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1
p. 232-236
REPONSE A LA QUATRIEME QUESTION DU XXVIII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Un Homme en mourant a deux Amis auprés de luy, [...]
Mots clefs :
Amitié, Affection, Mourant, Générosité, Union, Douleur, Consolation, Décès
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE A LA QUATRIEME QUESTION DU XXVIII. EXTRAORDINAIRE.
REPONSE
A LA QUATRIEME QUESTION
DU XXVIII . EXTRAORDINAIRE.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy. Il en fait
retirer un , parce que fa préfence
l'afflige ; & fait demeurer
l'autre , parce que fa préfence
le confole. On demande lequel
il aime davantage.
ILA
Lfaut ou toft on tard,fur la terre &fur
l'onde,
Eprouver ce que peut & l'Amour & la
Mort,
Ces deux puiffans Maiftres du Monde,
Dont le Régne par tout est égalementfort.
L'Amouravoit uny legenéreux Sylvädre
Avec Lycidas & Damon:
du Mercure Galánt.
233
Mais d'une fiforte union ,
Qu'il ne s'en trouve plus de mefme & defi
tendre.
Tous deux vivoient en luy, comme Syl
vandre en eux ,
Leurscoeurs n'eftoient touchez que
meſme envie,
Ils menoient une mefme vies
d'une
Enfin l'Amour jamais n'a fait de plus s
beaux noeuds.
Mais cet épouvantail de toute laNature,
La Mort, ce Trouble- Fefte , & qui sher--
chant pafture,
Commeil luy plaift veut entrer en tours
lieuxs
Exterminant Jeunes & Vieux;
Cette celebre Larronneffe ,
Ce Monftrepar tout devorant,
Qu'aux jours d'aucun Mortel la pitié n'inatéreſſe,
Prend au collet Sylvandre , & le voile
mourant..
Q. deJanvier 1685. W
234
Extraordinaire
+3
Damon & Lycidas luyfont bien voir leur
zéle,
Comme fon mal leur caufe une douleurmortelle,
Que defoins pour luy chacun rend!
Que de compaffionpour cet AmySoufrant!
Retirez- vous, Damon, jeſuis dans mafoufrance,
Affligé de vostre préſence,
Dit le pauvreMalade , & vous me defolez
Avec tous vosfoupirs, vos plaintes &
vos·larmes,
Quifont pour moy de foibles armes .
Demeurez, Lycidas ,car vous me confolez,.
Luy dit ce cher Mourant, je vay perdre
la vie,
De bien plus de malheurs que de bonheur
fuivie,
Puis que c'est par la mort qu'on les peutéviter,
Jeveux done bien mourir, pour ne rien res
douter;
Infpirez-en-moy le courage,
du Mercure Galant. z
Cher Amy, ne me quitez pas.
Onpeutdemander en ce cas
Lequel il aime davantage
De Lycidas ou de Damon ;
Je réponds à la Queſtion.
+3
Sylvandre a beaucoup de tendresse
Pour celuy qu'il fait retirer,
Et qu'il ne peut voirfoupirer.
Il eft bien vray, mais lafageffe
Qu'un Moribond peut defirer
En celuy qu'ilfait demeurer,
Montre en mefmetemps qu'il eftime
Cer Amy plus que l'autre, & qu'ilfçais:
la maxime,
Quefipourfaire entrer au Monde noſtre
corps
Il eft befoin de Sage Femme,
Ilfaut pour enfortir dehors
Unplusfage Homme pour noftre ame
Si donc l' Amour est bien plus grand,
Fondéfur la vertu quefur toute autre
chofe,
Vij
236
Extraordinaire
Difons qu'en Sylvandre mourant,
Son amitié que l'on propoſe,
Pourle confolant Lycidas
Eft plus grande qu'elle n'eft pas
PourDamon, Amy le plus tendres -
C'eft-là monfentiment que l'on pourroit -
défendre..
GYGES, du Havre.
A LA QUATRIEME QUESTION
DU XXVIII . EXTRAORDINAIRE.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy. Il en fait
retirer un , parce que fa préfence
l'afflige ; & fait demeurer
l'autre , parce que fa préfence
le confole. On demande lequel
il aime davantage.
ILA
Lfaut ou toft on tard,fur la terre &fur
l'onde,
Eprouver ce que peut & l'Amour & la
Mort,
Ces deux puiffans Maiftres du Monde,
Dont le Régne par tout est égalementfort.
L'Amouravoit uny legenéreux Sylvädre
Avec Lycidas & Damon:
du Mercure Galánt.
233
Mais d'une fiforte union ,
Qu'il ne s'en trouve plus de mefme & defi
tendre.
Tous deux vivoient en luy, comme Syl
vandre en eux ,
Leurscoeurs n'eftoient touchez que
meſme envie,
Ils menoient une mefme vies
d'une
Enfin l'Amour jamais n'a fait de plus s
beaux noeuds.
Mais cet épouvantail de toute laNature,
La Mort, ce Trouble- Fefte , & qui sher--
chant pafture,
Commeil luy plaift veut entrer en tours
lieuxs
Exterminant Jeunes & Vieux;
Cette celebre Larronneffe ,
Ce Monftrepar tout devorant,
Qu'aux jours d'aucun Mortel la pitié n'inatéreſſe,
Prend au collet Sylvandre , & le voile
mourant..
Q. deJanvier 1685. W
234
Extraordinaire
+3
Damon & Lycidas luyfont bien voir leur
zéle,
Comme fon mal leur caufe une douleurmortelle,
Que defoins pour luy chacun rend!
Que de compaffionpour cet AmySoufrant!
Retirez- vous, Damon, jeſuis dans mafoufrance,
Affligé de vostre préſence,
Dit le pauvreMalade , & vous me defolez
Avec tous vosfoupirs, vos plaintes &
vos·larmes,
Quifont pour moy de foibles armes .
Demeurez, Lycidas ,car vous me confolez,.
