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1
p. 1319-1330
LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
Début :
Il est vrai, Monsieur, que le livre anoncé sous le titre, d'ABC DE CANDIAC [...]
Mots clefs :
Enfants, Étude, Réflexions, A, B, C Français, A, B, C Latin, Leçons
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
LETRE pour fervir de réponse à la
Letre de M.... écrite de Grenoble , &
inferée dans le Mercure du mois de Mai
1730 .
I
Left vrai , Monfieur , que le livre
anoncé fous le titre , d'A B C DE CANDIAC
auroit déja du paroitre , mais cela
n'a pas abfolument dépendu de l'auteur ;
come il fouhaite doner une Edition paffable
& corecte , il n'a voulu prendre au
cun engagement avec des libraires , fe
fatant d'avoir dans peu la liberté de
mieux faire avec quelque imprimeur . Le
titre d'ABC de Candiac aïant paru
trop fimple à bien des perfones , on lui
a confeillé d'en prendre un autre moins
vague , & qui donat une idée plus exacte
de fon ouvrage ; c'eft pourquoi il l'a intitulé
, LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS , OU
LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES , &c.
11. Vol. Cvj & c'eft
1320 MERCURE DE FRANCE
& c'eft fous ce titre qu'il en a obtenu le
privilege.
Voici , Monfieur , le plan de fon ouvrage.
Il eft divifé en deux volumes , l'un
pour le maitre , & l'autre
pour l'enfant. >
Celui de l'enfant, ou de pure pratique , eft.
divifé en cinq parties.
La premiere partie contient en cinquante
leçons, trois A B C latins ; favoir,
le premier en vint & une petites leçons ?
pour les letres , voyeles ou confones ;
grandes & petites : les confones avec
leur nom ou fans leur nom ; reffemblantes
ou non reffemblantes ; letres grifes
romaines , & italiques ; letres à poins , à
titres , à trema , à accens ; voyeles naza
fes ; diftongues , fons fimples , ou compofés
; confones fortes , confones foibles ; letres
fiflantes , afpirées ; letres doubles , ligatures
, &s ..... Le fegond A B C´latin
en quinze petites leçons , eft pour les
combinaiſons des confones avec les voye
fes initiales , finales , & mediales ; pour:
les combinaiſons des confones à double
emploi , ufage ou valeur , come font les .
letres c, g ,f, t, x, y , & c. pour les combinaifons
des letres liquides ou coulantes.
1, r; pour les combinaifons des caracte
resch , ph , rb , th , & des letres dificiles
pour les combinaifons des confones fimples
, doubles , fortes ou foibles , & c. ....
2.
II. Fol
Le
JUIN 1730. 1321
Le troifiéme A B C latin en quatorze petites
leçons , contient les monofilabes latins
la filabifation , ou l'art d'épeler toute
forte de polifilabes & de mots dificiles
faits exprès , ou choifis dans les livres ; des
mots , fans voyeles , & de vieux mots la
tins abregés ou non abrégés.
La fegonde partie contient auffi trois
ABC françois en deux cens & tant de
leçons ; favoir le premier en huit petites
leçons pour les voyeles latines & les
voyeles françoifes; pour les confones avec:
leur nom ou fans leur nom ; pour les fons .
fimples ou compofés ; pour toutes les combinaiſons
des confonnes , foibles ou fortes;
pour les combinaiſons des fons fecs, liquides,
& mouillés , &c....Le fegond ABC
françois en fix petites leçons contient les
monofilabes françois , & la filabifation ,
ou l'art d'épeler toute forte de mots &c.
... Le troifiéme ABC plus étendu ,
contient toutes les autres combinaiſons.
neceffaires , & quantité de leçons de lecture,
variées par diferens fujets fur les le
tres & fur les nombres ; & enfin une no →
menclature des arts & des fiences , fuivie
de la doctrine chrétienne , & du calen--
drier de Jules-Cefar à côté de notre al--
manac. On parlera des autres trois parties
dans le mercure du mois prochain .
Le volume du maître , qui fervira en-
JI. Vol fuite
122 MERCURE DE FRANCE
fuite à l'enfant , eft auffi diviſé en cinq
parties ; la premiere partie contient en
cent & tant de pages la preface de l'ou--
vrage, & les réflexions ou inftructions neceffaires
fur tout l'atirail literaire que l'on
peut doner à un petit enfant , come
des jeux de cartes , une caffete , & un bureau
abécédiques ; une caffe d'imprimerie
, en colombier , la fuite du bureau tipografique
, latin- françois , un rudiment
pratique ; & enfin le dictionaire du bureau
tipografique ; cette même partie con--
tient les reflexions , & les remarques fur
les cinquante leçons des trois A B C la
rins.
ge.
La fegonde partie en cent & tant de
pages , contient d'abord les reflexions
nerales , & préliminaires fur l'étude de la
langue françoife , & des fons qui la dif--
tinguent des autres langues ; & enſuite
des remarques grammaticales fur les leçons
des trois A B C françois.
La troifiéme partie en trente & tant de
pages , contient une réponse aux raifonemens
, ou aux préjugés de M. l'Abe
Regnier dans fon traité de l'ortografe , &
quelques reflexions fur l'ortografe des dic
tionaires de Richelet , de Furetiere , det
Trevoux , de l'Academie Françoife , & def
Academie d'Espagne.
La quatrième partie , en foixanté &
II. Vol.
*tane™
JUIN. 1730 1323
tant de pages , contient
dans un ordre
cronologique
des extraits
critiques
d'une'
trentaine
d'auteurs
, par rapport à la tradition
de l'ortografe
& de les principes
,
fuivis ou changés
depuis
près de deux
fiecles. Cette partie poura être augmen
tée à mesure que les ortografiftes
anciens
ou modernes
tomberont
fous la main de
l'auteur de ce petit ouvrage.
La cinquième partie contient les inf
tructions préliminaires fur le rudiment
pratique de la langue latine , & des refle
xions fur les petits exercices de l'enfant ,
auquel les parens fouhaitent de doner
une noble & belle éducation .
Voilà , Monfieur , l'idée la plus apro
chante que je puiffe vous doner de cet
ouvrage , l'auteur , felon les principes de
Ramus , infifte toujours beaucoup fur la
pratique , parce qu'il croit plus aife de faire
agir les enfans , que de les faire raifo- '
ner ; c'eft travaillet en pure perte que de
les arêter lontems fur des fpeculations
qui vont à prouver l'utilité des regles ,
au lieu de les faire paffer au plutôt à la
pratique même de ces regles. Il a ceperdant
expliqué fa métode auffi clairement
qu'il lui a été poffible , il a même pris à
tâche de rendre raifon de tout dans le
corps de l'ouvrage , & de répondre à
toutes les dificultés raifonables qu'on
NII Vol
peut
1324 MERCURE DE FRANCE
R
peut former contre cette nouvele maniere
d'inftruire les enfans .
Il ya deux fortes de perfones que l'auteur
ne s'eft jamais flaté de pouvoir convaincre.
Il met au premier rang ceux qui ,
par un entêtement exceffiffur l'exactitude,
de leurs recherches , croient que tout eft
trouvé , parce qu'il leur plaît de croire
qu'ils n'ont plus rien à aprendre ; dans
cette idée ils n'ont que du mépris pour les
nouveles découvertes , & ne laiffent tout
au plus aux autres que la gloire d'ateindre
au dégré de favoir ,
ou la. la trop
opinion de leur fufifance les a placés. Le
plus court avec eux , c'eft de les abandoner
à leur fauffe préfomtion , qui n'a rien
de réel que l'ignorance où elle les retient,
& le ridicule qui en eft inféparable.
bone
La fegonde efpece de gens , ce font
ceux qui par une déference aveugle pour
ceux qui nous ont devancés dans la catiere
des belles letres , fe bornent uniquement
à favoir les opinions des autres ;
come le travail eft inféparable de la recherche
, ils aiment mieux fupofer que les
ancienes métodes font bones & fufifan--
tes , que de fe charger du foin d'examiner :
fi les nouveles ne valent pas mieux . On va .
toujours bien felon eux , quand on eft
dans un chemin batu , quelque long qu'il
Loit , & quelque embaras qu'on y trouve ;
II. Vol. comme™
y
JUIN 1730 1325
come fi l'avantage d'ariver plutot , &
plus comodément ne valoit pas la peine
de tenter une nouvele route. Du refte
fujets modeftes & foumis dans la republique
des letres , ils ne mettent point de
diference entre une hardieffe outrée, toujours
prete à tout contredire , & une ho
nete liberté qui fe referve le droit de
choifir entre le bien & le mieux : fcrupu
leufement atachés à leur routine , ils s'y
repofent come dans une poffeffionoù perfone
n'eft en droit de les troubler. Les
premiers qu'on peut apeler des demi-favans
glorieux , font trop entêtés de leur
propre merite , ceux- ci de celui d'autruis
cette double difpofition , également bla
mable & dans les uns & dans les autres ,
aretera toujours le progrès des fiences.
à moins qu'on ne prene le parti de fe metre
au-deflus de la fote vanité des premiers
, & de la timidité de ces derniers .
Il y a plus de quinfe ans que l'Auteur
de cette metode fit quelque étude des fons
de la langue françoife , & cela pour profiter
un peu du fejour de Paris où il fe
trouvoit alors. Il mit fes reflexions fur le
papier , mais pour lui feul , ou tout au
plus pour quelques amis . De retour en
province , il eut ocafion de faire l'effai
de cette doctrine des fons : & avec un
peu d'aplication & de travail , il mit dans
II. Vol
peu
1326 MERCURE DE FRANCE
peu de tems une gouvernante en état de
montrer les letres & les fons à un enfant
de deux ans ; ce qu'on pouroit même
pratiquer encore plutôt , fi les enfans
étoient pour l'ordinaire capables d'articuler
des fons avant ce tems là. Cet effai
réuffit fi bien , que l'enfant conut toutes
les letres grandes & petites à l'âge de
trente mois , & qu'à trois ans il lut paſſablement
le françois & le latin , l'heureux
fuccès fur la premiere de ces deux langues
aïant porté l'auteur à tenter la même
chofe fur la fegonde.
On croit ordinairement qu'il eft inutile
, indiferent , & peut- etre meme dangereux
de montrer les lètres à un enfant
dès qu'il fait articuler quelques filabes .
Bien des gens s'imaginent que de comancer
deux ou trois ans plutot ou plus tard, cela
ne fauroit guere influer ni en bien nien mak
dans le refte de la vie ; & qu'enfin l'education
tardive peut mener également à la
perfection ; c'eft là , ce me femble , un
prejugé que l'ignorance & la coutume
paroiffent n'avoir déja que trop autorifé;
car le degout de la plupart des écoliers
ne vient peut- etre pas moins d'une édu
cation tardive que d'un defaut de difpo
fition à l'étude. Je penfe donc avec l'auteur
qu'il feroit très utile que l'enfant pût
lire auffi tot qu'il fait parler ; cela lui do-
I I. Vol. neroit
UIN. 1730.
1327
neroit plus de facilité dans toutes les études.
La diference d'un enfant qui lit à
trois ans , & de celui qui à peine lit à ſept ,
doit etre contée pour beaucoup dans la
fuite des études. Il y a tant de chofes à
aprendre , qu'on ne fauroit trop tôt comancer.
On ne prend pour pretexte la
fanté , la foibleffe , ou la vivacité d'un enfant
, que pour fe juftifier foi meme , &
pour excufer un ufage fuivi par imitation
plutot que par raifon ; chacun pouroit
fournir fur autrui , & peut-etre fur foi
même , des exemples de cet abus .
D'où vient que les ainés , les enfans uniques
, ou les enfans le plus cheris , font
ordinairement moins avancés dans les étu
des que les autres : c'eft qu'on les a mis
trop tard à l'abc , ou peut être trop tôt
fur des livres ordinaires & mal faits : on
a rempli de fimples puerilités leur imagination
tendre ; ils ont grandi dans l'exereice
continuel des badinages ; ils ont enfuite
peine à les facrifier aux leçons inftructives
& penibles qu'on leur done
D'ailleurs enfeveli dans les prejugés , on
aime mieux en general voir vivre fon
enfant dans l'ignorance , que de s'expofer
à la crainte mal fondée , de le perdre fort
favant ; & l'on conclud fans raifon que la
frence abrege leurs jours , come fi l'ignorance
& l'oifiveté prometoient une plus
II. Vol. longue
1328 MERCURE DE FRANCE
longue vie . Quelques particuliers peuvent,
l'imaginer ainfi , mais le Public penſe &
taifone plus jufte.
pas mal
Puifque les autorités & les exemples
font ordinairement plus d'impreffion que
les fimples raifonemens , il n'eft
d'en raporter ici quelques uns. Certaines
perfones ont cru , dit Quintilien , qu'il ne
faut pas entreprendre de rien enfeigner
aux enfans avant fept ans : mais ceux qui
come Chrifipe , ne veulent pas qu'aucun
age foit exemt d'aplication , l'entendent
bien mieux. Car quoiqu'il laiffe l'enfant
entre les mains des femmes jufqu'à trois
ans , il veut qu'elles prenent foin dès ce
tems là de lui former l'efprit par les meil-
Ieures inftructions qu'elles font capables
de doner. Et pourquoi ce meme age , qui
eft déja fufceptible d'impreffion pour
les
moeurs , ne le feroit- il pas auffi des premiers
elemens de literature ?
Socrate lontems auparavant avoit fait
comprendre à fes diciples que les enfans
qui favent parler , & qui comancent à
faire paroitre du dicernement , ne font
point trop jeunes pour les fiences. Ariftote
& Platon l'ont penfé de même : &
fi Quintilien déja cité , M. le Fevre , Madame
Dacier , & beaucoup de favans , ont
eu le malheur de perdre leurs enfans ce-
Jebres , doit on conclure qu'il font morts
II. Vol. par
JUIN. 1730. 1329
par des excès d'étude ? la tendreffe paternele
des favans eft elle moins naturele que
celle des autres homes ? font ils plus avcuglés
, & moins atentifs lorfqu'il s'agit
des égars & des menagemens neceffaires à
la confervation des enfans le plus cheris ?
Il eft vrai que les énemis de l'étude l'a
cufent d'etre meurtriere , & difent qu'elle
affaffine les enfans ou qu'elle les empêche
de croitre. Dès qu'il meurt quelque enfant
celebre les études , les ignorans
ne manquent pas d'en acufer ces mêmes
études ; c'eft la maniere dont ils s'y prenent
pour confoler des parens afligés , &
cela fans faire atention au nombre infini
d'enfans qui restent nains ou qui meurent
malgré leur parfaite ignorance & au
par
و
grand nombre de ceux qui vivent au delà
de quatre vints ans quoiqu'ils aient comencé
de fort bone heure à étudier . On
fait que le Cardinal Lugo dès l'âge de trois
ans fit paroitre fon heureux genie ; car il
favoit lire les imprimés & les manufcrits.
Bayle en parle dans fon dictionaire. Le
Taffe à l'age de trois ans , comença à étu
dier la gramaire ; & il fe portoit à l'étude
avec tant d'ardeur & tant de gout , que
fon pere n'hefita point à l'envoyer au co
lege des Jefuites , dès l'ege de quatre ans.
Sous ces habiles maitres le petit Torquato
fit de fi grans progrès , qu'à fept ans il
II. Vol. favoir
1330 MERCURE DE FRANCE
favoit parfaitement le latin , & tres palla
blement le grec. La fuite des nouveles
d'Amfterdam du 30 avril 1726 parloit
du petit Jean Filipe Baratier de Schwal
bach , qui comença d'aprendre les letres
avant l'age de deux ans. Mais ctier des
enfans morts, aux ïeux des ignorans , c'eſt
prefque decrier une métode : citer das
enfans étrangers , c'eft s'expofer à n'etre
pas cru : il en faut donc citer qui foient
en vie , & à Paris , la choſe eft aisée , &
ce fera pour un autre Mercure.Je fuis, &c.
Letre de M.... écrite de Grenoble , &
inferée dans le Mercure du mois de Mai
1730 .
I
Left vrai , Monfieur , que le livre
anoncé fous le titre , d'A B C DE CANDIAC
auroit déja du paroitre , mais cela
n'a pas abfolument dépendu de l'auteur ;
come il fouhaite doner une Edition paffable
& corecte , il n'a voulu prendre au
cun engagement avec des libraires , fe
fatant d'avoir dans peu la liberté de
mieux faire avec quelque imprimeur . Le
titre d'ABC de Candiac aïant paru
trop fimple à bien des perfones , on lui
a confeillé d'en prendre un autre moins
vague , & qui donat une idée plus exacte
de fon ouvrage ; c'eft pourquoi il l'a intitulé
, LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS , OU
LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES , &c.
11. Vol. Cvj & c'eft
1320 MERCURE DE FRANCE
& c'eft fous ce titre qu'il en a obtenu le
privilege.
Voici , Monfieur , le plan de fon ouvrage.
Il eft divifé en deux volumes , l'un
pour le maitre , & l'autre
pour l'enfant. >
Celui de l'enfant, ou de pure pratique , eft.
divifé en cinq parties.
La premiere partie contient en cinquante
leçons, trois A B C latins ; favoir,
le premier en vint & une petites leçons ?
pour les letres , voyeles ou confones ;
grandes & petites : les confones avec
leur nom ou fans leur nom ; reffemblantes
ou non reffemblantes ; letres grifes
romaines , & italiques ; letres à poins , à
titres , à trema , à accens ; voyeles naza
fes ; diftongues , fons fimples , ou compofés
; confones fortes , confones foibles ; letres
fiflantes , afpirées ; letres doubles , ligatures
, &s ..... Le fegond A B C´latin
en quinze petites leçons , eft pour les
combinaiſons des confones avec les voye
fes initiales , finales , & mediales ; pour:
les combinaiſons des confones à double
emploi , ufage ou valeur , come font les .
letres c, g ,f, t, x, y , & c. pour les combinaifons
des letres liquides ou coulantes.
1, r; pour les combinaifons des caracte
resch , ph , rb , th , & des letres dificiles
pour les combinaifons des confones fimples
, doubles , fortes ou foibles , & c. ....
2.
II. Fol
Le
JUIN 1730. 1321
Le troifiéme A B C latin en quatorze petites
leçons , contient les monofilabes latins
la filabifation , ou l'art d'épeler toute
forte de polifilabes & de mots dificiles
faits exprès , ou choifis dans les livres ; des
mots , fans voyeles , & de vieux mots la
tins abregés ou non abrégés.
La fegonde partie contient auffi trois
ABC françois en deux cens & tant de
leçons ; favoir le premier en huit petites
leçons pour les voyeles latines & les
voyeles françoifes; pour les confones avec:
leur nom ou fans leur nom ; pour les fons .
fimples ou compofés ; pour toutes les combinaiſons
des confonnes , foibles ou fortes;
pour les combinaiſons des fons fecs, liquides,
& mouillés , &c....Le fegond ABC
françois en fix petites leçons contient les
monofilabes françois , & la filabifation ,
ou l'art d'épeler toute forte de mots &c.
... Le troifiéme ABC plus étendu ,
contient toutes les autres combinaiſons.
neceffaires , & quantité de leçons de lecture,
variées par diferens fujets fur les le
tres & fur les nombres ; & enfin une no →
menclature des arts & des fiences , fuivie
de la doctrine chrétienne , & du calen--
drier de Jules-Cefar à côté de notre al--
manac. On parlera des autres trois parties
dans le mercure du mois prochain .
Le volume du maître , qui fervira en-
JI. Vol fuite
122 MERCURE DE FRANCE
fuite à l'enfant , eft auffi diviſé en cinq
parties ; la premiere partie contient en
cent & tant de pages la preface de l'ou--
vrage, & les réflexions ou inftructions neceffaires
fur tout l'atirail literaire que l'on
peut doner à un petit enfant , come
des jeux de cartes , une caffete , & un bureau
abécédiques ; une caffe d'imprimerie
, en colombier , la fuite du bureau tipografique
, latin- françois , un rudiment
pratique ; & enfin le dictionaire du bureau
tipografique ; cette même partie con--
tient les reflexions , & les remarques fur
les cinquante leçons des trois A B C la
rins.
ge.
La fegonde partie en cent & tant de
pages , contient d'abord les reflexions
nerales , & préliminaires fur l'étude de la
langue françoife , & des fons qui la dif--
tinguent des autres langues ; & enſuite
des remarques grammaticales fur les leçons
des trois A B C françois.
