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1
p. 193-203
TRAITÉ CONCLU le 11. Avril 1713. à Utrech entre le Roy de France & le Duc de Savoye.
Début :
Ce Traité est composé de dix-neuf Articles, qui contiennent [...]
Mots clefs :
Paix, Amnistie, Restitution, Territoires , Cession, Succession, Fortifications, Arbitrage, Commerce, Frontières
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texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ CONCLU le 11. Avril 1713. à Utrech entre le Roy de France & le Duc de Savoye.
TRAITECONCLU
le 11.Avril1713.àUtrech
entre le Roy de France (2*
le Duc de Savoye.
Ce Traité est composé
de dix neuf Articles, qui
contiennent en substance
ce qui suit.
Les deux premiers.
Qu'il y aura une bonne
& inviolable Paix entre le
RoyTres Chrestien&Son
Altesse Royale deSavoye,
- leurs heritiers, successeurs
& Estats, avec cessation de
toutes hostilitez,&unoubli
3c amnistie de tout ce
qui s'est passé durant la
presente guerre. ,
Le3 &4.
Que le Roy immédiatement
après la ratification
du present Traité, restituëra
à Son Altesse Royale
le Duché de Savoye, le
Comté de Nice, avec leurs
appartenances, & dependancesen
l'estas où ils fè
trouvent. Sa Majesté luy
cede de plus la Vallée de
Pragela,avec les Forts d'Exilles
& de Fenestrelles, les
Vallées d'Oulx; de Sezane,
deBardonache &de Chasteau
-
Dauphin, & tout ce
qui est à l'eau pendante
des Alpes vers le Piémont: iSonAlccfTe Royalecedereciproquement
à Sa Majesté
laVallée deBarcelonete
& ses dépendances, de maniere
que les Sommets des
Alpes serviront à l'avenir
de limites entre la France,
le Piémont & le Comté de
: Nice
*
& les Plaines qui
font dessus feront parragées
de mesme
,
selon le
cours des eaux.
Le 5.Article.
Qu'il est dit que comme
il a estéconvenu entre leurs
Majestez Tres-Chrestienne
& Cat holique d'une
part, & Sa MajestéBritannique
de l'autre,que le Roy
Catholique ayant cedé à
SonAltesse Royale le Royaume
de Sicile & les Isles
qui en dépendent, Sa Majesté
Tres - Chrestienne
consent & veut que cette
cession fasse partie du present
Traité, & promet pour
elle & ses successeurs de ne
s'opposerny faire aucune
choie contraire à ladite ceision,
promettant toute aide
& secours pour son exécution,
& pour maintenir
envers & contre tous Son
Altesse Royale en possession
dece Royaume.
Article 6.
Quele Roy consent que
la declaration du Roy d'£C
pagne, qui au défaut de
ses descendants, assure la
succession de la Couronne
d'Espagne & des Indes à
Son Altesse Royale & aux
Princes de Savoye
,
ainsi
qu'à leurs descendants males,
nez en legitime Mariage,
soitb tenu pour une partie
essentielle de ce Traité,
conformément à TAste
fait par le Roy d'Espagne
le 5. Novembre 1711.àceluy
des Estats ou Cortés du 7.Novembre 1712. &aux
renonciations de Monseigneur
le Duc de Berry &
de Monsieur le Duc d'Orleans
des 19. & 24. Novembre
1712.. promettant d'employer
ses forces envers ôc
contre tous,pour l'exécution
de cet article.
Article 7.
.,
Qu'il a cité convenu que
les cessions faites par le feu
Empereur Leopold à Son
AltesseRoyale dans leTraité
fait entre eux le 8. Novembre
1703. de la partie
du Duché de Montferrat
que possedoit le feu Duc de
Mantouè , des Provinces
d'Alexandrie & de Valen-
, ce , avec toutes les terres
entre lePo & le Tanaro,
de laLomelline
,
de laVallée
de Sesia
,
du droit ou
exercice de droit sur les
Fiefs des Langbes, & le
Vigevanasque ou son équivalent,
resteront dans leur
force & vigueur,&auront
leur effet, sans queSonAltesTe
Royale y puisse (ltre
troublée, mesme par les
prétendants au Duché de
Montferrat,lesquels feront
indemnisezconformément
audit Traité du 8.
Novembre 1703. promettant
d'employer conjointement
avec la Reine de la
Grande Bretagne,ses offices
ôc ses forces pour le
maintien & la garantie du
contenu au present Article
: comme aussi que la
Sentence Arbitrale du 27.
Janvier 1712. demeurera
dans sa force & vigueur, ôc
que dans six mois, les mesures
feront prises par l'Arbitrage
des Puissances garantes
du Traité de 1703.
pour le payement des
creances de Son Altesse
Royale.
Article 8.
Que Son Altesse pourra
fortifier ses frontières ôc
les lieux qui luy ont esté
cedez de parc & d'autre.
Article 9.
Que sa prétention que
le Prince de Monacho doit
prendre investiture d'elle
pour les Fiefs de Menton
& de Roccabruna, fera réglée
dans six mois par l'Arbitrage
de leurs Majestez
Très- Chrestienne & Britannique.
Les dix -autres Articles
concernent le restablissement
du Commerce & des
droits comme ils eftoienc
au temps du Duc Charles.
Emmanuel: la liberté à Son
Altesse de vendre les biens,
terres & effets qu'elle a en
France: la main levée de
ce qui a esté confisqué de
part & d'autre à l'occasion
de la guerre, à la reserve
des jugements legitimementrendus.
Ce queles
sujets de part & d'autre ont
fourni,leur fera payé Les
prisonniers de guerre ôc -
autres feront misenliberté.
Les quatre derniers ne
contiennent que les formalitez
ordinairesdes
Traitez, & ne meritent
point un Sommaire.
le 11.Avril1713.àUtrech
entre le Roy de France (2*
le Duc de Savoye.
Ce Traité est composé
de dix neuf Articles, qui
contiennent en substance
ce qui suit.
Les deux premiers.
Qu'il y aura une bonne
& inviolable Paix entre le
RoyTres Chrestien&Son
Altesse Royale deSavoye,
- leurs heritiers, successeurs
& Estats, avec cessation de
toutes hostilitez,&unoubli
3c amnistie de tout ce
qui s'est passé durant la
presente guerre. ,
Le3 &4.
Que le Roy immédiatement
après la ratification
du present Traité, restituëra
à Son Altesse Royale
le Duché de Savoye, le
Comté de Nice, avec leurs
appartenances, & dependancesen
l'estas où ils fè
trouvent. Sa Majesté luy
cede de plus la Vallée de
Pragela,avec les Forts d'Exilles
& de Fenestrelles, les
Vallées d'Oulx; de Sezane,
deBardonache &de Chasteau
-
Dauphin, & tout ce
qui est à l'eau pendante
des Alpes vers le Piémont: iSonAlccfTe Royalecedereciproquement
à Sa Majesté
laVallée deBarcelonete
& ses dépendances, de maniere
que les Sommets des
Alpes serviront à l'avenir
de limites entre la France,
le Piémont & le Comté de
: Nice
*
& les Plaines qui
font dessus feront parragées
de mesme
,
selon le
cours des eaux.
Le 5.Article.
Qu'il est dit que comme
il a estéconvenu entre leurs
Majestez Tres-Chrestienne
& Cat holique d'une
part, & Sa MajestéBritannique
de l'autre,que le Roy
Catholique ayant cedé à
SonAltesse Royale le Royaume
de Sicile & les Isles
qui en dépendent, Sa Majesté
Tres - Chrestienne
consent & veut que cette
cession fasse partie du present
Traité, & promet pour
elle & ses successeurs de ne
s'opposerny faire aucune
choie contraire à ladite ceision,
promettant toute aide
& secours pour son exécution,
& pour maintenir
envers & contre tous Son
Altesse Royale en possession
dece Royaume.
Article 6.
Quele Roy consent que
la declaration du Roy d'£C
pagne, qui au défaut de
ses descendants, assure la
succession de la Couronne
d'Espagne & des Indes à
Son Altesse Royale & aux
Princes de Savoye
,
ainsi
qu'à leurs descendants males,
nez en legitime Mariage,
soitb tenu pour une partie
essentielle de ce Traité,
conformément à TAste
fait par le Roy d'Espagne
le 5. Novembre 1711.àceluy
des Estats ou Cortés du 7.Novembre 1712. &aux
renonciations de Monseigneur
le Duc de Berry &
de Monsieur le Duc d'Orleans
des 19. & 24. Novembre
1712.. promettant d'employer
ses forces envers ôc
contre tous,pour l'exécution
de cet article.
Article 7.
.,
Qu'il a cité convenu que
les cessions faites par le feu
Empereur Leopold à Son
AltesseRoyale dans leTraité
fait entre eux le 8. Novembre
1703. de la partie
du Duché de Montferrat
que possedoit le feu Duc de
Mantouè , des Provinces
d'Alexandrie & de Valen-
, ce , avec toutes les terres
entre lePo & le Tanaro,
de laLomelline
,
de laVallée
de Sesia
,
du droit ou
exercice de droit sur les
Fiefs des Langbes, & le
Vigevanasque ou son équivalent,
resteront dans leur
force & vigueur,&auront
leur effet, sans queSonAltesTe
Royale y puisse (ltre
troublée, mesme par les
prétendants au Duché de
Montferrat,lesquels feront
indemnisezconformément
audit Traité du 8.
Novembre 1703. promettant
d'employer conjointement
avec la Reine de la
Grande Bretagne,ses offices
ôc ses forces pour le
maintien & la garantie du
contenu au present Article
: comme aussi que la
Sentence Arbitrale du 27.
Janvier 1712. demeurera
dans sa force & vigueur, ôc
que dans six mois, les mesures
feront prises par l'Arbitrage
des Puissances garantes
du Traité de 1703.
pour le payement des
creances de Son Altesse
Royale.
Article 8.
Que Son Altesse pourra
fortifier ses frontières ôc
les lieux qui luy ont esté
cedez de parc & d'autre.
Article 9.
Que sa prétention que
le Prince de Monacho doit
prendre investiture d'elle
pour les Fiefs de Menton
& de Roccabruna, fera réglée
dans six mois par l'Arbitrage
de leurs Majestez
Très- Chrestienne & Britannique.
Les dix -autres Articles
concernent le restablissement
du Commerce & des
droits comme ils eftoienc
au temps du Duc Charles.
Emmanuel: la liberté à Son
Altesse de vendre les biens,
terres & effets qu'elle a en
France: la main levée de
ce qui a esté confisqué de
part & d'autre à l'occasion
de la guerre, à la reserve
des jugements legitimementrendus.
Ce queles
sujets de part & d'autre ont
fourni,leur fera payé Les
prisonniers de guerre ôc -
autres feront misenliberté.
Les quatre derniers ne
contiennent que les formalitez
ordinairesdes
Traitez, & ne meritent
point un Sommaire.
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Résumé : TRAITÉ CONCLU le 11. Avril 1713. à Utrech entre le Roy de France & le Duc de Savoye.
Le traité d'Utrecht, signé le 11 avril 1713, entre le roi de France et le duc de Savoie, comprend dix-neuf articles. Les deux premiers articles instaurent une paix durable entre les parties, mettant fin aux hostilités et accordant une amnistie pour les actes de guerre. Les articles trois et quatre stipulent la restitution du Duché de Savoie et du Comté de Nice au duc de Savoie, ainsi que la cession de plusieurs vallées et forts à la France. En contrepartie, le duc de Savoie cède la vallée de Barcelonette à la France, les sommets des Alpes devenant les nouvelles frontières entre les deux territoires. L'article cinq confirme la cession du Royaume de Sicile au duc de Savoie par le roi catholique, avec le soutien de la France. L'article six valide la déclaration du roi d'Espagne concernant la succession de la Couronne d'Espagne et des Indes aux princes de Savoie. L'article sept maintient les cessions faites par l'empereur Léopold au duc de Savoie, incluant des territoires du Duché de Montferrat et d'autres provinces. L'article huit autorise le duc de Savoie à fortifier ses nouvelles frontières. L'article neuf prévoit un arbitrage pour régler la prétention du duc de Savoie sur les fiefs de Menton et de Roccabruna. Les articles suivants traitent du rétablissement du commerce, de la liberté de vendre des biens en France, de la levée des confiscations, du paiement des fournitures des sujets, et de la libération des prisonniers de guerre. Les quatre derniers articles concernent les formalités habituelles des traités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 218-253
« Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Début :
Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Lettre, Homme, Voyage, Animal, Empire, Guerre, Paris, Ambassadeur, Perse, Seigneur, Coeur, Nouvelles, Madrid, Empire ottoman, Géorgie, Frontières, Bijoux, Loup
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Vll beaucoup de Let-
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
2524
MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
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MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
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Résumé : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Dans une lettre datée du 20 avril, l'auteur exprime son soulagement après avoir reçu des nouvelles de L.F., tout en critiquant sa décision de s'installer à Paris et son mode de vie indolent. L'auteur mentionne Simon de Bellegarde, qui se prépare à voyager en Byssinie et a rencontré L.F. à Madrid, le critiquant sévèrement. La lettre aborde ensuite des événements historiques liés à la révolte et aux intrigues politiques au sein de l'Empire Ottoman. Un rebelle nommé Ali joue un rôle clé dans une rébellion contre Mahomet IV. Ali participe au pillage des richesses du grand Trésorier et à l'assassinat du grand Vizir Siaous. Après ces événements, Ali sauve et revend la fille de Siaous. Osmin Kara, un Timar géorgien et ancien Janissaire, confie cette fille à un marchand arménien avant de l'épouser à son retour. Le texte relate également l'histoire d'Achmet Ereb, capturé par Osmin, qui raconte son injustice subie par le Sophi de Perse. Le narrateur décrit ensuite un animal appelé 'zirtlan' ou hyène, capable de comprendre et de réagir aux paroles humaines. La lettre se termine par des considérations sur la correspondance et des nouvelles concernant le roi de Suède et la mort du fils de Lord Lexington.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 100-112
NOUVELLES DE HONGRIE.
Début :
Le Prince Eugéne se tient toûjours dans son nouveau Camp [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Armée impériale, Cavalerie, Frontières, Comte, Grand vizir, Forteresse, Cour ottomane, Grand seigneur, Officiers, Janissaires, Empereur, Vaisseaux de guerre, Armes, Ennemis, Siège, Comte, Vienne, Rebelles, Milices, Sultan, Garnison, Puissances étrangères, Hambourg, Roi de Prusse, Régiment, Venise, Ambassadeur, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE HONGRIE.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
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4
p. 161-165
A Milan, le 8 Décembre.
Début :
Les Troupes de cet Etat ont fait depuis 8 jours de grands mouvemens. [...]
Mots clefs :
Troupes, Frontières, Régiments, Bataillons, Mouvements des troupes, Cavalerie, Provisions de guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Milan, le 8 Décembre.
A Milan , le 8 Décembre:
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
Es Troupes de cet Etat ont fait depuis
8 jours de grands mouvemens ,
les unes vers le Mantoüan , le Modénois
& les Etats de Parme ; les autres ,
marchent du côté de la Frontière de
Tofcane & de Gênes : Mais , le tems
pluvieux & la quantité de neiges qui
font tombées & qui tombent actuellement
, ont tellement fait enfler les Riviéres
qu'elles ont inondé une
grande étenduë de Païs , & rendu
les chemins impraticables. Ce contretems
fâcheux a eſté cauſe que, quelques
Régimens qui êtoient déja fort avancés,
n'ont pû continuer leur route, & a obligé
la plus grande partie des Troupes.de
refter dans les endroits où elles fe font
trouvées , eſtant inveſties de toutes
parts par les grandes eaux . On vient
même d'apprendre que 3 Bataillons ,
qui avoient marché du côté des Montagnes
des Frontiéres de la République
de Gênes, eftoient enfermés & environnés
de maniére , qu'ils eftoient
en un péril évident d'eſtre entraînez -
les torrents.>
Décembre
1717.
par
Q
162 LE MERCURE
Sur ces avis , le Prince de Leuvefteinavoit
dépêché au Commandant de
deux Regimens de Cavalerie , & un de
Dragonsqui eftoient à dix mille en deça
de ces Montagnes , de marcher en diligence
au fecours de ces Bataillons . On
eft icy entre la crainte & l'efperance
fur le fort de ces Troupes ; ce qui nous
épouvante , c'est que les Eaux augmentent
de jour à autre.
On eit préfentement occupé, à réparer
à la hafte les Places de cet Erat ;
on les pourvoye abondamment de mu
nitions de guerre & de bouche .
On vient d'établir icy un Confeil de
l'Inconfidence , qui connoiftra de ceux
qui parlent mal du Gouvernement .
On mande de Cadix , qu'on y prépa
roit un grand Convoy , qui fera compofé
de plus de 80 Bâtimens de charges
, fur lefquels on doit embarquer
deux Regimens de Cavalerie & plufieurs
Compagnies de Carabiniers. 58,
piéces de gros Canon , 18 gros Mortiers
; 6000 Boulets , 1600 Bombes
plus de 8000 Grenades , plufieurs miliers
de Carcaffès d'une nouvelle invention
, avec 18 Mortiers pour
lancer ; 1200 Boulers creux , avec if.
les
DE DECEMBRE. 163
'Mortiers à leur ufage , 6000 barils de
poudre , 4000 facs de grains ; outre
une prodigieufe quantité de toutes fortes
de Provifions , aux préparatifs defquels
on travaille avec empreffement.