Luy dit ce cher Mourant, je vay perdre
la vie,
De bien plus de malheurs que de bonheur
fuivie,
Puis que c'est par la mort qu'on les peutéviter,
Jeveux done bien mourir, pour ne rien res
douter;
Infpirez-en-moy le courage,
du Mercure Galant. z
Cher Amy, ne me quitez pas.
Onpeutdemander en ce cas
Lequel il aime davantage
De Lycidas ou de Damon ;
Je réponds à la Queſtion.
+3
Sylvandre a beaucoup de tendresse
Pour celuy qu'il fait retirer,
Et qu'il ne peut voirfoupirer.
Il eft bien vray, mais lafageffe
Qu'un Moribond peut defirer
En celuy qu'ilfait demeurer,
Montre en mefmetemps qu'il eftime
Cer Amy plus que l'autre, & qu'ilfçais:
la maxime,
Quefipourfaire entrer au Monde noſtre
corps
Il eft befoin de Sage Femme,
Ilfaut pour enfortir dehors
Unplusfage Homme pour noftre ame
Si donc l' Amour est bien plus grand,
Fondéfur la vertu quefur toute autre
chofe,
Vij
236
Extraordinaire
Difons qu'en Sylvandre mourant,
Son amitié que l'on propoſe,
Pourle confolant Lycidas
Eft plus grande qu'elle n'eft pas
PourDamon, Amy le plus tendres -
C'eft-là monfentiment que l'on pourroit -
défendre..
GYGES, du Havre.
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Résumé : REPONSE A LA QUATRIEME QUESTION DU XXVIII. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore la dynamique de l'amour et de la mort à travers l'histoire d'un homme mourant entouré de deux amis, Sylvandre et Damon. L'homme demande à Damon de partir car sa présence l'afflige, tandis qu'il garde Lycidas car celui-ci le console. La question posée est de savoir lequel des deux amis il aime davantage. L'auteur explique que l'homme montre plus d'affection pour Lycidas, car il a besoin de réconfort face à la mort. Il compare cette situation à la nécessité d'un accoucheur pour mettre au monde un enfant et d'un sage pour soutenir l'âme. Ainsi, l'amour pour Lycidas, qui console, est plus grand que l'amour pour Damon, qui afflige. L'auteur conclut que l'amitié de Sylvandre pour Lycidas est plus forte, car elle est motivée par le besoin de consolation face à la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 107-111
Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Début :
MADAME, C'est un moment bien illustre pour moy que celui-ci [...]
Mots clefs :
Duc d'Aumont, Compliment, Reine de Grande-Bretagne, Paix, Union
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texteReconnaissance textuelle : Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Compliment de Son Excellence
M.le Duc d'Aumont
à la Reine de la
Grande Bretagne, à sa
premiere audience pu
blique,
-
MADAME,
C'ejî un moment bien illussre
pour moy quecelui ci:
dans laplus heureuse tTplus
brillante conjoncture j'ai
l'honneur de rendre à Vbtrt
MaJfjlé, de la part du Roy
mon Maitre) des témoignages
publiques de tous /f< fcntimem
qui t'attachent à votre Per- (nne sacrée. Les évtmmens
Jt me longueguerre b n'ont rien
i,
fris sur L'amitié que lhe~: liens
du Jang lui ont ln/pirée) ni
sur ctte haute confédération
qui efl due aux qualité% performelles
,
plus refpeélables
que la majesté des titres, &
que toute la puissance du
trône.
Ces fentimens3 Madame,
ont été mutuels; & l'intelligence
qu'ils ont formée entre
les deux Couronnes a dijjîpe
(esprojets des partis, def&rme
les nations de la terrey changé
la (ace des Ffiâts
,
donné de
nouveaux Rots à l'Europef
& affermi, si je l'ose aire,
la gloire même de Votre Mt.
jtflé Par des conditions dont
Elle a été l'arbitre Elle procure
le bonheur de Jes fu/ers
y
J'a.
vantagedmtJ-esalite^ C&
couronne en même temps les
grands tY mémorables evenemens
de Jon regne, dont
l'antiquiténa pas montré
J'extmple, 0* nouveaux mê.
mhe lsuirjlae tbrônee otùhre.gn4
LA France accoutumée a
trouver dans /es malheurs de
la gloire C? des rejjources , n'en bénira pas moins les con.
feils de Vôtre Majeflé. Elle
a refû avec de vives acclamations
la nouvelle d'une paix
dont la moderation st) la bonne
joy,exercées de part & d'autre
avec émulation
}
ont tranche
toutes les diffculttz &
levé tous les objlac/es.
Ces vertus, si rares dans
lestraiteZJ ont étéréciproques
dans le cours de la dermere
négociation , & elles font
devenues le ptefage (F le
fondement d'uneferme union9
qui dépose entre les mains de
Votre Majesté & dans ctllts
du Roy mon Maître la balance
de touteJ les PuiJJmcei
de tEurope.
M.le Duc d'Aumont
à la Reine de la
Grande Bretagne, à sa
premiere audience pu
blique,
-
MADAME,
C'ejî un moment bien illussre
pour moy quecelui ci:
dans laplus heureuse tTplus
brillante conjoncture j'ai
l'honneur de rendre à Vbtrt
MaJfjlé, de la part du Roy
mon Maitre) des témoignages
publiques de tous /f< fcntimem
qui t'attachent à votre Per- (nne sacrée. Les évtmmens
Jt me longueguerre b n'ont rien
i,
fris sur L'amitié que lhe~: liens
du Jang lui ont ln/pirée) ni
sur ctte haute confédération
qui efl due aux qualité% performelles
,
plus refpeélables
que la majesté des titres, &
que toute la puissance du
trône.
