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1
p. 481-491
OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
Début :
Comme je crois, Monsieur, que personne ne s'avise de soutenir que la [...]
Mots clefs :
Colonnes milliaires, Inscriptions, Monuments anciens, Carcassonne, Dijon, Antiquités, Épigraphie, Langres, Lyon
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
OBSERVATIONS sur deux Colomnes
milliaires , adressées à M. D. L. R.
par M. le Benf, Chanoine d'Auxerre.
Co
Omme je crois , Monsieur , que personne
ne s'avise de soutenir. que la
Pierre trouvée proche Carcassonne , de
laquelle il est fait mention dans le Mercure
de Juin 1729. soit un reste de Colomne
milliaire , il seroit inutile d'ajoûter
de nouvelles raisons à celles qui ont été
produites dans ce Journal pour détruire
cette idée. Vous vous êtes servi de l'occasion
que vous a presentée l'Inscription
qui est gravée dessus , pour en publier
une qu'on lit sur une veritable Colonne
milliaire , située entre Langres et Dijon .
Je ne puis me persuader que vous ayez
crû que ce fût une nouvelle découverte,
dont il fût à propos d'instruire le Public
, aussi-tôt qu'elle est venue à votre
connoissance. Je me souviens fort bien
que lorsque je vous envoyai la Description
telle que je l'avois trouvée dans des
Mémoires écrits il y a plus de soixante.
ans , je ne prétendis pas que la Pierre sur
laquelle est gravée cette Inscription , cût
été inconnue jusqu'alors , et vous entrâtes
482 MERCURE DE FRANCE
tes fort bien dans ma pensée, lorsque vous
marquâtes dans votre Journal que
l'Inscription
dont il s'agit avoit été découverte
il y a du temps.
&
Quelques Lecteurs auront , sans doute,
reconnu que par cette époque , j'ai eû
intention de remonter plus haut que la
découverte de la même Inscription , qui
› est annoncée dans les Memoires de Trévoux
de l'an 1703. puisque là copie que
je vous ai envoyée avoit été écrite dès
l'an 1662. Bien plus , je vous avouerai ,
qu'ayant recouru au vaste Recueil de
Gruter , j'y ai trouvé la même Inscrip
tion quant au fond. Ainsi toute l'utilité
qui revient au Public de la part que vous
lui avez faite de l'Inscription de la Colomne
située proche Sacquenay , consiste
à sçavoir que differens Lecteurs l'ont prise
differemment sur les lieux , selon qu'il
étoient plus ou moins au fait de déchiffrer
ces sortes de Monumens exposez aux injures
de l'air depuis tant de siecles.
Il s'agit présentement de décider qui!
sont ceux qui ont lû plus exactement ce
que contient cette Inscription . Gruter l'a
publiée il y a plus d'un siecle , sur les Memoires
de Roussat , mais d'une maniere
si visiblement dépravée , et pleine de tant
de fautes , qu'on ne peut presquen en inferer
autre chose , sinon qu'elle est de
l'EmMARS.
17310 483
l'Empereur Claude , et qu'elle désigne un
éloignement de Langres de vingt- deux
mille pas . Il s'explique encore très-mal ,
lorsqu'il dit qu'elle étoit à Langres , puisqu'il
est absurde de penser qu'un Monument
dressé pour marquer une distance
de plusieurs lieues de cette Ville , fût
placé dans la Ville même d'où se prend
cette distance .
Il faut , sans doute , entendre cette position
de la Colomne en question , de la
même maniere qu'on entend ce que le
même Gruter dit de celle de Solaize, lorsqu'il
marque qu'elle est à Vienne , ( a )
quoiqu'elle en soit à deux bonnes lieuës.
Gruter écrivant hors du Royaume , ne
s'est pas toûjours picqué de parler avec
l'exactitude et la précision convenable
des Inscriptions qui y sont renfermées.
Au reste il est bon et utile que de temps
en temps les mêmes Inscriptions reparoissent
, afin qu'on puisse dans la suite
en développer le contenu avec plus de
certitude , et de parvenir à en donner
une explication qui ne souffre plus de difficulté.
Pour vous épargner la peine de recourir
à Gruter , aux Memoires de Trévoux
, et même à la copie faite sur ce que
le Pere Chifflet a dicté en 1662. je les
représenterai ici telles qu'elles sont imprimées
.
(a ) Page 188.
