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1
p. 49-66
EGLOGUE Par Mr ***
Début :
Deux jours s'estoient passez sans que le beau Thamire [...]
Mots clefs :
Esprit, Coeur, Berger
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texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE Par Mr ***
EGLOGUE
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
E G L0G U E.
Par Mr ***
Deux jours lejl-oient
pajïezsans quele beau
Thamire
Eutni vûni cherché la
Bergere Delphire
Nonpas qu'anfond du
coeurjustement irrité
Ilpûtlasoupçonnerd'une
infidélité,
On eg dans nos Hamjiedauex
lilnesenysible *ou
Maisunjourqu'ilsembloit
moins empressé
pour elle,
Delphire épouventée à 1.4
moindrefroideur.
Voulut,enl'allarmant ralumerson
ardeur.
Atis , le jeune Atis,
Etranger au Village,
La terreur des Amants,
/ilefioitmoins volage,•
Entre tous nos Bergers
parut leseul objet
1
Qui luy putassurerlesucces
du projet.
Unjour doncqu'en nos
champs une vivejeunesse,
Offroit des jeux galants
à la tendreDéesse,
Nos deux Amants t.
toient l'un près de l'autre
assis,
Delphire prés desoysçut
attirer Atis.
Elle n'eut pas besoin
d'ungrand Artpour
luy plaire;
IIsuffit qu'ellefut moins
distraite&moinsfiere,
Atis, sur ce qu'il voit
croit à peinesesyeux,
Delphire l'entretient d'un
airplusgracieux.
Devenu moins timide il
offre àla Bergere,
Un bouquetqu'il venoit
de cueillirpour Glicere,
Thamire qui levoitn'en
estpoint irrité,
Le plaint &rit toutbas
desa temerité.
Mais quel prodige! o
Dieux! quel caprice bizarre,
Delphine luysourit,prend
lesfleurs& s'enpare
Il en faut moins encor
poursascherun Berger,
Thamire furieux croit
quon veut l'outrager,
Quitte les jeux & suit
l'ame d'horreursaisie,
Source de ses ennuis,
soeur de la jalousie
Délicatesse , enfant du
plus purdesAmours,
Pourquoy de ce Berger
troublois-tu les-beaux
jours.
Il cherche de nos bois les
plus épaisses ombres,
NosForestàson gréne
sontpas assezsombres,
Les oiseaux font de trop:
un Berger, amoureux,
N'estjamais lIlffiZflul
quand ilestmalheureux.
Enfintoujoursguidépar
son inquietude,
Et cherchant plus encor
l'ombre & lasolitude,
Son destin? ou plustost le
Dieude nos Hameaux,
Amour leconduisitle
bord de ces eaux.
Dont le paisible cours anrnfi
alUrmes;,y
Des malheureux qui
vont leur consier leurs
,.
larmes;
Mais quelle efi sa fùr..
prise,il voit d'un air
reveur,
La houlette àses pieds
> sans ruban ny sans
fleur,
Delphtre d'unemains'appuyantsur
la rive,
Contempler du Ruisseau
la coursefugitive:
En vainparcentbaisers
toujours si bien refUS
Son Chien veut l'amuser,
elle ne le voit
plus:
Que pensoit-elle ? helas!
son air estoit trop tendre,
Elle pensoit à luy, pouvoit-
ilsi méprendre?
Ilnescait s'ildoitfuirou
s'il doit l>y parler,
Il croit que U première
elle doit l'appeller:
Il s'avances il s'éloigne;
il la cherche ; il l'évite,
Son coeur au mêmeinstant
s'attendrit &
s'irrite,
Incertain ,
il voudroit
qu'on le vit le preffl,
mier,
Et que Delphire vint
poursejustifier:
Ilfaitcent cent foisU
tour de laprairie,
Ilcraintce qu'il voudroit
acheter desavie.
Delphine qui le voit* de
l'oeilsuittoussespas,
Feint de ne le point voir,
mais ne l'évite pas,
Enfinl'Amourtriomphe,
& le Bergers'appro- che,
Surses lèvresilsentexpirer
le reproche,
Doit-il seindre? doit-il
montrer tout son courroux?
Sa fierté luy deffend de
paroijbrejaloux ,
QuoyDelphine cft icy,
dit-il, je me retire
Je craindrois.où
fuis-tu cruel
,
reprit
Delphire,
Ah! Dieux !pour toy ma
morta-t-elle tant
d'appas3
Queservent ces détours
:l'
mon cherThamire
9 helas !
C'est feindre trop longtemps
pour mon coeur
levostre,
Vousae nem'aimer plus,
moy d'en aimer un
autre,
Pardonner à mon coeur
l'artifice innocent,
Dontj'ai cru ranimer
un Amantlanguissant,
D'uncrimesi leger, qu'-
elle affreuse vengeance,
Helas? ilm'acoustédeux
joursentiers d'abjence.
Vous feigniez, ditTha- mire. en avez**
vous douté,
Cruel, Suis-jefaite 0
l'infidélité?
Jefeignois c'est
là ce qui me desespere ,
De vostrefoibleAmour
cette preuveest trop
claire,
Dit-il,un coeur bienpris
n'estpas maistre de
JOy,
L'objet desonAmoureutilmanquédefoy,
Dût-il apprehenderqu'il
ne devint volage)
Iln'y sçait que d'aimer
une fois davantage,
Il ne ménage rien, il aime.
aveuglement,
Toutesttransport en luy,
tout est emportement.
Vousfeigniez dites-vous,
ingrate, est-ilpossible!
Grands Dieuxpourfein-
,'. dre ainsi,qu'il faut
estrepaisible!
Quoy vous pouviez,penser
qu'infidelle ases
feux,
Mon traistre coeur osoit
former de nouveaux
noeuds,
Et les premiers effets -d'un fifenfible outràgt,
N'ontpas ejié'£horreur9
le difèJPoir, la rage,
Vous v~ousf e~jijes' b~ocrr/n?ée à1,
feindrefeulemçnt,
Delphire estoit-ce là maimer
bien tendrement?
Car ne me dites pas que
cette heureuse adresse,
Asouvent d'un Amant
raniméla tendresse,
Quesouvent un Berger
trop seur de ses A~
mours,
o en lasseroit bien - TCJZ
sans cetheureuxsecours.
Jesçay que ce moyenest
quelquesfois utile,
Je sçay même, je sçay
qu'ons'ensert à la
Ville:
Mais un coeur pastoral,
un coeur bienenflmé,
Fuitjusqu'au moyensur
dese voirplusaimé.
Qand ce moyen n'espas
d'estrefidelle&tendre,
Ousuis-je, ditDelphire,
& que viens-je d'entendre!
Je triomphe,&messoins
ont unsuccés heureux,
Helas!plus que jamais
Thamire est amoureux:
Si des transportssidoux
sont toute la <veng,an+-
ce, MoncherThamirecraint
queje ne recommence.
Ils parloient, & tA:..
mour les entendit des
deux9
Quelssentimens ? dit-il ;
je n'aimerois pas jmieux
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Résumé : EGLOGUE Par Mr ***
L'églogue relate l'histoire de Thamire, un berger épris de Delphire. Thamire est troublé par la récente froideur de Delphire et est consumé par la jalousie. Lors de jeux galants dans les champs, Delphire attire l'attention d'Atis, un étranger au village, en lui offrant un bouquet destiné à Glicere. Cet acte irrite Thamire. Pour ranimer l'ardeur de Thamire, Delphire feint de s'intéresser à Atis. Thamire, furieux, se retire et erre dans les bois, tourmenté par la jalousie. Il retrouve finalement Delphire au bord d'une rivière. Après des hésitations, Thamire s'approche d'elle. Delphire avoue avoir simulé son intérêt pour Atis afin de raviver l'amour de Thamire. Thamire, blessé, accuse Delphire d'infidélité. Delphire explique son stratagème, et Thamire, malgré sa douleur, reconnaît finalement la profondeur de son amour pour Delphire. Leur échange est entendu par un témoin anonyme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 73-79
LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
Début :
J'AI reçu hier, Monsieur, par la Petite Poste, un Paquet timbré B. avec la date [...]
Mots clefs :
Dissertation, Statue équestre, Église, Lettres, Chroniques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
NOUVELLES LITTERAIRES.
LETTRE de M. lePréſident HÉN AULT,
au fujet de la Differtation de M. de
SAINT-FOIX , fur la Statue Equeftre
qui eft à Notre- Dame de Paris.
J
Paris , 16 Février 1763 .
AI reçu hier , Monfieur , par la Petite
Pofte , un Paquet timbré B. avec la date
du mois ; je l'ouvris en préfence des
perfonnes qui me faifoient l'honneur de
dîner chez moi. J'y trouvai avec furpriſe
& reconnoiffance ,une réponse à l'article
de votre Mercure , où M. de Saint-foix
combat ce que j'ai avancé au fujet de
la Statue équestre de Philippe-le -Bel. Ce
n'avoit pas été fans précautions , que
j'avois pris un parti fur une queftion
que je fçais qui a été agitée plufieurs
fois ; & je me ferois fait un plaifir de répondre
à M. de Saint-foix qui a mérité
l'eftime publique , s'il m'avoit fait l'honneur
de s'adreffer à moi-même ; mais
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
comme il a pris un autre parti , j'ai cru
devoir éviter une querelle littéraire , &
je m'en fuis rapporté au jugement des
Lecteurs de cette Lettre . Ce n'eft donc
point moi qui parle aujourd'hui , c'eſt
un Anonyme qui joint à la générofité
de me défendre un incognito dont je
me plains à lui-même , puifqu'il me
met dans l'impoffibilité de lui témoigner
ma reconnoiffance : fa differtation
m'a paru fi bien faite , que je n'ai pas
héfité , Monfieur , à avoir l'honneur
de vous l'envoyer. C'eft peut- être le
moyen d'arracher le fecret de mon protecteur
; & je le prie avec d'autant plus
d'inftances de fe déclarer , qu'il me
garentira du foupçon , qui eft quelquefois
affez fondé d'avoir emprunté cette
forme pour me cacher moi- même.
