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301
p. 201-203
DE VIENNE, le 13 Février.
Début :
Le mariage de l'Archiduc Joseph avec l'Infante Isabelle, fille aînée [...]
Mots clefs :
Mariage, Archiduc, Infante, Lieutenant général, Détachement des troupes, Ruse, Attaque, Prisonniers, Ennemis, Prince, Comté de Waldenbourg, Principauté, Nomination, Électeur, Diète de l'Empire
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 13 Février.
De VIENNE , le 13 Février.
Le mariage de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante
labelle , fille aînée de l'Infant Don Philippe , Duc
de Parme , de Plaifance & de Guastalla , eft déci
dé. Le Prince Wenceslas de Lichtenſtein , a été
nommé
pour aller faire la demande de cette Princeffe
‹ & la conduire en cette Cour. Il fait les préparatifs
néceffaires pour fon voyage. On ne croit
cependant pas que ce mariage foit célébré , avans
le mois d'Août prochain.
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Lieutenant général Beck, ayant appris qu'un
corps de troupes Pruffiennes avoit pris pofte entre
Coldorff , Muhlberg , & Torgau , forma le projet
de le furprendre. Il fit un détachement , & chargea
le Général Zettwitz de l'exécution de cette
entreprife. Pendant la marche de ce détachement,
le Général de Simfchonn , à la tête de deux mille
hommes , longea l'Elbe en defcendant ce fleuve;
& il fe porta près de Meffein. De là il pouffa des
détachemens vers Riefa & Strehla , pour fixer de
ce côté l'attention de l'ennemi . Cette ruſe réullit.
Nos troupes , ayant paffé le Roeder , arriverent
à la portée de Cofdorf , où étoit le principal corps,
ennemi , fans qu'il eût foupçonné leur marche.
Les Pruffiens furent entièrement difperfés & culbutés.
Le Général de Zetteritz , qui les commandoit
, fut fait prifonnier , avec fix autres Officiers.
On marcha de là aux troupes Pruffiennes , qui
commençoient à fe raffembler à Blumberg. Mais
elles n'attendirent pas les nôtres . Elles fe retirerent
en défordre à Torgau & à Wittemberg.
Nos troupes ont fait , dans cette occafion , deux
cent quatre-vingt-un prifonniers . Nous ignorons
encore le nombre de Pruffiens tués . Tout le bagage
ennemi a été pris , & l'on y a trouvé les uniformes
neufs du régiment de Schmettau . On a pris
aufli cinq cens chevaux de cavalerie , de trait , ou
de bât . Notre perte confifle , en quarante - cinq
hommes tués ou bleffés .
Les Princes Albert & Clément de Saxe , feront
la campagne ; l'un , dans l'Armée Autrichienne ,
l'autre , dans l'armée Ruffe.
Sa Majesté Impériale , voulant reconnoître les
fervices de la Maifon de Hohen -lohe - Waldenbourg,
a érigé le Comté de Waldenbourg en
Principauté fouveraine de l'Empire , avec toutes
les prérogatives attachées à ce titre. Cette érecAVRIL.
1760 . 203
tion a été notifiée à l'Electeur de Mayence, comme
Archi-Chancelier de l'Empire , à la diéte de l'Empire
, & à celle du cercle de Franconie , dont le
Comté de Waldenbourg fait partie . Le Feld-
Maréchal Baron de Marshal , qui venoit de l'armée
de Saxe dans cette Ville , eft mort en chemin.
Le mariage de l'Archiduc Jofeph avec l'Infante
labelle , fille aînée de l'Infant Don Philippe , Duc
de Parme , de Plaifance & de Guastalla , eft déci
dé. Le Prince Wenceslas de Lichtenſtein , a été
nommé
pour aller faire la demande de cette Princeffe
‹ & la conduire en cette Cour. Il fait les préparatifs
néceffaires pour fon voyage. On ne croit
cependant pas que ce mariage foit célébré , avans
le mois d'Août prochain.
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Lieutenant général Beck, ayant appris qu'un
corps de troupes Pruffiennes avoit pris pofte entre
Coldorff , Muhlberg , & Torgau , forma le projet
de le furprendre. Il fit un détachement , & chargea
le Général Zettwitz de l'exécution de cette
entreprife. Pendant la marche de ce détachement,
le Général de Simfchonn , à la tête de deux mille
hommes , longea l'Elbe en defcendant ce fleuve;
& il fe porta près de Meffein. De là il pouffa des
détachemens vers Riefa & Strehla , pour fixer de
ce côté l'attention de l'ennemi . Cette ruſe réullit.
Nos troupes , ayant paffé le Roeder , arriverent
à la portée de Cofdorf , où étoit le principal corps,
ennemi , fans qu'il eût foupçonné leur marche.
Les Pruffiens furent entièrement difperfés & culbutés.
Le Général de Zetteritz , qui les commandoit
, fut fait prifonnier , avec fix autres Officiers.
On marcha de là aux troupes Pruffiennes , qui
commençoient à fe raffembler à Blumberg. Mais
elles n'attendirent pas les nôtres . Elles fe retirerent
en défordre à Torgau & à Wittemberg.
Nos troupes ont fait , dans cette occafion , deux
cent quatre-vingt-un prifonniers . Nous ignorons
encore le nombre de Pruffiens tués . Tout le bagage
ennemi a été pris , & l'on y a trouvé les uniformes
neufs du régiment de Schmettau . On a pris
aufli cinq cens chevaux de cavalerie , de trait , ou
de bât . Notre perte confifle , en quarante - cinq
hommes tués ou bleffés .
Les Princes Albert & Clément de Saxe , feront
la campagne ; l'un , dans l'Armée Autrichienne ,
l'autre , dans l'armée Ruffe.
Sa Majesté Impériale , voulant reconnoître les
fervices de la Maifon de Hohen -lohe - Waldenbourg,
a érigé le Comté de Waldenbourg en
Principauté fouveraine de l'Empire , avec toutes
les prérogatives attachées à ce titre. Cette érecAVRIL.
1760 . 203
tion a été notifiée à l'Electeur de Mayence, comme
Archi-Chancelier de l'Empire , à la diéte de l'Empire
, & à celle du cercle de Franconie , dont le
Comté de Waldenbourg fait partie . Le Feld-
Maréchal Baron de Marshal , qui venoit de l'armée
de Saxe dans cette Ville , eft mort en chemin.
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Résumé : DE VIENNE, le 13 Février.
Le 13 février, le mariage de l'Archiduc Joseph avec l'Infante Isabelle, fille aînée de l'Infant Don Philippe, Duc de Parme, a été décidé. Le Prince Wenceslas de Liechtenstein est chargé de demander la main de la princesse et de la conduire à la cour. Le mariage est prévu pour août prochain. Le Lieutenant général Beck a découvert un corps de troupes prussiennes entre Coldorf, Muhlberg et Torgau. Il a ordonné au Général Zettwitz de les surprendre. Pendant la marche, le Général de Simschonn a descendu l'Elbe avec deux mille hommes vers Meffein, envoyant des détachements vers Riefa et Strehla pour distraire l'ennemi. Cette ruse a permis aux troupes de passer le Roeder et d'atteindre Coldorf sans être détectées. Les Prussiens ont été dispersés, et le Général Zettwitz, ainsi que six autres officiers, ont été capturés. Les troupes ont ensuite marché vers Blumberg, où les Prussiens se rassemblaient, mais ces derniers se sont retirés en désordre vers Torgau et Wittemberg. Les troupes ont fait 281 prisonniers et capturé tout le bagage ennemi, incluant des uniformes et 500 chevaux. Les pertes ennemies en tués sont inconnues, tandis que les pertes alliées s'élèvent à 45 hommes tués ou blessés. Les Princes Albert et Clément de Saxe participeront à la campagne, respectivement dans les armées autrichienne et russe. L'Empereur a élevé le Comté de Waldenbourg au rang de Principauté souveraine de l'Empire. Le Feld-Maréchal Baron de Marshal est décédé en chemin, venant de l'armée de Saxe.
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302
p. *204-204
DE LA HAYE, le 7 Mars.
Début :
Le 5 de ce mois, le mariage de la Princesse Caroline avec le Prince [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse Caroline, Prince, Général de l'infanterie, Fêtes
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 7 Mars.
DE LA HAY E , le 7 Mars.
Les de ce mois , le mariage de la Princeffe
Caroline avec le Prince de Nallau -Weilbourg , a
été célébré à la haute Eglife. Il y a eu a ce fujet ,
beaucoup de fêtes dans cette Ville . Le Prince avoit
déjà été nommé par leurs Hautes Puntlances
Général de l'Infanterie .
Les de ce mois , le mariage de la Princeffe
Caroline avec le Prince de Nallau -Weilbourg , a
été célébré à la haute Eglife. Il y a eu a ce fujet ,
beaucoup de fêtes dans cette Ville . Le Prince avoit
déjà été nommé par leurs Hautes Puntlances
Général de l'Infanterie .
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303
p. 206-207
De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
Début :
Nous jouissons, dans nos quartiers, de toute la tranquillité qu'on peut desirer. [...]
Mots clefs :
Maréchal Broglie, Détachement, Protection, Villes, Armée alliée, Prince, Commandant, Landgrave, Général, Roi, Ordonnance, Régence, Rébellion matée, Punition, Magistrats
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texteReconnaissance textuelle : De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
De l'Armée du Bas Rhin , le 24 Février.
Nous jouillons , dans nos quartiers , de toute
Ia tranquillité qu'on peut defirer. Le Maréchal.
de Broglie a envoyé à Fulde un fort détachement ,
compofé de piquets de divers Régimens , fous les
ordres du fieur du Vair. Cette difpofition a pour
objet de protéger cette Ville , contre les partis de
F'Armée alliée , qui ne ceffoient d'y commettre
des exactions .
La Régence du Comté de Hanau , ayant reçu
la-nouvelle de la mort du Landgrave de Helle-
Caffel , en informa le Maréchal Duc de Broglie ;
& tout de fuite elle demanda au Prince de Robecq
, Commandant, pour le Roi de France, dans
la Ville de Hanau , la permiffion de notifier cet
événe nent aux Peuples : mais au lieu de cette
fimple notification , elle fit une eſpèce d'acte de
prife de poffeffion du Comté de Hanau , en faveur
du Prince Guillaume de Helle Caffel , fils
aîné du nouveau Landgrave . Comme certe entreprise
fut exécutée à l'infçu du Maréchal de
Broglie , dans un Pays qui ne peut & ne doit
reconnoître d'autre autorité que celle du Roi
de France , qui en a la poffeffion actuelle , par
le droit des armes , ce Général fit arrêter le 9 de
ce mois , les quatre principaux Officiers de cette
AVRIL. 1760. 207
Régence , & il les fit conduire dans une Maiſon
fûre,pour yêtre féparément & étroitement gardés,
jufqu'a ce qu'il eût reçu les ordres du Roi fon
Maitre en conféquence defquels , il fic fubie
hier le même fort aux autres Officiers de la Régence.
En même temps , il fit publier une Ordonnance
, qui , en annullant la proclamation
faite d'autorité privée par cette Régence , comme
attentatoire aux droits que les loix de la
guerre donnent à Sa Majeſté Trés - Chrétienne , &
en fufpendant les fonctions , condamne les
Membres qui la compofent , à refter en prifon ,
jufqu'à ce qu'ils ayent payé la fomme de deux
cens mille écus , en expiation de leur rébellion.
Cette punition paroîtra ſévère , au premier coup
d'oeil ; mais elle eft douce en comparaiſon des
traitemens rigoureux , que le Roi de Prulle fait
éprouver aux Magiftrats de Leipfick & autres
Villes . D'ailleurs , elle ne peut être que juſte ,
étant inoui que les Magiftrats d'un Pays occupé
par le droit des armes , oublient jufqu'à un tel
point leur devoir à l'égard de la Puiffance qui
les a foumis.
Nous jouillons , dans nos quartiers , de toute
Ia tranquillité qu'on peut defirer. Le Maréchal.
de Broglie a envoyé à Fulde un fort détachement ,
compofé de piquets de divers Régimens , fous les
ordres du fieur du Vair. Cette difpofition a pour
objet de protéger cette Ville , contre les partis de
F'Armée alliée , qui ne ceffoient d'y commettre
des exactions .
La Régence du Comté de Hanau , ayant reçu
la-nouvelle de la mort du Landgrave de Helle-
Caffel , en informa le Maréchal Duc de Broglie ;
& tout de fuite elle demanda au Prince de Robecq
, Commandant, pour le Roi de France, dans
la Ville de Hanau , la permiffion de notifier cet
événe nent aux Peuples : mais au lieu de cette
fimple notification , elle fit une eſpèce d'acte de
prife de poffeffion du Comté de Hanau , en faveur
du Prince Guillaume de Helle Caffel , fils
aîné du nouveau Landgrave . Comme certe entreprise
fut exécutée à l'infçu du Maréchal de
Broglie , dans un Pays qui ne peut & ne doit
reconnoître d'autre autorité que celle du Roi
de France , qui en a la poffeffion actuelle , par
le droit des armes , ce Général fit arrêter le 9 de
ce mois , les quatre principaux Officiers de cette
AVRIL. 1760. 207
Régence , & il les fit conduire dans une Maiſon
fûre,pour yêtre féparément & étroitement gardés,
jufqu'a ce qu'il eût reçu les ordres du Roi fon
Maitre en conféquence defquels , il fic fubie
hier le même fort aux autres Officiers de la Régence.
En même temps , il fit publier une Ordonnance
, qui , en annullant la proclamation
faite d'autorité privée par cette Régence , comme
attentatoire aux droits que les loix de la
guerre donnent à Sa Majeſté Trés - Chrétienne , &
en fufpendant les fonctions , condamne les
Membres qui la compofent , à refter en prifon ,
jufqu'à ce qu'ils ayent payé la fomme de deux
cens mille écus , en expiation de leur rébellion.
Cette punition paroîtra ſévère , au premier coup
d'oeil ; mais elle eft douce en comparaiſon des
traitemens rigoureux , que le Roi de Prulle fait
éprouver aux Magiftrats de Leipfick & autres
Villes . D'ailleurs , elle ne peut être que juſte ,
étant inoui que les Magiftrats d'un Pays occupé
par le droit des armes , oublient jufqu'à un tel
point leur devoir à l'égard de la Puiffance qui
les a foumis.
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Résumé : De l'Armée du Bas Rhin, le 24 Février.
Le 24 février, l'Armée du Bas-Rhin est en paix dans ses quartiers. Le maréchal de Broglie envoie un détachement à Fulde pour protéger la ville contre les exactions de l'Armée alliée. La Régence du Comté de Hanau informe le maréchal de Broglie de la mort du Landgrave de Hesse-Cassel et demande au Prince de Robecq la permission de notifier cet événement aux habitants. Profitant de cette occasion, la Régence proclame la prise de possession du Comté de Hanau en faveur du Prince Guillaume de Hesse-Cassel, fils aîné du nouveau Landgrave, sans l'aval du maréchal de Broglie. Cette action est perçue comme une atteinte aux droits du Roi de France, qui possède actuellement le Comté par le droit des armes. En conséquence, le maréchal fait arrêter les quatre principaux officiers de la Régence le 9 avril et les place en garde à vue. Il publie une ordonnance annulant la proclamation de la Régence, suspendant les fonctions de ses membres et les condamnant à payer une amende de deux cent mille écus pour expier leur rébellion. Cette punition est justifiée par l'oubli de leur devoir envers la puissance occupante.
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304
p. 209-210
DE DRESDE, le 12 Mars.
Début :
Les mouvemens qui se font dans notre armée, & dans celle du Roi [...]
Mots clefs :
Mouvements des troupes, Roi de Prusse, Maréchal Daun, Construction, Entrepôts, Prince, Postes militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 12 Mars.
De DRESDE , le 12 Mars .
Les mouvemens qui fe font dans notre armée ,
& dans celle du Roi de Prufe , annoncent qu'elles
ne tarderont pas à fortir de leur inaction. Les
difpofitions du Maréchal de Daun , font croire
qu'il a deffein de faire de cette Ville fon entrepôt
général , &fa place d'armes. Il vient d'ordonner
de nouveaux ouvrages , & il a fait conſtruire à
Ubigau une nouvelle batterie , qui rend impraticable
l'avenue de Drefde par ce côté .
Al'approche du corps de troupes commandé
par le Prince de Lowenftein , les troupes Pruffiennes
ont évacué Gorlitz , dont ce Prince a pris
poffeffion , & elles fe font retirées à Lauban .
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Général Fouquet , eft toujours pofté entre
Lignitz & Lowenberg. Il a établi un cordon de
troupes depuis Neifs jufques dans la Balle- Luface
, pour couvrir la Silésie .
Les mouvemens qui fe font dans notre armée ,
& dans celle du Roi de Prufe , annoncent qu'elles
ne tarderont pas à fortir de leur inaction. Les
difpofitions du Maréchal de Daun , font croire
qu'il a deffein de faire de cette Ville fon entrepôt
général , &fa place d'armes. Il vient d'ordonner
de nouveaux ouvrages , & il a fait conſtruire à
Ubigau une nouvelle batterie , qui rend impraticable
l'avenue de Drefde par ce côté .
Al'approche du corps de troupes commandé
par le Prince de Lowenftein , les troupes Pruffiennes
ont évacué Gorlitz , dont ce Prince a pris
poffeffion , & elles fe font retirées à Lauban .
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Général Fouquet , eft toujours pofté entre
Lignitz & Lowenberg. Il a établi un cordon de
troupes depuis Neifs jufques dans la Balle- Luface
, pour couvrir la Silésie .
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Résumé : DE DRESDE, le 12 Mars.
Le 12 mars, les armées française et prussienne se préparent à reprendre les hostilités. Le maréchal de Daun fortifie Dresde et bloque l'accès par Ubigau. Les Prussiens évacuent Gorlitz, permettant au prince de Lowenstein de prendre la ville. Les Prussiens se retirent ensuite à Lauban. Le général Fouquet protège la Silésie avec un cordon de troupes.
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305
p. 211
DE BAMBERG, le 19 Mars.
Début :
On apprend de Ratisbonne, que le 17 de ce mois, la Diete a procédé à l'élection [...]
Mots clefs :
Diète, Élection, Armée de l'Empire, Prince, État catholique, État protestant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BAMBERG, le 19 Mars.
De BAMBERG , le 19 Mars.
On apprend de Ratifbonne , que le 17 de ce
mois , la Diete a procédé à l'élection de deux
Feld -Maréchaux des Armées de l'Empire. Les
fuffrages le font réunis en faveur du Prince Frédéric
des Deux -Ponts , & du Prince Charles -Augufte
de Baile Dourlach ; l'un , pour les Etats Catholiques
, l'autre , pour les Etats Proteftans . La
Diete drefla enfuite fon Conclufum,pour être notifié
au Prince de la Tour - Taxis , Principal Commiflaire
de Sa Majesté Impériale.
On apprend de Ratifbonne , que le 17 de ce
mois , la Diete a procédé à l'élection de deux
Feld -Maréchaux des Armées de l'Empire. Les
fuffrages le font réunis en faveur du Prince Frédéric
des Deux -Ponts , & du Prince Charles -Augufte
de Baile Dourlach ; l'un , pour les Etats Catholiques
, l'autre , pour les Etats Proteftans . La
Diete drefla enfuite fon Conclufum,pour être notifié
au Prince de la Tour - Taxis , Principal Commiflaire
de Sa Majesté Impériale.
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306
p. 203-204
DE VERSAILLES, le 17 Avril.
Début :
L'état de Monseigneur le Duc de Bourgogne, qui depuis quelques temps, [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Santé, Opérations chirurgicales, Ambassadeur de Venise, Audience, Comte, Cérémonie, Prince, Chevalier, Monseigneur le Dauphin, Monseigneur, Officiers, Famille royale, Contrat de mariage, Marquis, Ministre, Voyage
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 17 Avril.
De VERSAILLES , le 17 Avril
L'ITAT 'ITAT de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne , qui depuis quelque temps , donnoit de
grandes allarmes , & auquel il étoit furvenu une
humeur très- confidérable a la cuille droite , eſt
aujourd'hui fatisfaifant . Une opération effrayante;
& très- douloureufe , que les circonftances on
rendue indifpenfable , a manifeſté dans ce jeune
Prince , un degré de courage & de fermeté ,
infiniment au-deffus de fon âge. Les grands
fuccès qui l'ont fuivie , donnent beaucoup à eſpérer
d'une parfaite guériſon.
Le Roi a donné , au fieur Andouillé , la furvivance
du fieur de la Martiniere , premier Chirur
gien de Sa Majesté.
Le 8 de ce mois , le fieur Erizzo , Ambaffadeur
de la République de Venife , eut fon Audience publique
de congé du Roi , étant accompagné par
le Comte de Brionne , & conduit par le fieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs , qui
étoient allés le prendre en fon hôtel, à Paris , dans
les caroffes de Sa Majesté . Il trouva , à fon arri
vée , dans l'avant-cour du château , les Compa
gnies des Gardes Françoifes & Suiffes fous les
armes , les tambours appellant ; dans la cous,
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
les Gardes de la Porte & de la Prévôté de l'Hôtel ,
auffi fous les armes à leurs poftes ordinaires ; &
fur l'escalier , les Cent- Saiffes en habits de cérémonie
, & la hallebarde à la main. Le Prince de
Beauveau , Capitaine des Gardes , le reçut à la
porte en dedans de la falle , où les Gardes du
Corps étoient en haie & fous les armes . A la fin
de l'Audience , le Roi fir Chevalier le fieur Erizzo
, felon l'ufage pratiqué à l'égard des Ambaffadeurs
de la République de Venife. Le même
jour , l'Ambaffadeur fut conduit à l'Audience de
la Reine , & à celles de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine, de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence
, de Monfeigneur le Comte d'Artois , de
Madame , de Madame Adelaide , & de Mefdaines
Victoire , Sophie , & Louife ; & après avoir
été traité par les Officiers du Roi , il fut reconduit
à Paris dans les Caroffes de Leurs Majeftés ,
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 12 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale,
fignèrent le Contrat de mariage du Marquis de
Montefquiou , Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , & Colonel
dans les Grenadiers de France , avec la Demoifelle
Hocquart ; celui du Marquis de Livry , avec
Demoiſelle de Benouville ; & celui du Comte de
Polignac , Capitaine de Dragons , avec Demoifelle
de Saluces.
>
Le 13 , le Marquis de Paulmy , Miniftre d'Etat ,
& ci -devant Secrétaire d'Etat de la guerre , prit
congé du Roi , de la Reine & de la Famille
Royale , pour ſe rendre à la Cour de Warfovie
en qualité d'Ambafladeur de Sa Majeſté , près
le Roi & la République de Pologne.
Le 14 , le Comte de Luface partit pour le rendre
à Munich, & enfaite à l'Armée d'Allemagne.
L'ITAT 'ITAT de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne , qui depuis quelque temps , donnoit de
grandes allarmes , & auquel il étoit furvenu une
humeur très- confidérable a la cuille droite , eſt
aujourd'hui fatisfaifant . Une opération effrayante;
& très- douloureufe , que les circonftances on
rendue indifpenfable , a manifeſté dans ce jeune
Prince , un degré de courage & de fermeté ,
infiniment au-deffus de fon âge. Les grands
fuccès qui l'ont fuivie , donnent beaucoup à eſpérer
d'une parfaite guériſon.
Le Roi a donné , au fieur Andouillé , la furvivance
du fieur de la Martiniere , premier Chirur
gien de Sa Majesté.
Le 8 de ce mois , le fieur Erizzo , Ambaffadeur
de la République de Venife , eut fon Audience publique
de congé du Roi , étant accompagné par
le Comte de Brionne , & conduit par le fieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs , qui
étoient allés le prendre en fon hôtel, à Paris , dans
les caroffes de Sa Majesté . Il trouva , à fon arri
vée , dans l'avant-cour du château , les Compa
gnies des Gardes Françoifes & Suiffes fous les
armes , les tambours appellant ; dans la cous,
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
les Gardes de la Porte & de la Prévôté de l'Hôtel ,
auffi fous les armes à leurs poftes ordinaires ; &
fur l'escalier , les Cent- Saiffes en habits de cérémonie
, & la hallebarde à la main. Le Prince de
Beauveau , Capitaine des Gardes , le reçut à la
porte en dedans de la falle , où les Gardes du
Corps étoient en haie & fous les armes . A la fin
de l'Audience , le Roi fir Chevalier le fieur Erizzo
, felon l'ufage pratiqué à l'égard des Ambaffadeurs
de la République de Venife. Le même
jour , l'Ambaffadeur fut conduit à l'Audience de
la Reine , & à celles de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine, de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence
, de Monfeigneur le Comte d'Artois , de
Madame , de Madame Adelaide , & de Mefdaines
Victoire , Sophie , & Louife ; & après avoir
été traité par les Officiers du Roi , il fut reconduit
à Paris dans les Caroffes de Leurs Majeftés ,
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 12 , le Roi , la Reine , & la Famille Royale,
fignèrent le Contrat de mariage du Marquis de
Montefquiou , Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , & Colonel
dans les Grenadiers de France , avec la Demoifelle
Hocquart ; celui du Marquis de Livry , avec
Demoiſelle de Benouville ; & celui du Comte de
Polignac , Capitaine de Dragons , avec Demoifelle
de Saluces.
>
Le 13 , le Marquis de Paulmy , Miniftre d'Etat ,
& ci -devant Secrétaire d'Etat de la guerre , prit
congé du Roi , de la Reine & de la Famille
Royale , pour ſe rendre à la Cour de Warfovie
en qualité d'Ambafladeur de Sa Majeſté , près
le Roi & la République de Pologne.
Le 14 , le Comte de Luface partit pour le rendre
à Munich, & enfaite à l'Armée d'Allemagne.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 17 Avril.
Le 17 avril, l'état de santé du Duc de Bourgogne s'est amélioré après une opération pour une humeur à la cuisse droite. Le jeune prince a montré du courage et de la fermeté. Le Roi a nommé le sieur Andouillé premier chirurgien de Sa Majesté, succédant au sieur de la Martinière. Le 8 avril, l'ambassadeur de Venise, le sieur Erizzo, a eu son audience de congé auprès du Roi, qui l'a fait chevalier. Erizzo a ensuite rencontré la Reine, le Dauphin, la Dauphine, et d'autres membres de la famille royale. Le 12 avril, le Roi, la Reine et la famille royale ont signé des contrats de mariage pour le Marquis de Montesquiou, le Marquis de Livry et le Comte de Polignac. Le 13 avril, le Marquis de Paulmy a pris congé pour devenir ambassadeur auprès du Roi et de la République de Pologne. Le 14 avril, le Comte de Luçay est parti pour Munich rejoindre l'armée d'Allemagne.
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307
p. 238
DE PETERSBOURG, le 15 Mars 1760.
Début :
Les Troupes légéres Russes surprirent, le 22 du mois dernier [...]
Mots clefs :
Troupes russes, Prince, Commissaire, Prisonniers, Impératrice, Échange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PETERSBOURG, le 15 Mars 1760.
De PETERSBOURG , le 15 Mars 1760.
LES
E s Troupes légéres Ruffes furprirent , le zž
du mois dernier , la Ville de Schwedt , elles firent
prifonniers le Margrave de ce nom , ainfi que le
Prince & la Princelle de Wirtemberg. Le Prince
de Brunfwick - Bevern , écrivit au Commiſſaire
Pruffien qui travailloit , à Butow , à l'échange des
prifonniers , pour qu'il demandât da liberté de ces
Princes. L'Impératrice ayant été informée de cette
demande , l'a accordée fur le champ ; mais on a
appris enfuite que les mêmes Troupes qui avoient
fait ces prifonniers , les avoient relâchés peu de
temps après , & qu'on avoit feulement exigé du
Prince de Wirtemberg , une promelle par écrit
de ne point fervir qu'il n'ait été échangé.
LES
E s Troupes légéres Ruffes furprirent , le zž
du mois dernier , la Ville de Schwedt , elles firent
prifonniers le Margrave de ce nom , ainfi que le
Prince & la Princelle de Wirtemberg. Le Prince
de Brunfwick - Bevern , écrivit au Commiſſaire
Pruffien qui travailloit , à Butow , à l'échange des
prifonniers , pour qu'il demandât da liberté de ces
Princes. L'Impératrice ayant été informée de cette
demande , l'a accordée fur le champ ; mais on a
appris enfuite que les mêmes Troupes qui avoient
fait ces prifonniers , les avoient relâchés peu de
temps après , & qu'on avoit feulement exigé du
Prince de Wirtemberg , une promelle par écrit
de ne point fervir qu'il n'ait été échangé.
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Résumé : DE PETERSBOURG, le 15 Mars 1760.
Le 15 mars 1760, des troupes russes capturèrent le Margrave de Schwedt et le Prince et la Princesse de Wurtemberg à Schwedt. Le Prince de Brunswick-Bevern demanda leur libération, accordée par l'Impératrice. Les prisonniers furent ensuite relâchés sans condition, sauf une promesse écrite du Prince de Wurtemberg.
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308
p. 191-192
DE DANTZICK, le 24 Mai 1760.
Début :
Les Lettres de Pétersbourg apprennent que la Cour de Coppenhague a accédé au traité [...]
Mots clefs :
Cour, Traité, Liberté de navigation, Mer baltique, Colonel, Troupes, Expédition, Impératrice, Troupes russes, Camps, Général, Prince, Maréchal, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : DE DANTZICK, le 24 Mai 1760.
De DANTZICK , le 24 Mai 1760 .
Las Lettres de Pétersbourg apprennent que la
Cour de Coppenhague a accédé au traité conclu
Pannée derniere, entre la Ruffie & la Suéde , pour
maintenir la liberté de la navigation dans la mer
Baltique.
Nous apprenons de Pomeranie , qu'un corps de
cinq cens Cofaques , fous les ordres du Colonel
Lukowkin , a furpris près de Belgard deux Efçadrons
de Dragons & de Huffards Praffiens , qu'il a
mis en déroute. Il a ramené de cette expétition
quarante-fept prifonniers & un grand nombre
de chevaux. Un autre corps de ces troupes a mis
àcontribution Wartenberg , fur les confins de la
Silégie.
S.
On a célébré à Konisberg , le 6 de ce mois
avec beaucoup de magnificence , l'Anniverfaire
du Couronnement de l'Impératrice de toutes les
Ruffies.
Les troupes Ruffes , qui campoient en quatre
divifions , font aujourd'hui+aſſemblées dans deux
Camps ,l'un à Mewe , & l'autre près de Culm . La
premiere de ces divifions eft commandée par le
Général Jacoblef , & fa feconde par le Général
Maquinoff. Le Comte de Schwaloff vient remplacer
le Prince de Menzicoff,qui eft rappelle . On
Croir que le motif de ce rappel , eft le peu d'intel191
MERCURE DE FRANCE.
ligence quirégnoit entre ce Prince & le Maréchal
de Soltikoff.
Les troupes qui doivent agir cette année contre
le Roi de Prufle montent , fuivant un état authentique
, à 113517 hommes. On n'y comprend
point un Corps de 10352 hommes , deftiné à
garder la Prufle & les bords de la Viftule.
Las Lettres de Pétersbourg apprennent que la
Cour de Coppenhague a accédé au traité conclu
Pannée derniere, entre la Ruffie & la Suéde , pour
maintenir la liberté de la navigation dans la mer
Baltique.
Nous apprenons de Pomeranie , qu'un corps de
cinq cens Cofaques , fous les ordres du Colonel
Lukowkin , a furpris près de Belgard deux Efçadrons
de Dragons & de Huffards Praffiens , qu'il a
mis en déroute. Il a ramené de cette expétition
quarante-fept prifonniers & un grand nombre
de chevaux. Un autre corps de ces troupes a mis
àcontribution Wartenberg , fur les confins de la
Silégie.
S.
On a célébré à Konisberg , le 6 de ce mois
avec beaucoup de magnificence , l'Anniverfaire
du Couronnement de l'Impératrice de toutes les
Ruffies.
Les troupes Ruffes , qui campoient en quatre
divifions , font aujourd'hui+aſſemblées dans deux
Camps ,l'un à Mewe , & l'autre près de Culm . La
premiere de ces divifions eft commandée par le
Général Jacoblef , & fa feconde par le Général
Maquinoff. Le Comte de Schwaloff vient remplacer
le Prince de Menzicoff,qui eft rappelle . On
Croir que le motif de ce rappel , eft le peu d'intel191
MERCURE DE FRANCE.
ligence quirégnoit entre ce Prince & le Maréchal
de Soltikoff.
Les troupes qui doivent agir cette année contre
le Roi de Prufle montent , fuivant un état authentique
, à 113517 hommes. On n'y comprend
point un Corps de 10352 hommes , deftiné à
garder la Prufle & les bords de la Viftule.
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Résumé : DE DANTZICK, le 24 Mai 1760.
Le 24 mai 1760, la Cour de Copenhague a approuvé le traité entre la Russie et la Suède pour la liberté de navigation en mer Baltique. En Pomeranie, cinq cents Cosaques dirigés par le Colonel Lukowkin ont vaincu deux escadrons prussiens près de Belgard, capturant quarante-sept prisonniers et de nombreux chevaux. Par ailleurs, des Cosaques ont pillé Wartenberg en Silésie. À Königsberg, l'anniversaire du couronnement de l'Impératrice de Russie a été célébré le 6 mai. Les troupes russes, auparavant en quatre divisions, ont été regroupées en deux camps : Mewe et Culm, sous les commandements des Généraux Jacobi et Maquinoff. Le Comte de Schwaloff a remplacé le Prince de Menzicoff, rappelé pour son manque d'intelligence avec le Maréchal de Soltikoff. Les forces destinées à combattre le Roi de Prusse comptent 113 517 hommes, sans inclure un corps de 10 352 hommes chargé de la garde de la Prusse et de la Vistule.
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309
p. 200-202
DE VERSAILLES, le 12 Juin.
Début :
Le 25 du mois dernier, fête de la Pentecôte, les Chevaliers, Commandeurs & [...]
Mots clefs :
Chevaliers, Cabinet du roi, Monseigneur le Dauphin, Prince, Duc, Grand-messe, Comte, Famille royale, Contrat de mariage, Nominations, Abbaye, Ordre, Diocèse, Dame, Marquise
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texteReconnaissance textuelle : DE VERSAILLES, le 12 Juin.
De VERSAILLES , le 12 Juin.
E 25 du mois dernier,fète de la Pentecôte,les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint- Esprit , s'étant aſſemblés vers les onze
heures du matin dans le Cabinet du Roi ; Sa Ma
jefté fortit de ſon appartement pour aller à la
Chapelle , accompagné de Monfeigneur le Dau
phin , du Duc d'Orleans , du Prince de Condé
dn Prince de Conty , du Comte de la Marche
du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , & des ,
Chevaliers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
La Grand'Mefle fut célébrée par l'Evêque de
Langres , Prélat-Commandeur ; & le Roi fut reconduit
enfuite a fon appartement , en la maniere
accoutumée.
Le Comte d'Affry , qui eft arrivé de Hollande
depuis plufieurs jours , fut préſenté à Sa Majelté
le 25 .
Le même jour , le Roi , la Reine , & la Famille.
Royale, fignerent le Contrat de mariage du Marquis
de Nargut , Cornette de la premiere Compagnie
des Moufquetaires , avee Demoiſelle DuJUILLET.
1760. 201
hamel de Melmont ; & celui du Marquis de Salutes
, avec Demoifelle de Molde.
Le 26 , Sa Majeſté tint le Sceau .
Le même jour , la Comteffe de Gaucourt a été
préſentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale;
par la Comteffe de Marfan.
Le Roi a difpofé de la Charge de Confeiller
d'Etat , vacante par la mort du fieur Bidé de li
Grandville , en faveur du fear Barentin , intendant
d'Orléans.
Le Roi a nommé le fieur de Cypiere , Maître
des Requêtes , Intendant d'Orléans , à la place du
feur de Barentin .
Le Juin , Fête du S. Sacrement , le Roi & la
Reine, accompagnés de Monſeigneur le Dauphin,
de Madame la Dauphine , de Madame , & de
Meſdames Victoire , Sophie & Louiſe , ſe font rendus
à l'Eglife de Notre - Dame ; Leurs Majeſtés
y ont entenda la Grand- Meffe , après avoir affifté
à la Proceffion , qui eft venuë , felon l'uſage , à
La Chapelle du Château.
י
Le 12 , le Roi a fait , dans la Cour du Châteam,
la revue des deux Compagnies des Mouſquetaires
de fa Garde,
Le même jour , Sa Majeſté a tenu le Scean.
La fanté de Mgr le Duc de Bourgogne , donne
toujours d'heureuſes efpérances. La Faculté et
contente du panfement & de la fuppuration.
Le Roi a accordé l'Abbaye d'Ivry , Ordre de
S. Benoît , Diocèle d'Evreux , à l'Abbé de Monclar
, Grand-Vicaire d'Orléans , fur la démiſſion
de l'Abbé Aniffon.
L'Abbaye aux Bois , Ordre de Citeaux , Diocèls
& Ville de Paris , à la Dame de Richelien , Abbelle
du Tréfor .
Celle du Tréfor , Ordre de Cireaur , Diocéfe
A 7
202 MERCURE DE FRANCE.
de Rouen , à la Dame d'Alégre , Grande- Prieure
de l'Abbaye de Saint George à Rennes.
Et celle de la Joye , Ordie de Cîteaux , Diocéfe
de Vannes , à la Dame de Bertin , Religieufe
du Monaftère de Coiroux , Diocèle de Limoges.
Le o du mois dernier , le Marquise de Lité ,
née Princeffe Lubomirska , a été préfentée a Leurs
Majenés & à la Famille Royale , par la Ducheſſe
d'Aiguillon.
E 25 du mois dernier,fète de la Pentecôte,les
Chevaliers , Commandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint- Esprit , s'étant aſſemblés vers les onze
heures du matin dans le Cabinet du Roi ; Sa Ma
jefté fortit de ſon appartement pour aller à la
Chapelle , accompagné de Monfeigneur le Dau
phin , du Duc d'Orleans , du Prince de Condé
dn Prince de Conty , du Comte de la Marche
du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre , & des ,
Chevaliers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
La Grand'Mefle fut célébrée par l'Evêque de
Langres , Prélat-Commandeur ; & le Roi fut reconduit
enfuite a fon appartement , en la maniere
accoutumée.
Le Comte d'Affry , qui eft arrivé de Hollande
depuis plufieurs jours , fut préſenté à Sa Majelté
le 25 .
Le même jour , le Roi , la Reine , & la Famille.
Royale, fignerent le Contrat de mariage du Marquis
de Nargut , Cornette de la premiere Compagnie
des Moufquetaires , avee Demoiſelle DuJUILLET.
1760. 201
hamel de Melmont ; & celui du Marquis de Salutes
, avec Demoifelle de Molde.
Le 26 , Sa Majeſté tint le Sceau .
Le même jour , la Comteffe de Gaucourt a été
préſentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale;
par la Comteffe de Marfan.
Le Roi a difpofé de la Charge de Confeiller
d'Etat , vacante par la mort du fieur Bidé de li
Grandville , en faveur du fear Barentin , intendant
d'Orléans.
Le Roi a nommé le fieur de Cypiere , Maître
des Requêtes , Intendant d'Orléans , à la place du
feur de Barentin .
Le Juin , Fête du S. Sacrement , le Roi & la
Reine, accompagnés de Monſeigneur le Dauphin,
de Madame la Dauphine , de Madame , & de
Meſdames Victoire , Sophie & Louiſe , ſe font rendus
à l'Eglife de Notre - Dame ; Leurs Majeſtés
y ont entenda la Grand- Meffe , après avoir affifté
à la Proceffion , qui eft venuë , felon l'uſage , à
La Chapelle du Château.
י
Le 12 , le Roi a fait , dans la Cour du Châteam,
la revue des deux Compagnies des Mouſquetaires
de fa Garde,
Le même jour , Sa Majeſté a tenu le Scean.
La fanté de Mgr le Duc de Bourgogne , donne
toujours d'heureuſes efpérances. La Faculté et
contente du panfement & de la fuppuration.
Le Roi a accordé l'Abbaye d'Ivry , Ordre de
S. Benoît , Diocèle d'Evreux , à l'Abbé de Monclar
, Grand-Vicaire d'Orléans , fur la démiſſion
de l'Abbé Aniffon.
L'Abbaye aux Bois , Ordre de Citeaux , Diocèls
& Ville de Paris , à la Dame de Richelien , Abbelle
du Tréfor .
Celle du Tréfor , Ordre de Cireaur , Diocéfe
A 7
202 MERCURE DE FRANCE.
de Rouen , à la Dame d'Alégre , Grande- Prieure
de l'Abbaye de Saint George à Rennes.
Et celle de la Joye , Ordie de Cîteaux , Diocéfe
de Vannes , à la Dame de Bertin , Religieufe
du Monaftère de Coiroux , Diocèle de Limoges.
Le o du mois dernier , le Marquise de Lité ,
née Princeffe Lubomirska , a été préfentée a Leurs
Majenés & à la Famille Royale , par la Ducheſſe
d'Aiguillon.
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Résumé : DE VERSAILLES, le 12 Juin.
Le 25 mai, à l'occasion de la fête de la Pentecôte, les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent à Versailles. Le roi, accompagné de princes et membres de l'Ordre, assista à la Grand'Messe célébrée par l'Évêque de Langres. Le Comte d'Affry, de retour de Hollande, fut présenté au roi. Ce jour-là, le roi, la reine et la famille royale signèrent les contrats de mariage du Marquis de Nargut et du Marquis de Salutes. Le 26 mai, le roi tint le Sceau et reçut la Comtesse de Gaucourt, présentée par la Comtesse de Marfan. Il nomma Barentin Intendant d'Orléans et Cypiere à la place de Barentin. Le 9 juin, lors de la fête du Saint-Sacrement, le roi et la reine assistèrent à la Grand'Messe à l'église Notre-Dame. Le 12 juin, le roi passa en revue les Mousquetaires et tint le Sceau. La santé du Duc de Bourgogne s'améliorait. Le roi attribua plusieurs abbayes, dont l'Abbaye d'Ivry à l'Abbé de Monclar et l'Abbaye aux Bois à la Dame de Richelieu. Le 30 mai, la Marquise de Lité, née Princesse Lubomirska, fut présentée à la famille royale par la Duchesse d'Aiguillon.
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310
p. 202-203
De l'Armée à Francfort, le 4 Juin.
Début :
Il a été convenu le 16 Mai, entre Sa Majesté Très-Chrétienne & le Duc de Virtemberg, [...]
Mots clefs :
Duc, Prince, Armée française, Maréchal de Broglie, Ennemis, Détachement, Baron, Commandement, Lieutenant, Alliés, Armée, Citadelle, Artillerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée à Francfort, le 4 Juin.
De l'Armée à Francfort , le 4 Juin .
Il a été convenu le 16 Mai , entre Sa Majeſté
Très-Chrétienne & le Duc de Virtemberg , que
ce Prince retirera fes troupes de l'Armée Françoiſe
pour les faire rentrer dans fes Etats , où elles continueront
d'être à la difpofition du Roi de France
& de fes Alliést
Le Maréchal de Broglie ayanteu avis le 143
que le Corps avancé des Ennemis s'étoit porté
le même jour , de grand matin , fur Butzbach
& que les détachemens qui occupoient ce poſte
avoient été obligés de céder au nombre , fe rendit
le 25 àFriberg, où il apprit que les ennemis s'étoient
retirés de Butzbach , & que des détachemens de
nos Huffards y étoient rentrés . Il fe porta jufqu'à
Butzbach , où il eut nouvelle que le corps des Ennemis
, commandé par le fieur Luckner , avoit paffé
la Lohn entre Giellen & Marburg , & qu'il s'étoit
retiré fur les hauteurs de Krofdorf. Il apprit en
même tems que le Baron du Blaifel , Commandant
a Gieffen , avoit attaqué avec des détachemens
de la Garnifon l'arriere - garde du fieur
Luckner , & qu'il avoit fait plufieurs prifonniers.
Le Maréchal de Broglie eft revenu ici , après
avoir donné tous les ordres néceflaires pour les
pofte de Butzbach & de Fridberg , dont il a remis
le Commandement au Comte de Vaux , LieuJUILLET.
1760. 203
tenant -Général . Depuis ce tems on n'a point entendu
parler des ennemis , & l'on juge que l'Armée
du Prince Ferdinand n'a fait aucun mouvement.
Le Comte de Luface commande la réferve
de notre Armée, qui s'eft affemblé a Lohr.
L'Electeur de Cologne arriva ici , le 31 du mois
dernier , vers le midi. Le Maréchal Duc d. Broglie
alla le recevoir à Sakenhaufen , où les Grenadiers
de France étoient fous les armes. Ce Prince
entra dans la Ville au bruit de l'Artillerie des
Remparts. Il foupa chez le Maréchal de Broglie ;
& il partit, le premier de ce nois , pour Bonn ,
lieu de la réfidence ordinaire.
Les Alliés travaillent à mettre la Citadelle de
Munſter , en état de faire une bonne défenfe. C'eſt
le Comte de la Lippe- Schaunbourg , qui dirige
ces travaux,
Il a été convenu le 16 Mai , entre Sa Majeſté
Très-Chrétienne & le Duc de Virtemberg , que
ce Prince retirera fes troupes de l'Armée Françoiſe
pour les faire rentrer dans fes Etats , où elles continueront
d'être à la difpofition du Roi de France
& de fes Alliést
Le Maréchal de Broglie ayanteu avis le 143
que le Corps avancé des Ennemis s'étoit porté
le même jour , de grand matin , fur Butzbach
& que les détachemens qui occupoient ce poſte
avoient été obligés de céder au nombre , fe rendit
le 25 àFriberg, où il apprit que les ennemis s'étoient
retirés de Butzbach , & que des détachemens de
nos Huffards y étoient rentrés . Il fe porta jufqu'à
Butzbach , où il eut nouvelle que le corps des Ennemis
, commandé par le fieur Luckner , avoit paffé
la Lohn entre Giellen & Marburg , & qu'il s'étoit
retiré fur les hauteurs de Krofdorf. Il apprit en
même tems que le Baron du Blaifel , Commandant
a Gieffen , avoit attaqué avec des détachemens
de la Garnifon l'arriere - garde du fieur
Luckner , & qu'il avoit fait plufieurs prifonniers.
Le Maréchal de Broglie eft revenu ici , après
avoir donné tous les ordres néceflaires pour les
pofte de Butzbach & de Fridberg , dont il a remis
le Commandement au Comte de Vaux , LieuJUILLET.
1760. 203
tenant -Général . Depuis ce tems on n'a point entendu
parler des ennemis , & l'on juge que l'Armée
du Prince Ferdinand n'a fait aucun mouvement.
Le Comte de Luface commande la réferve
de notre Armée, qui s'eft affemblé a Lohr.
L'Electeur de Cologne arriva ici , le 31 du mois
dernier , vers le midi. Le Maréchal Duc d. Broglie
alla le recevoir à Sakenhaufen , où les Grenadiers
de France étoient fous les armes. Ce Prince
entra dans la Ville au bruit de l'Artillerie des
Remparts. Il foupa chez le Maréchal de Broglie ;
& il partit, le premier de ce nois , pour Bonn ,
lieu de la réfidence ordinaire.
Les Alliés travaillent à mettre la Citadelle de
Munſter , en état de faire une bonne défenfe. C'eſt
le Comte de la Lippe- Schaunbourg , qui dirige
ces travaux,
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Résumé : De l'Armée à Francfort, le 4 Juin.
Le 16 mai 1760, un accord fut conclu entre le roi de France et le duc de Wurtemberg, permettant aux troupes du duc de se retirer de l'armée française tout en restant disponibles pour le roi et ses alliés. Le 14 juin, le maréchal de Broglie apprit que les forces ennemies s'étaient déplacées vers Butzbach, forçant les détachements français à se retirer. Le 25 juin, il découvrit que les ennemis avaient quitté Butzbach et que des hussards français avaient repris le poste. Il apprit aussi que le corps ennemi, dirigé par Luckner, s'était retiré sur les hauteurs de Krofdorf. Le baron du Blaifel avait attaqué l'arrière-garde de Luckner, capturant plusieurs prisonniers. Le maréchal de Broglie revint ensuite à Francfort et confia le commandement des postes de Butzbach et de Friedberg au comte de Vaux. Aucun mouvement ennemi n'a été signalé depuis. Le comte de Luface commande la réserve de l'armée française à Lohr. L'électeur de Cologne arriva à Francfort le 31 mai et quitta la ville le 1er juin pour Bonn. Les alliés fortifient la citadelle de Münster sous la direction du comte de la Lippe-Schaumbourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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311
p. 193-194
De VIENNE, le 22 Juin.
Début :
On a reçu de Saxe les détails suivans d'un avantage remporté le [...]
Mots clefs :
Saxe, Détachement des troupes, Armée prussienne, Régiments, Contributions financières, Prince, Armée, Général, Siège, Baron de Laudon, Constantinople, Peste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 22 Juin.
De VIENNE , le 22 Juin.
On a reçu de Saxe les détails fuivans d'un avantage
remporté le 2 de ce mois fur les Pruliens
par un détachement du Corps du Comte de Lafcy.
Ce Général avoit reçu du Maréchal , Comte
de Daun , l'ordre de reconnoître les portes de
l'Armée Pruffienne du côté de Torgau . Pen fant
qu'il exécutoit cette commiffion , il fut informé
que le Régiment des Huffards de Ziétaen & un
détachement de celui de Kleift étoient poftés à
Nichtewitz & à Katewitz , en deça de l'Elbe ,
& qu'ils pouloient de la des partis vers différens
endroits pour faire payer les contributions impofées.
Il prit auffitôt la résolution de les déloger de
ces poftes , & il chargea le Général - Major , Prince
de Lichtenftein de l'exécution de cette entrepriſe .
Ce Prince , à la tête d'un corps de fix cens hommes
, tant de Cavalerie Allemande , que de Huffards
& de Ulans , marcha aux Pruffiens , & il
les attaqua le 2 avant le jour . Ces derniers firent
une réfiftance opiniâtre , mais ils furent obligés
à la fin de fe retirer en défordre vers Torgau .
Us furent pourfuivis jufqu'aux portes de cetteVille
par nos Troupes légeres , qui leur firent cent
vingt- huit prifonniers . Le nombre le leurs morts
eft de leurs blés et beaucoup plus confi térable.
Il n'y a eu de notre côté que treize hommes tués ,
& vingt fpt de bleflès .
Au retour de cetre expédition , le Prince de Lichtefrein
apperçut fur l'Elbe trois bateaux chargés
de grains & de farine deftiné pour l'Armée Pruf-
Genne. Il en fit couler deux a fond , & bruler le
troifiéme.
Les Pruffiens ont évacué Landshut avec réci
1
1
I
194 MERCURE DE FRANCE:
pitation le ; & le Général de Wolfersdorff s'en
et mis en poffeffion. Nous y avons trouvé un
Magazin confidérable.
Les Généraux de Jahnus & de Wolfersdorff
ont occupé depuis peu la Ville de Hirſchberg ,
& ils lui ont impofé une contribution de cent mille
écus.
Nous fommes maîtres de tous les paffages du
Comté de Glatz ; ainfi les communications de
notre Armée avec la Bohême , ſont parfaitement
libres. On n'attend plus que la groffe
Artillerie , qui eft en marche , pour pouffer vigoureufement
le Siége de la Capitale du Comté de
Glatz , que l'on a inveftie. Le Général Baron de
Laudon a pris une pofition qui menace à la fois
Schweidnitz , Neiff & Brieg. Les Pruffiens ont
abandonné les poftes de Lauban & de Lowenberg
, dont le Général Beck a pris poffeffion.
Ce Général eft actuellement fur la Queiff , & il
eft à portée de fe joindre , s'il en eft befoin , avec
le Baron de Laudon .
On apprend de Conftantinople , que la pefte
fait de grands ravages dans la Palestine & dans
une partie de l'Afie , cependant elle ne s'eft point
encore déclarée dans cette Capitale . Les mêmes
avis apprennent que le Prince Cherim-Chan ,
l'un des deux Prétendans au Trône de Perfe ,
a remporté dernierement une grande victoire
fur le Prince Affad - Chan , ſon rival , & que celuici
s'eft retiré avec les débris de fon Armée dans
la Province d'Hammadan .
On a reçu de Saxe les détails fuivans d'un avantage
remporté le 2 de ce mois fur les Pruliens
par un détachement du Corps du Comte de Lafcy.
Ce Général avoit reçu du Maréchal , Comte
de Daun , l'ordre de reconnoître les portes de
l'Armée Pruffienne du côté de Torgau . Pen fant
qu'il exécutoit cette commiffion , il fut informé
que le Régiment des Huffards de Ziétaen & un
détachement de celui de Kleift étoient poftés à
Nichtewitz & à Katewitz , en deça de l'Elbe ,
& qu'ils pouloient de la des partis vers différens
endroits pour faire payer les contributions impofées.
Il prit auffitôt la résolution de les déloger de
ces poftes , & il chargea le Général - Major , Prince
de Lichtenftein de l'exécution de cette entrepriſe .
Ce Prince , à la tête d'un corps de fix cens hommes
, tant de Cavalerie Allemande , que de Huffards
& de Ulans , marcha aux Pruffiens , & il
les attaqua le 2 avant le jour . Ces derniers firent
une réfiftance opiniâtre , mais ils furent obligés
à la fin de fe retirer en défordre vers Torgau .
Us furent pourfuivis jufqu'aux portes de cetteVille
par nos Troupes légeres , qui leur firent cent
vingt- huit prifonniers . Le nombre le leurs morts
eft de leurs blés et beaucoup plus confi térable.
Il n'y a eu de notre côté que treize hommes tués ,
& vingt fpt de bleflès .
Au retour de cetre expédition , le Prince de Lichtefrein
apperçut fur l'Elbe trois bateaux chargés
de grains & de farine deftiné pour l'Armée Pruf-
Genne. Il en fit couler deux a fond , & bruler le
troifiéme.
Les Pruffiens ont évacué Landshut avec réci
1
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I
194 MERCURE DE FRANCE:
pitation le ; & le Général de Wolfersdorff s'en
et mis en poffeffion. Nous y avons trouvé un
Magazin confidérable.
Les Généraux de Jahnus & de Wolfersdorff
ont occupé depuis peu la Ville de Hirſchberg ,
& ils lui ont impofé une contribution de cent mille
écus.
Nous fommes maîtres de tous les paffages du
Comté de Glatz ; ainfi les communications de
notre Armée avec la Bohême , ſont parfaitement
libres. On n'attend plus que la groffe
Artillerie , qui eft en marche , pour pouffer vigoureufement
le Siége de la Capitale du Comté de
Glatz , que l'on a inveftie. Le Général Baron de
Laudon a pris une pofition qui menace à la fois
Schweidnitz , Neiff & Brieg. Les Pruffiens ont
abandonné les poftes de Lauban & de Lowenberg
, dont le Général Beck a pris poffeffion.
Ce Général eft actuellement fur la Queiff , & il
eft à portée de fe joindre , s'il en eft befoin , avec
le Baron de Laudon .
On apprend de Conftantinople , que la pefte
fait de grands ravages dans la Palestine & dans
une partie de l'Afie , cependant elle ne s'eft point
encore déclarée dans cette Capitale . Les mêmes
avis apprennent que le Prince Cherim-Chan ,
l'un des deux Prétendans au Trône de Perfe ,
a remporté dernierement une grande victoire
fur le Prince Affad - Chan , ſon rival , & que celuici
s'eft retiré avec les débris de fon Armée dans
la Province d'Hammadan .
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Résumé : De VIENNE, le 22 Juin.
Le 22 juin, des nouvelles d'une victoire militaire autrichienne du 2 juin contre les Prussiens ont été reçues de Saxe. Le Comte de Laffy, sur ordre du Maréchal Comte de Daun, a attaqué les positions prussiennes près de Torgau. Le Prince de Lichtenstein, à la tête de 600 hommes, a repoussé les Prussiens avant l'aube, capturant 128 prisonniers et infligeant des pertes significatives. Les troupes légères ont poursuivi les Prussiens jusqu'à Torgau, où elles ont coulé et brûlé des bateaux chargés de provisions prussiennes. Les Prussiens ont évacué Landshut, laissant des magasins récupérés par les Autrichiens. Les généraux prussiens Jahnus et Wolfersdorff ont occupé Hirschberg et imposé une contribution de 100 000 écus. Les Autrichiens contrôlent les passages du Comté de Glatz et préparent le siège de sa capitale, menacé par le Général Baron de Laudon. Les Prussiens ont abandonné les postes de Lauban et Lowenberg, pris par le Général Beck. Par ailleurs, la peste ravage la Palestine et une partie de l'Asie, mais n'a pas atteint Constantinople. En Perse, le Prince Cherim-Chan a vaincu le Prince Assad-Chan, qui s'est retiré en Province d'Hammadan.
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312
p. 194-195
Du Quartier général de l'Armée de l'Empire, à Tschoppau, le 18 Juin.
Début :
L'Armée s'est remise en mouvement le 13 de ce mois, & elle s'est portée en 5 [...]
Mots clefs :
Armée, Mouvements des troupes, Marchés, Camp, Général, Prince
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texteReconnaissance textuelle : Du Quartier général de l'Armée de l'Empire, à Tschoppau, le 18 Juin.
Du Quartier général de l'Armée de l'Empire ,
à Tfchoppau , le 18 Juin.
L'Armée s'eft remiſe en mouvement le 13 de ce
mois, & elle s'eft portée en s ,marches confcutives,
par Oelnitz , Langfeld, Zwickau & Stolberg, dansJUILLET.
1760. 195
le nouveau Camp qu'elle occupe. Le Corps du
Prince Stolberg forme aujourd'hui l'avant-garde,
il occupe Chemnitz & Auguftsbourg ; le Général
de Kleefeld eft à Glaucha . Le Général de Lucfinfkyrefte
fur les confins de la Franconie , chargé de
veiller à la fureté. Il a fait occuper Eisfeld , Ilmenau
, & divers autres poftes.
à Tfchoppau , le 18 Juin.
L'Armée s'eft remiſe en mouvement le 13 de ce
mois, & elle s'eft portée en s ,marches confcutives,
par Oelnitz , Langfeld, Zwickau & Stolberg, dansJUILLET.
1760. 195
le nouveau Camp qu'elle occupe. Le Corps du
Prince Stolberg forme aujourd'hui l'avant-garde,
il occupe Chemnitz & Auguftsbourg ; le Général
de Kleefeld eft à Glaucha . Le Général de Lucfinfkyrefte
fur les confins de la Franconie , chargé de
veiller à la fureté. Il a fait occuper Eisfeld , Ilmenau
, & divers autres poftes.
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Résumé : Du Quartier général de l'Armée de l'Empire, à Tschoppau, le 18 Juin.
Le 18 juin 1760, l'armée impériale, partie le 13 juin, a traversé Oelnitz, Langfeld, Zwickau et Stolberg. Le Corps du Prince Stolberg occupe Chemnitz et Augsbourg. Le Général de Kleefeld est à Glaucha. Le Général de Lucfinfky surveille la Franconie, occupant Eisfeld, Ilmenau et d'autres postes.
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313
p. [5]-10
LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
Début :
LE MERCURE, Monsieur, étant au nombre de ces Journaux qui sont les [...]
Mots clefs :
Ode, Prince, Naissance, Lettre, Sublime, Littérature, Mythologie, Histoire, Danemark
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
LETTRE de M. D' ARNAUD ,
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
M. DE LA PLACE , Auteur du
LE
MERCURE.
