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Détail
Liste
1
p. 1280-1282
NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Début :
Dans la Mathématique universelle j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1. [...]
Mots clefs :
Géomètres, Infinitaires, Paradoxe, Société royale, Calcul, Géométrie ordinaire, Quarré
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texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
NOUVEAU Paradoxe proposé aux
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
Géométres Infinitaires , par le P. C. J.
Dia I.
Ans la Mathématique universelle
j'ai dit que le quarré de 1. 1. 1. 1 .
1. I. I. I. &c. c'est - à- dire de toutes les
unitez prises en nombre infini , étoit 1 .
3. 5. 7. 9. 11. 13. &c . c'est - à- dire , tous
les nombres impairs pris aussi en nom
bre infini . Je viens de recevoir d'Angle
terre le Livre Anglois , intitulé : Princi
pes philosophiques de la Religion naturelle,
composé par le celebre M. Cheyne , de la
Societé Royale , et j'ai été étonné d'y
trouver que les impairs 1. 3. 5. 7. 9. 11 .
& c. étcient le quarré , non des unitez ,
mais des demies unitez prises en nombre
infini ,,,,,, & c.
II .
A cette vue je n'ai pas balancé un mo
ment à croire que l'erreur étoit toute de
mon côté. J'ai revû mon Calcul et mes
Preuves , je les ai trouvées justes . J'ai de
nouveau examiné ses Principes et ses
Preuves, rien n'est plus juste et plus exact.
C'est donc encore ici une nouvelle preu
ve de la superiorité de la Géométrie de
Pinfini sur la Géometrie ordinaire , et
I. Vol.
des
JUIN .
ཉ 1731. 1:81
des contradictions apparentes qui ne
sont point réelles , et par consequent de
la délicatesse avec laquelle on doit ma
nier toutes ces questions de l'infini .
Oui , M. Cheyne a raison et je n'ai
pas tort , lorsque, selon lui , le quarré des
demies unitez , et que, selon moi, le quarre
des unitez sont égaux aux nombres im
pairs 1. 3. 5. 7. &c. quoique cependant
il soit toûjours vrai que le quarré du tout
est quadruple du quarré de la moitié . Je
laisse aux habiles Géometres Infinitaires
le plaisir de trouver la conciliation de
deux veritez si contradictoires. Mais je
ne conseille à personne de se presser de
condamner aucun des deux Calculs . L'in
fini a toûjours droit d'embarasser ceux qui
ne le possedent pas , quoique ce ne soit
qu'un jeu pour ceux qui connoissent un
peu le Systême,
C
!
Un autre point dans lequel nous ne
sommes pas d'accord , M. Cheyne , et moi,
et où je crois que l'un de nous deux a
tort , est celui où il prétend que le quar
ré de 1. 1. 1. 1. 1. , &c . est égal à la som
me des nombres naturels 1. 2. 3. 4. 5. 6.7 .
& c. au lieu que j'ai prétendu , et que je
prétends encore qu'il est égal à la somme
des impairs. M.Cheyne va contre ses pro
pres principes , lorsqu'après avoir assigné
1. Vol. Dij le
1282 MERCURE DE FRANCE
le quart du quarré de l'infini par le quarré
de la somme des moitiez ,,,, & c.
il assigne les nombres naturels pour le
quarré des unitez , puisque selon Euclide,
ce quarré doit être quadruple de celui des
moitiez , et que cependant , selon lui , la
somme des nombres naturels n'est que la
moitié du quarré de l'infini , par conse
quent le double de la somme des impairs.
Par la démonstration même de M. Chey
ne , on peut prouver que le quarré des
unitez est double de la somme des nom
bres naturels , et par consequent égale à
la somme pleine des pairs ou des impairs.
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Résumé : NOUVEAU Paradoxe proposé aux Géométres Infinitaires, par le P. C. J.
Le texte traite d'un paradoxe mathématique lié aux propriétés des nombres infinis. Un géomètre infini affirme que le carré de toutes les unités prises en nombre infini est égal à la somme des nombres impairs (1, 3, 5, etc.). Il mentionne avoir reçu un livre de M. Cheyne, qui soutient que le carré des demi-unités prises en nombre infini est également égal à la somme des nombres impairs. Après réexamen, l'auteur conclut que les deux affirmations peuvent être vraies simultanément, soulignant la complexité des questions infinies et la supériorité de la géométrie infinie sur la géométrie ordinaire. Un autre point de désaccord concerne la somme des nombres naturels. M. Cheyne affirme que le carré des unités est égal à la somme des nombres naturels (1, 2, 3, etc.), tandis que l'auteur maintient que cette somme est égale à celle des nombres impairs. L'auteur critique M. Cheyne pour avoir violé ses propres principes en assignant les nombres naturels comme le carré des unités, contrairement aux principes euclidiens qui stipulent que ce carré devrait être quadruple de celui des demi-unités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1864-1870
ECLAIRCISSEMENT sur le nouveau Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires, par le P. C. J. dans le Mercure de Juin 1731. page 1280.
Début :
Il est vrai, que comme le dit le P. C. le quarré des unitez 1. 1. 1. &c, en nombre [...]
Mots clefs :
Géomètres infinitaires, Paradoxe, Nombres impaires, Quarré des unités, Manière complexe
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texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT sur le nouveau Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires, par le P. C. J. dans le Mercure de Juin 1731. page 1280.
ECLAIRCISSEMENT sur le nouveau
Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires
, par le P. C. J. dans le Mercure
de Juin 1731. page 1280.
