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p. 1637-1649
SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Début :
J'ai établi, Monsieur, dans ma premiere Lettre, que les principes des [...]
Mots clefs :
Terre, Airs, Brouillards, Tremblements de terre, Secousses, Vibrations, Canards, Oies, Battement des ailes, Tonnerre
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
SECONDE LETTRE de M. Lar
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
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Résumé : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Dans sa seconde lettre, M. Larionat de Soalaines examine les principes des sons, affirmant qu'ils peuvent se manifester aussi bien dans la Terre que dans les airs. Il note que les bruits provenant des entrailles de la Terre sont rares et confus, contrairement à ceux provenant des airs. La Terre, étant facile à dilater, produit peu de bruit lors de la sortie des matières sulfureuses. Les matières fluides, rencontrant des obstacles comme des édifices ou des montagnes, se réfléchissent et produisent des sons confus et interrompus. L'auteur applique ses principes à des événements spécifiques, tels que la 'diablerie' d'Ansacq et celle de Sezanne. À Sezanne, le bruit provenait d'une nuée formée par des vapeurs exhalées des marais et étangs. Cette nuée contenait des sels ou des esprits actifs qui, en se multipliant et en se raréfiant, perçaient les concavités et produisaient des sons variés. Les esprits actifs, en sortant avec impétuosité, ébranlaient la matière fluide, produisant ainsi des sons divers. Une fois la majorité des esprits échappés, le bruit devenait plus confus et moins perçant. L'auteur discute également de la possibilité de plusieurs nuées se superposant et formant des concavités, comme le démontre le tonnerre. Il réfute les objections du curé d'Ansacq et de son interlocuteur, soulignant les différences entre une nuée et la Terre. Une nuée, composée de parties aqueuses et actives, peut produire des sons variés, tandis que la Terre, étant solide et grossière, ne produit qu'un seul son. Enfin, l'auteur répond à l'objection selon laquelle son explication ne peut pas rendre compte de voix humaines ou de cris d'animaux, affirmant que la nature peut imiter ses propres opérations, comme le font les instruments musicaux. Le texte explore également la possibilité que des sons puissent être produits par des moyens mécaniques, comme des instruments à vent. Il mentionne une symphonie chorale composée uniquement d'instruments à vent, suggérant que les esprits peuvent s'échapper par des trous similaires à ceux des instruments, produisant ainsi des sons. L'auteur admet cependant que des instruments comme les tambours ou les violons sont plus difficiles à expliquer par ce mécanisme. Le texte se conclut par une formule de politesse datée du 25 juin 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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