484 MERCURE DE FRANCE .
Gruter , page 153 .
TI CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. T NI XXX
TRIB. POTEST III P M
III P. P. COS. IX.. E
I ... SICNS ... IIII
AND . M. P. XXII.
Copie du Pere Chifflet.
TI. CLAVD. DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. PONT. MAX.
TRIB. POTEST III IMP.
I Р. P. COS. III. DE
SIGN IIII
AND. M. P. XXII.
Memoires de Trévoux , 1703. page 1647 .
TI. CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG. GER
MANIC. PONT. MAX
TRIB. POTEST II. IMP.
III. P. P. COS. II DE
SIGNAT III.
AND. M. P. XXII.
Je suis persuadé , Monsieur , qu'avec
d'attention sur ces trois copies,
un peu on
MARS. 1731. 485
on sera convaincu que c'est la même Inscription
prise differemment differens
par
Lecteurs ; et que comme les Mémoires de
Trévoux, et la Copie du P.Chifflet, ne sont
pas censez citer une autre Inscription ,
que celle du Village de Saquenay , quoiqu'il
y ait de la variation dans les dates ,
celle aussi qu'on trouve dans Gruter n'appartient
pas non - plus à une autre Cofomne
milliaire , et que c'est celle du même
Village . Le nombre égal de sept lignes ,
partagées d'une maniere toute semblable ,
joint à la cotte du milliaire , qui est la
même par tout , est , ce me semble , une
démonstration suffisante de cette identité.
Il est visible que dans Gruter la fin de
la troisième , quatrième et cinquiéme lignes,
et toute la sixième, sont plutôt ébauchées
par des gens qui ont deviné comme
ils ont pû , que bien représentées dans
le style ordinaire ; et ainsi les differences
qu'on y trouve n'établissant rien de solide
, on doit les expliquer par les copies
prises posterieurement.
Il ne resteroit plus qu'à sçavoir qui a
le mieux lû les chiffres du Tribunat dé
Claude , ceux du Consulat et de la désignation
, ou le Pere Chifflet en 166 2. ou
M. Moreau de Montour en 1703. mais on
peut en toute sûreté se reposer sur l'exacritude
de cet habile Académicien , sup-
D posé
46 MERCURE DE FRANCE
posé que ce soit de ses propres yeux qu'il
ait vû la Colomne dont je parle , et non
par les yeux d'autrui . J'ajoûterai seulement
à ce qu'il a écrit sur ce Monument,
les dimensions qu'un de vos amis , à qui
vous avez recommandé la chose , en est
allé prendre sur les lieux , et qu'il m'a
communiquées. La base de cette Colomne
sort de terre environ la hauteur de deux
pieds , et la largeur de la même base est
à peu près égale. La Colomne a en ellemême
six à sept pieds de hauteur et cinq
à six pieds de circonference ; desorte que
d'élevation de tout ce qui paroît hors de
terre est de huit à neuf pieds. Au reste
si quelque Antiquaire a encore des doutes
sur cette Inscription , à cause des variantes
qui paroissent , il peut se contenter
et aller l'éxaminer lui- même dans le
Pays où elle se trouve.
J'invite aussi à faire la même démar•
che , à l'égard de la Colomne milliaire de
Solaize , tous ceux qui ne voudroient pas
ajoûter foi à ce que je suis en état de vous.
en dire. Je l'ai examinée assez long- tems
et avec assez d'attention , pour pouvoir
en parler sçavamment. L'Inscription de
cette Colomne , quoique très-bien conservée
, et très - lisible , à souffert aussi
beaucoup de variantes . Gruter la donne
dans une distribution de lignes toute differente
MARS. 1731. 487
ferente de ce qu'elle est. Outre cela il
obmet le chiffre du milliaire qui est VII.
et il prend les deux lettres P. P. significatives
de Pater Patria , pour toute autre
chose que ce qu'elles désignent. Le
Pere du Bois , Celestin , qui a recueilli
les Inscriptions du Pays Viennois et des
environs, autant qu'il lui a été possible, se
trompe aussi beaucoup sur les derniers caracteres
de cette Inscription , lorsqu'il
la fait finir ainsi : COS II ROM .