L est vrai, que comme le dit le P. C. le
quarré des unitez 1. 1. 1. &c. en nombre
infini , est 1. 3. 5. &c. en nombre
infini , c'est- à - dire, tous les nombres impairs.
Il est vrai aussi , ce que dit M. Cheyne,
que les mêmes nombres impairs , 1. 3. 5 .
&c. sont les quarrez , non des unitez
mais des demi unitez ,,,, &c. en
nombre infini .
D'où il suit que le quarré des unitez
qui selon le P. C. et M. Cheyne , est la
même suite des impairs , est égal en mê~
me temps au quarré des démi unitez,
Et je puis encore augmenter la merveille,
çar la suite infinie des impairs , 1. 3. S .,.
A OU S T. 1731. 1865
étant très - certainement , et par
consequent égale au quarré des unitez ,
ce quarré ne laisse pas d'être aussi co .
Le P. C. dit qu'il differe en un point
d'avec M. Cheyne , et que sur ce point
il faut que l'un des deux ait tort. C'est
que selon le P. C. le quarré des unitez
est toûjours 1. 3. 5. &c . et qu'il est , selon
M. Cheyne , égal à la somme des nombres
naturels , 1. 2. 3. 4. & c . ce qui est
effectivement très- different , puisque la
somme des impairs 1. 3. 5. &c . n'est que
la moitié de celle des nombres naturels.
Pour moi je trouve qu'ils n'auront tort
ni l'un ni l'autre , mais à une étrange condition
, c'est qu'ils differeront encore davantage,
et qu'on supposera que M.Cheyne
, au lieu de dire que le quarré des unitez
est égal à la somme des nombres naturels
, aura dit ou oublié de dire qu'il est
égal au double de cette somme. Comme
je n'ai point lû , et queje ne puis lire le
Livre de M. Cheyne , qui est en Anglois,
je ne puis sçavoir ce que porte son Texte,
ou s'il ne manque point un mot dans la
Traduction.
Voici le dénouement de toutes ces contradictions
apparentes , et il est presque
honteux qu'il ne consiste qu'à démêler
des équivoques de mots.
Bij Une
1866 MERCURE DE FRANCE
Une suite quelconque , finie ou infinic,
a , b , c , d , &c. étant proposée , prendre
le quarré de ces termes , c'est dans le sens
naturel et ordinaire , poser a², b², c², &c.
si cette suite est la suite des unitez , 1 .
I. 1. &c. en nombre , auquel cas
a=1 , b1 , &c. les quarrez sont 12
= 1 , 1²=1 , &c. d'où il suit que
leur somme est co la même pour les
,
quarrez
quarrez que pour les racines.
On peut dire que prendre les
de a et de b , ce n'est pas seulement poser
a² et b² , mais poser aba²+ 2 a b
➜b² , ce qui outre a² et b² pose 2 a b . il
est visible qu'en ce sens- là ce n'est pas
quarrer a et b comme détachez l'un de
l'autre , mais comme liez , et faisant une
somme , et c'est proprement quarrer leur
somme. J'appelle incomplexes la premiere
maniere de quarrer a et b , et complexes
la seconde. Ši a et b étant 1 , je les.
quarre de la maniere incomplexe
, j'aurai
I et I ou 1 + 12 , Mais si je les quarre
de la maniere complexe , j'aurai 1+1
1 +2 +14. Si je quarre de la premiere
maniere 1. 1. et 1. leur somme sera 3 .
mais de la seconde maniere 14+1+ 1² , on
aura une somme 9 , et comme cela se
soûtiendra toûjours , si l'on compare I. I.
>
2
A O UST. 1731. * 1867
2
I. et 1. quarrez de la premiere maniere
a I +I+ I+ I , &c. c'est- à- dire que l'on
trouvera toûjours d'un côté une somme
égale au nombre des unitez, et de l'autre
une somme égale au quarré de ce même
nombre , il s'ensuit que la proposition
est generale , et que la somme des quarrez
des unitez prises en nombre 6
est de la premiere maniere ∞ et de
la seconde . Puisque dans l'infini
la somme des quarrez faits de la maniere
complexe , est infiniment plus grande que
la somme des quarrez faits de la maniere
incomplexe , ce rapport des deux sommes
dans le fini a toûjours dû être croissant à
mesure qu'on a pris un plus grand nom
bre d'unitez.
&
c.∞o s
La somme des nombres naturels 1. 2. 3 .
étant , celle de la somme
des quarrez complexes des unitez en est
double , puisqu'elle est∞ , c'est
ce que je croi que M. Cheyne a dit , ou
Yvoouulu dire.
Si l'on quarre de la maniere incomplexe
la suite infinie ,
le nombre des termes est
la que somme sera
00
1
,
&c . dont
00 il est
›
Mais si on la quarre de la maniere complexe
, il faut observer que
B. iiij
2
➤
est
868 MERCURE DE FRANCE
4 4
2
c'est
anb #—1 + 1 + 1 +
, c'est-à- dire que si l'on quarre
de la maniere complexe deux de ces
on aura un nombre de qui sera 4 .
quarré du nombre des , que si on quarre
trois , on aura neuf , et toujours
ainsi de suite d'où il suit que si on
quarre des en nombre
4
,
7
on aura
un nombre de , qui sera² , ou une
somme de , qui sera 2,ce qui est
parfaitement analogue , comme il doit
l'être , à ce qu'on vient de trouver pour
les unitcz . Or on sçait que la somme des
pairs ou des impairs , pris jusqu'au dernier
terme de la suite naturelle , qui est
donc , & c .
