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351
p. 1977-1987
REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
Début :
J'ai avancé dans ma Description de l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726. [...]
Mots clefs :
Aurore boréale, Observations, Phénomènes, Lumière, Journaliste, Académie royale des sciences, Mémoires de Trévoux
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
REPONSE de M. Godin , D. l'Ac.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
R. D. S. à un Article des Memoires de
Trévoux , du mois de May 1730. page
910. & fuivantes.
JA
' Ai avancé dans ma Defcription de
l'Aurore Boreale du 19. Octobre 1726 .
imprimée dans les Memoires de l'Acadé
mie Royale des Sciences de la même année,
que les PP. Kircher & Schott avoient
attribué les Aurores Boreales ou d'autres
Phénomenes Aeriens , relatifs , felon moi,
aux Aurores Boréales , à une Reflexion
de quelques objets terreftres fur la furface
des Nuées , capables par une certaine difpofition
, de produire l'effet d'un Miroir.
Cet Article a été relevé dans les Journaux
de Trévoux ; on y prétend :
1. Que j'attribue à ces deux fçavans
hommes un fentiment qu'ils n'ont jamais
eu , fentiment que le P. Schott combat
au contraire bien plus fortement que moi.
2. Que j'ai traduit le P. Schott , à l'endroit
même où il combat fi fortement ce
fentiment pour adopter fon explication du
du Phénomene fans lui en faire honneur.
D iij Je
1978 MERCURE DE FRANCE
Je conviens que lorfque je fis cette Defcription
de l'Aurore Boreale , je n'avois
ni le P. Kircher , ni Schott , & en leur
attribuant ce fentiment prétendu faux ,
j'ai fuivi le P. Zahn , qui leur attribuë
auffi ( Oeconom. Mund. Mirabil. Tome I.
pag. 420. ) & qui cite l'endroit de leurs
Ouvrages où il fe trouve. Si j'ai attribué
faux, Zahn l'a donc fait avant moi ; voyons
s'il s'eft trompé , reprenons les endroits
qu'il cite & de Kircher & de Schott.
Kircher , In Arte magnâ lucis & umbra;
lib. 10. part. 2. cap. I. Natura admirabili
quodam lucis temperamento veluti varia
colorum mifturâ , & temperamento in
aereisfpeculis tanta induftriâ diverfiffima rerum
fimulachra depingit , ut nulla ars bumana
, & c. Et plus bas ; Quod verò varias
animalium voces audiant , id per voces animalium
vicinorum in concavâ * Nube
•aut monte reflexas fieri poſſe nullum dubium
effe debet. Kircher conclut enfin : Patet
igitur aereum fpeculum à naturâ fieri in quo
rerum imagines multiplicata hominibus fe ,ceu
prodigia quadam exhibeant.
Voilà bien clairement des Phénomenes
relatifs aux Aurores Boreales expliquez
par la reflexion de quelques objets terreftres
fur des Nuées qui produifent l'effet
d'un Miroir.
* On trouve rupe dans Kircher ; Zahn lit nube.'
Le
SEPTEMBRE . 1730. 1979
Le P. Schott a dit la même chofe
( Magia natural. part. 1. lib . 4. cap. 1. )
je ne le tranfcris pas ici , mais quand je ne
pourrois pas le citer , on n'aura pas de peine
à le croire, à moins qu'on ignore qu'il
étoit le Difciple , le compagnon d'études,
le copiſte même des Ouvrages du P. Kircher
, des termes duquel il fe fert pendant
des Chapitres entiers .
Mais Schott, dit- on , parle so . ans avant
moi , il expoſe ce fentiment, le combat , &
dit qu'il eft ridicule & contraire à la faine
Philofophie ; j'ai dit la même chofe ;
j'ai donc traduit cet Auteur ; non , car
fans prétendre en être crû , quand j'affure
que je n'ai vu la Phyfique curieufe
du P. Schott , qu'à l'occafion de
cette Critique ; ce n'eft pas traduire un
Auteur , ni même adopter fon fentiment,
que de donner une explication détaillée
de quelque Phénomene dont il a dit un
mot. Belle confequence qu'on tireroit de
ce qu'on trouve en trois ou quatre pages
d'un Livre de Schott , une ou deux phrafes
femblables aux miennes.
Mais pour le fonds ; que prouve con
tre moi le Texte de fa Thefe que Non
funt res alibi in terris exiftentes . & in
aere velut in fpeculo apparentes , rien ,
fi - non que le fentiment du P. Kircher
que j'ai allegué , & que Schott a employé
D iiij
dans
1980 MERCURE DE FRANCE
dans fa Magie naturelle à l'endroit cité
n'eft pas foutenable ; je fuis en cela d'accord
avec Schott , il ne m'a donc manqué
que d'avoir lû fa Phyfique curieufe
pour m'appercevoir qu'il y avoit changé
de fentiment .
Quand je dis que Schott l'a employé
ailleurs , je le traduis ici , * Dicet aliquis
poffe ac folere variis in locis apparere varias
ac prodigiofas Paraftafes , feu reprafentationes
uti. Nos ipfi demonftravimus in
Magia noftra , part. 1. lib . 4. fintagm . 1 .
Exemplo mirabilis Morgana Rheginorum &
aliarum fimilium in aere vaporofo repræſentationum.
Le Critique ajoute enfin que Schott
rapporte , ainfi que moi , la caufe de ces
Phénomenes aux exhalaifons : Sunt vapores,
exhalationes , partes aeris addenfati , dit
cer Auteur dans les Memoires de Trévoux
, c'eft le texte de fa feconde Thefe ,
il y explique donc de quelle maniere ces
vapeurs , cet air condenfé , &c . peuvent
former ces fortes de Phénomenes ; point
du tout , Schott rapporté dans le Trévoux
eft different de Schott dans fes
propres
Livres ; voici fon Texte entier : Sunt vapores,
exhalationes partes aeris addenfati effigiata
in formam Equorum , Hominum fimi-
Phyfic, curiof. loc. cit.
lium
SEPTEMBRE . 1730. 1981
liumque spectrorum non cafu & naturâ , fed
bonorum Geniorum operâ ; autre fentiment
auffi peu fondé que le premier , & bien
different de celui que j'ai eu , & que le
Critique attribue à fon Phyficien .
Cette Réponſe me donne occafion de faire
deux ou trois Remarques fur quelques
Extraits des Memoires de l'Académie de
1726. qui fe trouvent dans le même mois.
des Journaux de Trévoux , page 879. &
fuivantes , & qui regardent plus particu
lierement le Metéore dont il s'agit ici ou
l'Aftronomie.
M. de Mairan , dans fa Defcription des
Aurores Boréales du 26. Septembre & 19.
Octobre 1726. avoit dit :
» La lumiere Septentrionale ou l'Aurore
» Boréale eft un Phénomene très ordi-
» naire dans les Pays Septentrionaux &
» vrai-femblablement auffi ancien que le
» Monde ; cependant les anciens Philoſo-
>> phes ne l'ont point connu , ou n'en ont
» parlé que fous l'idée generique de Phé.
» nomene de feu & de Lumiere celefte .
» M. Gaffendi eft un des premiers qui en
>> ait fait mention & qui l'ait rapporté au
» Nord comme à fon lieu propre & à fa
» veritable origine.
Le Journaliſte dont je ne prétends ici
cependant , auffi-bien que dans ce que
j'ai à dire dans la fuite , ni blâmer ni qua-
D v lifier
1982 MERCURE DE FRANCE
lifier les intentions , donne un fens tout
different à ce commencement du Memoire
de M. de Mairan , & il fait naître
dans l'efprit de fon Lecteur la même idée
qu'il paroît en avoir pris lui-même. » Gaffendi
, dit- il , n'eft pas le premier qui ait
» parlé de l'Aurore Boréale ; Cardan , bien
» d'autres l'ont connue & affez bien con-
» nue avant lui ; que Cardan & bien d'autres
que je pourrois citer , l'ayent connue
fous l'idée génerique de feu , de lumiere
celefte , &c. avant Gaffendi
l'accordera au Journaliſte , & M. de Mairan
l'a dit ; mais qu'ils l'ayent , comme
il ajoûte , affez bien connue avant lui, &
rapportée au Nord comme au veritable
licu de fon origine , c'eſt un fait ailé
à détruire , & que je m'étonne que
le Journaliſte ait avancé ; ce que M. de
Mairan a dit de Gaffendi , eft vrai à la
lettre, il n'a point dit ce que le Journaliſte
lui fait dire, & ce que celui- ci , avance,
il auroit bien de la peine à le prouver.
on
On pourroit croire auffi que le Journaliſte
a voulu préfenter fous un afpect
peu favorable, pour ne rien dire de plus,
f'exactitude de M. de Mairan dans l'Obfervation
& dans la Defcription de l'Aurore
Boréale du 26. Octobre ; comme fi
un Phénomene fi marqué , fi different à
plufieurs égards de ceux qu'on avoit vû
deSEPTEMBRE.
1730. 19831
1723 .
depuis long-temps dans ce genre & fi capable
d'influer fur les explications qu'on
en pourroit donner dans la ſuite , ne mériroit
pas une attention plus particuliere.
Le Journaliſte trouve mauvais que M.Maraldi
ait dit que les Obfervations des Aftronomes
Chinois fur la Comete de
ne font pas exactes ; qu'auroit fait le Journaliſte
lui- même , fi comparant les Obfervations
de cette Comete , faites à Pekin
par le P. Kegler Jefuite , à celles qui ont
été faites le même jour par les Chinois
commis pour veiller à la Tour Aftrono
mique , il avoit trouvé les Obfervations
de ces derniers differentes de celles du
P. Kegler de 6º 30 ' en longitude & de 12 '
en latitude , il auroit conclu , fans doute,
comme a fait M. Maraldi , que les Obfervations
des Chinois ne font pas exactes ;
neanmoins les Obfervations Chinoifes
font affez bien circonftanciées , on y marque
les paffages de la Comete par le Meridien
en heures & en minutes , le 11 &
le 12. Octobre avec la hauteur meridienne
, en degrez & minutes .
3
Celle du P.Kegler faite le 11. eft défectueufe
en ce qu'il ne marque point à quelle
minute précife la Comete paffa par le méridien;
il s'accorde avec les Chinois pour la
hauteur prife le 11. & pour l'Obfervation
du 12.à quelques minutes près dans la hau-
D vj teur
1984 MERCURE DE FRANCE
>
teur méridienne ; on peut donc jufqu'ici
fe fier aux Obfervations Chinoifes ; mais
par ces Obfervations comparées avec celle
que le P. Kegler fit par une Armille Zodiacale
on trouve une difference de
6 ° en longitude , & de 12 ' en latitude
; on pourroit donc conclure que l'Obfervation
du P. Kegler faite par l'Armille
Zodiacale n'eft pas exacte , puifqu'elle
differe de celle que ce même P. & les Obfervateurs
Chinois ont faites au méridien.
Qu'a donc fait M.Maraldi , plein d'égards
& de bonne opinion pour le P. Kegler
il a' conclu plutôt en fa faveur , en faifant
néanmoins remarquer le petit défaut
qui fe trouvoit dans fon Obfervation faite
le 11.
Le triomphe du Journaliſte eft donc
hors de faifon , lorfqu'il dit : » C'est pourtant
a de pareils Obfervateurs que L'AC
»tronomie & la Geographie doivent bien
» de grandes découvertes , & en particu-
» lier une plus grande exactitude ; avant
>> eux l'Afie &c.
Je ne connois aucune découverte en
Aftronomie qui foit due aux Obſervations
de la Chine ; nos Theories Phyſiques
ou Geometriques n'en font ni mieux établies
ni plus éclaircies ; nos Inftrumens
ne leur doivent point leur perfection ;
nos calculs n'en font devenus ni plus aifés
SEPTEMBRE. 1730. 1985.
fés ni plus furs . Il eft faux d'ailleurs que
ce foit aux Obfervateurs Chinois que l'on
doive la poſition précife de quelque Lieu
terreftre ; mais quand cela feroit , eft- ce
à leurs Obfervations mal faites & peu
exactes que font dues toutes ces prétendues
découvertes , & M. Maraldi auroitil
dû trouver bonnes des Obfervations fi
differentes entr'elles ? Si cet habile Aftronome
avoit ainfi décidé , le Journaliſte
l'auroit avec raiſon repris de trop de complaifance
ou de manque de difcernement.
M. Delifle avoit lu en 1723. à l'Académie
un Mémoire fur la longitude de l'embouchure
du Fleuve Miffiffipi ; il y établiffoit
par un grand nombre de raifons
& de comparaifons Geographiques la longitude
de ce point de la Terre, telle qu'il
l'avoit déterminée & placée dans fes deux
Cartes de l'Amerique & de la Louiſiane.
L'occafion de ce Mémoire fut la difference
entre cette pofition & celle qui refultoit
d'une Obfervation du 1. Satellite
de Jupiter , faite fur le Lieu même par le
P. Laval , difference de 11 ° ou de 200 .
lieuës. L'Académie pleine d'égards pour
le Jefuite , dont le mérite lui étoit connu ,
crut malgré les fortes raifons de M. Delifle
ne devoir pas fi tôt prononcer contre
une Obſervation immédiate ; elle jugea
à propos de differer l'impreffion de
ce
1986 MERCURE DE FRANCE
ce Mémoire jufqu'à celle du Livre du P.
Laval , afin que le Public vît en mêmetems
, & comparât les raifons des deux
Adverfaires. La Note miſe au bas du Mémoire
en fait foi . La voici :
» Ce Mémoire a été lû dès l'année 1723.
» mais on n'a pas crû qu'il convenoit de le
>>faire paroître avant que l'Obfervation
qu'il attaque eut été imprimée , & elle ne
»l'a été que depuis peu .
22
>
Ce n'eft donc pas ,comme le Journaliſte
femble l'infinuer en quelque maniere , que
l'Académie ait attendu la mort du P. Laval
pour publier le Mémoire de M. Delifle
; le Jefuite a eu le tems de
répondre aux raifons de l'Académicien
le Mémoire lui avoit été communiqué
par M. Delifle lui même , & quoique mis
dans le Volume de 1726. il n'a été imprimé
qu'en 1728. un an & plus avant la
mort du P. Laval ; la mort n'a donc pas
mis le celebre Aftronome hors d'état de
défendre fon Obfervation.
Il ne l'a point fait il ne la croyoit
donc pas fi bonne que le Journaliſte l'a
penfé ; au refte , cette queftion eft décidée ,
& il paroît que M. Delifle n'a ufé de
pas
tout le droit que lui donnoient fes recher
ches & fes grandes connoiffances en Geographie.
M. Baron envoyé par le Roi dans
l'Amérique Septentrionale pour y faire
des
des Observations Physiques & Mathématiques,
y observa à la Nouvelle Orleans
l'Eclipse de Lune du 8. Août 1729. &C
cette Observation comparée à
,
celle qui
fut faite à Paris donne 6 h 9' 7 pourla
différence des méridiens ou 92 v 16J45"
dont la nouvelle Orleans est plus occidentale
que Paris.
Voilà donc jusqu'ici la dispute entre M;
Delisle 5c le P. Laval décidée en faveur
du premier; sa position de l'embouchure
du Mississîpi est soutenuë & verifiée par
une autorité de même genre que celle du
P. Laval , & l'Observation de ce Pere en
devient pour nous d'autant moins bonne.
Je n'ai prétendu parler ici que de ce qui
regarde l'Aurore Boreale, l'Astronomie
& la Geographie, sans toucher aux autres
Extraits, sur la plupart desquels on
pourroit peut être faire de semblables remarques.
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Résumé : REPONSE de M. Godin, D. l'Ac. R. D. S. à un Article des Memoires de Trévoux, du mois de May 1730. page 910. & suivantes.
M. Godin, membre de l'Académie Royale des Sciences, réagit à un article des *Mémoires de Trévoux* de mai 1730 qui critique sa description de l'aurore boréale du 19 octobre 1726. Godin avait attribué aux pères Kircher et Schott l'idée que les aurores boréales étaient dues à la réflexion d'objets terrestres sur les nuages, agissant comme des miroirs. Les *Mémoires de Trévoux* accusent Godin d'avoir mal interprété les travaux de ces savants, notamment en omettant de mentionner que Schott rejetait cette explication. Godin admet avoir suivi les écrits du père Zahn, qui citait Kircher et Schott en soutien de cette théorie. Il cite des extraits des œuvres de Kircher et Schott pour démontrer que ces auteurs avaient effectivement évoqué des phénomènes aériens similaires aux aurores boréales, expliqués par la réflexion sur les nuages. Godin reconnaît que Schott avait changé d'avis par la suite, mais il maintient que sa propre description était basée sur des interprétations antérieures. Godin critique également les *Mémoires de Trévoux* pour avoir mal interprété les observations de M. de Mairan sur les aurores boréales et pour avoir contesté l'exactitude des observations astronomiques chinoises, notamment celles du père Kegler. Il défend la précision des observations de M. Maraldi et conteste l'idée que les découvertes astronomiques doivent beaucoup aux observations chinoises. Enfin, Godin aborde la controverse entre M. Delisle et le père Laval concernant la longitude de l'embouchure du fleuve Mississippi. Il souligne que l'Académie Royale des Sciences avait différé la publication du mémoire de Delisle pour permettre à Laval de répondre, et que la mort de Laval n'avait pas empêché cette réponse. Godin conclut que les observations de Delisle sont confirmées par celles de M. Baron, invalidant ainsi celles de Laval.
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352
p. 2015-2017
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
Début :
Ce qu'on vous a écrit de deux Poissons monstrueux, l'un mâle, l'autre femelle, d'une [...]
Mots clefs :
Monstre marin, Poisson, Poissons monstrueux, Normandie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de la
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
Hogue en Normandie , au fujet de deux
Monftres marins.
CE
E qu'on vous a écrit de deux Poiffons monftrueux
, l'un mâle , l'autre femelle , d'une
égale groffeur , qui vers la fin de l'année 1729.
échouerent fur ces côtes , dans les Paroiffes de
Ravenoville & de Foucarville , au Val de Cere
Amirauté de la Hogue , eft très- veritable ; mais
9
ce
2016 MERCURE DE FRANCE
cé n'eft pas affez de vous certifier le fait . Pour
contenter amplement votre curiofité , je vous envoye
un deffein exact du mâle , & en voici la
Def
SEPTEMBRE . 1730. 2017
Defcription , avec les dimenfions exactes. Il avoit
42. piés de long & 24. de groffeur à l'endroit du
corps le plus épais , qui étoit vers le milieu , fa
tête feule avoit 14. piés de groffeur ; fes mâchoires
en avoient fix de longueur, L'inferieure étoit
armée de 48. dents très blanches , & groffes, chacune
comme une corne de Taureau ; fa langue
avoit deux piés de longueur , & trois de circonference
; les nageoires trés petites ; fa nature étoit
de 4. piés de longueur , & de près de trois piés
de groffeur. Toute la peau de l'Animal très- noire
& très tendre ; fon boyau étoit de plus de 500.
piés de longueur. Ces Poiffons monftrueux ont
rendu chacun plus de 900. pots d'huile. Enfin on
ne peut guere donner une idée plus jufte de leur
énorme grandeur que par un petit Char que l'on
a fait de l'os du crâne du mâle dans lequel un
homme peut aifément fe placer. Cependant c'eft
une fingularité à ne pas omettre que les усих de
ce Monftre étoient fort petits , enforte qu'ils n'avoient
guere qu'un pouce de grandeur entre les
deux angles . Nos plus anciens Marins difent qu'ils
n'ont jamais rien vû de pareil en ce genre.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de la Hogue en Normandie, au sujet de deux Monstres marins.
En 1729, deux poissons monstrueux, un mâle et une femelle, de taille égale, s'échouèrent sur les côtes normandes, dans les paroisses de Ravenoville et de Foucarville, relevant de l'Amirauté de la Hogue. Le mâle mesurait 42 pieds de long et 24 pieds de large au point le plus épais. Sa tête faisait 14 pieds de largeur, et ses mâchoires 6 pieds de longueur. La mâchoire inférieure comptait 48 dents blanches et grosses, semblables à des cornes de taureau. Sa langue mesurait 2 pieds de longueur et 3 pieds de circonférence. Les nageoires étaient très petites, et sa queue mesurait 4 pieds de longueur et près de 3 pieds de largeur. La peau de l'animal était très noire et très tendre, et son boyau dépassait 500 pieds de longueur. Chaque poisson a produit plus de 900 pots d'huile. Un petit char fut fabriqué à partir de l'os du crâne du mâle, permettant à un homme de s'y placer. Les yeux du monstre étaient très petits, ne mesurant qu'un pouce entre les deux angles. Les marins les plus anciens n'avaient jamais vu de tels spécimens.
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353
p. 2205-2210
REFLEXIONS.
Début :
Dans les Athées, s'il est vrai qu'il y en ait, la corruption du coeur précede [...]
Mots clefs :
Savant, Athéisme, Athées, Esprit, Lumières, Intérêt
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS,
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
Ans les Athées , s'il eſt vrai qu'il y
en ait , la corruption du coeur précede
prefque toujours l'égarement de l'ef
prit , & un mépris orgueilleux des fentimens
populaires les détermine à une opinion
finguliere qui flate leur vanité plus
qu'elle ne perfuade leur raifon .
Dans quelque égarement que tombe
l'efprit humain , il eft impoffible d'éteindre
entierement la lumiere qui nous découvre
l'existence de Dieu , Créateur du
monde &c. & un Athée a , pour ainfi dire,
grand interêt de l'être pour calmer les
juftes
2206 MERCURE DE FRANCE
juftes frayeurs d'une confcience allarmée.
C'eſt un très grand abus de croire que
les maximes Evangeliques ne font guere
compatibles avec de grandes lumieres
& qu'il n'eft rien de fi voifin de l'irréligion
qu'un génie fublime & élevé.
On appelle Athées ceux qui par leurs
'difcours & leurs actions paroiffent fouhaiter
qu'il n'y ait point de Dieux , afin
de n'avoir point de fujet de craindre les
châtimens qu'ils méritent leurs impiétés
& leurs defordres. Dixit infipiens in
corde fuo , non eft Deus,
par
Ce n'eft pas l'incrédulité qui produit le
libertinage ; on affecte d'être incrédule
parcequ'on veut être libertin : on commence
par fuivre fon penchant , & puis
on cherche à le juftifier.
L'homme qui a de l'efprit , & qui con•
fulte les autres , n'eft prefque qu'un demi
homme ; mais celui qui n'en a point , &
qui ne prend confeil de perfonne n'eſt
pas homme.
Il eft difficile de bien choifir ceux à
qui on veut demander confeil : celui des
yieillards eft lent , timide & douteux : la
jeuneffe
OCTOBRE. 1730. 2207
jeuneffe en donne de legers , de violens,
de teméraires ; fi on confulte les Sçavans,
on eft fatigué de leurs longs difcours , &
choqué de leur opiniâtreté : fi on confulte
les ignorans , on eft maître de leurs
avis , mais on en tire peu de lumieres :
fi on s'adreffe aux pauvres , leurs confeils
feront intereffés ; fi on s'adreffe aux riches
, il y aura trop de hauteur & de du
reté dans le parti qu'ils propoferont ; nos
parens , nos domeftiques , pour mieux
nous flater , nous tromperont : les étran
gers ne le donneront pas la peine d'exa
miner la matiere & délibereront fans
attention , ne prenant nul interêt en la
choſe. Plufieurs confeillers embaraffent
peu de confeillers ne fuffifent pas.
2
Qui confulte une fois veut s'éclaircir ;
qui confulte deux fois cherche à douter.
Les Sçavans font pour l'ordinaire dédaigneux
pour les ignorans , & ils font
mal , car ils prouvent par là combien ils
leur reffemblent encore.
L'imitation fervile eft blâmable ; mais
un homme d'efprit fçait habilement fe
rendre propres , & faire paffer dans fes
Ouvrages les beautés de ceux qui l'ont
devancé. On honore ceux qu'on imitę
ayce
1
2208 MERCURE DE FRANCE
avec art ; & un Auteur , même celebre ,
qui feroit profeffion étroite de n'imiter
perfonne , rarement meriteroit-il d'être
imité .
Sur les faits hiſtoriques que nous apprenons
,ou que nous lifons dans les livres
nous devons toujours être en garde contre
l'incertitude qui flatte fans ceffe notre
vanité ; car nous aimons à entendre
nos connoiffances , & quand la verité fe
dérobe à nos recherches , nous nous contentons
de la trouver remplacée par la
fiction que notre crédulité réalife , l'erreur
nous paroiffant moins à craindre
que l'ignorance.
Les hommes d'un gout fûr & délicat
ne font jamais contens de leurs Ouvrages ;
ils ont une fi haute idée de la perfection,
qu'ils ne croyent jamais y être parvenus .
On ne doit pas faire dépendre fes idées
de fon goût ; il faut prendre des guides
plus furs , la raifon & l'experience.
La décadence des Sciences & des Arts
eft fort à craindre ; car on commence à
outrer tout. Le goût des beautés fimples
& naturelles fe perd ; il faudra déformais
du bizarre , de l'étranger & du mefquin
pour
OCTOBRE. 1730. 2209
pour nous toucher ; plus d'un obftacle
s'oppose à la guerilon du mauvais gout.
Le défaut des Medecins , les génies fuperieurs
, tels qu'il en faudroit pour ramener
les efprits, font rares; & quand il s'en
trouve , ils voyent le mal , ils le blâment.
& fe laiffent cependant entraîner par la
foule à laquelle ils veulent plaire : on aime
le nouveau & le fingulier , on ſe ſçait
bon gré de ne pas marcher fur les pas de
fes prédeceffeurs . La défenſe du mauvais
gout devient un interêt de nation ; d'ail.
leurs, quand on pourroit le guerir, quelle
méthode fuivre dans une entrepriſe fi
difficile , où le malade croit être dans une
parfaite fanté , & regarde le Medecin
comme celui qui a befoin de remede ? fi
quelqu'un s'apperçoit de l'erreur commune
, ofera-t'il l'attaquer ? ofera - t'il
s'écarter des routes par où l'on parvient
à la réputation la plus brillante ? ne crain
dra- t'il point de s'expoſer à la dériſion .
On voit tous les jours de petits génies
vuides de lumieres & d'efprit , & pleins
d'amour propre , fe montrer difficiles &
même critiquer hautement dáns les Sciences
& dans les Arts les nouveautés qui
paroiffent , pour ſe faire une réputation
de gens d'efprit & de gout , fe flattant
qu'en attaquant des Auteurs & des Ou-
E vrages
2210 MERCURE DE FRANCE
yrages celebres , on fera grand cas de leurs
remarques , & qu'on les mettra , finon
au deffus , au moins à coté des plus ha
biles.
& و
Quelques Sçavans pleins de bonne opinion
de leurs études , difent par tout , &
croyent même que tout est trouvé
cela parce qu'ils fe perfuadent avec complaifance
qu'ils n'ont plus rien à appren
dre. Ils méprifent hautement les nouvelles
découvertes , & ne daignent pas
les examiner , crainte de fe convaincre
d'une préfomption qui les flate.
Un efprit vain & de mauvaiſe trempe,
quoique cultivé d'ailleurs , parle de tout
avec confiance , & ne peut juger fainement
de rien ; les frais qu'il fait en lecture
& en effort de mémoire , pour paroître
habile , font prefque autant de nouvelles
couches de ridicule qu'il fe donne;
l'orgueil & l'impertinence percent au
travers ; enforte qu'on peut dire avec
Moliere :
Un fot fçavant eft fot plus qu'un fot ignorant.
Et avec un Poëte plus moderne , M.
Pope.
Tel eft devenu fat à force de lecture
Qui n'eut été que fot en fuivant la nature.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS.
Le texte traite principalement de la corruption morale et de l'incrédulité, soulignant que la corruption du cœur précède souvent l'égarement de l'esprit. Cette situation conduit certains individus à adopter des opinions singulières pour flatter leur vanité plutôt que de suivre la raison. Même les athées, malgré leurs discours, conservent une conscience de l'existence de Dieu pour apaiser leurs craintes. Le texte critique l'idée que les grandes lumières soient incompatibles avec les maximes évangéliques et affirme que l'incrédulité ne mène pas nécessairement au libertinage, mais plutôt l'inverse. Le choix de conseillers fiables est également abordé, chaque catégorie ayant ses défauts : les vieillards sont lents, les jeunes téméraires, les savants opiniâtres, et les étrangers désintéressés. Les savants montrent souvent un dédain envers les ignorants, révélant ainsi leur propre manque de sagesse. Le texte met en garde contre la crédulité et l'erreur dans l'apprentissage des faits historiques, préférant la fiction à l'ignorance. Il critique la décadence des sciences et des arts, attribuée à un goût pour le bizarre et l'étranger, ainsi qu'à l'absence de guides éclairés capables de corriger ces tendances. Les petits esprits, pleins d'amour-propre, critiquent les œuvres célèbres pour se faire remarquer, tandis que certains savants, sûrs de leurs connaissances, méprisent les nouvelles découvertes. Il décrit également les esprits vains et imprudents qui parlent de tout avec confiance sans véritable jugement. Enfin, le texte critique les efforts excessifs de certaines personnes pour paraître habiles, soulignant que ces tentatives ajoutent souvent des couches de ridicule plutôt que de les rendre plus compétentes. L'orgueil et l'impertinence transparaissent malgré ces efforts. Molière est cité pour affirmer qu'une personne savante peut être plus sotte qu'une personne ignorante. Un poète moderne, M. Pope, observe que ceux qui deviennent pédants à force de lecture peuvent être plus stupides que ceux qui suivent simplement leur nature.
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354
p. 2212-2213
LOGOGRIPHE.
Début :
Ma substance en deux sens peut aisément s'entendre ; [...]
Mots clefs :
Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
Dans le Logogryphe fuivant chaque
lettre a fon chiffre felon l'ordre de l'alphabet
; par exemple , le chiffre un défigne
a ; le chiffre deux eft pour 6. & ainfi du
refte.
E ij LO
2212 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGO GRIPHE.
A fubftance en deux fens peut aifément
s'entendre ; MA
Dans l'un je fuis un Prince , & dans l'autre un
poiffon ;
Pour en bien arranger chaque combinaiſon
Voici comment il faut s'y prendre :
Quatre , un , & neuf, treize , nombre fatał ,
Font naître certain animal
Qu'on voit plus aux Champs qu'à la Ville,
Chiffre de moins le rend utile ,
C'eft un qu'il faut ôter , & le refte à rebours
Fixera le féjour de mainte babillarde
Pendant le tems de ſes amours.
Vingt , neuf , treize , prenez-y garde
Rendent fouvent l'homme inſenſé.
Par quinze , neuf , treize , d'une Déeffe
L'Arbre à nos yeux fera tracé.
Quinze , un , neuf , treize , on voit , & la chofe
intereffe ,
On voit paroître un aliment
Dont on ufe journellement,
Quatre , neuf, treize & un , font revivre une fille
D'une très antique famille.
Le nombre neuf étant ôté
Et l'un à la place ajoûté ,
Da
OCTOBRE. 1730. 2213
De cette digne fille on reconnoît un frere
Non conçu de la même mere.
Neuf, vingt , quatre & puis un , fi vous faites
marcher ,
Cet ordre vous fera trouver
Des Tribus la plus ancienne .
Quinze , un , vingt , vous font voir une Ville de
Guyenne.
Vingt , un & treize font un meuble de grenier
Toujours très -utile au Fermier
Pour terminer tout affemblage' ,
De ce qui refte on tire un très grand avantage'} །
Quatre , neuf , vingt , un , treize , & Ciel ! quelle
faveur !
Tu nous feras ouvert , Confeil du Grand- Seigneur.
N ... Cédar.
lettre a fon chiffre felon l'ordre de l'alphabet
; par exemple , le chiffre un défigne
a ; le chiffre deux eft pour 6. & ainfi du
refte.
E ij LO
2212 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGO GRIPHE.
A fubftance en deux fens peut aifément
s'entendre ; MA
Dans l'un je fuis un Prince , & dans l'autre un
poiffon ;
Pour en bien arranger chaque combinaiſon
Voici comment il faut s'y prendre :
Quatre , un , & neuf, treize , nombre fatał ,
Font naître certain animal
Qu'on voit plus aux Champs qu'à la Ville,
Chiffre de moins le rend utile ,
C'eft un qu'il faut ôter , & le refte à rebours
Fixera le féjour de mainte babillarde
Pendant le tems de ſes amours.
Vingt , neuf , treize , prenez-y garde
Rendent fouvent l'homme inſenſé.
Par quinze , neuf , treize , d'une Déeffe
L'Arbre à nos yeux fera tracé.
Quinze , un , neuf , treize , on voit , & la chofe
intereffe ,
On voit paroître un aliment
Dont on ufe journellement,
Quatre , neuf, treize & un , font revivre une fille
D'une très antique famille.
Le nombre neuf étant ôté
Et l'un à la place ajoûté ,
Da
OCTOBRE. 1730. 2213
De cette digne fille on reconnoît un frere
Non conçu de la même mere.
Neuf, vingt , quatre & puis un , fi vous faites
marcher ,
Cet ordre vous fera trouver
Des Tribus la plus ancienne .
Quinze , un , vingt , vous font voir une Ville de
Guyenne.
Vingt , un & treize font un meuble de grenier
Toujours très -utile au Fermier
Pour terminer tout affemblage' ,
De ce qui refte on tire un très grand avantage'} །
Quatre , neuf , vingt , un , treize , & Ciel ! quelle
faveur !
Tu nous feras ouvert , Confeil du Grand- Seigneur.
N ... Cédar.
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355
p. 2250-2252
Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. De la Gueriniere, Ecuyer du Roi, vient de faire imprimer la quatriéme & derniere leçon [...]
Mots clefs :
Chevaux, Écuyer, Écuyer du roi, Cheval, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Gueriniere , Ecuyer du Roy , vient de
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
faire imprimer la quatriéme & derniere leçon
d'un Livre intitulé : ECOLE DE CAVALLERIE ,
contenant un Recueil des principes , qui regardent
la connoiffance dés Chevaux , la maniere de
les dreffer , & generalement tout ce qui peut former
un connoiffeur & un homme de cheval.
Cet ouvrage qui a été composé pour fervir
aux Démonftrations publiques , que l'Auteur a
commencé de faire depuis près d'un an , tous les
Samedis
1
OCTOBRE. 1730. 2251
Samedis dans fon Académie , ruë de Vaugirard ,
en faveur de Mrs les Académiftes & de tous ceux
qui veulent y affifter , ce qui eft tres -utile , nonfeulement
pour tous les jeunes Gentilshommes
qui feront dorénavant leurs exercices , mais encore
pour tous les Officiers & autres perfonnes
qui font dans l'obligation d'avoir des Chevaux.
Tous les Auteurs qui ont écrit jufqu'à prefent
fur cette matiere, n'ont parlé que de chaque partie
en particulier ; les uns fimplement du Manége
, les autres des maladies des Chevaux ; dans
celui- ci on a réuni dans un feul volume toutes les
differentes parties qui ont du rapport aux Chevaux.
On s'eft attaché à y mettre tout l'ordre
poffible ; le ftyle en eft fimple & concis , les définitions
en font claires & dévelopent méthodiquement
les principes que l'on y établit : de forte
qu'on peut aisément parvenir à les mettre en
ufage.
L'Ouvrage eft diftribué en 4 leçons , & chacune
de ces leçons en plufieurs chapitres.
La 1. leçon explique le nom des parties exte
rieures du Cheval , leur fituation , leur beauté &
leurs deffauts.
La 2. regarde l'âge , la difference des poils
l'embouchure , la ferrure , la felle , & c.
La 3. enfeigne à dreffer les jeunes Chevaux
pour le Manége , pour la Guerre , pour la Chaffe
& pour le Caroffe.
Et la 4. renferme un Traité d'Oftéologie du
Cheval , la définition de ſes maladies , les remedes
pour les guérir & un Traité d'Opérations.
Ces 4 parties ont été faites dans la vûë de former
tous les ans un Cours de Cavalerie , qui durera
neuf mois . Le 1. vient d'être interrompu ,
à la 4 partie,par la faifon peu favorable pour les
démonſtrations & les opérations Anatomiques
qui
2252 MERCURE DE FRANCÉ
qui font le fujet de cette 4 partie , & que l'on fe
propofe de faire fur des fujets réels ; mais on
continuera ce cours le Samedy d'après la faint
Martin ; & l'on en recommencera en mêmetemps
un 2 ; ainfi cet arangement , que l'on fuivra
toujours par la fuite , fatisfera & la curiofité
des commençans, & ceux qui ont déja de la connoiffance.
Un Medecin de la Faculté de Paris fe fera un
plaifir d'en faire lui - même les Démonftrations
Anatomiques, à l'exemple d'Herouard , Medecin
d'Henry IV. qui avoit commencé , par les Ordres
de ce grand Roy, de travailler fur cette matiere
; mais la mort de ce Prince interrompit ce
projet , & il ne nous refte qu'un fimple abregé
d'Oftéologie.
Il y a lieu de s'étonner que de pareils exercices
n'ayent point encore été inftituez dans les Académies
, on auroit certainement fait des découvertes
curieufes & neceffaires à la confervation
d'un animal fi utile , car il ne fuffit pas de fçavoir
monter à Cheval avec grace & fermeté , il
faut joindre à ces qualitez celles de fçavoir acheter
& dreffer un Cheval pour fon ufage , le conferver
en fanté , le guérir de fes maladies & accidens
, lui ordonner l'embouchure , la ferrure
& la felle convenable , qui font des connoiffances
abfolument neceffaires , tant pour ceux qui fe'
deftinent au fervice , que pour tous ceux qui ſe
fervent de Chevaux.
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Résumé : Ecole de Cavalerie, &c. [titre d'après la table]
M. de la Guerinière, Écuyer du Roy, a publié la quatrième et dernière leçon de son ouvrage 'École de Cavalerie'. Ce livre rassemble les principes essentiels sur la connaissance des chevaux, leur dressage et les compétences d'un connaisseur en chevaux. Il accompagne les démonstrations publiques organisées chaque samedi dans son Académie, rue de Vaugirard. Contrairement aux ouvrages précédents, 'École de Cavalerie' regroupe toutes les parties relatives aux chevaux en un seul volume. Le style est simple et concis, avec des définitions claires et méthodiques. L'ouvrage est structuré en quatre leçons : la première décrit les parties extérieures du cheval, la deuxième traite de l'âge, des poils, de l'embouchure, de la ferrure et de la selle. La troisième enseigne le dressage des jeunes chevaux pour divers usages, et la quatrième contient un traité d'ostéologie, les maladies des chevaux, les remèdes et les opérations. Le cours de cavalerie, prévu pour neuf mois, a été interrompu après la quatrième partie en raison de conditions défavorables. Il reprendra après la Saint-Martin, avec un second cours commençant simultanément. Un médecin de la Faculté de Paris effectuera les démonstrations anatomiques. L'institution de tels exercices dans les académies est surprenante, car elle permettrait des découvertes utiles à la conservation des chevaux. Il est essentiel de connaître non seulement la monte, mais aussi l'achat, le dressage, la conservation en santé, le traitement des maladies, ainsi que l'embouchure, la ferrure et la selle appropriées. Ces connaissances sont cruciales pour ceux qui se destinent au service ou utilisent des chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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356
p. 2650-2651
ENIGME.
Début :
Nous sommes bien des soeurs, mais loin d'être bornées [...]
Mots clefs :
Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ous fommes bien des foeurs , mais loin d'ètre
bornées Nou
A ne fervir
que
d'ornement ,
Au plus preffant befoin nous fommes deftinées ;
Nous excellons fur tout par notre arrangement.
faire ,
De nos foins l'homme n'a que
Quand de fes ans il commence le cours ;
Mais il obtient notre fecours ,
Dès qu'il lui devient neceffaire,
I. Vol. Si
DECEMBRE. 1730. 2651
Si lorfque l'on nous perd nous pouvions revenir ,
O combien de Neftors paroîtroient rajeunir !
Des termes vainement on trouve l'élegance ;
Sans nous il n'eft point d'Orateurs ;
Voyez quelle eft notre puiſſance ,
Nous aidons à former ces fons vifs & flateurs ;
Dont pour perfuader ou pour toucher les coeurs,
Se fert la plus belle éloquence.
Voilà ce qu'on gagne avec nous..
Pour nous mettre au travail il eft certaines heures
Qui font communes prefqu'à tous :
Nous reffemblons aux fotifes des foux;
Les plus courtes font les meilleures.
Pour avoir differens emplois ,
Par la Nature & l'Art également formées ,
Notre nom paffe quelquefois ,
A des chofes inanimées,
Ous fommes bien des foeurs , mais loin d'ètre
bornées Nou
A ne fervir
que
d'ornement ,
Au plus preffant befoin nous fommes deftinées ;
Nous excellons fur tout par notre arrangement.
faire ,
De nos foins l'homme n'a que
Quand de fes ans il commence le cours ;
Mais il obtient notre fecours ,
Dès qu'il lui devient neceffaire,
I. Vol. Si
DECEMBRE. 1730. 2651
Si lorfque l'on nous perd nous pouvions revenir ,
O combien de Neftors paroîtroient rajeunir !
Des termes vainement on trouve l'élegance ;
Sans nous il n'eft point d'Orateurs ;
Voyez quelle eft notre puiſſance ,
Nous aidons à former ces fons vifs & flateurs ;
Dont pour perfuader ou pour toucher les coeurs,
Se fert la plus belle éloquence.
Voilà ce qu'on gagne avec nous..
Pour nous mettre au travail il eft certaines heures
Qui font communes prefqu'à tous :
Nous reffemblons aux fotifes des foux;
Les plus courtes font les meilleures.
Pour avoir differens emplois ,
Par la Nature & l'Art également formées ,
Notre nom paffe quelquefois ,
A des chofes inanimées,
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357
p. 2651
LOGOGRYPHE.
Début :
Ma premiere moitié ressemble à la derniere, [...]
Mots clefs :
Coucou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
MA premiere moitié reffemblé à la derniere
je
Choſe rare , j'ai double cou ,
ne fuis élevé par pere, ni par mere ;
Et paffe pour un franc filou.
J'habite les bois , les bruieres ,
On fçait qu'en dérobant je fais fouvent un don ,
Et quoique j'aye maints confreres ,
Perfonne cependant ne veut porter mon nom.
MA premiere moitié reffemblé à la derniere
je
Choſe rare , j'ai double cou ,
ne fuis élevé par pere, ni par mere ;
Et paffe pour un franc filou.
J'habite les bois , les bruieres ,
On fçait qu'en dérobant je fais fouvent un don ,
Et quoique j'aye maints confreres ,
Perfonne cependant ne veut porter mon nom.
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358
p. *2652-2652
AUTRE.
Début :
Dans l'Empire Romain je suis très remarquable, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ans l'Empire Romain je fuis très remar
quable ,
Mais l'on peut lire dans la Fable ,
Que je fuis placé près d'un Dieu ;
Le feu de mes yeux étincelle.
Orez ma lettre du milieu ,
Vous ne me verrez plus qu'une aile.
D'Orvilliers , de Vernon.
Ans l'Empire Romain je fuis très remar
quable ,
Mais l'on peut lire dans la Fable ,
Que je fuis placé près d'un Dieu ;
Le feu de mes yeux étincelle.
Orez ma lettre du milieu ,
Vous ne me verrez plus qu'une aile.
D'Orvilliers , de Vernon.
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359
p. 2680-2683
Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Début :
Le 14. Novembre, l'Académie Royale des Belles-Lettres tint son Assemblée [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, Académie royale des sciences, Phosphore, Pierre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Le 14. Novembre , l'Académie Royale
'des Belles Lettres tint fon Affemblée
publique après deux mois de vacances ;
S. E. M. le Cardinal de Fleuri , Acadé--
micien honoraire , y préfida. M. l'Abbé
Sevin ouvrit la féance par la Relation
de fon Voyage litteraire dans le Levant .
L'Abbé Gedoin lut enfuite la Préface qu'il
doit mettre à la tête de fa Traduction
de Paufanias ; après quoi M. le Cardinal
de Fleuri ayant été obligé de partir pour
Verſailles , M. l'Abbé Bignon prit fa pla
ce , & l'Abbé Salier lut pour l'Abbé-
Bannier une Differtation Mythologiquefur
les Déeffes Meres , & l'Abbé Souchay·
termina la féance par une autre fur les
Pfylles.
Le 15. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences fit auffi fa rentrée publique
à laquelle M. de Maison , Préfident à
Mortier , Académicien honoraire , pré-
La.Kala
fida .
DECEMBRE. 1730. 2681!
fida. M. de Fontenelle , Secrétaire , lut less
Eloges de M M. Maraldi & Bianchini
& donna un Catalogue raifonné & curieux
des Ouvrages de ces deux illuftres»
Académiciens , morts depuis peu.
M. de Reaumur lut enfuite un Mé
moire fur les Termometres , & parla d'u
ne efpece particuliere de fon invention¸
plus parfaits que les autres.-
M. du Fay lut un Mémoire fur la découverte
qu'il a faite d'un grand nombre
de Phofphores nouveaux , dont l'effet eft
femblable à celui de la pierre de Boulo--
gne. Jufques à préfent on ne connoiffoit
que cette pierre & une préparation chimique
connue fous le nom de Phoſphore
hermetique de Balduinus , qui euffent la
proprieté de s'impregner des rayons de la
lumiere , en les expofant au jour , & de
conferver cette lumiere, étant portés dans
l'obſcurité ; enſorte qu'il femble que ce
foient des charbons de feu embrafés fansaucune
chaleur.
La pierre de Boulogne & cette prépa
ration chimique ont été celebrées à l'envi
par un grand nombre d'Auteurs de
tous Pays , & on s'eft beaucoup plus appliqué
à deviner ce qu'il pouvoit y avoir
de fingulier dans cette pierre qu'à cher--
cher s'il n'y en avoit point d'autres qui
euffent la même proprieté. Enfin M. du
Lo Vol Fay
2682 MERCURE DE FRANCE
و
Fay s'en eft avifé , & le fuccès a de beaucoup
paffe fon attente ; car il a trouvé
un nombre infini de matieres de toute
efpece qui font précisément tous les mêmes
effets que la fameufe pierre de Boulogne
; & ce qu'il y a d'avantageux , c'eſt
que ces matieres ne font pas rares ; car
toutes les efpeces de gyps ou pierres à
plâtre , les albâtres les felenites , les
pierres à chaux , tous les marbres indifferemment
, les écailles d'huitre , les coquilles
d'oeuf , les os d'animaux ; enfin
toutes les matieres qui peuvent être calcinées
font dans ce cas ; il fuffit de les
mettre dans un creufet de placer le
creufet dans une forge , & de les chaufer
vivement pendant une demie heure ou
trois quarts d'heure : fi on manque la
premiere fois , il n'y a qu'à recommencer
une feconde , ou même une troifiéme , &
on réuffit.
و
M. Dufay ayant tenté la même choſe
fur les pierres de taille , les moilons , la
pierre de liais , la marne , les bols &c.
aucune ne lui réuffit ; mais il imagina de
les diffoudre dans l'Eau- forte , comme
on fait la craye dans le Phoſphore de
Balduinus , & toutes lui réuffirent par
cette voye. Il eut le même fuccès en employant
les cendres de toutes fortes de
bois , des feuilles , de la paille , enfin de
\ I. Val.
toutes
DECEMBRE . 1730. 2683
OF
།
ce
off
de
me
de
Jar
de
tes
les
A
1
toutes les matieres combuftibles.
Voici la préparation : il prend quelqu'une
de ces pierres , terres ou cendres ,
il les fait diffoudre dans l'Eau forte ; it
fait évaporer & deffecher la diffolution
& prend un morceau de cette matiere
feche qu'il met dans un creufet , & le
fait chauffer à peu près comme fi l'on
fondoit du plomb ; la matiere fe gonfle ,
fume , & fe deffeche une feconde fois , &
le Phoſphore eft préparé ; il n'y a qu'à
expoſer le creufet à la lumiere du jour ,
& le porter dans l'obſcurité. Voilà donc
toutes les matieres qui fe peuvent trouver
fur la terre devenues fufceptibles de
lumiere , il n'y a que les pierres dures ,
telles que les cailloux , agathes &c. & les
métaux qui n'ayent point encore réuffi à
M. Dufay ; mais il ne defefpere pas d'y
parvenir. Il ajouta enfuite les effets finguliers
que font quelques- uns de ces
Phofphores dans l'eau , l'efprit de vin
l'huile , l'eau-forte , les liqueurs alkalines
&c. mais nous ne le fuivrons point
dans ce détail . Enfin , il indiqua quelques
unes des experiences qu'il y auroit encore
à faire , & exhorta les Phyficiens à y
travailler auffi de leur côté , perfuadé
qu'elles peuvent mener à des découvertes.
importantes fur la nature de la lumiere.
'des Belles Lettres tint fon Affemblée
publique après deux mois de vacances ;
S. E. M. le Cardinal de Fleuri , Acadé--
micien honoraire , y préfida. M. l'Abbé
Sevin ouvrit la féance par la Relation
de fon Voyage litteraire dans le Levant .
L'Abbé Gedoin lut enfuite la Préface qu'il
doit mettre à la tête de fa Traduction
de Paufanias ; après quoi M. le Cardinal
de Fleuri ayant été obligé de partir pour
Verſailles , M. l'Abbé Bignon prit fa pla
ce , & l'Abbé Salier lut pour l'Abbé-
Bannier une Differtation Mythologiquefur
les Déeffes Meres , & l'Abbé Souchay·
termina la féance par une autre fur les
Pfylles.
Le 15. Novembre , l'Académie Royale
des Sciences fit auffi fa rentrée publique
à laquelle M. de Maison , Préfident à
Mortier , Académicien honoraire , pré-
La.Kala
fida .
DECEMBRE. 1730. 2681!
fida. M. de Fontenelle , Secrétaire , lut less
Eloges de M M. Maraldi & Bianchini
& donna un Catalogue raifonné & curieux
des Ouvrages de ces deux illuftres»
Académiciens , morts depuis peu.
M. de Reaumur lut enfuite un Mé
moire fur les Termometres , & parla d'u
ne efpece particuliere de fon invention¸
plus parfaits que les autres.-
M. du Fay lut un Mémoire fur la découverte
qu'il a faite d'un grand nombre
de Phofphores nouveaux , dont l'effet eft
femblable à celui de la pierre de Boulo--
gne. Jufques à préfent on ne connoiffoit
que cette pierre & une préparation chimique
connue fous le nom de Phoſphore
hermetique de Balduinus , qui euffent la
proprieté de s'impregner des rayons de la
lumiere , en les expofant au jour , & de
conferver cette lumiere, étant portés dans
l'obſcurité ; enſorte qu'il femble que ce
foient des charbons de feu embrafés fansaucune
chaleur.
La pierre de Boulogne & cette prépa
ration chimique ont été celebrées à l'envi
par un grand nombre d'Auteurs de
tous Pays , & on s'eft beaucoup plus appliqué
à deviner ce qu'il pouvoit y avoir
de fingulier dans cette pierre qu'à cher--
cher s'il n'y en avoit point d'autres qui
euffent la même proprieté. Enfin M. du
Lo Vol Fay
2682 MERCURE DE FRANCE
و
Fay s'en eft avifé , & le fuccès a de beaucoup
paffe fon attente ; car il a trouvé
un nombre infini de matieres de toute
efpece qui font précisément tous les mêmes
effets que la fameufe pierre de Boulogne
; & ce qu'il y a d'avantageux , c'eſt
que ces matieres ne font pas rares ; car
toutes les efpeces de gyps ou pierres à
plâtre , les albâtres les felenites , les
pierres à chaux , tous les marbres indifferemment
, les écailles d'huitre , les coquilles
d'oeuf , les os d'animaux ; enfin
toutes les matieres qui peuvent être calcinées
font dans ce cas ; il fuffit de les
mettre dans un creufet de placer le
creufet dans une forge , & de les chaufer
vivement pendant une demie heure ou
trois quarts d'heure : fi on manque la
premiere fois , il n'y a qu'à recommencer
une feconde , ou même une troifiéme , &
on réuffit.
و
M. Dufay ayant tenté la même choſe
fur les pierres de taille , les moilons , la
pierre de liais , la marne , les bols &c.
aucune ne lui réuffit ; mais il imagina de
les diffoudre dans l'Eau- forte , comme
on fait la craye dans le Phoſphore de
Balduinus , & toutes lui réuffirent par
cette voye. Il eut le même fuccès en employant
les cendres de toutes fortes de
bois , des feuilles , de la paille , enfin de
\ I. Val.
toutes
DECEMBRE . 1730. 2683
OF
།
ce
off
de
me
de
Jar
de
tes
les
A
1
toutes les matieres combuftibles.
Voici la préparation : il prend quelqu'une
de ces pierres , terres ou cendres ,
il les fait diffoudre dans l'Eau forte ; it
fait évaporer & deffecher la diffolution
& prend un morceau de cette matiere
feche qu'il met dans un creufet , & le
fait chauffer à peu près comme fi l'on
fondoit du plomb ; la matiere fe gonfle ,
fume , & fe deffeche une feconde fois , &
le Phoſphore eft préparé ; il n'y a qu'à
expoſer le creufet à la lumiere du jour ,
& le porter dans l'obſcurité. Voilà donc
toutes les matieres qui fe peuvent trouver
fur la terre devenues fufceptibles de
lumiere , il n'y a que les pierres dures ,
telles que les cailloux , agathes &c. & les
métaux qui n'ayent point encore réuffi à
M. Dufay ; mais il ne defefpere pas d'y
parvenir. Il ajouta enfuite les effets finguliers
que font quelques- uns de ces
Phofphores dans l'eau , l'efprit de vin
l'huile , l'eau-forte , les liqueurs alkalines
&c. mais nous ne le fuivrons point
dans ce détail . Enfin , il indiqua quelques
unes des experiences qu'il y auroit encore
à faire , & exhorta les Phyficiens à y
travailler auffi de leur côté , perfuadé
qu'elles peuvent mener à des découvertes.
importantes fur la nature de la lumiere.
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Résumé : Ouvertures des Academies, &c. / Extrait du Mémoire sur les Phospheres nouveaux, [titre d'après la table]
Le 14 novembre 1730, l'Académie Royale des Belles Lettres reprit ses activités après deux mois de pause avec une assemblée publique présidée par le Cardinal de Fleury. L'Abbé Sevin débuta la séance en relatant son voyage littéraire dans le Levant. Ensuite, l'Abbé Gedoin présenta la préface de sa traduction de Pausanias. Après le départ du Cardinal de Fleury, l'Abbé Bignon prit la présidence. L'Abbé Salier lut une dissertation mythologique sur les Déesses Mères pour l'Abbé Bannier, et l'Abbé Souchay conclut la séance avec une dissertation sur les Phylles. Le 15 novembre, l'Académie Royale des Sciences tint également sa rentrée publique, sous la présidence de M. de Maison. M. de Fontenelle, en tant que Secrétaire, lut les éloges de MM. Maraldi et Bianchini et présenta un catalogue de leurs ouvrages. M. de Réaumur lut un mémoire sur les thermomètres, présentant une nouvelle invention plus perfectionnée. M. Du Fay lut un mémoire sur la découverte de nombreux nouveaux phosphores, dont les effets sont similaires à ceux de la pierre de Boulogne. Ces nouveaux phosphores incluent diverses matières telles que le gypse, les albâtres, les sélénites, les pierres à chaux, les marbres, les écailles d'huître, les coquilles d'œuf, les os d'animaux et toutes les matières combustibles. M. Du Fay mentionna que certaines pierres dures et métaux n'ont pas encore été transformés en phosphores, mais il espère y parvenir. Il parla également des effets singuliers de certains phosphores dans divers liquides et encouragea les physiciens à poursuivre ces recherches pour découvrir des propriétés importantes de la lumière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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360
p. 2804-2833
LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
Début :
MADAME, J'ay crû avoir remarqué dans mes deux Voyages de l'Isle-Adam, que VOTRE ALTESSE [...]