E MERCURE , Monfieur , étant au
nombre de ces Journaux qui font les
dépôts du fentiment ainfi que de l'efprit ;
je me flatte , à ce premier titre , que vous
ne refuferez pas d'inférer dans un de vos
recueils un ouvrage auquel mon refpect
& ma reconnoiffance pour un des plus
Août, A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
auguftes Souverains de l'Europe peuvent
feuls donner quelque prix ; c'eft une Ode
adreffée à Sa Majefté le Roi de Dannemarc
, à l'occafion de la naiffance de
Son A. R. le Prince Frédéric , fon fécond
fils. Je la compofai en Allemagne ; j'étois
d'autant plus engagé à la rendre publique
, que j'ai reçu des marques diftinguées
de l'indulgence & de la bonté de
S. M. Danoife : la protection généreufe
& éclairée qu'Elle accorde à tous les talens
, lui fait répandre fes bienfaits fur
ceux qui cultivent les Arts avec le moins
de fuccès. La lettre obligeante que S. E.
M. le Baron de Bernfdorff, dont vous
connoiffez le mérite perfonnel , ajouta
aux faveurs du Roi , n'a fait que me les
rendre plus précieufes. C'étoit une invitation
des plus flatteufes pour moi , &
pour la Littérature dont je voudrois augmenter
la gloire , de venir admirer de
près un Monarque qui foutient tout l'éclat
de fa réputation ; je crois ce trait
particulier à fon éloge. Mon retour en
France un malheureux enchaînement
d'affaires domeftiques , la mort de mon
refpectable ami M. le Comte de Frife ,
perte qui me fera toujours fenfible , &
qui m'enleva à moi - même & à cet otium
litterarium fi néceffaire à quiconque veur
"
AOUST. 1760:
penfer & écrire ; toutes ces raifons , qui
ne font que trop
fuffifantes pour m'excufer
, m'ont empêché jufqu'à préfent de
m'acquitter d'un devoir , un des plus effentiels
peut- être que j'euffe à remplir. Je
ne facrifie donc point en ce moment à
ma vanité ; je connois affez mon art pour
en fentir toutes les difficultés ; & pour
favoir que des vers , françois furtout , ne
peuvent être affez corrects ; que l'élégance
la plus fcrupuleufe , en doit être le
premier mérite : mais je fuis forcé de
n'écouter que la reconnoiffance. C'eſt
elle qui m'impofe aujourd'hui la loi de
foumettre mon Ode au grand jour de
l'impreffion. J'ai cherché à la rendre intéreffante
, en y répandant des traits de
l'Hiftoire de Dannemarc revêtus du coloris
de la Mythologie propre à cette
Nation. Nous revoyons tant la vieille fable
de Jupiter , qu'Odin ne pourra manquer
d'exciter du moins le plaifir de la
curiofité il y a du mérite , quelque foible
qu'il puiffe être , à préfenter aux yeux
de nouveaux tableaux. J'ajouterai même ,
que j'avois recueilli quelques matériaux
fur l'ancienne Religion des Peuples du
Nord ; & que j'étois dans le deffein d'en
faire ufage, quand j'ai appris que M.Mallet
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
m'avoit prévenu. Ce que j'ai lû de fon
ouvrage m'a donné lieu de n'être point
fâché d'avoir abandonné ce travail. Indépendemment
de fes talens , reconnus ,
M. Mallet eft à la fource des connoiffances
néceffaires à la perfection de fon
entreprife ; je l'applaudis donc de tout
mon coeur , perfuadé que nous devons
aimer les Lettres pour leur propre gloire
, & non pour notre vanité.
Vous favez beaucoup mieux que moi ,
Monfieur , que le genre de l'Ode eft
extrêmement varić je me fuis étendu
dans celle - ci plus que dans une Ode
fondée fur le pur enthouſiaſme ; il s'agiffoit
d'attacher , pour ainfi dire , les
premiers regards d'un Prince naiffant ſur
' Hiftoire de fon Pays , & d'appuyer le
précepte de l'exemple. C'eft à vous à
juger fi j'ai eu raifon de préférer le langage
de la mâle vérité , la hardieffe de
l'inftruction à l'imitation groffière & triviale
de l'Eclogue de Virgile , Sicelides
Mufe ; ridicule où tombent nos Verfificateurs
, à chaque naiffance de Prince . C'eſt
ce qu'ils appellent beautés poëtiques , &
ce que les gens fenfés traitent de non
fenfe ,, pour rifquer une expreffion Angloife
qu'on ne peut guères rendre en
AOUST. 1960. 9
notre Langue que par le mot de galimathias
, ou de fons vuides de fens.
Pope , eft le feul Pocte que je fache ,
depuis l'Auteur Latin , qui ait tiré parti
de ces lieux communs dans fon Eclogue
intitulée le Meffie , où il a encore beaucoup
plus emprunté d'faïe , bien audeffus
de Virgile pour le fublime d'images
& l'énergie de pensées.
Je me fuis trouvé dans le cas indifpenfable
, de groffir mon Ode de notes ; la
Mythologie Danoife n'étant point affez
familiére à la plupart de nos Lecteurs
François . Ce feroit bien ici l'occafion de
vous confulter fur l'emploi du rithme
dans l'Ode ; de vous demander , fi à l'exemple
des Anglois , dont la Littérature
vous eft fi connue , nous ne pourrions
pas faire des ftrophes à mefure inégale ,
& éviter par-là ce retour fariguant &
monotone de la même mefure que ces
mêmes Anglois comparent judicieufement
à un carillon uniforme de cloches .
Je pourrois encore vous prier de faire
revenir * notre Public d'un préjugé que
* Le Publie, dont il eft ici quetion , vantera l'O
de à lafortune , qui n'eft qu'une riche amplification
d'un excellent Ecolier ; l'Ode à la Veuve ,
qui réanit, deux tons difcordants , le gracieux & le
plaifant ; celle far la Naiffance du Duc de Breta
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
je trouve répandu . On s'efforce de nous
dire que les III & IV livres des Odes du
célebre Rouffeau doivent être mis au
nombre de les mauvais ouvrages , de fes
Comédies fi médiocres . Vous devriez ,
dans l'occaſion , vous charger du foin de
faire obferver à ce même Public qu'il y a
peut - être plus de poefie , plus de fublime ,
& de ce que les Latins nommoient mens
divinior , dans ces dernieres Odes que
dans les premieres ; en convenant pourtant
qu'elles font beaucoup moins correctes
pour la Langue. C'est une onde
qui jaillit & s'élève avec force , mais
moins pure que lorfqu'elle n'étoit qu'un
fimp le ruiffeau. Mais je m'égare dans des
difc uffions trop longues pour une Lettre
où je dois me borner à vous répéter l'affu
ance de l'eftime refpectueufe avec la
uelle j'ai l'honneur d'être & c.
9
Ene , où la Poëfie eft en querelle avec la Raiſon ;
& qui , à propos d'un Prince de France , vous ex-
Po fe le Crocodile ne troublant point les eaux du
Nil , les lions bondiffant avec les agneaux: peintures
auffi abfurdes que déplacées : & perfonne
ne par le de l'Ode à M. le Comte du Luc , le chefd'envre
de la Poène Françoife ; de l'Ode aux
Princes Chrétiens , qui n'eft pas moins fublime
de celle enfin au Prince Eugène , le modéle de
énergie & de la Nobleffe ; on y pourroit ajouter
Odefur la bataille de Petervaraden.
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Résumé : LETTRE de M. D'ARNAUD, à M. DE LA PLACE, Auteur du MERCURE.
M. d'Arnaud adresse une lettre à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France, pour lui soumettre une ode célébrant la naissance du prince Frédéric, fils du roi de Danemark. Cette ode, composée en Allemagne, a été inspirée par la bienveillance du roi danois et une lettre du baron de Bernstorff. Plusieurs événements, dont la mort du comte de Frise, ont retardé sa publication. L'auteur justifie cette publication par sa gratitude envers le roi de Danemark et souligne les difficultés de la poésie française. Dans sa lettre, M. d'Arnaud explique ses choix stylistiques, privilégiant un style instructif et direct plutôt que les conventions poétiques traditionnelles. Il critique les poètes qui se contentent d'utiliser des lieux communs sans originalité et admire Pope pour son innovation. Il aborde également des questions techniques relatives au rythme en poésie et invite M. de La Place à rectifier certains préjugés littéraires, notamment concernant les œuvres de Rousseau. Le texte mentionne plusieurs poèmes, tels que 'L'Ode à M. le Comte du Luc' et 'L'Ode aux Princes Chrétiens', ainsi qu'une ode sur la bataille de Petervaraden. L'auteur dénonce certaines comparaisons absurdes et déplacées dans la poésie. L'ode dédiée au prince Frédéric intègre des éléments historiques et mythologiques danois, reflétant l'intérêt de M. d'Arnaud pour la culture et l'histoire du Danemark.
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314
p. 11-30
ODE A S. M. LE ROI DE DANNEMARC, sur la Naissance de S. A. R. le Prince FREDERIC.
Début :
PERE de l'éloquence & de la Poësie, [...]
Mots clefs :
Danois, Roi, Rois, Frédéric, Dieux, Héros, Gloire, Ciel, Danemark, Dieu, Odin, Fils, Prince, Amour, Terre, Âme, Jour, Yeux, Mort, Trône, Tyrans, Valhalla
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A S. M. LE ROI DE DANNEMARC, sur la Naissance de S. A. R. le Prince FREDERIC.
ODE
A S. M. LE ROI DE DANNEMARC
fur la Naiffance de S. A R. le Prince
FREDERIC.
PERE
ERE ( a ) de l'éloquence & de la Poësie ,
Jadis au rang des Dieux du Danois adorés ,
Par qui de fes héros les exploits confacrés
Triomphoient ( b ) du Dragon , & de ſa jalouſie !
Toi , qui près ( c ) d'Odin étonné ,
Elevois le courage ( d ) au Valhall fortuné ;
( a ) Pere de l'Eloquence . Brag , Dieu de l'Eloquence &
de la Poéfie , adoré des anciens Danois, Dans les feftins
folemnels , on finiffoit par boire le Bragarbott , c'efi- adire
, la coupe en l'honneur du Dieu Brag.
(b ) Du Dragon. Le Dragon noir , étoit le Pluton de la
Mythologie Danoiſe ; c'étoit la Divinité mal faiſante .
(c) Près d'Odin . Odin , felon la même Mythologie ;
étoit le premier des Dieux. Ce Dieu Odin , avoit été un fameux
Magicien , le Numa des Danois.
(d ) Au Valhall. C'étoit le Paradis du Dieu Odin. Il
n'y avoit que ceux qui mouroient à la guerre , ou de quel.
ques bleffures , qui puffent y être admis. On n'eft pas d'accord
fur le lieu où ce Palais étoit fitué ; les uns le placent
dans la ville d'Afgard en Scithie, d'autres , dans les Cieux ,
d'autres , dans l'air , d'autres , enfin , dans un antre fou
terrain ; ce dont on convient , c'eft que l'or & les diamans
n'y étoient pas épargnés . C'eſt ainfi que , de tout tems ,
hommes ont attaché fur les idées qui doivent être les
plus fpirituelles , l'empreinte groffiére de leur fens. Le Vale
hall n'eft pas plus ridicule & déraisonnable que l'Olimpe ,
les champs élifés , le Paradis de Mahomet,
les
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Fais jaillir dans ta coupe un nectar plein de flâmė;
Que je boive à longs traits ta divine fureur :
Puiffes-tu me prêter tous les feux de ton âme ,
Toi- même tout entier t'épancher dans mon coeur !
Le Cédre , antique fils du Temps & de la Terre ,
Dont les pieds vont le perdre aux voûtes des Enfers
,
Qui ſemble fur un front , vainqueur des noirs Hyvers
,
Affeoir le lourd fardeau du féjour du Tonnerre ;
Orgueilleux de nouveaux appas ,
Pour couvrir le Liban , étend de nouveaux bras :
Le Mont frémit de joie , & fa cine s'écrie :
» Fleurs, Fruits, Ruiffeaux,Vallons, partagez mes
>>tranfports !
>> De l'honneur des mes champs , la gloire eft af-
>> fermie .
Un ombrage nouveau , protége vos tréfors .
Cet Aftre bienfaifant ,l'âme de la Nature ,
Qui dans fes fancs cachés nourrit le diamant ,
D'azur , d'or , de rubis pare le Firmament ,
Et verfe fur nos prez la riante verdure ;
Dans un nuage radieux
Se peint & reproduit fon front brillant de feux,
Pour admirer la Terre en filence s'arrête ;
Dans l'Erébe , la Nuit va rentrer pour toujours.
AOUST. 1760. 13
Terre , un fecond foleil fe léve fur ta tête ;
De beaux jours éternels , il t'affure le cours.
Ta tige , FREDERIC , en rejettons féconde ,
Pouffe un nouveau rameau , s'éleve jufqu'aux
Cieux.
Peut-elle croître affez ? des tyrans odieux ,
Que la race s'écoule & paffe comme l'onde !
Dans les gouffres les plus profonds ,
Que le Temps engloutiffe & dévore leurs noms !
Mais des Rois bienfaifans, de ces Rois qu'on adore,
Dont FREDERIC en lui réunit tous les traits ,
Que la poſtérité s'étende plus encore
Que l'herbe qui couronne & couvre nos marais !
J'entens bruire tes eaux , ô Mer hyperborée !
Du fond de ton abîme , avec un cri vainqueur ;
»Mon Maître , nous dis - tu , de ſa juſte grandeur,
» Voit fe perpétuer , s'établir la durée !
» Le Ciel lui donne un ſecond fils ;
» Un fecond Dieu des mers , à mes flors eft pro-
» mis.
Ce cri frappe la Terre , & l'émeut d'allégreffe .
Un beau jour s'y répand ; ces vaftes ( e ) champs
d'horreurs ,
Où la Nature fombre expire de trifteffe
(e ) Champs d'horreurs. Les terres feptentrionales qui
font fous la domination du Roi de Dannemarc.
14 MERCURE DE FRANCE.
Sous la glace fondue , ont vu germer des fleurs .
Efprits qui préfidez aux grandes deſtinées ,
des Empires du monde Arbitres fouverains ,
Vous qui tenez la Terre & le Sort dans vos mains !
Quittez pour un moment vos fphères fortunées ;
Et defcendez tous à la fois
Sur ce berceau facré d'où s'élevent les Rois .
Ange du Dannemarc , développe tes aîles ;
Et vous qui de ces Dieux groffiflez le concours ,
(f) Nornirs, de cet Enfant , gardiennes fidelles ,
Chargez de foye & d'or la chaîne de les jours.
Monftres nés du menfonge & de la tyrannie ,
Qui rampez dans les Cours qu'infectent vos poifons
;
Meres des attentats , des lâches trahisons ,
Obfcure Politique , affreufe Calomnie !
Epouvantés d'un jour nouveau ,
Expirez dans la rage au pied de ce berceau.
Toi , Sainte Humanité , fur leur tête écrasée ,
Chafte Vierge , affermis ton régne triomphant;
Que ton lait pur , femblable à la douce rofée ,
S'écoule & fe répande au fein de cet Enfant !
Les yeux d'Achille , à peine ouverts à la lumière,
Cherchent à fe fixer fur l'horreur des combats ;
( f) Nornirs. C'eft ainfi que les premiers Danois appel-.
loient les Parques , défignées toutes trois par cestrois noms,
Vrdr , Verdande & Sckulde.
AOUST. 1760 . IS
Dans fon premier foupir s'exhale le trépas ,
Toute la rage enfin de la fureur guerriere ;
De fa voix , les premiers accens ,
Murmurent du Dieu Mars les arrêts menaçans ;
Déja fon pied fatal a fait gémir la terre ;
Et fon bras , l'inftrument des vengeances du fort ,
Demande un fer fanglant , les carreaux du tonnerre
,
Et brûle de frapper & de lancer la mort.
Le fils de FREDERIC bien plus divin fans doute ,
L'image des vertus refpire leur douceur ;
C'eſt un Héros clément , un Dieu confervateur ;
Qui médite le bien , & qui déja le goûte.
S'il répand des pleurs quelquefois ,
Ce font des pleurs d'amour pour le Peuple Danois
Il appelle en fa main l'olive & la balance ;
Il veut verfer des dons , foulager , ranimer ;
Ou fifon bras naiſſant après un fer s'élance ,
C'est pour venger le Monde & non pour l'opprimer
Mortels, vous connoîtrez le Héros véritable,
Sa fuprême vertu remplira l'Univers ;
Pour lui tous les humains feront facrés & chers ,
Le mérite à fes yeux ſera ſeul préférable ;
De la fouveraine grandeur
Il n'éprouvera point le charme corrupteur ;
Héros , il foutiendra le poids de la Couronne ;
Il ne fera pas Roi , mais un homme immortel ;
16 MERCURE DE FRANCE.
Soumis aux loix du fort il n'aura pas de Trône ;
Mais il méritera d'obtenir un Autel.
Eh , que font les grandeurs , l'éclat du diadême ,
Auprès de la vertu fublime fans orgueil ?
Elle voit le ciron & l'aigle du même oeil ,
La fimple Vérité fait fa fplendeur fuprême ;
De foi-même elle fçait jouir ,
Rien ne peut la tromper , rien ne peut l'éblouir ;
Elle nourrit fon coeur dans une paix profonde ;
Et foulant à fes pieds le faſte ambitieux ,
Le fceptre altier des Rois , tous les Trônes du
monde ,
Va s'affeoir dans le Ciel , même à côté des Dieux.
(g) Bernsdorff, Beaux arts , vertus , quel nom fort
de ma bouche ?
Je vous peins à la fois & Mécène & Mornai ;
Ma Patrie applaudit à cet éloge vrai ;
Elle a fçu dépouiller ce préjugé farouche ,
Qui fur le mérite étranger ,
Fermant les yeux jaloux , craint de l'envifager ;
Elle envie aux Danois & redemande encore
Ce Miniſtre éclairé , qui ne dédaigne pas
De joindre aux qualités dont fon Pays s'honore ,
(g) Bernsdorff. M le Baron de Bernsdorf eft fait
connoîte parmi nous dans fon Ambaffade. Il est aujours
d'hui un des Miniftres de la Cour de Dannemarc & Gouver
neur du Prince FREDERIC fecond fils de Sa Majeftè
Danoif . Les Arts ont danse Seigneur un foutien éclairé§
& es Gens de Lettres un ami refpe&able .
AOUST. 17%0: 17
L'efprit , les agrémens de nos heureux climats .
Bernsdorff, nou eau Mentor du nouveau Télémaque,
Lui donnera les goûts , festalens & fes moeurs;,
Aux charmes d'Eucharis , à des bords féducteurs ,
Lui fera préférer la fageſſe d'Ithaque ;
Lui montrera la Vérité
Avec toute la force & fa févérité.
Favoris des tyrans , qui dégradez les ames ,
(h) Greppa, vils courtifans , fuyez tous devant lui .
Il faura démêler vos odieufes trames ,
Et ( i ) d'Eric vertueux fe déclarer l'appui.
Muſes , Filles du Ciel , apportez vos guirlandes ,
Ces lauriers qui toujours de fleurs s'embelliront ;
De mon jeune héros venez parer le front ,
Venez lui préſenter vos plus riches offrandes ;
Dans vos doux concerts répété
Que déjà fon nom vole à l'Immortalité !
( h ) Greppa. Un de ces courtifans qui rampent auprès
des Souverains, pour la honte du Trône & le malheur des
peuples. Il penfa bouleverser le Royaume , fous le régne de
Frothon 111. furnommé Auguſte du Nord. 11 abrogea les
loix , & en créa de nouvelles qui ne tendoient qu'à l'oppreffion
des Danois.
( i ) Eric , farnommé le Sage , arriva de Norvége au moment
que Greppa alloit caufer la ruine totale du Dannemarc.
Les hautes vertus du premier , malgré les artifices
de l'indigne favori , pénétrérent jufqu'au Trône de Frothon
, qui eut le bonheur d'ouvrir les yeux , de con oître
la vérité , & de l'aimer dans Eric , dont la faceffe éciairée
rétablit le gouvernement , & triompha de la balle envie
& des cal ales de Greppa.j
MERCURE DE FRANCE.
Il chérira vos voix , il montera vos lyres ,
A côté de fon frere il vous appellera ;
Il faura que le Temps détruit tous les Empires &
Qu'à leur écroulement le vôtre furvivra.
Non , il ne fera pas de ces Princes barbares ,
Refte impur de ces Goths dans la Tèrre rentrés ,
Qui dédaigneux desArts,pour leurs accords facrés
N'ont qu'une oreille ingrate , & des âmes avares
Vile populace de Rois ,
Près de qui le Talent reclame en vain fes droits ,
Diſparus fous la mort , comme l'herbe féchée
Difparoît fous la faulx , ou fous les jeux du vent ƒ
Dans l'urne de l'oubli que ta cendre cachée ,
Laille à peine ton nom s'échapper du néant !
Enfant de la foibleffe , idole du vulgaire ,
Deſtructeur des Etats , & père des forfaits ,
Toi , qui contre les Rois t'armant de leurs bienfaits
,
Du feu de l'encenfoir allumes ta colére ,
Premier Tyran de l'Univers ,
Fanatifme cruel ! va , retombe aux Enfers.
Mon Prince aux Dieux foumis combattra leurs
phantômes ;
Il ofera penſer , pour attendrir fon coeur ;
Avec les yeux du Sage il verra tous les hommes ,
Et ne confondra pas le crime avec l'erreur.
AOUST. 1760 .
Heureux préfent du Ciel , fource pure & féconde ,
D'où s'écoulent , pareils au fleuve bienfaiſant
Qui traîne dans l'Egypte un limon nourriffant ,
Les biens & les plaiſirs néceſſaires au monde ;
Chafte Paix , dont les doux liens
Des Peuples défarmés font des concitoyens ,
Ce héros chérira votre Olive innocente ;
A ces hommes de lang , illuftres affafſins ,
Il laiffera l'éclat d'une gloire éffrayante ,
Ne voulant recueillir que l'amour des humains.
Crains , démon des combats , d'irriter fon cou
rage ,
Odin l'enflammera ' k ) de fon efprit guerrier ,
Il armera fon bras du fatal bouclier ,
Remettra dans fa main le glaive du carnage :
Ce Dieu lui-même , à fon côté ,
Déploira dans les airs ( 7 ) l'étendart redouté ;
Devant lui marcheront (m) les Valkires ſanglantes .
Ombre (n ) de Stercather, tu viendras l'applaudir,
( k ) De fon efprit guerrier. Ceux qu'Odin favorifoit ,
fe préfentoient au combat , poffédés d'une fureur guerriere ,
qu'on appelloit berfeckic.
il) L'étendard rédouté. Le fameux Raunfær ou Réafar ,
l'Oriflamme des Danois ; il étoit chargé de la figure d'un
corbeau , en broderie , travaillé par les filles du Roi Regnerlodbroch.
Ces peuples fe croyoient invincibles , avec
cet étendart .
(m) Les Valkires . C'étoient des filles qui choififfoient
, dans les armées , ceux qui devoient être tués . Elles
habitoient le Valhall.
(n) Stercather fut l'Hercule Danois , femblable à celui
des Grecs à qui l'on attribue les actions d'une infinité de
Héros,
20 MERCURE DE FRANCE.
181
Et de ſes ennemis les âmes gémillantes
Iront dans (0) le Naſtrond ſe perdre & s'engloutir.
Alors , vaillants Danois , nous verrons reparaître
(p) Ces Cimbres indomptés maîtres de leurs deftins ,
Qui défiant les Dieux ainſi que les Romains ,
Pour mourir en héros fembloient toujours renaî
tre :
Les femmes même , fur vos pas ,
Reprendront cette ardeur, cette âme des combats ,
Qui dans leurs faibles mains porta le cimeterre ;
Qui leur fit de leur fein arracher éplorés ,
Ecrafer leurs enfans fous le Char de la Guèrre ,
Et fe donner la mort fur leurs corps déchirés...
Mais où t'égares - tu ? Sur quelle image fombre
Emportes tu les yeux éffrayés de ces traits ,
Mufe amante du calme & du ciel de la Paix ?
A cet azur fi doux , peux-tu mêler quelqu'ombre ?
Chaffe les orages affreux ,
Et replonge la Guerre au gouffre ténébreux ;
Le fils de Frédéric eft une belle aurore
(0) Le Naftrond, la demeure du Dragon noir , l'imagigination
qui avoit cree un Paradis n'avoit pas eu plus de
peine à inventer un Enfer.
(p) Ces Cimbres. C'eft un des morceaux les plus brillants
de PHiftoire Romaine : Marius fit un horrible carnage de
ce Peuple de Héros. Les femmes qui les avoient fuivis, écraferent
leurs enfans fous les roues des chariots , & s'étranglerent
fur leur corps ; elles aimerent mieux donner la mort
à ces innocentes victimes , que de les voir tomber dans les
mains des Romains pour fubir Pignominie de l'esclavage.
AOUST. 1760. 21
Qui , loin de nous ravir la premiere clarté ,
Promet au Dannemarc un jour plus pur encore ,
Délices de la Tèrre & de l'humanité.
Tribut du vil Flatteur & de fa perfidie ,
Titres par qui les Grands penfent nous attacher ,
Que la Vérité même accourt leur arracher ,
Quandapeine au tombeau leur cendre eft refroidies
Noms arrogans & faftueux ,
Bien au- deffous de l'homme vertueux ,
Menfongère fplendeur , des ténébres ſuivie ,
Loin de lui mon Héros fçaura vous rejetter ;
Le nom (q ) de Dana- aft fera fa fcule envie
C'eſt là l'éloge feul qui pourra le flatter.
Le Vieillard , entouré de ſa naiſſante race ,
De les yeux expirans , laiffant couler des pleurs ,
Pour fon coeur prèfqu'éteint encor plein de dou+
ceurs,
Al'afpect de ce Prince , & de fa noble audace ,
Dira d'une touchante voix :
» Vous revoyez, mes fils, le meilleur de nos Rois !
>> Ainfi fut FREDERIC , l'amour de la Patrie ,
»Voilà ſes traits , fon port , fa douce Majefté ,
» Voilà cette belle âme au fentiment nourrie ,
»Où s'étoit peint le Ciel dans toute la bonté !
Soyez les premiers fons qui frappiez ſon oreille ,
( q) Dana aft . Ce nom fignifie délices des Danois.
22 MERCURE DE FRANCE.
Cris d'un Peuple qui vante & bénit à jamais.
De fon illuftre ( r ) Ayeul les immortels bienfaits ;
Quelle gloire , Danois , à la fienne eft pareille ?
Difparoiffez , barbares loix ,
Qui de l'humanité violez tous les droits.
Mortel infortuné , qu'elles chargent d'entraves ,
Reprends ta liberté , ce premier don du Ciel :
Ce Roi veut des Sujets , & non pas des Eſclaves ;
Et tous font des enfans pour fon coeur paternel .
Que tes regards naiffans , ouverts fur cette image,
Fils des Rois , dans ton coeur , portent fes traits
divins .
Voilà ce qu'aux Sujets doivent les Souverains ;
Des Sujets , à leur tour , voilà quel eft l'hom
mage.
Jufques dans le féjour obſcur ,
L'Amour à ton Ayeul porte un encens fi pur ;
Son ombre tous les ans vient revoir,vient entendre
Ces fêtes , qui diront à nos derniers Neveux ,
Qu'un Roifut affez grand, affez fenfible & tendre ,
Pour foulever le Sceptre & faire des heureux .
CHRISTIAN,( ) fur ton front attache la Couronne,
Sans craindre que ton frere en puiſſe être jaloux ;
( r ) De fon illuftre Ayeul. Frédéric IV. Bifayeul da
jeune Prince , a rendu la liberté aux Payfans de fon
Royaume , qui avant lui naiffoient efclaves ; ils le célé
brent & le béniffent encore dans des fêtes annuelles.
( s ) CHRISTIAN , frere aîné du Prince FREDERIC,
AOUST. 1760: 23
Tels ( t ) qu'Helgon & Roé , chers Princes , aimez
vous.
'Autel de l'Amitié , fois à côté duTrône,
Oui , tonlaurier fera le fien ,
Et fon modefte éclat , fçaura céder au tién.
CHRISTIAN pour ta gloire , à fa gloire infidéle
Sur tes feuls intérêts , toujours plus affermi ,
Ton plus zélé Sujet , des freres le modéle ,
Il fera plus encore , il fera ton ami.
Si jamais... les Flatteurs, hélas , ont tant d'adreſſe
Les Rois peuvent fi peu fe parer de l'écueil
Où les pouffe à l'envi la grandeur & l'orgueil
Leplaifir de régner touche tant à l'ivresse !
Si jamais tes Peres fameux
Méconnoiffoient leur fils... ton frere courageux
Alors te prêtera fa vertu ſecourable :
C'eftlui qui peu frappé de l'abſolu pouvoir ,
T'ofera préfenter ( u ) l'Egide formidable ,
Et te montrer enfin ta faute & ton devoir,
Qu'ai-je dit?Dans les champs où la riche Amalthée,
De fa corne féconde épuiſe les préfens ,
La Terre ouvrant fon ſein à des fucs malfaifans ,
Du mortel Aconit ſe voit-elle infectée ?
( 1) Tels qu'Helgon & Roé. Roé par un exemple auffi
beau que rare , voulut partager le Royaume avec fon frere
Helgon ; & ce partage du Trône ne diminua rien de l'amour
fraternel .
( a) L'Egide formidable . Les Chevaliers Danois ar
rachérent ainfi Renaud des bras d'Armide. Voyez le
Tassen
24 MERCURE DE FRANCE.
Le Pactole en fon cours altier ,
Parmi l'or de fes flots roule-t- il le gravier ?
Le Ciel qu'admire Eden , ce beau Ciel fans nuages,
Qui fait mûrir les fruits , qui peint l'émail des
Aeurs ,
S'eft-il jamais couvert de ténébreux orages ?
Aurore , tu lui dois tes rubis & tes pleurs !
Le fang de FREDERIC n'eft pas fait pour produire
( x ) Des Lothers , des tyrans , des guerriers
odieux ;
Non, ce ne fera point un torrent furieux ,
Dont le débordement demande à tout détruire ;
Qui des digues rompant l'éffort ,
Roule en tous lieux l'éftroi , le ravage & la mort ;
Ce fera l'heureux cours d'une fource féconde
Qui groffit , fe répand par différens canaux ,
Apporte les bienfaits , la vie avec fon onde ,
Couvre un vafte pays de les fertiles eaux.
Conſervez donc , grands Dieux , cette Tête ſacrée ,
Eclairez-la toujours d'un rayon favori ;
Voeux que j'ofe former pour cet Enfant chéri ,
Avec mon pur encens , montez vers l'Empirée.
O Ciel , que ce tendre Arbriffeau
Croiffe , s'éleve , & foit le cédre le plus beau!
Que des peuples entiers s'afféyant fous fon ombre ,
( x ) Des 1 others , III Roi de Dannemarc , le plus
Cruel des tyrans ; il fut mis à mort , & dans une telle exéexation
, qu'aucun Prince Danois n'a voulu porter ſon nom .
Y refAOUST.
1760 :
Y refpirent la paix , des jours délicieux !
Qu'il foit chargé de fruits , & de rameaux fans
nombre.
O Dieux , recevez-vous ma priere & mes voeux ?
Quel jour brillant me frappe ? Un globe de lumière
Se développe ... s'ouvre à mes regards furpris !
Du céleste ( y) Valhall j'admire les lambris ,
Son éclat éblouit ma trop foible paupière.
Grandes ames des Suenons , ( z )
Des fages Valdemars , des Canuts , des Frothons ,
Des palmes dans la main , de lauriers couronnées ,
Je vous vois fouler l'or & l'azur ſous vos pas:
De l'Empire Danois , peſez les deſtinées ,
Et déployez fur lui vos tutélaires bras .
Sur un trône , au- deffus des voutes éternelles ,
Devant qui tout s'abaiffe , eft le fuprême Odin.
(y) Du céleste Valhall . Qu'on fe fouvienne que l'or &
les diamans y étoient répandus avec profufion , comme
dans nos Palais de Fée.
(2) Des Suenons. Parmi les Suenons , Rois de Danil
y en eut un qui protégea & cultiva les Belles-
Lettres , autant que l'ignorance de ce tems pouvoit le pernemarc
,
mettre.
Des fages Valdermar. Valdermar le Grand &
Valdermar le victorieux ; ils furent les premiers Rois Légiflateurs.
Ils recueillirent les Loix des Cimbres & des
Danois.
Des Canuts. Il y en a eu pluſieurs . Canut II , furnommé
le Grand , fut Roi d'Angleterre , de Dannemarc
& de Norvége.
Des Frothons. Le Dannemarc compte auffi plufieurs
Rois de ce nom. Frothon III. fut un grand Ro..
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ses deux couriers allés ( a ) Munnin , le
prompt Hugin ,
Des plus lointains climats lui portent des nouvelles,
Les deftins vont le révéler ;
Sa bouche s'ouvre , Odin lui- même va parler.
Vents , reftez enchaînés , mer , que les flots s'ap
pailent.
Il impofe filence , & tout céde à fa loi ;.
Les mondes attentifs s'arrêtent & fe taifent ;
Ecoute , Dannemarc ton Dieu s'adreffe à toi.
Reconnois mes bontés, ô ma fille , ( b ) ô Cimbrie!
» C'est moi qui pour combler tes célestes bienfaits,
>>Pour affermir ta gloire , accorde à tés ſouhaits
>>Ce nouveau rejetton de ta tige fleurie ,
>> Digne appui d'un frere adoré ,
» De qui , par mes décrets , le régne eft affuré,
>> Il fera l'ornement , l'amour de tes Provinces ,
Il aura la grandeur , les vertus ( c) de Brunfvic ,
» Tu reverras en lui tes plus illuftres Princes ,
>> Tous les héros enfin , il fera FRÉDÉRIC ,
( a ) Munnin , le prompt Hugin. C'étoient les noms de
deux corbeaux qui fe pofoient fur les épaules du Dieu Odin.
Il les envoyoit tous les matins parcourir le monde , & ils
lu en rapportoienr des nouvelles à midi ; Hugin lignifie la
penfée , Minnin , la mémoire ; il faut croire que le créa
feur de la Mythologie Danoiſe avoit des idées d'Iris &de
Mercure.
( b ) Cimbrie. Le Dannemarc s'appelloit Cimbrie.
(1) De Brunfvic. Aycul maternel du Prince Frédéric
AOUST. 1760. 27
Qu'il le foit , mais grands Dieux , confervez fon
modèle ;
Puiffe toujours le pere embraffer fes deux fils !
Sur la mere , (d) Freya , verfe tes dons chéris ,
Protége ton image , & la rend immortelle .
Et vous enfans fi defirez ,
J'entens vos premiers fons , vous ne demanderez'
Qu'à rejetter au loin ( e ) la coupe de mémoire,
Qu'à ne boire à jamais que dans (f celle des Dieux ,
En faveur de ce pere environné de gloire ;
Et votre amour encor ſurpallera mes voeux.
Par les hardis fentiers de Pindare & d'Horace,
Ainfi , grand Roi , ma mufe avec témérité ,
S'appuyant de Bernsdorff & de la vérité,
Julques à FRÉDÉRIC éléve fon audace .
Du foleil le fils orgueilleux
Ofa franchir le Ciel dans fon char lumineux :
11 tomba ; dans fa chûte il écrafa l'Envie .
Un feul jour , Phaeton domina dans les airs ;
La terre fut ce jour de fa gloire éblouie ,
( d) O Freya. La Déeffe Freya avoit auffi fon Paradis ,
qu'on nommoit la large demeure. Elle préfidoit aux
ames des femmes .
( e ) La Coupe de mémoire . Les anciens Danois , dans
leurs feftins , avoient des coupes confacrées à divers ufages
. La coupe de mémoire ne fe buvoit qu'aux funerailles
des Rois l'héritier s'afléyoit fur un banc , au - devant du
Trône , jufqu'à ce que l'on lui eût préfenté cette coupes
& après l'avoir buë , il montoit fur le Trône.
(f) Celle des Dieux . On buvoit dans cette coupe , pour
demander aux Dieux des graces , ou pour fouhaiter à wa
Prince un régue heureux.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Et fon bucher encor éclaira l'Univers .
Né Sujet de Louis , mon premier Roi fans doute ,
Et dans le cours changeant de mes deſtins divers ,
Adeux autres (g ) foumis , toujours libre de fers ,
Aimant ces Souverains que l'Eſclave redoute ,
Dépendant de leurs volontés ,
Refpectant leur pouvoir , chériffant leurs bontés ,'
Marchant fur ce reptile écrasé par eux-mêmes ,
Sur le Flatteur rampant fous le joug abbattu ,
Je reconnois encor pour mes Maîtres ſuprêmes ,
Pour les Maîtres des Rois , les Dieux & la Vertu.
Ce font eux , FRÉDÉRIC , ces Arbitres du Sage ,
Qui reçoivent en toi mon légitime encens :
Mon âme indépendante a dicté mes accens ;
Et c'eft elle aujourd'hui qui te rend mon hom
mage.
Ennemi des Tyrans cruels ,
Dans le fond de mon coeur je brife leurs Autels ;
Et de la même main , plein du même courage ,
Sur leursTemples détruits , j'éleve un Temple aux
Rois ,
Qui du Ciel bienfaifant font la vivante image ;
Et tout entier mon être eft ſoumis à leurs loix.
Mon âme avec tranſport, vers ton Trône élancée,
Contemple , admire , goûte , & vante tes vertus ;
(g ) A deux autres foumis. Le Roi de Pruffe , & enſuite
Je Roi de Pologne , Electeur de Saxe.
AOUST. 1760. 29
Depuis longtemps aux pieds du moderne Titus ,
Le fentiment emporte & fixe ma penſée.
Ah ne puis-je du même effor ,
S'il fe peut plus rapide & plus ardent encor ,
Jufques à toi voler fur l'aîle du Génie ,
Voir le Héros , le Pere , & le Dieu des Danois ;
De cent yeux , embraffer fa grandeur infinie ,
Et proclamer fa gloire avec autant de voix !
Dieux , qu'un jaloux nuage entoure & couvre
encore ,
Epaiffiffez la nuit qui vous cache aux humains ;
Mais du moins dans un Roi,le préfent de vos mains ,
Souffrez que l'oeil mortel vous voye & vous adore!
Qu'à fes genoux , je puiſſe un jour
Dépofer mes refpects , que dis - je ? mon amour.
Grand Roi, cefeul tribut peut flatter ta belle âme.
Par tes bontés , préviens ce jour trop différé ,
Jette fur mes travaux un regard qui m'enflâme ;
A ce prix éclatant , mes voeux ont aſpiré.
Aveugle Déité , miférable Fortune
Sur l'avare vulgaire , épanche tes faveurs !
Je te foule à mes pieds , & tous ces vains honneurs
Qui n'ont , près du talent , qu'une fplendeur commune.
Germe divin des beaux écrits ,
Paffion du grand homme ,& fon unique prix ,
Bi
30 MERCURE DE FRANCE.
O Mere des ( h ) Klopftoks , des ( i ) Holbergs , des
(k ) Corneilles ,
Gloire ! c'eſt à toi feule à m'infpirer tes feux .
Gloire ! I FREDERIC daigne approuver mes veilles,
J'obtiens ton laurier même , & je fuis dans les
Cieux.
Chy Klopsroks. Auteur d'un Foëme intitulé: le Meffias
, dont les premiers chants ont paru , & lui ont déja
acquis le furnom du Milion de l'Allemagne. S. M. le Roi
de Dannemare Pa appellé dans fes Etats , cù il jouit d'une
fortune hennête , & de tous les agrémens que les Vir
giles & les Horaces trouvoient à la Cour d'Augufte.
( i ) Des Holbergs . M. le Baron de Holberg, le Tirelive
le 1 érence des Danois , comblé des bontés du Roi fon
Maître , & revéré de fa Nation , deux récompenfes les plus
Batteules pour un Sage & pour un homme de Lettres. M.
le Baron d'Holberg vivoit encore , quand cet ouvrage fut
préfenté au Roi de Dannemarci après la mort , on ne peut
qu'ajouter à l'éloge.
vre,
(k ) Des Corneilles . Le Grand Corneille eft mort pauà
la honte du fiécle où il vivoit parce que fon âme
Romaine , incapable de le plier à la baflefle & à l'intrigue ,
Peiprit général des Cours , n'étoit enflammée que de l'amour
de la belle gloire. La gloire feule pouvoit aufli récompenfer
an fi grand homme , en lui affurant une réputation éter-
Helle qui , peut être , furvivra à celle des hommes qu'on
nomme héros , & aux noms faftueux des Souverains.
A S. M. LE ROI DE DANNEMARC
fur la Naiffance de S. A R. le Prince
FREDERIC.
PERE
ERE ( a ) de l'éloquence & de la Poësie ,
Jadis au rang des Dieux du Danois adorés ,
Par qui de fes héros les exploits confacrés
Triomphoient ( b ) du Dragon , & de ſa jalouſie !
Toi , qui près ( c ) d'Odin étonné ,
Elevois le courage ( d ) au Valhall fortuné ;
( a ) Pere de l'Eloquence . Brag , Dieu de l'Eloquence &
de la Poéfie , adoré des anciens Danois, Dans les feftins
folemnels , on finiffoit par boire le Bragarbott , c'efi- adire
, la coupe en l'honneur du Dieu Brag.
(b ) Du Dragon. Le Dragon noir , étoit le Pluton de la
Mythologie Danoiſe ; c'étoit la Divinité mal faiſante .
(c) Près d'Odin . Odin , felon la même Mythologie ;
étoit le premier des Dieux. Ce Dieu Odin , avoit été un fameux
Magicien , le Numa des Danois.
(d ) Au Valhall. C'étoit le Paradis du Dieu Odin. Il
n'y avoit que ceux qui mouroient à la guerre , ou de quel.
ques bleffures , qui puffent y être admis. On n'eft pas d'accord
fur le lieu où ce Palais étoit fitué ; les uns le placent
dans la ville d'Afgard en Scithie, d'autres , dans les Cieux ,
d'autres , dans l'air , d'autres , enfin , dans un antre fou
terrain ; ce dont on convient , c'eft que l'or & les diamans
n'y étoient pas épargnés . C'eſt ainfi que , de tout tems ,
hommes ont attaché fur les idées qui doivent être les
plus fpirituelles , l'empreinte groffiére de leur fens. Le Vale
hall n'eft pas plus ridicule & déraisonnable que l'Olimpe ,
les champs élifés , le Paradis de Mahomet,
les
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Fais jaillir dans ta coupe un nectar plein de flâmė;
Que je boive à longs traits ta divine fureur :
Puiffes-tu me prêter tous les feux de ton âme ,
Toi- même tout entier t'épancher dans mon coeur !
Le Cédre , antique fils du Temps & de la Terre ,
Dont les pieds vont le perdre aux voûtes des Enfers
,
Qui ſemble fur un front , vainqueur des noirs Hyvers
,
Affeoir le lourd fardeau du féjour du Tonnerre ;
Orgueilleux de nouveaux appas ,
Pour couvrir le Liban , étend de nouveaux bras :
Le Mont frémit de joie , & fa cine s'écrie :
» Fleurs, Fruits, Ruiffeaux,Vallons, partagez mes
>>tranfports !
>> De l'honneur des mes champs , la gloire eft af-
>> fermie .
Un ombrage nouveau , protége vos tréfors .
Cet Aftre bienfaifant ,l'âme de la Nature ,
Qui dans fes fancs cachés nourrit le diamant ,
D'azur , d'or , de rubis pare le Firmament ,
Et verfe fur nos prez la riante verdure ;
Dans un nuage radieux
Se peint & reproduit fon front brillant de feux,
Pour admirer la Terre en filence s'arrête ;
Dans l'Erébe , la Nuit va rentrer pour toujours.
AOUST. 1760. 13
Terre , un fecond foleil fe léve fur ta tête ;
De beaux jours éternels , il t'affure le cours.
Ta tige , FREDERIC , en rejettons féconde ,
Pouffe un nouveau rameau , s'éleve jufqu'aux
Cieux.
Peut-elle croître affez ? des tyrans odieux ,
Que la race s'écoule & paffe comme l'onde !
Dans les gouffres les plus profonds ,
Que le Temps engloutiffe & dévore leurs noms !
Mais des Rois bienfaifans, de ces Rois qu'on adore,
Dont FREDERIC en lui réunit tous les traits ,
Que la poſtérité s'étende plus encore
Que l'herbe qui couronne & couvre nos marais !
J'entens bruire tes eaux , ô Mer hyperborée !
Du fond de ton abîme , avec un cri vainqueur ;
»Mon Maître , nous dis - tu , de ſa juſte grandeur,
» Voit fe perpétuer , s'établir la durée !
» Le Ciel lui donne un ſecond fils ;
» Un fecond Dieu des mers , à mes flors eft pro-
» mis.
Ce cri frappe la Terre , & l'émeut d'allégreffe .
Un beau jour s'y répand ; ces vaftes ( e ) champs
d'horreurs ,
Où la Nature fombre expire de trifteffe
(e ) Champs d'horreurs. Les terres feptentrionales qui
font fous la domination du Roi de Dannemarc.
14 MERCURE DE FRANCE.
Sous la glace fondue , ont vu germer des fleurs .
Efprits qui préfidez aux grandes deſtinées ,
des Empires du monde Arbitres fouverains ,
Vous qui tenez la Terre & le Sort dans vos mains !
Quittez pour un moment vos fphères fortunées ;
Et defcendez tous à la fois
Sur ce berceau facré d'où s'élevent les Rois .
Ange du Dannemarc , développe tes aîles ;
Et vous qui de ces Dieux groffiflez le concours ,
(f) Nornirs, de cet Enfant , gardiennes fidelles ,
Chargez de foye & d'or la chaîne de les jours.
Monftres nés du menfonge & de la tyrannie ,
Qui rampez dans les Cours qu'infectent vos poifons
;
Meres des attentats , des lâches trahisons ,
Obfcure Politique , affreufe Calomnie !
Epouvantés d'un jour nouveau ,
Expirez dans la rage au pied de ce berceau.
Toi , Sainte Humanité , fur leur tête écrasée ,
Chafte Vierge , affermis ton régne triomphant;
Que ton lait pur , femblable à la douce rofée ,
S'écoule & fe répande au fein de cet Enfant !
Les yeux d'Achille , à peine ouverts à la lumière,
Cherchent à fe fixer fur l'horreur des combats ;
( f) Nornirs. C'eft ainfi que les premiers Danois appel-.
loient les Parques , défignées toutes trois par cestrois noms,
Vrdr , Verdande & Sckulde.
AOUST. 1760 . IS
Dans fon premier foupir s'exhale le trépas ,
Toute la rage enfin de la fureur guerriere ;
De fa voix , les premiers accens ,
Murmurent du Dieu Mars les arrêts menaçans ;
Déja fon pied fatal a fait gémir la terre ;
Et fon bras , l'inftrument des vengeances du fort ,
Demande un fer fanglant , les carreaux du tonnerre
,
Et brûle de frapper & de lancer la mort.
Le fils de FREDERIC bien plus divin fans doute ,
L'image des vertus refpire leur douceur ;
C'eſt un Héros clément , un Dieu confervateur ;
Qui médite le bien , & qui déja le goûte.
S'il répand des pleurs quelquefois ,
Ce font des pleurs d'amour pour le Peuple Danois
Il appelle en fa main l'olive & la balance ;
Il veut verfer des dons , foulager , ranimer ;
Ou fifon bras naiſſant après un fer s'élance ,
C'est pour venger le Monde & non pour l'opprimer
Mortels, vous connoîtrez le Héros véritable,
Sa fuprême vertu remplira l'Univers ;
Pour lui tous les humains feront facrés & chers ,
Le mérite à fes yeux ſera ſeul préférable ;
De la fouveraine grandeur
Il n'éprouvera point le charme corrupteur ;
Héros , il foutiendra le poids de la Couronne ;
Il ne fera pas Roi , mais un homme immortel ;
16 MERCURE DE FRANCE.
Soumis aux loix du fort il n'aura pas de Trône ;
Mais il méritera d'obtenir un Autel.
Eh , que font les grandeurs , l'éclat du diadême ,
Auprès de la vertu fublime fans orgueil ?
Elle voit le ciron & l'aigle du même oeil ,
La fimple Vérité fait fa fplendeur fuprême ;
De foi-même elle fçait jouir ,
Rien ne peut la tromper , rien ne peut l'éblouir ;
Elle nourrit fon coeur dans une paix profonde ;
Et foulant à fes pieds le faſte ambitieux ,
Le fceptre altier des Rois , tous les Trônes du
monde ,
Va s'affeoir dans le Ciel , même à côté des Dieux.
(g) Bernsdorff, Beaux arts , vertus , quel nom fort
de ma bouche ?
Je vous peins à la fois & Mécène & Mornai ;
Ma Patrie applaudit à cet éloge vrai ;
Elle a fçu dépouiller ce préjugé farouche ,
Qui fur le mérite étranger ,
Fermant les yeux jaloux , craint de l'envifager ;
Elle envie aux Danois & redemande encore
Ce Miniſtre éclairé , qui ne dédaigne pas
De joindre aux qualités dont fon Pays s'honore ,
(g) Bernsdorff. M le Baron de Bernsdorf eft fait
connoîte parmi nous dans fon Ambaffade. Il est aujours
d'hui un des Miniftres de la Cour de Dannemarc & Gouver
neur du Prince FREDERIC fecond fils de Sa Majeftè
Danoif . Les Arts ont danse Seigneur un foutien éclairé§
& es Gens de Lettres un ami refpe&able .
AOUST. 17%0: 17
L'efprit , les agrémens de nos heureux climats .
Bernsdorff, nou eau Mentor du nouveau Télémaque,
Lui donnera les goûts , festalens & fes moeurs;,
Aux charmes d'Eucharis , à des bords féducteurs ,
Lui fera préférer la fageſſe d'Ithaque ;
Lui montrera la Vérité
Avec toute la force & fa févérité.
Favoris des tyrans , qui dégradez les ames ,
(h) Greppa, vils courtifans , fuyez tous devant lui .
Il faura démêler vos odieufes trames ,
Et ( i ) d'Eric vertueux fe déclarer l'appui.
Muſes , Filles du Ciel , apportez vos guirlandes ,
Ces lauriers qui toujours de fleurs s'embelliront ;
De mon jeune héros venez parer le front ,
Venez lui préſenter vos plus riches offrandes ;
Dans vos doux concerts répété
Que déjà fon nom vole à l'Immortalité !
( h ) Greppa. Un de ces courtifans qui rampent auprès
des Souverains, pour la honte du Trône & le malheur des
peuples. Il penfa bouleverser le Royaume , fous le régne de
Frothon 111. furnommé Auguſte du Nord. 11 abrogea les
loix , & en créa de nouvelles qui ne tendoient qu'à l'oppreffion
des Danois.
( i ) Eric , farnommé le Sage , arriva de Norvége au moment
que Greppa alloit caufer la ruine totale du Dannemarc.
Les hautes vertus du premier , malgré les artifices
de l'indigne favori , pénétrérent jufqu'au Trône de Frothon
, qui eut le bonheur d'ouvrir les yeux , de con oître
la vérité , & de l'aimer dans Eric , dont la faceffe éciairée
rétablit le gouvernement , & triompha de la balle envie
& des cal ales de Greppa.j
MERCURE DE FRANCE.
Il chérira vos voix , il montera vos lyres ,
A côté de fon frere il vous appellera ;
Il faura que le Temps détruit tous les Empires &
Qu'à leur écroulement le vôtre furvivra.
Non , il ne fera pas de ces Princes barbares ,
Refte impur de ces Goths dans la Tèrre rentrés ,
Qui dédaigneux desArts,pour leurs accords facrés
N'ont qu'une oreille ingrate , & des âmes avares
Vile populace de Rois ,
Près de qui le Talent reclame en vain fes droits ,
Diſparus fous la mort , comme l'herbe féchée
Difparoît fous la faulx , ou fous les jeux du vent ƒ
Dans l'urne de l'oubli que ta cendre cachée ,
Laille à peine ton nom s'échapper du néant !
Enfant de la foibleffe , idole du vulgaire ,
Deſtructeur des Etats , & père des forfaits ,
Toi , qui contre les Rois t'armant de leurs bienfaits
,
Du feu de l'encenfoir allumes ta colére ,
Premier Tyran de l'Univers ,
Fanatifme cruel ! va , retombe aux Enfers.
Mon Prince aux Dieux foumis combattra leurs
phantômes ;
Il ofera penſer , pour attendrir fon coeur ;
Avec les yeux du Sage il verra tous les hommes ,
Et ne confondra pas le crime avec l'erreur.
AOUST. 1760 .
Heureux préfent du Ciel , fource pure & féconde ,
D'où s'écoulent , pareils au fleuve bienfaiſant
Qui traîne dans l'Egypte un limon nourriffant ,
Les biens & les plaiſirs néceſſaires au monde ;
Chafte Paix , dont les doux liens
Des Peuples défarmés font des concitoyens ,
Ce héros chérira votre Olive innocente ;
A ces hommes de lang , illuftres affafſins ,
Il laiffera l'éclat d'une gloire éffrayante ,
Ne voulant recueillir que l'amour des humains.
Crains , démon des combats , d'irriter fon cou
rage ,
Odin l'enflammera ' k ) de fon efprit guerrier ,
Il armera fon bras du fatal bouclier ,
Remettra dans fa main le glaive du carnage :
Ce Dieu lui-même , à fon côté ,
Déploira dans les airs ( 7 ) l'étendart redouté ;
Devant lui marcheront (m) les Valkires ſanglantes .
Ombre (n ) de Stercather, tu viendras l'applaudir,
( k ) De fon efprit guerrier. Ceux qu'Odin favorifoit ,
fe préfentoient au combat , poffédés d'une fureur guerriere ,
qu'on appelloit berfeckic.
il) L'étendard rédouté. Le fameux Raunfær ou Réafar ,
l'Oriflamme des Danois ; il étoit chargé de la figure d'un
corbeau , en broderie , travaillé par les filles du Roi Regnerlodbroch.
Ces peuples fe croyoient invincibles , avec
cet étendart .
(m) Les Valkires . C'étoient des filles qui choififfoient
, dans les armées , ceux qui devoient être tués . Elles
habitoient le Valhall.
(n) Stercather fut l'Hercule Danois , femblable à celui
des Grecs à qui l'on attribue les actions d'une infinité de
Héros,
20 MERCURE DE FRANCE.
181
Et de ſes ennemis les âmes gémillantes
Iront dans (0) le Naſtrond ſe perdre & s'engloutir.
Alors , vaillants Danois , nous verrons reparaître
(p) Ces Cimbres indomptés maîtres de leurs deftins ,
Qui défiant les Dieux ainſi que les Romains ,
Pour mourir en héros fembloient toujours renaî
tre :
Les femmes même , fur vos pas ,
Reprendront cette ardeur, cette âme des combats ,
Qui dans leurs faibles mains porta le cimeterre ;
Qui leur fit de leur fein arracher éplorés ,
Ecrafer leurs enfans fous le Char de la Guèrre ,
Et fe donner la mort fur leurs corps déchirés...
Mais où t'égares - tu ? Sur quelle image fombre
Emportes tu les yeux éffrayés de ces traits ,
Mufe amante du calme & du ciel de la Paix ?
A cet azur fi doux , peux-tu mêler quelqu'ombre ?
Chaffe les orages affreux ,
Et replonge la Guerre au gouffre ténébreux ;
Le fils de Frédéric eft une belle aurore
(0) Le Naftrond, la demeure du Dragon noir , l'imagigination
qui avoit cree un Paradis n'avoit pas eu plus de
peine à inventer un Enfer.
(p) Ces Cimbres. C'eft un des morceaux les plus brillants
de PHiftoire Romaine : Marius fit un horrible carnage de
ce Peuple de Héros. Les femmes qui les avoient fuivis, écraferent
leurs enfans fous les roues des chariots , & s'étranglerent
fur leur corps ; elles aimerent mieux donner la mort
à ces innocentes victimes , que de les voir tomber dans les
mains des Romains pour fubir Pignominie de l'esclavage.
AOUST. 1760. 21
Qui , loin de nous ravir la premiere clarté ,
Promet au Dannemarc un jour plus pur encore ,
Délices de la Tèrre & de l'humanité.
Tribut du vil Flatteur & de fa perfidie ,
Titres par qui les Grands penfent nous attacher ,
Que la Vérité même accourt leur arracher ,
Quandapeine au tombeau leur cendre eft refroidies
Noms arrogans & faftueux ,
Bien au- deffous de l'homme vertueux ,
Menfongère fplendeur , des ténébres ſuivie ,
Loin de lui mon Héros fçaura vous rejetter ;
Le nom (q ) de Dana- aft fera fa fcule envie
C'eſt là l'éloge feul qui pourra le flatter.
Le Vieillard , entouré de ſa naiſſante race ,
De les yeux expirans , laiffant couler des pleurs ,
Pour fon coeur prèfqu'éteint encor plein de dou+
ceurs,
Al'afpect de ce Prince , & de fa noble audace ,
Dira d'une touchante voix :
» Vous revoyez, mes fils, le meilleur de nos Rois !
>> Ainfi fut FREDERIC , l'amour de la Patrie ,
»Voilà ſes traits , fon port , fa douce Majefté ,
» Voilà cette belle âme au fentiment nourrie ,
»Où s'étoit peint le Ciel dans toute la bonté !
Soyez les premiers fons qui frappiez ſon oreille ,
( q) Dana aft . Ce nom fignifie délices des Danois.
22 MERCURE DE FRANCE.
Cris d'un Peuple qui vante & bénit à jamais.
De fon illuftre ( r ) Ayeul les immortels bienfaits ;
Quelle gloire , Danois , à la fienne eft pareille ?
Difparoiffez , barbares loix ,
Qui de l'humanité violez tous les droits.
Mortel infortuné , qu'elles chargent d'entraves ,
Reprends ta liberté , ce premier don du Ciel :
Ce Roi veut des Sujets , & non pas des Eſclaves ;
Et tous font des enfans pour fon coeur paternel .
Que tes regards naiffans , ouverts fur cette image,
Fils des Rois , dans ton coeur , portent fes traits
divins .
Voilà ce qu'aux Sujets doivent les Souverains ;
Des Sujets , à leur tour , voilà quel eft l'hom
mage.
Jufques dans le féjour obſcur ,
L'Amour à ton Ayeul porte un encens fi pur ;
Son ombre tous les ans vient revoir,vient entendre
Ces fêtes , qui diront à nos derniers Neveux ,
Qu'un Roifut affez grand, affez fenfible & tendre ,
Pour foulever le Sceptre & faire des heureux .
CHRISTIAN,( ) fur ton front attache la Couronne,
Sans craindre que ton frere en puiſſe être jaloux ;
( r ) De fon illuftre Ayeul. Frédéric IV. Bifayeul da
jeune Prince , a rendu la liberté aux Payfans de fon
Royaume , qui avant lui naiffoient efclaves ; ils le célé
brent & le béniffent encore dans des fêtes annuelles.
( s ) CHRISTIAN , frere aîné du Prince FREDERIC,
AOUST. 1760: 23
Tels ( t ) qu'Helgon & Roé , chers Princes , aimez
vous.
'Autel de l'Amitié , fois à côté duTrône,
Oui , tonlaurier fera le fien ,
Et fon modefte éclat , fçaura céder au tién.
CHRISTIAN pour ta gloire , à fa gloire infidéle
Sur tes feuls intérêts , toujours plus affermi ,
Ton plus zélé Sujet , des freres le modéle ,
Il fera plus encore , il fera ton ami.
Si jamais... les Flatteurs, hélas , ont tant d'adreſſe
Les Rois peuvent fi peu fe parer de l'écueil
Où les pouffe à l'envi la grandeur & l'orgueil
Leplaifir de régner touche tant à l'ivresse !
Si jamais tes Peres fameux
Méconnoiffoient leur fils... ton frere courageux
Alors te prêtera fa vertu ſecourable :
C'eftlui qui peu frappé de l'abſolu pouvoir ,
T'ofera préfenter ( u ) l'Egide formidable ,
Et te montrer enfin ta faute & ton devoir,
Qu'ai-je dit?Dans les champs où la riche Amalthée,
De fa corne féconde épuiſe les préfens ,
La Terre ouvrant fon ſein à des fucs malfaifans ,
Du mortel Aconit ſe voit-elle infectée ?
