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5551
p. 1346-1347
MUSETTE EN RONDEAU.
Début :
Charmantes Prairies, [...]
Mots clefs :
Prairies, Bergeries, Gazons, Bocage, Ramage
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texteReconnaissance textuelle : MUSETTE EN RONDEAU.
MUSETTE EN RONDEAU.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
A
C
V
R
C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
CHarmantes Harmantes Prairies ,
Fleuries ,
Azile des Amours ,
De nos Bergeries
Cheries ,
Vous faites les beaux jours .
J
Le matin , dès l'Aurore ,
Sur vos Gazons naissans ,
On voit éclore ,
Les presens de Flore ,
Doux objets de nos sens :
Et sous ce frais Bocage ,
On entend le ramage
Des Oiseaux innocens.
Charmantes Prairies ,
Fleuries , &c.
Dans ces beaux lieux paisibles ,
Nous vivons heureux ;
Les Bergeres sensibles ,
Ecoutent nos voeux ,
I. Vol.
Et
Juin
Du
Buisson.
Artist
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
17
CORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
DLS
Si
1
C
A
C
V
R
C
Jo
a
ti
1
JUIN.
*347 1731.
Et sans allarmes ,
Nous goutons les charmes ,
De nos tendres feux.
Charmantes Prairies , &c.
Dans ces libres Retraites ,
Les Bergers d'alentour ,
Sur leurs douces Musettes ,
Répetent tour
Charmantes Prairies ,
à tour >
Fleuries ,
Aziles des Amours ,
De nos Bergeries ,
Cheries ,
Vous faites les beaux jours.
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Résumé : MUSETTE EN RONDEAU.
Le texte 'Musette en Rondeau' vante la beauté et la sérénité des prairies fleuries, décrites comme des 'charmantes' et des 'aziles des Amours'. Ces lieux sont appréciés pour leur capacité à offrir des jours heureux et à inspirer des sentiments amoureux. Au matin, dès l'aube, les prairies se couvrent de fleurs, procurant des plaisirs sensoriels. Sous un bocage frais, on entend le chant des oiseaux innocents. Dans ces lieux paisibles, les bergères sensibles écoutent les vœux des bergers, et tous vivent heureux sans alarmes, savourant les charmes de leurs tendres feux. Les bergers des environs jouent de la musette, répétant les louanges des prairies. Le texte est daté du 1er juin et provient de la New York Public Library et de la Cork Public Library, grâce aux fondations Astor, Lenox et Tilden.
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5552
p. 1347-1348
« Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
Début :
Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Troupe des comédiens italiens, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
L >
Es Comédiens François donnerent
le Mardi 12. de ce mois , la seizième
Représentation de l'Italie Galante ou les
Contes , que le Public goûte tous les
jours de plus en plus. Ils la reprendront
au retour de Fontainebleau , où une par
tie de la Troupe a été mandée , ainsi que
la Troupe des Comédiens Italiens.
Le Samedi 16 , on donna sur le Thea
I. Vol.
G tre
1548 MERCURE
DE FRANCE
tre François , la premiere Représentation
Comedie
nouvelle
du Faux Sincere >
en Vers , en cinq Actes
en cinq Actes , de feu M.
Dufresni , qui fut fort bien représentée
et très-applaudie. Le Sieur de Montmenil
y joue le principal Rôle, dont le caractére
est admirable
, avec beaucoup
d'intelli
gence. Nous en parlerons plus au long.
L'Académie
Royale de Musique don
na le 29. May , la septième et derniere
Représentation
de la Pastorale Héroïque
d'Endymion , dont on a parlé dans le
même mois. Elle reprit le premier Juin
Idomenée , et en a donné fix Représen
tations .
Le 14.
Es Comédiens François donnerent
le Mardi 12. de ce mois , la seizième
Représentation de l'Italie Galante ou les
Contes , que le Public goûte tous les
jours de plus en plus. Ils la reprendront
au retour de Fontainebleau , où une par
tie de la Troupe a été mandée , ainsi que
la Troupe des Comédiens Italiens.
Le Samedi 16 , on donna sur le Thea
I. Vol.
G tre
1548 MERCURE
DE FRANCE
tre François , la premiere Représentation
Comedie
nouvelle
du Faux Sincere >
en Vers , en cinq Actes
en cinq Actes , de feu M.
Dufresni , qui fut fort bien représentée
et très-applaudie. Le Sieur de Montmenil
y joue le principal Rôle, dont le caractére
est admirable
, avec beaucoup
d'intelli
gence. Nous en parlerons plus au long.
L'Académie
Royale de Musique don
na le 29. May , la septième et derniere
Représentation
de la Pastorale Héroïque
d'Endymion , dont on a parlé dans le
même mois. Elle reprit le premier Juin
Idomenée , et en a donné fix Représen
tations .
Le 14.
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Résumé : « Les Comédiens François donnerent le Mardi 12. de ce mois, la seiziéme [...] »
Le 12, les Comédiens Français ont joué 'L'Italie Galante'. Le 16, ils ont présenté 'Le Faux Sincère' de Dufresni, avec Montmenil dans le rôle principal. Le 29 mai, l'Académie Royale de Musique a donné la dernière représentation d''Endymion'. Le 1er juin, elle a repris 'Idoménée' pour six représentations.
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5553
p. 1348-1350
Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. on remit au Theatre le Balet des Fêtes Venitiennes, dont les paroles sont de [...]
Mots clefs :
Ballet, Entrées, Rôles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14. on remit au Theatre le Balet des
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
Fêtes Venitiennes
, dont les paroles sont de
M. Danchet , & la Musique
de M. Cam
pra. Ce Balet , composé de plusieurs
Er
trées , avoit été donné la premiere
fois en
Juin 1710. et la derniere Reprise en Juil
let 1721. On joüe aujourd'hui
le Prologue
et trois Entrées ; sçavoir , les Devins de la
Place S. Marc , l'Amour Saltinbanque
, et
le Bal.
Les deux principaux Rôles du Prologue,
qui sont le Carnaval et la Folie , qui
avoient été joués en 1721. par le fieur le
Mire , et la Dile Souris , sont remplacez
I. Vole
par
'JU IN. 1731. 7349
par le sieur Dun , et la Dlc Erremens.
Les trois Rôles de la premiere Entrée
de Leandre , Cavalier
François , Zelie ,
jeune Vénitienne
et une Bohémienne
, qui
avoient été jouées par le fieur Thevenard
,
par la De Antier , et par la Dlle Lambert ,
sont remplis par le fieur Chassé , par
Dile Pellissier
, et la Dlle Julie.
la
Dans la deuxième Entrée de l'Amour
Saltinbanque , le fieur Dun chante le Rôle
du Chef des Saltinbanques , à la place du
fieur du Bourg ; celui d'Eraste,jeune, Fran
çois , Amant de Leonore, est chanté par le
S Tribou , à la place du S Muraire , celui
de Leonore , par la Dile le Maure , au lieu
de la Dile Tulon , et celui de la Surveil
lante de Leonore , par le fieur Cuvillier ,
qui a remplacé le sieur Mantienne . Le
Rôle de l'Amour Saltinbanque , qui avoit
été joüé par la Dlle Minier ," est exécuté
par la Dile Petitpas.
•
Le Rôle d'Alamir , Prince Polonois , dans
la 3º Entrée , est chanté par le St Chassé ,
à la place du S Thevenard ; le St Dumas
joue celui du Gentilhomme du Prince ,
qui avoit été chanté par le fieur Ariand ;
celui d'Iphise , par la Dule Pelissier , à la
place de la Dile Antier , et les deux Rô.
les , aussi originaux que singuliers , du
Maître de Musique , et du Maître de
1. Vol. Gij Dan
1350 MERCURE
DE FRANCE
Danse , sont joüez par les fieurs Tribou et
Dupré , qui ont remplacé les sieurs Man
desorte tienne et Marcel.; que tous les
Acteurs & Actrices qui joüoient dans cet
Operaily a dix ans , sont totalement
rem
placez. Au reste , ce Balet qui eft remis
d'une maniere très-brillante , est très -bien
executé , et tous les principaux
Rôles sont
remplis par differens Sujets , qui en ren
dent parfaitement
les caracteres . On n'a
rien épargné pour le bon goût , le brillant
des Habits , et la beauté du Spectacle. Les
Danses composées
par le fieur Blondi ,
sont bien caracterisćes
, variées et inge
nieuses. Le Public témoigne par des ap
plaudissemens
et de nombreuses
Assem
blées , le plaisir que lui fait cet Opera .
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Résumé : Balet des Fêtes Venitiennes, [titre d'après la table]
Le 14, la pièce 'Le Ballet des Fêtes Vénitiennes' a été représentée au Théâtre. Ce ballet, créé en juin 1710 et repris pour la dernière fois en juillet 1721, comprend plusieurs entrées. Lors de cette représentation, le prologue et trois entrées ont été jouées : 'Les Devins de la Place S. Marc', 'L'Amour Saltinbanque' et 'Le Bal'. Les rôles principaux du prologue, Carnaval et Folie, initialement interprétés par le sieur Le Mire et la Dlle Souris, sont désormais joués par le sieur Dun et la Dlle Erremens. Dans la première entrée, les rôles de Leandre, Zelie et une Bohémienne sont interprétés respectivement par le sieur Chassé, la Dlle Pellissier et la Dlle Julie. Dans la deuxième entrée, le sieur Dun remplace le sieur du Bourg, le sieur Tribou remplace le sieur Muraire, la Dlle le Maure remplace la Dlle Tulon, et le sieur Cuvillier remplace le sieur Mantienne. La Dlle Petitpas remplace la Dlle Minier dans le rôle de l'Amour Saltinbanque. Dans la troisième entrée, le rôle d'Alamir est interprété par le sieur Chassé, et le rôle du Gentilhomme du Prince est joué par le sieur Dumas. La Dlle Pellissier remplace la Dlle Antier dans le rôle d'Iphise. Les rôles du Maître de Musique et du Maître de Danse sont joués par les sieurs Tribou et Dupré. Tous les acteurs et actrices ayant joué dans ce ballet il y a dix ans ont été remplacés. La représentation est brillante et bien exécutée, avec des danses composées par le sieur Blondi. Le public exprime son plaisir par des applaudissements et des assemblées nombreuses.
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5554
p. 1350-1363
LETTRE écrite de Londres, sur quelques Poëtes Dramatiques Anglois, &c.
Début :
Je continue, Monsieur, de vous donner ce que je vous ai promis sur le [...]
Mots clefs :
Corneille d'Angleterre, Comédies, Tragédies, Réformer , Critique du théâtre anglais, Trois unités, Poètes modernes, Shakespeare
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Londres, sur quelques Poëtes Dramatiques Anglois, &c.
LETTRE écrite de Londres , sur quel
Poëtes Dramatiques Anglois , &c. ques
J
E continue , Monsieur , de vous don
ner ce que je vous ai promis sur le
Theatre Anglois et sur les Auteurs qui y
ont le plus brillé.
Benjamin Johnson, concurrent
de Shakes
pear , fleurissoit
sous les Régnes de Jac
I. et de Charles I. .
Cet Auteur fameux , qu'on appelloit
ici le Corneille d'Angleterre , entreptit
de
I, Vol.
JUIN. 1731. ·
135 %
•
de réformer le Theatre Anglois , & le fic
avec beaucoup de succès. Ses Comédies
sont admirables , et surpassent de beau
coup ses Tragédies. On a eû de lui.
Catilina , Traged.
Sejan , id.
Bartholomew-Fair , Comedie , où l'on voit
representé comiquement ce qui se passe de
ridicule dans les Lieux publics.
Le Fox , c'est- à-dire le Renard , Comedie .
L'Alchimiste , Comed .
La Femme excellente. Comed.
Tout par Amour , où le Monde bien perdu
Comedie . &c.*
Ce Catalogue deviendroit trop long.
On pourra voir le Recueil de ses Pieces
de Théatre , imprimé l'an 1718. à Lɔn
dres , en 6. Vol. in 8 ° .
Cet Auteur passe avec raison pour un
de nos meilleurs Poëtes , dit M. Collier
dans sa Critique du Théatre Anglois ; il
est beaucoup plus retenu dans ses Pieces
que ne le sont nos Poëtes modernes . Il se
déclare hautement pour la modestie . Un
Auteur sage , dit- il , doit éviter avec soin
d'écrire d'une maniere sale. Lorsque les
moeurs sont corrompues , le langage l'est com
munément aussi ; et comme le plus grand ex
sès des Fêtes et des Spectacles , sont les mar
ques d'un Etat qui tombe en décadence , aussi
I. Vol.
Gij un
1352 MERCURE DE FRANCE
un langage trop libre et impur , marque un
esprit qui commence à se gâter.
Les trois unitez de tems , de lieu et
d'action , ne sont pas fort observées par
les Poëtes Anglois en général , car l'ac
tion est souvent double ; mais les plus
habiles Critiques ne trouvent pas que ce
soit un défaut dans Ben- Johnson. Il fait
entrer deux Sujets , fi naturellement l'un
dans l'autre , que l'attention des Spec
tateurs est soûtenue par cette agréable
variété.
pas Selon M. Collier , cet Auteur n'est
tout-à-fait exempt du Galimathias conti
nuel qui regne dans les Comédies An
gloises , quoiqu'au sentiment de Saint
Evremont , il soit comparable à notre
Moliere.
"
Au contraire de Shakespear , Johnson
a fait paroître beaucoup de sçavoir.
On trouve dans ses Piéces de Théatre
Aristophane , Plaute et Terence , sans
compter beaucoup de beautez , tirées des
autres Auteurs classiques . Tous ses ca
racteres sont fort justes et bien maintenus.
On regarde le Fox ou le Renard , PAI
chimiste & la Femme Silente , comme
ses trois meilleurs Pieces.
Il avoit un génie admirable , et un ta
lent particulier pour peindre les passions
J. Kel. de
JUIN. 1731. 1353
et les foiblesses des hommes . On le met
de Niveau avec Moliere , à qui les Anciens
avoient inspiré le bon esprit de la Co
médie. Ils ont sçû l'un et l'autre repré
senter parfaitement les diverses humeurs
et les differentes manieres des Hommes ,
en conservant dans leurs Peintures , unt
juste rapport avec le genie de leur Na
tion . M. de Saint- Evremont croit qu'ils
ont été plus loin que les Anciens à cet
égard ; mais on ne sçauroit nier qu'ils
n'ayent eû plus d'égard aux Caracteres ,
qu'au gros des Sujets , dont la suite pour
roit être aussi mieux liée , et le dénoue
ment plus naturel.
La Tragédie de Samson Agoniste , est du
célebre Milton , Auteur du fameux Poëme
Le Paradis perdu.
Le Poëte Jean Dryden , Ecuyer , mort
en 1700. est un des plus estimez de sa
Nation. Il n'est pas plus modeste que la
plupart de ses Confreres , ni moins pla
giaire ; il ose traiter de crême fouettée les
Ouvrages de Corneille même ; et cepen
dant on n'a qu'à confronter son Oedipe
avec celui de ce Poëte François, pour voir
que tout ce qu'il y a de plus beau en est
pillé , et même que des Scénes entieres y
sont copiées , par une Traduction presque
Litterale
I.Vot Giiij M..
1354 MERCURE DE FRANCE
M. Dryden a tâché de se purger de
Paccusation qu'on lui a faite de recom
penser le vice dans ses Comédies . La ré
gle contraire , disoit- il , ne regarde que
la Tragedie. Dans le Comique qu'est- ce
que le vice ? foiblesse humaine , saillie de
jeunesse , bagatelle . Quelle morale ! quoy !
l'Atheisme , l'Impieté , l'Adultere : les
Souhaits du parricide , ne sont que
des
minuties ; est- il donc permis d'affoiblir
par des plaisanteries , l'horreur que la
nature nous en donne ? Mais , dit M.
Dryden , le principal but du Poëme Comi
que est de divertir. Je doute si l'instruction
doit y entrer. Si elle y entre , elle n'en est
que la seconde fin. Quand on conviendroit
du Principe , s'ensuit-il qu'on ne puisse
réjouir le Spectateur , qu'en rendant le
vice heureux ? La friponnerie et la mé
chanceté tournées en ridicule , donne
roient- elles de la fadeur à des Pieces Co.
miques , si d'ailleurs elles étoient inge
nieuses pour être divertissant ne doit
on plaire qu'à la cupidité ? ne peut- on
pas réjouir la raison et le bon sens aux
dépens des vicieux ? Mais où a - t'on pris
que l'Instruction n'est pas la principale
fin de la Comedie , comme de la Trage
die ? ce sont deux soeurs qui n'ont que le
même terme ; mais qui l'atteignent par
1. Val.
des
JUIN. 1731. 7359
des routes differentes. Leur but est de
persuader la vertu et de rendre le vice
odieux .
On doit cependant cette justice à M.
Dryden , de faire remarquer aux Lec
teurs , que par une conversion sincere à
la Religion Catholique , et par une vie
exemplaire et penitente , il a réparé au
tant qu'il a pû des desordres qu'on luy a
si justement réprochez.
Ses Tragédies valent mieux que ses
Comédies , comme je l'ai déja rémarqué.
Les Anglois éclairés disent , que cet Au
teur a beaucoup écrit , fort bien et fort
mal. C'est un des Poëtes de Theatre de cet
te nation qui a le plus travaillé . On joüe
presque toutes ses Pieces , quoique parmi
le grand nombre il y en ait quelques- unes
qui sont beaucoup plus estimées , et
qu'on joue plus souvent que les autres
Ses Pieces de Theatre , contenant ces
Comédies , Tragédies et Opera & c. sont
imprimées en 2. Vol . in fol. à Londres.
1721. Cet ouvrage posthume de Dry
den , écrit en Anglois , est divisé par les
Editeurs en deux Parties. La premiere
comprend les Poëmes Dramatiques sui
vans l'Amant farouche , les Femmes
jalouses , l'Empereur Indien , ou la Con
quête du Mexique , l'Amour secret DA
I. Vol.
G V Martine
1356 MERCURE DE FRANCE
Martin Marr-all , ou la feinte Innocence ;
la Tempête , l'Amour Tyran , Almanzor
et Almahide , le Mariage à la mode
l'Amour dans le Cloître , Amboyne ..
.
La seconde Partie contient , Aureng
zebe , ou le Grand Mogol , Tout pour
l'Amour , Limberhain , ou le Garde
Commode , Oedipe , Tvoile et Cresside ,
ou la Verité tard découverte , le Double
Dénoument , le Duc de Guise , Albion
et Albanius, Sebastien, Roy de Portugal
Amphytrion , Cleomene , ou le Heros
de Sparte , le Roy Arthus , l'Amour
Triomphant.
A la tête de tout l'Ouvrage est une
Dissertation de Dryden sur la Poësie Dra
matiques cette Dissertation est une dis
pute en forme de Dialogue , dont les
Interlocuteurs sont Crites , Eugene , Lip
side et Neandre. L'Auteur Dryden paroît
caché sous ce derniet nom.. La dis
pute roule sur le merite des Anciens et
des Modernes Poëtes Dramatiques , et
en particulier Anglois. On y parle aussi .
en passant du Poëme Epique , et du Ly
rique. Les Principaux Poëtes Anglois y
passent en révuë ; Crites donne la pré
férence aux Anciens ; Eugene la donne
aux Modernes & c . Cette Dissertation est
si longue , et descend dans un si grand
>.
3.
و د
1. Vol.
détail
JUIN. 173T. 1357
détail , qu'il faut la voir dans l'Original
ou du moins traduire à loisir tout ce qui
en est rapporté fort au long dans le Jour
nal de Leipsic. Janvier 1702. pag. 34.
Chaque Piece de Dryden est accom
pagnée d'une Dedicace , et d'une Preface
sçavante et curieuse .
Dryden aécrit d'autres Ouvrages , et sur
tout des Fables anciennes et modernes , & c.
Voici quelques autres Pieces du même
Auteur qui sont venues à ma connois
Sance.
Phedre et Hypolite , Trag.
L'Etat de l'Innocence , ou la chûte de
l'Homme , Trag .
L'Amour du Soir , ou le faux Astrolo
gue.Comed, 1691. Ce n'est presque qu'une
Traduction du feint Astrologue de Th..
Corneille cependant dans la Preface de
- cette Piece , l'Auteur y parle en ces ter
mes , remarquables par leur impudence..
Il faut avouer , dit- il , que la plupart
» des Comédies que l'on écrit depuis peu ,
» tiennent trop de la Farce ; mais ceci
» doit arriver necessairement jusqu'à ce
» qu'on s'abstienne de traduire les Picces
>> des François ; car leurs Poëtes , n'ayant
» pas assés de jugement pour peindre:
d'aprés nature , sont obligés de supléer
» à ce défaut- par des postures extravagan
>>
I..Vol.. G vj
>> tes
1358 MERCURE DE FRANCE
{
» tes et par des grimaces ridicules. A- t'on
jamais vû de Plagiaire si insolent et si
bas ?
Le Moine Espagnol , ou la double De
couverte. Tragi - Comedie.
Le Theatre Espagnol ne représente
guére de Farces , qu'on n'y voye un Rô
le de Prêtre , de Chapelain ou de Reli
gieux. Icy Dryden à été le Maître de
former le caractére de son principal Per
sonnage tel qu'il a voulu ; il en a fait un
Scelerat , et par le secours des fictions ,
il a peint un Moine trés déréglé , et ré
pandu sur le corps des Religieux tout
le ridicule et les excés , que le préjugé et
l'esprit de parti peuvent inspirer à un
Auteur fougueux .
Le Chevalier Gâte - tout , ou la fausse
Innocence , Comedie de Dryden .
Quand par des vols pitoyables , les
Anglois reussissent à faire d'une ou de
deux bonnes Pieces Françoises , une Co
medie à leur maniere , qui ne vaut rien ,
ils ont encore trop d'orgueil pour recon
noître leur larcin. Jamais ces Pieces ne
sont traduites ; elles sont toujours faites
par tel ou tel. A la verité on insinue quel
quefois dans la Preface que le Sujet vient
de France , mais on ne daigne pas nom
mer l'Auteur à qui on en est rédevable.
*
I. Vela
Ils
JUIN. 1731 .
1-3 59'
·
Ils voudroient faire croire qu'ils en agis
sent à peu prés avec ces petits Poëtes Fran
çois , comme un Maitre qui s'exerce sur
un Sujet qu'un Ecolier a traité , et qui
n'a d'autre dessein que de lui faire voir
comme il falloit s'y prendre pour réus
sir.
Quelques-uns de ces M. se contentent
de piller l'intrigue d'un ouvrage Fran
çois , et d'y en ajoûter une seconde de
leur invention , pour paroître du moins
feconds à multiplier les Sujets de leurs
Pieces. C'est comme en a agi l'Auteur
de la Comêdie dont je parle. Ce sont
deux Comédies en une , dont la moitié
est à fort peu de chose prés , l'Etourdy
de Moliere.
Philips , autre Poëte , passe pour avoir
un trés beau genie , une grande connois
sance des régles du Theatre , et une idée
fort juste du merite que peuvent avoir
les Pieces Dramatiques des differentes
Nations.
.
La Tragédie d'Andromaque , qui est
une imitation de celle de Racine , est le
plus bel ouvrage de cet Auteur et le
plus propre à faire goûter aux Angleis
la régularité Françoise . Cette Copie est
digne de son excellent Original , sur
lequel , ce qui paroit très difficile ,
*
I. Vel. elle
T360 MERCURE DE FRANCE
elle encherit quelquefois. Il est vrai que
des personnes judicieuses , ne jugent pas
ainsi de quelques Scénes ajoutées à la fin
de la Piece ; on y voit revenir Andro
maque sur le Theatre aprés la mort de
Pyrrhus et les fureurs d'Oreste.CettePrin
cesse , venuë de nouveau , ne sçauroit
exciter dans cet endroit des passions
qui repondent à la force de celles qui
viennent d'émouvoir le Spectateur ; la
bienséance , et le sentiment des services .
que lui a rendus Pyrrhus , doivent natu
rellement l'empêcher de témoigner sa
joye sur l'heureux changement de son
état , et sur la conservation de son fils..
Il faut laisser le Spectateur dans tout le
trouble qu'excitent en lui les malheurs
des gens vertueux ; à moins qu'on ne
fasse succeder à cette pitié une satisfac
tion parfaite , de voir triompher entiere
ment de toutes les attaques du sort , less
personnes pour qui on s'interesse : dimi
nuer seulement la passion qui est le but
de toute une Tragédie , sans la changer
dans une passion également forte ; c'est
faire languir le Spectateur dans l'endroit ,
où il se plaît à être le plus émû.
Ron ou Row . Ce Poëte a fait piusieurs
Pieces , qui , bien qu'elles pêchent con
tre les Règles d'Aristore , s'accordent gé
L.. Vols. neralement
*
JUIN. 1731. 1361
neralement aux régles du bon sens. Elles.
ont d'ailleurs un feu qui ne paroît infe
rieur , selon quelques- uns , à celui de ses
Prédeceffeurs , que parce qu'il est mieux
réglé. Ses idées sont grandes et son stile :
sublime..
Il a traduit Lucain , qu'il a , dit- on ,
surpassé en plusieurs endroits . Ses . Pieces
de Theatre sont imprimées en 3. vol .
Il mourut en Angleterre depuis environ
dix ans.
Les Pieces qu'on connoît le plus de cet
Auteur , sont Tamerlan , Tragedie fort es
timée , Ulisse , Trag. la Belle Pénitente ,.
Jeanne Shore , Jeanne Grey ; cette inno
cente victime de sa Religion er de l'ambi
tion des autres , fournit le sujet de cette
Tragédie.
Quoi qu'elle peche contre plusieurs des
regles , et que la mort du jeune Edouard:
paroisse y jetter un double sujet ; ce Poë
me est pourtant essentiellement beau , le
bon sens y regne dans tout le détail qui
est si pathétique , que le Spectateur le plus
insensible , ne peut s'empêcher de payer:
tribut à l'humanité. "
Joseph Addison , Poëte Anglois , fils.de
Lancelot Addison , né en 1671. mort en
1729.
Il n'a écrit qu'en Latin et en Anglois .
I.. Vol.. Ses
1362 MERCURE DE FRANCE
Ses Ouvrages sont le Recueil connu
sous le titre de Muse Anglicane.
Son Poëme à l'honneur de Guillaume III.
en 1695 .
La Paix de Riswick.
La Resurrection , Description d'un Ta
bleau.
Ode à M. Burnet , sur la Théorie Sacrés
de la Terre.
Odes à M. Hannes.
La Description du Baromettre.
Les Marionnettes.
Le Combat des Grues et des Pigmées.
Dissertation sur les illustres Poëtes La
tins .
Poëme sur la Campagne de 1704.
Caractére des Poëtes Anglois.
Poëme à M. Dryden sur ses Traductions .
Ode pour la Fête de Sainte Cecile.
Traductions de quelques Livres de l'E
neide et des Métamorphoses.
Poëme sur Myladi Manchester.
Lettres en Vers à la Princesse de Galles , en
lui envoyant sa Tragédie de Caton , re
presentée en 1712 .
Lettre en Vers , sur le Portrair du Roy
George I.
L'Opera de Rosemonde.
Le Livre connu sous le nom du Sujet libre
ou de celui qui prend un Franc-Fief,
I.Vol. et
JUIN. 1731 . 1363
et quantité de feuilles volentes du Ba
billard , du Spectateur , du Tuteur ou
Curateur , &c.
Congreve , Poëte Comique , celebre en
Angleterre , Gentilhomme Anglois. Il
est devenu aveugle , et vivoit en 1721.
Ses Pieces de Théatre et autres Ouvra
ges , sont imprimés en 3. Vol. in 8 ° . à
Londres en 1710. On les joue très-sou
vent , et toujours avec grand concours de
Spectateurs , sur tout des Dames . Ces
Pieces petillent d'esprit que l'Auteur
,
diftribue indifferemment à tous ses Per
sonnages ; de sorte qu'il ne fait autre
chose que se peindre lui- même sous dif
ferens noms. La plupart de ses Comédies
sont en Prose .
Les meilleurs Ouvrages de cet Auteur
sont :
Le vieux Garçon ,
L'Homme de mauvaise foi.
Amourpour Amour.
La maniere de bien agir du monde..
Le Deuil de la nouvelle Mariée , Tragé
die .
Je suis Monsieur , &c.
Poëtes Dramatiques Anglois , &c. ques
J
E continue , Monsieur , de vous don
ner ce que je vous ai promis sur le
Theatre Anglois et sur les Auteurs qui y
ont le plus brillé.
Benjamin Johnson, concurrent
de Shakes
pear , fleurissoit
sous les Régnes de Jac
I. et de Charles I. .
Cet Auteur fameux , qu'on appelloit
ici le Corneille d'Angleterre , entreptit
de
I, Vol.
JUIN. 1731. ·
135 %
•
de réformer le Theatre Anglois , & le fic
avec beaucoup de succès. Ses Comédies
sont admirables , et surpassent de beau
coup ses Tragédies. On a eû de lui.
Catilina , Traged.
Sejan , id.
Bartholomew-Fair , Comedie , où l'on voit
representé comiquement ce qui se passe de
ridicule dans les Lieux publics.
Le Fox , c'est- à-dire le Renard , Comedie .
L'Alchimiste , Comed .
La Femme excellente. Comed.
Tout par Amour , où le Monde bien perdu
Comedie . &c.*
Ce Catalogue deviendroit trop long.
On pourra voir le Recueil de ses Pieces
de Théatre , imprimé l'an 1718. à Lɔn
dres , en 6. Vol. in 8 ° .
Cet Auteur passe avec raison pour un
de nos meilleurs Poëtes , dit M. Collier
dans sa Critique du Théatre Anglois ; il
est beaucoup plus retenu dans ses Pieces
que ne le sont nos Poëtes modernes . Il se
déclare hautement pour la modestie . Un
Auteur sage , dit- il , doit éviter avec soin
d'écrire d'une maniere sale. Lorsque les
moeurs sont corrompues , le langage l'est com
munément aussi ; et comme le plus grand ex
sès des Fêtes et des Spectacles , sont les mar
ques d'un Etat qui tombe en décadence , aussi
I. Vol.
Gij un
1352 MERCURE DE FRANCE
un langage trop libre et impur , marque un
esprit qui commence à se gâter.
Les trois unitez de tems , de lieu et
d'action , ne sont pas fort observées par
les Poëtes Anglois en général , car l'ac
tion est souvent double ; mais les plus
habiles Critiques ne trouvent pas que ce
soit un défaut dans Ben- Johnson. Il fait
entrer deux Sujets , fi naturellement l'un
dans l'autre , que l'attention des Spec
tateurs est soûtenue par cette agréable
variété.
pas Selon M. Collier , cet Auteur n'est
tout-à-fait exempt du Galimathias conti
nuel qui regne dans les Comédies An
gloises , quoiqu'au sentiment de Saint
Evremont , il soit comparable à notre
Moliere.
"
Au contraire de Shakespear , Johnson
a fait paroître beaucoup de sçavoir.
On trouve dans ses Piéces de Théatre
Aristophane , Plaute et Terence , sans
compter beaucoup de beautez , tirées des
autres Auteurs classiques . Tous ses ca
racteres sont fort justes et bien maintenus.
On regarde le Fox ou le Renard , PAI
chimiste & la Femme Silente , comme
ses trois meilleurs Pieces.
Il avoit un génie admirable , et un ta
lent particulier pour peindre les passions
J. Kel. de
JUIN. 1731. 1353
et les foiblesses des hommes . On le met
de Niveau avec Moliere , à qui les Anciens
avoient inspiré le bon esprit de la Co
médie. Ils ont sçû l'un et l'autre repré
senter parfaitement les diverses humeurs
et les differentes manieres des Hommes ,
en conservant dans leurs Peintures , unt
juste rapport avec le genie de leur Na
tion . M. de Saint- Evremont croit qu'ils
ont été plus loin que les Anciens à cet
égard ; mais on ne sçauroit nier qu'ils
n'ayent eû plus d'égard aux Caracteres ,
qu'au gros des Sujets , dont la suite pour
roit être aussi mieux liée , et le dénoue
ment plus naturel.
La Tragédie de Samson Agoniste , est du
célebre Milton , Auteur du fameux Poëme
Le Paradis perdu.
Le Poëte Jean Dryden , Ecuyer , mort
en 1700. est un des plus estimez de sa
Nation. Il n'est pas plus modeste que la
plupart de ses Confreres , ni moins pla
giaire ; il ose traiter de crême fouettée les
Ouvrages de Corneille même ; et cepen
dant on n'a qu'à confronter son Oedipe
avec celui de ce Poëte François, pour voir
que tout ce qu'il y a de plus beau en est
pillé , et même que des Scénes entieres y
sont copiées , par une Traduction presque
Litterale
I.Vot Giiij M..
1354 MERCURE DE FRANCE
M. Dryden a tâché de se purger de
Paccusation qu'on lui a faite de recom
penser le vice dans ses Comédies . La ré
gle contraire , disoit- il , ne regarde que
la Tragedie. Dans le Comique qu'est- ce
que le vice ? foiblesse humaine , saillie de
jeunesse , bagatelle . Quelle morale ! quoy !
l'Atheisme , l'Impieté , l'Adultere : les
Souhaits du parricide , ne sont que
des
minuties ; est- il donc permis d'affoiblir
par des plaisanteries , l'horreur que la
nature nous en donne ? Mais , dit M.
Dryden , le principal but du Poëme Comi
que est de divertir. Je doute si l'instruction
doit y entrer. Si elle y entre , elle n'en est
que la seconde fin. Quand on conviendroit
du Principe , s'ensuit-il qu'on ne puisse
réjouir le Spectateur , qu'en rendant le
vice heureux ? La friponnerie et la mé
chanceté tournées en ridicule , donne
roient- elles de la fadeur à des Pieces Co.
miques , si d'ailleurs elles étoient inge
nieuses pour être divertissant ne doit
on plaire qu'à la cupidité ? ne peut- on
pas réjouir la raison et le bon sens aux
dépens des vicieux ? Mais où a - t'on pris
que l'Instruction n'est pas la principale
fin de la Comedie , comme de la Trage
die ? ce sont deux soeurs qui n'ont que le
même terme ; mais qui l'atteignent par
1. Val.
des
JUIN. 1731. 7359
des routes differentes. Leur but est de
persuader la vertu et de rendre le vice
odieux .
On doit cependant cette justice à M.
Dryden , de faire remarquer aux Lec
teurs , que par une conversion sincere à
la Religion Catholique , et par une vie
exemplaire et penitente , il a réparé au
tant qu'il a pû des desordres qu'on luy a
si justement réprochez.
Ses Tragédies valent mieux que ses
Comédies , comme je l'ai déja rémarqué.
Les Anglois éclairés disent , que cet Au
teur a beaucoup écrit , fort bien et fort
mal. C'est un des Poëtes de Theatre de cet
te nation qui a le plus travaillé . On joüe
presque toutes ses Pieces , quoique parmi
le grand nombre il y en ait quelques- unes
qui sont beaucoup plus estimées , et
qu'on joue plus souvent que les autres
Ses Pieces de Theatre , contenant ces
Comédies , Tragédies et Opera & c. sont
imprimées en 2. Vol . in fol. à Londres.
1721. Cet ouvrage posthume de Dry
den , écrit en Anglois , est divisé par les
Editeurs en deux Parties. La premiere
comprend les Poëmes Dramatiques sui
vans l'Amant farouche , les Femmes
jalouses , l'Empereur Indien , ou la Con
quête du Mexique , l'Amour secret DA
I. Vol.
G V Martine
1356 MERCURE DE FRANCE
Martin Marr-all , ou la feinte Innocence ;
la Tempête , l'Amour Tyran , Almanzor
et Almahide , le Mariage à la mode
l'Amour dans le Cloître , Amboyne ..
.
La seconde Partie contient , Aureng
zebe , ou le Grand Mogol , Tout pour
l'Amour , Limberhain , ou le Garde
Commode , Oedipe , Tvoile et Cresside ,
ou la Verité tard découverte , le Double
Dénoument , le Duc de Guise , Albion
et Albanius, Sebastien, Roy de Portugal
Amphytrion , Cleomene , ou le Heros
de Sparte , le Roy Arthus , l'Amour
Triomphant.
A la tête de tout l'Ouvrage est une
Dissertation de Dryden sur la Poësie Dra
matiques cette Dissertation est une dis
pute en forme de Dialogue , dont les
Interlocuteurs sont Crites , Eugene , Lip
side et Neandre. L'Auteur Dryden paroît
caché sous ce derniet nom.. La dis
pute roule sur le merite des Anciens et
des Modernes Poëtes Dramatiques , et
en particulier Anglois. On y parle aussi .
en passant du Poëme Epique , et du Ly
rique. Les Principaux Poëtes Anglois y
passent en révuë ; Crites donne la pré
férence aux Anciens ; Eugene la donne
aux Modernes & c . Cette Dissertation est
si longue , et descend dans un si grand
>.
3.
و د
1. Vol.
détail
JUIN. 173T. 1357
détail , qu'il faut la voir dans l'Original
ou du moins traduire à loisir tout ce qui
en est rapporté fort au long dans le Jour
nal de Leipsic. Janvier 1702. pag. 34.
Chaque Piece de Dryden est accom
pagnée d'une Dedicace , et d'une Preface
sçavante et curieuse .
Dryden aécrit d'autres Ouvrages , et sur
tout des Fables anciennes et modernes , & c.
Voici quelques autres Pieces du même
Auteur qui sont venues à ma connois
Sance.
Phedre et Hypolite , Trag.
L'Etat de l'Innocence , ou la chûte de
l'Homme , Trag .
L'Amour du Soir , ou le faux Astrolo
gue.Comed, 1691. Ce n'est presque qu'une
Traduction du feint Astrologue de Th..
Corneille cependant dans la Preface de
- cette Piece , l'Auteur y parle en ces ter
mes , remarquables par leur impudence..
Il faut avouer , dit- il , que la plupart
» des Comédies que l'on écrit depuis peu ,
» tiennent trop de la Farce ; mais ceci
» doit arriver necessairement jusqu'à ce
» qu'on s'abstienne de traduire les Picces
>> des François ; car leurs Poëtes , n'ayant
» pas assés de jugement pour peindre:
d'aprés nature , sont obligés de supléer
» à ce défaut- par des postures extravagan
>>
I..Vol.. G vj
>> tes
1358 MERCURE DE FRANCE
{
» tes et par des grimaces ridicules. A- t'on
jamais vû de Plagiaire si insolent et si
bas ?
Le Moine Espagnol , ou la double De
couverte. Tragi - Comedie.
Le Theatre Espagnol ne représente
guére de Farces , qu'on n'y voye un Rô
le de Prêtre , de Chapelain ou de Reli
gieux. Icy Dryden à été le Maître de
former le caractére de son principal Per
sonnage tel qu'il a voulu ; il en a fait un
Scelerat , et par le secours des fictions ,
il a peint un Moine trés déréglé , et ré
pandu sur le corps des Religieux tout
le ridicule et les excés , que le préjugé et
l'esprit de parti peuvent inspirer à un
Auteur fougueux .
Le Chevalier Gâte - tout , ou la fausse
Innocence , Comedie de Dryden .
Quand par des vols pitoyables , les
Anglois reussissent à faire d'une ou de
deux bonnes Pieces Françoises , une Co
medie à leur maniere , qui ne vaut rien ,
ils ont encore trop d'orgueil pour recon
noître leur larcin. Jamais ces Pieces ne
sont traduites ; elles sont toujours faites
par tel ou tel. A la verité on insinue quel
quefois dans la Preface que le Sujet vient
de France , mais on ne daigne pas nom
mer l'Auteur à qui on en est rédevable.
*
I. Vela
Ils
JUIN. 1731 .
1-3 59'
·
Ils voudroient faire croire qu'ils en agis
sent à peu prés avec ces petits Poëtes Fran
çois , comme un Maitre qui s'exerce sur
un Sujet qu'un Ecolier a traité , et qui
n'a d'autre dessein que de lui faire voir
comme il falloit s'y prendre pour réus
sir.
Quelques-uns de ces M. se contentent
de piller l'intrigue d'un ouvrage Fran
çois , et d'y en ajoûter une seconde de
leur invention , pour paroître du moins
feconds à multiplier les Sujets de leurs
Pieces. C'est comme en a agi l'Auteur
de la Comêdie dont je parle. Ce sont
deux Comédies en une , dont la moitié
est à fort peu de chose prés , l'Etourdy
de Moliere.
Philips , autre Poëte , passe pour avoir
un trés beau genie , une grande connois
sance des régles du Theatre , et une idée
fort juste du merite que peuvent avoir
les Pieces Dramatiques des differentes
Nations.
.
La Tragédie d'Andromaque , qui est
une imitation de celle de Racine , est le
plus bel ouvrage de cet Auteur et le
plus propre à faire goûter aux Angleis
la régularité Françoise . Cette Copie est
digne de son excellent Original , sur
lequel , ce qui paroit très difficile ,
*
I. Vel. elle
T360 MERCURE DE FRANCE
elle encherit quelquefois. Il est vrai que
des personnes judicieuses , ne jugent pas
ainsi de quelques Scénes ajoutées à la fin
de la Piece ; on y voit revenir Andro
maque sur le Theatre aprés la mort de
Pyrrhus et les fureurs d'Oreste.CettePrin
cesse , venuë de nouveau , ne sçauroit
exciter dans cet endroit des passions
qui repondent à la force de celles qui
viennent d'émouvoir le Spectateur ; la
bienséance , et le sentiment des services .
que lui a rendus Pyrrhus , doivent natu
rellement l'empêcher de témoigner sa
joye sur l'heureux changement de son
état , et sur la conservation de son fils..
Il faut laisser le Spectateur dans tout le
trouble qu'excitent en lui les malheurs
des gens vertueux ; à moins qu'on ne
fasse succeder à cette pitié une satisfac
tion parfaite , de voir triompher entiere
ment de toutes les attaques du sort , less
personnes pour qui on s'interesse : dimi
nuer seulement la passion qui est le but
de toute une Tragédie , sans la changer
dans une passion également forte ; c'est
faire languir le Spectateur dans l'endroit ,
où il se plaît à être le plus émû.
Ron ou Row . Ce Poëte a fait piusieurs
Pieces , qui , bien qu'elles pêchent con
tre les Règles d'Aristore , s'accordent gé
L.. Vols. neralement
*
JUIN. 1731. 1361
neralement aux régles du bon sens. Elles.
ont d'ailleurs un feu qui ne paroît infe
rieur , selon quelques- uns , à celui de ses
Prédeceffeurs , que parce qu'il est mieux
réglé. Ses idées sont grandes et son stile :
sublime..
Il a traduit Lucain , qu'il a , dit- on ,
surpassé en plusieurs endroits . Ses . Pieces
de Theatre sont imprimées en 3. vol .
Il mourut en Angleterre depuis environ
dix ans.
Les Pieces qu'on connoît le plus de cet
Auteur , sont Tamerlan , Tragedie fort es
timée , Ulisse , Trag. la Belle Pénitente ,.
Jeanne Shore , Jeanne Grey ; cette inno
cente victime de sa Religion er de l'ambi
tion des autres , fournit le sujet de cette
Tragédie.
Quoi qu'elle peche contre plusieurs des
regles , et que la mort du jeune Edouard:
paroisse y jetter un double sujet ; ce Poë
me est pourtant essentiellement beau , le
bon sens y regne dans tout le détail qui
est si pathétique , que le Spectateur le plus
insensible , ne peut s'empêcher de payer:
tribut à l'humanité. "
Joseph Addison , Poëte Anglois , fils.de
Lancelot Addison , né en 1671. mort en
1729.
Il n'a écrit qu'en Latin et en Anglois .
I.. Vol.. Ses
1362 MERCURE DE FRANCE
Ses Ouvrages sont le Recueil connu
sous le titre de Muse Anglicane.
Son Poëme à l'honneur de Guillaume III.
en 1695 .
La Paix de Riswick.
La Resurrection , Description d'un Ta
bleau.
Ode à M. Burnet , sur la Théorie Sacrés
de la Terre.
Odes à M. Hannes.
La Description du Baromettre.
Les Marionnettes.
Le Combat des Grues et des Pigmées.
Dissertation sur les illustres Poëtes La
tins .
Poëme sur la Campagne de 1704.
Caractére des Poëtes Anglois.
Poëme à M. Dryden sur ses Traductions .
Ode pour la Fête de Sainte Cecile.
Traductions de quelques Livres de l'E
neide et des Métamorphoses.
Poëme sur Myladi Manchester.
Lettres en Vers à la Princesse de Galles , en
lui envoyant sa Tragédie de Caton , re
presentée en 1712 .
Lettre en Vers , sur le Portrair du Roy
George I.
L'Opera de Rosemonde.
Le Livre connu sous le nom du Sujet libre
ou de celui qui prend un Franc-Fief,
I.Vol. et
JUIN. 1731 . 1363
et quantité de feuilles volentes du Ba
billard , du Spectateur , du Tuteur ou
Curateur , &c.
Congreve , Poëte Comique , celebre en
Angleterre , Gentilhomme Anglois. Il
est devenu aveugle , et vivoit en 1721.
Ses Pieces de Théatre et autres Ouvra
ges , sont imprimés en 3. Vol. in 8 ° . à
Londres en 1710. On les joue très-sou
vent , et toujours avec grand concours de
Spectateurs , sur tout des Dames . Ces
Pieces petillent d'esprit que l'Auteur
,
diftribue indifferemment à tous ses Per
sonnages ; de sorte qu'il ne fait autre
chose que se peindre lui- même sous dif
ferens noms. La plupart de ses Comédies
sont en Prose .
Les meilleurs Ouvrages de cet Auteur
sont :
Le vieux Garçon ,
L'Homme de mauvaise foi.
Amourpour Amour.
La maniere de bien agir du monde..
Le Deuil de la nouvelle Mariée , Tragé
die .
Je suis Monsieur , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Londres, sur quelques Poëtes Dramatiques Anglois, &c.
La lettre, écrite à Londres en juin 1731, discute des poètes dramatiques anglais. L'auteur mentionne Benjamin Johnson, contemporain de Shakespeare, qui a brillé sous les règnes de Jacques I et de Charles I. Surnommé le 'Corneille d'Angleterre', Johnson a tenté de réformer le théâtre anglais avec succès. Ses comédies, telles que 'Bartholomew-Fair' et 'Le Renard', sont particulièrement admirées. Johnson est reconnu pour sa modestie et son évitement des sujets impurs. Ses pièces respectent les unités de temps, de lieu et d'action, bien que les critiques anglais ne considèrent pas cela comme un défaut. Johnson est comparé à Molière pour sa capacité à peindre les passions humaines. Le texte évoque également John Milton, auteur de 'Samson Agoniste' et du 'Paradis perdu'. Jean Dryden, poète dramatique anglais mort en 1700, est mentionné pour ses œuvres, bien que certaines soient accusées de plagiat. Dryden a écrit des tragédies et des comédies, et a tenté de justifier la représentation du vice dans ses œuvres. Il a également écrit une dissertation sur la poésie dramatique, discutant des mérites des anciens et des modernes. D'autres poètes comme Philips et Row sont mentionnés pour leurs contributions au théâtre anglais. Philips est connu pour sa tragédie 'Andromaque', une imitation de celle de Racine. Row, quant à lui, a écrit plusieurs pièces respectant les règles du bon sens, bien qu'elles pèche contre les règles d'Aristote. Joseph Addison, poète anglais né en 1671 et mort en 1729, est le fils de Lancelot Addison. Il a écrit en latin et en anglais. Ses œuvres principales incluent le recueil 'Muse Anglicane', des poèmes comme 'La Paix de Riswick', 'La Résurrection', et des traductions de l'Énéide et des Métamorphoses. Addison a également écrit des lettres en vers, des odes, et des dissertations sur des sujets variés. Ses écrits sont marqués par un bon sens et une sensibilité qui touchent même les spectateurs les plus insensibles. Addison a également contribué à des publications comme le 'Spectateur' et le 'Tuteur'. William Congreve, poète comique anglais, est célèbre pour ses pièces de théâtre. Aveugle et vivant en 1721, ses œuvres sont souvent jouées avec un grand succès, notamment auprès des dames. Ses pièces, imprimées en trois volumes en 1710, sont connues pour leur esprit et leur capacité à peindre différents personnages. Parmi ses meilleures œuvres, on trouve 'Le vieux Garçon', 'L'Homme de mauvaise foi', 'Amour pour Amour', et 'Le Deuil de la nouvelle Mariée'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5555
p. 1364-1373
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Début :
La nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires allerent enfoncer la maison du Janissaire [...]
