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851
p. 86-91
« PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Début :
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Bureau militaire, Bureau typographique, Fortifications, Bureau, Polygone, Menuiserie, Traité, Officiers
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
DE FORTIFICATION. L'auteur nous ap
prend qu'il a compofé cet ouvrage pour les
jeunes Officiers , qui fans fe deftiner particulierement
pour le génie , doivent pourtant
connoître les fortifications . Comme
la méthode de fortifier de M. le Maréchal :
de Vauban eft aujourd'hui la plus fuivie
c'eſt celle dont l'auteur rend raifon dans
ce traité. Pour rendre fon inftruction plus
fenfible , il a formé un bureau dont il donne
la defcription , & qui fait une partie
du mérite de fon ouvrage. Ce bureau qu'il
nomme Bureau militaire * , a à peu - près
la forme d'un bureau typographique : chaque
étage de fon bureau contient des pie
ces de ménuiferie de même efpece , de même
que les étages du bureau typographique
contiennent les caracteres de même
efpece. Par le différent affemblage de ces
pieces de ménuiferie , on peut former en
Jene fais ici que tranfcrire les dernieres pa
ges de fon profpectus. Cet objet me paroît trop
intéreffant pour ne pas l'offrir aux yeux du lecteur
dans tous fes détails.
AVRIL. 1755. 87
relief une fortification , ainfi que par l'af
femblage des caracteres on peut repréfenter
des mots.
*
Chaque niche de ce bureau militaire
contient les pieces de même efpece , qui
forcent l'enceinte & tous les différens ouvrages
d'une place : ainfi dans la ligne des
baftions font , dans des étages féparés , les
courtines , les flancs & les faces , pour trois
différens polygones ; il en eft de même des
pieces qui doivent former les ouvrages extérieurs.
Quoique les pieces de même efpece
ayent quelquefois des longueurs différentes
pour les différens polygones , elles ont
toutes cependant une échelle commune :
chaque piece porte avec elle le numero de
fa longueur.
Le nombre de ces pieces , pour former
unbureau militaire complet , n'eft pas bien
confidérable . Qu'on faffe attention que M.
le Maréchal de Vauban a toujours fuppofé
que le côté de tout polygone qu'on fe propofoit
de fortifier , avoit cent quatre - vingt
toifes. Il a trouvé qu'à cette diſtance les
baſtions étoient convenablement éloignés,
& que la ligne de défenſe avoit une jufte
longueur ; qu'on faffe attention encore
qu'il donne toujours cinquante toifes aux
faces de baſtions pour quelque polygone
88 MERCURE DE FRANCE.
que ce foit. Voilà donc deux longueurs :
qui ne varient point : je fuis parti de là
& je n'ai pas trouvé plus difficile de faire:
une fortification en relief, par l'affemblage
de différentes pieces de ménuiferie , qui ,
euffent toujours une même échelle pour
les différens polygones , que de tracer fur
le papier une fortification fur différens polygones
, qui font fuppofés avoir toujours.
une même échelle de cent quatre - vingt
toiſes. On trouvera même que la différence
de la longueur des côtés & de la grandeur
des angles de la premiere enceinte ,
n'eft pas bien confidérable dans les différens:
polygones , & qu'ainfi il n'y aura pas un
grand inconvénient de fortifier un exago-.
ne avec les pieces d'un pentagone , fur-,
tout fi l'échelle du bureau militaire , qui
doit être de cent quatre-vingt parties égales
, repréfentant des toifes , eft réduite à
fept ou huit pouces . Mais , pour plus grande
exactitude , le bureau pourra contenir
des pieces pour la premiere enceinte feulement
, de trois différens polygones. Ces
pieces de différens polygones , adaptées
enfemble , pourront même fervir à repréfenter
ou à imiter des places irrégulieres .
Tel eft en gros le plan de ce nouveau bureau
militaire.
Pour en faire ufage l'éleve n'a befoin
AVRIL. 1755 89 .
que de fçavoir tracer la ligne magiftrale
de chaque ouvrage ; après quoi il meſure
fur fon papier la longueur de chaque cour-`
tine , de chaque flanc , de chaque face , &c .
& il prend dans le bureau des pieces de
même efpece & de même longueur , les
difpofe fur une grande table , & dans un
inftant toute la fortification eft formée.
4
des
Les idées qu'il a , par le moyen de ces
fortifications en relief , font bien plus claires
; il voit bien mieux le rapport mutuel
de chaque piece , de quelle maniere elles
fe flanquent les unes les autres , qu'il ne
le verroit fur le papier par le moyen
lignes , qui ne difent rien lorfque leur ufage
n'eft pas familier ; & cela eft fi vrai ,
que j'ai vu des jeunes gens qui avoient
étudié les fortifications , ne pas fe reconnoître
dans une fortereffe . Que les perfon-,
nes les plus expérimentées dans cet art comparent
l'impreffion que fait fur eux un plan
gravé fur du papier , où un plan en relief,
tels que ceux qui font aux galeries du Louyre.
Tout deviendrá fenfible à l'éleve : cette
étude fera un véritable amuſement pour
lui , & il est bien rare que les jeunes gens
ne réuffiffent pas dans les chofes qu'ils
font avec plaifir. Il n'en faudroit pas dayantage
pour infpirer le defir d'approfongo
MERCURE DE FRANCE.
dir cette connoiffance , & peut-être d'y
faire de nouvelles découvertes.
Un Maître habile & ingénieux pourra
varier à l'infini fes leçons : tantôt c'eſt uné
place qu'il attaque , après que fon éleve
la fortifiée : tantôt c'eft le paffage d'une
riviere qu'il faut défendre. Il peut même
former fur une grande table des élévations
avec de la terre ou du fable , & donner un
terrein inégal à fortifier : de pareils exercices
feront d'autant plus inftructifs , qu'ils
feront le milieu , pour ainfi dire , entre l'i
mage & la réalité. Ainfi un jeune Seigneur
& un Officier acquerreroient parfaitement
les connoiffances qu'ils doivent avoir des
fortifications.
Selon les difpofitions de l'éleve , le pro
feffeur pourroit alors le pouffer plus out
moins avant dans les parties des Mathéma
tiques qui ont du rapport aux fortifica
tions ; & pour cela lui faire voir d'abord
les Inftitutions mathématiques de M. l'Ab
bé de la Chapelle : ce livre eft bien au
deffus de fon titre ; mais que l'Officier faffe
toujours céder cette étude à celle des connoiffances
plus particulieres à fon état . It
n'eft pas auffi effentiel pour lui de fçavoir
les différens traités de mathématique , que
de bien connoître la difcipline politique ,
économique & militaire d'une armée :
AVRIL. 1755. $
ainfi il ne devra étudier les cours mathé
matiques de M. le Camus qu'après qu'il
aura appris prefque par coeur les effais fur
l'art de la guerre de M.le Comte Turpin .
Cet ouvrage * eft écrit avec une fimplicité
& un ordre admirable , parce que l'auteur
eft un excellent Officier qui rend raifon
de ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait . -
Je vais finir ce Proſpectus par où j'aurois
dû le commencer. Il n'a pas été fait pour.
annoncer mon ouvrage , moins encore .
pour en dire du bien : ç'auroit été une cho- >
fe pour le moins inutile ; car fans doute
je ne le crois pas mauvais , puifque je me›
propofe de le donner au public. J'annonce
donc ici mon bureau militaire ; & comme
il peut fervir à démontrer , non feulement:
mon traité des fortifications , mais encore
tout autre traité où on donnera la méthode
de M. de Vauban , les perſonnes qui ,
fans faire ufage de mon traité , voudront
faire ufage de mon bureau , n'auront qu'à
adreffer leur Ménuifier ou leur Ebéniſte
chez M. Jombert , Libraire , rue Dauphi
ne , & l'auteur fe fera un plaifir de leurs
donner des modeles , ou de les mettre en
état d'exécuter de pareils bureaux .
* Il ſe trouve à Paris , chez Jombert , rue Dau ,
phine.
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Résumé : « PROSPECTUS D'UN NOUVEAU TRAITÉ DE FORTIFICATION. L'auteur nous apprend [...] »
Le document est un prospectus pour un nouveau traité de fortification destiné aux jeunes officiers. Bien que ces officiers ne se spécialisent pas nécessairement dans le génie, il est crucial qu'ils maîtrisent les fortifications. Le traité repose sur la méthode de fortification du Maréchal de Vauban, encore largement utilisée à l'époque. L'auteur a développé un 'bureau militaire' pour illustrer ses enseignements. Ce bureau est conçu pour représenter les différentes pièces de fortification en relief, similaires aux caractères typographiques. Chaque niche du bureau contient des pièces de même type, permettant de reconstituer des fortifications en trois dimensions. Ces pièces sont standardisées selon une échelle commune, facilitant leur assemblage pour former divers types de polygones. Le bureau militaire permet aux élèves de visualiser clairement les relations entre les différentes parties d'une fortification, ce qui est plus efficace que les plans sur papier. Les exercices pratiques, comme la défense d'une place ou le passage d'une rivière, enrichissent l'apprentissage. L'auteur suggère également d'intégrer des connaissances mathématiques pertinentes et des études sur l'art de la guerre. Le prospectus se conclut par une annonce du bureau militaire, disponible chez le libraire Jombert à Paris. Ce bureau peut être utilisé en complément d'autres traités de fortification suivant la méthode de Vauban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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852
p. 87-92
LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
Début :
Monsieur, j'avois décidé avec moi-même de faire un divorce irréconciliable [...]
Mots clefs :
Algèbre, Géométrie, Science de la guerre, Madame la Dauphine, Problème d'algèbre, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
LETTRE à M ..... Profeſſeur & Cenfeur
royal , par M. G. Ecuyer , Officier
de la chambre de Madame la Dauphine
, fur un problême d'algebre appliqué
à la fcience de la guerre .
Onfieur , j'avois décidé avec moi-
Mmême de faire un divorce irréconciliable
avec l'Algebre & la Géométrie :
la néceffité de faire valoir mon bien de
campagne , celle de fuivre plufieurs procès
de fucceffion , mon peu de fanté , &
par conféquent le peu d'efpérance d'y acquerir
une forte de célébrité , m'avoient
fait prendre un parti fi contraire à mon
goût . J'eus l'honneur cet automne &
en même tems le vrai bonheur d'être admis
à faire ma cour à des perfonnes de
qualité de mon voifinage ; j'y retrouvai
des compas , des équerres , des niveaux ,
des graphometres , des cartes topographi
,
38 MERCURE DE FRANCE .
ques , des plans de bataille , de fiége , de
marches militaires , des projets de campa
gne , &c. en un mot tout ce qui caractériſe
un ſyſtème de travail ferieux , fuivi ,
& propre à des perfonnes deftinées par leur
naiffance & leurs talens héréditaires &
perfonnels , aux premiers emplois de la
guerre en falloit- il davantage pour me
rappeller à mes premieres foibleffes : On
me propofa de réfoudre le problême d'algebre
dont je vous fais aujoud'hui la dédicace
; nouvelles chaînes , nouveau motif
d'ardeur & d'émulation , & voilà l'époque
glorieufe pour moi de mon retour à
la géométrie. Je vis dans cette refpectable
maifon , avec un plaifir bien fenfible
& bien délicat , des enfans à peine de fept
ou huit ans , tracer des lignes & des angles
, reconnoître leurs rapports & leurs
combinaiſons , manier des inftrumens de
Mathématique je fus enchanté de n'entendre
fortir de leur bouche que les termes
de fervice du Roi , de la haine de
fes ennemis , de l'honneur , de la bravoure
, & de la néceffité d'acquerir les talens
du coeur & de l'efprit , indifpenfables pour
commander les autres ; on me pardonnera
cette forte d'indifcrétion , j'y vis avec la
plus vive furpriſe , & comme une efpéce
de paradoxe , les dames , fans perdre la
MA 1. 1755. 89 ·
plus légere de leurs graces , ni de ce tour
délicat & ingénieux de la converſation
que donne l'ufage du grand monde ; les
dames , dis- je , paffer avec fuccès , de la
poëfie , de la mufique , de l'hiftoire , ou
des ouvrages de goût & de légereté , à calculer
, à réfoudre des problèmes de Géométrie
& d'Algebre.
Enfin j'y vis les terres & les arbres
cultivés fuivant les principes de M M.
Sthul , Duhamel , de Buffon ; les abeilles
& les vers à foie élevés fuivant les regles
de M. de Réaumur ; la pratique de l'éducation
fauvage des beftiaux , en un mot
plufieurs de ces arts champêtres innocens ,
utiles à la fociété , à la fanté , à la confervation
de fon bien , & dont les héros rendus
à la paix ne rougiffoient point autrefois.
Tout refpiroit dans cette belle & délicieuſe
campagne l'efprit de calcul & de
fyftême , & ces principes folides de la
raifon fupérieure de l'illuftre M. de P. auffi
grand à la guerre que férieux & appliqué
chez lui , d'où il avoit banni cette frivo-.
lité qui ne gagne que trop aujourd'hui .
Les bornes d'une lettre femblent contraindre
de fi juftes motifs d'éloges ; mais la
vertu & le vrai mérite font fi peu communs
qu'on n'en reconnoît les traces qu'avec
un fecret & délicieux enchantement ;
90 MERCURE DE FRANCE.
ces motifs ne font pas néanmoins étrangers
à l'objet de ma lettre , puifqu'il vous
entretiennent d'application de calcul aux
affaires de la vie ; méthode que vous eftimez
. avec raiſon , bien fupérieure à celle
qui ne traite que des x & des y , & dont
vous ne ceſſez de recommander l'uſage à
vos difciples après qu'ils fe font mis en
poffeffion de cette derniere .
?
&
Parlons maintenant de mon problême ,
qui eft , je penſe , un des plus forts qu'on
puiffe propofer en Algebre indéterminée du
premier dégré ; j'ai pris à tâche de réunir
toutes les méthodes de Diophante , de Bachet
, du P. Prefter , & d'autres. Il contient ,
proprement parler , huit problêmes différens
; ce n'eft que la quatrieme condition
qui lie les trois précédentes , comme vous
le verrez dans la premierepréparation
qui les rappelle à une expreffion où les inconnues
font égalées à des quantités connues
mêlées avec deux indéterminées . Les
fept & huitiémes conditions font deux.
problêmes nouveaux , qu'on peut encore
réfoudre féparément des premiers ; mais
comme ils font une efpéce d'hiftoire fuivie
, il faut trouver l'art de les lier avec
la deuxième préparation il y a encore
un choix délicat à faire dans les rapports
des pertes ou des foldats défaits de chaM
A I.
1755 . 91
que
détachement , car fi on ne les tire
point de la nature intrinfeque du problême
, on ne fera rien qui vaille , on aura
bien des folutions vraies , mais qui feront
à d'autres queftions. Il eft inexprimable
combien j'ai gâté de papier , & combien
il m'en a coûté de peines pour fixer ces
rapports , fans compter les fautes d'étourderie
& les erreurs des fignes . Je joins à ma
lettre le mis au net de mes calculs , qui contiennent
cinq ou fix feuillets , fans aucun
détail de divifion ou de multiplication.
C'eſt un hommage que je vous adreffe ,
un tribut , le paiement d'une dette , car
affurément je vous dois beaucoup ; c'eft
en un fens votre bien , votre ouvrage ,
puifqu'il eft bâti des matériaux recueillis
fous vous au Collège royal ; c'eft le fruit
du long loifir que me laiffe mon fervice ,
& duquel je ne crois pas devoir faire un
meilleur ufage , les devoirs de la fociété
remplis , pour mériter l'honneur de votre
eftime , & le nom de &c.
Les nombres les plus fimples qui fatisfont
à toutes les conditions du problê
me , font : 551 , 431 , 311 .
All x 8400 μss!?
J : 64052 + 431
4410
➡0.1.2.3.4.5. &cj
311
92 MERCURE DE FRANCE.
1 ° . Effectivement le tiers de 551 eſt
1832, le quart de 551 eft 135 +3 .
e
2°. Le 5º de 431 eft 86 + 1 , & le 7º
de 431 eft 614.
3 °. Le 7° de 311 eft 44 + 3 , & le 9º
de 311 eft 34 + 4.
4°. 551 + 311 = 2 × 431 = 862.
50. 551 +9 , 43x + +2 , 431 +4 :: 140. 61 .
7
60 551 +9 311 ·
'SI.
140.102
:: 50 :
C. Q.F. F. & D.
A Versailles , ce 10 Avril 1755 .
royal , par M. G. Ecuyer , Officier
de la chambre de Madame la Dauphine
, fur un problême d'algebre appliqué
à la fcience de la guerre .
Onfieur , j'avois décidé avec moi-
Mmême de faire un divorce irréconciliable
avec l'Algebre & la Géométrie :
la néceffité de faire valoir mon bien de
campagne , celle de fuivre plufieurs procès
de fucceffion , mon peu de fanté , &
par conféquent le peu d'efpérance d'y acquerir
une forte de célébrité , m'avoient
fait prendre un parti fi contraire à mon
goût . J'eus l'honneur cet automne &
en même tems le vrai bonheur d'être admis
à faire ma cour à des perfonnes de
qualité de mon voifinage ; j'y retrouvai
des compas , des équerres , des niveaux ,
des graphometres , des cartes topographi
,
38 MERCURE DE FRANCE .
ques , des plans de bataille , de fiége , de
marches militaires , des projets de campa
gne , &c. en un mot tout ce qui caractériſe
un ſyſtème de travail ferieux , fuivi ,
& propre à des perfonnes deftinées par leur
naiffance & leurs talens héréditaires &
perfonnels , aux premiers emplois de la
guerre en falloit- il davantage pour me
rappeller à mes premieres foibleffes : On
me propofa de réfoudre le problême d'algebre
dont je vous fais aujoud'hui la dédicace
; nouvelles chaînes , nouveau motif
d'ardeur & d'émulation , & voilà l'époque
glorieufe pour moi de mon retour à
la géométrie. Je vis dans cette refpectable
maifon , avec un plaifir bien fenfible
& bien délicat , des enfans à peine de fept
ou huit ans , tracer des lignes & des angles
, reconnoître leurs rapports & leurs
combinaiſons , manier des inftrumens de
Mathématique je fus enchanté de n'entendre
fortir de leur bouche que les termes
de fervice du Roi , de la haine de
fes ennemis , de l'honneur , de la bravoure
, & de la néceffité d'acquerir les talens
du coeur & de l'efprit , indifpenfables pour
commander les autres ; on me pardonnera
cette forte d'indifcrétion , j'y vis avec la
plus vive furpriſe , & comme une efpéce
de paradoxe , les dames , fans perdre la
MA 1. 1755. 89 ·
plus légere de leurs graces , ni de ce tour
délicat & ingénieux de la converſation
que donne l'ufage du grand monde ; les
dames , dis- je , paffer avec fuccès , de la
poëfie , de la mufique , de l'hiftoire , ou
des ouvrages de goût & de légereté , à calculer
, à réfoudre des problèmes de Géométrie
& d'Algebre.
Enfin j'y vis les terres & les arbres
cultivés fuivant les principes de M M.
Sthul , Duhamel , de Buffon ; les abeilles
& les vers à foie élevés fuivant les regles
de M. de Réaumur ; la pratique de l'éducation
fauvage des beftiaux , en un mot
plufieurs de ces arts champêtres innocens ,
utiles à la fociété , à la fanté , à la confervation
de fon bien , & dont les héros rendus
à la paix ne rougiffoient point autrefois.
Tout refpiroit dans cette belle & délicieuſe
campagne l'efprit de calcul & de
fyftême , & ces principes folides de la
raifon fupérieure de l'illuftre M. de P. auffi
grand à la guerre que férieux & appliqué
chez lui , d'où il avoit banni cette frivo-.
lité qui ne gagne que trop aujourd'hui .
Les bornes d'une lettre femblent contraindre
de fi juftes motifs d'éloges ; mais la
vertu & le vrai mérite font fi peu communs
qu'on n'en reconnoît les traces qu'avec
un fecret & délicieux enchantement ;
90 MERCURE DE FRANCE.
ces motifs ne font pas néanmoins étrangers
à l'objet de ma lettre , puifqu'il vous
entretiennent d'application de calcul aux
affaires de la vie ; méthode que vous eftimez
. avec raiſon , bien fupérieure à celle
qui ne traite que des x & des y , & dont
vous ne ceſſez de recommander l'uſage à
vos difciples après qu'ils fe font mis en
poffeffion de cette derniere .
?
&
Parlons maintenant de mon problême ,
qui eft , je penſe , un des plus forts qu'on
puiffe propofer en Algebre indéterminée du
premier dégré ; j'ai pris à tâche de réunir
toutes les méthodes de Diophante , de Bachet
, du P. Prefter , & d'autres. Il contient ,
proprement parler , huit problêmes différens
; ce n'eft que la quatrieme condition
qui lie les trois précédentes , comme vous
le verrez dans la premierepréparation
qui les rappelle à une expreffion où les inconnues
font égalées à des quantités connues
mêlées avec deux indéterminées . Les
fept & huitiémes conditions font deux.
problêmes nouveaux , qu'on peut encore
réfoudre féparément des premiers ; mais
comme ils font une efpéce d'hiftoire fuivie
, il faut trouver l'art de les lier avec
la deuxième préparation il y a encore
un choix délicat à faire dans les rapports
des pertes ou des foldats défaits de chaM
A I.
1755 . 91
que
détachement , car fi on ne les tire
point de la nature intrinfeque du problême
, on ne fera rien qui vaille , on aura
bien des folutions vraies , mais qui feront
à d'autres queftions. Il eft inexprimable
combien j'ai gâté de papier , & combien
il m'en a coûté de peines pour fixer ces
rapports , fans compter les fautes d'étourderie
& les erreurs des fignes . Je joins à ma
lettre le mis au net de mes calculs , qui contiennent
cinq ou fix feuillets , fans aucun
détail de divifion ou de multiplication.
C'eſt un hommage que je vous adreffe ,
un tribut , le paiement d'une dette , car
affurément je vous dois beaucoup ; c'eft
en un fens votre bien , votre ouvrage ,
puifqu'il eft bâti des matériaux recueillis
fous vous au Collège royal ; c'eft le fruit
du long loifir que me laiffe mon fervice ,
& duquel je ne crois pas devoir faire un
meilleur ufage , les devoirs de la fociété
remplis , pour mériter l'honneur de votre
eftime , & le nom de &c.
Les nombres les plus fimples qui fatisfont
à toutes les conditions du problê
me , font : 551 , 431 , 311 .
All x 8400 μss!?
J : 64052 + 431
4410
➡0.1.2.3.4.5. &cj
311
92 MERCURE DE FRANCE.
1 ° . Effectivement le tiers de 551 eſt
1832, le quart de 551 eft 135 +3 .
e
2°. Le 5º de 431 eft 86 + 1 , & le 7º
de 431 eft 614.
3 °. Le 7° de 311 eft 44 + 3 , & le 9º
de 311 eft 34 + 4.
4°. 551 + 311 = 2 × 431 = 862.
50. 551 +9 , 43x + +2 , 431 +4 :: 140. 61 .
7
60 551 +9 311 ·
'SI.
140.102
:: 50 :
C. Q.F. F. & D.
A Versailles , ce 10 Avril 1755 .
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Résumé : LETTRE à M..... Professeur & Censeur royal, par M. G. Ecuyer, Officier de la chambre de Madame la Dauphine, sur un problême d'algebre appliqué à la science de la guerre.
La lettre est adressée à un professeur et censeur royal par M. G., écuyer et officier de la chambre de Madame la Dauphine. L'auteur avait initialement abandonné l'algèbre et la géométrie en raison de ses obligations personnelles et de son manque de temps. Cependant, lors d'une visite chez des personnes de qualité, il a été inspiré par l'environnement mathématique et militaire qu'il y a trouvé. Il a été invité à résoudre un problème d'algèbre appliqué à la science de la guerre, ce qui l'a ramené à ses premières passions. Dans cette maison, il a observé des enfants et des dames s'adonnant aux mathématiques avec succès, tout en cultivant des terres et élevant des animaux selon des principes scientifiques. L'auteur a été impressionné par l'esprit de calcul et de système qui y régnait, ainsi que par les principes solides de la raison supérieure. L'auteur décrit ensuite le problème d'algèbre qu'il a résolu, un problème complexe d'algèbre indéterminée du premier degré, réunissant diverses méthodes. Il mentionne les difficultés rencontrées et les erreurs commises lors de la résolution. Il joint à sa lettre le résultat de ses calculs, qu'il considère comme un hommage au professeur. Les nombres les plus simples satisfaisant aux conditions du problème sont 551, 431 et 311. L'auteur fournit également des détails sur les calculs effectués pour vérifier ces solutions. La lettre est datée du 10 avril 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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853
p. 92-94
Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Début :
On envoie trois détachemens pour s'emparer de trois postes différens. [...]
Mots clefs :
Science de la guerre, Algèbre, Problème d'algèbre
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texteReconnaissance textuelle : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Problême d'Algebre très- intéreſſant appliqué
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
à la fcience de la guerre.
ON envoie trois détachemens pour
s'emparer de trois poftes différens.
1º. L'on fcait que lorfqu'on rangeoit le
premier détachement fur trois foldats de
hauteur , il y en avoit deux de rcſte ; &
lorfqu'on les rangeoit fur quatre de hauteur
, il en reftoit trois .
2°. A l'égard du fecond détachement
M A. I. 1755. 23
lorfqu'on plaçoit les hommes à cinq de
hauteur , il y en avoit un de refte , &
lorfqu'on les rangeoit fur fept , il en reftoit
quatre.
3°. Le troifiéme détachement étoit tel
que les foldats rangés fur trois de hauteur
, il en reftoit trois ; & rangés fur
neuf, il en reſtoit cinq.
4°. Le nombre des troupes du premier
& du troifiéme détachement jointes enfemble
, étoit double de celui du deuxiéme
.
5°. Le Général envoie des ordres à
quatre Officiers de mérite du fecond détachement
, & à cinq du troifiéme , de
joindre le premier détachement.
6°. Après cet ordre exécuté , le premier
poſte coûta à emporter le quart du monde
qui y étoit deſtiné.
7°. Il périt au fecond pofte le feptiéme
des troupes qu'on y avoit envoyées , lequel
montoit à neuf hommes de moins
que la moitié des foldats tués au premier
pofte ; c'est- à-dire que le rapport des trou
pes défaites au premier pofte , étoit à celui
des troupes défaites au fecond , comme
140 eft à 61 .
8. L'on perdit , pour emporter le troifiéme
pofte , le tiers des troupes qui y
étoient commandées , & cette perte étoit
94 MERCURE DE FRANCE.
relativement à celle qu'on fit au premier
pofte , comme 51 eft à 70.1
9°. L'on demande de combien d'hommes
chaque détachement étoit compofé ?
On donnera dans le Mercure du mois.
prochain la méthode de la folution .
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Résumé : Problême d'Algebre très-intéressant appliqué à la science de la guerre.
Le texte expose un problème d'algèbre appliqué à la science de la guerre, impliquant trois détachements envoyés pour s'emparer de trois postes différents. Les conditions spécifiques pour chaque détachement sont les suivantes : le premier détachement laisse un reste de deux lorsqu'il est rangé par trois et un reste de trois lorsqu'il est rangé par quatre. Le second détachement laisse un reste de un lorsqu'il est rangé par cinq et un reste de quatre lorsqu'il est rangé par sept. Le troisième détachement laisse un reste de trois lorsqu'il est rangé par trois et un reste de cinq lorsqu'il est rangé par neuf. Le nombre total de troupes du premier et du troisième détachement combinés est double de celui du second détachement. Quatre officiers du second détachement et cinq du troisième rejoignent le premier détachement. Après cette réorganisation, le premier poste coûte un quart des troupes destinées à l'emporter. Au second poste, un septième des troupes envoyées périssent, soit neuf hommes de moins que la moitié des soldats tués au premier poste. Le rapport des troupes défaites au premier poste à celles du second est de 140 à 61. Pour le troisième poste, un tiers des troupes commandées périssent, et cette perte est proportionnelle à celle du premier poste dans un rapport de 51 à 70. Le texte demande de déterminer le nombre d'hommes composant chaque détachement.
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854
p. 189-190
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Sur un Message envoyé par le Roi le 25 à la [...]
Mots clefs :
Londres, Chambre des communes, Chambre des pairs, Marines de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 27 Mars.
>
Sur un Meffage envoyé par le Roi le 25 à la
Chambre des Pairs & à la Chambre des Communes
, cette Chambre s'étant affemblée le lendemain
en Committé pour délibérer ſur le ſubſide
accorda la fomme d'un million de livres fterlings
au Roi , afin que Sa Majefté puiffe faire dans fa
marine & dans fes troupes l'augmentation néceſfaire
, & prendre toutes les mefures convenables
pour la fureté de fes états . La Chambre affigna en
même tems un fonds de fix mille livres sterlings
pour continuer le grand chemin entre les villes
de Carlisle & de Newcaſtle.
L'augmentation des troupes de terre fera de
cinq mille hommes. On augmentera de vingt
mille le nombre des matelots , & l'on engagera
dix mille nouveaux foldats de marine. L'équipage
d'un vaiffeau de guerre revenu de la Virginie
rapporté que le Chef d'Efcadre Keppel y étoi
a
190 MERCURE DE FRANCE.
arrivé avec les vaiffeaux le Centurion & le Norwich ,
& que ces deux bâtimens avoient été confidérablement
endommagés par une tempête.
La Chambre des Communes a réfolu que la
fomme d'un million de livres ſterlings feroit levée
par le moyen d'une lotterie , dont chaque billet
fera d'une guinée.
Les Régimens d'Infanterie de Bentinck , de
Bertie , d'York , de Jordan , de Folliot , de Humes
, d'Anftruther & de London , qui font fur
l'établiffement d'Irlande , ont ordre de paffer en
Angleterre. Ils feront augmentés de trente & un
hommes par Compagnie. Tous les vaiffeaux nouvellement
mis en commiffion , fe rendent fucceffivement
à Spithead , & il eſt défendu aux Officiers
qui les montent , de quitter leurs bords. On
a reçu avis que les troupes parties d'Irlande pour
la Virginie étoient arrivées à cette Colonie .
DE LONDRES , le 27 Mars.
>
Sur un Meffage envoyé par le Roi le 25 à la
Chambre des Pairs & à la Chambre des Communes
, cette Chambre s'étant affemblée le lendemain
en Committé pour délibérer ſur le ſubſide
accorda la fomme d'un million de livres fterlings
au Roi , afin que Sa Majefté puiffe faire dans fa
marine & dans fes troupes l'augmentation néceſfaire
, & prendre toutes les mefures convenables
pour la fureté de fes états . La Chambre affigna en
même tems un fonds de fix mille livres sterlings
pour continuer le grand chemin entre les villes
de Carlisle & de Newcaſtle.
L'augmentation des troupes de terre fera de
cinq mille hommes. On augmentera de vingt
mille le nombre des matelots , & l'on engagera
dix mille nouveaux foldats de marine. L'équipage
d'un vaiffeau de guerre revenu de la Virginie
rapporté que le Chef d'Efcadre Keppel y étoi
a
190 MERCURE DE FRANCE.
arrivé avec les vaiffeaux le Centurion & le Norwich ,
& que ces deux bâtimens avoient été confidérablement
endommagés par une tempête.
La Chambre des Communes a réfolu que la
fomme d'un million de livres ſterlings feroit levée
par le moyen d'une lotterie , dont chaque billet
fera d'une guinée.
Les Régimens d'Infanterie de Bentinck , de
Bertie , d'York , de Jordan , de Folliot , de Humes
, d'Anftruther & de London , qui font fur
l'établiffement d'Irlande , ont ordre de paffer en
Angleterre. Ils feront augmentés de trente & un
hommes par Compagnie. Tous les vaiffeaux nouvellement
mis en commiffion , fe rendent fucceffivement
à Spithead , & il eſt défendu aux Officiers
qui les montent , de quitter leurs bords. On
a reçu avis que les troupes parties d'Irlande pour
la Virginie étoient arrivées à cette Colonie .
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 27 mars, la Chambre des Communes et la Chambre des Pairs ont approuvé un message royal du 25 mars. Elles ont alloué un million de livres sterlings pour renforcer la marine et les troupes, ainsi qu'un fonds de six mille livres sterlings pour construire une route entre Carlisle et Newcastle. L'armée terrestre sera augmentée de cinq mille hommes, la marine de vingt mille matelots et dix mille soldats de marine. Un vaisseau de guerre revenu de Virginie a rapporté que le Chef d'Escadre Keppel était arrivé avec les vaisseaux Centurion et Norwich, endommagés par une tempête. La Chambre des Communes a décidé de lever le million de livres sterlings par une lotterie, chaque billet valant une guinée. Plusieurs régiments d'infanterie stationnés en Irlande, dont ceux de Bentinck, Bertie, York, Jordan, Folliot, Humes, Anstruther et London, doivent se rendre en Angleterre et seront augmentés de trente et un hommes par compagnie. Tous les nouveaux vaisseaux mis en commission doivent se rendre à Spithead, et il est interdit aux officiers de quitter leurs navires. Des nouvelles confirment l'arrivée des troupes parties d'Irlande pour la Virginie.
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855
p. 7-11
EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
Début :
Tout effort est donc superflu ! [...]
Mots clefs :
Canada, Honneur, Régiment, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
L'épître est adressée au Chevalier de B..., qui s'apprête à partir pour le Canada avec son régiment. L'auteur exprime son désaccord avec cette décision, estimant ses efforts pour le retenir inutiles. Il critique l'honneur, le considérant comme une fiction au service de la politique, née de préjugés et de fausses opinions. L'auteur rappelle les exploits passés du chevalier, soulignant qu'il a déjà démontré sa valeur sans avoir besoin de partir. Il évoque les dangers du voyage et les risques de la guerre, mais le chevalier semble déterminé. L'auteur exprime ses craintes et ses regrets, espérant que le chevalier reviendra sain et sauf. Il conclut en exprimant l'espoir que le chevalier se souvienne d'eux et revienne pour leur rendre leur joie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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856
p. 221-222
ESPAGNE.
Début :
On apprend que l'Empereur de la Chine, non seulement a [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Madrid, Chine, Catholique, Chabecs, Combat, Don Pedre Elguero, Don Joseph de Flon, Capitaine de Frégate, Prisonniers de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 20 Mars.
On apprend que l'Empereur de la Chine , non
feulement a renouvellé les Edits de quelques- uns
de fes prédéceffeurs en faveur des Chrétiens ,
mais qu'il leur fait bâtir une églife à les dépens
dans la capitale de fes Etats. Selon les mêmes
lettres , il fe trouve actuellement à la Chine plus
de cent foixante neuf mille perfonnes qui font
profeffion de la religion catholique.
DE MADRID , le 22 Avril,
Cinq Chabecs du Roi armés en courſe , &
commandés par Don Jofeph de Flon , Capitaine
de frégate , attaquerent le 16 de ce mois dans les
environs d'Alicante, trois Corfaires algériens , l'un
de vingt- quatre canons , l'autre de vingt-deux ,
& le troifiéme de quatorze. Après un combat qui .
duré plus de quatorze heures , ils s'en font
emparés. On a fait fur les bâtimens ennemis
quatre cens quatre-vingt- quatorze efclaves ; du
Côté des Efpagnols il y a eu cinquante bleffés.
Don Pedre Elguero , Lieutenant de vaiffeau ,2.
K iij
122 MERCURE DE FRANCE.
commandant le Chabec le Gavilan , a été tué ,
ainfi que cinq foldats ou matelots. Ali Mouffa
qui commandoit les trois Chabecs algériens , eft
du nombre des prifonniers faits par les Espagnols.
DE LISBONNE , le 20 Mars.
On apprend que l'Empereur de la Chine , non
feulement a renouvellé les Edits de quelques- uns
de fes prédéceffeurs en faveur des Chrétiens ,
mais qu'il leur fait bâtir une églife à les dépens
dans la capitale de fes Etats. Selon les mêmes
lettres , il fe trouve actuellement à la Chine plus
de cent foixante neuf mille perfonnes qui font
profeffion de la religion catholique.
DE MADRID , le 22 Avril,
Cinq Chabecs du Roi armés en courſe , &
commandés par Don Jofeph de Flon , Capitaine
de frégate , attaquerent le 16 de ce mois dans les
environs d'Alicante, trois Corfaires algériens , l'un
de vingt- quatre canons , l'autre de vingt-deux ,
& le troifiéme de quatorze. Après un combat qui .
duré plus de quatorze heures , ils s'en font
emparés. On a fait fur les bâtimens ennemis
quatre cens quatre-vingt- quatorze efclaves ; du
Côté des Efpagnols il y a eu cinquante bleffés.
Don Pedre Elguero , Lieutenant de vaiffeau ,2.
K iij
122 MERCURE DE FRANCE.
commandant le Chabec le Gavilan , a été tué ,
ainfi que cinq foldats ou matelots. Ali Mouffa
qui commandoit les trois Chabecs algériens , eft
du nombre des prifonniers faits par les Espagnols.
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte présente deux événements concernant l'Espagne. Le premier événement, rapporté depuis Lisbonne le 20 mars, mentionne que l'Empereur de Chine a renouvelé les édits favorables aux Chrétiens et a financé la construction d'une église dans la capitale. Il est également indiqué qu'il y a plus de cent soixante-neuf mille pratiquants de la religion catholique en Chine. Le second événement, signalé depuis Madrid le 22 avril, relate l'attaque de trois corsaires algériens par cinq navires espagnols commandés par Don Joseph de Flon près d'Alicante. Après un combat de plus de quatorze heures, les Espagnols ont pris possession des navires ennemis. Quatre cent quatre-vingt-quatorze esclaves ont été libérés, tandis que cinquante personnes ont été blessées du côté espagnol, dont Don Pedre Elguero, lieutenant de vaisseau, et cinq soldats ou matelots ont été tués. Ali Mouffa, commandant des corsaires algériens, a été capturé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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857
p. 85-87
Lettre à l'Auteur du Mercure, [titre d'après la table]
Début :
J'ai lû, Monsieur, le problême algébrique que vous avez inséré dans votre [...]
Mots clefs :
Problème d'algèbre, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure, [titre d'après la table]
'AI lû , Monfieur , le problême algébrique
que vous avez inféré dans votre
Mercure du mois de Mai . On ne peut mieux
'ordonner les combinaifons d'un problême
indéterminé du premier dégré ; mais j'y
aurois fouhaité plus d'exactitude , il renferme
des erreurs capables de déconcerter
ceux qui admettent les conditions comme
certaines .
A la troifieme condition on lit , le troi
fieme détachement étoit tel que les foldats rangés
fur trois de hauteur , il en reftoit trois ;
il faut lire furfept de hauteur. Cette faute
fenfible eft du Copifte ou de l'Imprimeur.
Il y en a une autre qui appartient entierement
à l'auteur ; elle eft au feptieme
article , & confifte dans le mot , c'eft- à - dire
qui joint deux conditions , de façon à faire
croire que de l'une fuit néceffairement l'autre.
Le Septieme des troupes du fecond pofte
86 MERCURE DE FRANCE.
montoit à neuf hommes de moins que la moitié
des foldats tués au premier pofte , c'eſt- àdire
que le rapport des troupes défaites au premier
pofte étoit à celui des troupes défaites au
fecond pofte , comme 140 est à 61 .
La feconde partie de cette propofition
eft toujours vraie dans le problême ; mais
la premiere partie n'eft vraie que dans les
plus petits nombres , & eft impoffible dans
Les autres : il paroît bien
que l'auteur n'a
pas pris la peine de vérifier fon calcul.
S'il avoit fuppofé feulement = 1 ,
il auroit
vû bientôt la faufferé de fa réſolution ,
il auroit vû que les nombres nouveaux ne
répondent pas à la condition dont je parle ,
& qu'il la faut retrancher fi l'on veut que
le problême refte indéterminé.
Comme l'auteur en promet la folution
pour le mois de juin , j'abrégerai la mienne
& ne détaillerai point un calcul qui ennuieroit
ceux pour qui l'algébre eft étran
ger , & qui n'eft pas néceffaire aux autres..
Si pour défigner les trois détachemens ,
on prend les trois expreffions fuivantes ,
1' détachement . 2d détachement . 3 détachement.
12a + 11. 356 + 11. 636 +59
on a déja fatisfait aux trois premieres con
ditions.
L'examen analytique des conditions
qui reftent , fait voir que a 700 n +
•
JUIN. 1755. $1
45. b = 183 n + 12. c = 70 μ + 4 ;
& en mettant ces valeurs au lieu de a, b, c ,
dans les premieres expreffions , on trouvera
avec l'auteur la folution générale
1' détachement. 24 détachement. 3º détachement.
8400551.6405 u + 431 4410 μ + 311.
. Après avoir donné la folution de ce problême
, l'auteur me permettra de lui en
propofer un à mon tour ; il eft indéterminé
comme le fien , & du premier dégré
nous pourrons monter au fecond fi l'auteur
juge à propos de m'honorer de la continuation
de fon commerce mathématique ,
qui ne peut être qu'inftructif pour l'un &
pour l'autre .
PROBLEM E.
Une perfonne rencontre trois pauvres ,
& les faifant ranger en cercle donne à chacun
des pièces de douze fols & des piéces
de vingt- quatre fols.
Après la diftribution , qui eft inégale , il
fe trouve que chaque pauvre a autant de
piéces que l'un de fes voifins a de livres ,
& autant de livres que fon autre voifin a
de piéces .
On demande combien chaque pauvre
reçoit de pieces de douze fols , & combien
de pieces de vingt- quatre fols.
Voici la folution du premier problême par
l'auteur, qui remplit fa promeffe.
que vous avez inféré dans votre
Mercure du mois de Mai . On ne peut mieux
'ordonner les combinaifons d'un problême
indéterminé du premier dégré ; mais j'y
aurois fouhaité plus d'exactitude , il renferme
des erreurs capables de déconcerter
ceux qui admettent les conditions comme
certaines .
A la troifieme condition on lit , le troi
fieme détachement étoit tel que les foldats rangés
fur trois de hauteur , il en reftoit trois ;
il faut lire furfept de hauteur. Cette faute
fenfible eft du Copifte ou de l'Imprimeur.
Il y en a une autre qui appartient entierement
à l'auteur ; elle eft au feptieme
article , & confifte dans le mot , c'eft- à - dire
qui joint deux conditions , de façon à faire
croire que de l'une fuit néceffairement l'autre.
Le Septieme des troupes du fecond pofte
86 MERCURE DE FRANCE.
montoit à neuf hommes de moins que la moitié
des foldats tués au premier pofte , c'eſt- àdire
que le rapport des troupes défaites au premier
pofte étoit à celui des troupes défaites au
fecond pofte , comme 140 est à 61 .
La feconde partie de cette propofition
eft toujours vraie dans le problême ; mais
la premiere partie n'eft vraie que dans les
plus petits nombres , & eft impoffible dans
Les autres : il paroît bien
que l'auteur n'a
pas pris la peine de vérifier fon calcul.
S'il avoit fuppofé feulement = 1 ,
il auroit
vû bientôt la faufferé de fa réſolution ,
il auroit vû que les nombres nouveaux ne
répondent pas à la condition dont je parle ,
& qu'il la faut retrancher fi l'on veut que
le problême refte indéterminé.
Comme l'auteur en promet la folution
pour le mois de juin , j'abrégerai la mienne
& ne détaillerai point un calcul qui ennuieroit
ceux pour qui l'algébre eft étran
ger , & qui n'eft pas néceffaire aux autres..
Si pour défigner les trois détachemens ,
on prend les trois expreffions fuivantes ,
1' détachement . 2d détachement . 3 détachement.
12a + 11. 356 + 11. 636 +59
on a déja fatisfait aux trois premieres con
ditions.
L'examen analytique des conditions
qui reftent , fait voir que a 700 n +
•
JUIN. 1755. $1
45. b = 183 n + 12. c = 70 μ + 4 ;
& en mettant ces valeurs au lieu de a, b, c ,
dans les premieres expreffions , on trouvera
avec l'auteur la folution générale
1' détachement. 24 détachement. 3º détachement.
8400551.6405 u + 431 4410 μ + 311.
. Après avoir donné la folution de ce problême
, l'auteur me permettra de lui en
propofer un à mon tour ; il eft indéterminé
comme le fien , & du premier dégré
nous pourrons monter au fecond fi l'auteur
juge à propos de m'honorer de la continuation
de fon commerce mathématique ,
qui ne peut être qu'inftructif pour l'un &
pour l'autre .
PROBLEM E.
Une perfonne rencontre trois pauvres ,
& les faifant ranger en cercle donne à chacun
des pièces de douze fols & des piéces
de vingt- quatre fols.
Après la diftribution , qui eft inégale , il
fe trouve que chaque pauvre a autant de
piéces que l'un de fes voifins a de livres ,
& autant de livres que fon autre voifin a
de piéces .
On demande combien chaque pauvre
reçoit de pieces de douze fols , & combien
de pieces de vingt- quatre fols.
Voici la folution du premier problême par
l'auteur, qui remplit fa promeffe.
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure, [titre d'après la table]
Le texte critique un problème algébrique publié dans le Mercure de mai. L'auteur reconnaît la bonne structuration des combinaisons du problème indéterminé du premier degré, mais identifie plusieurs erreurs. La première erreur se trouve dans la troisième condition, où il est mentionné 'fur trois de hauteur' au lieu de 'furfept de hauteur'. Une autre erreur apparaît dans le septième article, où le mot 'c'est-à-dire' est mal utilisé, suggérant une relation nécessaire entre deux conditions qui n'existe pas nécessairement. L'auteur critique également la vérification des calculs, soulignant que la première partie d'une proposition est vraie seulement pour les plus petits nombres et impossible pour les autres. Il propose une solution abrégée pour éviter d'ennuyer les lecteurs non familiers avec l'algèbre. Le texte se conclut par la proposition d'un nouveau problème indéterminé du premier degré, similaire à celui critiqué, et invite l'auteur du problème initial à continuer l'échange mathématique. Le nouveau problème consiste à déterminer la distribution de pièces de douze sols et de vingt-quatre sols entre trois pauvres, en respectant certaines conditions de répartition inégale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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858
p. 88-95
Méthode de solution du problême d'algébre appliqué à la science de la guerre, annoncé dans le Mercure de Mai 1755, page 87, à M. Censeur & Professeur royal ; par M. G. Ecuyer, Officier de Madame la Dauphine, & de la Société Littéraire de Senlis.
Début :
Il est juste de remplir ses engagemens, l'honneur nous y oblige. Tout l'art de la [...]
Mots clefs :
Problème d'algèbre, Science de la guerre, Professeur royal, Société littéraire de Senlis
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texteReconnaissance textuelle : Méthode de solution du problême d'algébre appliqué à la science de la guerre, annoncé dans le Mercure de Mai 1755, page 87, à M. Censeur & Professeur royal ; par M. G. Ecuyer, Officier de Madame la Dauphine, & de la Société Littéraire de Senlis.
Méthode de folution du problême d'algébre
appliqué à la fcience de la guerre , annons
cé dans le Mercure de Mai 1755 , page
87 , à M. de M. Cenfeur & Profeffeur
royal; par M. G. Ecuyer , Officier de Madame
la Dauphine , & de la Société Liti
téraire de Senlis.
It our oblige. Tout
y
dela
Left jufte de remplir fes engagemens ,
méthode de folution du problême confifte à
fuppofer , felon la magie ordinaire de l'al
gébre , des quotiens fictifs qui fe terminent
finalement à un quotient exact & réel , lequel
devient , malgré fon indétermination,
la commune mefure , le lieu commun , l'expreffion
des relations mutuelles des incon →
véniens qui entrent dans la queftion.
La premiere condition du problême eft
telle : lorfqu'on rangeoit les foldats du premier
détachement fur trois de hauteur , il
y en avoit deux de refte , & lorfqu'on les
rangeoit fur quatre , il en reftoit trois.
Cette condition & les deux fuivantes
prifes dans un point de vue , pour ainfi
dire ifolé , contiennent en elles - mêmes
des problêmes parfaitement diftincts . On
verra qu'ils n'acquerront de liaifon entre
JUIN. 1755 . 89
eux que par la quatrieme condition. Soir
donc nommé x le premier détachement , a
le nombre des compres par 3 , & b celui
des comptes par 4 , l'on aura x =
3 a +
2 = 46 + 3 ; donc 3 a 4 b + 1 ;
bt
b ++ : foit fuppofe
3
=
3
donc b + 1 = 30 , b = 30
--
.1; donc
b + 3 = x = 120—4 + 3 = 120 —
- 1 ; ci pour mémoire , x = 12 c Par
la feconde condition , lorfqu'on rangeoit
les troupes du fecond détachement fur
de hauteur , il en reftoit un ; & lorsqu'on
les rangeoit fur 7 , il en reftoit 4. Soit donc
nommé y ce fecond détachement , d les
comptes par 5 , & e ceux des comptes par
7 ; donc y = 5 d + 1 = 7e + 4 ; 5 d
= 7e + 3 ; d = e + 2 +3 foit
: conçu
e
5
2º+3 =ƒf;; donc 2e +3 = 5 ƒ» 2 0
f-
= sf − 336 = 2f + 3 , concevant
f
21
ƒ——g ; doncƒ— 3 — 28 ; f= 28+3 ;
2f486 ; donce = 48+ 6 + g
= 5 g + 6; donc 7 e +4 ou y = 358 +42
2
+ 4 = 358 + 358 + 46 ; ci pour mémoire , y
=35g8 +46.
Dans la troifieme condition il eft dit ,
que lorfqu'on rangeoit les foldats du troi90
MERCURE DE FRANCE.
fieme détachement fur 7 de hauteur , il y
en avoit 3 de refte ; & lorfqu'on les rangeoit
fur 9 , il en reftoit 5. Soit nommé z
ce troifieme détachement , b les comptes
par 7 , & k ceux par 9 , l'on aura 76
+ 3 = 9k + 5 ; donc b = b = k+
2k+2
ſuppoſant
2 +1 = 1 ; donc 2k + 2 =
7
-
2
71,2 k = 71—2k = 3 1+ ²² fai-
2
2
fant = m ; donc / = 2 m + 2 , & par
conféquent k = 6m +m + 6 = 7m+ 6;
donc 9k + 5 ou 2 = 9 × 7m + 6+ 5=
63m + 59.
2 = 63m + 59
y = 35 g +46
x= 12C -- I
L'on a donc les valeurs des trois inconnues
exprimées par trois indéterminées
différentes , & qui en font trois problêmes
parfaitement diftincts ; effectivement 10.
douze comptes par trois moins l'unité, égalent
onze comptes par trois , & deux de
refte ; douze comptes par quatre moins l'unité
, font égaux à onze comptes par quatre
, plus 3 de refte.
2º. On a 7 g comptes pars plus 9 comptes
par 5 ( 45 ) & l'unité de refte , & is ,
comptes par 7 , plus 6 comptespar 7 , & 4
de refte.
JUIN. 1755.
3°. L'on a 9 m × 7 ou 63 comptes par 7,
plus 8 comptes par 7 ( 56 ) & 3 de refte ;
enfin l'on a 7 m × 9 ou 63 comptes par 9 ,
plus 6 comptes par 9 5 & 5 de refte. C.q.
f. d. 1°.
Telle eft la quatrieme condition ; les
trois détachemens étoient en proportion
arithmétique continue , ou le premier détachement
joint au troifieme étoit double
du fecond , ce qui donne
2 × 358 + 46 = 70 g + 92 = 12 G
→ 1 + 63m + 59 , d'où l'on tire 126
=70g — 63 m + 3 4 ; c = 5. g → sm
+ 2 + 10g 3 m + 10 , fuppofant
-
108 = 3m + 10
12
-
*
12
f
= u ; donc 10 g + 10
3 m = 12 u ; 10 g = 122 — 10+
น
3 mg = u ~ 1 + 3 m + 2 ; 3 m + 2 u
-
" 10
I
IO
p ; donc 2 + 3 m = 10 p ; 2 u = 10p
— 3 m , u = 5 pm - m , foitm =
q;
donc m = 2q ; fubftituant par tout en
retrogradant cette valeur de m , l'on aura
= SP - 39.
8 = 5p - 39-1 + 6 + 101 - 6
-
ΙΟ
u
= 6 p — 3 q — i ; donc 358+ 46 ouy
39
92 MERCURE DE FRANCE.
= 35 × 6p - 3 9-146210p
-105 q-+ u.
120- I ou x 420p
& x =1269+ 59 , & les réuniffant l'on a
—
--
336 - 37,
qui rempliffent
les
4 premiex
= 420p 3369 37
y = 210 p
2 =
105 9 + 11
+1269+ Se
res conditions.
-
Effectivement 1 ° , l'on a 140 px 3+
1129 × 3-12 x 31 Ou11 × 3 + 2
& п05p4 84 9 × 4 — 9 × 4 - 1 Oll
- 8 × 4 + 3 .
{ 2 °. L'on a 42 px S
>
- OÙ
·-21.9x5 + 2
- * 5 + 1 & 3 0 p × 7 1 5 9 × 7 + 7
+4.
3 °. 189 × 7 + 8 × 7 + 3 , & 149
9 +6 × 9 + 5 .
420p
-
4°. Enfin 420 p = 336 937 +126
a + 49
2109 +22 2
x2100-1059 +11 . C. q. f. 2 ° . d.
Par la fixieme condition on perdit le
quart du premier détachement augmenté
de neuf hommes ; par la feptieme on perdit
le feptieme des troupes du fecond détachement
diminué de quatre hommes ;
& par la huitieme on perdit le tiers des
troupes du troifieme détachement diminué
de cinq hommes. La perte du premier pofte
étoit à celle du fecond comme 140 à
JUIN. 1755.
93
61 , & la perte du premier pofte à celle du
troifieme , comme 70 à 51. L'on fera donc
pour remplir les feptieme & huitieme conditions
, cette analogie , qui va réduire les
deux indéterminées p & gà une feule ».
x +23-4420p - 3369-28.
140.61 :: ::
-
4. 7
310 p = 105 9 +7 , d'où l'on tire 61 *
7
420p 33 9 -28
4
140 x 210 p 1059+ 7,
7
-129
I
ou 61 × 7 * 4 * ISP ::
30P - 159 + 1 x 20 x 7 , ou 915p +
7329-61600p — 3009 + 20 , ou
315 p = 4329 +81 ; donc 105 p =
1449+ 27335 p = 4 8 9 + 9 ; p = q
++ 139 +2 , 139+9
fuppofant 13 m ; donc
35 35
339 + 9 = 35 m , 1 3 q = 3 5 m — 9 ,
9 = 2m
9 m -
m
13
J
faifant 99
13
= 13 u , m zu +1 +
4น
9
-
faifant = √ 4 = 9 √ ‚ u :
+ √ , faiſfant√ = ; donc √ 4 ,
& fubftituant par-tout à la place de cette
valeur en rétrogradant , l'on aura √
4u , u = 9u , m = 13 u + 1,9 = 35 n
+ 1 ; p = 48 +3 ; & mettant ces valeurs
de p & de q dans celles de x , y , z ,
l'on aura x 420 × 48. × + 3
× 352 + 2 ~ 378400 + 55 =x
----
336
}
94 MERCURE DE FRANCE.
-
7 = 210 × 45 × + 3 → 105 × 35
1 + 2 + 11 = 6405 + 431 = y
z = 126 × 35 + 1 + 59 = 4410
# + 311 = ~ ,
qui font les trois nombres qu'on a démontrés
dans le Mercure dernier devoir remplir
toutes les conditions du problême.
En fait de fciences exactes & de raiſonnement
, il eſt des fautes heureuſes , & il
eft quelquefois avantageux de tomber dans
des paralogifmes , fur-tout lorfque leur
découverte nous ouvre les fources de l'erreur
, & nous apprend à éviter les routes
fauffes dans lesquelles nous nous étions
engagés ; fouvent l'erreur fert à approfondir
des vérités qu'on n'avoit fait qu'ef
fleurer. Les obfervations qui vont fuivre
ferviront à nous en convaincre.
OBSERVATION S.
1º. Si l'on avoit cherché les valeurs de
x ,y,z en une feule indéterminée par la
huitieme condition , on auroit eu en fuivant
toujours notre méthode ,
x = 58800 S +55 1
y = 45465S + 431
L = 32130 S + 311
qui fatisfait également à tout , mais dont
le premier membre eft feptuple du premiermembre
des nombres ci-devant trouvés ,
JUIN. 17553
95
& qui rendent par conféquent la folution
moins étendue & moins élégante.
2º. On pouvoit réfoudre la huitieme
condition comme un problême particulier,
en faifant +9.25 : 70 , 51 , ce qui
4 3
auroit donné x 280 19 , & z = 153 = tb
+ s , qui ne remplit que cette feule condition
, ce qui fait voir la néceffité d'employer
à la place de x & z qui font les dénominations
qu'on a donné d'abord aux
premier & troifieme détachemens , la néceffité
, dis-je , d'employer leurs valeurs
trouvées en p & q par notre méthode.
3. Si on eût choisi un rapport des
pertes du premier & du fecond détachement
différent de celui de 140 à 61 ; par
exemple , fi on eût fait 2.2
420p - 3369-37 . 2100-105 9 + 11
4
à 4 , on auroit eu
x= 37800+ 6039
y= 88200 + 14116
2 = 13860V + 22193
4 оц
qui ne fatisfont qu'à quelques parties des
conditions du problême , par cette feule
raifon que les valeurs de x , y , z , expriprimées
en p & q , avoient acquis par les
conditions multipliées une relation , pour
ainfi dire , intrinféque , & qu'en leur en
attribuant une nouvelle on dénature les
valeurs de p & de q.
appliqué à la fcience de la guerre , annons
cé dans le Mercure de Mai 1755 , page
87 , à M. de M. Cenfeur & Profeffeur
royal; par M. G. Ecuyer , Officier de Madame
la Dauphine , & de la Société Liti
téraire de Senlis.
It our oblige. Tout
y
dela
Left jufte de remplir fes engagemens ,
méthode de folution du problême confifte à
fuppofer , felon la magie ordinaire de l'al
gébre , des quotiens fictifs qui fe terminent
finalement à un quotient exact & réel , lequel
devient , malgré fon indétermination,
la commune mefure , le lieu commun , l'expreffion
des relations mutuelles des incon →
véniens qui entrent dans la queftion.
La premiere condition du problême eft
telle : lorfqu'on rangeoit les foldats du premier
détachement fur trois de hauteur , il
y en avoit deux de refte , & lorfqu'on les
rangeoit fur quatre , il en reftoit trois.
Cette condition & les deux fuivantes
prifes dans un point de vue , pour ainfi
dire ifolé , contiennent en elles - mêmes
des problêmes parfaitement diftincts . On
verra qu'ils n'acquerront de liaifon entre
JUIN. 1755 . 89
eux que par la quatrieme condition. Soir
donc nommé x le premier détachement , a
le nombre des compres par 3 , & b celui
des comptes par 4 , l'on aura x =
3 a +
2 = 46 + 3 ; donc 3 a 4 b + 1 ;
bt
b ++ : foit fuppofe
3
=
3
donc b + 1 = 30 , b = 30
--
.1; donc
b + 3 = x = 120—4 + 3 = 120 —
- 1 ; ci pour mémoire , x = 12 c Par
la feconde condition , lorfqu'on rangeoit
les troupes du fecond détachement fur
de hauteur , il en reftoit un ; & lorsqu'on
les rangeoit fur 7 , il en reftoit 4. Soit donc
nommé y ce fecond détachement , d les
comptes par 5 , & e ceux des comptes par
7 ; donc y = 5 d + 1 = 7e + 4 ; 5 d
= 7e + 3 ; d = e + 2 +3 foit
: conçu
e
5
2º+3 =ƒf;; donc 2e +3 = 5 ƒ» 2 0
f-
= sf − 336 = 2f + 3 , concevant
f
21
ƒ——g ; doncƒ— 3 — 28 ; f= 28+3 ;
2f486 ; donce = 48+ 6 + g
= 5 g + 6; donc 7 e +4 ou y = 358 +42
2
+ 4 = 358 + 358 + 46 ; ci pour mémoire , y
=35g8 +46.
Dans la troifieme condition il eft dit ,
que lorfqu'on rangeoit les foldats du troi90
MERCURE DE FRANCE.
fieme détachement fur 7 de hauteur , il y
en avoit 3 de refte ; & lorfqu'on les rangeoit
fur 9 , il en reftoit 5. Soit nommé z
ce troifieme détachement , b les comptes
par 7 , & k ceux par 9 , l'on aura 76
+ 3 = 9k + 5 ; donc b = b = k+
2k+2
ſuppoſant
2 +1 = 1 ; donc 2k + 2 =
7
-
2
71,2 k = 71—2k = 3 1+ ²² fai-
2
2
fant = m ; donc / = 2 m + 2 , & par
conféquent k = 6m +m + 6 = 7m+ 6;
donc 9k + 5 ou 2 = 9 × 7m + 6+ 5=
63m + 59.
2 = 63m + 59
y = 35 g +46
x= 12C -- I
L'on a donc les valeurs des trois inconnues
exprimées par trois indéterminées
différentes , & qui en font trois problêmes
parfaitement diftincts ; effectivement 10.
douze comptes par trois moins l'unité, égalent
onze comptes par trois , & deux de
refte ; douze comptes par quatre moins l'unité
, font égaux à onze comptes par quatre
, plus 3 de refte.
2º. On a 7 g comptes pars plus 9 comptes
par 5 ( 45 ) & l'unité de refte , & is ,
comptes par 7 , plus 6 comptespar 7 , & 4
de refte.
JUIN. 1755.
3°. L'on a 9 m × 7 ou 63 comptes par 7,
plus 8 comptes par 7 ( 56 ) & 3 de refte ;
enfin l'on a 7 m × 9 ou 63 comptes par 9 ,
plus 6 comptes par 9 5 & 5 de refte. C.q.
f. d. 1°.
Telle eft la quatrieme condition ; les
trois détachemens étoient en proportion
arithmétique continue , ou le premier détachement
joint au troifieme étoit double
du fecond , ce qui donne
2 × 358 + 46 = 70 g + 92 = 12 G
→ 1 + 63m + 59 , d'où l'on tire 126
=70g — 63 m + 3 4 ; c = 5. g → sm
+ 2 + 10g 3 m + 10 , fuppofant
-
108 = 3m + 10
12
-
*
12
f
= u ; donc 10 g + 10
3 m = 12 u ; 10 g = 122 — 10+
น
3 mg = u ~ 1 + 3 m + 2 ; 3 m + 2 u
-
" 10
I
IO
p ; donc 2 + 3 m = 10 p ; 2 u = 10p
— 3 m , u = 5 pm - m , foitm =
q;
donc m = 2q ; fubftituant par tout en
retrogradant cette valeur de m , l'on aura
= SP - 39.
8 = 5p - 39-1 + 6 + 101 - 6
-
ΙΟ
u
= 6 p — 3 q — i ; donc 358+ 46 ouy
39
92 MERCURE DE FRANCE.
= 35 × 6p - 3 9-146210p
-105 q-+ u.
120- I ou x 420p
& x =1269+ 59 , & les réuniffant l'on a
—
--
336 - 37,
qui rempliffent
les
4 premiex
= 420p 3369 37
y = 210 p
2 =
105 9 + 11
+1269+ Se
res conditions.
-
Effectivement 1 ° , l'on a 140 px 3+
1129 × 3-12 x 31 Ou11 × 3 + 2
& п05p4 84 9 × 4 — 9 × 4 - 1 Oll
- 8 × 4 + 3 .
{ 2 °. L'on a 42 px S
>
- OÙ
·-21.9x5 + 2
- * 5 + 1 & 3 0 p × 7 1 5 9 × 7 + 7
+4.
3 °. 189 × 7 + 8 × 7 + 3 , & 149
9 +6 × 9 + 5 .
420p
-
4°. Enfin 420 p = 336 937 +126
a + 49
2109 +22 2
x2100-1059 +11 . C. q. f. 2 ° . d.
Par la fixieme condition on perdit le
quart du premier détachement augmenté
de neuf hommes ; par la feptieme on perdit
le feptieme des troupes du fecond détachement
diminué de quatre hommes ;
& par la huitieme on perdit le tiers des
troupes du troifieme détachement diminué
de cinq hommes. La perte du premier pofte
étoit à celle du fecond comme 140 à
JUIN. 1755.
93
61 , & la perte du premier pofte à celle du
troifieme , comme 70 à 51. L'on fera donc
pour remplir les feptieme & huitieme conditions
, cette analogie , qui va réduire les
deux indéterminées p & gà une feule ».
x +23-4420p - 3369-28.
140.61 :: ::
-
4. 7
310 p = 105 9 +7 , d'où l'on tire 61 *
7
420p 33 9 -28
4
140 x 210 p 1059+ 7,
7
-129
I
ou 61 × 7 * 4 * ISP ::
30P - 159 + 1 x 20 x 7 , ou 915p +
7329-61600p — 3009 + 20 , ou
315 p = 4329 +81 ; donc 105 p =
1449+ 27335 p = 4 8 9 + 9 ; p = q
++ 139 +2 , 139+9
fuppofant 13 m ; donc
35 35
339 + 9 = 35 m , 1 3 q = 3 5 m — 9 ,
9 = 2m
9 m -
m
13
J
faifant 99
13
= 13 u , m zu +1 +
4น
9
-
faifant = √ 4 = 9 √ ‚ u :
+ √ , faiſfant√ = ; donc √ 4 ,
& fubftituant par-tout à la place de cette
valeur en rétrogradant , l'on aura √
4u , u = 9u , m = 13 u + 1,9 = 35 n
+ 1 ; p = 48 +3 ; & mettant ces valeurs
de p & de q dans celles de x , y , z ,
l'on aura x 420 × 48. × + 3
× 352 + 2 ~ 378400 + 55 =x
----
336
}
94 MERCURE DE FRANCE.
-
7 = 210 × 45 × + 3 → 105 × 35
1 + 2 + 11 = 6405 + 431 = y
z = 126 × 35 + 1 + 59 = 4410
# + 311 = ~ ,
qui font les trois nombres qu'on a démontrés
dans le Mercure dernier devoir remplir
toutes les conditions du problême.
En fait de fciences exactes & de raiſonnement
, il eſt des fautes heureuſes , & il
eft quelquefois avantageux de tomber dans
des paralogifmes , fur-tout lorfque leur
découverte nous ouvre les fources de l'erreur
, & nous apprend à éviter les routes
fauffes dans lesquelles nous nous étions
engagés ; fouvent l'erreur fert à approfondir
des vérités qu'on n'avoit fait qu'ef
fleurer. Les obfervations qui vont fuivre
ferviront à nous en convaincre.
OBSERVATION S.
1º. Si l'on avoit cherché les valeurs de
x ,y,z en une feule indéterminée par la
huitieme condition , on auroit eu en fuivant
toujours notre méthode ,
x = 58800 S +55 1
y = 45465S + 431
L = 32130 S + 311
qui fatisfait également à tout , mais dont
le premier membre eft feptuple du premiermembre
des nombres ci-devant trouvés ,
JUIN. 17553
95
& qui rendent par conféquent la folution
moins étendue & moins élégante.
2º. On pouvoit réfoudre la huitieme
condition comme un problême particulier,
en faifant +9.25 : 70 , 51 , ce qui
4 3
auroit donné x 280 19 , & z = 153 = tb
+ s , qui ne remplit que cette feule condition
, ce qui fait voir la néceffité d'employer
à la place de x & z qui font les dénominations
qu'on a donné d'abord aux
premier & troifieme détachemens , la néceffité
, dis-je , d'employer leurs valeurs
trouvées en p & q par notre méthode.
3. Si on eût choisi un rapport des
pertes du premier & du fecond détachement
différent de celui de 140 à 61 ; par
exemple , fi on eût fait 2.2
420p - 3369-37 . 2100-105 9 + 11
4
à 4 , on auroit eu
x= 37800+ 6039
y= 88200 + 14116
2 = 13860V + 22193
4 оц
qui ne fatisfont qu'à quelques parties des
conditions du problême , par cette feule
raifon que les valeurs de x , y , z , expriprimées
en p & q , avoient acquis par les
conditions multipliées une relation , pour
ainfi dire , intrinféque , & qu'en leur en
attribuant une nouvelle on dénature les
valeurs de p & de q.
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Résumé : Méthode de solution du problême d'algébre appliqué à la science de la guerre, annoncé dans le Mercure de Mai 1755, page 87, à M. Censeur & Professeur royal ; par M. G. Ecuyer, Officier de Madame la Dauphine, & de la Société Littéraire de Senlis.
Le document expose une méthode de résolution d'un problème d'algèbre appliquée à la science de la guerre, présentée dans le Mercure de Mai 1755 par M. G. Ecuyer. Cette méthode utilise des quotients fictifs pour déterminer des quotients exacts et réels, servant de mesure commune pour les relations mutuelles des inconvénients dans la question. Le problème initial consiste à déterminer le nombre de soldats dans trois détachements en fonction de conditions spécifiques de rangement. Pour le premier détachement, lorsqu'on range les soldats par trois, il en reste deux, et par quatre, il en reste trois. Pour le second détachement, lorsqu'on range les soldats par cinq, il en reste un, et par sept, il en reste quatre. Pour le troisième détachement, lorsqu'on range les soldats par sept, il en reste trois, et par neuf, il en reste cinq. Les conditions sont résolues en utilisant des équations algébriques, aboutissant à des valeurs pour les trois détachements exprimées par des indéterminées différentes. La quatrième condition révèle que les détachements sont en proportion arithmétique continue, permettant de lier les trois problèmes distincts. Les pertes subies par chaque détachement sont également prises en compte, avec des rapports spécifiques entre les pertes des différents détachements. Les valeurs finales des détachements sont calculées pour satisfaire toutes les conditions du problème. Le document conclut en soulignant l'importance des erreurs heureuses et des paralogismes dans l'approfondissement des vérités scientifiques. Il présente également des observations sur les différentes méthodes de résolution et les conséquences de choisir des rapports de pertes différents.
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859
p. 208-209
ITALIE.
Début :
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port un Corsaire [...]
Mots clefs :
Naples, Livourne, Gênes, Corsaires , Tripoli, Marines de guerre, Golfe adriatique, Cap de Spartivento
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 23 Avril.
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port
un Corfaire de Tripoli , dont ils fe font emparés
dans le Golfe Adriatique . Le bâtiment ennemi
étoit monté de douze piéces de canon , & d'un
pareil nombre de pierriers. Son équipage étoit
compofé de quatre -vingt quinze hommes. Il y
en a eu vingt -fix de tués , & les quarante- neuf
autres ont été faits efclaves. Les deux chabecs
vont remettre à là voile pour donner la chaffe à
un autre Corfaire , qui croife dans les environs
de l'Ile de Cerigo.
Don Jofeph Martinez s'eft emparé d'un ſecond
Corfaire Tripolitain , de quatorze canons , de
vingt- quatre pierriers & de quatre- vingt hommes
d'équipage. On a envoyé ce bâtiment à l'lfle de
Nifita dans le Golfe de Pozzuolo , pour y faire la
quarantaine.
DE LIVOURNE , le 4 Mai.
Trois Corfaires ont enlevé la pinque des dépê
ches de Barcelone quelques jours après fon dé
part de Gênes.
DE GENES , le 6 Mai.
On apprend par une barque françoife , qui eft
venue de Tunis en quarante-deux jours de navigation
, que les Corfaires de cette Régence ont
quatre bâtimens en mer. Une polaque de pavillon
Impérial a été viſitée près du Cap de Spartivento ,
JUIN. 17558 200
par une galiotte de Tripoli , & le même jour
après-midi elle a rencontré trois galeres de la
Religion de Malthe fur la côte de Syracufe. Les
chaloupes d'un bâtiment Corfaire ayant enlevé
le 24 du mois dernier une barque de la riviere du
Ponent , il eft forti du port de Monaco quelques
felouques , qui ont repris cette barque. Cinq
hommes de fon équipage font reftés malheureuſes
ment au pouvoir des Barbarefques.
DE NAPLES , le 23 Avril.
Deux chabecs du Roi ont amené dans ce port
un Corfaire de Tripoli , dont ils fe font emparés
dans le Golfe Adriatique . Le bâtiment ennemi
étoit monté de douze piéces de canon , & d'un
pareil nombre de pierriers. Son équipage étoit
compofé de quatre -vingt quinze hommes. Il y
en a eu vingt -fix de tués , & les quarante- neuf
autres ont été faits efclaves. Les deux chabecs
vont remettre à là voile pour donner la chaffe à
un autre Corfaire , qui croife dans les environs
de l'Ile de Cerigo.
Don Jofeph Martinez s'eft emparé d'un ſecond
Corfaire Tripolitain , de quatorze canons , de
vingt- quatre pierriers & de quatre- vingt hommes
d'équipage. On a envoyé ce bâtiment à l'lfle de
Nifita dans le Golfe de Pozzuolo , pour y faire la
quarantaine.
DE LIVOURNE , le 4 Mai.
Trois Corfaires ont enlevé la pinque des dépê
ches de Barcelone quelques jours après fon dé
part de Gênes.
DE GENES , le 6 Mai.
On apprend par une barque françoife , qui eft
venue de Tunis en quarante-deux jours de navigation
, que les Corfaires de cette Régence ont
quatre bâtimens en mer. Une polaque de pavillon
Impérial a été viſitée près du Cap de Spartivento ,
JUIN. 17558 200
par une galiotte de Tripoli , & le même jour
après-midi elle a rencontré trois galeres de la
Religion de Malthe fur la côte de Syracufe. Les
chaloupes d'un bâtiment Corfaire ayant enlevé
le 24 du mois dernier une barque de la riviere du
Ponent , il eft forti du port de Monaco quelques
felouques , qui ont repris cette barque. Cinq
hommes de fon équipage font reftés malheureuſes
ment au pouvoir des Barbarefques.
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Résumé : ITALIE.
Le 23 avril, deux navires royaux ont capturé un corsaire tripolitain dans le golfe Adriatique, équipé de douze canons et douze pierriers, avec un équipage de quatre-vingt-quinze hommes. Vingt-six hommes ont été tués et quarante-neuf capturés comme esclaves. Les navires royaux se préparent à poursuivre un autre corsaire près de l'île de Cerigo. Parallèlement, Don Joseph Martinez a capturé un second corsaire tripolitain, armé de quatorze canons, vingt-quatre pierriers et quatre-vingts hommes d'équipage, envoyé à l'île de Nisida pour quarantaine. Le 4 mai, trois corsaires ont enlevé une pinque des dépêches de Barcelone après son départ de Gênes. Le 6 mai, une barque française de Tunis a signalé que les corsaires de la Régence de Tunis avaient quatre bâtiments en mer. Une polaque impériale a été visitée près du Cap de Spartivento par une galiotte de Tripoli et a rencontré trois galères de l'ordre de Malte près de Syracuse. Le 24 du mois précédent, des chaloupes d'un corsaire avaient enlevé une barque sur la rivière du Pô. Des felouques du port de Monaco ont repris cette barque, mais cinq hommes de son équipage sont restés aux mains des Barbaresques.
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860
p. 209-210
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
L'Amiral Holborne fit voile de Portsmouth le 10 de ce mois avec [...]