Ces fentimens3 Madame,
ont été mutuels; & l'intelligence
qu'ils ont formée entre
les deux Couronnes a dijjîpe
(esprojets des partis, def&rme
les nations de la terrey changé
la (ace des Ffiâts
,
donné de
nouveaux Rots à l'Europef
& affermi, si je l'ose aire,
la gloire même de Votre Mt.
jtflé Par des conditions dont
Elle a été l'arbitre Elle procure
le bonheur de Jes fu/ers
y
J'a.
vantagedmtJ-esalite^ C&
couronne en même temps les
grands tY mémorables evenemens
de Jon regne, dont
l'antiquiténa pas montré
J'extmple, 0* nouveaux mê.
mhe lsuirjlae tbrônee otùhre.gn4
LA France accoutumée a
trouver dans /es malheurs de
la gloire C? des rejjources , n'en bénira pas moins les con.
feils de Vôtre Majeflé. Elle
a refû avec de vives acclamations
la nouvelle d'une paix
dont la moderation st) la bonne
joy,exercées de part & d'autre
avec émulation
}
ont tranche
toutes les diffculttz &
levé tous les objlac/es.
Ces vertus, si rares dans
lestraiteZJ ont étéréciproques
dans le cours de la dermere
négociation , & elles font
devenues le ptefage (F le
fondement d'uneferme union9
qui dépose entre les mains de
Votre Majesté & dans ctllts
du Roy mon Maître la balance
de touteJ les PuiJJmcei
de tEurope.
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Résumé : Compliment de son Excellence M. le Duc d'Aumont à la Reine de la Grande Bretagne, à sa premiere audience publique.
Lors d'une première audience publique, le Duc d'Aumont adresse un compliment à la Reine de Grande-Bretagne, transmettant les témoignages d'affection du Roi de France. Malgré les conflits passés, l'amitié entre les deux couronnes subsiste, fondée sur des qualités personnelles et une haute alliance. Cette intelligence mutuelle a transformé les États européens, donné de nouveaux rois et renforcé la gloire de la Reine. La France, habituée à trouver de la gloire dans les malheurs, bénit les conseils de la Reine et salue la nouvelle d'une paix modérée. Les vertus réciproques observées lors des négociations ont établi une union solide, plaçant la balance des puissances européennes entre les mains de la Reine et du Roi de France.
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3
p. 536-553
Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union ; prononcé [...]
Mots clefs :
Lyon, Union, Discours, Prévôt, Concorde, Discorde, Magistrats, Justice, Société, Gouverneur
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
DISCOURS sur les avantages et la né
cessité de l'Union ; prononcé dans l'Hôtel
de Ville de Lyon , le 21 Decembre 1730.
jour de S. Thomas , la premiere année de
la Prevoté de M. Camille Perrichon , par
Me A. G. Boucher d'Argis , Avocat au
Parlement. A Lyon , chez André Laurent,
Imprimeur de M. le Duc de Villeroy & de
ta Ville , rue Raifin , à la Vérité , 1731 .
in 4.
Tous les ans , le 21 Decembre , il se
fait à Lyon , dans l'Hôtel de Ville , un
Discours public , où assistent en ceremonie
l'Archevêque , le Gouverneur de
la Ville , le Lieutenant de Roy , l'Intendant
, les Comtes de Lyon , la Cour des
Monnoyes , le Bureau des Finances , l'Election
, le Prevôt des Marchans et les
Echevins , les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Ce Discours qui roule sur tel sujet qu'il
plaît à l'Orateur de choisir , se termine
par des complimens addressez à chacune
des et à chacune des Compapersonnes
gnies que nous venons de nommer ,
il est précédé d'un Discours au Roy ,
et à present d'un autre à la Reine , et
d'un troisiéme au Dauphin.
६
M. Boucher d'Argis , Avccat au Parlement
de Paris , déja connu par quelques
Plaidoyers qui ont été goutez , fut
choisi
MAR S. 1731. 537
choisi pour faire le Discours du mois de
Decembre dernier , qui est celui dont
nous allons rendre compte.
L'Orateur y prend pour texte ces mots
de Salluste, dans son histoire de la guerre
des Romains contre Jugurtha.
› Concordia parve res crescunt . discordia
maxime dilabuntur. Et après avoir apos
trophé le Roy , la Reine , et Monseigneur
le Dauphin , dont les Portraits étoient
présens ; il apostrophe tout de suite M. le
Duc de Villeroy , Gouverneur de Lyons
M. le Duc de Retz , Lieutenant de Roy ;
M. Pouletier , Intendant ; Messieurs les
Comtes de Lyon , la Cour des Monnoyes ,
le Bureau des Finances,l'Election , M.Perrichon
, Prevôt des Marchands , Mess . les
Echevins , actuellement en charge , et
enfin Mrs les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Nous n'avons point nommé M. l'Archevêque
, parce que sa maladie ne lui
permit pas d'être présent.
Quoique le Discours soit françois , les
Apostrophes sont en latin , comme c'ess
Fusage : Les voici.
Rex Christianissime ,
Regina Christianissima.
Serenissime Delphine.
'Summe Provinciæ moderator,
1
Fiij Digni
538 MERCURE DE FRANCE
Dignissime Pro -Rex.
Amplissime Dicoearcha.
Nobilissimi Lugduni Comites.
Præses et Senatores integerrimi.
Præses et Regii Questores ornatissimi,
Tributorum Descriptores sapientissimi,
Clarissime Mercatorum Præses , nec non civitas
tis Præfecte .
Lectissimi ac Providentissimi Consules.
Viri de Patriâ quàm optime meriti.