Mots clefs :
Constantinople, Janissaires, Rebelles, Aga, Révolte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople '
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
du 7. Avril 1731.
LA
A nuit du 24. au 25. Mars 200. Janissaires
allerent enfoncer la maison du Janissaire
Aga , et voulurent en enlever les Marmites pour
lés porter dans la Place d'Atmeiaan , où les Ja
nissaires s'assemblent ordinairement lorsqu'ils
veulent exciter quelque révolte. Le Janissaire
Aga s'y étant opposé reçut un coup de Fusil au
bras , et sa maison fut entierement pillée , il eut
cependant le bonheur de se sauver par la porte
de son Jardin et de se rendre au Serrail : il rendit.
compte au G. S. de ce qui venoit de lui arriver.
On fit appeller sur le champ le Grand Vizir ,
le Mufti , le Capitan Pacha , et quelques uns des
principaux Effendis , pour déliberer sur le parti
qu'on avoit à prendre. Il fut resolu de rassembler
le plus de Monde qu'on pourroit , et d'aller atta
quer les Rébelles à l'Atmeydan dès qu'il seroit
jour , pour n'en pas laisser grossir le nombre ,.
et d'y faire porter l'Etendart de Mahomet ; la
chose fut éxécutée, on forma deux Corps , dont
l'un étoit commandé par le G. Vizir , suivi du
Janissaire Aga , quoique blessé , et l'autre étoit
sous les ordres du Capitan Pacha ; ils rencontre
rent dans les rues quantité de Gens armés qui
alloient se joindre aux Rebelles , dont la plûpart:
furent tués , ils trouverent dans la Place de l'At
meydan , où ils se rendirent par deux differens.
I. Vol. endroits,
JUIN. 1731. 1365
endroirs , soo. hommes armés , avec quelques.
Etendarts déployés , qui firent d'abord assés de
résistance , mais qui furent contraints de ceder.
La plupart furent massacrés ; on en saisit une
soixantaine que l'on conduisit au Serrail pour dé
couvrir les motifs , et les Chefs de la Rebellion ,
et quelques- uns furent assés heureux pour se sau
ver. Depuis les Caffés , les Bains , et les autres
Lieux publics ont été fermés .
Le G.V. n'a point tenu de Divan hier ni aujour
d'hui ; il n'estoccupé qu'à faire des rondes dans la
Ville,et à en faire faire par le Janissaire Aga, et par
les autres principaux Officiers des differens Corps de
Milice qui arrêtent et font étrangler sur le champ
tous ceux qu'on soupçonne avoir eu part à la ré
volte. On assure que quoyqu'il ne se soit trouvé
que quatre ou cinq cens révoltés dans la Place
d'Atmeydan , il y en avoit plus de 3000 autres.
dispersés dans plusieurs endroits de Constanti
nople , avec des Drapeaux pour assembler du
monde et grossir leur Troupe.
Ils avoient aussi mis le feu en trois diff. rens quar
tiers de la Vilie,dans la vue que le G.V.er les autres
Ministres étant occupés à le faire éteindre , ils trou
veroient moins d'obstacles à l'execution de leur
projet. Il est certain que si l'on eût tardé trois heu
res de plus à dissiper les Rébelles , ils auroient été
les Maîtres de Constantinople , et qu'ils auroient
fait les mêmes changemens , et beaucoup plus de
désordre que lors de la premiere révolte ; il étoit
même à craindre qu'on n'eût pas eu les mêmes.
égards pour nous , par la raison que quoique la
sédition n'ait duré que dépuis la pointe du jour
jusqu'à neufheures du matin , il y a eu beancoup
de Grecs , d'Arméniens et de Juifs qui ont été
insultés et volés , et que depuis l'autre révolution,,
I. Vol.
il
2366 MERCURE DE FRANCE
il s'est rassemblé dans cette Capitale une infini
té d'Asiatiques , tous voleurs et assassins ; et
qu'ils ne s'y sont établis que dans l'Esperance
d'y trouver quelque conjoncture à pouvoir met
tre leurs talens à profit ; s'il en faut croire les
bruits publics , ce sont les Partisans d'Achmet
III. qui avoient tramé cette révolte.
Les particularitez suivantes sont tirées de plu
sieurs Lettres.
Le 24. Mars , quelques Dgebedgis , ou Soldats
d'Artillerie , s'étant trouvez dans un Caffé , s'en
tretenoient en fumant, de l'état présent du Gou
vernement. Plusieurs d'entr'eux se plaignoient de
ce qu'on n'avoit pas encore distribué les 25. Pias
tres qu'on a coûtume de donner à chaque Sol
dat à l'avenement au Trône d'un nouveau Sul
tan ; d'autres témoignoient leur mécontentement
de ce que nonobstant le changement de Minis
tere, on n'avoit pas encore remedié à la disette et à
la cherté des vivres , ce qui avoit été le but de la
précedente Révolte . Après plusieurs discours de
cette nature , ils sortirent sur les 9. heures du
soir du Caffé , fort animez ; et ayant été joints
par un grand nombre de leurs Compagnons , ils
s'amuserent ensemble et allerent vers les dix heu
res piller la maison de l'Aga des Janissaires , où
ils firent un butin considerable , tant en argent
comptant , qu'en bijoux.
; L'Aga eut le bonheur de se sauver le Grand
Visir ayant appris par le Lieutenant de l'Aga ,
la nouvelle de cette révolte , se rendit d'abord au
Serrail, et envoya ordre auCapitan PachaDgianum
Codgia , de se rendre en toute diligence auprès
de lui , et d'amener autant de monde qu'il pour
roit ; ce que celui cy executa : pendant ce tems
Lâ les soulevez , dont le nombre s'étoit accrû jus
Is Vola
qu'à
JUIN. 1731 1367
qu'à 3000. hommes , se rendirent dans la Place ,
nommée Atmeïdan , où ils arborerent le Pavillon
et y passerent la nuit . Le lendemain de grand
matin le G. V. et l'Aga des Janissaires sortirent
du Serrail, à la tête des Ichoglans , et autres Do
mestiques du Serrail , suivis du Capitan Pacha ,
à la tête de ses Gens de Mer , précedez par le
Sangiac-Scherif, portant l'Etendart de Mahomet,
et ils allerent attaquer les Rebelles , qui , quoique
surpris , firent d'abord feu sur eux sans respecter
l'Etendart du Prophete , et obligerent d'abord les
Ichoglans à reculer , mais ceux- cy ranimezpar
ceux qui les suivoient , attaquerent de nouveau
les Rebelles avec tant d'ardeur , qu'après une le
gere résistance , ils furent mis en fuite ; plusieurs
furent tuez sur la place et les autres dispersez , en
sorte qu'à dix heures du matin tout étoit aussi
tranquille qu'avant la Révolte ..
Le Grand Seigneur avoit d'abord voulu mar
cher en personne contre les Rebelles , mais il en
fut détourné par Dgianum Codgia. S. H. a fair
present à ce dernier et au G. V. d'une Fourure de
Martre Zibeline très- riche , en consideration du
service qu'ils venoient de lui rendre , d'autant
plus important , que les Rebelles avoient déja
proclamé le vieux Sultan .
L'Aga des Janissaires , voyant qu'il n'étoit pas
aimé de ce Corps , a demandé la permission au
G.S. de se retirer , qui la lui a accordée . Dgianum
Codgia a aussi jugé à propos par le même motif
de se retirer sur les Vaisseaux de guerre.
Sur le bruit qui s'étoit répandu que la veuve
du dernier G. V. fille du Sultan déposé , avoir
fomenté cette Révolte , elle fut d'abord enfermée
dans le Serrail , mais son innocence
été re
ayant
connuë , elle a été remise en liberté ; mais on as--,
1
1. Vol
Surc
1358 MERCURE DE FRANCE
sure qu'elle a été arrêtée une seconde fois , sur
ce qu'on a découvert qu'elle avoit promis 20000.
Bourses de cent Reaux chacune aux Janissaires
mécontens qui remettroient le Sultan son pere
sur le Trône.
Le G. S. a , dit-on , obligé depuis le Mufti à
prononcer une Sentence de mort contre son Pré
decesseur , qui a été arrêté dans un Village â
quelques lieues de Constantinople , où il se tenoit
Caché.
Le Capitan Pacha Dgianum- Codgia , n'étant
pas en sureté depuis qu'il a opiné dans le Divan
en faveur de la Paix avec les Princes Chrétiens
a obtenu de S. H. une Garde de Janissaires qui
doivent l'accompagner , même dans le voyage
qu'il fera dans les principales Iles de l'Archipel.
Le G. V. a été d'avis contraire ; et ayant propo
sé de faire la Paix avec les Persans , et d'occuper
les Janissaires et les autres Milices à une guerre
avec les Princes Chrétiens , il demande à S. H. de
l'exiler en Egypte , si son avis ne lui étoit pas
agréable. Depuis ce Divan on a dépêché trois
Couriers en Perse , pour porter , à ce qu'on croit,
des pleins pouvoirs aux Generaux Turcs , afin de
terminer un accommodement avec le Roi de
Perse.
Une autre Lettre de Constantinople porte que
la même nuit du 2 5. Mars , une troupe de Revol
tez qu'on fait monter environ à 4000. hommes ,
après avoir couru tumultuairement les ruës , en
foncerent les portes de la maison du Janissaire
Aga , et la pillerent ; après quoi ils allerent dans
les chambres des Janissaires , enleverent leurs
Marmites , ustanciles et leurs Etendarts , qu'ils
porterent à l'Atmeïdan , principale Place de Cons
tantinople.
1. Vol. Ce
JUIN. 1731 .
1369
Ce desordre saisit de crainte tous les habitans,
et la terreur atigmentoit par les cris des Révoltez
qui couroient dans tous les Quartiers , disant qu'on
eut à se rendre à l'Atmeïdan , où ils devoient ,
disoient - ils , prendre des mesures pour réformer
de nouveau le Gouvernement , et détrôner le Sul
tan Mahmoud, qui étoit déchû de la Souveraine
té du moment qu'il avoit fait massacrer et jetter
à la voirie l'Aga Patrona -Kalil et ses Camarades ;
qu'un pareil exemple étoit inoui et entierement
contraire au Kanoun ou Ordonnance de Sultan
Soliman II. Beaucoup de monde se joignit à ces
sédicieux , ce qui grossit considerablement la
troupe qui se formoit à l'Atmeidan , où lon com
mençoit à dresser des Tentes.
Cependant le G. V. le Mufti , Dgianum Cod
gia , Capitan - Pacha , et tous les Grands Officiers
de l'Empire , de même que les Gens de Loi- , se
rendirent au Serrail , auprès du G. S. où il fut
résolu qu'on exposeroit l'Etendart du Prophete ,
et que tout le Peuple seroit invité de courir à sa
defense . Le Mufti donna aussi -tôt une Sentence
par laquelle les Rebelles étoient déclarez infideles
et traîtres , et que tout bon Musulman ou vrai
Croyant devoit sacrifier sa vie pour la conserva
tion du Sultan Mahmoud , leur legitime Souve
rain. On promit aussi à chacun de ceux qui
apporteroient quelque tête des Rebelles , des ré
compenses proportionnées au service qu'il auroit
rendu dans cette occasion . En même -tems le
Defterdar our Grand - Trésorier , fit porter du
Trésor Imperial , quantité de sacs d'or et d'ar
gent à la Porte du Serrail et se mit en devoir de
disrribuer cent Piastres à chacun de ceux qui ap
porteroient quelque tête .
Cette disposition ainsi faite , le G. S. remit la
1. Vol.
fameuse
1370 MERCURE, DE FRANCE
fameuse Banniere entre les mains du G. V. et ce
Fui- ci la remit à un Kapigi- Bachi . Ensuite ce pre
mier Ministre s'étant mis à la tête de la Maison
de S. H. et de la sienne , et le Capitan- Pacha , à
la tête de 400. Leventis , on fit ouvrir les Portes
du Serrail , et en marcha en bon ordre à la Place
d'Atmeïdan.
•
Le Peuple n'eut pas plutôt appris qu'on devoit
faire sortir l'Etendart de Mahometh , qu'on s'em
pressa , à l'envi, pour le venir deffendre, et l'affluence
fut si grande en très - peu de tems , qu'on ne pou
voit qu'à peine se remuer dans les rues . Les To
pigis , Dgebedgis et même les Janissaires , qui
un moment auparavant étoient eux- mêmes du
nombre des Rebelles , vinrent aussi se rendre sous
PEtendart du Prophete.
Le G. V. marchant fierement , s'avança avec
tout son Cortege jusques à l'Atmeïdan ; près d'y
arriver il fit une petite alte et continua sa marche
par la même rue qui aboutit à une des Portes de
cette Place,mais Dgianum Codgia avec ses Léven
tis , se détacha et prit par une autre ruë qui abou
tit à une autre Porte de la même Place.
Non-seulement les Rebelles firent bonne con
tenance , mais ils attaquerent courageusement
les Troupes du Visir et du Capitan - Pacha , et ils
firent tous leurs efforts pour se saisir de l'Eten
dart ; mais obligez de plier , ils furent mis en dé
route en même tems le G. V. étant entré
dans la Place par un côté et le Capitan - Pacha
un autre , ils firent main basse sur tous ceux qui
s'y trouverent ; qui n'étoient pas , à la verité ,
si grand nombre , parce que la plupart des Ré
voltez eurent le tems de se sauver dans les Cazer
nes des Janissaires , qui sont joignant cette Place.
Les autres ayant pris la fuite par diverses ruës
par
en
;
I. Vol. · le
JUI N. 1731. 1371
le G. V. les fit poursuivre sans perte de tems , & c,
Peu de tems après on vit un spectacle bien ter
rible dans la Place qui est devant la porte du Ser
rail , où le Tefterdar s'étoit placé , prêt à don
ner cent écus pour chaque tête de Ribelle qu'on
lui apporteroit ; en moins de deux heures de tems
on lui en apporta de tous côtez une quantité si
prodigieuse , que cela fit croire avec raison , que
quantité d'innocens étoient péris dans cette mal
heureuse journée ; car les Bostangis et les Leven
tis , plus empressez à gagner cent Piastres , qu'on
donnoit pour chaque tête , qu'à punir les Re
belles , assommoient les premiers venus et ceux
qui étoient les plus sans deffense . On assure qu'un
Eunuque , favori du Sultan , apporta lui seul neuf
têtes , et qu'il fut largement récompensé.
On prétend que cette derniere Révolte a été
suscitée par les Créatures du Sultan Achmet , et
ce bruit se fortifie d'autant plus , qu'on a appris
que les Sultanes , filles de ce Prince , mariées
a Ibrahim Pacha , dernier G V. et à son fils , qui
étoient libres dans leurs Palais depuis le malheur
arrivé à leurs Maris , viennent d'être étroitement
enfermées dans le Serrail .
Pour les principaux Chefs de cette Rebellion ,
ce sont des gens de la lie du peuple , dons les noms
auroient pû devenir aussi fameux que ceux de Pa
trona et de Mousloub , si leur audacieuse témeri
té avoit éte suivie d'un plus heureux succès. Par
mi ceux qui ont le plus contribué à l'arrêter et à
faire punir les coupables , on parle du fameux
Dgianum Codgia qui a agi de la tête et de la main
avec toute la prudence et la valeur imaginable ,
ainsi qu'il avoit fait dans la premiere Révolte.
Depuis le Dimanche 25. Mars , chaque jour
est marqué par quelque exécution publique , ou
Le Vol.
H particu
1372 MERCURE DE FRANCE
particuliere. La quantité de gens qu'on fait périr
est incroyable. Il suffit de n'avoir pas une phi
fionomie heureuse , pour être proscrit et perdre
la vie ; séverité , sans doute , bien nécessaire dans
une conjoncture aussi délicate ; mais aussi il y a
de l'excès.
On a chassé et banni de Constantinople tous
les Arnaouds et Albanois , qui étoient devenus
trés - insolens , dépuis que leur Compatriotte Pa
zrona , les favorisant en toutes choses pendant
la premiere révolte , les avoit mis sur un pied
d'aisance pour lequel ils n'étoient pas nés..
On assure qu'on va aussi chasser les Las ,
Peuples originaires des Côtes de la Mer Noire
prés de Trébisonde , établis à Constantinople.
On prétend que ce sont eux qui ont pillé tout le
Besestin des Ispahis, et qui ont fait la plupart des
autres vols , qui sont très considerables.
Pour nous , nous en avons été quitte pour quel
ques allarmes ; mais je doute que c'eût été à si
bon marché , si la sédition n'avoit pas été assou
pie dans son commencement. Il seroit difficile
de pouvoir dire le nombre des morts , du jour
de la grande expédition . Le G. Vizir perdit quel
ques Agas , et plusieurs des siens furent blessez .
Il courut grand risque lui - même ; car un des
Rebelles qui avoit trouvé le moyen de s'appro
cher de sa Personne , alloit luy tirer un coup
de Pistolet presque à bout portant , lorsque son
favori Mustapha Aga , le prévint et lui abatit le
bras d'un coup de Sabre,ce qui garantit le G. V.
Mais le Rebelle , doublement outré de désespoir
d'avoir manqué son coup , et de voir son bras
droit par terre , tira de sa main gauche un Poi
gnard qu'il avoit à sa ceinture , et s'élançant sur
Mustapha , le lui plongea dans le coeur , et le fit
IVsi
somber
JUI N. 1731.
1373
tomber mort à ses pieds : ce malheureux fut
massacré et mis en pieces sur le moment.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Constantinople du 7. Avril 1731.
Le 24 mars 1731, des Janissaires ont attaqué la maison du Janissaire Aga pour s'emparer de marmites, déclenchant une révolte à Constantinople. Le Janissaire Aga, blessé, s'est réfugié au Serrail. Les autorités, incluant le Grand Vizir, le Mufti et le Capitan Pacha, ont été convoquées pour délibérer et ont décidé de rassembler des forces pour attaquer les rebelles à l'aube. Deux corps d'armée ont été formés, l'un dirigé par le Grand Vizir et l'autre par le Capitan Pacha. Ils ont dispersé les rebelles, massacrant la plupart et capturant une soixantaine d'entre eux pour les interroger. Les lieux publics ont été fermés et des rondes organisées pour arrêter et exécuter les suspects. La révolte a été déclenchée par des soldats d'artillerie mécontents de la non-distribution de primes et de la cherté des vivres. Environ 3000 rebelles ont mis le feu à plusieurs quartiers pour distraire les autorités. La répression rapide a empêché les rebelles de prendre le contrôle de Constantinople. Des rumeurs accusaient les partisans d'Achmet III et la veuve du dernier Grand Vizir d'avoir fomenté la révolte. Le Grand Vizir a proposé une guerre contre les Princes Chrétiens, mais le Sultan a préféré négocier avec les Persans. Le Capitan Pacha a obtenu une garde pour sa protection après avoir soutenu la paix avec les Chrétiens. Depuis le 25 mars, des exécutions publiques et particulières se succèdent, touchant un grand nombre de personnes, souvent pour des raisons de physique ingrat. La sévérité des mesures est jugée nécessaire mais excessive. Les Arnaouds et Albanois, favorisés lors de la première révolte, ont été chassés et bannis en raison de leur insolence. Les Las, originaires des côtes de la Mer Noire, sont également visés pour des pillages et vols. Le narrateur mentionne avoir été peu affecté par la sédition, mais reconnaît que la situation aurait pu être plus grave si la révolte n'avait pas été rapidement maîtrisée. Lors de la grande expédition, le Grand Vizir a perdu plusieurs de ses hommes et a lui-même échappé de peu à un attentat. Un rebelle, après avoir échoué à tirer sur le Vizir, a tué Mustapha Aga, le favori du Vizir, avant d'être massacré. Le nombre exact des morts lors de cette journée reste incertain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5556
p. 1373-1374
ALLEMAGNE.
Début :
On apprend de Vienne, que le 20. du mois dernier, on fit à Laxembourg la Procession [...]
Mots clefs :
Tonnerre, Voyage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
N aprend de Vienne , que le 20. du mois
dernier, on fit à Laxembourg la Procession
solemnelle qui s'y fait tous les ans pour remer
cier Dieu de ce que le Tonnerre étant tombé sur
le Château dans le temps que l'Empereur Leo
pold y étoit , il n'y eût personne de blessé. Le
même jour on n'ouvrit les Portes de Vienne qu'à
prés d'onze heures du matin , et on fit une ré
cherche exacte de tous les vagabonds , man
dians et gens sans àveu , qui y étoient en grand
nombre depuis deux mois, et dont la plupart fu
rent arrêtés.
Le 26. May Mustapha-Effendi , Envoyé ex
traordinaire du G. Seigneur , arriva à l'Hôtel
qui luy avoit été préparé dans le Fauxbourg de
Leopoldstadt. Il étoit monté sur un très -beau
Cheval , ayant à sa suire 62. Personnes , tant à
pied qu'à Cheval , qui étoient précedés d'un dé
tachement du Regiment de Dragons de Philippi."
On a fourni pour le Voyage de ce Ministre
et de sa suite , composée de 62. Personnes , trois
Carrosses , 54. Chevaux de selle , 12. Chevaux
de bas , et 14. Chariots on leur a donné en
vivres pour chaque jour 18. livres de Miel. 30 .
files de Pain , 5. Moutons et 5. Agneaux , ou au
déffaut d'Agneaux 130. livres de viande de Mou
tons , 16. Poules , 2. Chapons , so. livres de
Beurre fondu , 8. livres de Sucre , 4. livres et
demi de Chandelle , 4. livres et demi de Caffé
une livre et demi de Sorbec , une demi livre de
Sucre Rosat , 4. onces de Canelle , 4. onces de
1. Vol. Hij Cloud
1374 MERCURE DE FRANCE
Cloud de Giroffle , une demi livre de Poivre , er
de Gimgembre , 4. Bougies d'une demi livre.cha
cune , 3. livres de Raisins secs , 2. livres et de
mi de Raisins de Corinthe , 30. livres de fleur
de Farine , 6. livres d'Amidon , 2. livres et demi
d'Amandes , s . douzaines d'Oeufs , 8. mesures
de Lait , 3. mesures de Vinaigre , 4. onces de
Noix et fleurs de Muscat , une demi once de
Safran , 6. livres de Sel , 10. d'Oignons , 3. de
Savons , 2. d'Huile , et 3 quarts de livres d'Eau
Rose ; quelques Citrons , des Confitures , 3 .
onces d'Aloës , une demi once de Musc , et une
d'Ambre , pour tout le Voyage,outre les Herbes,
Fruits , Bois, & c.
N aprend de Vienne , que le 20. du mois
dernier, on fit à Laxembourg la Procession
solemnelle qui s'y fait tous les ans pour remer
cier Dieu de ce que le Tonnerre étant tombé sur
le Château dans le temps que l'Empereur Leo
pold y étoit , il n'y eût personne de blessé. Le
même jour on n'ouvrit les Portes de Vienne qu'à
prés d'onze heures du matin , et on fit une ré
cherche exacte de tous les vagabonds , man
dians et gens sans àveu , qui y étoient en grand
nombre depuis deux mois, et dont la plupart fu
rent arrêtés.
Le 26. May Mustapha-Effendi , Envoyé ex
traordinaire du G. Seigneur , arriva à l'Hôtel
qui luy avoit été préparé dans le Fauxbourg de
Leopoldstadt. Il étoit monté sur un très -beau
Cheval , ayant à sa suire 62. Personnes , tant à
pied qu'à Cheval , qui étoient précedés d'un dé
tachement du Regiment de Dragons de Philippi."
On a fourni pour le Voyage de ce Ministre
et de sa suite , composée de 62. Personnes , trois
Carrosses , 54. Chevaux de selle , 12. Chevaux
de bas , et 14. Chariots on leur a donné en
vivres pour chaque jour 18. livres de Miel. 30 .
files de Pain , 5. Moutons et 5. Agneaux , ou au
déffaut d'Agneaux 130. livres de viande de Mou
tons , 16. Poules , 2. Chapons , so. livres de
Beurre fondu , 8. livres de Sucre , 4. livres et
demi de Chandelle , 4. livres et demi de Caffé
une livre et demi de Sorbec , une demi livre de
Sucre Rosat , 4. onces de Canelle , 4. onces de
1. Vol. Hij Cloud
1374 MERCURE DE FRANCE
Cloud de Giroffle , une demi livre de Poivre , er
de Gimgembre , 4. Bougies d'une demi livre.cha
cune , 3. livres de Raisins secs , 2. livres et de
mi de Raisins de Corinthe , 30. livres de fleur
de Farine , 6. livres d'Amidon , 2. livres et demi
d'Amandes , s . douzaines d'Oeufs , 8. mesures
de Lait , 3. mesures de Vinaigre , 4. onces de
Noix et fleurs de Muscat , une demi once de
Safran , 6. livres de Sel , 10. d'Oignons , 3. de
Savons , 2. d'Huile , et 3 quarts de livres d'Eau
Rose ; quelques Citrons , des Confitures , 3 .
onces d'Aloës , une demi once de Musc , et une
d'Ambre , pour tout le Voyage,outre les Herbes,
Fruits , Bois, & c.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le texte décrit des événements en Allemagne, à Vienne et à Luxembourg. Le 20 du mois précédent, une procession solennelle a eu lieu à Luxembourg pour remercier Dieu d'avoir épargné l'empereur Léopold lors de la chute de la foudre sur le château. À Vienne, les portes ont été ouvertées tardivement et une recherche rigoureuse des vagabonds, mendiants et personnes sans aveu a été effectuée, aboutissant à l'arrestation de nombreux individus. Le 26 mai, Mustapha-Effendi, envoyé extraordinaire du Grand Seigneur, est arrivé à Vienne. Il était monté sur un cheval magnifique, accompagné de 62 personnes à pied et à cheval, précédées par un détachement du régiment de dragons de Philippi. Pour son voyage, des moyens de transport et des vivres ont été fournis, incluant trois carrosses, 54 chevaux de selle, 12 chevaux de bas, et 14 chariots. Les vivres comprenaient divers aliments et produits tels que du miel, du pain, des moutons, des agneaux, des poules, des chapons, du beurre, du sucre, du café, du sorbet, des épices, des bougies, des fruits secs, de la farine, des amandes, des œufs, du lait, du vinaigre, des noix, du safran, du sel, des oignons, du savon, de l'huile, de l'eau de rose, des citrons, des confitures, de l'aloès, du musc et de l'ambre.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5557
p. 1374-1378
ITALIE.
Début :
MR. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin, et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi [...]
Mots clefs :
Cardinal, Terres du roi de Sardaigne, Convent de Capucins, Naples, Princesse, Conseil collatéral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
M
R. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin ,
et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi
de Sardaigne , est revenu à Rome , et on a sçu
par lui , que ce Prince avoit déffendu à tous les
Evêques de ses Etats de sacrer aucun Prêtre sans
sa permission.
Le Cardinal Cienfuego a eu une Audience par
ticuliere du Pape , dans laquelle il lui donna part
que l'Empereur avoit obtenu de la Czarine la
permission de faire construire à Moscou un Con
vent de Capucins, avec une Eglise , et que les Sei
gneurs et Dames de la Cour de Vienne contri
buoient à cet établissement.
On mande de Naples , qu'on y a tenu depuis
peu un Conseil Collateral pour dresser un Mé
moire au sujet des procedures faites par le Non
ce du Pape contre le Cardinal Coscia , et l'on fit
partir le même jour un Courrier pour porter ce
Memoire à Vienne, Ce Cardinal est présente
1. Vol ment
JUI N. 1731 1375
par
ment logé chez le Duc de Monte- Calvo Pigna
telli : il a reçu un ordre décerné la Congre
gation de Non Nullis , et approuvé par le Pape ,
qui lui deffend d'entrer dans aucune Eglise.
On écrit de Génes , que le Patron d'une Bar
que qui y est arrivée de Naples , a rapporté que
le Cardinal Coscia étoit parti Incognito pour
Manfredonia , d'où il devoit passer par Mera
Venise, pour se rendre ensuite à Vienne , et y sol
Ficiter la protection de l'Empereur.
La Princesse Altiery que le Pape avoit nom
mée pour aller à Parme assister aux Couches de
la Duchesse Douairiere de Parme , ayant prié
S. S. de l'en dispenser , le Pape a nommé en sa
place la Comtesse Caprara.
La Congrégation du Bon Gouvernement est
occupée à examiner un Projet qui a été presenté
au Pape par le Cardinal Lambertini,pour rendre
franc le Port d'Ancone ; mais la Republique de
Venise et celle de Génes ont chargé leurs Minis
tres de faire tous leurs efforts pour empêcher que
ce Projet ne soit approuvé.
Le 12. May , le Pape nomma à l'archevêché
de Benevent M. Doria , dont la place de Maître
de Chambre du Pape a été donnée à M. Pallavi
cini , Nonce à Florence.
d'aller
Les Religieuses du Monastere de S. Ambroise
ont enfin obtenu,aprés beaucoup de sollicitations,
la confirmation du Bref du feu Pape , qui leur
fois l'année visiter les qua
permet quatre
tre principales Eglises de Rome.
L'Abbé Guella , qui , quoyque Piémontois ,
a écrit en faveur du S. Siege contre son Souve
rain , a obtenu de S. S. une Pension de 20 Ecus
par mois , assignés sur les revenus propres à la
Maison Corsini.
I Is Vol.
Les
H iij
1376 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Turin portent que le Roy de
Sardaigne avoit fait sequestrer les revenus des:
Benefices situés dans ses Etats , dont est revêtu
Je Neveu du Cardinal Imperiali : parceque ce
Cardinal a paru se conduire avec trop de partia
lité contre ce Prince. Day
On mande aussi de Turin que le Roy Victor
'Amedée étoit parfaitement rétabli de sa derniere
'maladie , qu'il étoit dans le dessein d'aller faire
sa résidence à Rivoli , parceque l'Air de Cham
bery est contraire à sa Santé .
Les mêmes Lettres portent qu'on avoit arrê
té depuis peu cinq Personnes de consideration
par rapport aux differends du Roi de Sardaigne
avec le S. Siege.
Les Lettres de Génes portent , que la Répu
blique avoit obtenu de l'Empereur, un secours.
de Troupes , pour réduire les Rebelles de l'Isle
de Corse , où il y étoit arrivé depuis peu une
Tartane inconnue , qui y avoit débarqué 56.
quintaux de Poudre et 3000. Fusils . Ces Lettres,
ajoutent , que depuis la Prise de la Tour de Saint
Florent , les Rebelles avoient formé le Blocus de
la Ville de Culvi. I >
On écrit de Naples, que le 5. May , le Clergé
Séculier et Régulier de cette Ville , assista l'après
midi à la Procession Solemnelle qu'on fait
tous les ans à pareil jour , à l'occasion de la Fête
de la Translation de Saint Janvier , principal
Patron de cette Ville , dont le Sang fut posé sur
un Autel magnifique qu'on avoit élevé sous un
Dais , dans le Quartier de Capouë. Le Viceroy
la Comtesse d'Arrach son Epouse , et la princi
pale Noblesse y assisterent pour voir la liquefac
tion du Sang de ce Saint , lorsqu'on l'approche.
de son chef ; mais ce Miracle n'arriva pas non .
2
plus
JUIN. 1731 . 251377
plus que le lendemain. Le 7. il se fit à l'ordinaire
dans la Chapelle du Trésor , où l'Ambassadeur
de la République de Venise se rendit avec un
grand nombre d'Etrangers.
}
La Ville de Foggia , située dans la Capita
Aate , Province de la Pouille ; au Royaume de
Naples , est une des plus considerables de cette
Contrée. Elle a essuye dans les Siécles passez di
vers malheurs : elle a été sujette aux invasions
des Barbares , prise par les Sarrazins , saccagée
par les Soldats de Manfrede , brûlée et démante
lée par ce Roy : Elle a souffert à diverses reprises,
la Famine et la Peste : Elle a été déchirée par des
divisions intestines ; mais tous ces malheurs ne
sçauroient être mis en parallele avec celui dont
elle vient d'être accablée par un Tremblement de
Terre , qui est arrivé le 20. Mars dernier ,
dont nous avons déja parlé assez au long , qui
en a renversé ou ébranlé tous les Edifices , fait
perir sous les ruines un grand nombre de Per
sonnes , et réduit le reste des Habitans à une ex
trême misere.
et
La premiere secousse se fit sentir vers les qua
tres heures du matin ; elle fut si violente et si
promte , que la plupart des Edifices furent ren
-versez , et plusieurs personnes ensévelies sous les
ruines , avant que les Habitans se fussent presque
apperçus qu'il y eût un Tremblement de Terre.
Cette premiere secousse dura cinq minutes : une
Minute après , on en sentit une seconde aussi vio
lente ; l'eau des puits , quoique profonds de 30
à 40 pieds , sortit par le haut , et inonda les en
virons.
On ne sçauroit exprimer l'épouvante dont les
Habitans furent saisis pendant ces deux secous
ses ; ceux qui eurent le bonheur de n'être pas
1. Vol.
H in écra -
1378 MERCURE DE FRANCE
f
écrasés sous les chutes des Maisons , se sauverent
précipitemment , sans pouvoir rien emporter . Les
nuages épais causés par la poussiere , ` la confu
sion de la nuit , l'embarras des décombres , les
cris et les gémissemens de ceux qui à demi ense
velis demandoient du secours,augmentoient l'hor
reur dont ils étoient saisis . A la pointe du jour
ils se virent dans la Plaine , hommes , femmes
et enfans , tous presque nuds la clarté du So
leil éclaira leur misere , & la fit sentir plus vive
ment . Peu de tems après , une trosiéme secousse,
aussi violente que les deux premieres acheva de
renverser cette malheureuse Ville.A mesure que le
jour augmentoit , les cris et les gémissemens des
Habitans redoubloient ; ce qui rendoit leur mi
sere encore plus sensible , fut un froid.
perçants,
dont ils étoient transis , n'ayant aucun vêtement
pour se couvrir.
"
On ne sçauroit donner un détail des Maisons
renversées ; il suffira de dire que le Convent des
Capucins , celui du Conservatoire des Repenties ,
et le Palais de l'Evêque ,avec quelque peu de Mai
sons sur la Place Majeure ,sont les seuls Edificesqui
soient restés sur pied ; tous les autres ayant été
renversez , ou tellement ruinez, qu'ils sont inhabi
tables. On fait monter à près de 2000. le nom
bre des personnes ensevelis sous les ruines ;
et on compte qu'il y a cû ce jour - là et les jours
suivans ,cinquante secousses de Tremblement.
de Terre.
M
R. Guillelmi qu'on avoit envoyé à Turin ,
et qui n'a pû entrer sur les Terres du Roi
de Sardaigne , est revenu à Rome , et on a sçu
par lui , que ce Prince avoit déffendu à tous les
Evêques de ses Etats de sacrer aucun Prêtre sans
sa permission.
Le Cardinal Cienfuego a eu une Audience par
ticuliere du Pape , dans laquelle il lui donna part
que l'Empereur avoit obtenu de la Czarine la
permission de faire construire à Moscou un Con
vent de Capucins, avec une Eglise , et que les Sei
gneurs et Dames de la Cour de Vienne contri
buoient à cet établissement.
On mande de Naples , qu'on y a tenu depuis
peu un Conseil Collateral pour dresser un Mé
moire au sujet des procedures faites par le Non
ce du Pape contre le Cardinal Coscia , et l'on fit
partir le même jour un Courrier pour porter ce
Memoire à Vienne, Ce Cardinal est présente
1. Vol ment
JUI N. 1731 1375
par
ment logé chez le Duc de Monte- Calvo Pigna
telli : il a reçu un ordre décerné la Congre
gation de Non Nullis , et approuvé par le Pape ,
qui lui deffend d'entrer dans aucune Eglise.
On écrit de Génes , que le Patron d'une Bar
que qui y est arrivée de Naples , a rapporté que
le Cardinal Coscia étoit parti Incognito pour
Manfredonia , d'où il devoit passer par Mera
Venise, pour se rendre ensuite à Vienne , et y sol
Ficiter la protection de l'Empereur.
La Princesse Altiery que le Pape avoit nom
mée pour aller à Parme assister aux Couches de
la Duchesse Douairiere de Parme , ayant prié
S. S. de l'en dispenser , le Pape a nommé en sa
place la Comtesse Caprara.
La Congrégation du Bon Gouvernement est
occupée à examiner un Projet qui a été presenté
au Pape par le Cardinal Lambertini,pour rendre
franc le Port d'Ancone ; mais la Republique de
Venise et celle de Génes ont chargé leurs Minis
tres de faire tous leurs efforts pour empêcher que
ce Projet ne soit approuvé.
Le 12. May , le Pape nomma à l'archevêché
de Benevent M. Doria , dont la place de Maître
de Chambre du Pape a été donnée à M. Pallavi
cini , Nonce à Florence.
d'aller
Les Religieuses du Monastere de S. Ambroise
ont enfin obtenu,aprés beaucoup de sollicitations,
la confirmation du Bref du feu Pape , qui leur
fois l'année visiter les qua
permet quatre
tre principales Eglises de Rome.
L'Abbé Guella , qui , quoyque Piémontois ,
a écrit en faveur du S. Siege contre son Souve
rain , a obtenu de S. S. une Pension de 20 Ecus
par mois , assignés sur les revenus propres à la
Maison Corsini.
I Is Vol.
Les
H iij
1376 MERCURE DE FRANCE
Les Lettres de Turin portent que le Roy de
Sardaigne avoit fait sequestrer les revenus des:
Benefices situés dans ses Etats , dont est revêtu
Je Neveu du Cardinal Imperiali : parceque ce
Cardinal a paru se conduire avec trop de partia
lité contre ce Prince. Day
On mande aussi de Turin que le Roy Victor
'Amedée étoit parfaitement rétabli de sa derniere
'maladie , qu'il étoit dans le dessein d'aller faire
sa résidence à Rivoli , parceque l'Air de Cham
bery est contraire à sa Santé .
Les mêmes Lettres portent qu'on avoit arrê
té depuis peu cinq Personnes de consideration
par rapport aux differends du Roi de Sardaigne
avec le S. Siege.
Les Lettres de Génes portent , que la Répu
blique avoit obtenu de l'Empereur, un secours.
de Troupes , pour réduire les Rebelles de l'Isle
de Corse , où il y étoit arrivé depuis peu une
Tartane inconnue , qui y avoit débarqué 56.
quintaux de Poudre et 3000. Fusils . Ces Lettres,
ajoutent , que depuis la Prise de la Tour de Saint
Florent , les Rebelles avoient formé le Blocus de
la Ville de Culvi. I >
On écrit de Naples, que le 5. May , le Clergé
Séculier et Régulier de cette Ville , assista l'après
midi à la Procession Solemnelle qu'on fait
tous les ans à pareil jour , à l'occasion de la Fête
de la Translation de Saint Janvier , principal
Patron de cette Ville , dont le Sang fut posé sur
un Autel magnifique qu'on avoit élevé sous un
Dais , dans le Quartier de Capouë. Le Viceroy
la Comtesse d'Arrach son Epouse , et la princi
pale Noblesse y assisterent pour voir la liquefac
tion du Sang de ce Saint , lorsqu'on l'approche.
de son chef ; mais ce Miracle n'arriva pas non .
2
plus
JUIN. 1731 . 251377
plus que le lendemain. Le 7. il se fit à l'ordinaire
dans la Chapelle du Trésor , où l'Ambassadeur
de la République de Venise se rendit avec un
grand nombre d'Etrangers.
}
La Ville de Foggia , située dans la Capita
Aate , Province de la Pouille ; au Royaume de
Naples , est une des plus considerables de cette
Contrée. Elle a essuye dans les Siécles passez di
vers malheurs : elle a été sujette aux invasions
des Barbares , prise par les Sarrazins , saccagée
par les Soldats de Manfrede , brûlée et démante
lée par ce Roy : Elle a souffert à diverses reprises,
la Famine et la Peste : Elle a été déchirée par des
divisions intestines ; mais tous ces malheurs ne
sçauroient être mis en parallele avec celui dont
elle vient d'être accablée par un Tremblement de
Terre , qui est arrivé le 20. Mars dernier ,
dont nous avons déja parlé assez au long , qui
en a renversé ou ébranlé tous les Edifices , fait
perir sous les ruines un grand nombre de Per
sonnes , et réduit le reste des Habitans à une ex
trême misere.
et
La premiere secousse se fit sentir vers les qua
tres heures du matin ; elle fut si violente et si
promte , que la plupart des Edifices furent ren
-versez , et plusieurs personnes ensévelies sous les
ruines , avant que les Habitans se fussent presque
apperçus qu'il y eût un Tremblement de Terre.
Cette premiere secousse dura cinq minutes : une
Minute après , on en sentit une seconde aussi vio
lente ; l'eau des puits , quoique profonds de 30
à 40 pieds , sortit par le haut , et inonda les en
virons.
On ne sçauroit exprimer l'épouvante dont les
Habitans furent saisis pendant ces deux secous
ses ; ceux qui eurent le bonheur de n'être pas
1. Vol.
H in écra -
1378 MERCURE DE FRANCE
f
écrasés sous les chutes des Maisons , se sauverent
précipitemment , sans pouvoir rien emporter . Les
nuages épais causés par la poussiere , ` la confu
sion de la nuit , l'embarras des décombres , les
cris et les gémissemens de ceux qui à demi ense
velis demandoient du secours,augmentoient l'hor
reur dont ils étoient saisis . A la pointe du jour
ils se virent dans la Plaine , hommes , femmes
et enfans , tous presque nuds la clarté du So
leil éclaira leur misere , & la fit sentir plus vive
ment . Peu de tems après , une trosiéme secousse,
aussi violente que les deux premieres acheva de
renverser cette malheureuse Ville.A mesure que le
jour augmentoit , les cris et les gémissemens des
Habitans redoubloient ; ce qui rendoit leur mi
sere encore plus sensible , fut un froid.
perçants,
dont ils étoient transis , n'ayant aucun vêtement
pour se couvrir.
"
On ne sçauroit donner un détail des Maisons
renversées ; il suffira de dire que le Convent des
Capucins , celui du Conservatoire des Repenties ,
et le Palais de l'Evêque ,avec quelque peu de Mai
sons sur la Place Majeure ,sont les seuls Edificesqui
soient restés sur pied ; tous les autres ayant été
renversez , ou tellement ruinez, qu'ils sont inhabi
tables. On fait monter à près de 2000. le nom
bre des personnes ensevelis sous les ruines ;
et on compte qu'il y a cû ce jour - là et les jours
suivans ,cinquante secousses de Tremblement.
de Terre.
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Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs événements politiques et religieux ont marqué l'Italie et les États voisins. À Turin, M. Guillelmi, représentant papal, est retourné à Rome après avoir été empêché d'entrer en Sardaigne. Il a rapporté que le roi de Sardaigne avait interdit aux évêques de ses États de sacrer des prêtres sans son autorisation. Le cardinal Cienfuegos a informé le pape que l'empereur avait obtenu la permission de la czarine de construire un couvent de Capucins à Moscou, avec le soutien de la cour de Vienne. À Naples, un conseil a été réuni pour préparer un mémoire concernant les procédures du nonce papal contre le cardinal Coscia, logé chez le duc de Monte-Calvo Pignatelli et interdit d'entrer dans les églises. Des rumeurs suggèrent que le cardinal Coscia se serait rendu incognito à Manfredonia avant de se diriger vers Vienne. Le pape a nommé la comtesse Caprara pour remplacer la princesse Altieri à Parme. La Congrégation du Bon Gouvernement examine un projet du cardinal Lambertini pour rendre le port d'Ancone franc, malgré l'opposition des républiques de Venise et de Gênes. Le pape a également nommé M. Doria à l'archevêché de Benevent et M. Pallavicini comme maître de chambre. Les religieuses du monastère de Saint-Ambroise ont obtenu la confirmation d'un bref papal leur permettant de visiter les principales églises de Rome. L'abbé Guella, un Piémontais ayant écrit en faveur du Saint-Siège, a reçu une pension du pape. À Turin, le roi de Sardaigne a séquestré les revenus des bénéfices du neveu du cardinal Imperiali en raison de la partialité de ce dernier. Le roi Victor-Amédée, rétabli de sa maladie, prévoit de résider à Rivoli. Cinq personnes de considération ont été arrêtées en lien avec les différends entre le roi de Sardaigne et le Saint-Siège. À Gênes, la république a obtenu des troupes de l'empereur pour réprimer les rebelles en Corse. À Naples, une procession solennelle a eu lieu pour la fête de la Translation de Saint Janvier, mais le miracle de la liquéfaction de son sang n'a pas eu lieu. Enfin, la ville de Foggia, en Pouille, a été dévastée par un tremblement de terre le 20 mars, causant la destruction de nombreux bâtiments et la mort de milliers de personnes. Les habitants ont été terrifiés par les secousses et les conditions météorologiques froides.
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5558
p. 1378-1382
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Sur la fin du mois dernier, le Capitaine Bulfing-Lambe, cy-devant Facteur de la Compagnie [...]
Mots clefs :
Compagnie royale d'Afrique, Roi nègre, Sucre, Tamise, Londres
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
Ur la fin du mois dernier , le Capitaine Bul
fing Facteur la -
•
gnie Royale d'Afrique à Jacquim , sur la Côte
1. Val, de
JUIN. 1731. 1:73
t
•
>
de Guinée , alla à Richmond avec un Prince
Affricain envoyé à Londres par le Roy de
Pawpaw. Il remit à S. M. une Lettre de ce
Roy , et le complimenta de sa parte Le Capitaine
Lambe avoit été fait Esclave àla Conquête d'Ar
dah , et envoyé à plus de cent milles , dans l'in
terieur du País , où ce Roi Negre qui n'avoit ja
mais vû de Blancs , le traita avec beaucoup de
douceur , et il l'a tellement affectionné depuis ,
qu'il ne lui a permis de retourner dans son Pais ,
que sur la parole que ce Capitaine lui a donnée
de venir le retrouver. E
Les Lettres d'Antigoa du 28. Avril dernier ,
portent que cette Iſle étoit dans un fort triste état
faute de pluye ; qu'il y avoit très - peu de sucre ""
quoique plusieurs Vaisseaux y fussent arrivés
pour en charger ; que si la secheresse conti
nuoit , il n'y auroit point de Récolte l'Année
prochaine , à cause que les nouvelles Cannes.
étoient déja beaucoup brûlées ; que les Etangs
étoient presque secs , et l'eau si rare qu'un seau
de celle de citerne se vendoit trois Chelins, On
ajoûte que les Cannes de Sucre à Nevis & à Mont
ferrat étoient aussi en fort mauvais état .
La Riviere de la Tamise est plus basse qu'elle
n'ait été de mémoire d'homme , ensorte qu'un
grand nombre de Bâtimens ne peuvent aller jus
qu'à Londres faute d'eau.
M. Thomas Robinson , Résident du Roi à la
Cour de l'Empereur , qui a négocié le dernier
Traité conclu à Vienne , a été nommé Envoyé
Extraordinaire et Plénipotentiaire dans la même
Cour ; et il vient d'être nommé par S. M. Cheva
lier Baronet de la Grande - Bretagne.
Le 18. May , après midi , le Roi s'étant rendu
à la Chambre des Pairs , avec les ceremonies ac
I. Vol, Hy coûtu
1380 MERCURE DE FRANCE
coutumées , et y ayant mandé les Communes ,
S. M. parla ainsi :
C'est avec ungrand plaisir que je me trouve
en état , à la clôture de cette séance du Parle
ment , de vous informer que les esperances que
j'avois conçues, et que je vous avois données ,
de voir bien-tôt une heureuse fin des troubles
et desordres qu'on avoit appréhendez depuis si
long tems , sont à present remplies et effectuées
par le Traité signé à Vienne.
Un Projet d'accommodement entre l'Empe
reur et les Puissances Maritimes , pour termi
ner les differends qui subsistoient ayant étéfor
mé , le Traité en a été conclu et signé par moi
et par S. M. Imp. et ce même Traité est presen
tement sous la consideration des Etats Gene
raux, la forme de leur Gouvernement n'admet
tant pas un concert préalable dans une Négo
ciation de cette nature : or , ce Traité regar
dant principalement l'execution du Traité de
Serville , il a été pareillement communiqué aux.