∞
4
2
C 2
CO 2
Delà il suit que si l'on quarre de la
maniere incomplexe des , pris en nombre
, leur somme est . et
que si on les quarre de la maniere complexe
, leur somme est 1. L'analogie
se soutient toûjours , et ce seroit encore
un Paradoxe , si l'explication n'avoit
précedé que des quarrez , quoiqu'en
nombre infini , pussent faire une
somme finie , et — I.
On peut encore quarrer une suite d'une
A OUS T. 1731. 1869
prene
maniere qui ne sera ni absolument incomplexe
, ni absolument complexe ; mais
mixte. On prendra , 1 ° . le quarré du
mier terme , 2. le quarré des deux premiers
, et on en retranchera le quarré du
premier, 30. le quarré des trois premiers et
on en retranchera le quarré des deux premiers
, et toûjours ainsi de suite. Ce seront
des quarrez complexes , mais mis en
une somme d'une maniere incomplexe ,
puisqu'on les sépare les uns des autres à
mesure qu'on les forme.
1.
Si l'on quarre de cette maniere mixte
la suite infinie , F. 1. 1. &c . on aura pour
premier quarré 1. pour second 4-1
3 , pour troisiéme 9
,
5 , pour
quatrième , 16- I 3 S=7 , &c.
c'est-à -dire , la suite des impairs , dont la
somme est , et c'est ce que le P. C. a dit.
Si l'on quarre de la maniere complexe
la moitié de ia suite infinie des unitcz ,
dont le nombre sera par consequent
2 9 on trouvera , selon ce qui a été dit ,
la somme , la même que celle des
unitez en nombre quarrez de la
maniere mixte , d'où il suit que par
rapport à la grandeur de la somme ,
maniere, complexe a un grand avantage
sur la mixte , puisque la moitié de la suite
B v infinie
la
1870 MERCURE DE FRANCE
infinie des unitez quarrées par la maniere
complexe a la même somme que la suite:
entiere quarrée par la maniere mixte.
On pourra comparer les trois manietes
ensemble , en considerant que les som→
mes de la suite infinie des unitez quar
rées sont par la maniere incomplexe ∞ ,
la mixte , par la complexe∞ 2.
Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires
, par le P. C. J. dans le Mercure
de Juin 1731. page 1280.
L est vrai, que comme le dit le P. C. le
quarré des unitez 1. 1. 1. &c. en nombre
infini , est 1. 3. 5. &c. en nombre
infini , c'est- à - dire, tous les nombres impairs.
Il est vrai aussi , ce que dit M. Cheyne,
que les mêmes nombres impairs , 1. 3. 5 .
&c. sont les quarrez , non des unitez
mais des demi unitez ,,,, &c. en
nombre infini .
D'où il suit que le quarré des unitez
qui selon le P. C. et M. Cheyne , est la
même suite des impairs , est égal en mê~
me temps au quarré des démi unitez,
Et je puis encore augmenter la merveille,
çar la suite infinie des impairs , 1. 3. S .,.
A OU S T. 1731. 1865
étant très - certainement , et par
consequent égale au quarré des unitez ,
ce quarré ne laisse pas d'être aussi co .
Le P. C. dit qu'il differe en un point
d'avec M. Cheyne , et que sur ce point
il faut que l'un des deux ait tort. C'est
que selon le P. C. le quarré des unitez
est toûjours 1. 3. 5. &c . et qu'il est , selon
M. Cheyne , égal à la somme des nombres
naturels , 1. 2. 3. 4. & c . ce qui est
effectivement très- different , puisque la
somme des impairs 1. 3. 5. &c . n'est que
la moitié de celle des nombres naturels.
Pour moi je trouve qu'ils n'auront tort
ni l'un ni l'autre , mais à une étrange condition
, c'est qu'ils differeront encore davantage,
et qu'on supposera que M.Cheyne
, au lieu de dire que le quarré des unitez
est égal à la somme des nombres naturels
, aura dit ou oublié de dire qu'il est
égal au double de cette somme. Comme
je n'ai point lû , et queje ne puis lire le
Livre de M. Cheyne , qui est en Anglois,
je ne puis sçavoir ce que porte son Texte,
ou s'il ne manque point un mot dans la
Traduction.
Voici le dénouement de toutes ces contradictions
apparentes , et il est presque
honteux qu'il ne consiste qu'à démêler
des équivoques de mots.
Bij Une
1866 MERCURE DE FRANCE
Une suite quelconque , finie ou infinic,
a , b , c , d , &c. étant proposée , prendre
le quarré de ces termes , c'est dans le sens
naturel et ordinaire , poser a², b², c², &c.
si cette suite est la suite des unitez , 1 .
I. 1. &c. en nombre , auquel cas
a=1 , b1 , &c. les quarrez sont 12
= 1 , 1²=1 , &c. d'où il suit que
leur somme est co la même pour les
,
quarrez
quarrez que pour les racines.