Caterique Auditores omnium Ordinum commendatissimi.
c'est
Après ces saluts , M. Boucher d'Argis
commence son Discours, où il se propose
de montrer le prix inestimable de l'Union
. Son début est que de tous les avantages
qui contribuent à la splendeur d'un
Etat et au bonheur des Peuples , il n'en
est point de comparable à l'Union , que
par elle
que la fortune des particu
liers s'accroît et se conserve , que les
forces d'un Etat s'augmentent et se perpetuent
, que se forme cette Puissance qui
fait redouter un Empire à tous les autres
Peuples , et les force à le respecter ; que
sans l'Union,toute Société , quelque puissante
qu'elle paroisse à nos yeux , éprouve
bien-tôt que toute cette force apparente
n'étoit qu'une veritable foiblesse , enfin
que
MARS. 1731. $39
que sans l'Union l'on ne peut s'attendre
de voir subsister ni les Coutumes les
mieux établies , ni les Empires les plus
florissans.
,
Pour faire sentir la vérité de ces maximes
M. d'Argis demande quel autre
motif que celui des secours qu'on doit
attendre de l'Union , a engagé les hom
mes dans les siècles les plus reculez à for--
mer entr'eux ces Sociétez , que le temps
et l'experience n'ont pas encore cessé de
perfectionner. N'est- ce pas , dit-il , ce qui
Les a obligez de s'assembler , de bâtir des
Villes , de se faire des Loix pour y amener
FOrdre et la Justice parmi eux. L'Homme,,
continuë- t- il , ce chef- d'oeuvre de la naș
ture , si parfait , si achevé , et que ses prox
pres perfections rendent incompréhensible à
Ini-même; cet être , dont l'intelligence s'étend
·au-delà des bornes de l'Univers ; le croiroiton
, Messieurs , ne peut cependant se suffire
à lui-même il ne sçauroit fournir à tous ses
differens besoins , le secours de ses semblables:
lui est nécessaire ; je ne dis
pas
seulement
pour soutenir la foiblesse de l'enfance , mais
pour suppléer dans tous les âges , aux défauts
qui sont inséparables de sa nature ; ainsi l'a
ordonné le Créateur. Est-ce pour humilier
Homme et lui faire sentir qu'il n'est pas
encore tout àfait hors du neant ? N'est- cepas
plutôt pour lier ensemble les hommes par des
Fij noeuds
$40 MERCURE DE FRANCE.
noeuds d'autant plus indissolubles qu'un inferêt
commun les forme et les serre ? On peut
donc dire de l'Union , qu'elle est aussi nécessaire
qu'avantageuse , puisqu'elle est le
principe et la source de la grandeur d'un
Etat et de la félicité des Peuples .
M.d'Argis prévoit icy l'erreur où pourroit
conduire le mot équivoque d'Union,
et comme rien n'est plus important dans
un point de la conséquence de celui - cy
que de bien définir un terme essentiel sur
lequel roule tout ce qu'on avance , l'Orateur
a soin d'en éloigner jusqu'à la
moindre ambiguité. A
Mais quelle est , dit- il , cette Union désirable
qui peut seule procurer de si grands
avantages ? Ce n'est pas seulement une Sosiété
formée au hazard entre plusieurs hommes
qui se rassembleroient en un même lien
pour réunir leurs forces , leurs talens , leur
industrie, et se préter un secours mutuel.L’Vnion
dans ce point de vûë , ne laisseroit pas
de leur être utile et même nécessaire , mais
elle seroit encore imparfaite ce ne seroit
qu'une assemblée formée par l'interêt à laquelle
souvent le coeur n'auroit point de
part. Ceux qui seroient ainsi rassen.ble ,.
pourroient être divisez interieurement. Ils ne
seroient même que plus à plaindre d'être
réunis dans un même lieu , s'ils n'étoient
encore plus unis de coeur et d'affection.
A
MARS. 1731.
541
A ces trairs l'Auteur en ajoute d'autres
qui ne permettent pas de se méprendre
sur la véritable Union dont il parle .
•
La concorde , dit- il , qui doit nécessairement
procurer la gloire de l'Etat et la félicité
des Peuples , n'est autre chose qu'une société
formée par des liaisons de bienveillance
contractée entre un Peuple entier , qui semble
être convenu de ne composer qu'une simple
famille sous un même Chef: Cette société
est fondée sur les Loix qui reglent les devoirs
de chaque membre de cette famille . L
zele et l'application qu'ils ont à s'acquitter
chacun des fonctions qui leur ont été destinées
, l'attention qu'ils ont de ne point se
troubler les uns les autres , forment cett ?
union parfaite qui procure des avantages
considérables à la société , qu'elle se voit en
état de résister à tous ceux qui voudroient
La détruire. Chaque Membre de cette Société
voit augmenter chaque jour sa fortune et
fouit en paix du fruit de ses travaux et de
son industrie.
si
Après cette explication , M. d'Argis expose
ce que c'est qu'un Etat . Il remarque
que c'est un Corps , et que les Citoyens
en sont les membres ; que le rapport mutuel
que ces Citoyens ont entr'eux,donne
à ce Corps l'ame et la vie , et forme un
composé merveilleux qui ne peut subsiter,
ni conserver son être sans cette heu
F v reuse
$42 MERCURE DE FRANCE
reuse harmonie que l'on admire dans l'U
nivers et dans toutes les Parties qui le
composent.
Il appuye de l'expérience sa réfléxion.
11 demande si l'on n'éprouve pas tous les
jours dans l'éxécution des projets , même
les plus ordinaires , l'avantage et la nécessité
de se réünir plusieurs pour y
réüssir ; il fait observer que souvent un
seul se rebuteroit, et que deux s'animent ;
que l'un a le conseil et l'autre l'exécu
tion ; l'un la force et l'autre l'adresse ;
le se- les talens sont partagez et que que
Cours mutuel vient about de tout, ensorte
que l'Union conduit au succès des entreprises
les plus difficiles.
Nous passons quelques autres refléxions
pour venir à la peinture que M. Boucher
d'Argis, qui ne perd jamais de vûë
son objet , trouve occasion de faire du
bonheur complet d'un Etat. Peinture ,
dont les traits bien considerez , offrent
d'utiles leçons .
