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1
p. 283-287
Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Début :
Quand ils allerent à la Comedie Italienne, & qu'on [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Interprète, Paris, Roi, France, Portugais, Compliment italien, Giovanni Veneroni
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Quand ils allerent à la
Comedie Italienne , &
qu'on leur voulut faire :
remarquer la Salle qui eft
tres-belle , ils dirent qu'el
le estoit à Paris es que cela
Suffifoit , Paris eftant ca
pable de produire tout ce
qu'on peut s'imaginer de
plus beau. Voicy à peu prés
le fujet du Compliments
Italien que leur fit M
Aaij
284 Voyage des Amb.
Cinthio . Il dit , Que c'étorent
de ſages & illustres
Minſtres , qui portoient
imprimée ſur leurfront la
grandeurde leur Roy , qu'ils
eftoient venus en France du
ford des Indes pour nous
découvrir les merveilles de
IAfie , que leur Royaume
eftoit divſé en onze Provinces
qu'onpouvoit appeller
autant de Royaumes, &
que tout estoit d'unfi grand
exemple dans le Gouvernement
de Siam , que si les
de Siam. 285
Ecoles de la Prudence &
de la Politique estoient neceffaires
en France , ils
pourroient en donner les
premiers enfeignemens ; à
quoy il ajouta , qu'il les
prioit defouffrirqu' au nom
de toute la Troupe , il leur
rend ft graces de l'honneur
qu'il leur avoit plû de faire
à leur Theatre , cơ quà
leurretour à Siam ils daignaſſont
dire à leur Souverain
Seigneur , que les Nations
les plus éloignées don
286 Voyage des Amb.
nent un tribut de loüanges
àſa grandeur, 5 reverent
fa Puiſſance , d'autant
plus confiderable qu'elle a
merité l'estime de noftre
Monarque , toûjours Invincible
LOUIS XIV. 5.
que cependant ils attendroient
d'eux de nouveaux
ordres ponr leur donner de
nouvelles marques de leur
zele & de leur obeiffance.
CeCompliment fut interpreté
en François parM
Veneroni , Interprete du
de Siam. 287
Roy en Langue Italienne,
qui parle Portugais auffibien
que l'Interprete des
Ambaffadeurs qui eft né à
Siam , & Fils d'un Portugais
qui s'y eft habitué.
Comedie Italienne , &
qu'on leur voulut faire :
remarquer la Salle qui eft
tres-belle , ils dirent qu'el
le estoit à Paris es que cela
Suffifoit , Paris eftant ca
pable de produire tout ce
qu'on peut s'imaginer de
plus beau. Voicy à peu prés
le fujet du Compliments
Italien que leur fit M
Aaij
284 Voyage des Amb.
Cinthio . Il dit , Que c'étorent
de ſages & illustres
Minſtres , qui portoient
imprimée ſur leurfront la
grandeurde leur Roy , qu'ils
eftoient venus en France du
ford des Indes pour nous
découvrir les merveilles de
IAfie , que leur Royaume
eftoit divſé en onze Provinces
qu'onpouvoit appeller
autant de Royaumes, &
que tout estoit d'unfi grand
exemple dans le Gouvernement
de Siam , que si les
de Siam. 285
Ecoles de la Prudence &
de la Politique estoient neceffaires
en France , ils
pourroient en donner les
premiers enfeignemens ; à
quoy il ajouta , qu'il les
prioit defouffrirqu' au nom
de toute la Troupe , il leur
rend ft graces de l'honneur
qu'il leur avoit plû de faire
à leur Theatre , cơ quà
leurretour à Siam ils daignaſſont
dire à leur Souverain
Seigneur , que les Nations
les plus éloignées don
286 Voyage des Amb.
nent un tribut de loüanges
àſa grandeur, 5 reverent
fa Puiſſance , d'autant
plus confiderable qu'elle a
merité l'estime de noftre
Monarque , toûjours Invincible
LOUIS XIV. 5.
que cependant ils attendroient
d'eux de nouveaux
ordres ponr leur donner de
nouvelles marques de leur
zele & de leur obeiffance.