J'ajoûterai à tout cela que l'inexactitude
de Gruter a été suivie par quelques Modernes
, et c'est ce qu'il est important
d'observer. Ces derniers ne s'étant pas
donné la peine de recourir à l'Original,
se sont crûs assez autorisez pour conclure
que la fin de cette Inscription signifioit
REFECIT, supposant que Gruter avoit
été fidelement instruit de ce qu'elle contenoit,
et qu'il en falloit juger comme de
celle d'une autre Colomne milliaire qu'on
dit être à Montpellier. Pour moi qui
m'en suis défié , je n'ai pas manqué , en
revenant de Vienne l'année derniere , au
mois d'Octobre , de quitter la route nouvelle
, qui passe à Saint Saphorin d'Ozon ,
pour rentrer dans l'ancienne route militaire
à Solaire , qui n'en est éloigné que
d'un quart de lieuë , à main gauche , et
y ayant trouvé sur le bord de ce grand
Dij chemin
488 MERCURE DE FRANCE
chemin la Colomne dont je vous parle
voici les remarques que j'y ai faites.
- Elle est assise sur quatre degrés de pierre
qui forment autant de cercles . Le chemin
le plus droit , auprès duquel elle est,
conduit à Lyon , l'autre mene au Village
même de Solaize. Sa hauteur , compris la
base et le chapiteau , est de neuf à dix
pieds , et ce chapiteau est surmonté d'une
Croix , qu'on voit bien avoir été mise
là après coup , et apparament pour
contribuer à la conservation du Monument.
Cela n'a pas cependant empêché
que quelques Paysans n'ayent jetté des
pierres contre cette Colomne , ensorte
que les deux premieres lettres de la premiere
ligne et les deux premieres de la
quatrième en ont été un peu défigurées ,
mais elles sont encore suffisament lisibles
; et voici l'arrangement dans lequel
les lignes qui la compsent sont conçuës :
TI. CLAVDIVS DRUSI F.
CAESAR AVGVST.
GERMANICVS
PONT. MAX. TR. POT. III.
IMP. III COS III. P. P.
VII.
Je puis vous protester qu'il n'y a pas
autre chose , et que j'ai pris tout le soin
possible
MARS. 1731. 489
possible pour m'assurer de la yeritable
lecture de cette Inscription . Le RE , que
quelques Sçavans prétendent finir la derniere
ligne , n'y est aucunement. Au lieu
de cela le double P. y est très-visible ;
et pour conclusion , on y voit d'un caractere
un peu plus gros le nombre Romain
VII. qui marque qu'en cet endroit
finit le septiéme milliaire de Vienne à
Lyon. En effet Inscription de la Colomne
est tournée du côté de Vienne , et
elle fait face à ceux qui montent la perite
Montagne , sur laquelle est situé le
Village. Ce septième milliaire fait la moitié
du chemin d'entre les deux grandes
Villes ; et sans doute que c'est parce qu'on
se reposoit en cet endroit, et que les Troupes
y faisoient alte , qu'on l'a appellé Selatium
, et depuis Solaize , en langage vulgaire
, formé sur le Latin.
J'eus l'obligation à M. Baudrand , digne
Curé de la Paroisse , cousin du celebre
Géographe de ce nom , de m'avoir
conduit lui- même dans le lieu de son territoire
où cette Colomne est érigée. On
ne connoît aucunement dans ce Village
la Maison des Bernardins , dans laquelle
le Pere du Bois assuroit en 1605. qu'on
la voyoit. M. le Curé me fit voir aussi
à quelques pas au- dessous de cette Colomine
les restes d'un Canal fait d'une
D iij matiere
490 MERCURE DE FRANCE
matiere qu'on appelle du Bleton , dans le
Pays, et qui n'est que du gravier détrempé
avec de la Chaux. Je ne puis vous
marquer ce que le Pere Ménetrier a dit
de cette Inscription de Solaize dans son
Histoire Consulaire de Lyon. C'est un
Livre qui manque dans nos cantons. J'aime
mieux , au reste , avoir vû par moi-même
l'Original , que beaucoup de copies infideles
, sur lesquelles on ne peut compter
, comme sur celle que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai vu cette année dans un Jardin situé
derriere l'Eglise de l'Abbaye de S. Medard
de Soissons , l'Inscription rapportée
par Dom Martenne , dans son second
Voyage Litteraire , page 18. C'est aussi
une de ces Colomnes milliaires , quoique
le terme de mille ni la lettre initiale ne
s'y trouvent pas ; mais elle n'est pas du
Regne de l'Empereur Claude. Comme
l'injure du temps en a rendu les caracteres
difficiles à suivre , je n'ai pû verifier
les copies qui en ont été faites. Mais pour
le sûr , le mot Leuga , y est employé.