Mots clefs :
Ansacq, Sabbat, Relation, Prince de Conti, Princesse de Conti, Village, Esprit, Campagne, Vallons, Phénomène extraordinaire, Maison, Voix, Bruits, Merveilleux, Voix humaine, Bruit extraordinaire, Phénomènes, Laboureur, Témoins
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
LETTRE de M.Treüillot de Ptoncour,
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
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Résumé : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
En décembre 1730, le curé Treüillot de Ptoncour adresse une lettre à Madame la Princesse de Conty pour relater un phénomène extraordinaire survenu dans la paroisse d'Anfacq, près de Clermont-en-Beauvaisis. La nuit du 27 au 28 janvier 1730, plusieurs habitants ont entendu des voix humaines dans l'air, exprimant divers sentiments tels que la joie ou la tristesse. Le curé, initialement sceptique, a interrogé plusieurs témoins, dont deux laboureurs respectés, qui ont confirmé avoir entendu ces bruits. Les témoignages étaient cohérents et les témoins n'ont montré aucun signe de tromperie ou de contradiction. Le phénomène s'est répété la nuit du 9 au 10 mai 1730, incitant le curé à documenter les dépositions des témoins. Parmi les témoins, Charles Descouleurs et son frère François ont déclaré avoir entendu des éclats de rire provenant de centaines de personnes, imitant ceux des vieillards et des jeunes. Louis Duchemin et Patrice Touilly ont également entendu ces bruits en se rendant à Beauvais. Claude Descouleurs a mentionné avoir entendu des bruits similaires en janvier et en mai. Alexis Allou, Nicolas de la Place, Nicolas Portier et Antoine Le Roi ont tous décrit des bruits confus de voix humaines et d'instruments de musique. Le curé de Saint-Lucien d'Anfacq a certifié la fidélité des dépositions. Le texte discute également de la curiosité scientifique suscitée par les phénomènes aériens et propose d'étendre cette curiosité aux bruits extraordinaires, suggérant le terme 'Akoufmates' pour les désigner. L'auteur souligne que, bien que les phénomènes visuels soient plus facilement observables, les Akoufmates, bien que moins communs, méritent également l'attention des savants. Les témoignages sur ces bruits sont nombreux et concordants, rendant leur réalité difficile à nier. Le village d'Anfacq est situé dans un vallon formé par deux coteaux, entre Clermont et Mouy. Les bruits se manifestent principalement dans le parc et sont décrits comme une confusion de cris et de sons d'instruments. Une expérience personnelle visant à vérifier la présence d'échos naturels n'a pas abouti, renforçant ainsi le mystère des Akoufmates. Un incident récent rapporte que les bruits ont effrayé des moutons et une bergère, illustrant l'impact réel de ces phénomènes. L'auteur mentionne avoir entendu un bruit mystérieux près du Parc d'Anfacq et avoir chargé une personne de surveiller jusqu'à minuit durant l'hiver. Un ami, fonctionnaire à Clermont en Beauvoisis, révèle avoir entendu un bruit épouvantable quinze ans auparavant près du village d'Anfacq, alors qu'il passait à cheval. Terrifié, il tomba de son cheval et pria jusqu'à ce que le bruit cesse. Face à la fréquence croissante de tels événements, il avoue enfin ce qui lui est arrivé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
p. 2835-2839
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je sortis hier d'une fonction oratoire que je craignois un peu, comme ne [...]
Mots clefs :
Tribunal , Jugement, Meurtre, Verglas, Brouillard, Froid
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
EXTRA IT d'une Lettre écrite de
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Dans une lettre datée du 1er décembre 1739, M. le Conseiller Seigneux décrit à M. de Veze une procédure judiciaire singulière à Lauzanne pour les jugements de meurtres. Cette procédure se déroule publiquement avec une grande solennité sur une place aménagée en salle par des barrières. Elle implique trois tribunaux élevés, quatre-vingt-dix-neuf juges et divers officiers. L'accusé, s'il est gentilhomme, entre armé et est accompagné de ses parents et amis. Après les plaidoyers, l'accusé est soit absous et quitte les lieux armé, soit condamné et conduit au supplice, sauf s'il obtient la grâce des juges. Cette cour, appelée Cour impériale, exerce sa juridiction solennelle uniquement en cas d'homicide dans la ville de Lauzanne. La lettre mentionne également un phénomène naturel survenu en octobre 1739 : une gelée intense a recouvert les arbres et les fruits d'un verglas épais, causant des dégâts considérables. Ce phénomène a transformé des fruits en objets semblables à des boîtes de cristal et a endommagé de nombreux arbres. Le bruit produit par les arbres se brisant ressemblait à celui d'une bataille. La lettre se termine par une promesse d'enquêter davantage sur cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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361
362
p. 2916-2917
EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
Début :
J'ay lû dans le Journal de Verdun de ce mois, que le P. Papon, Capucin, a [...]
Mots clefs :
Phénomène, Aurore boréale
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
EXTRAIT d'une Lettre du R.P.Emmanuel
de Viviers , Capucin , écrite de
Toulouse le 30. Novembre 1730.
J'A
'Ay lû dans le Journal de Verdun de
ce mois , que le P. Papon , Capucin , a
obfervé l'Aurore Boréale qui parut le 7
d'Octobre dernier à Gannat , en Bourbonnois.
J'envoyai mon obfervation à
M. Caffini , deux jours après l'aparition'
de ce Phénoméne , dont voici le détail.
Le 7 Octobre , environ fur les fept
heures & demie du foir , j'apperçus une
petite lumiere fort vive , à l'endroit où
le Soleil s'étoit couché. Cette lumiere
s'augmenta peu à peu & devint fort éclatante.
Elle étoit dirigée au Nord- Oüeft ,
changeoit fouvent de figure, s'élevoit fur
Phorifon par intervalles , & s'abbaiffoit
en même-temps, jettánt de petites flammes
vives & legeres , qui étoient quelquefois
ondoyantes ; de forte, qu'environ
vers les neuf heures " , elle occupa une efpace
de l'horifon , d'environ cinquante
dégrez.
Če Phénomené demeura dans cette fi-.
tuation jufqu'à onze heures & demie ,
qu'il s'éleva inſenſiblement à la hauteur
de plus de 40 dégrez,& fe divifa en trois
bandes , prefque paralleles entr'elles,dont
It. Vol.
les.
DECEMBRE. 1730. 2917
les extrémitez étoient canellées . Ces bandes
jettoient un grand nombre de flammes
, qui s'étendoient par tout le ciel , &
éclairoient toute la campagne. A douze
heures & environ 30 minutes , une de
ces bandes changea de figure , & devint
comme un tapis de quatre toifes de largeur
, formant une queue femblable à
celle d'une Cométe , laquelle étoit variée
de differentes couleurs . Ce Phénomene
dura jufqu'à quatre heures & demie. Les
obfervations que plufieurs Membres de
notre nouvelle Académie ont faites en
leur particulier fe. trouvent conformes à
ce que j'ai l'honneur de vous mander.Ce
jour-là il fit un vent marin tres- violent,
accompagné d'éclairs , & de tonnerres ,
qui furentfuivis de quelque peu de pluie.
de Viviers , Capucin , écrite de
Toulouse le 30. Novembre 1730.
J'A
'Ay lû dans le Journal de Verdun de
ce mois , que le P. Papon , Capucin , a
obfervé l'Aurore Boréale qui parut le 7
d'Octobre dernier à Gannat , en Bourbonnois.
J'envoyai mon obfervation à
M. Caffini , deux jours après l'aparition'
de ce Phénoméne , dont voici le détail.
Le 7 Octobre , environ fur les fept
heures & demie du foir , j'apperçus une
petite lumiere fort vive , à l'endroit où
le Soleil s'étoit couché. Cette lumiere
s'augmenta peu à peu & devint fort éclatante.
Elle étoit dirigée au Nord- Oüeft ,
changeoit fouvent de figure, s'élevoit fur
Phorifon par intervalles , & s'abbaiffoit
en même-temps, jettánt de petites flammes
vives & legeres , qui étoient quelquefois
ondoyantes ; de forte, qu'environ
vers les neuf heures " , elle occupa une efpace
de l'horifon , d'environ cinquante
dégrez.
Če Phénomené demeura dans cette fi-.
tuation jufqu'à onze heures & demie ,
qu'il s'éleva inſenſiblement à la hauteur
de plus de 40 dégrez,& fe divifa en trois
bandes , prefque paralleles entr'elles,dont
It. Vol.
les.
DECEMBRE. 1730. 2917
les extrémitez étoient canellées . Ces bandes
jettoient un grand nombre de flammes
, qui s'étendoient par tout le ciel , &
éclairoient toute la campagne. A douze
heures & environ 30 minutes , une de
ces bandes changea de figure , & devint
comme un tapis de quatre toifes de largeur
, formant une queue femblable à
celle d'une Cométe , laquelle étoit variée
de differentes couleurs . Ce Phénomene
dura jufqu'à quatre heures & demie. Les
obfervations que plufieurs Membres de
notre nouvelle Académie ont faites en
leur particulier fe. trouvent conformes à
ce que j'ai l'honneur de vous mander.Ce
jour-là il fit un vent marin tres- violent,
accompagné d'éclairs , & de tonnerres ,
qui furentfuivis de quelque peu de pluie.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre du R. P. Emmanuel de Viviers, Capucin, écrite de Toulouse le 30. Novembre 1730.
Le 7 octobre 1730, le Père Emmanuel de Viviers, Capucin, observa une aurore boréale à Toulouse. Vers 19h30, il remarqua une petite lumière vive à l'ouest, qui s'intensifia et se dirigea vers le nord-ouest. Cette lumière changea de forme, s'élevant et s'abaissant par intervalles, et émettant des flammes ondoyantes. Vers 21h, elle couvrit environ cinquante degrés de l'horizon. Le phénomène persista jusqu'à 23h30, s'élevant à plus de quarante degrés et se divisant en trois bandes parallèles aux extrémités cannelées, illuminant la campagne. À 00h30, une bande se transforma en un tapis large de quatre toises, ressemblant à la queue d'une comète avec des couleurs variées. L'aurore boréale dura jusqu'à 4h30 du matin. Les observations furent confirmées par plusieurs membres de la nouvelle Académie de Toulouse. Ce jour-là, un vent marin violent, accompagné d'éclairs et de tonnerre, fut suivi de pluies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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363
p. 2919-2920
« On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...] »
Début :
On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Aurore boréale
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Lisbonne que le 4 du mois de Janvier, vers les 8 heures du soir [...] »
On mande de Lisbonne que le 4 du
mois de Janvier , vers les 8 heures du foir
il parut à l'horifon une Aurore Boréale ,
d'une feule colonne , qui une heure après
IF. Vol. fe Gv
1 2920
MERCURE
DE FRANCE
fe fépara en quatre. Leur lumiere fut
vive vers les onze heures du foir , mais
elle diminua enfuite infenfiblement & difparut
entierement à minuit . Ce Phénoméne
a été vû à Elvas , à Campo-Mayor ,
à Evora , à Porto , & dans plufieurs autres
Villes de Portugal.
mois de Janvier , vers les 8 heures du foir
il parut à l'horifon une Aurore Boréale ,
d'une feule colonne , qui une heure après
IF. Vol. fe Gv
1 2920
MERCURE
DE FRANCE
fe fépara en quatre. Leur lumiere fut
vive vers les onze heures du foir , mais
elle diminua enfuite infenfiblement & difparut
entierement à minuit . Ce Phénoméne
a été vû à Elvas , à Campo-Mayor ,
à Evora , à Porto , & dans plufieurs autres
Villes de Portugal.
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364
p. 2923
« On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
Début :
On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...]
Mots clefs :
Statues de marbre, Marées
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texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
On apprend de Londres , que la nuit
27 au 28 du mois dernier il y eut deux
Marées dans la Tamife : Phénoméne extraordinaire
, dont on a peu d'exemples ;
& qui occupe actuellement tous les Phyficiens
de cette Ville , pour en découvrir
la cauſe ..
On a appris de Florence , que le Gr. Duc
a fait placer dans la grande Galerie de l'ancien
Palais , les deux Statues de marbre ,
reprefentant Adam & Eve , que quelques
Chanoines de l'Eglife Métropolitaine
avoient fait ôter du principal Autel de
cette Eglife , fous prétexte qu'elles font
trop découvertes . Ces deux figures, d'une
finguliere beauté , font de Baccio Bandinelli
, fameux Sculpteur & Peintre, mort
en 1559. âgé de 72 ans . Il étoit difciple
& imitateur de Michel Ange , & tresgrand
Deffinateur. Quoique l'ouvrage
qui donne lieu à cet article , ſoit admiré
de tout le monde , on a toujours fort
blâmé ce ftatuaire d'avoir fait Eve plus
grande qu'Adam .
27 au 28 du mois dernier il y eut deux
Marées dans la Tamife : Phénoméne extraordinaire
, dont on a peu d'exemples ;
& qui occupe actuellement tous les Phyficiens
de cette Ville , pour en découvrir
la cauſe ..
On a appris de Florence , que le Gr. Duc
a fait placer dans la grande Galerie de l'ancien
Palais , les deux Statues de marbre ,
reprefentant Adam & Eve , que quelques
Chanoines de l'Eglife Métropolitaine
avoient fait ôter du principal Autel de
cette Eglife , fous prétexte qu'elles font
trop découvertes . Ces deux figures, d'une
finguliere beauté , font de Baccio Bandinelli
, fameux Sculpteur & Peintre, mort
en 1559. âgé de 72 ans . Il étoit difciple
& imitateur de Michel Ange , & tresgrand
Deffinateur. Quoique l'ouvrage
qui donne lieu à cet article , ſoit admiré
de tout le monde , on a toujours fort
blâmé ce ftatuaire d'avoir fait Eve plus
grande qu'Adam .
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Résumé : « On apprend de Londres, que la nuit du 27 au 28 du mois dernier il y eut deux [...] »
À Londres, deux marées successives dans la Tamise ont intrigué les physiciens. À Florence, le Grand Duc a installé des statues de marbre d'Adam et Ève par Baccio Bandinelli dans la Galerie du Palais. Ces œuvres, retirées de l'église métropolitaine pour indécence, ont suscité des critiques malgré l'admiration générale pour Bandinelli.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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365
p. 96
LOGOGRYPHE.
Début :
Je fais la nourriture, [...]
Mots clefs :
Chardon
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
E fais la nourriture ,
Des plus vils animaux.
Un pied de moins , je change de nature ;
Sur la table des Grands , je vais après le rost ,な
Me ranger par figure ;
Partagez ma structure ,
Sur moi jadis , plus d'un Héros
Dans Rome , à ce qu'en dit l'Histoire ,
'Après mille dangers , après mille travaux
Promena son renom , ses exploits et sa gloire.
A qui compte chez soy maint et maint Ducaton,
Je sçais faire rouler Carosse et Phaeton
Deux pieds de plus en font l'affaire ;
Otez-en deux , hélas ! Riches , Grands de la
terre ,
Un jour sera que dans votre saison
Moissonnez par la Parque
Vous quitterez le Phaëton ,
Pour prendre place dans ma Barque.
D.. D..
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366
p. 123-124
Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAU PLAN DE PARIS, et de ses environs, contenant le [...]
Mots clefs :
Plan de Paris, Ingénieur, Cartes, Feuilles, Papier, Gravé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
NOUVEAU PLAN DE PARTS , et
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
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Résumé : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un nouveau plan de Paris et de ses environs, réalisé par le sieur Roussel, ingénieur ordinaire du Roi et Chevalier de Saint-Louis. Ce plan, dédié au Roi et présenté le 6 du mois, est en vente à Paris chez la Veuve Faillot pour 24 livres en feuilles. Roussel, chef du Bureau des Plans et Cartes de Sa Majesté sous les ordres du Ministre de la Guerre, a mis toute son expérience de 40 années au service de cet ouvrage. Le plan inclut les faubourgs de Paris ainsi que les villages et campagnes situés entre Vincennes et Saint-Cloud. Il est composé de neuf feuilles, imprimées sur beau papier et gravé avec soin. Le document souligne la précision et la variété des détails fournis, rendant le plan utile et agréable au public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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367
p. 125-132
EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
Début :
Les Thermomètres ne sont pas seulement des instruments à l'usage [...]
Mots clefs :
Thermomètre, M. de Réaumur, Mesure de température, Construction, Comparaison
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
EXTRAIT du Mémoire la par M. de
Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , du 15 Novembre
1730.sur des Thermomètres d'une
nouvelle Construction , dont les dégrez
donnent des idées d'un chaud et d'un
froid , qui peuvent être rapportez à des
mesures connuës .
Es Thermomètres ne sont pas seule
Live
ment des instrumens à l'usage des
Phisiciens ; generalement on aime à les
consulter , sur tout lorsque le froid de
l'Hyver est rude , ou que la chaleur de
l'Eté est accablante. On aime à comparer
le froid ou le chaud qu'on ressent actuel
lement avec celui des années précédentes.
On aimeroit à sçavoir combien ils sont
éloignez du plus grand froid , ou du plus
grand chaud des autres climats. Mais la
construction des Thermomètres qu'on a
faits jusques icy , ne les rend pas propres
à nous donner sur tout cela des connoissances
bien satisfaisantes.
Il faudroit pouvoir comparer les dégrez
de froid et de chaud , marquez par
differens Thermomètres , en differentes
saisons , en differentes années , et en differens
païs . Or comment faire cette comparaison,
si les Thermomètres , tels que nous
les
126 MERCURE DE FRANCE.
à
les avons aujourd'hui , étant exposez à
un même air , expriment les changemens
de temperature d'air par des nombres de
dégrez differens , er de dégrez dont les
rapports réels nous sont inconnus ! De
deux Thermomètres placez à côté l'un de
Pautre , l'un montera de 7 à 8 dégrez ,
pendant que l'autre ne montera que de
3 à 4 , plus ou moins. Ils parlent tous des
langues differentes ; on n'entend que celle
du Thermomètre qu'on a suivi pendant
plusieurs années; encore ne l'entend-t- on
que très - confusément. On sçait bien le
nombre de dégrez qui se trouve entre le
plus grand froid qu'il a marqué dans une
année , et le plus grand froid qu'il a marqué
dans une autre , mais ces dégrez ne
nous donnent aucune idée distincte d'une
mesure de froid , ou de chaud ; car qu'est
ce qu'un dégré d'un Thermomètre ? On
connoît assez la principale des causes
d'où naist l'irrégularité des marches des
Thermomètres qui sont le plus en usage ,
et qu'on appelle Thermomètres de Florence.
Ils consistent dans une Boule ,
adaptée à un Tube , une certaine quartité
d'esprit de vin coloré y est renfermée
selon que le diamètre de la Boule
est plus ou moins grand , par rapport
celui du Tuyau , la liqueur s'éleve plus
ou moins dans le Tuyau. Pendant te
à
même
JANVIER. 1731. 1 27
même changement de temperature d'air ,
elle marque plus ou moins de dégrez
sur des Thermomètres de même hauteur,
parce que les dégrez sont des parties éga→
dans lesquels la longueur du Tuyau
a été divisée arbitrairement. Comme on
ignore le rapport du Diamètre de la
Boule à celui du Tube , on ignore aussi
les rapports des dégrez des differens
Thermomètres.
Une autre source encore de variétez
considérables , à laquelle on n'a pas pris
assez garde jusques à aujourd'hui , ou du
moins à laquelle on n'a pas cherché à re
medier ; c'est la qualité de l'esprit de vin
qu'on y renferme. M. de Reaumur fait
remarquer que plus les esprits de vins
sont forts , et plus ils sont dilatables , qu'il
y a des Thermomètres remplis d'esprit
de vin très- rectifié , d'autres remplis de
simple Eau- de-vie , et d'autres remplis
d'esprit de vin de biens des qualitez
moyennes entre les deux précédentes . De
sorte que quand on seroit parvenu , ce
qui n'est pas possible, à déterminer exactement
les rapports des diamètres des
Boules à ceux des Tubes , dans differents
Thermomètes , leurs dégrez ne sçauroient
être comparez ensemble , dès qu'ils scroient
remplis d'esprit de vin de differen
tes qualitez , et qu'on ignoreroit , comme
on
128 MERCURE DE FRANCE
on l'a ignoré jusques icy , les differences
qui sont entre les qualitez de ces esprits
de vin. Les Physiciens qui avoient interêt
à perfectionner les Thermomètres en ont
imaginé de bien des formes ; mais celle
des anciens a prévalu ; c'est le Thermomètre
de Florence , qu'on trouve presque
par tout.
M. de Réaumur conserve aussi la même
forme à celui qu'il propose dans ce Mémoire.
L'extérieur en paroît en quelque
sorte le même , quoique sa construction
soit totalement differente. Voici les principes
sur lesquels elle est fondées. Premierement
il détermine le caractere de
l'esprit de vin qu'il fait entrer dans le
Thermomètre , et le détermine de façon
qu'on pourra en tout Païs avoir de pareil
esprit de vin , en reconnoître la qualité.
Secondement , il mesure exactement la
quantité de l'esprit de vin qu'il fait entrer
dans le Thermomètre. Cette quantité
est composée d'un nombre déterminé
de petites mesures connues , de mille
mesures , par exemple .
Troisiémement , les dégrez ne sont
plus des portions arbitraires de la longueur
du Tube , et toutes égales entr'elles
en longueur ; ce sont des portions
du Tube égales entr'elles en capacité , et
égaJANVIER.
1731. 129
égales chacune à une de ces parties ou mesures
, dont le volume total est composé;
chacune est , par exemple , une milliéme
partie de ce volume .
Quatrièmement , il fixe , il détermine
ce volume de mille parties par la congel
lation artificielle de l'eau , c'est à dire ,
par de l'eau qu'il fait geler , autour de
l'esprit de vin . C'est lorsque cet esprit
de vin est condensé par la congellation
artificielle de l'eau que son volume est de
mille parties ou mesures. Or l'esprit de
vin qu'il choisit est tel que son volume
étant mille , lorsqu'il est condensé par la
glace artificielle , il est 1080 lorsqu'il est
dilaté par la plus grande chaleur que l'eau
bouillante puisse lui donner , sans le faire
bouillir.
Ainsi tout est connu , tout est mesuré
dans ces nouveaux Thermomètres. Tous
aussi expriment leurs dégrez de la même
maniere , et toujours d'une maniere intelligible.
On les y compte à commencer
depuis le terme de la congellation de l'eau.
Les dégrez qui sont au dessous sont les
dégrez descendans , ou les dégrez de condensation
; et les dégrez qui sont au dessus
sont les dégrez ascendans ou les dégrez
de dilatation. Tous ces dégrez nous
donnent des idées de mesures de chaleur
telles que nous pouvons les demander.Ils
nous
130 MERCURE DE FRANCE
nous apprennent continuellement combien
s'est dilaté , ou combien s'est condensé
un volume connu d'une liqueur
connuë. Quand la liqueur s'est élevée au
20° dégré au dessus de la congellation de
l'eau ; nous savons qu'un volume de liqueur
qui est mille dans le temps de la
congellation de l'eau , est devenu 1020 ,
c'est-à- dire , que le premier volume s'est
dilaté d'une cinquantième partie , de
même quand la liqueur est descenduë de
20 dégrez au dessous du terme de la
congellation ; nous sçavons que le volume
qui étoit mille , est devenu 980 , ou
qu'il s'est condensé d'une so partie , plus
qu'il ne l'est par la congellation artificielle
de l'eau.
On ne sçauroit entrer icy dans le détail
des pratiques qu'on doit suivre pour
construire exactement ces Thermomètres,
quoiquelles soient simples et faciles ,
on ne pourroit faire entendre tout ce qui
sert à les faciliter , à les abreger , à leur
donner de la précision , sans copier dans
toute leur étendue les explications qui en
ont été rapportées dans le Mémoire même.
Tout se fait , la mesure à la main.
Nous nous contenterons de faire remarquer
que les Tubes et les Boules de ces
Thermomètres ont beaucoup plus de capacité
que les Boules et les Tubes des
TherJANVIER.
1731. 13r
Thermomètres ordinaires . Il seroit im
possible de mesurer exactement les portions
des capacitez égales , qui doivent
marquer les dégrez , dans des Tubes presque
capillaires , tels que sont ceux des
Thermomètres ordinaires. M. de Réaumur
prend pour les siens des Tubes aussi
gros que le sont ceux des bons Baromè
tres simples car les Baromètres simples ,
faits de Tubes capillaires ne valent rien,
et il prend des Boules de trois pouces et
demi , ou quatre pouces de diamètre,
Si on cut commencé faire des monpar
tres,on n'auroit point eu de mesures exactes
du temps , jusques à ce que quelqu'un
cut proposé de faire de plus grandes
Horloges , comme sont les Pendules. C'est
ce qui est arrivé aux Thermomètres . On
a commencé par les construire d'une trespetite
capacité, et on n'a pas pensé assez- tôt
qu'il étoit essentiel de leur donner une
capacité plus grande , si on vouloit en
faire des instrumens exacts pour mesurer
le froid et le chaud.
La solidité des principes sur lesquels
ces nouveaux Thermomètres sont construits
est incontestable, mais on pourroit
douter si la pratique répond icy assez
exactement à la théorie. Les Thermomè
tres qui ont été construits , font voir
qu'elle y répond , même plus exactement
qu'on
132 MERCURE DE FRANCE
qu'on n'eut osé l'attendre. Lorsqu'on en
place 7 à 8 , ou un plus grand nombre ,
les uns à côté des autres ; on a le plaisir
de voir qu'ils marquent tous le même
dégré de froid ou de chaud.A peine trouve-
t-on entre ceux qui s'écartent le plus,
une difference d'un quart de dégré , ou
d'un de dégré.
On vend actuellement de ces Thermomètres
chez les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers
, à la Levrette , rue S. Honoré , vis-àvis
la rue de l'Echelle , et au coin de la ruë
des Fondeurs , qui monte à la Butte saint
Roch.
Comme leur perfection dépend de l'attention
avec laquelle ils ont été construits , et
qu'on auroit pu craindre que les Ouvriers
pour aller plus vite , leur eussent laissé des
deffants. M. Pitot , de l'Academie Royale
des Sciences , s'est chargé de verifier tous
ceux qui se vendent chez les Marchands
ci-dessus , et de les parapher.
Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , du 15 Novembre
1730.sur des Thermomètres d'une
nouvelle Construction , dont les dégrez
donnent des idées d'un chaud et d'un
froid , qui peuvent être rapportez à des
mesures connuës .
Es Thermomètres ne sont pas seule
Live
ment des instrumens à l'usage des
Phisiciens ; generalement on aime à les
consulter , sur tout lorsque le froid de
l'Hyver est rude , ou que la chaleur de
l'Eté est accablante. On aime à comparer
le froid ou le chaud qu'on ressent actuel
lement avec celui des années précédentes.
On aimeroit à sçavoir combien ils sont
éloignez du plus grand froid , ou du plus
grand chaud des autres climats. Mais la
construction des Thermomètres qu'on a
faits jusques icy , ne les rend pas propres
à nous donner sur tout cela des connoissances
bien satisfaisantes.
Il faudroit pouvoir comparer les dégrez
de froid et de chaud , marquez par
differens Thermomètres , en differentes
saisons , en differentes années , et en differens
païs . Or comment faire cette comparaison,
si les Thermomètres , tels que nous
les
126 MERCURE DE FRANCE.
à
les avons aujourd'hui , étant exposez à
un même air , expriment les changemens
de temperature d'air par des nombres de
dégrez differens , er de dégrez dont les
rapports réels nous sont inconnus ! De
deux Thermomètres placez à côté l'un de
Pautre , l'un montera de 7 à 8 dégrez ,
pendant que l'autre ne montera que de
3 à 4 , plus ou moins. Ils parlent tous des
langues differentes ; on n'entend que celle
du Thermomètre qu'on a suivi pendant
plusieurs années; encore ne l'entend-t- on
que très - confusément. On sçait bien le
nombre de dégrez qui se trouve entre le
plus grand froid qu'il a marqué dans une
année , et le plus grand froid qu'il a marqué
dans une autre , mais ces dégrez ne
nous donnent aucune idée distincte d'une
mesure de froid , ou de chaud ; car qu'est
ce qu'un dégré d'un Thermomètre ? On
connoît assez la principale des causes
d'où naist l'irrégularité des marches des
Thermomètres qui sont le plus en usage ,
et qu'on appelle Thermomètres de Florence.
Ils consistent dans une Boule ,
adaptée à un Tube , une certaine quartité
d'esprit de vin coloré y est renfermée
selon que le diamètre de la Boule
est plus ou moins grand , par rapport
celui du Tuyau , la liqueur s'éleve plus
ou moins dans le Tuyau. Pendant te
à
même
JANVIER. 1731. 1 27
même changement de temperature d'air ,
elle marque plus ou moins de dégrez
sur des Thermomètres de même hauteur,
parce que les dégrez sont des parties éga→
dans lesquels la longueur du Tuyau
a été divisée arbitrairement. Comme on
ignore le rapport du Diamètre de la
Boule à celui du Tube , on ignore aussi
les rapports des dégrez des differens
Thermomètres.
Une autre source encore de variétez
considérables , à laquelle on n'a pas pris
assez garde jusques à aujourd'hui , ou du
moins à laquelle on n'a pas cherché à re
medier ; c'est la qualité de l'esprit de vin
qu'on y renferme. M. de Reaumur fait
remarquer que plus les esprits de vins
sont forts , et plus ils sont dilatables , qu'il
y a des Thermomètres remplis d'esprit
de vin très- rectifié , d'autres remplis de
simple Eau- de-vie , et d'autres remplis
d'esprit de vin de biens des qualitez
moyennes entre les deux précédentes . De
sorte que quand on seroit parvenu , ce
qui n'est pas possible, à déterminer exactement
les rapports des diamètres des
Boules à ceux des Tubes , dans differents
Thermomètes , leurs dégrez ne sçauroient
être comparez ensemble , dès qu'ils scroient
remplis d'esprit de vin de differen
tes qualitez , et qu'on ignoreroit , comme
on
128 MERCURE DE FRANCE
on l'a ignoré jusques icy , les differences
qui sont entre les qualitez de ces esprits
de vin. Les Physiciens qui avoient interêt
à perfectionner les Thermomètres en ont
imaginé de bien des formes ; mais celle
des anciens a prévalu ; c'est le Thermomètre
de Florence , qu'on trouve presque
par tout.
M. de Réaumur conserve aussi la même
forme à celui qu'il propose dans ce Mémoire.
L'extérieur en paroît en quelque
sorte le même , quoique sa construction
soit totalement differente. Voici les principes
sur lesquels elle est fondées. Premierement
il détermine le caractere de
l'esprit de vin qu'il fait entrer dans le
Thermomètre , et le détermine de façon
qu'on pourra en tout Païs avoir de pareil
esprit de vin , en reconnoître la qualité.
Secondement , il mesure exactement la
quantité de l'esprit de vin qu'il fait entrer
dans le Thermomètre. Cette quantité
est composée d'un nombre déterminé
de petites mesures connues , de mille
mesures , par exemple .
Troisiémement , les dégrez ne sont
plus des portions arbitraires de la longueur
du Tube , et toutes égales entr'elles
en longueur ; ce sont des portions
du Tube égales entr'elles en capacité , et
égaJANVIER.
1731. 129
égales chacune à une de ces parties ou mesures
, dont le volume total est composé;
chacune est , par exemple , une milliéme
partie de ce volume .
Quatrièmement , il fixe , il détermine
ce volume de mille parties par la congel
lation artificielle de l'eau , c'est à dire ,
par de l'eau qu'il fait geler , autour de
l'esprit de vin . C'est lorsque cet esprit
de vin est condensé par la congellation
artificielle de l'eau que son volume est de
mille parties ou mesures. Or l'esprit de
vin qu'il choisit est tel que son volume
étant mille , lorsqu'il est condensé par la
glace artificielle , il est 1080 lorsqu'il est
dilaté par la plus grande chaleur que l'eau
bouillante puisse lui donner , sans le faire
bouillir.
Ainsi tout est connu , tout est mesuré
dans ces nouveaux Thermomètres. Tous
aussi expriment leurs dégrez de la même
maniere , et toujours d'une maniere intelligible.
On les y compte à commencer
depuis le terme de la congellation de l'eau.
Les dégrez qui sont au dessous sont les
dégrez descendans , ou les dégrez de condensation
; et les dégrez qui sont au dessus
sont les dégrez ascendans ou les dégrez
de dilatation. Tous ces dégrez nous
donnent des idées de mesures de chaleur
telles que nous pouvons les demander.Ils
nous
130 MERCURE DE FRANCE
nous apprennent continuellement combien
s'est dilaté , ou combien s'est condensé
un volume connu d'une liqueur
connuë. Quand la liqueur s'est élevée au
20° dégré au dessus de la congellation de
l'eau ; nous savons qu'un volume de liqueur
qui est mille dans le temps de la
congellation de l'eau , est devenu 1020 ,
c'est-à- dire , que le premier volume s'est
dilaté d'une cinquantième partie , de
même quand la liqueur est descenduë de
20 dégrez au dessous du terme de la
congellation ; nous sçavons que le volume
qui étoit mille , est devenu 980 , ou
qu'il s'est condensé d'une so partie , plus
qu'il ne l'est par la congellation artificielle
de l'eau.
On ne sçauroit entrer icy dans le détail
des pratiques qu'on doit suivre pour
construire exactement ces Thermomètres,
quoiquelles soient simples et faciles ,
on ne pourroit faire entendre tout ce qui
sert à les faciliter , à les abreger , à leur
donner de la précision , sans copier dans
toute leur étendue les explications qui en
ont été rapportées dans le Mémoire même.
Tout se fait , la mesure à la main.
Nous nous contenterons de faire remarquer
que les Tubes et les Boules de ces
Thermomètres ont beaucoup plus de capacité
que les Boules et les Tubes des
TherJANVIER.
1731. 13r
Thermomètres ordinaires . Il seroit im
possible de mesurer exactement les portions
des capacitez égales , qui doivent
marquer les dégrez , dans des Tubes presque
capillaires , tels que sont ceux des
Thermomètres ordinaires. M. de Réaumur
prend pour les siens des Tubes aussi
gros que le sont ceux des bons Baromè
tres simples car les Baromètres simples ,
faits de Tubes capillaires ne valent rien,
et il prend des Boules de trois pouces et
demi , ou quatre pouces de diamètre,
Si on cut commencé faire des monpar
tres,on n'auroit point eu de mesures exactes
du temps , jusques à ce que quelqu'un
cut proposé de faire de plus grandes
Horloges , comme sont les Pendules. C'est
ce qui est arrivé aux Thermomètres . On
a commencé par les construire d'une trespetite
capacité, et on n'a pas pensé assez- tôt
qu'il étoit essentiel de leur donner une
capacité plus grande , si on vouloit en
faire des instrumens exacts pour mesurer
le froid et le chaud.
La solidité des principes sur lesquels
ces nouveaux Thermomètres sont construits
est incontestable, mais on pourroit
douter si la pratique répond icy assez
exactement à la théorie. Les Thermomè
tres qui ont été construits , font voir
qu'elle y répond , même plus exactement
qu'on
132 MERCURE DE FRANCE
qu'on n'eut osé l'attendre. Lorsqu'on en
place 7 à 8 , ou un plus grand nombre ,
les uns à côté des autres ; on a le plaisir
de voir qu'ils marquent tous le même
dégré de froid ou de chaud.A peine trouve-
t-on entre ceux qui s'écartent le plus,
une difference d'un quart de dégré , ou
d'un de dégré.
On vend actuellement de ces Thermomètres
chez les Sieurs Cholets , Marchands Fayanciers
, à la Levrette , rue S. Honoré , vis-àvis
la rue de l'Echelle , et au coin de la ruë
des Fondeurs , qui monte à la Butte saint
Roch.
Comme leur perfection dépend de l'attention
avec laquelle ils ont été construits , et
qu'on auroit pu craindre que les Ouvriers
pour aller plus vite , leur eussent laissé des
deffants. M. Pitot , de l'Academie Royale
des Sciences , s'est chargé de verifier tous
ceux qui se vendent chez les Marchands
ci-dessus , et de les parapher.
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Résumé : EXTRAIT du Mémoire lû par M. de Réaumur, à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, du 15 Novembre 1730. sur des Thermomètres d'une nouvelle Construction, dont les dégrez donnent des idées d'un chaud et d'un froid, qui peuvent être rapportez à des mesures connuës.
Le 15 novembre 1730, René-Antoine Ferchault de Réaumur présente à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences un mémoire sur de nouveaux thermomètres. Ces instruments sont utilisés non seulement par les physiciens, mais aussi par le public pour comparer les températures actuelles avec celles des années précédentes ou d'autres climats. Cependant, les thermomètres existants, notamment ceux de Florence, ne fournissent pas des mesures satisfaisantes en raison de leurs constructions variées et des différences dans les liquides utilisés, comme l'esprit de vin de qualités diverses. Réaumur propose une nouvelle construction de thermomètres pour résoudre ces problèmes. Il standardise la qualité et la quantité de l'esprit de vin utilisé, mesure les degrés en portions égales de capacité plutôt que de longueur, et fixe les degrés par rapport à la congélation et à l'ébullition de l'eau. Ainsi, tous les thermomètres expriment les degrés de la même manière, permettant des comparaisons précises et intelligibles. Les nouveaux thermomètres sont construits avec des tubes et des boules de plus grande capacité, similaires à ceux des baromètres simples, pour assurer une mesure exacte. Les tests montrent que ces thermomètres sont très précis, avec des écarts minimes entre eux. Ils sont disponibles à la vente chez les Sieurs Cholets, et leur construction est vérifiée par M. Pitot pour garantir leur exactitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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368
p. 134-135
« On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
Début :
On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...]
Mots clefs :
Diamants, Brésil, Londres, Édimbourg, Inondation, Tamise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
On apprend de Londres , qu'on y avoit
apporté de Lisbonne une grande quantité
de Diamans de la nouvelle Mine, découverte
au Brésil ; et comme ils sont
d'une aussi belle eau que ceux d'Orient ,
quoique moins durs, on croit que ces derniers
diminueront le prix.
Le 11 Janvier , il y eut à Londres la
plus haute Marée qui ait été veuë depuis
50 ans ; l'eau monta 6 pouces plus que
dans
JANVIER. 1731. 135
dans la Marée extraordinaire , qui causa la
bréche de Dagenham ; ce qui fit un- dommage
incroyable sur le bord de la Tamise,
par l'inondation de plusieurs Chantiers.
On aprend aussi d'Edimbourg que le
25 de ce mois , la femme d'un nommé
Jacques Beabrie , Charpentier de Vaisseau
, qui est âgé de plus de 80 ans , y
étoit accouchée de 3 enfans mâles , qui
avoient été baptisez , et se portoient bien .
apporté de Lisbonne une grande quantité
de Diamans de la nouvelle Mine, découverte
au Brésil ; et comme ils sont
d'une aussi belle eau que ceux d'Orient ,
quoique moins durs, on croit que ces derniers
diminueront le prix.
Le 11 Janvier , il y eut à Londres la
plus haute Marée qui ait été veuë depuis
50 ans ; l'eau monta 6 pouces plus que
dans
JANVIER. 1731. 135
dans la Marée extraordinaire , qui causa la
bréche de Dagenham ; ce qui fit un- dommage
incroyable sur le bord de la Tamise,
par l'inondation de plusieurs Chantiers.
On aprend aussi d'Edimbourg que le
25 de ce mois , la femme d'un nommé
Jacques Beabrie , Charpentier de Vaisseau
, qui est âgé de plus de 80 ans , y
étoit accouchée de 3 enfans mâles , qui
avoient été baptisez , et se portoient bien .
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Résumé : « On apprend de Londres, qu'on avoit apporté de Lisbonne [...] »
À Londres, des diamants brésiliens de qualité comparable à ceux d'Orient ont été apportés, pouvant influencer leurs prix. Le 11 janvier, une marée record a causé des inondations sur la Tamise. À Édimbourg, le 25 janvier, une octogénaire a accouché de triplés en bonne santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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369
p. 271-282
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
Début :
Ce n'est pas la premiere fois, Messieurs, que le mérite des vins Bourguignons [...]
Mots clefs :
Joigny, Vins, Bourguignons, Libéralité, Vignobles d'Auxerre, Vignerons, Causes physiques, Vignes, Soleil levant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
LETTRE de M. le Beuf, Capitaine
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
de Milice Bourgeoise de la Ville de Joiécrite
aux Auteurs du Mercure sur
gny ,
la bonté des vins de Joigny.
E n'est pas la premiere fois , Mes-
Csieurs ,que le mérite des vins Bourguignons
a occupé votre Journal. On a
lu avec plaisir ce qui parut sur ce sujet
dans les Mercures de Novembre et Decembre
1723. et dans celui de Septembre
1724. on y vit célebrer les vins d'Auxerre
avec tous les ornemens Historiques et
Poëtiques dont on pût s'aviser. L'Auteur
de ces éloges se laissa peut-être un peu
trop prévenir par l'amour de la Pattie ;
dequoi cet amour n'est-il pas capable ?
Pour nous , Messieurs , en vous priant
de rendre public ce que nous prenons la
liberté de vous écrire sur la bonté de nos
vins , nous n'employerons point tant
d'emphase , nous ne prodiguerons pas
l'érudition.
Ornari res ipsa , negat contenta deceri, Hor,'
Notre principal but est de publier
notre reconnoissance envers le Ciel , qui
nous
272 MERCURE DE FRANCE .
nous a donné cette derniere année une
vendange des plus abondantes ; et quelle
vendange encore ! des vins d'une excellente
qualité , des vins qui , pour parler
le langage du Pays , ont eu le bouquet
sur tous les vins des environs , ensorte
que
ceux d'Auxerre même si vantés , comme
on l'a dit , n'en approchent pas ; aussi
Le débit en est si grand , et il s'en fait un
tel transport , qu'à peine en restera - t'il
pour la boisson de nos Habitans.
C'est cette liberalité du Ciel qui m'a
engagé à mettre sur le papier quelques
Remarques que j'ai faites au sujet de la
qualité de nos vins , qui ordinairement
Re cedent en rien à ceux de nos voisins ,
et peuvent aller de pair avec les meilleurs
d'Auxerre , soit qu'on en regarde la force
ou la vigueur , ce qu'on appelle communément
vin , soit qu'on en considere la délicatesse
, étant bons , délicieux , et mousseux
, sans être sujets à tirer sur la graisse,
toutes qualités inséparables d'un vin parfait
, et qui ne se trouvent pas toujours
rassemblées dans les meilleurs vins. Une
autre vertu particuliere aux nôtres , c'est
de pouvoir se marier avec toute sorte de
vins , en les augmentant en force et en
bonté ; en un mot , notre vin est le veritable
vinum generosim et lene de Pline ; on
ne peut pas mieux ni plus brièvement
en
FEVRIER. 1731. 273
en exprimer le mérite et la qualité . Il est
du goût de tout le monde , et nos Emules
même lui ont rendu justice , et l'ont
exalté plus d'une fois .
Par cette expression j'entens , Messieurs
, particulierement les Citoyens
d'Auxerre ; les vignobles de cette Ville
et ceux de Joigny se ressemblent en
plusieurs manieres ; aussi produisent- ils
les uns et les autres de bons et d'excellens
vins . Cette ressemblance et cette production
ont donné lieu à de fréquens paris
entre des personnes de l'une et de l'autre
Ville, et plus d'une fois des Arbitres
désinteressés et sinceres ont adjugé le prix
aux vins de Joigny.
و
le
nom
C'est dommage que Pline qui a
parlé de tant de choses , en donnant ,
comme on vient de l'observer ,
de generosum &c. à un vin parfait , n'ait
pas ajouté que cette grande qualité est capable
d'influer sur la géneration ; j'aurois
par là une autorité pour alleguer ici
notre Proverbe , qui dit que le bon vin
fait faire des Enfans mâles ; je vous prie
cependant de me le passer ,
cela pourra
réjouir les Lecteurs. Si nous manquons
d'autorité , nous avons pour nous l'experience
, qui confirme par son suffrage la
superiorité de nos vins. Nous avons en
effet à Joigny la moitié plus de garçons
Ꭰ
que
274 MERCURE DE FRANCE.
que de filles , et toutes proportions gasdées
, on y compte plus d'Enfans mâles
que dans toute autre Ville de la Province.
Mais revenons à mes Remarques qui
doivent établir les causes Physiques de la
bonté de nos vins.
Le terroir de nos vignes est extrémement
leger , et le sol si délicat , que les
seps ne peuvent supporter la perche, comme
aux autres endroits où la terre est
plus grasse et plus compacte , aussi nos
seps ne se plaisent pas à être disposés en
treille , comme aux vignobles d'Auxerre,
où l'on voit les seps s'étendre de la longueur
d'une toise ; ici chaque sep est
attaché à son échalas , et s'il s'étend , ce
n'est jamais au delà de deux ou trois piés
de sa souche . Ce terrain leger et délicat
au reste , tel que celui de nos vignes , est
le même que Virgile conseille de choisir
pour cette plante .
>
Nunc quoquamque modo possis cognoscere
dicam .
Rara sit , an supra morem si densa requiras :
( Altera frumentis quoniam favet , altera Baccho
;
Densa magis Cereri , rarissimaquaque Lyao . ')
Georg. II.
Il ne faut pas être Vigneron pour convenir
de l'avantage que le fruit d'une vigne
FEVRIER. 1731 275
1
conségne
taillée comme les nôtres à 3. à 4.
piés de terre, a sur le raisin d'une treille ;
le premier meurit sans doute mieux , et
est incomparablement plus doux que
l'autre ; le premier , si cela se peut dire ,
est plus delié , plus leger , et
et par
quent le meilleur. A la verité , nos Vignes
ne sont pas si abondantes qu'ailleurs
dans des terres basses où le bled croîtroit
beaucoup mieux que sur nos côtes extrê
mement élevées ; mais si nos seps en sont
plus courts , les raisins , comme je l'ai
déja dit , en sont plus délicats et plus
doux , les grains en étant moins gros et
moins serrés.
Enfin l'experience apprend que de deux
arbres , l'un extrémement chargé de fruit,
l'autre n'en portant que médiocrement" ,
le fruit de celui- ci se trouve toujours le
meilleur ; l'application est aisée à faire.
Je ne dois pas oublier ici , à l'avantage
de nos vignes , que ce n'est pas le fumier
qui les rend fécondes ; nous ne suivons
point en cela l'exemple de nos voisins
n'ignorant pas que ce secours utile d'un
côté , est pernicieux de l'autre , en ôtant
au vin sa principale vertu , je veux dire
sa qualité. Nous ne fumons que certaines
vignes en certains cantons , dont le vin
est destiné aux Ouvriers et aux Domestiques
; nous nous souvenons trop bien
Dij du
276 MERCURE DE FRANCE .
du fatal exemple des Vignobles de Sillery
: les Proprietaires charmés de la bonté
, de la réputation et du débit de leurs
vins , voulurent , pour ainsi dire , forcer
la nature à augmenter ses dons ; le fumier
leur parut propre à produire cet effet ,
mais l'issue en fut triste , cet excellent
vin a si fort degeneré depuis , qu'il ne
peut plus être comparé avec les bons de
la même Paroisse .
: nous
L
Un autre avantage , qui ne peut
être contesté c'est l'heureuse
exposition des Vignobles de Joigny qui
regardent tous le Soleil Levant ou le Midi
, ce qu'on ne peut pas dire de tous
ceux d'Auxerre. Cette exposition jointe à
la bonté et à l'Analogie du fonds , ne peut
que produire d'excellens vins . En un mot,
les vignes aiment particulierement le
grand Soleil et les hauteurs , le grand
Maître que j'ai déja cité l'a expressément
dit.
•
Denique apertos
Bacchus amat colles &c.
Et un excellent Poëte moderne , * dont
les Géorgiques approchent fort de l'Ouvrage
de Virgile , le confirme en ces termes
:
* Jacobi Vanierii , è Societate Jesu , Prædium
Rusticum L. VII , et VIII.
Optima
FEVRIER.
1731. 277
Optima jejuni colles , largissima campi ·
Vina dabunt .. ·
·
Tu selige collem
Vitis ubi tepidos spectet generosior Austros.
Et ailleurs.
•
Vinum fert nobile collis ad Austros
Editus , invalidum dant aquora plana liquo¬
rem.
Ce grand Poëte s'étoit auparavant expliqué
sur la nature du terroir qui convient
le mieux à la vigne , et son choix ,
conforme à celui de Virgile , confirme ce
que j'ai dit sur la bonté de notre fonds."
Qua levis est tellus , Austrisque obverſa ,
nec ullo ,
Si liceat , lacerum pectus violata ligone ,
Optimus ille ager est ;
Il confirme aussi ce que j'ai observé
de la maniere d'élever nos vignes , dont
les seps ne s'étendent point trop &c.
Melior de vite jugatâ ,
Quò propriore solo fruitur , vindemia pendet.
Caudice qua brevior , terra vicina reflexi ,
Auxilio folis feliciùs excoquit uvas .
Il faut avouer ici que la Providence
nous a bien favorisés , en nous environ
Diij nant
278. MERCURE DE FRANCE .
nant de collines , dont la hauteur et l'exposition
nous répondent de la bonté et
de la fecondité de nos vignobles. Quel
ques unes de ces collines , ou plutôt de
ces heureuses montagnes , sont si roides
et si escarpées , que lors de la vendange
les charois n'y peuvent arriver qu'en farsant
de longs circuits ; au lieu que la plus
élevée colline d'Auxerre , qui n'a pas à
beaucoup près cette pente , est traversée
par le grand chemin dans toute sa largeur.
C'est cependant là que sont situées
ces côtes de Migraine et de Clerion , st
vantées dans le Mercure. A notre égard,
c'est tout le contraire , le plus haut de
nos collines est occupé par les Vignobles
qui s'en trouvent bien mieux , et
les grands chemins sont au pied des collines
.
On ne peut , au reste , passer par là
sans admirer la situation merveilleuse de
ces Vignobles , qui continuent l'espace
de deux grandes lieuës ; on diroit qu'on
en a affecté l'alignement avec beaucoup
d'art , et on a peine à comprendre comment
le Vigneron peut grimper et tiavailler
sur des lieux ainsi situés .
que Je vous ai déja dit , Messieurs ,
l'érudition ne sera pas prodiguée dans cet
Ecrit , ainsi je me dispense de vous dire
que l'origine des Vignes de Joigny est
aussi
FEVRIER. 1731. 279
aussi ancienne que le retour des Gaulois
du pillage de Clusium , en Italie , nous
avons autant de droit de le prétendre que
Mrs d'Auxerre. Nos Emules n'ont rien pû
dire de l'ancienneté de leurs vignobles
que nous ne puissions nous attribuer
nous sommes , en effet , trop voisins pour
que nos Ancêtres n'ayent pas bû leur
bonne part du vin qu'Arunte fit passer
dans les Gaules pour se venger de sa Patrie
, afin d'en attirer les Colons ; ce Peuple
passa bientôt les Alpes , amorcé par
cette précieuse liqueur.. >
Il est , dis-je , fort croyable que nos
Ancêtres et les Sénonois eurent leur part
de ce vin et des dépouüilles de Clusiums
mais aussi est- il à présumer qu'ils partagerent
quelque tems après l'infortune qui
leur arriva , lorsque les Sénonois furent.
taillés en pieces , selon les Historiens.
Je pourrois encore adopter ici en faveur
de nos vins la prétendue étimologie
de Migraine
, nom d'une côte celebre
près d'Auxerre ; le Panegyriste des vins
Auxerrois l'a tiré de Mithra , nom que
les Perses ont donné au Soleil , lequel ,
dit-il , a passé chez les Latins , et par leur
moyen chez les Gaulois &c. nom enfin
qui après bien des variations et des métamorphoses,
a composé celui deMidrana,
puis Migrana et Migraine.
D iiij
Er
280 MERCURE DE FRANCE
En admettant cette étimologie , c'est
encore un sujet d'éloge pour nos meilleurs
vins ; car nous avons aussi nos Migraines,
c'est-à- dire , des côtes qui portent ce même
nom , dérivé , selon le Panegyriste
d'Auxerre , du nom Oriental de l'Astre ,
dont les vignobles en question reçoivent
tous les jours de si benignes influances.
.
Mais en laissant cette conjecture étimologique
et autres semblables , alleguées
dans le Mercure par nos Emules , en fa-.
veur de leurs vins , pour ce qu'elles peuvent
valoir , je ne puis m'empêcher d'en
proposer ici une qui me paroît d'autant
plus vrai semblable qu'elle est plus simple.
Oui , Messieurs , je suis persuadé avecplusieurs
bons esprits que notre Canton
de Balerne dont les vins sont si exquis ,
tire son nom original de Falerne , Mon- .
tagne , comme tout le monde sçait , de la
Campanie , près de Pouzol , à 2. lieues de
Naples , renommée par ses excellens vins,
dont Pline a parlé , et que les meilleurs
Poëtes Latins ont celébrés . Je suis , dis- .
* Le Canton de Baierne est près la Seigneurie
de Looze , où est un Village de méme nom
et un Château de distinction qui appartientavec
la Seigneurie à Madame de Vaiange , Dame
aussi illustre par sa naissance que par son
esprit et par son inclination pour les Belles-
Lettres.
je ,
FEVRIER. 1731. 281
je , persuadé que d'abord , par raison de
convenance , on a nommé ce Canton ou
cette côte une autre Falerne , nom dont
le changement d'une seule lettre a depuis
fait celui de Balerne , qu'on lui donne
aujourd'hui ; on a cent exemples de pareils
changemens
.
na-
Quoiqu'il en soit , je ne crois pas ,
qu'après les observations toutes
turelles que je viens de faire , M" d'Auxerre
soyent fondés à nous rien contester
sur la qualité et sur l'excellence de
nos vins , qui n'ont jamais été inférieurs
aux leurs , et qui souvent les ont surpassés
; nous pourrons leur ceder en autre
chose , quand la raison et la justice
le demanderont : nous n'avons pas trouvé
mauvais qu'ils ayent fait imprimer dans
un Mercure l'avantage prétendu que
leurs joueurs de longue paume remporterent
, selon eux , sur les nôtres , il y a
quelque tems , quoique le narré soit un
peu hyperbolique . Une seule chose auroit
pû nous déplaire ( mais nous l'avons méprisée
comme elle a choqué quantité
d'honnêtes gens , qui en lisant le Couplet
qui termine le Narré dont je viens de
parler , ont été surpris que le bon vin
d'Auxerre n'ait pû produire parmi tant
de gens qui se mêlent de rimer dans cette
Ville , qu'un miserable rapsodie , un vrai
D v Pont
1
282 MERCURE DE FRANCE
Pont-Neuf, je vous en laisse les Juges.
Je ne sçai si , toute rancune à part , on
ne pourroit pas risposter presque sur les
mêmes rimes et sur le même Air des Folies
d'Espagne ou des Folies d'Auxerre , le
Couplet que voici :
Chers Auxerrois, si vous voulez m'en croire
Contre Joigny ne lancez plus vos traits ;
Occupez-vous du noble soin de boire ,
Ou rimez mieux , ou ne rimez jamais.
Je suis , &c.
A Joigny , le 15. Janvier 173 .
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Résumé : LETTRE de M. le Beuf, Capitaine de Milice Bourgeoise de la Ville de Joigny, écrite aux Auteurs du mercure sur la bonté des vins de Joigny.