Le bonheur de l'Etat , dit-il , est parfait
Lorsque chaque Citoyen se renferme dans de
justes bornes , s'applique uniquement à remplir
ses devoirs , et ne contrevient point aux
Loix qui sont le fondement de la société civile
; car cette douce paix que la concorde
procure aux Peuples , est le fruit de lajus→
tice et l'ouvrage de ceux qui en sont les dér
posiMARS.
1731. 543
›
positaires ; c'est la justice qui apporte par
tout cet ordre , et cette simetrie politique qui
unit les personnes de différentes conditions
les différens corps , les differens états ; c'est
elle qui entretient cette liaison si utile et si
nécessaire entre les différentes nations , c'est
elle qui concilie par la modération l'inégalité
des humeurs et des esprits , et qui entretient
chacun dans son rang et ses droits , c'est
elle qui établit la subordination ; enfin qui
réprime la licence et le désordre enprotegeant
l'innocence et soutenant la vérité.
L'Orateur ajoute que les troubles , les
dissentions , qui interrompent quelquefois
la tranquillité d'un Etat , ou des par
ticuliers , ne viennent que des excès que
la Justice n'a point réprimez ; après quoi
il conclud que ce sont donc les Loix qui
forment et qui entretiennent cette Union
si avantageuse et si nécessaire pour la
gloire et le bonheur des Peuples , que pat
conséquent il est de l'attention des Magis
trats qui sont chargez du soin de faire
exécuter ces Loix , qu'on doit attendre la
conservation d'un bien si précieux, puis
que ce sont eux qui par leur autorité, et
plus encore par leur prudence , doivent
entretenir dans un Etat cet accord , cette
harmonie , cette subordination si désirables
, sans quoi les peuples ne peuvent
être sensibles aux autres biens..
Fvj Telle
་ ་
t
544 MERCURE DE FRANCE
Telle est l'idée que M. Boucher d'Argis
veut qu'on se fasse de la concorde et
de l'Union qui doit regner entre les differens
Peuples d'un même Etat. Tels sont
les fondemens qu'il pose de leur grandeu
er de leur félicité ? Il en appelle icy aux
exemples que fournit là- dessus l'Histoire.
Il veut que l'on jette les yeux sur les
Empires les plus florissans , qu'on les
considere dans leur origine , qu'on les
suive dans leurs différens progrès jusqu'au
dégré de Puissance et de Grandeur où ils
sont parvenus , et il soutient qu'on n'en
découvrira pas un seul qui dans toutes les
occasions importantes ne se soit soutena
et ne se soit élevé par l'effet de l'Union.
Il cite sur ce point l'ancienne Rome
qui par la force de ses armes , soumit
presque toute la terre.
Ce n'étoit d'abord , dit-il , qu'une assemblée
de quelques Bergers & les Nations voisines
étoient puissantes et redoutables ; il paroissoit
difficile qu'une Ville naissante comme
celle- là , pût jamais s'élever au milieu de
tant de Peuples , jaloux de son établissement
; cependant malgré tous les avantages
que les Peuples de l'Italie avoient sur elle ;
P'Union des Romains la rendit plus puissan
te que cette multitude de Nations ennemis
qui l'environnoient de toutes parts. Unis
pour le bien de la Patrie , animez d'un même
zele
MARS. 1731. 545
zéle pour la gloire , ilsfurent toujours invincibles
, et la posterité de cette petite troupe
Bergers conquit tout l'Univers.A
de
Notre Orateur ne manque pas icy
l'occasion qui se présente de rapporter ce
que firent les Romains , pour marquer
combien ils s'estimoient redevables à la-
Concorde. Comme leur Empire , remarque-
t- il , devoit tous ses progrès à l'Union
, ils la regarderent comme un présent
du ciel , et s'en firent une Divinité
qu'ils adorerent sous le nom de la Concorde.
Camille voulut qu'on lui rendit
un culte solennel , et lui éleva un Temple
, où l'on faisoit des Sacrifices pour
la
coujurer de répandre dans tous les coeurs
des sentimens de paix et d'union.
Mais sans s'arrêter à des exemples
étrangers pour faire voir ce que peut
l'Union , M.d'Argis n'en veut point d'autres
que le bonheur dont la France joüit
depuis son origine. Bonheur , dit - il ,
qui n'a souffert d'alteration que dans ces
tems orageux où les furies , je veux dire , les
passions , je veux dire cette ambition qui
rompt les attachemens les plus naturels, vint
soufler dans tous les coeurs le trouble et la
discorde , et causer des désordres que
la sagesse
et la valeur de nos Rois ont tellement
fait évanouir , que nous ne les connoissons
plus que par l'Histoire.
Ainsi
146 MERCURE DE FRANCE
Ainsi la Concorde, continuë notre Orateur
, ( lequel fait toujours servir ses réfléxions
de preuve à son texte, et ne sçait
ce que s'est que de s'écarter à de vaines
digressions. ) Ainsi la Concorde qui avoit
uni pendant tant de siécles toutes les Villes
et toutes les Provinces dont est composé
cet Etat si vaste et si floritsant, cette
même Concorde les réunit encore aujourd'hui
et les lie entr'elles par des liens
d'autant plus parfaits , qu'elles ont mieux
reconnu par une fatale experience, les mal .
heurs qu'entraîne après soi la Discorde.
Ici M. d'Argis , par une de ces tran
sitions, où il y a quelquefois d'autant plus
d'art qu'il y en paroît moins , trouve
moyen , en se tenant toujours renfermé
dans son sujet , de passer à l'éloge de la
Ville de Lyon.
Quelbonheur pour cette Ville , s'écrie - t-il,
de n'avoirjamais éprouvé que les avantages
de l'Union, et qu'il lui est glorieux de s'êtra
toujours élevée par sa sagesse et sa constance ,
au- dessus des exemples pernicieux que lui
donnerent dans les malheureux temps , dont
nous venons de parler , la pluspart des Villes
du Royaume , et d'avoir ainsi surpassé la
Ville même à laquelle seule elle peut ceder le
rang dans l'Etat.