Sur des ordres de la Cour , on a mis
fur les Chantiers 4 Vaiffeaux de guerre,
3. Fregattes , & ; Galiottes à Bombes.
Tous lesOuvriers propres à la conftruc--
tion des Vaiffeaux , fe rendent icy des
Côtes de Leon,de Galice & de Bifcaye ,
pour avancer ce travail .
On a donné de pareils ordres à
Malaga , à Cartagéne & Alicant ; pour
faire conftruire dans ces Ports , plufieurs
autres Vaiffeaux de Guerre ,
Galiotes & Fregattes , avec s
Galeres :
On a reçû à cet effetde groffes remifes.:
D'un autre côté, on ne néglige rien pour
le départ des Galiotes & des Vaiffeaux
qui doivent leur fervir d'efcorte : Ils »
doivent partir pour la nouvelle Eſpagne
, au commencement de Mars au
plus tard : Selon tous les Avis , cette
Flote fera une des plus fortes & des
plus nombreuſes qui ait efté déftinée
pour l'Amerique.
Les Lettres de Naples du premier
Décembre,portent que le Viceroy êtoits
Q- ij
164 LE MERCURE
plus intrigué que jamais , depuis la prife
de la Sardaigne. Il y a quelques
jours qu'il fortit à cheval , accompagné
d'un grand nombre d'Officiers &
d'Ingenieurs ; pour aller vifiter les nouveaux
Forts qu'il avoit ordonnés de
conftruire,pour la fûreté des Côtes du
Royaume ; mais qu'il avoit êté fort
furpris de voir , que la plupart de ces
ouvrages n'êtoient pasfeulement com
mencés , & qu'il n'y avoit même aucuns
préparatifs pour la conftruction
de ces Forts. Il voulut faire des repri
mandes aux Ingenieurs fur cette négligence,
qui lui fermerent la bouche, en
lui difant que pour travailler il falloit
de l'argent. Ces Lettres ajoûtent, qu'on
y préparoit des logemens pour 4 Regiments
d'Infanterie & de Cavalerie
qui viennent de Hongrie : On avoit de
fréquentes allarmes, desVaiffeaux &des
Galeres d'Efpagne.qui fe font voir tousles
jours le long de cette Côte où ils
font fouvent des prifes . Le 16 fur les 11,
heures du matin , 4 Vaiffeaux de guer.
re & 2 Fregattes Efpagnoles , parûrent
à la vue de ce port ; & vers le midi ,
ils s'approchérent jufques fous leCanon
du Mole , d'où l'on fir plufieurs dé
DE DECEMBRE. 153 ;
charges des Forts , qui n'empêcherent
pas que , les 2 Fregattes foûtenues du
feu des 2 Vaiffeaux de guerre n'enle
vaffent 4 Bâtimens chargés d'huiles &
& 2 autres de grains; aprés quoi elles
allerent rejoindre leurs Vaiffeaux .
On mande de Livourne du 18 , qu'on
avoit vû paffer à la hauteur de ce port ,
un grand nombre de Bâtimens , por
tant Pavillon Efpagnol venant du
côté du détroit ; ce qui faifoit croire
que c'êtoit le grand Convoy de Barcelone
, qui alloit joindre la Flote Ef
pagnole, dont une partie croifoit toû
jours le long de la Côte , depuis Piom
bino jufqu'à Orbitello , & Porto - Ercole
. On a appris que depuis 5 jours ,
elle avoit enlevé 8 Bâtimens chargés
de grains & d'autres provifions, & mu
nitions de guerre, qui êtoient destinées
pour remplir-les -Magazins des Places
Imperiales..
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5
p. 228-237
« Il a paru successivement plusieurs Ecrits, qui ont pour objet la [...] »
Début :
Il a paru successivement plusieurs Ecrits, qui ont pour objet la [...]
Mots clefs :
France, Angleterre, Acadie, Traité, Frontières, Amérique, Canada, Troubles politiques, Déclaration du roi, Abbé de la Chateigneray, Mémoires, Prétentions territoriales, Despotisme, Parlement, Déclaration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il a paru successivement plusieurs Ecrits, qui ont pour objet la [...] »
La paru fucceffivement plufieurs Ecrits , qui ont
pour objet la grande question agitée entre la
France & l'Angleterre , fur les anciennes limites
de l'Acadie. Le premier eft une Lettre de M. ... a
M. de & ne contient que onze pages . Celui qui
eft intitulé Hiftoire Géographique de la nouvelle
Ecoffe , c. contient la defcription du Pays auquel
les Anglois donnent ce nom , & on y.expofe les
avantages propofés par la Nation à ceux qui voudront
Y tormer des établiffemens. C'eft une traduction
à laquelle on a feulement joint quelques
notes dans lesquelles le fyftême anglois eft réfuté.
La conduite des François par rapport à la nouvelle
Ecoffe , depuis le premier établiffement de cette
Colonie jufqu'à nos jours , &c. eft auffi traduite
de l'Anglois , & il eft aifé de le reconnoître . Ce
n'eft qu'un ouvrage polémique dans lequel l'Auteur
a marqué peu de retenue & même de politeffe
dans les expreffions dont il fe fert , en parlant
tant de la France , que de quelques François
en particulier. Les argumens qu'il employe n'ont
pas paru affez redoutables pour les déguifer , &
l'Auteur François n'a pu mieux défendre la caufe
de fa patrie , qu'en expofant par une traduction.
fidelle les objections de fon adverfaire , & en rétabliffant
feulement le véritable état de la queſtion
par des notes fuccinctes .
La difcuffion fommaire fur les anciennes limites
de l'Acadie , & fur les ftipulations du Traité d'U
trecht qui y font relatives , eft un ouvrage fran
OCTOBRE. 1755. 229
çois. C'eft proprement l'extrait des Mémoires refpectifs
des Commiffaires des deux Nations : l'Auteur,
après y avoir examiné la queftion , fuivans les
principes de droit & la teneur des Traités , ajoute
quelques réflexions fur la politique des Anglois
en général , & fur l'équilibre des puiffances en
Amérique. Comme ces réflexions font très - courtes
, & que l'objet en eſt différent de celui du refte
de la differtation , nous croyons qu'il fera plus
aifé de les tranſcrire , que de les extraire.
Toutes les raifons & les confidérations que
l'on vient d'expofer , peuvent fervir à dévoiler les
raifons qui doivent engager la France à ne ſe
point défifter des ftipulations du Traité d'Utrecht
qui bornent la ceffion de l'Acadie , à celle de
Pancienne Acadie ; qui n'ajoutent à cette ceffion
que celle de Port- Royal & nullement celle de
la Baye- Françoife , ni de la côte des Etchemins ;
qui par le gilement des ôtes , déterminent l'étendue
des mers de l'Acadie , depuis le Sable jufqu'à
la hauteur du Cap Fourchu ; qui déclarent
que toutes les Illes quelconques fituées dans l'embouchure
& le Golfe S. Laurent appartiennent à
la France ; qui par - là excluent les Anglois de rien
prétendre fur les côtes de ce même Golfe , & en
même tems fuppofent évidemment , que le Golfe
appartient en entier à la France.
On ne craint point de dire que l'objet des Anglois
ne fe borne pas aux Pays qu'ils reclament
fous le nom d'Acadie , & qui la plupart font
ingrats , ftériles & fans commerce. Leur objet
eft d'envahir le Canada en entier , & de ſe préparer
par- là le chemin à l'empire univerfel de
P'Amérique , & des richeffes dont elle eft la fource
la plus abondante.
Leurs prétentions d'une part , annoncées par
30 MERCURE DE FRANCE.
leurs Livres & leurs Cartes ; de l'autre , les entre
prifes projettées dans leurs colonies de l'Amérique
, & qui viennent d'éclore , pour attaquer en
même tems le Canada de tous les côtés , avec des
forces très -fupérieures ( ce qui ne juftifie que
trop la fageffe des mefures qui ont déterminé la
France à y faire paffer des Troupes ) ces mêmes
entrepriſes autorifées & fomentées par le Gouvernement
d'Angleterre , dans le tems qu'il affuroit
la France des difpofitions les plus pacifiques ,
& qu'il auroit voulu l'amufer par de vaines négociations
toutes ces circonstances prouvent le
projet formé de s'emparer du Canada & s'ils
parvenoient à y réuffir , rien ne feroit plus capable
de mettre un frein à leur cupidité.
Actuellement leurs prétentions fur les poffeffions
des Efpagnols en Amérique , dorment : il
ne feroit pas de leur prudence de provoquer en
même tems la France & l'Eſpagne ; mais leurs
vues fur une partie de la Floride , fur la Baye de
Campeche , & fur le pays des Mofquites , ne font
ignorées de perfonne ; & leur maniere de foutenir
leurs prétentions fait connoître qu'ils ne manqueront
jamais de prétexte pour envahir ce que
leur cupidité pourra leur faire defirer. Quelles en
feront les bornes ? En connoît - elle ?
Il fuffit de lire la Relation du voyage de l'Amiral
Anfon , pour connoître que leurs valtes projets
embraffent toute l'Amérique Espagnole , &
que leur efprit ne ceffe de travailler fur les
moyens de dépouiller toutes les autres Nations de
ce qui eft à leur convenance. Ils ne leur font
grace que de ce dont ils ne fe foucient point , ou
de ce qui ne pourroit pas contribuer à l'augmentation
de leurs richeffes ; & encore même dans
te cas , nulle Nation n'eft affurée de ne point
OCTOBRE. 1755. 231
reflentir les effets de leur hauteur & de leur defpotifme.
La Cour de Vienne en a plus d'une fois
fait l'épreuve , lorfqu'il lui eft arrivé feulement
de balancer à entrer dans leurs vues.
Quant aux Hollandois , les entrepriſes faites
en dernier lieu par les Anglois , pour leur enlever
la Pêche & le commerce du Harang ; les infractions
qu'ils ont ites dans tous les tems à la
neutralité du pavillon Hollandois , contre les ftipulations
les plus formelles & les plus précifes
des Traités , fuivant lefquels le pavillon doit
couvrir la marchandife ; leurs interprétations
arbitraires des principes du droit des Gens ,
concernant la vifite des navires en mer , fuivant
que leurs intérêts & les circonftances les ont déterminés
à étendre ou à reftreindre ces principes ;
tout prouve qu'il n'y a ni alliance , ni amitié , ni
Traités , ni principes qui puiflent contenir leur
cupidité. Heureux les Hollandois , s'ils fçavoient
fe méfier des alliances Angloiſes ; fi convaincus de
la chimere & du danger d'une barriere éloignée
& étrangere , ils s'enveloppoient dans leurs eaux ,
comme les Suiffes aimés & refpectés de toute
P'Europe , le font dans leurs montagnes ; fi ne
s'intéreffant au fyftême des autres Puiffances , que
relativement à la confervation de leur République
& à celle de leur commerce , ils n'avoient fait
ufage de leurs forces & de leurs richeffes , que
pour affurer leur liberté & leur indépendance , &
faire refpecter leur neutralité & leur Pavillon ;
leur nation riche , puiffante & accréditée , ne fe
trouveroit pas vraisemblablement dans un épuife
ment , dont elle ne parviendra peut-être à fe relever
qu'en recourant aux principes par lesquels
elle auroit pu s'en garantir.
Il faudroit s'aveugler volontairement , pour ne
232 MERCURE DE FRANCE.
pas appercevoir que dans les troubles que les An
glois viennent d'exciter , ils ne cherchent d'abord
qu'à fe débarraffer des obftacles que la France
peut leur oppofer ; & qu'enfuite & fucceffivement
viendra le tour de l'Espagne & de toutes les autres
Nations qui ont des poffeffions en Amérique , &
qui refuferont de baiffer la tête fous le joug. C'eſt
par la deftruction de la liberté & de l'indépendance
de l'Amérique , qu'ils fe propofent de parvenir
au projet de dicter la Loi à toute l'Europe.
Cette derniere brochure fe trouve chez Prault fils ,
quay de Conty, ainfi que l'Hifloiregéographique.
Le 27 Août , le Roi donna , pour proroger les-
Séances du Parlement , une Déclaration dont voici
la teneur. « LOUIS , par la grace de Dieu , &c .
>> Notre Cour de Parlement nous ayant fait repréfenter
qu'il feroit néceffaire , pour l'avantage
» de nos Sujets , de continuer pendant les Vaca-
» tions de la préfente année ſes Séances ordinai
>> res ; Nous avons reçu les Supplications qu'elle
nous a fait faire à ce fujet , avec autant plus de
» fatisfaction , que notre intention fera toujours
» de contribuer par notre autorité à tout ce qui
» peut accélérer la juftice que nous devons à nos
» peuples. A CES CAUSES , ... Nous avons conti-
» nué , & continuons les Séances ordinaires de
» notre Cour de Parlement , nonobftant l'époque
» de la ceffation defdites Séances . Voulons que
» toutes les affaires , dont notredite Cour a droit
» de connoître, y foient valablement traitées & dé-
» cidées , comme elles le feroient pendant le cours
» de fes Séances ordinaires , dérogeant à cet effet
» à toutes Loix à ce contraires. SI DONNONS , &c.
>>
Madame fe réveilla le 30 Août au matin avec
de violentes douleurs de colique . On donna à
cette Princeffe quelque fecours , qui parurent la
OCTOBRE. 1755 231
foulager , & elle s'affoupit. Mais bientôt on eut
de nouveaux fujets d'inquiétude . A un fommeil
d'une heure & demie fuccéda une agitation extraordinaire
de pouls . La fievre augmenta confidérablement
le 31. Pendant la journée du premier
Septembre , la maladie devint de plus en plus dangereufe
, & Madame mourut à minuit. Cette Princeffe
étoit âgée de cinq ans & fix jours , étant née
le 26 Août 1750. Quelques inftans avant la mort ,
l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi en Quar
tier , lui a fuppléé les cérémonies du Baptême.
Elle a eu pour Mareine la Comteffe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France ; pour Parein
le Prince Ferdinand de Rohan ; & elle a été nommée
Marie-Zephirine.
Le Roi , ayant appris la mort de Madame ;
revint à Verſailles le 2 Septembre .
Le 3 , le Roi , la Reine , Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine , Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Monfeigneur le Duc de Berry , &
Mefdames de France , ainfi que le Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , reçurent , à l'occafion
de cette mort , les complimens des Princes &
Priceffes du Sang.
On célébra le premier Septembre dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de faint Denis le Service fo
lemnel qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV ; & l'Evêque de Rieux y offi
cia pontificalement. Le Comte d'Eu & le Due de
Penthiévre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le Roi de Pologne a repris le 4 la route de
Luneville .
Le 2 Septembre , le Corps de feue Madame ,
fut apporté de Verfailles au Palais des Tuilleries .
Après y avoir été expofé à vifage découvert , il a
234 MERCURE DE FRANCE .
été embaumé , & mis dans le cercueil. Les , jour
fixé pour le conduire à l'Abbaye Royale de faint
Denis , le Convoi fe mit en marche fur les fept
heures du foir , dans l'ordre fuivant . Deux carrosfes
du Roi , remplis par les femmes de chambre
de la Princeffe ; un troisieme carroffe de Sa Majeſté
, dans lequel étoient les huit Gentilshommes
ordinaires deftinés à porter le cercueil & les quatre
coins du poèle qui le couvroit ; un détachement
de chacune des deux Compagnies des Moufquetaires
; un détachement de ce le des Chevauxlégers
; plufieurs Pages de la Reine & de Madame
la Dauphine ; vingt - quatre Pages de la Grande &
de la Petite Ecurie du Roi. Les Officiers des céré
monies étoient à cheval devant le carroffe ou
étoit le corps de Madame. Plufieurs valets de pied
de Leurs Majeftés entouroient ce carofie , après
lequel marchoient le détachement des Gardes du
Corps & le détachement des Gendarmes. L'Abbé
de la Châteigneraye , Aumônier du Roi , étoit
dans le carroffe à la droite , & il portoit le coeur
de la Princeffe . La Princeffe Douairiere de Conty,
nommée par le Roi pour accompagner le corps ,
étoit à la gauche , ayant avec elle la Princeffe de
Chimay. La Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , étoit vis - a - vis du corps .
La Dame de Butler , Sous- Gouvernante , & l'Abbé
de Barral , Aumônier du Roi , étoient aux portieres.
Les carroffes de la Princefle de Conty &
ceux de la Comteffe de Marfan fermoient la marche.
Le Convoi étant arrivé à l'Abbaye de faint
Denis vers les dix heures du foir , l'Abbé de la
Châteigneraye préfenta le corps au Prieur de l'Abbaye
, l'on fit Pinhumation avec les cérémonies
accoutumées . On porta enfuite le coeur avec
le même cortège à l'Abbaye Royale du Val de
Grace.
4
OCTOBRE. 1755. 235
Les Fermiers Généraux ont offert cent dix
millions au Roi pour le bail prochain , ce qui fait
une augmentation de plus de fept millions par
an. Ils s'engagent de faire à Sa Majefté , à commencer
du premier Octobre prochain , une avance
de foixante millions , dont l'intérêt leur fera
payé à quatre pour cent. La propofition a été acceptée
par Sa Majefté. En conféquence , le Bail
des Fermes générales vient d'être renouvellé , fans
augmentation de nouveaux droits ou impôts. Le
Roi a réuni toutes les Sous-Fermes à la Ferme
générale , laiffant les Fermiers Généraux les maîtres
d'en faire la régie pour leur plus grand avan-
& de difpofer pleinement & entierement
de tous les emplois Sa Majefté a jugé à propos
d'augmenter le nombre de fes fermiers Généraux
, & l'a fixé à foixante pour le nouveau Bail.
