu'il en demeura
embarassé.Ilrépondit
que n'ayant rien à se reprocher
dans sa conduite,
il ne se défendroit
point des sentimens qu'-
on lui vouloit imputer;
qu'il ne desavoüoit pas
que l'esprit & la beauté
de la personne dont il
s'agissoit ne l'eussent rendu
sensible
: mais que
tout ce qu'il sentoit demeurant
soûmis à sarai;,,'
son, il n'avoit point à I s'expliquer là-dessus ;
qu'il consentoit à ne
point partir, si l'on jugeoit
à propos qu'il sus-
, pendistson voyage: mais
qu'il seroit inutile de
lui demander qu'il 6ft
encore des visites ; qu'-
absolument il n'en rendroit
aucune à la belle
que sa fortune ne fust
! arre stée; que le Marquis
|1 ayant tant de sujet de l'aimer, pouvoiç fatisr
faire son amour, puis
qu'il ne tenoit qu'à lui
de se ren d re heureux;
& que s'il étoit vrai qu'il
fust assez ennemidu mariage
pour estre bien aise
de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avec elle,
il pouvoit donner
telle parole qu'il lui plairoit
en son nom, avec assurance
qu'il ne seroit
pointdesavoüé. Le Marquis
n'en voulut point
sçavoir davanta ge. liaila
trouver la belle, & lui
dit qu'il étoit temps
qu'il connusts'il étoit
aimé veritablement. La
belle,qui crut qu'il pretendoit
encore la faire
expliquer, & qui se
sentoit moinsdisposée
que jamais à se réjoüir
des marques qu'il lui
pouvoit donner de sa
passion
,
lui répondit avec
beaucoup de froideur,
que sa tante [eure
pouvoit disposer de ses
volontez
, comme elle
l'en avoitdéjà assuré,
&qu'il n'étoit pas befoin
qu'il la confulrât
sur cequil avoit à faire.
Le dépit qui animoit le
Marquis depuis quelque
temps, le fit passer
par- dessus l'aigreur de
cette réponse. Il repliqua
qu'elle n'étoit pas
entrée dans ce qu'il avoit
voulu lui dire;que
s'étant examiné dans les
sentimens qu'il avoit
pour elle, il s'etoit connu
si mal disposé au mariage,
que dans la crainte
de ne la pas rendre
aussiheureuse qu'elle
meritoit de rcfirej il la
prioit, si elle avoit un
peu de bonté pour lui,
de vouloir bien recevoir
son frere en sa place, &C
de trouver bon qu'il allât
traiter cette affaire
avec sa tante. L'émotion
que fit voir la belle trahit
tout le secret de son
coeur. Elle ne sçut que
répondre, tant la joye
l'avoit saisie; & ce ne
fut qu'aprés que le Marquis,
en continuant a
lui parler,lui eut donné
le temps de vaincre son
trouble,qu'elle lui dit,
quoy qu'un peu deconcertée
,
qu'elle se feroit
toûjoursun fujctde joye
de l'obliger: mais qu'-
elle n'avoit pas lieu de
presumer assez d'elle-même,
pour se flater que
le
le mariagequ'il lui proposoit
fût agreable à son
frere. Le Marquis en répondit,
&cetteassurance
mit la belle dans un
état de plaisir, qui lui fit
connoître tout ce que
l'amour avoit produit
pour le Chevalier. L'en-
, tiere certitude qu'il en
eut par là le fit resoudre
à ne plus songer à elle,
& s'applaudissant de ce
dessein, comme s'il eût
dû la punir & le vanger,
parce qu'en effet le
parti du Chevalier lui
étoit moins avantageux,
il alla trouver latante.
Elle fut surprise de ce
changement : mais il
lui parla d'un air si libre,
& lui peignit avec
,
tant de force le dégoût
presque invincible qu'il
avoit du mariage, ( ce
qui l'avoit obligé d'amener
son frere chez sa
niece, dont il avoit bien
prévû qu'il deviendroit
amoureux ) qu'elle demeura
persuadée qu'il
nedisoitrien qui ne fût
vrai.Elle ne voulut pourtant
lui donner aucune
parole, qu'elle n'eût fçû
les sentimens de sa niece.
Elle les avoit déja pêne-*
trez, & lui reprocha qu'-
elle perdoit le rang de
Marquise pour ne s'être
pas assez possedée : mais
c'étoit un jeune coeur
surpris par l'amour, sans
qu'il se fust fait connoître.
La bellene put s'empêcher
de parler du Chevalier
d'une maniere fort
avantageuse;&satante
la vit tellement satisfaite
de ce choix, qu'elle
y donna son consentement.
Le Chevalier resista
long-temps à ce
que son frere avoit fait
pour lui. Il le pria de
se mieux examiner, Se
de craindre qu'un peu
de chagrin n'eust part à
laresolution qu'il avoit
prise: mais plus il fit
voir pour lui d'honnê-
1 teté là-dessus
,
plus le
; Marquis l'assura querien
'; ne lui pouvoit faire tant
, de plaisir que son mariage,
& il lui reïtera ces
assurances avec des manieres
si ouvertes Se d'un
cfprit si content, qu'il
ne laissa plus de scrupule
au Chevalier. Il continua
de se fcrvir du mê- tme pretexte; Se pour
mieux faire paroître que
son coeur étoitentierement
libre,ilfit dresser
te contrat lui-même,&
voulut faire les frais de
la noce. Rien ne lui fit
peine en tout cela, & il
leprocesta à tous ses amis.
Cependant on ne
futpasplutôt revenu de
l'Egliseoù le mariage
venoitd'estrefait,qu'on
fut surpris de le voir tomber
dans un chagrin extraordinaire.
Ilditqu'il
se trouvoit mal, & en
effet deux heures après
la fievre le prit avec une
extreme violence. Cet
accident troubla fort la
joye des mariez; & leur
déplaisir augméta beaucoup
le lendemain,
quand le transport au
cerveau ne le laissant
plusmaîtrede sa raison,
fit connoître la vraiecause
de son mal. Il dit cent
choses touchantes sur ce
qu'il n'avoit pu se faire
aimer de la bélier sur
la necessité où il setoit
veu de la ceder à son
frcre. On connut par là
qu'il s'étoitfait violence,
& que la contrainte qu'il
avoir tâché de s'imposer
lavoir réduit au tnalheureuxétatoù
il Ce trouvoit.
Ilvécutencoretrois
jours, pendant lesquels
ses agitations redoublerent
,
sans qu'il cessât
de parler du defcfpoir
où lavoit jette son trop
de delicatcfsc.
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Résumé : AVANTURE nouvelle.
Le texte narre l'histoire d'un Marquis, homme de mérite et de haute naissance, qui rencontre une jeune demoiselle lors d'un concert. Séduit par sa beauté et son esprit, il cherche à la fréquenter et découvre qu'elle vit sous la tutelle de sa tante, qui dirige sa vie. Le Marquis, sincèrement amoureux, est blessé par l'indifférence apparente de la jeune femme. Il redouble ses efforts pour gagner son cœur, mais elle reste réservée, invoquant toujours la volonté de sa tante. Un jour, le frère du Marquis, le Chevalier, revient de Rome et est présenté à la jeune femme. Le Chevalier, charmant et spirituel, plaît beaucoup à la demoiselle. Le Marquis, encouragé par les louanges de son frère, continue de fréquenter la jeune femme, mais il finit par remarquer qu'elle développe des sentiments pour le Chevalier. Ce dernier, conscient de la situation, décide de partir pour éviter de trahir l'amitié de son frère. Le Marquis, devinant les sentiments de la jeune femme, confronte son frère. Le Chevalier avoue son attirance mais décide de renoncer à elle par respect pour son frère. Le Marquis, malgré son amour, ne parvient pas à obtenir une déclaration claire de la part de la jeune femme, qui reste fidèle à sa réserve. La situation reste tendue, marquée par des sentiments non exprimés et des malentendus. Par la suite, le Marquis, initialement réticent au mariage, propose à sa nièce d'épouser son frère. La nièce, émue et joyeuse, accepte de recevoir le Chevalier. Le Marquis, constatant l'amour de sa nièce pour le Chevalier, décide de ne plus songer à elle et va voir sa tante pour discuter de cette union. La tante, après avoir discuté avec sa nièce, donne son consentement. Le Chevalier, d'abord hésitant, finit par accepter après les assurances de son frère. Le Marquis organise le mariage et semble content, mais tombe gravement malade peu après la cérémonie. Il est pris de fièvre et perd la raison, révélant son chagrin et son impossibilité d'être aimé par la nièce. Il meurt trois jours plus tard, après avoir exprimé son désespoir et sa délicatesse excessive.
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37
p. 270-274
LE CYGNE FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
La Gent Cygne, & la Gent Heronne, [...]
Mots clefs :
Cygne, Roi, Gloire, Paix, Plaisir
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texteReconnaissance textuelle : LE CYGNE FABLE ALLEGORIQUE.
LE CYGNE
FABLE ALLEGORIQUE.
LA Gent Cygne, & la
GentHèronne,
Pour un canal à sable d'or
Contestoient; la pesche estoitbonne;
Chacun vouloit avoir &
poisons,& trésor.
La guerre se declare
,
&!
tambours, & trompettes
Des Combats donnentle
signal;
Troupes bien lestes
,
bien!
& completres,
Desja des deux costez suivent
leur General.
Mais le Roy Cygne, habile
entre tous les Monarques,
A connoistre ses gents, à les
bien employer,
Se servoit d'un Hector,vray
substitut des Parques,
Ne tout exprés pour guerroyer.
L'Hector Cygne aux Herons
livre mainte bataille;
lJeoint eunsembrle rufe, & va- Les surprend, en pieces les
taille,
Est blessé cependant: Vulcain
de sa tenaille
N'avoit pas travaillé le harnois
du seigneur,
Mais au combat rentré, de
victoire en victoire,
Il reduit les Herons à souhaiter
la paix.
Le Roy Cygne consent à
combler leurs souhaits;
C'est son Hector qui traite;
& pourcomble de gloire
Il est tout à la fois & le
triomphateur,
Et l'heureux pacificateur.