Tout ne paroît- il pas annoncer icy cette
Union désirable , et ne dirait- on pas que la
natura
MARS. 1731. $47
"
nature même y porte les habitans fortune
de cette Ville.
M. d'Argis en appelle là- dessus à la
seule situation de la Ville dont il parle..
- Deux Fleuves superbes et majestueux ,
dit-il , qui après avoir arrosé diverses contrées
, viennent mêler leurs eaux aux pieds
des murs de cette Ville , pour ne faire plus
qu'un Fleuve , malgré l'extrême difference de
leur cours ; ne semblent - ils pas nous appren
dre quel est l'heureux caractere et la disposi
tion naturelle de ceux qui en habitent les
bords.
Cette Ville , située au centre de l'Europe,
ne paroît-elle pas faite pour réunir les diffé
rens Peuples que son commerce florissant y
attire ?
Après ces réfléxions sur la situation
du lieu , l'Orateur entre dans le détail de
plusieurs circonstances glorieuses à la
Ville de Lyon.
·
Il remarque que les Romains distin
guerent toujours cette Ville de tout le
reste de leur domination , qu'ils firent
gloire de contribuer à sa grandeur , et
qu'en reconnoissance
des avantages que
son commerce leur procuroit , ils voulurent
qu'elle fût , pour ainsi dire , unieavec
Rome , et qu'elle fût reconnue pour
Colonie Romaine; que l'Empereur Clau
de qui y étoit né , le proposa lui-même
348 MERCURE DE FRANCE
*
*
au Sénat , et fit à cette occasion la Ha
rangue que cette Ville conserve encore ,
dans laquelle il representa de quelle importance
il étoit pour l'Empire , d'attacher
de plus en plus à la Patrie de tant
d'Illustres Sénateurs , une Alliée fidelle incapable
de manquer à ses engagemens.
Que le Sénat qui connoissoit les avantages
et la nécessité de l'Union , reçut avec
empressement la proposition de l'Empereur,
et fit gloire d'associer Lyon à Rome.
Que ce n'est pas seulement avec les
Peuples voisins que les habitans de cette
celebre Ville sçavent entretenir des liaisons
utiles à leur Commerce , mais que
le succès de ce Commerce dépend encore
bien plus de la bonne intelligence dans
laquelle ces mêmes Habitans vivent entre
eux , et sur tout de ces societez particulieres
qui font l'union des fonds er
des soins de plusieurs Négocians ; societez
qui rendent le Commerce de Lyon
plus considerable et en même tems plus
facile , par le secours mutuel que ceux
qui les composent se prétent en travail,
lant de concert au bien commun.
M.d'Argis n'oublie pas de mettre ici sous
les yeux la justice et l'équité qui président
à ce Commerce ; l'attention des Magistrats
à maintenir par tout le bon ordre ,
l'empressement des Citoyens à observer
les
MARS. 1731. 549
les Loix , leur attachement au Prince 1
qu'ils regardent comme le lien de leur
union , enfin les épreuves que dans les
situations les plus difficiles nos Rois ont
faites de cet inviolable attachement , et
sur lesquelles est fondée cette confiance
singuliere qui se repose de la garde d'u
ne Ville si importante , sur ses seuls Citoyens
, & c.
Tout ce qu'a dit jusqu'ici l'Orateur ;
aboutit à cette conclusion , qu'il n'est rien
de plus avantageux que l'union , et que
c'est elle qui contribuë le plus à la gran,
deur d'un Etat et au bonheur des Peuples.
Concordia parva res crescunt.
Reste à montrer les malheurs qu'entraîne
avec soi la funeste discorde , selon
ces autres paroles du Texte : Discordia
maxima dilabuntur. Et c'est ce que M.d'Argis
fait voir par plusieurs Refléxions et
par plusieurs exemples.
Il veut qu'on se représente d'abord un
Monstre conduit par la rage , les yeux enflammez
, le front couvert de sang , secoüant
dans ses mains de noirs flambeaux,
répandant en tous lieux les soupçons , la
frayeur , les allarmes , traînant après lui
la haîne et l'inhumanité .
Telle est , dit-il , et plus affreuse encore
la Discorde qui ravage un Etat ; on n'y
voit que fuaestes, ligues , qu'intrigues crimi
nelles
5 MERCURE DE FRANCE
nelles , qu'odieuses conspirations ; les Peu
ples , au lieu de réunir leurs forces contre les
ennemis de l'Etat , les tournent contre euxmêmes
et se détruisent. La gloire de l'Etat
s'obscurcit , et bientôt sa grandeur et sa puissance
s'évanoüissent ; mais le plus terrible
effet de la desunion ce sont les Guerres civiless:
ces Guerres qui font frémir la Nature , et qui
pourtant l'échauffent. On suit aveuglément
differens partis , l'unjuste , si l'on veut , l'autre
injuste ; mais ils sont également violens
également cruels ; l'un et l'autre cherche à
verser le sang qu'il devroit deffendre. Le
fils armé contre le pere , le frere contre le freres.
tous aspirent à une victoire dont ils devroient
rongir; le parti que la fortune aveugle favorise,
ne triomphe que sur les ruines de la
Patrie.
M. d'Argis représente ici combien legere
est souvent la cause de tant de maux;
et remontant à l'Histoire Romaine , ildemande
combien les démêlez de Marius:
et de Sylla , devenus une dissension publique
, ne couterent pas de sang à Rome,
tour-à-tour esclave de ces deux Tyrans
? Il remarque comme elle se livre ensuite
à l'ambition de César et de Pompée,
non pour deffendre sa liberté , mais pour
servir la jalousie de deux Rivaux , et
comme le Trophée que César éleve à
Pharsale , devient le tombeau de la liberté
>
· pu
MARS. 1731. $52
publique ; mais une observation essen
tielle qu'il fait à ce sujet , c'est que le
sort de l'Empire fût le même que celui
de la République ; il soutint toute sa
gloire , il conserva toute son étendue
tant qu'il n'eut qu'un Maître absolu
dont l'autorité réunissoit tant de Peuples.