L'Efcadre commandée par le Comte du Guay ,
eft rentrée le 3 Septembre à Breft. Le Roi ayant été
informé qu'une des Frégates de cette Eſcadre avoit
arrêté , en revenant de Cadix , la Frégate Angloife
le Blandfort ; Sa Majesté a envoyé fur le champ
ordre de relâcher cette Frégate , & de renvoyer
en même tems le fieur Lidleton , Gouverneur de
la Caroline , qui s'y étoit embarqué en Angleterre
, pour paffer à fon gouvernement .
La Demoiſelle Marie-Anne Androl eft morte
à Paris le 3 Septembre, âgée de quatre-vingt- dixhuit
ans, cinq mois & quinze jours. Depuis l'année
elle jouiffoit de vingt- fix mille fept cens
foixante-quinze livres de rente , pour le montant
de la neuvieme claffe de la feconde Tontine ,
établie par Edit du mois de Février 1696 , dans
laquelle elle avoit deux Actions produifant originairement
cinquante livres de rente.
La nuit du 4 au 5 Septembre , le feu prit chez
23% MERCURE DE FRANCE.
un Braffeur dans le village de Homblieres , fitué
à une lieue de Saint Quentin ; & dix - huit maifons
, en trois quarts d'heure , furent embrasées
de façon à ne pouvoir recevoir de fecours . Un
des premiers Laboureurs du lieu a perdu , avec
tous fes bâtimens , la plus riche moiffon qu'il
eût faite depuis un grand nombre d'années . Plufieurs
autres habitans font de même totalement
ruinés , & il ne leur refte de reffource , que dans
la commifération publique .
Le 8 , M. le Comte de Saint-Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , préfenta au Roi une Députation
du Clergé. Elle étoit compofée du Cardinal
de la Rochefoucauld , de l'Archevêque de
Narbonne , de deux Evêques , de quatre Députés
du fecond Ordre , & des deux Agens Généraux .
Le 15 , le Maréchal Duc de Duras prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , pour le
Gouvernement de Franche- Comté , que le Roi
lui a accordé . Ce Maréchal s'étant démis du Gouvernement
de Château- Trompette , le Roi en a
difpofé en faveur du Duc de Duras , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majeſté , & ſon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi d'Efpagne.
Sa Majesté a érigé en Pairie le Duché de
Duras , qui n'étoit qu'héréditaire.
Le Roi a nommé l'Abbé Comte de Bernis , fon
Ambaffadeur extraordinaire auprès du Roi d'Efpagne
, & le Marquis de Durfort fon Ambaffadeur
ordinaire auprès de la République de Venife.
Sa Majefté a accordé le Régiment d'Infanterie
de Monfeigneur le Dauphin , vacant par la démiffion
du Comte de Grammont , au Marquis
de Boufflers , Lieutenant des Gardes du Corps du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Il paroît un Arrêt du Confeil d'Etat , qui proOCTOBRE.
1755. 237
roge jufqu'au premier Juillet 1760 la furféance
accordée au Clergé , pour rendre les foi & hommage
, & fournir les déclarations du temporel des
Bénéfices, tenant lieu d'aveux & dénombremens .
Le 18 Septembre , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à treize cens quatre-vingt - quinze
livres. Les billets de la premiere Lotterie royale
, & ceux de la feconde Lotterie n'avoient point
de prix fixe .
pour objet la grande question agitée entre la
France & l'Angleterre , fur les anciennes limites
de l'Acadie. Le premier eft une Lettre de M. ... a
M. de & ne contient que onze pages . Celui qui
eft intitulé Hiftoire Géographique de la nouvelle
Ecoffe , c. contient la defcription du Pays auquel
les Anglois donnent ce nom , & on y.expofe les
avantages propofés par la Nation à ceux qui voudront
Y tormer des établiffemens. C'eft une traduction
à laquelle on a feulement joint quelques
notes dans lesquelles le fyftême anglois eft réfuté.
La conduite des François par rapport à la nouvelle
Ecoffe , depuis le premier établiffement de cette
Colonie jufqu'à nos jours , &c. eft auffi traduite
de l'Anglois , & il eft aifé de le reconnoître . Ce
n'eft qu'un ouvrage polémique dans lequel l'Auteur
a marqué peu de retenue & même de politeffe
dans les expreffions dont il fe fert , en parlant
tant de la France , que de quelques François
en particulier. Les argumens qu'il employe n'ont
pas paru affez redoutables pour les déguifer , &
l'Auteur François n'a pu mieux défendre la caufe
de fa patrie , qu'en expofant par une traduction.
fidelle les objections de fon adverfaire , & en rétabliffant
feulement le véritable état de la queſtion
par des notes fuccinctes .
La difcuffion fommaire fur les anciennes limites
de l'Acadie , & fur les ftipulations du Traité d'U
trecht qui y font relatives , eft un ouvrage fran
OCTOBRE. 1755. 229
çois. C'eft proprement l'extrait des Mémoires refpectifs
des Commiffaires des deux Nations : l'Auteur,
après y avoir examiné la queftion , fuivans les
principes de droit & la teneur des Traités , ajoute
quelques réflexions fur la politique des Anglois
en général , & fur l'équilibre des puiffances en
Amérique. Comme ces réflexions font très - courtes
, & que l'objet en eſt différent de celui du refte
de la differtation , nous croyons qu'il fera plus
aifé de les tranſcrire , que de les extraire.
Toutes les raifons & les confidérations que
l'on vient d'expofer , peuvent fervir à dévoiler les
raifons qui doivent engager la France à ne ſe
point défifter des ftipulations du Traité d'Utrecht
qui bornent la ceffion de l'Acadie , à celle de
Pancienne Acadie ; qui n'ajoutent à cette ceffion
que celle de Port- Royal & nullement celle de
la Baye- Françoife , ni de la côte des Etchemins ;
qui par le gilement des ôtes , déterminent l'étendue
des mers de l'Acadie , depuis le Sable jufqu'à
la hauteur du Cap Fourchu ; qui déclarent
que toutes les Illes quelconques fituées dans l'embouchure
& le Golfe S. Laurent appartiennent à
la France ; qui par - là excluent les Anglois de rien
prétendre fur les côtes de ce même Golfe , & en
même tems fuppofent évidemment , que le Golfe
appartient en entier à la France.
On ne craint point de dire que l'objet des Anglois
ne fe borne pas aux Pays qu'ils reclament
fous le nom d'Acadie , & qui la plupart font
ingrats , ftériles & fans commerce. Leur objet
eft d'envahir le Canada en entier , & de ſe préparer
par- là le chemin à l'empire univerfel de
P'Amérique , & des richeffes dont elle eft la fource
la plus abondante.
Leurs prétentions d'une part , annoncées par
30 MERCURE DE FRANCE.
leurs Livres & leurs Cartes ; de l'autre , les entre
prifes projettées dans leurs colonies de l'Amérique
, & qui viennent d'éclore , pour attaquer en
même tems le Canada de tous les côtés , avec des
forces très -fupérieures ( ce qui ne juftifie que
trop la fageffe des mefures qui ont déterminé la
France à y faire paffer des Troupes ) ces mêmes
entrepriſes autorifées & fomentées par le Gouvernement
d'Angleterre , dans le tems qu'il affuroit
la France des difpofitions les plus pacifiques ,
& qu'il auroit voulu l'amufer par de vaines négociations
toutes ces circonstances prouvent le
projet formé de s'emparer du Canada & s'ils
parvenoient à y réuffir , rien ne feroit plus capable
de mettre un frein à leur cupidité.
Actuellement leurs prétentions fur les poffeffions
des Efpagnols en Amérique , dorment : il
ne feroit pas de leur prudence de provoquer en
même tems la France & l'Eſpagne ; mais leurs
vues fur une partie de la Floride , fur la Baye de
Campeche , & fur le pays des Mofquites , ne font
ignorées de perfonne ; & leur maniere de foutenir
leurs prétentions fait connoître qu'ils ne manqueront
jamais de prétexte pour envahir ce que
leur cupidité pourra leur faire defirer. Quelles en
feront les bornes ? En connoît - elle ?
Il fuffit de lire la Relation du voyage de l'Amiral
Anfon , pour connoître que leurs valtes projets
embraffent toute l'Amérique Espagnole , &
que leur efprit ne ceffe de travailler fur les
moyens de dépouiller toutes les autres Nations de
ce qui eft à leur convenance. Ils ne leur font
grace que de ce dont ils ne fe foucient point , ou
de ce qui ne pourroit pas contribuer à l'augmentation
de leurs richeffes ; & encore même dans
te cas , nulle Nation n'eft affurée de ne point
OCTOBRE. 1755. 231
reflentir les effets de leur hauteur & de leur defpotifme.
La Cour de Vienne en a plus d'une fois
fait l'épreuve , lorfqu'il lui eft arrivé feulement
de balancer à entrer dans leurs vues.
Quant aux Hollandois , les entrepriſes faites
en dernier lieu par les Anglois , pour leur enlever
la Pêche & le commerce du Harang ; les infractions
qu'ils ont ites dans tous les tems à la
neutralité du pavillon Hollandois , contre les ftipulations
les plus formelles & les plus précifes
des Traités , fuivant lefquels le pavillon doit
couvrir la marchandife ; leurs interprétations
arbitraires des principes du droit des Gens ,
concernant la vifite des navires en mer , fuivant
que leurs intérêts & les circonftances les ont déterminés
à étendre ou à reftreindre ces principes ;
tout prouve qu'il n'y a ni alliance , ni amitié , ni
Traités , ni principes qui puiflent contenir leur
cupidité. Heureux les Hollandois , s'ils fçavoient
fe méfier des alliances Angloiſes ; fi convaincus de
la chimere & du danger d'une barriere éloignée
& étrangere , ils s'enveloppoient dans leurs eaux ,
comme les Suiffes aimés & refpectés de toute
P'Europe , le font dans leurs montagnes ; fi ne
s'intéreffant au fyftême des autres Puiffances , que
relativement à la confervation de leur République
& à celle de leur commerce , ils n'avoient fait
ufage de leurs forces & de leurs richeffes , que
pour affurer leur liberté & leur indépendance , &
faire refpecter leur neutralité & leur Pavillon ;
leur nation riche , puiffante & accréditée , ne fe
trouveroit pas vraisemblablement dans un épuife
ment , dont elle ne parviendra peut-être à fe relever
qu'en recourant aux principes par lesquels
elle auroit pu s'en garantir.
Il faudroit s'aveugler volontairement , pour ne
232 MERCURE DE FRANCE.
pas appercevoir que dans les troubles que les An
glois viennent d'exciter , ils ne cherchent d'abord
qu'à fe débarraffer des obftacles que la France
peut leur oppofer ; & qu'enfuite & fucceffivement
viendra le tour de l'Espagne & de toutes les autres
Nations qui ont des poffeffions en Amérique , &
qui refuferont de baiffer la tête fous le joug. C'eſt
par la deftruction de la liberté & de l'indépendance
de l'Amérique , qu'ils fe propofent de parvenir
au projet de dicter la Loi à toute l'Europe.
Cette derniere brochure fe trouve chez Prault fils ,
quay de Conty, ainfi que l'Hifloiregéographique.
Le 27 Août , le Roi donna , pour proroger les-
Séances du Parlement , une Déclaration dont voici
la teneur. « LOUIS , par la grace de Dieu , &c .
>> Notre Cour de Parlement nous ayant fait repréfenter
qu'il feroit néceffaire , pour l'avantage
» de nos Sujets , de continuer pendant les Vaca-
» tions de la préfente année ſes Séances ordinai
>> res ; Nous avons reçu les Supplications qu'elle
nous a fait faire à ce fujet , avec autant plus de
» fatisfaction , que notre intention fera toujours
» de contribuer par notre autorité à tout ce qui
» peut accélérer la juftice que nous devons à nos
» peuples. A CES CAUSES , ... Nous avons conti-
» nué , & continuons les Séances ordinaires de
» notre Cour de Parlement , nonobftant l'époque
» de la ceffation defdites Séances . Voulons que
» toutes les affaires , dont notredite Cour a droit
» de connoître, y foient valablement traitées & dé-
» cidées , comme elles le feroient pendant le cours
» de fes Séances ordinaires , dérogeant à cet effet
» à toutes Loix à ce contraires. SI DONNONS , &c.
>>
Madame fe réveilla le 30 Août au matin avec
de violentes douleurs de colique . On donna à
cette Princeffe quelque fecours , qui parurent la
OCTOBRE. 1755 231
foulager , & elle s'affoupit. Mais bientôt on eut
de nouveaux fujets d'inquiétude . A un fommeil
d'une heure & demie fuccéda une agitation extraordinaire
de pouls . La fievre augmenta confidérablement
le 31. Pendant la journée du premier
Septembre , la maladie devint de plus en plus dangereufe
, & Madame mourut à minuit. Cette Princeffe
étoit âgée de cinq ans & fix jours , étant née
le 26 Août 1750. Quelques inftans avant la mort ,
l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi en Quar
tier , lui a fuppléé les cérémonies du Baptême.
Elle a eu pour Mareine la Comteffe de Marfan ,
Gouvernante des Enfans de France ; pour Parein
le Prince Ferdinand de Rohan ; & elle a été nommée
Marie-Zephirine.
Le Roi , ayant appris la mort de Madame ;
revint à Verſailles le 2 Septembre .
Le 3 , le Roi , la Reine , Monfeigneur le Dauphin
, Madame la Dauphine , Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Monfeigneur le Duc de Berry , &
Mefdames de France , ainfi que le Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , reçurent , à l'occafion
de cette mort , les complimens des Princes &
Priceffes du Sang.
On célébra le premier Septembre dans l'Eglife
de l'Abbaye Royale de faint Denis le Service fo
lemnel qui s'y fait tous les ans pour le repos de
l'ame de Louis XIV ; & l'Evêque de Rieux y offi
cia pontificalement. Le Comte d'Eu & le Due de
Penthiévre y affifterent , ainfi que plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le Roi de Pologne a repris le 4 la route de
Luneville .
Le 2 Septembre , le Corps de feue Madame ,
fut apporté de Verfailles au Palais des Tuilleries .
Après y avoir été expofé à vifage découvert , il a
234 MERCURE DE FRANCE .
été embaumé , & mis dans le cercueil. Les , jour
fixé pour le conduire à l'Abbaye Royale de faint
Denis , le Convoi fe mit en marche fur les fept
heures du foir , dans l'ordre fuivant . Deux carrosfes
du Roi , remplis par les femmes de chambre
de la Princeffe ; un troisieme carroffe de Sa Majeſté
, dans lequel étoient les huit Gentilshommes
ordinaires deftinés à porter le cercueil & les quatre
coins du poèle qui le couvroit ; un détachement
de chacune des deux Compagnies des Moufquetaires
; un détachement de ce le des Chevauxlégers
; plufieurs Pages de la Reine & de Madame
la Dauphine ; vingt - quatre Pages de la Grande &
de la Petite Ecurie du Roi. Les Officiers des céré
monies étoient à cheval devant le carroffe ou
étoit le corps de Madame. Plufieurs valets de pied
de Leurs Majeftés entouroient ce carofie , après
lequel marchoient le détachement des Gardes du
Corps & le détachement des Gendarmes. L'Abbé
de la Châteigneraye , Aumônier du Roi , étoit
dans le carroffe à la droite , & il portoit le coeur
de la Princeffe . La Princeffe Douairiere de Conty,
nommée par le Roi pour accompagner le corps ,
étoit à la gauche , ayant avec elle la Princeffe de
Chimay. La Comteffe de Marfan , Gouvernante
des Enfans de France , étoit vis - a - vis du corps .
La Dame de Butler , Sous- Gouvernante , & l'Abbé
de Barral , Aumônier du Roi , étoient aux portieres.
Les carroffes de la Princefle de Conty &
ceux de la Comteffe de Marfan fermoient la marche.
Le Convoi étant arrivé à l'Abbaye de faint
Denis vers les dix heures du foir , l'Abbé de la
Châteigneraye préfenta le corps au Prieur de l'Abbaye
, l'on fit Pinhumation avec les cérémonies
accoutumées . On porta enfuite le coeur avec
le même cortège à l'Abbaye Royale du Val de
Grace.
4
OCTOBRE. 1755. 235
Les Fermiers Généraux ont offert cent dix
millions au Roi pour le bail prochain , ce qui fait
une augmentation de plus de fept millions par
an. Ils s'engagent de faire à Sa Majefté , à commencer
du premier Octobre prochain , une avance
de foixante millions , dont l'intérêt leur fera
payé à quatre pour cent. La propofition a été acceptée
par Sa Majefté. En conféquence , le Bail
des Fermes générales vient d'être renouvellé , fans
augmentation de nouveaux droits ou impôts. Le
Roi a réuni toutes les Sous-Fermes à la Ferme
générale , laiffant les Fermiers Généraux les maîtres
d'en faire la régie pour leur plus grand avan-
& de difpofer pleinement & entierement
de tous les emplois Sa Majefté a jugé à propos
d'augmenter le nombre de fes fermiers Généraux
, & l'a fixé à foixante pour le nouveau Bail.
L'Efcadre commandée par le Comte du Guay ,
eft rentrée le 3 Septembre à Breft. Le Roi ayant été
informé qu'une des Frégates de cette Eſcadre avoit
arrêté , en revenant de Cadix , la Frégate Angloife
le Blandfort ; Sa Majesté a envoyé fur le champ
ordre de relâcher cette Frégate , & de renvoyer
en même tems le fieur Lidleton , Gouverneur de
la Caroline , qui s'y étoit embarqué en Angleterre
, pour paffer à fon gouvernement .