Ainsi par cette paix insigne,
Où le Heron se vit fournis,
Le canal reste au peuple
--
Cygne,
D'ailleurs quittes & bons
amis.
Quant au Cygne guerrier,
ses faits,sa grandeur,
d'ame
»
Eurent leur prix, Apollon
le reclame,
D'olive & de laurier le couronne
à plaisir ;
De plus luy fait un doux
loisir.
Le voila transporté sur les
bords du Permesse,
Où tout est charmé de ses
fons.
La troupe desneuf soeurs
autour de luy s'empresse
Il rend caresse , pour caresse;
Leur plaisir est sa gloire &
le sien leurs chansons.
FABLE ALLEGORIQUE.
LA Gent Cygne, & la
GentHèronne,
Pour un canal à sable d'or
Contestoient; la pesche estoitbonne;
Chacun vouloit avoir &
poisons,& trésor.
La guerre se declare
,
&!
tambours, & trompettes
Des Combats donnentle
signal;
Troupes bien lestes
,
bien!
& completres,
Desja des deux costez suivent
leur General.
Mais le Roy Cygne, habile
entre tous les Monarques,
A connoistre ses gents, à les
bien employer,
Se servoit d'un Hector,vray
substitut des Parques,
Ne tout exprés pour guerroyer.
L'Hector Cygne aux Herons
livre mainte bataille;
lJeoint eunsembrle rufe, & va- Les surprend, en pieces les
taille,
Est blessé cependant: Vulcain
de sa tenaille
N'avoit pas travaillé le harnois
du seigneur,
Mais au combat rentré, de
victoire en victoire,
Il reduit les Herons à souhaiter
la paix.
Le Roy Cygne consent à
combler leurs souhaits;
C'est son Hector qui traite;
& pourcomble de gloire
Il est tout à la fois & le
triomphateur,
Et l'heureux pacificateur.
Ainsi par cette paix insigne,
Où le Heron se vit fournis,
Le canal reste au peuple
--
Cygne,
D'ailleurs quittes & bons
amis.
Quant au Cygne guerrier,
ses faits,sa grandeur,
d'ame
»
Eurent leur prix, Apollon
le reclame,
D'olive & de laurier le couronne
à plaisir ;
De plus luy fait un doux
loisir.
Le voila transporté sur les
bords du Permesse,
Où tout est charmé de ses
fons.
La troupe desneuf soeurs
autour de luy s'empresse
Il rend caresse , pour caresse;
Leur plaisir est sa gloire &
le sien leurs chansons.
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Résumé : LE CYGNE FABLE ALLEGORIQUE.
La fable allégorique 'Le Cygne' relate une dispute entre les cygnes et les hérons pour un canal à sable d'or riche en poissons et en trésors. Une guerre éclate, marquée par des tambours et des trompettes. Le roi cygne, connu pour son habileté à utiliser ses sujets, désigne Hector, un guerrier valeureux, pour mener les batailles. Malgré ses blessures, Hector remporte plusieurs victoires, forçant les hérons à demander la paix. Le roi cygne accepte et nomme Hector négociateur, le rendant ainsi triomphateur et pacificateur. La paix est conclue, et le canal reste aux cygnes, tandis que les deux parties deviennent amies. En récompense, Apollon couronne Hector d'olive et de laurier, lui offrant un doux loisir sur les bords du Permesse, entouré et honoré par les neuf sœurs (les Muses), trouvant sa gloire dans leur plaisir et leurs chansons.
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38
p. 222-225
AIR A BOIRE.
Début :
On mettra toûjours les paroles de chaque Air d'abord sans Musique, / Il n'est point icy bas de plaisir sans chagrin : [...]
Mots clefs :
Plaisir, Chagrin, Musique, Destin, Paroles
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texteReconnaissance textuelle : AIR A BOIRE.
On mettra toujours lesparoles
de chaqueAird'abordsansMufique,&
dans la feüille suivante
, les paroles avec U Note ,
afin que si lafeuille volante de
la Musique embarasse ceux qui
ne sisoucient point àu chant,
ilspuissent la décoller & que les
paroles ressent. La Musique de
celle cy est de Ad* Dubrteuil.
AIR A BOIRE.
Il n'est point icy bas de plaisir
sans chagrin:
C'est un Arrest du Destin.
Quand mon oeilse delecte à voir
ce jus divin,
Mon gosiers'impatiente,
Ma soifredouble & me tour,
mente,
Etlors qu'en avallant mon gasier
se contente,
Mon oeil voit à regretdisparoître
levin.
Il n'est point icy bas deplaisirsans
chagrin.
-C'est un Arrest du Destin.
Ab ! goûtons icy bas un plaisir
Bravons l'Arrest du Destin.
Voicy deux rouges bords que Bac-
, cus mepresentey
En buvant l'un,je voyl'autre
tout plein,
Mon gosiersedelccte,&mmoeil
se contente.
Ab ! je goûte icy bas un plaisir
sans chagrin,
Malgrél'ArretduDestin.
de chaqueAird'abordsansMufique,&
dans la feüille suivante
, les paroles avec U Note ,
afin que si lafeuille volante de
la Musique embarasse ceux qui
ne sisoucient point àu chant,
ilspuissent la décoller & que les
paroles ressent. La Musique de
celle cy est de Ad* Dubrteuil.
AIR A BOIRE.
Il n'est point icy bas de plaisir
sans chagrin:
C'est un Arrest du Destin.
Quand mon oeilse delecte à voir
ce jus divin,
Mon gosiers'impatiente,
Ma soifredouble & me tour,
mente,
Etlors qu'en avallant mon gasier
se contente,
Mon oeil voit à regretdisparoître
levin.
Il n'est point icy bas deplaisirsans
chagrin.
-C'est un Arrest du Destin.
Ab ! goûtons icy bas un plaisir
Bravons l'Arrest du Destin.
Voicy deux rouges bords que Bac-
, cus mepresentey
En buvant l'un,je voyl'autre
tout plein,
Mon gosiersedelccte,&mmoeil
se contente.
Ab ! je goûte icy bas un plaisir
sans chagrin,
Malgrél'ArretduDestin.
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Résumé : AIR A BOIRE.
Le texte présente une méthode de présentation des paroles et de la musique dans des feuilles volantes. Les paroles apparaissent d'abord sans musique, permettant de détacher la feuille musicale. La musique de l'air 'AIR A BOIRE' est composée par Ad* Dubrteuil. Cet air reflète la nature éphémère des plaisirs, soulignant que tout plaisir est accompagné de chagrin. Il décrit la frustration de boire du vin et encourage à profiter des plaisirs malgré cette fatalité.
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39
p. 133-154
L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
Début :
Il est des filoux qu'on ne peut haïr ; on doit même sçavoir [...]
Mots clefs :
Interprète, Excellence, Lettre, Ambassadeur, Plaisir, Héros, Honneur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Dames, Orient, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
L'INTERPRETE GALANT ,
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
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40
p. 201-235
HISTOIRE.
Début :
La belle Rose vint au monde il y a environ dix-neuf ans, [...]
Mots clefs :
Rose, Ville, Paris, Beauté, Secours, Coeur, Rose, Homme, Charmes, Esprit, Plaisir, Amour, Yeux, Homme
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE.
La belleRose vint au monde
il y a environ dix-neufans,
dans une Ville que la Seinearrose
au moins autant que Paris,
Dés sa plus tendre jeunesse
elle se fit admirer par son esprit
& par sa beauté.L'éducation
que ses parents luy donnerent
a joûra tant d'éclat àses
charmes haissants, quelebruit
de ses appas se répandit bientôt
jusqu'aux environs des
lieux qui l'avoient vu naître.
Un Gentilhommevoisinde
la Ville où elle demeuroit, s'y
rendit un jour de dessein prémédité
,
attiré par le recit des
grâces & du mérité de Cette
belle fille. Illa vit, ill'aima,
& voulut s'en faire aimer. Ses
foins furent longtems mutiles,
il CI;) connut laraison,il parla
de mariage ,il fut écouté;mais
soit qu'il craignit d'engager sa
Noblesse & sa réputation en
contractant une alliance qui
pût mal à propos, lui paroître
inégale,soit qu'il eût de bonne
foy un autre but que celui
de se marier
, ou foit plustost
qu'd n'aimât pas parfaitement
une si aimable MJÎcreffc) il ne
lui eût pas plustost proposé
son mariage, qu'illuy demanda
du tems pour l'accomplir,
& la permission de lui faire (a
cour. Il étoit jeune, bien fait,
éloquent & rendre. Elle n'étoit
pas insensible;enfalloit
-
il
davantage pour la faire donner
dans tous les pieges du
monde.
L'esprit, quelque dose
qu'on en ait, deffend mal un
coeur contre les conseils de
l'amour, & la raison à beau
venir au secours de nos foiblesses
,
la feule image des plaisirs
dans un coeur tendre, coule
à fond la raison. On dispute
quelquefoisle terrain par mauvaise
humeur, & par rebellion,
mais on le cede tou jours par
reconnoissance. Enfin lorsqu'on
est aimé, & qu'on est
bien persuadé de Testre, il s'enfuit
de là qu'il faut qu'on aime.
La belle Rose enaimée,elle
en est sûre,elle aime à son tour,
cela est dans la regle; mais cette
passion se nourrit pendant six
mois dans son coeur, elle se repaîte
des plus doucesesperances
du monde, elle sent même avec
plaisir approcher le jour heureux
où son Hymen doit couronner
son amour. Il n'y a plus
qu'une nuit à passer: le lendemain
au pied des Autels, un
serment solemnel doit l'unir à
son amant. Mais pendant cette
même nuit,l'infidele qui s'est
fait sans doute, une peinture
affreuse du noeud oùil va s'engager,
prend des chevaux de
poste,& te rend à Paris. Le
saisissement, les larmes & le
desespoir sont les moindres effets
de cette horrible nouvelle.
Elle cherche dans l'esperance
de mourir, à se consoler de
son malheurextrême; mais
les jours se multiplient, &
l'amour qui ne peut s'éteindre
au moins sans le vanger,la flicte
du projet d'une vengeance
assurée.Elledissimuleadroitement
,elle revoit le monde,&
pendant quelques jours elle
affecte unecontenance siindifferente,
que sesmeilleuresamies
s'étonnent de sa legereré; mais
tous ceux qui l'éclairoient font
les dupes de sa dissimulation;
enfinelle se dérobe à ses parens
pour courir après son amant.