J'ai l'honneur d'être , & c.
HENAULT.
LETTRE de l'Anonyme à M. le Préftdent
HENAULT.
MONSIEUR ,
Vous aurez , fans doute , lû dans le
Mercure de Janvier , premier Vol .pag.
73 , une petite differtation où M. de
Saint-Foix prétend que vous avez eu
tort de croire que la Statue Equeftre qui
eft dans l'Eglife de N. D. eft celle de
AVRIL. 1763. 75
par
Philippe le Bel : mais je prens la liberté
de vous confiller de ne pas vous preffer
de chanter la palinodie. Vous trouverez
de quoi appuyer le fentiment que
vous avez embraffé dans une difcuffion
bien faite que vous lirez dans un voyage
à Munfter , écrit le célébre Claude
Joly mort en 1700 , grand Chantre &
Official de l'Eglife de Paris. Ce voyage
a été imprimé à Paris en 1670 in- 12 .
L'Auteur recommandable par fon érudition
& par fa piété , qui nous a donné
un grand nombre de bons ouvrages ,
avoit été en 1646 à la fuite de Madame
de Longueville à Munſter où fon mari
travailloit alors au Traité de Weftphalie .
A fon retour , M. Joly fit une relation
des lieux par où il avoit paffé &
de ce qu'il y avoit remarqué de curieux .
C'eſt à l'occafion de Bouvines où Philippe
Augufte a remporté une victoire
par l'interceffion de la Vierge , qu'il
parle des batailles de Mons en Puelle
& de Caffel où Philippe le Bel &
Philippe de Valois remporterent auffi ,
par la même interceffion , la victoire
fur les Flamands. M. Joly y difcute
très-au long la queftion de la Statue
Equeftre de l'Eglife de Notre-Dame de
Paris ; il le fait d'une maniere fenfée &
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
folide , comme un homme qui n'eft
point paffionné pour un fentiment ,
plutôt que pour un autre ; mais enfin
il conclud à regarder la Statue Equeſtre
comme étant de Philippe le Bel. Si vous
joignez à la lecture de la differtation
de M. Joly , trois lettres de M. Jouet
Chanoine de Chartres & ami de M.
Joly , qui à fa priere avoit fait des
recherches dans les Archives de fon
Chapitre , pour éclaircir ce trait d'hiftoire
,
, je fuis perfuadé que vous ne
fongerez pas à vous retracter , parce
que vous verrez que la differtation de
M. de Saint - Foix n'eft rien moins
qu'une démonftration de ce qu'il avance
d'après plufieurs de nos Auteurs . Ces
lettres de M. Jouet font imprimées à
la fin du voyage de Munfter. Je n'entrerai
point dans le détail de ce que
contiennent ces écrits , où l'on trouve
par avance la réponſe aux objections
qu'on vous fait , même à celles des
leçons de l'ancien Breviaire de Paris .
Il faudroit tranfcrire prefque toute la
differtation de M. Joly , ainfi que les
lettres de M. Jouet ; il vaut mieux que
vous ayez le plaifir de les lire vousmême.
Ce qui vous divertira , peutêtre
, eft la façon différente dont M. Joly
AVRIL. 1763 . 77
a lu les autorités qu'on vous objecte
je veux dire les grandes Chroniques
de France & le Continuateur de Nangis.
Car M. de Saint- Foix lit dans les
Chroniques qu'il cite , que , ce fut dans
l'Eglife de NOTRE-DAME DE PARIS
que Philippe de Valois entra monté fur
fon deftrier. Et M. Joly dit que dans
le manufcrit authentique qu'il avoit de
ces Chroniques , on lifoit expreffément
que Philippe de Valois après avoir remis
l'Oriflambe fur l'Autel de Saint
Denis , s'en alla à NOTRE-DAME
DE CHARTRES , & quand il fut là ,
il fe arma des armes qu'il avoit portées
en la bataille des Flamands , puis
monta fur un deftrier & ainfi entra en
Eglife très - devotement. Il en eſt de
même du Continuateur de Nangis.
M. de Saint- Foix lit Rex verò ( Philippus
Valefius ) .... Pofteà IVIT
PARISIOS & Ecclefiam Beatæ Mariæ
ingreffus , &c. Mais M. Joly d'après
un manufcrit de S. Germain des Prés
lit Pofteà INIIT CARNOTUM &
Ecclefiam Beata Maria ingreffus. Et
c'eſt en effet ainfi qu'on lit dans les
deux Editions in -4" . & in-fol. du
Spécilége où eft le Continuateur de
Nangis ; on n'y trouve point Ivit Pa-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
rifios , mais Ivit Camotum . Delà , Monfieur
, il faut conclure que M. de Saint-
Foix a lu dans les mêmes ouvrages
autrement que M. Joly , ce qui prouveroit
qu'il y a des variantes dans les
manufcrits . Mais l'on n'en peut rien
conclure contre votre fentiment , juf
qu'à ce qu'on ait fait voir quelle eft la
véritable leçon à laquelle on doit s'en
tenir. Je fuis perfuadé que fi M. de
Saint- Foix avoit lu la differtation de
M. Joly , il eft trop galant homme pour
avoir voulu faire defcendre fi malhonnêtement
notre grand Roi Philippe le
Bel de deffus fon cheval , & exiger que
Meffieurs du Chapitre de Notre- Dame
de Paris changent l'infcription qu'ils
ont fait mettre à la Statue Equeftre ;
ce qu'ils ne feront affurément pas , parce
qu'ils ont vu l'ouvrage de leur ancien
Confrere.
J'ai cru , Monfieur , que , quoique
vous ayez beaucoup lu , vous pouviez
ignorer la differtation de M. Joly qu'on
ne s'aviferoit pas d'aller chercher dans
un voyage à Munſter. Vous me permettrez
de ne point mettre mon nom
à ces réflexions qui n'en valent pas la
peine , outre que le nom ne fait rien
à la chofe ; mais elles font d'un de vos.
AVRIL. 1763. 19
ferviteurs qui a l'honneur de vous être ,
depuis long - tems , très-refpectueufement
dévoué .
LETTRE de M. lePréſident HÉN AULT,
au fujet de la Differtation de M. de
SAINT-FOIX , fur la Statue Equeftre
qui eft à Notre- Dame de Paris.
J
Paris , 16 Février 1763 .
AI reçu hier , Monfieur , par la Petite
Pofte , un Paquet timbré B. avec la date
du mois ; je l'ouvris en préfence des
perfonnes qui me faifoient l'honneur de
dîner chez moi. J'y trouvai avec furpriſe
& reconnoiffance ,une réponse à l'article
de votre Mercure , où M. de Saint-foix
combat ce que j'ai avancé au fujet de
la Statue équestre de Philippe-le -Bel. Ce
n'avoit pas été fans précautions , que
j'avois pris un parti fur une queftion
que je fçais qui a été agitée plufieurs
fois ; & je me ferois fait un plaifir de répondre
à M. de Saint-foix qui a mérité
l'eftime publique , s'il m'avoit fait l'honneur
de s'adreffer à moi-même ; mais
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
comme il a pris un autre parti , j'ai cru
devoir éviter une querelle littéraire , &
je m'en fuis rapporté au jugement des
Lecteurs de cette Lettre . Ce n'eft donc
point moi qui parle aujourd'hui , c'eſt
un Anonyme qui joint à la générofité
de me défendre un incognito dont je
me plains à lui-même , puifqu'il me
met dans l'impoffibilité de lui témoigner
ma reconnoiffance : fa differtation
m'a paru fi bien faite , que je n'ai pas
héfité , Monfieur , à avoir l'honneur
de vous l'envoyer. C'eft peut- être le
moyen d'arracher le fecret de mon protecteur
; & je le prie avec d'autant plus
d'inftances de fe déclarer , qu'il me
garentira du foupçon , qui eft quelquefois
affez fondé d'avoir emprunté cette
forme pour me cacher moi- même.
J'ai l'honneur d'être , & c.
HENAULT.
LETTRE de l'Anonyme à M. le Préftdent
HENAULT.
MONSIEUR ,
Vous aurez , fans doute , lû dans le
Mercure de Janvier , premier Vol .pag.
73 , une petite differtation où M. de
Saint-Foix prétend que vous avez eu
tort de croire que la Statue Equeftre qui
eft dans l'Eglife de N. D. eft celle de
AVRIL. 1763. 75
par
Philippe le Bel : mais je prens la liberté
de vous confiller de ne pas vous preffer
de chanter la palinodie. Vous trouverez
de quoi appuyer le fentiment que
vous avez embraffé dans une difcuffion
bien faite que vous lirez dans un voyage
à Munfter , écrit le célébre Claude
Joly mort en 1700 , grand Chantre &
Official de l'Eglife de Paris. Ce voyage
a été imprimé à Paris en 1670 in- 12 .
L'Auteur recommandable par fon érudition
& par fa piété , qui nous a donné
un grand nombre de bons ouvrages ,
avoit été en 1646 à la fuite de Madame
de Longueville à Munſter où fon mari
travailloit alors au Traité de Weftphalie .
A fon retour , M. Joly fit une relation
des lieux par où il avoit paffé &
de ce qu'il y avoit remarqué de curieux .
C'eſt à l'occafion de Bouvines où Philippe
Augufte a remporté une victoire
par l'interceffion de la Vierge , qu'il
parle des batailles de Mons en Puelle
& de Caffel où Philippe le Bel &
Philippe de Valois remporterent auffi ,
par la même interceffion , la victoire
fur les Flamands. M. Joly y difcute
très-au long la queftion de la Statue
Equeftre de l'Eglife de Notre-Dame de
Paris ; il le fait d'une maniere fenfée &
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
folide , comme un homme qui n'eft
point paffionné pour un fentiment ,
plutôt que pour un autre ; mais enfin
il conclud à regarder la Statue Equeſtre
comme étant de Philippe le Bel. Si vous
joignez à la lecture de la differtation
de M. Joly , trois lettres de M. Jouet
Chanoine de Chartres & ami de M.