Je vous ai avoué franchement que je
crois qu'il faut abandonner toute idée de
Colomne milliaire à l'égard de la Colomne
de Carcassonne. C'est par où j'ai commencé
cette Lettre. Permettez , en la finissant
, que je revienne à ce qui a été
observé
MARS. 1731. 451
observé sur la Lettre de M. de Murat ,
Juge- Mage de cette Ville , et que je vous
fasse faire attention qu'il y a un exemple
de trop parmi ceux qu'on a apportés à dessein
de prouver que souvent un même
homme avoit un double nom , dont l'un
étoit le dérivé ou le diminutif de l'autre ,
et d'en conclure que le même Prince avoit
pû s'appeller Numerius- Numerianus. C'est
la citation qu'on fait du Martyrologe Romain
au 31 , May. On dit que Cantius et
Cantianus , sont les deux noms d'un même
homme ; mais on l'avance gratis et
contre la foi de l'Histoire. Les Actes que
Dom Mabillon a donné de ces saints Martyrs
à la fin de son Livre de la Liturgie.
Gallicane, sur un Manuscrit deM.Obrecht,
et le Sermon de S. Maxime de Turin ,
font trois personnes de Cantus Cantianus
et Cantianitta S. Maxime dit : Quam benè
et jucundè tres Martyres uno penè vocabulo
nuncupantur ! Les Actes disent : Advenerunt
tres Germani ex urbe Româ , &c. Voilà
qui me paroît décisif. Je suis , &c.
Ce 18. Octobre 1730 .
milliaires , adressées à M. D. L. R.
par M. le Benf, Chanoine d'Auxerre.
Co
Omme je crois , Monsieur , que personne
ne s'avise de soutenir. que la
Pierre trouvée proche Carcassonne , de
laquelle il est fait mention dans le Mercure
de Juin 1729. soit un reste de Colomne
milliaire , il seroit inutile d'ajoûter
de nouvelles raisons à celles qui ont été
produites dans ce Journal pour détruire
cette idée. Vous vous êtes servi de l'occasion
que vous a presentée l'Inscription
qui est gravée dessus , pour en publier
une qu'on lit sur une veritable Colonne
milliaire , située entre Langres et Dijon .
Je ne puis me persuader que vous ayez
crû que ce fût une nouvelle découverte,
dont il fût à propos d'instruire le Public
, aussi-tôt qu'elle est venue à votre
connoissance. Je me souviens fort bien
que lorsque je vous envoyai la Description
telle que je l'avois trouvée dans des
Mémoires écrits il y a plus de soixante.
ans , je ne prétendis pas que la Pierre sur
laquelle est gravée cette Inscription , cût
été inconnue jusqu'alors , et vous entrâtes
482 MERCURE DE FRANCE
tes fort bien dans ma pensée, lorsque vous
marquâtes dans votre Journal que
l'Inscription
dont il s'agit avoit été découverte
il y a du temps.
&
Quelques Lecteurs auront , sans doute,
reconnu que par cette époque , j'ai eû
intention de remonter plus haut que la
découverte de la même Inscription , qui
› est annoncée dans les Memoires de Trévoux
de l'an 1703. puisque là copie que
je vous ai envoyée avoit été écrite dès
l'an 1662. Bien plus , je vous avouerai ,
qu'ayant recouru au vaste Recueil de
Gruter , j'y ai trouvé la même Inscrip
tion quant au fond. Ainsi toute l'utilité
qui revient au Public de la part que vous
lui avez faite de l'Inscription de la Colomne
située proche Sacquenay , consiste
à sçavoir que differens Lecteurs l'ont prise
differemment sur les lieux , selon qu'il
étoient plus ou moins au fait de déchiffrer
ces sortes de Monumens exposez aux injures
de l'air depuis tant de siecles.
Il s'agit présentement de décider qui!
sont ceux qui ont lû plus exactement ce
que contient cette Inscription . Gruter l'a
publiée il y a plus d'un siecle , sur les Memoires
de Roussat , mais d'une maniere
si visiblement dépravée , et pleine de tant
de fautes , qu'on ne peut presquen en inferer
autre chose , sinon qu'elle est de
l'EmMARS.