La troifiéme partie en trente & tant de
pages , contient une réponse aux raifonemens
, ou aux préjugés de M. l'Abe
Regnier dans fon traité de l'ortografe , &
quelques reflexions fur l'ortografe des dic
tionaires de Richelet , de Furetiere , det
Trevoux , de l'Academie Françoife , & def
Academie d'Espagne.
La quatrième partie , en foixanté &
II. Vol.
*tane™
JUIN. 1730 1323
tant de pages , contient
dans un ordre
cronologique
des extraits
critiques
d'une'
trentaine
d'auteurs
, par rapport à la tradition
de l'ortografe
& de les principes
,
fuivis ou changés
depuis
près de deux
fiecles. Cette partie poura être augmen
tée à mesure que les ortografiftes
anciens
ou modernes
tomberont
fous la main de
l'auteur de ce petit ouvrage.
La cinquième partie contient les inf
tructions préliminaires fur le rudiment
pratique de la langue latine , & des refle
xions fur les petits exercices de l'enfant ,
auquel les parens fouhaitent de doner
une noble & belle éducation .
Voilà , Monfieur , l'idée la plus apro
chante que je puiffe vous doner de cet
ouvrage , l'auteur , felon les principes de
Ramus , infifte toujours beaucoup fur la
pratique , parce qu'il croit plus aife de faire
agir les enfans , que de les faire raifo- '
ner ; c'eft travaillet en pure perte que de
les arêter lontems fur des fpeculations
qui vont à prouver l'utilité des regles ,
au lieu de les faire paffer au plutôt à la
pratique même de ces regles. Il a ceperdant
expliqué fa métode auffi clairement
qu'il lui a été poffible , il a même pris à
tâche de rendre raifon de tout dans le
corps de l'ouvrage , & de répondre à
toutes les dificultés raifonables qu'on
NII Vol
peut
1324 MERCURE DE FRANCE
R
peut former contre cette nouvele maniere
d'inftruire les enfans .
Il ya deux fortes de perfones que l'auteur
ne s'eft jamais flaté de pouvoir convaincre.
Il met au premier rang ceux qui ,
par un entêtement exceffiffur l'exactitude,
de leurs recherches , croient que tout eft
trouvé , parce qu'il leur plaît de croire
qu'ils n'ont plus rien à aprendre ; dans
cette idée ils n'ont que du mépris pour les
nouveles découvertes , & ne laiffent tout
au plus aux autres que la gloire d'ateindre
au dégré de favoir ,
ou la. la trop
opinion de leur fufifance les a placés. Le
plus court avec eux , c'eft de les abandoner
à leur fauffe préfomtion , qui n'a rien
de réel que l'ignorance où elle les retient,
& le ridicule qui en eft inféparable.
bone
La fegonde efpece de gens , ce font
ceux qui par une déference aveugle pour
ceux qui nous ont devancés dans la catiere
des belles letres , fe bornent uniquement
à favoir les opinions des autres ;
come le travail eft inféparable de la recherche
, ils aiment mieux fupofer que les
ancienes métodes font bones & fufifan--
tes , que de fe charger du foin d'examiner :
fi les nouveles ne valent pas mieux . On va .
toujours bien felon eux , quand on eft
dans un chemin batu , quelque long qu'il
Loit , & quelque embaras qu'on y trouve ;
II. Vol. comme™
y
JUIN 1730 1325
come fi l'avantage d'ariver plutot , &
plus comodément ne valoit pas la peine
de tenter une nouvele route. Du refte
fujets modeftes & foumis dans la republique
des letres , ils ne mettent point de
diference entre une hardieffe outrée, toujours
prete à tout contredire , & une ho
nete liberté qui fe referve le droit de
choifir entre le bien & le mieux : fcrupu
leufement atachés à leur routine , ils s'y
repofent come dans une poffeffionoù perfone
n'eft en droit de les troubler. Les
premiers qu'on peut apeler des demi-favans
glorieux , font trop entêtés de leur
propre merite , ceux- ci de celui d'autruis
cette double difpofition , également bla
mable & dans les uns & dans les autres ,
aretera toujours le progrès des fiences.
à moins qu'on ne prene le parti de fe metre
au-deflus de la fote vanité des premiers
, & de la timidité de ces derniers .
Il y a plus de quinfe ans que l'Auteur
de cette metode fit quelque étude des fons
de la langue françoife , & cela pour profiter
un peu du fejour de Paris où il fe
trouvoit alors. Il mit fes reflexions fur le
papier , mais pour lui feul , ou tout au
plus pour quelques amis . De retour en
province , il eut ocafion de faire l'effai
de cette doctrine des fons : & avec un
peu d'aplication & de travail , il mit dans
II. Vol
peu
1326 MERCURE DE FRANCE
peu de tems une gouvernante en état de
montrer les letres & les fons à un enfant
de deux ans ; ce qu'on pouroit même
pratiquer encore plutôt , fi les enfans
étoient pour l'ordinaire capables d'articuler
des fons avant ce tems là. Cet effai
réuffit fi bien , que l'enfant conut toutes
les letres grandes & petites à l'âge de
trente mois , & qu'à trois ans il lut paſſablement
le françois & le latin , l'heureux
fuccès fur la premiere de ces deux langues
aïant porté l'auteur à tenter la même
chofe fur la fegonde.
On croit ordinairement qu'il eft inutile
, indiferent , & peut- etre meme dangereux
de montrer les lètres à un enfant
dès qu'il fait articuler quelques filabes .
Bien des gens s'imaginent que de comancer
deux ou trois ans plutot ou plus tard, cela
ne fauroit guere influer ni en bien nien mak
dans le refte de la vie ; & qu'enfin l'education
tardive peut mener également à la
perfection ; c'eft là , ce me femble , un
prejugé que l'ignorance & la coutume
paroiffent n'avoir déja que trop autorifé;
car le degout de la plupart des écoliers
ne vient peut- etre pas moins d'une édu
cation tardive que d'un defaut de difpo
fition à l'étude. Je penfe donc avec l'auteur
qu'il feroit très utile que l'enfant pût
lire auffi tot qu'il fait parler ; cela lui do-
I I. Vol. neroit
UIN. 1730.
1327
neroit plus de facilité dans toutes les études.
La diference d'un enfant qui lit à
trois ans , & de celui qui à peine lit à ſept ,
doit etre contée pour beaucoup dans la
fuite des études. Il y a tant de chofes à
aprendre , qu'on ne fauroit trop tôt comancer.
On ne prend pour pretexte la
fanté , la foibleffe , ou la vivacité d'un enfant
, que pour fe juftifier foi meme , &
pour excufer un ufage fuivi par imitation
plutot que par raifon ; chacun pouroit
fournir fur autrui , & peut-etre fur foi
même , des exemples de cet abus .
D'où vient que les ainés , les enfans uniques
, ou les enfans le plus cheris , font
ordinairement moins avancés dans les étu
des que les autres : c'eft qu'on les a mis
trop tard à l'abc , ou peut être trop tôt
fur des livres ordinaires & mal faits : on
a rempli de fimples puerilités leur imagination
tendre ; ils ont grandi dans l'exereice
continuel des badinages ; ils ont enfuite
peine à les facrifier aux leçons inftructives
& penibles qu'on leur done
D'ailleurs enfeveli dans les prejugés , on
aime mieux en general voir vivre fon
enfant dans l'ignorance , que de s'expofer
à la crainte mal fondée , de le perdre fort
favant ; & l'on conclud fans raifon que la
frence abrege leurs jours , come fi l'ignorance
& l'oifiveté prometoient une plus
II. Vol. longue
1328 MERCURE DE FRANCE
longue vie . Quelques particuliers peuvent,
l'imaginer ainfi , mais le Public penſe &
taifone plus jufte.
pas mal
Puifque les autorités & les exemples
font ordinairement plus d'impreffion que
les fimples raifonemens , il n'eft
d'en raporter ici quelques uns. Certaines
perfones ont cru , dit Quintilien , qu'il ne
faut pas entreprendre de rien enfeigner
aux enfans avant fept ans : mais ceux qui
come Chrifipe , ne veulent pas qu'aucun
age foit exemt d'aplication , l'entendent
bien mieux. Car quoiqu'il laiffe l'enfant
entre les mains des femmes jufqu'à trois
ans , il veut qu'elles prenent foin dès ce
tems là de lui former l'efprit par les meil-
Ieures inftructions qu'elles font capables
de doner. Et pourquoi ce meme age , qui
eft déja fufceptible d'impreffion pour
les
moeurs , ne le feroit- il pas auffi des premiers
elemens de literature ?
Socrate lontems auparavant avoit fait
comprendre à fes diciples que les enfans
qui favent parler , & qui comancent à
faire paroitre du dicernement , ne font
point trop jeunes pour les fiences. Ariftote
& Platon l'ont penfé de même : &
fi Quintilien déja cité , M. le Fevre , Madame
Dacier , & beaucoup de favans , ont
eu le malheur de perdre leurs enfans ce-
Jebres , doit on conclure qu'il font morts
II. Vol. par
JUIN. 1730. 1329
par des excès d'étude ? la tendreffe paternele
des favans eft elle moins naturele que
celle des autres homes ? font ils plus avcuglés
, & moins atentifs lorfqu'il s'agit
des égars & des menagemens neceffaires à
la confervation des enfans le plus cheris ?
Il eft vrai que les énemis de l'étude l'a
cufent d'etre meurtriere , & difent qu'elle
affaffine les enfans ou qu'elle les empêche
de croitre. Dès qu'il meurt quelque enfant
celebre les études , les ignorans
ne manquent pas d'en acufer ces mêmes
études ; c'eft la maniere dont ils s'y prenent
pour confoler des parens afligés , &
cela fans faire atention au nombre infini
d'enfans qui restent nains ou qui meurent
malgré leur parfaite ignorance & au
par
و
grand nombre de ceux qui vivent au delà
de quatre vints ans quoiqu'ils aient comencé
de fort bone heure à étudier . On
fait que le Cardinal Lugo dès l'âge de trois
ans fit paroitre fon heureux genie ; car il
favoit lire les imprimés & les manufcrits.
Bayle en parle dans fon dictionaire. Le
Taffe à l'age de trois ans , comença à étu
dier la gramaire ; & il fe portoit à l'étude
avec tant d'ardeur & tant de gout , que
fon pere n'hefita point à l'envoyer au co
lege des Jefuites , dès l'ege de quatre ans.
Sous ces habiles maitres le petit Torquato
fit de fi grans progrès , qu'à fept ans il
II. Vol. favoir
1330 MERCURE DE FRANCE
favoit parfaitement le latin , & tres palla
blement le grec. La fuite des nouveles
d'Amfterdam du 30 avril 1726 parloit
du petit Jean Filipe Baratier de Schwal
bach , qui comença d'aprendre les letres
avant l'age de deux ans. Mais ctier des
enfans morts, aux ïeux des ignorans , c'eſt
prefque decrier une métode : citer das
enfans étrangers , c'eft s'expofer à n'etre
pas cru : il en faut donc citer qui foient
en vie , & à Paris , la choſe eft aisée , &
ce fera pour un autre Mercure.Je fuis, &c.
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Résumé : LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
La lettre répond à une précédente missive de M.... concernant la publication d'un ouvrage initialement intitulé 'A B C DE CANDIAC'. L'auteur a retardé la publication pour garantir une édition correcte et a changé le titre en 'LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES'. Cet ouvrage est divisé en deux volumes : un destiné au maître et un autre à l'enfant. Le volume de l'enfant est structuré en cinq parties, chacune contenant des leçons sur les lettres latines et françaises, les combinaisons de consonnes et de voyelles, ainsi que des exercices de lecture. Le volume du maître inclut des préfaces, des instructions et des réflexions sur l'enseignement des lettres. L'auteur souligne l'importance de la pratique et de l'apprentissage précoce des lettres, critiquant ceux qui s'opposent aux nouvelles méthodes éducatives par entêtement ou par déférence aveugle aux anciennes méthodes. Il mentionne des exemples historiques, tels que Quintilien, Socrate, Aristote et Platon, pour soutenir l'idée que les enfants peuvent commencer à apprendre dès un jeune âge. Le texte aborde également les cas exceptionnels de jeunes enfants prodiges et les critiques associées à ces exemples. Il note que certains enfants montrent des talents précoces malgré les nombreux cas d'enfants qui restent en retard ou meurent. Par exemple, le Cardinal Lugo lisait à l'âge de trois ans, comme le rapporte Bayle dans son dictionnaire. Torquato Tasso, à trois ans, commençait à étudier la grammaire avec une telle ardeur que son père l'envoya au collège des Jésuites à quatre ans. À sept ans, Tasso maîtrisait parfaitement le latin et avait des connaissances en grec. Le texte cite également Jean Philippe Baratier de Schwalbach, qui apprenait à lire avant l'âge de deux ans, selon des nouvelles d'Amsterdam du 30 avril 1726. Cependant, mentionner des enfants morts ou étrangers peut discréditer une méthode ou sembler incroyable. Le texte conclut en indiquant qu'il est facile de trouver des exemples d'enfants prodiges à Paris et promet de les citer dans un autre Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1521-1538
SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
Début :
MONSIEUR, Avant que de citer des enfans en vie & à Paris, pour faire voir qu'on [...]
Mots clefs :
A, B, C Français, A, B, C Latin, Études, Méthode, Esprit, Pratique de la langue latine, Cartes à jouer, Parents, Exercice, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
SUITE de la Letre fur le livre intitulé
LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS &c.
MONSIEUR ,
>
Avant que de citer des enfans en
vie & à Paris , pour faire voir qu'on
peut les metre de bone heure aux éle
mens des letres , je me flate que vous
me permetrés encore quelques reflexions,
& que les perfones intereffées dans cette
matiere veront ici avec plaifir le fentiment
de l'auteur de la recherche de la
verité. Cet illuftre favant remarque
dans le premier tome,livre deux , chapitre
huit , que les plus jeunes enfans , tour
acablés qu'ils font de fentimens agréa-
»
bles
1522 MERCURE DE FRANCE
23
bles & penibles , ne laiffent pas d'apren
» dre en peu de tems ce que
des perfones.
» avancées en age ne peuvent faire en
beaucoup davantage , come la conoif-
» fance de l'ordre & des raports qui fe .
» trouvent entre tous les mots & toutes
» les chofes qu'ils voient & qu'ils enten-
>> dent : & quoique ces chofes ne dépen-
"dent guere que de la mémoire , cepen-
» dant il paroit affez qu'ils font beaucoup
d'ufage de leur raifon dans la maniere
» dont ils aprenent leur langue .
» Si on tenoit les enfans fans crainte &
» fans défir ; fi on ne leur fefoit point
>>
foufrir ni aprehender de foufrir de la
» douleur ; fi on les éloignoit autant qu'il
» fe peut de leurs petits plaifirs , & qu'ils
» n'en efperaffent point ; on pouroit leur
» aprendre , dès qu'ils fauroient parler ,
» les chofes les plus dificiles & les plus
» abftraites , ou tout au moins les mate-
» matiques fenfibles , la mecanique &
» d'autres choſes ſemblables , qui font ne-
» ceffaires dans la fuite de la vie. Mais ils
» n'ont garde d'apliquer leur efprit à des
» chofes abftraites , lorfqu'ils ont des apre
≫henfions ou des defirs violens des chofes
» fenfibles : ce qu'il eft très- neceffaire de
» bien confiderer ..... Car come un ho-
» me ambitieux qui viendroit de perdre
» ſon bien & ſon honeur , ou qui auroit
été
JUILLET. 1730, 1523
»
» été élevé tout d'un coup à une grande
dignité qu'il n'efperoit pas , ne feroit pas
» en état de réfoudre des queftions de me
> tafifique ou des équations d'algebre; mais
feulement de faire les chofes que la pafufion
prefente lui dicteroit :ainfi les enfans
dans les cerveaus defquels une pome &
» des dragées font des impreffions auffi
profondes; que les charges & les gran-
» deurs en font dans celui d'un home de
» quarante ans , ne font pas en état d'écou-
» ter des verités abftraites qu'on leur en-
» feigne. De forte qu'on peut dire , qu'il
» n'y a rien qui foit fi contraire à l'avance-
» ment des enfans dans les fiences , que
"
les divertiffemens continuels dont on les
» recompenfe , & que les peines dont on
» les punit , & dont on les menace fans
ceffe , & c.
Eft - il dificile après cela de deviner la
caufe de tant de mauvaiſes éducations ,
même parmi la jeune nobleffe pour laquelle
on fait bien de la dépenfe ? Ne feroit-
ce point en general la faute des parens
trop mondains & trop negligens en
fait d'éducation. On ne met pas affés à
profit les premieres anées de leur vie ; on
les neglige d'ordinaire , quoiqu'elles foient
les plus propres à leur éducation , tant à
leur égard qu'à l'égard de ceux qui en
prenent foin. Pour moi je crois qu'on les
laiffe
1524 MERCURE DE FRANCE
laiffe trop lon- tems à la difcretion des
domeftiques ; & ceux-ci pour gagner leurs
bones graces en les amufant , leur font
fuccer avec le lait le premier poifon d'une
mauvaiſe éducation ; ils amufent & foignent
le corps aus dépens de l'efprit & du
coeur, ils rempliffent d'inutilités agréables
la tête de l'enfant , & le difpofent par là à
fe dégoûter enfuite de tous les amuſemens
inftructifs . L'enfant d'un bourgeois , élevé
faute de domeftique par fa mere & par fon
pere , a fouvent le bonheur d'être exent
des vices d'un enfant de qualité livré à des
domeftiques ignorans & vicieux ou à des
ames mercenaires.
-
Chacun voit de quelle importance il
feroit que les parens , les maitres & les domeftiques
, ne rempliffent l'imagination
des enfans que d'images ou d'idées louables
, faines & falutaires ; mais peut - on
atendre cela des parens fans pieté & des
domeftiques fans éducation la plupart
des domeftiques font ils capables de ne
doner que de bones inftructions & de bons
exemples bien loin delà , il y en a qui s'ocupent
à détruire l'ouvrage dont ils ne
font pas les auteurs , & de concert avec
l'enfant,duquel ils menagent l'amitié,font
fouvent aux parens une peinture odieufe
d'un précepteur ou gouverneur , qui quoi,
que d'ailleurs plein de merite & fans autre,
défaut
JUILLET . 1730. 1525″ :
défaut que d'être peu indulgent pour un
valet derangé, fe trouve à la fin forcé à fe
retirer , avec la douleur de voir qu'il ne
lui eft pas même permis de fe plaindre de
l'injure qu'on lui fait. Les parens pour
lors, dignes de tels enfans, aveuglés für les
qualités du corps , lui facrifient celles de
Pame , & augmentent , fans le vouloir , le
nombre des mauvais fujets d'une famille
& d'un royaume. Cela n'arive pas » dans
les familles pieufes , dont les parens , les
» maitres , & les domeftiques , de bone intelligence
,& de concert,s'entretienent volontiers
des vertus chrétienes ; les enfans
» ont un grand avantage pour la pieté ,
» fur ceux qui n'entendent de la bouche
» de leurs parens , ou de leurs domestiques
» que des paroles profanes & fouvent criamineles.
Ceux-ci recueillent de ces con-
>> verfations inconfiderées , les premierės
» idées du monde & du peché ; ceux-là
aucontraire reçoivent les premieres fe
» mences de la vertu par les difcours des
» maitres qui les enfeignent , ou des do-
» meftiques qui les entourent.
Après cette petite digreffion fur la ne
gligence des parens , reprenons notre matiere
, & continuons à faire voir qu'un enfant
de trois ans eft capable des premiers
élemens des letres : on ne doit pas craindre
que les enfans devenus habiles de trop
C bone
1326 MERCURE DE FRANCE
}
bone heure par des études avancées ,foient ,
enfuite à charge aux parens , ni qu'ils
aient le tems d'oublier ce qu'ils favent
avant que de pouvoir embraffer l'état auquel
on les deftine . Raifoner de la forte
ceft n'avoir aucune idée de la perfection
& de la quantité des chofes qu'un honete
home devroit aprendre dans chaque pro- :
feffion: la vie la plus longue eft trop courte
pour le perfectioner dans le moindre des
arts on ne fauroit donc comancer trop
tôt, quand la fanté de l'enfant, & les facultés
des parens le permetent. Je moralifefouvent
fur cette matiere , perfuadé que
la lecture n'en peut jamais être nuifible:
d'ailleurs quoique chaque chofe ait fa def :
tinée hureufe ou malhureufe, independament
de toutes les raifons qu'on pouroit
alleguer, un auteur ne doit jamais fe laffer
de reprefenter celles qui font voir la verité .