La Demoiſelle Marie-Anne Androl eft morte
à Paris le 3 Septembre, âgée de quatre-vingt- dixhuit
ans, cinq mois & quinze jours. Depuis l'année
elle jouiffoit de vingt- fix mille fept cens
foixante-quinze livres de rente , pour le montant
de la neuvieme claffe de la feconde Tontine ,
établie par Edit du mois de Février 1696 , dans
laquelle elle avoit deux Actions produifant originairement
cinquante livres de rente.
La nuit du 4 au 5 Septembre , le feu prit chez
23% MERCURE DE FRANCE.
un Braffeur dans le village de Homblieres , fitué
à une lieue de Saint Quentin ; & dix - huit maifons
, en trois quarts d'heure , furent embrasées
de façon à ne pouvoir recevoir de fecours . Un
des premiers Laboureurs du lieu a perdu , avec
tous fes bâtimens , la plus riche moiffon qu'il
eût faite depuis un grand nombre d'années . Plufieurs
autres habitans font de même totalement
ruinés , & il ne leur refte de reffource , que dans
la commifération publique .
Le 8 , M. le Comte de Saint-Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , préfenta au Roi une Députation
du Clergé. Elle étoit compofée du Cardinal
de la Rochefoucauld , de l'Archevêque de
Narbonne , de deux Evêques , de quatre Députés
du fecond Ordre , & des deux Agens Généraux .
Le 15 , le Maréchal Duc de Duras prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , pour le
Gouvernement de Franche- Comté , que le Roi
lui a accordé . Ce Maréchal s'étant démis du Gouvernement
de Château- Trompette , le Roi en a
difpofé en faveur du Duc de Duras , Lieutenant-
Général des Armées de Sa Majeſté , & ſon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi d'Efpagne.
Sa Majesté a érigé en Pairie le Duché de
Duras , qui n'étoit qu'héréditaire.
Le Roi a nommé l'Abbé Comte de Bernis , fon
Ambaffadeur extraordinaire auprès du Roi d'Efpagne
, & le Marquis de Durfort fon Ambaffadeur
ordinaire auprès de la République de Venife.
Sa Majefté a accordé le Régiment d'Infanterie
de Monfeigneur le Dauphin , vacant par la démiffion
du Comte de Grammont , au Marquis
de Boufflers , Lieutenant des Gardes du Corps du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar.
Il paroît un Arrêt du Confeil d'Etat , qui proOCTOBRE.
1755. 237
roge jufqu'au premier Juillet 1760 la furféance
accordée au Clergé , pour rendre les foi & hommage
, & fournir les déclarations du temporel des
Bénéfices, tenant lieu d'aveux & dénombremens .
Le 18 Septembre , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à treize cens quatre-vingt - quinze
livres. Les billets de la premiere Lotterie royale
, & ceux de la feconde Lotterie n'avoient point
de prix fixe .
Fermer
Résumé : « Il a paru successivement plusieurs Ecrits, qui ont pour objet la [...] »
Le texte traite de plusieurs écrits concernant la dispute entre la France et l'Angleterre sur les anciennes limites de l'Acadie. Parmi ces écrits, on trouve une lettre de M.... à M. de, une traduction de l'*Histoire Géographique de la nouvelle Écosse* avec des notes réfutant le système anglais, et une traduction de la conduite des Français en Nouvelle-Écosse, marquée par un ton polémique. Un autre ouvrage, *Diffusion sommaire sur les anciennes limites de l'Acadie*, examine la question selon les principes de droit et les traités, avec des réflexions sur la politique anglaise et l'équilibre des puissances en Amérique. Les traités d'Utrecht stipulent que la cession de l'Acadie concerne uniquement l'ancienne Acadie, incluant Port-Royal mais excluant la baie Françoise et la côte des Etchemins. Les limites des mers de l'Acadie sont définies depuis le Sable jusqu'au Cap Fourchu, et toutes les îles dans le golfe Saint-Laurent appartiennent à la France, excluant ainsi les prétentions anglaises sur ces côtes. Les Anglais visent à envahir le Canada pour établir leur empire en Amérique et accéder à ses richesses. Leurs ambitions incluent également les possessions espagnoles. Les Hollandais sont mis en garde contre les alliances anglaises, souvent violatrices de la neutralité et des traités. Le texte mentionne également des événements à la cour de France, notamment la mort de Madame, fille du roi, âgée de cinq ans, et les cérémonies funéraires qui ont suivi. Les Fermiers Généraux ont proposé une offre de cent dix millions pour le prochain bail, acceptée par le roi. Une escadre commandée par le Comte du Guay a relâché une frégate anglaise arrêtée en mer. En septembre 1755, plusieurs événements notables ont eu lieu. Le gouverneur de la Caroline, M. Lidleton, s'est embarqué pour l'Angleterre. La demoiselle Marie-Anne Androl est décédée à Paris à l'âge de 98 ans, percevant une rente de 25 765 livres. Un incendie a détruit dix-huit maisons à Homblieres, près de Saint Quentin. Le comte de Saint-Florentin a présenté au roi une députation du clergé. Le maréchal duc de Duras a prêté serment pour le gouvernement de Franche-Comté. Le roi a nommé l'abbé comte de Bernis ambassadeur extraordinaire auprès du roi d'Espagne et le marquis de Durfort ambassadeur ordinaire auprès de la République de Venise. Le régiment d'infanterie du Dauphin a été attribué au marquis de Boufflers. Un arrêt du Conseil d'État a prolongé jusqu'en 1760 la surseance accordée au clergé pour rendre les foi et hommage. Enfin, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à 1 395 livres, tandis que les billets des lotteries royales n'avaient pas de prix fixe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 191-199
RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
Début :
La frégate du Roi la Syrene, partie de Québec le 8 Novembre, & arrivée [...]
Mots clefs :
Canada, Vaisseaux anglais, Combat terrestre, Belle-Rivière, Sa Majesté anglaise, Troupes canadiennes, Attaques, Les sauvages, Baron de Dieskaw, Frontières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
RELATION de ce qui s'eft paffé cette année
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
en Canada.
La frégate du Roi la Syrene , partie de Québec
le 8 Novembre , & arrivée à Brest le 10 Décembre
, a apporté des lettres qui contiennent les détails
de ce qui s'eft paffé cette année en Canada ,
rélativement aux entreprifes des Anglois contre
cette Colonie.
Indépendamment des forces navales que les
Anglois ont envoyées dès le commencement du
printemps dans les mers de l'Amérique feptentrionale
, afin d'intercepter les Vaiffeaux François
qui feroient destinés pour le Canada & pour l'ife
Royale ; ils avoient raffemblé dans leurs Colonies
plufieurs corps de troupes , pour attaquer le
Canada tout à la fois par les frontieres de l'Acadie ,
par le Lac Champlain , par le Lac Ontario , & du
côté de la Belle Riviere.
Le corps de troupes deſtiné à agir contre les
frontieres du côté de l'Acadie , & compolé d'environ
dix-huit cens hommes , fe rendit dans les
premiers jours du mois de Juin avec un train confidérable
d'artillerie de toute efpece , au fond de la
Baye Françoiſe , & attaqua tout d'un coup le Fort
de Beauféjour , qui , par les effets du canon & des
bombes , fe trouva en peu de jours hors d'état de
défenſe. La garnifon , qui n'étoit que de deux
compagnies de einquante hommes chacune , fur
obligée de capituler , aux conditions qu'elle forti
192 MERCURE DE FRANCE.
roit avec armes & bagages , tambour battant ;
qu'elle feroit tranfportée à Louisbourg , & qu'elle
ne porteroit point les armes en Amérique pendant
le terme de fix mois . Les Anglois fommerent
tout de fuite l'Officier François qui commandoit
à Gafpareaux , pofte fitué à quelques lieues de
Beauféjour , & où il n'y avoit qu'un détachement
de vingt hommes , & cet Officier fe rendit aux
mêmes conditions de la capitulation de Beauféjour.
Après cette expédition , les Anglois marcherent
du côté de la riviere Saint -Jean. Il n'y avoit
fur cette riviere qu'un petit Fort très-anciennement
bâti . L'Officier qui y commandoit & qui
n'avoit que quelques foldats , prit le parti de le
brûler & de fe retirer chez des habitans établis
dans ce canton , où il s'eft maintenu ; & il n'y a
eu de ce côté là que quelques efcarmouches , dans
lefquelles les Anglois ont toujours été battus par
les François & les Sauvages qui ont joint cet
Officier.
Le corps de troupes qui avoit été raffemblé
pour agir du côté de la Belle Riviere , étoit compofé
des Régimens de troupes reglées , qui avoient
été envoyés d'Angleterre à la Virginie , & des régimens
de Milices , qui avoient été formés tant
dans cette Colonie que dans les Colonies voisines.
Il fe trouvoit compofé de trois mille hommes ,
lorfque le Général Braddock en prit le commandement
pour marcher contre le Fort du Quefne.
Le fieur de Contrecoeur , Capitaine dans les troupes
du Canada , qui commandoit dans ce Fort ,
avoit été informé qu'on faifoit des préparatifs en
Virginie ; mais il ne s'attendoit pas à devoir être
attaqué par des forces fi confidérables . Ayant envoyé
différens détachemens fur la route des Anglois,
il apprit le & Juillet qu'ils n'étoient qu'à
fix
JANVIER. 1756. 193
Gx lieues du Fort , & qu'ils marchoient fur trois
colonnes. Il forma fur le champ un détachement
de tout ce qu'il crut pouvoir mettre hors du Fort
pour aller à leur rencontre. Ce détachement fe
trouva compofé de deux cens cinquante François
& de fix cens cinquante Sauvages ; & M. de
Beaujeu qui le commandoit , avoit avec lui
MM. Dumas & Ligneris , tous deux Capitaines ,
& quelques autres Officiers fubalternes . Il partit
à huit heures du matin , & dès midi & demi , il
fe trouva en préſence des Anglois à environ trois
lieues du Fort. Il les attaqua fur le champ avec
beaucoup de vivacité . Les deux premieres décharges
de leur artillerie firent un peu reculer fa petite
troupe ; mais à la troifieme où il eut le malheur
d'être tué , M. Dumas , qui prit le commandement
, M. de Ligneris & les autres Officiers
, fuivis des François & des Sauvages , tomberent
avec tant de vigueur fur les Anglois , qu'ils
les firent plier à leur tour. Ceux-ci le défendirent
encore quelque tems en faifant très-bonne contenance
; mais enfin après quatre heures d'un grand
feu , ils fe débanderent , & la déroute fut générale .
On les pourfuivit pendant quelque tems ; mais
M. Dumas ayant appris que le Général Braddock
avoit laiffé à quelques lieues de - là un corps de
fept cens hommes fous les ordres du Colonel
Dumbar , il fit ceffer la pourfuite. Les Anglois
ont perdu dans cette affaire près de dix- fept cens
hommes. Prefque tous leurs Officiers ont été tués ,
& le Général Braddock eft mort peu de jours après
de fes bleffures . On a pris tous leurs équipages
qui étoient fort confidérables , leurs vivres , leur
artillerie , qui étoit compofée de huit pieces de
canon , fept mortiers & uftenciles de toute efpece
, beaucoup d'armes & de munitions de guerre ,
I,Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE .
leur caiffe militaire , & généralement toutes leurs
provisions . On a trouvé auffi les inftructions qui
avoient été données en Angleterre au Général
Braddock , avec plufieurs lettres qu'il avoit écrites
aux Miniftres du Roi de la Grande- Bretagne , pour
leur rendre compte des difpofitions qu'il faifoit
pour l'exécution des projets dont il avoit été
chargé en fa qualité de Commandant en chef
de toutes les troupes de Sa Majesté Britannique
dans l'Amérique feptentrionale. M. de Contrecoeur
eft resté enfuite fur la défenfive dans fon
Fort , après s'être affuré de la retraite du corps
de troupes du Colonel Dumbar . Mais quelques
partis Sauvages ont fait des incurfions fur les
frontieres des Colonies Angloifes.
Les deux autres corps de troupes Angloifes s'étoient
auffi mis en marche , l'un compofé d'environ
cinq mille hommes vers le Lac Ontario
pour attaquer le Fort de Niagara & le Fort Frontenac
, & l'autre encore plus confidérable vers le
Lac Champlain pour affiéger le Fort Saint -Fréderic
. M. de Vaudreuil , Gouverneur & Lieutenant
Général de la Nouvelle France , ayant d'abord
été informé que le fieur Shirley , Gouver
neur de la Nouvelle Angleterre , étoit déja rendu
avec une partie du premier de ces deux corps à
Choueguen , pofte Anglois établi depuis quelques
années au Sud du Lac Ontario , il prit le parti de
faire marcher un Détachement des Troupes &
des Milices de Canada , les quatre Bataillons de la
Reine , de Languedoc , de Guyenne & de Béarn ,
que le Roi a fait paffer cette année à Quebec , &
un certain nombre de Sauvages , pour aller couvrir
les Forts de Niagara & de Frontenac , & il
donna le commandement du tout au Baron de
Dieskaw , Maréchal de Camp. Mais ayant été
JANVIER. 1756. 195
inftruit peu de jours après , que le Colonel
Jonhlon étoit en pleine marche à la tête de
L'autre Corps , pour attaquer le Fort Saint- Frederic
, & qu'il avoit même déja établi plufieurs poftes
d'entrepôt fur la route , il envoya un courier
au Baron de Dieskaw, pour l'informer de ces avis ,
& du parti qu'il prenoit de faire marcher en diligence
un Detachement de Troupes & de Milices
avec des Sauvages , pour aller au fecours du
Fort Saint- Frederic. Le Baron de Dieskaw y marcha
lui -même , & amena avec lui les Bataillons
de la Reine & de Languedoc , qui ne ſe trouvoient
compofés que de neuf Compagnies chacun. A
fon arrivée au Fort Saint- Frederic , il jugea à propos
d'aller au-devant des Anglois , & le 1r de Septembre
il fe trouva à huit lieues en avant de ce
Fort , à un endroit appellé Carillon . Il s'arrêtalà
, & ayant envoyé à la découverte de différens
côtés , il apprit que les Anglois étoient occupés
à conftruire un Fort à quelques lieues de - là ;
qu'il y avoit déja dans ce Fort , qui fe trouvoit
très- avancé , une Garnifon de cinq cens hommes;
qu'on y attendoit inceffamment un renfort
confidérable de troupes ; & que le Colonel
Jonhlon étoit avec fon Corps d'armée au fond
du Lac Saint-Sacrement. Sur ce rapport le Baron
de Dieskaw prit le parti de marcher en diligence
, pour tâcher de furprendre ce même Fort à
la tête de quinze cens hommes ; fçavoir , fix cens
Sauvages fous les ordres de M. de Saint - Pierre ,
fix cens Canadiens fous les ordres de M. de Repentigny
, & trois cens hommes de troupes , y
compris les deux Compagnies de Grenadiers des
Bataillons de la Reine & de Languedoc avec
trois Piquets de la Compagnie de Canonniers
de la Colonic. Il envoya le refte de ces deux
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Bataillons fous les ordres de M. de Roquemaure
, Commandant de celui de la Reine , à
l'endroit nommé les Deux Rochers , afin de fe replier
fur lui en cas qu'il fût obligé de ſe retirer
; & il fit marcher M. de Celoron Major ,
commandant les Troupes & Milices de la Colonie
, avec le reftant de fon Corps , vers la chute
du Lac Saint - Sacrement , pour empêcher les
Anglois de tenter une entreprife de ce côté- là.
En conféquence de ces difpofitions , il marcha
depuis le 4 jufqu'au 7 Septembre qu'il fe trouva
à environ une lieue du Fort Anglois . Comme la
fin du jour approchoit , il s'arrêta avec la troupe
, & envoya un Détachement de Sauvages
commandé par le fieur de Saint - Pierre , pour reconnoître
les lieux . Les Sauvages tuerent un
courier que le Colonel Jonhfon envoyoit au
Commandant du Fort pour l'avertir de la marche
des François. Ils s'emparerent auffi de quelques
charriots, qui y portoient de l'artillerie & des munitions
, mais dont quelques-uns des conducteurs
fe fauverent. Comme il n'étoit plus douteux que
le Fort Anglois étoit averti , le Baron de Diefkaw
fit propofer aux Sauvages l'option , ou de
fuivre le projet d'aller attaquer ce Fort , ou de
marcher contre le Camp du Colonel Jonhion ,
n'étoit qui ,fuivant tous les avis qu'on avoit eus ,
qu'à cinq ou fix lieues de- là avec un Corps de
troupes de trois mille hommes . Les Sauvages
opinerent tous pour cette derniere entrepriſe.
Le 8 on partit de grand matin fur cinq colonnes
dans l'ordre fuivant ; les troupes de France ,
& les canonniers au centre , une colonne de Canadiens
, & une autre de Sauvages à la droite ,
deux autres Colonnes femblables à la gauche.
Dès dix heures du matin , on ne fe trouva qu'à
&
JANVIER. 1756. 197
une lieue du Camp . Des prifonniers qui furent
faits par les Sauvages , déclarerent que , par le
chemin où marchoit l'Armée , il venoit des charriots
que les Anglois envoyoient à leur Fort , &
que ces chatriots étoient efcortés par un Détachement
confidérable. Le Baron de Dieskaw fit paffer
fur la gauche du chemin les Canadiens & les
Sauvages , avec ordre de laiffer engager les Anglois
, & de ne tirer fur eux que lorfque les troupes
reglées , qui continueroient leur marche par
le chemin , auroient commencé l'attaque . Quelques
minutes après , on entendit des coups de fufil
, & le feu s'anima entre les Sauvages qui marchoient
devant , & les Anglois. Les Canadiens
coururent fur le champ à leur fecours . Les Anglois
prirent la fuite. On les pourfuivit juſqu'à la
vae de leurs tentes ; & ce détachement qui étoit
de buit à neuf cens hommes , fut prefque tout détrait
: il en rentra fort peu dans le Camp ; & c'eſt
dans ce choc que M. de Saint - Pierre fut tué.