On peut dire que prendre les
de a et de b , ce n'est pas seulement poser
a² et b² , mais poser aba²+ 2 a b
➜b² , ce qui outre a² et b² pose 2 a b . il
est visible qu'en ce sens- là ce n'est pas
quarrer a et b comme détachez l'un de
l'autre , mais comme liez , et faisant une
somme , et c'est proprement quarrer leur
somme. J'appelle incomplexes la premiere
maniere de quarrer a et b , et complexes
la seconde. Ši a et b étant 1 , je les.
quarre de la maniere incomplexe
, j'aurai
I et I ou 1 + 12 , Mais si je les quarre
de la maniere complexe , j'aurai 1+1
1 +2 +14. Si je quarre de la premiere
maniere 1. 1. et 1. leur somme sera 3 .
mais de la seconde maniere 14+1+ 1² , on
aura une somme 9 , et comme cela se
soûtiendra toûjours , si l'on compare I. I.
>
2
A O UST. 1731. * 1867
2
I. et 1. quarrez de la premiere maniere
a I +I+ I+ I , &c. c'est- à- dire que l'on
trouvera toûjours d'un côté une somme
égale au nombre des unitez, et de l'autre
une somme égale au quarré de ce même
nombre , il s'ensuit que la proposition
est generale , et que la somme des quarrez
des unitez prises en nombre 6
est de la premiere maniere ∞ et de
la seconde . Puisque dans l'infini
la somme des quarrez faits de la maniere
complexe , est infiniment plus grande que
la somme des quarrez faits de la maniere
incomplexe , ce rapport des deux sommes
dans le fini a toûjours dû être croissant à
mesure qu'on a pris un plus grand nom
bre d'unitez.
&
c.∞o s
La somme des nombres naturels 1. 2. 3 .
étant , celle de la somme
des quarrez complexes des unitez en est
double , puisqu'elle est∞ , c'est
ce que je croi que M. Cheyne a dit , ou
Yvoouulu dire.
Si l'on quarre de la maniere incomplexe
la suite infinie ,
le nombre des termes est
la que somme sera
00
1
,
&c . dont
00 il est
›
Mais si on la quarre de la maniere complexe
, il faut observer que
B. iiij
2
➤
est
868 MERCURE DE FRANCE
4 4
2
c'est
anb #—1 + 1 + 1 +
, c'est-à- dire que si l'on quarre
de la maniere complexe deux de ces
on aura un nombre de qui sera 4 .
quarré du nombre des , que si on quarre
trois , on aura neuf , et toujours
ainsi de suite d'où il suit que si on
quarre des en nombre
4
,
7
on aura
un nombre de , qui sera² , ou une
somme de , qui sera 2,ce qui est
parfaitement analogue , comme il doit
l'être , à ce qu'on vient de trouver pour
les unitcz . Or on sçait que la somme des
pairs ou des impairs , pris jusqu'au dernier
terme de la suite naturelle , qui est
donc , & c .
∞
4
2
C 2
CO 2
Delà il suit que si l'on quarre de la
maniere incomplexe des , pris en nombre
, leur somme est . et
que si on les quarre de la maniere complexe
, leur somme est 1. L'analogie
se soutient toûjours , et ce seroit encore
un Paradoxe , si l'explication n'avoit
précedé que des quarrez , quoiqu'en
nombre infini , pussent faire une
somme finie , et — I.
On peut encore quarrer une suite d'une
A OUS T. 1731. 1869
prene
maniere qui ne sera ni absolument incomplexe
, ni absolument complexe ; mais
mixte. On prendra , 1 ° . le quarré du
mier terme , 2. le quarré des deux premiers
, et on en retranchera le quarré du
premier, 30. le quarré des trois premiers et
on en retranchera le quarré des deux premiers
, et toûjours ainsi de suite. Ce seront
des quarrez complexes , mais mis en
une somme d'une maniere incomplexe ,
puisqu'on les sépare les uns des autres à
mesure qu'on les forme.
1.
Si l'on quarre de cette maniere mixte
la suite infinie , F. 1. 1. &c . on aura pour
premier quarré 1. pour second 4-1
3 , pour troisiéme 9
,
5 , pour
quatrième , 16- I 3 S=7 , &c.
c'est-à -dire , la suite des impairs , dont la
somme est , et c'est ce que le P. C. a dit.
Si l'on quarre de la maniere complexe
la moitié de ia suite infinie des unitcz ,
dont le nombre sera par consequent
2 9 on trouvera , selon ce qui a été dit ,
la somme , la même que celle des
unitez en nombre quarrez de la
maniere mixte , d'où il suit que par
rapport à la grandeur de la somme ,
maniere, complexe a un grand avantage
sur la mixte , puisque la moitié de la suite
B v infinie
la
1870 MERCURE DE FRANCE
infinie des unitez quarrées par la maniere
complexe a la même somme que la suite:
entiere quarrée par la maniere mixte.
On pourra comparer les trois manietes
ensemble , en considerant que les som→
mes de la suite infinie des unitez quar
rées sont par la maniere incomplexe ∞ ,
la mixte , par la complexe∞ 2.
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Résumé : ECLAIRCISSEMENT sur le nouveau Paradoxe proposé aux Géometres Infinitaires, par le P. C. J. dans le Mercure de Juin 1731. page 1280.