CeCompliment fut interpreté
en François parM
Veneroni , Interprete du
de Siam. 287
Roy en Langue Italienne,
qui parle Portugais auffibien
que l'Interprete des
Ambaffadeurs qui eft né à
Siam , & Fils d'un Portugais
qui s'y eft habitué.
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Résumé : Ce qui s'est passé à la Comedie Italienne la premiere fois qu'ils ont esté à ce Theatre. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs visitèrent la Comédie Italienne et admirèrent sa beauté, la comparant aux salles parisiennes. M. Aaij, représentant, les qualifia de sages et illustres ministres, soulignant la grandeur de leur roi. Il mentionna leur voyage depuis les Indes pour découvrir les merveilles de l'Asie et décrivit leur royaume, divisé en onze provinces ou royaumes, gouverné avec sagesse. M. Aaij exprima l'admiration pour leur gouvernement et demanda aux ambassadeurs de transmettre leurs louanges au souverain de Siam, Louis XIV. Le compliment fut interprété en français par M. Veneroni, interprète du roi en langue italienne et portugais, et par l'interprète des ambassadeurs, né à Siam et fils d'un Portugais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 133-154
L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
Début :
Il est des filoux qu'on ne peut haïr ; on doit même sçavoir [...]
Mots clefs :
Interprète, Excellence, Lettre, Ambassadeur, Plaisir, Héros, Honneur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Dames, Orient, Talents
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texteReconnaissance textuelle : L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
L'INTERPRETE GALANT ,
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
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3
p. 2190-2193
EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
Début :
Transfuge des bords du Permesse, [...]
Mots clefs :
Loin, Coeur, Uranie, Offrir, Interprète, Bandeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A URANIE, Pour le jour de sa Fête.
EPITRE A URANIE ,
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
* Pour le jour de ſa Fête,
T Ransfuge des bords du Permeffe ,
D'une douce & trompeuſe yvreſſe
Je croyois affranchir mes ſens ,
Et dans les bras de la pareſſe
Filer le reſte de mes ans ,
Quand , à ta voix enchantereſſe ,
Je ſens ranimer mes accents.
Tu veux , qu'oubliant ſa promeſſe ,
MaMuſe joigne encor ſes chants
Aux fleurs qu'à t'offrir je m'empreſſe ;
Qu'elle enfante des ſons touchants ,
Des Vers , où brillent la fineſſe ,
L'enjoûment , la délicateſſe
Et des Muſes tous les préfens ,
Et dont ton auſtere ſageſſe
M'ordonne de bannir l'encens.
De la Poëtique harmonie
J'ignore , Divine Uranie ,
Les tons divers , les agrémens ;
J'ignore l'Art , les traits charmans ,
Qu'enfante une aimable manie ,
Quand , fans effort , un beau génie
Sçait
OCTOBRE. 1744. 2191
Sçait être , en ſes amuſemens ,
L'interpréte des ſentimens.
Privé de ces dons , à me taire
Je me condamnois pour toujours ,
Quand d'un filence ſalutaire
Tes Loix interrompent le cours.
Mais quoi ! faudra- t'il que fidelle
A tout ce que tu voudras d'elle ,
Ma Lyre , en ce nouveau début ,
D'une louange méritée
Etpar mon coeur toute dictée ,
Ne puiſſe t'offrir le tribut ?
Que dis-je ? à quoi penſe ma Muſe
Ah ! loin qu'un vain orgueil l'abuſe ,
Qu'elle en arrache le bandeau ;
Ignore-t'elle ſa foibleſſe ,
Et que , pour peindre une Déeſſe ,
Un Mortel n'a point de pinceau ?
Doit-elle faire l'étalage
Des Vertus du plus digne objet ,
Si la beauté de ſon langage
N'égale celle du ſujet ?
Dans l'ardent tranſport , qui l'anime ,
Suivroit-t'elle l'eſpoir ſateur
De pouvoir adopter la rime
Pour l'interpréte de mon coeur ?