Mots clefs :
Londres, Amiral, Compagnie des Indes orientales, Vaisseaux, Ports
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 15 Mai.
L'Amiral Holborne fit voile de Portſmouth le
10 de ce mois avec fix vaiffeaux de guerre. Il eſt
allé à Plymouth en prendre quatre autres , & il
doit enfuite fe remettre en mer pour aller joindre
l'efcadre de l'Amiral Boscawen. Le 8 , on enleva
de force fur la Tamife près de mille Matelots .
On en a enlevé auffi ces jours derniers un grand
nombre dans tous les ports le long de la côte
particulierement à Portfmouth , à Cowes &
Southampton. La Compagnie des Indes orientales
attend fept vaiffeaux de la Chine , un de Sainte-
Heleine , cinq de la Baye , & trois de Bombay.
Elle en a reçu trois de Bengale richement chargés
, par lefquels on a été informé que l'Eſcadre
partie l'année derniere fous les ordres de l'Amiral
Watson , étoit arrivé à Madras.
On a publié en Irlande une proclamation contre
les perfonnes qui s'enrôlent au ſervice des
Puiffances étrangeres.
Le vaiffeau le Montford , appartenant à la Compagnie
des Indes orientales , eft arrivé de Bengale ,
richement chargé. Il a fait en neuf ſemaines &
110 MERCURE DÈ FRANCE.
deux jours le trajet depuis Sainte-Heleine , où il
laiffé huit autres vaiffeaux qui fe difpofoient à
remettre bientôt à la voile pour le fuivre en Europe.
Selon les nouvelles apportées par ce bâtiment
, M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery,
avoit conclu le 11 Octobre une trève de trois
mois avec le Gouverneur de Madras. Les mêmes
avis ajoutent qu'il y a eu dans le mois de Décembre
un violent ouragan à Bengale. Dans cette
tempête , onze Navires Hollandois ont été forcés
à terre , & il en a péri deux. Quelques bâtimens
Anglois ont été auffi très- conſidérablement endommagés
.
DE LONDRES , le 15 Mai.
L'Amiral Holborne fit voile de Portſmouth le
10 de ce mois avec fix vaiffeaux de guerre. Il eſt
allé à Plymouth en prendre quatre autres , & il
doit enfuite fe remettre en mer pour aller joindre
l'efcadre de l'Amiral Boscawen. Le 8 , on enleva
de force fur la Tamife près de mille Matelots .
On en a enlevé auffi ces jours derniers un grand
nombre dans tous les ports le long de la côte
particulierement à Portfmouth , à Cowes &
Southampton. La Compagnie des Indes orientales
attend fept vaiffeaux de la Chine , un de Sainte-
Heleine , cinq de la Baye , & trois de Bombay.
Elle en a reçu trois de Bengale richement chargés
, par lefquels on a été informé que l'Eſcadre
partie l'année derniere fous les ordres de l'Amiral
Watson , étoit arrivé à Madras.
On a publié en Irlande une proclamation contre
les perfonnes qui s'enrôlent au ſervice des
Puiffances étrangeres.
Le vaiffeau le Montford , appartenant à la Compagnie
des Indes orientales , eft arrivé de Bengale ,
richement chargé. Il a fait en neuf ſemaines &
110 MERCURE DÈ FRANCE.
deux jours le trajet depuis Sainte-Heleine , où il
laiffé huit autres vaiffeaux qui fe difpofoient à
remettre bientôt à la voile pour le fuivre en Europe.
Selon les nouvelles apportées par ce bâtiment
, M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery,
avoit conclu le 11 Octobre une trève de trois
mois avec le Gouverneur de Madras. Les mêmes
avis ajoutent qu'il y a eu dans le mois de Décembre
un violent ouragan à Bengale. Dans cette
tempête , onze Navires Hollandois ont été forcés
à terre , & il en a péri deux. Quelques bâtimens
Anglois ont été auffi très- conſidérablement endommagés
.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 10 mai, l'Amiral Holborne a quitté Portsmouth avec six vaisseaux de guerre, en ajoutant quatre à Plymouth, pour rejoindre l'escadre de l'Amiral Boscawen. Le 8 mai, près de mille matelots ont été enrôlés de force sur la Tamise et dans divers ports côtiers comme Portsmouth, Cowes et Southampton. La Compagnie des Indes orientales attend plusieurs vaisseaux de la Chine, de Sainte-Hélène, de la Baie et de Bombay, et a déjà reçu trois vaisseaux de Bengale chargés de marchandises. Ces vaisseaux ont rapporté que l'escadre de l'Amiral Watson est arrivée à Madras. En Irlande, une proclamation a été publiée contre les enrôlements au service de puissances étrangères. Le vaisseau Montford, de la Compagnie des Indes orientales, est arrivé de Bengale après neuf semaines et deux jours de trajet depuis Sainte-Hélène. Huit autres vaisseaux se préparaient à le suivre en Europe. Selon le Montford, M. Godeheu, Gouverneur de Pondichéry, a conclu une trève de trois mois avec le Gouverneur de Madras le 11 octobre. En décembre, un ouragan a endommagé onze navires hollandais et deux navires anglais au Bengale.
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861
p. 204-206
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Tous les Officiers des vaisseaux de guerre qui sont à Chatham [...]
Mots clefs :
Londres, Vaisseaux de guerre, Compagnie des Indes orientales, Garnisons, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE- BRETAGNE
DE LONDRES , le 12 Juin.
Tous les Officiers des vaiffeaux de guerre qui
font à Chatham & dans la riviere de Medway
ont ordre de fe rendre fur leurs bords . Il eft arrivé
à Portsmouth quatre vaiffeaux de la Compagnie
des Indes Orientales , par lefquels on a appris
qu'il y avoit cu un grand incendie à Canton , &
JUILLET. 1755. 205
que cet accident avoit caufé aux Anglois une perte
confidérable. On a reçu avis par quelques navires
revenus de Smirne , que l'Ile de Metelin avoit
beaucoup fouffert d'un tremblement de terre ; que
plus de deux mille fept cens maifons avoient été
renverfées, & que plufieurs Infulaires avoient péri
fous les ruines de leurs habitations . Le bruit fè répand
que les Saletins ont déclaré la guerre à la
Grande-Bretagne , & qu'ils ont enlevé deux bâtimens
Anglois.
1
Une fregate arrivée le 30 du mois dernier à
Cork en Irlande , a rapporté que le 18 elle avoit
rencontré l'efcadre de l'Amiral Boscawen. Deux
vaiffeaux de guerre partiront dans peu pour la
nouvelle Ecoffe. Le 6 , un bâtiment chargé de
munitions & de plufieurs foldats de recrues , fit
voile pour cette colonie. Les équipages des vaiffeaux
que les Commiffaires de l'Amirauté ons ordonné
d'armer à Spithead , font prefque complets.
On les exerce régulierement à la manoeuvre. Toutes
les nouvelles troupes de marine fe rendent
fucceffivement à Portsmouth & à Plymouth. Les
navires be Prince Edouard & le Grantham , appartenans
à la Compagnie des Indes Orientales ,
font entrés ces jours- ci dans la Tamile. Le premier
vient de Bombay ; le fecond de Bencolen.
La Compagnie attend plufieurs autres bâtimens.
On a appris par le vaiffeau l'Ilchefter, venant de la
Chine , que le 29 du mois d'Octobre dernier il y
avoit eu à Wampoa un grand incendie , dans lequel
quatre magafins , dont deux appartenoient
aux Anglois , & les deux autres aux Suédois , avoient
été réduits en cendres . Selon les nouvelles d'Amérique
, la colonie de Philadelphie ayant fourni
un fubfide de quinze mille livres ſterlings , on a
diftribué les deux tiers de cette fomme dans les au
206 MERCURE DE FRANCE.
tres colonies Angloifes, pour fubvenir à une partie
des dépenfes qu'exige la levée des troupes.
On parle de former un camp dans Hyde Parc.
Le bruit court qu'on en formera auffi un de quatre
mille huit cens hommes en Irlande.
Avant-hier , fur une lettre anonyme qu'on trouva
dans la rue du Marché au foin , & qui portoit
qu'il y avoit des armes & de la poudre cachées
dans la maifon de l'Opera , les Directeurs de ce
fpectacle furent conduits en prifon . Bientôt on a
reconnu que cette accufation étoit une calomnie
inventée par quelqu'un de leurs ennemis. Moyennant
l'acte que le Parlement , dans fa derniere
Seffion , a donné en faveur des débiteurs infolvables
, plus de douze cens perfonnes en cette ſeule
ville , recouvreront leur liberté. Le nombre de
celles qui , dans le refte de la Grande- Bretagne ,
profiteront de cet acte , monte au moins à cinq
mille.
DE LONDRES , le 12 Juin.
Tous les Officiers des vaiffeaux de guerre qui
font à Chatham & dans la riviere de Medway
ont ordre de fe rendre fur leurs bords . Il eft arrivé
à Portsmouth quatre vaiffeaux de la Compagnie
des Indes Orientales , par lefquels on a appris
qu'il y avoit cu un grand incendie à Canton , &
JUILLET. 1755. 205
que cet accident avoit caufé aux Anglois une perte
confidérable. On a reçu avis par quelques navires
revenus de Smirne , que l'Ile de Metelin avoit
beaucoup fouffert d'un tremblement de terre ; que
plus de deux mille fept cens maifons avoient été
renverfées, & que plufieurs Infulaires avoient péri
fous les ruines de leurs habitations . Le bruit fè répand
que les Saletins ont déclaré la guerre à la
Grande-Bretagne , & qu'ils ont enlevé deux bâtimens
Anglois.
1
Une fregate arrivée le 30 du mois dernier à
Cork en Irlande , a rapporté que le 18 elle avoit
rencontré l'efcadre de l'Amiral Boscawen. Deux
vaiffeaux de guerre partiront dans peu pour la
nouvelle Ecoffe. Le 6 , un bâtiment chargé de
munitions & de plufieurs foldats de recrues , fit
voile pour cette colonie. Les équipages des vaiffeaux
que les Commiffaires de l'Amirauté ons ordonné
d'armer à Spithead , font prefque complets.
On les exerce régulierement à la manoeuvre. Toutes
les nouvelles troupes de marine fe rendent
fucceffivement à Portsmouth & à Plymouth. Les
navires be Prince Edouard & le Grantham , appartenans
à la Compagnie des Indes Orientales ,
font entrés ces jours- ci dans la Tamile. Le premier
vient de Bombay ; le fecond de Bencolen.
La Compagnie attend plufieurs autres bâtimens.
On a appris par le vaiffeau l'Ilchefter, venant de la
Chine , que le 29 du mois d'Octobre dernier il y
avoit eu à Wampoa un grand incendie , dans lequel
quatre magafins , dont deux appartenoient
aux Anglois , & les deux autres aux Suédois , avoient
été réduits en cendres . Selon les nouvelles d'Amérique
, la colonie de Philadelphie ayant fourni
un fubfide de quinze mille livres ſterlings , on a
diftribué les deux tiers de cette fomme dans les au
206 MERCURE DE FRANCE.
tres colonies Angloifes, pour fubvenir à une partie
des dépenfes qu'exige la levée des troupes.
On parle de former un camp dans Hyde Parc.
Le bruit court qu'on en formera auffi un de quatre
mille huit cens hommes en Irlande.
Avant-hier , fur une lettre anonyme qu'on trouva
dans la rue du Marché au foin , & qui portoit
qu'il y avoit des armes & de la poudre cachées
dans la maifon de l'Opera , les Directeurs de ce
fpectacle furent conduits en prifon . Bientôt on a
reconnu que cette accufation étoit une calomnie
inventée par quelqu'un de leurs ennemis. Moyennant
l'acte que le Parlement , dans fa derniere
Seffion , a donné en faveur des débiteurs infolvables
, plus de douze cens perfonnes en cette ſeule
ville , recouvreront leur liberté. Le nombre de
celles qui , dans le refte de la Grande- Bretagne ,
profiteront de cet acte , monte au moins à cinq
mille.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En juin et juillet 1755, plusieurs événements marquants ont eu lieu en Grande-Bretagne et dans ses colonies. À Chatham et dans la rivière de Medway, les officiers des vaisseaux de guerre ont reçu l'ordre de se rendre à bord. À Portsmouth, quatre vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales ont rapporté un incendie à Canton, causant des pertes considérables. Des navires revenus de Smirne ont signalé un tremblement de terre à l'île de Metelin, détruisant plus de 2 700 maisons et causant plusieurs morts. Des rumeurs évoquent une déclaration de guerre des Saletins à la Grande-Bretagne, avec l'enlèvement de deux bâtiments anglais. Une frégate a rencontré l'escadre de l'Amiral Boscawen au large de Cork en Irlande. Deux vaisseaux de guerre doivent partir pour la Nouvelle-Écosse, et un bâtiment chargé de munitions et de soldats a pris la mer pour cette colonie. Les équipages des vaisseaux armés à Spithead sont en exercice régulier, et les nouvelles troupes de marine se rendent à Portsmouth et Plymouth. Les navires Prince Edouard et Grantham, appartenant à la Compagnie des Indes Orientales, sont entrés dans la Tamise, venant respectivement de Bombay et de Bencolen. Un incendie à Wampoa a détruit quatre magasins, dont deux appartenant à des Anglais et deux à des Suédois. En Amérique, la colonie de Philadelphie a fourni un subside de quinze mille livres sterlings, dont deux tiers ont été distribués aux autres colonies anglaises pour la levée des troupes. Des rumeurs parlent de la formation de camps à Hyde Park et en Irlande. À Londres, des directeurs de l'Opéra ont été arrêtés à la suite d'une lettre anonyme, mais l'accusation s'est révélée être une calomnie. Grâce à un acte du Parlement, plus de 1 200 personnes à Londres et environ 5 000 dans le reste de la Grande-Bretagne recouvreront leur liberté.
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862
p. 208-214
« Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Début :
Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...]
Mots clefs :
Roi, Lieutenant, Mousquetaires, Marquis, Garde du corps, Dauphin, Capitaine
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texteReconnaissance textuelle : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
LE Roi fit le 6 juin , au Champ de Mars dans -le
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
parc de Marly , la revue des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , de celles des Gendarmes &
des Chevaux- Legers de la Garde de Sa Majesté ,
des deux Compagnies des Moufquetaires , & de
celle des Grenadiers à Cheval . Sa Majefté paffa
dans les rangs , & les vit défiler . La Reine , Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , Madame & Mefdames
de France affifterent à cette revue. Madame
la Dauphine qui avance heureufement dans
fa groffeffe , ne s'eft point trouvée indifpofée de
cette promenade .
Nous joignons ici l'état de la revue du Roi ,
pour les deux Compagnies de fes Moufquetaires ,
tel qu'il nous a été envoyé.
JUILLET. 1755. 209
PREMIERE COMPAGNIE.
LE ROI, Capitaine
M. DE JUMILHAC , Capitaine -Lieutenant.
M. DE PERUSSY , premier Sous- Lieutenant.
M. DE CARVOISIN , fecond Sous-Lieutenant.
M. DE LA CHEZE , premier Enfeigne.
M. DE CUCÉ , fecond Enſeigne.
M. DE LA VAUPAILLERE , premier Cornette.
M. DE MONTILLET , fecond Cornette .
Maréchaux des Logis.
M. de Banne , premier Aide-major.
M. de Brunville.
M. de Chavigny.
M. de Bulftrode , fecond Aide- major.
M. du Rouret.
M. Huet.
M. de Nacquart.
M. de Beauclair.
M. de la Brulerie.
M. Dorvilliers.
M. La Foreft,
M. Roberic, Sous Aides- majors:
· Moufquetaires préfens
Surnuméraires , abfens ou malades
Total de la Compagnie
286
88
· • · 374
SECONDE COMPAGNIE.
LE ROI , Capitaine.
M. LE COMTE LE LA RIVIERE , Capitaine-Lieute
nant
210 MERCURE DE FRANCE.
M. DE MONTBOISSIER , premier Sous - Lieutenant.
M. DE CHABANNES , fecond Sous- Lieutenant .
M. DE BISSY , premier Enſeigne.
M. DE VILLEGAGNON , fecond Enfeigne.
M. DE LA GRANGE , premier Cornette.
M. LE CHEVALIER DE VATAN , fecond Cornette,
Maréchaux des Logis.
M. de Savoify.
M. de Pidoux , abfent malade.
M. de Kerravel .
M. de Ja Gohiere , abfent malade.
M. de Garriffon ; premier Aide- major.
M. de Montfort , abfent malade.
M. de Neufont.
M. de Vervan , abfent malade.
M. Dufou.
M. Ancelet , fecond Aide- major.
:
195
S
Moufquetaires en pied préfens ..
Moufquetaires en pied abfens malades ,
Moufquetaires furnuméraires préfens , 143
Total 343 1
On apprend par les lettres de Moulins, du 6 Juin ,
que la nuit du 2 au 3 le feu y a pris au château,
dans l'appartement occupé par le Marquis des
Gouttes , Capitaine des vaiffeaux du Roi. Les fecours
n'ont pû être auffi promts que l'exigeoit la
circonftance ; & le corps du château a été prefque
totalement réduit en cendres . On ne fçait pas
encore à quoi peut monter la perte caufée par cet
incendie. Il y a eu deux hommes tués , & plufieurs
bleffés , par l'écroulement des charpentes.
Le 6, au départ du courier , le feu étoit encore
JUILLET . 1755. 251
dans les bas
appartemens , mais il n'y avoit aucun
danger pour le refte du château. Si le vent qui
fouffloit avec violence dans le commencement
de
l'embrasement , eût continué , une partie de la
ville eût couru un très - grand rifque. M. de
Lherbouché , un des Aumôniers de la Gendarmerie
, dont l'Etat -Major eft en quartier à Moulins ,
a rendu en cette occafion des fervices importans.
Touché des cris de la Marquife des Gouttes , qui
demandoit qu'on fauvât fes enfans , il fe rendit
courageufement
avec un feul domestique
à leur
appartement qui étoit déja tout en feu ; & il les
retira du milieu des flammes. Il s'eft porté avec la
même intrépidité dans tous les lieux les plus périlleux
, ou fa préfence pouvoit être de quelque
utilité.
Le 7 , le Roi revint de Trianon où il étoit allé
le s .
Le Comte de Sartirane , Ambaſſadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le 8 une audience particuliere
du Roi , à laquelle il fut conduit par le
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
La Marquife de la Ferté fut préſentée le même
jour à leurs Majeftés & à la Famille royale
par la Comteffe de Marfan , Gouvernante des Enfans
de France. Le même jour , la Marquife de
Lhopital préſenta la Marquife de Merinville.
Le Roi partit le 9 pour Crecy od Sa Majesté
demeura jufqu'au 14 ; elle y retourna le 16 , & en
revint le 21 .
Sa Majefté a accordé les honneurs de Grands-
Croix de l'Ordre royal & militaire de S. Louis
au Comte de la Riviere , Capitaine- Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires ; an
Baron de Zurlauben , Coloneldu Régiment des
212 MERCURE DE FRANCE.
Gardes-Suiffes ; & au Vicomte du Suzy , Major
des Gardes du Corps.
M. de Buffy , premier Commis des Affaires
étrangeres , a été nommé par le Roi , pour fe
rendre à Hanovre en qualité de Miniftre de Sa
Majefté auprès du Roi de la Grande-Bretagne.
M. L'Abbé , Comte de Bernis , Ambaſſadeur du
Roi auprès de la République de Veniſe , eſt arrivé
depuis quelques jours ; & il a eu l'honneur
de rendre fes refpects à Sa Majesté.
Dom Jean-François de Brezillac , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , a préſenté au
Roi le fecond volume de l'hiftoire des Gaules &
des conquêtes des Gaulois.
L'Affemblée générale du Clergé a accordé par
une délibération unanime le fecours de feize millions
, demandé de la part du Roi par les Commiffaires
de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé au fieur de Senozan , fils
du Président de Senozan , & petit - fils de M. de
Lamoignon , Chancelier de France , l'agrément de
la charge d'Avocat général au Grand Confeil ,
qu'avoit M. Seguier, Avocat général au Parlement.
Monfeigneur le Dauphin vint le 16 de ce mois
fur les fix heures du foir , fe promener à cheval
dans le Cours .
Madame la Dauphine fut faignée le 21 par
précaution.
Le 24 , le Baron Wan Eyck , Envoyé extraor
dinaire de l'Electeur de Baviere , eut fa premiere
audience publique du Roi.
Le Marquis du Châtelet Lomont , Lieutenant
général des armées du Roi , a obtenu le Gouver
nement de Toul qui vaquoit par la mort du Comte
de Caſteja.
Sa Majefté a nommé Commandeur de l'Ordre
JUILLET. 1755. 213
royal & militaire de S. Louis le Marquis de Balin-
Court , Lieutenant général de ſes armées , & Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroi.
Le Roi a difpofé du Régiment d'Infanterie allemande
, vacant par la mort du Maréchal-Comte
de Lowendalh, en faveur du Comte de Lowendalhfon
fils , Capitaine dans le même Régiment.
En même-tems Sa Majesté a déclaré qu'elle
augmentoit de quatorze mille livres la penfion
de deux mille écus , dont jouiffoit déja la Marée
chale de Lowendalh .
+
La Brigade des Gardes du Corps , que le feu
Marquis de Varneville commandoit dans la Compagnie
de Villeroi , a été donnée au fieur de la
Ferriere , Maréchal de camp , Exempt dans cette
Compagnie , & Aide-major des Gardes du Corps.
M. de Cherifey fuccede à M. de la Ferrière
dans la place d'Aide- major.
Le marquis de Calvieres , Lieutenant - général
des armées du Roi , Commandeur de l'Ordre de S.
Louis , & Lieutenant des Gardes du Corps , ayant
demandé la permiffion de fe demettre de fa Brigade
; Sa Majefté en a difpofé en faveur du Chevalier
de Scepeaux , Mestre de camp de Cavalerie.
Le Roi a accordé au Marquis de Calvieres ,
outre la retraite ordinaire , l'expectative d'une
place de Grand-Croix dans l'Ordre de S. Louis.
Les vaiffeaux le Duc de Bourgogne & le Duc
d'Orléans , appartenans à la Compagnie des Indes
, font arrivés , l'un le 8 , l'autre le 21 , au port
de l'Orient. M. Dupleix , ci -devant Gouverneur
général des établiffemens de la Compagnie dans
Plade , eft de retour par le dernier de ces deux
vaiffeaux.
Le nommé Songeux , Maître Maçon , eft mort
214 MERCURE DE FRANCE.
à Fontainebleau , âgé de cent cinq ans.
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante- dix-fept livres
dix fols ; les billets de la feconde lotterie royale ,
à fept cens cinquante-deux. Les billets de la pres
miere lotterie étoient à huit cinquante-deux.
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Résumé : « Le Roi fit le 6 juin, au Champ de Mars dans le [...] »
Le 6 juin, le Roi passa en revue les Compagnies des Gardes du Corps, des Gendarmes, des Chevaux-Légers, des Mousquetaires et des Grenadiers à Cheval au Champ de Mars dans le parc de Marly. La Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Bourgogne et d'autres membres de la famille royale assistèrent à cette revue. La Dauphine, enceinte, ne fut pas incommodée par cette promenade. La revue des Mousquetaires détailla les officiers et le nombre de Mousquetaires présents, absents ou malades. La première Compagnie comptait 374 membres, tandis que la seconde en comptait 343. Dans la nuit du 2 au 3 juin, un incendie détruisit une partie du château de Moulins, causant la mort de deux hommes et blessant plusieurs personnes. M. de Lherbouché, aumônier de la Gendarmerie, sauva les enfants du Marquis des Gouttes, capitaine des vaisseaux du Roi. Le Roi effectua plusieurs déplacements, se rendant à Trianon et à Crecy. Il accorda des honneurs et des nominations, notamment les honneurs de Grands-Croix de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis à plusieurs officiers. M. de Buffy fut nommé ministre auprès du Roi de Grande-Bretagne. L'Abbé Comte de Bernis, ambassadeur auprès de la République de Venise, rendit visite au Roi. L'Assemblée générale du Clergé accorda un secours de seize millions au Roi. Plusieurs présentations et audiences eurent lieu, notamment celle du Comte de Sartirane, ambassadeur du Roi de Sardaigne, et des Marquises de la Ferté et de Merinville. Le Roi nomma également divers officiers à des postes importants et augmenta la pension de la Maréchale de Lowendahl.
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863
p. 229-234
ARRESTS NOTABLES.
Début :
Ordonnance du Roi, pour régler la distribution des Congés d'ancienneté, [...]
Mots clefs :
Congé, Service militaire, Ordonnance, Compagnie, Soldats, Cavalier dragon, Artillerie, Lieutenant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
Rrêt de la Chambre des Comptes , da 22 Février
1755 , qui ordonne que toutes les rentes
créées par le Roi fur les Aydes & Gabelles ;
fur les Tailles , fur les Poftes , ou fous telle autre
dénomination que ce foit , conferveront leur nature
d'immeubles .
Ordonnance du Roi , pour régler la diftribution
des Congés d'ancienneté , du premier Mai 1755 .
De par le Roi. Sa Majeſté voulant régler le nombre
des Cavaliers , Dragons & Soldats de fes troupes
, aufquels il devra être délivré des congés
d'ancienneté pendant l'hiver prochain , Elle a ordonné
& ordonne ce qui fuit :
ART. I. Il ſera délivré deux congés abfolus dans
chaque compagnie de fufiliers , de grenadiers &
d'ouvriers , & dans celles de cavalerie & de dragons
à cheval , & trois congés dans chaque compagnie
du régiment royal- artillerie , de mineurs'
& de dragons à pied , le tout autant qu'il fe trou
vera dans lefdites compagnies un pareil nombre
de cavaliers , dragons & foldats , dont les engagemens
feront expirés.
II. Ces congés feront délivrés le premier du
mois de Septembre prochain , dans les régimens
qui ne font point du nombre de ceux qui ont
reçu des ordres pour camper , & dans ces derniers
, à la féparation des camps où ils auront
fervi.
7
III. On renvoyera par préférence les cavaliers ,"
dragons & foldats de chaque compagnie , dont
230 MERCURE DE FRANCE.
les engagemens feront expirés les premiers ; &
s'il s'en trouve plufieurs dans une même compagnie
qui ayent fini le tems de leur fervice de la
même date , ils tireront au fort.
IV. Lorsqu'un cavalier , dragon ou foldat qui
devra avoir fon congé d'ancienneté , préférera de
renouveller fon engagement dans la même compagnie
, celui qui le fuivra ne pourra demander
d'être congédié à ſa place.
V. Celui qui étant redevable à ſon capitaine
de quelques avances , ne fera pas en état de le
rembourfer à l'échéance de fon congé , fera
obligé de continuer à fervir dans la même compagnie
, jufqu'à ce que s'étant acquitté , il puiffe
reprendre fon rang dans la diftribution des congés
; & cependant le congé qu'il auroit dû avoir
s'il n'eût pas été redevable , fera donné au plus
ancien de ceux qui feront en droit de l'obtenir
après lui.
VI. Le Capitaine payera de fon côté à ceux
qui feront congédiés , ce qu'il pourra leur devoir ;
& il aura l'option de leur laiffer leur habit , ou de
leur donner à chacun quinze livres , en les renvoyant
avec la vefte & le chapeau.
VII. Sa Majefté ayant fixé le prix des engagemens
à la fomme de trente livres , fon intention
eft qu'aucun cavalier , dragon ou foldat ne puiſſe
obtenir fon congé abfolu qu'après avoir reſtitué
àfon Capitaine ce qu'il auroit reçû d'engagement
au-delà de cette fomme , & il en fera ufé à l'égard
de ceux qui ne pourront y fatisfaire , comme il
eft porté à l'article V. Entend néanmoins Sa Majefté
que le Capitaine ne pourra rien répéter de
ce qu'il aura donné au- delà de trente livres , a
ceux qui auront fervi pendant trois années de
guerre de plus que leur premier engagement , o
(
JUILLET. 1755. 230
qui auront rempli confécutivement deux engagemens
de fix ans dans la même compagnie.
VIII. Ceux qui ont été admis aux places de
fergent , caporal , anfpeffade & grenadier dans
l'infanterie & les dragons à pied , & à celles de
brigadier dans la cavalerie & les dragons à cheval ,
ou qui le feront par la fuite , ferviront pendant trois.
années dans lefdites places au-delà du tems porté
par leurs engagemens précédens , lefquelles trois
années feront comptées pour ceux qui auront
paffé fucceffivement à plufieurs haute-payes , du
jour qu'ils auront reçû la derniere defdites hautepayes.
Si cependant dans le nombre de ceux qui
feront propres à remplir lesdites places , il s'en
trouve qui confentent de renouveller leur engagement
pour fix années , elles leur feront données
par préférence ; & les mêmes conditions s'oblerveront
à l'égard des foldats -apprentifs du régiment
Royal- artillerie , & des compagnies de mineurs &
d'ouvriers qui feront paffés ou pafferont à l'avenir
aux places de fergent & aux haute-payes de fappeurs
, bombardiers , canoniers , mineurs , ouvriers
, fous-maître ou maître- ouvriers .
IX. Quoique fuivant le réglement du 3 Janvier
1710 aucun fergent , brigadier , cavalier , dragon
ou foldat , ne puiffe être reçû à l'Hôtel royal
des Invalides , qu'il n'ait au moins vingt ans de
fervice actuel & confécutif , ou qu'il n'ait été
eftropié au fervice de Sa Majefté fon intention
eft cependant que ceux aufquels , après avoir renouvelle
deux fois des engagemens de fix ans
dans la même compagnie , il furviendra pendant
le cours de leur troifieme engagement , des infirmités
qui les mettent hors d'état de continuer
leur fervice , foient reçus audit Hôtel .
X. L'intention de Sa Majesté étant que les Ca
232 MERCURE DE FRANCE.
valiers , Dragons & Soldats fervent pendant cont
le temps pour lequel ils s'engagent , elle veut
qu'aucun d'eux ne puiffe prétendre fon congé abfolu
, qu'après avoir porté les armes & fait réellement
le fervice dans la compagnie pendant fix années
entieres ; & que ceux qui fe feront abſentés
par des congés limités , pour leurs affaires particulieres
, foient obligés de fervir à leur troupe un
temps égal à celui de leur abfence , par- delà le
terme de leur engagement. Quant à ceux qui fe
feront abfentés pour aller travailler à des recrues
ils feront réputés avoir fervi pendant tout le temps
de leur congés , où il fera fait mention pour cet
effet , des motifs pour lefquels ils auront été accordés
; & il fera tenu par le Major de chaque
´régiment , `un état exact de ces congés , duquel il
délivrera une copie au Commiffaire des guerres
qui en aura la police , pour y avoir recours en
cas de befoin.
XI . Tiendront de même lefdits Majors , un
état des engagemens limités de chaque compagnie
, dans lequel ils feront mention des fommes
qu'ils vérifieront avoir été données ou promifes
pour lefdits engagemens , afin que le Commiffaire
des guerres , auquel ils feront tenus de le communiquer
, puiffe en envoyer un extrait au mois
d'Octobre prochain , au Secrétaire d'Etat ayant
le département de la guerre , lequel extrait contiendra
le fignalement des cavaliers , dragons &
foldats qui auront été congédiés , & de ceux qui
en renouvellant leur engagement , ou en paffant
aux haute-payes , auront préféré la continuation
de leur fervice à leur congé abfolu , pour du tout
être rendu compte à Sa Majefté , laquelle veut
que la préfente Ordonnance foit exécutée , nonobftant
ce qui pourroit être contraire aux prét
JUILLET. 1755. 233
cédentes , aufquelles elle a dérogé & déroge pour
ce regard feulement.
Ordonnance du Roi fur l'exercice de l'Infanterie
, du 6 Mai 1755. A Paris , de
l'Imprimerie royale.
Voici les titres contenus dans cette Ordonnance
.
Des obligations des Officiers , & de la maniere
dont ils doivent porter les armes & en faluer.
De l'école du foldat ,
De la formation & affemblée des Bataillons ,
Du maniment des armes ,
De la marche ,
Des manoeuvres des armes
De la marche ,
>
Des manoeuvres par rang & par files ,
Des évolutions pour rompre & réformer les
Bataillons ,
De la colonne ,
De l'exercice du feu ,
Des batteries de tambours , & des fignaux relatifs
aux évolutions ,
Des revúes.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 4 Mai
1755 , qui proroge pour cinq années l'attribution
donnée aux Intendans pour connoître des contef
tations nées & à naître fur l'exécution des réglemens
des 27 Janvier 1739 & 18 Septembre 1741,
fur la fabrication du papier.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 6 Mai 1755 ,
concernant les indemnités accordées aux Procugeurs
du Roi de différens fiéges , pour papier &
234 MERCURE DE FRANCE.
parchemin tymbrès , dont le fonds n'a pas été ordonné
par l'Arrêt du 7 Juin 1740 , & autres reddus
poftérieurement.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 20 Mai 1755 ,
portant réglement pour les droits & épices dûs
aux bureaux des finances par ceux qui ont à s'y
faire inftaller & recevoir , ou à y prêter ferment,
ainsi que pour les vérification & attache des provifions
d'offices , l'enregistrement des contrats
d'aliénation du Domaine de Sa Majefté , & autres
droits énoncés audit arrêt.
Ordonnance du Bureau des Finances de la Généralité
de Paris , du 6 Juin 1755 , qui ordonne
que les échoppes pofées au-devant & le long de
la grille qui ferme l'enceinte où eft fituée la figure
équeftre de Henri IV fur le Pont - neuf , feront
fupprimées , ainfi que celles fur & au bas des marches
des trottoirs : Fait défenfes d'en pofer à l'avenir
, & à toutes perfonnes de percevoir aucuns
droits pour la poſition deſdits échoppes.
Rrêt de la Chambre des Comptes , da 22 Février
1755 , qui ordonne que toutes les rentes
créées par le Roi fur les Aydes & Gabelles ;
fur les Tailles , fur les Poftes , ou fous telle autre
dénomination que ce foit , conferveront leur nature
d'immeubles .
Ordonnance du Roi , pour régler la diftribution
des Congés d'ancienneté , du premier Mai 1755 .
De par le Roi. Sa Majeſté voulant régler le nombre
des Cavaliers , Dragons & Soldats de fes troupes
, aufquels il devra être délivré des congés
d'ancienneté pendant l'hiver prochain , Elle a ordonné
& ordonne ce qui fuit :
ART. I. Il ſera délivré deux congés abfolus dans
chaque compagnie de fufiliers , de grenadiers &
d'ouvriers , & dans celles de cavalerie & de dragons
à cheval , & trois congés dans chaque compagnie
du régiment royal- artillerie , de mineurs'
& de dragons à pied , le tout autant qu'il fe trou
vera dans lefdites compagnies un pareil nombre
de cavaliers , dragons & foldats , dont les engagemens
feront expirés.
II. Ces congés feront délivrés le premier du
mois de Septembre prochain , dans les régimens
qui ne font point du nombre de ceux qui ont
reçu des ordres pour camper , & dans ces derniers
, à la féparation des camps où ils auront
fervi.
7
III. On renvoyera par préférence les cavaliers ,"
dragons & foldats de chaque compagnie , dont
230 MERCURE DE FRANCE.
les engagemens feront expirés les premiers ; &
s'il s'en trouve plufieurs dans une même compagnie
qui ayent fini le tems de leur fervice de la
même date , ils tireront au fort.
IV. Lorsqu'un cavalier , dragon ou foldat qui
devra avoir fon congé d'ancienneté , préférera de
renouveller fon engagement dans la même compagnie
, celui qui le fuivra ne pourra demander
d'être congédié à ſa place.
V. Celui qui étant redevable à ſon capitaine
de quelques avances , ne fera pas en état de le
rembourfer à l'échéance de fon congé , fera
obligé de continuer à fervir dans la même compagnie
, jufqu'à ce que s'étant acquitté , il puiffe
reprendre fon rang dans la diftribution des congés
; & cependant le congé qu'il auroit dû avoir
s'il n'eût pas été redevable , fera donné au plus
ancien de ceux qui feront en droit de l'obtenir
après lui.
VI. Le Capitaine payera de fon côté à ceux
qui feront congédiés , ce qu'il pourra leur devoir ;
& il aura l'option de leur laiffer leur habit , ou de
leur donner à chacun quinze livres , en les renvoyant
avec la vefte & le chapeau.
VII. Sa Majefté ayant fixé le prix des engagemens
à la fomme de trente livres , fon intention
eft qu'aucun cavalier , dragon ou foldat ne puiſſe
obtenir fon congé abfolu qu'après avoir reſtitué
àfon Capitaine ce qu'il auroit reçû d'engagement
au-delà de cette fomme , & il en fera ufé à l'égard
de ceux qui ne pourront y fatisfaire , comme il
eft porté à l'article V. Entend néanmoins Sa Majefté
que le Capitaine ne pourra rien répéter de
ce qu'il aura donné au- delà de trente livres , a
ceux qui auront fervi pendant trois années de
guerre de plus que leur premier engagement , o
(
JUILLET. 1755. 230
qui auront rempli confécutivement deux engagemens
de fix ans dans la même compagnie.
VIII. Ceux qui ont été admis aux places de
fergent , caporal , anfpeffade & grenadier dans
l'infanterie & les dragons à pied , & à celles de
brigadier dans la cavalerie & les dragons à cheval ,
ou qui le feront par la fuite , ferviront pendant trois.
années dans lefdites places au-delà du tems porté
par leurs engagemens précédens , lefquelles trois
années feront comptées pour ceux qui auront
paffé fucceffivement à plufieurs haute-payes , du
jour qu'ils auront reçû la derniere defdites hautepayes.
Si cependant dans le nombre de ceux qui
feront propres à remplir lesdites places , il s'en
trouve qui confentent de renouveller leur engagement
pour fix années , elles leur feront données
par préférence ; & les mêmes conditions s'oblerveront
à l'égard des foldats -apprentifs du régiment
Royal- artillerie , & des compagnies de mineurs &
d'ouvriers qui feront paffés ou pafferont à l'avenir
aux places de fergent & aux haute-payes de fappeurs
, bombardiers , canoniers , mineurs , ouvriers
, fous-maître ou maître- ouvriers .
IX. Quoique fuivant le réglement du 3 Janvier
1710 aucun fergent , brigadier , cavalier , dragon
ou foldat , ne puiffe être reçû à l'Hôtel royal
des Invalides , qu'il n'ait au moins vingt ans de
fervice actuel & confécutif , ou qu'il n'ait été
eftropié au fervice de Sa Majefté fon intention
eft cependant que ceux aufquels , après avoir renouvelle
deux fois des engagemens de fix ans
dans la même compagnie , il furviendra pendant
le cours de leur troifieme engagement , des infirmités
qui les mettent hors d'état de continuer
leur fervice , foient reçus audit Hôtel .
X. L'intention de Sa Majesté étant que les Ca
232 MERCURE DE FRANCE.
valiers , Dragons & Soldats fervent pendant cont
le temps pour lequel ils s'engagent , elle veut
qu'aucun d'eux ne puiffe prétendre fon congé abfolu
, qu'après avoir porté les armes & fait réellement
le fervice dans la compagnie pendant fix années
entieres ; & que ceux qui fe feront abſentés
par des congés limités , pour leurs affaires particulieres
, foient obligés de fervir à leur troupe un
temps égal à celui de leur abfence , par- delà le
terme de leur engagement. Quant à ceux qui fe
feront abfentés pour aller travailler à des recrues
ils feront réputés avoir fervi pendant tout le temps
de leur congés , où il fera fait mention pour cet
effet , des motifs pour lefquels ils auront été accordés
; & il fera tenu par le Major de chaque
´régiment , `un état exact de ces congés , duquel il
délivrera une copie au Commiffaire des guerres
qui en aura la police , pour y avoir recours en
cas de befoin.
XI . Tiendront de même lefdits Majors , un
état des engagemens limités de chaque compagnie
, dans lequel ils feront mention des fommes
qu'ils vérifieront avoir été données ou promifes
pour lefdits engagemens , afin que le Commiffaire
des guerres , auquel ils feront tenus de le communiquer
, puiffe en envoyer un extrait au mois
d'Octobre prochain , au Secrétaire d'Etat ayant
le département de la guerre , lequel extrait contiendra
le fignalement des cavaliers , dragons &
foldats qui auront été congédiés , & de ceux qui
en renouvellant leur engagement , ou en paffant
aux haute-payes , auront préféré la continuation
de leur fervice à leur congé abfolu , pour du tout
être rendu compte à Sa Majefté , laquelle veut
que la préfente Ordonnance foit exécutée , nonobftant
ce qui pourroit être contraire aux prét
JUILLET. 1755. 233
cédentes , aufquelles elle a dérogé & déroge pour
ce regard feulement.
Ordonnance du Roi fur l'exercice de l'Infanterie
, du 6 Mai 1755. A Paris , de
l'Imprimerie royale.
Voici les titres contenus dans cette Ordonnance
.
Des obligations des Officiers , & de la maniere
dont ils doivent porter les armes & en faluer.
De l'école du foldat ,
De la formation & affemblée des Bataillons ,
Du maniment des armes ,
De la marche ,
Des manoeuvres des armes
De la marche ,
>
Des manoeuvres par rang & par files ,
Des évolutions pour rompre & réformer les
Bataillons ,
De la colonne ,
De l'exercice du feu ,
Des batteries de tambours , & des fignaux relatifs
aux évolutions ,
Des revúes.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 4 Mai
1755 , qui proroge pour cinq années l'attribution
donnée aux Intendans pour connoître des contef
tations nées & à naître fur l'exécution des réglemens
des 27 Janvier 1739 & 18 Septembre 1741,
fur la fabrication du papier.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi, du 6 Mai 1755 ,
concernant les indemnités accordées aux Procugeurs
du Roi de différens fiéges , pour papier &
234 MERCURE DE FRANCE.
parchemin tymbrès , dont le fonds n'a pas été ordonné
par l'Arrêt du 7 Juin 1740 , & autres reddus
poftérieurement.
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du 20 Mai 1755 ,
portant réglement pour les droits & épices dûs
aux bureaux des finances par ceux qui ont à s'y
faire inftaller & recevoir , ou à y prêter ferment,
ainsi que pour les vérification & attache des provifions
d'offices , l'enregistrement des contrats
d'aliénation du Domaine de Sa Majefté , & autres
droits énoncés audit arrêt.
Ordonnance du Bureau des Finances de la Généralité
de Paris , du 6 Juin 1755 , qui ordonne
que les échoppes pofées au-devant & le long de
la grille qui ferme l'enceinte où eft fituée la figure
équeftre de Henri IV fur le Pont - neuf , feront
fupprimées , ainfi que celles fur & au bas des marches
des trottoirs : Fait défenfes d'en pofer à l'avenir
, & à toutes perfonnes de percevoir aucuns
droits pour la poſition deſdits échoppes.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En février 1755, un arrêt de la Chambre des Comptes stipule que toutes les rentes créées par le Roi, qu'elles concernent les Aydes, Gabelles, Tailles, Postes ou autres dénominations, conserveront leur nature d'immeubles. En mai 1755, une ordonnance royale régule la distribution des congés d'ancienneté pour les militaires. Elle précise que deux congés absolus seront délivrés dans chaque compagnie de fusiliers, grenadiers et ouvriers, ainsi que dans celles de cavalerie et de dragons à cheval, et trois congés dans les compagnies du régiment royal-artillerie, de mineurs et de dragons à pied. Ces congés seront attribués en priorité aux soldats dont les engagements sont expirés, et en cas d'égalité, un tirage au sort décidera. Les soldats ayant des avances à rembourser devront continuer à servir jusqu'à remboursement. Les capitaines devront payer les soldats congédiés et peuvent choisir de leur laisser leur habit ou leur donner quinze livres. Les soldats ne peuvent obtenir un congé absolu sans restituer les sommes perçues au-delà de trente livres pour leur engagement, sauf s'ils ont servi trois années de guerre supplémentaires ou ont effectué deux engagements consécutifs de six ans. Les sergents, caporaux et autres grades similaires doivent servir trois années supplémentaires après leurs engagements précédents. Les soldats infirmes après trois engagements peuvent être admis à l'Hôtel des Invalides. Les soldats doivent servir pendant six années complètes pour obtenir un congé absolu et les absences pour affaires personnelles doivent être compensées par un service supplémentaire. Les majors doivent tenir des états des congés et des engagements limités. L'ordonnance sur l'exercice de l'infanterie, datée du 6 mai 1755, couvre divers aspects du service militaire, y compris les obligations des officiers et les manœuvres des bataillons. Plusieurs arrêts du Conseil d'État du Roi concernent la fabrication du papier, les indemnités pour les procureurs du Roi, et les droits et épices dus aux bureaux des finances. Une ordonnance du Bureau des Finances de la Généralité de Paris, datée du 6 juin 1755, supprime les échoppes situées autour de la statue équestre de Henri IV sur le Pont-Neuf et interdit leur installation future.
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864
p. 121-124
« PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
Début :
PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...]
Mots clefs :
Ennemi, Force, Tactique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN
F
122 MERCURE DE FRANCE .
TACTIQUE , ou la phalange coupée & doublée
& foutenue par le mêlange des armes.
On la propofe comme fiftême général ,
on prouve fa fupériorité , comparant toujours
à la méthode aujourd'hui d'ufage ,
celle- ci qui n'eſt à la bien définir , que le
fiftême du chevalier de Folard plus étendu ,
& mieux développé. On y a joint les idées
des plus grands maîtres , particulierement
du maréchal de Saxe. L'auteur à ce sujet ,
a pris pour épigraphe.
Craint- on de s'égarer fur les traces d'Hercule.
Racine.
Ce livre dont nous avons annoncé l'édition
prochaine dans le Mercure de Mai , fe
vend actuellement à Paris , chez Boudet ,
chez Jombert , & chez la veuve Gandouin.
La préface de l'auteur eft un modele
pour la précifion . Comme elle ne contient
que cinq lignes , nous allons ici la tranfcrire
fans en rien retrancher.
« Cet ouvrage rare dans fon efpece eft
très-mauvais ou très- bon . Fort inutile ou
» de la plus grande importance.Pour fçavoir
» lequel des deux , il faut lelire ; pour ne
pas s'y méprendre, le lire fans prévention ;
» & comme c'eft un tout , le lire tout entier.
Cette raifon nous oblige à renvoyer le
lecteur au livre même , & nous difpenfe
d'en donner un extrait en forme. Nous
"
A O UST. 1755. 12.3
bornons à un précis très- court qui offrira
en racourci tous les avantages de la colonne
fur le bataillon . Nous l'avons tiré
du dernier chapitre de l'ouvrage. Voici
les termes de l'auteur , dans lefquels nous
nous renfermons. On pourra juger par eux
de fon ftyle. S'il n'eft pas toujours correct
& précis , il eft du moins vif , rapide &
plein d'une franchife militaire qui convient
au genre . Selon le Maréchal de Puyfegur
dit-il , toutes les parties qui peuvent contribuer
à la victoire , fe réduifent 1 ° , à profiter
de la fituation des lieux . 2º , A avoir
plus de troupes que fon ennemi , ou du
moins à en faire combattre davantage.
3 °, A infpirer plus de courage aux troupes.
4° , A employer plus d'art à combattre.
Quand toutes ces parties fe trouvent réunies
, dit le favant auteur , on peut être
affuré de la victoire . Elles fe trouvent raffemblées
dans mon fyftême. C'est par conféquent
fur la parole du maréchal , que je
lui promets autant de victoires que de
combats .
La raifon & l'expérience prouvent que
la profondeur fait la force de l'infanterie.
Rien n'eft donc fi fort que la pléfion ou la
colonne : rien n'eft fi foible que le bataillon
. Il ne pourra jamais la renverfer ou la
repouffer , ni même tenir un inftant contre
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
la violence de fon choc. La petiteffe de fon
front augmente cette force de beaucoup.
Car le bonheur naît de l'union & du bon
ordre. Un petit front est toujours plus uni &
mieux en ordre. De- là vient encore la légéreté.
Sans le flottement & la crainte du défordre
, une troupe iroit auffi vite qu'un
homme feul. La pléfion qui ne fe dérange
point , peut courir en bataille. Cette grande
légereté accroît encore confidérablement
fa force. C'eft la vîreffe jointe à la
maffe :elle previent d'ailleurs les mouvemens
de l'ennemi , épargne les hommes ,
ne tenant la troupe expofée à la moufqueterie
qu'un inftant , encourage le foldar ,
impofe au parti contraire. Auffi cette vivacité
a-t elle fouvent tenu lieu de l'ordre.
On a vu des bataillons charger en courant,
par conféquent , arriver à l'ennemi tout
en défordre , & cependant le renverfer ;
d'où l'on peut prévoir quel fera l'effet d'une
charge unie & ferrée , faite avec la même
violence.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
TACTIQUE , ou la phalange coupée & doublée
& foutenue par le mêlange des armes.
On la propofe comme fiftême général ,
on prouve fa fupériorité , comparant toujours
à la méthode aujourd'hui d'ufage ,
celle- ci qui n'eſt à la bien définir , que le
fiftême du chevalier de Folard plus étendu ,
& mieux développé. On y a joint les idées
des plus grands maîtres , particulierement
du maréchal de Saxe. L'auteur à ce sujet ,
a pris pour épigraphe.
Craint- on de s'égarer fur les traces d'Hercule.
Racine.
Ce livre dont nous avons annoncé l'édition
prochaine dans le Mercure de Mai , fe
vend actuellement à Paris , chez Boudet ,
chez Jombert , & chez la veuve Gandouin.
La préface de l'auteur eft un modele
pour la précifion . Comme elle ne contient
que cinq lignes , nous allons ici la tranfcrire
fans en rien retrancher.
« Cet ouvrage rare dans fon efpece eft
très-mauvais ou très- bon . Fort inutile ou
» de la plus grande importance.Pour fçavoir
» lequel des deux , il faut lelire ; pour ne
pas s'y méprendre, le lire fans prévention ;
» & comme c'eft un tout , le lire tout entier.
Cette raifon nous oblige à renvoyer le
lecteur au livre même , & nous difpenfe
d'en donner un extrait en forme. Nous
"
A O UST. 1755. 12.3
bornons à un précis très- court qui offrira
en racourci tous les avantages de la colonne
fur le bataillon . Nous l'avons tiré
du dernier chapitre de l'ouvrage. Voici
les termes de l'auteur , dans lefquels nous
nous renfermons. On pourra juger par eux
de fon ftyle. S'il n'eft pas toujours correct
& précis , il eft du moins vif , rapide &
plein d'une franchife militaire qui convient
au genre . Selon le Maréchal de Puyfegur
dit-il , toutes les parties qui peuvent contribuer
à la victoire , fe réduifent 1 ° , à profiter
de la fituation des lieux . 2º , A avoir
plus de troupes que fon ennemi , ou du
moins à en faire combattre davantage.
3 °, A infpirer plus de courage aux troupes.
4° , A employer plus d'art à combattre.
Quand toutes ces parties fe trouvent réunies
, dit le favant auteur , on peut être
affuré de la victoire . Elles fe trouvent raffemblées
dans mon fyftême. C'est par conféquent
fur la parole du maréchal , que je
lui promets autant de victoires que de
combats .
La raifon & l'expérience prouvent que
la profondeur fait la force de l'infanterie.
Rien n'eft donc fi fort que la pléfion ou la
colonne : rien n'eft fi foible que le bataillon
. Il ne pourra jamais la renverfer ou la
repouffer , ni même tenir un inftant contre
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
la violence de fon choc. La petiteffe de fon
front augmente cette force de beaucoup.
Car le bonheur naît de l'union & du bon
ordre. Un petit front est toujours plus uni &
mieux en ordre. De- là vient encore la légéreté.
Sans le flottement & la crainte du défordre
, une troupe iroit auffi vite qu'un
homme feul. La pléfion qui ne fe dérange
point , peut courir en bataille. Cette grande
légereté accroît encore confidérablement
fa force. C'eft la vîreffe jointe à la
maffe :elle previent d'ailleurs les mouvemens
de l'ennemi , épargne les hommes ,
ne tenant la troupe expofée à la moufqueterie
qu'un inftant , encourage le foldar ,
impofe au parti contraire. Auffi cette vivacité
a-t elle fouvent tenu lieu de l'ordre.
On a vu des bataillons charger en courant,
par conféquent , arriver à l'ennemi tout
en défordre , & cependant le renverfer ;
d'où l'on peut prévoir quel fera l'effet d'une
charge unie & ferrée , faite avec la même
violence.
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Résumé : « PROJET D'UN ORDRE FRANÇOIS EN TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée [...] »
Le texte décrit un projet d'ordre français intitulé 'TACTIQUE, ou la phalange coupée & doublée & soutenue par le mélange des armes'. Cet ouvrage propose un système tactique général, amélioré par rapport à la méthode du chevalier de Folard et enrichi des idées de grands maîtres comme le maréchal de Saxe. L'auteur utilise l'épigraphe 'Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule' de Racine. Le livre est disponible à Paris chez Boudet, Jombert et la veuve Gandouin. La préface de l'auteur, très concise, indique que l'ouvrage est soit très mauvais, soit très bon, et invite à le lire sans prévention pour en juger. Le texte se conclut par un exposé des avantages de la colonne sur le bataillon, soulignant que la profondeur et la légèreté de la colonne renforcent sa force et sa rapidité. Ces caractéristiques permettent de prévenir les mouvements de l'ennemi et d'encourager les soldats.
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865
p. 248-250
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Les vaisseaux l'Essex, le Triton, l'Onslow, la Princesse Auguste & le Norfolk, [...]
Mots clefs :
Londres, Compagnie des Indes orientales, Trêve, Traité, Amiral, Gouverneur, Ducs, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE- BRETAGNE.
DE LONDRES , le 10 Juillet
Les vaiffeaux l'Effex , le Triton , l'Onflow , la
Princeffe Augufte & le Norfolk , appartenans à la
Compagnie des Indes orientales , font arrivés dans
la Tamife. Les quatre premiers de ces bâtimens
reviennent de la Chine. Le Norfolk vient de Madraff
. M. Saunderfon , Gouverneur de Madraff ,
eft revenu à bord de ce dernier vaiffeau , & a ing
C
A O UST. 1755: 249
formé les Directeurs de la Compagnie , qu'une
feconde treve de trois mois avoit été conclue entre
les François & les Anglois dans l'Inde. Il a en
même tems apporté un projet d'accommodement
que M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery ,
concerté avec lui.
Selon ce traité , les troupes de ladite Compa
gnie , ni celles de la comapgnie Angloife , ne ſe
mêleront point de différends qui pourront furvenir
entre les naturels du pays. Suppofé que ces
derniers forment quelque entreprife contre les
établiſſemens de l'une ou l'autre compagnie , les
troupes refpectives fe joindront pour défendre
Pétabliffement attaqué. On fe fournira de part
& d'autre les provifions dont on aura befoin ; &
au défaut d'argent comptant, on prendra des marchandifes
en échange.
L'Amirauté mit encore le 25 en commiffion
dix vaiffeaux de guerre. Douze de ceux qui font
armés à Portsmouth , n'attendent que les derniers
ordres pour mettre à la voile .
Le camp que l'on s'étoit propofé de former en
Irlande , n'aura pas lieu cette année .
Le Duc de Cumberland , accompagné du Lord
Anfon , du Lord Duncannon , de l'Amiral Towns.
hend , & de M. Cléveland , Secrétaire de l'Amirauté
, partit le premier pour aller faire à Spithéad
la revue de la flotte . Le 2 , le Duc de Mire
poix , Ambaffadeur de France , ayant reçu
da Paris
un courier extraordinaire , fe rendit aufli - tôt
chez le Chevalier Robinfon , Secrétaire d'Etat
avec qui il eut une longue conférence .
On n'a point encore de nouvelles de l'arrivée
de l'Efcadre de l'Amiral Bofcawen fur la côte de
l'Amérique feptentrionale. On apprend de Gibraltar
que les Saletins ont rendu le navire An-
TheV
250 MERCURE DE FRANCE.
glois , dont un de leurs Corfaires s'étoit emparé
dernierement la hauteur d'Arzila . A l'arrivée
de ce bâtiment , le Gouverneur de Gibraltar a
donné ordre de remettre en liberté plufieurs
Maures qu'il avoit fait arrêter.
On travaille avec diligence à préparer pour la
mer quinze bâtimens , que le Gouvernement a
frétés depuis peu. Le vaiffeau le Stafford , appartenant
à la Compagnie des Indes orientales , eft
de retour de la Chine . Les navires qui ont été
employés cette année à la pêche de la baleine ,
rentrent fucceffivement dans leurs ports refpectifs.
Les Officiers des troupes fur l'établiſſement
de la Grande- Bretagne ont ordre de ne pas s'abfenter
de leurs corps.
DE LONDRES , le 10 Juillet
Les vaiffeaux l'Effex , le Triton , l'Onflow , la
Princeffe Augufte & le Norfolk , appartenans à la
Compagnie des Indes orientales , font arrivés dans
la Tamife. Les quatre premiers de ces bâtimens
reviennent de la Chine. Le Norfolk vient de Madraff
. M. Saunderfon , Gouverneur de Madraff ,
eft revenu à bord de ce dernier vaiffeau , & a ing
C
A O UST. 1755: 249
formé les Directeurs de la Compagnie , qu'une
feconde treve de trois mois avoit été conclue entre
les François & les Anglois dans l'Inde. Il a en
même tems apporté un projet d'accommodement
que M. Godeheu , Gouverneur de Pondichery ,
concerté avec lui.
Selon ce traité , les troupes de ladite Compa
gnie , ni celles de la comapgnie Angloife , ne ſe
mêleront point de différends qui pourront furvenir
entre les naturels du pays. Suppofé que ces
derniers forment quelque entreprife contre les
établiſſemens de l'une ou l'autre compagnie , les
troupes refpectives fe joindront pour défendre
Pétabliffement attaqué. On fe fournira de part
& d'autre les provifions dont on aura befoin ; &
au défaut d'argent comptant, on prendra des marchandifes
en échange.
L'Amirauté mit encore le 25 en commiffion
dix vaiffeaux de guerre. Douze de ceux qui font
armés à Portsmouth , n'attendent que les derniers
ordres pour mettre à la voile .
Le camp que l'on s'étoit propofé de former en
Irlande , n'aura pas lieu cette année .
Le Duc de Cumberland , accompagné du Lord
Anfon , du Lord Duncannon , de l'Amiral Towns.
hend , & de M. Cléveland , Secrétaire de l'Amirauté
, partit le premier pour aller faire à Spithéad
la revue de la flotte . Le 2 , le Duc de Mire
poix , Ambaffadeur de France , ayant reçu
da Paris
un courier extraordinaire , fe rendit aufli - tôt
chez le Chevalier Robinfon , Secrétaire d'Etat
avec qui il eut une longue conférence .
On n'a point encore de nouvelles de l'arrivée
de l'Efcadre de l'Amiral Bofcawen fur la côte de
l'Amérique feptentrionale. On apprend de Gibraltar
que les Saletins ont rendu le navire An-
TheV
250 MERCURE DE FRANCE.
glois , dont un de leurs Corfaires s'étoit emparé
dernierement la hauteur d'Arzila . A l'arrivée
de ce bâtiment , le Gouverneur de Gibraltar a
donné ordre de remettre en liberté plufieurs
Maures qu'il avoit fait arrêter.
On travaille avec diligence à préparer pour la
mer quinze bâtimens , que le Gouvernement a
frétés depuis peu. Le vaiffeau le Stafford , appartenant
à la Compagnie des Indes orientales , eft
de retour de la Chine . Les navires qui ont été
employés cette année à la pêche de la baleine ,
rentrent fucceffivement dans leurs ports refpectifs.
Les Officiers des troupes fur l'établiſſement
de la Grande- Bretagne ont ordre de ne pas s'abfenter
de leurs corps.
Fermer
Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 10 juillet, plusieurs vaisseaux de la Compagnie des Indes orientales sont arrivés à Londres, dont l'Effex, le Triton, l'Onflow, le Princeffe Augufte et le Norfolk. Le Norfolk provenait de Madras et transportait M. Saunderfon, Gouverneur de Madras, qui a informé les Directeurs de la Compagnie d'une seconde trêve de trois mois entre les Français et les Anglais en Inde. Il a également apporté un projet d'accord élaboré par M. Godeheu, Gouverneur de Pondichéry, stipulant que les troupes des deux compagnies ne s'immisceront pas dans les différends locaux mais se joindront pour défendre les établissements attaqués. Les provisions nécessaires seront fournies et des marchandises pourront être échangées en l'absence d'argent comptant. L'Amirauté a mis en commission dix vaisseaux de guerre supplémentaires et douze autres à Portsmouth attendent les ordres pour partir. Le Duc de Cumberland a inspecté la flotte à Spithead. Le Duc de Mirepoix, Ambassadeur de France, a eu une longue conférence avec le Chevalier Robinfon, Secrétaire d'État, après avoir reçu un courrier extraordinaire de Paris. Les Saletins ont rendu un navire anglais capturé près d'Arzila. Le Gouverneur de Gibraltar a ordonné la libération de plusieurs Maures arrêtés. Quinze bâtiments frétés par le Gouvernement sont en cours de préparation. Le vaisseau Stafford de la Compagnie des Indes orientales est de retour de Chine. Les navires de pêche à la baleine rentrent progressivement dans leurs ports respectifs. Les officiers des troupes britanniques ont reçu l'ordre de ne pas s'absenter de leurs corps.
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866
p. 68-72
BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Début :
Cette Compagnie se rendit à Brunoy, & après avoir mis pied à terre, elle / C'est en vain qu'aujourd'hui la gémissante Aurore [...]
Mots clefs :
Colonel, Armes, Lieutenant, Coeur, Chevaliers de l'Arquebuse
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texteReconnaissance textuelle : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
BOUQUET
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
Préfenté par les Chevaliers de l'Arquebufe
de Brie -Comte - Robert , à M. Paris de
Monmartel , leur Colonel depuis long- tems ,
la veille de la S. Jean 1755 .
Cett
Ette Compagnie fe rendit à Brunoy ,
& après avoir mis pied à terre , elle
alla au nombre de trente fous les armes &
en uniforme au Château. M. de Monmartel
vint au- devant d'elle tenant M. fon fils
par la main. On portoit à la tête fur un
SEPTEMBRE. 1755. 69
brancard , un bouquet en forme de furtout
de deffert , compofé de fleurs de fucre en
paftilles. Aux quatre extrêmités s'élevoient
quatre palmiers formant un cabinet , entrelaffés
de panneaux à la mofaïque. Sous
ce cabinet on voyoit les trois déeffes &
Pâris donnant la pomme à Venus entourée
d'amours voltigeans ; & au-deffus un Mercure
en attitude de la Renommée. Aux
pieds de chaque palmier étoit un génie en
habit uniforme de l'arquebufe avec des
trophées d'armes , chaque génie portoit
une emblême .
Le premier.
C'est en vain qu'aujourd'hui la gémiſſante Aurore
A fait voir les tréfors de la brillante Flore ,
L'attrait éblouiffant d'un éclat paffager
N'offriroit de nos coeurs qu'un tableau trop léger ,
Fleurs , dont l'induftrieux & folide affemblage ,
Du deftructeur de tout redoute moins l'outrage ,
Vous allez devenir aux yeux judicieux
Le fimbole parfait de nos finceres voeux .
Dites au pere , au fils , à l'époufe chérie ,
Que le dernier de nous leur donneroit fa vie
Pour prolonger leurs jours , & les rendre immor
tels ,
Et que tous les defirs de notre Compagnie
Sont d'avoir , en dépit du tems & de l'envie ,
Afa tête des MONMARTELS
70 MERCURE DE FRANCE
Le fecond. Les armes de M. de Monmart
Une pomme d'or. Ces armes font fur
drapeaux de la Compagnie .
La reine de Paphos l'obtint par fa beauté ,
Et toi par tes vertus & par ta probité.
Elle fait notre gloire & nos cheres délices ,
Et brille à tous nos exercices .
Le troisieme. Les armes de la Compagnie.
Par notre attachement , & par tous tes bienfaits ,
Nous goutons des plaifirs vifs & pleins d'inno
cence.
Et pour mieux confacrer la grandeur de fes faits ,
Nous uniffons l'amour à la reconnoiffance.
Le quatrieme. Colonel M. de Monmartel.
Que ce nom nous eft doux ! qu'il nous eft précieux!
Il embellit chez nous la plus petite fête ,
Il nous fait difputer l'honneur de la conquête
Bien plus que le prix de nos jeux.
M. Greban , Capitaine en chef , fit trèsélégamment
un fort beau compliment à
M. de Monmartel , dans lequel il lui demanda
de vouloir bien accorder aux voeux
de la Compagnie , M. fon fils pour Lieutenant-
Colonel . Il fut reçu & inſtallé ſur
le champ , & prêta ferment entre les mains
de M. le Colonel. Un enfant de onze ans ,
fils de M. Dauvergne le jeune , Capitaine. <
SEPTEMBRE. 1755 . 70
Guidon , admis depuis quelque tems dans
la Compagnie , & qui n'avoit pas encore
prêté ferment , le prêta entre les mains de
M. de Monmartel fils , Lieutenant - Colonel
, & lui débita le compliment en vers
libres , qui fuit.
Pour fe ranger , Monfieur , fous votre obéïflance ,
Les liens du ferment paroiffent fuperflus ,
Il ne faut qu'un coeur tout au plus ;
Voici quelle eft ma conféquence.
Quand à la fois on peut unir
Et fon devoir & fon plaifir ,
On goûte une douceur extrême ,
Or dês qu'on vous voit , on vous aime ,
Ainfi l'on doit donc fe tenir
Trop heureux de vous obéir.
Eh ! qui de vous aimer oferoit fe deffendre ?
L'amour en vous formant vous donna ſa beauté ,
un coeur bon , délicat & tendre ,
Ses graces & fa majeſté .
La vertu , qui toujours a guidé votre pere ,
Et qui vous eft héréditaire ,
Dans fon difficile chemin ,
Vous conduit déja par la main ,
Et vous tiendrez de votre mere
La valeur de tous fes ayeux ,
On le voit fur vos traits , on le lit dans vos yeur,
72 MERCURE DE FRANCE.
Pour moi, Monfieur , quel avantage
D'être à l'ombre de vos drapeaux.
Non , la foibleffe de mon âge ,
N'arrêtera pas mon courage
Pour furpaffer tous mes rivaux.
Je vais done confacrer tous les jours de ma vie
Au folide bonheur de vous être attaché ,
Et mon coeur en eft fi touché
Qu'il ne fent que par- là , le ferment qui me lie:
M. le Colonel fit fervir des rafraichiffemens
de toutes efpeces à la Compagnie
elle fut invitée d'affifter à la proceſſion du
feu de la S. Jean , & eut l'honneur d'y
être commandée par M. le Lieutenant-
Colonel. M. de Monmartel a eu la bonté
de marquer beaucoup de fatisfaction , &
un grand nombre de perfonnes de confidération
qui étoient chez lui , & beaucoup
d'autres des campagnes voifines que cette
fère avoit attiré à Brunoy, en ont paru fort
contentes.
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Résumé : BOUQUET Présenté par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert, à M. Paris de Monmartel, leur Colonel depuis long-tems, la veille de la S. Jean 1755.
Le texte relate une cérémonie organisée par les Chevaliers de l'Arquebuse de Brie-Comte-Robert en l'honneur de M. Paris de Monmartel, leur colonel, la veille de la Saint-Jean 1755. Trente membres de la compagnie, en armes et en uniforme, se rendirent au château de Brunoy où M. de Monmartel les accueillit avec son fils. Ils portaient un bouquet artistique représentant des fleurs de sucre, des palmiers, des déesses et des génies en uniforme. Chaque génie tenait un emblème symbolisant les vœux de la compagnie. Les emblèmes portaient des poèmes louant les vertus de M. de Monmartel et exprimant la dévotion de la compagnie. Le premier emblème soulignait le dévouement des membres, prêts à sacrifier leur vie pour prolonger celle de M. de Monmartel et de sa famille. Le deuxième emblème comparait les armes de M. de Monmartel à la pomme d'or de la beauté, obtenue par ses vertus. Le troisième emblème parlait de l'attachement et des plaisirs innocents tirés des bienfaits de M. de Monmartel. Le quatrième emblème exaltait le nom de M. de Monmartel, source de fierté et d'honneur. M. Greban, capitaine en chef, fit un compliment élégant à M. de Monmartel, demandant que son fils soit nommé lieutenant-colonel. Le fils de M. Dauvergne, un enfant de onze ans, prêta serment entre les mains de M. de Monmartel fils, en déclarant son dévouement en vers libres. La compagnie fut ensuite invitée à participer à la procession du feu de la Saint-Jean, commandée par le nouveau lieutenant-colonel. M. de Monmartel exprima sa satisfaction, et de nombreuses personnes présentes furent contentes de la cérémonie.
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867
p. 135-156
Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Début :
A peine la guerre fut-elle déclarée, que les Algériens commencerent à croiser [...]
Mots clefs :
Algériens, Hollandais, Guerre, Paix, Traité de paix, Barbares, Amiral, Escadre, Guerres, Vaisseaux, Vaisseaux de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Suite de l'Hiftoire abrégée des guerres des
Algériens avec les Hollandois , traduite.
de l'Allemand , par M. Radix de Sainte
Foy. 1755.
A
Peine la guerre fut- elle déclarée, que
les Algériens commencerent à croifer
fur les Hollandois , à les attaquer &
à les piller. Leur puiffance augmenta fi
fort en quelques années , que dès 1669
ils étoient déja en état , felon le témoignage
de l'Amiral Ruiter même , d'envoyer
en courfe trente- deux à trente - quatre
vaiffeaux bien armés , & bien munis
d'hommes , dont il y en avoit dix huit qui
étoient des vaiffeaux de guerre , de trente
à quarante piéces de canon , outre plufieurs
galeres cela donna tant d'inquié
tude aux Hollandois , qu'ils manderent au
fieur Beuningen leur Ambaffadeur en Angleterre
, de chercher quelques moyens
1
136 MERCURE DE FRANCE.
avec le Miniſtere de cette Cour pour réduire
ces Corfaires. Cet Ambaffadeur
écrivit à l'Amiral Ruiter , & le pria dans
fa lettre de lui mander fon fentiment fur
quelques points aufquels celui- ci réponpar
la lettre fuivante. dit
» Les vaiffeaux corfaires ont plus de
» monde , & font mieux armés qu'aucuns
» des vailleaux Chrétiens . S'il eft un tems
» où ils ont moins de monde , c'est celui
» de l'été , lorfque les Algériens ont be-
» foin de leurs foldats en campagne pour
» recueillir les tributs des Mores , pendant
que leurs grains font encore fur terre.
" Dans ce tems leurs forces maritimes
>> font fur le pied le plus foible : d'ailleurs
» ils font accoutumés à ne jamais licen-
» cier leurs foldats , & à avoir toujours le
» même nombre de troupes. Ils font obligés
de tenir toujours prêts quelques
>> vaiffeaux pour le fervice du Grand Sei-
» gneur. Ils en envoyent auffi quelques-
» uns pour commercer dans le Levant ,
» & le refte qui fait à-peu -près le tiers
» de toutes leurs forces va en courfe .
» Il eft abfolument impoffible de
pour-
» fuivre les vaiffeaux Algériens jufques
»derriere leur môle , parce que , pendant
prefque toute l'année , tous les vaif-
» feaux venant de la mer , & voulant en-
و د
SEPTEMBRE. 1755. 137
>> trer derriere le môle , lorfqu'ils en font
»à une portée de fufil , tombent dans un
» calme que la réverbération de la chaleur
de la ville caufe par fa fituation , & ref-
» tent dans une telle inaction qu'ils font
» obligés de fe faire conduire par de peti-
» tes barques , ou des chaloupes , ou de
» fe faire tirer avec des cordes ; mais cette
opération eft fi lente , qu'elle donne aux
»habitans le tems d'empêcher par des
trains , des chaînes , ou d'autres moyens
» l'entrée des vaiffeaux , quand même on
»les furprendroit tout- à -fait.
อง
و ر
» J'en ai moi - même fait l'expérience ,
» dit-il , en 16.55 , ainfi que l'Amiral Anglois
Sandvich en 1662 ; mais pour mon-
"trer le danger évident qu'il y a toute
» l'année à tenir bloquée la ville d'Alger ,
» je vous ajouterai que pendant l'hiver les
» vents du Nord , Nord- eft , Nord - ouest ,
» Eft-fud-ouest , foufflent avec tant d'impétuofité
, & agitent la mer avec une
» telle violence , qu'il eft très-dangereux
» d'en approcher ; c'eft ce que les Algériens
éprouverent eux - mêmes en Décem-
» bre 1662 , lorfqu'un vent du Nord - eft
» fit périr , même derriere leur môle , qua-
» torze barbarefques avec fept navires
» qu'ils avoient pris. Quand même on bra-
2 veroit tous ces dangers , & fuppofé que
ود
138 MERCURE DE FRANCE.
par un long blocus on les forçât à faire
la paix , fi leur marine n'en eft point
" affoiblie , ils ne tiendront le traité que
jufqu'à ce qu'ils trouvent leur avantage
à le rompre , comme cela est arrivé plufieurs
fois. Je penfe donc que le meil
leur moyen de leur nuire eft de croifer
» conftamment fur eux , parce que la croifiere
eft ce qui peut leur faire le plus de
tort , & peut feule les empêcher d'en
voyer leurs Pirates fur nos côtes. Qu'on
fe précautionne contre la viteffe de leurs
vaiffeaux , que fur le foir on étende les
➡ nôtres à une bonne diſtance les uns des
➡autres , & qu'on les laiffe dans un courant
avec la petite voile ; par cette ma
noeuvre on laffera les Algériens ; & fi
pendant la nuit ou fur le matin on découvre
un ou plufieurs barbarefques ,
❤que l'on coure auffi -tôt deffus , & qu'on
les attaques de cette maniere , dit- il , je
» les ai tellement refferrés , qu'ils ne pou
voient plus fe ranger fur deux lignes ,
» & qu'il leur falloit combattre defavantageufement
, ou fe retirer fous leur mô→
le ; mais il faut pour cela que les vaif-
» feaux qui croifent ne foient point bor
nés dans les ordres qu'ils ont des Etats
Généraux , & qu'ils puiffent agir &
changer leur croifiere felon l'occafions
ย
1
B
SEPTEMBRE. 1753. 139
L'entretien des bons réglemens qui regardent
l'armement & l'équipage des
vaiffeaux , continue - t - il , la conftruction
des Amiraux , & les ordres pour les
> bonnes eſcortes eft bien le feul & le vrai
➜ moyen de couper entierement les vivres
aux Barbares ; parce que s'ils voyoient
» enfin qu'on leur ôtât toutes leurs reffources
, ils pourroient bien faire un effort
» raffembler leurs forces , former une efcadre
, & attaquer alors les efcortes mémest
» & il n'eft pas douteux qu'avec leurs for-
» ces réunies , ils ne puiffent les enlever ,
parce que le tems du départ & du retour
des vaiffeaux chrétiens leur eft connu
ou que du moins ils peuvent toujours
en avoir avis.