& l'utilité de la metode qu'il propofe.
On ne fauroit être trop atentif à la ſanté
des enfans ; mais un enfant de deux à trois
ans eft-il tout-à-fait incapable de reflexion;
ne s'aplique -t-il pas toujours de lui -même.
à quelque chofe ; ne temoigne-t- il pas font
dégoût dès qu'il le fent ? il ne s'agit donc .
que d'étudier l'enfant & de fe conformer
fon gout pour l'inftruire en l'amuſant.
Je demande aux gens d'efprit , énemis des
études , fi l'enfant le plus negligé du coté
des
JUILLET. 1730. 13271
des idées jouit d'une meilleure fanté que
celui qui eft bien cultivé ; & files idées
baffes & comunes d'un fils de crocheteur :
font plus falutaires que les idées nobles &
dignes d'un enfant de qualité . Le danger :
pour la fanté des enfans eft-il dans la quan
tité ou dans la qualité des idées ? quand un
enfant vient au monde , ne devroit- il pas
expirer fur le champ , acablé d'idées , * & ì
de fenfations nouveles ? qu'on laiffe agir
la nature , elle aura foin de l'enfant ; &
l'enfant de fon coté aura foin de nous aver
tir des idées qui l'incomodent: ce ne font
pas proprement les études qui tuent ,
uais l'excès & la maniere ; les études
ont cela de comun avec les plaifirs , qui
enlevent tant d'ignorans à la fleur de leur
age.
de
Que l'on montre à un enfant de deux à
trois ans cent outils de boutique ou cent
objets de cuifine , on ne craint point d'al - i
terer fa fanté : mais s'il furvient quelqu'un .
qui prefente un compas , une regle , un
porte crayon , ou enfin des letres fur des
cartes à jouer ; on ne manquera pas
dire que l'enfant l'enfant eft trop jeune , trop délicat
pour être amufé de pareilles chofes
plus nuifibles à la fanté que la baterie
de cuifine: le pauvre enfant eft livré à
un marmiton , préferablement à une
perfone d'étude . Ce feul mot d'étude
Cij faic
T528 MERCURE DE FRANCE
fait
peur , il
faut
donc
propofer
des
jeux
& de
purs
amufemens
. Je
ne
m'y
opofe
pas
; mais
fi ces
amuſemens
peuvent
être
Inftructifs
, ne
feront
- ils pas
encore
dange
reux
pour
la fanté
de
l'enfant
? il faur
aler
à nouveau
confeil
: j'y
ai été
moi
- même
, &
je pourois
citer
ici
en
faveur
de
la métode
du
bureau
tipografique
l'Efculape
de
notre
fiecle
. Oui
, Monfieur
Chirac
, perfuadé
de
l'utilité
&
du
mérite
de ce
bureau
, en fit
faire
un
pour
M.
de la Valette
, fon
petitfils
; je dois
le
citer
come
un
enfant
mis
de
bone
heure
aux
letres
, &
come
un
enfant
celebre
du
bureau
tipografique
,
Ce
feroit
ici
le veritable
endroit
de
faire
l'éloge
de
ce
jeune
favant
; mais
rempli
d'admiration
, je prendrai
le ton
modefte
que
l'on
a doné
à ce digne
enfant
, élevé
pour
le réel
&
le folide
des
études
, plutôt
que
pour
la parade
&
le brillant
des
letres
fuperficieles
: il loge
au Palais
Royal
avec
M.
Chirac
fon
grand
-pere
, fous
lesïeux
duquel
il fe trouveà
l'âge
de
onze
ans
,
on
état
de
faire
honeur
à fes
maitres
pourle
latin
, le grec
, la
danfe
, la mufique
la geometrie
, la filoſofie
,& les
autres
exer-
τότ
cices.
Dans la rue des foffez de M. le prince,
le petit Goffard, fils d'un marchand tapif
frer , a apris preſque feul , avec le premier
& le fegond caffeau du bureau tipografique,
JUILLET. 1730. 1529
que, les premiers élemens des letres : & fon
pere qui le croyoit trop jeune pour le
metre à la crois de pardieu , a aujourdui
le plaifir de le voir en état d'aler au colege,
à quoi ce pere n'auroit pas penfé fi-tot
fans l'ocafion favorable du bureau tipografique.
J'ai parlé dans le Mercure précedent',
du petit Jean-Filipe Baratier , qui comen
ça à badiner avec les letres de l'ABC,
avant qu'il eût deux ans acomplis : on
peut voir la letre du pere de cet enfant ,
inferée dans le Mercure du mois de Novembre
1727.
J'ai vu par des letres de Montmoreau
en Angoumois , que le fils de M. Durand
favoit lire le latin & le françois à quatre
ans & demi ; & à cet âge- là M. fon pere
lui aïant procuré la traduction interlineai
re de l'abregé de la fable du P. Jouvanci,
il l'aprit bientôt avec un gout & une facilité
furprenante : il en a fait autant à
Pégard des autres livres qu'on lui a donés
à étudier , felon la même pratique ;
il jouit d'une parfaite fanté & étudie avec
plaifir & avec fruit. Ses voifins , dont il
fait l'admiration , font convaincus qu'il
répondra dans la fuite aus foins que prend
pour lui un pere tendre & éclairé , qui
conoit le prix d'une bone éducation , &
qui n'épargne rien pour la procurer à cet
aimable enfant.-
Ciij Il
1530 MERCURE DE FRANCE
Il y a trois ans qu'on publia dans Paris
les merveilles du petit Hernandez del
Valle , admiré à la Cour & à la Vile. Les
Mercures du mois de Juin & du mois
d'Août de l'anée 1727. ont parlé des progrès
furprenans que ce petit Efpagnol
avoit faits dans les langues & dans plufieurs
exercices. Cet enfant jouit d'une
parfaite fanté,& foutient toujours fa répu
tation d'enfant remarquable par fa taille,
par fon âge,& par fon lavoir. Il eſt au colege
de Cluni , avec M. l'Abé du Pleffis
fon digne inftituteur. Ces trois derniers.
exemples font voir combien il eſt avantageux
pour un enfant d'être mis de bone
heure aux élemens des letres , quelque
métode que l'on fuive.
M. Guillot , dans la rue des mauvaiſes.
paroles , a un aimable enfant, dont l'efprit
& la vivacité s'acomodent fort du bureau
tipografique. Bien des parens curieux en
fait d'éducation , feroient ufage d'un fem
blable bureau , s'ils en conoiffoient le mérite
& l'utilité.
Je devrois peut- etre encore citer un exemple
fingulier en faveur d'une métode qui
en peu de leçons, a mis un Savoyard de 20-
ans en état de lire le latin , fans qu'on
puiffe le foubçoner d'aucune fuperiorité
de génie , ni d'aucune difpofition favora
ble
pour
les letres.
Mon
JUILLET. 1730. 1531
8
Monfieur Chompré , maître de penfion
, dans la rue des Carmes , aïant vu les
grans progrès de l'exercice du bureau tipografique
, n'a pas négligé de s'en doner
un pour accelerer les premieres études des
enfans, à l'inftruction deſquels il s'aplique
fort. Je dois encore ajouter ici une reffexion
en faveur des perfones toujours alatmées
,au fujet de la fanté & de la taille dés
enfans; c'est que l'exercice du bureau tipografique,
bien loin de les expofer à etre
malades , & à refter nains & noués faute
d'action , les entretient au contraire dans
une bone fanté, diffipe peu à peu l'humeur
noüeufe qui les empeche de croitre , &
leur alonge le corps , les bras , & les jambes
, dans la neceffité où ils font de pren
dre & de remetre les cartes aus plus hauts
caffetins du bureau tipografique.
Aïant doné dans le Mercure precedent
la divifion de l'ouvrage intitulé : la Bibliotèque
des enfans , & des deux premieres
parties du livre de l'enfant , il me reste à
doner le plan des trois autres parties dont
on pouroit fe paller pour aprendre fimplement
à lire , ces trois dernieres parties
n'etant que pour perfectioner ce que l'on
a apris dans les deux premieres , pour doner
des idées generales de toutes chofes ,
& pour tiver les enfans de la grande igno-
Ciiij rance
1532 MERCURE DE FRANCE
rance où on les laiffe même pendant leurs
études .
pour
La troifiéme partie du livre de l'enfant,
la lecture du latin , contient en cent
& quelques pages des compilations en
profe & en vers , favoir de petits extraits
des Sentences , des maximes de la Bible ,
des penſées de l'Imitation deJ.C. & d'une
vintaine d'auteurs celebres en proſe ; &
enfuite un choix de toute efpece de vers
latins extraits d'une vintaine de poëtes.
La quatrième partie contient en deux
cens & tant de pages , pour la lecture du
françois en profe, un extrait moral de l'Ecriture
fainte , les premiers principes , &
les axiomes des arts & des fiences ; plufieurs
extraits de livres moraus , concernant
Peducation des enfans , de petits
recueils hiftoriques , chronologiques , &
des fuites ou des liftes généalogiques, géografiques
& bibliografiques , avec des leçons
de lecture variées ; & environ cent
pages pour la lecture des vers dont les rimes
donent & prouvent la vraie dénomination
des fons & des letres de la langue
françoife ; ou pour la compilation des
exemples de toute forte de vers , depuis
les vers compofés d'une filabe jufques à
ceux de trèſe & de quatorfe filabes ; & des
exemples de toute efpece de petit poëme
par
JUILLET. 1730. 1533
M
+
•
par raport au nombre de vers de chaque
pièce , ou par raport à l'efpece & à la nature
du poëme , ce qui done trois fortes
de lecture en vers, ſavoir pour le nom
bre des filabes , le nombre des vérs , & la
nature du poëme.
La cinquième partie contient en qua
Fante pages une introduction à la gramaire
françoife , & enfuite les rudimens pratiques
de la langue latine en cent: & tant
de petites cartes à jouer , & cent & tant de
pages pour la pratique des parties d'orai
fon indeclinables , declinables , ou conju
gables ; & pour la pratique des concor
dances , des cas des noms , de la fintaxe
des particules ; & le refte pour la nomen
clature des mots en foixante-dix- fept articles
, ce qui fera expliqué dans la cinquieme
partie du livre du maitre, & dans
les reflexionss preliminaires du rudiment
pratique de la langue latine.
En atendant que l'auteur de LA BIBLIOTEQUE
DES ENFANS faffe imprimer fon ouvrage
, il a fait graver le plan des bureaux
tipografiques , fous le même titre de Biblioteque
des enfans .--
Le premier bureau , apelé abecediques
pour l'ufage d'un enfant de deux à trois
ans , n'eft qu'une table come celles où les
comis de la Pofte rangent les letres miffi
ves; on montre à l'enfant la maniere de
Cv ranger
7534 MERCURE DE FRANCE
ranger chaque carte vis à vis de la letre /
qui répond à celle de la carte ; mais quand
Penfant conoit bien les letres & les cartes.
de la caffete abecedique , on lui done un
caffeau de deux rangées de logetes , & c'eſt
là le bureau latin , ou le premier bureau tipografique
avec lequel un enfant aprend
imprimer & à compofer, felon le fifteme
des letres, ce qu'on lui done fur des cartes
à jouer ; de ce bureau latin il paffe à la
conoiffance & à la pratique du bureau latin-
françois , compofé de deux autres
rangées de logetes ; & pour lors l'enfant
eft mis en poffeffion d'une imprimerie en
colombier , plus comode , plus inftructive
& plus raifonée l'enfant que
pour
le des imprimeurs ordinaires , puifqu'au
fifteme des letres on ajoûte celui des fons
de la langue françoife , & qu'un enfant de
quatre à cinq ans aprend pour lors en badinant
, ce que bien des favans ignorent
toute leur vie:
cel-
Du bureau françois- latin on paffe au
caffeau du rudiment pratique de la langue
latine , compofé auffi de foixante logetes
en deux rangées de trente caffetins
chacune. On peut doner à l'enfant tout
d'un coup ou féparement ces trois caffeaux
de claffe diferente ; mais je penfe
qu'il feroit mieux de faire faire tout d'un
pems le bureau complet de fix rangées de:
trente
JUILLET. 1730. 153
trente caffetins chacune quatre pour l'im
primerie du latin & du françois , & deux
pour le rudimant pratique ; on épargnerà
par là le bois & la façon , en couvrant
d'une houffe les rangées fuperieures dont
Fenfant n'aura pas d'abord l'ufage , ce
voile piquera fa curiofité & lui donera de
l'impatience pour l'ufage des autres ran
gées.
Il y a encore une autre raison qui dé
termine à faire tout d'un tems le bureau
complet ; c'eft que par là on gagne l'épaif
feur de deux planches , & que le bureau
étant moins haut , il fe trouve plus à portée
de la main de l'enfant.
L'imprimerie aïant fait travailler l'enfant
fur le rudiment pratique , on fonge
enfuite au dictionaire de fix rangées de ce-
·lules , dans lesquelles on met les cartes ou
les mots des themes de l'enfant , à meſure
qu'il en a befoin ; de forte qu'on peut dire
que l'enfint fe forme & fe familiarife.
avec le dictionaire. Ceux qui prendront
Ta peine d'aler voir quelque enfant travail-
Ter à fon bureau , feront d'abord convain-
'cus de l'utilité d'un tel meuble , pour un
enfant déja éxercé aux jeus abecediques
de la caffete , par où l'on doit commencer
l'exercice des premiers elemens des
letres.
Je crois pouvoir dire avant que de fi-
Cvj
nir
J
1336 MERCURE DE FRANCE
nir cete letre , qu'on doit regarder come
fufpectes les metodes mifterieufes &
hieroglifiques qui anoncent & prometent
des miracles , ou des chofes au delà
des forces de l'efprit humain:une bone
metode exige la franchiſe & la genero
fité qu'infpire l'amour du bien public &
de la verité. Voilà les fentimens de l'aur
teur de la Biblioteque des enfans : il ne
parle que de pratique , & d'experiences ..
journalieres , réiterées au grand jour. L'incredulité
du public n'eft pas fans fondement
; on voit tant de charlatans , de . vifonaires
, & d'impofteurs de toute claffe ;
qu'il y auroit de la foibleffe , de l'impru
dence & même de la folie ,à les croire tous
*fur leur parole .
Les curieux qui fouhaiteront d'avoir
des A B C fur cuivre , ou des letres à
jour pour en imprimer fur des cartes ',
pouront s'adreffer au S le Comte , Marchand
fripier , rue Jacob , à la porte de la
Charité , il eft tres ingénieux & acomodant,
aïant le talent d'imiter parfaitement
les grans & les petits caracteres de toutes
les langues mortes & vivantes ; pourvu
qu'on lui dones les modeles de la gran--
deur ou du corps des letres..
Avec des A B C fur cuivre ou à jour ,
on peut ocuper utilement un domeftique
& le metre en état de travailler avec l'enefing
s
JUILLET. 1730. 1537
fant ; car l'exercice du bureau tipografique
eft très-aifé : il ne faut que des feux
pour voir les letres & des mains pour lès
tirer des logetes & les ranger fur la table,
come on le peut voir dans l'exemple doné
au bas de la planche gravée pour la Biblioteque
des enfans. Il ne faut pas , au refté,
s'imaginer que ce bureau foit inutile pour
les jeunes petites filles : au contraire , ellés
y trouveront l'utilité de l'ortografe &
du rudiment de la langue , que la plupart
ignorent toute leur vie. Le fifteme
des fons de la langue françoife eft le plus
propre pour inftruire les jeunes Demoifelles
, & l'exercice du bureau tipografi--
que enfeignant toutes les ortografes , met
d'abord en état de difcerner & de choifir :
la meilleure pour une jeune perfone.
M. & Mme Hervé , auprès de la poſté ,
témoins des progrès furprenans de l'exercice
du bureau tipografique , en ont fait
faire un de quatre rangées de logetes pour
Mile Hervé leur fille.
t
,
Ceux qui voudront faire l'effai du bu--
reau tipografique prendront la peine de
s'adreffer au Sr Hanot , me menuifier
rue des Cordeliers , vis à vis le gros raifin
, qui en a déja fait , & au S¹ Barbo ,
à la petite place du cu de fac montagne
fainte Genevieve , me menuifier , qui fait
les caffes & les caffeaux des imprimeurs .
Une
1538 MERCURE DE FRANCE
Une carte à jouer reglera les dimenfions
des logetes & du bureau. Les curieux qui
en fouhaiteront de plus propres & de plus
riches ceux d'un menuifier les comanque
deront à quelque ebenifte , en lui donant
la meſure de l'endroit où l'on voudra les
placer ; parcequ'enfuite on fera rogner des
cartes de la grandeur des logeres ou des
caffetins. A l'égard de l'inftruction neceffaire
pour la garniture , l'ufage ou la pratique
de ce bureau , l'auteur de la Biblioteque
des enfans qui en eft l'inventeur, fe
fera toujours un plaifir d'en prendre la
direction , & d'indiquer les maitres qu'il
a mis au fait de l'ingenieux fifteme du bureau
tipografique . Je fuis & c.
LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS &c.
MONSIEUR ,
>
Avant que de citer des enfans en
vie & à Paris , pour faire voir qu'on
peut les metre de bone heure aux éle
mens des letres , je me flate que vous
me permetrés encore quelques reflexions,
& que les perfones intereffées dans cette
matiere veront ici avec plaifir le fentiment
de l'auteur de la recherche de la
verité. Cet illuftre favant remarque
dans le premier tome,livre deux , chapitre
huit , que les plus jeunes enfans , tour
acablés qu'ils font de fentimens agréa-
»
bles
1522 MERCURE DE FRANCE
23
bles & penibles , ne laiffent pas d'apren
» dre en peu de tems ce que
des perfones.
» avancées en age ne peuvent faire en
beaucoup davantage , come la conoif-
» fance de l'ordre & des raports qui fe .
» trouvent entre tous les mots & toutes
» les chofes qu'ils voient & qu'ils enten-
>> dent : & quoique ces chofes ne dépen-
"dent guere que de la mémoire , cepen-
» dant il paroit affez qu'ils font beaucoup
d'ufage de leur raifon dans la maniere
» dont ils aprenent leur langue .
» Si on tenoit les enfans fans crainte &
» fans défir ; fi on ne leur fefoit point
>>
foufrir ni aprehender de foufrir de la
» douleur ; fi on les éloignoit autant qu'il
» fe peut de leurs petits plaifirs , & qu'ils
» n'en efperaffent point ; on pouroit leur
» aprendre , dès qu'ils fauroient parler ,
» les chofes les plus dificiles & les plus
» abftraites , ou tout au moins les mate-
» matiques fenfibles , la mecanique &
» d'autres choſes ſemblables , qui font ne-
» ceffaires dans la fuite de la vie. Mais ils
» n'ont garde d'apliquer leur efprit à des
» chofes abftraites , lorfqu'ils ont des apre
≫henfions ou des defirs violens des chofes
» fenfibles : ce qu'il eft très- neceffaire de
» bien confiderer ..... Car come un ho-
» me ambitieux qui viendroit de perdre
» ſon bien & ſon honeur , ou qui auroit
été
JUILLET. 1730, 1523
»
» été élevé tout d'un coup à une grande
dignité qu'il n'efperoit pas , ne feroit pas
» en état de réfoudre des queftions de me
> tafifique ou des équations d'algebre; mais
feulement de faire les chofes que la pafufion
prefente lui dicteroit :ainfi les enfans
dans les cerveaus defquels une pome &
» des dragées font des impreffions auffi
profondes; que les charges & les gran-
» deurs en font dans celui d'un home de
» quarante ans , ne font pas en état d'écou-
» ter des verités abftraites qu'on leur en-
» feigne. De forte qu'on peut dire , qu'il
» n'y a rien qui foit fi contraire à l'avance-
» ment des enfans dans les fiences , que
"
les divertiffemens continuels dont on les
» recompenfe , & que les peines dont on
» les punit , & dont on les menace fans
ceffe , & c.