Dans l'Art heureux de me connoître ,
Parta ſageſſe retenu ,
De
2192 MERCURE DE FRANCE .
De la vaine ardeur de paroître •
Je ſuis , dès long-tems revenu.
Je me ris de ces Muſes folles
Qui , dans leurs fades hyperboles ,
Ne parlant qu'un même jargon ,
Sans connoître le ton des graces ,
De leur ennui ſément les glaces
Et tiranniſent la Raiſon .
Je les laiſſe dans leurs retraites,
Rimailler toutes leurs fornettes ;
S'applaudir de leur Apollon.
Loin de toute gent ennuieuſe
De très- infipides cauſeurs ,
D'importuns , de bruïands jaſeurs ,
Loin de toute troupe envieuſe
Qui , ſous un voile de douceur ,
Ne m'offre qu'un maſque impoſteur ,
Loin de ces Conciliabules
Où , dans des projets ridicules ,
La calomnie , à l'oeil malin ,
Exhale ſon cruel venin ;
Loin de ceux qui , n'aimant qu'eux-mêmes,
N'ont jamais eû le coeur lié
Par les plaifirs vrais & fuprêmes
Que goûte la tendre Amitié :
Loin , enfin , de ces ames viles ,
Qui , par mille crimes commis ,
S'épuiſent en ſoins inutiles.
Pour
OCTOBRE . 1744. 2193
Pour déſunir de vrais amis ,
Je vais, dans ton charmant azile ,
T'offrir les plus finceres voeux :
Ton Amitié , d'un ſort tranquile
M'y ſçait filer les jours heureux.
Là , de la Raiſon , qui m'éclaire ,
Ton coeur allume le lambeau :
Là, de toute erreur menfongere
Tu ſçais m'arracher le bandeau :
Là , de mon ame , qui t'implore ,
Tes vertus forment les liens ;
Là, dans l'inftant , qui vient d'éclore,
Je vois naître de nouveaux biens.
Régne ſur moi , Belle Uranie ;
Sois mon aftre ; guide ma vie ;
Tandis que mon ſincere coeur ,
Dont la vive & conſtante ardeur
Sera l'éternel appanage ,
A t'aimer , à te rendre hommage,
Mettra ſa gloire & ſon bonheur.
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4
p. 95-99
ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
Début :
Vous avez appris déja, Monsieur, avec satisfaction, les preuves que le [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Turquie, Porte, Interprète, Grand vizir
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texteReconnaissance textuelle : ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
ASTRONOMI E.
LETTRE de M. DELALANDE , de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , fur une Anecdote
Littéraire.
Vous ous avez appris déja , Monfieur
avec fatisfaction , les preuves que le
Grand- Seignenr nous a données en
dernier lieu de fon goût pour les Sciences.
Le détail de ce petit événement fera
plaifir aux Gens de Lettres. Il eft d'ail96
MERCURE DE FRANCE.
leurs honorable à l'Académie des Sciencés
, & vous y trouverez peut -être une
raifon d'efpérer qu'un jour la Turquie
cette belle partie de l'Europe , fortira
de l'engourdiffement où elle eft depuis
la deftruction de l'Empire Grec.
I
Les Juillet dernier 5 M. le Chevalier de
Vergennes , Ambaffadeur de France à
Conftantinople , eut une vifite de l'interprété
de la Porte , qui venoit de la
part du Grand- Vifir. Cet Interprête lui
dit que le Grand-Seigneur avoit été informé
qu'il y avoit en France des Aſtronomes
célébres qui avoient publié nouvellement
des ouvrages généralement
eftimés . Sa Hauteffe ( ajouta- t-il ) qui a
du goût pour ce genre d'étude , defire
qu'on lui faffe venir avec le moins de
délai qu'il fera poffible , les meilleures
Tables d'Aftronomie , les obfervations
les plus parfaites & les découvertes les
plus récentes qui ont paru. Pour cet
effet le Grand-Vifir requit M. l'Ambaffadeur
de vouloir bien expédier un
Courier exprès pour les demander en
France & pour les rapporter . M. de Vergennes
l'affura de fon empreffement à
fe conformer aux ordres de fa Hauteffe ,
& à fatisfaire fon goût. Il promit d'en
rendre compte à M. le Duc de Praf.