»
« Les vaiffeaux de guerre qui croiferont
» ainfi , pourront aifément tenir en bride
les Corfaires , & quoique ces fortes
» d'armemens foient fort couteux , les convois
font cependant en fûreté ; les efcor-
» tes n'ont pas befoin d'être fi bien équi
» pées , & la République eft refpectée des
Barbares , comme les autres puiffances
>> maritimes. Que la Hollande & l'Angle
terre ſe joignent enfemble , que leurs
» efcadres fe tiennent éloignées l'une de
» l'autre , & que chacune ait fon parage
à nettoyer de ces écumeurs de mer , que
140 MERCURE DE FRANCE .
» même , pour prévenir tout fujet de ja
» loufie , les deux flottes changent de pa-
» rage au bout de quelques mois » .
»
« J'ai exhorté plus d'une fois , » dit encore
notre Amiral , « la Régence des Provinces-
Unies à ne jamais laiffer la Médi-
» terranée , fans y avoir des vaiſſeaux de
croifiere , parce que cela pourroit leur
» être très défavantageux dans quelques
» occafions , & qu'ils fe plaindroient lorf-
» qu'ils ne feroient plus en état d'y appor
»
» ter remede . »
La fin de fa lettre contient une espece
de prophétie fur l'avenir , où il y dit , & les
»Hollandois ont profité heureuſement de
» la fureté que les François & les Anglois
avoient établie dans la Méditerranée en
» y tenant une flotte confidérable ; mais
199 que les Anglois viennent à faire la paix
avec les Algériens , comme les François
l'ont déja faite , & que parlà la Répu-
»blique fe trouve feule en guerre avec les
» Barbares , alors elle court rifque de fouffrir
de grandes pertes. "
Les habitans des Provinces- Unies ont
éprouvé peu de tems après , pour leur malheur
, la vérité de ces paroles. Les Anglois
fous leur Vice - Amiral Allen , & les Hollan
dois fous le Vice - Amiral Van- Gent , s'unirent
en 1670, pour croifer fur les Algé,
e
SEPTEMBRE. 1755: 14T
›
riens felon le confeil de Ruiter , ils firent
échouer & brûlerent fix de leurs armateurs
après un combat de fix heures. Les François
d'un autre côté bombarderent deux
fois la ville d'Alger , & la réduifirent en
cendres ; c'eſt-à dire , une fois en 1682 .
fous Duquefne , & une autre fois en
1688. fous le Maréchal d'Eftrées. Il faut
remarquer en même tems que Duquesne
réitéra plus fort fon bombardement en
1683. Cet évenement fit que Baba- Haffan ,
Roi d'Alger , rendit tous les efclaves françois
, ce qui irrita tellement le peuple Algé
rien qu'il maffacra Baba- Haffan , & plaça
fur le trône fon Amiral Mezzomorto.
Les François en 1688. fous d'Estrées ,
jetterent dans la ville dix mille quatrevingt
bombes , & détruifirent les deux
tiers de la ville & deux vaiffeaux qui étoient
dans le port. Les Algériens pour fe venger
mirent le Conful françois tout vivant dans
un mortier , & le tirerent fur la flotte
françoiſe .
Il eft remarquable dans ce que nous ve
nons de dire , que les François malgré ces
infultes , conclurent un traité de paix dans
l'année fuivante 1689. avec les Algériens
pour fe fervir du fecours de ces Barbares
contre les Chrétiens , fçavoir , les Anglois
& les Hollandois , jufqu'à ce qu'enfin les
142 MERCURE DE FRANCE.
premiers firent auffi la paix avec eux ; ainfi
les Hollandois refterent feuls en guerre
avec les Corfaires , & les perres que fouffrirent
alors leur marine & leur commerce
, acheverent de vérifier ce que Ruiter.
avoit annoncé à la fin de fa lettre.
Enfin il fut conclu un traité de paix en
tre les Hollandois & les Algériens , ce fut
en 1712. que les Hollandois ne pouvant
voir plus long tems d'un oeil indifférent
les pirateries étonnantes de ces Barbares ,
la perte d'un nombre infini de leurs vaiffeaux
, la diminution de leur commerce &
de leur navigation , tandis que les Anglois,
les François & les autres nations , s'enri
chifloient de leurs dépouilles , ils réfolurent
de tout rifquer pour forcer les Algé
tiens à la paix.
En conféquence , ils firent les prépara
tifs néceflaires , & ils parurent devant Alger
avec une eſcadre nombreuſe de vaiffeaux
de guerre & de galiotes à bombes ,
prêts à traiter cette ville corfaire comme
les François leur en avoient déja donné
l'exemple ; les Algériens peu préparés à un
pareil évenement , fe prefferent de faire
des propofitions de paix , & dans cette
même année 1712. le traité fut conclu &
figné.
Les Articles de ce traité contenoiens
SEPTEMBRE. 1755. 143
entr'autres : « Que les deux partis ne croi-
» feroient plus l'un fur l'autre , & qu'ils
fe regarderoient à l'avenir comme amis ,
& fe fecoureroient réciproquement ; que
» les Hollandois dans la vente des mar-
» chandifes qu'ils apporteroient à Alger ,
ne payeroient pas plus de cinq pour
❤cent de douane , & que pour celles qu'ils
» en emporteroient , ils n'auroient rien à
payer ; que lorfqu'ils partiroient d'Al-
» ger ; on ne chercheroit point à les rete-
» nir & à arrêter leur départ fous des prétextes
frivoles . Que fi un navire hollan
» dois échouoit ou périffoit fur leurs côtes,
» les Algériens ne feroient aucun mal à
l'équipage , & ne les feroient pas efclaves
, comme ils le faifoient auparavant
Que tous les différends qui pourroient
s'élever , feroient à l'avenir portés devant
le conful de Hollande , réfident à
Alger , & que les Hollandois auroient
chez lui le libre exercice de leur reli-
» gion. »
99
Cependant quelques belles que furent
ces paroles , les Algériens montrerent bientôt
combien on doit faire peu de fond fur
la parole & fur les promeffes d'une nation
barbare , car dès l'année 1716. ils rompi
rent par une trahifon , un traité fi folemnellement
conclu , & ils parurent en mer
144 MERCURE DE FRANCE .
avec des efcadres nombreufes de barbaref
ques ; de forte que les affaires
fe trouverent
fur le même pied qu'elles
font à préfent.
En un mot , le Roy d'alors , ou plutôt
le Dey d'Alger & le Divan forcés par les
murmures & les mécontentemens du peuple
qui ménaçoit de maffacrer le Dey ,
furent obligés de déclarer la guerre aux
Hollandois qui n'y avoient donné nulle
occafion , car les armateurs fe plaignoient
alors comme aujourd'hui , qu'ils ne trou
voient aucune prife à faire pour fubfifter ,
parce qu'ils vivoient en paix avec trop de
Puiffances.
Lorfque les Etats Généraux apprirent
cette déclaration , ils envoyerent auffitôt
en mer quelques vaiffeaux de guerre pour
croifer fur les Algériens , felon le confeil
de Ruiter. Cet Amiral leur fit à la vérité
beaucoup de tort , fans cependant aucun
fuccès décidé , jufqu'en l'année 1721. que
leurs Hautes Puiffances fe déterminerent
à envoyer dans la Méditerranée une efcadre
confidérable pour forcer les Corfaires
à la paix,
Cette efcadre étoit au commencement
compofée de huit vaiffeaux de guerre &
deux Galiotes ; enfuite elle fut augmentée
de deux ou trois vaiffeaux de guerre fous
le
SEPTEMBRE. 1755. 145
le commandement du Vice - Amiral de
Sommelfdick , parce que les Algériens
étoient affez audacieux pour venir jufques
fur les côtes d'Angleterre pour y faire tous
les jours quelque prife fur les Hollandois.
Lorfque l'efcadre de ce Vice-Amiral parut
dans la Mediterranée , le Dey voulut faire
la paix , mais il en fut empêché par une
révolte qui s'éleva parmi les propriétaires
des vaiffeaux corfaires qui le menacerent
de le maffacrer auffitôt , s'il difoit feulement
un mot de paix avec les Hollandois
.
Dans le mois d'Août 1721. trois vaiffeaux
de guerre Efpagnols commandés par
leVice- Amiral Don Antonio Serano qui avoit
reçu ordre du Roy d'Efpagne de croifer
avec les Hollandois fur les Algériens , joignirent
l'Eſcadre Hollandoife qui étoit à
Malaga. De ce moment les Pirates firent
peu de prifes ou même aucune , & ils furent
tellement refferrés , qu'en 1722. ils
fongerent à faire un traité avec le Dey
d'Oran , le Dey de Conftantine & les plus
puiffans de leurs armateurs , par lequel
chacun d'eux devoit fournir un vaiffeau
neuf de foixante à foixante & dix pieces
de canon. Avec ces forces , ils efpéroient
braver l'efcadre chrétienne ; mais ce traité
ne fut pas exécuté , parce qu'il leur falloit
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
trop de tems pour la conftruction & l'armement
de ces vailleaux.
Dans le mois de May , le Capitaine Landgeveld
qui montoit le vaiffeau de guerre
Edam , prit près d'Heiſant un vaiffeau Algérien
de quatorze canons & de cent quarante
hommes d'équipage , qui avoit à
bord fix efclaves chrétiens . Il le mena à
Cadix où les Turcs & les Mores furent
vendus à l'enchere . Ce vaiffeau de guerre
étoit un de ceux du chef d'efcadre Grave ,
qui étoit forti pour ſe joindre à l'eſcadre
du Vice-Amiral efpagnol Serano , & pour
confulter avec lui les moyens de faire le
plus de tort qu'il fe pourroit aux corfaires
d'Alger & de Salé.
Le 11 Juillet 1722. les vaiſſeaux commandés
par le chef d'efcadre Grave , rencontrerent
près de la baye d'Althea l'efcadre
espagnole que montoit le Vice-Amiral
Don Antonio Serano , compofée de neuf
vaiffeaux de guerre . Le chef d'efcadre vint
au bord du Vice - Amiral pour lui dire
« qu'il avoit ordre de leurs Hautes- Puiffances
de croifer avec lui fur les corfai-
» res d'Alger & de Salé » . Le Vice - Amiral
approuva la réunion & demanda au chef
d'Èfcadre Grave fon fentiment fur les
moyens de la faire le plus avantageufement
aux deux nations. Celui- ci lui réponSEPTEMBRE.
1755. 147
و د
dit en ces termes : « Mon fentiment eft que
pour parvenir au but que nous nous fom-
» mes propofés , nous nous rendions fans
perdre de tems , avec nos deux efcadres
» aux places où les corfaires ont coutume
» de fe tenir. Là , felon les forces que nous
» leur connoîtrons , nous nous féparerons
» en trois ou quatre efcadres , & fur le
» foir nous nous tiendrons en panne , fort
❞ étendus , afin
que fi pendant la nuit ,
» ou à la pointe du jour les barbares nous
» attaquoient , nous puiffions tomber fur
» eux de tous côtés , par là nous gagne-
» rons fur eux beaucoup d'avantage , & la
plûpart de leurs prifes tomberont entre
nos mains. Les Algériens , continue- t - il ,
n'ont pas plus de feize vaiffeaux de cour-
» fe , & ils ont à peine deux mille hom-
» mes de mer , fi nous pouvons leur en
» enlever la moitié , & vendre les hommes
» comme efclaves , la force des autres fera
» bien diminuée , d'autant que les propriétaires
des vaiffeaux corfaires font pour la
dont les moyens
plûpart gens
font peu
» confidérables. Qu'on enleve donc quelques-
uns de leurs vaiffeaux , & qu'on
les empêche de faire aucune prife , alors
ils n'auront plus la force , ni l'envie d'en-
» voyer en mer ; ainfi , ce qui leur reftera
» de vaiffeaux , leur deviendra inutile , &
و د
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
33
» pourrira dans leur port . Il dit plus , files
Algériens perdent une fois leurs gens de
» mer , ils ne pourront de long- tems en
inftruire d'autres , parce qu'ils ne font
prefqu'aucun commerce. Mon avis eft
»donc , puifque le Roi d'Efpagne & les
»Etats Généraux ont décidé que nos deux
efcadres agiroient en commun , & que
leurs ordres ne nous fixent fur aucun
» parage , de croiſer quelque tems dans la
Méditerranée , par-là nous mettrons les
Algériens hors d'état , de plufieurs an-
» nées , de faire le moindre tort aux deux
» Puiffances ".
»
ور
"
Le Vice- Amiral Efpagnol lui répondit ,
« que ces réflexions lui paroiffoient juftes ,
» mais qu'il avoit ordre du Roi fon maî-
» tre fitôt que fes vaiffeaux feroient pour-
» vus d'eau , dont ils avoient grand befoin,
» parce qu'il y avoit déja quarante jours
» qu'ils étoient en mer , fans en avoir fait
» de fraiche , & fans avoir vu plus d'un
vaiffeau corfaire , de cingler vers Alger ,
,, & de mouiller devant la ville pour empêcher
la fortie des Pirates , & furtout de
» huit d'entr'eux , qui felon les avis qu'on
» lui en avoit donné , devoient aller joindre
dans le Levant quelques vaiffeaux
» Turcs ; que par cette raiſon , il l'invitoit
» à partir avec lui pour Alger le dix- huit
SEPTEMBRE . 1755. 149
» du mois , auquel jour il efpéroit avoir
» fait fes provifions d'eau » .
Le chef d'efcadre Hollandois répondit :
<< aller mouiller devant Alger , & y tenir
» enfermés les vaiffeaux prêts à en partir ,
c'eft à mon avis , leur faire bien moins
»de tort que fi nous les attaquions & les
» détruifions en pleine mer , d'ailleurs je
» crains fi vous ne fortez
que
pas
de cette
baye avant le 18 , il ne foit alors trop
» tard pour empêcher le départ des Algériens
, parce que felon le témoignage
» unanime de mes prifonniers
, les corfai-
» res ont coutume de fe mettre en mer
» trois ou quatre jours après la premiere
nouvelle lune , qui tombe après la fête
» de leur Bayram , qui finit après- demain .
" Outre cela les vents de l'Eft & de l'Oueft ,
foufflent avec tant d'impétuofité devant
Alger , qu'il eft très- dangereux de fe te-
» nir long- tems dans la rade avec une ef-
» cadre » .
>
Enfin ils convinrent enfemble que Grave
fortiroit de la Baye d'Althea , le jour ſuivant
qui étoit le 12 de Juillet , & qu'il
iroit fe joindre au capitaine Akerfloor
qui avoit eu ordre , auffitôt qu'il auroit
réparé le dommage qu'il avoit effuyé fur
mer , de croifer aux environs de Malaga ;
que l'Amiral Efpagnol cingleroit droit à
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Alger le 18. qu'il y jetteroit l'ancre , & que
le chef d'efcadre auffitôt qu'il feroit arrivé
au cap Mole , prendroit pareillement la
route d'Alger pour y mouiller auffi .
Ils convinrent auffi que l'efcadre efpagnole
prendroit fa route par le Levant , &
les Hollandois par le Couchant , pour enlever
plus certainement les Pirates qui devroient
être déja partis ; & que lorfqu'ils
feroient arrivés à la rade d'Alger , & qu'ils
auroient vu l'état des vaiffeaux qui y feroient
, ils examineroient davantage ce que
pourroient faire leurs deux efcadres pour
faire le plus de tort aux Barbares.
Cette convention fut fignée par les deux
commandans , enfuite on donna aux capitaines
des deux eſcadres les fignaux néceffaires
pour qu'ils puffent toujours fe reconnoître
au loin , foit le jour , foit la nuit,
& les rendez- vous furent affignés pour fe
raffembler , foit que les vents de l'Eft ou de
l'Oueft les difperfaffent.
Le chef d'efcadre Grave qui avoit mis à
la voile d'Althea pour Alger le 18 , n'y
arriva que le 27, à caufe d'un grand calme
, & il trouva neuf vaiffeaux corfaires
défarmés derriere le Mole qui étoit garni
d'une batterie de vingt- quatre canons , &
les Barbares bâtiffoient encore un fort à la
pointe extérieure de la Baye du côté du
Levant.
SEPTEMBRE. 1755. 1st
L'efcadre Efpagnole ne fe fit pas voir
devant Alger avant le 31 de Juillet , les
Hollandois s'en retournoient déja lorfqu'ils
la rencontrerent , ils convinrent alors que
les Efpagnols croiferoient jufqu'au 15 Septembre
devant Alger & fur les côtes d'Efpagne
& de Barbarie , depuis le cap Martin
, jufqu'au cap de Gata , pendant que
les Hollandois croiferoient jufqu'au même
jour depuis Malaga & le détroit de Gibral
tar , jufqu'au cap S. Vincent & jufqu'aux
côtes de la Mauritanie. Après cette décifion
les deux efcadres fe féparerent . La
croifiere de l'efcadre Hollandoife qui revint
dans le Texel le 27 Novembre , fut
totalement infructueufe , car elle ne vit
prefque aucun corfaire , & n'en prit aucun,
Les Algériens de leur côté ne leur firent
de même aucune prife pendant tout l'été.
Mais en Avril 1723. Ils mirent en mer
toutes leurs forces , & ils prirent deux
vaiffeaux Hollandois , & deux ou trois
Efpagnols ; dans le mois de Juin ils prirent
quatre ou cinq flûtes Hollandoifes , &
firent encore quelques prifes.
La raifon qui avoit porté les Algériens
à mettre en mer toutes leurs forces , étoit
la grande difette de bled & autres vivres
ce qui faifoit que lorfqu'ils prenoient quelques
bâtimens qui en étoient chargés , ces
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prifes leur étoient d'un grand fecours , parlà
ils firent aux Hollandois fur tout un
tort confidérable , parce comme le bled
manquoit à Malaga & dans tous les autres.
ports d'Espagne & de Portugal , les Hollandois
en envoyoient des vaiffeaux chargés
qui tomboient entre les mains des Corfaires.
En attendant ces prifes , la difette
de bled , d'huile & d'autres chofes néceffaires
à la vie , étoit fi grande à Alger ,
que les Hollandois qui y étoient , penfoient
que l'on réduiroit facilement la ville à
toute extrémité , fi on bloquoit le port
feulement avec fix vaiffeaux de guerre , &
qu'alors maîtres des habitans , on les forceroit
à une paix avantageufe aux Hollandois.
Malgré la quantité de barbarefques
que les Algériens avoient en mer , le mois
de Septembre fe paffa tout entier fans qu'ils
fiffent aucune prife , mais au commencement
de Novembre , un vaiffeau de guerre
Hollandois , monté par le Capitaine de
Graf, que la tempête avoit écarté de l'efcadre
du Commandant Godin , prit un
vaiffeau de guerre Algérien de vingt- quatre
pieces de canons , & de deux cens dix
hommes d'équipage , & il trouva à fon
bord fix efclaves chrétiens .
Cette efcadre continuoit toujours à croifer
fans effet. Dans le mois de Février
SEPTEMBRE. 1755. 153
1724. Elle fut augmentée de deux autres
vaiffeaux & d'une galiote chargée de munitions
de
guerre .
Le fieur Godin reçut avec ce renfort un
ordre de traiter de paix avec la Régence ;
en conféquence , il fit voile vers Alger , &
dans le mois de Mars 1724. il fit faire des
propofitions de paix au Dey qui parut trèsdifpofé
à les écouter. Les Barbares furent
fi irrités de cette prétendue foibleffe de
leur fouverain , que le 18 Mars aprèsmidi
, comme il fe promenoit fur le bord
de la mer , ils tomberent fur lui avec fureur
& le mirent en pieces , ils éleverent à
fa place un certain Ofman , qui le jour
fuivant fit fabrer dix-huit des affaflins de
fon prédéceffeur.
Alors toutes les négociations de paix
devinrent inutiles , & l'efcadre Hollandoife
fut encore augmentée de deux vaiffeaux
de guerre ; malgré ces renforts tout
le butin qu'elle fit pendant cette année
confiftoit en trois ou quatre vaiffeaux corfaires
, & dans le mois de Décembre elle
revint en Zélande après avoir effuyé une
grande tempête.
Dans le mois d'Avril 1725 , es Hollandois
envoyerent une nouvelle efcadre
fous le Vice-Amiral Sommelick , & ls firent
prier , comme ils le font aujourd hui , le
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Grand Seigneur , par leur Ambaffadeur à
Conftantinople , de vouloir bien engager
à la paix la République d'Alger . Les Algériens
firent de belles promeffes ; la conclufion
du traité traîna néanmoins juſqu'au
8 Septembre 1726 , mais pendant ce délai,
les Hollandois leur firent tout le tort poffible.
Le traité de paix confifte en douze articles.
Les Corfaires s'y obligerent à tenir
tout ce qu'ils n'avoient pas obfervé jufqu'alors
, comme nous allons le voir.
Plus les Algériens ont juré fur les traités
que la néceffité leur a fait conclure ,
moins ils les ont tenus , & il eft étonnant
après cela que les Puiffances Chrétiennes
puiffent y avoir la moindre confiance
mais ils ne fe font joués d'aucune Puiffance
comme des Hollandois , qu'ils n'ont
refpectés , que tant que leurs vaiffeaux ont
croifé fur eux , & bloqué leur Port.
Les Articles de ce traité montrent combien
peu les Corfaires l'ont obfervé , & la
fuite n'a que trop confirmé leur mauvaiſe
foi. Nous les rapporterons pour
abrégé .
finir cet
I. Il y aura une paix conftante entre la
Régence d'Alger & les Hollandois.
II. Les Hollandois feront tenus de payer
cinq pour cent de douane pour les marchanSEPTEMBRE.
1755. 155
difes qu'ils apporteront fuivant le traité de
paix de 1712 .
III. Les munitions de guerre & les autres
marchandises de contrebande ne feront fujettes
à aucuns droits .
IV. Les Etrangers quife trouveront fur les
vaiffeaux Hollandois ne feront nullement inquietés
par les Algériens.
V. Les marchandifes & les effets des vaiffeaux
Hollandois échoués fur les côtes d'Alger,
ne feront point pillés , & les hommes ne
feront pas faits esclaves.
VI. Il ne pourra entrer aucun vaiſſeau Algérien
dans les ports de Hollande.
VII. Si un vaiffeau Hollandois mouille devant
Alger , il fera pourvu des vivres néceffaires.
VIII. Nul Marchand Hollandois ne pourra
être fait esclave dans aucune place appartenante
aux Algériens.
IX . Si un Commerçant Hollandois meurt à
Alger , on nefera point de faifie de fes biens.
X. Les differends qui s'éleveront entre les
Hollandois les Mahometans , feront jugés
on accommodés par le Conful de Hollande.
XI . Le Conful de Hollande jouira d'une
protection entiere de la République , il aura
chez lui le libre exercice de fa Religion , an
quel les efclaves de la même Religion pourront
affifter.
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE .
XII. Les paffe -ports qu'on donne auxMarchands
Hollandois feront renouvellés tous les
trois ans , & toutes les hoftilités paffées feront
mifes en oubli.
Algériens avec les Hollandois , traduite.
de l'Allemand , par M. Radix de Sainte
Foy. 1755.
A
Peine la guerre fut- elle déclarée, que
les Algériens commencerent à croifer
fur les Hollandois , à les attaquer &
à les piller. Leur puiffance augmenta fi
fort en quelques années , que dès 1669
ils étoient déja en état , felon le témoignage
de l'Amiral Ruiter même , d'envoyer
en courfe trente- deux à trente - quatre
vaiffeaux bien armés , & bien munis
d'hommes , dont il y en avoit dix huit qui
étoient des vaiffeaux de guerre , de trente
à quarante piéces de canon , outre plufieurs
galeres cela donna tant d'inquié
tude aux Hollandois , qu'ils manderent au
fieur Beuningen leur Ambaffadeur en Angleterre
, de chercher quelques moyens
1
136 MERCURE DE FRANCE.
avec le Miniſtere de cette Cour pour réduire
ces Corfaires. Cet Ambaffadeur
écrivit à l'Amiral Ruiter , & le pria dans
fa lettre de lui mander fon fentiment fur
quelques points aufquels celui- ci réponpar
la lettre fuivante. dit
» Les vaiffeaux corfaires ont plus de
» monde , & font mieux armés qu'aucuns
» des vailleaux Chrétiens . S'il eft un tems
» où ils ont moins de monde , c'est celui
» de l'été , lorfque les Algériens ont be-
» foin de leurs foldats en campagne pour
» recueillir les tributs des Mores , pendant
que leurs grains font encore fur terre.
" Dans ce tems leurs forces maritimes
>> font fur le pied le plus foible : d'ailleurs
» ils font accoutumés à ne jamais licen-
» cier leurs foldats , & à avoir toujours le
» même nombre de troupes. Ils font obligés
de tenir toujours prêts quelques
>> vaiffeaux pour le fervice du Grand Sei-
» gneur. Ils en envoyent auffi quelques-
» uns pour commercer dans le Levant ,
» & le refte qui fait à-peu -près le tiers
» de toutes leurs forces va en courfe .
» Il eft abfolument impoffible de
pour-
» fuivre les vaiffeaux Algériens jufques
»derriere leur môle , parce que , pendant
prefque toute l'année , tous les vaif-
» feaux venant de la mer , & voulant en-
و د
SEPTEMBRE. 1755. 137
>> trer derriere le môle , lorfqu'ils en font
»à une portée de fufil , tombent dans un
» calme que la réverbération de la chaleur
de la ville caufe par fa fituation , & ref-
» tent dans une telle inaction qu'ils font
» obligés de fe faire conduire par de peti-
» tes barques , ou des chaloupes , ou de
» fe faire tirer avec des cordes ; mais cette
opération eft fi lente , qu'elle donne aux
»habitans le tems d'empêcher par des
trains , des chaînes , ou d'autres moyens
» l'entrée des vaiffeaux , quand même on
»les furprendroit tout- à -fait.
อง
و ر
» J'en ai moi - même fait l'expérience ,
» dit-il , en 16.55 , ainfi que l'Amiral Anglois
Sandvich en 1662 ; mais pour mon-
"trer le danger évident qu'il y a toute
» l'année à tenir bloquée la ville d'Alger ,
» je vous ajouterai que pendant l'hiver les
» vents du Nord , Nord- eft , Nord - ouest ,
» Eft-fud-ouest , foufflent avec tant d'impétuofité
, & agitent la mer avec une
» telle violence , qu'il eft très-dangereux
» d'en approcher ; c'eft ce que les Algériens
éprouverent eux - mêmes en Décem-
» bre 1662 , lorfqu'un vent du Nord - eft
» fit périr , même derriere leur môle , qua-
» torze barbarefques avec fept navires
» qu'ils avoient pris. Quand même on bra-
2 veroit tous ces dangers , & fuppofé que
ود
138 MERCURE DE FRANCE.
par un long blocus on les forçât à faire
la paix , fi leur marine n'en eft point
" affoiblie , ils ne tiendront le traité que
jufqu'à ce qu'ils trouvent leur avantage
à le rompre , comme cela est arrivé plufieurs
fois. Je penfe donc que le meil
leur moyen de leur nuire eft de croifer
» conftamment fur eux , parce que la croifiere
eft ce qui peut leur faire le plus de
tort , & peut feule les empêcher d'en
voyer leurs Pirates fur nos côtes. Qu'on
fe précautionne contre la viteffe de leurs
vaiffeaux , que fur le foir on étende les
➡ nôtres à une bonne diſtance les uns des
➡autres , & qu'on les laiffe dans un courant
avec la petite voile ; par cette ma
noeuvre on laffera les Algériens ; & fi
pendant la nuit ou fur le matin on découvre
un ou plufieurs barbarefques ,
❤que l'on coure auffi -tôt deffus , & qu'on
les attaques de cette maniere , dit- il , je
» les ai tellement refferrés , qu'ils ne pou
voient plus fe ranger fur deux lignes ,
» & qu'il leur falloit combattre defavantageufement
, ou fe retirer fous leur mô→
le ; mais il faut pour cela que les vaif-
» feaux qui croifent ne foient point bor
nés dans les ordres qu'ils ont des Etats
Généraux , & qu'ils puiffent agir &
changer leur croifiere felon l'occafions
ย
1
B
SEPTEMBRE. 1753. 139
L'entretien des bons réglemens qui regardent
l'armement & l'équipage des
vaiffeaux , continue - t - il , la conftruction
des Amiraux , & les ordres pour les
> bonnes eſcortes eft bien le feul & le vrai
➜ moyen de couper entierement les vivres
aux Barbares ; parce que s'ils voyoient
» enfin qu'on leur ôtât toutes leurs reffources
, ils pourroient bien faire un effort
» raffembler leurs forces , former une efcadre
, & attaquer alors les efcortes mémest
» & il n'eft pas douteux qu'avec leurs for-
» ces réunies , ils ne puiffent les enlever ,
parce que le tems du départ & du retour
des vaiffeaux chrétiens leur eft connu
ou que du moins ils peuvent toujours
en avoir avis.
»
« Les vaiffeaux de guerre qui croiferont
» ainfi , pourront aifément tenir en bride
les Corfaires , & quoique ces fortes
» d'armemens foient fort couteux , les convois
font cependant en fûreté ; les efcor-
» tes n'ont pas befoin d'être fi bien équi
» pées , & la République eft refpectée des
Barbares , comme les autres puiffances
>> maritimes. Que la Hollande & l'Angle
terre ſe joignent enfemble , que leurs
» efcadres fe tiennent éloignées l'une de
» l'autre , & que chacune ait fon parage
à nettoyer de ces écumeurs de mer , que
140 MERCURE DE FRANCE .
» même , pour prévenir tout fujet de ja
» loufie , les deux flottes changent de pa-
» rage au bout de quelques mois » .
»
« J'ai exhorté plus d'une fois , » dit encore
notre Amiral , « la Régence des Provinces-
Unies à ne jamais laiffer la Médi-
» terranée , fans y avoir des vaiſſeaux de
croifiere , parce que cela pourroit leur
» être très défavantageux dans quelques
» occafions , & qu'ils fe plaindroient lorf-
» qu'ils ne feroient plus en état d'y appor
»
» ter remede . »
La fin de fa lettre contient une espece
de prophétie fur l'avenir , où il y dit , & les
»Hollandois ont profité heureuſement de
» la fureté que les François & les Anglois
avoient établie dans la Méditerranée en
» y tenant une flotte confidérable ; mais
199 que les Anglois viennent à faire la paix
avec les Algériens , comme les François
l'ont déja faite , & que parlà la Répu-
»blique fe trouve feule en guerre avec les
» Barbares , alors elle court rifque de fouffrir
de grandes pertes. "
Les habitans des Provinces- Unies ont
éprouvé peu de tems après , pour leur malheur
, la vérité de ces paroles. Les Anglois
fous leur Vice - Amiral Allen , & les Hollan
dois fous le Vice - Amiral Van- Gent , s'unirent
en 1670, pour croifer fur les Algé,
e
SEPTEMBRE. 1755: 14T
›
riens felon le confeil de Ruiter , ils firent
échouer & brûlerent fix de leurs armateurs
après un combat de fix heures. Les François
d'un autre côté bombarderent deux
fois la ville d'Alger , & la réduifirent en
cendres ; c'eſt-à dire , une fois en 1682 .
fous Duquefne , & une autre fois en
1688. fous le Maréchal d'Eftrées. Il faut
remarquer en même tems que Duquesne
réitéra plus fort fon bombardement en
1683. Cet évenement fit que Baba- Haffan ,
Roi d'Alger , rendit tous les efclaves françois
, ce qui irrita tellement le peuple Algé
rien qu'il maffacra Baba- Haffan , & plaça
fur le trône fon Amiral Mezzomorto.
Les François en 1688. fous d'Estrées ,
jetterent dans la ville dix mille quatrevingt
bombes , & détruifirent les deux
tiers de la ville & deux vaiffeaux qui étoient
dans le port. Les Algériens pour fe venger
mirent le Conful françois tout vivant dans
un mortier , & le tirerent fur la flotte
françoiſe .
Il eft remarquable dans ce que nous ve
nons de dire , que les François malgré ces
infultes , conclurent un traité de paix dans
l'année fuivante 1689. avec les Algériens
pour fe fervir du fecours de ces Barbares
contre les Chrétiens , fçavoir , les Anglois
& les Hollandois , jufqu'à ce qu'enfin les
142 MERCURE DE FRANCE.
premiers firent auffi la paix avec eux ; ainfi
les Hollandois refterent feuls en guerre
avec les Corfaires , & les perres que fouffrirent
alors leur marine & leur commerce
, acheverent de vérifier ce que Ruiter.
avoit annoncé à la fin de fa lettre.
Enfin il fut conclu un traité de paix en
tre les Hollandois & les Algériens , ce fut
en 1712. que les Hollandois ne pouvant
voir plus long tems d'un oeil indifférent
les pirateries étonnantes de ces Barbares ,
la perte d'un nombre infini de leurs vaiffeaux
, la diminution de leur commerce &
de leur navigation , tandis que les Anglois,
les François & les autres nations , s'enri
chifloient de leurs dépouilles , ils réfolurent
de tout rifquer pour forcer les Algé
tiens à la paix.
En conféquence , ils firent les prépara
tifs néceflaires , & ils parurent devant Alger
avec une eſcadre nombreuſe de vaiffeaux
de guerre & de galiotes à bombes ,
prêts à traiter cette ville corfaire comme
les François leur en avoient déja donné
l'exemple ; les Algériens peu préparés à un
pareil évenement , fe prefferent de faire
des propofitions de paix , & dans cette
même année 1712. le traité fut conclu &
figné.
Les Articles de ce traité contenoiens
SEPTEMBRE. 1755. 143
entr'autres : « Que les deux partis ne croi-
» feroient plus l'un fur l'autre , & qu'ils
fe regarderoient à l'avenir comme amis ,
& fe fecoureroient réciproquement ; que
» les Hollandois dans la vente des mar-
» chandifes qu'ils apporteroient à Alger ,
ne payeroient pas plus de cinq pour
❤cent de douane , & que pour celles qu'ils
» en emporteroient , ils n'auroient rien à
payer ; que lorfqu'ils partiroient d'Al-
» ger ; on ne chercheroit point à les rete-
» nir & à arrêter leur départ fous des prétextes
frivoles . Que fi un navire hollan
» dois échouoit ou périffoit fur leurs côtes,
» les Algériens ne feroient aucun mal à
l'équipage , & ne les feroient pas efclaves
, comme ils le faifoient auparavant
Que tous les différends qui pourroient
s'élever , feroient à l'avenir portés devant
le conful de Hollande , réfident à
Alger , & que les Hollandois auroient
chez lui le libre exercice de leur reli-
» gion. »
99
Cependant quelques belles que furent
ces paroles , les Algériens montrerent bientôt
combien on doit faire peu de fond fur
la parole & fur les promeffes d'une nation
barbare , car dès l'année 1716. ils rompi
rent par une trahifon , un traité fi folemnellement
conclu , & ils parurent en mer
144 MERCURE DE FRANCE .
avec des efcadres nombreufes de barbaref
ques ; de forte que les affaires
fe trouverent
fur le même pied qu'elles
font à préfent.
En un mot , le Roy d'alors , ou plutôt
le Dey d'Alger & le Divan forcés par les
murmures & les mécontentemens du peuple
qui ménaçoit de maffacrer le Dey ,
furent obligés de déclarer la guerre aux
Hollandois qui n'y avoient donné nulle
occafion , car les armateurs fe plaignoient
alors comme aujourd'hui , qu'ils ne trou
voient aucune prife à faire pour fubfifter ,
parce qu'ils vivoient en paix avec trop de
Puiffances.
Lorfque les Etats Généraux apprirent
cette déclaration , ils envoyerent auffitôt
en mer quelques vaiffeaux de guerre pour
croifer fur les Algériens , felon le confeil
de Ruiter. Cet Amiral leur fit à la vérité
beaucoup de tort , fans cependant aucun
fuccès décidé , jufqu'en l'année 1721. que
leurs Hautes Puiffances fe déterminerent
à envoyer dans la Méditerranée une efcadre
confidérable pour forcer les Corfaires
à la paix,
Cette efcadre étoit au commencement
compofée de huit vaiffeaux de guerre &
deux Galiotes ; enfuite elle fut augmentée
de deux ou trois vaiffeaux de guerre fous
le
SEPTEMBRE. 1755. 145
le commandement du Vice - Amiral de
Sommelfdick , parce que les Algériens
étoient affez audacieux pour venir jufques
fur les côtes d'Angleterre pour y faire tous
les jours quelque prife fur les Hollandois.
Lorfque l'efcadre de ce Vice-Amiral parut
dans la Mediterranée , le Dey voulut faire
la paix , mais il en fut empêché par une
révolte qui s'éleva parmi les propriétaires
des vaiffeaux corfaires qui le menacerent
de le maffacrer auffitôt , s'il difoit feulement
un mot de paix avec les Hollandois
.
Dans le mois d'Août 1721. trois vaiffeaux
de guerre Efpagnols commandés par
leVice- Amiral Don Antonio Serano qui avoit
reçu ordre du Roy d'Efpagne de croifer
avec les Hollandois fur les Algériens , joignirent
l'Eſcadre Hollandoife qui étoit à
Malaga. De ce moment les Pirates firent
peu de prifes ou même aucune , & ils furent
tellement refferrés , qu'en 1722. ils
fongerent à faire un traité avec le Dey
d'Oran , le Dey de Conftantine & les plus
puiffans de leurs armateurs , par lequel
chacun d'eux devoit fournir un vaiffeau
neuf de foixante à foixante & dix pieces
de canon. Avec ces forces , ils efpéroient
braver l'efcadre chrétienne ; mais ce traité
ne fut pas exécuté , parce qu'il leur falloit
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
trop de tems pour la conftruction & l'armement
de ces vailleaux.
Dans le mois de May , le Capitaine Landgeveld
qui montoit le vaiffeau de guerre
Edam , prit près d'Heiſant un vaiffeau Algérien
de quatorze canons & de cent quarante
hommes d'équipage , qui avoit à
bord fix efclaves chrétiens . Il le mena à
Cadix où les Turcs & les Mores furent
vendus à l'enchere . Ce vaiffeau de guerre
étoit un de ceux du chef d'efcadre Grave ,
qui étoit forti pour ſe joindre à l'eſcadre
du Vice-Amiral efpagnol Serano , & pour
confulter avec lui les moyens de faire le
plus de tort qu'il fe pourroit aux corfaires
d'Alger & de Salé.
Le 11 Juillet 1722. les vaiſſeaux commandés
par le chef d'efcadre Grave , rencontrerent
près de la baye d'Althea l'efcadre
espagnole que montoit le Vice-Amiral
Don Antonio Serano , compofée de neuf
vaiffeaux de guerre . Le chef d'efcadre vint
au bord du Vice - Amiral pour lui dire
« qu'il avoit ordre de leurs Hautes- Puiffances
de croifer avec lui fur les corfai-
» res d'Alger & de Salé » . Le Vice - Amiral
approuva la réunion & demanda au chef
d'Èfcadre Grave fon fentiment fur les
moyens de la faire le plus avantageufement
aux deux nations. Celui- ci lui réponSEPTEMBRE.
1755. 147
و د
dit en ces termes : « Mon fentiment eft que
pour parvenir au but que nous nous fom-
» mes propofés , nous nous rendions fans
perdre de tems , avec nos deux efcadres
» aux places où les corfaires ont coutume
» de fe tenir. Là , felon les forces que nous
» leur connoîtrons , nous nous féparerons
» en trois ou quatre efcadres , & fur le
» foir nous nous tiendrons en panne , fort
❞ étendus , afin
que fi pendant la nuit ,
» ou à la pointe du jour les barbares nous
» attaquoient , nous puiffions tomber fur
» eux de tous côtés , par là nous gagne-
» rons fur eux beaucoup d'avantage , & la
plûpart de leurs prifes tomberont entre
nos mains. Les Algériens , continue- t - il ,
n'ont pas plus de feize vaiffeaux de cour-
» fe , & ils ont à peine deux mille hom-
» mes de mer , fi nous pouvons leur en
» enlever la moitié , & vendre les hommes
» comme efclaves , la force des autres fera
» bien diminuée , d'autant que les propriétaires
des vaiffeaux corfaires font pour la
dont les moyens
plûpart gens
font peu
» confidérables. Qu'on enleve donc quelques-
uns de leurs vaiffeaux , & qu'on
les empêche de faire aucune prife , alors
ils n'auront plus la force , ni l'envie d'en-
» voyer en mer ; ainfi , ce qui leur reftera
» de vaiffeaux , leur deviendra inutile , &
و د
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
33
» pourrira dans leur port . Il dit plus , files
Algériens perdent une fois leurs gens de
» mer , ils ne pourront de long- tems en
inftruire d'autres , parce qu'ils ne font
prefqu'aucun commerce. Mon avis eft
»donc , puifque le Roi d'Efpagne & les
»Etats Généraux ont décidé que nos deux
efcadres agiroient en commun , & que
leurs ordres ne nous fixent fur aucun
» parage , de croiſer quelque tems dans la
Méditerranée , par-là nous mettrons les
Algériens hors d'état , de plufieurs an-
» nées , de faire le moindre tort aux deux
» Puiffances ".
»
ور
"
Le Vice- Amiral Efpagnol lui répondit ,
« que ces réflexions lui paroiffoient juftes ,
» mais qu'il avoit ordre du Roi fon maî-
» tre fitôt que fes vaiffeaux feroient pour-
» vus d'eau , dont ils avoient grand befoin,
» parce qu'il y avoit déja quarante jours
» qu'ils étoient en mer , fans en avoir fait
» de fraiche , & fans avoir vu plus d'un
vaiffeau corfaire , de cingler vers Alger ,
,, & de mouiller devant la ville pour empêcher
la fortie des Pirates , & furtout de
» huit d'entr'eux , qui felon les avis qu'on
» lui en avoit donné , devoient aller joindre
dans le Levant quelques vaiffeaux
» Turcs ; que par cette raiſon , il l'invitoit
» à partir avec lui pour Alger le dix- huit
SEPTEMBRE . 1755. 149
» du mois , auquel jour il efpéroit avoir
» fait fes provifions d'eau » .
Le chef d'efcadre Hollandois répondit :
<< aller mouiller devant Alger , & y tenir
» enfermés les vaiffeaux prêts à en partir ,
c'eft à mon avis , leur faire bien moins
»de tort que fi nous les attaquions & les
» détruifions en pleine mer , d'ailleurs je
» crains fi vous ne fortez
que
pas
de cette
baye avant le 18 , il ne foit alors trop
» tard pour empêcher le départ des Algériens
, parce que felon le témoignage
» unanime de mes prifonniers
, les corfai-
» res ont coutume de fe mettre en mer
» trois ou quatre jours après la premiere
nouvelle lune , qui tombe après la fête
» de leur Bayram , qui finit après- demain .
" Outre cela les vents de l'Eft & de l'Oueft ,
foufflent avec tant d'impétuofité devant
Alger , qu'il eft très- dangereux de fe te-
» nir long- tems dans la rade avec une ef-
» cadre » .
>
Enfin ils convinrent enfemble que Grave
fortiroit de la Baye d'Althea , le jour ſuivant
qui étoit le 12 de Juillet , & qu'il
iroit fe joindre au capitaine Akerfloor
qui avoit eu ordre , auffitôt qu'il auroit
réparé le dommage qu'il avoit effuyé fur
mer , de croifer aux environs de Malaga ;
que l'Amiral Efpagnol cingleroit droit à
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
Alger le 18. qu'il y jetteroit l'ancre , & que
le chef d'efcadre auffitôt qu'il feroit arrivé
au cap Mole , prendroit pareillement la
route d'Alger pour y mouiller auffi .
Ils convinrent auffi que l'efcadre efpagnole
prendroit fa route par le Levant , &
les Hollandois par le Couchant , pour enlever
plus certainement les Pirates qui devroient
être déja partis ; & que lorfqu'ils
feroient arrivés à la rade d'Alger , & qu'ils
auroient vu l'état des vaiffeaux qui y feroient
, ils examineroient davantage ce que
pourroient faire leurs deux efcadres pour
faire le plus de tort aux Barbares.
Cette convention fut fignée par les deux
commandans , enfuite on donna aux capitaines
des deux eſcadres les fignaux néceffaires
pour qu'ils puffent toujours fe reconnoître
au loin , foit le jour , foit la nuit,
& les rendez- vous furent affignés pour fe
raffembler , foit que les vents de l'Eft ou de
l'Oueft les difperfaffent.
Le chef d'efcadre Grave qui avoit mis à
la voile d'Althea pour Alger le 18 , n'y
arriva que le 27, à caufe d'un grand calme
, & il trouva neuf vaiffeaux corfaires
défarmés derriere le Mole qui étoit garni
d'une batterie de vingt- quatre canons , &
les Barbares bâtiffoient encore un fort à la
pointe extérieure de la Baye du côté du
Levant.
SEPTEMBRE. 1755. 1st
L'efcadre Efpagnole ne fe fit pas voir
devant Alger avant le 31 de Juillet , les
Hollandois s'en retournoient déja lorfqu'ils
la rencontrerent , ils convinrent alors que
les Efpagnols croiferoient jufqu'au 15 Septembre
devant Alger & fur les côtes d'Efpagne
& de Barbarie , depuis le cap Martin
, jufqu'au cap de Gata , pendant que
les Hollandois croiferoient jufqu'au même
jour depuis Malaga & le détroit de Gibral
tar , jufqu'au cap S. Vincent & jufqu'aux
côtes de la Mauritanie. Après cette décifion
les deux efcadres fe féparerent . La
croifiere de l'efcadre Hollandoife qui revint
dans le Texel le 27 Novembre , fut
totalement infructueufe , car elle ne vit
prefque aucun corfaire , & n'en prit aucun,
Les Algériens de leur côté ne leur firent
de même aucune prife pendant tout l'été.
Mais en Avril 1723. Ils mirent en mer
toutes leurs forces , & ils prirent deux
vaiffeaux Hollandois , & deux ou trois
Efpagnols ; dans le mois de Juin ils prirent
quatre ou cinq flûtes Hollandoifes , &
firent encore quelques prifes.
La raifon qui avoit porté les Algériens
à mettre en mer toutes leurs forces , étoit
la grande difette de bled & autres vivres
ce qui faifoit que lorfqu'ils prenoient quelques
bâtimens qui en étoient chargés , ces
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prifes leur étoient d'un grand fecours , parlà
ils firent aux Hollandois fur tout un
tort confidérable , parce comme le bled
manquoit à Malaga & dans tous les autres.
ports d'Espagne & de Portugal , les Hollandois
en envoyoient des vaiffeaux chargés
qui tomboient entre les mains des Corfaires.
En attendant ces prifes , la difette
de bled , d'huile & d'autres chofes néceffaires
à la vie , étoit fi grande à Alger ,
que les Hollandois qui y étoient , penfoient
que l'on réduiroit facilement la ville à
toute extrémité , fi on bloquoit le port
feulement avec fix vaiffeaux de guerre , &
qu'alors maîtres des habitans , on les forceroit
à une paix avantageufe aux Hollandois.
Malgré la quantité de barbarefques
que les Algériens avoient en mer , le mois
de Septembre fe paffa tout entier fans qu'ils
fiffent aucune prife , mais au commencement
de Novembre , un vaiffeau de guerre
Hollandois , monté par le Capitaine de
Graf, que la tempête avoit écarté de l'efcadre
du Commandant Godin , prit un
vaiffeau de guerre Algérien de vingt- quatre
pieces de canons , & de deux cens dix
hommes d'équipage , & il trouva à fon
bord fix efclaves chrétiens .
Cette efcadre continuoit toujours à croifer
fans effet. Dans le mois de Février
SEPTEMBRE. 1755. 153
1724. Elle fut augmentée de deux autres
vaiffeaux & d'une galiote chargée de munitions
de
guerre .
Le fieur Godin reçut avec ce renfort un
ordre de traiter de paix avec la Régence ;
en conféquence , il fit voile vers Alger , &
dans le mois de Mars 1724. il fit faire des
propofitions de paix au Dey qui parut trèsdifpofé
à les écouter. Les Barbares furent
fi irrités de cette prétendue foibleffe de
leur fouverain , que le 18 Mars aprèsmidi
, comme il fe promenoit fur le bord
de la mer , ils tomberent fur lui avec fureur
& le mirent en pieces , ils éleverent à
fa place un certain Ofman , qui le jour
fuivant fit fabrer dix-huit des affaflins de
fon prédéceffeur.
Alors toutes les négociations de paix
devinrent inutiles , & l'efcadre Hollandoife
fut encore augmentée de deux vaiffeaux
de guerre ; malgré ces renforts tout
le butin qu'elle fit pendant cette année
confiftoit en trois ou quatre vaiffeaux corfaires
, & dans le mois de Décembre elle
revint en Zélande après avoir effuyé une
grande tempête.
Dans le mois d'Avril 1725 , es Hollandois
envoyerent une nouvelle efcadre
fous le Vice-Amiral Sommelick , & ls firent
prier , comme ils le font aujourd hui , le
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Grand Seigneur , par leur Ambaffadeur à
Conftantinople , de vouloir bien engager
à la paix la République d'Alger . Les Algériens
firent de belles promeffes ; la conclufion
du traité traîna néanmoins juſqu'au
8 Septembre 1726 , mais pendant ce délai,
les Hollandois leur firent tout le tort poffible.
Le traité de paix confifte en douze articles.
Les Corfaires s'y obligerent à tenir
tout ce qu'ils n'avoient pas obfervé jufqu'alors
, comme nous allons le voir.
Plus les Algériens ont juré fur les traités
que la néceffité leur a fait conclure ,
moins ils les ont tenus , & il eft étonnant
après cela que les Puiffances Chrétiennes
puiffent y avoir la moindre confiance
mais ils ne fe font joués d'aucune Puiffance
comme des Hollandois , qu'ils n'ont
refpectés , que tant que leurs vaiffeaux ont
croifé fur eux , & bloqué leur Port.
Les Articles de ce traité montrent combien
peu les Corfaires l'ont obfervé , & la
fuite n'a que trop confirmé leur mauvaiſe
foi. Nous les rapporterons pour
abrégé .
finir cet
I. Il y aura une paix conftante entre la
Régence d'Alger & les Hollandois.
II. Les Hollandois feront tenus de payer
cinq pour cent de douane pour les marchanSEPTEMBRE.
1755. 155
difes qu'ils apporteront fuivant le traité de
paix de 1712 .
III. Les munitions de guerre & les autres
marchandises de contrebande ne feront fujettes
à aucuns droits .
IV. Les Etrangers quife trouveront fur les
vaiffeaux Hollandois ne feront nullement inquietés
par les Algériens.
V. Les marchandifes & les effets des vaiffeaux
Hollandois échoués fur les côtes d'Alger,
ne feront point pillés , & les hommes ne
feront pas faits esclaves.
VI. Il ne pourra entrer aucun vaiſſeau Algérien
dans les ports de Hollande.
VII. Si un vaiffeau Hollandois mouille devant
Alger , il fera pourvu des vivres néceffaires.
VIII. Nul Marchand Hollandois ne pourra
être fait esclave dans aucune place appartenante
aux Algériens.
IX . Si un Commerçant Hollandois meurt à
Alger , on nefera point de faifie de fes biens.
X. Les differends qui s'éleveront entre les
Hollandois les Mahometans , feront jugés
on accommodés par le Conful de Hollande.
XI . Le Conful de Hollande jouira d'une
protection entiere de la République , il aura
chez lui le libre exercice de fa Religion , an
quel les efclaves de la même Religion pourront
affifter.
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE .
XII. Les paffe -ports qu'on donne auxMarchands
Hollandois feront renouvellés tous les
trois ans , & toutes les hoftilités paffées feront
mifes en oubli.
Fermer
Résumé : Suite de l'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte Foy. 1755.
Le texte décrit les conflits entre les Algériens et les Hollandais aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les hostilités débutèrent par des attaques et des pillages de navires hollandais par les Algériens, qui renforcèrent rapidement leur puissance maritime. En 1669, les Algériens possédaient une flotte de trente-deux à trente-quatre vaisseaux bien armés, dont dix-huit vaisseaux de guerre. Cette menace poussa les Hollandais à chercher des moyens de réduire les corsaires algériens. L'Amiral Ruiter conseilla de croiser constamment contre les Algériens, soulignant les difficultés de bloquer Alger en raison des conditions météorologiques et des défenses locales. En 1670, les Hollandais et les Anglais unirent leurs forces pour détruire plusieurs navires algériens. Les Français bombardèrent Alger en 1682 et 1688, mais conclurent un traité de paix en 1689. Les Hollandais, restés seuls en guerre, subirent de lourdes pertes. Un traité de paix fut signé en 1712, mais les Algériens le rompirent en 1716, reprenant leurs attaques. Les Hollandais envoyèrent des vaisseaux pour croiser contre les Algériens, mais sans succès décisif jusqu'en 1721. Cette année-là, une escadre hollandaise, renforcée par des vaisseaux espagnols, força les Algériens à envisager la paix, bien que des révoltes internes empêchèrent sa conclusion immédiate. En 1722, les forces navales hollandaises et espagnoles planifièrent une opération conjointe contre les corsaires d'Alger et de Salé. En mai, le capitaine Landgeveld captura un vaisseau algérien près d'Heisant, libérant des esclaves chrétiens. Le 11 juillet, les vaisseaux du chef d'escadre Grave rencontrèrent l'escadre espagnole du Vice-Amiral Don Antonio Serano près de la baie d'Althea. Ils convinrent de croiser ensemble pour attaquer les corsaires. Les Hollandais arrivèrent à Alger le 27 juillet, trouvant neuf vaisseaux corsaires désarmés. Les Espagnols arrivèrent le 31 juillet, et les deux escadres décidèrent de croiser jusqu'au 15 septembre. La croisière hollandaise revint sans succès en novembre. En avril 1723, les Algériens capturèrent plusieurs vaisseaux hollandais et espagnols. En novembre, un vaisseau hollandais captura un vaisseau algérien avec des esclaves chrétiens à bord. En février 1724, l'escadre hollandaise reçut l'ordre de négocier la paix avec Alger, mais les négociations échouèrent après l'assassinat du Dey. L'escadre revint en Zélande en décembre après avoir capturé quelques vaisseaux corsaires. En avril 1725, une nouvelle escadre hollandaise fut envoyée sous le Vice-Amiral Sommelick, et des négociations de paix furent entamées avec l'aide du Grand Seigneur. Le traité de paix fut signé le 8 septembre 1726, mais les Algériens continuèrent à capturer des vaisseaux hollandais dès que les escadres chrétiennes quittaient la région.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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868
p. 68-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Je tire mon relief du courage & de l'art : [...]
Mots clefs :
Escarmouche
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
E tire mon relief du
courage & de l'art :
J'ai brillé par
Montluc ,
Gaflion & Bayard.
Tu peux , ami
Lecteur , trouver dans mon effence
Le
redoutable Dieu , dont je tiens la
naiffance ;
Un
profond
politique &
guerrier fans égal ;
Le plus jufte
attribut
d'Ulyffe &
d'Annibal ;
Une ville , jadis
puiffante
République ;
9
Un infecte ; une fleur ; ce
fameux
hérétique ,
Dont Zifca
foutenant la trop
fatale erreur
Remplît tout fon pays de
carnage &
d'horreur ;
Un Poëte Latin , que
chacun veut
entendre ;
Ce que fut
Charles douze , auffi - bien qu'A-
• lexandre ;
Un Belgique Ecrivain , eftimé juftement ;
Ce que nous prions Dieu , que puiffe heureufement
Faire au gré de nos voeux , notre augufte Dauphine
:
Je finis par ce trait : Cherche , Lecteur , devine .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi; à Dax , le 16 Août 1755.
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869
p. 226-227
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le vaisseau le Cheval Marin arrivé de la Virginie le [...]
Mots clefs :
Londres, Major général Braddock, Colonel Dunbar, Français, Anglais, Bataille, Ohio, Wills's Creek, Conseils de régence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 11 Septembre.
Le vaiffeau le Cheval Marin arrivé de la Virginie
le 23 d'Août , a apporté la nouvelle d'un
combat qui s'eft donné le 9 Juillet entre les François
& les Anglois , près de l'Ohio , & dans lequel
les premiers ont remporté l'avantage. La relation
que la Gazette de la Cour a publiée de cette action
contient les particularités fuivantes. Le Major général
Braddock , à la tête de deux mille hommes ,
s'eft porté à Wills's - Creek. Y ayant laiffé fes bagages
& fes provifions fous la garde d'un détachement
de huit cens hommes , commandé par le
Colonel Dunbar ; il s'eft avancé vers le fort du
Quefne avec douze cens hommes & dix pieces de
canon ; & le 8 Juillet i campa à dix milles de ce
fort . Le 9 , tandis qu'il s'en approchoit à travers
les bois , il fut attaqué par un corps de François
& d'Indiens . La vivacité de leur feu jetta le defordre
parmi les Anglois qui , malgré tous les efforts
que le Général & les Officiers firent pour les ral
lier , prirent la fuite. M. Braddock , après avoir
fait tout ce qu'on pouvoit attendre de fon courage
, & après avoir eu cinq chevaux tués fous lui,
fut obligé de fe retirer précipitamment à Wills'sOCTOBRE
1755. 217
Creek avec les débris de fes troupes . Quatre
jours après il y eft mort de deux bleffures qu'il
avoit reçues , l'une au bras , l'autre dans la poitrine.
Les Anglois ont perdu dans cette action vingt-
- cinq Officiers , & en ont eu trente-huit bleffés.
Entre les derniers font M. Jean de Saint Clair ,
Quartier-Maître général , MM . Robert Orme &
Roger Morris , Adjudans généraux de M. Braddock
; les Lieutenans Colonels Gage & Burton .
On compte entre les premiers le Colonel Halket
& le fils de M. Shirley , Gouverneur de la Virginie.
Le nombre des foldats tués monte à deux
cens hommes , & celui des bleifés au double .
Il s'eft tenu à l'occafion de cet événement plufieurs
Confeils de Régence. On affure que les
François ont marché à Wills's - reek pour attaquer
le détachement du Colonel Dunbar. Il y a
apparence que le Général Oglethorpe aura le
commandement en chef des troupes du Roi dans
P'Amérique feptentrionale , à la place du feu Major
Général Braddock.
On écrit de la nouvelle Ecoffe , que l'Amiral
Bofcawen étoit encore le 15 du mois de Juillet
dans le port d'Halifax avec douze vaiffeaux de
guerre. Selon les mêmes lettres , l'Amiral Holbourne
croifoit avec cinq vaiffeaux à la hauteur
de Louisbourg. Les nouvelles d'Irlande portent
qu'on a mis un embargo fur tous les bâtimens qai
fe trouvent dans le port de Cork.
DE LONDRES , le 11 Septembre.
Le vaiffeau le Cheval Marin arrivé de la Virginie
le 23 d'Août , a apporté la nouvelle d'un
combat qui s'eft donné le 9 Juillet entre les François
& les Anglois , près de l'Ohio , & dans lequel
les premiers ont remporté l'avantage. La relation
que la Gazette de la Cour a publiée de cette action
contient les particularités fuivantes. Le Major général
Braddock , à la tête de deux mille hommes ,
s'eft porté à Wills's - Creek. Y ayant laiffé fes bagages
& fes provifions fous la garde d'un détachement
de huit cens hommes , commandé par le
Colonel Dunbar ; il s'eft avancé vers le fort du
Quefne avec douze cens hommes & dix pieces de
canon ; & le 8 Juillet i campa à dix milles de ce
fort . Le 9 , tandis qu'il s'en approchoit à travers
les bois , il fut attaqué par un corps de François
& d'Indiens . La vivacité de leur feu jetta le defordre
parmi les Anglois qui , malgré tous les efforts
que le Général & les Officiers firent pour les ral
lier , prirent la fuite. M. Braddock , après avoir
fait tout ce qu'on pouvoit attendre de fon courage
, & après avoir eu cinq chevaux tués fous lui,
fut obligé de fe retirer précipitamment à Wills'sOCTOBRE
1755. 217
Creek avec les débris de fes troupes . Quatre
jours après il y eft mort de deux bleffures qu'il
avoit reçues , l'une au bras , l'autre dans la poitrine.
Les Anglois ont perdu dans cette action vingt-
- cinq Officiers , & en ont eu trente-huit bleffés.
Entre les derniers font M. Jean de Saint Clair ,
Quartier-Maître général , MM . Robert Orme &
Roger Morris , Adjudans généraux de M. Braddock
; les Lieutenans Colonels Gage & Burton .
On compte entre les premiers le Colonel Halket
& le fils de M. Shirley , Gouverneur de la Virginie.
Le nombre des foldats tués monte à deux
cens hommes , & celui des bleifés au double .
Il s'eft tenu à l'occafion de cet événement plufieurs
Confeils de Régence. On affure que les
François ont marché à Wills's - reek pour attaquer
le détachement du Colonel Dunbar. Il y a
apparence que le Général Oglethorpe aura le
commandement en chef des troupes du Roi dans
P'Amérique feptentrionale , à la place du feu Major
Général Braddock.
On écrit de la nouvelle Ecoffe , que l'Amiral
Bofcawen étoit encore le 15 du mois de Juillet
dans le port d'Halifax avec douze vaiffeaux de
guerre. Selon les mêmes lettres , l'Amiral Holbourne
croifoit avec cinq vaiffeaux à la hauteur
de Louisbourg. Les nouvelles d'Irlande portent
qu'on a mis un embargo fur tous les bâtimens qai
fe trouvent dans le port de Cork.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 11 septembre, le vaisseau le Cheval Marin a rapporté un combat entre les Français et les Anglais près de l'Ohio le 9 juillet, où les Français ont remporté la victoire. Le Major général Braddock, à la tête de deux mille hommes, s'est dirigé vers Wills's Creek, laissant ses bagages sous la garde du Colonel Dunbar. Braddock a ensuite avancé vers le fort Duquesne avec douze cents hommes et dix pièces de canon. Le 9 juillet, il a été attaqué par des Français et des Indiens. La vivacité de leur feu a semé le désordre parmi les Anglais, qui ont pris la fuite malgré les efforts de Braddock. Braddock est mort quatre jours plus tard de ses blessures à Wills's Creek. Les Anglais ont perdu vingt-cinq officiers et en ont eu trente-huit blessés, dont Jean de Saint Clair et Robert Orme. Le nombre de soldats tués s'élève à deux cents, et celui des blessés au double. Plusieurs conseils de régence ont été tenus. L'Amiral Boscawen était à Halifax avec douze vaisseaux de guerre le 15 juillet, et l'Amiral Holbourne croisait près de Louisbourg. En Irlande, un embargo a été mis sur tous les bâtiments du port de Cork.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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870
p. 126-139
« JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Début :
JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...]
Mots clefs :
Camp, Camp de Richemont, Guerre, Yeux, Infanterie, Honneur, Esprit, Cavalerie, Escadrons, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
JOURNAL en vers de ce qui s'eft paffé
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
au camp de Richemont , commandé par
M. de Chevert , Lieutenant Général des
armées du Roi , commencé le 26 Août
1755 , & fini le 25 Septembre fuivant..
A Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoiſe , 1755 .
M. Vallier , Colonel d'Infanterie , eft
l'Auteur de cet agréable Journal . C'eft
prefque avoir créé un nouveau genre. Cet
ellai doit lui faire d'autant plus d'honneur
DECEMBRE. 1755 . 127
qu'au premier coup d'oeil il paroiffoit impoffible
d'exprimer en vers , la difpofition
d'une armée ou celle d'une attaque , la fituation
des terreins , les pofitions des rivieres
, des villages & des chauffées ; y
faire entrer pour la premiere fois les termes
de l'art , tous rebelles à la poéfie , mais
néceffaires , & qui plus eft , uniques pour
bien peindre les différentes manoeuvres de
la guerre ; tout cela préfente d'abord des
difficultés qui étonnent au point que l'exécution
a l'air d'une gageure , & qu'il falloit
être , comme l'Auteur , auffi poëte que
guerrier pour les vaincre avec tant de
bonheur. Pour rendre l'ouvrage plus varié
& plus intéreffant , la galanterie eft venue
au fecours de M. V. Si Mars a été fon
Apollon, Venus & les Graces ont été fes
Muſes . Ce contrafte aimable délaffe agréa
blement le Lecteur des fatigues militaires
qu'il partage avec l'Auteur qui les décrit .
Tous les mouvemens de chaque parti font
peints avec tant de feu & de vérité qu'on
croit être dans un camp , & fouvent dans
la mêlée. On eft préfent à l'action ; on y
prend part. Cet exemple heureux nous
prouve qu'on peut tout dire en vers comme
en profe , & que le vrai talent amené
toujours la réuffite. L'Auteur a fait choix
des vers libres , comme plus affortis à la
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE ,
matiere , & plus propres à rendre la rapidité
des évolutions. Son Poëme en contient
près de huit cens ; & malgré quelques
repétitions inévitables , il le fait lire
avec intérêt d'un bout à l'autre .
Comme ceux qui ne le connoiffent pas
pourroient former là -deffus quelque doutes
, j'en vais extraire ici différens morceaux
qui fuffiront pour les convaincre
que cet éloge n'eft qu'une juftice. L'Auteur
débute en fujet plein de zele ,
François digne de l'être.
Louis ici fait flotter fes drapeaux :
en
Ce n'eft encor qu'une image de guerre ;
Et fes guerriers dont la valeur préfere
Les horreurs de la mort aux douceurs du repos ,
Pour enfanglanter leurs travaux ,
N'attendent que l'inſtant d'allumer le tonnerre ,
Qui porte les decrets des Maîtres de la terre ,
Ainfi qu'il eft l'organe des héros.
Louis va décider ; laiffons à fa prudence
A difcuter nos intérêts :
S'il eft content , nous demandons la paix ;
S'ily voit l'ombre de l'offenſe ,
Que tout parle de fa vengeance ,
Que nos biens , que nos jours affurent fes projets.
Il s'exprime enfuite en guerrier aimable
qui fuit les drapeaux de l'amour dans un
DECEMBRE. 1755. 129
camp de paix , où les femmes courent voir
fans danger les manoeuvres de la guerre .
Mais le bruit du tambour , le fon de la trom➡
pette
Invitent nos guerriers à fe rendre à leurs rangs,
Le fexe croit entendre la Mulette ,
Il en fait fes amuſemens.
Nous n'intimidons point fes charmes ,
Nous leur prêtons de nouveaux feux.
Il vient oppoler à nos armes
Les armes que l'amour place dans les beaux yeux:
Si dans nos camps on répand quelques larmes ,
C'eſt nous qui les verfons ; & s'il eft des alfarmes
,
Elles font pour les coeurs qui ne font pas heureux.
Le ciel s'ouvre à mes yeux , & je crois voir l'aufore
:
Non , non ; feroit -ce Hebé ! Vous , qu'aux cieux
on adore ,
Aux mortelles d'ici difputez - vous nos coeurs ?
Pour les vergers qu'on deshonore ,
Eft- ce Pomone enfin qui vient verfer des pleuss
Ou bien c'eft la Déeffe Flore
Qui craint fans doute pour fes fleurs.
Je me trompois ; c'eſt mieux encore ;
La jeune Eglé , fous des lambris dorés ,
Où fon époux nous froit moins urile ,
Quitte avec lui le féjour de la ville ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Et vient orner nos champs qui ne font plus parés
--Les fleurs fous fe , pas vont renaître :
Une feconde fois la terre va s'ouvrir.
Les nouvelles moiffons qu'on y verroit paroître ;
Comme les yeux ne pourront l'embellir .
La maison qu'elle habite eft un fecond exemple
De la faveur des Dieux pour la tendre Baucis :
Pour elle & Philemon dans la pouffiere affis ,
D'un humble logement les Dieux firent un tem→
ple..
Près d'Eglé , fous le chaume , on croit être à
Cypris.
- On ne peut pas annoncer d'une façon
plus galante l'arrivée de Madame de Caumartin
, Intendante de Mets , à Richemont
, ni fur ce qu'elle habitoit une maifon
de payfan , faire une application plusheureufe
de la fable de Baucis & de Philemon
, dont Jupiter changea la chaumiere
en un temple.
Chevert parcft , & chacun en filence
Partage fes régards entre la troupe & lui .
Quel fpectacle à nos yeux offre- t-il aujourd'hui ?
Ses ordres font portés. On s'ébranle , on s'avance :
Le champ de Mars eft occupé ;
Le foldat attentif à l'ordre qu'on lui donne
Marche par bataillon ; il forme une colonne ;
Il manoeuvre , il s'exerce ainfi qu'il eft campé ....
}
DECEMBRE . 1755- 131
Chacun alors fe fait un crime
De n'être pas à ſon devoir.
Que de préciſion ! l'efprit qui les anime ,
Semble être un feul reffort qui les fait tous mouvoir.
De l'exercice par Bataillons & par Brigades
, à la tête du camp , l'Auteur paffe paſſe
ainfi à l'attaque d'une grand'Garde de
Cavalerie .
Des efcadrons entrent dans la carriere ,
Et vont l'un contre l'autre exercer leur valeur.
L'un défend ce que l'autre attaque avec fureur.
Je vois Turpin & fa troupe légere ;
Couvert d'une noble pouffiere
Il arrive , il menace , il tient confeil , réfout.
C'est l'éclair que l'on voit précéder le tonnerre :
L'eil n'eft pas affez prompt pour le fuivre par
tout .
Le jeune Berchini , digne héritier d'un père ,
Dont la France connoît le zele & la valeur
De Turpin prêt à remporter l'honneur ,.
Vient arrêter la fougue , & fervir de barriere.
Nous allons maintenant offrir un plus
grand tableau : c'eft la manoeuvre du 9
Septembre , où toute la Cavalerie , aux
ordres de M. de Poianne , atraqua en plaine
toute l'Infanterie commandée par M.
de Chevert .
2
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Mais un nuage de pouffiere
S'éleve dans les airs , & vient frapper mes yeux :
Il s'ouvre , & laiffe voir des efcadrons nombreux,
D'un pas léger , la contenance fiere ,
Marcher droit à nos bataillons.
Poianne contre nous conduit fes eſcadrons ;
On en connoît la valeur , la prudence ,
On en connoît l'activité.
Il range fon armée avec intelligence ,
Il vient à nous avec vivacité .
Le foldat en frémit , mais n'en prend point d'allarmes
:
Il s'attend à combattre , il prépare les armes ,
Chevert , fes difpofitions.
Il veut de l'ennemi , qui comptoit le furprendre ,
Prévenir les deffeins , l'attaquer le premier ,
Et le forçant lui - même à fe défendre ,
Arracher de fes mains la palme & le laurier.
Voici des vers qui refpirent tout le fen
du falpêtre , & la fuieur de l'action qu'ils
repréfentent.
Poianne eft indigné de trouver tant d'obſtacle ;
Ses efcadrons , qu'il vient de partager ,
Vont offrir un nouveau fpectacle ,
Tous à la fois s'apprêtent à charger.
Ce corps eft immobile , & par- tout on le couvre-:
De tous côtés alors on voit en même tems
Des efcadrons attaquer tous nos flancs.
DECEMBRE. 1755. 133
On diroit qu'auffitôt le Mont Vefuve s'ouvre ,
Et qu'il vomit les feux fur tous les affaillans .
De ce mont redouté préſentez - vous l'image ,
Quand le feu fort de fes goufres profonds
Ses feux & la fumée y forment un nuage ,
Et confondent leur fource avec ces tourbillons.
Telle & plus forte encore eft l'épaiffe fumée ,
Quifuit le feu que font les angles & les flancs :
On ne voit plus le corps d'armée ,
11 femble enfeveli fous ces feux dévorans ;
Ils couvrent tous les combattans ,
Ils éclipfent les cieux , ils nous cachent la terre ,
Les chevaux écumans , les chefs impatiens;
Des Huffards , des Dragons , la troupe plus légere
Cherche inutilement à defunir nos rangs ;
Nous leur offrons par tout l'invincible barriere
Qui rend leurs refforts impuiffans
Et leur ardeur qui fe modere
>
Donne le tems à quelques mouvemens.
Ces quatre vers peignent bien les Grenadiers
que l'Auteur commandoit , & le
caracterifent lui-même.
Les Grenadiers font des Dieux à la guerre :
On s'empreffe avec eux d'en courir les hazards ,
Avec eux , ce jour - là , défiant le tonnerre ,
J'aurois vaincu , je crois , Bellonne au champ de
Mars.
134 MERCURE DE FRANCE.
Pour égayer & varier le tableau , M. V.
s'écrie :
Mufe de Saint Lambert , prête - moi tes pinceaux
;
Dis - nous comment d'Eglé , la divine compa
gne
Quitte Paris , le remplit de regrets ,
Pour venir avec elle embellir la campagne :
Elle vient y regner fur de nouveaux ſujets.
Peins- nous Comus , peins - nous Thalie
Et tous leurs charmes féduifans ;
Peins- nous la charmante Emilie ,
Délices & foutien de notre Comédie ,
Et le fléau de mille foupirans ,
Dont chacun d'eux a grande envie
D'en obtenir quelques inftans.
C'étoit une Actrice de la Comédie de
Mets qui alloit jouer au camp ; mais l'Auteur,
revient vite aux combats ..
N'entens-je pas crier aux armes ?
Plaifirs , pour un moment laiffez - moi vous quitter
,
L'honneur chez les François paffe avant tous vos
charmes ,
tin.
Madame de la Porte ,foeur de M. de CaumarDECEMBRE.
1755. 139
Il vole à fes devoirs , il va vous mériter.
L'utilité des camps de paix eft heureufement
exprimée dans les fix vers fuivans.
Par-tout on voit attaquer & défendre ,
Par -tout on croit fervir l'Etat ;
N'est -ce pas en effet travailler pour la France ,
Que d'en former les Officiers ?
C'eft élever des forts d'avance ,
C'eft y planter pour elle des lauriers.
Nous allons finir cet extrait par le récit
de la derniere manoeuvre , du 2.0 Septembre
, où l'on attaqua le village d'Uckange.
Les colonnes alors s'approchent du village';
Le centre & les côtés fe trouvent réunis :
Nous attaquons par-tout , par- tout eft l'avantage;
Les ennemis font inveftis :
Il faut prévenir leur défaite .
D'Eftaing alors y donne tous fes foins.
Il fonge à faire fa retraite ,
Il en a prévu tous les points .
Chacun des poftes fe replie ,
Se retire fur lui , point de confufion ,
Chacun retourne à fa divifion ;
Et chacun fous fon feu fe range & fe rallie.
On le fuit , il fait face ; on le charge , il fait feu,
Il gagne les mailons & le fein du village ,
136 MERCURE DE FRANCE.
S'y retire en bon ordre , & là finit l'image
Des combats , dont Louis a voulu faire un jeu.
Ce dernier trait en termine l'hiſtoire.
Chacun au camp revient couvert de gloire ,
Avec l'ami , l'ennemi confondu ,
Voit les talens fans jaloufie ,
Chacun les vante , les public.
Voilà le fceau de la vertu.
C'ett en avoir que de la reconnoître ,
Et dans tout genre on ne peut être maître
Qu'en lui rendant l'honneur qu'on lui fçait être
dû.