Elle arrive à Paris. Quelle
Ville, grand Dieu! pour une
jeune fille dont la beauté vienc
cflreTécucil des plus belles de
cette gr ande Ville Un* Auberge
Utd'abordPafyleeueîlè
cherche àse cacher Laprécaution
de ne se pas montrer; sa
rnodx stie
,
sa douleur &la fitriplicitéde
ses habits larassûrent
contre l'image des perils qu'elle
court. Cependant elle s'occupe
uniquement du foin de
trouver le traître donr elle se
voit si indignement abandonnée:
elle ne veut que le voir,
luy reprocher son horribleinfidelité,
pleurer, gemir & mourir
à ses pieds. Maiselle n'en
peut apprendre aucunes nouvelles,
on luy, dit seulement
que,d"autres lieujg qui luy sont
Ínconnu) & où elle n'a pas le
moyen.d'aller, le derobentencore
à, la tendresse de ses reproches.
Que peut-elle faire
déformais?estil quelqu'un de
mes Lecteurs qui ne tremble
maintenant pour elle?
:.
La pudeur & la vertu font
ordinairement les victimes de
l'indigence.
Je ne [ai point d'endroits
au monde où les charmes d'une
belle personne la dédommagent
gratis des frais oùses
beloinsl'engagent:Paris sur
tout
tout donne moins qu'aucune
autre Ville, de ces exemples de
generosité
,
la défiance regne
avec trop d'empire dans le
coeur de tous ses habitans : &
ce n'efl; maintenant que dans
les Romans qu'on trouve de
ces hospitalitez genereuses.
La triste Rose accablée dans
son humble retraite du poids
de son infortune, ne trouve
pas au fonds de son repentir,
de sa honte & de sa douleur,
des expedients poijr appaiser
la rigueur d'une Hôtesse impitoyable.
La sienne ne se paye
pas de ses larmes, à chaque
instant elle lui demande avec
tyrannie, une dettequ'ellene
peut alors acquitter sanscri-
me. Les mauvais conseils vien
nent au secours de la necessité.
Vous ces bien simple
,
lui
dit elle un jour, de vous allarmer
de vos besoins dans une
Ville comme celle ci
,
belle
comme vous êtes, Paris est le
seulendroit du mondeoù vous
devez vivre. La beauté y fait
toujours fortune. Lavôtreest
eblou ss ante ,& vous l'ensevelifT-
z : vôtre espritégale vôtre
beauté,&tous les deux vous
sontinutiles. Vousn'aurezpas
faitune démarchevers le monde,
que vous reconnaîtrez l'abus
où vousêtes. Vous serez
ici la maîtressede vôtre reputation
,
& l'étalage de vôtre
vertu ne recevra jamais aucune
atteinte, tant que la modestie
& la discretion qui vous
font naturelles feront les honneurs
de vostre conduite. Je
connois un galant homme sur
qui vous pouvez vous reposer
du foin de vous mettre à vôtre
aise. Il n'exigera jamais
rien de vous, je vous en réponds
, & contents de vôtre
politesse, & du plaisir de vous
voir , il fera infailliblement
toutes les avances de vôtre
fortune.Croyez-moi, ne soyez
pas assez ennemie de vous-même
, pour refuser le secours
que je vous offre. Je vous l'amenerai
ce soir, vous le verrez,
vous l'entendrez, & vous
jugerez à loisir du merite dela
conquête que je vous dessine.
On ne répond pas toujours cc
qu'on pense sur de pareilles
propositions. On a eu tout le
tems de s'examiner; mais la
pauvreté détermine, & un soupir
& un regard languissant
sont les interpretes d'un silence
qui marque que l'esprit
se prête assez à la force de ces
raisonnements.
Vers les six heures du foir
MadameAmynthe son hôtesse
introduit l'heureux Medor
dans la chambre de la belle &
timide Rose Il la saluë avec
unrespectinfini,il lui fait mille
compliments sur sateaute,
jamais rien de plus beau,rien
de plus parfait ne s'est offert à
sa vûë,& ses charmes ont un
éclat divin dont il s'enyvre. Il
est bien fait, jçune, il a de réf.
prit, dumerite, il est aimable.
Il parle,il attaque,il prenait
va bientôtséduire, enfinun
present considerable qu'il fait
à son hôtesse, & les dettes de
la belle Rose qu'il paye, determinent
Madame Amynthe
à prendre avec feu lesinterêts
d'un homme si genereux. rm-
,
Il retourne à la charge, on
l'écoute, on lui répond, on
luy promet mernc quelque
chose , peu à peu tous les obstacles
se levent
, & tout le
flatte bien-tost de l'espoir d'un
triomphe certain. Les ajustemens,
les spectacles 6cles plaisirs
font des batteries d'usage
qui font un ravage furieux
dans le coeur de cette belle fille.
L'infidele qui l'a trahie, est
à ses yeux un scelerat indigne
de la moindre des bontez qu'-
elle a euës pour lui rc'cft un
monstre rempli de tous les
vices du monde ,& Medora
toutes les belles qualitez imaginables.
Voilàde quoilaraisonla
fait convenir, & lecoeur
estenmême temps d'accord
avec la raison.
Quelques mois se passent
ainsi tres heureusement;mais
Medor a des parents fâcheux,
ils ont du bien dontilnejoüira
apparemment que lorsqu'ils
seront las d'en joüir. Cependant
il faut trouver tous les
jours les moyens de faire Cub:.
sister cette belle Amante sur
le pied oùon l'a mise. On
s'en est fait un point d'honneur
,aussi en estce un, &
l'on seraitavec raison au desespoir
d'en démordre. Mais
comment faire? le temps efl:
dur,&l'on est bien-tôt exposé
à se rencontrervis-à vis
de rien, dés qu'on est obligé
de travailler d'industrie, pour
trouver - des expediçww qui
en tretiennent des plaisirs. Le
monde ne preste pasvolontiers
son
son argent à ces sortes d'emplois.
L'usurier seul peut faire
cette affaire sur de bons gages;
c'estcequivanousarriver.
M. Sganarelle est un maître
homme en fait d'usure.
C'est un fesse Mathieu qui a
toutes les qualitez requi[cs.U11
petit abregé de sa vie, & son
portrait feront, si je ne me
trompe, une digression qui
n'aurarien d'ennu yeux.
M. Sganarelle originaire de,
jene fay quel pays, sorti du
plus bas lieu du monde,peut
avoir environ quarante ans.
Il est à peu prés comme le sot
Personnagc de l'Inconnu, grofit, grajpt, hebeté,il a la
jambeséche
, çy porte au vent. Il a été goujat
, garçon ganticr
,
Soldat, Dragon,Agioteur
,
& l'est encore. Sa chere
moitiévend des pommes dans
un coin de la terre, pendant
qu'il fait ici un fracas de diable
avec son portier,sesmeubles,
ses laquais, ses chevaux,&son
carrosse. Il a fait autant d'affaires
qu'il a voulu, Messieurs les
Juges Consuls lui en font autant
qu'ils peuvent. Il a des
dettes par dessus la tête
,
& il
se propose incessamment le
voyage d'outre-mer.
-
Medor qui connaissait malheureusement
M. Sganarelle,
jetta les yeux sur lui pour en
tirer quelques secours dans le
besoin pressant où il se trouvoit:
illui en parla en homme
qui craint plus que la mort,
de perdre ce qu'il aime. Montrezmoy,
lui dit il
,
le jour
qu'il luy fit sa proposition,
montrez moy cette belle personne.
Je veux vous donner à
souper à tous les deux:Nous
conviendrons ensuite de nos
fait<;. Medor n'eût pas de peine
à engager la belle Rose à acceprer
cette partie, où ils devoient
de concert pouffer une
botte vigoureuse à M. Sganarelle.
lis se rendirent chez luy à
l'heure du Couper, ils y furent
reçus & regalez à merveille;
il en coura encore plus cher à
leur Hôte qu'il ne le croyoit
luy même; il devint pendant
ce repas éperduëment amoureux.
Il annonça ses grands
biens au nouvel objet de ses
voeux, il luy en6c îjn. ample
détail, & luy en promit sa
bonne part, on l'écouta pour
raison, & pour raison on s'en
mocqua.
Le lendemain l'impatience
le prit,ilenvoyainviterMcdor
à diner chez luy, dés qu'il y
fut, il lepria d'y souper le Wême
jour avec sa Maitresse
Medor y consentit, après s être
reposé sur elle & sur sa prudence
dres interets de son
araou,r,:,
Avant le souper Sganarelle
trouva l'occasion de profiter
ïPurttêteàtêreavccl'aimable
Rose. Ill'entretintallez long,
temps du pouvoir souverain
de ses charmes,illuy compta
en véritable agioteur, le chcmin
que Ces yeux avoient fait
sur son coeur, il luy proposa
d'accepter une jolie maison
bien meublée à la porte de la
Ville, illuy offii^,une cuisiniere,
un équipagemagnifique
& des valets ;enfin illuy promit
de l'épouser, si elle vouloit
y consentir
,
&renoncer
pour l'amour de lui à soncher
Medor. Elle luy dit qu'elle seroit
Ces réflexions sur sa proposition
,
& que dans deux
jours ellelui en rendroit réponse.
Elle vouloit avant de
s'embarquer avec un tel homme,
con sul ter là dessusson
Amant; c'était bien la moindre
chose. Elle lui conta toutes
les circonstances de la declaration
deSganarelle. La proposition
leur parut avantageuse,
ilsy toperent:d'ailleurs ils
s'aimoient; mais ils n'avoient
nil'un ni l'autre, le moyen de
s'aimer, sans s'exposer à s'accabler
de dettes.
Deuxjoursaprès Sganarelle
allarendre vifiîe à sa charmante
Rôle: il lui jura qu'il étoit
toûjours dans les mêmes sentimencs
qu'il luy avoit marquez
,& lui protesta de n'ai:.
mer qu'elle le reste de sa vie.