,
lin
JANVIER. 1763 . 97
lin , Ministre des affaires étrangères ,
ne doutant pas qu'il ne donnât fes foins
pour que cette commiffion fut faite avec
autant de choix que de promptitude.
Les Couriers ne pouvant paffer à
Vienne en Autriche , fans être affujettis
à une longue quarantaine , M. de Vergennes
dépêcha un Janiffaire fur la frontière
de Turquie , avec une recommandation
de M. de Schwacheim au Commandant
Impérial à Semlin , pour le
prier de faire paffer par un Staffette fon
paquet à M. le Comte du Chatelet , Ambaffadeur
de France à Vienne , qui devoit
l'envoyer à Paris. M. de Vergennes,
pria M. le Duc de Praflin de lui faire
parvenir fa réponſe par la même voie ;
l'objet de la diligence qui lui étoit fi fort
recommandée pouvant être rempli fans
beaucoup de dépenfe par M. le Comte
de Kaunitz, qui ordonneroit l'expédition
d'un Janiffaire attaché au fervice de la
Poſte Impériale : il y a toujours plufieurs
de ces Janiffaires à Belgrade.
M. de Vergennes demandoit principalement
les obfervations du paffage de
Vénus fur le foleil , les ouvrages faits
fur les cometes depuis quelques années ,
& les découvertes nouvelles relatives à
l'Aftronomie. Les Turcs auroient bien
II. Vol. ES
98 MERCURE DE FRANCE.
voulu qu'il y joignît quelques ouvrages
d'aftrologie judiciaire & de prédiction
fur l'avenir ; mais il répondit décidément
qu'on n'en trouveroit point en
France , parce que ces fortes d'études Y
étoient totalement décriées .
*
Le Roi ayant appris l'empreffement
& la curiofité du Sultan , voulut lui
donner en cette occafion une marque
de complaifance & d'amitié ; & M. le
Comte de S. Florentin me fi : l'honneur
de me charger , en conféquence des
ordres du Roi , de remettre un état de
tout ce qui pouvoit être raffemblé à ce
fujet à M. Bignon , Bibliothécaire du
Roi , & de concerter avec lui l'envoi
de Livres qui pourroient plaire au Grand
Seigneur. Je m'acquittai avec empreffement
de cette commiſſion : mais vous
favez , Monfieur , qu'il n'y a en France
que trois Traités d'aftronomie élémentaire
, ceux de M. Caffini , de M. Le
Monnier & de M. de la Caille. J'y joignis
des traités particuliers , tels que ceux
de la figure de la terre , de M. de Maupertuis
, de M. de la Condamine , de
M. Bouguer & de M. Clairaut , les
tables aftronomiques de Halley , dont
j'avois donné en 1759 une feconde édition
, mon expofition du calcul aftronoJANVIER.
1763. 99
1
mique , la connoiffance des temps de
plufieurs années , où il eft parlé du paffage
de Vénus , le traité des cometes de
M. Clairaut , le traité de navigation de
M. de la Caille , & c. Tout cela fut relié
avec toute la propreté imaginable , &
envoyé à Marseille , d'où le Grand Seigneur
a reçu cet envoi avec une extrême
fatisfaction .
Il n'eft pas fort étonnant ,
fort étonnant , Monfieur
que les travaux , les voyages , les entreprifes
de l'Académie des Sciences , fous
la protection d'un Miniftre éclairé
ayent étendu la réputation littéraire de
la France jufques dans ces climats.
Il l'eft au contraire bien davantage
que l'efprit de recherche , d'obfervation
& de curiofité n'ait pas fait des
progrès plus rapides du côté du Levant.
On a vu dans les Etats de l'Impératrice
Reine , des Mathématiciens célébres, tels
que le P. Hell , enfeigner les Mathématiques
jufqu'aux confins de la Turquie ;
& l'on favoit à peine dans Conftantinople
à quoi ces études pouvoient fervir.