Nous donnerons au prochain Mercure
un récit court , mais détaillé du camp de
Valence, ainfi que de celui de Richemont,
s l'article de la Cour.
LETTRE fur cette queftion : Si Ffprit
philofophique eft plus nuifible , qu'utile aux
Belles Lettres ; A Monfieur le Marquis de
Beauteville , de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouse , par M. de R..... 1795 ,
chez Duchefne , Libraire au Temple du
Goût.
Je joins à cette annonce le précis fuivant
qu'un ami de l'Auteur m'a prié d'inférer
dans le Mercure , & qu'on va lire
ici tel qu'il m'a été envoié.
Cette Lettre peut être divifée en quatre
DÉCEMBRE. 1755. 137 .
parties ; dans la premiere , l'Efprit philofophique
& le génie des Belles- Lettres
font confidérés en eux -mêmes , & comme
caracteres de l'ame d'où réfultent différentes
manieres d'envifager & de traiter les
fujets.
Dans la feconde on décrit la méthode
philofophique & la marche du génie littéraire.
Dans la troifieme on indique les défauts
que l'efprit philofophique tranfporté de la
Philofophie dans les Belles- Lettres , y doit
répandre , avec quelque foin qu'il tâche
de fe déguifer.
Et dans la quatrieme , on prouve que
l'efprit philofophique incapable de produire
dans les Belles- Lettres , n'eft en état
de juger des productions du génie que
d'après le goût .
Il regne beaucoup de profondeur & de
vues dans la premiere partie , la feconde eft
traitée avec toute " exactitude qu'exigeoit
la matiere : les allufions critiques de la troifieme
font d'une grande fineffe ; & la quatrieme
eft ornée d'une image fimbolique qui
repréſente avec jufteffe la correfpondance
& le concert du génie & du goût. Cette lettre
qui eft adreffée à un Philofophe du
premier ordre , eft un de ces ouvrages qui
ne femblent deftinés qu'au petit nombre
135 MERCURE DE FRANCE.
de lecteurs qui aiment à penfer , & qui
veulent approfondir la théorie des Arts .
UNE perfonne à portée d'avoir les meilleures
inftructions , travaille à une Chronologie
Militaire où fe trouvera l'Histoire
des Officiers fupérieurs & généraux , &
celle des Troupes de la Maifon du Roi , &
des Régimens d'infanterie , cavalerie &
dragons , foir exiftans , foit réformés. Il
défireroit avoir communication des titres
qui font répandus dans les familles ; & on
prie ceux qui ont dans leurs titres ou papiers
:
1º. Des Pouvoirs de Lieutenans Géné
raux .
2º. Des Brevets de Maréchaux de Camps
ou de Brigadiers.
3°. Des Ordres de Directeurs ou Inf
pecteurs Généraux .
4°. Des Provifions de Grand-Croix , &
de Commandeurs de l'Ordre de S. Louis.
5 °. Des Provifions de Maréchaux Généraux
de logis des Camps & Armées du
Roi , ou de Maréchaux de logis de la cavaleric.
6°. Des Provifions de Gouverneurs des
Provinces.
7°. Des Commiffions de Colonels de
Régiment d'infanterie , cavalerie ou dragons.
1
DECEMBRE. 1755. 139
8°. Enfin des Commiffions de Capitaines
aux Gardes .
De vouloir bien en envoyer la note dans
la forme ci- deffous .
Pour les Lieutenans Généraux , Maréchaux
de Camps & Brigadiers.
Pouvoir de Lieutenant Général ou Bre
vet de Maréchal de Camp , ou Brigadier ,
pour M . . . . . . en mettant le nom de
baptême & de famille , les qualifications
qui lui font données dans lefdits Pouvoir
ou Brevet ; la date defdits Brevet ou Pouvoir
, & le nom des Secrétaires d'Etat qui
les ont contre- fignées ; obfervant auffi de
mettre autant qu'il fera poffible la date de
la mort defdits Officiers.
A l'égard des autres Provifions & Com
miffions dont il eft parlé ci- deffus , on prie
d'y ajouter de plus , comment les Officiers
ont en ces places , foit par nouvelle levée
ou par la mort & démiffion de M. un tel ,
comme cela eft marqué dans lefdites commiflions.
- L'on prie d'obferver 1 ° . que l'on ne demande
fimplement que des notes dans la
forme ci-deffus , & point de copies, 2 ° . D'adreffer
ces notes à M. Defprés , premier
Commis du Bureau de la Guerre , à Verfailles.
Fermer
Résumé : « JOURNAL en vers de ce qui s'est passé au camp de Richemont, commandé par [...] »
Le texte présente un journal en vers rédigé par M. Vallier, Colonel d'Infanterie, relatant les événements survenus au camp de Richemont sous le commandement de M. de Chevert, Lieutenant Général des armées du Roi, du 26 août au 25 septembre 1755. Ce journal, publié à Paris chez Lambert, est considéré comme un nouveau genre littéraire car il décrit avec précision la disposition d'une armée, les attaques, les terrains, les positions des rivières, villages et chaumières, ainsi que les termes techniques de l'art militaire. L'auteur utilise des vers libres pour rendre la rapidité des évolutions militaires. Le poème, composé de près de huit cents vers, est enrichi par des éléments galants et des descriptions détaillées des mouvements militaires, permettant au lecteur de se sentir présent sur le champ de bataille. Le journal inclut également des descriptions de la vie au camp, comme l'arrivée de Madame de Caumartin, Intendante de Metz, et des manoeuvres militaires telles que l'attaque d'une grand'garde de cavalerie et la manoeuvre du 9 septembre où la cavalerie a attaqué l'infanterie. Le texte se termine par la description de la dernière manoeuvre du 20 septembre, où un village a été attaqué, et par des réflexions sur l'utilité des camps de paix pour former les officiers. Par ailleurs, le document énumère divers types de pouvoirs et commissions militaires, daté du 1er décembre 1755. Il inclut les pouvoirs de lieutenants généraux, les brevets de maréchaux de camp ou de brigadiers, les ordres de directeurs ou inspecteurs généraux, les provisions de grand-croix et de commandeurs de l'Ordre de Saint-Louis, les provisions de maréchaux généraux de logis, les provisions de gouverneurs des provinces, les commissions de colonels de régiment d'infanterie, de cavalerie ou de dragons, et enfin les commissions de capitaines aux Gardes. Le texte demande d'envoyer une note dans une forme spécifique pour chaque type de pouvoir ou commission. Pour les lieutenants généraux, maréchaux de camp et brigadiers, la note doit inclure le nom complet de l'officier, ses qualifications, la date du brevet ou du pouvoir, le nom du secrétaire d'État ayant contresigné le document, et, si possible, la date de décès de l'officier. Pour les autres provisions et commissions, il est demandé d'indiquer comment les officiers ont obtenu leurs places, soit par nouvelle levée, soit par la mort ou la démission d'un autre officier. Ces notes doivent être adressées à M. Desprès, premier commis du Bureau de la Guerre, à Versailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
871
p. 226-227
ESPAGNE.
Début :
En considération des services du feu Comte de Perelada, qui a eu [...]
Mots clefs :
Madrid, Gibraltar, Comte de Perelada, Ambassadeur, Mort, Prise de Salé, Emprisonnement, Rançon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 11 Novembre.
En confidération des ſervices du feu Comte de
Perelada , qui a eu le malheur de périr dans l'affreux
défaftre arrivé à Liſbonne , Sa Majeſté a envoyé
la Clef de Gentilhomme de la Chambre au
fils de cet Ambaffadeur , & l'a gratifié d'une
penfion de cinq cens doublons.
DE GIBRALTAR , le premier Octobre.
Diverſes lettres de Saffy affurent , que le Prin
DECEMBRE. 1755. 227
ce héréditaire de Maroc s'eft emparé de Salé , &
qu'il en a mis les principaux habitans aux fers ;
qu'il a fait éprouver le même traitement aux
Marchands Chrétiens établis dans la ville , &
qu'il exige d'eux une fomme confidérable pour
leur rendre la liberté.
DE MADRID , le 11 Novembre.
En confidération des ſervices du feu Comte de
Perelada , qui a eu le malheur de périr dans l'affreux
défaftre arrivé à Liſbonne , Sa Majeſté a envoyé
la Clef de Gentilhomme de la Chambre au
fils de cet Ambaffadeur , & l'a gratifié d'une
penfion de cinq cens doublons.
DE GIBRALTAR , le premier Octobre.
Diverſes lettres de Saffy affurent , que le Prin
DECEMBRE. 1755. 227
ce héréditaire de Maroc s'eft emparé de Salé , &
qu'il en a mis les principaux habitans aux fers ;
qu'il a fait éprouver le même traitement aux
Marchands Chrétiens établis dans la ville , &
qu'il exige d'eux une fomme confidérable pour
leur rendre la liberté.
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Résumé : ESPAGNE.
Le 11 novembre, Sa Majesté a reconnu les services du Comte de Perelada, décédé à Lisbonne, en accordant à son fils la Clef de Gentilhomme de la Chambre et une pension annuelle de cinq cents doublons. Le 1er octobre, le prince héritier du Maroc a pris la ville de Salé, emprisonnant les habitants et les marchands chrétiens, et exigeant une rançon pour leur libération.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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872
p. 228-234
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier d'Abreu, Ministre d'Espagne, & Don Louis d'Acunha, Ministre [...]
Mots clefs :
Londres, Général, Colonel, Amérique, Indiens d'Amérique, Combats, Johnson, Vaisseaux, Français, Amiraux, Chambre des communes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES
, le 25 Novembre
.
Le Chevalier
d'Abreu
, Miniftre
d'Eſpagne
, &
Don Louis d'Acunha
, Miniftre
de Portugal
, ont
eu le mois paffé de fréquentes
conférences
avec
les Miniftres
du Roi. On affure qu'elles
ont roulé
fur la médiation
offerte par leurs Majeftés
Catholique
& très-fidele , pour accommoder
les différends
furvenus
entre cette Cour & celle de Fran- ce. Le bruit eft général
auffi que la commiffion de Don Mello de Caftro eft relative
à cet objet.
L'Amiral
Byng fit voile de ce port le 14 Octobre
avechuit vaiffeaux
de guerre. Il doit prendre
à Plymouth
quatre
autres vaiffeaux
& quelques
frégates
, & continuer
enfuite
fa route vers la Méditer- ranée. Les dernieres
nouvelles
de l'Amérique
portent
que le Général
Shirley
a commencé
l'âttaque
du Fort de la Couronne
, & que le Gouverneur
de la Virginie
fait lever avec toute la diligence
poffible
un Régiment
de douze cens hom- mes , dont le Colonel
Washington
aura le comDECEMBRE.
1755. 229
"
mandement . Selon les mêmes lettres , les Sauvages
font des courfes continuelles dans cette colonie ,
ainfi que dans la Pensilvanie & dans le Maryland ,
& ils y ont caufé beaucoup de ravages.
Une partie des cargaifons des bâtimens dont
les Anglois fe font emparés , dépériffant à bord ;
les propriétaires ont demandé la permiffion de
s'en défaire , offrant d'en remettre la valeur , fi les
circonstances l'exigent. En conféquence on a
commencé à vendre plufieurs des denrées & des
marchandiſes qui étoient fur ces bâtimens .
Voici les principales particularités que le Gouvernement
a jugé à propos de rendre publiques
au fujet de l'avantage remporté en Amérique par
Johnfon. Quelques Indiens , que ce Major Général
avoit envoyés à la découverte , lui vinrent
annoncer le 7 du mois de Septembre , qu'un détachement
de troupes Françoifes marchoit vers
un pofte avancé , où étoient deux cens cinquante
hommes du Régiment de New Hampshire , &
cinq Compagnies du Régiment de la Nouvelle
Yorck. Auffi-tôt le Sr Johnſon envoya ordre au
Colonel Blanchard , qui commandoit dans ce
pofte , de fe replier avec les troupes. On fut informé
la nuit fuivante , que les François étoient
arrivés à quatre milles en-deçà du pofte du Colonel
Blanchard . Le lendemain matin , on tint
Confeil de guerre. Il fut réfolu de détacher mille
hommes , fous le commandement du Colonel
Williams , pour aller à leur rencontre. Une heure
& demie après le départ de ce détachement ,
auquel fe joignirent deux cens Indiens , on entendit
tirer avec beaucoup de vivacité. On ne
douta point qu'il n'y eût une action d'engagée ,
& l'on jugea qu'elle fe paffoit à trois milles du
camp , où le feur Johnſon étoit rétranché près
230 MERCURE DE FRANCE.
du Lac Ceorges. Les feux des combattans s'ap
prochant peu à peu , il fut aifé de conjecturer
que les troupes du Colonel Williams étoient en
déroute. Le Lieutenant Colonel Colie fut détaché
en conféquence avec trois cens hommes pour favorifer
leur retraite . Entre dix & onze heures elles
revinrent en fort grand céfordre . A onze heures
& demie les François parurent. Ils n'étoient
qu'au nombre de dix - fept cens hommes , fçavoir
deux cens Grenadiers , huit cens Canadiens , &
fept cens Indiens . Ayant fait une courte halte à
cent cinquante toiles des retranchemens du Major
Général Johnſon , ils s'avancerent la bayonette
au bout du fufil , dirigeant leur principale attaque
vers le centre du camp . D'abord ils firent feu par
pelotons. Leurs décharges ne produifirent pas
beaucoup d'effet , parce que les Anglois étoient
Couverts d'un parapet . Ceux- ci commencerent à
faire jouer leur artillerie , & pour lors le combat
devint général . L'attaque des François fur des
plus vives. Ne pouvant entamer le centre du
camp , ils tournerent leurs efforts du côté de la
droite. Après avoir combattu jufqu'à quatre heures
après- midi avec une intrépidité peu commune
, ils furent enfin repouffes. Les Anglois les
voyant ébranlés , fortirent du retranchement , les
pourfuivirent , & firent trente prifonniers , parmi
fefquels eft le fieur de Dieskau , Général des trou
pes arrivées depuis peu de France en Canada. Il eſt
bleffé dangereufement d'un coup de feu à la jambe
, & de deux autres coup dans les deux hanches.
Son Major Général , & le fieur de Saint Pierre qui
commandoit les Indiens , ont été tués . On ne fçait
point au juſte à quoi monte la perte de part &
d'autre. Les uns prétendent que les François ont
perda mille hommes. Selon d'autres ils n'en ont
DECEMBRE.
1755. 231
perdu que fix cens. Du côté des Anglois , le Májor
General Johnſon a reçu un coup de feu dans
la cuifle , & l'on n'a pu retirer la balle de la plaie .
Le Colonel Williams , le Major Ashley , les Capitaines
Ingerzal , Putter , Ferral , Stodder , Mac-
Ginnes & Steven , ont perdu la vie dans le combat
du matin. A la défenſe du camp les Anglois
ont eu cent trente hommes tués , & foixante
bleffés. Le Colonel Titcomb eft du nombre des
premiers.
Les Seigneurs préfenterent le 14 de ce mois.
au Roi l'adreſſe fuivante. « Nous , les fideles Su-
»jets de Votre Majefté , les Loras Spirituels &
Temporels aflemblés en Parlement , deman
» dons la permiffion de la remercier de fa gra
>> cieuſe harangue émanée du trône . L'attention
» paternelle de Votre Majefté pour le bonheur
» de fes peuples , laquelle s'eft fait connoître dans
» toutes les occafions , fe manifefte d'une façon
» bien fenfible , dans cette conjoncture critique ,
» par l'ardent défir que Votre Majesté a montré
» de garantir la Grande Bretagne des calamités
de la guerre , & par la ferme réſolution où eft
» Votre Majesté de n'accepter que des propofi-
» tions raisonnables & honorables d'accommode-
» ment. Quand nous confidérons de quelle im-
>> portance la confervation des poffeffions de la
» Grande- Bretagne en Amérique eft au commer
» ce & à la prospérité de ces Royaumes , nous ne
>> pouvons voir avec indifférence tant d'ufurpa
» tions faites par la France dans le tems d'une pro-
» fonde paix, & contre la foi des traités les plus
>> folemnels. Rien ne peut furpaffer notre étonne
» ment d'une telle conduite , fi ce n'eft la recon-
>> noiffance que nous infpirent les foins pris par
» Votre Majesté pour protéger nos colonies con
232 MERCURE DE FRANCE .
>> tre les invaſions & contre les infultes , & pour
>> recouvrer les pays qui en ont été enlevés fi in-
» juftement. Si quelque Puiffance a pu fe trom-
» per jufqu'au point d'imaginer que Votre Ma-
»jefté & votre Parlement demeuraffent dans l'in-
» action à la vue de tant d'hoftilités que nous ne
> nous fommes point attirées , il y a long- tems
» qu'elle doit être revenue de fon erreur. Nous
reconnoiffons avec bien de la gratitude la fa-
» geffe & la bonté de Votre Majesté , dans la di-
» ligence qu'elle a apportée à multiplier fes ar-
>> memens maritimes , à augmenter les forces de
» terre , de maniere à procurer la fureté de fes
» peuples , fans leur impofer un fardeau trop
» onéreux , & à encourager les braves & fideles
fujets d'Amérique à faire en cette occaſion im-
» portante , tout ce que demandent d'eux leur
» devoir , leur bien- être & leur commun danger.
» Votre Majefté a fuffifamment prouvé qu'elle
» n'eft guidée par aucun motif d'ambition , ni par
>> aucun deffein d'exciter de nouveaux troubles .
» Sa prudence & fa magnanimité éclatent pleine-
>> ment par la difpofition où elle est de prévenir
» tout ce qui pourroit allumer en Europe une
» guerre générale , & de fe borner à pourſuivre
>> les fins falutaires & néceffaires qu'il lui a plu
» de nous expoſer. C'eft avec grand plaifir que
»>nous apprenons la déclaration pacifique de Sa
n Majefté Catholique. Une telle déclaration s'ac-
» corde parfaitement avec la bonne intelligence
>> qui fubfifte entre les deux Couronnes , & avec
» l'intérêt de toute l'Europe . Nous trahirions ce
» que nous devons à Votre Majefté & à notre Pa-
>> trie , fi nous ne promettions avec autant de fin-
» cérité que de zele , de féconder efficacement
» Votre Majesté dans une cauſe juſte & naționale,
DECEMBRE . 1755. 233
» Rien ne
manquera de notre part pour effectuer
» les affurances
que votre Parlement
vous a don-
» nées dans fa derniere feffion . Nous nous re-
» gardons comme obligés par les loix du devoir ,
» de l'honneur
& de la reconnoiffance
, à concou-
>> rir à toutes les mefures fages & indifpenfables
,
» que Votre Majefté a prifes pour la défenſe des
» droits de fa Couronne
, à faire échouer les ten-
» tatives qui pourroient
être faites par la France
» en haine de ces mefures , & à mettre Votre Ma-
» jefté en état de repouffer les entrepriſes
qui fe-
>> ront formées , non feulement
contre les Royau-
» mes , mais même contre fes autres Etats indé-
» pendans de la Couronne de la Grande-Bretagne,
» fuppofé qu'ils foient attaqués
à raifon de la
>> part que Votre Majefté a priſe à l'intérêt effen-
» tiel de cette Couronne . Animés de ces grandes
» & importantes
confidérations
, qu'il nous foit
» permis d'affurer Votre Majefté de notre fidélité
» & de notre attachement
pour fa perfonne
fa-
» crée , & de lui protefter que nous enviſageons
» le maintien de fon Gouvernement
& de la fucceffion
proteftante dans votre Royale Maifon ,
» comme le feul appui de notre Religion & de
» nos Libertés. Notre conduite inébranlable détrompera
quiconque fe feroit vainement flatté
» que des appareils menaçans puffent nous em-
» pêcher d'agir conféquemment à ces principes
» & elle prouvera que , quoique nous foyons bien
» éloignés de penfer à faire injure ou tort à quel-
» qu'un de nos voifins , nous fommes prêts à
» facrifier nos vies & nos fortunes pour la dé-
» fenſe de Votre Majefté , ainsi que pour la con-
» fervation des poffeffions , du commerce & des
» droits de la Grande-Bretagne. » Le Roi répondit
aux Seigneurs , Milords , je vous fais mes fin-
>
234 MERCURE DE FRANCE.
ceres remerciemens des marques d'affection & de
fidélité dont votre Adreffe eft remplie. Je vois avec
la plus grande fatisfaction le zele que vous montrez
pour ma perfonne & pour mon Gouvernement, auſſibien
que pour les véritables intérêts de votre patrie,
que je ne perdrai jamais de vue. Les affurances
que vous me donnez , de défendre méme mes
Etats indépendans de la Couronne de la Grande
Bretagne , font une forte preuve de votre attachement
pour moi, & de l'intérêt que vous prenez à
mon honneur. Rien ne me détournera de poursuivre
les mesures qui peuvent contribuer efficacement à
maintenir les poffeffions & les droits de la Nation ,
à nous procurer un accommodement folide
honorable.
L'adreffe qui fut préfentée le 15 par la Chambre
des Communes , eft conçue à peu - près dans
les mêmes termes que l'Adreffe de la Chambre-
Haute.
Les Amiraux Bofcawen , Moftyn & Holbourne
, font revenus d'Amérique avec leurs Efcadres
, lefquelles doivent être radoubées , afin de
fe remettre en mer , lorfque les circonftances
l'exigeront. Le vaiffeau de guerre François l'Efpérance
, a été conduit à Plymouth. Il a été pris
par l'efcadre de l'Amiral Weft , après avoir foutenu
un combat de quatre heures contre le vaiffeau
l'Orford , qu'il a fort maltraité , & un fecond
combat contre l'Amiral Weft lui- même . Comme
ce vaiffeau étoit fort vieux & criblé de coups ,
on y a mis le feu après en avoir retiré les agrets.
, le 25 Novembre
.
Le Chevalier
d'Abreu
, Miniftre
d'Eſpagne
, &
Don Louis d'Acunha
, Miniftre
de Portugal
, ont
eu le mois paffé de fréquentes
conférences
avec
les Miniftres
du Roi. On affure qu'elles
ont roulé
fur la médiation
offerte par leurs Majeftés
Catholique
& très-fidele , pour accommoder
les différends
furvenus
entre cette Cour & celle de Fran- ce. Le bruit eft général
auffi que la commiffion de Don Mello de Caftro eft relative
à cet objet.
L'Amiral
Byng fit voile de ce port le 14 Octobre
avechuit vaiffeaux
de guerre. Il doit prendre
à Plymouth
quatre
autres vaiffeaux
& quelques
frégates
, & continuer
enfuite
fa route vers la Méditer- ranée. Les dernieres
nouvelles
de l'Amérique
portent
que le Général
Shirley
a commencé
l'âttaque
du Fort de la Couronne
, & que le Gouverneur
de la Virginie
fait lever avec toute la diligence
poffible
un Régiment
de douze cens hom- mes , dont le Colonel
Washington
aura le comDECEMBRE.
1755. 229
"
mandement . Selon les mêmes lettres , les Sauvages
font des courfes continuelles dans cette colonie ,
ainfi que dans la Pensilvanie & dans le Maryland ,
& ils y ont caufé beaucoup de ravages.
Une partie des cargaifons des bâtimens dont
les Anglois fe font emparés , dépériffant à bord ;
les propriétaires ont demandé la permiffion de
s'en défaire , offrant d'en remettre la valeur , fi les
circonstances l'exigent. En conféquence on a
commencé à vendre plufieurs des denrées & des
marchandiſes qui étoient fur ces bâtimens .
Voici les principales particularités que le Gouvernement
a jugé à propos de rendre publiques
au fujet de l'avantage remporté en Amérique par
Johnfon. Quelques Indiens , que ce Major Général
avoit envoyés à la découverte , lui vinrent
annoncer le 7 du mois de Septembre , qu'un détachement
de troupes Françoifes marchoit vers
un pofte avancé , où étoient deux cens cinquante
hommes du Régiment de New Hampshire , &
cinq Compagnies du Régiment de la Nouvelle
Yorck. Auffi-tôt le Sr Johnſon envoya ordre au
Colonel Blanchard , qui commandoit dans ce
pofte , de fe replier avec les troupes. On fut informé
la nuit fuivante , que les François étoient
arrivés à quatre milles en-deçà du pofte du Colonel
Blanchard . Le lendemain matin , on tint
Confeil de guerre. Il fut réfolu de détacher mille
hommes , fous le commandement du Colonel
Williams , pour aller à leur rencontre. Une heure
& demie après le départ de ce détachement ,
auquel fe joignirent deux cens Indiens , on entendit
tirer avec beaucoup de vivacité. On ne
douta point qu'il n'y eût une action d'engagée ,
& l'on jugea qu'elle fe paffoit à trois milles du
camp , où le feur Johnſon étoit rétranché près
230 MERCURE DE FRANCE.
du Lac Ceorges. Les feux des combattans s'ap
prochant peu à peu , il fut aifé de conjecturer
que les troupes du Colonel Williams étoient en
déroute. Le Lieutenant Colonel Colie fut détaché
en conféquence avec trois cens hommes pour favorifer
leur retraite . Entre dix & onze heures elles
revinrent en fort grand céfordre . A onze heures
& demie les François parurent. Ils n'étoient
qu'au nombre de dix - fept cens hommes , fçavoir
deux cens Grenadiers , huit cens Canadiens , &
fept cens Indiens . Ayant fait une courte halte à
cent cinquante toiles des retranchemens du Major
Général Johnſon , ils s'avancerent la bayonette
au bout du fufil , dirigeant leur principale attaque
vers le centre du camp . D'abord ils firent feu par
pelotons. Leurs décharges ne produifirent pas
beaucoup d'effet , parce que les Anglois étoient
Couverts d'un parapet . Ceux- ci commencerent à
faire jouer leur artillerie , & pour lors le combat
devint général . L'attaque des François fur des
plus vives. Ne pouvant entamer le centre du
camp , ils tournerent leurs efforts du côté de la
droite. Après avoir combattu jufqu'à quatre heures
après- midi avec une intrépidité peu commune
, ils furent enfin repouffes. Les Anglois les
voyant ébranlés , fortirent du retranchement , les
pourfuivirent , & firent trente prifonniers , parmi
fefquels eft le fieur de Dieskau , Général des trou
pes arrivées depuis peu de France en Canada. Il eſt
bleffé dangereufement d'un coup de feu à la jambe
, & de deux autres coup dans les deux hanches.
Son Major Général , & le fieur de Saint Pierre qui
commandoit les Indiens , ont été tués . On ne fçait
point au juſte à quoi monte la perte de part &
d'autre. Les uns prétendent que les François ont
perda mille hommes. Selon d'autres ils n'en ont
DECEMBRE.
1755. 231
perdu que fix cens. Du côté des Anglois , le Májor
General Johnſon a reçu un coup de feu dans
la cuifle , & l'on n'a pu retirer la balle de la plaie .
Le Colonel Williams , le Major Ashley , les Capitaines
Ingerzal , Putter , Ferral , Stodder , Mac-
Ginnes & Steven , ont perdu la vie dans le combat
du matin. A la défenſe du camp les Anglois
ont eu cent trente hommes tués , & foixante
bleffés. Le Colonel Titcomb eft du nombre des
premiers.
Les Seigneurs préfenterent le 14 de ce mois.
au Roi l'adreſſe fuivante. « Nous , les fideles Su-
»jets de Votre Majefté , les Loras Spirituels &
Temporels aflemblés en Parlement , deman
» dons la permiffion de la remercier de fa gra
>> cieuſe harangue émanée du trône . L'attention
» paternelle de Votre Majefté pour le bonheur
» de fes peuples , laquelle s'eft fait connoître dans
» toutes les occafions , fe manifefte d'une façon
» bien fenfible , dans cette conjoncture critique ,
» par l'ardent défir que Votre Majesté a montré
» de garantir la Grande Bretagne des calamités
de la guerre , & par la ferme réſolution où eft
» Votre Majesté de n'accepter que des propofi-
» tions raisonnables & honorables d'accommode-
» ment. Quand nous confidérons de quelle im-
>> portance la confervation des poffeffions de la
» Grande- Bretagne en Amérique eft au commer
» ce & à la prospérité de ces Royaumes , nous ne
>> pouvons voir avec indifférence tant d'ufurpa
» tions faites par la France dans le tems d'une pro-
» fonde paix, & contre la foi des traités les plus
>> folemnels. Rien ne peut furpaffer notre étonne
» ment d'une telle conduite , fi ce n'eft la recon-
>> noiffance que nous infpirent les foins pris par
» Votre Majesté pour protéger nos colonies con
232 MERCURE DE FRANCE .
>> tre les invaſions & contre les infultes , & pour
>> recouvrer les pays qui en ont été enlevés fi in-
» juftement. Si quelque Puiffance a pu fe trom-
» per jufqu'au point d'imaginer que Votre Ma-
»jefté & votre Parlement demeuraffent dans l'in-
» action à la vue de tant d'hoftilités que nous ne
> nous fommes point attirées , il y a long- tems
» qu'elle doit être revenue de fon erreur. Nous
reconnoiffons avec bien de la gratitude la fa-
» geffe & la bonté de Votre Majesté , dans la di-
» ligence qu'elle a apportée à multiplier fes ar-
>> memens maritimes , à augmenter les forces de
» terre , de maniere à procurer la fureté de fes
» peuples , fans leur impofer un fardeau trop
» onéreux , & à encourager les braves & fideles
fujets d'Amérique à faire en cette occaſion im-
» portante , tout ce que demandent d'eux leur
» devoir , leur bien- être & leur commun danger.
» Votre Majefté a fuffifamment prouvé qu'elle
» n'eft guidée par aucun motif d'ambition , ni par
>> aucun deffein d'exciter de nouveaux troubles .
» Sa prudence & fa magnanimité éclatent pleine-
>> ment par la difpofition où elle est de prévenir
» tout ce qui pourroit allumer en Europe une
» guerre générale , & de fe borner à pourſuivre
>> les fins falutaires & néceffaires qu'il lui a plu
» de nous expoſer. C'eft avec grand plaifir que
»>nous apprenons la déclaration pacifique de Sa
n Majefté Catholique. Une telle déclaration s'ac-
» corde parfaitement avec la bonne intelligence
>> qui fubfifte entre les deux Couronnes , & avec
» l'intérêt de toute l'Europe . Nous trahirions ce
» que nous devons à Votre Majefté & à notre Pa-
>> trie , fi nous ne promettions avec autant de fin-
» cérité que de zele , de féconder efficacement
» Votre Majesté dans une cauſe juſte & naționale,
DECEMBRE . 1755. 233
» Rien ne
manquera de notre part pour effectuer
» les affurances
que votre Parlement
vous a don-
» nées dans fa derniere feffion . Nous nous re-
» gardons comme obligés par les loix du devoir ,
» de l'honneur
& de la reconnoiffance
, à concou-
>> rir à toutes les mefures fages & indifpenfables
,
» que Votre Majefté a prifes pour la défenſe des
» droits de fa Couronne
, à faire échouer les ten-
» tatives qui pourroient
être faites par la France
» en haine de ces mefures , & à mettre Votre Ma-
» jefté en état de repouffer les entrepriſes
qui fe-
>> ront formées , non feulement
contre les Royau-
» mes , mais même contre fes autres Etats indé-
» pendans de la Couronne de la Grande-Bretagne,
» fuppofé qu'ils foient attaqués
à raifon de la
>> part que Votre Majefté a priſe à l'intérêt effen-
» tiel de cette Couronne . Animés de ces grandes
» & importantes
confidérations
, qu'il nous foit
» permis d'affurer Votre Majefté de notre fidélité
» & de notre attachement
pour fa perfonne
fa-
» crée , & de lui protefter que nous enviſageons
» le maintien de fon Gouvernement
& de la fucceffion
proteftante dans votre Royale Maifon ,
» comme le feul appui de notre Religion & de
» nos Libertés. Notre conduite inébranlable détrompera
quiconque fe feroit vainement flatté
» que des appareils menaçans puffent nous em-
» pêcher d'agir conféquemment à ces principes
» & elle prouvera que , quoique nous foyons bien
» éloignés de penfer à faire injure ou tort à quel-
» qu'un de nos voifins , nous fommes prêts à
» facrifier nos vies & nos fortunes pour la dé-
» fenſe de Votre Majefté , ainsi que pour la con-
» fervation des poffeffions , du commerce & des
» droits de la Grande-Bretagne. » Le Roi répondit
aux Seigneurs , Milords , je vous fais mes fin-
>
234 MERCURE DE FRANCE.
ceres remerciemens des marques d'affection & de
fidélité dont votre Adreffe eft remplie. Je vois avec
la plus grande fatisfaction le zele que vous montrez
pour ma perfonne & pour mon Gouvernement, auſſibien
que pour les véritables intérêts de votre patrie,
que je ne perdrai jamais de vue. Les affurances
que vous me donnez , de défendre méme mes
Etats indépendans de la Couronne de la Grande
Bretagne , font une forte preuve de votre attachement
pour moi, & de l'intérêt que vous prenez à
mon honneur. Rien ne me détournera de poursuivre
les mesures qui peuvent contribuer efficacement à
maintenir les poffeffions & les droits de la Nation ,
à nous procurer un accommodement folide
honorable.
L'adreffe qui fut préfentée le 15 par la Chambre
des Communes , eft conçue à peu - près dans
les mêmes termes que l'Adreffe de la Chambre-
Haute.
Les Amiraux Bofcawen , Moftyn & Holbourne
, font revenus d'Amérique avec leurs Efcadres
, lefquelles doivent être radoubées , afin de
fe remettre en mer , lorfque les circonftances
l'exigeront. Le vaiffeau de guerre François l'Efpérance
, a été conduit à Plymouth. Il a été pris
par l'efcadre de l'Amiral Weft , après avoir foutenu
un combat de quatre heures contre le vaiffeau
l'Orford , qu'il a fort maltraité , & un fecond
combat contre l'Amiral Weft lui- même . Comme
ce vaiffeau étoit fort vieux & criblé de coups ,
on y a mis le feu après en avoir retiré les agrets.
Fermer
Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 25 novembre, le Chevalier d'Abreu, ministre d'Espagne, et Don Louis d'Acunha, ministre du Portugal, ont tenu des conférences fréquentes avec les ministres du Roi de Grande-Bretagne. Ces discussions portaient sur la médiation proposée par les monarques catholique et fidèle pour résoudre les différends entre la Grande-Bretagne et la France. Il est également mentionné que la commission de Don Mello de Castro est liée à cet objet. En mer, l'Amiral Byng a quitté Londres le 14 octobre avec plusieurs vaisseaux de guerre, devant rejoindre d'autres navires à Plymouth avant de se diriger vers la Méditerranée. En Amérique, le Général Shirley a attaqué le Fort de la Couronne, tandis que le Gouverneur de la Virginie a levé un régiment de douze cents hommes sous le commandement du Colonel Washington. Les Sauvages menaient des raids continus dans les colonies de Virginie, Pennsylvanie et Maryland, causant de nombreux ravages. Certaines cargaisons des bâtiments capturés par les Anglais se détérioraient, et les propriétaires ont demandé la permission de s'en débarrasser, offrant de rembourser leur valeur si nécessaire. Plusieurs denrées et marchandises ont ainsi été mises en vente. Le Gouvernement britannique a rendu publiques les particularités de l'avantage remporté par le Major Général Johnson en Amérique. Des Indiens envoyés en reconnaissance ont informé Johnson de l'approche de troupes françaises. Johnson a ordonné au Colonel Blanchard de se replier. Un conseil de guerre a ensuite décidé d'envoyer mille hommes sous le commandement du Colonel Williams pour intercepter les Français. Une bataille a suivi, au cours de laquelle les Français, au nombre de sept cent soixante-dix hommes, ont été repoussés. Les Britanniques ont fait trente prisonniers, dont le Baron de Dieskau, blessé. Les pertes britanniques incluaient plusieurs officiers et cent trente hommes tués, ainsi que soixante blessés. Les Seigneurs ont présenté au Roi une adresse remerciant Sa Majesté pour sa harangue et exprimant leur soutien aux mesures prises pour garantir la Grande-Bretagne contre les calamités de la guerre. Ils ont souligné l'importance de conserver les possessions britanniques en Amérique et ont promis leur fidélité et leur attachement au Roi et à son Gouvernement. Le Roi a répondu en exprimant sa satisfaction et en réaffirmant son engagement à défendre les droits et les possessions de la Nation. La Chambre des Communes a présenté une adresse similaire le 15 décembre. Les Amiraux Boscawen, Moffyn et Holbourne sont revenus d'Amérique avec leurs escadres, qui doivent être radoubées. Le vaisseau français L'Espérance, pris après un combat contre l'escadre de l'Amiral West, a été incendié en raison de ses dommages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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873
p. 186-191
CAMP DE VALENCE.
Début :
Le Camp formé près de cette Ville, étoit composé des Régimens [...]
Mots clefs :
Marquis de Voyer, Infanterie, Artillerie, Bataille, Marquis de Monteynard, Dragons, Régiments, Ennemis, Bataillons, Valence
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texteReconnaissance textuelle : CAMP DE VALENCE.
CAMP DE VALENCE.
Le Camp formé près de cette Ville , étoit compolé
des Régimens d'infanterie de Navarre ,
de Bretagne , de Bigorre , de Nice de Vaubecourt
& de la Roche- Aymon , & des Régimens
de Dragons , Dauphin & de Languedoc.
M. le Marquis de Voyer ; Maréchal des Camps &
armées du Roi , & Infpecteur général de la Cavalerie
, commandoit ce camp. Il avoit fous fes
ordres le Marquis de Monteynard , auſſi Maréchal
de Camp les Comtes de la Queuille & de
la Roche -Aymon , Brigadiers d'Infanterie ; & M.
Severac de Juffes , Brigadier de Dragons. Le
Chevalier de Soupire rempliffoit les fonctions
de Maréchal Général des Logis.
Le 22 Août , le Marquis de Voyer fit la revue
générale des troupes , qui étoient fous les ordres.
Tous les Corps étant en bataille fans alignemens
tracés , qui étoient défendus pendant la
durée du Camp , les Brigades d'Infanterie fo
JANVIER . 1756. 187
porterent fur le centre . Au fignal d'un coup de
canon , la Ligne d'Infanterie fe trouva rompue ,
à droite , par tiers de rang , & à gauche , jufqu'à
la droite du Camp. Chaque divifion fit enfuite
un quart de converfion à gauche , marcha quarante
pas en avant , fit un fecond quart de converfion
à gauche , & marcha jufqu'à la droite du
Camp , d'où par des quarts de converfion à droite ,
chaque Corps fe trouva fur le front de fon terrein
, & y rentra par un demi-tour à droite . Les
Régimens de Dragons Dauphin & de Languedoc,
qui s'étoient rompus par Compagnies , l'un à
la droite , l'autre à la gauche , rentrerent auffi
dans le Camp , peu après l'Infanterie. Le Marquis
de Voyer vifita enfuite tous les poftes avancés
. Avant -hier , les troupes firent en fa préfence
, d'abord par Régiment , & enfuite par
Brigade , tous les feux preferits par l'Ordonnance
du 6 Mai de cette année. Les deux Brigades de
la gauche ſe ferrerent fur celle de Navarre. Elles
marcherent en bataille , au pas ordinaire & au
pas redoublé , environ deux cens toifes en avant
des fleches qui couvrent le Camp. Les Bataillons ,
qui dans la marche avoient trouvé des obſtacles ,
comme Caffines, Haies , Redents , s'étoient placés,
par le pas de côté, derriere les Bataillons qui avoient
trouvé le chemin libre . Ils les avoient fuivis jufqu'au
de-là de l'obſtacle. Alors , par le pas de côté ,
ils s'étoient replacés vis-à- vis des intervalles , &
par le pas redoublé ils avoient repris leur rang
dans la Ligne. Vis -à- vis des obftacles , quelquesuns
des Bataillons fe formerent en colonne derriere
les Bataillons , dont le chemin n'étoit point
embarraflé , & quand l'obftacle étoit paffé , ils
rentroient dans la ligne à pas redoublé . Sur
les onze heures , le Marquis de Voyer fit rompre.
188 MERCURE DE FRANCE.
la ligne par un quart de converfion à gauche par
Bataillon. La colonne marcha , jufqu'à ce que
chaque Bataillon fe trouvât vis - vis de fon Camp
où il rentra . L'objet de cette manoeuvre fut d'exercer
les troupes à faire les pas perfcrits par l'Ordonnance
, & de leur apprendre à s'en fervir
felon les différentes occafions & les différens terreins
.
Le 3 Septembre , le Marquis de Voyer fuppofa
que des troupes ennemies , qui couvroient
la ville de Valence , s'en étoient écartées pour
inquietter l'armée, Il fe propofa de leur dérober
une marche , & de fe pofter entr'elles & la
Ville , dans le deffein de les éloigner , ou de les
combattre . Selon cette idée , fix Bataillons &
la moitié des Dragons , deftinés à repréſenter
P'armée ennemie , partirent à cinq heures du
matin fous les ordres du Marquis de Monteynard
, & fe porterent fur deux colonnes vers l'a
Ville , entre les hauteurs de l'Auragne & la droite
du Camp. Une heure après , le Marquis de Voyer
fe mit en marche avec fept Bataillons , le refte
des Dragons & l'artillerie , & il s'avança auffi
fur deux colonnes vers la Ville par la cenfe de
Faventine . L'artillerie étoit à la colonne de la
droite , qui étoit compofée de deux Bataillons ,
& précédée des Dragons & de quelques Piquets.
Le reste de l'Infanterie formoit la colonne de la
gauche. Le Marquis de Monteynard , informé
de la marche du Marquis de Voyer , fe mit en
bataille dans les Prez le long d'une naville profonde
& pleine d'eau , & dont la digue couvroit
le Soldat par un parapet. La droite des ennemis appuyoit
à un chemin étroit , qui formoit un retranchement
, & leur gauche à la cenfe de la Palla. Ils
jetterent leurs troupes legeres avec quelque Infan
JANVIER. 1756. 189
terie dans des navilles à fec , & derriere des haies,
& ils placerent leur Cavalerie dans une petite , plaine
, à côté de la Cenfe. Le Marquis de Voyer ,
ayant reconnu cette difpofition , forma la fienne
en conféquence. L'armée devoit arriver par un
plateau , qui déroboit fes manoeuvres aux enne
mis . Il eût été défavantageux de les attaquer par
leur front de bataille , parce que les troupes fe
feroient trouvées obligées de fe former fous le
feu d'une Infanterie , qui auroit tiré à couvert.
Ainfi le Marquis de Voyer fe détermina , à diriger
La principale attaque fur le flanc gauche. Profitant
de la fupériorité de fon artillerie , il fit faire
feu. 11 dépofta les piquets & les troupes légeres , &
jl fit attaquer le gros de l'armée ennemie par les
Grenadiers , par les Dragons à pied , & par quatre
Bataillons. Les troupes , qui étoient à la gauche
& au centre fur le plateau , étoient luffifantes
pour contenir la droite & le centre des
ennemis , & pour les empêcher de fe dégarnir ,
& de le porter en force fur la gauche . Par - lá
on les mit hors d'état de foutenir la cenfe , qui
fit beaucoup de réfiftance , mais qu'à la fin on
emporta. Les ennemis , voyant le Marquis de
Voyer dans leur flanc , abandonnerent le terrein
fur lequel ils vouloient combattre. Leur Infanterie
fit demi- tour à droite, marcha en bataille,
& fe porta lentement vers une naville Parallele ;
& leur droite fe trouva appuyée au même chemin
, qui l'appuyoit dans leur premiere pofition .
Le Marquis de Monteynard couvrit cette ma
noeuvre par des Grenadiers & des Piquets de
fon centre & de fa gauche , qui firent ferme
fur la naville abandonnée , & if fe retira à petits
pas vers la cenfe de Thibert , qu'il occupa. Les
Grenadiers & les Piquets de la droite s'avançe
190 MERCURE DE FRANCE.
tent fur le chemin , & inquiéterent affez la gauche
du Marquis de Voyer , pour la contenir . Ils
fe replierent enfuite le long du chemin fur la
droite de leur armée. Dans l'intervalle , la Cavalerie
, l'artillerie & les troupes legeres du Marquis
de Voyer , avancerent pour attaquer la
Ĉavalerie des ennemis , & pour l'éloigner de la
cenfe , d'où il vouloit les dépofter. La nature du
terrein obligea la colonne de fon artillerie & de
la Cavalerie , de fe féparer de l'Infanterie . Alors
les ennemis firent gliffer entre les colonnes leurs
troupes legeres , leurs Dragons à pied & quelques
Grenadiers , qui firent feu fur le flanc de la Cavalerie
du Marquis de Voyer. Elle fut en mêmetemps
chargée par la Cavalerie du Marquis de
Monteynard, & obligée de fe replier. Les enennemis
tomberent fur l'efcorte de l'artillerie ,
& s'emparerent même de quelques pieces de canon
; mais le Marquis de Voyer y ayant promptement
porté des Grenadiers , des Dragons , des
Piquets & deux Bataillons , reprit fon artillerie
, & força les ennemis de fe remettre dans
leur premiere pofition. Il fit pour lors canonner
la cenfe , qu'on prit à revers. Les Ravins ,
dont elle est entourée , furent attaqués par les
troupes , que le Marquis de Voyer avoit portées
à fa droige ; & le Marquis de Monteynard fe retira
en bon ordre derriere une troifiéme naville ,
la Cavalerie en échiquier , par la tête d'un Ravin
garni de troupes legeres , qui tinrent aflez
longtemps pour favorifer fa retraite , & qui fe
replierent enfuite fur le corps de l'armée. Dans
cette troifiéme pofition , les ennemis fe retirerent
fur deux colonnes, & le Marquis de Voyer ,
dont l'objet étoit rempli , ne les inquiéta plus
que par de foibles détachemens . Nous nous borJANVIER.
1756. 191
hons àce Camp faute d'efpace ; d'ailleurs celui
de Richemont a été fuffisamment décrit par l'extrait
du Journal de M. Vallier , que nous avons
donné dans le premier Mercure de Decembre.
Le Camp formé près de cette Ville , étoit compolé
des Régimens d'infanterie de Navarre ,
de Bretagne , de Bigorre , de Nice de Vaubecourt
& de la Roche- Aymon , & des Régimens
de Dragons , Dauphin & de Languedoc.
M. le Marquis de Voyer ; Maréchal des Camps &
armées du Roi , & Infpecteur général de la Cavalerie
, commandoit ce camp. Il avoit fous fes
ordres le Marquis de Monteynard , auſſi Maréchal
de Camp les Comtes de la Queuille & de
la Roche -Aymon , Brigadiers d'Infanterie ; & M.
Severac de Juffes , Brigadier de Dragons. Le
Chevalier de Soupire rempliffoit les fonctions
de Maréchal Général des Logis.
Le 22 Août , le Marquis de Voyer fit la revue
générale des troupes , qui étoient fous les ordres.
Tous les Corps étant en bataille fans alignemens
tracés , qui étoient défendus pendant la
durée du Camp , les Brigades d'Infanterie fo
JANVIER . 1756. 187
porterent fur le centre . Au fignal d'un coup de
canon , la Ligne d'Infanterie fe trouva rompue ,
à droite , par tiers de rang , & à gauche , jufqu'à
la droite du Camp. Chaque divifion fit enfuite
un quart de converfion à gauche , marcha quarante
pas en avant , fit un fecond quart de converfion
à gauche , & marcha jufqu'à la droite du
Camp , d'où par des quarts de converfion à droite ,
chaque Corps fe trouva fur le front de fon terrein
, & y rentra par un demi-tour à droite . Les
Régimens de Dragons Dauphin & de Languedoc,
qui s'étoient rompus par Compagnies , l'un à
la droite , l'autre à la gauche , rentrerent auffi
dans le Camp , peu après l'Infanterie. Le Marquis
de Voyer vifita enfuite tous les poftes avancés
. Avant -hier , les troupes firent en fa préfence
, d'abord par Régiment , & enfuite par
Brigade , tous les feux preferits par l'Ordonnance
du 6 Mai de cette année. Les deux Brigades de
la gauche ſe ferrerent fur celle de Navarre. Elles
marcherent en bataille , au pas ordinaire & au
pas redoublé , environ deux cens toifes en avant
des fleches qui couvrent le Camp. Les Bataillons ,
qui dans la marche avoient trouvé des obſtacles ,
comme Caffines, Haies , Redents , s'étoient placés,
par le pas de côté, derriere les Bataillons qui avoient
trouvé le chemin libre . Ils les avoient fuivis jufqu'au
de-là de l'obſtacle. Alors , par le pas de côté ,
ils s'étoient replacés vis-à- vis des intervalles , &
par le pas redoublé ils avoient repris leur rang
dans la Ligne. Vis -à- vis des obftacles , quelquesuns
des Bataillons fe formerent en colonne derriere
les Bataillons , dont le chemin n'étoit point
embarraflé , & quand l'obftacle étoit paffé , ils
rentroient dans la ligne à pas redoublé . Sur
les onze heures , le Marquis de Voyer fit rompre.
188 MERCURE DE FRANCE.
la ligne par un quart de converfion à gauche par
Bataillon. La colonne marcha , jufqu'à ce que
chaque Bataillon fe trouvât vis - vis de fon Camp
où il rentra . L'objet de cette manoeuvre fut d'exercer
les troupes à faire les pas perfcrits par l'Ordonnance
, & de leur apprendre à s'en fervir
felon les différentes occafions & les différens terreins
.
Le 3 Septembre , le Marquis de Voyer fuppofa
que des troupes ennemies , qui couvroient
la ville de Valence , s'en étoient écartées pour
inquietter l'armée, Il fe propofa de leur dérober
une marche , & de fe pofter entr'elles & la
Ville , dans le deffein de les éloigner , ou de les
combattre . Selon cette idée , fix Bataillons &
la moitié des Dragons , deftinés à repréſenter
P'armée ennemie , partirent à cinq heures du
matin fous les ordres du Marquis de Monteynard
, & fe porterent fur deux colonnes vers l'a
Ville , entre les hauteurs de l'Auragne & la droite
du Camp. Une heure après , le Marquis de Voyer
fe mit en marche avec fept Bataillons , le refte
des Dragons & l'artillerie , & il s'avança auffi
fur deux colonnes vers la Ville par la cenfe de
Faventine . L'artillerie étoit à la colonne de la
droite , qui étoit compofée de deux Bataillons ,
& précédée des Dragons & de quelques Piquets.
Le reste de l'Infanterie formoit la colonne de la
gauche. Le Marquis de Monteynard , informé
de la marche du Marquis de Voyer , fe mit en
bataille dans les Prez le long d'une naville profonde
& pleine d'eau , & dont la digue couvroit
le Soldat par un parapet. La droite des ennemis appuyoit
à un chemin étroit , qui formoit un retranchement
, & leur gauche à la cenfe de la Palla. Ils
jetterent leurs troupes legeres avec quelque Infan
JANVIER. 1756. 189
terie dans des navilles à fec , & derriere des haies,
& ils placerent leur Cavalerie dans une petite , plaine
, à côté de la Cenfe. Le Marquis de Voyer ,
ayant reconnu cette difpofition , forma la fienne
en conféquence. L'armée devoit arriver par un
plateau , qui déroboit fes manoeuvres aux enne
mis . Il eût été défavantageux de les attaquer par
leur front de bataille , parce que les troupes fe
feroient trouvées obligées de fe former fous le
feu d'une Infanterie , qui auroit tiré à couvert.
Ainfi le Marquis de Voyer fe détermina , à diriger
La principale attaque fur le flanc gauche. Profitant
de la fupériorité de fon artillerie , il fit faire
feu. 11 dépofta les piquets & les troupes légeres , &
jl fit attaquer le gros de l'armée ennemie par les
Grenadiers , par les Dragons à pied , & par quatre
Bataillons. Les troupes , qui étoient à la gauche
& au centre fur le plateau , étoient luffifantes
pour contenir la droite & le centre des
ennemis , & pour les empêcher de fe dégarnir ,
& de le porter en force fur la gauche . Par - lá
on les mit hors d'état de foutenir la cenfe , qui
fit beaucoup de réfiftance , mais qu'à la fin on
emporta. Les ennemis , voyant le Marquis de
Voyer dans leur flanc , abandonnerent le terrein
fur lequel ils vouloient combattre. Leur Infanterie
fit demi- tour à droite, marcha en bataille,
& fe porta lentement vers une naville Parallele ;
& leur droite fe trouva appuyée au même chemin
, qui l'appuyoit dans leur premiere pofition .
Le Marquis de Monteynard couvrit cette ma
noeuvre par des Grenadiers & des Piquets de
fon centre & de fa gauche , qui firent ferme
fur la naville abandonnée , & if fe retira à petits
pas vers la cenfe de Thibert , qu'il occupa. Les
Grenadiers & les Piquets de la droite s'avançe
190 MERCURE DE FRANCE.
tent fur le chemin , & inquiéterent affez la gauche
du Marquis de Voyer , pour la contenir . Ils
fe replierent enfuite le long du chemin fur la
droite de leur armée. Dans l'intervalle , la Cavalerie
, l'artillerie & les troupes legeres du Marquis
de Voyer , avancerent pour attaquer la
Ĉavalerie des ennemis , & pour l'éloigner de la
cenfe , d'où il vouloit les dépofter. La nature du
terrein obligea la colonne de fon artillerie & de
la Cavalerie , de fe féparer de l'Infanterie . Alors
les ennemis firent gliffer entre les colonnes leurs
troupes legeres , leurs Dragons à pied & quelques
Grenadiers , qui firent feu fur le flanc de la Cavalerie
du Marquis de Voyer. Elle fut en mêmetemps
chargée par la Cavalerie du Marquis de
Monteynard, & obligée de fe replier. Les enennemis
tomberent fur l'efcorte de l'artillerie ,
& s'emparerent même de quelques pieces de canon
; mais le Marquis de Voyer y ayant promptement
porté des Grenadiers , des Dragons , des
Piquets & deux Bataillons , reprit fon artillerie
, & força les ennemis de fe remettre dans
leur premiere pofition. Il fit pour lors canonner
la cenfe , qu'on prit à revers. Les Ravins ,
dont elle est entourée , furent attaqués par les
troupes , que le Marquis de Voyer avoit portées
à fa droige ; & le Marquis de Monteynard fe retira
en bon ordre derriere une troifiéme naville ,
la Cavalerie en échiquier , par la tête d'un Ravin
garni de troupes legeres , qui tinrent aflez
longtemps pour favorifer fa retraite , & qui fe
replierent enfuite fur le corps de l'armée. Dans
cette troifiéme pofition , les ennemis fe retirerent
fur deux colonnes, & le Marquis de Voyer ,
dont l'objet étoit rempli , ne les inquiéta plus
que par de foibles détachemens . Nous nous borJANVIER.
1756. 191
hons àce Camp faute d'efpace ; d'ailleurs celui
de Richemont a été fuffisamment décrit par l'extrait
du Journal de M. Vallier , que nous avons
donné dans le premier Mercure de Decembre.
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Résumé : CAMP DE VALENCE.
Le camp de Valence, établi près de la ville, regroupait plusieurs régiments d'infanterie et de dragons. Le Marquis de Voyer, Maréchal des Camps et armées du Roi, en assurait le commandement. Ses subordonnés incluaient le Marquis de Monteynard, les Comtes de la Queuille et de la Roche-Aymon, ainsi que M. Severac de Juffes, Brigadier de Dragons. Le Chevalier de Soupire occupait la fonction de Maréchal Général des Logis. Le 22 août, le Marquis de Voyer organisa une revue générale des troupes. Les régiments d'infanterie et de dragons exécutèrent diverses manœuvres, telles que des marches en avant et des quarts de conversion. Les soldats pratiquèrent également des tirs conformément à l'ordonnance du 6 mai 1756. Le 3 septembre, le Marquis de Voyer simula une attaque ennemie pour entraîner ses troupes. Six bataillons et la moitié des dragons, sous les ordres du Marquis de Monteynard, se dirigèrent vers la ville de Valence. Simultanément, le Marquis de Voyer avança avec sept bataillons, le reste des dragons et l'artillerie. Les manœuvres incluaient des attaques sur les flancs ennemis et l'utilisation de l'artillerie pour déloger les troupes légères adverses. Après une résistance initiale, les ennemis se retirèrent en bon ordre derrière une troisième rivière. Le Marquis de Voyer, ayant atteint son objectif, ne les poursuivit pas davantage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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874
p. 191-199
RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
Début :
La frégate du Roi la Syrene, partie de Québec le 8 Novembre, & arrivée [...]
Mots clefs :
Canada, Vaisseaux anglais, Combat terrestre, Belle-Rivière, Sa Majesté anglaise, Troupes canadiennes, Attaques, Les sauvages, Baron de Dieskaw, Frontières
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
RELATION de ce qui s'eft paffé cette année
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
En 1755, les Britanniques lancèrent plusieurs offensives contre le Canada. Dès le printemps, ils déployèrent des forces navales pour intercepter les vaisseaux français destinés au Canada et à l'Île Royale. Ils rassemblèrent également des troupes pour attaquer le Canada par différentes frontières : l'Acadie, le Lac Champlain, le Lac Ontario et la Belle Rivière. En juin, les Britanniques capturèrent le Fort de Beaufort en Acadie après quelques jours de bombardements. La garnison française capitula avec honneurs militaires et fut transportée à Louisbourg. Les Britanniques s'emparèrent ensuite du poste de Gaspareaux, où un détachement français se rendit également. Ils avancèrent vers la rivière Saint-Jean, où un petit fort fut incendié par les Français. Sur la Belle Rivière, le Général Braddock mena trois mille hommes contre le Fort Duquesne. Le Capitaine de Contrecoeur, commandant du fort, envoya un détachement de 250 Français et 550 Amérindiens à leur rencontre. Lors de la bataille, les Britanniques subirent de lourdes pertes, y compris la mort du Général Braddock. Les Français capturèrent une grande quantité de matériel et de provisions britanniques. Simultanément, deux autres corps de troupes britanniques avancèrent : l'un vers le Lac Ontario pour attaquer les forts Niagara et Frontenac, et l'autre vers le Lac Champlain pour assiéger le Fort Saint-Frédéric. Le Gouverneur Vaudreuil envoya des renforts pour défendre ces forts. Le Baron de Dieskau, commandant les troupes françaises, affronta les Britanniques près du Fort Saint-Frédéric. Après une bataille intense, les Britanniques furent repoussés, mais les Français durent se retirer en raison de leurs pertes et de la fatigue. Les Britanniques perdirent plus de 700 hommes dans cette confrontation. Le texte décrit également les événements militaires entre les Français et les Britanniques en janvier 1756. Lors d'un affrontement, les pertes françaises s'élèvent à quatre-vingt-quinze hommes tués et cent-trente blessés, incluant des officiers, des soldats, des Canadiens et des Amérindiens. Le Baron de Dieskau et le sieur Bernier, aide-de-camp, ainsi que deux officiers de milice, ont été capturés et blessés. Depuis cet événement, aucune autre action militaire n'a été signalée. La perte subie par le Colonel Johnson et la présence des troupes françaises retranchées près du Fort Saint-Frédéric ont conduit Johnson à abandonner son projet contre ce fort. Les renforts envoyés par M. de Vaudreuil aux Forts Frontenac et Niagara ont également contraint le Gouverneur Shirley à se retirer, laissant une garnison nombreuse à Chouegen avec un train d'artillerie conséquent. La défaite du Général Braddock et l'échec du Colonel Johnson ont probablement influencé cette décision, car ces entreprises étaient coordonnées.
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875
p. 217-219
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade, [...]
Mots clefs :
Londres, Comté de Hereford, Tremblement de terre, Dégâts, Colonies américaines, Soulèvement des amérindiens, Troubles
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade ;
à Antigoa , & dans la plupart des autres Illes fous
le Vent , une agitation dans les eaux , ſemblable
à celle qu'on a remarqué , en divers endroits de
l'Europe.
On écrit du village de Glonfow , près de la
Wye dans le Comté de Hereford , qu'on y a été
fort allarmé le 18 du mois dernier par une violente
fecouffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit fouterrein affreux , Environ à
cinq cens pas de ce village , un terrein de près
K
218 MERCURE DE FRANCE.
de deux arpens s'eft abîmé. Selon les lettres de la
nouvelle Angleterre , cette province n'a pas été
exemte du fléau qui a caufé tant de ravage en
Europe & en Afrique. Le 18 Novembre , la ville
de Bofton a fouffert plufieurs fecouffes , & il y eft
tombé un grand nombre de cheminées & de toits
de maifons . Pendant ce tremblement , les eaux
partout font montées fubitement de vingt pieds.
Le 6 Janvier , on expédia fept couriers
pour différentes Cours. Il s'eft tenu ces jours- ci
plufieurs Confeils . Le Gouvernement a reçu de la
Virginie , & de la nouvelle Ecoffe des dépêches
qui ont été tenues fecretes , ce qui fait juger
qu'elles ne font pas favorables. Quelques lettres
écrites de ces Colonies à digers particuliers , af
furent que les Sauvages y ont fait de grands ravages.
On a été inftruit par les mêmes avis , que
le 18 du mois de Novembre il y avoit eu de fortes
fecouffes de tremblement de terre à Philadelphie
& à la nouvelle York , ainsi qu'en d'autres
endroits de la côte de l'Amérique Septentrionale,
mais qu'elles n'avoient caufé aucun dommage
notable . Ces lettres confirment que les opérations
militaires des Généraux Johnſon & Shirley
font abfolument fufpendues. Depuis quelques
jours on a commencé la vente des marchandifes
fujettes à dépériffement , qui font à bord des
vaiffeaux pris fur les François. Elle fe fait en préfence
des principales perfonnes des équipages
de chaque bâtiment. On fait prendre aux Capitaines
un duplicata de la note des marchandifes ,
& du prix qu'elles font vendues . I eft décidé
que chaque Régiment de Dragons aura défor
mais un Efcadron de Huffards. Chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied doit
être portée de foixante- dix hommes à quatrevingt-
dix.
FEVRIE R. 1756. 219
Les derniers avis qu'on a reçus de nos Colonies
ne font pas plus favorables que les précédens.
On parle de faire paffer quelques troupes
à la Virginie , & l'on affure que le Roi a envoyé
ordre de lever plufieurs nouveaux Régimens
dans l'Amérique Septentrionale.
DE LONDRES , le 15 Janvier.
On a reçu avis qu'il y avoit eu à la Barbade ;
à Antigoa , & dans la plupart des autres Illes fous
le Vent , une agitation dans les eaux , ſemblable
à celle qu'on a remarqué , en divers endroits de
l'Europe.
On écrit du village de Glonfow , près de la
Wye dans le Comté de Hereford , qu'on y a été
fort allarmé le 18 du mois dernier par une violente
fecouffe de tremblement de terre , accompagnée
d'un bruit fouterrein affreux , Environ à
cinq cens pas de ce village , un terrein de près
K
218 MERCURE DE FRANCE.
de deux arpens s'eft abîmé. Selon les lettres de la
nouvelle Angleterre , cette province n'a pas été
exemte du fléau qui a caufé tant de ravage en
Europe & en Afrique. Le 18 Novembre , la ville
de Bofton a fouffert plufieurs fecouffes , & il y eft
tombé un grand nombre de cheminées & de toits
de maifons . Pendant ce tremblement , les eaux
partout font montées fubitement de vingt pieds.
Le 6 Janvier , on expédia fept couriers
pour différentes Cours. Il s'eft tenu ces jours- ci
plufieurs Confeils . Le Gouvernement a reçu de la
Virginie , & de la nouvelle Ecoffe des dépêches
qui ont été tenues fecretes , ce qui fait juger
qu'elles ne font pas favorables. Quelques lettres
écrites de ces Colonies à digers particuliers , af
furent que les Sauvages y ont fait de grands ravages.
On a été inftruit par les mêmes avis , que
le 18 du mois de Novembre il y avoit eu de fortes
fecouffes de tremblement de terre à Philadelphie
& à la nouvelle York , ainsi qu'en d'autres
endroits de la côte de l'Amérique Septentrionale,
mais qu'elles n'avoient caufé aucun dommage
notable . Ces lettres confirment que les opérations
militaires des Généraux Johnſon & Shirley
font abfolument fufpendues. Depuis quelques
jours on a commencé la vente des marchandifes
fujettes à dépériffement , qui font à bord des
vaiffeaux pris fur les François. Elle fe fait en préfence
des principales perfonnes des équipages
de chaque bâtiment. On fait prendre aux Capitaines
un duplicata de la note des marchandifes ,
& du prix qu'elles font vendues . I eft décidé
que chaque Régiment de Dragons aura défor
mais un Efcadron de Huffards. Chaque Compagnie
des trois Régimens des Gardes à pied doit
être portée de foixante- dix hommes à quatrevingt-
dix.
FEVRIE R. 1756. 219
Les derniers avis qu'on a reçus de nos Colonies
ne font pas plus favorables que les précédens.
On parle de faire paffer quelques troupes
à la Virginie , & l'on affure que le Roi a envoyé
ordre de lever plufieurs nouveaux Régimens
dans l'Amérique Septentrionale.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En janvier 1756, des phénomènes naturels et des troubles ont été observés en Grande-Bretagne et dans ses colonies. Des agitations dans les eaux ont été notées à la Barbade, Antigua et d'autres îles des Caraïbes, ainsi qu'en Europe. Le 18 décembre, un violent tremblement de terre a frappé Glonfow, près de la Wye, causant l'effondrement d'un terrain. En Nouvelle-Angleterre, Boston a subi plusieurs secousses le 18 novembre, entraînant la chute de cheminées et de toits, ainsi qu'une montée subite des eaux. Des dépêches secrètes de Virginie et de Nouvelle-Écosse signalent des raids de Sauvages causant des ravages. Des tremblements de terre ont également été signalés à Philadelphie, New York et d'autres lieux de la côte américaine, sans dommages notables. Les opérations militaires des généraux Johnson et Shirley sont suspendues. La vente des marchandises saisies sur des vaisseaux français a commencé, avec des procédures spécifiques pour les capitaines. Chaque régiment de dragons recevra un escadron de hussards, et les compagnies des trois régiments des Gardes à pied passeront de soixante-dix à quatre-vingt-dix hommes. Les dernières nouvelles des colonies restent défavorables, avec des plans de déploiement de troupes en Virginie et de levée de nouveaux régiments en Amérique du Nord.
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876
p. 211-212
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On a reçu la confirmation que l'Escadre Françoise, commandée par M. Perrier de Salvert, [...]
Mots clefs :
Londres, Vaisseaux, Amiral Holbourne, Amérique, Siège du Fort de la Couronne, Tensions, Camps, Français, Fortifications
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 22 Avril.
On a reçu la confirmation
que l'Efcadre
Françoife
, commandée
par M. Perrier de Salvert ,
s'étoit emparée de trois Navires Anglois , dont un
a été conduit à Cadix , & les deux autres à Morlaix .
Le Vaiffeau de guerre le Newcastle
, de l'Eſcadre
de l'Amiral Hawke , a enlevé à la hauteur du Cap
Ortugal deux Bâtimens François : l'un de quatorze
canons & de cinquante
- fept hommes d'équipage
,
alloit au Cap Breton ; l'autre , chargé de vin ,
de
farine & de balles de moufquet , étoit deftiné pour
le Canada. L'Amiral
Holbourne
fit voile le is de
Plymouth
pour l'Amérique
avec quelques
Vaiffeaux
de guerre , & avec plufieurs
Bâtimens
de
tranfport
fur lefquels on a fait embarquer
le Régi
ment d'Otway
& celui des Montagnards
Ecoffois.
On équipe à Spithéad
une nouvelle
Efcadre de
huit Vaiffeaux
, dont l'Amiral Bofcawen
aura le
commandement
. Selon les lettres de la Virginie
on doit commencer
dans les premiers
jours du
mois prochain
le fiege du Fort de la Couronne
.
Les mêmes dépêches
affurent qu'on augmente
avec toute la diligence
poffible les fortifications
des principales
Villes des Colonies , & que l'on y
conftruit
divers Forts . On écrit d'Irlande
qu'on y
fait les difpofitions
néceffaires
pour les trois
camps que le Gouvernement
fe propofe d'y
former cette année. Le Lord Barrington
, Secretaire
de la Guerre , a annoncé
publiquement
, par
212 MERCURE DE FRANCE.
ordre du Roi , que la plupart des Régimens étant
complets , Sa Majefté juge à propos de fufpendre
l'exécution du Bill , qui ordonne de lever des foldats
par force.
>
Sa Majefté a fait fçavoir à M. le Chevalier de
Bouville commandant le Vaiffeau de guerre
François l'Espérance , & aux autres Officiers François
, prifonniers à Leycefter , qu'ils pouvoient
porter l'épée & fe promener hors de la Ville ,
pourvu qu'ils y rentraffent les foirs.
Tout le bois de fapin qui a été apporté en dernier
lieu de Norwege , a été acheté & embarqué
pour le Portugal . Les troupes n'attendent pour
camper que l'écoulement des eaux , qui en divers
endroits ont inondé une grande étendue de pays.
Le camp que l'on fe propofe de former dans les
environs de Cantorbery , fera composé de vingtcinq
mille hommes. On prépare des quartiers:
dans le Comte de Hampshire pour les troupes
Hanoveriennes & Heffoifes , qui débarqueront
dans un Port de cette Province.
Un Navire Anglois ayant échoué près de Calais ,
les François fe font emparés de fa cargaifon , &
ont fait l'équipage prifonnier. On équipe à Portf
mouth & à Plymouth deux Efcadres , dont le
public ignore la deſtination .
"
On affure que l'Amiral Byng est arrivé le 26
du mois dernier à Gibraltar. L'Efcadre de cet
Amiral fera renforcée de quatre Vaiffeaux , qui
doivent faire inceffamment voile de Spithéad.
DE LONDRES , le 22 Avril.
On a reçu la confirmation
que l'Efcadre
Françoife
, commandée
par M. Perrier de Salvert ,
s'étoit emparée de trois Navires Anglois , dont un
a été conduit à Cadix , & les deux autres à Morlaix .
Le Vaiffeau de guerre le Newcastle
, de l'Eſcadre
de l'Amiral Hawke , a enlevé à la hauteur du Cap
Ortugal deux Bâtimens François : l'un de quatorze
canons & de cinquante
- fept hommes d'équipage
,
alloit au Cap Breton ; l'autre , chargé de vin ,
de
farine & de balles de moufquet , étoit deftiné pour
le Canada. L'Amiral
Holbourne
fit voile le is de
Plymouth
pour l'Amérique
avec quelques
Vaiffeaux
de guerre , & avec plufieurs
Bâtimens
de
tranfport
fur lefquels on a fait embarquer
le Régi
ment d'Otway
& celui des Montagnards
Ecoffois.
On équipe à Spithéad
une nouvelle
Efcadre de
huit Vaiffeaux
, dont l'Amiral Bofcawen
aura le
commandement
. Selon les lettres de la Virginie
on doit commencer
dans les premiers
jours du
mois prochain
le fiege du Fort de la Couronne
.
Les mêmes dépêches
affurent qu'on augmente
avec toute la diligence
poffible les fortifications
des principales
Villes des Colonies , & que l'on y
conftruit
divers Forts . On écrit d'Irlande
qu'on y
fait les difpofitions
néceffaires
pour les trois
camps que le Gouvernement
fe propofe d'y
former cette année. Le Lord Barrington
, Secretaire
de la Guerre , a annoncé
publiquement
, par
212 MERCURE DE FRANCE.
ordre du Roi , que la plupart des Régimens étant
complets , Sa Majefté juge à propos de fufpendre
l'exécution du Bill , qui ordonne de lever des foldats
par force.
>
Sa Majefté a fait fçavoir à M. le Chevalier de
Bouville commandant le Vaiffeau de guerre
François l'Espérance , & aux autres Officiers François
, prifonniers à Leycefter , qu'ils pouvoient
porter l'épée & fe promener hors de la Ville ,
pourvu qu'ils y rentraffent les foirs.
Tout le bois de fapin qui a été apporté en dernier
lieu de Norwege , a été acheté & embarqué
pour le Portugal . Les troupes n'attendent pour
camper que l'écoulement des eaux , qui en divers
endroits ont inondé une grande étendue de pays.
Le camp que l'on fe propofe de former dans les
environs de Cantorbery , fera composé de vingtcinq
mille hommes. On prépare des quartiers:
dans le Comte de Hampshire pour les troupes
Hanoveriennes & Heffoifes , qui débarqueront
dans un Port de cette Province.
Un Navire Anglois ayant échoué près de Calais ,
les François fe font emparés de fa cargaifon , &
ont fait l'équipage prifonnier. On équipe à Portf
mouth & à Plymouth deux Efcadres , dont le
public ignore la deſtination .
"
On affure que l'Amiral Byng est arrivé le 26
du mois dernier à Gibraltar. L'Efcadre de cet
Amiral fera renforcée de quatre Vaiffeaux , qui
doivent faire inceffamment voile de Spithéad.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 22 avril, des nouvelles rapportent que la frégate française commandée par M. Perrier de Salvert a capturé trois navires anglais. Le vaisseau britannique Newcastle, de l'escadre de l'amiral Hawke, a intercepté deux bâtiments français près du Cap Vertugal. L'amiral Holbourne a quitté Plymouth pour l'Amérique avec plusieurs vaisseaux et régiments. Une escadre de huit vaisseaux, commandée par l'amiral Boscawen, est en cours d'équipement à Spithead. En Virginie, le siège du Fort de la Couronne doit commencer début mai, tandis que les colonies renforcent leurs fortifications. En Irlande, trois camps doivent être formés. Le recrutement forcé des soldats est suspendu. Le roi a permis aux officiers français prisonniers à Leicester de porter l'épée. Tout le bois de sapin importé de Norvège a été acheté pour le Portugal. Les troupes attendent la baisse des eaux pour camper, notamment un camp de vingt-cinq mille hommes près de Cantorbery. Des quartiers sont préparés pour les troupes hanovriennes et hessoises. Un navire anglais échoué près de Calais a été capturé par les Français. Deux escadres sont en cours d'équipement à Portsmouth et Plymouth. L'amiral Byng est arrivé à Gibraltar et son escadre doit être renforcée.
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877
p. 201-202
ITALIE.
Début :
Le Mont Vesuve, après avoir fait longtemps entendre un grand bruit, a jetté [...]
Mots clefs :
Naples, Venise, Mont Vésuve, Nuages de cendres, Fumée, Attaque, Chabec de Tripoli, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
DE NAPLES , le 24 Avril.
Le Mont Vefuv
E Mont Vefuve , après avoir fait longtemps
entendre un grand bruit , a jetté pendant quatre
jours beaucoup de matiere bitumineule. Lorfque
cette éruption a ceffé , trois Seigneurs Angloisont
voulu monter au haut du Mont , pour examiner
les bouches du Volcan. Ils ont été prefque
fuffoqués par des nuages de cendres & de fumée
peu s'en eft fallu que leur curiofité ne leur air
fait éprouver le fort de Pline le Naturalifte .
&
DE VENISE , le 14 Mai.