( 1) Tels qu'Helgon & Roé. Roé par un exemple auffi
beau que rare , voulut partager le Royaume avec fon frere
Helgon ; & ce partage du Trône ne diminua rien de l'amour
fraternel .
( a) L'Egide formidable . Les Chevaliers Danois ar
rachérent ainfi Renaud des bras d'Armide. Voyez le
Tassen
24 MERCURE DE FRANCE.
Le Pactole en fon cours altier ,
Parmi l'or de fes flots roule-t- il le gravier ?
Le Ciel qu'admire Eden , ce beau Ciel fans nuages,
Qui fait mûrir les fruits , qui peint l'émail des
Aeurs ,
S'eft-il jamais couvert de ténébreux orages ?
Aurore , tu lui dois tes rubis & tes pleurs !
Le fang de FREDERIC n'eft pas fait pour produire
( x ) Des Lothers , des tyrans , des guerriers
odieux ;
Non, ce ne fera point un torrent furieux ,
Dont le débordement demande à tout détruire ;
Qui des digues rompant l'éffort ,
Roule en tous lieux l'éftroi , le ravage & la mort ;
Ce fera l'heureux cours d'une fource féconde
Qui groffit , fe répand par différens canaux ,
Apporte les bienfaits , la vie avec fon onde ,
Couvre un vafte pays de les fertiles eaux.
Conſervez donc , grands Dieux , cette Tête ſacrée ,
Eclairez-la toujours d'un rayon favori ;
Voeux que j'ofe former pour cet Enfant chéri ,
Avec mon pur encens , montez vers l'Empirée.
O Ciel , que ce tendre Arbriffeau
Croiffe , s'éleve , & foit le cédre le plus beau!
Que des peuples entiers s'afféyant fous fon ombre ,
( x ) Des 1 others , III Roi de Dannemarc , le plus
Cruel des tyrans ; il fut mis à mort , & dans une telle exéexation
, qu'aucun Prince Danois n'a voulu porter ſon nom .
Y refAOUST.
1760 :
Y refpirent la paix , des jours délicieux !
Qu'il foit chargé de fruits , & de rameaux fans
nombre.
O Dieux , recevez-vous ma priere & mes voeux ?
Quel jour brillant me frappe ? Un globe de lumière
Se développe ... s'ouvre à mes regards furpris !
Du céleste ( y) Valhall j'admire les lambris ,
Son éclat éblouit ma trop foible paupière.
Grandes ames des Suenons , ( z )
Des fages Valdemars , des Canuts , des Frothons ,
Des palmes dans la main , de lauriers couronnées ,
Je vous vois fouler l'or & l'azur ſous vos pas:
De l'Empire Danois , peſez les deſtinées ,
Et déployez fur lui vos tutélaires bras .
Sur un trône , au- deffus des voutes éternelles ,
Devant qui tout s'abaiffe , eft le fuprême Odin.
(y) Du céleste Valhall . Qu'on fe fouvienne que l'or &
les diamans y étoient répandus avec profufion , comme
dans nos Palais de Fée.
(2) Des Suenons. Parmi les Suenons , Rois de Danil
y en eut un qui protégea & cultiva les Belles-
Lettres , autant que l'ignorance de ce tems pouvoit le pernemarc
,
mettre.
Des fages Valdermar. Valdermar le Grand &
Valdermar le victorieux ; ils furent les premiers Rois Légiflateurs.
Ils recueillirent les Loix des Cimbres & des
Danois.
Des Canuts. Il y en a eu pluſieurs . Canut II , furnommé
le Grand , fut Roi d'Angleterre , de Dannemarc
& de Norvége.
Des Frothons. Le Dannemarc compte auffi plufieurs
Rois de ce nom. Frothon III. fut un grand Ro..
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ses deux couriers allés ( a ) Munnin , le
prompt Hugin ,
Des plus lointains climats lui portent des nouvelles,
Les deftins vont le révéler ;
Sa bouche s'ouvre , Odin lui- même va parler.
Vents , reftez enchaînés , mer , que les flots s'ap
pailent.
Il impofe filence , & tout céde à fa loi ;.
Les mondes attentifs s'arrêtent & fe taifent ;
Ecoute , Dannemarc ton Dieu s'adreffe à toi.
Reconnois mes bontés, ô ma fille , ( b ) ô Cimbrie!
» C'est moi qui pour combler tes célestes bienfaits,
>>Pour affermir ta gloire , accorde à tés ſouhaits
>>Ce nouveau rejetton de ta tige fleurie ,
>> Digne appui d'un frere adoré ,
» De qui , par mes décrets , le régne eft affuré,
>> Il fera l'ornement , l'amour de tes Provinces ,
Il aura la grandeur , les vertus ( c) de Brunfvic ,
» Tu reverras en lui tes plus illuftres Princes ,
>> Tous les héros enfin , il fera FRÉDÉRIC ,
( a ) Munnin , le prompt Hugin. C'étoient les noms de
deux corbeaux qui fe pofoient fur les épaules du Dieu Odin.
Il les envoyoit tous les matins parcourir le monde , & ils
lu en rapportoienr des nouvelles à midi ; Hugin lignifie la
penfée , Minnin , la mémoire ; il faut croire que le créa
feur de la Mythologie Danoiſe avoit des idées d'Iris &de
Mercure.
( b ) Cimbrie. Le Dannemarc s'appelloit Cimbrie.
(1) De Brunfvic. Aycul maternel du Prince Frédéric
AOUST. 1760. 27
Qu'il le foit , mais grands Dieux , confervez fon
modèle ;
Puiffe toujours le pere embraffer fes deux fils !
Sur la mere , (d) Freya , verfe tes dons chéris ,
Protége ton image , & la rend immortelle .
Et vous enfans fi defirez ,
J'entens vos premiers fons , vous ne demanderez'
Qu'à rejetter au loin ( e ) la coupe de mémoire,
Qu'à ne boire à jamais que dans (f celle des Dieux ,
En faveur de ce pere environné de gloire ;
Et votre amour encor ſurpallera mes voeux.
Par les hardis fentiers de Pindare & d'Horace,
Ainfi , grand Roi , ma mufe avec témérité ,
S'appuyant de Bernsdorff & de la vérité,
Julques à FRÉDÉRIC éléve fon audace .
Du foleil le fils orgueilleux
Ofa franchir le Ciel dans fon char lumineux :
11 tomba ; dans fa chûte il écrafa l'Envie .
Un feul jour , Phaeton domina dans les airs ;
La terre fut ce jour de fa gloire éblouie ,
( d) O Freya. La Déeffe Freya avoit auffi fon Paradis ,
qu'on nommoit la large demeure. Elle préfidoit aux
ames des femmes .
( e ) La Coupe de mémoire . Les anciens Danois , dans
leurs feftins , avoient des coupes confacrées à divers ufages
. La coupe de mémoire ne fe buvoit qu'aux funerailles
des Rois l'héritier s'afléyoit fur un banc , au - devant du
Trône , jufqu'à ce que l'on lui eût préfenté cette coupes
& après l'avoir buë , il montoit fur le Trône.
(f) Celle des Dieux . On buvoit dans cette coupe , pour
demander aux Dieux des graces , ou pour fouhaiter à wa
Prince un régue heureux.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Et fon bucher encor éclaira l'Univers .
Né Sujet de Louis , mon premier Roi fans doute ,
Et dans le cours changeant de mes deſtins divers ,
Adeux autres (g ) foumis , toujours libre de fers ,
Aimant ces Souverains que l'Eſclave redoute ,
Dépendant de leurs volontés ,
Refpectant leur pouvoir , chériffant leurs bontés ,'
Marchant fur ce reptile écrasé par eux-mêmes ,
Sur le Flatteur rampant fous le joug abbattu ,
Je reconnois encor pour mes Maîtres ſuprêmes ,
Pour les Maîtres des Rois , les Dieux & la Vertu.
Ce font eux , FRÉDÉRIC , ces Arbitres du Sage ,
Qui reçoivent en toi mon légitime encens :
Mon âme indépendante a dicté mes accens ;
Et c'eft elle aujourd'hui qui te rend mon hom
mage.
Ennemi des Tyrans cruels ,
Dans le fond de mon coeur je brife leurs Autels ;
Et de la même main , plein du même courage ,
Sur leursTemples détruits , j'éleve un Temple aux
Rois ,
Qui du Ciel bienfaifant font la vivante image ;
Et tout entier mon être eft ſoumis à leurs loix.
Mon âme avec tranſport, vers ton Trône élancée,
Contemple , admire , goûte , & vante tes vertus ;
(g ) A deux autres foumis. Le Roi de Pruffe , & enſuite
Je Roi de Pologne , Electeur de Saxe.
AOUST. 1760. 29
Depuis longtemps aux pieds du moderne Titus ,
Le fentiment emporte & fixe ma penſée.
Ah ne puis-je du même effor ,
S'il fe peut plus rapide & plus ardent encor ,
Jufques à toi voler fur l'aîle du Génie ,
Voir le Héros , le Pere , & le Dieu des Danois ;
De cent yeux , embraffer fa grandeur infinie ,
Et proclamer fa gloire avec autant de voix !
Dieux , qu'un jaloux nuage entoure & couvre
encore ,
Epaiffiffez la nuit qui vous cache aux humains ;
Mais du moins dans un Roi,le préfent de vos mains ,
Souffrez que l'oeil mortel vous voye & vous adore!
Qu'à fes genoux , je puiſſe un jour
Dépofer mes refpects , que dis - je ? mon amour.
Grand Roi, cefeul tribut peut flatter ta belle âme.
Par tes bontés , préviens ce jour trop différé ,
Jette fur mes travaux un regard qui m'enflâme ;
A ce prix éclatant , mes voeux ont aſpiré.
Aveugle Déité , miférable Fortune
Sur l'avare vulgaire , épanche tes faveurs !
Je te foule à mes pieds , & tous ces vains honneurs
Qui n'ont , près du talent , qu'une fplendeur commune.
Germe divin des beaux écrits ,
Paffion du grand homme ,& fon unique prix ,
Bi
30 MERCURE DE FRANCE.
O Mere des ( h ) Klopftoks , des ( i ) Holbergs , des
(k ) Corneilles ,
Gloire ! c'eſt à toi feule à m'infpirer tes feux .
Gloire ! I FREDERIC daigne approuver mes veilles,
J'obtiens ton laurier même , & je fuis dans les
Cieux.
Chy Klopsroks. Auteur d'un Foëme intitulé: le Meffias
, dont les premiers chants ont paru , & lui ont déja
acquis le furnom du Milion de l'Allemagne. S. M. le Roi
de Dannemare Pa appellé dans fes Etats , cù il jouit d'une
fortune hennête , & de tous les agrémens que les Vir
giles & les Horaces trouvoient à la Cour d'Augufte.
( i ) Des Holbergs . M. le Baron de Holberg, le Tirelive
le 1 érence des Danois , comblé des bontés du Roi fon
Maître , & revéré de fa Nation , deux récompenfes les plus
Batteules pour un Sage & pour un homme de Lettres. M.
le Baron d'Holberg vivoit encore , quand cet ouvrage fut
préfenté au Roi de Dannemarci après la mort , on ne peut
qu'ajouter à l'éloge.
vre,
(k ) Des Corneilles . Le Grand Corneille eft mort pauà
la honte du fiécle où il vivoit parce que fon âme
Romaine , incapable de le plier à la baflefle & à l'intrigue ,
Peiprit général des Cours , n'étoit enflammée que de l'amour
de la belle gloire. La gloire feule pouvoit aufli récompenfer
an fi grand homme , en lui affurant une réputation éter-
Helle qui , peut être , furvivra à celle des hommes qu'on
nomme héros , & aux noms faftueux des Souverains.
Fermer
Résumé : ODE A S. M. LE ROI DE DANNEMARC, sur la Naissance de S. A. R. le Prince FREDERIC.
L'ode célèbre la naissance du Prince Frédéric, héritier du Roi de Danemark, en invoquant les divinités nordiques Brag et Odin. L'auteur espère que le prince héritera des qualités des souverains bienfaisants et que sa lignée oubliera les tyrans. La mer hyperboréenne symbolise la puissance et la longévité du règne du roi. Le poème appelle les esprits et les divinités à protéger l'enfant et à repousser les forces maléfiques. Le prince est décrit comme un héros clément, justicier et miséricordieux, voué au bien-être de son peuple. Le texte critique les courtisans hypocrites et les tyrans, symbolisés par Greppa, et loue les vertus d'Éric, surnommé le Sage. Bernsdorff, ministre danois et gouverneur du prince Frédéric, est présenté comme un mentor éclairé et un ami des arts et des lettres. Le texte appelle à la protection des arts et des lettres et à la destruction des tyrans. Les dieux nordiques symbolisent la bravoure et la destinée guerrière du prince. Le poème se conclut par une vision héroïque où les ennemis du prince sont vaincus et où les Danois retrouvent leur gloire passée. L'ode célèbre également les vertus et les actions du roi Frédéric et de son héritage au Danemark. Elle critique les flatteurs et les titres arrogants, soulignant que seul l'éloge de la vérité est valable. Le roi Frédéric est décrit comme un souverain aimant et juste, ayant libéré ses sujets de l'esclavage. Le texte exalte l'amitié fraternelle entre Christian, le frère aîné, et Frédéric, et met en garde contre les dangers de l'orgueil et de la tyrannie. Enfin, il souhaite que Frédéric devienne un souverain bienveillant, apportant prospérité et bonheur à son peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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315
p. 203-205
Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Début :
Le Roi de Prusse, après avoir fait plusieurs marches & tentatives inutiles pour rentrer [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Marche, Maréchal Daun, Canons, Bombes, Garnison, Général, Troupes, Prince, Escadron, Bataillons, Baron, Ennemis, Succès, Attaque, Camps militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Extrait du Journal de l'armée aux ordres du
Maréchal de Daun , le 28 Juillet.
Le Roi de Pruffe , après avoir fait plufieurs
marches & tentatives inutiles pour rentrer dans
la Siléfe, & ayant toujours eu en tête le Maréchal
Daun , retourna en Saxe , & s'étant préfenté
, le 13 de ce mois , devant Drefde , il tenta de
l'emporter d'emblée. Mais il fut vigoureuſement
repoutlé à plufieurs fois , ce qui lui fit prendre la
rétolation d'en faire le fiége dans les formes . L
17 au foir , quatre batteries de canon commencerent
à tirer avec beaucoup de vivacité. Il fir
aufli jetter une grande quantité de bombes fur la
vieille Ville. Plufieurs quartiers furent bientôt enflammés
; mais le fecours de la Garniſon & des
habitans , empêcha que le ravage ne devînt confi
dérable.
La certitude d'être inceffamment ſecouru par
le Maréchal de Daun , foutint la Garnifon . Le
Genéral Maquire fit le 16 une fortie du côté de
la Ville neuve . Il prit en flanc les troupes qui
bloquoient Drefde de ce côté ; & il les obligea
de plier après une affez grande perte . Le Générai
de Ried les attaqua en même temps , & les
obligea d'abandonner le poste de Weitenhirfch.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
;
On apprit que le Maréchal de Daun n'étoit plus
qu'a deux marches de la Ville ; il arriva , en
effet , le 18 après midi , & il établit ſon camp à
Schonfeld. I alia , le 19 de grand matin , reconnoître
la pofition du corps Pruſſien qui aſſiégeoit
la Villeneuve , fous les ordres du Prince de,
Holstein . Sa réfolution fut auflitôt prife , de l'obliger
a paller l'Elbe, En conféquence , le Maréchal
de Daun envoya au Général de Ried un renfort
de plufieurs Basaillons & Escadrons , avec
ordre d'attaquer ce corps . Le Baron de Riederé
cuta cette commiffion avec autant d'intelligence
que de valeur . Il attaqua les Pruffiens de front
& en flanc , pendant qu'un gros corps de Croates
, forti de Drefde , les chargeoit d'un autre
côté. Les ennemis abandonnerent leurs retranchemens
& repafferent l'Elbe fur les ponts qu'ils
avoient à Ubigau & à Kaditz. On leur fit quatre
cens trente-fix prifonniers. Notre perte nefur que
de quatre-vingt- quatre hommes.
Le 20 , quelques Efclavons perent l'Elbe à la
nage ; ils s'emparerent de cinc, ' bateaux chargés
de grains qu'ils amenerent de notre côté. Les
Pruffiens en brûlerent eux- mêmes le lendemain.
quatre autres qu'on n'avoit pu leur enlever. Le
Roi de Pruffe fit brûler les Fauxbourgs de Wihdruff
& de Pyrna. Le 2 , il commença à faire
battre en brêche le cinquiéme bastion . Le Maréchal
Daun fit entrer dans la Ville feize Bataillons
de troupes fraîches; & il changea la poſition de
fon arniée . La droite fut placée le long de l'Elbe ,
depuis le jardin de Neumann jufqu'a Radebéal.
Le Prince de Loweſtein occupa , avec la réterve,
le pofte de Bordorf , & le Baron de Ried eut
ordre de pouler des partis du côté de Meilen
jufqu'à Torgau.
On fit , la nuit du 21 , au 22 , la fortiequia
!
SEPTEMBRE. 1760. 205
décidé la levée du fiége de Drefde. Neuf Ba
taillons , dix Compagnies de Genadiers , & cinq
Efcadrons le portereat vers le Fauxbourg de
Pyrna , fous les ordres du Lieutenant Général
Angers. En même tems , cinq Bataillons , autánt
de Compagnies de Grenadiers , & trois Elcadrons
pénét érent dans le Fa xbourg de Wilsdruff. Le
fuccès fut égal & complet des deux côtés . Toutes
les batteries de l'ennemi farent ruinées ; fes
canons furent encloués & les affurs brifés . On ne
put emmener cette artillerie , à caufe des décombres
qui embaraffoient les chemins . Notre perte
eft d'environ cinq cens hommes , tant tués que
bleffés . Celle des Pruffiens , eft incomparablement
plus confidérables. Nous leur avons fait
trois cens trente- fix prifonniers.
Le fuccès de cette attaque obligea le Roi de
Pruffe à fe mettre lui- même fur la défenfive. Il
reira , le 13 , de la ligne qui faifoit face à l'armée
de l'Empire , toute la cavalerie & plufieurs
Régimens d'infant " ie , pour en renforcer celle
qui étoit devant Dde. Le Maréchal de Daun
fit entrer le même jour , dans cette Ville , un détachement
de huit cens hommes pour foulager
la Garnifon , & pour l'aider à éteindre entierement
le feu. Quatre cens Pionniers y furent auffi
envoyés pour réparer es fortifications.
Il ne fe palla rien de remarquable le 25. Les
Pruffens travaillerent à élever des retranchemens
fur les flancs de leur camp. On fit de la Ville
un feu continuel fur eux , & ils ne tirerent pas
un feul coup de canon .
Le Maréchal de Daun alla à Dreſde le 26 ; il
fit le tour des remparts , avec le Comte de Maquire
, à qui il témoigna fa fatisfaction . On ache
va , le même jour , de ruiner dans les Fauxbourgs
de Wils ruff & de Pyrna tout ce qui ref
toit des travaux des ennemis.
Maréchal de Daun , le 28 Juillet.
Le Roi de Pruffe , après avoir fait plufieurs
marches & tentatives inutiles pour rentrer dans
la Siléfe, & ayant toujours eu en tête le Maréchal
Daun , retourna en Saxe , & s'étant préfenté
, le 13 de ce mois , devant Drefde , il tenta de
l'emporter d'emblée. Mais il fut vigoureuſement
repoutlé à plufieurs fois , ce qui lui fit prendre la
rétolation d'en faire le fiége dans les formes . L
17 au foir , quatre batteries de canon commencerent
à tirer avec beaucoup de vivacité. Il fir
aufli jetter une grande quantité de bombes fur la
vieille Ville. Plufieurs quartiers furent bientôt enflammés
; mais le fecours de la Garniſon & des
habitans , empêcha que le ravage ne devînt confi
dérable.
La certitude d'être inceffamment ſecouru par
le Maréchal de Daun , foutint la Garnifon . Le
Genéral Maquire fit le 16 une fortie du côté de
la Ville neuve . Il prit en flanc les troupes qui
bloquoient Drefde de ce côté ; & il les obligea
de plier après une affez grande perte . Le Générai
de Ried les attaqua en même temps , & les
obligea d'abandonner le poste de Weitenhirfch.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE .
;
On apprit que le Maréchal de Daun n'étoit plus
qu'a deux marches de la Ville ; il arriva , en
effet , le 18 après midi , & il établit ſon camp à
Schonfeld. I alia , le 19 de grand matin , reconnoître
la pofition du corps Pruſſien qui aſſiégeoit
la Villeneuve , fous les ordres du Prince de,
Holstein . Sa réfolution fut auflitôt prife , de l'obliger
a paller l'Elbe, En conféquence , le Maréchal
de Daun envoya au Général de Ried un renfort
de plufieurs Basaillons & Escadrons , avec
ordre d'attaquer ce corps . Le Baron de Riederé
cuta cette commiffion avec autant d'intelligence
que de valeur . Il attaqua les Pruffiens de front
& en flanc , pendant qu'un gros corps de Croates
, forti de Drefde , les chargeoit d'un autre
côté. Les ennemis abandonnerent leurs retranchemens
& repafferent l'Elbe fur les ponts qu'ils
avoient à Ubigau & à Kaditz. On leur fit quatre
cens trente-fix prifonniers. Notre perte nefur que
de quatre-vingt- quatre hommes.
Le 20 , quelques Efclavons perent l'Elbe à la
nage ; ils s'emparerent de cinc, ' bateaux chargés
de grains qu'ils amenerent de notre côté. Les
Pruffiens en brûlerent eux- mêmes le lendemain.
quatre autres qu'on n'avoit pu leur enlever. Le
Roi de Pruffe fit brûler les Fauxbourgs de Wihdruff
& de Pyrna. Le 2 , il commença à faire
battre en brêche le cinquiéme bastion . Le Maréchal
Daun fit entrer dans la Ville feize Bataillons
de troupes fraîches; & il changea la poſition de
fon arniée . La droite fut placée le long de l'Elbe ,
depuis le jardin de Neumann jufqu'a Radebéal.
Le Prince de Loweſtein occupa , avec la réterve,
le pofte de Bordorf , & le Baron de Ried eut
ordre de pouler des partis du côté de Meilen
jufqu'à Torgau.
On fit , la nuit du 21 , au 22 , la fortiequia
!
SEPTEMBRE. 1760. 205
décidé la levée du fiége de Drefde. Neuf Ba
taillons , dix Compagnies de Genadiers , & cinq
Efcadrons le portereat vers le Fauxbourg de
Pyrna , fous les ordres du Lieutenant Général
Angers. En même tems , cinq Bataillons , autánt
de Compagnies de Grenadiers , & trois Elcadrons
pénét érent dans le Fa xbourg de Wilsdruff. Le
fuccès fut égal & complet des deux côtés . Toutes
les batteries de l'ennemi farent ruinées ; fes
canons furent encloués & les affurs brifés . On ne
put emmener cette artillerie , à caufe des décombres
qui embaraffoient les chemins . Notre perte
eft d'environ cinq cens hommes , tant tués que
bleffés . Celle des Pruffiens , eft incomparablement
plus confidérables. Nous leur avons fait
trois cens trente- fix prifonniers.
Le fuccès de cette attaque obligea le Roi de
Pruffe à fe mettre lui- même fur la défenfive. Il
reira , le 13 , de la ligne qui faifoit face à l'armée
de l'Empire , toute la cavalerie & plufieurs
Régimens d'infant " ie , pour en renforcer celle
qui étoit devant Dde. Le Maréchal de Daun
fit entrer le même jour , dans cette Ville , un détachement
de huit cens hommes pour foulager
la Garnifon , & pour l'aider à éteindre entierement
le feu. Quatre cens Pionniers y furent auffi
envoyés pour réparer es fortifications.
Il ne fe palla rien de remarquable le 25. Les
Pruffens travaillerent à élever des retranchemens
fur les flancs de leur camp. On fit de la Ville
un feu continuel fur eux , & ils ne tirerent pas
un feul coup de canon .
Le Maréchal de Daun alla à Dreſde le 26 ; il
fit le tour des remparts , avec le Comte de Maquire
, à qui il témoigna fa fatisfaction . On ache
va , le même jour , de ruiner dans les Fauxbourgs
de Wils ruff & de Pyrna tout ce qui ref
toit des travaux des ennemis.
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Résumé : Extrait du Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun, le 28 Juillet.
Le 28 juillet, le Journal de l'armée aux ordres du Maréchal de Daun rapporte que le Roi de Prusse, après plusieurs tentatives infructueuses pour pénétrer en Silésie, se dirigea vers la Saxe et tenta de prendre Dresde le 13 juillet. Repoussé, il décida de mettre la ville en siège. Le 17 juillet, les batteries prussiennes bombardèrent Dresde, causant des incendies rapidement maîtrisés par la garnison et les habitants. La garnison, certaine d'être secourue par le Maréchal de Daun, résista efficacement. Le 16 juillet, le Général Maguire effectua une sortie et repoussa les troupes prussiennes, tandis que le Général de Ried les força à abandonner le poste de Weitenhirsch. Le Maréchal de Daun arriva près de Dresde le 18 juillet et attaqua les forces prussiennes le 19, les forçant à retraverser l'Elbe. Les Prussiens subirent de lourdes pertes et laissèrent 436 prisonniers. Le 20 juillet, des escadrons prussiens brûlèrent des bateaux de ravitaillement. Le Roi de Prusse incendia les faubourgs de Wilsdruff et de Pyrna et commença à bombarder les fortifications de Dresde. Le Maréchal de Daun renforça la ville avec des troupes fraîches et modifia la position de son armée. La nuit du 21 au 22 juillet, une sortie décisive permit de lever le siège de Dresde. Les forces françaises détruisirent les batteries ennemies et firent 336 prisonniers. Le Roi de Prusse dut se mettre en défense et renforça ses troupes devant Dresde. Le Maréchal de Daun visita Dresde le 26 juillet, exprimant sa satisfaction, et les travaux de destruction des fortifications ennemies furent achevés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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316
p. 206
De MADRID, 23 Juillet.
Début :
Le Roi & la Reine, avec la Famille Royale, firent leur entrée solemnelle dans [...]
Mots clefs :
Famille royale, Réjouissances publiques, Serment de fidélité, Prince, Infant, Nobles, Députés, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MADRID, 23 Juillet.
De MADRID , 23 Juillet.
Le Roi & la Reine , avec la Famille Royale ,
firent leur entrée folemnelle dans cette Ville ,
le 13. Il y eut à cette occafion des réjouiffances
publiques , qui durerent plufieurs jours . Le Samedi
fuivant , le Roi reçut le ferment de fidélité
du Prince des Afturies , des Infants , des Prélats,
des Grands , des Nobles & des Députés des
Cours. Celui par lequel on reconnut Don Carlos
Antonio pour héritier préſomptif de la Couronne
, fut prêté entre les mains du Duc d'Albe.
Le Roi & la Reine , avec la Famille Royale ,
firent leur entrée folemnelle dans cette Ville ,
le 13. Il y eut à cette occafion des réjouiffances
publiques , qui durerent plufieurs jours . Le Samedi
fuivant , le Roi reçut le ferment de fidélité
du Prince des Afturies , des Infants , des Prélats,
des Grands , des Nobles & des Députés des
Cours. Celui par lequel on reconnut Don Carlos
Antonio pour héritier préſomptif de la Couronne
, fut prêté entre les mains du Duc d'Albe.
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317
p. 187
Note des Personnes qui sont venues à Parme, avec M. le Prince de Lichtenstein.
Début :
Sçavoir. Chambellans de leurs Majestés Impériales. M. le Prince François De [...]
Mots clefs :
Chevalier, Prince, Comte, Conseiller, Maréchal, Major de cavalerie, Liste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Note des Personnes qui sont venues à Parme, avec M. le Prince de Lichtenstein.
Note des Perfonnes qui font venues à Parme ,
avec M. le Prince de Lichtenftein .
SCAVO I R.
Chambellans de
leurs Majeftés,
Impériales.
M. le Prince FRANÇOIS DE
LICHTENSTEIN , fon frére.
JEAN DE LICHTENSTEIN.
Le Comte ERNEST DE
KAUNITZ RITTBERG .
Son frere , DOMINIQUE DE
KAUNITZ..
Le Comte de LESTIER .
Le Comte de LAMBERG,
Le Comte BATHYANI.
Le Comte de PUTFFY .
Le Chevalier THOMASOLI . Majors deCava
M. BULDALSI . Slerie.
M. de LOCHENKHAL , Confeiller Aulique de
leurs Majeftés Impériales .
M. le Maréchal Comte BOTTA ADORNO .
M. le Comte de SÁLM .
M. le Comte de PAAR , Grand -Maître des Poftes.
avec M. le Prince de Lichtenftein .
SCAVO I R.
Chambellans de
leurs Majeftés,
Impériales.
M. le Prince FRANÇOIS DE
LICHTENSTEIN , fon frére.
JEAN DE LICHTENSTEIN.
Le Comte ERNEST DE
KAUNITZ RITTBERG .
Son frere , DOMINIQUE DE
KAUNITZ..
Le Comte de LESTIER .
Le Comte de LAMBERG,
Le Comte BATHYANI.
Le Comte de PUTFFY .
Le Chevalier THOMASOLI . Majors deCava
M. BULDALSI . Slerie.
M. de LOCHENKHAL , Confeiller Aulique de
leurs Majeftés Impériales .
M. le Maréchal Comte BOTTA ADORNO .
M. le Comte de SÁLM .
M. le Comte de PAAR , Grand -Maître des Poftes.
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Résumé : Note des Personnes qui sont venues à Parme, avec M. le Prince de Lichtenstein.
Le document énumère les visiteurs accompagnant le Prince François de Liechtenstein à Parme, incluant des nobles et dignitaires impériaux. Parmi eux figurent Jean de Liechtenstein, les comtes Ernest et Dominique de Kaunitz, les comtes de Lestier, de Lamberg, Bathyani, de Putffy, et le chevalier Thomasoli. Sont également mentionnés M. Buldalsi, M. de Lochenkhal, le maréchal comte Botta Adorno, le comte de Sálm et le comte de Paar.
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318
p. 206
De RATISBONNE le 20 Septembre.
Début :
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg campe actuellement dans les [...]
Mots clefs :
Corps, Duc, Prince, Commandant, Incendie, Ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE le 20 Septembre.
De RATISBONNE le 20 Septembre.
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg
campe actuellement dans les environs de Hall.
Ce Prince fit fommer , le 10 de ce mois , le Commandant
Pruffien de Leipfick de fe retirer de cette
place. Ce Commandant répondit qu'il avoit ordre
du Roi fon Maître de la défendre juſqu'à
la derniere extrémité , & de bruler fes fauxbourgs
& la Ville même plutôt que de la rendre. Le
Duc de Wirtemberg lui fit dire que la Ville de
Hall , dont il étoit en poffeffion , lui répondroic .
du traitement que l'on feroit à celle de Leipfick .
Le Corps de troupes du Duc de Wirtemberg
campe actuellement dans les environs de Hall.
Ce Prince fit fommer , le 10 de ce mois , le Commandant
Pruffien de Leipfick de fe retirer de cette
place. Ce Commandant répondit qu'il avoit ordre
du Roi fon Maître de la défendre juſqu'à
la derniere extrémité , & de bruler fes fauxbourgs
& la Ville même plutôt que de la rendre. Le
Duc de Wirtemberg lui fit dire que la Ville de
Hall , dont il étoit en poffeffion , lui répondroic .
du traitement que l'on feroit à celle de Leipfick .
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Résumé : De RATISBONNE le 20 Septembre.
Le 20 septembre, les troupes du Duc de Wurtemberg sont près de Hall. Le 10 septembre, le Duc a ordonné au commandant prussien de Leipzig, Leipfick, de se retirer. Leipfick a refusé, affirmant qu'il devait défendre et brûler Leipzig sur ordre du roi. Le Duc a menacé de traiter Hall de la même manière si elle n'était pas rendue.
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319
p. 213-214
De CASSEL, le 17 Septembre.
Début :
L'Armée a quitté le 13 de ce mois, le Camp d'Immenhausen, & elle est venue [...]
Mots clefs :
Armée, Camp, Réserve, Chevalier, Prince, Lieutenant, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CASSEL, le 17 Septembre.
De CASSEL, le 17 Septembre.
L'Armée a quitté le 13 de ce mois , le Camp
d'Immenhauſen , & elle eft venue camper près de
cette Ville. La réſerve commandée par le Chevalier
de Muy , a été placée à la gauche de l'Armée.
Un Corps aux ordres du Prince de Croy , Lieutenant
Général , borde la baffe Fulde & la baſſe-
Verra. le Prince de Robecq eft placé avec ſa divifion
à Landverhagen & à Sandershaufen. Le
214 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Chabot occupe Breitenbach , & la Těferve
du Comte de Luface campe au- delà de la
Verra entre Friedland & Vitzenhaufen.
L'Armée a quitté le 13 de ce mois , le Camp
d'Immenhauſen , & elle eft venue camper près de
cette Ville. La réſerve commandée par le Chevalier
de Muy , a été placée à la gauche de l'Armée.
Un Corps aux ordres du Prince de Croy , Lieutenant
Général , borde la baffe Fulde & la baſſe-
Verra. le Prince de Robecq eft placé avec ſa divifion
à Landverhagen & à Sandershaufen. Le
214 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Chabot occupe Breitenbach , & la Těferve
du Comte de Luface campe au- delà de la
Verra entre Friedland & Vitzenhaufen.
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Résumé : De CASSEL, le 17 Septembre.
Le 17 septembre, l'armée a quitté Immenhausen le 13 septembre pour camper près de Cassel. La réserve, dirigée par le Chevalier de Muy, est à gauche. Le Prince de Croy est le long de la basse Fulde et de la basse-Verra. Le Prince de Robecq est à Landverhagen et Sandershaufen. Le Comte de Chabot occupe Breitenbach. La troupe du Comte de Luface est entre Friedland et Vitzenhaufen.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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320
p. 190-191
De l'Armée de l'Empire, le 28 Septembre.
Début :
La Conférence du Feld Maréchal Prince de Deux-Ponts avec le Duc [...]
Mots clefs :
Conférence, Feld-maréchal, Prince, Duc, Armée prussienne, Ennemis, Mouvements des troupes, Général, Combat, Retraite, Artillerie, Colonel, Blessés et morts, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée de l'Empire, le 28 Septembre.
De l'Armée de l'Empire , le 28 Septembre .
La Conférence du Feld Maréchal Prince de
Deux- Ponts avec le Duc de Wirtemberg avoit eu
pour objet de déloger le Corps Pruffien aux ordres
du Général Hullen , du Camp avantageux qu'il
occupoit: En conféquence , les Corps avancés de
l'arméefe mirent en mouvement le 13.On occupa
Malitſchen , Elfnig , Wogellang & Weidenhayn.
En même tems , le Corps d'armée du Duc de
Wirtemberg marcha de Bitterfeld à Pretfch , & le
Général Luczinsky prit pofte à Domitſch au- deffous
de Torgau , où on lui envoya un train de
pontons.
L'armée quitta , le 24 à la pointe du jour, fon
Camp de Strehla. On délogea les ennemis deSuptitz
, de Zina & de Wollau . On campa enfuite
fur les hauteurs de Suptitz . Le Colonel de Zetwitz
délogea , de fon côté, les Pruffiens de Lockwitz
& Behrewitz , &il s'établit entre l'Elbe & le grand
étang.
un Le Général Lucfinsky fit conftruire , le 25 ,
pont fur l'Elbe à Domitſch ; il y paffa ce Fleuve
pendant la nuit , avec toute la cavalerie & quelques
bataillons , & il fe pofta fur la rive droite.
Le 26 à midi , l'armée ſe forma en bataille & s'approcha
du Camp Pruffien . Pendant qu'elle faifoit
ce mouvement , le Corps du Général Lucfinsky
longeoit l'Elbe , & faifoit replier les poftes ennemisqu'il
pourfuivit jufqu'au pontde Torgau . Alors
le Général Hulfen , craignant d'être attaqué de
tous côtés , prit le parti de la retraite & rentra
dans la Ville avec précipitation. On atteignit fon
NOVEMBRE.
1760.
arriere- garde , & le
combat fut
pendant
quelque
191
tems des plus vifs .
L'ennemi
craignant
d'être coupé
, fe retira en
défordre vers la Ville , & fe rallia
fous le feu des
remparts.
Le
Général
Hulfen
faifoit ,
pendant ce tems
paffer l'Elbe à fon armée fur le pont de la Ville &
fur un de
pontons. Le
Prince de Deux - Ponts.
s'en étant
apperçu , fit
amener de la
groffe artillerie
pour les
ruiner,
pendant
qu'on
tâchoit de pénétrer
dans la Ville.
Toutes ces
difpofitions
furent
exécutées avec
beaucoup de
concert & de
jufteffe.
On
pénétra ,
malgré le feu des
ennemis ,
jufqu'au
pont
volant dont on
s'empara , &
l'artillerie fur
fervie avec tant
d'habileté
qu'on mit le feu à l'extrémité
du pont de la Ville. Par là tout
moyen
retraite fut ôté au refte des
troupes
ennemies quide
n'avoient pu paffer
l'Elbe. Le
Prince de
Deux-
Ponts
envoya
fommer le
Colonel de
Normann
leur
Commandant , de fe
rendre ; ce qu'il fi,
après
quelques
difficultés. La
Capitulation fut fignée
le 27 à trois heures du
matin , &
auffitôt
l'armée fut miſe en
poffeffion des deux
portes de
la Ville. Les
troupes
Pruffiennes
fortirent à midi
&
mirent bas les armes . Le
nombre des
priſonniers
faits en cette
occafion eft de deux
mille cinq
cens
vingt-fept ,
parmi
lesquels ſe
trouvent un
Colonel , fix
Majors & douze
Capitaines .
Notre
perte eft très-legére , &
n'excéde pas cent hommes
, tant tués que bleffés .
L'armée
Pruſſienne
profita de la nuit pour fe retirer du côté de Wirtemberg
, le long de l'Elbe.
La Conférence du Feld Maréchal Prince de
Deux- Ponts avec le Duc de Wirtemberg avoit eu
pour objet de déloger le Corps Pruffien aux ordres
du Général Hullen , du Camp avantageux qu'il
occupoit: En conféquence , les Corps avancés de
l'arméefe mirent en mouvement le 13.On occupa
Malitſchen , Elfnig , Wogellang & Weidenhayn.
En même tems , le Corps d'armée du Duc de
Wirtemberg marcha de Bitterfeld à Pretfch , & le
Général Luczinsky prit pofte à Domitſch au- deffous
de Torgau , où on lui envoya un train de
pontons.
L'armée quitta , le 24 à la pointe du jour, fon
Camp de Strehla. On délogea les ennemis deSuptitz
, de Zina & de Wollau . On campa enfuite
fur les hauteurs de Suptitz . Le Colonel de Zetwitz
délogea , de fon côté, les Pruffiens de Lockwitz
& Behrewitz , &il s'établit entre l'Elbe & le grand
étang.
un Le Général Lucfinsky fit conftruire , le 25 ,
pont fur l'Elbe à Domitſch ; il y paffa ce Fleuve
pendant la nuit , avec toute la cavalerie & quelques
bataillons , & il fe pofta fur la rive droite.
Le 26 à midi , l'armée ſe forma en bataille & s'approcha
du Camp Pruffien . Pendant qu'elle faifoit
ce mouvement , le Corps du Général Lucfinsky
longeoit l'Elbe , & faifoit replier les poftes ennemisqu'il
pourfuivit jufqu'au pontde Torgau . Alors
le Général Hulfen , craignant d'être attaqué de
tous côtés , prit le parti de la retraite & rentra
dans la Ville avec précipitation. On atteignit fon
NOVEMBRE.
1760.
arriere- garde , & le
combat fut
pendant
quelque
191
tems des plus vifs .
L'ennemi
craignant
d'être coupé
, fe retira en
défordre vers la Ville , & fe rallia
fous le feu des
remparts.
Le
Général
Hulfen
faifoit ,
pendant ce tems
paffer l'Elbe à fon armée fur le pont de la Ville &
fur un de
pontons. Le
Prince de Deux - Ponts.
s'en étant
apperçu , fit
amener de la
groffe artillerie
pour les
ruiner,
pendant
qu'on
tâchoit de pénétrer
dans la Ville.
Toutes ces
difpofitions
furent
exécutées avec
beaucoup de
concert & de
jufteffe.
On
pénétra ,
malgré le feu des
ennemis ,
jufqu'au
pont
volant dont on
s'empara , &
l'artillerie fur
fervie avec tant
d'habileté
qu'on mit le feu à l'extrémité
du pont de la Ville. Par là tout
moyen
retraite fut ôté au refte des
troupes
ennemies quide
n'avoient pu paffer
l'Elbe. Le
Prince de
Deux-
Ponts
envoya
fommer le
Colonel de
Normann
leur
Commandant , de fe
rendre ; ce qu'il fi,
après
quelques
difficultés. La
Capitulation fut fignée
le 27 à trois heures du
matin , &
auffitôt
l'armée fut miſe en
poffeffion des deux
portes de
la Ville. Les
troupes
Pruffiennes
fortirent à midi
&
mirent bas les armes . Le
nombre des
priſonniers
faits en cette
occafion eft de deux
mille cinq
cens
vingt-fept ,
parmi
lesquels ſe
trouvent un
Colonel , fix
Majors & douze
Capitaines .
Notre
perte eft très-legére , &
n'excéde pas cent hommes
, tant tués que bleffés .
L'armée
Pruſſienne
profita de la nuit pour fe retirer du côté de Wirtemberg
, le long de l'Elbe.
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Résumé : De l'Armée de l'Empire, le 28 Septembre.
Le 28 septembre, une conférence entre le Feld Maréchal Prince de Deux-Ponts et le Duc de Wirtemberg visait à déloger le Corps Prussien du Général Hullen de sa position. Les mouvements militaires commencèrent le 13 septembre, avec l'occupation de plusieurs localités. Le Corps d'armée du Duc de Wirtemberg marcha de Bitterfeld à Pretfch, tandis que le Général Luczinsky se posta à Domitsch près de Torgau. Le 24 septembre, l'armée quitta Strehla à l'aube, délogeant les ennemis de Suptitz, Zina et Wollau, et campa sur les hauteurs de Suptitz. Le Colonel de Zetwitz délogea les Prussiens de Lockwitz et Behrewitz, et le Général Luczinsky construisit un pont sur l'Elbe à Domitsch. Le 26 septembre, l'armée se forma en bataille et s'approcha du camp prussien, repoussant les postes ennemis jusqu'au pont de Torgau. Le Général Hullen se retira dans la ville, mais un combat vif eut lieu, forçant l'ennemi à se retirer en désordre. Le Prince de Deux-Ponts fit amener de la grosse artillerie pour ruiner les ponts et pénétra dans la ville. La capitulation fut signée le 27 septembre à trois heures du matin, et les troupes prussiennes se rendirent à midi. Le nombre de prisonniers prussiens s'éleva à deux mille cinq cent vingt-sept, incluant un colonel, six majors et douze capitaines. Les pertes françaises furent légères, n'excédant pas cent hommes tués ou blessés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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321
p. 184
De WARSOVIE, le 10 Octobre.
Début :
Le 5 de ce mois, jour anniversaire de l'élection de Sa Majesté [...]
Mots clefs :
Anniversaire, Élection, Célébration, Marquis, Ambassadeur, Audience, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 10 Octobre.
De WARSOVIE , le ro Octobre.
Les de ce mois, jour anniverfaire de l'élection
de Sa Majeſté , on célébra cet événement par les
réjouiffancesaccoutumées . Le même jour , le Marquis
de Paulmy , Ambaffadeur de Sa Majesté Très-
Chrétienne , auprès du Roi & de la République ,
fit fon entrée dans cette Ville . Il fut conduit à
l'Audience de Sa Majeſté , par le Prince Czartorifky
, Palatin de Ruffie > avec tous les honneurs &
les cérémonies d'uſage.
Les de ce mois, jour anniverfaire de l'élection
de Sa Majeſté , on célébra cet événement par les
réjouiffancesaccoutumées . Le même jour , le Marquis
de Paulmy , Ambaffadeur de Sa Majesté Très-
Chrétienne , auprès du Roi & de la République ,
fit fon entrée dans cette Ville . Il fut conduit à
l'Audience de Sa Majeſté , par le Prince Czartorifky
, Palatin de Ruffie > avec tous les honneurs &
les cérémonies d'uſage.
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322
p. 190-191
De LA HAYE, le 9 Novembre.
Début :
On a appris par les Lettres de l'Inde, la véritable cause du [...]
Mots clefs :
Inde, Compagnie, Trône, Prince, Gouverneur, Bengale, Expédition, Vaisseaux, Attaques
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texteReconnaissance textuelle : De LA HAYE, le 9 Novembre.
De LA HAYE, le 9 Novembre.
On a apprispar les Lettres de l'Inde, la véritable
DECEMBRE. 1760. 19t
cauſe du démêlé furvenu à Bengale , entre notre
Compagnie & celle des Anglois. Ceux - ci ayant
placé fur le Trône le Nabab régnant , ce Prince
les a affranchis de toute redevance , & en a impofé
de nouvelles fur notre Commerce. Il venoit d'ex
torquer récemment à notre Compagnie une fomme
fort confidérable . Le Gouverneur de Battavia
envoya pour le faire rendre juftice , quelques Vaif
feaux de ligne dans le Golfe de Bengale ; mais les
Anglois , Alliés de Nabab , les ont attaqués avec
des forces fupérieures , & les ont empêchés d'exécuter
leur projet. Ils ont enfuite repréſenté en
Europe cette expédition avec les traits les plus
noirs,& commeune entrepriſe fur leur Commerce,
pendant qu'elle avoit un objet très- différent.
Le Prince de Stadhouder & fa maiſon , ont pris
le deuil pour fix mois , à l'occaſion de la mort du
Roi d'Angleterre.
On a apprispar les Lettres de l'Inde, la véritable
DECEMBRE. 1760. 19t
cauſe du démêlé furvenu à Bengale , entre notre
Compagnie & celle des Anglois. Ceux - ci ayant
placé fur le Trône le Nabab régnant , ce Prince
les a affranchis de toute redevance , & en a impofé
de nouvelles fur notre Commerce. Il venoit d'ex
torquer récemment à notre Compagnie une fomme
fort confidérable . Le Gouverneur de Battavia
envoya pour le faire rendre juftice , quelques Vaif
feaux de ligne dans le Golfe de Bengale ; mais les
Anglois , Alliés de Nabab , les ont attaqués avec
des forces fupérieures , & les ont empêchés d'exécuter
leur projet. Ils ont enfuite repréſenté en
Europe cette expédition avec les traits les plus
noirs,& commeune entrepriſe fur leur Commerce,
pendant qu'elle avoit un objet très- différent.
Le Prince de Stadhouder & fa maiſon , ont pris
le deuil pour fix mois , à l'occaſion de la mort du
Roi d'Angleterre.
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Résumé : De LA HAYE, le 9 Novembre.
Le 9 novembre 1760, des lettres de l'Inde rapportent un conflit entre les compagnies française et anglaise à Bengale. Les Anglais, soutenus par un Nabab, ont imposé de nouvelles taxes au commerce français et extorqué une somme importante. La Compagnie française a envoyé des vaisseaux pour obtenir justice, mais les Anglais les ont attaqués. Les Anglais ont ensuite déformé cette expédition en Europe. Par ailleurs, le Prince de Stadhouder a observé un deuil de six mois après la mort du roi d'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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323
p. 93-105
ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
Début :
L'ÉPITRE Dédicatoire, l'Avertissement & le corps de l'Ouvrage sont les trois [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Prince, Roi, M. de La Vauguyon, Enfants, Monseigneur le Dauphin, Douleur, Madame la Dauphine, Paroles, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
ÉLOGE
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
98
အ
»
95
"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
HISTORIQUE de Monfeigneur
LE DUC DE
BOURGOGNE , par
M. LEFRANC DE POMPIGNAN ,
de l'Académie Françoife. A Paris ,
de l'Imprimerie Royale , in- 8 ° .1761 .
' ÉPITRE Dédicatoire , l'Avertiffement
& le corps de l'Ouvrage font les trois
parties de cette Brochure intéreffante ,
qui méritent chacune féparément , d'arrêter
les regards & de fixer l'attention de
nos Lecteurs.
""
L'Épitre eft adreffée à MONSEIGNEUR
ود
LE DAUPHIN & à MADAME LA DAUPHINE.
C'est par leurs ordres que l'Auteur leur
préſente un Ouvrage dont ils avoient daigné
entendre la lecture , & qu'ils avoient
honoré de leur approbation . » C'eft , dit
» M. de Pompignan , c'eft l'Histoire &
l'éloge d'un Prince que vous pleurez
» encore , parce que c'étoit votre fils , &
» que la France pleurera toujours , parce
qu'il vous eût reffemblé ....... C'eft
» la première fois qu'on a écrit la vie d'un
» enfant de neuf ans ; mais c'eft la premiè
» re fois auffi qu'une vie de neuf ans a
mérité d'être écrite. Celle- ci.... fera
"
ود
94 MERCURE DE FRANCE.
ود
ود
35
» l'étonnement de nos neveux , & embel-
» lira les Faftes de la première Maiſon de
l'Univers. Il étoit réservé à cete Maiſon ,
» fi féconde en Héros de tous les genres ,
de nous offrir encore de nouveaux modéles
d'héroïfme , dans les enfans même
qu'elle produit .... Ce doit être un
foulagement à votre douleur , d'imagi-
» ner , en vous rappellant celui qui en eft
l'objet , que vous - même le propoſerez
» pour exemple à vos arrières- petits- fils ,
» & que l'Hiftoire de fa courte vie fera
» éternellement l'école des jeunes Princes
» de votre poftérité.
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"3
L'Auteur s'adreffe enfuite à MADAME
LA DAUPHINE , & lui dit : » C'eft fur vous
qu'il tourna fes derniers regards ; c'eſt
à vous qu'il adreffa fes dernières paro-
» les .... Vous ne trouverez l'adoucife-
» ment de vos regrets , que dans vos ver-
» tus , & dans celles de l'augufte époux à
qui vous avez donné cette précieuſe famille
, où le réuniffent vos confolations.
nutvélles , notre efpérance & notre
"félicité . Fille de ces Princes belliqueux ,
» qui diſpurécent fi longtemps à Pepin &
à Charlemagne les plus nobles Provin-
» ces de la Germanie , vous avez mêlé au
plus beau fang du monde , le fang illuffre&
courageux des Héros Saxons . Ils
""
و د
19
NOVEMBRE . 1761 195x
و د
ور
Vous ont appris à fupporter avec fermeté
» les malheurs de la condition humaine .
» Élevée par une mère magnanime , qui a
» mérité les larmes & l'admiration de tou-
» te l'Europe , vous trouverez dans votre
» nouvelle Patrie , & dans la Cour d'un
» Roi qui vous chérit comme fa fille
», une autre mère auffi tendre & auffi ver-
» tueufe , qui fait fon bonheur du vôtre ,
» & de celui de tous fes enfans . C'eft dans
» les charmes de cette fociété Royale ,
» & bien douce , que des mains chéres
» éffuyeront vos pleurs , & c.
,
Cette Epître auffi noble qu'attendrif
fante , eft fuivie d'un avertiffement fur la
certitude des Mémoires qui ont fervi à
la compofition de cet Eloge Hiftorique .
On fçait combien on exagere ordinairement
dans tout ce qu'on dit des talens
extraordinaires , & des qualités rares des .
enfans, & furtout des enfans des Princes.
Ce n'eft point fur de pareils matériaux qu'a,
été fait l'Eloge de M.le DUC DE BOURGOGNE.
Quoique ce Prince eût beaucoup d'efprit,
on n'a répété de lui ni épigrammes , ni
bons mots; mais il ne difoit ni ne faifoit
rien qui ne fût un trait de caractère ;
& c'est à quoi on s'eft attaché principalement
dans le détail des faits qu'on
nous remet fous les yeux. Larfqu'il a fallu
96 MERCURE DE FRANCE.
citer fes propres paroles , on s'eft impofe
la loi de les rapporter fans aucun changement
, & fans la moindre altération ,
telles qu'elles ont été confervées par les
perfonnes qui avoient eu le bonheur de
lés recueillir de fa bouche.
C
Au récit des faits , M. Lefranc de Pompignan
mêle fouvent des réfléxions qui
les précédent ou qui les fuivent. Dans
l'extrait que nous allons en faire , nous
choifirons les traits les plus intéreffans .
"
On entretenoit un jour Mgr LE DUC DE
BOURGOGNE des haures qualités du Roi fon
Ayeul, & de la maladie qu'il avoit élluyée
à Metz. » On lui peignoit des couleurs les
plus vives & les plus vraies , cette épo-
» que attendriffante, cette défolation uni-
» verfelle, qui n'eût pas été plus grande fi
» l'Ange de la mort eût menacé la France
» entière. Ces témoignages d'affection fi
« éclatans & fi extraordinaires, que pour en
» bien juger , il faut en avoir été témoin ;
» on lui apprenoit furtout que ce fut en
» cette occafion que les François donné-
» rent à leur Roi ce nom précieux , ce
» titre unique , né du fein de la douleur
» & de la joie, & formé par acclamation.
» Ce récit l'échauffoit , le tranfportoit.
Ah!
que le Roi , s'écria -t - il , dut êtrefenfible
à sant d'amour , & que j'acheterois
volontiers
و د
NOVEMBRE . 1761. 97
volontiers ce plaifir au prix d'une pareille
maladie .
Le jeune Prince , continue l'Auteur ,
poffédoit fupérieurement la Langue Françoifeil,
la parloit avec une correction
& une pureté qui étonnoit. Clair & concis
dans tout ce qu'il difoit , il vouloit ..
qu'on s'énonçât avec netteté & préciſion
lorfqu'on avoit l'honneur de lui parler.
Sa délicateffe fur cet article étoit extrê
me. Il fe contraignoit pour ne pas marquer
une forte d'impatience quand on
lui parloit , ou qu'on lui expliquoit quelchofe
d'une manière obfcure.
que
On avoit préfenté à Mgr le Duc de
Bourgogne une Table chronologique de
tous les Rois de France, depuis la fondation
de la Monarchie. Les Hiftoriens qui
remontent jufqu'à Pharamond, en comptent
ordinairement foixante- cinq. Il fe
figura que tous ces Rois étoient les ayeux ;
& l'on remarqua que fon coeur s'en élevoit
fenfiblement. Le Duc de la Vauguyon
crut qu'il étoit bon de lui dire
qu'on n'avoit point de preuves que les
Rois de la troifiéme Race defcendiffent
de la première , ni même de la feconde.
Il en parut étonné , & répondit avec
une forte de dépit : Au moins, Monfieur,
je defcends de S. Louis & de Henri IV.
E
98 MERCURE DE FRANCE
Ce Prince jouoit un jour tête-à-tête
avec un de fes Sous- Gouverneurs. Il y
cut un coup douteux & qui méritoit d'être
décidé. Le Duc de Bourgogne foutenoit
avec chaleur qu'il avoit gagné ; le Sousgouverneur
de fon côté foutenoit la
même chofe ; & pour éprouver le Prince,
il affectoit autant d'ardeur & d'obftination
que lui. Vous croyez avoir raifon ,
lui difoit-il , & moi auffi . Qui eft- ce qui
cédera ? Ce fera vous , repliqua le Duc
de Bourgogne d'un ton un peu altéré ;
& tout de fuite prenant un air ferein , il
ajouta : parce que vous êtes le plus raifonnable.
On voulut dans une occafion lui faire
honneur d'un de fes avantages remportés
fur lui-même ; on écrivit fur un papier :
Monfeigneur le Duc de Bourgogne fera
un grand Prince ; il commence à maîtrifer
fes paffions. On avoit mis l'écrit
fur fon bureau. A peine avoit-il achevé
de le lire , qu'on vint l'avertir que Mgr
le Dauphin le demandoit. Il prend le
biller , le met dans fa poche , & n'eft
pas plutôt arrivé fur le degré , qu'il le
laiffe adroitement tomber derrière lui.On
s'en apperçoit ; & comme on lui en demanda
la raiſon : C'eft , répond-il , que
quelqu'un trouvera ce papier , le ramaf
NOVEMBRE. 1761 99
fera , lira ce qu'il contient , & le répandra
dans le Public. Ce jeune Prince aimoit
la célébrité que donnent la gloire &
le mérite. Il fouhaitoit qu'on parlât de
lui en bien ; & c'eft une preuve qu'il af
piroit à bien faire.
Mais s'il étoit fenfible à la louange
juſte & méritée , il haïſſoit & mépriſoit
la flatterie. Quelqu'un s'avifa de lui donner
des éloges qui fentoient l'adulation .
Monfieur, lui dit -il , vous me flattez , je
n'aime point qu'on me flatte , & le foir
en fe couchant il dit à fon Gouverneur :
ce Monfieur meflatte ; prenez garde à lui
M. de la Vauguyon lui avoit demandé
lequel de fes trois garçons de la cham
bre il aimoit le mieux ? C'eft un tel , ré
pondit-il , parce qu'il ne me paffoit rien
dans mon bas áge , & qu'il alloit redire
tout ce que je faifois de mal , afin que
L'on me corrigeát.
La médifance lui déplaifoit fouverainement.
Quelqu'un parloit affez mal devant
lui d'un homme dont la naiſſance.
méritoit des égards. Il le fit approcher &
lui dit : Je trouve fort mauvais que vous
parlier ainfi devant moi d'un homme de
condition , n'y revenez plus.
M. le Duc de Briffac , que le Prince
aimoit & eſtimoit infiniment , lui dit un
E ij
Zoo MERCURE DE FRANCE. -
jour ; Monfeigneur à votre première
campagne , je vous demande d'étre votre
Aide de Camp. Non , Monfieur le
Duc , répondit le Prince , vous ferez alors
Maréchal de France , & vous me donnerez
des leçons.
A
•
Le ministère de M. de .... donnoit
les plus belles efpérances , dit M. de
Pompignan les premières opérations
avoient répandu la joie & ranimé le
crédit. Dans ces commencemens , il eut
une maladie qu'on crut d'abord férieuſe ,
& qui ne dura pas. Le jeune Prince qui
l'entendoit louer tous les jours , & par
toutes les bouches , & de toutes les façons
, parut très- inquiet fur fon compte.
Il s'informoir fouvent & avec grand foin
de fes nouvelles. On étoit furpris d'une
attention fi marquée , & on lui en demanda
le motif. Rien de plus fimple ,
répondit- il , j'entends dire à tout le monde
qu'il fert bien le Roi & l'Etat.
r Quand on annonça à M. le Duc de
Bourgogne qu'on devoit ouvrir la tumeur
qu'il avoit au haut de la cuiffe , il
n'en fut ni furpris ni éffrayé. Je m'y attendois
, dit il froidement ; j'avois entendu
dire il y a quelque temps à M. Senac
qui dans ce moment me croyoit endormi
, que je ne m'en tirerois que par une
opération ; je n'en ai point parlé , de
NOVEMBRE. 1761 101
peur qu'on ne crit que cela'm'inquiétoit.
Donnez-moi cependant un demi quart
d'heure pour prendre mon parti. Il voulut
voir les inftrumens dont on fe ferviroit;
il les confidéra, les mania avec un fangfroid
admirable, & s'abandonna tranquillement
aux apprêts & aux rigueurs de l'opération. "
Dans un des premiers jours qui la ſuivit , le
Prince fe trouvoit beaucoup mieux ; il
écrivit à Monfeigneur le Dauphin ce billet
remarquable : » Je commence à me
» mieux porter , je vous prie de me per-
» mettre de continuer mes études ; j'ai
grand peur d'oublier & grande envie
» d'apprendre. Il ne voulut point écrire
cette Lettre , fans en prévenir fon Gouverneur.