Le Baron de Dieskaw marchoit toujours par le
chemin , pendant que l'Ennemi fe battoit en retraite.
Quoique les Canadiens & les Sauvages fe
trouvaffent fort fatigués , il crut que le meilleur
moyen de les engager à le fuivre étoit de hâter fa
marche , pour profiter de la confufion que la défaite
de ce détachement devoit occafionner parmi
les troupes du Camp du Colonel Jonhfon. Il ne
fut pas longtems fans être en préfence . On lui
fit remarquer qu'il n'avoit point de colonne à la
droite pour le foutenir. Alors une petite troupe
de Canadiens s'étendit de ce côté-là , & fit un trèsgrand
feu fur les Anglois . Mais le Camp fe trouvant
retranché avec des bateaux , des charriots &
de gros arbres : l'infanterie des François , qui étoit
en front , eut un fi grand feu d'artillerie & de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
moufqueterie à effuyer, qu'elle fut obligée de reculer,
& de s'emparer de quelques arbres : elle y
refta pendant deux heures à fufiller avec le refte
des troupes , qui ne confiftoit pas en plus de cinq
cens hommes dans cette attaque , parce qu'il n'y
avoit qu'une partie des Canadiens , qui avoit fuivi,
& que les Sauvages s'étoient arrêtés. Ce fut- là que
le Baron de Dieskaw fut d'abord bleflé à la jambe ,
& que peu de tems après il reçut une balle qui lui
perça le genouil droit , & lui paffa dans les chairs
de la cuiffe gauche ; ce qui l'obligea de fe laiffer
porter à quelques pas de - là pour s'affeoir. Il ordonna
au Chevalier de Montreuil , Major général,
& Commandant en fecond , de le laiffer là , &
d'aller voir fi on ne pouvoit pas pénétrer dans le
Camp. Le Chevalier de Montreuil en vit l'impoffibilité
:les troupes étoient trop fatiguées , en trop
petit nombre , & trop maltraitées par le feu qu'elles
avoient effuyé. Il prit le parti de la retraite.
Il y eut d'abord quelque confufion ; mais la Troupe
fe rendit en bon ordre au lieu où l'on avoit laiffé
les bateaux. La perte des Anglois a été de plus
de fept cens hommes dans le détachement qui a
été attaqué par les Sauvages & les Canadiens , fans
compter les bleffés qui font rentrés dans le camp ,
& l'on ignore la perte qu'ils ont dû faire dans les
retranchemens . Celle des François n'a été que de
quatre-vingt-quinze hommes tués , tant officiers ,
feldats , que Canadiens & Sauvages , & cent- trente
bleffés de tous ces différens corps. Le Baron de
Dieskaw a été pris & conduit à Orange avec le
fieur Bernier fon Aide- de - Camp , & deux officiciers
de milice , tous trois bleffés comme lui.
Il ne s'est rien paffé depuis de ce côté-là . La
perte que le Colonel Jonshfon avoit faite , & la
préfence des troupes Françoifes , qui fe font enJANVIER.
1756. 199
fuite retranchées aux environs du FortSaint- Frédéric
, lui ont fait abandonner l'exécution de fon
projet contre ce Fort.
Les fecours que M. de Vaudreuil avoit envoyés
aux Forts Frontenac & de Niagara , en ont
impofé auffi au Gouverneur Shirley , qui s'eft retiré
avec les troupes , à l'exception d'une Garnifon
nombreufe qu'il a laiffée à Chouegen avec un
train confidérable d'artillerie. La défaite du Général
Braddok , & le mauvais fuccès du Colonel
Jonshfon doivent avoir contribué à lui faire prendre
ce parti ; car toutes ces différentes entrepriſes
avoient été combinées enfemble.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé cette année en Canada.
En 1755, les Britanniques lancèrent plusieurs offensives contre le Canada. Dès le printemps, ils déployèrent des forces navales pour intercepter les vaisseaux français destinés au Canada et à l'Île Royale. Ils rassemblèrent également des troupes pour attaquer le Canada par différentes frontières : l'Acadie, le Lac Champlain, le Lac Ontario et la Belle Rivière. En juin, les Britanniques capturèrent le Fort de Beaufort en Acadie après quelques jours de bombardements. La garnison française capitula avec honneurs militaires et fut transportée à Louisbourg. Les Britanniques s'emparèrent ensuite du poste de Gaspareaux, où un détachement français se rendit également. Ils avancèrent vers la rivière Saint-Jean, où un petit fort fut incendié par les Français. Sur la Belle Rivière, le Général Braddock mena trois mille hommes contre le Fort Duquesne. Le Capitaine de Contrecoeur, commandant du fort, envoya un détachement de 250 Français et 550 Amérindiens à leur rencontre. Lors de la bataille, les Britanniques subirent de lourdes pertes, y compris la mort du Général Braddock. Les Français capturèrent une grande quantité de matériel et de provisions britanniques. Simultanément, deux autres corps de troupes britanniques avancèrent : l'un vers le Lac Ontario pour attaquer les forts Niagara et Frontenac, et l'autre vers le Lac Champlain pour assiéger le Fort Saint-Frédéric. Le Gouverneur Vaudreuil envoya des renforts pour défendre ces forts. Le Baron de Dieskau, commandant les troupes françaises, affronta les Britanniques près du Fort Saint-Frédéric. Après une bataille intense, les Britanniques furent repoussés, mais les Français durent se retirer en raison de leurs pertes et de la fatigue. Les Britanniques perdirent plus de 700 hommes dans cette confrontation. Le texte décrit également les événements militaires entre les Français et les Britanniques en janvier 1756. Lors d'un affrontement, les pertes françaises s'élèvent à quatre-vingt-quinze hommes tués et cent-trente blessés, incluant des officiers, des soldats, des Canadiens et des Amérindiens. Le Baron de Dieskau et le sieur Bernier, aide-de-camp, ainsi que deux officiers de milice, ont été capturés et blessés. Depuis cet événement, aucune autre action militaire n'a été signalée. La perte subie par le Colonel Johnson et la présence des troupes françaises retranchées près du Fort Saint-Frédéric ont conduit Johnson à abandonner son projet contre ce fort. Les renforts envoyés par M. de Vaudreuil aux Forts Frontenac et Niagara ont également contraint le Gouverneur Shirley à se retirer, laissant une garnison nombreuse à Chouegen avec un train d'artillerie conséquent. La défaite du Général Braddock et l'échec du Colonel Johnson ont probablement influencé cette décision, car ces entreprises étaient coordonnées.
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7
p. 206-208
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montréal, le 6 Novembre.
Début :
Pendant que M. le Marquis de Montcalm faisoit, avec trois bataillons & 1500 hommes [...]
Mots clefs :
Montréal, Marquis de Montcalm, Siège de Chouagen, Chevalier de Leris, Bataillons, Camp de Carillon, Frontières, Les sauvages, Anglais, Français, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montréal, le 6 Novembre.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montréal
, le 6 Novembre .
PENDANT ENDANT que M. le Marquis de Montcalm faifoit
, avec trois bataillons & 1500 hommes de la
Colonie , le fiege de Chouagen , M. le Chevalier
de Leris , avec un corps de 3000 hommes , défendoit
la frontiere du Lac S. Sacrement. Une partie
de fes troupes étoit employée à y conſtruire le
Fort de Carillon , & l'autre occupoit en avant différens
poftes capables d'arrêter l'ennemi , s'il eût
voulu tenter l'exécution de projets annoncés dès la
campagne derniere . ; -
Le 6 Septembre , M. le Marquis de Montcalm
vint prendre le commandement du camp de Carillon
, & y amena deux des bataillons qui avoient
fait le fiege de Chouagen. Toutes les vues des ennemis
, depuis la perte de cette Place furtout ,
étoient dirigées vers cette frontiere . Ils y avoient
porté toutes leurs forces , & des préparatifs confidérables
fembloient annoncer qu'ils vouloient
nous venir attaquer avec un corps de 10 à 12000
hommes. Quoique nous n'en euffions pas plus de
4000 , nous étions prêts à les bien recevoir , &
leurs mouvemens ne nous ont jamais fait interrompre
les travaux de Carillon objet important
pour nous.
Tout s'eft enfin borné de part & d'autre à la
petite guerre. Nous y avons perdu 30 hommes environ,
prifonniers ou chevelures levées , & nos
MAR S. 1757. 207
A
Partis en ont pris ou tué près de 300. Un détachement
dans lequel j'avois été envoyé avec les
Sauvages , pour reconnoître le Fort Georges fitué
au fond du Lac S. Sacrement , a contraint les ennemis
d'abandonner des Illes qu'ils occupoient
dans ce Lac , & ayant rencontré un parti de 58
hommes à deux lieues du Fort , en a tué ou pris
57.
Les glaces ne permettent plus de tenir la campagne.
Norre arriere- garde , conduite par M. le
Chevalier de Leris , fe repliera du 10 au 15 : le
Fort de Carillon fera pour - lors en état de recevoir
& loger fa garnifon. Il eſt en vérité temps d'entrer
en quartier. J'ai fait dans mon particulier près de
soo lieues depuis mon arrivée en Canada.
Du côté de la belle riviere nous avons eu tout
l'avantage. Nos Sauvages ont fait abandonner les
habitations femées dans les vallées qui féparent les
chaînes des Apalaches , & forcé les Virginiens à ſe
retirer fur les bords de la mer . Les Anglois avoient
Jevées 1000 hommes équipés & matachés en
Sauvages , pour faire des courfes de ce côté. Cette
levée qui leur a coûté beaucoup , a aboutie à un
détachement qui eft venu mettre le feu à un Village
de Loups , & dont une partie a péri de mifere
dans les bois ; les autres ont été chaudement pourfuivis
par nos Sauvages , qui , je crois , leur ôteront
l'envie de les contrefaire .
Le corps que nous avions dans l'Acadie , s'eſt
foutenu toute la campagne , & a même pris aux
Anglois une grande quantité de beftiaux . Le Pere
Germain a raffemblé fur la Riviere & dans l'Ifle
S. Jean, environ 1500 Acadiens, que Penthoufiafme
du Miffionnaire anime . Des vaiffeaux de guerre
Anglois ont deux fois tenté une defcente à la
Baie de Gafpé : ils ont été repouffés avec perte
208 MERCURE DE FRANCE.
& nous sommes toujours maîtres de ce pofte im
portant. Les Sauvages des Pays d'en haut , excités .
par la prife de Chouagen , ont accepté la Hache
contre le Frere Coflar , & viendront nous joindre
će printemps. On dit même qu'il fe fait des mouvemens
en notre faveur dans le Confeil des cinq
Nations.
Telle a été la campagne en Amérique . Quoiqué
partout très- inférieurs en nombre aux ennemis ,
nous leur avons fermé les Pays d'en haut , en les
chaffant du Lac Ontario ; nous les avons empêché
d'exécuter leurs projets fur la frontiere du Lac S.
Sacrement , qu'ils menacent depuis trois ans , &
nous leur avons tué ou pris près de 4500 hommes
fans en perdre 100.
, le 6 Novembre .
PENDANT ENDANT que M. le Marquis de Montcalm faifoit
, avec trois bataillons & 1500 hommes de la
Colonie , le fiege de Chouagen , M. le Chevalier
de Leris , avec un corps de 3000 hommes , défendoit
la frontiere du Lac S. Sacrement. Une partie
de fes troupes étoit employée à y conſtruire le
Fort de Carillon , & l'autre occupoit en avant différens
poftes capables d'arrêter l'ennemi , s'il eût
voulu tenter l'exécution de projets annoncés dès la
campagne derniere . ; -
Le 6 Septembre , M. le Marquis de Montcalm
vint prendre le commandement du camp de Carillon
, & y amena deux des bataillons qui avoient
fait le fiege de Chouagen. Toutes les vues des ennemis
, depuis la perte de cette Place furtout ,
étoient dirigées vers cette frontiere . Ils y avoient
porté toutes leurs forces , & des préparatifs confidérables
fembloient annoncer qu'ils vouloient
nous venir attaquer avec un corps de 10 à 12000
hommes. Quoique nous n'en euffions pas plus de
4000 , nous étions prêts à les bien recevoir , &
leurs mouvemens ne nous ont jamais fait interrompre
les travaux de Carillon objet important
pour nous.
Tout s'eft enfin borné de part & d'autre à la
petite guerre. Nous y avons perdu 30 hommes environ,
prifonniers ou chevelures levées , & nos
MAR S. 1757. 207
A
Partis en ont pris ou tué près de 300. Un détachement
dans lequel j'avois été envoyé avec les
Sauvages , pour reconnoître le Fort Georges fitué
au fond du Lac S. Sacrement , a contraint les ennemis
d'abandonner des Illes qu'ils occupoient
dans ce Lac , & ayant rencontré un parti de 58
hommes à deux lieues du Fort , en a tué ou pris
57.
Les glaces ne permettent plus de tenir la campagne.
Norre arriere- garde , conduite par M. le
Chevalier de Leris , fe repliera du 10 au 15 : le
Fort de Carillon fera pour - lors en état de recevoir
& loger fa garnifon. Il eſt en vérité temps d'entrer
en quartier. J'ai fait dans mon particulier près de
soo lieues depuis mon arrivée en Canada.
Du côté de la belle riviere nous avons eu tout
l'avantage. Nos Sauvages ont fait abandonner les
habitations femées dans les vallées qui féparent les
chaînes des Apalaches , & forcé les Virginiens à ſe
retirer fur les bords de la mer . Les Anglois avoient
Jevées 1000 hommes équipés & matachés en
Sauvages , pour faire des courfes de ce côté. Cette
levée qui leur a coûté beaucoup , a aboutie à un
détachement qui eft venu mettre le feu à un Village
de Loups , & dont une partie a péri de mifere
dans les bois ; les autres ont été chaudement pourfuivis
par nos Sauvages , qui , je crois , leur ôteront
l'envie de les contrefaire .
Le corps que nous avions dans l'Acadie , s'eſt
foutenu toute la campagne , & a même pris aux
Anglois une grande quantité de beftiaux . Le Pere
Germain a raffemblé fur la Riviere & dans l'Ifle
S. Jean, environ 1500 Acadiens, que Penthoufiafme
du Miffionnaire anime . Des vaiffeaux de guerre
Anglois ont deux fois tenté une defcente à la
Baie de Gafpé : ils ont été repouffés avec perte
208 MERCURE DE FRANCE.
& nous sommes toujours maîtres de ce pofte im
portant. Les Sauvages des Pays d'en haut , excités .
par la prife de Chouagen , ont accepté la Hache
contre le Frere Coflar , & viendront nous joindre
će printemps. On dit même qu'il fe fait des mouvemens
en notre faveur dans le Confeil des cinq
Nations.
Telle a été la campagne en Amérique . Quoiqué
partout très- inférieurs en nombre aux ennemis ,
nous leur avons fermé les Pays d'en haut , en les
chaffant du Lac Ontario ; nous les avons empêché
d'exécuter leurs projets fur la frontiere du Lac S.
Sacrement , qu'ils menacent depuis trois ans , &
nous leur avons tué ou pris près de 4500 hommes
fans en perdre 100.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Montréal, le 6 Novembre.
En novembre 1757, le Marquis de Montcalm assiégeait Chouagen avec trois bataillons et 1500 hommes, tandis que le Chevalier de Leris défendait la frontière du Lac Saint-Sacrement avec 3000 hommes. Une partie de ces troupes construisait le Fort de Carillon, l'autre occupait des postes avancés. Le 6 septembre, Montcalm prit le commandement du camp de Carillon, renforcé par deux bataillons. Les ennemis, après avoir perdu Chouagen, concentraient leurs forces sur cette frontière, avec des préparatifs indiquant une attaque imminente par 10 000 à 12 000 hommes. Malgré leur infériorité numérique, les Français étaient prêts à défendre Carillon. Les affrontements se limitèrent à des escarmouches, avec environ 30 hommes français tués et près de 300 ennemis capturés ou tués. Un détachement français força les ennemis à abandonner des îles sur le Lac Saint-Sacrement et captura ou tua 57 hommes près du Fort Georges. Avec l'arrivée de l'hiver, les troupes se replièrent. Les Français et leurs alliés autochtones repoussèrent les Virginiens à la Belle Rivière et résistèrent aux attaques anglaises en Acadie. Les vaisseaux de guerre anglais tentèrent deux descentes à la Baie de Gaspé, mais furent repoussés. Les autochtones des Pays d'en haut se préparaient à rejoindre les Français au printemps. La campagne se conclut par une défense réussie des territoires français malgré leur infériorité numérique.
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8
p. 180-182
ALLEMAGNE.
Début :
Tous les Régimens de Hussards doivent être augmentés chacun de cinq cens [...]
Mots clefs :
Vienne, Régiments, Augmentation des effectifs, Ordonnance, Corps de troupes, Officiers, Dresde, Surveillance, Frontières, Leipzig, Monnaies, Fabrication, Change
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
*
L
DE VIENNE , le 21 Février.
Tous les Régimens de Huffards doivent être
augmentés chacun de cinq cens vingt hommes.
Plufieurs Prélats & Seigneurs Hongrois ont offert
à l'Impératrice Reine , de faire la plus grande
partie de cette augmentation à leurs dépens.
On a reçu la confirmation que le magafin établi à
Glatz par les Pruffiens , a été réduit en cendre ,
&qu'ils ont perdu par cet incendie vingt mille
..
