Résultats : 21737 texte(s)
Détail
Liste
1051
p. 34-35
IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
Début :
Le temps s'enfuit, hélas ! Posthume, ami Posthume, [...]
Mots clefs :
Horace, Vin, Postumus
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texteReconnaissance textuelle : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
IM ITATION de POde dT-Iorace , qui
commence par ces mots: Eloen.’ fuga
ce: , Üc.
L E temps s’enfuit ,hé1as 1 Posthumc, ami Pas-I
rhum: _,
En vain à ses rigueurs ta piété présume , g
D’apportc_r du retardement ;
Ics priercs , ces voeux seront inéficaces l
la Viellcsse et 1a Mort vers toi, quoique tu fa»
5C8 5
Savanccne insensibleiment;
5%
Non .. quand pour empêcher que ton corpsnc
pénsse , _ _
Tu te signaler-ois par Pample Sacrifice ,
De trois cent Taureaux , chaque jour;
In ne fléchirois point le Roy de ces lieux 50m1
bres , — - -
Où 1’Ondc Stygiale a tant de milliers d’Ombtea
. Ravie tout espoir de retour. "
" "Yaineg"
1 r.‘
,_' ‘JANVIER. 175;. 3;
_ Nainement craindrons-nous les fièvres de PAIN
tomne , .
ÿainement de Théris , vainement de Bellone ,'
Eviterons-nous les dangers . ‘
‘Nous la passerons tous , cette Onde redoutée :
Nous la passerons tous , c’est une Loy dictée
-Pour les Rois e: pour les Bergers. _
M - 1
Il faudra Voir un jour le noir et lent Cocyte;
Du Cruel Danaüs la Famille maudite , '
Sisyphe et ses travaux affreux s
Il te faudra quitter cette riche Campagne,
Ce logis magnifique, et Qäccorda FHPyaimmeanblàe cteosmpvaoegunxe.,‘ i
M
De ces Arbres si beaux , que tes soins ont fait
croître ,
Excepté le Cyprês , nul ne suivra son Maître.
Ce vin , sous cent clefs conservé ,
Ce Vin qui des Dieux même égale le breuvage 5
Dam plus digne heritier devenu le partage ,
Teindra son superbe pave’.
F. M. F;
commence par ces mots: Eloen.’ fuga
ce: , Üc.
L E temps s’enfuit ,hé1as 1 Posthumc, ami Pas-I
rhum: _,
En vain à ses rigueurs ta piété présume , g
D’apportc_r du retardement ;
Ics priercs , ces voeux seront inéficaces l
la Viellcsse et 1a Mort vers toi, quoique tu fa»
5C8 5
Savanccne insensibleiment;
5%
Non .. quand pour empêcher que ton corpsnc
pénsse , _ _
Tu te signaler-ois par Pample Sacrifice ,
De trois cent Taureaux , chaque jour;
In ne fléchirois point le Roy de ces lieux 50m1
bres , — - -
Où 1’Ondc Stygiale a tant de milliers d’Ombtea
. Ravie tout espoir de retour. "
" "Yaineg"
1 r.‘
,_' ‘JANVIER. 175;. 3;
_ Nainement craindrons-nous les fièvres de PAIN
tomne , .
ÿainement de Théris , vainement de Bellone ,'
Eviterons-nous les dangers . ‘
‘Nous la passerons tous , cette Onde redoutée :
Nous la passerons tous , c’est une Loy dictée
-Pour les Rois e: pour les Bergers. _
M - 1
Il faudra Voir un jour le noir et lent Cocyte;
Du Cruel Danaüs la Famille maudite , '
Sisyphe et ses travaux affreux s
Il te faudra quitter cette riche Campagne,
Ce logis magnifique, et Qäccorda FHPyaimmeanblàe cteosmpvaoegunxe.,‘ i
M
De ces Arbres si beaux , que tes soins ont fait
croître ,
Excepté le Cyprês , nul ne suivra son Maître.
Ce vin , sous cent clefs conservé ,
Ce Vin qui des Dieux même égale le breuvage 5
Dam plus digne heritier devenu le partage ,
Teindra son superbe pave’.
F. M. F;
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Résumé : IMITATION de l'Ode d'Horace, qui commence par ces mots : Eheu ! fugaces, &c.
Le texte imite l'ode d'Horace 'Eloen. fuga ce' en réfléchissant sur la fuite inévitable du temps et l'inutilité des prières pour retarder la vieillesse et la mort. Même des sacrifices extrêmes, comme offrir trois cents taureaux chaque jour, ne peuvent empêcher la mort. Il souligne les dangers inévitables de la vie, qu'ils soient liés aux fièvres, aux maladies ou aux guerres, affirmant que tous, qu'ils soient rois ou bergers, doivent affronter la mort. Le texte évoque les âmes damnées dans les enfers, comme la famille de Danaos et Sisyphe. Il mentionne la nécessité de quitter les biens terrestres, y compris les logis magnifiques et les arbres cultivés, à l'exception du cyprès, symbole de deuil. Enfin, il parle d'un vin précieux, digne des dieux, qui finira par se gâter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1052
p. 52-53
DAPHNIS A LA FAUVETTE De l'Illustre Sapho.
Début :
Il n'y a personne à qui le Dialogue d'Acante & de la / Si-tost que le Zephir commence à soupirer [...]
Mots clefs :
Sapho, Acante, Fauvette
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texteReconnaissance textuelle : DAPHNIS A LA FAUVETTE De l'Illustre Sapho.
Il n'y a perfonne à qui le
Dialogue d'Acante & de la
Fauvette ne foit connu. On
fçait qui eft ce fameux Acante
, & la Fauvette, que fes Vers
ont rendu fi confiderable ,
meritoit bien ceux que M' de
Bofquillon , l'un des Academiciens
de l'Academie Royale
de Soiffons , luy vient d'adreffer
fous ce titre.
GALANT.
53
C
11
11.
rs
1
DAPHNIS
A LA FAUV BT TE
De l'Illuftre Sapho .
I-toft que le Zephir commence
à foupirer S¹a
Pour les jeunes attraits de la charmante
Fiore ,
Le zele ardent qui te devore ,
Tous les ans vers Sapho prend fein
de l'attirer
L'excès d'une amitié fi conftante , fi
belle ,
Paroist à noftre fecle un fpectacle
nouveau ;
Mais taMaitreffe eft ton modele,
Soncoeur , pour fes Amis , generoux
& fidelle ,
Sçait porter la tendreſſe au delà du
tombeau.
Dialogue d'Acante & de la
Fauvette ne foit connu. On
fçait qui eft ce fameux Acante
, & la Fauvette, que fes Vers
ont rendu fi confiderable ,
meritoit bien ceux que M' de
Bofquillon , l'un des Academiciens
de l'Academie Royale
de Soiffons , luy vient d'adreffer
fous ce titre.
GALANT.
53
C
11
11.
rs
1
DAPHNIS
A LA FAUV BT TE
De l'Illuftre Sapho .
I-toft que le Zephir commence
à foupirer S¹a
Pour les jeunes attraits de la charmante
Fiore ,
Le zele ardent qui te devore ,
Tous les ans vers Sapho prend fein
de l'attirer
L'excès d'une amitié fi conftante , fi
belle ,
Paroist à noftre fecle un fpectacle
nouveau ;
Mais taMaitreffe eft ton modele,
Soncoeur , pour fes Amis , generoux
& fidelle ,
Sçait porter la tendreſſe au delà du
tombeau.
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1053
p. 51-53
Poudre specifique pour toutes sortes de fievres intermittentes, preparée par ordre du Roy.
Début :
Sa Majesté desirant que ses sujets puissent profiter d'un [...]
Mots clefs :
Remède, Fièvres intermittentes, Épreuves, distribution
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texteReconnaissance textuelle : Poudre specifique pour toutes sortes de fievres intermittentes, preparée par ordre du Roy.
PoudrefPecjfique pour toutes
fortes de ifèvres intermittentes)
preparte par ordre
du cry.
Sa Majestédesîrant que
ses Cujets puissent profiter
d'un Remede specifîque qui
guerit sans retour, en trois
pdreises au plus,toutes fortes
fievres intermirrentes,
pourveu qu'elles ne soient
pas causées par le vice de
quelques parties principales
, dont Elle a fait faire
des épreuves innombrables
depuis plus d'un an, qui
ont été approuvées parM.
Fagon son premier Medecin
; le Roy a ordonné qu'-
on en preparât une assez
grande quantité pour être
distribuée au public, & afin
que tout le monde en puisse
joüir, le prix a été fixé à
dix fols la prise; ce qui est
à peu prés ce quelle coûte
à préparer. Dans chaque
paquet il y en a trois prises
pour trente fols, envelopées
separément, avec un
imprimé qui en enseigne
l'usage: le tout est timbré
des armes du Roy, pour en
empêcher la faIfification.
Cette poudre est incorruptible,
& ne perd jamais sa
vertu.
Le Bureau généralpour sa
difiribution est établia Paris
ruë de la Monoye> au coin de
la rué Betify,*vis àvisPH-ôtel
de MontbaXen , au Nom
de Jejusy chez le Sieur Viguier
Marchand ya qui ilfaut
s'adrefer ponr en avoir.
fortes de ifèvres intermittentes)
preparte par ordre
du cry.
Sa Majestédesîrant que
ses Cujets puissent profiter
d'un Remede specifîque qui
guerit sans retour, en trois
pdreises au plus,toutes fortes
fievres intermirrentes,
pourveu qu'elles ne soient
pas causées par le vice de
quelques parties principales
, dont Elle a fait faire
des épreuves innombrables
depuis plus d'un an, qui
ont été approuvées parM.
Fagon son premier Medecin
; le Roy a ordonné qu'-
on en preparât une assez
grande quantité pour être
distribuée au public, & afin
que tout le monde en puisse
joüir, le prix a été fixé à
dix fols la prise; ce qui est
à peu prés ce quelle coûte
à préparer. Dans chaque
paquet il y en a trois prises
pour trente fols, envelopées
separément, avec un
imprimé qui en enseigne
l'usage: le tout est timbré
des armes du Roy, pour en
empêcher la faIfification.
Cette poudre est incorruptible,
& ne perd jamais sa
vertu.
Le Bureau généralpour sa
difiribution est établia Paris
ruë de la Monoye> au coin de
la rué Betify,*vis àvisPH-ôtel
de MontbaXen , au Nom
de Jejusy chez le Sieur Viguier
Marchand ya qui ilfaut
s'adrefer ponr en avoir.
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Résumé : Poudre specifique pour toutes sortes de fievres intermittentes, preparée par ordre du Roy.
Le texte décrit une poudre destinée à traiter les fortes fièvres intermittentes, préparée par ordre du roi. Cette poudre, approuvée par Monsieur Fagon, le premier médecin du roi, est censée guérir en trois prises maximum, à condition que les fièvres ne soient pas causées par des problèmes dans des parties principales du corps. Une grande quantité de cette poudre a été préparée pour être distribuée au public. Le prix est fixé à dix sols par prise, soit trente sols pour un paquet contenant trois prises. Chaque paquet est enveloppé séparément avec un imprimé expliquant l'usage et est timbré des armes du roi pour éviter la falsification. La poudre est incorruptible et conserve toujours son efficacité. La distribution se fait à Paris, rue de la Monoye, au coin de la rue Bétisy, en face de l'Hôtel de Montbazon, chez le Sieur Viguier, marchand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1054
p. 56-58
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, vous me voyez sous diverses couleurs : [...]
Mots clefs :
Laquais
1055
p. 52-56
LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Début :
Il est donc vrai ! de ses années [...]
Mots clefs :
Louise de Grande-Bretagne, Dieux, Vertus, Couronne, Coeur, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
LA MORT DE LOUISE
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
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1056
p. 458-463
QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
Début :
Fait N. Daluimar, originaire de la Paroisse de S. Martin [...]
Mots clefs :
Actes, Parlement de Paris, Domicile, Consentement, Arrêt, Abus de mariage, Paroisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
QUESTIONjugée au Parlement de
Paris , par Arrest du 21 Fevrier 17320
sur un appel comme d'abus de Mariage.
AIT. N. Daluimar , originaire de la
Paroisse de S. Martin de Nigel , Diocèse de Chartres , épousa en 1718. la
Dlle Tauvay. Contrat de Mariage , du
mois de Mars. Acte de célébration de la
même année. Par le Contrat , signé de
quatre témoins,il s'est dit demeurant ruë
de la Calende , Paroisse de S. Germain le
Vieux. Le Mariage a été célébré à S. Benoît , Paroisse de la fille , après une publication de Bancs faite à S. Benoît, et une
autre , en la Paroisse de S. Germain le
Vieux. On a prétendu au contraire , que
Daluimar étoit domicilié sur la Paroisse
de S. Martin de Nigel , au Païs Chartrain,
lors de son Mariage , et que dès qu'il ne
paroissoit point de consentement du
Curé de cette Paroisse , le Mariage étoit
abusif.
M. Joli de Fleury , Avocat General ,
portant la parole en cette cause , a distingué deux objets : la question de Droit er
la question de Fait. ·
Suc
MARS. 1732 459
a
u
de
1
Sur la question de Droit , il dit qu'il
étoit inutile de remonter aux Loix faites
par les Papes , et aux Capitulaires de nos
Rois ; que nous avions là - dessus une Loy
nouvelle, qui étoit l'Ordonnance de 1639 .
Cette Ordonnance veutque l'on fasse une
publication de Bans dans les deux Paroisses des Contractans Elle veut de plus que
l'Acte de Célébration soit signé de quatre
témoins. Le motifde cette Loy est d'obla vier à la Clandestinité des Mariages. Elle
veut que les personnes qui ont interêt de
ue s'opposer à un Mariage , ayent un Ministre sur qui ils se puissent reposer. Si on
ne demande que la présence d'un Curé ,
les Contractans ne manqueront pas d'éviter le Curé qui pourroit les traverser.
Le même esprit regne dans l'Edit de 1697.
Cet Editrequiert dans les Mariages le con-
-oisse sentement du Curé des Parties qui conrain, tractent; il nedit pas le consentement du
il ne Curé de l'une des Parties , mais des Part duties ; par consequent il faut le consenteétoit ment des deux Curez.
le
Bepu
une
le
que
conti
Quand nous parlons de ce concours de
neral, Curez , nous ne demandons pas ,
distin- nua-t-il , la présence des deux Curez
roitet mais seulement le consentement des deux.
Ce consentement se peut constater de
Sur trois manieres. On peut prendre un Acte
C du
460 MERCURE DE FRANCE,
du Curé, portant son consentement, premiere voie. Secondement , on peut demander la permission à l'Evêque , qui
tiendroit lieu du consentement du Curé,
Enfin ce concours est encore suffisamment marqué par la publication des
Bancs dans les deux Paroisses,
Une troisiéme Loy , qui peut nous ser
vir de regle , c'est l'Arrêt de 1697. par lequelonjugea le concours des deux Curez
necessaire. Il est vrai que l'on s'est depuis
écarté de l'Edit , dans l'Arrêt de 1707,
parceque dans ce temps-là on n'avoit plus
les motifs de l'Edit si présens,
Après avoir établi la nécessité du concours , il enfaut revenir à la question de
Fait , peut- être celle- cy se décidera-t-elle
indépendamment de la question de Droit,
Deux Actes authentiques attestent le
domicile de Dalvimar sur la Paroisse de
S. Germain le Vieux , un Contrat de Mariage de 1718.et un Acte de celebration de
la mêmeannée. Il est constant qu'il faut
donner la provision à ces Actes , si l'on
ne rapporte pas la preuve du contraire.
Il est vrai aussi que si on les combat
par des piéces de quelque consideration ,
ces Actes pourroient fort- bien ne se pas
soûtenir; mais d'autre côté, jusqu'à ce
qu'il en paroisse les Actes subsistent dans
Leur
M.ARS. 1732. 461
de
de
ut
OD
Dat
pas
an
leur entier et dans toute leur faveur. On
pourroit dire que ces Actes sont bien plus
propres à prouver le domicile present
que le domicile antérieur ; du moins le
font- ils présumer , et on doit s'en reposer sur la foy de ces Actes , jusqu'à ce
qu'ils soient renyersez. Il est à observer.
que l'Acte de célébration est signé de quatre témoins.
A ces deux Actes qu'oppose- t-on ? Un
Bail, passé hors de Paris en 1727. un Acte.
passé entre les habitans ; un Extrait des
Rôles des Tailles , par lequel il paroît que
Dalvimar a payé la Taille depuis 1716.
jusqu'en 1727.
-Le Bail ne peut être d'aucune considération , il a été passé dans un temps
posterieur de plusieurs années au Mariages on ne doit pas avoir plus d'égard à.
l'Acte passé pardevant Notaires , par le
quel plusieurs habitans déposent du domicile de Dalvimar à Nigel. Cet Acte
ne peut tenir lieu que d'une preuve testimoniale. Quant à l'Extrait du Rôle des
Tailles , il semble d'abord qu'on en pourroit conclure que Dalvimar ne demeuroit
point à Paris en 1718. puisqu'il a payé la
Taille depuis 1716 jusqu'en 1727. Cette
continuité de payement semble supposer
une continuité de domicile , mais cepen
Cij dant
462 MERCURE DE FRANCE
dant elle ne prouve pas absolument le
domicile ; on est encore sujet au Rôle des
Tailles pendant dix ans , malgré la translation de domicile. Dalvimar peut avoir
eu son domicile à Paris en 1718. et cependant avoir payé la Taille : il pouvoit être
encore dans les dix ans de sa translation
de domicile.
Mais , dira-t-on , il ne rapporte point
d'autres Actes pour constater son domicile , que le Contrat et l'Acte de célébration de son Mariage , point de quittance
de Capitation. Ce défaut d'Acte est tout
au plus une preuve négative. D'ailleurs
il se peut faire qu'il n'ait été inquiété ni ;
pour la taxe des Pauvres , ni pour la Cam
pitation,
Par ces considérations M. l'Avocat Ge
neral de Fleury a conclu , à ce que sans
avoir égard à la Requête de la Partie de
M Paillet des Brunieres ( Avocat de l'appellant ) faisant droit sur l'appel comme
d'abus , il fut dit qu'il n'y avoit abus.
Les Conclusions ont été suivies ; cependant M. le Premier Président est retourné aux voix , et a dit que la Cour s'étoit
déterminée par le point de Fait ; qu'il étoit
chargé d'avertir le Barreau que quand la
question se présenteroit dans le Droit
elle jugeroit pour la nécessité du con..
Cours
1
.
MARS. 173.23 463
cours des deux Curez. M. Sarrazin plaidoit pour la validité du Mariage
Paris , par Arrest du 21 Fevrier 17320
sur un appel comme d'abus de Mariage.
AIT. N. Daluimar , originaire de la
Paroisse de S. Martin de Nigel , Diocèse de Chartres , épousa en 1718. la
Dlle Tauvay. Contrat de Mariage , du
mois de Mars. Acte de célébration de la
même année. Par le Contrat , signé de
quatre témoins,il s'est dit demeurant ruë
de la Calende , Paroisse de S. Germain le
Vieux. Le Mariage a été célébré à S. Benoît , Paroisse de la fille , après une publication de Bancs faite à S. Benoît, et une
autre , en la Paroisse de S. Germain le
Vieux. On a prétendu au contraire , que
Daluimar étoit domicilié sur la Paroisse
de S. Martin de Nigel , au Païs Chartrain,
lors de son Mariage , et que dès qu'il ne
paroissoit point de consentement du
Curé de cette Paroisse , le Mariage étoit
abusif.
M. Joli de Fleury , Avocat General ,
portant la parole en cette cause , a distingué deux objets : la question de Droit er
la question de Fait. ·
Suc
MARS. 1732 459
a
u
de
1
Sur la question de Droit , il dit qu'il
étoit inutile de remonter aux Loix faites
par les Papes , et aux Capitulaires de nos
Rois ; que nous avions là - dessus une Loy
nouvelle, qui étoit l'Ordonnance de 1639 .
Cette Ordonnance veutque l'on fasse une
publication de Bans dans les deux Paroisses des Contractans Elle veut de plus que
l'Acte de Célébration soit signé de quatre
témoins. Le motifde cette Loy est d'obla vier à la Clandestinité des Mariages. Elle
veut que les personnes qui ont interêt de
ue s'opposer à un Mariage , ayent un Ministre sur qui ils se puissent reposer. Si on
ne demande que la présence d'un Curé ,
les Contractans ne manqueront pas d'éviter le Curé qui pourroit les traverser.
Le même esprit regne dans l'Edit de 1697.
Cet Editrequiert dans les Mariages le con-
-oisse sentement du Curé des Parties qui conrain, tractent; il nedit pas le consentement du
il ne Curé de l'une des Parties , mais des Part duties ; par consequent il faut le consenteétoit ment des deux Curez.
le
Bepu
une
le
que
conti
Quand nous parlons de ce concours de
neral, Curez , nous ne demandons pas ,
distin- nua-t-il , la présence des deux Curez
roitet mais seulement le consentement des deux.
Ce consentement se peut constater de
Sur trois manieres. On peut prendre un Acte
C du
460 MERCURE DE FRANCE,
du Curé, portant son consentement, premiere voie. Secondement , on peut demander la permission à l'Evêque , qui
tiendroit lieu du consentement du Curé,
Enfin ce concours est encore suffisamment marqué par la publication des
Bancs dans les deux Paroisses,
Une troisiéme Loy , qui peut nous ser
vir de regle , c'est l'Arrêt de 1697. par lequelonjugea le concours des deux Curez
necessaire. Il est vrai que l'on s'est depuis
écarté de l'Edit , dans l'Arrêt de 1707,
parceque dans ce temps-là on n'avoit plus
les motifs de l'Edit si présens,
Après avoir établi la nécessité du concours , il enfaut revenir à la question de
Fait , peut- être celle- cy se décidera-t-elle
indépendamment de la question de Droit,
Deux Actes authentiques attestent le
domicile de Dalvimar sur la Paroisse de
S. Germain le Vieux , un Contrat de Mariage de 1718.et un Acte de celebration de
la mêmeannée. Il est constant qu'il faut
donner la provision à ces Actes , si l'on
ne rapporte pas la preuve du contraire.
Il est vrai aussi que si on les combat
par des piéces de quelque consideration ,
ces Actes pourroient fort- bien ne se pas
soûtenir; mais d'autre côté, jusqu'à ce
qu'il en paroisse les Actes subsistent dans
Leur
M.ARS. 1732. 461
de
de
ut
OD
Dat
pas
an
leur entier et dans toute leur faveur. On
pourroit dire que ces Actes sont bien plus
propres à prouver le domicile present
que le domicile antérieur ; du moins le
font- ils présumer , et on doit s'en reposer sur la foy de ces Actes , jusqu'à ce
qu'ils soient renyersez. Il est à observer.
que l'Acte de célébration est signé de quatre témoins.
A ces deux Actes qu'oppose- t-on ? Un
Bail, passé hors de Paris en 1727. un Acte.
passé entre les habitans ; un Extrait des
Rôles des Tailles , par lequel il paroît que
Dalvimar a payé la Taille depuis 1716.
jusqu'en 1727.
-Le Bail ne peut être d'aucune considération , il a été passé dans un temps
posterieur de plusieurs années au Mariages on ne doit pas avoir plus d'égard à.
l'Acte passé pardevant Notaires , par le
quel plusieurs habitans déposent du domicile de Dalvimar à Nigel. Cet Acte
ne peut tenir lieu que d'une preuve testimoniale. Quant à l'Extrait du Rôle des
Tailles , il semble d'abord qu'on en pourroit conclure que Dalvimar ne demeuroit
point à Paris en 1718. puisqu'il a payé la
Taille depuis 1716 jusqu'en 1727. Cette
continuité de payement semble supposer
une continuité de domicile , mais cepen
Cij dant
462 MERCURE DE FRANCE
dant elle ne prouve pas absolument le
domicile ; on est encore sujet au Rôle des
Tailles pendant dix ans , malgré la translation de domicile. Dalvimar peut avoir
eu son domicile à Paris en 1718. et cependant avoir payé la Taille : il pouvoit être
encore dans les dix ans de sa translation
de domicile.
Mais , dira-t-on , il ne rapporte point
d'autres Actes pour constater son domicile , que le Contrat et l'Acte de célébration de son Mariage , point de quittance
de Capitation. Ce défaut d'Acte est tout
au plus une preuve négative. D'ailleurs
il se peut faire qu'il n'ait été inquiété ni ;
pour la taxe des Pauvres , ni pour la Cam
pitation,
Par ces considérations M. l'Avocat Ge
neral de Fleury a conclu , à ce que sans
avoir égard à la Requête de la Partie de
M Paillet des Brunieres ( Avocat de l'appellant ) faisant droit sur l'appel comme
d'abus , il fut dit qu'il n'y avoit abus.
Les Conclusions ont été suivies ; cependant M. le Premier Président est retourné aux voix , et a dit que la Cour s'étoit
déterminée par le point de Fait ; qu'il étoit
chargé d'avertir le Barreau que quand la
question se présenteroit dans le Droit
elle jugeroit pour la nécessité du con..
Cours
1
.
MARS. 173.23 463
cours des deux Curez. M. Sarrazin plaidoit pour la validité du Mariage
Fermer
Résumé : QUESTION jugée au Parlement de Paris, par Arrest du 21 Fevrier 1732. sur un appel comme d'abus de Mariage.
En 1732, une affaire de mariage fut jugée au Parlement de Paris. Antoine Daluimar, originaire de la paroisse de Saint-Martin de Nigel, diocèse de Chartres, avait épousé Mademoiselle Tauvay en 1718. Le contrat de mariage, signé par quatre témoins, indiquait que Daluimar résidait rue de la Calende, paroisse de Saint-Germain le Vieux. Le mariage fut célébré à Saint-Benoît, paroisse de la fiancée, après des publications de bans dans cette paroisse et à Saint-Germain le Vieux. L'appel contestait la validité du mariage, affirmant que Daluimar était domicilié à Saint-Martin de Nigel et que le curé de cette paroisse n'avait pas consenti au mariage. M. Joli de Fleury, avocat général, distingua deux questions : celle du droit et celle du fait. Sur la question du droit, il cita l'ordonnance de 1639 et l'édit de 1697, qui exigent des publications de bans dans les deux paroisses des contractants et le consentement des curés des deux paroisses. Sur la question du fait, Daluimar était attesté comme résidant à Saint-Germain le Vieux par le contrat de mariage et l'acte de célébration. Les preuves opposées, telles qu'un bail et un extrait des rôles des tailles, étaient jugées insuffisantes ou non pertinentes. La cour conclut qu'il n'y avait pas abus et que le mariage était valide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1057
p. 882-888
LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, à M. D. L. R. sur des Champignons formez dans l'estomach d'une Femme.
Début :
Je vous écris aujourd'hui, Monsieur, sur un effet assez singulier de la Nature, [...]
Mots clefs :
Estomac, Femme, Champignons, Eau, Grains, Pédicules, Graines, Liqueur, Vomissement, Ragoûts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, à M. D. L. R. sur des Champignons formez dans l'estomach d'une Femme.
LETTRE de M. Capperon , ancien
Doyen de S. Maxent , à M. D. L. R.
sur des Champignons formez dans l'esi
tomach d'une Femme,
J
E vous écris aujourd'hui , Monsieur ;
sur un effet assez singulier de la Nature
, et qui mérite bien , à mon avis ,
d'être rendu public , tant à cause de la
rareté du fait , que par les consequences
qu'on en peut tirer, Une Femme d'honneur
et incapable de me tromper , âgét
d'environ soixante et dix ans , d'un temperament
flegmatique , me vint trouver
ces jours passez fort allarmée de ce qui
4ui étoit arrivé , pour m'en faire le récit,
et pour sçavoir ce que je pouvois penser
sur une chose aussi extraordinaire. Elle
me dit que depuis quelque temps elle
s'étoit trouvée fort incommodée de ventositez
, qui lui sortolent fréquemment
parhaut et par bas; qu'enfin lassée du mal
que
JIA
celá lui causoit , elle qrut que prenant
un peu d'eau - de- vie , cette liqueur
pourroit la soulager ; comme en effet, elle
ne l'eut pas plutôt avalée , qu'il lui prit
un grand vomissement , par le moyen
duquel
MAY. 1734
883
duquel elle rendit quantité de matieres
glaireuses , où il paroissoit plusieurs petits
corps bruns , diversement figurez ,
confondus et mêlez parmi ces glaires .