Joly , qui à fa priere avoit fait des
recherches dans les Archives de fon
Chapitre , pour éclaircir ce trait d'hiftoire
,
, je fuis perfuadé que vous ne
fongerez pas à vous retracter , parce
que vous verrez que la differtation de
M. de Saint - Foix n'eft rien moins
qu'une démonftration de ce qu'il avance
d'après plufieurs de nos Auteurs . Ces
lettres de M. Jouet font imprimées à
la fin du voyage de Munfter. Je n'entrerai
point dans le détail de ce que
contiennent ces écrits , où l'on trouve
par avance la réponſe aux objections
qu'on vous fait , même à celles des
leçons de l'ancien Breviaire de Paris .
Il faudroit tranfcrire prefque toute la
differtation de M. Joly , ainfi que les
lettres de M. Jouet ; il vaut mieux que
vous ayez le plaifir de les lire vousmême.
Ce qui vous divertira , peutêtre
, eft la façon différente dont M. Joly
AVRIL. 1763 . 77
a lu les autorités qu'on vous objecte
je veux dire les grandes Chroniques
de France & le Continuateur de Nangis.
Car M. de Saint- Foix lit dans les
Chroniques qu'il cite , que , ce fut dans
l'Eglife de NOTRE-DAME DE PARIS
que Philippe de Valois entra monté fur
fon deftrier. Et M. Joly dit que dans
le manufcrit authentique qu'il avoit de
ces Chroniques , on lifoit expreffément
que Philippe de Valois après avoir remis
l'Oriflambe fur l'Autel de Saint
Denis , s'en alla à NOTRE-DAME
DE CHARTRES , & quand il fut là ,
il fe arma des armes qu'il avoit portées
en la bataille des Flamands , puis
monta fur un deftrier & ainfi entra en
Eglife très - devotement. Il en eſt de
même du Continuateur de Nangis.
M. de Saint- Foix lit Rex verò ( Philippus
Valefius ) .... Pofteà IVIT
PARISIOS & Ecclefiam Beatæ Mariæ
ingreffus , &c. Mais M. Joly d'après
un manufcrit de S. Germain des Prés
lit Pofteà INIIT CARNOTUM &
Ecclefiam Beata Maria ingreffus. Et
c'eſt en effet ainfi qu'on lit dans les
deux Editions in -4" . & in-fol. du
Spécilége où eft le Continuateur de
Nangis ; on n'y trouve point Ivit Pa-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
rifios , mais Ivit Camotum . Delà , Monfieur
, il faut conclure que M. de Saint-
Foix a lu dans les mêmes ouvrages
autrement que M. Joly , ce qui prouveroit
qu'il y a des variantes dans les
manufcrits . Mais l'on n'en peut rien
conclure contre votre fentiment , juf
qu'à ce qu'on ait fait voir quelle eft la
véritable leçon à laquelle on doit s'en
tenir. Je fuis perfuadé que fi M. de
Saint- Foix avoit lu la differtation de
M. Joly , il eft trop galant homme pour
avoir voulu faire defcendre fi malhonnêtement
notre grand Roi Philippe le
Bel de deffus fon cheval , & exiger que
Meffieurs du Chapitre de Notre- Dame
de Paris changent l'infcription qu'ils
ont fait mettre à la Statue Equeftre ;
ce qu'ils ne feront affurément pas , parce
qu'ils ont vu l'ouvrage de leur ancien
Confrere.
J'ai cru , Monfieur , que , quoique
vous ayez beaucoup lu , vous pouviez
ignorer la differtation de M. Joly qu'on
ne s'aviferoit pas d'aller chercher dans
un voyage à Munſter. Vous me permettrez
de ne point mettre mon nom
à ces réflexions qui n'en valent pas la
peine , outre que le nom ne fait rien
à la chofe ; mais elles font d'un de vos.
AVRIL. 1763. 19
ferviteurs qui a l'honneur de vous être ,
depuis long - tems , très-refpectueufement
dévoué .
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Résumé : LETTRE de M. le Président HÉNAULT, au sujet de la Dissertation de M. de SAINT-FOIX, sur la Statue Equestre qui est à Notre- Dame de Paris. Paris, 16 Février 1763.
Le texte relate une correspondance entre le Président Hénault et un anonyme au sujet d'une controverse concernant la statue équestre de Philippe le Bel à Notre-Dame de Paris. Hénault reçoit une réponse de M. de Saint-Foix, qui conteste ses affirmations sur cette statue. Pour éviter une querelle littéraire, Hénault laisse le jugement aux lecteurs. Par la suite, il reçoit une lettre anonyme qui défend son point de vue en se référant à une dissertation de Claude Joly, un érudit du XVIIe siècle. Dans son ouvrage 'Voyage à Munster', Joly discute de la statue et conclut qu'elle représente bien Philippe le Bel. L'anonyme suggère à Hénault de consulter cette dissertation ainsi que des lettres de M. Jouet, chanoine de Chartres, pour appuyer son opinion. La lettre anonyme critique également les interprétations de M. de Saint-Foix, qui diffèrent de celles de Joly en raison de variantes dans les manuscrits. L'anonyme conclut en exprimant son dévouement à Hénault et en espérant que cette correspondance éclaircira la question.
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Résultats : 2 texte(s)
1
p. 184-193
A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
Début :
L'autre jour c'étoit feste aux rives du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Hylas, Hymen, Voeux, Nymphe, Règne, Neuf soeurs, Président Hénault
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
A MONSIEUR
LE PRESIDENT
HENAULT,
EPITALAME.
L'Autre jour c'étoit feste
aux rives du Permesse,
Venus y présidoit: aux pieds
de laDéesse
En presence des Ris, des
Graces, &des Jeux
Phebus&les neuf Soeurs
renouvel.
renouvelloient leurs
voeux:
Voeux dont, l'Amour jadis
dressa le Formulaire,
Voeux d'aimer pouraimer,
sans autre engagement,
De promettre, mais sans
serment
Ou sans garans du moins,
que le desirde plaire:
Tous voeux écrits au Rite
de Cythere
Ennemy d'un joug plus sévere.
Mutes à ce grand jour
étoient vos favoris.
-
Ceux qui du beau langage
ont obtenu le prix,
Les Catulles nouveaux;
dont l'amoureuse lyre
Attendrit Lesbie, ou Thamire,
Les Théocrites soupirans,
Les Tragiques fameux
qui, par de certains
charmes,
Des plus plus beaux yeux tirent
des larmes,
Ces derniers en grand
deüil : les Quinauts
plus galans
Vêtus d'habits legers, & de
Cothurnes blancs.
Regne Amour, regne seul
! sur les bordsd'Hypo- -
crene
: S'écrioyent les neuf soeurs.
à l'invocation
Tous les Choeurs reponzedolieent.
eTneltqruaelîene
Donne même à l'Hymen
: quelque imprécation.
Hylas prés d'Apollon avoit
alors sa place,
Hylas couvert de lauriers
tous nouveaux,
Hylasqui jeune encor, loin
? dé nos vieux Rivaux
Se traça deux chemins au
chemin du Parnasse,
Du pur & libre Amour il
1
maintenoit les droits.
Euterpe ayant en main le
rustique Hautbois
C'estmoy, ditelle, Amour,
qui fuis bien assurée
D'enseigner tes loix aux
humains
Selon leur texte pur telles
que de tes mains
Je les reçus fous le regne
d'Astrée
,
Distingue aussi mes sujets
entre tous.
Mes leçons ont forméplus
d'Amans que d'Epoux.
Amoureux du loisir que
l'Idylerespire
Oùvivroyent-ils mieux
que fous ton Empire?
Du sexe ils font assez
j cheris.
f Elle regardeHylas avec
un doux souris,
| Mais tout à coup une clarté
; plus pure
Luit au double Vallon,
on reconnoistMercure
Qui descend d'un vol
promt ,
du celeste
lambris,
Amy de tout illustre
,
&
qui donne au merite
> Les mesmes soins qu'il doit
aux affaires des Cieux.
A -t'il tort } les hommes
d'Elite
Ne sons-ils pas les vrais
enfans des Dieux?
Chacun sçait quel respect
le Parnasse luy porte
L'hymen marchoit tout
fier d'une si bonne
escorte
Et Plutus les suivoit tous
deux
Peu de gens dans ce lieu
connoissoient son visage
-
Dieu pesant, quicent fois
a foulé fous ses pas
Les fleurs dont le Permesse
embellit son rivage
Il estoit ce jour-là plus
humain, moins sauvage
Il répend ses trésors aux
pieds du jeune Hylas.
Hylas ne regardoit que
! Mercure,& les Muses,
i Jeveuxtoncoeur,tamain
ne me refuse pas
Dit Mercure, l'Hymen
t'offrira des appas.
Hylas pour refuser meditoit
des excuses
Quandl'Hymen à sesyeux,
pour premier de ses
dons,
Dévoila le portrait d'une
Nymphe charmante,
Il s'arreste, il contemple..
Eh bien nous te perdons
S'écria la troupe sçavante
Cette Nymphe à jamais
te dérobe à ces lieux
Elle va t'occuper de soins
plus serieux,
Elle n'est pas vostre ennemie
Répond l'Interprete des
Dieux
Son Pere est pour nos Arts
un amy précieux
Dont, contre le faux goust
la raison affermie
Assure au vray merite un
accuëil
accuëil glorieux.
Paulestre, cette Nymphe
a nos plaisirs fidelle
Suivrasouvent icy son , pere
1
&son Epoux,
Jevois dans l'avenir, d'une
chaine, si belle,
Les fruits se consacrer à
vous.
Par cet espoir flateur,la
troupe un peu remise,
Reçoit l'Hymen, approuve
le party,
L'Amour suivit Hylaschez
laNymphe promise, :)
Il si trouva si bien, qu'il
n'en est point sorti.
LE PRESIDENT
HENAULT,
EPITALAME.
L'Autre jour c'étoit feste
aux rives du Permesse,
Venus y présidoit: aux pieds
de laDéesse
En presence des Ris, des
Graces, &des Jeux
Phebus&les neuf Soeurs
renouvel.
renouvelloient leurs
voeux:
Voeux dont, l'Amour jadis
dressa le Formulaire,
Voeux d'aimer pouraimer,
sans autre engagement,
De promettre, mais sans
serment
Ou sans garans du moins,
que le desirde plaire:
Tous voeux écrits au Rite
de Cythere
Ennemy d'un joug plus sévere.