Eft - il dificile après cela de deviner la
caufe de tant de mauvaiſes éducations ,
même parmi la jeune nobleffe pour laquelle
on fait bien de la dépenfe ? Ne feroit-
ce point en general la faute des parens
trop mondains & trop negligens en
fait d'éducation. On ne met pas affés à
profit les premieres anées de leur vie ; on
les neglige d'ordinaire , quoiqu'elles foient
les plus propres à leur éducation , tant à
leur égard qu'à l'égard de ceux qui en
prenent foin. Pour moi je crois qu'on les
laiffe
1524 MERCURE DE FRANCE
laiffe trop lon- tems à la difcretion des
domeftiques ; & ceux-ci pour gagner leurs
bones graces en les amufant , leur font
fuccer avec le lait le premier poifon d'une
mauvaiſe éducation ; ils amufent & foignent
le corps aus dépens de l'efprit & du
coeur, ils rempliffent d'inutilités agréables
la tête de l'enfant , & le difpofent par là à
fe dégoûter enfuite de tous les amuſemens
inftructifs . L'enfant d'un bourgeois , élevé
faute de domeftique par fa mere & par fon
pere , a fouvent le bonheur d'être exent
des vices d'un enfant de qualité livré à des
domeftiques ignorans & vicieux ou à des
ames mercenaires.
-
Chacun voit de quelle importance il
feroit que les parens , les maitres & les domeftiques
, ne rempliffent l'imagination
des enfans que d'images ou d'idées louables
, faines & falutaires ; mais peut - on
atendre cela des parens fans pieté & des
domeftiques fans éducation la plupart
des domeftiques font ils capables de ne
doner que de bones inftructions & de bons
exemples bien loin delà , il y en a qui s'ocupent
à détruire l'ouvrage dont ils ne
font pas les auteurs , & de concert avec
l'enfant,duquel ils menagent l'amitié,font
fouvent aux parens une peinture odieufe
d'un précepteur ou gouverneur , qui quoi,
que d'ailleurs plein de merite & fans autre,
défaut
JUILLET . 1730. 1525″ :
défaut que d'être peu indulgent pour un
valet derangé, fe trouve à la fin forcé à fe
retirer , avec la douleur de voir qu'il ne
lui eft pas même permis de fe plaindre de
l'injure qu'on lui fait. Les parens pour
lors, dignes de tels enfans, aveuglés für les
qualités du corps , lui facrifient celles de
Pame , & augmentent , fans le vouloir , le
nombre des mauvais fujets d'une famille
& d'un royaume. Cela n'arive pas » dans
les familles pieufes , dont les parens , les
» maitres , & les domeftiques , de bone intelligence
,& de concert,s'entretienent volontiers
des vertus chrétienes ; les enfans
» ont un grand avantage pour la pieté ,
» fur ceux qui n'entendent de la bouche
» de leurs parens , ou de leurs domestiques
» que des paroles profanes & fouvent criamineles.
Ceux-ci recueillent de ces con-
>> verfations inconfiderées , les premierės
» idées du monde & du peché ; ceux-là
aucontraire reçoivent les premieres fe
» mences de la vertu par les difcours des
» maitres qui les enfeignent , ou des do-
» meftiques qui les entourent.
Après cette petite digreffion fur la ne
gligence des parens , reprenons notre matiere
, & continuons à faire voir qu'un enfant
de trois ans eft capable des premiers
élemens des letres : on ne doit pas craindre
que les enfans devenus habiles de trop
C bone
1326 MERCURE DE FRANCE
}
bone heure par des études avancées ,foient ,
enfuite à charge aux parens , ni qu'ils
aient le tems d'oublier ce qu'ils favent
avant que de pouvoir embraffer l'état auquel
on les deftine . Raifoner de la forte
ceft n'avoir aucune idée de la perfection
& de la quantité des chofes qu'un honete
home devroit aprendre dans chaque pro- :
feffion: la vie la plus longue eft trop courte
pour le perfectioner dans le moindre des
arts on ne fauroit donc comancer trop
tôt, quand la fanté de l'enfant, & les facultés
des parens le permetent. Je moralifefouvent
fur cette matiere , perfuadé que
la lecture n'en peut jamais être nuifible:
d'ailleurs quoique chaque chofe ait fa def :
tinée hureufe ou malhureufe, independament
de toutes les raifons qu'on pouroit
alleguer, un auteur ne doit jamais fe laffer
de reprefenter celles qui font voir la verité .
& l'utilité de la metode qu'il propofe.
On ne fauroit être trop atentif à la ſanté
des enfans ; mais un enfant de deux à trois
ans eft-il tout-à-fait incapable de reflexion;
ne s'aplique -t-il pas toujours de lui -même.
à quelque chofe ; ne temoigne-t- il pas font
dégoût dès qu'il le fent ? il ne s'agit donc .
que d'étudier l'enfant & de fe conformer
fon gout pour l'inftruire en l'amuſant.
Je demande aux gens d'efprit , énemis des
études , fi l'enfant le plus negligé du coté
des
JUILLET. 1730. 13271
des idées jouit d'une meilleure fanté que
celui qui eft bien cultivé ; & files idées
baffes & comunes d'un fils de crocheteur :
font plus falutaires que les idées nobles &
dignes d'un enfant de qualité . Le danger :
pour la fanté des enfans eft-il dans la quan
tité ou dans la qualité des idées ? quand un
enfant vient au monde , ne devroit- il pas
expirer fur le champ , acablé d'idées , * & ì
de fenfations nouveles ? qu'on laiffe agir
la nature , elle aura foin de l'enfant ; &
l'enfant de fon coté aura foin de nous aver
tir des idées qui l'incomodent: ce ne font
pas proprement les études qui tuent ,
uais l'excès & la maniere ; les études
ont cela de comun avec les plaifirs , qui
enlevent tant d'ignorans à la fleur de leur
age.
de
Que l'on montre à un enfant de deux à
trois ans cent outils de boutique ou cent
objets de cuifine , on ne craint point d'al - i
terer fa fanté : mais s'il furvient quelqu'un .
qui prefente un compas , une regle , un
porte crayon , ou enfin des letres fur des
cartes à jouer ; on ne manquera pas
dire que l'enfant l'enfant eft trop jeune , trop délicat
pour être amufé de pareilles chofes
plus nuifibles à la fanté que la baterie
de cuifine: le pauvre enfant eft livré à
un marmiton , préferablement à une
perfone d'étude . Ce feul mot d'étude
Cij faic
T528 MERCURE DE FRANCE
fait
peur , il
faut
donc
propofer
des
jeux
& de
purs
amufemens
. Je
ne
m'y
opofe
pas
; mais
fi ces
amuſemens
peuvent
être
Inftructifs
, ne
feront
- ils pas
encore
dange
reux
pour
la fanté
de
l'enfant
? il faur
aler
à nouveau
confeil
: j'y
ai été
moi
- même
, &
je pourois
citer
ici
en
faveur
de
la métode
du
bureau
tipografique
l'Efculape
de
notre
fiecle
. Oui
, Monfieur
Chirac
, perfuadé
de
l'utilité
&
du
mérite
de ce
bureau
, en fit
faire
un
pour
M.
de la Valette
, fon
petitfils
; je dois
le
citer
come
un
enfant
mis
de
bone
heure
aux
letres
, &
come
un
enfant
celebre
du
bureau
tipografique
,
Ce
feroit
ici
le veritable
endroit
de
faire
l'éloge
de
ce
jeune
favant
; mais
rempli
d'admiration
, je prendrai
le ton
modefte
que
l'on
a doné
à ce digne
enfant
, élevé
pour
le réel
&
le folide
des
études
, plutôt
que
pour
la parade
&
le brillant
des
letres
fuperficieles
: il loge
au Palais
Royal
avec
M.
Chirac
fon
grand
-pere
, fous
lesïeux
duquel
il fe trouveà
l'âge
de
onze
ans
,
on
état
de
faire
honeur
à fes
maitres
pourle
latin
, le grec
, la
danfe
, la mufique
la geometrie
, la filoſofie
,& les
autres
exer-
τότ
cices.
Dans la rue des foffez de M. le prince,
le petit Goffard, fils d'un marchand tapif
frer , a apris preſque feul , avec le premier
& le fegond caffeau du bureau tipografique,
JUILLET. 1730. 1529
que, les premiers élemens des letres : & fon
pere qui le croyoit trop jeune pour le
metre à la crois de pardieu , a aujourdui
le plaifir de le voir en état d'aler au colege,
à quoi ce pere n'auroit pas penfé fi-tot
fans l'ocafion favorable du bureau tipografique.
J'ai parlé dans le Mercure précedent',
du petit Jean-Filipe Baratier , qui comen
ça à badiner avec les letres de l'ABC,
avant qu'il eût deux ans acomplis : on
peut voir la letre du pere de cet enfant ,
inferée dans le Mercure du mois de Novembre
1727.
J'ai vu par des letres de Montmoreau
en Angoumois , que le fils de M. Durand
favoit lire le latin & le françois à quatre
ans & demi ; & à cet âge- là M. fon pere
lui aïant procuré la traduction interlineai
re de l'abregé de la fable du P. Jouvanci,
il l'aprit bientôt avec un gout & une facilité
furprenante : il en a fait autant à
Pégard des autres livres qu'on lui a donés
à étudier , felon la même pratique ;
il jouit d'une parfaite fanté & étudie avec
plaifir & avec fruit. Ses voifins , dont il
fait l'admiration , font convaincus qu'il
répondra dans la fuite aus foins que prend
pour lui un pere tendre & éclairé , qui
conoit le prix d'une bone éducation , &
qui n'épargne rien pour la procurer à cet
aimable enfant.-
Ciij Il
1530 MERCURE DE FRANCE
Il y a trois ans qu'on publia dans Paris
les merveilles du petit Hernandez del
Valle , admiré à la Cour & à la Vile. Les
Mercures du mois de Juin & du mois
d'Août de l'anée 1727. ont parlé des progrès
furprenans que ce petit Efpagnol
avoit faits dans les langues & dans plufieurs
exercices. Cet enfant jouit d'une
parfaite fanté,& foutient toujours fa répu
tation d'enfant remarquable par fa taille,
par fon âge,& par fon lavoir. Il eſt au colege
de Cluni , avec M. l'Abé du Pleffis
fon digne inftituteur. Ces trois derniers.
exemples font voir combien il eſt avantageux
pour un enfant d'être mis de bone
heure aux élemens des letres , quelque
métode que l'on fuive.
M. Guillot , dans la rue des mauvaiſes.
paroles , a un aimable enfant, dont l'efprit
& la vivacité s'acomodent fort du bureau
tipografique. Bien des parens curieux en
fait d'éducation , feroient ufage d'un fem
blable bureau , s'ils en conoiffoient le mérite
& l'utilité.
Je devrois peut- etre encore citer un exemple
fingulier en faveur d'une métode qui
en peu de leçons, a mis un Savoyard de 20-
ans en état de lire le latin , fans qu'on
puiffe le foubçoner d'aucune fuperiorité
de génie , ni d'aucune difpofition favora
ble
pour
les letres.
Mon
JUILLET. 1730. 1531
8
Monfieur Chompré , maître de penfion
, dans la rue des Carmes , aïant vu les
grans progrès de l'exercice du bureau tipografique
, n'a pas négligé de s'en doner
un pour accelerer les premieres études des
enfans, à l'inftruction deſquels il s'aplique
fort. Je dois encore ajouter ici une reffexion
en faveur des perfones toujours alatmées
,au fujet de la fanté & de la taille dés
enfans; c'est que l'exercice du bureau tipografique,
bien loin de les expofer à etre
malades , & à refter nains & noués faute
d'action , les entretient au contraire dans
une bone fanté, diffipe peu à peu l'humeur
noüeufe qui les empeche de croitre , &
leur alonge le corps , les bras , & les jambes
, dans la neceffité où ils font de pren
dre & de remetre les cartes aus plus hauts
caffetins du bureau tipografique.
Aïant doné dans le Mercure precedent
la divifion de l'ouvrage intitulé : la Bibliotèque
des enfans , & des deux premieres
parties du livre de l'enfant , il me reste à
doner le plan des trois autres parties dont
on pouroit fe paller pour aprendre fimplement
à lire , ces trois dernieres parties
n'etant que pour perfectioner ce que l'on
a apris dans les deux premieres , pour doner
des idées generales de toutes chofes ,
& pour tiver les enfans de la grande igno-
Ciiij rance
1532 MERCURE DE FRANCE
rance où on les laiffe même pendant leurs
études .
pour
La troifiéme partie du livre de l'enfant,
la lecture du latin , contient en cent
& quelques pages des compilations en
profe & en vers , favoir de petits extraits
des Sentences , des maximes de la Bible ,
des penſées de l'Imitation deJ.C. & d'une
vintaine d'auteurs celebres en proſe ; &
enfuite un choix de toute efpece de vers
latins extraits d'une vintaine de poëtes.
La quatrième partie contient en deux
cens & tant de pages , pour la lecture du
françois en profe, un extrait moral de l'Ecriture
fainte , les premiers principes , &
les axiomes des arts & des fiences ; plufieurs
extraits de livres moraus , concernant
Peducation des enfans , de petits
recueils hiftoriques , chronologiques , &
des fuites ou des liftes généalogiques, géografiques
& bibliografiques , avec des leçons
de lecture variées ; & environ cent
pages pour la lecture des vers dont les rimes
donent & prouvent la vraie dénomination
des fons & des letres de la langue
françoife ; ou pour la compilation des
exemples de toute forte de vers , depuis
les vers compofés d'une filabe jufques à
ceux de trèſe & de quatorfe filabes ; & des
exemples de toute efpece de petit poëme
par
JUILLET. 1730. 1533
M
+
•
par raport au nombre de vers de chaque
pièce , ou par raport à l'efpece & à la nature
du poëme , ce qui done trois fortes
de lecture en vers, ſavoir pour le nom
bre des filabes , le nombre des vérs , & la
nature du poëme.
La cinquième partie contient en qua
Fante pages une introduction à la gramaire
françoife , & enfuite les rudimens pratiques
de la langue latine en cent: & tant
de petites cartes à jouer , & cent & tant de
pages pour la pratique des parties d'orai
fon indeclinables , declinables , ou conju
gables ; & pour la pratique des concor
dances , des cas des noms , de la fintaxe
des particules ; & le refte pour la nomen
clature des mots en foixante-dix- fept articles
, ce qui fera expliqué dans la cinquieme
partie du livre du maitre, & dans
les reflexionss preliminaires du rudiment
pratique de la langue latine.
En atendant que l'auteur de LA BIBLIOTEQUE
DES ENFANS faffe imprimer fon ouvrage
, il a fait graver le plan des bureaux
tipografiques , fous le même titre de Biblioteque
des enfans .--
Le premier bureau , apelé abecediques
pour l'ufage d'un enfant de deux à trois
ans , n'eft qu'une table come celles où les
comis de la Pofte rangent les letres miffi
ves; on montre à l'enfant la maniere de
Cv ranger
7534 MERCURE DE FRANCE
ranger chaque carte vis à vis de la letre /
qui répond à celle de la carte ; mais quand
Penfant conoit bien les letres & les cartes.
de la caffete abecedique , on lui done un
caffeau de deux rangées de logetes , & c'eſt
là le bureau latin , ou le premier bureau tipografique
avec lequel un enfant aprend
imprimer & à compofer, felon le fifteme
des letres, ce qu'on lui done fur des cartes
à jouer ; de ce bureau latin il paffe à la
conoiffance & à la pratique du bureau latin-
françois , compofé de deux autres
rangées de logetes ; & pour lors l'enfant
eft mis en poffeffion d'une imprimerie en
colombier , plus comode , plus inftructive
& plus raifonée l'enfant que
pour
le des imprimeurs ordinaires , puifqu'au
fifteme des letres on ajoûte celui des fons
de la langue françoife , & qu'un enfant de
quatre à cinq ans aprend pour lors en badinant
, ce que bien des favans ignorent
toute leur vie:
cel-
Du bureau françois- latin on paffe au
caffeau du rudiment pratique de la langue
latine , compofé auffi de foixante logetes
en deux rangées de trente caffetins
chacune. On peut doner à l'enfant tout
d'un coup ou féparement ces trois caffeaux
de claffe diferente ; mais je penfe
qu'il feroit mieux de faire faire tout d'un
pems le bureau complet de fix rangées de:
trente
JUILLET. 1730. 153
trente caffetins chacune quatre pour l'im
primerie du latin & du françois , & deux
pour le rudimant pratique ; on épargnerà
par là le bois & la façon , en couvrant
d'une houffe les rangées fuperieures dont
Fenfant n'aura pas d'abord l'ufage , ce
voile piquera fa curiofité & lui donera de
l'impatience pour l'ufage des autres ran
gées.
Il y a encore une autre raison qui dé
termine à faire tout d'un tems le bureau
complet ; c'eft que par là on gagne l'épaif
feur de deux planches , & que le bureau
étant moins haut , il fe trouve plus à portée
de la main de l'enfant.
L'imprimerie aïant fait travailler l'enfant
fur le rudiment pratique , on fonge
enfuite au dictionaire de fix rangées de ce-
·lules , dans lesquelles on met les cartes ou
les mots des themes de l'enfant , à meſure
qu'il en a befoin ; de forte qu'on peut dire
que l'enfint fe forme & fe familiarife.
avec le dictionaire. Ceux qui prendront
Ta peine d'aler voir quelque enfant travail-
Ter à fon bureau , feront d'abord convain-
'cus de l'utilité d'un tel meuble , pour un
enfant déja éxercé aux jeus abecediques
de la caffete , par où l'on doit commencer
l'exercice des premiers elemens des
letres.
Je crois pouvoir dire avant que de fi-
Cvj
nir
J
1336 MERCURE DE FRANCE
nir cete letre , qu'on doit regarder come
fufpectes les metodes mifterieufes &
hieroglifiques qui anoncent & prometent
des miracles , ou des chofes au delà
des forces de l'efprit humain:une bone
metode exige la franchiſe & la genero
fité qu'infpire l'amour du bien public &
de la verité. Voilà les fentimens de l'aur
teur de la Biblioteque des enfans : il ne
parle que de pratique , & d'experiences ..
journalieres , réiterées au grand jour. L'incredulité
du public n'eft pas fans fondement
; on voit tant de charlatans , de . vifonaires
, & d'impofteurs de toute claffe ;
qu'il y auroit de la foibleffe , de l'impru
dence & même de la folie ,à les croire tous
*fur leur parole .
Les curieux qui fouhaiteront d'avoir
des A B C fur cuivre , ou des letres à
jour pour en imprimer fur des cartes ',
pouront s'adreffer au S le Comte , Marchand
fripier , rue Jacob , à la porte de la
Charité , il eft tres ingénieux & acomodant,
aïant le talent d'imiter parfaitement
les grans & les petits caracteres de toutes
les langues mortes & vivantes ; pourvu
qu'on lui dones les modeles de la gran--
deur ou du corps des letres..
Avec des A B C fur cuivre ou à jour ,
on peut ocuper utilement un domeftique
& le metre en état de travailler avec l'enefing
s
JUILLET. 1730. 1537
fant ; car l'exercice du bureau tipografique
eft très-aifé : il ne faut que des feux
pour voir les letres & des mains pour lès
tirer des logetes & les ranger fur la table,
come on le peut voir dans l'exemple doné
au bas de la planche gravée pour la Biblioteque
des enfans. Il ne faut pas , au refté,
s'imaginer que ce bureau foit inutile pour
les jeunes petites filles : au contraire , ellés
y trouveront l'utilité de l'ortografe &
du rudiment de la langue , que la plupart
ignorent toute leur vie. Le fifteme
des fons de la langue françoife eft le plus
propre pour inftruire les jeunes Demoifelles
, & l'exercice du bureau tipografi--
que enfeignant toutes les ortografes , met
d'abord en état de difcerner & de choifir :
la meilleure pour une jeune perfone.
M. & Mme Hervé , auprès de la poſté ,
témoins des progrès furprenans de l'exercice
du bureau tipografique , en ont fait
faire un de quatre rangées de logetes pour
Mile Hervé leur fille.
t
,
Ceux qui voudront faire l'effai du bu--
reau tipografique prendront la peine de
s'adreffer au Sr Hanot , me menuifier
rue des Cordeliers , vis à vis le gros raifin
, qui en a déja fait , & au S¹ Barbo ,
à la petite place du cu de fac montagne
fainte Genevieve , me menuifier , qui fait
les caffes & les caffeaux des imprimeurs .