AVRIL 1757. 181
fufils , douze mille uniformes , & dix - huit mille
feptiers de bled.
L'Impératrice Reine , par une Ordonnance
qu'Elle a envoyée à chaque Corps de fes troupes ,
accorde la Nobleffe à tout Officier , foit national ,
foit étranger , qui aura fervi dans les armées pendant
trente ans.
( Un Courier arrivé ces jours - ci de Conftantinople
, a apporté la nouvelle que le Grand Seigneur
avoit accordé la permiffion d'acheter fix
mille boeufs dans la Moldavie & dans la Valachie
pour le compte de l'Impératrice Reine.
DE DRESDE , le 8 Février.
S. M. Pruffienne a fat: publier une Ordonnanee ,
dont voici la teneur : « Il eft enjoint par la pré-
» fente , de la maniere la plus expreffe , aux habi-
> tans des Villes , Bourgs & Villages de la Saxe ,
» fitués le long des frontieres de la Boheme ,
» qu'en cas de mouvemens de la part des troupes
» Autrichiennes ils ne manquent point d'en.
>> donner connoiffance aux poftes avancés , dont
» ils feront le plus près : au défaut de quoi , & fi
» l'ennemi venoit à paffer outre , ils devront s'at-
» tendre immanquablement & fans rémiffion à
» être enlevés de chez eux , & gardés dans une
» détention des plus rigoureufes , auffi long-
» temps que les troupes Pruffiennes demeureront
» dans ce pays. Au contraire ceux qui feront
>> exactes à fe conformer à ce que la préfente leur
prefcrit , en feront récompenfés. On leur don-
» nera depuis trois jufqu'à dix écus , felon la nas
» ture & les circonftances de l'avis » ..
182 MERCURE DE FRANCE.
DE LEIPSICK , le 17 Février.
Depuis que les Pruffiens fe font emparés de l'Hôtel
des Monnoies, on y frappe jour & nuit de nouveaux
gros & de nouvelles pieces de huit gros , à la
marque des années 1753 & 1756 , & avec le nom
de l'ancien Directeur , afin qu'on ne puiffe pas
diftinguer les nouvelles efpeces des anciennes. Ĉependant
la différence entre les unes & les autres
pour la valeur intrinfeque eft confidérable. Suivant
l'évaluation qui a été faite , il y a un déchet
de vingt pour cent fur les gros , & plus de vingtneuf
fur les doubles. Le ducat revient à trois écus
fept gros ; & le louis.d'or à fix écus . Pour pouvoir
fabriquer une plus grande quantité de nouvelles
efpeces , le Juif Ephraim , qui a cette entreprife ,
a obtenu du Directoire de Torgau le renouvellement
des Edits , qui ordonnent de porter tout l'or
& l'argent à la monnoie. Il a obtenu auffi une
permiffion de fe faire remettre fur fes quittances
les deniers qui font dans la Caiffe de la Steur.
*
L
DE VIENNE , le 21 Février.
Tous les Régimens de Huffards doivent être
augmentés chacun de cinq cens vingt hommes.
Plufieurs Prélats & Seigneurs Hongrois ont offert
à l'Impératrice Reine , de faire la plus grande
partie de cette augmentation à leurs dépens.
On a reçu la confirmation que le magafin établi à
Glatz par les Pruffiens , a été réduit en cendre ,
&qu'ils ont perdu par cet incendie vingt mille
..
AVRIL 1757. 181
fufils , douze mille uniformes , & dix - huit mille
feptiers de bled.
L'Impératrice Reine , par une Ordonnance
qu'Elle a envoyée à chaque Corps de fes troupes ,
accorde la Nobleffe à tout Officier , foit national ,
foit étranger , qui aura fervi dans les armées pendant
trente ans.
( Un Courier arrivé ces jours - ci de Conftantinople
, a apporté la nouvelle que le Grand Seigneur
avoit accordé la permiffion d'acheter fix
mille boeufs dans la Moldavie & dans la Valachie
pour le compte de l'Impératrice Reine.
DE DRESDE , le 8 Février.
S. M. Pruffienne a fat: publier une Ordonnanee ,
dont voici la teneur : « Il eft enjoint par la pré-
» fente , de la maniere la plus expreffe , aux habi-
> tans des Villes , Bourgs & Villages de la Saxe ,
» fitués le long des frontieres de la Boheme ,
» qu'en cas de mouvemens de la part des troupes
» Autrichiennes ils ne manquent point d'en.
>> donner connoiffance aux poftes avancés , dont
» ils feront le plus près : au défaut de quoi , & fi
» l'ennemi venoit à paffer outre , ils devront s'at-
» tendre immanquablement & fans rémiffion à
» être enlevés de chez eux , & gardés dans une
» détention des plus rigoureufes , auffi long-
» temps que les troupes Pruffiennes demeureront
» dans ce pays. Au contraire ceux qui feront
>> exactes à fe conformer à ce que la préfente leur
prefcrit , en feront récompenfés. On leur don-
» nera depuis trois jufqu'à dix écus , felon la nas
» ture & les circonftances de l'avis » ..
182 MERCURE DE FRANCE.
DE LEIPSICK , le 17 Février.
Depuis que les Pruffiens fe font emparés de l'Hôtel
des Monnoies, on y frappe jour & nuit de nouveaux
gros & de nouvelles pieces de huit gros , à la
marque des années 1753 & 1756 , & avec le nom
de l'ancien Directeur , afin qu'on ne puiffe pas
diftinguer les nouvelles efpeces des anciennes. Ĉependant
la différence entre les unes & les autres
pour la valeur intrinfeque eft confidérable. Suivant
l'évaluation qui a été faite , il y a un déchet
de vingt pour cent fur les gros , & plus de vingtneuf
fur les doubles. Le ducat revient à trois écus
fept gros ; & le louis.d'or à fix écus . Pour pouvoir
fabriquer une plus grande quantité de nouvelles
efpeces , le Juif Ephraim , qui a cette entreprife ,
a obtenu du Directoire de Torgau le renouvellement
des Edits , qui ordonnent de porter tout l'or
& l'argent à la monnoie. Il a obtenu auffi une
permiffion de fe faire remettre fur fes quittances
les deniers qui font dans la Caiffe de la Steur.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En février 1757, l'Impératrice Reine d'Allemagne a ordonné l'augmentation des régiments de hussards à cinq cent vingt hommes chacun, financée par des prélats et seigneurs hongrois. Les Prussiens ont subi des pertes à Glatz, où un incendie a détruit un magasin contenant vingt mille fusils, douze mille uniformes et dix-huit mille septiers de blé. L'Impératrice Reine a accordé la noblesse aux officiers ayant servi trente ans dans les armées. Un courrier de Constantinople a annoncé l'achat de six mille bœufs en Moldavie et en Valachie pour le compte de l'Impératrice Reine. En Saxe, le roi de Prusse a exigé que les habitants des zones frontalières signalent les mouvements des troupes autrichiennes, sous peine de détention. Les Prussiens ont pris le contrôle de l'hôtel des monnaies à Leipzig et frappent de nouvelles pièces imitant les anciennes, avec une différence de valeur significative. Le Juif Ephraim a obtenu des permis pour la collecte de l'or et de l'argent, ainsi que pour récupérer les fonds de la caisse de la Steur.
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9
p. 203-207
ALLEMAGNE.
Début :
Le 9 de ce mois, le Général Lossewicz, à la tête d'un corps [...]
Mots clefs :
Corps de troupes, Bataillons, Prusse, Mouvement, Fortifications, Attaques, Prague, Dresde, Frontières, Roi de Prusse, Régiment de dragons, Prince, Saxe, Ratisbonne, Diète de l'Empire, Guerre, Traité de Westphalie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE PRAGUE, le 19 Mars.
Le 9 de ce mois , le Général Loffewicz , à la
tête d'un corps de troupes Pruffiennes , compoſe
de quatorze Bataillons , & de trois Régimens de
Cavalerie , s'avança fur deux colonnes vers Graf
fenftein & vers Grottau , tandis que le Prince de
Bevern, fe porta fur Friedland :avec fix mille
hommes des mêmes troupes. A la nouvelle du
mouvement des ennemis , les détachement de
Croates , qui étoit dans le dernier de ces trois
poftes , fe hâta de fe replier à Reichenberg. Les
Pruffiens fe font emparés de Graffenftein & de
Grottau , mais ils n'ont pu s'y maintenir.: Le
Prince de Bevern a demeuré pendant trois jours
à Friedland , & s'eft enfuite retiré , après avoir
fait démolir les fortifications du château. Le 12 ,
avant d'abandonner ce pofte , il envoya le Co
lonel Putkammer avec un bataillon de grenadiers
, cent dragons & trois cens huffards , pour
reconnoître le terrein entre ce pofte & celui de
Reichenberg. Ce détachement rencontra quatre
cens hommes des troupes Autrichiennes , dont
une partie étoit en bataille devant le village de
Bufch- Ullerdorf , & une autre partie étoit embufquée
derriere des haies . Le fieur Putkammer
les attaqua , & les pouffa à travers le village.
Ils ont eu cinquante hommes tués. On leur a
fait dix prifonniers , & on leur a enlevé trentetrois
chevaux.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE , le 6 Avril.
<
Un particulier , qui venoit de Boheme , ayant
été arrêté par les Pruffiens , on trouva fur lui
deux lettres adreffées , l'une à la Comteffe d'Ogilvy
, Dame d'Honneur de la Reine ; l'autre au
Baron de Keffel , Chambellan de cette Princeffe.
En conféquence , le Roi de Pruffe leur fit fignifier
les arrêts. Le lendemain , la Reine envoya
demander à ce Prince leur élargiffement , & il
l'accorda. Il fit prier en même temps la Reine ,
d'empêcher qu'à l'avenir aucune perfonne de fa
Cour n'entretînt des correfpondances avec les
Autrichiens.
+
Sa Majesté Pruffienne , frappée de la beauté
d'un tableau , qui eft dans la Galerie du Palais ,'
avoit ordonné qu'on en tirât une copie. Dès
que la Reine en fut informée , Elle fit préfenter
ce tableau à ce Monarque , qui s'eft excufé de
Faccepter , mais qui a témoigné être fort fenfible
à une telle marque d'attention .
En attendant que toutes les troupes foient en
campagne , les Pruffiens fortifient divers poftes
fur la frontiere. Ils ne négligent rien non plus
pour mettre cette ville à l'abri de toute ſurpriſe ,
& ils ont établi, une batterie devant le chemin
de Dippolfwalde , une près du moulin à poudre
, une du côté de l'Elbe , une dans les environs
de la Tuilerie , une dans le grand cimetiere
, une vis-à- vis le chemin de Pirna , une à
l'extrêmité des jardins de Maffinisky , & une fur
la hauteur de Sintzendorff Outre ces précautions ,
ils ont pratiqué des mines en plufieurs endroits .
Ces jours derniers , le Roi de Pruffe écrivit au
Lieutenant-Général Pirfch, Commandant de KoMA
I. 1757: 205
nigstein , la lettre fuivante. « Ayant appris de
» plufieurs endroits que les Autrichiens pen-
» foient à furprendre votre fortereffe , je n'ai
» point voulu différer de vous rappeller le con-
>> tenu de votre capitulation , & ce à quoi votre
» honneur & votre parole vous engagent. Ko-
» nigſtein étant une fortereffe qui ne peut crainqu'un
coup de main , j'ai dû d'autant plus
» vous donner avis du deffein des ennemis , que
s'ils entreprenoient de l'exécuter , je ne pour-
» rois m'empêcher de vous croire d'intelligence
D
» avec eux. >>>
Indépendamment d'un efcadron du Régiment
de dragons de Rutowski qui , fe trouvant dans
la haute Luface , près des frontieres de Boheme ,
a profité de la circonftance pour paffer du côté
des Autrichiens , le Régiment ci - devant du Prince
Frederic- Augufte de Saxe , & maintenant
Loën , a auffi déferté. Au lieu d'aller à Berlin ,
où on lui avoit affigné de nouveaux quartiers ,
il a pris la route de Pologne. On affure qu'il y
a été fuivi par un bataillon du Régiment de
Jeune Bevern , ci- devant du Prince Xavier. La
défertion de ces corps a déterminé Sa Majesté
Pruffienne à incorporer les Gardes du Corps
Saxons dans fes Gardes , ainfi que les cavaliers
& les dragons de la même nation dans les Régimens
de cavalerie & de dragons des troupes
Pruffiennes . A l'égard de l'infanterie , ce Prince"
ne laiffe que dix Saxons par compagnie. Les
autres font diftribués dans les Régimens Pruffiens
, dont on prend un pareil nombre de foldats
, pour remplacer les Saxons dans les corps ,
où ceux-ci fervoient. En même temps , on vient
de publier une Ordonnance , en vertu de laquelle
les biens ou effets des défertears des anciens
206 MERCURE DE FRANCE.
Régimens Saxons feront confifqués , & leurs pas
rens , tenus de bonifier l'uniforme & les armes.
Sa Majefté Pruffienne exige encore de cet Electorat
deux mille cinq cens hommes de nouvel,
les recrues , pour augmenter de vingt hommes
chaque compagnie de ces Régimens . Le Major
Général Rezow en a remis l'ordre par écrit ,
avec la répartition , aux Députés des Etats actuel
lement aflemblés en cette Capitale.
Ce même Major Général , le 31 du mois der
nier , fit fignifier à la Comteffe de Brulh , époufe
du Premier Miniftre , laquelle depuis cinq mois
logeoit au Palais , qu'elle eût à retourner àfon
Hôtel. Quelques momens après qu'elle y fut
arrivée , il s'y tranfporta pour lui annoncer les
arrêts de la part du Roi de Pruffe, Elle y eft gardée
par un Officier , un fergent , un caporal ,
& fix foldats. On croit qu'elle fera obligée de fe
retirer en Pologne , & qu'un détachement l'accompagnera
jufques fur la frontiere.
DE RATISBONNE , le 2 : Avril.
Il a été dicté le 30 Mars, à la Diere de l'Empire,
une Déclaration que les Miniftres de France & de
Suede avoient remife plufieurs jours auparavant aq
nom des Rois leurs Maîtres, en qualité de garans
de la paix de Weftphalie , Comme cette Déclara
tion , quoique remife féparément , eft la même ,
on n'inférera ici que la copie de celle qui a été faite
au nom de S. M.T. C. « Le Roi mon Maître n'a pu
» voir fans un extrême déplaifir, qu'il fe foit élevé
» en Allemagne une guerre , qui tient dans l'oppreffion
, la plus cruelle & la plus inouie , de
» puiffans Etats de l'Empire , en expofe d'autres
» au danger de fubir le même fort , & menace
MAI 1757. 207
» d'un renverſement total les Loix & Conftitu-
» tions Germaniques , les Traités de Weftphalie,
» & le Syſtême de l'Empire . Pour remédier aux
» maux préfens , & prévenir ceux qui pourroient
>> arriver dans la fuite , divers Etats des plus con-
» fidérables de l'Empire ont requis la France &
» la Suede d'exercer la Garantie qu'Elles ont
» donnée des Traités de Weftphalie ; & comme
» ces deux Puiffances fe font trouvé animées .
» du même zele pour la défenſe des Etats de
>> l'Empire , le maintien du Systême Germanique,
» & notamment pour la confervation des droits
» des trois Religions établies en Allemagne
» Elles ont réfolu , d'un commun accord , de
» prendre les mefures les plus promptes & les
plus efficaces , pour fatisfaire à leurs obliga-
» tions fur des objets auffi importans . En conféquence
le Roi déclare , conjointement avec
» le Roi de Suede , à tout l'Empire , que Leurs
» Majeſtés feront , comme Garantes des Traités
>> de Weftphalie , tous les efforts qui font en
>> leur pouvoir , pour contribuer , felon le voeu
» de l'Empire , à arrêter le cours des maux qui
» défolent l'Allemagne , en procurer la répara-
» tion , & maintenir nommément les droits des
» trois Religions établies dans l'Empire ; enfin
» pour affurer la liberté Germanique, fur les
» fondemens des Traités de Weftphalie , contre
» toutes les atteintes que quelque Puiffance que
>> ce foit aura entrepris , ou entreprendra d'y
» porter. Sa Majefté efpere , ainfi que Sa Majef
» té Suédoife , que l'Empire reconnoîtra toute la
» fincérité & l'étendue de leur zele pour le falut
» de l'Allemagne , & Elles ne doutent pas que les
Electeurs , Princes & Etats , ne fecondent de
» tout leur pouvoir une réfolution aufſi légitime,
» auffi falutaire & auffi généreuſe. ».
DE PRAGUE, le 19 Mars.
Le 9 de ce mois , le Général Loffewicz , à la
tête d'un corps de troupes Pruffiennes , compoſe
de quatorze Bataillons , & de trois Régimens de
Cavalerie , s'avança fur deux colonnes vers Graf
fenftein & vers Grottau , tandis que le Prince de
Bevern, fe porta fur Friedland :avec fix mille
hommes des mêmes troupes. A la nouvelle du
mouvement des ennemis , les détachement de
Croates , qui étoit dans le dernier de ces trois
poftes , fe hâta de fe replier à Reichenberg. Les
Pruffiens fe font emparés de Graffenftein & de
Grottau , mais ils n'ont pu s'y maintenir.: Le
Prince de Bevern a demeuré pendant trois jours
à Friedland , & s'eft enfuite retiré , après avoir
fait démolir les fortifications du château. Le 12 ,
avant d'abandonner ce pofte , il envoya le Co
lonel Putkammer avec un bataillon de grenadiers
, cent dragons & trois cens huffards , pour
reconnoître le terrein entre ce pofte & celui de
Reichenberg. Ce détachement rencontra quatre
cens hommes des troupes Autrichiennes , dont
une partie étoit en bataille devant le village de
Bufch- Ullerdorf , & une autre partie étoit embufquée
derriere des haies . Le fieur Putkammer
les attaqua , & les pouffa à travers le village.