Mutes à ce grand jour
étoient vos favoris.
-
Ceux qui du beau langage
ont obtenu le prix,
Les Catulles nouveaux;
dont l'amoureuse lyre
Attendrit Lesbie, ou Thamire,
Les Théocrites soupirans,
Les Tragiques fameux
qui, par de certains
charmes,
Des plus plus beaux yeux tirent
des larmes,
Ces derniers en grand
deüil : les Quinauts
plus galans
Vêtus d'habits legers, & de
Cothurnes blancs.
Regne Amour, regne seul
! sur les bordsd'Hypo- -
crene
: S'écrioyent les neuf soeurs.
à l'invocation
Tous les Choeurs reponzedolieent.
eTneltqruaelîene
Donne même à l'Hymen
: quelque imprécation.
Hylas prés d'Apollon avoit
alors sa place,
Hylas couvert de lauriers
tous nouveaux,
Hylasqui jeune encor, loin
? dé nos vieux Rivaux
Se traça deux chemins au
chemin du Parnasse,
Du pur & libre Amour il
1
maintenoit les droits.
Euterpe ayant en main le
rustique Hautbois
C'estmoy, ditelle, Amour,
qui fuis bien assurée
D'enseigner tes loix aux
humains
Selon leur texte pur telles
que de tes mains
Je les reçus fous le regne
d'Astrée
,
Distingue aussi mes sujets
entre tous.
Mes leçons ont forméplus
d'Amans que d'Epoux.
Amoureux du loisir que
l'Idylerespire
Oùvivroyent-ils mieux
que fous ton Empire?
Du sexe ils font assez
j cheris.
f Elle regardeHylas avec
un doux souris,
| Mais tout à coup une clarté
; plus pure
Luit au double Vallon,
on reconnoistMercure
Qui descend d'un vol
promt ,
du celeste
lambris,
Amy de tout illustre
,
&
qui donne au merite
> Les mesmes soins qu'il doit
aux affaires des Cieux.
A -t'il tort } les hommes
d'Elite
Ne sons-ils pas les vrais
enfans des Dieux?
Chacun sçait quel respect
le Parnasse luy porte
L'hymen marchoit tout
fier d'une si bonne
escorte
Et Plutus les suivoit tous
deux
Peu de gens dans ce lieu
connoissoient son visage
-
Dieu pesant, quicent fois
a foulé fous ses pas
Les fleurs dont le Permesse
embellit son rivage
Il estoit ce jour-là plus
humain, moins sauvage
Il répend ses trésors aux
pieds du jeune Hylas.
Hylas ne regardoit que
! Mercure,& les Muses,
i Jeveuxtoncoeur,tamain
ne me refuse pas
Dit Mercure, l'Hymen
t'offrira des appas.
Hylas pour refuser meditoit
des excuses
Quandl'Hymen à sesyeux,
pour premier de ses
dons,
Dévoila le portrait d'une
Nymphe charmante,
Il s'arreste, il contemple..
Eh bien nous te perdons
S'écria la troupe sçavante
Cette Nymphe à jamais
te dérobe à ces lieux
Elle va t'occuper de soins
plus serieux,
Elle n'est pas vostre ennemie
Répond l'Interprete des
Dieux
Son Pere est pour nos Arts
un amy précieux
Dont, contre le faux goust
la raison affermie
Assure au vray merite un
accuëil
accuëil glorieux.
Paulestre, cette Nymphe
a nos plaisirs fidelle
Suivrasouvent icy son , pere
1
&son Epoux,
Jevois dans l'avenir, d'une
chaine, si belle,
Les fruits se consacrer à
vous.
Par cet espoir flateur,la
troupe un peu remise,
Reçoit l'Hymen, approuve
le party,
L'Amour suivit Hylaschez
laNymphe promise, :)
Il si trouva si bien, qu'il
n'en est point sorti.
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Résumé : A MONSIEUR LE PRESIDENT HENAULT, EPITALAME.
Le texte est un épithalame célébrant le mariage de Monsieur le Président Hénault. La fête se déroule aux rives du Permesse, sous la présidence de Vénus, avec Phébus et les neuf Muses renouvelant leurs vœux d'amour. Les favoris du président, parmi lesquels des poètes et des tragédiens, sont présents. L'Amour règne sur les bords de l'Hypocrène, et les Muses invoquent son pouvoir. Hylas, un jeune poète couronné de lauriers, est honoré. Euterpe, muse de la musique, affirme enseigner les lois de l'amour. Mercure, accompagné de l'Hymen et de Plutus, offre à Hylas le portrait d'une nymphe charmante, fille d'un père ami des arts. Cette nymphe est destinée à Hylas, qui accepte cette union. La troupe savante, bien que triste de perdre Hylas, approuve cette alliance, espérant que les fruits de leur amitié continueront à être consacrés aux arts.
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2
p. 79-94
RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
Début :
J'Ignorois qu'on avoit mis une nouvelle inscription au-deffous de la Statue [...]
Mots clefs :
Église, Cheval, Victoire, Archives, Statue, Bréviaire, Fondation, Armes, Reconnaissance, Manuscrits
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
RÉPONSE de M. de SAINT - FOIX.
F'ignorois qu'on avoit mis une nou
velle infcription au - deffous de la Statue
Equeftre qui eft à Notre - Dame ; il n'y
a qu'un an que je l'appris par une Brochure
où l'on me reprenoit aigrement
fur ce que j'avois dit , dans mes Effais
Hiftoriques , que cette Statue repréfentoit
Philippe de Valois . L'Auteur de
cette Brochure , pénétré d'admiration
pour M. le Préfident Henault , ne joignoit
pas à ce mérite celui d'être poli ;
ainfi je n'ai jamais pensé à lui répondre ;
mais en faifant des corrections & des
additions à mes Effais Hiftoriques , j'ai
voulu voirfi je m'étois trompé au fujet de
cette Statue ; ma differtation a paru dans
le premier Volume du Mercure de Janvier
dernier ; voici un nouvel Anonyme
qui m'attaque ; il mêle à l'érudition
le fel de la fine plaifanterie , & je ne
doute point que les perfonnes qui dînoient
chez M. le Préfident Henault
n'ayent bien ri lorfqu'il dit qu'il me croit
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
trop galant homme pour vouloir faire
defcendre fi malhonnêtement notre grand
Roi Philippe le Bel de deffus fon cheval.
Je ne connoiffois point le Voyage de
Munfter, je l'ai cherché , je l'ai trouvé ,
je l'ai lu , & je protefte que j'aurois
fouhaité de pouvoir dire que je m'étois
trompé ; ma pareffe en eût été flattée
; mais les raifonnemens de Claude
Joly n'ont fervi qu'à me confirmer dans
le fentiment que j'avois embraffé. Il
faut néceffairement rappeller l'état de la
queſtion , & l'on peut compter que je
vais l'expofer avec une entiere impartialité.
9 :
Philippe le Bel, en reconnoiffance
de la victoire qu'il avoit remportée fur
les Flamands à Mons en Puelle le 18
Août 1304 , fit des fondations à Notre-
Dame de Paris , à Notre - Dame de
Chartres & dans d'autres Eglifes ; mais ,
ni dans ces actes de fondation , ni dans
aucun ancien Breyiaire , ni dans aucun
Hiftorien comtemporain , il n'eft dit
qu'il foit entré à cheval dans l'Eglife de
Notre-Dame de Paris , & qu'il y ait
fait à la Vierge l'offrande de fes armes
& de fon cheval. D'ailleurs , il n'y en a
& il n'y en a jamais eu aucunes preuves
dans les Papiers , Cartulaires , Nécrologe
& Archives de Notre-Dame.
AVRIL. 1763.
81
P
*
Après avoir parlé de la victoire que
Philippe de Valois remporta à Caffel
fur les Flamands le 23 Août 1328 ,
différens manufcrits des grandes Chroniques
de S. Denis , & toutes les anciennes
Editions de ces Chroniques ,
difent , que Philippe de Valois vint à
Saint Denis , & lui rendit fur fon Autel
l'oriflame qu'il avoit pris quand ilpartit
pour aller contre les Flamands , & puis
s'en alla à Notre- Dame de Paris , &
quand il fut là , fe fit armer des armes
qu'il avoit portées dans la bataille contre
les Flamands , & puis monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre - Dame , & très- devotement la
remercia , & luipréfenta le cheval fur lequel
il étoit monté & toutes fes armures.
Quelle peut donc être la difcuffion
demandera- t'on ? La voici : on dit que
dans différens manufcrits des grandes
Chroniques de Saint Denis , s'il y a que
Philippe de Valois alla à Notre- Dame
de Paris & y entra monté fur fon def
trier, &c. il y a dans d'autres manufcrits
de ces mêmes Chroniques , qu'il alla à
Notre-Dame de Chartres , & y entra
monté furfon deftrier , &c . & on ajoute
que dans le Continuateur de Nangis
* Edition de 1493 , de 1517 , & autres.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
on peut lire également iniit Parifios
ou iniit Carnotum , parce que Parifios
ou Carnotum font variantes ; & on con
clut de là que Philippe de Valois n'étant
point entré à cheval dans l'Eglife
de Paris , mais dans celle de Chartres
ce n'eft point fa Statue qu'on voit dans
l'Eglife de Paris , mais celle de Philippe
le Bel
Les grandes Chroniques de Saint
Denis , après avoir parlé fort au long
de la bataille de Mons en Puelle , difent
fimplement que Philippe le Bel revint
à Paris environ la Saint Denis à grande
joye ineftimable. Le Continuateur de
Guillaume de Nangis , après avoir parlé
des fondations que ce Prince fit dans
quelques Eglifes & dans celle de Paris
en reconnoiffance de fa victoire , ne dit
pas un mot de fa cavalcade dans cette
Eglife . Eft- il naturel que ces Hiftoriens
n'en euffent pas parlé à l'article de ce
Prince & de fes fondations ? Eft-il naturel
que dans la fuite , lorfqu'ils difent que
Philippe de Valois entra à cheval dans
l'Eglife de Paris , où , fi l'on veut , de
Chartres , ils n'euffent pas ajouté , comme
Philippe le Bel avoit fait après fa
victoire de Mons en Puelle ? Cette ob-.
jection n'eſt - elle pas convaincante 2
AVRIL 1763. 83
Ne faudroit- il pas , pour la combattre ,
préfenter quelque titre authentique où
fut porté que Philippe le Bel entra
dans l'Eglife de Paris à cheval ; or , ni
Claude Joly , ni autres n'en produifent
& n'en ont jamais produit aucun ; au
lieu que dans un manufcrit qui, paroît
être de 1360 , cotté H , numéro 22 ,
& faifant partie des manufcrits que le
Chapitre de Notre Dame a donnés au
Roi , il eft dit que Philippe de Valois ,
après la bataille de Caffel , l'an 1328
entra tout armé fur fon deftrier dans
L'Eglife de Notre- Dame de Paris ...