Revenue de la peine que ce vomissement
lui avoit causée , elle fut curieuse
de voir ce que c'étoit que ces petits corps
ainsi dispersez dans ce qu'elle avoit vomi
, et les ayant tirez les uns après les
autres , elle fut bien surprise de voir que
c'étoient quinze ou seize petits Champignons
, aussi exactement formez que
ceux qui croissent sur la terre ; les
les ayant
rangez sur un petit plat , elle me les fit
apporter un moment après qu'elle fut
venue chez moi. Quelques jours après
elle en jetta encore d'autres , qui me furent
pareillement apportez par la même
personne qui les lui avoit vû vomir.
Les ayant examinez à loisir et avec toute
l'attention possible , j'y en ai trouvé
particulierement un , dont la tête parfaitement
épanouie , a au moins un bon
pouce de largeur , et dont le pédicule
est long de dix lignes ; quelques autres
également épanouis , dont les têtes sont.
larges de dix à onze lignes , posées sur
des pédicules longs de cinq à six lignes ;
d'autres tant soit peu plus petits , dont
les uns sont ouverts et d'autres encore
Cij fer884
MERCURE DE FRANCE
fermez , ayant tous leurs têtes et leurs
pédicules. Il y en a un qui n'a même
que cinq lignes de hauteur , et dont
la tête ronde est fermée n'est large
que d'environ trois lignes , de couleur
plus noire que les autres ; car il est à
observer , que loin d'avoir la moindre
blancheur , ils sont tous très - bruns et
d'une contexture très - tendre. Je les ai
tous mis dans l'eau de vie , où je les conserve
pour les faire voir à ceux qui en
sont curieux .
Après cet exposé , Monsieur , il s'agit
de sçavoir d'où sont provenus ces Champignons
dans l'estomach de cette femme ;
comment ils ont pû y germer , y vege
ter et y croître . Pour bien connoître
cela , je lui demandai d'abord si dans la
la maison où elle demeure on n'y mangeoit
pas souvent des Champignons , et
si elle n'en avoit pas mangé comme les
autres , soit dans les ragoûts ou autrement
? Si elle n'avoit pas coûtume de
boire quelquefois de l'eau pendant le
jour ? Elle me répondit qu'il étoit vrai
qu'elle avoit mangé des Champignons
comme les autres ; que pendant le jour
elle buvoit quelquefois de l'eau avec
un peu de vin , et quelquefois même de
l'eau pure.
DeMAY.
1734 885
De- là j'ai conclu , que suivant toute
apparence , s'étant trouvé quelques graines
de Champignons dans l'eau qu'on
lui avoit donnée à boire , pour être res
tées imperceptibles dans quelque perit
endroit des vaisseaux où on les avoit
lavez , et que s'étant répandues ensuite
dans l'eau plus claire qu'on avoit mise
dans ces vaisseaux , c'étoit sans doute de
cette eau qu'on lui avoit donnée pour
boire , et où ces graines s'étoient trouvées
, et avec laquelle elles étoient tombées
dans son estomach. Je dis qu'il y
a plus lieu de croire que ça été par le
moyen de cette eau , plutôt qu'en mangeant
les Champignons mêmes cuits , apprêtez
et mêlangez dans des ragoûts et
des sausses ; la cuisson et le mêlange du
beure ou de graisse , ayant dû leur
ôter la disposition convenable qui leur
est nécessaire pour germer et vegeter.
On ne peut pas dire que cette Dame
a pû les manger et les avaler tels qu'ils
se sont trouvez dans son vomissement ;
car outre qu'on n'apprête pas les Champignons
pour les manger et pour les met
tre dans les ragouts avec leurs têtes toutes
épanouies , les pédicules y restant
attachez dans tout leur entier , c'est que
cette Dame n'auroit pas avalé ces Cham-
C iij pignons
886 MERCURE DE FRANCE
pignons ainsi entiers , sans leur avoir auparavant
donné le moindre coup de dent;
il faudroit pour cela qu'elle fût extrê
mement vorace , ce qui n'est pas.
Disons donc d'abord que dans l'estomach
, il se trouve une liqueur mucilagineuse
, qui s'y filtre par des ouvertures
qui représentent des especes de mamelons
, laquelle sert pour empêcher que
les choses trop âcres , trop picquantes et
trop corrosives qu'on peut avaler , n'irritent
fortement ce viscere ; et c'est cette.
liqueur mucilagineuse qui enduit le fond
de l'estomach , plus ou moins , selon que
le sang se trouve plus ou moins grossier
et visqueux dans certaines personnes.
Cela étant , il n'est pas surprenant que
des graines de Champignons, ayant été
avalées , elles se soient attachées à cette
matiere visqueuse , d'autant plus abon
dante dans l'estomach de cette Dame ;
qu'elle est d'un temperamment flegmatique
, dont le sang doit avoir moins de
volatilité à cause de son grand âge ; et
ces graines ainsi attachées et incorporées
dans cette matiere glaireuse , aidées par
la douce chaleur de l'estomach , s'y sont
suffisamment dilatées pour y pousser de
légeres racines et y vegeter de la manie
re dont on les voit.
C'est
MAY. 1734
887
-
C'est même ce qui n'est pas nouveau ,
puisqu'on voit dans les Observations de
Physique , imprimées en 1717. qu'un
Soldat à Coppenhague , ayant mangé
quelques grains d'avoine , ces grains lui
demeurerent pendant plusieurs mois dans
l'estomach , où ils lui causerent differentes
douleurs , jusqu'à ce qu'ayant pris
un remede vomitif , cela lui fit jetter
ces grains , lesquels avoient pris racine
et avoient germé comme en pleine terre,
ayant même poussé des feuilles , quoique
sans grains. C'est par le même moyen
qu'on a vû souvent des personnes vomir de
petites Grenouilles et d'autres Insectes ;
ce qu'on attribuoit souvent à sortilege ;
mais cela ne venoit que pour avoir bû
de quelque eau dormante , où s'étoient
trouvez des germes de ces animaux , lesquels
attachez aux matieres glaireuses
de l'estomach , et y ayant reçû l'impres
sion de la douce chaleur qui s'y trouve
accompagnée des parties salines et ter
restres de ces viscositez , avoient été di
latez , nourris et formez comme s'ils
avoient été dans l'eau ou dans la terre.
Enfin la conséquence naturelle qu'on
"S
* Ce Fait est rapporté par M. Bayle , dans ses
Nouvelles de la République des Lettres , mois de
Septembre 1685. page 1005.
C iiij peut
888 MERCURE DE FRANCE
peut tirer de l'état où ces Champignons
se sont trouvez à la sortie de l'estomach
où ils s'étoient formez , c'est de conclure
qu'ayant été trouvez entiers avec leurs
têtes et leurs pédicules qui y étoient attachez
, aussi tendres et aussi délicats
qu'ils sont , c'est une preuve certaine que
la digestion des aliments ne se fait pas
par la trituration causée par le simple
mouvement de l'estomach ; puisqu'il auroit
été impossible que ces petites plantes
eussent pû se former , s'étendre et
croître jusqu'au point où elles sont , sans
se trouver à la fin rompuës par pieces et
brisées , à cause de leur contexture si tendre
et si délicate . Je suis , Monsieur , & c..
A la Ville d'Eu le 14.
Avril
1734
Doyen de S. Maxent , à M. D. L. R.
sur des Champignons formez dans l'esi
tomach d'une Femme,
J
E vous écris aujourd'hui , Monsieur ;
sur un effet assez singulier de la Nature
, et qui mérite bien , à mon avis ,
d'être rendu public , tant à cause de la
rareté du fait , que par les consequences
qu'on en peut tirer, Une Femme d'honneur
et incapable de me tromper , âgét
d'environ soixante et dix ans , d'un temperament
flegmatique , me vint trouver
ces jours passez fort allarmée de ce qui
4ui étoit arrivé , pour m'en faire le récit,
et pour sçavoir ce que je pouvois penser
sur une chose aussi extraordinaire. Elle
me dit que depuis quelque temps elle
s'étoit trouvée fort incommodée de ventositez
, qui lui sortolent fréquemment
parhaut et par bas; qu'enfin lassée du mal
que
JIA
celá lui causoit , elle qrut que prenant
un peu d'eau - de- vie , cette liqueur
pourroit la soulager ; comme en effet, elle
ne l'eut pas plutôt avalée , qu'il lui prit
un grand vomissement , par le moyen
duquel
MAY. 1734
883
duquel elle rendit quantité de matieres
glaireuses , où il paroissoit plusieurs petits
corps bruns , diversement figurez ,
confondus et mêlez parmi ces glaires .
Revenue de la peine que ce vomissement
lui avoit causée , elle fut curieuse
de voir ce que c'étoit que ces petits corps
ainsi dispersez dans ce qu'elle avoit vomi
, et les ayant tirez les uns après les
autres , elle fut bien surprise de voir que
c'étoient quinze ou seize petits Champignons
, aussi exactement formez que
ceux qui croissent sur la terre ; les
les ayant
rangez sur un petit plat , elle me les fit
apporter un moment après qu'elle fut
venue chez moi. Quelques jours après
elle en jetta encore d'autres , qui me furent
pareillement apportez par la même
personne qui les lui avoit vû vomir.
Les ayant examinez à loisir et avec toute
l'attention possible , j'y en ai trouvé
particulierement un , dont la tête parfaitement
épanouie , a au moins un bon
pouce de largeur , et dont le pédicule
est long de dix lignes ; quelques autres
également épanouis , dont les têtes sont.
larges de dix à onze lignes , posées sur
des pédicules longs de cinq à six lignes ;
d'autres tant soit peu plus petits , dont
les uns sont ouverts et d'autres encore
Cij fer884
MERCURE DE FRANCE
fermez , ayant tous leurs têtes et leurs
pédicules. Il y en a un qui n'a même
que cinq lignes de hauteur , et dont
la tête ronde est fermée n'est large
que d'environ trois lignes , de couleur
plus noire que les autres ; car il est à
observer , que loin d'avoir la moindre
blancheur , ils sont tous très - bruns et
d'une contexture très - tendre. Je les ai
tous mis dans l'eau de vie , où je les conserve
pour les faire voir à ceux qui en
sont curieux .
Après cet exposé , Monsieur , il s'agit
de sçavoir d'où sont provenus ces Champignons
dans l'estomach de cette femme ;
comment ils ont pû y germer , y vege
ter et y croître . Pour bien connoître
cela , je lui demandai d'abord si dans la
la maison où elle demeure on n'y mangeoit
pas souvent des Champignons , et
si elle n'en avoit pas mangé comme les
autres , soit dans les ragoûts ou autrement
? Si elle n'avoit pas coûtume de
boire quelquefois de l'eau pendant le
jour ? Elle me répondit qu'il étoit vrai
qu'elle avoit mangé des Champignons
comme les autres ; que pendant le jour
elle buvoit quelquefois de l'eau avec
un peu de vin , et quelquefois même de
l'eau pure.
DeMAY.
1734 885
De- là j'ai conclu , que suivant toute
apparence , s'étant trouvé quelques graines
de Champignons dans l'eau qu'on
lui avoit donnée à boire , pour être res
tées imperceptibles dans quelque perit
endroit des vaisseaux où on les avoit
lavez , et que s'étant répandues ensuite
dans l'eau plus claire qu'on avoit mise
dans ces vaisseaux , c'étoit sans doute de
cette eau qu'on lui avoit donnée pour
boire , et où ces graines s'étoient trouvées
, et avec laquelle elles étoient tombées
dans son estomach. Je dis qu'il y
a plus lieu de croire que ça été par le
moyen de cette eau , plutôt qu'en mangeant
les Champignons mêmes cuits , apprêtez
et mêlangez dans des ragoûts et
des sausses ; la cuisson et le mêlange du
beure ou de graisse , ayant dû leur
ôter la disposition convenable qui leur
est nécessaire pour germer et vegeter.
On ne peut pas dire que cette Dame
a pû les manger et les avaler tels qu'ils
se sont trouvez dans son vomissement ;
car outre qu'on n'apprête pas les Champignons
pour les manger et pour les met
tre dans les ragouts avec leurs têtes toutes
épanouies , les pédicules y restant
attachez dans tout leur entier , c'est que
cette Dame n'auroit pas avalé ces Cham-
C iij pignons
886 MERCURE DE FRANCE
pignons ainsi entiers , sans leur avoir auparavant
donné le moindre coup de dent;
il faudroit pour cela qu'elle fût extrê
mement vorace , ce qui n'est pas.
Disons donc d'abord que dans l'estomach
, il se trouve une liqueur mucilagineuse
, qui s'y filtre par des ouvertures
qui représentent des especes de mamelons
, laquelle sert pour empêcher que
les choses trop âcres , trop picquantes et
trop corrosives qu'on peut avaler , n'irritent
fortement ce viscere ; et c'est cette.
liqueur mucilagineuse qui enduit le fond
de l'estomach , plus ou moins , selon que
le sang se trouve plus ou moins grossier
et visqueux dans certaines personnes.
Cela étant , il n'est pas surprenant que
des graines de Champignons, ayant été
avalées , elles se soient attachées à cette
matiere visqueuse , d'autant plus abon
dante dans l'estomach de cette Dame ;
qu'elle est d'un temperamment flegmatique
, dont le sang doit avoir moins de
volatilité à cause de son grand âge ; et
ces graines ainsi attachées et incorporées
dans cette matiere glaireuse , aidées par
la douce chaleur de l'estomach , s'y sont
suffisamment dilatées pour y pousser de
légeres racines et y vegeter de la manie
re dont on les voit.
C'est
MAY. 1734
887
-
C'est même ce qui n'est pas nouveau ,
puisqu'on voit dans les Observations de
Physique , imprimées en 1717. qu'un
Soldat à Coppenhague , ayant mangé
quelques grains d'avoine , ces grains lui
demeurerent pendant plusieurs mois dans
l'estomach , où ils lui causerent differentes
douleurs , jusqu'à ce qu'ayant pris
un remede vomitif , cela lui fit jetter
ces grains , lesquels avoient pris racine
et avoient germé comme en pleine terre,
ayant même poussé des feuilles , quoique
sans grains. C'est par le même moyen
qu'on a vû souvent des personnes vomir de
petites Grenouilles et d'autres Insectes ;
ce qu'on attribuoit souvent à sortilege ;
mais cela ne venoit que pour avoir bû
de quelque eau dormante , où s'étoient
trouvez des germes de ces animaux , lesquels
attachez aux matieres glaireuses
de l'estomach , et y ayant reçû l'impres
sion de la douce chaleur qui s'y trouve
accompagnée des parties salines et ter
restres de ces viscositez , avoient été di
latez , nourris et formez comme s'ils
avoient été dans l'eau ou dans la terre.
Enfin la conséquence naturelle qu'on
"S
* Ce Fait est rapporté par M. Bayle , dans ses
Nouvelles de la République des Lettres , mois de
Septembre 1685. page 1005.
C iiij peut
888 MERCURE DE FRANCE
peut tirer de l'état où ces Champignons
se sont trouvez à la sortie de l'estomach
où ils s'étoient formez , c'est de conclure
qu'ayant été trouvez entiers avec leurs
têtes et leurs pédicules qui y étoient attachez
, aussi tendres et aussi délicats
qu'ils sont , c'est une preuve certaine que
la digestion des aliments ne se fait pas
par la trituration causée par le simple
mouvement de l'estomach ; puisqu'il auroit
été impossible que ces petites plantes
eussent pû se former , s'étendre et
croître jusqu'au point où elles sont , sans
se trouver à la fin rompuës par pieces et
brisées , à cause de leur contexture si tendre
et si délicate . Je suis , Monsieur , & c..
A la Ville d'Eu le 14.
Avril
1734
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Capperon, ancien Doyen de S. Maxent, à M. D. L. R. sur des Champignons formez dans l'estomach d'une Femme.
M. Capperon, ancien doyen de Saint-Maxent, a relaté un cas exceptionnel impliquant une femme de soixante-dix ans au tempérament flegmatique. Cette femme a vomi plusieurs petits champignons après avoir consommé de l'eau-de-vie pour soulager des flatulences. Les matières vomies contenaient des champignons parfaitement formés, au nombre de quinze ou seize, variant en taille et en état de développement. M. Capperon a examiné ces champignons et les a conservés dans de l'eau-de-vie pour les montrer à des personnes intéressées. Il a émis l'hypothèse que les graines de champignons, présentes dans l'eau qu'elle buvait, avaient germé dans son estomac grâce à la liqueur mucilagineuse qui tapisse cet organe. Cette liqueur, plus abondante chez les personnes au sang visqueux, aurait permis aux graines de s'attacher et de se développer grâce à la chaleur de l'estomac. Ce phénomène n'est pas isolé, car des cas similaires ont été observés, comme celui d'un soldat ayant vomi des grains d'avoine germés dans son estomac. M. Capperon en a déduit que la digestion ne se fait pas uniquement par la trituration des aliments, car les champignons sont sortis intacts et entiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1058
p. 47-55
APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
Début :
Si matin au Parnasse, Amour, qu'y viens-tu faire ? [...]
Mots clefs :
Amour, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
APOLLON
ET
L'AMOUR,
Par M' ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au Parnasse, Amour
, qu'y vienstufaire?
L'AMOUR.
J'y vienscuëillirun Boti.-
quet pour Cloris
APOLLON.
UnBouquetpourCloris!
ehj'enfais mon affaire
Va va, retourne vers
Cypris,
Les fleurs entre mes
mains deviennentimmortelles,
Dans les tiennes,Amour,
qu'ont-elles à
durer?
Seuljesçayfaçonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de separer,
Efi-ce
Est-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Bellesl
L'AMOUR.
Ma Mere ne vapoints
parer de vosfleurs,
MJeserseClorriseco.mme ma
APOLLON.
Si Venus connoist mal le
prix de mesfaveurs
Clorisfaitmieux, Cloris àl'Amour meprefere.
L'AMOUR.
EptlCaloirirseme.ddooiittIl"'aarrtt*ddee
APOLLON.
Atoy! Quoy donc, l'air
gracieux,Lesourireplein ddeeffiînneefjffee,1?
Lebaâinageingénieux
5 Art où Cloris ejïfi maitresse.
Tout cela ne vient pas
du plusbrillant dis
Dieux?
Quel autre, s'il vous
plaist, auroit mis dans
fisyeux
Cette prompte vertu de
guerir la tristesse ?
Maistu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
Enadmirant les sons
cette aimablecadence,
Seroit-cepas luyfaire offense
Que de croirequ'elle eût
d'autre Maistre que
moy?
Songe à l'Hiverpassé,
qu'un moment te rapelle
Le Bal avec tousses ap-
PtU,
Cloris dansoit,sa danse
teplut-elle?
Je luy montray les pre- mierspas.
Enfin cejlmoyfeulquelle
aime.
Veux-tu la voir dans un
Festin
Je lU) mets le verre en
main,
Bacchus en convient luymême.
•
L'AMOUR.
C'est donc de messuccés
quetu tefais honneur?
Tu parles de sa voix &
tu m'en dis merveille,
Maisjy donne un charmevainqueur,
Par toy les Chants neflattent
quel'oreille
Et , c'est par moy qu'ils
1-vontaucoeur.
Quefais-tu dansun Bah
tuprepares les Festes,
Moy j'y regne>fy jÙis
Clorissansla quitter,
Je luy sers chaque jour 4"
faire des Conquestes, Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repassont grossiers
avec le Dieu des Treilles,
Ilssontserieux avectoy,
Cloris à tespropos sen*
dormiroitsans moy Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
J'en ay trop dit, tu 'VtUX
mepiquerà ton tour,
Faisonsmieux, souffre
unyartage*)
Mêle ton nom au mien,
faisons-luy nostre cour,
Qu'elle reçoivethomma.
ge,
D'Apollon & de
mour.
ET
L'AMOUR,
Par M' ROY.
DIALOGUE.
APOLLON.
Si matin au Parnasse, Amour
, qu'y vienstufaire?
L'AMOUR.
J'y vienscuëillirun Boti.-
quet pour Cloris
APOLLON.
UnBouquetpourCloris!
ehj'enfais mon affaire
Va va, retourne vers
Cypris,
Les fleurs entre mes
mains deviennentimmortelles,
Dans les tiennes,Amour,
qu'ont-elles à
durer?
Seuljesçayfaçonner les
Guirlandes nouvelles
Dont les Heros ont droit
de separer,
Efi-ce
Est-ce à d'autres qu'à
moy de couronner les
Bellesl
L'AMOUR.
Ma Mere ne vapoints
parer de vosfleurs,
MJeserseClorriseco.mme ma
APOLLON.
Si Venus connoist mal le
prix de mesfaveurs
Clorisfaitmieux, Cloris àl'Amour meprefere.
L'AMOUR.
EptlCaloirirseme.ddooiittIl"'aarrtt*ddee
APOLLON.
Atoy! Quoy donc, l'air
gracieux,Lesourireplein ddeeffiînneefjffee,1?
Lebaâinageingénieux
5 Art où Cloris ejïfi maitresse.
Tout cela ne vient pas
du plusbrillant dis
Dieux?
Quel autre, s'il vous
plaist, auroit mis dans
fisyeux
Cette prompte vertu de
guerir la tristesse ?
Maistu l'entenschanter,
parle de bonnefoy,
Enadmirant les sons
cette aimablecadence,
Seroit-cepas luyfaire offense
Que de croirequ'elle eût
d'autre Maistre que
moy?
Songe à l'Hiverpassé,
qu'un moment te rapelle
Le Bal avec tousses ap-
PtU,
Cloris dansoit,sa danse
teplut-elle?
Je luy montray les pre- mierspas.
Enfin cejlmoyfeulquelle
aime.
Veux-tu la voir dans un
Festin
Je lU) mets le verre en
main,
Bacchus en convient luymême.
•
L'AMOUR.
C'est donc de messuccés
quetu tefais honneur?
Tu parles de sa voix &
tu m'en dis merveille,
Maisjy donne un charmevainqueur,
Par toy les Chants neflattent
quel'oreille
Et , c'est par moy qu'ils
1-vontaucoeur.
Quefais-tu dansun Bah
tuprepares les Festes,
Moy j'y regne>fy jÙis
Clorissansla quitter,
Je luy sers chaque jour 4"
faire des Conquestes, Et tu n'és bon qu'à les
chanter.
Les repassont grossiers
avec le Dieu des Treilles,
Ilssontserieux avectoy,
Cloris à tespropos sen*
dormiroitsans moy Et renvoyroit bien des
Bouteilles.
APOLLON.
J'en ay trop dit, tu 'VtUX
mepiquerà ton tour,
Faisonsmieux, souffre
unyartage*)
Mêle ton nom au mien,
faisons-luy nostre cour,
Qu'elle reçoivethomma.
ge,
D'Apollon & de
mour.
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Résumé : APOLLON ET L'AMOUR. Par Mr ROY. DIALOGUE.
Le texte relate un dialogue entre Apollon et l'Amour sur le mont Parnasse. Apollon, étonné de voir l'Amour, apprend que ce dernier cueille des fleurs pour Cloris. Apollon affirme que les fleurs deviennent immortelles entre ses mains et qu'il est le seul à pouvoir créer des guirlandes dignes des héros et à couronner les belles. L'Amour rétorque que sa mère, Vénus, et Cloris préfèrent ses dons. Apollon revendique divers talents de Cloris, tels que sa grâce, son sourire et ses danses, qu'il attribue à son influence. L'Amour conteste ces prétentions, affirmant que ses chants et sa présence sont essentiels pour toucher le cœur de Cloris et rendre les festins agréables. Reconnaissant la pertinence des arguments de l'Amour, Apollon propose de faire ensemble leur cour à Cloris, en mêlant leurs noms et leurs hommages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1059
p. 54-63
De l'excellence de la musique, & son utilité.
Début :
On fait tort à la Musique en luy donnant le nom [...]
Mots clefs :
Musique, Art, Science, Excellence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'excellence de la musique, & son utilité.
De£excellentede la nzu- huey&fônutilité.
ON fait tort à la Musique
en luy donnant lenom, art ou de science. Le premier
est trop simple & trop
Borné, rx lesecond, quoyque
plus noble & plus estendu,
ne satisfait pas assez,
concevons une plus haute
idée de l'harmonie, qui
s'empare, pour ainsi dire,
de toutes les faculrez de
nostreamc~ qui suspend
tous ses autres sentiments
dans le moment que nous
en sommes charmez.
-
Examinonsenquoy chaque
scienceou chaque arc
pourroient disputerquelque
p éference
, ou aller
de pair avec elle, Si la Logique
nousfaitvaloirl'invention
de ses sillogismes;
la fuguedans la Musiqué
a'est-die pas aussi ingenieufe?
Etsil'art de trouver
la définition d'un problème
estrenfermé en ce l,,,
le-là, celle-cy ne définit'elle
pas, pour ainsidire,,
par desexpressions & des
modu lations d iflinâ,estot,.,,.,
tes lesdifférentes passions-
LaPhysique qui nous developpe
cous les secrets de
la nature ,
& qui les employe
si heureusement à 1a*
guerison denos maladies,
n'a point d'effet plus surprenant
que celuy de la
Musique
,
qui guérit le venin
de. la Tarentole
, cet
animal si dangereux.Cette
-
guerison n'est que le simple
effetd'un air gay qu'-
un Simphorniste aura joué
sur un violon; ce rteft point
un conte, une chose si extraordinaire
se voie tressouvent
au Royaume de
Naples. Passons à la Morale
par qui. les vertus&
les vices font si bien désinis.
Ellenousapprendl'art
de faire un portrait ou un
caractere ; mais elle n'a
pas la vertu d'émouvoir
ce degré de perfection
n'appartient qu'à la Mu!i:ú
-que: c'est elle qui nous émeut
,
qui nous adoucit
qui nous charme ,& qui
nous consoles la fable luy
a donné du pouvoir sur
toutes les Divinirez ; les
Parques,les Furies &Pluton
mesme ne luy resusent
rien. Voyons ce que les
autres sciencesont decomtnli'nave.
celle. L'Arithmetique
a des rapports tresconnus
avec les accords
harmoniques. Les Mathematiques
ont un objet
communavec elle,la grandeur,
& la quantité continuë&
discrette, les tems,.
lesproportions:les raisons
& les habitudes font également
de leur ressort. La
Peinture & l'Architecture,
ces arts si cheris & tant
estimez, vont de compagnie
avec la Musique. Le
premier nous la reprefenre
actuellement, & le second
luy est toujoursdans
une parfaite correspondance
, la Musique est res
profunda, & selon Theophile,
magnus etiamque the-:
saurus.Son pouvoir est divin
& le Demon estcontraint
de lui cederMusica
fugatur Diabalus, ~& qui
juxtasententiam jobfagittas
reputasquasi paleas ~& lapidessundevelutstipulas
spernitderidet
etiam yibrantsrrz
bjft<im, &: dur'ijftmos mahoz
pro nibilo pendit ad citharde
sonitum tremefactus reccdit}&
quem nulla its superat fuperatharmoni*.