Cours de France et d'Espagne , comme Par
ties du Traité de Seville ; et je viens de re
cevoir avis que les Ratifications entre moi etɛ
Empereur , sont échangées.
16
Les conditions et les engagemens dans les
quels je suis entré à cette occasion , sont con
formes à l'interêt necessaire que cette Nation
doit toûjours avoir pour maintenir la sûretéet
la conservation de la Balance du pouvoir en
Europe ; et comme l'état incertain et violent des
affaires auquel l'Europe étoit réduite , cesse à
-present , et les malheurt d'une guerre im
mediate et generale , qu'on commençoit à jurer.
inévitable , ne sont plus à craindre , cet heu
reux changement duëment ménagé , avec un
A. Kola
·
que
jusse
wp
1
I
JUIN. 1737. 1387
juste égardpour nos précedentes Alliances , que
Je conserverai soigneusement , nous donne liew
d'esperer de voir la tranquillité publique réta¬
blie , &c.
J'espere qu'à votre retour dans les Provinces ,
vous trouverez que tous les efforts pour susciter
par des clameurs injustes et de fausses représen
tations un esprit de mécontentement parmi
mon Peuple, auront été vains et inéficaces . Tou
tes les insinuations malicieuses , au préjudice
de mes mesures s'évanouiront , sans doute
quand il paroîtra que mon premier et principal
soin a toujours été pour l'interêt et l'honneur
de ce Royaume que ce soit donc l'objet de vos
efforts , d'éloigner toutes jalousies et appréhen
sions mal fondées , afin que la satisfaction de
la Nation puisse être aussi generale que mon
desir pour son bonheur est sincere ; que tout
mon Peuple, que tout Ordre de personnes , jouis
sent tranquillement et sans être envils , des
Droits , Privileges et Concessions ausquels
ils ont droit de prétendre par la loi . Qu'au
cune innovation ne trouble quelque partie
de mes Sujets dans la possession de leurs lé→
gitimes propriétez ; que tous ceux qui sont zelez
pour le soutien de ma Personne et de mon Gou
vernement participent aux avantages du pre
sent heureux établissement ; enfin , que votre
affection soit mutuelle entre vous et aussi éren
due que ma protection , à laquelle tous més bons
et fideles Sujets ont un droit égal , et sur laquel
le ils peuvent se reposer également.
,
* Le 9. Juin , on celebra à Londres , avec les
Ceremonies accoutumées , l'Anniversaire du
rétablissement du Roy Charles II. sur le Trône
1. Vol
Hvj de
1382 MERCURE DE FRANCE
de la Grande Bretagne , et le Docteur Hawkins
prêcha à cette occasion dans l'Eglise , de S. Paul
devant le Lord Maire et les Aldermans.
Le Roy a donné mille Guinées à M. Robinson
son Ministre Plenipotentiaire à la Cour de l'Em
pereur , pour le récompenser d'avoir negocié c
Conclu le dernier Traité de Vienne.
Ur la fin du mois dernier , le Capitaine Bul
fing Facteur la -
•
gnie Royale d'Afrique à Jacquim , sur la Côte
1. Val, de
JUIN. 1731. 1:73
t
•
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de Guinée , alla à Richmond avec un Prince
Affricain envoyé à Londres par le Roy de
Pawpaw. Il remit à S. M. une Lettre de ce
Roy , et le complimenta de sa parte Le Capitaine
Lambe avoit été fait Esclave àla Conquête d'Ar
dah , et envoyé à plus de cent milles , dans l'in
terieur du País , où ce Roi Negre qui n'avoit ja
mais vû de Blancs , le traita avec beaucoup de
douceur , et il l'a tellement affectionné depuis ,
qu'il ne lui a permis de retourner dans son Pais ,
que sur la parole que ce Capitaine lui a donnée
de venir le retrouver. E
Les Lettres d'Antigoa du 28. Avril dernier ,
portent que cette Iſle étoit dans un fort triste état
faute de pluye ; qu'il y avoit très - peu de sucre ""
quoique plusieurs Vaisseaux y fussent arrivés
pour en charger ; que si la secheresse conti
nuoit , il n'y auroit point de Récolte l'Année
prochaine , à cause que les nouvelles Cannes.
étoient déja beaucoup brûlées ; que les Etangs
étoient presque secs , et l'eau si rare qu'un seau
de celle de citerne se vendoit trois Chelins, On
ajoûte que les Cannes de Sucre à Nevis & à Mont
ferrat étoient aussi en fort mauvais état .
La Riviere de la Tamise est plus basse qu'elle
n'ait été de mémoire d'homme , ensorte qu'un
grand nombre de Bâtimens ne peuvent aller jus
qu'à Londres faute d'eau.
M. Thomas Robinson , Résident du Roi à la
Cour de l'Empereur , qui a négocié le dernier
Traité conclu à Vienne , a été nommé Envoyé
Extraordinaire et Plénipotentiaire dans la même
Cour ; et il vient d'être nommé par S. M. Cheva
lier Baronet de la Grande - Bretagne.
Le 18. May , après midi , le Roi s'étant rendu
à la Chambre des Pairs , avec les ceremonies ac
I. Vol, Hy coûtu
1380 MERCURE DE FRANCE
coutumées , et y ayant mandé les Communes ,
S. M. parla ainsi :
C'est avec ungrand plaisir que je me trouve
en état , à la clôture de cette séance du Parle
ment , de vous informer que les esperances que
j'avois conçues, et que je vous avois données ,
de voir bien-tôt une heureuse fin des troubles
et desordres qu'on avoit appréhendez depuis si
long tems , sont à present remplies et effectuées
par le Traité signé à Vienne.
Un Projet d'accommodement entre l'Empe
reur et les Puissances Maritimes , pour termi
ner les differends qui subsistoient ayant étéfor
mé , le Traité en a été conclu et signé par moi
et par S. M. Imp. et ce même Traité est presen
tement sous la consideration des Etats Gene
raux, la forme de leur Gouvernement n'admet
tant pas un concert préalable dans une Négo
ciation de cette nature : or , ce Traité regar
dant principalement l'execution du Traité de
Serville , il a été pareillement communiqué aux.
Cours de France et d'Espagne , comme Par
ties du Traité de Seville ; et je viens de re
cevoir avis que les Ratifications entre moi etɛ
Empereur , sont échangées.
16
Les conditions et les engagemens dans les
quels je suis entré à cette occasion , sont con
formes à l'interêt necessaire que cette Nation
doit toûjours avoir pour maintenir la sûretéet
la conservation de la Balance du pouvoir en
Europe ; et comme l'état incertain et violent des
affaires auquel l'Europe étoit réduite , cesse à
-present , et les malheurt d'une guerre im
mediate et generale , qu'on commençoit à jurer.
inévitable , ne sont plus à craindre , cet heu
reux changement duëment ménagé , avec un
A. Kola
·
que
jusse
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1
I
JUIN. 1737. 1387
juste égardpour nos précedentes Alliances , que
Je conserverai soigneusement , nous donne liew
d'esperer de voir la tranquillité publique réta¬
blie , &c.
J'espere qu'à votre retour dans les Provinces ,
vous trouverez que tous les efforts pour susciter
par des clameurs injustes et de fausses représen
tations un esprit de mécontentement parmi
mon Peuple, auront été vains et inéficaces . Tou
tes les insinuations malicieuses , au préjudice
de mes mesures s'évanouiront , sans doute
quand il paroîtra que mon premier et principal
soin a toujours été pour l'interêt et l'honneur
de ce Royaume que ce soit donc l'objet de vos
efforts , d'éloigner toutes jalousies et appréhen
sions mal fondées , afin que la satisfaction de
la Nation puisse être aussi generale que mon
desir pour son bonheur est sincere ; que tout
mon Peuple, que tout Ordre de personnes , jouis
sent tranquillement et sans être envils , des
Droits , Privileges et Concessions ausquels
ils ont droit de prétendre par la loi . Qu'au
cune innovation ne trouble quelque partie
de mes Sujets dans la possession de leurs lé→
gitimes propriétez ; que tous ceux qui sont zelez
pour le soutien de ma Personne et de mon Gou
vernement participent aux avantages du pre
sent heureux établissement ; enfin , que votre
affection soit mutuelle entre vous et aussi éren
due que ma protection , à laquelle tous més bons
et fideles Sujets ont un droit égal , et sur laquel
le ils peuvent se reposer également.
,
* Le 9. Juin , on celebra à Londres , avec les
Ceremonies accoutumées , l'Anniversaire du
rétablissement du Roy Charles II. sur le Trône
1. Vol
Hvj de
1382 MERCURE DE FRANCE
de la Grande Bretagne , et le Docteur Hawkins
prêcha à cette occasion dans l'Eglise , de S. Paul
devant le Lord Maire et les Aldermans.
Le Roy a donné mille Guinées à M. Robinson
son Ministre Plenipotentiaire à la Cour de l'Em
pereur , pour le récompenser d'avoir negocié c
Conclu le dernier Traité de Vienne.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En juin 1731, le capitaine Bulfinch, de la Marine Royale d'Afrique, se rendit à Richmond avec un prince africain envoyé par le roi de Pawpaw. Ce prince remit au roi de Grande-Bretagne une lettre du roi de Pawpaw et le complimenta en son nom. Parallèlement, le capitaine Lambe, fait esclave lors de la conquête d'Ardah, fut envoyé dans l'intérieur du pays. Le roi noir, n'ayant jamais vu de Blancs, le traita avec douceur et l'affectionna au point de ne le laisser repartir qu'à la condition qu'il revienne. Les lettres d'Antigua du 28 avril rapportaient que l'île était en triste état à cause du manque de pluie, entraînant une faible production de sucre. La sécheresse menaçait la récolte de l'année suivante, les étangs étaient presque secs, et l'eau était rare. Les cannes à sucre à Nevis et Montserrat étaient également en mauvais état. En Grande-Bretagne, la Tamise était à un niveau très bas, empêchant de nombreux bâtiments d'atteindre Londres. Thomas Robinson, résident du roi à la cour de l'empereur, fut nommé Envoyé Extraordinaire et Plénipotentiaire et reçut le titre de Chevalier Baronet. Le 18 mai, le roi informa le Parlement de la conclusion d'un traité à Vienne, mettant fin aux troubles et désordres. Ce traité, concernant l'exécution du traité de Séville, fut communiqué aux cours de France et d'Espagne. Les ratifications entre le roi et l'empereur furent échangées. Le roi exprima son espoir de voir la tranquillité publique rétablie et exhorta à éloigner les jalousies et appréhensions mal fondées. Le 9 juin, l'anniversaire du rétablissement du roi Charles II sur le trône de Grande-Bretagne fut célébré à Londres. Le roi récompensa Thomas Robinson avec mille guinées pour son rôle dans la négociation du traité de Vienne.
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5559
p. 1382
HOLLANDE ET PAYS- BAS.
Début :
On mande de la Haye que l'Assemblée des Etats Generaux avoit nommé le Baron de [...]
Mots clefs :
Ministres de l'empereur et du roi, Traité de Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE ET PAYS- BAS.
HOLLANDE ET PAYS- BAS.
O
N mande de la Haye que l'Assemblée des
Etats Generaux avoit nommé le Baron de
Torck et deux autres Députés pour conferer avec
les Ministres de l'Empereur et du Roy d'Angle
terre au sujet des difficultés qui retardent l'ac
cession de L H. P. au Traité de Vienne.
O
N mande de la Haye que l'Assemblée des
Etats Generaux avoit nommé le Baron de
Torck et deux autres Députés pour conferer avec
les Ministres de l'Empereur et du Roy d'Angle
terre au sujet des difficultés qui retardent l'ac
cession de L H. P. au Traité de Vienne.
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5560
p. 1382-1383
MORTS ET MARIAGES des Pays Etrangers.
Début :
Violente-Beatrix de Baviere, Veuve de Ferdinand de Medicis, Prince hereditaire de [...]
Mots clefs :
Princesse, Duchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES des Pays Etrangers.
MORTS ET MARIAGES.
des Pays Etrangers.
V
Iolente- Beatrix de Baviere , Veuve de Fer
dinand de Medicis , Prince hereditaire de
Toscane , mourut à Florence le 30. de May ,
âgée de 58. ans , quatre mois et sept jours ;
étant née le 23. Janvier 1673. Cette Princesse
qui étoit fille de Ferdinand Marie , Electeur de
Baviere , mort le 16. May. 1679. et d'Adelaïde
Henriette de Savoye , morte le 18. Mars 1678..
étoit soeur de feuë Madame la Dauphine , ayeu
le du Roy Tr. Chr. et du feu Electeur de Bavie
re Maximilien Marie Emanuel.
La Duchesse de la Ferie , Mere du Duc de la
Ferie , Pair de France , mourut à Londres le 5 .
Juin dans un âge fort avancé.
Don Alphonse Escobar , Lieutenant Géneral
J. Vali
des.
JUIN
7383 1731
des Armées du Roy d'Espagne , est mort depuis
peu à Badajoz , âgé de 96. ans , dont il en avoit
servi 76. dans les Troupes.
Le 3 Juin , le Prince François Hugues de
Nassau Siegen, de la Branche Catholique, épousa:
à Barteinstein , le Comtesse Leopoldine Hohen
hoe Barteinstein , fille du Comte de ce nom , qui
a été cy-devant Juge de la Chambre Imperiale
deWetzlar.
des Pays Etrangers.
V
Iolente- Beatrix de Baviere , Veuve de Fer
dinand de Medicis , Prince hereditaire de
Toscane , mourut à Florence le 30. de May ,
âgée de 58. ans , quatre mois et sept jours ;
étant née le 23. Janvier 1673. Cette Princesse
qui étoit fille de Ferdinand Marie , Electeur de
Baviere , mort le 16. May. 1679. et d'Adelaïde
Henriette de Savoye , morte le 18. Mars 1678..
étoit soeur de feuë Madame la Dauphine , ayeu
le du Roy Tr. Chr. et du feu Electeur de Bavie
re Maximilien Marie Emanuel.
La Duchesse de la Ferie , Mere du Duc de la
Ferie , Pair de France , mourut à Londres le 5 .
Juin dans un âge fort avancé.
Don Alphonse Escobar , Lieutenant Géneral
J. Vali
des.
JUIN
7383 1731
des Armées du Roy d'Espagne , est mort depuis
peu à Badajoz , âgé de 96. ans , dont il en avoit
servi 76. dans les Troupes.
Le 3 Juin , le Prince François Hugues de
Nassau Siegen, de la Branche Catholique, épousa:
à Barteinstein , le Comtesse Leopoldine Hohen
hoe Barteinstein , fille du Comte de ce nom , qui
a été cy-devant Juge de la Chambre Imperiale
deWetzlar.
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Résumé : MORTS ET MARIAGES des Pays Etrangers.
Le texte mentionne plusieurs décès et un mariage de personnalités notables. La princesse Violente-Beatrix de Bavière, veuve de Ferdinand de Médicis, prince héritier de Toscane, est décédée à Florence le 30 mai à l'âge de 58 ans. Elle était la fille de Ferdinand Marie, électeur de Bavière, et d'Adélaïde Henriette de Savoie, ainsi que la sœur de la défunte dauphine et la grand-tante du roi Louis XV et de l'électeur de Bavière Maximilien Emmanuel. La duchesse de La Ferté, mère du duc de La Ferté, pair de France, est morte à Londres le 5 juin à un âge avancé. Don Alphonse Escobar, lieutenant général des armées du roi d'Espagne, est décédé récemment à Badajoz à l'âge de 96 ans, après 76 années de service militaire. Le 3 juin, le prince François Hugues de Nassau Siegen, de la branche catholique, a épousé à Barteinstein la comtesse Léopoldine Hohenloe-Barteinstein, fille du comte de ce nom et ancien juge de la Chambre impériale de Wetzlar.
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5561
p. 1383-1386
Nouvelles de la Cour, de Paris. &c.
Début :
Le 20. May, le Marquis de Nesle, Chevalier des Ordres du Roy, présenta [...]
Mots clefs :
Procès, Dommages et intérêts, Juges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris. &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris. &c.
LE
E 20. May , le Marquis de Nesle 2+
Chevalier des Ordres du Roy , pré
senta à S. M. une Requête imprimée ,
pour demander des Juges au sujet de ses
prétentions sur la Principauté d'Orange ,
contre le Prince de Conti , en s'oppo
sant à l'Arrêt du Conseil qui en a fait
PEchange avec le Roy au nom de ce.
Prince .
Le 26. May , le Comte Maffei , Am
bassadeur Extraordinaire du Roy de
Sardaigne , eût une Audiance particulie
re du Roy , dans laquelle il présenta à
S. M. une Lettre du Roy son Maître sur
I.Val. la
1384 MERCURE DE FRANCE
la naissance du Duc d'Aoste. Il fut con
duit à cette Audience par M. Hebert ,
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à celle de la Reine.
Le 30. aprés midy , le Roy fit au
Champ de Mars , prés du Château de
Marly , la Revue des Gens-d'Armes
Chevaux-Legers et Mousquetaires de la
garde de S. M. le Roy passa dans les
Rangs et les vit défiler. Ils vinrent en
suite passer dans la Cour du Château de
Versailles , où ils défilerent devant la
Reine qui étoit sur le Balcon de l'Appar
tement des Princesses d'Orleans , avec
Monseigneur le Dauphin et Mesdames
de France..
M. Parquet , Grand - Vicaire de l'Ar
chevêque de Paris , a été nommé à la
Cure de S. Nicolas des Champs , par
l'Archevêque de Cambray, commePrieur
de S. Martin .
Le 28. May , le Duc d'Aiguillon prê
ta Serment et prit séance au Parlement
en qualité de Pair de France.
Le 4. Juin , le Roy parrit de Versailles
vers les cinq heures du matin pour aller
au Chateau de Fontainebleau , où S. M.
se rendit le même jour aprés avoir dîné
à Petit -Bourg.
I. Vol.
Le
JUIN. 1731. 1385
Le Roy a donné le Gouvernement de
Bethune au Comte de Rottembourg ,
Chevalier de ses Ordres et Ambassadeur
Extraordinaire de S. M. auprés du Roy
d'Espagne.
M. Gaudin Trésorier géneral de la
Marine , a achepté , avec Fagrément du
Roy , la Charge de Garde du Trésor
Royal , vacante par la démission de M..
de Montigny.
M. l'Abbé Allary , de l'Académie
Françoise , a été nommé Instituteur des
Enfans de France.
La Reine partit de Versailles le 16. de
ce mois , et arriva à Fontainebleau le mê
mejour , après avoir soupé au Château de
Petit-Bourg.
Le Procès du Comte Barberin , de l'Il
lustre Maison des Barberins d'Italie , con
tre le Sieur Milieu , fut jugé samedi 2
Juin au Parlement , les Chambres assem
blées , ledit sieur Comte a été renvoyé de
l'accusation de faux principal , les Billets,
ont été déclarés bons , et le sieur Milieu
condamné en tous les dépens dommages
et interests , et que les termes injurieux
qu'il a employés dans ses écrits , seroient
rayés et bâtonnés.
1. Vol La
1386 MERCURE DE FRANCE
Le Dimanche de la Trinité 20. May
le Curé de Soissi sous Etiole , faisant ses
fonctions Curiales , dans son Eglise ,
revêtu de ses Habits Sacerdotaux , Claude
Aubert , Garçon Jardinier , lui tira un
coup de Fusil dont il fut blessé à l'épaule ..
L'Assassin fut arrêté sur le champ et con
duit en Prison. Il a été jugé par Sentence
du Lieutenant Criminel , confirmée par
Arrêt du Parlement , et condamné à faire
Amande honorable dévant la principale
Porte de l'Eglise de Paris , et y avoir le
Point coupé, ayant Ecriteau devant et der
riere , portant ces mots : Assassin de dessein
prémedité dans l'Eglise de Soissi sur Seine
en la Personne de son Curé. Et ensuite brulé
vif en Place de Gréve ; ce qui a été exe
cuté le 7. de ce mois .
LE
E 20. May , le Marquis de Nesle 2+
Chevalier des Ordres du Roy , pré
senta à S. M. une Requête imprimée ,
pour demander des Juges au sujet de ses
prétentions sur la Principauté d'Orange ,
contre le Prince de Conti , en s'oppo
sant à l'Arrêt du Conseil qui en a fait
PEchange avec le Roy au nom de ce.
Prince .
Le 26. May , le Comte Maffei , Am
bassadeur Extraordinaire du Roy de
Sardaigne , eût une Audiance particulie
re du Roy , dans laquelle il présenta à
S. M. une Lettre du Roy son Maître sur
I.Val. la
1384 MERCURE DE FRANCE
la naissance du Duc d'Aoste. Il fut con
duit à cette Audience par M. Hebert ,
Introducteur des Ambassadeurs , qui le
conduisit ensuite à celle de la Reine.
Le 30. aprés midy , le Roy fit au
Champ de Mars , prés du Château de
Marly , la Revue des Gens-d'Armes
Chevaux-Legers et Mousquetaires de la
garde de S. M. le Roy passa dans les
Rangs et les vit défiler. Ils vinrent en
suite passer dans la Cour du Château de
Versailles , où ils défilerent devant la
Reine qui étoit sur le Balcon de l'Appar
tement des Princesses d'Orleans , avec
Monseigneur le Dauphin et Mesdames
de France..
M. Parquet , Grand - Vicaire de l'Ar
chevêque de Paris , a été nommé à la
Cure de S. Nicolas des Champs , par
l'Archevêque de Cambray, commePrieur
de S. Martin .
Le 28. May , le Duc d'Aiguillon prê
ta Serment et prit séance au Parlement
en qualité de Pair de France.
Le 4. Juin , le Roy parrit de Versailles
vers les cinq heures du matin pour aller
au Chateau de Fontainebleau , où S. M.
se rendit le même jour aprés avoir dîné
à Petit -Bourg.
I. Vol.
Le
JUIN. 1731. 1385
Le Roy a donné le Gouvernement de
Bethune au Comte de Rottembourg ,
Chevalier de ses Ordres et Ambassadeur
Extraordinaire de S. M. auprés du Roy
d'Espagne.
M. Gaudin Trésorier géneral de la
Marine , a achepté , avec Fagrément du
Roy , la Charge de Garde du Trésor
Royal , vacante par la démission de M..
de Montigny.
M. l'Abbé Allary , de l'Académie
Françoise , a été nommé Instituteur des
Enfans de France.
La Reine partit de Versailles le 16. de
ce mois , et arriva à Fontainebleau le mê
mejour , après avoir soupé au Château de
Petit-Bourg.
Le Procès du Comte Barberin , de l'Il
lustre Maison des Barberins d'Italie , con
tre le Sieur Milieu , fut jugé samedi 2
Juin au Parlement , les Chambres assem
blées , ledit sieur Comte a été renvoyé de
l'accusation de faux principal , les Billets,
ont été déclarés bons , et le sieur Milieu
condamné en tous les dépens dommages
et interests , et que les termes injurieux
qu'il a employés dans ses écrits , seroient
rayés et bâtonnés.
1. Vol La
1386 MERCURE DE FRANCE
Le Dimanche de la Trinité 20. May
le Curé de Soissi sous Etiole , faisant ses
fonctions Curiales , dans son Eglise ,
revêtu de ses Habits Sacerdotaux , Claude
Aubert , Garçon Jardinier , lui tira un
coup de Fusil dont il fut blessé à l'épaule ..
L'Assassin fut arrêté sur le champ et con
duit en Prison. Il a été jugé par Sentence
du Lieutenant Criminel , confirmée par
Arrêt du Parlement , et condamné à faire
Amande honorable dévant la principale
Porte de l'Eglise de Paris , et y avoir le
Point coupé, ayant Ecriteau devant et der
riere , portant ces mots : Assassin de dessein
prémedité dans l'Eglise de Soissi sur Seine
en la Personne de son Curé. Et ensuite brulé
vif en Place de Gréve ; ce qui a été exe
cuté le 7. de ce mois .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris. &c.
Du 20 au 30 mai, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour française. Le Marquis de Nesle contesta un arrêt du Conseil concernant la Principauté d'Orange. Le Comte Maffei, Ambassadeur du Roi de Sardaigne, rencontra le Roi pour discuter de la naissance du Duc d'Aoste. Le Roi passa en revue les troupes au Champ de Mars et au Château de Versailles. Le Duc d'Aiguillon fut intronisé Pair de France. Le 4 juin, le Roi se rendit à Fontainebleau, nommant le Comte de Rottembourg Gouverneur de Béthune et l'Abbé Allary Instituteur des Enfants de France. La Reine rejoignit le Roi à Fontainebleau le 16 juin. Parallèlement, le procès du Comte Barberin contre le Sieur Milieu se conclut par l'acquittement du Comte et la condamnation du Sieur Milieu. Claude Aubert, ayant blessé un curé, fut condamné à faire amende honorable, à avoir le pouce coupé et à être brûlé vif, sentence exécutée le 7 juin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5562
p. 1386-1387
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Beaune en Bourgogne, du 4. Juin 1731.
Début :
Dans le dernier jour de l'Octave du S. Sacrement, il y eut dans cette [...]
Mots clefs :
Octave du Saint-Sacrement, Tonnerre, Voleur
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Beaune en Bourgogne, du 4. Juin 1731.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Beaune en Bourgogne , du 4. Juin 1731 .
Ds.
Ans le dernier jour de l'Octave du
Sacrement , il y eut dans cette
Ville un grand orage et un Tonnerre éf
froyable. Il tomba dans l'Eglise des Peres
de l'Oratoire , remplie de Monde, à l'heure
du Salut. Le Tonnerre entra dans l'Eglise
par la Porte , comme un Tourbillon de
feu , environna les têtes de plusieurs per
4
La.Vol.
sonnes
JUIN. 1731. 1387
sonnes sans leur faire aucun mal , brisa
le pied d'un Crucifix et mit en pieces
deux bordures de Tableaux , tout le Peu
ple prosterné cria misericorde , et l'on a
reconnu une protection visible de Dieu
en cet évenement ; le lendemain dans.
la même Eglise l'on y chanta une Messe
du S. Esprit et un Te Deum en action de
graces.
On a pris la semaine passé un Fameux
Voleur nommé Belhomme qui a fait au
tant de bruit dans tout le Pays , qu'autre
fois Cartouche dans Paris. Ce Volcur ,
Charbonnier de son métier , aprés avoir
tué et assassiné plusieurs Hommes , les
brûloit dans des Fourneaux . Le dernier
Assassinat qu'il a fait est d'un Trésorier
Etranger dont on ne sçait pas encore le
nom , aprés l'avoir presque tué , il le brû
la dans un Fourneau. La capture de ce
Chef des Voleurs est de consequence :
nos Magistrats avoient promis une som
meconsiderable à qui le pourroit arrêter.
Ce miserable rit , chante et se réjoüit..
Il-sera jugé et exécuté cette semaine.
Beaune en Bourgogne , du 4. Juin 1731 .
Ds.
Ans le dernier jour de l'Octave du
Sacrement , il y eut dans cette
Ville un grand orage et un Tonnerre éf
froyable. Il tomba dans l'Eglise des Peres
de l'Oratoire , remplie de Monde, à l'heure
du Salut. Le Tonnerre entra dans l'Eglise
par la Porte , comme un Tourbillon de
feu , environna les têtes de plusieurs per
4
La.Vol.
sonnes
JUIN. 1731. 1387
sonnes sans leur faire aucun mal , brisa
le pied d'un Crucifix et mit en pieces
deux bordures de Tableaux , tout le Peu
ple prosterné cria misericorde , et l'on a
reconnu une protection visible de Dieu
en cet évenement ; le lendemain dans.
la même Eglise l'on y chanta une Messe
du S. Esprit et un Te Deum en action de
graces.
On a pris la semaine passé un Fameux
Voleur nommé Belhomme qui a fait au
tant de bruit dans tout le Pays , qu'autre
fois Cartouche dans Paris. Ce Volcur ,
Charbonnier de son métier , aprés avoir
tué et assassiné plusieurs Hommes , les
brûloit dans des Fourneaux . Le dernier
Assassinat qu'il a fait est d'un Trésorier
Etranger dont on ne sçait pas encore le
nom , aprés l'avoir presque tué , il le brû
la dans un Fourneau. La capture de ce
Chef des Voleurs est de consequence :
nos Magistrats avoient promis une som
meconsiderable à qui le pourroit arrêter.
Ce miserable rit , chante et se réjoüit..
Il-sera jugé et exécuté cette semaine.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Beaune en Bourgogne, du 4. Juin 1731.
Le 4 juin 1731, Beaune en Bourgogne a été frappée par un violent orage et un tonnerre effroyable. Pendant l'octave du Sacrement, un tonnerre a pénétré dans l'église des Pères de l'Oratoire, remplie de fidèles, prenant la forme d'un tourbillon de feu. Ce phénomène a entouré les têtes de plusieurs personnes sans les blesser, a brisé le pied d'un crucifix et détruit deux bordures de tableaux. Les fidèles, prosternés, ont imploré la miséricorde divine, voyant une protection visible de Dieu. Le lendemain, une messe du Saint-Esprit et un Te Deum ont été chantés en action de grâces. Par ailleurs, la semaine précédente, un célèbre voleur nommé Belhomme a été arrêté. Ce charbonnier, connu pour ses nombreux crimes, avait assassiné et brûlé plusieurs hommes dans des fourneaux. Son dernier crime concernait un trésorier étranger. La capture de Belhomme est d'une grande importance, car les magistrats avaient promis une somme considérable pour son arrestation. Belhomme, malgré ses crimes, riait, chantait et se réjouissait. Il doit être jugé et exécuté cette semaine.
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5563
p. 1388-1389
REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Début :
Paris n'est pas ce que l'on pense, [...]
Mots clefs :
Erreur, Protecteur, Fortune, Constance du malheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
REFLEXIONS SUR PARIS.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
A M. LE CHEVALIER C...
PAris n'est pas ce que l'on pense ,
C'est ici comme là ; s'il differe d'ailleurs ,
C'est que l'Esprit , l'Honneur , la Vertu , la
Science ,
N'y trouvent plus de Protecteurs.
One erreur trop certaine , et pourtant si com
mune >
Fait qu'un nombre prodigieux ,
Dans l'espoir séduisant d'y faire sa Fortune
Quitte son Foyer et ses Dieux.
De cent à peine un seul prospere.
A faire un bien gratis les Hommes sont si lents ,
Que mille gens dans la misere
Languissent à Paris avec de beaux talents.
On se fait maintenant aux yeux du miserable ,
De même que la Pierre avec le temps durcit.
Le coeur n'est plus touché du plus affreux recit ,.
On en voit trop pour en être capable.
"' Ce Pays , il est vrai , séjour de la grandeur
De tous maux , de tous biens , est le centre et la
source >
Avec quelque merite , et beaucoup de bonheur ,
I.. Vol. Il
JUIN. 1731. 1389
Il est avec le tems un Pays de ressource.
Victime à moi de mon bisarre
quant
sort 2
Dont le charme imposteur m'a seduit et me joue,
Je veux l'y surmonter , mais vainement j'échoue ,
Où d'autres à mes yeux parviennent sans effort.
Qu'on ne me dise plus qu'une extréme disgrace
Fait rentrer l'homme dans son Coeur.
Il attend , il attend , mais enfin il se lasse
De la constance du malheur.
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Résumé : REFLEXIONS SUR PARIS. A M. LE CHEVALIER C...
Le texte 'Réflexions sur Paris' est une lettre adressée à M. le Chevalier C... qui critique sévèrement la ville de Paris. L'auteur déplore l'absence de protecteurs pour l'Esprit, l'Honneur, la Vertu et la Science. Il observe que beaucoup de personnes quittent leur foyer pour Paris dans l'espoir de réussir, mais seuls quelques-uns y parviennent. De nombreux talents restent dans la misère, car les Parisiens sont peu enclins à aider gratuitement. La dureté des habitants de Paris est telle qu'ils sont insensibles aux récits de misère, en ayant trop souvent été exposés à ces situations. Paris est décrit comme le centre de tous les maux et de tous les biens, un lieu de grandeur et de ressources. L'auteur, ayant lui-même connu des difficultés, constate que l'homme finit par se lasser de la constance du malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5564
p. 1389-1397
MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Début :
Frere Alexis Dalogny de la Groys, Chevalier Profez de l'Ordre de Saint [...]
Mots clefs :
Marquis, Capitaine, Chevalier seigneur, Président, Brigadier des armées du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
MORTS , NAISSANCES,
et Mariages..
Rere Alexis Dalogny de la Groys ,
Chevalier Profez de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , Commandeur de la
Commanderie d'Ozon , dans le Prieuré
d'Aquitaine , et de celle de S. Etienne de
Benneville, dans le Prieuré de France ,
mourut en Perigord le 13. May , agé de
55. Ans.
2
Louis Armand Baudon , Chevalier
Seigneur de Neufville Ferier , Conseil
ler au Parlement , mourut le 23 May ,
agé de 36. ans.
Le 23. May , Philippe Michel Bon
met , Prêtre Docteur en Theologie , de la
·
1. Fol.
Maison
1390 MERCURE DE FRANCE
=
Maison et Societé de Sorbonne , Curé de
S. Nicolas des Champs mourut dans la
8. année de son âge .
N. le Camus Destouches , Chevalier ,
Brigadier des Armées de Sa Majesté, Che
valier del'OrdreMilitaire de S.Louis , Con
seiller du Roi en ses Conseils, Controleur
General de l'Artillerie de France , mourut
le 25. May , agé de 60 ans.
M. François Alexis Joubert de la Bas
tide de Château- Morant , Abbé Com
mandataire des Abbayes de S. Friol en
Champagne , et de pôtre Dame de Cor
neuil en Normandie , Diocèse de Rouen,
décedé le 25. May âgé de 62. ans .
Thibaut Etienne de la Brousse ,Marquis
d'Atis , premier Cornette des Chevaux
Legers Dauphins , et Mestre de Camp de
Cavalerie , mourut à Cambray le 25. dans
la 37. année de son age.
M. André de Harouys , Chevalier ,
Seigneur de la Seilleraye , Maître des
Requêtes honoraire , décedé le 27. May,
âgé de 70. ans.
M. Louis- Guillaume de Chavaudou
Prêtre , Docteur en Theologie de la Mai
son et Societé de Sorbonne,ancien Aumô
nier de la feue Reine , Abbé de Mores ,
Diocèse de Langres , Conseiller du Roy en
sa Cour de Parlement et de Grande Cham
I. Vol.
bre
JUIN. 1731 . 1394
bre
ans.
décedé le 27. May , âgé de 77
L'Abbé de Berwick , fils du Maréchal
Duc de Berwik , mourut à Paris le 3 .
de ce mois dans la 19. année de son âge.
Le 5. Juin , mourut d'Apoplexie , au
Palaisdu Luxembourg D. Marie Char
lotte de Gouffier , veuve de Louis de
Gouffier Marquis de Bonnivet , agée de
73. ans . Elle n'a laissé qu'un fils ; Louis
de Gouffier , Marquis de Bonnivet , Mes
tre de Camp de Dragons , à la suite du
Regiment du Colonel General , cy-de
vant Maître de la Garderobe de Madame,
Duchesse de Berry et premier Cornette
de la seconde Compagnie des Mousque
taires de la Garde du Roy.
Demoiselle Elisabeth - Geneviève de
Braque , fille de Paul - Benoît , Comte de
Braque , Chevalier , Seigneur de Boisre
naud , & c. et de Dame Elisabeth - Fran
çoise de l'Huillier , decedée le 5. Juin
âgée de 34 ans et 4. mois .
Charles le Tonnelier Breteiiil , Baron
de Preuilly , premier Baron de Touraine ,
Seigneur d'Azay - le Feron , Fonbaudry ,
Tournon. & c. mourut en sa Terre de
Preüilly le 6. de ce mois , agé de 28. à 29 .
ans , laissant un fils d'un an et une fille
de trois semaines , de Marie- Anne - Fran
>
I. Vol.
çoise
392 MERCURE DE FRANCE
çoise de Gasville , fille de Jean Prosper
Goujon , Chevalier Seigneur de Gasville
Conseiller du Roy en ses Conseils , Maî
tre des Requêtes ordinaire de son Hôtel ,
et Intendant de la Generalité de Roüen ;
et de Dame Anne Defaucon de Ris .
Il étoit fils de Louis Nicolas , Baron
de Breteuil , et de Preülly &c. Introduc
teur des Ambassadeurs et Princes Etran
gers prés de Sa Majesté , et de Gabrielle
Anne de Froullay-Tessé , fille de Philip
pes -Charles Comte de Froullay - Tessé ,
Grand-Marêchal des Logis de la Maison
du Roy et Commandeur de ses Ordres :
et Niéce du Marêchal de ce nom. Il
étoit aussi Cousin Germain de François
Victor de Breteuil , Marquis de Fontenay
Trésigny , Sire de Villebert &c. Com
mandeur des Ordres du Roy , Chance
lier de la Reine , et cy-devant Secretaire
d'Etat ; et de Charles-Claude de Breteüil
de Chanteclerc , Comte de Bevilliers , et
de Vaux , Mestre de Camp de Cavalerie ,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
d'Ordonnance des Chevaux - Legers de
Bretagne.
Le nom de Le Tonnellier Breteüil , est
si connu , et il en a été question en tant
d'occasion , qu'il est inutile d'en rappor
ter icy la Genealogie ; si le Lecteur en
1. Vola est
JUIN. 1731. 1393
est curieux , il la trouvera dans le Nobi
liaire de Picardie , et dans le Moreri.
Dame Jeanne- Françoise de Bourgogne ,
épouse de M. Moreau de Mautour , est
décedée le 6. Juin , agée de 77. -ans. Elle
étoit fille de François de Bourgogne ,
Seigneur de Mautour en Brie , Capitaine ,
du Regiment de la Reine-Mere Anne
d'Autriche en 1644. Frere ainé de Loüis
de Bourgogne qui fut Capitaine d'une
Compagnie de Chevaux - Legers sous les
Ordres du Duc d'Angoulesme , Colonel
Géneral , Sergent de Bataille dans les
Armées du Roy , depuis Marêchal de
Camp en 1651. et ensuite Mestre de
Camp , Lieutenant du Regiment d'Infan
terie d'Armand de Bourbon , Prince de
Conty en 1654. et est décedé en 1656. à
l'age de 36. ans. Ils étoient fils de Dieu
donné de Bourgogne , Seigneur de Mau
tour,Exempt desGardes du Corps de Louis
XIII. en 1616. et de Damoiselle Marie
de Bierne. Il étoit originaire de Lorraine,
issu de Jean de Bourgogne , Seigneur de
Saint Owain qui fut annobli , lui et sa
Posterité , pour récompense de ses Ser
vices Militaires en 1464. par René d'An
jou , Roy de Jerusalem et de Sicile ,
Duc de Lorraine et de Bar. Dame Fran
çoise de Villers, Mere de la Deffunte, étoit
>
I. Vol. fille
394 MERCURE DE FRANCE
\
fiile de Gabriël de Villers , Seigneur de
Louan et Housson en Berry , Capitaine
dans le Regiment de Rambures , Com
mandant des Villes et Château de Meun
sur-Yeurre , et de Damoiselle Edmée le
Roy. Il étoit originaire de Flandres , issu
des Anciens Seigneurs du Château de
Villers , dont la Génealogie est imprimée
dans l'Histoire du Gastinois . Il reste du
Mariage desdits Sieur et Dame Moreau.
de Mautour , Philibert François , Prieur
Commandataire de Marbos et de Mon
tiers-en l'Isle , et Charles , Chevalier de
S. Lazare , Capitaine d'Infanterie au Re
giment de Toulouze , auparavant Page
de M. le Comte de Toulouze. Ils ont eu
pour aîné Jean -Baptiste Louis de Mau
tour, Commissaire ordinaire de l'Artille
rie de France , mort à Strasbourg en 17,06 .
à l'age de 24. ans, de sa blessure reçuë au
Siege de Haguenau en Alsace.
François Guyot de Chenisot , Ecuyer ;
Seigneur de Villers , la Haye , Courton ,
&c. Conseiller , Secretaire du Roy , Re
ceveur General des Finances , de la Géne
ralité de Rouen , et Secretaire du Conseil ,
mourut le 11. Juin , âgé d'environ 58. ans .
François Charles , Marquis de Menou ,
Brigadier des Armées du Roy , ci devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnic
•
1
a
4
匪
I. Vol.
des
JUIN. 1731 . 1395
des Chevaux- Legers d'Anjou , mourut le
3. de ce mois dans son Château de Pru
nay en Beauce , âgé de 61. ans.
Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussain
ville , Conseiller au Parlement , mourut
à Auteuil le 15. de ce mois , dans la 39.
année de son âge . Au mois d'Avril 1717.
le Roi lui avoit accordé la Charge de.
Premier President de la Chambre des
Comtes , en survivance de M. Nicolaï ,
son pere ; il fut reçû le 12. du mois de
May suivant, et il étoit le huitiéme de son
nom qui avoit été pourvû de cette Charge.
Dame Marie- Elisabet Guigou , veuve de
M. Jacques du Metz , Brigadier des Ar
mées du Roi , déceda à Crône , le 15.
Juin , âgée de 38. ans 6 mois
"
M.Jean Martial de Raucen , Ecuyer ,Sei
gneur de Crône , Noisy - sur - Seine , & c.
mourut en son Château de Crône , le
17. Juin . âgé de 86. ans environ .
-Le Marquis de S. Chamans , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Lieute
nant des Gardes du Corps , mourut à Pa
ris le 18. âgé d'environ 66. ans.
Le 5. Juin , D. Marie Barthelemy
Thoynard, Epouse de M.Michel Philippes
l'Evêque , Conseiller au Parlement , ac
Coucha d'un fils qui fût baptisé le len-.
I, Vol.
I. demain ,
1396 MERCURE DE FRANCE
demain , et nommé Philippes Barthele
my , par M. Pierre Philippes L'Evêque ,
Chevalier Seigneur de Gravelles , Maî
tre des Comptes , Ayeul paternel , et D.
Marie de S. Pierre , Epouse de M. Barthe
lemy Thoynard , Ecuyer , Seigneur de
Sandré , Ligny , Montsuzain , &c . Baron
du Vouldy et de Monçay,Ayeul maternel.
Le Marquis de S. Chamans épousa le
II. Avril Mlle . de Malezieu . La Cere
monie s'est faite à Chatenay par M.
l'Evêque de Lavaur , Oncle de la D¹е
et S. A.S. Me , la Duchesse Du Maine leur
a fait l'honneur d'y assister .
M. de S. Chamans est d'une des plus
anciennes Noblesses du Royaume ; il est
Capitaine de Dragons , et a eu l'honneur
d'être élû Page du Roy. La Dlle. est fille
de M. de Malezieu , Brigadier des Armées .
du Roy, et LieutenantGeneral de l'Artille
rie . Son nom est aussi connu par la dis
tinction qu'il s'est acquise dans le Servi
ce , que par l'attachement qu'il a voüé
à S. A. S. M le Duc Du Maine , qui l'a
toujours honoré d'une protection et
d'une confiance particuliere : on sçair
que ce Prince se connoit en vray merite.
:
Le 27. du mois dernier , le Roy signe
L, Vol la
JUIN. 1731. 1397
le Contrat de Mariage d'Yves Marie de
Boulogne , de Lens , de Licques &c.
Comte de Rupelmonde , avec N………….
de Grammont , fille du Comte de Gram
mont , Brigadier des Armées du Roy
Gouverneur de Ham , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté.
>
Voici la Généalogie de la Maison du
Comte de Rupelmonde.
et Mariages..
Rere Alexis Dalogny de la Groys ,
Chevalier Profez de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , Commandeur de la
Commanderie d'Ozon , dans le Prieuré
d'Aquitaine , et de celle de S. Etienne de
Benneville, dans le Prieuré de France ,
mourut en Perigord le 13. May , agé de
55. Ans.
2
Louis Armand Baudon , Chevalier
Seigneur de Neufville Ferier , Conseil
ler au Parlement , mourut le 23 May ,
agé de 36. ans.
Le 23. May , Philippe Michel Bon
met , Prêtre Docteur en Theologie , de la
·
1. Fol.
Maison
1390 MERCURE DE FRANCE
=
Maison et Societé de Sorbonne , Curé de
S. Nicolas des Champs mourut dans la
8. année de son âge .
N. le Camus Destouches , Chevalier ,
Brigadier des Armées de Sa Majesté, Che
valier del'OrdreMilitaire de S.Louis , Con
seiller du Roi en ses Conseils, Controleur
General de l'Artillerie de France , mourut
le 25. May , agé de 60 ans.
M. François Alexis Joubert de la Bas
tide de Château- Morant , Abbé Com
mandataire des Abbayes de S. Friol en
Champagne , et de pôtre Dame de Cor
neuil en Normandie , Diocèse de Rouen,
décedé le 25. May âgé de 62. ans .
Thibaut Etienne de la Brousse ,Marquis
d'Atis , premier Cornette des Chevaux
Legers Dauphins , et Mestre de Camp de
Cavalerie , mourut à Cambray le 25. dans
la 37. année de son age.
M. André de Harouys , Chevalier ,
Seigneur de la Seilleraye , Maître des
Requêtes honoraire , décedé le 27. May,
âgé de 70. ans.
M. Louis- Guillaume de Chavaudou
Prêtre , Docteur en Theologie de la Mai
son et Societé de Sorbonne,ancien Aumô
nier de la feue Reine , Abbé de Mores ,
Diocèse de Langres , Conseiller du Roy en
sa Cour de Parlement et de Grande Cham
I. Vol.
bre
JUIN. 1731 . 1394
bre
ans.
décedé le 27. May , âgé de 77
L'Abbé de Berwick , fils du Maréchal
Duc de Berwik , mourut à Paris le 3 .
de ce mois dans la 19. année de son âge.
Le 5. Juin , mourut d'Apoplexie , au
Palaisdu Luxembourg D. Marie Char
lotte de Gouffier , veuve de Louis de
Gouffier Marquis de Bonnivet , agée de
73. ans . Elle n'a laissé qu'un fils ; Louis
de Gouffier , Marquis de Bonnivet , Mes
tre de Camp de Dragons , à la suite du
Regiment du Colonel General , cy-de
vant Maître de la Garderobe de Madame,
Duchesse de Berry et premier Cornette
de la seconde Compagnie des Mousque
taires de la Garde du Roy.
Demoiselle Elisabeth - Geneviève de
Braque , fille de Paul - Benoît , Comte de
Braque , Chevalier , Seigneur de Boisre
naud , & c. et de Dame Elisabeth - Fran
çoise de l'Huillier , decedée le 5. Juin
âgée de 34 ans et 4. mois .
Charles le Tonnelier Breteiiil , Baron
de Preuilly , premier Baron de Touraine ,
Seigneur d'Azay - le Feron , Fonbaudry ,
Tournon. & c. mourut en sa Terre de
Preüilly le 6. de ce mois , agé de 28. à 29 .
ans , laissant un fils d'un an et une fille
de trois semaines , de Marie- Anne - Fran
>
I. Vol.
çoise
392 MERCURE DE FRANCE
çoise de Gasville , fille de Jean Prosper
Goujon , Chevalier Seigneur de Gasville
Conseiller du Roy en ses Conseils , Maî
tre des Requêtes ordinaire de son Hôtel ,
et Intendant de la Generalité de Roüen ;
et de Dame Anne Defaucon de Ris .
Il étoit fils de Louis Nicolas , Baron
de Breteuil , et de Preülly &c. Introduc
teur des Ambassadeurs et Princes Etran
gers prés de Sa Majesté , et de Gabrielle
Anne de Froullay-Tessé , fille de Philip
pes -Charles Comte de Froullay - Tessé ,
Grand-Marêchal des Logis de la Maison
du Roy et Commandeur de ses Ordres :
et Niéce du Marêchal de ce nom. Il
étoit aussi Cousin Germain de François
Victor de Breteuil , Marquis de Fontenay
Trésigny , Sire de Villebert &c. Com
mandeur des Ordres du Roy , Chance
lier de la Reine , et cy-devant Secretaire
d'Etat ; et de Charles-Claude de Breteüil
de Chanteclerc , Comte de Bevilliers , et
de Vaux , Mestre de Camp de Cavalerie ,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
d'Ordonnance des Chevaux - Legers de
Bretagne.