Une
1538 MERCURE DE FRANCE
Une carte à jouer reglera les dimenfions
des logetes & du bureau. Les curieux qui
en fouhaiteront de plus propres & de plus
riches ceux d'un menuifier les comanque
deront à quelque ebenifte , en lui donant
la meſure de l'endroit où l'on voudra les
placer ; parcequ'enfuite on fera rogner des
cartes de la grandeur des logeres ou des
caffetins. A l'égard de l'inftruction neceffaire
pour la garniture , l'ufage ou la pratique
de ce bureau , l'auteur de la Biblioteque
des enfans qui en eft l'inventeur, fe
fera toujours un plaifir d'en prendre la
direction , & d'indiquer les maitres qu'il
a mis au fait de l'ingenieux fifteme du bureau
tipografique . Je fuis & c.
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Résumé : SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
Le texte traite de l'éducation des enfants et de l'importance de les initier tôt aux lettres et aux sciences. Un savant y observe que les jeunes enfants, malgré leur charge émotionnelle, apprennent rapidement les relations entre les mots et les choses, utilisant leur raison de manière efficace. Pour favoriser cet apprentissage, il est recommandé de les garder sans crainte ni désir excessif, afin qu'ils puissent se concentrer sur des sujets abstraits et nécessaires à leur développement futur. Le texte critique les méthodes éducatives courantes, soulignant que les divertissements continus et les punitions fréquentes nuisent à l'avancement des enfants dans les sciences. Il met en garde contre la négligence des parents, souvent trop mondains et négligents, qui laissent les enfants aux soins de domestiques incompétents. Ces derniers, pour gagner les faveurs des enfants, les distraient avec des amusements inutiles, nuisant ainsi à leur développement intellectuel et moral. L'auteur mentionne plusieurs exemples d'enfants ayant réussi à apprendre tôt les lettres et d'autres disciplines grâce à des méthodes appropriées, comme le bureau typographique. Ces enfants, issus de milieux variés, montrent que l'éducation précoce et adaptée peut être bénéfique pour leur développement. Le texte décrit également un ouvrage intitulé 'La Bibliothèque des enfants' et son plan détaillé. Les trois dernières parties de cet ouvrage visent à perfectionner les compétences acquises, à fournir des idées générales sur divers sujets et à combler l'ignorance souvent laissée pendant les études. La troisième partie se concentre sur la lecture du latin, incluant des extraits des Sentences, de la Bible, de l'Imitation de J.C., et d'autres auteurs célèbres, ainsi qu'un choix de vers latins. La quatrième partie, dédiée à la lecture en français, comprend des extraits moraux de l'Écriture sainte, des principes des arts et des sciences, des recueils historiques et généalogiques, et des leçons de lecture variées. Elle inclut également des pages sur la lecture des vers et des exemples de poèmes. La cinquième partie introduit la grammaire française et les rudiments pratiques de la langue latine, avec des cartes à jouer et des leçons sur les parties du discours, les concordances, et la syntaxe. L'auteur mentionne également des bureaux typographiques conçus pour enseigner aux enfants les lettres et les sons de manière ludique et efficace. Ces bureaux sont adaptés pour différents âges et niveaux de compétence, et l'auteur critique les méthodes mystérieuses et hiéroglyphiques, prônant une approche franche et généreuse basée sur la pratique et l'expérience quotidienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1696-1718
TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
Début :
Puisque vous le souhaités, Monsieur, en faveur de persones qui font usage [...]
Mots clefs :
Enfants, Carte, Méthode, Voyelles, A, B, C Français, A, B, C Latin, Exercice, Latin, Français, École, Consonnes, Jeux, Bureau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
TROISIEME LETRE fur le
Livre anoncé fous le titre de la B1-
BLIOTEQUE DES ENFANS ,
les premiers élemens des letres .
Po
ou
Uifque vous le fouhaités , Monfieur ,
en faveur des perfones qui font ufage
du bureau tipografique , j'aurai encore
l'honeur de vous parler de la Biblioteque
des enfans , et de vous doner la fuite des
reflexions & des inftructions préliminalres
fur cet ouvrage. L'auteur qui m'a
confié fon manufcrit , eft d'ailleurs bien
aife de preffentir le gout du public avant
que de l'expofer à l'emplete , et qui pis
eft , à la lecture d'un livre dont il feroit
peut-être peu de cas par la fuite..
Un enfant capable de diftinguer les
couleurs & les objets fans les nomer , peut
en ètre amuſé de bone heure ; il ne s'agit
que du chois des objets qu'on lui préſente
pour le divertir , plutot que pour l'apliquer
d'une maniere nuifible : D'ailleurs
l'enfant fait conoitre fon dégout dès qu'il
le fent ; il ne faut donc jamais le forcer
au jeu ; l'on doit au contraire nourir &
entretenir en lui le defir de badiner avec
des objets inftructifs. Le tout confifte dans
ce point , & la diverfité des objets fervant
& tendant à mème fin , certaines heures
de
A O UST . 1730. 1697
I
de gaiété , de bone humeur , prifes avant
ou après les répas , donent plus de tems
qu'il n'en faut pour ce petit exercice . Des
images , des jetons , des médailles , des
letres ifolées fur des dés , ou fur des cartes à
jouer , ne divertiront pas moins un enfant,
que les vils morceaux d'un vafe caffé , et
autres chofes capables de lui faire du mal
come des bâtons; des couteaux, ou des ci
feaux , qu'on a trop fouvent la dangereuſe
complaifance de lui laiffer entre les mains
Il faut préferer à tous autres jeux l'ufage
& le jeu des letres , parce qu'elles font la
clé des arts-& - des fiences . Un enfant d'artifan
aprend de bone heure le nom des
outils de la boutique de fon pere; un anaṛ
tomiſte done à fon enfant des os & des
têtes de mort pour lui fervir d'amufe
ment et en même tems pour avoir ocafion
de lui montrer de bone heure les
premiers élemens de l'anatomie : ne peuton
pas en faire de même à l'égard des élé
mens des letres? La peinture , la gravure,
la fculpture , la broderie ; & c . pouroient
fournir à l'enfant d'un prince , d'un grand
feigneur , ou d'un home riche , diferens
jeux de letres de diverfes matieres
pres à le divertir & à l''inſtruire .
pro
On pouroit au lieu de cartes ordinaires
avoir des jetons, ou des letres fur une ma
tiere plus folide que cèle des cartes , come
~
Av dess
1698 MERCURE DE FRANCE
des tableaux , des cartons , ou des cartes doubles
& groffieres. On pouroit auffi fe fervir
utilement des fix faces des dés , et les
aranger come les letres des imprimeurs :
faute de dés il fufiroit d'avoir des letres
d'ivoire de buis , ou d'os , dont le noir &
le blancimiteroient l'impreffion ordinaire :
on pouroit faire cela pour un jeune prin
ce ; & le colombier du bureau tipografique
feroit pour lors garni de petits tiroirs
ou caffetins, remplis des letres fimples out
combinées qui fervent à marquer les fons
de la langue en laquelle on voudroit imprimer.
Mais le jeu des cartes achetées
a la livre & marquées de letres , me paroit
auffi fenfible , plus comode , moins
cher , et non moins inftruétif. D'ailleurs
les perfones qui aiment le jeu , ne defaprouveront
pas que les enfans aprenent
de bone heure à manier les cartes , et ceux
qui n'aiment pas le jeu , n'auront point
lieu de craindre qu'un enfant nouri &
élevé dans le jeu des cartes literaires , deviene
par là efclave de la paffion des autres
jeux de cartes. L'enfant n'aime dans
cet exercice que le côté des letres ; le petit
CANDIAC , du moins n'avoit de curiofité
que pour le dos des cartes , dont on luf
prefentoit les poins , ou les figures ; & s'il
n'y avoit rien far le dos des cartes , il les
donoit d'abord pour ètre employées util
lement
A O UST. 1730. 1699
lement au bureau . Le mouvement & le
manîment des cartes done à la main de
l'enfant une adreffe toute particuliere.
cèle
On pouroit encore par l'affemblage &
la combinaiſon des letres , faire un jeu
inftructif; des croix , des figures d'homes,
d'animaux et d'autres objets capables
d'exciter la curiofité & de reveiller l'atention
en variant tout, de tems en tems par
la nouveauté la dépenfe que l'on feroit
pour cela feroit toujours au-deffous de
qu'on fait pour de riches, mais ignorantes
bagateles . On met volontiers une
piftole à un noeud de ruban , ou à un bonet
pour un enfant, auquel on plaint fourvent
un mois d'inftruction : on done fans
neceffité un repas de dix piftoles à cinq
ou fix amis , pendant que l'on refufe a
fon enfant un livre de trente fous : la vanité
dédomageant dans l'un , on croit
Fautre pure perte : oferai -je dire que le
corps obtient le fuperflu , pendant que
l'efprit n'a pas le neceffaire. Cependant fi
Pon trouve cète métode trop chere &
trop pénible , on peut la laiffer à ceux
qui auront plus de bien, plus de patience,
et plus d'envie d'avancer de bone heure
feurs enfans. Il ne faut difputer ici ni des
gouts ni des génies ; mais on peut dire en
general que la faute des éducations manquées
, vient ordinairement des parens &
A vi des
1700 MERCURE DE FRANCE
'des maitres , plutot que des enfans : j'en
apele à l'experience ; chacun critique l'éducation
des enfans de fon voifin , pendant
qu'il s'aveugle fur celle des fiens propres .
On peut d'abord faire aprendre aux enfans
come à des peroquets , à prononcer
les voyeles & les confones ; et
par leur
nomination faire entrer les fons de la lan
gue françoife par l'oreille , avant que de
leur en montrer la figure aux ïeux : on
metra par là en exercice les organes de
la parole , fur tout fi l'on a foin de pro
noncer à haute voix lés fons de notre lan
gue fimples ou compofés. Et fi l'on s'aper
çoit que l'enfant ne prononce pas
facile
ment certaines letres de l'A BC , ou que
par le défaut de fes organes il articulef'une
pour l'autre , ou qu'enfin il ne foit
pas fidele écho , il eft bon pour lors de
repeter fouvent devant lui diftinctement
& à haute voix les fons qu'il ne peut exprimer
; et de ne lui point faire dire les
letres qu'il articulé en la place de cèles
qu'on lui demande : ce qui a fouvent leu ›
dans la prononciation du chè françois &
des letres C , R , G ; Z ; S , &c. Quand un
enfant en parlant prononce mal certaines
letres , et qu'il articule la foible pour la
forte 3 non -feulement il faut le reprendre,
mais il eſt bon encore d'éloigner de lui les
domeftiques qui ont le mème défaut ; fans
qui
A O UST . 1730. 170.1 °
quoi l'enfant rifque de conferver toujours
les prononciations vicieufes que pou
roient lui doner des gouvernantes ou des
valets de chambre..
Y.
e
Des cartes à jouer fans figures,fans poins;
& blanches des deux côtés , feront plaifir
à un enfant de deux ans ; mais s'il y a
des figures , des poins , & des letres , le
plaifir en fera plus grand . On peut donc
prendre des cartes au dos defqueles on
metra d'abord au milieu l'ABC , pour
inftruire & divertir un petit enfant ; l'on
dit au dos & au milieu des cartes , parce
que dans la fuite en fefant travailler au
bureau tipografique , on emploîra le haut -
& le coin ou l'angle du dos des cartes, pour
marquer les abreviations des mots No.
M' , M , M , S ' , S ", 3 ° , &c. ce qui
fait voir la neceffité de cete diftinction . Il
eft mieux de ne pas employer les cartes
à figures, et de choifir feulement les cartes
à poins , fupofé qu'on ne veuille pas en
faire faire exprès de toutes blanches &
petites come cèles des étrenes mignones ;
les poins des cartes peuvent encore fervir
à conter depuis un jufqu'à dix , ce qui
eft beaucoup pour un enfant de deux à
trois ans , puifque des peuples entiers
n'exprimoient , dit- on , les fomes au-delà
de ce nombre qu'en ouvrant plufieurs fois
les mains, Un enfant amufe de bone heure
Par
1702 MERCURE DE FRANCE
par ce jeu de letres , s'y livre avec plaiſir, &
par imitation voyant l'action & l'exemple
des autres il n'en conoit pas la raifon , il
n'y fent aucune peine , et c'eft ce que l'experience
perfuadera mieux que de fimples
raifonemens.
On doit paffer d'un objet à un autre , et
du fimple au compofé : c'eft pourquoi il
ne faut d'abord qu'une letre au milieu
d'une carte , començant par les voyeles
avant que de paffer aux confones , et employant
les grandes letres avant que de
doner les petites. Des cartes avec les letres
donées à deviner , ont l'air d'un jeu plu
tôt que
d'une étude : on comence la premiere
leçon par les cinq voyeles , à caufe
qu'elles font plus faciles à prononcer. On
a , par exemple,un jeu de vint - cinq cartes,
favoir cinq cartes marquées d'un A ; cinq
cartes marquées d'un E ; autant pour
chacune des autres voyeles, J, O, U : après
quoi l'on bat les cartes , on coupe & l'on
fait nomer les letres à l'enfant. Dans la
fuite , pour diminuer le nombre des carres
& rendre la leçon ou le jeu plus utile ,
on marquera cinq cartes chacune avec les
cinq voyeles , favoir les quatre coins avec
A, E , O , V , et le milieu avec Ƒ' , pour
la leçon des cinq voyeles , et l'on tournéra
la carte de l'autre fens quand on vou
dra y montrer les cinq petites voyeles à
côté des grandes, Quand
A O UST . 1730. 1703
Quand l'enfant fait le jeu des cinq voyeles
A , E , 1,0 , V , on y joint une carte
du jeu des confones prifes au hazard entre
cèles qu'il prononce le mieux , fans
s'affervir à l'ordre abecedique : on peut
donc augmenter le jeu en ajoutant la carte
du B , du D , & c. et doner à la confonet
fon nom réel & efectif au lieu du nom
vulgaire , lorfqu'il peut induire en erreur.
Puifqu'on ne done plus les noms
d'Aleph , Beth , & d'Alpha , Beta , &c.
aux caracteres de l'a b c , latin & françois
, l'auteur a cru pouvoir fe fervir des
mots abe ce & abecedique , au lieu des
mots alfabet et alfabetique , afin de
ne pas faire à de petits enfans un mistere
d'une chofe auffi fimple. Après avoir
donc comancé par le jeu des cinq voyeles
A, E ,J , O,U , à caufe de leur prononciation
aifée ; il s'agit de paffer aux confones,
et de leur doner le nom qui leur convient
le mieux , par raport à l'ufage & à
Péfet de ces mèmes letres combinées avec
les autres , d'abord on done un nom pro-
-pre , réel & efectif d'une filabe , à là letre
, fi elle n'eft employée que pour un
fon , ou qu'elle ait un nom particulier ,
et non comun aux autres , come Be , De ,
Fe , He, Le , Me , Ne , Pe , Re , Ve , Ze,
و
c. Il faut donc , à l'exemple des Muficiens
, doner aux letres feules ou combinées
1704 MERCURE DE FRANCE
nées le fon qu'elles exigent & qu'elles reçoivent
, fort ou foible , felon l'endroit
où elles font placées ; affervir les caracteres
aux fons , er non les fons aux caractéres
; continuer de la forte l'ufage des
combinaiſons ; imiter les Muficiens qui
content pour rien l'erreur & le nom de
la note , pourvu que l'on prène le ton ,
et que l'on chante jufte l'intervale dont
il s'agit dans la leçon qu'un écolier aprend
à dechifrer , ou à folfier , pour épeler ,
par exemple , les mots cacus , gigas , & c.
on dira ce , e , cæ ; qu , u , ce ; qus. cæcus;
je, i gi gu , a , ce , gas , gigas , & c .
-
Il femble que l'é muet devroit fervir ,
pour ainfi dire , d'ame aux confones
plutot qu'une autre voyele ; cet e muet
n'eft qu'une émiffion de voix qui foutient
cète confone ; et fans l'apui de cete émiffron
de voix ou e muet , les confones frnales
, ou fuivies d'autres confones , re
fauroient ètre prononcées. La voyele e é- -
tant plus aifée à prononcer & moins mar
quée que les autres , paroit ètre préferable
pour l'élifion néceffaire. En lifant ou épolant
, par exemple , le petit mot flos , l'enfant
qui neconoit que les letres& leur va
leur réele , par leur veritable nom , dira
felon cete métade fe , leo , ce , lefquels
uatre fons aprochent plus du vrai fon
qu mot flos , que les fons fuivans , effe : 25
ella
AOUST.. 1730. 1705
elle , o , effe , de la metode vulgaire , et
pour lire le grand mot flabellifer , l'enfant.
qui ne conoit que les letres & leur valeur
réele , par leur veritable nom , dira felon
cete metode fe , le , a , be , le , le , i ,fe, re,
lesquels neuf fons aprochent bien plus du
vrai fon du mot flabellifer, que les fons
fuivans , effe , elle , a , be , e , elle elle , i
effe , e, erre. On laiffe à l'oreille du lec
teur équitable à decider laquelle des deux
manieres d'apeler les letres , rend plus facilement
, et immediatement le fon de flos
& de flabellifer. Dans la premiere metode
en nomant les letres rapidement on lit ,
dans la derniere , on a beau les apeler tres
vite , on eft obligé de fuprimer une partie
des letres & des filabes inutiles dans les
noms faux & vulgaires des letres pour
avoir le veritable fon , cherché , deviné
ou dechifré par tradition & par routine ,
plutot que par des principes qui le produifent.
L'auteur cependant fe fert de l'é
fermé pour nomer les letres en latin, quoiqu'il
fache qu'il feroit beaucoup mieux de
n'employer que l'e muet,ainsi qu'il le fera
faire en françois ; mais les latins ne conoiffoient
pas expreffément l'ufage de l'e
muet ; il femble meme qu'il aproche fort
de la voyele françoife en ou de l'e muet
foutenu ; on s'eft donc éloigné le moins
qu'il a été poffiblo de la métode vulgaire
lorfque
1
1706 MERCURE DE FRANCË
lorfque l'on a pu s'en fervir par raport aur
but principal de faciliter la lecture aux enfans
. Quoique la prononciation de la langue
latine foit morte,on ne peut pas douter
qu'ele n'ût des e diferens & plus ou
verts les uns que les autres.
Lorfqu'un enfant eft ferme fur l'A , B,
C, des grandes letres de la premiere , de
la fegonde & de la troifieme leçon du lìvre
de l'enfant, il aprendra presque de lui
mème les petites letres fi on les ajoutefur
les mêmes cartes à coté des grandes ; come
Aa , Bb , & c , de la quatriéme leçon ;
après quoi on lui montrera feparément
les petites letres de la cinquiéme leçon , le
tout , peu à peu , fans impatience , en badinant
& prenant le bon moment de
l'enfant . Pour faciliter ce petit exercice ,
on peut fe fervir des memes cartes dont
on a joué pour les grandes letres ou capitales
; un enfant voit avec plaifir écrire
le petit a à coté du grand 4 : & ainfi
de toutes les letres : il afectione les cartes
qu'il voit preparer pour lui ; la foibleffe ,
fa legereté & la vivacité d'un enfant de
deux à trois ans , ne permetent pas de
lui montrer les letres dans les livres des
A , B , C, ordinaires ; les letres en font
ordinairement trop petites , trop ferées &
en trop grande quantité dans la meme
page ; c'est pourquoi l'auteur a fait remarquer
AOUST. 1730. 1707
marquer qu'on metoit fouvent un enfant
trop tard à l'A , B , C , et trop tôt fur
les livres ; un enfant eft pour lors plus
embaraffé qu'un home qui vèroit une
grande page remplie de petits caracteres
inconus , arabes ou chinois.
L'on peut avoir des A, B , C , en noir ,
en rouge , en bleu & en autant de couleurs
que l'on voudra , cete diverfité eſt
toujours à l'avantage de l'enfant : on peut
les employer indiferament au comancement
; mais dans la fuite les letres noires
& les rouges , ferviront pour diftinguer
le romain & l'italique , le latin & le
françois , dans la compofition à faire au
bureau tipografique.