Ils ont eu cinquante hommes tués. On leur a
fait dix prifonniers , & on leur a enlevé trentetrois
chevaux.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
DE DRESDE , le 6 Avril.
<
Un particulier , qui venoit de Boheme , ayant
été arrêté par les Pruffiens , on trouva fur lui
deux lettres adreffées , l'une à la Comteffe d'Ogilvy
, Dame d'Honneur de la Reine ; l'autre au
Baron de Keffel , Chambellan de cette Princeffe.
En conféquence , le Roi de Pruffe leur fit fignifier
les arrêts. Le lendemain , la Reine envoya
demander à ce Prince leur élargiffement , & il
l'accorda. Il fit prier en même temps la Reine ,
d'empêcher qu'à l'avenir aucune perfonne de fa
Cour n'entretînt des correfpondances avec les
Autrichiens.
+
Sa Majesté Pruffienne , frappée de la beauté
d'un tableau , qui eft dans la Galerie du Palais ,'
avoit ordonné qu'on en tirât une copie. Dès
que la Reine en fut informée , Elle fit préfenter
ce tableau à ce Monarque , qui s'eft excufé de
Faccepter , mais qui a témoigné être fort fenfible
à une telle marque d'attention .
En attendant que toutes les troupes foient en
campagne , les Pruffiens fortifient divers poftes
fur la frontiere. Ils ne négligent rien non plus
pour mettre cette ville à l'abri de toute ſurpriſe ,
& ils ont établi, une batterie devant le chemin
de Dippolfwalde , une près du moulin à poudre
, une du côté de l'Elbe , une dans les environs
de la Tuilerie , une dans le grand cimetiere
, une vis-à- vis le chemin de Pirna , une à
l'extrêmité des jardins de Maffinisky , & une fur
la hauteur de Sintzendorff Outre ces précautions ,
ils ont pratiqué des mines en plufieurs endroits .
Ces jours derniers , le Roi de Pruffe écrivit au
Lieutenant-Général Pirfch, Commandant de KoMA
I. 1757: 205
nigstein , la lettre fuivante. « Ayant appris de
» plufieurs endroits que les Autrichiens pen-
» foient à furprendre votre fortereffe , je n'ai
» point voulu différer de vous rappeller le con-
>> tenu de votre capitulation , & ce à quoi votre
» honneur & votre parole vous engagent. Ko-
» nigſtein étant une fortereffe qui ne peut crainqu'un
coup de main , j'ai dû d'autant plus
» vous donner avis du deffein des ennemis , que
s'ils entreprenoient de l'exécuter , je ne pour-
» rois m'empêcher de vous croire d'intelligence
D
» avec eux. >>>
Indépendamment d'un efcadron du Régiment
de dragons de Rutowski qui , fe trouvant dans
la haute Luface , près des frontieres de Boheme ,
a profité de la circonftance pour paffer du côté
des Autrichiens , le Régiment ci - devant du Prince
Frederic- Augufte de Saxe , & maintenant
Loën , a auffi déferté. Au lieu d'aller à Berlin ,
où on lui avoit affigné de nouveaux quartiers ,
il a pris la route de Pologne. On affure qu'il y
a été fuivi par un bataillon du Régiment de
Jeune Bevern , ci- devant du Prince Xavier. La
défertion de ces corps a déterminé Sa Majesté
Pruffienne à incorporer les Gardes du Corps
Saxons dans fes Gardes , ainfi que les cavaliers
& les dragons de la même nation dans les Régimens
de cavalerie & de dragons des troupes
Pruffiennes . A l'égard de l'infanterie , ce Prince"
ne laiffe que dix Saxons par compagnie. Les
autres font diftribués dans les Régimens Pruffiens
, dont on prend un pareil nombre de foldats
, pour remplacer les Saxons dans les corps ,
où ceux-ci fervoient. En même temps , on vient
de publier une Ordonnance , en vertu de laquelle
les biens ou effets des défertears des anciens
206 MERCURE DE FRANCE.
Régimens Saxons feront confifqués , & leurs pas
rens , tenus de bonifier l'uniforme & les armes.
Sa Majefté Pruffienne exige encore de cet Electorat
deux mille cinq cens hommes de nouvel,
les recrues , pour augmenter de vingt hommes
chaque compagnie de ces Régimens . Le Major
Général Rezow en a remis l'ordre par écrit ,
avec la répartition , aux Députés des Etats actuel
lement aflemblés en cette Capitale.
Ce même Major Général , le 31 du mois der
nier , fit fignifier à la Comteffe de Brulh , époufe
du Premier Miniftre , laquelle depuis cinq mois
logeoit au Palais , qu'elle eût à retourner àfon
Hôtel. Quelques momens après qu'elle y fut
arrivée , il s'y tranfporta pour lui annoncer les
arrêts de la part du Roi de Pruffe, Elle y eft gardée
par un Officier , un fergent , un caporal ,
& fix foldats. On croit qu'elle fera obligée de fe
retirer en Pologne , & qu'un détachement l'accompagnera
jufques fur la frontiere.
DE RATISBONNE , le 2 : Avril.
Il a été dicté le 30 Mars, à la Diere de l'Empire,
une Déclaration que les Miniftres de France & de
Suede avoient remife plufieurs jours auparavant aq
nom des Rois leurs Maîtres, en qualité de garans
de la paix de Weftphalie , Comme cette Déclara
tion , quoique remife féparément , eft la même ,
on n'inférera ici que la copie de celle qui a été faite
au nom de S. M.T. C. « Le Roi mon Maître n'a pu
» voir fans un extrême déplaifir, qu'il fe foit élevé
» en Allemagne une guerre , qui tient dans l'oppreffion
, la plus cruelle & la plus inouie , de
» puiffans Etats de l'Empire , en expofe d'autres
» au danger de fubir le même fort , & menace
MAI 1757. 207
» d'un renverſement total les Loix & Conftitu-
» tions Germaniques , les Traités de Weftphalie,
» & le Syſtême de l'Empire . Pour remédier aux
» maux préfens , & prévenir ceux qui pourroient
>> arriver dans la fuite , divers Etats des plus con-
» fidérables de l'Empire ont requis la France &
» la Suede d'exercer la Garantie qu'Elles ont
» donnée des Traités de Weftphalie ; & comme
» ces deux Puiffances fe font trouvé animées .
» du même zele pour la défenſe des Etats de
>> l'Empire , le maintien du Systême Germanique,
» & notamment pour la confervation des droits
» des trois Religions établies en Allemagne
» Elles ont réfolu , d'un commun accord , de
» prendre les mefures les plus promptes & les
plus efficaces , pour fatisfaire à leurs obliga-
» tions fur des objets auffi importans . En conféquence
le Roi déclare , conjointement avec
» le Roi de Suede , à tout l'Empire , que Leurs
» Majeſtés feront , comme Garantes des Traités
>> de Weftphalie , tous les efforts qui font en
>> leur pouvoir , pour contribuer , felon le voeu
» de l'Empire , à arrêter le cours des maux qui
» défolent l'Allemagne , en procurer la répara-
» tion , & maintenir nommément les droits des
» trois Religions établies dans l'Empire ; enfin
» pour affurer la liberté Germanique, fur les
» fondemens des Traités de Weftphalie , contre
» toutes les atteintes que quelque Puiffance que
>> ce foit aura entrepris , ou entreprendra d'y
» porter. Sa Majefté efpere , ainfi que Sa Majef
» té Suédoife , que l'Empire reconnoîtra toute la
» fincérité & l'étendue de leur zele pour le falut
» de l'Allemagne , & Elles ne doutent pas que les
Electeurs , Princes & Etats , ne fecondent de
» tout leur pouvoir une réfolution aufſi légitime,
» auffi falutaire & auffi généreuſe. ».
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Résumé : ALLEMAGNE.
En mars 1757, les troupes prussiennes, sous les ordres du général Loffewicz et du prince de Bevern, lancèrent des offensives en Bohême. Loffewicz, à la tête de quatorze bataillons et trois régiments de cavalerie, captura Graffenstein et Grottau, mais ne put y maintenir sa position. Bevern, avec six mille hommes, occupa Friedland pendant trois jours avant de se retirer après avoir détruit les fortifications du château. Le 12 mars, le colonel Putkammer affronta des troupes autrichiennes près de Busch-Ullerdorf, les repoussant et capturant des prisonniers ainsi que des chevaux. À Dresde, un particulier arrêté par les Prussiens portait des lettres destinées à la comtesse d'Ogilvy et au baron de Keffel, ce qui entraîna leur arrestation. La reine demanda et obtint leur libération, et le roi de Prusse lui demanda de cesser toute correspondance avec les Autrichiens. Par ailleurs, le roi de Prusse, impressionné par un tableau de la galerie du palais, en demanda une copie, mais la reine lui offrit l'original. Les Prussiens renforcèrent les postes frontaliers et établirent des batteries autour de Dresde pour se protéger des surprises. Le roi de Prusse avertit le lieutenant-général Pirsch de la menace autrichienne sur la forteresse de Konigstein. Des désertions de régiments saxons, dont celui du prince Frédéric-Auguste de Saxe, furent signalées. En réponse, le roi de Prusse incorpora les Gardes du Corps saxons dans ses propres troupes et confisqua les biens des déserteurs. Il exigea également deux mille cinq cents nouvelles recrues de l'Électorat de Saxe. À Ratisbonne, une déclaration des ministres de France et de Suède, en qualité de garants de la paix de Westphalie, fut lue le 30 mars. Cette déclaration exprimait le déplaisir des rois face à la guerre en Allemagne et leur engagement à défendre les États de l'Empire et les droits des trois religions établies en Allemagne.
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10
p. 201
DE BERLIN, le 1 Octobre.
Début :
Les Cosaques profitent de l'éloignement du Roi, qui a passé en Silésie, [...]
Mots clefs :
Cosaques, Silésie, Roi, Général, Ordre, Frontières
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texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 1 Octobre.
De BERLIN , le 1 Oftobre.
Les Cofaques profitent de l'éloignement du
Roi , qui a pallé en Siléfie , pour faire des incurfions
fur nos frontières . Le Général Totleben leur
a donné ordre de mettre à contribution la Poméranie
& la Nouvelle - Matche , & ils exécutent cet
ordre très rigoureuſement ."
Les Cofaques profitent de l'éloignement du
Roi , qui a pallé en Siléfie , pour faire des incurfions
fur nos frontières . Le Général Totleben leur
a donné ordre de mettre à contribution la Poméranie
& la Nouvelle - Matche , & ils exécutent cet
ordre très rigoureuſement ."
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11
p. 193
De LISBONNE, le 15 Juin.
Début :
Le Roi a fait arrêter le Nonce du Pape, & a ordonné que ce [...]
Mots clefs :
Roi, Nonce du Pape, Ministre, Frontières, Royaume
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texteReconnaissance textuelle : De LISBONNE, le 15 Juin.
DeLISBONNE , le 15 Juin.
> avec
Le Roi a fait arrêter le Nonce du Pape , & a
ordonné que ce Miniftre fût conduit , fous bonne
efcorte , fur les frontieres du Royaume
défenſe , de la part de Sa Majefté , de rentrer en
Portugal. On ne fçait point encore ce qui peut
avoir occafionné ce traitement.
> avec
Le Roi a fait arrêter le Nonce du Pape , & a
ordonné que ce Miniftre fût conduit , fous bonne
efcorte , fur les frontieres du Royaume
défenſe , de la part de Sa Majefté , de rentrer en
Portugal. On ne fçait point encore ce qui peut
avoir occafionné ce traitement.
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12
p. 184
De PETERSBOURG, le 16 Octobre 1760.
Début :
Le Feld-Maréchal Comte de Butturlin est parti vers le commencement de [...]
Mots clefs :
Feld-maréchal, Armée, Commandement, Frontières, Comte, Contribution financière, Corps
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texteReconnaissance textuelle : De PETERSBOURG, le 16 Octobre 1760.
De PETERSBOURG , le 16 Octobre 1760.
Le Feld-Maréchal Comte de Buttarlin eft parti
vers le commencement de ce mois , pour aller
prendre le Commandement de notre Armée fur
les Frontieres de la Siléfie ; la maladie continuelle
du Feld Maréchal Comte de Soltikoff ne lui permettant
plus de faire les Fonctions de Général . Le
Comte de Fermer commande cette Armée jufqu'à
l'arrivée du Comte de Butturlin .
Les Ruffes , après avoir exigé de la Ville de
Francfort fur l'Oder , une comtribution de cinquante
mille écus , ont décampé de fes environs , & ils
marchent , par Droffen & Zietenzig fur Driefen ,
pour entrer dans la Poméranie. Un de leurs Corps
a déjà pénétré jufqu'auprès de Schwedt , fous les
ordres du Général de Czernichew.
Le Feld-Maréchal Comte de Buttarlin eft parti
vers le commencement de ce mois , pour aller
prendre le Commandement de notre Armée fur
les Frontieres de la Siléfie ; la maladie continuelle
du Feld Maréchal Comte de Soltikoff ne lui permettant
plus de faire les Fonctions de Général . Le
Comte de Fermer commande cette Armée jufqu'à
l'arrivée du Comte de Butturlin .
Les Ruffes , après avoir exigé de la Ville de
Francfort fur l'Oder , une comtribution de cinquante
mille écus , ont décampé de fes environs , & ils
marchent , par Droffen & Zietenzig fur Driefen ,
pour entrer dans la Poméranie. Un de leurs Corps
a déjà pénétré jufqu'auprès de Schwedt , fous les
ordres du Général de Czernichew.
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Résumé : De PETERSBOURG, le 16 Octobre 1760.
Le 16 octobre 1760, le comte de Buttarlin prend le commandement de l'armée en Silésie en raison de la maladie du comte de Soltikoff. Le comte de Fermer assure l'intérim. Les Russes exigent 50 000 écus de Francfort-sur-l'Oder et se dirigent vers la Poméranie. Un corps d'armée atteint Schwedt sous les ordres du général de Czernichew.
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13
p. 181-184
De VERSAILLES, le 11 Mai 1763.
Début :
Le Duc de Nivernois ayant rempli l'objet de sa mission à Londres, [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Lieutenant général des armées, Ministres, Frontières, Famille royale, Contrat de mariage, Nominations, Demoiselle, Marquise , Capitaine, Charge, Roi, Officiers, Honneur, Académie royale des sciences, Machine, Récompense
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 11 Mai 1763.
De VERSAILLES , le 11 Mai 1763.
Le Duc de Nivernois ayant rempli l'objet de
E
fa miffion à Londres , & fa fanté fe trouvant fort
dérangée , le Roi a bien voulu lui acc order fon
182 MERCURE DE FRANCE.
rappel . Sa Majesté a nommé pour le remplacer
le Comte de Guerchy , Lieutenant - Général de fes
Armées , Colonel de fon Régiment , Chevalier de
fes Ordres & Gouverneur d'Huningue. Le 17 du
mois dernier , ce nouvel Ambaſſadeur a remercié
le Roi dans fon Cabinet. Il a été préſenté par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
Département des Affaires Etrangeres.
Le Duc de Choiſeul a préſenté au Roi deux
Cartes qui comprennent la frontière du Dauphiné
& le Comté de Nice. Le Duc de Praflin a préſenté
à Sa Majesté les Cartes de nouvelle limitation
réglée entre Sa Majefté & le Roi de Sardaigne ,
par le Traité du 24 Mars 1760 , par rapport aux
frontieres refpectives des deux Etats. Ces Cartes ont
été levées géométriquement fous la direction du
fieur de Bourcet , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , & dreffées par le fieur Villaret , Capitaine-
Ingénieur , Géographe de Sa Majefté .
Le 17 du mois dernier , leurs Majeſtés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du
Duc de Beauvilliers avec Demoiſelle de Fleury.
Le même jour , la Comteffe de Montboiffier a été
préſentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Vicomteffe de Montboiffier.
Dame d'Elparbés de Luffan , Religieufe du Monaftère
de Paradis dans le Diocète de Condom •
a été nommée par le Roi au Prieuré de Prouillan ,
Ordre de Saint Dominique , dans le même Diocèſe
, vacant par la mort de la Dame du Bouzer
de Poudenas.
Sa Majefté ayant jugé à propos de rappeller le
* fieur Durand , fon Miniftre près le Roi & la Ré---
publique de Pologne , pour lui confier le Dépôt
des Affaires Etrangères , a nommé pour le remplacer
, en qualité de Réfident , le fieur Henin ,
t
JUILLET. 1763 . 183
Secrétaire d'Ambaffade du Marquis de Paulmy.
Le ro du mois dernier, Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage de
Paul- Charles Marie, Marquis de Lomenie , ci-devant
Capitaine au Régiment de la Reine , Dragons
, avec Marie Therefe Poupardin- d'Amanly.
Le 23 , celui du Marquis de la Rochefoucault-
Maumont de Magnat avec Demoiselle de Fougeu
; le 24 , celui du Marquis de Sablé , fils dur
Marquis de Croify , avec Demoiſelle de la Roche
-de- Rambure ; celui du Comte de Luppé avec
Denroifelle de Butler ; & celui du Comte de
Mellet avec Demoiſelle le Daulfeur. Le premier
de ce mois , celui du Comte de Vogué avec Demoiſelle
Jeanne- Magdeleine- Thereſe de Sourches
; & celui du Marquis de Sade avec Demoifelle
Cordier de Montreuil.