Puiffe le goût & la curiofité de Muftapha
II produire en faveur des Sciences
une heureufe révolution !
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA LANDE.
LETTRE de M. DELALANDE , de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , fur une Anecdote
Littéraire.
Vous ous avez appris déja , Monfieur
avec fatisfaction , les preuves que le
Grand- Seignenr nous a données en
dernier lieu de fon goût pour les Sciences.
Le détail de ce petit événement fera
plaifir aux Gens de Lettres. Il eft d'ail96
MERCURE DE FRANCE.
leurs honorable à l'Académie des Sciencés
, & vous y trouverez peut -être une
raifon d'efpérer qu'un jour la Turquie
cette belle partie de l'Europe , fortira
de l'engourdiffement où elle eft depuis
la deftruction de l'Empire Grec.
I
Les Juillet dernier 5 M. le Chevalier de
Vergennes , Ambaffadeur de France à
Conftantinople , eut une vifite de l'interprété
de la Porte , qui venoit de la
part du Grand- Vifir. Cet Interprête lui
dit que le Grand-Seigneur avoit été informé
qu'il y avoit en France des Aſtronomes
célébres qui avoient publié nouvellement
des ouvrages généralement
eftimés . Sa Hauteffe ( ajouta- t-il ) qui a
du goût pour ce genre d'étude , defire
qu'on lui faffe venir avec le moins de
délai qu'il fera poffible , les meilleures
Tables d'Aftronomie , les obfervations
les plus parfaites & les découvertes les
plus récentes qui ont paru. Pour cet
effet le Grand-Vifir requit M. l'Ambaffadeur
de vouloir bien expédier un
Courier exprès pour les demander en
France & pour les rapporter . M. de Vergennes
l'affura de fon empreffement à
fe conformer aux ordres de fa Hauteffe ,
& à fatisfaire fon goût. Il promit d'en
rendre compte à M. le Duc de Praf.
,
lin
JANVIER. 1763 . 97
lin , Ministre des affaires étrangères ,
ne doutant pas qu'il ne donnât fes foins
pour que cette commiffion fut faite avec
autant de choix que de promptitude.
Les Couriers ne pouvant paffer à
Vienne en Autriche , fans être affujettis
à une longue quarantaine , M. de Vergennes
dépêcha un Janiffaire fur la frontière
de Turquie , avec une recommandation
de M. de Schwacheim au Commandant
Impérial à Semlin , pour le
prier de faire paffer par un Staffette fon
paquet à M. le Comte du Chatelet , Ambaffadeur
de France à Vienne , qui devoit
l'envoyer à Paris. M. de Vergennes,
pria M. le Duc de Praflin de lui faire
parvenir fa réponſe par la même voie ;
l'objet de la diligence qui lui étoit fi fort
recommandée pouvant être rempli fans
beaucoup de dépenfe par M. le Comte
de Kaunitz, qui ordonneroit l'expédition
d'un Janiffaire attaché au fervice de la
Poſte Impériale : il y a toujours plufieurs
de ces Janiffaires à Belgrade.
M. de Vergennes demandoit principalement
les obfervations du paffage de
Vénus fur le foleil , les ouvrages faits
fur les cometes depuis quelques années ,
& les découvertes nouvelles relatives à
l'Aftronomie. Les Turcs auroient bien
II. Vol. ES
98 MERCURE DE FRANCE.
voulu qu'il y joignît quelques ouvrages
d'aftrologie judiciaire & de prédiction
fur l'avenir ; mais il répondit décidément
qu'on n'en trouveroit point en
France , parce que ces fortes d'études Y
étoient totalement décriées .