Quand l'enfant eft affuré fur toutes les
letres , l'on peut avoir un a , b , c , capital
fur un carton , fur de la toile cirée ou
non cirée , fur des ardoifes , fur un tableau
, fur un placard , fur un écran , fur
an éventail , für des canevas , & c . felon
le lieu , la faifon , les perfones & les facilités
que l'on a pour cet exercice : mais
le jeu des cartes marquées d'une letre
l'emporte fur tous les autres jeux. L'on
peut placarder des Aa , B'b , &c. à
la hauteur de l'enfant , deriere ou devant
certaines portes où il paffe & repaffe
, le tout felon la fituation de fon
apartement ou de ceux qu'il parcourt ; ce
que
1708 MERCURE DE FRANCE
"
que l'on obfervera également pour les combinaifons
du'ab , eb , ib , ob , ub , & c. ba,
be , bi , bo , bu , & c. bla , ble , bli , blo ,
blu , &c. bra , bre , bri , bro , brú , & c.
l'on peut
écrire en gros caracteres
ou faire imprimer fur de grandes feuilles
2 pouvoir coler fur des cartes , des cartons
, ou dans des quadres propres à orner
la chambre de l'enfant.
que
A mesure que le jeu de cartes dont on
joue avec l'enfant groffit d'un côté , on
le diminue de l'autre , en ne laiffant
qu'une ou deux cartes de la meme letre,
juſqu'à ce que l'A , B, C , foit reduït
à une feule carte pour chaque letre fimple
ou double , grande ou petite , &c. Les
cartes retranchées du gros jeu fervent à
un autre joueur ; car l'enfant liroit dix a,
b, c , de fuite prefentés par dix perfones
plus volontiers & avec plus de plaiſir
qu'il n'en liroit trois prefentés par le
meme joueur. Un enfant's'imagine enfuite
que chacun a für foi de pareils jeux ,
et les demande avec importunité ; c'eft
pourquoi on fe les prere à l'infçu de l'enfant.
On done auffi les letres à deviner
aux perfones prefentes , qui voulant bien
fe prêter au badinage inftructif , afectent
de mal nomer les lètres; l'enfant triomfe
de pouvoir reprendre , car la vanité precede
la parole , et l'on doit metre tour à
profit.
AOUST. 1730. 1709 .
profit. Pour augmenter le jeu des cartes
de l'A , B , C , on poura y ajouter le jeu
des petites letres , et comancer par celes
qui ont prefque la meme forme & figure
que leurs capitales ; par exemple , Cc ,
Ĵj , Kk , Pp , SS , Vv , Yy , Zz ,
&c. et paffer enfuite aux autres letres , fans
s'affervir à l'ordre abecedique.
Si le public goutoit cète metode , on
pouroit avoir des A, B, C, fur des jetons,
fur des fiches à jouer , fur des dés , tant
pour les fons que pour les lètresson pouroit
mème faire des jeux.come ceus de l'oie , de
la chouete , des dames , & c. chacun peut,
felan fon gout & fon imagination , faire
mieux que ce que l'auteur propofe , obfervant
toujours de varier & de confulter
auffi le gout de l'enfant , fon inclination
& fon plaifir , qui font dans un fens la
baze de ce petit fifteme. Ceux qui voudront
fe fervir de cete metode dans les
maifons particulieres doivent avoir les
letres de l'A , B , C , imprimées ou écrites.
On en peut découper & les coler
fur des cartes à jouer qu'on achete à la
livre. Mais come tout le monde n'a pas
ocafion de trouver ou de faire de femblables
caracteres , il feroit beaucoup mieux.
que les imprimeurs ou les cartiers en
vouluffent acomoder le public , n'employant
pour cela que les cartes ou les
cartons
1710 MERCURE DE FRANCE
cartons de rebut. En atendant l'introduction
de cet ufage , et que l'on goute la
metode propofee , on peut s'adreffer aux
religieux qui ont des A , B , C , à jour
fur des plaques de cuivre. On trouve
encore de ces caracteres à jour dans les
églifes catedrales ou collegiales des provinces.
Le plus court fera d'en faire acheter
à Paris chés les ouvriers qui en font,
alors il fera aifé de faire imprimer tout
de fuite vint ou trente A , B , C , imprimant
vint & trente A , fur autant de
cartes rangées fur une table ; enfuite vint
ou trente B , & tout l'A, B , C , de la
meme maniere. Un domeftique peut être
d'abord mis au fait de cète petite imprimerie
; et cete ocupation , aux ïeux de l'enfant
produira autant de bien que produifent
ordinairement de mal l'oifiveté ,
les mauvais difcours & les mauvais exemples
des perfones chargées de l'enfant.
و
On pouroit fe fervir utilement de cète
metode dans les petites écoles où l'on n'envoie
bien fouvent les enfins que pour y etre
affis & en etre debaraffé lorfqu'on veut
etre libre chés foi , ou pouvoir aler perdre
ailleurs fon tems & fon argent. Si l'on
vouloit donc fuivre ou effaïer cète metode
dans les écoles , il faudroit metre entre'
les mains des enfans plufieurs jeux de cartes
ou de cartons literaires , & l'on pouroit
doner
AOUST. 1730. 1711
doner leçon à plufieurs enfans à la fois ,
ce qui exciteroit , & entretiendroit parmi
eux une noble émulation literaire . Les
écoles de petites filles que tienent les dames
religieufes, pouroient auffi mieux que
perfone faire l'effai de cete metode. Ou
tre les jeux de cartes , marquées de letres ,
ces dames pouroient avoir des A, B , C ,
des ab , eb , ib , ob , ub , &c. ba , be , bi
bo , bu , &c. fur des cartons ou fur des tableaux
exprès , que l'on montreroit aux
enfans come des curiofités. Une leçon publique,
et la démonftration des letres & des
fons de la langue françoife , feroit plus
agréable ou moins ennuyeufe pour la regente,
et mème pour les écolieres ; les murailles
de l'école doivent être le livre public
où les enfans trouveront les élémens ,
des letres , en atendant qu'ils foient en
état de fe fervir d'un livre tel que l'au-,
teur le propoſe , et qu'il a tâché de faire
exprès.Si les perfones zelées & charitables
qui dirigent les écoles des pauvres , n'étoient
pas fi efclaves des métodes vulgaires
, il feroit aifé de leur faire voir combien
il y auroit à gagner en fuivant la mérode
propofée ici .
Lorfqu'un enfant prend gour à l'exercice
du jeu abecedique , il faut lui doner,
une caffete habillée ou couverte de letres
dans laquelle il puiffe tenir les jeux de
carte s
1712 MERCURE DE FRANCE
cartes qu'on lui fait & qu'on lui done ;"
il eft bien-aife d'avoir la proprieté des
chofes , et la crainte d'être privé de ce petit
meuble peut fervir quelquefois à r'animer
le gout literaire. Cete caffete a paru
neceffaire , et l'on a cru pouvoir en faire
fervir les faces aux leçons de l'enfant.:
c'eft-là fon premier livre , ou du moins
c'en font les premieres pages. Si l'on s'amufe
avec des écrans & des éventails .
pourquoi des enfans ne s'amuferoient - ils
pas avec cète caffete ? Ils ont en petit le
mélange de toutes les paffions ; on doit les
étudier , les tourner à leur avantage , &
metre les enfans en état de montrer les
letres à leurs petits freres ou petites foeurs
s'ils en ont , come a fait le petit Goffard ,
cité dans la letre inferée dans le Mercure
de Juillet 1730. Rien n'anime tant un enfant
que de fe voir des écoliers. Le petit
Candiac montroit à lire à des enfans deux
fois plus agés que lui .
Il faudra auffi doner à l'enfant un petit
bureau come ceux de la Pofte , fur lequel
il puiffe ranger toutes les letres qu'il tirera
de la caffeté , & qu'il nomera plufieurs
fois , en continuant feul ce badinage ,
meme avec encor plus de plaifir s'il y a
quelque fpectateur qui applaudiffe & qui
done du courage . Par le moyen de ce bureau
, on peut épargner aux enfans des
princes
AOUST. 1730. 1713
princes , et des grans feigneurs bien de la
peine , bien du dégout & bien du tems ,
en fefant travailler au bureau du PRINCE &
devant LUI , quelque digne enfant drelé
pour cet inftructif & amulant exercice .
L'auteur donera fur tous les fons, quelques
exemples de la maniere dont on doit
faire apeler les letres en commençant à
compofer , à imprimer & à lire, felon cete
metode . Car dès le premier jour de l'exercice
, on peut faire l'un & l'autre . On donera
des exemples faits exprès à l'égard
des lètres dont on a un peu changé le
nom , en faveur du fon & de la valeur
réelle & efective des caracteres ; et c'eft
pour cela que l'auteur a compofé des lignes
de quelques mots latins ou arbitraires,
moins foumis aux règles ordinaires de
la lecture ; car d'ailleurs il n'eft prefque
pas neceflaire d'épeler , quand on fuit la
metode des fons exprimés par une filabe ,
qui réponde au veritable fon local des letres
& des caracteres fimples & doubles .
Nous aprenons à parler machinalement
par l'articulation & par la converfation ,
mais pour la lecture & l'écriture , il faut
quelque chofe de plus , c'eft un art qu'on
peut & qu'on doit perfectioner en tâchant
de le rendre plus aifé , plus agréable
& plus utile. Cet art eft la clé des
fiences , qui font le bonheur de toutes
B
log
1714 MERCURE DE FRANCE
les nations policées , et c'eft en vue de l'utilité
publique , que l'auteur done l'heureux
effai de cete metode. Il eft prefque
impoffible de montrer à lire par principes
, il y a trop de bizarerie dans l'ufage
des letres, et encore plus dans l'ortografe.
On eft donc réduit à la routine , mais il
ne s'enfuit pas qu'on ne la puiffe rectifier
en donantune métode pour tout ce qui en
eft fufceptible , et réduifant aux princi
pes tout ce qui peut abreger & perfectioner
l'art de montrer les letres aux petits
enfans. On fe ate de l'avoir fait
d'une maniere heureufe & facile , en forte
que les plus grandes dificultés , et prefque
toutes les bizareries de l'ufage fe trouvent
& s'aprenent tres facilement par
l'exercice ou par la pratique des principes
qu'on a donés pour l'ufage du bureau
tipografique.
On ne fauroit, au refte, trop recomander
aux perfones qui montrent les letres aux
enfans, de les faire paffer peu à peu & par
degrés aux filabes les plus dificiles , ce
qui eft , je penfe , une fuite de la vraie metode
de montrer à lire , néanmoins outre
le livre ordinaire , on en doit de tems en
tems prefenter d'autres aus enfans , leur
faire dire les letres , les filabes & les mots
â l'ouverture du livre , et ne pas imiter
seux qui ne favent lire que dans un livre ,
preuve
A O UST. 1730. 1715
preuve de la pure routine & de la mémoire
locale qui font toute la fience d'un
enfant mal montré.
-
Un autre exercice agréable & inftructif
c'eft de faire deviner à un enfant la premiere
letre de chaque mot qu'on lui dit
à haute voix ; et enfuite la fegonde , la
troifiéme , et les autres letres de chaque
filabe des mots , fur tout les confones
initiales , C , G , J , S , T, V , X , Y, Z ,
&c. on en a fait l'experience fur un enfant
de trois ans & trois mois , il n'en
manquoit pas une des initiales , et devinoit
facilement les autres dans de petits
mots. Il faut cependant remarquer
que les voyeles étant plus fenfibles que les
confones , elles font auffi plus aifées à deviner
; c'eft pourquoi l'enfant de trois ans
qui conoit bien les letres , fi on lui demande
, par exemple , la premiere letre
ou le premier fon d'un des mots bale
vile , fote , lune , &c dira que c'eft l'a , l'i ,
l'o , ou l'u. Ces confones initiales font peu
d'impreffion fur les organes de l'enfant ;
la cadence & la tenue en fait de muſique ,
la quantité grammaticale , ou la durée du
fon , ne tombent que fur le fon des voyeles
, & non fur celui des confones : il faut
donc montrer à l'enfant l'art de trouver
la confone , après qu'il a fu trouver la
voyele , et pour cela il fufit de lui apren-
Bij dre
>
1716 MERCURE DE FRANCE
dre à fubftituer la voyele e à la place de
l'autre voyele devinée ,, par exemple ,
changeant en e l'a du mot bale , on dira bele,
et l'enfant fent pour lors la filabe initiale
be , ou le nom doné au caractere b . Cela
eft fi vrai , que fi l'on demande à l'enfant
la premiere letre d'un des mots benir, ceci ,
denier , fenètre , qualité , &c . il répondra
fans hefter que c'eft le be , le ce , le de ,
Le fe,le ka & c. & il eft bon de remarquer ici
l'utilité des noms Ceke , feja , He , Gega,
Ve , &c. donez aux letres C , J , H , G ,
V , puifque c'eft à l'aide de ces dénominations
que l'enfant aprend à diftinguer &
à défigner le fon des letres & des mots
qu'on lui prononce : c'est donc par le
moyen de la voyele auxiliaire ou empruntéc
l'enfant
que
aquerra dans peu la facilité
de deviner également les confones &
les voyeles ; cela paroitra clair & démontré
par la pratique de cète métode qui enfeigne
en peu de tems l'ortografe de l'oreille
ou des fons , en atendant cele des
ïeux , ou de l'ufage .
Avant l'age de trois ans & demi le petit
CANDIAC favoit diftinguer & dicter
tous les fons des mots qu'on lui prononçoit
en latin ou en françois , aïant aquis
P'ortografe des fons avec la parole ; ce
qu'il n'auroit pas fait s'il n'avoit jamais û
que des ABC ordinaires , et qu'il ût apelé
les
AOUST . 1730. 1717
les confones f, g , h , j , l , m , n , r , f, v ,
x, y , z, &c. du nom vulgaire de plufieurs
filabes , nom qui induit en erreur , qui
éloigne du bon & vrai fon , et qui en
fournit un faux ou captieux pour la fubftitution
neceffaire dans l'art d'épeler : par
exemple, dans le mot cacumen , la routine
ordinaire dit , fe , a , ka ; fe , u , qu , cacu;
lieuque
au
feemme
, e , enne , men , cacumen ;
la métode de l'auteur l'on dira ka , a , ka;
qu , u , qu ; cacu , me , e , men ; cacumen ,
&c. Il n'y a point d'oreille qui ne ſente
en dépit des feux , la fuperiorité de cète
métode fur la métode vulgaire , on le
fera voir plus au long en montrant à lire
du latin & du françois,
Pour imprimer cet ABC , on croit qu'il
fera bon d'y metre des filabes & des mots
latins fans fuite ni fens , plutot que de
faire imprimer en filabes disjointes ou divifées
les mots des prieres que l'enfant
n'entend point & qu'il retient ailément ,
fur tout s'il récite déja les mèmes prieres
foir & matin. Les maitres , les parens &
les enfans en font les dupes , quoique
d'une maniere diferente. Cependant pour
confacrer les prémices du favoir de l'enfant
, on poura imprimer les prieres latines
après quelques pages de filabes choifies
exprès,pour faire lire peu à peu & par
degrés les principales dificultés des mots
B iij
ou
1718 MERCURE DE FRANCE
ou des filabes . Aïant imprimé des monofilabes
féparés les uns des autres , il ne
fera pas enfuite neceffaire de féparer ainſi
les filabes du Pater , de l'Ave & du Credo,
&c. come on le fait peut-être mal- à - propos
dans les livres ordinaires des ABC.
La priere eft un exercice fi férieux & fi
néceffaire , qu'on ne fauroit trop tôt y
acoutumer les enfans ; mais par respect
pour la priere mème , on ne devroit pas
d'abord les metre à cète lecture , de crainte
de trop de routine , et de pure articulation
: il feroit donc mieux après l'A
BC françois de faire imprimer en deux
colones les prieres en latin & en françois
afin que l'enfant les comprit plutot les
lifant & les récitant en chaque langue..
Livre anoncé fous le titre de la B1-
BLIOTEQUE DES ENFANS ,
les premiers élemens des letres .
Po
ou
Uifque vous le fouhaités , Monfieur ,
en faveur des perfones qui font ufage
du bureau tipografique , j'aurai encore
l'honeur de vous parler de la Biblioteque
des enfans , et de vous doner la fuite des
reflexions & des inftructions préliminalres
fur cet ouvrage. L'auteur qui m'a
confié fon manufcrit , eft d'ailleurs bien
aife de preffentir le gout du public avant
que de l'expofer à l'emplete , et qui pis
eft , à la lecture d'un livre dont il feroit
peut-être peu de cas par la fuite..
Un enfant capable de diftinguer les
couleurs & les objets fans les nomer , peut
en ètre amuſé de bone heure ; il ne s'agit
que du chois des objets qu'on lui préſente
pour le divertir , plutot que pour l'apliquer
d'une maniere nuifible : D'ailleurs
l'enfant fait conoitre fon dégout dès qu'il
le fent ; il ne faut donc jamais le forcer
au jeu ; l'on doit au contraire nourir &
entretenir en lui le defir de badiner avec
des objets inftructifs. Le tout confifte dans
ce point , & la diverfité des objets fervant
& tendant à mème fin , certaines heures
de
A O UST . 1730. 1697
I
de gaiété , de bone humeur , prifes avant
ou après les répas , donent plus de tems
qu'il n'en faut pour ce petit exercice . Des
images , des jetons , des médailles , des
letres ifolées fur des dés , ou fur des cartes à
jouer , ne divertiront pas moins un enfant,
que les vils morceaux d'un vafe caffé , et
autres chofes capables de lui faire du mal
come des bâtons; des couteaux, ou des ci
feaux , qu'on a trop fouvent la dangereuſe
complaifance de lui laiffer entre les mains
Il faut préferer à tous autres jeux l'ufage
& le jeu des letres , parce qu'elles font la
clé des arts-& - des fiences . Un enfant d'artifan
aprend de bone heure le nom des
outils de la boutique de fon pere; un anaṛ
tomiſte done à fon enfant des os & des
têtes de mort pour lui fervir d'amufe
ment et en même tems pour avoir ocafion
de lui montrer de bone heure les
premiers élemens de l'anatomie : ne peuton
pas en faire de même à l'égard des élé
mens des letres? La peinture , la gravure,
la fculpture , la broderie ; & c . pouroient
fournir à l'enfant d'un prince , d'un grand
feigneur , ou d'un home riche , diferens
jeux de letres de diverfes matieres
pres à le divertir & à l''inſtruire .
pro
On pouroit au lieu de cartes ordinaires
avoir des jetons, ou des letres fur une ma
tiere plus folide que cèle des cartes , come
~
Av dess
1698 MERCURE DE FRANCE
des tableaux , des cartons , ou des cartes doubles
& groffieres. On pouroit auffi fe fervir
utilement des fix faces des dés , et les
aranger come les letres des imprimeurs :
faute de dés il fufiroit d'avoir des letres
d'ivoire de buis , ou d'os , dont le noir &
le blancimiteroient l'impreffion ordinaire :
on pouroit faire cela pour un jeune prin
ce ; & le colombier du bureau tipografique
feroit pour lors garni de petits tiroirs
ou caffetins, remplis des letres fimples out
combinées qui fervent à marquer les fons
de la langue en laquelle on voudroit imprimer.
Mais le jeu des cartes achetées
a la livre & marquées de letres , me paroit
auffi fenfible , plus comode , moins
cher , et non moins inftruétif. D'ailleurs
les perfones qui aiment le jeu , ne defaprouveront
pas que les enfans aprenent
de bone heure à manier les cartes , et ceux
qui n'aiment pas le jeu , n'auront point
lieu de craindre qu'un enfant nouri &
élevé dans le jeu des cartes literaires , deviene
par là efclave de la paffion des autres
jeux de cartes. L'enfant n'aime dans
cet exercice que le côté des letres ; le petit
CANDIAC , du moins n'avoit de curiofité
que pour le dos des cartes , dont on luf
prefentoit les poins , ou les figures ; & s'il
n'y avoit rien far le dos des cartes , il les
donoit d'abord pour ètre employées util
lement
A O UST. 1730. 1699
lement au bureau . Le mouvement & le
manîment des cartes done à la main de
l'enfant une adreffe toute particuliere.
cèle
On pouroit encore par l'affemblage &
la combinaiſon des letres , faire un jeu
inftructif; des croix , des figures d'homes,
d'animaux et d'autres objets capables
d'exciter la curiofité & de reveiller l'atention
en variant tout, de tems en tems par
la nouveauté la dépenfe que l'on feroit
pour cela feroit toujours au-deffous de
qu'on fait pour de riches, mais ignorantes
bagateles . On met volontiers une
piftole à un noeud de ruban , ou à un bonet
pour un enfant, auquel on plaint fourvent
un mois d'inftruction : on done fans
neceffité un repas de dix piftoles à cinq
ou fix amis , pendant que l'on refufe a
fon enfant un livre de trente fous : la vanité
dédomageant dans l'un , on croit
Fautre pure perte : oferai -je dire que le
corps obtient le fuperflu , pendant que
l'efprit n'a pas le neceffaire. Cependant fi
Pon trouve cète métode trop chere &
trop pénible , on peut la laiffer à ceux
qui auront plus de bien, plus de patience,
et plus d'envie d'avancer de bone heure
feurs enfans. Il ne faut difputer ici ni des
gouts ni des génies ; mais on peut dire en
general que la faute des éducations manquées
, vient ordinairement des parens &
A vi des
1700 MERCURE DE FRANCE
'des maitres , plutot que des enfans : j'en
apele à l'experience ; chacun critique l'éducation
des enfans de fon voifin , pendant
qu'il s'aveugle fur celle des fiens propres .