& que fa repréfentation eft affife fur
deux pilliers devant l'image de ladite
Dame , en la Nefde ladite Eglife.
-
Examinons à préfent la Lettre de Clau
de Joly. Paul Emile , dit-il , attribue la
Statue en queftion à Philippe le Bel ; &
Paul Emile étant Chanoine de Notre-
Dame de Paris il est vraisemblable
qu'il n'auroit pas attribué à ce . Prince
une action fi publique & fi folemnelle ,
s'il n'en eût été bien affuré, ou par
quelqu'écrit authentique. Qu par une :
tradition qui étoit alors tenue pour conftante
& certaine parmi fes Confreres.
Réponse. Sous le regne de Henri II
à côté de cette Statue , on mit des vers
9
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
& une infcription qui y a fubfifté plus
de cent ans , & par laquelle on difoit
que c'étoit la Statue de Philippe de Valois
; la plupart des Chanoines dont
Paul Emile avoit été Confrère , étoient
encore vivans ; eft- il naturel qu'ils ne
fe fuffent pas oppofés à cette infcription ,
& qu'ils l'euffent approuvée , fi elle
avoit été contraire à ce qui étoit porté
dans leurs Archives ?
C'eft fur le témoignage de Nicole
Gilles , dit Claude Joly , que quand on
a commencé de mettre dans les Breviaires
de Paris les Leçons qui font mention de
cette victoire , on a attribué à Philippe
de Valois , non-feulement l'entrée à cheval
dans l'Eglife de Paris , mais auffi
la victoire & la fondation de la fête de
l'année 1304 , quoiqu'il ne fut Roi que
vingt-quatre ans après.
,
Réponse. Dans plufieurs manufcrits
des grandes Chroniques de Saint Denis
bien antérieurs à Nicole Gilles &
dans toutes les anciennes Editions de
ces Chroniques , il eft dit que Philippe
de Valois entra à cheval dans la Cathédrale
de Paris ; c'eft fur ces autorités
que dans les Breviaires on a attribué
cette action folemnelle à ce Prince ;
Claude Joly ne l'ignoroit pas , & il a
AVRIL. 1763. 84
donc tort de dire qu'on ne s'eft fondé
que fur le témoignage de Nicole Gilles.
D'ailleurs , les Breviaires ne confondent
ni les deux Rois , ni les deux victoires ;
il y eft dit , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi
Pulchri , fit duplum ; & après des
Leçons & verfets fur la Vierge , il eft
dit auffi , Philippus Valefius , cum infignem
victoriam de rebellibus Flandris
obtinuiffet , quæ contigit anno 1328 , &c.
Voilà les deux victoires & les deux Rois
bien diftingués ; Philippe le Bel avoit
fait une fondation ; Philippe de Valois
avoit fait une offrande qu'il racheta
par une fomme confidérable , comme
je le prouverai dans la fuite ; d'ailleurs
il avoit fait élever un monument de fa
victoire & de fa reconnoiffance envers
la Vierge ; l'Eglife de Paris faifoit commémoration
de ces deux batailles mémorables
, gagnées l'une & l'autre pendant
l'octave de l'Affomption .
Claude Joli dit qu'il eft encore bon d'obferver
qu'on n'a point mis dans les breviaires
de Paris aucune leçontouchant cela,
avant l'édition de 1584 ; car , ajoutet-
il , il n'y en a aucun qui en parle dans
ceux d'auparavant , de 1479 & 1492.
Réponse. L'Hiftoire de Paul Emile fut
86 MERCURE DE FRANCE.
il
imprimée en 1544 quarante après , eny
1584 , lorfque le Chapitre de Notre
Dame jugea apropos de mettre dans les
breviaires les leçons en queftion , n'eſtpas
vrai femblable qu'il auroit adopté
L'opinion de Paul Emile fon confrère
s'il n'avoit vû dans fes archives qu'elle
n'étoit foutenable. J'ajouterai que
dans ce temps là , il paroiffoit chaque
jour quelque écrit qui traitoit des anciens
droits de nos Rois fur la Flandres
pas
& que même les Provinces unies , cette
même année 1584, avoient offert à Henri
III de fe mettre fous fa domination ;
peut- être que le Chapitre de notre Dame
, attendu ces circonftances , jugea a
propos de joindre a la commémoration
de la victoire de Philippe le Bel , celle
de la victoire de Philippe de Valois ;
on inféroit dans ce temps là , dans les
breviaires & rituels , des prieres & des .
leçons bien moins convenables..
Claude Joli dit que M. de Sponde
Evêque de pamiers , pretend que ceux
qui ont atribué la ftatue en queftion a
Philippe Lebel, ont été refutezpar plufieursperfonnes
, & même par les anciens
Cartulaires de l'Eglife de Paris dont ils
n'avoient pas vu les Archives
ajoute Claude Joli , de quelles Archives
mais
AVRIL 1763.
87
M. de Sponde veut-il parler , puifqu'il
n'y en a point d'autres que la fondation
de Philippe le Bel & les vieux breviaires .
de cette Eglife , qui portent tous le nom
de Philippe le Belfans parler en aucune
façon de Philippe de Valois , lefquelles
Archives Paul Emile avoit pû voir , mais
que certainement Nicole Gilles ni ceuxdefon
opinion n'avoient pas vues , puifque
ce qu'il en écrit leur eft tout contraire.
Reponse , Loin de nous produire quelque
Piéce authentique , dans laquelle il
foit dit que Philippe le Bel entra à cheval
dans l'Eglife de notre Dame , & que
c'eft fa ftatue qu'on y voit , Claude Joli
convient que Paul Emile n'en a point eu
d'autres preuves , & qu'il n'y en a point
d'autres , que la fondation d'une rente
de cent livres,faite par ce Prince , & que.
ce qui eft porté dans les vieux breviaires
; Or, de l'aveu même de Claude Joli,
il n'en eft pas dit un mot dans l'acte de
fondation de cette rente ; & les vieux.
Breviaires difent uniquement , in Ecclefia
Parifienfi , propter commemorationem»
victoria Philippi pulchri , fit duplum.
Le pere Texera & M. de Sponde , qui
avoient eu communication des Archives
de Notre Dame , comme en convient
Claude Joli, ont-ils eu tort de rejetter
88 MERCURE DE FRANCE .
de pareilles preuves ? n'eft-il pas fingu
lier de dire que fi Nicole Gilles les avoit
vues , elles lui auroient fait changer d'opinion
? d'ailleurs M. de Sponde dit que
ceux qui attribuent la ftatue en queftion
à Philippe le Bel, font refutezpar d'anciens
. Cartulaires de l'Eglife de Paris ;
dira-ton que ces anciens Cartulaires
n'ont jamais exifté , & que M. de Sponde
n'en a point vûs ?
Des Prêtres de l'Oratoire ont continué
l'hiftoire particuliere de l'Eglife de Paris
; ils avoient eu en communication
les Archives , le nécrologe , & tous les
titres de cette Cathédrale ; ils avoient
lû la differtation de Claude Joli & les
lettres de M. Jouet , fon ami ; ces hiftoriens
, dans leur ouvrage in-folio , dedié
à M. le Cardinal de Noailles & imprimé
en 1710 , difent , l . 18 , c. 3 , p.
615
qu'il n'eft pas douteux que la ftatue en
queftion eft de Philippe de Valois , &
qu'aucun Roi , avant lui , n'étoit entré
à cheval dans l'Eglife de Notre-Dame ;
& ils ont lû , comme moi , dans le continuateur
de Guillaume de Nangis, qu'ils
citent , iniit Parifios ; ainfi l'anonyme
qui écrit à M. le Prefident Henault , &
qui dit fi poliment ce qui vous divertira ,
doit trouver ces Prêtres de l'Oratoire
très divertiffans. -
AVRIL. 1763. 89
Claude Joly qui tâche d'acrocher des
autorités , cite les Annales de Malingre ,
quoiqu'il n'ignorât pas que Malingre
dans fes Antiqués de Paris , page 10 ,
s'étoit retracté , & qu'il dit que la Statue
en queftion repréfente Philippe de Valois.
Thevet eft du même avis ; cela
n'empêche pas Claude Joly de le citer
en fa faveur .
Je pourrois m'autorifer de la Médaille
qu'on voit dans la France Métallique
, & faire fentir la fauffeté du
raifonnement de Claude Joly ; mais
comme je ne cherche & que je n'employe
que la vérité , j'avoue que cette
Médaille eft fuppofée ; mais on juge
bien que l'Auteur de la France Métallique
, pour fuppofer cette Médaille
alla à Notre-Dame de Paris & copia
bien exactement la Statue en queftion.