M. de la Vauguyon , lui dit- il ,
je vous prie de me permettre d'écrire une
Lettre à quelqu'un , & de ne la pas lire."
Je le veux bien , lui répondit M. de la
Vauguyon ; parce que je fçais que vous
étes très-raifonnable , & que j'ai grande
confiance en votre fageffe. Il l'écrivit; &
comme il étoit au moment de la cacheter ,
il appella M. de la Vauguyon & lui dir :
tenez, voilà ma Lettre ; lifez-la ; je ne
puis me réfoudre à avoir un fecret pour
yous ..
»
Plus de quatre mois après l'opération ,
le jour de la S. Louis , il fe trouva aflez
E iij .
702 MERCURE DE FRANCE.
bien pour s'habiller. Il alla chez le Roi &
chez la Reine ; mais il revint dans fon
Appartement fort fatigué. On lui propofa
de fe mettre dans fon lit , ou du moins à
fon aife , & en robe de chambre. Non
dit- il,je veux recevoir la Ville de Paris ;
cela convient.
•
Cependant le mal avoit fait fecrettement
dans fon corps des progrès & des
ravages mortels. Pour le difpofer au double
facrifice de fa vie & d'une Couronne
temporelle , M. l'Evêque de Limoges ,
fon Précepteur , lui fit lire la Paffion de
Wotre Seigneur dans Evangile de S.
Jean . Quand on en fut à ces paroles , mon
Royaume n'eft pas de ce monde , le Prélat
lui dir que ce paffage le regardoit ; qu'il
n'y avoit plus pour lui de Royaume fur
la tèrre ; qu'un autre régneroit à fa place ;
que le Ciel étoit déformais le feul Empire
auquel il dût penfer. Il fut un peu etonné
de ce difcours , mais fans douleur ni foibleffe
: C'en eft fait , dit - il , vous te
voulez, o mon Dieu ! Je me foumets à votre
volonté. Mon Royaume n'efl pas de
ce monde. Il n'y penfa plus.
Cependant l'heure fatale approchoir.
Le moment eft venu , dit le Prince ; donnez-
moi le Crucifix. Il le prend , & colle
fes lévres mourantes fur le figne adorable
NOVEMBRE. 1761. 103
du falut. Son facrifice fe confomme ; il
va tout quitter & ne regrette rien. Que
dis-je la nature , de l'aveu même de la
Religion , exige encore de lui un tribut &
des adieux ! Ses regards femblent attirés
par un objet invifible ; & foit qu'il cherchât
des yeux cette mère augufte qu'il
avoit tant chérie , & qu'il laiffoit fur la
tèrre ; foit que par l'effet d'une imaginagination
frappée , il crût la voir réellement
, il s'écria d'une voix animée : Ah!
maman ! maman ! c'étoit l'éffor d'une
âme qui rompt fes liens. Il répéta encore
une fois ces expreffions & tendres , fit un
Acte d'amour de Dieu , & rendit le dernier
foupir.
翦
Jufqu'à préfent l'Auteur a couvert d'un
voile l'accablement affreux où étoient
plongés Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Darphine.Il ouvre enfin le rideau,
& les expofe aux regards refpectueux de
tous les hommes fenfibles. » A fix heu-
» res du matin , le Duc de la Vauguyon
paffa chez le Roi. Sa Majefté n'étoit
que trop préparée à la funefte nouvelle
qu'on venoit lui annoncer. Elle ordon-
» na au Duc de defcendre chez Monfei-
» gneur le Dauphin ; il s'y rendit fur le
champ , & fit dire au Prince que Mgr.
le Duc de Berry fe portoit bien , & que
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
"
30
ود
» le Duc de la Vauguyon étoit là . Ce
" peu de mots fignifioient tout. Le pre-
» mier effet qu'ils produifirent fe conçoit,
» mais ne ſe rend pas. Cependant le Roi
vint chez Madame la Dauphine , qui
» tomba fans connoiffance dans fes bras.
Monfeigneur le Dauphin paroît ; on
» amène le Comte de Provence & le Comte
d'Artois. La Reine arriva ; Mefdames :
a l'avoient précédée ;. toute la Famille
» Royale étoit dans le même lieu . Quels
» objets majestueux & touchans ! quel
» fanctuaire de douleur ! Les petits Princes
fondent en larmes ; leur mère évanouie
; fon augufte époux renversé dans
» un fauteuil , la tête appuyée fur le fein
du Duc de la Vanguyon , fans couleur ,,
fans paroles , fans pouls , fans refpira-.
» tion , & dans un état fi violent , frextraordinaire
, que quelques minutes de
" plus pouvoient le rendre dangereux .
» Le Roi & la Reine occupés à fecourir
» leurs enfans, la tendreffe conjugale , l'a-.
» mour paternel & filial , l'affection fra-
» terneile , tous les fentimens de la na-
» ture déployés & agiffant à la fois fur
» tant de perfonnes royales , qui mêloient
»enfemble leurs gémiffemens & leurs confternations.
"
Ceft par ce morceau touchant & patheNOVEMBRE
. 1761. TOS
tique que M. de Pompignan termine l'Eloge
Hiftorique de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tout ce que le fentiment a de
plus tendre y eft exprimé dans la plus noble
fimplicité. On y apprend aux François
ce qu'ils ont perdu , aux enfans des
Rois ce qu'ils doivent imiter . C'eft plutôt
ici un tableau qu'une hiftoire ; mais le tableau
des qualités qui font le bonheur des
Peuples , eft préférable à l'hiftoire des actions
qui les rendent malheureux .
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Résumé : ÉLOGE HISTORIQUE de Monseigneur LE DUC DE BOURGOGNE, par M. LEFRANC DE POMPIGNAN, de l'Académie Françoise. A Paris, de l'Imprimerie Royale, in-8o. 1761.
L'ouvrage 'Éloge Historique de Monseigneur le Duc de Bourgogne' de M. Lefranc de Pompignan, publié en 1761, est dédié à Monseigneur le Dauphin et à Madame la Dauphine, qui ont approuvé l'œuvre après en avoir entendu la lecture. Cet éloge est le premier écrit sur un enfant de neuf ans, soulignant la valeur exceptionnelle de la vie du Duc de Bourgogne, destinée à servir d'exemple aux générations futures et à enrichir les fastes de la première maison de l'univers. L'avertissement précise que l'éloge repose sur des mémoires certifiés et évite les exagérations habituelles concernant les talents des enfants des princes. Le texte met en avant les qualités authentiques du Duc de Bourgogne, rapportant fidèlement les faits et les paroles du prince. Par exemple, le Duc admirait son aïeul et s'intéressait à l'histoire des rois de France. Le texte relate divers épisodes de la vie du Duc de Bourgogne, fils de Louis, Dauphin de France, et petit-fils de Louis XIV. Le Duc montrait une grande maturité, évitant la flatterie et appréciant la louange méritée. Il détestait la méchanceté et la médisance, corrigeant ceux qui parlaient mal des autres. Lors d'une maladie sérieuse, il manifesta une grande inquiétude pour le ministre en place et resta calme lors d'une opération nécessaire. Malgré sa fatigue, il insista pour recevoir la ville de Paris, démontrant son sens du devoir. Les derniers moments du Duc de Bourgogne sont décrits avec sérénité. Informé qu'il n'avait plus de royaume sur terre, il accepta son sort avec dignité, mourant en embrassant un crucifix et en prononçant les mots 'Ah ! maman ! maman !'. La famille royale partagea une profonde tristesse, notamment le Dauphin et la Dauphine, qui furent plongés dans un accablement affreux. Le roi et la reine tentèrent de réconforter leurs enfants, tandis que des sentiments de tendresse et d'affection se manifestèrent intensément.
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324
p. 185-186
De HAMBOURG, le 15 Octobre.
Début :
IL est à craindre que les différends qui s'élevent entre le Roi de Danemarck & l'Impératrice de [...]
Mots clefs :
Régence, Prince, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 15 Octobre.
De HAMBOUrg , le i 15 Octobre.
IL eft à craindre que les différends qui s'élevent
entre le Roi de Danemarck & l'Impératrice de
Ruffie au fujet de l'adminiſtration du Duché de
Holftein n'ayent des fuites plus fâcheufes qu'on
ne l'avoit d'abord imaginé. La ceffion que le Roi
de Suéde a faite de fes droits au Roi de Dannemarck
par une convention particuliere , dont la
Ruffie ni les Princes freres de Sa Majeſté Suédoiſe
n'ont eu aucune connoiffance, ne fera vraisemblablement
pas reconnue ni adoptée par la Czarines
& cette Princeffe étant déclarée tutrice du Prince
fon fils , ne paroît pas difpoflée à partager le gouvernement
de les Etats . La Régence de Kiel avoit
dépêché un Courier à Petersbourg pour informer
Sa Majesté Impériale que le Roi de Dannemarck
avoit nommé des Commiffaires qui devoient régir
en fon nom le Duché de Holſtein pendant la
minorité du jeune Duc Paul Petrowitz . Au retour
du Courier la Régence de Kiel a fait arracher publiquement
les placards que les Commiffaires de
la Cour de Coppenhague avoient fait afficher
pour faire reconnoître l'autorité du Roi leur
maître & leurs pouvoirs. Le Prince George ,
nommé Gouverneur Général du Holſtein , doit
s'arrêter ici jufqu'à ce que ces différends foient
terminés.
186 MERCURE DE FRANCE.
Tout eft dans la plus grande confuſion à Mittau.
Le parti du Duc de Biren s'accroît chaque
jour. Ce Prince pourroit cependant rencontrer encore
des obftacles pour l'inveftiture des Duchés
de Courlande & de Semigalle , parce qu'il doit la
recevoir du Roi & de la République de Pologne ,
qui ont le droit de Souveraineté fur ces Fiefs . Le
parti du Prince Charles paroît difpofé a défendre
avec vigueur l'élection de ce Prince.
IL eft à craindre que les différends qui s'élevent
entre le Roi de Danemarck & l'Impératrice de
Ruffie au fujet de l'adminiſtration du Duché de
Holftein n'ayent des fuites plus fâcheufes qu'on
ne l'avoit d'abord imaginé. La ceffion que le Roi
de Suéde a faite de fes droits au Roi de Dannemarck
par une convention particuliere , dont la
Ruffie ni les Princes freres de Sa Majeſté Suédoiſe
n'ont eu aucune connoiffance, ne fera vraisemblablement
pas reconnue ni adoptée par la Czarines
& cette Princeffe étant déclarée tutrice du Prince
fon fils , ne paroît pas difpoflée à partager le gouvernement
de les Etats . La Régence de Kiel avoit
dépêché un Courier à Petersbourg pour informer
Sa Majesté Impériale que le Roi de Dannemarck
avoit nommé des Commiffaires qui devoient régir
en fon nom le Duché de Holſtein pendant la
minorité du jeune Duc Paul Petrowitz . Au retour
du Courier la Régence de Kiel a fait arracher publiquement
les placards que les Commiffaires de
la Cour de Coppenhague avoient fait afficher
pour faire reconnoître l'autorité du Roi leur
maître & leurs pouvoirs. Le Prince George ,
nommé Gouverneur Général du Holſtein , doit
s'arrêter ici jufqu'à ce que ces différends foient
terminés.
186 MERCURE DE FRANCE.
Tout eft dans la plus grande confuſion à Mittau.
Le parti du Duc de Biren s'accroît chaque
jour. Ce Prince pourroit cependant rencontrer encore
des obftacles pour l'inveftiture des Duchés
de Courlande & de Semigalle , parce qu'il doit la
recevoir du Roi & de la République de Pologne ,
qui ont le droit de Souveraineté fur ces Fiefs . Le
parti du Prince Charles paroît difpofé a défendre
avec vigueur l'élection de ce Prince.
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Résumé : De HAMBOURG, le 15 Octobre.
Le texte décrit des tensions politiques entre le Roi de Danemark et l'Impératrice de Russie concernant l'administration du Duché de Holstein. La cession des droits suédois au Danemark, réalisée sans l'accord de la Russie, pourrait ne pas être reconnue par l'Impératrice, tutrice du Prince Paul Petrowitz. La Régence de Kiel a informé l'Impératrice de la nomination de commissaires danois pour régir le Duché pendant la minorité du jeune Duc, mais a ensuite retiré les affiches annonçant cette nomination. Le Prince George, Gouverneur Général du Holstein, attend la résolution de ces différends avant de prendre ses fonctions. Par ailleurs, à Mittau, la situation est confuse en raison des rivalités entre les partisans du Duc de Biren et ceux du Prince Charles pour l'investiture des Duchés de Courlande et de Semigalle, dont la souveraineté est partagée entre le Roi de Pologne et la République de Pologne.
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325
p. 235
De Moscou, le 12 Janvier 1763.
Début :
PLUSIEURS Puissances ont fait à cette Cour des représentations en faveur du Prince Charles de [...]
Mots clefs :
Puissances, Prince, Majesté impériale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Moscou, le 12 Janvier 1763.
De Mofcou , le 12 Janvier 1763 .
PLUSIEURS LUSIEURS Puiffances ont fait à cette Cour des
repréſentations en faveur du Prince Charles de
Saxe au fujet de la Courlande ; mais elles ont été
fans fuccès , & Sa Majefté Impériale a fait expédier
par fon Ministère le referit fuivant , qui a été
envoyé à plufieurs de fes Miniftres dans les Cours
Etrangères
La réponse que la Cour de Ruffie a donnée au
Comte de Mercy , & qu'elle donnera à toutes les
Puiffances qui voudront s'intéreffer pour le Prince
Charles de Saxe , contient la Déclaration fuivante :
L'Impératrice n'ayant pu découvrir aucune
raifon valable pour dépouiller le Duc Erneft-
Jean & fes héritiers des Duchés de Courlande &
de Semigalle , ne pouvoit fans bleffer les droits
de l'équité , s'empêcher de le reconnoître pour
Duc légitime , & de defirer qu'il fût rétabli dans
la poffeffion entière de ces Duchés , d'autant que
ce foit le voeu unanime de prèfque toute la No.
bleffe de Courlande , & que , conformément aux
Pacta fubjectionis , le Duc Erneft-Jean profelle
la Religion Luthérienne & non la Romaine .
D'ailleurs , Sa Majesté Impériale eſt bien éloignée
de vouloir déroger aux droits de les voisins ,
& par conféquent de vouloir agir en aucune manière
contre les droits & privilèges de la Courlande
, Provinces voisines & limitrophes de fon
Empire.
PLUSIEURS LUSIEURS Puiffances ont fait à cette Cour des
repréſentations en faveur du Prince Charles de
Saxe au fujet de la Courlande ; mais elles ont été
fans fuccès , & Sa Majefté Impériale a fait expédier
par fon Ministère le referit fuivant , qui a été
envoyé à plufieurs de fes Miniftres dans les Cours
Etrangères
La réponse que la Cour de Ruffie a donnée au
Comte de Mercy , & qu'elle donnera à toutes les
Puiffances qui voudront s'intéreffer pour le Prince
Charles de Saxe , contient la Déclaration fuivante :
L'Impératrice n'ayant pu découvrir aucune
raifon valable pour dépouiller le Duc Erneft-
Jean & fes héritiers des Duchés de Courlande &
de Semigalle , ne pouvoit fans bleffer les droits
de l'équité , s'empêcher de le reconnoître pour
Duc légitime , & de defirer qu'il fût rétabli dans
la poffeffion entière de ces Duchés , d'autant que
ce foit le voeu unanime de prèfque toute la No.
bleffe de Courlande , & que , conformément aux
Pacta fubjectionis , le Duc Erneft-Jean profelle
la Religion Luthérienne & non la Romaine .
D'ailleurs , Sa Majesté Impériale eſt bien éloignée
de vouloir déroger aux droits de les voisins ,
& par conféquent de vouloir agir en aucune manière
contre les droits & privilèges de la Courlande
, Provinces voisines & limitrophes de fon
Empire.
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Résumé : De Moscou, le 12 Janvier 1763.
Le 12 janvier 1763, plusieurs puissances ont demandé à la Cour impériale de soutenir le Prince Charles de Saxe pour la Courlande, mais sans succès. L'Impératrice a répondu par l'intermédiaire de son ministère aux divers ministres des cours étrangères. Cette réponse, adressée au Comte de Mercy et destinée à toutes les puissances intéressées, affirme que l'Impératrice n'a trouvé aucune raison valable pour priver le Duc Ernest-Jean et ses héritiers des Duchés de Courlande et de Semigalle. Elle reconnaît donc le Duc Ernest-Jean comme Duc légitime et souhaite son rétablissement dans la possession entière de ces duchés. Cette décision est soutenue par le vœu unanime de presque toute la noblesse de Courlande et par le fait que le Duc Ernest-Jean professe la Religion Luthérienne, conformément aux Pacta subjectionis. L'Impératrice affirme également respecter les droits des voisins et des provinces limitrophes de son Empire.
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326
p. 149
VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
Début :
Du trépas Ministre perfide, [...]
Mots clefs :
Prince, Respect, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
VERS à S. A. S. Mgr le Prince
LOUIS DE ROHAN , Coadjuteur
de Strasbourg, fur fa convalefcence .
Du trépas Miniftre perfide ,
Un fouffe empoisonné , par fon progrès rapide ,
Alloit vous enlever au printemps de vos jours ;
Mais , du mortel venin pour arrêter le cours,
Votre Compagne & votre Guide ,
Minerve oppoſe ſon Egide,
Et des Cieux la Santé vient à votre ſecours,
Ah! puiffe auprès de vous fe fixer l'immortelle !
PRINCE , fi l'amitié , le reſpect & le zélé
Pouvoient la fuppléer , vous vivriez toujours.
Par M. l'Abbé DANGERVILLE.
LOUIS DE ROHAN , Coadjuteur
de Strasbourg, fur fa convalefcence .
Du trépas Miniftre perfide ,
Un fouffe empoisonné , par fon progrès rapide ,
Alloit vous enlever au printemps de vos jours ;
Mais , du mortel venin pour arrêter le cours,
Votre Compagne & votre Guide ,
Minerve oppoſe ſon Egide,
Et des Cieux la Santé vient à votre ſecours,
Ah! puiffe auprès de vous fe fixer l'immortelle !
PRINCE , fi l'amitié , le reſpect & le zélé
Pouvoient la fuppléer , vous vivriez toujours.
Par M. l'Abbé DANGERVILLE.
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Résumé : VERS à S. A. S. Mgr le Prince LOUIS DE ROHAN, Coadjuteur de Strasbourg, sur sa convalescence.
Louis de Rohan adresse un poème à un prince convalescent après une tentative d'empoisonnement. Minerve et la santé venue des cieux ont protégé et guéri le prince. Le poète souhaite une santé immortelle pour le prince et affirme que l'amitié, le respect et le zèle pourraient assurer son éternité. Le poème est signé par l'Abbé Dangerville.
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327
p. 181-182
De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Début :
Le Duc Charles est encore dans son Palais : cependant on a loué dans la même rue cinq [...]
Mots clefs :
Duc, Résident, Duc de Courlande, Chancelier, Majesté impériale, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Le Duc Charles eft encore dans fon Palais :
cependant on a loué dans la même rue cinq
maifons , qui doivent être occupées par le Duc de
Biren & fa famille ; ce qui fait penfer que les
Ruffes n'ont encore aucun ordre d'ufer de violence
envers le fils de Sa Majesté Polonoiſe ."
Le Réſident de Ruffie a envoyé des foldats chez
l'Imprimeur de cette Ville , & l'a forcé de
182 MERCURE DE FRANCE.
changer les feuilles déja imprimées d'un Alna.
nach pour la prefente année , dans lequel le
Prince Charles étoit nommé comme Duc de
Courlande : on a fait fubftituer à fon nom & à
Les titres le Duc de Biren.
Le Chancelier de Courlande ayant reçu ordre
de l'Impératrice de Rulie , par un refcrit que lui
communiqua le Réfident de cette Princelle , de
faire entendre au Prince Charles , que Sa Majefté
Impériale ayant pris la ferme réſolution de protéger
efficacement le Duc de Biren & de le réta
blir dans les Duchés de Courlandé & de Sémi
galle , le Prince n'avoit point de meilleur parti à
prendre ,que de le retirer de ces Duchés . Le Chancelier
s'étant acquitté de cette fâcheuse commiffion
, le Duc Charles l'a chargé de demander une
copie du refcrit au fieur Simolin , qui l'a refusée.
Le Prince a fait réponſe que , malgré la confidération
& le refpect qu'il devoit à l'Impératrice de
Ruffie , il n'avoit d'ordre à recevoir que du Roi
fon père , & qu'il les attendroit pour prendre fon
parci.
Le Duc Charles eft encore dans fon Palais :
cependant on a loué dans la même rue cinq
maifons , qui doivent être occupées par le Duc de
Biren & fa famille ; ce qui fait penfer que les
Ruffes n'ont encore aucun ordre d'ufer de violence
envers le fils de Sa Majesté Polonoiſe ."
Le Réſident de Ruffie a envoyé des foldats chez
l'Imprimeur de cette Ville , & l'a forcé de
182 MERCURE DE FRANCE.
changer les feuilles déja imprimées d'un Alna.
nach pour la prefente année , dans lequel le
Prince Charles étoit nommé comme Duc de
Courlande : on a fait fubftituer à fon nom & à
Les titres le Duc de Biren.
Le Chancelier de Courlande ayant reçu ordre
de l'Impératrice de Rulie , par un refcrit que lui
communiqua le Réfident de cette Princelle , de
faire entendre au Prince Charles , que Sa Majefté
Impériale ayant pris la ferme réſolution de protéger
efficacement le Duc de Biren & de le réta
blir dans les Duchés de Courlandé & de Sémi
galle , le Prince n'avoit point de meilleur parti à
prendre ,que de le retirer de ces Duchés . Le Chancelier
s'étant acquitté de cette fâcheuse commiffion
, le Duc Charles l'a chargé de demander une
copie du refcrit au fieur Simolin , qui l'a refusée.
Le Prince a fait réponſe que , malgré la confidération
& le refpect qu'il devoit à l'Impératrice de
Ruffie , il n'avoit d'ordre à recevoir que du Roi
fon père , & qu'il les attendroit pour prendre fon
parci.
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Résumé : De MITTAU, le 17 Janvier 1763.
Le 17 janvier 1763, à Mittau, le Duc Charles réside dans son palais. Cependant, cinq maisons dans la même rue ont été louées pour le Duc de Biren et sa famille, indiquant que les Russes n'ont pas encore reçu l'ordre d'utiliser la violence contre le fils du roi de Pologne. Le résident russe a envoyé des soldats chez l'imprimeur de la ville pour modifier les feuilles déjà imprimées d'un almanach, remplaçant le nom et les titres du Prince Charles par ceux du Duc de Biren. Le chancelier de Courlande a reçu l'ordre de l'impératrice de Russie de faire savoir au Prince Charles que l'impératrice avait décidé de protéger et de rétablir le Duc de Biren dans les duchés de Courlande et de Sémigalle. Le Prince Charles a répondu qu'il n'avait d'ordre à recevoir que du roi son père et qu'il attendrait ses instructions pour agir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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328
p. 183
DE RATISBONNE, le 24 Janvier 1763.
Début :
Les Ministres de Bamberg, Wurtzbourg & Eule, viennent d'accéder aux suffrages de ceux qui [...]
Mots clefs :
Ministres, Suffrages, Prince, Neutralité, Margrave, Tranquillité, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 24 Janvier 1763.
DE RATISBONNE , le 24 Janvier 1763..
Les Miniftres de Bamberg , Wurtzbourg &
Eudle , viennent d'accéder aux fuffrages de ceux
qui dans le Collége des Princes , ont voté pour
le parti de la neutralité. Celui de Brandebourg-
Culmbach a auſſi déclaré que le Margrave , fon
Maître , étoit prêt de concourir aux mefures propres
à rétablir la tranquillité de l'Empire.
Les Miniftres de Bamberg , Wurtzbourg &
Eudle , viennent d'accéder aux fuffrages de ceux
qui dans le Collége des Princes , ont voté pour
le parti de la neutralité. Celui de Brandebourg-
Culmbach a auſſi déclaré que le Margrave , fon
Maître , étoit prêt de concourir aux mefures propres
à rétablir la tranquillité de l'Empire.
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329
p. 201-204
MORTS.
Début :
Un Exprès dépêché de Liége, a apporté la nouvelle de la mort [...]
Mots clefs :
Cardinal, Mort, Maladie, Prince, Fils, Maximilien-Emmanuel de Bavière, Comte, Vicaire, Avocat au parlement, Veuve, Funérailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
ce
Un Exprès dépêché de Liége , a apporté la
nouvelle de la mort du Cardinal de Baviere. Il
s'étoit trouvé légérement incommodé le 20 Janvier
, & l'on avoit pris fon indifpofition pour une
fluxion dans la tête. Les fymptômes ont changé
depuis , la maladie eft devenue plus grave , &
malgré tous les fecours de la Médecine ,
Prince eſt mort le 27 à dix heures du matin. Il
fé nommoit Jean -Théodore , il étoit né Duc de
Baviere , Cardinal Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
, Evêque Prince de Liége , de Ratisbonne &
de Freyfingue , & par l'Evêché de Liége , Duc
en partie de Bouillon , Marquis de Franchimont ,
Comte de Lors & de Hornes , Baron d'Herstal
, & c. Né à Munich le 3 Septembre 1703. Il
avoit été élu Evêque de Ratisbonne ſur la démilfión
de Jofeph-Clément de Baviere , fon oncle ,
le 29 Juillet 1719 , & Coadjuteur du même Prince
à l'Evêché de Freyfingue le 4 Novembre
1723 , dont il devint Titulaire le 23 Février
1727 ; il fut ordonné Prêtre le 8 Avril 1736 ,
facré le premier Octobre fuivant ; créé Cardinal
Le 9 Septembre 1743 ( déclaré feulement le 17
Janvier 1746. ) Et élu Evêque Prince de Liége
le 23 Janvier 1744 .
Ce Prince étoit fils de Maximilien Emmanuel ,
Electeur de Baviere , mort le 26 Février 17 26
& de Thérefe Cunegonde , fille de Jean MI Sobiesky
, Roi de Pologne , morte le ro Mars
1730. Il avoit pour frères ainés , 1 °. Charles - Al
202 MERCURE DE FRANCE.
bert , Electeur de Baviere , élu Empereur le 24
Janvier 1744 ↑ & mort le 20 Janvier 1745 , père
de l'Electeur de Baviere régnant , 20. Ferdinand-
Marie Duc de Baviere à Munick , mort le 9 Décembre
1738 , laiffant Clément - François de
Paule , Duc de Baviere à Munick ; 3 ° . Clément-
Augufte , Archevêque de Cologne , Electeur de
1 Empire , & c , mort le 6 Février 1761. Il étoit
oncle , à la mode de Bretagne , du Roi , étant
neveu de Marie-Anne Chriſtine Victoire de Baviere
, épouſe de Louis de France ; Dauphin de
Viennois & Ayeul de Sa Majesté.
Le Comte d'Aunay , Lieutenant Général des
Armées du Roi , eft mort dans une de fes Terres
en Nivernois.
N. Boivin de Vaurony , Abbé Commendataire
des Abbayes Royales de Preuilly , Ordre
de Citeaux , Diocéle de Sens ; & de Saramont ,
Ordre de S. Benoît , Diocéfe d'Auſch , mourut
en cette Ville le 22 Janvier , âgé de quatrevingt-
dix ans.
Jean-Baptifte de Bernart d'Averne , Grand-
Vicaire de Lifieux , Abbé Commendataire de
l'Abbaye de Lorroux ,Ordre de Citeaux , Diocéfe
d'Angers , eft mort en cette Ville le 26
du même mois dans la foixante-dixiéme année
de fon age.
Louis Racine , Ecuyer , Avocat en Parlement
& Penfionnaire Vétéran de l'Académie des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft mort en cette
Ville , le 29 du même mois dans la foixanteonziéme
année de fon âge . Fils du grand Racine
, il a foutenu l'honneur de ce beau nom
par des Ouvrages eftimables , furtout par le
Poëme de la Religion . Il laiffe deux filles ; il avoi
eu un fils qui donnoit de grandes -efpérances
AVRIL. 1763. 203
& qui fut malheureufement fub mergé par les
flots de la mer fur une jettée du Port de Cadix
le jour même du tremblement de terre de Lisbonne,
Magdelaine-Leonor Gigault de Bellefont , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Montivilliers , Ordre
de S. Benoît , Diocéfe de Rouen , eft morte
en cette Abbaye , âgée de cinquante- fept ans,
Marie-Thérefe de Damas - Crux , épouse de Louis-
Theodofe Andrault , Comte de Langeron , Mar
quis de la Côte , Baron de la Ferté - Langeron ,
de Sacy , &c. Lieutenant Général des Armé es
du Roi , Lieutenant pour Sa Majefté des quatre
Evêchés de la Bafle - Bretagne , Commandant
en chef dans la Province de Guyenne , & Gouverneur
de Breſt & des Ifles d'Ouëlfant , eft
morre à Paris , les Février , âgée de vingt - trois
ans .
Catherine- Elifabeth de Roncourt , veuve de
Nicolas- François de Hennequin , Conte de
Curel , de Geneloncourt , & Desfrenelles , Ba
ron du S, Empire , Chambellan du feu Duc de
Lorraine Leopold , & Grand- Louvetier de Lorraine
, eft morte à Luneville dans le mois de
Janvier, âgée d'environ cinquante ans .
Marie- Francais- Augufte de Matignon , Comte
de Gacé , ci-devant Meftre de Camp du Régiment
du Roi , Cavalerie , Brigadier , des , Ar
mées du Roi , eft mort le 8 Février , dans la trene
te-deuxième année de fon âge.
Catherine-Charlotte-Amélie de Choifeul ,Veuve
de Louis- Henri de Maillart , Baron d'Hanneffe
Dame de l'Ordre de l'Impératrice - Reine , eft
morte en fon Château d'Y,che en Lorraine , le 20
Janvier ; elle ne laiffe de ce mariage qu'une fille
unique mariée au Marquis d'Harcourt.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
Marie- Marguerite Martin , veuve de Florent
Jean de Valliere , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Grand'Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis , ancien Directeur- Général
de l'Artillerie de France , Gouverneur de Bergues
,& Membre de l'Académie Royale des Sciences
, eft morte en cette Ville le ro Février , âgée
de foixante- douze ans.
Claude Fontaine , Régent à Dardagny proche
Genève , eft mort le 2 Janvier , dans la cent troi-
Liême année de fon âge.
Jean Conftant , né à Limoux en Languedoc le
4 Juin 1749 , ancien Lieutenant du Régiment
de la Vieille Marine , eft mort en cette Ville le
16 Janvier. Il avoit reçu fept bleffures pendant
vingt-cinq ans de fervice , & s'étoit retiré en
1688. Il étoit , diſoit- il , à côté du feur de Saint
Hilaire , lorfque cet Officier eut le bras emporté
au moment que le grand Turenne fut tué d'un
bouler de canon. Il étoit logé au Temple , où la
Cérémonie de fes funérailles s'eft faite avec l'appareil
militaire , par les ordres & aux frais du
Prince de Conti.
Le Service annuel , fondé par le Roi en l'Abbaye
Royale de Saint Denis en France , pour feue
Madame Henriette , fut célébré le 11 Février
avec les Cérémonies ordinaires . L'Evêque de
Meaux , premier Aumônier de cette Princefle ,
y affifta , ainfi que la Ducheffe de Beauvilliers ,
Dame d'Honneur , le Baron de Montmorenci ,
Chevalier d'Honneur , & les autres Dames &
Officiers de la maifon de feue Madame.
ce
Un Exprès dépêché de Liége , a apporté la
nouvelle de la mort du Cardinal de Baviere. Il
s'étoit trouvé légérement incommodé le 20 Janvier
, & l'on avoit pris fon indifpofition pour une
fluxion dans la tête. Les fymptômes ont changé
depuis , la maladie eft devenue plus grave , &
malgré tous les fecours de la Médecine ,
Prince eſt mort le 27 à dix heures du matin. Il
fé nommoit Jean -Théodore , il étoit né Duc de
Baviere , Cardinal Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine
, Evêque Prince de Liége , de Ratisbonne &
de Freyfingue , & par l'Evêché de Liége , Duc
en partie de Bouillon , Marquis de Franchimont ,
Comte de Lors & de Hornes , Baron d'Herstal
, & c. Né à Munich le 3 Septembre 1703. Il
avoit été élu Evêque de Ratisbonne ſur la démilfión
de Jofeph-Clément de Baviere , fon oncle ,
le 29 Juillet 1719 , & Coadjuteur du même Prince
à l'Evêché de Freyfingue le 4 Novembre
1723 , dont il devint Titulaire le 23 Février
1727 ; il fut ordonné Prêtre le 8 Avril 1736 ,
facré le premier Octobre fuivant ; créé Cardinal
Le 9 Septembre 1743 ( déclaré feulement le 17
Janvier 1746. ) Et élu Evêque Prince de Liége
le 23 Janvier 1744 .
Ce Prince étoit fils de Maximilien Emmanuel ,
Electeur de Baviere , mort le 26 Février 17 26
& de Thérefe Cunegonde , fille de Jean MI Sobiesky
, Roi de Pologne , morte le ro Mars
1730. Il avoit pour frères ainés , 1 °. Charles - Al
202 MERCURE DE FRANCE.
bert , Electeur de Baviere , élu Empereur le 24
Janvier 1744 ↑ & mort le 20 Janvier 1745 , père
de l'Electeur de Baviere régnant , 20. Ferdinand-
Marie Duc de Baviere à Munick , mort le 9 Décembre
1738 , laiffant Clément - François de
Paule , Duc de Baviere à Munick ; 3 ° . Clément-
Augufte , Archevêque de Cologne , Electeur de
1 Empire , & c , mort le 6 Février 1761. Il étoit
oncle , à la mode de Bretagne , du Roi , étant
neveu de Marie-Anne Chriſtine Victoire de Baviere
, épouſe de Louis de France ; Dauphin de
Viennois & Ayeul de Sa Majesté.
Le Comte d'Aunay , Lieutenant Général des
Armées du Roi , eft mort dans une de fes Terres
en Nivernois.
N. Boivin de Vaurony , Abbé Commendataire
des Abbayes Royales de Preuilly , Ordre
de Citeaux , Diocéle de Sens ; & de Saramont ,
Ordre de S. Benoît , Diocéfe d'Auſch , mourut
en cette Ville le 22 Janvier , âgé de quatrevingt-
dix ans.
Jean-Baptifte de Bernart d'Averne , Grand-
Vicaire de Lifieux , Abbé Commendataire de
l'Abbaye de Lorroux ,Ordre de Citeaux , Diocéfe
d'Angers , eft mort en cette Ville le 26
du même mois dans la foixante-dixiéme année
de fon age.
Louis Racine , Ecuyer , Avocat en Parlement
& Penfionnaire Vétéran de l'Académie des
Infcriptions & Belles-Lettres , eft mort en cette
Ville , le 29 du même mois dans la foixanteonziéme
année de fon âge . Fils du grand Racine
, il a foutenu l'honneur de ce beau nom
par des Ouvrages eftimables , furtout par le
Poëme de la Religion . Il laiffe deux filles ; il avoi
eu un fils qui donnoit de grandes -efpérances
AVRIL. 1763. 203
& qui fut malheureufement fub mergé par les
flots de la mer fur une jettée du Port de Cadix
le jour même du tremblement de terre de Lisbonne,
Magdelaine-Leonor Gigault de Bellefont , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Montivilliers , Ordre
de S. Benoît , Diocéfe de Rouen , eft morte
en cette Abbaye , âgée de cinquante- fept ans,
Marie-Thérefe de Damas - Crux , épouse de Louis-
Theodofe Andrault , Comte de Langeron , Mar
quis de la Côte , Baron de la Ferté - Langeron ,
de Sacy , &c. Lieutenant Général des Armé es
du Roi , Lieutenant pour Sa Majefté des quatre
Evêchés de la Bafle - Bretagne , Commandant
en chef dans la Province de Guyenne , & Gouverneur
de Breſt & des Ifles d'Ouëlfant , eft
morre à Paris , les Février , âgée de vingt - trois
ans .
Catherine- Elifabeth de Roncourt , veuve de
Nicolas- François de Hennequin , Conte de
Curel , de Geneloncourt , & Desfrenelles , Ba
ron du S, Empire , Chambellan du feu Duc de
Lorraine Leopold , & Grand- Louvetier de Lorraine
, eft morte à Luneville dans le mois de
Janvier, âgée d'environ cinquante ans .
Marie- Francais- Augufte de Matignon , Comte
de Gacé , ci-devant Meftre de Camp du Régiment
du Roi , Cavalerie , Brigadier , des , Ar
mées du Roi , eft mort le 8 Février , dans la trene
te-deuxième année de fon âge.
Catherine-Charlotte-Amélie de Choifeul ,Veuve
de Louis- Henri de Maillart , Baron d'Hanneffe
Dame de l'Ordre de l'Impératrice - Reine , eft
morte en fon Château d'Y,che en Lorraine , le 20
Janvier ; elle ne laiffe de ce mariage qu'une fille
unique mariée au Marquis d'Harcourt.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
Marie- Marguerite Martin , veuve de Florent
Jean de Valliere , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Grand'Croix de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis , ancien Directeur- Général
de l'Artillerie de France , Gouverneur de Bergues
,& Membre de l'Académie Royale des Sciences
, eft morte en cette Ville le ro Février , âgée
de foixante- douze ans.
Claude Fontaine , Régent à Dardagny proche
Genève , eft mort le 2 Janvier , dans la cent troi-
Liême année de fon âge.
Jean Conftant , né à Limoux en Languedoc le
4 Juin 1749 , ancien Lieutenant du Régiment
de la Vieille Marine , eft mort en cette Ville le
16 Janvier. Il avoit reçu fept bleffures pendant
vingt-cinq ans de fervice , & s'étoit retiré en
1688. Il étoit , diſoit- il , à côté du feur de Saint
Hilaire , lorfque cet Officier eut le bras emporté
au moment que le grand Turenne fut tué d'un
bouler de canon. Il étoit logé au Temple , où la
Cérémonie de fes funérailles s'eft faite avec l'appareil
militaire , par les ordres & aux frais du
Prince de Conti.
Le Service annuel , fondé par le Roi en l'Abbaye
Royale de Saint Denis en France , pour feue
Madame Henriette , fut célébré le 11 Février
avec les Cérémonies ordinaires . L'Evêque de
Meaux , premier Aumônier de cette Princefle ,
y affifta , ainfi que la Ducheffe de Beauvilliers ,
Dame d'Honneur , le Baron de Montmorenci ,
Chevalier d'Honneur , & les autres Dames &
Officiers de la maifon de feue Madame.
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Résumé : MORTS.
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Le Cardinal de Bavière, Jean-Théodore, est décédé le 27 janvier à dix heures du matin. Né à Munich le 3 septembre 1703, il était Duc de Bavière, Cardinal Prêtre de la Sainte Église Romaine, et Évêque Prince de Liège, Ratisbonne et Freyfingue. Il avait été élu Évêque de Ratisbonne en 1719 et Coadjuteur de l'Évêché de Freyfingue en 1723, devenant Titulaire en 1727. Ordonné Prêtre en 1736, il fut créé Cardinal en 1743 et élu Évêque Prince de Liège en 1744. Il était le fils de Maximilien Emmanuel, Electeur de Bavière, et de Thérèse Cunégonde, fille de Jean III Sobieski, Roi de Pologne. Il avait plusieurs frères, dont Charles-Albert, Electeur de Bavière et Empereur, et Clément-Auguste, Archevêque de Cologne. D'autres décès notables incluent le Comte d'Aunay, Lieutenant Général des Armées du Roi, mort dans une de ses terres en Nivernois. N. Boivin de Vaurony, Abbé Commendataire des Abbayes Royales de Preuilly et de Saramont, est décédé à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Jean-Baptiste de Bernart d'Averne, Grand-Vicaire de Lifieux et Abbé Commendataire de l'Abbaye de Lorroux, est mort à l'âge de soixante-dix ans. Louis Racine, Ecuyer et Avocat en Parlement, fils du célèbre Racine, est décédé à l'âge de soixante-onze ans. Plusieurs autres personnalités, dont des abbesses, comtesses et militaires, sont également mentionnées comme étant décédées au cours des mois de janvier et février.
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330
p. 209-212
COPIE d'un Mémoire justificatif en faveur du Duc de Biren, & envoyé de Mittau le 16 Janvier 1763.
Début :
La Diete de Grodno de 1726, en déclaran nulle l'Election prématurée du Comte [...]
Mots clefs :
Diète, Élection, Comte de Saxe, Famille, Disposition, Noblesse, Pacification, Prince, Régent, Gouvernement, Senatus Consilium
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE d'un Mémoire justificatif en faveur du Duc de Biren, & envoyé de Mittau le 16 Janvier 1763.
COPIE d'un Mémoire juftificatif en faveur dù
Duc de Biren , & envoyé de Mittau le 16 Janvier
1763.
➡ La Diete de Grodno de 1726 , en déclaran *
» nulle l'Election prématurée du Comte de Saxe ,
» ordonna qu'après l'extinction de la famille de
Kettler les Duchés de Courlande & de Semigalle
feroient incorporés à la Pologne & par-
» tagés èn Palatinats.
"
ל כ
DA
Cette difpofition n'ayant convenu ni aux
voifins ni à la Nobleffe de Courlande , on
trouva moyen de l'annuller par la Diete de
210 MERCURE DE FRANCE.
33
pacification de l'an 1736 ; celle- ci ftatua qu'a
près le décès du dernier mâle de la famille
→ Ducale de Kettler , le Roi donneroit l'inveſti-
» ture des deux Duchés à un autre & à fes def-
» cendans mâles.
os en 1737 ,
Ferdinand , le dernier de Kettler , étant mort
la Nobleffe de Courlande choisit
» pour Duc , à la recommandation de l'Impé-
» ratrice Anne , le Comte Jean- Erneft de Biren ;
» le Roi , en vertu de la fufdite conftitution de
» 1736 , donna effectivement en 1739 l'inveſti-
» ture au nouveau Duc , tant pour lui que pour
» fes defcendans mâles , avec toutes les folem
nités requifes.
» L'année ſuivante , 1740 , ce Prince qui avoit
eté Régent en Ruffie , fur , en cette qualité ,
» arrêté & éxilé avec fa famille ; & l'on mit un fequeftre
fur les revenus de la Courlande , afin
» de recouvrer les fommes qu'il y avoit fait
"paffer de Ruffie.
» Les chofes reſterent en cet état , même après
le changement qui fe fir dans le Gouvernement
» de Ruffie en 1741 , par lavénement de l'Im
pératrice Elifabeth au Trône..
Le Roi & le Sénat de Pologne ayant fait
de fréquentes inftances pour faire rendre au
» Duc Jean-Erneft la liberté & la jouillance de
soles Duchés , l'Impératrice fit constamment en-
» tendre que des raisons d'Etat , dont Elle n'a
jamais jugé à propos d'énoncer le détail , ne
lelgi permettoient pas.
» Enfin , le Prince Charles de Pologne & de
» Saxe , étant venu en 1758 à Petersbourg pour
faire fa cour à l'Impératrice avant que de fe
» rendre à l'armée Ruffe , où il alloit fervir en
qualité de Volontaire , fçut intéreffer au fort de
အ
AVRIL. 1763 . 217
"
""
""
fa famille cette Princeffe , qui l'affura qu'Elle
feroit fort aife de le voir établi Duc de Courlande
. Afin de réaliſer cette promeffe , & d'en
accéléret l'effet , Sa Majefté Impériale chargea
fes Miniftres à Mittau & à Warfovie d'y déclarer
que des raifons d'Etat ne lui permettroient
jamais de remettre en liberté le Duc
,, Jean- Erneft & fes fils , mais qu'Elle verroit
avec plaifir le Prince Charles établi à ſa place ,
,, en cas que les loix le permiffent.
""
>
""
"
"3 En conféquence , le Roi de Pologne , flatté
,, de pouvoir procurer cet établiſſement à fon
fils , prit le parti d'affembler un Senatûs Con-
,,filium : d'y faire décider la vacance du Duché
de Courlande , de nommer le Prince Charles
» pour en remplir le Trône , & de lui confier
même l'inveftiture au commencement de l'an
>> 1759.
"2
""
"3
ود
Mais il eft à remarquer que la réſolution ·
du Senatûs Confilium ne fut point approuvée
» unanimement , & que dès-lors plufieurs des
>> Miniftres & Sénateurs les plus éclairés , tels
» que font les Princes Czartoriski , prouverent
que le Roi avec le Sénat n'avoit pas l'autorité
requife pour décider cette affaire , puifqu'elle
étoit uniquement du reffort de la Diéte ; que
» celle de 1736 n'avoit donné au Roi le pou-
» voir de nommer un Duc de Courlande que
» pour une feule fois , puifqu'elle avoit nommé-
» ment ftatué qu'après la mort du dernier
» Kettler , le Roi conféreroit le Duché à un autre
& à fes defcendans mâles exclufivement ,
ce qui avoit été légitimement éxécuté par l'inveftiture
folemnelle donnée au Duc Jean- Er
,, neft en 1739 ; & qu'ainfi ils protestoient con-
,, tre le réſultat du Sénat.
212 MERCURE DE FRANCE.
29
29
"" Cette difpofition du Roi & dù Sénat ren-
,, contra auffi dès les commencemens quelques
» oppofitions parmi les Nobles de Courlande ;
& le Prince Charles , en violant depuis , les
Pactes conclus avec les Etats par fon Plénipotentiaire
, ainfi que les loix & les priviléges
du Pays , n'a fait qu'accroître chaque
,, jour le nombre des oppofitions , de forte
,, que pluffeurs Diocèles entiers n'ont jamais
voulu le reconnoître & lui rendre hommage.
""
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Duc de Biren , & envoyé de Mittau le 16 Janvier
1763.
➡ La Diete de Grodno de 1726 , en déclaran *
» nulle l'Election prématurée du Comte de Saxe ,
» ordonna qu'après l'extinction de la famille de
Kettler les Duchés de Courlande & de Semigalle
feroient incorporés à la Pologne & par-
» tagés èn Palatinats.
"
ל כ
DA
Cette difpofition n'ayant convenu ni aux
voifins ni à la Nobleffe de Courlande , on
trouva moyen de l'annuller par la Diete de
210 MERCURE DE FRANCE.
33
pacification de l'an 1736 ; celle- ci ftatua qu'a
près le décès du dernier mâle de la famille
→ Ducale de Kettler , le Roi donneroit l'inveſti-
» ture des deux Duchés à un autre & à fes def-
» cendans mâles.
os en 1737 ,
Ferdinand , le dernier de Kettler , étant mort
la Nobleffe de Courlande choisit
» pour Duc , à la recommandation de l'Impé-
» ratrice Anne , le Comte Jean- Erneft de Biren ;
» le Roi , en vertu de la fufdite conftitution de
» 1736 , donna effectivement en 1739 l'inveſti-
» ture au nouveau Duc , tant pour lui que pour
» fes defcendans mâles , avec toutes les folem
nités requifes.
» L'année ſuivante , 1740 , ce Prince qui avoit
eté Régent en Ruffie , fur , en cette qualité ,
» arrêté & éxilé avec fa famille ; & l'on mit un fequeftre
fur les revenus de la Courlande , afin
» de recouvrer les fommes qu'il y avoit fait
"paffer de Ruffie.
» Les chofes reſterent en cet état , même après
le changement qui fe fir dans le Gouvernement
» de Ruffie en 1741 , par lavénement de l'Im
pératrice Elifabeth au Trône..
Le Roi & le Sénat de Pologne ayant fait
de fréquentes inftances pour faire rendre au
» Duc Jean-Erneft la liberté & la jouillance de
soles Duchés , l'Impératrice fit constamment en-
» tendre que des raisons d'Etat , dont Elle n'a
jamais jugé à propos d'énoncer le détail , ne
lelgi permettoient pas.
» Enfin , le Prince Charles de Pologne & de
» Saxe , étant venu en 1758 à Petersbourg pour
faire fa cour à l'Impératrice avant que de fe
» rendre à l'armée Ruffe , où il alloit fervir en
qualité de Volontaire , fçut intéreffer au fort de
အ
AVRIL. 1763 . 217
"
""
""
fa famille cette Princeffe , qui l'affura qu'Elle
feroit fort aife de le voir établi Duc de Courlande
. Afin de réaliſer cette promeffe , & d'en
accéléret l'effet , Sa Majefté Impériale chargea
fes Miniftres à Mittau & à Warfovie d'y déclarer
que des raifons d'Etat ne lui permettroient
jamais de remettre en liberté le Duc
,, Jean- Erneft & fes fils , mais qu'Elle verroit
avec plaifir le Prince Charles établi à ſa place ,
,, en cas que les loix le permiffent.
""
>
""
"
"3 En conféquence , le Roi de Pologne , flatté
,, de pouvoir procurer cet établiſſement à fon
fils , prit le parti d'affembler un Senatûs Con-
,,filium : d'y faire décider la vacance du Duché
de Courlande , de nommer le Prince Charles
» pour en remplir le Trône , & de lui confier
même l'inveftiture au commencement de l'an
>> 1759.
"2
""
"3
ود
Mais il eft à remarquer que la réſolution ·
du Senatûs Confilium ne fut point approuvée
» unanimement , & que dès-lors plufieurs des
>> Miniftres & Sénateurs les plus éclairés , tels
» que font les Princes Czartoriski , prouverent
que le Roi avec le Sénat n'avoit pas l'autorité
requife pour décider cette affaire , puifqu'elle
étoit uniquement du reffort de la Diéte ; que
» celle de 1736 n'avoit donné au Roi le pou-
» voir de nommer un Duc de Courlande que
» pour une feule fois , puifqu'elle avoit nommé-
» ment ftatué qu'après la mort du dernier
» Kettler , le Roi conféreroit le Duché à un autre
& à fes defcendans mâles exclufivement ,
ce qui avoit été légitimement éxécuté par l'inveftiture
folemnelle donnée au Duc Jean- Er
,, neft en 1739 ; & qu'ainfi ils protestoient con-
,, tre le réſultat du Sénat.
212 MERCURE DE FRANCE.
29
29
"" Cette difpofition du Roi & dù Sénat ren-
,, contra auffi dès les commencemens quelques
» oppofitions parmi les Nobles de Courlande ;
& le Prince Charles , en violant depuis , les
Pactes conclus avec les Etats par fon Plénipotentiaire
, ainfi que les loix & les priviléges
du Pays , n'a fait qu'accroître chaque
,, jour le nombre des oppofitions , de forte
,, que pluffeurs Diocèles entiers n'ont jamais
voulu le reconnoître & lui rendre hommage.
""
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : COPIE d'un Mémoire justificatif en faveur du Duc de Biren, & envoyé de Mittau le 16 Janvier 1763.
Le document est un mémoire justificatif en faveur du Duc de Biren, daté du 16 janvier 1763, concernant la succession des Duchés de Courlande et de Semigalle. La Diète de Grodno de 1726 avait déclaré nulle l'élection prématurée du Comte de Saxe et décidé que, après l'extinction de la famille Kettler, ces duchés seraient incorporés à la Pologne et partagés en palatinats. Cette décision fut annulée par la Diète de pacification de 1736, qui stipula que le roi donnerait l'investiture des duchés à un autre et à ses descendants mâles après le décès du dernier mâle de la famille Kettler. En 1737, à la mort de Ferdinand, le dernier Kettler, la noblesse de Courlande choisit le Comte Jean-Ernest de Biren comme duc, recommandé par l'impératrice Anne. Le roi donna l'investiture à Biren en 1739. Cependant, en 1740, Biren, alors régent en Russie, fut arrêté et exilé, et un séquestre fut mis sur les revenus de la Courlande. Malgré les demandes du roi et du Sénat de Pologne pour libérer Biren, l'impératrice refusa, invoquant des raisons d'État. En 1758, le prince Charles de Pologne et de Saxe reçut la promesse de l'impératrice Élisabeth d'être établi duc de Courlande. Le roi de Pologne assembla un Sénat consultatif pour déclarer la vacance du duché et nommer Charles, mais cette décision ne fut pas approuvée unanimement. Plusieurs ministres et sénateurs, dont les princes Czartoriski, contestèrent cette autorité, affirmant que seule la Diète pouvait décider de cette affaire. La nomination de Charles suscita des oppositions parmi la noblesse de Courlande, et plusieurs diocèses refusèrent de le reconnaître.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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331
p. 198-200
De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
Début :
Le 27 Janvier dernier, Antoine-Ulric, Duc Régent de Saxe-Meinungen, est mort [...]
Mots clefs :
Duc de Meinungen, Décès, Empereur Charles VI, Prince, Décret, Testament, Assemblée, Général, Infanterie, Cavalerie, Chevalier, Électeurs, Mariage, Princesse, Successeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
De NUREMBERG le Mars 1763.
Le 27 Janvier dernier , Antoine-Ulric , Duc
Régent de Saxe- Meinungen , eft mort à Francfort
, dans la foixante-dix- feptiéme année de fon
âge , étant né le 22 Octobre 1687. Il avoit été
marié deux fois , la première en 1713 avec Philippine
Elifabeth Cefarin Schurmann , morte au
mois d'Août 1744 , & la feconde le 26 Septembre
1750 avec Charlotte- Amélie de Helle - Philipfthat,
actuellement vivante . "
".
L'Empereur Charles VI avoit élevé en 1,727
la dignité de Princes , la première femme du Duc
de Meinungen & les enfans ; mais les Ducs de
Saxe de la branche Erneftine
, ayant conftamment
protefté contre cette élévation , obtinrent
en 1744 un Décret du Confeil Aulique de l'Empire
, portant que le Diplome de 1727 ne rendroit
pas lefdits enfans habiles à fuccéder au Duché
de Meinungen , & ce Décret a été confirmé
en 1747 par la Diete de l'Empire , à laquelle le
Duc de Saxe-Meinungen avoit eu recours.
Il s'élève aujourd'hui une nouvelle conteftation
à l'occafion de la mort ce Prince il avoit nommé
par fon teftament la Ducheffe , fa veuve , tutrice
MA I. 1763. Icg
de fes enfans & Régente du Pays. Les Ducs de
Saxe , de la branche Erneftine , qui prétendent ,
· en qualité d'Agnats , participer à cette adminif
eration en vertu des Pactes de Famille de leur
Maiſon , fe font oppofés à l'exécution du teſtament
du Duc de Meinungen , & ont nommé une
commiffion pour l'adminiftration du Pays. En
même-temps , ils y ont envoyé des Troupes pour
foutenir à main armée leur droit d'Agnation . La
Régence de Meinungen s'eft adreffée à l'Affemblée
du Cercle de Franconie pour demander ſon aſſiftance
, & celle- ci a écrit aux Ducs de Saxe pour
des engager à le défifter des voies de fait , & à
laifler le cours libre à la Justice .
>
Le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach
, Lieutenant-Feld- Maréchal de l'Empire ,
Lieutenant Général de Cavalerie du Roi de Pruffe ,
Général- Feld - Maréchal du Cercle de Franconie ,
Colonel de trois Régimens d'Infanterie & de Cavalerie
, Chevalier des Ordres de l'Eléphant
de l'Aigle blanc , de l'Aigle noire , & de l'Union
parfaite , & Grand Maître de l'Ordre de l'Aigle
rouge , eft mort le 26 Février à Bareith , où il
faifoit la réfidence ordinaire , dans la cinquantedeuxième
année de fon âge . Il étoit fils du Margrave
George Frédéric- Charles , & petit - fils de
Chrétien- Henri , dont l'Ayeul étoit Chrétien , auteur
de la branche de Culmbach , & le bifayeul
Jean - George , Electeur de Brandebourg , tige
commune de tous les Margraves de Brandebourg ,
actuellement vivans .
Le feu Margrave avoit épousé en 1731 , une
Princeffe de Pruffe , Fille du Roi Frédéric- Guillaume
, & Soeur aînée du Roi régnant , & en
1759 une Princeffe de Brunſwick , Fille du Duc
-Charles de Brunswick Wolfembutel . Comme il
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
e laiffe qu'une Princeffe née de foh premier
mariage , & mariée au Duc régnant de Wur
temberg , le Prince Frédéric- Chrétien , réfidam
à Wansbeck près de Hambourg , devient fon fuc
ceffeur.
Le 27 Janvier dernier , Antoine-Ulric , Duc
Régent de Saxe- Meinungen , eft mort à Francfort
, dans la foixante-dix- feptiéme année de fon
âge , étant né le 22 Octobre 1687. Il avoit été
marié deux fois , la première en 1713 avec Philippine
Elifabeth Cefarin Schurmann , morte au
mois d'Août 1744 , & la feconde le 26 Septembre
1750 avec Charlotte- Amélie de Helle - Philipfthat,
actuellement vivante . "
".
L'Empereur Charles VI avoit élevé en 1,727
la dignité de Princes , la première femme du Duc
de Meinungen & les enfans ; mais les Ducs de
Saxe de la branche Erneftine
, ayant conftamment
protefté contre cette élévation , obtinrent
en 1744 un Décret du Confeil Aulique de l'Empire
, portant que le Diplome de 1727 ne rendroit
pas lefdits enfans habiles à fuccéder au Duché
de Meinungen , & ce Décret a été confirmé
en 1747 par la Diete de l'Empire , à laquelle le
Duc de Saxe-Meinungen avoit eu recours.
Il s'élève aujourd'hui une nouvelle conteftation
à l'occafion de la mort ce Prince il avoit nommé
par fon teftament la Ducheffe , fa veuve , tutrice
MA I. 1763. Icg
de fes enfans & Régente du Pays. Les Ducs de
Saxe , de la branche Erneftine , qui prétendent ,
· en qualité d'Agnats , participer à cette adminif
eration en vertu des Pactes de Famille de leur
Maiſon , fe font oppofés à l'exécution du teſtament
du Duc de Meinungen , & ont nommé une
commiffion pour l'adminiftration du Pays. En
même-temps , ils y ont envoyé des Troupes pour
foutenir à main armée leur droit d'Agnation . La
Régence de Meinungen s'eft adreffée à l'Affemblée
du Cercle de Franconie pour demander ſon aſſiftance
, & celle- ci a écrit aux Ducs de Saxe pour
des engager à le défifter des voies de fait , & à
laifler le cours libre à la Justice .
>
Le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach
, Lieutenant-Feld- Maréchal de l'Empire ,
Lieutenant Général de Cavalerie du Roi de Pruffe ,
Général- Feld - Maréchal du Cercle de Franconie ,
Colonel de trois Régimens d'Infanterie & de Cavalerie
, Chevalier des Ordres de l'Eléphant
de l'Aigle blanc , de l'Aigle noire , & de l'Union
parfaite , & Grand Maître de l'Ordre de l'Aigle
rouge , eft mort le 26 Février à Bareith , où il
faifoit la réfidence ordinaire , dans la cinquantedeuxième
année de fon âge . Il étoit fils du Margrave
George Frédéric- Charles , & petit - fils de
Chrétien- Henri , dont l'Ayeul étoit Chrétien , auteur
de la branche de Culmbach , & le bifayeul
Jean - George , Electeur de Brandebourg , tige
commune de tous les Margraves de Brandebourg ,
actuellement vivans .
Le feu Margrave avoit épousé en 1731 , une
Princeffe de Pruffe , Fille du Roi Frédéric- Guillaume
, & Soeur aînée du Roi régnant , & en
1759 une Princeffe de Brunſwick , Fille du Duc
-Charles de Brunswick Wolfembutel . Comme il
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
e laiffe qu'une Princeffe née de foh premier
mariage , & mariée au Duc régnant de Wur
temberg , le Prince Frédéric- Chrétien , réfidam
à Wansbeck près de Hambourg , devient fon fuc
ceffeur.