*
Le Roi ayant appris l'empreffement
& la curiofité du Sultan , voulut lui
donner en cette occafion une marque
de complaifance & d'amitié ; & M. le
Comte de S. Florentin me fi : l'honneur
de me charger , en conféquence des
ordres du Roi , de remettre un état de
tout ce qui pouvoit être raffemblé à ce
fujet à M. Bignon , Bibliothécaire du
Roi , & de concerter avec lui l'envoi
de Livres qui pourroient plaire au Grand
Seigneur. Je m'acquittai avec empreffement
de cette commiſſion : mais vous
favez , Monfieur , qu'il n'y a en France
que trois Traités d'aftronomie élémentaire
, ceux de M. Caffini , de M. Le
Monnier & de M. de la Caille. J'y joignis
des traités particuliers , tels que ceux
de la figure de la terre , de M. de Maupertuis
, de M. de la Condamine , de
M. Bouguer & de M. Clairaut , les
tables aftronomiques de Halley , dont
j'avois donné en 1759 une feconde édition
, mon expofition du calcul aftronoJANVIER.
1763. 99
1
mique , la connoiffance des temps de
plufieurs années , où il eft parlé du paffage
de Vénus , le traité des cometes de
M. Clairaut , le traité de navigation de
M. de la Caille , & c. Tout cela fut relié
avec toute la propreté imaginable , &
envoyé à Marseille , d'où le Grand Seigneur
a reçu cet envoi avec une extrême
fatisfaction .
Il n'eft pas fort étonnant ,
fort étonnant , Monfieur
que les travaux , les voyages , les entreprifes
de l'Académie des Sciences , fous
la protection d'un Miniftre éclairé
ayent étendu la réputation littéraire de
la France jufques dans ces climats.
Il l'eft au contraire bien davantage
que l'efprit de recherche , d'obfervation
& de curiofité n'ait pas fait des
progrès plus rapides du côté du Levant.
On a vu dans les Etats de l'Impératrice
Reine , des Mathématiciens célébres, tels
que le P. Hell , enfeigner les Mathématiques
jufqu'aux confins de la Turquie ;
& l'on favoit à peine dans Conftantinople
à quoi ces études pouvoient fervir.
Puiffe le goût & la curiofité de Muftapha
II produire en faveur des Sciences
une heureufe révolution !
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA LANDE.
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Résumé : ASTRONOMIE. LETTRE de M. DELALANDE, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, sur une Anecdote Littéraire.
En juillet 1762, le Chevalier de Vergennes, ambassadeur de France à Constantinople, reçut la visite d'un interprète du Grand Vizir. Cet interprète transmit la demande du Sultan d'obtenir les meilleures tables d'astronomie, les observations les plus parfaites et les découvertes les plus récentes publiées en France. Vergennes promit de transmettre cette demande au Duc de Praslin, ministre des affaires étrangères, et d'envoyer un courrier express pour récupérer ces documents. En raison des quarantaines imposées à Vienne, Vergennes envoya un janissaire avec une recommandation pour le commandant impérial à Semlin, afin que le paquet soit transmis à l'ambassadeur de France à Vienne, qui devait l'envoyer à Paris. Vergennes demanda également au Duc de Praslin de faire parvenir sa réponse par la même voie, espérant que le Comte de Kaunitz ordonnerait l'expédition d'un janissaire attaché au service postal impérial. Le Sultan souhaitait également des ouvrages d'astrologie judiciaire et de prédiction, mais Vergennes répondit qu'il n'en existait pas en France, ces études y étant totalement décriées. Le Roi de France, informé de la curiosité du Sultan, décida de lui envoyer divers ouvrages d'astronomie. Delalande, membre de l'Académie Royale des Sciences, fut chargé de préparer une liste des ouvrages à envoyer. Il inclut des traités d'astronomie élémentaire, des travaux sur la figure de la Terre, des tables astronomiques, et des traités sur les comètes et la navigation. Ces ouvrages furent reliés avec soin et envoyés à Marseille, d'où ils furent expédiés au Sultan, qui les reçut avec satisfaction. Delalande souligna que les travaux de l'Académie des Sciences avaient étendu la réputation littéraire de la France jusqu'en Turquie, mais regretta que l'esprit de recherche et de curiosité n'ait pas progressé plus rapidement dans cette région. Il exprima l'espoir que le goût du Sultan pour les sciences produise une révolution favorable à leur développement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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