La lettre de M. le Beuf, capitaine de la milice bourgeoise de Joigny, adressée aux auteurs du Mercure de France, vise à célébrer la qualité des vins de Joigny. L'auteur reconnaît les éloges précédents sur les vins bourguignons et d'Auxerre, mais souhaite mettre en avant les mérites des vins de Joigny. Il souligne une vendange abondante et de grande qualité en 1730, avec des vins ayant un bouquet supérieur à ceux des environs, y compris ceux d'Auxerre. M. le Beuf décrit les caractéristiques des vins de Joigny, qui sont forts, délicieux et mousseux, sans être gras. Ils se marient bien avec d'autres vins, augmentant leur force et leur bonté. Il compare ces vins au 'vinum generosum et lene' de Pline. Les vins de Joigny sont appréciés par tous, y compris les habitants d'Auxerre, qui les ont souvent préférés lors de concours. L'auteur attribue la qualité des vins de Joigny à plusieurs facteurs naturels : un terroir léger et délicat, une exposition favorable au soleil levant ou au midi, et une méthode de culture spécifique. Les vignes sont taillées court et ne sont pas fumées, contrairement à certaines pratiques voisines. Il mentionne également l'ancienneté des vignobles de Joigny, remontant au retour des Gaulois du pillage de Clusium. Enfin, M. le Beuf affirme que les vins de Joigny n'ont jamais été inférieurs à ceux d'Auxerre et les ont souvent surpassés. Il conclut en soulignant que, bien que les habitants d'Auxerre aient pu exagérer leurs succès dans d'autres domaines, les vins de Joigny restent supérieurs. Le texte est une correspondance datée du 15 janvier 1733, provenant de Joigny. L'auteur y mentionne une dispute impliquant des habitants d'Auxerre et de Joigny, probablement liée à des joutes poétiques ou satiriques. Il conseille aux Auxerrois de ne plus attaquer Joigny et de se concentrer sur des activités plus nobles, comme boire ou rimer mieux. L'auteur exprime également son souhait que les Auxerrois cessent de rimer s'ils ne peuvent pas le faire correctement. Le texte fait référence à des juges et à des airs musicaux connus, tels que les Folies d'Espagne ou les Folies d'Auxerre, pour illustrer son propos.
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370
p. 296-299
« REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
Début :
REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...]
Mots clefs :
Règles, Cantiques, Instruction, Prière, Observations, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
REGLES CHRETIENNES pour faire
saintement toutes ses actions , dressées
en faveur des Enfans qui se font instruire
dans les Ecoles Chrétiennes . Outrès
- utile à toutes sortes de pervrage
sonnes qui veulent vivre dans la vraye
pieté
FEVRIER. 1731 297
pieté en Jesus-Christ , divisé en deux
Parties. Derniere Edition. Qua in juventute
tuâ non congregasti , quomodo in senectute
tuâ invenies ? Eccl. 25. 27. Com- 25.27.
ment trouverez- vous dans votre vieillesse
les vertus que vous n'aurez point acquises
dans votre jeunesse ? A Paris , chez
Gabr. Charles Berton , proche S. Nicolas
du Chardonnet , 1731.
CANTIQUES SPIRITUELS , sut
plusieurs points importans de la Religion
et de la Morale Chrétienne , pour les
Catéchismes et les Missions. Sur les plus
beaux Airs anciens et nouveaux.Vol.in 8.
A Paris , chez le même , 1731 .
INSTRUCTION Chrétienne pour les
personnes qui aspirent au Mariage , ou
qui y sont déja engagées. Avec un Traité
de l'Education Chrétienne des enfans
tirée de S. Jean Chrysostôme. In 12.
Nouvelle Edition , revûë et augmentée.
Idem.
PRIERE qui se chante aux Eglises
de S. Paul et de l'Oratoire , et à plusieurs
Paroisses , depuis le Samedi de devant
le premier Dimanche de l'Avent , jusqu'à
la veille de Noël inclusivement , avec
les Antiennes appellées O de Noël. Chez
le même Libraire.
E Nou298
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLE METHODE pour réfùter
l'établissement des Eglises Prétendues
Réformées et de leur Religion , et pour
deffendre la stabilité de l'Eglise et de la
"Religion Catholique , Apostolique , et
Romaine dans sa possession perpetuelle .
Par M. Chardon de Lugny , Prêtre , Député
du Roi et du Clergé de France pour
les Controverses . Quay des Augustins ,
chez les freres Osmont , 1730. in 12 .
MEMOIRE Sur l'Article 497. de la
Coûtume de Bretagne , au sujet de la'
Subornation des filles mineures. A Paris ,
ruë de la Huchette , chez la Veuve Knapen,
1730. Brochure in folio .
OBSERVATIONS CURIEUSES Sur
toutes les parties de la Physique , extraites
et recueillies des meilleurs Auteurs .
Rue S. Jacques , chez Cl. Fombert , 1730 .
in 12. de cinq cens quatre-vingt six pages.
Tome troisiéme.
GRAMMAIRE HEBRAIQUE sans
points. Par M. Masclef, Chanoine d'Amiens.
Seconde Edition , dans laquelle
l'Auteur a ajoûté trois autres Grammaires,
suivant le même Méthode , sçavoir , · la
Chaldaïque , la Syriaque et la Samaritaine .
Chez
FEVRIER. 1731. 299
Chez la veuve Paulus Dumesnil , rue Fromentel
, prés la Puits Certain , 1731. in
12. 2. vol . en Latin.
LES PRINCIPES DE LA NATURE
ou de la Generation des choses , par
M. Colonne . Chez André Cailleau , Pont
S. Michel , 1730. in 12.
INSTRUCTION D'UN PERE A SON FILS ,
sur la maniere de se conduire dans le
monde , dédiée à la Reine . Par M. Dupuy,
cy-devant Secretaire au Traité de la Paix
de Riswick. Chez J. Etienne , ruë S. Jacques
, 1730. in 12 .
HISTOIRE de Mademoiselle de
la Charce , de la Maison de la Tour du
Pin , en Dauphiné , ou Memoires de ce
qui s'est passé sous le Regne de Louis XIV.
Quay des Augustins , chez P. Gandouin,
1731. in 12.
saintement toutes ses actions , dressées
en faveur des Enfans qui se font instruire
dans les Ecoles Chrétiennes . Outrès
- utile à toutes sortes de pervrage
sonnes qui veulent vivre dans la vraye
pieté
FEVRIER. 1731 297
pieté en Jesus-Christ , divisé en deux
Parties. Derniere Edition. Qua in juventute
tuâ non congregasti , quomodo in senectute
tuâ invenies ? Eccl. 25. 27. Com- 25.27.
ment trouverez- vous dans votre vieillesse
les vertus que vous n'aurez point acquises
dans votre jeunesse ? A Paris , chez
Gabr. Charles Berton , proche S. Nicolas
du Chardonnet , 1731.
CANTIQUES SPIRITUELS , sut
plusieurs points importans de la Religion
et de la Morale Chrétienne , pour les
Catéchismes et les Missions. Sur les plus
beaux Airs anciens et nouveaux.Vol.in 8.
A Paris , chez le même , 1731 .
INSTRUCTION Chrétienne pour les
personnes qui aspirent au Mariage , ou
qui y sont déja engagées. Avec un Traité
de l'Education Chrétienne des enfans
tirée de S. Jean Chrysostôme. In 12.
Nouvelle Edition , revûë et augmentée.
Idem.
PRIERE qui se chante aux Eglises
de S. Paul et de l'Oratoire , et à plusieurs
Paroisses , depuis le Samedi de devant
le premier Dimanche de l'Avent , jusqu'à
la veille de Noël inclusivement , avec
les Antiennes appellées O de Noël. Chez
le même Libraire.
E Nou298
MERCURE DE FRANCE
NOUVELLE METHODE pour réfùter
l'établissement des Eglises Prétendues
Réformées et de leur Religion , et pour
deffendre la stabilité de l'Eglise et de la
"Religion Catholique , Apostolique , et
Romaine dans sa possession perpetuelle .
Par M. Chardon de Lugny , Prêtre , Député
du Roi et du Clergé de France pour
les Controverses . Quay des Augustins ,
chez les freres Osmont , 1730. in 12 .
MEMOIRE Sur l'Article 497. de la
Coûtume de Bretagne , au sujet de la'
Subornation des filles mineures. A Paris ,
ruë de la Huchette , chez la Veuve Knapen,
1730. Brochure in folio .
OBSERVATIONS CURIEUSES Sur
toutes les parties de la Physique , extraites
et recueillies des meilleurs Auteurs .
Rue S. Jacques , chez Cl. Fombert , 1730 .
in 12. de cinq cens quatre-vingt six pages.
Tome troisiéme.
GRAMMAIRE HEBRAIQUE sans
points. Par M. Masclef, Chanoine d'Amiens.
Seconde Edition , dans laquelle
l'Auteur a ajoûté trois autres Grammaires,
suivant le même Méthode , sçavoir , · la
Chaldaïque , la Syriaque et la Samaritaine .
Chez
FEVRIER. 1731. 299
Chez la veuve Paulus Dumesnil , rue Fromentel
, prés la Puits Certain , 1731. in
12. 2. vol . en Latin.
LES PRINCIPES DE LA NATURE
ou de la Generation des choses , par
M. Colonne . Chez André Cailleau , Pont
S. Michel , 1730. in 12.
INSTRUCTION D'UN PERE A SON FILS ,
sur la maniere de se conduire dans le
monde , dédiée à la Reine . Par M. Dupuy,
cy-devant Secretaire au Traité de la Paix
de Riswick. Chez J. Etienne , ruë S. Jacques
, 1730. in 12 .
HISTOIRE de Mademoiselle de
la Charce , de la Maison de la Tour du
Pin , en Dauphiné , ou Memoires de ce
qui s'est passé sous le Regne de Louis XIV.
Quay des Augustins , chez P. Gandouin,
1731. in 12.
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Résumé : « REGLES CHRÉTIENNES pour faire saintement toutes ses actions, dressées en [...] »
Le document énumère des publications et textes imprimés en 1730 et 1731. Parmi les ouvrages religieux figurent les 'Règles chrétiennes' pour enfants et adultes, les 'Cantiques spirituels' pour les catéchismes et missions, et une 'Instruction chrétienne' pour les couples mariés ou futurs mariés. Il mentionne aussi des prières chantées pendant l'Avent. En dehors des publications religieuses, le texte inclut des ouvrages variés tels qu'une 'Nouvelle méthode' pour réfuter les Églises réformées, un 'Mémoire' sur un article de la coutume de Bretagne, des 'Observations curieuses' sur la physique, une 'Grammaire hébraïque' avec des grammaires supplémentaires, les 'Principes de la nature' sur la génération des choses, une 'Instruction d'un père à son fils' sur la conduite dans le monde, et l''Histoire de Mademoiselle de la Charce' relatant des événements sous le règne de Louis XIV. Ces publications proviennent de divers libraires et éditeurs à Paris et dans d'autres régions.
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371
p. 320
Traité de la Culture des Jardins, [titre d'après la table]
Début :
TRAITÉ PHILOSOPHIQUE ET PRATIQUE de la Culture des Jardins. Par M. Bradley [...]
Mots clefs :
Jardins, Plantes, Arbres fruitiers, Culture des vergers, Édition, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de la Culture des Jardins, [titre d'après la table]
TRAITE PHILOSOPHIQUE ET PRAG
TIQUE de la Culture des Jardins. Par M. Bradley
, de la Societé Royale. A Londres , chez W.
Mears. Cinquiéme Edition in 8. en Anglois.
On explique dans ce Livre , qui est fort estimé
et d'un grand usage en Angleterre , le mouvement
de la seve des Plantes , et leur géneration ,
avec d'autres découvertes qui n'avoient point encore
été publiées touchant la maniere de cultiver
avec fuccès les Arbres fruitiers , les Fleurs et les
Parteres. On y a joint la description d'un Instrument
, par le moyen duquel on peut trouver en
une heure de temps plus de Plans de Jardins que
n'en contiennent tous les Livres ensemble qui
traitent de cette matiere. Enfin on trouve dans
cet Ouvrage plusieurs beaux secrets tendant à
perfectionner la culture des Vergers , des Jardins
Potagers & des Orangeries.
On écrit de la Haye que Goffe et Neaulme ,
Libraires , ont acheté et débitent une Edition des
Oeuvres de Clement Marot , Valet de Chambre
de François I. revues sur plusieurs Manuscrits et
sur plus de 40 Editions , et augmentée , tant de
diverses Poësies véritables , que de celles qu'on
lui a faussement attribuées ; avec les Ouvrages de
Jean Marot son pere, ceux de Michel Marot son
fils ; et les Piéces du different de Clement avec
François Sagon , accompagnées d'une Préface
historique , et d'Observations critiques sur tour
l'Ouvrage ; en 6 volumes in 12. et en 4 vol.in 4.
avec des Quadres et des Vignettes ; belle Edition .
Ils en ont aussi quelques Exemplaires en grand
Papier Royal et Impérial , d'une grande beauté.
TIQUE de la Culture des Jardins. Par M. Bradley
, de la Societé Royale. A Londres , chez W.
Mears. Cinquiéme Edition in 8. en Anglois.
On explique dans ce Livre , qui est fort estimé
et d'un grand usage en Angleterre , le mouvement
de la seve des Plantes , et leur géneration ,
avec d'autres découvertes qui n'avoient point encore
été publiées touchant la maniere de cultiver
avec fuccès les Arbres fruitiers , les Fleurs et les
Parteres. On y a joint la description d'un Instrument
, par le moyen duquel on peut trouver en
une heure de temps plus de Plans de Jardins que
n'en contiennent tous les Livres ensemble qui
traitent de cette matiere. Enfin on trouve dans
cet Ouvrage plusieurs beaux secrets tendant à
perfectionner la culture des Vergers , des Jardins
Potagers & des Orangeries.
On écrit de la Haye que Goffe et Neaulme ,
Libraires , ont acheté et débitent une Edition des
Oeuvres de Clement Marot , Valet de Chambre
de François I. revues sur plusieurs Manuscrits et
sur plus de 40 Editions , et augmentée , tant de
diverses Poësies véritables , que de celles qu'on
lui a faussement attribuées ; avec les Ouvrages de
Jean Marot son pere, ceux de Michel Marot son
fils ; et les Piéces du different de Clement avec
François Sagon , accompagnées d'une Préface
historique , et d'Observations critiques sur tour
l'Ouvrage ; en 6 volumes in 12. et en 4 vol.in 4.
avec des Quadres et des Vignettes ; belle Edition .
Ils en ont aussi quelques Exemplaires en grand
Papier Royal et Impérial , d'une grande beauté.
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Résumé : Traité de la Culture des Jardins, [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages distincts. Le premier, 'Traité philosophique et pratique de la Culture des Jardins' par M. Bradley, membre de la Société Royale, est publié à Londres chez W. Mears. Cette cinquième édition en anglais traite du mouvement de la sève des plantes, de leur génération, et de diverses découvertes sur la culture des arbres fruitiers, des fleurs et des parterres. L'ouvrage inclut également la description d'un instrument pour concevoir rapidement des plans de jardins et des secrets pour perfectionner la culture des vergers, des jardins potagers et des orangeries. Le second ouvrage est une édition des 'Œuvres de Clément Marot', valet de chambre de François Ier, publiée par les libraires Goffe et Neaulme à La Haye. Cette édition, revue à partir de plusieurs manuscrits et plus de 40 éditions, inclut des poésies authentiques et celles faussement attribuées à Marot. Elle contient aussi les œuvres de Jean Marot, père de Clément, celles de Michel Marot, son fils, ainsi que les pièces du différend entre Clément Marot et François Sagon. L'ouvrage est accompagné d'une préface historique et d'observations critiques, et est disponible en six volumes in-12, quatre volumes in-4, avec des illustrations. Quelques exemplaires sont également disponibles en grand papier royal et impérial.
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372
p. 329-332
Porcelaines de Dresde, &c. [titre d'après la table]
Début :
On apprend de Rome, que l'Imperatrice a fait present [...]
Mots clefs :
Porcelaine, Impératrice, Manufacture, Dresde, Matière, Vernis
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texteReconnaissance textuelle : Porcelaines de Dresde, &c. [titre d'après la table]
On apprend de Rome , que l'Imperatrice a fait
present à la Princesse Carbognano , d'une Caisse
marquetée d'Agathe et remplie de Porcelaines de
la Manufacture de Vienne , qui sont aussi belles
que celles de la Manufacture de Dresde.
Nous ne connoissions pas cette nouvelle Manu
facture de Porcelaines à Vienne , mais pour
celle qui est établie à Dresde , Capitale de l'Electorat
de Saxe , nous osons assurer sans craindre
qu'on puisse nous accuser d'exagerer
qu'elle a fait un tel progrés depuis deux ou trois
ans , qu'on a envoyé de Paris des Modeles , des
Desseins et des personnes intelligentes , qu'il en
vient aujourd'hui quantité de Pieces comparables
à ce qui vient de plus beau de la Chine et du Japon
, et communément de plus belles formes , les
Figures , les Animaux , les Arbres , les Plantes et
les Fleurs , &c . mieux dessinez et plus de varieté
et d'union dans les couleurs ; les Reliefs , Broderies
et Ornemens , sont traitez avec beaucoup de
cimétrie , de précision et de goût ; de telle sorte
que les plus habiles Connoisseurs sont souvent en
deffaut , prenant cette nouvelle Porcelaine pour
l'ancienne, et souvent même lui donnent la préference,
au grand scandale de divers Curieux d'un
gout trop rafiné , ou peut-être mal sûr, et en qui
abonde quelquefois plus d'entêtement ou d'ostentation
que de justesse, et qui esclaves du préjugé,lui .
laissent exercer sans la moindre résistance , toute
sa tyrannie , et ne sçauroient concevoir qu'on
puisse préferer des Ouvrages modernes , qui coutent
peu, et qu'on est à portée de voir construire ,
à des Morceaux que la venerable Antiquité a ren
dus recommandables , qui coutent fort cher et
qui viennent de trés-loin .
On trouvera la preuve de la beauté des Ouvradont
nous parlons , à Paris même , ruë Dauges
E v phine
}
339 MERCURE DE FRANCE.
•
>
phine , chez le fieur le Brun , Marchand Bijoutier
, interessé à la Manufacture de Porcelaines de
Dresde, qui en fait un grand débit, et à un prix fort
raisonnable, puis qu'il est à deux tiers de moins que
celui des Porcelaines des Indes. On y voit des pie
ces en hauteur , avec ornemens et en couleur ,
d'une grande beauté , des Pots à l'eau , à tabac ,
à pâte , sucre en litron , et autres formes
des Plats , des Assietes , Soucoupes , Drageoires ;
Tabatieres , Tasses et Gobelets de diverses sortes
; Ecuelles , Jattes couvertes à oglio etc. le tout
souffrant la plus violente chaleur du feu , et même
de la lessive bouillante.
•
2
On sçait que la Porcelaine fait un des plus
beaux ornemens des Cabinets des Curieux , et des
Appartemens des Princes et des grands Seigneurs
, sans compter les Services de table , et
autres sortes de Pieces de vaisselle , dont quelques-
unes sont d'un prix au dessus des plus beaux
morceaux d'Orfeverie , en or et en argent. La
Porcelaine étant donc si utile , si précieuse , et si
agréable aux yeux , merite bien que nous en disions
ici quelque chose , pour la faire connoître
à ceux qui ne sont pas à portée d'en avoir , et
d'en appercevoir les beautés et les défauts , et juger
de leur prix . Cela pourra même être utile à
quelques personnes qni en ont , et peut- être dest
morceaux précieux , dont ils ne font pas le cas
qu'ils doivent. Au reste , nous serions bien charmez
si ce petit essay pouvoit exciter quelque bon
Connoisseur , homme d'esprit et de goût , à nous
donner là- dessus quelque chose de plus étendu
de plus methodique et de plus digne de la curiosité
du Public.
Il y a de trois sortes de Porcelaines , de
jaunes , qui sont les moins estimées , parce
que cette couleur ne prend pas un si beau
2.
poli ;
FEVRIER. 1737. 331
poli ; de grises , et souvent hachées d'une infinité
de petites lignes irregulieres , qui se croisent
comme si le vase étoit par tout fêlé , ou tra
vaillé de pieces de rapport ; et enfin de blanches
avec des fleurs bleues : c'est la plus commune
, mais la plus estimée quand elle est dans
sa perfection. Quatre ou cinq choses doivent
concourir à les rendre parfaites , la finesse de la
matiere , la blancheur , le poli , la couleur , le
dessein des figures , et la forme de l'ouvrage.
On connoît la finesse de la matiere quand elle
est transparante , en quoi il faut avoir égard à
l'épaisseur , les bords sont ordinairement plus
minces. Aux grands morceaux , il est difficile d'y
rien connoître , à moins qu'on n'en casse par le
bas quelque petit morceau , pour en voir la cou
leur ou le grain. Une vraie marque de la finesse
et de la dureté de la Porcelaine , c'est quand
on re joint ensemble les deux pieces , et qu'il n'y
paroît aucune fèlure.
La blancheur ne se doit pas confondre avec
l'éclat du vernis dont la Porcelaine est enduite ,
et qui fait une espece de miroir ; cette reflexion
seule est capable de faire mal juger de sa blan
cheur naturelle , il faut la porter au grand jour
pouren connoître la beauté ou les défauts . Quoique
ce vernis soit parfaitement incorporé à la
matiere , et qu'il dure éternellement , il se ternit
neanmoins un peu à la longue , et il perd ce
grand éclat , d'où il arrive que la blancheur påroît
plus douce et plus belle dans les anciennes
Porcelaines , qu'on recherche si fort..
Le poli consiste en deux choses , dans l'éclat
du vernis , et dans l'égalité de la matiere. Le
vernis ne doit pas être épais , autrement il se feroit
une croute , et d'ailleurs l'éclat en seroit trop
grand et trop vif. La matiere est parfaitement
I vi égale
22 MERCURE DE FRANCE
égale , quand elle n'a aucune bosse , qu'on n'y
remarque ni grain , ni sable , ni élevure. Il y a
peu de vases qui n'ayent quelqu'un de ces défauts.
Non seulement on n'y doit pas trouver des
taches , mais il faut encore prendre garde qu'il
n'y ait des endroits plus éclatans les uns que les
autres.
On peut employer toute sorte de couleurs sur
la Porcelaine , mais on ne se sert guere que de
rouge et beaucoup plus de bieu; on ne voit presque,
point de rouge bien vif , mais le bleu est parfaitement
beau , quand on a attrapé ce juste temperament
, dans lequel il n'est ni pâle , ni foncé
ni trop éclatant.. Sur tout que les extrémitez des
figures soient parfaitement terminées , de maniere
que la couleur ne s'étende pas plus loin
le contour , afin que la blancheur de la Porce
laine ne soit pas salie par une certaine cau bleuâ
tre qui s'écoule de la couleur même.
que
Les Fleurs et les Roseaux sont à préferer aux
figures qui sont presque toujours estropiées ,;
et dessinées d'un gout barbare.
Il faut que les Vases soient bien contournez ,
d'une figure hardie , et bien proportionnée , etc..
Maftic excellent pour les Porcelaines.
,
cassées..
1
Mettez en poudre très- fine de la chaux vive
et du Mizium ou mine de plomb , en‹ égale
quantité , et un peu de farine , incorporez avec
du blanc d'oeuf bie battu trempez promptement
les morceaux cassez pour les rejoindre avec
précision. Le vernis ordinaire fait le même effer
du blanc d'oeuf, mais il est plus long temps à
secher..
present à la Princesse Carbognano , d'une Caisse
marquetée d'Agathe et remplie de Porcelaines de
la Manufacture de Vienne , qui sont aussi belles
que celles de la Manufacture de Dresde.
Nous ne connoissions pas cette nouvelle Manu
facture de Porcelaines à Vienne , mais pour
celle qui est établie à Dresde , Capitale de l'Electorat
de Saxe , nous osons assurer sans craindre
qu'on puisse nous accuser d'exagerer
qu'elle a fait un tel progrés depuis deux ou trois
ans , qu'on a envoyé de Paris des Modeles , des
Desseins et des personnes intelligentes , qu'il en
vient aujourd'hui quantité de Pieces comparables
à ce qui vient de plus beau de la Chine et du Japon
, et communément de plus belles formes , les
Figures , les Animaux , les Arbres , les Plantes et
les Fleurs , &c . mieux dessinez et plus de varieté
et d'union dans les couleurs ; les Reliefs , Broderies
et Ornemens , sont traitez avec beaucoup de
cimétrie , de précision et de goût ; de telle sorte
que les plus habiles Connoisseurs sont souvent en
deffaut , prenant cette nouvelle Porcelaine pour
l'ancienne, et souvent même lui donnent la préference,
au grand scandale de divers Curieux d'un
gout trop rafiné , ou peut-être mal sûr, et en qui
abonde quelquefois plus d'entêtement ou d'ostentation
que de justesse, et qui esclaves du préjugé,lui .
laissent exercer sans la moindre résistance , toute
sa tyrannie , et ne sçauroient concevoir qu'on
puisse préferer des Ouvrages modernes , qui coutent
peu, et qu'on est à portée de voir construire ,
à des Morceaux que la venerable Antiquité a ren
dus recommandables , qui coutent fort cher et
qui viennent de trés-loin .
On trouvera la preuve de la beauté des Ouvradont
nous parlons , à Paris même , ruë Dauges
E v phine
}
339 MERCURE DE FRANCE.
•
>
phine , chez le fieur le Brun , Marchand Bijoutier
, interessé à la Manufacture de Porcelaines de
Dresde, qui en fait un grand débit, et à un prix fort
raisonnable, puis qu'il est à deux tiers de moins que
celui des Porcelaines des Indes. On y voit des pie
ces en hauteur , avec ornemens et en couleur ,
d'une grande beauté , des Pots à l'eau , à tabac ,
à pâte , sucre en litron , et autres formes
des Plats , des Assietes , Soucoupes , Drageoires ;
Tabatieres , Tasses et Gobelets de diverses sortes
; Ecuelles , Jattes couvertes à oglio etc. le tout
souffrant la plus violente chaleur du feu , et même
de la lessive bouillante.
•
2
On sçait que la Porcelaine fait un des plus
beaux ornemens des Cabinets des Curieux , et des
Appartemens des Princes et des grands Seigneurs
, sans compter les Services de table , et
autres sortes de Pieces de vaisselle , dont quelques-
unes sont d'un prix au dessus des plus beaux
morceaux d'Orfeverie , en or et en argent. La
Porcelaine étant donc si utile , si précieuse , et si
agréable aux yeux , merite bien que nous en disions
ici quelque chose , pour la faire connoître
à ceux qui ne sont pas à portée d'en avoir , et
d'en appercevoir les beautés et les défauts , et juger
de leur prix . Cela pourra même être utile à
quelques personnes qni en ont , et peut- être dest
morceaux précieux , dont ils ne font pas le cas
qu'ils doivent. Au reste , nous serions bien charmez
si ce petit essay pouvoit exciter quelque bon
Connoisseur , homme d'esprit et de goût , à nous
donner là- dessus quelque chose de plus étendu
de plus methodique et de plus digne de la curiosité
du Public.
Il y a de trois sortes de Porcelaines , de
jaunes , qui sont les moins estimées , parce
que cette couleur ne prend pas un si beau
2.
poli ;
FEVRIER. 1737. 331
poli ; de grises , et souvent hachées d'une infinité
de petites lignes irregulieres , qui se croisent
comme si le vase étoit par tout fêlé , ou tra
vaillé de pieces de rapport ; et enfin de blanches
avec des fleurs bleues : c'est la plus commune
, mais la plus estimée quand elle est dans
sa perfection. Quatre ou cinq choses doivent
concourir à les rendre parfaites , la finesse de la
matiere , la blancheur , le poli , la couleur , le
dessein des figures , et la forme de l'ouvrage.
On connoît la finesse de la matiere quand elle
est transparante , en quoi il faut avoir égard à
l'épaisseur , les bords sont ordinairement plus
minces. Aux grands morceaux , il est difficile d'y
rien connoître , à moins qu'on n'en casse par le
bas quelque petit morceau , pour en voir la cou
leur ou le grain. Une vraie marque de la finesse
et de la dureté de la Porcelaine , c'est quand
on re joint ensemble les deux pieces , et qu'il n'y
paroît aucune fèlure.
La blancheur ne se doit pas confondre avec
l'éclat du vernis dont la Porcelaine est enduite ,
et qui fait une espece de miroir ; cette reflexion
seule est capable de faire mal juger de sa blan
cheur naturelle , il faut la porter au grand jour
pouren connoître la beauté ou les défauts . Quoique
ce vernis soit parfaitement incorporé à la
matiere , et qu'il dure éternellement , il se ternit
neanmoins un peu à la longue , et il perd ce
grand éclat , d'où il arrive que la blancheur påroît
plus douce et plus belle dans les anciennes
Porcelaines , qu'on recherche si fort..
Le poli consiste en deux choses , dans l'éclat
du vernis , et dans l'égalité de la matiere. Le
vernis ne doit pas être épais , autrement il se feroit
une croute , et d'ailleurs l'éclat en seroit trop
grand et trop vif. La matiere est parfaitement
I vi égale
22 MERCURE DE FRANCE
égale , quand elle n'a aucune bosse , qu'on n'y
remarque ni grain , ni sable , ni élevure. Il y a
peu de vases qui n'ayent quelqu'un de ces défauts.
Non seulement on n'y doit pas trouver des
taches , mais il faut encore prendre garde qu'il
n'y ait des endroits plus éclatans les uns que les
autres.
On peut employer toute sorte de couleurs sur
la Porcelaine , mais on ne se sert guere que de
rouge et beaucoup plus de bieu; on ne voit presque,
point de rouge bien vif , mais le bleu est parfaitement
beau , quand on a attrapé ce juste temperament
, dans lequel il n'est ni pâle , ni foncé
ni trop éclatant.. Sur tout que les extrémitez des
figures soient parfaitement terminées , de maniere
que la couleur ne s'étende pas plus loin
le contour , afin que la blancheur de la Porce
laine ne soit pas salie par une certaine cau bleuâ
tre qui s'écoule de la couleur même.
que
Les Fleurs et les Roseaux sont à préferer aux
figures qui sont presque toujours estropiées ,;
et dessinées d'un gout barbare.
Il faut que les Vases soient bien contournez ,
d'une figure hardie , et bien proportionnée , etc..
Maftic excellent pour les Porcelaines.
,
cassées..
1
Mettez en poudre très- fine de la chaux vive
et du Mizium ou mine de plomb , en‹ égale
quantité , et un peu de farine , incorporez avec
du blanc d'oeuf bie battu trempez promptement
les morceaux cassez pour les rejoindre avec
précision. Le vernis ordinaire fait le même effer
du blanc d'oeuf, mais il est plus long temps à
secher..
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Résumé : Porcelaines de Dresde, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un présent offert par l'Impératrice à la Princesse Carbognano : une caisse marquetée d'agate contenant des porcelaines de la Manufacture de Vienne, comparables à celles de Dresde. La Manufacture de Dresde, située à la capitale de l'Électorat de Saxe, a progressé grâce à l'envoi de modèles, de dessins et de personnes compétentes de Paris. Les porcelaines de Dresde sont désormais comparables, voire supérieures, à celles de Chine et du Japon, offrant des formes plus variées et des couleurs mieux harmonisées. Ces porcelaines sont disponibles à Paris chez le bijoutier Le Brun, rue Dauphine, à un prix raisonnable, soit deux tiers moins cher que les porcelaines des Indes. Elles incluent divers objets comme des vases, des pots, des plats, des assiettes, des tasses et des écuelles, capables de supporter des températures élevées. Le texte distingue trois types de porcelaines : jaunes, grises et blanches avec des fleurs bleues, cette dernière étant la plus estimée. La qualité d'une porcelaine dépend de la finesse de la matière, de la blancheur, du poli, de la couleur, du dessin des figures et de la forme. La blancheur naturelle doit être évaluée à la lumière du jour, indépendamment de l'éclat du vernis. Le vernis doit être fin pour éviter une croûte et un éclat excessif. Les couleurs utilisées sont principalement le rouge et le bleu, ce dernier étant préféré pour sa beauté lorsqu'il est bien dosé. Les fleurs et les roseaux sont préférés aux figures souvent mal dessinées. Les vases doivent avoir des contours bien définis et des proportions harmonieuses. Le texte mentionne également une méthode pour réparer les porcelaines cassées en utilisant de la chaux vive, du misium, de la farine et du blanc d'œuf.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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373
p. 333-337
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
Début :
Les deux dernieres Lettres dont vous m'avez honoré contenoient [...]
Mots clefs :
Phénomènes, Musique diabolique, Acousmate, Ansacq, Miraculeux, Démons, Surnaturel, Prodige
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne
à M.D.L. R. le 4. Fevrier 1731 .
contenant quelquesReflexions sur l'Akousmate
d'Ansacq , dont il est parlé dans le
second Volume du Mercure de Décembre
dernier.
Es deux dernieres Lettres dont vous
LESm'avez honoré contenoient chacune
une preuve , que vous avez fait , des
diligences sur ce que je souhaitois sçavoir
touchant S. Pelerin. Votre ami de Caën a
fort bien pris la chose , aussi est- ce l'ordinaire
des Medecins de raisonner ainsi sur
les faits miraculeux , mais il est étonnant
que le nom reste à ce lieu , et que le culte du
Saint se trouve dans l'oubli , et son image
negligée ; le Curé de la Paroisse est bien
neuf dans l'Antiquité , il n'est peut- être
pas le seul dans ces Cantons là. Je voulois
seulement sçavoir si c'étoit S. Pelerin
premier Evêque d'Auxerre , qui avoit
donné le nom au lieu . Cela se trouve aine
si ; j'y aurai égard en tems et lieu.
Le Mercure de Decembre , second Volume
, est bien plein de Phénomenes ; ce
lui de l'ouie m'a parû tout à fait surpre
nant ; toute la nuit je n'ai fait rêver
que
là- dessus ; je croyois toujours être à Ansacq
, et que j'allois entendre cette diabolique
musique. Je crois avoir passé dans
ce
334 MERCURE DE FRANCE
ce Village en venant un jour de Clermont
à Senlis , ou en allant de Senlis à
Beauvais ; mais j'ignorois cette particularité
ch qui pouvoit la connoîcre
puisque le Curé même qui a dressé la
Relation n'en sçavoit rien ? Je ne me souviens
pas d'avoir rien lû de semblable
dans aucune Chronique. Il faudroit cependant
consulter les fragmens qu'on
peut avoir de la Chronique d'Helinand.
Moine de Froidmont ; j'ai quelque idée
d'avoir lû quelque chose d'étonnant et
d'effrayant dans un de ces fragmens ; mais
je ne saurois me ressouvenir en quel Livre.
Froidmont doit être , je pense , à deux
ou trois lieuës d'Ansacq ; si c'est un effet
Physique , cela ne doit pas être nouveau,
et doit être , au contraire , arrivé dans les
siecles précedens . Vous avez M. d'Auvergne
à Beauvais , qui pourroit rechercher
ces morceaux d'Helinand ; il en est tréscapable
, s'il veut bien s'en donner la
peine. Je vous avois aussi prié autrefois
de sçavoir par lui ce que c'est que Saint
Nerlin , Patron du Prieuré de la Tour du
Lay , en Beauvaisis , en quel jour on en
fait la Fête , et qui on croit qu'il étoit ;
je vous en rafraîchis la mémoire , afin
d'essayer de le sçavoir si on peut; M. Chastelain
n'a pas connu ce Saint. Pour moi ,
je crois que si le tintamare aërien s'est
fait
FEVRIER. 1731. 335
fait entendre autrefois , il faut en attribuer
la cause à quelques dispositions de
Fair qui sont particulieres en ce Pays là.
La Relation où le Procés verbal du Curé
est une Piéce très curieuse ...
Plus je refléchis sur cette histoire , plus
je la trouve extraordinaire. Un Religieuz
de S. Jean de Lone , en Bourgogne , m'a
dit qu'il y a 18. ou 19. ans qu'on entendit
dans les environs de cette Ville là un
mugissement pendant environ un quart
d'heure en Eté durant plusieurs jours ,
bien different de celui du tonnerre , ett
u'on crût ( le Peuple ) que c'étoit la fin
du monde .
Un jeune homme de 18. ans , Catho
lique , natif du Village d'Infergnac , au
Païs des Suisses , à trois lieuës de Grueres,
me dit hier que dans son Village , il y a
eu deux ans au mois d'Août dernier , on
entendit la nuit les mêmes choses qu'à
Ansacq , et aussi long tems , à la diffe
rence cependant que outre la confusion.
de voix de toute espece et d'instrumens
on y distingua fort bien des aboyemens
de chiens , et que la peur fut si grande
même parmi les animaux qui étoient en
Campagne , et qui fournissent le lait pour
les fromages de ces Païs là , qu'ils prirent
tous la fuite , de sorte que le lendemain
il fallut aller de tous côtés les chercher :
les
336 MERCURE DE FRANCE.
les gens du Païs appellerent cela le Sabat,
et crurent que c'étoit une bande de sorciers
voilà un préjugé dont il sera bien
difficile de les faire revenir . Pour moi
je croirois volontiers qu'il n'y a poinɛ
d'explication Physique à chercher en tout
cela , et je pense que comme S. Paul assure
que l'air est rempli de démons , ils
peuvent fort bien s'atrouper de tems en
tems pour faire ce carillon , sans qu'aucun
homme soit de leur bande. Je ne crois pas
tout ce qu'on dit des sorciers , ce sont
des imaginations et des rêves qu'on débite
ordinairement à leur sujet ; mais je
crois plutôt qu'il y a des diables dans l'air,
et comme l'Ecriture les appelle souvent
Princes de tenebres , voilà pourquoi de nos
jours leurs Concerts se trouvent encore arriver
la nuit. Dieu permet peut-être la réalité
du fait d'Ansacq pour obliger les Philosophes
de convenir qu'il y a des esprits
aëriens , conformément à ce qu'en dit l'Apôtre
, et à ne pas nier l'existence des démons,
comme il n'y a que trop de libertins
qui la combattent. J'attends une explication
Physique de ce prodige par quelqu'un
de ceux qui croyent difficilement les choses.
spirituelles ; elle sera curieuse , sans doute :
ne pourrions- nous pas l'attendre , et même
l'exiger de M. Capperon ? qui recherche
avec autant d'attention que de succès
tout
FEVRIER. 1731. 337
1
tout ce qui a rapport à une certaine Physique
un peu singuliere. Au reste , ce qui
me surprend , c'est que ces sortes de musiques
diaboliques ne s'entendent point
dans les Villes , il y auroit bien plus da
témoins pour les attester & c.
à M.D.L. R. le 4. Fevrier 1731 .
contenant quelquesReflexions sur l'Akousmate
d'Ansacq , dont il est parlé dans le
second Volume du Mercure de Décembre
dernier.
Es deux dernieres Lettres dont vous
LESm'avez honoré contenoient chacune
une preuve , que vous avez fait , des
diligences sur ce que je souhaitois sçavoir
touchant S. Pelerin. Votre ami de Caën a
fort bien pris la chose , aussi est- ce l'ordinaire
des Medecins de raisonner ainsi sur
les faits miraculeux , mais il est étonnant
que le nom reste à ce lieu , et que le culte du
Saint se trouve dans l'oubli , et son image
negligée ; le Curé de la Paroisse est bien
neuf dans l'Antiquité , il n'est peut- être
pas le seul dans ces Cantons là. Je voulois
seulement sçavoir si c'étoit S. Pelerin
premier Evêque d'Auxerre , qui avoit
donné le nom au lieu . Cela se trouve aine
si ; j'y aurai égard en tems et lieu.
Le Mercure de Decembre , second Volume
, est bien plein de Phénomenes ; ce
lui de l'ouie m'a parû tout à fait surpre
nant ; toute la nuit je n'ai fait rêver
que
là- dessus ; je croyois toujours être à Ansacq
, et que j'allois entendre cette diabolique
musique. Je crois avoir passé dans
ce
334 MERCURE DE FRANCE
ce Village en venant un jour de Clermont
à Senlis , ou en allant de Senlis à
Beauvais ; mais j'ignorois cette particularité
ch qui pouvoit la connoîcre
puisque le Curé même qui a dressé la
Relation n'en sçavoit rien ? Je ne me souviens
pas d'avoir rien lû de semblable
dans aucune Chronique. Il faudroit cependant
consulter les fragmens qu'on
peut avoir de la Chronique d'Helinand.
Moine de Froidmont ; j'ai quelque idée
d'avoir lû quelque chose d'étonnant et
d'effrayant dans un de ces fragmens ; mais
je ne saurois me ressouvenir en quel Livre.
Froidmont doit être , je pense , à deux
ou trois lieuës d'Ansacq ; si c'est un effet
Physique , cela ne doit pas être nouveau,
et doit être , au contraire , arrivé dans les
siecles précedens . Vous avez M. d'Auvergne
à Beauvais , qui pourroit rechercher
ces morceaux d'Helinand ; il en est tréscapable
, s'il veut bien s'en donner la
peine. Je vous avois aussi prié autrefois
de sçavoir par lui ce que c'est que Saint
Nerlin , Patron du Prieuré de la Tour du
Lay , en Beauvaisis , en quel jour on en
fait la Fête , et qui on croit qu'il étoit ;
je vous en rafraîchis la mémoire , afin
d'essayer de le sçavoir si on peut; M. Chastelain
n'a pas connu ce Saint. Pour moi ,
je crois que si le tintamare aërien s'est
fait
FEVRIER. 1731. 335
fait entendre autrefois , il faut en attribuer
la cause à quelques dispositions de
Fair qui sont particulieres en ce Pays là.
La Relation où le Procés verbal du Curé
est une Piéce très curieuse ...
Plus je refléchis sur cette histoire , plus
je la trouve extraordinaire. Un Religieuz
de S. Jean de Lone , en Bourgogne , m'a
dit qu'il y a 18. ou 19. ans qu'on entendit
dans les environs de cette Ville là un
mugissement pendant environ un quart
d'heure en Eté durant plusieurs jours ,
bien different de celui du tonnerre , ett
u'on crût ( le Peuple ) que c'étoit la fin
du monde .
Un jeune homme de 18. ans , Catho
lique , natif du Village d'Infergnac , au
Païs des Suisses , à trois lieuës de Grueres,
me dit hier que dans son Village , il y a
eu deux ans au mois d'Août dernier , on
entendit la nuit les mêmes choses qu'à
Ansacq , et aussi long tems , à la diffe
rence cependant que outre la confusion.
de voix de toute espece et d'instrumens
on y distingua fort bien des aboyemens
de chiens , et que la peur fut si grande
même parmi les animaux qui étoient en
Campagne , et qui fournissent le lait pour
les fromages de ces Païs là , qu'ils prirent
tous la fuite , de sorte que le lendemain
il fallut aller de tous côtés les chercher :
les
336 MERCURE DE FRANCE.
les gens du Païs appellerent cela le Sabat,
et crurent que c'étoit une bande de sorciers
voilà un préjugé dont il sera bien
difficile de les faire revenir . Pour moi
je croirois volontiers qu'il n'y a poinɛ
d'explication Physique à chercher en tout
cela , et je pense que comme S. Paul assure
que l'air est rempli de démons , ils
peuvent fort bien s'atrouper de tems en
tems pour faire ce carillon , sans qu'aucun
homme soit de leur bande. Je ne crois pas
tout ce qu'on dit des sorciers , ce sont
des imaginations et des rêves qu'on débite
ordinairement à leur sujet ; mais je
crois plutôt qu'il y a des diables dans l'air,
et comme l'Ecriture les appelle souvent
Princes de tenebres , voilà pourquoi de nos
jours leurs Concerts se trouvent encore arriver
la nuit. Dieu permet peut-être la réalité
du fait d'Ansacq pour obliger les Philosophes
de convenir qu'il y a des esprits
aëriens , conformément à ce qu'en dit l'Apôtre
, et à ne pas nier l'existence des démons,
comme il n'y a que trop de libertins
qui la combattent. J'attends une explication
Physique de ce prodige par quelqu'un
de ceux qui croyent difficilement les choses.
spirituelles ; elle sera curieuse , sans doute :
ne pourrions- nous pas l'attendre , et même
l'exiger de M. Capperon ? qui recherche
avec autant d'attention que de succès
tout
FEVRIER. 1731. 337
1
tout ce qui a rapport à une certaine Physique
un peu singuliere. Au reste , ce qui
me surprend , c'est que ces sortes de musiques
diaboliques ne s'entendent point
dans les Villes , il y auroit bien plus da
témoins pour les attester & c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Bourgogne à M. D. L. R. le 4. Fevrier 1731. contenant quelques Reflexions sur l'Akousmate d'Ansacq, dont il est parlé dans le second Volume du Mercure de Decembre dernier.
Dans une lettre datée du 4 février 1731, l'auteur aborde l'Akousmate d'Ansacq, un phénomène décrit dans le second volume du Mercure de Décembre. Il exprime sa surprise face à l'oubli du culte de Saint Pelerin, malgré les efforts déployés pour recueillir des informations. L'auteur mentionne des phénomènes similaires observés en Bourgogne et en Suisse, où des bruits mystérieux ont été interprétés comme des signes surnaturels. L'auteur envisage plusieurs explications possibles pour ces phénomènes, notamment des 'dispositions de l'air' ou l'intervention de démons, en accord avec les croyances de l'époque. Il espère obtenir une explication physique de ces prodiges et suggère de consulter des sources historiques, telles que les fragments de la Chronique d'Helinand, pour mieux comprendre ces événements. Il cite également des figures locales, comme M. d'Auvergne à Beauvais, qui pourraient aider à rechercher ces informations. Enfin, l'auteur s'étonne que ces phénomènes ne se produisent pas dans les villes, où il y aurait davantage de témoins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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374
p. 378-379
ALLEMAGNE.
Début :
Le 26 Janvier, on fit partir de Vienne M. d'Harera, Commissaire Impérial, avec M. [...]
Mots clefs :
Commissaire Impérial, Interprète des Langues Orientales, Hautesse, Turquie, Loups, Moutons
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
E 26 Janvier , on fit partir de Vienne M..
d'Harerra , Commissaire Impérial , avec M.
Penkler , Interprete des Langues Orientales , pour
aller recevoir sur la Frontiere l'Effendi que le
G. Seigneur envoye pour donner part à l'Empereur
de l'avenement de Sa Hautesse au Trône
Ottoman. On a appris que cet Envoyé étoit arrivé
à Parakin , petite Ville située dans la Servie,
au-delà de Belgrade , sur la Morave , et la premiere
d Territoire Impérial , venant de Turquie.
Ce fut dans cette Ville que les Commissaires
de S. M. Imp. et du Grand Seigneur reglerent en
1719
FEVRIER. 173T 379
J
faisant
1719. les limites des deux Empires , en y
eriger trois grandes colones de pierre.
Ön mande de Vienne que le grand froid qui
s'y fait sentir depuis environ le 15. de Janvier a
été plus vif pendant quatre jours que le plus
grand froid de 1709. Les campagnes sont couvertes
de neige , et les loups qui n'y trouvent plus
de nourriture viennent enlever les moutons dans
les Villages , où ils ont même devoré quelques
enfans..
E 26 Janvier , on fit partir de Vienne M..
d'Harerra , Commissaire Impérial , avec M.
Penkler , Interprete des Langues Orientales , pour
aller recevoir sur la Frontiere l'Effendi que le
G. Seigneur envoye pour donner part à l'Empereur
de l'avenement de Sa Hautesse au Trône
Ottoman. On a appris que cet Envoyé étoit arrivé
à Parakin , petite Ville située dans la Servie,
au-delà de Belgrade , sur la Morave , et la premiere
d Territoire Impérial , venant de Turquie.
Ce fut dans cette Ville que les Commissaires
de S. M. Imp. et du Grand Seigneur reglerent en
1719
FEVRIER. 173T 379
J
faisant
1719. les limites des deux Empires , en y
eriger trois grandes colones de pierre.
Ön mande de Vienne que le grand froid qui
s'y fait sentir depuis environ le 15. de Janvier a
été plus vif pendant quatre jours que le plus
grand froid de 1709. Les campagnes sont couvertes
de neige , et les loups qui n'y trouvent plus
de nourriture viennent enlever les moutons dans
les Villages , où ils ont même devoré quelques
enfans..
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le 26 janvier, M. d'Harrerra, Commissaire Impérial, et M. Penkler, interprète des langues orientales, quittèrent Vienne pour accueillir un Effendi envoyé par le Grand Seigneur afin d'informer l'Empereur de l'accession au trône ottoman. Cet Envoyé arriva à Parakin, une petite ville en Serbie située au-delà de Belgrade sur la Morave, première ville du territoire impérial venant de Turquie. En 1719, les commissaires des deux empires y régularisèrent les limites et érigèrent trois grandes colonnes de pierre. Par ailleurs, depuis le 15 janvier, Vienne connut un grand froid, plus intense que celui de 1709, durant quatre jours. Les campagnes étaient recouvertes de neige, et les loups, ne trouvant plus de nourriture, attaquaient les moutons dans les villages et avaient même dévoré quelques enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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375
p. 447-457
LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
Début :
Vous voulez que je vous dise ce que je pense, Monsieur, au sujet des [...]
Mots clefs :
Bruits aériens, Témoins, Explication, Illusion, Frayeur, Curé
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
LETTRE sur les bruits Aëriens entendus
près le Village d'Ansacq , écrite de Paris
ce 15. Fevrier 1731.
Ous . voulez
Viosense , Monsieur , au
que je vous dise ce que
je pense , Monsieur , au sujet des
bruits entendus en l'air près le Village
d'Ansacq , dont il est fait mention dans
le second volume du Mercure de Decembre
1730. Vous me demandez si je
crois le fait possible , si je le crois vrai ,
et supposé que je le croye , comment je
puis l'expliquer. Il faut vous satisfaire
je vais vous faire part de mes conjectures.
Le stile de la Relation faite par M. le
Curé d'Ansacq , qui paroît un homme
éclairé , le nombre des témoins dont il a
eu soin de recueillir les dépositions , les
précautions qu'il a prises pour s'assurer
de leur bonne foi , le nom de S. A. S.
Madame la Princesse de Conty , à laquelle
il adresse sa Relation , la multitude des
circonstances sur lesquelles les témoins
ne varient point , ne permettent pas de:
douter de la sincerité , non-seulement de
l'Auteur de la Relation , mais des differens
Particuliers qui ont déposé dans son
information ; ensorte qu'il est hors de
toute vrai-semblance de
"
penser que ni les
B vj uns
448 MERCURE DE FRANCE
uns ni les autres ayent eu desein d'en im
poser.
D'un autre côté le fait tel qu'il est rapporté
, paroît si extraordinaire et si ressemblant
dans son espece aux contes pueriles
du Sabbat , qu'un homme raisonnable
ne peut être tenté d'y ajoûter for.
Mais , dira-t'on , comment des témoins
de bonne foi peuvent- ils déposer d'un
fait visiblement faux ? Il faut donc qu'ils
soient dans l'erreur ; oui , sans doute ; et
quelle peut être la cause d'une erreur
qui roule sur des détails aussi circonstanciez
? sur lesquels les témoins s'accordent
parfaitement sans s'être concertez
? c'est ce qui reste à examiner.
que
S'il n'y avoit eu qu'un ou deux témoins,
il paroîtroit assez vrai-semblable de croire
que la frayeur leur eût fait prendre des cris
de bêtes , d'Oyes , de Canars sauvages ,
ou d'Oiseaux nocturnes pour ce qu'ils
ont crû entendre ; mais comme les témoins
sont en grand nombre et qu'ils ont
assuré M. le Curé qui les a questionnez
sur ce point , qu'ils connoissoient parfaitement
le cri de tous ces animaux et qu'ils
ne s'y étoient certainement pas trompez,
on ne peut s'arrêter à cette conjecture.
Le bruit qu'ils ont entendu sans voir
qui que se soit , ressembloit , disent- ils,
à des voix d'hommes , de femmes et
d'enfans
MARS. 1731. 449
d'enfans , à des éclats de rire et à des sons.
d'Instrumens; voyons s'il n'est pas possible
que sans qu'il y eut une multitude d'hommes
, de femmes, d'enfans ni d'Instrumens,
ils ayent entendu l'apparence de tous ces.
differens bruits par une voie toute simple.
et toute naturelle; c'est cette possibilité que
j'entreprens de
elle est telle que
prouver;
par le moyen que je propose , on peut
faire entendre partout où l'on voudra
les mêmes bruits qui ont été entendus à
Ansacq. Je crois , Monsieur , que vous .
n'en demandez pas davantage , vous de
vez être content de moi si je vous tiens .
parole ; je ne crains pas de vous en
manquer.
M. le Curé d'Ansacq , dans les Refle
xions qui suivent sa Relation , voudroit.
persuader que le sens de l'ouie est moins
sujet à erreur que celui de la vûë , mais
c'est gratuitement qu'il le suppose . Comme
la Sphere d'activité de la vie , pour.
me servir de ses termes , est beaucoup plus
étenduë que celle de l'ouie , il est bien vrai
que les erreurs de la vûë sont quelquefois
plus sensibles et aussi que nous avons
plus d'occasions de les appercevoir. Par .
la même raison il se pourroit encore que
nos yeux se trompassent réellement plus.
fréquemment que nos oreilles parce
que nous faisons plus souvent usage des.
yeux
3.
450 MERCURE DE FRANCE.
yeux , sans qu'on en pût conclure pour
cela que le sens de la vûë en lui- même
et par sa nature , fût plus sujet à l'illu ~
sion que celui de l'ouie ; on pourroit
même, avec autant de vrai -semblance ,
soutenir l'opinion contraire. En effet la
reflexion du son est souvent plus difficile
à reconnoître pour ce qu'elle est ,
que la reflexion de la lumiere. L'Echo
sera plus aisément pris pour une voix humaine
que la reflexion d'un Miroir pour
un objet réel. En general on juge d'ordinaire
beaucoup plus exactement de la
distance et de la situation d'un objet par
la vûë que par l'oüie. On reconnoît à
coup sur de quel côté est parti l'Eclair , et
on ne distingue pas toûjours bien de quel
côté vient le son d'une Cloche,
On se trompe si aisément en jugeant
d'où part le son quand les yeux n'aident
point au jugement qu'on en porte , qu'il
y a des gens que l'on nomme Ventriloques,
qui en se serrant le gosier et faisant une
certaine contraction dans les muscles du
bas ventre , articulent un son de voix
rauque et sourd , tel qu'à un ou deux pas
et même à côté d'eux , en prêtant l'oreil
le , on croit entendre une voix fort éloignée.
J'ai connu un Officier qui avoit ce
talent , j'y ai vû bien de gens trompez
en ma presence , et il m'a assuré qu'il
s'étoit
MARS. 1731. 45i
s'étoit quelquefois réjoui à l'armée aver
ses camarades , en leur donnant par ce
moyen de fausses allarmes.
Mais que le sens de l'oüie soit plus ou
moins trompeur que celui de la vûë , peu
importe à la question presente , pourvû
que l'on convienne ,comme on n'en peut
pas douter que l'un et l'autre sens est
susceptible d'illusion et très sujet à erreur.
C'est en suivant le parallele commencé
que nous pouvons trouver le dénouement
de la question proposée..
Si l'on agite rapidement en rond un
tison , ou un charbon allumé , l'oeil n'appercevra
qu'un cercle de feu non interrompu
; la raison en est sensible ; le char
bon parcourt successivement tous les
point du cercle; l'impression qu'il a faite
sur la vûë quand il étoit en haut , subsiste
encore quand il est en bas. La vîtesse
avec laquelle il est mû , fait que
l'oeil le voit à la fois dans tous les points
de la circonference , et n'apperçoit qu'un
cercle de feu continu. Differens sons qui
se succederoient rapidement les uns aux
autres , pourroient par la même raison
se faire entendre tout à la fois et en mê¬
me-temps. Une seule personne , si elle
pouvoit exprimer tous ces sons differens
et passer successivement, mais très-promp
tement d'un son à l'autre , pourroit donc
imite
452 MERCURE DE FRANCE
imiter le bruit confus et continu de differentes
voix , et par consequent ceux qui
l'entendroient sans voir l'Auteur du bruit,
eroiroient entendre à la fois toutes les
differentes voix qu'il contreferoit.