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Résumé : De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
Le 27 janvier 1763, Antoine-Ulric, Duc Régent de Saxe-Meiningen, est décédé à Francfort à l'âge de 75 ans. Il avait été marié deux fois : en 1713 avec Philippine Élisabeth Charin Schurmann, décédée en 1744, et en 1750 avec Charlotte-Amélie de Hesse-Philippsthal. En 1727, l'Empereur Charles VI avait élevé la première épouse du Duc et leurs enfants au rang de Princes. Cependant, les Ducs de Saxe de la branche Ernestine avaient contesté cette élévation, obtenant en 1744 un décret du Conseil Aulique de l'Empire, confirmé en 1747 par la Diète de l'Empire, stipulant que les enfants n'étaient pas habilités à succéder au Duché de Saxe-Meiningen. À la mort du Duc, une nouvelle contestation a surgi concernant la tutelle de leurs enfants et la Régence du Pays. Les Ducs de Saxe de la branche Ernestine ont nommé une commission pour l'administration du Pays et envoyé des troupes. La Régence de Saxe-Meiningen a sollicité l'assistance de l'Assemblée du Cercle de Franconie. Par ailleurs, le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach est décédé le 26 février 1763 à Bareith à l'âge de 52 ans. Il laisse une fille issue de son premier mariage et son successeur est le Prince Frédéric-Chrétien.
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332
p. 3-12
VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
Début :
ENFIN voici l'instant (a) où triomphe tes vœux, [...]
Mots clefs :
Statue, Vœux, Instant, Monarque, Prince, Arts, Trône, Bonté, Genre humain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
VERS fur la Statue érigée à Sa Majesté.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
ENFIN voici l'inftant (a ) où triomphe tes voeux ,
FRANCE , enorgueillis- toi , dreffe ta tête altière ;
( a ) Il y a deux mois auffi que cet inftant eft
paffé , deux mois auffi que ce morceau de Poëfie
eft fait. L'impreffion en a été différée jufqu'à ce
jour par des raifons dont le détail feroit ici plus
qu'inutile. Au refte , fi ces vers font bons , le restard
n'eft rien. Des Sujets comme celui- ci , ont
toujours les graces de la nouveauté ; & l'éloge
d'un bon Roi n'eft jamais hors de faifon , furtout
pour des François.
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ton Monarque aujourd'hui s'éléve vers les Cieus
Et nos foudres d'airain l'annoncent à la Terre. (b)
Allez , volez , beaux Arts , portez- le dans les airs
On peut l'offrir , fans crainte , aux yeux de l'Uni
vers ;
Qu'il juge fi ce front mérite la couronne >
Et fi çe port dément la Majefté du Trône.
Monument adorable , image de mon Roi ,
Qui pourroit contempler tes beautés immortelles
Sans t'aimer , te bénir , fans fouhaiter des aîles
Pour prendre fon éffor & s'élancer vers toi ?
"De contrastes heureux quel divin affèmblage !
Grandeur d'âme , douceur , nobleffe , humanité ,
Tout le trouve exprimé dans ce fuperbe ouvrage
Enfin , il eft fidéie , & c'eft-là fa beauté. 1
PRINCE , fi , par hazard , on pouvoit s'y mé
prendre ;
A ta noble candeur que l'Artiſte à fçu rendre
A l'augufte bonté qui perce dans ces traits
C'eft Trajan ou Titus que je devinerais.
Ainfi méritois-tu d'être immortaliſée ;
Vertu pure & vraiment digne de l'Eliſée ! ( c )
Ah ! qu'on peut déſormais donner un fi beau nom
A ce vallon chéri qu'honore ta préfence !
( b ) Il faut fe rappeller qu'on tira le canon
quand on éleva la Statue.
"
(e) Allufion au lieu où l'on à placé le Roi .
On fait que ce lieu s'appelle les Champs Elifes
JUILLET. 1763.
}
•
Il ne manque plus rien à fa magnificence ,
Tu le viens habiter ; c'eft le facré vallon.
Bruïant enfans d'Eole , épargnez ces bocages ,
Allez porter ailleurs vos funeſtes ravages ;
f
Un Dieu régne en ces lieux , un Dieu vous en
bannit...
La Nature m'entend ; voilà qu'elle obéit. ( ¿)
Dociles à ma voix , les frimats difparoiffent ;
Encore un feul moment , toutes les fleurs renaiffent
;
Tout va reffufciter dans ce lieu plein dappas ,
J'y vois déja , j'y vois fourire la Nature ;
Et l'aimable Printems , qui s'avance à grands pas ,
Y prépare à mon Prince un Temple de verdure .
Si l'on en croit Homère , ainfi le mont Ida ( e )
Accueillit autrefois le Monarque du Monde :
Sa cime en treffaillit & devint plus féconde ;
Des plus vives couleurs la Terre fe para ;
Elle ouvrit fes tréfors , fes parfums s'exhalérent
Les arbres réjouis , à l'inftant s'animerent ;
Une force nouvelle , un efprit tout divin ,
(d) La Statue ayant été placé aux approches
da Printems , c'étoit une circonftance dont il étoit
naturel que la poefie fit fon profit , d'autant plus
que cette circonſtance cadre avec celle des
Champs Elifées .
(e ) La defcente de Jupiter & de Junon fur le
Mont Ida , eft un des plus beaux endroits de l'Iliade.
Il ne faut pas faire à Homère le tort d'en
juger par cette foible imitation ,
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
S'y gliffa tout à- coup , & réchauffa leur fein ,
Des troncs les plus flétris , les têtes rajeunirent ,
Dans les airs étonnés leurs rameaux s'étendirent ,
Et bientôt Jupiter fe vit un dais pompeux
Qui le cédoit à peine à la voute des cieux.
la Terre en recevant fon Maître.
*
Telle par ut
Ce jour le renouvelle , & tout prêt à fleurir
Ce fortuné vallon femble auffi reconnaître
L'hôte majestueux
qui le vient embéllir.
Venez y déformais , ô coeurs purs & fenfibles ,
( S'il en exifte encor dans nos jours corrompus ,
Fréquentez , chériffez ces retraites paisibles ;
Peut-on fe refufer à l'attrait des vertus ?
Pour moi , comme un oiſeau qui gémit dans le
cage ,
S'il peut fe dérober à la captivité ,
S'élance tout à coup vers le prochain bocages
Et va fur un ormeau chanter fa liberté ;
Sitôt que je pourrai m'échapper de la Ville ,
On m'y verra voler , vers cet aimable aſyle .
Quel lieu plus convenable au penchant de mon
€oeur ?
Quel lieu plus favorable à ma lyrique ardeur ?
L'image des vertus éleve , ennoblit l'âme ,
Et ravit notre efprit fur des aîles de flâme.
Je l'éprouve déja par de bouillans tranſports ;
Je fens naître l'accès du plus heureux délire…..
Mon ſang s'eſt enflammé... ce monument m'inſ
pire...
JUILLET. 1763. 9
CORNEILLE , élances- toi du rivage des morts ;
Prête moi ta vigueur , efprit mâle & ſublime ,
Qui portas jufqu'aux Cieux le grand nom des
BOURBONS ; (f)
Oui, paffe dans mon fein ; que ta verve m'anime
Et me donne aujourd'hui l'audace de fes bonds.
Peintre majestueux de la bonté d' Augufte , (g)
Où font tes grands crayons , tes célébres pinceaux
?
Reprens-les pour un Prince auffi doux aufi
jufte ,
Et retraçons encor d'auffi rares tableaux .
Les hommes , dans tes vers , n'ofoient fe reconnoître
,
Tu les peignois , dit -on , ainfi qu'ils devoient
être ;
'Ah ! peignons , s'il fe peut , celui - ci tel qu'il eft,
Nous n'aurons pas befoin de flater fon portrait.
Mais que fais- je , infenfé ! Ma voix percera -t elle
Les fombres profondeurs de la nuit éternelle ?
(f) Le grand Corneille a fait une infinité de
magniques vers à la louanges de Louis XIV , &
entr'autres un fublime morceau de poësie qui
commence ainfi :
Mánes des grands Bourbons , brillansfoudres de
guerre.
( g ) Dans Cinna,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce grand homme à mes voeux ne fera point
rendu ,
Il eft fur fes lauriers à jamais étendu.
Ce fuperbe géant ne peut brifer la chaîne ;
Terraffé , captivé dans fon cachot poudreur ;
Il n'élevera plus cette tête hautaine
Qui touchoit à l'Olympe & l'égaloitaux Dieux.
Ainfi , ne troublons point le terrible filence
Où repoſe à préſent ſa ſublime éloquence :
En vain nous voudrions rallumer ce flambeau ,
Ce feu , qu'ont étouffé les cendres du tombeau
Eh ! quel befoin d'ailleurs d'évoquer fon génie ?
L'harmonie avec lui s'eft - elle enfevelie ?
N'avons-nous pas encor fon rival , fon vain
queur ?
O toi qui du berceau ( h ) t'élançant dans l'arène ,
Terraffa à vingt ans ce vigoureux luteur ,
Dont la chûte étonnante éffraya l'Hippocrène 3
Toi , qui n'en triomphas que pour le protéger ,
Qui prends foin de la gloire , ainſi que de ſa races
Toi qui brilles , hélas ! fous un Ciel étranger ;
Honneur d'un fiécle ingrat , Monarque du Par
naſſe ,
Pour te nommer enfin , Chantre du grand Henri ;
(h) On fçait combien M de Voltaire a été prématuré.
A vingt ans il avoit fait fon @dipe for
fupérieur à celui de Corneille.
JUILLET. 1763. II
Viens , célébrons enſemble an Roi non moins
chéri.
Ami du genre humain , chantes-en les délices.
VOLTAIRE ! fe peut-il qu'aujourd'hui tu languiffest
Si tu nous es ravi par un deftin jaloux ,
Montre- nous que ton coeur eft du moins parmi
nous.
'Accourez-tous enfin , ô modernes Orphées ;
Secondez mes éfforts , accompagnez ma voix ;
Éclatons a l'envi pour le meilleur des Rois ;
Le Pinde à fa vertu doit auffi des trophées.
Quoi ! le premier des arts marche ici le dernier
Allons , réveillez-vous , concourez à fa gloire ;
Et qu'on le voye auffi fur ce fameux courfier (i )
Qui porte les Héros au Temple de Mémoire.
Venez auffi , venez célébrer, fes bienfaits ,
vous tous qui portez le beau nom de Français
Que chacun avec moi l'honore à ſa manière ,
Saluons notre Roi , beniffons notre père ;;
Aux tranſports de nos coeurs donnons un libre
cours ;
Que nos cris redoublés s'élevent dans la nue
Importunons le Ciel en faveur de fes jours,
Et qu'il puiffe durer autant que fa Statue !
Quand nos foibles voix les honorent ,
( *) Alluſion à la Statue qui eft équestre,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux prennent pitié de nos bégaiemens
Et leur attention ſe borne aux fentimens ,
Aux voeux de ceux qui les adorent.
Si mon léger tribut t'eſt jamais préſenté ,
Daignes donc , ô mon Roi , le voir avec bonté ,
Ne décourages point ma plume ;
Un Soleil tempéré fait profiter les fleurs ;
Un Soleil brûlant les confume ,
Er dévore àjamais leurs brillantes couleurs.
Par M. GERMAIN DE CRAIN.
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Résumé : VERS sur la Statue érigée à Sa Majesté.
En juillet 1763, deux textes distincts rendent hommage à des figures notables. Le premier texte est un poème célébrant un monarque, probablement Louis XV, à l'occasion de l'érection d'une statue royale aux Champs-Élysées. Cette statue symbolise la noblesse, la douceur et l'humanité du roi. Les festivités incluent un tir de canons. Le poète compare la réaction de la nature à l'arrivée du roi à celle décrite par Homère et exprime son désir de s'inspirer de la statue. Il invoque l'esprit de Pierre Corneille pour trouver l'inspiration, tout en reconnaissant que ce dernier ne peut plus célébrer le roi actuel. Le second texte est une ode de Germain de Craïn dédiée à Voltaire. L'auteur souligne que Voltaire, à seulement vingt ans, avait déjà surpassé Corneille avec son œuvre Œdipe. Il déplore la mort de Voltaire et encourage les poètes modernes à célébrer le roi, décrit comme un ami du genre humain. L'ode insiste sur la nécessité de rendre hommage au roi et de prier pour sa longévité, comparant les louanges à un soleil tempéré favorisant la croissance des fleurs. L'auteur espère que ses vers seront bien accueillis par le roi sans décourager sa plume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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333
p. 195-204
De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
Début :
Le Vendredi 27 du mois dernier, la Cour a pris un deuil de huit [...]
Mots clefs :
Cour, Deuil, Margrave, Chevaliers, Officiers, Audience, Prince, Comte, Duc, Roi, Chambre, Ministre plénipotentiaire de Naples, Famille royale, Nominations, Représentations, Ambassadeur, Serment, Cérémonie, Contrat de mariage, Marquis, Colonel, Abbaye, Diocèse, Ordre, Famille royale, Ouvrages, Nouvelles parutions, Ordonnances du roi, Promotion, Lieutenant-colonel, Régiments, Infanterie, Cavalerie, Dragons, Pensions, Fonctions, Gratification
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
De VERSAILLES , le 22 Juin 1763.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
Le Vendredi 27 du mois dernier , la Cour a pris
un deuil de huit jours , pour le Margrave Frédéric
de Brandebourg Culmback , mort à Bareith , le
26 Février dernier .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint- Efprit , s'étant affemblés , le 22
du mois dernier vers les onze heures du matin ,
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fortit de fon
Appartement, pour aller à la Chapelle : Elle étoit
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de la
Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthieyre ,
du Prince de Lamballe , & des Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre. Sa Majefté , de
vant qui les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Maffes , étoit en Manteau , le Collier
de l'Ordre pardeffus , ainfi que celui de la Toiſon
d'or. L'Evêque d'Orléans , Commandeur de
l'Ordre , officia ; & après la Melle chantée par la
Mufique du Roi, Sa Majefté fut reconduite à fon
appartement , en la maniere accoutumée.
Le 24 , le Comte de Cantillana , Ambaffa deur
Extraordinaire du Roi des Deux-Siciles , eut une
Audience particuliere du Roi , dans la quelle il
préfenta à Sa Majefté le Prince Sanfeverino , Miniftre
Plénipotentaire de Naples à la Cour de
Portugal. Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine & de la Famille Royale ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par le fieur Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Duc de Nivernois , de retour de fon Ambaffade
à la Cour de Londres , s'eft rendu ici le
29, & a été préſenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale , par le Duc de Praflin .
Le même jour , la Ducheffe de Bedfort a pris
congé du Roi , de la Reine & de la Famille Royale.
Le 30 , la Comteffe de Henneberg , après
avoir pris congé de la Cour , eft partie pour le
rendre à Luneville , & de là à Plombières.
Le 7 de ce mois , le Duc de Bedford , Ambaffadeur
Extraordinaire de la Cour de Londres , eur
une audience particulière du Roi , dans laquelle
il remit fes Lettres de Rappel & prit congé de Sa
Majefté.
Le fieurTiepolo , Ambaffadeur de la République
de Venife , en eut auffi une particulière , dans
laquelle il préfenta à Sa Majefté les fieurs Morofini
& Guerini , Ambaffadeurs de la même République
, revenans de la Cour de Londres. Le Duc de
Bedfort & le fieur de Tiepolo furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le fieur Dufort , Introducteur
des Amballadeurs.
Le même jour , le Comte Dubois de la Mothe
prêta ferment entre les mains de Sa Majesté en
qualité de Vice - Amiral ..
Les Députés des Etats d'Artois eurent le 9 audience
du Roi. Ils furent préfentés à Sa Majefté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de la Province
, & par le Duc de Choifeul , Miniftre & Secrétaire
d'État de la Guerre & de la Marine , ayant
le Département de cette Province ; & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
, & par le fieur Deſgranges , Maître
JUILLET. 1763. 197
des Cérémonies. La Députation étoit composée,
pour le Clergé , de l'Evêque de Saint Omer , qui
porta la parole ; du Marquis de Grény , pour la
Nobleffe ; du fieur Decanchy pour le Tiers - Erat.
Le même jour , la Comteffe de Sade fut préſentée
à Leurs Majeftés , ainfi qu'à la Famille Royale,
par Mademoiſelle de Sens ; la Comtelle de Vogué ,
par la Marquife de Sourches , & la Marquise de
Miran , par la Comtelle de Marfan.
Le fieur de la Caze , fils , qui vient d'obtenir la
furvivance de la place de la première Préfidence de
Pau , a fait , en cette qualité , fes remercîmens au
Roi.
Le 12, Leurs Majeftés & la Famille Royale
fignerent le contrat de mariage du Duc de la Trémoille
avec la Princelle Marie de Salm .
Celui du Marquis du Tillet , Colonel du Régiment
Royal , avec la Dile de Pellar de Bebbral ;
le 13 , celui du Marquis de Montmirel avec la
Dame de Lanmary ; & le^ 21 , celui du Comte
d'Avrimenil avec la Demoiſelle de Furgen.
Le 13 , l'Evêque de Condom prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , & l'Evêque de
Lefcar le 18.
Le Roi a donné le Prieuré de S. Thomas de la
Bloutière , Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de
Coutance , à l'Abbé d'Audiftret , ancien Vicaire-
Général & Official du Cardinal Ottoboni.
La Cour a pris le Deuil pour 8 jours à l'occaſion
de la mort de Marie- Victoire - Anne de Savoye ,
Princeffe de Carignan.
Le fieur Paffemant , Ingénieur du Roi , déja
connu par plufieurs ouvrages de Méchanique d'une
invention heureufe & d'un travail précieux , a eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté deux globes ,
Bun célefte d'un fond d'azur parfemé d'étoiles d'or,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
l'autre terreftre , & tous deux montés fur des ho
rizons & des confoles dorés ; avec un autre Ouvrage
de Méchanique éxécuté par les Diles Paffemant
fes filles , & repréfentant un Château élevé
fur une montagne couverte de divers objets , où
l'on remarque trente- deux figures mouvantes.
Le fieur de Saintfoix eut l'honneur de préfenter
, le 21 du nrois dernier , à Leurs Majeſtés , ainfi
qu'à la Famille Royale , une nouvelle Edition de
les Effais hiftoriques fur Paris.
. Le fieur Puget de Saint-Pierre a eu l'honneur
de préfenter , le 24 , à Monfeigneur le Duc de
Berry & à Monseigneur le Comte d'Artois l'Hif
toire des Drufes , Peuple du Liban , formé par une
Colonie de François , Ouvrage dont Monteigneur
le Duc de Berry a bien voulu accepter la Dédicace .
Le 29 , le fieur de Neuve- Eglife , ancien Officier
de Cavalerie , & le fieur Delagrange , Directeur
de l'Entreprife générale de l'Armée , Dépu
tés de la Société qui s'eft chargée de la compofi
tion du Corps complet de l' Agriculture , du Com-
& des Arts & Métiers de France , dédié au
Roi ; ont eu l'honneur de préfenter à Sa Majesté
& à Monfeigneur le Dauphin , le fecond Volume
de la partie de l'Agriculture & de celle du Corps
d'Obfervations de cette Société . Ces deux Volumes
font les derniers des fix qui doivent être donnés
au Public pour 1762 , fous le titre de l'Agronomie
& de l'Induftrie , & la Société ſe prépare à
faire faire la diftribution des neuf Volumes pour
1763.
merce ,
· Le même jour , le fils du feur Delpon , ancien
Capitaine de Dragons , âgé de cinq ans , & neveu
de l'un des Auteurs de l'Agronomie , a eu l'honneur
de préfenter à Monfeigneur le Comte d'Artois
les deux Volumes de cet Ouvrage , & ce
Prince a bien voulu lui permettre de faire , fous
JUILLET. 1763. 199
fon commandement les évolutions militaires.
L'Abbé de Burle de Réal de Curbon , a eu l'honneur
de présenter à Leurs Majeftés , à Monseigneur
le Dauphin & à Madame Adélaide , la troifiéme
partie de la Science du Gouvernement , contenant le
droit public, Quvrage dédié à Monſeigneur le
Dauphin.
Le fieur de Vilevaulo , Maître des Requêtes , &
le fieur de Brequigny , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles- Lettres , ont préſenté à Sa
Majefté le dixiéme Volume des Ordonnances des
Rois de France de la troifiéme Race , recueillies
par ordre , chronologique. Ce Volume contient
les Ordonnances de Charles VI. données depuis
le commencement de l'année 1411 ,juſqu'à la fin
de l'année 14 18%.
" Le 19, de ce mois , l'Abbé Coyer a eu l'honneur
de préfenter à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
& à Meldames , un Difcours qu'il a prononcé
le & Mai dernier pour fa réception à l'Académie
Royale des Sciences & Belles Lettres de Nancy.
>
Sa Majefté , par fupplément à la derniere!
Promotion vient de nommer au grade de
Maréchal de Camp , le feur Thomaflin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; le Mar
quis d'Efquelbecq , Sous-Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le fieur de la Roque , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie de Chartres ;
le fieur de Roquemore , Lieutenant- Colonel du
Régiment d'Infanterie de la Reine ; le Chevalier
de Montreuil , Lieutenant Colonel d'Infanterie ;
le fieur de Luberfac , Sous- Lieutenant des Chevaux-
Légers du Roi ; le Marquis de Tracy ,
Capitaine- Lieutenant des Gendarmes de Flandre :
le Marquis de Torcy , Capitaine- Lieutenant des
Chevaux - Légers de Monfeigneur le Dauphin :
I iv
200 MERCURE DE FRANCE :
le Marquis de Clermont-Tonnerre , Meftre- de
Camp- Commandant du Régiment du Meftrede-
Camp-Général de la Cavalerie : le fieur de
la Source , Major du Régiment de Cavalerie
d'Artois ; le Comte de Jaucourt , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans ; Ïe Marquis
de Foffeufe , Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Reine ; le Comte de Sommievre ;
Capitaine-Lieutenant des Chevaux-Légers de la
Reine ; le Comte de Puyfegur Colonel du
Régiment de Normandie ; le Marquis de Timbrune
, Colonel du Régiment de Vermandois ;
le Comte de la Tour-du Pin -Paulin , Colonel
lu Régiment de Piémont ; le Comte de Chabrillant
, Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le Marquis de Villeroy , Colonel du
Régiment de Lyonnois ; le Comte de Chabot ,
Meftre-de Camp du Régiment Royal- Etranger
le Marquis de Boufflers , ci- devant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Monfeigneur le Dau
phin ; le Comte de Conflans , Colonel d'un Régiment
de Dragons , Chaffeurs ; le Comte de
Durfort , Colonel du Régiment de Picardie ; le
Comte de Schonberg , Meftre- de-Camp d'un
Régiment de Dragons ; le Comte de Choifeulla-
Baume , Meftre- de-Camp d'un Régiment de
Dragons ; le fieur de Valliere , Colonel de la
Légion Royale ; le fieur Charpentier d'Ennery ,
Meftre- de- Camp de Dragons ; le Chevalier de
Sarasfield , Meftre - de- Camp réformé de Cava-.
lerie ; le feur de Grand- Maiſon , Colonel des>
Volontaires du Haynault.
Le Roi a difpofé des Régimens vacans de la
maniere fuivante.
INFANTERIE .
Picardie le Comte " de Lévis , Colonel de
JUILLET. 1763 . 201
Royal-Rouffillon . Piémont , le Comte de Grave ,
Colonel du Régiment de Provence . Normandie,
le Comte de Hautefeuille , Colonel de Rouergue.
Lyonnois , le Marquis de Bouzols , Colonel
de Bourgogne . Royal-Rouffillon , le fieur
de Villeneuve de Trans , Capitaine au Régiment
du Roi. Rouergue , le fieur de Bloffet ,
Capitaine au Régiment du Roi . Vermandois , le
fieur de Malartic , Major de Royal - Comtois.
Provence , le Chevalier de Virieu , Exempt des
Gardes du Corps . Bourgogne , le fieur de Luker
Capitaine du Regiment de Fitz -James.
TROUPES LÉGÉRES.
Légion Royale , le Marquis de Nicolay- Dolny,
Meftre-de- Camp de Dragons. Légion du Hay
nault , le Baron de Viomefnil , ci- devant Colomel
du Régiment des Volontaires du Dauphiné.
CAVALERIE.
Royal- Etranger, le fieur de Vernaſſal , Capitaine
réformé du. Régiment de Languedoc , Dragons.
DRAGON´S
Choifeul , le Comte de Cuftine , Capitaine de
Schonberg. Chabrillant , le Chevalier de Mont
recler , Capitaine de Bauffremont . Nicolay , le
Chevalier de Lanans , Capitaine de Schonberg.
›
Le Roi a rendu une Ordonnance , du ƒ de ce
moi concernant la Gendarmerie. Suivant les
difpofitions qu'elle renferme, les dix Compagnies
des Gendarmes Ecoffois , Anglois , Bourguignons ,
de,Flandre , de la Reine , Dauphin , de Berry, de
Provence , d'Artois & d'Orléans feront confervées
fur pied & dans le même rang dont elles jouiffent
actuellement. Les fix Compagnies de Chevaux-
Légers de la Reine, Dauphin , de Berry , de Pro
Iv
262 MERCURE DE FRANCE .
vence , d'Artois & d'Orléans feront fupprimées &
incorporées dans les fix Compagnies de Gendarmes
qui font fous le même titre. Comme'il y aura
deux Officiers de chaque grade dans chacune des
fix Compagnies qui auront reçu cette incorporation,
le moins ancien de chaque grade fera réformé
. Chacune defdites Compagnies de Gendarmes
confervées formera à l'avenir un Efcadron ,
& continuera d'être commandée par un Capitaine-
Lieutenant, un Sous- Lieutenant & un Guidon ; il
fera établi trois Fourriers & douze places de Gendarmes
Appointés ; au moyen de quoi chaque
Compagnie fera compofée de trois Brigadiers ,
trois Sous- Brigadiers , un Porte- Etendard , trois
Fouriers , douze Gendarmes Appointés , quatrevingt-
quatre Gendarmes & trois Trompettes. Il
fera établi dans l'Etat-Major deux Sous-Aides-
Majors de plus , qui auront rang de prémiers Maréchaux
des Logis , & deux places de Fourriers-
Majors , lefquels auront rang de derniers Maréchaux
des Logis. L'Etat- Major fera compofé d'un
Major- Inspecteur du Corps , d'un Aide-Major ,
de quatre Sous- Aides-Majors , deux Fourriers-
Majors , deux Aumôniers & d'un Timbalier, Sa
Majefté a auffi réglé de la maniere fuivante une
paye , qui fera la même en temps de paix & en
tems de guerre. A chaque Capitaine- Lieutenant ,
9500 livres par an ; à chaque Sous- Lieutenant
6500 liv . à chaque Enfeigne , 4000 liv . à chaque
Guidon , 3000 liv. à chaque Maréchal des Logis ,
1230 liv. à chaque Brigadier ou Sous- Brigadier,
648 liv . à chaque Porte- Etendard , 540 livres à
chaque Fourrier , 480 liv. à chaque Gendanine
Appointé , 378 liv , à chaque Gendarme , 324 liv.
à chaque Trompette, 396 liv. ETAT- MAJOR.
Au Major , pour tout traitement & frais d'inſpec- -
"
JUILLET. 1763. 2.03
tion , 12000 liv ; l'Aide-Major , 6000 liv, à chacun
des deux premiers Sous-Aides- Majors , 2000
liv. à chacun des feconds Sous-Aides-Majors ,
1600 liv. à chacun des deux Fourriers- Majors ,
1200 liv. au premier Aumônier , en fupprimant
la retenue qui fe faifoit en la faveur pour le
port
de la Chapelle , 1200 liv . au fecond Aumônier
720 liv. au Timbalier , 396 liv.
eux ,
"
Au moyen de ce traitement , toutes les penfions
attachées aux charges d'Officiers fupérieurs , de
ceux de l'Etat- Major & aux places d'anciens Maréchaux
des Logis , Brigadiers & Gendarmes.
ainsi que les gratifications accordées pour le détail
aux Officiers de l'Etat- Major, feront fupprimées ,
à commencer du jour de la nouvelle compofition.
Les Gendarmes qui auront fervi vingt ans , &
qui fe trouveront hors d'état de continuer leurs
fervices , auront le choix , ou d'être reçus à l'Hôtel
Royal des Invalides , comme Lieutenans de
Cavalerie , ou de fe retirer chez & non ailleurs
, avec leur folde entiere . Ceux qui n'auront
pas vingt ans de fervice , mais qui , pour raifon
de bleffures confidérables reçues à la guerre , feroient
hors d'état de continuer , feront auffi reçus
dans le mênte Hôtel comme Lieutenans , ou ſe
retireront chez eux avec la moitié de leur folde.
Ceux enfin qui n'auront vingt ans de fervice qu'au
moyen du temps qu'ils auront paffé antérieurement
dans d'autres Corps, pourront dans le même
cas être reçus dans le même Hôtel , comme Bas-
Officiers , ou fe retirer chez eux avec la moitié de
leur folde. Les Gendarmes excédans le nombre
fixé feront réformés , & il leur fera donné des
congés pour fe retirer chez eux , avec leurs habit ,
chapeau & épée , & 36 liv . de gratification . Cette
Ordonnance contient plufieurs autres difpofitions
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
relatives aux fonctions & au choix des Officiers
& Gendarmes , au prix des charges des Officiers
ſupérieurs , à l'habillement , au taux & au rembourſement
des brevets de retenue , &c.
Fermer
Résumé : De VERSAILLES, le 22 Juin 1763.
En juin 1763, la cour de Versailles observa plusieurs événements marquants. Le 22 juin, un deuil de huit jours fut décrété en mémoire du Margrave Frédéric de Brandebourg Culmback, décédé en février précédent. Le 22 mai, les membres de l'Ordre du Saint-Esprit se réunirent pour une messe à la chapelle, où le roi, accompagné de princes et dignitaires, portait les insignes des ordres du Saint-Esprit et de la Toison d'or. Le 24 mai, le Comte de Cantillana présenta le Prince Sanfeverino, ministre plénipotentiaire de Naples à la cour du Portugal, et le Duc de Nivernois, de retour de Londres, fut présenté aux souverains. La Duchesse de Bedford prit congé le même jour. Le 30 mai, la Comtesse de Henneberg quitta la cour pour se rendre à Luneville puis à Plombières. Le 7 juin, le Duc de Bedford remit ses lettres de rappel au roi, et l'ambassadeur de Venise présenta les ambassadeurs Morosini et Guerini. Le Comte Dubois de la Mothe prêta serment en tant que Vice-Amiral, et les députés des États d'Artois furent reçus par le roi le 9 juin. Plusieurs contrats de mariage furent signés, notamment celui du Duc de la Trémoille avec la Princesse Marie de Salm. Un deuil de huit jours fut également observé pour la Princesse Marie-Victoire-Anne de Savoie. Différents ouvrages furent présentés au roi, tels que des globes et mécanismes par l'ingénieur Passemant, une nouvelle édition des 'Essais historiques sur Paris' par Saint-Foix, et l''Histoire des Druzes' par Puget de Saint-Pierre. La Société d'Agriculture, du Commerce et des Arts et Métiers de France présenta des volumes sur l'agriculture et les arts. Le roi nomma plusieurs officiers au grade de Maréchal de Camp et disposa des régiments vacants. Une ordonnance concernant la gendarmerie fut publiée, précisant les compagnies conservées et supprimées, ainsi que les nouvelles structures et paies. Les gendarmes ayant servi vingt ans et incapables de continuer leurs services pouvaient choisir entre être reçus à l'Hôtel Royal des Invalides ou se retirer chez eux avec leur solde entière. Ceux ayant moins de vingt ans de service mais blessés pouvaient également être reçus comme Lieutenants ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes atteignant vingt ans de service grâce à leur temps passé dans d'autres corps pouvaient être reçus comme Bas-Officiers ou se retirer avec la moitié de leur solde. Les gendarmes excédant le nombre fixé étaient réformés et recevaient des congés avec leurs habits, chapeau, épée et une gratification de 36 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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334
p. 204-208
De PARIS, le 13 Juin 1763.
Début :
Le 26 du mois dernier, le Roi fit dans la Plaine des Sablons la revue des [...]
Mots clefs :
Revue de la garde, Régiments, Comte, Monseigneur, Parlement, Conseillers, Prince, Lit de justice, Naissance, Princesse, Nominations, Inoculation, Débat, Petite vérole, Interdiction, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 13 Juin 1763.
De PARIS , le 13 Juin 1763 .
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
Le 26 du mois dernier , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revue des Gardes Françoiſes &
des Gardes Suifles . Sa Majeſté paſſa dans les rangs,
& les deux Régimens défilérent devant Elle après.
avoir fait l'exercice. Madame la Dauphine , Mgr
le Duc de Berry , Mgr le Comte de Provence
Madame Adélaïde , Mefdames Sophie & Louiſe
ont affifté à cette revue , ainfi que le Prince de
Condé & le Prince de Lamballe .
Le Parlement ayant reçu , le 30 du mois der◄
nier , les Ordres du Roi par le Marquis de Dreux ,
Grand - Maître des Cérémonies , s'affembla le
lendemain 31 pour le Lit de Juſtice que Sa Majefté
avoir réfolu de tenir.
Vers les onze heures & demie du matin , le
Roi arriva ayant dans fon caroffe Monſeigneur
le Dauphin , Sa Majesté étoit accompagnée d'un
nombreux détachement de fes Gardes du Corps ,
du quartier des Gendarmes de fa Garde , de
celui des Chevaux-Légers & d'un détachement
JUILLET. 1763. 205
des Moufquetaires de chacune des deux Com
pagnies. Devant le Carroffe du Roi étoit le Vol
du Cabinet. Sa Majeſté deſcendit à là Sainte Chapelle
, où le Chancelier s'étoit rendu , Elle étoit
accompagnée du nombre ordinaire de Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes : les Maré
chaux de France y étoient pareillement affemblés
, ainfi que les Chevaliers des Ordres , les'
Gouverneurs & Lieutenans- Généraux de Province ,
nommés par Sa Majefté pour avoir l'honneur
de l'accompagner: Le Duc d'Orléans , le Duc
de Chartres , le Prince de Condé , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti & le Comte de
la Marche y avoient auffi devancé Sa Majesté.
Le Roi précédé de fa Cour , du Roi d'Armes &
des Hérauts , monta les degrés au fon des trompettes
, Hautbois , Fifres & Tambours de l'Ecurie
& de la Chambre. Deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes devant Sa Majesté.
Lorfque le Roi eut entendu la Meffe , qui fut
célébrée par un de fes Chapelains , quatre Préfidens
& fix Confeillers , députés par le Parle
ment , vinrent recevoir Sa Majefté , & la conduifirent
à la Grand'Chambre. Le Roi s'étant
affis fur fon Trône , & les féances ayant été
prifes , Sa Majesté fit enregiftrer deux Edits &
une Déclaration . Le Roi fortit enfuite dans le
même ordre qu'il étoit entré.
Sa Majefté trouva , ainfi qu'à fon arrivée , les
Gardes Françoifes & Suiffes qui formoient une
double haye dans les rues , fur le Pont- Neuf
& fur les Quais , depuis le Palais jufqu'à l'extrémité
du Quai des Thuilleries .
Les Pairs qui ont affifté à ce Lit de Juftice ,
font l'Archevêque Duc de Rheims , l'Evêque Duc
de Langres , l'Evêque Comte de Noyon , les Ducs
206 MERCURE DE FRANCE .
de Sully , de Luynes , de Briffac , de Richelieu ,
de Rohan- Chabot , de Mortemart , de Trefmes
de Saint -Cloud , de Firs-James , de Chaulnes
de Rohan-Rohan , de Villars - Brancas , de Valentinois
, de Biron , de la Valliere , d'Aiguillon ,
de Fleury , de Duras . de la Vauguyon , de
Choifeul & de Praflin. Les Maréchaux de Balincourt
, Clermont - Tonnerre , d'Eftrées & de
Contades y ont eu féance
étant entrés avec
le Roi.
Le Prince de Rochefort nommé pour repréfenter
en cette occafion , le Grand Ecuyer de
France , a porté l'Epée Royale .
On a appris ici la mort de Marie- Victoire - Anne
de Savoye , titrée Mlle de Carignan , décédée
le 18 du mois dernier.
Cette Princefle née le 12 Février 1687 , étoit
fille d'Emmanuel- Philbert-Amédée de Savoye ,
Prince de Carignan en Piémont , mort le 23.
Avril 1709 , & d'Ange- Carherine d'Eft-Modene,
morte le 18 Juillet 1712 , & Soeur de Victor-
Amédée , Prince de Carignan , mort le 4 Août
1741 , Père de Louis - Victor-Amédée- Jofeph, aujourd'hui
Premier Prince du Sang de Sardaigne
& Prince de Carignan , & avoit pour Ayeul Thomas
François de Savoye , Prince de Carignan
l'un des fils de Charles- Emmanuel I. du nom ,
Duc de Savoye , furnommé le Grand , & Frère
pumé de Victor- Amédée , Duc de Savoye , Bif-
Ayeul de Sa Majefté le Roi de Sardaigne actuellement
régnant.
•
Le Lieutenant Général de Police & le Subfticus
du Procureur Général du Roi au Châteler , ayant .
repréſenté au Parlement , qu'il s'élevoit dans le
Public un murmure général , contre l'indifcrétion
de quelques-uns des partfans de l'inoculation de
JUILLET. 1763. 207
la petite vérole , contre les Inoculateurs & contreceux
qui , en attendant l'effet de l'Inoculation
qu'ils ont reçue, reftent fans précaution dans la
Société, le Parlement , d'après ces confidérations
& l'expofé des Gens du Roi fur le même fujet , la
rendu le 8 de ce mois un Arrêt qui ordonne que
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de cette
Ville fera tenue de s'affembler pour donner
un avis précis fur l'inoculation , fes avantages ou
inconvéniens , & fur les précautions auxquelles
il conviendroit d'affujettir ceux qui pratiqueroient
l'inoculation ou qui la recevroient , fup-.
pofé qu'elle dût être permife ou tolérée ; que
cet avis feroit remis au Procureur Général du
Roi, pour être communiqué à la Faculté de Théologie
, qui s'affemblera en conféquence , & donnera
fuivant les ulages , fon avis fur le même objet ,
lequel fera de même remis au Procureur- Général,
pour être pris par la Cour , ſur ces avis ,
telles conclufions qu'il appartiendra : en attendant
, la Cour défend provifoirement à toutes
perfonnes de pratiquer l'inoculation , & de fe faire
inoculer dans les Villes & Fauxbourgs du reffort
du Parlement, & à celles qui auroient été inoculées,
de communiquer avec d'autres perfonnes que
celles qui font néceffaires à leur foulagement ,
depuis le jour qu'elles auront été inoculées jufqu'au
délai de fix femaines après leur guérifon.
Le vingt - neuviéme Tirage de la Loterie de
l'Hôtel- de-Ville , s'eft fait le 2 Mai en la maniere
accoutumée. Le Lot de cinquante mille liv.
eſt échu au Numéro 26161 , celui de vingt mille
livres au Numéro 39981 , & les deux de dix mille
livres aux Numéros 38880 & 37127 .
Le 6 Juin , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros fortis de la roue de for208
MERCURE DE FRANCE.
tune , font , 40 , 65 , 43 , 15 , 5s . Le prochain
tirage fe fera les Juillet.
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Résumé : De PARIS, le 13 Juin 1763.
Le 26 mai 1763, le roi passa en revue les Gardes Françaises et les Gardes Suisses à la Plaine des Sablons en présence de plusieurs membres de la famille royale, dont Madame la Dauphine, Mgr le Duc de Berry, Mgr le Comte de Provence, Madame Adélaïde, Mesdames Sophie et Louise, ainsi que le Prince de Condé et le Prince de Lamballe. Le 30 mai, le Parlement reçut les ordres du roi transmis par le Marquis de Dreux et se réunit le lendemain pour un Lit de Justice. Le roi, accompagné du Dauphin et d'un détachement de ses Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers et des Mousquetaires, fut accueilli par le Chancelier et divers dignitaires à la Sainte-Chapelle. Après une messe, il se rendit à la Grand'Chambre où il fit enregistrer deux édits et une déclaration. Les Pairs présents incluaient plusieurs archevêques, évêques et ducs, ainsi que les maréchaux de Balincourt, Clermont-Tonnerre, d'Estrées et de Contades. Le Prince de Rochefort porta l'Épée Royale. On annonça également la mort de Marie-Victoire-Anne de Savoie, titrée Mlle de Carignan, décédée le 18 mai. Elle était la fille d'Emmanuel-Philibert-Amédée de Savoie et d'Ange-Catherine d'Este-Modène. Le Lieutenant Général de Police et le Substitut du Procureur Général du Roi informèrent le Parlement des murmures publics contre l'inoculation de la petite vérole. Le Parlement ordonna à la Faculté de Médecine de se réunir pour évaluer les avantages et inconvénients de l'inoculation et les précautions à prendre. En attendant, l'inoculation fut provisoirement interdite. Le 2 mai, le vingt-neuvième tirage de la Loterie de l'Hôtel-de-Ville eut lieu, attribuant les lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres aux numéros 26161, 39981, 38880 et 37127. Le 6 juin, la Loterie de l'École Royale Militaire fut tirée, avec les numéros 40, 65, 43, 15 et 55 sortis de la roue de fortune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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335
p. 210-211
Du 21.
Début :
Sa Majesté Impériale & Royale a résolu de faire rebâtir, le plutôt [...]
Mots clefs :
Reconstruction, Hôtel, Prince, Église, Désastre, Dégâts, Conséquences, Tremblements de terre
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texteReconnaissance textuelle : Du 21.
Du 21.
Sa Majefté Impériale & Royale a réfolu de faire
rebâtir , le plutôt qu'il fera poffible , la ville de
Comorre, & en conféquence, les Habitans ont ordre
de ne pas fe tranſporter ailleurs . L'Hôtel que
l'on bâtiffoit pour le Prince de Saxe , nomné
Gouverneur de cette ville , étant du nombre des
Edifices que le tremblement de terre y a détruits :
ce Prince fera fa réfidence ordinaire à Presbourg.
Suivant les derniéres Lettres arrivées de Comorre ,
on y entendoit encore le 7 & le 8 des bruits fonterrains.
Par la première fecouffe du 28Jain , le
clocher de l'Eglife de Saint-Jean Chryfoftôme a
été entiérement détruit , & les cloches brifées ; le
plus haut étage du Couvent des Pères Trinitaires
a été renverlé , & il eft tombé quelques pourres.
SEPTEMBRE . 1763 . 211
du haut de leur Eglife , près du grand Autel , aux
environs duquel étoient plufieurs de ces Religieux,
qui cependant n'ont point été bleffés.
Du
27.
Il nous vient chaque jour de nouveaux détails
du défaftre de Comorre. Des Lettres du 23 de
ce mois portent que la terre n'eft point encore,
raffermie , & qu'on y éprouvoit fréquemment
des fecouffes affez violentes . Le 23 , on en avoit
elluyé deux , & on en comptoit depuis le 29 du
mois dernier jufqu'à ce jour cent dix à cent douze.
Quinze cens maifons font totalement renversées ,
& trois cens font très - endommagées . Les nouvelles
fortifications ont peu fouffert , mais les
anciennes font ruinées en différens endroits. On
écrit qu'une maison bâtie de pierre & élevée de
deux étages a été renversée par une explosion fi
violente que le faîte du toit s'eft enfoncé de dix
pieds en terre. On eft occupé à abbattre la Tour
de Gran , dont la partie fupérieure a été foulevéé
par la fecouffe du 19 Juin & n'a pas paru avoir
repris fon aplomb.
Du 3 Août.
Le 29 du mois dernier, on a reffenti à Comorre
une nouvelle fecouffe de tremblement de terre,
qui s'est fait fentir en même temps & avec allez
de violence à Raab.
Sa Majefté Impériale & Royale a réfolu de faire
rebâtir , le plutôt qu'il fera poffible , la ville de
Comorre, & en conféquence, les Habitans ont ordre
de ne pas fe tranſporter ailleurs . L'Hôtel que
l'on bâtiffoit pour le Prince de Saxe , nomné
Gouverneur de cette ville , étant du nombre des
Edifices que le tremblement de terre y a détruits :
ce Prince fera fa réfidence ordinaire à Presbourg.
Suivant les derniéres Lettres arrivées de Comorre ,
on y entendoit encore le 7 & le 8 des bruits fonterrains.
Par la première fecouffe du 28Jain , le
clocher de l'Eglife de Saint-Jean Chryfoftôme a
été entiérement détruit , & les cloches brifées ; le
plus haut étage du Couvent des Pères Trinitaires
a été renverlé , & il eft tombé quelques pourres.
SEPTEMBRE . 1763 . 211
du haut de leur Eglife , près du grand Autel , aux
environs duquel étoient plufieurs de ces Religieux,
qui cependant n'ont point été bleffés.
Du
27.
Il nous vient chaque jour de nouveaux détails
du défaftre de Comorre. Des Lettres du 23 de
ce mois portent que la terre n'eft point encore,
raffermie , & qu'on y éprouvoit fréquemment
des fecouffes affez violentes . Le 23 , on en avoit
elluyé deux , & on en comptoit depuis le 29 du
mois dernier jufqu'à ce jour cent dix à cent douze.
Quinze cens maifons font totalement renversées ,
& trois cens font très - endommagées . Les nouvelles
fortifications ont peu fouffert , mais les
anciennes font ruinées en différens endroits. On
écrit qu'une maison bâtie de pierre & élevée de
deux étages a été renversée par une explosion fi
violente que le faîte du toit s'eft enfoncé de dix
pieds en terre. On eft occupé à abbattre la Tour
de Gran , dont la partie fupérieure a été foulevéé
par la fecouffe du 19 Juin & n'a pas paru avoir
repris fon aplomb.
Du 3 Août.
Le 29 du mois dernier, on a reffenti à Comorre
une nouvelle fecouffe de tremblement de terre,
qui s'est fait fentir en même temps & avec allez
de violence à Raab.
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Résumé : Du 21.
En 1763, un tremblement de terre a dévasté Comorre. L'empereur a ordonné la reconstruction de la ville et interdit aux habitants de partir. Le Prince de Saxe, gouverneur de Comorre, a dû s'installer à Presbourg en raison de la destruction de sa résidence. Des bruits souterrains étaient encore perceptibles les 7 et 8 du mois suivant. Le 28 juin, le clocher de l'église Saint-Jean Chrysostôme a été détruit, et les cloches brisées. Le couvent des Pères Trinitaires a également subi des dommages, mais sans victimes. Entre le 29 juillet et le 27 septembre, environ cent dix à cent douze secousses ont été enregistrées. Quinze cents maisons ont été totalement détruites et trois cents endommagées. Les nouvelles fortifications ont peu souffert, mais les anciennes sont ruinées par endroits. Une maison en pierre de deux étages a été renversée par une explosion violente. Le 3 août, une nouvelle secousse a été ressentie à Comorre et à Raab. La tour de Gran, endommagée par la secousse du 19 juin, est en cours de démolition car elle n'a pas repris son aplomb.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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336
p. 212
De HAMBOURG, le 8 Août [1]763.
Début :
Sophie-Charlotte, Princesse de Holstein-Beek, mariée en secondes nôces [...]
Mots clefs :
Princesse, Noce, Prince, Feld-maréchal, Décès, Colonel
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texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 8 Août [1]763.
De HAMBOURG , le 8 Août 2763 .
Sophie-Charlotte , Princeffe de Holſtein- Beck,
mariée en fecondes nôces à George - Louis Prince
de Holftein-Gottorp Feld- Maréchal au ſervice de
Ruffie , Statthalter & Adminiſtrateur du Holſtein-
Ducal , eft morte hier en cette Ville , âgée de
quarante & un ans : elle avoit épousé en premières
nôces le Burgrave de Dohna- Schlobitten,
& en avoir eu le Comte Dohna , Colonel au
fervice de Pruffe & la Comteffe de Hohenfolms.
11 refte deux Princes du fecond lit.
Sophie-Charlotte , Princeffe de Holſtein- Beck,
mariée en fecondes nôces à George - Louis Prince
de Holftein-Gottorp Feld- Maréchal au ſervice de
Ruffie , Statthalter & Adminiſtrateur du Holſtein-
Ducal , eft morte hier en cette Ville , âgée de
quarante & un ans : elle avoit épousé en premières
nôces le Burgrave de Dohna- Schlobitten,
& en avoir eu le Comte Dohna , Colonel au
fervice de Pruffe & la Comteffe de Hohenfolms.
11 refte deux Princes du fecond lit.
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337
p. 212
De HANOVRE, le 15 Juillet 1763.
Début :
On vient d'apprendre que Charles-Auguste-Fréderic, Prince régnant [...]
Mots clefs :
Prince, Décès
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texteReconnaissance textuelle : De HANOVRE, le 15 Juillet 1763.
De HANOV RE, le 15 Juillet 1763.
On vient d'apprendre que Charles-Auguſte-
Frederic , Prince régnant de Waldeck , eft more
à Arolfen , dans la cinquante- neuvième année
de fon âge.
On vient d'apprendre que Charles-Auguſte-
Frederic , Prince régnant de Waldeck , eft more
à Arolfen , dans la cinquante- neuvième année
de fon âge.
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338
p. 35-72
CLÉOMIR ET DALIA, NOUVELLE GAULOISE.
Début :
IL fut un temps où les Gaules étoient habitées par différens Peuples, & ces [...]
Mots clefs :
Reine, Prince, Cour, Prêtresse, Armée, Couronne, Vainqueur
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texteReconnaissance textuelle : CLÉOMIR ET DALIA, NOUVELLE GAULOISE.
CLÉOMIR ET DALIA ,
NOUVELLE GAULOISE.
IL fut un temps où les Gaules étoient
habitées par différens Peuples , & ces
Peuples gouvernés par différens Souverains.
La Loi Salique n'exifloit pas
encore ; mais la fierté Gauloife y fuppléoit.
Rarement lui voyoit- on décerner
la couronne à une Femme. Il falloit
pour opérer ce phénomène une Puiffance
fupérieure à celle de la Royauté
même ; une Puiffance à laquelle ni les
Rois , ni les Peuples ne fçavoient point
réfifter ; en un mot , la volonté des
Druides.
Un Druide étoit un Prêtre mais
dans ces temps fi éloignés du nôtre ,
cette qualité n'éteignoit point toute autre
ambition dans ceux qui la poffédoient.
Ils approchoient du trône , difpofoient
des grâces , des emplois , des
dignités , & quelquefois même de la
Couronne , fi le Prince qui la portoit
avoit le malheur de leur déplaire .
Ambigat , Roi de la Gaule Celtique ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
cut l'avantage , infiniment rare , de fa
tisfaire & les Druides , & fon Peuple ,
& jufqu'à fes voifins. On regrettoit
qu'un fi digne Monarque n'eût aucun
héritier mâle. Il n'avoit pour tous enfans
que deux filles nées le même jour,
belles au-delà de toute expreffion , & qui
fembloient avoir été formées fur le même
modéle . Jamais reffemblance ne fut
plus parfaite. Elle s'étendoit jufqu'au
fon de la voix l'oreille & les yeux y
étoient trompés . Le Chef des Druides
qui fous le regne d'Ambigat étoit plus
que premièr Miniftre , efpéroit être plus
que Roi fous le regne de la Princeffe
qui devoit lui fuccéder . Il craignoit feulement
que l'égalité d'âge & l'extrême
reffemblance de deux fours n'occafionnât
quelque trouble dans l'Etat . Il prit
un parti qu'il jugea légitime , parce qu'il
lui parut nécéffaire. Ce fut d'éloigner
pour jamais de la Cour celle des deux
Princeffes qui ne devoit pas occuper
le Trône. Il prévoyoit bien qu'un tel
facrifice répugneroit à Ambigat , qui
n'étoit pas moins bon Père que bon
Roi. Mais Ségovefe ( c'eft le nom du
Grand-Prêtre ) ufa du privilége qu'il
faire parler fes Dieux. Il fuporacle
entiérement conforme
Ponde
OCTOBRE. 1763. 37
à fes vues. Un tel expédient ne pou
voit alors manquer fon effet. Ambigat
n'ofa ni contredire cet Oracle ni
même en douter.
>
Les deux Princeffes furent donc féparées.
Le Druide affura au nom de
Tautatès que celle des deux Jumelles
qui étoit née la feconde étoit nécéffairement
la plus jeune. En conféquence
elle fut reléguée parmi les Prêtreffes
d'Ifis. Le but de Ségovefe étoit de pouvoir
en un befoin oppofer l'une à l'autre
: c'est-à- dire , faire paffer la Reine du
trône à l'exil , & fa foeur de l'exil au
trône.
Deux ans s'écoulerent ainfi , & Dalia
(c'eft le nom de la Princeffe reclufe) touchoit
à fa quinziéme année. Ambigat regnoit
encore. Il foutenoit même la guerre
avec vigueur contre le Roi d'Aquitaine
fon voifin. Il finit par perdre une Bataille
. Cléomir Prince du fang d'Aquitaine
commandoit l'armée ennemie . Il
fçut profiter de fa victoire , pénétra dans
les Provinces Celtiques , s'empara de
quelques places fortes , & qui plus eft ,
du Temple d'Ifis , le même où la Princeffe
Dalia fe trouvoit enfermée. Le
culte d'Ifis étoit abfolument ignoré des
Aquitains. Ils fe promettoient bien de
38 MERCURE DE FRANCE.
n'épargner ni fon Temple, ni fes tréfors ,
ni fur-tout fes Prêtreffes. Cléomir en décida
autrement. Il avoit fur les troupes
l'afcendant que donne à un. Général
une naiffance illuftre , un courage héroïque
, & qui plus eft , une foule de
Victoires dans un âge où les hommes
ordinaires fçavent à peine obéir. Cléomir
n'avoit que vingt- quatre ans , & il
en étoit chez nos ayeux comme parmi
nous : un Prince , qui à cet âge avoit
gagné des batailles , pouvoit préfcrire
l'impoffible à fon armée. Ce que le
Prince Aquitain exigeoit de la fienne
étoit quelque chofe de plus qu'attaquer
un ennemi fupérieur en force. Il en
couta , il eſt vrai , à la Déeffe quelques
fommes d'or , fruits de l'aveugle
crédulité des Peuples , & qui par cette
raifon , devoient être bientôt remplades
fommes plus grandes.
- Cleomir qui n'exigeoit rien pour lui ,
voulut , du moins , paffer en revue toutes
ces vierges qu'il avoit confervées
intactes. Le nombre en étoit confidérable
& le coup d'oeil d'autant plus intéreffant.
Toutes portoient un voile ,
mais placé de manière qu'il gênoit peu
les regards du Prince. Une des plus jeu
aes Prêtreffes lui parut voilée avec beau
cées par
OCTOBRE. 1763. 39
coup plus de foin : ce qui n'empêchoit
pas qu'on ne pût remarquer la nobleffe
de fon port & l'élégance de fa taille.
La beauté fe cachoit , mais les grâces
s'échappoient de toutes parts. Le Prince
ne put réfifter aux mouvemens qui,
agitoient fon âme. Il s'avance , non en
vainqueur, mais en captif. Ah ! daignez ,
dit-il à la jeune Prêtreffe , daignez écarter
ce voile impofteur & facrilége ! laiffez-
moi voir ce que je dois adorer. Ces
mots parurent troubler fingulierement
celle à qui le Prince les adreffoit. Elle
gardoit cependant le filence , . & ne
dérangeoit point fon voile. Cléomir en
réitérant fes inftances ne fit qu'accroître
fon trouble & n'obtint rien de plus . Une
dès compagnes de la jeune Prêtreffe
jugea qu'il étoit dangereux de pouffer.
à bout un vainqueur de vingt - quatre
ans. Elle écarta ce voile incommode ,
& peut-être fatisfit deux perfonnes à la
fois . Il eft du moins für que Cléomir
fut ébloui , tranfporté. Ah ! que vois -je ?
s'écria -t-il ; non , vous n'êtes pas une
fimple Prêtreffe , vous êtes la Divinités
de ce Temple ; fi pourtant Ifis eut jamais
les charmes que vous avez. Daignez
vous montrer aux Aquitains , &
votre culte fera bientôt établi 'parmiį
40 MERCURE DE FRANCE .
eux. Il l'eft déja pour jamais dans mon
coeur.
Ce difcours fit frémir la Grande Prêtreffe
qui fe trouvoit à portée de l'entendre
; mais on affure que celle qui en
étoit l'objet n'en frémit pas . Un vainqueur
jeune & bienfait qui parle à genoux
, & qui parle d'amour à une jeune
perfonne , en eft pour l'ordinaire écouté.
Cléomir le fut , quoiqu'il parlât à une
Princeffe : car c'étoit à la fille d'Ambigat
qu'il rendoit cet hommage . Trompé
par fon extérieur , il prenoit la Princeffe
des Celtes pour une fimple Prêtreffe
d'Ifis.
Il formoit dès-lors le deffein de l'enlever
à la Déeffe. J'ai déja dit qu'Ifis
n'avoit nul crédit chez les Aquitains , &
d'ailleurs l'Amour empiète fouvent fur
le domaine des autres Dieux. Cléomir
fit part de fon projet à la prétendue Prêtreffe.
Il parloit du ton le plus refpectueux
, & n'effaroucha qu'autant que
la décence l'exigeoit. Le Prince connut
enfin qu'on ne lui permettroit cet attentat
que lorsqu'il feroit effectué.
Les moeurs du temps le difpenfoient
d'une retenue bien exacte ; mais les
ufages reçus n'étoient pas une régle
pour lui. Il confulta deux chofes ,
OCTOBRE. 1763. 41
fa grandeur d'âme & fon amour. L'un
lui confeilloit d'enlever la jeune Princeffe
, l'autre de la traiter comme s'il
eût connu fa dignité. Il fatisfit & fon
amour & fa grandeur d'âme . Dalia , tirée
de fa captivité , ne crut point être
retombée dans une autre. Du Temple
d'Ifis elle fut conduite dans une Ville
dont Cléomir étoit le maître , & fervie
comme fi elle eût été au milieu de la
Cour d'Ambigat.
Cléomir vifitoit fouvent cet afyle ;
mais il agiffoit toujours en Amant refpectueux.
Dalia fe taifoit encore fur
fa naiffance. Elle réfervoit cet aveu
pour arrêter le Prince dans certaines
pourfuites un peu trop vives ; car elle
préfumoit bien que tôt ou tard il en
viendroit là. Toutefois , avant que le
danger devînt extrême , la paix fut propofée
entre les deux Peuples rivaux.
Cléomir fut bien furpris de voir le Roi
des Celtes infifter fur la liberté de la
jeune Prêtreffe plus que fur la reftitution
d'une Province . Le bon Ambigat ,
difoit - il , a les mêmes prétentions que
moi fur cette jeune Beauté : il m'eft fans
doute permis de me donner la préférence
. Mais le Roi d'Aquitaine penfoit
d'une autre manière . Il donna ordre à
42 MERCURE DE FRANCE .
Cléomir de rendre au Roi des Celtés
toutes les Prêtreffes qu'il pouvoit avoir
enlevées , & de bien garder toutes les
Villes qu'il avoit conquifes. Un tel ordre
plongea Cléomir dans la plus extrême
douleur. Il fentit d'abord qu'il n'obéiroit
pas ; mais l'arrivée du Roi d'Aquitaine
rendoit l'obéiffance prèſque
indifpenfable. Ce Prince , naturellement
peu guerrier , vint durant la trêve fe
mettre à la tête de fon armée , & réïtéra
fes intentions à Cléomir. Seigneur ,
lui dit ce dernier , commandez - moi de
fubjuguer en votre nom toute la Gaule
Celtique , je vais l'entreprendre , & je
réponds du fuccès fur ma tête . Mais de
grâce , laiffez -moi ma captive ; elle
m'appartient felon toutes les loix de la
guerre, & je préfére fa poffeffion à l'Empire
des Gaules. C'eſt donc une merveille
incomparable , reprenoit le Monarque
? Vous en jugerez , ajouta im
prudemment Cléomir. Il ne fentoit pas
que ces fortes d'examens font toujours
dangereux , furtout quand on rifque
d'avoir fon Maître pour rival.