Une Tartane , que commande le Comte Eva
nowitz , Dalmatien , fut attaquée le 19 du mois
dernier près des Bouches de Cattaro par un Chabec
de Tripoli , de quarante-deux canons , & de
cinq cens hommes d'équipage. Quoiqu'elle ne fût
montée que de quarante-fix Efclavons , elle s'eft
emparée du Bâtiment ennemi , après quatre heu
res de combat. Les Efclavons n'ont voulu accor--
der aucun quartier aux Tripolitains . La perte des.
premiers auroit été peu confidérable , fi le Chevalier
Evanowitz n'avoit pas été tué. Le Chabeç
I..
202 MERCURE DE FRANCE.
*
ayant été fi maltraité qu'il n'étoit plus en état de
fervir , on y a mis le feu.
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Résumé : ITALIE.
Le 24 avril, le mont Vésuve a émis un grand bruit et expulsé une grande quantité de matière bitumineuse pendant quatre jours. À la fin de l'éruption, trois seigneurs anglais ont tenté de monter au sommet du volcan mais ont failli être asphyxiés par des nuages de cendres et de fumée. Le 14 mai, une tartane commandée par le Comte Evanowitz a été attaquée près des Bouches de Cattaro par un chébec de Tripoli équipé de quarante-deux canons et cinq cents hommes d'équipage. Malgré les quarante-six esclaves à bord de la tartane, ils ont capturé le navire ennemi après quatre heures de combat. Les esclaves n'ont accordé aucun quartier aux Tripolitains. La perte des esclaves aurait été minime si le Chevalier Evanowitz n'avait pas été tué. Le chébec, gravement endommagé, a été incendié.
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878
p. 202
PAYS-BAS.
Début :
Il fut décidé le 25, dans l'assemblée des Etats Généraux, que cette [...]
Mots clefs :
La Haye, États généraux , Décisions, Neutralité, Guerre franco-anglaise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PAYS- BAS.
DE LA HAYE , le 28 May.
Il fut décidé le 25 , dans l'affemblée des Etats
Généraux , que cette République obferveroit une
exacte neutralité dans la guerre qui s'eſt allumée
entre la France & la Grande- Bretagne.
DE LA HAYE , le 28 May.
Il fut décidé le 25 , dans l'affemblée des Etats
Généraux , que cette République obferveroit une
exacte neutralité dans la guerre qui s'eſt allumée
entre la France & la Grande- Bretagne.
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879
p. 202-204
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le Roi se rendit le 27 à la Chambre des Pairs avec les cérémonies accoutumées, [...]
Mots clefs :
Londres, Chambre des pairs, Chambre des communes, Sa Majesté, Discours, Guerre contre la France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE-BRE•TAGNE.
DE LONDRES , le 31 Mai.
Le Roi fe rendit le 27 à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoutumées , & Sa Majefté
ayant mandé la Chambre des Communes , fit la
clôture des Séances du Parlement par le Difcours
fuivant. MYLORDS ET MESSTEURS , il est juste qu'après
avoir donné une application fi longue &fi conf
tante aux affaires publiques , vous preniez quelque
relâche . It eft jufte auſſi que je vousfaſſe més remerciemens
finceres de l'ardeur efficace , avec laquelle
vous m'avez aidé à foutenir la caufe dans laquelle
je me trouve engagé pour la Nation . Les infultes
2
les hoftilités commifes depuis quelque temps par
les François contre mes Etats & contre mes Sujets
viennent d'être fuivies d'une invafion dans l'Ifle
Minorque , quoique cette poffeffion me foit garantie
par toutes les Puillances de l'Europe , en particulier
par le Roi des François. Ainfi , pour défendre
l'honneur de ma Couronne les droits de mes
Sujets , j'ai été dans la néceffité de déclarer formel-
Tement la guerre à la France. Je me repose sur la
JUILLET. 1756. 203
Protection Divine & fur la vigoureuſe affiftance de
mes fideles Sujets dans une cauſeſi jußte. MESSIEURS
DE LA CHAMBRE DES COMMUNES , je vous remercie
de la promptitude avec laquelle vous m'avez accordé
des fecours fi confidérables. Vous pouvez être af
furés , qu'ils feront employés aux fins falutaires
pour lesquelles vous les avez donnés . MYLORDS ET
MESSIEURS , rien ne m'a plus fatisfait que la confiance
, que vous avez en moi. C'est la marque la
plus agréable , que je puiſſe recevoir de votre reconnoiffance.
Auffi vous devez être perfuadés , queje
n'en ferai ufage que pour votre avantage. Le maintien
de votre Religion , de vos Libertés de votre
Indépendance , eft fera toujours mon principal
objet. Je compte que de votre côté , vous ne vous
manquerez pas à vous-mêmes. Le Roi , en terminant
les Séances du Parlement , s'eft contenté d'ajourner
cette Affemblée ; & le Parlement eft cen
fé n'être point prorogé , mais fufpendre feulement
fes délibérations.
En conféquence de la Déclaration de guerre ,
publiée le 18 , le Roi a ordonné d'expédier des
Lettres de Marque aux Armateurs , pour les autorifer
à faire la courfe. Sa Majefté fe réſervera la
moitié de toutes les prifes qui fe feront , foit en
Navires Marchands , foit en Bâtimens Corſaires ;
& les fommes , qui proviendront de cette réferve
, feront employées à donner des gratifications
aux équipages qui s'empareront de quelques
Vaiffeaux de guerre des ennemis. La Fregate la
Lime rentra le 23 dans ce Port , extrêmement
maltraitée. Elle a recu quatre- vingts coups de canon
dans la voile de fon grand perroquet , cinquante-
quatre dans fa grande voile , & plufieurs à
fleur d'eau .
Depuis qu'on a publié la Déclaration de guerre,
-Lvj
204 MERCURE DE FRANCE.
il s'eft préfenté à la Banque un fi grand nombre
de perfonnes , pour retirer leurs fonds , que , ne
pouvant faire face à toutes les demandes , elle a
été obligée un de ces jours derniers , de fufpendre
pendant huit heures les payemens .
DE LONDRES , le 31 Mai.
Le Roi fe rendit le 27 à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoutumées , & Sa Majefté
ayant mandé la Chambre des Communes , fit la
clôture des Séances du Parlement par le Difcours
fuivant. MYLORDS ET MESSTEURS , il est juste qu'après
avoir donné une application fi longue &fi conf
tante aux affaires publiques , vous preniez quelque
relâche . It eft jufte auſſi que je vousfaſſe més remerciemens
finceres de l'ardeur efficace , avec laquelle
vous m'avez aidé à foutenir la caufe dans laquelle
je me trouve engagé pour la Nation . Les infultes
2
les hoftilités commifes depuis quelque temps par
les François contre mes Etats & contre mes Sujets
viennent d'être fuivies d'une invafion dans l'Ifle
Minorque , quoique cette poffeffion me foit garantie
par toutes les Puillances de l'Europe , en particulier
par le Roi des François. Ainfi , pour défendre
l'honneur de ma Couronne les droits de mes
Sujets , j'ai été dans la néceffité de déclarer formel-
Tement la guerre à la France. Je me repose sur la
JUILLET. 1756. 203
Protection Divine & fur la vigoureuſe affiftance de
mes fideles Sujets dans une cauſeſi jußte. MESSIEURS
DE LA CHAMBRE DES COMMUNES , je vous remercie
de la promptitude avec laquelle vous m'avez accordé
des fecours fi confidérables. Vous pouvez être af
furés , qu'ils feront employés aux fins falutaires
pour lesquelles vous les avez donnés . MYLORDS ET
MESSIEURS , rien ne m'a plus fatisfait que la confiance
, que vous avez en moi. C'est la marque la
plus agréable , que je puiſſe recevoir de votre reconnoiffance.
Auffi vous devez être perfuadés , queje
n'en ferai ufage que pour votre avantage. Le maintien
de votre Religion , de vos Libertés de votre
Indépendance , eft fera toujours mon principal
objet. Je compte que de votre côté , vous ne vous
manquerez pas à vous-mêmes. Le Roi , en terminant
les Séances du Parlement , s'eft contenté d'ajourner
cette Affemblée ; & le Parlement eft cen
fé n'être point prorogé , mais fufpendre feulement
fes délibérations.
En conféquence de la Déclaration de guerre ,
publiée le 18 , le Roi a ordonné d'expédier des
Lettres de Marque aux Armateurs , pour les autorifer
à faire la courfe. Sa Majefté fe réſervera la
moitié de toutes les prifes qui fe feront , foit en
Navires Marchands , foit en Bâtimens Corſaires ;
& les fommes , qui proviendront de cette réferve
, feront employées à donner des gratifications
aux équipages qui s'empareront de quelques
Vaiffeaux de guerre des ennemis. La Fregate la
Lime rentra le 23 dans ce Port , extrêmement
maltraitée. Elle a recu quatre- vingts coups de canon
dans la voile de fon grand perroquet , cinquante-
quatre dans fa grande voile , & plufieurs à
fleur d'eau .
Depuis qu'on a publié la Déclaration de guerre,
-Lvj
204 MERCURE DE FRANCE.
il s'eft préfenté à la Banque un fi grand nombre
de perfonnes , pour retirer leurs fonds , que , ne
pouvant faire face à toutes les demandes , elle a
été obligée un de ces jours derniers , de fufpendre
pendant huit heures les payemens .
Fermer
Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 27 mai, le roi de Grande-Bretagne a clôturé les séances du Parlement en exprimant sa gratitude aux parlementaires pour leur engagement face aux hostilités françaises, notamment l'invasion de Minorque. En réponse, il a déclaré la guerre à la France pour défendre l'honneur de sa couronne et les droits de ses sujets. Le roi a remercié les Communes pour les secours accordés et assuré qu'ils seraient utilisés à bon escient. Il a souligné son engagement à maintenir la religion, les libertés et l'indépendance de la nation. Le Parlement a été ajourné sans prorogation. Suite à la déclaration de guerre, le roi a ordonné l'expédition de lettres de marque aux armateurs pour autoriser la course. La Banque a suspendu les paiements pendant huit heures en raison d'un afflux massif de retraits. La frégate La Lime est rentrée au port gravement endommagée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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880
p. 204-217
« Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
Début :
Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...]
Mots clefs :
Capitaine, Pensions militaires, Régiments, Compagnies, Artillerie, Maréchal de Richelieu, Escadre anglaise, Conflit franco-anglais sur terre, Frégates, Officiers de marine, Conflit franco-anglais sur mer, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Traité défensif d'alliance, Sa Majesté, Marquis, Lieutenant, Ambassadeurs, Cérémonies, Cardinal de Tavannes
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texteReconnaissance textuelle : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
LE 9 Mai , le Bourg de Ferechampenoiſe , un
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
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Résumé : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
En mai 1756, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 9 mai, le bourg de Ferechampenoise, dans le diocèse de Châlons-sur-Marne, a été presque entièrement détruit par un incendie, laissant près de mille personnes sans abri. Le 11 mai, le duc de Biron a annoncé des pensions royales pour plusieurs officiers des Gardes Françaises, dont le comte d'Aspreumont et le lieutenant Savary. Des brevets de colonel ont été attribués au marquis de Rafilly et au comte du Dreneuc, tandis que la croix de Saint-Louis a été décernée à plusieurs autres officiers. Le roi a ordonné la réorganisation des bataillons de l'infanterie française, suisse et grisonne, augmentant leur composition à dix-sept compagnies. Les régiments suisses et grisons ont été restructurés en deux bataillons de six compagnies chacun. Le 27 mai, les députés des États d'Artois ont été reçus par le roi, présentés par le duc de Chaulnes et le comte d'Argençon. La délégation comprenait Dom de Briois d'Hulluch pour le clergé, le comte de Beaufort pour la noblesse, et M. Harduin pour le tiers-état. En juillet 1756, le maréchal de Richelieu a supervisé les opérations militaires à Minorque, notamment la construction de batteries et la défense contre les forces anglaises. Plusieurs officiers ont été blessés ou tués lors des combats. Les frégates françaises l'Aquilon et la Fidèle ont engagé un combat contre des navires anglais près de l'île d'Oléron, mettant les navires anglais hors de combat malgré des pertes importantes. La cour a publié un mémoire en réponse aux observations des ministres anglais concernant les hostilités entre les deux nations. Le roi a signé un acte de neutralité et un traité d'alliance avec l'impératrice reine de Hongrie et de Bohême, ratifiés le 28 mai 1756. Le marquis de Juigné a pris le commandement d'une brigade dans le régiment des Grenadiers de France, et le comte de Puysegur a été nommé colonel du régiment de Forez. Un combat naval a opposé douze vaisseaux et quatre frégates françaises à la flotte anglaise. Les vaisseaux anglais, bien que malmenés, ont profité du vent pour se mettre hors de portée des canons français. Le combat a duré près de quatre heures, avec des pertes françaises de trente-huit hommes tués et cent quatre-vingt-quatre blessés, sans perte d'officiers. À la cour de France, le 6 juin, le roi a tenu un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit, au cours duquel le marquis de Saint-Vital et le prince Jablonowski ont été reçus chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Le 7 juin, le cardinal de Tavannes a reçu son bonnet cardinalice des mains du roi. Les cardinaux de Luynes et de Gesvres ont également reçu leurs bonnets les 8 et 10 juin. Le 30 mai, l'église de l'Abbaye Royale de Panthemont a été bénie, suivie d'une messe et d'un salut musical. Le 3 juin, le dauphin et Madame ont visité l'abbaye pour nommer deux cloches et ont reçu des présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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881
p. 221-226
« Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, M. le Chevalier d'Aubigny, Vaisseaux, Vaisseaux anglais, Martinique, Sa Majesté, Comtes, Hôtel des Cheveaux-Légers, Exercices militaires, École militaire, Cavalerie, Infanterie, Artillerie, Cérémonies, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Monfeigneur le Dauphin, aufortir de l'Abbaye
de Pantemont , fe rendit avec Madame au Palais
de Luxembourg, Madame la Dauphine , & Mef
dames Victoire , Sophie & Louife, y étoient arri
vées deVerfailles quelques momens auparavant
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
& MefdamesdeFrance , firent un tour dans les
jardins, monterent enfuite à la galerie , & alle
rent delà fe promener fur le Boulevard. Le foir ,
ce Prince & ces Princeffes retournerent à Ver
failles.
Parles Lettres qu'on vient de recevoir de M. le
Chevalier d'Aubigny, Capitaine de Vaiffeau, on a
eula confirmationde la nouvellede laprifeduVaif
feau de guerre Anglois le Warwick; mais les cir
conftances n'en font pas telles qu'elles avoient
été annoncées par quelques Relations particulie
res. C'eft le 11 de Mars que M.leChevalier d'Aubi
gnyrencontra ce Vaiffeau à l'attérage de la Mar
tinique. Dès qu'il en eut connoiffance , il lui
donna chaffe avec le Vaiffeau le Prudent qu'il
monte , & lesFrégates l'Atalante & le Zéphyr,
commandéespar MM. du Chaffault, Capitaine de
Vaiffeau , & la Touche de Tréville , Lieutenant
de Vaiffeau , qui étoient fous fes ordres. 11 tint
un peulevent. M. la Touche de Tréville coupa
fous le vent , & M. du Chaffault qui manœuvra
pour ferrer le Warwick, le trouva après une
heure & demie de chaffe à portée d'engager le
combat par une fort belle manoeuvre. N'étant
qu'à une portée de piftolet de ce Vaiffeau , it
arriva tout à coup , lui donna fa bordée dans la
pouppe, & fe mit fous le vent àlui , afin de pou
voir fe fervir plus facilement de tous les canons,
dont il fit un feu très-vif. M. le Chevalier d'Aubi
gny, quiavoiteu le temps de s'approcher , avoit
déja tiré fes canons de l'avant , lorfque leWar
wick lui envoya toute fa bordée & baiffa fon pa
villon. Ce Vaiffeau , commandé par le Capitaine
Shuldam, eft percé pour foixante- quatre pieces
de canon ; mais il n'en avoit que foixante de
JUILLET.. 1756.
223
montés. Pendant qu'on lui donnoit chaffe , on
apperçut un autre Vaiffeau à trois lieues au vent ;
mais il difparut bientôt , & il ne fut pas poffibie
au Chevalier d'Aubigny d'aller à fa pourfuite.
M. Savalete de Magnanville s'étant démis de
P'Intendance de Touraine , pour prendre la Char
ge de Garde du Tréfor Royal , vacante par la
mort de M. Savalete , fon pere , le Roi a donné
cette Intendance à M. Lefcalopier, Intendant de
la Généralité de Montauban.
Sa Majestéaaccordé àM. leMarquis de Belloy,
l'agrément de la Lieutenance de Roi de la Pro
vince d'Orléannois , dont M. le Marquis d'Ar
bouville a donné fa démiffion.
Le 11Juin , le Roi accompagné de Monfei
gneur le Dauphin, de M. le Comte deClermont,
Prince du Sang; des Miniftres & desprincipaux
Seigneurs de fa Cour, fe rendit à l'Hôtel des
Chevaux-Légers de fa garde ordinaire, pour y
voir une partie des exercices qu'on montre à la
jeune Nobleffe élevée dans ce Corps.
Sa Majesté entra d'abord dans un manege cou
vert, & le plaça dans un balcon , d'où elle vit
plufieurs éleves, qui manierent leurs chevaux avec
beaucoup de grace & d'adreffe.
Le Roi monta enfuite à la falle des exercices.
Sa Majestéy trouva un Bataillon fous les armes,
compofé des plus jeunes Eleves. Ce Bataillon fir
le maniement des armes avec une préciſion fur
prenante , à lafeule meſure de la nouvelle marche
Françoiſe , & aufon d'une mufique guerriere ; il
fit auffi tous les pas prefcrits par l'Ordonnance ,
& les différentes évolutions d'Infanterie que le
terrein pouvoit permettre.
Après que ce Bataillon cût fini tous les mouve
mens , une feconde troupe compofée des plus
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
grands Eleves , coëffés avantageufement d'un
bonnet d'une forme & d'une conftruction nou
velle , guêtrés & armés enguerre, déboucha dans
le fondde lafalle , & fe forma derriere la pre
miere troupe , qui s'ouvrit en bordant la haye de
'droite & de gauche pour démafquer cette fecon
de. Ladivifion , qui étoit à la gauche du Roi
défila devant Sa Majefté , fit le falut du fufil , &
difparut avec la divifion de la droite , pour laiffer
le terrein libre au grand Bataillon : celui-ci fit
l'exercice à la muette & au coup de tambour,
& toutes les autres manoeuvres du petit Bataillon
avec le même fuccès. La divifion de la gauche
défila devant le Roi , & falua fierement & de fort
bonnegrace de l'efponton. Les trompettes , haut
bois , violons , cors-de-chaffe , les timballes &
les tambours, remplirent par des fanfares l'inter
valle du temps, qui étoit néceffaire aux Eleves
pour ſe préparer aux exercices de l'efcrime & du
veltiger.
Soixante Eleves en camifoles blanches & en
fandales , le fleuret à la main , fe formerent en
bataillon au fond de la falle ; ils avancerent au
pas redoublé, firent halte , ouvrirent leurs rangs
à droite & àgauche, fe mirent fur deuxfiles , &
commencerent l'exercice de l'efcrime ; ils donne
rent par des attitudes fort nobles & par une jufte
exécution l'idée de tous les principes de cet art
?
&finirent cet exercice par plufieurs affauts , qui
intérefferent tous les fpectateurs.
Ils firent enfuite tous les tours du voltiger avec
beaucoup de légèreté & d'adreffe fur un cheval
rembourré. Dix-huit Eleves fauterent en felle fur.
unautre cheval conftruit d'après nature, à refforts,
& dela hauteurde quatre pieds neufpouces , les
uns par la croupe, & les autres de côté, tenant la
JUILLET. 1756.
Eriniere. Huit d'entr'eux firent ces fauts en bottes
fortes , enbottes molles , armés en guerre avecle
225
plaftron , le fabre à la main & lefufil en bandou
Liere. Le cheval fut enfin élevé jufqu'à fept pieds:
quelques Eleves y fauterent deffus en felle au
grand étonnement desfpectateurs.
Le Roi defcendit de la falle des exercices dans
celle des plans, où Sa Majefté en vit plufieurs en
relief de différentes Places de guerre , un pare
complet d'artillerie avec toutes les machines &
uftenciles de guerre , même un pont jettéfur une
petite piece d'eau , imitant une riviere & des bat
teries conftruites , le tout réduit dans de juftes
proportionsfelon les Ordonnances. Dans la même
falle , Sa Majefté examina des Deffeins & des
Plans en relieffaits par les Eleves de l'Ecole. De
là , le Roi fe rendit dans une galerie , d'où Sa
Majefté vit dans un grand manege découvert la
courfe des têtes à la lance , au dard , au piſtolet ,
à l'épée , enfabrant , en pointant & en plongeant.
Les Eleves y donnerent une image de la guerre
parplufieurs manoeuvres très-bien exécutées d'at
taque & de défenſe : il y eut des combats entre
deux Corps de Cavalerie , & entre des Corps de
Cavalerie & d'Infanterie. On entendit un bruit
continuel d'artillerie , de moufqueterie & d'inftru
mens de guerre; & ce qui parut étonnant , c'eft
que les chevaux n'en furent point effrayés , &
qu'ils n'en furent pas moins dociles à la main &
aux aides des Cavaliers qui les montoient.
Les différens exercices dont on vient de parler,
formoient unfpectacle digne du grand Roi qui
daignoitles honorer de fa prétence. Auffi a Ma
jefté en parut très-fatisfaite , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin. Tous les fpectateurs furent
KY
encore plus touchés de l'attention favorable que
226 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté& Monfeigneur leDauphin daignerent
yprêter, que du fuccès éclatant de l'exécution.
On nefçauroit donner trop d'éloges à M. le Duc
de Chaulnes fur l'établiſſement qu'il a fait dansle
Corps qu'il commande, d'une Ecole finéceffaire
à laNobleffe , & à laquelle on ne peut rien dé
frer; ni troplouer M. le Comte de Luberfac de
Livron , fous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux-Légers, qui a dirigé jufqu'àpréfentcette
Ecole , fous les ordres du Ducde Chaulnes avec
une application finguliere. M. deVezannes , Aide
Majoren chefde la Compagnie , & Brigadier des
Armées du Roi , méritebien auffi qu'onfaffe de
lui une mention honorable , par le zele continuel
avec lequel il a contribué au fuccès de cette Ecole.
Le Chevalier Louis Mocenigo , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife auprès du
Roi , mourut à Paris le 12 Juin dans la quarante
fixieme année de fon âge.
Le 13 Juin , pendant laMeffedu Roi , les Car
dinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres,
prêterent un nouveau ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté , ainfi qu'il eft d'ufage en
France, lorfque les Prélats y font revêtus de la
pourpre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quarantelivres les Billets
delapremiere Loterie Royale , à neufcensdouze ;
& ceux de latroifieme Loterie , à fix cens qua
rante-quatre. Ceux dela fecondeLoterie n'avoient
point de prix fixe.
de Pantemont , fe rendit avec Madame au Palais
de Luxembourg, Madame la Dauphine , & Mef
dames Victoire , Sophie & Louife, y étoient arri
vées deVerfailles quelques momens auparavant
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
& MefdamesdeFrance , firent un tour dans les
jardins, monterent enfuite à la galerie , & alle
rent delà fe promener fur le Boulevard. Le foir ,
ce Prince & ces Princeffes retournerent à Ver
failles.
Parles Lettres qu'on vient de recevoir de M. le
Chevalier d'Aubigny, Capitaine de Vaiffeau, on a
eula confirmationde la nouvellede laprifeduVaif
feau de guerre Anglois le Warwick; mais les cir
conftances n'en font pas telles qu'elles avoient
été annoncées par quelques Relations particulie
res. C'eft le 11 de Mars que M.leChevalier d'Aubi
gnyrencontra ce Vaiffeau à l'attérage de la Mar
tinique. Dès qu'il en eut connoiffance , il lui
donna chaffe avec le Vaiffeau le Prudent qu'il
monte , & lesFrégates l'Atalante & le Zéphyr,
commandéespar MM. du Chaffault, Capitaine de
Vaiffeau , & la Touche de Tréville , Lieutenant
de Vaiffeau , qui étoient fous fes ordres. 11 tint
un peulevent. M. la Touche de Tréville coupa
fous le vent , & M. du Chaffault qui manœuvra
pour ferrer le Warwick, le trouva après une
heure & demie de chaffe à portée d'engager le
combat par une fort belle manoeuvre. N'étant
qu'à une portée de piftolet de ce Vaiffeau , it
arriva tout à coup , lui donna fa bordée dans la
pouppe, & fe mit fous le vent àlui , afin de pou
voir fe fervir plus facilement de tous les canons,
dont il fit un feu très-vif. M. le Chevalier d'Aubi
gny, quiavoiteu le temps de s'approcher , avoit
déja tiré fes canons de l'avant , lorfque leWar
wick lui envoya toute fa bordée & baiffa fon pa
villon. Ce Vaiffeau , commandé par le Capitaine
Shuldam, eft percé pour foixante- quatre pieces
de canon ; mais il n'en avoit que foixante de
JUILLET.. 1756.
223
montés. Pendant qu'on lui donnoit chaffe , on
apperçut un autre Vaiffeau à trois lieues au vent ;
mais il difparut bientôt , & il ne fut pas poffibie
au Chevalier d'Aubigny d'aller à fa pourfuite.
M. Savalete de Magnanville s'étant démis de
P'Intendance de Touraine , pour prendre la Char
ge de Garde du Tréfor Royal , vacante par la
mort de M. Savalete , fon pere , le Roi a donné
cette Intendance à M. Lefcalopier, Intendant de
la Généralité de Montauban.
Sa Majestéaaccordé àM. leMarquis de Belloy,
l'agrément de la Lieutenance de Roi de la Pro
vince d'Orléannois , dont M. le Marquis d'Ar
bouville a donné fa démiffion.
Le 11Juin , le Roi accompagné de Monfei
gneur le Dauphin, de M. le Comte deClermont,
Prince du Sang; des Miniftres & desprincipaux
Seigneurs de fa Cour, fe rendit à l'Hôtel des
Chevaux-Légers de fa garde ordinaire, pour y
voir une partie des exercices qu'on montre à la
jeune Nobleffe élevée dans ce Corps.
Sa Majesté entra d'abord dans un manege cou
vert, & le plaça dans un balcon , d'où elle vit
plufieurs éleves, qui manierent leurs chevaux avec
beaucoup de grace & d'adreffe.
Le Roi monta enfuite à la falle des exercices.
Sa Majestéy trouva un Bataillon fous les armes,
compofé des plus jeunes Eleves. Ce Bataillon fir
le maniement des armes avec une préciſion fur
prenante , à lafeule meſure de la nouvelle marche
Françoiſe , & aufon d'une mufique guerriere ; il
fit auffi tous les pas prefcrits par l'Ordonnance ,
& les différentes évolutions d'Infanterie que le
terrein pouvoit permettre.
Après que ce Bataillon cût fini tous les mouve
mens , une feconde troupe compofée des plus
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
grands Eleves , coëffés avantageufement d'un
bonnet d'une forme & d'une conftruction nou
velle , guêtrés & armés enguerre, déboucha dans
le fondde lafalle , & fe forma derriere la pre
miere troupe , qui s'ouvrit en bordant la haye de
'droite & de gauche pour démafquer cette fecon
de. Ladivifion , qui étoit à la gauche du Roi
défila devant Sa Majefté , fit le falut du fufil , &
difparut avec la divifion de la droite , pour laiffer
le terrein libre au grand Bataillon : celui-ci fit
l'exercice à la muette & au coup de tambour,
& toutes les autres manoeuvres du petit Bataillon
avec le même fuccès. La divifion de la gauche
défila devant le Roi , & falua fierement & de fort
bonnegrace de l'efponton. Les trompettes , haut
bois , violons , cors-de-chaffe , les timballes &
les tambours, remplirent par des fanfares l'inter
valle du temps, qui étoit néceffaire aux Eleves
pour ſe préparer aux exercices de l'efcrime & du
veltiger.
Soixante Eleves en camifoles blanches & en
fandales , le fleuret à la main , fe formerent en
bataillon au fond de la falle ; ils avancerent au
pas redoublé, firent halte , ouvrirent leurs rangs
à droite & àgauche, fe mirent fur deuxfiles , &
commencerent l'exercice de l'efcrime ; ils donne
rent par des attitudes fort nobles & par une jufte
exécution l'idée de tous les principes de cet art
?
&finirent cet exercice par plufieurs affauts , qui
intérefferent tous les fpectateurs.
Ils firent enfuite tous les tours du voltiger avec
beaucoup de légèreté & d'adreffe fur un cheval
rembourré. Dix-huit Eleves fauterent en felle fur.
unautre cheval conftruit d'après nature, à refforts,
& dela hauteurde quatre pieds neufpouces , les
uns par la croupe, & les autres de côté, tenant la
JUILLET. 1756.
Eriniere. Huit d'entr'eux firent ces fauts en bottes
fortes , enbottes molles , armés en guerre avecle
225
plaftron , le fabre à la main & lefufil en bandou
Liere. Le cheval fut enfin élevé jufqu'à fept pieds:
quelques Eleves y fauterent deffus en felle au
grand étonnement desfpectateurs.
Le Roi defcendit de la falle des exercices dans
celle des plans, où Sa Majefté en vit plufieurs en
relief de différentes Places de guerre , un pare
complet d'artillerie avec toutes les machines &
uftenciles de guerre , même un pont jettéfur une
petite piece d'eau , imitant une riviere & des bat
teries conftruites , le tout réduit dans de juftes
proportionsfelon les Ordonnances. Dans la même
falle , Sa Majefté examina des Deffeins & des
Plans en relieffaits par les Eleves de l'Ecole. De
là , le Roi fe rendit dans une galerie , d'où Sa
Majefté vit dans un grand manege découvert la
courfe des têtes à la lance , au dard , au piſtolet ,
à l'épée , enfabrant , en pointant & en plongeant.
Les Eleves y donnerent une image de la guerre
parplufieurs manoeuvres très-bien exécutées d'at
taque & de défenſe : il y eut des combats entre
deux Corps de Cavalerie , & entre des Corps de
Cavalerie & d'Infanterie. On entendit un bruit
continuel d'artillerie , de moufqueterie & d'inftru
mens de guerre; & ce qui parut étonnant , c'eft
que les chevaux n'en furent point effrayés , &
qu'ils n'en furent pas moins dociles à la main &
aux aides des Cavaliers qui les montoient.
Les différens exercices dont on vient de parler,
formoient unfpectacle digne du grand Roi qui
daignoitles honorer de fa prétence. Auffi a Ma
jefté en parut très-fatisfaite , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin. Tous les fpectateurs furent
KY
encore plus touchés de l'attention favorable que
226 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté& Monfeigneur leDauphin daignerent
yprêter, que du fuccès éclatant de l'exécution.
On nefçauroit donner trop d'éloges à M. le Duc
de Chaulnes fur l'établiſſement qu'il a fait dansle
Corps qu'il commande, d'une Ecole finéceffaire
à laNobleffe , & à laquelle on ne peut rien dé
frer; ni troplouer M. le Comte de Luberfac de
Livron , fous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux-Légers, qui a dirigé jufqu'àpréfentcette
Ecole , fous les ordres du Ducde Chaulnes avec
une application finguliere. M. deVezannes , Aide
Majoren chefde la Compagnie , & Brigadier des
Armées du Roi , méritebien auffi qu'onfaffe de
lui une mention honorable , par le zele continuel
avec lequel il a contribué au fuccès de cette Ecole.
Le Chevalier Louis Mocenigo , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife auprès du
Roi , mourut à Paris le 12 Juin dans la quarante
fixieme année de fon âge.
Le 13 Juin , pendant laMeffedu Roi , les Car
dinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres,
prêterent un nouveau ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté , ainfi qu'il eft d'ufage en
France, lorfque les Prélats y font revêtus de la
pourpre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quarantelivres les Billets
delapremiere Loterie Royale , à neufcensdouze ;
& ceux de latroifieme Loterie , à fix cens qua
rante-quatre. Ceux dela fecondeLoterie n'avoient
point de prix fixe.
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Résumé : « Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Le texte relate divers événements impliquant la famille royale française et des nouvelles militaires et administratives. Le Dauphin et Madame se rendirent au Palais de Luxembourg, où Madame la Dauphine et les princesses Victoire, Sophie et Louise les attendaient. Ils se promenèrent dans les jardins, visitèrent la galerie et le Boulevard avant de retourner à Versailles. Le Chevalier d'Aubigny annonça la capture du vaisseau de guerre anglais le Warwick le 11 mars. Le combat eut lieu près de la Martinique, impliquant les vaisseaux français le Prudent, l'Atalante et le Zéphyr. Le Warwick, commandé par le Capitaine Shuldam, était conçu pour soixante-quatre canons mais n'en avait que soixante montés. M. Savalet de Magnanville démissionna de l'Intendance de Touraine pour devenir Garde du Trésor Royal. Le Roi nomma M. Lefcalopier à sa succession. Le Marquis de Belloy obtint l'agrément pour la Lieutenance du Roi en Orléannois, succédant au Marquis d'Arbouville. Le 11 juin, le Roi, accompagné du Dauphin et de plusieurs dignitaires, visita l'Hôtel des Chevaux-Légers pour assister à des exercices militaires. Les élèves démontrèrent des manœuvres équestres, des exercices d'infanterie, d'escrime et de voltige. Le Roi examina également des plans de fortifications et des exercices de tir. L'événement fut apprécié par le Roi, le Dauphin et les spectateurs. Le Chevalier Louis Mocenigo, ambassadeur de Venise, mourut à Paris le 12 juin. Le 13 juin, les cardinaux de Tavannes, de Luynes et de Gesvres prêtèrent un nouveau serment de fidélité au Roi. Le 16 juin, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à différents prix selon les loteries.
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882
p. 226-231
« Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Début :
Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Déclaration de guerre, Roi d'Angleterre, Amérique septentrionale, Marines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
ORDONNANCE du Roi , portant déclaration
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
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Résumé : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Le 9 juin 1756, le Roi de France a émis une ordonnance déclarant la guerre au Roi d'Angleterre. Cette décision fait suite à des agressions britanniques contre les possessions françaises en Amérique du Nord, débutées en 1754 et intensifiées en juin 1755, violant ainsi le droit des gens et les traités en vigueur. La France avait initialement réagi avec modération, renvoyant une frégate anglaise capturée et permettant aux navires anglais de continuer leur commerce en France. Cependant, l'Angleterre a traité durement les soldats et matelots français, exécutant des ordres contraires aux assurances de conciliation données à l'ambassadeur français. La France a tenté d'éviter l'implication d'autres puissances européennes et a espéré une résolution pacifique en demandant la restitution des navires français capturés. Le refus britannique a été interprété comme une déclaration de guerre. La Cour britannique a publié des griefs vagues et infondés contre la France, notamment concernant les travaux à Dunkerque et les troupes assemblées sur les côtes françaises, justifiés par les attaques anglaises précédentes. En réponse, le Roi de France a décidé de riposter par la force, tout en restant fidèle à ses principes de justice et de modération. Il a ordonné à ses sujets de cesser toute communication avec les sujets anglais et a révoqué toutes les permissions contraires. La déclaration de guerre a été publiée le 16 juin à Paris.
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883
p. 222-223
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Les subsides, accordés par le Parlement pour le service de cette année, [...]
Mots clefs :
Londres, Subsides, Frégates, Combat, Vaisseaux français, Défense des îles, Escadre, Amiral Hawke, Amiral Sawnders
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 28 Juin.
Les fubfides , accordés par le Parlement pour
Ε
JUILLET. 1756. 223
le fervice de cette année , montent à la fomme
de fept millions deux cent vingt -neuf mille cent
dix fept livres sterlings . On a reçu avis de Falmouth
, que le Vaiffeau le Colchester y avoit
relâché , extrêmement maltraité du combat qu'il
a foutenu conjointement avec la Frégate la Lime ,
près de Rochefort , contre deux Frégates Francoifes.
On a coulé à fond quinze ou feize des
prifes Françoifes , dont la cargaison confiftant en
poiffon s'étoit corrompue . Le Lord Anfon a
propofé d'armer quarante ou cinquante Bâtimens
de Pêcheurs , & de les faire croifer dans la Manche.
Il prétend que cet armement ne coûtera que
quarante - trois mille livres fterlings par an , &
qu'il fuffira pour la défenſe des côtes de la Grande-
Bretagne. Ces Bâtimens , qui avec leur charge
entiere ne tirent que fept pieds d'eau , font en
*état de porter dix-huit canons , trente matelots &
cinquante foldats .
Dans un des Confeils tenus à Kenfington , il a
été pris divers arrangemens pour la défenfe dés
ifles de Jerfey & de Garneley. En conféquence ,
l'Amirauté a donné ordre d'équiper une Eſcadre ,
que commandera le Chef d'Efcadre Howe , &
qui fera compofée d'un Vaiffeau de foixante
canon , d'un de cinquante , de deux de vingt ,
& de deux Chaloupes de guerre. Le Régiment
de Bochland s'eft embarqué pour ces Ifles , ou
P'on fe propofe d'envoyer quelques autres troupes.
Le 16 de ce mois , les Amiraux Hawke &
Sawnders partirent de Portſmouth , à bord du
Vaiffeau de guerre l'Antelope , pour aller joindre
P'Efcadre de l'Amiral Byng à Gibraltar
DE LONDRES , le 28 Juin.
Les fubfides , accordés par le Parlement pour
Ε
JUILLET. 1756. 223
le fervice de cette année , montent à la fomme
de fept millions deux cent vingt -neuf mille cent
dix fept livres sterlings . On a reçu avis de Falmouth
, que le Vaiffeau le Colchester y avoit
relâché , extrêmement maltraité du combat qu'il
a foutenu conjointement avec la Frégate la Lime ,
près de Rochefort , contre deux Frégates Francoifes.
On a coulé à fond quinze ou feize des
prifes Françoifes , dont la cargaison confiftant en
poiffon s'étoit corrompue . Le Lord Anfon a
propofé d'armer quarante ou cinquante Bâtimens
de Pêcheurs , & de les faire croifer dans la Manche.
Il prétend que cet armement ne coûtera que
quarante - trois mille livres fterlings par an , &
qu'il fuffira pour la défenſe des côtes de la Grande-
Bretagne. Ces Bâtimens , qui avec leur charge
entiere ne tirent que fept pieds d'eau , font en
*état de porter dix-huit canons , trente matelots &
cinquante foldats .
Dans un des Confeils tenus à Kenfington , il a
été pris divers arrangemens pour la défenfe dés
ifles de Jerfey & de Garneley. En conféquence ,
l'Amirauté a donné ordre d'équiper une Eſcadre ,
que commandera le Chef d'Efcadre Howe , &
qui fera compofée d'un Vaiffeau de foixante
canon , d'un de cinquante , de deux de vingt ,
& de deux Chaloupes de guerre. Le Régiment
de Bochland s'eft embarqué pour ces Ifles , ou
P'on fe propofe d'envoyer quelques autres troupes.
Le 16 de ce mois , les Amiraux Hawke &
Sawnders partirent de Portſmouth , à bord du
Vaiffeau de guerre l'Antelope , pour aller joindre
P'Efcadre de l'Amiral Byng à Gibraltar
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En juin 1756, la Grande-Bretagne a alloué sept millions deux cent vingt-neuf mille cent dix-sept livres sterling pour des dépenses militaires. Le navire Colchester a été endommagé lors d'un combat près de Rochefort contre des frégates françaises, entraînant la perte de quinze ou seize prises françaises. Le Lord Anson a proposé d'armer des bateaux de pêche pour défendre les côtes de la Manche, estimant le coût à quarante-trois mille livres sterling par an. Ces bateaux, équipés de dix-huit canons, trente matelots et cinquante soldats, navigueraient dans la Manche. Des mesures ont été prises pour protéger les îles de Jersey et de Guernesey, incluant l'envoi d'une escadre commandée par le chef d'escadre Howe et l'embarquement du régiment de Bochland. Les amiraux Hawke et Saunders ont quitté Portsmouth à bord du navire l'Antelope pour rejoindre l'escadre de l'amiral Byng à Gibraltar.
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884
p. 224-232
« Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine partirent de Versailles le 19 Juin, [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine partirent de Versailles le 19 Juin, [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine, Princes, Ducs, Comtes, Nonce du Pape, Versailles, Marquis, Minorque, Guerre de siège, Guerre contre l'Angleterre, Nominations, Canada, Combats sur terre, Actions boursières, Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine partirent de Versailles le 19 Juin, [...] »
Monfeigneur le Dauphin & Madame la Dauphine
partirent de Verfailles le 19 Juin , vers
les neuf heures & demie du matin , pour fe
rendre à Chartres. Ce Prince & cette Princeffe
y arriverent à trois heures après- midi , &
ils defcendirent à l'Evêché , où ils dînerent.
Ils y ont féjourné le 20 , & ils font revenus
ici le 21 au matin. L'Evêque de Chartres , qui
a eu l'honneur de recevoir chez lui Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine
avec les Seigneurs & Dames de leur fuite , n'a
rien laiffé à défirer de tout ce qui pouvoit contribuer
à la magnificence de la réception..
Le 23 , Monfeigneur le Dauphin & Mada
me tinrent fur les Fonts , dans la Chapelle
du Château , le fils du Marquis de Loftanges ,
Meftie de Camp du Régiment des Cuiraffiers ,
& Premier Ecuyer de Madame , en furvivance
; & de Dame Gallucci de l'Hôpital , une des
Dames nommées pour accompagner Madame.
Le Prince Conftantin , Premier Aumônier du
Roi , fuppléa les cérémonies du Baptême , en
préfence du Curé de l'Eglife Paroiffiale de Notre-
Dame , à l'enfant qui fut nommé Henri .
Le 20 Juin , M. Gualtieri , Archevêque de
Mira , Nonce Ordinaire du Pape , fit fon Entrée
publique à Paris. Le Prince Camille , &
M. Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs ,
JUILLET. 1756. 225
allerent le prendre dans les carroffes de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où la marche
fe fit en cet ordre . Le carroffe de l'Introducteur
; le carroffe du Prince Camille ; un Suiffe
du Nonce , à cheval ; fa Livrée , à pied ; fon
Maître d'Hôtel & fix de fes Officiers ; fon
Ecuyer & fes Pages , à cheval : le carroffe du
Roi , aux côtés duquel marchoient la Livrée
du Prince Camille & celle de M. Dufort ; le
carroffe de la Reine ; celui de Madame la Dauphine
; ceux du Duc d'Orléans , de la Ducheffe
d'Orléans , du Prince de Condé , de la
Princeffe de Condé , du Comte de Charolois ,
du Comte de Clermont , de la Princeffe Douairiere
de Conty , du Prince de Conty , du Comte
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteffe
de Toulouſe , du Duc de Penthievre ; &
celui de M. Rouillé , Miniftre d'Etat ayant le
Département des Affaires Etrangeres. A une
diftance de trente ou quarante pas marchoient
les quatre carroffes du Nonce , précédés d'un
Suiffe à cheval . Lorsqu'il fut arrivé à fon Hôtel
, il fut complimenté , de la part du Roi ,
par M. le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majefté ; de la part
de la Reine , par M. le Comte de Saoly Tavannes
, fon Chevalier d'Honneur ; de la part de
Madame la Dauphine, par M. le Marquis de Muy,
fon Premier Maître d'Hôtel ; & de la part de
Madame , par M. le Marquis de l'Hôpital ,
Premier Ecuyer de cette Princeffe .
Le 22 , le Comte de Brionne , Grand Ecuyer
de France , & M. Dufort , Introducteur des
Ambaffadeurs , allerent prendre le Nonce du
Pape en fon Hôtel , & le conduifirent avec les
carroffes de Leurs Majeftés , à Verfailles , où il
Κν
226 MERCURE DE FRANCE.
eut fa premiere audience publique du Roi. Le
Nonce trouva à fon paffage , dans l'avantcourt
du Château , les Compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes , fous les armes ; les Tambours
appellant ; dans la cour , les Gardes de la Pors
te & ceux de la Prevôté de l'Hôtel , auffi ſous
les armes , à leurs poftes ordinaires ; & fur l'efcalier
, les Cent- Suiffes , en habit de cérémonie
, la hallebarde à la main. Il fut reçu en dedans
de la Salle des Gardes par M. le Duc
d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps , qui
étoient en haie & fous les armes. Après l'audience
du Roi , le Nonce, fut conduit à l'audience
de la Reine , & à celles de Monſeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine
par M. le Comte de Brionne & par M. Dufort.
Il eut enfuite audience de Madame , &
de Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe ; &
après avoir été traité par les Officiers du Roi ,
ilfut reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs
Majeftés avec les cerémonies accoutumées.
>
Le même jour , le Roi fit à Verſailles dans
la Cour du Château , la revue des deux Com .
pagnies des Moufquetaires de fa Gardė Ordi ,
naire. Le Roi paffa dans les rangs , & après
que les Compagnies eurent fait l'exercice , Sa
Majefté les vit défiler. Monfeigneur le Dauphin
accompagna le Roi à cette revue. La Reine
Madame la Dauphine , Madame , & Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , la virent de l'appartement
du Comte de Clermont..
"
M. Le Marquis de Peruffy , Premier Sous-
Lieutenant de la Premiere Compagnie des
Moufquetaires , ayant demandé la permiffion de
fe retirer , M. le Comte de Carvoifin , fecond
Sous-Lieutenant de cette Compagnie , en eft
JUILLET. 1756. 227
devenu Premier Sous-Lieutenant ; M. le Chevalier
de la Cheze , qui étoit Premier Enſeigne ,
a monté à la place de Second Sous - Lieutenant ;
M. le Marquis de Cucé , Second Enfeigne , a paflé
à la premiere Enfeigne ; M. le Marquis de la Vaupaliere
premier Cornette , a été nommé fecond
Enfeigne , & M. le Marquis de Montillet , Second
Cornette , eft devenu Premier Cornette . Le Roi a
accordé à M. le Comte de Merle l'agrément de la
place de Second Cornette , vacante par ces mutations.
En conféquence de la retraite de M. du Rouret
, Maréchal des Logis de la même Compagnie ,.
Sa Majesté a nommé M. de Sarcé Maréchal des
Logis , M. de Charlary Brigadier , M. de Fa
jac Sous- Brigadier & Sous- Aide Major ; & MM.
de Chanvallon , Villiers & Monneron , ont obtenu
les Sous- Brigades vacantes dans la Compagnie.
Par la retraite de MM. de Vervan , du Fou &
de Sampigny , Maréchaux des Logis de la feconde
Compagnie des Moufquetaires , le Chevalier de la
Douze & MM. de Mancy & de Vandômois font
devenus Maréchaux des Logis de cette Compagnie.
MM. de Launay , de Blaignac & de Gouberville ,
en ont été nommés Brigadiers ; & MM. de Beau
chefne , de Tremenec & de Vefins , ont obtenu
des places de Sous- Brigadiers .
Suivant les nouvelles écrites de Minorque le
14 Juin , on avoit employé plufieurs jours à
faire des tranfports de terre , pour élever de nouvelles
batteries , qui avoient commencé à tirer
le 5 au matin , & dont le feu fucceffif avoit ruiné
une grande partie des defenfes des Affiégés.
Le 8 M. Bélon , Capitaine au Régiment de Talaru
, a été bleffé . M. de Saint-Alby , Capitaine
de Grenadiers au Régiment de Bretagne , a été
sué le 9. Le 10 , M. la Rivétifon , Capitaine
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
au Régiment Royal , fut bleffé légérement. Le
12 M. Pupille , Lieutenant du Corps Royal d'Ar
tillerie & du Génie , a auffi été bleffé légèrement
d'un éclat de bombe.
Afin de prévenir le dépériffement des Navires
Anglois , détenus dans les Ports du Royaume
, & d'empêcher qu'ils ne foient confondus
avec les prifes qui pourront être faites durant
la guerre que le Roi de la Grande- Bretagne a
déclarée à la France , le Roi a donné ordre qu'il
fût procédé à la vente de ces Bâtimens & de leurs
chargemens. Veut Sa Majefté , que le produit
defdites ventes foit mis en dépôt , pour y refter
jufqu'à ce qu'il en ait été par Elle autrement
ordonné. j
M. de Maupertuis , un des Quarante de l'Académie
Françoife , & Préfident de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres de Pruffe , & M. Godin ,
ont été déclarés Penfionnaires Vétérans de l'Aca
démie Royale des Sciences , dans l'Affemblée que
cette Compagnie tint le 16.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Chancelier
de la Reine , & Commandeur- Secretaire des
Ordres de Saint Michel & du Saint Efprit , la
charge de Commandeur- Chancelier , Garde des
Sceaux , & Sur Intendant des Finances defdits
Ordres , qui vaquoit par la mort de M. l'Abbé
de Pomponne. M. le Marquis de Marigny ,
Directeur & Ordonnateur Général des Bâtimens
Arts , Jardins & Manufactures , a eu l'agrément
du Roi , pour fuccéder à M. le Comte de Saint-
Florentin dans la charge de Commandeur- Secretaire
des Ordres de Sa Majesté.
La place de Confeiller d'Etat Eccléfiaftique
de M. l'Abbé de Pomponne paffe à M. l'Abbé
JUILLET. 1756. 229
Comte de Bernis , nommé Ambaffadeur de Sa
Majefté à la cour de Madrid , lequel avoit l'expectative
pour la premiere qui viendroit à vaquer.
M. le Marquis de Puyziculx ayant demandé
la permiffion de fe retirer du Confeil , Sa Majesté
Jui a confervé la penfion de Miniftre , & il
continuera d'avoir un logement à la Cour.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
, Madame , & Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , vinrent le 27 Juin fe promener fur le
Boulevard de cette Ville. Il vifiterent le réfervoir
qui fert à nettoyer le grand égout qui l'entoure.
Le défir de jouir de la préfence de ce Prince
& de ces Princeffes , attira fur le Boulevard une
multitude innombrable de perfonnes de toutes
les conditions.
Par des lettres du Canada , on a appris le
détail fuivant. M. de Vaudreuil , Gouverneur Général
, ayant été informé que les Anglois avoient
établi à vingt lieues de Choueguen , un Fort , ou
étoit le principal entrepôt de tous les approvifionnemens
deftiné pour l'entrepriſe projettée
contre les Forts de Niagara & de Frontenac , fit
partir à la fin du mois de Février un Détachement
commandé par M. de Lery , Lieutenant
des Troupes , & compofé de cinq cens hommes
tant Soldats que Canadiens & Sauvages ,
pour aller détruire ce Fort , appellé de Bull.
Le 27 Mars , M. de Lery rencontra un convoi
de neuf charrettes chargées de vivres , qu'un Détachement
Anglois conduifoit à Choueguen. Après
avoir pris ce convoi & l'efcorte , il marcha
vers le Fort de Bull , dont il étoit déja aſſez
près. Comme il avoit été découvert , il trouva
que le Commandant de ce Fort s'étoit mis en
défenſe avec la garnison , qui étoit compoſée
230 MERCURE DE FRANCE .
d'environ cent hommes. Quoique M. de Lery
n'eût point dans ce moment tout fon détachement
avec lui , une partie des Sauvages étant restée
en arriere , il inveftit le Fort , & fit fommer
le Commandant de fe rendre : mais celui – ci
ne lui répondit que par un feu très- vif de grenades
& de moufqueterie . Ce feu n'empêcha
pas M. de Lery , de faire fon attaque, Pendant
que les Canadiens faifoient des breches fur les
derrieres du Fort , il fit rompre la porte à coups
de hache , & fomma de nouveau le Commandant,
de fe rendre . Cette nouvelle ſommation ne fervit
qu'à faire redoubler le feu des Anglois ; mais bientôt
les Affiégeans entrerent avec précipitation
dans le Fort , & pafferent toute la Garniſon
au fil de l'épée , à l'exception de trois ou quatre
hommes que M. de Lery trouva le moyen de
fauver , & qui furent faits prifonniers. Dans le
tems qu'il vifitoit les magafins où il avoit déja
trouvé près de quarante milliers de poudre ,
une grande quantité de bombes , grenades, boulets
& autres munitions , avec une provifion
très- confidérable de vivres prêts à être tranfpor
tés, on s'apperçut que le feu étoit dans les magafins.
M. de Lery étoit à peine retiré avec tout
fon monde , que les magafins fauterent avec
tout les bâtimens & toute l'enceinte même du
Fort , de maniere qu'il n'en refta point de veftiges.
Après cette expédition dans laquelle ledétachement
François n'a eu qu'un Soldat & un Sauvage de tués ,
avec deux Soldats , deux Canadiens & trois Sauvages
bleffés , M. de Lery a marché contre un
Détachement Anglois , qui venoit au ſecours du
Fort ; mais il ne lui a pas été poffible de le
joindre.
Le 2 Juillet , le Roi accompagné de Monfei
JUILLET. 1756. 231
gneur le Dauphin , de Madame la Dauphinede
Madame , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife , fe rendit à Compiegne du Châteaude
la Meute , où Sa Majefté avoit couché la
nuit précédente . Le Roi a fait l'honneur à
M. de Machault , Garde des Sceaux de France
, & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , de s'arrêter une heure au Château
d'Arnouville . Monfeigneur le Dauphin étoit
avec Sa Majefté. La Reine arriva de Verſailles
le 3.
Le Roi a difpofé de la charge de Grand Aumônier
de France , vacante par la mort du Cardinal
de Soubife , en faveur du Cardinal de la
Rochefoucauld.
Sa Majefté a donné au Vidame d'Amiens , fils de
M.leDuc de Chaulnes , une Commiffion de Cornette
, avec Brevet de Mestre de Camp , à la fuite de
la Compagnie des Chevaux- Légers de la Garde..
En même tems , Sa Majesté a accordé une gratification
annuelle de huit mille livres à M. le Comte
de Luberfac de Livron , fecond Sous- Lieutenant
de cette Compagnie. Le Roi a accordé auffi
des Commiffions de Capitaines de Cavalerie , &.
plufieurs penfions & gratifications , aux Chevaux-
Légers , qui fe rendent utiles à l'Ecole établie
dans ce Corps , & qui fe font diftingués dans lesexercices
que Sa Majeſté a honorés de fa préfence.
Le Bureau des Affaires Eccléfiaftiques , qu'avoit
le feu Abbé de Pomponne , a été donné par
Sa Majesté à M. Feydeau de Brou , Conſeiller
d'Etat Ordinaire , & au Confeil Royal ..
Le 8 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens quarante- cinq
livres les Billets de la troisieme Loterie Royale
232 MERCURE DE FRANCE.
à fix cens quarante- quatre ; ceux de la premiere
Loterie , & ceux de la feconde , n'avoient point
de prix fixe .
partirent de Verfailles le 19 Juin , vers
les neuf heures & demie du matin , pour fe
rendre à Chartres. Ce Prince & cette Princeffe
y arriverent à trois heures après- midi , &
ils defcendirent à l'Evêché , où ils dînerent.
Ils y ont féjourné le 20 , & ils font revenus
ici le 21 au matin. L'Evêque de Chartres , qui
a eu l'honneur de recevoir chez lui Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine
avec les Seigneurs & Dames de leur fuite , n'a
rien laiffé à défirer de tout ce qui pouvoit contribuer
à la magnificence de la réception..
Le 23 , Monfeigneur le Dauphin & Mada
me tinrent fur les Fonts , dans la Chapelle
du Château , le fils du Marquis de Loftanges ,
Meftie de Camp du Régiment des Cuiraffiers ,
& Premier Ecuyer de Madame , en furvivance
; & de Dame Gallucci de l'Hôpital , une des
Dames nommées pour accompagner Madame.
Le Prince Conftantin , Premier Aumônier du
Roi , fuppléa les cérémonies du Baptême , en
préfence du Curé de l'Eglife Paroiffiale de Notre-
Dame , à l'enfant qui fut nommé Henri .
Le 20 Juin , M. Gualtieri , Archevêque de
Mira , Nonce Ordinaire du Pape , fit fon Entrée
publique à Paris. Le Prince Camille , &
M. Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs ,
JUILLET. 1756. 225
allerent le prendre dans les carroffes de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où la marche
fe fit en cet ordre . Le carroffe de l'Introducteur
; le carroffe du Prince Camille ; un Suiffe
du Nonce , à cheval ; fa Livrée , à pied ; fon
Maître d'Hôtel & fix de fes Officiers ; fon
Ecuyer & fes Pages , à cheval : le carroffe du
Roi , aux côtés duquel marchoient la Livrée
du Prince Camille & celle de M. Dufort ; le
carroffe de la Reine ; celui de Madame la Dauphine
; ceux du Duc d'Orléans , de la Ducheffe
d'Orléans , du Prince de Condé , de la
Princeffe de Condé , du Comte de Charolois ,
du Comte de Clermont , de la Princeffe Douairiere
de Conty , du Prince de Conty , du Comte
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteffe
de Toulouſe , du Duc de Penthievre ; &
celui de M. Rouillé , Miniftre d'Etat ayant le
Département des Affaires Etrangeres. A une
diftance de trente ou quarante pas marchoient
les quatre carroffes du Nonce , précédés d'un
Suiffe à cheval . Lorsqu'il fut arrivé à fon Hôtel
, il fut complimenté , de la part du Roi ,
par M. le Duc de Gefvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majefté ; de la part
de la Reine , par M. le Comte de Saoly Tavannes
, fon Chevalier d'Honneur ; de la part de
Madame la Dauphine, par M. le Marquis de Muy,
fon Premier Maître d'Hôtel ; & de la part de
Madame , par M. le Marquis de l'Hôpital ,
Premier Ecuyer de cette Princeffe .
Le 22 , le Comte de Brionne , Grand Ecuyer
de France , & M. Dufort , Introducteur des
Ambaffadeurs , allerent prendre le Nonce du
Pape en fon Hôtel , & le conduifirent avec les
carroffes de Leurs Majeftés , à Verfailles , où il
Κν
226 MERCURE DE FRANCE.
eut fa premiere audience publique du Roi. Le
Nonce trouva à fon paffage , dans l'avantcourt
du Château , les Compagnies des Gardes Françoifes
& Suiffes , fous les armes ; les Tambours
appellant ; dans la cour , les Gardes de la Pors
te & ceux de la Prevôté de l'Hôtel , auffi ſous
les armes , à leurs poftes ordinaires ; & fur l'efcalier
, les Cent- Suiffes , en habit de cérémonie
, la hallebarde à la main. Il fut reçu en dedans
de la Salle des Gardes par M. le Duc
d'Ayen , Capitaine des Gardes du Corps , qui
étoient en haie & fous les armes. Après l'audience
du Roi , le Nonce, fut conduit à l'audience
de la Reine , & à celles de Monſeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine
par M. le Comte de Brionne & par M. Dufort.
Il eut enfuite audience de Madame , &
de Mefdames Victoire , Sophie & Louiſe ; &
après avoir été traité par les Officiers du Roi ,
ilfut reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs
Majeftés avec les cerémonies accoutumées.
>
Le même jour , le Roi fit à Verſailles dans
la Cour du Château , la revue des deux Com .
pagnies des Moufquetaires de fa Gardė Ordi ,
naire. Le Roi paffa dans les rangs , & après
que les Compagnies eurent fait l'exercice , Sa
Majefté les vit défiler. Monfeigneur le Dauphin
accompagna le Roi à cette revue. La Reine
Madame la Dauphine , Madame , & Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , la virent de l'appartement
du Comte de Clermont..
"
M. Le Marquis de Peruffy , Premier Sous-
Lieutenant de la Premiere Compagnie des
Moufquetaires , ayant demandé la permiffion de
fe retirer , M. le Comte de Carvoifin , fecond
Sous-Lieutenant de cette Compagnie , en eft
JUILLET. 1756. 227
devenu Premier Sous-Lieutenant ; M. le Chevalier
de la Cheze , qui étoit Premier Enſeigne ,
a monté à la place de Second Sous - Lieutenant ;
M. le Marquis de Cucé , Second Enfeigne , a paflé
à la premiere Enfeigne ; M. le Marquis de la Vaupaliere
premier Cornette , a été nommé fecond
Enfeigne , & M. le Marquis de Montillet , Second
Cornette , eft devenu Premier Cornette . Le Roi a
accordé à M. le Comte de Merle l'agrément de la
place de Second Cornette , vacante par ces mutations.
En conféquence de la retraite de M. du Rouret
, Maréchal des Logis de la même Compagnie ,.
Sa Majesté a nommé M. de Sarcé Maréchal des
Logis , M. de Charlary Brigadier , M. de Fa
jac Sous- Brigadier & Sous- Aide Major ; & MM.
de Chanvallon , Villiers & Monneron , ont obtenu
les Sous- Brigades vacantes dans la Compagnie.
Par la retraite de MM. de Vervan , du Fou &
de Sampigny , Maréchaux des Logis de la feconde
Compagnie des Moufquetaires , le Chevalier de la
Douze & MM. de Mancy & de Vandômois font
devenus Maréchaux des Logis de cette Compagnie.
MM. de Launay , de Blaignac & de Gouberville ,
en ont été nommés Brigadiers ; & MM. de Beau
chefne , de Tremenec & de Vefins , ont obtenu
des places de Sous- Brigadiers .
Suivant les nouvelles écrites de Minorque le
14 Juin , on avoit employé plufieurs jours à
faire des tranfports de terre , pour élever de nouvelles
batteries , qui avoient commencé à tirer
le 5 au matin , & dont le feu fucceffif avoit ruiné
une grande partie des defenfes des Affiégés.
Le 8 M. Bélon , Capitaine au Régiment de Talaru
, a été bleffé . M. de Saint-Alby , Capitaine
de Grenadiers au Régiment de Bretagne , a été
sué le 9. Le 10 , M. la Rivétifon , Capitaine
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
au Régiment Royal , fut bleffé légérement. Le
12 M. Pupille , Lieutenant du Corps Royal d'Ar
tillerie & du Génie , a auffi été bleffé légèrement
d'un éclat de bombe.
Afin de prévenir le dépériffement des Navires
Anglois , détenus dans les Ports du Royaume
, & d'empêcher qu'ils ne foient confondus
avec les prifes qui pourront être faites durant
la guerre que le Roi de la Grande- Bretagne a
déclarée à la France , le Roi a donné ordre qu'il
fût procédé à la vente de ces Bâtimens & de leurs
chargemens. Veut Sa Majefté , que le produit
defdites ventes foit mis en dépôt , pour y refter
jufqu'à ce qu'il en ait été par Elle autrement
ordonné. j
M. de Maupertuis , un des Quarante de l'Académie
Françoife , & Préfident de l'Académie des
Sciences & Belles - Lettres de Pruffe , & M. Godin ,
ont été déclarés Penfionnaires Vétérans de l'Aca
démie Royale des Sciences , dans l'Affemblée que
cette Compagnie tint le 16.
Sa Majefté a donné à M. le Comte de Saint-
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat , Chancelier
de la Reine , & Commandeur- Secretaire des
Ordres de Saint Michel & du Saint Efprit , la
charge de Commandeur- Chancelier , Garde des
Sceaux , & Sur Intendant des Finances defdits
Ordres , qui vaquoit par la mort de M. l'Abbé
de Pomponne. M. le Marquis de Marigny ,
Directeur & Ordonnateur Général des Bâtimens
Arts , Jardins & Manufactures , a eu l'agrément
du Roi , pour fuccéder à M. le Comte de Saint-
Florentin dans la charge de Commandeur- Secretaire
des Ordres de Sa Majesté.
La place de Confeiller d'Etat Eccléfiaftique
de M. l'Abbé de Pomponne paffe à M. l'Abbé
JUILLET. 1756. 229
Comte de Bernis , nommé Ambaffadeur de Sa
Majefté à la cour de Madrid , lequel avoit l'expectative
pour la premiere qui viendroit à vaquer.
M. le Marquis de Puyziculx ayant demandé
la permiffion de fe retirer du Confeil , Sa Majesté
Jui a confervé la penfion de Miniftre , & il
continuera d'avoir un logement à la Cour.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
, Madame , & Mefdames Victoire , Sophie &
Louife , vinrent le 27 Juin fe promener fur le
Boulevard de cette Ville. Il vifiterent le réfervoir
qui fert à nettoyer le grand égout qui l'entoure.
Le défir de jouir de la préfence de ce Prince
& de ces Princeffes , attira fur le Boulevard une
multitude innombrable de perfonnes de toutes
les conditions.
Par des lettres du Canada , on a appris le
détail fuivant. M. de Vaudreuil , Gouverneur Général
, ayant été informé que les Anglois avoient
établi à vingt lieues de Choueguen , un Fort , ou
étoit le principal entrepôt de tous les approvifionnemens
deftiné pour l'entrepriſe projettée
contre les Forts de Niagara & de Frontenac , fit
partir à la fin du mois de Février un Détachement
commandé par M. de Lery , Lieutenant
des Troupes , & compofé de cinq cens hommes
tant Soldats que Canadiens & Sauvages ,
pour aller détruire ce Fort , appellé de Bull.
Le 27 Mars , M. de Lery rencontra un convoi
de neuf charrettes chargées de vivres , qu'un Détachement
Anglois conduifoit à Choueguen. Après
avoir pris ce convoi & l'efcorte , il marcha
vers le Fort de Bull , dont il étoit déja aſſez
près. Comme il avoit été découvert , il trouva
que le Commandant de ce Fort s'étoit mis en
défenſe avec la garnison , qui étoit compoſée
230 MERCURE DE FRANCE .
d'environ cent hommes. Quoique M. de Lery
n'eût point dans ce moment tout fon détachement
avec lui , une partie des Sauvages étant restée
en arriere , il inveftit le Fort , & fit fommer
le Commandant de fe rendre : mais celui – ci
ne lui répondit que par un feu très- vif de grenades
& de moufqueterie . Ce feu n'empêcha
pas M. de Lery , de faire fon attaque, Pendant
que les Canadiens faifoient des breches fur les
derrieres du Fort , il fit rompre la porte à coups
de hache , & fomma de nouveau le Commandant,
de fe rendre . Cette nouvelle ſommation ne fervit
qu'à faire redoubler le feu des Anglois ; mais bientôt
les Affiégeans entrerent avec précipitation
dans le Fort , & pafferent toute la Garniſon
au fil de l'épée , à l'exception de trois ou quatre
hommes que M. de Lery trouva le moyen de
fauver , & qui furent faits prifonniers. Dans le
tems qu'il vifitoit les magafins où il avoit déja
trouvé près de quarante milliers de poudre ,
une grande quantité de bombes , grenades, boulets
& autres munitions , avec une provifion
très- confidérable de vivres prêts à être tranfpor
tés, on s'apperçut que le feu étoit dans les magafins.
M. de Lery étoit à peine retiré avec tout
fon monde , que les magafins fauterent avec
tout les bâtimens & toute l'enceinte même du
Fort , de maniere qu'il n'en refta point de veftiges.
Après cette expédition dans laquelle ledétachement
François n'a eu qu'un Soldat & un Sauvage de tués ,
avec deux Soldats , deux Canadiens & trois Sauvages
bleffés , M. de Lery a marché contre un
Détachement Anglois , qui venoit au ſecours du
Fort ; mais il ne lui a pas été poffible de le
joindre.
Le 2 Juillet , le Roi accompagné de Monfei
JUILLET. 1756. 231
gneur le Dauphin , de Madame la Dauphinede
Madame , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife , fe rendit à Compiegne du Châteaude
la Meute , où Sa Majefté avoit couché la
nuit précédente . Le Roi a fait l'honneur à
M. de Machault , Garde des Sceaux de France
, & Secretaire d'Etat ayant le Département
de la Marine , de s'arrêter une heure au Château
d'Arnouville . Monfeigneur le Dauphin étoit
avec Sa Majefté. La Reine arriva de Verſailles
le 3.
Le Roi a difpofé de la charge de Grand Aumônier
de France , vacante par la mort du Cardinal
de Soubife , en faveur du Cardinal de la
Rochefoucauld.
Sa Majefté a donné au Vidame d'Amiens , fils de
M.leDuc de Chaulnes , une Commiffion de Cornette
, avec Brevet de Mestre de Camp , à la fuite de
la Compagnie des Chevaux- Légers de la Garde..
En même tems , Sa Majesté a accordé une gratification
annuelle de huit mille livres à M. le Comte
de Luberfac de Livron , fecond Sous- Lieutenant
de cette Compagnie. Le Roi a accordé auffi
des Commiffions de Capitaines de Cavalerie , &.
plufieurs penfions & gratifications , aux Chevaux-
Légers , qui fe rendent utiles à l'Ecole établie
dans ce Corps , & qui fe font diftingués dans lesexercices
que Sa Majeſté a honorés de fa préfence.
Le Bureau des Affaires Eccléfiaftiques , qu'avoit
le feu Abbé de Pomponne , a été donné par
Sa Majesté à M. Feydeau de Brou , Conſeiller
d'Etat Ordinaire , & au Confeil Royal ..
Le 8 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à quinze cens quarante- cinq
livres les Billets de la troisieme Loterie Royale
232 MERCURE DE FRANCE.
à fix cens quarante- quatre ; ceux de la premiere
Loterie , & ceux de la feconde , n'avoient point
de prix fixe .
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Résumé : « Monseigneur le Dauphin et Madame la Dauphine partirent de Versailles le 19 Juin, [...] »
Du 19 au 21 juin, le Dauphin et la Dauphine se rendirent à Chartres, où ils furent reçus par l'évêque dans une réception somptueuse. Le 23 juin, ils tinrent sur les fonts baptismaux le fils du Marquis de Loftanges, en présence du Prince Constantin et du curé de Notre-Dame. Le 20 juin, le Nonce Ordinaire du Pape, M. Gualtieri, fit son entrée publique à Paris, accompagné du Prince Camille et de M. Dufort. Le 22 juin, le Comte de Brionne et M. Dufort conduisirent le Nonce à Versailles pour une audience avec le Roi, la Reine, le Dauphin et la Dauphine. Le même jour, le Roi passa en revue les Mousquetaires à Versailles, accompagné du Dauphin, tandis que la Reine, la Dauphine, Madame et Mesdames Victoire, Sophie et Louise assistèrent à la revue depuis l'appartement du Comte de Clermont. Des mutations eurent lieu dans la première compagnie des Mousquetaires, avec des promotions et des nominations d'officiers. Des nouvelles de Minorque rapportèrent des combats et des blessés parmi les troupes françaises. Le Roi ordonna la vente des navires anglais détenus dans les ports du royaume. M. de Maupertuis et M. Godin furent déclarés pensionnaires vétérans de l'Académie Royale des Sciences. M. le Comte de Saint-Florentin succéda à M. l'Abbé de Pomponne comme Commandeur-Chancelier des Ordres du Roi, et M. le Marquis de Marigny prit la charge de Commandeur-Secrétaire des Ordres du Roi. M. l'Abbé Comte de Bernis fut nommé Conseiller d'État Ecclésiastique et ambassadeur à Madrid, tandis que M. le Marquis de Puyzieulx se retira du Conseil tout en conservant sa pension de ministre. Le 27 juin, le Dauphin, la Dauphine, Madame et Mesdames Victoire, Sophie et Louise se promenèrent sur le boulevard de Paris, attirant une grande foule. Des lettres du Canada rapportèrent une expédition française contre un fort anglais près de Choueguen, dirigée par M. de Lery, qui fut détruit après un combat où les Français perdirent peu d'hommes. Le 2 juillet, le Roi, accompagné du Dauphin, de la Dauphine, de Madame et de Mesdames Victoire, Sophie et Louise, se rendit à Compiègne. Le Roi nomma le Cardinal de la Rochefoucauld Grand Aumônier de France et accorda diverses commissions et gratifications aux Chevaux-Légers de la Garde. Le Bureau des Affaires Ecclésiastiques fut confié à M. Feydeau de Brou. Les actions de la Compagnie des Indes et les billets de loterie royale furent cotés à des valeurs spécifiques.
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885
p. 84-85
ENIGME.
Début :
Jaloux de conserver ma place, [...]
Mots clefs :
Front de fortification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME
Aloux de conferver ma place ;
Je me mets fur les bras de dangereux rivaux
En la cédant de bonne grace ,
Que je m'épargnerois de maux !
Pour réfifter aux violences
Que l'on me fait pour fe l'approprier
Sans être loup ni fanglier ,
Je fais voir que j'ai des défenſes.
A O UST. 1756.
On me perce
On me bat , on m'enleve la peau ,
de coups , on me faute à la faces
Je bats des flancs , & je terraffe :
On m'attaque tout de nouveau .
Si le Cavalier que je porte
Ne fe hâte dans ce moment ,
S'il ne me prête pas main forte ;
Ou s'il le fait trop foiblement ,
Mon ennemi , redoublant fon audace ;
Me fait à la gorge ; & plein d'acharnement ;
S'obftine à me preffer impitoyablement
Jufqu'à ce qu'il foit le maître de ma place.
Aloux de conferver ma place ;
Je me mets fur les bras de dangereux rivaux
En la cédant de bonne grace ,
Que je m'épargnerois de maux !
Pour réfifter aux violences
Que l'on me fait pour fe l'approprier
Sans être loup ni fanglier ,
Je fais voir que j'ai des défenſes.
A O UST. 1756.
On me perce
On me bat , on m'enleve la peau ,
de coups , on me faute à la faces
Je bats des flancs , & je terraffe :
On m'attaque tout de nouveau .
Si le Cavalier que je porte
Ne fe hâte dans ce moment ,
S'il ne me prête pas main forte ;
Ou s'il le fait trop foiblement ,
Mon ennemi , redoublant fon audace ;
Me fait à la gorge ; & plein d'acharnement ;
S'obftine à me preffer impitoyablement
Jufqu'à ce qu'il foit le maître de ma place.
Fermer
886
p. 196-198
ESPAGNE.
Début :
Depuis trois semaines on n'a entendu ici aucun bruit souterrein, ni senti [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Barcelone, Tempête, Maladies, Elvas, Essaim de sauterelles, Ravages des champs, Don Antoine Barcelos, Galiotes, Combats sur mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 7 Juin.
Depuis trois ſemaines on n'a entendu ici aucun
bruit fouterrein , ni fenti aucune feçouffe . Mais
le 29 Juin on en éprouva une à quatre lieues de
cette Ville dans les environs des montagnes de
Cintra. Il y eut le 24 du même mois , & les deux
jours fuivans , une horrible tempête . Ce ne fur
qu'avec beaucoup de peine qu'on empêcha les
Tentes de la Famille Royale , d'être emportées
par le vent . Le 30 Leurs Majeftés partirent avec
les Infans Don Pedre & Don Antoine , pour Salvaterra
.
Les maladies font de grands ravages dans la
Province d'Alentejo .
La ville d'Elvas & ſes environs , non feulement
ont partagé tous les défaftres communs au refte
du Royaume , mais encore ont éprouvé un féau
particulier. Le ciel fe couvrit fubitement , il y a
quelques jours , d'un nuage fi épais , que la lumière
du foleil en fut prefque toralement éclipfée . Bientôt
ce nuage defcendit jufqu'à terre , & l'on s'apperçut
qu'il n'étoit autre chofe qu'une multitude
infinie de fauterelles . Elles fe répandirent en un
inftant dans toute la campagne ; & il y en avoit
A O UST. 1756. 197
'dans plufieurs endroits jufqu'à la hauteur de deux
palmes. En vain les païfans eurent- ils recours à
tous les moyens poffibles , pour exterminer ces.
infectes. Il en paroiffoit le lendemain un plus
grand nombre , qu'on n'en avoit détruit la veille .