Au lieu le que partage l'affoiblit , en
avilit la majesté , et le rendit la conquête
facile des Barbares qu'il avoit autrefois.
subjuguez .
L'Orateur descend ensuite à la Monar
chie Françoise ; mais c'est pour déclarer
qu'il ne peut se résoudre à parler des périls
où la discorde a mis autrefois cette
Monarchie , qu'à la verité la fidélité de
Lyon paroîtroit avec éclat ; mais que
cette Ville veut bien renoncer à la gloire
qui lui en reviendroit , pourvû qu'on lui
épargne un souvenir si douloureux.
Si des Etats l'on passe à l'interieur des
Familles ; quels maux n'y cause pas la discorde
? Cet article n'échappe pas à M.d'Argis
, il expose aux yeux les desordres qui
surviennent , lorsque l'union , si necessaire
entre ceux que la Nature unit déja par
les liens du sang , cesse de regler leurs dé
marches , et qu'une haine implacable formée
par l'intérêt ou par quelqu'autre pas+
sion aussi funeste , s'empare de leurs es
prits. Plus l'union , dit- il , et l'amitié sant
natu
352 MERCURE DE FRANCE
naturelles entre ces personnes , plus il semble
qu'il soit difficile de les reunir lorsqu'elles
sont malheureusement divisées. La déroute
se met alors dans les fortunes les mieux établies
, les Maisons les plus brillantes et les
plus illustres périssent on voit avec douleur
ceux qui sont particulierement nez pour
se prêter un secours mutuel, prendre plaisir à
se détruire réciproquement delà ces inimitiez
irréconciliables qui se perpetuent dans
et qui se soutiennent encore
sur les ruines même des Maisons qu'elles
ont renversées.
les Familles
--
,
- Notre Auteur , après une suite d'autres
Refléxions sur les malheurs qu'entraîne
la discorde , finit en ces termes :
: Mais ne nous arrêtons pas davantage à
ses objets odieux , écartons ces images funespes
, qui ne doivent servir qu'à nous apprendre
la necessité de l'union. Je n'ai pas
besoin de faire envisager à cette Ville ," les
malheurs de la desunion qu'elle ne connut
jamais. Elle est , au contraire , le modele
d'union le plus parfait qu'on puisse proposer
à toutes les Villes du Royaume . Enfaut- il
d'autre preuve que cette auguste Assemblée
où j'ai l'honneur de voir tant de grands hom
mes et tant de Corps illustres réunis , qui
concourent tous à entretenir l'union parfaite
qui regne dans cette Ville..
Au Discours de M.d'Argis en succedent
qua-
养
MAR S. 1731 .
553
quatorze autres du même Orateur, comme
nous l'avons marqué ; le premier au Roi ,
le second à la Reine , le troisiéme au Dau
phin , et les autres aux differentes personnes
et aux differentes Compagnies que
nous avons nommées au commencement.
Ces Discours ont tous rapport à l'union;
et quoique très - differens entr'eux par
leurs differens sujets , ausquels ils sont si
propres , qu'ils ne peuvent être appliquez
à d'autres , l'Auteur a pris soin de
les tourner de maniere , que nonobstant
cette difference essentielle et absolument
requise,ils se réunissent tous à representer
F'excellence de l'union , ce qui n'est pas
l'effet d'un Art médiocre . Il conviendroit
d'en citer ici quelques uns , mais l'étendue
de notre Extrait ne le comporte pas.
cessité de l'Union ; prononcé dans l'Hôtel
de Ville de Lyon , le 21 Decembre 1730.
jour de S. Thomas , la premiere année de
la Prevoté de M. Camille Perrichon , par
Me A. G. Boucher d'Argis , Avocat au
Parlement. A Lyon , chez André Laurent,
Imprimeur de M. le Duc de Villeroy & de
ta Ville , rue Raifin , à la Vérité , 1731 .
in 4.
Tous les ans , le 21 Decembre , il se
fait à Lyon , dans l'Hôtel de Ville , un
Discours public , où assistent en ceremonie
l'Archevêque , le Gouverneur de
la Ville , le Lieutenant de Roy , l'Intendant
, les Comtes de Lyon , la Cour des
Monnoyes , le Bureau des Finances , l'Election
, le Prevôt des Marchans et les
Echevins , les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Ce Discours qui roule sur tel sujet qu'il
plaît à l'Orateur de choisir , se termine
par des complimens addressez à chacune
des et à chacune des Compapersonnes
gnies que nous venons de nommer ,
il est précédé d'un Discours au Roy ,
et à present d'un autre à la Reine , et
d'un troisiéme au Dauphin.
६
M. Boucher d'Argis , Avccat au Parlement
de Paris , déja connu par quelques
Plaidoyers qui ont été goutez , fut
choisi
MAR S. 1731. 537
choisi pour faire le Discours du mois de
Decembre dernier , qui est celui dont
nous allons rendre compte.
L'Orateur y prend pour texte ces mots
de Salluste, dans son histoire de la guerre
des Romains contre Jugurtha.
› Concordia parve res crescunt . discordia
maxime dilabuntur. Et après avoir apos
trophé le Roy , la Reine , et Monseigneur
le Dauphin , dont les Portraits étoient
présens ; il apostrophe tout de suite M. le
Duc de Villeroy , Gouverneur de Lyons
M. le Duc de Retz , Lieutenant de Roy ;
M. Pouletier , Intendant ; Messieurs les
Comtes de Lyon , la Cour des Monnoyes ,
le Bureau des Finances,l'Election , M.Perrichon
, Prevôt des Marchands , Mess . les
Echevins , actuellement en charge , et
enfin Mrs les anciens Prevôts des Marchands
et Echevins.