Leurs conventions faites, & la
promesse de mariage donnée,
il l'emmena dans son carrosse à
sa maison de Campagne, où il
ordonna d'abord à tous ses
domestiques de la reconnoistre
& de la servir comme leur
Maitresse. Il l'instalaainsi avec
ceremonie dans son nouveau
domicile, mais elle n'y eut pas
resté huit jours qu'elle sentit
qu'elle estoit dans une belle
prison. Elle prit cependant
patience dans l'esperance de
voir les choses changer bientost
de face, & comptant sur
la parole de son furur époux.
Mais loin des'appercevoir des
effetsde ses belles promesses,
elle vit tous les jours augmenter
sa captivité. Alors elle écrivit
secretement à son cher
Medor,ellel'appella à son secours,
& le pria de la maniere
du monde la plus forte& la
plus tendre de la délivrer du
cruel esclavage où l'enchaînoit
ce vilain fesse Mathieu.
Medor plus amoureuxque
jamais, s'offrit à la fcrvir à son
gré. Il n'avoitrenoncé à la
voir, que parce qu'il avoit senti
la necessité où il eftoïc de
sacrifier son amour aux interefts
de sa Maistresse. Mais
cette raiton n'ayant plus de
lieu, il éclata en mut mures, en
injures, & forma mille projets
de vengeance contre Sganarelle
,
qu'heureusement une
douzaine de Sentences des
Consuls retenoit précieusement
dans sa Maison de Ville.
Il fut trouver Mercure qui en
son ami, illuy confia ses fôins,-
son amour, & sa douleur, il
le pria de se mesler de ses affaires,
de l'assister de ses conseils,
& de l'aider à tirer sa
màiflreffe des mains de son
indigne rival. Mercure qui ca
aussifertile en expedients & en
raifonncments qu'il luy convient
de l'estre, luy proposa
d'abord tous les moyens qui se
presenterent à son imaginanon
;enfin ils resolurent avant
de se separer, de s'y prendre
de la façon que vous allez lire.
Un Lundy 15. de ce mois,
Mercure se rendit chezMedor,
au lever de l'aurore, un tiers
de ses amis & son Ecuyer furent
de la partie, il fit à l'imftant
atteler un char chez un
loüeur de Carrosses dans le
voisinagedu Palais Royal,ils'y
precipira,& commanda en même
temps à son conducteur de
mener ses miserables coursiers
le plus vîce qu'il pourroit à la
Guinguette, où estoit le Château
de la Dame dont ils alloient
briser les chaînes, & qui
leur avoit tenu la veille le discours
suivant pour lesencourager
peut-estre,si tantest qu'-
ils eussent besoin de plusde
icourlage qu'ils n'en ont. sous le Cielune personneplusmalheureuseque
tnoy*\
quellefatale étoile s'obstineà rise
ersecuter! des principes de raifok
~0* de vertu forment le premiïr
attachement de ma vie
,
sa veifk
dujour destinépourmon hjmen,
mon perside Amant m'abandonne,
je le fuis
, & le perds pour jamais
:vostremain,moncherMedor
,vientessuyer mes larmes,
alors un rayon defelicitém'enyyre
; mais à peine ay-jeeuleloisir
d'envisager le bonheur dontje
meflatte
, que la fortune qui ne
vous traite pas mieux que mcry ,
nous precipite tous deux dans l'indigence.
Un infame usurier dont
le coeur est auJJi pourry , que ses
mains sont avides
,
se presente
sous le masque de la generosité
,
pour me rendre la mElïme de ses
desirscriminels
;
il me promet de
mépouser,& mepropose en même
tems de fuïr avec tlry dans des
Pays étrangers
, poury partager
la dépoüille des gens qu'il a ruimK-
J'try son secret,il craintque
je ne l'évente
,
il m'enferme
, c- -
me soumet comme une malbeureuse
esclave à la vigilance&à
la rigueur de ses domestiques.
Puis-je vivre avec un tel homme
? ah quand il auroit tous les
tresors du monde, le scelerat seroit
encore indigne à mesyeux,
qui ne le connoissent que trop, de
la moindre de mes complaisances ;
j'ay quelques hardes cbez lui, ces
hardes consistenten une demie douzaine
d'habits, qui ,y compris
ma toilette, ne valent pas grande
chose. Au nom de Dieu , aide
moy à les arracher des mains de
ce vilain
, pour me procurer du
moins la consolation de sortir de
sa maison telle que j'étois
,
lorsquej'ysuisentrée.
A ces mots Mercure applaudit
,la rasseura,& luy promit,
avant de la quitter, tous
les secours qui dependroient
de ses heureux talents.
Le lendemain de cette harangue,
comme jevousdisois
fort bien tout à l'heure, il se
transporteaulogis de laDame,
accompagné de Medor
,
d'un
aurre amy commun , & de
son Ecuyer. Medoraussitost,
suivantl'ordre concerté, frappe
en Maistre à la porte, & redouble
les coups de marteau
pour éveiller plus promptement
le chien, le Jardinier & la
Jardiniere qui faisoient chacun
à leur tout la garde de la maison.
Ils arriverent enfin tous
trois à la porte,à demi éveillez
,
essouflez
,
épouvantez.
Medor leur cric à l'instant,
ouvrez vîte,ouvrez,on vient
d'arrêter M. Sganarelle prisonnier
, on la pris dans son lit,
sauvez Madame, les Archers
vont
vont venir dans un moment
l'enlever, & cela seroit déja
fait,si l'Exempt qui en: de nos
amis, ne nous avoit fait avertir
fous main de la visite qu'il
va lui rendre. Pendant ce Dialogue
la porte s'ouvre. Medor
s'en empare, pouren deffendre
,
a ce qu'il dit, l'entrée.
AIÓrs le Jardinier & sa femme
étourdis du malheur de leur
Maistre
,
disent d'un ton pitoyable.
Ily a longtems cjvc
nous prévoyons que cela devoit
lui arriver tôt ou tard, il n'a, le
méchant) que cequ'il merite y'&
laJustice ne perdjamais son droit.
Ilsjoignent a ces lamentations,
untas d autres mauvais
prover bes. Cependant Mercure
les prie de l'aider àployer
le bagage de la Dame, à le descendre,
& à le porter jusqu'au
carrosse,ce quils executent le
plus affectueusement
,
& le
plus diligemmentdu monde.
Cette besogne faite en tout
honneur, il donne la main à la
Dame delivrée
, ill'embarque
dans sa voiture, & la ramene
tranquillement à la Ville
,
où
ellerend tous les. jours grace
au Ciel du succés de sa dcli.,,,
vrance.
Le Lecteur qui n'est jamais
content, & qui veut toûjours
qu'on luy conte avanture sur
avanture,me demanderapeutêtre
ce que devint Sganarelle
lorsqu'on lui apprit cette corvée,
ce qu'il fit, & ce qu'il dit.
Le voici en deux mots: il fit
beaucoup d'extravagances. &;
dit quantité de sotises. Il traita
sa belle inhumaine, de cruelle,
d'ennemie, d'ingrate, il se cassa
la tête contre les murailles, il
battit ses gens, & chassale
Jar dinier,la Jardiniere
,
& le
chien.
Voila
La belleRose vint au monde
il y a environ dix-neufans,
dans une Ville que la Seinearrose
au moins autant que Paris,
Dés sa plus tendre jeunesse
elle se fit admirer par son esprit
& par sa beauté.L'éducation
que ses parents luy donnerent
a joûra tant d'éclat àses
charmes haissants, quelebruit
de ses appas se répandit bientôt
jusqu'aux environs des
lieux qui l'avoient vu naître.
Un Gentilhommevoisinde
la Ville où elle demeuroit, s'y
rendit un jour de dessein prémédité
,
attiré par le recit des
grâces & du mérité de Cette
belle fille. Illa vit, ill'aima,
& voulut s'en faire aimer. Ses
foins furent longtems mutiles,
il CI;) connut laraison,il parla
de mariage ,il fut écouté;mais
soit qu'il craignit d'engager sa
Noblesse & sa réputation en
contractant une alliance qui
pût mal à propos, lui paroître
inégale,soit qu'il eût de bonne
foy un autre but que celui
de se marier
, ou foit plustost
qu'd n'aimât pas parfaitement
une si aimable MJÎcreffc) il ne
lui eût pas plustost proposé
son mariage, qu'illuy demanda
du tems pour l'accomplir,
& la permission de lui faire (a
cour. Il étoit jeune, bien fait,
éloquent & rendre. Elle n'étoit
pas insensible;enfalloit
-
il
davantage pour la faire donner
dans tous les pieges du
monde.
L'esprit, quelque dose
qu'on en ait, deffend mal un
coeur contre les conseils de
l'amour, & la raison à beau
venir au secours de nos foiblesses
,
la feule image des plaisirs
dans un coeur tendre, coule
à fond la raison. On dispute
quelquefoisle terrain par mauvaise
humeur, & par rebellion,
mais on le cede tou jours par
reconnoissance. Enfin lorsqu'on
est aimé, & qu'on est
bien persuadé de Testre, il s'enfuit
de là qu'il faut qu'on aime.
La belle Rose enaimée,elle
en est sûre,elle aime à son tour,
cela est dans la regle; mais cette
passion se nourrit pendant six
mois dans son coeur, elle se repaîte
des plus doucesesperances
du monde, elle sent même avec
plaisir approcher le jour heureux
où son Hymen doit couronner
son amour. Il n'y a plus
qu'une nuit à passer: le lendemain
au pied des Autels, un
serment solemnel doit l'unir à
son amant. Mais pendant cette
même nuit,l'infidele qui s'est
fait sans doute, une peinture
affreuse du noeud oùil va s'engager,
prend des chevaux de
poste,& te rend à Paris. Le
saisissement, les larmes & le
desespoir sont les moindres effets
de cette horrible nouvelle.
Elle cherche dans l'esperance
de mourir, à se consoler de
son malheurextrême; mais
les jours se multiplient, &
l'amour qui ne peut s'éteindre
au moins sans le vanger,la flicte
du projet d'une vengeance
assurée.Elledissimuleadroitement
,elle revoit le monde,&
pendant quelques jours elle
affecte unecontenance siindifferente,
que sesmeilleuresamies
s'étonnent de sa legereré; mais
tous ceux qui l'éclairoient font
les dupes de sa dissimulation;
enfinelle se dérobe à ses parens
pour courir après son amant.