Venons à préfent aux Lettres de
M. Jouet. Il dit que Philippe le Bel , en
reconnoiffance de fa victoire de Mons
en Puelle , fit à l'Eglife de Chartres ,
comme à celle Paris , une fondation de
cent livres de rente ; qu'en conféquence
on célébre tous les ans à Chartres , le
17 Août , l'Office de Notre-Dame de
la Victoire , & que ce jour-là on tire
du tréfor & l'on expofe aux yeux du
go MERCURE DE FRANCE ..
public une Armure très- riche , mais
qui ne pouvoit être que d'un jeune
homme de treize à quatorze ans ; il
differte beaucoup fur cette armure , &
prétend que Philippe le Bel envoya
fon fils Charles en faire l'offrande à
Notre-Dame de Chartres ; mais il ne
réfléchit pas que ce fils Charles n'avoit
que neufans lors de la bataille de Mons
en Puelle ; qu'il n'étoit point à cette
bataille ; que ce n'étoient pas fes armes ,
mais celles de fon pere qu'il auroit été
chargé d'offrir ; qu'il n'eft pas douteux
que l'épée & la ceinture font femées
de Dauphins & que ces armes font
donc bien poftérieures au règne de
Philippe le Bel, le Dauphiné n'ayant
été uni à la Couronne qu'en 1349 ;
qu'enfin c'eft l'armure que Charles VI,
qu'on appella long-tems le petit Roi ,
envoya en offrande à Notre -Dame de
Chartres , après avoir battu les Fla
mands à Rofebeque en 1482 ce
Prince n'avoit alors que quatorze ans.
On demandera pourquoi on étale cette
armure le jour qu'on célébre la victoire
de Mons en Puelle ? Parce qu'apparemment
, dans la fuite des tems , on avoit
oublié de qui elle venoit , & qu'on
imagina que c'étoit une offrande de
AVRIL. 1763 91
Philippe le Bel; il eft naturel de penfer
plutôt à ceux qui font des fondations.
qu'aux autres. Ce qu'il y a de trèscertain
, c'est que dans l'acte de fondation
de cent livres de rente & dans
les Archives de l'Eglife de Chartres ,
il n'eft point parlé du tout de cette
armure ni d'aucune offrande de Philippe
le Bel ; il fit , je le répéte , des
fondations à Paris , à Chartres , & dans
d'autres Eglifes , en reconnoiffance de fa
victoire ; mais il n'y offrit jamais ni fes
armes ni fon cheval
M. Jouet produit enfuite une pièce
authentique , tirée des Archives de l'Eglife
de Chartres , dans laquelle il eft
dit , que le Chapitre s'étant aſſemblé , a
délibéré que la fomme de mille livres
que le Roi ( Philippe de Valois ) a donnée
pour le rachapt de fon cheval & de
fes armes , qu'il avoit préfentez lui même
à la Vierge , fera employée à acquerir
des fonds ou des révenus pour ladite.
Eglife de Chartres. Cela confirme ce
que j'ai toujours penfé & dit , & ce qu'a
écrit , il y a plus de cent-ans , M. Souchet
, Secrétaire & Chanoine du chapi-.
tre de Chartres , dans fon hiftoire Manuferite
de ce chapitre & de cette ville
Philippe de Valois alla d'abord à Notre
02 MERCURE DE FRANCE.
1
Dame de Paris ou il offrit à la Vierge fes
armes & fon cheval , & les racheta par
une fomme de mille livres ; il alla enfuite
à Chartres ou il fit précisément la
même cérémonie. C'étoient les anciens
ufages ; dans une tranfaction de l'an
1329 , entre les Curés de Paris & l'Eglife
du S. Sepulchre , il eft dit qu'un
mourant fera libre de choisir fa fepulture
dans cette Fglife , mais que fon corps
fera d'abord porté à la Paroiffe fur laquelle
il fera mort & que le Curé de
cette Paroiffe aura la moitié du luminaire
& de ce qui reviendra des hardes & chevaux
( ex pannis & equis ) qui feront
préfentés , lors de l'inhumation dans
Eglife du S. Sepulcre. Au fervice fait
à S. Denis en 1489 , pour Bertrand Duguefclin
, par l'ordre de Charles VI ,
L'Evêque qui célebroit la Meffe , reçut le
préfent des chevaux qui furent préſentés
à l'offrande , en leur mettant la main fur
la tête ; enfuite on les remena ; mais il
fallut compofer pour le droit de l'Abbaye
à laquelle ils étoient dévolus.
En
1329 Pierre
de
Cugneres
,
Avocat
du Roi au Parlement
, plaida
contre
les ufurpations
des Ecléfiaftiques
fur la juftice
temporelle
; le Jugement
de Philippe
de Valois
parut
favorable
AVRIL. 1763:
93
au Clergé qui tacha de lui marquer fa
réconnoiffance par des honneurs & des
tîtres ; il lui donna celui de Roi Catholique
; & comme la victoire de Caffel
& l'action folemnelle que ce Prince
avoit faite à Paris & à Chartres
étoient affez récentes, je croirois volontiers
que ce fut dans ce temps-là , que
chacune de ces deux Eglifes lui éleva
une ftatue équeftre ; ce qu'il y a de très
certain , c'eſt que l'Eglife de Sens ( 1 )
lui en éleva une dans ce même temps-
-là , femblable , dit D. du Breul , page
21 , à celle de ce Roi dans notre Eglife
de Paris , & au- deffous de laquelle
ftatue de Sens , on lit deux vers où il
eft qualifié défenfeur des droits de l'Eglife.
L'Auteur du Traité des anciennes armes
offenfives & défenfives des François
, imprimé chez Blaife , en 1635 .
dit , p . 113 , que Philippe le Bel ayant
rendu le Parlement fédentaire , les Chcvaliers
qui y préfidoient , pourfe diftinguer
des gens de Loi , firent faire des
bonnets de la forme de leurs cafques , &
( 1 ) Pierre du Roger , Archevêque de Sens ,
parla pour le Clergé , & imagina cette marque
de reconnoiffance envers Philippe de Valois , au
lieu des Décimes que ce Prince eípéroit du Clergé.
94 MERCURE DE FRANCE .
que voilà l'origine des Mortiers des Préfidens
; car ce ne fut , ajoute-t-il , que
fous le regne de Philippe le Long qu'on
imagina les cafques en forme de cone ,
s'élargiffant en defcendant fur les épau
les & comme un fabot renverfé
tel que celui qu'on voit à Philippe de
Valois dans Notre - Dame de Paris ; on
croyoit parer à l'inconvénient des cafques
trop plats , fur lefquels un coup de
maffue bien affené devoit enfoncer la tête
de celui qui le portoit ; mais dans là
fuite on trouva ces cafques fi pefans ,
qu'on changea encore.
F'ignorois qu'on avoit mis une nou
velle infcription au - deffous de la Statue
Equeftre qui eft à Notre - Dame ; il n'y
a qu'un an que je l'appris par une Brochure
où l'on me reprenoit aigrement
fur ce que j'avois dit , dans mes Effais
Hiftoriques , que cette Statue repréfentoit
Philippe de Valois . L'Auteur de
cette Brochure , pénétré d'admiration
pour M. le Préfident Henault , ne joignoit
pas à ce mérite celui d'être poli ;
ainfi je n'ai jamais pensé à lui répondre ;
mais en faifant des corrections & des
additions à mes Effais Hiftoriques , j'ai
voulu voirfi je m'étois trompé au fujet de
cette Statue ; ma differtation a paru dans
le premier Volume du Mercure de Janvier
dernier ; voici un nouvel Anonyme
qui m'attaque ; il mêle à l'érudition
le fel de la fine plaifanterie , & je ne
doute point que les perfonnes qui dînoient
chez M. le Préfident Henault
n'ayent bien ri lorfqu'il dit qu'il me croit
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
trop galant homme pour vouloir faire
defcendre fi malhonnêtement notre grand
Roi Philippe le Bel de deffus fon cheval.
Je ne connoiffois point le Voyage de
Munfter, je l'ai cherché , je l'ai trouvé ,
je l'ai lu , & je protefte que j'aurois
fouhaité de pouvoir dire que je m'étois
trompé ; ma pareffe en eût été flattée
; mais les raifonnemens de Claude
Joly n'ont fervi qu'à me confirmer dans
le fentiment que j'avois embraffé. Il
faut néceffairement rappeller l'état de la
queſtion , & l'on peut compter que je
vais l'expofer avec une entiere impartialité.
9 :
Philippe le Bel, en reconnoiffance
de la victoire qu'il avoit remportée fur
les Flamands à Mons en Puelle le 18
Août 1304 , fit des fondations à Notre-
Dame de Paris , à Notre - Dame de
Chartres & dans d'autres Eglifes ; mais ,
ni dans ces actes de fondation , ni dans
aucun ancien Breyiaire , ni dans aucun
Hiftorien comtemporain , il n'eft dit
qu'il foit entré à cheval dans l'Eglife de
Notre-Dame de Paris , & qu'il y ait
fait à la Vierge l'offrande de fes armes
& de fon cheval. D'ailleurs , il n'y en a
& il n'y en a jamais eu aucunes preuves
dans les Papiers , Cartulaires , Nécrologe
& Archives de Notre-Dame.
AVRIL. 1763.
81
P
*
Après avoir parlé de la victoire que
Philippe de Valois remporta à Caffel
fur les Flamands le 23 Août 1328 ,
différens manufcrits des grandes Chroniques
de S. Denis , & toutes les anciennes
Editions de ces Chroniques ,
difent , que Philippe de Valois vint à
Saint Denis , & lui rendit fur fon Autel
l'oriflame qu'il avoit pris quand ilpartit
pour aller contre les Flamands , & puis
s'en alla à Notre- Dame de Paris , &
quand il fut là , fe fit armer des armes
qu'il avoit portées dans la bataille contre
les Flamands , & puis monta fur
fon deftrier , & ainfi entra dans l'Eglife
de Notre - Dame , & très- devotement la
remercia , & luipréfenta le cheval fur lequel
il étoit monté & toutes fes armures.