Le nom de Le Tonnellier Breteüil , est
si connu , et il en a été question en tant
d'occasion , qu'il est inutile d'en rappor
ter icy la Genealogie ; si le Lecteur en
1. Vola est
JUIN. 1731. 1393
est curieux , il la trouvera dans le Nobi
liaire de Picardie , et dans le Moreri.
Dame Jeanne- Françoise de Bourgogne ,
épouse de M. Moreau de Mautour , est
décedée le 6. Juin , agée de 77. -ans. Elle
étoit fille de François de Bourgogne ,
Seigneur de Mautour en Brie , Capitaine ,
du Regiment de la Reine-Mere Anne
d'Autriche en 1644. Frere ainé de Loüis
de Bourgogne qui fut Capitaine d'une
Compagnie de Chevaux - Legers sous les
Ordres du Duc d'Angoulesme , Colonel
Géneral , Sergent de Bataille dans les
Armées du Roy , depuis Marêchal de
Camp en 1651. et ensuite Mestre de
Camp , Lieutenant du Regiment d'Infan
terie d'Armand de Bourbon , Prince de
Conty en 1654. et est décedé en 1656. à
l'age de 36. ans. Ils étoient fils de Dieu
donné de Bourgogne , Seigneur de Mau
tour,Exempt desGardes du Corps de Louis
XIII. en 1616. et de Damoiselle Marie
de Bierne. Il étoit originaire de Lorraine,
issu de Jean de Bourgogne , Seigneur de
Saint Owain qui fut annobli , lui et sa
Posterité , pour récompense de ses Ser
vices Militaires en 1464. par René d'An
jou , Roy de Jerusalem et de Sicile ,
Duc de Lorraine et de Bar. Dame Fran
çoise de Villers, Mere de la Deffunte, étoit
>
I. Vol. fille
394 MERCURE DE FRANCE
\
fiile de Gabriël de Villers , Seigneur de
Louan et Housson en Berry , Capitaine
dans le Regiment de Rambures , Com
mandant des Villes et Château de Meun
sur-Yeurre , et de Damoiselle Edmée le
Roy. Il étoit originaire de Flandres , issu
des Anciens Seigneurs du Château de
Villers , dont la Génealogie est imprimée
dans l'Histoire du Gastinois . Il reste du
Mariage desdits Sieur et Dame Moreau.
de Mautour , Philibert François , Prieur
Commandataire de Marbos et de Mon
tiers-en l'Isle , et Charles , Chevalier de
S. Lazare , Capitaine d'Infanterie au Re
giment de Toulouze , auparavant Page
de M. le Comte de Toulouze. Ils ont eu
pour aîné Jean -Baptiste Louis de Mau
tour, Commissaire ordinaire de l'Artille
rie de France , mort à Strasbourg en 17,06 .
à l'age de 24. ans, de sa blessure reçuë au
Siege de Haguenau en Alsace.
François Guyot de Chenisot , Ecuyer ;
Seigneur de Villers , la Haye , Courton ,
&c. Conseiller , Secretaire du Roy , Re
ceveur General des Finances , de la Géne
ralité de Rouen , et Secretaire du Conseil ,
mourut le 11. Juin , âgé d'environ 58. ans .
François Charles , Marquis de Menou ,
Brigadier des Armées du Roy , ci devant
Capitaine-Lieutenant de la Compagnic
•
1
a
4
匪
I. Vol.
des
JUIN. 1731 . 1395
des Chevaux- Legers d'Anjou , mourut le
3. de ce mois dans son Château de Pru
nay en Beauce , âgé de 61. ans.
Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussain
ville , Conseiller au Parlement , mourut
à Auteuil le 15. de ce mois , dans la 39.
année de son âge . Au mois d'Avril 1717.
le Roi lui avoit accordé la Charge de.
Premier President de la Chambre des
Comtes , en survivance de M. Nicolaï ,
son pere ; il fut reçû le 12. du mois de
May suivant, et il étoit le huitiéme de son
nom qui avoit été pourvû de cette Charge.
Dame Marie- Elisabet Guigou , veuve de
M. Jacques du Metz , Brigadier des Ar
mées du Roi , déceda à Crône , le 15.
Juin , âgée de 38. ans 6 mois
"
M.Jean Martial de Raucen , Ecuyer ,Sei
gneur de Crône , Noisy - sur - Seine , & c.
mourut en son Château de Crône , le
17. Juin . âgé de 86. ans environ .
-Le Marquis de S. Chamans , Maréchal
des Camps et Armées du Roi , et Lieute
nant des Gardes du Corps , mourut à Pa
ris le 18. âgé d'environ 66. ans.
Le 5. Juin , D. Marie Barthelemy
Thoynard, Epouse de M.Michel Philippes
l'Evêque , Conseiller au Parlement , ac
Coucha d'un fils qui fût baptisé le len-.
I, Vol.
I. demain ,
1396 MERCURE DE FRANCE
demain , et nommé Philippes Barthele
my , par M. Pierre Philippes L'Evêque ,
Chevalier Seigneur de Gravelles , Maî
tre des Comptes , Ayeul paternel , et D.
Marie de S. Pierre , Epouse de M. Barthe
lemy Thoynard , Ecuyer , Seigneur de
Sandré , Ligny , Montsuzain , &c . Baron
du Vouldy et de Monçay,Ayeul maternel.
Le Marquis de S. Chamans épousa le
II. Avril Mlle . de Malezieu . La Cere
monie s'est faite à Chatenay par M.
l'Evêque de Lavaur , Oncle de la D¹е
et S. A.S. Me , la Duchesse Du Maine leur
a fait l'honneur d'y assister .
M. de S. Chamans est d'une des plus
anciennes Noblesses du Royaume ; il est
Capitaine de Dragons , et a eu l'honneur
d'être élû Page du Roy. La Dlle. est fille
de M. de Malezieu , Brigadier des Armées .
du Roy, et LieutenantGeneral de l'Artille
rie . Son nom est aussi connu par la dis
tinction qu'il s'est acquise dans le Servi
ce , que par l'attachement qu'il a voüé
à S. A. S. M le Duc Du Maine , qui l'a
toujours honoré d'une protection et
d'une confiance particuliere : on sçair
que ce Prince se connoit en vray merite.
:
Le 27. du mois dernier , le Roy signe
L, Vol la
JUIN. 1731. 1397
le Contrat de Mariage d'Yves Marie de
Boulogne , de Lens , de Licques &c.
Comte de Rupelmonde , avec N………….
de Grammont , fille du Comte de Gram
mont , Brigadier des Armées du Roy
Gouverneur de Ham , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté.
>
Voici la Généalogie de la Maison du
Comte de Rupelmonde.
Fermer
Résumé : MORTS, NAISSANCES, et Mariages.
Le texte relate divers événements survenus en mai et juin 1731, incluant des décès, naissances et mariages. Parmi les décès notables, Alexis Dalogny de la Groys, Chevalier Profès de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, est décédé le 13 mai à l'âge de 55 ans. Louis Armand Baudon, Chevalier Seigneur de Neufville Ferier, est mort le 23 mai à 36 ans. Philippe Michel Bonmet, Prêtre Docteur en Théologie, a décédé le même jour à l'âge de 8 ans. Nicolas le Camus Destouches, Brigadier des Armées du Roi, est mort le 25 mai à 60 ans. François Alexis Joubert de la Bastide, Abbé Commandataire, est décédé le 25 mai à 62 ans. Thibaut Étienne de la Brousse, Marquis d'Atis, est mort à Cambray le 25 mai à 37 ans. André de Harouys, Chevalier Seigneur de la Seilleraye, est décédé le 27 mai à 70 ans. Louis-Guillaume de Chavaudou, Prêtre Docteur en Théologie, est mort le 27 mai à 77 ans. L'Abbé de Berwick, fils du Maréchal Duc de Berwick, est décédé à Paris le 3 juin à 19 ans. Marie Charlotte de Gouffier, veuve de Louis de Gouffier, est morte d'apoplexie le 5 juin à 73 ans. Élisabeth-Geneviève de Braque est décédée le 5 juin à 34 ans et 4 mois. Charles le Tonnelier Breteuil, Baron de Preuilly, est mort le 6 juin à 28 ou 29 ans. Jeanne-Françoise de Bourgogne, épouse de Moreau de Mautour, est décédée le 6 juin à 77 ans. François Guyot de Chenisot, Conseiller et Receveur Général des Finances, est mort le 11 juin à environ 58 ans. François Charles, Marquis de Menou, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 13 juin à 61 ans. Antoine-Nicolas Nicolaï de Goussainville, Conseiller au Parlement, est mort à Auteuil le 15 juin à 39 ans. Marie-Élisabeth Guigou, veuve de Jacques du Metz, est décédée à Crône le 15 juin à 38 ans et 6 mois. Jean Martial de Raucen, Seigneur de Crône, est mort en son château le 17 juin à environ 86 ans. Le Marquis de Saint Chamans, Maréchal des Camps et Armées du Roi, est décédé à Paris le 18 juin à environ 66 ans. Marie Barthélemy Thoynard a donné naissance à un fils le 5 juin. Le Marquis de Saint Chamans a épousé Mlle de Malezieu le 11 avril. Le Roi a signé le contrat de mariage d'Yves Marie de Boulogne avec une fille du Comte de Grammont le 27 mai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5565
p. 1397-1407
Ligne directe de la Maison de Boulogne, de Lens, de Licques, de Recourt, et de Rupelmonde.
Début :
Eustache, Comte de Boulogne, en 1040. avoit épousé Mahaud de Brabant, et [...]
Mots clefs :
Roi d'Espagne Philippe IV, Seigneur de Beaufort, Commandant des forts, Boulogne, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ligne directe de la Maison de Boulogne, de Lens, de Licques, de Recourt, et de Rupelmonde.
Ligne directe de la Maison de Boulogne ,
de Lens , de Licques , de Recourt ;
et de Rupelmonde.
Eustache , Comte de Boulogne , en 1040 .
avoit épousé Mahand de Brabant , et
eurent :
Eustache Cuens de Boulogne , surnom
mé Auguienen , en 1076. il épousa rde
d' Ardenne , fille de Godefroy le Bon , Duc
de Bouillon et de Lorraine. Godefroy de
Bouillon , Baudouin , Roi de Jerusalem ,
et Eustache III . Comte de Boulogne ,
sont issus de ce Mariage .
Eustache , Comte de Boulogne , épousa
Marie , fille de Maleone , Roi d'Ecosse ,
dont est issu ,
· Eustache de Boulogne , qui fut tué de
vant Rama , en 1107. deux de ses freres y
perdirent la vie. Ce dernier avoit épousé
1. Vol I ij
Gabine
398 MERCURE DE FRANCE
Gabine , fille de Jacques de Bodebacque ,
Seigneur de Wauvin ; ils eurent :
Godefroy de Boulogne , qui n'avoit que
trois ans lorsqu'Eustache son pere fut tué,
Eustache , son ayeul , l'envoya à la Cour
de Baudouin , son grand oncle , Roi de
Jerusalem . Après avoir servi dans ses Ar
mées , il commanda sa Gendarmerie ; il
défit les Sarrasins en plusieurs rencontres ;
enfin il fut fait prisonnier ; on le condui
sit à Antioche , où il demeura en capti
vité. Nogora , fille du Roi d'Antioche ,
touchée du mérite et du malheur de Go
defroy , embrassa sa Religion , se fit Chré
tienne et l'épousa. Dans le tems qu'ils se
sauvoient ensemble , ils furent atteints
par ceux qui avoient ordre de les pour
suivre. Godefroy fut tué en combattant ,
et Nogora fut ramenée chez le Roi son
pere , où elle accoucha d'un fils qui fur
nommé :
Noradin de Boulogne. Il passoit pour un
des plus braves Chevaliers de son tems , et
pour ennemi déclaré des Chrétiens . Phi
lippe d'Alsace , Comte de Flandres , le re
tira d'entre les mains des Chrétiens , qui
l'avoient fait prisonnier , et l'emmena en
Flandres , où il le remit entre les mains de
ses parens et amis. Deux ans après No
radin se convertit. Il fut baptisé à Bruges
I. Vol. dans
JUIN. 1731 1399
dans l'Eglise de S. Donat , et fut nommé
Eustache , ainsi que son ayeul. On lui
donna la Chastellenie de Lens, en Artois ,
avec heredité. Enfin il retint les Armes
qu'il avoit avant sa prison ; il portoit
Ecartelé d'or et de sable. Il épousa Marie
de fausse , dont il eut :
Jean de Boulogne , Chastelain hereditaire
de Lens , qui eut de Marie d'Enghien
sa femme ;
Baudouin de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , qui épousa Sara de
Mello , et en eut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens .
Le Pere Simplicien , dans l'Histoire des
Grands - Officiers de la Couronne , dont
le septième volume doit paroître incessa
ment , prétend que Jean de Boulogne ,
second du nom , n'étoit point de la Mai
son de Boulogne , mais de celle de Re
court , et avoit épousé Yde , Chastelaine
de Lens , Dame de Gomblain , fille et he
ritiere du Chastelain hereditaire de la
Ville de Lens en Artois , issus , comme
on vient de le voir , des anciens Comtes
de Boulogne , et que Jean de Recourt a
pris le nom et les Armes de Lens . Recourt
portoit pour Armes bandé de Vair et de
gueulle , qui est de Longueval , au chef
I. Vol. I üj d'or.
1400 MERCURE DE FRANCE
d'or. Cette Maison est surement très-no -❤
ble , très-illustre et très - ancienne.
Malgré l'opinion du Pere Simplicien ,
le Comte de Rupelmonde prétend descen
dre en ligne directe de la Maison de Bou
logne , et que Fean , second du nom ',
étoit fils de Baudouin de Boulogne et de
Sara de Mello , et avoit épousé Isabeau
de Brimeu , dont il eut pour fils :
"
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Seigneur de Recourt et de
Comblain. Il épousa en premieres nôces
Catherine de Bethune , et en secondes ,
Marie Desnes,Dame du Conroy, dont il eut :
François de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , Seigneur de Recourt
et de Comblain , qui épousa Dame Bea
trix de Licques , heritiere de Licques en
Artois , laquelle portoit pour Armes ban
dé d'argent et d'azur à la bordure de
gueulle, qu'ils ont écartelé dans leurs Ar
mes, et dont ils ont encore la Terre ; il eut
pour fils :
Sei
Gerard de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques ,
gneur de Recourt et de Comblain . It
mourut l'an 1375. il avoit épousé en pre
mieres nôces Jeanne de Mailly , dont il eut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
I. Vol.
gneur
JUIN. 1 1731. 1401
de Recourt et de Comblain , qui
gneur
épousa Alix de Vermeilles ; il mourut l'an
1390. et fut enterré dans l'Eglise de Com
blain ; il eut pour fils :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , tué à
la Bataille d'Azincourt , l'an 1415. sans
posterité. Il avoit une soeur mariée avec
Valeran , Seigneur Desabords , qui mourut
aussi sans enfans , et ses biens revinrent
à son cousin germain ; elle est enterrée à
S. Pierre de Lille .
Du second Mariage de Gerard de Bou
logne avec Jeanne de Vianne , nâquit :
Charles de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain . Il fut
fait Amiral de France en 1418. fut fort
estimé du Duc Jean de Bourgogne , qui
l'établit son Lieutenant dans la Ville de
Paris. Il accompagnoit ce Prince quand il
fut tué sur le Pont de Montreau , par Ta
neguy du Chastel , en 1419. il mourut
sans être marié.
•
Fean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , vi
voit le 17. Juin 1429. et conjointement
avec Marguerite Dalesnes , sa femme , Da
1. Vol. I iiij
me
1402 MERCURE DE FRANCE
me d'Escoüannes , le 9. Janvier 1435. ils
firent le partage de leurs biens à plusieurs
enfans qu'ils eurent , dont l'aîné fut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , Vi
comte de Beaurains . Il épousa le 27. Août
1453. Jeanne de Stanelle , fille de Jean de
Stauelle, Seigneur Dysenghien , et de Mar
guerite d' Antoing ; il eut pour fils :
Jacques de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain. Il fut
Chambellan de l'Empereur Charles V. Il
épousa Jeanne du Fay , fille de Laurent du
Fay Chateaurouge , Seigneur de Hulles
- Maître d'Hôtel du Roi , et de Bonne de
la Vieuville. Il vivoit encore en 1540.
alors âgé de 8. ans . Il eut plusieurs en
fans , dont l'aîné fut :
3.
7
Jacques de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , Con
seiller et Chambellan de l'Empereur Char
les V. Lieutenant General en Flandres
Gouverneur et Capitaine de Landrecy. Il
épousa en premieres nôces le 23. Août
1512. Philippe le Fevre de Hemstéde , fille
deRoland le Fevre , Chevalier, Seigneur de
Tamise de Lieweletde Havoise de Hemside,
C. I. Vol.
I iiij
et
+
JUIN. 1731. 1405
T
·
et en secondes nôces , Isabeau de Fouque
soles , fille de Jacques , Seigneur de Fou
quesoles et d'Andrehem , et d'Isabeau de
Monchy-Senarpont. Il ne vivoit plus l'an
1562. du second lit , il eut ;
Philippe de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt , successivement Capi
taine d'une Compagnie de Cent Lances
l'an 1568. Gouverneur , Capitaine et Bail
ly des Villes de Tournchem et Dandruick,
et du Pays de Bredenarde , l'an 1573
Gouverneur des Villes et Citadelle de
Cambray et du Cambresis , l'an 1574. Ca
pitaine et Gouverneur d'Harlem , Gou
verneur et Sur- Intendant de la Ville de
Louvain , et Colonel d'un Regiment de
dix Compagnies de Gens de pied Walons,
l'an 1579. Capitaine et Souverain Bailly
du Château de la Motthe aux Bois de
Nieppe , Gruyer et Veneur des Châtelle
nies de Cassel et de la Motte , l'an 1582 .
puis Gouverneur de Lille , de Tournay ,
de Douay et d'Orchie. Il fut commis par
le Roi Catholique le 12. May de l'an
1586. pour régler , avec les Commissai
res du Roi Henry III. tous les differends
qui pouvoient naître sur l'interprétation
et sur l'execution des articles de la Tréve
de Cambray , concluë le 23. Decembre
..
L. Vol. Iv 1585.
1404 MERCURE DE FRANCE
1585. Il mourut à Bruxelles le Vendredi
Saint de l'an 1588. et fut enterré aux
Cordeliers de Tournay ; il avoit été ma
rié , du consentement de l'Empereur et
de son Conseil , avec Jeanne de Witthem,
fille de Georges de Witthem , Chevalier ,
Seigneur Dirque , et de Jeanne de Jansse
de Mastain ; il eut plusieurs enfans.
Gabriel de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens, Baron de Licques de Com
blains et d'Audenthun , Seigneur de Re
court , épousa Helene de Merode , fille de
Jean de Merode , Seigneur de Moriamez,
et de Philippe de Montfort , dont est sorti
la posterité de M. le Marquis de Licques,
rapportée dans l'Histoire des Grands Of
ficiers de la Couronne , qui subsiste en
core .
La Branche de M. de Rupelmonde, vient
de Philippe de Boulogne , Lens , Licques
et Recourt , troisiéme fils de Philippe de
Boulogne , et de Jeanne de Witthem . II
fut Seigneur Daudenthun , et de la Terre
de Wissekerke , laquelle fut érigée en Ba
ronie par Philippes IV. Roi d'Espagne ,
à la charge de la tenir de plein Fief du
Comté de Flandres , en consideration des
services que ses Ancêtres et lui avoient
rendus. Il avoit servi plus de 40. ans ,
tant Capitaine d'Infanterie, que Capitaine
1. Vol.
de
JUIN. 1731. 1495
de Chevaux-Lanciers, Colonel d'Infanterie
Walone, d'une Compagnie de 300.Têtes ;
il étoit Grand - Bailly du Pays d'Waës , et
Commandant les Troupes ; il avoit été
Capitaine des Gardes du Duc de Parme ;
qui commandoit dans les Pays Bas. Il
avoit épousé Marguerite Stéelandt , le 11 .
Juin 1590. fille de Servais de Stéelandt ,
Seigneur de la Terre de Wissekerke , ri
che heritiere ; il eut plusieurs enfans,
Servais de Boulogne , de Lens , de Lic
ques et de Recourt , Seigneur de Beaufort
et Baron de Wissekerke , Capitaine d'une
Compagnie de trois cens Têtes libres pour
le service de S. M. Catholique , Comman
dant des Forts de Calloo , de Burcht et de
Werrebrouck , Grand- Bailly du Pays de
Waes , et Sur- Intendant des Gens de Guer
re dans les Pays et Comtez de Flandres ;
il épousa le 20. Septembre de l'an 16 24 .
Marguerite de Robles , fille de Jean de Ro
bles , Comte d'Hanap , Baron de Billy ,
Gouverneur et Capitaine general des Vil
les , Châtellenie et Châteaux de Lille , de
Douay et d'Orchies ; de son Mariage
nâquit :
-
Philippe de Boulogne , de Lens , Lic
ques et Recourt , Baron de Wissekerke ,
Seigneur de Beaufort , de Bays , Docle , et
d'Audenthun , qui épousa le 5. Juillet
1. Vel. Ivj .. 1655.
1406 MERCURE DE FRANCE
1655. Marguerite de Bäerlandt , riche he
ritiere , fille de Jacques , Seigneur de
Baërlandt , Dondlandt , Dirikland , & c.
Le Roi d'Espagne Philippe IV. lui vendit
le 9. Avril 1658. la Ville , Château , Ter
re et Seigneurie de Rupelmonde , mouvant
du Comté de Flandres. Il mourut fort
jeune , et laissa pour fils unique :
Philippe de Boulogne , Lens , Licques et
Recourt , Comte de Rupelmonde , Baron
de Wissekerke , Seigneur de Bays , Daudenthun
, de Majourque , de Hongersdycg
de Baerlandt , de Bakendorf, Doud-Landt,
de Diriklandt, de Philiplandt, de Score¸d’V
lack. Il fut marié le 21. Avril 1677. avec
Marie- Anne Eusebe Truchses , née Contes
se de Wollfegg, fille de Maximilien Guillau
me Truchses , Comte de Wolfegg , Gouver
neur d'Amberg en Baviere , et d'Isabelle
Claire de Lignes d' Aremberg et d'Arschot.
Il mourut fort jeune , et de ce Mariage il
eut pour fils unique :
Maximilien- Philippe- Joseph de Boulo◄
gne , de Lens , de Licques , de Recourt
Comte de Rupelmonde , Baron de Wis
sekerke , Seigneur de Bays , Daudenthun ,
de Majourque , de Hongersdicg , de Baër
landt , de Bakendorf , Doudlandt , de
Diriklandt , de Philipplande , de Score et
d'Ulack , Colonel d'un Regiment de
I
I. Vol.
Trou *
JU.IN. 1731.. 1407
Troupes Walonnes en 1702. et Brigadier
des Armées du Roi d'Espagne l'an 1706.
Il fut émancipé le 26. Juin 1701. et il
épousa le 24. Janvier 1705. Marie Mar
guerite- Elisabeth. d'Alegre , presentement
Dame du Palais de la Reine , et fille d'Y
ves , Marquis d'Alegre , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , et
de Jeanne- Françoise Garrault de Caminade.
Il fut tué au Siege de Brihuega en Espagne,
ayant été fait Maréchal de Camp quatre
jours avant sa mort , qui arriva le 11.
Decembre 1710. il laissa un fils unique ,
qui donne lieu à cet Article..
Yves- Marie de Boulogne , de Lens , de
Licques , de Recourt , Comte de Rupel
monde , Baron de Wissekerke , Seigneur
de Bays , Daudenthun , de Majourque , de
Hongersdycg , de Baerlandt , de Baken
dorf , Doudlandt , de Dirikland , de Phi
Tipplandt , de Score , d'Ulack et de ta
Creste , Capitaine au Régiment d'Alsace ,
et Colonel à la suite de ce Regiment.
Nous ne donnerons point ici la Généa
logie de la Maison de Grammont , parce
qu'elle est détaillée fort au long dans la
nouvelle Edition de l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne, Tome 4. p . 6.12.
de Lens , de Licques , de Recourt ;
et de Rupelmonde.
Eustache , Comte de Boulogne , en 1040 .
avoit épousé Mahand de Brabant , et
eurent :
Eustache Cuens de Boulogne , surnom
mé Auguienen , en 1076. il épousa rde
d' Ardenne , fille de Godefroy le Bon , Duc
de Bouillon et de Lorraine. Godefroy de
Bouillon , Baudouin , Roi de Jerusalem ,
et Eustache III . Comte de Boulogne ,
sont issus de ce Mariage .
Eustache , Comte de Boulogne , épousa
Marie , fille de Maleone , Roi d'Ecosse ,
dont est issu ,
· Eustache de Boulogne , qui fut tué de
vant Rama , en 1107. deux de ses freres y
perdirent la vie. Ce dernier avoit épousé
1. Vol I ij
Gabine
398 MERCURE DE FRANCE
Gabine , fille de Jacques de Bodebacque ,
Seigneur de Wauvin ; ils eurent :
Godefroy de Boulogne , qui n'avoit que
trois ans lorsqu'Eustache son pere fut tué,
Eustache , son ayeul , l'envoya à la Cour
de Baudouin , son grand oncle , Roi de
Jerusalem . Après avoir servi dans ses Ar
mées , il commanda sa Gendarmerie ; il
défit les Sarrasins en plusieurs rencontres ;
enfin il fut fait prisonnier ; on le condui
sit à Antioche , où il demeura en capti
vité. Nogora , fille du Roi d'Antioche ,
touchée du mérite et du malheur de Go
defroy , embrassa sa Religion , se fit Chré
tienne et l'épousa. Dans le tems qu'ils se
sauvoient ensemble , ils furent atteints
par ceux qui avoient ordre de les pour
suivre. Godefroy fut tué en combattant ,
et Nogora fut ramenée chez le Roi son
pere , où elle accoucha d'un fils qui fur
nommé :
Noradin de Boulogne. Il passoit pour un
des plus braves Chevaliers de son tems , et
pour ennemi déclaré des Chrétiens . Phi
lippe d'Alsace , Comte de Flandres , le re
tira d'entre les mains des Chrétiens , qui
l'avoient fait prisonnier , et l'emmena en
Flandres , où il le remit entre les mains de
ses parens et amis. Deux ans après No
radin se convertit. Il fut baptisé à Bruges
I. Vol. dans
JUIN. 1731 1399
dans l'Eglise de S. Donat , et fut nommé
Eustache , ainsi que son ayeul. On lui
donna la Chastellenie de Lens, en Artois ,
avec heredité. Enfin il retint les Armes
qu'il avoit avant sa prison ; il portoit
Ecartelé d'or et de sable. Il épousa Marie
de fausse , dont il eut :
Jean de Boulogne , Chastelain hereditaire
de Lens , qui eut de Marie d'Enghien
sa femme ;
Baudouin de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , qui épousa Sara de
Mello , et en eut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens .
Le Pere Simplicien , dans l'Histoire des
Grands - Officiers de la Couronne , dont
le septième volume doit paroître incessa
ment , prétend que Jean de Boulogne ,
second du nom , n'étoit point de la Mai
son de Boulogne , mais de celle de Re
court , et avoit épousé Yde , Chastelaine
de Lens , Dame de Gomblain , fille et he
ritiere du Chastelain hereditaire de la
Ville de Lens en Artois , issus , comme
on vient de le voir , des anciens Comtes
de Boulogne , et que Jean de Recourt a
pris le nom et les Armes de Lens . Recourt
portoit pour Armes bandé de Vair et de
gueulle , qui est de Longueval , au chef
I. Vol. I üj d'or.
1400 MERCURE DE FRANCE
d'or. Cette Maison est surement très-no -❤
ble , très-illustre et très - ancienne.
Malgré l'opinion du Pere Simplicien ,
le Comte de Rupelmonde prétend descen
dre en ligne directe de la Maison de Bou
logne , et que Fean , second du nom ',
étoit fils de Baudouin de Boulogne et de
Sara de Mello , et avoit épousé Isabeau
de Brimeu , dont il eut pour fils :
"
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Seigneur de Recourt et de
Comblain. Il épousa en premieres nôces
Catherine de Bethune , et en secondes ,
Marie Desnes,Dame du Conroy, dont il eut :
François de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , Seigneur de Recourt
et de Comblain , qui épousa Dame Bea
trix de Licques , heritiere de Licques en
Artois , laquelle portoit pour Armes ban
dé d'argent et d'azur à la bordure de
gueulle, qu'ils ont écartelé dans leurs Ar
mes, et dont ils ont encore la Terre ; il eut
pour fils :
Sei
Gerard de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques ,
gneur de Recourt et de Comblain . It
mourut l'an 1375. il avoit épousé en pre
mieres nôces Jeanne de Mailly , dont il eut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
I. Vol.
gneur
JUIN. 1 1731. 1401
de Recourt et de Comblain , qui
gneur
épousa Alix de Vermeilles ; il mourut l'an
1390. et fut enterré dans l'Eglise de Com
blain ; il eut pour fils :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , tué à
la Bataille d'Azincourt , l'an 1415. sans
posterité. Il avoit une soeur mariée avec
Valeran , Seigneur Desabords , qui mourut
aussi sans enfans , et ses biens revinrent
à son cousin germain ; elle est enterrée à
S. Pierre de Lille .
Du second Mariage de Gerard de Bou
logne avec Jeanne de Vianne , nâquit :
Charles de Boulogne , Chastelain he
reditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain . Il fut
fait Amiral de France en 1418. fut fort
estimé du Duc Jean de Bourgogne , qui
l'établit son Lieutenant dans la Ville de
Paris. Il accompagnoit ce Prince quand il
fut tué sur le Pont de Montreau , par Ta
neguy du Chastel , en 1419. il mourut
sans être marié.
•
Fean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , vi
voit le 17. Juin 1429. et conjointement
avec Marguerite Dalesnes , sa femme , Da
1. Vol. I iiij
me
1402 MERCURE DE FRANCE
me d'Escoüannes , le 9. Janvier 1435. ils
firent le partage de leurs biens à plusieurs
enfans qu'ils eurent , dont l'aîné fut :
Jean de Boulogne , Chastelain heredi
taire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , Vi
comte de Beaurains . Il épousa le 27. Août
1453. Jeanne de Stanelle , fille de Jean de
Stauelle, Seigneur Dysenghien , et de Mar
guerite d' Antoing ; il eut pour fils :
Jacques de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain. Il fut
Chambellan de l'Empereur Charles V. Il
épousa Jeanne du Fay , fille de Laurent du
Fay Chateaurouge , Seigneur de Hulles
- Maître d'Hôtel du Roi , et de Bonne de
la Vieuville. Il vivoit encore en 1540.
alors âgé de 8. ans . Il eut plusieurs en
fans , dont l'aîné fut :
3.
7
Jacques de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt et de Comblain , Con
seiller et Chambellan de l'Empereur Char
les V. Lieutenant General en Flandres
Gouverneur et Capitaine de Landrecy. Il
épousa en premieres nôces le 23. Août
1512. Philippe le Fevre de Hemstéde , fille
deRoland le Fevre , Chevalier, Seigneur de
Tamise de Lieweletde Havoise de Hemside,
C. I. Vol.
I iiij
et
+
JUIN. 1731. 1405
T
·
et en secondes nôces , Isabeau de Fouque
soles , fille de Jacques , Seigneur de Fou
quesoles et d'Andrehem , et d'Isabeau de
Monchy-Senarpont. Il ne vivoit plus l'an
1562. du second lit , il eut ;
Philippe de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens , Baron de Licques , Sei
gneur de Recourt , successivement Capi
taine d'une Compagnie de Cent Lances
l'an 1568. Gouverneur , Capitaine et Bail
ly des Villes de Tournchem et Dandruick,
et du Pays de Bredenarde , l'an 1573
Gouverneur des Villes et Citadelle de
Cambray et du Cambresis , l'an 1574. Ca
pitaine et Gouverneur d'Harlem , Gou
verneur et Sur- Intendant de la Ville de
Louvain , et Colonel d'un Regiment de
dix Compagnies de Gens de pied Walons,
l'an 1579. Capitaine et Souverain Bailly
du Château de la Motthe aux Bois de
Nieppe , Gruyer et Veneur des Châtelle
nies de Cassel et de la Motte , l'an 1582 .
puis Gouverneur de Lille , de Tournay ,
de Douay et d'Orchie. Il fut commis par
le Roi Catholique le 12. May de l'an
1586. pour régler , avec les Commissai
res du Roi Henry III. tous les differends
qui pouvoient naître sur l'interprétation
et sur l'execution des articles de la Tréve
de Cambray , concluë le 23. Decembre
..
L. Vol. Iv 1585.
1404 MERCURE DE FRANCE
1585. Il mourut à Bruxelles le Vendredi
Saint de l'an 1588. et fut enterré aux
Cordeliers de Tournay ; il avoit été ma
rié , du consentement de l'Empereur et
de son Conseil , avec Jeanne de Witthem,
fille de Georges de Witthem , Chevalier ,
Seigneur Dirque , et de Jeanne de Jansse
de Mastain ; il eut plusieurs enfans.
Gabriel de Boulogne , Chastelain here
ditaire de Lens, Baron de Licques de Com
blains et d'Audenthun , Seigneur de Re
court , épousa Helene de Merode , fille de
Jean de Merode , Seigneur de Moriamez,
et de Philippe de Montfort , dont est sorti
la posterité de M. le Marquis de Licques,
rapportée dans l'Histoire des Grands Of
ficiers de la Couronne , qui subsiste en
core .
La Branche de M. de Rupelmonde, vient
de Philippe de Boulogne , Lens , Licques
et Recourt , troisiéme fils de Philippe de
Boulogne , et de Jeanne de Witthem . II
fut Seigneur Daudenthun , et de la Terre
de Wissekerke , laquelle fut érigée en Ba
ronie par Philippes IV. Roi d'Espagne ,
à la charge de la tenir de plein Fief du
Comté de Flandres , en consideration des
services que ses Ancêtres et lui avoient
rendus. Il avoit servi plus de 40. ans ,
tant Capitaine d'Infanterie, que Capitaine
1. Vol.
de
JUIN. 1731. 1495
de Chevaux-Lanciers, Colonel d'Infanterie
Walone, d'une Compagnie de 300.Têtes ;
il étoit Grand - Bailly du Pays d'Waës , et
Commandant les Troupes ; il avoit été
Capitaine des Gardes du Duc de Parme ;
qui commandoit dans les Pays Bas. Il
avoit épousé Marguerite Stéelandt , le 11 .
Juin 1590. fille de Servais de Stéelandt ,
Seigneur de la Terre de Wissekerke , ri
che heritiere ; il eut plusieurs enfans,
Servais de Boulogne , de Lens , de Lic
ques et de Recourt , Seigneur de Beaufort
et Baron de Wissekerke , Capitaine d'une
Compagnie de trois cens Têtes libres pour
le service de S. M. Catholique , Comman
dant des Forts de Calloo , de Burcht et de
Werrebrouck , Grand- Bailly du Pays de
Waes , et Sur- Intendant des Gens de Guer
re dans les Pays et Comtez de Flandres ;
il épousa le 20. Septembre de l'an 16 24 .
Marguerite de Robles , fille de Jean de Ro
bles , Comte d'Hanap , Baron de Billy ,
Gouverneur et Capitaine general des Vil
les , Châtellenie et Châteaux de Lille , de
Douay et d'Orchies ; de son Mariage
nâquit :
-
Philippe de Boulogne , de Lens , Lic
ques et Recourt , Baron de Wissekerke ,
Seigneur de Beaufort , de Bays , Docle , et
d'Audenthun , qui épousa le 5. Juillet
1. Vel. Ivj .. 1655.
1406 MERCURE DE FRANCE
1655. Marguerite de Bäerlandt , riche he
ritiere , fille de Jacques , Seigneur de
Baërlandt , Dondlandt , Dirikland , & c.
Le Roi d'Espagne Philippe IV. lui vendit
le 9. Avril 1658. la Ville , Château , Ter
re et Seigneurie de Rupelmonde , mouvant
du Comté de Flandres. Il mourut fort
jeune , et laissa pour fils unique :
Philippe de Boulogne , Lens , Licques et
Recourt , Comte de Rupelmonde , Baron
de Wissekerke , Seigneur de Bays , Daudenthun
, de Majourque , de Hongersdycg
de Baerlandt , de Bakendorf, Doud-Landt,
de Diriklandt, de Philiplandt, de Score¸d’V
lack. Il fut marié le 21. Avril 1677. avec
Marie- Anne Eusebe Truchses , née Contes
se de Wollfegg, fille de Maximilien Guillau
me Truchses , Comte de Wolfegg , Gouver
neur d'Amberg en Baviere , et d'Isabelle
Claire de Lignes d' Aremberg et d'Arschot.
Il mourut fort jeune , et de ce Mariage il
eut pour fils unique :
Maximilien- Philippe- Joseph de Boulo◄
gne , de Lens , de Licques , de Recourt
Comte de Rupelmonde , Baron de Wis
sekerke , Seigneur de Bays , Daudenthun ,
de Majourque , de Hongersdicg , de Baër
landt , de Bakendorf , Doudlandt , de
Diriklandt , de Philipplande , de Score et
d'Ulack , Colonel d'un Regiment de
I
I. Vol.
Trou *
JU.IN. 1731.. 1407
Troupes Walonnes en 1702. et Brigadier
des Armées du Roi d'Espagne l'an 1706.
Il fut émancipé le 26. Juin 1701. et il
épousa le 24. Janvier 1705. Marie Mar
guerite- Elisabeth. d'Alegre , presentement
Dame du Palais de la Reine , et fille d'Y
ves , Marquis d'Alegre , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , et
de Jeanne- Françoise Garrault de Caminade.
Il fut tué au Siege de Brihuega en Espagne,
ayant été fait Maréchal de Camp quatre
jours avant sa mort , qui arriva le 11.
Decembre 1710. il laissa un fils unique ,
qui donne lieu à cet Article..
Yves- Marie de Boulogne , de Lens , de
Licques , de Recourt , Comte de Rupel
monde , Baron de Wissekerke , Seigneur
de Bays , Daudenthun , de Majourque , de
Hongersdycg , de Baerlandt , de Baken
dorf , Doudlandt , de Dirikland , de Phi
Tipplandt , de Score , d'Ulack et de ta
Creste , Capitaine au Régiment d'Alsace ,
et Colonel à la suite de ce Regiment.
Nous ne donnerons point ici la Généa
logie de la Maison de Grammont , parce
qu'elle est détaillée fort au long dans la
nouvelle Edition de l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne, Tome 4. p . 6.12.
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Résumé : Ligne directe de la Maison de Boulogne, de Lens, de Licques, de Recourt, et de Rupelmonde.
Le texte expose la lignée directe de la Maison de Boulogne, de Lens, de Licques, de Recourt et de Rupelmonde. Eustache, Comte de Boulogne en 1040, épousa Mahaut de Brabant. Leur fils, Eustache II, Comte de Boulogne, épousa Ida d'Ardenne, fille de Godefroy le Bon, Duc de Bouillon et de Lorraine. De cette union naquirent Godefroy de Bouillon, Baudouin, Roi de Jérusalem, et Eustache III, Comte de Boulogne. Eustache III épousa Marie, fille de Malcolm III, Roi d'Écosse. Leur fils, Eustache de Boulogne, fut tué devant Rama en 1107. Eustache avait épousé Gabine de Bodebacque, et ils eurent Godefroy de Boulogne. Ce dernier, envoyé à la cour de Baudouin, Roi de Jérusalem, fut capturé et libéré par Nogora, fille du Roi d'Antioche, qu'il épousa. Ils eurent un fils, Noradin de Boulogne, qui se convertit au christianisme et fut nommé Eustache. Jean de Boulogne, Chastelain héréditaire de Lens, épousa Marie d'Enghien. Leur fils, Baudouin de Boulogne, épousa Sara de Mello, et ils eurent Jean de Boulogne. La filiation de Jean de Boulogne est contestée par le Père Simplicien, qui affirme qu'il appartenait à la Maison de Recourt. Le Comte de Rupelmonde, cependant, affirme descendre directement de la Maison de Boulogne. La lignée continue avec François de Boulogne, qui épousa Béatrix de Licques, et leur fils, Gérard de Boulogne, qui épousa Jeanne de Mailly. Gérard eut plusieurs enfants, dont Jean de Boulogne, tué à la bataille d'Azincourt en 1415. Charles de Boulogne, frère de Jean, fut Amiral de France et Lieutenant du Duc Jean de Bourgogne. Fean de Boulogne épousa Marguerite Dalesnes et eut plusieurs enfants, dont Jean de Boulogne, qui épousa Jeanne de Stanelle. Leur fils, Jacques de Boulogne, fut Chambellan de l'Empereur Charles V. Philippe de Boulogne, fils de Jacques, eut une carrière militaire distinguée et épousa Jeanne de Witthem. La branche de Rupelmonde vient de Philippe de Boulogne, qui épousa Marguerite Stéelandt. Leur fils, Servais de Boulogne, épousa Marguerite de Robles. Philippe de Boulogne, leur fils, épousa Marguerite de Bäerlandt et acheta la Seigneurie de Rupelmonde. Philippe de Boulogne, Comte de Rupelmonde, épousa Marie-Anne Eusèbe Truchses et eut un fils, Maximilien-Philippe-Joseph de Boulogne. Ce dernier fut Colonel et Brigadier des Armées du Roi d'Espagne et fut tué au siège de Brihuega en 1710. Son fils unique, Yves-Marie de Boulogne, continua la lignée.
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5566
p. 1409-1413
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Début :
ARREST du 15. May, Qui ordonne que les Proprietaires des offices [...]
Mots clefs :
Arrêts, Ordonnances, Coadjuteur, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
ARRESTS , DECLARATIONS ,
ORDONNANCES , &c.
RREST du Qui or .
Adonne que les Proprietaires des Offi
ces qui se prétendent exempts du droit de
marc d'or , rapporteront leurs Titres
pour être examinez par les Sieurs Com
missaires nommez par les Arrêts des 30.
May , et 31. Aoust 1730..Nomme le
Sieur Passelaigue pour Greffier de la Com
mission ; Et subroge le Sieur Pallu , Maî
tre des Requêtes , au Sieur de la Galai
siere l'un desdits Sieurs Commissaires
nommé à l'Intendance de Soissons .
ARREST du même jour , Qui exem
pte des Droits dûs au Roy ou à ses Fer
miers , et des Droits de Péages , les Grains.
qui seront transportez des Provinces du
Royaume dans celle de Provence , pen
dant un an , à compter du 15. Septembre
1731.
EDIT DU ROY , Portant réit
nion des deux Villes de Clermont et de
I. Vol. Monferrand,
1410 MERCURE DE FRANCE
Monferrand , sous le nom de Clermont
Ferrand. Donné à Versailles au mois de
ay 1731. MRegistré en Parlement le 29 .
May , par lequel il est dit que ces deux
Villes , demeureront réünies et incorpo
rées l'une à l'autre doresnavant et pour
toujours sous le nom de Clermont-Ferrand ,
avec communication reciproque des hon
libertez et franchises attribuez
ausdites deux Villes. Cet Edit contient
XVI . Articles , qui ordonnent tout ce
qui doit- être observé au sujet de ladite
réünion , &c.
neurs
>
ARREST. du 30. May , Qui nom
me des Commissaires pour voir et exa
miner les anciens et nouveaux Rôles , Ta
fs et Reglemens concernant le payement
du Droit de marc d'Or ; et ordonne la re
présentation des titres des Officiers qui
prétendent se dispenser du payement du
dit droit.
ARREST du 5 Juin , Qui ordonne
qu'à commencer du jour de la publica
tion , il ne sera fait aucune nouvelle plan
tation de vignes dans les Provinces et Gé
néralitez du Royaume ; et que celles qui
auront été deux ans sans être cultivées
ne pourront être rétablies sans une per
1. Vol. mission
JUIN. 1731 . 1471
mission expresse de Sa Majesté , à peine
de trois mille livres d'amende.
ORDONNANCE DU ROY
du 10. Juin , par laquelle Sa Majesté a per
mis et permet à tous Fermiers , Labou
reurs et autres , dans la Généralité de Pa
ris , même dans l'étendue des Capitaine
ries , de faire faucher pendant la presente
année seulement et sans tirer à conse
quence , tous les prez de quelque nature
et qualité qu'ils soient , dans le tems qu'il
le jugeront à propos , sans en demander
permission aux Seigneurs , aux Capitaines
des Chasses , à leurs Officiers et autres .
ARREST du Parlement , Qui supprime up
Ecrit imprimé , &c.
A
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudir
Seigneur Roy portant la parole , ont dit :
Que l'Imprimé qu'ils apportent à la Cour
est tombé depuis hier entre leurs mains ; que
c'est une Lettre qu'on suppose écrite le 29. Avril
dernier à M. le Cardinal de Fleury par M. le
Coadjuteur d'Orleans , au sujet d'un Arrêt que la
Cour venoit de rendre. Que le caractére d'un
Ecrit si emporté , si peu convenable , et dans le
quel on voit la Cour attaquée d'une maniere si
injurieuse , ne leur permet pas de le regarder
comme l'Ouvrage de ce Prélat et qu'ils ne
doute pas qu'il ne se sente aussi offensé qu'il doit
l'être de la publication qu'on en fait sous son
vika 1. Vol. nom
1412 MERCURE DE FRANCE
nom. Mais qu'ils ne s'en croyent que plus obli
gez d'étouffer ce Libelle sans aveu dans sa nais
sance. Que la Cour verra assez d'elle - même quel
scandale il est capable de causer , et combien il
seroit propre à réveiller l'inquiétude et la chaleur
des Esprits , si par son autorité elle n'y apportoit
un prompt remede. Que c'est ce qui les engage à
avoir l'honneur de lui en rendre compte sur le
champ ; et que pour satisfaire à ce sujet à ce
qu'ils croyent être du devoir de leur Ministere
ils requierent qu'il plaise à la Cour ordonner que
cet Ecrit imprimé, intitulé : Lettre de M. le
Coadjuteur d'Orleans à M. le Cardinal de Fleu
☛y , du 29. Avril 1731. demeurera supprimé ,
que défenses seront faites à tous Imprimeurs et
Libraires , Colporteurs et autres , de l'imprimer ,
vendre , debiter , ou autrement distribuer . En
joindre à tous ceux qui auroient des Exemplai
res , de les apporter incessamment au Greffe de la
la Cour , pour y être supprimez : ordonner que
Copies collationnées de l'Arrêt qui interviendra
seront envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
du Ressort , pour y être lues , publiées et regis
trées ; enjoindre à leurs Substituts d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois.
Eux retirez vú ledit Ecrit imprimé , intitulé :
Lettre de Monsieur le Coadjuteur d'Orleans à
Monseigneur le Cardinal de Fleury , le 29. Avril
3731. La matiere sur ce mise en déliberation.
LA COUR ordonne que ledit Ecrit imprimé,
intitulé : Lettre de Monsieur le Coadjuteur d'Or
leans à Monseigneur le Cardinal de Fleury , le
29. Avril 1731. sera et demeurera supprimé ;
fait deffenses à tous Imprimeurs et Libraires
Colporteurs et autres , de l'imprimer , vendre ,
débiter , ou autrement distribuer : Enjoint à tous
J Vol.
ceux
JUIN. 1731.
1413
Y
zeux qui en auroient des Exemplaires , de les ap
porter incessamment au Greffe de la Cour , pour
y être suprimez ; ordonne que Copies collation
nées du present Arrêt seront envoyées aux Bail
liages et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lûës , publiées et registrées ; Enjoint aux Substi
tuts du Procureur General du Roy d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois.
FAIT en Parlement le dix -neuf Juin mil sept.
cens trente-un. Signé , YS A BEAU.
ORDONNANCES , &c.
RREST du Qui or .
Adonne que les Proprietaires des Offi
ces qui se prétendent exempts du droit de
marc d'or , rapporteront leurs Titres
pour être examinez par les Sieurs Com
missaires nommez par les Arrêts des 30.
May , et 31. Aoust 1730..Nomme le
Sieur Passelaigue pour Greffier de la Com
mission ; Et subroge le Sieur Pallu , Maî
tre des Requêtes , au Sieur de la Galai
siere l'un desdits Sieurs Commissaires
nommé à l'Intendance de Soissons .