17310 483
l'Empereur Claude , et qu'elle désigne un
éloignement de Langres de vingt- deux
mille pas . Il s'explique encore très-mal ,
lorsqu'il dit qu'elle étoit à Langres , puisqu'il
est absurde de penser qu'un Monument
dressé pour marquer une distance
de plusieurs lieues de cette Ville , fût
placé dans la Ville même d'où se prend
cette distance .
Il faut , sans doute , entendre cette position
de la Colomne en question , de la
même maniere qu'on entend ce que le
même Gruter dit de celle de Solaize, lorsqu'il
marque qu'elle est à Vienne , ( a )
quoiqu'elle en soit à deux bonnes lieuës.
Gruter écrivant hors du Royaume , ne
s'est pas toûjours picqué de parler avec
l'exactitude et la précision convenable
des Inscriptions qui y sont renfermées.
Au reste il est bon et utile que de temps
en temps les mêmes Inscriptions reparoissent
, afin qu'on puisse dans la suite
en développer le contenu avec plus de
certitude , et de parvenir à en donner
une explication qui ne souffre plus de difficulté.
Pour vous épargner la peine de recourir
à Gruter , aux Memoires de Trévoux
, et même à la copie faite sur ce que
le Pere Chifflet a dicté en 1662. je les
représenterai ici telles qu'elles sont imprimées
.
(a ) Page 188.
484 MERCURE DE FRANCE .
Gruter , page 153 .
TI CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. T NI XXX
TRIB. POTEST III P M
III P. P. COS. IX.. E
I ... SICNS ... IIII
AND . M. P. XXII.
Copie du Pere Chifflet.
TI. CLAVD. DRVSI F.
CAESAR AVG GER
MANIC. PONT. MAX.
TRIB. POTEST III IMP.
I Р. P. COS. III. DE
SIGN IIII
AND. M. P. XXII.
Memoires de Trévoux , 1703. page 1647 .
TI. CLAVD DRVSI F.
CAESAR AVG. GER
MANIC. PONT. MAX
TRIB. POTEST II. IMP.
III. P. P. COS. II DE
SIGNAT III.
AND. M. P. XXII.
Je suis persuadé , Monsieur , qu'avec
d'attention sur ces trois copies,
un peu on
MARS. 1731. 485
on sera convaincu que c'est la même Inscription
prise differemment differens
par
Lecteurs ; et que comme les Mémoires de
Trévoux, et la Copie du P.Chifflet, ne sont
pas censez citer une autre Inscription ,
que celle du Village de Saquenay , quoiqu'il
y ait de la variation dans les dates ,
celle aussi qu'on trouve dans Gruter n'appartient
pas non - plus à une autre Cofomne
milliaire , et que c'est celle du même
Village . Le nombre égal de sept lignes ,
partagées d'une maniere toute semblable ,
joint à la cotte du milliaire , qui est la
même par tout , est , ce me semble , une
démonstration suffisante de cette identité.
Il est visible que dans Gruter la fin de
la troisième , quatrième et cinquiéme lignes,
et toute la sixième, sont plutôt ébauchées
par des gens qui ont deviné comme
ils ont pû , que bien représentées dans
le style ordinaire ; et ainsi les differences
qu'on y trouve n'établissant rien de solide
, on doit les expliquer par les copies
prises posterieurement.
Il ne resteroit plus qu'à sçavoir qui a
le mieux lû les chiffres du Tribunat dé
Claude , ceux du Consulat et de la désignation
, ou le Pere Chifflet en 166 2. ou
M. Moreau de Montour en 1703. mais on
peut en toute sûreté se reposer sur l'exacritude
de cet habile Académicien , sup-
D posé
46 MERCURE DE FRANCE
posé que ce soit de ses propres yeux qu'il
ait vû la Colomne dont je parle , et non
par les yeux d'autrui . J'ajoûterai seulement
à ce qu'il a écrit sur ce Monument,
les dimensions qu'un de vos amis , à qui
vous avez recommandé la chose , en est
allé prendre sur les lieux , et qu'il m'a
communiquées. La base de cette Colomne
sort de terre environ la hauteur de deux
pieds , et la largeur de la même base est
à peu près égale. La Colomne a en ellemême
six à sept pieds de hauteur et cinq
à six pieds de circonference ; desorte que
d'élevation de tout ce qui paroît hors de
terre est de huit à neuf pieds. Au reste
si quelque Antiquaire a encore des doutes
sur cette Inscription , à cause des variantes
qui paroissent , il peut se contenter
et aller l'éxaminer lui- même dans le
Pays où elle se trouve.