Quelle peut donc être la difcuffion
demandera- t'on ? La voici : on dit que
dans différens manufcrits des grandes
Chroniques de Saint Denis , s'il y a que
Philippe de Valois alla à Notre- Dame
de Paris & y entra monté fur fon def
trier, &c. il y a dans d'autres manufcrits
de ces mêmes Chroniques , qu'il alla à
Notre-Dame de Chartres , & y entra
monté furfon deftrier , &c . & on ajoute
que dans le Continuateur de Nangis
* Edition de 1493 , de 1517 , & autres.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
on peut lire également iniit Parifios
ou iniit Carnotum , parce que Parifios
ou Carnotum font variantes ; & on con
clut de là que Philippe de Valois n'étant
point entré à cheval dans l'Eglife
de Paris , mais dans celle de Chartres
ce n'eft point fa Statue qu'on voit dans
l'Eglife de Paris , mais celle de Philippe
le Bel
Les grandes Chroniques de Saint
Denis , après avoir parlé fort au long
de la bataille de Mons en Puelle , difent
fimplement que Philippe le Bel revint
à Paris environ la Saint Denis à grande
joye ineftimable. Le Continuateur de
Guillaume de Nangis , après avoir parlé
des fondations que ce Prince fit dans
quelques Eglifes & dans celle de Paris
en reconnoiffance de fa victoire , ne dit
pas un mot de fa cavalcade dans cette
Eglife . Eft- il naturel que ces Hiftoriens
n'en euffent pas parlé à l'article de ce
Prince & de fes fondations ? Eft-il naturel
que dans la fuite , lorfqu'ils difent que
Philippe de Valois entra à cheval dans
l'Eglife de Paris , où , fi l'on veut , de
Chartres , ils n'euffent pas ajouté , comme
Philippe le Bel avoit fait après fa
victoire de Mons en Puelle ? Cette ob-.
jection n'eſt - elle pas convaincante 2
AVRIL 1763. 83
Ne faudroit- il pas , pour la combattre ,
préfenter quelque titre authentique où
fut porté que Philippe le Bel entra
dans l'Eglife de Paris à cheval ; or , ni
Claude Joly , ni autres n'en produifent
& n'en ont jamais produit aucun ; au
lieu que dans un manufcrit qui, paroît
être de 1360 , cotté H , numéro 22 ,
& faifant partie des manufcrits que le
Chapitre de Notre Dame a donnés au
Roi , il eft dit que Philippe de Valois ,
après la bataille de Caffel , l'an 1328
entra tout armé fur fon deftrier dans
L'Eglife de Notre- Dame de Paris ...
& que fa repréfentation eft affife fur
deux pilliers devant l'image de ladite
Dame , en la Nefde ladite Eglife.
-
Examinons à préfent la Lettre de Clau
de Joly. Paul Emile , dit-il , attribue la
Statue en queftion à Philippe le Bel ; &
Paul Emile étant Chanoine de Notre-
Dame de Paris il est vraisemblable
qu'il n'auroit pas attribué à ce . Prince
une action fi publique & fi folemnelle ,
s'il n'en eût été bien affuré, ou par
quelqu'écrit authentique. Qu par une :
tradition qui étoit alors tenue pour conftante
& certaine parmi fes Confreres.
Réponse. Sous le regne de Henri II
à côté de cette Statue , on mit des vers
9
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
& une infcription qui y a fubfifté plus
de cent ans , & par laquelle on difoit
que c'étoit la Statue de Philippe de Valois
; la plupart des Chanoines dont
Paul Emile avoit été Confrère , étoient
encore vivans ; eft- il naturel qu'ils ne
fe fuffent pas oppofés à cette infcription ,
& qu'ils l'euffent approuvée , fi elle
avoit été contraire à ce qui étoit porté
dans leurs Archives ?
C'eft fur le témoignage de Nicole
Gilles , dit Claude Joly , que quand on
a commencé de mettre dans les Breviaires
de Paris les Leçons qui font mention de
cette victoire , on a attribué à Philippe
de Valois , non-feulement l'entrée à cheval
dans l'Eglife de Paris , mais auffi
la victoire & la fondation de la fête de
l'année 1304 , quoiqu'il ne fut Roi que
vingt-quatre ans après.
,
Réponse. Dans plufieurs manufcrits
des grandes Chroniques de Saint Denis
bien antérieurs à Nicole Gilles &
dans toutes les anciennes Editions de
ces Chroniques , il eft dit que Philippe
de Valois entra à cheval dans la Cathédrale
de Paris ; c'eft fur ces autorités
que dans les Breviaires on a attribué
cette action folemnelle à ce Prince ;
Claude Joly ne l'ignoroit pas , & il a
AVRIL. 1763. 84
donc tort de dire qu'on ne s'eft fondé
que fur le témoignage de Nicole Gilles.
D'ailleurs , les Breviaires ne confondent
ni les deux Rois , ni les deux victoires ;
il y eft dit , in Ecclefia Parifienfi , propter
commemorationem victoria Philippi
Pulchri , fit duplum ; & après des
Leçons & verfets fur la Vierge , il eft
dit auffi , Philippus Valefius , cum infignem
victoriam de rebellibus Flandris
obtinuiffet , quæ contigit anno 1328 , &c.
Voilà les deux victoires & les deux Rois
bien diftingués ; Philippe le Bel avoit
fait une fondation ; Philippe de Valois
avoit fait une offrande qu'il racheta
par une fomme confidérable , comme
je le prouverai dans la fuite ; d'ailleurs
il avoit fait élever un monument de fa
victoire & de fa reconnoiffance envers
la Vierge ; l'Eglife de Paris faifoit commémoration
de ces deux batailles mémorables
, gagnées l'une & l'autre pendant
l'octave de l'Affomption .
Claude Joli dit qu'il eft encore bon d'obferver
qu'on n'a point mis dans les breviaires
de Paris aucune leçontouchant cela,
avant l'édition de 1584 ; car , ajoutet-
il , il n'y en a aucun qui en parle dans
ceux d'auparavant , de 1479 & 1492.
Réponse. L'Hiftoire de Paul Emile fut
86 MERCURE DE FRANCE.
il
imprimée en 1544 quarante après , eny
1584 , lorfque le Chapitre de Notre
Dame jugea apropos de mettre dans les
breviaires les leçons en queftion , n'eſtpas
vrai femblable qu'il auroit adopté
L'opinion de Paul Emile fon confrère
s'il n'avoit vû dans fes archives qu'elle
n'étoit foutenable. J'ajouterai que
dans ce temps là , il paroiffoit chaque
jour quelque écrit qui traitoit des anciens
droits de nos Rois fur la Flandres
pas
& que même les Provinces unies , cette
même année 1584, avoient offert à Henri
III de fe mettre fous fa domination ;
peut- être que le Chapitre de notre Dame
, attendu ces circonftances , jugea a
propos de joindre a la commémoration
de la victoire de Philippe le Bel , celle
de la victoire de Philippe de Valois ;
on inféroit dans ce temps là , dans les
breviaires & rituels , des prieres & des .
leçons bien moins convenables..
Claude Joli dit que M. de Sponde
Evêque de pamiers , pretend que ceux
qui ont atribué la ftatue en queftion a
Philippe Lebel, ont été refutezpar plufieursperfonnes
, & même par les anciens
Cartulaires de l'Eglife de Paris dont ils
n'avoient pas vu les Archives
ajoute Claude Joli , de quelles Archives
mais
AVRIL 1763.
87
M. de Sponde veut-il parler , puifqu'il
n'y en a point d'autres que la fondation
de Philippe le Bel & les vieux breviaires .
de cette Eglife , qui portent tous le nom
de Philippe le Belfans parler en aucune
façon de Philippe de Valois , lefquelles
Archives Paul Emile avoit pû voir , mais
que certainement Nicole Gilles ni ceuxdefon
opinion n'avoient pas vues , puifque
ce qu'il en écrit leur eft tout contraire.
Reponse , Loin de nous produire quelque
Piéce authentique , dans laquelle il
foit dit que Philippe le Bel entra à cheval
dans l'Eglife de notre Dame , & que
c'eft fa ftatue qu'on y voit , Claude Joli
convient que Paul Emile n'en a point eu
d'autres preuves , & qu'il n'y en a point
d'autres , que la fondation d'une rente
de cent livres,faite par ce Prince , & que.
ce qui eft porté dans les vieux breviaires
; Or, de l'aveu même de Claude Joli,
il n'en eft pas dit un mot dans l'acte de
fondation de cette rente ; & les vieux.
Breviaires difent uniquement , in Ecclefia
Parifienfi , propter commemorationem»
victoria Philippi pulchri , fit duplum.
Le pere Texera & M. de Sponde , qui
avoient eu communication des Archives
de Notre Dame , comme en convient
Claude Joli, ont-ils eu tort de rejetter
88 MERCURE DE FRANCE .
de pareilles preuves ? n'eft-il pas fingu
lier de dire que fi Nicole Gilles les avoit
vues , elles lui auroient fait changer d'opinion
? d'ailleurs M. de Sponde dit que
ceux qui attribuent la ftatue en queftion
à Philippe le Bel, font refutezpar d'anciens
. Cartulaires de l'Eglife de Paris ;
dira-ton que ces anciens Cartulaires
n'ont jamais exifté , & que M. de Sponde
n'en a point vûs ?
Des Prêtres de l'Oratoire ont continué
l'hiftoire particuliere de l'Eglife de Paris
; ils avoient eu en communication
les Archives , le nécrologe , & tous les
titres de cette Cathédrale ; ils avoient
lû la differtation de Claude Joli & les
lettres de M. Jouet , fon ami ; ces hiftoriens
, dans leur ouvrage in-folio , dedié
à M. le Cardinal de Noailles & imprimé
en 1710 , difent , l . 18 , c. 3 , p.
615
qu'il n'eft pas douteux que la ftatue en
queftion eft de Philippe de Valois , &
qu'aucun Roi , avant lui , n'étoit entré
à cheval dans l'Eglife de Notre-Dame ;
& ils ont lû , comme moi , dans le continuateur
de Guillaume de Nangis, qu'ils
citent , iniit Parifios ; ainfi l'anonyme
qui écrit à M. le Prefident Henault , &
qui dit fi poliment ce qui vous divertira ,
doit trouver ces Prêtres de l'Oratoire
très divertiffans. -
AVRIL. 1763. 89
Claude Joly qui tâche d'acrocher des
autorités , cite les Annales de Malingre ,
quoiqu'il n'ignorât pas que Malingre
dans fes Antiqués de Paris , page 10 ,
s'étoit retracté , & qu'il dit que la Statue
en queftion repréfente Philippe de Valois.