Le texte traite d'un paradoxe mathématique présenté par le P. C. et contesté par M. Cheyne dans le Mercure de Juin 1731. Ce paradoxe concerne la somme des carrés des unités et des demi-unités dans une suite infinie. Le P. C. affirme que le carré des unités (1, 1, 1, etc.) est égal à la suite des nombres impairs (1, 3, 5, etc.). En revanche, M. Cheyne soutient que ces mêmes nombres impairs représentent les carrés des demi-unités. L'apparente contradiction entre les deux points de vue résulte d'une équivoque dans l'interprétation des termes. Le texte distingue deux méthodes pour calculer les carrés d'une suite : la manière incomplexe, où chaque terme est carré individuellement, et la manière complexe, où les termes sont carrés en tant que somme. Le P. C. et M. Cheyne divergent sur la somme des carrés des unités. Le premier la voit comme la suite des impairs, tandis que le second la considère comme le double de la somme des nombres naturels. Le texte conclut que ni le P. C. ni M. Cheyne n'ont tort, mais qu'ils utilisent des méthodes différentes pour calculer les carrés. Selon la manière complexe, la somme des carrés des unités est double de celle des nombres naturels, ce qui résout le paradoxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 714-727
NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Début :
M*** Puisqu'on vous a parlé de mon idée sur les Acides et sur le [...]
Mots clefs :
Acide, Eau, Terre, Alcali, Ressort, Acides, Enveloppe, Esprit, Forme, Corps, Nitre, Souffle, Chaleur
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
NOUVELLE Idée Physique sur les
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
716 MERCURE DE FRANCE
dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
718 MERCURE DE FRANCE
1
2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
720 MERCURE DE FRANCE
se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
Acides et les autres Principes chimiques.
Par le P. C. J.
M
Lettre à M. L. P. &c.
***
Puisqu'on vous a parlé de
mon idée sur les Acides et sur le
Systême physique de la Chymie , je ne
vous tiendrai pas long- temps en suspens;
et pour renfermer même plus de choses
en moins de paroles , je prendrai le stile
le plus géométrique que je pourrai . J'entre
donc en matiere.
L'Acide , selon l'idée la plus commune,
est un petit corps roide , long , aceré pat
les bouts , de la forme d'un fuseau. J'adopte
cette idée.
J'y ajoûte que cet Acide percé par un
bout , est creux en dedans et plein d'air
enveloppé d'une pellicule d'eau fortement
congélée. C'est là comme le
de la Machine.
corps
Son Méchanisme est celui d'un Souflet,
qui par un mouvement de systole et de
diastole , comme le coeur, ou par une espece
de respiration , comme le poulmon
chasse sans cesse et attiré l'air alternativement.
Je
TL. 1733. 7IS
Je parle de l'Acide primitif , de cet
Acide de l'air , que les Chimistes qualifient
d'Esprit Universel , d'Esprit Aerien ,
propre à nourrir le feu , les Plantes , les
animaux mêmes ; ou , si vous voulez ,
quelque chose de précis , de l'Esprit de
Nitre , ou de l'Acide de Salpêtre.
Tous les Acides , en effet , ne sont que
des Esprits Aeriens , un air enveloppé ,
un air condensé.
Or l'Air tout pur .n'a jamais trop paru
capable de condensation ; et il faut absolument
l'engrainer , le mêler , l'entraver
de quelque substance qui lui donne
du corps au milieu de l'air même , et
l'empêche de s'y confondre avec l'air
pur.
La Terre seroit , ce semble , assez bonne
pour le captiver. L'Alcali , qui est
une substance terreuse , captive bien l'Acide
; mais l'Acide est Acide indépendamment
de l'Alcali , puisqu'on les sépare
sans les détruire ni l'un ni l'autre.
Dailleurs la Terre et l'Air sont dans
la Nature comme deux extrêmes , entre
lesquels l'eau tient le milieu pour les
concilier.
L'Acide est de soi froid et rafraîchissant.
En approchant la main du Salpêtre
et même de la Poudre , en entrant
E dans
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dans les lieux où - se forme l'Acide , on
sent un air froid qui saisit. Les Philosophes
Chimistes et Physiciens veulent
qu'en hyver l'Air soit chargé d'Acides ,
et que l'eau ne se glace que par leur se-
Cours .
L'Acide , selon moi , sera froid , et par
le glaçon qui l'enveloppe , et par le soufle
subtil qu'il exhale sans cesse avec rapidité
par des ouvertures bien resserrées.
Les Acides glacent les dents et les agacent
; ils y causent une espece de Stupeur
et de Paralisie passagere .
Que sçait- on même si le goût picquant
des Acides vient plutôt de leur pointe
acerée , dont la subtilité est peut- être
trop grande pour se faire sentir , que de
ce petit soufle aigu et pénetrant qui des
seche , qui glace tout devant lui ?
Le Nitre se forme dans des lieux hu
mides et frais. Il se forme non dans l'air,
mais à l'air , à la surface des terres voisines
de l'air. L'air l'attire même sans cèsse
en dehors. On diroit que c'est un pè
tit animal vivant qui a besoin de respi
rer et qui cherche à respirer. Enfoüissezle
dans la terre , toujours vous le ver
rez remonter à la surface.
La vapeur humide chargée d'air concentré
, pénetre les murs poreux et alcalins
AVRIL: 1733. 717
calins dans un temps où les pores sont
un peu ouverts , tels que sont tous les
temps moites et humides.
Un petit froid survient , seche la surface
des murs , en resserre les pores exterieurs.
Les vapeurs s'y trouvent prises
en dedans.
L'Air dont le ressort ne souffre aucune
condensation extraordinaire , sur tout de
la part de la terre , se ramasse d'abord
tout entier au centre de la goute , y forme
une bulle , comme lorsque l'eau se
glace , et son ressort cherchant à se dilater
, l'eau environnante se condense et
par l'effet du froid et beaucoup plus par
,
celui de ce ressort interne .
L'air fait plus ; il repousse cette eau
vers l'ouverture du pore en dehors , et
la fait filer peu à peu comme par une
filiere.