Mais pourquoi s'arrêter à prouver que
cela pourroit être ? Il y a des choses plus
réelles qu'elles ne semblent possibles. Telle
est celle dont il est question . Abandonnons
la preuve de la possibilité , et que
Pexperience du fait en décide . Il est constant
que bien des gens ont le talent dont
nous parlons. J'ai connu un jeune homme
qui derriere un Paravent imitoit d'une
façon surprenante un Choeur de voix
et d'Instrumens , le fameux Philbert, qui
a apporté en France la Flute Traversiere ;
avec une Poële , dès pincettes et sa voix ,
contrefaisoit , à s'y méprendre , le bruit
d'un ménage en rumeur, les cris du mari,
de la femme , des enfans , des chiens , des
Passans , du Guet et du Commissaire , et
faisoit accourir le voisinage. Depuis deux
ou trois ans la Cour et la Ville ont admiré
le même talent , peut être plus singulier
encore , dans le nommé Laillet ;
il alloit dans les maisons où il étoit mandé
, et sans sortir de la chambre où l'on
étoit , caché derriere uu Paravent ou un
rideau , il faisoit un bruit si varié et si
surprenant , en imitant un Concert , une
bagarre
MAR S. 1731 . 4532
bagarre , des éclats de rire , ou quelqu'au
tre bruit de cette espece , qu'on ne pouvoir
imaginer qu'il fût seul . Etant à souper
tête-à-tête avec un celebre Acteur
de l'Académie Royale de Musique , ona
assuré qu'ils ont fait monter dans la
chambre plus d'une fois le Guet , qui les .
trouvoit tranquillement assis à la table
vis-à-vis l'un de l'autre , et qui rappellé
par le même bruit , revenoit sur ses pasi
le moment d'après , avant que d'avoir
descendu le degré , et les retrouvoit aussi
tranquilles qu'il les avoit laissez.
Il est donc bien vrai et bien confirmé,
par l'experience , qu'un homme seul peut
imiter un bruit confus de voix et d'ins
trumens , assez parfaitement pour s'y mé
prendre. Or je dis qu'il est très possible:
qu'un homme placé derriere le mur audedans
du Parc d'Ansacq , où le bruit a
toûjours été entendu , se soit diverti à
joüer cetteComedie.Et il n'est pas necessaire
pour cela de lui supposer , à beaucoup
près , le talent d'un Philbert ou d'un.
Laillet , si ceux- ci ont pû tromper des
gens clairvoyans quelquefois préve→
nus et avertis , à combien plus forte raison
étoit- il aisé d'en imposer , par le même
moyen , au milieu de la nuit , à des
Paysans surpris , que les premiers sons
ent si fort effrayez , de leur aveu , que
l'un
454 MERCURE DE FRANCE
Fun d'eux ne voulut jamais permettre à
l'autre d'avancer pour chercher à reconnoître
d'où partoit le bruit . En lisant la
Relation dans cet esprit , on reconnoîtra
que tous les détails peuvent aisément s'ajuster
à cette Explication , sur tout si l'on
considere que la frayeur et la préocupa
tion peuvent avoir causé quelques éxagerations
et quelques erreurs même , dans
les circonstances du fait. Il n'est pas étonnant
, par exemple , que les Déposans
ayent jugé que la Scene se passoit en l'air,
puisqu'ils ne voyoient rien sur la terre
d'où ils pussent croire que le bruit partoit
; l'un d'eux dit , cependant , que
quelques-unes de ces voix ne lui avoit
paru qu'à la hauteur d'un homme ordinaire,
ce qui quadre fort à la supposition.
Il faut remarquer encore que c'est toujours
au- dedans du Parc que le bruit a commencé
à se faire entendre. Cette seconde voix
qui répondit sur le champ à la premiere du
fond d'une Gorge entre les deux Montagnes
( ce sont les termes du premier Déposant )
avant la confusion de voix qui se fit entendre
ensuite ; cette seconde voix , dis-je,
pouvoit être ou un Echo contrefait par la
premiere voix , ainsi que les bruits qui
ont suivi , ou peut -être un Echo veritable
qu'on sçait être beaucoup plus sensible la
nuit que le jour ; la refléxion de cet Echo
9
se
MARS. 1731. 455
se pouvoit faire sur la Côte opposée à celle
où se passoit le bruit , et c'est de cette
Côte oposée que l'ont entendu les deux
autres témoins qui alloient à Beauvais,
Il n'est pas étonnant qu'on ne distinguât
rien dans cette multitude de sons variés et
interrompus. Et quant au passage prérendu
de ce bruit le long de la rue et
devant la maison Presbiterale , il n'y a
qu'un ou deux témoins qui en déposent ,
et la frayeur dont ils avoüent qu'il étoient
saisis , pourroit bien leur avoir fait croire
ce bruit plus voisin qu'il n'étoit en effet ;
M. le Curé ne l'ayant pas entendu , quoiqu'il
soit dit qu'il passa devant sa porte.
On pouroit aussi supposer que l'Auteur
du bruit avoit pris ce chemin , ou que
sans sortir du Parc il en avoit suivi un à
peu près parallele à la rue du Village. La
situation du lieu et la connoissance du
Pays , pourroient en faire juger plus exactement.
Il est bien certain que dans ma suppo
sition les témoins auront crû entendre
tout ce qu'ils ont dit avoir entendu , et
qu'ils auront par consequent déposé comme
ils ont fait. M. le Curé d'Ansacq a
placé plusieurs des Habitans de sa Paroisse
, hommes , femmes et enfans , en differens
endroits pour chercher par leur
moyen à imiter les bruits entendus , et
速
456 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a pas réussi. D'ailleurs il remarque.
qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'il y
eût au milieu de la nuit un concours de
gens qui se fussent accordez pour donner
cette Scene.Nous avons prouvé qu'il n'en
falloit qu'un. C'est à M. le Curé d'Ansacq
à conjecturer qui ce peut être ; cela sera
du moins fort aisé , si la même chose
arrive encore. Quoiqu'il en soit , quelque
part où soient Loeillet ou ses Eleves ,
il est clair qu'ils ont de pareils Akousmates
à leur disposition.
Il n'est pas nécessaire de recourir à cet
te Explication pour chercher la cause de
la frayeur de ce Particulier de Clermont,
dont il est parlé dans l'Addition à la Relation
, lequel se jetta à bas de son che
val et à genoux il y a 15. ans , une nuit
en passant près du Village d'Ansacq, ayant
entendu ou crû entendre un grand bruit.
Je ne crois pas que vous ayez prétendu
me demander compte de toutes les ter
reurs paniques qui peuvent surprendre
un Voyageur ; je me suis seulement engagé
à expliquer comment une cause sim
ple et naturelle pouvoit avoir produit les
prétendus bruits aëriens dont il est parlé
dans la Relation , et je crois . y avoir satisfait:
Voilà , Monsieur , ce que je pense sur
les questions que vous m'avez proposécs
၂၄ ..
MARS. 1731. 457
je souhaite que ma Réponse puisse vous
Satisfaire , je ne vois que ce moyen de
concilier la vrai -semblance avec la bonne
foi des témoins , qui m'a paru ne devoir
Foint être suspecte. Je suis , & c.
près le Village d'Ansacq , écrite de Paris
ce 15. Fevrier 1731.
Ous . voulez
Viosense , Monsieur , au
que je vous dise ce que
je pense , Monsieur , au sujet des
bruits entendus en l'air près le Village
d'Ansacq , dont il est fait mention dans
le second volume du Mercure de Decembre
1730. Vous me demandez si je
crois le fait possible , si je le crois vrai ,
et supposé que je le croye , comment je
puis l'expliquer. Il faut vous satisfaire
je vais vous faire part de mes conjectures.
Le stile de la Relation faite par M. le
Curé d'Ansacq , qui paroît un homme
éclairé , le nombre des témoins dont il a
eu soin de recueillir les dépositions , les
précautions qu'il a prises pour s'assurer
de leur bonne foi , le nom de S. A. S.
Madame la Princesse de Conty , à laquelle
il adresse sa Relation , la multitude des
circonstances sur lesquelles les témoins
ne varient point , ne permettent pas de:
douter de la sincerité , non-seulement de
l'Auteur de la Relation , mais des differens
Particuliers qui ont déposé dans son
information ; ensorte qu'il est hors de
toute vrai-semblance de
"
penser que ni les
B vj uns
448 MERCURE DE FRANCE
uns ni les autres ayent eu desein d'en im
poser.
D'un autre côté le fait tel qu'il est rapporté
, paroît si extraordinaire et si ressemblant
dans son espece aux contes pueriles
du Sabbat , qu'un homme raisonnable
ne peut être tenté d'y ajoûter for.
Mais , dira-t'on , comment des témoins
de bonne foi peuvent- ils déposer d'un
fait visiblement faux ? Il faut donc qu'ils
soient dans l'erreur ; oui , sans doute ; et
quelle peut être la cause d'une erreur
qui roule sur des détails aussi circonstanciez
? sur lesquels les témoins s'accordent
parfaitement sans s'être concertez
? c'est ce qui reste à examiner.
que
S'il n'y avoit eu qu'un ou deux témoins,
il paroîtroit assez vrai-semblable de croire
que la frayeur leur eût fait prendre des cris
de bêtes , d'Oyes , de Canars sauvages ,
ou d'Oiseaux nocturnes pour ce qu'ils
ont crû entendre ; mais comme les témoins
sont en grand nombre et qu'ils ont
assuré M. le Curé qui les a questionnez
sur ce point , qu'ils connoissoient parfaitement
le cri de tous ces animaux et qu'ils
ne s'y étoient certainement pas trompez,
on ne peut s'arrêter à cette conjecture.
Le bruit qu'ils ont entendu sans voir
qui que se soit , ressembloit , disent- ils,
à des voix d'hommes , de femmes et
d'enfans
MARS. 1731. 449
d'enfans , à des éclats de rire et à des sons.
d'Instrumens; voyons s'il n'est pas possible
que sans qu'il y eut une multitude d'hommes
, de femmes, d'enfans ni d'Instrumens,
ils ayent entendu l'apparence de tous ces.
differens bruits par une voie toute simple.
et toute naturelle; c'est cette possibilité que
j'entreprens de
elle est telle que
prouver;
par le moyen que je propose , on peut
faire entendre partout où l'on voudra
les mêmes bruits qui ont été entendus à
Ansacq. Je crois , Monsieur , que vous .
n'en demandez pas davantage , vous de
vez être content de moi si je vous tiens .
parole ; je ne crains pas de vous en
manquer.
M. le Curé d'Ansacq , dans les Refle
xions qui suivent sa Relation , voudroit.
persuader que le sens de l'ouie est moins
sujet à erreur que celui de la vûë , mais
c'est gratuitement qu'il le suppose . Comme
la Sphere d'activité de la vie , pour.
me servir de ses termes , est beaucoup plus
étenduë que celle de l'ouie , il est bien vrai
que les erreurs de la vûë sont quelquefois
plus sensibles et aussi que nous avons
plus d'occasions de les appercevoir. Par .
la même raison il se pourroit encore que
nos yeux se trompassent réellement plus.
fréquemment que nos oreilles parce
que nous faisons plus souvent usage des.
yeux
3.
450 MERCURE DE FRANCE.
yeux , sans qu'on en pût conclure pour
cela que le sens de la vûë en lui- même
et par sa nature , fût plus sujet à l'illu ~
sion que celui de l'ouie ; on pourroit
même, avec autant de vrai -semblance ,
soutenir l'opinion contraire. En effet la
reflexion du son est souvent plus difficile
à reconnoître pour ce qu'elle est ,
que la reflexion de la lumiere. L'Echo
sera plus aisément pris pour une voix humaine
que la reflexion d'un Miroir pour
un objet réel. En general on juge d'ordinaire
beaucoup plus exactement de la
distance et de la situation d'un objet par
la vûë que par l'oüie. On reconnoît à
coup sur de quel côté est parti l'Eclair , et
on ne distingue pas toûjours bien de quel
côté vient le son d'une Cloche,
On se trompe si aisément en jugeant
d'où part le son quand les yeux n'aident
point au jugement qu'on en porte , qu'il
y a des gens que l'on nomme Ventriloques,
qui en se serrant le gosier et faisant une
certaine contraction dans les muscles du
bas ventre , articulent un son de voix
rauque et sourd , tel qu'à un ou deux pas
et même à côté d'eux , en prêtant l'oreil
le , on croit entendre une voix fort éloignée.
J'ai connu un Officier qui avoit ce
talent , j'y ai vû bien de gens trompez
en ma presence , et il m'a assuré qu'il
s'étoit
MARS. 1731. 45i
s'étoit quelquefois réjoui à l'armée aver
ses camarades , en leur donnant par ce
moyen de fausses allarmes.
Mais que le sens de l'oüie soit plus ou
moins trompeur que celui de la vûë , peu
importe à la question presente , pourvû
que l'on convienne ,comme on n'en peut
pas douter que l'un et l'autre sens est
susceptible d'illusion et très sujet à erreur.
C'est en suivant le parallele commencé
que nous pouvons trouver le dénouement
de la question proposée..
Si l'on agite rapidement en rond un
tison , ou un charbon allumé , l'oeil n'appercevra
qu'un cercle de feu non interrompu
; la raison en est sensible ; le char
bon parcourt successivement tous les
point du cercle; l'impression qu'il a faite
sur la vûë quand il étoit en haut , subsiste
encore quand il est en bas. La vîtesse
avec laquelle il est mû , fait que
l'oeil le voit à la fois dans tous les points
de la circonference , et n'apperçoit qu'un
cercle de feu continu. Differens sons qui
se succederoient rapidement les uns aux
autres , pourroient par la même raison
se faire entendre tout à la fois et en mê¬
me-temps. Une seule personne , si elle
pouvoit exprimer tous ces sons differens
et passer successivement, mais très-promp
tement d'un son à l'autre , pourroit donc
imite
452 MERCURE DE FRANCE
imiter le bruit confus et continu de differentes
voix , et par consequent ceux qui
l'entendroient sans voir l'Auteur du bruit,
eroiroient entendre à la fois toutes les
differentes voix qu'il contreferoit.
Mais pourquoi s'arrêter à prouver que
cela pourroit être ? Il y a des choses plus
réelles qu'elles ne semblent possibles. Telle
est celle dont il est question . Abandonnons
la preuve de la possibilité , et que
Pexperience du fait en décide . Il est constant
que bien des gens ont le talent dont
nous parlons. J'ai connu un jeune homme
qui derriere un Paravent imitoit d'une
façon surprenante un Choeur de voix
et d'Instrumens , le fameux Philbert, qui
a apporté en France la Flute Traversiere ;
avec une Poële , dès pincettes et sa voix ,
contrefaisoit , à s'y méprendre , le bruit
d'un ménage en rumeur, les cris du mari,
de la femme , des enfans , des chiens , des
Passans , du Guet et du Commissaire , et
faisoit accourir le voisinage. Depuis deux
ou trois ans la Cour et la Ville ont admiré
le même talent , peut être plus singulier
encore , dans le nommé Laillet ;
il alloit dans les maisons où il étoit mandé
, et sans sortir de la chambre où l'on
étoit , caché derriere uu Paravent ou un
rideau , il faisoit un bruit si varié et si
surprenant , en imitant un Concert , une
bagarre
MAR S. 1731 . 4532
bagarre , des éclats de rire , ou quelqu'au
tre bruit de cette espece , qu'on ne pouvoir
imaginer qu'il fût seul . Etant à souper
tête-à-tête avec un celebre Acteur
de l'Académie Royale de Musique , ona
assuré qu'ils ont fait monter dans la
chambre plus d'une fois le Guet , qui les .
trouvoit tranquillement assis à la table
vis-à-vis l'un de l'autre , et qui rappellé
par le même bruit , revenoit sur ses pasi
le moment d'après , avant que d'avoir
descendu le degré , et les retrouvoit aussi
tranquilles qu'il les avoit laissez.
Il est donc bien vrai et bien confirmé,
par l'experience , qu'un homme seul peut
imiter un bruit confus de voix et d'ins
trumens , assez parfaitement pour s'y mé
prendre. Or je dis qu'il est très possible:
qu'un homme placé derriere le mur audedans
du Parc d'Ansacq , où le bruit a
toûjours été entendu , se soit diverti à
joüer cetteComedie.Et il n'est pas necessaire
pour cela de lui supposer , à beaucoup
près , le talent d'un Philbert ou d'un.
Laillet , si ceux- ci ont pû tromper des
gens clairvoyans quelquefois préve→
nus et avertis , à combien plus forte raison
étoit- il aisé d'en imposer , par le même
moyen , au milieu de la nuit , à des
Paysans surpris , que les premiers sons
ent si fort effrayez , de leur aveu , que
l'un
454 MERCURE DE FRANCE
Fun d'eux ne voulut jamais permettre à
l'autre d'avancer pour chercher à reconnoître
d'où partoit le bruit . En lisant la
Relation dans cet esprit , on reconnoîtra
que tous les détails peuvent aisément s'ajuster
à cette Explication , sur tout si l'on
considere que la frayeur et la préocupa
tion peuvent avoir causé quelques éxagerations
et quelques erreurs même , dans
les circonstances du fait. Il n'est pas étonnant
, par exemple , que les Déposans
ayent jugé que la Scene se passoit en l'air,
puisqu'ils ne voyoient rien sur la terre
d'où ils pussent croire que le bruit partoit
; l'un d'eux dit , cependant , que
quelques-unes de ces voix ne lui avoit
paru qu'à la hauteur d'un homme ordinaire,
ce qui quadre fort à la supposition.
Il faut remarquer encore que c'est toujours
au- dedans du Parc que le bruit a commencé
à se faire entendre. Cette seconde voix
qui répondit sur le champ à la premiere du
fond d'une Gorge entre les deux Montagnes
( ce sont les termes du premier Déposant )
avant la confusion de voix qui se fit entendre
ensuite ; cette seconde voix , dis-je,
pouvoit être ou un Echo contrefait par la
premiere voix , ainsi que les bruits qui
ont suivi , ou peut -être un Echo veritable
qu'on sçait être beaucoup plus sensible la
nuit que le jour ; la refléxion de cet Echo
9
se
MARS. 1731. 455
se pouvoit faire sur la Côte opposée à celle
où se passoit le bruit , et c'est de cette
Côte oposée que l'ont entendu les deux
autres témoins qui alloient à Beauvais,
Il n'est pas étonnant qu'on ne distinguât
rien dans cette multitude de sons variés et
interrompus. Et quant au passage prérendu
de ce bruit le long de la rue et
devant la maison Presbiterale , il n'y a
qu'un ou deux témoins qui en déposent ,
et la frayeur dont ils avoüent qu'il étoient
saisis , pourroit bien leur avoir fait croire
ce bruit plus voisin qu'il n'étoit en effet ;
M. le Curé ne l'ayant pas entendu , quoiqu'il
soit dit qu'il passa devant sa porte.
On pouroit aussi supposer que l'Auteur
du bruit avoit pris ce chemin , ou que
sans sortir du Parc il en avoit suivi un à
peu près parallele à la rue du Village. La
situation du lieu et la connoissance du
Pays , pourroient en faire juger plus exactement.
Il est bien certain que dans ma suppo
sition les témoins auront crû entendre
tout ce qu'ils ont dit avoir entendu , et
qu'ils auront par consequent déposé comme
ils ont fait. M. le Curé d'Ansacq a
placé plusieurs des Habitans de sa Paroisse
, hommes , femmes et enfans , en differens
endroits pour chercher par leur
moyen à imiter les bruits entendus , et
速
456 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a pas réussi. D'ailleurs il remarque.
qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'il y
eût au milieu de la nuit un concours de
gens qui se fussent accordez pour donner
cette Scene.Nous avons prouvé qu'il n'en
falloit qu'un. C'est à M. le Curé d'Ansacq
à conjecturer qui ce peut être ; cela sera
du moins fort aisé , si la même chose
arrive encore. Quoiqu'il en soit , quelque
part où soient Loeillet ou ses Eleves ,
il est clair qu'ils ont de pareils Akousmates
à leur disposition.
Il n'est pas nécessaire de recourir à cet
te Explication pour chercher la cause de
la frayeur de ce Particulier de Clermont,
dont il est parlé dans l'Addition à la Relation
, lequel se jetta à bas de son che
val et à genoux il y a 15. ans , une nuit
en passant près du Village d'Ansacq, ayant
entendu ou crû entendre un grand bruit.
Je ne crois pas que vous ayez prétendu
me demander compte de toutes les ter
reurs paniques qui peuvent surprendre
un Voyageur ; je me suis seulement engagé
à expliquer comment une cause sim
ple et naturelle pouvoit avoir produit les
prétendus bruits aëriens dont il est parlé
dans la Relation , et je crois . y avoir satisfait:
Voilà , Monsieur , ce que je pense sur
les questions que vous m'avez proposécs
၂၄ ..
MARS. 1731. 457
je souhaite que ma Réponse puisse vous
Satisfaire , je ne vois que ce moyen de
concilier la vrai -semblance avec la bonne
foi des témoins , qui m'a paru ne devoir
Foint être suspecte. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE sur les bruits Aëriens entendus près le Village d'Ansacq, écrite de Paris ce 15. Fevrier 1731.
La lettre datée du 15 février 1731 aborde les bruits aériens entendus près du village d'Ansacq, mentionnés dans le Mercure de décembre 1730. L'auteur répond à une demande d'explication sur la possibilité et la véracité de ces bruits. Il souligne la crédibilité du curé d'Ansacq et des témoins, dont les dépositions sont cohérentes et recueillies avec soin. Cependant, le fait rapporté semble extraordinaire et comparable à des contes fantastiques. L'auteur explore la possibilité d'une erreur collective parmi les témoins. Il rejette l'idée que les bruits puissent être des cris d'animaux, les témoins ayant affirmé connaître ces sons. Il propose que les bruits entendus pourraient être des réflexions sonores ou des imitations par une seule personne, utilisant des techniques similaires à celles des ventriloques. La lettre mentionne des exemples de personnes capables d'imiter divers sons et bruits de manière convaincante. L'auteur suggère qu'un individu caché derrière le mur du parc d'Ansacq pourrait avoir produit ces bruits pour effrayer les paysans. Il explique que la frayeur et la précipitation des témoins pourraient avoir exacerbé leur perception des événements. L'auteur conclut en affirmant que sa théorie concilie la vraisemblance avec la bonne foi des témoins. Il n'entre pas dans les détails des terreurs paniques qui pourraient surprendre un voyageur, se concentrant uniquement sur l'explication des bruits aériens rapportés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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376
p. 481-491
OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
Début :
Comme je crois, Monsieur, que personne ne s'avise de soutenir que la [...]
Mots clefs :
Colonnes milliaires, Inscriptions, Monuments anciens, Carcassonne, Dijon, Antiquités, Épigraphie, Langres, Lyon
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
OBSERVATIONS sur deux Colomnes
milliaires , adressées à M. D. L. R.
par M. le Benf, Chanoine d'Auxerre.
Co
Omme je crois , Monsieur , que personne
ne s'avise de soutenir. que la
Pierre trouvée proche Carcassonne , de
laquelle il est fait mention dans le Mercure
de Juin 1729. soit un reste de Colomne
milliaire , il seroit inutile d'ajoûter
de nouvelles raisons à celles qui ont été
produites dans ce Journal pour détruire
cette idée. Vous vous êtes servi de l'occasion
que vous a presentée l'Inscription
qui est gravée dessus , pour en publier
une qu'on lit sur une veritable Colonne
milliaire , située entre Langres et Dijon .
Je ne puis me persuader que vous ayez
crû que ce fût une nouvelle découverte,
dont il fût à propos d'instruire le Public
, aussi-tôt qu'elle est venue à votre
connoissance. Je me souviens fort bien
que lorsque je vous envoyai la Description
telle que je l'avois trouvée dans des
Mémoires écrits il y a plus de soixante.
ans , je ne prétendis pas que la Pierre sur
laquelle est gravée cette Inscription , cût
été inconnue jusqu'alors , et vous entrâtes
482 MERCURE DE FRANCE
tes fort bien dans ma pensée, lorsque vous
marquâtes dans votre Journal que
l'Inscription
dont il s'agit avoit été découverte
il y a du temps.
&
Quelques Lecteurs auront , sans doute,
reconnu que par cette époque , j'ai eû
intention de remonter plus haut que la
découverte de la même Inscription , qui
› est annoncée dans les Memoires de Trévoux
de l'an 1703. puisque là copie que
je vous ai envoyée avoit été écrite dès
l'an 1662. Bien plus , je vous avouerai ,
qu'ayant recouru au vaste Recueil de
Gruter , j'y ai trouvé la même Inscrip
tion quant au fond. Ainsi toute l'utilité
qui revient au Public de la part que vous
lui avez faite de l'Inscription de la Colomne
située proche Sacquenay , consiste
à sçavoir que differens Lecteurs l'ont prise
differemment sur les lieux , selon qu'il
étoient plus ou moins au fait de déchiffrer
ces sortes de Monumens exposez aux injures
de l'air depuis tant de siecles.
Il s'agit présentement de décider qui!
sont ceux qui ont lû plus exactement ce
que contient cette Inscription . Gruter l'a
publiée il y a plus d'un siecle , sur les Memoires
de Roussat , mais d'une maniere
si visiblement dépravée , et pleine de tant
de fautes , qu'on ne peut presquen en inferer
autre chose , sinon qu'elle est de
l'EmMARS.
17310 483
l'Empereur Claude , et qu'elle désigne un
éloignement de Langres de vingt- deux
mille pas . Il s'explique encore très-mal ,
lorsqu'il dit qu'elle étoit à Langres , puisqu'il
est absurde de penser qu'un Monument
dressé pour marquer une distance
de plusieurs lieues de cette Ville , fût
placé dans la Ville même d'où se prend
cette distance .
Il faut , sans doute , entendre cette position
de la Colomne en question , de la
même maniere qu'on entend ce que le
même Gruter dit de celle de Solaize, lorsqu'il
marque qu'elle est à Vienne , ( a )
quoiqu'elle en soit à deux bonnes lieuës.
Gruter écrivant hors du Royaume , ne
s'est pas toûjours picqué de parler avec
l'exactitude et la précision convenable
des Inscriptions qui y sont renfermées.
Au reste il est bon et utile que de temps
en temps les mêmes Inscriptions reparoissent
, afin qu'on puisse dans la suite
en développer le contenu avec plus de
certitude , et de parvenir à en donner
une explication qui ne souffre plus de difficulté.
Pour vous épargner la peine de recourir
à Gruter , aux Memoires de Trévoux
, et même à la copie faite sur ce que
le Pere Chifflet a dicté en 1662. je les
représenterai ici telles qu'elles sont imprimées
.
(a ) Page 188.
484 MERCURE DE FRANCE .
Gruter , page 153 .
TI CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. T NI XXX
TRIB. POTEST III P M
III P. P. COS. IX.. E
I ... SICNS ... IIII
AND . M. P. XXII.
Copie du Pere Chifflet.
TI. CLAVD. DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. PONT. MAX.
TRIB. POTEST III IMP.
I Р. P. COS. III. DE
SIGN IIII
AND. M. P. XXII.
Memoires de Trévoux , 1703. page 1647 .
TI. CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG. GER
MANIC. PONT. MAX
TRIB. POTEST II. IMP.
III. P. P. COS. II DE
SIGNAT III.
AND. M. P. XXII.
Je suis persuadé , Monsieur , qu'avec
d'attention sur ces trois copies,
un peu on
MARS. 1731. 485
on sera convaincu que c'est la même Inscription
prise differemment differens
par
Lecteurs ; et que comme les Mémoires de
Trévoux, et la Copie du P.Chifflet, ne sont
pas censez citer une autre Inscription ,
que celle du Village de Saquenay , quoiqu'il
y ait de la variation dans les dates ,
celle aussi qu'on trouve dans Gruter n'appartient
pas non - plus à une autre Cofomne
milliaire , et que c'est celle du même
Village . Le nombre égal de sept lignes ,
partagées d'une maniere toute semblable ,
joint à la cotte du milliaire , qui est la
même par tout , est , ce me semble , une
démonstration suffisante de cette identité.
Il est visible que dans Gruter la fin de
la troisième , quatrième et cinquiéme lignes,
et toute la sixième, sont plutôt ébauchées
par des gens qui ont deviné comme
ils ont pû , que bien représentées dans
le style ordinaire ; et ainsi les differences
qu'on y trouve n'établissant rien de solide
, on doit les expliquer par les copies
prises posterieurement.
Il ne resteroit plus qu'à sçavoir qui a
le mieux lû les chiffres du Tribunat dé
Claude , ceux du Consulat et de la désignation
, ou le Pere Chifflet en 166 2. ou
M. Moreau de Montour en 1703. mais on
peut en toute sûreté se reposer sur l'exacritude
de cet habile Académicien , sup-
D posé
46 MERCURE DE FRANCE
posé que ce soit de ses propres yeux qu'il
ait vû la Colomne dont je parle , et non
par les yeux d'autrui . J'ajoûterai seulement
à ce qu'il a écrit sur ce Monument,
les dimensions qu'un de vos amis , à qui
vous avez recommandé la chose , en est
allé prendre sur les lieux , et qu'il m'a
communiquées. La base de cette Colomne
sort de terre environ la hauteur de deux
pieds , et la largeur de la même base est
à peu près égale. La Colomne a en ellemême
six à sept pieds de hauteur et cinq
à six pieds de circonference ; desorte que
d'élevation de tout ce qui paroît hors de
terre est de huit à neuf pieds. Au reste
si quelque Antiquaire a encore des doutes
sur cette Inscription , à cause des variantes
qui paroissent , il peut se contenter
et aller l'éxaminer lui- même dans le
Pays où elle se trouve.
J'invite aussi à faire la même démar•
che , à l'égard de la Colomne milliaire de
Solaize , tous ceux qui ne voudroient pas
ajoûter foi à ce que je suis en état de vous.
en dire. Je l'ai examinée assez long- tems
et avec assez d'attention , pour pouvoir
en parler sçavamment. L'Inscription de
cette Colomne , quoique très-bien conservée
, et très - lisible , à souffert aussi
beaucoup de variantes . Gruter la donne
dans une distribution de lignes toute differente
MARS. 1731. 487
ferente de ce qu'elle est. Outre cela il
obmet le chiffre du milliaire qui est VII.
et il prend les deux lettres P. P. significatives
de Pater Patria , pour toute autre
chose que ce qu'elles désignent. Le
Pere du Bois , Celestin , qui a recueilli
les Inscriptions du Pays Viennois et des
environs, autant qu'il lui a été possible, se
trompe aussi beaucoup sur les derniers caracteres
de cette Inscription , lorsqu'il
la fait finir ainsi : COS II ROM .
J'ajoûterai à tout cela que l'inexactitude
de Gruter a été suivie par quelques Modernes
, et c'est ce qu'il est important
d'observer. Ces derniers ne s'étant pas
donné la peine de recourir à l'Original,
se sont crûs assez autorisez pour conclure
que la fin de cette Inscription signifioit
REFECIT, supposant que Gruter avoit
été fidelement instruit de ce qu'elle contenoit,
et qu'il en falloit juger comme de
celle d'une autre Colomne milliaire qu'on
dit être à Montpellier. Pour moi qui
m'en suis défié , je n'ai pas manqué , en
revenant de Vienne l'année derniere , au
mois d'Octobre , de quitter la route nouvelle
, qui passe à Saint Saphorin d'Ozon ,
pour rentrer dans l'ancienne route militaire
à Solaire , qui n'en est éloigné que
d'un quart de lieuë , à main gauche , et
y ayant trouvé sur le bord de ce grand
Dij chemin
488 MERCURE DE FRANCE
chemin la Colomne dont je vous parle
voici les remarques que j'y ai faites.
- Elle est assise sur quatre degrés de pierre
qui forment autant de cercles . Le chemin
le plus droit , auprès duquel elle est,
conduit à Lyon , l'autre mene au Village
même de Solaize. Sa hauteur , compris la
base et le chapiteau , est de neuf à dix
pieds , et ce chapiteau est surmonté d'une
Croix , qu'on voit bien avoir été mise
là après coup , et apparament pour
contribuer à la conservation du Monument.
Cela n'a pas cependant empêché
que quelques Paysans n'ayent jetté des
pierres contre cette Colomne , ensorte
que les deux premieres lettres de la premiere
ligne et les deux premieres de la
quatrième en ont été un peu défigurées ,
mais elles sont encore suffisament lisibles
; et voici l'arrangement dans lequel
les lignes qui la compsent sont conçuës :
TI. CLAVDIVS DRUSI F.
CAESAR AVGVST.
GERMANICVS
PONT. MAX. TR. POT. III.
IMP. III COS III. P. P.
VII.
Je puis vous protester qu'il n'y a pas
autre chose , et que j'ai pris tout le soin
possible
MARS. 1731. 489
possible pour m'assurer de la yeritable
lecture de cette Inscription . Le RE , que
quelques Sçavans prétendent finir la derniere
ligne , n'y est aucunement. Au lieu
de cela le double P. y est très-visible ;
et pour conclusion , on y voit d'un caractere
un peu plus gros le nombre Romain
VII. qui marque qu'en cet endroit
finit le septiéme milliaire de Vienne à
Lyon. En effet Inscription de la Colomne
est tournée du côté de Vienne , et
elle fait face à ceux qui montent la perite
Montagne , sur laquelle est situé le
Village. Ce septième milliaire fait la moitié
du chemin d'entre les deux grandes
Villes ; et sans doute que c'est parce qu'on
se reposoit en cet endroit, et que les Troupes
y faisoient alte , qu'on l'a appellé Selatium
, et depuis Solaize , en langage vulgaire
, formé sur le Latin.
J'eus l'obligation à M. Baudrand , digne
Curé de la Paroisse , cousin du celebre
Géographe de ce nom , de m'avoir
conduit lui- même dans le lieu de son territoire
où cette Colomne est érigée. On
ne connoît aucunement dans ce Village
la Maison des Bernardins , dans laquelle
le Pere du Bois assuroit en 1605. qu'on
la voyoit. M. le Curé me fit voir aussi
à quelques pas au- dessous de cette Colomine
les restes d'un Canal fait d'une
D iij matiere
490 MERCURE DE FRANCE
matiere qu'on appelle du Bleton , dans le
Pays, et qui n'est que du gravier détrempé
avec de la Chaux. Je ne puis vous
marquer ce que le Pere Ménetrier a dit
de cette Inscription de Solaize dans son
Histoire Consulaire de Lyon. C'est un
Livre qui manque dans nos cantons. J'aime
mieux , au reste , avoir vû par moi-même
l'Original , que beaucoup de copies infideles
, sur lesquelles on ne peut compter
, comme sur celle que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai vu cette année dans un Jardin situé
derriere l'Eglise de l'Abbaye de S. Medard
de Soissons , l'Inscription rapportée
par Dom Martenne , dans son second
Voyage Litteraire , page 18. C'est aussi
une de ces Colomnes milliaires , quoique
le terme de mille ni la lettre initiale ne
s'y trouvent pas ; mais elle n'est pas du
Regne de l'Empereur Claude. Comme
l'injure du temps en a rendu les caracteres
difficiles à suivre , je n'ai pû verifier
les copies qui en ont été faites. Mais pour
le sûr , le mot Leuga , y est employé.
Je vous ai avoué franchement que je
crois qu'il faut abandonner toute idée de
Colomne milliaire à l'égard de la Colomne
de Carcassonne. C'est par où j'ai commencé
cette Lettre. Permettez , en la finissant
, que je revienne à ce qui a été
observé
MARS. 1731. 451
observé sur la Lettre de M. de Murat ,
Juge- Mage de cette Ville , et que je vous
fasse faire attention qu'il y a un exemple
de trop parmi ceux qu'on a apportés à dessein
de prouver que souvent un même
homme avoit un double nom , dont l'un
étoit le dérivé ou le diminutif de l'autre ,
et d'en conclure que le même Prince avoit
pû s'appeller Numerius- Numerianus. C'est
la citation qu'on fait du Martyrologe Romain
au 31 , May. On dit que Cantius et
Cantianus , sont les deux noms d'un même
homme ; mais on l'avance gratis et
contre la foi de l'Histoire. Les Actes que
Dom Mabillon a donné de ces saints Martyrs
à la fin de son Livre de la Liturgie.
Gallicane, sur un Manuscrit deM.Obrecht,
et le Sermon de S. Maxime de Turin ,
font trois personnes de Cantus Cantianus
et Cantianitta S. Maxime dit : Quam benè
et jucundè tres Martyres uno penè vocabulo
nuncupantur ! Les Actes disent : Advenerunt
tres Germani ex urbe Româ , &c. Voilà
qui me paroît décisif. Je suis , &c.
Ce 18. Octobre 1730 .
milliaires , adressées à M. D. L. R.
par M. le Benf, Chanoine d'Auxerre.
Co
Omme je crois , Monsieur , que personne
ne s'avise de soutenir. que la
Pierre trouvée proche Carcassonne , de
laquelle il est fait mention dans le Mercure
de Juin 1729. soit un reste de Colomne
milliaire , il seroit inutile d'ajoûter
de nouvelles raisons à celles qui ont été
produites dans ce Journal pour détruire
cette idée. Vous vous êtes servi de l'occasion
que vous a presentée l'Inscription
qui est gravée dessus , pour en publier
une qu'on lit sur une veritable Colonne
milliaire , située entre Langres et Dijon .
Je ne puis me persuader que vous ayez
crû que ce fût une nouvelle découverte,
dont il fût à propos d'instruire le Public
, aussi-tôt qu'elle est venue à votre
connoissance. Je me souviens fort bien
que lorsque je vous envoyai la Description
telle que je l'avois trouvée dans des
Mémoires écrits il y a plus de soixante.
ans , je ne prétendis pas que la Pierre sur
laquelle est gravée cette Inscription , cût
été inconnue jusqu'alors , et vous entrâtes
482 MERCURE DE FRANCE
tes fort bien dans ma pensée, lorsque vous
marquâtes dans votre Journal que
l'Inscription
dont il s'agit avoit été découverte
il y a du temps.
&
Quelques Lecteurs auront , sans doute,
reconnu que par cette époque , j'ai eû
intention de remonter plus haut que la
découverte de la même Inscription , qui
› est annoncée dans les Memoires de Trévoux
de l'an 1703. puisque là copie que
je vous ai envoyée avoit été écrite dès
l'an 1662. Bien plus , je vous avouerai ,
qu'ayant recouru au vaste Recueil de
Gruter , j'y ai trouvé la même Inscrip
tion quant au fond. Ainsi toute l'utilité
qui revient au Public de la part que vous
lui avez faite de l'Inscription de la Colomne
située proche Sacquenay , consiste
à sçavoir que differens Lecteurs l'ont prise
differemment sur les lieux , selon qu'il
étoient plus ou moins au fait de déchiffrer
ces sortes de Monumens exposez aux injures
de l'air depuis tant de siecles.
Il s'agit présentement de décider qui!
sont ceux qui ont lû plus exactement ce
que contient cette Inscription . Gruter l'a
publiée il y a plus d'un siecle , sur les Memoires
de Roussat , mais d'une maniere
si visiblement dépravée , et pleine de tant
de fautes , qu'on ne peut presquen en inferer
autre chose , sinon qu'elle est de
l'EmMARS.
17310 483
l'Empereur Claude , et qu'elle désigne un
éloignement de Langres de vingt- deux
mille pas . Il s'explique encore très-mal ,
lorsqu'il dit qu'elle étoit à Langres , puisqu'il
est absurde de penser qu'un Monument
dressé pour marquer une distance
de plusieurs lieues de cette Ville , fût
placé dans la Ville même d'où se prend
cette distance .
Il faut , sans doute , entendre cette position
de la Colomne en question , de la
même maniere qu'on entend ce que le
même Gruter dit de celle de Solaize, lorsqu'il
marque qu'elle est à Vienne , ( a )
quoiqu'elle en soit à deux bonnes lieuës.
Gruter écrivant hors du Royaume , ne
s'est pas toûjours picqué de parler avec
l'exactitude et la précision convenable
des Inscriptions qui y sont renfermées.
Au reste il est bon et utile que de temps
en temps les mêmes Inscriptions reparoissent
, afin qu'on puisse dans la suite
en développer le contenu avec plus de
certitude , et de parvenir à en donner
une explication qui ne souffre plus de difficulté.
Pour vous épargner la peine de recourir
à Gruter , aux Memoires de Trévoux
, et même à la copie faite sur ce que
le Pere Chifflet a dicté en 1662. je les
représenterai ici telles qu'elles sont imprimées
.
(a ) Page 188.
484 MERCURE DE FRANCE .
Gruter , page 153 .
TI CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. T NI XXX
TRIB. POTEST III P M
III P. P. COS. IX.. E
I ... SICNS ... IIII
AND . M. P. XXII.
Copie du Pere Chifflet.
TI. CLAVD. DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. PONT. MAX.
TRIB. POTEST III IMP.
I Р. P. COS. III. DE
SIGN IIII
AND. M. P. XXII.
Memoires de Trévoux , 1703. page 1647 .
TI. CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG. GER
MANIC. PONT. MAX
TRIB. POTEST II. IMP.
III. P. P. COS. II DE
SIGNAT III.
AND. M. P. XXII.
Je suis persuadé , Monsieur , qu'avec
d'attention sur ces trois copies,
un peu on
MARS. 1731. 485
on sera convaincu que c'est la même Inscription
prise differemment differens
par
Lecteurs ; et que comme les Mémoires de
Trévoux, et la Copie du P.Chifflet, ne sont
pas censez citer une autre Inscription ,
que celle du Village de Saquenay , quoiqu'il
y ait de la variation dans les dates ,
celle aussi qu'on trouve dans Gruter n'appartient
pas non - plus à une autre Cofomne
milliaire , et que c'est celle du même
Village . Le nombre égal de sept lignes ,
partagées d'une maniere toute semblable ,
joint à la cotte du milliaire , qui est la
même par tout , est , ce me semble , une
démonstration suffisante de cette identité.
Il est visible que dans Gruter la fin de
la troisième , quatrième et cinquiéme lignes,
et toute la sixième, sont plutôt ébauchées
par des gens qui ont deviné comme
ils ont pû , que bien représentées dans
le style ordinaire ; et ainsi les differences
qu'on y trouve n'établissant rien de solide
, on doit les expliquer par les copies
prises posterieurement.
Il ne resteroit plus qu'à sçavoir qui a
le mieux lû les chiffres du Tribunat dé
Claude , ceux du Consulat et de la désignation
, ou le Pere Chifflet en 166 2. ou
M. Moreau de Montour en 1703. mais on
peut en toute sûreté se reposer sur l'exacritude
de cet habile Académicien , sup-
D posé
46 MERCURE DE FRANCE
posé que ce soit de ses propres yeux qu'il
ait vû la Colomne dont je parle , et non
par les yeux d'autrui . J'ajoûterai seulement
à ce qu'il a écrit sur ce Monument,
les dimensions qu'un de vos amis , à qui
vous avez recommandé la chose , en est
allé prendre sur les lieux , et qu'il m'a
communiquées. La base de cette Colomne
sort de terre environ la hauteur de deux
pieds , et la largeur de la même base est
à peu près égale. La Colomne a en ellemême
six à sept pieds de hauteur et cinq
à six pieds de circonference ; desorte que
d'élevation de tout ce qui paroît hors de
terre est de huit à neuf pieds. Au reste
si quelque Antiquaire a encore des doutes
sur cette Inscription , à cause des variantes
qui paroissent , il peut se contenter
et aller l'éxaminer lui- même dans le
Pays où elle se trouve.
J'invite aussi à faire la même démar•
che , à l'égard de la Colomne milliaire de
Solaize , tous ceux qui ne voudroient pas
ajoûter foi à ce que je suis en état de vous.
en dire. Je l'ai examinée assez long- tems
et avec assez d'attention , pour pouvoir
en parler sçavamment. L'Inscription de
cette Colomne , quoique très-bien conservée
, et très - lisible , à souffert aussi
beaucoup de variantes . Gruter la donne
dans une distribution de lignes toute differente
MARS. 1731. 487
ferente de ce qu'elle est. Outre cela il
obmet le chiffre du milliaire qui est VII.
et il prend les deux lettres P. P. significatives
de Pater Patria , pour toute autre
chose que ce qu'elles désignent. Le
Pere du Bois , Celestin , qui a recueilli
les Inscriptions du Pays Viennois et des
environs, autant qu'il lui a été possible, se
trompe aussi beaucoup sur les derniers caracteres
de cette Inscription , lorsqu'il
la fait finir ainsi : COS II ROM .
J'ajoûterai à tout cela que l'inexactitude
de Gruter a été suivie par quelques Modernes
, et c'est ce qu'il est important
d'observer. Ces derniers ne s'étant pas
donné la peine de recourir à l'Original,
se sont crûs assez autorisez pour conclure
que la fin de cette Inscription signifioit
REFECIT, supposant que Gruter avoit
été fidelement instruit de ce qu'elle contenoit,
et qu'il en falloit juger comme de
celle d'une autre Colomne milliaire qu'on
dit être à Montpellier. Pour moi qui
m'en suis défié , je n'ai pas manqué , en
revenant de Vienne l'année derniere , au
mois d'Octobre , de quitter la route nouvelle
, qui passe à Saint Saphorin d'Ozon ,
pour rentrer dans l'ancienne route militaire
à Solaire , qui n'en est éloigné que
d'un quart de lieuë , à main gauche , et
y ayant trouvé sur le bord de ce grand
Dij chemin
488 MERCURE DE FRANCE
chemin la Colomne dont je vous parle
voici les remarques que j'y ai faites.
- Elle est assise sur quatre degrés de pierre
qui forment autant de cercles . Le chemin
le plus droit , auprès duquel elle est,
conduit à Lyon , l'autre mene au Village
même de Solaize. Sa hauteur , compris la
base et le chapiteau , est de neuf à dix
pieds , et ce chapiteau est surmonté d'une
Croix , qu'on voit bien avoir été mise
là après coup , et apparament pour
contribuer à la conservation du Monument.
Cela n'a pas cependant empêché
que quelques Paysans n'ayent jetté des
pierres contre cette Colomne , ensorte
que les deux premieres lettres de la premiere
ligne et les deux premieres de la
quatrième en ont été un peu défigurées ,
mais elles sont encore suffisament lisibles
; et voici l'arrangement dans lequel
les lignes qui la compsent sont conçuës :
TI. CLAVDIVS DRUSI F.
CAESAR AVGVST.
GERMANICVS
PONT. MAX. TR. POT. III.
IMP. III COS III. P. P.
VII.
Je puis vous protester qu'il n'y a pas
autre chose , et que j'ai pris tout le soin
possible
MARS. 1731. 489
possible pour m'assurer de la yeritable
lecture de cette Inscription . Le RE , que
quelques Sçavans prétendent finir la derniere
ligne , n'y est aucunement. Au lieu
de cela le double P. y est très-visible ;
et pour conclusion , on y voit d'un caractere
un peu plus gros le nombre Romain
VII. qui marque qu'en cet endroit
finit le septiéme milliaire de Vienne à
Lyon. En effet Inscription de la Colomne
est tournée du côté de Vienne , et
elle fait face à ceux qui montent la perite
Montagne , sur laquelle est situé le
Village. Ce septième milliaire fait la moitié
du chemin d'entre les deux grandes
Villes ; et sans doute que c'est parce qu'on
se reposoit en cet endroit, et que les Troupes
y faisoient alte , qu'on l'a appellé Selatium
, et depuis Solaize , en langage vulgaire
, formé sur le Latin.
J'eus l'obligation à M. Baudrand , digne
Curé de la Paroisse , cousin du celebre
Géographe de ce nom , de m'avoir
conduit lui- même dans le lieu de son territoire
où cette Colomne est érigée. On
ne connoît aucunement dans ce Village
la Maison des Bernardins , dans laquelle
le Pere du Bois assuroit en 1605. qu'on
la voyoit. M. le Curé me fit voir aussi
à quelques pas au- dessous de cette Colomine
les restes d'un Canal fait d'une
D iij matiere
490 MERCURE DE FRANCE
matiere qu'on appelle du Bleton , dans le
Pays, et qui n'est que du gravier détrempé
avec de la Chaux. Je ne puis vous
marquer ce que le Pere Ménetrier a dit
de cette Inscription de Solaize dans son
Histoire Consulaire de Lyon. C'est un
Livre qui manque dans nos cantons. J'aime
mieux , au reste , avoir vû par moi-même
l'Original , que beaucoup de copies infideles
, sur lesquelles on ne peut compter
, comme sur celle que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai vu cette année dans un Jardin situé
derriere l'Eglise de l'Abbaye de S. Medard
de Soissons , l'Inscription rapportée
par Dom Martenne , dans son second
Voyage Litteraire , page 18. C'est aussi
une de ces Colomnes milliaires , quoique
le terme de mille ni la lettre initiale ne
s'y trouvent pas ; mais elle n'est pas du
Regne de l'Empereur Claude. Comme
l'injure du temps en a rendu les caracteres
difficiles à suivre , je n'ai pû verifier
les copies qui en ont été faites. Mais pour
le sûr , le mot Leuga , y est employé.
Je vous ai avoué franchement que je
crois qu'il faut abandonner toute idée de
Colomne milliaire à l'égard de la Colomne
de Carcassonne. C'est par où j'ai commencé
cette Lettre. Permettez , en la finissant
, que je revienne à ce qui a été
observé
MARS. 1731. 451
observé sur la Lettre de M. de Murat ,
Juge- Mage de cette Ville , et que je vous
fasse faire attention qu'il y a un exemple
de trop parmi ceux qu'on a apportés à dessein
de prouver que souvent un même
homme avoit un double nom , dont l'un
étoit le dérivé ou le diminutif de l'autre ,
et d'en conclure que le même Prince avoit
pû s'appeller Numerius- Numerianus. C'est
la citation qu'on fait du Martyrologe Romain
au 31 , May. On dit que Cantius et
Cantianus , sont les deux noms d'un même
homme ; mais on l'avance gratis et
contre la foi de l'Histoire. Les Actes que
Dom Mabillon a donné de ces saints Martyrs
à la fin de son Livre de la Liturgie.
Gallicane, sur un Manuscrit deM.Obrecht,
et le Sermon de S. Maxime de Turin ,
font trois personnes de Cantus Cantianus
et Cantianitta S. Maxime dit : Quam benè
et jucundè tres Martyres uno penè vocabulo
nuncupantur ! Les Actes disent : Advenerunt
tres Germani ex urbe Româ , &c. Voilà
qui me paroît décisif. Je suis , &c.
Ce 18. Octobre 1730 .
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
La lettre de M. le Bénf, Chanoine d'Auxerre, adressée à M. D. L. R., traite de deux colonnes milliaires. L'auteur conteste l'affirmation selon laquelle une pierre découverte près de Carcassonne serait une colonne milliaire, jugeant les arguments du Mercure de juin 1729 suffisants pour réfuter cette idée. Il évoque une colonne milliaire située entre Langres et Dijon, connue depuis plus de soixante ans et publiée dans les Mémoires de Trévoux en 1703. Plusieurs copies de l'inscription de cette colonne existent, notamment dans le recueil de Gruter, mais elles contiennent des erreurs. L'auteur compare différentes versions de l'inscription, soulignant les variations et les erreurs de lecture. La lettre mentionne également une colonne milliaire à Solaize, près de Vienne, en décrivant son état et son inscription. L'auteur critique les inexactitudes de Gruter et d'autres auteurs modernes qui n'ont pas consulté l'original. Il conclut en réfutant à nouveau l'idée que la colonne de Carcassonne soit milliaire et en discutant des noms des saints martyrs Cantius et Cantianus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
377
p. 495-504
RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
Début :
Puisqu'il ne s'agit, Monsieur, que de rêpondre à M. Barrés pour mériter [...]
Mots clefs :
Bons Auteurs, Médecins, Eau de vie, Vin, Volatilité , Remède, Voiture, Liqueur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
REPONSE de M. Brubier d'Ablaincourt
, Docteur en Medecine , à la Lettre
de M. Barrés , inserée dans le Mercure
de Novembre 1730.
de
Puisqu'il ne s'agit,Monsieur , que répondre à M. Barrés pour mériter
son estime , qu'il se prépare à doubler la
dose. Si je n'étois pas plus disposé que
lui à expliquer favorablement les intentions
d'autrui , je ferois , sans doute ,
moins de cas d'une estime acquise à si bon
marché , et seulement pour avoir répondu à
D vj Jes
Dv
496 MERCURE DE FRANCE
ses Reflexions ; mais persuadé qu'une personne
dont l'esprit doit être cultivé par
la lecture des bons Auteurs , avantage que
les, plus zelés ennemis de la profession ne
refusent pas aux Medecins , sçait mieux
à quel prix elle doit mettre son estime ;
M. B. me laisse entrevoir que mes Réponses
ont eu le bonheur de lui plaire
ce qui n'est pas incompatible avec la diversité
de nos sentimens ; je vais faire de
mcn mieux pour le contenter encore ; et
comme sa Lettre n'est composée que de
refléxions détachées , vous me dispenserez
, s'il vous plaît , de suivre un ordre
déterminé.
M. B. semble me reprocher d'abord
d'avoir appellé l'autorité à mon secours ;
ce langage a tout lieu de me surprendre
dans une personne qui exerce une profession
dont l'observation fait la base , et
où la raison ne tient que le second rang.
Il se sert ensuite des mêmes armes pour
me combattre ; sept ou huit Auteurs qu'il
me cite , et une infinité d'autres qu'un
c. me fait entrevoir
prouvent avec
moi , si on veut l'en croire , qu'un usage
moderé de l'Eau de vie est loüable dans.
la santé et dans la maladie.
,
Comme je ne me souviens pas d'avoir
avancé ce principe , qui seroit formellement
contraire à la these que j'ai voulu
défenMARS.
1731. 497
défendre , et qu'il me paroît qu'on devoit
conclure tout autrement de ce que je regar
de l'avantage qui peut revenir de l'usage de
l'Eau de vie aux vieillards, auxFlamands et
à quelques autres personnes , comme une
exception à la loi genérale , les autorités
qu'on allegue en faveur de mon prétendu
sentiment, se tournent contre moi ; il faut
donc y répondre.
Je demande d'abord si ces Auteurs par
lent du vin ou de l'Eau de vie , car sans
gasconade , il y en a plusieurs parmi ceux
qu'on cite nommément, que je ne connois
que de nom. A juger par le passage de
Varandaeus qu'on nous donne pour échantillon
de leur sentiment , ils ne parlent
que du vin ; or quelle difference du vin
à l'Eau de vie de quelle quantité de
phlegmes les soufres volatiles du vin ne
sont- ils pas inondés au lieu qu'ils sont
dévelopés dans l'Eau de vie , et raprochés
de maniere qu'un verre de bonnet
Eau de vie renferme peut- être plus d'esprits
qu'une bouteille de bon vin. Varaudous
même ne fait- il pas plutôt pour
moi que pour M. B. puisque suivant cet
Auteur , pour se servir utilement du vin,
il doit être qualitate temperatum , et limphis
refractum , quod generosius est. Ces qualités
se trouvent-elles dans l'Eau de vie ? er en
nous renfermant dans la question que
traite
#
498 MERCURE DE FRANCE
traite l'Auteur , à quoi bon tant de précaution
, si la volatilité des soufres du
vin n'étoit pas nuisible par elle même ?
pour
M. B. applique à l'Eau de vie ce que
Varaudons dit du vin , calefacit , concoctionem
juvat. C'est donc un remede
les estomacs froids , et un poison pour les
estomacs chauds ; dans le dernier cas , il
n'accelere pas la digestion , il la précipite
, il la supprime même en entier , en
donnant aux fibres de l'estomach une
tension spasmodique qui empêche le
mouvement de trituration de ce viscere ,
ou qui resserrant les pores excretoires de
ses glandes , les empêche de filtrer le ferment
stomachal ; l'Eau de vie est donc
également funeste dans l'un et l'autre sentiment.