Elle arrive à Paris. Quelle
Ville, grand Dieu! pour une
jeune fille dont la beauté vienc
cflreTécucil des plus belles de
cette gr ande Ville Un* Auberge
Utd'abordPafyleeueîlè
cherche àse cacher Laprécaution
de ne se pas montrer; sa
rnodx stie
,
sa douleur &la fitriplicitéde
ses habits larassûrent
contre l'image des perils qu'elle
court. Cependant elle s'occupe
uniquement du foin de
trouver le traître donr elle se
voit si indignement abandonnée:
elle ne veut que le voir,
luy reprocher son horribleinfidelité,
pleurer, gemir & mourir
à ses pieds. Maiselle n'en
peut apprendre aucunes nouvelles,
on luy, dit seulement
que,d"autres lieujg qui luy sont
Ínconnu) & où elle n'a pas le
moyen.d'aller, le derobentencore
à, la tendresse de ses reproches.
Que peut-elle faire
déformais?estil quelqu'un de
mes Lecteurs qui ne tremble
maintenant pour elle?
:.
La pudeur & la vertu font
ordinairement les victimes de
l'indigence.
Je ne [ai point d'endroits
au monde où les charmes d'une
belle personne la dédommagent
gratis des frais oùses
beloinsl'engagent:Paris sur
tout
tout donne moins qu'aucune
autre Ville, de ces exemples de
generosité
,
la défiance regne
avec trop d'empire dans le
coeur de tous ses habitans : &
ce n'efl; maintenant que dans
les Romans qu'on trouve de
ces hospitalitez genereuses.
La triste Rose accablée dans
son humble retraite du poids
de son infortune, ne trouve
pas au fonds de son repentir,
de sa honte & de sa douleur,
des expedients poijr appaiser
la rigueur d'une Hôtesse impitoyable.
La sienne ne se paye
pas de ses larmes, à chaque
instant elle lui demande avec
tyrannie, une dettequ'ellene
peut alors acquitter sanscri-
me. Les mauvais conseils vien
nent au secours de la necessité.
Vous ces bien simple
,
lui
dit elle un jour, de vous allarmer
de vos besoins dans une
Ville comme celle ci
,
belle
comme vous êtes, Paris est le
seulendroit du mondeoù vous
devez vivre. La beauté y fait
toujours fortune. Lavôtreest
eblou ss ante ,& vous l'ensevelifT-
z : vôtre espritégale vôtre
beauté,&tous les deux vous
sontinutiles. Vousn'aurezpas
faitune démarchevers le monde,
que vous reconnaîtrez l'abus
où vousêtes. Vous serez
ici la maîtressede vôtre reputation
,
& l'étalage de vôtre
vertu ne recevra jamais aucune
atteinte, tant que la modestie
& la discretion qui vous
font naturelles feront les honneurs
de vostre conduite. Je
connois un galant homme sur
qui vous pouvez vous reposer
du foin de vous mettre à vôtre
aise. Il n'exigera jamais
rien de vous, je vous en réponds
, & contents de vôtre
politesse, & du plaisir de vous
voir , il fera infailliblement
toutes les avances de vôtre
fortune.Croyez-moi, ne soyez
pas assez ennemie de vous-même
, pour refuser le secours
que je vous offre. Je vous l'amenerai
ce soir, vous le verrez,
vous l'entendrez, & vous
jugerez à loisir du merite dela
conquête que je vous dessine.
On ne répond pas toujours cc
qu'on pense sur de pareilles
propositions. On a eu tout le
tems de s'examiner; mais la
pauvreté détermine, & un soupir
& un regard languissant
sont les interpretes d'un silence
qui marque que l'esprit
se prête assez à la force de ces
raisonnements.
Vers les six heures du foir
MadameAmynthe son hôtesse
introduit l'heureux Medor
dans la chambre de la belle &
timide Rose Il la saluë avec
unrespectinfini,il lui fait mille
compliments sur sateaute,
jamais rien de plus beau,rien
de plus parfait ne s'est offert à
sa vûë,& ses charmes ont un
éclat divin dont il s'enyvre. Il
est bien fait, jçune, il a de réf.
prit, dumerite, il est aimable.
Il parle,il attaque,il prenait
va bientôtséduire, enfinun
present considerable qu'il fait
à son hôtesse, & les dettes de
la belle Rose qu'il paye, determinent
Madame Amynthe
à prendre avec feu lesinterêts
d'un homme si genereux. rm-
,
Il retourne à la charge, on
l'écoute, on lui répond, on
luy promet mernc quelque
chose , peu à peu tous les obstacles
se levent
, & tout le
flatte bien-tost de l'espoir d'un
triomphe certain. Les ajustemens,
les spectacles 6cles plaisirs
font des batteries d'usage
qui font un ravage furieux
dans le coeur de cette belle fille.
L'infidele qui l'a trahie, est
à ses yeux un scelerat indigne
de la moindre des bontez qu'-
elle a euës pour lui rc'cft un
monstre rempli de tous les
vices du monde ,& Medora
toutes les belles qualitez imaginables.
Voilàde quoilaraisonla
fait convenir, & lecoeur
estenmême temps d'accord
avec la raison.
Quelques mois se passent
ainsi tres heureusement;mais
Medor a des parents fâcheux,
ils ont du bien dontilnejoüira
apparemment que lorsqu'ils
seront las d'en joüir. Cependant
il faut trouver tous les
jours les moyens de faire Cub:.
sister cette belle Amante sur
le pied oùon l'a mise. On
s'en est fait un point d'honneur
,aussi en estce un, &
l'on seraitavec raison au desespoir
d'en démordre. Mais
comment faire? le temps efl:
dur,&l'on est bien-tôt exposé
à se rencontrervis-à vis
de rien, dés qu'on est obligé
de travailler d'industrie, pour
trouver - des expediçww qui
en tretiennent des plaisirs. Le
monde ne preste pasvolontiers
son
son argent à ces sortes d'emplois.
L'usurier seul peut faire
cette affaire sur de bons gages;
c'estcequivanousarriver.
M. Sganarelle est un maître
homme en fait d'usure.
C'est un fesse Mathieu qui a
toutes les qualitez requi[cs.U11
petit abregé de sa vie, & son
portrait feront, si je ne me
trompe, une digression qui
n'aurarien d'ennu yeux.
M. Sganarelle originaire de,
jene fay quel pays, sorti du
plus bas lieu du monde,peut
avoir environ quarante ans.
Il est à peu prés comme le sot
Personnagc de l'Inconnu, grofit, grajpt, hebeté,il a la
jambeséche
, çy porte au vent. Il a été goujat
, garçon ganticr
,
Soldat, Dragon,Agioteur
,
& l'est encore. Sa chere
moitiévend des pommes dans
un coin de la terre, pendant
qu'il fait ici un fracas de diable
avec son portier,sesmeubles,
ses laquais, ses chevaux,&son
carrosse. Il a fait autant d'affaires
qu'il a voulu, Messieurs les
Juges Consuls lui en font autant
qu'ils peuvent. Il a des
dettes par dessus la tête
,
& il
se propose incessamment le
voyage d'outre-mer.
-
Medor qui connaissait malheureusement
M. Sganarelle,
jetta les yeux sur lui pour en
tirer quelques secours dans le
besoin pressant où il se trouvoit:
illui en parla en homme
qui craint plus que la mort,
de perdre ce qu'il aime. Montrezmoy,
lui dit il
,
le jour
qu'il luy fit sa proposition,
montrez moy cette belle personne.
Je veux vous donner à
souper à tous les deux:Nous
conviendrons ensuite de nos
fait<;. Medor n'eût pas de peine
à engager la belle Rose à acceprer
cette partie, où ils devoient
de concert pouffer une
botte vigoureuse à M. Sganarelle.
lis se rendirent chez luy à
l'heure du Couper, ils y furent
reçus & regalez à merveille;
il en coura encore plus cher à
leur Hôte qu'il ne le croyoit
luy même; il devint pendant
ce repas éperduëment amoureux.
Il annonça ses grands
biens au nouvel objet de ses
voeux, il luy en6c îjn. ample
détail, & luy en promit sa
bonne part, on l'écouta pour
raison, & pour raison on s'en
mocqua.
Le lendemain l'impatience
le prit,ilenvoyainviterMcdor
à diner chez luy, dés qu'il y
fut, il lepria d'y souper le Wême
jour avec sa Maitresse
Medor y consentit, après s être
reposé sur elle & sur sa prudence
dres interets de son
araou,r,:,
Avant le souper Sganarelle
trouva l'occasion de profiter
ïPurttêteàtêreavccl'aimable
Rose. Ill'entretintallez long,
temps du pouvoir souverain
de ses charmes,illuy compta
en véritable agioteur, le chcmin
que Ces yeux avoient fait
sur son coeur, il luy proposa
d'accepter une jolie maison
bien meublée à la porte de la
Ville, illuy offii^,une cuisiniere,
un équipagemagnifique
& des valets ;enfin illuy promit
de l'épouser, si elle vouloit
y consentir
,
&renoncer
pour l'amour de lui à soncher
Medor. Elle luy dit qu'elle seroit
Ces réflexions sur sa proposition
,
& que dans deux
jours ellelui en rendroit réponse.
Elle vouloit avant de
s'embarquer avec un tel homme,
con sul ter là dessusson
Amant; c'était bien la moindre
chose. Elle lui conta toutes
les circonstances de la declaration
deSganarelle. La proposition
leur parut avantageuse,
ilsy toperent:d'ailleurs ils
s'aimoient; mais ils n'avoient
nil'un ni l'autre, le moyen de
s'aimer, sans s'exposer à s'accabler
de dettes.
Deuxjoursaprès Sganarelle
allarendre vifiîe à sa charmante
Rôle: il lui jura qu'il étoit
toûjours dans les mêmes sentimencs
qu'il luy avoit marquez
,& lui protesta de n'ai:.
mer qu'elle le reste de sa vie.