Remplissez au temps de - la gelée une
olipite d'eau , à mesure que la gelée
augmentera , vous verrez sortir de l'æolipile
un fil de glace qui pourra devenir
long de cent toises sans se casser .
La moindre chaleur le fond ; que ne
fond-elle aussi nos Acides ? 1º . Ils ne'
sont ni si longs ni si gros , et ne donnent
que bren peu de prise à la chaleur
beaucoup moins à une chaleur grossiere,
un feu grossier. E ij 2º.
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2. Leur congellation est plus naturelle,
plus lente à se former. Elle vient plu
tôt d'un resserrement de parties bien engrainées
à loisir , causé par le retrécis
sement du pore par où elle file , que du
froid même. Ce que la Nature fait à
loisir sur tout en petit , est à l'épreuve
de bien des assauts que l'art grossier des
hommes peut y livrer.
3. La glace ordinaire est toute semée
de bulles d'air. La chaleur bande le ressort
de cet al. Ce ressort brise la glace
et la fond. Ici le ressort de l'air est éventé
par la petite ouverture qui lui donne une
issue libre ; et la congellation est bien au
trement forte n'étant point mêlée d'air, si
ce n'est tout au plus d'un air engrainé
et non ramassé en bulles.
Pour bien entendre cette generation
de l'Acide , remarquez que par des observations,
constantes on a découvert que
les petits grains de vapeur , de brouillard
, de rosée , sont en effet de petites
bulles déja toutes pleines d'air , comme
autant de petit balons,
Lorsque l'eau ayant été versée de bien
haut dans un verre , vient à petiller , les
petits grains qui retombent après s'être
élevez comme en jets d'eau sont de pegites
bulles qu'on reconnoît pleines d'air
avec
AVRIL. 17336 719
avec des loupes , ou à leur blancheur.
Pour le dire en passant , la nege , qui
n'est qu'une goute d'eau naturellement
ronde , mais toute comme déchirée en
filamens par sa congellation , fait bien
voir que les grains de vapeurs dont elle
est formée , étoient tous pleins de bulles
d'air.
Un floccon de nege est la réunion de
plusieurs grains de vapeurs . Chaque petit
corps d'Acide n'est qu'un grain allongé
et filé lentement par un trou régulier ,
et que le ressort même de l'air arrondit.
Pour remonter rout- à- fait à l'origine
du Nitre , tout est fort mêlé dans la
Nature. Dans la terre sur tout il y a
un grand mêlange d'eau et d'air . Mais
dans ce mêlange les loix les plus géométriques
de l'hydrostatique doivent s'observer.
L'air et la terre ne se mêlent pas volontiers
; mais on les y force. Le Labourage
sur tout souleve la terre au milieu
de l'air et le force de s'y nicher dans
une infinité de petites cellules qui s'affaissent
peu à peu , et retiennent l'air
malgré tous ses efforts pour se dégager . '
L'eau , la pluye , survient à son secours
, délaye la terre , fait couler les cellules.
L'air pouvant couler et s'étendre ,
E iij
se
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se dégage plus vîte de la terre pour s'en
gager à l'eau dont il s'accommode mieux.
Le Soleil , la chaleur de la terre ou du
temps , seche la terre. L'air rarefie cette
eau et tâche à rompre son enveloppe
en attendant , l'eau se trouvant plus legere
et un peu agitée , se dégage de la
terre et s'envole dans l'air avec l'air mê
me qui lui donne cette legereté.
Desormais l'air renfermé agit d'autant
moins pour se dégager , et l'eau se fortifie
pour le retenir. Pressée entre deux
airs , l'un interieur , l'autre exterieur , elle
acquiert une sorte de viscosité ; transportée
même dans une région plus froide ,
peu peu elle se condense et se dispose
à se condenser tout à fait dans quelque
de mur ou de terre , où le hazard la
fait aboutir pour achever de s'y façonner
en Acide. En voilà toute l'histoire .
pore
à
En se formant l'Acide forme l'Alcali.
Car comme l'air qui est dans une bulle
d'eau renfermée dans un pore de terre ,
ne peut sortir sans entraîner cette eau
après lui , de -même cette eau ne peut sortir
sans traîner après soi la couche mince
de terre qui forme l'interieur du pore .
Car le ressort de l'air , en comprimant son
enveloppe d'eau contre la terre qui l'environne
, comprime aussi et arrondit cettę
AVRIL. 1733- 721
te enveloppe de terre et l'entraîne avec
Feau congelée.
Mais ce qui entraine va toujours devant
ce qui est entrainé. l'Alcali n'est
pas aussi long que l'Acide , il ne l'enve-
Toppe qu'à demi corps ; et le corps solide
de l'Acide , ou l'eau congelée qui enveloppe
l'air , ne s'étend pas aussi loin
que le filet ou le soufle d'air qui lui est
assujetti.
Une molecule de terre qui a servi de
matrice à plusieurs grains de Nitre , restę
percée de plusieurs pores assez grands ,
comme une éponge ou une pierre de ponce.
C'est ce qui forme la terre bitumineuse
qui accompagne le Salpêtre. Cette terre
imbibée d'air après que le Nitre en est
sorti , n'a besoin que d'être un peu exaltée
, un peu rarefiée , un peu assouplie ,
pour former un petit corps molasse, spongieux
, aerien , sulphureux , en un mot ,
et combustible..
Et voilà les trois Elemens chymiques
véritablement Principes. Car le Sel est un
composé d'Alcali et d'Acides , et l'esprit
est quelquefois un Acide , quelquefois
un Alcali , quelquefois un Souffre.