C'est même ce dont M. B. convient
en quelque maniere , en proposant
son premier Problême : il demande si les
Ouvriers qui boivent du vin bien trempé ont
moins de force que ceux qui ne boivent
de l'eau; c'est reculer étrangement quand
on a conseillé plus haut l'usage de l'Eau
de vie pure. Cette espece de retorqueo ne
tombe pas sur moi , qui n'ai jamais prétendu
que le vin bien trempé fut nuisible
; mais je soutiens , c'est la réponse au
second Problême , et je le prouverai par
la suite , qu'un usage moderé de l'Eau de
vie nuit à la longue , à moins qu'un contrepoison
que
MARS. 1737 . 499
trepoison aussi efficace que l'âge ou la
bierre n'en suspende l'effet.
Voilà ce que j'ai à répondre aux autorités
dont se pare M. B. on ne s'attend
pas , sans doute , que je réponde à celles
d'Ovide et de Regnier , qu'un de ses Con .
freresa cités si judicieusement dans un
Ouvrage de la nature des nôtres ; je renvoye
ce Docteur au Rondeau de Voiture,
qui commence par ces mots : Un buveur
d'eau ; je lui laisse le soin de concilier ces
differentes autorités .
Q
Voici maintenant un autre raisonnement
de M. B. l'Eau de vie s'étant introduite
dans l'art de guerir , ne sçauroit passer
scrupuleusement pour une eau de mort. C'est
ce dont je ne conviens pas par deux raisons
: S'il est vrai que tous les remedes
soient des poisons , suivant cet axiome
d'Hipocrate pharmaca sunt vénena , axiome
adopté par M. B. on peut en conclure
que leur usage est toujours dangereux ,
pour ne pas dire funeste, 2º Les remedes
préparés avec l'Eau de vie sont - ils tou
jours innocens ? il n'y a qu'à consulter
Sydenham , et on le verra se plaindre des
mauvais effets de son Laudanum liquide ,
* M. Ziorcal , Docteur de Montpellier , dans
une réfutation d'une Piéce d'un autre M. Bar
gés , réfutation inserée dans le Mercure d'Oc➡
tobre 1730.
quoi500
MERCURE DE FRANCE.
quoique préparé seulement avec le vin ;
ce qui fait que beaucoup de Praticiens
veulent que T'extrait de l'opium se fasse
avec l'eau. Cette remarque servira de ré
ponse à la critique que fait M. B. du ter
me de mauvais remede que j'ai employé.
Les remedes sont des poisons ; l'Eau de
vie est un remede ; donc &c.
Si ces experiences étoient de son goûr,
je le prierois encore de faire attention à
un défaut que Freind reproche aux teintures
tirées avec l'esprit de vin de tous les
fondans connus sous le nom d'emmenagogues
', qui ont formé un coagulum plus ou
moins épais , pendant que le mixte seul
a parfaitement divisé la partie du sang
à
laquelle on l'a mêlé ; il ne s'ensuit pas ce
pendant qu'il faille rejetter ces sortes de
viandes à cause de cet inconvenient , qui
suivant la remarque du Docteur Anglois,
est compensé par d'assez grands avantages.
De tout cela , je conclus que
clusion de M. Le Hoc ne peut être attaquée
, puisqu'étant genérale , elle n'exclud
pas les exceptions . Donnons un exemple
: De ce que Mithridate s'est accoutumé
aux poisons , auroit - on raison d'attaquer
une conclusion dans laquelle on
diroit qu'ils sont mortels ?
la con
Mais , me dira- t'on , vous citez un
exemple unique , et qui ne peut être ap
pliqué
MARS. 1731. Sot
pliqué à l'Eau de vie dont on fait tous
les jours usage .
Je réponds que cet exemple n'est uni
que que parceque la frayeur attachée à
l'idée de poison a empêché plusieurs per
sonnes , qui peut -être étoient dans le cas
de ce Prince , de vouloir faire une épreu
ve aussi dangereuse. Il en seroit de même
de l'Eau de vie , si une malheureuse familiarité
n'avoit fermé les yeux de ceux
qui s'en servent. Mais comment se persuader
qu'un fruit aussi agréable à la vuë
et au goût que le raisin , puisse par la
fermentation et la distilation conséquente
donner une liqueur traîtresse et funeste i
loin d'en être persuadé , il faut être Phi
sicien ou Medecin pour oser seulement
penser qu'il en puisse être ainsi .
Vous raisonnez toujours , objectera-t'on ,
sur votre même hypothese ; quelle preuve
avez vous que la force du feu n'a pas fait de
l'Eau de vie un composé different de ce-
Fui du vin ?cela n'arrive-t'il pas dans d'autres
cas ?
Je sçais que la décomposition de quel
ques mixtes dépouille souvent les differentes
parties qui en sont le produit des quali
tés qu'avoit le tout ; mais ne puis- je pas
demander à mon tour quelle preuve on
a qu'il en arrive autant au vin ? de plus ,
je conclurai des paroles de M. B. que ce
chan
go2 MERCURE DE FRANCE.
changement n'arrive pas ; car sans répeter
tout ce qu'il a dit du vin et de l'Eau de
vie , n'attribuë- t'il pas à l'un et à l'autre
les mêmes qualités ? c'en est assez , je
crois , pour anéantir son objection.
Nous convenons me dit- il plus bas ,
que l'abus
que le commun des hommes fais
de l'Eau de vie donne origine à mille maux
et à la mort qu'elle anticipe ... c'est à tort
que vous nous accusez d'en favoriser l'abus.
que
و
Je réponds d'abord par un raisonnement
dont j'ai fait usage dans mes Reflexions
, si beaucoup d'Eau de vie est trèsnuisible
, un peu l'est un peu ; je crois
pouvoir user de ce raisonnement sans
qu'on puisse me reprocher un cercle
après avoir prouvé par Varandaeus même
l'Eau de vie doit être funeste dans l'état
de santé, et par Hippocrate, Sydenham
et Freind ,qu'elle est dangereuse dans l'état
de maladie. Je dis en second lieu que son
usage devroit être entierement proscrit
de la vie civile , à cause de la necessité
qu'il impose de le continuer pour entre
tenir la circulation du sang et les forces
de celui qui s'en sert , et du penchant fatal
que donne cette liqueur à en continuer
, et même à en augmenter l'usage ,
lorsqu'on s'est fait une habitude de s'en
servir. M.B. en convient lui - même en disant
par réponse à l'objection que je lui
faisois
MARS. 1731. ၂၁
faisois au sujet des gens de travail qui ne
peuvent tirer d'utilité de l'Eau de vie
que dans l'usage réïteré , c'est précisément
ce qui leur arrive en s'accoutumant peu à peu
à l'usage de cette liqueur. Si ce n'est pas autoriser
l'abus de l'Eau de vie , il faut changer
les idées des termes : car ce n'est pas
un abus manifeste que de conseiller une
pratique dont nos peres se sont passé ,
et dont une infinité de gens de travail se
passent tous les jours.
·
M. B. ne répond pas à la premiere de
ces Refléxions ; ce n'est pas la seule fauted'attention
qu'on remarque dans sa Lettre
; je n'en citerai qu'un seul exemple
c'est le reproche d'obscurité qu'il me fait
sur ce que j'explique tantôt , selon lui ,
Pépaississement
des liqueurs par l'augmentation
du mouvement du sang , caule
désée
par l'Eau de vie , et tantôt
par
velopement de cet acide qui entre dans
la composition de toutes les huiles ; il
lui auroit été fort aisé de remarquer que
je distinguois deux instans , l'un où la
premiere de ces causes opére , et l'autre
où opére la seconde , et en ce cas il n'y
auroit pas trouvé d'obscurité.
Je ne sçais , Monsieur , ce que M. B.
croira que méritent mes nouvelles attentions ;
elles me paroissent suffisantes pour mettre
le Public en état de juger qui de nous
deux
504 MERCURE DE FRANCE
deux a raison. Quoique je sois résolu de
garder doresnavant le silence , cela ne
m'empêchera pas de faire mon profit de.
ce que M. B. pourra dire en réponse ; je
souhaiterois sur tout qu'il voulut bien
donner une explication plus simple que
la mienne des alterations que le vin cause
dans le pouls. Persuadé qu'on approche
d'autant plus de la verité, qu'on approche
de la simplicité , M. B. me doit d'avance
compter parmi ses sectateurs. Je suis &c.
A Paris , le 8. Fevrier 1731 .
, Docteur en Medecine , à la Lettre
de M. Barrés , inserée dans le Mercure
de Novembre 1730.
de
Puisqu'il ne s'agit,Monsieur , que répondre à M. Barrés pour mériter
son estime , qu'il se prépare à doubler la
dose. Si je n'étois pas plus disposé que
lui à expliquer favorablement les intentions
d'autrui , je ferois , sans doute ,
moins de cas d'une estime acquise à si bon
marché , et seulement pour avoir répondu à
D vj Jes
Dv
496 MERCURE DE FRANCE
ses Reflexions ; mais persuadé qu'une personne
dont l'esprit doit être cultivé par
la lecture des bons Auteurs , avantage que
les, plus zelés ennemis de la profession ne
refusent pas aux Medecins , sçait mieux
à quel prix elle doit mettre son estime ;
M. B. me laisse entrevoir que mes Réponses
ont eu le bonheur de lui plaire
ce qui n'est pas incompatible avec la diversité
de nos sentimens ; je vais faire de
mcn mieux pour le contenter encore ; et
comme sa Lettre n'est composée que de
refléxions détachées , vous me dispenserez
, s'il vous plaît , de suivre un ordre
déterminé.
M. B. semble me reprocher d'abord
d'avoir appellé l'autorité à mon secours ;
ce langage a tout lieu de me surprendre
dans une personne qui exerce une profession
dont l'observation fait la base , et
où la raison ne tient que le second rang.
Il se sert ensuite des mêmes armes pour
me combattre ; sept ou huit Auteurs qu'il
me cite , et une infinité d'autres qu'un
c. me fait entrevoir
prouvent avec
moi , si on veut l'en croire , qu'un usage
moderé de l'Eau de vie est loüable dans.
la santé et dans la maladie.
,
Comme je ne me souviens pas d'avoir
avancé ce principe , qui seroit formellement
contraire à la these que j'ai voulu
défenMARS.
1731. 497
défendre , et qu'il me paroît qu'on devoit
conclure tout autrement de ce que je regar
de l'avantage qui peut revenir de l'usage de
l'Eau de vie aux vieillards, auxFlamands et
à quelques autres personnes , comme une
exception à la loi genérale , les autorités
qu'on allegue en faveur de mon prétendu
sentiment, se tournent contre moi ; il faut
donc y répondre.
Je demande d'abord si ces Auteurs par
lent du vin ou de l'Eau de vie , car sans
gasconade , il y en a plusieurs parmi ceux
qu'on cite nommément, que je ne connois
que de nom. A juger par le passage de
Varandaeus qu'on nous donne pour échantillon
de leur sentiment , ils ne parlent
que du vin ; or quelle difference du vin
à l'Eau de vie de quelle quantité de
phlegmes les soufres volatiles du vin ne
sont- ils pas inondés au lieu qu'ils sont
dévelopés dans l'Eau de vie , et raprochés
de maniere qu'un verre de bonnet
Eau de vie renferme peut- être plus d'esprits
qu'une bouteille de bon vin. Varaudous
même ne fait- il pas plutôt pour
moi que pour M. B. puisque suivant cet
Auteur , pour se servir utilement du vin,
il doit être qualitate temperatum , et limphis
refractum , quod generosius est. Ces qualités
se trouvent-elles dans l'Eau de vie ? er en
nous renfermant dans la question que
traite
#
498 MERCURE DE FRANCE
traite l'Auteur , à quoi bon tant de précaution
, si la volatilité des soufres du
vin n'étoit pas nuisible par elle même ?
pour
M. B. applique à l'Eau de vie ce que
Varaudons dit du vin , calefacit , concoctionem
juvat. C'est donc un remede
les estomacs froids , et un poison pour les
estomacs chauds ; dans le dernier cas , il
n'accelere pas la digestion , il la précipite
, il la supprime même en entier , en
donnant aux fibres de l'estomach une
tension spasmodique qui empêche le
mouvement de trituration de ce viscere ,
ou qui resserrant les pores excretoires de
ses glandes , les empêche de filtrer le ferment
stomachal ; l'Eau de vie est donc
également funeste dans l'un et l'autre sentiment.
C'est même ce dont M. B. convient
en quelque maniere , en proposant
son premier Problême : il demande si les
Ouvriers qui boivent du vin bien trempé ont
moins de force que ceux qui ne boivent
de l'eau; c'est reculer étrangement quand
on a conseillé plus haut l'usage de l'Eau
de vie pure. Cette espece de retorqueo ne
tombe pas sur moi , qui n'ai jamais prétendu
que le vin bien trempé fut nuisible
; mais je soutiens , c'est la réponse au
second Problême , et je le prouverai par
la suite , qu'un usage moderé de l'Eau de
vie nuit à la longue , à moins qu'un contrepoison
que
MARS. 1737 . 499
trepoison aussi efficace que l'âge ou la
bierre n'en suspende l'effet.
Voilà ce que j'ai à répondre aux autorités
dont se pare M. B. on ne s'attend
pas , sans doute , que je réponde à celles
d'Ovide et de Regnier , qu'un de ses Con .
freresa cités si judicieusement dans un
Ouvrage de la nature des nôtres ; je renvoye
ce Docteur au Rondeau de Voiture,
qui commence par ces mots : Un buveur
d'eau ; je lui laisse le soin de concilier ces
differentes autorités .
Q
Voici maintenant un autre raisonnement
de M. B. l'Eau de vie s'étant introduite
dans l'art de guerir , ne sçauroit passer
scrupuleusement pour une eau de mort. C'est
ce dont je ne conviens pas par deux raisons
: S'il est vrai que tous les remedes
soient des poisons , suivant cet axiome
d'Hipocrate pharmaca sunt vénena , axiome
adopté par M. B. on peut en conclure
que leur usage est toujours dangereux ,
pour ne pas dire funeste, 2º Les remedes
préparés avec l'Eau de vie sont - ils tou
jours innocens ? il n'y a qu'à consulter
Sydenham , et on le verra se plaindre des
mauvais effets de son Laudanum liquide ,
* M. Ziorcal , Docteur de Montpellier , dans
une réfutation d'une Piéce d'un autre M. Bar
gés , réfutation inserée dans le Mercure d'Oc➡
tobre 1730.
quoi500
MERCURE DE FRANCE.
quoique préparé seulement avec le vin ;
ce qui fait que beaucoup de Praticiens
veulent que T'extrait de l'opium se fasse
avec l'eau. Cette remarque servira de ré
ponse à la critique que fait M. B. du ter
me de mauvais remede que j'ai employé.
Les remedes sont des poisons ; l'Eau de
vie est un remede ; donc &c.
Si ces experiences étoient de son goûr,
je le prierois encore de faire attention à
un défaut que Freind reproche aux teintures
tirées avec l'esprit de vin de tous les
fondans connus sous le nom d'emmenagogues
', qui ont formé un coagulum plus ou
moins épais , pendant que le mixte seul
a parfaitement divisé la partie du sang
à
laquelle on l'a mêlé ; il ne s'ensuit pas ce
pendant qu'il faille rejetter ces sortes de
viandes à cause de cet inconvenient , qui
suivant la remarque du Docteur Anglois,
est compensé par d'assez grands avantages.
De tout cela , je conclus que
clusion de M. Le Hoc ne peut être attaquée
, puisqu'étant genérale , elle n'exclud
pas les exceptions . Donnons un exemple
: De ce que Mithridate s'est accoutumé
aux poisons , auroit - on raison d'attaquer
une conclusion dans laquelle on
diroit qu'ils sont mortels ?
la con
Mais , me dira- t'on , vous citez un
exemple unique , et qui ne peut être ap
pliqué
MARS. 1731. Sot
pliqué à l'Eau de vie dont on fait tous
les jours usage .
Je réponds que cet exemple n'est uni
que que parceque la frayeur attachée à
l'idée de poison a empêché plusieurs per
sonnes , qui peut -être étoient dans le cas
de ce Prince , de vouloir faire une épreu
ve aussi dangereuse. Il en seroit de même
de l'Eau de vie , si une malheureuse familiarité
n'avoit fermé les yeux de ceux
qui s'en servent. Mais comment se persuader
qu'un fruit aussi agréable à la vuë
et au goût que le raisin , puisse par la
fermentation et la distilation conséquente
donner une liqueur traîtresse et funeste i
loin d'en être persuadé , il faut être Phi
sicien ou Medecin pour oser seulement
penser qu'il en puisse être ainsi .
Vous raisonnez toujours , objectera-t'on ,
sur votre même hypothese ; quelle preuve
avez vous que la force du feu n'a pas fait de
l'Eau de vie un composé different de ce-
Fui du vin ?cela n'arrive-t'il pas dans d'autres
cas ?
Je sçais que la décomposition de quel
ques mixtes dépouille souvent les differentes
parties qui en sont le produit des quali
tés qu'avoit le tout ; mais ne puis- je pas
demander à mon tour quelle preuve on
a qu'il en arrive autant au vin ? de plus ,
je conclurai des paroles de M. B. que ce
chan
go2 MERCURE DE FRANCE.
changement n'arrive pas ; car sans répeter
tout ce qu'il a dit du vin et de l'Eau de
vie , n'attribuë- t'il pas à l'un et à l'autre
les mêmes qualités ? c'en est assez , je
crois , pour anéantir son objection.
Nous convenons me dit- il plus bas ,
que l'abus
que le commun des hommes fais
de l'Eau de vie donne origine à mille maux
et à la mort qu'elle anticipe ... c'est à tort
que vous nous accusez d'en favoriser l'abus.
que
و
Je réponds d'abord par un raisonnement
dont j'ai fait usage dans mes Reflexions
, si beaucoup d'Eau de vie est trèsnuisible
, un peu l'est un peu ; je crois
pouvoir user de ce raisonnement sans
qu'on puisse me reprocher un cercle
après avoir prouvé par Varandaeus même
l'Eau de vie doit être funeste dans l'état
de santé, et par Hippocrate, Sydenham
et Freind ,qu'elle est dangereuse dans l'état
de maladie. Je dis en second lieu que son
usage devroit être entierement proscrit
de la vie civile , à cause de la necessité
qu'il impose de le continuer pour entre
tenir la circulation du sang et les forces
de celui qui s'en sert , et du penchant fatal
que donne cette liqueur à en continuer
, et même à en augmenter l'usage ,
lorsqu'on s'est fait une habitude de s'en
servir. M.B. en convient lui - même en disant
par réponse à l'objection que je lui
faisois
MARS. 1731. ၂၁
faisois au sujet des gens de travail qui ne
peuvent tirer d'utilité de l'Eau de vie
que dans l'usage réïteré , c'est précisément
ce qui leur arrive en s'accoutumant peu à peu
à l'usage de cette liqueur. Si ce n'est pas autoriser
l'abus de l'Eau de vie , il faut changer
les idées des termes : car ce n'est pas
un abus manifeste que de conseiller une
pratique dont nos peres se sont passé ,
et dont une infinité de gens de travail se
passent tous les jours.
·
M. B. ne répond pas à la premiere de
ces Refléxions ; ce n'est pas la seule fauted'attention
qu'on remarque dans sa Lettre
; je n'en citerai qu'un seul exemple
c'est le reproche d'obscurité qu'il me fait
sur ce que j'explique tantôt , selon lui ,
Pépaississement
des liqueurs par l'augmentation
du mouvement du sang , caule
désée
par l'Eau de vie , et tantôt
par
velopement de cet acide qui entre dans
la composition de toutes les huiles ; il
lui auroit été fort aisé de remarquer que
je distinguois deux instans , l'un où la
premiere de ces causes opére , et l'autre
où opére la seconde , et en ce cas il n'y
auroit pas trouvé d'obscurité.
Je ne sçais , Monsieur , ce que M. B.
croira que méritent mes nouvelles attentions ;
elles me paroissent suffisantes pour mettre
le Public en état de juger qui de nous
deux
504 MERCURE DE FRANCE
deux a raison. Quoique je sois résolu de
garder doresnavant le silence , cela ne
m'empêchera pas de faire mon profit de.
ce que M. B. pourra dire en réponse ; je
souhaiterois sur tout qu'il voulut bien
donner une explication plus simple que
la mienne des alterations que le vin cause
dans le pouls. Persuadé qu'on approche
d'autant plus de la verité, qu'on approche
de la simplicité , M. B. me doit d'avance
compter parmi ses sectateurs. Je suis &c.
A Paris , le 8. Fevrier 1731 .
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Résumé : RÉPONSE de M. Bruhier d'Albaincourt, Docteur en Medecine, à la Lettre de M. Barrés, inserrée dans le Mercure de Novembre 1730.
M. Brubier d'Ablaincourt, Docteur en Médecine, répond à une lettre de M. Barrés publiée dans le Mercure de Novembre 1730. Il exprime son respect pour M. Barrés tout en notant que la lettre de ce dernier est composée de réflexions détachées, ce qui lui permet de ne pas suivre un ordre déterminé dans sa réponse. M. Brubier reproche à M. Barrés de l'avoir accusé d'avoir appelé l'autorité à son secours, alors que M. Barrés utilise lui-même des autorités pour soutenir ses arguments. M. Barrés cite plusieurs auteurs pour affirmer que l'usage modéré de l'eau-de-vie est louable en santé et en maladie, ce que M. Brubier conteste, affirmant que cela est contraire à sa thèse. M. Brubier demande si les auteurs cités par M. Barrés parlent du vin ou de l'eau-de-vie, soulignant les différences entre les deux. Il argue que l'eau-de-vie est plus concentrée en esprits volatils que le vin, ce qui la rend nuisible. Il cite Varandaeus pour soutenir que le vin doit être tempéré et filtré pour être utile, qualités que l'eau-de-vie ne possède pas. M. Brubier discute ensuite des effets de l'eau-de-vie sur la digestion, affirmant qu'elle précipite et supprime la digestion en causant une tension spasmodique dans l'estomac. Il note que M. Barrés semble reconnaître cette nuisance en posant des problèmes sur l'usage du vin trempé. M. Brubier conclut que l'eau-de-vie est funeste, même en usage modéré, à moins qu'un contrepoison comme l'âge ou la bière n'en suspende les effets. Il rejette également l'idée que l'eau-de-vie, en tant que remède, soit innocente, citant Sydenham et M. Ziorcal pour illustrer les dangers des remèdes préparés avec l'eau-de-vie ou le vin. M. Brubier termine en affirmant qu'il est résolu à garder le silence, mais continuera à tirer profit des arguments de M. Barrés. Il souhaite que M. Barrés fournisse une explication plus simple des altérations que le vin cause dans le pouls, convaincu que la simplicité approche de la vérité.
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378
p. 505-507
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis d'une humeur solitaire, [...]
Mots clefs :
Sanglier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E suis d'ane humeur solitaire ,
J'évite les Humains autant que je le puis;
Quand ils viennent dans mes réduits ,
S'ils irritent fort ma colere ,
Nous nous causons souvent dé mutuels ennuis ;
Je fus cause autrefois d'une douleur profonde ,
Et fis verser des pleurs aux plus beaux yeux da
monde.
Veux- tu sçavoir mon nom ? voici comme il
est fait :
Il faut pour le former un tiers de l'alphabet ;
Trois voyeles et cinq
consonnes ;
( J'en
Job MERCURE DE FRANCE
J'en dis peut-être trop , Lecteur , tu me soup
çonnes , )
La derniere partie est un infinitif,
Et la premiere un substantif;
Le Verbe est de notre Langage ,
Sans contredit , le plus liant ;
Otez-en la finale , il devient à l'instant ,
Chose qui n'est de nul usage ,
Qui se mêlant au bon , le rend d'abord méchant
Place cette finale après la deuxieme ,
Et qu'elle soit pénultiéme ;
J'exprime par ce changement ,
Un Acte que tu fais , Lecteur , en ce moment;
Retranches-en la capitale ;
C'est un peché mortel qu'aussi -tôt je t'étale ;
Fais-en de même de son nom ,
Reste de quoi former un ton.
Venons au substantif qui fait l'autre partie ;
On ne peut rien sans son concours ;
C'est de lui que dépend le cours ,
Et le destin de cette vie.
Une moitié prise à rebours ,
Est un objet qui plaît toujours ,
"En faisant certaine partie ,
Lorsqu'on voit sa face noircie.
Mes membres combinez , que d'objets differens !
Tantôt je suis , Lecteur , tes premiers vétemens ,
Comme ta premiere parure ;
Tan tôt
MARS. 1731. 507
Tantôt je suis pris dans un sens
D'une bouche les agrémens ;
Pris dans une autre , nourritare.
Je suis un animal de comique figure ;
Je suis Fleuve de grand renom ;
Je suis un bel Oiseau ; je suis un certain nom ,
Que jamais n'accompagne une épithete honnête,
Selon un Femelle Poëte.
Je suis dans l'Ecusson du plus puissant des Rois ;
Je suis aussi tout à la fois,
Etre rempli d'intelligence ,
Et simbole de l'ignorance,
Des Lettres de mon nom que ne feroit -on point?
Ah ! diras-tu , Lecteur , c'est assez , je t'en prie ,
Soit , n'êtes seulement qu'une barre et qu'un
point ;
Tu pourras en former une Duché Pairie.
* Madame des Houliere.
R ....
E suis d'ane humeur solitaire ,
J'évite les Humains autant que je le puis;
Quand ils viennent dans mes réduits ,
S'ils irritent fort ma colere ,
Nous nous causons souvent dé mutuels ennuis ;
Je fus cause autrefois d'une douleur profonde ,
Et fis verser des pleurs aux plus beaux yeux da
monde.
Veux- tu sçavoir mon nom ? voici comme il
est fait :
Il faut pour le former un tiers de l'alphabet ;
Trois voyeles et cinq
consonnes ;
( J'en
Job MERCURE DE FRANCE
J'en dis peut-être trop , Lecteur , tu me soup
çonnes , )
La derniere partie est un infinitif,
Et la premiere un substantif;
Le Verbe est de notre Langage ,
Sans contredit , le plus liant ;
Otez-en la finale , il devient à l'instant ,
Chose qui n'est de nul usage ,
Qui se mêlant au bon , le rend d'abord méchant
Place cette finale après la deuxieme ,
Et qu'elle soit pénultiéme ;
J'exprime par ce changement ,
Un Acte que tu fais , Lecteur , en ce moment;
Retranches-en la capitale ;
C'est un peché mortel qu'aussi -tôt je t'étale ;
Fais-en de même de son nom ,
Reste de quoi former un ton.
Venons au substantif qui fait l'autre partie ;
On ne peut rien sans son concours ;
C'est de lui que dépend le cours ,
Et le destin de cette vie.
Une moitié prise à rebours ,
Est un objet qui plaît toujours ,
"En faisant certaine partie ,
Lorsqu'on voit sa face noircie.
Mes membres combinez , que d'objets differens !
Tantôt je suis , Lecteur , tes premiers vétemens ,
Comme ta premiere parure ;
Tan tôt
MARS. 1731. 507
Tantôt je suis pris dans un sens
D'une bouche les agrémens ;
Pris dans une autre , nourritare.
Je suis un animal de comique figure ;
Je suis Fleuve de grand renom ;
Je suis un bel Oiseau ; je suis un certain nom ,
Que jamais n'accompagne une épithete honnête,
Selon un Femelle Poëte.
Je suis dans l'Ecusson du plus puissant des Rois ;
Je suis aussi tout à la fois,
Etre rempli d'intelligence ,
Et simbole de l'ignorance,
Des Lettres de mon nom que ne feroit -on point?
Ah ! diras-tu , Lecteur , c'est assez , je t'en prie ,
Soit , n'êtes seulement qu'une barre et qu'un
point ;
Tu pourras en former une Duché Pairie.
* Madame des Houliere.
R ....
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379
p. 507-508
AUTRE.
Début :
Dans l'Empire Romain je suis très-remarquable, [...]
Mots clefs :
Aigle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
Ans l'Empire Romain je suis très-remar
quable , 1
Mais on peut lire dans la Fable ,
Que je suis placé près d'un Dieu.
Le feu de mes yeux étincelle ,2.
Otez
Jo8 MERCURE DE FRANCE.
Otez ma lettre du milieu :
Vous ne me verrez plus qu'une afle.
Le Tellier d'Orvilliers , de Vernon.
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380
p. 533-535
Découverte de l'Empire de Cantahar, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA DÉCOUVERTE de l'Empire de Cantahar, avec les mœurs et [...]
Mots clefs :
Empire de Cantahar, Mœurs , Coutumes, Commerce, Religion, Éducation, Voyageurs, Châtiment
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texteReconnaissance textuelle : Découverte de l'Empire de Cantahar, &c. [titre d'après la table]
LA DECOUVERTE de l'Empire de
Cantahar , avec les moeurs et Coûtumes
des Habitans. A Paris , Quai de Gévres,
chez P. Prault , Quai de Conti , chez lá
Veuve Pissot , et chez Nully , au Palais
1730. in 12. de 373. pages.
Les divertissemens ordinaires des jeunes
gens de cet Empire , dit l'Auteur à la 22 .
page , sont la chasse , la lutte et la course
à laquelle ils s'exercent de si bonne heure
que nos meilleurs Coureurs ne pourroient
pas les suivre ; ils aiment la danse où ils
excellent. J'ai remarqué que tout ce qu'ils
F font
334 MERCURE DE FRANCE
font , c'est toujours avec beaucoup plus
d'adresse que nous , ce que j'attribuë à ce
qu'ils obligent les enfans de se servir indistinctement
des deux mains , ce qui leur
donne dans chacune une égale force et fa
cilité d'agir , de sorte qu'ils se battent
avec la même vigueur de la main gauche
que de la droite , et au lieu qu'une
blessure au bras droit nous met hors de
combat , ils ont cet avantage sur nous ,
qu'ils trouvent dans leur gauche un se-
Cours qui leur sert à vaincre leurs ennemis.
,
Le peuple de Cantahar ne connoît point
d'autre Dieu que le Soleil , qu'on appelle
Monski ; il croit que quand un homme
meurt dans le peché , après que son ame
est élevée vers cet astre pour être jugée
au lieu de prendre place dans le Ciel ,
et d'augmenter le nombre des Etoiles ,
elle est chassée de la présence de Monski ,
qui permet quelquefois qu'on voye une
Étoile tomber du Ciel , afin que par la
vûë de cette ame condamnée , les hommes
craignent ses jugemens & c.
›
En parlant du Commerce des habitans
de cet Empire , l'Auteur dit que les contre-
lettres ne sont point permises , et que
les Loix rendent responsables d'une banqueroute
celui qui a des effets à un banqueroutier
, ou qui lui doit , s'il ne les
déMARS.
1731. 139
déclare dans un certain temps , avec la
somme dont il lui est débiteur.
Pour empêcher que les Voyageurs ne
soient rançonnés par les hôtes , ceux - ci
sont obligés de signer le mémoire de la
dépense , et s'ils mettent les choses au-delà
de leur valeur , en envoyant le mémoire
au Juge du lieu , il fait restituer l'excédent
, condamne l'Aubergiste à une grosse
amende , et à fermer sa maison pour toujours
, et cela sans grace et sans retour ;
les amis , les présens ne servent de rien
aussi la certitude du châtiment fait qu'on
trouve rarement des coupables.
Les Carosses vont dans les Villes d'un
pas moderé , et si on en voit rouler trop
vite , le peuple sçait le jugement qu'il
doit porter de la cervelle du maître , qui
répond personnellement de tous les accidens
que son équipage cause , et s'il blesse
quelqu'un , il est condamné à payer
tous les frais , et à une amende au profit
des pauvres , laquelle est évaluée à la dépense
de ce qu'un carosse coûte pendant
cinq années , pendant lesquelles il est
obligé d'aller à pied & c.
Ce Livre pourroit être d'un plus grand
usage si les matieres étoient en quelque
maniere divisées , et s'il y avoit au moins
une Table.
Cantahar , avec les moeurs et Coûtumes
des Habitans. A Paris , Quai de Gévres,
chez P. Prault , Quai de Conti , chez lá
Veuve Pissot , et chez Nully , au Palais
1730. in 12. de 373. pages.
Les divertissemens ordinaires des jeunes
gens de cet Empire , dit l'Auteur à la 22 .
page , sont la chasse , la lutte et la course
à laquelle ils s'exercent de si bonne heure
que nos meilleurs Coureurs ne pourroient
pas les suivre ; ils aiment la danse où ils
excellent. J'ai remarqué que tout ce qu'ils
F font
334 MERCURE DE FRANCE
font , c'est toujours avec beaucoup plus
d'adresse que nous , ce que j'attribuë à ce
qu'ils obligent les enfans de se servir indistinctement
des deux mains , ce qui leur
donne dans chacune une égale force et fa
cilité d'agir , de sorte qu'ils se battent
avec la même vigueur de la main gauche
que de la droite , et au lieu qu'une
blessure au bras droit nous met hors de
combat , ils ont cet avantage sur nous ,
qu'ils trouvent dans leur gauche un se-
Cours qui leur sert à vaincre leurs ennemis.
,
Le peuple de Cantahar ne connoît point
d'autre Dieu que le Soleil , qu'on appelle
Monski ; il croit que quand un homme
meurt dans le peché , après que son ame
est élevée vers cet astre pour être jugée
au lieu de prendre place dans le Ciel ,
et d'augmenter le nombre des Etoiles ,
elle est chassée de la présence de Monski ,
qui permet quelquefois qu'on voye une
Étoile tomber du Ciel , afin que par la
vûë de cette ame condamnée , les hommes
craignent ses jugemens & c.
›
En parlant du Commerce des habitans
de cet Empire , l'Auteur dit que les contre-
lettres ne sont point permises , et que
les Loix rendent responsables d'une banqueroute
celui qui a des effets à un banqueroutier
, ou qui lui doit , s'il ne les
déMARS.
1731. 139
déclare dans un certain temps , avec la
somme dont il lui est débiteur.
Pour empêcher que les Voyageurs ne
soient rançonnés par les hôtes , ceux - ci
sont obligés de signer le mémoire de la
dépense , et s'ils mettent les choses au-delà
de leur valeur , en envoyant le mémoire
au Juge du lieu , il fait restituer l'excédent
, condamne l'Aubergiste à une grosse
amende , et à fermer sa maison pour toujours
, et cela sans grace et sans retour ;
les amis , les présens ne servent de rien
aussi la certitude du châtiment fait qu'on
trouve rarement des coupables.
Les Carosses vont dans les Villes d'un
pas moderé , et si on en voit rouler trop
vite , le peuple sçait le jugement qu'il
doit porter de la cervelle du maître , qui
répond personnellement de tous les accidens
que son équipage cause , et s'il blesse
quelqu'un , il est condamné à payer
tous les frais , et à une amende au profit
des pauvres , laquelle est évaluée à la dépense
de ce qu'un carosse coûte pendant
cinq années , pendant lesquelles il est
obligé d'aller à pied & c.
Ce Livre pourroit être d'un plus grand
usage si les matieres étoient en quelque
maniere divisées , et s'il y avoit au moins
une Table.
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Résumé : Découverte de l'Empire de Cantahar, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'LA DECOUVERTE de l'Empire de Cantahar, avec les moeurs et Coûtumes des Habitans', publié à Paris en 1730. L'auteur décrit les divertissements des jeunes gens de cet empire, tels que la chasse, la lutte, la course et la danse, dans lesquels ils excellent grâce à l'utilisation des deux mains. Les habitants de Cantahar vénèrent le Soleil, nommé Monski, et croient que les âmes des pécheurs sont chassées de sa présence, ce qui se manifeste par la chute d'une étoile. Le texte aborde également le commerce dans cet empire, où les contre-lettres sont interdites et où les responsables de banqueroutes sont tenus responsables. Pour protéger les voyageurs, les aubergistes doivent signer les mémoires de dépenses et sont sévèrement punis en cas de surévaluation. Les carrosses circulent à une vitesse modérée, et les conducteurs sont personnellement responsables des accidents causés par leur équipage. Le livre est critiqué pour son manque de structure et de table des matières, ce qui réduirait son utilité.
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381
p. 570-571
PHÉNOMENES SINGULIERS, vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait de Lettre.
Début :
Le 8. Février, immédiatement après une tempête, et un vent [...]
Mots clefs :
Phénomènes singuliers, Briançon, Dauphiné, Éclairs, Tonnerre, Dragon volant, Garnison, Régiment Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : PHÉNOMENES SINGULIERS, vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait de Lettre.
PHE'NOMENES SINGULIERS,
vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait
de Lettre.
E 8. Février , immédiatement après une tem-
Lpête ,et un vent épouvantable , il tomba une
quantité prodigieuse de neige , et à l'entrée de la
nuit le Ciel parut tout en feu par des éclairs si
vifs et si fréquens , que les yeux étoient également
éblouis et étonnez , en même tems qu'on étoit
frappé de terreur par le bruit horrible du tonensorte
que les Habitans de ce Païs les.
plus âgez et les Troupes qui étoient en Garnison ,
ont assuré que de mémoire d'homme on n'avoit
vûun spectacle si effraïant , ni entendu un bruit
si capable d'épouvanter.
nerre ,
Dans un Fort , nommé les Trois Têtes , contigu
MARS. 1731. 575
"
tigu à la ville de Briançon on apperçut huit
Phenomenes singuliers , aiant la figure de gros
flambeaux ardens , dont deux étoient placez à
droit et à gauche sur les chaînes du Pont-levis ;
deux autres étoient sur la Chapelle , deux sur le
Magazin des Vivres , et les deux derniers sur les
Cazernes;ces huit lumieres ou especes de globes de
feu ne parurent que pendant un bon quart d'heure. -
On prétend qu'il en parut un neuvième , qu'un
Sentinelle assura avoir vu positivement au bout
de son fusil , mais cela n'a pas été confirmé , parce
qu'il n'a pas été vû par d'autres dans ce même tems..
A un autre Fort de la même ville de Briançon ,
on apperçut un autre Phénomene en forme d'un
Dragon volant , qui se fixa au - dessus des Cazernes
de ce Fort ; on fit prendre les Armes à la
Garnison , composée de neuf Compagnies du
Régiment Dauphin , Infanterie , on essaïa , mais.
en vain de le dissiper par plusieurs coups de fusil
qu'on tira. Le Dragon resta constamment dans
sa place depuis sept heures du soir jusqu'à minuit,
pendant lequel temps il jetta une lumiere si éclatante
, que tout le Fort en fut éclairé , assez pour
le voir distinctement de loin , et même pour lire
très- aisémene ; ensuite le Dragon quitta sa place
et d'un mouvement grave il descendit par-dessus
le premier Fort des Trois Têtes , et on le suivit
des yeux jusques dans un Valon où il disparut.
M. le Comte de Feuquiere se plaint que dans
le Livre des Memoires sur la Guerre , que fen
M. e Marquis de Feuquieres on frere , avoit
fait il y a 25. ans , sans vouloir qu'il parût jamais
, et qui viennent d'être imprimez à Paris
sur une copie volée il y a des obmissions et des
alterations considerables qui défigurent.cet Ouvrage
, et qui feroient tort à la memoire de
M. de Feuquiere, dans l'esprit des Connoisseurs
vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait
de Lettre.
E 8. Février , immédiatement après une tem-
Lpête ,et un vent épouvantable , il tomba une
quantité prodigieuse de neige , et à l'entrée de la
nuit le Ciel parut tout en feu par des éclairs si
vifs et si fréquens , que les yeux étoient également
éblouis et étonnez , en même tems qu'on étoit
frappé de terreur par le bruit horrible du tonensorte
que les Habitans de ce Païs les.
plus âgez et les Troupes qui étoient en Garnison ,
ont assuré que de mémoire d'homme on n'avoit
vûun spectacle si effraïant , ni entendu un bruit
si capable d'épouvanter.
nerre ,
Dans un Fort , nommé les Trois Têtes , contigu
MARS. 1731. 575
"
tigu à la ville de Briançon on apperçut huit
Phenomenes singuliers , aiant la figure de gros
flambeaux ardens , dont deux étoient placez à
droit et à gauche sur les chaînes du Pont-levis ;
deux autres étoient sur la Chapelle , deux sur le
Magazin des Vivres , et les deux derniers sur les
Cazernes;ces huit lumieres ou especes de globes de
feu ne parurent que pendant un bon quart d'heure. -
On prétend qu'il en parut un neuvième , qu'un
Sentinelle assura avoir vu positivement au bout
de son fusil , mais cela n'a pas été confirmé , parce
qu'il n'a pas été vû par d'autres dans ce même tems..
A un autre Fort de la même ville de Briançon ,
on apperçut un autre Phénomene en forme d'un
Dragon volant , qui se fixa au - dessus des Cazernes
de ce Fort ; on fit prendre les Armes à la
Garnison , composée de neuf Compagnies du
Régiment Dauphin , Infanterie , on essaïa , mais.
en vain de le dissiper par plusieurs coups de fusil
qu'on tira. Le Dragon resta constamment dans
sa place depuis sept heures du soir jusqu'à minuit,
pendant lequel temps il jetta une lumiere si éclatante
, que tout le Fort en fut éclairé , assez pour
le voir distinctement de loin , et même pour lire
très- aisémene ; ensuite le Dragon quitta sa place
et d'un mouvement grave il descendit par-dessus
le premier Fort des Trois Têtes , et on le suivit
des yeux jusques dans un Valon où il disparut.
M. le Comte de Feuquiere se plaint que dans
le Livre des Memoires sur la Guerre , que fen
M. e Marquis de Feuquieres on frere , avoit
fait il y a 25. ans , sans vouloir qu'il parût jamais
, et qui viennent d'être imprimez à Paris
sur une copie volée il y a des obmissions et des
alterations considerables qui défigurent.cet Ouvrage
, et qui feroient tort à la memoire de
M. de Feuquiere, dans l'esprit des Connoisseurs
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Résumé : PHÉNOMENES SINGULIERS, vûs à Briançon en Dauphiné. Extrait de Lettre.
Le 8 février, après une tempête, une grande quantité de neige tomba à Briançon en Dauphiné. À la tombée de la nuit, des éclairs vifs et fréquents illuminèrent le ciel, accompagnés d'un bruit de tonnerre terrifiant. Les habitants et les troupes en garnison affirmèrent n'avoir jamais vu un spectacle aussi effrayant. Le 5 mars 1731, huit phénomènes lumineux en forme de flambeaux ardents apparurent pendant un quart d'heure au fort des Trois Têtes à Briançon. Deux étaient placés de chaque côté du pont-levis, deux sur la chapelle, deux sur le magasin des vivres, et les deux derniers sur les casernes. Une sentinelle prétendit avoir vu un neuvième phénomène au bout de son fusil, mais cela ne fut pas confirmé. Dans un autre fort de Briançon, un phénomène en forme de dragon volant se fixa au-dessus des casernes. La garnison, composée de neuf compagnies du régiment Dauphin, tenta en vain de dissiper le dragon par des coups de fusil. Le dragon resta en place de 19 heures à minuit, éclairant tout le fort, avant de disparaître dans un vallon. Par ailleurs, le comte de Feuquières se plaignit des omissions et des altérations dans le livre des Mémoires sur la Guerre de son frère, le marquis de Feuquières, récemment imprimé à partir d'une copie volée. Ces modifications défigurent l'œuvre et nuisent à la mémoire de M. de Feuquières.
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382
p. 572
EXTRAIT d'une Lettre de Roüen le [] Février 1731. au sujet de quelques Insectes trouvez dans des Legumes, &c.
Début :
Trouvez bon que je vous fasse part d'un fait [...]
Mots clefs :
Rouen, Insectes, Légumes, Pois, Mouches noires, Chaleur
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Roüen le [] Février 1731. au sujet de quelques Insectes trouvez dans des Legumes, &c.
EXTRAIT d'une Lettre de Rouen le
Février 1731. an fujet de quelques Infectes
trouvez dans des Legumes , & c.
T
à
Rouvez bon que je vous fasse part d'un fait
assez singulier , et qui cause bien du dommage
nos Laboureurs ; c'est une vermine dont
se trouvent infectez les Pois de nos Cantons , er
dont on ne s'apperçoit que quand ils sont cuits.
Je viens d'en ouvrir sept ou huit dans lesquels
j'ai vu une espece de Mouche noire de la grosseur
d'un grain de Bled , peu près semblable
àune grosse Mouche que nous voïons en Eté er
que nous nominons Cerfvolant. Les Pois cruds
n'ont aucune marque par où on puisse s'appercevoir
s'ils en sont attaquez , mais quand ils sont
près du feu et qu'ils commencent à s'échauffer ,
ces Mouches qui sentent la chaleur percent le
Pois et en sortent ; on m'a dit que l'année passée
il y eut un Canton du païs de Caux où les Pois
se trouverent remplis de cette vermine que plusieurs
personnes qui en mangerent en furent trèsmalades
, que quelques -uns même en moururent,
Comine je ne le sçai que par oui dire , je ne puis
vous assurer ce dernier fait. Ce qu'il y a de cer-.
tain , c'est que cette année tous les Pois en general
sont attaquez de ces Mouches.
Février 1731. an fujet de quelques Infectes
trouvez dans des Legumes , & c.
T
à
Rouvez bon que je vous fasse part d'un fait
assez singulier , et qui cause bien du dommage
nos Laboureurs ; c'est une vermine dont
se trouvent infectez les Pois de nos Cantons , er
dont on ne s'apperçoit que quand ils sont cuits.
Je viens d'en ouvrir sept ou huit dans lesquels
j'ai vu une espece de Mouche noire de la grosseur
d'un grain de Bled , peu près semblable
àune grosse Mouche que nous voïons en Eté er
que nous nominons Cerfvolant. Les Pois cruds
n'ont aucune marque par où on puisse s'appercevoir
s'ils en sont attaquez , mais quand ils sont
près du feu et qu'ils commencent à s'échauffer ,
ces Mouches qui sentent la chaleur percent le
Pois et en sortent ; on m'a dit que l'année passée
il y eut un Canton du païs de Caux où les Pois
se trouverent remplis de cette vermine que plusieurs
personnes qui en mangerent en furent trèsmalades
, que quelques -uns même en moururent,
Comine je ne le sçai que par oui dire , je ne puis
vous assurer ce dernier fait. Ce qu'il y a de cer-.
tain , c'est que cette année tous les Pois en general
sont attaquez de ces Mouches.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Roüen le [] Février 1731. au sujet de quelques Insectes trouvez dans des Legumes, &c.
En février 1731, une lettre de Rouen signale une infestation de légumineuses, notamment les pois, dans certains cantons. La vermine responsable est une petite mouche noire de la taille d'un grain de blé. Cette infestation devient visible après la cuisson des pois, lorsque les mouches, sensibles à la chaleur, percent les pois pour en sortir. L'année précédente, dans un canton du pays de Caux, les pois étaient également infestés, provoquant des maladies parmi les consommateurs et quelques décès, bien que ces derniers ne soient pas confirmés. Cette année, tous les pois semblent affectés par cette vermine.
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383
p. 704-706
SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
Début :
Le fait qu'on vous a rapporté plusieurs fois, en passant et en repassant [...]
Mots clefs :
Chatte, Souris, Évreux, Férocité, Réflexions, Antipathie naturelle
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texteReconnaissance textuelle : SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait
d'une Lettre écrite à M. D. L. R..
par M. A. C. D. V. D. le 19. Fanvier
1731.
Lie
E fait qu'on vous a rapporté plusieurs
fois , en passant et en repassant
par notre Ville , lorsque vous fréquentiez
la Normandie , et que vous me
rappellez dans votre derniere Lettre ,
avec prière de vous en bien marquer tou
tes les circonstances ; ce fait , dis -je , est
très-certain , et tel que je vais vous le
narrer.
En l'année 1664. dans cette Ville d'Evreux
, une Chatte ayant mis bas ses petits
chez le nommé Dupuis, ruë Trienne;
ce Dupuis trouva dans le même temps
une nichée de Souris dans sa maison
qu'il porta à sa Chatte. Elle les mangea
toutes , à la réserve d'une seule , qui
par hazard se trouva cachée sous elle ;
la petite Souris sucçoit le lait qui dégou
toit de la gueule des petits Chats , qui
tettoient
AVRIL. 1731. 701
tettoient leur mere. Cette Souris n'eut
pas plutôt gouté du lait de la Chatte
que celle- cy dépoüilla , pour ainsi dire ,
sa ferocité et son antipatie naturelle , caressa
la Souris et la nourrit , avec ses petits
Chats . Quelques Vieillards de ce temslà
certifient la chose comme témoins oculaires
; on la trouve écrite à peu près de
même dans les Memoires de feu M.Ruault,
Avocat d'Evreux , homme des plus sçavans
, des plus curieux , des moins crédules
de notre Province , qui a laissé quantité
de Memoires historiques , et dont
vous connoissez la réputation et les enfans
; voici comment finit le narré de notre
illustre Compatriote sur ce fait singulier.
»Presque toute la Ville alla voir
»cette Souris nourrie par une Chatte , j'y
allai moi-même , et je vis un Particu
lier prendre la Souris sous la Chatte er
>> la mettre au milieu de la Chambre. La
>> Chatte sortit aussi-tôt du lieu où elle
» étoit , reprit la Souris dans sa gueule ,
» la reporta sans lui faire aucun mal avec
» ses petits Chats , et lui fit des caresses
» surprenantes .
Ce fait , encore une fois , dont j'ai en
tendu parler toute ma vie , et dont nous
avons encore des temoins , se trouve tel que
je viens de vous le dire dans les Memoires
d'un vrai Sçavant , reconnu pour
tel
Dv
et
706 MERCURE DE FRANCE
et incapable d'en imposer au Public. M
fait même là - dessus quelques Refléxions
en Physicien , et en particulier sur la force
du fait , qui a , dit il , produit un effet
si contraire à la nature de ces deux Animaux
; mais je supprime et les Reflexions.
et les consequences qu'il en tire par rapport
aux Meres et aux Nourrices , pour
Jaisser à nos Physiciens modernes une entiere
liberté de méditer et de s'expliquer
sur un fait si extraordinaire.
d'une Lettre écrite à M. D. L. R..
par M. A. C. D. V. D. le 19. Fanvier
1731.
Lie
E fait qu'on vous a rapporté plusieurs
fois , en passant et en repassant
par notre Ville , lorsque vous fréquentiez
la Normandie , et que vous me
rappellez dans votre derniere Lettre ,
avec prière de vous en bien marquer tou
tes les circonstances ; ce fait , dis -je , est
très-certain , et tel que je vais vous le
narrer.
En l'année 1664. dans cette Ville d'Evreux
, une Chatte ayant mis bas ses petits
chez le nommé Dupuis, ruë Trienne;
ce Dupuis trouva dans le même temps
une nichée de Souris dans sa maison
qu'il porta à sa Chatte. Elle les mangea
toutes , à la réserve d'une seule , qui
par hazard se trouva cachée sous elle ;
la petite Souris sucçoit le lait qui dégou
toit de la gueule des petits Chats , qui
tettoient
AVRIL. 1731. 701
tettoient leur mere. Cette Souris n'eut
pas plutôt gouté du lait de la Chatte
que celle- cy dépoüilla , pour ainsi dire ,
sa ferocité et son antipatie naturelle , caressa
la Souris et la nourrit , avec ses petits
Chats . Quelques Vieillards de ce temslà
certifient la chose comme témoins oculaires
; on la trouve écrite à peu près de
même dans les Memoires de feu M.Ruault,
Avocat d'Evreux , homme des plus sçavans
, des plus curieux , des moins crédules
de notre Province , qui a laissé quantité
de Memoires historiques , et dont
vous connoissez la réputation et les enfans
; voici comment finit le narré de notre
illustre Compatriote sur ce fait singulier.
»Presque toute la Ville alla voir
»cette Souris nourrie par une Chatte , j'y
allai moi-même , et je vis un Particu
lier prendre la Souris sous la Chatte er
>> la mettre au milieu de la Chambre. La
>> Chatte sortit aussi-tôt du lieu où elle
» étoit , reprit la Souris dans sa gueule ,
» la reporta sans lui faire aucun mal avec
» ses petits Chats , et lui fit des caresses
» surprenantes .
Ce fait , encore une fois , dont j'ai en
tendu parler toute ma vie , et dont nous
avons encore des temoins , se trouve tel que
je viens de vous le dire dans les Memoires
d'un vrai Sçavant , reconnu pour
tel
Dv
et
706 MERCURE DE FRANCE
et incapable d'en imposer au Public. M
fait même là - dessus quelques Refléxions
en Physicien , et en particulier sur la force
du fait , qui a , dit il , produit un effet
si contraire à la nature de ces deux Animaux
; mais je supprime et les Reflexions.
et les consequences qu'il en tire par rapport
aux Meres et aux Nourrices , pour
Jaisser à nos Physiciens modernes une entiere
liberté de méditer et de s'expliquer
sur un fait si extraordinaire.
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Résumé : SOURIS nourrie par une Chatte. Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R. par M. A. C. D. V. D. le 19. Janvier 1731.
En 1731, M. A. C. D. V. D. rapporte un événement survenu en 1664 à Évreux. Une chatte, ayant mis bas chez un certain Dupuis, se retrouva avec une nichée de souris. Elle en mangea toutes sauf une, qui se cachait. Cette souris, ayant goûté au lait de la chatte, fut adoptée et nourrie avec les chatons. Plusieurs témoins, dont des vieillards et l'avocat M. Ruault, confirmèrent ce fait. M. Ruault, connu pour sa curiosité et son sérieux, décrivit la scène où la chatte protégeait et caressait la souris. Ce récit, attesté par des témoins et des mémoires historiques, reste un sujet d'étude pour les physiciens modernes.
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384
p. 734-735
Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE, dessinée d'après nature, et [...]
Mots clefs :
Insectes d'Europe, Chenilles, Vers, Papillons, Mouches
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE DES INSECTES D'EUROPE
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
dessinée d'après nature , et expliquée par
Marie Sibille Merian ; on y traite de la
generation et des differentes métamorphoses
des Chenilles , Vers , Papillons ,
Mouches et autres Insectes , comme aussi
des
AVRIL. 1731. 735
des Plantes , des Fleurs et des fruits dont
ils se nourrissent. Traduite du Hollandois
par Jean Marret , Docteur en Medecine ,
augmentée par le même d'une Descrip
tion exacte des Plantes dont il est parlé
dans cette Histoire , et des explications
de 18. nouvelles Planches dessinées par
la même Dame , et qui n'ont point encore
parû , forme d'Atlas. A Amsterdam ,
chez J. Frederic Bernard , 1730.
HISTOIRE DE DANNEMACK , avant et
après l'établissement de la Monarchie .
Par M. des Roches , Ecuyer et Avocat
General du Roi Tr. Chr. au Bureau des
Finances et Chambre du Domaine de la
Generalité de la Rochelle. A Amsterdam ,
chez waesberge , 1730. 6. vol. grand in 12.
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Résumé : Histoire des insectes d'Europe, &c. [titre d'après la table]
Le texte mentionne deux ouvrages historiques. Le premier, 'Histoire des Insectes d'Europe', par Marie Sibille Merian, décrit la génération et les métamorphoses des insectes et leurs aliments. Traduit par Jean Marret, il est publié à Amsterdam en 1730. Le second, 'Histoire de Dannemack' par M. des Roches, couvre la période avant et après l'établissement de la monarchie dans cette région. Publié en six volumes à Amsterdam en 1730.