Le Marquis de Sablé a obtenu la furvivance de
la Charge de Capitaine des Gardes de la Porte ,
dont le Marquis de Croiffy fon père eft pourvu.
Le 25 du mois dernier , la Comteffe de Gramont
fut préfentée à Leurs Majeftés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la Ducheffe de Gramont.
Le 30 la Marquise de Sablé fut préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,par la Marquife
de Croiffy , fa belle-mère.
Le 4 de ce mois , la Comteffe de Luppé fut
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Marquife de Melmes .
Le Roi a érigé , en faveur du fieur de Villette
la Terre du Pleffis- Longeau , &c . , en Marquifat'
avec le nom de Villette .
Le Roi a nominé fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de Portugal le Chevalier de Saint-
Prieft , Exempt d'une Compagnie des Gardes - du-
Corps de Sa Majeſté.
184 MERCURE DE FRANCE .
Le 8 , les Officiers de la Compagnie des Secré
taires du Roi , eurent l'honneur de préſenter une
bourſe au Roi dans le Cabinet de Sa Majeſté le
fieur Lévêque , Syndic de la Compagnie , porta
la parole.
Le fieur Camus , de l'Académie Royale des
Sciences , ayant été nommé conjointement avec
le fieur Bertoud , habile Horloger de Paris ,
pour afſiſter au rapport que la Société Royale de
Londres doit faire de la Machine d'Horlogerie da
fieur Harriſon , cet Académicien a eu l'honneur ,
en cette qualité , de prendre congé de Sa Majesté
le 24 du mois dernier. La Machine du fieur Harrifon
a pour objet de faciliter la détermination des
longitudes en mer: les épreuves qui en ont été
faites ont eu beaucoup de fuccès , & ont engagé le
Parlement d'Angleterre à accorder une récompenfe
confidérable à l'Inventeur.
Le Duc de Nivernois ayant rempli l'objet de
E
fa miffion à Londres , & fa fanté fe trouvant fort
dérangée , le Roi a bien voulu lui acc order fon
182 MERCURE DE FRANCE.
rappel . Sa Majesté a nommé pour le remplacer
le Comte de Guerchy , Lieutenant - Général de fes
Armées , Colonel de fon Régiment , Chevalier de
fes Ordres & Gouverneur d'Huningue. Le 17 du
mois dernier , ce nouvel Ambaſſadeur a remercié
le Roi dans fon Cabinet. Il a été préſenté par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
Département des Affaires Etrangeres.
Le Duc de Choiſeul a préſenté au Roi deux
Cartes qui comprennent la frontière du Dauphiné
& le Comté de Nice. Le Duc de Praflin a préſenté
à Sa Majesté les Cartes de nouvelle limitation
réglée entre Sa Majefté & le Roi de Sardaigne ,
par le Traité du 24 Mars 1760 , par rapport aux
frontieres refpectives des deux Etats. Ces Cartes ont
été levées géométriquement fous la direction du
fieur de Bourcet , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , & dreffées par le fieur Villaret , Capitaine-
Ingénieur , Géographe de Sa Majefté .
Le 17 du mois dernier , leurs Majeſtés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage du
Duc de Beauvilliers avec Demoiſelle de Fleury.
Le même jour , la Comteffe de Montboiffier a été
préſentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Vicomteffe de Montboiffier.
Dame d'Elparbés de Luffan , Religieufe du Monaftère
de Paradis dans le Diocète de Condom •
a été nommée par le Roi au Prieuré de Prouillan ,
Ordre de Saint Dominique , dans le même Diocèſe
, vacant par la mort de la Dame du Bouzer
de Poudenas.
Sa Majefté ayant jugé à propos de rappeller le
* fieur Durand , fon Miniftre près le Roi & la Ré---
publique de Pologne , pour lui confier le Dépôt
des Affaires Etrangères , a nommé pour le remplacer
, en qualité de Réfident , le fieur Henin ,
t
JUILLET. 1763 . 183
Secrétaire d'Ambaffade du Marquis de Paulmy.
Le ro du mois dernier, Leurs Majeftés & la Famille
Royale ont figné le contrat de mariage de
Paul- Charles Marie, Marquis de Lomenie , ci-devant
Capitaine au Régiment de la Reine , Dragons
, avec Marie Therefe Poupardin- d'Amanly.
Le 23 , celui du Marquis de la Rochefoucault-
Maumont de Magnat avec Demoiselle de Fougeu
; le 24 , celui du Marquis de Sablé , fils dur
Marquis de Croify , avec Demoiſelle de la Roche
-de- Rambure ; celui du Comte de Luppé avec
Denroifelle de Butler ; & celui du Comte de
Mellet avec Demoiſelle le Daulfeur. Le premier
de ce mois , celui du Comte de Vogué avec Demoiſelle
Jeanne- Magdeleine- Thereſe de Sourches
; & celui du Marquis de Sade avec Demoifelle
Cordier de Montreuil.
Le Marquis de Sablé a obtenu la furvivance de
la Charge de Capitaine des Gardes de la Porte ,
dont le Marquis de Croiffy fon père eft pourvu.
Le 25 du mois dernier , la Comteffe de Gramont
fut préfentée à Leurs Majeftés , ainſi qu'à la
Famille Royale , par la Ducheffe de Gramont.
Le 30 la Marquise de Sablé fut préſentée à
Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,par la Marquife
de Croiffy , fa belle-mère.
Le 4 de ce mois , la Comteffe de Luppé fut
préfentée à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Marquife de Melmes .
Le Roi a érigé , en faveur du fieur de Villette
la Terre du Pleffis- Longeau , &c . , en Marquifat'
avec le nom de Villette .
Le Roi a nominé fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de Portugal le Chevalier de Saint-
Prieft , Exempt d'une Compagnie des Gardes - du-
Corps de Sa Majeſté.
184 MERCURE DE FRANCE .
Le 8 , les Officiers de la Compagnie des Secré
taires du Roi , eurent l'honneur de préſenter une
bourſe au Roi dans le Cabinet de Sa Majeſté le
fieur Lévêque , Syndic de la Compagnie , porta
la parole.
Le fieur Camus , de l'Académie Royale des
Sciences , ayant été nommé conjointement avec
le fieur Bertoud , habile Horloger de Paris ,
pour afſiſter au rapport que la Société Royale de
Londres doit faire de la Machine d'Horlogerie da
fieur Harriſon , cet Académicien a eu l'honneur ,
en cette qualité , de prendre congé de Sa Majesté
le 24 du mois dernier. La Machine du fieur Harrifon
a pour objet de faciliter la détermination des
longitudes en mer: les épreuves qui en ont été
faites ont eu beaucoup de fuccès , & ont engagé le
Parlement d'Angleterre à accorder une récompenfe
confidérable à l'Inventeur.
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Résumé : De VERSAILLES, le 11 Mai 1763.
Le 11 mai 1763, depuis Versailles, le Duc de Nivernois, en raison de sa santé altérée, a été rappelé de sa mission à Londres. Le Roi a nommé le Comte de Guerchy, Lieutenant-Général des Armées et Colonel de son Régiment, pour le remplacer. Le 17 avril précédent, le Comte de Guerchy a remercié le Roi dans son Cabinet, présenté par le Duc de Praslin, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères. Le Duc de Choiseul a présenté au Roi des cartes de la frontière du Dauphiné et du Comté de Nice. Le Duc de Praslin a montré à Sa Majesté les cartes de la nouvelle limitation des frontières entre la France et le Royaume de Sardaigne, régie par le Traité du 24 mars 1760. Ces cartes ont été réalisées sous la direction du Sieur de Bourcet et dressées par le Sieur Villaret. Le 17 avril précédent, plusieurs contrats de mariage ont été signés par Leurs Majestés et la Famille Royale, notamment celui du Duc de Beauvilliers avec Demoiselle de Fleury. La Comtesse de Montboissier a été présentée à Leurs Majestés par la Vicomtesse de Montboissier. Dame d'Elparbès de Luffan a été nommée par le Roi au Prieuré de Prouillan. Le Sieur Durand, Ministre près le Roi et la République de Pologne, a été rappelé pour diriger les Affaires Étrangères, remplacé par le Sieur Henin. Le Roi a signé plusieurs contrats de mariage, notamment celui du Marquis de Lomenie avec Marie Thérèse Poupardin d'Amanly, et d'autres nobles. Le Marquis de Sablé a obtenu la survivance de la charge de Capitaine des Gardes de la Porte. Le Roi a érigé la Terre du Pleffis-Longeau en Marquisat en faveur du Sieur de Villette. Il a également nommé le Chevalier de Saint-Prieft comme Ministre Plénipotentiaire auprès du Roi de Portugal. Le Sieur Camus, de l'Académie Royale des Sciences, a pris congé du Roi pour assister à un rapport sur la Machine d'Horlogerie du Sieur Harrison, destinée à déterminer les longitudes en mer.
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14
p. 184
DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
Début :
Suivant les nouveaux avis qu'on a reçus de la partie méridionale de la Sibérie, [...]
Mots clefs :
Sibérie, Chinois, Domination, Frontières, Levée de soldats, Déplacement des troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
DE PETERSBOURG , le 30 Septembre 1763.
SUIVANT les nouveaux avis qu'on a reçus de la
partie méridionale de la Sibérie , les Chinois fe
font rendus maîtres de tout le Pays qui obéilloit
autrefois au Contaifch. Cet événement a fait pren
dre la réfolution d'envoyer trente mille hommes
fur ces frontières ; mais comme un Corps de
Troupes fi confidérable ne pourroit parcourir plufieurs
milliers de werftes avec la célérité que les
circonftances paroiffent éxiger , il a été décidé
qu'elles marcheroient par échelons. On ne tarde→
ra pas à les faire mettre en route.
SUIVANT les nouveaux avis qu'on a reçus de la
partie méridionale de la Sibérie , les Chinois fe
font rendus maîtres de tout le Pays qui obéilloit
autrefois au Contaifch. Cet événement a fait pren
dre la réfolution d'envoyer trente mille hommes
fur ces frontières ; mais comme un Corps de
Troupes fi confidérable ne pourroit parcourir plufieurs
milliers de werftes avec la célérité que les
circonftances paroiffent éxiger , il a été décidé
qu'elles marcheroient par échelons. On ne tarde→
ra pas à les faire mettre en route.
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Résumé : DE PETERSBOURG, le 30 Septembre 1763.
Le 30 septembre 1763, les Chinois ont pris le contrôle de la région méridionale de la Sibérie. En réponse, trente mille hommes ont été envoyés pour renforcer les frontières. Les troupes avanceront par échelons pour gagner en célérité. Les préparatifs pour leur départ commenceront rapidement.
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15
p. 184
Du 7 Octobre 1763.
Début :
La nouvelle des hostilités que les Chinois commettent sur nos frontieres, [...]
Mots clefs :
Chinois, Hostilités, Général, Frontières, Troupes, Marche des soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du 7 Octobre 1763.
Du 7 Octobre 1763.
La nouvelle des hoftilités que les Chinois commettent
fur nos frontieres , fe confirme de jour en
jour : on affure que le Général Springer eſt défigné
pour commander les Troupes qu'on fait marcher
contre eux.
La nouvelle des hoftilités que les Chinois commettent
fur nos frontieres , fe confirme de jour en
jour : on affure que le Général Springer eſt défigné
pour commander les Troupes qu'on fait marcher
contre eux.
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16
p. 196-197
De WARSOVIE, le 13 Octobre 1764.
Début :
Le Décret rendu contre le Prince Radziwill, Palatin de Wilna, vient d'être [...]
Mots clefs :
Décret, Prince, Rigueur, Troupes russes, Pologne, Invasion, Roi de Prusse, Impératrice de Russie, Frontières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 13 Octobre 1764.
De WARSOVIE , le 13 Octobre 1764.
Le Décret rendu contre le Prince Radziwill ,
Palatin de Wilna , vient d'être confirmé par la
Confédération générale réunie à celle de Warfovie
, fans égard aux inftances du Staroſte de Zio
low & aux preflantes follicitations de plufieurs
autres Magnats qui defiroient qu'au moins on
adoucît la rigueur de ce Décret qui adjuge la régie
de tous les biens du Prince Radziwill au ſieur
Czerneck , Caftellan de Braclaw.
On dit que les Troupes Ruffes ont mis
à contribution l'Evêché de Cracovie , les Terres
du Palatin de Volhinie & celles de quelques an
tres Magnats oppolés à la Confédération . On
ajoûte qu'un nouveau Corps de trois mille Rulles
s'eft mis en marche de Czanohyl vers la Volhinie.
Du 20 Octobre.
Le Prince Radziwill eft fommé par un Décret
de la Confédération réunie de Lithuanie de revenir
en Pologne dans le terme d'un mois.
On commence à être ralluré fur l'invasion
des Troupes Pruffiennes . Le Roi de Pruffe a fait
retirer les détachemens & a promis de nommer
DECEMBRE . 1764, 197
fune Commiffion pour examiner les faits , & de
Frendre juftice à qui elle appartiendra On préfume
que l'Impératrice de Ruffie s'eft intérellée
très-vivement à cette affaire , & l'on dit même
qu'Elle a écrit à ce fujet dans des termes très-
#forts à Sa Majeſté Pruſſienne .
On apprend des frontieres de la Turquie que
1 vingt mille Spahis & trente mille Janniffaires ,
tirés des Garnifons de Choczim , Widta , Oczakow
& Bender , fe font raffemblés en Corps , fans
que l'on en fçache encore le motif. Il paroît feulement
que la Cour Ottomane continue de donner
fon attention au féjour que les Troupes Ruffes
font en Pologne. Le fieur la Roche , qui eft
chargé ici des affaires du Prince de Moldavie , a
eu ordre de représenter au Prince Repnin l'inquiétude
de la Porte à ce fujet. Le Miniitre Ruffe
a promis de faire évacuer inceffamment les Places
de Stanislawow , Brodi & Szamoizc , & a
ajouté qu'il écriroit à fa Cour pour propofer de
faire retirer entiérement les Troupes Rulles du
Royaume.
Le Décret rendu contre le Prince Radziwill ,
Palatin de Wilna , vient d'être confirmé par la
Confédération générale réunie à celle de Warfovie
, fans égard aux inftances du Staroſte de Zio
low & aux preflantes follicitations de plufieurs
autres Magnats qui defiroient qu'au moins on
adoucît la rigueur de ce Décret qui adjuge la régie
de tous les biens du Prince Radziwill au ſieur
Czerneck , Caftellan de Braclaw.
On dit que les Troupes Ruffes ont mis
à contribution l'Evêché de Cracovie , les Terres
du Palatin de Volhinie & celles de quelques an
tres Magnats oppolés à la Confédération . On
ajoûte qu'un nouveau Corps de trois mille Rulles
s'eft mis en marche de Czanohyl vers la Volhinie.
Du 20 Octobre.
Le Prince Radziwill eft fommé par un Décret
de la Confédération réunie de Lithuanie de revenir
en Pologne dans le terme d'un mois.
On commence à être ralluré fur l'invasion
des Troupes Pruffiennes . Le Roi de Pruffe a fait
retirer les détachemens & a promis de nommer
DECEMBRE . 1764, 197
fune Commiffion pour examiner les faits , & de
Frendre juftice à qui elle appartiendra On préfume
que l'Impératrice de Ruffie s'eft intérellée
très-vivement à cette affaire , & l'on dit même
qu'Elle a écrit à ce fujet dans des termes très-
#forts à Sa Majeſté Pruſſienne .
On apprend des frontieres de la Turquie que
1 vingt mille Spahis & trente mille Janniffaires ,
tirés des Garnifons de Choczim , Widta , Oczakow
& Bender , fe font raffemblés en Corps , fans
que l'on en fçache encore le motif. Il paroît feulement
que la Cour Ottomane continue de donner
fon attention au féjour que les Troupes Ruffes
font en Pologne. Le fieur la Roche , qui eft
chargé ici des affaires du Prince de Moldavie , a
eu ordre de représenter au Prince Repnin l'inquiétude
de la Porte à ce fujet. Le Miniitre Ruffe
a promis de faire évacuer inceffamment les Places
de Stanislawow , Brodi & Szamoizc , & a
ajouté qu'il écriroit à fa Cour pour propofer de
faire retirer entiérement les Troupes Rulles du
Royaume.
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Résumé : De WARSOVIE, le 13 Octobre 1764.
Le 13 octobre 1764, un décret contre le Prince Radziwill, Palatin de Wilna, a été confirmé par la Confédération générale à Varsovie. Ce décret, soutenu par le Staroste de Ziolow et d'autres magnats, attribue la régie des biens du Prince Radziwill à Czerneck, Caftellan de Braclaw. Les troupes russes ont occupé l'Évêché de Cracovie, les terres du Palatin de Volhinie et celles de quelques autres magnats opposés à la Confédération. Un nouveau corps de trois mille Russes s'est dirigé vers la Volhinie. Le 20 octobre, un décret de la Confédération de Lituanie somme le Prince Radziwill de revenir en Pologne dans un mois. Les inquiétudes concernant l'invasion des troupes prussiennes ont commencé à s'apaiser, le Roi de Prusse ayant retiré ses détachements et promis de nommer une commission pour examiner les faits. L'Impératrice de Russie s'est vivement intéressée à cette affaire et a écrit au Roi de Prusse. À la frontière turque, vingt mille Spahis et trente mille Janissaires se sont rassemblés, suscitant l'inquiétude de la Cour ottomane face à l'intervention des troupes russes en Pologne. Le représentant du Prince de Moldavie a exprimé cette inquiétude au Prince Repnin, qui a proposé de retirer les troupes russes du Royaume.
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