J'invite aussi à faire la même démar•
che , à l'égard de la Colomne milliaire de
Solaize , tous ceux qui ne voudroient pas
ajoûter foi à ce que je suis en état de vous.
en dire. Je l'ai examinée assez long- tems
et avec assez d'attention , pour pouvoir
en parler sçavamment. L'Inscription de
cette Colomne , quoique très-bien conservée
, et très - lisible , à souffert aussi
beaucoup de variantes . Gruter la donne
dans une distribution de lignes toute differente
MARS. 1731. 487
ferente de ce qu'elle est. Outre cela il
obmet le chiffre du milliaire qui est VII.
et il prend les deux lettres P. P. significatives
de Pater Patria , pour toute autre
chose que ce qu'elles désignent. Le
Pere du Bois , Celestin , qui a recueilli
les Inscriptions du Pays Viennois et des
environs, autant qu'il lui a été possible, se
trompe aussi beaucoup sur les derniers caracteres
de cette Inscription , lorsqu'il
la fait finir ainsi : COS II ROM .
J'ajoûterai à tout cela que l'inexactitude
de Gruter a été suivie par quelques Modernes
, et c'est ce qu'il est important
d'observer. Ces derniers ne s'étant pas
donné la peine de recourir à l'Original,
se sont crûs assez autorisez pour conclure
que la fin de cette Inscription signifioit
REFECIT, supposant que Gruter avoit
été fidelement instruit de ce qu'elle contenoit,
et qu'il en falloit juger comme de
celle d'une autre Colomne milliaire qu'on
dit être à Montpellier. Pour moi qui
m'en suis défié , je n'ai pas manqué , en
revenant de Vienne l'année derniere , au
mois d'Octobre , de quitter la route nouvelle
, qui passe à Saint Saphorin d'Ozon ,
pour rentrer dans l'ancienne route militaire
à Solaire , qui n'en est éloigné que
d'un quart de lieuë , à main gauche , et
y ayant trouvé sur le bord de ce grand
Dij chemin
488 MERCURE DE FRANCE
chemin la Colomne dont je vous parle
voici les remarques que j'y ai faites.
- Elle est assise sur quatre degrés de pierre
qui forment autant de cercles . Le chemin
le plus droit , auprès duquel elle est,
conduit à Lyon , l'autre mene au Village
même de Solaize. Sa hauteur , compris la
base et le chapiteau , est de neuf à dix
pieds , et ce chapiteau est surmonté d'une
Croix , qu'on voit bien avoir été mise
là après coup , et apparament pour
contribuer à la conservation du Monument.
Cela n'a pas cependant empêché
que quelques Paysans n'ayent jetté des
pierres contre cette Colomne , ensorte
que les deux premieres lettres de la premiere
ligne et les deux premieres de la
quatrième en ont été un peu défigurées ,
mais elles sont encore suffisament lisibles
; et voici l'arrangement dans lequel
les lignes qui la compsent sont conçuës :
TI. CLAVDIVS DRUSI F.
CAESAR AVGVST.
GERMANICVS
PONT. MAX. TR. POT. III.
IMP. III COS III. P. P.
VII.
Je puis vous protester qu'il n'y a pas
autre chose , et que j'ai pris tout le soin
possible
MARS. 1731. 489
possible pour m'assurer de la yeritable
lecture de cette Inscription . Le RE , que
quelques Sçavans prétendent finir la derniere
ligne , n'y est aucunement. Au lieu
de cela le double P. y est très-visible ;
et pour conclusion , on y voit d'un caractere
un peu plus gros le nombre Romain
VII. qui marque qu'en cet endroit
finit le septiéme milliaire de Vienne à
Lyon. En effet Inscription de la Colomne
est tournée du côté de Vienne , et
elle fait face à ceux qui montent la perite
Montagne , sur laquelle est situé le
Village. Ce septième milliaire fait la moitié
du chemin d'entre les deux grandes
Villes ; et sans doute que c'est parce qu'on
se reposoit en cet endroit, et que les Troupes
y faisoient alte , qu'on l'a appellé Selatium
, et depuis Solaize , en langage vulgaire
, formé sur le Latin.