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385
p. 744-745
Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
Début :
On apprend de Naples, que Dom Hyacinte Grimma, Docteur en Droit et [...]
Mots clefs :
Naples, Métaux, Fossiles, Volcans, Cavernes, Eaux minérales
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texteReconnaissance textuelle : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
On apprend de Naples , que Dom
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
Hyacinte Gimma , Docteur en Droit et
Promoteur General de la Societé d'Egli
Incuriosi , a fait imprimer chez Mosca ,
une Histoire generale des Pierres , des
Mineraux et des Pierreries dont il est
parlé
AVRIL.
1731. 745
け
1
parlé dans l'Ecriture , il explique tout ce
qui regarde ce genre , il parle en mêmetemps
des Métaux , des Terres , des Sels ,
des Eaux , Bitumes , Eaux Minerales , et
de tout ce qui appartient aux Fossiles. Il
n'oublie point les Cavernes , les Feux et
Eaux souterraines , les Volcans , et generalement
les parties de la Physique souterraine
, outre quelques Traitez propres
éclairer l'Histoire Vegetale , Minerale et
Animale. Le tout divisé en six Livres
compris en deux Tomes in 4. 1730 .
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Résumé : Histoire Generale des Pierres, des Mineraux et des Pierreries, &c. [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire générale des Pierres, des Minéraux et des Pierreries' de Dom Hyacinte Gimma, Docteur en Droit, explore les pierres, minéraux, pierreries, métaux, terres, sels, eaux, bitumes, eaux minérales et fossiles. Elle traite également des cavernes, feux et eaux souterraines, ainsi que des volcans. L'ouvrage, publié en 1730 en deux tomes, inclut des traités sur l'histoire végétale, minérale et animale.
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386
p. 748-749
Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
Début :
L'Abbé de la Grive, Auteur du nouveau Plan de [...]
Mots clefs :
Plan de Paris, Villages, Châteaux, Marne, Vincennes, Torcy
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texteReconnaissance textuelle : Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
L'Abbé de la Grive , Auteur du nouveau
Plan de Paris , en six feuilles , vient
de mettre au jour la seconde feuille de
sa Carte des environs de Paris , qui comprend
AVRIL. 1731. 749
prend le cours de la Marne jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et
Châteaux détachez , depuis le Château
de Vincennes jusques à Torcy , d'Occident
en Orient , et depuis la Forêt de
Livri jusqu'aux Bois de S. Martin en Brie,
du Nord au Midi , avec les Chemins qui
communiquent des uns aux autres. Le
tout levé sur les lieux et détaillé de sorte
qu'on y reconnoît distinctement les Plans
des belles Maisons comprises dans cette
étenduë. Elle se vend chez l'Auteur , Cloître
S. Benoît. Il donnera la troisiéme feuille
qui comprendra le côté de la Brie à la fin
de cette année.
Plan de Paris , en six feuilles , vient
de mettre au jour la seconde feuille de
sa Carte des environs de Paris , qui comprend
AVRIL. 1731. 749
prend le cours de la Marne jusqu'à cinq
lieuës de cette Ville , et 57. tant Villages
que Hameaux , grosses Fermes et
Châteaux détachez , depuis le Château
de Vincennes jusques à Torcy , d'Occident
en Orient , et depuis la Forêt de
Livri jusqu'aux Bois de S. Martin en Brie,
du Nord au Midi , avec les Chemins qui
communiquent des uns aux autres. Le
tout levé sur les lieux et détaillé de sorte
qu'on y reconnoît distinctement les Plans
des belles Maisons comprises dans cette
étenduë. Elle se vend chez l'Auteur , Cloître
S. Benoît. Il donnera la troisiéme feuille
qui comprendra le côté de la Brie à la fin
de cette année.
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Résumé : Nouveau Plan de Paris, [titre d'après la table]
En avril 1731, l'Abbé de la Grive a publié la seconde feuille de sa Carte des environs de Paris, couvrant la Marne jusqu'à cinq lieues de la ville. Elle inclut 57 villages et détaille les chemins et maisons de Vincennes à Torcy et de la Forêt de Livry aux Bois de Saint-Martin-en-Brie. La troisième feuille, sur la Brie, sortira fin 2023.
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387
p. 950-965
LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Début :
Quelque envie que j'aye, Monsieur, d'executer vos ordres, je ne sçai s'il [...]
Mots clefs :
Égypte, Nil (cours d'eau), Poissons, Syrie, Saline, Commerce, Lac, Pélican, Oie du Nil, Macreuse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
d'executer vos ordres , je ne sçai s'il
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Le texte traite du commerce du poisson en Égypte, en se basant sur des informations recueillies par un missionnaire auprès de négociants locaux. Les négociants de Damiette et de Rosette transportent la saline d'Égypte vers les côtes de Syrie. Les riverains des lacs de Manzalé, de Brulla et de Beheiré fournissent cette saline exportée, tandis que d'autres lacs fournissent du poisson frais localement. L'auteur décrit trois principaux lacs égyptiens : Brullos, Beheiré et Manzalé. Ce dernier, situé entre Damiette et le château de Thiné, communique avec la mer par trois embouchures et reçoit les eaux du Nil par plusieurs canaux. La pêche sur le lac de Manzalé est réglementée, avec 2000 pêcheurs payant des droits au fisc. Le tiers de la pêche appartient au trésor royal, et les droits de douane ajoutent à cette somme. Les techniques de pêche incluent l'utilisation de filets et d'enceintes de joncs appelés Gabez, ainsi que des filets ronds avec des appâts. Le lac est riche en oiseaux et en poissons, notamment le Queiage, le Sourd, le Jamal, le Geran, le Nogt, le Karous, le Bouri et le Dauphin. Le Bouri est le poisson le plus abondant et est souvent salé ou fumé. Le commerce du poisson salé en Égypte se fait principalement avec la Syrie, Chypre et Constantinople. Les négociants européens ne trouvent pas de débouchés pour leur poisson salé en Égypte, et les importations de poisson salé des pays étrangers sont limitées au caviar de la Mer Noire. Les négociants égyptiens importent également divers produits comme le carouge, le lodanum, du vin, du coton, du tabac, des éponges, de l'encens, du café et des étoffes des Indes. Le poisson frais est abondant près des lacs mais ne peut être transporté vers des villes éloignées comme Le Caire en raison de la chaleur. Le Caire dépend du poisson du Nil, souvent de mauvaise qualité. Les riches du Caire consomment quatre espèces de poissons de qualité supérieure : la Variole, le Quechoué, le Bunni et le Quarmoud, qui sont abondants et faciles à pêcher tout au long de l'année. Le texte mentionne également la pêche et les animaux du Nil. Les pêcheurs du Nil et des lacs Manzalé et Brullos capturent des macreuses en utilisant des filets la nuit. Le Nil abrite divers oiseaux, certains communs en Europe comme le flamant, le héron et le canard, tandis que d'autres, comme l'ibis et la poule de ris, sont spécifiques au Nil. Les Égyptiens ne chassent pas ces oiseaux, sauf les canards et les sarcelles qu'ils capturent au lacet. Les monstres marins mentionnés sont les hippopotames et les crocodiles. Les hippopotames sont rares en Basse-Égypte et difficiles à chasser. Les crocodiles sont capturés par appât ou harponnés lorsqu'ils dorment sur le sable. Leur chair est considérée comme un mets délicat. Les crocodiles pondent leurs œufs sur le sable, et leurs petits courent vers le Nil dès leur éclosion. Leur espérance de vie est incertaine, allant de 40 à 100 ans selon les sources.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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388
p. 1028-1034
LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Début :
Les Lettres, Monsieur, qui sont insérées dans les deux derniers Mercures [...]
Mots clefs :
Ansacq, Acousmates, Tons, Elliptique, Vases d'airain, Caverne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
LETTRE écrite à M. de la R. par
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
M. P **** Commissaire des Poudres ,
à C **** le 25. Mars 1731. sur le
bruit d'Ansacq.
L
Es Lettres , Monsicur , qui sont insérées
dans les deux derniers Mercures
sur le bruit entendu à Ansacq , ne me
satisfont point. Il y a cependant dans la
premiere une nouvelle preuve des Acousmates
, mais dans la seconde on n'attribuë
ce bruit qu'à l'habileté d'un Disciple
des Philibert , des Laüillets , et de leurs
semblables ; je vous avoue franchement
que je ne trouve pas ia comparaison exacte.
Une seule personne peut bien dans
une chambre , derriere un Paravant , faire
un bruit considerable et varié de sons qui
imitent des voix d'hommes , de femmes,
d'enfans et de differens animaux ; si l'on
y mêle des Poëles , des pincettes , & c . La
confusion de toutes ces choses pourra imi
ter le tintamare d'un ménage en rumeur;
mais cela ne répresentera pas dans le même
instant plusieurs voix mêlées ; la gravité
de l'une ne sera que successive à
l'éclat de l'autre ; le chant du Cocq , ne
sera point confondu avec le japement du
Chien
MAY. 1731. 1029
Chien ; chacune de ces choses seront divisées
, et l'une ne se trouvera jamais bien
unie à l'autre , comme le son d'un accord
que l'on forme sur un Clavecin.
J'ai entendu le charivari de Læillet ; il
m'a fort réjoui , mais quelque vif que fûc
son jeu , l'on distinguoit aisément qu'il
ne partoit que de la même personne. La
poële , les pincettes les chaises , qu'il ,
mettoit en mouvement , ne formoient à
chaque instant , que le bruit de chacune
de ces choses , et ne produisoit dans la
chambre et aux environs , que la valeur
de chaque son qui auroit été entendu
distinctement l'un après l'autre .
Supposé que Loüillet eût fait son tintamare
dans un lieu où il y eût cu un Echo
capable de réfléchir le bruit , il n'auroit
jamais frappé l'ouie aussi fortement que
celui que les Témoins d'Ansacq déposent
avoir entendu dans une distance considerable,
il n'auroit point effrayé les chiens
et dispersé les Troupeaux ; d'ailleurs on
sçait que la réfléxion de l'Echo ne frappe
l'oreille que dans une certaine position ,
et qu'elle varie proportionément à la sérenité
ou à l'humidité de l'Air ; enfin le
son que l'Echo rend , n'est jamais si fort
que celui qui le produit. Supposé encore
que le bruit du Disciple de Loüillet cût
τέτ
rozo MERCURE DE FRANCE
répondu à quelque voute ou à quelque
Caverne qui seroit sur le Côteau opposé au
Château d'Ansacq ; en ce cas je conviendrai
que le son peut être augmenté , mais
qu'on convienne aussi qu'il faudroit
que ce qui fait le premier bruit , fût bien
exactement placé à certaine distance , et
que le son suivit précisément le rayon de
direction jusqu'au lieu où se fait le retentissement.
Voyez Vitruve , Liv. V.
Chap. V. dans la Description des anciens
Théatres , où il y avoit differens Vases
d'airain , selon l'étendue des tons de la
voix et des Instrumens qui réfléchissoient
le son ; mais il falloit que ces Théatres
fussent Eliptiques , car s'ils avoient été
quarrez , ou qu'on eût placé les Vases en
ligne droite , et qui n'eût pas eu une certaine
direction , ils n'auroient produit aucun
effet.
On objectera peut-être que le Disciple
de Loüillet peut avoir reconnu une Caverne
sur le Côteau d'Ansacq , et avoir
si bien pris ses mesures , que d'un certain
lieu du Château il ait poussé sa voix
directement à cette Caverne : soit ; mais
comment le bruit qu'il a pû faire dans
cette situation aura- t'il été également entendu
lorsqu'il aura changé de place et
parcouru la parallele à la rue de l'Eglise ?
S'il
MAY. 1731.
1031
S'il a abandonné le foyer , comment les
rayons ont-ils conservé leur correspondance
avec la Caverne , où l'on suppose
que se forme l'Echo ? Il n'y a pas
sibilité.
de
pos-
Les loix de la réfléxion sont communes
à la vûë et à louie , avec cette difference
(quoiqu'en dise l'Auteur de la Lettre du
mois de Mars ) que la sensation de loüye
est plus exacte que celle de la vûë . Pour
comparer il faut des choses de même genre
. Si l'on meut circulairement un tison
alumé , il est vrai que les yeux seront
trompez par l'activité ; on croira voir un
cercle de feu. Mais Correlly , Batiste , &c .
qui ont poussé au plus haut degré de
vitesse l'expression des Nottes sur leurs
Violons , ne sont point parvenus à représenter
un seul son de plusieurs qu'ils expriment
en un instant , soit sur differens
tons , soit sur le même divisez par des
coups d'Archet redoublez : l'oreille distingue
toûjours cette division ; et si l'on
se méprend sur le lieu d'où part le bruit
d'une Cloche , ce n'est point un vice de
l'oreille , c'est que le son est détourné par
l'agitation de l'Air.
Il est donc certain que le bruit entendu
à Ansacq , ne peut être produit
par une seule personne ; je ne prétends
pas
1032 MERCURE DE FRANCE
pas prouver qu'il le soit par des Esprits
Aëriens , mais je vais rapporter ce que
des personnes dignes de foy ont entendu
l'année derniere ; ce fait pourra conduire
à quelque conjecture plus vrai- semblable
que celui que contient la Lettre rapportée
dans le Mercure du mois de Mars .
M. D *** étoit à F. l'Automne dernier
, le 3. Octobre , entre 2. et 3. heures
du matin ; elle fut éveillée par un bruit
de voix et d'Instrumens discords . Elle
s'imagina d'abord que c'étoit ses Domestiques
qui se divertissoient dans une Salle
au rez -de- chaussée du corps de logis . Elle
appella sa Femme de Chambre pour leur
faire dire de se retirer ; la pauvre Créature
éveillée par le même bruit , s'étoit
enfoncée dans son lit , tremblante de
peur ; la voix de sa Maîtresse la rassura ;
elle la joignit , et ayant l'une et l'autre
redoublé leur attention , elles crurent que
ce bruit se faisoit dans la cour . M. P ***
frere de Mad. D *** , que le même bruit
avoit aussi éveillé , crut qu'il se faisoit
dans la chambre de sa soeur , ne sçachant
que s'imaginer, il y accourut. Mad . D ****
le pria d'aller gronder ses gens , et de les
faire coucher. Il descendit dans la cour ,
mais il ny trouva personne ; toutes les
portes étoient fermées , les lumieres éteintes
, ch can dormoit.
.
་་
MAY. 1731 .
1033
Cependant entendant toûjours le même
bruit , il croyoit qu'il pourroit y avoir
quelqu'un dans les Vignes qui sont visà-
vis de la maison . Il monte sur la hauteur
de ces Vignes , mais il ne voit qui
que ce soit ; il écoute attentivement et
n'entend plus qu'un brouhaha , comme
si c'eût été plusieurs hommes qui parloient
bas , sans qu'il pût distinguer aucune
articulation , mais les voix lui semblerent
venir du Jardin de Mad. D **** .
Il rentre dans la maison , parcourt ce
Jardin et ne trouve personne ; pendant
qu'il va et revient , la conversation Aërienne
devient moins vive ; M. P ***
montoit le Peron pour rentrer dans le
Logis , lorsqu'un nouvel Acousmate l'étonne
autant que ce qu'il venoit d'enten◄
dre. Un bruit pareil à celui de beaucoup
de Sifflets de differens tons réunis , remplit
l'Ar et s'y perdit en s'éloignant
comme par ondulation . Mad. D **** et
sa Femme de Chambre en furent encore
effrayées . M. P *** quoiqu'esprit fort et
bon Physicien , m'a avoué qu'il avoit été
extremement surpris.
Le lieu où ces choses ont été entenduës
est situé au bas d'une Montagne opposée
au Midi, laquelle s'étend de l'Est à l'Ouest,
en forme de Croissant imparfait , dont
128
1034 MERCURE DE FRANCE
les extremitez diminuant insensiblement
de hauteur , se perdent dans une grande
Plaine. Plusieurs Monticules qui s'élevent
les unes sur les autres , forment cette Montagne
,dont la surface est plantée d'Arbres
et de Vignes. Ne se pourroit- il pas que
differens tourbillons frappant de differentes
manieres cette surface inégale , tantôt
platte , tantôt convexe et tantôt creuse ,
eussent produit l'Acousmate dont je viens
de vous faire part. Je suis , & c.
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Résumé : LETTRE écrite à M. de la R. par M. P **** Commissaire des Poudres, à C **** le 25. Mars 1731. sur le bruit d'Ansacq.
Le 25 mars 1731, M. P****, Commissaire des Poudres, adresse une lettre à M. de la R. pour discuter du bruit entendu à Ansacq, mentionné dans les derniers numéros du Mercure. L'auteur exprime son insatisfaction face aux explications proposées, notamment celle attribuant le bruit à l'habileté d'un disciple des Philibert et des Laüillet. Il argue que ces derniers ne peuvent imiter simultanément plusieurs voix et sons distincts, comme le décrivent les témoins. L'auteur rapporte avoir entendu le charivari de Laüillet, mais souligne que les sons produits étaient distincts et non confondus. Il discute des conditions nécessaires pour que l'écho amplifie un bruit, citant Vitruve et les anciens théâtres. Il rejette l'idée que le bruit puisse être produit par une seule personne, même avec l'aide d'une caverne ou d'un écho. Pour appuyer son propos, l'auteur rapporte un incident similaire survenu à M. D****, qui a entendu des voix et des instruments discordants sans trouver d'origine humaine. Le bruit semblait provenir de différentes directions et variait en intensité. L'auteur suggère que des tourbillons d'air frappant la surface inégale d'une montagne pourraient expliquer ces phénomènes acoustiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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389
p. 1045-1053
LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Début :
J'ai déjà fait remarquer dans un petit livre imprimé, il y a huit ans, que nôtre [...]
Mots clefs :
Lettre, Inscription romaine, Basilique, Sépultures, Chanoine régulier, Inscription païenne, Tombeau, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
LETTRE de M. le B. Chanoine et Sous-
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
Chantre d'Auxerre , à M. de la Roque ;
au sujet d'une Inscription Romaine , découverte
le 10. May 1731. proche de
cette Ville.
J'Ay déja fait remarquer dans un petit
livre imprimé , il y a huit ans , que nôtre
Ville étoit originairement fort petite ,
et qu'elle n'est devenuë grande, et du circuit
d'environ une lieue ; que par l'accroissement
des Bourgs , qui se sont formés
autour des Monastéres et des Eglises
que la pieté des Evéques fonda autour des
anciens murs. Entre- autres Eglises , nous
avons au Septentrion de nôtre Ville , la
Basilique de S. Germain , dont le contour
souterrain est rempli de tous côtés de sépultures
de Chrétiens , qui se faisoient inhumer
au déhors de cette Eglise par devotion
envers ce grand Evêque , le second de
toute la France qui ait été le plus fameux
en miracles aprés le celebre S. Martin , et
dont aucunDiocese de France ne peut ignorer
les vertus et les merveilles , à moins
qu'il ne soit tout -à - coup privé des connoissances
les plus communes. Nous avons
C iiij ensuite
1046 MERCURE DE FRANCE
•
ensuite au midi , un Bourg surnommé de
Saint-Amatre , que son éloignement du
quartier de la Cité, n'a fait renfermer encore
que dans nos murs construits au douziéme
siècle. Quiconque connoît S. Germain
Gouverneur pour les Romains dans
la Gaule Celtique , ne peut manquer de
connoître celui qui lui confera la tonsure.
C'est S. Amateur. Il fût inhumé dans le
lieu où il avoit livré la guerre au reste
des Payens , et où quelques- uns de ses
prédecesseurs avoient été pareillement
inhumés , poury attirer le concours des
fideles à la place des dévotions précédentes
de l'Idolâtric. On trouve que ce lieu fût
appellé Autricum , ou bien Mons Autricus.
Il y a une prairie au bas : ce qui sert à appuyer
la pensée sur l'origine des noms locaux
, où la syilabe au est contenuë , que
M. Huet , ancien Evêque d'Avranches , a
avancée , et qui a été suivie depuis par
M. l'Abbé des Thuilleries : et c'est , selon
que je le prouve ailleurs , vers cette prairie
qu'ont existé les commencemens des
Villes Payennes , dont a été depuis formé
Auxerre Chrétien . Le côteau qui fait face
à cette prairie vers l'Occident , n'est pas
moins rempli de tombeaux de pierre , que
celui du Bourg Septentrional de Saint Germain.
Mais il est arrivé à presque tous ces
tombeaux
MAY. 173 P. 1047
tombeaux, tant à ceux de Saint - Germain'
qu'à ceux de Saint Amatre , la même chose
qu'à ceux que de nos jours l'on a trouvés
à Paris autour de l'Eglise de Saint- Germain
des Prez , et que l'on a vû rompre
pour faire place à des fondations de bâtimens.
L'éloignement des temps ayant fait
perdre la mémoire des personnes inhumées
dans ces lieux , la necessité de bâtir
ou de cultiver , a été cause que dépuis
plusieurs siecles , ce qui servoit de cimetière
est devenu un lieu profane ; c'està-
dire, qu'il a été changé ou en jardin , ou
en vigne , ou bien en place publique ; desorte
qu'on n'a plus fait aucun cas des
morts qui pouvoient y réposer. Il en est
arrivé de même en plusieurs Villes. Le
besoin où Monsieur Carouge , Chanoine
régulier , Prieur et Seigneur de Saint- Amatre
lez- Auxerre , a été de se fermer de
murs , parceque toutes les anciennes murailles
et bâtimens de son Monastere furent
démolis dans le temps fâcheux de la Ligue ,
qui causa des maux extrêmes en ce payscy
, l'a obligé de faire curer toutes les anciennes
fondations d'édifices , de ramasser
toutes les démolitions , et de lever tous
les obstacles au plan de bâtir qu'il s'est
formé. Entre le grand nombre de tombeaux
qui se présenterent l'an passé sous
C v
la
1048 MERCURE DE FRANCE
la main des ouvriers , on n'en a trouvé
qu'un seul , où il y eût une inscription.
Elle me parût être du moyen âge , et un
peu frivole , parcequ'elle n'est que commencée
: cependant je n'ai pas laissé d'en
dire un mot à un sçavant Antiquaire Ecclesiastique
, dans une lettre que je lui ai
adressée surdifferentes matieres , le dixième
jour du mois dernier. Mais hier matin nous
nous sommes trouvés plus riches , et nous
avons éprouvé la verité de ce qui arrive
souvent à Rome , qu'en levant un tombeau
de Chrétien , on rencontre en dedans
ou en déhors une Inscription Payenne .
Celle que nous avons trouvée , est au déhors
d'un tombeau : mais il n'est pas difficile
de juger par ce qu'elle contient , que
l'inscription n'a pas été faite pour le tombeau
, et qu'elle est beauconp plus ancienne
que le tombeau même. Cette pierre
étoit un gros bloc de la hauteur d'un pied
dix pouces , large de quatre pieds et demi
sur deux pieds six pouces de travers. Il
ya apparence qu'il y avoit un sacrifice representé
à l'une des deux faces , qui n'ont
que deux pieds et demi ; on y voit encore
sur les bords de la rainure qui y régnoit
une moitié de tête de Belier d'un côté , et
de l'autre comme une moitié de roue avec
des restes de rayons . Si l'on n'y apperçoit
pas
MAY. 1731. 1049
pas davantage de sculpture , c'est que la
pierre fût creusée dépuis , et vuidée pour
servir à former les deux tiers d'un sépulchre
à commencer par le côté de la tête ,
ensorte que ce reste de sepulture dont je
viens de parler , est du côté qui devoit
être réuni à un autre bloc creusé, et destiné
pour contenir les pieds du défunt . Mais
comme toute l'inscription ne s'est pas trouvée
dans le superflu que l'ouvrier du sépulchre
a cru devoir ôter , on y lit heureusement
sur le haut d'une des deux fácès
les plus larges , ces deux lignes trés bien
gravées, et en caractéres romains trés beaux
et de la hauteur d'un pouce et demi .
PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.
Il n'y a pas à hésiter dans la date de cette
inscription : elle est sûrement de l'année
228. de Jesus- Christ , puisque c'est à
cette année que se rapporte selon les Fastes
le Consulat de Modeste et de Probus . C'étoit
en partie la sixième et septième année
de l'Empire d'Alexandre Severe , et la
trentiéme avant que nôtre premier Evêque
S. Pelerin fût envoyé dans les Gaules ;
mais ne pouvoit-on pas en tirer quelque
avantage pour l'éclaircissement de l'his-
C vj toire
1050 MERCURE DE FRANCE
toire de cet empereur ? On paroît embarrassé
à assurer positivement que ce fût l'an
228.qu'Alexandre Sevére s'associa Ovindus
Camillus. On croit que la médaille rapportée
par
Occon
, n'est pas suffisante pour
prouver le temps du départ de ces deux
Princes contre les Barbares , et l'on dit
qu'il faudroit qu'il y eut clairement sur
cette médaille Profectio Augg. au plurier ,
et non simplement Profectio Aug. qui ne
veut dire que Profectio Augusti. Vôtre inscription
s'exprime nettement au Plurier ,
ainsi que vous le voyez : et l'on ne peut
guére entendre Dominorum , d'autres que
d'Alexandre , et de Camillus qui étoit regardé
comme un nouveau César depuis
l'honneur qu'Alexandre lui avoit fait de
l'associer à l'Empire. J'ai donc dans la
sée , que cette Pierre vient d'un Autel
érigé en mémoire de quelque Taurobole ,
ou de quelque Criobole , cerémonie qui
avoit marqué le zéle des habitans de nos
cantons , pour la prosperité de ces deux
Princes. Les Tailleurs de pierre réconnoissent
dans ce bloc le grain de la pierre du
pays , c'est à dire d'une carriere qui est à
quatre ou cinq lieües d'icy , et y auroit- il
apparence qu'une pierre qui pesoit bien
trois ou quatre muids de vin avant qu'elle
fût cavée , eût été apportée icy d'une aupentre
MAY . 1731. 1051
>
tre Ville trés éloignée ? Quoiqu'il en soit
le reste d'inscription qu'elle contient
peut servir non seulement à confirmer ce
que l'on apprend par la Médaille d'Occo ,
mais il appuye encore le raisonnement ,
par lequel Lampride , auteur de la vie
d'Alexandre , réfute l'opinion populaire ,
qui attribuoit à Trajan l'association de ce
Camillus. Lampride après avoir rappor
té le fait , ajoûte que ni Fabius Marcellinus
, ni Aurelius Verus , ni Statius Valens
dont il avoit les écrits sous les yeux , n'attribuoient
l'élevation de Camillus à Trajan
; et qu'au contraire Septimius, Acholius
et Encolpius , écrivains de la vie d'Alexandre
Severe , disoient de lui le fait singulier
de cette association subite , et im.
prevue , et de cette expedition militaire
qu'ils firent en commun contre les Barba
res. Je ne vous retracerai pas icy ce que
Lampride rapporte de cette guerre. On a
des preuves que ce fût contre les Allemans
qu'Alexandre et Camillus partirent l'an
228. ce qui est curieux à lire , et qu'-
Alexandre partit à pied, invitant son nouvel
associé d'en faire de même , Camillus
qui n'étoit point accoutumé , comme
Alexandre , à cette voiture , se trouva trés
fatigué au bout de cinq mille pas , c'est-àdire
, aprés avoir fait deux lieues ou envi .
ron.
A
1052 MERCURE DE FRANCE
ron. Alexandre lui fit donner un cheval ,
qu'il ne pût supportet que pendant deux
journées , parcequ'il étoit d'un temperament
trés delicat ; enfin le chariot ne lui
convint pas davantage , et il fût obligé de
renoncer au métier de la guerre , sans cependant
abandonner sesprétentions à l'Empire.
On voit par là que la santé de cet associé
avoit un peu plus besoin des voeux du
peuple envers les Dieux , que celle d'Alexandre
, qui étoit robuste et vigoureuse:
mais on ne les separa point dans la ceremonie
qui fût faite à Auxerre à leur intention
, et les voeux furent portés également
pour la santé de ces deux Maîtres
pro falute Dominorum .
Si vous, ou vos amis, avez une autre explication
à donner à nôtre inscription , qui
ne fait que commencer à voir le jour , je
ne m'y oppose aucunement ; je l'attendrai
avec plaisir , principalement celle qui sera
donnée des quatre lettres initiales de la
premiere ligne , sur lesquelles je laisse à
d'autres à deviner ce qu'elles signifient.
Je ne vous parle point d'une autre inscription
aussi trouvée avant hier au même
lieu , parcequ'elle est encore plus mutilée
que la précedente . Elle est egalement
d'un trés-beau'caractére Romain, et on y lit
lecommencement du mot de LUPERC alia
PeutMAY.
1731. 1053
Peut-être trouvera- t- on dans la suite les
autres morceaux de ces inscriptions ; en
ce cas je ne manquerai pas de vous en donner
avis , étant &c.
A Auxerre ce 11. May 1731.
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Résumé : LETTRE DE M. le B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, à M. de la Roque ; au sujet d'une Inscription Romaine, découverte le 10. May 1731. proche de cette Ville.
Le 11 mai 1731, un chanoine et sous-chantre d'Auxerre adresse une lettre à M. de la Roque pour relater la découverte d'une inscription romaine près d'Auxerre, le 10 mai 1731. L'auteur décrit la croissance de la ville d'Auxerre, initialement petite, qui s'est agrandie grâce à l'expansion des bourgs autour des monastères et des églises fondées par les évêques. Parmi ces églises, la basilique de Saint-Germain au nord et le bourg de Saint-Amatre au sud sont particulièrement notables. Saint-Germain et Saint-Amatre étaient des figures importantes dans l'histoire chrétienne de la région. L'inscription découverte est gravée sur un bloc de pierre utilisé pour un sépulcre. Elle contient les lignes 'PRO SALUTE DOMINORUM. V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO CÓS.' et date de l'année 228 après J.-C., correspondant au consulat de Modeste et Probus. Cette inscription est liée à une cérémonie en l'honneur des empereurs Alexandre Sévère et Ovindus Camillus, associés à l'Empire. La pierre provient probablement d'une carrière locale et pourrait confirmer des événements historiques relatifs à Alexandre Sévère et Camillus. L'auteur invite M. de la Roque à partager d'autres interprétations de l'inscription et mentionne une autre inscription mutilée trouvée au même endroit.
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390
p. 118-1127
Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
Début :
M. Buache, Gendre de feu M. Delisle, premier Géographe du Roy, de l'Académie [...]
Mots clefs :
Mémoire, Géographe, Pays orientaux, Savant, Carte, Empire d'Alexandre, Méridien, Constantinople, Mer Caspienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
M. Buache , Gendre de feu M. Delisle ,
premier Géographe du Roy , de l'Académie
Royale des Sciences , nommé par
l'Académie pour remplir la place d'Académicien
Géographe, créée par le Roy ,
lût à la derniere Assemblée publique de
cette Académie , un Mémoire sur la Carte
de l'Empire d'Alexandre , dressé par M.
Delisle son Beau- pere , pour l'usage de Sa
Majesté.
Il marqua en commençant que ce qui
l'avoit déterminé à choisir ce Mémoire
préférablement
MAY. 1731 . 1119
préférablement à plusieurs autres , c'étoit
non seulement l'importance des changements
faits à la Géographie des Pays.
Orientaux par M. Delisle , mais encore le
dessein qu'il avoit eu de rendre compte à
l'Académie des raisons de ces mêmes
changemens. M. Buache s'est , comme il
le dit , fait un devoir d'exécuter le projet
de son Beau-pere , duquel il remplit
la place , et de consacrer ses premiers travaux
à la gloire d'un homme, aux instructions
duquel il reconnût qu'il devoit tout
ce qu'il pouvoit sçavoir.
Quoique M. Delisle eût formé le dessein
de faire un Mémoire sur ce sujet,
comme il n'avoit encore rien écrit , M.
Buache a été obligé de rechercher dans les
Extraits et dans les Mémoires que ce sçavant
Géographe avoit laissés , quelles
avoient été les raisons sur lesquelles il s'étoit
déterminé.
Mais comme il y a dans la Géographie
un grand nombre de positions conjecturales
que l'on ne détermine presque que
par l'estime, par voye de tâtonnement , et
souvent même en mettant la derniere main
à la Carte , M.Delisle n'avoit rien écrit des
motifs qui l'avoient déterminé dans ces
occasions , et par là M. Buache n'avoit pas
trouvé tous les secours qu'il pouvoit espe
F v rer
1120 MERCURE DE FRANCE
rer dans les Mémoires de M. Delisle sur
cette partie de sa Carte qui étoit la plus
difficile , comme le sçavent ceux qui ont
quelque connoissance de la Géographie :
ainsi il a été obligé de se rapeller,et d'imaginer
quelquefois , pour ainsi dire , les.
raisons qui avoient déterminé M. Delisle
dans ces occasions.
Pour rendre plus sensibles les changements
faits par M. Delisle à la Géographie
des Pays Orientaux dans sa Carte de
l'Empire d'Alexandre , M. Buache avoit
dessiné le Plan de cet Empire suivant la
Carte de M. Moulard- Sanson , publiée en
1712 : et sur le même Plan il avoit marqué
les differents Pays,suivant le nouveau
systéme , par cette méthode déja employée
par M. Delisle , dans un mémoire lût à
l'Académie des Sciences en 1714. sur la
Carte d'Italie. On apperçoit d'un coupd'oeil
la différence des deux Cartes ; le
Meridien de Constantinople ou de Bysance
est commun à l'une et à l'autre ?
mais comme M. Moulard donnoit une
trop grande étendue aux differents pays ,.
les mêmes Provinces et les mêmes Villes
se trouvent placées deux fois avec des
longitudes differentes .
Supposant Constantinople à 26. degrés
30 minutes du Méridien de Paris , conformément
MAY. 1731. [ 121
formément aux observations , l'extré
mité de l'Epire , ou la côte de la Grece
se trouvera , selon M. Delisle, au 17. degré
de Paris , et selon M. Moulard au 14.
avec une difference de prés d'un sixième .
M. Moulard- Sanson plaçant avec Ptolomée
Constantinople au 43. degré de
latitude , et l'extrémité Méridionale du
Peloponése au 35. degré , donnoit à la
Grece 8. degrés , ' du Nord au Sud , par
les observations Constantinople étant au
41. dégrés 6. minutes , et l'Ile du Mile
à l'Orient du Cap Malée à 36. dégrés 41 .
minutes , l'intervale entre ces deux extremités
de la Grece n'est que de 4. degrés
25. minutes , ce qui fait une difference
de prés de moitié , entre la Carte de
M. Sanson et celle de M. Delisle , et une
difference de 2. degrés ou de so. lieuës
dans la latitude de Constantinople.
A mesure que l'on s'avance vers l'Orient
la différence se trouve encore plus
sensible , parceque les différences s'accu
mulants , la somme devient plus considerable.
On voit par l'inspection des deux
Cartes que la Mer Rouge sur le Plan de
M. Sanson se trouve marquée dans les
pays qui font la Terre Ferme d'Arabie
dans le Plan de M. Delisle que le Golphe
Persique est tout entier dans le Continent
F vj
de
1122 MERCURE DE FRANCE
de la Perse , et que la Mer des Indes, entre
Mascaté et Diou , occupe la place de
la Presqu'Isle de l'Inde . La Mer Caspienne
est de même toute entiere sur la Terreferme
de Tartarie . Il faut en dire autant
de la Mer Noire , qui couvre toute la
Circassie et toute la Géorgie .
Outre une Carte en très grand point ,
qui étoit exposée aux yeux de l'Assemblée ,
M. Buache en avoit fait graver une petite
qu'il distribua , et sur laquelle les marches
d'Alexandre étoient tracées. Comme l'objet
de M. Buache n'étoit point d'entrer
dans les discussions des Pays et Provinces
qui composoient les Frontieres et l'étenduë
de l'Empire d'Alexandre , il se contenta
d'indiquer les Pays où ce Prince
avoit borné ses Conquêtes. Il remarque
d'abord que , quoyqu'il eût porté ses
Armes jusques au Danube, il n'avoit point.
soumis les pays des Triballes au Midy de
ce Fleuve , il observa ensuite que l'Atique.
et le Peloponése n'obeissoient à Alexandre
que comme au Chef et au Général de.
la Nation Grecque , et non comme à leur
Souverain ; que Bysance et la Bythynie ,.
non plus que le Pont , l'Arménie , et
l'Atropatene ne furent point soumises par.
ce Prince. La Scytie au delà du Jaxartes .
conserva sa liberté , de même que les ;
Peuples
MAY. 1731. TF2F
Peuples de l'Hyrcanie , situés à la partie
Orientale de cette Mer. Les Peuples de
l'Arabie , ausquels Alexandre alloit déclarer
la Guerre lorsqu'il mourût , conserverent
leur liberté.
Les preuves rapportées par M. Buache
de la veritable position de ces differents
Pays , sont les Observations Astronomi
ques faites à Constantinople , à Smyrne ,
à Candie , à Rhodes , à Alexandrette et
à Alexandrie d'Egypte par les Astronomes
François , enfin celle qui fut faite par
le P. Grueber à Agra et à Dely sur le Gemené
, Riviere qui tombe dans le Gange
, et dont le résultat est conforme aux
diverses Observations faites à Goa , et en
differents lieux de la Presqu'Isle de l'Inde.
et par les Observateurs François et Anglois..
Comme ces observations donnent seu-
Tement la Position des extrémités de l'Em--
pire d'Alexandre , et que d'Alexandrie à
Agra nous n'avons aucunes observations .
modernes , M. Buache ayant remarqué
que M. Delisle s'étoit servi de celles des
Astronomes Orientaux , montra que ces .
observations étoient assés exactes , 1 ° ..
parcequ'elles mettent entre Antioche et
Lahor la même distance à peu prés que
celle qui résulte des observations modernes
entre Alexandrette voisine d'Antio--
che
# 124 MERCURE DE FRANCE
, che et l'extrémité Orientale de l'Inde
comme Guzurate, Goa, &c. 2º . Parceque
les mêmes observations s'accordent à peu
prés avec celles des Voyageurs éxacts pour
les latitudes et pour les distances Itineraires
des Villes de Perse .
Les Longitudes et les Latitudes de
Ptolomée qui sont celles que les Géographes
ont suivies jusqu'à M. Delisle
s'écartent également des observations
des Astronomes modernes , et de celles
que nous donnent les Orientaux ; suivant
les Géographes qui ont précédé M. Delisle
, les Frontieres Orientales de l'Empire
d'Alexandre seroient à 58. degrés
de Bysance , au lieu que suivant la Carte
de M. Delisle elles ne sont qu'à 48. degrés
, c'est une erreur de 10. degrés ou
de plus de 200. lieuës , dans laquelle ces
Géographes sont tombés .
M. Buache montra que les Positions:
résultantes de ces observations Orientales
et de celles des Voyageurs modernes comparées
avec les Itineraires , ayant donné à
M. Delisle le moyen de fixer les principales
Villes de la Perse , dont plusieurs
portent encore avec peu de changement.
les noms qu'elles avoient au tems d'Alexandre
; il passa ensuite à l'examen de la distance
de ces mêmes Villes , suivant les
marches
MAY. 1731. 1125
marches de l'Armée de ce Prince. Cette
partie de la Carte a demandé un plus
grand travail . Ces distances mésurées
éxactement par les Arpenteurs que ce
Prince menoit avec lui , sont exprimées
en stades , et si l'on avoit évalué ces stades
sur le pied de 5oo . au degré d'un
grand Cercle comme Ptolomée , ou même
sur le pied de 700. comme Eratostene
et Hipparque , on se seroit trouvé fort
loin de compte. M. Buache montra que
les stades des Arpenteurs d'Alexandre
étoient les mêmes que ceux des Astronomes
dont Aristote , Précepteur de ce Prince,
rapporte la mesure de la Terre , et qui
étoient de plus de onze cens au degré. 11
étoit naturel ,comme le remarque M. Buache
, que ce Prince dans le projet duquel
la Conquête du Monde entier étoit entrée
, se servit pour mésurer l'étendue de
ses Conquêtes des mêmes stades dans lesquels
on avoit déterminé de son tems la
mésure de la Terre , afin de connoître
où en étoit l'éxécution de son projet.
M. Delisle avoit déja fait quelque usage
de ces stades de onze cens au degré dans
son Mémoire sur la Carte de l'expédition
de Xenophon,qu'il a donnée dans les Mémoires
de l'Académie desSciences en 1721 .
mais M. Buache montra par des preuves
trés
L116 MERCURE DE FRANCE
trés fortes , que l'on ne pouvoit se dispenser
de reconnoître que c'étoit ceux dont
Ies Arpenteurs d'Alexandre s'étoient
servis.
Il fit voir que supposant des stades de
onze cens au degré , les routes d'Alexandre
se rapportent avec beaucoup de précision
aux Positions des Astronomes.
Orientaux , et à celles qui résultent des
distances Itineraires marquées par les Voyageurs
les plus exacts. Il observa de plas
que les marches forcées de ce Prince qui
supposoient que ces Troupes auroient
fait 54. lieues communes par jour , et
cela plusieurs jours de suite dans l'Hypothése
des Anciens , deviennent non - sculement
vrai -semblables dans l'Hypothése
des stades de onze cens au degré adopté.
par M. Delisle , mais se trouvent même
moins fortes que certaines marches extraordinaires
qui se sont faites de nos
jours. Il fit la même remarque au sujet
de la largeur de l'Hydaspe qu'Alexandre
passa en présence de l'Armée des Per
ses , et montra que cette largeur étant
diminuée de prés de moitié dans l'opinion
que M. Delisle avoit suivie , l'ac
tion d'Alexandre n'a plus rien qui passe
la vrai- semblance .
Il donna plusieurs autres preuves dont
le:
MAY . 1731 . 1127
le détail ne peut s'abréger , ni même se
retenir , et en . finissant sa dissertation
il parla d'une faute de Graveur qui s'est
glissée sur la Carte de la Mer Caspienne
en 2. feuilles , publiée par M. Delisle en
1722. Dans une Note sur cette Carte le
Méridien est marqué au 67. degré deLongitude
à l'Orient de Paris , au lieu de dire an
67. du premier Meridien et au 47. à l'Orient
de Paris. Cette méprise étoit facile à
corriger par toutes les autres Cartes de
M. Delisle antérieures et postérieures.
M. Buache se crût obligé de faire cette
Remarque , parceque dans le nouveau
Recueil des observations faites aux Indes
et à la Chine , publié en 1729. on
a relevé cette position d'Astracan comme
une erreur de M. Delisle ; et pour donner
l'éclaicissement au sujet de la longitude
d'Astracan , il rémarqua qu'elle étoit déterminée
sur une Eclipse observée à Astracan
par Burrough Anglois , et à Vranibourg
par Tycho le 15. Janvier 1580 .
و
La Carte de l'Empire et de l'Expedition
d'Alexandre , dressée par feu M. Delisle
pour l'usage du Roy , laquelle étoit l'objet du
Mémoire de M. Buache , paroîtra incessament
en une feuille et demi , et se trouvera
chez Madame Delisle , Veuve de l'Auteur ,
Quay de l'Horloge..
premier Géographe du Roy , de l'Académie
Royale des Sciences , nommé par
l'Académie pour remplir la place d'Académicien
Géographe, créée par le Roy ,
lût à la derniere Assemblée publique de
cette Académie , un Mémoire sur la Carte
de l'Empire d'Alexandre , dressé par M.
Delisle son Beau- pere , pour l'usage de Sa
Majesté.
Il marqua en commençant que ce qui
l'avoit déterminé à choisir ce Mémoire
préférablement
MAY. 1731 . 1119
préférablement à plusieurs autres , c'étoit
non seulement l'importance des changements
faits à la Géographie des Pays.
Orientaux par M. Delisle , mais encore le
dessein qu'il avoit eu de rendre compte à
l'Académie des raisons de ces mêmes
changemens. M. Buache s'est , comme il
le dit , fait un devoir d'exécuter le projet
de son Beau-pere , duquel il remplit
la place , et de consacrer ses premiers travaux
à la gloire d'un homme, aux instructions
duquel il reconnût qu'il devoit tout
ce qu'il pouvoit sçavoir.
Quoique M. Delisle eût formé le dessein
de faire un Mémoire sur ce sujet,
comme il n'avoit encore rien écrit , M.
Buache a été obligé de rechercher dans les
Extraits et dans les Mémoires que ce sçavant
Géographe avoit laissés , quelles
avoient été les raisons sur lesquelles il s'étoit
déterminé.
Mais comme il y a dans la Géographie
un grand nombre de positions conjecturales
que l'on ne détermine presque que
par l'estime, par voye de tâtonnement , et
souvent même en mettant la derniere main
à la Carte , M.Delisle n'avoit rien écrit des
motifs qui l'avoient déterminé dans ces
occasions , et par là M. Buache n'avoit pas
trouvé tous les secours qu'il pouvoit espe
F v rer
1120 MERCURE DE FRANCE
rer dans les Mémoires de M. Delisle sur
cette partie de sa Carte qui étoit la plus
difficile , comme le sçavent ceux qui ont
quelque connoissance de la Géographie :
ainsi il a été obligé de se rapeller,et d'imaginer
quelquefois , pour ainsi dire , les.
raisons qui avoient déterminé M. Delisle
dans ces occasions.
Pour rendre plus sensibles les changements
faits par M. Delisle à la Géographie
des Pays Orientaux dans sa Carte de
l'Empire d'Alexandre , M. Buache avoit
dessiné le Plan de cet Empire suivant la
Carte de M. Moulard- Sanson , publiée en
1712 : et sur le même Plan il avoit marqué
les differents Pays,suivant le nouveau
systéme , par cette méthode déja employée
par M. Delisle , dans un mémoire lût à
l'Académie des Sciences en 1714. sur la
Carte d'Italie. On apperçoit d'un coupd'oeil
la différence des deux Cartes ; le
Meridien de Constantinople ou de Bysance
est commun à l'une et à l'autre ?
mais comme M. Moulard donnoit une
trop grande étendue aux differents pays ,.
les mêmes Provinces et les mêmes Villes
se trouvent placées deux fois avec des
longitudes differentes .
Supposant Constantinople à 26. degrés
30 minutes du Méridien de Paris , conformément
MAY. 1731. [ 121
formément aux observations , l'extré
mité de l'Epire , ou la côte de la Grece
se trouvera , selon M. Delisle, au 17. degré
de Paris , et selon M. Moulard au 14.
avec une difference de prés d'un sixième .
M. Moulard- Sanson plaçant avec Ptolomée
Constantinople au 43. degré de
latitude , et l'extrémité Méridionale du
Peloponése au 35. degré , donnoit à la
Grece 8. degrés , ' du Nord au Sud , par
les observations Constantinople étant au
41. dégrés 6. minutes , et l'Ile du Mile
à l'Orient du Cap Malée à 36. dégrés 41 .
minutes , l'intervale entre ces deux extremités
de la Grece n'est que de 4. degrés
25. minutes , ce qui fait une difference
de prés de moitié , entre la Carte de
M. Sanson et celle de M. Delisle , et une
difference de 2. degrés ou de so. lieuës
dans la latitude de Constantinople.
A mesure que l'on s'avance vers l'Orient
la différence se trouve encore plus
sensible , parceque les différences s'accu
mulants , la somme devient plus considerable.
On voit par l'inspection des deux
Cartes que la Mer Rouge sur le Plan de
M. Sanson se trouve marquée dans les
pays qui font la Terre Ferme d'Arabie
dans le Plan de M. Delisle que le Golphe
Persique est tout entier dans le Continent
F vj
de
1122 MERCURE DE FRANCE
de la Perse , et que la Mer des Indes, entre
Mascaté et Diou , occupe la place de
la Presqu'Isle de l'Inde . La Mer Caspienne
est de même toute entiere sur la Terreferme
de Tartarie . Il faut en dire autant
de la Mer Noire , qui couvre toute la
Circassie et toute la Géorgie .
Outre une Carte en très grand point ,
qui étoit exposée aux yeux de l'Assemblée ,
M. Buache en avoit fait graver une petite
qu'il distribua , et sur laquelle les marches
d'Alexandre étoient tracées. Comme l'objet
de M. Buache n'étoit point d'entrer
dans les discussions des Pays et Provinces
qui composoient les Frontieres et l'étenduë
de l'Empire d'Alexandre , il se contenta
d'indiquer les Pays où ce Prince
avoit borné ses Conquêtes. Il remarque
d'abord que , quoyqu'il eût porté ses
Armes jusques au Danube, il n'avoit point.
soumis les pays des Triballes au Midy de
ce Fleuve , il observa ensuite que l'Atique.
et le Peloponése n'obeissoient à Alexandre
que comme au Chef et au Général de.
la Nation Grecque , et non comme à leur
Souverain ; que Bysance et la Bythynie ,.
non plus que le Pont , l'Arménie , et
l'Atropatene ne furent point soumises par.
ce Prince. La Scytie au delà du Jaxartes .
conserva sa liberté , de même que les ;
Peuples
MAY. 1731. TF2F
Peuples de l'Hyrcanie , situés à la partie
Orientale de cette Mer. Les Peuples de
l'Arabie , ausquels Alexandre alloit déclarer
la Guerre lorsqu'il mourût , conserverent
leur liberté.
Les preuves rapportées par M. Buache
de la veritable position de ces differents
Pays , sont les Observations Astronomi
ques faites à Constantinople , à Smyrne ,
à Candie , à Rhodes , à Alexandrette et
à Alexandrie d'Egypte par les Astronomes
François , enfin celle qui fut faite par
le P. Grueber à Agra et à Dely sur le Gemené
, Riviere qui tombe dans le Gange
, et dont le résultat est conforme aux
diverses Observations faites à Goa , et en
differents lieux de la Presqu'Isle de l'Inde.
et par les Observateurs François et Anglois..
Comme ces observations donnent seu-
Tement la Position des extrémités de l'Em--
pire d'Alexandre , et que d'Alexandrie à
Agra nous n'avons aucunes observations .
modernes , M. Buache ayant remarqué
que M. Delisle s'étoit servi de celles des
Astronomes Orientaux , montra que ces .
observations étoient assés exactes , 1 ° ..
parcequ'elles mettent entre Antioche et
Lahor la même distance à peu prés que
celle qui résulte des observations modernes
entre Alexandrette voisine d'Antio--
che
# 124 MERCURE DE FRANCE
, che et l'extrémité Orientale de l'Inde
comme Guzurate, Goa, &c. 2º . Parceque
les mêmes observations s'accordent à peu
prés avec celles des Voyageurs éxacts pour
les latitudes et pour les distances Itineraires
des Villes de Perse .
Les Longitudes et les Latitudes de
Ptolomée qui sont celles que les Géographes
ont suivies jusqu'à M. Delisle
s'écartent également des observations
des Astronomes modernes , et de celles
que nous donnent les Orientaux ; suivant
les Géographes qui ont précédé M. Delisle
, les Frontieres Orientales de l'Empire
d'Alexandre seroient à 58. degrés
de Bysance , au lieu que suivant la Carte
de M. Delisle elles ne sont qu'à 48. degrés
, c'est une erreur de 10. degrés ou
de plus de 200. lieuës , dans laquelle ces
Géographes sont tombés .
M. Buache montra que les Positions:
résultantes de ces observations Orientales
et de celles des Voyageurs modernes comparées
avec les Itineraires , ayant donné à
M. Delisle le moyen de fixer les principales
Villes de la Perse , dont plusieurs
portent encore avec peu de changement.
les noms qu'elles avoient au tems d'Alexandre
; il passa ensuite à l'examen de la distance
de ces mêmes Villes , suivant les
marches
MAY. 1731. 1125
marches de l'Armée de ce Prince. Cette
partie de la Carte a demandé un plus
grand travail . Ces distances mésurées
éxactement par les Arpenteurs que ce
Prince menoit avec lui , sont exprimées
en stades , et si l'on avoit évalué ces stades
sur le pied de 5oo . au degré d'un
grand Cercle comme Ptolomée , ou même
sur le pied de 700. comme Eratostene
et Hipparque , on se seroit trouvé fort
loin de compte. M. Buache montra que
les stades des Arpenteurs d'Alexandre
étoient les mêmes que ceux des Astronomes
dont Aristote , Précepteur de ce Prince,
rapporte la mesure de la Terre , et qui
étoient de plus de onze cens au degré. 11
étoit naturel ,comme le remarque M. Buache
, que ce Prince dans le projet duquel
la Conquête du Monde entier étoit entrée
, se servit pour mésurer l'étendue de
ses Conquêtes des mêmes stades dans lesquels
on avoit déterminé de son tems la
mésure de la Terre , afin de connoître
où en étoit l'éxécution de son projet.
M. Delisle avoit déja fait quelque usage
de ces stades de onze cens au degré dans
son Mémoire sur la Carte de l'expédition
de Xenophon,qu'il a donnée dans les Mémoires
de l'Académie desSciences en 1721 .
mais M. Buache montra par des preuves
trés
L116 MERCURE DE FRANCE
trés fortes , que l'on ne pouvoit se dispenser
de reconnoître que c'étoit ceux dont
Ies Arpenteurs d'Alexandre s'étoient
servis.
Il fit voir que supposant des stades de
onze cens au degré , les routes d'Alexandre
se rapportent avec beaucoup de précision
aux Positions des Astronomes.
Orientaux , et à celles qui résultent des
distances Itineraires marquées par les Voyageurs
les plus exacts. Il observa de plas
que les marches forcées de ce Prince qui
supposoient que ces Troupes auroient
fait 54. lieues communes par jour , et
cela plusieurs jours de suite dans l'Hypothése
des Anciens , deviennent non - sculement
vrai -semblables dans l'Hypothése
des stades de onze cens au degré adopté.
par M. Delisle , mais se trouvent même
moins fortes que certaines marches extraordinaires
qui se sont faites de nos
jours. Il fit la même remarque au sujet
de la largeur de l'Hydaspe qu'Alexandre
passa en présence de l'Armée des Per
ses , et montra que cette largeur étant
diminuée de prés de moitié dans l'opinion
que M. Delisle avoit suivie , l'ac
tion d'Alexandre n'a plus rien qui passe
la vrai- semblance .
Il donna plusieurs autres preuves dont
le:
MAY . 1731 . 1127
le détail ne peut s'abréger , ni même se
retenir , et en . finissant sa dissertation
il parla d'une faute de Graveur qui s'est
glissée sur la Carte de la Mer Caspienne
en 2. feuilles , publiée par M. Delisle en
1722. Dans une Note sur cette Carte le
Méridien est marqué au 67. degré deLongitude
à l'Orient de Paris , au lieu de dire an
67. du premier Meridien et au 47. à l'Orient
de Paris. Cette méprise étoit facile à
corriger par toutes les autres Cartes de
M. Delisle antérieures et postérieures.
M. Buache se crût obligé de faire cette
Remarque , parceque dans le nouveau
Recueil des observations faites aux Indes
et à la Chine , publié en 1729. on
a relevé cette position d'Astracan comme
une erreur de M. Delisle ; et pour donner
l'éclaicissement au sujet de la longitude
d'Astracan , il rémarqua qu'elle étoit déterminée
sur une Eclipse observée à Astracan
par Burrough Anglois , et à Vranibourg
par Tycho le 15. Janvier 1580 .
و
La Carte de l'Empire et de l'Expedition
d'Alexandre , dressée par feu M. Delisle
pour l'usage du Roy , laquelle étoit l'objet du
Mémoire de M. Buache , paroîtra incessament
en une feuille et demi , et se trouvera
chez Madame Delisle , Veuve de l'Auteur ,
Quay de l'Horloge..