Les champs n'en ont été délivrés , qu'après avoir
été entiérement ravagés. Une partie de ces animaux
voraces eft allée ſe précipiter dans la Guadiana
& dans d'autres rivieres : une autre partie eft
venue fondre fur cette Ville , & s'ils n'y ont pas
caufé le même dommage qu'à la campagne , ils y
ont caufé beaucoup d'incommodité.
DE BARCELONE , le 27 Juin .
Don Antoine Barcelos , Commandant le Cha
bec le Courier de Mayorque , étant parti d'ici
pour Palma , découvrit le 13 de ce mois , entre
deux & trois heures du matin , fur la pointe de
Lio- Liobnegat , deux Galiotes Barbareſques , qui
avoient les voiles ferrées. Dès que les Galiotes
l'apperçurent , elles mirent leurs voiles au vent ,
& s'aidant en même- tems de leurs rames , elles
vinrent fur lui . Lorfqu'elles furent à deux portées
de canon , elles reconnurent à la manceuvre
que le Chabec n'étoit pas un Navire Marchand.
Elles revirerent de bord , dans le deffein de
prendre la fuite. Don Barcelo gagna le vent. Un
calme qui furvint , facilita à l'un des Corfaires
le moyen de dériver fur le Chabec. Les Elpagnols
préfenterent la proue à l'ennemi , qui eut
fon éperon & fa vergue de trinquet rompus . Cet
accident ne le rebuta point . Quelques-uns de fes
gens fauterent avec intrépidité dans le Chabec ,
mais ils furent fur le champ maſſacrés. Tous
ceux qui les fuivirent , eurent le même fort ; &
I j
198 MERCURE DE FRANCE.
les autres furent obligés de fe rendre. La Galiote
étoit armée de deux canons & de douze
pierriers . Il y avoit à bord vingt-quatre Turcs &
quarante-cinq Maures. Cinquante & un hommes
de cet équipage ont été tués à l'abordage ; &
douze , du nombre defquels eft le Capitaine nommé
Ali , ont été bleffés. Perfonne n'a été tué du
côté des Eſpagnols , & ils n'ont eu de bleffés que
leur Contre-Maître & cinq Matelots. Le fuccès de
ce combat fait d'autant plus d'honneur à Don Barcelos
, que fon équipage n'étoit compofé que
de quarante-quatre hommes , y compris huit
Mouffes. On a fçu par le Capitaine Ali , que
la Galiote dont on s'eft emparé , appartenoit au
Bey d'Alger. L'autre Galiote , qui a pris la fuite
pendant l'action , eft plus forte que celle- ci ea
équipage.
DE LISBONNE , le 7 Juin.
Depuis trois ſemaines on n'a entendu ici aucun
bruit fouterrein , ni fenti aucune feçouffe . Mais
le 29 Juin on en éprouva une à quatre lieues de
cette Ville dans les environs des montagnes de
Cintra. Il y eut le 24 du même mois , & les deux
jours fuivans , une horrible tempête . Ce ne fur
qu'avec beaucoup de peine qu'on empêcha les
Tentes de la Famille Royale , d'être emportées
par le vent . Le 30 Leurs Majeftés partirent avec
les Infans Don Pedre & Don Antoine , pour Salvaterra
.
Les maladies font de grands ravages dans la
Province d'Alentejo .
La ville d'Elvas & ſes environs , non feulement
ont partagé tous les défaftres communs au refte
du Royaume , mais encore ont éprouvé un féau
particulier. Le ciel fe couvrit fubitement , il y a
quelques jours , d'un nuage fi épais , que la lumière
du foleil en fut prefque toralement éclipfée . Bientôt
ce nuage defcendit jufqu'à terre , & l'on s'apperçut
qu'il n'étoit autre chofe qu'une multitude
infinie de fauterelles . Elles fe répandirent en un
inftant dans toute la campagne ; & il y en avoit
A O UST. 1756. 197
'dans plufieurs endroits jufqu'à la hauteur de deux
palmes. En vain les païfans eurent- ils recours à
tous les moyens poffibles , pour exterminer ces.
infectes. Il en paroiffoit le lendemain un plus
grand nombre , qu'on n'en avoit détruit la veille .
Les champs n'en ont été délivrés , qu'après avoir
été entiérement ravagés. Une partie de ces animaux
voraces eft allée ſe précipiter dans la Guadiana
& dans d'autres rivieres : une autre partie eft
venue fondre fur cette Ville , & s'ils n'y ont pas
caufé le même dommage qu'à la campagne , ils y
ont caufé beaucoup d'incommodité.
DE BARCELONE , le 27 Juin .
Don Antoine Barcelos , Commandant le Cha
bec le Courier de Mayorque , étant parti d'ici
pour Palma , découvrit le 13 de ce mois , entre
deux & trois heures du matin , fur la pointe de
Lio- Liobnegat , deux Galiotes Barbareſques , qui
avoient les voiles ferrées. Dès que les Galiotes
l'apperçurent , elles mirent leurs voiles au vent ,
& s'aidant en même- tems de leurs rames , elles
vinrent fur lui . Lorfqu'elles furent à deux portées
de canon , elles reconnurent à la manceuvre
que le Chabec n'étoit pas un Navire Marchand.
Elles revirerent de bord , dans le deffein de
prendre la fuite. Don Barcelo gagna le vent. Un
calme qui furvint , facilita à l'un des Corfaires
le moyen de dériver fur le Chabec. Les Elpagnols
préfenterent la proue à l'ennemi , qui eut
fon éperon & fa vergue de trinquet rompus . Cet
accident ne le rebuta point . Quelques-uns de fes
gens fauterent avec intrépidité dans le Chabec ,
mais ils furent fur le champ maſſacrés. Tous
ceux qui les fuivirent , eurent le même fort ; &
I j
198 MERCURE DE FRANCE.
les autres furent obligés de fe rendre. La Galiote
étoit armée de deux canons & de douze
pierriers . Il y avoit à bord vingt-quatre Turcs &
quarante-cinq Maures. Cinquante & un hommes
de cet équipage ont été tués à l'abordage ; &
douze , du nombre defquels eft le Capitaine nommé
Ali , ont été bleffés. Perfonne n'a été tué du
côté des Eſpagnols , & ils n'ont eu de bleffés que
leur Contre-Maître & cinq Matelots. Le fuccès de
ce combat fait d'autant plus d'honneur à Don Barcelos
, que fon équipage n'étoit compofé que
de quarante-quatre hommes , y compris huit
Mouffes. On a fçu par le Capitaine Ali , que
la Galiote dont on s'eft emparé , appartenoit au
Bey d'Alger. L'autre Galiote , qui a pris la fuite
pendant l'action , eft plus forte que celle- ci ea
équipage.
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Résumé : ESPAGNE.
En juin 1756, plusieurs événements marquants se sont produits en Espagne et ses environs. À Lisbonne, après trois semaines de tranquillité, une secousse sismique a été ressentie près des montagnes de Cintra le 29 juin. Une violente tempête a également frappé la région du 24 au 26 juin, mettant en danger les tentes de la famille royale, qui a quitté Lisbonne pour Salvaterra le 30 juin. La province d'Alentejo était touchée par des maladies. À Elvas, un nuage de sauterelles a causé des ravages malgré les efforts pour les exterminer, envahissant les champs et atteignant la ville. À Barcelone, le 27 juin, Don Antoine Barcelos, commandant le chébec le Courier de Mayorque, a affronté deux galiotes barbaresques près de Lio-Liobnegat. Après un combat acharné, les Espagnols ont capturé une galiote, tuant 51 membres de l'équipage ennemi et en blessant 12, sans perte de leur côté. La galiote capturée appartenait au Bey d'Alger. L'équipage espagnol, composé de 44 hommes, a été salué pour son courage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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887
p. 198
ITALIE.
Début :
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port deux prises Algériennes, [...]
Mots clefs :
Naples, Galiotes, Combats sur mer, Mers de Sardaigne, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 22 Juin.
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port
deux prifes Algériennes , dont elles fe font emparées
après un long combat dans les mers de
Sardaigne. On a fait fur ces Bâtimens deux cens
vingt efclaves . Les Barbarefques ont eu cent hommes
tués dans cette action. Il n'y a eu du côté des
Napolitains que onze hommes tués , & trente
bleffés.
DE NAPLES , le 22 Juin.
Deux Galiotes du Roi ont amenées dans ce port
deux prifes Algériennes , dont elles fe font emparées
après un long combat dans les mers de
Sardaigne. On a fait fur ces Bâtimens deux cens
vingt efclaves . Les Barbarefques ont eu cent hommes
tués dans cette action. Il n'y a eu du côté des
Napolitains que onze hommes tués , & trente
bleffés.
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888
p. 198-202
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Selon les lettres de Gibraltar, l'Amiral Byng y est arrivé le 21 du mois dernier, [...]
Mots clefs :
Londres, Amiral Byng, Gibraltar, Combats sur mer, Vaisseaux français, Conseil de guerre, Difficultés, Mécontentement du peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Juillet.
Selon les lettres de Gibraltar , l'Amiral Byng
y est arrivé le 21 du mois dernier , & fe difpofoit
à en repartir pour l'Ile Minorque. L'Amiral
ADUST. 1756. 199
Hawke eften route fur la Frégate l'Antelope ,
de cinquante canons , pour prendre le commandement
de l'Efcadre à la place de l'Amiral Byng.
Al auta fous fes ordres les Contre-Amiraux Weft
& Saunders. On a appris que le Chef d'Eſcadre
Howe étoit arrivé à l'Ifle de Garneſey avec ſon
Efcadre , & avec les Bâtimens de tranfport fur
lefquels le Régiment de Bockland s'eft embarqué.
Plufieurs Navires ayant à bord deux Régimens
deftinés à renforcer la Garnifon de Gibraltar ,
font partis de Plymouth le 25 du mois dernier ,
fous l'escorte de quelques Vaiffeaux de guerre.
Quatre Vaiffeaux de l'Efcadre de l'Amiral Boſcawen
, qui ont été endommagés dans leurs mâts
& dans leurs agrets , font rentrés dans ce dernier
Port , afin de s'y radouber. Ils feront remplacés
par cinq Vaiffeaux , qui feront voile aux
ordres de l'Amiral Moſtyn.
Les Commiffaires de l'Amirauté ont fait publier
la Lettre , par laquelle l'Amiral Byng leur a
rendu compte du combat naval du 20 Mai , &
dont voici le contenu : « Ayant appareillé le 8 ,
» de Gibraltar j'arrivai le 19 à la hauteur de Port-
Mahon. Le Vaiffeau le Phoenix m'avoit joint
deux jours auparavant. Le vent étoit calme , &
j'eus d'abord connoiffance de la Flotte Françoife.
Il étoit cinq heures du foir avant que j'euffe
pu former ma ligne , & eftimer la manoeuvre
» de l'ennemi , dont je ne pus apprécier la force.
Les François s'approcherent de nous en ligne
» formée ; mais fur les fept heures ils revirerent ,
» ce qui me fit juger qu'ils avoient intention de
> gagner le vent fur moi dans la nuit. Comme il
étoit tard , je revirai auffi pour conferver le
-> vent de terre. Le temps s'étant enfuite brouillé ,
nous fumes forcés de nous éloigner à près de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
» cinq lieues de la côte. Vers les onze heures nous
» avançâmes de nouveau ; mais nous ne découvrî-
» mes rien de l'ennemi , à l'exception de deux
» Tartanes , qui étoient à peu de diftance de no-
» tre arriere-garde. J'ordonnai au Vaiffeau la
» Princeffe Louise de courir fur l'une , & je fis au
» Contre-Amiral un fignal de détacher quelques
» Bâtimens , pour donner la chaffe à l'autre . Les
Vaiffeaux la Princeſſe Louiſe , la Défiance & le
Capitaine , s'éloignerent beaucoup de nous , &
la Défiance s'empara d'une de ces Tartanes , à
» bord de laquelle étoient deux des treize Piquets ,
» que le Maréchal Duc de Richelieu avoit envoyés
la veille au Marquis de la Galiffoniere. Le
» Phénix s'offrit à fervir de brulot . Le lendemain
» 20 , nous découvrîmes du haut des mâts la Flotte
Françoife. Je fis revenir les Vaiffeaux que j'avois
» détachés. Quand ils furent à moi , je virai l'en-
» nemi , & je formai ma ligne. Je remarquai que
>> les François faifoient tous leurs efforts pour
» gagner le vent. Ils le gagnerent effectivements
» mais le vent ayant changé prefqu'auffi tôt , ils
» perdirent cet avantage. Ils avoient douze Vaiffeaux
de ligne & quatre Frégates. Dès que j'eus
remarqué que notre arriere-garde étoit de la
» longueur de notre avant -garde , nous virâmes
» enſemble , & je fis fortir de la ligne le Vaiffeau
» le Deptfort , afin que nous fuffions égaux en
» nombre. A deux heures je donnai le fignal du
>> combat , & fuivant, une méthode que j'ai tou-
» jours reconnue fort jufte , j'ordonnai que chaque
Vaiffeau s'attachât à combattre celui qui
» lui tomberoit en partage. Je dois témoigner la
» parfaite fatisfaction que j'ai de la valeur avec
» laquelle le Contre- Amiral Weſt donna l'exemple
, en fondant fur le Vaiffeau qu'il devoit
A O UST. 1756. 201
attaquer. Le combat fut engagé par l'avant-
» garde de l'Eſcadre Françoife , qui attaqua notre
>> arriere garde. Je fis force de voiles contre le
» Vaiffeau qui étoit vis- a - vis de moi , & j'en ef-
» fuyai un feu très -violent . Dès le commencement
» l'Intrépide eut fon grand mâts entiérement brifé
» & fes cordages coupés ; ce qui le mit hors d'état
» de fe gouverner , & le fit donner contre le Vaiffeau
le plus proche , qui fut , ainfi que quelques-
>> autres , dans la néceffité de fe retirer. J'en fis
» de même pour quelques minutes , afin qu'ils ne
>> tombaffent pas fur moi. Je ne le fis cependant
» qu'après avoir fait quitter la ligne à l'ennemi.
» Son centre ne fut plus attaqué , & pendant un
» peu de temps la divifion du Contre- Amiral refta
» à découvert . Pendant cet intervalle les ennemis.
» nous cauferent un grand dommage dans nos
» manoeuvres. Quoique je ferraffe de près le Con-
» tre- Amiral , je trouvai que je ne pouvois plus
» ferrer l'Eſcadre Françoiſe . Il étoit alors fix heu-
>> res du foir. Par le mouvement que fit cette Ef-
» cadre , je jugeai qu'elle vouloit former une nou
» velle ligne. Je fis un fignal pour manoeuvrer ,
» deforte que je puffe me mettre entre la division
du Contre -Amiral & l'ennemi , & couvrir l'Intrépide
, dont j'avois apperçu le mauvais état.
» A huit heures du foir , après avoir fait d'inutiles
>> tentatives pour entamer l'arriere- garde de l'Ef-
» cadre du Roi Très -Chrétien , & après avoir raf-
>> femb.é les Vaiffeaux de l'Efcadre Anglo :fe le
» plus promptement que je pus , je pris le parti
» de me retirer. Nous étions pour lors à dix ou
>> onze lieues de Port - Mahon , & il fe trouvoit à
» notre N. N. Oueft. J'envoyai des Vaiffeaux àla
» découverte de l'Intrépide & du Chesterfield , qui
» vinrent me rejoindre le lendemain . Les Vaif-
>
1
Iv
202 MERCURE DE FRANCE..
feaux le Capitaine & la Défiance n'ayant pas été
» moins maltraités que l'Intrépide , je jugeai à
» propos dans une pareille fituation de tenir un
>> Confeil de guerre , avant d'aller de nouveau
chercher l'ennemi . Je fis inviter le Générał
>> Stuart , le Lord Effingham , le Lord Robert
>> Bertie , & le Colonel Cornwallis , de fe rendre fur
» mon bord. Le parti de la retraite fut unanime
ment jugé indifpenfable Les Vaiffeaux le Ramillies
, le Culloden , la Revenche , le Trident , le
» Kingften & le Deptford , n'ont fait aucune perte.
Il y a eu trois hommes tués & fept bleffés , fur
» le Buckingham ; fix tués & trente bleffés , fur
» le Capitaine ; un tué & quatorze bleffés , fur
» le Lancaftre ; neuf tués & trente - neuf bleffés ,
»fur l'Intrépide ; quatre tués & treize bleffés , fur
ע
la Princeffe- Louife , fix tués & vingt bleffés ,
» fur le Portland ; quatorze tués & quarante-cinq
» bleffés , fur la Défiance. Le Sr Andrews, qui com-
» mandoit ce dern er Bâtiment , a été tué , & j'ai
» confié le commandement dudit Vaiffeau au
» Capitaine Hervey , qui montoit le Phoenix »
Quoiqu'il ne paroiffe point que la conduite de
P'Amiral Bing foit répréhenfible , le peuple eft
fort irrité contre lui . Cet Amiral a été brûlé en
effigie dans quelques Bourgs. Un magnifique
Château , qu'il a fait conftruire , a couru rifque
d'être pillé & réduit en cendres.
DE LONDRES , le 12 Juillet.
Selon les lettres de Gibraltar , l'Amiral Byng
y est arrivé le 21 du mois dernier , & fe difpofoit
à en repartir pour l'Ile Minorque. L'Amiral
ADUST. 1756. 199
Hawke eften route fur la Frégate l'Antelope ,
de cinquante canons , pour prendre le commandement
de l'Efcadre à la place de l'Amiral Byng.
Al auta fous fes ordres les Contre-Amiraux Weft
& Saunders. On a appris que le Chef d'Eſcadre
Howe étoit arrivé à l'Ifle de Garneſey avec ſon
Efcadre , & avec les Bâtimens de tranfport fur
lefquels le Régiment de Bockland s'eft embarqué.
Plufieurs Navires ayant à bord deux Régimens
deftinés à renforcer la Garnifon de Gibraltar ,
font partis de Plymouth le 25 du mois dernier ,
fous l'escorte de quelques Vaiffeaux de guerre.
Quatre Vaiffeaux de l'Efcadre de l'Amiral Boſcawen
, qui ont été endommagés dans leurs mâts
& dans leurs agrets , font rentrés dans ce dernier
Port , afin de s'y radouber. Ils feront remplacés
par cinq Vaiffeaux , qui feront voile aux
ordres de l'Amiral Moſtyn.
Les Commiffaires de l'Amirauté ont fait publier
la Lettre , par laquelle l'Amiral Byng leur a
rendu compte du combat naval du 20 Mai , &
dont voici le contenu : « Ayant appareillé le 8 ,
» de Gibraltar j'arrivai le 19 à la hauteur de Port-
Mahon. Le Vaiffeau le Phoenix m'avoit joint
deux jours auparavant. Le vent étoit calme , &
j'eus d'abord connoiffance de la Flotte Françoife.
Il étoit cinq heures du foir avant que j'euffe
pu former ma ligne , & eftimer la manoeuvre
» de l'ennemi , dont je ne pus apprécier la force.
Les François s'approcherent de nous en ligne
» formée ; mais fur les fept heures ils revirerent ,
» ce qui me fit juger qu'ils avoient intention de
> gagner le vent fur moi dans la nuit. Comme il
étoit tard , je revirai auffi pour conferver le
-> vent de terre. Le temps s'étant enfuite brouillé ,
nous fumes forcés de nous éloigner à près de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
» cinq lieues de la côte. Vers les onze heures nous
» avançâmes de nouveau ; mais nous ne découvrî-
» mes rien de l'ennemi , à l'exception de deux
» Tartanes , qui étoient à peu de diftance de no-
» tre arriere-garde. J'ordonnai au Vaiffeau la
» Princeffe Louise de courir fur l'une , & je fis au
» Contre-Amiral un fignal de détacher quelques
» Bâtimens , pour donner la chaffe à l'autre . Les
Vaiffeaux la Princeſſe Louiſe , la Défiance & le
Capitaine , s'éloignerent beaucoup de nous , &
la Défiance s'empara d'une de ces Tartanes , à
» bord de laquelle étoient deux des treize Piquets ,
» que le Maréchal Duc de Richelieu avoit envoyés
la veille au Marquis de la Galiffoniere. Le
» Phénix s'offrit à fervir de brulot . Le lendemain
» 20 , nous découvrîmes du haut des mâts la Flotte
Françoife. Je fis revenir les Vaiffeaux que j'avois
» détachés. Quand ils furent à moi , je virai l'en-
» nemi , & je formai ma ligne. Je remarquai que
>> les François faifoient tous leurs efforts pour
» gagner le vent. Ils le gagnerent effectivements
» mais le vent ayant changé prefqu'auffi tôt , ils
» perdirent cet avantage. Ils avoient douze Vaiffeaux
de ligne & quatre Frégates. Dès que j'eus
remarqué que notre arriere-garde étoit de la
» longueur de notre avant -garde , nous virâmes
» enſemble , & je fis fortir de la ligne le Vaiffeau
» le Deptfort , afin que nous fuffions égaux en
» nombre. A deux heures je donnai le fignal du
>> combat , & fuivant, une méthode que j'ai tou-
» jours reconnue fort jufte , j'ordonnai que chaque
Vaiffeau s'attachât à combattre celui qui
» lui tomberoit en partage. Je dois témoigner la
» parfaite fatisfaction que j'ai de la valeur avec
» laquelle le Contre- Amiral Weſt donna l'exemple
, en fondant fur le Vaiffeau qu'il devoit
A O UST. 1756. 201
attaquer. Le combat fut engagé par l'avant-
» garde de l'Eſcadre Françoife , qui attaqua notre
>> arriere garde. Je fis force de voiles contre le
» Vaiffeau qui étoit vis- a - vis de moi , & j'en ef-
» fuyai un feu très -violent . Dès le commencement
» l'Intrépide eut fon grand mâts entiérement brifé
» & fes cordages coupés ; ce qui le mit hors d'état
» de fe gouverner , & le fit donner contre le Vaiffeau
le plus proche , qui fut , ainfi que quelques-
>> autres , dans la néceffité de fe retirer. J'en fis
» de même pour quelques minutes , afin qu'ils ne
>> tombaffent pas fur moi. Je ne le fis cependant
» qu'après avoir fait quitter la ligne à l'ennemi.
» Son centre ne fut plus attaqué , & pendant un
» peu de temps la divifion du Contre- Amiral refta
» à découvert . Pendant cet intervalle les ennemis.
» nous cauferent un grand dommage dans nos
» manoeuvres. Quoique je ferraffe de près le Con-
» tre- Amiral , je trouvai que je ne pouvois plus
» ferrer l'Eſcadre Françoiſe . Il étoit alors fix heu-
>> res du foir. Par le mouvement que fit cette Ef-
» cadre , je jugeai qu'elle vouloit former une nou
» velle ligne. Je fis un fignal pour manoeuvrer ,
» deforte que je puffe me mettre entre la division
du Contre -Amiral & l'ennemi , & couvrir l'Intrépide
, dont j'avois apperçu le mauvais état.
» A huit heures du foir , après avoir fait d'inutiles
>> tentatives pour entamer l'arriere- garde de l'Ef-
» cadre du Roi Très -Chrétien , & après avoir raf-
>> femb.é les Vaiffeaux de l'Efcadre Anglo :fe le
» plus promptement que je pus , je pris le parti
» de me retirer. Nous étions pour lors à dix ou
>> onze lieues de Port - Mahon , & il fe trouvoit à
» notre N. N. Oueft. J'envoyai des Vaiffeaux àla
» découverte de l'Intrépide & du Chesterfield , qui
» vinrent me rejoindre le lendemain . Les Vaif-
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Iv
202 MERCURE DE FRANCE..
feaux le Capitaine & la Défiance n'ayant pas été
» moins maltraités que l'Intrépide , je jugeai à
» propos dans une pareille fituation de tenir un
>> Confeil de guerre , avant d'aller de nouveau
chercher l'ennemi . Je fis inviter le Générał
>> Stuart , le Lord Effingham , le Lord Robert
>> Bertie , & le Colonel Cornwallis , de fe rendre fur
» mon bord. Le parti de la retraite fut unanime
ment jugé indifpenfable Les Vaiffeaux le Ramillies
, le Culloden , la Revenche , le Trident , le
» Kingften & le Deptford , n'ont fait aucune perte.
Il y a eu trois hommes tués & fept bleffés , fur
» le Buckingham ; fix tués & trente bleffés , fur
» le Capitaine ; un tué & quatorze bleffés , fur
» le Lancaftre ; neuf tués & trente - neuf bleffés ,
»fur l'Intrépide ; quatre tués & treize bleffés , fur
ע
la Princeffe- Louife , fix tués & vingt bleffés ,
» fur le Portland ; quatorze tués & quarante-cinq
» bleffés , fur la Défiance. Le Sr Andrews, qui com-
» mandoit ce dern er Bâtiment , a été tué , & j'ai
» confié le commandement dudit Vaiffeau au
» Capitaine Hervey , qui montoit le Phoenix »
Quoiqu'il ne paroiffe point que la conduite de
P'Amiral Bing foit répréhenfible , le peuple eft
fort irrité contre lui . Cet Amiral a été brûlé en
effigie dans quelques Bourgs. Un magnifique
Château , qu'il a fait conftruire , a couru rifque
d'être pillé & réduit en cendres.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En juillet 1756, plusieurs mouvements navals et événements militaires impliquant la Grande-Bretagne ont eu lieu. L'Amiral Byng est arrivé à Gibraltar le 21 juin et se préparait à partir pour l'île de Minorque. L'Amiral Hawke a pris le commandement de l'escadre à la place de Byng, avec les Contre-Amiraux West et Saunders sous ses ordres. Le Chef d'Escadre Howe est arrivé à l'île de Guernesey avec son escadre et des bâtiments de transport transportant le Régiment de Bockland. Plusieurs navires, escortés par des vaisseaux de guerre, ont quitté Plymouth pour renforcer la garnison de Gibraltar. Quatre vaisseaux de l'escadre de l'Amiral Boscawen, endommagés, sont rentrés à Plymouth pour réparations et seront remplacés par cinq autres vaisseaux sous les ordres de l'Amiral Mostyn. Les Commissaires de l'Amirauté ont publié la lettre de l'Amiral Byng décrivant le combat naval du 20 mai. Byng a appareillé de Gibraltar le 8 mai et a rencontré la flotte française près de Port-Mahon. Le combat a eu lieu le 20 mai, avec des pertes notables sur plusieurs vaisseaux britanniques. Byng a décidé de se retirer après des tentatives infructueuses pour engager l'arrière-garde de la flotte française. Un conseil de guerre a été tenu à bord de son vaisseau, et la retraite a été jugée indispensable. Malgré une conduite jugée non répréhensible, Byng a été brûlé en effigie dans certains bourgs, et son château a failli être pillé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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889
p. 205-217
RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
Début :
Je crois avant que d'entrer dans le détail du Siege du Fort [...]
Mots clefs :
Ile de Minorque, Port Mahon, Fort Saint-Philippe, Siège, Garnison, Grenadiers, Attaque, Description historique, Description géographique, Anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
RELATION HISTORIQUE
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
De la Prife de l'Iſle de Minorque , & principalement
des Port-Mahon & Fort Saint-
Philippe ; envoyée par un Officier de l'Armée.
Du Fort S. Philippe , le 30 Juin 1756.
JEE crois avant que d'entrer dans le détail du
Siege du Fort Saint- Philippe , devoir donner une
idée fuccincte, géographique & hiftorique de cette
In e.
L'Ile Minorque fituée dans la Méditerrannée ,
placée précisément au quatrieme degré de latitu
de , à foixante- dix lieues de Marfeille , & à quinze
des côtes de l'Afrique , faifoit anciennement partie
des Iles appellées Baléares , du nom d'un
Grec nommé Baléus , qui fut le premier qui en
fit la découverte .
Sa fituation eft oblongue ; elle a dix- huit lieues
de longueur fur- neuf dans fa plus grande largeur.
Son climat eft fort fain , l'air paffablement tempé
ré il y egne cependant des chaleurs infupporta.
bles pendant les mois de Mai , Juin , Juiller
& Août le refte de l'année est un printemps
continuel : rarement y voit - on de la gelée . Son
local n'eft pas montagneux , quoiqu'affez inégal
206 MERCURE DE FRANCE .
Le terrein produit de tout ce qui est néceffaire
à la vie , furtout de très- bon gibier , d'excellent
mufcat : tous les fruits y font délicieux .
L'Ille eft divifée en cinq territoires, dont chacun
porte le nom de la Ville principale ou Chef-lieu.
Le premier eft Ciutadella qui peut avoir aux
environs de 7 à 8 mille Habitans. Anciennement
les Gouverneurs faifoient leur réfidence encerre
Ville , où on compte actuellement juſqu'à 600
maifons. Le fecond territoire eft Ferrorias , qui
a tout au plus douze cens Habitans: Marcadal
eft le troifieme , dont le nombre d'Habitans ne
paffe pas dix-huit cens. Aleyor eft le quatrieme ,
& eft plus confidérable ; auffi peut- il fournir près
de cinq mille Habitans . Mahon eft le cinquieme
& . dernier territoire. La Ville de Mahon eft la
Capitale de toute l'Ifle : c'eft la réfidence du
Gouverneur & des Corps de Juftice : fon beau
Port & le voisinage du Fort Saint- Philippe , la
rendent infiniment plus confidérable : elle peut
compter au nombre de vingt mille Habitans.
Ily a dans l'Ile deux ports capables de recevoir
les plus gros Vaiffeaux le Port Fornelle , & le
Port Mahon ; il y a encore plufieurs Cales où les
Bâtimens Marchands peuvent mouiller.
2
L'entrée du Port Mahon eft défendue à l'Ouest
par le Fort S. Philippe , & à l'Eft par le Fort
Philippet. Je me tais fur le refte de l'ifle , parce
qu'il n'y a rien qui mérite votre attention .
Comme les Habitans de l'Ifle font originaired'Efpagne
, la Religion Catholique s'y eft confervée.
C'étoit le Gouverneur Anglois qui nommoit
aux Bénéfices , fuivant un article du Traité
d'Utrecht.
Les Cartaginois furent anciennement les Maî→
tres des Illes Baléares , dont l'Ile Minorque faifoit.
AOUST. 1756. 207
partie. Après la feconde guerre Punique , les
Romains en devinrent les Poffeffeurs j'ufqu'à
Pinondation des Goths & Vandales , vers l'an
421. Ceux - ci les conferverent jufqu'au huitieme
fiecle , que les Sarrazins en firent la conquête.
Minorque fut foumiſe à ces derniers , jufqu'à l'an
1210 qu'ils perdirent la fameuſe Bataille de Loza ,
où il périt deux cens mille Maures . Les Minorcains
refterent jufqu'en 1287 dans une espece d'indépendance
, en payant feulement un tribut annuel
aux différens Princes d'Efpagne qui les proté
geoient. Les naturels du Pays fe trouvoient dès ce
temps confondus avec un refte de Sarrazins : la
Religion Mahométane y étoit la dominante. Les
Minorcains voulant s'affranchir du tribut qu'ils
payoient à l'Espagne, attirerent dans leur Ifle quantité
de Barbares de l'Afrique , leurs voifins : mais
Alphonfe , Roi d'Arragon , ayant eu vent du complot,
fit une defcente dans l'Ifle, avec une armée qui
mit tout à feu & à fang , contraignit le gros des
Habitans de ferenfermer dans laFortereffe du Mont
Sainte- Agatte , les affiégea , les prit , La plûpart
périrent par les armes : quelques-uns furent envoyés
en Afrique , & d'autres ne fauverent leur vie qu'en
perdant leur liberté , c'est- à- dire , qu'ils devinrentefclaves
des Espagnols , qui s'établirent dans l'Ile
fous la protection des Rois d'Efpagne . Les Princes
d'Efpagne ont confervé une autorité fouveraine
dans l'ifle Minorque , jufqu'en 1708 que les
Anglois formerent le deffein de s'en rendre les
maîtres.
En effet le 14 Décembre , le Général Comte de
Stenhope y débarqua avec trois mille hommes ,
42 pieces de canon & 15 mortiers. Les troupes
qui étoient répandues dans les différens quartiers .
de l'Ile , fe renfermerent dans les Forts Fornelle
208 MERCURE DE FRANCE.
& Saint-Philippe . Les premieres opérations des An
glois furent d'attaquer Fornelle , qu'ils prirent ea
deux jours. Auffi - tôt après cette réduction , ils
dirigerent leurs forces contre le Fort S. Philippe ,
qui ne tint que quinze jours : la Garnifon compofée
de François & d'Elpagnols , fut renvoyée
partie en France , partie en Espagne. Dès ce moment
les Anglois s'établirent dans Minorque , &
la poffeffion leur en a été affurée par le Traité de
Paix conclu à Utrecht , le 13 Juillet 1713. Ils en
ont été les maîtres pendant 48 ans. Ils le feroient
encore , fi leur pyraterie n'eût obligé notre glorieux
Monarque à punir l'infulte que cette Nation
3
ne ceffe de faire depuis deux ans au Pavillon François.
Il vous paroîtra fingulier , Monfieur , que nous
ayons été fi long - teins à nous rendre les maîtres
de cette Place , pendant que des Anglois en
avoient fait la conquête en moins de trois femaines.
Votre furpriſe ceffera quand vous ferez
inftruit des travaux immenfes que cette nation
a fait au Fort S. Philippe , dont la dépenſe ſe
monte à plus de cent millions , c'eſt - à - dire , plus
que toute l'ile ne peut valoir , fi on en excepte
toutefois la grande reffource dont elle étoit pour
le Commerce des Anglois au Levant.
Voici à peu près la defcription du Fort S. Philippe
, & vous conviendrez , avec toute l'Europe
, qu'il n'a pas fallu moins de prudence que de
courage & de fermeté , pour triompher de tous
les obftacles qui fe rencontroient à chaque pas.
Il est conftruit fur une langue de terre qui
avance dans la mer. Quatre baftions , autant de
courtines , environnés d'un large & profond foffé ,
taillés dans le roc vif , font le principal corps
de la Place : les ouvrages extérieurs , qui font ea
A O UST. 1756. 209
très-grand nombre , s'étendent jufqu'aux rivages
des deux côtés de la langue de terre : les mines
y font abondantes & fi bien diftribuées , qu'elles
fe communiquent au moyen de différens fouterreins.
Les fouterreins font immenfes , & fourniffent
des logemens fuffifans pour une garnifon
des plus confidérables , à l'abri des bombes
& du canon , & dont les approches font minées
& contreminées : avant que de parvenir à
pouvoir battre en breche , il faut s'emparer des
forts de Malbourough , de S. Charles , de Strugen
, d'Orgil & de la Reine , qui entourent les
grands ouvrages du Fort , & fe communiquent
aux autres au moyen des chemins couverts taillés
dans le roc ; enfin le Plan qui vient d'en être
levé, & que vous trouverez fans doute à Paris ( 1 ) ,
vous fuffira pour juger par vous - même des
Ouvrages immenfes que les Anglois y ont faits
depuis qu'ils en étoient en poffeffion . Ajoutez
à tous ces ouvrages trois fontaines intariffables ,
& une citerne,contenant de l'eau pour fix mois
à une garnifon de quatre mille hommes , à l'épreuve
de tout accident : ces avantages font
d'une reffource encore au deffus de toutes les
fortifications.
Quoique les Gazettes vous aient pu inftruire
de toutes nos opérations juſqu'au jour de l'atta
que
des Forts , dont nous nous fommes rendus les
maîtres l'épée à la main , vous ne trouverez pas
mauvais que je vous en donne un détail abrégé.
Notre Flotte , aux ordres de M. le Marquis de la
Galiffoniere , partit de Toulon le 8 Avril M. le
Maréchal de Richelieu monta le Foudroyant avec
(1 ) Ilfe trouve chez le fieur Beaurain & chez
Je fieur le Rouge.
210 MERCURE DE FRANCE.
1
M. de la Galiffoniere. Nous arrivâmes â Ciutaš
della le jour de Pâques 18 du mois , après avois
effuyé quelques coups de vent qui retarderent
notre marche , & féparerent quelques vaiffeaux
de l'Efcadre. Le premier foin de M. le Maréchal
fut de faire chanter le Te Deum dans l'Eglife Collégiale
de la Ville , en action de graces de notre
heureux abordage . Les 18 , 19 , & 20 furent employés
au débarquement des troupes & de l'artil
lerie , fans aucune oppofition de la part des Anglois
; ceux- ci s'étant retirés , aux premieres nouvelles
de notre eſcadre , dans le Fort S. Philippe ,
après y avoir fait entrer tout ce qui pouvoit leur
-être néceffaire pour une longue réfiftance , &
avoir commis les hoftilités les plus fâcheufes, tant
fur les habitans que fur les beftiaux qu'ils ne purent
emmener avec eux.
Le 20 notre armée fe mit en marche par deux
chemins pour fe rendre à Mahon . Vingt - quatre
Compagnies de Grenadiers , & la Brigade de
Royal tinrent la gauche fous les ordres de ' MM.
Damefnil & de Monteynard , pendant que le gros
de l'armée marchoit à droite pour former Pinveftiffement
du Fort S. Philippe. Le 22 nous entrames
dans Mahon aux acclamations du Peuple ,
qui commençoit à nous regarder comme fes Libérateurs
.
Il n'eft pas poffible de vous exprimer les peines
& les travaux qu'il a fallu faire pour conduire notre
artillerie de Ciutadella ici , par lá précaution que
les Anglois avoient eue de rendre toutes les avenues
impraticables.
M. le Maréchal de Richelieu fit conftruire les
premieres batteries fur le Mont des Signaux , une
des pieces de canons , une de mortiers pareils en
nombre , qui commencerent à tirer dès le 8 Mai.
A O UST. 1756. 211
Le7, le Fauxbourg de la Ravale ( 1 ) fut occupé par
un détachement de 100 Volontaires , quatre compagnies
de Grenadiers & fix piquets , aux ordres
du Comte de Briqueville , avec 600 Travailleurs
pour y former des épaulemens , & y établir des
batteries.
Le 10 , M. le Marquis de Roquépine fe rendit
avec douze cens hommes , pour occuper les dehors
du Fort Malbourough.
Les 11 & 12 furent employés à conftruire les
batteries de droite , de gauche & du centre du
Fauxbourg de la Ravale la batterie des mortiers
commença à tirer dès la nuit du 12 au 13.
Le 17 ,
12
la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer.
Le 18 , M. Dupinay , qui commandoit la batterie
de la gauche , fut tué , & M. le Prince de
Wirtemberg légérement bleffé.
Le 19 , l'Efcadre Angloife ayant paru à la hauteur
de l'Ile pour attaquer la nôtre qui fermoit
l'embouchure du Port- Mahon , notre Général envoya
à M. le Marquis de la Galiffoniere un renfort
de 13 piquets . Notre Chef d'Efcadre fit toules
opérations néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés .
Le 20 , une bombe des ennemis ayant mis le
feu à une de nos batteries , la Garnifon du Fort
S. Philippe animée par la préfence de l'Eſcadre
Angloife , fit une fortie confidérable : mais nos
(1), Ce Fauxbourg doit avoir un autre_nom :
le mot Arrabal fignifie un Fauxbourg , en Langue
Espagnole , & c'eft fans doute par erreur que nos
Officiers, qui les premiers ont entendu nommer aux
Habitans de l'Ifle Minorque ce Fauxbourg Arrabal
Pont écrit la Ravalle.
212 MERCURE DE FRANCE.
Grenadiers l'obligerent de rentrer avec autant de
précipitation que de perte.
Les 21 & 22 furent employés à réparer nos
batteries , que le feu violent des ennemis avoient
prefque démontées.
Le foir même du 22 , notre armée fit des
réjouiffances à l'occafion de l'avantage que
notre Efcadre avoit remporté fur celle des
Anglois. ( Vous avez fans doute vu la Rélation
de ce Combat Naval , dans lequel on ne fçauroit
trop exalter la bonne manovre de M. le Marquis
de la Galiffoniere , qui obligea l'Amiral Byng de
fe retirer avec beaucoup de dommages ) .
Le feu des Ennemis devint fi fort, que nous fûmes
obligés d'abandonner le Fauxbourg de la Ravale`,
dont toutes les maifons ont été renversées par
l'artillerie du Fort , ce qui obligea M. le Maréchal
de Richelieu à changer le plan général de fon attaque
fur le Fort Philippe.
Il fallut employer plufieurs jours pour le tranfport
de terre , pour élever de nouvelles batteries
dont le feu ne put commencer que le s Jain.
Dès ce moment le feu fuccefif de nos batteries
de temps une grande partie des travaux
extérieurs de la Place.
ruina en peu
On commença dès le 15 à déblayer les maifons
où l'on avoit réfolu d'établir une nouvelle batterie
de 12 pieces de canons en avant du Fauxbourg
de la Ravale , afin de détruire entiérement la Redoute
de la Reine & la lunette de Ken , & de bat.
tre la contre-garde de l'ouvrage à cornes ; ce qui
fit des merveilles .
Nous avons eu depuis ce temps là 84 pieces de
canons de 24 livres de balles , & 22 mortiers dif
tribués dans douze batteries . Elles n'ont point dif
continué de battre depuis le 16 Juin. La plupar
A OUST. 1756. 213
ne fervoient qu'à demonter les batteries ennemies.
Il ne falloit pas moins aux Affiégés que les
250 pieces de canons & les 40 mortiers qu'ils
avoient , pour faire la défenfe qu'on a éprouvée
jufqu'à la fin. Ce grand nombre de pieces leur
donnoit la facilité de remplacer celles que nous
leur démontions tous les jours.
Voici le détail de l'attaque qui mit nos En
nemis à la raiſon , & qui fera naître dans le coeur
des bons Francois , la joie qu'une longue réſiſtan
ce avoit fans doute altéréë.
>
M. le Maréchal ayant jugé qu'il étoit indifpenfable
d'accélérer l'attaque des ouvrages exté
rieurs , & voulant la favorifer en occupant
l'Ennemi dans plufieurs points de fa défenſe , ordonna
pour le 27 une attaque qui fut diviſée en
quatre points principaux .
M. le Marquis de Laval , de tranchée , fut
chargé de l'attaque de la gauche , divifée fur les
Forts de Strugen & d'Orgil , fur la Redoute de
la Reine , & fur celle de Ken : il avoit à fes ordres
16 Compagnies de Grenadiers , & quatre
Bataillons pour foutenir l'attaque .
Il avoit fous lui M. le Marquis de Monti &
M. de Briqueville , Colonel , dont le Régiment
étoit Chef de tranchée : Royal-Comtois étoit le
deuxieme Régiment.
M. de Monti fut deftiné à attaquer Strugen &
Orgil , à la tête des Compagnies de Grenadiers
de Royal-Comtois , Vermandois , Nice & Rochefort
, & de deux piquets foutenus par le premier
Bataillon de Royal - Comtois.
M. de Briqueville devoit fe porter fur Ken &
le chemin couvert , entre cet ouvrage & celui de
la Reine , à la tête de cinq Compagnies de Grenadiers
de Briqueville , Medoc & Cambis , & de
deux piquets.
214 MERCURE DE FRANCE:
M. de Sade , Lieutenant-Colonel de Brique
ville , devoit attaquer la Redoute de la Reine à la
tête de quatre Compagnies de Grenadiers d'Haynaut
, Cambis & Soiffonnois.
Il y avoit à la fuite de chacune de ces trois attaques
, deux Ingénieurs & 150 Travailleurs , un
Officier du Corps Royal & dix Canonniers , une
Brigade de Mineurs , & un détachement de 60
Volontaires portant dix échelles.
L'attaque du centre étoit dirigée ſur la Redoute
de l'Ouest & la Lunette Caroline , & commandée
par M. le Prince de Bauveau. Il y avoit à fes ordres
deux Brigadiers avec lefquels il devoit foutenir
la tranchée en cas de befoin.
La premiere attaque de la droite commandée
par M. le Comte de Lannion , é.oit dirigée fur le
Fort de Malboroug Il avoit à fes ordres la Brigade
de Royal & le Régiment de Bretagne , aina
que M. de Roquépine qui , à la tête de 400 Volontaires
& de roo Grenadiers , devoit débarquer
dans la Cale de S. Etienne , pour delà marcher
au Fort de S. Charles . On devoit avoir pour cet
effet 100 Chaloupes de l'Eſcadre : mais comme
elles ne purent arriver à temps , on y fuppléa par
celles qu'on put raffembler dans la journée.
La feconde attaque de la droite , aux ordres de
M. le Marquis de Monteynar , commandant la
Brigade de Royal - la Marine & Talaru , avoit
pour objet de s'emparer de la Lunette de Sud-
Ouest , de longer la Langue de S. Etienne , qui
eft entre la Place & le Fort Malboroug ; de fe
communiquer avec l'attaque du Fort S. Charles ,
& de couper la communication du Fort Malboroug
avec le Fort de S. Philippe.
En même temps que toutes ces attaques ſe faifoient
, M. de Beaumanoir , Lieutenant- Colonel ,
A O UST. 1756. 215
commandant à la Tour des Signaux , devoit avec
fon détachement partir dans les Chaloupes de la
Cale , qui eft entre le Fort Saint- Philippe & la
Tour des Signaux , pour venir favorifer l'attaque
de M. de Monti , & tâcher de fe gliffer dans le
chemin couvert , entre la demi-lune & le Fort
d'Orgil.
M. de Fortouval , Capitaine d'Haynaut , de
voit avec 100 hommes de détachement débarquer
au pied de la grande batterie des Ennemis , du
côté du Pont.
A.dix heures du foir , toutes nos batteries ayant
ceffé , le fignal de l'attaque fut donné par un
coup de canon & quatre bombes tirées de la Tour
des Signaux.
M. de Monti déboucha fur Strugen & Orgil ,
& fucceffivement MM . de Briqueville & de Sade
fe porterent avec vivacité fur leur point d'attaque
de Ken & de la Reine .
Nos troupes marcherent avec la plus grande
valeur , & après un feu très-vif , très-long & trèsmeurtrier
, elles parvinrent à s'emparer de Strugen
, d'Orgil, & du Fort de la Reine. Les Ennenis
firent jouer quatre fourneaux qui nous ont
coûté environ so hommes .
On travailla fur le champ au logement de
cette partie , qui étoit la principale attaque ,
pendant que les autres faifoient leur diverfion.
L'ardeur des Grenadiers que commandoit M.
de Bricqueville les ayant emportés , ils fe jetterent
fur la Redoute de la Reine , au lieu de fe
porter fur Ken qu'ils devoient attaquer .
M. le Prince de Bauveau ayant fait marcher
les Grenadiers de Vermandois & 100 hommes
de chaque Brigade fur la Redoute Caroline , &
les Grenadiers de Royal-Italien , avec 1oo hom216
MERCURE DE FRANCE.
mes de cette Brigade , à la Redoute de l'Oueſt ;
il s'empara du chemin couvert , & y fit enclouer
douze pieces de canon le logement y étant
impraticable , parce que la Redoute de Ken
n'étoit pas prife , & qu'il ne pouvoit dans la
nuit affurer fa communication , il fe contenta
de faire couper les paliffades , de faire brifer
les affûts , & de foutenir quelque temps cette
attaque qui favorifoit la principale.
Elle fut faite avec la plus grande intelligence
& la plus grande valeur.
Les attaques de MM. de Lannion & de Mon
teynard , dépendant prefque du fuccès du For
s. Charles , ils attendoient le fignal que devoir
faire M. de Roquépine ; mais les Ennemis s'étant
apperçus de beaucoup de mouvemens dans
cette partie , par les manoeuvres que les Chaloupes
avoient été obligées de faire , ſe tinrent
fur leurs gardes , & ne permirent pas à M. de
Roquépine de faire le débarquement qu'il avoit
tenté , & qui ne pouvoit réuffir que par une
furpriſe.
>
Pendant ce temps - là M. de Lannion fit inquiéter
le Fort Malborough . La divifion de tous
ces feux & la combinaifon de toutes ces attaques
, donnerent le temps à celles de la gauche
d'aflurer fon fuccés, de facon qu'à la pointe
du jour nous pumes établir 400 hommes dans
le Fort de la Reine , & 200 dans Strugen &
Orgil.
M. le Maréchal s'étoit placé au centre des attaques
de la gauche , & avoit avec lui MM . de Maillebois
, du Mefnil , & le Prince de Wirtemberg.
Il a donné pendant toute l'action les confeils
néceffaires au fuccès de l'attaque , dans lefquels
on n'a pu s'empêcher d'admirer les difpofitions
A O
UST.
1756.
217
tions de notre Général & les prodiges de notre
Infanterie.
M. de Lannion a eu une légere contufion à
' épaule , & M. le Marquis de S. Tropès , Aide
de Camp de M. de Maillebois , a été
légérement
bleffé au visage .
A cinq heures du matin on a demandé réciproquement
une fufpenfion d'armes pour retirer
les morts , & elle a été accordée. Nous
avons eu environ 25 Officiers de tués ou bleffés ,
& 400 Soldats..
· M. de Huetton , le Lieutenant de Vaiffeau
qui
commandoit les Chaloupes de l'attaque du
Fort S. Charles , a été tué.
On doit le fuccès de
l'attaque , de la gau
che furtout , à la bonne
conduite de M. de
Monti , qui a fuivi avec la plus grande valeur
& la plus grande fermeté les
difpofitions qu'avoit
faites M. de Laval.
On a pris beaucoup de mortiers & de canons
dans les Forts de Strugen , d'Orgil & de la Reine.
On a fait quinze
prifonniers , du nombre deſquels
eft le fecond
Commandant des Ennemis qui fai
foit le détail de la défenſe.
Le 28 , à deux heures après-midi , trois Députés
de la Place
demanderent à parler à notre
Général. Le réſultat de cette
conférence étoit
qui leur fut accordé vingt- quatre heures pour
dreffer les articles de
Capitulation : on leur accorda
jufqu'à huit heures du foir. Il en revint
un à l'heure marquée , qui apporta à M. le Maréchal
un projet d'articles ,
auxquels il fut ré
pondu le lendemain matin.
Fermer
Résumé : RELATION HISTORIQUE De la Prise de l'Isle de Minorque, & principalement des Port-Mahon & Fort Saint-Philippe; envoyée par un Officier de l'Armée.
En 1756, les forces françaises, sous le commandement du maréchal de Richelieu et de M. de La Galissonnière, prirent l'île de Minorque, située en Méditerranée et faisant partie des Baléares. Minorque, dotée d'un climat tempéré avec des chaleurs intenses en été, est divisée en cinq territoires, dont Mahon est la capitale et le principal port. L'île a été sous la domination de diverses civilisations, notamment les Carthaginois, les Romains, les Goths, les Vandales, les Sarrazins, et les Espagnols, avant de passer sous contrôle britannique en 1708. Les Britanniques avaient renforcé le Fort Saint-Philippe après l'avoir pris en 1708. En 1756, les Français débarquèrent à Ciutadella et marchèrent vers Mahon. Après plusieurs semaines de siège et de bombardements intensifs, ils prirent le Fort Saint-Philippe le 30 juin 1756. Le texte détaille les opérations militaires, les mouvements des troupes et les batailles navales qui précédèrent cette prise. L'attaque française, planifiée pour le 27 juin, fut divisée en quatre points principaux. Le Marquis de Laval dirigea l'attaque de la gauche, ciblant plusieurs forts et redoutes avec 16 compagnies de grenadiers et quatre bataillons. Le Prince de Bauveau attaqua la Redoute de l'Ouest et la Lunette Caroline. Le Comte de Lannion et le Marquis de Monteynar dirigèrent les attaques de la droite, ciblant respectivement le Fort de Malborough et la Lunette de Sud-Ouest. L'attaque débuta à dix heures du soir après un signal donné par un coup de canon et des bombes. Les troupes prirent plusieurs forts après un combat intense. Les ennemis firent exploser des fourneaux, causant des pertes. Les attaques de la droite dépendaient de la prise du Fort Saint-Charles, mais les ennemis empêchèrent le débarquement de M. de Roquépine. À la pointe du jour, des hommes furent établis dans les forts conquis. Les pertes françaises inclurent environ 25 officiers tués ou blessés et 400 soldats. Le succès de l'attaque fut attribué à la conduite de M. de Monti. Des mortiers, des canons et quinze prisonniers, dont le second commandant ennemi, furent capturés. Le 28 juin, des députés de la place demandèrent un délai de vingt-quatre heures pour négocier la capitulation, accordé jusqu'à huit heures du soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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890
p. 218-226
ARTICLES de la Capitulation proposée par Son Excellence le Lieutenant -Général BLAKNEY, pour la Garnison de Sa Majesté Britannique du Château de S.Philippe, Isle Minorque.
Début :
Que tous les actes d'hostilités cesseront jusqu'à ce que les Articles de la [...]
Mots clefs :
Articles de capitulation, Maréchal de Richelieu, Lieutenant général Blankey, Ile de Minorque, Prise du fort de Saint-Philippe, Fin des hostilités, Reddition, Garnison, Otages, Compensation, Accords, Français, Anglais, Artillerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLES de la Capitulation proposée par Son Excellence le Lieutenant -Général BLAKNEY, pour la Garnison de Sa Majesté Britannique du Château de S.Philippe, Isle Minorque.
ARTICLES de la Capitulation propofee
par Son Excellence le Lieutenant - Général
BLAKNEY , pour la Garnifon de Sa Majefté
Britannique du Château S. Philippe ,
Ifle Minorque.
Articles demandés par Articles accordésparMon
le Gouverneur.
Q
fieur le Maréchal do
Richelieu.
ARTICLE PREMIER. - ·
Ue tous les actes d'hoftilités cefferont jufqu'à
ce que les Articles de la Capitulation foient convenus
& fignés .
ARTICLE II.
Qu'on accordera
A la Garnifon à fa
reddition tous les
honneurs de la guerre
, comme de fortir
le fufil fur l'épaule,
tambour battant
, enfeignes dé
ployées , 24 coups
à tirer par homme ,
mêche allumée ,
pieces de canon &
2 mortiers , avec 20
coups à tirer par cha-
4
La belle & courageufe
défenfe que les Anglois
ont faite , méritant toutes
les marques d'eſtime
& de véneration que tout
Militaire doit rendre à de
telles actions , & M. le
Maré hal de Richelieu
voulant faire connoître à
fon Excellence M. le Général
Blkuey fa confidération
& celle que mérite
la défenſe qu'il vient de
faire , accorde à la Garnifon
tous les honneurs militaires
dont elle peut
jouir dans la circonftanque
piece , un char- ce de fa fortie pour un
AOUST. 1756. 219
embarquement : fçayoir , riot couvert pour le
le fufil fur l'épaule , tambour
battant , drapeaux
déployés , 20 cartouches
par homme , & même
mêche allumée. Il con-
Tent que le Lieutenant
Général
Blakney & fa
Garniſon , pourront emporter
tous les effets
leur
appartiendront
&
qui pourront
tenir dans
des coffres : il leur feroit
inutile d'avoir des charriots
couverts , il n'y en
a point dans l'ifle ; ainfi
ils font refufés.
qui
Gouverneur , & 4
autres pour la Garnifon
, qui ne ſeront
vifités en aucun
cas.
ARTICLE
Toute la Garniſon Mi-
III.
Que toute la Gar
litaire & Civile ,
comprenifon
comprenant
nant fous le nom de citous
les Sujets de
S. M. Britannique ,
Civile comme Militaire
, auront tous
vile les Officiers de juftice
& de police , à la réferve
des naturels de
Pie , auront la permiffion
d'emporter leurs leurs bagages & efeffets
, & d'en difpofer
comme il vient d'être fets affurés , avec la
dit : mais toutes les dettes
de la Garnifon , qui auront
été connues légitimes
, envers les Sujets de
permiffion de les
emmener , & d'en
difpofer comme ils
fa Majefté très-Chrétien- jugeront à propos.
ne , parmi lesquels les
Minorcains doivent être compris , feront payées,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
>
ARTICLE IV.
Que la Garnifon ,
comprenant les Officiers
, ouvriers , foldats
, & autres Sujets
de S. M. Britan
nique avec leurs
familles , qui voudront
quitter l'Ifle , conduiront par la plus
feront pourvus de fûre navigation jufqu'à
vaiffeaux de tranf- Gibraltar , dans le plus
ports convenables , court délai qu'il fera pof-
& conduits à Gi- fible , & les y débarqueront
tout de fuite , bien
braltar par la navi- entendu qu'après ce dégation
la plus cour- barquement , il fera fourte
& la plus directe , ni à ces bâtimens des paf-
& qu'ils y feront feports valables , afin de
débarqués auffitôt
leur arrivée , aux
dépens de la Couronne
de France , &
que les provifions
Il fera fourni les vaiffeaux
de tranfport de
de Sa Majefté très Chré
ceux qui font aux gages
tienne , & convenable
à
la Garnifon Militaire &
Civile du Fort S. Philippe
pour eux & leur famille
: ces Vaiffeaux les
leur feront fournies
de celles qui peuvent
être encore
exiftantes dans la
Place au moment
de la reddition >
leur
n'être pas inquietés dans
retour jufqu'aux
ports de France , où ils
devront aller , & il ſera
laiffé des ôtages pour la
tranfport & de leurs équipages
, que l'on remettra
au premier Bâtiment neutre
qui viendra les chercher
après le retour defdits
Bâtimens dans le
port
de France.
Il fera auffi accordé à
fûreté des Bâtimens de
pour le temps qu'ils la Garnifon des fubfiftanA
O UST. 1756. 221
'ces tant pour fon féjour
dans l'Iffe , que pour 12
jours de voyage , qui feront
prifes de celles qui
feront trouvées dans le
Fort Saint-Philippe , &
diftribuées fur le pied
qu'on a coutume de les
fournir à la garniſon Angloife
: & fi on a befoin
d'un fupplément , il fera
fourni en payant fuivant
ce qui fera réglé par les
Commiffaires de
d'autre.
part &
refter
pourroient
dans l'Ifle , & pour
celui de leur voyage
fur mer , & cela
dans la même proportion
qu'on leur
fournit actuellement.
Mais fi on
avoit befoin d'un
plus grand nombre ,
qu'ils feroient fournis
aux dépens de
la Couronne
France .
ARTICLE V.
Les bâtimens étant
prêts pour le tranfport
de
Que l'on fournira
des quartiers convenables
à la Garnifon
, avec un hôpital
propre pour les
malades & bleffés ,
pendant le temps
de la Garniſon , la fourniture
des quartiers demandés
devient inutile :
elle fortira de la Place
dans le plus court délai ,
pour le rendre à Gibraltar.
Et à l'égard de ceux
qui ne pourront être em- que l'on préparera
barqués tout de fuite , ils les bâtimens de
auront la liberté de refter tranfport : lequel
dans l'Ifle ; & il leur fera temps ne pourra pas
excéder celui d'un
fourni tous les fecours
dont ils auront befoin
pour fe rendre à Gibral- mois , à compter du
tar. Lorfqu'ils feront en jour de la fignature
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
de cette Capitulation
& à l'égard
de ceux qui fe trou
veront hors d'état
d'être embarqués ,
qu'ils pourront refter;
& il enfera pris
foin jufqu'à ce qu'ils
foient en état d'être
envoyés à Gibraltar
par une autre occafion.
état d'être embarqués , il
en fera dreflé un état , &
on laiffera aux vaiffeaux
les pafleports néceflaires
pour aller & revenir. Il
fera de même fourni un
hôpital pour les malades
& bleffés , ainfi qu'il fera
réglé par les Commiffaires
refpectifs.
ARTICLE VI.
Que le Gouverneur
ne pourra pas
être comptable pour
toutes les maifons
qui auront été brûlées
pendant le
Liege.
Accordé pour les maifons
détruites ou brûlées
pendant le fiege : mais on
reftituera plufieurs effets
& titres du Tribunal de
l'Amirauté , qui avoient
été tranſportés dans le
Fort , ainfi que les papiers
de l'Hôtel de Ville qui
ont été emportés par le
Receveur ,& les papiers & titres des Vaiffeaux marchands
François , concernant leur chargement , qui
ont été pareillement retenus.
ARTICLE VII.
Quand la Garni- On n'excitera aucun
fon fortira de la Place
, il ne fera permis
à perfonne de
débaucher les folfoldat
à déferter , & les
Officiers auront une entiere
autorité ſur eux júfqu'au
moment de l'embarquement.
A O UST. 1756. £23
dats pour les faire
déferter de leurs régimens
; & leurs
Officiers auront accès
auprès d'eux en
tout temps.
ARTICLE VIII.
Accordé.
On obfervera de
part & d'autre une
exacte difcipline
.
ARTICLE IX.
Son Excellence M. le
Général Blakney & M. le
:
Maréchal de Richelieu
.ne peuvent fixer ou éten
dre l'autorité des Rois
leurs Maîtres fur leurs
Sujets ce feroit y met
tre des limites que d'obliger
de recevoir dans
leurs Etats ceux qu'ils ne
jugeroient pas à propos
qui y fuflent ftables.
Que ceux des Habitans
de l'Ifle qui
ont joint les Anglois
pour la défenfe
de la Place , auront
permiffion
de
refter & de jouir de
leurs biens & effets
dans l'Ifle , fans être
inquiétés
.
ARTICLE X.
On reprendra de part Que tous les pri
& d'autre tous les prifonfonniers
de guerre
niers qui ont été faits de part & d'autre
pendant le fiege ; ainfi
les François en rendant feront rendus.
ceux qu'ils ont , il leur
fera reftitué les piquets
qui ont été pris en allant
joindre l'Efcadre Fran-
5 .
Kig
214 MERCURE DE FRANCE.
coife le jour que parut
PAmiral Bing devant
Mahon.
ARTICLE XI.
Que M. de Cuffinghan
, Ingénieur,
faifant le fervice de
volontaire pendant
le Siege , aura un
paffeport , & la permiffion
de fe retirer
où fes affaires
l'appelleront.
Accordo.
ARTICLE XII.
Sous les conditions
précédentes ,
Son Excellence M.
le Lieutenant Général
, Gouverneur ,
après que les ôtages
auront été donnés
de part & d'autre
pour la fidelle exécution
des Articles
ci- deffus ,
fent de livrer la
con-
Dès que les articles cideffus
auront été fignés ,
il fera livré une des portes
du Château aux François
, avec les Forts Malborough
& de S. Charles
, après avoir envoyé
les otages de part & d'autre
pour la fidelle éxécu–
tion des articles ci- deffus.
L'Eftacade qui eft dans
le Port , ſera levée ; &
l'entrée & fortie en feront
rendues libres à la
difpofition des François ,
jufqu'à l'entiere fortie de Place à Sa Majefté
Très -Chrétienne , la Garnifon ; & en attenavec
tous les maga- dant , les Commiffaires
de part & d'autre travail
A O UST. 1756 . 225
Ieront de la part de fon
Excellence M. de Blakney
, à faire les états des
magaſins militaires &
autres , & de la part de
fon Excellence M. le Maréchal
de Richelieu , à en
recevoir pour les livrer
aux Anglois ; ce qui a
convenu : il fera auffi livré
les Plans des Galleries
, Mines & autres ouvrages
fouterreins.
été
.
fins militaires , munitions
, canons &
mortiers , à la réferve
de ceux mentionnés
dans l'Article II :
comme auffi de
montrer aux Ingénieurs
toutes les
mines & les ouvrages
fouterreins.
Fait au Château
Fait à Saint-Philippe , de S.
Philippe , le
le 29 Juin 1756.
Approuvé , Guillaume
BLAKNEY.
28 Juin 1756.
Signé , Guillaume
BLAKNEY.
Tous les Articles ci - deffus fignés , &les ôtages
donnés , M. le Maréchal de Richelieu est entré dans
la Place leditjour 29 Juin , entre 89 heures du
matin. Il s'eft fait rendre compte de tout ce qui étoit
dans le Fort , dont voici le détail.
Garnifon trouvée au moment de fa reddition
2963 hommes de troupes.
240 pieces de canon faines & entieres , fans:
compter 40 autres pieces que M. le Maréchal avoit
fait enclouer pendant l'attaque..
Environ 70 Mortiers.
.700 milliers de poudre..
12000 Boulets .
15000 Bombes,
Les Ennemis ont perdu pendant le fiege beaucoup
moins de monde que nous , attendu les retraites.
les Cafmattes immenfes où ils fe retiroient , taillées
K.v.
226 MERCURE DE FRANCE.
dans le roc, & à l'abri du boulet & de la bombe.
Les François ont eu , depuis le commencement du
fiege jufqu'à la reddition du Fort , environ 1500
hommes tant de tués que de bleffés : il eft mort peu
de bleffés , parce que la cure des plaies réuſſiſſoit
fort bien dans cette Ifle. Les Chirurgiens même en
étoient étonnés.
Il s'eft trouvé dans le Fort beaucoup de vivres ;
als en avoient encore pour un temps confidérable :
mais lors de fa reddition , il y avoit huit jours que
les Affiégés n'avoient plus ni Vin , ni Eau - de- vie.
Depuis le commencement du Siege jufqu'à la red
dition , il n'y a jamais eu à l'Hôpital de l'armée
Françoife plus de 150 malades couramment ; &
que M. de Fronfac eft parti de Mahon ,
il n'y en avoit que ce nombre.
au moment
On laiffe pour Garniſon les Régimens ſuivans.
Le Royal Italien ; Médoc ; Talaru ; Royal Comtois
& Vermandois.
La Garnison Angloife a dû fortir de l'Ifle le &
Juillet.
M. le Comte de Lannion commandera en chef
les Forts de Pife Minorque.
M. le Duc de Fronfac , qui a porté la nouvelle
'de la prife des Forts , arriva à Paris la nuit du 9
au 10 Juillet : M. le Comte d'Egmont , qui a apporté
les articles de la Capitulation & la nouvelle
de l'évacuation entiere de la Place par les Anglois
, eft arrivé à Paris la nuit du 14 au 15 fuiwant.
M. de Fronfac eft parti le 26 Juillet de Paris
, pour aller rejoindre M. le Maréchal de Richelieu
, qui ne revient point.
Nous ne pouvons mieux terminer cette Relation
que par les Vers fuivans , qui font de M. de
Voltaire , & qui nous ont paru dignes de lui & da
Héros qu'ils célebrent .
par Son Excellence le Lieutenant - Général
BLAKNEY , pour la Garnifon de Sa Majefté
Britannique du Château S. Philippe ,
Ifle Minorque.
Articles demandés par Articles accordésparMon
le Gouverneur.
Q
fieur le Maréchal do
Richelieu.
ARTICLE PREMIER. - ·
Ue tous les actes d'hoftilités cefferont jufqu'à
ce que les Articles de la Capitulation foient convenus
& fignés .
ARTICLE II.
Qu'on accordera
A la Garnifon à fa
reddition tous les
honneurs de la guerre
, comme de fortir
le fufil fur l'épaule,
tambour battant
, enfeignes dé
ployées , 24 coups
à tirer par homme ,
mêche allumée ,
pieces de canon &
2 mortiers , avec 20
coups à tirer par cha-
4
La belle & courageufe
défenfe que les Anglois
ont faite , méritant toutes
les marques d'eſtime
& de véneration que tout
Militaire doit rendre à de
telles actions , & M. le
Maré hal de Richelieu
voulant faire connoître à
fon Excellence M. le Général
Blkuey fa confidération
& celle que mérite
la défenſe qu'il vient de
faire , accorde à la Garnifon
tous les honneurs militaires
dont elle peut
jouir dans la circonftanque
piece , un char- ce de fa fortie pour un
AOUST. 1756. 219
embarquement : fçayoir , riot couvert pour le
le fufil fur l'épaule , tambour
battant , drapeaux
déployés , 20 cartouches
par homme , & même
mêche allumée. Il con-
Tent que le Lieutenant
Général
Blakney & fa
Garniſon , pourront emporter
tous les effets
leur
appartiendront
&
qui pourront
tenir dans
des coffres : il leur feroit
inutile d'avoir des charriots
couverts , il n'y en
a point dans l'ifle ; ainfi
ils font refufés.
qui
Gouverneur , & 4
autres pour la Garnifon
, qui ne ſeront
vifités en aucun
cas.
ARTICLE
Toute la Garniſon Mi-
III.
Que toute la Gar
litaire & Civile ,
comprenifon
comprenant
nant fous le nom de citous
les Sujets de
S. M. Britannique ,
Civile comme Militaire
, auront tous
vile les Officiers de juftice
& de police , à la réferve
des naturels de
Pie , auront la permiffion
d'emporter leurs leurs bagages & efeffets
, & d'en difpofer
comme il vient d'être fets affurés , avec la
dit : mais toutes les dettes
de la Garnifon , qui auront
été connues légitimes
, envers les Sujets de
permiffion de les
emmener , & d'en
difpofer comme ils
fa Majefté très-Chrétien- jugeront à propos.
ne , parmi lesquels les
Minorcains doivent être compris , feront payées,
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
>
ARTICLE IV.
Que la Garnifon ,
comprenant les Officiers
, ouvriers , foldats
, & autres Sujets
de S. M. Britan
nique avec leurs
familles , qui voudront
quitter l'Ifle , conduiront par la plus
feront pourvus de fûre navigation jufqu'à
vaiffeaux de tranf- Gibraltar , dans le plus
ports convenables , court délai qu'il fera pof-
& conduits à Gi- fible , & les y débarqueront
tout de fuite , bien
braltar par la navi- entendu qu'après ce dégation
la plus cour- barquement , il fera fourte
& la plus directe , ni à ces bâtimens des paf-
& qu'ils y feront feports valables , afin de
débarqués auffitôt
leur arrivée , aux
dépens de la Couronne
de France , &
que les provifions
Il fera fourni les vaiffeaux
de tranfport de
de Sa Majefté très Chré
ceux qui font aux gages
tienne , & convenable
à
la Garnifon Militaire &
Civile du Fort S. Philippe
pour eux & leur famille
: ces Vaiffeaux les
leur feront fournies
de celles qui peuvent
être encore
exiftantes dans la
Place au moment
de la reddition >
leur
n'être pas inquietés dans
retour jufqu'aux
ports de France , où ils
devront aller , & il ſera
laiffé des ôtages pour la
tranfport & de leurs équipages
, que l'on remettra
au premier Bâtiment neutre
qui viendra les chercher
après le retour defdits
Bâtimens dans le
port
de France.
Il fera auffi accordé à
fûreté des Bâtimens de
pour le temps qu'ils la Garnifon des fubfiftanA
O UST. 1756. 221
'ces tant pour fon féjour
dans l'Iffe , que pour 12
jours de voyage , qui feront
prifes de celles qui
feront trouvées dans le
Fort Saint-Philippe , &
diftribuées fur le pied
qu'on a coutume de les
fournir à la garniſon Angloife
: & fi on a befoin
d'un fupplément , il fera
fourni en payant fuivant
ce qui fera réglé par les
Commiffaires de
d'autre.
part &
refter
pourroient
dans l'Ifle , & pour
celui de leur voyage
fur mer , & cela
dans la même proportion
qu'on leur
fournit actuellement.
Mais fi on
avoit befoin d'un
plus grand nombre ,
qu'ils feroient fournis
aux dépens de
la Couronne
France .
ARTICLE V.
Les bâtimens étant
prêts pour le tranfport
de
Que l'on fournira
des quartiers convenables
à la Garnifon
, avec un hôpital
propre pour les
malades & bleffés ,
pendant le temps
de la Garniſon , la fourniture
des quartiers demandés
devient inutile :
elle fortira de la Place
dans le plus court délai ,
pour le rendre à Gibraltar.
Et à l'égard de ceux
qui ne pourront être em- que l'on préparera
barqués tout de fuite , ils les bâtimens de
auront la liberté de refter tranfport : lequel
dans l'Ifle ; & il leur fera temps ne pourra pas
excéder celui d'un
fourni tous les fecours
dont ils auront befoin
pour fe rendre à Gibral- mois , à compter du
tar. Lorfqu'ils feront en jour de la fignature
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
de cette Capitulation
& à l'égard
de ceux qui fe trou
veront hors d'état
d'être embarqués ,
qu'ils pourront refter;
& il enfera pris
foin jufqu'à ce qu'ils
foient en état d'être
envoyés à Gibraltar
par une autre occafion.
état d'être embarqués , il
en fera dreflé un état , &
on laiffera aux vaiffeaux
les pafleports néceflaires
pour aller & revenir. Il
fera de même fourni un
hôpital pour les malades
& bleffés , ainfi qu'il fera
réglé par les Commiffaires
refpectifs.
ARTICLE VI.
Que le Gouverneur
ne pourra pas
être comptable pour
toutes les maifons
qui auront été brûlées
pendant le
Liege.
Accordé pour les maifons
détruites ou brûlées
pendant le fiege : mais on
reftituera plufieurs effets
& titres du Tribunal de
l'Amirauté , qui avoient
été tranſportés dans le
Fort , ainfi que les papiers
de l'Hôtel de Ville qui
ont été emportés par le
Receveur ,& les papiers & titres des Vaiffeaux marchands
François , concernant leur chargement , qui
ont été pareillement retenus.
ARTICLE VII.
Quand la Garni- On n'excitera aucun
fon fortira de la Place
, il ne fera permis
à perfonne de
débaucher les folfoldat
à déferter , & les
Officiers auront une entiere
autorité ſur eux júfqu'au
moment de l'embarquement.
A O UST. 1756. £23
dats pour les faire
déferter de leurs régimens
; & leurs
Officiers auront accès
auprès d'eux en
tout temps.
ARTICLE VIII.
Accordé.
On obfervera de
part & d'autre une
exacte difcipline
.
ARTICLE IX.
Son Excellence M. le
Général Blakney & M. le
:
Maréchal de Richelieu
.ne peuvent fixer ou éten
dre l'autorité des Rois
leurs Maîtres fur leurs
Sujets ce feroit y met
tre des limites que d'obliger
de recevoir dans
leurs Etats ceux qu'ils ne
jugeroient pas à propos
qui y fuflent ftables.
Que ceux des Habitans
de l'Ifle qui
ont joint les Anglois
pour la défenfe
de la Place , auront
permiffion
de
refter & de jouir de
leurs biens & effets
dans l'Ifle , fans être
inquiétés
.
ARTICLE X.
On reprendra de part Que tous les pri
& d'autre tous les prifonfonniers
de guerre
niers qui ont été faits de part & d'autre
pendant le fiege ; ainfi
les François en rendant feront rendus.
ceux qu'ils ont , il leur
fera reftitué les piquets
qui ont été pris en allant
joindre l'Efcadre Fran-
5 .
Kig
214 MERCURE DE FRANCE.
coife le jour que parut
PAmiral Bing devant
Mahon.
ARTICLE XI.
Que M. de Cuffinghan
, Ingénieur,
faifant le fervice de
volontaire pendant
le Siege , aura un
paffeport , & la permiffion
de fe retirer
où fes affaires
l'appelleront.
Accordo.
ARTICLE XII.