Dalia ,
quoiqu'avec répugnance ,
parut aux yeux du Roi. Il fut ébloui
de fes charmes , & plus il les enviſageoit
, plus la réfiſtance du Prince luj
OCTOBRE . 1763. 43
fembloit excufable. Il prit un autre
parti , que lui fuggéra l'extrême beauté
de la jeune prifonniere : ce fat de fe
charger lui - même du foin de la rendre
au Roi des Celtes , mais de ne la lui
rendre que fort tard , Ambigat eft vieux,
difoit-il en lui-même , cette fantaifie
lui paffera ; ou du moins , j'aurai eu le
loifir de contenter la mienne . Ainfi
raifonnoit Tutor , ( c'étoit le nom de ce
Prince, ) il avoit pour maxime de ne rien
refufer à fes defirs quand il pouvoit les
fatisfaire fans danger pour fa Perfonne.
Il étoit voluptueux & timide , foible &
cruel . Depuis long - temps pour mieux
tromper Cléomir , il affectoit de le défigner
publiquement pour fon gendre .
Il lui en réitéra la propofition. Peutêtre
le Prince la jugea-t-il peu fincére.
Peut-être ne prit - il confeil que de fon
amour. Ce qu'il y a de certain c'eſt
que Tutor ayant déclaré qu'il prétendoit
avoir la jeune Prêtreffe à fa difpotion,
alors Cléomir ne confulta plus que
fon dépit & fa douleur. Il fe détermina
à tout perdre plutôt que de renoncer
à Dalia.
Elle étoit encore libre du moins
étoit-il permis à Cléomir de lui parler
tête-à- tête. Il en profita pour l'informer
44 MERCURE DE FRANCE.
,
des vues que Tutor avoit fur elle : vues
que lui- même avoit faifies avec toute
la pénétration d'un rival. Dalia frémit
du danger qui la menaçoit. Cléomir s'apperçut
bien de fon trouble & s'en
trouva lui-même un peu raffuré. Cependant
il cherchoit la vraie caufe de
cette agitation . Etoit - ce regret de le
quitter , ou répugnance de tomber entre
les mains du Roi ? Une telle diftinc
tion n'eft point frivole aux yeux d'um
Amant. Cléomir en fentoit toute l'importance
; mais tout ce qu'il put tirer
de la jeune Gauloife ne levoit point
fes doutes. Enfin il inftruifit Dalia du
deffein qu'avoit le Roi de lui faire
époufer fa fille. A ce difcours le trouble
de la Princeffe augmenta vifiblement
& après un moment de filence , elle
demanda , en rougiffant beaucoup , fi
la Princeffe d'Aquitaine avoit autant de
beauté que de naiffance & de grandeur
?
Cléomir enchanté de la queftion , &
furtout de la manière dont elle avoit été
faite , y répondit en Amant qui fçait
profiter de fes avantages. La Princeffe
d'Aquitaine , dit - elle à Dalia , eft
eſt ,
après vous , la plus belle perfonne du
Monde. Il faut vous avoir vue , pour
OCTOBRE. 1763. 45
fe défendre de l'adorer. Cette réponſe
ne raffura point la fauffe Prêtreffe , &
ce n'étoit pas non plus ce que vouloit
Cléomir. Ce Prince étoit aimé , l'ignoroit
, & cherchoit à s'en inftruire . Dalia
craignit de le lui cacher trop longtemps.
Peut -être , di oit- elle en ellemême
, peut - être la Princeffe d'Aquitaine
m'egale - t - elle en beauté ; mais
quel avantage ne lui donne pas fur moi
l'idée de fa naiffance ! Ah , prouvons
qu'au moins l'avantage eft égal entre
nous !
Le Prince Aquitain n'ambitionnoit
& n'efpéroit qu'une forte d'aveu : c'étoit
celui d'une tendreffe réciproque.
La preuve qu'il en éxigeoit, rendoit même
tout aveu fuperflu. Il s'agiffoit de
fuir avec lui , & de fuir chez une Nation
étrangère. La propofition étoit effrayante
, mais perfuafive . Cléomir donnoit
à Dalia l'exemple des plus grands
Sacrifices : il renonçoit aux avantages
de fon rang , aux fruits de fes exploits.
à l'hymen d'une Princeffe , jeune &
belle .... Il eſt bien peu de rivales ,
que de pareilles preuves d'amour ne
fubjuguent. Dalia , qui aimoit Cléomir
avant toutes ces preuves , eut la force
de contredire fes vues. Elle lui fit envi46
MERCURE DE FRANCE.
fager ce qu'il perdoit volontairement ,
ce qu'il pourroit regretter un jour , &
regretter en vain . Elle fe retrancha fur
la décence qui dès-lors ne permettoit
plus de fuivre un amant, Cet amant
veut être votre époux , interrompit vivement
Cléomir ; j'en jure par Tautatès
, Mercure & Mars j'en jure par
vous-mêmes qui pouvez tout fur moi ,
par l'honneur que nul Gaulois ne peut
trahir . Allons chez les Ibéres goûter un
repos que nous ne pouvons efpérer ni
dans votre Patrie ni dans la mienne .
Dalia ne fe rendit pas encore : mais
au fond elle étoit perfuadée. Le danger
étoit preffant , la fuite néceffaire , le
Conducteur agréable . C'en eft fait , dit-
´elle à Cléomir , c'en eft fait , cher Prince
; devenez l'arbitre de ma deſtinée :
me voilà prête à fuivre vos pas. Fuyons
ces lieux fufpects , & apprenez , enfin ,
que c'est la Princeffe des Celtes qui va
fuir avec vous .
Ciel ! s'écria Cléomir , de quel étonnement
venez-vous me frapper ? vous la
fille d'Ambigat ! Ce titre ne peut rien
ajouter à mon amour , à mon refpect.
Mais par quel événement ? .. Que disje
! Ah , fongeons d'abord à vous ſouftraire
au danger qui vous menace . VoOCTOBRE.
1763. 47
tre qualité ne feroit pas un moyen sûr
de vous en garantir.
Dès la fin du jour fuivant , tout étoit
difpofé pour l'évafion des deux Amans.
La place de Général , dont Cléomir faifoit
encore les fonctions , lui facilitoit
les moyens de fortir du Camp à telle
heure & avec telle eſcorte qu'il vouloit.
Celle qui l'accompagnoit étoit des
moins nombreufes , mais des plus fidelles.
Dalia déguisée en homme étoit
confondue parmi la troupe , de même
que deux de fes efclaves déguifées com →
me elle. On s'éloignoit en diligence ;
mais ce ne fut pas fans avoir furmonté
bien des périls qu'on arriva au pié des
Pyrénées , & furtout qu'on pénétra en
Įbérie , c'eſt -à- dire en Eſpagne . Cléomir
emportoit avec lui des richeffes confidérables
& qui étoient le fruit de fes
victoires. Ces tréfors ne lui furent point
inutiles une partie fervit à gagner les
Prêtres d'un Temple voifin des lieux où
Cléomir fe fixa. Il n'y pouvoit être en
fureté que fous leurs aufpices. Les Ibéres
étoient des barbares fans moeurs & fans
loix. La volonté de leurs Prêtres étcit
le feul frein qui pût contenir leur férocité
; & ces Prêtres , loin de la ré48
MERCURE DE FRANCE .
primer toujours , fçavoient quelquefois
en faire ufage.
Cléomir avoit choisi pour fa réfidence
un vallon ifolé d'un abord difficile
, mais par lui-même très-agréable .
C'étoit un des plus rians Payfages que
la Nature puiffe étaler. Là Cléomir ne
regrettoit rien , fur-tout lorfqu'il envifageoit
Dalia , qui , de fon côté , remercioit
Ifis d'avoir mal protégé fon Temple.
Dalia avoit informé Cléomir de
tout ce qui regardoit fa naiffance , & fa
métamorphofe en Prêtreffe. Il l'affura
qu'on pouvoit revenir du jugement qui
la privoit du Trône ; c'est-à-dire faire
parler quelque autre Dieu , & fur- tout
appuyer l'Oracle par d'heureux faits d'armes.
En attendant , il ne s'occupoit que
de fon Amour , & cet Amour devenoit
chaque jour plus preffant. Oui
Prince , lui dit enfin Dalia , j'en crois
vos fermens , mais c'eſt aux Autels que
je veux les recevoir & dépofer les miens.
C'étoit ce que Cléomir defiroit le plus
lui- même. Il n'y eut point dans cette
cérémonie ce fafte , cet appareil qui ,
pour l'ordinaire, accompagne les mariages
des Princes; mais , en revanche ,
il s'y trouva un témoin qui en eft prèſque
toujours exclu …………. Î'Amour.
II
OCTOBRE . 1763 . 49
Il ne quitta pas même les deux époux
quand leurs voeux furent comblés : leur
tendreffe réciproque fembloit s'accroître
de ce qui pour l'ordinaire l'anéantit.
Il n'eût pas été en leur pouvoir de s'aimer
moins ils ne pouvoient s'aimer
davantage. Toute leur âme fembloit
être de l'Amour. Cléomir , il eſt vrai ,
ne put renoncer entierement à la vie
active à laquelle il étoit accoutumé.
Dalia l'occupoit toujours & l'occupoit
feule mais fon caractère belliqueux ne
fe plioit point à une manière d'aimer
purement paftorale. Ses divertiſſemens
tenoient de l'éducation mâle qu'il avoit
reçue. N'ayant plus d'Armée à conduire
ni d'Ennemis à combattre , il
fuivoit les cerfs dans les forêts ; il af
frontoit & terraffoit les bêtes féroces.
Un an s'étoit écoulé depuis qu'il habitoit
ce coin de l'Iberie. Il ignoroit ce
qui fe paffoit dans tout le reíte de la
terre . Nulle correfpondance n'étoit alors
établié entre les Nations qui environnoient
fa retraite . Mais , par-la même ,
cette retraite étoit plus fure pour lui ,
étoit plus conftament ignorée. Ni Tutor,
ni Ambigat n'avoient encore pû la
découvrir . Cependant il arriva ce qui
étoit prèfque inévitable : Cléomir , fans
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
rien perdre de fon amour , fentit renaître
les idées de fa première grandeur, La
vie qu'il menoit lui parut peu digne de
lui , & même de Dalia. Elle est née
pour le Trône , difoit - il , & c'est à
moi de l'y placer , à moi de regner
avec elle , ſi Ambigat a ceffé de vivre :
une plus longue retraite feroit un oprobre.
Il envoya quelques émiffaires obferver
ce qui fe paffoit dans les Gaules,
Il envoya même jufqu'en Italie . Les
premiers lui rapporterent qu'Ambigat
régnoit encore. Les feconds que Brennus
à la tête d'une Armée Gauloife
marchoit pour fubjuguer la Tofcane &
les Pays voifins . Cléomir à cette nouvelle
ne put maîtrifer fon ardeur. Il
étoit frère d'armes de Brennus. Il réfolut
d'aller prendre part aux travaux &
à la gloire qui l'attendoient. Je fuis
difoit - il , profcrit de mon Pays , & je
vis inconnu dans celui que j'habite : j'y
vis fans éclat , fans défenſe : l'amour m'y
tient lieu de tour ; mais peut-être cet
amour est une foibleffe Il fe défia de
fon coeur , & fon efprit fut perfuadé.
En vain Dalia oppofa-t- elle à cette réfolution
fes prières & fes larmes. Cléomir
la quitta , en pleurant lui-même , &
OCTOBRE . 1763 . 51
F
réfolu de fe venger fur les Italiens de la
violence qu'il fe faifoit.
Brennus le reçut avec la diftin&tion
qu'il méritoit à tous égards , mit une
partie de fon armée fous fes ordres ,
& promit de partager avec lui les Conquêtes
qu'ils alloient tenter enſemble.
Elles furent auffi brillantes que rapides
. Les Romains voulurent en arrêter
le cours ; mais l'orage , qu'ils prétendoient
conjurer, vint fondre ſur eux. Ils
n'y réfifterent pas. Rome fut prife &
réduite en cendres le Capitole alloit
fubir la même deftinée, le nom Romain
s'éteindre pour jamais , le monde être
préfervé d'un honteux efclavage. Les
cris de quelques oies en ordonnerent
autrement.
Dans ces circonftances un des Gaulois
que Cléomir a laiffé en Ibérie furvient
, & lui apprend que la Princeffe a
été enlevée par un nombreux parti de
Celtes. Ciell s'écria alors Cléomir, Ciel !
c'est moi qui ai préparé cet horrible
accident ; c'est moi qui caufe la perte
de Dalia. J'aurois dû me borner à défendre
un bien fi précieux , & non venir
attaquer des Nations que j'ignorois
& qui m'ignorent. Il ne douta point
que cet enlévement n'eût été fait par
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
ordre d'Ambigat: il fe repréfentoit Dalia
plus captive que jamais , privée de toute
confolation , de toute efpérance . Eh
que feroit- ce , pourfuivoit- il , fi Ambigat
n'exiftoit plus ? Si une four injuftement
couronnée alloit juger la perte
de fa foeur nécéffaire à fa propre confervation
? Si un Druide .....Ah ! une
foule d'idées cruel les viennent accabler
& défoler mon âme ! je n'y puis réfifter.
Partons : allons fauver Dalia , ou
nous perdre avec elle.
Brennus , à qui il fit part de cette réfolution
, ne réuffit point à l'en détourner.
Il le preffa d'accepter au moins
quelques troupes. Mais Cléomir fentit.
avec raifon qu'il lui falloit ou une
armée complette , ou fimplement un
petit nombre d'hommes choifis. Il fixa
ce nombre à douze , auxquels même il
ne fit aucune part de ce qu'il méditoit
Il partit , laiffant Brennus occupé à prefcrire
un traité de paix aux Romains
qui ne vouloient que le tromper &
qui y réuffirent , parce qu'il étoit plus
brave guerrier que fin politique. Pour
Cléomir , fon extrême empreffement
régloit fa marche auffi fut - elle des
plus rapides. Il trouva de grands changemens
à fon arrivée. Le Druide SéOCTOBRE.
1763. .53
govefe ne vivoit plus depuis fix mois; Ambigat
étoit mort depuis peu de temps ;
& une Princeffe fa fille venoit d'être élévée
fur le Trône. Ces nouvelles augmenterent
l'agitation du Prince . Il craignit
tout pour celle qu'il venoit fecourir
, & craignit même d'être venu
trop tard.
,
Le jour fuivant la Reine fe fit voir en
Public & dans toute la pompe de la
Royauté. Un fond de langueur fembloit
encore ajouter à fes charmes. Cléomir
accourt fe confondre parmi la foule des
fpectateurs fes regards avides cherchent
la Reine de toutes parts , & ne
cherchent qu'elle. Enfin , il l'apperçoit
& refte faifi , ému , tranfporté. C'eſt
Dalia s'écrioit-il , ce font les mêmes
traits les mêmes charmes , la même
grâce : jamais reffemblance ne fut plus
entiere ; & les Dieux ne prodiguent
pas des êtres auffi parfaits. Peu s'en
fallut qu'il n'interrompît la cérémonie
par une fcène vive & tendre. Il fe rappella
enfin tout ce que la Princeffe
lui avoit dit de l'extrême réffemblance
qui éxiftoit entre- elle & fa foeur. Cette
réfléxion dérangea toutes fes idées &
rappella toute fa trifteffe. Il étoit feulement
furpris que fon coeur parût ſe
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
méprendre à cette reffemblance comme
fes yeux mêmes.
Il y rêvoit encore quand un Barde
qui avoit été autrefois de fa Cour en ,
Aquitaine , le reconnut & vint l'aborder
. Un Barde étoit alors ce qu'eſt parmi
nous un Poëte, excepté qu'ils étoient
moins nombreux & plus révérés . On
les reconnoiffoit à des marques diſtinc →
tives & honorables . C'étoient de plus
les feuls Hiftoriens de la Nation . Leur
emploi ordinaire étoit de chanter les
actions des grands Hommes . Ils alloient
fréquemment de Province en
Province , & l'on préfume bien qu'il
n'en manquoit pas à la Cour. Celui- ci
étoit venu tenter fortune à celle de la
nouvelle Reine . Il fut furpris que Cléomir
n'y parût point avec l'éclat qui convenoit
à fa dignité. Le Prince avoit befoin
d'un confident , furtout d'un confident
de l'espéce de celui-là . Il lui fit
part des motifs de fon féjour dans cette
contrée , & le détermina facilement à
feconder fes vues. Il l'inftruifit même
de l'impreffion que la Reine venoit de
faire fur fon âme , & de l'incertitude
qu'elle y laiffoit. Je connois peu cette
Princeffe , reprit le Barde ; c'eft la feconde
fois que je parois à fes yeux . Elle eſt
OCTOBRE . 1763. 55
à coup für la plus belle perfonne de fa
Cour: elle en eft en même temps la plus
trifte. Mais elle cache , dit- on , la cauſe
de fa mélancolie ; & on la refpecte affez
pour ne paroître pas avoir deviné ce
qu'elle veut taire. Cependant , pourſuivit-
il , j'efpére avec le fecours de mon
art éclaircir vos doutes , & peut-être
adoucir l'extrême trifteffe de la Reine.
Cette promeffe en attira d'autres que
le Prince fit au Barde ; & tandis que celui-
ci étoit allé préparer fa Romance ,
Cléomir fe replongea dans fes réfléxions.
Il flottoit entre une foule de penfées
contraires l'une à l'autre. Ses idées
fe confondoient. Un rayon d'eſpérance
étoit foudain couvert par un nuage
d'incertitude . Non , difoit- il enfin , non
je ne puis croire que Dalia foit fur le
Trône & me le laiffe ignorer. Je connois
fon coeur.... Mais peut-être , ajoutoit
Cléomir , peut - être Dalia doutet-
elle du mien ; peut-être mon départ
d'Ibérie fut- il un crime à fes yeux : peutêtre
ce qui n'étoit que le fruit d'une
noble ambition lui parut- il l'effet d'une
coupable inconftance. Une femme de
feize ans & qui aime , fçait rarement
mettre la gloire en balance avec l'Amour.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Deux jours après le Barde fe préfenta
chez la Reine . Elle l'apperçut & voulut
l'entendre ; c'étoit ce qu'il defiroit le
plus . Il lui promit des chants qui n'avoient
encore été entendus de perfonne
: promeffe qui rendit la Reine trèsattentive.
Le Barde ufa encore d'un autre
moyen pour prévenir les diftractions.
Il commença par le portrait de
fon héros, qu'il affecta de ne point nommer.
Mais quiconque avoit vu Cléomir
ne pouvoit s'y méprendre ; & quiconque
ne l'avoit pas vu afpiroit à le voir
dès ce moment. La Reine devint toutà-
coup rêveufe & parut s'attendrir. Le
Barde hauffant le ton chanta les ex-
, ploits du jeune Guerrier fes rapides
conquêtes , fon courage dans les combats
, fa douceur après la victoire. Il
rappella l'inftant où fubjugué par fa
prifonnière , de vainqueur qu'il étoit , il
devint efclave. Il peignit les plaifirs
dont avoit joui le jeune couple dans fa
retraite la violence que fe fit Cléomir
pour s'arracher de ce lieu de délices ;
les nouveaux lauriers qui l'attendoient
fur les bords du Tibre : mais le Chantre
fe furpaffa lui -même vers la fin de fon
récit, Il s'agiffoit d'exprimer la douleur
où Cléomir étoit plongé depuis que
:
OCTOBRE. 1763 . 57
1
Dalia lui avoit été ravie . Le Chantre ,
dis-je , eut recours à des termes fi touchans
, que toute l'affemblée en fut émue,
& que la Reine laiffa couler des larmes.
Il parut même au Barde qu'elle fe
faifoit violence pour ne donner que ces
marques d'attendriffement .
•
Elle le retint lorfqu'il étoit prêt à s'éloigner
, & le conduifant un peu à l'écart
: Avouez , lluuii ddiitt--eellllee , que vous
venez de peindre un être de raifon , un
objet qui n'a jamais exifté que dans
vos chants ? Pardonnez- moi , grande
Reine reprit le Barde ; mon héros
exiſte ; il eſt même à tous égards fort
fupérieur au portrait que j'en ai tracé.
La Reine à ces mots refta quelque tems
rêveuſe. Le Barde qui s'y connoiffoit
jugea qu'elle étoit plus perfuadée qu'elle
ne vouloit le paroître. Enfin elle lui
demanda quel pays habitoit le Prince
qu'il avoit fi bien chanté ? Le vôtre
Madame , répondit- il ; mais c'eft , je
penfe , pour peu de temps. Quoi ? reprit-
elle avec émotion , n'y a-t- il rien
dans mes Etats qu'il préfume pouvoir
l'arrêter ? Votre Prince aime la gloire :
j'ai des Armées & n'ai point de Général
; ce pofte ne me paroît pas indigne
de lui être offert. La Reine ajouta qu'il
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
y auroit pour lui le jour fuivant une
audience particulière , s'il jugeoit à propos
d'en profiter.
Le Barde crut pouvoir en répondre
d'avance. Un fuccés fi rapide l'étonnoit
, & il en faifoit modeftement tout
l'honneur à fes vers. Il eft certain , difoitil
, que fi la Reine étoit ce que préfume
Cléomir , elle lui en donneroit des
marques plus promptes & plus claires .
Elle s'eft attendrie , elle a verfé des larmes
; qu'est- ce que tout cela prouve ?
Rien finon que j'ai fçu être pathétique.
Le rapport qu'il fit au Prince ne fut
que la fuite de ce raifonnement. Cléomir
crut , cependant , y entrevoir quelque
chofe de plus mais fon incertitude
n'étoit pas levée . Il prit donc le parti
d'accepter l'audiance qu'on lui offroit.
Qui fçait , difoit -il , fi des raifons de
prudence n'obligent point Dalia d'en
ufer ainfi ? Et fut- ce même des raifons
de caprice , fût- ce même la foeur de
Dalia qui occupe le Trône , éffayons
du moins d'éclaircir l'avanture.
Il fe rendit au Palais à l'heure indiquée
& fut introduit fous les aufpices
du Barde . Mais il le fut pour lui-même
dans l'appartement de la Reine. Elle
etoit au lit fous prétexte d'incommoOCTOBRE.
1763. 59
dité & le mal parut s'accroître à l'afpect
du Prince. La Reine pouffa un cri qui fit
accourir toutes fes femmes. Elle fe remit
cependant , & leur ordonna de
s'éloigner à une certaine diftance . Le
Barde en fit autant , même fans avoir
reçu l'ordre . Seigneur , dit la Reine à
Cléomir , il doit vous paroître extraordinaire
d'avoir été prévenu ainfi par une
Souveraine à qui peut- être vous n'aviez
nulle demande a faire . Mais je veux
le bien de cet Etat , & un défenfeur
tel que vous n'eft point trop acheté
par
une démarche telle que la mienne.
Cléomir , moins frappé de ce difcours
que de la voix même qui le prononçoit
, fe trouva hors d'état d'y répondre.
Le fon de cette voix lui pénétroit
l'âme. Il croit entendre Dalia , & malgré
l'obfcurité qui regne autour d'elle,
il croit la voir mais la reffemblance
dont il eft prévenu vient de nouveau
croifer fes idées. Il étoit d'ailleurs trop
agité pour voir fi la Reine partageoit fon
trouble. Il répondit enfin ; mais ce fut
pour éluder adroitement les offres qui
venoient de lui être faites . Il ajouta ;
qu'occupé de la recherche d'un bien
qu'il a perdu par fa faute , nul objet
d'ambition ne pouvoit le diftraire de ce
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
foin. Cléomir s'apperçut que fa réponſe
avoit vivement frappé la Reine : mais
il ne put démêler quelles fortes de mouvemens
l'agitoient.
A l'inftant même furvient un Courier
chargé de dépêches affligeantes.
Une Armée de Germains avoit pénétré
dans la Gaule Celtique , & dévatoit
tout fur fon paffage. La Reine parut
effrayée. Alors Cléomir jugea qu'il étoit
de fa gloire de fecourir une Princeffe
qui l'avoit prévenu par des offres ; mais
il n'accepta aucun titre dans fon armée;
il partit comme fimple Volontaire. La
Reine , il eft vrai , le fit accompagner
par tout ce qu'il y avoit de guerriers
à fa Cour , & envoya ordre au Général
de le confulter dans toute occafion . Cet
ordre produifit l'effet qu'on en devoit
attendre le Général jugea qu'on lui
envoyoit un Collégue , & ne vit dèslors
dans ce Collégue autre chose qu'un
Ennemi.
Pour Cléomir il rêvoit , chemin faifant
, aux circonftances qui dirigeoient
fa conduite. Elle lui parut bifarre &
celle de la Reine peu conféquente . Il
ne trouvoit point naturel qu'une Souveraine
prévînt un Inconnu par des diftinctions
fi marquées. Il en venoit à
OCTOBRE. 1763 .
61
croire qu'il n'y avoit que Dalia qui
pût le traiter ainfi . D'un autre côté , difoit-
il , Dalia devroit en faire davantage
. Ce qui pour fa foeur diroit trop
ne fignifie point affez pour elle. Ainfi
d'une ou d'autre part Cléomir voyoit
de l'inconféquence . Il en voyoit jufques
dans fes propres démarches. Enfin ,
perfuadé que dans une femme , & même
dans l'homme le plus fage , des inconféquences
ne prouvent rien , il attendit
l'événement.
Celui de cette campagne fut promptement
décidé. Les deux armées étoient
en préfence. Le Général Gaulois prit
l'avis de Cléomir pour être plus en état
de faire des difpofitions toutes contraires.
Elles étoient fi favorables à l'ennemi
qu'il enfonça l'armée des Celtes fans
peine & prefque fans peril . Le Général
fut lui- même enveloppé , en combattant
très vaillamment . Cléomir vit
alors que tout étoit perdu , s'il ne prenoit
tout fur lui . Il rallie les Troupes
difperfées , encourage celles qui fe défendoient
encore , fait faire de nouvelles
attaques , & combat lui- même avec cette
valeur qui étonne & fe communique.
En peu de temps la face des affaires
changea ; les Germains enfoncés à leur
62 MERCURE DE FRANCE.
tour , font pourfuivis jufqu'à leur en
tiere défaite . On ne s'appercut bientôt
qu'ils euffent pénétré dans les Gaules,
que par le grand nombre de morts &
Captifs qu'ils y laifferent .
la
L'armée Gauloife attribua hautement
à Cléomir tout l'honneur de la victoire.
Il eft ramené en triomphe à la Cour ,
& regardé comme le libérateur de l'Etat .
Ces hommages étoient volontaires de
part des Peuples ; ils avoient prévenu
à cet égard les ordres de la Reine :
mais on lifoit fur fon vifage la joie
qu'elle en reffentoit. On eût pû même
y lire que cette fatisfaction étoit relative
à la perfonne du Vainqueur autant
& plus qu'à la Victoire dont elle recueilloit
les fruits.
C'étoit l'ufage alors dans les Gaules,
que le Souverain au milieu de toute fa
Cour,& dans tout l'appareil de la Royauté
, plaçât une Couronne d'or fur la
tête du Général victorieux. Il fut décidé
que Cléomir jouiroit de cet honneur ;
& la cérémonie fut renvoyée à deux
jours. Il eut encore durant cet intervalle
une courte entrevue avec la Reine qui ,
comme dans la première , ne fe laiffa
voir qu'à demi. De là nouvelles con-,
jectures de la part du Prince , nouvelle
OCTOBRE. 1763 .
62
incertitude nouvelle impatience . Il
étoit réfolu de tout perdre ou de s'éclaircir
fur le fort de Dalia ; car c'étoit
Dalia feule qui pouvoit l'intéreffer;
c'étoit fon âme, fa candeur , fon amour,
fa manière d'aimer qui le captivoient . Il
n'eût pas fuffi , pour le diftraire de fa
paffion , d'égaler Dalia en beauté , de
réunir même tous les traits ; elle feule
eut pu devenir la rivale d'elle-même ;
& c'eft ce que foupçonnoit quelquefois
Cléomir. Deux nouveaux incidens vinrent
détruire en lui cette idée.
Le Barde qui l'avoit fervi dans fes
premières tentatives , ne l'avoit point
accompagné dans fon expédition contre
les Germains. Il étoit reſté à la
Cour où la Reine le combloit de diftinctions
& de bienfaits. Selon lui , c'étoit
la beauté de fa Romance qu'elle
récompenfoit. Il dut cependant s'appercevoir
que le héros y entroit pour beaucoup.
La Reine l'en entretint fi fouvent
qu'il foupçonna ce qu'elle ne vouloit
point lui cacher. Elle en vint même jufqu'à
le charger d'une négociation qui
marquoit la plus intime confiance. Il
s'agiffoit d'engager Cléomir à fé fixer à
la Cour. Une lettre qu'il lui remit de la
part de la Reine venoit à l'appui de
fe
64 MERCURE DE FRANCE.
fes difcours , & laiffoit entrevoir au Prince
qu'il pouvoit afpirer à tout. Le Barde
n'épargna rien pour le déterminer.
Son mariage avec Dalia n'étoit par
lui-même qu'un léger empêchement.
Les loix du temps autorifoient le divorce
; & l'ufage n'empêchoit point qu'une
foeur ,dans un cas pareil , ne pût remplacer
fa foeur. L'obſtacle réel étoit l'attachement
de Cléomir pour Dalia.
Il répondit à la Reine avec refpe&t ,
mais d'une manière vague. Son but étoit
de gagner
du temps. L'écriture de la
lettre lui étoit abfolument inconnue ;
mais au bout de quelques heures un
Efclave lui apporta un autre billet dont
il reconnut d'abord le caractère . Sa furprife
égala fa joie d'y trouver ces mots :
Epoux toujours cher , mais peut-être
inconftant , reconnoiſſez les traits de l'infortunée
Dalia. Elle refpire encore & ne
vit que pour vous. Suivez cet efclave , &
venez vous juftifier s'il eft poffible.
Oui s'écria Cléomir , oui ma juftification
fera facile & prompte. Je ne
veux pour juge que fon coeur , pour
témoin que mes actions. Il partit fur le
champ , guidé par l'Efclave , & fans
aucune fuite. Après une heure de mar
OCTOBRE. 1763. 65
che ils arriverent à un bois des plus
folitaires. Une marche à-peu - près auffi
longue dans cette forêt les conduit à
un Château qui reffembloit beaucoup
à une prifon d'Etat ils y entrent ;
néanmoins , fans difficulté . Cléomir fut
furpris d'y reconnoître quelques - uns
des efclaves qui fervoient Dalia en
Ibérie . Mais que n'éprouva- t- il point en
appercevant Dalia elle - même ! en la
voyant fe précipiter dans fes bras ! le
ferrer dans les fiens ! en lui entendant
prononcer d'une voix prefque éteinte :
eft-il bien vrai que Dalia vous foit encore
chère ?
Cléomir ne répondit d'abord que par
des baiſers de flamme : enfuite , il lui
parla avec ce ton qui perfuade toujours
parce qu'il eft celui du fentiment & de
la vérité. Les larmes de Dalia couloient:
mais ce n'étoit point des larmes de
douleur : c'étoient des l'armes de tendrefle
& de joie ; de ces larmes délicieufes
qu'infpire la perfuafion d'un bonheur
dont on a eu lieu de douter , &
d'un bonheur tel qu'en procure un
amour mutuel . Ma chère Dalia , lui
dit Cléomir , les momens font précieux.
Il faut vous arracher à cette priſon :
peut -être quelques jours plus tard
66 MERCURE DE FRANCE.
feroit- elle pour moi d'un accès plus diffi
cile. fuyons ces lieux , fuyons la Gaule
entiere , jufqu'à ce que le moment foit
venu d'y rentrer d'une manière digné
de vous & de moi.
Quoi s'écria - t- elle enfin , quoi
Prince , vous renoncez , pour me fuivre,
à tous les avantages qu'une Reine puiffante
vous laiffe efpérer ? ... Rien ne
peut vous remplacer auprès de moi , interrompit
vivement Cléomir , pas même
une Reine qui réunit vos charmes ex→
térieurs. Un vif defir de gloire & de
vous procurer un état digne de vous
m'avoient ci-devant arraché de vos bras.
L'Empire du monde , que vous ne partageriez
point avec moi , feroit incapable
de me féduire .
Mais , Seigneur , ajouta la Princeffe ,
après un autre moment de filence ,
n'eft-ce pas demain que vous recevez ,
en préfence de tous les Chefs de l'Etat ,
le prix de la victoire dont il vous eft redevable
Cet honneur n'eft point a
dédaigner , & il eft bon que les Celtes
s'accoutument à voir en vous un défenfeur.
Cléomir étoit plus jaloux de rendre
Dalia libre que de fe faire cou-
Fonner comme vainqueur. Mais elle
perfifta fi abfolument dans cette idée ,
OCTOBRE. 1763. 69
qu'il fe vit contraint d'y foufcrire. Il la
quitta , après avoir pris quelques mefures
pour leur commun départ , fort
étonné qu'elle -même s'obftinât d'en
retarder le moment , plus étonné encore
des motifs de ce retard . M'obliger,
difoit-il , à contempler fa rivale dans
tout l'éclat du Trône , & à partager
moi-même cet éclat ! Certainement Ďalia
préfume beaucoup de ma fidélité
ou ne craint pas affez de la mettre en
péril.
9
Cette idée l'occupa jufqu'au moment
de la cérémonie . L'affemblée étoit des
plus auguftes. On y voyoit réunis tous
les grands Ordres de l'Etat. La Reine
affife fur un Trône magnifique , avoit à
fa droite le Confeil des Druides , à fa
gauche le Sénat des Dames Gauloifes . *
Les principaux chefs des Armées occupoient
les degrés du Trône & fes avenues.
Un peuple immenfe rempliffoit le
* On fçait qu'il y eut autrefois dans les Gau
les un Sénat uniquement compofé de femines.
Les plus grandes affaires fe décidoient à ce Tribunal.
Elles y étoient mieux confuites qu'elles
n'euffent pu l'être par les hommes , qui ne fçavoient
guères alors que combattre . Les Druides
parvinrent à anéantir ce Sénat qui nuifoit à
leur defpotifme.
68 MERCURE DE FRANCE.
furplus de l'efpace. Cléomir parut aux
acclamations de toute cette multitude
& conduit par les principaux Guerriers
qui avoient combattu fous lui. Sa démarche
fon air , toute fa perfonne ,
avoient tant de nobleffe , que la Couronne
qui l'attendoit parut fort au-deffous
de ce qu'il devoit prétendre. De
fon côté la Reine lui parut fi belle , qu'il
frémit de l'imprudence de Dalia. La
Reine , elle -même , fembloit occupée
d'un deffein beaucoup plus grand que
celui qui étoit indiqué. Une joie , mêlée
d'un certain trouble , régnoit fur
fon viſage & dans fes yeux. Cléomir approche
& monte quelques degrés du
Trône où la Reine en ce moment
l'attendoit de bout. Elle pofe fur la tête
du Prince , au bruit des applaudiffemens
univerfels , la Couronne d'or qu'elle tenoit
à la main. On l'eût prife pour Vénus
qui couronnoit Mars. Une profonde
génufléxion annonçoit déjà la retraite
de Cléomir ; la Reine le retint . Prince ,
lui dit- elle , votre fidelle Dalia ne veut
plus être féparée de vous. Ces mots le
jetterent dans une furpriſe inexprimable.
En même-temps la Reine ôtant fa Couronne
la dépofe entre les mains d'un
de fes Officiers & defcend fur le
OCTOBRE. 1763. 69
même degré où étoit Cléomir. Alors un
étonnement & un filence univerfels fuccédent
aux applaudiffemens. Dalia ( car
c'étoit elle -même ) élevant une voix qui
pénétroit l'âme , s'exprima ainfi .
» O yous ! noble Elite d'une Nation
» redoutée par toute la Terre , écoutez
» votre Reine , & voyez à quel prix
» elle peut déformais l'être .
( Montrant Cléomir. )
» Voici l'appui , le défenfeur , l'époux
» que m'avoient donné les Dieux avant
» que de me choifir pour gouverner
» cet Etat. Ne m'euffent- ils fait que ce
» premier don , ma reconnoiffance ne
» finiroit qu'avec mes jours. Et vous
» généreux Gaulois , fongez que c'eft
» un préfent que le Ciel vous fait par
» mes mains. Né du fang des Rois ,
" mon époux eft encore plus digne de
» commander aux hommes par fon cou-
» rage & fes vertus , que par ſa naiſ-
» fance. Il fut autant de fois victorieux
» qu'il donna de Batailles ; il prit autant
» de Villes qu'il en affiégea. Nul ne con-
» nut mieux l'art de fubjuguer une Na-
» tion , & vous fçavez s'il connoît ce-
» lui de les défendre.
70 MERCURE DE FRANCE.
Aux Druides. )
» Miniftre des Dieux ! voilà le défen-
» feur des Autels.
( Aux Dames Gauloifes )
» Sages Difpenfatrices des Loix , voilà
» le bras qui en peut maintenir l'autorité.
( Aux Chefs des Troupes .)
» Braves Guerriers , voilà le Chef di-
» gne de vous conduire. Peuples , enfin ,
» qui me reconnoiffez pour votre Reine,
» voilà le Roi que ma tendreffe vous
» propofe ; celui qu'elle a choifi pour
» moi-même. Nos deftins font infépara-
» bles : ou détrônez Dalia , ou couron-
» nez Cléomir. »
Ce difcours prononcé d'un ton noble
& touchant , par une Princeffe qui féduifoit
lors même qu'elle ne vouloit pas
toucher ; quelques larmes qui couloient
de fes beaux yeux ; la tendreffe qu'on y
lifoit pour fon époux , & autant que
tout cela même , le grand nom de Cléomir,
tout contribuoit à un heureux dénouement.
L'unanimité des fuffrages
s'annonça par des acclamations générales
& fubites. Cléomir fut élu Roi
avant que d'être bien perfuadé fi Dalia
étoit vraîment elle-même.
'
OCTOBRE. 1763 . 1
Ses doutes à cet égard étoient faciles
à détruire . Dalia l'inftruifit de ce que
fon abfence lui avoit laiffé ignorer. Am
bigat ayant furvêcu à Ségovefe , furvecut
auffi à fa prévention pour ce
Druide , & même à fa dévotion envers
Tautatès . La Déeffe Ifis devint l'objet
de fes hommages multipliés , & la
Grande-Prêtreffe l'objet de fa confiance.
Il étoit naturel que la Prêtreffe anéantît
ce qu'avoit fait le Druide fon ennemi
, & , qui pis eft , fon devancier, Il
falloit des oracles , ils ne manquerent
pas. Ainfi Dalia avoit au nom d'Ifis
été déclarée l'aînée par la raifon même
qui l'avoit d'abord fait déclarer la cadette
; c'est-à- dire parce qu'elle étoit née
la feconde . Ambigat informé du lieu
de fa retraite , l'en avoit retirée par un
enlévement l'avoit fecrettement fait
conduire à fa Cour , l'avoit deſtinée au
Trône , & en avoit exclu celle qu'il
avoit d'abord préférée . Elle avoit achevé
de rendre la révolution complette
en remplaçant Dalia parmi les Prêtreffes
d'Ifis. Peut-être même y defiroitelle
l'arrivée d'un nouveau Cléomir pour
la perfection du parallèle . Au refte , ce
n'eft point à Dalia qu'il faut imputer
cette réfléxion critique. Il ne faut pas la
>
72 MERCURE DE FRANCE :
juger elle -même trop févérement fur fa
manie d'éprouver la fidélité d'un époux.
Ces fortes d'épreuves pouvoient fe rifquer
il y a trois mille ans . On imagine
que de nos jours elles pourroient n'avoir
pas le même fuccès .
NOUVELLE GAULOISE.
IL fut un temps où les Gaules étoient
habitées par différens Peuples , & ces
Peuples gouvernés par différens Souverains.
La Loi Salique n'exifloit pas
encore ; mais la fierté Gauloife y fuppléoit.
Rarement lui voyoit- on décerner
la couronne à une Femme. Il falloit
pour opérer ce phénomène une Puiffance
fupérieure à celle de la Royauté
même ; une Puiffance à laquelle ni les
Rois , ni les Peuples ne fçavoient point
réfifter ; en un mot , la volonté des
Druides.
Un Druide étoit un Prêtre mais
dans ces temps fi éloignés du nôtre ,
cette qualité n'éteignoit point toute autre
ambition dans ceux qui la poffédoient.
Ils approchoient du trône , difpofoient
des grâces , des emplois , des
dignités , & quelquefois même de la
Couronne , fi le Prince qui la portoit
avoit le malheur de leur déplaire .
Ambigat , Roi de la Gaule Celtique ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
cut l'avantage , infiniment rare , de fa
tisfaire & les Druides , & fon Peuple ,
& jufqu'à fes voifins. On regrettoit
qu'un fi digne Monarque n'eût aucun
héritier mâle. Il n'avoit pour tous enfans
que deux filles nées le même jour,
belles au-delà de toute expreffion , & qui
fembloient avoir été formées fur le même
modéle . Jamais reffemblance ne fut
plus parfaite. Elle s'étendoit jufqu'au
fon de la voix l'oreille & les yeux y
étoient trompés . Le Chef des Druides
qui fous le regne d'Ambigat étoit plus
que premièr Miniftre , efpéroit être plus
que Roi fous le regne de la Princeffe
qui devoit lui fuccéder . Il craignoit feulement
que l'égalité d'âge & l'extrême
reffemblance de deux fours n'occafionnât
quelque trouble dans l'Etat . Il prit
un parti qu'il jugea légitime , parce qu'il
lui parut nécéffaire. Ce fut d'éloigner
pour jamais de la Cour celle des deux
Princeffes qui ne devoit pas occuper
le Trône. Il prévoyoit bien qu'un tel
facrifice répugneroit à Ambigat , qui
n'étoit pas moins bon Père que bon
Roi. Mais Ségovefe ( c'eft le nom du
Grand-Prêtre ) ufa du privilége qu'il
faire parler fes Dieux. Il fuporacle
entiérement conforme
Ponde
OCTOBRE. 1763. 37
à fes vues. Un tel expédient ne pou
voit alors manquer fon effet. Ambigat
n'ofa ni contredire cet Oracle ni
même en douter.
>
Les deux Princeffes furent donc féparées.
Le Druide affura au nom de
Tautatès que celle des deux Jumelles
qui étoit née la feconde étoit nécéffairement
la plus jeune. En conféquence
elle fut reléguée parmi les Prêtreffes
d'Ifis. Le but de Ségovefe étoit de pouvoir
en un befoin oppofer l'une à l'autre
: c'est-à- dire , faire paffer la Reine du
trône à l'exil , & fa foeur de l'exil au
trône.
Deux ans s'écoulerent ainfi , & Dalia
(c'eft le nom de la Princeffe reclufe) touchoit
à fa quinziéme année. Ambigat regnoit
encore. Il foutenoit même la guerre
avec vigueur contre le Roi d'Aquitaine
fon voifin. Il finit par perdre une Bataille
. Cléomir Prince du fang d'Aquitaine
commandoit l'armée ennemie . Il
fçut profiter de fa victoire , pénétra dans
les Provinces Celtiques , s'empara de
quelques places fortes , & qui plus eft ,
du Temple d'Ifis , le même où la Princeffe
Dalia fe trouvoit enfermée. Le
culte d'Ifis étoit abfolument ignoré des
Aquitains. Ils fe promettoient bien de
38 MERCURE DE FRANCE.
n'épargner ni fon Temple, ni fes tréfors ,
ni fur-tout fes Prêtreffes. Cléomir en décida
autrement. Il avoit fur les troupes
l'afcendant que donne à un. Général
une naiffance illuftre , un courage héroïque
, & qui plus eft , une foule de
Victoires dans un âge où les hommes
ordinaires fçavent à peine obéir. Cléomir
n'avoit que vingt- quatre ans , & il
en étoit chez nos ayeux comme parmi
nous : un Prince , qui à cet âge avoit
gagné des batailles , pouvoit préfcrire
l'impoffible à fon armée. Ce que le
Prince Aquitain exigeoit de la fienne
étoit quelque chofe de plus qu'attaquer
un ennemi fupérieur en force. Il en
couta , il eſt vrai , à la Déeffe quelques
fommes d'or , fruits de l'aveugle
crédulité des Peuples , & qui par cette
raifon , devoient être bientôt remplades
fommes plus grandes.
- Cleomir qui n'exigeoit rien pour lui ,
voulut , du moins , paffer en revue toutes
ces vierges qu'il avoit confervées
intactes. Le nombre en étoit confidérable
& le coup d'oeil d'autant plus intéreffant.
Toutes portoient un voile ,
mais placé de manière qu'il gênoit peu
les regards du Prince. Une des plus jeu
aes Prêtreffes lui parut voilée avec beau
cées par
OCTOBRE. 1763. 39
coup plus de foin : ce qui n'empêchoit
pas qu'on ne pût remarquer la nobleffe
de fon port & l'élégance de fa taille.
La beauté fe cachoit , mais les grâces
s'échappoient de toutes parts. Le Prince
ne put réfifter aux mouvemens qui,
agitoient fon âme. Il s'avance , non en
vainqueur, mais en captif. Ah ! daignez ,
dit-il à la jeune Prêtreffe , daignez écarter
ce voile impofteur & facrilége ! laiffez-
moi voir ce que je dois adorer. Ces
mots parurent troubler fingulierement
celle à qui le Prince les adreffoit. Elle
gardoit cependant le filence , . & ne
dérangeoit point fon voile. Cléomir en
réitérant fes inftances ne fit qu'accroître
fon trouble & n'obtint rien de plus . Une
dès compagnes de la jeune Prêtreffe
jugea qu'il étoit dangereux de pouffer.
à bout un vainqueur de vingt - quatre
ans. Elle écarta ce voile incommode ,
& peut-être fatisfit deux perfonnes à la
fois . Il eft du moins für que Cléomir
fut ébloui , tranfporté. Ah ! que vois -je ?
s'écria -t-il ; non , vous n'êtes pas une
fimple Prêtreffe , vous êtes la Divinités
de ce Temple ; fi pourtant Ifis eut jamais
les charmes que vous avez. Daignez
vous montrer aux Aquitains , &
votre culte fera bientôt établi 'parmiį
40 MERCURE DE FRANCE .
eux. Il l'eft déja pour jamais dans mon
coeur.
Ce difcours fit frémir la Grande Prêtreffe
qui fe trouvoit à portée de l'entendre
; mais on affure que celle qui en
étoit l'objet n'en frémit pas . Un vainqueur
jeune & bienfait qui parle à genoux
, & qui parle d'amour à une jeune
perfonne , en eft pour l'ordinaire écouté.
Cléomir le fut , quoiqu'il parlât à une
Princeffe : car c'étoit à la fille d'Ambigat
qu'il rendoit cet hommage . Trompé
par fon extérieur , il prenoit la Princeffe
des Celtes pour une fimple Prêtreffe
d'Ifis.
Il formoit dès-lors le deffein de l'enlever
à la Déeffe. J'ai déja dit qu'Ifis
n'avoit nul crédit chez les Aquitains , &
d'ailleurs l'Amour empiète fouvent fur
le domaine des autres Dieux. Cléomir
fit part de fon projet à la prétendue Prêtreffe.
Il parloit du ton le plus refpectueux
, & n'effaroucha qu'autant que
la décence l'exigeoit. Le Prince connut
enfin qu'on ne lui permettroit cet attentat
que lorsqu'il feroit effectué.
Les moeurs du temps le difpenfoient
d'une retenue bien exacte ; mais les
ufages reçus n'étoient pas une régle
pour lui. Il confulta deux chofes ,
OCTOBRE. 1763. 41
fa grandeur d'âme & fon amour. L'un
lui confeilloit d'enlever la jeune Princeffe
, l'autre de la traiter comme s'il
eût connu fa dignité. Il fatisfit & fon
amour & fa grandeur d'âme . Dalia , tirée
de fa captivité , ne crut point être
retombée dans une autre. Du Temple
d'Ifis elle fut conduite dans une Ville
dont Cléomir étoit le maître , & fervie
comme fi elle eût été au milieu de la
Cour d'Ambigat.
Cléomir vifitoit fouvent cet afyle ;
mais il agiffoit toujours en Amant refpectueux.
Dalia fe taifoit encore fur
fa naiffance. Elle réfervoit cet aveu
pour arrêter le Prince dans certaines
pourfuites un peu trop vives ; car elle
préfumoit bien que tôt ou tard il en
viendroit là. Toutefois , avant que le
danger devînt extrême , la paix fut propofée
entre les deux Peuples rivaux.
Cléomir fut bien furpris de voir le Roi
des Celtes infifter fur la liberté de la
jeune Prêtreffe plus que fur la reftitution
d'une Province . Le bon Ambigat ,
difoit - il , a les mêmes prétentions que
moi fur cette jeune Beauté : il m'eft fans
doute permis de me donner la préférence
. Mais le Roi d'Aquitaine penfoit
d'une autre manière . Il donna ordre à
42 MERCURE DE FRANCE .
Cléomir de rendre au Roi des Celtés
toutes les Prêtreffes qu'il pouvoit avoir
enlevées , & de bien garder toutes les
Villes qu'il avoit conquifes. Un tel ordre
plongea Cléomir dans la plus extrême
douleur. Il fentit d'abord qu'il n'obéiroit
pas ; mais l'arrivée du Roi d'Aquitaine
rendoit l'obéiffance prèſque
indifpenfable. Ce Prince , naturellement
peu guerrier , vint durant la trêve fe
mettre à la tête de fon armée , & réïtéra
fes intentions à Cléomir. Seigneur ,
lui dit ce dernier , commandez - moi de
fubjuguer en votre nom toute la Gaule
Celtique , je vais l'entreprendre , & je
réponds du fuccès fur ma tête . Mais de
grâce , laiffez -moi ma captive ; elle
m'appartient felon toutes les loix de la
guerre, & je préfére fa poffeffion à l'Empire
des Gaules. C'eſt donc une merveille
incomparable , reprenoit le Monarque
? Vous en jugerez , ajouta im
prudemment Cléomir. Il ne fentoit pas
que ces fortes d'examens font toujours
dangereux , furtout quand on rifque
d'avoir fon Maître pour rival.
Dalia ,
quoiqu'avec répugnance ,
parut aux yeux du Roi. Il fut ébloui
de fes charmes , & plus il les enviſageoit
, plus la réfiſtance du Prince luj
OCTOBRE . 1763. 43
fembloit excufable. Il prit un autre
parti , que lui fuggéra l'extrême beauté
de la jeune prifonniere : ce fat de fe
charger lui - même du foin de la rendre
au Roi des Celtes , mais de ne la lui
rendre que fort tard , Ambigat eft vieux,
difoit-il en lui-même , cette fantaifie
lui paffera ; ou du moins , j'aurai eu le
loifir de contenter la mienne . Ainfi
raifonnoit Tutor , ( c'étoit le nom de ce
Prince, ) il avoit pour maxime de ne rien
refufer à fes defirs quand il pouvoit les
fatisfaire fans danger pour fa Perfonne.
Il étoit voluptueux & timide , foible &
cruel . Depuis long - temps pour mieux
tromper Cléomir , il affectoit de le défigner
publiquement pour fon gendre .
Il lui en réitéra la propofition. Peutêtre
le Prince la jugea-t-il peu fincére.
Peut-être ne prit - il confeil que de fon
amour. Ce qu'il y a de certain c'eſt
que Tutor ayant déclaré qu'il prétendoit
avoir la jeune Prêtreffe à fa difpotion,
alors Cléomir ne confulta plus que
fon dépit & fa douleur. Il fe détermina
à tout perdre plutôt que de renoncer
à Dalia.
Elle étoit encore libre du moins
étoit-il permis à Cléomir de lui parler
tête-à- tête. Il en profita pour l'informer
44 MERCURE DE FRANCE.
,
des vues que Tutor avoit fur elle : vues
que lui- même avoit faifies avec toute
la pénétration d'un rival. Dalia frémit
du danger qui la menaçoit. Cléomir s'apperçut
bien de fon trouble & s'en
trouva lui-même un peu raffuré. Cependant
il cherchoit la vraie caufe de
cette agitation . Etoit - ce regret de le
quitter , ou répugnance de tomber entre
les mains du Roi ? Une telle diftinc
tion n'eft point frivole aux yeux d'um
Amant. Cléomir en fentoit toute l'importance
; mais tout ce qu'il put tirer
de la jeune Gauloife ne levoit point
fes doutes. Enfin il inftruifit Dalia du
deffein qu'avoit le Roi de lui faire
époufer fa fille. A ce difcours le trouble
de la Princeffe augmenta vifiblement
& après un moment de filence , elle
demanda , en rougiffant beaucoup , fi
la Princeffe d'Aquitaine avoit autant de
beauté que de naiffance & de grandeur
?
Cléomir enchanté de la queftion , &
furtout de la manière dont elle avoit été
faite , y répondit en Amant qui fçait
profiter de fes avantages. La Princeffe
d'Aquitaine , dit - elle à Dalia , eft
eſt ,
après vous , la plus belle perfonne du
Monde. Il faut vous avoir vue , pour
OCTOBRE. 1763. 45
fe défendre de l'adorer. Cette réponſe
ne raffura point la fauffe Prêtreffe , &
ce n'étoit pas non plus ce que vouloit
Cléomir. Ce Prince étoit aimé , l'ignoroit
, & cherchoit à s'en inftruire . Dalia
craignit de le lui cacher trop longtemps.
Peut -être , di oit- elle en ellemême
, peut - être la Princeffe d'Aquitaine
m'egale - t - elle en beauté ; mais
quel avantage ne lui donne pas fur moi
l'idée de fa naiffance ! Ah , prouvons
qu'au moins l'avantage eft égal entre
nous !
Le Prince Aquitain n'ambitionnoit
& n'efpéroit qu'une forte d'aveu : c'étoit
celui d'une tendreffe réciproque.
La preuve qu'il en éxigeoit, rendoit même
tout aveu fuperflu. Il s'agiffoit de
fuir avec lui , & de fuir chez une Nation
étrangère. La propofition étoit effrayante
, mais perfuafive . Cléomir donnoit
à Dalia l'exemple des plus grands
Sacrifices : il renonçoit aux avantages
de fon rang , aux fruits de fes exploits.
à l'hymen d'une Princeffe , jeune &
belle .... Il eſt bien peu de rivales ,
que de pareilles preuves d'amour ne
fubjuguent. Dalia , qui aimoit Cléomir
avant toutes ces preuves , eut la force
de contredire fes vues. Elle lui fit envi46
MERCURE DE FRANCE.
fager ce qu'il perdoit volontairement ,
ce qu'il pourroit regretter un jour , &
regretter en vain . Elle fe retrancha fur
la décence qui dès-lors ne permettoit
plus de fuivre un amant, Cet amant
veut être votre époux , interrompit vivement
Cléomir ; j'en jure par Tautatès
, Mercure & Mars j'en jure par
vous-mêmes qui pouvez tout fur moi ,
par l'honneur que nul Gaulois ne peut
trahir . Allons chez les Ibéres goûter un
repos que nous ne pouvons efpérer ni
dans votre Patrie ni dans la mienne .
Dalia ne fe rendit pas encore : mais
au fond elle étoit perfuadée. Le danger
étoit preffant , la fuite néceffaire , le
Conducteur agréable . C'en eft fait , dit-
´elle à Cléomir , c'en eft fait , cher Prince
; devenez l'arbitre de ma deſtinée :
me voilà prête à fuivre vos pas. Fuyons
ces lieux fufpects , & apprenez , enfin ,
que c'est la Princeffe des Celtes qui va
fuir avec vous .
Ciel ! s'écria Cléomir , de quel étonnement
venez-vous me frapper ? vous la
fille d'Ambigat ! Ce titre ne peut rien
ajouter à mon amour , à mon refpect.
Mais par quel événement ? .. Que disje
! Ah , fongeons d'abord à vous ſouftraire
au danger qui vous menace . VoOCTOBRE.
1763. 47
tre qualité ne feroit pas un moyen sûr
de vous en garantir.
Dès la fin du jour fuivant , tout étoit
difpofé pour l'évafion des deux Amans.
La place de Général , dont Cléomir faifoit
encore les fonctions , lui facilitoit
les moyens de fortir du Camp à telle
heure & avec telle eſcorte qu'il vouloit.
Celle qui l'accompagnoit étoit des
moins nombreufes , mais des plus fidelles.
Dalia déguisée en homme étoit
confondue parmi la troupe , de même
que deux de fes efclaves déguifées com →
me elle. On s'éloignoit en diligence ;
mais ce ne fut pas fans avoir furmonté
bien des périls qu'on arriva au pié des
Pyrénées , & furtout qu'on pénétra en
Įbérie , c'eſt -à- dire en Eſpagne . Cléomir
emportoit avec lui des richeffes confidérables
& qui étoient le fruit de fes
victoires. Ces tréfors ne lui furent point
inutiles une partie fervit à gagner les
Prêtres d'un Temple voifin des lieux où
Cléomir fe fixa. Il n'y pouvoit être en
fureté que fous leurs aufpices. Les Ibéres
étoient des barbares fans moeurs & fans
loix. La volonté de leurs Prêtres étcit
le feul frein qui pût contenir leur férocité
; & ces Prêtres , loin de la ré48
MERCURE DE FRANCE .
primer toujours , fçavoient quelquefois
en faire ufage.
Cléomir avoit choisi pour fa réfidence
un vallon ifolé d'un abord difficile
, mais par lui-même très-agréable .
C'étoit un des plus rians Payfages que
la Nature puiffe étaler. Là Cléomir ne
regrettoit rien , fur-tout lorfqu'il envifageoit
Dalia , qui , de fon côté , remercioit
Ifis d'avoir mal protégé fon Temple.
Dalia avoit informé Cléomir de
tout ce qui regardoit fa naiffance , & fa
métamorphofe en Prêtreffe. Il l'affura
qu'on pouvoit revenir du jugement qui
la privoit du Trône ; c'est-à-dire faire
parler quelque autre Dieu , & fur- tout
appuyer l'Oracle par d'heureux faits d'armes.
En attendant , il ne s'occupoit que
de fon Amour , & cet Amour devenoit
chaque jour plus preffant. Oui
Prince , lui dit enfin Dalia , j'en crois
vos fermens , mais c'eſt aux Autels que
je veux les recevoir & dépofer les miens.
C'étoit ce que Cléomir defiroit le plus
lui- même. Il n'y eut point dans cette
cérémonie ce fafte , cet appareil qui ,
pour l'ordinaire, accompagne les mariages
des Princes; mais , en revanche ,
il s'y trouva un témoin qui en eft prèſque
toujours exclu …………. Î'Amour.
II
OCTOBRE . 1763 . 49
Il ne quitta pas même les deux époux
quand leurs voeux furent comblés : leur
tendreffe réciproque fembloit s'accroître
de ce qui pour l'ordinaire l'anéantit.
Il n'eût pas été en leur pouvoir de s'aimer
moins ils ne pouvoient s'aimer
davantage. Toute leur âme fembloit
être de l'Amour. Cléomir , il eſt vrai ,
ne put renoncer entierement à la vie
active à laquelle il étoit accoutumé.
Dalia l'occupoit toujours & l'occupoit
feule mais fon caractère belliqueux ne
fe plioit point à une manière d'aimer
purement paftorale. Ses divertiſſemens
tenoient de l'éducation mâle qu'il avoit
reçue. N'ayant plus d'Armée à conduire
ni d'Ennemis à combattre , il
fuivoit les cerfs dans les forêts ; il af
frontoit & terraffoit les bêtes féroces.