On peut d'abord faire aprendre aux enfans
come à des peroquets , à prononcer
les voyeles & les confones ; et
par leur
nomination faire entrer les fons de la lan
gue françoife par l'oreille , avant que de
leur en montrer la figure aux ïeux : on
metra par là en exercice les organes de
la parole , fur tout fi l'on a foin de pro
noncer à haute voix lés fons de notre lan
gue fimples ou compofés. Et fi l'on s'aper
çoit que l'enfant ne prononce pas
facile
ment certaines letres de l'A BC , ou que
par le défaut de fes organes il articulef'une
pour l'autre , ou qu'enfin il ne foit
pas fidele écho , il eft bon pour lors de
repeter fouvent devant lui diftinctement
& à haute voix les fons qu'il ne peut exprimer
; et de ne lui point faire dire les
letres qu'il articulé en la place de cèles
qu'on lui demande : ce qui a fouvent leu ›
dans la prononciation du chè françois &
des letres C , R , G ; Z ; S , &c. Quand un
enfant en parlant prononce mal certaines
letres , et qu'il articule la foible pour la
forte 3 non -feulement il faut le reprendre,
mais il eſt bon encore d'éloigner de lui les
domeftiques qui ont le mème défaut ; fans
qui
A O UST . 1730. 170.1 °
quoi l'enfant rifque de conferver toujours
les prononciations vicieufes que pou
roient lui doner des gouvernantes ou des
valets de chambre..
Y.
e
Des cartes à jouer fans figures,fans poins;
& blanches des deux côtés , feront plaifir
à un enfant de deux ans ; mais s'il y a
des figures , des poins , & des letres , le
plaifir en fera plus grand . On peut donc
prendre des cartes au dos defqueles on
metra d'abord au milieu l'ABC , pour
inftruire & divertir un petit enfant ; l'on
dit au dos & au milieu des cartes , parce
que dans la fuite en fefant travailler au
bureau tipografique , on emploîra le haut -
& le coin ou l'angle du dos des cartes, pour
marquer les abreviations des mots No.
M' , M , M , S ' , S ", 3 ° , &c. ce qui
fait voir la neceffité de cete diftinction . Il
eft mieux de ne pas employer les cartes
à figures, et de choifir feulement les cartes
à poins , fupofé qu'on ne veuille pas en
faire faire exprès de toutes blanches &
petites come cèles des étrenes mignones ;
les poins des cartes peuvent encore fervir
à conter depuis un jufqu'à dix , ce qui
eft beaucoup pour un enfant de deux à
trois ans , puifque des peuples entiers
n'exprimoient , dit- on , les fomes au-delà
de ce nombre qu'en ouvrant plufieurs fois
les mains, Un enfant amufe de bone heure
Par
1702 MERCURE DE FRANCE
par ce jeu de letres , s'y livre avec plaiſir, &
par imitation voyant l'action & l'exemple
des autres il n'en conoit pas la raifon , il
n'y fent aucune peine , et c'eft ce que l'experience
perfuadera mieux que de fimples
raifonemens.
On doit paffer d'un objet à un autre , et
du fimple au compofé : c'eft pourquoi il
ne faut d'abord qu'une letre au milieu
d'une carte , començant par les voyeles
avant que de paffer aux confones , et employant
les grandes letres avant que de
doner les petites. Des cartes avec les letres
donées à deviner , ont l'air d'un jeu plu
tôt que
d'une étude : on comence la premiere
leçon par les cinq voyeles , à caufe
qu'elles font plus faciles à prononcer. On
a , par exemple,un jeu de vint - cinq cartes,
favoir cinq cartes marquées d'un A ; cinq
cartes marquées d'un E ; autant pour
chacune des autres voyeles, J, O, U : après
quoi l'on bat les cartes , on coupe & l'on
fait nomer les letres à l'enfant. Dans la
fuite , pour diminuer le nombre des carres
& rendre la leçon ou le jeu plus utile ,
on marquera cinq cartes chacune avec les
cinq voyeles , favoir les quatre coins avec
A, E , O , V , et le milieu avec Ƒ' , pour
la leçon des cinq voyeles , et l'on tournéra
la carte de l'autre fens quand on vou
dra y montrer les cinq petites voyeles à
côté des grandes, Quand
A O UST . 1730. 1703
Quand l'enfant fait le jeu des cinq voyeles
A , E , 1,0 , V , on y joint une carte
du jeu des confones prifes au hazard entre
cèles qu'il prononce le mieux , fans
s'affervir à l'ordre abecedique : on peut
donc augmenter le jeu en ajoutant la carte
du B , du D , & c. et doner à la confonet
fon nom réel & efectif au lieu du nom
vulgaire , lorfqu'il peut induire en erreur.
Puifqu'on ne done plus les noms
d'Aleph , Beth , & d'Alpha , Beta , &c.
aux caracteres de l'a b c , latin & françois
, l'auteur a cru pouvoir fe fervir des
mots abe ce & abecedique , au lieu des
mots alfabet et alfabetique , afin de
ne pas faire à de petits enfans un mistere
d'une chofe auffi fimple. Après avoir
donc comancé par le jeu des cinq voyeles
A, E ,J , O,U , à caufe de leur prononciation
aifée ; il s'agit de paffer aux confones,
et de leur doner le nom qui leur convient
le mieux , par raport à l'ufage & à
Péfet de ces mèmes letres combinées avec
les autres , d'abord on done un nom pro-
-pre , réel & efectif d'une filabe , à là letre
, fi elle n'eft employée que pour un
fon , ou qu'elle ait un nom particulier ,
et non comun aux autres , come Be , De ,
Fe , He, Le , Me , Ne , Pe , Re , Ve , Ze,
و
c. Il faut donc , à l'exemple des Muficiens
, doner aux letres feules ou combinées
1704 MERCURE DE FRANCE
nées le fon qu'elles exigent & qu'elles reçoivent
, fort ou foible , felon l'endroit
où elles font placées ; affervir les caracteres
aux fons , er non les fons aux caractéres
; continuer de la forte l'ufage des
combinaiſons ; imiter les Muficiens qui
content pour rien l'erreur & le nom de
la note , pourvu que l'on prène le ton ,
et que l'on chante jufte l'intervale dont
il s'agit dans la leçon qu'un écolier aprend
à dechifrer , ou à folfier , pour épeler ,
par exemple , les mots cacus , gigas , & c.
on dira ce , e , cæ ; qu , u , ce ; qus. cæcus;
je, i gi gu , a , ce , gas , gigas , & c .
-
Il femble que l'é muet devroit fervir ,
pour ainfi dire , d'ame aux confones
plutot qu'une autre voyele ; cet e muet
n'eft qu'une émiffion de voix qui foutient
cète confone ; et fans l'apui de cete émiffron
de voix ou e muet , les confones frnales
, ou fuivies d'autres confones , re
fauroient ètre prononcées. La voyele e é- -
tant plus aifée à prononcer & moins mar
quée que les autres , paroit ètre préferable
pour l'élifion néceffaire. En lifant ou épolant
, par exemple , le petit mot flos , l'enfant
qui neconoit que les letres& leur va
leur réele , par leur veritable nom , dira
felon cete métade fe , leo , ce , lefquels
uatre fons aprochent plus du vrai fon
qu mot flos , que les fons fuivans , effe : 25
ella
AOUST.. 1730. 1705
elle , o , effe , de la metode vulgaire , et
pour lire le grand mot flabellifer , l'enfant.
qui ne conoit que les letres & leur valeur
réele , par leur veritable nom , dira felon
cete metode fe , le , a , be , le , le , i ,fe, re,
lesquels neuf fons aprochent bien plus du
vrai fon du mot flabellifer, que les fons
fuivans , effe , elle , a , be , e , elle elle , i
effe , e, erre. On laiffe à l'oreille du lec
teur équitable à decider laquelle des deux
manieres d'apeler les letres , rend plus facilement
, et immediatement le fon de flos
& de flabellifer. Dans la premiere metode
en nomant les letres rapidement on lit ,
dans la derniere , on a beau les apeler tres
vite , on eft obligé de fuprimer une partie
des letres & des filabes inutiles dans les
noms faux & vulgaires des letres pour
avoir le veritable fon , cherché , deviné
ou dechifré par tradition & par routine ,
plutot que par des principes qui le produifent.
L'auteur cependant fe fert de l'é
fermé pour nomer les letres en latin, quoiqu'il
fache qu'il feroit beaucoup mieux de
n'employer que l'e muet,ainsi qu'il le fera
faire en françois ; mais les latins ne conoiffoient
pas expreffément l'ufage de l'e
muet ; il femble meme qu'il aproche fort
de la voyele françoife en ou de l'e muet
foutenu ; on s'eft donc éloigné le moins
qu'il a été poffiblo de la métode vulgaire
lorfque
1
1706 MERCURE DE FRANCË
lorfque l'on a pu s'en fervir par raport aur
but principal de faciliter la lecture aux enfans
. Quoique la prononciation de la langue
latine foit morte,on ne peut pas douter
qu'ele n'ût des e diferens & plus ou
verts les uns que les autres.
Lorfqu'un enfant eft ferme fur l'A , B,
C, des grandes letres de la premiere , de
la fegonde & de la troifieme leçon du lìvre
de l'enfant, il aprendra presque de lui
mème les petites letres fi on les ajoutefur
les mêmes cartes à coté des grandes ; come
Aa , Bb , & c , de la quatriéme leçon ;
après quoi on lui montrera feparément
les petites letres de la cinquiéme leçon , le
tout , peu à peu , fans impatience , en badinant
& prenant le bon moment de
l'enfant . Pour faciliter ce petit exercice ,
on peut fe fervir des memes cartes dont
on a joué pour les grandes letres ou capitales
; un enfant voit avec plaifir écrire
le petit a à coté du grand 4 : & ainfi
de toutes les letres : il afectione les cartes
qu'il voit preparer pour lui ; la foibleffe ,
fa legereté & la vivacité d'un enfant de
deux à trois ans , ne permetent pas de
lui montrer les letres dans les livres des
A , B , C, ordinaires ; les letres en font
ordinairement trop petites , trop ferées &
en trop grande quantité dans la meme
page ; c'est pourquoi l'auteur a fait remarquer
AOUST. 1730. 1707
marquer qu'on metoit fouvent un enfant
trop tard à l'A , B , C , et trop tôt fur
les livres ; un enfant eft pour lors plus
embaraffé qu'un home qui vèroit une
grande page remplie de petits caracteres
inconus , arabes ou chinois.
L'on peut avoir des A, B , C , en noir ,
en rouge , en bleu & en autant de couleurs
que l'on voudra , cete diverfité eſt
toujours à l'avantage de l'enfant : on peut
les employer indiferament au comancement
; mais dans la fuite les letres noires
& les rouges , ferviront pour diftinguer
le romain & l'italique , le latin & le
françois , dans la compofition à faire au
bureau tipografique.
Quand l'enfant eft affuré fur toutes les
letres , l'on peut avoir un a , b , c , capital
fur un carton , fur de la toile cirée ou
non cirée , fur des ardoifes , fur un tableau
, fur un placard , fur un écran , fur
an éventail , für des canevas , & c . felon
le lieu , la faifon , les perfones & les facilités
que l'on a pour cet exercice : mais
le jeu des cartes marquées d'une letre
l'emporte fur tous les autres jeux. L'on
peut placarder des Aa , B'b , &c. à
la hauteur de l'enfant , deriere ou devant
certaines portes où il paffe & repaffe
, le tout felon la fituation de fon
apartement ou de ceux qu'il parcourt ; ce
que
1708 MERCURE DE FRANCE
"
que l'on obfervera également pour les combinaifons
du'ab , eb , ib , ob , ub , & c. ba,
be , bi , bo , bu , & c. bla , ble , bli , blo ,
blu , &c. bra , bre , bri , bro , brú , & c.
l'on peut
écrire en gros caracteres
ou faire imprimer fur de grandes feuilles
2 pouvoir coler fur des cartes , des cartons
, ou dans des quadres propres à orner
la chambre de l'enfant.
que
A mesure que le jeu de cartes dont on
joue avec l'enfant groffit d'un côté , on
le diminue de l'autre , en ne laiffant
qu'une ou deux cartes de la meme letre,
juſqu'à ce que l'A , B, C , foit reduït
à une feule carte pour chaque letre fimple
ou double , grande ou petite , &c. Les
cartes retranchées du gros jeu fervent à
un autre joueur ; car l'enfant liroit dix a,
b, c , de fuite prefentés par dix perfones
plus volontiers & avec plus de plaiſir
qu'il n'en liroit trois prefentés par le
meme joueur. Un enfant's'imagine enfuite
que chacun a für foi de pareils jeux ,
et les demande avec importunité ; c'eft
pourquoi on fe les prere à l'infçu de l'enfant.
On done auffi les letres à deviner
aux perfones prefentes , qui voulant bien
fe prêter au badinage inftructif , afectent
de mal nomer les lètres; l'enfant triomfe
de pouvoir reprendre , car la vanité precede
la parole , et l'on doit metre tour à
profit.
AOUST. 1730. 1709 .
profit. Pour augmenter le jeu des cartes
de l'A , B , C , on poura y ajouter le jeu
des petites letres , et comancer par celes
qui ont prefque la meme forme & figure
que leurs capitales ; par exemple , Cc ,
Ĵj , Kk , Pp , SS , Vv , Yy , Zz ,
&c. et paffer enfuite aux autres letres , fans
s'affervir à l'ordre abecedique.
Si le public goutoit cète metode , on
pouroit avoir des A, B, C, fur des jetons,
fur des fiches à jouer , fur des dés , tant
pour les fons que pour les lètresson pouroit
mème faire des jeux.come ceus de l'oie , de
la chouete , des dames , & c. chacun peut,
felan fon gout & fon imagination , faire
mieux que ce que l'auteur propofe , obfervant
toujours de varier & de confulter
auffi le gout de l'enfant , fon inclination
& fon plaifir , qui font dans un fens la
baze de ce petit fifteme. Ceux qui voudront
fe fervir de cete metode dans les
maifons particulieres doivent avoir les
letres de l'A , B , C , imprimées ou écrites.
On en peut découper & les coler
fur des cartes à jouer qu'on achete à la
livre. Mais come tout le monde n'a pas
ocafion de trouver ou de faire de femblables
caracteres , il feroit beaucoup mieux.
que les imprimeurs ou les cartiers en
vouluffent acomoder le public , n'employant
pour cela que les cartes ou les
cartons
1710 MERCURE DE FRANCE
cartons de rebut. En atendant l'introduction
de cet ufage , et que l'on goute la
metode propofee , on peut s'adreffer aux
religieux qui ont des A , B , C , à jour
fur des plaques de cuivre. On trouve
encore de ces caracteres à jour dans les
églifes catedrales ou collegiales des provinces.
Le plus court fera d'en faire acheter
à Paris chés les ouvriers qui en font,
alors il fera aifé de faire imprimer tout
de fuite vint ou trente A , B , C , imprimant
vint & trente A , fur autant de
cartes rangées fur une table ; enfuite vint
ou trente B , & tout l'A, B , C , de la
meme maniere. Un domeftique peut être
d'abord mis au fait de cète petite imprimerie
; et cete ocupation , aux ïeux de l'enfant
produira autant de bien que produifent
ordinairement de mal l'oifiveté ,
les mauvais difcours & les mauvais exemples
des perfones chargées de l'enfant.
و
On pouroit fe fervir utilement de cète
metode dans les petites écoles où l'on n'envoie
bien fouvent les enfins que pour y etre
affis & en etre debaraffé lorfqu'on veut
etre libre chés foi , ou pouvoir aler perdre
ailleurs fon tems & fon argent. Si l'on
vouloit donc fuivre ou effaïer cète metode
dans les écoles , il faudroit metre entre'
les mains des enfans plufieurs jeux de cartes
ou de cartons literaires , & l'on pouroit
doner
AOUST. 1730. 1711
doner leçon à plufieurs enfans à la fois ,
ce qui exciteroit , & entretiendroit parmi
eux une noble émulation literaire . Les
écoles de petites filles que tienent les dames
religieufes, pouroient auffi mieux que
perfone faire l'effai de cete metode. Ou
tre les jeux de cartes , marquées de letres ,
ces dames pouroient avoir des A, B , C ,
des ab , eb , ib , ob , ub , &c. ba , be , bi
bo , bu , &c. fur des cartons ou fur des tableaux
exprès , que l'on montreroit aux
enfans come des curiofités. Une leçon publique,
et la démonftration des letres & des
fons de la langue françoife , feroit plus
agréable ou moins ennuyeufe pour la regente,
et mème pour les écolieres ; les murailles
de l'école doivent être le livre public
où les enfans trouveront les élémens ,
des letres , en atendant qu'ils foient en
état de fe fervir d'un livre tel que l'au-,
teur le propoſe , et qu'il a tâché de faire
exprès.Si les perfones zelées & charitables
qui dirigent les écoles des pauvres , n'étoient
pas fi efclaves des métodes vulgaires
, il feroit aifé de leur faire voir combien
il y auroit à gagner en fuivant la mérode
propofée ici .
Lorfqu'un enfant prend gour à l'exercice
du jeu abecedique , il faut lui doner,
une caffete habillée ou couverte de letres
dans laquelle il puiffe tenir les jeux de
carte s
1712 MERCURE DE FRANCE
cartes qu'on lui fait & qu'on lui done ;"
il eft bien-aife d'avoir la proprieté des
chofes , et la crainte d'être privé de ce petit
meuble peut fervir quelquefois à r'animer
le gout literaire. Cete caffete a paru
neceffaire , et l'on a cru pouvoir en faire
fervir les faces aux leçons de l'enfant.:
c'eft-là fon premier livre , ou du moins
c'en font les premieres pages. Si l'on s'amufe
avec des écrans & des éventails .
pourquoi des enfans ne s'amuferoient - ils
pas avec cète caffete ? Ils ont en petit le
mélange de toutes les paffions ; on doit les
étudier , les tourner à leur avantage , &
metre les enfans en état de montrer les
letres à leurs petits freres ou petites foeurs
s'ils en ont , come a fait le petit Goffard ,
cité dans la letre inferée dans le Mercure
de Juillet 1730. Rien n'anime tant un enfant
que de fe voir des écoliers. Le petit
Candiac montroit à lire à des enfans deux
fois plus agés que lui .
Il faudra auffi doner à l'enfant un petit
bureau come ceux de la Pofte , fur lequel
il puiffe ranger toutes les letres qu'il tirera
de la caffeté , & qu'il nomera plufieurs
fois , en continuant feul ce badinage ,
meme avec encor plus de plaifir s'il y a
quelque fpectateur qui applaudiffe & qui
done du courage . Par le moyen de ce bureau
, on peut épargner aux enfans des
princes
AOUST. 1730. 1713
princes , et des grans feigneurs bien de la
peine , bien du dégout & bien du tems ,
en fefant travailler au bureau du PRINCE &
devant LUI , quelque digne enfant drelé
pour cet inftructif & amulant exercice .
L'auteur donera fur tous les fons, quelques
exemples de la maniere dont on doit
faire apeler les letres en commençant à
compofer , à imprimer & à lire, felon cete
metode . Car dès le premier jour de l'exercice
, on peut faire l'un & l'autre . On donera
des exemples faits exprès à l'égard
des lètres dont on a un peu changé le
nom , en faveur du fon & de la valeur
réelle & efective des caracteres ; et c'eft
pour cela que l'auteur a compofé des lignes
de quelques mots latins ou arbitraires,
moins foumis aux règles ordinaires de
la lecture ; car d'ailleurs il n'eft prefque
pas neceflaire d'épeler , quand on fuit la
metode des fons exprimés par une filabe ,
qui réponde au veritable fon local des letres
& des caracteres fimples & doubles .