Leurs conventions faites, & la
promesse de mariage donnée,
il l'emmena dans son carrosse à
sa maison de Campagne, où il
ordonna d'abord à tous ses
domestiques de la reconnoistre
& de la servir comme leur
Maitresse. Il l'instalaainsi avec
ceremonie dans son nouveau
domicile, mais elle n'y eut pas
resté huit jours qu'elle sentit
qu'elle estoit dans une belle
prison. Elle prit cependant
patience dans l'esperance de
voir les choses changer bientost
de face, & comptant sur
la parole de son furur époux.
Mais loin des'appercevoir des
effetsde ses belles promesses,
elle vit tous les jours augmenter
sa captivité. Alors elle écrivit
secretement à son cher
Medor,ellel'appella à son secours,
& le pria de la maniere
du monde la plus forte& la
plus tendre de la délivrer du
cruel esclavage où l'enchaînoit
ce vilain fesse Mathieu.
Medor plus amoureuxque
jamais, s'offrit à la fcrvir à son
gré. Il n'avoitrenoncé à la
voir, que parce qu'il avoit senti
la necessité où il eftoïc de
sacrifier son amour aux interefts
de sa Maistresse. Mais
cette raiton n'ayant plus de
lieu, il éclata en mut mures, en
injures, & forma mille projets
de vengeance contre Sganarelle
,
qu'heureusement une
douzaine de Sentences des
Consuls retenoit précieusement
dans sa Maison de Ville.
Il fut trouver Mercure qui en
son ami, illuy confia ses fôins,-
son amour, & sa douleur, il
le pria de se mesler de ses affaires,
de l'assister de ses conseils,
& de l'aider à tirer sa
màiflreffe des mains de son
indigne rival. Mercure qui ca
aussifertile en expedients & en
raifonncments qu'il luy convient
de l'estre, luy proposa
d'abord tous les moyens qui se
presenterent à son imaginanon
;enfin ils resolurent avant
de se separer, de s'y prendre
de la façon que vous allez lire.
Un Lundy 15. de ce mois,
Mercure se rendit chezMedor,
au lever de l'aurore, un tiers
de ses amis & son Ecuyer furent
de la partie, il fit à l'imftant
atteler un char chez un
loüeur de Carrosses dans le
voisinagedu Palais Royal,ils'y
precipira,& commanda en même
temps à son conducteur de
mener ses miserables coursiers
le plus vîce qu'il pourroit à la
Guinguette, où estoit le Château
de la Dame dont ils alloient
briser les chaînes, & qui
leur avoit tenu la veille le discours
suivant pour lesencourager
peut-estre,si tantest qu'-
ils eussent besoin de plusde
icourlage qu'ils n'en ont. sous le Cielune personneplusmalheureuseque
tnoy*\
quellefatale étoile s'obstineà rise
ersecuter! des principes de raifok
~0* de vertu forment le premiïr
attachement de ma vie
,
sa veifk
dujour destinépourmon hjmen,
mon perside Amant m'abandonne,
je le fuis
, & le perds pour jamais
:vostremain,moncherMedor
,vientessuyer mes larmes,
alors un rayon defelicitém'enyyre
; mais à peine ay-jeeuleloisir
d'envisager le bonheur dontje
meflatte
, que la fortune qui ne
vous traite pas mieux que mcry ,
nous precipite tous deux dans l'indigence.
Un infame usurier dont
le coeur est auJJi pourry , que ses
mains sont avides
,
se presente
sous le masque de la generosité
,
pour me rendre la mElïme de ses
desirscriminels
;
il me promet de
mépouser,& mepropose en même
tems de fuïr avec tlry dans des
Pays étrangers
, poury partager
la dépoüille des gens qu'il a ruimK-
J'try son secret,il craintque
je ne l'évente
,
il m'enferme
, c- -
me soumet comme une malbeureuse
esclave à la vigilance&à
la rigueur de ses domestiques.
Puis-je vivre avec un tel homme
? ah quand il auroit tous les
tresors du monde, le scelerat seroit
encore indigne à mesyeux,
qui ne le connoissent que trop, de
la moindre de mes complaisances ;
j'ay quelques hardes cbez lui, ces
hardes consistenten une demie douzaine
d'habits, qui ,y compris
ma toilette, ne valent pas grande
chose. Au nom de Dieu , aide
moy à les arracher des mains de
ce vilain
, pour me procurer du
moins la consolation de sortir de
sa maison telle que j'étois
,
lorsquej'ysuisentrée.
A ces mots Mercure applaudit
,la rasseura,& luy promit,
avant de la quitter, tous
les secours qui dependroient
de ses heureux talents.
Le lendemain de cette harangue,
comme jevousdisois
fort bien tout à l'heure, il se
transporteaulogis de laDame,
accompagné de Medor
,
d'un
aurre amy commun , & de
son Ecuyer. Medoraussitost,
suivantl'ordre concerté, frappe
en Maistre à la porte, & redouble
les coups de marteau
pour éveiller plus promptement
le chien, le Jardinier & la
Jardiniere qui faisoient chacun
à leur tout la garde de la maison.
Ils arriverent enfin tous
trois à la porte,à demi éveillez
,
essouflez
,
épouvantez.
Medor leur cric à l'instant,
ouvrez vîte,ouvrez,on vient
d'arrêter M. Sganarelle prisonnier
, on la pris dans son lit,
sauvez Madame, les Archers
vont
vont venir dans un moment
l'enlever, & cela seroit déja
fait,si l'Exempt qui en: de nos
amis, ne nous avoit fait avertir
fous main de la visite qu'il
va lui rendre. Pendant ce Dialogue
la porte s'ouvre. Medor
s'en empare, pouren deffendre
,
a ce qu'il dit, l'entrée.
AIÓrs le Jardinier & sa femme
étourdis du malheur de leur
Maistre
,
disent d'un ton pitoyable.
Ily a longtems cjvc
nous prévoyons que cela devoit
lui arriver tôt ou tard, il n'a, le
méchant) que cequ'il merite y'&
laJustice ne perdjamais son droit.
Ilsjoignent a ces lamentations,
untas d autres mauvais
prover bes. Cependant Mercure
les prie de l'aider àployer
le bagage de la Dame, à le descendre,
& à le porter jusqu'au
carrosse,ce quils executent le
plus affectueusement
,
& le
plus diligemmentdu monde.
Cette besogne faite en tout
honneur, il donne la main à la
Dame delivrée
, ill'embarque
dans sa voiture, & la ramene
tranquillement à la Ville
,
où
ellerend tous les. jours grace
au Ciel du succés de sa dcli.,,,
vrance.
Le Lecteur qui n'est jamais
content, & qui veut toûjours
qu'on luy conte avanture sur
avanture,me demanderapeutêtre
ce que devint Sganarelle
lorsqu'on lui apprit cette corvée,
ce qu'il fit, & ce qu'il dit.
Le voici en deux mots: il fit
beaucoup d'extravagances. &;
dit quantité de sotises. Il traita
sa belle inhumaine, de cruelle,
d'ennemie, d'ingrate, il se cassa
la tête contre les murailles, il
battit ses gens, & chassale
Jar dinier,la Jardiniere
,
& le
chien.
Voila
Fermer
41
p. 301-303
SONNET en Bouts-rimez.
Début :
Il me reste encore deux Sonnets en Bouts rimez à vous / D'Iris & d'un flacon j'aime fort l' . attelage, [...]
Mots clefs :
Amour, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en Bouts-rimez.
Il me reste encore deux Sonnets
en Bouts rimez à vous
donner, & de nouveauxBoutsrimezà
vous propofcr
,
&
çcfttout.
SONNET
en Bouts-rimez.
D'Iris & d'unflacon j'aime fort
l' attelage,
Avec eux je me Vis des Leçons d'un
Parrain,
Leur commerce me rend le visage
ferain
Et tout plaisirsanseuxn'estqu'un plaisir volage.
J'offrirois volontiers toutmes biens
A» pillage,
pour pouvoir tour à tour Illmtr
boiresans frain;
Le bon vin pour lril meprovoque
au refrain,
Jguand je bois avec elle à l'ombre
d'un feuillage.
Foin detoy beuveur d'eau qui n'aime1114n
brin
ftepenstoysi tuveuxjusqu'a te
jTendrrI/N crlé1 S'ilt'arrive jamaiscCètr*fetfibU,
v -tcndre.
Four moy sans t'imiter firay tob*
jours mon train,
Etj'aimerais bien mieux être Loup,
chien marin,
za-e Bacchus ou l'Amourpût sans
verd me surpendre.
F. T. D. M.
en Bouts rimez à vous
donner, & de nouveauxBoutsrimezà
vous propofcr
,
&
çcfttout.
SONNET
en Bouts-rimez.
D'Iris & d'unflacon j'aime fort
l' attelage,
Avec eux je me Vis des Leçons d'un
Parrain,
Leur commerce me rend le visage
ferain
Et tout plaisirsanseuxn'estqu'un plaisir volage.
J'offrirois volontiers toutmes biens
A» pillage,
pour pouvoir tour à tour Illmtr
boiresans frain;
Le bon vin pour lril meprovoque
au refrain,
Jguand je bois avec elle à l'ombre
d'un feuillage.
Foin detoy beuveur d'eau qui n'aime1114n
brin
ftepenstoysi tuveuxjusqu'a te
jTendrrI/N crlé1 S'ilt'arrive jamaiscCètr*fetfibU,
v -tcndre.
Four moy sans t'imiter firay tob*
jours mon train,
Etj'aimerais bien mieux être Loup,
chien marin,
za-e Bacchus ou l'Amourpût sans
verd me surpendre.
F. T. D. M.
Fermer
42
p. 54-55
PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
Début :
Amour, tu m'a trompé; je crû de bonne foy, [...]
Mots clefs :
Amour, Charmes, Coeur, Rebelle, Belle, Plaisir, Mépris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
PLAINTE A L'AMOUR ,
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
Fermer
43
p. 151
CHANSON.
Début :
Papillon, que dans ce Bocage [...]