Thevet eft du même avis ; cela
n'empêche pas Claude Joly de le citer
en fa faveur .
Je pourrois m'autorifer de la Médaille
qu'on voit dans la France Métallique
, & faire fentir la fauffeté du
raifonnement de Claude Joly ; mais
comme je ne cherche & que je n'employe
que la vérité , j'avoue que cette
Médaille eft fuppofée ; mais on juge
bien que l'Auteur de la France Métallique
, pour fuppofer cette Médaille
alla à Notre-Dame de Paris & copia
bien exactement la Statue en queftion.
Venons à préfent aux Lettres de
M. Jouet. Il dit que Philippe le Bel , en
reconnoiffance de fa victoire de Mons
en Puelle , fit à l'Eglife de Chartres ,
comme à celle Paris , une fondation de
cent livres de rente ; qu'en conféquence
on célébre tous les ans à Chartres , le
17 Août , l'Office de Notre-Dame de
la Victoire , & que ce jour-là on tire
du tréfor & l'on expofe aux yeux du
go MERCURE DE FRANCE ..
public une Armure très- riche , mais
qui ne pouvoit être que d'un jeune
homme de treize à quatorze ans ; il
differte beaucoup fur cette armure , &
prétend que Philippe le Bel envoya
fon fils Charles en faire l'offrande à
Notre-Dame de Chartres ; mais il ne
réfléchit pas que ce fils Charles n'avoit
que neufans lors de la bataille de Mons
en Puelle ; qu'il n'étoit point à cette
bataille ; que ce n'étoient pas fes armes ,
mais celles de fon pere qu'il auroit été
chargé d'offrir ; qu'il n'eft pas douteux
que l'épée & la ceinture font femées
de Dauphins & que ces armes font
donc bien poftérieures au règne de
Philippe le Bel, le Dauphiné n'ayant
été uni à la Couronne qu'en 1349 ;
qu'enfin c'eft l'armure que Charles VI,
qu'on appella long-tems le petit Roi ,
envoya en offrande à Notre -Dame de
Chartres , après avoir battu les Fla
mands à Rofebeque en 1482 ce
Prince n'avoit alors que quatorze ans.
On demandera pourquoi on étale cette
armure le jour qu'on célébre la victoire
de Mons en Puelle ? Parce qu'apparemment
, dans la fuite des tems , on avoit
oublié de qui elle venoit , & qu'on
imagina que c'étoit une offrande de
AVRIL. 1763 91
Philippe le Bel; il eft naturel de penfer
plutôt à ceux qui font des fondations.
qu'aux autres. Ce qu'il y a de trèscertain
, c'est que dans l'acte de fondation
de cent livres de rente & dans
les Archives de l'Eglife de Chartres ,
il n'eft point parlé du tout de cette
armure ni d'aucune offrande de Philippe
le Bel ; il fit , je le répéte , des
fondations à Paris , à Chartres , & dans
d'autres Eglifes , en reconnoiffance de fa
victoire ; mais il n'y offrit jamais ni fes
armes ni fon cheval
M. Jouet produit enfuite une pièce
authentique , tirée des Archives de l'Eglife
de Chartres , dans laquelle il eft
dit , que le Chapitre s'étant aſſemblé , a
délibéré que la fomme de mille livres
que le Roi ( Philippe de Valois ) a donnée
pour le rachapt de fon cheval & de
fes armes , qu'il avoit préfentez lui même
à la Vierge , fera employée à acquerir
des fonds ou des révenus pour ladite.
Eglife de Chartres. Cela confirme ce
que j'ai toujours penfé & dit , & ce qu'a
écrit , il y a plus de cent-ans , M. Souchet
, Secrétaire & Chanoine du chapi-.
tre de Chartres , dans fon hiftoire Manuferite
de ce chapitre & de cette ville
Philippe de Valois alla d'abord à Notre
02 MERCURE DE FRANCE.
1
Dame de Paris ou il offrit à la Vierge fes
armes & fon cheval , & les racheta par
une fomme de mille livres ; il alla enfuite
à Chartres ou il fit précisément la
même cérémonie. C'étoient les anciens
ufages ; dans une tranfaction de l'an
1329 , entre les Curés de Paris & l'Eglife
du S. Sepulchre , il eft dit qu'un
mourant fera libre de choisir fa fepulture
dans cette Fglife , mais que fon corps
fera d'abord porté à la Paroiffe fur laquelle
il fera mort & que le Curé de
cette Paroiffe aura la moitié du luminaire
& de ce qui reviendra des hardes & chevaux
( ex pannis & equis ) qui feront
préfentés , lors de l'inhumation dans
Eglife du S. Sepulcre. Au fervice fait
à S. Denis en 1489 , pour Bertrand Duguefclin
, par l'ordre de Charles VI ,
L'Evêque qui célebroit la Meffe , reçut le
préfent des chevaux qui furent préſentés
à l'offrande , en leur mettant la main fur
la tête ; enfuite on les remena ; mais il
fallut compofer pour le droit de l'Abbaye
à laquelle ils étoient dévolus.
En
1329 Pierre
de
Cugneres
,
Avocat
du Roi au Parlement
, plaida
contre
les ufurpations
des Ecléfiaftiques
fur la juftice
temporelle
; le Jugement
de Philippe
de Valois
parut
favorable
AVRIL. 1763:
93
au Clergé qui tacha de lui marquer fa
réconnoiffance par des honneurs & des
tîtres ; il lui donna celui de Roi Catholique
; & comme la victoire de Caffel
& l'action folemnelle que ce Prince
avoit faite à Paris & à Chartres
étoient affez récentes, je croirois volontiers
que ce fut dans ce temps-là , que
chacune de ces deux Eglifes lui éleva
une ftatue équeftre ; ce qu'il y a de très
certain , c'eſt que l'Eglife de Sens ( 1 )
lui en éleva une dans ce même temps-
-là , femblable , dit D. du Breul , page
21 , à celle de ce Roi dans notre Eglife
de Paris , & au- deffous de laquelle
ftatue de Sens , on lit deux vers où il
eft qualifié défenfeur des droits de l'Eglife.
L'Auteur du Traité des anciennes armes
offenfives & défenfives des François
, imprimé chez Blaife , en 1635 .
dit , p . 113 , que Philippe le Bel ayant
rendu le Parlement fédentaire , les Chcvaliers
qui y préfidoient , pourfe diftinguer
des gens de Loi , firent faire des
bonnets de la forme de leurs cafques , &
( 1 ) Pierre du Roger , Archevêque de Sens ,
parla pour le Clergé , & imagina cette marque
de reconnoiffance envers Philippe de Valois , au
lieu des Décimes que ce Prince eípéroit du Clergé.
94 MERCURE DE FRANCE .
que voilà l'origine des Mortiers des Préfidens
; car ce ne fut , ajoute-t-il , que
fous le regne de Philippe le Long qu'on
imagina les cafques en forme de cone ,
s'élargiffant en defcendant fur les épau
les & comme un fabot renverfé
tel que celui qu'on voit à Philippe de
Valois dans Notre - Dame de Paris ; on
croyoit parer à l'inconvénient des cafques
trop plats , fur lefquels un coup de
maffue bien affené devoit enfoncer la tête
de celui qui le portoit ; mais dans là
fuite on trouva ces cafques fi pefans ,
qu'on changea encore.
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Résumé : RÉPONSE de M. de SAINT- FOIX.
M. de Saint-Foix a été critiqué pour avoir attribué une statue équestre à Notre-Dame de Paris à Philippe de Valois. Une brochure anonyme l'accusa d'erreur en mentionnant une nouvelle inscription sous la statue. Saint-Foix vérifia cette information et publia sa réflexion dans le Mercure de Janvier. Un nouvel anonyme, admirateur du Président Henault, le critiqua à nouveau, mais Saint-Foix resta convaincu de son interprétation. Saint-Foix examina les sources historiques. Philippe le Bel, après sa victoire à Mons-en-Puelle en 1304, fit des fondations à Notre-Dame de Paris et à Chartres, mais aucune source contemporaine ne mentionne qu'il soit entré à cheval dans l'église de Notre-Dame de Paris. En revanche, les Grandes Chroniques de Saint-Denis rapportent que Philippe de Valois, après sa victoire à Cassel en 1328, entra à cheval à Notre-Dame de Paris. Saint-Foix contesta les arguments de Claude Joly, qui soutenait que la statue représentait Philippe le Bel. Il souligna que les manuscrits des Grandes Chroniques de Saint-Denis et les anciens breviaires attribuaient cette action à Philippe de Valois. Des prêtres de l'Oratoire, ayant consulté les archives de Notre-Dame, confirmèrent que la statue était bien celle de Philippe de Valois. Saint-Foix réfuta les accusations de Claude Joly en montrant que les preuves avancées par ce dernier étaient insuffisantes et contradictoires. Il conclut que la statue représentait Philippe de Valois, appuyé par les sources historiques et les archives de Notre-Dame. Par ailleurs, le texte discute de l'origine et de l'histoire d'une armure exposée à Notre-Dame de Chartres. Contrairement à une croyance populaire, cette armure n'a pas été offerte par Philippe le Bel. Charles, fils de Philippe le Bel, n'avait que neuf ans lors de la bataille de Mons-en-Puelle et n'était pas présent. L'armure et la ceinture sont des armes de Dauphins, ce qui les situe après 1349, date à laquelle le Dauphiné fut uni à la Couronne. En réalité, l'armure a été offerte par Charles VI après sa victoire contre les Flamands à Rosbecque en 1382, alors qu'il avait quatorze ans. L'armure est exposée le jour de la célébration de la victoire de Mons-en-Puelle en raison d'une confusion historique. Les archives de l'église de Chartres ne mentionnent aucune offrande de Philippe le Bel, mais confirment des fondations faites par Philippe de Valois. Ce dernier, après sa victoire, offrit ses armes et son cheval à Notre-Dame de Paris et de Chartres, suivant des usages anciens.
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