Nous aprenons à parler machinalement
par l'articulation & par la converfation ,
mais pour la lecture & l'écriture , il faut
quelque chofe de plus , c'eft un art qu'on
peut & qu'on doit perfectioner en tâchant
de le rendre plus aifé , plus agréable
& plus utile. Cet art eft la clé des
fiences , qui font le bonheur de toutes
B
log
1714 MERCURE DE FRANCE
les nations policées , et c'eft en vue de l'utilité
publique , que l'auteur done l'heureux
effai de cete metode. Il eft prefque
impoffible de montrer à lire par principes
, il y a trop de bizarerie dans l'ufage
des letres, et encore plus dans l'ortografe.
On eft donc réduit à la routine , mais il
ne s'enfuit pas qu'on ne la puiffe rectifier
en donantune métode pour tout ce qui en
eft fufceptible , et réduifant aux princi
pes tout ce qui peut abreger & perfectioner
l'art de montrer les letres aux petits
enfans. On fe ate de l'avoir fait
d'une maniere heureufe & facile , en forte
que les plus grandes dificultés , et prefque
toutes les bizareries de l'ufage fe trouvent
& s'aprenent tres facilement par
l'exercice ou par la pratique des principes
qu'on a donés pour l'ufage du bureau
tipografique.
On ne fauroit, au refte, trop recomander
aux perfones qui montrent les letres aux
enfans, de les faire paffer peu à peu & par
degrés aux filabes les plus dificiles , ce
qui eft , je penfe , une fuite de la vraie metode
de montrer à lire , néanmoins outre
le livre ordinaire , on en doit de tems en
tems prefenter d'autres aus enfans , leur
faire dire les letres , les filabes & les mots
â l'ouverture du livre , et ne pas imiter
seux qui ne favent lire que dans un livre ,
preuve
A O UST. 1730. 1715
preuve de la pure routine & de la mémoire
locale qui font toute la fience d'un
enfant mal montré.
-
Un autre exercice agréable & inftructif
c'eft de faire deviner à un enfant la premiere
letre de chaque mot qu'on lui dit
à haute voix ; et enfuite la fegonde , la
troifiéme , et les autres letres de chaque
filabe des mots , fur tout les confones
initiales , C , G , J , S , T, V , X , Y, Z ,
&c. on en a fait l'experience fur un enfant
de trois ans & trois mois , il n'en
manquoit pas une des initiales , et devinoit
facilement les autres dans de petits
mots. Il faut cependant remarquer
que les voyeles étant plus fenfibles que les
confones , elles font auffi plus aifées à deviner
; c'eft pourquoi l'enfant de trois ans
qui conoit bien les letres , fi on lui demande
, par exemple , la premiere letre
ou le premier fon d'un des mots bale
vile , fote , lune , &c dira que c'eft l'a , l'i ,
l'o , ou l'u. Ces confones initiales font peu
d'impreffion fur les organes de l'enfant ;
la cadence & la tenue en fait de muſique ,
la quantité grammaticale , ou la durée du
fon , ne tombent que fur le fon des voyeles
, & non fur celui des confones : il faut
donc montrer à l'enfant l'art de trouver
la confone , après qu'il a fu trouver la
voyele , et pour cela il fufit de lui apren-
Bij dre
>
1716 MERCURE DE FRANCE
dre à fubftituer la voyele e à la place de
l'autre voyele devinée ,, par exemple ,
changeant en e l'a du mot bale , on dira bele,
et l'enfant fent pour lors la filabe initiale
be , ou le nom doné au caractere b . Cela
eft fi vrai , que fi l'on demande à l'enfant
la premiere letre d'un des mots benir, ceci ,
denier , fenètre , qualité , &c . il répondra
fans hefter que c'eft le be , le ce , le de ,
Le fe,le ka & c. & il eft bon de remarquer ici
l'utilité des noms Ceke , feja , He , Gega,
Ve , &c. donez aux letres C , J , H , G ,
V , puifque c'eft à l'aide de ces dénominations
que l'enfant aprend à diftinguer &
à défigner le fon des letres & des mots
qu'on lui prononce : c'est donc par le
moyen de la voyele auxiliaire ou empruntéc
l'enfant
que
aquerra dans peu la facilité
de deviner également les confones &
les voyeles ; cela paroitra clair & démontré
par la pratique de cète métode qui enfeigne
en peu de tems l'ortografe de l'oreille
ou des fons , en atendant cele des
ïeux , ou de l'ufage .
Avant l'age de trois ans & demi le petit
CANDIAC favoit diftinguer & dicter
tous les fons des mots qu'on lui prononçoit
en latin ou en françois , aïant aquis
P'ortografe des fons avec la parole ; ce
qu'il n'auroit pas fait s'il n'avoit jamais û
que des ABC ordinaires , et qu'il ût apelé
les
AOUST . 1730. 1717
les confones f, g , h , j , l , m , n , r , f, v ,
x, y , z, &c. du nom vulgaire de plufieurs
filabes , nom qui induit en erreur , qui
éloigne du bon & vrai fon , et qui en
fournit un faux ou captieux pour la fubftitution
neceffaire dans l'art d'épeler : par
exemple, dans le mot cacumen , la routine
ordinaire dit , fe , a , ka ; fe , u , qu , cacu;
lieuque
au
feemme
, e , enne , men , cacumen ;
la métode de l'auteur l'on dira ka , a , ka;
qu , u , qu ; cacu , me , e , men ; cacumen ,
&c. Il n'y a point d'oreille qui ne ſente
en dépit des feux , la fuperiorité de cète
métode fur la métode vulgaire , on le
fera voir plus au long en montrant à lire
du latin & du françois,
Pour imprimer cet ABC , on croit qu'il
fera bon d'y metre des filabes & des mots
latins fans fuite ni fens , plutot que de
faire imprimer en filabes disjointes ou divifées
les mots des prieres que l'enfant
n'entend point & qu'il retient ailément ,
fur tout s'il récite déja les mèmes prieres
foir & matin. Les maitres , les parens &
les enfans en font les dupes , quoique
d'une maniere diferente. Cependant pour
confacrer les prémices du favoir de l'enfant
, on poura imprimer les prieres latines
après quelques pages de filabes choifies
exprès,pour faire lire peu à peu & par
degrés les principales dificultés des mots
B iij
ou
1718 MERCURE DE FRANCE
ou des filabes . Aïant imprimé des monofilabes
féparés les uns des autres , il ne
fera pas enfuite neceffaire de féparer ainſi
les filabes du Pater , de l'Ave & du Credo,
&c. come on le fait peut-être mal- à - propos
dans les livres ordinaires des ABC.
La priere eft un exercice fi férieux & fi
néceffaire , qu'on ne fauroit trop tôt y
acoutumer les enfans ; mais par respect
pour la priere mème , on ne devroit pas
d'abord les metre à cète lecture , de crainte
de trop de routine , et de pure articulation
: il feroit donc mieux après l'A
BC françois de faire imprimer en deux
colones les prieres en latin & en françois
afin que l'enfant les comprit plutot les
lifant & les récitant en chaque langue..
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Résumé : TROISIÉME LETRE sur le Livre anoncé sous le titre de la BIBLIOTEQUE DES ENFANS, ou les premier élemens des letres.
Le texte du Mercure de France de 1716 présente une méthode pédagogique innovante pour enseigner la lecture et l'orthographe aux enfants. Cette méthode repose sur la substitution d'une voyelle connue à une voyelle inconnue dans les mots, permettant ainsi à l'enfant de prononcer correctement les syllabes initiales. Par exemple, en changeant l'a en e dans le mot 'bale', on obtient 'bele', ce qui aide l'enfant à identifier la lettre b. Les noms donnés aux lettres, tels que 'Ceke' pour C et 'feja' pour J, facilitent la distinction et la définition des sons des lettres et des mots. Cette approche permet à l'enfant d'acquérir rapidement la capacité de deviner les consonnes et les voyelles. Le texte cite l'exemple de Candiac, qui, avant l'âge de trois ans et demi, savait distinguer et dicter les sons des mots en latin et en français grâce à cette méthode. En revanche, les méthodes traditionnelles, qui utilisent des noms vulgaires pour les consonnes, induisent en erreur et éloignent du bon son. Le texte critique ces méthodes, soulignant qu'elles ne permettent pas aux enfants de maîtriser correctement la prononciation des lettres. Pour enseigner la lecture, le texte recommande d'imprimer des syllabes et des mots latins sans suite ni sens, plutôt que des prières que l'enfant ne comprend pas. Les prières latines peuvent être ajoutées après quelques pages de syllabes choisies pour faciliter l'apprentissage des principales difficultés des mots ou des syllabes. De plus, il est suggéré d'imprimer les prières en latin et en français en deux colonnes pour que l'enfant les comprenne mieux en les lisant et en les récitant dans chaque langue. En résumé, cette méthode pédagogique propose une approche ludique et interactive pour enseigner la lecture et l'orthographe aux enfants, en utilisant des substitutions de voyelles et des noms spécifiques pour les lettres. Elle vise à rendre l'apprentissage plus efficace et compréhensible pour les jeunes élèves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1183-1186
LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
Début :
Il y a deux ans que l'on parle du [...]
Mots clefs :
Bibliothèque des enfants, Système du bureau typographique, A, B, C Latin, A, B, C Français, Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS , on les
premiers Elemens des Lettres , contenant la
systeme du Bureau Typographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Mes
seigneurs les Enfans de France. A Paris
chez Pierre Simon , rue de la Harpe , es
shez P. Witte , ruë S. Jacques , 1732.
Il y a deux ans que l'on parle du BiBu
reau Typographique dans les Mercures
de France. On a donné quatorze Lettres
sur ce sujet , ou sur l'importante matiere
qui regarde la premiere éducation des
Enfans. L'abregé de ces Lettres donnera
le volume qui roule précisement sur le
sistême du Bureau Typographique ; mais
voici un Livre dont tous les Parens , tous
les Maîtres et tous les Enfans pourront
se servir utilement , soit qu'ils ayent des
1. Vala Bureaux
1184 MERCURE DE FRANCE
par
Bureaux , soit qu'ils n'en ayent point.
C'est un nouvel A, B, C, Latin ,
le moyen duquel on apprendra par principes plus facilement et en moins de tems
les premiers élemens des Lettres ignorez
ordinairement par le plus grand nombre
de ceux qui se mêlent de les montrer.
Ce Livre que l'Auteur a eu l'honneur
de dédier et de présenter à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , Contient en 24. pages , l'Epitre Dédicatoire, un Avertissement Préliminaire sur l'Ortographe passagere d'Enfans et des sons ou de l'oreille , en attendant l'Ortographe permanente d'hom- me , des yeux ou de l'usage ; la Préface
en deux feuilles de gros Romain , l'Extrait du Registre des Déliberations de la
Societé des Arts , qui a fait examiner le
Bureau Typographique ; ce Livre contient encore la Table des Leçons de trois
A, B, C, Latins , celle des noms de dixhuit sortes de Caracteres employez pour
varier utilement l'impression de ce volume , et enfin un Avis aux Parens et
aux Maîtres dans lequel l'Auteur dit qu'il
donnera de la même maniere in 4° . et in
16. les A, B, C , François pour la suite
de la Bibliotheque des Enfans.
Le premier A, B, C , Latin contient
en 38. pages 21. Leçons pour le Maître
=
L. Vol. et
JUIN. 1731. 1185
"
et alternativement autant pour l'Enfant ,
il ne s'agit dans cet A, B, C, que de
la seule connoissance et de la seule dénomination des Lettres ou des sons , avec
laquelle dénomination l'Enfant lira bientôt des sillabes et des mots , même sans
épeler , comme dans les Leçons 12. 13.
14. 15. 16. 17. 18. et 19.
Le second A, B , C , Latin contient en
20. pages 15. Leçons pour le Maître , et
autant pour l'Enfant ; il s'agit dans cet
A, B, C , de Lettres du Sillabaire , ou
du Recueil des sillabes élementaires , sur
lesquelles il faut tâcher de rendre imperturbable Enfant auquel on veut montrer à lire.
Le troisiéme A, B , C , Latin contient
en 38. pages , 14. Leçons pour le Maître
et autant pour l'Enfant ; il s'agit dans
cet A , B, C , des Lettres de l'épellation de la sillabe et de la Lettre ordinaire et extraordinaire.
On peut dire que cet Ouvrage estsingu
lier et peut-être unique dans ce goût- là ,
c'est pourquoi le Lecteur y est prié d'avoir quelque indulgence pour l'Auteur ,
qui avoue son ignorance ou sa négligence
à l'égard de l'expression , de la précision
et de la ponctuation. On doit s'attacher
aux choses , plutôt qu'aux mots ; heureux
1. Vol. qui-
1186 MERCURE DE FRANCE
qui possede également bien l'art de penser et l'art de s'exprimer dans les grandes et dans les petites choses. La matiere
Abécédique paroît en general si mince et
et si méprisée , qu'on trouvera peut- être
difficile , obscure ou abstraite , la maniere
dont l'Auteur a essayé de la traiter. Mais
il faut esperer que dans la suite on rendra le sujet plus clair, et qu'enfin on le
perfectionnera , sur tout si M M. de l'Académie Françoise daignent un jour revoir l'Ouvrage en faveur des Enfans
de notre Empire et de tous les enfans de
l'Europe.
Les Critiques du Bureau Typographi
que , au reste , en attaquant ce nouvel
A, B, C, pourront continuer de faire
connoître leur goût et leur discernement
en fait d'institution morale et litteraire.
Le Public continuera aussi d'admirer la
prévention et la simplicité des Latinistes.
scandalisez mal- à- propos de la moindre
nouveauté élementaire et du moindre solecisme; mais peu accoûtumez à l'Analise
des pensées , à l'exactitude et à la justesse
d'un raisonnement suivi et philosophique; justesse cependant à laquelle de- vroient tendre nos lectures et nos études,
tout autre motif ne paroît tolerable
dans un homme payé pour parler, plutôt que
que pour penser.
premiers Elemens des Lettres , contenant la
systeme du Bureau Typographique , à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Mes
seigneurs les Enfans de France. A Paris
chez Pierre Simon , rue de la Harpe , es
shez P. Witte , ruë S. Jacques , 1732.
Il y a deux ans que l'on parle du BiBu
reau Typographique dans les Mercures
de France. On a donné quatorze Lettres
sur ce sujet , ou sur l'importante matiere
qui regarde la premiere éducation des
Enfans. L'abregé de ces Lettres donnera
le volume qui roule précisement sur le
sistême du Bureau Typographique ; mais
voici un Livre dont tous les Parens , tous
les Maîtres et tous les Enfans pourront
se servir utilement , soit qu'ils ayent des
1. Vala Bureaux
1184 MERCURE DE FRANCE
par
Bureaux , soit qu'ils n'en ayent point.
C'est un nouvel A, B, C, Latin ,
le moyen duquel on apprendra par principes plus facilement et en moins de tems
les premiers élemens des Lettres ignorez
ordinairement par le plus grand nombre
de ceux qui se mêlent de les montrer.
Ce Livre que l'Auteur a eu l'honneur
de dédier et de présenter à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , Contient en 24. pages , l'Epitre Dédicatoire, un Avertissement Préliminaire sur l'Ortographe passagere d'Enfans et des sons ou de l'oreille , en attendant l'Ortographe permanente d'hom- me , des yeux ou de l'usage ; la Préface
en deux feuilles de gros Romain , l'Extrait du Registre des Déliberations de la
Societé des Arts , qui a fait examiner le
Bureau Typographique ; ce Livre contient encore la Table des Leçons de trois
A, B, C, Latins , celle des noms de dixhuit sortes de Caracteres employez pour
varier utilement l'impression de ce volume , et enfin un Avis aux Parens et
aux Maîtres dans lequel l'Auteur dit qu'il
donnera de la même maniere in 4° . et in
16. les A, B, C , François pour la suite
de la Bibliotheque des Enfans.
Le premier A, B, C , Latin contient
en 38. pages 21. Leçons pour le Maître
=
L. Vol. et
JUIN. 1731. 1185
"
et alternativement autant pour l'Enfant ,
il ne s'agit dans cet A, B, C, que de
la seule connoissance et de la seule dénomination des Lettres ou des sons , avec
laquelle dénomination l'Enfant lira bientôt des sillabes et des mots , même sans
épeler , comme dans les Leçons 12. 13.
14. 15. 16. 17. 18. et 19.
Le second A, B , C , Latin contient en
20. pages 15. Leçons pour le Maître , et
autant pour l'Enfant ; il s'agit dans cet
A, B, C , de Lettres du Sillabaire , ou
du Recueil des sillabes élementaires , sur
lesquelles il faut tâcher de rendre imperturbable Enfant auquel on veut montrer à lire.
Le troisiéme A, B , C , Latin contient
en 38. pages , 14. Leçons pour le Maître
et autant pour l'Enfant ; il s'agit dans
cet A , B, C , des Lettres de l'épellation de la sillabe et de la Lettre ordinaire et extraordinaire.
On peut dire que cet Ouvrage estsingu
lier et peut-être unique dans ce goût- là ,
c'est pourquoi le Lecteur y est prié d'avoir quelque indulgence pour l'Auteur ,
qui avoue son ignorance ou sa négligence
à l'égard de l'expression , de la précision
et de la ponctuation. On doit s'attacher
aux choses , plutôt qu'aux mots ; heureux
1. Vol. qui-
1186 MERCURE DE FRANCE
qui possede également bien l'art de penser et l'art de s'exprimer dans les grandes et dans les petites choses. La matiere
Abécédique paroît en general si mince et
et si méprisée , qu'on trouvera peut- être
difficile , obscure ou abstraite , la maniere
dont l'Auteur a essayé de la traiter. Mais
il faut esperer que dans la suite on rendra le sujet plus clair, et qu'enfin on le
perfectionnera , sur tout si M M. de l'Académie Françoise daignent un jour revoir l'Ouvrage en faveur des Enfans
de notre Empire et de tous les enfans de
l'Europe.
Les Critiques du Bureau Typographi
que , au reste , en attaquant ce nouvel
A, B, C, pourront continuer de faire
connoître leur goût et leur discernement
en fait d'institution morale et litteraire.
Le Public continuera aussi d'admirer la
prévention et la simplicité des Latinistes.
scandalisez mal- à- propos de la moindre
nouveauté élementaire et du moindre solecisme; mais peu accoûtumez à l'Analise
des pensées , à l'exactitude et à la justesse
d'un raisonnement suivi et philosophique; justesse cependant à laquelle de- vroient tendre nos lectures et nos études,
tout autre motif ne paroît tolerable
dans un homme payé pour parler, plutôt que
que pour penser.
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Résumé : LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, ou les premiers Elemens des Lettres, contenant le systeme du Bureau Typographique, à l'usage de Monseigneur le Dauphin et de Messeigneurs les Enfans de France. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, et chez P. Witte, ruë S. Jacques, 1732.
Le texte présente 'LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS', un ouvrage éducatif publié en 1732 à Paris. Destiné à l'éducation des enfants, il est dédié à Monseigneur le Dauphin et aux Enfants de France. L'ouvrage propose un système d'enseignement des lettres via le Bureau Typographique et a été mentionné dans les Mercures de France à travers quatorze lettres sur l'éducation des enfants. Il est conçu pour être utile à tous les parents, maîtres et enfants, indépendamment de la possession de Bureaux Typographiques. L'ouvrage est structuré en plusieurs sections : une épître dédicatoire, un avertissement préliminaire sur l'orthographe, une préface, un extrait du registre des délibérations de la Société des Arts, une table des leçons, une liste des caractères typographiques, et un avis aux parents et maîtres. Il inclut trois sections intitulées A, B, C Latins, chacune contenant des leçons pour les maîtres et les enfants. Le premier A, B, C se concentre sur la connaissance et la dénomination des lettres, permettant aux enfants de lire des syllabes et des mots sans épeler. Le second A, B, C traite des syllabes élémentaires, et le troisième des techniques d'épellation. L'auteur reconnaît l'unicité de l'ouvrage et demande indulgence pour les imperfections de style. Il espère que l'Académie Française pourrait un jour examiner et améliorer l'ouvrage pour le bénéfice des enfants en Europe. Le texte mentionne également les critiques potentielles et la simplicité des latinistes face aux nouvelles méthodes éducatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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