Un an s'étoit écoulé depuis qu'il habitoit
ce coin de l'Iberie. Il ignoroit ce
qui fe paffoit dans tout le reíte de la
terre . Nulle correfpondance n'étoit alors
établié entre les Nations qui environnoient
fa retraite . Mais , par-la même ,
cette retraite étoit plus fure pour lui ,
étoit plus conftament ignorée. Ni Tutor,
ni Ambigat n'avoient encore pû la
découvrir . Cependant il arriva ce qui
étoit prèfque inévitable : Cléomir , fans
I. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
rien perdre de fon amour , fentit renaître
les idées de fa première grandeur, La
vie qu'il menoit lui parut peu digne de
lui , & même de Dalia. Elle est née
pour le Trône , difoit - il , & c'est à
moi de l'y placer , à moi de regner
avec elle , ſi Ambigat a ceffé de vivre :
une plus longue retraite feroit un oprobre.
Il envoya quelques émiffaires obferver
ce qui fe paffoit dans les Gaules,
Il envoya même jufqu'en Italie . Les
premiers lui rapporterent qu'Ambigat
régnoit encore. Les feconds que Brennus
à la tête d'une Armée Gauloife
marchoit pour fubjuguer la Tofcane &
les Pays voifins . Cléomir à cette nouvelle
ne put maîtrifer fon ardeur. Il
étoit frère d'armes de Brennus. Il réfolut
d'aller prendre part aux travaux &
à la gloire qui l'attendoient. Je fuis
difoit - il , profcrit de mon Pays , & je
vis inconnu dans celui que j'habite : j'y
vis fans éclat , fans défenſe : l'amour m'y
tient lieu de tour ; mais peut-être cet
amour est une foibleffe Il fe défia de
fon coeur , & fon efprit fut perfuadé.
En vain Dalia oppofa-t- elle à cette réfolution
fes prières & fes larmes. Cléomir
la quitta , en pleurant lui-même , &
OCTOBRE . 1763 . 51
F
réfolu de fe venger fur les Italiens de la
violence qu'il fe faifoit.
Brennus le reçut avec la diftin&tion
qu'il méritoit à tous égards , mit une
partie de fon armée fous fes ordres ,
& promit de partager avec lui les Conquêtes
qu'ils alloient tenter enſemble.
Elles furent auffi brillantes que rapides
. Les Romains voulurent en arrêter
le cours ; mais l'orage , qu'ils prétendoient
conjurer, vint fondre ſur eux. Ils
n'y réfifterent pas. Rome fut prife &
réduite en cendres le Capitole alloit
fubir la même deftinée, le nom Romain
s'éteindre pour jamais , le monde être
préfervé d'un honteux efclavage. Les
cris de quelques oies en ordonnerent
autrement.
Dans ces circonftances un des Gaulois
que Cléomir a laiffé en Ibérie furvient
, & lui apprend que la Princeffe a
été enlevée par un nombreux parti de
Celtes. Ciell s'écria alors Cléomir, Ciel !
c'est moi qui ai préparé cet horrible
accident ; c'est moi qui caufe la perte
de Dalia. J'aurois dû me borner à défendre
un bien fi précieux , & non venir
attaquer des Nations que j'ignorois
& qui m'ignorent. Il ne douta point
que cet enlévement n'eût été fait par
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
ordre d'Ambigat: il fe repréfentoit Dalia
plus captive que jamais , privée de toute
confolation , de toute efpérance . Eh
que feroit- ce , pourfuivoit- il , fi Ambigat
n'exiftoit plus ? Si une four injuftement
couronnée alloit juger la perte
de fa foeur nécéffaire à fa propre confervation
? Si un Druide .....Ah ! une
foule d'idées cruel les viennent accabler
& défoler mon âme ! je n'y puis réfifter.
Partons : allons fauver Dalia , ou
nous perdre avec elle.
Brennus , à qui il fit part de cette réfolution
, ne réuffit point à l'en détourner.
Il le preffa d'accepter au moins
quelques troupes. Mais Cléomir fentit.
avec raifon qu'il lui falloit ou une
armée complette , ou fimplement un
petit nombre d'hommes choifis. Il fixa
ce nombre à douze , auxquels même il
ne fit aucune part de ce qu'il méditoit
Il partit , laiffant Brennus occupé à prefcrire
un traité de paix aux Romains
qui ne vouloient que le tromper &
qui y réuffirent , parce qu'il étoit plus
brave guerrier que fin politique. Pour
Cléomir , fon extrême empreffement
régloit fa marche auffi fut - elle des
plus rapides. Il trouva de grands changemens
à fon arrivée. Le Druide SéOCTOBRE.
1763. .53
govefe ne vivoit plus depuis fix mois; Ambigat
étoit mort depuis peu de temps ;
& une Princeffe fa fille venoit d'être élévée
fur le Trône. Ces nouvelles augmenterent
l'agitation du Prince . Il craignit
tout pour celle qu'il venoit fecourir
, & craignit même d'être venu
trop tard.
,
Le jour fuivant la Reine fe fit voir en
Public & dans toute la pompe de la
Royauté. Un fond de langueur fembloit
encore ajouter à fes charmes. Cléomir
accourt fe confondre parmi la foule des
fpectateurs fes regards avides cherchent
la Reine de toutes parts , & ne
cherchent qu'elle. Enfin , il l'apperçoit
& refte faifi , ému , tranfporté. C'eſt
Dalia s'écrioit-il , ce font les mêmes
traits les mêmes charmes , la même
grâce : jamais reffemblance ne fut plus
entiere ; & les Dieux ne prodiguent
pas des êtres auffi parfaits. Peu s'en
fallut qu'il n'interrompît la cérémonie
par une fcène vive & tendre. Il fe rappella
enfin tout ce que la Princeffe
lui avoit dit de l'extrême réffemblance
qui éxiftoit entre- elle & fa foeur. Cette
réfléxion dérangea toutes fes idées &
rappella toute fa trifteffe. Il étoit feulement
furpris que fon coeur parût ſe
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
méprendre à cette reffemblance comme
fes yeux mêmes.
Il y rêvoit encore quand un Barde
qui avoit été autrefois de fa Cour en ,
Aquitaine , le reconnut & vint l'aborder
. Un Barde étoit alors ce qu'eſt parmi
nous un Poëte, excepté qu'ils étoient
moins nombreux & plus révérés . On
les reconnoiffoit à des marques diſtinc →
tives & honorables . C'étoient de plus
les feuls Hiftoriens de la Nation . Leur
emploi ordinaire étoit de chanter les
actions des grands Hommes . Ils alloient
fréquemment de Province en
Province , & l'on préfume bien qu'il
n'en manquoit pas à la Cour. Celui- ci
étoit venu tenter fortune à celle de la
nouvelle Reine . Il fut furpris que Cléomir
n'y parût point avec l'éclat qui convenoit
à fa dignité. Le Prince avoit befoin
d'un confident , furtout d'un confident
de l'espéce de celui-là . Il lui fit
part des motifs de fon féjour dans cette
contrée , & le détermina facilement à
feconder fes vues. Il l'inftruifit même
de l'impreffion que la Reine venoit de
faire fur fon âme , & de l'incertitude
qu'elle y laiffoit. Je connois peu cette
Princeffe , reprit le Barde ; c'eft la feconde
fois que je parois à fes yeux . Elle eſt
OCTOBRE . 1763. 55
à coup für la plus belle perfonne de fa
Cour: elle en eft en même temps la plus
trifte. Mais elle cache , dit- on , la cauſe
de fa mélancolie ; & on la refpecte affez
pour ne paroître pas avoir deviné ce
qu'elle veut taire. Cependant , pourſuivit-
il , j'efpére avec le fecours de mon
art éclaircir vos doutes , & peut-être
adoucir l'extrême trifteffe de la Reine.
Cette promeffe en attira d'autres que
le Prince fit au Barde ; & tandis que celui-
ci étoit allé préparer fa Romance ,
Cléomir fe replongea dans fes réfléxions.
Il flottoit entre une foule de penfées
contraires l'une à l'autre. Ses idées
fe confondoient. Un rayon d'eſpérance
étoit foudain couvert par un nuage
d'incertitude . Non , difoit- il enfin , non
je ne puis croire que Dalia foit fur le
Trône & me le laiffe ignorer. Je connois
fon coeur.... Mais peut-être , ajoutoit
Cléomir , peut - être Dalia doutet-
elle du mien ; peut-être mon départ
d'Ibérie fut- il un crime à fes yeux : peutêtre
ce qui n'étoit que le fruit d'une
noble ambition lui parut- il l'effet d'une
coupable inconftance. Une femme de
feize ans & qui aime , fçait rarement
mettre la gloire en balance avec l'Amour.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Deux jours après le Barde fe préfenta
chez la Reine . Elle l'apperçut & voulut
l'entendre ; c'étoit ce qu'il defiroit le
plus . Il lui promit des chants qui n'avoient
encore été entendus de perfonne
: promeffe qui rendit la Reine trèsattentive.
Le Barde ufa encore d'un autre
moyen pour prévenir les diftractions.
Il commença par le portrait de
fon héros, qu'il affecta de ne point nommer.
Mais quiconque avoit vu Cléomir
ne pouvoit s'y méprendre ; & quiconque
ne l'avoit pas vu afpiroit à le voir
dès ce moment. La Reine devint toutà-
coup rêveufe & parut s'attendrir. Le
Barde hauffant le ton chanta les ex-
, ploits du jeune Guerrier fes rapides
conquêtes , fon courage dans les combats
, fa douceur après la victoire. Il
rappella l'inftant où fubjugué par fa
prifonnière , de vainqueur qu'il étoit , il
devint efclave. Il peignit les plaifirs
dont avoit joui le jeune couple dans fa
retraite la violence que fe fit Cléomir
pour s'arracher de ce lieu de délices ;
les nouveaux lauriers qui l'attendoient
fur les bords du Tibre : mais le Chantre
fe furpaffa lui -même vers la fin de fon
récit, Il s'agiffoit d'exprimer la douleur
où Cléomir étoit plongé depuis que
:
OCTOBRE. 1763 . 57
1
Dalia lui avoit été ravie . Le Chantre ,
dis-je , eut recours à des termes fi touchans
, que toute l'affemblée en fut émue,
& que la Reine laiffa couler des larmes.
Il parut même au Barde qu'elle fe
faifoit violence pour ne donner que ces
marques d'attendriffement .
•
Elle le retint lorfqu'il étoit prêt à s'éloigner
, & le conduifant un peu à l'écart
: Avouez , lluuii ddiitt--eellllee , que vous
venez de peindre un être de raifon , un
objet qui n'a jamais exifté que dans
vos chants ? Pardonnez- moi , grande
Reine reprit le Barde ; mon héros
exiſte ; il eſt même à tous égards fort
fupérieur au portrait que j'en ai tracé.
La Reine à ces mots refta quelque tems
rêveuſe. Le Barde qui s'y connoiffoit
jugea qu'elle étoit plus perfuadée qu'elle
ne vouloit le paroître. Enfin elle lui
demanda quel pays habitoit le Prince
qu'il avoit fi bien chanté ? Le vôtre
Madame , répondit- il ; mais c'eft , je
penfe , pour peu de temps. Quoi ? reprit-
elle avec émotion , n'y a-t- il rien
dans mes Etats qu'il préfume pouvoir
l'arrêter ? Votre Prince aime la gloire :
j'ai des Armées & n'ai point de Général
; ce pofte ne me paroît pas indigne
de lui être offert. La Reine ajouta qu'il
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
y auroit pour lui le jour fuivant une
audience particulière , s'il jugeoit à propos
d'en profiter.
Le Barde crut pouvoir en répondre
d'avance. Un fuccés fi rapide l'étonnoit
, & il en faifoit modeftement tout
l'honneur à fes vers. Il eft certain , difoitil
, que fi la Reine étoit ce que préfume
Cléomir , elle lui en donneroit des
marques plus promptes & plus claires .
Elle s'eft attendrie , elle a verfé des larmes
; qu'est- ce que tout cela prouve ?
Rien finon que j'ai fçu être pathétique.
Le rapport qu'il fit au Prince ne fut
que la fuite de ce raifonnement. Cléomir
crut , cependant , y entrevoir quelque
chofe de plus mais fon incertitude
n'étoit pas levée . Il prit donc le parti
d'accepter l'audiance qu'on lui offroit.
Qui fçait , difoit -il , fi des raifons de
prudence n'obligent point Dalia d'en
ufer ainfi ? Et fut- ce même des raifons
de caprice , fût- ce même la foeur de
Dalia qui occupe le Trône , éffayons
du moins d'éclaircir l'avanture.
Il fe rendit au Palais à l'heure indiquée
& fut introduit fous les aufpices
du Barde . Mais il le fut pour lui-même
dans l'appartement de la Reine. Elle
etoit au lit fous prétexte d'incommoOCTOBRE.
1763. 59
dité & le mal parut s'accroître à l'afpect
du Prince. La Reine pouffa un cri qui fit
accourir toutes fes femmes. Elle fe remit
cependant , & leur ordonna de
s'éloigner à une certaine diftance . Le
Barde en fit autant , même fans avoir
reçu l'ordre . Seigneur , dit la Reine à
Cléomir , il doit vous paroître extraordinaire
d'avoir été prévenu ainfi par une
Souveraine à qui peut- être vous n'aviez
nulle demande a faire . Mais je veux
le bien de cet Etat , & un défenfeur
tel que vous n'eft point trop acheté
par
une démarche telle que la mienne.
Cléomir , moins frappé de ce difcours
que de la voix même qui le prononçoit
, fe trouva hors d'état d'y répondre.
Le fon de cette voix lui pénétroit
l'âme. Il croit entendre Dalia , & malgré
l'obfcurité qui regne autour d'elle,
il croit la voir mais la reffemblance
dont il eft prévenu vient de nouveau
croifer fes idées. Il étoit d'ailleurs trop
agité pour voir fi la Reine partageoit fon
trouble. Il répondit enfin ; mais ce fut
pour éluder adroitement les offres qui
venoient de lui être faites . Il ajouta ;
qu'occupé de la recherche d'un bien
qu'il a perdu par fa faute , nul objet
d'ambition ne pouvoit le diftraire de ce
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
foin. Cléomir s'apperçut que fa réponſe
avoit vivement frappé la Reine : mais
il ne put démêler quelles fortes de mouvemens
l'agitoient.
A l'inftant même furvient un Courier
chargé de dépêches affligeantes.
Une Armée de Germains avoit pénétré
dans la Gaule Celtique , & dévatoit
tout fur fon paffage. La Reine parut
effrayée. Alors Cléomir jugea qu'il étoit
de fa gloire de fecourir une Princeffe
qui l'avoit prévenu par des offres ; mais
il n'accepta aucun titre dans fon armée;
il partit comme fimple Volontaire. La
Reine , il eft vrai , le fit accompagner
par tout ce qu'il y avoit de guerriers
à fa Cour , & envoya ordre au Général
de le confulter dans toute occafion . Cet
ordre produifit l'effet qu'on en devoit
attendre le Général jugea qu'on lui
envoyoit un Collégue , & ne vit dèslors
dans ce Collégue autre chose qu'un
Ennemi.
Pour Cléomir il rêvoit , chemin faifant
, aux circonftances qui dirigeoient
fa conduite. Elle lui parut bifarre &
celle de la Reine peu conféquente . Il
ne trouvoit point naturel qu'une Souveraine
prévînt un Inconnu par des diftinctions
fi marquées. Il en venoit à
OCTOBRE. 1763 .
61
croire qu'il n'y avoit que Dalia qui
pût le traiter ainfi . D'un autre côté , difoit-
il , Dalia devroit en faire davantage
. Ce qui pour fa foeur diroit trop
ne fignifie point affez pour elle. Ainfi
d'une ou d'autre part Cléomir voyoit
de l'inconféquence . Il en voyoit jufques
dans fes propres démarches. Enfin ,
perfuadé que dans une femme , & même
dans l'homme le plus fage , des inconféquences
ne prouvent rien , il attendit
l'événement.
Celui de cette campagne fut promptement
décidé. Les deux armées étoient
en préfence. Le Général Gaulois prit
l'avis de Cléomir pour être plus en état
de faire des difpofitions toutes contraires.
Elles étoient fi favorables à l'ennemi
qu'il enfonça l'armée des Celtes fans
peine & prefque fans peril . Le Général
fut lui- même enveloppé , en combattant
très vaillamment . Cléomir vit
alors que tout étoit perdu , s'il ne prenoit
tout fur lui . Il rallie les Troupes
difperfées , encourage celles qui fe défendoient
encore , fait faire de nouvelles
attaques , & combat lui- même avec cette
valeur qui étonne & fe communique.
En peu de temps la face des affaires
changea ; les Germains enfoncés à leur
62 MERCURE DE FRANCE.
tour , font pourfuivis jufqu'à leur en
tiere défaite . On ne s'appercut bientôt
qu'ils euffent pénétré dans les Gaules,
que par le grand nombre de morts &
Captifs qu'ils y laifferent .
la
L'armée Gauloife attribua hautement
à Cléomir tout l'honneur de la victoire.
Il eft ramené en triomphe à la Cour ,
& regardé comme le libérateur de l'Etat .
Ces hommages étoient volontaires de
part des Peuples ; ils avoient prévenu
à cet égard les ordres de la Reine :
mais on lifoit fur fon vifage la joie
qu'elle en reffentoit. On eût pû même
y lire que cette fatisfaction étoit relative
à la perfonne du Vainqueur autant
& plus qu'à la Victoire dont elle recueilloit
les fruits.
C'étoit l'ufage alors dans les Gaules,
que le Souverain au milieu de toute fa
Cour,& dans tout l'appareil de la Royauté
, plaçât une Couronne d'or fur la
tête du Général victorieux. Il fut décidé
que Cléomir jouiroit de cet honneur ;
& la cérémonie fut renvoyée à deux
jours. Il eut encore durant cet intervalle
une courte entrevue avec la Reine qui ,
comme dans la première , ne fe laiffa
voir qu'à demi. De là nouvelles con-,
jectures de la part du Prince , nouvelle
OCTOBRE. 1763 .
62
incertitude nouvelle impatience . Il
étoit réfolu de tout perdre ou de s'éclaircir
fur le fort de Dalia ; car c'étoit
Dalia feule qui pouvoit l'intéreffer;
c'étoit fon âme, fa candeur , fon amour,
fa manière d'aimer qui le captivoient . Il
n'eût pas fuffi , pour le diftraire de fa
paffion , d'égaler Dalia en beauté , de
réunir même tous les traits ; elle feule
eut pu devenir la rivale d'elle-même ;
& c'eft ce que foupçonnoit quelquefois
Cléomir. Deux nouveaux incidens vinrent
détruire en lui cette idée.
Le Barde qui l'avoit fervi dans fes
premières tentatives , ne l'avoit point
accompagné dans fon expédition contre
les Germains. Il étoit reſté à la
Cour où la Reine le combloit de diftinctions
& de bienfaits. Selon lui , c'étoit
la beauté de fa Romance qu'elle
récompenfoit. Il dut cependant s'appercevoir
que le héros y entroit pour beaucoup.
La Reine l'en entretint fi fouvent
qu'il foupçonna ce qu'elle ne vouloit
point lui cacher. Elle en vint même jufqu'à
le charger d'une négociation qui
marquoit la plus intime confiance. Il
s'agiffoit d'engager Cléomir à fé fixer à
la Cour. Une lettre qu'il lui remit de la
part de la Reine venoit à l'appui de
fe
64 MERCURE DE FRANCE.
fes difcours , & laiffoit entrevoir au Prince
qu'il pouvoit afpirer à tout. Le Barde
n'épargna rien pour le déterminer.
Son mariage avec Dalia n'étoit par
lui-même qu'un léger empêchement.
Les loix du temps autorifoient le divorce
; & l'ufage n'empêchoit point qu'une
foeur ,dans un cas pareil , ne pût remplacer
fa foeur. L'obſtacle réel étoit l'attachement
de Cléomir pour Dalia.
Il répondit à la Reine avec refpe&t ,
mais d'une manière vague. Son but étoit
de gagner
du temps. L'écriture de la
lettre lui étoit abfolument inconnue ;
mais au bout de quelques heures un
Efclave lui apporta un autre billet dont
il reconnut d'abord le caractère . Sa furprife
égala fa joie d'y trouver ces mots :
Epoux toujours cher , mais peut-être
inconftant , reconnoiſſez les traits de l'infortunée
Dalia. Elle refpire encore & ne
vit que pour vous. Suivez cet efclave , &
venez vous juftifier s'il eft poffible.
Oui s'écria Cléomir , oui ma juftification
fera facile & prompte. Je ne
veux pour juge que fon coeur , pour
témoin que mes actions. Il partit fur le
champ , guidé par l'Efclave , & fans
aucune fuite. Après une heure de mar
OCTOBRE. 1763. 65
che ils arriverent à un bois des plus
folitaires. Une marche à-peu - près auffi
longue dans cette forêt les conduit à
un Château qui reffembloit beaucoup
à une prifon d'Etat ils y entrent ;
néanmoins , fans difficulté . Cléomir fut
furpris d'y reconnoître quelques - uns
des efclaves qui fervoient Dalia en
Ibérie . Mais que n'éprouva- t- il point en
appercevant Dalia elle - même ! en la
voyant fe précipiter dans fes bras ! le
ferrer dans les fiens ! en lui entendant
prononcer d'une voix prefque éteinte :
eft-il bien vrai que Dalia vous foit encore
chère ?
Cléomir ne répondit d'abord que par
des baiſers de flamme : enfuite , il lui
parla avec ce ton qui perfuade toujours
parce qu'il eft celui du fentiment & de
la vérité. Les larmes de Dalia couloient:
mais ce n'étoit point des larmes de
douleur : c'étoient des l'armes de tendrefle
& de joie ; de ces larmes délicieufes
qu'infpire la perfuafion d'un bonheur
dont on a eu lieu de douter , &
d'un bonheur tel qu'en procure un
amour mutuel . Ma chère Dalia , lui
dit Cléomir , les momens font précieux.
Il faut vous arracher à cette priſon :
peut -être quelques jours plus tard
66 MERCURE DE FRANCE.
feroit- elle pour moi d'un accès plus diffi
cile. fuyons ces lieux , fuyons la Gaule
entiere , jufqu'à ce que le moment foit
venu d'y rentrer d'une manière digné
de vous & de moi.
Quoi s'écria - t- elle enfin , quoi
Prince , vous renoncez , pour me fuivre,
à tous les avantages qu'une Reine puiffante
vous laiffe efpérer ? ... Rien ne
peut vous remplacer auprès de moi , interrompit
vivement Cléomir , pas même
une Reine qui réunit vos charmes ex→
térieurs. Un vif defir de gloire & de
vous procurer un état digne de vous
m'avoient ci-devant arraché de vos bras.
L'Empire du monde , que vous ne partageriez
point avec moi , feroit incapable
de me féduire .
Mais , Seigneur , ajouta la Princeffe ,
après un autre moment de filence ,
n'eft-ce pas demain que vous recevez ,
en préfence de tous les Chefs de l'Etat ,
le prix de la victoire dont il vous eft redevable
Cet honneur n'eft point a
dédaigner , & il eft bon que les Celtes
s'accoutument à voir en vous un défenfeur.
Cléomir étoit plus jaloux de rendre
Dalia libre que de fe faire cou-
Fonner comme vainqueur. Mais elle
perfifta fi abfolument dans cette idée ,
OCTOBRE. 1763. 69
qu'il fe vit contraint d'y foufcrire. Il la
quitta , après avoir pris quelques mefures
pour leur commun départ , fort
étonné qu'elle -même s'obftinât d'en
retarder le moment , plus étonné encore
des motifs de ce retard . M'obliger,
difoit-il , à contempler fa rivale dans
tout l'éclat du Trône , & à partager
moi-même cet éclat ! Certainement Ďalia
préfume beaucoup de ma fidélité
ou ne craint pas affez de la mettre en
péril.
9
Cette idée l'occupa jufqu'au moment
de la cérémonie . L'affemblée étoit des
plus auguftes. On y voyoit réunis tous
les grands Ordres de l'Etat. La Reine
affife fur un Trône magnifique , avoit à
fa droite le Confeil des Druides , à fa
gauche le Sénat des Dames Gauloifes . *
Les principaux chefs des Armées occupoient
les degrés du Trône & fes avenues.
Un peuple immenfe rempliffoit le
* On fçait qu'il y eut autrefois dans les Gau
les un Sénat uniquement compofé de femines.
Les plus grandes affaires fe décidoient à ce Tribunal.
Elles y étoient mieux confuites qu'elles
n'euffent pu l'être par les hommes , qui ne fçavoient
guères alors que combattre . Les Druides
parvinrent à anéantir ce Sénat qui nuifoit à
leur defpotifme.
68 MERCURE DE FRANCE.
furplus de l'efpace. Cléomir parut aux
acclamations de toute cette multitude
& conduit par les principaux Guerriers
qui avoient combattu fous lui. Sa démarche
fon air , toute fa perfonne ,
avoient tant de nobleffe , que la Couronne
qui l'attendoit parut fort au-deffous
de ce qu'il devoit prétendre. De
fon côté la Reine lui parut fi belle , qu'il
frémit de l'imprudence de Dalia. La
Reine , elle -même , fembloit occupée
d'un deffein beaucoup plus grand que
celui qui étoit indiqué. Une joie , mêlée
d'un certain trouble , régnoit fur
fon viſage & dans fes yeux. Cléomir approche
& monte quelques degrés du
Trône où la Reine en ce moment
l'attendoit de bout. Elle pofe fur la tête
du Prince , au bruit des applaudiffemens
univerfels , la Couronne d'or qu'elle tenoit
à la main. On l'eût prife pour Vénus
qui couronnoit Mars. Une profonde
génufléxion annonçoit déjà la retraite
de Cléomir ; la Reine le retint . Prince ,
lui dit- elle , votre fidelle Dalia ne veut
plus être féparée de vous. Ces mots le
jetterent dans une furpriſe inexprimable.
En même-temps la Reine ôtant fa Couronne
la dépofe entre les mains d'un
de fes Officiers & defcend fur le
OCTOBRE. 1763. 69
même degré où étoit Cléomir. Alors un
étonnement & un filence univerfels fuccédent
aux applaudiffemens. Dalia ( car
c'étoit elle -même ) élevant une voix qui
pénétroit l'âme , s'exprima ainfi .
» O yous ! noble Elite d'une Nation
» redoutée par toute la Terre , écoutez
» votre Reine , & voyez à quel prix
» elle peut déformais l'être .
( Montrant Cléomir. )
» Voici l'appui , le défenfeur , l'époux
» que m'avoient donné les Dieux avant
» que de me choifir pour gouverner
» cet Etat. Ne m'euffent- ils fait que ce
» premier don , ma reconnoiffance ne
» finiroit qu'avec mes jours. Et vous
» généreux Gaulois , fongez que c'eft
» un préfent que le Ciel vous fait par
» mes mains. Né du fang des Rois ,
" mon époux eft encore plus digne de
» commander aux hommes par fon cou-
» rage & fes vertus , que par ſa naiſ-
» fance. Il fut autant de fois victorieux
» qu'il donna de Batailles ; il prit autant
» de Villes qu'il en affiégea. Nul ne con-
» nut mieux l'art de fubjuguer une Na-
» tion , & vous fçavez s'il connoît ce-
» lui de les défendre.
70 MERCURE DE FRANCE.
Aux Druides. )
» Miniftre des Dieux ! voilà le défen-
» feur des Autels.
( Aux Dames Gauloifes )
» Sages Difpenfatrices des Loix , voilà
» le bras qui en peut maintenir l'autorité.
( Aux Chefs des Troupes .)
» Braves Guerriers , voilà le Chef di-
» gne de vous conduire. Peuples , enfin ,
» qui me reconnoiffez pour votre Reine,
» voilà le Roi que ma tendreffe vous
» propofe ; celui qu'elle a choifi pour
» moi-même. Nos deftins font infépara-
» bles : ou détrônez Dalia , ou couron-
» nez Cléomir. »
Ce difcours prononcé d'un ton noble
& touchant , par une Princeffe qui féduifoit
lors même qu'elle ne vouloit pas
toucher ; quelques larmes qui couloient
de fes beaux yeux ; la tendreffe qu'on y
lifoit pour fon époux , & autant que
tout cela même , le grand nom de Cléomir,
tout contribuoit à un heureux dénouement.
L'unanimité des fuffrages
s'annonça par des acclamations générales
& fubites. Cléomir fut élu Roi
avant que d'être bien perfuadé fi Dalia
étoit vraîment elle-même.
'
OCTOBRE. 1763 . 1
Ses doutes à cet égard étoient faciles
à détruire . Dalia l'inftruifit de ce que
fon abfence lui avoit laiffé ignorer. Am
bigat ayant furvêcu à Ségovefe , furvecut
auffi à fa prévention pour ce
Druide , & même à fa dévotion envers
Tautatès . La Déeffe Ifis devint l'objet
de fes hommages multipliés , & la
Grande-Prêtreffe l'objet de fa confiance.
Il étoit naturel que la Prêtreffe anéantît
ce qu'avoit fait le Druide fon ennemi
, & , qui pis eft , fon devancier, Il
falloit des oracles , ils ne manquerent
pas. Ainfi Dalia avoit au nom d'Ifis
été déclarée l'aînée par la raifon même
qui l'avoit d'abord fait déclarer la cadette
; c'est-à- dire parce qu'elle étoit née
la feconde . Ambigat informé du lieu
de fa retraite , l'en avoit retirée par un
enlévement l'avoit fecrettement fait
conduire à fa Cour , l'avoit deſtinée au
Trône , & en avoit exclu celle qu'il
avoit d'abord préférée . Elle avoit achevé
de rendre la révolution complette
en remplaçant Dalia parmi les Prêtreffes
d'Ifis. Peut-être même y defiroitelle
l'arrivée d'un nouveau Cléomir pour
la perfection du parallèle . Au refte , ce
n'eft point à Dalia qu'il faut imputer
cette réfléxion critique. Il ne faut pas la
>
72 MERCURE DE FRANCE :
juger elle -même trop févérement fur fa
manie d'éprouver la fidélité d'un époux.
Ces fortes d'épreuves pouvoient fe rifquer
il y a trois mille ans . On imagine
que de nos jours elles pourroient n'avoir
pas le même fuccès .
Fermer
Résumé : CLÉOMIR ET DALIA, NOUVELLE GAULOISE.
Le texte 'Cléomir et Dalia' se situe dans les Gaules anciennes, où les druides interdisaient aux femmes d'accéder au trône. Ambigat, roi de la Gaule Celtique, avait deux filles jumelles, Cléomir et Dalia. Le druide Ségovèse éloigna Dalia, prétendant qu'elle était la cadette selon un oracle. Deux ans plus tard, Ambigat perdit une bataille contre le roi d'Aquitaine. Cléomir, prince aquitain, enleva Dalia et tomba amoureux d'elle. Une paix fut proposée, mais le roi Tutor exigea la libération des prêtresses, y compris Dalia. Cléomir et Dalia s'évadèrent et s'installèrent en Ibérie. Dalia révéla son origine royale à Cléomir, qui souhaitait renverser le jugement la privant du trône. Ils se marièrent et Cléomir rejoignit Brennus en Italie pour attaquer Rome, mais leur succès fut interrompu. Cléomir apprit que Dalia avait été enlevée et la secourut. Il découvrit que Ambigat et Ségovèse étaient morts et reconnut Dalia comme la nouvelle reine. Troublé par la mélancolie de Dalia, Cléomir fit appel à un barde pour clarifier ses doutes. La reine, émue par le récit, proposa à Cléomir un poste de général. Lors d'une bataille contre les Germains, Cléomir obtint une victoire décisive et fut acclamé comme libérateur. Dalia prononça un discours en faveur de Cléomir, proposant qu'il soit couronné roi, ce qui fut accepté à l'unanimité. Dalia expliqua ensuite à Cléomir sa manipulation des oracles pour devenir Grande-Prêtresse d'Isis et accéder au trône.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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339
p. *203-203
De LONDRES, le 16 Août 1763.
Début :
Ce matin, entre dix & onze heures, la Reine est accouchée [...]
Mots clefs :
Naissance, Reine, Prince, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 16 Août 1763.
De LONDRES , le 16 Août 1763.
Ce matin , entre dix & onze heures , la Reine
eft accouchée fort heureuſement d'un Prince.
Ce matin , entre dix & onze heures , la Reine
eft accouchée fort heureuſement d'un Prince.
Fermer
340
p. 25
INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
Début :
Pour S. A. S. le Prince ELECTEUR-PALATIN.S'IL fallut des talens jusqu'alors inconnus [...]
Mots clefs :
Talents, Prince, Vertus, Objet, Image, Art, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
INSCRIPTIONS pour mettre au bas
des Portraits de Leurs Alteffes Séréniffimes
ELECTORALES - PALA.
TINES ; peints fur glace par M.
JOUFFROY.
Pour S. A. S. le Prince ELECTEURPALATIN.
S'IL fallut des talens juſqu'alors inconnus
Pour peindre au naturel ce Prince qu'on adore ,
Il en faudroit bien plus encore
Pour peindre aujourd'hui ſes vertus.
POUR S. A. S. Mc'l'ÉLECTRICE.
De cet augufte objet repréfenté fans fard ,
L'image eft fi noble & fi pure ,
Qu'il a fallu furpaffer l'Art ,
Pour pouvoir fuivre la Nature.
Par M, DI GROUBENTAL.
12 Août 1763.
des Portraits de Leurs Alteffes Séréniffimes
ELECTORALES - PALA.
TINES ; peints fur glace par M.
JOUFFROY.
Pour S. A. S. le Prince ELECTEURPALATIN.
S'IL fallut des talens juſqu'alors inconnus
Pour peindre au naturel ce Prince qu'on adore ,
Il en faudroit bien plus encore
Pour peindre aujourd'hui ſes vertus.
POUR S. A. S. Mc'l'ÉLECTRICE.
De cet augufte objet repréfenté fans fard ,
L'image eft fi noble & fi pure ,
Qu'il a fallu furpaffer l'Art ,
Pour pouvoir fuivre la Nature.
Par M, DI GROUBENTAL.
12 Août 1763.
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Résumé : INSCRIPTIONS pour mettre au bas des Portraits de Leurs Altesses Sérénissimes ELECTORALES - PALATINES ; peints sur glace par M. JOUFFROY.
Le document du 12 août 1763 présente des inscriptions pour des portraits peints sur verre des princes électeurs palatins par M. Jouffroy et M. Di Groubental. La première inscription loue les talents nécessaires pour représenter le prince électeur et ses vertus. La seconde décrit l'image de l'électrice comme noble et pure, nécessitant un art supérieur pour imiter la nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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341
p. 191
De MUNICH, le 3 Septembre 1763.
Début :
Le 1 de ce mois, le Comte de Firmian, Evêque de Seccau, Chanoine [...]
Mots clefs :
Comte, Évêque, Élection, Unanimité, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MUNICH, le 3 Septembre 1763.
De MUNICH , le 3 Septembre 1763 .
Le 1. de ce mois , le Comte de Firmian , Ev
que de Seccau , Chanoine de Saltzbourg & de
Paſlau , a été élu d'une voix unanime , Evêque
&Prince de Paſſau.
Le 1. de ce mois , le Comte de Firmian , Ev
que de Seccau , Chanoine de Saltzbourg & de
Paſlau , a été élu d'une voix unanime , Evêque
&Prince de Paſſau.
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342
p. 191
De FRANCFORT, le 2 Septembre 1763.
Début :
Des Lettres de Hanovre, du 15 du mois dernier, avoient annoncé la mort du [...]
Mots clefs :
Lettres, Décès, Prince
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texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 2 Septembre 1763.
De FRAANNCCFFOORRTT ,, le 2 Septembre 1763 .
Des Lettres de Hanovre , du is du mois dernier
, avoient annoncé la mort du Prince Régnant
de Waldeck . Cette nouvelle étoit prématurée ,
on vient d'apprendre que ce Prince eſt mort à
Avolſen , le 31. du même mois.
Des Lettres de Hanovre , du is du mois dernier
, avoient annoncé la mort du Prince Régnant
de Waldeck . Cette nouvelle étoit prématurée ,
on vient d'apprendre que ce Prince eſt mort à
Avolſen , le 31. du même mois.
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343
p. 191
De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
Début :
Mercredi, vers les sept heures du soir, la cérémonie du Baptême du [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Baptême, Majesté, Fils, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 16 Septembre 1763.
De LONDRES , le 16 Septembre 1763 .
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
Mercredi , vers les ſept heures du ſoir , la
cérémonie du Baptême du ſecond Fils du Roi
fut faite , en préſence de Leurs Majeſtés & de
toute la Cour , par l'Archevêque de Cantorbe .
ry , qui donna au jeune Prince le nom de
Frédéric.
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344
p. 195
SERVICE.
Début :
Le premier Septembre, on célébra, dans l'Eglise de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Célébration, Église, Abbaye, Louis XIV, Évêque, Duc, Prince, Maréchal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
SERVICE.
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
Le premier Septembre , on célébra , dans
l'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint-Denis , le
Service annuel , fondé pour le repos de l'âme
de Louis XIV . L'Evêque de Montauban y offi
cia. Le Duc de Penthievre & le Prince de Lamballe
y affifterent , ainſi que le Maréchal Duc
de Noailles .
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345
p. 31-51
QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
Début :
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie, [...]
Mots clefs :
Calife, Esclave, Jeune, Anecdote, Gouverneur, Pirate, Prince, Temps, Âme, Juge, Rival, Patrie, Vaisseaux, Beauté, Gloire, Richesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
QU'EN DOIT-IL ARRIVER ?
ANECDOTE HISTORIQUE.
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes
avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie,
je lui dirois , parcourez le monde
entier, & bien-tôt vous regretterez le
le climat qui vous a vu naître ; fréquen-
tez , étudiez toutes les Nations , & vous
rendrez enfin juſtice à la vôtre. Je dirois
à certains frondeurs obfcurs , lifez l'Hif-
toire de toutes les Monarchies , vous ne
trouverez nulle-part le même fpectacle
que vous offrent nos Annales. Eh quel
fpectacle ! Une Maifon qui depuis près de
800 ans occupe le Trône fans interrup-
tion , & qui , parmi une foule de grands
Rois , n'en a pas produit un feul qu'on
puiffe mettre dans la claffe des Princes
cruels & fanguinaires. La moitié des
Empereurs Romains furent des monf-
tres.
Il est peu d'Etats qui n'ayent eu
leurs Nerons , ou leurs Bufiris. L'Afie
fur-tout , ce pays d'efclavage , fut une
pépinière de tyrans. On a exalté parmi
nous le regne des Califes : mais lions
leurs propres Hiftoriens ; nous verrons
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
dans les meilleurs de ces Princes un mê-
lange de férocité qui ternit leurs actions
les plus louables. Le maffacre de tous
les Barmécides , ordonné pour une cauſe
des plus frivoles , & par un Souverain
qui paffoit pour jufte , eft une preuve
de cette vérité. Il pouvoit arriver auffi
qu'un Prince naturellement barbare laif-
fat , par caprice , échapper quelque trait
de grandeur d'âme. Le hafard peut faire
naître une plante utile dans un terroir
qui jamais ne produifit que des ronces ;
quelques rayons peuvent percer le nuage
le plus fombre : ce qui n'empêche pas ,
& qu'un pareil jour né foit réputé obf-
cur & qu'un pareil fol ne foit jugé
•
ftérile.
Le Calife Montaffer , trentième fuc-
ceffeur de Mahomet , s'étoit frayé le che-
min du Trône par le maffacre de fon
propre père. Cela dit affez que ce Prince
cruel avoit alors des amis & des partiſans
dignes de lui. Il donna depuis une par-
tie de fa confiance à un Officier ver-
tueux , brave , & d'un défintéreffement
bien rare , fur-tout dans une Cour Afia-
tique. Taher, c'eſt le nom de cet Off-
cier , ne prit jamais de part aux crimes
de fon Maître , & le fervit toujours fidé-
lement , parce qu'il fe regardoit comme
voit
JANVIER. 1764.
33
fon Sujet , & non comme fon Juge.
Envoyé en Egypte par le Calife , &
chargé d'une commiffion des plus im-
portantes , il s'en acquitta avec autant
de zèle que de fuccès.
Taher , en parcourant l'Egypte , fé-
journa quelque tems à Alexandrie .
Il
étoit occupé à vifiter le Port de cette
Ville , quand un vaiffeau Tunifien y
arriva. Entre plufieurs marchandiſes pré-
cieufes que portoit ce vaiffeau , il y en
avoit une d'un prix ineftimable : c'étoit
une jeune Efclave digne du rang & du
titre de Reine , fi la beauté feule pou-
le donner. Elle joignoit même
à cette extrême beauté tous les talens
qui peuvent en augmenter le prix. On
admiroit particulierement le charme de
fa voix , ainfi que l'art & le goût qu'ejle
mettoit dans fon chant. Taher la vit , &
fut furpris de l'impreffion qu'elle faifoit
fur fon ame. Il étoit parvenu à l'âge de
35 ans , & ignoroit encore les patlions
vives , excepté celle de la gloire : il efpé-
roit même n'en jamais connoître d'autre.
La vue de cette jeune Efclave le dé-
trompa. Il l'aima comme on aime pour
la premiere fois ; c'eſt-à-dire , exceffive-
ment.
La belle captive étoit née à Marſeille ,
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
& parloit fort bien la langue Arabe ,
fuite naturelle du grand commerce de
cette Ville avec l'Orient. Elle répondit
à toutes les queftions que lui fit Taher
& il lui en fit un grand nombre. Toutes
cependant n'étoient relatives qu'à elle-
même. Elle lui apprit & fon origine , &
fon nom , & toutes les circonstances de
fa captivité. Son nom étoit Ifaure ; fa
famille avoit occupé les premieres places
dans fa République : mais dépouillée de
fes richeffes , elle avoit perdu une par-
tie de fa fplendeur. Ifaure elle-même ,
reftée orpheline , & fous la tutelle d'un
parent déjà vieux , eut de plus le mal-
heur de lui plaire , & le défagrément de
l'entendre lui en faire l'aveu : ce qu'il
fit de l'air & du ton d'un Tuteur. Elle y
répondit de l'air & du ton d'une Pupile
qui n'ofe témoigner toute fa répugnan-
ce , mais qui ne la déguife qu'imparfai-
rement. Dès-lors elle fongea aux moyens
de fe fouftraire au malheur qui la me-
naçoit. Une partie de fa famille s'etoit
réfugiée en Italie : elle réfolut d'imiter
cet exemple , & d'aller joindre des parens
qui pourroient n'avoir pas les mêmes.
vues que fon Tuteur , ou qui pourroient
mériter mieux de les avoir. Un vaiffeau
qui partoit pour Veniſe , lui en fournit
JANVIER. 1764.
35
une occafion qu'elle mit à profit. Mal-
heureuſement un Corfaite Africain atta-
qua & prit le vaiffeau Marſeillois. Il y
avoit fur ce Navire dequoi fatisfaire
amplement l'avidité du Pirate. Ifaure
craignoit fur-tout de devenir la proie de
fa brutalité. Mais l'Africain étoit encore
plus avare que diffolu : il jugea que faire
violence à la jeune Provençale , c'étoit
altérer fon prix , & cette réflexion la
fauva de ce danger. Ifaure fe vit réſer-
vée pour quelque perfonnage puiffant de
l'Empire du Calife , fuppofé que le Pirate
ne pût arriver jufqu'au Calife même.
Taherfongeoit à profiter de ces difpo
fitions. Il lui étoit libre de voir & d'en-
tretenir la jeune Captive à toute heure
du jour , comme il eft permis à tout par-
ticulier d'examiner , à différentes repri-
fes , un diamant ou tel autre bijou qu'un
Marchand met en vente . Il crut même
s'appercevoir que l'aimable Ifaure trou-
voit dans fes vifites une forte d'adoucif-
fement à fes difgraces. Il ne fe trompoit
pas ; & , avec un peu moins de modef-
tre , il eût pu voir beaucoup plus qu'il
n'ofoit même foupçonner. Taher joi-
gnoit à une figure des plus intéreffantee
& des plus nobles , cet air de candeur &
d'aménité qui plaît toujours aux âmes à
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
qui ces vertus ne font point étrangères ,
& fouvent même à celles qui les con-
noiffent le moins. Ifaure , qui les pof-
fédoit entièrement , pouvoit- elle ne pas
les chérir dans notre Afiatique ?
Il eft
rare que le cœur s'affujettiffe à raison-
ner ; mais quand la raiſon le prévient ,
& fe trouve d'accord avec lui , il eft en-
core plus rare qu'il la rebute. La belle
Marfeilloife , qui n'avoit nulle efpé-
rance de revoir fa Patrie , devoit fouhai-
ter & fouhaitoit ardemment de fortir
des mains du Pirate. Elle ne prévoyoit
pas y pouvoir parvenir fans paffer dans
d'autres mains , & Taher lui fembloit
mériter la préférence. Elle la lui eût don-
née même fur le Calife.
Mais tandis que fes vœux fecondoient
fi bien ceux de l'amoureux Muſulman ,
il étoit plongé dans la plus exceffive dou-
leur. Le Pirate mettoit la jeune Eſclave
à un prix qui ſurpaffoit tout ce qu'il en
pouvoit offrir. J'ai déja dit que Taher
étoit un Courtifan défintéreffé : mais peu
s'en fallut que dans ce moment il ne re-
grettât d'avoir porté cette vertu fi loin.
C'étoit la premiere fois fans doute qu'au
défaut d'une fomme affez modique , le
Favori d'un Monarque puiffant fe trou-
voit hors d'état de fatisfaire un goût dé-
1
JANVIER. 1764.
37
cidé , & même un fimple caprice. On
préfume bien que le Corfaire fit la même
réfléxion. Taher peu riche , lui parut né-
ceffairement peu confidéré de fon Maî-
tre , & encore moins digne de pofféder
Ifaure , puifqu'il étoit hors d'état de la
lui payer.
Qu'on fe figure la défolation où étoit
ce malheureux Favori. O vertu ! s'é-
crioit-il , que d'épreuves il faut foutenir
pour te fuivre fans s'égarer. Mais celle
que j'effuie aujourd'hui eft à coup für
la plus cruelle de toutes. Il retourne au-
près de la belle Efclave , qui ignoroit
une partie de ſes inquiétudes ; il les lui
avoue , & la rend auffi affligée que lui-
même. Oui , charmante Ifaure , ajou-
toit- il , je commence à croire que l'or
eſt véritablement précieux , puifque lui
feul peut m'affurer votre poffeffion :
il
ne falloit pas moins que cette preuve
pour me convaincre de ce qu'il vaut.
Hélas ! reprenoit Ifaure , en verfant des
larmes , tout cela me prouve encore
mieux l'horreur de mon état. En vain
mon cœur voudroit fe donner ; toute ma
perfonne eft miſe à l'encan : je dois être à
quiconque donnera plus pour m'acqué-
rir. O Dieu ! s'écrioit de nouveau Taher,
faudra- t- il me réfoudre à la voir paffer
28 MERCURE DE FRANCE.
38
dans des mains peut-être indignes de la
pofféder ? Et , en fuffent - elles même
dignes , ma douleur en fera- t - elle moins
réelle ,fa perte moins irréparable ? Ifaure
ne répliqua rien ; mais fes larmes cou-
loient toujours
forte d'expreffion qui
en valoit bien d'autres. Taher n'y put
réfifter plus long temps. Il prit une ré-
folution qui lui coûta beaucoup à pren-
dre , parce qu'elle fembloit démentir
toute fa conduite paffée. Ce fut de
recourir au Gouverneur d'Egypte ,
non pour qu'il interpofât fon autorité
dans cette affaire ; mais pour lui em-
prunter ce qui manquoit à la fomme
qu'exigeoit le Pirate. Un riche Citoyen
d'Alexandrie , qui eftimoit la vertu de
Taher , & que le hafard inftruifit de for
embarras , le prévint par des offres qui ,
dans tout autre cas , n'euffent point été
acceptées. Elles le furent dans cette oc-
cafion preffante. Déja Taher ſe croyoit
au comble de fes vœux ; déja Ifaure par-
tageoit la fatisfaction qu'elle lifoit fur fon
vifage un nouvel incident les replon-
gea dans de nouvelles allarmes.
L'extrême beauté de la jeune Eſclave
étoit célébrée de toutes parts dans Alé-
xandrie. Acmet , Gouverneur de la haute
& baffe Egypte , en fut inftruit des pre-
JANVIER. 1764.
39
miers , & voulut en juger par lui- même.
Il envoya ordre au Pirate de lui amener
cette merveille fi vantée. Cet ordre arri-
va dans l'inſtant même où Taher croyoit
n'avoir plus aucun obſtacle à vaincre, où
il étoit prêt à payer le prix qu'exigeoit
le Corfaire pour lui livrer Ifaure. Mais
l'Africain jugea qu'il falloit d'abord fa-
tisfaire la curiofité du Gouverneur. C'é-
toit bien moins docilité de fa part , que
rafinement d'avarice. Il ne doutoit pas
que les charmes de la jeune Françoife ne
fiffent l'impreffion la plus vive fur l'âme
de ce Commandant , & il efpéro it tirer
meilleur parti d'un homme qui pouvoit
à fon gré véxer tout un grand Etat , que
d'un Favori qui avoit fait vœu de ne ja-
mais véxer perfonne.
Ce fut en vain que Taher combattit
cette réfolution .
Il prit enfin le parti
d'aller lui-même inftruire Acmet de ce
qui s'étoit paffé. Son but étoit de lui
ôter l'envie de voir Ifaure , perfuadé qu'il
l'auroit pour rival dès l'inftant qu'elle
s'offriroit à fes yeux. Le Gouverneur ,
qui au fonds le haïffoit , ne pouvoit ce-
pendant lui refufer fon eftime , encore
moins des égards mefurés fur ceux qu'a-
voit pour lui le Calife même. Il fit plus ;
il parut prêt à fe défifter de toutes préten-
tions fur Ifaure. Malheureufement le
40 MERCURE DE FRANCE.
Pirate furvint , accompagné de la jeune
Efclave , qu'il avoit fait tranſporter mal-
gré elle dans ce Palais . A cette vue
,
Acmet changea de langage , ou plutôt
il fembla perdre tout-à - coup la parole :
mais fon filence étoit expreffif. Celui
de Taher l'étoit encore plus , & il ne tar-
da pas à le rompre. Il demande que ,
fans aucun délai , Ifaure lui foit remife.
Mais une décifion fi prompte n'étoit dé-
ja plus du goût d'Acmet. Il prenoit un
plaifir infini à contempler Ifaure , qui ,
de fon côté , ne regardoit , ne voyoit
que Taher. Pour ce dernier , l'irréfolu-
tion ou plutôt le changement trop vifi-
ble du Gouverneur le défefpéroit. Ce
fut bien pis lorfqu'il le vit interroger la
jeune Efclave fur fes divers talens , &
lui demander , entre autres chofes , un
effai de la beauté de fa voix. Le Pirate
joignit un ordre abfolu à cette demande.
Mais , au lieu de chants , on ne put tirer
d'Ifanre que des foupirs , des fanglots &
des larmes. Taher , hors de lui- même
9
s'écria qu'Ifaure lui appartenoit , & ne
devoit plus être commandée par perfon-
ne. Brave Taher , lui répondit le Gouver-
neur , Ifaure appartient à un Corfaire
d'Afrique , & partant à celui de nous
deux qui pourra la mettre à plus haut
prix. C'est ici une forte de combat dans
i
JANVIER. 1764.
41
lequel on peut efpérer de vous vaincre.
Contentez- vous d'avoir triomphé tant
de fois ailleurs . Acmet joignit à ce dif-
cours une offre qui furpaffoit toutes les
facultés de fon rival. On préfume bien
qu'elle fut acceptée. On préfume éga
lement que celle qui en étoit l'objet s'af-
fligea de plus en plus. Mais Taher devint
furieux. Ne rougis-tu pas , dit- il au Gou-
verneur , d'abufer ainfi des richeffes qui
font ta honte , pour infulter à une pau→
vreté qui fait ma gloire ? La manière
dont ce Pirate en ufe envers moi n'a
* rien qui m'étonne : il remplit unique-
ment l'idée qu'on attache à fa profef
fion . Ta conduite eft mille fois plus ré-
préhenfible que la fienne.
Acmet refta quelques momens rêveur.
Enfuite , reprenant le ton de l'ironie :
hé quoi ! dit-il , fage Député du Com-
mandant des Fidèles , ne vous fuffit-il
pas de paffer pour l'homme le plus défin-
téreffé que renferme tout fon vafte Em-
pire ? Cette gloire n'eft-elle plus rien à
vos yeux ? Eft-il naturel que vous jouif-
fiez en même temps des avantages que
procurent les richeffes ?
Taher alloit répondre ; Ifaure le pré-
vint
ce qui étonna beaucoup , & le
Pirate , & Acmet , & Taher lui-même.
42 MERCURE DE FRANCE.
Vos richeffes , dit- elle au Gouverneur
peuvent éblouir celui qui fe croit l'ar-
bitre de ma deftinée ; celui qui , pour
m'avoir arrachée à ma famille , penfe
être en droit de me vendre à qui lui don-
nera plus. Une Efclave Afiatique obéi-
roit fans murmurer , fans même fe per-
mettre aucune réfléxion . L'air qu'on
refpire dans ma Patrie infpire d'autres
fentimens aux perfonnes de mon féxe.
Accoutumées aux hommages du vôtre
elles y règlent fes plaifirs , partagent vo-
lontairement fes travaux , & quelque-
fois fes dangers : en un mot , nous fom
mes fes Compagnes , & non fes Efcla-
ves. N'efpérez donc pas , pourfuivit-elle
d'un ton ferme , exercer jamais fur moi
l'autorité d'un maître impérieux & ab-
folu. Ce Corfaire , en tranfportant mon
corps dans un climat étranger , n'a point
changé mon âme : elle refte libre au mi-
lieu de mes chaînes. Il ne fuffit pas de
m'achetter pour m'obtenir , il faut en-
core que je me donne.
Le fort que je vous deftine , reprit
Acmet , vaincra l'indocilité de votre
âme. Vous chérirez ces fers qui vous
femblent fi odieux. Je prétends faire
votre bonheur..... Il n'eft plus temps ,
interrompit vivement Ifaure ; & , en
•
JANVIER. 1764.
43
prononçant ces mots , elle fixa Taher.
J'entends , reprit le Gouverneur ; un
autre m'a prévenu
mais vous ignorez
ce que je puis , & fur- tout ce que je me
propofe. Tremble ! lui dit Taher , fi tu
projette le moindre attentat , la moindre
violence contre Ifaure. Souviens - toi
que je périrois plutôt que de ne pas la
venger. Quant à préfent , je me borne
à recourir à l'autorité du Calife , à le
prier de vouloir être notre Juge. Mais
fur-tout,garde-toi d'ofer prévenir fa dé-
cifion . Soit , repliqua le Gouverneur ;
. le Calife nous mettra d'accord . En at-
tendant , Ifaure peut , en toute fûreté ,
habiter mon Palais . Cette promeffe ne
tranquilifa que médiocrement l'amou-
:
reux Taher il lui en coûtoit pour laif-
fer ainfi fa Maîtreffe au pouvoir de fon
Rival ; cependant il fallut y foufcrire.
Ifaure , de fon côté , lui tint les difcours
les plus propres à le raffurer , fi , dans de
pareilles circonftances , un Amant pou-
voit être fans crainte.
Leur féparation fut des plus doulou-
reufes. Il ne feroit pas facile d'exprimer
ce qui fe paffoit dans l'âme de l'un & de
l'autre. Ifaure craignoit que le Calife ne
fût injufte , & Taher que le Gouverneur
ne devint trop preffant , qu'Ifaure elle-
44 MERCURE DE FRANCE.
même ne fe lafsât de réfifter. Heureu-
fement nulle affaire d'Etat ne le retenoit
plus en Egypte , & il fit une diligence
prodigieufe pour fe rendre à Bagdat où
réfidoit le Calife. L'accueil qu'il reçut
de ce Prince étoit déja pour fui un au
gure très- favorable. Taher entra d'abord
dans quelques détails relatifs à la Com-
miffion dont il avoit été chargé. Ils lui
attirerent les éloges du Souverain , qui
enfuite le queſtionna fur ce qu'il avoit
vu de remarquable dans fon voyage.
C'étoit lui fournir l'occafion de s'expli-
quer fur un objet qui l'intéreffoit infini-
ment plus que des Obélifques , des Py-
ramides , & toutes les autres Antiquités
Egyptiennes. Seigneur Commandant
des Fidèles , dit- il au Calife , ce que j'ai
le plus admiré dans ce pays , fi fertile
en merveilles , en eſt une qui les efface
toutes , & dont la privation feroit le mal-
heur de mes jours , comme fa poffeffion
pourroit en faire le bonheur. Ce début
intéreffa vivement le Prince ; il voulut
que Taher s'expliquât fans emblême , &
c'eft ce que demandoit ce dernier .
Il
détailla fon aventure , mais avec tant de
chaleur & de vivacité qu'il étoit facile
de voir qu'en lui le Philofophe avoit fait
place à l'Amant. Le Calife parut l'écou
gypte
JANVIER, 1764.
45
ter avec beaucoup d'attention ; enfuite
il refta quelque temps rêveur, C'en fut
affez pour allarmer Taher au dernier
point. Mais que devint-il quand , pour.
toute réponse , il entendit ce Prince le
charger d'une Commiffion nouvelle
pour une contrée entierementoppofée
à celle de l'Egypte , & avec ordre de
partir fur le champ ?
Il s'agiffoit de repouffer une armée de
Grecs entrée inopinément fur les terres
du Calife. Un emploi de cette nature ne
pouvoit décemment fe refufer , & moins
encore par Taher que par tout autre. Il
l'accepta , mais ce fut avec une répu-
gnance que furmontoit le devoir plutôt
que l'ambition. Le devoir même ne put
impoſer filence à l'amour. Seigneur ,
dit Taher au Calife , je vais combattre
& , comme je l'efpère , vaincre vos en-
nemis. Puis-je efpérer de n'être pas moi-
même vaincu par le Gouverneur d'E-
Eft-il poffible , s'écria le Prince
que le fouvenir d'une Efclave partage
les foins d'un Général que la gloire pa-
rut toujours feule occuper ? Va ravager
les Provinces de la Grece , & tu y trou-
veras des Efclaves à choisir.
Taher vit bien que toute replique fe-
roit fuperflue. Il ne fçavoit comment
46 MERCURE DE FRANCE .
interpréter les réponfes du Calife. Tan-
tôt il les attribuoit à fa dureté naturelle ,
qui le portoit à mortifier ceux même
qu'il chériffoit le plus ; tantôt il craignoit
que ce Prince ne fût devenu amoureux
de la jeune Efclave , fur le portrait que
lui-même en avoit tracé. Eh que feroit-
ce donc , s'écrioit Taher ,
s'il voyoit
Ifaure en perfonne ? Ainfi l'amoureux
Mufulman n'appercevoit de toutes parts
que des motifs de crainte , fans même
entrevoir un feul motif d'efpérance .
Il partit , & fe vengea fur les Grecs
des chagrins qu'on lui faifoit éprouver
dans fa Patrie. L'ennemi fut battu &
pourfuivi jufques dans l'intérieur de fest
Provinces. Là il eût été facile à Taher de
mettre à profit le confeil du Calife. Il
pouvoit , dis-je , emmener en efclavage
une foule d'aimables Grecques. Il en
vit plufieurs dont les charmes l'auroient
féduit , s'il eût été moins épris de ceux
d'Ifaure. Mais il ne chercha pas même
à fe diftraire de fon fouvenir. Unique-
ment livré à ſes inquiétudes & à ſa ja-
loufie ,
il goûtoit peu la fatisfaction
qu'éprouve un Général après la victoire.
Le prix qu'en efpéroit celui- ci étoit,
une décifion en fa faveur , fuppofé qu'il
JANVIER. 1764.
tombeau.
47
fût encore temps de la rendre. Il n'ofoit
approfondir fes idées fur cette matière.
Il arrive à la Cour , & eft comblé d'hon-
neurs par le Calife . Ces honneurs euffent
pû le flatter dans tout autre temps : mais
alors il n'étoit occupé que d'un feul ob-
let. Ifaure lui feroit elle rendue ? Son
Juge n'étoit-il point devenu fon Rival ?