Les Anciens,
selonPlutarque, mettoient
une lyre dans les mains de
l'amour , avec l'arc & le
carquois à ses pieds, pour
montrer le rang que
tientla Musiquesurtoutes
nos
nos passions ; & les Gentilsavoient
de coustume
de representer leurs Divinitez
dans une attitude
harmonieuse. Prisci musica
instrumenta, in manus Deorum
imagtnibusposuerunt, nonsanè
quód eo lyr<t, aut cytharæ ludere
putarent ,
sed quod nullum
Deo opus convenientius
effi judicaverant quam consonantiam
& harmoniam. Au
sentiment de saint Thomas,
elle esleve nostreesprit
à la contemplation des
choses celestes. Cantussalubriterfit
in Ecclesia ad devotionem
excitandam. AuiIi
Platon nous exhorte de
l'apprendrependant nostre
~jeueffe -par ces paroles:
Nonne Princeps,~primaria
illi* mdjicu tdacanb ,
mod&l&rumconcentuum
rktionibus vprfaJttr,efficrtijji*
trie in ipjkdrriwte interioratri*
jtüit, , vemjfatequadam
animumvebementissimum tan-
- git , dftmqnr adeo verinftath
decoreafficit si in ~ta accuratè
claboret ,XT à teneris annir
instituatur. Il ne faut pas
douter que ces grandshommes
payentcompris
parfaitement l'excellence
de la Musique, & par l'eflims
qu'ils en ontfait
nous devons conclure de
son utilité& de son avantage.
Onremarque que
Socrate s'en instruisit à soixante
& dix ans,& ce qui
arriva à Themistocle,doit
servir d'exemple à bien du
monde. Ce Capitaine,
pour avoir refusé une lyre
qui luy fut presentée à propos,
& dans une heure de
récréation
,
demeura exposé
le reste de sa vie à la
raillerie &aumépris.
ON fait tort à la Musique
en luy donnant lenom, art ou de science. Le premier
est trop simple & trop
Borné, rx lesecond, quoyque
plus noble & plus estendu,
ne satisfait pas assez,
concevons une plus haute
idée de l'harmonie, qui
s'empare, pour ainsi dire,
de toutes les faculrez de
nostreamc~ qui suspend
tous ses autres sentiments
dans le moment que nous
en sommes charmez.
-
Examinonsenquoy chaque
scienceou chaque arc
pourroient disputerquelque
p éference
, ou aller
de pair avec elle, Si la Logique
nousfaitvaloirl'invention
de ses sillogismes;
la fuguedans la Musiqué
a'est-die pas aussi ingenieufe?
Etsil'art de trouver
la définition d'un problème
estrenfermé en ce l,,,
le-là, celle-cy ne définit'elle
pas, pour ainsidire,,
par desexpressions & des
modu lations d iflinâ,estot,.,,.,
tes lesdifférentes passions-
LaPhysique qui nous developpe
cous les secrets de
la nature ,
& qui les employe
si heureusement à 1a*
guerison denos maladies,
n'a point d'effet plus surprenant
que celuy de la
Musique
,
qui guérit le venin
de. la Tarentole
, cet
animal si dangereux.Cette
-
guerison n'est que le simple
effetd'un air gay qu'-
un Simphorniste aura joué
sur un violon; ce rteft point
un conte, une chose si extraordinaire
se voie tressouvent
au Royaume de
Naples. Passons à la Morale
par qui. les vertus&
les vices font si bien désinis.
Ellenousapprendl'art
de faire un portrait ou un
caractere ; mais elle n'a
pas la vertu d'émouvoir
ce degré de perfection
n'appartient qu'à la Mu!i:ú
-que: c'est elle qui nous émeut
,
qui nous adoucit
qui nous charme ,& qui
nous consoles la fable luy
a donné du pouvoir sur
toutes les Divinirez ; les
Parques,les Furies &Pluton
mesme ne luy resusent
rien. Voyons ce que les
autres sciencesont decomtnli'nave.
celle. L'Arithmetique
a des rapports tresconnus
avec les accords
harmoniques. Les Mathematiques
ont un objet
communavec elle,la grandeur,
& la quantité continuë&
discrette, les tems,.
lesproportions:les raisons
& les habitudes font également
de leur ressort. La
Peinture & l'Architecture,
ces arts si cheris & tant
estimez, vont de compagnie
avec la Musique. Le
premier nous la reprefenre
actuellement, & le second
luy est toujoursdans
une parfaite correspondance
, la Musique est res
profunda, & selon Theophile,
magnus etiamque the-:
saurus.Son pouvoir est divin
& le Demon estcontraint
de lui cederMusica
fugatur Diabalus, ~& qui
juxtasententiam jobfagittas
reputasquasi paleas ~& lapidessundevelutstipulas
spernitderidet
etiam yibrantsrrz
bjft<im, &: dur'ijftmos mahoz
pro nibilo pendit ad citharde
sonitum tremefactus reccdit}&
quem nulla its superat fuperatharmoni*.
Les Anciens,
selonPlutarque, mettoient
une lyre dans les mains de
l'amour , avec l'arc & le
carquois à ses pieds, pour
montrer le rang que
tientla Musiquesurtoutes
nos
nos passions ; & les Gentilsavoient
de coustume
de representer leurs Divinitez
dans une attitude
harmonieuse. Prisci musica
instrumenta, in manus Deorum
imagtnibusposuerunt, nonsanè
quód eo lyr<t, aut cytharæ ludere
putarent ,
sed quod nullum
Deo opus convenientius
effi judicaverant quam consonantiam
& harmoniam. Au
sentiment de saint Thomas,
elle esleve nostreesprit
à la contemplation des
choses celestes. Cantussalubriterfit
in Ecclesia ad devotionem
excitandam. AuiIi
Platon nous exhorte de
l'apprendrependant nostre
~jeueffe -par ces paroles:
Nonne Princeps,~primaria
illi* mdjicu tdacanb ,
mod&l&rumconcentuum
rktionibus vprfaJttr,efficrtijji*
trie in ipjkdrriwte interioratri*
jtüit, , vemjfatequadam
animumvebementissimum tan-
- git , dftmqnr adeo verinftath
decoreafficit si in ~ta accuratè
claboret ,XT à teneris annir
instituatur. Il ne faut pas
douter que ces grandshommes
payentcompris
parfaitement l'excellence
de la Musique, & par l'eflims
qu'ils en ontfait
nous devons conclure de
son utilité& de son avantage.
Onremarque que
Socrate s'en instruisit à soixante
& dix ans,& ce qui
arriva à Themistocle,doit
servir d'exemple à bien du
monde. Ce Capitaine,
pour avoir refusé une lyre
qui luy fut presentée à propos,
& dans une heure de
récréation
,
demeura exposé
le reste de sa vie à la
raillerie &aumépris.
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Résumé : De l'excellence de la musique, & son utilité.
Le texte explore la supériorité de la musique par rapport aux autres arts et sciences. Il critique l'idée de réduire la musique à un simple art ou une science, affirmant qu'elle engage toutes les facultés de l'âme et suspend les autres sentiments lorsqu'elle charme. La musique est comparée à diverses disciplines telles que la logique, la physique, la morale, l'arithmétique, les mathématiques, la peinture et l'architecture. Elle possède des vertus uniques, comme la capacité de guérir le venin de la tarentule par un air gai joué au violon, et d'émouvoir les passions de manière supérieure à la morale. Les Anciens et les philosophes comme Platon et saint Thomas d'Aquin reconnaissaient l'excellence de la musique, la considérant comme une élévation de l'esprit vers les choses célestes. Le texte mentionne des exemples historiques, tels que Socrate qui s'instruisit de la musique à un âge avancé, et Themistocle qui fut raillé pour avoir refusé une lyre. Ces exemples illustrent l'importance accordée à la musique dans l'éducation et la vie des individus. En somme, la musique est présentée comme un art supérieur, capable de toucher l'âme de manière profonde et unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1060
p. 43-53
SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Début :
Vous m'avez demandé la Piece de Vers qui a / Maitresse des Heros, qui dans les nobles ames [...]
Mots clefs :
Vers, Académie française, Héros, Conquérant, Louis, Gloire, Lauriers, Lys, Espoir, Clémence, Hérésie, Équité, Fortune, Princes, Secours, Passion, Richesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Vous m'avez demandé la.
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
Eiece de Vers qui a rem porte
le Prix cette année par le
jugement de l'Académie Fra1
çoise, je vous l'envoye. Vous
vous souviendrez que je vous.
manday la derniere fois, quelle
est de Mr d' Alibert de
Saint Romain.
.¥!t
SUR LA GLOIRE
quele Roy s'est acquise en
se condamnant dans [a propre
cause.
Mj~ Aitrejcfdes Héros}qui dansles
nobles ames
Allumes nuit & jlur de gtnerttifès
ifâmesy
*
:<:;ifiAÚaux Con^ueYAns de
tesckdî-
*
-
mes épris j
Des horreNls de lamort infyinr le
mépri *"
Détffi, de LOZJIScompagne inftparable,
GLOIRE,quel bruit te trouble, à*
quel (hagrin t'accable ?
La trêve (a cejeul ntm lu trtmblfs,
tu fremis )
T'dnonLC un long repos a l'Europepromis.
Le plut vaillant des Rois en desfatfons
moins calmes
T'tH!fiurnJ des weijfons de lauriers
& de palmes,
Dans ses eaux le Batave en vainsi
fust cachéy
JNjf¡u'dlJ fonddeJcfeaux la foudre
Ceufl cherché.
De Luxembourg en feu l'ipouvantable
image
Menâçoit le Germain aunftmbtable
ravage,
A lafpecl du CroiffuntCAigle hors
de combat
Eustbienmoins du SoleilpusoutenirCéclat,
Et le Lia hurlant dans sa rage der- , nlcre
Aupié des fleurs de Lys eust mordit
la pouffiere.
Jguel bras * ton Athicte,ôGL0IRF,
euBresisté?
Sage, pttiffint, & brave il auroit
têutdomté.
Pleine de cet espoir, à chanter [es
trosées
Tupréparons déjà nos plutfeavans
Orfées,
Et voilà tout à coup que bornantses
progres,
Sa clemencea changéUn tfjoir en,
regrets,
Kamour de la. vièloire en vain le
sollicite.-
Telpouvant terrajjer & le Parthe
& le Siitbe,
ConteCnt desaegranfdeuir lerfécsond des Sur l'autel de Janus après mille bazars
Aima mieux enchaîner lt dimon dt la
guerre,
J^ue le fer à ta main vaincre toute
la Terre.
Guidé du mesme ifprit) flou ré.
pandre de fang,
Loris de toutes parts fait refpcBer
fin rang,
Severe aux vicieux, doux aux bws,
toujoursjuste,
Sur les bords de la Seine il represente
Augllfle.
c'est la que dans le cours cCunregne
fortuné.
JLajfurant CVniversqu'ilavoit étonné.
GLOIRE,tule VtrrdJ, de nouvelles
lumieres
Rehaujjer les rayons deJes vertus premières
,
Seule tu l'ttttirois aux compagnes de
Marsy
Tu le retrouveras dans le thamp des
beaux arts.
Tous les'jours ee grand Boj,des autres
Rois l'exemple,
S'ouvre un nouveau chemin aIlfaifie
de ton Temple,
LHerejie afispiedspleined'unjujle
e.ffrIJJ
Mejme aux bords du Lemhn voit
triompher lafoy,
L Equitéparses foins voitlafraude
proferite,
La Fortune efi J'accord avecque le
merite, •
Tout découvre en LOVIS un Prince
plus qu'humain,Et
Et LAugujie FrltnFoúftrpdJlè le Ko*
main.
Lors que cent Légionsfousfis draféaux
rangées
$ournettoie?uafinjonglesTilles affligées
,
.Zue gros de mille feux fis menasans
vaisseaux
Repandoient la terreur dans l'empire
des eaux,
Tant de travaux guerriers a toutautre
impojjlblts
LOnt- ils interrompu danffis travaux
paifiiieç?
Le -Louvre n'a-t il pas ,
s'élevint
jusquaux Cieux>
De miracles nouveaux toujoursfrappe
nos yeux?
Etjamais t-onvû dans le bruit
des Batailles
La pompe & findNjlrie abttndonner
Vcrfiiilles ?
Quellesource en treflrs siféconde
aujourd'huy,
JVuel merveilleux?affole icy coule
pour luy?
EjI- ce donc quison gré maijlre de la
Fortune
il recueille luyseul l'abondance cornmune,
Taudis que de leur Prince esclaves
trop abjets
Sêiu le faix des Tributsgemissent les
Sujets?
Ah ! bien loin d'exiger par un trop
dur empire
VuJècours odieuxdentfin Ejlatfoupire,
Jufie à tous )feulementinjufie contre
fiy>
Il renonce auJecours que luypresse ld> loy.irejle It
Entre les dons exquis & d'un olrdre
suprème
Dont le cielfavorable orna le Diadême
,
Il en eH un fameux des peuples veré, ré-
Sous le nom de Domaine: auxseuls
Rois consacré.
Vne loy redoutable en tout temps reconnuë
du reste des mortels en ferme l'avenuë;
Auguste de ce droit tempera lavigueur,
Plus que son privilege il écouta son
coeur,
Onsçait desi bonté la genereuse mir.
que,
EtRome au Citoyen vit ceder le Momrque
j Dans le douteJota luy le Fisc eut toujours
tort..
Roy defis payions, par un pua
digne effort,
LOFIS , qtioy que Themis ensa faveur
decide,
Pour mieux se condamnerasa causè
frefidtj
De PereAH nom de Prince unifiant le
devoir
Sa douceur fff la loy qui réglé fin
pouvoir.
11 croit,sursessujets remportant l'avantage,
s'il n'asa propre vfiix n'avoirpas un
fijfrage,
Son amour les soutient
,
& par un
nouveau fort
Le ftirti du plusfoibledors eflle plu*
firt.
En vain à ce grand Roy CiatcreH
plein d'adresse
LtaL les appas d'ute immense rjçheJlè,
GLOIRE, sans balancer dans le che1i-x7
un moment, Il trouve en tes appxs un objet pifit
charmlfnt.
Pour comble de tes voeux que faut.ir
davantage y
Reconnoà à ce trait le Heros de noJfre
JI age
Sans demander encor des exploits a
fin bras
Cet exploit de son coeur ne tesufist.
pas?
Certes dun Ji hautfait la grandeur
publiée
Utt plus que l'oeil en pleurs Genes
humiliée,
Plu6qtu deslfots du Rhin l'obstacle
furmsntç
Etplus auAlge,r.du choc encore épouvanté,
Fermer
Résumé : SUR LA GLOIRE que le Roy s'est acquise en se condamnant dans sa propre cause.
Le texte est un poème dédié à la gloire du roi Louis XIV, lauréat d'un prix de l'Académie Française. Il célèbre les exploits militaires et les vertus morales du souverain. Le poème mentionne ses victoires sur divers ennemis, tels que les Bataves et les Germains, et sa capacité à susciter la crainte et le respect. Louis XIV est dépeint comme sage, compatissant et courageux, ses actions étant comparées à celles des héros antiques. Le texte insiste sur sa clémence et sa justice, particulièrement envers ses sujets et dans la gestion des tributs. Il est présenté comme un prince juste qui privilégie la loi à la force et soutient ses sujets même dans leurs moments de faiblesse. La générosité et le sens du devoir du roi sont mis en avant, illustrés par son refus des richesses personnelles au profit du bien commun. Le poème conclut en soulignant que la grandeur de Louis XIV réside autant dans ses actes de cœur que dans ses exploits militaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1061
p. 54-65
LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
Début :
Ce Carnaval dernier une des jolies femmes de Venise, Provençale [...]
Mots clefs :
Dame, Masque, Diable, Venise, Carnaval, Bourses, Compagnie, Démon, Exorcisme, Déguisement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
LE DIABLE
Mafqué.
but not Garni ob
Nouvelle de Venife.
CECarnaval dernier une
des jolies femmes de Ve
nife , Provençale de naiſ
fance , & établie dans Ve
GALANT.
·
pece
nife depuis plufieurs années , fit chez elle une af
femblée , qui devint une efde bal. Elle ne manquoit pas d'amans , qui tous
attendoient , pour lui faire
leur declaration en forme,
qu'on eût des nouvelles affurées de la mort de fon
mari. Il s'étoit embarqué il
y avoit déja plufieurs années, & le filence qu'il avoit gardé depuis fon départ faifoit préfumer qu'il
avoit peri Cependant la
Dame obſervoit beaucoup
de regularité dans fa conE iiij
56 MERCURE
duite , & il ne lui faloit pas
moins que les privileges du
Carnaval ,,
pour l'autorifer
à faire chez elle une affem.
blée pareille à celle dont je
vous parle. On venoit de
deffervir une grande colation qu'elle avoir donnée
aprés trois heures de jeu ,
quand on vit entrer un Mafque, qui lui preſenta un momon. Il avoit trouvé la por-
+
'
te ouverte & ne s'étoit
point mis en peine de faire
demander fi on le voudroit
recevoir. Sa brufque entrée
n'étonnaperfonne; la faifon
GALANT. 57
permettoit ces fortes de li
bertez , & dans cette vil
le on left bien venu par
tout avec le maſque. La Da
me reçut le momon , & le
gagna. Le Mafque la pria
den jouer un autre , qu'il
perdit encore. La même
chofe lui étant arrivée cinq
ou fix fois , parce qu'il
brouilloit les dez avec tant
de promptitude, que quand
ils tournoient favorable
ment pour lui , il fembloit
ne s'en pas appercevoir ;
d'autres voulurent jouer à
leur tour : mais ils n'y trou
58 MERCURE
verent pas leur compte , le
Mafque gagna , & ne perdit que contre la Dame ,
qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tr'elle , ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fût volontai
re. On s'en expliqua tout
haut : il l'entendit ; & prenant un ton different de
celui dont il s'étoit fervi juf
qu'alors , il declara qu'il étoit le maître des richeſſes,
qu'il ne les aimoit que pour
en faire part à la Dame, &
GALANT.
19
qu'il ne difoit rien qu'il ne
soffrit à juftifier par les ef,
fets. En même temps il découvrit plufieurs bourſes
toutes pleines de pieces
d'or ,qu'il demanda à jouer
en un feul momon , contre
tout ce que la maîtreſſe du
logis voudroit hazarder. La
Dame embaraffée de cette
declaration , renonça au
jeu. On examina le Maſque
avec plus d'attention , &
une femme de la compagnie , que l'âge & la foi
bleffe de l'efprit rendoient
fujette à fe faire des realitez
60 MERCURE
de fes vifions, l'ayant regardé depuis la tête juſqu'aux
pieds , devint pâle, tremblante , & tellement éperdue , qu'elle demeura quel
quetemps lans pouvoir parler. La parole lui étant revenue , elle dit tout bas à
fa voifine , qu'il n'y avoit
point à douter que le Mafque ne fût le Diable ; qu'il
l'avoit marqué en declarant
qu'il étoit le maître des richefſes ; & que fi elle y
vouloit prendre garde , elle
lui verroit des cornes fous
fon bonnet. Le Diable
GALANT. 61
7
mafqué avoit pris une
çoëfure bizarre, qui convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accoûtumé de nous reprefenter du Demon : &
c'étoit là- deffus que la credule vifionnaire avoit appuyéfon jugement. Ce qu
elle dit paffa en un moment d'oreille en oreille.
Apparemment elle trouva des efprits foibles comme le fien , & l'on propoſa d'abord l'exorcifme. Ce mot fit connoître au Mafque ce qu'on
62 MERCURE
s'étoit figuré de lui. Il commença tout de bon à faire
le Diable , parla plufieurs
Langues , dont quelques
unes étoient inconnues : &
aprés quelques raiſons expliquées fur ce qui l'avoit
obligé de quitter l'enfer , il
ajoûta qu'il venoit particul
lierement demander une
perfonné de la compagnie,
qui s'étoit donnée à lui ,
protefta qu'elle lui appartenoit , & qu'il ne defampareroitpoint qu'ilne l'eût,
quelques obftacles qu'on y
apportât. Chacun regarda
GALANT. 63
la Dame: ces menacesfembloient s'adreffer à elle , &
le Mafque les avoit pronon.
cées d'une voix creufe qui
embaraffoit les moins fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloient bas, &celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie , crioit continuellement à l'exorcifme. L'hif
toire porte quefans confulter perfonne , elle fit venir
des gens d'un caractere à
faire fuir les Demons ; que
le Diable pretendu leur répondit fort pertinemment
64 MERCURE
:
& qu'aprés s'être diverti
quelque temps de leurs zelées conjurations , il leva
le mafque ce qui finit l'avanture par un fort grand
cri que fit la Dame. C'étoit
fon mari , qui avoit paſſé
d'Eſpagne au Perou. Il s'y
étoit enrichi , & revenoit
chargé de tréſors. En arri
vant il avoit appris que fa
femmeregaloit fes plus particulieres amies. C'étoit un
des derniers jours du Carnaval. Cette faifon favorable aux déguiſemens , lui
fit naître l'envie de voir la
fête
GALANT. 65
fête fans être connu , & il
avoit pris pour cela le plus
grotesque habit qu'il eût
pû trouver. Toute l'affemblée lui fic compliment ; &
comme il n'étoit pas fi diable qu'on l'avoit crû , on lui
abandonna la Dame qu'il
venoit chercher , & qu'il
avoit dit fi hautement qui
s'étoit donnée à lui.
Mafqué.
but not Garni ob
Nouvelle de Venife.
CECarnaval dernier une
des jolies femmes de Ve
nife , Provençale de naiſ
fance , & établie dans Ve
GALANT.
·
pece
nife depuis plufieurs années , fit chez elle une af
femblée , qui devint une efde bal. Elle ne manquoit pas d'amans , qui tous
attendoient , pour lui faire
leur declaration en forme,
qu'on eût des nouvelles affurées de la mort de fon
mari. Il s'étoit embarqué il
y avoit déja plufieurs années, & le filence qu'il avoit gardé depuis fon départ faifoit préfumer qu'il
avoit peri Cependant la
Dame obſervoit beaucoup
de regularité dans fa conE iiij
56 MERCURE
duite , & il ne lui faloit pas
moins que les privileges du
Carnaval ,,
pour l'autorifer
à faire chez elle une affem.
blée pareille à celle dont je
vous parle. On venoit de
deffervir une grande colation qu'elle avoir donnée
aprés trois heures de jeu ,
quand on vit entrer un Mafque, qui lui preſenta un momon. Il avoit trouvé la por-
+
'
te ouverte & ne s'étoit
point mis en peine de faire
demander fi on le voudroit
recevoir. Sa brufque entrée
n'étonnaperfonne; la faifon
GALANT. 57
permettoit ces fortes de li
bertez , & dans cette vil
le on left bien venu par
tout avec le maſque. La Da
me reçut le momon , & le
gagna. Le Mafque la pria
den jouer un autre , qu'il
perdit encore. La même
chofe lui étant arrivée cinq
ou fix fois , parce qu'il
brouilloit les dez avec tant
de promptitude, que quand
ils tournoient favorable
ment pour lui , il fembloit
ne s'en pas appercevoir ;
d'autres voulurent jouer à
leur tour : mais ils n'y trou
58 MERCURE
verent pas leur compte , le
Mafque gagna , & ne perdit que contre la Dame ,
qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tr'elle , ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fût volontai
re. On s'en expliqua tout
haut : il l'entendit ; & prenant un ton different de
celui dont il s'étoit fervi juf
qu'alors , il declara qu'il étoit le maître des richeſſes,
qu'il ne les aimoit que pour
en faire part à la Dame, &
GALANT.
19
qu'il ne difoit rien qu'il ne
soffrit à juftifier par les ef,
fets. En même temps il découvrit plufieurs bourſes
toutes pleines de pieces
d'or ,qu'il demanda à jouer
en un feul momon , contre
tout ce que la maîtreſſe du
logis voudroit hazarder. La
Dame embaraffée de cette
declaration , renonça au
jeu. On examina le Maſque
avec plus d'attention , &
une femme de la compagnie , que l'âge & la foi
bleffe de l'efprit rendoient
fujette à fe faire des realitez
60 MERCURE
de fes vifions, l'ayant regardé depuis la tête juſqu'aux
pieds , devint pâle, tremblante , & tellement éperdue , qu'elle demeura quel
quetemps lans pouvoir parler. La parole lui étant revenue , elle dit tout bas à
fa voifine , qu'il n'y avoit
point à douter que le Mafque ne fût le Diable ; qu'il
l'avoit marqué en declarant
qu'il étoit le maître des richefſes ; & que fi elle y
vouloit prendre garde , elle
lui verroit des cornes fous
fon bonnet. Le Diable
GALANT. 61
7
mafqué avoit pris une
çoëfure bizarre, qui convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accoûtumé de nous reprefenter du Demon : &
c'étoit là- deffus que la credule vifionnaire avoit appuyéfon jugement. Ce qu
elle dit paffa en un moment d'oreille en oreille.
Apparemment elle trouva des efprits foibles comme le fien , & l'on propoſa d'abord l'exorcifme. Ce mot fit connoître au Mafque ce qu'on
62 MERCURE
s'étoit figuré de lui. Il commença tout de bon à faire
le Diable , parla plufieurs
Langues , dont quelques
unes étoient inconnues : &
aprés quelques raiſons expliquées fur ce qui l'avoit
obligé de quitter l'enfer , il
ajoûta qu'il venoit particul
lierement demander une
perfonné de la compagnie,
qui s'étoit donnée à lui ,
protefta qu'elle lui appartenoit , & qu'il ne defampareroitpoint qu'ilne l'eût,
quelques obftacles qu'on y
apportât. Chacun regarda
GALANT. 63
la Dame: ces menacesfembloient s'adreffer à elle , &
le Mafque les avoit pronon.
cées d'une voix creufe qui
embaraffoit les moins fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloient bas, &celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie , crioit continuellement à l'exorcifme. L'hif
toire porte quefans confulter perfonne , elle fit venir
des gens d'un caractere à
faire fuir les Demons ; que
le Diable pretendu leur répondit fort pertinemment
64 MERCURE
:
& qu'aprés s'être diverti
quelque temps de leurs zelées conjurations , il leva
le mafque ce qui finit l'avanture par un fort grand
cri que fit la Dame. C'étoit
fon mari , qui avoit paſſé
d'Eſpagne au Perou. Il s'y
étoit enrichi , & revenoit
chargé de tréſors. En arri
vant il avoit appris que fa
femmeregaloit fes plus particulieres amies. C'étoit un
des derniers jours du Carnaval. Cette faifon favorable aux déguiſemens , lui
fit naître l'envie de voir la
fête
GALANT. 65
fête fans être connu , & il
avoit pris pour cela le plus
grotesque habit qu'il eût
pû trouver. Toute l'affemblée lui fic compliment ; &
comme il n'étoit pas fi diable qu'on l'avoit crû , on lui
abandonna la Dame qu'il
venoit chercher , & qu'il
avoit dit fi hautement qui
s'étoit donnée à lui.
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Résumé : LE DIABLE Masqué. Nouvelle de Venise.