Mots clefs :
Plaisir, Humeur, Captivité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Papillon , qui dans ce Bocage
Inconftant autant qu'amoureux
Four chaque fleur formes des voeux ,
J'admire ton humeur volage
Mais à ta folle liberté
Mon coeur ne porte point d'envie :
Non non , de ma captivite
Je fais lesplaifirs de ma vie.
Papillon , qui dans ce Bocage
Inconftant autant qu'amoureux
Four chaque fleur formes des voeux ,
J'admire ton humeur volage
Mais à ta folle liberté
Mon coeur ne porte point d'envie :
Non non , de ma captivite
Je fais lesplaifirs de ma vie.
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44
p. 1403-1409
LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
Début :
J'Avois déja lû d'une fois, Mademoiselle, la Lettre sur les bons Mots, / Quoique j'aye un très-petit corps, [...]
Mots clefs :
Clef, Bons mots, Mademoiselle , Plaisir, Sujet, Madame, Princesse, Agrément, Conversations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Monsieur *** écrite à Mademoiselle de *** au sujet de la Lettre sur les bons Mots. / ENIGME.
LETTRE de Monfieur *** écrite à
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Mademoiſelle de *** au fujet de la
Lettre fur les bons Mots.
J
'Avois déja lû plus d'une fois , Mademoiselle
, la Lettre fur les bons Mots,
inferée dans le Mercure du mols d'Avril
dernier , lorfque Madame la Marquife
de la S✶✶ dont le merite & les talens de
l'efprit égalent les avantages de la naiſfance
, me dit que vous en étes l'Autrice.
Cette illuftre Dame ne m'a , pour
2. vol. E v Ainfi
1404 MERCURE DE FRANCE .
ainfi dire , rien appris de nouveau , elle
n'a fait au contraire que me confirmer
dans les preffentimens où j'étois déja ;
car fans trop faire le devin , j'y avois reconnu
votre capacité , quelque peine que
vous euffiez prife de la cacher : le ftile aifé
& coulant avec lequel elle est écrite ,
ne m'avoit preſque laiffé aucun ſujet de
douter , que cette Lettre ne fut fortie de
votre plume. Sans être tout-à- fait affeuré
d'où elle partoit , je l'ai lûë avec plaifir ;
elle m'a diverti extrêmement , & je fuis
perfuadé que beaucoup de perfonnes auront
eu le même agrément que moi , tant
vous fçavez donner le bon tour , & l'affaifonnement
, pour ainsi dire , aux chofes
les plus communes.
Qui , Mademoiselle , il eft permis ,
comme vous l'avez fi judicieuſement remarqué
, pendant certains momens de
loifir , & furtout pendant le repas , de fe
donner carriere dans la converfation .
Nous voyons que les Anciens introduifoient
dans leurs feftins des gens dont
l'emploi étoit de dire fans préparation
des chofes plaifantes , pour réjouir les
Convives ; c'eſt ce que nous voyons particulierement
dans le banquet de Xenophon.
Il eft neceffaire d'interrompre fes
Occupations ferieufes , ce qui ne ſe fait
pas à plufieurs reprifes , dit un Anteur ,
2. vol. ge
JUIN. 1726. 1405
ne peut durer , le repos foulage le corps ,
lui redonne des forces , & en ceci , je
ne fçaurois être du fentiment de M. Pafcal
, qui dit dans le Recueil de fes penfées
, Difeurs de bons mots , mauvais caracteres.
Les bons Mots d'un certain genre ,
font au contraire agréables , ils font utiles
, ils font même , fi je l'ofe dire , neceffaires.
Les regles que vous donnez
pour paroître dans les converfations
font très-judicieufes , & très - loüables',
& je ne doute nullement que quiconque
les mettra en pratique , ne s'attire , comme
vous le dites , l'eftime & la confi
deration de tout le monde .
Nous avons plufieurs exemples dans
l'antiquité , que les bons Mots ont toujours
fait l'agrément des converfations,
& qu'on s'eft fait un plaifir de les recueillir
dans tous les temps , chez les Na
tions policées , & c. Les Grecs & les
Romains ont témoigné le cas qu'ils en
faifoient , par le foin qu'ils ont eu de
les ramaffer , & de les citer dans leurs
écrits . Plutarque , l'an des meilleurs
Hiftoriens de l'Antiquité , eft fort exact
à rapporter tous ceux des Hommes ' illuftres
dont il a écrit les vies. Ce font
comme autant de fleurs qu'il répand fur
leurs tombeaux , & qui font l'un des
2. vol. E vi prin
2
1405 MERCURE DE FRANCE.
principaux ornemens de fon Ouvrage
Diogene Laerce , qui a écrit la vie des
Philofophes , l'a imité en cela , & tout
le monde convient que le petit Recueil
que nous a laiffé Valere Maxime , approche
affez de ce deffein .
C
Rien donc n'eft plus propre que les
bons Mots , à faire connoître le genie &
le caractere des perfonnes ; on y remarque
la vivacité , la fubtilité , & même
la naïveté de leur efprit. En voici quelques
exemples .
:
›
Le frere de Ciceron , interrogé par
Philippe pourquoi il aboyoit , c'eft ,
répondit- il , parce que je vois un larron.
Comme on bâtifloit la façade du
Palais , où fe tient le Parlement de ....
un Payfan étoit attentif à regarder travailler
Un Procureur , qui s'en alloit
au Palais avec quantité de facs à la main,
s'approcha de lui , & lui dit en raillant:
Compere , je parie que vous ne comprenez
pas ce que c'eft que ce lieu où l'on
bâtit. Non , Monfieur , je voudrais vous
le demander : c'eft un Moulin , répon
dit le Procureur ; vous avez raifon , repliqui
le Manant , en le regardant , car
je vois que les Afnes y portent des
facs..
En voici un autre d'une grande naïveté
. Une Dame pallant fur un Pont
2. vol.
allez
JUIN. 1726. 1407
affez large , pour qu'il n'y eut point de
danger , demanda à un Payfan , pourquoi
on n'y avoit pas mis de garde - fous :
hé , Madame , répondit le Payfan , on ne
fçavoit pas que vous deviez y paffer.
Je ne m'apperçois pas , qu'infenfiblement
je m'éloigne de mon fujet , & que
ma Lettre , par laquelle j'ai feulement
prétendu vous marquer , Mademoiſelle,
le plaifir que j'ai reifenti à la lecture de
la votre,commence à devenir longue, vous
n'avez rien laiffé à defirer fur ce fujet ;
vous avez fort bien fait connoître l'agrément
& l'utilité qu'on pouvoit retirer
des bons Mots . Ainfi, je ne doute point ,
qu'on ne fe faffe un plaifir d'en envoyer
aux Auteurs du Mercure , & qu'ils ne
s'en fallent un eux- mêmes , de les inferer
dans leur Journal . Tout ce que je
- pourrois donc dire à prefent fur ce fujet
feroit fuperflu. Je vais cependant encore
joindre ici quelques bons Mots .
Lorfque M. l'Abbé D *** , dont les
connoiffances font fort bornées , eût été
choisi pour être Bibliothecaire de ... la
nouvelle en étant venue dans une Compagnie
, où il y avoit plufieurs Dames ,
une d'entre- ellesdit , que c'étoit lui confier
un tréfor , auquel il ne toucheroit
point. Une autre perfonne ajoûta , avec
autant de fpiritualité , que c'étoit un Ser-
2. vol. rail
1408 MERCUR DEE FRANCE.
rail que l'on donnoit à garder à un Eunuque
.
On a dit de Mademoiſelle *** qui
avoit le teint plus que bafané , & qui
portoit un habit vert , que c'étoit une
Corneille dans un Pré.
Le Marquis de .... fort connu à la
Cour par fes faillies agréables , & par
fes plaifanteries ingenieuſes , paria un
jour contre quelques Courtifans , qu'en
donnant la main à une grande Princeffe,
dont il avoit l'honneur d'être Ecuyer , il
la lui ferreroit fi fort , qu'elle feroit obligée
de crier , ou de fe plaindre tout haut.
En effet , en menant un jour la Princeffe
à la Meffe , il lui ferra fi fort les
doigts , qu'elle cria fort haut : ab ! vous
me bleffez. Alors le Marquis , fans s'émouvoir
, fe tourna du côté des parieurs,
qui fuivoient ; & élevant fa voix , leur
dit , Melkers , vous l'avez entendu,
Meffieurs
cela fuffit. Qu'est - ce que cela veut dire,
demanda da Princeffe ? Je vous demande
pardon , Madame , répondit le Marquis
, mais vous venez de me faire gagner
cent pistoles. La Princeffe ayant
voulu fçavoir comment , ne put s'empê
cher d'en rire beaucoup : mais , dit- elle,
vous avez tort , car vous n'aviez qu'à
m'avertir de votre gageure , & fans être
obligé de me faire du mal , j'aurois crié ,
•
2. vol.
S
JUIN. 1726. 1409
& vous auriez également gagné . Non ,
Madame , reprit l'Ecuyer , je n'aurois
pas gagné de bon jeu , & en confcience
j'aurois été obligé à reftitution .
Mais comme je crains fort de vous énnuyer
, Mademoiſelle , je fuivrai le précepte
des gens qui fçavent leur monde.
Je vais finir. Vous avez cependant tellement
paru prendre plaifir aux Enigmes
, que je ne puis m'empêcher de vous
en envoyer une , que je prends la liberté
de vous propofer , vous priant de m'en
dite votre fentiment ; je le fais d'autant
plus volontiers , qu'elle me paroît telle
que vous me les demandiez autrefois ,
quand j'avois le bonheur d'être à portée
de profiter de vos converfations .
ENIGME.
Quoique j'aye un très- petit corps ,
Il ne faut pas qu'on y régarde ,
Pourvû que mon Maître me garde ,
Je garde bien tous les trefors.
Je n'ai plus qu'à vous affeurer , qu'on
ne peut être avec plus d'eftime & de
refpect que moi , Mademoiſelle , votre
très-humble , & obéïffant , & c.
~A Renancourt le 15. Mai 1726.
Fermer
45
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
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Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 2685
Question proposée.
Début :
On demande si l'on peut trouver du plaisir dans quelque chose qu'on n'entend [...]
Mots clefs :
Plaisir, Question
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texteReconnaissance textuelle : Question proposée.