ARREST du même jour , Qui exem
pte des Droits dûs au Roy ou à ses Fer
miers , et des Droits de Péages , les Grains.
qui seront transportez des Provinces du
Royaume dans celle de Provence , pen
dant un an , à compter du 15. Septembre
1731.
EDIT DU ROY , Portant réit
nion des deux Villes de Clermont et de
I. Vol. Monferrand,
1410 MERCURE DE FRANCE
Monferrand , sous le nom de Clermont
Ferrand. Donné à Versailles au mois de
ay 1731. MRegistré en Parlement le 29 .
May , par lequel il est dit que ces deux
Villes , demeureront réünies et incorpo
rées l'une à l'autre doresnavant et pour
toujours sous le nom de Clermont-Ferrand ,
avec communication reciproque des hon
libertez et franchises attribuez
ausdites deux Villes. Cet Edit contient
XVI . Articles , qui ordonnent tout ce
qui doit- être observé au sujet de ladite
réünion , &c.
neurs
>
ARREST. du 30. May , Qui nom
me des Commissaires pour voir et exa
miner les anciens et nouveaux Rôles , Ta
fs et Reglemens concernant le payement
du Droit de marc d'Or ; et ordonne la re
présentation des titres des Officiers qui
prétendent se dispenser du payement du
dit droit.
ARREST du 5 Juin , Qui ordonne
qu'à commencer du jour de la publica
tion , il ne sera fait aucune nouvelle plan
tation de vignes dans les Provinces et Gé
néralitez du Royaume ; et que celles qui
auront été deux ans sans être cultivées
ne pourront être rétablies sans une per
1. Vol. mission
JUIN. 1731 . 1471
mission expresse de Sa Majesté , à peine
de trois mille livres d'amende.
ORDONNANCE DU ROY
du 10. Juin , par laquelle Sa Majesté a per
mis et permet à tous Fermiers , Labou
reurs et autres , dans la Généralité de Pa
ris , même dans l'étendue des Capitaine
ries , de faire faucher pendant la presente
année seulement et sans tirer à conse
quence , tous les prez de quelque nature
et qualité qu'ils soient , dans le tems qu'il
le jugeront à propos , sans en demander
permission aux Seigneurs , aux Capitaines
des Chasses , à leurs Officiers et autres .
ARREST du Parlement , Qui supprime up
Ecrit imprimé , &c.
A
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudir
Seigneur Roy portant la parole , ont dit :
Que l'Imprimé qu'ils apportent à la Cour
est tombé depuis hier entre leurs mains ; que
c'est une Lettre qu'on suppose écrite le 29. Avril
dernier à M. le Cardinal de Fleury par M. le
Coadjuteur d'Orleans , au sujet d'un Arrêt que la
Cour venoit de rendre. Que le caractére d'un
Ecrit si emporté , si peu convenable , et dans le
quel on voit la Cour attaquée d'une maniere si
injurieuse , ne leur permet pas de le regarder
comme l'Ouvrage de ce Prélat et qu'ils ne
doute pas qu'il ne se sente aussi offensé qu'il doit
l'être de la publication qu'on en fait sous son
vika 1. Vol. nom
1412 MERCURE DE FRANCE
nom. Mais qu'ils ne s'en croyent que plus obli
gez d'étouffer ce Libelle sans aveu dans sa nais
sance. Que la Cour verra assez d'elle - même quel
scandale il est capable de causer , et combien il
seroit propre à réveiller l'inquiétude et la chaleur
des Esprits , si par son autorité elle n'y apportoit
un prompt remede. Que c'est ce qui les engage à
avoir l'honneur de lui en rendre compte sur le
champ ; et que pour satisfaire à ce sujet à ce
qu'ils croyent être du devoir de leur Ministere
ils requierent qu'il plaise à la Cour ordonner que
cet Ecrit imprimé, intitulé : Lettre de M. le
Coadjuteur d'Orleans à M. le Cardinal de Fleu
☛y , du 29. Avril 1731. demeurera supprimé ,
que défenses seront faites à tous Imprimeurs et
Libraires , Colporteurs et autres , de l'imprimer ,
vendre , debiter , ou autrement distribuer . En
joindre à tous ceux qui auroient des Exemplai
res , de les apporter incessamment au Greffe de la
la Cour , pour y être supprimez : ordonner que
Copies collationnées de l'Arrêt qui interviendra
seront envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
du Ressort , pour y être lues , publiées et regis
trées ; enjoindre à leurs Substituts d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois.
Eux retirez vú ledit Ecrit imprimé , intitulé :
Lettre de Monsieur le Coadjuteur d'Orleans à
Monseigneur le Cardinal de Fleury , le 29. Avril
3731. La matiere sur ce mise en déliberation.
LA COUR ordonne que ledit Ecrit imprimé,
intitulé : Lettre de Monsieur le Coadjuteur d'Or
leans à Monseigneur le Cardinal de Fleury , le
29. Avril 1731. sera et demeurera supprimé ;
fait deffenses à tous Imprimeurs et Libraires
Colporteurs et autres , de l'imprimer , vendre ,
débiter , ou autrement distribuer : Enjoint à tous
J Vol.
ceux
JUIN. 1731.
1413
Y
zeux qui en auroient des Exemplaires , de les ap
porter incessamment au Greffe de la Cour , pour
y être suprimez ; ordonne que Copies collation
nées du present Arrêt seront envoyées aux Bail
liages et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lûës , publiées et registrées ; Enjoint aux Substi
tuts du Procureur General du Roy d'y tenir la
main , et d'en certifier la Cour dans un mois.
FAIT en Parlement le dix -neuf Juin mil sept.
cens trente-un. Signé , YS A BEAU.
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Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
En 1730 et 1731, plusieurs arrêtés, ordonnances et édits royaux ont été émis. Un arrêté du 30 mai 1730 et du 31 août 1730 ordonne aux propriétaires d'offices exempts du droit de marc d'or de rapporter leurs titres pour examen par des commissaires. Le Sieur Passelaigue est nommé greffier, et le Sieur Pallu remplace le Sieur de la Galaisière. Un autre arrêté du 31 août 1730 exonère les grains transportés en Provence des droits royaux et de péage pour une année à partir du 15 septembre 1731. Un édit royal du 29 mai 1731 fusionne les villes de Clermont et de Montferrand sous le nom de Clermont-Ferrand, avec partage réciproque des honneurs, libertés et franchises. Un arrêté du 30 mai 1730 nomme des commissaires pour examiner les rôles et règlements concernant le droit de marc d'or. Un arrêté du 5 juin 1731 interdit les nouvelles plantations de vignes et restreint la réhabilitation des vignes non cultivées depuis deux ans. Une ordonnance royale du 10 juin 1731 permet aux fermiers et laboureurs de faucher les prés sans autorisation seigneuriale pour l'année en cours. Enfin, un arrêt du Parlement supprime un écrit imprimé intitulé 'Lettre de M. le Coadjuteur d'Orléans à M. le Cardinal de Fleury' du 29 avril 1731, jugé injurieux et scandaleux, et interdit sa distribution.
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5567
p. 1413-[1415]
TABLE.
Début :
Pieces fugitives. Ode sacrée, Lettre sur une Urne et des Médailles trouvées, [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
1205 Preces Fugitives. Ode sacrée , Lettre sur une Urne et des Médailles trou-
1267
2. vées ,
Descente aux Enfers , Ode ,
1213
1
4. Vel.
Lettre
Lettre sur lapierre qui s'engendre dans le corps *
1217
1221
Stances ,
Lettre sui la Tragédie d'Amasis , 1224
L'Interêt , Ode , 1235
Lettre sur un Ouvrage Espagnol , Théatre Cri
tique , &c. 1241
1252 L'Aiglon et le Geay , Fable ,
Fait de Chirurgie singulier , &c. 1254
La Goute vaincuë , Vers , et Avis sur cette ma
ladie ,
1217
1260
1262
1275
Racommodement , Ode ,
Lettre sur deux Médailles Grecques ,
Le plaisir épuré , Ode ,
Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires ,
1280
Bouquet ,
1282
1284
* Réponse sur la gloire des Orateurs ,
Logogryphe et Enigmes , &c. 1303
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. Mé
thode pour commencer les Humanitez Grec
ques et Latines ,
Amusemens de l'Amitié ,
Porte-Feuille du Chr . de R....
1315
Lettres serieuses et badines , &c.
OEuvres mêlées du C. Hamilton ,
Catalogue des OEuvres du Marquis Sc. Maffey ,
7317
nise ,
Discours Latin du P. Porée ,
Essay Médicophysique sur la Saignée ,
Chanson notée ,
1322
Giornale de Litterati d'Italia : Journal de Ve
1324
1334
1340
1348
1
T
Spectacles ,
Balet des Fêtes Venitiennes
Lettre sur le Théatre Anglois ,
1307
1308
1310
1347
1348
1350
1. Vol Nouvelle
Nouvelles Etrangeres . Diverses Lettres de Cons
Mantinople sur la seconde Révolution, &c. 1364
Nouvellles d'Allemagne et d'Italie ,
Angleterre et Hollande
1373
1378
1 Morts et Mariages ,
France , Nouvelles de la Cour de Paris , &c.
1382
00
kfléxions en Vers sur Paris ,
Morts , Naissances et Mariages ,
Mariage et Généalogie de la Maison du Comte
1389
de Rupelmonde ,
Sonnet ,
* rêts Notables ,
1383
1388
Errata de May.
Age 1024. ligne 3. Come , lisez , Comte.
P. 1039. 1. 2. du bas , tout , ôtez ce mot.
1040. 1. 9. inalienable ; point , l. inalienable et
oint.
1397
408
1409
1205 Preces Fugitives. Ode sacrée , Lettre sur une Urne et des Médailles trou-
1267
2. vées ,
Descente aux Enfers , Ode ,
1213
1
4. Vel.
Lettre
Lettre sur lapierre qui s'engendre dans le corps *
1217
1221
Stances ,
Lettre sui la Tragédie d'Amasis , 1224
L'Interêt , Ode , 1235
Lettre sur un Ouvrage Espagnol , Théatre Cri
tique , &c. 1241
1252 L'Aiglon et le Geay , Fable ,
Fait de Chirurgie singulier , &c. 1254
La Goute vaincuë , Vers , et Avis sur cette ma
ladie ,
1217
1260
1262
1275
Racommodement , Ode ,
Lettre sur deux Médailles Grecques ,
Le plaisir épuré , Ode ,
Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires ,
1280
Bouquet ,
1282
1284
* Réponse sur la gloire des Orateurs ,
Logogryphe et Enigmes , &c. 1303
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. Mé
thode pour commencer les Humanitez Grec
ques et Latines ,
Amusemens de l'Amitié ,
Porte-Feuille du Chr . de R....
1315
Lettres serieuses et badines , &c.
OEuvres mêlées du C. Hamilton ,
Catalogue des OEuvres du Marquis Sc. Maffey ,
7317
nise ,
Discours Latin du P. Porée ,
Essay Médicophysique sur la Saignée ,
Chanson notée ,
1322
Giornale de Litterati d'Italia : Journal de Ve
1324
1334
1340
1348
1
T
Spectacles ,
Balet des Fêtes Venitiennes
Lettre sur le Théatre Anglois ,
1307
1308
1310
1347
1348
1350
1. Vol Nouvelle
Nouvelles Etrangeres . Diverses Lettres de Cons
Mantinople sur la seconde Révolution, &c. 1364
Nouvellles d'Allemagne et d'Italie ,
Angleterre et Hollande
1373
1378
1 Morts et Mariages ,
France , Nouvelles de la Cour de Paris , &c.
1382
00
kfléxions en Vers sur Paris ,
Morts , Naissances et Mariages ,
Mariage et Généalogie de la Maison du Comte
1389
de Rupelmonde ,
Sonnet ,
* rêts Notables ,
1383
1388
Errata de May.
Age 1024. ligne 3. Come , lisez , Comte.
P. 1039. 1. 2. du bas , tout , ôtez ce mot.
1040. 1. 9. inalienable ; point , l. inalienable et
oint.
1397
408
1409
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Résumé : TABLE.
Le document présente une table chronologique d'œuvres littéraires et de correspondances s'étendant de 1205 à 1409. Les entrées incluent divers genres tels que poèmes, lettres, fables, odes, essais et journaux. Parmi les œuvres notables figurent 'Préces Fugitives' en 1205, 'Descente aux Enfers' en 1213, 'Lettre sur une Urne et des Médailles trouvées' en 1267, et 'L'Aiglon et le Geay' en 1252. Le texte mentionne également des publications sur des sujets variés comme la chirurgie, la médecine et les arts. Des journaux littéraires et des nouvelles étrangères sont également répertoriés, tels que le 'Giornale de Litterati d'Italia' en 1322 et les 'Nouvelles Etrangeres' en 1364. Le document se conclut par des corrections d'erreurs et des notes sur des pages spécifiques.
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5568
p. [1415]
Errata de May.
Début :
Page 1024. ligne 3. Come, lisez, Comte. P. 1039. l. 2. du bas, tout, ôtez ce mot. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de May.
Age 1024. ligne 3. Come , lisez , Comte.
P. 1039. 1. 2. du bas , tout , ôtez ce mot.
1040. 1. 9. inalienable ; point , l. inalienable et
oint.
1397
408
1409
1104. 1. 3. dont nous avons parlé , dont
ous n'avons pû parler le .
1156. 1. 10. sauve , l. Chauve .
1185. 15. merite , distingue les , ↳ merite
distingué des.
Ibid. ligne derniere , 24. 4. 21 .
PP1196 . l. 15. Galiot , I. Galiot Mandat,
P1197. 1. 25. Launoy , I. Lannoy.
P. 1039. 1. 2. du bas , tout , ôtez ce mot.
1040. 1. 9. inalienable ; point , l. inalienable et
oint.
1397
408
1409
1104. 1. 3. dont nous avons parlé , dont
ous n'avons pû parler le .
1156. 1. 10. sauve , l. Chauve .
1185. 15. merite , distingue les , ↳ merite
distingué des.
Ibid. ligne derniere , 24. 4. 21 .
PP1196 . l. 15. Galiot , I. Galiot Mandat,
P1197. 1. 25. Launoy , I. Lannoy.
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5569
p. [1416]
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 1210. ligne 3. Preux, lisez, Pieux. P. 1282. 1. 21. si j'avois , l. si l'avois. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PA
Page
Age 1210. ligne 3. Preux , lis ex, Pieux.
P. 1282. 1. 21. si j'avois , l. si l'avois.
P. 1287. l. 18. ne meuvent , l. n'émeuvent,
P. 1306. l. 6. le , l. au.
P. 1316. 1. 4. apresse , l . appresso .
P. 1317. 1. du diable , ajoûtez , je lui suis devenu
semblable ; en.
P. 1321. 1. 15. Néobulé , 4. Néobule.
P. 1325. L 25. Corce , l. Croce.
P. 1330. 1. 16. c , ôtez cette lettre.
Ibid. 1. 17. motti , 4. molti. Ibid. foglie
foglie.
P. 1338. 1. 1. avoüer , 1. sçavoir.
P. 1.350. L 9. differens , L. d'excellens.
P. 1366. 1, 27. s'amuserent , 1. s'ameuterent,
PA
Page
Age 1210. ligne 3. Preux , lis ex, Pieux.
P. 1282. 1. 21. si j'avois , l. si l'avois.
P. 1287. l. 18. ne meuvent , l. n'émeuvent,
P. 1306. l. 6. le , l. au.
P. 1316. 1. 4. apresse , l . appresso .
P. 1317. 1. du diable , ajoûtez , je lui suis devenu
semblable ; en.
P. 1321. 1. 15. Néobulé , 4. Néobule.
P. 1325. L 25. Corce , l. Croce.
P. 1330. 1. 16. c , ôtez cette lettre.
Ibid. 1. 17. motti , 4. molti. Ibid. foglie
foglie.
P. 1338. 1. 1. avoüer , 1. sçavoir.
P. 1.350. L 9. differens , L. d'excellens.
P. 1366. 1, 27. s'amuserent , 1. s'ameuterent,
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Résumé : Fautes à corriger dans ce Livre.
Le document liste des corrections orthographiques et grammaticales dans un livre. Par exemple, 'Preux, lis ex, Pieux' à la page 1210, ligne 3, et 'si j'avois' à la page 1282, ligne 21. D'autres corrections incluent 'ne meuvent' à 'n'émeuvent' et des modifications de noms propres comme 'Néobulé' à 'Néobule'. Des ajouts, suppressions de mots et corrections de termes spécifiques sont également mentionnés.
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5570
p. [1417]
LISTE DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
Début :
A Toulouse, chez Enaut & Forest. Bordeaux, chez Raymond Labottiere, chez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
#
A Toulouſe , chez Enaut & Foreſt.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere, & chez Chapui , fils ,
au Palais , & à la Pofte.
Nantes , chez Julien Maillard , & chex du
Verger.
Rennes , chez Jofeph Vattar , Julien Vatar ,
Guillaume Jouanet Vatar & la veuve Garnier,
Blois , chez Maffſon.
Tours , chez Maffon.
Rouen , chez Herault.
Châlons-fur- Marne , chez Seneuze
3 Amiens chez la veuve François , Godard &
Redé le fils .
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau & à la Pofte.
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , & à la Pofte
Verſailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Briffaut , à la Pofte
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard..
A Vitry le -François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Douay, chez Willerval .
Charleville , chez P. Thefin.
Moulins , chez Faure.
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
#
A Toulouſe , chez Enaut & Foreſt.
Bordeaux , chez Raymond Labottiere , chez
Etienne Labottiere, & chez Chapui , fils ,
au Palais , & à la Pofte.
Nantes , chez Julien Maillard , & chex du
Verger.
Rennes , chez Jofeph Vattar , Julien Vatar ,
Guillaume Jouanet Vatar & la veuve Garnier,
Blois , chez Maffſon.
Tours , chez Maffon.
Rouen , chez Herault.
Châlons-fur- Marne , chez Seneuze
3 Amiens chez la veuve François , Godard &
Redé le fils .
Arras , chez C. Duchamp.
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau & à la Pofte.
Chartres , chez Fetil , & chez J. Roux.
Dijon , chez la veuve Armil , & à la Pofte
Verſailles , chez Pigeon.
Befançon , chez Briffaut , à la Pofte
Saint Germain , chez Doré.
Lyon , à la Pofte.
Reims , chez Godard..
A Vitry le -François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Douay, chez Willerval .
Charleville , chez P. Thefin.
Moulins , chez Faure.
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Résumé : LISTE DES LIBRAIRES qui débitent le Mercure dans les Provinces du Royaume, &c.
Le document énumère les libraires distribuant le périodique 'Mercure' dans diverses provinces du Royaume. Les villes mentionnées incluent Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Blois, Tours, Rouen, Châlons-sur-Marne, Amiens, Arras, Orléans, Angers, Chartres, Dijon, Versailles, Besançon, Saint-Germain, Lyon, Reims, Vitry-le-François, Beauvais, Douai, Charleville et Moulins.
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5571
p. [1418]
CATALOGUE des Mercures de Frances depuis l'année 1721. jusqu'à present.
Début :
Juin et Juillet 1721. 2. vol. Août, Septembre, Octobre, Novembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE des Mercures de Frances depuis l'année 1721. jusqu'à present.
CATALOGUE des Mercures de Frances
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
2. vol.
J
Uin et Juillet 1721.
Août , Septembre , Octobre, Novembre
et Decembre ,
Janvier et Fevrier 1722.
Mars 1722.
Avril ,
May ,
Juin , Juillet & Août ,
Septembre ,
Octobre ,
Novembre ,
Decembre ,
de Sep
Année 1725. les mois de Juin ,
tembre & Decembre doubles ,
Année 1726. les mois de Juin & de De
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
Année 1729. les mois de Juin , de Sep
tembre et Decembre doubles ,
Année 1730. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
2. vol.
I. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double , 13. vol.
Année 1724. les mois de Juin & de De
cembre doubles ,
14. vol
15. vol
14. vol.
Janvier 1731.
Janvier , Février , et Mars 1731,
Avril ,
5. vol.
2. vol.
2. vol.
May ,
Juin ,
1. vol.
2. vol..
3. vol,
2. vol.
1. vol.
14. vol.
14. vol.
Is. vol.
14. vol.
I. vol.
3. vol.
2. vol.
I. vol.
2. vol.
145. vole
depuis l'année 1721. jusqu'à present.
2. vol.
J
Uin et Juillet 1721.
Août , Septembre , Octobre, Novembre
et Decembre ,
Janvier et Fevrier 1722.
Mars 1722.
Avril ,
May ,
Juin , Juillet & Août ,
Septembre ,
Octobre ,
Novembre ,
Decembre ,
de Sep
Année 1725. les mois de Juin ,
tembre & Decembre doubles ,
Année 1726. les mois de Juin & de De
cembre doubles ,
Année 1727. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
Année 1728. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
Année 1729. les mois de Juin , de Sep
tembre et Decembre doubles ,
Année 1730. les mois de Juin et de De
cembre doubles ,
2. vol.
I. vol.
Année 1723 le mois de Decembre double , 13. vol.
Année 1724. les mois de Juin & de De
cembre doubles ,
14. vol
15. vol
14. vol.
Janvier 1731.
Janvier , Février , et Mars 1731,
Avril ,
5. vol.
2. vol.
2. vol.
May ,
Juin ,
1. vol.
2. vol..
3. vol,
2. vol.
1. vol.
14. vol.
14. vol.
Is. vol.
14. vol.
I. vol.
3. vol.
2. vol.
I. vol.
2. vol.
145. vole
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Résumé : CATALOGUE des Mercures de Frances depuis l'année 1721. jusqu'à present.
Le document présente un catalogue des 'Mercures de France' couvrant la période de 1721 à 1731. Il détaille la publication mensuelle et les volumes correspondants pour chaque année. En 1721, les mois de juin et juillet sont inclus dans le deuxième volume, tandis que les mois d'août à décembre 1721 et janvier à mars 1722 sont également mentionnés. Pour 1722, les mois d'avril à décembre sont listés individuellement. En 1725, les mois de juin, septembre et décembre sont doubles. Cette particularité se répète pour les années 1726 à 1730, avec des variations spécifiques pour chaque année. Par exemple, en 1724 et 1729, les mois de juin et décembre sont doubles. Le catalogue indique également le nombre de volumes publiés pour chaque période.
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5572
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monsieur MOREAU, commis au Mercure [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VIS.
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetez aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porierfur
theure à la Pofte , on anx Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
L
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Fran
goife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetez aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prietrès- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porierfur
theure à la Pofte , on anx Meffageries qu'on
lui indiquera,
PRIX XXX, SOLS,
Fermer
Résumé : AVIS.
Le document détaille les procédures pour l'envoi et la réception du Mercure, une publication. Les envois doivent être adressés à Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé vis-à-vis la Comédie Française à Paris. Pour plus de commodité, les lecteurs peuvent également déposer leurs paquets chez les libraires parisiens vendant le Mercure. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste afin d'éviter leur rejet et la perte des ouvrages, surtout si aucune copie n'est conservée. Les libraires des provinces et des pays étrangers, ainsi que les particuliers désirant recevoir rapidement le Mercure de France, doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier s'engage à préparer et expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées. Le coût de cette prestation est de trente sols.
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5573
p. 1421-1426
PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Début :
On ne sçauroit croire de quelle utilité seroit la résolution de ce Problême : [...]
Mots clefs :
Médecine, Sang, Cœur, Fluides, Gluant, Liqueurs, Artères, Aorte, Chyle, Boyau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
PROBLEME
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
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Résumé : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Le texte aborde la détermination de la vitesse absolue du sang au sortir du cœur, un sujet crucial pour les médecins. Ces derniers sont comparés à des mécaniciens réparant une machine complexe. Les tentatives précédentes pour mesurer cette vitesse sont jugées insuffisantes car elles reposent sur des modèles parfaits et des fluides idéaux, contrairement au sang gluant et aux vaisseaux élastiques du corps humain. Les méthodes existantes pour mesurer cette vitesse sont complexes et imprécises. Par exemple, observer la trajectoire du sang jaillissant d'une artère ouverte ou calculer la vitesse à partir de la force du cœur et de la quantité de sang éjectée sont entravées par des facteurs comme les douleurs de la plaie ou la résistance des artères et de l'air. L'auteur propose une méthode plus fiable. En se basant sur le battement du cœur (environ 75 fois par minute), l'ouverture de l'aorte (63 lignes) et la quantité de sang éjectée (environ une once et demie par contraction), il calcule que la vitesse du sang au sortir du cœur est d'environ 5 pouces par contraction, soit 29 à 30 pieds par minute. Cette méthode permet également de déterminer la vitesse et la force du sang dans tous les vaisseaux du corps humain, en utilisant les rapports de diamètres et la règle des vitesses réciproques. Le texte conclut en expliquant comment cette connaissance peut éclairer des phénomènes médicaux comme le retour périodique des fièvres et des maladies chroniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5574
p. 1427-1428
ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
Début :
Seigneur, pour publier ta gloire, [...]
Mots clefs :
Psaume, Gloire, Lois, Magnificence, Équité, Providence, Alliance
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texteReconnaissance textuelle : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
ODE SA CREE,
Tirée du Pseaume cx.
& c.. Confitebor tibi , Domine
Seigneur, Eigneur , pour publier ta gloire ,
J'éleverai par tout ma voix ;
J'en rappellerai la memoire ,
Aux hommes qui suivent tes Loix.
Je mésurerai mes hommages ,
Sur la grandeur de tes Ouvrages ,
Conformes à ta volonté :
Ils sont pleins de magnificence ,,
Et tous annoncent ta Puissance
Et ton immuable équité.
.
De mon Dieu , quelle est la clémence
Pour la Nation qui le sert ?
Son indulgente Providence ,
L'a nourir dans le Desert.
sçu
Il éternise ses Miracles ;
Israël , selon ses Oracles ,
Tu verras fuir tes ennemis ; .
Et suivant sa sainte Alliance
dla Vola
11
428 MERCURE DE FRANCE
Il va mettre sous ta Puissance ,
L'heritage qu'il t'a promis.
Tout ce qu'il fait n'est que sagesse
Que justice et que verité ;
Ses Loix subsisteront sans cesse
Pour confondre l'impieté.
Il délivra Sion naissante .""
De la puissance ravissante ,
De ses infléxibles Tyrans ;
Et l'Alliance salutaire ,
Qu'avec son Peuple il daigna faire ,
Sera stable dans tous les tems.
"
讚
Son nom est saint et redoutable ;
C
Ceux qui craignent son Jugement ,
De la Sagesse veritable ,
Possedent le commencement.
S'ils prennent leur crainte pour guide ,
Bien- tôt de ce Monde perfide ,
Ils connoîtront la vanité ;
Et du Seigneur dans les délices ,
Ils celebreront les Justices ,
Pendant toute l'Eternité.
Tirée du Pseaume cx.
& c.. Confitebor tibi , Domine
Seigneur, Eigneur , pour publier ta gloire ,
J'éleverai par tout ma voix ;
J'en rappellerai la memoire ,
Aux hommes qui suivent tes Loix.
Je mésurerai mes hommages ,
Sur la grandeur de tes Ouvrages ,
Conformes à ta volonté :
Ils sont pleins de magnificence ,,
Et tous annoncent ta Puissance
Et ton immuable équité.
.
De mon Dieu , quelle est la clémence
Pour la Nation qui le sert ?
Son indulgente Providence ,
L'a nourir dans le Desert.
sçu
Il éternise ses Miracles ;
Israël , selon ses Oracles ,
Tu verras fuir tes ennemis ; .
Et suivant sa sainte Alliance
dla Vola
11
428 MERCURE DE FRANCE
Il va mettre sous ta Puissance ,
L'heritage qu'il t'a promis.
Tout ce qu'il fait n'est que sagesse
Que justice et que verité ;
Ses Loix subsisteront sans cesse
Pour confondre l'impieté.
Il délivra Sion naissante .""
De la puissance ravissante ,
De ses infléxibles Tyrans ;
Et l'Alliance salutaire ,
Qu'avec son Peuple il daigna faire ,
Sera stable dans tous les tems.
"
讚
Son nom est saint et redoutable ;
C
Ceux qui craignent son Jugement ,
De la Sagesse veritable ,
Possedent le commencement.
S'ils prennent leur crainte pour guide ,
Bien- tôt de ce Monde perfide ,
Ils connoîtront la vanité ;
Et du Seigneur dans les délices ,
Ils celebreront les Justices ,
Pendant toute l'Eternité.
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Résumé : ODE SACRÉE, Tirée du Pseaume CX. Confitebor tibi, Domine, &c.
Le poème 'ODE SA CREE' est tiré du Psaume 110 et commence par une louange à Dieu, exprimant le désir de proclamer Sa gloire et de rappeler les lois divines. Le poète souligne la magnificence, la puissance et l'équité des œuvres de Dieu. Il met en avant la clémence divine envers la nation qui sert Dieu, mentionnant la Providence qui a nourri Israël dans le désert et les miracles éternels de Dieu. Israël est assuré de voir ses ennemis fuir et de recevoir l'héritage promis par Dieu, en vertu de l'alliance sainte. Les actions de Dieu sont décrites comme sages, justes et vraies, et Ses lois subsisteront pour confondre l'impiété. Le poème évoque également la délivrance de Sion des tyrans et la stabilité de l'alliance salutaire entre Dieu et Son peuple. Enfin, il souligne que ceux qui craignent le jugement de Dieu possèdent la véritable sagesse et connaîtront la vanité du monde, célébrant les justices du Seigneur pour l'éternité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5575
p. 1429-1450
APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Début :
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait faire à M. Tiers, autrefois Curé de Champrond, / Ne soyez point effrayé, mon cher Chanoine, de me revoir au bout de [...]
Mots clefs :
Écrit, Apparition, Ombre, Chanoine régulier, Réforme , Lumière, Révérend, Église d'Amiens, Bréviaires d'Amiens, Manuscrit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
L'Ecrit qui suit est un aveu qu'on fait
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
faire à M. Thiers , autrefois Curé de Cham
prond , Diocèse de Chartres et fort connu
dans la Republique des Lettres , de quel
quesfautes qu'il a reconnues dans ses propres
Ouvrages. L'Auteur a crû pour la satisfac
>
tion des Lecteurs devoir réduire cet Ecrit en
forme d'Apparition , par allusion à l'Ecrit qui
parut en 1712. fous le Titre d'Ombre de M.
Thiers , pour refuter une Dissertation de M.
de l'Estocq , Chanoine d'Amiens , touchant
le Corps de S. Firmin le Confeffeur.
APPARITION
DE L'OMBRE DE M. THIERS ;
A un Chanoine Régulier de la Réforme
de Saint-Quentin de Beauvais.
N
E soyez point effrayé , mon cher
Chanoine , de me revoir au bout de
tant d'années d'absence : Vous m'avez ai
mé et estimé , lorsqué vous étiez encore
jeune '; accordez-moi la même faveur
maintenant que vous commencez à grison
ner , et que vous approchez du temps au
9
II. Vol.
A vi quel
430 MERCURE DE FRANCE
quel nous esperons vous voir rejoint
à nous. Je viens m'entretenir avec vous
durant l'espace d'une petite demie
heure , qui m'a été accordé par celui dans
la lumiere duquel nous voyons toute lu
miere.
Il n'est jamais deshonorable de se retrac
ter , lorsqu'il est évident que l'on s'est
Trompe. Voyant à present beaucoup plus
clair dans le Païs où je suis , que je ne
voyois autrefois dans les bas lieux que vous
habitez , je découvre bien des choses que
j'ignorois dans les tems que le Reverend
Pere Abbé de Saint- Acheul d'Amiens
m'obligea de parler pour refuter un Cha
noine Séculier qui prenoit la défense
de la Tradition de la Mere Eglise d'A
miens.
2i
>
Pour détruire la Fête de la Tranflation
du Corps de Saint Firmin le Confesseur
que cette Eglise célebre , j'essayois de prou
ver que le culte de l'Evêque S. Salve , Au
teur de cette Translation est nouveau
dans ce Diocèse , parce qu'il n'est pas dans
des Bréviaires d'Amiens , qu'on croit pos
terieurs au XII. Siécle , et j'avançois har
diment que la vie de ce S. Salve , sur la
quelle l'Eglise d'Amiens s'appuye , n'a
été composée au plutôt qu'au XIII . Siécle ;
qu'ainsi ce n'est que depuis ce temps- là
II. Vol. qu'on
JUIN. 1731 1431
qu'on a crû à Amiens que S. Salve avoit
transferé de l'Eglise fituée hors la Ville ,
le Corps de S. Firm in le Confesseur , &
par confequent que cette Translation étoit
supposée et inventée à plaisir. Je dis encore
avec confiance , que l'on ne peut produire
des Translations de simples Confesseurs
faites dès le feptiéme Siècle , et qu'alors
Pusage étoit de n'en faire que des Corps
des Martirs.Je me figurois que si la Châs
se qu'on appelle de saint Firmin le Confes
seur , dans la Cathedrale de Notre Dame
d'Amiens , contenoit quelques ossemens
ce ne pouvoitêtre que d'un S. Firmin , Ab
bé , que le Martyrologe de Baronius attri
bue à la Ville d'Amiens .
9.
Mais , hélas ! combien d'erreurs ne recon
nois - je pas à present avoir coulé de ma
plume Dieu ayant permis que je me sois
trouvé depuis peu dans la Compagnie de
quelques habiles Religieux , qui ont visité
plus exactement que moi les Biblioteques
de France , l'un d'entr'eux vient de m'ap
prendre que je me suis trompé très - gros
siérement sur l'époque que j'ai donnée à la
vie de S. Salve. Il se souvient qu'étant
dans l'Archimonaftere de Fleury ou de
S. Benoît sur Loire , il y vit un Manuscrit
du dixième Siècle ou du onzième au plû
tard , coté No. 200. où il lût cette Vie
>
II. Vola en
$ 432 MERCURE DE FRANCE
entierement dans les mêmes termes , que les
Chanoines d'Amiens ont produits. Ce Ma
nuscrit , aprés avoir dit que S. Salve bâtit
dans la Ville d'Amiens une Eglise du ti
tre de S. Pierre et S. Paul , avec une Cry
pte à l'Orient de cette Eglise , et une à
l'Occident ; ajoûte qu'il découvrit le Corps
de S. Firmin Martyr , & qu'il le plaça
dans la Crypte Occidentale ; et celui de S.
Firmin le Confesseur dans la Crypte
Orientale de la même Eglise : Sed et Sanc
tos Dei Firminum Episcopum , et Confesso
rem , Aceum quoque et Aceolum Martyres
Christi in Crypta Orientali verenter condidit
& decenter exornavit : ce qui est different
de ce que rapporte le Pere le Cointe , qui
fait placer tous ces Saints dans une seule
et même Crypte. Et comme je suis con
vaincu que ce Religieux se connoît par
faitement à l'âge des Manuscrits , je passe
d'abord condamnation sur ce Chef.
Dom Luc Dachery qui s'interresse aux
Saints Amiénois , m'a fait remarquer que
j'ai tort à la page 59. de croire qu'il ne se
soit fait aucune Translation des SS. Con
fesseurs dans le septième Siècle . Il m'a
renvoyé à la vie de Saint Marcoul ; qui est
dans le premier Volume de ses Siécles Be
nédictins , pag. 133. où il m'a assuré que
je trouverois que S. Oüen , Archevêque.
II. Vol.
de
JUIN. 1731. 1435
de Rouen , visitant sa Province de Neus
trie , fit dans le Diocèse de Coutances , la
Translation du Corps de ce Saint Con
fesseur. M. le Brasseur que j'ai trouvé dans
le quartier des Historiens , m'a confirmé
le fait , ajoûtant que s'il eut resté davan
tage sur la Terre , il eut fait imprimer
une Histoire générale de Normandie , où
cette Translation auroit été rapportée.
Ensuite il m'a cité un autre exemple , tiré
de son Histoire d'Evreux . C'eft la Trans
lation du Corps de S. Taurin , faite par
Viateur , Evêque d'Evreux , vers l'an 610
ou 612 .
Le Pere Labbe , Jesuite , Historien
sacré du Berry , ayant prêté l'oreille à cet
Entretien , m'est venu joindre fort gra
cieusement , pour me dire qu'il connoît
une Translation de cette nature qui est
encore plus ancienne : c'est celle du Corps
de S. Ursin , Apôtre et premier Evêque de
Bourges, sa Patrie, qui fut faite par l'Evê
que Probien au VI. Siécle , et de laquelle,
m'a-t'il dit , il est fait mention dans Saint
Gregoire de Tours . Je me suis trouvé
terrassé par ces exemples , et je n'ai sçu
que répondre.
Le Pere le Brun , de l'Oratoire , nou
vellement arrivé dans le Païs d'où je viens ,
ne m'a point refusé ses lumieres . Parfai
II. Vol. tement
434 MERCURE DE FRANCE
tement bon connoisseur en fait de Ma
nuscrits Liturgiques , il m'a appris à ne pas
conclure de ce qu'un Breviaire qui pa
roît être d'Amiens , ne contient pas le
nom de S. Salve , que ce Saint Evêque ne
fut pas honoré dans le Diocèse d'Amiens
dans le temps de l'Ecriture de ce Breviai
re ; il a soutenu que ma conclusion étoit
trop générale , parce que les Communau
tez des Chanoines Réguliers, quoique se
servant des Breviaires qui pourroient être
réputez Diocésains ,à cause du culte distin
gué qu'on y rendoit à certains Saints , ne
faisoient pas pour cela la profession d'ho
norer généralement tous les Saints du Dio
cèse. Comme donc ces Communautez
se restraignoient aux plus célébres , il ne
faut pas être surpris que le nom de Saint
Salve , ne fut pas dans quelques-uns des
Breviaires de ces Chanoines Reguliers vos
anciens Confreres .
Ce sçavant Oratorien m'a encore ap
pris que je me suis trompé assez lourde
ment , dans la raison que j'ai apportée
pour indiquer l'âge de ce Breviaire , où
je n'ai point vû S. Salve. C'est lorsque
pour preuve qu'il est posterieur au dou
ziéme Siècle , je me suis contenté de re
marquer que les Répons de l'Office des
Morts s'y trouvent , comme si , m'a- t'il
II. Vol dit
JUIN.
1731. 1431
dit , ces Répons n'étoient que de ce Siécle - là.
Illusion, sclon lui , que de croire Maurice
de Sully , Evêque de Paris , Auteur de ces
Répons. Ila tiré de sa poche un petit Sa
cerdotal Manuscrit du dixiéme Siècle , ou
du commencement du onzième , à qui
vos Modernes donnent mal à propos le
: i nom de Rituel , et il m'a fait voir dans
ce Sacerdotal qu'il dit avoir été à l'u
sage d'une Eglise du Milanez , ou des
environs , tous ces Répons notez comme
on notoit avant Gui-Aretin . Il m'a ren
voyé au pieux et sçavant Cardinal Tho
masi , et parmi les Anciens à Jean d'A
vranches , qui préceda Maurice de Sully
d'environ cent ans. Enfin il ne m'a point
permis de le quitter, que je n'eusse vû un
beau Missel d'Amiens de la fin du dou
ziéme Siécle , où il m'a fait lire cette Ru
brique entre la Fête de Sainte Geneviève
et celle de Saint Remi du 13. Janvier :
In Inventione S. Firmini Confessoris : Oratio.
» Adesto,Domine, precibus nostris et in
» tercedente beato Firmino , Confessore
» tuo atque Pontifice dexteram super nos
»tuæ propitiationis extende » La Secrete
et la Postcommunion ne qualifient non
plus ce Saint Firmin , que de Confes
seur Pontife. Ne me croyant pas en
core assez battu par cette Rubrique , il a
AS
1
•
1
·
II. Vol ouvert
1436 MERCURE DE FRANCE
ouvert ce Missel à l'endroit d'après la
Saint Simon , et j'y ai lû ces mots : Eodem
die Salvii , Episcopi et Confessoris . Oratio ,
>> Deus , qui hodiernam diem sacratissi
>> mam nobis beati Salvii , Confessoris tui,
» atque Pontificis solemnitate tribuisti .
» & c. » Eft ce donc là du commun ? m'a
t'il dit : diem sacritissimam , jour très - re
commandable ? La Mémoire de S. Salve
n'étoit donc pas si fort ensevelie dans
P'oubli , que vous l'avez prétendu par
votre Livre de 1712. et il m'a quitté à
ces paroles.
›
M. L'Abbé Châtelain dont j'ai été autre
fois ami , m'ayant trouvé , m'a déclaré
fort naturellement , qu'il ne falloit pas
que je crusse avoir épuisé tous les Saints
Salves dans la page 39. de mon dernier
écrit qui parût l'année de sa mort , qu'ou
tre les quatre que je nomme comme s'é
tant sanctifiez dans les Gaules, il en con
noît un cinquième qu'il auroit bien pû
me faire voir , si tous ces Salves étoient
distribués dans la même classe ; mais que
justement celui que je n'ai pas connu est
dans le quartier des Saints Solitaires , qui
est éloigné du sien : qu'au reste il y a dans
le Nivernois une petite Ville de son
nom , appellée Saint Saulge . Ce n'a point
été la seule remarque que ce Chanoine de
Paris , grand Agiologiste , m'a fait faire .
II. Vol
Il
JUIN. 1731 .
1437
M
Il en a ajoûté une autre encore plus im
portante sur S. Firmin , Abbé, que j'avois
conjecturé être celui qu'on appelle Saint
Firmin le Confesseur,à la Cathedrale d'A
miens, et dont on y conserve les Reliques
dans un Châsse derriere le grand Autel.
Il m'a prouvé que ma conjecture est trés
fausse ; que jamais il n'y eut à Amiens
de S. Firmin Abbé ; il m'a repris forte
ment de ce que je m'en suis rapporté en
ce point au Martyrologe de Baronius ,
disant les Réviseurs de cette com
, que
pilation sous Gregoire XIII. ont été
trompez par le Martyrologe de Galezi
nus : que ce Protonotaire ayant trouvé
au onzième Mars dans quelques anciens
Calendriers manuscrits un S ; Firmien ,
Abbé , sans désignation de lieu , il lui a
bonnement attribué le Diocèse d'Amiens,
à cause du nom de Firmin qu'il lisoit
dans trois manuscrits de Florence ; au
lieu que dans ceux de Rome et de Naples
il y a Firmiani : que le même Galezinus
a ignoré que ce Saint Firmien , Abbé , étoit
mort en la Marche d'Ancone , comme on
le voit dans Ferrarius , et qu'il n'est autre
que S.Firmien de Fermo , sous l'invocation
duquel il y avoit un Autel dont a parlé
le Cardinal Pierre Damien. (a) Ensorte
(a) Opusculo VI. ad Henric. Ravennat,
"
II, Vol que
B
1438 MERCURE DE FRANCE
que si je voulois m'en convaincre je
n'avois qu'à me transporter jusques dans
le Canton habité par les SS. Confesseurs
non Pontifes, et que j'y trouverois infailli
blement ce S. Firmien ou Firmain , Italien .
Voila , mon cher Chanoine , les Rémar
ques critiques que mon dernier ouvrage
m'a attirées de la part de tous ces venera
bles Personnages. Je suis venu aussitôt vous
témoigner que j'ai acquiescé à tout ce
qu'ils m'ont dit , afin que vous suiviez
mon exemple. Je n'attends que le mo
ment de rencontrer à mon retour Maître
Hadrien Baillet , pour lui faire part de
tout cecy , afin que de son côté il gagne
sur soy de retoucher quelque chose au
premier jour de Septembre , lorsqu'on
donnera une nouvelle Edition de sa
Vie des Saints.
Ce n'est pas encore tout ce que j'ai à
vous dire. Un nouveau venu dans nôtre
Region superieure m'a appris qu'on.
refondoit en France tous les Breviai
res. Vous sçavez que je me suis un
peu mêlé de cette Science , à telles en
seignes qu'en 1702. on imprima à Bruxel
les des Remarques que j'ai faites sur le
Prototype des Breviaires , je veux dire
celui de Cluny. Il me resteroit un scru
pule touchant l'une de mes Dissertations
II. Vola imprimée
JUIN. 1731. 1439
Imprimée dès l'an 1664. avant que vous
fussiez au monde , si je sçavois qu'elle
eut eu beaucoup de cours , et qu'elle eut
fait beaucoup d'impression sur les Esprits .
C'est celle que j'ai intitulée de retinenda
voce Paraclitus , saillie de jeunesse , effet
de l'envie de paroître Auteur de bonne
heure. Mais le nouveau venu m'a assuré
que dans tous les derniers Breviaires qui
ont quelque reputation , on lisoit à pre
sent Paraclêtus , et qu'on aime micux ne
jamais employer ce mot dans la Doxolo
gie des Hymnes , que de dire Paráclitus
comme je le voulois. J'avoue qu'en cela
on donne gain de cause à Sabellat , Cha
noine de Chartres , mon Condiocésain , à
qui l'Evêque fit un Procès sur sa pronon
ciation de Paraclêtus, ainsi que vous pou
vés le voir dans les Recherches de Pas
quier. Je m'en rejoüis , puisque ce sont
tous les plus habiles qui reviennent à la
prononciation primitive et conforme au
Grec , et je retire mon Ecrit , demeurant
d'accord qu'il ne peut y avoir que des
gens opiniâtres à l'excès , qui ayant sous
les yeux Paraclêtus bien marqué , conti
nueront à prononcer Paráclitus , par˚ es
prit de contradiction , et en dépit da
Livre imprimé , qu'ils tiendront entre
leurs mains.
II. Vol Bij Comme
1440 MERCURE DE FRANCE
"
>
Comme vous avez des Amis parmi
le Clergé des grandes Eglises de vos
Quartiers , vous me ferez plaisir d'a
vertir , lorsque l'occasion s'en présente
ra ceux à qui on peut parler avec
confiance , que jusqu'à present je n'ai
trouvé là- haut qui que ce soit qui
m'ait reproché d'avoir outré la matière
dans l'Ouvrage que je fis imprimer l'an
1690. Mais en même- tems aussi ajoûtez
leur que je n'y ai vû personne qui soit
orné de dépouilles étrangeres et emprun
tées. Les têtes que j'y ai vû à l'infini , et
tant que la vûë peut s'étendre , sont tel
les à peu près que vos imagiers les repre
sentent dans vos Bréviaires , au fron
tispice de l'Office de la Toussaints , ой
certainement je ne me souviens pas que
de mon temps on en vit aucune de l'es
pece dont je veux parler.
Le B. Yves de Chartres , votre ancien
Inſtituteur , que je rencontrai derniere
ment , en parlant au dévot Pere Gour
dan , s'entretint avec moi sur ses Disci
pies. Après avoir avoué qu'il y en a qui
appréhendent de couper leur sommeil
en deux , ou de chanter de grand matin
les louanges de Dieu , il parut se consoler
sur ce qu'il y en a aussi, qui sont très- vigi
gilans , et qui imitent ce qui est de l'an
>
II. Vol.
cienne
JUIN. 17731. 1441
cienne Discipline dans les Eglises Secu
lieres . Il sçait , en effet , qu'il y a de gran
des Eglises Séculieres , où l'on a conservé
une Discipline plus exacte que chez les
premiers , et que dans ces Eglises de Cha
noines Séculiers , quoique l'Office ne soit
pas d'une grande prolixité , on n'a garde
de quitter l'usage d'être levé de grand
matin pour louer Dieu '; usage si louable et
si exemplaire dans les Eglises de Lyon et
de Vienne des premieres de nos Gaules . Il
est informé qu'on y repousse vivement les
attaques que des Esprits legers' veulent
porter à la ferveur des derniers temps ,
toute médiocre qu'elle est ; lesquels
ne sçachant pas distinguer les change
mens qui ne sont point opposez aux
Canons d'avec ceux qui les combattent ,
proposent de quitter ce qui est mieux ,
pour faire même bien , et introduire un
relâchement peu édifiant : comme si une
connoissance moins générale de la Disci
pline Ecclesiastiqne , ne suffisoit pas pour
sçavoir qu'il y a des changemens qui se
font de bien en mal , de même qu'il y
en a qui peuvent se faire de mal en bien ;
et que l'attention aux Canons , ne dicte
pas que les derniers doivent être accep
tez , et les premiers rejettez .