Le texte décrit un événement survenu lors du Carnaval à Venise. Une femme provençale, résidente de Venise depuis plusieurs années, organise une assemblée qui se transforme en bal. Elle attend des nouvelles de la mort de son mari, parti en mer plusieurs années auparavant. Lors de cette assemblée, un homme masqué entre sans s'annoncer et participe à des jeux de hasard. Il perd systématiquement contre la maîtresse de maison, ce qui suscite des soupçons. Une femme superstitieuse de la compagnie identifie le masqué comme le Diable en raison de ses déclarations et de son apparence. La rumeur se répand, et certains proposent d'exorciser le Diable. Ce dernier parle plusieurs langues et affirme être venu chercher une personne de l'assemblée qui s'est donnée à lui. La Dame est visée par ces menaces. Finalement, l'homme masqué lève son masque, révélant qu'il s'agit du mari de la Dame, revenu d'Espagne chargé de trésors. Il avait appris que sa femme recevait des amis et avait décidé de se déguiser pour assister à la fête sans être reconnu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1062
p. 50-69
DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Début :
Je vous envoye un Discours, qui a esté prononcé depuis / L'Eloquence Chrétienne dont je fais mon unique étude, ne me permet [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Turin, Applaudissement, Docteur de Sorbonne, Sénateur, Fils, Gentilhomme, Abbé, Louanges, Éloquence chrétienne, Maximes, Religion, Parole de Dieu, Vérité, Orateur, Panégyrique, Hyperbole, Courtisans, Ami, Fausse sagesse, Fidélité, Mensonge, Disciples, Juifs, Morale chrétienne, Impies, Coupable, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Je vous envoye un Dif
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
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Résumé : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
L'abbé Deville, jeune docteur de Sorbonne âgé de vingt-six ans et issu d'une famille noble savoyarde, a prononcé un discours acclamé à l'Académie de Turin. Reconnu pour ses talents oratoires, il a traité du principe fondamental de la vérité dans la religion chrétienne. Deville a critiqué les hyperboles excessives et la flatterie, soulignant l'importance de la sincérité dans les relations politiques, amicales et religieuses. Il a déploré la perte de l'amitié sincère et condamné la flatterie, qui corrompt les relations humaines et les gouvernements. Selon lui, le chrétien, disciple de la vérité, ne peut jamais mentir, même au nom de la religion. Le discours aborde également la fidélité et l'importance de la vérité dans la transmission de l'Évangile. Saint Augustin est cité pour souligner la confiance due aux apôtres qui ont annoncé l'Évangile sans recourir à des mensonges. Le texte critique les pratiques de dissimulation et de mensonge, même pour des raisons apparentes de bien, en se basant sur le principe de Saint Paul. Il dénonce les imposteurs qui propagent des fables pour contester les vérités établies. Deville condamne les duplicités et les mensonges, citant l'exemple de l'évêque Firmus, qui préféra dire la vérité plutôt que de trahir un criminel. Le discours conclut en insistant sur la nécessité de toujours dire la vérité, tout en reconnaissant qu'il est parfois permis de taire certaines choses. Il appelle à proclamer la vérité et prie Dieu de guider les esprits vers la connaissance et l'amour de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1064
p. 49
AUTRE, SUR L'AIR, Belle & charmante Brune, Pour qui je meurs, &c.
Début :
Les peines de mon ame, [...]
Mots clefs :
Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE, SUR L'AIR, Belle & charmante Brune, Pour qui je meurs, &c.
AUTRE , SUR L'AIR ,
Belle & charmante Brune
,
Pourqui je meurs , &c.
Lespeines demon ame ,
Vous les fçavez ,
Soulagez-les , Madame
Vous le pouvez;
,
Ah! je suis trop heureux , vous y
révez.
Belle & charmante Brune
,
Pourqui je meurs , &c.
Lespeines demon ame ,
Vous les fçavez ,
Soulagez-les , Madame
Vous le pouvez;
,
Ah! je suis trop heureux , vous y
révez.
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1065
p. 1951
AVIS à une jeune Demoiselle de douze ans. MADRIGAL.
Début :
Vous êtes jeune & belle, agréez un avis, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour, Dieu d'amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à une jeune Demoiselle de douze ans. MADRIGAL.
AVIS à une jeune Demoiſelle
de douze ans.
MADRIGAL.
Vous êtes jeune & belle , agréez un avis ;
Que je vous donne avant que votre coeur foit
pris.
Cet avis convient à votre âge ,
Le Dieu d'Hymen , le Dieu d'Amour
Egalement jaloux de l'avoir en partage ,
Vont bien-tôt vous faire leur cour.
Je ne fçai point entr'eux quel choix ſera le vôtre
,
Mais ils ont beau vouloir vous plaire tour à
tour ,
N'écoutez jamais l'un fans l'autre.
M. D. M
de douze ans.
MADRIGAL.
Vous êtes jeune & belle , agréez un avis ;
Que je vous donne avant que votre coeur foit
pris.
Cet avis convient à votre âge ,
Le Dieu d'Hymen , le Dieu d'Amour
Egalement jaloux de l'avoir en partage ,
Vont bien-tôt vous faire leur cour.
Je ne fçai point entr'eux quel choix ſera le vôtre
,
Mais ils ont beau vouloir vous plaire tour à
tour ,
N'écoutez jamais l'un fans l'autre.
M. D. M
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1066
p. 51
ÉNIGME GÉOMÉTRIQUE, par M. ***.
Début :
Réponds-moi d'Alembert, qui découvres les traces [...]
Mots clefs :
Sphère et le Cylindre
1070
p. 57
LOGOGRYPHE.
Début :
D'un nombre d'animaux qu'on ne peut concevoir, [...]
Mots clefs :
Mail
1072
p. 51
Traduction.
Début :
Je t'habille, lecteur, & je suis nud moi-même. [...]
Mots clefs :
Ver
1073
p. 1951-1952
RÉPONSE.
Début :
Avec un vrai plaisir je reçois les avis, [...]
Mots clefs :
Amour, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE.
REPONSE.
Avec un vrai plaifir je reçois les avis ,
Que me donne votre tendreffe ,
Vous les verrez fidellement fuivis.
Oui , toujours de mon coeur , je ferai la maî
treffe ,
L'Amour reclame en vain fes droits ,
Il me vante en vain ſa puiſſance.
Cij Avec
1952 MERCURE DE FRANCE
Avec l'Hymen , s'il n'eft d'intelligence ,
Il ne pourra jamais m'engager fous fes Loix.
R. D. R.
Avec un vrai plaifir je reçois les avis ,
Que me donne votre tendreffe ,
Vous les verrez fidellement fuivis.
Oui , toujours de mon coeur , je ferai la maî
treffe ,
L'Amour reclame en vain fes droits ,
Il me vante en vain ſa puiſſance.
Cij Avec
1952 MERCURE DE FRANCE
Avec l'Hymen , s'il n'eft d'intelligence ,
Il ne pourra jamais m'engager fous fes Loix.
R. D. R.
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1074
p. 41-42
Monseigneur le Duc de Bourgogne disne pour la premiere fois en public avec Madame la Dauphine. [titre d'après la table]
Début :
Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant eu trois ans accomplis [...]
Mots clefs :
Duc de Bourgogne, Madame la Dauphine, Prince, Grandeur, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monseigneur le Duc de Bourgogne disne pour la premiere fois en public avec Madame la Dauphine. [titre d'après la table]
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ayant eu trois ,
ans accomplis le Lundy 6.
de ce mois ,difna pour la pre--
miere fois le lendemain en
Public avec Madame laDau
phine. Ce jeune Prince , qui
entroit ce jour là dans fa qua
triéme année , fit connoiftre
par fes manieres de Grandeur
, qu'il fentoit déja ce
qu'il eftoit. Il donna mille
marques d'efprit , qui paru
rent beaucoup au deffus de:
Aoust 1685.
D
42 MERCURE
fon âge , à tous ceux qui eurent
l'avantage de le voir.
Bourgogne ayant eu trois ,
ans accomplis le Lundy 6.
de ce mois ,difna pour la pre--
miere fois le lendemain en
Public avec Madame laDau
phine. Ce jeune Prince , qui
entroit ce jour là dans fa qua
triéme année , fit connoiftre
par fes manieres de Grandeur
, qu'il fentoit déja ce
qu'il eftoit. Il donna mille
marques d'efprit , qui paru
rent beaucoup au deffus de:
Aoust 1685.
D
42 MERCURE
fon âge , à tous ceux qui eurent
l'avantage de le voir.
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1076
p. 1511-1512
A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Charles, nommé l'Alexandre du Nord, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Charles XII, Henry Le Grand, Henry IV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
AM. Arouet de Voltaire , sur son Poëme
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
Epique de Henry le Grand , et sur la vie
de Charles XII. Roi de Suede , qu'il
vient de donner au Public. Par Mlle de
Malcrais de la Vigne , du Croisic , en
Bretagne.
Charles , nommé l'Alexandre du Nord¸
Le grand Henri , le César de la France ,
Ont repassé , dit - on , le sombre bord ,
Pour assûrer de leur reconnoissance
Notre Voltaire, Auteur par excellence,
Les deux Heros lui conterent d'abord ,
Comment par tout dans les Champs Elisées
Avec éclat leurs Ombres sont prisées ,
Depuis qu'on lit , et sa Prose et ses Vers ,
Où sont moulez leurs faits d'armes divers
Où leurs vertus sont immortalisées.
Mais , dit Henri , comme au séjour des Morts
D'or ni d'argent ne se fabrique espéce ,
De nous n'auras ces périlleux trésors ,
Après qui l'Homme au cœur bas court sans cesse.
Ce n'onobstant voulant à tes travaux
Ainsi qu'il duit , donner loyer insigne ,
Nous apportons présent cent fois plus digne
C ₁j D'être
12 MERCURE
DE FRANCE
Ce sont ,
D'être estimé , que tous les mineraux .
Tien , le voilà, déja ton ceil s'empresse ;
ami , les titres de Noblesse ,
Non par extrait , ains par originaux ,
Dont autrefois , en dépit des Rivaux ,
Le bon Auguste honora son Virgile ,
Virgile épris des beautez de ton stile ,
Car il entend le François aujourd'hui ,
T'en fait préſent , pour charmer ton ennui.
Ton nom , mon cher , joint au sien s'y fair
line ;
A cettui don Auguste a consenti ,
Lui-même encore a voulu les souscrire ,
Et Charle , et moi , qui prenons ton parti
Contre quiconque opposant au contraire ,
De nos deux sceaux , avons , fameux- Voltaire
Le tout muni dûment et garanti.
Adieu; n'avons nulle autre récompense
Pour te payer de tes doctes bienfaits ;
Mais bien jugeons qu'au Païs des François,
Tant fier soit-il , n'est Humain qui s'offense ,
Qu'à son côté tu marches désormais.
Fermer
Résumé : A M. Aroüet de Voltaire, sur son Poëme Epique de Henry le Grand, et sur la vie de Charles XII. Roi de Suede, qu'il vient de donner au Public. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Mlle de Malcrais de la Vigne décrit une rencontre imaginaire entre Voltaire et les esprits de Henri IV, roi de France, et Charles XII, roi de Suède, dans les Champs-Élysées. Ces souverains félicitent Voltaire pour son poème épique dédié à Henri IV et pour sa biographie de Charles XII. Ils lui expliquent qu'ils ne peuvent lui offrir des trésors matériels, mais lui accordent une récompense plus précieuse : des titres de noblesse originaux, similaires à ceux qu'Auguste avait offerts à Virgile. Ces titres sont cosignés par Auguste, Charles XII et Henri IV, assurant ainsi la noblesse et la reconnaissance de Voltaire. La lettre se conclut en affirmant que Voltaire marchera désormais aux côtés des plus grands écrivains français, sans que quiconque puisse s'en offenser.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1081
p. 51-53
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous commencerons cet article par rectifier une faute d'impression du dernier No, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Madame Vestris, Monime, Lekain, Bellecour, Tragique
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
52
MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
52
MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
L'article rectifie une erreur d'impression concernant une représentation théâtrale : Mademoiselle Sainval cadette a joué Monime avec succès, tandis que Madame Vestris interprétait Inès. Le 21 novembre, deux comédies de M. Dorat, 'Le Chevalier François' en quatre actes et 'Le Chevalier François à Londres' en trois actes, ont été jouées pour la première fois respectivement à Turin et à Londres. Ces pièces, basées sur les mémoires du Comte de Grammont, partagent le même personnage principal. Dans la première pièce, le chevalier séduit la femme de son hôte Senantes et la maîtresse de son ami Matta. Dans la seconde, il épouse Miss Adelson après avoir résisté aux avances de Lady Stelle. Les représentations ultérieures de ces œuvres ont été mieux accueillies après des modifications. L'article mentionne également la perte récente des acteurs Kain et Bellecour au Théâtre Français. Bellecour, après avoir débuté dans le tragique, s'est orienté vers le comique, succédant à Grandval. Il excellait dans des rôles comme le Somnambule, l'Aveugle Clairvoyant, et des personnages de marquis ivres. Bellecour était apprécié pour son intelligence et son utilité auprès de ses camarades. Il a également écrit une pièce intitulée 'Les Fausses Espérances'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1082
p. 461-464
ODE TIRÉE DU CANTIQUE D'HABACUC, Domine, audivi auditionem tuam et timui, &c.
Début :
L'ai-je bien entendu ! quelle horrible Sentence [...]
Mots clefs :
Habacuc, Cantique, Ennemi, Mort, Ennemis, Mer, Regards, Voix, Maux, Seigneur
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texteReconnaissance textuelle : ODE TIRÉE DU CANTIQUE D'HABACUC, Domine, audivi auditionem tuam et timui, &c.
ODE
TIRE'E DU CANTIQUE D'HABACUĆ ,
Domine, audivi auditionem tuam
et timui , & c.
L'Ai- je bien entendu ! quelle horrible Sentence
Vient émouvoir mes sens ! quelle sinistre voix !
Ah! pardonne, Seigneur ; differe ta vengeance ;
Sois touché de mes pleurs pour la derniere foist
Où t'alloit emporter un Jugement funeste ! ´´.
Pour quel forfait le glaive armoit- il ton courroux?
Pouvois -tu l'immoler , ce déplorable reste
D'un Peuple que tu mis à couvert de tes coups.
'Armé pour sa deffense , il est tems de paroître ,
Vainement Babylone oppose ses Remparts ;
Combats , triomphe , cours ; Seigneur , fais- toi
connoître ;
Que dis-je? tu le peux d'un seul de tes regards.
Tel jadis tu parus , quand éclatant de gloire ,
Tu trainois à ton Char tes Ennemis vaincus ;
Les Echos du Pharam témoins de ta victoire ,
Du bruit de tes Exploits furent soudain émûs.
C iij
Le
462 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil , à l'aspect de ta face brillante ,
Dans un nuage épais renferma sa splendeur ;
Les Foudres qui partoient de ta main menaçante ,
Terrassant l'Ennemi , rassuroient le vainqueur.
La Mort devant ton Char précipitoit ses traces ;
Le carnage et l'horreur suivoient ses tristes pas ;
L'Enfer à tes côtez , vengeur de tes disgraces ,
Portoit, selon ton ordre , à chacun le trépas .
Tu fixes tes regards ; tu parlas ; et la Terre
Reçoit , en frémissant , ton ordre souverains
Elle obéit , s'entr'ouvre , et bien - tôt le Tonnerre
Force tes Ennemis à rentrer dans son sein.
Tout fléchit devant toi , les Vallons et les Plaines
Aux Monts les plus chenus , se virent égalez ;
La Mer retint ses flots , les Fleuves, les Fontaines ,
Vers leurs Sources soudain fuyrent épouvantez.
L'Aveugle Egyptien , le blasphême à la bouche ,
Fut contraint de ceder aux efforts de ton bras;
Le sacrilege Chef d'une Race farouche ,
Abandonna son Camp au gré de tes Soldats .
Le Soleil dans les flots va finir sa carriere ;
La nuit confond déja ton Peuple dans l'oubli
Ти
MARS 1734 .
Tu tonnes . . . des Eclairs la bleuâtre lumiere ...
Guide le coup mortel qui frappe l'Ennemi.
La Mer entend ta voix ; son Onde menaçante
Attend pour s'écarter un seul de tes regards ;
Tu la fixes ; bien -tôt étonnée et tremblante ,
Elle forme en son sein deux humides remparts.
Ton Peuple craint les flots ; ta présence l'anime;
Il franchit des sentiers aux Mortels inconnus ;
L'Ennemi court , s'élance , il chancelle ; il s'abîme
,
La Mer gronde , se joint, et l'Ennemi n'est plus.
Mais ce jour a jamais marqué pour ta clémence,
Que d'horreurs, que de maux doivent le préceder !
Tu m'en as revelé la funeste science ,
Dieu Puissant , et je tremble à m'en persuader.
mort , vien de mes ans terminer la misere ;
Douce Mort hâte- toi de m'unir au Seigneur ;
Dérobez -moi, Tombeaux , aux traits de sa colere,
J'en connois la justice et j'en prévois l'horreur .
Tous les maux à la fois regneront sur la Terre
Une éternelle mort dévorera son sein
Nos Champs ensanglantez des fureurs de la guerre
Du triste Moissonneur tromperont le dessein .
C iiij
Les
464 MERCURE DE FRANCE
Les Fleuves tariront ; l'Astre qui nous éclaire
Refusera ses feux à nos Arbres naissants ;
Les Troupeaux périront sous la dent meurtriere
Des Lions affamez et des Ours dévorants.
Mais pourquoi t'affliger,ô mon ame ? qu'importe?
Pourquoi t'abandonner aux plus vives douleurs ?
Espere au Tout-Puissant ; crains - tu que sa main
forte ,
Ne puisse t'affranchir des plus pressans malheurs?
O Dieu , parmi les maux que ton bras nous
prépare ,
Ma voix ne cessera d'éxalter tes bienfaits ;
Israël dans les fers d'un Ennemi barbare
Connoîtra que c'est toi qui punis ses forfaits.
Oui c'est toi... quel rayon vient éclairer mon
ame !
Quel tumulte , quel bruit se répand dans les airs !
Les Remparts ennemis sont en proye à la flâme
Israël a brisé la honte de ses fers.
Releve- toi , Sion , mille cris de victoire
Annoncent la grandeur du Dieu de tes Ayeux ,
Vante à tout l'Univers sa puissance et sa gloire ,
Et que son nom soit craint de tes derniers Neveux.
Par M. R. Billard de Marseille.
TIRE'E DU CANTIQUE D'HABACUĆ ,
Domine, audivi auditionem tuam
et timui , & c.
L'Ai- je bien entendu ! quelle horrible Sentence
Vient émouvoir mes sens ! quelle sinistre voix !
Ah! pardonne, Seigneur ; differe ta vengeance ;
Sois touché de mes pleurs pour la derniere foist
Où t'alloit emporter un Jugement funeste ! ´´.
Pour quel forfait le glaive armoit- il ton courroux?
Pouvois -tu l'immoler , ce déplorable reste
D'un Peuple que tu mis à couvert de tes coups.
'Armé pour sa deffense , il est tems de paroître ,
Vainement Babylone oppose ses Remparts ;
Combats , triomphe , cours ; Seigneur , fais- toi
connoître ;
Que dis-je? tu le peux d'un seul de tes regards.
Tel jadis tu parus , quand éclatant de gloire ,
Tu trainois à ton Char tes Ennemis vaincus ;
Les Echos du Pharam témoins de ta victoire ,
Du bruit de tes Exploits furent soudain émûs.
C iij
Le
462 MERCURE DE FRANCE
Le Soleil , à l'aspect de ta face brillante ,
Dans un nuage épais renferma sa splendeur ;
Les Foudres qui partoient de ta main menaçante ,
Terrassant l'Ennemi , rassuroient le vainqueur.
La Mort devant ton Char précipitoit ses traces ;
Le carnage et l'horreur suivoient ses tristes pas ;
L'Enfer à tes côtez , vengeur de tes disgraces ,
Portoit, selon ton ordre , à chacun le trépas .
Tu fixes tes regards ; tu parlas ; et la Terre
Reçoit , en frémissant , ton ordre souverains
Elle obéit , s'entr'ouvre , et bien - tôt le Tonnerre
Force tes Ennemis à rentrer dans son sein.
Tout fléchit devant toi , les Vallons et les Plaines
Aux Monts les plus chenus , se virent égalez ;
La Mer retint ses flots , les Fleuves, les Fontaines ,
Vers leurs Sources soudain fuyrent épouvantez.
L'Aveugle Egyptien , le blasphême à la bouche ,
Fut contraint de ceder aux efforts de ton bras;
Le sacrilege Chef d'une Race farouche ,
Abandonna son Camp au gré de tes Soldats .
Le Soleil dans les flots va finir sa carriere ;
La nuit confond déja ton Peuple dans l'oubli
Ти
MARS 1734 .
Tu tonnes . . . des Eclairs la bleuâtre lumiere ...
Guide le coup mortel qui frappe l'Ennemi.
La Mer entend ta voix ; son Onde menaçante
Attend pour s'écarter un seul de tes regards ;
Tu la fixes ; bien -tôt étonnée et tremblante ,
Elle forme en son sein deux humides remparts.
Ton Peuple craint les flots ; ta présence l'anime;
Il franchit des sentiers aux Mortels inconnus ;
L'Ennemi court , s'élance , il chancelle ; il s'abîme
,
La Mer gronde , se joint, et l'Ennemi n'est plus.
Mais ce jour a jamais marqué pour ta clémence,
Que d'horreurs, que de maux doivent le préceder !
Tu m'en as revelé la funeste science ,
Dieu Puissant , et je tremble à m'en persuader.
mort , vien de mes ans terminer la misere ;
Douce Mort hâte- toi de m'unir au Seigneur ;
Dérobez -moi, Tombeaux , aux traits de sa colere,
J'en connois la justice et j'en prévois l'horreur .
Tous les maux à la fois regneront sur la Terre
Une éternelle mort dévorera son sein
Nos Champs ensanglantez des fureurs de la guerre
Du triste Moissonneur tromperont le dessein .
C iiij
Les
464 MERCURE DE FRANCE
Les Fleuves tariront ; l'Astre qui nous éclaire
Refusera ses feux à nos Arbres naissants ;
Les Troupeaux périront sous la dent meurtriere
Des Lions affamez et des Ours dévorants.
Mais pourquoi t'affliger,ô mon ame ? qu'importe?
Pourquoi t'abandonner aux plus vives douleurs ?
Espere au Tout-Puissant ; crains - tu que sa main
forte ,
Ne puisse t'affranchir des plus pressans malheurs?
O Dieu , parmi les maux que ton bras nous
prépare ,
Ma voix ne cessera d'éxalter tes bienfaits ;
Israël dans les fers d'un Ennemi barbare
Connoîtra que c'est toi qui punis ses forfaits.
Oui c'est toi... quel rayon vient éclairer mon
ame !
Quel tumulte , quel bruit se répand dans les airs !
Les Remparts ennemis sont en proye à la flâme
Israël a brisé la honte de ses fers.
Releve- toi , Sion , mille cris de victoire
Annoncent la grandeur du Dieu de tes Ayeux ,
Vante à tout l'Univers sa puissance et sa gloire ,
Et que son nom soit craint de tes derniers Neveux.
Par M. R. Billard de Marseille.
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Résumé : ODE TIRÉE DU CANTIQUE D'HABACUC, Domine, audivi auditionem tuam et timui, &c.
Le texte est une ode extraite du Cantique d'Habacuc, qui exprime la peur et la supplication face à la vengeance divine. Le narrateur, après avoir entendu une sentence terrible, implore Dieu de retarder sa vengeance et de pardonner. Il s'interroge sur la raison pour laquelle le glaive est levé contre un peuple déjà éprouvé et espère que Dieu se manifestera pour défendre son peuple contre Babylone. Le narrateur rappelle la puissance divine en évoquant les victoires passées où Dieu a terrassé ses ennemis et commandé aux éléments naturels. Il décrit les signes de la colère divine, tels que la mer qui s'ouvre et les montagnes qui s'abaissent. L'ode se conclut par une acceptation des maux à venir, mais aussi par une espérance en la clémence divine et la libération d'Israël de ses oppresseurs. Le peuple est appelé à se relever et à proclamer la grandeur et la puissance de Dieu.
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1083
p. 45-48
BALADE A MADAME DES HOULIERRES.
Début :
Quelle Musette, ou quel tendre Pipeau [...]
Mots clefs :
Contraindre, Génie, Chants, Ballade
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texteReconnaissance textuelle : BALADE A MADAME DES HOULIERRES.
BALADE
A MADAME
DES HOULIERRES.
O
Velle Mufette , ou quel tendre
Pipeau
Peut égaler les accens de Climene ?
Bien ellefait & Balade & Rondeau,
Chants qui foudain meferoient perdre baleine ,
Cequi memetdans une étrangepeine,
Car elle veut qu'aujourd'huy je l'étreine
D'une Balade, Air plaiſfant, quoy que
vieux ,
Mais peufçavant en pareille harmonie,
Je luy répons , noble Dame aux doux
yeux ,
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
46 MERCURE
Tel que preffe d'un peniblefardeau
Le grand Fupinfitpour la Gent Hu- maine
Par rudes coups fortir defon cerveau
Docte Déffe , & des Arts Mere &
Reine;
Pourray je bien pour l'aimable Sireine
Qui m'a charmé , produire de ma
Veine
Chants auffi doux que fes Chants.
gracieux ?
Non , de l'oferferoit pure manie,
Lejeune Icare ainfi tombades Cieux;
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Sur Helicon , où maintfçavant
Troupeau
Sous verts Lauriers à pas lensfepro- mene ,
GALANT. 47
Et vient puifer feu divin dans cette cau
Qued'un chevalfit ruade foudaine
Iaillir d'un roc, & nommer Hippocrene ,
Phebus départ de fon docte Domaine
Trompettes, Luts , Pipeauxdelicieux,
Ildonne à l'un ce qu'à l'autre il dé- nie,
Et dit à tous ce Vers fententieux,
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Bien qu'en faveur de mon doux Chalumeau ,
De beaux efprits fameufe Quarantaine
Aitdécidéd'un prix rare &nouveau,
Quand de LOUIS , qu'Alger, Tunis& Gene
Virentpunirentrepriſe trop vaine,
48 MERCURE
L'eus publié puiffance fouveraine,
Maintien , témoin qu'il eft dufang:
des Dieux
Valeur , clemence , &fageſſe infinie,
Lyre & Clairon me duisent encor·
mieux
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Voila
ENVOY.
pourtant Balade ronde &
pleine,
Recoy la bien, Dame, quifur la Seine
Fais ouir chant enjoué, ferieux ,
Tendre, beroïque , &digne d'Uranie ;
Quant eft de moy ,je publie en tous lieux ,
Point on ne doit contraindre ·
fon Genie
A MADAME
DES HOULIERRES.
O
Velle Mufette , ou quel tendre
Pipeau
Peut égaler les accens de Climene ?
Bien ellefait & Balade & Rondeau,
Chants qui foudain meferoient perdre baleine ,
Cequi memetdans une étrangepeine,
Car elle veut qu'aujourd'huy je l'étreine
D'une Balade, Air plaiſfant, quoy que
vieux ,
Mais peufçavant en pareille harmonie,
Je luy répons , noble Dame aux doux
yeux ,
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
46 MERCURE
Tel que preffe d'un peniblefardeau
Le grand Fupinfitpour la Gent Hu- maine
Par rudes coups fortir defon cerveau
Docte Déffe , & des Arts Mere &
Reine;
Pourray je bien pour l'aimable Sireine
Qui m'a charmé , produire de ma
Veine
Chants auffi doux que fes Chants.
gracieux ?
Non , de l'oferferoit pure manie,
Lejeune Icare ainfi tombades Cieux;
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Sur Helicon , où maintfçavant
Troupeau
Sous verts Lauriers à pas lensfepro- mene ,
GALANT. 47
Et vient puifer feu divin dans cette cau
Qued'un chevalfit ruade foudaine
Iaillir d'un roc, & nommer Hippocrene ,
Phebus départ de fon docte Domaine
Trompettes, Luts , Pipeauxdelicieux,
Ildonne à l'un ce qu'à l'autre il dé- nie,
Et dit à tous ce Vers fententieux,
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Bien qu'en faveur de mon doux Chalumeau ,
De beaux efprits fameufe Quarantaine
Aitdécidéd'un prix rare &nouveau,
Quand de LOUIS , qu'Alger, Tunis& Gene
Virentpunirentrepriſe trop vaine,
48 MERCURE
L'eus publié puiffance fouveraine,
Maintien , témoin qu'il eft dufang:
des Dieux
Valeur , clemence , &fageſſe infinie,
Lyre & Clairon me duisent encor·
mieux
Point on ne doit contraindre
fon Genie.