Sous les conditions
précédentes ,
Son Excellence M.
le Lieutenant Général
, Gouverneur ,
après que les ôtages
auront été donnés
de part & d'autre
pour la fidelle exécution
des Articles
ci- deffus ,
fent de livrer la
con-
Dès que les articles cideffus
auront été fignés ,
il fera livré une des portes
du Château aux François
, avec les Forts Malborough
& de S. Charles
, après avoir envoyé
les otages de part & d'autre
pour la fidelle éxécu–
tion des articles ci- deffus.
L'Eftacade qui eft dans
le Port , ſera levée ; &
l'entrée & fortie en feront
rendues libres à la
difpofition des François ,
jufqu'à l'entiere fortie de Place à Sa Majefté
Très -Chrétienne , la Garnifon ; & en attenavec
tous les maga- dant , les Commiffaires
de part & d'autre travail
A O UST. 1756 . 225
Ieront de la part de fon
Excellence M. de Blakney
, à faire les états des
magaſins militaires &
autres , & de la part de
fon Excellence M. le Maréchal
de Richelieu , à en
recevoir pour les livrer
aux Anglois ; ce qui a
convenu : il fera auffi livré
les Plans des Galleries
, Mines & autres ouvrages
fouterreins.
été
.
fins militaires , munitions
, canons &
mortiers , à la réferve
de ceux mentionnés
dans l'Article II :
comme auffi de
montrer aux Ingénieurs
toutes les
mines & les ouvrages
fouterreins.
Fait au Château
Fait à Saint-Philippe , de S.
Philippe , le
le 29 Juin 1756.
Approuvé , Guillaume
BLAKNEY.
28 Juin 1756.
Signé , Guillaume
BLAKNEY.
Tous les Articles ci - deffus fignés , &les ôtages
donnés , M. le Maréchal de Richelieu est entré dans
la Place leditjour 29 Juin , entre 89 heures du
matin. Il s'eft fait rendre compte de tout ce qui étoit
dans le Fort , dont voici le détail.
Garnifon trouvée au moment de fa reddition
2963 hommes de troupes.
240 pieces de canon faines & entieres , fans:
compter 40 autres pieces que M. le Maréchal avoit
fait enclouer pendant l'attaque..
Environ 70 Mortiers.
.700 milliers de poudre..
12000 Boulets .
15000 Bombes,
Les Ennemis ont perdu pendant le fiege beaucoup
moins de monde que nous , attendu les retraites.
les Cafmattes immenfes où ils fe retiroient , taillées
K.v.
226 MERCURE DE FRANCE.
dans le roc, & à l'abri du boulet & de la bombe.
Les François ont eu , depuis le commencement du
fiege jufqu'à la reddition du Fort , environ 1500
hommes tant de tués que de bleffés : il eft mort peu
de bleffés , parce que la cure des plaies réuſſiſſoit
fort bien dans cette Ifle. Les Chirurgiens même en
étoient étonnés.
Il s'eft trouvé dans le Fort beaucoup de vivres ;
als en avoient encore pour un temps confidérable :
mais lors de fa reddition , il y avoit huit jours que
les Affiégés n'avoient plus ni Vin , ni Eau - de- vie.
Depuis le commencement du Siege jufqu'à la red
dition , il n'y a jamais eu à l'Hôpital de l'armée
Françoife plus de 150 malades couramment ; &
que M. de Fronfac eft parti de Mahon ,
il n'y en avoit que ce nombre.
au moment
On laiffe pour Garniſon les Régimens ſuivans.
Le Royal Italien ; Médoc ; Talaru ; Royal Comtois
& Vermandois.
La Garnison Angloife a dû fortir de l'Ifle le &
Juillet.
M. le Comte de Lannion commandera en chef
les Forts de Pife Minorque.
M. le Duc de Fronfac , qui a porté la nouvelle
'de la prife des Forts , arriva à Paris la nuit du 9
au 10 Juillet : M. le Comte d'Egmont , qui a apporté
les articles de la Capitulation & la nouvelle
de l'évacuation entiere de la Place par les Anglois
, eft arrivé à Paris la nuit du 14 au 15 fuiwant.
M. de Fronfac eft parti le 26 Juillet de Paris
, pour aller rejoindre M. le Maréchal de Richelieu
, qui ne revient point.
Nous ne pouvons mieux terminer cette Relation
que par les Vers fuivans , qui font de M. de
Voltaire , & qui nous ont paru dignes de lui & da
Héros qu'ils célebrent .
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Résumé : ARTICLES de la Capitulation proposée par Son Excellence le Lieutenant -Général BLAKNEY, pour la Garnison de Sa Majesté Britannique du Château de S.Philippe, Isle Minorque.
Le texte expose les articles de la capitulation proposée par le Lieutenant-Général Blakney pour la garnison britannique du Château Saint-Philippe à Minorque, acceptés par le Maréchal de Richelieu. Les hostilités cesseront jusqu'à la signature des articles de la capitulation. La garnison britannique bénéficiera des honneurs de la guerre, incluant une sortie avec armes et drapeaux déployés, ainsi que des salves d'honneur. Le Maréchal de Richelieu reconnaît la défense courageuse des Anglais et accorde ces honneurs en signe de respect. La garnison pourra emporter ses effets personnels et sera transportée à Gibraltar avec des provisions et des navires appropriés. Les dettes légitimes de la garnison envers les sujets du roi de France seront payées. Les habitants de l'île ayant soutenu les Anglais pourront rester et jouir de leurs biens sans être inquiétés. Les prisonniers de guerre seront échangés. Les déserteurs ne seront pas autorisés à quitter leurs régiments. La discipline sera maintenue des deux côtés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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891
p. 227-229
VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
Début :
Depuis plus de quarante années [...]
Mots clefs :
Vers, Voltaire, Duc de Richelieu, Voltaire, Conquête Fort Saint-Philippe, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
VERS
De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc
de Richelieu , fur la Conquête de Mahon.
Depuis plus de quarante années
Vous avez été mon Héros :
J'ai préfagé vos deſtinées .
Ainfi quand Achile à Syros
Paroiffoit fe livrer en proye
Aux jeux , aux amours , au répos ,
Il devoit un jour , fur les flots ,
Porter la flamme devant Troye ;
Ainfi quand Phriné , dans fes bras
Tenoit le jeune Alcibiade ,
Phriné ne le poffédoit pas ;
Et fon nom fut dans les combats
Egal au nom de Miltiade.
Jadis les Amans , les Epour
Trembloient en vous voyant paroître.
Près des Belles & près du Maître ,
Vous avez fair plus d'un jaloux :
Enfin c'eft aux Héros à l'être.
C'eft rarement que dans Paris
Parmi les feftins & les ris ,
On démêle un grand caractere
Le préjugé ne conçoit pas
Que celui qui fçait l'art de plaire ;
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE
Sçache aufli fauver les Etats :
Le grand Homme échappe au vulgaire.
Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi ,
Il fert fa Patrie & fon Roi ;
Quand fa main des peuples de Genes
Défend les jours & rompt les chaînes ;
Lorſqu'auffi prompt que les éclairs ,
Il chaffe les Tyrans des mers
Des murs de Minorque opprimée ,
'Alors ceux qui l'ont méconnu ,
En parlent comme fon armée :
Chacun dit : Je l'avois prévu :
Le fuccès fait la renommée.
Homme aimable , illuftre Guerrier ,
En tout temps Phonneur de la France ,
Triomphez de l'Anglois altier ,
De l'envie & de l'ignorance.
Je ne fçais fi dans Port-Mahon
Vous trouverez un ftatuaire ;
Mais vous n'en avez plus à faire.
Vous allez graver votre nom
Sur les débris de l'Angleterre:
Il feroit béni chez l'Ibere , at.. ?
Et chéri dans ma Nation.
Des deux Richelieu fur la terre
Les exploits feront admirés..
Déja tous deux font comparés ,
Et l'on ne fait qui l'on préfere.
Le Cardinal affermiffoit
A O UST. 1756: 2.20
Et partageoit le rang fuprême
D'un Maître qui le haïffoit ,
Vous vengcz un Roi qui vous aime.
Le Cardinal fut plus puiffant
Et même un peu trop redoutable :
Vous me paroiffez bien plus grand ,
Puifque vous êtes plus aimable .
De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc
de Richelieu , fur la Conquête de Mahon.
Depuis plus de quarante années
Vous avez été mon Héros :
J'ai préfagé vos deſtinées .
Ainfi quand Achile à Syros
Paroiffoit fe livrer en proye
Aux jeux , aux amours , au répos ,
Il devoit un jour , fur les flots ,
Porter la flamme devant Troye ;
Ainfi quand Phriné , dans fes bras
Tenoit le jeune Alcibiade ,
Phriné ne le poffédoit pas ;
Et fon nom fut dans les combats
Egal au nom de Miltiade.
Jadis les Amans , les Epour
Trembloient en vous voyant paroître.
Près des Belles & près du Maître ,
Vous avez fair plus d'un jaloux :
Enfin c'eft aux Héros à l'être.
C'eft rarement que dans Paris
Parmi les feftins & les ris ,
On démêle un grand caractere
Le préjugé ne conçoit pas
Que celui qui fçait l'art de plaire ;
Kvi
228 MERCURE DE FRANCE
Sçache aufli fauver les Etats :
Le grand Homme échappe au vulgaire.
Mais lorsqu'aux champs de Fontenoi ,
Il fert fa Patrie & fon Roi ;
Quand fa main des peuples de Genes
Défend les jours & rompt les chaînes ;
Lorſqu'auffi prompt que les éclairs ,
Il chaffe les Tyrans des mers
Des murs de Minorque opprimée ,
'Alors ceux qui l'ont méconnu ,
En parlent comme fon armée :
Chacun dit : Je l'avois prévu :
Le fuccès fait la renommée.
Homme aimable , illuftre Guerrier ,
En tout temps Phonneur de la France ,
Triomphez de l'Anglois altier ,
De l'envie & de l'ignorance.
Je ne fçais fi dans Port-Mahon
Vous trouverez un ftatuaire ;
Mais vous n'en avez plus à faire.
Vous allez graver votre nom
Sur les débris de l'Angleterre:
Il feroit béni chez l'Ibere , at.. ?
Et chéri dans ma Nation.
Des deux Richelieu fur la terre
Les exploits feront admirés..
Déja tous deux font comparés ,
Et l'on ne fait qui l'on préfere.
Le Cardinal affermiffoit
A O UST. 1756: 2.20
Et partageoit le rang fuprême
D'un Maître qui le haïffoit ,
Vous vengcz un Roi qui vous aime.
Le Cardinal fut plus puiffant
Et même un peu trop redoutable :
Vous me paroiffez bien plus grand ,
Puifque vous êtes plus aimable .
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Résumé : VERS De M. de Voltaire à M. le Maréchal Duc de Richelieu, sur la Conquête de Mahon.
Dans une lettre, Voltaire célèbre les exploits militaires du Maréchal Duc de Richelieu, le comparant à des héros antiques tels qu'Achille et Alcibiade. Bien que Richelieu soit connu pour ses succès amoureux et mondains, Voltaire souligne ses qualités militaires exceptionnelles. Il mentionne notamment la défense de la patrie et du roi lors de la bataille de Fontenoy et la libération des peuples de Gênes. Voltaire admire la rapidité et l'efficacité de Richelieu, illustrées par la défense de Minorque. Il prédit que Richelieu gravera son nom sur les débris de l'Angleterre après la conquête de Port-Mahon. Voltaire compare également le Maréchal au Cardinal Richelieu, affirmant que le premier est plus grand et plus aimable malgré la puissance du second.
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892
p. 234-236
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
On est ici fort sensible à la prise de l'Isle de Minorque. [...]
Mots clefs :
Londres, Ile de Minorque, Défaite anglaise, Dommages sur la navigation et le commerce, Amiral West, Amiral Byng, Sa Majesté anglaise, Général Fowke
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 10 Août .
On eft içi fort ſenſible à la priſe de l'Iſle Minor
que. La perte que la Nation fouffre par cet événement
, eft eftimée à plus d'un million de livres
fterlings , fans compter le dommage qui en réfultera
pour la navigation & pour le commerce. Il
paroît qu'on eft dans la ferme réfolution d'examiner
les caufes qui ont empêché que le Fort
Saint-Philippe n'ait été fecouru , & de punir felon
la rigueur des loix ceux qui feront reconnus avoir
défobéi aux ordres qu'ils avoient reçus relativement
à cet objet . Les Amiraux Byng & Weft
font arrivés à Spithéad , le premier ayant été
renvoyé fous arrêts par l'Amiral Hawke . Le
Public attend avec impatience les réponfes que
l'Amiral Byng fera fur les différens chefs d'accufation
intentés contre lui. Surtout on défire de
fçavoir pourquoi il a employé tant de temps à
retourner à Gibraltar après le combat du 20 Mai.
L'Amiral Weft s'eft rendu à Kenſington , pour
informer le Roi de toutes les circonftances du
combat naval du 20 Mai. Sa Majefté a témoigné
être parfaitement fatisfaite de la conduite qu'il a
tenue dans cette action . On garde étroitement
P'Amiral Byng. M. Edouard Byng , fon frere ,
quoique malade , alla le 28 à Portfmouth pour le
voir . Au moment qu'ils s'embraffoient , il arriva
SEPTEMBRE . 1756. 235
un Meffager d'Etat qui venoit prendre l'Amiral
fous fa garde. Cette vue fit une telle impreffion
fur le fieur Edouard Byng , qu'il expira fur le
champ fans proférer une feule parole . Les deux
principales fautes qu'on reproche à l'Amiral
Byng , font de n'avoir pas fait avancer plus de
Vaiffeaux à l'ordre de bataille de l'Amiral Weft ,
& de n'avoir pas tenté à tout hazard l'entrée du
Havre de Mahon , puifque fes ordres étoient pofitifs
à cet égard . Le Général Fowk , ci- devant
Gouverneur de Gibraltar , doit auffi fubir l'examen
d'un Confeil de Guerre , pour n'avoir pas
donné le Régiment que demandoit cet Amiral .
Le Chef d'Eſcadre Howe ayant fait une defcente
dans une petite Ine appartenante aux François,
& fituée à quelque diftance de l'ifle de Guarnefey
, cinquante hommes qui y étoient en garnifon
ont capitulé , & on leur a accordé les honneurs
de la guerre. On a reçu avis que l'Eſcadre ,
qui depuis quelque temps a établi fa croifiere devant
Louisbourg , s'eft emparé du Vaiffeau de
guerre François l'Arc-en - Ciel , de cinquante canons
, & qu'elle a enlevé aufli deux Navires de la
même Nation chargés de provifions , l'un pour
l'ifle Royale , l'autre pour celle de Saint- Jean.
Selon les nouvelles de la Caroline Méridionale ,
le feu a pris à Charles Town dans les magaſins ,
& a confumé une grande quantité de fucre , de
ris & de rhum. Il y a eu auffi un grand incendie à
Bridgeton dans l'Ile de la Barbade. Soixante-cinq
maiſons ont été réduites en cendres , ainfi qu'un
magafin rempli de coton , d'huile , de foufre , &
de plufieurs autres marchandiſes. Le dommage
monte à trois cens cinquante mille livres fterlings .
L'Amirauté a envoyé ordre à Portſmouth , à
Plymouth & à Douvres , de relâcher les Bâtimens
236 MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , qui y ont été conduits depuis que la
Grande Bretagne a déclaré la guerre à la France.
Il eft parti ces jours - ci de Spithéad une nouvelle
Eſcadre de dix Vaiffeaux fous les ordres de l'Amiral
Holbourne , pour aller croiſer conjointement
avec l'Amiral Bofcawen fur les côtes de
Bretagne & du Pays d'Aunis. Le Gouvernement
vient de prendre à fon fervice un grand nombre
de Bâtimens de tranſport , dont les Capitaines ont
ordre de s'approvifionner pour un voyage de long
cours.
Aujourd'hui le Général Fowke a fubi un interrogatoire
devant un Confeil de guerre compofé
de quatorze Officiers Généraux . On avoit fait
partir l'Amiral Byng de Portſmouth pour le conduire
ici ; mais on a été obligé de lè remener કે
fon bord , afin de le fouftraire à la fureur de la
populace , qui s'étoit attroupée fur la route dans
le deffein de fe venger fur lui des avantages remportés
par les François.
DE LONDRES , le 10 Août .
On eft içi fort ſenſible à la priſe de l'Iſle Minor
que. La perte que la Nation fouffre par cet événement
, eft eftimée à plus d'un million de livres
fterlings , fans compter le dommage qui en réfultera
pour la navigation & pour le commerce. Il
paroît qu'on eft dans la ferme réfolution d'examiner
les caufes qui ont empêché que le Fort
Saint-Philippe n'ait été fecouru , & de punir felon
la rigueur des loix ceux qui feront reconnus avoir
défobéi aux ordres qu'ils avoient reçus relativement
à cet objet . Les Amiraux Byng & Weft
font arrivés à Spithéad , le premier ayant été
renvoyé fous arrêts par l'Amiral Hawke . Le
Public attend avec impatience les réponfes que
l'Amiral Byng fera fur les différens chefs d'accufation
intentés contre lui. Surtout on défire de
fçavoir pourquoi il a employé tant de temps à
retourner à Gibraltar après le combat du 20 Mai.
L'Amiral Weft s'eft rendu à Kenſington , pour
informer le Roi de toutes les circonftances du
combat naval du 20 Mai. Sa Majefté a témoigné
être parfaitement fatisfaite de la conduite qu'il a
tenue dans cette action . On garde étroitement
P'Amiral Byng. M. Edouard Byng , fon frere ,
quoique malade , alla le 28 à Portfmouth pour le
voir . Au moment qu'ils s'embraffoient , il arriva
SEPTEMBRE . 1756. 235
un Meffager d'Etat qui venoit prendre l'Amiral
fous fa garde. Cette vue fit une telle impreffion
fur le fieur Edouard Byng , qu'il expira fur le
champ fans proférer une feule parole . Les deux
principales fautes qu'on reproche à l'Amiral
Byng , font de n'avoir pas fait avancer plus de
Vaiffeaux à l'ordre de bataille de l'Amiral Weft ,
& de n'avoir pas tenté à tout hazard l'entrée du
Havre de Mahon , puifque fes ordres étoient pofitifs
à cet égard . Le Général Fowk , ci- devant
Gouverneur de Gibraltar , doit auffi fubir l'examen
d'un Confeil de Guerre , pour n'avoir pas
donné le Régiment que demandoit cet Amiral .
Le Chef d'Eſcadre Howe ayant fait une defcente
dans une petite Ine appartenante aux François,
& fituée à quelque diftance de l'ifle de Guarnefey
, cinquante hommes qui y étoient en garnifon
ont capitulé , & on leur a accordé les honneurs
de la guerre. On a reçu avis que l'Eſcadre ,
qui depuis quelque temps a établi fa croifiere devant
Louisbourg , s'eft emparé du Vaiffeau de
guerre François l'Arc-en - Ciel , de cinquante canons
, & qu'elle a enlevé aufli deux Navires de la
même Nation chargés de provifions , l'un pour
l'ifle Royale , l'autre pour celle de Saint- Jean.
Selon les nouvelles de la Caroline Méridionale ,
le feu a pris à Charles Town dans les magaſins ,
& a confumé une grande quantité de fucre , de
ris & de rhum. Il y a eu auffi un grand incendie à
Bridgeton dans l'Ile de la Barbade. Soixante-cinq
maiſons ont été réduites en cendres , ainfi qu'un
magafin rempli de coton , d'huile , de foufre , &
de plufieurs autres marchandiſes. Le dommage
monte à trois cens cinquante mille livres fterlings .
L'Amirauté a envoyé ordre à Portſmouth , à
Plymouth & à Douvres , de relâcher les Bâtimens
236 MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , qui y ont été conduits depuis que la
Grande Bretagne a déclaré la guerre à la France.
Il eft parti ces jours - ci de Spithéad une nouvelle
Eſcadre de dix Vaiffeaux fous les ordres de l'Amiral
Holbourne , pour aller croiſer conjointement
avec l'Amiral Bofcawen fur les côtes de
Bretagne & du Pays d'Aunis. Le Gouvernement
vient de prendre à fon fervice un grand nombre
de Bâtimens de tranſport , dont les Capitaines ont
ordre de s'approvifionner pour un voyage de long
cours.
Aujourd'hui le Général Fowke a fubi un interrogatoire
devant un Confeil de guerre compofé
de quatorze Officiers Généraux . On avoit fait
partir l'Amiral Byng de Portſmouth pour le conduire
ici ; mais on a été obligé de lè remener કે
fon bord , afin de le fouftraire à la fureur de la
populace , qui s'étoit attroupée fur la route dans
le deffein de fe venger fur lui des avantages remportés
par les François.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
En août 1756, la prise de l'île de Minorque par les Français est perçue comme une perte significative pour la Grande-Bretagne, évaluée à plus d'un million de livres sterling, affectant la navigation et le commerce. Le gouvernement britannique enquête sur la chute du Fort Saint-Philippe et décide de punir les responsables. Les amiraux Byng et West arrivent à Spithead, Byng étant sous arrêts. Le public attend les explications de Byng sur son action lors du combat du 20 mai, notamment son retard à retourner à Gibraltar. L'amiral West est félicité par le roi pour sa conduite. Byng est gardé en détention, et son frère Édouard meurt de choc en le voyant emmené sous garde. Les principales fautes reprochées à Byng sont de ne pas avoir avancé suffisamment de vaisseaux et de ne pas avoir tenté l'entrée du port de Mahon. Le général Fowke est également examiné pour n'avoir pas fourni le régiment demandé par Byng. Par ailleurs, l'escadre britannique capture un vaisseau français et deux navires de provisions près de Louisbourg. Des incendies détruisent des marchandises à Charles Town et Bridgetown. L'Amirauté ordonne la libération des bâtiments hollandais saisis. Une nouvelle escadre est envoyée croiser au large des côtes bretonnes et du Pays d'Aunis. Le général Fowke est interrogé par un conseil de guerre, et Byng est protégé de la populace en colère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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893
p. 245-248
MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
Début :
Les actions de graces solemnelles que nous vous annonçons, Mes [...]
Mots clefs :
Conquête de l'Ile de Minorque, Dieu, Protection divine, Louanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque
de Saint- Malo , à l'occasion de la Conquête de
L'Ife Minorque .
Ean
Ean - Jofeph de Fogaffes de fa Baftie , par la
miféricorde de Dieu ., & c. Salut.
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
Les actions de graces folemnelles que nous vous
annonçons , MES TRÈS-CHERS FRERES , ne doivent
pas être regardées comme de vaines cérémonies
, ou comme de fimples démonftrations de
la joie que nous caufent les événemens qui en
font l'objet. On protefte publiquement par ces
fignes extérieurs de reconnoiffance , que le Sei
gneur eft le Dieu des Armées ( 1 ) & que fa providence
en dirige toutes les opérations , fuivant l'ordre
de fes décrets toujours infiniment fages & infiniment
juftes , quoique fouvent impénétrables.
Les Puiffances de la terre fe glorifient en vain
dans le nombre de leurs Troupes ou de leurs Vaiffeaux
. Il y a dans le Ciel un fouverain Maître à
qui la mer & la terre appartiennent également ,
& qui déconcerte , quand il lui plaît , tous les projets
des hommes .
Comment êtes- vous tombée ( 2 ) difoit autrefois le
Seigneur par fes Prophétes à une Nation qui fe
vantoit de pofféder l'empire de la mer , Comment
êtes-vous tombée , vous , qui habitiez dans la mer,
qui étiezfiforte fur cet élement , dont les habitans
s'étoient rendus redoutables tout le monde ? vous
qui difiez ( 3 ): Je fuis placée au milieu de la mer, je
fuis le fiege du commerce du trafic des Peuples ?
vous (4) dont les Négocians étoient des Princes ,
dont les Marchands étoient les perfonnes les plus il-
(1 )Tu Domine exercituum Deus , 2 Reg. 7. ¥.27
(2) Quomodo perifti qua habitas in mari , urbs
inclyta qua fuifti fortis in mari cum habitatoribus
tuis quos formidabant univerfi. Ezech . 26. ¥. 17. ·
(3) Negociationi populorum ad infulas multas....
tu dixifti perfecti decoris ego fum & in corde maris
fita. Ezech. 17. V. 3 & 4.
(4 ) Cujus negotiatores principes , inftitores ejus
inclyti terra. Ifaie 23. V. 8 .
SEPTEMBRE . 1756. 247
luflres de la terre ? Les Vaiffeaux ( 1 ) maintenant
ferontfaijs d'étonnement , lorsque vous ferez pouse
même faifie de frayeur : les Ifles feront troublées
dans la mer , parce que perfonne ne fortira de chez
vous. C'est le Seigneur ( 2 ) qui a prononcé cet arrêt,
qui a refolu de vous traiter de la forte pour ren➡
verfer toute la gloire des fuperbes. C'eft ( 3 ) parce
que votre coeur s'eft élevé que vous avez dit : Je
fuis affis comme un Dieu au milieu de la mer : c'eſt
pour cela , dit le Seigneur , que je ferai marcher
contre vous les plus puiffans d'entre les peuples qui
viendront l'épée à la main confondre votre prétendue
fageffe.
Ces événemens , quoique predits par Pefprit
de Dieu long- temps auparavant , furent regardés
lorfqu'ils arriverent , comme les effets ordinaires
de l'ambition & de la politique . Mais fi Dieu ,
pour exercer notre foi , fe plaît à cacher les opérations
fous le voile des caufes naturelles , il n'en
eft pas moins la caufe premiere & principale à la
quelle toutes les autres font fubordonnées , & qui
les fait toutes fervir à l'exécution de fes deffeins.
C'eft lui qui préfide au Confeil des Rois & qui
eft l'auteur de la fageffe des projets qu'ils forment .
C'est lui qui répand dans le foldat cette valeur à
qui rien ne réſiſte , & cette conſtance que rien ne
›
(1 ) Nunc ftupebunt naves in die pavoris tui:
turbabuntur infula in mari , eo quòd nullus egrediatur
ex te. Ezech. 26. V. 18.
(2) Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret
fuperbiam omnis gloria. Ilaïe 23. V. .9 .
.... Toin
(3 ) Eo quòd elevatum eft cor tuum & dixifti...
Deus ego fum, & ... fedi in corde maris ... propterea
dicit Dominus .... ecce ego adducam fuper te
buftiffimos gentium , &nudabunt gladios fuosfuper
pulchritudinem fapientia tua . Ezech . 28. V. 2 , 6, 7.
248 MERCURE DE FRANCE.
rebute. C'est lui qui inſpire aux Généraux l'activité
, la prudence , le courage & la fermeté . Ceſt
lui qui les fait triompher des obftacles multipliés ..
que leur oppofent la nature , l'art , les contretemps
& la défenfe la plus opiniâtre . C'est à lui
par conféquent & à lui feul que doit fe rapporter
toute la gloire des ſuccès.
Tel eft M. T. C. F. l'efprit qui doit animer les
chants d'allégreffe & les Cantiques de louange
que nous allons offrir au Seigneur en reconnoiffance
de la conquête de l'Ile Minorque . Il eſt naturel
que cette reconnoiffance s'étende à ceux dont
Dieu s'est fervi pour une conquête fi glorieufe &
fi utile à la Nation . La Religion autorife ces fentimens
loin de les condamner , & nous avons dans
cette Province & prefque fous les murs de cette
Ville , un motif bien intéreffant de nous y livrer.
( 1 ) Mais n'oublious jamais que c'eft ( 2 ) le Šeigneur
qui, fans avoir égard à la puissance des armes , donne
la victoire , comme il lui plait , à ceux qui en
font dignes. Implorons donc fon ſecours avec confiance
demandons- lui qu'il continue de bénir
les entrepriſes du plus puiffant , du plus jufte & du
plus pacifique de tous les Rois. Après les preuves
de modération que fes Ennemis même ont dû
admirer en lui , prier pour la profpérité de fes Armes
, c'eft prier pour le repos & pour le bonheur
de toute l'Europe. A ces cauſes , &c.
( 1 ) Il y a un Camp auprè de Saint -Malo.
(2) Non fecundùm armorum potentiam , ſed, prout
ipfi placet , dat dignis victoriam. 1. Mach. 15. Ý. 21 .
de Saint- Malo , à l'occasion de la Conquête de
L'Ife Minorque .
Ean
Ean - Jofeph de Fogaffes de fa Baftie , par la
miféricorde de Dieu ., & c. Salut.
Lij
246 MERCURE DE FRANCE.
Les actions de graces folemnelles que nous vous
annonçons , MES TRÈS-CHERS FRERES , ne doivent
pas être regardées comme de vaines cérémonies
, ou comme de fimples démonftrations de
la joie que nous caufent les événemens qui en
font l'objet. On protefte publiquement par ces
fignes extérieurs de reconnoiffance , que le Sei
gneur eft le Dieu des Armées ( 1 ) & que fa providence
en dirige toutes les opérations , fuivant l'ordre
de fes décrets toujours infiniment fages & infiniment
juftes , quoique fouvent impénétrables.
Les Puiffances de la terre fe glorifient en vain
dans le nombre de leurs Troupes ou de leurs Vaiffeaux
. Il y a dans le Ciel un fouverain Maître à
qui la mer & la terre appartiennent également ,
& qui déconcerte , quand il lui plaît , tous les projets
des hommes .
Comment êtes- vous tombée ( 2 ) difoit autrefois le
Seigneur par fes Prophétes à une Nation qui fe
vantoit de pofféder l'empire de la mer , Comment
êtes-vous tombée , vous , qui habitiez dans la mer,
qui étiezfiforte fur cet élement , dont les habitans
s'étoient rendus redoutables tout le monde ? vous
qui difiez ( 3 ): Je fuis placée au milieu de la mer, je
fuis le fiege du commerce du trafic des Peuples ?
vous (4) dont les Négocians étoient des Princes ,
dont les Marchands étoient les perfonnes les plus il-
(1 )Tu Domine exercituum Deus , 2 Reg. 7. ¥.27
(2) Quomodo perifti qua habitas in mari , urbs
inclyta qua fuifti fortis in mari cum habitatoribus
tuis quos formidabant univerfi. Ezech . 26. ¥. 17. ·
(3) Negociationi populorum ad infulas multas....
tu dixifti perfecti decoris ego fum & in corde maris
fita. Ezech. 17. V. 3 & 4.
(4 ) Cujus negotiatores principes , inftitores ejus
inclyti terra. Ifaie 23. V. 8 .
SEPTEMBRE . 1756. 247
luflres de la terre ? Les Vaiffeaux ( 1 ) maintenant
ferontfaijs d'étonnement , lorsque vous ferez pouse
même faifie de frayeur : les Ifles feront troublées
dans la mer , parce que perfonne ne fortira de chez
vous. C'est le Seigneur ( 2 ) qui a prononcé cet arrêt,
qui a refolu de vous traiter de la forte pour ren➡
verfer toute la gloire des fuperbes. C'eft ( 3 ) parce
que votre coeur s'eft élevé que vous avez dit : Je
fuis affis comme un Dieu au milieu de la mer : c'eſt
pour cela , dit le Seigneur , que je ferai marcher
contre vous les plus puiffans d'entre les peuples qui
viendront l'épée à la main confondre votre prétendue
fageffe.
Ces événemens , quoique predits par Pefprit
de Dieu long- temps auparavant , furent regardés
lorfqu'ils arriverent , comme les effets ordinaires
de l'ambition & de la politique . Mais fi Dieu ,
pour exercer notre foi , fe plaît à cacher les opérations
fous le voile des caufes naturelles , il n'en
eft pas moins la caufe premiere & principale à la
quelle toutes les autres font fubordonnées , & qui
les fait toutes fervir à l'exécution de fes deffeins.
C'eft lui qui préfide au Confeil des Rois & qui
eft l'auteur de la fageffe des projets qu'ils forment .
C'est lui qui répand dans le foldat cette valeur à
qui rien ne réſiſte , & cette conſtance que rien ne
›
(1 ) Nunc ftupebunt naves in die pavoris tui:
turbabuntur infula in mari , eo quòd nullus egrediatur
ex te. Ezech. 26. V. 18.
(2) Dominus exercituum cogitavit hoc, ut detraheret
fuperbiam omnis gloria. Ilaïe 23. V. .9 .
.... Toin
(3 ) Eo quòd elevatum eft cor tuum & dixifti...
Deus ego fum, & ... fedi in corde maris ... propterea
dicit Dominus .... ecce ego adducam fuper te
buftiffimos gentium , &nudabunt gladios fuosfuper
pulchritudinem fapientia tua . Ezech . 28. V. 2 , 6, 7.
248 MERCURE DE FRANCE.
rebute. C'est lui qui inſpire aux Généraux l'activité
, la prudence , le courage & la fermeté . Ceſt
lui qui les fait triompher des obftacles multipliés ..
que leur oppofent la nature , l'art , les contretemps
& la défenfe la plus opiniâtre . C'est à lui
par conféquent & à lui feul que doit fe rapporter
toute la gloire des ſuccès.
Tel eft M. T. C. F. l'efprit qui doit animer les
chants d'allégreffe & les Cantiques de louange
que nous allons offrir au Seigneur en reconnoiffance
de la conquête de l'Ile Minorque . Il eſt naturel
que cette reconnoiffance s'étende à ceux dont
Dieu s'est fervi pour une conquête fi glorieufe &
fi utile à la Nation . La Religion autorife ces fentimens
loin de les condamner , & nous avons dans
cette Province & prefque fous les murs de cette
Ville , un motif bien intéreffant de nous y livrer.
( 1 ) Mais n'oublious jamais que c'eft ( 2 ) le Šeigneur
qui, fans avoir égard à la puissance des armes , donne
la victoire , comme il lui plait , à ceux qui en
font dignes. Implorons donc fon ſecours avec confiance
demandons- lui qu'il continue de bénir
les entrepriſes du plus puiffant , du plus jufte & du
plus pacifique de tous les Rois. Après les preuves
de modération que fes Ennemis même ont dû
admirer en lui , prier pour la profpérité de fes Armes
, c'eft prier pour le repos & pour le bonheur
de toute l'Europe. A ces cauſes , &c.
( 1 ) Il y a un Camp auprè de Saint -Malo.
(2) Non fecundùm armorum potentiam , ſed, prout
ipfi placet , dat dignis victoriam. 1. Mach. 15. Ý. 21 .
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Résumé : MANDEMENT de Monseigneur l'Evêque de Saint-Malo, à l'occasion de la Conquête de l'Isle Minorque.
Le mandement de l'évêque de Saint-Malo célèbre la conquête de l'île de Minorque. L'évêque insiste sur le fait que les actions de grâce ne sont pas de simples cérémonies, mais des manifestations de reconnaissance envers Dieu, le Seigneur des Armées, qui dirige toutes les opérations selon ses décrets sages et justes. Il rappelle que les puissances terrestres se glorifient vainement de leurs troupes et vaisseaux, car Dieu déconcerte leurs projets à sa guise. Le mandement cite des prophéties bibliques pour illustrer la chute des nations orgueilleuses, comme celle qui se vantait de son empire maritime. L'évêque explique que les événements, bien que prédits par l'Esprit de Dieu, sont souvent attribués à l'ambition et à la politique humaines. Cependant, Dieu reste la cause première et principale, présidant aux conseils des rois et inspirant valeur et constance aux soldats. Il inspire également aux généraux les qualités nécessaires pour triompher des obstacles. Le mandement conclut en appelant à la reconnaissance envers Dieu pour la conquête de Minorque et en priant pour la prospérité des armes du roi, considéré comme le plus puissant, juste et pacifique. La prière pour la réussite des entreprises du roi est vue comme une prière pour le repos et le bonheur de toute l'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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894
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une épître datée du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille à ce jeune homme de ne pas rejeter trop tôt les plaisirs de la jeunesse, bien que la raison puisse sembler sévère, il la considère comme une phase passagère. Voltaire mentionne son projet d'écrire un ouvrage sur le vainqueur de Port-Mahon, qu'il compare au duc de Richelieu, le décrivant comme Hercule capturant Gérion. Il prédit les futurs exploits de Richelieu et évoque une ode pindarique qu'il lui doit encore. Cependant, il reconnaît que les odes peuvent être ennuyeuses, tant pour les guerriers que pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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895
p. 203-223
« Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
Début :
Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...]
Mots clefs :
Naissance du Duc de Bourbon, Prince de Condé, Fête, Feux d'artifice, Démission, Charges, Franche-Comté, Orage, Ouragan, Monseigneur le Dauphin, Révision du régiment, Sa Majesté, Ordonnance du roi, Académie royale des sciences, Accession à des charges, Lit de justice, Ambassadeurs, Comtes, Marquis, Duc d'Orléans, Comte de Clermont, Cérémonie, M. le Chancelier, Discours du roi, Fiscalité, Parlement, Canada, Combats, Vaisseaux anglais, Succès, Duc de Gesvres, Corsaire anglais, Maréchal duc de Richelieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
LEE premier Août , vingt- quatre des principaux
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
Fermer
Résumé : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
En août 1756, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 1er août, les habitants de Chantilly célébrèrent la naissance du Duc de Bourbon et la convalescence de Mademoiselle de Bourbon par une fête en l'honneur du Prince de Condé. La fête débuta par un Te Deum solennel suivi de trente-six coups de canon. Un feu d'artifice fut tiré devant le petit Château, et des bateaux sur la pièce d'eau simulèrent une attaque contre un fort, avec des fusées et des bombes. Le sculpteur Coufinet dirigea l'attaque des bateaux, tandis que les sieurs Capitain et Maurice dirigèrent le reste du feu d'artifice. Après l'artifice, neuf portiques illuminés furent révélés, et un souper suivi d'un bal fut organisé. Le Maréchal Duc de Richelieu céda sa charge de premier Gentilhomme de la Chambre à son fils, le Duc de Fronsac. Le Roi nomma M. de Fremeur gouverneur de Monmédy et le Marquis de Talaru gouverneur des villes et châteaux de Phaltzbourg et de Saltzbourg. Le 9 août, le Roi reçut les comtes d'Egmont et de Balbi comme Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis. Des orages violents causèrent des dégâts en Franche-Comté, et le Dauphin passa en revue son régiment de cavalerie à Favières. Le Roi revit également le Régiment Royal, Cavalerie, près de Compiègne. Des ordonnances royales modifièrent l'état-major des brigades du Régiment des Grenadiers de France et augmentèrent les effectifs de plusieurs régiments d'infanterie. Le 15 août, une procession solennelle pour l'Assomption de la Sainte Vierge eut lieu à Paris. Le Roi accorda diverses promotions et pensions à des officiers des Mousquetaires. L'Académie Royale des Sciences choisit le Chevalier de Borda comme Adjoint-Géomètre et élut M. Necker comme Correspondant. Les députés des États de Languedoc furent reçus par le Roi et la famille royale. Le Comte de Merle fut désigné ambassadeur auprès du Roi de Portugal. Le Roi nomma plusieurs brigadiers et fit les préparatifs pour tenir son Lit de Justice à Versailles, où le Parlement et les pairs se rassemblèrent le 21 août. Le 25 août, le Corps de Ville se rendit à Versailles et prêta serment de fidélité au roi. Le Comte d'Argenson présenta un scrutin rédigé par M. de la Live de la Briche, Avocat du Roi au Châtelet. Le Corps de Ville rendit ensuite hommage à la Reine et à la Famille Royale. Des lettres de l'Île Royale rapportèrent un combat impliquant M. Beaufier, commandant une escadre partie de Brest en avril 1756 pour le Canada. Beaufier engagea un combat contre deux vaisseaux anglais près de Louisbourg, subissant de lourds dommages et plusieurs blessés. Il captura huit navires ennemis et amené quatre cents prisonniers. M. de Villiers attaqua un convoi anglais sur la rivière de Choueguen, tuant plusieurs centaines d'hommes et capturant des bateaux. En France, M. l'Évêque d'Autun fut élu à l'Académie Française pour remplacer le Cardinal de Soubize. La Cour célébra les succès militaires par des illuminations et des fêtes. Le Roi nomma l'Abbé Comte de Bernis ambassadeur à Vienne et le Marquis d'Aubeterre à Madrid.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
896
p. 205-218
ALLEMAGNE.
Début :
Le 2, le Sieur de Klinggraff remis au Ministere un nouveau Mémoire, portant [...]
Mots clefs :
Vienne, Sieur de Klinggraff, Roi de Prusse, Impératrice-Reine, Combats, Royaume de Bohême, Régiments, Dresde, Famille royale, Camp de Pirna, Soldats, Officiers, Discours de la reine, Conseillers prussiens, Ordonnance du roi, Directoire de guerre, Leipzig, Troupes prussiennes, Déclaration du roi, Commerce, Comte de Salmour, Tactique militaire, Fortifications, Berlin, Cavalerie, Infanterie, Motifs de la guerre, Hambourg, Ratisbonne, Electorat de Saxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 19 Septembre.
E2 , LE 2, le Sieur de Klinggraff remit au Miniftere
un nouveau Mémoire , portant en fubftance :
Que cette Princeffe n'avoit point répondu à la demande
qui fai oit le principal article du Mémoire
pré'enté par lui le 18 du mois dernier ; fçavoir ,
que S. M. Impériale & Royale , donnât une déclaration
formelle , quelle n'avoit aucune intention
d'attaquer S. M. Pruffienne , ni cette année
ni l'année prochaine : que le Roi de Pruffe avoit
entrevu , dans le filence de l'Impératrice Reine
fur cette demande , les difpofitions peu favorables
où elle étoit à ſon égard ; que cependant ce Prince
, pour faire voir combien il défiroit la confervation
de la tranquillité générale , réitéroit encore
une fois les inftances , pour obtenir les affurances
qu'il avoit demandées ; que l'Impératrice
Reine n'auroit pas plutôt donné ces affurances ,
que Sa Majefté Pruffienne feroit retirer les troupes.
La réponſe de l'Impératrice Reine à ce Mémoire
a été : « Qu'a peine il lui a été préſenté ,
» qu'Elle a reçu la nouvelle de l'entrée des trou-
»> pes Pruffiennes en Saxe , & du Manifefte pu-
» blié à cette occafion par le Roi de Pruffe ; qu'a
206 MERCURE DE FRANCE.
1
» près une aggreſſion auffi marquée , il n'eft plus
» queftion d'autre réponse que de celle que S. M.
» Impériale & Royale fe propofe de faire au Ma-
» nifefte de Sa Majefté Pruffienne ; que la der-
» niere , qui a été remife au Sieur de Klinggraff ,
» contient toutes les explications , qui peuvent
» être compatibles avec la dignité de S. M. Impé-
» riale & Royale ; que la propofition de conver-
» tir en treve une paix fondée ſur des Traités fo-
» lemnels , n'eft fufceptible d'aucune reponſe » .
Le Sieur de Klinggraff partit hier , fans prendre
congé. Leurs Majeftés Impériales ont mandé au
Comte de la Puebla , leur Miniftre en Pruffe , de
quitter Berlin de la même maniere.
On vient d'apprendre que le 13 de ce mois le
Roi de Pruffe a commencé les actes d'hoftilisé
dans le Royaume de Boheme. Huit Eſcadrons de
fes troupes ont attaqué les Gardes avancées de
·P'armée de l'Impératrice Reine ; mais ils ont été
repouffés trois fois. On leur a tué quatorze hommes
, & l'on a fait prifonnier un Huffard. Les
Autrichiens n'ont eu que deux foldats bleffés. Sept
Compagnies du Régiment de Portugal font attendues
ici , pour remplacer un pareil nombre de
Compagnies du Régiment de l'Archiduc Pierre ,
qui ont pris la route de Boheme. L'Impératrice
Reine a envoyé ordre dans les Cercles antérieurs
de ce Royaume d'enrôler tous les jeunes gens en
état de fervir , & de faire paffer dans les Cercles
voifins de l'Autriche & de la Moravie les enfans
depuis l'âge de huit ans jufqu'à feize , afin de les
fouftraire à la néceffité d'entrer au ſervice de Sa
Majesté Pruffienne . Près de huit cens familles ,
dans la crainte d'être exposées aux horreurs de la
guerre , font forties de la Siléfie Autrichienne , &
fe font réfugiées tant ici que dans les environs,
OCTOBRE. 1756. 207
On a muni de trois cens pieces de canon la Place
d'Olmutz , dont le commandement a été donné
au Baron de Marshall.
Toutes les troupes qui font en quartiers dans
les Provinces Héréditaires depuis la mer Adriati→
que jufqu'au Danube , fe tiennent prêtes à marcher.
On a envoyé des ordres à la Régence du
Tirol de faire les difpofitions néceffaires pour le
paffage d'une partie des Bataillons , que l'Impératrice
Reine retire de fes Etats d'Italie . De pareils
ordres ont été envoyés à la Régence du Trentin.
DE DRESDE , le 23 Septembre.
Les circonftances préfentes ont déterminé le
Roi à quitter cette Ville ; & Sa Majeſté , accompagnée
des Princes Xavier & Charles , s'eft
rendue au camp de Pirna. La Reine eft reftée ici
avec le Prince Royal les jeunes Princes &
Princeffes. Le Roi de Pruffe les a fait affurer
que les égards refpectueux qui leur étoient dûs ,
feroient religieufement obfervés. Par ordre de ce
Prince , on a fermé les Tribunaux , & le fcellé a
été mis à tous les Bureaux de la Chancellerie . Sa
Majefté Pruffienne arriva ici le 10. Elle n'y a pas
fait un long séjour , & Elle est allée rejoindre fes
troupes , dont le quartier général eft actuellement
à Zedlitz. A Pexception de quelques Couriers
qui apportent à la Reine des nouvelles de la fanté
du Roi , aucune perfonne venant du camp de Pirna
n'a permiffion d'entrer dans cette Ville La Gar
nifon , que le Roi de Proffe y a laiffée , eft
compofée de deux mille hommes , & eft commandée
par le Baron de Willich . II eft défendu
à tout foldat Pruffien foit dans cette Capitale ,
foit dans tout autre endroit de l'Electorat , d'éxi¬
208 MERCURE DE FRANCE.
ger pour fa fubfiftance plus de deux livres de pain ,
d'une demi-livie de viande , & de deux pots de
bier . Aujourd'hui foixante Bâtimens ont paílé
fur l'Elbe , chargés de provifions pour l'armée
Pruffienne. La quantité de celles qu'on a tirées des
différentes partes de la Saxe , afin de fatistaire aux
livr.ifons néceffaires pour cette armée , a tellement
épuifé le pays , que les grains font montés
au quadruple du prix ordinaire.
Par ordre du Roi de Pruffe , le Baron de Willich
a fait enlever l'artillerie , les armes , les drapeax
& les étendards qui étoient dans l'Arſenal
de cette Ville , & on les tranfporte à Magdebourg
pour y demeurer en dépôt jufqu'à la conclufion
d'un accommodement. Le même Commandant
ayant pris une notice exacte de tous les Officiers
Saxons qui fe trouvoient ici , leur a fignifié : « Qu'ils
Détoient prifonniers de guerre ; qu'on leur laiffoir
cependant leurs épées , mais qu'ils devoient
s'engager formellement à ne point fervir contre
»Sa Majefté Pruffienne.
Le 14 de ce mois , la Reine fit prier les Miniftres
étrangers de fe rendre au Château , où Elle
leur tint ce difcours : « Meffieurs , les circonftan-
»ces préfentes me forcent de vous déclarer que
»Sa Majesté Pruffienne , avant d'entrer en Saxe ,fit
» donner au Roi mon époux , les affurances les plus
fortes d'une amitié inaltérable . Sur des affuran-
» ces pareilles & auffi pèu équivoques , le Roi mon
wépoux ne balança point à accorder aux trou-
»pes Pruffiennes un paffage fimple & exempt de
préjudice auffi - tôt que Sa Majesté le Roi de
»Pruffe l'eût demandé à notre Miniftre à Berlin.
»Nous n'avons pas même eu la moindre défiance ,
wen voy int ces troupes étrangeres entrer fur no-
»tre territoire. Mais au lieu d'une exacte diſcipline
OCTOBRE. 1756. 209
»& d'un paiement régulier que nous attendions
»d'elle , nous avons vu avec douleur que le Prince
»de Brunſwic , non content d'avoir fait mettre le
»fcellé fur toutes les caiffes de nos revenus à
Leipfick , a convoqué nos Etats pour leur donner
des ordres abfolument contraires à nos inten-
»tions. Le Roi mon époux , envoya le Général .
Meager à S. M. Pruflienne , pour lui repréſenter
qu'on ne pouvoit combiner ces fortes d'actes
d'hoftilité avec les déclarations précédentes , &
que d'ailleurs le Roi n'avoit d'autres vues que
»d'obferver, la plus exacte neutralité dans cette
guerre. La réponse que le Général Meager reçut
par écrit , ne fut qu'un extrait de la Déclaration
publiée de la part du Roi de Pruffe , pour jufti
fier les motifs de fon entrée dans ce pays. Après
Dune réponse auffi vague & auffi peu catégorique ,
Dle Roi mon époux , toujours animé d'un vrai
ndefir d'entretenir la paix en Allemagne & le
repos dans les Etats , pria le Lord Stormont &
Dle Sieur de Malzahn d'aller au camp. Pruffien •
»pour fçavoir les intentions du Roi de Pruffe &
ce qu'il exigeoit. Mais loin de rien propofer &
»de rien entendre , le Roi de Pruffe répliqua au
»Lord Stormont : Tout ce que vous me proposez
one me convient point , & de ma part je n'ai au
cune propofition à faire. Après le retour du I ord ,
»le Roi fe rendit à Pirna. J'y voulus envoyer un
Page chargé d'une Lettre ; mais on l'arrêta , &
» même on m'a refufé d'y pouvoir envoyer un
»Gentilhomme qui ne feroit chargé d'aucune lettre.
Enfin quoiqu'hier le Général Lentulus m'ait
waffuré de la part de S. M. Pruffienne , que la
»garnifon qu'on avoit mife en cette Capitale y
étoit pour ma sûreté , & même à mes ordres ,
non eft venu néanmoins à l'extrêmité de me
210 MERCURE DE FRANCE:
demander aujourd'hui les clefs du cabinet des
>>Archives. N'ayant pu réfifter à la force dont on
»me menaçoit , je les ai remiſes à l'Officier qui
»avoit la commiffion de les recevoir. Pour fur-
>> croit de chagrin , mes Miniftres de Conférence
» m'ont communiqué dans ce moment l'infinua
»tion qui leur a été faite par le Général Keith ,
»que le Roi de Pruffe fe propofoit de fubftituer
>> en lear place des Confeillers Pruffiens , pour
Davoir foin de l'adminiſtration de cet Electorat.
>> Telle eft , Meffieurs, la triſte ſituation où nous
nous trouvons. Nous espérons que vous en ferez
un fidele rapport à vos Cours refpectives , &
»nous fommes perfuadés qu'Elles n'approuveront
»pas le tort qui nous arrive , & qu'au contraire
»Elles jugeront qu'il eft de leurs intérêts d'épouſer
>> les nôtres. »
La Reine en remettant les clefs des Archives à
l'Officier Pruffien , qui avoit été chargé de les demander
, lui avoit dit : « Malgré le rang où la
nature m'a placée , je partage avec la derniere
»des fujettes le malheureux fort tombé fur la Saxe.
>>Séparée du Roi mon époux , & d'une partie de
»ma famille , j'effuie avec le refte de mes enfans
»le défagrément d'un état plein d'angoiffe & d'in-
» quiétude , & je me vois expofée avec cette partie
»de ma famille , qui eft auprès de moi , à manquer
» bientôt des chofes néceffaires , par la privation
des moyens propres à me les procurer. » Le Roi
de Pruffe informé des plaintes de cette Princeffe ,
lui a fait réitérer qu'il avoit donné les ordres les
plus précis pour lui faire garder le refpect qui lui
étoit dû ; que fi ces ordres étoient mal fuivis ,
Elle eût à l'en faire avertir , & qu'il puniroit févérement
les contrevenans ; qu'Elle ni la Famille
Royale & Electorale ne manqueroient jamais des
OCTOBRE. 1756. 211
chofes néceſſaires ; que la dignité de leur rang &
de leur état ne feroit jamais confondue avec les
circonftances qui regardoient le Public ; qu'ainfi
il prioit Sa Majefté de vouloir bien fe tranquillifer
, & de ne point outrer les idées qu'Elle fe formoit
de l'état des choſes. En même temps S. M.
Pruffienne a recommandé aux Officiers des Détachemens
poftés entre fon camp & cette Ville ,
de laiffer paffer librement tout ce qui étoit pour
le fervice de la Reine , des Princes & des Princeffes.
Il paffe tous les jours ici des Régimens , tant
d'Infanterie que de Cavalerie , qui vont joindre
l'armée du Roi de Pruffe. Tous les avis confirment
que ce Prince dirige fa marche fur Leitmaritz.
Depuis avant - hier les Bourgeois de cette
Capitale font difpenfés de fournir le pain aux foldats
Pruffiens , qui y font en garniſon ; mais on
continue de fournir à ces Soldats la viande & la
biere.
On publia à Torgaw le 13 , une Ordonnance ,
dont voici la teneur : « Sa Majefté le Roi de Pruf-
»fe , par des motifs fondés fur la néceffité des
conjonctures, a pris la réfolution d'établir à Tor-
»gaw un Directoire de Guerre pour la perception
»de tous les revenus , tant de la Chambre des Fi-
» nances , que de l'Ectorat de Saxe , fous quelque
nom que ce puiffe être. En conféquence , tous
les Receveurs des Accifes générales & autres
» droits , de même que les Fermiers Officiers , &
généralement tous les Suppots des Douanes &
» Péages , fans exception , font avertis d'apporter
& de délivrer fidélement audit Directoire de
» Guerre les deniers qu'ils fe trouveront avoir en
»caiffe ; & ce fous peine de double reftitution &
de caflation , ou même de prifon , fuivant l'exi
212 MERCURE DE FRANCE.
» gence du cas. Ce qu'ils devront faire à l'avenir
»tous les mois , fans y manquer : leur étant dé-
» fendu très-expreflément de remettre aucun de
ces deniers à qui que ce foit , finon au ſeul Di-
»rectoire fufdit. »
DE LEIPSICK , le 22 Septembre.
Divers Détachemens des troupes Pruffiennes
ont occupé dans cet Electorat les Villes de Merfbourg
, d'Eifleben , de Naumbourg , de Weffeinfels
, de Zeitz & de Torgaw . La Colonne ,
à la tête de laquelle eft le Roi de Pruffe , a pris
fa marche le long de l'Elbe . Elle campa le 6 à
Rothen Schoneberg , la droite appuyée fur Tan
nenberg , & la gauche fur Wundfchritz . Le jour
précédent , la Colonne du Prince Ferdinand de
Brunfwic avoit campé près de Freyberg , & celle
du Prince de Bevern à Fifchbach , de l'autre côté
de l'Elbe. Depuis le Roi de Pruffe s'eſt avanté
à Torgaw , où il a établi fon quartier genéral .
Le Comte de Stormont , Envoyé du Roi de la Grande-
Bretagne auprès de Roi , s'eft rendu auprès de
S. M. Pruthienne avec deux Miniftres de Sa Majefté.
Les Pruffiens ont vuidé les Arfenaux des
principales Villes où ils ont paffé ; & ils en ont
fait voiturer l'artillerie à To gaw.
On publia le 15 une Déclaration , dont voici la
teneur. « Sa Majesté le Roi de Pruffe ayant pris -
>>fous fa garde & protection les Etats Electoraux
» de la Maifon de Saxe ; ont fait fçavoir , de la
» part de S. M. , à tous & un chacun , que fon
»intention eft , que perfonne , à l'occafion des
> troubles actuels ne foit inquiété dans fa pro-
»feſſion , mais qu'au contraire chacun puiffe y
vaquer tranquillement , & comme à l'ordinai
OCTOBRE. 1756. 213
»re. S. M. défire auffi , que les Foires de Léipfick
& de Naumbourg , & les autres Marchés
>> publics , fe tiennent fuivant l'ufage établi ; que
tous les acheteurs ou vendeurs , qui voudront
ns'y rendre , puiffent les fréquenter librement ,
D& qu'il ne leur foit apporté à cet égard aucun
»obftacle ni empêchement . A ces caufes , S. M. fait
>> affurer tous Commerçans , Négocians , & Fa-
>> bricans , tant de cet Electorat que des pays
»étrangers , qui font dans l'habitude de fréquenwter
leidites Foires & lefdits Marchés publics , &
>> qui voudront y venir aux temps accoutumé
nqu'ils y jouiront d'une entiere liberté & fûreté
»pour leurs perfonnes & pour leurs effets ; que
S. M. les prend fous fa pro.ection & fauvegarde
>>Royale, & qu'il leur fera accordé en confequen-
» ce les faufconduits néceffaires » . Le Commiffaire
, qui eft ici de la part du Roi de Pruffe , a annoncé
aux habitans , qu'ils pouvoient payer leurs
taxes aux Receveurs ordinaires.
Sur les nouvelles affurances que le Roi a fait
donner à ce Prince par le Comte de Salmour ,
que Sa Majesté avoit toujours été dans la réfolution
de ne prendre aucune part aux différends
furvenus entre les Cours de Vienne & de Berlin ;
S. M. Pruffienne a répondu : « Qu'Elle ne fou-
»haitoit rien de plus Elle-même , que de trouver
»le Roi dans ces fentimens ; que la neutralité ,
aque le Roi défiroit d'obferver , étoit précifé-
>> ment ce qu'Elle requéroit de lui ; mais que pour
>> rendre cette neutralité plus fûre , & la mettre à
»l'abri de variation , il convenoit que le Roi fé-
»parât fon armée , & qu'il renvoyat dans leurs
»quartiers les troupes qu'il avoit affemblées à
»Pirna ; que fi le Roi vouloit donner par une
»femblable démarche la preuve de fes difpofitions
214 MERCURE DE FRANCE.
pacifiques , S. M. Pruflienne fe feroit dès lors un
»plaifir de montrer , par une égale condescendanace
, combien Elle étoit portée de ſon côté à
donner des marques réelles de ſon amitié au
>>Roi , & à fe concerter avec Sa Majeſté ſur les
arrangemens que les conjonctures peuvent requérir
» . Le Roi n'eft point dans la réfolution
d'accepter la propofition du Roi de Pruffe , & Sa
Majefté a déclaré , « Qu'Elle attendroit dans fon
camp la décifion des évenemens ; que fi les
Pruffiens entreprenoient de l'y forcer ,Elle foutiendroit
leurs efforts ».
Divers mouvemens du Roi de Pruffe donnant
lieu de croire qu'il a deffein de refferrer de tous
côtés le camp de Pirna , le Feld-Maréchal Comte
de Browne a décampé de Kollin le 9 de ce mois ,
pour fe porter en avant , & pour tâcher de conferver
la communication avec les troupes Saxonnes.
Le Corps que ce Général a détaché fous les
ordres du Comte de Wied , s'eft faifi des paffages
entre Trebnitz & Catharinenberg: On a reçu
avis que les Pruffiens établiffent des batteries pour
attaquer les Saxons dans leur camp.
Selon les nouvelles qu'on a du camp de Pirna ,
le Roi a fait diftribuer aux différens Corps de fes
troupes la Déclaration fuivante. « Dès le com-
»mencement de l'invafion des troupes Pruffien-
»nes dans cet Electorat , Sa Majefté a mis tout
wen oeuvre , pour tâcher de faire un accommode-
>ment avec le Roi de Pruffe. Ce Prince ayant
mexigé des conditions inouies , Sa Majefté non-
>>feulement les a rejettées , mais a fait fçavoir à
»S. M. Pruffienne , qu'Elle aimoit mieux tout perdre
que de s'y foumettre. Ainfi Sa Majesté atptend
de la bravoure & de la fermeté de fes fidelles
troupes , qu'elles fe montreront diſpoſées à
OCTOBRE. 1756. 215
foutenir jufqu'à la derniere goutte de leur fang ,
»la réfolution qu'a prife Sa Majefté. Elle les ex-
>> horte à tout facrifier pour la défenfe de leur
>>Roi, & pour la confervation de leur
»ne ur» .
propre
hon-
Le Roi de Pruffe eſpérant de réduire l'armée
du Roi par la famine , a laiffé vingt mille hom
ines pour tenir le camp de Sa Majefté bloqué . La
femaine derniere , les Pruffiens firent fauter les
fortifications de Wittemberg, Ils fortifient actuellement
laVille de Torgaw , où leur Directoire de
Guerre eft établi . Ce Directoire a fommé les différens
Cercles, de l'Electorat , de livrer , d'ici à
trois ſemaines au plus tard , onze cens boeufs ,
deux mille cinq cens moutons , deux cens mille
mefures d'avoine , cent cinquante mille quintaux
de foin & vingt mille bottes de paille. Cette fourniture
eft évaluée à fix cens vingt - cinq mille
écus .
DE BERLIN , le 21 Septembre.
Les troupes d'Infanterie du Roi confiftent en
cent quarante bataillons. La Cavalerie eft compofée
d'un Efcadron de Gardes du Corps , de foixante
Efcadrons de Gendarmes , Carabiniers &
Cuiraffiers , de foixante-dix Efcadrons de Dragons
, de quatre-vingt Efcadrons de Huffards , &
de deux Efcadrons de Chaffeurs à cheval. Deux
Corps d'armée font affemblés dans la Haute &
dans la Baffe Siléfie , & ont occupé les défilés ,
par lesquels on peut paffer du Royaume de Bo
heme dans cette Province. Il y a auffi quelques
troupes campées dans les environs de Glatz. A
juger par ces difpofitions , il paroît que le Roi fe
propofe non feulement de couvrir la Siléfie , mais
216 MERCURE DE FRANCE.
`auffi de faire entrer de ce côté une feconde armée
en Boheme.
Dans l'expofé des motifs qui ont déterminé le
Roi à prendre les armes , Sa Majefté le plaint particuliérement
de ce que l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , a augmenté jufqu'à foixante
pour cent , les droits fur les marchandifes
des Etats de Pruffe. Voici un des endroits les plus
remarquables de cet expofé. a Il eft certain que
>>le Roi commence les hoftilités : mais comme ce
>>terme a fouvent été confondu avec celui d'aggreffion
, l'on fe croit obligé de diftinguer le fens
de ces deux mots . Par aggreffion , l'on doit en-
»tendre tout acte , qui eft diamétralement oppofé
à l'efprit d'un Traité de Paix. Une Ligue of
fenfive ; des ennemis qu'on fufcite , & qu'on
pouffe à faire la guerre à une Puiffance ; le deffein
d'envahir les Etats d'autrui ; une irruption
>>foudaine ; toutes ces chofes différentes font au-
»tant d'aggreffions , quoique la derniere feule fe
trouve dans le cas des hoftilités . Quiconque cher-
>>che à fe défendre contre ces aggreffions , ou à en
»prévenir les fuites , peut commencer les hoftiliwtés
, mais il n'eft pas l'aggreffeur » ...... Cet Ecrit
finit ainfi : « S. M. déclare , que les Libertés du
»Corps Germanique ne feront ensevelies qu'en
>> un même tombeau avec la Pruffe. Elle prend le
Ciel à témoin , qu'ayant vainement employé les
moyens les plus convenables pour préferver fes
»propres Etats & toute l'Allemagne , des fléaux de
Dla guerre dont ils étoient ménacés , Elle eft for
cée de prendre les armes , pour diffiper une
»confpiration tramée contre fes poffeffions & fes
>> Etats .... Le Roi ne s'écarte de fa modération
»ordinaire , que parce que cette vertu ceffe d'én
pêtre une , lorfqu'il s'agit de défendre fon honneur
OCTOBRE . 1756. 217
neur , fon indépendance , fa Patrie & fa Cou-
>>ronne » . Le Comte de la Puebla , Miniftre de
Leurs Majeftés Impériales , partit le 16 , fans
prendre congé.
La petite ville de Biefenthal , fituée à quatre
lieues d'ici , a été totalement réduite en cendres.
Différentes perfonnes ont péri dans les flammes ,
entr'autres , plufieurs enfans qui avoient été renfermés
dans les maifons , pendant que leurs parens
étoient fortis pour vaquer à leurs affaires.
Le feu a pris auffi au Château de Guffou , apparte
nant au Comte de Podewils , Premier Miniftre
d'Etat ; & le dommage cauté par cet incendie ,
monte à près de vingt mille écus.
DE HAMBOURG , le 25 Septembre.
Plufieurs lettres marquent que tandis que le Roi
de Pruffe eft entré en Boheme avec quarante mille
hommes , le Feld . Maréchal Schwerin y a débouché
avec trente- cinq mille hommes, par le Comté
de Glatz. Si l'on en croit les mêmes lettres , le
fieur Calkoen , Envoyé Extraordinaire des Etats
Généraux des Provinces-Unies auprès du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , s'eft joint au Comte
de Stormont , pour tâcher de ménager , entre
8. M. Pruffienne & S. M. Polonoiſe , un accord
qui pût procurer aux deux Parties une fûreté convenable.
Il y a eu le 21 ,à ce qu'on affure , quelques
nouveaux articles propofés de part & d'autre.
Le fieur de Soltikoff , Envoyé Extraordinaire
de l'Impératrice de Ruffie auprès des Cercles de
la Baffe Saxe , a notifié aux Magiftrats de cette
Ville , ainsi qu'aux Miniftres Etrangers qui y réfi
dent , Que cette Princeffe , vu les mouvemens des
troupes du Roi de Prufſe , ſe trouve dans la nécef-
II. Vol. K.
218 MERCURE DE FRANCE.
fitédefaire marcher une armée aufecours de fes Al
liés contre S. M. Pruffienne . Le bruit court , que
cette armée fera de cent vingt mille hommes, Oa
ajoute que S. M. Imp. de Ruffie a ordonné d'équipper
une Flotte , pour fervir au tranfport des
troupes qu'Elle jugera à propos de faire embar
quer.
DE RATISBONNE , le 24 Septembre .
Auffitôt que l'Empereur a été informé de l'entrée
des troupes Pruffiennes dans l'Electorat de
Saxe , S. M. Imp. a adreffé un Décret au Roi de
Pruffe , pour le fommer de faire retirer les troupes
, faute de quoi il feroit procédé contre S. M.
Pruffienne en la maniere prefcrite par les Loix de
l'Empire. Un autre Décret ordonne à tous les
Vaffaux des Princes & Etats d'Allemagne , qui
font employés dans les troupes du Roi de Pruffe,
de quitter inceffamment le fervice de ce Prince.
Par un troifieme Décret , l'Empereur défend à
tous Princes , Etats ou Membres du Corps Germa
nique , de fouffrir qu'il foit fait chez eux aucunes
levées de Soldats pour S. M. Pruſſienne , &
de lui prêter aucune affiftance dans les circonftances
actuelles , le tout à peine d'encourir les
condamnations ftatuées par les Conſtitutions de
l'Empire.
DE VIENNE , le 19 Septembre.
E2 , LE 2, le Sieur de Klinggraff remit au Miniftere
un nouveau Mémoire , portant en fubftance :
Que cette Princeffe n'avoit point répondu à la demande
qui fai oit le principal article du Mémoire
pré'enté par lui le 18 du mois dernier ; fçavoir ,
que S. M. Impériale & Royale , donnât une déclaration
formelle , quelle n'avoit aucune intention
d'attaquer S. M. Pruffienne , ni cette année
ni l'année prochaine : que le Roi de Pruffe avoit
entrevu , dans le filence de l'Impératrice Reine
fur cette demande , les difpofitions peu favorables
où elle étoit à ſon égard ; que cependant ce Prince
, pour faire voir combien il défiroit la confervation
de la tranquillité générale , réitéroit encore
une fois les inftances , pour obtenir les affurances
qu'il avoit demandées ; que l'Impératrice
Reine n'auroit pas plutôt donné ces affurances ,
que Sa Majefté Pruffienne feroit retirer les troupes.
La réponſe de l'Impératrice Reine à ce Mémoire
a été : « Qu'a peine il lui a été préſenté ,
» qu'Elle a reçu la nouvelle de l'entrée des trou-
»> pes Pruffiennes en Saxe , & du Manifefte pu-
» blié à cette occafion par le Roi de Pruffe ; qu'a
206 MERCURE DE FRANCE.
1
» près une aggreſſion auffi marquée , il n'eft plus
» queftion d'autre réponse que de celle que S. M.
» Impériale & Royale fe propofe de faire au Ma-
» nifefte de Sa Majefté Pruffienne ; que la der-
» niere , qui a été remife au Sieur de Klinggraff ,
» contient toutes les explications , qui peuvent
» être compatibles avec la dignité de S. M. Impé-
» riale & Royale ; que la propofition de conver-
» tir en treve une paix fondée ſur des Traités fo-
» lemnels , n'eft fufceptible d'aucune reponſe » .
Le Sieur de Klinggraff partit hier , fans prendre
congé. Leurs Majeftés Impériales ont mandé au
Comte de la Puebla , leur Miniftre en Pruffe , de
quitter Berlin de la même maniere.
On vient d'apprendre que le 13 de ce mois le
Roi de Pruffe a commencé les actes d'hoftilisé
dans le Royaume de Boheme. Huit Eſcadrons de
fes troupes ont attaqué les Gardes avancées de
·P'armée de l'Impératrice Reine ; mais ils ont été
repouffés trois fois. On leur a tué quatorze hommes
, & l'on a fait prifonnier un Huffard. Les
Autrichiens n'ont eu que deux foldats bleffés. Sept
Compagnies du Régiment de Portugal font attendues
ici , pour remplacer un pareil nombre de
Compagnies du Régiment de l'Archiduc Pierre ,
qui ont pris la route de Boheme. L'Impératrice
Reine a envoyé ordre dans les Cercles antérieurs
de ce Royaume d'enrôler tous les jeunes gens en
état de fervir , & de faire paffer dans les Cercles
voifins de l'Autriche & de la Moravie les enfans
depuis l'âge de huit ans jufqu'à feize , afin de les
fouftraire à la néceffité d'entrer au ſervice de Sa
Majesté Pruffienne . Près de huit cens familles ,
dans la crainte d'être exposées aux horreurs de la
guerre , font forties de la Siléfie Autrichienne , &
fe font réfugiées tant ici que dans les environs,
OCTOBRE. 1756. 207
On a muni de trois cens pieces de canon la Place
d'Olmutz , dont le commandement a été donné
au Baron de Marshall.
Toutes les troupes qui font en quartiers dans
les Provinces Héréditaires depuis la mer Adriati→
que jufqu'au Danube , fe tiennent prêtes à marcher.
On a envoyé des ordres à la Régence du
Tirol de faire les difpofitions néceffaires pour le
paffage d'une partie des Bataillons , que l'Impératrice
Reine retire de fes Etats d'Italie . De pareils
ordres ont été envoyés à la Régence du Trentin.
DE DRESDE , le 23 Septembre.
Les circonftances préfentes ont déterminé le
Roi à quitter cette Ville ; & Sa Majeſté , accompagnée
des Princes Xavier & Charles , s'eft
rendue au camp de Pirna. La Reine eft reftée ici
avec le Prince Royal les jeunes Princes &
Princeffes. Le Roi de Pruffe les a fait affurer
que les égards refpectueux qui leur étoient dûs ,
feroient religieufement obfervés. Par ordre de ce
Prince , on a fermé les Tribunaux , & le fcellé a
été mis à tous les Bureaux de la Chancellerie . Sa
Majefté Pruffienne arriva ici le 10. Elle n'y a pas
fait un long séjour , & Elle est allée rejoindre fes
troupes , dont le quartier général eft actuellement
à Zedlitz. A Pexception de quelques Couriers
qui apportent à la Reine des nouvelles de la fanté
du Roi , aucune perfonne venant du camp de Pirna
n'a permiffion d'entrer dans cette Ville La Gar
nifon , que le Roi de Proffe y a laiffée , eft
compofée de deux mille hommes , & eft commandée
par le Baron de Willich . II eft défendu
à tout foldat Pruffien foit dans cette Capitale ,
foit dans tout autre endroit de l'Electorat , d'éxi¬
208 MERCURE DE FRANCE.
ger pour fa fubfiftance plus de deux livres de pain ,
d'une demi-livie de viande , & de deux pots de
bier . Aujourd'hui foixante Bâtimens ont paílé
fur l'Elbe , chargés de provifions pour l'armée
Pruffienne. La quantité de celles qu'on a tirées des
différentes partes de la Saxe , afin de fatistaire aux
livr.ifons néceffaires pour cette armée , a tellement
épuifé le pays , que les grains font montés
au quadruple du prix ordinaire.
Par ordre du Roi de Pruffe , le Baron de Willich
a fait enlever l'artillerie , les armes , les drapeax
& les étendards qui étoient dans l'Arſenal
de cette Ville , & on les tranfporte à Magdebourg
pour y demeurer en dépôt jufqu'à la conclufion
d'un accommodement. Le même Commandant
ayant pris une notice exacte de tous les Officiers
Saxons qui fe trouvoient ici , leur a fignifié : « Qu'ils
Détoient prifonniers de guerre ; qu'on leur laiffoir
cependant leurs épées , mais qu'ils devoient
s'engager formellement à ne point fervir contre
»Sa Majefté Pruffienne.
Le 14 de ce mois , la Reine fit prier les Miniftres
étrangers de fe rendre au Château , où Elle
leur tint ce difcours : « Meffieurs , les circonftan-
»ces préfentes me forcent de vous déclarer que
»Sa Majesté Pruffienne , avant d'entrer en Saxe ,fit
» donner au Roi mon époux , les affurances les plus
fortes d'une amitié inaltérable . Sur des affuran-
» ces pareilles & auffi pèu équivoques , le Roi mon
wépoux ne balança point à accorder aux trou-
»pes Pruffiennes un paffage fimple & exempt de
préjudice auffi - tôt que Sa Majesté le Roi de
»Pruffe l'eût demandé à notre Miniftre à Berlin.
»Nous n'avons pas même eu la moindre défiance ,
wen voy int ces troupes étrangeres entrer fur no-
»tre territoire. Mais au lieu d'une exacte diſcipline
OCTOBRE. 1756. 209
»& d'un paiement régulier que nous attendions
»d'elle , nous avons vu avec douleur que le Prince
»de Brunſwic , non content d'avoir fait mettre le
»fcellé fur toutes les caiffes de nos revenus à
Leipfick , a convoqué nos Etats pour leur donner
des ordres abfolument contraires à nos inten-
»tions. Le Roi mon époux , envoya le Général .
Meager à S. M. Pruflienne , pour lui repréſenter
qu'on ne pouvoit combiner ces fortes d'actes
d'hoftilité avec les déclarations précédentes , &
que d'ailleurs le Roi n'avoit d'autres vues que
»d'obferver, la plus exacte neutralité dans cette
guerre. La réponse que le Général Meager reçut
par écrit , ne fut qu'un extrait de la Déclaration
publiée de la part du Roi de Pruffe , pour jufti
fier les motifs de fon entrée dans ce pays. Après
Dune réponse auffi vague & auffi peu catégorique ,
Dle Roi mon époux , toujours animé d'un vrai
ndefir d'entretenir la paix en Allemagne & le
repos dans les Etats , pria le Lord Stormont &
Dle Sieur de Malzahn d'aller au camp. Pruffien •
»pour fçavoir les intentions du Roi de Pruffe &
ce qu'il exigeoit. Mais loin de rien propofer &
»de rien entendre , le Roi de Pruffe répliqua au
»Lord Stormont : Tout ce que vous me proposez
one me convient point , & de ma part je n'ai au
cune propofition à faire. Après le retour du I ord ,
»le Roi fe rendit à Pirna. J'y voulus envoyer un
Page chargé d'une Lettre ; mais on l'arrêta , &
» même on m'a refufé d'y pouvoir envoyer un
»Gentilhomme qui ne feroit chargé d'aucune lettre.