J'avois autrefois rassemblé ici-bas des
11. Vol. ma
B iij
1442 MERCURE DE FRANCE
, pour
.
matériaux réfuter ceux
ceux qui , crai
gnant de se fatiguer par des Lectures qui
les instruisoient , ne cessoient de dire de
moi : Quand une pratique lui déplaît , il a
toujours des raisons pour la combattre , et il
est d'avis qu'on la change : Quand il s'agit
d'une autre qui lui plaît, il ne veut pas qu'on
parle d'y toucher. L'absurdité de ce raison
nement est trés- palpable , et c'est un pur
sophisme qu'ils débitoient pour me dé
crier car ce n'est pas parce qu'une chose
me plaisoit que je l'ai soutenuë bonne et
vice versa c'est plutôt parce qu'elle est
bonne , qu'elle m'a plû . Or comment
prouvois -je que telle pratique est bonne
et telle non bonne ou moins bonne ? Par
la confrontation de cette pratique avec
les Canons . Telle chose est Canonique
conforme aux Canons et à la Discipline .
Ecclesiastique , ou bien se rapproche de
cette conformité ; donc elle est bonne et
à préferer : c'étoit -là mon raisonnement..
Telle , au lieu de se rapprocher de ce que
les Canons prescrivent , s'en éloigne : donc
elle est moins bonne , et doit êsre rejet
tée. J'avois ensuite pour chaque pratique
en particulier un Ecrit tout préparé, dans
lequel je prouvois sa Canonicité ou son
Anticanonicité. Au reste, j'ai toujours ad
miré la prudence des Canons , qui pour..
Ja
II. Vola. voyant
JU. IN. 7443 1731.
Voyant à tout , ont dispensé d'une certaine
sévérité les Personnes infirmes , usées , ou
avancées en age , afin qu'elles ne proposas
sent pas de changer des reglemens que le
commun des hommes peut observer ; et
qui pareillement ont deffendu certaines
multiplicitez de devoirs , de crainte que .
Paccessoire ne pottât préjudice au Princi
pal. L'application continuelle que j'ai
donnée à cette science des Canons et de la
Discipline de l'Eglise , me répond qu'il
n'en est pas de même que dans quelques
questions de fait ou de Grammaire , où j'ai
quelquefois mis à côté : j'avoue que je me
suis trompé dans ces sortes d'occasions , et
si j'étois à recommencer , je serois plus
circonspect.
Vous voyez quelquefois vos Confreres
de Saint Jean - en - Vallée et de Saint
Cheron , faites leur part de ma docilité
et de la déference que j'ai pour le senti
ment des Doctes qul brillent comme les
Etoiles du firmament dans ce Pays d'où
je viens. Mais j'ai encore quelque chose
d'important à vous communiquer . C'est
qu'ayant fréquenté le quartier des plus
dévots envers la Sainte Vierge , ces Saints
Personnages , loin de blâmer la répu
gnance que j'ai toûjours eu à ajoûter foy
aux Fables du pays Chartrain , sur les
Il Vol B.iiij . Drui
1444 MERCURE DE FRANCE
Druides , m'en ont au contraire fait com
pliment. L'un d'entre eux m'a développé
la pensée qu'il avoit eûë dans le tems qu'il
étoit sur terre , touchant l'origine de cette
célebre inscription VIRGINI PARITURÆ
et dans laquelle il est confirmé depuis
qu'il est dans la Région de la clarté. Il
est fermement persuadé que ce n'a été
autre chose qu'une Inscription gravée
depuis l'usage des Images au dessous d'u
ne Annonciation dans le style de celles
que l'on met en Philosophie et en Théo
logie , sous les Estampes qui sont au haut
des Theses , où quelquesfois il y a en mau
vais Latin , Virgini Annuntiate ; et que
c'est la découverte qui aura été faite d'une
pierre chargée de cette Inscription dans
quelques décombres d'Eglise , au coin
d'un bois , qui aura donné occasion de
fabriquer l'Histoire. Il a ajouté que sa
dévotion , lorsqu'il étoit parmi vous
l'ayant porté à visiter la solitude de Pre
montré , consacrée à la Sainte Vierge.
l'Eglise Cathedrale de Nôtre-Dame de
Laon et celle de Nôtre- Dame de Liesse' ;
il avoit passé à l'Abbaye de Nogent- sous
Coucy , aussi dédiée sous la même invo
cation , et qu'il y avoit trouvé une tradi
tion pareille à celle de Chartres , mais non
pas mieux autorisée : qu'on lui fit voir
•
›
.
11. Vol. l'Ins
JUIN. 1731. 1443
I'Inscription VIRGINI PARITURE;
incrustée dans le mur d'une Chapelle de
l'Eglise, et qu'il reconnut tout d'abord que
ce n'étoit qu'un soubassement de Niche
ou de Statue , où pouroit avoir été repre
sentée la Sainte Vierge environnée des
Prophetes qui ont prédit son enfantement
ou saluée par l'Ange Gabriel. Car , m'a
t'il dit , vous n'ignorez pas que l'Histoire
de l'Annonciation est la premiere dans
l'Evangile , par laquelle la Sainte Vierge
est connuë ; le Mystere de l'Incarnation
du Fils de Dieu dans son Sein , est le pre
mier des Mysteres , la Mission de l'Ange,
est la premiere Histoire où l'on ait pû re
presenser la Sainte Vierge , soit en peintu
re , soit en relief , et c'est sous le titre de
la Sainte Vierge , en tant qu'elle reçoit
l'Annonce de l'Ange , qu'il y a un plus
grand nombre d'Eglises consacrées dans
la Chrétienté. Vous n'avez peut-être ja
mais fait attention que dans Paris seule
ment il y en a vingt-huit. Sans doute,
que dans ce grand nombre , il y en a
d'anciennes. Mais quand cela ne seroit
pas, faites, je vous prie , réflexion , que les
plus anciennes prieres ou louanges par
lesquelles l'Eglise invoque ou préconise
sette Mere de Dieu ne s'addressent :
point à elle en tant que conçûë par ,
›
11. Vol. Sainte BY
1448 MERCURE DE FRANCE
"
Ste Anne , ni en tant que naissante , ou présentée
au Temple , pas même en tant que
présentant son Fils à ce même Temple , ou
le suivant à la Croix , non plus qu'en tant
que mourante , & enlevée de ce monde
mais en tant que concevant le Verbe
d'une maniere miraculeuse. Ce fut ainsi
que ce dévot à la Sainte Vierge , finit le
Discours qu'il me tint, et dont je ne m'en
nuyois pas. Je me flate que part que
je vous en fais , ne vous déplaira point
non plus..
la
Je rencontrai au sortir de cet Entretien
le fameux Abbé Guibert de Nogent, et je le
connus d'autant plus aisément , que j'en
tendis les expressions dont il se servoit en
parlant à Dom Jean Mabillon pour le re
mercier de la bonne volonté qu'il avoit cûe ·
de trouver sa sepulture et mettre ses osse
mens en évidence . L'ayant mis sur la ma
tiere des Reliques qui étoit déja entamée .
entre eux , nous passâmes insensiblement
à celles des legendes locales. Ce fut là
dessus qu'il me témoigna son regret d'a
voir été si crédule en certains Chefs qui :
favorisoient l'Antiquité de son Abbaye ;
tandis qu'il avoit combattu si vivement la
crédulité des autres. Je ne me resouvenois .
pas en quoi ; mais un de ses voisins que je
revis depuis , m'avertit que ce grand Ad- .
II. Vol. versaire,
JUIN. 17318 1447
.
versaire des fausses Reliques et des Tradi
tions nouvelles n'avoit pas laissé ( toutju
dicieux qu'il parût ) de transmettre à la
postérité : qu'un Roy d'Angleterre, hommé
Quilius,abdiquant la Couronne , étoit
venu à Nogent * du vivant de Notre-Sei
gneur J. C. et avoit vu un Autel érigé
Virgini paritura : que ce Roy étant ensuite
allé à Jerusalem , il y avoit trouvé la Sainte
Vierge et les onze Apôtres , et qu'après
avoir été baptisé par S. Pierre , il avoit
obtenu des Reliques de la Passion , de la
chemise de la Sainte Vierge , des morceaux
d'Habits des Apôtres , avoit rapporté
le tout à Nogent , et qu'enfin y étant
mort , il y avoit été inhumé, ce qui , com
me l'on voit , donnoit une haute antiquité
à ce Nogent. Voilà précisément ,
ajoûta- t'il , en me tirant à l'écart , de ces
Histoires des Saints , dont Guibert faisoit :
dans un de ses meilleurs Livres , le
par
tage de ses bonnes Vieilles . ** Anus
dit-il , et muliercularum viliumgreges talium
Patronorum commentatas Historias post ing
subulos et litiatoria cantitant , et si quis ea
rum dicta refellat , pro deffensione ipsorum
non modò convitiis , sed telarum radiis ins
#
* Guib. Nov. lib . de vita sua¿·
** De Pignor. Sanctorum cap. 3. parag. [d
U. Vol.
tant
B' vj,
1448 MERCURE DE FRANCE
3
tant. C'est le cas , ajoûta ce Voisin de
P'Abbé Guibert , où se trouvent plu
sieurs Traditions dont nous voyons à
present le faux dans ce païs lumineux
où nous avons été appellez . Quant
aux Habitans de la Jerusalem Terres
tre , ils ne peuvent appercevoir la ve
rité qu'à travers des nuages très-épais .
Pour nous , à qui elle est dévoilée , nous
connoissons que la Tradition de Char
tres n'est pas mieux appuyée que celle
de Nogent. Le Priscus , Roi de Char
tres , et le Quilius , Roy d'Angleterre
ont été fabriquez dans le même moule . It
en est de l'une et de l'autre Histoire , com
me de celle qu'on débitoit autrefois à Sens
sur Saint Pierre le Vif et sur le Bethléem
de Ferrieres , dont on est sagement défait
dans ces derniers tems , ainsi qu'en est
convenu un des Historiens de Sens >
drrivé là-haut depuis quelques années
bien different de Rouillard le Senonois ,
pauvre Auteur de la Parthenie Chartraine,
Les noms des lieux bien ou mal pris ,
faisoient fabriquer des Histoires. Le nom
d'un quartier de Sens , appellé originai
rement Saint-Pierre-le-Vic, ayant été défi
juré en Saint-Pierre -le-Vif , par la même
egle qui fait dire dans le Diocèse d'Or
leans , Tremble-vif pour Tremble-Vic , qui
>
II. Vol.
vient
JUIN. 1731 1449
vient de Tremuli Vicus ; on s'étoit imagi
né que l'Eglise de ce lieu avoit été dédiée
en l'honneur de Saint Pierre , encore vi
vant sur la terre. N'est - ce pas- là au moins
en partie l'Histoire du Roy Quilius , qui
apportaà Nogent sous Coucy des Habits
des Apôtres encore vivans à Jerusalem ?Le
nom de Bethleem donné par quelques
Auteurs , au lieu où se trouve l'Abbaye
de Ferrieres a fait inventer des Histoires
rapportantes à cette éthymologie , de
même que Christophoros , qui étoit le nom
personnel d'un Martyr , a fourni l'occa
sion de forger l'Histoire d'un Géant de
Taille proportionnée à porter celui qui
soutient toute la machine du monde ; ec
pour marque qu'il n'a jamais existé un
Martyr de cette Stature collossale , c'est
qu'après avoir souvent jetté la vûë du cô
té où est placée cette foule innombrable
de Martyrs , je suis assuré que vous n'en
avez apperçû aucun qui excede la taille
des autres d'une maniere fi excessive ,
Croyez-moi , me dit en finissant ce Sça
vant voisin de l'Abbé Guibert , vous ai
mez la verité , annoncez- là à ceux de là
bas pour qui vous vous interressez . Vous
aviez si souvent en bouche ce passage de
Tertullien: Non amat falsum autor verita
zis 5 adulterum est omne quod fingitur ; fai¬
Ila Vola tes-en
450 MERCURE DE FRANCE
tes -en l'application aux fausses Histoires,
aux Légendes fabuleuses , aux Traditions
inventées après coup. Et en disant cela
il me quitta .
C'est aussi , mon cher Chanoine les
Sentimens avec lesquels je veux vous lais
ser. Ce que j'ai de meilleur à vous dire ;
en prenant congé de vous , pour retourner
au lieu de lumiere d'où j'ai été envoyé
vers vous , est : qu'on s'en tienne à ce qui
est bien prouvé , et qu'on examine ce qui
paroît mal fondé.Que chacun,à mon exem
ple , avoue ingenuement ses erreurs , tant
anciennes puissent - elles être , afin que la
verité qu'on doit aimer par dessus tou
tes choses , triomphe de la fausseté et du
mensonge. Plus omnibus amanda et præfe
renda ett veritas.. Laudare oportet et abs
que invidia amplecti , si quid rectè dictum
est ; discuti verò et discerni , si quid minus
sanê dictum est. Dionys. Alexandr. apud :
Euseb. Cæsar..
Fermer
Résumé : APPARITION DE L'OMBRE DE M. THIERS, A un Chanoine Régulier de la Réforme de Saint-Quentin de Beauvais.
Le texte présente un aveu de M. Thiers, ancien curé de Champrond, qui reconnaît des erreurs dans ses ouvrages. Cet aveu est présenté sous forme d'apparition, en référence à un écrit de 1712 intitulé 'Ombre de M. Thiers'. Dans cette apparition, M. Thiers s'adresse à un chanoine régulier de Saint-Quentin de Beauvais, admettant ses erreurs après avoir été éclairé par des religieux compétents. M. Thiers avait initialement tenté de réfuter une dissertation de M. de l'Estocq, chanoine d'Amiens, concernant la fête de la translation du corps de Saint Firmin le Confesseur. Il avait affirmé que le culte de Saint Salve, auteur de cette translation, était récent et que la vie de Saint Salve n'avait été écrite qu'au XIIIe siècle. Il avait également soutenu que les translations de simples confesseurs étaient rares avant le septième siècle. Cependant, des religieux lui ont démontré ses erreurs. Un manuscrit du Xe ou XIe siècle prouvait que la vie de Saint Salve était connue bien avant le XIIIe siècle. De plus, des exemples de translations de confesseurs au septième siècle ont été cités, comme celles de Saint Marcoul et Saint Taurin. Le Père Labbe a mentionné une translation encore plus ancienne, celle de Saint Ursin au VIe siècle. Le Père le Brun a également corrigé M. Thiers sur l'interprétation des bréviaires d'Amiens, expliquant que l'absence de Saint Salve dans certains bréviaires ne signifiait pas qu'il n'était pas honoré dans le diocèse. M. Thiers reconnaît ses erreurs et s'engage à les corriger, notamment en informant Maître Adrien Baillet pour une nouvelle édition de la 'Vie des Saints'. Il mentionne également une controverse sur la prononciation de 'Paraclitus' dans les bréviaires, où il admet que 'Paraclêtus' est désormais préféré. Le texte traite également de la prononciation, de la discipline ecclésiastique et des traditions locales. L'auteur exprime sa satisfaction que les personnes compétentes reviennent à la prononciation primitive conforme au grec. Il discute de la discipline dans les églises séculières, notant que certaines églises conservent une discipline plus exacte. Il évoque des traditions locales concernant des inscriptions et des reliques, comme l'inscription 'VIRGINI PARITURÆ' à Chartres et Nogent-sous-Coucy, et discute de la crédulité entourant ces traditions. Enfin, il rencontre l'abbé Guibert de Nogent, qui regrette sa crédulité envers certaines traditions locales. L'auteur insiste sur l'importance de la vérité et de la vérification des informations historiques, citant Tertullien et Dionysius d'Alexandrie. Il encourage chacun à avouer ingénument ses erreurs afin que la vérité triomphe de la fausseté et du mensonge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5576
p. 1450-1452
LE RENARD TROMPÉ. FABLE.
Début :
Certain Renard, lassé d'une longue abstinence, [...]
Mots clefs :
Renard, Jeûne, Coqs, Chant, Trompeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE RENARD TROMPÉ. FABLE.
LE RENARD TROMPE
FABLE..
Certain Renard ,lassé d'une longue abſtinence,
Vouloit rompre son jeûne ,et se remplir la panse,
II. Vol. Lors
JUIN. 1731. 1450
Lorsque de quelques Coqs il entendit , le chant
Il court où de sa faim l'entraîne le penchant :
Il s'avance à dessein d'enlever quelque Poule ;
Maître. Renard approche , il se glisse , il se coule
Tant qu'il parvient , jusqu'à la basse Cour.
Il reconnoit la place , il tourne tout autour ;
Dans son chemin , il cherche une ouverture
Qui facilite la capture.
Il appercoit un trou par où commodément
Il croit entrer sans nul empêchement ;
Sans perdre de tems il s'y lance
Dans une entiere confiance..
Mais par malheur un funeste lacet ,,
'Arrête le Voleur et le prend au collet ::
En vain pour se tirer du danger qui le presse ) ,
Il a recours à sa souplesse ,
Le Maître l'apperçoit et d'un air goguenard ,,
Lui dit depuis long-tems avec impatience
Je desirois votre presence ::
:
Soyez le bien venu , Monseigneur le Renard ;;
Vous vouliez de mes Coqs faire bonne compôte
Mais pour le coup , vous contés sans votre Hôte ,
Ignorez -vous donc , mon ami ,
Qu'à Renard , Renard et demi ?
De mes Poules , vingt fois vous avez fait ripaille.
Mon bon Monsieur , répond notre Vaurien ,
Contrefaisant l'homme de bien.
II.Vol. J'ignore
1452 MERCURE DE FRANCE
€
F'ignoré jusqu'au goût de la moindre Volaille :
Jamais je ne vous ai fait tort ;
Jamais chez vous je n'ai fait de ravage ,
Et si je suis ici c'est par mon mauvais sort ;
Je venois de vos Coqs entendre le ramage ,
Qui de loin me sembloit assez mélodieux :
Puisque vous n'aimez pas les gens si curieux ,
Coupez ce filet , je vous prie ,
Je vous le promets par les Dieux ;;
Je vous jure que de ma vie ,
Vous ne me verrez dans ces lieux ;
En aide ainsi me soit le puissant Dieu Mercure
C'est ma foi bien dit , je vous jure
Reprit le Païsan déguainant son couteau ,
Je vais vous dégager des noeuds de cette corde ;
Tout en parlant le Païsan l'aborde ,
Et lui coupe le col sans toucher au cordeau.
Au sort de ce Renard tour trompeur doit s'at
tendre ;
Tel est pris souvent qui croit prendre,
FABLE..
Certain Renard ,lassé d'une longue abſtinence,
Vouloit rompre son jeûne ,et se remplir la panse,
II. Vol. Lors
JUIN. 1731. 1450
Lorsque de quelques Coqs il entendit , le chant
Il court où de sa faim l'entraîne le penchant :
Il s'avance à dessein d'enlever quelque Poule ;
Maître. Renard approche , il se glisse , il se coule
Tant qu'il parvient , jusqu'à la basse Cour.
Il reconnoit la place , il tourne tout autour ;
Dans son chemin , il cherche une ouverture
Qui facilite la capture.
Il appercoit un trou par où commodément
Il croit entrer sans nul empêchement ;
Sans perdre de tems il s'y lance
Dans une entiere confiance..
Mais par malheur un funeste lacet ,,
'Arrête le Voleur et le prend au collet ::
En vain pour se tirer du danger qui le presse ) ,
Il a recours à sa souplesse ,
Le Maître l'apperçoit et d'un air goguenard ,,
Lui dit depuis long-tems avec impatience
Je desirois votre presence ::
:
Soyez le bien venu , Monseigneur le Renard ;;
Vous vouliez de mes Coqs faire bonne compôte
Mais pour le coup , vous contés sans votre Hôte ,
Ignorez -vous donc , mon ami ,
Qu'à Renard , Renard et demi ?
De mes Poules , vingt fois vous avez fait ripaille.
Mon bon Monsieur , répond notre Vaurien ,
Contrefaisant l'homme de bien.
II.Vol. J'ignore
1452 MERCURE DE FRANCE
€
F'ignoré jusqu'au goût de la moindre Volaille :
Jamais je ne vous ai fait tort ;
Jamais chez vous je n'ai fait de ravage ,
Et si je suis ici c'est par mon mauvais sort ;
Je venois de vos Coqs entendre le ramage ,
Qui de loin me sembloit assez mélodieux :
Puisque vous n'aimez pas les gens si curieux ,
Coupez ce filet , je vous prie ,
Je vous le promets par les Dieux ;;
Je vous jure que de ma vie ,
Vous ne me verrez dans ces lieux ;
En aide ainsi me soit le puissant Dieu Mercure
C'est ma foi bien dit , je vous jure
Reprit le Païsan déguainant son couteau ,
Je vais vous dégager des noeuds de cette corde ;
Tout en parlant le Païsan l'aborde ,
Et lui coupe le col sans toucher au cordeau.
Au sort de ce Renard tour trompeur doit s'at
tendre ;
Tel est pris souvent qui croit prendre,
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Résumé : LE RENARD TROMPÉ. FABLE.
La fable 'Le Renard trompé' relate l'histoire d'un renard affamé qui pénètre dans une basse-cour par une ouverture. Il se fait capturer dans un piège. Le maître de la basse-cour, l'ayant vu, se moque de lui et lui rappelle ses précédentes tentatives de vol de poules. Le renard, feignant l'innocence, affirme être attiré par le chant des coqs et promet de ne plus revenir si on le libère. Le paysan, feignant de le croire, s'approche pour le libérer mais le tue en lui tranchant la gorge. La morale de cette fable est que ceux qui tentent de tromper les autres finissent souvent par être pris à leur propre jeu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5577
p. 1470-1478
RÉFLEXIONS sur la Politesse.
Début :
La Politesse consiste à ne rien faire et à ne rien dire qui puisse déplaire aux [...]
Mots clefs :
Politesse, Faire plaisir, Noble, Délicat, Obligeant, Serviable , Complaisant, Civil, Bonté, Finesse
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la Politesse.
REFLEXIONS sur la Politesse.
A Politesse consiste à ne rien faire et
L ne rien dire qui puisse déplaire aux
à
autres ; à faire et à dire tout ce qui peut
leur faire plaisir , et cela avec un air , une
façon de s'exprimer , et des manieres qui
ayent quelque chose de noble , d'aisé , de
an , et de délicat ..
U. Vol . 1
11
JUIN 1731. 1471
Il faut donc considerer dans la Poli
tesse , et le fond des choses , et la maniere
de les dire et de les faire.
Cette maniere est le point le plus im
portant , un homme auroit beau être obli
geant , serviable , complaisant , civil
même ; sans une certaine maniere d'être
tout cela , il ne passeroit que pour un
honnête homme, un bon homme, et point .
du tout pour un homme poli.
Comme on a appellé l'esprit , raison assai
sonnée , on pourroit appeller la politesse ,
bonté assaisonnée. L'esprit , la politesse ,
sont je ne sçai quoi de fin , de délicat et
de brillant, ajoûtez à la raison , à la bonté.
Il y a beaucoup d'arbitraire dans cette:
maniere de dire et de faire les choses ,
de témoigner aux autres les dispositions .
avantageuses où nous sommes à leur égard
de leur marquer du respect , de l'estime ,.
de l'amitié , &c . .. . Ainsi elle varie selon
les differentes Nations. L'usage du mon
de peut seul la faire bien connoître et y
former. L'instruction la plus étenduë
n'apprend pas tout , parce qu'elle ne sçau
roit tout exprimer , à plus forte raison.
ne met-elle pas en état d'agir. Il y a bien
loin de la politesse speculative , à la poli
tesse pratique. La politesse est une chose:
d'experience et d'usage.
و ا
IL..Vol. E vj. Ca
1472 MERCURE DE FRANCE
Ce qui met le plus en état de profiter
de cette expérience et de cet usage du
monde , c'est beaucoup de bonté et de
douceur dans le caractere , beaucoup de
finesse , de sentiment pour discerner
promptement ce qui convient , eu égard
à toutes les circonstances où l'on se trou
ve , ce qui s'appelle les bienséances ; enfin
beaucoup de souplesse dans l'humeur , et
une grande facilité d'entrer dans toutes
les dispositions , de prendre tous les sen
timens qu'exige l'occasion présente , ou
du moins de les feindre..
Mais il est très difficile de feindre et de
dissimuler. L'homme est naturellement
sincere , il aime à dire ce qu'il pense , à
témoigner ce qu'il sent . Ainsi il est im,
possible qu'on soit poli , du moins qu'on
le soit constamment , avec certains dé
tours qu'il faudroit cacher pour le paroî
tre ,.
comme l'orgueil , la colere , là du
reté de coeur , la malice & c . Disons tout ,
le seul penchant à la sincerité , le grand
éloignement de tout déguisement. et de
toute dissimulation suffit pour rendre
impoli : une des régles les plus commu
nes de la politesse , est qu'il ne faut pas
dire tout ce qu'on pense , ni faire toug
ce qu'on voudroit.
On ne se bornera
pas
même à accuser
Il Vol la
FUIN. 1731. 7473
La sincerité d'impolitesse , comme il y a
d'ordinaire plus de mal que de bien à di
re des hommes , comme il Y a une infi
nité d'occasions de les contredire avec
justice , soit dans leurs opinions , soit dans
leurs passions , celui qui leur parleroit
toujours avec une entiere, sincerité , pas
seroit pour malin ..
Pour être poli positivement , c'est- à
dire , pour faire et surtout pour dire des.
choses polies , il faut avoir de l'esprit ; .
mais. il suffit presque d'avoir une bonne
éducation et un peu de bon sens pour:
être poli négativement , c'est-à - dire , ne
rien faire et ne rien dire d'impoli . Telle
est la politesse de beaucoup de personnes,
d'un esprit médiocre , qui ne laissent pas.
de se faite aimer et d'être de bonne com-.
pagnie jusqu'à un certain point, par leur
complaisance , leurs attentions & c .
Il y a une impolitesse de malice , et
une impolitesse de grossiereté , celle ci
attire le mépris , celle -là attire la haine ..
Mais être appellé impoli , est , à mon
avis , une plus grande injure que d'être
appellé malin et satyrique,
L'accusation d'impolitesse est une des
plus grandes injures , selon moi , parce
qu'elle emporte une idée de bassesse dans
la naissance , et de petitesse dans l'esprit.
II. Vol. Of
F474 MERCURE DE FRANCE
Or les réproches les plus piquants sont
ceux qui régardent l'esprit et la naissan
ce. Un homme de guerre feroit peut- être
aussi offensé d'être appellé sot ou faquin ,
que d'être traité de lâche .
Les personnes extrêmement vives , ne
sont pas pour l'ordinaire fort polies ; leur
vivacité les entraîne presque toujours
tantôt vers un objet , tantôt vers un au
tre ; elle les fait agir et parler précipitam
ment , souvent même sans réfléxion .
Les vives sont presque toujours coleres ,
impatientes , opiniâtres , du moins pour
le moment.
La réputation d'homme poli , est une
des plus avantageuses qu'on puisse avoir
dans le monde la politesse est au moins
l'apparence des plus excellentes vertus ,
des plus belles qualités tant de l'esprit
que du coeur , elle attire tout ensemble
l'estime et l'amour .
Mais souvent pour éviter l'impolitesse
on tombe dans l'affectation et les façons ,
ce qui est plus ridicule et plus desagréa
ble que la simple grossiereté.
Ainsi on peut pecher contre la vraye
politesse par excès et par deffaut.
Les témoignages excessifs et trop fré
quens d'estime , de respect &c. ne flat
tent plus , ne font que géner ceux aus
II. Vol..
quels,
JUIN. 1731. 147
•
quels ils s'addressent , et par là sont con
traires à la vraye politesse , dont le but
est de plaire. C'est un grand Art de sca
voir les mésurer selon les personnes et les
circonstances. Ce qui s'appelle faire des
façons avec son inferieur , ou son égal¸,
s'appelle faire son devoir avec son Supe
rieur.
Les défauts qui nous choquent le plus.
dans les autres , sont ceux qu'ils pren
nent pour des agrémens. Ils sont fort
contents d'eux-mêmes , pendant qu'ils:
nous paroissent ridicules , et dès lors ils
nous le paroissent encore davantage , ils .
nous deviennent même à charge par l'or
güeil qui est d'ordinaire le principe et la
suite de cette méprise. De plus les défauts
ausquels on s'est étudié , comme à des
qualités , sont beaucoup plus choquants
que les vices naturels. Voilà pourquoy
Fair affecté et précieux choque également
tout le monde. La vraye politesse en rit ,.
Pimpolitesse en murmure.
Mais il ne suffit pas de ne rien dire , ni
de ne rien faire qui puisse blesser les au
tres , ce n'est pas avoir satisfait à tout ce
que renferme ce devoir , si l'on ne souf
fre ce que les autres peuvent dire , ou
faire d'offensant ou de moins poli. Ainsi
une grande partie de la politesse consiste
II..Vol
1476 MERCURE DE FRANCE
à souffrir l'impolitesse des autres.
Témoigner aux autres qu'ils nous of
fensent , c'est presque toujours les offen
ser.
, Il est d'autant plus difficile d'être poli
qu'il y a moins de gens qui le soient ve
ritablement..
Comme la plus forte passion des hom
mes est celle d'être estimés et considerés ,
la politesse consiste sur tout à témoigner
aux autres de la consideration et de l'es
time , à flatter leur orgieil. La vanité est
la source , l'assaisonnement de nos plus
grands plaisirs .
Pour apprendre à connoître la poli
tesse , il faut voir des personnes polies ;;
mais pour se perfectionner , et se fortifier
dans la pratique de la politesse , il seroit
peut- être utile quelquefois de se trou->
ver avec des gens impolis. Des occasions,
frequentes d'agir et de surmonter une
difficulté considerable , avancent bien
mieux que de simples exemples. Leur im
politesse déplaît , l'on voit en quoy ils
manquent, et par - là même l'on n'y tombe
pas.
Lecommerce des femmes est , dit- on ,
communément , la meilleure école de
po
litesse . Cela est vray. Non pas tant néan
moins parceque les femmes sont polies 3
II. Vol
que
JUIN. 1731.
1477
2
que parce qu'il faut l'être beaucoup avec
elles. Il n'y a pas tant à profiter des exem
ples de politesse qu'elles nous donnent
que de la necessité où nous sommes d'en
avoir beaucoup à leur égard , non seule
ment pour leur plaire, mais pour en être
soufferts. Le merite le plus essentiel d'un
homme auprés des femmes sages , c'est
une grande politesse . Quelques femmes
ont des Amants à qui manquent toutes
les qualités qui se peuvent nommer. Trés
peu sont capables de choisir pour ami un
homme à qui rien ne manqueroit du côté
de l'esprit et du coeur,mais qui n'auroit pas
ces dehors agréables , ces manieres no
bles, aisées, qu'on appelle l'air du monde,
Il me semble qu'on peut distinguer
trois sortes de mérites , le mérite estima
ble , le mérite aimable et le mérite agréa
ble. Le mérite estimable est celui de la
superiorité , des lumieres , des talens , du
sçavoir , de la parfaite probité , &c. ...
Le mérite aimable est celui des sentimens ,
de la douceur dans le caractere , de l'éga
lité de l'humeur , &c... Le mérite agréa
ble est proprement celui de la politesse .
La timidité ne se corrige guères par de
simples avis , encore moins par des rail
leries et par des reproches. Il est bon de
paroître ne faire pas trop d'attention à
II. Vol uns
1478 MERCURE DE FRANCE
*
ane personne timide , cela la met plus à
son aise . La femme du monde qui mar
che le mieux , marche de mauvaise grace
dès qu'on la regarde ; il faut quelquefois
exciter la confiance de certaines gens par
des louanges courtes et mésurées ; les élo
ges trop forts les déconcertent ; ils plai
roient s'ils pouvoient se flatter de plaire.
Il y en a d'autres qu'il faut tâcher de gue
rir de leur trop de sensibilité aux juge
mens qu'on peut faire d'eux ; car c'est la
source de leur timidité , et cette espece de
timidité est peut être elle- même vanité .
Il y a de la politesse à se livrer de bon
ne grace dans la conversation , à n'avoir
pas plus d'esprit que ceux avec qui on
se trouve , à n'affecter point trop de jus
tesse , à donner quelquefois lieu à la con
tradiction et à la critique ; en un mot
à n'avoir pas toûjours raison . Mª un tel
parle bien , dit - on , mais il ne dit rien
dont il n'ait fait auparavant le broüillon
dans sa tête ; aussi parle- t'il peu ; les
broüillons emportent trop de temps ; le
moment de l'à- propos s'enfuit ; par-là un
homme est toujours gêné et toujours gê
nant. C'est orgueil , c'est vanité pure , et
par consequent impolitesse ; car la po
litesse consiste à sçavoir cacher sa vanité,
et à flatter celle des personnes avec qui
l'on se trouve.
A Politesse consiste à ne rien faire et
L ne rien dire qui puisse déplaire aux
à
autres ; à faire et à dire tout ce qui peut
leur faire plaisir , et cela avec un air , une
façon de s'exprimer , et des manieres qui
ayent quelque chose de noble , d'aisé , de
an , et de délicat ..
U. Vol . 1
11
JUIN 1731. 1471
Il faut donc considerer dans la Poli
tesse , et le fond des choses , et la maniere
de les dire et de les faire.
Cette maniere est le point le plus im
portant , un homme auroit beau être obli
geant , serviable , complaisant , civil
même ; sans une certaine maniere d'être
tout cela , il ne passeroit que pour un
honnête homme, un bon homme, et point .
du tout pour un homme poli.
Comme on a appellé l'esprit , raison assai
sonnée , on pourroit appeller la politesse ,
bonté assaisonnée. L'esprit , la politesse ,
sont je ne sçai quoi de fin , de délicat et
de brillant, ajoûtez à la raison , à la bonté.
Il y a beaucoup d'arbitraire dans cette:
maniere de dire et de faire les choses ,
de témoigner aux autres les dispositions .
avantageuses où nous sommes à leur égard
de leur marquer du respect , de l'estime ,.
de l'amitié , &c . .. . Ainsi elle varie selon
les differentes Nations. L'usage du mon
de peut seul la faire bien connoître et y
former. L'instruction la plus étenduë
n'apprend pas tout , parce qu'elle ne sçau
roit tout exprimer , à plus forte raison.
ne met-elle pas en état d'agir. Il y a bien
loin de la politesse speculative , à la poli
tesse pratique. La politesse est une chose:
d'experience et d'usage.
و ا
IL..Vol. E vj. Ca
1472 MERCURE DE FRANCE
Ce qui met le plus en état de profiter
de cette expérience et de cet usage du
monde , c'est beaucoup de bonté et de
douceur dans le caractere , beaucoup de
finesse , de sentiment pour discerner
promptement ce qui convient , eu égard
à toutes les circonstances où l'on se trou
ve , ce qui s'appelle les bienséances ; enfin
beaucoup de souplesse dans l'humeur , et
une grande facilité d'entrer dans toutes
les dispositions , de prendre tous les sen
timens qu'exige l'occasion présente , ou
du moins de les feindre..
Mais il est très difficile de feindre et de
dissimuler. L'homme est naturellement
sincere , il aime à dire ce qu'il pense , à
témoigner ce qu'il sent . Ainsi il est im,
possible qu'on soit poli , du moins qu'on
le soit constamment , avec certains dé
tours qu'il faudroit cacher pour le paroî
tre ,.
comme l'orgueil , la colere , là du
reté de coeur , la malice & c . Disons tout ,
le seul penchant à la sincerité , le grand
éloignement de tout déguisement. et de
toute dissimulation suffit pour rendre
impoli : une des régles les plus commu
nes de la politesse , est qu'il ne faut pas
dire tout ce qu'on pense , ni faire toug
ce qu'on voudroit.
On ne se bornera
pas
même à accuser
Il Vol la
FUIN. 1731. 7473
La sincerité d'impolitesse , comme il y a
d'ordinaire plus de mal que de bien à di
re des hommes , comme il Y a une infi
nité d'occasions de les contredire avec
justice , soit dans leurs opinions , soit dans
leurs passions , celui qui leur parleroit
toujours avec une entiere, sincerité , pas
seroit pour malin ..
Pour être poli positivement , c'est- à
dire , pour faire et surtout pour dire des.
choses polies , il faut avoir de l'esprit ; .
mais. il suffit presque d'avoir une bonne
éducation et un peu de bon sens pour:
être poli négativement , c'est-à - dire , ne
rien faire et ne rien dire d'impoli . Telle
est la politesse de beaucoup de personnes,
d'un esprit médiocre , qui ne laissent pas.
de se faite aimer et d'être de bonne com-.
pagnie jusqu'à un certain point, par leur
complaisance , leurs attentions & c .
Il y a une impolitesse de malice , et
une impolitesse de grossiereté , celle ci
attire le mépris , celle -là attire la haine ..
Mais être appellé impoli , est , à mon
avis , une plus grande injure que d'être
appellé malin et satyrique,
L'accusation d'impolitesse est une des
plus grandes injures , selon moi , parce
qu'elle emporte une idée de bassesse dans
la naissance , et de petitesse dans l'esprit.
II. Vol. Of
F474 MERCURE DE FRANCE
Or les réproches les plus piquants sont
ceux qui régardent l'esprit et la naissan
ce. Un homme de guerre feroit peut- être
aussi offensé d'être appellé sot ou faquin ,
que d'être traité de lâche .
Les personnes extrêmement vives , ne
sont pas pour l'ordinaire fort polies ; leur
vivacité les entraîne presque toujours
tantôt vers un objet , tantôt vers un au
tre ; elle les fait agir et parler précipitam
ment , souvent même sans réfléxion .
Les vives sont presque toujours coleres ,
impatientes , opiniâtres , du moins pour
le moment.
La réputation d'homme poli , est une
des plus avantageuses qu'on puisse avoir
dans le monde la politesse est au moins
l'apparence des plus excellentes vertus ,
des plus belles qualités tant de l'esprit
que du coeur , elle attire tout ensemble
l'estime et l'amour .
Mais souvent pour éviter l'impolitesse
on tombe dans l'affectation et les façons ,
ce qui est plus ridicule et plus desagréa
ble que la simple grossiereté.
Ainsi on peut pecher contre la vraye
politesse par excès et par deffaut.
Les témoignages excessifs et trop fré
quens d'estime , de respect &c. ne flat
tent plus , ne font que géner ceux aus
II. Vol..
quels,
JUIN. 1731. 147
•
quels ils s'addressent , et par là sont con
traires à la vraye politesse , dont le but
est de plaire. C'est un grand Art de sca
voir les mésurer selon les personnes et les
circonstances. Ce qui s'appelle faire des
façons avec son inferieur , ou son égal¸,
s'appelle faire son devoir avec son Supe
rieur.
Les défauts qui nous choquent le plus.
dans les autres , sont ceux qu'ils pren
nent pour des agrémens. Ils sont fort
contents d'eux-mêmes , pendant qu'ils:
nous paroissent ridicules , et dès lors ils
nous le paroissent encore davantage , ils .
nous deviennent même à charge par l'or
güeil qui est d'ordinaire le principe et la
suite de cette méprise. De plus les défauts
ausquels on s'est étudié , comme à des
qualités , sont beaucoup plus choquants
que les vices naturels. Voilà pourquoy
Fair affecté et précieux choque également
tout le monde. La vraye politesse en rit ,.
Pimpolitesse en murmure.
Mais il ne suffit pas de ne rien dire , ni
de ne rien faire qui puisse blesser les au
tres , ce n'est pas avoir satisfait à tout ce
que renferme ce devoir , si l'on ne souf
fre ce que les autres peuvent dire , ou
faire d'offensant ou de moins poli. Ainsi
une grande partie de la politesse consiste
II..Vol
1476 MERCURE DE FRANCE
à souffrir l'impolitesse des autres.
Témoigner aux autres qu'ils nous of
fensent , c'est presque toujours les offen
ser.
, Il est d'autant plus difficile d'être poli
qu'il y a moins de gens qui le soient ve
ritablement..
Comme la plus forte passion des hom
mes est celle d'être estimés et considerés ,
la politesse consiste sur tout à témoigner
aux autres de la consideration et de l'es
time , à flatter leur orgieil. La vanité est
la source , l'assaisonnement de nos plus
grands plaisirs .
Pour apprendre à connoître la poli
tesse , il faut voir des personnes polies ;;
mais pour se perfectionner , et se fortifier
dans la pratique de la politesse , il seroit
peut- être utile quelquefois de se trou->
ver avec des gens impolis. Des occasions,
frequentes d'agir et de surmonter une
difficulté considerable , avancent bien
mieux que de simples exemples. Leur im
politesse déplaît , l'on voit en quoy ils
manquent, et par - là même l'on n'y tombe
pas.
Lecommerce des femmes est , dit- on ,
communément , la meilleure école de
po
litesse . Cela est vray. Non pas tant néan
moins parceque les femmes sont polies 3
II. Vol
que
JUIN. 1731.
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que parce qu'il faut l'être beaucoup avec
elles. Il n'y a pas tant à profiter des exem
ples de politesse qu'elles nous donnent
que de la necessité où nous sommes d'en
avoir beaucoup à leur égard , non seule
ment pour leur plaire, mais pour en être
soufferts. Le merite le plus essentiel d'un
homme auprés des femmes sages , c'est
une grande politesse . Quelques femmes
ont des Amants à qui manquent toutes
les qualités qui se peuvent nommer. Trés
peu sont capables de choisir pour ami un
homme à qui rien ne manqueroit du côté
de l'esprit et du coeur,mais qui n'auroit pas
ces dehors agréables , ces manieres no
bles, aisées, qu'on appelle l'air du monde,
Il me semble qu'on peut distinguer
trois sortes de mérites , le mérite estima
ble , le mérite aimable et le mérite agréa
ble. Le mérite estimable est celui de la
superiorité , des lumieres , des talens , du
sçavoir , de la parfaite probité , &c. ...
Le mérite aimable est celui des sentimens ,
de la douceur dans le caractere , de l'éga
lité de l'humeur , &c... Le mérite agréa
ble est proprement celui de la politesse .
La timidité ne se corrige guères par de
simples avis , encore moins par des rail
leries et par des reproches. Il est bon de
paroître ne faire pas trop d'attention à
II. Vol uns
1478 MERCURE DE FRANCE
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ane personne timide , cela la met plus à
son aise . La femme du monde qui mar
che le mieux , marche de mauvaise grace
dès qu'on la regarde ; il faut quelquefois
exciter la confiance de certaines gens par
des louanges courtes et mésurées ; les élo
ges trop forts les déconcertent ; ils plai
roient s'ils pouvoient se flatter de plaire.
Il y en a d'autres qu'il faut tâcher de gue
rir de leur trop de sensibilité aux juge
mens qu'on peut faire d'eux ; car c'est la
source de leur timidité , et cette espece de
timidité est peut être elle- même vanité .
Il y a de la politesse à se livrer de bon
ne grace dans la conversation , à n'avoir
pas plus d'esprit que ceux avec qui on
se trouve , à n'affecter point trop de jus
tesse , à donner quelquefois lieu à la con
tradiction et à la critique ; en un mot
à n'avoir pas toûjours raison . Mª un tel
parle bien , dit - on , mais il ne dit rien
dont il n'ait fait auparavant le broüillon
dans sa tête ; aussi parle- t'il peu ; les
broüillons emportent trop de temps ; le
moment de l'à- propos s'enfuit ; par-là un
homme est toujours gêné et toujours gê
nant. C'est orgueil , c'est vanité pure , et
par consequent impolitesse ; car la po
litesse consiste à sçavoir cacher sa vanité,
et à flatter celle des personnes avec qui
l'on se trouve.
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Résumé : RÉFLEXIONS sur la Politesse.
Le texte 'Réflexions sur la Politesse' définit la politesse comme l'art de ne rien faire ou dire qui puisse déplaire aux autres, tout en adoptant une attitude noble, aisée et délicate. Elle implique non seulement le fond des actions, mais aussi la manière de les exprimer, comparée à une 'bonté assaisonnée' ajoutant finesse et brillance à la raison et à la bonté. La politesse varie selon les nations et s'acquiert par l'expérience et l'usage du monde. Elle nécessite de la bonté, de la douceur, de la finesse et de la souplesse pour discerner les bienséances. Feindre et dissimuler sont difficiles, car l'homme est naturellement sincère. La politesse positive, qui consiste à faire et dire des choses polies, requiert de l'esprit, tandis que la politesse négative, éviter les impolitesses, demande une bonne éducation et du bon sens. Le texte distingue l'impolitesse de malice et celle de grossièreté, cette dernière attirant le mépris et l'autre la haine. Être appelé impoli est une grande injure, impliquant une idée de bassesse et de petitesse d'esprit. Les personnes vives sont souvent moins polies, car leur vivacité les pousse à agir et parler précipitamment. La réputation d'homme poli est avantageuse, suggérant des vertus excellentes et attirant estime et amour. Cependant, éviter l'impolitesse peut mener à l'affectation et aux façons ridicules. Les témoignages excessifs d'estime ou de respect gênent ceux à qui ils sont adressés et sont contraires à la vraie politesse. Le texte souligne l'importance de souffrir l'impolitesse des autres et de témoigner considération et estime. La vanité est la source des plus grands plaisirs. Pour apprendre la politesse, il est utile de fréquenter des personnes polies et impolies, car cela permet de voir où elles manquent et d'éviter leurs erreurs. Le commerce avec les femmes est considéré comme une bonne école de politesse, non pas parce qu'elles sont polies, mais parce qu'il faut l'être avec elles pour leur plaire et être accepté. Le mérite agréable, propre à la politesse, est distingué du mérite estimable et aimable. Enfin, la timidité se corrige mieux par des encouragements discrets que par des reproches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5578
p. 1498-1514
RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Début :
MR. Gaullyer se plaint de ce que ceux qu'il appelle les Charlatans de la [...]
Mots clefs :
Méthode, Professeur, Collège, Littérature, Charlatans, Déclinaisons, Grammaire, Composition, Explication, Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
REFLEXIONS sur la Methode de
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
M. le Fevre de Saumur , et sur les Notes
de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme
au College du Plessis - Sorbonne.
M
R. Gaullyer se plaint de ce que ceux
qu'il appelle les Charlatans de la
menue Litterature ne font aucune ré
ponse aux déclamations qu'il vient de
faire contre eux sans aucune distinction .
Il attribuë ce silence à la même cause qui
a fait taire le sage M. Rollin : mais les
prétendus Charlatans ne présument pas
assés d'eux- mêmes pour se mettre de ni
veau avec M. Rollin : ainsi pour faire
connoître à M. Gaullyer le profond res
pect qu'ils ont pour lui , ils feront ici
quelques réflexions sur ses Notes .
7
Iº. Ils sont surpris que pour justifier
II. Vol. la
JUIN. 1731 1499
la pratique vulgaire , M. Gaullyer ait
fait imprimer la Methode de M. le Févre
qui condamne cette pratique ; mais après
tout quand nous sommes appelés à faire
imprimer , et que le public ne se prête
pas à notre vocation , que pouvons-nous
faire de mieux pour la remplir , que de
faire imprimer les Livres des autres ?
II° La Methode de M. le Fevre con
siste ,
1. A ne parlerde Grec ni de Latin aux
Enfans qu'ils n'ayent atteint au moins la
dixième année. ( pag. 4. )
2. Avant ce temps là , faire apprendre
à lire et à écrire sans se mettre fort en peine
de la beauté du caractère , ( pag. 4. ) il suf
fit qu'il lise bien son écriture. ( pag. 6. )
3. Quand l'Enfant a atteint l'âge de
dix ans , il est tems de commencer ,
pour moý , dit M. le Fevre , ( page 6. ).
je n'eusse appris Musa qu'à douze ans ,
mais je m'imaginai qu'avec le secours d'un
Précepteur, comme moi, il pourroit bien com
mencer deux ans devant.
quoyque
IC
4. Faire apprendre les déclinaisons &c.
et cela en grand papier , plié in 4 ° . et relié
proprement. ( pag. 9. )
5. Quand la Grammaire latine est ache
vée , qu'il est question de venir à la pratique
de cette Grammaire ; je me gardai bien , die
I I. Vol.
M.
1500 MERCURE DE FRANCE
que
M. le Fevre , ( pag. 20. ) de suivre la ma
niere l'on suit ordinairement , qui est de
commencer par la composition , c'est-à-dire ,
par les Thèmes, il n'y a rien , selon mon sens ,
qui nuise si fort à un enfant. M. le Fevre
s'étend beaucoup pour faire voir le peu
de raison qu'il y a dans cette pratique
des Thèmes , et soutient qu'il faut com
mencer par l'explication , c'est-à dire , par
une version de vive voix, qui soit nette , sim
ple , et sans aucune circonlocution . M. le
Fevre fait donc expliquer , et expliquer
jusqu'à extinction de chaleur naturelle.