Voila
ENVOY.
pourtant Balade ronde &
pleine,
Recoy la bien, Dame, quifur la Seine
Fais ouir chant enjoué, ferieux ,
Tendre, beroïque , &digne d'Uranie ;
Quant eft de moy ,je publie en tous lieux ,
Point on ne doit contraindre ·
fon Genie
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Résumé : BALADE A MADAME DES HOULIERRES.
Le texte est une balade adressée à Madame des Houlières. L'auteur exprime son admiration pour la musique et les chants de Climène, mais refuse de contraindre son génie pour répondre à la demande de composer une balade. Il compare cette contrainte à celle du grand Jupiter, qui doit libérer des idées de son cerveau sous la pression d'un fardeau pénible. L'auteur se demande s'il peut produire des chants aussi doux que ceux de la sirène qui l'a charmé, mais conclut qu'il ne doit pas forcer son inspiration. Il évoque ensuite le mont Hélicon, où les Muses se promènent sous des lauriers verts, et où Phébus distribue ses dons artistiques de manière arbitraire. Malgré les honneurs reçus pour son chalumeau, l'auteur insiste sur le fait que le génie ne doit pas être contraint. Il loue les qualités de Louis, roi de France, et conclut en répétant que le génie ne doit pas être forcé. Enfin, il envoie la balade à Madame des Houlières, soulignant qu'il ne doit pas contraindre son génie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1084
p. 53-56
EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
Début :
ABBÉ fait pour la bienséance, [...]
Mots clefs :
Bienséance, Reconnaissance, Intrigue oblique, Ambition, Prélat, Humilité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
EPITRE
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
A M. l'Abbé CAMU , à Versailles.
ABBE fait pour la bienſéance ,
Et qui fçais fi bien obliger ,
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on te voit prèſque t'affliger
Au feul mot de reconnoillance ;
Je confens de le fupprimer
Ce terme aimable qui t'offenſe
Et que tu me fais réformer ;
Mais quand il faut par complaifance
A tes defirs me conformer ,
Penfe au moins tout ce que je penſe.
Paifibe Habitant de la Cour ,
Qui vois d'un oeil philofophique
La ſcène active & magnifique
Qu'on y contemple chaque jour ,
Et que font mouvoir tour- à- tour
L'ambition , la politique ,
L'avarice , l'intrigue oblique ,
Et fouvent la haine & l'amour.
Charmant & vertueux Stoïque !
Dans ce tumultueux féjour ,
Je le vois bien , ton âme admire
Avec un doux raviffement
Ce Prélat que fi fagement
Louis pour nous voulut élire ,
Et dont tu viens de me décrire
Avec tes naïves couleurs ,
Les talens & ces traits vainqueurs ,
Qui lui gagnent par tout l'Empire
Des efprits ainfi que des coeurs .
De vertus quel rare affemblage !
La grandeur & l'humanité ,
FEVRIER. 1763. 55
La fcience & l'humilité ,
Compofent fa brillante image ,
Où mon oeil reconnoit l'ouvrage
De la fublime piété.
Courtilan , il a le courage:
Et la voix de la vérité ;
Chef & Paſteur , il m'offre un Sage
Aux mains de qui l'autorité
N'a d'autre objet ni d'autre uſage ,
Que de prêter à l'équité
Les fentimens , le vrai langage ,
Et l'accent de la Charité.
A l'enjoûment , à la fineſſe
Que l'efprit verſe en fes difcours ,
Il joint cette chaleur qui preffe ,
Eléve l'âme & l'intéreſſe ;.
On voudroit l'entendre toujours
Ou toujours on voudroit le lire.
Dans les lettres quel agrément !
Quelle grace ! tout y reſpire
L'élégance & le fentiment.
C'eſt par ces glorieuſes marques
Que cher à la Ville , à la Cour
Il a du premier des Monarques
Mérité l'eftime & l'amour.
Telle eft , ami , l'aimable eſquiſſe
Que me préſente ton pinceau ;
Mais le dirai-je ? la juftice
Civ
56 MERCURE DE FRANCE
En examinant ce tableau
Le trouve incomplet , & déclare
Qu'on peut par quelque trait nouveau ,
Rendre plus fidéle & plus beau
Le portrait de cet homme rare.
Tu le penſes ainfi que moi :
Je veux donc, m'uniffant à toi ,
Et rival fecret de ton zèle ,
Si bien contempler ce modèle ,
Qu'un jour par toi-même éxcité ,
A l'infçu du Prélat modefte ,
Sous les yeux de la vérité
Son Chancelier dira le reſte.
> Chancelier de DESAULX , Chanoine de Reims
l'Univerfité, de la Société Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres de Nancy.
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Résumé : EPITRE A M. l'Abbé CAMU, à Versailles.
L'épître est adressée à l'Abbé Camu à Versailles. L'auteur évite d'utiliser le mot 'reconnaissance' pour ne pas offenser l'Abbé. Il admire la vision philosophique de l'Abbé sur la cour, où se mêlent ambition, politique, avarice, intrigue, haine et amour. L'auteur loue un prélat choisi par Louis, décrit comme ayant des talents et des vertus exceptionnels. Ce prélat allie grandeur, humanité, science et humilité, et se distingue par son courage et sa vérité. En tant que chef et pasteur, il utilise son autorité pour promouvoir l'équité et la charité. Ses discours sont élégants, empreints de sentiment et de chaleur, élevant l'âme. Ses écrits montrent également agrément et grâce, lui valant l'estime et l'amour du roi. L'auteur reconnaît l'admiration du portrait tracé par l'Abbé mais suggère qu'il pourrait être complété par d'autres traits pour en rendre le portrait plus fidèle et beau. Il exprime son désir de contempler ce modèle pour en dire davantage, sous l'œil de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1085
p. 56-60
ANTIQUITEZ.
Début :
On a découvert au mois de Mars dernier des monumens [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et médailles, Pierre, Église de Notre-Dame de Paris, Antiquité
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texteReconnaissance textuelle : ANTIQUITEZ.
ANTIQVÎTEZ.
Ona découvert au mois
de Mars dernier des monumens
d'Antiquité dansl'Eglisede
Notre-Dame dcP-aris
: la nouvelledécoration
duChoeur,oùl'ont ravaille,
a donné occasion de construireune
Cave pour lasépulture
des Archevêques:
aprés avoir creusé la terre
jusqu'à quinze pieds de profondeur,
on trouva dans les
fondemens d'un vieux mur,
plusieurs grandes pierres
quarrées ornées de bas-reliefs,
avec une Inscription,
qui marque que fous le Regne
de Tibere la Communauté
des Batteliers Parisiens
aconstruil un Autel à
Jupiter.
TIB.CÆSAREAUG.
JOVIOPTUMO MAXSUMO
NAUTÆ PARISIACI
PUBLICE POSIERUNT.
Sur les autres faces de cette
pierre, sont desfigures d'hommes
armez de lances & de boucliers
, entre plusieurs caracteres
,
qui sont gravez sur les
rebords de la pierre, & qui
laplupart sont effacez; on lit
d'un côté, F-uitisEsd'un
autre, SENANI.
Sur les deux faces d'une att.
tre pierre on voit en bas-relief,
la figure d'un Vulcain,
& d'un Jupiter avec ces mocs:
VOLCANUSJOVIS. Sur une autre
face estcelle d'unhomme,
qui frappe un arbre avec une
coignée:au-dessus on lit, Esus;
&sur la quatriéme face, sont
trois oiseaux posez sur le corps
d'un Taureau ; on lit au-dessus,
TARVOS TRIGARANUS.
Sur les quatre faces d'une
troisiéme pierre, on voit les
figures de Castor, de Pollux,
d'un homme qui combat contre
un Serpent, & d'un Vieillard
ayant deux grosses cornes
à la telle, au-deuus duquel
on lit, CERNUNNOS.
| Il y a de quoy exercer la
curiosité des Antiquaires:
Monsieur Baudelot, & Monsieur
Moreau de Mautour,
de l'Acacemie Royalle des
Inscriptions, ont travaillé sur
ces monumens ; quand je
sçauray ce qu'ils ont pensé &
écrit là-dessus,j'en feray part
auPublic.
Ona découvert au mois
de Mars dernier des monumens
d'Antiquité dansl'Eglisede
Notre-Dame dcP-aris
: la nouvelledécoration
duChoeur,oùl'ont ravaille,
a donné occasion de construireune
Cave pour lasépulture
des Archevêques:
aprés avoir creusé la terre
jusqu'à quinze pieds de profondeur,
on trouva dans les
fondemens d'un vieux mur,
plusieurs grandes pierres
quarrées ornées de bas-reliefs,
avec une Inscription,
qui marque que fous le Regne
de Tibere la Communauté
des Batteliers Parisiens
aconstruil un Autel à
Jupiter.
TIB.CÆSAREAUG.
JOVIOPTUMO MAXSUMO
NAUTÆ PARISIACI
PUBLICE POSIERUNT.
Sur les autres faces de cette
pierre, sont desfigures d'hommes
armez de lances & de boucliers
, entre plusieurs caracteres
,
qui sont gravez sur les
rebords de la pierre, & qui
laplupart sont effacez; on lit
d'un côté, F-uitisEsd'un
autre, SENANI.
Sur les deux faces d'une att.
tre pierre on voit en bas-relief,
la figure d'un Vulcain,
& d'un Jupiter avec ces mocs:
VOLCANUSJOVIS. Sur une autre
face estcelle d'unhomme,
qui frappe un arbre avec une
coignée:au-dessus on lit, Esus;
&sur la quatriéme face, sont
trois oiseaux posez sur le corps
d'un Taureau ; on lit au-dessus,
TARVOS TRIGARANUS.
Sur les quatre faces d'une
troisiéme pierre, on voit les
figures de Castor, de Pollux,
d'un homme qui combat contre
un Serpent, & d'un Vieillard
ayant deux grosses cornes
à la telle, au-deuus duquel
on lit, CERNUNNOS.
| Il y a de quoy exercer la
curiosité des Antiquaires:
Monsieur Baudelot, & Monsieur
Moreau de Mautour,
de l'Acacemie Royalle des
Inscriptions, ont travaillé sur
ces monumens ; quand je
sçauray ce qu'ils ont pensé &
écrit là-dessus,j'en feray part
auPublic.
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Résumé : ANTIQUITEZ.
En mars dernier, des monuments antiques ont été découverts dans l'église Notre-Dame de Paris lors de la rénovation du chœur. La construction d'une cave pour les sépultures des archevêques a révélé des pierres ornées de bas-reliefs et d'inscriptions. Une inscription indique que sous le règne de Tibère, la communauté des bateliers parisiens a érigé un autel à Jupiter. Les pierres portent des représentations de Vulcain, Jupiter, Esus, Tarvos Trigaranus, Castor, Pollux, un homme combattant un serpent, et Cernunnos. Des caractères partiellement effacés, tels que 'F-uitis' et 'SENANI', sont également présents. Les antiquaires Monsieur Baudelot et Monsieur Moreau de Mautour de l'Académie Royale des Inscriptions ont étudié ces monuments. Les résultats de leurs recherches seront partagés ultérieurement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1086
p. 52-57
De Venise le 28. Decembre 1715.
Début :
On croyoit qu'un Courrier qui est arrivé de Vienne cette [...]
Mots clefs :
Turcs, Guerre, Courrier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Venise le 28. Decembre 1715.
DcVmife le t-8.Dicembre 1715.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
On croyoit qu'un Courrier
qui est arrivé de Vienne cette
semaine apporteroir la dernicre
resolution de l'Empereur
que ces Meilleurs ci lui
ont fait demander sur unerupture
avec les Turcs, donc
cependant il paroît que l'on
ne se flatte plus ici. Mais ce
Courrier a apportéfeulement
l'avis que ce Prince tiendroïc
un Conseil dans le mois de Février
,dans lequel on dclibereroit
sur cette affaire.
M. le Chevalier Morosini
dévoie partir cette semaine
pour passer à Rome,& dans
lesautres Çours d'Italie, oùil
doit demander de la part de la
République des secours contre
les Turcs.
M. Vituri
,
Capitaine du
Golfe,arencontrée pris prés
de Ragufc uneBarque desDulcigrçotes.
M Lando avoit presenté
un Mémoire pour demander
d'cftrçexcalé daccepterrAm.
baflade ordinaire de France;le
Scnat n'a point approuvé sa
demande:cependant elledoit
y cftreportée encore deux
fois, & si on continue à la rigueur,
ou il faudra qu'il ffie
cette Arubitfjde, ou qu'il encoure
les peines portées contre
ceux qui refusent de pareils
emplois.
Pour faire de l'argent donc
on a ici un besoin extrême
pour les dépenses extraordinaires
de la Guerre
, un S,)ge
avoit proposé de vendre plusieurs
Dignitez de Procura-
D
teur de S. Marc; mais le Senat
a rejette cette proposicion,
par la rai son que toutes les familles
riches achèteront ces
Dignitez, & qu'il ne se trouveroit
plus pcr (onne qui pûc
remplir les Ambassades: on
parle d'envoïer à la Guerre le
vieux Procurateur Soranzo
,
tant pour servir de conseil à
M. le General Delphin ,que
pour voir s'il feroit possible de
nouer quelque negotiation
avec les Turcs
,
de qui il csi
fort cittme, à caule qu'il s'opposaàla
déclaration dcGuerre
contre eux en 1684.
? Le Traité de laBarnereest
rompu, l'Empereur refuse de
le ratifier, &a rappelle à Vienne
le Comte de Konigfec.
Quoyque toutes les Gazet.
tes portent que le Comte de
Marr a esté batru en Ecosse
par le Duc d'Argile, les Lcttres
particulières d'Angleterre
portent cependant que le premier
a eu au contraire un trèsgrand
avantage ,
& que le dernier
a este obligé de se retirer
avec le reste de sa petite Armée
à EJimbourg
,
& qu'il deni
nJe des secours prompts- si
l'on veut éviter que les Mecon
tents ne fassent de plus grands
progrez. Le Chevalier de S.
Georges estoit debarqué le 5e.
cn Ecosse.
LaRepublique, par l'entremife
du Pape, a prié le Roy
de Portugal de lui accordée
une Escadre contre les Turcs.
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1087
p. 51-56
EPITRE DE Mr AROUET A M***
Début :
Ayant reconnu que l'ordre que je me suis prescrit dans / O Vous l'Anacreon du Temple ! [...]
Mots clefs :
Temple, Volupté, Vers, Château, Esprits, Dieux, Apollon, Oraison, Chapelle, Coeur, Ombre, Épicurien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mr AROUET A M***
AYant reconnu que l'ordre que
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
je me fuis preferit dans le Mercure
de Mars , n'a point été improuvé ;
je continuerai volontiers à m'y conformer
dans celui -ci. C'est ce qui
m'engage à faire fucceder à l'Apologie
que l'on vient de lire
trois Piéces de Vers fuivantes . La
premiere qui eft de Mr Arouet, a été
écrite de Sully , où il avoit été relegué
par ordre de Mgr le Duc Régent
. On ne s'apperçoit point du
rout que la Mufe fleurie de ce jeune
Poëte , ait perdu dans la folitude
aucune des graces légères , qui le
mettent à côté de Mrs de la Chapelle
& de Bachaumont.
EPITRE DE M AROUET
A M ***
O
Vous l'Anacreon du Temple!
O vous le fage fi vanté !
Qui nous préchez la volupté
E ij
521 LE MERCURE
Par vos Vers, & par vôtre exenple
:
Vous , dont leLuth délicieux ,
Quand la goute au lit vous
condamne ,
Rend des fons auffi gratieux ,
Que quand vous chantés la To-
CANE ,
Affis à la Table des Dieux.
Je vous écris , Monfieur , du féjour
du monde le plus aimable , fi
je n'y étois point éxilé , & dans lequel
il ne me manque , pour être
hûreux , que d'en pouvoir fortir
c'est ici que CHAPELLE a demeuré
deux ans de fuite : Mais
il n'y étoit point par ordre du Roy ;
je voudrois bien qu'il eut laiffé
dans ce Château , un peu de fon
génie ; cela accommoderoit fort
un homme qui veut vous écrire ;
mais comme on affûre qu'il vous
l'a légué tout entier , j'ay été obligé
de recourir à lui -même.
Et dans une Tour affez fombre
D'AVRIL. 53
Du Château qu'habita jadis
Le plus badin des beaux Efprits ,
Uubeaufoir j'évoquai fon ombre .
Aux Déitez des fombres lieux
Je ne fis point de facrifice ,
Comme ût fait un Prêtre des
Dieux ,
Ou quelque vieille PITONISSE.
Il n'y faut pas tant de façon
Pour uneOmbre aimable &légere,
C'est bien affez d'une Chanfon ;
Et c'est tout ce que je puis faire.
En impromptu je lui dis donc ,
Eh ! de grace , Monfieur Chapelle
,
Quittez le Manoir de Pluton ,
Pour un Rimeur qui vous apelle.
Mais non fur la Voute éternelle
Les Dieux vous ont reçûs , dit-on ,
Et vous ont mis entre Apollon ,
Et le fils jouflu de SEMELLE.
Du haut de ce divin Canton
Defcendez donc Monfieur Chapelle.
Cette familiere oraiſon
Dans la demeure fortunée
Reçûr quelque approbation ,
E iij
54 LE MERCURE
•
.
Car enfin , quoique mal tournée ,
Elle fut faite en vôtre nom.
Chapelle en ce moment- là donc ,
M'aparut par la cheminée ,
Je fus bien-tôt , à fon aproche,
Saifi d'un mouvement divin ,
Car il avoit fa Lire en main ,
Et fon Gaffendi dans fa poche.
Il s'apuyoit fur BACHAUMONT ,
Dont il fe fervit pour fecond
Dans le recit de ce voyage ,
Qui du plus charmant badinage
Eft la plus charmante Leçon.
Je vous diray pourtant en confidence
, & fi la poſte ne me preffoit
pas , je vous le rimerois ; CE
BACHAUMONT , n'eft pas trop
content de CHAPELLE , il fe
plaint qu'aprés avoir travaillé tout
deux au même ouvrage ; Chapelle
lui a volé la moitié de la réputation
qui lui en revenoit & prétend
que c'est à tort , que le nom de fon
Compagnon a étouffé le fien ; car
c'eft moy, me dit - il tout bas, qui
ai fait les plus jolies choſes du Voyage
témoins ces Vers.
D'AVRIL .
SS
» Sous ce Berceau qu'Amour ex-
">
"
""
"9
"
"
"
prés
Fit pour toucher quelque Inhumaine
,
L'un de nous deux un jour au
frais ,
Affis prés de cette Fontaine ,
Le coeur percé de mille traits ,
D'une main qu'il portoit à peine
Grava ces Vers fur un Ciprés.
Hélas que l'on feroit heureux
Dans ce beau Lieu digne d'envie,
Si toûjours aimé de Silvie ,
L'on pouvoit toûjours amoureux
Avec Elle paffer la vie!
Mais il ne s'agit pas ici de rendre
juftice à ces deux Meffieurs :
Il fuffit de vous dire que je m'adreffay
à Chapelle , pour lui demander
comme s'y prenoit dans
le monde autrefois.
.
Pour chantertoujours fur la Lire
Ces Vers ailés , ces Vers coulans ,
De la Nature heureux Enfans ,
Où l'art ne trouva rien à dirė .
56
LE
MERCURE
L'Amour , me dit - il , & le vin
Autrefois me firent connoître
Les graces de cet Art divin ;
Puis à * * * l'Epicurien
Je fervis quelque tems de Maître ,
Il faut que CHAULIEU foit le tien.
Vous voilà donc engagé , Monfieur
, à avoir de la bonté pour moi,
en faveur d'une Ombre dont la
Recommandation doit être excellente
auprés de vous.
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1088
p. 1933-1940
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
Début :
L'Orient a toûjours eu et a encore aujourd'hui des Gens de Lettres de Profession [...]
Mots clefs :
Orient, Mahométisme, Érudition, Alcoran, Science, Histoire orientale, Savant, Auteurs orientaux, Sultan Bajazet Kan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
M.D. L. R. à M*** sur la Litterature
des Mahometans , et sur celle des Turcs
en particulier.
'Orient a
toûjous eu et a encore auLo Lettres
fession ; on y cultive les Sciences et les
Beaux-Arts la plupart des Européens
sont là-dessus dans une étrange préjugé,
croyant que le Mahometisme a absolument détruit, dans son Empire tout ce
qui s'appelle bon goût et érudition. Je
sortirois trop du sujet principal de ma
Lettre , si j'entreprenois de combattre ce
préjugé , avec quelque étendue , et je ne
dirois rien qui ne vous fût en quelque
façon connu. Je me contenterai de faire.
ici quelques Remarques pour prouver ce
que je viens d'avancer.
Premierement , dans l'Alcoran même,
la Science en general est fort exaltée et
recommandée aux Musulmans ,
jusquesfà qu'un des plus anciens Docteurs Mahométans , disoit que celui qui s'exerce
dans les bonnes œuvres sans la Science ,
est semblable àl'âne d'un Moulin qui tourC no
1934 MERCURE DE FRANCE
"
ne toujours sans avancer chemin. Le
Monde , dit une des Traditions Mahometanes , ne subsiste que par quatre choses ; par la science des Docteurs , par la
justice des Princes , par les prieres des
gens de bien , et par la valeur des Braves.
Enfin un des plus grands Personnages de
cette Secte , étant au lit de la mort ,
disoit à ses Enfans , apprenez toutes les
Sciences , si vous pouvez , à l'exception
de trois , qui sont l'Astrologie judiciaire,
la Chimie , qui n'a pour but que la Pierre
Philosophale , et la Controverse ; car la
premiere ne sert qu'à augmenter les chagrins de la vie ; la seconde , à consumer
son bien , et la troisième , qu'à causer des
doutes , qui font enfin perdre la Religion.
Depuis l'établissement des Califes , successeurs de Mahomet , et la fondation
de leur Monarchie , plus vaste que celle
des Romains , il y a toujours eu parr i
les Arabes une infinité de gens qui s
sont appliquez à l'étude des Sciences
des Arts ; ils ont traduit en leur Langu
l'une des plus anciennes , les meilleu
Livres Grecs , Hebreux , &c. qu'ils or
pû trouver. Plusieurs même de ces C
lifes ont été sçavans et ont aimé et pro
regé les Gens de Lettre ; ils ont fon
des Colleges , établi des Académies
SC
SEPTEMBRE. 1732: 1935
sont celebres dans l'Histoire Orientale.
Il faut avouer , dit le Pere Rapin dans
ses Refléxions sur l'Histoire , que les
Arabes , par la qualité de leur esprit et
par le loisir que la prosperité de leurs
Armes et l'abondance leur procurerent ,
s'appliquerent tellement à l'étude de la
Philosophie et des Mathématiques , qu'ils
devinrent les premiers Sçavans du Monde.
Les autres Princes Mahométans contemporains ou successeurs des Califes
sur tout les Princes Asiatiques , se sont
piquez de science , et de faire fleurir les
Lettres dans leurs Etats. L'Histoire Orientale parle d'un Sultan si studieux , qu'il
faisoit porter à l'armée et dans tous ses
voyages , une Bibliotheque , qui faisoit
seule la charge de 400. Chameaux. Le
Grand Visir Kupruli , tué à la Bataille
de Salamkemen , a fait la même chose
de nos jours.
J'ajoûterai l'exemple de deux autres
Sultans amateurs des Sciences ; le preier est Kedder Kan , qui regnoit dans
a Transoxane , ou le Turquestan , dans
te Ve Siecle de l'Hegire. C'étoit un Prince
- puissant , sçavant et des plus magnifiques
de son temps. Il avoit formé une Acaémie qui s'assembloit en sa présence
nt assis sur une Estrade élevée , au
Cij pied
1936 MERCURE DE FRANCE
pied de laquelle étoient quatre grands
bassins remplis d'or et d'argent , qu'il
distribuoit aux Académiciens , suivant le
prix et le mérite de leurs Ouvrages. Ce
Prince avoit toûjours à sa Cour une centaine de Sçavans d'élite , qui l'accompagnoient partout, et auxquels il donnoit
de grosses pensions.
L'autre Prince est Atsiz , Sultan de Karisme , qui se distinguoit par sa liberalité
envers les Gens de Lettres. Il assembloit
souvent au milieu de sa Cour une Académie pour conferer sur les Sciences et
sur les Belles Lettres , et il récompensoit
les Sçavans suivant leur mérite et celui
de leurs productions. Ce Prince vivoit
vers le milieu du VI. siecle de l'Hegire
le XII. de J. C.
On dira peut- être , Monsieur , que ces
traits recueillis des Auteurs Orientaux ,
regardent des temps fort éloignez du
nôtre , et que depuis les conquêtes des
Turcs dans le Levant , sur tout depuis la
prise de Constantinople , cette Nation ,
qu'on suppose toujours ennemie des Lettres et des études , a aboli toute espece
de science et d'érudition en ce Pays- là.
On le dira , si on veut , mais on le dira
sans autorité et sans fondement. Il est
rai que cette Nation a fait dès le com
mencement
SEPTEMBRE. 1732. 1937
mencement une profession particuliers
des armes , mais il est vrai, aussi qu'elle n'a
jamais méprisé l'étude des Lettres , qu'elle
s'est polie dans la suite , qu'elle a eu pour
Maîtres dans les Sciences , ces mêmes Arabes dont elle a détruit l'Empire , qu'elle
les a même surpassez en plusieurs choses';
et qu'enfin les Turcs ont traduit en leur
Langue les plus beaux Ouvrages des Arabes et des Persans. Mahomet II. les deux
Bajazets , Selim I. et le grand Soliman ,
dont nous avons des Lettres écrites à
François I. étoient des Princes curieux et
sçavans. Les Lettres de Soliman se trouvent dans la Bibliotheque du Roy , dans
celle du Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Metz , Duc de Coislin,
et dans des Cabinets particuliers. J'en
possede deux , dont l'une est l'original
Turc, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. J'ajoûterai à cette occasion qu'à la
fin du premier volume de la nouvelle
Edition de Gallia Christiana on trouve
la Traduction Latine d'une Lettre assez
singuliere de Bajazet II. écrite au Pape
Alexandre VI. pour le prier de faire CardinalNicolas Cibo , Archevêque d'Arles,
Cette Lettre n'est pas dattée à la maniere
des Musulmans , par l'Hegite , mais par
la Naissance du Messie , ce qui ne peutC iij ërre
1938 MERCURE DE FRANCE
de être regardé que comme une espece
politesse de la part de Bajazet , écrivant
au Souverain Pontife des Chrétiens.
Nous voyons enfin dans la Bibliotheque Orientale de Hagi Kalfah , Turc
moderne de Constantinople , qui contient un ample Recueil alphabetique de
tous les Auteurs Orientaux , et de leurs
Ouvrages , depuis l'origine du Mohometisme jusqu'à son temps ; nous voyons ,
dis-je , par ce Recueil , que les Turcs ont
écrit sur toute sorte de matieres , et qu'ils
ont une très- bonne part dans cette Bibliotheque , laquelle contient une Encyclopedie de toutes les Sciences et des Arts.
Ce Hagi Kalfah , natif, comme je l'ai dit,
de Constantinople , étoit fils du premier
Secretaire du Divan ; il fut premier Commis du Secretaire d'Etat en Chef de la
Cour Ottomane , et il a passé pour un
des plus habiles hommes de son temps.
Sa Bibliographie est dans la Bibliotheque
du Roy et dans celle de M. Colbert ,
M. Petis de la Croix , mort en 1713. en
a laissé une Traduction en notre Langue,
qui contient plusieurs volumes in folio s
il avoit dessein de la publier.