Desorte qu'il y a trois Elemens naturels
primitifs , la Terre , l'Eau et l'Air ;
et trois artificiels , Chimiques et secon-
E iiij daires ,
722 MERCURE DE FRANCE
daires , l'Alcali , qui répond à la Terres
l'Acide , qui répond à l'Eau , et le Soufre
à l'Air. Je ne dis rien du feu qui penetre
tout.
a un
Je reviens à l'Acide , qui est mon principal
objet. Quand je le compare
souflet , je ne dis rien que n'ayent presque
dit tous les Chimistes et les vrais
Physiciens avant moi.
Il est flatueux ou venteux , disoient les
Anciens , il exalte la flâme , il soufle le feu,
disent les Modernes . Tout le monde , en
jettant du Salpêtre sur les charbons allumez
, peut le voir se boursoufler tout luimême
et faire un bruit pareil à celui d'un
million de petits souflets de Forge qui
soufleroient un feu ardent et qu'on entendroit
de loin.
La Poudre n'est que flâme , grace au
Salpêtre qui la compose . Qu'on imagine
en effet un million de petits souflets qui
donnent tout à coup sur un charbon qui.
est en feu ; ne conçoit- on. pas que par
l'action de ces souflets , ce charbon s'en
iroit aussi- tôt tout en flâme ?
L'esprit de Nitre fume toujours . Le
feu , en le retirant de son Alcali qui con--
traignoit un peu ses flancs , l'a rarefié
et rendu son soufle plus violent et plus
étendu. Ces petits souflets s'agitent donc
sans
AVRIL. 1733 . 723
sans cesse et se chassent les uns les autres
dans l'air qui est tout autour.
Cet Esprit mêlé avec l'Esprit de vin ,
fermente et le fait bouillonner avec chaleur.
L'Esprit de vin est un demi feu , les
souflets qu'on y mêle l'augmentent en le
souflant. Cela est très - naturel .
Le Nitre est impregné , est plein des
Esprits de l'air ; qu'est- ce que les Esprits
de l'air ? Si on veut parler clair en Phisicien
qui raisonne , c'est de l'air enveloppé
de quelqu'autre, substance , c'està
- dire de particules d'eau .
Le Nitre rafraîchit , le Nitre échauffe .
Tout Systême doit démêler cette contradiction
apparente ; mais un souflet qui
soufle le froid et le chaud , n'est pas une
chose rare dans la Nature.
Le Nitre a sur tout la proprieté de
fertiliser la terre et de faire vegeter les
Plantes. L'air qui est dans le Nitre , cherche
toujours à monter , il donne donc
de la legereté à l'eau congelée qu'il traine
après soi , et la congellation de cette eau
donne à l'air la force de penetrer , de
percer , de développer les fibres dont les
entrelacemens s'opposent à son mouvement
en enhaut ; c'est la grande vertu
du Nitre de chercher toujours l'air superieur
comme pour y respirer à son aise.
E v
Le
724 MERCURE DE FRANCE
Le Nitre se redresse volontiers comme
les Plantes. Il pese plus par un bout
que par l'autre , et l'air doit surnâger
Peau.
La cristalisation du Nitre vient delà.
Les petits souflets se chassent , se repoussent
et s'agitent jusqu'à ce qu'ils soient .
paralleles un à l'autre , et dans cet état
rien n'empêche et tout favorise leur réunion.
Je crois avoir observé il y a long tems,
je n'oserois l'assurer , que les cristaux
du Salpêtre sont percez à leur pointe
, avec un canal qui regne dans l'interieur
. La Poudre n'a bien sa force que
lorsque divisée en petits grains arrondis
elle est tonte entremêlée d'air . Des sou-
Alets veulent un air libre autour d'eux
et tout ce qui respire se ménage de l'air
pour respirer.
J
L'Acide coagule ; froid par son enveloppe
, il soufle le froid par son interieur ,
il fait plus ; semé dans l'interieur d'un
il se redresse comme autant de
longs pieux roides qui contiennent le liquide
et lui ôtent son mouvement.
corps ,
Mais c'est sa fermentation avec les Alcalis
et generalement avec les matieres
terreuses , qui est le grand Phénomene
de la Chimie et de la Phisique.
J'ai
AVRIL. 1733. 725
J'ai déja dit que l'Air et la Terre sont
deux extrêmes , et tout ce qu'il y a de
plus antagoniste dans la Nature. La
terre resserre et bande trop le ressort de
l'air. Ils ne vivent pas volontiers ensemble.
Vous les mêlez voilà un combat et
une guerre déclarée.
L'Air est l'Ame de l'Acide . Il en est
le mobile et le gouvernail. en mêmetemps
que l'Acide le pousse par un bout.
il repousse l'Acide par l'autre bout ,
comme le recul du canon .
Les particules de Terre ou d'Alcali
tombant sur les Acides , viennent lourdement
les appesantir , ils se relevent ;
les culbuter , ils se redressent ; boucher
. leur soupirail , ils les repoussent ; les resserrer
, ils battent des flancs . Ils se deffendent
par tous les bouts.