J'eus l'obligation à M. Baudrand , digne
Curé de la Paroisse , cousin du celebre
Géographe de ce nom , de m'avoir
conduit lui- même dans le lieu de son territoire
où cette Colomne est érigée. On
ne connoît aucunement dans ce Village
la Maison des Bernardins , dans laquelle
le Pere du Bois assuroit en 1605. qu'on
la voyoit. M. le Curé me fit voir aussi
à quelques pas au- dessous de cette Colomine
les restes d'un Canal fait d'une
D iij matiere
490 MERCURE DE FRANCE
matiere qu'on appelle du Bleton , dans le
Pays, et qui n'est que du gravier détrempé
avec de la Chaux. Je ne puis vous
marquer ce que le Pere Ménetrier a dit
de cette Inscription de Solaize dans son
Histoire Consulaire de Lyon. C'est un
Livre qui manque dans nos cantons. J'aime
mieux , au reste , avoir vû par moi-même
l'Original , que beaucoup de copies infideles
, sur lesquelles on ne peut compter
, comme sur celle que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai vu cette année dans un Jardin situé
derriere l'Eglise de l'Abbaye de S. Medard
de Soissons , l'Inscription rapportée
par Dom Martenne , dans son second
Voyage Litteraire , page 18. C'est aussi
une de ces Colomnes milliaires , quoique
le terme de mille ni la lettre initiale ne
s'y trouvent pas ; mais elle n'est pas du
Regne de l'Empereur Claude. Comme
l'injure du temps en a rendu les caracteres
difficiles à suivre , je n'ai pû verifier
les copies qui en ont été faites. Mais pour
le sûr , le mot Leuga , y est employé.
Je vous ai avoué franchement que je
crois qu'il faut abandonner toute idée de
Colomne milliaire à l'égard de la Colomne
de Carcassonne. C'est par où j'ai commencé
cette Lettre. Permettez , en la finissant
, que je revienne à ce qui a été
observé
MARS. 1731. 451
observé sur la Lettre de M. de Murat ,
Juge- Mage de cette Ville , et que je vous
fasse faire attention qu'il y a un exemple
de trop parmi ceux qu'on a apportés à dessein
de prouver que souvent un même
homme avoit un double nom , dont l'un
étoit le dérivé ou le diminutif de l'autre ,
et d'en conclure que le même Prince avoit
pû s'appeller Numerius- Numerianus. C'est
la citation qu'on fait du Martyrologe Romain
au 31 , May. On dit que Cantius et
Cantianus , sont les deux noms d'un même
homme ; mais on l'avance gratis et
contre la foi de l'Histoire. Les Actes que
Dom Mabillon a donné de ces saints Martyrs
à la fin de son Livre de la Liturgie.
Gallicane, sur un Manuscrit deM.Obrecht,
et le Sermon de S. Maxime de Turin ,
font trois personnes de Cantus Cantianus
et Cantianitta S. Maxime dit : Quam benè
et jucundè tres Martyres uno penè vocabulo
nuncupantur ! Les Actes disent : Advenerunt
tres Germani ex urbe Româ , &c. Voilà
qui me paroît décisif. Je suis , &c.
Ce 18. Octobre 1730 .
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Résumé : OBSERVATIONS sur deux Colomnes milliaires, adressées à M. D. L. R. par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre.
La lettre de M. le Bénf, Chanoine d'Auxerre, adressée à M. D. L. R., traite de deux colonnes milliaires. L'auteur conteste l'affirmation selon laquelle une pierre découverte près de Carcassonne serait une colonne milliaire, jugeant les arguments du Mercure de juin 1729 suffisants pour réfuter cette idée. Il évoque une colonne milliaire située entre Langres et Dijon, connue depuis plus de soixante ans et publiée dans les Mémoires de Trévoux en 1703. Plusieurs copies de l'inscription de cette colonne existent, notamment dans le recueil de Gruter, mais elles contiennent des erreurs. L'auteur compare différentes versions de l'inscription, soulignant les variations et les erreurs de lecture. La lettre mentionne également une colonne milliaire à Solaize, près de Vienne, en décrivant son état et son inscription. L'auteur critique les inexactitudes de Gruter et d'autres auteurs modernes qui n'ont pas consulté l'original. Il conclut en réfutant à nouveau l'idée que la colonne de Carcassonne soit milliaire et en discutant des noms des saints martyrs Cantius et Cantianus.
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