Je finis en disant que ceux qui ont fait
le voyage du Levant avec les dispositions
necessaires pour en profiter , sçavent que dans
SEPTEMBR E. 1732. 1939
dans la Capitale et dans les principales
Villes de l'Empire Turc , il y a des Professeurs publics , des Maîtres particuliers
et des Livres en toute sorte de Sciences
et sur les Beaux Arts , et que les Empereurs Ottomans n'ont jamais fait bâtir
de Mosquées sans y joindre un College
magnifiquement fondé et entretenu. Il y
en a plusieurs de cette espece à Constantinople. Il y en a aussi au Grand Caire , à
Damas , à Alep , &c. Je suis , Monsieur , &c.
>
Comme vous n'êtes pas à portée de
voir dans le nouveau Gallia Christiana
la Lettre dont je viens de parler , j'ai
crû que vous ne seriez pas fâché de la
trouver ici telle que le R. P. de SainteMarthe l'a rapportée , T. I. page 103.
N°. 32. parmi les titres qui regardent la
Métropole d'Arles.
SULTAN BAJAZET KAN , Dei Gratia
Rex Maximus et Imperator utriusque Continentis Asia et Europe ; Christianorum
excellenti, Patri et DD. Alexandro, divinâ
Providentia Romana Ecclesia Pontifici dignissimo. Post convenientem et justam Sa
iutationem ; notum sit tuo supremo Pontificio , quemadmodum Reverendus Dominus
Nicolaus Cybo , Archiepiscopus Arelatensis
est dignus et fidelis homo ipsius et à temCij pore
1940 MERCURE DE FRANCE
pore precedentis Papa Supremi Pontificis
Domini Innocentii usque in hodiernum diem
in tempus sue Magnitudinis, continuè adpacem et amicitiamfestinat, semperque animò et^
corpore in fidelissimâ fide duabus Partibus
servivit et adhuc servit. Hujus rei causâ
justum est et vobis decet majori in ordine
ipsum esse debere ; et rogavimus Supremum Pontificem ut faceret illum Cardinalem , et assensus est nostre petitioni , adeò
ut litteris nobis significaverit quod petitum est
daturum fuisse ipsi. Verùm quia non erat
tempus, Idibus Septembris mensis non sedet
in ordine suo , et ut requirit consuetudo. Intereà verò jussu Dei dedit Pontifex commune debitum , et sic ipse remansit. Ea igitur
de causâ scribimus et rogamus tuam Magnitudinem propter amicitiam et pacem quam
inter nos habuimus , et propter mutuum cor ,
ut ad impleat ipsi tuum Pontificium , videlicet , ut faciat ipsum perfectum Cardinalem , habebimus et nos id in magnâ gratiâ.
·Datum in Aulâ nostra Sultania Auctoritatis in Constantinopoli , M. ccccxcrv.
Anno à Jesu Propheta Nativitate VIII.
Septembris
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. D. L. R. à M*** sur la Litterature des Mahometans, et sur celle des Turcs en particulier.
L'auteur de la lettre conteste le préjugé européen selon lequel l'islam aurait détruit le bon goût et l'érudition dans l'Empire ottoman. Il souligne que l'Alcoran valorise la science et que les musulmans la considèrent essentielle. Plusieurs traditions islamiques mettent en avant l'importance de la science, de la justice, des prières et du courage. Les califes et autres princes musulmans ont encouragé les sciences et les arts en traduisant des œuvres grecques et hébraïques et en fondant des académies. Les Arabes sont devenus des savants éminents en philosophie et en mathématiques. Des sultans comme Kedder Kan et Atsiz ont soutenu les lettres et les sciences, formant des académies et récompensant les savants. Les Turcs, bien que connus pour leurs conquêtes militaires, n'ont jamais méprisé les lettres. Ils ont traduit des œuvres arabes et persanes et ont eu des sultans savants comme Mahomet II, Bajazet II, Selim I et Soliman le Magnifique. La Bibliothèque Orientale de Hagi Kalfah témoigne de la contribution des Turcs à diverses sciences et arts. Les villes de l'Empire ottoman, comme Constantinople, Le Caire, Damas et Alep, possèdent des collèges et des professeurs publics. L'auteur conclut en affirmant que les empereurs ottomans ont toujours soutenu l'éducation et les lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1089
p. 35-47
REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
Début :
Le titre de cet Ouvrage paroît imposant. On y annonce le détail des [...]
Mots clefs :
Fiefs, Droit, Coutume, Loi, Auteur, Texte, Jurisprudence, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
R £ MA X QV ES de M. d'Auvergne,
de Beauvaïs ? sur un Livre intitulé :
Les Principes du Droit François fur les
fiefs Par M. Billecocy.
LE titre de .cet Ouvrage paroît impo
sant. On y annonce le détail des
principes de la Jurispiudence Françoise
sur les Fiefs } c'est-à-dire, fur la ma
tière la plus curieuse , la plus difficile &
la plus importante peut-être de tout no
tre Droit. La diversité d'opinions , &
les contestations qu'elle produit tous les
jours fur une infiniré de points , font
une grande preuve qu'après tout ce qu'il
y a eu de Sçavans hommes qui ont tra
vaillé à les éclaircir 9c à les discuter ,
nous y manquons encore de principes
fixes & certains. Aussi un Livre qui reníermeroit
réellement tous ces principes ,
; , serok
■f 6 MERCURE DE FRANCE,
íseroit à rechercher avec empressement.
Mais ici la promesse est crop étendue;
elle ne .s'accorde pas même avec le ju
gement que M- JBiUecpcq a porté de son
Ecrit dans l'Epitre Dédicatoire & dans
l'Áyis au Lecteur. Il n'y présente en
effet ce fruit de ses -travaux que comme
un Commentaire fur la Coutume par
ticulière du Gouvernement de Peronnc,
Mondidier & Roye , & il~y avertit que
c'est à cette Coutume qu'il réduit tous
ses principes. Aussi je ne me propose que
"d'examiner de quelle façon' doit s'executer
une semblable entreprise,, de faci
liter l'intelligence de fa Coutume , & si
la Méthode que l' Auteur s'est faite fur
cela est celle qu'il faut suivre pour le*
Ouvrages de ce .genre : ce fera à quoi
se borneront toutes mes Remarques.
Eclaircir oa commenjter uncCoûturae.
ou une Loi , ce n'est pas simplement,
distribuer fes collections fur toutes les
parties du Texte } ni morceler ce Texte
pour le compiler avec d'autres ; «'est en
interpréter les termes obscurs , détermi
ner Je sení des expressions qui peuvent,
être entendues de différentes façons , Ieyer
tous les doutes fur les cas où le Lé
gislateur ne s'est pas suffisamment expli
qué , ou qu'il a entièrement omis. Pouj:
y jéuslîr , il faut exarajner non-íeulcment
1 ANVIE R. 1730: 37
nient les Ecrits de ceux qui ont fait la
.même entreprise , soit sur cette même
Coutume , soit sur celles qui ont quel
ques dispositions semblables , mais auífî
ccqui nous a été transmis par ceux d'en
tre les Interprètes de toutes les autres
Coutumes différentes ou opposc'es,qui font
en réputation d'y avoir le plus excellé»
Il saur en choisissant parmi leurs diver
ses décisions , montrer par des raisonne
ment clairs & solides , & souvent pac
l'Histoire de l'ancienne Jurisprudence ,
que les íentimtns que l'on embrasse font
véritablement ceux qui doivent préva
loir , & qui conviennent le mieux i
l'efprit de la Loi particulière que l'on
commente. U faut rapporter avec une
judicieuse critique les Sentences & les
Arrêts rendus fur chaque Question ,
rétablir les espèces de ceux qui ont été
mal entendus , enseigner quels sont ceux
qui n'étant pas confoimes au vrai sens
des Coutumes, dans lesquelles ils font in
tervenus j ne doivent pas être suivis ,
faire connoître ce qui auioit dû y être
jugé , relever les fausses applications qui
ont été faites de plusieurs autres. Or il
n'est pas possible qu'il s'en trouve de
cette nature dans un Livre qui n'étant
comme celui-ci que d'environ 440. pa
ges in-ji. contient cependant près de
C 275
0 MERCURE DE FRANCE.
275. Chapitres, dont une bonne partie
est subdivisée en Sections , qui dans
certains Chapitres , yonc jusqu'à douze
«u quinze.
Sans doute , 1* Auteur n'a passait une
attention qu'il est à souhaicter qu'il fasse
pour les autres Ouvrages qu'il se pré*
pare à nous donner fur les Rotures , Ip
Franc- Aleu , les Justices Seigneuriales.
C'est que nous ne sommes plus dans le
tems où nos anciens Auteurs , tels que
^eaumanoir , Desmarcs , Bouteiller &c.
a'avoient qu'à écrire en forme de Loix
ou de Maximes ce qu'ils voyoient pra
tiquer. Comme l'usage étoit alors la
principale Loi , l'ignorancc ou l'incertitude
de cet usage étoit auffi la plus granr
de source des l'rocès , on avoir encore
beaucoup d'obligation à ceux qui pour
le rendre plus invariable &: plus connu,
prenoient la peine de le rédiger par
écrit. Content de l'utilité de laquelle
croient à cet égard leurs compilations ,
on ne leur demandoit pas qu'ils discu
tassent à fond toutes les subtilités qu-'oti
commençoit déja à inventer , en s'écactant
peu à peu de la simplicité des sié
cles précedêns.
Mais aujourd'hui que les Coutumes
particglieres de chaque Contrée font
écrites , que les Ordonnances de nos
Rois
JANVIER. 17! 91 1*
H.OÍS se sont multipliées , que quantité' de
Points qui n'avoient été décides ni dans
les unes ni dans les autres , l'ont été
depuis par les Parlemens , qu'il y a unfi
-infinité de Collections qui contiennent
les règles fur lesquelles on est univer
sellement d'accord i le travail de ceuX
-qui entreprennent encore d'écrire fur
cela , doit touler uniquement fur ce qui
teste à faire jusqu'à ce qu'on soit enfin
parvenu à l'uniforroité de Jurisprudence
si possible & si désirée i (í'est-à-dire , sut
la solution des difficultés que l'obfcurité,
Je silence & la contraricté de ces diver
ses Loix laissent encore subsister , oïl
que l'imaginacion des Interprètes a fait
naître.
A la vérité , l'ouvrage est d'autant
plus pénible Sc moins gracieux , qu'il est
très-difficile de donner à ce qu'on trou
ve encore à dire l'agrément de là nouveauté.
La Jurisprudence est, en esset.une
des sciences fur lesquelles on peut assu.
■ter avec le plus de raison, que tout est
âít.- H est peu de questions , si memeit
y" en a aucunes, qui ne soient traitées par
quantité d'Auteurs. Ceux qui nous ont
précédé ne nous ont presque laissé qu'à
concilier léurs avis , qu'à décider entre
íious à qui la préférence doit être don-
Hee , Bc ^u'à répliquer aux objections
Ç ij qu«
40 MERCURE DE FRANCE,
que Ies\ins ont faites contre les argu,.
mens de ceux qui avoient écrit avant
eux , répliques qui se trouvent aílez
souvent dans les principes mêmes établis
par les premiers ; & ces questions fur
lesquelles il y a diversité de fentimens ,
ou qui ayant été une fois éclaircies , onc
été rebroiiillées de .nouveau , ne peu
vent être ramassées qu'en parcourant lc
plus qu'il se peut du grand nombre de
Volumes où elles font éparses , & qu'en
essuyant , sans se rebuter , le dégoût &
l'cnnui qui font inséparables de la lecture
de tant de Livres qui se font successivement
copiés & remplis pour la plupart
des mêmes lieux communs.
Dans celui-ci , au-contrairc , les fources
où l'on a puisé , & qui peuvent ai
sément être comptées , parce qu'elles
font exactement indiquées fur les mar
ges , se réduisent à un assez petit nom
bre. Je me suis même apperçû fur cet
artiese de deux petites circonstances assez
singulières , pour que je n'obmette pas de
les faire remarquer. La première , est que
l'Auteur a exclus du nombre de ses gui
des tous ceux qui ont écrit en Latin ,
& la seconde , qu'encore que son Re
cueil soit fur les Fiefs » il n'y a cepen
dant pas fait usage d'un seul des trais
tés dont çette matière est l'unique obr
f*. Et
JANVIER.. 1730. 4».
Ét dans le peu de recherches aufquelles
il s'est borné , il a fait son capitat
de ce qui ne devoit être qu'un moyen
pour y parvenir y c'est-à-dire , qu'au lieu
de n'avoir recours aux ouvrages qu'il
avoit fous ses yeux que comme à une
source propre à lui fournir de nouvel
les ouvertures pour mettre dans un plus
grand jour les matières controvcrsées ì
ou comme à un aiguillon qui excitât ,
qui reveillât ses propres idées , il s'est
toujours borné à donner lc précis de9
résolutions qu'il y a trouvées- , fans mê
me indiquer les motifs qui y ont donné
lieu , ni les autorités qui y font op
posées.
C'est ainsi , par exemple , qu'il donne
pour indubitable , pout cela seulement,
que de Heu l'a dit ,, quoique l'axiome
soit faux * & que du Plessis , dont il a
extrait dans le même endroit un des
plus longs Chapitres presque en entier,
ait suffisamment fait entendre le con
traire , que lorsque lc mari néglige ou
refuse de rendre la foi & hommage pour
les Fiefs qui font échus à fa femme , 6c
de les relever , elle peut se faire auto»
riser par Justice , pour remplir cette
obligation.'
*Liv. t Ch. 4. Se&. (*
4r MERCURE DÊ FRÁNCÉ;-
De même, sur l'arriclc de ce que
fainé peut exiger de ses frères & soeurs,
lorsqu'ils, aiment mieux- relever de lui
pour la première fois , que du Seigneue
dominant , l' Auteur, range parmi les*
ftiaximes universellement suivies ce qu'il
a vû dans la Coutume de Laon « que
lès cadets doivent en ce cas à leur aine
le droit de chambellage , fans avetiir que
M. d'Argentré b dont le sentiment a été
en- cela suivi par plusieurs autres » a te
nu le contraire.
Telle est la Méthode de M. D. . . . .
Au lieu de n'avoir recours au Texte de*
autres Coutumes que pour discuter le
plus ou le moins d'application qui en,
oeut être faite 3 la sienne. } jl se çojntente
de les transcrire comme des prin
cipes généraux , tous differens qu'ils font
du, détail dans lequel les Auteurs qui
enr traité les mêmes points font entrés.
Ainsi la Section e où il parle de la foi.
& hommage du Fief contesté entre pluisieurs
personnes , n'est qu'un composé
de purs Textes de quelques Coutumes
de Champagne , posés là en forme de
maximes générales , & fans exception
(a ) Ltv. i. Ch. f. SeS.y.
(b ) Sur V Art. 318. de l'une. Coût, de Bre~
t*gne. .%•-■>.•-
(C) Liv. 2,, Ch. 4. Se&, 4.
tandis
■ j AKVI E K. i7lv% 4î
tandis que ce dont il s'agit » e'té am*
plement traité par du Moulin qui a faitf
les principales des distinctions nécessai
res poiír la décision dey differens cas*
dans lesquels la question peut se présen
ter , qui en a facilité {'application pae
les hypotefes qu'il a dreflées avec foin,
& qui a enseigné quelles font les excep
tions dont les règles qu'il établissoit sonl
susceptibles1.
Ainsi encore quand i! s'agit dé fçavoìt
si le Seigneur qui veut retenir un
Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'investiture,
peut déduire , fur le prix de la vent*
qu'il est obligé de rembourser , le mon
tant des droits féodaux , M. B. a appor
te de même pour toute décision un ar
ticle de la Coutume de Vermandois qui
fie reçoit d'application que pour le seul
eas , qui n'est susceptible d'aucune diffi
culté, que ce fou l'aeheteur qui soit char
gé du payement de ces droifs. Mais
changez l'espece , supposez que l'aehe
teur ne s'étant pas engagé à les acquiter,
le vendeur en fut resté tenu , & deman
dez si alors il est encore vrai que le
Seigneur ne puisse pas en faire de «sé
duction fur la somme principale , il ne
Liv, 14. Cb. r;, Sí£. 1.
G iii) $*«*
44 MERCURE DE FRANCE,
s'en trouve rien dans l' Auteur , & il vousi
laisse dans l'incertkude du parri qui eít - ■'
à prendre dans la contrariété qui se ren»
Contre sur cela,, non-seulement entre les
diveríes Coutumes , mais aussi entre le» .
divers Jurisconsultes.
Rien , comme, on voit , n'est si oppo
{é au but que j'ai expliqué, qu'un Com
mentateur de Coutume doit se proposer
de suppléer sur le plus grand nombre de
-cas qu'il lui est possible ,de rassembler au
deffaut des Textes> qu'il entreprend d'é
claircir. A quoi bon un- Commentaire
qui contient tout aussi- peu , & même
quelquefois moins que l'article contesté}
& c'est cependant le deffaut dominant de
celui de M. B. en voici encore un exem
ple. Si on cherche dans le Texte de la
Coutume de Peronne a fur quel pied;
l'ainé doit rembourser & récompenser
ses cadets ,, lorsqu'il veut retirer de leurs
mains la part qu'ils ont dans les Fiefs
des successions de leur pere & mere , &
qu'il est obligé d'en faire la récompense
en argent j on y voit que les rédacteurs
de cette Coutume ont décidé que le ra
chat devoir se faire à raison du denier
2 o. pour ce qui est du côté de Vermàndois
6c de l'Artois , & du denier 25.
(a] Liv. 4- Ch. lj. St&, 7.
pour
JAN VIE R. 1750. 4j
pour ce qui est en deçà de la Somme;
au lieu que notre Auteur n'a rien fait
paíser de cela dans son Recueil , où l'on
chercheroit avec tout aussi peu de fruit
à s'instruire de tous les doutes que les
dispositions de la Coutume peuvent cau
ser fur cette matière v comme si cette an
cienne fixation doit encore être suivie ,
s'il est vrai que l'ainé soit toujours le
maître de faire ce rachat en héritages
roturiers , quand il y en a suffisamment
dans la succession , & si les cadets ne
peuvent jamais en ce cas l'exiger en ar
gent } si ce que ceux-ci ont eu par do
nation est sujet à ce droit de retenue de
Fainé , comme ce qui leur est échu par
succession ; si ce droit est cessible ; si le
tems en dedans lequel il doit être exer
cé court pendant la minorité des enfans
du fils ainé mort avant que ce tems fut
écoulé ; si la jouissance de la mere à ti
tre de douaire prolonge ce délai ; si les
propriétaires peuvent rien démolir fut
leur part , & en couper les bois de haute
futayç , tanr que dure la faculté de leur
ôter des mains &c.
Mais les inconveniens de cette der
niere forte d'omissions ne font rien r
pour ainsi dire , en comparaison des
maux que peut produire la réticence des
autorités, opposées aux décisions qui sont
Q % ici
4<? MFRCURE DE FRANCE.
ici Continuellement données comme des
axiomes non contestés j car dans la Scien
ce du Droit encore plus que dans route
autre } un Livre , si mal digéré qu'il
soit , est , fur tout après la mort de son-
Auteur , un oracle pour une ipsinité de
gens. Cette maxime est imprimée ; ce
la suffit pour le vulgaire ; il en concluciauslì-
tôt qu'elle est vraye ; malheureu
sement ce vulgaire n'est que trop nom
breux. Des Avocats mêmes qui passent
pour habiles , sont-ils consultés fur une
question dont ils ignorent le noeud , ils
ne font souvent autre chose qu'ouvrir
un des Auteurs qu'ils sçavent qui en
ont parlé -, &c la décision qu'ils y rrou—
venr , qu'elle soit bien ou mal fondée,,
est la régie de leur réponse. Si ellé est
favorable au confulranr ,-cela l'engage à
entreprendre un Wocès dans lequel ih
succombe , parce qu'il plaide devant des:
Juges qui font mieux instruits des verirablcs
principes ; & le voilà* ruiné s
tant pat les dépenses qu'il a faites que
par celles qu'il est obligé de rembour
ser à ceux qu'il a inquiétés. Quelquefoisc'est
le Magistrat qui donne dans ce
travers , Sc à qui la cause du monde la
mieux fondée paroîr mauvaise , sur lafoi
d'un Auteur pour lequel il s'est pré
venu i & à qui il s'en rapporte aveuglé
ment.
JANVIER. 1730. 47
tfient. Mais que cc soit à fa trop gran
de crédulité ou à celle de l'Avocat
qu'il faille fe prendre de la ruine d'une
famille , l'Ouvrage qni a fait tomber
dans l'erreur le juge , ou l'Avocat , n'en»
est pas moins la première caufe de la dé
solation de cette famille. C'est là l'importance
de ces sortes d'Ecrits i &c ce
qui en doit iendxe les Auteurs bien cir
conspects.
de Beauvaïs ? sur un Livre intitulé :
Les Principes du Droit François fur les
fiefs Par M. Billecocy.
LE titre de .cet Ouvrage paroît impo
sant. On y annonce le détail des
principes de la Jurispiudence Françoise
sur les Fiefs } c'est-à-dire, fur la ma
tière la plus curieuse , la plus difficile &
la plus importante peut-être de tout no
tre Droit. La diversité d'opinions , &
les contestations qu'elle produit tous les
jours fur une infiniré de points , font
une grande preuve qu'après tout ce qu'il
y a eu de Sçavans hommes qui ont tra
vaillé à les éclaircir 9c à les discuter ,
nous y manquons encore de principes
fixes & certains. Aussi un Livre qui reníermeroit
réellement tous ces principes ,
; , serok
■f 6 MERCURE DE FRANCE,
íseroit à rechercher avec empressement.
Mais ici la promesse est crop étendue;
elle ne .s'accorde pas même avec le ju
gement que M- JBiUecpcq a porté de son
Ecrit dans l'Epitre Dédicatoire & dans
l'Áyis au Lecteur. Il n'y présente en
effet ce fruit de ses -travaux que comme
un Commentaire fur la Coutume par
ticulière du Gouvernement de Peronnc,
Mondidier & Roye , & il~y avertit que
c'est à cette Coutume qu'il réduit tous
ses principes. Aussi je ne me propose que
"d'examiner de quelle façon' doit s'executer
une semblable entreprise,, de faci
liter l'intelligence de fa Coutume , & si
la Méthode que l' Auteur s'est faite fur
cela est celle qu'il faut suivre pour le*
Ouvrages de ce .genre : ce fera à quoi
se borneront toutes mes Remarques.
Eclaircir oa commenjter uncCoûturae.
ou une Loi , ce n'est pas simplement,
distribuer fes collections fur toutes les
parties du Texte } ni morceler ce Texte
pour le compiler avec d'autres ; «'est en
interpréter les termes obscurs , détermi
ner Je sení des expressions qui peuvent,
être entendues de différentes façons , Ieyer
tous les doutes fur les cas où le Lé
gislateur ne s'est pas suffisamment expli
qué , ou qu'il a entièrement omis. Pouj:
y jéuslîr , il faut exarajner non-íeulcment
1 ANVIE R. 1730: 37
nient les Ecrits de ceux qui ont fait la
.même entreprise , soit sur cette même
Coutume , soit sur celles qui ont quel
ques dispositions semblables , mais auífî
ccqui nous a été transmis par ceux d'en
tre les Interprètes de toutes les autres
Coutumes différentes ou opposc'es,qui font
en réputation d'y avoir le plus excellé»
Il saur en choisissant parmi leurs diver
ses décisions , montrer par des raisonne
ment clairs & solides , & souvent pac
l'Histoire de l'ancienne Jurisprudence ,
que les íentimtns que l'on embrasse font
véritablement ceux qui doivent préva
loir , & qui conviennent le mieux i
l'efprit de la Loi particulière que l'on
commente. U faut rapporter avec une
judicieuse critique les Sentences & les
Arrêts rendus fur chaque Question ,
rétablir les espèces de ceux qui ont été
mal entendus , enseigner quels sont ceux
qui n'étant pas confoimes au vrai sens
des Coutumes, dans lesquelles ils font in
tervenus j ne doivent pas être suivis ,
faire connoître ce qui auioit dû y être
jugé , relever les fausses applications qui
ont été faites de plusieurs autres. Or il
n'est pas possible qu'il s'en trouve de
cette nature dans un Livre qui n'étant
comme celui-ci que d'environ 440. pa
ges in-ji. contient cependant près de
C 275
0 MERCURE DE FRANCE.
275. Chapitres, dont une bonne partie
est subdivisée en Sections , qui dans
certains Chapitres , yonc jusqu'à douze
«u quinze.
Sans doute , 1* Auteur n'a passait une
attention qu'il est à souhaicter qu'il fasse
pour les autres Ouvrages qu'il se pré*
pare à nous donner fur les Rotures , Ip
Franc- Aleu , les Justices Seigneuriales.
C'est que nous ne sommes plus dans le
tems où nos anciens Auteurs , tels que
^eaumanoir , Desmarcs , Bouteiller &c.
a'avoient qu'à écrire en forme de Loix
ou de Maximes ce qu'ils voyoient pra
tiquer. Comme l'usage étoit alors la
principale Loi , l'ignorancc ou l'incertitude
de cet usage étoit auffi la plus granr
de source des l'rocès , on avoir encore
beaucoup d'obligation à ceux qui pour
le rendre plus invariable &: plus connu,
prenoient la peine de le rédiger par
écrit. Content de l'utilité de laquelle
croient à cet égard leurs compilations ,
on ne leur demandoit pas qu'ils discu
tassent à fond toutes les subtilités qu-'oti
commençoit déja à inventer , en s'écactant
peu à peu de la simplicité des sié
cles précedêns.
Mais aujourd'hui que les Coutumes
particglieres de chaque Contrée font
écrites , que les Ordonnances de nos
Rois
JANVIER. 17! 91 1*
H.OÍS se sont multipliées , que quantité' de
Points qui n'avoient été décides ni dans
les unes ni dans les autres , l'ont été
depuis par les Parlemens , qu'il y a unfi
-infinité de Collections qui contiennent
les règles fur lesquelles on est univer
sellement d'accord i le travail de ceuX
-qui entreprennent encore d'écrire fur
cela , doit touler uniquement fur ce qui
teste à faire jusqu'à ce qu'on soit enfin
parvenu à l'uniforroité de Jurisprudence
si possible & si désirée i (í'est-à-dire , sut
la solution des difficultés que l'obfcurité,
Je silence & la contraricté de ces diver
ses Loix laissent encore subsister , oïl
que l'imaginacion des Interprètes a fait
naître.
A la vérité , l'ouvrage est d'autant
plus pénible Sc moins gracieux , qu'il est
très-difficile de donner à ce qu'on trou
ve encore à dire l'agrément de là nouveauté.
La Jurisprudence est, en esset.une
des sciences fur lesquelles on peut assu.
■ter avec le plus de raison, que tout est
âít.- H est peu de questions , si memeit
y" en a aucunes, qui ne soient traitées par
quantité d'Auteurs. Ceux qui nous ont
précédé ne nous ont presque laissé qu'à
concilier léurs avis , qu'à décider entre
íious à qui la préférence doit être don-
Hee , Bc ^u'à répliquer aux objections
Ç ij qu«
40 MERCURE DE FRANCE,
que Ies\ins ont faites contre les argu,.
mens de ceux qui avoient écrit avant
eux , répliques qui se trouvent aílez
souvent dans les principes mêmes établis
par les premiers ; & ces questions fur
lesquelles il y a diversité de fentimens ,
ou qui ayant été une fois éclaircies , onc
été rebroiiillées de .nouveau , ne peu
vent être ramassées qu'en parcourant lc
plus qu'il se peut du grand nombre de
Volumes où elles font éparses , & qu'en
essuyant , sans se rebuter , le dégoût &
l'cnnui qui font inséparables de la lecture
de tant de Livres qui se font successivement
copiés & remplis pour la plupart
des mêmes lieux communs.