Fermer
Résumé : Mémoire sur la Carte de l'Empire d'Alexandre, [titre d'après la table]
M. Buache, gendre de feu M. Delisle, premier Géographe du Roy et membre de l'Académie Royale des Sciences, a présenté un mémoire sur la carte de l'Empire d'Alexandre, réalisée par son beau-père pour le roi. Ce mémoire visait à souligner l'importance des modifications apportées par M. Delisle à la géographie des pays orientaux et à expliquer les raisons de ces changements. M. Buache a dû reconstituer les motivations de M. Delisle à partir de ses extraits et mémoires, car ce dernier n'avait rien écrit à ce sujet. Il a également dû imaginer certaines raisons, car la géographie comporte de nombreuses positions conjecturales. Pour illustrer les changements, M. Buache a comparé la carte de M. Delisle avec celle de M. Moulard-Sanson, publiée en 1712. Il a montré que M. Moulard donnait une trop grande étendue aux pays, plaçant les mêmes provinces et villes à des longitudes différentes. M. Buache a également corrigé les erreurs de latitude et de longitude, notamment pour Constantinople et l'extrémité méridionale du Péloponnèse. La carte de M. Delisle corrigeait plusieurs erreurs, comme la position de la mer Rouge, du golfe Persique, de la mer des Indes, de la mer Caspienne et de la mer Noire. M. Buache a distribué une petite carte gravée montrant les marches d'Alexandre et a indiqué les pays conquis par ce dernier, tout en précisant que certains territoires, comme la Scythie et l'Arabie, n'étaient pas soumis à Alexandre. Les preuves de M. Buache reposent sur des observations astronomiques faites par des astronomes français et orientaux. Il a également comparé les distances mesurées par les arpenteurs d'Alexandre avec les observations modernes, montrant que les stades utilisés par Alexandre étaient de plus de onze cents au degré. Enfin, M. Buache a corrigé une erreur de graveur sur la carte de la mer Caspienne publiée par M. Delisle en 1722 et a expliqué la longitude d'Astracan à partir d'une éclipse observée en 1580. La carte de l'Empire et de l'expédition d'Alexandre, dressée par M. Delisle, sera publiée prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
391
p. 1132-1135
Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
Début :
On apprend d'Allemagne, que M. Martini, donne dans une Brochure qu'il a publiée, quelques [...]
Mots clefs :
Brochure, Raisons naturelles, Illustre enfant, Syllabes, Maisons de l'Europe, Ecriture Sainte, Infirme, Lait, Précepteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
On apprend d'Allemagne , que M. Martini ,
donne dans une Brochure qu'il a publiée , quelques
raisons naturelles de l'extraordinaire сара-
Cité de l'illustre enfant, Chrétien- Henry Heinecken
, né à Lubeck en 1721. et mort en 1725.
Il parloit à dix mois ; et ayant observé les
mouvemens de ceux qui lui expliquoient diverses
figures , suivant le désir qu'il en avoit marqué , il
prononçoit d'après eux les sillabes ; à un an , il
sçavoit les principaux évenemens du Pentateuque
; à treize mois , l'histoire de l'ancien Testament
; à quatorze , celle du Nouveau ; à deux
ans et demi il répondoit pertinemment aux
questions de la Géographie et de l'Histoire ancienne
et moderne ; il parla bien - tôt Latin avec
facilité, puis le François passablement , et à la fin
de sa troisième année , il connoissoit les Généa–
logies des principales Maisons de l'Europe ; il expliquoit
avec esprit et avec jugement les Passages
et les Sentences de l'Ecriture Sainte. Il voyagea en
Dannemack pendant une bonne partie de sa quatriéme
année , et il y harangua de fort bonne
grace le Roy et les Princes du Sang. Au retour
il apprit à écrire , pouvant à peine tenir la Plume.
Il étoit délicat , infirme , souvent malade , et
même dangereusement , il haïssoit tout autre aliment
que le lait , et que celui de sa nourrice ; il ne
fut sevré que peu de mois avant sa mort , qui arriva
MAY. 1731 .
1133
riva le 27 Juin 1725.et qu'il envisagea d'une ma
niere si chrétienne , qu'il étonna encore plus par
cette fermeté, que par l'immensité de ses progrès
pendant une si courte vie. M. Chrétien jde Schoneich
, son Précepteur , a écrit sa vie. M.Behm
aussi publié une Brochure sur son sujet. M. Seclen
a parlé de lui dans un article de ses Selecte
Litteraria.
a
D'Upsal. Que le Docteur Wallin , expose dans
une Dissertation , l'Art d'écrire avec du feu : De
Arte trithemiana scribendi per ignem.
De Dresde. Que M. Faesch , Major des Ingénieurs
, au service du Roy de Pologne , compose
en Allemand , une Bibliotheque Militaire , où il
traitera de tous les Livres qui parlent de ce qui
appartient à cet Art , avec ses observations sur
ceux qu'il a vûs.
De Nuremberg. Que l'on publie la Traduction
en Allemand des Ouvrages du fameux Gerard de
Lairesse , sur le Dessein et la Peinture , écrits en
Hollandois.
Que M. Jean-Jacques Schubler a fait imprimer
depuis peu, quelques Traitez Allemands, sur
la construction des Colomnes , des Fourneaux à
échaufer les Poëles ; et sur une nouvelle maniere
de placer avantageusement de grandes Lucarnes
dans les Gréniers , &c.
De Rostock. Que M. Schultz a publié une longue
Dissertation sur l'usage de la Musique , dans
'Eglise Chrétienne.
L'Académie Royale des Belles-Lettres , établie
1134 MERCURE DE FRANCE
à Marseille , a donné dans le mois d'Avril dernier,
les deux Prix d'Eloquence et de Poësie qu'elle
avoit a distribuer . M. d'Ardene , Associé
étranger, de la même Académie , a remporté l'un
et l'autre .
Cette Académie nous prie d'avertir , que le
Prix d'Eloquence qu'elle distribuera le premier
Mercredy après le Dimanche de Quasimodo , de
l'année prochaine , 1732. a pour sujet ce passage
de Séneque : Que l'adversité n'abat que ceux que
la prosperité avoit aveuglez. Neminem adversa
fortuna comminuit , nisi quem secunda decepit.
Lib. de Const. ad Helv . cap 1. On sçait
que ce Prix consiste en une Médaille d'or , de la
valeur de trois cent livres .
Le Mercredi , onze Avril , Mess. Maraldi et
Grand-Jean ont été élus à l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place d'Ajoint Astronome
, vacante par M. Gaudin , devenu Associé
depuis quelque temps. Ces deux sujets ont
été choisis par le Roy , l'un pour remplir la place
vácante , et l'autre pour tenir lieu de M. Delisle
de la Croyere , absent depuis plusieurs années ,
par congé de la Cour , sans néanmoins que ce
dernier cesse d'être de l'Académie , mais la premiere
place d'Ajoint Astronome qui viendra à
vaquer , ne sera point remplie.
Le Mercredi 18. Mess. Borave et Morgagni ,
ont été élus , pour remplir la place d'Associé
étranger , vacante par la mort du Comte de
Marsigli. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Borave .
Le Samedy 28. M. Bourdelin , Ajoint Chimiste
, et M. Grost , externe , ont été élus pour
remplir la place d'Associé Chimiste , vacante
" par
MAY.
1731. ་ ་ ༣ ་
par M. Dufay , devenu Pensionaire depuis quel
que temps. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Bourdelin.
On écrit de Londres que le 9. de ce mois , le
sieur Wood fit ses expériences pour tirer du Fer de
la Mine de Charbon de terre , en présence du
Comte d'Islay , du Chevalier Charles Wager , du
Chevalier Jean Eyles , et d'autres personnes que
le Conseil Privé du Roy avoit nommées . Il employa
172 livres de cette Mine , et il en retira une
Barre de 35 liy. qui parut être de tres - bon fer .
Ces Lettres ajoutent que le 13 de ce mois , le
Marquis de Braekly , fils aîné du Duc de Brigewater
, âgé d'environ 7 ans , mourut de la petite
Verole , dont on lui avoit fait l'insertion quel
ques jours auparavant, comme à son frere le Lord
Jean , qui est à present hors de danger.
donne dans une Brochure qu'il a publiée , quelques
raisons naturelles de l'extraordinaire сара-
Cité de l'illustre enfant, Chrétien- Henry Heinecken
, né à Lubeck en 1721. et mort en 1725.
Il parloit à dix mois ; et ayant observé les
mouvemens de ceux qui lui expliquoient diverses
figures , suivant le désir qu'il en avoit marqué , il
prononçoit d'après eux les sillabes ; à un an , il
sçavoit les principaux évenemens du Pentateuque
; à treize mois , l'histoire de l'ancien Testament
; à quatorze , celle du Nouveau ; à deux
ans et demi il répondoit pertinemment aux
questions de la Géographie et de l'Histoire ancienne
et moderne ; il parla bien - tôt Latin avec
facilité, puis le François passablement , et à la fin
de sa troisième année , il connoissoit les Généa–
logies des principales Maisons de l'Europe ; il expliquoit
avec esprit et avec jugement les Passages
et les Sentences de l'Ecriture Sainte. Il voyagea en
Dannemack pendant une bonne partie de sa quatriéme
année , et il y harangua de fort bonne
grace le Roy et les Princes du Sang. Au retour
il apprit à écrire , pouvant à peine tenir la Plume.
Il étoit délicat , infirme , souvent malade , et
même dangereusement , il haïssoit tout autre aliment
que le lait , et que celui de sa nourrice ; il ne
fut sevré que peu de mois avant sa mort , qui arriva
MAY. 1731 .
1133
riva le 27 Juin 1725.et qu'il envisagea d'une ma
niere si chrétienne , qu'il étonna encore plus par
cette fermeté, que par l'immensité de ses progrès
pendant une si courte vie. M. Chrétien jde Schoneich
, son Précepteur , a écrit sa vie. M.Behm
aussi publié une Brochure sur son sujet. M. Seclen
a parlé de lui dans un article de ses Selecte
Litteraria.
a
D'Upsal. Que le Docteur Wallin , expose dans
une Dissertation , l'Art d'écrire avec du feu : De
Arte trithemiana scribendi per ignem.
De Dresde. Que M. Faesch , Major des Ingénieurs
, au service du Roy de Pologne , compose
en Allemand , une Bibliotheque Militaire , où il
traitera de tous les Livres qui parlent de ce qui
appartient à cet Art , avec ses observations sur
ceux qu'il a vûs.
De Nuremberg. Que l'on publie la Traduction
en Allemand des Ouvrages du fameux Gerard de
Lairesse , sur le Dessein et la Peinture , écrits en
Hollandois.
Que M. Jean-Jacques Schubler a fait imprimer
depuis peu, quelques Traitez Allemands, sur
la construction des Colomnes , des Fourneaux à
échaufer les Poëles ; et sur une nouvelle maniere
de placer avantageusement de grandes Lucarnes
dans les Gréniers , &c.
De Rostock. Que M. Schultz a publié une longue
Dissertation sur l'usage de la Musique , dans
'Eglise Chrétienne.
L'Académie Royale des Belles-Lettres , établie
1134 MERCURE DE FRANCE
à Marseille , a donné dans le mois d'Avril dernier,
les deux Prix d'Eloquence et de Poësie qu'elle
avoit a distribuer . M. d'Ardene , Associé
étranger, de la même Académie , a remporté l'un
et l'autre .
Cette Académie nous prie d'avertir , que le
Prix d'Eloquence qu'elle distribuera le premier
Mercredy après le Dimanche de Quasimodo , de
l'année prochaine , 1732. a pour sujet ce passage
de Séneque : Que l'adversité n'abat que ceux que
la prosperité avoit aveuglez. Neminem adversa
fortuna comminuit , nisi quem secunda decepit.
Lib. de Const. ad Helv . cap 1. On sçait
que ce Prix consiste en une Médaille d'or , de la
valeur de trois cent livres .
Le Mercredi , onze Avril , Mess. Maraldi et
Grand-Jean ont été élus à l'Académie Royale
des Sciences , pour remplir la place d'Ajoint Astronome
, vacante par M. Gaudin , devenu Associé
depuis quelque temps. Ces deux sujets ont
été choisis par le Roy , l'un pour remplir la place
vácante , et l'autre pour tenir lieu de M. Delisle
de la Croyere , absent depuis plusieurs années ,
par congé de la Cour , sans néanmoins que ce
dernier cesse d'être de l'Académie , mais la premiere
place d'Ajoint Astronome qui viendra à
vaquer , ne sera point remplie.
Le Mercredi 18. Mess. Borave et Morgagni ,
ont été élus , pour remplir la place d'Associé
étranger , vacante par la mort du Comte de
Marsigli. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Borave .
Le Samedy 28. M. Bourdelin , Ajoint Chimiste
, et M. Grost , externe , ont été élus pour
remplir la place d'Associé Chimiste , vacante
" par
MAY.
1731. ་ ་ ༣ ་
par M. Dufay , devenu Pensionaire depuis quel
que temps. Le choix du Roy est tombé sur Monsieur
Bourdelin.
On écrit de Londres que le 9. de ce mois , le
sieur Wood fit ses expériences pour tirer du Fer de
la Mine de Charbon de terre , en présence du
Comte d'Islay , du Chevalier Charles Wager , du
Chevalier Jean Eyles , et d'autres personnes que
le Conseil Privé du Roy avoit nommées . Il employa
172 livres de cette Mine , et il en retira une
Barre de 35 liy. qui parut être de tres - bon fer .
Ces Lettres ajoutent que le 13 de ce mois , le
Marquis de Braekly , fils aîné du Duc de Brigewater
, âgé d'environ 7 ans , mourut de la petite
Verole , dont on lui avoit fait l'insertion quel
ques jours auparavant, comme à son frere le Lord
Jean , qui est à present hors de danger.
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Résumé : Enfant illustre par son sçavoir, [titre d'après la table]
Le texte relate les exploits exceptionnels de Chrétien-Henry Heinecken, né à Lübeck en 1721 et décédé en 1725. Dès l'âge de dix mois, il parlait et prononçait des syllabes en observant des figures. À un an, il connaissait les principaux événements du Pentateuque. À deux ans et demi, il répondait à des questions de géographie et d'histoire. Il maîtrisait plusieurs langues, y compris le latin et le français, et connaissait les généalogies des principales maisons d'Europe. Il voyagea et harangua le roi et les princes du sang à Dannemack. Malade et délicat, il ne se sevrait que peu avant sa mort en mai 1731. M. Chrétien de Schoneich, son précepteur, et M. Behm ont écrit sur sa vie. Le texte mentionne également diverses publications et activités académiques. À Dresde, M. Faesch compose une Bibliothèque Militaire. À Nuremberg, des traductions des œuvres de Gerard de Lairesse sont publiées. À Rostock, M. Schultz publie une dissertation sur l'usage de la musique dans l'Église chrétienne. L'Académie Royale des Belles-Lettres de Marseille a décerné des prix d'éloquence et de poésie, avec un sujet pour l'année suivante sur un passage de Sénèque. L'Académie Royale des Sciences a élu de nouveaux membres pour des postes vacants. À Londres, le sieur Wood a réalisé des expériences pour extraire du fer de la mine de charbon en présence de dignitaires. Le marquis de Braekly, fils du duc de Brigewater, est mort de la petite vérole à l'âge de sept ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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392
p. 1170-1172
Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. Avril, M. l'Archevêque de Paris donna un Mandement qui ordonne des [...]
Mots clefs :
Archevêque, Prières, Sécheresse , Misère, Pauvres, Pluie, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Le 7. Avril , M. l'Archevêque de Paris
donna un Mandement qui ordonne des
des Prieres pour la conservation des biens
de la terre , en voici la teneur :
CHARLES-GASPARD -GUILLAUME , &c.'
Dans la crainte qu'une longue secheresse ne
nuisit aux Fruits de la Terre , et que nous n'eussions
la douleur de voir augmenter la misere des
Pauvres , qui doivent être le premier objet de
notre charité , nous nous sommes addressez à
celui
MAY. 1731 1171
"
celui qui dispense à son gré les biens et les maux,
l'abondance et la sterilité , et nous avons ordonné
à tous les Prêtres de notie Diocèse de réciter
à la Messe la Collecte inserée dans le Missel ,
pour demander à Dieu la pluye dont nos Campagnes
ont besoin. Nous voyons avec consolation
que le Seigneur , sensible à nos Prieres , commence
à les exaucer , et c'est ce qui doit nous engager
à les redoubler avec autant de ferveur que
de confiance , pour conjurer le Pere des misericordes
, d'ouvrir ses trésors et de répandre sur
la Terre ces rosées de benediction , d'où dépend
la fécondité . Implorons l'intercession de nos
saints Patrons , si puissante auprès de Dieu , et
dont nous avons tant de fois éprouvé les salutaires
effers ; mais souvenons- nous que ce sont nos pe-
*
chez qui arrêtent le cours des graces et des bienfaits
de Dieu , que c'est parce que nous l'irritons
continuellement par nos desordres , que selon ses
menaces , le Ciel devient d'airain , et la Terre
de fer. Appaisons donc sa colere , par une conversion
sincere , par nos gémissemens et par nos
larmes ; que les Prêtres et les Ministres sacrez ,
prosternez entre le Vestibule et l'Autel , prient le
Seigneur de pardonner à son Peuple , et que les
Pécheurs penetrez du plus amer regret de leurs
fautes , s'efforcent d'en obtenir le pardon par de
dignes fruits de pénitence.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cha-
* Deut. 28. 12. Aperiet Dominus thesaurum
suum optimum , Coelum , ut tribuat pluviam
terra tua in tempore suo.
* Deuter. 28. 23. Sit calum , quod supra te
est , aneum ; et terra , quam calcas , ferrea.
pitre
1172 MERCURE DE FRANCE
pitre de notre Eglise Métropolitaine , ayant égard
à la priere des premiers Magistrats , nous ordonnons
que dans toutes les Eglises de cette Ville et de
ce Diocèse, outre la Collecte intitulée , Ad petendam
pluviam , on dise à l'issue de la principale
Messe le Trait , Domine , non secundùm , &c.
avec le Verset , Ostende nobis , &c. et l'Oraison
Effunde , &c. Et à l'issue des Vêpres les Litanies
des Saints pendant neuf jours , à compter du jour
de la réception de notre present Mandement. Exhortons
le Clergé et le Peuple de visiter , soit en
Procession, soit en particulier , l'Eglise de Notre-
Dame et celle de sainte Geneviève du Mont , Ou
les Châsses de S. Marcel et de cette Sainte seront
découvertes pour exciter la ferveur et la confiance
des Fideles . Afin que tout se fasse avec ordre ,,
et sans interrompre le service de ces Eglises , les
Curez et autres Superieurs conviendront avec
nosdits Venerables Freres de notre Eglise Métropolitaine
, et les Sieur Abbé , Prieur et Religieux
de sainte Geneviève du Mont , des jours et heures,
ausquels chaque Procession pourra se rendre,,
aprés la Fête de l'Ascension , dans lesdites Eglises.
Si vous mandons , &c.
donna un Mandement qui ordonne des
des Prieres pour la conservation des biens
de la terre , en voici la teneur :
CHARLES-GASPARD -GUILLAUME , &c.'
Dans la crainte qu'une longue secheresse ne
nuisit aux Fruits de la Terre , et que nous n'eussions
la douleur de voir augmenter la misere des
Pauvres , qui doivent être le premier objet de
notre charité , nous nous sommes addressez à
celui
MAY. 1731 1171
"
celui qui dispense à son gré les biens et les maux,
l'abondance et la sterilité , et nous avons ordonné
à tous les Prêtres de notie Diocèse de réciter
à la Messe la Collecte inserée dans le Missel ,
pour demander à Dieu la pluye dont nos Campagnes
ont besoin. Nous voyons avec consolation
que le Seigneur , sensible à nos Prieres , commence
à les exaucer , et c'est ce qui doit nous engager
à les redoubler avec autant de ferveur que
de confiance , pour conjurer le Pere des misericordes
, d'ouvrir ses trésors et de répandre sur
la Terre ces rosées de benediction , d'où dépend
la fécondité . Implorons l'intercession de nos
saints Patrons , si puissante auprès de Dieu , et
dont nous avons tant de fois éprouvé les salutaires
effers ; mais souvenons- nous que ce sont nos pe-
*
chez qui arrêtent le cours des graces et des bienfaits
de Dieu , que c'est parce que nous l'irritons
continuellement par nos desordres , que selon ses
menaces , le Ciel devient d'airain , et la Terre
de fer. Appaisons donc sa colere , par une conversion
sincere , par nos gémissemens et par nos
larmes ; que les Prêtres et les Ministres sacrez ,
prosternez entre le Vestibule et l'Autel , prient le
Seigneur de pardonner à son Peuple , et que les
Pécheurs penetrez du plus amer regret de leurs
fautes , s'efforcent d'en obtenir le pardon par de
dignes fruits de pénitence.
A ces causes , après en avoir conferé avec nos
venerables Freres les Doyen , Chanoines et Cha-
* Deut. 28. 12. Aperiet Dominus thesaurum
suum optimum , Coelum , ut tribuat pluviam
terra tua in tempore suo.
* Deuter. 28. 23. Sit calum , quod supra te
est , aneum ; et terra , quam calcas , ferrea.
pitre
1172 MERCURE DE FRANCE
pitre de notre Eglise Métropolitaine , ayant égard
à la priere des premiers Magistrats , nous ordonnons
que dans toutes les Eglises de cette Ville et de
ce Diocèse, outre la Collecte intitulée , Ad petendam
pluviam , on dise à l'issue de la principale
Messe le Trait , Domine , non secundùm , &c.
avec le Verset , Ostende nobis , &c. et l'Oraison
Effunde , &c. Et à l'issue des Vêpres les Litanies
des Saints pendant neuf jours , à compter du jour
de la réception de notre present Mandement. Exhortons
le Clergé et le Peuple de visiter , soit en
Procession, soit en particulier , l'Eglise de Notre-
Dame et celle de sainte Geneviève du Mont , Ou
les Châsses de S. Marcel et de cette Sainte seront
découvertes pour exciter la ferveur et la confiance
des Fideles . Afin que tout se fasse avec ordre ,,
et sans interrompre le service de ces Eglises , les
Curez et autres Superieurs conviendront avec
nosdits Venerables Freres de notre Eglise Métropolitaine
, et les Sieur Abbé , Prieur et Religieux
de sainte Geneviève du Mont , des jours et heures,
ausquels chaque Procession pourra se rendre,,
aprés la Fête de l'Ascension , dans lesdites Eglises.
Si vous mandons , &c.
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Résumé : Mandement de l'Archevêque de Paris, [titre d'après la table]
Le 7 avril, l'Archevêque de Paris publia un mandement ordonnant des prières pour la conservation des biens de la terre, en raison d'une sécheresse prolongée menaçant les récoltes et aggravant la misère des pauvres. Il demanda à Dieu d'envoyer la pluie et ordonna aux prêtres de son diocèse de réciter une collecte spéciale lors de la messe. Notant une possible réponse divine, il encouragea à intensifier les prières. Le mandement souligna que les péchés humains pouvaient entraver les bienfaits divins et appela à une conversion sincère et à la pénitence. Après consultation avec les dignitaires de son église métropolitaine et à la demande des premiers magistrats, l'Archevêque ordonna des prières supplémentaires pendant neuf jours après la principale messe et les vêpres. Il exhorta le clergé et le peuple à visiter les églises de Notre-Dame et de sainte Geneviève du Mont, où les reliques de saints seraient exposées pour stimuler la ferveur des fidèles, tout en assurant la continuité du service des églises.
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393
p. 1181
« L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
Début :
L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...]
Mots clefs :
Hiver
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
L'Hyver qui a été assez rude cette année
, n'a point encore fait place à la belle
Saison , le vent du Nord régne toûjours ,
et presque point de puye dépuis trés
longtemps , ce qui et géneral dans toute
PEurope ; on se plaint par tout du grand
froid de l'Hyver , et de la longue secheresse.
On écrit de Milan qu'elle y étoit
si grande au commencement du mois dernier
, qu'on n'en avoit jamais vû de pareille
au plus fort de l'Eté , tout paroissant
brûlé à la Campagne comme dans
l'ardeur de la Canicule.
, n'a point encore fait place à la belle
Saison , le vent du Nord régne toûjours ,
et presque point de puye dépuis trés
longtemps , ce qui et géneral dans toute
PEurope ; on se plaint par tout du grand
froid de l'Hyver , et de la longue secheresse.
On écrit de Milan qu'elle y étoit
si grande au commencement du mois dernier
, qu'on n'en avoit jamais vû de pareille
au plus fort de l'Eté , tout paroissant
brûlé à la Campagne comme dans
l'ardeur de la Canicule.
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Résumé : « L'Hyver qui a été assez rude cette année, n'a point encore fait place à la belle [...] »
L'hiver 2023 en Europe a été exceptionnellement rigoureux et prolongé, marqué par un vent du Nord dominant et une longue absence de pluie. Cette situation a causé un froid intense et une sécheresse généralisée. À Milan, la sécheresse début janvier surpassait celles d'été, laissant les campagnes semblables à des terres brûlées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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394
p. 1207-1213
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
Début :
J'ay toûjours differé à vous parler d'une découverte qui fut faite près de cette [...]
Mots clefs :
Découverte, Vaux, Rivière d'Yonne, Fourche de fer, Urne, Médailles, Auxerre, Histoire ecclésiastique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
EXTRAITF d'une Lettre écrite d'Au
xerre à M. D. L. R. au mois d'Avril
1731. par M.L. B. C. S. sur une Urne
et des Médailles trouvées.
. د ه د ه د د
BadaB& AD
differé à vous d'une
découverte qui fut faite près de cette
Ville la veille de laFête de S. Pierre dernie
"re , c'est- à- dire le 28. Juin 1730. dans le
territoire d'un Village appellé Vaux , à
une lieuë d'ici , sur le bord de la Riviere
d'Yone. Un Laboureur préparant une
terre pour la semaille prochaine , le Soc
de sa Charuë rencontra un ferrement qui
l'arrêta. Il voulut tirer ce ferrement qui
étoit placé perpendiculairement en terre,
mais il ne put en venir à bout qu'en creu
I. Vol.
A iij sant
1208 MERCURE DE FRANCE
sant dans l'endroit ; l'ayant arraché de ce
lieu , il reconnut par le bout qui étoit
plus avant dans la terre , que c'étoit une
fourche de fer à trois fourchons , longue
d'environ deux pieds : elle a depuis été
cassée en trois pieces , et il n'a resté que
le bout des trois fourchons que ce Paysan.
m'a mis entre les mains . On y trouva
aussi un autre Instrument de fer
que je
n'ai pû voir , et qu'il juge avoir servi à
attiser un foyer de charbons . Comme les,
pointes de la fourche aboutissoient à une
grosse pierre , il crut qu'il y avoit cous
cette pierre brute quelque chose de pré
cieux. Mais l'ayant levée , il n'y trouva
d'autre trésor que des cendres , des frag
mens d'une Urne de terre de couleur grise
cendrée , et quelques restes d'Ossemens ,
avec du charbon , er dix Médailles de
Bronze , dont il y en avoit d'épanchées
dans les terres que la pioche remua.
J
Etant allé sur le lieu , je ramassai les
fragmens d'Urne que le Laboureur avoit
méprisez les examinant ensuite , je fus.
assez surpris de trouver parmi ces frag
mens deux morceaux de crâne humain ..
La matiere poreuse qui cause leur legere
té me servit à les distinguer tout aussi
tôt du reste de ce que j'avois ramassé , et
les ayant frottés , je découvris qu'il y en
1. Vol.
JUI N. 1737. 1209
a un qui a encore conservé jusqu'à pre
sent la couleur que le feu lui a donnée
et celui- la sonne comme un morceau de
terre cuite.
A cette occasion j'ai voulu relire ce que
le sçavant Abbé des Thuilleries fit impri
mer contre M. Capperon en 1722. dans
le Mercure de Juin touchant la cessation
de l'usage de bruler les corps humains.
Quoique je ne fusse point porté à suivre
le sentiment de M. Capperon , qui croit
que l'usage de bruler les corps morts n'a
point passé le temps des Antonins , et
que ce furent eux qui l'abrogerent , j'en
suis encore plus éloigné que jamais depuis
cette découverte , et ce qui m'autorise à
préferer le sentiment de M. l'Abbé des
Thuilleries , qui soutient après Kirchman
que la coutume de bruler le corps des
deffunts duroit encore au troisiéme siecle ,
est que le corps qui a été brulé sur le
Rivage oriental de notre Riviere , et dont
j'ai vu les foibles restes , est surement
d'un Payen qui vivoit du temps de Pos
tume. Il est vrai que lorsqu'on eut re
mué la terre de ce lieu , on reconnut
parmi les Médailles qu'on y ramassa qu'il
y en avoit quelques-unes du premier et du
second siecle , mais il s'y en trouva aussi
du troisiéme , et ces dernieres étoient
L. Vol. A iiij
même
1210 MERCURE DE FRANCE
même en plus grand nombre. L'une étoit
de l'Empereur Hadrien , une autre d'An
tonin le Preux , l'une de Marc- Aurele ,
trois des plus effacées qui ont été dissi
pées , je n'ai pû les voir ; mais j'ai recou
vré les quatre principales de cette petite
quantité elles sont toutes de Posthume,
en grand et moyen Bronze , et deux de
celles qui sont en grand Bronze ont pour
Legende LAETITIA AUG. avec le
Vaisseau Prétorien , et de ces deux l'une
est si belle , quoique peu épaisse , qu'on
diroit qu'elle sort des mains de l'Ouvrier,
car le Paysan qui m'a vendu trois de ces
Posthumes , avoit cru bien faire de les
éclaircir et d'en ôter la roüille . Je ne sçai si
ce Vaisseau auroit quelque rapport à la Na
vigation de la Riviere d'Yone. J'en laisse
la décision à d'autres . Permettez que j'ap
puye encore ici en passant un article de la
défense que l'Abbé des Thuilleries a faite
du sentiment de M.Huet , Evêque d'Avran
ches ,sur l'origine du nom d'Eu.Le premier
Village au- dessus d'Auxerre en remontant
le long de la Riviere , à gauche , s'appelle
Augy , et justement c'est un Pays de Plai
ne et de Prairies. C'est donc encore un
exemple qui peut être cité avec les au
tres dont ce sçavant Prélat , aussi-bien que
M. Du Cange , s'autorisent pour assurer
B
I. Vala que
JUIN. 1731 . 1211
on
>
que les mots au , auu , auve , en , o
оии , verifient par la situation des lieux
dans le nom desquels il entre une de ces syl
labes , que ces noms viennent de l'ancien
langage Teutonique , parce qu'encore de
nos jours en langage Alleman ces mots si
gnifient un Pré. L'article du Glossaire est
court ; mais il me paroît formel par le
moyen du Texte qu'il allegue de la vie
de S. Colman , où il est parlé ainsi d'une
Eglise bâtie dans une Prairie : Est autem
prope Danubium quædam speciosa et delec
tabilis Augia , in qua noviter constructa
fuit Basilica d'où M. Du Cange a eu bien
raison d'inferer que par Augia il faut en
tendre une Prairie située sur le bord d'u
ne Riviere , ou entourée d'un Fleuve : Au
gia campus pascuus amni adjacens veľ
amne circumfusus , eu Germanico Au vel
Auw. Au-dessus du Village de notre Au
gy , la Plaine devient labourable , et ce
n'est qu'à un quart de lieuë delà que se
trouve le Vaax en question , si toutefois
il faut l'écrire ainsi : car je suis porté à
croire que c'est l'ancien Uno , nom indé
cliné , dont la vie de S. Aunaire , Evêque
d'Auxerre , écrite au VII , ou VIII . siecle,
dit que c'étoit un Village situé tout pro
che Auxerre , dans lequel il y avoit une
Fontaine dont les eaux faisoient bouil
1. Vol "Av lonnet
212 MERCURE DE FRANCE
'onner le sable , et qui étoit de profondeur
à noyer un homme : en effet tout cela se
trouve veritable à Augy , où l'on voit l'u
ne des plus spacieuses sources qui soit bien
loin d'ici.
Au reste, Monsieur , si j'avois été dans le
pays dans le temps de la découverte faite à
Vaux , je m'y serois transporté dès le jour
ou le lendemain , et j'aurois pû vous.en.
rendre un compte plus détaillé. Mais vous
vous ressouviendrez que j'étois alors en
route dans le Berry , tant pour me dé
lasser des fatigues attachées à ma fonction,
que pour vérifier , en chemin faisant , un
point de l'Histoire Ecclesiastique de ce
Diocèse , et éclaircir un endroit de l'His
toire de S. Grégoire de Tours , sur lequel
je crois qu'on a été jusqu'ici dans l'erreur.
Quelque perite qu'ait été la découverte
faite à Vaux, elle a été très - publique dans
le lieu . Le Curé de la Paroisse en est té
moin , aussi bien qu'un grand nombre de .
Paysans ausquels j'ai parlé , et qui sont
tous d'accord sur le fait. Ce n'est point de
ces découvertes controuvées dont on ne
peut montrer les effets , ni produire au
cun témoin , telle est celle * qu'on
Cette prétendu Découverte se trouve dans
le Journal de Verdun , du mois de Novembre
1727 page 3261
ty
La Vol.
JUIN. 1731. 1213
a supposé il y a quelques années avoit été
faite dans un petit Village du Diocèse de
Sens , à quelques lieues d'ici , dans la
quelle tout a été également invisible
Pierre, Inscription et Médailles.Heureuse
ment , Monsieur , ce n'est point votre
Journal qui en a été la duppe. Je plains
ceux qui sont si mal servis , et je suis , &c.
xerre à M. D. L. R. au mois d'Avril
1731. par M.L. B. C. S. sur une Urne
et des Médailles trouvées.
. د ه د ه د د
BadaB& AD
differé à vous d'une
découverte qui fut faite près de cette
Ville la veille de laFête de S. Pierre dernie
"re , c'est- à- dire le 28. Juin 1730. dans le
territoire d'un Village appellé Vaux , à
une lieuë d'ici , sur le bord de la Riviere
d'Yone. Un Laboureur préparant une
terre pour la semaille prochaine , le Soc
de sa Charuë rencontra un ferrement qui
l'arrêta. Il voulut tirer ce ferrement qui
étoit placé perpendiculairement en terre,
mais il ne put en venir à bout qu'en creu
I. Vol.
A iij sant
1208 MERCURE DE FRANCE
sant dans l'endroit ; l'ayant arraché de ce
lieu , il reconnut par le bout qui étoit
plus avant dans la terre , que c'étoit une
fourche de fer à trois fourchons , longue
d'environ deux pieds : elle a depuis été
cassée en trois pieces , et il n'a resté que
le bout des trois fourchons que ce Paysan.
m'a mis entre les mains . On y trouva
aussi un autre Instrument de fer
que je
n'ai pû voir , et qu'il juge avoir servi à
attiser un foyer de charbons . Comme les,
pointes de la fourche aboutissoient à une
grosse pierre , il crut qu'il y avoit cous
cette pierre brute quelque chose de pré
cieux. Mais l'ayant levée , il n'y trouva
d'autre trésor que des cendres , des frag
mens d'une Urne de terre de couleur grise
cendrée , et quelques restes d'Ossemens ,
avec du charbon , er dix Médailles de
Bronze , dont il y en avoit d'épanchées
dans les terres que la pioche remua.
J
Etant allé sur le lieu , je ramassai les
fragmens d'Urne que le Laboureur avoit
méprisez les examinant ensuite , je fus.
assez surpris de trouver parmi ces frag
mens deux morceaux de crâne humain ..
La matiere poreuse qui cause leur legere
té me servit à les distinguer tout aussi
tôt du reste de ce que j'avois ramassé , et
les ayant frottés , je découvris qu'il y en
1. Vol.
JUI N. 1737. 1209
a un qui a encore conservé jusqu'à pre
sent la couleur que le feu lui a donnée
et celui- la sonne comme un morceau de
terre cuite.
A cette occasion j'ai voulu relire ce que
le sçavant Abbé des Thuilleries fit impri
mer contre M. Capperon en 1722. dans
le Mercure de Juin touchant la cessation
de l'usage de bruler les corps humains.
Quoique je ne fusse point porté à suivre
le sentiment de M. Capperon , qui croit
que l'usage de bruler les corps morts n'a
point passé le temps des Antonins , et
que ce furent eux qui l'abrogerent , j'en
suis encore plus éloigné que jamais depuis
cette découverte , et ce qui m'autorise à
préferer le sentiment de M. l'Abbé des
Thuilleries , qui soutient après Kirchman
que la coutume de bruler le corps des
deffunts duroit encore au troisiéme siecle ,
est que le corps qui a été brulé sur le
Rivage oriental de notre Riviere , et dont
j'ai vu les foibles restes , est surement
d'un Payen qui vivoit du temps de Pos
tume. Il est vrai que lorsqu'on eut re
mué la terre de ce lieu , on reconnut
parmi les Médailles qu'on y ramassa qu'il
y en avoit quelques-unes du premier et du
second siecle , mais il s'y en trouva aussi
du troisiéme , et ces dernieres étoient
L. Vol. A iiij
même
1210 MERCURE DE FRANCE
même en plus grand nombre. L'une étoit
de l'Empereur Hadrien , une autre d'An
tonin le Preux , l'une de Marc- Aurele ,
trois des plus effacées qui ont été dissi
pées , je n'ai pû les voir ; mais j'ai recou
vré les quatre principales de cette petite
quantité elles sont toutes de Posthume,
en grand et moyen Bronze , et deux de
celles qui sont en grand Bronze ont pour
Legende LAETITIA AUG. avec le
Vaisseau Prétorien , et de ces deux l'une
est si belle , quoique peu épaisse , qu'on
diroit qu'elle sort des mains de l'Ouvrier,
car le Paysan qui m'a vendu trois de ces
Posthumes , avoit cru bien faire de les
éclaircir et d'en ôter la roüille . Je ne sçai si
ce Vaisseau auroit quelque rapport à la Na
vigation de la Riviere d'Yone. J'en laisse
la décision à d'autres . Permettez que j'ap
puye encore ici en passant un article de la
défense que l'Abbé des Thuilleries a faite
du sentiment de M.Huet , Evêque d'Avran
ches ,sur l'origine du nom d'Eu.Le premier
Village au- dessus d'Auxerre en remontant
le long de la Riviere , à gauche , s'appelle
Augy , et justement c'est un Pays de Plai
ne et de Prairies. C'est donc encore un
exemple qui peut être cité avec les au
tres dont ce sçavant Prélat , aussi-bien que
M. Du Cange , s'autorisent pour assurer
B
I. Vala que
JUIN. 1731 . 1211
on
>
que les mots au , auu , auve , en , o
оии , verifient par la situation des lieux
dans le nom desquels il entre une de ces syl
labes , que ces noms viennent de l'ancien
langage Teutonique , parce qu'encore de
nos jours en langage Alleman ces mots si
gnifient un Pré. L'article du Glossaire est
court ; mais il me paroît formel par le
moyen du Texte qu'il allegue de la vie
de S. Colman , où il est parlé ainsi d'une
Eglise bâtie dans une Prairie : Est autem
prope Danubium quædam speciosa et delec
tabilis Augia , in qua noviter constructa
fuit Basilica d'où M. Du Cange a eu bien
raison d'inferer que par Augia il faut en
tendre une Prairie située sur le bord d'u
ne Riviere , ou entourée d'un Fleuve : Au
gia campus pascuus amni adjacens veľ
amne circumfusus , eu Germanico Au vel
Auw. Au-dessus du Village de notre Au
gy , la Plaine devient labourable , et ce
n'est qu'à un quart de lieuë delà que se
trouve le Vaax en question , si toutefois
il faut l'écrire ainsi : car je suis porté à
croire que c'est l'ancien Uno , nom indé
cliné , dont la vie de S. Aunaire , Evêque
d'Auxerre , écrite au VII , ou VIII . siecle,
dit que c'étoit un Village situé tout pro
che Auxerre , dans lequel il y avoit une
Fontaine dont les eaux faisoient bouil
1. Vol "Av lonnet
212 MERCURE DE FRANCE
'onner le sable , et qui étoit de profondeur
à noyer un homme : en effet tout cela se
trouve veritable à Augy , où l'on voit l'u
ne des plus spacieuses sources qui soit bien
loin d'ici.
Au reste, Monsieur , si j'avois été dans le
pays dans le temps de la découverte faite à
Vaux , je m'y serois transporté dès le jour
ou le lendemain , et j'aurois pû vous.en.
rendre un compte plus détaillé. Mais vous
vous ressouviendrez que j'étois alors en
route dans le Berry , tant pour me dé
lasser des fatigues attachées à ma fonction,
que pour vérifier , en chemin faisant , un
point de l'Histoire Ecclesiastique de ce
Diocèse , et éclaircir un endroit de l'His
toire de S. Grégoire de Tours , sur lequel
je crois qu'on a été jusqu'ici dans l'erreur.
Quelque perite qu'ait été la découverte
faite à Vaux, elle a été très - publique dans
le lieu . Le Curé de la Paroisse en est té
moin , aussi bien qu'un grand nombre de .
Paysans ausquels j'ai parlé , et qui sont
tous d'accord sur le fait. Ce n'est point de
ces découvertes controuvées dont on ne
peut montrer les effets , ni produire au
cun témoin , telle est celle * qu'on
Cette prétendu Découverte se trouve dans
le Journal de Verdun , du mois de Novembre
1727 page 3261
ty
La Vol.
JUIN. 1731. 1213
a supposé il y a quelques années avoit été
faite dans un petit Village du Diocèse de
Sens , à quelques lieues d'ici , dans la
quelle tout a été également invisible
Pierre, Inscription et Médailles.Heureuse
ment , Monsieur , ce n'est point votre
Journal qui en a été la duppe. Je plains
ceux qui sont si mal servis , et je suis , &c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Auxerre à M. D. L. R. au mois d'Avril 1731. par M. L. B. C. S. sur une Urne et des Médailles trouvées.
En juin 1730, près de la ville d'Auxerre, un laboureur découvrit une fourche de fer et des fragments d'une urne contenant des ossements humains et des médailles de bronze. Cette découverte eut lieu à Vaux, un village situé à une lieue d'Auxerre, sur le bord de la rivière d'Yonne. L'urne, de couleur grise cendrée, contenait également des cendres et du charbon. Parmi les médailles, certaines datent des premier, deuxième et troisième siècles, avec une majorité du troisième siècle. Notamment, plusieurs médailles de l'empereur Posthume furent trouvées, certaines portant la légende 'LAETITIA AUG.' avec un vaisseau prétorien. L'auteur de la lettre, M. L. B. C. S., examina les fragments de l'urne et identifia des morceaux de crâne humain ayant conservé la couleur du feu. Il mentionne également une controverse entre l'abbé des Thuilleries et M. Capperon concernant la cessation de l'usage de brûler les corps humains, préférant l'opinion de l'abbé selon laquelle cette pratique persistait au troisième siècle. L'auteur évoque aussi l'origine du nom du village d'Augy, situé au-dessus d'Auxerre, et son lien avec le langage teutonique. Il conclut en soulignant la publicité de la découverte à Vaux, confirmée par le curé de la paroisse et plusieurs paysans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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395
p. 1280-1282
NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Début :
Dans la Mathématique universelle j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1. [...]
Mots clefs :
Géomètres, Infinitaires, Paradoxe, Société royale, Calcul, Géométrie ordinaire, Quarré
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
NOUVEAU Paradoxe proposé aux
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
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Résumé : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Le texte traite d'un paradoxe mathématique lié aux propriétés des nombres infinis. Un géomètre infini affirme que le carré de toutes les unités prises en nombre infini est égal à la somme des nombres impairs (1, 3, 5, etc.). Il mentionne avoir reçu un livre de M. Cheyne, qui soutient que le carré des demi-unités prises en nombre infini est également égal à la somme des nombres impairs. Après réexamen, l'auteur conclut que les deux affirmations peuvent être vraies simultanément, soulignant la complexité des questions infinies et la supériorité de la géométrie infinie sur la géométrie ordinaire. Un autre point de désaccord concerne la somme des nombres naturels. M. Cheyne affirme que le carré des unités est égal à la somme des nombres naturels (1, 2, 3, etc.), tandis que l'auteur maintient que cette somme est égale à celle des nombres impairs. L'auteur critique M. Cheyne pour avoir violé ses propres principes en assignant les nombres naturels comme le carré des unités, contrairement aux principes euclidiens qui stipulent que ce carré devrait être quadruple de celui des demi-unités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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396
p. 1482-1494
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
Début :
MONSIEUR, Puisque vous souhaitez que je vous donne une parfaite connoissance des Observations [...]
Mots clefs :
Sels, Terre roide, Eaux , Plantes, Terre fine, Concrétion particulière, Cristalliser, Nitre, Vitriol, Sel d'Epsom
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
Doyen de S. Maxent , sur une Méthode
facile qu'il a découverte , pour connoître
les Sels , pour juger des effets qu'ils doi
vent produire , et pour examiner ceux qui
se trouvent dans les terres , dans les eaux,
dans les plantes , dans les humeurs et
dans l'air , ce qui servira à connoître
les qualitez de ces differentes choses.
MONSIEUR ,
Puisque vous souhaitez que je vous
donne une parfaite connoissance des Ob
servations que j'ai faites sur les Sels , dans
la vûe de faciliter le moyen de découvrir
par une voye plus simple que celles dont
II Vol on
JUIN.
1483 1731.
S
on s'est servi jusqu'à present , quelles peu
vent être les qualitez des differens mixtes
qu'on veut examiner ; je le ferai volon
tiers , n'ayant rien plus à coeur que de
vous satisfaire. Ce que j'ai dit cy- devant
sur les Sels de l'air dans les Lettres que
je vous ai adressées , ( a) ayant produit
d'aussi heureux effets , et pouvant en pro
curer beaucoup d'autres , je ne crois pas
devoir négliger de vous faire connoître
l'étenduë que j'ai donnée à ma découver
te , pour faire remarquer l'utilité qu'on
en peut tirer.
Je crois d'abord pouvoir avancer qu'il
n'y a pas de moyen plus sûr que ma Mé
thode pour bien connoître tous les Sels ,
et pour les distinguer
parfaitement les
uns des autres. C'est par cette même Mé
thode qu'il est le plus facile de connoî
tre comment sont formées les plus peti
tes parties
integrantes qui
composent ces
Sels ; d'où je conclus qu'il est très - aisé
ensuite de juger des effets qu'ils doivent
naturellement produire.
Pour vous persuader , Monsieur , de
ces trois propositions , permettez - moi de
vous marquer d'abord ce que j'entends
précisement par ce qu'on appelle Sel.
(a) Voyez les Mercures de Février, Mars et
Décembre 1729. et Mars 1730,
I I. Vol.
J'en
7484 MERCURE DE FRANCE
J'entends par Sel , une concrétion parti
culiere , faite d'une terre fine , roide et
cassante , qui se dissout dans l'eau et qui
après sa dissolution reprend toûjours la
même figure lorsqu'on n'y met point
d'obstacles. Telle est, ce me semble,la ve
ritable idée qu'on peut avoir de la nature
des Sels , reconnue par de solides Obser
vations , et non simplement suposée par
la seule imagination , telles que celles
qu'on a eües jusqu'à present.
C'est ce qu'il est facile de justifier par
ma Méthode ; car qu'on prenne tel Sel
qu'on voudra , qu'on en fasse dissoudre
dans l'eau une quantité convenable , et
qu'on le fasse ensuite cristaliser sur le ver
re, ainsi que je l'enseigne , l'on verra que
chaque Sel y réprendra toûjours la figure
qui lui est specifique ; par où il sera très
aisé de le distinguer des autres. Pour pro
fiter donc de cette découverte , et pour
éviter qu'on y soit trompé , il est à pro
pos de faire cristaliser de cette maniere
chaque Sel en particulier , et d'en tirer
ensuite le papier ; car cela étant fait une
fois , c'est le moyen de les reconnoître
toûjours et de les distinguer parfaitement
les uns des autres . On aura même là
une espece de clef pour les trouver et
les connoître par tout où ils sont.
par
II. Vol. C'est
JUIN. 1731. 1485
募
C'est ce dont je donne un échantillon
dans la Planche qui accompagne mes Let
tres , où j'ai représenté les Figures des
Sels les plus connus , ainsi que je les ai
vûs et dessinez moi- même ; tels que le
Sel marin , le Nitre , le Vitriol blanc et
le vert , l'Alun , le Sel Armoniac , le Bo
rax, le Sel d'Epsom ou d'Angleterre, l'Ar¬
senic , le Sublimé et le Sucre.
Il est aisé de voir par les figures de ces
Sels , représentez dans cette Planche , que
le Sel Marin se cristalise toûjours en cubes,
qui ont moins de hauteur que de largeur,
avec cette particularité , que la plupart
de ces cubes forment sur leur hauteur un
creux à quatre facetes , lesquelles se reü
nissant , donnent souvent lieu de croire
que bien loin de former un creux , elles
s'élevent tout au contraire en pointe de
diamant , ce qui arrive ordinairement
lorsqu'on n'apporte pas assez d'attention
à les regarder avec un Microscope , l'illu
sion venant de la transparence de ces
Cristaux .
Le Nitre prend la figure de petites li
gnes droites , lesquelles se réunissant sou
* On ajugé à propos de ne faire graver qu'u
ne partie des Sels dont parle l'Auteur ; cette
partie nous paroissant suffisante pour exprimer
ses idées.
II. Vol. D vent
1486 MERCURE DE FRANCE
vent les unes aux autres , forment des li
gnes cannelées plus longues et plus gros
ses , ayant quelques inégalitez dans leur
longueur , causées par la jonction de ces
lignes. Souvent dans les intervales qui res
tent entre ces longues lignes , il en paroît
qui sont en forme de branchages, traversées
par d'autres ; et parmi ces lignes on voit
plusieurs petits Cristaux ovales, mais poin
tus par les deux bouts , même d'autres qui
sont ronds et dispersez differemment.
Le Vitriol a aussi des lignes , mais beau
coup plus irregulieres et moins unies que
celles du Nitre , puisqu'elles sont souvent
comme dentelées ; et dans les intervales
de ces lignes , il se trouve comme de
pe
tites éguilles , dont les unes sont disper
sées et d'auttes sont réunies en forme
d'étoiles ; lors qu'elles se réunissent en
plus grand nombre , elles ont la figure
de têtes de Chardons.
L'Alun se cristalise en espece de trian
gles , dont les trois angles sont pres
que toûjours coupez vers leurs extrémi
tez , ce qui forme un exagone plus ou
moins regulier. Si par hazard les Cris
taux se réunissent , ce qui arrive particu
Hierement vers les bords du verre , ils font
alors des Cristaux continus , qui ont pres
que toûjours la figure d'angles saillans
II. Vol.
JUIN. 1731. 1487
a peu près semblables à ceux des Bastions
ou des demi - Lunes.
Le Sel Armoniac se forme en lignes
plus ou moins longues ; mais dont les côtez
sont toûjours garnis d'autres moindres li
gnes qui s'y joignent à angles droits, ce qui
forme souvent des croix assez régulieres.
Le Borax donne des Cristaux fort pe
tits , de figure differente , les uns étant
plus ou moins quarrez ou triangulaires
ou paralellogrames ou pentagones ou
exagones ; mais tous avec certaine épais
seur et coupez à vives arêtes .
Le Sel d'Angleterre prend la figure de
quarrez longs , avec nombre d'espece de
rosettes , dont plusieurs sont herissez ,
approchant des têtes de Chardons.
Le Sel Polycreste a des paralellogrames
plus menus que le Sel d'Epsom , dont
plusieurs se joignant ensemble , forment
des lignes qui se tiennent les unes aux au
tres. Il y a outre cela d'autres petits Cris
taux plus quarrez , et quantité de petites
lignes ou éguilles , et des globules heris
sez en têtes de Chardons .
L'Arsenic a de petits Cristaux , dont
on ne peut voir parfaitement la figure
qu'avec un bon Microscope ; pour lors on
les voit faits en globules comme herissez de
pointes de diamans; et parmi ceux- là on en
11. Vol Dij voit
488 MERCURE DE FRANCE
voit d'autres formez en rond.Les Cristaux
du Sublimé sont en figure d'épines , dont
les éguillons sont très- pointus. Enfin le
Sucre se cristalise en agréables rosettes.
Telles sont les figures de ces differens
Sels que j'ai fait cristaliser par ma Métho
de, et que j'ai vû paroître toûjours de mê
me , à quelque petite difference près , qui
ne fait pas changer les figures dominan
tes et specifiques de ces Sels , telles que
je viens de les décrire : ce que j'ai fait à
P'égard de ceux-là , se peut également
faire à l'égard de tout autre ; car il ne
faut pas croire que tous les Sels qui sont
dans la Nature , se réduisent tous à ceux
qui sont les plus connus ; il est vrai qu'ils
se trouvent souvent dans l'air , dans la
terre et dans les differens mixtes qu'on
peut connoître ; mais il paroît assez vrai
semblable qu'il y a dans la terre une ma
tiere saline dont tous les Sels sont com
posez , laquelle se réunissant et se con
gelant differemment , suivant les petits
vuides où elle entre , soit dans la terre
même ou dans les mixtes , forme par ce
moyen autant de differens Sels que les mou
les ( pour ainsi dire ) où elle s'est conge
lée , se sont trouvez differens . L'Art même
fait souvent changer de figure aux Sels
naturels , mais il est toûjours vrai que
II. Vol.
lorsque
JUIN.
1731. 1489
lorsque cette matiere saline a été fixée , soit
par la Nature soit par l'Art , à une figure
particuliere , elle la reprend toûjours
quand on la cristalise par ma Méthode .
Il y a une autre chose qui mérite d'ê
tre connue dans ce qui regarde les Sels ,
et qu'on peut dire être le fondement de
tout ce qu'on peut juger des cffets qu'ils
peuvent produire ; sçavoir , que les plus
petites parties intégrantes dont ils sont
composez , gardent dans leur plus petit
volume , tout imperceptible qu'il est , la
même figure qui paroît sur le verre par
l'assemblage d'une infinité de ces petites
parties dont la figure du Sel criştalisé est
composée ; c'est ce qu'un Ecrivain mo
derne (a) avance comme un principe as
suré ; car après avoir dit , conformément
à ce que j'ai pensé , que ce qu'il y a de
singulier dans les Sels , c'est que de telle
maniere qu'on les divise ou qu'on les dis
solve , ils prennent toujours la même
forme dans la cristalisation , étant aussi
difficile de leur enlever leur figure que
leur nature saline , la loi qui leur donne
cet arrangement , étant invariable . Puis
passant plus loin , il ajoûte que les parties
(a) M. Senac , nouveau Cours de Chymie
suivant les principes de Nevveton et de Sthalle,
Art. dernier de la Cristalisation.
9
II. Vol.
Dij les
1490 MERCURE DE FRANCE.
les plus simples des Sels ont toûjours leur
figure semblable à celle que prennent les
Sels en se cristalisant , ce qui donne lieu
à cet Auteur de souhaiter qu'on pût
trouver un moyen de connoître quelle
est précisement la figure spécifique de
chaque Sel , afin que par ce même moyen
on pût connoître de quelles figures
sont les moindres parties qui les compo
sent ; c'est ainsi qu'il s'exprime : On pourra
peut-être , en connoissant la figure des
Cristaux ( des Sels , ) connoître laforme des
parties qui les composent.
Ce que cet Auteur espere pouvoir
quelque jour arriver , c'est , ce me semble ,
par la Méthode que j'ai proposée ; puis
que rien n'est plus aisé que de connoître
par ce moyen si simple , quelle est la
figure specifique de chaque Sel ; ainsi qu'on
en peut juger par ce que je viens de dire
des Sels dont j'ai parlé cy- dessus.
Etant donc une chose assurée que les
parties interieures et invisibles des Sels
sont de la même figure que les Cristaux
qui se voyent avec les yeux ; il s'ensuit
qu'il est après cela très- facile de connoître
quels effets ces Sels doivent produire, puis
que lescorps n'agissent les uns sur les autres
que par leur figure et leur mouvement.