Question proposée.
On demande fi l'on peut trouver dur
plaifir dans quelque chofe qu'on n'entend
pas , & pour l'intelligence de laquelle
on n'a pas les difpofitions néceffaires : Par
exemple , on voit des gens qui fans fçavo'r
aucune des regles de l'harmonie, affu
rent qu'ils ont beaucoup de plaifir à entendre
un beau Concert d'Inftrumens ;
onveut fçavoir fi c'eft de la Mufique qu'ils
ignorent , ou des fons dont leur oreille eft
frappée , que réfulte leur plaifir .
On aime à entendre chanter une perfonne
qui a une belle voix , quoiqu'on
ne s'y connoiffe point : eft- ce la Mufique
qui plaît à l'auditeur ignorant ou la
beauté de la voix ?
I. Vol On
2686 MERCURE DE FRANCE
On nous a demandé une déciſion fur
cela ; mais nous avons crû qu'il vaudroit
mieux que nous ne fuffions que les échos
des divers fentimens du public. De fi
agréables Differtations font tout-à- fait du
reffort du Mercure.
On demande fi l'on peut trouver dur
plaifir dans quelque chofe qu'on n'entend
pas , & pour l'intelligence de laquelle
on n'a pas les difpofitions néceffaires : Par
exemple , on voit des gens qui fans fçavo'r
aucune des regles de l'harmonie, affu
rent qu'ils ont beaucoup de plaifir à entendre
un beau Concert d'Inftrumens ;
onveut fçavoir fi c'eft de la Mufique qu'ils
ignorent , ou des fons dont leur oreille eft
frappée , que réfulte leur plaifir .
On aime à entendre chanter une perfonne
qui a une belle voix , quoiqu'on
ne s'y connoiffe point : eft- ce la Mufique
qui plaît à l'auditeur ignorant ou la
beauté de la voix ?
I. Vol On
2686 MERCURE DE FRANCE
On nous a demandé une déciſion fur
cela ; mais nous avons crû qu'il vaudroit
mieux que nous ne fuffions que les échos
des divers fentimens du public. De fi
agréables Differtations font tout-à- fait du
reffort du Mercure.
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Résumé : Question proposée.
Le texte explore si l'on peut apprécier la musique sans en comprendre les règles. Par exemple, des personnes ignorantes des règles de l'harmonie peuvent jouir d'un concert. La question est de savoir si le plaisir vient de la musique ou des sons perçus. Le texte encourage les discussions sur ce sujet, considérées comme bénéfiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 766
CHANSON,
Début :
Depuis longtemps votre absence, [...]
Mots clefs :
Absence, Amour, Extrême, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON,
CHANSON,
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
Depuis long - temps votre absence ,
Me fait languir nuit et jour ,
Mais votre aimable presence ,
Récompense mon amour.
Si ma peine fut extrême ,
C'est un songe en ce moment.
Quand on revoit ce qu'on aime ,
Le plaisir est plus charmant.
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48
p. 1275-1279
LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Début :
Je reprends aujourd'hui la Lire [...]
Mots clefs :
Lyre, Vers, Plaisir, Volupté sauvage, Chrétien, Léthargie, Allégresse, Volupté paisible, Sages désirs, Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
LE PLAISIR EPURE.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
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Résumé : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Le texte 'Le Plaisir Epuré' célèbre les bienfaits du plaisir sur l'âme et le cœur. L'auteur, guidé par une ardeur juvénile, distingue les voluptés sauvages, condamnées par Épicure, des douceurs du plaisir chrétien, qui élèvent l'âme et régulent le cœur. Le plaisir est présenté comme une force vitale apportant joie, allégresse et une ivresse séduisante. Il dissipe les ombres des nuits sombres et permet de jouir d'une lumière pure. Le plaisir est aussi un remède contre les ennuis et les maux, préparant le cœur à de nouveaux transports et renforçant les liens d'amitié et de société. L'auteur évoque des moments de réflexion solitaire dans la nature, où il conserve son innocence, ainsi que des moments de convivialité en société. Il conclut en soulignant que le plaisir charme la vie et inspire des désirs sages, tout en étant conscient de la brièveté de l'existence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 2179-2190
Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES de M. Charles Riviere du Fresni. A Paris, rue St. Jacques, chez [...]
Mots clefs :
Théâtre, Musique, Jardinage, Plaisir, Volupté, Libertinage, Peinture, Sculpture, Chansons, Imagination, Charles Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
OEUVRES de M, Charles Riviere d
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
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Résumé : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Le texte présente les œuvres de Charles Riviere Dufreny, publiées à Paris en 1731. L'ouvrage se compose de six volumes in-12, reliés, et inclut un portrait de l'auteur gravé par François Jollain d'après un tableau de Charles Coypel. Dufreny est décrit comme un homme à l'imagination vive et aux idées singulières, favori du roi Louis XIV, qui lui accorda de nombreux bienfaits. Il avait un goût prononcé pour les arts, notamment la peinture, la sculpture, l'architecture et le jardinage. Bien qu'il n'ait jamais reçu de formation formelle, Dufreny possédait un talent naturel pour la musique et le dessin. Ses chansons et compositions musicales étaient très appréciées. En jardinage, Dufreny préférait les terrains irréguliers et inégaux, créant des jardins variés et pittoresques. Louis XIV lui confia des projets pour les jardins de Versailles et lui accorda des privilèges, comme celui de contrôler les jardins royaux et d'établir une manufacture de grandes glaces. Cependant, Dufreny vendit ce privilège pour satisfaire ses caprices. Il se consacra ensuite au théâtre, écrivant des pièces pour la Comédie Italienne et la Comédie Française. Ses œuvres théâtrales étaient caractérisées par des scènes détachées et un comique subtil. Dufreny fut marié deux fois et eut des enfants de son premier mariage. À sa mort en 1724, il demanda que ses œuvres soient brûlées, mais certaines furent sauvées et publiées. Le texte liste également plusieurs de ses œuvres littéraires, telles que 'Le Puits de la Vérité. Histoire Gauloise', 'Parallèle d'Homère et de Rabelais', 'Réflexions sur la Tragédie de Rhadamiste et Zénobie', et 'Réponse Apologétique de l'Auteur du Mercure Galant, au Mercure de Trévoux'. Un sixième volume contient diverses œuvres de Dufreny, totalisant 300 pages sans compter les chansons notées. Une de ses œuvres est particulièrement excellente et connue, traduite dans toutes les langues d'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 2352-2353
L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
Début :
Le Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour [...]
Mots clefs :
Amour, Intérêt, Plaisir, Utile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
L'AMOUR ET L'INTERET.
LE
FABLE.
E Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour
Chez certain Partisan se trouverent un jour
L'aventure étoit rare ; un même domicile
ጉ
Par
OCTOBRE 1731 2353
Par eux n'étoit pas habité ,
Chacun alloit de son côté ,
L'un au plaisir , l'autre à l'utile ;
Voici , dit l'interêt , un Enfant bien nipé ;
Beaux traits dorez , Carquois d'Ebene ,
La dupe paroît bonne , et je suis bien trompé
Si je n'en tire quelque Aubeine :
Veux-tu jouer , fils de Cypris?
J'ay des Bijoux à ton usage ,
Pour de l'argent prêté , je les reçûs en gage ,
Bracelets de Cheveux , entourez de Rubis ,
Bagues de sentimens qui couvrent un mystere¿
C'est un Tresor ! à qui le dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le Prix de ces Bijoux ,,
Le Tarif en est à. Cithere ,
Ca , jouons ; masse un trait ; Paroli ; masse trois
Va le reste de mon Carquois.
Facilement Amour se picque :
Son Joueur , habile Narquois ,.
A bien- tot raflé la boutique.
L'Enfant dévalisé s'envolle au fond des bois ,
Cacher sa défaite et ses larmes :
Son Empire est soumis à de nouvelles loix ,
L'Interêt regne seul , et dispose des armes
Dont l'Amour usoit autrefois..
LE
FABLE.
E Dieu de l'Interêt et le Dieu de l'Amour
Chez certain Partisan se trouverent un jour
L'aventure étoit rare ; un même domicile
ጉ
Par
OCTOBRE 1731 2353
Par eux n'étoit pas habité ,
Chacun alloit de son côté ,
L'un au plaisir , l'autre à l'utile ;
Voici , dit l'interêt , un Enfant bien nipé ;
Beaux traits dorez , Carquois d'Ebene ,
La dupe paroît bonne , et je suis bien trompé
Si je n'en tire quelque Aubeine :
Veux-tu jouer , fils de Cypris?
J'ay des Bijoux à ton usage ,
Pour de l'argent prêté , je les reçûs en gage ,
Bracelets de Cheveux , entourez de Rubis ,
Bagues de sentimens qui couvrent un mystere¿
C'est un Tresor ! à qui le dites- vous ?
Je connois , dit l'Amour , le Prix de ces Bijoux ,,
Le Tarif en est à. Cithere ,
Ca , jouons ; masse un trait ; Paroli ; masse trois
Va le reste de mon Carquois.
Facilement Amour se picque :
Son Joueur , habile Narquois ,.
A bien- tot raflé la boutique.
L'Enfant dévalisé s'envolle au fond des bois ,
Cacher sa défaite et ses larmes :
Son Empire est soumis à de nouvelles loix ,
L'Interêt regne seul , et dispose des armes
Dont l'Amour usoit autrefois..
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Résumé : L'AMOUR ET L'INTÉRÊT. FABLE.
Le texte 'L'Amour et l'Intérêt' relate une rencontre entre les dieux de l'Amour et de l'Intérêt chez un partisan. L'Amour cherche le plaisir, tandis que l'Intérêt vise l'utile. Ce dernier observe un enfant bien vêtu et portant des bijoux précieux, y voyant une opportunité de profit. Il propose à l'Amour de jouer avec ces bijoux en gage. L'Amour, conscient de leur valeur, accepte mais perd rapidement. L'enfant, dépossédé, s'enfuit dans les bois pour cacher sa défaite. Cette aventure marque un changement de pouvoir, où l'Intérêt prend le contrôle des armes autrefois utilisées par l'Amour, établissant ainsi sa domination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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