Ce sont là les points principaux , telle
est , pour ainsi - dire , la charpente de la
Méthode de M. le Fevre : les réflexions
détaillées , dont chacun de ces points est
accompagné , ne changent rien au fond
de la Méthode.
Il ne seroit pas difficile de faire voir
que les Méthodes des prétendus Charla
tans de la menuë Litterature sont plus
conformes à celle de M. le Fevre , que
ne l'est celle de M. Gaullyer .
M. le Fevre dit avec raison , ( pag. 2 )
que sa Méthode ne s'accommode nullememt
avec la pratique des Colleges. Ceux qui di
ront cela , ajoute t'il , diront vray.
M. Gaullyer fait une Note pour
répondre à cet article ; mais sa réponse
II. Vol. RC
JUIN. 1731. I sor
ne satisfait pas ceux qui sçavent réduire les
difficultés à leur veritable point.
M. Gaullyer prétend 1 ° . que du tems
de M. le Fevre , c'est-à - dire , depuis l'an
1651 jusqu'en l'an 1672. les Colleges
étoient mal montés , c'est-à-dire , comme
il l'explique , remplis de Régens peu ha
biles. 2 ° . que les Auteurs Grecs et Latins
sont bien mieux distribués aujourd'huy
dans les six Classes d'humanité des Colle
ges , qu'ils ne l'étoient du tems de M. le
Fevre . Voilà en quoy consiste la répon
se de M. Gaullycr à cet article de M. le
Fevre. Un des Agresseurs des nouvelles
Méthodes , prétend que les Ecoliers du
siécle passé étoient au moins aussi habiles
que ceux d'aujourd'hui , et qu'à mesure
qu'on a vû des Méthodes nouvelles , on
a vû le nombre des Sçavans décroître ,
réflexions, ajoute - t'il ,du célébre M. Huet :
mais accordons à M. Gaullyer , puisque
tel est son bon plaisir, que les Regens d'au
jourd'huy sont plus habiles qu'ils ne
l'étoient du tems de M. le Fevre ; en effet
M. Gaullyer n'étoit pas de ce tems- là ,
il n'en sera pas plus avancé ; car la ques
tion se réduit à sçavoir si la Méthode que
l'on suit aujourd'hui , n'est pas au fond
* Mémoires de Trevoux ,May 1723.
}
II Vol.
la
1502 MERCURE DE FRANCÉ
la même que celle que l'on suivoit du
tems de M. le Fevre : faire expliquer Ho
race avant Virgile , ou Virgile avant Ho
race ; Ciceron avant Homére , ou Homé
re avant Ciceron , ce n'est pas en cela que
consiste la difference qu'il y avoit entre
la Méthode de M. le Fevre et celle des
Colleges de son tems : la principale diffe
rence étoit la Méthode commune
que
menoit au Latin par la composition des
Thèmes , et que M. le Fevre y menoit par
l'explication. Or cette différence éssen
tiéle subsiste encore aujourd'hui , donc
quand M. Gaullyer sera monté en Philo
sophie , on pourra luy faire ce raison
nement:
On ne peut pas dire, selon M. Gaullyer,
que la Méthode de M. le Fevre ne sait pas
bonne , elle est fondée sur la raison et l'expe
rience. Or ce qui distingue principalement
cette Méthode de celle des Colleges du
siécle passé et de ceux d'aujourd'hui , c'est
de mener à l'intelligence du Latin par la
voye de l'explication, plutôt que par celle
de la composition : donc la Méthode des
Colleges d'aujourd'hui , aussi bien que
celle des Colleges du siécle passé, n'est pas
la bonne en ce point essentiel , et est con
traire à celle de M. le Fevre , quoique
les Colleges soient mieux montés que ceux
de son tems .
En
JUIN. 1731. 1503
En un mot, on soutient que la Méthode
des Colleges d'aujourd'hui est la mème,
quant au fond , que celle des Colleges de
1672. Or M. le Fevre qui connoissoit sans
doute l'étendue et l'esprit de saMéthode ,
déclare d'abord que sa Méthode ne s'ac
commode nullement avec la pratique des
Colleges : donc il faut convenir que M.
Gaullyer n'a compris ni l'esprit ni l'éten- :
duë de la Methode de M. le Fevre. Car
enfin s'il l'a comprise , dans quelle vuë
osera- t'on le soupçonner de l'avoir fait
imprimer à ses dépens ?
A l'égard du tems qu'on doit commen
cer à étudier le Latin , M. le Fevre , com
me nous l'avons déja remarqué , ne veut
l'on commence avant
pas que
que l'enfant
ait atteint l'âge de dix ans. M. Gaullyer
remarque sçavament ( pag. 76. ) que comme
on dressé de bonne heure les jeunes Veaux
et les petits poulains pour l'exercice de la
Campagne , de même dès que les Enfans
peuvent parler , on doit leur enseigner à
lire ensuite à écrire , et même plusieurs
choses qui sont à leur portée , par exemple
ce qu'il y a de plusfacile dans la Géographie
la Chronologie , et l'Histoire . Ce sentiment ,
dit-il , ( pag. 77. ) n'est pas contraire pour
le fonds à celui de M. le Fevre ; car tout
se que prétend M. le Fevre , c'est qu'on ne
.
II.Vol.
commerce
1504 MERCURE DE FRANCE
›
commence qu'à dix ou douze ans , c'est-à
dire , qu'on ne leur fasse pas apprendre plû
tôt les principes du Latin et du Grec ; ainsy
en commençant la sixième à dix ans , les
Enfans seront en Rétorique , dit- il , à quin
Ze à seize et à dix-sept ans. Ils y seront
encore assés-tôt , ajoute - t'il , peut- être mê
me trop- tôt à l'âge de dix-sept à dix- huit
ans. ainsi à dix- neuf ou vingt ans un jeu
ne homme aura fait sa Philosophie. Les
Parens impatiens de donner à leurs enfans
des emplois militaires , ou des charges
de robe , ne doivent - ils pas sçavoir gré à
M. Gaullyer d'adopter en ce point la
pensée de M. le Fevre ? car si l'on y veut
faire attention , c'est encore trop- tôt que
dix ou douze ans pour commencer une
étude que la Methode vulgaire a renduë
si penible et si embarassée. Quel effort de
mémoire et quelle justesse ne faut-il point
dans l'application de tant de régles si peu
claires , si peu fondées dans la nature , et
sujettes à tant d'exceptions ! les préten
dus charlatans , quoyqu'en dise M. Gaul
lyer , ont ici un grand avantage , du moins
ceux à qui le seul M. Gaullyer donne
le nom de Charlatans , la Methode du
Bureau Typographique, par exemple, met
les enfans en état de profiter des années
dont la Methode vulgaire fait un si mau
C
II. Vol.
vais
JUIN. 1731 1505
vais usage , parceque la Methode de ce
Bureau est fondée sur des principes pro
portionés à l'enfance . M. Gaullyer peut
s'en convaincre dans son propre College
s'il est capable d'être convaincu. Le petit
Rémilly,Pensionnaire au College du Ples
sis , et qui n'est âgé que de six ans , y étu
die selon cette Methode , M. Gaullyer
exigera- t'il qu'il y travaille encore au
moins quatre ans avant que d'aller en si
xiéme ?
Cet empressement des Charlatans , dit
M. Gaullyer ,est nuisible à la santé des en
fans , sur quoy je me contenteray d'ob
server que toute Methode qui instruit
les enfans agréablement , sans les forcer ,
sans les passionner , allant toujours du
connu à l'inconnu , c'est- à-dire , liant les
impressions nouvelles à celles qui sont
déja gravées dans le Cerveau , n'est nul
lement contraire à la santé des enfans :
mais il faut du rélâche , du sommeil , et
éviter sur tout de les forcer, et de les pas
sionner. Je suis persuadé que le grand
travail M. le Fevre a fait faire à son
fils ., peut avoir contribué à la perte de
cet enfant précieux , quoiqu'il soit diffi
cile en ces occasions qu'on ne prenne
pour cause ce qui n'est pas cause .
que
Ce n'est pas le sçavoir qui tue un en
\
II. Vol. fant
506 MERCURE DE FRANCE
fant , c'est l'éffort , c'est de ne point gar
der de proportion entre sa capacité et
ce qu'on veut lui faire apprendre ; les
enfans élevés dans les grandes Villes ap
prennent par l'usage de la vie une infiz
nité de choses sans qu'ils s'en portent
plus mal que les enfans de la Campagne
qui ignorent toutes ces choses : combien
de mots n'apprennent-ils point de leur
langue naturelle ? combien d'objets , com
bien de personnes ne connoissent- ils pas ?
c'est donc de la maniere d'apprendre que
vient tout le bien ou tout le mal. Sur ces
príncipes, il seroit aisé de faire voir que la
Methode vulgaire est bien plus contraire
à la santé des enfans , que celles contre
lesquelles M. Gaullyer fait des déclama
tions si pathétiques . On pourroit aussi
faire voir que quelque Methode que l'on
suive il y a des differences à observer ,
qu'ainst n'en déplaise à M. Gaullyer ,
M. le Feyre a grande raison de dire que
sa maniere d'enseigner n'est pas ce qu'il faut
pour des personnes qui ont peu de bien , mais
tous ces points demanderoient un détail
dans lequel je n'ai pas le temps d'entrer
maintenant.
On ne veut point approfondir d'où
vient le zele de M. Gaullyer contre cer
taines personnes à qui assurément le pu
II. Vol.
blic
JUIN. 1731.
1507
ܐܫܟܗ
Llic ne donne point les noms dont il plaît
à M. Gaullyer de les qualifier. Il traite
leurs idées de folles et d'extravagantes ,
quoiqu'elles soient assurément bien plus
conformes au sistême de M. le Fevre :
il les appelle des Charlatans et des Avan
turiers de la menuë Litterature ; on pourroit
fort bien , dit-il , ( pag. 78. ) lesforcer à
se taire et les chasser des grandes Villes :
et pourquoy ne pas les chasser aussi des
petites les livres de M. Gaullyer ne se
débitent- ils point dans celles - ci ? leurs
ridicules imaginations , poursuit-il , de
vraient au moins les faire bannir des Colleges,
ou plutôt on ne devroit on ne devroit pas leury laisser
mettre le pied. Ce n'est-là ni la pensée ,
pour ainsi dire , ni le langage de la raison .
Qui ne riroit , dit M. Gaullyer , ( p. 83. )
de voir ces bonnes gens nous proposer sérieu
sement , celui - là son Imprimerie en colom
bier avecses logetes ou boulins. M. Gaullyer
peut en rire tout à son aise , et c'est mê
me ce qu'il fera de mieux ; mais il en ri
ra tout seul. La Cour , la Ville , et mê
me les Colleges en pensent plus serieu
sement. Mais rions un moment avec M.
Gaullyer. L'autre , poursuit- il , nous pro
pose serieusement ses gloses interlinéaires ;
comme si c'étoit quelque chose de bien rare ,
et qui fut utile à d'autres qu'à des enfans.
4
II. Vol. Le
1508 MERCURE DE FRANCE.
Le dessein de celui - ci n'a pas été de tra 3
vailler des Vicillards. M. Gaullyer
pour
a d'autant plus de tort de confondre ce
dernier avec les autres dont il parle ,
que celui -ci n'a jamais rien dit contre les
Colleges , qu'il a même l'honneur d'avoir
fait les dernieres années de ses études dans
l'Université de Paris , et d'y avoir pris
des degrés ; il vient de donner au Public
un ouvrage qui a été réçû avec une Apro
bation singuliere dans les Colleges mê
me , il n'y a rien dans cet ouvrage ni dans
tout le reste de sa Methode , qui ne puis
se parfaitement s'accorder avec la prati
que des Colleges , et cet ouvrage n'a pas
été regardé comme une production d'une
menuë Litterature .
Cet autre , continuë M. Gaullyer , nous
propose ses propres Livres. Quel est celui
ci ? seroit- ce M. Gaullyer lui- même ? En
effet au versò du titre de la Methode de
M. le Fevre , M. Gaullyer a pris soin de
faire imprimer le Catalogue de ses pro
pres Livres. LIVRES DE M. GAULLYER.
Régles pour la Langue Latine , Rudiment
Methode , Régles d'élégance , Régles de
Traduction , Régles de Versification , Gram
maire Françoise , Feuille de François . &c
Ceux qui voudront avoir un nombre de ces
Livres sont priés de s'addresser à la V. Bro
د
II. Vol.
GAS
JUIN. 1731. 1509
sas. On leurfera les remises convenables & c.
Dans toutes cès Notes , M. Gaullyer ne
propose que ses propres Livres. Quel
nom donnerons - nous à ce langage ? Il ne
manque plus que de crier , tout le monde
l'a vũ , tout le monde l'a voulu voir. Quoy
qu'il en soit j'avouerai ingenûment , conti
nue M. Gaullyer , qu'il m'est venu souvent
à leur sujet une pensée que je crois vraye ,
pourvû qu'on ne la prenne pas à la rigueurs
c'est qu'ils sont , dit-il , ( pag. 84. ) ou
HERETIQUES on Fous : héretiques , s'ils ne
croyent pas le peché originel ; fous , si en le
croyant ils s'imaginent qu'on puisse guerir fá
cilement une des playes , les plus grandes qu'il
aitfaites à la nature humaine ; et cette playe
c'est l'ignorance.
J'ai lu dans les vies des Peres du dé
sert , qu'un pieux Solitaire fut un jour
extrémement maltraité de paroles par
quelques personnes : vous êtes un fou
lui disoit- on , un médisant , un calom
niateur , un emporté , un fanatique
un charlatan , peut- être lui dit-on aussi
vous n'êtes qu'un homme de la menuë Litte
rature : à tout cela le pieux Solitaire ne ré
pondit rien ; il imita le silence sage de
M. Rollin : mais ces personnes ayant dit
au Solitaire qu'il étoit hérétique , il prit
la parole , et se justifia , parce que
II. Vol. are E
1510 MERCURE DE FRANCE
ore confessio fit ad salutem. Nous déclarons
donc que nous reconnoissons le peché
originel et ses effets dans tous les hom
mes , en notre personne , et même en
celle de M. Gaullyer ; nous croyons aussi
que M. Gaullyer est très bon catholique ,
et qu'il est soumis comme nous à toutes
les décisions de l'Eglise ; mais si au lieu .
de lui retorquer cette premiere partie de
son dilemme , on lui reprochoit et on
lui prouvoit la seconde par ses discours
et par ses livres , imiteroit- il la conduite
du Saint Solitaire ?
M. Gaullyer se plaint , ( pag. 84. ) que
nous trouvons quelques dupes , par LA
REGLÉ qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui l'admire. Que M. Gaullyer est ad
mirable !
Voici , entre tant d'autres , une Note où
brille une très- grosse Litterature , M. le
Fevre parlant de Longin , l'appelle Cassius
Longinus. M. Gaullyer à la page 100. fait
cette remarque modeste : je ne connoispoint,
dit- il , le Rhéteur Cassius Longinus, mais le
célebre Denis Longin. Il est vray que M.
Boileau et les Notes du Traité du subli
me , ont supprimé le nom de Cassius ,
mais Suidas , M. Baillet , Jugem. des Sça
vans , Tom. 2. 1. part . in 12. 1685. et
les autres Bibliothequaires nomment Lon
11. Vol.
gin
JUIN 1731. ISII
gin Dionysius Cassius Longinus. Si M. le
Fevre avoit dit Tullius Ciceron , M. Gaul
lyer nous auroit peut-être fait une sça
vante note, pour nous dire : je ne connois
point Tullius Ciceron , mais je connois
bien Marcus Ciceron.
M. Gaullyer remarque ( pag. 83. ) que
le seul moyen d'apprendre les belles Lettres ,
c'est la lecture qu'on fait assidûment pen
dant plusieurs années des Auteurs, et qu'ain
si les Charlatans qui suivent , dit - il ,
d'autres routes n'ont pas grand commerce
avec la raison et l'experience : mais où
sont les Charlatans qui ont prétendu
qu'il ne faloit point lire les Auteurs ? les
Charlatans dont parle M. Gaullyer , ne
different que dans les préliminaires et
dans la Methode , ils sont d'accord avec
M. le Fevre , ils disent avec ce grand hom
me , qu'il ne faut point perdrele tems à
faire des Thèmes , surtout dans les pre
miers commencemens , qu'il faut voir les
Originaux avant que de faire des copies :
un homme qui délibere là-dessus , dit M. le
Fevre , ( pag. 21. ) n'a pas grand com
merce avec la saine raison. Ainsi expli
quons les Auteurs , facilitons d'abord
cette explication , disent nos Charla
tans ; s'ils ne parlent pas comme M. Gaul
lyer encore un coup , ils parlent comme
II. Vol. E ij MA
1512 MERCURE DE FRANCE
M. le Fevre ; mais il suffit à M. Gaullyer
de dire beaucoup de mal des autres , et
beaucoup de bien de lui-même : justice ,
équité , discernement , raison , justesse ;
il n'a pas été en ces Classes-là.
M. le Fevre dit ( pag . 8. et 9. ) qu'il
donna à son fils le gros Alphabet de Robert
Estienne , et veut qu'on se serve de grand
papier plié in 4º . l'Auteur du Bureau
Typographique conseille aussi les grands
livres pour l'usage des enfans , parceque
ses livres se tiennent ouverts , ils laissent
les enfans plus libres, et facilitent la lectu
re : mais M. Gaullyer nous renvoye à
ses petits livres chez la V. Brocas , c'est
dit-il ,
que
l'on trouvera les ouvrages
que nous avons fait imprimer pour l'usage des
Classes. Ces ouvrages sont imprimés en
lettres fort menuës , pour ne pas dire en
menuë Litterature ; il seroit inutile d'en par
ler ici plus au long , le Public sçait assés
l'usage qu'on en fait.
Entre un grand nombre d'observation:
que je pourrois faire sur les Notes d
M. Gaullyer, je me réduis à ces deux der
nieres.
là
,
1. M. Gaullyer n'imite pas les Pane
gyristes qui élevent au dessus des autres
Saints ceux dont il font l'éloge , pour lui
il blâme M. le Fevre ; mais en quelles
11. Vol.
occasions ?
JUIN. 1731 . 1513
Occasions ? c'est uniquement quand M. le
Fevre est contraire aux usages et aux
livres de notre critique ; on voit par tout
que M. Gaullyer ne cherche qu'à faire
valoir ses propres ouvrages . Si j'avois à
instruire un enfant , dit- il , ( pag . 109. )
je lui mettrois entre les mains six on sept pe
tites feuilles que j'ai fait imprimer , lafeuille
de Grammairefrançoise , celle du Rudiment ,
celle des Préterits et Supins &c. de la feuille
du françois je passerois à la feuille du La
tin , je distilerois mes paroles goutte à goutte
dans ses oreilles et dans son esprit , qui
est d'une étroite embouchure , ( c'est de l'es
prit de l'enfant et non du sien dont il par
le ) j'imiterois les bonnes nourrices qui four
rent dans la bouche des petits enfans des
morceaux très-menus. Ce stile ne reveillé
t'il
pas l'idée d'une grande Litterature ?
2. M. Gaullyer employe presque une
page en citations , pour nous apprendre
où nous pourrons aller chercher ce que
c'est que Pedant et Pedanterie . Il fait fort
bien de ne pas le définir , il n'y a rien
de si difficile que la connoissance
de
soy- même.
Voilà quelques-unes des réfléxions que
nous n'avons faites que pour donner à
M. Gaullyer la satisfaction qu'il a de
mandée , nous sçavons d'ailleurs qu'il
II. Vol.
E iij persistera
114 MERCURE DE FRANCE
.
persistera dans le même sentiment . Nous
le soutenons, dit- il dans sa belle Preface de
ses Régles innombrables , page XVIII
nous le soutenons , nous l'avons déja soutenu
et nous le soutiendrons encore. Que M.
Gaullyer sçait bien conjuguer ! voilà le
présent , le passé , le futur. Pour nous
gens à menue Litterature , entierement vui
des de science et de bon sens , & c. nous
tâcherons de profiter des lumieres des
autres quand on voudra bien nous
en faire part ; mais si M. Gaullyer n'a
que des déclamations à faire contre
nous , nous lui déclarons que nous ne
voulions , nous ne voulons , ni ne vou
drons pas perdre le tems à lui répondre.
Si quis est qui delictum in se inclementiùs
Existimavit esse , sic existimet ,
Responsum, non dictum esse , quia lasit prior .
Ter. Eun. Prol .
Fermer
Résumé : RÉFLEXIONS sur la Methode de M. le Fevre de Saumur, et sur les Notes de M. Gaullyer, Professeur de Quatriéme au College du Plessis-Sorbonne.
Le texte présente une critique de la méthode pédagogique de M. le Fèvre de Saumur et des notes de M. Gaullyer, professeur au Collège du Plessis - Sorbonne. M. Gaullyer accuse des 'charlatans de la menue Littérature' de ne pas répondre à ses critiques. Les auteurs anonymes du texte, se présentant comme ces 'charlatans', expriment leur surprise que M. Gaullyer ait imprimé la méthode de M. le Fèvre, qui condamne la pratique vulgaire. Ils détaillent la méthode de M. le Fèvre, qui consiste à ne pas enseigner le grec et le latin aux enfants avant l'âge de dix ans, à apprendre à lire et à écrire sans se soucier de la beauté du caractère, et à commencer l'apprentissage des déclinaisons en grand papier. M. le Fèvre recommande également de commencer par l'explication des textes plutôt que par la composition de thèmes. Les auteurs soutiennent que la méthode des 'charlatans' est plus conforme à celle de M. le Fèvre que celle de M. Gaullyer. Les auteurs critiquent la réponse de M. Gaullyer, qui affirme que les collèges sont mieux montés aujourd'hui et que les auteurs grecs et latins sont mieux distribués. Ils argumentent que la principale différence entre la méthode de M. le Fèvre et celle des collèges réside dans l'approche pédagogique, et non dans l'ordre des auteurs étudiés. Ils concluent que la méthode des collèges actuels est fondamentalement la même que celle de 1672, et que M. Gaullyer n'a pas compris l'esprit de la méthode de M. le Fèvre. Ils soulignent également que la méthode vulgaire est plus nuisible à la santé des enfants que les méthodes alternatives. Le texte mentionne également les ouvrages de M. Gaullyer sur la langue latine et française, tels que 'Règles pour la Langue Latine', 'Rudiment', 'Méthode', 'Règles d'élégance', 'Règles de Traduction', 'Règles de Versification', et 'Grammaire Françoise'. Il critique M. Gaullyer pour ne proposer que ses propres livres et pour son langage excessif. Gaullyer affirme que ses critiques sont soit hérétiques, soit fous, selon qu'ils croient ou non au péché originel et à la difficulté de guérir l'ignorance. Il cite un exemple d'un solitaire pieux qui reste silencieux face aux insultes mais se justifie lorsqu'on l'accuse d'hérésie. Gaullyer se plaint également de trouver des dupes parmi ses admirateurs. Le texte mentionne une erreur de Gaullyer concernant l'identité de Longin et critique son approche pédagogique, qui privilégie ses propres ouvrages. Gaullyer est décrit comme quelqu'un qui parle beaucoup de mal des autres et de bien de lui-même, sans justice ni équité. Le texte conclut en soulignant que Gaullyer ne cherche qu'à valoriser ses propres ouvrages et en refusant de perdre du temps à répondre à ses déclamations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5579
p. 1514-1516
BOUQUET A MADAME D...
Début :
Pour vous faire un Bouquet, dans les Jardins de Flore [...]
Mots clefs :
Fleurs, Orner, Bouquet, Douceurs, Belles, Grâces, Secours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET A MADAME D...
BOUQUET A MADAME D...
PodeFlore
Our vous faire un Bouquet, dans les Jardins.
Je rassemblois des fleurs que, tout nouvellement,.
Pour orner votre sein dans ce jour si charmant
La Déesse avoit fait éclore.
II. Vol
Apollon
JUIN. 1731.
1515
Apollon tout à coup à mes yeux s'est montré.
Quoy , m'a- t'il dit , d'un ton qui marquoit sa
colere ,
Toi , que j'ai si souvent de mes feux inspiré ,
Quoi ? sans crainte de me déplaire ,
Ingrat , oses -tu donc ailleurs
Que sur le sommet du Parnasse
Dans ce jour ramasser des fleurs ?
Est- ce mépris pour moi ? manquerois- tu d'audace ?
Quand tu n'as jamais eu de plus digne sujet ?
Lorsqu'en chantant le plus aimable objet ,
Tu pourrois relever ma gloire ,
Et t'assurer une heureuse mémoire ,
Loin de faire éclatter des sons pleins de douceurs,
Tu cueilles pour tout soin , quelques fleurs pas
sageres ,
Qui , bien moins que des vers flateurs
Aux belles doivent être cheres !
Pardonne-moy , grand Dieu , lui reponds- je en
tremblant ,
Si mon courage chancelant
S'oppose à mes désirs de chanter cette Belle ;
Je crains de ne pouvoir faire un portrait fidelle
De ses graces , de ses attraits :
Envain j'ai réussi sur bien d'autres sujets
Je défigurerois un si charmant modele ,
Et je ferois de vains efforts.
.
Le Dieu m'a repliqué ; charmé de tes transports.
A ton aide aussi-tôt je volerois moi -même ;
II. Vol. Mais
E iiij
1916 MERCURE DE FRANCE
Mais quand par mon secours suprême
Je ne soutiendrois pas une si vive ardeur ,
Pour faire de la Belle une image achevée ,
Tu n'aurois qu'à tracer celle qui dans ton coeu
Est si profondement gravée.
PodeFlore
Our vous faire un Bouquet, dans les Jardins.
Je rassemblois des fleurs que, tout nouvellement,.
Pour orner votre sein dans ce jour si charmant
La Déesse avoit fait éclore.
II. Vol
Apollon
JUIN. 1731.
1515
Apollon tout à coup à mes yeux s'est montré.
Quoy , m'a- t'il dit , d'un ton qui marquoit sa
colere ,
Toi , que j'ai si souvent de mes feux inspiré ,
Quoi ? sans crainte de me déplaire ,
Ingrat , oses -tu donc ailleurs
Que sur le sommet du Parnasse
Dans ce jour ramasser des fleurs ?
Est- ce mépris pour moi ? manquerois- tu d'audace ?
Quand tu n'as jamais eu de plus digne sujet ?
Lorsqu'en chantant le plus aimable objet ,
Tu pourrois relever ma gloire ,
Et t'assurer une heureuse mémoire ,
Loin de faire éclatter des sons pleins de douceurs,
Tu cueilles pour tout soin , quelques fleurs pas
sageres ,
Qui , bien moins que des vers flateurs
Aux belles doivent être cheres !
Pardonne-moy , grand Dieu , lui reponds- je en
tremblant ,
Si mon courage chancelant
S'oppose à mes désirs de chanter cette Belle ;
Je crains de ne pouvoir faire un portrait fidelle
De ses graces , de ses attraits :
Envain j'ai réussi sur bien d'autres sujets
Je défigurerois un si charmant modele ,
Et je ferois de vains efforts.
.
Le Dieu m'a repliqué ; charmé de tes transports.
A ton aide aussi-tôt je volerois moi -même ;
II. Vol. Mais
E iiij
1916 MERCURE DE FRANCE
Mais quand par mon secours suprême
Je ne soutiendrois pas une si vive ardeur ,
Pour faire de la Belle une image achevée ,
Tu n'aurois qu'à tracer celle qui dans ton coeu
Est si profondement gravée.
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Résumé : BOUQUET A MADAME D...
Le poème 'Bouquet à Madame D...' est écrit en juin 1731. Le narrateur compose un bouquet de fleurs pour une dame, inspiré par la déesse. Apollon apparaît, irrité que le narrateur cueille des fleurs au lieu de chanter ses louanges. Le narrateur avoue craindre de ne pas être à la hauteur pour décrire les charmes de la dame. Apollon, ému par sa sincérité, propose de l'aider à créer un portrait fidèle de la belle. Si même Apollon ne peut soutenir une telle ardeur, il suggère au narrateur de se fier à l'image qu'il porte dans son cœur.
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5580
p. 1531
ENIGME.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis droit et bossu ; [...]
Mots clefs :
Fuseau
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
JEE suis long , je suis rond , je suis droit et bossu;
Comme je viens tout nud au monde ,
Et que je ne suis fait que pour
être vétu ,
Pour avoir un habit je tourne et fais la ronde ;
D'une agilité sans seconde ;
Mais que me sert l'empressement ,
Avec lequel j'obtiens cette parure ?
Quand il plaît à celui qui m'en a fait present ,
Je ne le garde pas une heure.
JEE suis long , je suis rond , je suis droit et bossu;
Comme je viens tout nud au monde ,
Et que je ne suis fait que pour
être vétu ,
Pour avoir un habit je tourne et fais la ronde ;
D'une agilité sans seconde ;
Mais que me sert l'empressement ,
Avec lequel j'obtiens cette parure ?
Quand il plaît à celui qui m'en a fait present ,
Je ne le garde pas une heure.
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5581
p. 1532-1533
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Tourné de diverse façon, [...]
Mots clefs :
Maroc
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texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND
LOGOGRYPHE
.
Tou
Ourné de diverse façon ,
Me prenant au pied de la lettre ,
J'offre dès l'abord un Pronom
,
A quiconque
s'explique
en maître
; Mon tout , tantôt
Cité , quelquefois
Région
, Pour deux de moins
n'est guere
bon , Qu'à faire un saut par la fenêtre
. Voulez-vous un Oracle , un Saint de grand re
nom ?
Faites un cercle disparoitre
.
Je pourrois
sur le même ton ,
Nombrer
l'or et l'argent
que le Perou voit naître.
Par trois soeurs prises dans mon nom , Qu'il est aisé de reconnoître
,
Des Peuples
se sont faits raison ,
Et le Sauvage
encor , peut être ,
saison .
S'en sert presqu'en
toute saiso
Un des bouts sans combinaison
,
Souvent
connu , mais souvent
traître,
Sur
II. Vol
JUIN.
1731. 1533
Sur l'Element où le Mouton ,
Ne peut sauter , bondir et paître ,
A Jean Bart causa maint frisson.
Ici je finis ma leçon ;
Devinez ce que ce peut être.
C. In. au Montlouis.
LOGOGRYPHE
.
Tou
Ourné de diverse façon ,
Me prenant au pied de la lettre ,
J'offre dès l'abord un Pronom
,
A quiconque
s'explique
en maître
; Mon tout , tantôt
Cité , quelquefois
Région
, Pour deux de moins
n'est guere
bon , Qu'à faire un saut par la fenêtre
. Voulez-vous un Oracle , un Saint de grand re
nom ?
Faites un cercle disparoitre
.
Je pourrois
sur le même ton ,
Nombrer
l'or et l'argent
que le Perou voit naître.
Par trois soeurs prises dans mon nom , Qu'il est aisé de reconnoître
,
Des Peuples
se sont faits raison ,
Et le Sauvage
encor , peut être ,
saison .
S'en sert presqu'en
toute saiso
Un des bouts sans combinaison
,
Souvent
connu , mais souvent
traître,
Sur
II. Vol
JUIN.
1731. 1533
Sur l'Element où le Mouton ,
Ne peut sauter , bondir et paître ,
A Jean Bart causa maint frisson.
Ici je finis ma leçon ;
Devinez ce que ce peut être.
C. In. au Montlouis.
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5582
p. 1533-1535
Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Début :
LE THEATRE DES PASSIONS ET DE LA FORTUNE, ou les Aventures surprenantes [...]
Mots clefs :
Aventures, Peinture des passions, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
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Résumé : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages littéraires. Le premier, 'Le Théâtre des Passions et de la Fortune, ou les Aventures surprenantes de Rosamidor et de Théoglaphyre', est une histoire australe écrite par M. de Castera et publiée à Paris en 1731. Ce livre relate des aventures nouvelles et vise à dépeindre les passions humaines les plus intenses et leurs conséquences. L'auteur oppose le vice à divers caractères de vertu pour souligner les comportements à imiter et à éviter. Bien que présenté comme un recueil d'événements véridiques, les principaux faits sont tirés de l'histoire anecdotique du quinzième siècle, mais sont narrés sous des noms grecs et latins pour les déguiser. Par exemple, Charles Quint est nommé Laocrator, et le corsaire Barberousse est appelé Rufopogon. Cette méthode de nomination suit les exemples de Thomas Morus et Barclay. Le style de l'ouvrage est poétique, car il s'agit d'une narration faite par un philosophe indien à un jeune roi. Le second ouvrage mentionné est 'Éloge de l'Amour, dédié à Cupidon', écrit par M. A. C ** et publié à Paris en 1731.
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5583
p. 1538-1541
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS pour servir de Plan à l'Histoire naturelle du Gévaudan, lû à [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle du Gévaudan, Médecine, Poissons, Perles
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texteReconnaissance textuelle : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
DISCOURS pour servir de Plan à
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
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the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
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Résumé : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Le 13 février 1730, Samuel Blanquet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier et Médecin du Roi, présente à l'Assemblée des États du Diocèse de Mende son projet d'écrire une 'Histoire naturelle du Gévaudan'. Il souligne l'importance pour un médecin de connaître et d'appliquer la science médicale en fonction du climat et de l'environnement local. Blanquet a déjà publié un traité sur les eaux minérales en 1718, approuvé par l'Évêque de Mende et des médecins éminents. Encouragé par ces succès et par l'Évêque de Mende, M. de Choiseul-Beaupré, il décide de se lancer dans ce nouvel ouvrage. Le plan de l'ouvrage inclut des descriptions des poissons des rivières, des perles, des mines et des concrétions de la région. Blanquet appelle les membres de l'assemblée à lui fournir des informations pertinentes et exprime son intention de voyager pour compléter son travail. Il suggère également que des personnes qualifiées dans chaque province entreprennent des projets similaires pour créer une histoire naturelle complète du royaume, que l'Académie des Sciences pourrait perfectionner.
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5584
p. 1541-1544
Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Cochet, de la Maison et Société de Sorbonne, Professeur de Philosophie [...]
Mots clefs :
Maison et Société de Sorbonne, Mathématique, Algèbre, Arithmétique, Géométrie
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texteReconnaissance textuelle : Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
M. Cochet , de la Maison et Societé
de Sorbonne , Professeur de Philosophie:
au College des Quatre -Nations , vient
de donner au Public , en François , les
Elemens de Mathématique du celebre
M. de Varignon , &c. des Académies,
Royales des Sciences de France , d'Angleterre
et de Prusse , Professeur de Ma
thématique au College de Mazarin , et
Lecteur du Roi en Philosophie au Col
lege Royal ..
C'est un volume in 4. qui contient un
Traité abregé d'Algebre et d'Arithméti
que , qui peut servir d'introduction à tou
tes les parties des Mathématiques , et un
autre Traité des plus complers de la Géo
metrie Elementaire. E v
1542 MERCURE DE FRANCE
Le Traité d'Algebre d'Arithmétique est
divisé en quatre Livres , dont le premier
est de l'Addition , Soustraction , Multi
plication et Division ; le second , des Pro
portions et des Fractions ; on trouve dans
ce second Livre la Regle de Proportion
ou la Regle de Trois , qu'on appelle aussi
Regle d'Or , à cause de sa grande utili
té ; elle est expliquée de la façon la plus
simple et la plus intelligible , de même
que la Regle de Compagnie , et par les
principes qu'on établit dans ce second
Livre on peut aisément résoudre plusieurs
autres questions qu'on trouve dans ces
Traitez particuliers d'Arithmétique ; le
troisiénie Livre est de l'extraction des Ra
cines , et le quatrième des Equations . 7
Les Regles d'Arithmétique sont par
tout jointes à celle d'Algebre , pour faire
mieux sentir l'analogie qui est entr'elles.
Le Traité de Géométrie est divisé en
deux Parties dont la premiere est la Géo
metrie spéculative , ei la seconde , la Géo
métrie pratique.
La Geométrie speculative contient cinq
Livres dans le premier , on traite des
Lignes ; dans le second , des surfaces ;
dansle troisiéme , des Proportions ou des
Regles de compa : er , des grandeurs entre
elles ; dans le quatrième , des Proportions
II. Vol. des
JUIN. 1735.
1543
des lignes droites et des figures qu'elles
renferment ; dans le cinquième , des So
lides ou des Corps.
Tout ce qu'Euclide a dit des Propor
tions , se trouve renfermé dans sept Re
gles qui suffisent pour l'intelligence de
tout ce qui appartient aux Proportions
en general , et les démonstrations de ces
Regles sont si courtes , qu'elles sont con
tenues dans deux pages .
Toute la Trigonométrie est réduite à
trois Théorêmes , par le moyen desquels
on mesure toutes sortes de Triangles et
de figures rectilignes , et par consequent
toutes sortes d'étendues.
La Géométrie pratique, qui est la seconde
Partie, apprend à mesurer toute sorte d'é
tenduës, et comme toute Etenduë est ou li
gne, ou surface , ou solide, elle est divisée
en trois Chapitres ; le premier traite des
Lignes ; le second des Surfaces; le troisié
me des Solides our des Corps.
Les principes de Géométrie sont dé
veloppez dans cet Ouvrage avec tant de
justesse et d'exactitude , les propositions
y sont enchaînées d'une maniere si simple
et si naturelle , les démonstrations y sont
si courtes et si faciles , qu'on y recon noît
aisément la superiorité du génie de celui
qui en est Auteur. La Méthode qu'il a
F vj
II. Vol. su vic
1544 MERCURE DE FRANCE
suivie dans ces Elemens , le met parfai
tement à couvert des reproches qu'on fait
avec assez de fondement à quelques Géo
métres , en les accusant de manquer d'or
dre dans l'arrangement de leur matiere ;
il s'est étudié à mettre tout dans le plus
grand jour , et il ne s'est point épargné
le travail de l'arrangement , beaucoup
moins flatteur et souvent plus pénible
que celui de la production mêmes de- là
vient que nous avons si peu de bons Ele
mens de Mathématiques ,et que l'on peut
tirer un très- grand avantage de l'impres
sion de ceux de M. Varignon . Il les a tra
vaillez pendant plusieurs années avec tous
les soins et toute l'attention possible, pour
faciliter aux Commençans l'entrée dans
la Science des Mathématiques , qu'il pos
sedoit si parfaitement, et à laquelle il s'est
appliqué toute sa vie avec tant de succès
qu'il est parvenu à mériter le rang le
plus di tingué parmi les plus celebres Ma
thématiciens de l'Europe.
Cet Ouvrage de 155. pages , sans la
Table , la Préface et l'Epitre Dédicatoire à
S.A. S. M. le Comte de Clermont , est orné
de 22. grandes Planches et de grand nom
bre de figures . Il se vend à Paris , Quay
des Augustins , chez P. M. Brunet , 1731 .
de Sorbonne , Professeur de Philosophie:
au College des Quatre -Nations , vient
de donner au Public , en François , les
Elemens de Mathématique du celebre
M. de Varignon , &c. des Académies,
Royales des Sciences de France , d'Angleterre
et de Prusse , Professeur de Ma
thématique au College de Mazarin , et
Lecteur du Roi en Philosophie au Col
lege Royal ..
C'est un volume in 4. qui contient un
Traité abregé d'Algebre et d'Arithméti
que , qui peut servir d'introduction à tou
tes les parties des Mathématiques , et un
autre Traité des plus complers de la Géo
metrie Elementaire. E v
1542 MERCURE DE FRANCE
Le Traité d'Algebre d'Arithmétique est
divisé en quatre Livres , dont le premier
est de l'Addition , Soustraction , Multi
plication et Division ; le second , des Pro
portions et des Fractions ; on trouve dans
ce second Livre la Regle de Proportion
ou la Regle de Trois , qu'on appelle aussi
Regle d'Or , à cause de sa grande utili
té ; elle est expliquée de la façon la plus
simple et la plus intelligible , de même
que la Regle de Compagnie , et par les
principes qu'on établit dans ce second
Livre on peut aisément résoudre plusieurs
autres questions qu'on trouve dans ces
Traitez particuliers d'Arithmétique ; le
troisiénie Livre est de l'extraction des Ra
cines , et le quatrième des Equations . 7
Les Regles d'Arithmétique sont par
tout jointes à celle d'Algebre , pour faire
mieux sentir l'analogie qui est entr'elles.
Le Traité de Géométrie est divisé en
deux Parties dont la premiere est la Géo
metrie spéculative , ei la seconde , la Géo
métrie pratique.
La Geométrie speculative contient cinq
Livres dans le premier , on traite des
Lignes ; dans le second , des surfaces ;
dansle troisiéme , des Proportions ou des
Regles de compa : er , des grandeurs entre
elles ; dans le quatrième , des Proportions
II. Vol. des
JUIN. 1735.
1543
des lignes droites et des figures qu'elles
renferment ; dans le cinquième , des So
lides ou des Corps.
Tout ce qu'Euclide a dit des Propor
tions , se trouve renfermé dans sept Re
gles qui suffisent pour l'intelligence de
tout ce qui appartient aux Proportions
en general , et les démonstrations de ces
Regles sont si courtes , qu'elles sont con
tenues dans deux pages .
Toute la Trigonométrie est réduite à
trois Théorêmes , par le moyen desquels
on mesure toutes sortes de Triangles et
de figures rectilignes , et par consequent
toutes sortes d'étendues.
La Géométrie pratique, qui est la seconde
Partie, apprend à mesurer toute sorte d'é
tenduës, et comme toute Etenduë est ou li
gne, ou surface , ou solide, elle est divisée
en trois Chapitres ; le premier traite des
Lignes ; le second des Surfaces; le troisié
me des Solides our des Corps.
Les principes de Géométrie sont dé
veloppez dans cet Ouvrage avec tant de
justesse et d'exactitude , les propositions
y sont enchaînées d'une maniere si simple
et si naturelle , les démonstrations y sont
si courtes et si faciles , qu'on y recon noît
aisément la superiorité du génie de celui
qui en est Auteur. La Méthode qu'il a
F vj
II. Vol. su vic
1544 MERCURE DE FRANCE
suivie dans ces Elemens , le met parfai
tement à couvert des reproches qu'on fait
avec assez de fondement à quelques Géo
métres , en les accusant de manquer d'or
dre dans l'arrangement de leur matiere ;
il s'est étudié à mettre tout dans le plus
grand jour , et il ne s'est point épargné
le travail de l'arrangement , beaucoup
moins flatteur et souvent plus pénible
que celui de la production mêmes de- là
vient que nous avons si peu de bons Ele
mens de Mathématiques ,et que l'on peut
tirer un très- grand avantage de l'impres
sion de ceux de M. Varignon . Il les a tra
vaillez pendant plusieurs années avec tous
les soins et toute l'attention possible, pour
faciliter aux Commençans l'entrée dans
la Science des Mathématiques , qu'il pos
sedoit si parfaitement, et à laquelle il s'est
appliqué toute sa vie avec tant de succès
qu'il est parvenu à mériter le rang le
plus di tingué parmi les plus celebres Ma
thématiciens de l'Europe.
Cet Ouvrage de 155. pages , sans la
Table , la Préface et l'Epitre Dédicatoire à
S.A. S. M. le Comte de Clermont , est orné
de 22. grandes Planches et de grand nom
bre de figures . Il se vend à Paris , Quay
des Augustins , chez P. M. Brunet , 1731 .
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Résumé : Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
M. Cochet, professeur de philosophie au Collège des Quatre-Nations, a publié les 'Éléments de Mathématique' de M. de Varignon, académicien des sciences de France, d'Angleterre et de Prusse, professeur de mathématiques au Collège de Mazarin et lecteur du roi en philosophie au Collège Royal. Cet ouvrage, en format in-4, se compose d'un traité abrégé d'algèbre et d'arithmétique, servant d'introduction aux mathématiques, et d'un traité complet de géométrie élémentaire. Le traité d'algèbre et d'arithmétique est structuré en quatre livres. Le premier livre traite de l'addition, de la soustraction, de la multiplication et de la division. Le second livre aborde les proportions et les fractions, incluant la règle de proportion et la règle de compagnie. Le troisième livre concerne l'extraction des racines, et le quatrième traite des équations. Les règles d'arithmétique sont intégrées à celles de l'algèbre pour mieux en montrer l'analogie. Le traité de géométrie est divisé en deux parties : la géométrie spéculative et la géométrie pratique. La géométrie spéculative contient cinq livres traitant des lignes, des surfaces, des proportions, des figures et des solides. La trigonométrie est réduite à trois théorèmes permettant de mesurer divers triangles et figures. La géométrie pratique, divisée en trois chapitres, enseigne à mesurer les lignes, surfaces et solides. L'ouvrage est remarquable par la justesse et l'exactitude des principes de géométrie, la simplicité des propositions et la clarté des démonstrations. M. Varignon a travaillé plusieurs années sur cet ouvrage pour faciliter l'apprentissage des mathématiques. Le livre, de 155 pages, est illustré de 22 grandes planches et de nombreuses figures, et se vend à Paris chez P. M. Brunet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5585
p. 1535-1538
Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRE sur le Laminage de Plomb, Par M. Remond, de la Société des Arts. [...]
Mots clefs :
Laminage, Plomb, Machine, Laminoir, Académie des sciences, Société des arts, Académie d'architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
MEMOIRE Sur le Laminage de Plomb ,
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
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Résumé : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Le mémoire de M. Remond, publié par Pierre Prault à Paris, traite du laminage du plomb dans une nouvelle manufacture située rue de Bercy. M. Remond y décrit la construction et le fonctionnement de la machine à laminer le plomb, ainsi que les avantages de ce procédé. Le laminage réduit l'épaisseur du métal par compression. L'inventeur a dû surmonter trois défis principaux : la pesanteur, le coût et la faible consistance du plomb. La première partie du mémoire explique les précautions prises pour gérer la pesanteur du plomb, permettant à six hommes et six chevaux de faire fonctionner la machine onze heures par jour. La deuxième partie démontre que, malgré un coût initial légèrement supérieur, le plomb laminé est plus économique à long terme, car il est d'épaisseur égale, réduit les besoins en soudure et diminue les frais de charpente et de réparations. La troisième partie réfute les objections contre le plomb laminé, prouvant qu'il est de meilleure qualité et plus durable. Le mémoire inclut des certificats de l'Académie des Sciences, de la Société des Arts, de l'Académie d'Architecture et des fontainiers du Roi, ainsi qu'une lettre du Comte de Broglio justifiant l'avantage de cette technologie en Angleterre. Le style du mémoire est simple, coulant et précis.
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5586
p. 1545-1551
Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Début :
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA, Tomo II, Anno 1710. Copia di [...]
Mots clefs :
Critique, Poème héroïque, Journalistes de Trévoux, Imitation, Langue italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA. ,
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Fermer
Résumé : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Le 'GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA' de 1710 présente diverses publications et correspondances littéraires. Lorenzo Bellini écrit à Antonio Vallisnieri pour discuter des voies de l'air dans les œufs. Plusieurs ouvrages sont mentionnés, dont un de Justi Fontanini sur les diplômes anciens et un livre intitulé 'CONSIDERAZIONI' qui répond à un ouvrage français critiquant des auteurs italiens. Le Marquis Gio: Giuseppe Orsi défend les auteurs italiens contre les critiques du Père Bouhours. Lodovico Antonio Muratori publie un ouvrage sur la poésie italienne, alimentant les débats sur le goût littéraire entre la France et l'Italie. Le texte évoque également des réflexions sur le Cavalier Marin et son influence. Plusieurs traductions et éditions de livres sont notées, notamment les 'ŒUVRES DE NICOLAS BOILEAU DESPRÉAUX' et les œuvres du Cardinal Bembe. Enfin, il est mentionné le passage en Provence d'un Italien transportant des médaillons précieux provenant de collections prestigieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5587
p. 1551-1557
Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Début :
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur les Ouvrages des Sçavans, et sur d'autres [...]