Ainsi voyant que les Cristaux du Ni
II. Vol. tre
JUIN. 1731. 1491
tre sont quelques-uns formez en lignes ,
d'autres en petites ovales fort pointuës
par
les deux extrémitez , et enfin d'autres
plus petits presque ronds ; n'a-t'on pas
raison de juger que par ses parties poin
tuës , il doit être d'un gout acide et pic
quant ; par ses parties longues , il doit di
minuer le mouvement interieur des li
quides , et être un peu volatile par ses pe
tites parties rondes ? que le Sel marin , où
l'on ne voit que des Cristaux cubiques
doit avoir quelque chose de plus âcre,
raison de ses differens angles , et plus fixe
à cause de sa figure moins susceptible de
à
mouvement ?
Le Vitriol ayant quelques- uns de ses
Cristaux formez en lignes assez grosses ,
mais comme dentelées en forme de Scies,
d'autres en petites éguilles , et enfin d'au
tres en étoiles pointues et en Chardons
herissez ; ne doit- on pas juger que par
ses parties longues , il doit , aussi - bien
que le Nitre , diminuer le mouvement
des liquides ? mais être plus âcre et plus
caustique par la dentelure de ses parties ,
comme par ses étoiles pointues et ses es
peces de têtes de Chardons ? ce qui doit ,
aussi le rendre astringent , lorsque ces
parties dentelées ou herissées , venant à
se glisser entre les fibres , leur donnent
eccasion de se resserrer. Diiij l'A
1492 MERCURE DE FRANCE
L'Alun n'a presque qu'une sorte de
Cristaux composez aussi de plusieurs an
gles plus roides et plus fermes , puisqu'il
se dissout moins aisément ; c'est pourquoi
jugeant par leur figure des qualitez de ce
Sel , il est aisé de voir que piquant par
ses angles roides et fermes les fibres ou
'mammelons de la langue , il doit causer
un gout austere , et que ses particules ainsi
figureés se glissant entre ces fibres
leur donnent lieu de se bander et de se
resserrer , ce qui produit son astriction .
Le Sel Armoniac ayant ses parties lon
gues , doit aussi être rafraichissant ; mais
parce qu'elles sont traversées par d'autres
petites lignes qui les croisent , elles don
nent par - là plus de prise pour être enle
vées dans l'évaporation , ce qui par con
sequent doit le rendre volatile.
Le Borax a ses Cristaux pareillement
composez de plusieurs angles , même cou
pez à vives arêtes , ce qui le doit rendre
pénetrant et irritant ; mais parce qu'il est
plus compacte et moins facile à se dis
soudre , cela empêche qu'il ne pro
duise sur la langue des effets aussi sensi
bles que les Sels précedens ; au lieu qu'é
tant plus développé dans les visceres , il
Y fait ses principales Opérations.
Le Sel d'Epsom et le Sel Policreste ,
II. Vol. pa:
JUIN. 1731. 1493
par leurs paralellogrammes assez longs ,
font connoître qu'ils peuvent diminuer
l'agitation interieure des liquides ; mais
leur âcreté se fait voir aussi aisément par
leurs Cristaux en forme de têtes de Char
dons , ce qui les rend purgatifs , irritant
facilement les intestins par ces parties ain
si figurées , et le Sel Policreste de plus par
ses petites éguilles. Il est facile de con
noître les cruels effets de l'Arsenic et du
Sublimé , par la seule inspection de la fi
gure de leurs Cristaux. Ceux du Sucre
tout au contraire , formez en petites ro
settes , marquent assez qu'en roulant sur
les fibres de la langue , ils ne sont propres
qu'à les chatouiller agréablement.
Je ne suis entré dans ce détail touchant
les Sels les plus connus , que pour justi
fier par ces Sels la verité de ce que j'ai
avancé et de ce qu'en pense M. Sénac ; sça
voir , que connoissant quelle est la figure
specifique que prend chaque Sel dans la
cristalisation , on parvient à connoître
quels effets il doit naturellement operer.
Ilconvient maintenant de marquer com
ment on doit s'y prendre pour trouver
ces differentes figures des Sels , il n'y a qu'à
faire dissoudre dans l'eau le Sel dont on
veut connoître la figure des Cristaux, faire
la dissolution un peu forte , la filtrer en
II. Vol.
suite
Dv
1494 MERCURE DE FRANCE
suite par le papier gris , et en prendre
une très - petite portion pour la faire cris
taliser sur un petit morceau de verre for
mé en rond , comme je l'enseigne dans ma
troisiéme Lettre sur les Sels de l'air , (a)
pour faire cristaliser les Sels qui se ren
contrent dans les eaux de pluye , de rosée ,
de brouillards , & c . La cristalisation étant
faite, si l'on veut voir distinctement quelle
est la figure des Cristaux , il faut les re
garder avec un Microscope qui doit être
fait comme ceux dont je vous ai donné
autrefois la description . Il y a quelques
observations à faire pour n'être pas trom
pé dans la Cristalisation de ces Sels ; mais
je me réserve à en parler dans la Lettre qui
doit suivre celle-cy de près . Je suis , Mon
sieur , & c.
FIGURES des principaux Sels
dont il est parlé dans cette Lettre.
La 1. figure représente le Sel Marin .
La 2. le Sel du Terreau de fumier.
La 3. le Sel de l'Ozeille.
le Sel de la Salive.
La 4.
La
5.
le
Sel
du
Sang
.
La
6.
le
Sel
de
l'Urine
.
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Résumé : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, propose une méthode pour identifier et analyser les sels présents dans divers milieux tels que les terres, les eaux, les plantes, les humeurs et l'air. Cette méthode permet de connaître les qualités des sels et de juger de leurs effets. Capperon définit un sel comme une concrétion fine, roide et cassante, qui se dissout dans l'eau et reprend sa forme après dissolution. Sa méthode consiste à dissoudre les sels dans l'eau et à les faire cristalliser sur du verre pour observer leurs formes spécifiques, permettant ainsi de les distinguer et de les identifier. Le texte décrit les formes cristallines de plusieurs sels connus, tels que le sel marin, le nitre, le vitriol, l'alun, le sel armoniac, le borax, le sel d'Epsom, l'arsenic, le sublimé et le sucre. Chaque sel présente des cristaux de formes distinctes. Par exemple, le sel marin se cristallise en cubes, le nitre en lignes droites et cannelées, et le vitriol en lignes irrégulières et dentelées. Capperon explique que la forme des cristaux permet de déduire les effets des sels. Par exemple, les cristaux pointus du nitre indiquent un goût acide et piquant, tandis que les cristaux cubiques du sel marin suggèrent une nature âcre et fixe. La méthode de Capperon permet également de comprendre les propriétés des sels en observant leurs formes cristallines et leurs interactions avec d'autres substances. Le texte mentionne également des sels spécifiques comme le sel d'Epsom et le sel policreste, identifiables par leurs cristaux en forme de têtes de chardons, qui sont purgatifs et irritent les intestins. L'arsenic et le sublimé, reconnaissables par leurs cristaux, ont des effets cruels. En revanche, les cristaux de sucre, en forme de petites rosettes, chatouillent agréablement les fibres de la langue. L'auteur justifie l'importance de connaître la figure spécifique des cristaux de chaque sel pour prédire leurs effets. Il décrit également la méthode pour observer ces cristaux : dissoudre le sel dans l'eau, filtrer la solution, et la faire cristalliser sur un morceau de verre, puis examiner les cristaux au microscope. Le texte mentionne également des observations à faire pour éviter les erreurs lors de la cristallisation, promettant d'en parler dans une lettre ultérieure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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396
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, sur une Méthode facile qu'il a découverte, pour connoître les Sels, pour juger des effets qu'ils doivent produire, et pour examiner ceux qui se trouvent dans les terres, dans les eaux, dans les plantes, dans les humeurs et dans l'air, ce qui servira à connoître les qualitez de ces differentes choses.
397
p. 1516-1531
LETTRE de M. Laloüat de Soulaines, écrite à M. L. B. C. D. au sujet de l'Akousmate d'Ansacq, et d'un autre pareil dont il a été le témoin.
Début :
Je ne suis pas surpris, Monsieur, que la Rélation de M. le Curé d'Ansacq [...]
Mots clefs :
Colline, Vallons, Ruelles, Jardins, Occident, Orient, Enquête , Pièce juridique, Acousmate d'Ansacq
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Laloüat de Soulaines, écrite à M. L. B. C. D. au sujet de l'Akousmate d'Ansacq, et d'un autre pareil dont il a été le témoin.
LETTRE de M. Laloüat de Soulaines ,
écrite à M. L. B. C. D. au sujet de
l'Akousmate d'Ansacq , et d'un autre
pareil dont il a été le témoin.
1
E ne suis pas surpris , Monsieur , que
la Rélation de M. le Curé d'Ansacq
ne passe chez vous que pour un Conte
de Fées , puisqu'il vous faut des temoi
gnages ex visu et auditu , et que cette
Rélation ne se soutient que sur l'un de
ces sens : je la trouverois fort avanturée ,
si elle ne devoit passer qu'entre les mains
de personnes de votre secte . Pour moy ,
puisque vous êtes curieux de sçavoir ce
que j'en pense , je vous avoüerai que je
la traite plus favorablement. A cet aveu
je crois vous entendre rire et feliciter
l'Auteur de ce qu'il est assés heureux pour
trouver des
personnes comme moy , qui
veulent bien croire fermement que c'est
un jeu d'esprit , et vous me demandés
II. Vola déja
JUIN. 1731. 1517
'déja d'un ton railleur , si je n'ai pas quel
que expérience personnelle pour forti
fier la diablerie d'Ansacq ; oui , M. et
en dépit de vôtre pyrrhonisme , je vais
vous donner la Rélation d'un autre
Akousmate ; et dûssiés - vous bâiller cent
fois , j'i joindrai quelques observations
en faveur de celui d'Ansacq. J'y gagne
ray du moins d'y vanger cet agréable
Historien de vôtre incrédulité.
Sezanne , petite Ville de la Brie , est si
tuée au pied d'une Colline qui la cot
toye ( par intervalles néanmoins ) du
Sud- Ouest au Nord , je dis
par inter
valles , c'est-à-dire , que cette Colline est
interrompue et coupée en differens en
droits par des Vallons ou ruelles trés pro
fondes , ( pour parler le langage du Pays )
qui conduisent de ces Côtés- là à la Ville.
Le plus doux de la pente de cette Colli
ne est planté de vignes , le sommet trop
escarpé est inculte , et au dessus on trou
ve des Bruyeres qui se terminent à dif
ferentes pieces de bois , les unes taillis .
les autres de haute futaye , qui font une
Forêt de quelques lieues de long , dans
laquelle il y a trois ou quatre grands:
Etangs.
Au Sud , à quelques lieües de la Ville ,
on trouve de dangereux Marais , qu'on
11. Vol. E v
appelle
1518 MERCURE DE FRANCE
appelle les Marais de S. Gond , lesquels
s'étendent jusqu'au Sud- Ouest.
De l'autre côté de la Ville regne une
Plaine à perte de vie , et qui n'est bor
née d'aucune Montagne , presque jusqu'à
Troye en Champagne . La Ville est ceinte
de murailles , et entourrée de fossés de
tous côtés. En sortant de la Ville à son
midy , il se forme une espece de fer à
Cheval , dont chaque branche fait un
Fauxbourg , l'un au Sud - Est , l'autre
au Sud- Ouest ; le milieu du fer à Che
val , est une Place trés spacieuse , et plan
té d'Arbres , qui sert de promenade aux
Habitans.
Comme ces deux branches sont hors
de la Ville , les maisons ont un terrain
assés étendu , et même il n'y en a point
qui n'ait sur son derriere un Jardin assés
spacieux. Les Jardins surtout de la bran
che qui s'allonge au Sud- Ouest sont si
longs , qu'on auroit peine à distinguer
un homme d'un bout à l'autre ; les pi
gnons de derriere de chique maison leur
serv nt de clôture d'un bout , à l'autre
bout ils sont fermés par un mur com
mun à tous , qui est par consequent
fort
long , et qui n'est separé du pied de la
Colline et des vignes dont je viens de
parler , que par un chemin on ruelle de
11. Vola dix
JUIN. Ì731 . 1519
dix ou douze pieds de large.
Je me promenois dans un de ces Jar
dins au commencement d'Octobre 1724.
environ sur les quatre heures du soir , je
fus interrompu dans une lecture que je fai
sois , par un bruit affreux formé par
une multitude de voix humaines de tou
tes especes , de cris d'Oiseaux et d'Ani
maux. Je vous confesserai , sans en faire
le fin , qu'il m'effraya , et que je pris la
fuite ; mais m'appercevant que ce bruit
' sembloit me suivre , et voyant d'ailleurs
du monde à l'autre bout du Jardin , je
me rassurai ; et picqué d'un peu de hon
te d'avoir eu peur en si grand jour , je
levai la tête , et je vis un nuage fort noir
qui sembloit naître de la pointe de la Col
line , qui s'élevoit au dessus de ma tête
et qui se poussoit sans aucun vent , et
néanmoins avec la derniere impetuosité
de l'Occident à l'Orient ; à mesure que
le nuage s'éloignoit , cette multitude de
voix et de cris se confondoient davan
tage , bientôt je n'entendis plus qu'um
bruit semblable à celui d'un torrent qui
tombe d'une Montagne dans des Ravi
nes , ou d'un Fleuve qui se décharge
dans un autre; et pour vous donner en
core quelque chose de plus sensible ,
persuadez-vous que vous êtes au Pertuis
II. Vol. E vj
de
1520 MERCURE DE FRANCE
de Regeanes ( a ) si terrible à nos Mari
niers ; ce que je veux vous faire conce
voir , étoit encore plus rapide et plus
épouvantable. Enfin le nuage se dissipa
avec tout le tintamarre , je ne vis ni en
tendis plus rien , et nous en fûmes quitte
pour un brouillard trés-épais et trés- puant
qui s'eleva fort peu de tems aprés , et
qui nous incommoda plusieurs jours.
Voilà , M. l'Akousmate dont j'avois
à vous faire le recit , il approche fort ,
comme vous voyez , de celui d'Ansacq ,
à l'exception cependant que les voix
que j'entendis se firent entendre tout
à la fois , au lieu qu'à Ansacq , une seule,
à laquelle une autre ayant répondu d'as
sés loin , commença le charivary , et que
je n'y distinguai aucun son d'instrument.
vous ne manquerês pas de conclure de
là qu'en supposant la verité de cette Réla
tion , elle ne peut pas confirmer celle
d'Ansacq. Il est vray , M. et j'accorderai
sans peine à vôtre prévention , qu'il y a
trop de merveilleux dans celle d'Ansacq ,
et qu'il faudroit trop d'hypothèses pour
y donner une explication un peu proba
ble ; explication par consequent trop
composée , et dès-là trop éloignée de
(a) Lien dangereux de la Riviere d'Yonne ,
à deux lieües d'Auxerre,
1
II. Fola
la
JUIN. 7521 1731.
¿
la nature , qui agit toujours par
les plus simples.
les
voyes
Aussi sans m'arrêter à chaque fait , en
particulier , je me contenterai de croire
en faveur de M. le Curé d'Ansacq , que le
fond de la piece est vray , et que les en
jolivemens peuvent êtte de lui ; mais je
ne suis pas moins persuadé que ce qui a
été entendu à Ansacq est à peu près la
même chose que ce que j'entendis moi
même en 1724.
Voilà cependant une Enquête en bon
ne forme, me direz-vous , faite à Ansacq ;
il faut la recevoir ou la rejetter toute
entiere ; à cela je vous reponds , M. que
quand le Curé d'Ansacq a donné sa Ré
lation au Public , il l'a soumise à toute
la severité de son jugement , et n'a pas as
surément prétendu faire passer son En
quête pour une Piece Juridique ; d'ail
leurs il n'est pas toujours vray qu'on
doive rejetter ou recevoir une Enquête
toute entiere , du grand nombre de té
moignages dont une Enquête est com
posée , il s'en trouve à modifier , ou à
rejetter absolument et d'autres qui font
foy.
Mais en considerant celle- ci comme
juridique , combattons-la juridiquement.
Je fais , je le repete , profession de croi
II. Vala IG
1522 MERCURE DE FRANCE
>
re qu'un bruit extraordinaire entendu à
Ansacq , tel à peu-près que celui que j'ai
entendu à Sezanne est la matiere de
la Rélation de M. le Curé d'Ansacq :
je ne conteste que sur les accessoires
tels que sont ces deux voix qui se répon
doient l'une à l'autre en un lieu fixe,
ces éclats de rire , ces mélanges d'instru
ments , je trouve que ces differens pro
diges se ressentent trop des Sabbats et
des Esprits que je n'admets point.
y
>
Les deux premiers témoins qui seuls
attestent les deux premiers faits , nous
font envisager ce bruit comme renfermé
et immobile entre l'endroit où ils ont
entendu la premiere voix , et celui d'où
a répondu la deuxième , et tous les autres
témoins qui déclarent avoir entendu ce
bruit trés distinctement , le font passer
par dessus les maisons et s'éloigner
comme mon nuage s'éloigna . Aucun de
ceux -là ne dépose des éclats de rire , les
deux personnes qui alloient à Beauvais
ne disent rien ni de ces ris ni de ces deux
voix préliminaires , un seul dépose du
partage du sabat en deux bandes ; on
conviendra qu'une foule de personnes
dont les unes sortant dès le matin pour
aller en Campagne , les autres tranquil.
les , ou dans leur lit ou dans leur cham
II. Vol. "
bre
JUIN. 1731. 1523
bre , doivent faire infiniment plus de
foy , que le témoignage de deux person
nes qui varient même dans des faits essen
tiels , et qui probablement ne se seront
pas mis en chemin si tard à jeun ; on
sçait trop que des gens de Campagne sor
tent toujours d'une Ville , d'un marché ou
d'une Foire , plus gays qu'ils n'y entrent.
-
.
En justice bien réglée , on infereroit
donc de ce grand nombre de dépositions
rassemblées par le Curé d'Ansacq , que cet
te nuit-là il se fit entendre en l'air un grand
bruit formé pat une multitude de voix
humaines et de cris , qui passoit le long
du Village du Sud-Ouest au Nord - Est ,
et qui s'évanouit en s'éloignant ; et st
nous lisons quelque chose de plus dans
la Rélation , il faut nous persuader que
M. le Curé la présenta d'abord à M. la
Princesse de Conti , à dessein de divertir
cette Princesse et le Prince son fils , et
d'attirer en même tems leur admiration :
or le fait narré dans sa simplicité a bien
quelque chose de surprenant , mais il ne
divertit pas comme fait la Musique et
les éclats de rire ; il s'en faut de beaucoup
qu'il soit aussi merveilleux qu'unConcert
aërien ; il faloit donc necessairement que
M. le Curé pour parvenir à son but re
touchât la Piece, et qu'il enrichit ce tinta
II. Vol. marre
524 MERCURE DE FRANCE
·
*
*
marre d'éclats de rire , et d'une sympho
nie , à laquelle il a fallu , sélon les règles
de la Musique , donner un prélude.
Ou bien , si vous voulez , disons à la
décharge du Curé , qu'il avoit affaire à
des gens de campagne
, trés- susceptibles
de prévention , qui dans le cahos et la
confusion qu'a pû faire naître ce grand
nombre de diffetens cris , ou sons aigus ,
auront crû entendre tous les Ménétriers
.
ou tous les Bergers du Pays rassemblés
avec leurs instruments . Vous n'ignorés
pas que les Bergers passent pour bien te
nir leur partie au sabbat.
Ajoutons que les Paysans dans ces sor
tes de récits manquent ordinairement de
bonne foy. Combien de fois des Domes
tiques et d'autres semblables gens ne
m'ont-ils pas fait des récits épouvanta
bles de sabbats , d'esprit , de Loups-ga
rous et de mille autres visions noctur
nes , dans lesquelles ils prétendoient mê
me avoir été maltraités , que j'ai forcé
en les suivant de prés et en les interro
geant avec exactitude , de m'avouer ou
que c'étoit leur Pere ou leur Grand
mere qui leur avoient transmis ces His
toires , ou que tous ces sabbats terribles
se terminoient à un bruit entendu dans
la nuit qui avoient pû être causé
par des
chats assemblés & c.
>
Nous
.
JUIN. 1737. 1925
Nous avons donc dans la Rélation
d'Ansacq , deux écueils dangereux à évi
ter : le . est le dessein formé de M. le
Guré de divertir un Prince et une Prin
cesse , et de les faire admirer ; le 2. l'ima
gination frappée et trés foible , unie à
la mauvaise foy , qui se rencontre ordi
nairement dans ces personnes , sur le té
moignage desquelles on nous donne
certe Rélation. Ces inconveniens nous
doivent faire tenir sur nos gardes , et me
font réduire ce prodige à peu prés au
bruit que j'ai entendu moi-même à Se
zanne. Cela posé , je soutiens , M. que
tout le merveilleux qu'on y trouve peut
n'être qu'un effet très naturel , qui n'a
de surprenant que sa rareté. Et j'ajoute
ce raisonnement :
1º. On ne peut nier qu'un air , ou , si
vous voulez , pour éviter toute ambi
guité , une matiere aërienne trop coin
primée dans un espace fermé , ou pous
sée avec trop de violence contre un corps
qui peut lui résister par le penchant na
turel qu'a cette matiere à s'éloigner de
son centre , ou pour continuer le mou
vement qui lui a été imprimé par un corps
étranger , ne fasse tous ses efforts ou
pour s'échapper ou pour pénetrer son
obstacle ; ensorte que si elle trouve une
.
II. Vol. issue
1426 MERCURE DE FRANCE
issue , ou si elle peut parvenir à s'en faire
une , l'impetuosité avec laquelle elle le
fait , et le choc qu'elle reçoit de l'autre
matiere qui veut entrer , ou qui est op
posée à son mouvement , ébranle violem
ment les colonnes voisines qui transmet
tent cette secousse aux autres colonnes
des environs jusqu'à une certaine étenduë,
plus ou moins grande , selon que les se
Cousses qu'elles reçoivent sont plus ou
moins violentes.
Vous avez , sans doute , fait quelque
fois des ricochets , et vous avez re
marqué que l'agitation des parties frap
pées par une pierre , se communique en
un instant aux environs , et que ce mou
vement forme differens tourbillons sur
l'eau , plus ou moins grands , selon que
votre pierre a été plus ou moins grosse ,
et qu'elle a frappé plus ou moins violem
ment sur l'eau.
Considerons l'Univers comme un
grand Etang extrémement rempli et sans
aucun vuide d'une matiere infiniment
plus fluide et plus facile à émouvoir que
l'eau ; que chaque choc que reçoit cette
matiere dans son mouvement reglé , fait
un ricochet dont les tourbillons sont in
finiment plus étendus que ceux qu'une
pierre pourroit produire dans l'eau , et que
II. Vol. tous
E
JUIN
. 1731.
1427
tous les corps qui sont enveloppez dans
le cercle que décrit ce tourbillon , se res
sentent de ce choc, pour peu qu'ils soient
susceptibles d'impression .
12.
Si ce sont quelques parties émanées
d'un corps qui se soient mêlées avec les par
ties de cette matiere fluide,et qui puissent
frapper nos organes , sur le champ elles
excitent en nous quelques sensations ; de
01 là les odeurs que nous sentons ; de- là
même les couleurs que nous voyons , si
les parties de ce corps lui ont résisté.
Enfin si c'est un corps étranger qui a frap
pé cette matiere fluide et que les secous
ses qu'elle a reçûës , ayent pû assez l'é
branler pour qu'elle les communique jus
qu'à mon oreille ; voilà un son qui sera
reglé par la qualité des secousses et des vi
brations qu'aura causées ce corps étfanger.
Ces principes sont prouvez par un
nombre infini d'expériences qui se pre
sentent tous les jours. Qu'on souffle dans
une flute dont on ait bouché tous les
troux , il ne s'y formera aucun son ; n'est
il
V
pas évident que ce n'est que parce que
l'air ne peut en sortir et ébranler les co
lomnes d'air qui sont au - dehors , et qui
puissent refléchir cette secousse jusqu'aux
oreilles Celui qui souffle fatiguera mê
me , parce que l'air trop comprimé trou
II. Vol vant
1428 MERCURE DE FRANCE
vant de tous côtez un obstacle invinci
ble se refléchira à la bouche de celui qui
souffle ; mais qu'on débouche tout à coup
un trou et que l'on mette la main au- dessus
on sentira l'effort de l'air qui sort et l'on
entendra un son très- aigu . Enfin le son
que rendra cette flute sera doux et aigu ,
selon que l'on souflera plus ou moins fort,
grave ou délicat , selon que les trous se
ront plus ou moins larges.
Le vent dans ces Plaines de Champa
gne où il n'y a arbre ni buissonne
fait point du tout , ou très - peu de bruit,
souffle- t'il dans une cheminée , dans des
Croisées qui ayent quelque petite ouver
tures , il siffle d'une maniere très -sensible.
Dernierement j'entrai dans une Chambre,
je fus frappé de deux sons qui imitoient
parfaitement le bourdon d'une Vielle ou
d'une Cornemuse , qui augmentoient et
s'abbaissoient par reprise quelquefois ces
sons étoient aigus , quelquefois doux . Cette
Musique champêtre venoit de deux car
reaux de vître , dont l'un étoit un peu
échancré , et l'autre n'étoit pas joint exac
tement avec le Chassis ; c'étoit le vent qui
faisoit varier les sons que j'entendois ;
c'est qu'il étoit plus ou moins violent.
Le son n'est donc produit que par les
secousses d'une matiere aërienne et très
II. Vol. fluide
JUIN. 1731 1429
fluide ; secousses occasionnées ou par le
choc d'un corps étranger avec cette ma
tiere fluide , ou parce que cette matiere
chassée avec trop de violence contre un
corps qui lui résiste , ou concentrée dans
un espace trop étroit , trouve ou se fait
des passages par où elle s'échappe avec
impétuosité et ébranle en fuyant les co
lomnes d'air voisines . La varieté des sons
est causée par la varieté du choc ou des
passages , qui , pouvant être modifiez à
l'infini , peuvent produire une varieté
infinie de sons.
2º. On ne peut raisonnablement dou
ter que , dans les airs comme dans le sein
de la terre , ces principes des sons ne
puissent s'y rencontrer. Dans le sein de
la terre les Experiences en sont, il est vrai,
plus rares , mais il n'est pas moins vrai
qu'il y en ait. On s'en convaincra par la
facilité qu'il y a de concevoir dans le sein
de la terre des matieres trop resserrées ,
er qui tendent à s'échapper ; si elles ne
le peuvent qu'en dilatant tous les obsta
cles , et que le corps terrestre qui les en
vironne ne puisse se dilater que par un
grand effort , il est constant que si ces
matieres se font une fois jour , ce ne
pourra jamais être sans un grand fracas.
En raisonnant par les experiences , on
II. Vol.
n'en
530 MERCURE DE FRANCE
T
n'en peut plus douter ; les brouillards.
qu'on voit sortir à vûë d'oeil des Marais ,
les tremblemens de terre , tout ce qu'on
nous raconte du Mont Etna et du Mont
Vesuve , nous persuade que dans le sein
de la terre il s'y trouve une matiere très
legere , qui peut ébranler pour sortir de
l'espace qui la contient , tous les obsta
cles qui se présentent à sa sortie , et qui
fait plus ou moins de désordre et de bruit ,
selon qu'elle a plus ou moins de peine
à s'évader , ou que l'espace qui la con
tient en est plus ou moins rempli , ou
qu'elle-même est plus ou moins active.
Les Mines que l'Art de la guerre a in
ventées , sont autant d'experiences qui
rendent mon raisonnement sensible . Et
un Quartier de Paris en fit une triste épreu
ve il y a quelques mois. Le feu ayant pris
à un Magazin de Poudre , la matiere ignée
remplit toute la voute, et ne pouvant plus
s'y contenir , la fit sauter en l'air , ainsi
que les Maisons et tout ce qui se trouva
au- dessus , avec un bruit si épouventable
que les Maisons des environs ,je veux dire,
à quelques rues même d'éloignement , en
furent ébranlés et les habitans effrayez.
Mais je m'apperçois , Monsieur , que
je commence d'exceder les bornes d'une
Lettre, et que je pourrois bien abuser de
II. Vol. Votre
JUIN. 1731. 1531
votre patience. Je prens donc le parti de
m'arrêter ici et de renvoyer à une autre
fois ce qui me reste à vous dire sur ce
sujet. Je suis , &c.
A Paris , ce 15. Juin 1731 .
écrite à M. L. B. C. D. au sujet de
l'Akousmate d'Ansacq , et d'un autre
pareil dont il a été le témoin.
1
E ne suis pas surpris , Monsieur , que
la Rélation de M. le Curé d'Ansacq
ne passe chez vous que pour un Conte
de Fées , puisqu'il vous faut des temoi
gnages ex visu et auditu , et que cette
Rélation ne se soutient que sur l'un de
ces sens : je la trouverois fort avanturée ,
si elle ne devoit passer qu'entre les mains
de personnes de votre secte . Pour moy ,
puisque vous êtes curieux de sçavoir ce
que j'en pense , je vous avoüerai que je
la traite plus favorablement. A cet aveu
je crois vous entendre rire et feliciter
l'Auteur de ce qu'il est assés heureux pour
trouver des
personnes comme moy , qui
veulent bien croire fermement que c'est
un jeu d'esprit , et vous me demandés
II. Vola déja
JUIN. 1731. 1517
'déja d'un ton railleur , si je n'ai pas quel
que expérience personnelle pour forti
fier la diablerie d'Ansacq ; oui , M. et
en dépit de vôtre pyrrhonisme , je vais
vous donner la Rélation d'un autre
Akousmate ; et dûssiés - vous bâiller cent
fois , j'i joindrai quelques observations
en faveur de celui d'Ansacq. J'y gagne
ray du moins d'y vanger cet agréable
Historien de vôtre incrédulité.
Sezanne , petite Ville de la Brie , est si
tuée au pied d'une Colline qui la cot
toye ( par intervalles néanmoins ) du
Sud- Ouest au Nord , je dis
par inter
valles , c'est-à-dire , que cette Colline est
interrompue et coupée en differens en
droits par des Vallons ou ruelles trés pro
fondes , ( pour parler le langage du Pays )
qui conduisent de ces Côtés- là à la Ville.
Le plus doux de la pente de cette Colli
ne est planté de vignes , le sommet trop
escarpé est inculte , et au dessus on trou
ve des Bruyeres qui se terminent à dif
ferentes pieces de bois , les unes taillis .
les autres de haute futaye , qui font une
Forêt de quelques lieues de long , dans
laquelle il y a trois ou quatre grands:
Etangs.
Au Sud , à quelques lieües de la Ville ,
on trouve de dangereux Marais , qu'on
11. Vol. E v
appelle
1518 MERCURE DE FRANCE
appelle les Marais de S. Gond , lesquels
s'étendent jusqu'au Sud- Ouest.
De l'autre côté de la Ville regne une
Plaine à perte de vie , et qui n'est bor
née d'aucune Montagne , presque jusqu'à
Troye en Champagne . La Ville est ceinte
de murailles , et entourrée de fossés de
tous côtés. En sortant de la Ville à son
midy , il se forme une espece de fer à
Cheval , dont chaque branche fait un
Fauxbourg , l'un au Sud - Est , l'autre
au Sud- Ouest ; le milieu du fer à Che
val , est une Place trés spacieuse , et plan
té d'Arbres , qui sert de promenade aux
Habitans.
Comme ces deux branches sont hors
de la Ville , les maisons ont un terrain
assés étendu , et même il n'y en a point
qui n'ait sur son derriere un Jardin assés
spacieux. Les Jardins surtout de la bran
che qui s'allonge au Sud- Ouest sont si
longs , qu'on auroit peine à distinguer
un homme d'un bout à l'autre ; les pi
gnons de derriere de chique maison leur
serv nt de clôture d'un bout , à l'autre
bout ils sont fermés par un mur com
mun à tous , qui est par consequent
fort
long , et qui n'est separé du pied de la
Colline et des vignes dont je viens de
parler , que par un chemin on ruelle de
11. Vola dix
JUIN. Ì731 . 1519
dix ou douze pieds de large.
Je me promenois dans un de ces Jar
dins au commencement d'Octobre 1724.
environ sur les quatre heures du soir , je
fus interrompu dans une lecture que je fai
sois , par un bruit affreux formé par
une multitude de voix humaines de tou
tes especes , de cris d'Oiseaux et d'Ani
maux. Je vous confesserai , sans en faire
le fin , qu'il m'effraya , et que je pris la
fuite ; mais m'appercevant que ce bruit
' sembloit me suivre , et voyant d'ailleurs
du monde à l'autre bout du Jardin , je
me rassurai ; et picqué d'un peu de hon
te d'avoir eu peur en si grand jour , je
levai la tête , et je vis un nuage fort noir
qui sembloit naître de la pointe de la Col
line , qui s'élevoit au dessus de ma tête
et qui se poussoit sans aucun vent , et
néanmoins avec la derniere impetuosité
de l'Occident à l'Orient ; à mesure que
le nuage s'éloignoit , cette multitude de
voix et de cris se confondoient davan
tage , bientôt je n'entendis plus qu'um
bruit semblable à celui d'un torrent qui
tombe d'une Montagne dans des Ravi
nes , ou d'un Fleuve qui se décharge
dans un autre; et pour vous donner en
core quelque chose de plus sensible ,
persuadez-vous que vous êtes au Pertuis
II. Vol. E vj
de
1520 MERCURE DE FRANCE
de Regeanes ( a ) si terrible à nos Mari
niers ; ce que je veux vous faire conce
voir , étoit encore plus rapide et plus
épouvantable. Enfin le nuage se dissipa
avec tout le tintamarre , je ne vis ni en
tendis plus rien , et nous en fûmes quitte
pour un brouillard trés-épais et trés- puant
qui s'eleva fort peu de tems aprés , et
qui nous incommoda plusieurs jours.
Voilà , M. l'Akousmate dont j'avois
à vous faire le recit , il approche fort ,
comme vous voyez , de celui d'Ansacq ,
à l'exception cependant que les voix
que j'entendis se firent entendre tout
à la fois , au lieu qu'à Ansacq , une seule,
à laquelle une autre ayant répondu d'as
sés loin , commença le charivary , et que
je n'y distinguai aucun son d'instrument.
vous ne manquerês pas de conclure de
là qu'en supposant la verité de cette Réla
tion , elle ne peut pas confirmer celle
d'Ansacq. Il est vray , M. et j'accorderai
sans peine à vôtre prévention , qu'il y a
trop de merveilleux dans celle d'Ansacq ,
et qu'il faudroit trop d'hypothèses pour
y donner une explication un peu proba
ble ; explication par consequent trop
composée , et dès-là trop éloignée de
(a) Lien dangereux de la Riviere d'Yonne ,
à deux lieües d'Auxerre,
1
II. Fola
la
JUIN. 7521 1731.
¿
la nature , qui agit toujours par
les plus simples.
les
voyes
Aussi sans m'arrêter à chaque fait , en
particulier , je me contenterai de croire
en faveur de M. le Curé d'Ansacq , que le
fond de la piece est vray , et que les en
jolivemens peuvent êtte de lui ; mais je
ne suis pas moins persuadé que ce qui a
été entendu à Ansacq est à peu près la
même chose que ce que j'entendis moi
même en 1724.
Voilà cependant une Enquête en bon
ne forme, me direz-vous , faite à Ansacq ;
il faut la recevoir ou la rejetter toute
entiere ; à cela je vous reponds , M. que
quand le Curé d'Ansacq a donné sa Ré
lation au Public , il l'a soumise à toute
la severité de son jugement , et n'a pas as
surément prétendu faire passer son En
quête pour une Piece Juridique ; d'ail
leurs il n'est pas toujours vray qu'on
doive rejetter ou recevoir une Enquête
toute entiere , du grand nombre de té
moignages dont une Enquête est com
posée , il s'en trouve à modifier , ou à
rejetter absolument et d'autres qui font
foy.
Mais en considerant celle- ci comme
juridique , combattons-la juridiquement.
Je fais , je le repete , profession de croi
II. Vala IG
1522 MERCURE DE FRANCE
>
re qu'un bruit extraordinaire entendu à
Ansacq , tel à peu-près que celui que j'ai
entendu à Sezanne est la matiere de
la Rélation de M. le Curé d'Ansacq :
je ne conteste que sur les accessoires
tels que sont ces deux voix qui se répon
doient l'une à l'autre en un lieu fixe,
ces éclats de rire , ces mélanges d'instru
ments , je trouve que ces differens pro
diges se ressentent trop des Sabbats et
des Esprits que je n'admets point.
y
>
Les deux premiers témoins qui seuls
attestent les deux premiers faits , nous
font envisager ce bruit comme renfermé
et immobile entre l'endroit où ils ont
entendu la premiere voix , et celui d'où
a répondu la deuxième , et tous les autres
témoins qui déclarent avoir entendu ce
bruit trés distinctement , le font passer
par dessus les maisons et s'éloigner
comme mon nuage s'éloigna . Aucun de
ceux -là ne dépose des éclats de rire , les
deux personnes qui alloient à Beauvais
ne disent rien ni de ces ris ni de ces deux
voix préliminaires , un seul dépose du
partage du sabat en deux bandes ; on
conviendra qu'une foule de personnes
dont les unes sortant dès le matin pour
aller en Campagne , les autres tranquil.
les , ou dans leur lit ou dans leur cham
II. Vol. "
bre
JUIN. 1731. 1523
bre , doivent faire infiniment plus de
foy , que le témoignage de deux person
nes qui varient même dans des faits essen
tiels , et qui probablement ne se seront
pas mis en chemin si tard à jeun ; on
sçait trop que des gens de Campagne sor
tent toujours d'une Ville , d'un marché ou
d'une Foire , plus gays qu'ils n'y entrent.
-
.
En justice bien réglée , on infereroit
donc de ce grand nombre de dépositions
rassemblées par le Curé d'Ansacq , que cet
te nuit-là il se fit entendre en l'air un grand
bruit formé pat une multitude de voix
humaines et de cris , qui passoit le long
du Village du Sud-Ouest au Nord - Est ,
et qui s'évanouit en s'éloignant ; et st
nous lisons quelque chose de plus dans
la Rélation , il faut nous persuader que
M. le Curé la présenta d'abord à M. la
Princesse de Conti , à dessein de divertir
cette Princesse et le Prince son fils , et
d'attirer en même tems leur admiration :
or le fait narré dans sa simplicité a bien
quelque chose de surprenant , mais il ne
divertit pas comme fait la Musique et
les éclats de rire ; il s'en faut de beaucoup
qu'il soit aussi merveilleux qu'unConcert
aërien ; il faloit donc necessairement que
M. le Curé pour parvenir à son but re
touchât la Piece, et qu'il enrichit ce tinta
II. Vol. marre
524 MERCURE DE FRANCE
·
*
*
marre d'éclats de rire , et d'une sympho
nie , à laquelle il a fallu , sélon les règles
de la Musique , donner un prélude.
Ou bien , si vous voulez , disons à la
décharge du Curé , qu'il avoit affaire à
des gens de campagne
, trés- susceptibles
de prévention , qui dans le cahos et la
confusion qu'a pû faire naître ce grand
nombre de diffetens cris , ou sons aigus ,
auront crû entendre tous les Ménétriers
.
ou tous les Bergers du Pays rassemblés
avec leurs instruments . Vous n'ignorés
pas que les Bergers passent pour bien te
nir leur partie au sabbat.
Ajoutons que les Paysans dans ces sor
tes de récits manquent ordinairement de
bonne foy. Combien de fois des Domes
tiques et d'autres semblables gens ne
m'ont-ils pas fait des récits épouvanta
bles de sabbats , d'esprit , de Loups-ga
rous et de mille autres visions noctur
nes , dans lesquelles ils prétendoient mê
me avoir été maltraités , que j'ai forcé
en les suivant de prés et en les interro
geant avec exactitude , de m'avouer ou
que c'étoit leur Pere ou leur Grand
mere qui leur avoient transmis ces His
toires , ou que tous ces sabbats terribles
se terminoient à un bruit entendu dans
la nuit qui avoient pû être causé
par des
chats assemblés & c.
>
Nous
.
JUIN. 1737. 1925
Nous avons donc dans la Rélation
d'Ansacq , deux écueils dangereux à évi
ter : le . est le dessein formé de M. le
Guré de divertir un Prince et une Prin
cesse , et de les faire admirer ; le 2. l'ima
gination frappée et trés foible , unie à
la mauvaise foy , qui se rencontre ordi
nairement dans ces personnes , sur le té
moignage desquelles on nous donne
certe Rélation. Ces inconveniens nous
doivent faire tenir sur nos gardes , et me
font réduire ce prodige à peu prés au
bruit que j'ai entendu moi-même à Se
zanne. Cela posé , je soutiens , M. que
tout le merveilleux qu'on y trouve peut
n'être qu'un effet très naturel , qui n'a
de surprenant que sa rareté. Et j'ajoute
ce raisonnement :
1º. On ne peut nier qu'un air , ou , si
vous voulez , pour éviter toute ambi
guité , une matiere aërienne trop coin
primée dans un espace fermé , ou pous
sée avec trop de violence contre un corps
qui peut lui résister par le penchant na
turel qu'a cette matiere à s'éloigner de
son centre , ou pour continuer le mou
vement qui lui a été imprimé par un corps
étranger , ne fasse tous ses efforts ou
pour s'échapper ou pour pénetrer son
obstacle ; ensorte que si elle trouve une
.
II. Vol. issue
1426 MERCURE DE FRANCE
issue , ou si elle peut parvenir à s'en faire
une , l'impetuosité avec laquelle elle le
fait , et le choc qu'elle reçoit de l'autre
matiere qui veut entrer , ou qui est op
posée à son mouvement , ébranle violem
ment les colonnes voisines qui transmet
tent cette secousse aux autres colonnes
des environs jusqu'à une certaine étenduë,
plus ou moins grande , selon que les se
Cousses qu'elles reçoivent sont plus ou
moins violentes.
Vous avez , sans doute , fait quelque
fois des ricochets , et vous avez re
marqué que l'agitation des parties frap
pées par une pierre , se communique en
un instant aux environs , et que ce mou
vement forme differens tourbillons sur
l'eau , plus ou moins grands , selon que
votre pierre a été plus ou moins grosse ,
et qu'elle a frappé plus ou moins violem
ment sur l'eau.
Considerons l'Univers comme un
grand Etang extrémement rempli et sans
aucun vuide d'une matiere infiniment
plus fluide et plus facile à émouvoir que
l'eau ; que chaque choc que reçoit cette
matiere dans son mouvement reglé , fait
un ricochet dont les tourbillons sont in
finiment plus étendus que ceux qu'une
pierre pourroit produire dans l'eau , et que
II. Vol. tous
E
JUIN
. 1731.
1427
tous les corps qui sont enveloppez dans
le cercle que décrit ce tourbillon , se res
sentent de ce choc, pour peu qu'ils soient
susceptibles d'impression .
12.
Si ce sont quelques parties émanées
d'un corps qui se soient mêlées avec les par
ties de cette matiere fluide,et qui puissent
frapper nos organes , sur le champ elles
excitent en nous quelques sensations ; de
01 là les odeurs que nous sentons ; de- là
même les couleurs que nous voyons , si
les parties de ce corps lui ont résisté.
Enfin si c'est un corps étranger qui a frap
pé cette matiere fluide et que les secous
ses qu'elle a reçûës , ayent pû assez l'é
branler pour qu'elle les communique jus
qu'à mon oreille ; voilà un son qui sera
reglé par la qualité des secousses et des vi
brations qu'aura causées ce corps étfanger.
Ces principes sont prouvez par un
nombre infini d'expériences qui se pre
sentent tous les jours. Qu'on souffle dans
une flute dont on ait bouché tous les
troux , il ne s'y formera aucun son ; n'est
il
V
pas évident que ce n'est que parce que
l'air ne peut en sortir et ébranler les co
lomnes d'air qui sont au - dehors , et qui
puissent refléchir cette secousse jusqu'aux
oreilles Celui qui souffle fatiguera mê
me , parce que l'air trop comprimé trou
II. Vol vant
1428 MERCURE DE FRANCE
vant de tous côtez un obstacle invinci
ble se refléchira à la bouche de celui qui
souffle ; mais qu'on débouche tout à coup
un trou et que l'on mette la main au- dessus
on sentira l'effort de l'air qui sort et l'on
entendra un son très- aigu . Enfin le son
que rendra cette flute sera doux et aigu ,
selon que l'on souflera plus ou moins fort,
grave ou délicat , selon que les trous se
ront plus ou moins larges.
Le vent dans ces Plaines de Champa
gne où il n'y a arbre ni buissonne
fait point du tout , ou très - peu de bruit,
souffle- t'il dans une cheminée , dans des
Croisées qui ayent quelque petite ouver
tures , il siffle d'une maniere très -sensible.
Dernierement j'entrai dans une Chambre,
je fus frappé de deux sons qui imitoient
parfaitement le bourdon d'une Vielle ou
d'une Cornemuse , qui augmentoient et
s'abbaissoient par reprise quelquefois ces
sons étoient aigus , quelquefois doux . Cette
Musique champêtre venoit de deux car
reaux de vître , dont l'un étoit un peu
échancré , et l'autre n'étoit pas joint exac
tement avec le Chassis ; c'étoit le vent qui
faisoit varier les sons que j'entendois ;
c'est qu'il étoit plus ou moins violent.
Le son n'est donc produit que par les
secousses d'une matiere aërienne et très
II. Vol. fluide
JUIN. 1731 1429
fluide ; secousses occasionnées ou par le
choc d'un corps étranger avec cette ma
tiere fluide , ou parce que cette matiere
chassée avec trop de violence contre un
corps qui lui résiste , ou concentrée dans
un espace trop étroit , trouve ou se fait
des passages par où elle s'échappe avec
impétuosité et ébranle en fuyant les co
lomnes d'air voisines . La varieté des sons
est causée par la varieté du choc ou des
passages , qui , pouvant être modifiez à
l'infini , peuvent produire une varieté
infinie de sons.
2º. On ne peut raisonnablement dou
ter que , dans les airs comme dans le sein
de la terre , ces principes des sons ne
puissent s'y rencontrer. Dans le sein de
la terre les Experiences en sont, il est vrai,
plus rares , mais il n'est pas moins vrai
qu'il y en ait. On s'en convaincra par la
facilité qu'il y a de concevoir dans le sein
de la terre des matieres trop resserrées ,
er qui tendent à s'échapper ; si elles ne
le peuvent qu'en dilatant tous les obsta
cles , et que le corps terrestre qui les en
vironne ne puisse se dilater que par un
grand effort , il est constant que si ces
matieres se font une fois jour , ce ne
pourra jamais être sans un grand fracas.
En raisonnant par les experiences , on
II. Vol.
n'en
530 MERCURE DE FRANCE
T
n'en peut plus douter ; les brouillards.
qu'on voit sortir à vûë d'oeil des Marais ,
les tremblemens de terre , tout ce qu'on
nous raconte du Mont Etna et du Mont
Vesuve , nous persuade que dans le sein
de la terre il s'y trouve une matiere très
legere , qui peut ébranler pour sortir de
l'espace qui la contient , tous les obsta
cles qui se présentent à sa sortie , et qui
fait plus ou moins de désordre et de bruit ,
selon qu'elle a plus ou moins de peine
à s'évader , ou que l'espace qui la con
tient en est plus ou moins rempli , ou
qu'elle-même est plus ou moins active.
Les Mines que l'Art de la guerre a in
ventées , sont autant d'experiences qui
rendent mon raisonnement sensible . Et
un Quartier de Paris en fit une triste épreu
ve il y a quelques mois. Le feu ayant pris
à un Magazin de Poudre , la matiere ignée
remplit toute la voute, et ne pouvant plus
s'y contenir , la fit sauter en l'air , ainsi
que les Maisons et tout ce qui se trouva
au- dessus , avec un bruit si épouventable
que les Maisons des environs ,je veux dire,
à quelques rues même d'éloignement , en
furent ébranlés et les habitans effrayez.
Mais je m'apperçois , Monsieur , que
je commence d'exceder les bornes d'une
Lettre, et que je pourrois bien abuser de
II. Vol. Votre
JUIN. 1731. 1531
votre patience. Je prens donc le parti de
m'arrêter ici et de renvoyer à une autre
fois ce qui me reste à vous dire sur ce
sujet. Je suis , &c.
A Paris , ce 15. Juin 1731 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Laloüat de Soulaines, écrite à M. L. B. C. D. au sujet de l'Akousmate d'Ansacq, et d'un autre pareil dont il a été le témoin.
La lettre de M. Laloüat de Soulaines, adressée à M. L. B. C. D., traite de l'Akousmate d'Ansacq et d'un événement similaire vécu par l'auteur. L'auteur n'est pas étonné que le récit du curé d'Ansacq soit perçu comme un conte de fées, car il repose sur un seul témoignage sensoriel. Il affirme croire fermement à ce récit, contrairement à l'incrédulité de son destinataire. L'auteur décrit un événement survenu à Sezanne en octobre 1724, où il a entendu un bruit affreux composé de voix humaines, de cris d'oiseaux et d'animaux. Ce bruit semblait le suivre et se dissipa en laissant un brouillard épais et puant. Il compare cet événement à celui d'Ansacq, bien que les détails diffèrent légèrement. L'auteur reconnaît le caractère merveilleux du récit d'Ansacq mais suggère que le fond de l'histoire est vrai, les ornements étant ajoutés par le curé. Il critique les témoignages variés et les embellissements du récit d'Ansacq, proposant une explication naturelle basée sur la propagation des sons et des mouvements dans l'air. Il conclut que le phénomène observé à Ansacq pourrait être similaire à celui qu'il a vécu à Sezanne, sans les éléments surnaturels. Par ailleurs, un texte daté de juin 1731 explore les principes de la production des sons à travers divers phénomènes physiques. Il explique que les sons sont générés par les secousses d'une matière aérienne fluide, causées soit par le choc d'un corps étranger, soit par la matière fluide chassée avec violence contre un obstacle ou concentrée dans un espace restreint. La variété des sons dépend de la variété des chocs ou des passages que cette matière fluide emprunte. Des exemples illustrent ces principes : souffler dans une flûte bouchée ne produit pas de son car l'air ne peut s'échapper, mais déboucher un trou permet de créer un son aigu. Le vent dans des environnements ouverts ne fait pas de bruit, mais il siffle lorsqu'il passe par des ouvertures comme des cheminées ou des fenêtres. Le texte étend ces principes à la terre, suggérant que des matières resserrées cherchant à s'échapper peuvent provoquer des tremblements et des bruits, comme ceux observés dans les marais, les volcans ou lors d'explosions de poudre. Les expériences avec des mines et des explosions confirment ces observations. Le texte se conclut par une mention de l'impact d'une explosion de poudre à Paris, qui a ébranlé les maisons environnantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
398
p. 1531-1532
LOGOGRYPHE.
Début :
Oui, je suis brut et dur, mais on peut me polir ; [...]
Mots clefs :
Marbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Ui,je suis brüt et dur, mais on peut me
polir ; 悲
Un habile Ouvrier sçait si bien m'embellir ,
Que sans avoir recours à l'Art de la Peinture ,
Je représente la Nature.
Lecteur , ôte ma tête et tu verras après ,
I I. Vol.
Qu'on
1532 MERCURE
DE FRANCE
Qu'on
me trouve
dans les Forêts
,
Dans les Jardins
, dans les Campagnes
Dans les Plaines
, sur les Montagnes
,
En un mot dans tous les Pays ;
Devine
à present
qui je suis.
D'Orvilliers
, de Vernon.
Ui,je suis brüt et dur, mais on peut me
polir ; 悲
Un habile Ouvrier sçait si bien m'embellir ,
Que sans avoir recours à l'Art de la Peinture ,
Je représente la Nature.
Lecteur , ôte ma tête et tu verras après ,
I I. Vol.
Qu'on
1532 MERCURE
DE FRANCE
Qu'on
me trouve
dans les Forêts
,
Dans les Jardins
, dans les Campagnes
Dans les Plaines
, sur les Montagnes
,
En un mot dans tous les Pays ;
Devine
à present
qui je suis.
D'Orvilliers
, de Vernon.
Fermer
399
p. 1538-1541
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS pour servir de Plan à l'Histoire naturelle du Gévaudan, lû à [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle du Gévaudan, Médecine, Poissons, Perles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
DISCOURS pour servir de Plan à
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
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qu
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met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
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Résumé : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Le 13 février 1730, Samuel Blanquet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier et Médecin du Roi, présente à l'Assemblée des États du Diocèse de Mende son projet d'écrire une 'Histoire naturelle du Gévaudan'. Il souligne l'importance pour un médecin de connaître et d'appliquer la science médicale en fonction du climat et de l'environnement local. Blanquet a déjà publié un traité sur les eaux minérales en 1718, approuvé par l'Évêque de Mende et des médecins éminents. Encouragé par ces succès et par l'Évêque de Mende, M. de Choiseul-Beaupré, il décide de se lancer dans ce nouvel ouvrage. Le plan de l'ouvrage inclut des descriptions des poissons des rivières, des perles, des mines et des concrétions de la région. Blanquet appelle les membres de l'assemblée à lui fournir des informations pertinentes et exprime son intention de voyager pour compléter son travail. Il suggère également que des personnes qualifiées dans chaque province entreprennent des projets similaires pour créer une histoire naturelle complète du royaume, que l'Académie des Sciences pourrait perfectionner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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400
p. 1637-1649
SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Début :
J'ai établi, Monsieur, dans ma premiere Lettre, que les principes des [...]
Mots clefs :
Terre, Airs, Brouillards, Tremblements de terre, Secousses, Vibrations, Canards, Oies, Battement des ailes, Tonnerre
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
SECONDE LETTRE de M. Lar
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
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Résumé : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Dans sa seconde lettre, M. Larionat de Soalaines examine les principes des sons, affirmant qu'ils peuvent se manifester aussi bien dans la Terre que dans les airs. Il note que les bruits provenant des entrailles de la Terre sont rares et confus, contrairement à ceux provenant des airs. La Terre, étant facile à dilater, produit peu de bruit lors de la sortie des matières sulfureuses. Les matières fluides, rencontrant des obstacles comme des édifices ou des montagnes, se réfléchissent et produisent des sons confus et interrompus. L'auteur applique ses principes à des événements spécifiques, tels que la 'diablerie' d'Ansacq et celle de Sezanne. À Sezanne, le bruit provenait d'une nuée formée par des vapeurs exhalées des marais et étangs. Cette nuée contenait des sels ou des esprits actifs qui, en se multipliant et en se raréfiant, perçaient les concavités et produisaient des sons variés. Les esprits actifs, en sortant avec impétuosité, ébranlaient la matière fluide, produisant ainsi des sons divers. Une fois la majorité des esprits échappés, le bruit devenait plus confus et moins perçant. L'auteur discute également de la possibilité de plusieurs nuées se superposant et formant des concavités, comme le démontre le tonnerre. Il réfute les objections du curé d'Ansacq et de son interlocuteur, soulignant les différences entre une nuée et la Terre. Une nuée, composée de parties aqueuses et actives, peut produire des sons variés, tandis que la Terre, étant solide et grossière, ne produit qu'un seul son. Enfin, l'auteur répond à l'objection selon laquelle son explication ne peut pas rendre compte de voix humaines ou de cris d'animaux, affirmant que la nature peut imiter ses propres opérations, comme le font les instruments musicaux. Le texte explore également la possibilité que des sons puissent être produits par des moyens mécaniques, comme des instruments à vent. Il mentionne une symphonie chorale composée uniquement d'instruments à vent, suggérant que les esprits peuvent s'échapper par des trous similaires à ceux des instruments, produisant ainsi des sons. L'auteur admet cependant que des instruments comme les tambours ou les violons sont plus difficiles à expliquer par ce mécanisme. Le texte se conclut par une formule de politesse datée du 25 juin 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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