Tandis qu'il s'interrogeoit ainfi lui-mê-
me , le Calife lui fit une queftion toute
oppofée. Il s'agiffoit de fçavoir fi la belle
Efclave l'occupoit encore. Ciel ! fi elle
m'occupe ! s'écria Taher , fon image me
fuit por tout , & ne me quittera qu'au
Souffrirez - vous ,
Grand
Prince ,, que fa perfonne refte plus long-
temps au pouvoir de l'injufte Acmet ? Le
Calife ne répondit rien , ou plutôt , pour
toute réponſe , il retint Taher à fouper.
Cette faveur , qui n'étoit point rare à
la Cour des Califes , ne parut à l'Amant
d'Ifaure qu'une décifion contraire à fes
vœux , un arrêt foudroyant , quoique
tacite.
Il ne doutoit plus , ou que fa
Maîtreffe ne fût adjugée à fon Rival , ou
que le Calife ne l'eût prife pour lui-mê-
me; & l'un & l'autre cas le défeſpéroit
également. Bien-tôt même fes doutes lut
parurent éclaircis. Le Prince , dans le
+
48 MERCURE DE FRANCE .
cours du repas l'entretint encore une
fois de la jeune Eſclave ; & , entre autres
chofes , il lui demanda fi la voix d'Ifaure
étoit réellement auffi parfaite qu'il l'affu-
roit dans fes difcours ? Taher le lui attefta
de nouveau. Je crois pourtant , reprit le
Calife , avoir parmi mes Efclaves une
jeune Chanteufe qui peut , à cet égard ,
le difputer à la vôtre. A ces mots
fur un figne qu'il fait à un de fes Eu-
nuques , & fur un autre figne que fait
celui-ci à quelqu'un que Taher ne voyoit
pas , une voix touchante & harmonieuſe
fe fait entendre. L'oreille en étoit flat-
tée , le cœur en étoit ému. C'étoit néan-
moins encore peu de chofe en compa-
raifon de ce qu'éprouvoit Taher. Il fré-
mit , change de couleur , s'agite invo-
lontairement , & eft prêt à perdre toute
refpiration
en un mot , les accens de
la jeune Efclave lui paroiffent abfolu-
ment les mêmes que ceux d'Ifaure ; c'eſt
Ifaure qu'il croit entendre , & que , par
cette raifon , il juge être entierement
4
perdue pour
lui.
Les chants de l'Efclave invifible
étoient plaintifs , languiffans , & carac-
térifoient une ame triftement affectée :
ils étoient de plus dans le langage des
Troubadours Provençaux : langage que
n'entendoient
JANVIER. 1764.
n'entendoient ni le Calife ,
49.
ni Taher.
Mais ce dernier reconnut aifément que
c'étoit le même dans lequel chantoit
Ifaure. Nouveau motif de conviction
pour lui. Le Calife examinoit tous fes
mouvemens , & lui demanda quelle en
pouvoit être la caufe. Ah , Seigneur !
s'écria l'amoureux Mufulman , ou mon
imagination troublée me tranfporte en
Egypte , ou l'aimable Ifaure eft dans ce
Palais.
*
Montaffer, fans rien répondre , fit un
autre figne. Alors un grand rideau s'ou
vrit , & Ifaure elle-même , Ifaure parut
aux yeux de fon Amant , vêtue avec une
magnificence incroyable , & fous l'ex-
térieur d'une Reine de tout l'Orient ,
plutôt que d'une Efclave Européenne .
A cette vue Taher jette un cri d'étonne-
ment & de douleur : il ne peut plus douter
de fon infortune . Tout , dans cette ren-
contre , annonce l'amour du Calife & la
fragilité d'Ifaure. Ce qui achevoit d'en
convaincre l'affligé Taher , c'étoit le fi-
lence de la jeune Efclave. Elle fe bor-
noit à le fixer , & reftoit immobile. Une
attitude fi froide acheva de le mettre
* Cette réponſe eft citée dans l'Hiftoire des
Arabes , par M. l'Abbé de Marigny , où l Anec-
dote même fe trouve rapportée en peu de mots.
I. Vol
C
1
1
50
MERCURE DE FRANCE.
hors de lui- même. Seigneur ! dit-il au
Calife , en tombant à fes genoux , per-
mettez-moi de fuir une épreuve trop
au-deffus de mes forces. Ifaure a du
vous préférer à moi, N'efpérez pas tou-
tefois que j'approuve la conduite. N'exi-
gez pas fur-tout que j'en fois plus long-
temps le témoin. Je vous fervis avec un
zèle que rien n'a pu ralentir ; voici le
falaire que j'ofe en attendre. Souffrez
qu'au fonds du plus lointain défert , j'aille
oublier l'unique objet qui fçut toucher
mon âme , ou du moins gémir à mon
aife de fon oubli.
Les foupirs & les larmes d'Ifaure in-
terrompirent la fin de ce difcours Il n'é-
toit pas facile à Taher d'en pénétrer le
vrai motif. Etoit-ce remords ? étoit-ce
pure tendreffe ? le Calife , enfin , crut de-
voir terminer cette affreufe perpléxité.
Raffure-toi , dit-il à fon favori . c'eft
trop longtemps abufer de ton erreur.
Ifaure eft à toi. Elle me fut deſtinée
par Acmet , & je t'en fais un facrifice :
je te la rends telle que l'ai reçue. Je ne
voulois que jouir un peu de ton em-
barras.C'est moi qui ai prefcrit à Ifaure
la conduite qu'elle vient de tenir & qui
lui a tant coûté. Il m'étoit fans doute
permis d'éxiger d'elle cette complaifance
JANVIER. 1764.
51
frivole, puifque je me fuis interdit juf-
qu'à la volonté d'en éxiger de plus
grandes.
Taher , au comble de la joie , eut la
fatisfaction de voir Ifaure la partager.
Il étoit fort éloigné d'avoir aucun foup-
çon fâcheux à fon égard. L'eftime en
amour produit la paifible confiance ;
& Taher avoit le bonheur d'eftimer ce
ce qu'il aimoit.
ANECDOTE HISTORIQUE.
SI QUELQU'UN de mes Compatriotes
avoit le malheur de ne pas aimer sa Patrie,
je lui dirois , parcourez le monde
entier, & bien-tôt vous regretterez le
le climat qui vous a vu naître ; fréquen-
tez , étudiez toutes les Nations , & vous
rendrez enfin juſtice à la vôtre. Je dirois
à certains frondeurs obfcurs , lifez l'Hif-
toire de toutes les Monarchies , vous ne
trouverez nulle-part le même fpectacle
que vous offrent nos Annales. Eh quel
fpectacle ! Une Maifon qui depuis près de
800 ans occupe le Trône fans interrup-
tion , & qui , parmi une foule de grands
Rois , n'en a pas produit un feul qu'on
puiffe mettre dans la claffe des Princes
cruels & fanguinaires. La moitié des
Empereurs Romains furent des monf-
tres.
Il est peu d'Etats qui n'ayent eu
leurs Nerons , ou leurs Bufiris. L'Afie
fur-tout , ce pays d'efclavage , fut une
pépinière de tyrans. On a exalté parmi
nous le regne des Califes : mais lions
leurs propres Hiftoriens ; nous verrons
Biv
32 MERCURE DE FRANCE .
dans les meilleurs de ces Princes un mê-
lange de férocité qui ternit leurs actions
les plus louables. Le maffacre de tous
les Barmécides , ordonné pour une cauſe
des plus frivoles , & par un Souverain
qui paffoit pour jufte , eft une preuve
de cette vérité. Il pouvoit arriver auffi
qu'un Prince naturellement barbare laif-
fat , par caprice , échapper quelque trait
de grandeur d'âme. Le hafard peut faire
naître une plante utile dans un terroir
qui jamais ne produifit que des ronces ;
quelques rayons peuvent percer le nuage
le plus fombre : ce qui n'empêche pas ,
& qu'un pareil jour né foit réputé obf-
cur & qu'un pareil fol ne foit jugé
•
ftérile.
Le Calife Montaffer , trentième fuc-
ceffeur de Mahomet , s'étoit frayé le che-
min du Trône par le maffacre de fon
propre père. Cela dit affez que ce Prince
cruel avoit alors des amis & des partiſans
dignes de lui. Il donna depuis une par-
tie de fa confiance à un Officier ver-
tueux , brave , & d'un défintéreffement
bien rare , fur-tout dans une Cour Afia-
tique. Taher, c'eſt le nom de cet Off-
cier , ne prit jamais de part aux crimes
de fon Maître , & le fervit toujours fidé-
lement , parce qu'il fe regardoit comme
voit
JANVIER. 1764.
33
fon Sujet , & non comme fon Juge.
Envoyé en Egypte par le Calife , &
chargé d'une commiffion des plus im-
portantes , il s'en acquitta avec autant
de zèle que de fuccès.
Taher , en parcourant l'Egypte , fé-
journa quelque tems à Alexandrie .
Il
étoit occupé à vifiter le Port de cette
Ville , quand un vaiffeau Tunifien y
arriva. Entre plufieurs marchandiſes pré-
cieufes que portoit ce vaiffeau , il y en
avoit une d'un prix ineftimable : c'étoit
une jeune Efclave digne du rang & du
titre de Reine , fi la beauté feule pou-
le donner. Elle joignoit même
à cette extrême beauté tous les talens
qui peuvent en augmenter le prix. On
admiroit particulierement le charme de
fa voix , ainfi que l'art & le goût qu'ejle
mettoit dans fon chant. Taher la vit , &
fut furpris de l'impreffion qu'elle faifoit
fur fon ame. Il étoit parvenu à l'âge de
35 ans , & ignoroit encore les patlions
vives , excepté celle de la gloire : il efpé-
roit même n'en jamais connoître d'autre.
La vue de cette jeune Efclave le dé-
trompa. Il l'aima comme on aime pour
la premiere fois ; c'eſt-à-dire , exceffive-
ment.
La belle captive étoit née à Marſeille ,
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
& parloit fort bien la langue Arabe ,
fuite naturelle du grand commerce de
cette Ville avec l'Orient. Elle répondit
à toutes les queftions que lui fit Taher
& il lui en fit un grand nombre. Toutes
cependant n'étoient relatives qu'à elle-
même. Elle lui apprit & fon origine , &
fon nom , & toutes les circonstances de
fa captivité. Son nom étoit Ifaure ; fa
famille avoit occupé les premieres places
dans fa République : mais dépouillée de
fes richeffes , elle avoit perdu une par-
tie de fa fplendeur. Ifaure elle-même ,
reftée orpheline , & fous la tutelle d'un
parent déjà vieux , eut de plus le mal-
heur de lui plaire , & le défagrément de
l'entendre lui en faire l'aveu : ce qu'il
fit de l'air & du ton d'un Tuteur. Elle y
répondit de l'air & du ton d'une Pupile
qui n'ofe témoigner toute fa répugnan-
ce , mais qui ne la déguife qu'imparfai-
rement. Dès-lors elle fongea aux moyens
de fe fouftraire au malheur qui la me-
naçoit. Une partie de fa famille s'etoit
réfugiée en Italie : elle réfolut d'imiter
cet exemple , & d'aller joindre des parens
qui pourroient n'avoir pas les mêmes.
vues que fon Tuteur , ou qui pourroient
mériter mieux de les avoir. Un vaiffeau
qui partoit pour Veniſe , lui en fournit
JANVIER. 1764.
35
une occafion qu'elle mit à profit. Mal-
heureuſement un Corfaite Africain atta-
qua & prit le vaiffeau Marſeillois. Il y
avoit fur ce Navire dequoi fatisfaire
amplement l'avidité du Pirate. Ifaure
craignoit fur-tout de devenir la proie de
fa brutalité. Mais l'Africain étoit encore
plus avare que diffolu : il jugea que faire
violence à la jeune Provençale , c'étoit
altérer fon prix , & cette réflexion la
fauva de ce danger. Ifaure fe vit réſer-
vée pour quelque perfonnage puiffant de
l'Empire du Calife , fuppofé que le Pirate
ne pût arriver jufqu'au Calife même.
Taherfongeoit à profiter de ces difpo
fitions. Il lui étoit libre de voir & d'en-
tretenir la jeune Captive à toute heure
du jour , comme il eft permis à tout par-
ticulier d'examiner , à différentes repri-
fes , un diamant ou tel autre bijou qu'un
Marchand met en vente . Il crut même
s'appercevoir que l'aimable Ifaure trou-
voit dans fes vifites une forte d'adoucif-
fement à fes difgraces. Il ne fe trompoit
pas ; & , avec un peu moins de modef-
tre , il eût pu voir beaucoup plus qu'il
n'ofoit même foupçonner. Taher joi-
gnoit à une figure des plus intéreffantee
& des plus nobles , cet air de candeur &
d'aménité qui plaît toujours aux âmes à
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
qui ces vertus ne font point étrangères ,
& fouvent même à celles qui les con-
noiffent le moins. Ifaure , qui les pof-
fédoit entièrement , pouvoit- elle ne pas
les chérir dans notre Afiatique ?
Il eft
rare que le cœur s'affujettiffe à raison-
ner ; mais quand la raiſon le prévient ,
& fe trouve d'accord avec lui , il eft en-
core plus rare qu'il la rebute. La belle
Marfeilloife , qui n'avoit nulle efpé-
rance de revoir fa Patrie , devoit fouhai-
ter & fouhaitoit ardemment de fortir
des mains du Pirate. Elle ne prévoyoit
pas y pouvoir parvenir fans paffer dans
d'autres mains , & Taher lui fembloit
mériter la préférence. Elle la lui eût don-
née même fur le Calife.
Mais tandis que fes vœux fecondoient
fi bien ceux de l'amoureux Muſulman ,
il étoit plongé dans la plus exceffive dou-
leur. Le Pirate mettoit la jeune Eſclave
à un prix qui ſurpaffoit tout ce qu'il en
pouvoit offrir. J'ai déja dit que Taher
étoit un Courtifan défintéreffé : mais peu
s'en fallut que dans ce moment il ne re-
grettât d'avoir porté cette vertu fi loin.
C'étoit la premiere fois fans doute qu'au
défaut d'une fomme affez modique , le
Favori d'un Monarque puiffant fe trou-
voit hors d'état de fatisfaire un goût dé-
1
JANVIER. 1764.
37
cidé , & même un fimple caprice. On
préfume bien que le Corfaire fit la même
réfléxion. Taher peu riche , lui parut né-
ceffairement peu confidéré de fon Maî-
tre , & encore moins digne de pofféder
Ifaure , puifqu'il étoit hors d'état de la
lui payer.
Qu'on fe figure la défolation où étoit
ce malheureux Favori. O vertu ! s'é-
crioit-il , que d'épreuves il faut foutenir
pour te fuivre fans s'égarer. Mais celle
que j'effuie aujourd'hui eft à coup für
la plus cruelle de toutes. Il retourne au-
près de la belle Efclave , qui ignoroit
une partie de ſes inquiétudes ; il les lui
avoue , & la rend auffi affligée que lui-
même. Oui , charmante Ifaure , ajou-
toit- il , je commence à croire que l'or
eſt véritablement précieux , puifque lui
feul peut m'affurer votre poffeffion :
il
ne falloit pas moins que cette preuve
pour me convaincre de ce qu'il vaut.
Hélas ! reprenoit Ifaure , en verfant des
larmes , tout cela me prouve encore
mieux l'horreur de mon état. En vain
mon cœur voudroit fe donner ; toute ma
perfonne eft miſe à l'encan : je dois être à
quiconque donnera plus pour m'acqué-
rir. O Dieu ! s'écrioit de nouveau Taher,
faudra- t- il me réfoudre à la voir paffer
28 MERCURE DE FRANCE.
38
dans des mains peut-être indignes de la
pofféder ? Et , en fuffent - elles même
dignes , ma douleur en fera- t - elle moins
réelle ,fa perte moins irréparable ? Ifaure
ne répliqua rien ; mais fes larmes cou-
loient toujours
forte d'expreffion qui
en valoit bien d'autres. Taher n'y put
réfifter plus long temps. Il prit une ré-
folution qui lui coûta beaucoup à pren-
dre , parce qu'elle fembloit démentir
toute fa conduite paffée. Ce fut de
recourir au Gouverneur d'Egypte ,
non pour qu'il interpofât fon autorité
dans cette affaire ; mais pour lui em-
prunter ce qui manquoit à la fomme
qu'exigeoit le Pirate. Un riche Citoyen
d'Alexandrie , qui eftimoit la vertu de
Taher , & que le hafard inftruifit de for
embarras , le prévint par des offres qui ,
dans tout autre cas , n'euffent point été
acceptées. Elles le furent dans cette oc-
cafion preffante. Déja Taher ſe croyoit
au comble de fes vœux ; déja Ifaure par-
tageoit la fatisfaction qu'elle lifoit fur fon
vifage un nouvel incident les replon-
gea dans de nouvelles allarmes.
L'extrême beauté de la jeune Eſclave
étoit célébrée de toutes parts dans Alé-
xandrie. Acmet , Gouverneur de la haute
& baffe Egypte , en fut inftruit des pre-
JANVIER. 1764.
39
miers , & voulut en juger par lui- même.
Il envoya ordre au Pirate de lui amener
cette merveille fi vantée. Cet ordre arri-
va dans l'inſtant même où Taher croyoit
n'avoir plus aucun obſtacle à vaincre, où
il étoit prêt à payer le prix qu'exigeoit
le Corfaire pour lui livrer Ifaure. Mais
l'Africain jugea qu'il falloit d'abord fa-
tisfaire la curiofité du Gouverneur. C'é-
toit bien moins docilité de fa part , que
rafinement d'avarice. Il ne doutoit pas
que les charmes de la jeune Françoife ne
fiffent l'impreffion la plus vive fur l'âme
de ce Commandant , & il efpéro it tirer
meilleur parti d'un homme qui pouvoit
à fon gré véxer tout un grand Etat , que
d'un Favori qui avoit fait vœu de ne ja-
mais véxer perfonne.
Ce fut en vain que Taher combattit
cette réfolution .
Il prit enfin le parti
d'aller lui-même inftruire Acmet de ce
qui s'étoit paffé. Son but étoit de lui
ôter l'envie de voir Ifaure , perfuadé qu'il
l'auroit pour rival dès l'inftant qu'elle
s'offriroit à fes yeux. Le Gouverneur ,
qui au fonds le haïffoit , ne pouvoit ce-
pendant lui refufer fon eftime , encore
moins des égards mefurés fur ceux qu'a-
voit pour lui le Calife même. Il fit plus ;
il parut prêt à fe défifter de toutes préten-
tions fur Ifaure. Malheureufement le
40 MERCURE DE FRANCE.
Pirate furvint , accompagné de la jeune
Efclave , qu'il avoit fait tranſporter mal-
gré elle dans ce Palais . A cette vue
,
Acmet changea de langage , ou plutôt
il fembla perdre tout-à - coup la parole :
mais fon filence étoit expreffif. Celui
de Taher l'étoit encore plus , & il ne tar-
da pas à le rompre. Il demande que ,
fans aucun délai , Ifaure lui foit remife.
Mais une décifion fi prompte n'étoit dé-
ja plus du goût d'Acmet. Il prenoit un
plaifir infini à contempler Ifaure , qui ,
de fon côté , ne regardoit , ne voyoit
que Taher. Pour ce dernier , l'irréfolu-
tion ou plutôt le changement trop vifi-
ble du Gouverneur le défefpéroit. Ce
fut bien pis lorfqu'il le vit interroger la
jeune Efclave fur fes divers talens , &
lui demander , entre autres chofes , un
effai de la beauté de fa voix. Le Pirate
joignit un ordre abfolu à cette demande.
Mais , au lieu de chants , on ne put tirer
d'Ifanre que des foupirs , des fanglots &
des larmes. Taher , hors de lui- même
9
s'écria qu'Ifaure lui appartenoit , & ne
devoit plus être commandée par perfon-
ne. Brave Taher , lui répondit le Gouver-
neur , Ifaure appartient à un Corfaire
d'Afrique , & partant à celui de nous
deux qui pourra la mettre à plus haut
prix. C'est ici une forte de combat dans
i
JANVIER. 1764.
41
lequel on peut efpérer de vous vaincre.
Contentez- vous d'avoir triomphé tant
de fois ailleurs . Acmet joignit à ce dif-
cours une offre qui furpaffoit toutes les
facultés de fon rival. On préfume bien
qu'elle fut acceptée. On préfume éga
lement que celle qui en étoit l'objet s'af-
fligea de plus en plus. Mais Taher devint
furieux. Ne rougis-tu pas , dit- il au Gou-
verneur , d'abufer ainfi des richeffes qui
font ta honte , pour infulter à une pau→
vreté qui fait ma gloire ? La manière
dont ce Pirate en ufe envers moi n'a
* rien qui m'étonne : il remplit unique-
ment l'idée qu'on attache à fa profef
fion . Ta conduite eft mille fois plus ré-
préhenfible que la fienne.
Acmet refta quelques momens rêveur.
Enfuite , reprenant le ton de l'ironie :
hé quoi ! dit-il , fage Député du Com-
mandant des Fidèles , ne vous fuffit-il
pas de paffer pour l'homme le plus défin-
téreffé que renferme tout fon vafte Em-
pire ? Cette gloire n'eft-elle plus rien à
vos yeux ? Eft-il naturel que vous jouif-
fiez en même temps des avantages que
procurent les richeffes ?
Taher alloit répondre ; Ifaure le pré-
vint
ce qui étonna beaucoup , & le
Pirate , & Acmet , & Taher lui-même.
42 MERCURE DE FRANCE.
Vos richeffes , dit- elle au Gouverneur
peuvent éblouir celui qui fe croit l'ar-
bitre de ma deftinée ; celui qui , pour
m'avoir arrachée à ma famille , penfe
être en droit de me vendre à qui lui don-
nera plus. Une Efclave Afiatique obéi-
roit fans murmurer , fans même fe per-
mettre aucune réfléxion . L'air qu'on
refpire dans ma Patrie infpire d'autres
fentimens aux perfonnes de mon féxe.
Accoutumées aux hommages du vôtre
elles y règlent fes plaifirs , partagent vo-
lontairement fes travaux , & quelque-
fois fes dangers : en un mot , nous fom
mes fes Compagnes , & non fes Efcla-
ves. N'efpérez donc pas , pourfuivit-elle
d'un ton ferme , exercer jamais fur moi
l'autorité d'un maître impérieux & ab-
folu. Ce Corfaire , en tranfportant mon
corps dans un climat étranger , n'a point
changé mon âme : elle refte libre au mi-
lieu de mes chaînes. Il ne fuffit pas de
m'achetter pour m'obtenir , il faut en-
core que je me donne.
Le fort que je vous deftine , reprit
Acmet , vaincra l'indocilité de votre
âme. Vous chérirez ces fers qui vous
femblent fi odieux. Je prétends faire
votre bonheur..... Il n'eft plus temps ,
interrompit vivement Ifaure ; & , en
•
JANVIER. 1764.
43
prononçant ces mots , elle fixa Taher.
J'entends , reprit le Gouverneur ; un
autre m'a prévenu
mais vous ignorez
ce que je puis , & fur- tout ce que je me
propofe. Tremble ! lui dit Taher , fi tu
projette le moindre attentat , la moindre
violence contre Ifaure. Souviens - toi
que je périrois plutôt que de ne pas la
venger. Quant à préfent , je me borne
à recourir à l'autorité du Calife , à le
prier de vouloir être notre Juge. Mais
fur-tout,garde-toi d'ofer prévenir fa dé-
cifion . Soit , repliqua le Gouverneur ;
. le Calife nous mettra d'accord . En at-
tendant , Ifaure peut , en toute fûreté ,
habiter mon Palais . Cette promeffe ne
tranquilifa que médiocrement l'amou-
:
reux Taher il lui en coûtoit pour laif-
fer ainfi fa Maîtreffe au pouvoir de fon
Rival ; cependant il fallut y foufcrire.
Ifaure , de fon côté , lui tint les difcours
les plus propres à le raffurer , fi , dans de
pareilles circonftances , un Amant pou-
voit être fans crainte.
Leur féparation fut des plus doulou-
reufes. Il ne feroit pas facile d'exprimer
ce qui fe paffoit dans l'âme de l'un & de
l'autre. Ifaure craignoit que le Calife ne
fût injufte , & Taher que le Gouverneur
ne devint trop preffant , qu'Ifaure elle-
44 MERCURE DE FRANCE.
même ne fe lafsât de réfifter. Heureu-
fement nulle affaire d'Etat ne le retenoit
plus en Egypte , & il fit une diligence
prodigieufe pour fe rendre à Bagdat où
réfidoit le Calife. L'accueil qu'il reçut
de ce Prince étoit déja pour fui un au
gure très- favorable. Taher entra d'abord
dans quelques détails relatifs à la Com-
miffion dont il avoit été chargé. Ils lui
attirerent les éloges du Souverain , qui
enfuite le queſtionna fur ce qu'il avoit
vu de remarquable dans fon voyage.
C'étoit lui fournir l'occafion de s'expli-
quer fur un objet qui l'intéreffoit infini-
ment plus que des Obélifques , des Py-
ramides , & toutes les autres Antiquités
Egyptiennes. Seigneur Commandant
des Fidèles , dit- il au Calife , ce que j'ai
le plus admiré dans ce pays , fi fertile
en merveilles , en eſt une qui les efface
toutes , & dont la privation feroit le mal-
heur de mes jours , comme fa poffeffion
pourroit en faire le bonheur. Ce début
intéreffa vivement le Prince ; il voulut
que Taher s'expliquât fans emblême , &
c'eft ce que demandoit ce dernier .
Il
détailla fon aventure , mais avec tant de
chaleur & de vivacité qu'il étoit facile
de voir qu'en lui le Philofophe avoit fait
place à l'Amant. Le Calife parut l'écou
gypte
JANVIER, 1764.
45
ter avec beaucoup d'attention ; enfuite
il refta quelque temps rêveur, C'en fut
affez pour allarmer Taher au dernier
point. Mais que devint-il quand , pour.
toute réponse , il entendit ce Prince le
charger d'une Commiffion nouvelle
pour une contrée entierementoppofée
à celle de l'Egypte , & avec ordre de
partir fur le champ ?
Il s'agiffoit de repouffer une armée de
Grecs entrée inopinément fur les terres
du Calife. Un emploi de cette nature ne
pouvoit décemment fe refufer , & moins
encore par Taher que par tout autre. Il
l'accepta , mais ce fut avec une répu-
gnance que furmontoit le devoir plutôt
que l'ambition. Le devoir même ne put
impoſer filence à l'amour. Seigneur ,
dit Taher au Calife , je vais combattre
& , comme je l'efpère , vaincre vos en-
nemis. Puis-je efpérer de n'être pas moi-
même vaincu par le Gouverneur d'E-
Eft-il poffible , s'écria le Prince
que le fouvenir d'une Efclave partage
les foins d'un Général que la gloire pa-
rut toujours feule occuper ? Va ravager
les Provinces de la Grece , & tu y trou-
veras des Efclaves à choisir.
Taher vit bien que toute replique fe-
roit fuperflue. Il ne fçavoit comment
46 MERCURE DE FRANCE .
interpréter les réponfes du Calife. Tan-
tôt il les attribuoit à fa dureté naturelle ,
qui le portoit à mortifier ceux même
qu'il chériffoit le plus ; tantôt il craignoit
que ce Prince ne fût devenu amoureux
de la jeune Efclave , fur le portrait que
lui-même en avoit tracé. Eh que feroit-
ce donc , s'écrioit Taher ,
s'il voyoit
Ifaure en perfonne ? Ainfi l'amoureux
Mufulman n'appercevoit de toutes parts
que des motifs de crainte , fans même
entrevoir un feul motif d'efpérance .
Il partit , & fe vengea fur les Grecs
des chagrins qu'on lui faifoit éprouver
dans fa Patrie. L'ennemi fut battu &
pourfuivi jufques dans l'intérieur de fest
Provinces. Là il eût été facile à Taher de
mettre à profit le confeil du Calife. Il
pouvoit , dis-je , emmener en efclavage
une foule d'aimables Grecques. Il en
vit plufieurs dont les charmes l'auroient
féduit , s'il eût été moins épris de ceux
d'Ifaure. Mais il ne chercha pas même
à fe diftraire de fon fouvenir. Unique-
ment livré à ſes inquiétudes & à ſa ja-
loufie ,
il goûtoit peu la fatisfaction
qu'éprouve un Général après la victoire.
Le prix qu'en efpéroit celui- ci étoit,
une décifion en fa faveur , fuppofé qu'il
JANVIER. 1764.
tombeau.
47
fût encore temps de la rendre. Il n'ofoit
approfondir fes idées fur cette matière.
Il arrive à la Cour , & eft comblé d'hon-
neurs par le Calife . Ces honneurs euffent
pû le flatter dans tout autre temps : mais
alors il n'étoit occupé que d'un feul ob-
let. Ifaure lui feroit elle rendue ? Son
Juge n'étoit-il point devenu fon Rival ?
Tandis qu'il s'interrogeoit ainfi lui-mê-
me , le Calife lui fit une queftion toute
oppofée. Il s'agiffoit de fçavoir fi la belle
Efclave l'occupoit encore. Ciel ! fi elle
m'occupe ! s'écria Taher , fon image me
fuit por tout , & ne me quittera qu'au
Souffrirez - vous ,
Grand
Prince ,, que fa perfonne refte plus long-
temps au pouvoir de l'injufte Acmet ? Le
Calife ne répondit rien , ou plutôt , pour
toute réponſe , il retint Taher à fouper.
Cette faveur , qui n'étoit point rare à
la Cour des Califes , ne parut à l'Amant
d'Ifaure qu'une décifion contraire à fes
vœux , un arrêt foudroyant , quoique
tacite.
Il ne doutoit plus , ou que fa
Maîtreffe ne fût adjugée à fon Rival , ou
que le Calife ne l'eût prife pour lui-mê-
me; & l'un & l'autre cas le défeſpéroit
également. Bien-tôt même fes doutes lut
parurent éclaircis. Le Prince , dans le
+
48 MERCURE DE FRANCE .
cours du repas l'entretint encore une
fois de la jeune Eſclave ; & , entre autres
chofes , il lui demanda fi la voix d'Ifaure
étoit réellement auffi parfaite qu'il l'affu-
roit dans fes difcours ? Taher le lui attefta
de nouveau. Je crois pourtant , reprit le
Calife , avoir parmi mes Efclaves une
jeune Chanteufe qui peut , à cet égard ,
le difputer à la vôtre. A ces mots
fur un figne qu'il fait à un de fes Eu-
nuques , & fur un autre figne que fait
celui-ci à quelqu'un que Taher ne voyoit
pas , une voix touchante & harmonieuſe
fe fait entendre. L'oreille en étoit flat-
tée , le cœur en étoit ému. C'étoit néan-
moins encore peu de chofe en compa-
raifon de ce qu'éprouvoit Taher. Il fré-
mit , change de couleur , s'agite invo-
lontairement , & eft prêt à perdre toute
refpiration
en un mot , les accens de
la jeune Efclave lui paroiffent abfolu-
ment les mêmes que ceux d'Ifaure ; c'eſt
Ifaure qu'il croit entendre , & que , par
cette raifon , il juge être entierement
4
perdue pour
lui.
Les chants de l'Efclave invifible
étoient plaintifs , languiffans , & carac-
térifoient une ame triftement affectée :
ils étoient de plus dans le langage des
Troubadours Provençaux : langage que
n'entendoient
JANVIER. 1764.
n'entendoient ni le Calife ,
49.
ni Taher.
Mais ce dernier reconnut aifément que
c'étoit le même dans lequel chantoit
Ifaure. Nouveau motif de conviction
pour lui. Le Calife examinoit tous fes
mouvemens , & lui demanda quelle en
pouvoit être la caufe. Ah , Seigneur !
s'écria l'amoureux Mufulman , ou mon
imagination troublée me tranfporte en
Egypte , ou l'aimable Ifaure eft dans ce
Palais.
*
Montaffer, fans rien répondre , fit un
autre figne. Alors un grand rideau s'ou
vrit , & Ifaure elle-même , Ifaure parut
aux yeux de fon Amant , vêtue avec une
magnificence incroyable , & fous l'ex-
térieur d'une Reine de tout l'Orient ,
plutôt que d'une Efclave Européenne .
A cette vue Taher jette un cri d'étonne-
ment & de douleur : il ne peut plus douter
de fon infortune . Tout , dans cette ren-
contre , annonce l'amour du Calife & la
fragilité d'Ifaure. Ce qui achevoit d'en
convaincre l'affligé Taher , c'étoit le fi-
lence de la jeune Efclave. Elle fe bor-
noit à le fixer , & reftoit immobile. Une
attitude fi froide acheva de le mettre
* Cette réponſe eft citée dans l'Hiftoire des
Arabes , par M. l'Abbé de Marigny , où l Anec-
dote même fe trouve rapportée en peu de mots.
I. Vol
C
1
1
50
MERCURE DE FRANCE.
hors de lui- même. Seigneur ! dit-il au
Calife , en tombant à fes genoux , per-
mettez-moi de fuir une épreuve trop
au-deffus de mes forces. Ifaure a du
vous préférer à moi, N'efpérez pas tou-
tefois que j'approuve la conduite. N'exi-
gez pas fur-tout que j'en fois plus long-
temps le témoin. Je vous fervis avec un
zèle que rien n'a pu ralentir ; voici le
falaire que j'ofe en attendre. Souffrez
qu'au fonds du plus lointain défert , j'aille
oublier l'unique objet qui fçut toucher
mon âme , ou du moins gémir à mon
aife de fon oubli.
Les foupirs & les larmes d'Ifaure in-
terrompirent la fin de ce difcours Il n'é-
toit pas facile à Taher d'en pénétrer le
vrai motif. Etoit-ce remords ? étoit-ce
pure tendreffe ? le Calife , enfin , crut de-
voir terminer cette affreufe perpléxité.
Raffure-toi , dit-il à fon favori . c'eft
trop longtemps abufer de ton erreur.
Ifaure eft à toi. Elle me fut deſtinée
par Acmet , & je t'en fais un facrifice :
je te la rends telle que l'ai reçue. Je ne
voulois que jouir un peu de ton em-
barras.C'est moi qui ai prefcrit à Ifaure
la conduite qu'elle vient de tenir & qui
lui a tant coûté. Il m'étoit fans doute
permis d'éxiger d'elle cette complaifance
JANVIER. 1764.
51
frivole, puifque je me fuis interdit juf-
qu'à la volonté d'en éxiger de plus
grandes.
Taher , au comble de la joie , eut la
fatisfaction de voir Ifaure la partager.
Il étoit fort éloigné d'avoir aucun foup-
çon fâcheux à fon égard. L'eftime en
amour produit la paifible confiance ;
& Taher avoit le bonheur d'eftimer ce
ce qu'il aimoit.
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Résumé : QU'EN DOIT-IL ARRIVER ? ANECDOTE HISTORIQUE.
Le texte présente une anecdote historique mettant en lumière l'amour patriotique et compare favorablement l'histoire de la France à celle d'autres monarchies dominées par des tyrans, tels que les empereurs romains, les tyrans asiatiques et les califes comme Al-Mamoun. Ce dernier accéda au trône en assassinant son père et ordonna le massacre des Barmécides. L'histoire se concentre sur Taher, un officier loyal au calife Al-Mamoun. En Égypte, Taher rencontre Isaure, une esclave marseillaise belle et talentueuse. Taher, âgé de 35 ans, tombe amoureux d'Isaure, qui lui raconte son histoire tragique : orpheline, elle dut fuir un tuteur indésirable et fut capturée par des pirates. Taher souhaite acheter Isaure mais ne peut payer le prix demandé. Il emprunte la somme nécessaire, mais le gouverneur d'Égypte, Acmet, s'intéresse également à Isaure. Une dispute éclate entre Taher et Acmet, qui souhaite vendre Isaure au plus offrant. Isaure refuse de se soumettre à un maître impérieux. Taher menace Acmet et sollicite l'aide du Calife, qui lui confie une mission urgente loin de l'Égypte. Taher doit repousser une armée grecque envahissante. Bien qu'il accepte la mission, il reste obsédé par Isaure. De retour à la cour, il est honoré par le Calife, qui confirme que Isaure est devenue sa favorite. Dévasté, Taher implore le Calife de le laisser partir. Le Calife, après réflexion, décide de rendre Isaure à Taher, avouant avoir manipulé la conduite d'Isaure pour tester Taher. Taher, heureux, partage ce bonheur avec Isaure sans suspecter de mauvaises intentions. Leur relation est caractérisée par une confiance réciproque et sereine.
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346
p. 174
De LISBONNE, le 27 Septembre 1763.
Début :
La Princesse du Brésil est accouchée hier très-heureusement d'un Prince. [...]
Mots clefs :
Naissance, Prince, Princesse, Brésil
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texteReconnaissance textuelle : De LISBONNE, le 27 Septembre 1763.
De LISBONNE , le 27 Septembre 1763.
La Princeffe du Bréfil eft accouchée hier très
reufement d'un Prince.
La Princeffe du Bréfil eft accouchée hier très
reufement d'un Prince.
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347
p. 178-181
De FONTAINEBLEAU, le 29 Octobre 1763.
Début :
Le Roi est arrivé ici le 5 de ce mois ; & la Reine, ainsi que Madame Adélaïde, [...]
Mots clefs :
Famille royale, Serment, Roi de Pologne, Décès, Toux, Léthargie, Autopsie, Démission, Ministres, Ambassadeur, Conseil royal, Comte, Duc, Gouvernement, Prince, Contrat de mariage
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texteReconnaissance textuelle : De FONTAINEBLEAU, le 29 Octobre 1763.
De FONTAINEBLEAU , le 29 Octobre 1763.
Le Roi eft arrivé ici les de ce mois ; & la
Reine , ainsi que Madame Adélaïde , Meldames
Victoires , Sophie & Louife , y font arrivées le len
demain.
Le 9 , le fieur de Maupeou a prêté ferment entre
les mains de Sa Majefté , en qualité de Garde
des Sceaux & de Vice-Chancelier .
On a appris , le 24 , par des Lettres de Dresde,
que Frédéric- Augufte III , Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , étoit mort le s de ce mois , il étoit
né le 7 Octobre 1696 Depuis environ trois ſemaines
, ce Monarque éprouvoit un affoupiffe .
ment prefque continuel auquel s'étoit jointe une
toux fréquente il s'étonnoit quelquefois luimême
de l'elpèce de léthargie dans laquelle il
fe trouvoit plongé. Le jour de fa mort , il avoit
entendu la Meffe dans fon appartement fans qu'on
eût remarqué aucune altération fenfible dans fon
état en rentrant dans fa Chambre à coucher , il
s'eft trouvé très - mal & il a eu une intermittence
de poulx fi longue qu'on a été obligé de le faigner
du pied & de lui appliquer les véficatoires aux
jambes ; mais ces remédes n'ayant pu prévenir le
retour des étouffemens & des foibleffes qui fe
fuccédoient préfque à chaque inftant , Sa Majefté
a fuccombé à la violence du mal vers les cinq heures
du foir. Les Médecins & Chirurgiens qui ont
affifté à l'ouverture du Corps y ont remarqué , 19
plufieurs pierres dans le fiel. 2 °. quelques coma
JANVIER . 1764. 179
mencemens de polypes au coeur. 3º. une aſſez
grande quantité d'eau épanchée entre le crâne &
le cerveau. On a qualifié d'apopléxie ſéreuſe l'accident
qui a terminé la vie de ce Monarque . Ea
effet , il y a apparence que c'eft cette eau épanchée
qui produifoit l'affection foporifique dans laquelle
il retomboit fi fréquemment depuis quelques jours
& qui enfin a caufé fa mort. Le Roi a pris le
deuil à cette occafion le 18 de ce mois , & le portera
trois semaines.
Le fieur Molé , premier Péfi lent du Parlement
de Paris , ayant donné la démillion de fa charge ,
le Roi y a nommé le fieur de Maupeou , Préfident
à Mortier du même Parlement.
Le fieur O- Dunne , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Electeur Palatin prit congé
le 9 de Leurs Majeftés & de la Famille Royale.
Le Comte de Starhemberg Amballa deur de
Leurs Majeftés Impériales & Royale , eut , le 11
une Audience particulière du Roi , dans laquelle il
préfenta à Sa Majefté le Comte de Seilern , Miniftre
de la Cour de Vienne près de Sa Majeſté Britannique.
Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine , de Madame A lélaïde , &
de Meſdames Victoire , Sophie & Louife , par e
Sieur de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs .
Le Roi a bien voulu promettre la première
place qui viendra à vaquer , foit au Confeil Royal
des Finances , foit au Confeil des Dépêches , au
Sieur Feydeau de Marville , Confeiller d'Erat Ordinaire
, qui a remercié , le 14, Sa Majesté à cette
occafion.
Le 18 , le Roi , accompagné de Madame Adé
laide & Madame Sophie , eft parti pour aller voir
Madame la Dauphine à Verfailles, d'où Sa Majeft
eft revenu ici le lendemain.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Le Comte de Cantillana , Ambaſſadeur de Na
ples , a eu une Audience particuliere du Roi , dans
laquelle il a préfenté à Sa Majefté le Comte d'Almodovar
, Ambaffadeur de la Cour d'Espagne à
celle de Portugal . Le Comte de Rochford , Ambaffadeur
Extraordinaire d'Angleterre auprès de
Sa Majefté Catholique , a auffi été préſenté au Roi.
Le 16 , le Sieur de Maupeou prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Premier Préſident
du Parlement de Paris .
W Le 17 , le Duc & la Ducheffe de Richmont ont
pris congé de la Cour pour retourner en Angleterre.
Sa Majesté a diſpoſé du Gouvernement de Toul
& du Toulois , vacant par la mort du Marquis de
Crecy , en faveur du Marquis de Lugeac , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Commandant
des Grenadiers à Cheval , qui prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , le 28.
Le Sieur de Souza , Miniftre Plénipotentiaire de
la Cour de Portugal , notifia , le 23 de ce mois ,
à Sa Majefté , l'accouchement de la Princeffe du
Bréfil . Le Lord Hertford , Ambaffadeur de Sa Majefté
Britannique , eur , le même jour , une audience
particulière du Roi , à qui il préfenta fes
Lettres de créance ; & le 25 , le fieur de Neville ,
Miniftre Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne ,
en eut une femblable , dans laquelle il remit à Sa
Majefté les Lettres de rappel . Ces Miniftres furent
conduits à ces audiences , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Madame Adélaïde , & de Mefdames
Sophie & Louife , par le Sieur de la Live , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le Prince de Mafferano préfenta au Roi , le 23 ,
le premier Volume du Catalogue des Manufcrits
Arabes qui fe trouvent dans la Bibliothèque Royale
JANVIER. 1764. 181
de l'Efcurial , & que Sa Majeſté Catholique a fair
traduire en Latin ..
Leurs Majeftés , ainfi que Madame Adélaide , &
Meldames Victoire , Sophie & Louife , fignerent ,
le même jour , le Contrat de mariage du Marquis
d'Argenteuil , Aide - Major des Gardes du Corps ,
& de Demoiſelle du Ban de la Feuillée.
Le Marquis d'Aubeterre , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Chevalier de ſes Ordres , &
fon Ambaffadeur Extraordinaire à Rome , prit
congé de la Cour ces jours derniers , pour ſe rendre
à fa deſtination .
Le Roi eft arrivé ici les de ce mois ; & la
Reine , ainsi que Madame Adélaïde , Meldames
Victoires , Sophie & Louife , y font arrivées le len
demain.
Le 9 , le fieur de Maupeou a prêté ferment entre
les mains de Sa Majefté , en qualité de Garde
des Sceaux & de Vice-Chancelier .
On a appris , le 24 , par des Lettres de Dresde,
que Frédéric- Augufte III , Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , étoit mort le s de ce mois , il étoit
né le 7 Octobre 1696 Depuis environ trois ſemaines
, ce Monarque éprouvoit un affoupiffe .
ment prefque continuel auquel s'étoit jointe une
toux fréquente il s'étonnoit quelquefois luimême
de l'elpèce de léthargie dans laquelle il
fe trouvoit plongé. Le jour de fa mort , il avoit
entendu la Meffe dans fon appartement fans qu'on
eût remarqué aucune altération fenfible dans fon
état en rentrant dans fa Chambre à coucher , il
s'eft trouvé très - mal & il a eu une intermittence
de poulx fi longue qu'on a été obligé de le faigner
du pied & de lui appliquer les véficatoires aux
jambes ; mais ces remédes n'ayant pu prévenir le
retour des étouffemens & des foibleffes qui fe
fuccédoient préfque à chaque inftant , Sa Majefté
a fuccombé à la violence du mal vers les cinq heures
du foir. Les Médecins & Chirurgiens qui ont
affifté à l'ouverture du Corps y ont remarqué , 19
plufieurs pierres dans le fiel. 2 °. quelques coma
JANVIER . 1764. 179
mencemens de polypes au coeur. 3º. une aſſez
grande quantité d'eau épanchée entre le crâne &
le cerveau. On a qualifié d'apopléxie ſéreuſe l'accident
qui a terminé la vie de ce Monarque . Ea
effet , il y a apparence que c'eft cette eau épanchée
qui produifoit l'affection foporifique dans laquelle
il retomboit fi fréquemment depuis quelques jours
& qui enfin a caufé fa mort. Le Roi a pris le
deuil à cette occafion le 18 de ce mois , & le portera
trois semaines.
Le fieur Molé , premier Péfi lent du Parlement
de Paris , ayant donné la démillion de fa charge ,
le Roi y a nommé le fieur de Maupeou , Préfident
à Mortier du même Parlement.
Le fieur O- Dunne , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi auprès de l'Electeur Palatin prit congé
le 9 de Leurs Majeftés & de la Famille Royale.
Le Comte de Starhemberg Amballa deur de
Leurs Majeftés Impériales & Royale , eut , le 11
une Audience particulière du Roi , dans laquelle il
préfenta à Sa Majefté le Comte de Seilern , Miniftre
de la Cour de Vienne près de Sa Majeſté Britannique.
Il fut conduit à cette Audience , ainfi
qu'à celles de la Reine , de Madame A lélaïde , &
de Meſdames Victoire , Sophie & Louife , par e
Sieur de la Live , Introducteur des Ambaffadeurs .
Le Roi a bien voulu promettre la première
place qui viendra à vaquer , foit au Confeil Royal
des Finances , foit au Confeil des Dépêches , au
Sieur Feydeau de Marville , Confeiller d'Erat Ordinaire
, qui a remercié , le 14, Sa Majesté à cette
occafion.
Le 18 , le Roi , accompagné de Madame Adé
laide & Madame Sophie , eft parti pour aller voir
Madame la Dauphine à Verfailles, d'où Sa Majeft
eft revenu ici le lendemain.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Le Comte de Cantillana , Ambaſſadeur de Na
ples , a eu une Audience particuliere du Roi , dans
laquelle il a préfenté à Sa Majefté le Comte d'Almodovar
, Ambaffadeur de la Cour d'Espagne à
celle de Portugal . Le Comte de Rochford , Ambaffadeur
Extraordinaire d'Angleterre auprès de
Sa Majefté Catholique , a auffi été préſenté au Roi.
Le 16 , le Sieur de Maupeou prêta ferment entre
les mains du Roi , en qualité de Premier Préſident
du Parlement de Paris .
W Le 17 , le Duc & la Ducheffe de Richmont ont
pris congé de la Cour pour retourner en Angleterre.
Sa Majesté a diſpoſé du Gouvernement de Toul
& du Toulois , vacant par la mort du Marquis de
Crecy , en faveur du Marquis de Lugeac , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Commandant
des Grenadiers à Cheval , qui prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , le 28.
Le Sieur de Souza , Miniftre Plénipotentiaire de
la Cour de Portugal , notifia , le 23 de ce mois ,
à Sa Majefté , l'accouchement de la Princeffe du
Bréfil . Le Lord Hertford , Ambaffadeur de Sa Majefté
Britannique , eur , le même jour , une audience
particulière du Roi , à qui il préfenta fes
Lettres de créance ; & le 25 , le fieur de Neville ,
Miniftre Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne ,
en eut une femblable , dans laquelle il remit à Sa
Majefté les Lettres de rappel . Ces Miniftres furent
conduits à ces audiences , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Madame Adélaïde , & de Mefdames
Sophie & Louife , par le Sieur de la Live , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le Prince de Mafferano préfenta au Roi , le 23 ,
le premier Volume du Catalogue des Manufcrits
Arabes qui fe trouvent dans la Bibliothèque Royale
JANVIER. 1764. 181
de l'Efcurial , & que Sa Majeſté Catholique a fair
traduire en Latin ..
Leurs Majeftés , ainfi que Madame Adélaide , &
Meldames Victoire , Sophie & Louife , fignerent ,
le même jour , le Contrat de mariage du Marquis
d'Argenteuil , Aide - Major des Gardes du Corps ,
& de Demoiſelle du Ban de la Feuillée.
Le Marquis d'Aubeterre , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Chevalier de ſes Ordres , &
fon Ambaffadeur Extraordinaire à Rome , prit
congé de la Cour ces jours derniers , pour ſe rendre
à fa deſtination .
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Résumé : De FONTAINEBLEAU, le 29 Octobre 1763.
En octobre 1763, plusieurs événements marquants se déroulèrent à la cour française. Le 29 octobre, le Roi arriva à Fontainebleau, suivi par la Reine et Madame Adélaïde le même jour, et par Mesdames Victoire, Sophie et Louise le lendemain. Le 9 octobre, René Nicolas de Maupeou prêta serment en tant que Garde des Sceaux et Vice-Chancelier. Le 24 octobre, des lettres de Dresde annoncèrent la mort de Frédéric-Auguste III, Roi de Pologne et Électeur de Saxe, survenue le 5 octobre. Le monarque souffrait depuis trois semaines d'étouffements et de toux fréquents. Les médecins diagnostiquèrent la présence de calculs biliaires, des polypes au cœur et une accumulation de liquide entre le crâne et le cerveau, causant une apoplexie séreuse. En janvier 1764, le Roi porta le deuil pendant trois semaines à partir du 18 janvier. René Nicolas de Maupeou fut nommé Premier Président du Parlement de Paris le 16 janvier. Plusieurs ambassadeurs et ministres présentèrent leurs lettres de créance ou prirent congé, notamment le Comte de Starhemberg, le Comte de Cantillana, le Comte de Rochford et le Lord Hertford. Le Marquis de Lugeac fut nommé Gouverneur de Toul et du Toulois. Le Sieur de Souza annonça l'accouchement de la Princesse du Brésil. Le Prince de Masserano présenta un catalogue de manuscrits arabes à la Bibliothèque Royale. Enfin, le contrat de mariage du Marquis d'Argenteuil fut signé par les membres de la famille royale.
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348
p. 182-184
MORTS.
Début :
Charlotte de Rouvroy-Saint-Simon, Veuve de Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin [...]
Mots clefs :
Veuve, Prince, Comte, Décès, Évêque, Abbé, Conseiller au Parlement, Commandeur, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Charlotte de Rouvroy- Saint- Simon , Veuve de
Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin de Liétard
, Prince de Chimay , Comte de Bollut , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne , Chevalier de
la Toîfon d'or , & Lieutenant Général des Armées
du Roi & de Sa Majefté Catholique , eft morte en
cette Ville le 29 Septembre , dans la foixante- huitiéme
année de fon âge.
Claude-Antoine de Choifeul , Evêque- Comte de
Châlons , cinquiéme Pair Eccléfiaftique de France,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Monſtier- en- Der , Ordre de Saint Benoît , même
Diocèle , eft mort en fon Palais Epifcopal , le deux
Octobre , dans la foixante-fixième année de ſon
âge.
JANVIER . 1764. 183
Jean-Antoine Gros de Belair , Abbé Régulier
de Chancellade Ordre de Saint Anguftin , Dio+
cèle de Périgueux , & Supérieur Général de la
Congrégation des Chanoines Réguliers du nom
de fon Abbaye , y eft mort , dans les premiers
jours d'Octobre , dans la quatre - vingt- quatriéme
année de fon àge.
"
Louife- Barbe Berthon de Crillon , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Villiers , Ordre de Cîteaux
Diocèfe de Sens , eft morte dans la foixante- feptiéme
année de fon âge. Elle étoit Abbefle de
cette Maiſon depuis plus de quarante ans , & étoit
foeur du feu Archevêque de Narbonne du même
nom .
N. le Febvre de Mégrigny , Confeiller- Clerc au
Parlement , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint George-des-Bois Ordre de S. Auguftin ,
Diocèſe du Mans , & Chanoine de l'Eglife de Paris ,
eft mort en cette Ville , le 17 Octobre , âgé de
quarante- deux ans .
Frere Anne Hillarion Dupleffis - Châtillon de
Nonant , Religieux Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Maupas & de Soiffons , eft mort ici le 17 Octobre
, âgé de foixante- quatorze ans.
Catherine de Menou , Prieure du Prieuré Perpétuel
de Notre- Dame de la Bourdillière , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Tours , eft morte le 12
Octobre , dans la quatre-vingt- troifiéme année
de fon âge. Elle étoit la troifiéme Supérieure de
cette Maiſon fondée en 1662 par Louis de Menou
de Boullai . dont la foeur & la fille ont été fucceffivement
les deux premières Supérieures . Celle
dont on annonce aujourd'hui la mort, étoit petitefille
du Fondateur.
On a appris , par des Lettres de Saint-Doming
184 MERCURE DE FRANCE .
gue , que le Vicomte de Bellunce , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur Généraľ
de cette Ifle , y étoit mort le 4 Août dernier.
Charlotte de Rouvroy- Saint- Simon , Veuve de
Charles-Louis-Antoine Galeas de Hennin de Liétard
, Prince de Chimay , Comte de Bollut , Prince
du Saint Empire , Grand d'Eſpagne , Chevalier de
la Toîfon d'or , & Lieutenant Général des Armées
du Roi & de Sa Majefté Catholique , eft morte en
cette Ville le 29 Septembre , dans la foixante- huitiéme
année de fon âge.
Claude-Antoine de Choifeul , Evêque- Comte de
Châlons , cinquiéme Pair Eccléfiaftique de France,
Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de
Monſtier- en- Der , Ordre de Saint Benoît , même
Diocèle , eft mort en fon Palais Epifcopal , le deux
Octobre , dans la foixante-fixième année de ſon
âge.
JANVIER . 1764. 183
Jean-Antoine Gros de Belair , Abbé Régulier
de Chancellade Ordre de Saint Anguftin , Dio+
cèle de Périgueux , & Supérieur Général de la
Congrégation des Chanoines Réguliers du nom
de fon Abbaye , y eft mort , dans les premiers
jours d'Octobre , dans la quatre - vingt- quatriéme
année de fon àge.
"
Louife- Barbe Berthon de Crillon , Abbeſſe de
l'Abbaye Royale de Villiers , Ordre de Cîteaux
Diocèfe de Sens , eft morte dans la foixante- feptiéme
année de fon âge. Elle étoit Abbefle de
cette Maiſon depuis plus de quarante ans , & étoit
foeur du feu Archevêque de Narbonne du même
nom .
N. le Febvre de Mégrigny , Confeiller- Clerc au
Parlement , Abbé Commendataire de l'Abbaye de
Saint George-des-Bois Ordre de S. Auguftin ,
Diocèſe du Mans , & Chanoine de l'Eglife de Paris ,
eft mort en cette Ville , le 17 Octobre , âgé de
quarante- deux ans .
Frere Anne Hillarion Dupleffis - Châtillon de
Nonant , Religieux Profès de l'Ordre de S. Jean
de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Maupas & de Soiffons , eft mort ici le 17 Octobre
, âgé de foixante- quatorze ans.
Catherine de Menou , Prieure du Prieuré Perpétuel
de Notre- Dame de la Bourdillière , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Tours , eft morte le 12
Octobre , dans la quatre-vingt- troifiéme année
de fon âge. Elle étoit la troifiéme Supérieure de
cette Maiſon fondée en 1662 par Louis de Menou
de Boullai . dont la foeur & la fille ont été fucceffivement
les deux premières Supérieures . Celle
dont on annonce aujourd'hui la mort, étoit petitefille
du Fondateur.
On a appris , par des Lettres de Saint-Doming
184 MERCURE DE FRANCE .
gue , que le Vicomte de Bellunce , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur Généraľ
de cette Ifle , y étoit mort le 4 Août dernier.
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Résumé : MORTS.
En 1764, plusieurs personnalités notables sont décédées. Charlotte de Rouvroy-Saint-Simon, veuve du Prince de Chimay, est morte le 29 septembre à 68 ans. Claude-Antoine de Choiseul, Évêque-Comte de Châlons, est décédé le 2 octobre à 66 ans. Jean-Antoine Gros de Belair, Abbé de Chancellade, est mort dans les premiers jours d'octobre à 84 ans. Louise-Barbe Berthon de Crillon, Abbesse de l'Abbaye Royale de Villiers, est décédée à 67 ans après plus de quarante ans de service. Nicolas Le Febvre de Mégrigny, Conseiller-Clerc au Parlement, est mort le 17 octobre à 42 ans. Frère Anne Hillarion Duplessis-Châtillon de Nonant, membre de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé le 17 octobre à 64 ans. Catherine de Menou, Prieure du Prieuré Perpétuel de Notre-Dame de la Bourdillière, est morte le 12 octobre à 83 ans. Enfin, le Vicomte de Bellunce, Lieutenant Général des Armées du Roi et Gouverneur Général de Saint-Domingue, est décédé le 4 août.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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349
p. 185
DE LISBONNE, le 25 Octobre 1763.
Début :
Le second fils du Prince & de la Princesse de Brésil, nouvellement né, [...]
Mots clefs :
Prince, Nouveau né, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LISBONNE, le 25 Octobre 1763.
DE LISBONNE , le 25 Octobre 1763 .
Le fecond fils du Prince & de la Princeſſe de
Bréfil , nouvellement né , vient de mourir.
Le fecond fils du Prince & de la Princeſſe de
Bréfil , nouvellement né , vient de mourir.
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350
p. 188-190
DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Début :
Le Roi a nommé l'Évêque de Comminges à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Osmond, [...]
Mots clefs :
Évêque, Nominations, Comte, Abbaye, Diocèse, Messe, Baptême, Prince, Ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, Audience du roi, Duc, Démission, Plaisirs, Fêtes, Opéra, Décorations, Assemblée, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre 1763 .
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
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Résumé : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Le 16 novembre 1763, à Fontainebleau, le Roi a procédé à plusieurs nominations ecclésiastiques. L'Évêque de Comminges a été nommé à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Ofmond à l'Évêché de Comminges, l'Abbé de la Chataigneraye à l'Évêché de Saintes, et l'Abbé de Narbonne-Lara à l'Évêché de Gap. Par ailleurs, le Roi a attribué diverses abbayes à plusieurs abbés et religieuses. Le 30 octobre 1763, le Roi a organisé une cérémonie de baptême pour Louis-Victoire-Hippolyte-Luce de Montmorin de Saint-Herem, fils du Marquis de Montmorin. Cette cérémonie a été dirigée par l'Archevêque de Reims et s'est déroulée en présence de nombreux dignitaires. Le 6 janvier 1764, le Prince Mikhaïl de Gallitzin, ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, et le Général de Fontenay, envoyé extraordinaire de l'Électeur de Saxe, ont eu des audiences privées avec le Roi. Le Duc de Villeroy a reçu le Gouvernement de Lyon et la place de Lieutenant Général de la Province. Depuis l'arrivée du Roi à Fontainebleau, diverses fêtes et spectacles ont été organisés, incluant des représentations d'opéras et des bals. Le Roi, la Reine, et les Princes du Sang ont assisté à ces événements. Le 14 janvier 1764, le Roi a quitté Fontainebleau pour se rendre à Choisy, puis à Versailles, accompagné de la Reine et de Mesdames.
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