Mots clefs :
Savants, Livre anglais, Lettre sérieuse, Langue anglaise, Pièces satiriques et ironiques, Athéisme, Images riantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
39
fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
39
fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
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Résumé : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Le document est un extrait du 'Mercure de France' publié entre 1729 et 1731, qui présente des informations sur diverses publications et auteurs. Il mentionne un ouvrage intitulé 'Lettres sérieuses et badines', publié à La Haye en 1729, composé de deux volumes et contenant 12 lettres. La sixième lettre de cet ouvrage inclut un extrait d'un livre anglais de Jonathan Swift, intitulé 'Ouvrages mélangés'. Ce livre contient des pièces satiriques et ironiques, telles qu'un 'Traité Histori-Theo-Physico-Logique' et un 'Panegyrique des Nouvelistes'. Le texte discute des opinions de Swift sur divers sujets, notamment l'athéisme et le point d'honneur. Swift ironise sur l'amour des hommes pour le nombre trois et critique les duels. Le document présente également un portrait de Jean de La Fontaine, le décrivant comme un poète spirituel, aimant les plaisirs de la table, et ayant un caractère indolent et voluptueux. Ses œuvres incluent des poèmes, des lettres, des comédies et des tragédies. Le texte se termine par un extrait d'une épître de La Fontaine adressée au Duc de Vendôme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5588
p. 1557-1560
NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Début :
Les Poëtes les plus distingués se sont fait dans tous les tems un honneur d'envoyer des pieces [...]
Mots clefs :
Poètes, Ode alcaïque, Ode Iambique, Chant, Sonnet, Dizain, Ode française, Ballade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
NOUVEAU REGLEMENT
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
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Résumé : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Le nouveau règlement du Palinod de l'Université de Caen, promulgué le 19 mai 1731, a pour objectif de rendre la cérémonie plus attrayante et de stimuler la compétition entre les poètes. Les prix seront désormais attribués le jour de la Conception de la Sainte Vierge. Seules les œuvres primées et celles ayant approché du prix seront lues lors de la cérémonie. Les poètes doivent soumettre leurs œuvres entre le début du mois d'octobre et la Saint-Martin, sans indiquer leur nom. Pour l'identification, ils doivent utiliser une sentence et des chiffres. Les prix seront remis immédiatement après la lecture si les auteurs sont présents, sinon ils seront conservés par le secrétaire de l'Université. Le règlement spécifie les types de pièces acceptées : épigramme latine, chant royal, ballade, sonnet, dizain, ode française, ode en vers alcaïques et ode en vers iambiques. Chaque type de pièce a des règles spécifiques concernant la structure et le contenu, notamment une allusion obligatoire à l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Les prix varient en fonction du type de pièce, allant des armes de l'Université à des bourses de jetons d'argent. L'Université espère que ces mesures inciteront les poètes à participer avec plus d'enthousiasme.
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5589
p. 1560-1564
Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Début :
Un Particulier, bon Physicien, bon Mécanicien, et fort versé dans l'Histoire naturelle et [...]
Mots clefs :
Physicien, Plongeurs, Lanterne, Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un Particulier , bon Physicien , bon Mécani❤
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
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Résumé : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un individu, expert en physique, mécanique, histoire naturelle et antiquité, a réalisé plusieurs découvertes notables concernant les opérations sous-marines. Il affirme posséder un moyen infaillible pour remonter des vaisseaux submergés, à condition qu'ils ne soient pas entièrement ensevelis dans la vase ou coincés sous des rochers. Il a également trouvé un moyen pour permettre à des plongeurs de rester sous l'eau pendant plusieurs heures sans contrainte majeure, et de boire, manger et être éclairés par une lanterne. Pour démontrer ses assertions, M. de V*** a effectué une expérience avec une lanterne étanche. Cette lanterne, allumée et immergée dans un tonneau d'eau, a continué de briller, prouvant ainsi la faisabilité de son invention. M. de V*** propose de prouver toutes ses propositions par des expériences et assure que ses principes seront évidents sans nécessiter de preuves supplémentaires. Les découvertes mentionnées pourraient être utiles en cas de naufrages, pour la pêche aux perles, ou pour des réparations sous-marines. La lanterne marine pourrait également servir à pêcher en pleine nuit. Les plongeurs, protégés du froid et des poissons dangereux, pourraient explorer le fond de la mer avec aisance. Par ailleurs, le Sieur Gersaint, marchand au Pont Notre-Dame, a gravé de nouveaux ornements d'après les œuvres de Vatteau, appréciés par les curieux et utiles pour divers artisans comme les peintres, éventaillistes, sculpteurs, orfèvres, tapissiers et brodeurs. Vatteau est reconnu pour son génie et son ingéniosité dans la création d'ornements galants et bien imaginés.
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5590
p. 1564-1566
Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Début :
Un Livre de quatre feüilles, dont la premiere l'Enjoleur, la seconde le Frileux, la troisiéme [...]
Mots clefs :
Estampes, Mines de plomb, Graveur, Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Un Livre de quatre feüilles , dont la premiere
PEnjoleur , la seconde le Frileux , la troisiéme
Baccus , la quatriéme le Vendangeur. Deux sont
gravées par Mayreau ; et les deux autres par .
Aveline.
Un autre Livre plus grand aussi de quatre feuil
les : les Sujets de celui - ci sont des plus galants ,
et ornés de berceaux , enrichis de Guirlandes ,
Oiseaux , Trophées et attributs convenables aux
snjers , et soutenus pas des ornemens qui renfer→
ment un paysage en camayeux .
La premiere.gravée par Moyreau est une Fête
Bacchique.
La seconde gravée par M. le Bass, est une
Balanceuse
IL Vol . Lia
JUIN.
1565 1731.
La troisiéme gravée par M. Scotin , est un
Retour de Chaffe.
La quatriéme gravée par Aveline , est un
May.
Tous ces ornemens réussissent parfaitement en
découpure.
Le sieur Gersaint a aussi mis en vente , sur la
demie feuille du grand Aigle , un Cartouche gra
vé d'après un Dessein de Vatteau , d'un goût fort
comique , et d'une forme agréable , qui non- seu
Tement servira pour ceux qui font l'Euvre de
Vatteau , mais aussi pour mettre à la tête de ou
tes sortes de Receuils d'Estampes .
Il a aussi mis au jour d'autres sujets nouveaux
sans ornemens, d'après le même Vatteau , que les
Curieux recherchent avec empressement. En voici
la Liste.
Les agrémens de l'Eté , gravée par M.`de
Favanes,
La Partie quarrée , par Moyreau.
La Collation , par le même.
Le Nauffrage , id.
Les Délaffemens de la Guerre , par M. Crepy.
Les Fatigues de la Guerre , par M. Scotin.
Les deux dernieres morceaux entr'autres , sont
composez avec la vérité si naturelle à Vatteau ,
et les soins que les Graveurs ont pris à les rendre ,
font deux Estampes très piquantes , et d'un goût
exquis. Nous ajoûterons cette réflexion , en
voyant ces Estampes , que l'Art de la gravûre n'a
jamais été en France , ni peut-être ailleurs , à
si haut degré de perfection.
-
m
Les Mines de Plomb qu'on a découvertes à
deux lieues de Rennes en Bretagne , sont si
abondantes , qu'on dit que cent livres de cette
Mine 11. Vol.
1566 MERCURE DE FRANCE
Mine produisent cinquante livres de Métal. On
assure que M. Danicamp , de Saint - Malo , a ob
tenu des Lettres Patentes , qui lui accordent le
Privilege exclusif d'y faire travailler.
On aprend de Londres , que le sieur Jean Das
sier , Genevois , Graveur , qui a été chargé dé
graver les Portraits des Rois d'Angleterre , depuis
Guillaume le Conquérant , jusqu'à present ,
présenta le 15. de ce mois à la Reine
dix
huit Médailles qu'il a faites , dans le nombre des
quelles sont celles de Leurs Majestez.
>
On a appris de Dresden , que le Roy de Po
logne avoit nommé le Docteur Hebenstrit , Me
decin à Leipsic , et grand Naturaliste , pour aller
aux Indes Orientales et Occidentales , et y exa
miner les Plantes extraordinaires qui croissent
dans ce Pays -là , et pour les faire dessiner sur les
lieux , de même que les Animaux : il sera pour
cet effet accompagné d'un Peintre , d'un Graveur
et d'un Chasseur,
PEnjoleur , la seconde le Frileux , la troisiéme
Baccus , la quatriéme le Vendangeur. Deux sont
gravées par Mayreau ; et les deux autres par .
Aveline.
Un autre Livre plus grand aussi de quatre feuil
les : les Sujets de celui - ci sont des plus galants ,
et ornés de berceaux , enrichis de Guirlandes ,
Oiseaux , Trophées et attributs convenables aux
snjers , et soutenus pas des ornemens qui renfer→
ment un paysage en camayeux .
La premiere.gravée par Moyreau est une Fête
Bacchique.
La seconde gravée par M. le Bass, est une
Balanceuse
IL Vol . Lia
JUIN.
1565 1731.
La troisiéme gravée par M. Scotin , est un
Retour de Chaffe.
La quatriéme gravée par Aveline , est un
May.
Tous ces ornemens réussissent parfaitement en
découpure.
Le sieur Gersaint a aussi mis en vente , sur la
demie feuille du grand Aigle , un Cartouche gra
vé d'après un Dessein de Vatteau , d'un goût fort
comique , et d'une forme agréable , qui non- seu
Tement servira pour ceux qui font l'Euvre de
Vatteau , mais aussi pour mettre à la tête de ou
tes sortes de Receuils d'Estampes .
Il a aussi mis au jour d'autres sujets nouveaux
sans ornemens, d'après le même Vatteau , que les
Curieux recherchent avec empressement. En voici
la Liste.
Les agrémens de l'Eté , gravée par M.`de
Favanes,
La Partie quarrée , par Moyreau.
La Collation , par le même.
Le Nauffrage , id.
Les Délaffemens de la Guerre , par M. Crepy.
Les Fatigues de la Guerre , par M. Scotin.
Les deux dernieres morceaux entr'autres , sont
composez avec la vérité si naturelle à Vatteau ,
et les soins que les Graveurs ont pris à les rendre ,
font deux Estampes très piquantes , et d'un goût
exquis. Nous ajoûterons cette réflexion , en
voyant ces Estampes , que l'Art de la gravûre n'a
jamais été en France , ni peut-être ailleurs , à
si haut degré de perfection.
-
m
Les Mines de Plomb qu'on a découvertes à
deux lieues de Rennes en Bretagne , sont si
abondantes , qu'on dit que cent livres de cette
Mine 11. Vol.
1566 MERCURE DE FRANCE
Mine produisent cinquante livres de Métal. On
assure que M. Danicamp , de Saint - Malo , a ob
tenu des Lettres Patentes , qui lui accordent le
Privilege exclusif d'y faire travailler.
On aprend de Londres , que le sieur Jean Das
sier , Genevois , Graveur , qui a été chargé dé
graver les Portraits des Rois d'Angleterre , depuis
Guillaume le Conquérant , jusqu'à present ,
présenta le 15. de ce mois à la Reine
dix
huit Médailles qu'il a faites , dans le nombre des
quelles sont celles de Leurs Majestez.
>
On a appris de Dresden , que le Roy de Po
logne avoit nommé le Docteur Hebenstrit , Me
decin à Leipsic , et grand Naturaliste , pour aller
aux Indes Orientales et Occidentales , et y exa
miner les Plantes extraordinaires qui croissent
dans ce Pays -là , et pour les faire dessiner sur les
lieux , de même que les Animaux : il sera pour
cet effet accompagné d'un Peintre , d'un Graveur
et d'un Chasseur,
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Résumé : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs livres et estampes gravées par divers artistes. Un premier livre de quatre feuilles, illustré par Mayreau et Aveline, représente des personnages tels que le Pénjoleur, le Frileux, Bacchus et le Vendangeur. Un autre livre de quatre feuilles, plus grand, montre des sujets galants ornés de berceaux, guirlandes, oiseaux, trophées et paysages. Les sujets incluent une Fête Bacchique par Mayreau, une Balanceuse par Le Bass, un Retour de Chasse par Scotin et un Mai par Aveline. Le sieur Gersaint a mis en vente divers cartouches et sujets nouveaux d'après des dessins de Watteau, tels que 'Les agrémens de l'Eté' par Favanes, 'La Partie quarrée' par Mayreau, 'La Collation' par Mayreau, 'Le Nauffrage' par Mayreau, 'Les Délaffemens de la Guerre' par Crepy et 'Les Fatigues de la Guerre' par Scotin. Ces estampes sont louées pour leur perfection et leur goût exquis. Le texte mentionne également la découverte de mines de plomb près de Rennes, en Bretagne, avec un privilège exclusif accordé à M. Danicamp. À Londres, le graveur Jean Dassier a présenté des médailles des rois d'Angleterre à la reine. Enfin, le roi de Pologne a nommé le Docteur Hebenstrit pour explorer les plantes et animaux des Indes Orientales et Occidentales, accompagné d'un peintre, d'un graveur et d'un chasseur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5591
p. 1566-1569
LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Début :
J'ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur, des marques de votre souvenir dans la Lettre que [...]
Mots clefs :
Cadix, Médailles, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
LETTRE écrite de Seville le 25. May
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Le 25 mai 1731, un seigneur espagnol écrit à un ami français à Paris pour répondre à sa curiosité sur les récentes découvertes archéologiques près de Cadix. L'auteur précise que les récits publics ont exagéré l'importance de ces découvertes. Les fouilles ont révélé des vestiges de bâtiments anciens près de l'extrémité orientale de Saint-Patri, séparant l'île de Léon du continent. Parmi les artefacts trouvés, on note un buste incomplet, un pied de petite statue de bonne facture, et des bandes métalliques émaillées d'argent décorées de pampres et de raisins. Ces bandes pourraient être des ornements utilisés pour les sacrifices de Bacchus ou imiter des ornements sacerdotaux. Les habitants locaux affirment qu'un temple d'Hercule se trouvait à cet endroit, mais cette tradition manque de fondement. Les médailles trouvées sont puniques et romaines, mais trop endommagées pour fournir des informations précises. L'auteur conclut que ces découvertes ne contribuent ni à la chronologie ni à l'histoire, mais il se réjouit de cette découverte car elle lui a rappelé son ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5592
p. 1568-1575
Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Début :
Le Balet des Fêtes Venitiennes, dont nous avons déja parlé dans le premier [...]
Mots clefs :
Opéra, Ballet, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
LE
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
Fermer
Résumé : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Le ballet des Fêtes Vénitiennes est un spectacle très apprécié du public. Le prologue se déroule au port de Venise, où les personnages du Carnaval et de la Folie annoncent le début de la fête. La première entrée, intitulée 'Les Devins de la Place de S. Marc', met en scène Zelie, une jeune Vénitienne déguisée en bohémienne. Zelie surveille son amant Leandre et découvre son infidélité. Elle se révèle alors à lui. La deuxième entrée, 'L'Amour Saltinbanque', présente Eraste, un jeune Français amoureux de Leonore. Avec l'aide de Filindo, chef des saltimbanques, Eraste parvient à parler à Leonore malgré la surveillance de Nerine. La troisième entrée, 'Le Bal', se déroule dans un palais vénitien. Alamir, un prince polonais amoureux d'Iphise, se fait passer pour un simple gentilhomme. Thémir, son confident, lui conseille de révéler son véritable rang. Alamir finit par avouer son amour à Iphise, qui accepte finalement de l'aimer. Le ballet se conclut par un bal et des applaudissements. Par ailleurs, le texte mentionne la représentation à Naples de l'opéra d'Argene, acclamé par le public et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5593
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
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texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
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Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5594
p. 1598-1599
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris à Malthe par le Capitaine d'un Vaisseau François, qui y avoit touché [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements militaires et diplomatiques impliquent la Turquie et la Perse. Un capitaine français a croisé douze vaisseaux turcs en route vers Chio, Rhodes et Napoli de Romanie, sur ordre du Grand Seigneur. Les galères des provinces maritimes ottomanes ont été mobilisées pour renforcer la flotte à Constantinople. Des lettres de Constantinople rapportent que les Turcs ont vaincu les Persans devant Tauris, poussant le Shah Thomas à proposer un accommodement au Seraskier ottoman. Les deux empires aspirent à la paix, et des ordres ont été envoyés au Pacha de Babylone pour conclure un traité avec le roi de Perse, incluant la restitution des territoires conquis. Cependant, des lettres de Moscou indiquent que les troupes ottomanes ont attaqué l'armée perse après une suspension d'armes, entraînant une défaite perse. Par ailleurs, des lettres du Levant mentionnent que l'armée ottomane en Égypte, initialement destinée à Alexandrie, se dirige vers Constantinople et pourrait être utilisée contre les chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5595
p. 1599-1604
DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
Début :
Le Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été fixé au 6. Juin, la Cour se rendit quelques [...]
Mots clefs :
Sacre, Maison royale, Prince, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
DANNEMARCK.
RELATION du Sacre du Roi et de
la Reine de Dannemarck.
>
E Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été
au 6. se rendit fixé
jours auparavant à Fridericsbourg , Maison
Royale, distante de Copenhague de 4. milles , où
la Ceremonie devoit se faire .
Le 5. L. M. firent leurs dévotions et commu
nierent dans la Chapelle , ensuite le Roi de Dan
nemarck fit plusieurs Promotions ; sçavoir :
Dans l'Ordre de l'Elephant.
Le dernier des Marckgraves de Culmbach ,
frere de la Reine.
1600 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Hesse - Philipstadt , Lieutenant Ge
neral au service de France.
Meckelbourg - Strelitz . Le Duc de
Le Duc de Saxe-Mersbourg.
Le Comte de Rantzow de Fuhmen , Chef du
Commissariat de Terre et de Mer.
M. Lerche , Grand - Maître des Ceremonies .
M. Blome , Ministre d'Etat.
M. Wolf- Blome , Conseiller Privé Titulaire.
Nouveaux Chevaliers dans l'Ordre
Danebrog
L'Amiral Rosempalm.
M: Gram , Maréchal de la Cour.
M. Numersen , Major-General.
M. Ratlow , Maître des Chasses en Jutland.
Le Comte de Zinzindorff.
M. Ahlfeldt , de Jersbeck..
Nouveaux Conseillers Privez.
M. le Comte de Guldenstein .
M. le Comte Knut , Chambellan de S. M. Da
noise.
M. de Gersdorff , aussi Chambellan du Roi.
M. de Vieteck.
Nouveaux Chambellansi
Le Comte Shack.
M. de Holsten , Grand- Bally de Zetlande et de
Copenhague .
M. Plessen , Maître des Chasses.
Nouveau Conseiller Privé des Conferences.
Le Comte de Sponeck , Lieutenant General et
Gouverneur de Copenhague,
Lla Vol Nou
JUIN. 1731. 1601
Nouveau Lieutenant General.
M. Roinling.
Nouveaux Majors Generaux.
Mrs Galkouski , Colonel de Cavalerie.
Walter , Colonel des Gardes à pied.
Prétorius , Colonel d'Infanterie.
Arnskiold , Colonel d'Artillerie..
Le 6. Juin à 11. heures du matin , le Roi , pré
cedé de toute sa Livrée , des Pages , des Officiers
de sa Maison , des Conseillers , d'Etat , des Con
seillers de Conference , des Comtes , des Cheva
liers des deux Ordres , Elephant et Danebrock,
des Ministres d'Etat , des deux Margraves de Cu
lemback , ainsi que des Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg , de la Maison de Holstein , se
rendit processionellement de son Appartement à
la Chapelle , marchant sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant , ayant à leur cô
té chacun un Chambellan. Il traversa ainsi la
cour du Château entre une double haye d'un dé
tachement de 140. Gardes du Corps , lesquels
étoient à pied et en bottes , avec le Mousqueton ,
les Officiers à la tête , l'épée à la main . Le che
min étoit couvert de drap rouge et orné de très
belles Tapisseries.
Ce Prince étoit vétu de Satin blanc à l'ancien
ne mode, avec des Trousses de même, ayant par
dessus le Manteau Royal de Velours pourpre ,
chargé de Couronnes en broderie d'or et doublé
d'hermine , dont le Grand- Chambellan Plessen et
le Comte d'Altembourg , Vice- Chambellan
portoient la queue, S. M. avoit la Couronne en
tête , tenant le Sceptre d'une main et de l'autre la
Boule d'or, surmontée d'une Croix ; aux deux cô
>
II. Vol.
tez
1601 MERCURE DE FRANCE
tez du Dais marchoit un Détachement de la nou
velle Compagnie de Trabans de la Garde , cou
verts de leur Casaque , ayant la Hallebarde sur
l'épaule.
Le Roifut reçu à Pentrée de la Chapelle par les
Evêques de Copenhague , d'Ahlborg en Jutland ,
et de Christiania en Norvege ; ces deux derniers
comme Assistans. Elle se plaça sur le Trône qui
lui avoit été préparé au bas de la Chapelle , en face
de l'Autel ; ce Trône consistant en une espece de
Dôme fort élevé , soutenu par quatre Colonnes ,
étoit revétu de velours cramoisi , enrichi de Cou
ronnes en broderie , de galons et de franges d'or,
et couvroit deux Chaises à bras à l'antique. Celle
de la droite , garnie d'étoffe d'or , et l'autre d'é
toffe d'argent , toutes les deux posées sur une Es
trade couverte d'un velours cramoisi , ayant à côté
deux Lions d'argent et un troisiéme devant , la
tête tournée devant l'Autel .
A peine le Roi fut placé sur la Chaise à droite ,
que la Reine entra et fut reçûe de la même ma
niere, précedée de la Livrée et des principaux Offi
ciers de sa Maison , de six Dames , toutes fem
mes de Chevaliers de l'Elephant , de la Comtesse
d'Altembourg, née Princesse de Hesse, de la Mar
grave de Culemback , mere de la Reine, et de leur
A. R. la Princesse Sophie , et Madame la Princesse
Charlotte. Elle marchoit sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant et quatre Cham
bellans. Un Détachement de Trabans marchant
aux deux côtez du Dais.
Cette Princesse , coëffée en cheveux , à boucles
pendantes, la Couronne en tête , vétuë d'une Rob
be de Cour d'étoffe d'argent , et par -dessus le
Manteau Royal , dont la Comtesse de Hardeck ,
Grande- Maîtresse de sa Maison , et la Comtesse
11. Voln de
JUINA
1603 1731.
de Holsten, cy-devant Grande - Chanceliere, por
toient la queue , s'alla placer sur le Trône , et les
autres Dames , dans les places qui leur étoient
destinées .
A la droite et à côté de l'Autel , il y avoit une
Loge pour les deux Princesses de Culmback er
pour ceux de la Maison de Holstein , dont il n'y
avoit de présens que les Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg . De cette Loge jusqu'au Trône,
regnoit une file de places occupées par les Che
waliers de l'Ordre de l'Elephant , avec des Rubans
bleus , à la tête de laquelle étoient le Grand - Ma
réchal et le Maréchal particulier de la Cour , te
nant en main le Bâton de leur Charge ; les Che
valiers Danebrog , avec leurs Cordons blancs
étoient placez derriere cette file , les deux Secre
taires d'Etat , et plusieurs Officiers Generaux de
Terre et de Mer , tous debout ; le Grand- Cham →
bellan Plessen , étoit à côté et un peu derriere le
Roi sur l'Estrade , avec le Comte d'Altembourg,
Ensuite , mais plus bas , le Comte de Holsten ,
cy- devant Grand -Chancelier , auprès duquel et
un peu derriere , étoient les Capitaines des Tra
bans , le Commandant des Gardes à cheval , et
ceux des Régimens des Grenadiers du Corps et
Gardes à pied , tous les quatre en habit d'ordon
nance. Un Détachement de Trabans , la Halle
barde à la main, occupoient le derriere du Trône,'
→
A la gauche et à côté de l'Autel étoit une Loge
pour L. A R. la Princesse Charlotte et la Prin
cesse Sophie , ainsi que pour le Margrave. Une
autre Loge à côté pour laComtesse d'Altembourg
et les deux Grandes- Maîtresses de la Maison de
L. A R. et enfin une troisiéme Loge pour les Fil
les d'Honneur des trois Princesses . De cette trois
siéme Loge jusqu'au Trône , le terrain étoit oc
IT, Vol. cupé
1604 MERCURE DE FRANCE
cupé par les autres Dames et par les Chevaliers
de l'Elephant , qui avoient porté le Dais de la
Reine. Toutes les places étoient de plein pied
dans le bas de la Chapelle,
La Ceremonie commença par une Musique qui
fut suivie d'un très long Sermon , lequel étoit
interrompu , par intervalles , de Prieres que com
mençoit l'Evêque de Copenhague , ayant à ses
côtez les Evêques d'Ahlbourg et de Christiania.
Ensuite,de quoi le Roi descendit de son Trône,
s'avança vers l'Autel , se mit à genoux , et après
avoir déposé son Sceptre et la Boule d'or , reçut
l'Onction au front , à la poitrine et à la main
droite.
Après cette Onction qui fut faite par l'Evêque
de Copenhague , et quelques Prieres chantées enª
Musique , ce Prélat recommença un nouveau Ser
mon , en s'adressant à la Reine. Après quoi cette
Princesse reçu l'Onction en la même maniere
que le Roi , mais seulement au front et à la poi
trine. Un Te Deum, chanté en Musique, termina
la Ceremonie : Le Roi et la Reine se retirerent à
leurs Appartemens dans le même ordre qu'ils
étoient venus.
L'ordre de cette Fête et la magnificence des ha
bits en faisoient le plus beau spectacle. L. M. D.
après s'être reposées un peu de tems , se mirent
à table à quatre heures ; L. A. R. Madame la
Princesse Charlotte et Madame la Princesse So
phie , avec Madame là Margrave , furent les seu
les qui y furent admises. Il y avoit dans d'autres
Chambres plusieurs differentes Tables pour les
Princes , les Dames , les Ministres d'Etat , les
Cordons bleus , les Cordons blancs , les Envoyez,
Résidens et Secretaires Etrangers , &c.
RELATION du Sacre du Roi et de
la Reine de Dannemarck.
>
E Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été
au 6. se rendit fixé
jours auparavant à Fridericsbourg , Maison
Royale, distante de Copenhague de 4. milles , où
la Ceremonie devoit se faire .
Le 5. L. M. firent leurs dévotions et commu
nierent dans la Chapelle , ensuite le Roi de Dan
nemarck fit plusieurs Promotions ; sçavoir :
Dans l'Ordre de l'Elephant.
Le dernier des Marckgraves de Culmbach ,
frere de la Reine.
1600 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Hesse - Philipstadt , Lieutenant Ge
neral au service de France.
Meckelbourg - Strelitz . Le Duc de
Le Duc de Saxe-Mersbourg.
Le Comte de Rantzow de Fuhmen , Chef du
Commissariat de Terre et de Mer.
M. Lerche , Grand - Maître des Ceremonies .
M. Blome , Ministre d'Etat.
M. Wolf- Blome , Conseiller Privé Titulaire.
Nouveaux Chevaliers dans l'Ordre
Danebrog
L'Amiral Rosempalm.
M: Gram , Maréchal de la Cour.
M. Numersen , Major-General.
M. Ratlow , Maître des Chasses en Jutland.
Le Comte de Zinzindorff.
M. Ahlfeldt , de Jersbeck..
Nouveaux Conseillers Privez.
M. le Comte de Guldenstein .
M. le Comte Knut , Chambellan de S. M. Da
noise.
M. de Gersdorff , aussi Chambellan du Roi.
M. de Vieteck.
Nouveaux Chambellansi
Le Comte Shack.
M. de Holsten , Grand- Bally de Zetlande et de
Copenhague .
M. Plessen , Maître des Chasses.
Nouveau Conseiller Privé des Conferences.
Le Comte de Sponeck , Lieutenant General et
Gouverneur de Copenhague,
Lla Vol Nou
JUIN. 1731. 1601
Nouveau Lieutenant General.
M. Roinling.
Nouveaux Majors Generaux.
Mrs Galkouski , Colonel de Cavalerie.
Walter , Colonel des Gardes à pied.
Prétorius , Colonel d'Infanterie.
Arnskiold , Colonel d'Artillerie..
Le 6. Juin à 11. heures du matin , le Roi , pré
cedé de toute sa Livrée , des Pages , des Officiers
de sa Maison , des Conseillers , d'Etat , des Con
seillers de Conference , des Comtes , des Cheva
liers des deux Ordres , Elephant et Danebrock,
des Ministres d'Etat , des deux Margraves de Cu
lemback , ainsi que des Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg , de la Maison de Holstein , se
rendit processionellement de son Appartement à
la Chapelle , marchant sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant , ayant à leur cô
té chacun un Chambellan. Il traversa ainsi la
cour du Château entre une double haye d'un dé
tachement de 140. Gardes du Corps , lesquels
étoient à pied et en bottes , avec le Mousqueton ,
les Officiers à la tête , l'épée à la main . Le che
min étoit couvert de drap rouge et orné de très
belles Tapisseries.
Ce Prince étoit vétu de Satin blanc à l'ancien
ne mode, avec des Trousses de même, ayant par
dessus le Manteau Royal de Velours pourpre ,
chargé de Couronnes en broderie d'or et doublé
d'hermine , dont le Grand- Chambellan Plessen et
le Comte d'Altembourg , Vice- Chambellan
portoient la queue, S. M. avoit la Couronne en
tête , tenant le Sceptre d'une main et de l'autre la
Boule d'or, surmontée d'une Croix ; aux deux cô
>
II. Vol.
tez
1601 MERCURE DE FRANCE
tez du Dais marchoit un Détachement de la nou
velle Compagnie de Trabans de la Garde , cou
verts de leur Casaque , ayant la Hallebarde sur
l'épaule.
Le Roifut reçu à Pentrée de la Chapelle par les
Evêques de Copenhague , d'Ahlborg en Jutland ,
et de Christiania en Norvege ; ces deux derniers
comme Assistans. Elle se plaça sur le Trône qui
lui avoit été préparé au bas de la Chapelle , en face
de l'Autel ; ce Trône consistant en une espece de
Dôme fort élevé , soutenu par quatre Colonnes ,
étoit revétu de velours cramoisi , enrichi de Cou
ronnes en broderie , de galons et de franges d'or,
et couvroit deux Chaises à bras à l'antique. Celle
de la droite , garnie d'étoffe d'or , et l'autre d'é
toffe d'argent , toutes les deux posées sur une Es
trade couverte d'un velours cramoisi , ayant à côté
deux Lions d'argent et un troisiéme devant , la
tête tournée devant l'Autel .
A peine le Roi fut placé sur la Chaise à droite ,
que la Reine entra et fut reçûe de la même ma
niere, précedée de la Livrée et des principaux Offi
ciers de sa Maison , de six Dames , toutes fem
mes de Chevaliers de l'Elephant , de la Comtesse
d'Altembourg, née Princesse de Hesse, de la Mar
grave de Culemback , mere de la Reine, et de leur
A. R. la Princesse Sophie , et Madame la Princesse
Charlotte. Elle marchoit sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant et quatre Cham
bellans. Un Détachement de Trabans marchant
aux deux côtez du Dais.
Cette Princesse , coëffée en cheveux , à boucles
pendantes, la Couronne en tête , vétuë d'une Rob
be de Cour d'étoffe d'argent , et par -dessus le
Manteau Royal , dont la Comtesse de Hardeck ,
Grande- Maîtresse de sa Maison , et la Comtesse
11. Voln de
JUINA
1603 1731.
de Holsten, cy-devant Grande - Chanceliere, por
toient la queue , s'alla placer sur le Trône , et les
autres Dames , dans les places qui leur étoient
destinées .
A la droite et à côté de l'Autel , il y avoit une
Loge pour les deux Princesses de Culmback er
pour ceux de la Maison de Holstein , dont il n'y
avoit de présens que les Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg . De cette Loge jusqu'au Trône,
regnoit une file de places occupées par les Che
waliers de l'Ordre de l'Elephant , avec des Rubans
bleus , à la tête de laquelle étoient le Grand - Ma
réchal et le Maréchal particulier de la Cour , te
nant en main le Bâton de leur Charge ; les Che
valiers Danebrog , avec leurs Cordons blancs
étoient placez derriere cette file , les deux Secre
taires d'Etat , et plusieurs Officiers Generaux de
Terre et de Mer , tous debout ; le Grand- Cham →
bellan Plessen , étoit à côté et un peu derriere le
Roi sur l'Estrade , avec le Comte d'Altembourg,
Ensuite , mais plus bas , le Comte de Holsten ,
cy- devant Grand -Chancelier , auprès duquel et
un peu derriere , étoient les Capitaines des Tra
bans , le Commandant des Gardes à cheval , et
ceux des Régimens des Grenadiers du Corps et
Gardes à pied , tous les quatre en habit d'ordon
nance. Un Détachement de Trabans , la Halle
barde à la main, occupoient le derriere du Trône,'
→
A la gauche et à côté de l'Autel étoit une Loge
pour L. A R. la Princesse Charlotte et la Prin
cesse Sophie , ainsi que pour le Margrave. Une
autre Loge à côté pour laComtesse d'Altembourg
et les deux Grandes- Maîtresses de la Maison de
L. A R. et enfin une troisiéme Loge pour les Fil
les d'Honneur des trois Princesses . De cette trois
siéme Loge jusqu'au Trône , le terrain étoit oc
IT, Vol. cupé
1604 MERCURE DE FRANCE
cupé par les autres Dames et par les Chevaliers
de l'Elephant , qui avoient porté le Dais de la
Reine. Toutes les places étoient de plein pied
dans le bas de la Chapelle,
La Ceremonie commença par une Musique qui
fut suivie d'un très long Sermon , lequel étoit
interrompu , par intervalles , de Prieres que com
mençoit l'Evêque de Copenhague , ayant à ses
côtez les Evêques d'Ahlbourg et de Christiania.
Ensuite,de quoi le Roi descendit de son Trône,
s'avança vers l'Autel , se mit à genoux , et après
avoir déposé son Sceptre et la Boule d'or , reçut
l'Onction au front , à la poitrine et à la main
droite.
Après cette Onction qui fut faite par l'Evêque
de Copenhague , et quelques Prieres chantées enª
Musique , ce Prélat recommença un nouveau Ser
mon , en s'adressant à la Reine. Après quoi cette
Princesse reçu l'Onction en la même maniere
que le Roi , mais seulement au front et à la poi
trine. Un Te Deum, chanté en Musique, termina
la Ceremonie : Le Roi et la Reine se retirerent à
leurs Appartemens dans le même ordre qu'ils
étoient venus.
L'ordre de cette Fête et la magnificence des ha
bits en faisoient le plus beau spectacle. L. M. D.
après s'être reposées un peu de tems , se mirent
à table à quatre heures ; L. A. R. Madame la
Princesse Charlotte et Madame la Princesse So
phie , avec Madame là Margrave , furent les seu
les qui y furent admises. Il y avoit dans d'autres
Chambres plusieurs differentes Tables pour les
Princes , les Dames , les Ministres d'Etat , les
Cordons bleus , les Cordons blancs , les Envoyez,
Résidens et Secretaires Etrangers , &c.
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Résumé : DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
Le texte décrit le sacre du roi et de la reine de Dannemarck, qui s'est déroulé le 6 juin 1731 à Fridericsbourg, à quatre milles de Copenhague. La veille, les souverains ont effectué leurs dévotions et communié dans la chapelle royale. Le roi a également procédé à plusieurs promotions dans les ordres de l'Élephant et du Danebrog, ainsi qu'à la nomination de nouveaux conseillers privés, chambellans et officiers militaires. Le jour du sacre, à 11 heures du matin, le roi s'est rendu processionnellement à la chapelle, vêtu de satin blanc et du manteau royal pourpre. Il était accompagné de sa livrée, des pages, des officiers de sa maison, des conseillers d'État et des chevaliers des ordres de l'Élephant et du Danebrog. La chapelle était décorée de drap rouge et de tapisseries. La reine a suivi, précédée de sa livrée et des principaux officiers de sa maison, vêtue d'une robe de cour en étoffe d'argent et du manteau royal. La cérémonie a débuté par un sermon, suivi de l'onction du roi et de la reine par l'évêque de Copenhague. Un Te Deum a conclu la cérémonie, après quoi les souverains se sont retirés dans leurs appartements. Après un repos, les souverains ont pris leur repas à quatre heures en compagnie de la princesse Charlotte, de la princesse Sophie et de la margrave. D'autres tables étaient préparées pour les princes, les dames, les ministres d'État, les chevaliers des ordres et les représentants étrangers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5596
p. 1605-1606
ALLEMAGNE.
Début :
Le Marquis Palavicini, Envoyé de la République de Génes, eut dans les premiers jours [...]
Mots clefs :
Marquis, Infanterie, Cavalerie, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
de la
Lblique de Génes , cut dans les premiers jours
de ce mois une Audiance particuliere de l'Empe
reur , dans laquelle il lui demanda 6000. hom
mes d'Infanterie et 4000 de Cavalerie des Trou
pes Imperiales qui sont en Italie , pour aider la
République à réduire les Rebelles de l'Ile de
Corse.
On mande de Berlin , que le 3. de ce mois , le
Roi de Prusse et la Famille Royale , accompagnés
des Princes et Seigneurs Etrangers , allerent pren
dre le divertissement d'une magnifique Chasse
qu'on avoit préparée près de Spandaw , dans la
quelle on tua plus de 700. Pieces , tant Cerfs ,
Dains , Sangliers , qu'autre Gibier. La Reine et
la Duchesse de Beveren en tuerent plusieurs avec
des Arquebuses rayées. Le soir on tira au Blanc
à la lueur de plusieurs milliers de Lampions : on
distribua cinq Prix à ceux qui les avoient gagnez
et le Duc de Wirtemberg en remporta le plus haut.
On apprend de Suisse que l'Assemblée géné
rale des treize Cantons , se tiendra cette année à
Bade. Le Marquis de Bonac , Ambassadeur.de
France ayant résolu de s'y rendre , leur a écrit à,
ce sujet la Lettre suivante,
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Comme il vous a plû depuis que je suis honoré
de cette Ambassade , de vous assembler deux
fois à Soleure à ma réquisition , j'ai dessein de
profiter de votre prochaine Diete générale de la
11. Vol.
Saint
I
1606 MERCURE DE FRANCE
Saint Jean , pour vous en faire personnelle
ment mes remercimens , esperant que vous vou
drez bien la tenir dans la Ville de Baden où je
me rendrai.
Vous n'aurez pas oublié et vous verrez dans
vos Abcheids que je vous ai parlé de diverses
choses concernant l'affermissement de l'ancienne
amitié , et des Traitez de Paix perpetuelle et
d'Alliance entre le Roi et votre Nation ; et
comme vous jugerez , sans doute , que votre pro
chaine Assemblée sera une occasion fort natu
relle'de vous entretenir plus amplement sur le
même sujet , je vous prie, Magnifiques Seigneurs ,
de prendre en consideration lesdits Traitez, afin
que vous puissiez instruire Messieurs vos Dépu
tez sur une Matiere si interressante, et que nous
soyons en état de nous communiquer amiable
ment là-dessus. Je prie Dieu , qu'il vous main.
tienne , Magnifiques Seigneurs , dans la prosper
rité de tout ce qui peut vous être le plus avan
tageux.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
étoit figné , Votre affectionné à
vous servir.
D'USSON
DE BONA Ci
de la
Lblique de Génes , cut dans les premiers jours
de ce mois une Audiance particuliere de l'Empe
reur , dans laquelle il lui demanda 6000. hom
mes d'Infanterie et 4000 de Cavalerie des Trou
pes Imperiales qui sont en Italie , pour aider la
République à réduire les Rebelles de l'Ile de
Corse.
On mande de Berlin , que le 3. de ce mois , le
Roi de Prusse et la Famille Royale , accompagnés
des Princes et Seigneurs Etrangers , allerent pren
dre le divertissement d'une magnifique Chasse
qu'on avoit préparée près de Spandaw , dans la
quelle on tua plus de 700. Pieces , tant Cerfs ,
Dains , Sangliers , qu'autre Gibier. La Reine et
la Duchesse de Beveren en tuerent plusieurs avec
des Arquebuses rayées. Le soir on tira au Blanc
à la lueur de plusieurs milliers de Lampions : on
distribua cinq Prix à ceux qui les avoient gagnez
et le Duc de Wirtemberg en remporta le plus haut.
On apprend de Suisse que l'Assemblée géné
rale des treize Cantons , se tiendra cette année à
Bade. Le Marquis de Bonac , Ambassadeur.de
France ayant résolu de s'y rendre , leur a écrit à,
ce sujet la Lettre suivante,
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Comme il vous a plû depuis que je suis honoré
de cette Ambassade , de vous assembler deux
fois à Soleure à ma réquisition , j'ai dessein de
profiter de votre prochaine Diete générale de la
11. Vol.
Saint
I
1606 MERCURE DE FRANCE
Saint Jean , pour vous en faire personnelle
ment mes remercimens , esperant que vous vou
drez bien la tenir dans la Ville de Baden où je
me rendrai.
Vous n'aurez pas oublié et vous verrez dans
vos Abcheids que je vous ai parlé de diverses
choses concernant l'affermissement de l'ancienne
amitié , et des Traitez de Paix perpetuelle et
d'Alliance entre le Roi et votre Nation ; et
comme vous jugerez , sans doute , que votre pro
chaine Assemblée sera une occasion fort natu
relle'de vous entretenir plus amplement sur le
même sujet , je vous prie, Magnifiques Seigneurs ,
de prendre en consideration lesdits Traitez, afin
que vous puissiez instruire Messieurs vos Dépu
tez sur une Matiere si interressante, et que nous
soyons en état de nous communiquer amiable
ment là-dessus. Je prie Dieu , qu'il vous main.
tienne , Magnifiques Seigneurs , dans la prosper
rité de tout ce qui peut vous être le plus avan
tageux.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
étoit figné , Votre affectionné à
vous servir.
D'USSON
DE BONA Ci
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, la République de Gênes a demandé à l'empereur 6 000 hommes d'infanterie et 4 000 de cavalerie des troupes impériales en Italie pour réprimer les rebelles en Corse. À Berlin, le roi de Prusse et la famille royale ont participé à une chasse près de Spandau, au cours de laquelle plus de 700 pièces de gibier ont été tuées. La reine et la duchesse de Beveren ont également pris part à cette chasse. Le soir, une compétition de tir au blanc a été organisée, et le duc de Wurtemberg a remporté le prix le plus élevé. En Suisse, l'Assemblée générale des treize Cantons se tiendra à Bade cette année. Le marquis de Bonac, ambassadeur de France, a exprimé son intention de s'y rendre et a écrit aux cantons pour les en informer. Dans sa lettre, il exprime son désir de remercier personnellement les cantons et de discuter des traités de paix perpétuelle et d'alliance entre le roi de France et la nation suisse. Il les encourage à considérer ces traités afin de préparer les députés à en discuter lors de l'Assemblée.
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5597
p. 1606-1612
ITALIE.
Début :
MR Lazare Palavincini, Genois, qui étoit Nonce à Florence, a été fait Maître de [...]
Mots clefs :
Corse, Grecs, Rebelles, Provisions de guerre, Artillerie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
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11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
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Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs nominations et décisions importantes ont été prises au sein de l'Église catholique. R Lazare Palavicini, un Génois résidant à Florence, a été nommé à la Chambre du Pape, remplaçant M. Sinibal de Doria, promu à l'Archevêché de Bénévent. Lors du Consistoire secret du 21 mai, diverses propositions ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Évêché d'Ancone pour le Cardinal Barthelemi Massei et plusieurs abbayes pour divers abbés. Une protestation solennelle a été dressée concernant le Duché de Parme afin de protéger les intérêts du Saint-Siège en cas de naissance d'une princesse. Le Cardinal Grimaldi a refusé l'Archevêché de Lucques. Le Pape a formé une congrégation pour s'opposer à la disposition des bénéfices consistoriaux par le Roi et la République de Pologne. Une ordonnance du Cardinal Marefoschi a interdit aux jeunes filles romaines de porter des dorures ou des étoffes de soie lors de la réception de leurs dots. À Turin, le Roi de Sardaigne a arrêté les receveurs des fiefs dépendant du Saint-Siège et a pris possession de la Principauté de Masserano, défendant aux habitants de reconnaître la juridiction papale. Le Chevalier de Saint George est revenu de Naples, où il a observé des curiosités, dont la liquefaction du sang de Saint Jean-Baptiste. À Naples, des tremblements de terre ont causé des destructions. Les opinions de Molinos, condamnées depuis deux ans, ont conduit à des congrégations du Saint-Office à Rome pour demander à l'Empereur de contribuer à leur destruction. Le Cardinal Coscia a demandé justice pour une injure subie et a été malade, mais est hors de danger. Sa bibliothèque et ses meubles ont été vendus au profit de la Chambre Apostolique. Des lettres exécutoires ont été envoyées dans tout l'État ecclésiastique contre lui, car il a quitté Rome malgré les défenses papales. À Venise, la République a dépêché un courrier à son ambassadeur à Vienne pour demander une diversion en Transylvanie en cas d'attaque turque. Le Doge a assisté à un Te Deum pour la fête de Saint Pierre Orscolo. En Corse, une garnison grecque a résisté à des rebelles et a finalement obtenu une suspension d'armes. Des navires ont été envoyés de Gênes pour armer les villes non encore prises par les rebelles. Un navire anglais a été attaqué par un corsaire près des côtes catalanes, causant plusieurs morts et des captifs.
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5598
p. 1612
ESPAGNE.
Début :
On a reçû avis que Don Placido de Sangro étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp [...]
Mots clefs :
Escadrons, Troupes espagnoles
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte relate divers événements en Espagne. Don Placido de Sangro a rejoint le camp de Saint-Roch près de Gibraltar avec trois escadrons, où les travaux de construction des forts avancent rapidement. À Séville, un violent orage au milieu du mois a causé la mort d'un religieux et blessé un autre dans l'église de Saint-Jacques. Par ailleurs, une déclaration signée le 6 du mois par les ministres du Roi d'Espagne et M. Kéene, ministre du Roi d'Angleterre, prévoit l'introduction de six mille soldats espagnols dans les États de Parme et de Toscane. Cette opération doit permettre à l'Infant Don Carlos de prendre possession de ces États conformément à l'article V du traité de la Quadruple Alliance, dans un délai de cinq mois à compter de la date de la déclaration. En contrepartie, le Roi d'Espagne garantit la continuité des stipulations favorables aux Anglais dans les traités existants.
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5599
p. 1612-1613
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier Charles Wager a été nommé par le Roi, commandant en Chef de la [...]
Mots clefs :
Chevalier, Flotte, Distillateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En juin 1731, le Chevalier Charles Wager a été nommé Commandant en Chef de la flotte britannique. Des incendies ont détruit Blandfort dans le Dorset, Thwerton dans le Devonshire et une partie du quartier de Holborn à Londres. L'écuyer du Comte Kinnoul est arrivé à Londres avec des lettres du Grand Seigneur de Constantinople.
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5600
p. 1613-1614
HOLLANDE.
Début :
On mande de la Haye, que le Conseil d'État avoit eû une conference avec les Députez [...]
Mots clefs :
États généraux, République de Hollande, Pactes, Conventions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE.
HOLLANDE.
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
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Résumé : HOLLANDE.
Le texte aborde deux sujets principaux concernant les affaires de la Hollande et de la Louisiane. En Hollande, le Conseil d'État a discuté avec les députés de l'Assemblée des États Généraux des affaires d'Ost-Frise. Il a été décidé de proposer à l'Empereur que la République de Hollande conserve la possession de ses garnisons à Einben et Lierre, que tous les pactes ou conventions entre le Prince d'Ost-Frise et ses sujets, garantis par l'Angleterre et la Hollande, soient exécutés, et que les sujets rebelles bénéficient d'une amnistie avec restitution de leurs biens. L'indemnité demandée par le Prince d'Ost-Frise serait répartie sur tous les sujets du pays. Le gouvernement resterait inchangé. La Hollande refuse de s'engager dans une guerre ouverte si les puissances alliées ne fournissent qu'un contingent en cas de conflit. En Louisiane, M. du Perier, commandant des troupes françaises, a reçu des renforts et des munitions pour poursuivre des indigènes ayant massacré des Français à La Nouvelle-Orléans. Ces indigènes s'étaient réfugiés dans un fort bien défendu. Du Perier a attaqué le fort avec des canons et des mortiers, causant suffisamment de dégâts pour forcer les indigènes à se rendre. Ils ont demandé la vie pour leurs femmes et enfants, reconnaissant leur cruauté. Du Perier leur a accordé la vie, et ils ont été ensuite transportés à Saint-Domingue pour travailler avec les esclaves.
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