Enfin quoiqu'hier le Général Lentulus m'ait
waffuré de la part de S. M. Pruffienne , que la
»garnifon qu'on avoit mife en cette Capitale y
étoit pour ma sûreté , & même à mes ordres ,
non eft venu néanmoins à l'extrêmité de me
210 MERCURE DE FRANCE:
demander aujourd'hui les clefs du cabinet des
>>Archives. N'ayant pu réfifter à la force dont on
»me menaçoit , je les ai remiſes à l'Officier qui
»avoit la commiffion de les recevoir. Pour fur-
>> croit de chagrin , mes Miniftres de Conférence
» m'ont communiqué dans ce moment l'infinua
»tion qui leur a été faite par le Général Keith ,
»que le Roi de Pruffe fe propofoit de fubftituer
>> en lear place des Confeillers Pruffiens , pour
Davoir foin de l'adminiſtration de cet Electorat.
>> Telle eft , Meffieurs, la triſte ſituation où nous
nous trouvons. Nous espérons que vous en ferez
un fidele rapport à vos Cours refpectives , &
»nous fommes perfuadés qu'Elles n'approuveront
»pas le tort qui nous arrive , & qu'au contraire
»Elles jugeront qu'il eft de leurs intérêts d'épouſer
>> les nôtres. »
La Reine en remettant les clefs des Archives à
l'Officier Pruffien , qui avoit été chargé de les demander
, lui avoit dit : « Malgré le rang où la
nature m'a placée , je partage avec la derniere
»des fujettes le malheureux fort tombé fur la Saxe.
>>Séparée du Roi mon époux , & d'une partie de
»ma famille , j'effuie avec le refte de mes enfans
»le défagrément d'un état plein d'angoiffe & d'in-
» quiétude , & je me vois expofée avec cette partie
»de ma famille , qui eft auprès de moi , à manquer
» bientôt des chofes néceffaires , par la privation
des moyens propres à me les procurer. » Le Roi
de Pruffe informé des plaintes de cette Princeffe ,
lui a fait réitérer qu'il avoit donné les ordres les
plus précis pour lui faire garder le refpect qui lui
étoit dû ; que fi ces ordres étoient mal fuivis ,
Elle eût à l'en faire avertir , & qu'il puniroit févérement
les contrevenans ; qu'Elle ni la Famille
Royale & Electorale ne manqueroient jamais des
OCTOBRE. 1756. 211
chofes néceſſaires ; que la dignité de leur rang &
de leur état ne feroit jamais confondue avec les
circonftances qui regardoient le Public ; qu'ainfi
il prioit Sa Majefté de vouloir bien fe tranquillifer
, & de ne point outrer les idées qu'Elle fe formoit
de l'état des choſes. En même temps S. M.
Pruffienne a recommandé aux Officiers des Détachemens
poftés entre fon camp & cette Ville ,
de laiffer paffer librement tout ce qui étoit pour
le fervice de la Reine , des Princes & des Princeffes.
Il paffe tous les jours ici des Régimens , tant
d'Infanterie que de Cavalerie , qui vont joindre
l'armée du Roi de Pruffe. Tous les avis confirment
que ce Prince dirige fa marche fur Leitmaritz.
Depuis avant - hier les Bourgeois de cette
Capitale font difpenfés de fournir le pain aux foldats
Pruffiens , qui y font en garniſon ; mais on
continue de fournir à ces Soldats la viande & la
biere.
On publia à Torgaw le 13 , une Ordonnance ,
dont voici la teneur : « Sa Majefté le Roi de Pruf-
»fe , par des motifs fondés fur la néceffité des
conjonctures, a pris la réfolution d'établir à Tor-
»gaw un Directoire de Guerre pour la perception
»de tous les revenus , tant de la Chambre des Fi-
» nances , que de l'Ectorat de Saxe , fous quelque
nom que ce puiffe être. En conféquence , tous
les Receveurs des Accifes générales & autres
» droits , de même que les Fermiers Officiers , &
généralement tous les Suppots des Douanes &
» Péages , fans exception , font avertis d'apporter
& de délivrer fidélement audit Directoire de
» Guerre les deniers qu'ils fe trouveront avoir en
»caiffe ; & ce fous peine de double reftitution &
de caflation , ou même de prifon , fuivant l'exi
212 MERCURE DE FRANCE.
» gence du cas. Ce qu'ils devront faire à l'avenir
»tous les mois , fans y manquer : leur étant dé-
» fendu très-expreflément de remettre aucun de
ces deniers à qui que ce foit , finon au ſeul Di-
»rectoire fufdit. »
DE LEIPSICK , le 22 Septembre.
Divers Détachemens des troupes Pruffiennes
ont occupé dans cet Electorat les Villes de Merfbourg
, d'Eifleben , de Naumbourg , de Weffeinfels
, de Zeitz & de Torgaw . La Colonne ,
à la tête de laquelle eft le Roi de Pruffe , a pris
fa marche le long de l'Elbe . Elle campa le 6 à
Rothen Schoneberg , la droite appuyée fur Tan
nenberg , & la gauche fur Wundfchritz . Le jour
précédent , la Colonne du Prince Ferdinand de
Brunfwic avoit campé près de Freyberg , & celle
du Prince de Bevern à Fifchbach , de l'autre côté
de l'Elbe. Depuis le Roi de Pruffe s'eſt avanté
à Torgaw , où il a établi fon quartier genéral .
Le Comte de Stormont , Envoyé du Roi de la Grande-
Bretagne auprès de Roi , s'eft rendu auprès de
S. M. Pruthienne avec deux Miniftres de Sa Majefté.
Les Pruffiens ont vuidé les Arfenaux des
principales Villes où ils ont paffé ; & ils en ont
fait voiturer l'artillerie à To gaw.
On publia le 15 une Déclaration , dont voici la
teneur. « Sa Majesté le Roi de Pruffe ayant pris -
>>fous fa garde & protection les Etats Electoraux
» de la Maifon de Saxe ; ont fait fçavoir , de la
» part de S. M. , à tous & un chacun , que fon
»intention eft , que perfonne , à l'occafion des
> troubles actuels ne foit inquiété dans fa pro-
»feſſion , mais qu'au contraire chacun puiffe y
vaquer tranquillement , & comme à l'ordinai
OCTOBRE. 1756. 213
»re. S. M. défire auffi , que les Foires de Léipfick
& de Naumbourg , & les autres Marchés
>> publics , fe tiennent fuivant l'ufage établi ; que
tous les acheteurs ou vendeurs , qui voudront
ns'y rendre , puiffent les fréquenter librement ,
D& qu'il ne leur foit apporté à cet égard aucun
»obftacle ni empêchement . A ces caufes , S. M. fait
>> affurer tous Commerçans , Négocians , & Fa-
>> bricans , tant de cet Electorat que des pays
»étrangers , qui font dans l'habitude de fréquenwter
leidites Foires & lefdits Marchés publics , &
>> qui voudront y venir aux temps accoutumé
nqu'ils y jouiront d'une entiere liberté & fûreté
»pour leurs perfonnes & pour leurs effets ; que
S. M. les prend fous fa pro.ection & fauvegarde
>>Royale, & qu'il leur fera accordé en confequen-
» ce les faufconduits néceffaires » . Le Commiffaire
, qui eft ici de la part du Roi de Pruffe , a annoncé
aux habitans , qu'ils pouvoient payer leurs
taxes aux Receveurs ordinaires.
Sur les nouvelles affurances que le Roi a fait
donner à ce Prince par le Comte de Salmour ,
que Sa Majesté avoit toujours été dans la réfolution
de ne prendre aucune part aux différends
furvenus entre les Cours de Vienne & de Berlin ;
S. M. Pruffienne a répondu : « Qu'Elle ne fou-
»haitoit rien de plus Elle-même , que de trouver
»le Roi dans ces fentimens ; que la neutralité ,
aque le Roi défiroit d'obferver , étoit précifé-
>> ment ce qu'Elle requéroit de lui ; mais que pour
>> rendre cette neutralité plus fûre , & la mettre à
»l'abri de variation , il convenoit que le Roi fé-
»parât fon armée , & qu'il renvoyat dans leurs
»quartiers les troupes qu'il avoit affemblées à
»Pirna ; que fi le Roi vouloit donner par une
»femblable démarche la preuve de fes difpofitions
214 MERCURE DE FRANCE.
pacifiques , S. M. Pruflienne fe feroit dès lors un
»plaifir de montrer , par une égale condescendanace
, combien Elle étoit portée de ſon côté à
donner des marques réelles de ſon amitié au
>>Roi , & à fe concerter avec Sa Majeſté ſur les
arrangemens que les conjonctures peuvent requérir
» . Le Roi n'eft point dans la réfolution
d'accepter la propofition du Roi de Pruffe , & Sa
Majefté a déclaré , « Qu'Elle attendroit dans fon
camp la décifion des évenemens ; que fi les
Pruffiens entreprenoient de l'y forcer ,Elle foutiendroit
leurs efforts ».
Divers mouvemens du Roi de Pruffe donnant
lieu de croire qu'il a deffein de refferrer de tous
côtés le camp de Pirna , le Feld-Maréchal Comte
de Browne a décampé de Kollin le 9 de ce mois ,
pour fe porter en avant , & pour tâcher de conferver
la communication avec les troupes Saxonnes.
Le Corps que ce Général a détaché fous les
ordres du Comte de Wied , s'eft faifi des paffages
entre Trebnitz & Catharinenberg: On a reçu
avis que les Pruffiens établiffent des batteries pour
attaquer les Saxons dans leur camp.
Selon les nouvelles qu'on a du camp de Pirna ,
le Roi a fait diftribuer aux différens Corps de fes
troupes la Déclaration fuivante. « Dès le com-
»mencement de l'invafion des troupes Pruffien-
»nes dans cet Electorat , Sa Majefté a mis tout
wen oeuvre , pour tâcher de faire un accommode-
>ment avec le Roi de Pruffe. Ce Prince ayant
mexigé des conditions inouies , Sa Majefté non-
>>feulement les a rejettées , mais a fait fçavoir à
»S. M. Pruffienne , qu'Elle aimoit mieux tout perdre
que de s'y foumettre. Ainfi Sa Majesté atptend
de la bravoure & de la fermeté de fes fidelles
troupes , qu'elles fe montreront diſpoſées à
OCTOBRE. 1756. 215
foutenir jufqu'à la derniere goutte de leur fang ,
»la réfolution qu'a prife Sa Majefté. Elle les ex-
>> horte à tout facrifier pour la défenfe de leur
>>Roi, & pour la confervation de leur
»ne ur» .
propre
hon-
Le Roi de Pruffe eſpérant de réduire l'armée
du Roi par la famine , a laiffé vingt mille hom
ines pour tenir le camp de Sa Majefté bloqué . La
femaine derniere , les Pruffiens firent fauter les
fortifications de Wittemberg, Ils fortifient actuellement
laVille de Torgaw , où leur Directoire de
Guerre eft établi . Ce Directoire a fommé les différens
Cercles, de l'Electorat , de livrer , d'ici à
trois ſemaines au plus tard , onze cens boeufs ,
deux mille cinq cens moutons , deux cens mille
mefures d'avoine , cent cinquante mille quintaux
de foin & vingt mille bottes de paille. Cette fourniture
eft évaluée à fix cens vingt - cinq mille
écus .
DE BERLIN , le 21 Septembre.
Les troupes d'Infanterie du Roi confiftent en
cent quarante bataillons. La Cavalerie eft compofée
d'un Efcadron de Gardes du Corps , de foixante
Efcadrons de Gendarmes , Carabiniers &
Cuiraffiers , de foixante-dix Efcadrons de Dragons
, de quatre-vingt Efcadrons de Huffards , &
de deux Efcadrons de Chaffeurs à cheval. Deux
Corps d'armée font affemblés dans la Haute &
dans la Baffe Siléfie , & ont occupé les défilés ,
par lesquels on peut paffer du Royaume de Bo
heme dans cette Province. Il y a auffi quelques
troupes campées dans les environs de Glatz. A
juger par ces difpofitions , il paroît que le Roi fe
propofe non feulement de couvrir la Siléfie , mais
216 MERCURE DE FRANCE.
`auffi de faire entrer de ce côté une feconde armée
en Boheme.
Dans l'expofé des motifs qui ont déterminé le
Roi à prendre les armes , Sa Majefté le plaint particuliérement
de ce que l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , a augmenté jufqu'à foixante
pour cent , les droits fur les marchandifes
des Etats de Pruffe. Voici un des endroits les plus
remarquables de cet expofé. a Il eft certain que
>>le Roi commence les hoftilités : mais comme ce
>>terme a fouvent été confondu avec celui d'aggreffion
, l'on fe croit obligé de diftinguer le fens
de ces deux mots . Par aggreffion , l'on doit en-
»tendre tout acte , qui eft diamétralement oppofé
à l'efprit d'un Traité de Paix. Une Ligue of
fenfive ; des ennemis qu'on fufcite , & qu'on
pouffe à faire la guerre à une Puiffance ; le deffein
d'envahir les Etats d'autrui ; une irruption
>>foudaine ; toutes ces chofes différentes font au-
»tant d'aggreffions , quoique la derniere feule fe
trouve dans le cas des hoftilités . Quiconque cher-
>>che à fe défendre contre ces aggreffions , ou à en
»prévenir les fuites , peut commencer les hoftiliwtés
, mais il n'eft pas l'aggreffeur » ...... Cet Ecrit
finit ainfi : « S. M. déclare , que les Libertés du
»Corps Germanique ne feront ensevelies qu'en
>> un même tombeau avec la Pruffe. Elle prend le
Ciel à témoin , qu'ayant vainement employé les
moyens les plus convenables pour préferver fes
»propres Etats & toute l'Allemagne , des fléaux de
Dla guerre dont ils étoient ménacés , Elle eft for
cée de prendre les armes , pour diffiper une
»confpiration tramée contre fes poffeffions & fes
>> Etats .... Le Roi ne s'écarte de fa modération
»ordinaire , que parce que cette vertu ceffe d'én
pêtre une , lorfqu'il s'agit de défendre fon honneur
OCTOBRE . 1756. 217
neur , fon indépendance , fa Patrie & fa Cou-
>>ronne » . Le Comte de la Puebla , Miniftre de
Leurs Majeftés Impériales , partit le 16 , fans
prendre congé.
La petite ville de Biefenthal , fituée à quatre
lieues d'ici , a été totalement réduite en cendres.
Différentes perfonnes ont péri dans les flammes ,
entr'autres , plufieurs enfans qui avoient été renfermés
dans les maifons , pendant que leurs parens
étoient fortis pour vaquer à leurs affaires.
Le feu a pris auffi au Château de Guffou , apparte
nant au Comte de Podewils , Premier Miniftre
d'Etat ; & le dommage cauté par cet incendie ,
monte à près de vingt mille écus.
DE HAMBOURG , le 25 Septembre.
Plufieurs lettres marquent que tandis que le Roi
de Pruffe eft entré en Boheme avec quarante mille
hommes , le Feld . Maréchal Schwerin y a débouché
avec trente- cinq mille hommes, par le Comté
de Glatz. Si l'on en croit les mêmes lettres , le
fieur Calkoen , Envoyé Extraordinaire des Etats
Généraux des Provinces-Unies auprès du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , s'eft joint au Comte
de Stormont , pour tâcher de ménager , entre
8. M. Pruffienne & S. M. Polonoiſe , un accord
qui pût procurer aux deux Parties une fûreté convenable.
Il y a eu le 21 ,à ce qu'on affure , quelques
nouveaux articles propofés de part & d'autre.
Le fieur de Soltikoff , Envoyé Extraordinaire
de l'Impératrice de Ruffie auprès des Cercles de
la Baffe Saxe , a notifié aux Magiftrats de cette
Ville , ainsi qu'aux Miniftres Etrangers qui y réfi
dent , Que cette Princeffe , vu les mouvemens des
troupes du Roi de Prufſe , ſe trouve dans la nécef-
II. Vol. K.
218 MERCURE DE FRANCE.
fitédefaire marcher une armée aufecours de fes Al
liés contre S. M. Pruffienne . Le bruit court , que
cette armée fera de cent vingt mille hommes, Oa
ajoute que S. M. Imp. de Ruffie a ordonné d'équipper
une Flotte , pour fervir au tranfport des
troupes qu'Elle jugera à propos de faire embar
quer.
DE RATISBONNE , le 24 Septembre .
Auffitôt que l'Empereur a été informé de l'entrée
des troupes Pruffiennes dans l'Electorat de
Saxe , S. M. Imp. a adreffé un Décret au Roi de
Pruffe , pour le fommer de faire retirer les troupes
, faute de quoi il feroit procédé contre S. M.
Pruffienne en la maniere prefcrite par les Loix de
l'Empire. Un autre Décret ordonne à tous les
Vaffaux des Princes & Etats d'Allemagne , qui
font employés dans les troupes du Roi de Pruffe,
de quitter inceffamment le fervice de ce Prince.
Par un troifieme Décret , l'Empereur défend à
tous Princes , Etats ou Membres du Corps Germa
nique , de fouffrir qu'il foit fait chez eux aucunes
levées de Soldats pour S. M. Pruſſienne , &
de lui prêter aucune affiftance dans les circonftances
actuelles , le tout à peine d'encourir les
condamnations ftatuées par les Conſtitutions de
l'Empire.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
En septembre 1756, le Sieur de Klinggraff informa le ministère que l'Impératrice Reine n'avait pas répondu à la demande du Roi de Prusse, qui souhaitait une déclaration formelle de non-agression. Le Roi de Prusse réitéra sa demande en échange du retrait de ses troupes. L'Impératrice Reine répondit qu'elle avait appris l'entrée des troupes prussiennes en Saxe et la publication d'un manifeste prussien, rendant toute autre réponse inutile. Elle confirma que sa réponse au manifeste contenait toutes les explications nécessaires. Le Sieur de Klinggraff quitta Vienne sans prendre congé, et l'Impératrice Reine ordonna au Comte de la Puebla de quitter Berlin de la même manière. Le 13 septembre, le Roi de Prusse commença des actes d'hostilité en Bohême, attaquant les gardes avancées de l'armée de l'Impératrice Reine, mais fut repoussé. Des troupes autrichiennes se préparèrent à la guerre, et des familles fuirent la Silésie autrichienne par crainte des horreurs du conflit. À Dresde, le Roi de Prusse quitta la ville pour rejoindre son armée à Pirna, laissant la Reine et les jeunes princes sous la protection de la garnison prussienne. Il ordonna de fermer les tribunaux et de sceller les bureaux de la chancellerie, et fit enlever l'artillerie et les armes de l'arsenal de Dresde, les transportant à Magdebourg. La Reine de Saxe informa les ministres étrangers de la trahison du Roi de Prusse, qui avait promis une amitié inaltérable avant d'entrer en Saxe. Des détachements prussiens occupèrent plusieurs villes en Saxe, et le Roi de Prusse établit son quartier général à Torgau. Le Comte de Stormont, envoyé du Roi de Grande-Bretagne, se rendit auprès du Roi de Prusse. Les Prussiens vidèrent les arsenaux des principales villes et transportèrent l'artillerie à Torgau. Une déclaration du Roi de Prusse indiqua qu'il avait pris sous sa garde et protection les États électoraux de la Maison de Saxe. En octobre 1756, le roi de Prusse assura que les troubles actuels n'inquiéteraient pas les professionnels dans leur travail. Il garantit la tenue des foires de Leipzig et de Naumbourg, ainsi que des marchés publics, et assura la liberté et la sécurité des commerçants, négociants et fabricants. Le commissaire prussien annonça aux habitants qu'ils pouvaient payer leurs taxes aux receveurs ordinaires. Le roi de Prusse exprima son souhait de neutralité face aux différends entre les cours de Vienne et de Berlin, mais demanda au roi de Saxe de séparer son armée et de renvoyer les troupes assemblées à Pirna pour garantir cette neutralité. Le roi de Saxe refusa et déclara qu'il attendrait dans son camp la décision des événements. Des mouvements de troupes prussiennes furent observés, et le feld-maréchal Comte de Browne se déplaça pour conserver la communication avec les troupes saxonnes. Le roi de Prusse bloqua l'armée saxonne par la famine et fortifia plusieurs villes. Les troupes prussiennes consistaient en 140 bataillons d'infanterie et divers escadrons de cavalerie, avec des corps d'armée assemblés en Silésie. Le roi de Prusse justifia son entrée en guerre par l'augmentation des droits sur les marchandises prussiennes par l'impératrice Reine de Hongrie et de Bohême. Il déclara que les libertés du Corps Germanique ne seraient pas sacrifiées et prit les armes pour défendre son honneur et son indépendance. Des incidents, comme l'incendie de la ville de Biefenthal et du château de Guffou, furent rapportés. Le roi de Prusse entra en Bohême avec 40 000 hommes, tandis que le feld-maréchal Schwerin déboucha avec 35 000 hommes. Des tentatives de médiation entre le roi de Prusse et le roi de Pologne étaient en cours. L'impératrice de Russie préparait une armée pour soutenir ses alliés contre le roi de Prusse. L'empereur adressa des décrets au roi de Prusse pour retirer ses troupes de Saxe et interdit les levées de soldats pour la Prusse.
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897
p. 222-224
PAYS-BAS.
Début :
On mande d'Elseneur, que divers Maîtres de Navires arrivés dans le Sund, [...]
Mots clefs :
Amsterdam, Bruxelles, Armateurs anglais, Mauvais traitements, Capitaine Hendriks, Corneille Bandt, Bataillons, Ordre de marche, Gouverneur de Bruxelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PATS- BAS.
D'AMSTERDAM , le 16 Septembre.
On mande d'Elfeneur , que divers Maîtres de
Navires arrivés dans le Sund , fe plaignent ex rêmement
des mauvais traitemens qu'ils ont efluyés
de la part des Armateurs Anglois . Les mêmes
nouvelles ajoutent que plufieurs de ces Corfaires
arborent pavillon d'Alger pour caufer plus de
frayeur. Un d'eux a rançonné le Patron Frédéric
Carstens pour la fomme de vingt- deux livres fterlings.
Le Capitaine Hendriks , montant le Navire
le Rotterdamfe Welvaren , a déclaré que
deux facs d'argent qu'il avoit à bord , lui avoient
OCTOBRE . 1756. 223
été enlevés avec fa montre & les hardes par
an Pirate de cette Nation . A la hauteur de
Tervere , le Navire du Capitaine Pierre Sybrand
a été canonné par un Vaiffeau de la
même Nation , & a eu les agrêts conſidérablement
endommagés. Une lettre du Patron Corneille
Bandt porte ce qui fuit . « Le 2 du courant ,
» nous remîmes à la voile de Quillebeuf. Un cal-
» me nous arrêta le 5 , & nous fûmes abordés
> par la Chaloupe d'un Armateur Anglois , dans
» laquelle il y avoit huit hommes. Ils examinerent
nos papiers. Enfuite ils enfoncerent nos
» Ecoutilles ; ils en jetterent les panneaux fur le
» tillac , & ils ouvrirent plufieurs ballots , en les
>> coupant. Parmi nos marchandiſes étoit une
» caiffe de cifeaux , dont ils prirent la moitié , en
» difant , Voilà qui eft fort bon , pour couper les
» oreilles aux Hollandois. Ils battirent trois de nos
» Matelots. Je m'attendois à avoir mon tour ,
» mais j'en fus quitte pour les menaces. Après
» avoir mis tout notre Bâtiment au pillage , &
» m'avoit ôté même les boucles d'argent que j'a-
>> vois à mes fouliers , ils me dirent qu'ils me rendroient
tout , fi je voulois leur donner onze
>> guinées & demie . Comme je les affurai que je
» n'avois pas cette fomme , ils me fouillerent moi
& mon Pilote , & ne nous laifferent que deux
» pieces de deux fols . Non contens de ce qu'ils
avoient pris , ils s'approprierent encore un baril
» d'eau-de- vie , & ils fe retirerent , en nous fou-
» haitant un bon voyage » .
DE BRUXELLES , le 25 Septembre.
Deax Bataillons de chacun des Régimens , qui
font en garnifon dans les Places des Païs -Bas , ont
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
ordre de fe tenir prêts à marcher. Le 18 de ce
mois , le Général Luchefi fe rendit à Mariemont ,
& il y prêta ferment entre les mains du Prince
Charles de Lorraine , en qualité de Gouverneur
de Bruxelles. Ce Général étant revenu ici le lendemain
au matin , reçut les complimens des Magiftrats.
Il dina chez le Comte de Gobenzel , & il
partit enfuite pour la Boheme , où il doit commander
la Cavalerie de l'armée de l'Impératrice
Reine. Le Duc d'Aremberg fe difpofe à y aller
joindre le Régiment dont il eft Colonel.
D'AMSTERDAM , le 16 Septembre.
On mande d'Elfeneur , que divers Maîtres de
Navires arrivés dans le Sund , fe plaignent ex rêmement
des mauvais traitemens qu'ils ont efluyés
de la part des Armateurs Anglois . Les mêmes
nouvelles ajoutent que plufieurs de ces Corfaires
arborent pavillon d'Alger pour caufer plus de
frayeur. Un d'eux a rançonné le Patron Frédéric
Carstens pour la fomme de vingt- deux livres fterlings.
Le Capitaine Hendriks , montant le Navire
le Rotterdamfe Welvaren , a déclaré que
deux facs d'argent qu'il avoit à bord , lui avoient
OCTOBRE . 1756. 223
été enlevés avec fa montre & les hardes par
an Pirate de cette Nation . A la hauteur de
Tervere , le Navire du Capitaine Pierre Sybrand
a été canonné par un Vaiffeau de la
même Nation , & a eu les agrêts conſidérablement
endommagés. Une lettre du Patron Corneille
Bandt porte ce qui fuit . « Le 2 du courant ,
» nous remîmes à la voile de Quillebeuf. Un cal-
» me nous arrêta le 5 , & nous fûmes abordés
> par la Chaloupe d'un Armateur Anglois , dans
» laquelle il y avoit huit hommes. Ils examinerent
nos papiers. Enfuite ils enfoncerent nos
» Ecoutilles ; ils en jetterent les panneaux fur le
» tillac , & ils ouvrirent plufieurs ballots , en les
>> coupant. Parmi nos marchandiſes étoit une
» caiffe de cifeaux , dont ils prirent la moitié , en
» difant , Voilà qui eft fort bon , pour couper les
» oreilles aux Hollandois. Ils battirent trois de nos
» Matelots. Je m'attendois à avoir mon tour ,
» mais j'en fus quitte pour les menaces. Après
» avoir mis tout notre Bâtiment au pillage , &
» m'avoit ôté même les boucles d'argent que j'a-
>> vois à mes fouliers , ils me dirent qu'ils me rendroient
tout , fi je voulois leur donner onze
>> guinées & demie . Comme je les affurai que je
» n'avois pas cette fomme , ils me fouillerent moi
& mon Pilote , & ne nous laifferent que deux
» pieces de deux fols . Non contens de ce qu'ils
avoient pris , ils s'approprierent encore un baril
» d'eau-de- vie , & ils fe retirerent , en nous fou-
» haitant un bon voyage » .
DE BRUXELLES , le 25 Septembre.
Deax Bataillons de chacun des Régimens , qui
font en garnifon dans les Places des Païs -Bas , ont
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
ordre de fe tenir prêts à marcher. Le 18 de ce
mois , le Général Luchefi fe rendit à Mariemont ,
& il y prêta ferment entre les mains du Prince
Charles de Lorraine , en qualité de Gouverneur
de Bruxelles. Ce Général étant revenu ici le lendemain
au matin , reçut les complimens des Magiftrats.
Il dina chez le Comte de Gobenzel , & il
partit enfuite pour la Boheme , où il doit commander
la Cavalerie de l'armée de l'Impératrice
Reine. Le Duc d'Aremberg fe difpofe à y aller
joindre le Régiment dont il eft Colonel.
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Résumé : PAYS-BAS.
En septembre 1756, plusieurs incidents maritimes sont rapportés. À Amsterdam, des maîtres de navires se plaignent des mauvais traitements infligés par des armateurs anglais dans le Sund. Des corsaires anglais utilisent le pavillon algérien pour semer la peur. Un pirate anglais a rançonné Frédéric Carstens pour vingt-deux livres sterling et dérobé des biens au capitaine Hendriks. Le navire du capitaine Pierre Sybrand a été canonné près de Tervere. Corneille Bandt décrit une attaque anglaise près de Quillebeuf, où des marchandises ont été pillées et des matelots battus. Les agresseurs ont exigé onze guinées et demie pour rendre les biens volés. Sur le front terrestre, à Bruxelles, deux bataillons sont prêts à marcher. Le général Luchefi a prêté serment au prince Charles de Lorraine à Mariemont et a rejoint l'armée en Bohême. Le duc d'Aremberg se prépare à rejoindre son régiment.
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898
p. 185
DU NORD.
Début :
Sur la nouvelle des hostilités commises par le Roi de Prusse [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Saxe, Roi de Prusse, Impératrice, Troupes, Livonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NOR D.
DE PETERSBOURG , le 17 Septembre.
Sur la nouvelle des hoftilités commiſes par le
Roi de Pruffe dans la Saxe , & de l'invaſion dont
ce Prince menace la Boheme , l'Impératrice a ordonné
d'affembler dans la Livonie un Corps con→
fidérable de troupes , deftiné à fecourir l'impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & le Roi
de Pologne Electeur de Saxe. Le Feld -Maréchal
Apraxin aura le commandement de cette armée.
DE PETERSBOURG , le 17 Septembre.
Sur la nouvelle des hoftilités commiſes par le
Roi de Pruffe dans la Saxe , & de l'invaſion dont
ce Prince menace la Boheme , l'Impératrice a ordonné
d'affembler dans la Livonie un Corps con→
fidérable de troupes , deftiné à fecourir l'impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & le Roi
de Pologne Electeur de Saxe. Le Feld -Maréchal
Apraxin aura le commandement de cette armée.
Fermer
899
p. 185-195
ALLEMAGNE.
Début :
On a fait pendant trois jours dans toutes les Eglises, des prieres [...]
Mots clefs :
Vienne, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Ordonnances, Bratislava, Seigneurs, Maison d'Esterhasi, Régiments, Prince Picolomini, Baron de Buccow, Ratisbonne, Rescrit de l'Empereur, Électeur de Saxe, Violences, Diète, Roi de Prusse, Dresde, Batailles, Officiers, Ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, Déclaration, Berlin, Sieur d'Oppren, États généraux des Provinces-Unies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 25 Septembre.
On a fait pendant trois jours dans toutes les
Eglifes , des prieres publiques pour la profpérité
des Amesde l'Impératrice keine. Cette Princeffe
a ordonné que les Chambres de fes Finances fourniffent
sing kieutzers par jour pour chacun des
garçons , depuis l'age de huit ans jufqu'à feize ,
qui doivent être transférés de Boheme en Autriche.
Ceux depuis feize ans jufqu'à quarante- cinq ,
formeront un Corps de Milices. Ils auront fept
kreutzers de paie par jour , & on leur donnera
186 MERCURE DE FRANCE.
un uniforme. Lorfque la tranquillité ſera rendue
à l'Allemagne , on les renverra chez eux .
DE PRESBOURG , le 26 Septembre.
En attendant les réfolutions que les Etats de
Hongrie prendront pour fournir à l'Impératrice
Reine les fecours néceffaires dans la conjoncture
préfente , plufieurs Seigneurs ont fait éclater d'avance
le zele dont ils font animés. La Maiſon
d'Efterhafi a donné l'exemple , & elle a offert la
premiere de lever à fes dépens un Régiment.
Quelques autres des Maifons les plus confidérables
de ce Royaume ont fait la même offre . Elles
ont été imitées par divers Evêques & riches Bénéficiers.
Du Quartier Général du Prince Picolemini à
Spalena-Lhotka , le 29 Septembre 1756 .
Le Baron de Buccow , Lieutenant - Feld- Maréchal
, qui étoit en avant pour obferver les monvemens
du Feld- Maréchal de Schwerin , ayant
appris que ce Général s'avançoit en forces , fe
replia fur Slavietin , enfuite à Oberb'eff , & le
21 il fe pofta derriere le pont de Schmirlitz. Le
22 il détacha le Baron Lufinski , Colonel Commandant
du Régiment de Feftetitz , avec quatre
cens Dragons des Régimens de Bathiani & de
Collowrath , & cent cinquante Huffards pour inquiéter
les ennemis. A la pointe du jour , le
Baron Lufinsky découvrit quelques E'cadrons
Pruffiens. Il les fit attaquer par fes Huffards. Les
Dragons de Bathiani & de Collowrath , fans attendre
l'ordre , donnerent de leur côté avec fureur.
Les Escadrons ennemis furent culbutés . Leur
perte monte à trois cens hommes , & on leur a
NOVEMBRE . 1756. 187
fait plufieurs prifonniers . Du côté des Autrichiens,
il eft reſté cent vingt Dragons ou Huffards fur le
champ de bataille. Aujourd'hui les troupes du
-Feld - Maréchal de Schwerin ont fait un grand
fourrage. Le Régiment de Bethléem entra hier
dans notre camp.
DE RATISBONNE , le 7 Octobre.
Voici l'Extrait du Refcrit que l'Empereur a addreffé
au Roi de Pruffe. « Nous François , par la
» grace de Dieu , Empereur des Romains , &c.
» Non feulement il eft notoire à tout l'Empire ,
mais il nous a été repréſenté par S. M. le Roi
» de Pologne Electeur de Saxe , que V. M. Electeur
» de Brandebourg étoit tombée hoftilement , par
» deux endroits , fur les Etats Electoraux de Saxe
avec une armée d'environ foixante mille hom-
» mes ; qu'Elle s'étoit emparée de la plus grande
partie de ces Etats ; que dès que vos troupes y
» furent entrées , elles commencerent par exiger
> du pays une quantité de livraiſons , qui alloit
beaucoup au-delà de fes facultés ; qu'on enleva
» aux Sujets leur bétail , leurs chevaux & leurs Va-
>>lets : qu'on s'empara de Léipfick , ainfi que des
> autres Villes ; qu'on faifit & dépouilla toutes les
caifles; qu'il fut défendu , fous peine de la vie ,
» à tous les Caifliers , Confeillers de Ville ,
» Marchands & autres Sujets , de rien payer dé-
»formais à l'Electeur de Saxe , & qu'ils eurent
>>ordre de remettre à Votre Majefté toutes les rentes
, accifes , tailles , & autres impôts du pays.
» que V. M. a fait prifonniers tous les Militaires
ɔɔde l'Electorat , qui font tombés en votre puif-
» fance ; & que même , contre le droit des gens ,
won a retenu plufieurs jours , comme tel , le
ISS MERCURE DE FRANCE.
» Général Méager que l'Electeur fon Maître avoi
envoyé vers vous avec des lettres : enfin que de
»telles hoftilités ont obligé le Roi de Pologne :
Electeur de Saxe , d'abandonner ſa réfidence ce
»Drefde , & d'aller chercher avec les troupes un
»azyle , qui pût affurer fa liberté d'Etat de l'Emmpire.
De plus, la Déclaration que V. M. a fait
»publier à Berlin , ne nous a pas permis d'igno-
»rer, que fes grands préparatifs de guerre étoient
deftinés contre les Etats Royaux & Electoraнx
» de Boheme , & qu'Elle alloit envahir encore
» d'autres Provinces de l'Empire . V. M. doit
>> reconnoître d'Elle - même que des vexations
>>auffi inouis contre l'Electorat de Saxe , les vio-
»lences & les pillages de vos troupes , leurs mena-
Dces de ravager tout par le fer & par le feu , la
» marche annoncée contre d'autres Etars , font
directement oppofées aux Loix de l'Empire. Ces
»entrepriſes bleffant notre autorité Impériale & la
»dignité de l'Empire , & renverfant toute la Confwtitution
du Corps Germanique , Nous nous
voyons indifpenfablement obligés , en vertu de
»notre Office Impérial , de remplir ce qu'exigent
» de nous l'adminiſtration de l'autorité qui nous
»a été confiée ; les Libertés de l'Allemagne ; la
> fûreté commune de tous les Etats de l'Empire ;
>>la tranquillité publique ; & les fermens folem-
»nels que nous avons faits d'obferver notre Ca-
»pitulation Impériale. A ces Cauſes , & par la
»plénitude de notre Pouvoir , nous commandons
très-férieufement à Votre Majefté , de faire ceffer
>> incontinent toutes violences contraires au repos
»public , & de renoncer à toute invaſion dans l'E-
>>lectorat de Saxe & dans d'autres pays de l'Allemagne.
Nous vous enjoignons de retirer vos
troupes fans aucun délai , & de ceffer des armeNOVEMBRE
. 1756. 189
X
mens dangereux pour la fûreté générale de l'Em-
» pire ; de réparer tous les dommages commis
» de reftituer ce qui a été pris ; & de nous infor-
» mer de l'exactitude avec laquelle vous aurez exécuté
ces ordres. Donné à Vienne , le 13 Septem
» bre 17:56. ”
Le Décret envoyé à la Diete par l'Empereur ,
n'eft pas conçu dans des termes moins forts . Il finit
ainfi . « Comme il ne faut rien négliger pour
>> arrêter le cours du défordre , & que le preflant
» danger où le trouve l'Electeur de Saxe , exige
>> une très prompte affiftance , on rappelle tous les
Habitans ou Naturels de l'Empire , qui font em,
» ployés au fervice & à la préfente expédition du
» Roi de Pruffe Electeur de Brandebourg. On re-
» commande auffi à tous les Cercles de l'Empire
de fecourir promptement la Paitie fouffrante
»comme il eft de leur devoir , & de ne pas per-
»mettre que dans leurs Diftricts il foit fait aucunes
levées pour l'Aggreffeur. S. M. Impériale ne
doute pas que ces Cercles ne voient d'eux mê-
» mes le péril qui menace chaque Etat en parti-
> culier & tout l'Empire en général. Certainement
»ils prévoient les maux qui réfulteroient d'un
bouleverſement total du Corps Germanique . Ils
»conçoivent qu'après la ruine des principaux
Etats , il ne refteroit aux autres que d'éprouver
»le même fort ; & que , l'occaſion le préfentant
Oppreffeur ne manqueroit pas de leur ravir
leurs Poffeffions , leurs Droits , leurs Libertés ,
& ( ce que les Membres de l'Empire ont de plus
»précieux ) , leur indépendance de leurs Co -Etats.
Ainfi S. M Impériale eft perfuadée que , fur des
>conſidérations fi importantes , ils fecoureront
de tout leur pouvoir l'Etat qui a été le premier
Denvahi, afin de prévenir le malheur de l'être eux190
MERCURE DE FRANCE.
» mêmes dans la fuite . Cependant comme d'un côré
les arrangemens concernant ce lecours exi-
» gent une nouvelle Ordonnance de l'Empire , &
» que de l'autre il est néceffaire de prendre des mefures
pour mettre déformais l'Allemagne en fû-
» reté , S. M. Imp. n'a pas voulu différer d'expo-
»fer , ainfi qu'Elle fait par la Préfente , aux Elec-
>> teurs , Princes & Etats , le danger éminent dont
>>l'Empire eft menacé , & ce qu'Elle a fair pour
mécarter l'orage. Elle leur déclare en même temps,
qu'elle défire d'eux qu'ils fe réuniffent inceffa
ment pour contribuer aux fecours qui doivent
Dêtre fournis , & qu'ils faffent part de leur délibé-
>> ration à S. M. Imp. , afin qu'on prenne de con-
» cert une réfolution ferme & Patriotique . Signé à
Vienne , le 14 Septembre 1756. »
la
Dans une nouvelle Déclaration qui paroît de
part du Roi de Pruffe , il eft dit : Que l'état de
profpérité , où la Maifon Electorale de Brandebourg
fe trouve depuis le commencement de ce
fiecle , & le zele de cette Maifon pour le maintien
des droits de l'Empire, & pour l'intérêt de la cauſe
Proteftante , ont excité contre S. M. Pruffienne
les vues de la Cour de Vienne , & ont animé cette
Cour à former des entreprifes pour l'affoiblir ;
que la Cour de Drefde n'a pu diffimuler non plus
fa façon de penfer à cet égard , & les fentimens
de haine qu'elle portoit à S. M. Pruffienne ; que
ces difpofitions des deux Cours ont produit entre
elles un concert de mefures qui tendoient à l'écrafer
, Elle & fa Maiſon Electorale , ou du moins
à la mettre dans un état de médiocrité , qui la
réduisit au rang des Electeurs les moins puiffans
de l'Empire ; qu'on s'étoit proposé de parvenir à
ce but , en commençant par la dépouiller des
acquifitions dont la divine Providence a couronné
NOVEMBRE . 1756 . 191
fon zele pour la gloire & les véritables intérêts
du Corps Germanique . Le Baron de Plotho , Miaiftre
du Roi de Pruffe à la Diete , en remettant
cette Déclaration aux autres Miniftres qui compofent
cette affemblée , a ajouté : « Que comme
on avoit mis le Roi fon Maître dans la néceffité
de ne plus ufer de ménagemens fur les découvertes
qu'il a faites au fujet des intentions des
> Cours de Vienne & de Drefde , S. M. Pruf-
>fienne ne tarderoit pas à mettre au jour les
preuves qu'Elle avoit en main du projet médité
par ces deux Cours pour la fubverfion de la
Maifon Electorale de Brandebourg , & pour
lui faire fubir le joug qui menaçoit en même
temps le reste de l'Empire. »
DE DRESDE , le 4 Octobre.
On reçut avant-hier la nouvelle de la bataille
qui s'eft donnée le premier de ce mois dans la
plaine de Welmina , entre l'armée Autrichienne
commandée par le Feld - Maréchal de Browne , &
celle à la tête de laquelle eft le Roi de Pruffe.
Les troupes de part & d'autre ont combattu avec
une valeur extraordinaire , & l'action a été des
plus fanglantes. Diverfes lettres font monter la
perte des Pruffiens au double de celle des Autri➡
chiens. Les premiers ont commandé quatre cens
charriots , & enlevé de tous côtés des chevaux
pour conduire ici leurs bleffés . Entre les Officiers
de marque qui ont été tués dans l'armée du Roi
de Pruffe , on compte les Généraux de Kleift &
de Forcade , & les ieurs de Luderitz , d'Oertz , de
Driefen & de Quadt , Majors Généraux. La nuit
qui a fuivi l'action , chacune des deux armées a
couché fur le terrein qu'elle occupoit avant le
192 MERCURE DE FRANCE.
combat. Le lendemain , les Pruffiens font revenus
àleur camp près d'Auffig. Le Roi de Prufle s'attribuant
, ainfi que les Autrichiens , l'avantage de
la bataille , fit chanter avant- hier le Te Deum
dans ce camp , au bruit d'une triple falve d'artillerie
& de moufqueterie. Ce Prince fe rendit le
même jour à Gros- Sedlitz , où eft le principal
quartier des troupes qui bloquent le camp de
Pirna. Sa Majefté Prullienne a ordonné de lever
vingt-deux mille hommes de recrues dans cet
Electorat , & tout le pays fe trouve dans un tel
épuifement , que plufieurs Payfans prennent volontairement
le parti du fervice . L'armée Saxonne
a reçu de Boheme par l'Elbe un convoi de vivres.
Le fieur de Groffe , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , communiqua le 23 du
mois dernier aux Miniftres Etrangers qui font en
cette Ville , une Déclaration datée du 4 , & portant
en ſubſtance : « Que comme S. M. Impériale
»de Ruffie dans les préparatifs qu'Elle avoit or
»donné de faire au printemps dernier , n'avoit eu
»pour but que de fe mettre en état de remplir fes
Dengagemens avec les Alliés , fuppofé que quel-
» qu'un d'eux fût attaqué , ces préparatifs de terre
& de mer avoient été fufpendus , auffi- tôt qu'on
avoit pu ſe flatter , que ce cas n'exifteroit pas de
»quelques temps , afin que tout l'Univers pût
Dêtre convaincu que S. M. Imp . Cz. étoit auffi
néloignée de mettre l'Europe en allarme fans une
»néceffité extrême , qu'Elle étoit difpofée à fe-
» courir fes Alliés , lorſqu'ils étoient menacés d'at
taque . Que loin de reconnoître les fentimens de
wcette Princeffe à cet égard , le Roi de Pruffe ,
quoiqu'il fût demeuré tranquille pendant les
»préparatifs de la Ruffie , & même quelque temps
après qu'on les eût ceffés , avoit commencé à
»faire
NOVEMBRE . 1756. 193
faire tout d'un coup de fi puiffans armemens ,
qu'ils avoient donné lieu d'appréhender que le
feu d'une guerre n'éclatât inceffamment . Que
» cependant , pour ne pas multiplier les craintes ,
» & ne pas fournir à S. M. Pr. un prétexte appa-
>> rent de troubler la tranquillité publique, la Ruffie
s'étoit abftenue de faire aucun nouveau mouve-
» ment , dans l'efperance que le Roi de Pruffe ,
imitant cet exemple , ne voudroit pas être auteur
» de la renaiffance des troubles . Mais que ce Prin-
>> ce ayant continué d'armer de toutes les forces ,
» fans le moindre relâche , & fans en alléguer
d'autre raiſon que l'idée qu'il s'étoit formée
» d'avoir une attaque à craindre , il avoit parlà
» donné fuffisamment à connoître qu'il ne cher-
>> choit qu'un prétexte pour troubler le repos de
» l'Europe. Qu'il eft conftant en effet , que lorfque
le Roi de Pruffe a preffé fes armemens avec
» le plus d'ardeur , ceux de la Ruſſie avoient ceffé
» depuis longtems , & que ceux de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme n'ont commencé,
que lorfque les mouvemens fucceffifs
>>des Pruffiens & l'augmentation de leurs forces
» ont donné lieu de craindre pour la Boheme
»& pour la Moravie , d'autant plus qu'on n'igno-
»roit pas le mécontentement que le Roi de Pruffe
» avoit conçu de la conclufion du Traité de Ver
failles , quoique ce Prince , en concluant celui
qu'il a fait avec la Grande-Bretagne , n'eût
guere paru fe metre en peine de ce qu'on pour-
»roit en penfer à la Cour de Vienne. Qu'il eft
» donc évident , comme il le paroît à S. M. Imp.
» Cz. , que le Roi de Pruffe doit être confidéré
>>comme le premier auteur des troubles qui vone
»éclorre , quoiqu'il ait affecté de publier qu'il
n'avoit pris toutes ces mesures que pour fe
IS
194 MERCURE DE FRANCE.
»défendre contre fes ennemis , lefquels n'ont
»exifté que dans la fuppofition qu'il en a faite .
Que c'eft néanmoins fur cette fuppofition qu'il
» s'eft cru en droit de faire demander à l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme une
explication , de même que fur les préparatifs
»de cette Princeffe , en ajoutant à cette demande
que fi la réponſe n'étoit pas à fon gré , il protef-
»toit devant Dieu qu'il ne feroit pas refponfable
des fuites qui en réfulteroient. Qu'attendu tou
»tes ces circonftances , l'Impératrice de Ruffie ne
peut cacher plus long - temps les véritables fentimens
dont Elle eft remplie à cet égard , ni
s'empêcher de déclarer , que comme Elle ne
»peut regarder d'un oeil indifférent toute invafion
» qui feroit faite dans les Etats de fes Alliés , par-
»ticuliérement dans les Etats de l'Impératrice
»Reine de Hongrie , & dans les Etats Electoraux
» de Saxe , Elle fournira un prompt & puiſſant
fecours à la Puiffance injuftement attaquée , &
qu'Elle ne fe croira nullement reſponſable des
»fuites que la conduite préfente & menaçante du
Roi de Pruffe entraînera après elle. »>
D
DE BERLIN , le 6 Octobre.
Le 3 de ce mois au matin , le fieur d'Oppen ,
Aide de Camp du Roi , arriva de Boheme , précédé
de quatorze Poftillons fonnant du Cor . Cet Officier
a remis aux deux Reines des lettres , par
lefquelles Sa Majefté informe ces Princeffes des
principaux détails de la bataille du premier de
ce mois. Le Prince François de Brunfwic vient
d'être fait Major Général .
Cette Cour a fait affurer les Puiffances , dont
les Sujets ont des fonds dans la Steur , qu'ils
NOVEMBRE. 1756. 195
recevront le paiement de leurs arrérages aux
termes de l'échéance , fans qu'il foit rien changé
aux arrangemens pris à cet égard . Sa Majefté
a fait donner en particulier les plus fortes affurances
fur cet article aux Etats Generaux des Provinces-
Unies.
DE VIENNE , le 25 Septembre.
On a fait pendant trois jours dans toutes les
Eglifes , des prieres publiques pour la profpérité
des Amesde l'Impératrice keine. Cette Princeffe
a ordonné que les Chambres de fes Finances fourniffent
sing kieutzers par jour pour chacun des
garçons , depuis l'age de huit ans jufqu'à feize ,
qui doivent être transférés de Boheme en Autriche.
Ceux depuis feize ans jufqu'à quarante- cinq ,
formeront un Corps de Milices. Ils auront fept
kreutzers de paie par jour , & on leur donnera
186 MERCURE DE FRANCE.
un uniforme. Lorfque la tranquillité ſera rendue
à l'Allemagne , on les renverra chez eux .
DE PRESBOURG , le 26 Septembre.
En attendant les réfolutions que les Etats de
Hongrie prendront pour fournir à l'Impératrice
Reine les fecours néceffaires dans la conjoncture
préfente , plufieurs Seigneurs ont fait éclater d'avance
le zele dont ils font animés. La Maiſon
d'Efterhafi a donné l'exemple , & elle a offert la
premiere de lever à fes dépens un Régiment.
Quelques autres des Maifons les plus confidérables
de ce Royaume ont fait la même offre . Elles
ont été imitées par divers Evêques & riches Bénéficiers.
Du Quartier Général du Prince Picolemini à
Spalena-Lhotka , le 29 Septembre 1756 .
Le Baron de Buccow , Lieutenant - Feld- Maréchal
, qui étoit en avant pour obferver les monvemens
du Feld- Maréchal de Schwerin , ayant
appris que ce Général s'avançoit en forces , fe
replia fur Slavietin , enfuite à Oberb'eff , & le
21 il fe pofta derriere le pont de Schmirlitz. Le
22 il détacha le Baron Lufinski , Colonel Commandant
du Régiment de Feftetitz , avec quatre
cens Dragons des Régimens de Bathiani & de
Collowrath , & cent cinquante Huffards pour inquiéter
les ennemis. A la pointe du jour , le
Baron Lufinsky découvrit quelques E'cadrons
Pruffiens. Il les fit attaquer par fes Huffards. Les
Dragons de Bathiani & de Collowrath , fans attendre
l'ordre , donnerent de leur côté avec fureur.
Les Escadrons ennemis furent culbutés . Leur
perte monte à trois cens hommes , & on leur a
NOVEMBRE . 1756. 187
fait plufieurs prifonniers . Du côté des Autrichiens,
il eft reſté cent vingt Dragons ou Huffards fur le
champ de bataille. Aujourd'hui les troupes du
-Feld - Maréchal de Schwerin ont fait un grand
fourrage. Le Régiment de Bethléem entra hier
dans notre camp.
DE RATISBONNE , le 7 Octobre.
Voici l'Extrait du Refcrit que l'Empereur a addreffé
au Roi de Pruffe. « Nous François , par la
» grace de Dieu , Empereur des Romains , &c.
» Non feulement il eft notoire à tout l'Empire ,
mais il nous a été repréſenté par S. M. le Roi
» de Pologne Electeur de Saxe , que V. M. Electeur
» de Brandebourg étoit tombée hoftilement , par
» deux endroits , fur les Etats Electoraux de Saxe
avec une armée d'environ foixante mille hom-
» mes ; qu'Elle s'étoit emparée de la plus grande
partie de ces Etats ; que dès que vos troupes y
» furent entrées , elles commencerent par exiger
> du pays une quantité de livraiſons , qui alloit
beaucoup au-delà de fes facultés ; qu'on enleva
» aux Sujets leur bétail , leurs chevaux & leurs Va-
>>lets : qu'on s'empara de Léipfick , ainfi que des
> autres Villes ; qu'on faifit & dépouilla toutes les
caifles; qu'il fut défendu , fous peine de la vie ,
» à tous les Caifliers , Confeillers de Ville ,
» Marchands & autres Sujets , de rien payer dé-
»formais à l'Electeur de Saxe , & qu'ils eurent
>>ordre de remettre à Votre Majefté toutes les rentes
, accifes , tailles , & autres impôts du pays.
» que V. M. a fait prifonniers tous les Militaires
ɔɔde l'Electorat , qui font tombés en votre puif-
» fance ; & que même , contre le droit des gens ,
won a retenu plufieurs jours , comme tel , le
ISS MERCURE DE FRANCE.
» Général Méager que l'Electeur fon Maître avoi
envoyé vers vous avec des lettres : enfin que de
»telles hoftilités ont obligé le Roi de Pologne :
Electeur de Saxe , d'abandonner ſa réfidence ce
»Drefde , & d'aller chercher avec les troupes un
»azyle , qui pût affurer fa liberté d'Etat de l'Emmpire.
De plus, la Déclaration que V. M. a fait
»publier à Berlin , ne nous a pas permis d'igno-
»rer, que fes grands préparatifs de guerre étoient
deftinés contre les Etats Royaux & Electoraнx
» de Boheme , & qu'Elle alloit envahir encore
» d'autres Provinces de l'Empire . V. M. doit
>> reconnoître d'Elle - même que des vexations
>>auffi inouis contre l'Electorat de Saxe , les vio-
»lences & les pillages de vos troupes , leurs mena-
Dces de ravager tout par le fer & par le feu , la
» marche annoncée contre d'autres Etars , font
directement oppofées aux Loix de l'Empire. Ces
»entrepriſes bleffant notre autorité Impériale & la
»dignité de l'Empire , & renverfant toute la Confwtitution
du Corps Germanique , Nous nous
voyons indifpenfablement obligés , en vertu de
»notre Office Impérial , de remplir ce qu'exigent
» de nous l'adminiſtration de l'autorité qui nous
»a été confiée ; les Libertés de l'Allemagne ; la
> fûreté commune de tous les Etats de l'Empire ;
>>la tranquillité publique ; & les fermens folem-
»nels que nous avons faits d'obferver notre Ca-
»pitulation Impériale. A ces Cauſes , & par la
»plénitude de notre Pouvoir , nous commandons
très-férieufement à Votre Majefté , de faire ceffer
>> incontinent toutes violences contraires au repos
»public , & de renoncer à toute invaſion dans l'E-
>>lectorat de Saxe & dans d'autres pays de l'Allemagne.
Nous vous enjoignons de retirer vos
troupes fans aucun délai , & de ceffer des armeNOVEMBRE
. 1756. 189
X
mens dangereux pour la fûreté générale de l'Em-
» pire ; de réparer tous les dommages commis
» de reftituer ce qui a été pris ; & de nous infor-
» mer de l'exactitude avec laquelle vous aurez exécuté
ces ordres. Donné à Vienne , le 13 Septem
» bre 17:56. ”
Le Décret envoyé à la Diete par l'Empereur ,
n'eft pas conçu dans des termes moins forts . Il finit
ainfi . « Comme il ne faut rien négliger pour
>> arrêter le cours du défordre , & que le preflant
» danger où le trouve l'Electeur de Saxe , exige
>> une très prompte affiftance , on rappelle tous les
Habitans ou Naturels de l'Empire , qui font em,
» ployés au fervice & à la préfente expédition du
» Roi de Pruffe Electeur de Brandebourg. On re-
» commande auffi à tous les Cercles de l'Empire
de fecourir promptement la Paitie fouffrante
»comme il eft de leur devoir , & de ne pas per-
»mettre que dans leurs Diftricts il foit fait aucunes
levées pour l'Aggreffeur. S. M. Impériale ne
doute pas que ces Cercles ne voient d'eux mê-
» mes le péril qui menace chaque Etat en parti-
> culier & tout l'Empire en général. Certainement
»ils prévoient les maux qui réfulteroient d'un
bouleverſement total du Corps Germanique . Ils
»conçoivent qu'après la ruine des principaux
Etats , il ne refteroit aux autres que d'éprouver
»le même fort ; & que , l'occaſion le préfentant
Oppreffeur ne manqueroit pas de leur ravir
leurs Poffeffions , leurs Droits , leurs Libertés ,
& ( ce que les Membres de l'Empire ont de plus
»précieux ) , leur indépendance de leurs Co -Etats.
Ainfi S. M Impériale eft perfuadée que , fur des
>conſidérations fi importantes , ils fecoureront
de tout leur pouvoir l'Etat qui a été le premier
Denvahi, afin de prévenir le malheur de l'être eux190
MERCURE DE FRANCE.
» mêmes dans la fuite . Cependant comme d'un côré
les arrangemens concernant ce lecours exi-
» gent une nouvelle Ordonnance de l'Empire , &
» que de l'autre il est néceffaire de prendre des mefures
pour mettre déformais l'Allemagne en fû-
» reté , S. M. Imp. n'a pas voulu différer d'expo-
»fer , ainfi qu'Elle fait par la Préfente , aux Elec-
>> teurs , Princes & Etats , le danger éminent dont
>>l'Empire eft menacé , & ce qu'Elle a fair pour
mécarter l'orage. Elle leur déclare en même temps,
qu'elle défire d'eux qu'ils fe réuniffent inceffa
ment pour contribuer aux fecours qui doivent
Dêtre fournis , & qu'ils faffent part de leur délibé-
>> ration à S. M. Imp. , afin qu'on prenne de con-
» cert une réfolution ferme & Patriotique . Signé à
Vienne , le 14 Septembre 1756. »
la
Dans une nouvelle Déclaration qui paroît de
part du Roi de Pruffe , il eft dit : Que l'état de
profpérité , où la Maifon Electorale de Brandebourg
fe trouve depuis le commencement de ce
fiecle , & le zele de cette Maifon pour le maintien
des droits de l'Empire, & pour l'intérêt de la cauſe
Proteftante , ont excité contre S. M. Pruffienne
les vues de la Cour de Vienne , & ont animé cette
Cour à former des entreprifes pour l'affoiblir ;
que la Cour de Drefde n'a pu diffimuler non plus
fa façon de penfer à cet égard , & les fentimens
de haine qu'elle portoit à S. M. Pruffienne ; que
ces difpofitions des deux Cours ont produit entre
elles un concert de mefures qui tendoient à l'écrafer
, Elle & fa Maiſon Electorale , ou du moins
à la mettre dans un état de médiocrité , qui la
réduisit au rang des Electeurs les moins puiffans
de l'Empire ; qu'on s'étoit proposé de parvenir à
ce but , en commençant par la dépouiller des
acquifitions dont la divine Providence a couronné
NOVEMBRE . 1756 . 191
fon zele pour la gloire & les véritables intérêts
du Corps Germanique . Le Baron de Plotho , Miaiftre
du Roi de Pruffe à la Diete , en remettant
cette Déclaration aux autres Miniftres qui compofent
cette affemblée , a ajouté : « Que comme
on avoit mis le Roi fon Maître dans la néceffité
de ne plus ufer de ménagemens fur les découvertes
qu'il a faites au fujet des intentions des
> Cours de Vienne & de Drefde , S. M. Pruf-
>fienne ne tarderoit pas à mettre au jour les
preuves qu'Elle avoit en main du projet médité
par ces deux Cours pour la fubverfion de la
Maifon Electorale de Brandebourg , & pour
lui faire fubir le joug qui menaçoit en même
temps le reste de l'Empire. »
DE DRESDE , le 4 Octobre.
On reçut avant-hier la nouvelle de la bataille
qui s'eft donnée le premier de ce mois dans la
plaine de Welmina , entre l'armée Autrichienne
commandée par le Feld - Maréchal de Browne , &
celle à la tête de laquelle eft le Roi de Pruffe.
Les troupes de part & d'autre ont combattu avec
une valeur extraordinaire , & l'action a été des
plus fanglantes. Diverfes lettres font monter la
perte des Pruffiens au double de celle des Autri➡
chiens. Les premiers ont commandé quatre cens
charriots , & enlevé de tous côtés des chevaux
pour conduire ici leurs bleffés . Entre les Officiers
de marque qui ont été tués dans l'armée du Roi
de Pruffe , on compte les Généraux de Kleift &
de Forcade , & les ieurs de Luderitz , d'Oertz , de
Driefen & de Quadt , Majors Généraux. La nuit
qui a fuivi l'action , chacune des deux armées a
couché fur le terrein qu'elle occupoit avant le
192 MERCURE DE FRANCE.
combat. Le lendemain , les Pruffiens font revenus
àleur camp près d'Auffig. Le Roi de Prufle s'attribuant
, ainfi que les Autrichiens , l'avantage de
la bataille , fit chanter avant- hier le Te Deum
dans ce camp , au bruit d'une triple falve d'artillerie
& de moufqueterie. Ce Prince fe rendit le
même jour à Gros- Sedlitz , où eft le principal
quartier des troupes qui bloquent le camp de
Pirna. Sa Majefté Prullienne a ordonné de lever
vingt-deux mille hommes de recrues dans cet
Electorat , & tout le pays fe trouve dans un tel
épuifement , que plufieurs Payfans prennent volontairement
le parti du fervice . L'armée Saxonne
a reçu de Boheme par l'Elbe un convoi de vivres.
Le fieur de Groffe , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , communiqua le 23 du
mois dernier aux Miniftres Etrangers qui font en
cette Ville , une Déclaration datée du 4 , & portant
en ſubſtance : « Que comme S. M. Impériale
»de Ruffie dans les préparatifs qu'Elle avoit or
»donné de faire au printemps dernier , n'avoit eu
»pour but que de fe mettre en état de remplir fes
Dengagemens avec les Alliés , fuppofé que quel-
» qu'un d'eux fût attaqué , ces préparatifs de terre
& de mer avoient été fufpendus , auffi- tôt qu'on
avoit pu ſe flatter , que ce cas n'exifteroit pas de
»quelques temps , afin que tout l'Univers pût
Dêtre convaincu que S. M. Imp . Cz. étoit auffi
néloignée de mettre l'Europe en allarme fans une
»néceffité extrême , qu'Elle étoit difpofée à fe-
» courir fes Alliés , lorſqu'ils étoient menacés d'at
taque . Que loin de reconnoître les fentimens de
wcette Princeffe à cet égard , le Roi de Pruffe ,
quoiqu'il fût demeuré tranquille pendant les
»préparatifs de la Ruffie , & même quelque temps
après qu'on les eût ceffés , avoit commencé à
»faire
NOVEMBRE . 1756. 193
faire tout d'un coup de fi puiffans armemens ,
qu'ils avoient donné lieu d'appréhender que le
feu d'une guerre n'éclatât inceffamment . Que
» cependant , pour ne pas multiplier les craintes ,
» & ne pas fournir à S. M. Pr. un prétexte appa-
>> rent de troubler la tranquillité publique, la Ruffie
s'étoit abftenue de faire aucun nouveau mouve-
» ment , dans l'efperance que le Roi de Pruffe ,
imitant cet exemple , ne voudroit pas être auteur
» de la renaiffance des troubles . Mais que ce Prin-
>> ce ayant continué d'armer de toutes les forces ,
» fans le moindre relâche , & fans en alléguer
d'autre raiſon que l'idée qu'il s'étoit formée
» d'avoir une attaque à craindre , il avoit parlà
» donné fuffisamment à connoître qu'il ne cher-
>> choit qu'un prétexte pour troubler le repos de
» l'Europe. Qu'il eft conftant en effet , que lorfque
le Roi de Pruffe a preffé fes armemens avec
» le plus d'ardeur , ceux de la Ruſſie avoient ceffé
» depuis longtems , & que ceux de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme n'ont commencé,
que lorfque les mouvemens fucceffifs
>>des Pruffiens & l'augmentation de leurs forces
» ont donné lieu de craindre pour la Boheme
»& pour la Moravie , d'autant plus qu'on n'igno-
»roit pas le mécontentement que le Roi de Pruffe
» avoit conçu de la conclufion du Traité de Ver
failles , quoique ce Prince , en concluant celui
qu'il a fait avec la Grande-Bretagne , n'eût
guere paru fe metre en peine de ce qu'on pour-
»roit en penfer à la Cour de Vienne. Qu'il eft
» donc évident , comme il le paroît à S. M. Imp.
» Cz. , que le Roi de Pruffe doit être confidéré
>>comme le premier auteur des troubles qui vone
»éclorre , quoiqu'il ait affecté de publier qu'il
n'avoit pris toutes ces mesures que pour fe
IS
194 MERCURE DE FRANCE.
»défendre contre fes ennemis , lefquels n'ont
»exifté que dans la fuppofition qu'il en a faite .
Que c'eft néanmoins fur cette fuppofition qu'il
» s'eft cru en droit de faire demander à l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme une
explication , de même que fur les préparatifs
»de cette Princeffe , en ajoutant à cette demande
que fi la réponſe n'étoit pas à fon gré , il protef-
»toit devant Dieu qu'il ne feroit pas refponfable
des fuites qui en réfulteroient. Qu'attendu tou
»tes ces circonftances , l'Impératrice de Ruffie ne
peut cacher plus long - temps les véritables fentimens
dont Elle eft remplie à cet égard , ni
s'empêcher de déclarer , que comme Elle ne
»peut regarder d'un oeil indifférent toute invafion
» qui feroit faite dans les Etats de fes Alliés , par-
»ticuliérement dans les Etats de l'Impératrice
»Reine de Hongrie , & dans les Etats Electoraux
» de Saxe , Elle fournira un prompt & puiſſant
fecours à la Puiffance injuftement attaquée , &
qu'Elle ne fe croira nullement reſponſable des
»fuites que la conduite préfente & menaçante du
Roi de Pruffe entraînera après elle. »>
D
DE BERLIN , le 6 Octobre.
Le 3 de ce mois au matin , le fieur d'Oppen ,
Aide de Camp du Roi , arriva de Boheme , précédé
de quatorze Poftillons fonnant du Cor . Cet Officier
a remis aux deux Reines des lettres , par
lefquelles Sa Majefté informe ces Princeffes des
principaux détails de la bataille du premier de
ce mois. Le Prince François de Brunfwic vient
d'être fait Major Général .
Cette Cour a fait affurer les Puiffances , dont
les Sujets ont des fonds dans la Steur , qu'ils
NOVEMBRE. 1756. 195
recevront le paiement de leurs arrérages aux
termes de l'échéance , fans qu'il foit rien changé
aux arrangemens pris à cet égard . Sa Majefté
a fait donner en particulier les plus fortes affurances
fur cet article aux Etats Generaux des Provinces-
Unies.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, des prières publiques ont été organisées pendant trois jours pour la prospérité de l'âme de l'Impératrice Reine. Cette dernière a ordonné aux Chambres des Finances de fournir six kreutzers par jour pour chaque garçon âgé de huit à seize ans, transférés de Bohême en Autriche. Les jeunes âgés de seize à quarante-cinq ans formeront un corps de milices, recevront sept kreutzers de paie par jour et un uniforme, et seront renvoyés chez eux une fois la tranquillité rétablie. À Presbourg, plusieurs seigneurs ont offert de lever des régiments à leurs frais, imités par divers évêques et riches bénéficiaires. Le Baron de Buccow, Lieutenant-Feld-Maréchal, s'est replié face aux forces du Feld-Maréchal de Schwerin. Le Baron Lufinski a attaqué des escadrons prussiens, causant des pertes significatives. L'Empereur a adressé un écrit au Roi de Prusse, dénonçant les hostilités prussiennes en Saxe, les pillages et les exactions. Il a commandé au Roi de Prusse de cesser ces violences, de retirer ses troupes et de réparer les dommages. La Diète impériale a été informée du danger menaçant l'Empire et appelée à secourir l'Électorat de Saxe. Le Roi de Prusse a publié une déclaration accusant les cours de Vienne et de Dresde de conspirer contre la Maison Electorale de Brandebourg. Une bataille a eu lieu entre les armées autrichienne et prussienne, avec des pertes lourdes des deux côtés. Le Roi de Prusse a ordonné de lever des recrues en Saxe, malgré l'épuisement du pays. La Russie a suspendu ses préparatifs militaires, espérant éviter la guerre, mais le Roi de Prusse a continué d'armer. Le texte mentionne également les tensions croissantes en Europe, particulièrement entre le Roi de Prusse et l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême. Le Roi de Prusse est considéré comme le principal instigateur des troubles, bien qu'il ait prétendu agir en défense contre des ennemis supposés. L'Impératrice de Russie a déclaré qu'elle fournirait un soutien rapide et puissant à toute puissance injustement attaquée, notamment les États de l'Impératrice Reine de Hongrie et les États électoraux de Saxe. Le 3 octobre, le sieur d'Oppen, Aide de Camp du Roi de Prusse, a apporté des lettres aux deux Reines détaillant la bataille du 1er octobre. La Cour de Prusse a également assuré les puissances ayant des fonds dans la Steur qu'ils recevraient le paiement de leurs arrérages aux termes prévus.
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900
p. 195-196
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Nous avons appris, par un Paquebot que le Général London a [...]
Mots clefs :
Londres, Français, Fort d'Oswego, Siège, Lac Ontario, Amiral Norris, Vaisseaux de guerre, Emprunt, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 12 Octobre.
Nous avons appris , par un Paquebot que le
Général London a expédié de la Nouvelle Yorck ,
la fàcheufe nouvelle , que les François , ayant affiégé
dans le mois d'Août le Fort d'Ofwego , s'en
font rendus maîtres , après quelques jours d'une vigoureuſe
réſiſtance. Ce Fort eft fitué fur le Lac Ontario.
La Nation n'en poffede point d'autre dans
ces cantons. Ses établiſſemens vont fe trouver déformais
fort éloignés des Lacs ; & cette perte eft
regardée avec railon comme une des plus intéreſ
fantes qu'elle pût faire , tant pour fon commerce,
que relativement aux entrepriſes projettées contre
les François. L'Amiral Norris , avec les quatre
Vaiffeaux de guerre dont il a le commandement
eft arrivé à Plymouth.
Le Knès Gallitzin , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , a déclaré , dit- on , au
Miniftere , que cette Princeffe ne pouvoit fe dif
penfer de fournir à l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme les fecours ftipulés par les Traités
, qui fubfiftent entre les deux Puiances . On
prétend que le Parlement accordera pour l'année
prochaine un Subfide de onze millions fterlings.
Le Gouvernement a commencé de prendre à l'Echiquier
un emprunt de cinq cens mille livres
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fterlings , à raifon de trois & demi pour cent
d'intérêt,
Si l'on en croit le bruit public , Sa Majefté
a fait payer par le Tréfor de fon Electorat de
Hanovre un million de livres fterlings au Roi
de Pruffe , afin de mettre ce Prince en état de
fuivre le plan concerté entre les deux Puiffances
pour parvenir à l'exécution de leurs vues reſpectives
. Les fommes que cette Cour & celle de Berlin
avoient à répéter l'une fur l'autre , font entièrement
liquidées . On affure que fi les Etats de
Roi en Allemagne font attaqués , Sa Majefté
fera d'abord la réquifition formelle du Corps de
cinquante cinq mille hommes , que l'Impératrice
de Ruffic s'eft engagée par le Traité de l'année
derniere , de faire paffer à la folde de la Grande-
Bretagne.
DE LONDRES , le 12 Octobre.
Nous avons appris , par un Paquebot que le
Général London a expédié de la Nouvelle Yorck ,
la fàcheufe nouvelle , que les François , ayant affiégé
dans le mois d'Août le Fort d'Ofwego , s'en
font rendus maîtres , après quelques jours d'une vigoureuſe
réſiſtance. Ce Fort eft fitué fur le Lac Ontario.
La Nation n'en poffede point d'autre dans
ces cantons. Ses établiſſemens vont fe trouver déformais
fort éloignés des Lacs ; & cette perte eft
regardée avec railon comme une des plus intéreſ
fantes qu'elle pût faire , tant pour fon commerce,
que relativement aux entrepriſes projettées contre
les François. L'Amiral Norris , avec les quatre
Vaiffeaux de guerre dont il a le commandement
eft arrivé à Plymouth.
Le Knès Gallitzin , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , a déclaré , dit- on , au
Miniftere , que cette Princeffe ne pouvoit fe dif
penfer de fournir à l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme les fecours ftipulés par les Traités
, qui fubfiftent entre les deux Puiances . On
prétend que le Parlement accordera pour l'année
prochaine un Subfide de onze millions fterlings.
Le Gouvernement a commencé de prendre à l'Echiquier
un emprunt de cinq cens mille livres
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
fterlings , à raifon de trois & demi pour cent
d'intérêt,
Si l'on en croit le bruit public , Sa Majefté
a fait payer par le Tréfor de fon Electorat de
Hanovre un million de livres fterlings au Roi
de Pruffe , afin de mettre ce Prince en état de
fuivre le plan concerté entre les deux Puiffances
pour parvenir à l'exécution de leurs vues reſpectives
. Les fommes que cette Cour & celle de Berlin
avoient à répéter l'une fur l'autre , font entièrement
liquidées . On affure que fi les Etats de
Roi en Allemagne font attaqués , Sa Majefté
fera d'abord la réquifition formelle du Corps de
cinquante cinq mille hommes , que l'Impératrice
de Ruffic s'eft engagée par le Traité de l'année
derniere , de faire paffer à la folde de la Grande-
Bretagne.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 12 octobre, des nouvelles de New York rapportent que les Français ont conquis le Fort d'Oswego après une résistance vigoureuse en août. Ce fort, situé sur le Lac Ontario, était la seule possession britannique dans la région, isolant ainsi les établissements britanniques des lacs. Cette perte est jugée significative pour le commerce britannique et les projets contre les Français. Par ailleurs, l'Amiral Norris est arrivé à Plymouth avec quatre vaisseaux de guerre. Le Prince Gallitzin, ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, a informé le ministère que l'Impératrice ne pouvait fournir les secours stipulés par les traités à l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême. Le Parlement britannique prévoit d'accorder un subside de onze millions de sterlings pour l'année prochaine. Le gouvernement a également lancé un emprunt de cinq cents mille livres sterlings à un taux d'intérêt de trois pour cent et demi. Selon des rumeurs, le roi de Grande-Bretagne aurait payé un million de livres sterlings au roi de Prusse pour soutenir un plan concerté entre les deux puissances. Les sommes à rembourser entre les cours de Londres et de Berlin sont entièrement liquidées. En cas d'attaque des États du roi en Allemagne, Sa Majesté britannique fera une requête formelle pour le corps de cinquante-cinq mille hommes que l'Impératrice de Russie s'est engagée à fournir à la Grande-Bretagne.
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