Dans celui-ci , au-contrairc , les fources
où l'on a puisé , & qui peuvent ai
sément être comptées , parce qu'elles
font exactement indiquées fur les mar
ges , se réduisent à un assez petit nom
bre. Je me suis même apperçû fur cet
artiese de deux petites circonstances assez
singulières , pour que je n'obmette pas de
les faire remarquer. La première , est que
l'Auteur a exclus du nombre de ses gui
des tous ceux qui ont écrit en Latin ,
& la seconde , qu'encore que son Re
cueil soit fur les Fiefs » il n'y a cepen
dant pas fait usage d'un seul des trais
tés dont çette matière est l'unique obr
f*. Et
JANVIER.. 1730. 4».
Ét dans le peu de recherches aufquelles
il s'est borné , il a fait son capitat
de ce qui ne devoit être qu'un moyen
pour y parvenir y c'est-à-dire , qu'au lieu
de n'avoir recours aux ouvrages qu'il
avoit fous ses yeux que comme à une
source propre à lui fournir de nouvel
les ouvertures pour mettre dans un plus
grand jour les matières controvcrsées ì
ou comme à un aiguillon qui excitât ,
qui reveillât ses propres idées , il s'est
toujours borné à donner lc précis de9
résolutions qu'il y a trouvées- , fans mê
me indiquer les motifs qui y ont donné
lieu , ni les autorités qui y font op
posées.
C'est ainsi , par exemple , qu'il donne
pour indubitable , pout cela seulement,
que de Heu l'a dit ,, quoique l'axiome
soit faux * & que du Plessis , dont il a
extrait dans le même endroit un des
plus longs Chapitres presque en entier,
ait suffisamment fait entendre le con
traire , que lorsque lc mari néglige ou
refuse de rendre la foi & hommage pour
les Fiefs qui font échus à fa femme , 6c
de les relever , elle peut se faire auto»
riser par Justice , pour remplir cette
obligation.'
*Liv. t Ch. 4. Se&. (*
4r MERCURE DÊ FRÁNCÉ;-
De même, sur l'arriclc de ce que
fainé peut exiger de ses frères & soeurs,
lorsqu'ils, aiment mieux- relever de lui
pour la première fois , que du Seigneue
dominant , l' Auteur, range parmi les*
ftiaximes universellement suivies ce qu'il
a vû dans la Coutume de Laon « que
lès cadets doivent en ce cas à leur aine
le droit de chambellage , fans avetiir que
M. d'Argentré b dont le sentiment a été
en- cela suivi par plusieurs autres » a te
nu le contraire.
Telle est la Méthode de M. D. . . . .
Au lieu de n'avoir recours au Texte de*
autres Coutumes que pour discuter le
plus ou le moins d'application qui en,
oeut être faite 3 la sienne. } jl se çojntente
de les transcrire comme des prin
cipes généraux , tous differens qu'ils font
du, détail dans lequel les Auteurs qui
enr traité les mêmes points font entrés.
Ainsi la Section e où il parle de la foi.
& hommage du Fief contesté entre pluisieurs
personnes , n'est qu'un composé
de purs Textes de quelques Coutumes
de Champagne , posés là en forme de
maximes générales , & fans exception
(a ) Ltv. i. Ch. f. SeS.y.
(b ) Sur V Art. 318. de l'une. Coût, de Bre~
t*gne. .%•-■>.•-
(C) Liv. 2,, Ch. 4. Se&, 4.
tandis
■ j AKVI E K. i7lv% 4î
tandis que ce dont il s'agit » e'té am*
plement traité par du Moulin qui a faitf
les principales des distinctions nécessai
res poiír la décision dey differens cas*
dans lesquels la question peut se présen
ter , qui en a facilité {'application pae
les hypotefes qu'il a dreflées avec foin,
& qui a enseigné quelles font les excep
tions dont les règles qu'il établissoit sonl
susceptibles1.
Ainsi encore quand i! s'agit dé fçavoìt
si le Seigneur qui veut retenir un
Fief de fa mouvance , dont le nouvel
acheteur vient lui demander l'investiture,
peut déduire , fur le prix de la vent*
qu'il est obligé de rembourser , le mon
tant des droits féodaux , M. B. a appor
te de même pour toute décision un ar
ticle de la Coutume de Vermandois qui
fie reçoit d'application que pour le seul
eas , qui n'est susceptible d'aucune diffi
culté, que ce fou l'aeheteur qui soit char
gé du payement de ces droifs. Mais
changez l'espece , supposez que l'aehe
teur ne s'étant pas engagé à les acquiter,
le vendeur en fut resté tenu , & deman
dez si alors il est encore vrai que le
Seigneur ne puisse pas en faire de «sé
duction fur la somme principale , il ne
Liv, 14. Cb. r;, Sí£. 1.
G iii) $*«*
44 MERCURE DE FRANCE,
s'en trouve rien dans l' Auteur , & il vousi
laisse dans l'incertkude du parri qui eít - ■'
à prendre dans la contrariété qui se ren»
Contre sur cela,, non-seulement entre les
diveríes Coutumes , mais aussi entre le» .
divers Jurisconsultes.
Rien , comme, on voit , n'est si oppo
{é au but que j'ai expliqué, qu'un Com
mentateur de Coutume doit se proposer
de suppléer sur le plus grand nombre de
-cas qu'il lui est possible ,de rassembler au
deffaut des Textes> qu'il entreprend d'é
claircir. A quoi bon un- Commentaire
qui contient tout aussi- peu , & même
quelquefois moins que l'article contesté}
& c'est cependant le deffaut dominant de
celui de M. B. en voici encore un exem
ple. Si on cherche dans le Texte de la
Coutume de Peronne a fur quel pied;
l'ainé doit rembourser & récompenser
ses cadets ,, lorsqu'il veut retirer de leurs
mains la part qu'ils ont dans les Fiefs
des successions de leur pere & mere , &
qu'il est obligé d'en faire la récompense
en argent j on y voit que les rédacteurs
de cette Coutume ont décidé que le ra
chat devoir se faire à raison du denier
2 o. pour ce qui est du côté de Vermàndois
6c de l'Artois , & du denier 25.
(a] Liv. 4- Ch. lj. St&, 7.
pour
JAN VIE R. 1750. 4j
pour ce qui est en deçà de la Somme;
au lieu que notre Auteur n'a rien fait
paíser de cela dans son Recueil , où l'on
chercheroit avec tout aussi peu de fruit
à s'instruire de tous les doutes que les
dispositions de la Coutume peuvent cau
ser fur cette matière v comme si cette an
cienne fixation doit encore être suivie ,
s'il est vrai que l'ainé soit toujours le
maître de faire ce rachat en héritages
roturiers , quand il y en a suffisamment
dans la succession , & si les cadets ne
peuvent jamais en ce cas l'exiger en ar
gent } si ce que ceux-ci ont eu par do
nation est sujet à ce droit de retenue de
Fainé , comme ce qui leur est échu par
succession ; si ce droit est cessible ; si le
tems en dedans lequel il doit être exer
cé court pendant la minorité des enfans
du fils ainé mort avant que ce tems fut
écoulé ; si la jouissance de la mere à ti
tre de douaire prolonge ce délai ; si les
propriétaires peuvent rien démolir fut
leur part , & en couper les bois de haute
futayç , tanr que dure la faculté de leur
ôter des mains &c.
Mais les inconveniens de cette der
niere forte d'omissions ne font rien r
pour ainsi dire , en comparaison des
maux que peut produire la réticence des
autorités, opposées aux décisions qui sont
Q % ici
4<? MFRCURE DE FRANCE.
ici Continuellement données comme des
axiomes non contestés j car dans la Scien
ce du Droit encore plus que dans route
autre } un Livre , si mal digéré qu'il
soit , est , fur tout après la mort de son-
Auteur , un oracle pour une ipsinité de
gens. Cette maxime est imprimée ; ce
la suffit pour le vulgaire ; il en concluciauslì-
tôt qu'elle est vraye ; malheureu
sement ce vulgaire n'est que trop nom
breux. Des Avocats mêmes qui passent
pour habiles , sont-ils consultés fur une
question dont ils ignorent le noeud , ils
ne font souvent autre chose qu'ouvrir
un des Auteurs qu'ils sçavent qui en
ont parlé -, &c la décision qu'ils y rrou—
venr , qu'elle soit bien ou mal fondée,,
est la régie de leur réponse. Si ellé est
favorable au confulranr ,-cela l'engage à
entreprendre un Wocès dans lequel ih
succombe , parce qu'il plaide devant des:
Juges qui font mieux instruits des verirablcs
principes ; & le voilà* ruiné s
tant pat les dépenses qu'il a faites que
par celles qu'il est obligé de rembour
ser à ceux qu'il a inquiétés. Quelquefoisc'est
le Magistrat qui donne dans ce
travers , Sc à qui la cause du monde la
mieux fondée paroîr mauvaise , sur lafoi
d'un Auteur pour lequel il s'est pré
venu i & à qui il s'en rapporte aveuglé
ment.
JANVIER. 1730. 47
tfient. Mais que cc soit à fa trop gran
de crédulité ou à celle de l'Avocat
qu'il faille fe prendre de la ruine d'une
famille , l'Ouvrage qni a fait tomber
dans l'erreur le juge , ou l'Avocat , n'en»
est pas moins la première caufe de la dé
solation de cette famille. C'est là l'importance
de ces sortes d'Ecrits i &c ce
qui en doit iendxe les Auteurs bien cir
conspects.
Fermer
Résumé : REMARQUES de M. d'Auvergne, de Beauvais, sur un Livre intitulé : Les Principes du Droit François sur les Fiefs. Par M. Billecocq.
Le texte est une critique du livre 'Les Principes du Droit François sur les fiefs' de M. Billecoq, rédigée par M. d'Auvergne. L'auteur souligne l'importance du sujet traité, à savoir les principes de la jurisprudence française sur les fiefs, un domaine complexe et sujet à de nombreuses controverses. Malgré les nombreux savants ayant travaillé sur ce sujet, des principes fixes et certains manquent encore. M. d'Auvergne critique la promesse excessive du livre, qui se présente comme une œuvre exhaustive mais se révèle être un commentaire limité à la coutume particulière de Peronne, Mondidier et Roye. Il examine la méthode de l'auteur, qui se contente de transcrire des textes de coutumes sans les interpréter ou les discuter en profondeur. Cette approche est jugée insuffisante, car elle ne résout pas les doutes et les controverses existantes. Pour éclaircir une coutume, il est nécessaire d'interpréter les termes obscurs, de déterminer le sens des expressions ambiguës, et de lever les doutes laissés par le législateur. Il faut également examiner les écrits des auteurs précédents et les décisions judiciaires pour choisir les interprétations les plus pertinentes. M. d'Auvergne reproche à M. Billecoq de ne pas avoir suffisamment exploré les sources disponibles, notamment les traités en latin et les ouvrages spécifiques sur les fiefs. Il critique également la méthode de l'auteur, qui se limite à résumer les résolutions trouvées dans d'autres ouvrages sans en discuter les motifs ou les autorités opposées. En conclusion, le critique estime que le livre de M. Billecoq ne remplit pas son objectif annoncé de fournir des principes fixes et certains sur les fiefs. Il manque de profondeur et de discussion critique, se contentant de transcrire des textes sans les analyser en détail. Le texte critique également la réticence des autorités à contester des décisions présentées comme des axiomes incontestés, particulièrement dans le domaine du droit. Une fois publié, un livre, même mal compris, devient une référence incontestée après la mort de son auteur. Le public, souvent nombreux et influençable, accepte ces maximes sans les remettre en question. Même des avocats qualifiés, lorsqu'ils ignorent les détails d'une question juridique, se réfèrent à des auteurs connus pour trouver une décision, qu'elle soit bien ou mal fondée. Cela peut conduire à des procès perdus et à la ruine des parties impliquées, tant par les dépenses engagées que par celles à rembourser. Les magistrats peuvent également tomber dans ce piège, jugeant mal une cause en se fiant aveuglément à un auteur. Que ce soit par la crédulité du juge ou de l'avocat, la cause de la ruine d'une famille réside souvent dans les écrits mal interprétés. Ces ouvrages, en induisant en erreur les juges ou les avocats, jouent un rôle crucial dans la désolation des familles, soulignant ainsi l'importance de la prudence des auteurs dans la rédaction de tels écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1090
p. 52-66
SOMMAIRE des Traitez de Paix & de Commerce entre la France, et les Estats Generaux des Provinces-Unies, conclus à Utrecht le 11. Avril 1713.
Début :
ARTICLE I. La Declaration de la Paix, & la cessation de tous actes d'hostilité, &c. [...]
Mots clefs :
Paix, Articles, Roi, Catholique, France, Espagne, Clauses, Namur, Guerre, Bavière
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texteReconnaissance textuelle : SOMMAIRE des Traitez de Paix & de Commerce entre la France, et les Estats Generaux des Provinces-Unies, conclus à Utrecht le 11. Avril 1713.
SOMMAIRE
des Traitez de Paix & de
Commerce entre la France,
0* les Estats Généraux des
Provinces - Unies> conclus
àVtrech le 11.Avril1713.
ARTICLE I. LADeclaration de la.<
, Paix, & la cessation de tous
actes d'hostilite, &c.
II.
L'oubli & l'amnistie ge;
nerale pour tous les Sujets
de part & d'autre, & le
restablissèment dans leurs
biens.
III.
é Restitution
,
des prises
dans la mer Baltique du
Nord
,
&c. dans quatre (emaines,
de la Manche jusqu'au
Cap saint Vincent;
dans six semaines, de la
Medirerranée jusques à la
Ligne dans dix semaines,
& dans huit mois par delà
la Ligne, &c.
I V. V. & V I.
Sincere
,
ferme & perpetuelle
amitié, & bonne
correspondance par mer
& par terre, & restitution
des biens aux premiers propriétaires,
&c. E iij
VII.
On remet aux Essars
Généraux en faveur de la
Maison d'autriche
, pour
barriere les Pay- Bas appessez
Espagnols
,
conformément
au Traité de Riswich,
fauf ce que possede
le Roy de Prusse
,
à qui il
fera remis de plus Lammanie
de KirKembech
avec,&c. Plus il fera reservé
dans le Duché de Luxembourg
ou de Limbourg
, une Terre de valeur
de trente.milleécus
de revenu, qui fera érigée.
en Principauté en faveur
de la Princesse des Ursins,
& héritiers, &c. VIII.
En consequence Sa Majessé
Tres-Chrestenne remet
aux Sieurs Estats Généraux,
Namur, Charleroy
,
Nieuport, &c.
IX.
Sa Maiesté Catholique
ayant cédé à Son Altesse
Eleaorale de Baviere let
dits Pays- Bas Espagnols,
Sa Màjesté Tres-Chrestienne
s'engage de faire
donner un acte de cession
de ses droits sur lesdits
Pays Bas&c. SOQAIreiTc
retenant la Souveraineté,
revenus, &c. du Duché &
Vilie de Luxembourg,la
Ville & Comté de Namur,
la ville de Charleroy, &c.
jusqu'à ce qu'elle ait esté
restablie, dans ses Etats ,
&c. à l'exception du haut
Palatinat, & remise dans
le rang de neuvième Electeur
&en possession du
Royaume de Sardaigne &
du titre de Roy &c.
L'article X. ne contient que
desfaits 0* conditions sur
l'Article précedent, qui font
trop écendus pour un Sommaire.
XI.
Le Roy de France cede
Menin, & la Ville & Citadelle
de Tournay, &c.
excepté Sr. Amand &.
Le Prince d'Epinoy rentre
dans la possession de la terre
dantoin, &c.
XII.
On cede à la MaiTon
d'Aufiriche Furnes- Ambagt,
le Fort de Knoque,
Loo,Dixmude,Yprcs,&c.
XIII.
La Navigation de la Lis
fera libre.
XIV.
Qu'aucune partie des
Pays-Bas Espagnols ne
pourra jamais erre transportée
à la Couronne
-
de
France,&c.
XV.
On rend à la France la
Ville & Citadelle de Lile
avec toute saChastelnie,
&c. Orchies, le Pays de
Lalo,la Gourgue, lesVilles
& Places d'Aire,Bctune,Sr.
Venant, le Fort François,
&c.
XVI.
Luxembourg, Namur, Charleroy
,
Nieuport &
toutes les Places, & Forts
possedez parle Roy de
France & lesEleéteurs de
Cologne & de Baviere feront
remis avec les Canons
Artilerie,&c. quiy étoient
au decés du feu Roy Catholique
Charle Il Lile
Aire, le Fort François, &c.
avecCanons,Artillerie,&c.
qui y étoienc au temps de la
prise. Ypres avec50. pieces
de Canon.
: XVII.
La retraite des troupes
dé part ôcd'autre.
XVIII.
Les droitsperçus de pa; t
& d'autre, continués seulement
jurqu'au jour de l'E.
change des ratifications.
XIX.
Détailde l'Amnistie de
parc & d'autre.
X X.
LibertédeDomiciles &
de Commerce réciproquement.
XXI.
Restablissement des dignirés,
honneurs, benesices,
&c.& tenue des Jugemens
rendus pendant la
guerre, &c.
XXI1.
Clause pour les Rentes
v afectées sur la Generalité
de quelques Provinces des
Païs Bas. XXIII.
Les benefïcesaccordez
& légitimement conferez
pendant la guerre,laissez à
ceux qui les possedent, &
tout ce qui concerne la Religion
Catholique Romaine
confervé dans son érar,
libertez, franchises.,droirs
honneurs,&c. ainsi que
devant.
- XXIV.
Pour l'exercice de la Re-
- ligion Protestante par les
troupes que les Estats
Généraux auront dans les
Places desditsPaysBas Espagnols,
&c. on se conforme
au Reglement fait
avec l'Electeur de Baviere
Gouvreneur des PaysBas.
Espagnols, fous le regne
de Charles II.
XXV.
1
Conservation des Privilèges,
Coutumes, Droits
&c. par les Communautés
, Habitans. &c.
XXVI.
Garnisons desEstatsCeneraux
qui se trouvent à
Huy &Citadelle de Liege
yresteront,auxdépens desdits
Sei gneurs, Estats; Fortifications
de Bonne rasez.
XXVII.
Tous Prisonniers de
guerre feront délivrez, &c.
XXVIII.
Levée de Contributions
de part &d'autre continuée
jusquau jour del'Eschacge
des Ratifications.
XXIX.
Renonciation réciproque
à routes anciennes pretentions,
au préjudice du
present Traité, &c.
XXX.
Les voyes de lajustice
ordinaire ouvertes; selon
les Loys de chaque Pays,
&c.
XXXI.
Précautions prises, &
confirmées pourempêcher
que les Couronnes deFrance
& d'Espagne ne puissent
amais estre unies sur la
ête d'un mesme Roy &c.
XXXII.
Commerce & Navigation
en Espagne, ou dans
les Indes Espagnoles,comme
e lles étoient fous Charles
IL
XXXIII.
Tout ce qui regardera
dans le Traité à faire avec
l'Empire,l'estat de Religion,
fera conforme à
la teneur des Traités de
Westphalie, & Rhinfels
,
&S. Goard, demeurant au
Landgrave deHesseCassel,
& moyennant un équivalent,
à payer au Prince de
Hesse Rheinfels
,
à condition
quelaReligion Catholique
Romaine y soit
exercée.
Les Articles suivans ne
contiennent que des formalités
,
publications &
actes, & quelquesclauses,
en cas de contravention,
qui n'auront pas lieu de nos
jours, puisque cette heureuse
paix fera durable.
des Traitez de Paix & de
Commerce entre la France,
0* les Estats Généraux des
Provinces - Unies> conclus
àVtrech le 11.Avril1713.
ARTICLE I. LADeclaration de la.<
, Paix, & la cessation de tous
actes d'hostilite, &c.
II.
L'oubli & l'amnistie ge;
nerale pour tous les Sujets
de part & d'autre, & le
restablissèment dans leurs
biens.
III.
é Restitution
,
des prises
dans la mer Baltique du
Nord
,
&c. dans quatre (emaines,
de la Manche jusqu'au
Cap saint Vincent;
dans six semaines, de la
Medirerranée jusques à la
Ligne dans dix semaines,
& dans huit mois par delà
la Ligne, &c.
I V. V. & V I.
Sincere
,
ferme & perpetuelle
amitié, & bonne
correspondance par mer
& par terre, & restitution
des biens aux premiers propriétaires,
&c. E iij
VII.
On remet aux Essars
Généraux en faveur de la
Maison d'autriche
, pour
barriere les Pay- Bas appessez
Espagnols
,
conformément
au Traité de Riswich,
fauf ce que possede
le Roy de Prusse
,
à qui il
fera remis de plus Lammanie
de KirKembech
avec,&c. Plus il fera reservé
dans le Duché de Luxembourg
ou de Limbourg
, une Terre de valeur
de trente.milleécus
de revenu, qui fera érigée.
en Principauté en faveur
de la Princesse des Ursins,
& héritiers, &c. VIII.
En consequence Sa Majessé
Tres-Chrestenne remet
aux Sieurs Estats Généraux,
Namur, Charleroy
,
Nieuport, &c.
IX.
Sa Maiesté Catholique
ayant cédé à Son Altesse
Eleaorale de Baviere let
dits Pays- Bas Espagnols,
Sa Màjesté Tres-Chrestienne
s'engage de faire
donner un acte de cession
de ses droits sur lesdits
Pays Bas&c. SOQAIreiTc
retenant la Souveraineté,
revenus, &c. du Duché &
Vilie de Luxembourg,la
Ville & Comté de Namur,
la ville de Charleroy, &c.
jusqu'à ce qu'elle ait esté
restablie, dans ses Etats ,
&c. à l'exception du haut
Palatinat, & remise dans
le rang de neuvième Electeur
&en possession du
Royaume de Sardaigne &
du titre de Roy &c.
L'article X. ne contient que
desfaits 0* conditions sur
l'Article précedent, qui font
trop écendus pour un Sommaire.
XI.
Le Roy de France cede
Menin, & la Ville & Citadelle
de Tournay, &c.
excepté Sr. Amand &.
Le Prince d'Epinoy rentre
dans la possession de la terre
dantoin, &c.
XII.
On cede à la MaiTon
d'Aufiriche Furnes- Ambagt,
le Fort de Knoque,
Loo,Dixmude,Yprcs,&c.
XIII.
La Navigation de la Lis
fera libre.
XIV.
Qu'aucune partie des
Pays-Bas Espagnols ne
pourra jamais erre transportée
à la Couronne
-
de
France,&c.
XV.
On rend à la France la
Ville & Citadelle de Lile
avec toute saChastelnie,
&c. Orchies, le Pays de
Lalo,la Gourgue, lesVilles
& Places d'Aire,Bctune,Sr.
Venant, le Fort François,
&c.
XVI.
Luxembourg, Namur, Charleroy
,
Nieuport &
toutes les Places, & Forts
possedez parle Roy de
France & lesEleéteurs de
Cologne & de Baviere feront
remis avec les Canons
Artilerie,&c. quiy étoient
au decés du feu Roy Catholique
Charle Il Lile
Aire, le Fort François, &c.
avecCanons,Artillerie,&c.
qui y étoienc au temps de la
prise. Ypres avec50. pieces
de Canon.
: XVII.
La retraite des troupes
dé part ôcd'autre.
XVIII.
Les droitsperçus de pa; t
& d'autre, continués seulement
jurqu'au jour de l'E.
change des ratifications.
XIX.
Détailde l'Amnistie de
parc & d'autre.
X X.
LibertédeDomiciles &
de Commerce réciproquement.
XXI.
Restablissement des dignirés,
honneurs, benesices,
&c.& tenue des Jugemens
rendus pendant la
guerre, &c.
XXI1.
Clause pour les Rentes
v afectées sur la Generalité
de quelques Provinces des
Païs Bas. XXIII.
Les benefïcesaccordez
& légitimement conferez
pendant la guerre,laissez à
ceux qui les possedent, &
tout ce qui concerne la Religion
Catholique Romaine
confervé dans son érar,
libertez, franchises.,droirs
honneurs,&c. ainsi que
devant.
- XXIV.
Pour l'exercice de la Re-
- ligion Protestante par les
troupes que les Estats
Généraux auront dans les
Places desditsPaysBas Espagnols,
&c. on se conforme
au Reglement fait
avec l'Electeur de Baviere
Gouvreneur des PaysBas.
Espagnols, fous le regne
de Charles II.
XXV.
1
Conservation des Privilèges,
Coutumes, Droits
&c. par les Communautés
, Habitans. &c.
XXVI.
Garnisons desEstatsCeneraux
qui se trouvent à
Huy &Citadelle de Liege
yresteront,auxdépens desdits
Sei gneurs, Estats; Fortifications
de Bonne rasez.
XXVII.
Tous Prisonniers de
guerre feront délivrez, &c.
XXVIII.
Levée de Contributions
de part &d'autre continuée
jusquau jour del'Eschacge
des Ratifications.
XXIX.
Renonciation réciproque
à routes anciennes pretentions,
au préjudice du
present Traité, &c.
XXX.
Les voyes de lajustice
ordinaire ouvertes; selon
les Loys de chaque Pays,
&c.
XXXI.
Précautions prises, &
confirmées pourempêcher
que les Couronnes deFrance
& d'Espagne ne puissent
amais estre unies sur la
ête d'un mesme Roy &c.
XXXII.
Commerce & Navigation
en Espagne, ou dans
les Indes Espagnoles,comme
e lles étoient fous Charles
IL
XXXIII.
Tout ce qui regardera
dans le Traité à faire avec
l'Empire,l'estat de Religion,
fera conforme à
la teneur des Traités de
Westphalie, & Rhinfels
,
&S. Goard, demeurant au
Landgrave deHesseCassel,
& moyennant un équivalent,
à payer au Prince de
Hesse Rheinfels
,
à condition
quelaReligion Catholique
Romaine y soit
exercée.
Les Articles suivans ne
contiennent que des formalités
,
publications &
actes, & quelquesclauses,
en cas de contravention,
qui n'auront pas lieu de nos
jours, puisque cette heureuse
paix fera durable.
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Résumé : SOMMAIRE des Traitez de Paix & de Commerce entre la France, et les Estats Generaux des Provinces-Unies, conclus à Utrecht le 11. Avril 1713.
Le texte présente un résumé des traités de paix et de commerce entre la France et les États Généraux des Provinces-Unies, signés à Utrecht le 11 avril 1713. Les points essentiels incluent la déclaration de paix et la cessation des hostilités, avec un engagement à mettre fin à tous les actes d'hostilité. Une amnistie générale est accordée, oubliant les actions passées et rétablissant les sujets dans leurs biens. La restitution des prises maritimes est prévue dans des délais spécifiques selon les zones géographiques. Les parties s'engagent à une amitié sincère et perpétuelle, avec restitution des biens aux premiers propriétaires. La France cède plusieurs villes et places fortes aux États Généraux et à la Maison d'Autriche, notamment Namur, Charleroi, Nieuport, Menin, et Tournay. La navigation sur la Lys est déclarée libre, et aucune partie des Pays-Bas espagnols ne peut être transférée à la Couronne de France. La France rend également des villes comme Lille, Aire, Béthune, et le Fort François. Les troupes des deux camps doivent se retirer, et les droits perçus de part et d'autre sont continués jusqu'à l'échange des ratifications. La liberté de domicile et de commerce est réciproquement garantie, et les privilèges, coutumes et droits des communautés et habitants sont conservés. Tous les prisonniers de guerre doivent être délivrés, et les parties renoncent réciproquement à toutes anciennes prétentions au préjudice du présent traité. Des mesures sont prises pour empêcher l'union des couronnes de France et d'Espagne sur une même tête. Le commerce et la navigation en Espagne et dans les Indes espagnoles sont maintenus comme sous Charles II. Enfin, les dispositions concernant la religion doivent être conformes aux traités de Westphalie, de Rijnfels et de Saint-Goar.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1091
p. 51-91
LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre touchant le / MONSIEUR, Pour continuer nostre commerce de Lettres, je vay vous [...]