Il y a pourtant une façon de les prendre
et un bout foible. Que l'Alcali qui
selon tout le monde , une guaine ,
un fourreau , présente son ouverture à
la pointe massive de derriere de l'Acide , -
par son propre mouvement , par son re-~
cul l'Acide va y entrer.
a
En l'absence de l'Acide , l'Alçali est
naturellement plein d'air . Mais cet air
n'y tient pas et n'y est que parce qu'il
n'y a autre chose. La Terre et l'Air one
E vj leurs
726 MERCURE DE FRANCE
leurs roues disproportionnées , fort inégales
, incapables de s'engrainer sans la
médiation de, l'eau.
Aussi mettez l'Alcali dans l'eau , il va
la boire avec une espece d'avidité. Mettez
le même en lieu plein de vapeurs , il s'en
imbibera de même.
L'eau entre librement dans l'Alcali ,
et en y entrant l'air trouve un passage
ou une retraite paisible entre les parties
divisées de l'eau . L'Acide entre fort juste
dans l'Alcali , et l'air ne divise pas cet
Acide si facilement en sortant de cet Alcali
pour lui ceder la place . Et de-là les
combats , les broüillemens , les frottemens
, la chaleur , quelquefois le feu et
la fâme.
Dans le Raisin verd , l'acide est comme
garotté par les fibres courtes et terreuses
qui forment le tissu interieur du grain.
Peu à peu l'Acide développe , étend ,
rend souple ces fibres ; et la liqueur qui
abonde , facilite un peu son mouvement.
Lorsqu'on écrase le Raisin et qu'on
l'exprime , on rompt le tissu , les fibres
et desormais l'Acide nâge en pleine liqueur.
L'air qui abonde dans le Raisin¸
lui aide par son ressort qui se trouve
bandé par Paffaissement de la liqueur.
Secondé
AVRIL 1733. 727
Secondé de cet air , l'Acide dont le
ressort est encore plus bandé par là ,
fait des efforts , souleve , agite , échauffe ,
jusqu'à ce qu'une portion étant absorbée
dans le Tartre qui tombe au fond , et
une autre dans le Souffre qui se développe
et s'exalte , l'équilibre et le repos
soient rétablis au moins pour un temps ,
ce qui fait le vin.
Car avec le temps , le Souffre s'exaltant
tout à fait et s'évaporant , l'Acide
se manifeste de nouveau , soit celui que
le Souffre laisse en se dissipant , soit
celui qu'un nouveau mêlange de lie et
de tartre y introduit ; d'où résulte enfin
le vinaigre.
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Résumé : NOUVELLE Idée Physique sur les Acides et les autres Principes chimiques. Par le P. C. J. Lettre à M. L. P. &c.
Le texte présente une théorie sur la nature des acides et des principes chimiques, proposée par un auteur anonyme. Selon cette théorie, l'acide est décrit comme un petit corps en forme de fuseau, creux et rempli d'air, enveloppé d'une pellicule d'eau fortement congelée. Ce mécanisme fonctionne comme un soufflet, alternant entre systole et diastole pour chasser et attirer l'air. L'auteur parle de l'acide primitif, ou 'Esprit Universel', présent dans l'air et capable de nourrir le feu, les plantes et les animaux. Les acides sont considérés comme des esprits aériens, un air condensé et enveloppé. Pour se condenser, l'air doit être mêlé à une substance qui lui donne du corps, comme la terre ou l'alcali. L'acide est naturellement froid et rafraîchissant, glacé par une pellicule d'eau et un souffle subtil. Il se forme dans des lieux humides et frais, attiré par l'air et remontant à la surface. La génération de l'acide est expliquée par la pénétration de vapeur humide chargée d'air dans les murs poreux et alcalins. L'air se condense en formant une bulle, repoussant l'eau vers l'extérieur et la faisant filer comme par une filière. Cette congélation est plus naturelle et résistante à la chaleur que la glace ordinaire. L'auteur décrit également la formation du nitre, un type d'acide, à partir du mélange d'eau et d'air dans la terre. Le labourage, la pluie et le soleil contribuent à ce processus, permettant à l'air de se dégager et à l'eau de se condenser en acide. L'acide forme également l'alcali, une substance terreuse qui l'accompagne. Le texte conclut en identifiant trois éléments chimiques primitifs : la terre, l'eau et l'air, ainsi que trois éléments artificiels : l'alcali, l'acide et le soufre. L'acide est comparé à un soufflet, capable de soulever le feu et de fertiliser la terre. Il coagule et se redresse, formant des cristaux percés à leur pointe. Sa fermentation avec les alcalis est un phénomène clé en chimie et en physique. Les interactions entre l'air, les acides et les alcalis sont également décrites. L'air est comparé à l'âme de l'acide, agissant comme un mobile et un gouvernail. Les acides repoussent les alcalis et vice versa, comme le recul d'un canon. Les particules de terre ou d'alcali appesantissent les acides, mais ceux-ci se défendent en se relevant ou en se redressant. Il existe une méthode pour neutraliser les acides en utilisant les alcalis, qui agissent comme une gaine ou un fourreau. En l'absence d'acide, l'alcali est naturellement plein d'air, mais cet air est instable et peut être remplacé par l'eau ou les vapeurs. Dans le raisin vert, l'acide est retenu par des fibres courtes et terreuses. Avec le temps, l'acide développe et rend ces fibres souples, facilitant son mouvement. Lorsque le raisin est écrasé et exprimé, l'acide se déplace librement dans la liqueur. L'air présent dans le raisin aide l'acide à soulever, agiter et échauffer la liqueur jusqu'à ce qu'un équilibre soit rétabli, formant ainsi le vin. Avec le temps, le soufre s'évapore, permettant à l'acide de se manifester à nouveau, résultant finalement en du vinaigre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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