Mots clefs :
Croix, Tableau, Sauveur, M. le Brun, M. Mignard, Expression du visage, Soldats, Enfants, Dieu, Douleur, Mouvements, Spectacles, Corps, Ville de Jérusalem
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Il m'eft tombé entre les
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
mains une Lettre touchant
E ij
52 MERCURE
le dernier de ces Tableaux ,
& comme elle en décrit parfaitement
toutes les parties ,
dont elle donne une veritable
idée, j'ay crû devoir vous
en faire part. Vous y trouverez
quantité d'endroits remplis
d'érudition . Elle eft de
M. Guillet de Saint Georges .
Son merite vous eft connu
par quantité d'excellens Ouvrages
qu'il a donnez au public.
$2
i
GALANT. 53
252522252sssasess
LETTRE ECRITE
DE VERSAILLES A LYON.
MONSIEUR
Pour continuer noftre commer
ce de Lettres , je vay vous entretenir
du dernier Tableau que
M. le Brun afait pour le Roy.
Quand je vous auray dit que le
Crucifiement du Sauveur du
monde en eft le Sujet , vous vous
ferez fans doute une plus digne
plus noble idée de l'Ouvrage,
& vous concevrez que s'il offre
E iij
54 MERCURE
aux yeux des habiles Gens une
heureuſe & fçavante pratique
de l'Art de peindre , il donne
aux Devots une ample matiere
de méditation , une excellente
leçon des Vertus Chrétiennes.
Le Fils de Dieu attaché à la
Croix , est dispofé fi avantageu
fement dans le milieu du Tableau
, qu'on n'a pas de peine à
le prendre pour le principal objet,
pour la Figure dominante.
La Croix n'est pas tout à fait
dreffée ; mais comme les Bourreaux
travaillent à la mettre dans¸
Jon affiette , & qu'elle panche
encore le Corps du Sauveurfuit
cette difpofition ; de forte qu'ila
GALANT
.
55
les yeux tournez vers le Ciel,
comme regardant
le Thrône de
Gloire où le Pere Eternel le
doit bien- toft recevoir. Malgré
la pafleur de fon Vifage que les
tourmens ont extrémement
attenué
, on ne laiffe pas d'y voir une
Majefté éclattante, un air noble,
un Caractere de Divinité,
qui impriment dans le coeur de
ceux qui le regardent un fenti
ment de venération & d'amour:
Mais à cet air majestueux &
divin , il fe mefle une forte expreffion
d'une bonté infinie ,
d'une charité extréme , & l'on
eft perfuadé qu'en cet état de
E iiij
56 MERCURE
refignation , il s'immole luy meſme
à ſon Pere , par un Sacrifice
parfait , qui doit eftre la confommation
de tous les anciens Sacri_
fices. Dans lereste du Corps , les
marques d'une douleur violente
fontjudicieufement ménagées. En
quelques endroits la Chair est
meurtrie de coups ; en quelques
autres on voit que le Sang retire
fait place à une pafleur mortelle.
Ainfi on ne fçauroit trop admirer
te choix des teintes le Pinque
-
ceau a employées , pour une carnation
fi variée fi naturelle.
Les Veines & les Mufcles s'y
distinguent avec toute l'exactitu
f
1
GALANT. 57
de où la perfection de l'Art peut
atteindre , & cette naïve imitation
du naturel qui regne par tout
le Tableau , s'y trouve foutenue
d'une judicieufe economie de la
Lumiere des Ombres; tout cela
estant fi fort du partage de M.
le Brun, que perfonne n'en difconvient.
Le Fils de Dieu est attaché à
la Croix avec quatre Cloux , en
forte qu'il y a un Cloud particu
lier pourchaque pied ; ce qui s'accorde
à l'opinion du plus grand
nombre des Peres anciens ; &
mefme parmy les Modernes , le
fçavant & pieux Cardinal To58
MERCURE
let , a dit qu'en cela le vrayfemblable
s'accorde avec le
vray
,
que comme il y eut quatre Soldats
qui attacherent le Sauveur à la
Croix , il eft planfible
que
chacun
d'eux affecta d'y mettre un
Clou , afin que tous quatre fiffent
également l'office d'Executeurs.
Mais cette conjecture répond pofitivemet
aux experiences de quelques
Curieux , qui ayant mis fur
une piece de bois lespieds d'un Cadavre
pofez l'un fur l'autre , ont
vainement effayé de lesy attacher
avec un feul clou , parce que
nerfs dont ces parties font rem
plies , & la fituation des talons
les
GALANT. 59
empeſchent que le clou ne faffe
folidement fon effet. Mais comme
le Corps du Sauveur ne pouvoit
pas fe tenir fufpendu à l'a
Croix par Le feul fecours des qua
tre Cloux, on entrevoit icy parmy
les plis de la Drapperie mife fur
fes Flancs , un cordage qui le lie
à la Croix , & qui en affeure la
fufpenfion . On luy voit encore
fur la Tefte la Couronne d'Epines
que Pilatey a fait mettre , comme
pour authorifer le Titre de Roy
qu'il luy a donné.
Ces expreffions desfouffrances
du Seigneur ,femblent en avoir
imprimé de pareillesdans le Coeur
60 MERCURE
&fur le Vifage de la Vierge,
de Saint Jean , de la Madeleine,
de Marthe , de Marie Femme
de Cleophas , de Salomé , deJeanne
Femme de Cutzas Intendant
d'Herode, & de ces autres Sain
tes Femmes de Galilée
avoient fuivy le Sauveur , &
qui fe frapant la poitrine l'a
voient pleuré pendant le portement
de la Croix.
qui
Toutes ces Figures qui marquent
une extreme defolation,
font à la main droite du Tableau.
On voit qu'attentives au mouvement
dela Croix que l'on dreffe ,
elles jettent leurs regardsfur celuy
1
GALANT. 61
que
qui y eft attaché ; mais on juge
bien qu'elles le fuivent moins des
yeux que de lapensée. On diroit
que leur coeur est à la Croix ,
les Playes du Sauveur font
devenues les leurs propres . C'est
les
differentes expreffions
de l'amour divin paroiffent dans
toute leur force. C'est là que regne
une affliction generale'; mais
elley regne fous des caracteresparticuliers.
là
que
On voit donc la Vierge qui confiderant
les tourmens de fon Fils,
paroist touchée de toute la douleur
dont une Mere eft capable ; mais
par une expreffion fenfible , on
62 MERCURE
voit au travers de cette douleur
une conftance furnaturelle , &
digne de la Mere de Dieu. Elle
fe laiffe tomber fur les genoux,
comme voulant faire en cét état
un Acte d'adoration , & un Sa
crifice;felon la penfée deplufieurs
Peres de l'Eglife , qui affeurent
qu'au moment de l'élevation de
la Croix , la Vierge fe reglant
fur l'Oblation que Jon Fils fai
foit alors de foy- mefme , elle l'offroit
auffi au Pere Eternel , comme
pour luy remettre le Dépoft
Sacré qu'elle en avoit receu.
Proche de là , on voit Saint
Jean qui est debout , avec un viGALANT.
63
fage d'autant plus troublé , qu'il
voit à la fois le Sauveur & la
Vierge , dans des tourmens qui
luy demandent également un
prompt fecours. Incertain de quel
costé il doit aller , ou plutoft voulant
courir à tous deux ; on remarque
que d'une main il foûtient la
Vierge , & tend l'autre vers fon
Fils. On diroit qu'il fremit à
chaque effort des Bourreaux qui
travaillent à planter la Croix;
à ce
ces marques d'une agitation
interieure , on eft perfuadé que les
Playes d'un Maiftre fi adorable,
& fi tendrement aimé , ont jetté
des traits divins dans l'ame de fon
ج ر ب
à
64 MERCURE
Favory , & que ce bien- heureux
Apostre fe veut transformer en
luy , expirer avec luy , & courir
à cette Sainte union , qui fait la
felicité la recompense de l'amour
reciproque.
La Madeleine , penetrée de
douleur , a le vifage enfeu , les
cheveux épars , & les mains
jointes , & ferrées par l'effort des
doigts entrelacez les uns dans les
antres , avec cette violence qui eft
l'effet & la marque d'un tranfport
extraordinaire. Sesfouffran
ces font fi vives , ses affe-
Etions fi pures , qu'elle trouve de
la gloire , & du merite à les faire
GALANT. 65
éclatter pour l'édification univerfelle.
Ainfi comme ce font de ces
threfors qui ne doivent point eftre
cachez , elle ne veut point mettre
donner
Mais,
de bornes à fa douleur , ny
de voile à fon amour.
Monfieur , en vous décrivantfon
transport , je ne vous puis taire
celuy d'un homme tres- intelligent
en Peinture , qui obfervant la Fi
gure de cette Madeleine
avant
que le Tableau euft efté enlevé de
Paris , dit à une Compagnie nom
breufe de Curieux qui eftudioientla
mefme Figure , Vous la
voyez qui pleure
Vous
autres , & c'est tout ce que
Septembre 1685.
F
66 MERCURE
Vous y
remarquez ; mais
moy , je l'entends qui fe
plaint.
On voit ces autres Saintes
Femmes de Galilée diverſement
outrées d'affliction , & differemmant
poffedées de l'Eſprit de
Dieu ; felon que ce zele divin
s'exprime par une fainte langueur
, par les marques exterieures
d'une aspiration fervente , ou
d'une palpitation de coeur , ou bien
enfin par d'autres mouvemens, or—
dinaires auxPerfonnes animéesde
l'amour celefte. Leur émotion ne
peut eftre moindre quand on fuppofe
qu'elle vient du cruel spectacle
GALANT. 67
de la Croix , que fix Bourreaux
tâchent de dreffer. On connoist
évidemment
que pour y. attacher
Sauveur avec plus defacilité,
elle a d'abord efte couchée fur une
petite terraffe qui fe forme entre
plufieurs inégalitez dont le terrain
du Calvaire eft couppé; & même
on voit un Tréteau qui aferoy à
la foûtenir quand on a commencé
à la lever. La terraſſeest escarpée ,
fon efcarperegne furle trou où
l'on veut affermir la Croix, qui,
comme j'ay dit , panche encores
mais la terraffe parfa diſpoſition
donne de grands avantages pour
la mettre en fon affiette. Les fix
Fij
68 MERCURE
hommes qui s'y employent à l'envy,
ont tous le vifage de Gens de
travail , la taille renforcée , les
bras nerveux , ∞& le corps dans
une attitude differente , mâis toûjours
naturelle & proportionnée à
leurs efforts differens . De ces fix,
il y en a deux poftez fur la
terraffe quatre en bas pour &
mieux balancer le mouvement de
la Croix , & luy donner un contrepoids
neceffaire , chacunfelon
la fituation où il fe trouve.
Deux des quatre qui font en bas,
tirent chacun un cordage qui va
répondre à chaque extrémité des
deux branches de la Croix pour
GALANT. 69
les foûlever de part & d'autre,
avec une ééggaallee ffoorrccee.. Onjuge
de la vigueur& des efforts de ces
deux hommes par l'extenfion de
leurs Mufcles , qui font marquez
reffentis avec beaucoup d'art.
Le troifiéme panché en avant,
courbéfur fes genoux , foutient
de fon dos le derriere de la
Croix , femble auffi la foûlever,
& mefme la pouffer avec
mefure , tandis que le quatrième
la preffant du corps , des bras , &
des mains , fait agir fa vigueur
fon adreffe pour fe concerter
avec fes Compagnons. Mais des
deux qui font poftez fur la ter70
MERCURE
raffe , il y en a un qui tient la
Croix encore plus étroitement
embraffée , pour eftre ainfi maistre
de tout le mouvement qu'elle reçoit
, & regler en particulier l'effet
des cordages qui agiffent du
costé oppofé. Le dernier est un Soldat
Romain , qui eft armé defacuiraffe
. Il tient une Echelle dreffée
de telle forte que l'échelon le plus
haut foutient la Croix au deffous
des branches pour la hauffer plus
ou moins , felon qu'il faudra feconder
à propos les efforts de fes
Compagnons. La circonspection
du Soldat paroift dans ses yeux
qui font attentifs à tout ce traGALANT.
71
vail ; ce qui convient affez à un
homme qu'on fuppofe avoir esté
long-temps le cruel Ministre des
fupplices ordonnez aux Criminels
, puis qu'en ce temps là les
Romains donnoient ſouvent aux
Soldats , & mefme aux Tribuns
des Legions la commiffion d'exe
cuter à mort de leurs propres
mains , les Perfonnes destinées au
fupplice.
>
La Croix n'eft pas icy reprefen
tée fousla Figure des Croix ordinaires,
qui ont quatre extrémitez
diftinctes ; car en celle cy le tronc
vient fe terminer dans le milieu
des deux branches , fans former
72 MERCURE
un fommet au deffus de cette Traverfe.
Ainfi elle eft femblable
à noftre Lettre capitale T, ou à la
Lettre Grecque Tau ; ce qui est
conforme à l'opinion de plufieurs
Peres de l'Eglife , & à la tradition
de la plupart des Chrétiens
Orientaux. Celle- cy a deux fois
la hauteur d'un homme , comme
il eft aife de juger par les proportions
des Figures du Tableau.
Parmy les Anciens , les Croix
eftoient faites fur des longueurs
fort differentes. Ainfi Aman,
Favory d Affuerus , en prépara
une pour le Supplice de Mardochée
qui eftoit longue de cinquante
coudées.
GALANT. 73
•
coudées ; ce qui contient presque
treize de nos toifes , & ſuppoſe
prés de quinze fois la hauteur
d'un homme. Au contraire les
fept Enfans de Saul furent
attachez chacun à une Croix fi
peu élevée , que les Beftesfauvages
auroient pú atteindre à leurs
pieds , & les manger pendant la
nuit , fans la vigilance de la
pieufe Respha. La longueur de
celle du
Sauveur , telle qu'on la
voit icy
reprefentée , ſe
rapporte
à la
tradition generale , qui tient
que la Vierge eftant debout au
pied de la Croix portoit fa bouche
jufques auxpieds de fon Fils,
Septembre 1685.
G
74 MERCURE
& qu'elle les baifoit tendrement
en les mouillant de fes larmes.
L'Eglife Orientale eftoit particu
lierement dans cette opinion,
comme on le peut remarquer dans
un Poëme Dramatique , attribué
par quelques- uns à Saint Athanafe
, & par quelques autres
S. Gregoire de Nazianze.
Comme la difpofition des qua
tre faces dubois de la Croix à fervy
de fondemente de regle aux
premiers Architectes Chrétiens
pour la structure de nos Eglifes,
M. le Brun a foûtenu cette idée ;
car on voit icyfort distinctement,
la Croix va eftre fituée de que
1
GALANT. 75
telle forte , que le Sauveur aura
à dos la Ville de Hierufalem qui
eft à noftre égard dans la partie
Orientale de l'Horizon . Ainfi il
feraface vers l'Occident,&portera
la main droite vers le Septentrion,&
lagauche vers le Midy.
Nos Eglifes font orientées de la
forte , & c'est ainsi que chaque
jour le Peuple Catholique appellé
au Service divin , rend la chofe
fenfible dans nos Temples ; caren
regardant l'Autel on tourne le vifage
vers l'Orient , pour concevoir
pieufement qu'on a le Sau
weur en face,
Un peu au deffous des Figu
G
ij
76 MERCURE
res de ces Femmes de Galilée,
qui comme nous avons dit , marquent
un raviffement celefte , &
une fufpenfion des fens , on voit
d'autres Figures du mefme coſté,
& fur la premiere Ligne du Tableau
, quifont paroiftre une activité
fort oppofée à cette fainte
langueur , & qui par là forment
eet agreable contraste dont la
Peinture emprunte une partie de
fes beautez. Ce font les quatre
Soldats qu'on fuppofe avoir atta
ché le Sauveur à la Croix ,
divifé entr'eux une partie defes
Veftemens , felon le témoignage
de l'Evangile. On les voit qui
GALANT. 7
و ا
jettent au fort avec des Dez
pour fçavoir à qui demeurera la
Tunique , dont ils n'ont pas vouslu
faire quatre portions , parce
qu'ayant veu qu'elle eft d'un feul
tiffu & fans coûture , ils n'ont pú
Se refoudre à la couper. Elle eft
étendue à terre & quelquesuns
ont les genoux deſſus . Ces
quatre Joueurs font donc figurez
avec cet air inquiet & empreſſe
que donne l'avidité du gain . De la
maniere dont ils s'observent l'un
l'autre, on leur trouve un grand
panchant à difputer le coup de Dé.
L'action d'un cinquième Soldar
qui les regarde , en s'appuyant fur
Giij
78 MERCURE
ume Hache d'armes , marque une
curiofité & une application auffi
forte que s'il eftoit effectivement
intereffe dans le gain & dans la
perte.
A quelque diftance de ces Soldats
, proche le pied de la
Croix , on voit le Vafe plein de
Vinaigre, qui leurfervit quelque
temps aprés à imbiber l'éponge
qu'ils mirent au bout d'un bâton
d'Hyfope, pour la prefenter à la
bouche du Fils de Dieu.
Les deux Croix où les Lar
rons viennent d'eftre attachez,
font aux deux coftez du Sauveur
vers les deux bouts du Tableau,
GALANT. 79
celle du bon Larron à la droite,
l'autre à la gauche . Mais
de cette derniere , on ne voit que
l'extrémité d'une branche avec
une partie de la main du Criminel
; ce qui eft fait avec deffein,
& la fituation de ces deux
Croix marque la fage reflexion
de M. le Brun , qui fans oublier
aucune des circonstances de fon
Sujer , ne laiffe pas de le débar
rafferavec beaucoup de jugement,
faifant en forte que
cipale y foit dominante , & que
les Figures le moins propres
émouvoir l'ame , y tiennent le
moindre rang , & n'y foient:
l'action
prin-
G iiij
8 MERCURE
veuës qu'en paſſant.
Aprés vous avoir fait un détail
de ce qui occupe dans le Tableau
toute la partie de main droite
, voicy tout ce qui remplit le
cofté oppofé. Une Compagnie de.
Gens de Guerre, commandée pour
affeurer l'execution
de la Sentence
de mort vient occuper au pied de
La Croix le poste qu'elle doit tenir.
A la tefte de la marche , on voit,
paroiftre à Cheval un Officier qui
porte l'Etendard
arboré ordinai.
rement dans les petits Corps de
la Milice Romaine ; car les Aigles
& l'Etendard principal appellé
Labarum , ſuppoſoient ne→
GALANT. 81
ceffairement la prefence des Empereurs
, des Confuls , des Chefs
de Legions , ou des Officiers du
premier rang ; mais il ne s'agit icy
que de la marche d'un fimple
Centenier. L'Officier qui porte
l'Etendard , eft montéfurun Cheval
qui paroift inquiet , ardent,
quifemble vouloiréviter trois
Femmes qui font à cofté de lug.
Dans ce mouvement
il porte
faux un des pieds de devant fur
un terrain inégal & glisant,
proche d'une jeune Fille qui est
affife àterre , & qui toute effrayée
de le voir broncher , ſe
fe mettre en feureté. Derriere
fe
leve
・pour
à
82 MERCURE
a
l'Etendard paroift un Officier Ro
main qui eft auffi à Cheval. IL
tient à la main le Titre qui doit
eftre appliqué à la Croix , & qui
efté crit en Caracteres Hebraiques,
Grecs & Latins . Pour mieux
marquer l'autorité de cét Officier,
quelques Soldats qui font à fes
coftez ontfoin d'écarter la foule.
Ainfi on voit cette Milice poftée
differemment ,foitfur un terrain
élevé, ou dans unfond qui ne permet
de voir que la tête desSoldats,
la pointe de leurs Piques & de
leursFavelots; ce qui fe remarque
agreablement dans les détours que
forment les chemins creux reprek
GALANT. 83
fentezdans leTableau.
Auprés de la Fille qui paroist
effrayée du Cheval , il y a une
Femme affife à terre. Elle tient
fur elle deux jeunes Enfans d'un
teint délicat & vermeil , d'un
embonpoint agreable , d'un air
fleury, & d'une beauté animée.
La foule & l'horreur du Spectacle,
ne font pas capables de diſtrai
re l'esprit du plus jeune , qui porte
une pomme à ſa bouche avec
beaucoup d'avidité , & qui fans
autre foin que de la manger , marque
l'indolence des plus tendres
années. Mais celuy qui eft plus
âgé fe tournant à demy vers la
84 MERCURE
Croix, y regarde avec frayeur
l'acharnement des Bourreaux impitoyables
, fe jette en fremif
fantfur fa Mere , qui eft frapée.
d'une pareille terreur. Une autre
Femme , debout fur le mefme.
Plan , fe détourne de la marche
des Soldatspour n'y pas expoſer
un Enfant qui eft encore dans les
Langes , & qu'elle tient endorentre
fes bras. Ce profond affoupiffementfait
un agreable contrafte
avec la vivacité des deux
enfans precedens. Il est vray que
la Mere est affez agitée pour luy.
Elle marque fur le vifage autant
d'effroy qu'en a fait paroiftre celle
my
GALANT. 85
qui tient fes deux Enfans ; mais
affeurément cette forte agitation
ne fe doit pas entierement attribuer
à l'horreur du fpectacle . Ily
entre quelque autre myftere , &
M. le Brun ne fait rien fans un
motif emprunté de l'Hiftoire. Se
lon luy , ces deux Meres , allarle
Sau
mées de la prediction que
veur vient de leur faire pendant
le portement de la Croix , s'imaginent
déja voir la deftruction de
Hierufalem dont il les a menacées
, & appliquent
à leurs Enfans
cette formidable
Prophetie ,
conceue en ces termes. Filles de
Hierufalem
ne pleurez
86 MERCURE
de
point fur moy ; mais pleurez
fur vous , & fur vos Enfans .
Le terrain bizarre de la Mon
tagne cache prefque toute la Ville
de Hierufalem , Ainfi on ne
découvre que le fommet du Palais
David,duTemple de Salomon,
& de la Tour Antonia. Les
Murailles qui regardent le Calvaire
, ont leurs Creneaux occupez
par un grand nombre de Curieux
, qui veulent voir le Cru
cifiement. Il y en a pluſieurs autres
qui preffez de la mefme curiofité
montent fur des Arbres difperfez
en differens endroits
l'embelliſſement du Tableau.
pour
GALANT. 87
Une Tour quarrée , élevée auprés
de la porte qui répond au
Calvaire , est à moitié cachée par
une éminence , dont le fommet eft
fort applany ; ce qui forme une
terraffe tres commode pour voir le
Spectacle. Auffi quelques Perfonnes
d'un rang diftingué y ont
déja pris leur place ; mais pour en
chafferles Gens de neant , quelques
Soldats y font poftez ,
mefme une de leurs Sentinelles
tient à la main une demy Pique,
& en prefente la pointe en
avant pour arrefterune longuefile
de Curieux , qui veulent monter
fur le Terre-plainpar un chemin
88 MERCURE
étroit & efcarpé ; ce qui est une
induftrie particuliere de M. le
Brun , tant pour laiffer à nostre
ail une espece de reposfur une Pelouze
agreable qui embellit le
Terre-plain , que pour éviter l'informe
& confus amas d'une infinité
de petites Figures , qui auroient
amuse nos yeux par des
fait negliger l'a- minuties ,
ction principale dufujet.
L'horizon le lointain du
Tableau font diverſifiez par des
Colines , des Plaines également
agreables , & par une lumiere
douce qui flatte & délaffe la
veuë ; mais l'air qui regne fur le
GALANT. 89
Calvaire est agité de plufieurs
nuages quife choquent, & roulent
avec violence les unsfur les autres
pour donner commencement aux
prodiges qui parurent à la mort
de l'Autheur de la Nature ; car
la Nature elle- mefme envelopée
dans un fait fi étonnant , agit
alors contre le cours de fes Caufes
ordinaires. La Terre trembla,
les Pierres fe fendirent , & le
Soleil s'éclipfa par un pur
cle , puis que la Lune estant alors
dans fon oppofition , ne pouvoit
éclipfer le Soleil ,
Terre de tenebres. Ainfile choc
de ces Nuages & Palteration
Septembre 1685.
ny
mira_
couvrir la
H
90 MERCURE
de l'air qui precederent ces mer
veilles , & qui mefme enfurent
une preparation , montrent que
M. le Brun ne laiffe rien échap
de tout ce qui eft effenciel au
fujet qu'il traite.
per
En finiffant icy ces Remar
ques , je m'apperçay bien , Mon
fieur , que mes expreſſions ne ré
pondent pas dignement à celles du
Tableau , & qu'il y faudroit les
efforts de tant de plumes celebres,
qui nous ont décrit les Ouvrages
de cét excellent Peintre ; mais
faute d'ornemens , je vay recourir
à une grande authorité pour
mettre ce Crucifiement dans l'é
GALANT. 91
que
en a
clat qu'il merite.Je vous diray donc
le Roy l'ayant receu avec
autant de fatisfaction qu'il
déja témoigné pour les Tableaux
de la magnifique Galerie de Ver
failles , generalement pour
tout ce que M. le Brun a mis au
jour , Sa Majesté n'a pas dédai
gné de faire remarquer Elle mes
aux Perfonnes du premier -
rang , les differentes beautez de
ce Chef d'oeuvre. Voila ,fans
doute , un témoignage d'un grand !
poids , & qui ne peut eftre fou
pçonné deflatterie. Jefuis vostre,
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Résumé : LETTRE ECRITE DE VERSAILLES A LYON.
Le texte décrit le dernier tableau de Charles Le Brun pour le roi, représentant la Crucifixion du Christ. Au centre de la scène, le Christ est attaché à une croix légèrement inclinée, affichant une expression de majesté et de bonté malgré ses souffrances. Les détails anatomiques sont précis, et plusieurs figures entourent le Christ, notamment la Vierge Marie, saint Jean, et des femmes pieuses, toutes exprimant une profonde affliction. La Vierge Marie est particulièrement mise en avant pour sa douleur mêlée de confiance divine. Le tableau respecte les traditions théologiques et artistiques, utilisant quatre clous pour fixer les pieds du Christ à la croix. Saint Jean apparaît troublé, tandis que la Madeleine est en proie à une douleur intense. La croix, de forme particulière ressemblant à la lettre grecque Tau, est en cours d'érection sur le Calvaire par six hommes, dont un soldat romain. La croix de Jésus mesure cinquante coudées, permettant à la Vierge Marie de baiser les pieds de son fils. La disposition des quatre faces de la croix a servi de modèle aux premiers architectes chrétiens pour structurer les églises. Le tableau inclut également des femmes de Galilée en état de ravissement céleste, des soldats jetant des dés pour la tunique de Jésus, et les deux larrons crucifiés de part et d'autre de Jésus. Des soldats romains, dirigés par un centurion, assurent l'exécution de la sentence. Le paysage comprend une vue partielle de Jérusalem, avec des spectateurs sur les murailles et dans les arbres. L'horizon est varié par des collines et des plaines, et l'air au-dessus du Calvaire est agité par des nuages annonçant des prodiges. Le roi a reçu le tableau avec satisfaction et l'a montré aux personnes de haut rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1092
p. 50
MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
Début :
Amour voyant les beaux Yeux qui m'ont pris. [...]
Mots clefs :
Amour, Noeud, Mère, Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
MADRIGAL
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
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1099
p. 52
ÉPITAPHE-ÉNIGMATIQUE.
Début :
Ecce virum, lector, furto qui furta redemit : [...]
Mots clefs :
Latro poenitens
1100
p. 52
Traduction.
Début :
Un vol a fait mon crime, un vol a fait ma gloire. [...]
Mots clefs :
Bon larron