Nous n'avons point nommé M. l'Archevêque
, parce que sa maladie ne lui
permit pas d'être présent.
Quoique le Discours soit françois , les
Apostrophes sont en latin , comme c'ess
Fusage : Les voici.
Rex Christianissime ,
Regina Christianissima.
Serenissime Delphine.
'Summe Provinciæ moderator,
1
Fiij Digni
538 MERCURE DE FRANCE
Dignissime Pro -Rex.
Amplissime Dicoearcha.
Nobilissimi Lugduni Comites.
Præses et Senatores integerrimi.
Præses et Regii Questores ornatissimi,
Tributorum Descriptores sapientissimi,
Clarissime Mercatorum Præses , nec non civitas
tis Præfecte .
Lectissimi ac Providentissimi Consules.
Viri de Patriâ quàm optime meriti.
Caterique Auditores omnium Ordinum commendatissimi.
c'est
Après ces saluts , M. Boucher d'Argis
commence son Discours, où il se propose
de montrer le prix inestimable de l'Union
. Son début est que de tous les avantages
qui contribuent à la splendeur d'un
Etat et au bonheur des Peuples , il n'en
est point de comparable à l'Union , que
par elle
que la fortune des particu
liers s'accroît et se conserve , que les
forces d'un Etat s'augmentent et se perpetuent
, que se forme cette Puissance qui
fait redouter un Empire à tous les autres
Peuples , et les force à le respecter ; que
sans l'Union,toute Société , quelque puissante
qu'elle paroisse à nos yeux , éprouve
bien-tôt que toute cette force apparente
n'étoit qu'une veritable foiblesse , enfin
que
MARS. 1731. $39
que sans l'Union l'on ne peut s'attendre
de voir subsister ni les Coutumes les
mieux établies , ni les Empires les plus
florissans.
,
Pour faire sentir la vérité de ces maximes
M. d'Argis demande quel autre
motif que celui des secours qu'on doit
attendre de l'Union , a engagé les hom
mes dans les siècles les plus reculez à for--
mer entr'eux ces Sociétez , que le temps
et l'experience n'ont pas encore cessé de
perfectionner. N'est- ce pas , dit-il , ce qui
Les a obligez de s'assembler , de bâtir des
Villes , de se faire des Loix pour y amener
FOrdre et la Justice parmi eux. L'Homme,,
continuë- t- il , ce chef- d'oeuvre de la naș
ture , si parfait , si achevé , et que ses prox
pres perfections rendent incompréhensible à
Ini-même; cet être , dont l'intelligence s'étend
·au-delà des bornes de l'Univers ; le croiroiton
, Messieurs , ne peut cependant se suffire
à lui-même il ne sçauroit fournir à tous ses
differens besoins , le secours de ses semblables:
lui est nécessaire ; je ne dis
pas
seulement
pour soutenir la foiblesse de l'enfance , mais
pour suppléer dans tous les âges , aux défauts
qui sont inséparables de sa nature ; ainsi l'a
ordonné le Créateur. Est-ce pour humilier
Homme et lui faire sentir qu'il n'est pas
encore tout àfait hors du neant ? N'est- cepas
plutôt pour lier ensemble les hommes par des
Fij noeuds
$40 MERCURE DE FRANCE.
noeuds d'autant plus indissolubles qu'un inferêt
commun les forme et les serre ? On peut
donc dire de l'Union , qu'elle est aussi nécessaire
qu'avantageuse , puisqu'elle est le
principe et la source de la grandeur d'un
Etat et de la félicité des Peuples .
M.d'Argis prévoit icy l'erreur où pourroit
conduire le mot équivoque d'Union,
et comme rien n'est plus important dans
un point de la conséquence de celui - cy
que de bien définir un terme essentiel sur
lequel roule tout ce qu'on avance , l'Orateur
a soin d'en éloigner jusqu'à la
moindre ambiguité. A
Mais quelle est , dit- il , cette Union désirable
qui peut seule procurer de si grands
avantages ? Ce n'est pas seulement une Sosiété
formée au hazard entre plusieurs hommes
qui se rassembleroient en un même lien
pour réunir leurs forces , leurs talens , leur
industrie, et se préter un secours mutuel.L’Vnion
dans ce point de vûë , ne laisseroit pas
de leur être utile et même nécessaire , mais
elle seroit encore imparfaite ce ne seroit
qu'une assemblée formée par l'interêt à laquelle
souvent le coeur n'auroit point de
part. Ceux qui seroient ainsi rassen.ble ,.
pourroient être divisez interieurement. Ils ne
seroient même que plus à plaindre d'être
réunis dans un même lieu , s'ils n'étoient
encore plus unis de coeur et d'affection.
A
MARS. 1731.
541
A ces trairs l'Auteur en ajoute d'autres
qui ne permettent pas de se méprendre
sur la véritable Union dont il parle .
•
La concorde , dit- il , qui doit nécessairement
procurer la gloire de l'Etat et la félicité
des Peuples , n'est autre chose qu'une société
formée par des liaisons de bienveillance
contractée entre un Peuple entier , qui semble
être convenu de ne composer qu'une simple
famille sous un même Chef: Cette société
est fondée sur les Loix qui reglent les devoirs
de chaque membre de cette famille . L
zele et l'application qu'ils ont à s'acquitter
chacun des fonctions qui leur ont été destinées
, l'attention qu'ils ont de ne point se
troubler les uns les autres , forment cett ?
union parfaite qui procure des avantages
considérables à la société , qu'elle se voit en
état de résister à tous ceux qui voudroient
La détruire. Chaque Membre de cette Société
voit augmenter chaque jour sa fortune et
fouit en paix du fruit de ses travaux et de
son industrie.
si
Après cette explication , M. d'Argis expose
ce que c'est qu'un Etat . Il remarque
que c'est un Corps , et que les Citoyens
en sont les membres ; que le rapport mutuel
que ces Citoyens ont entr'eux,donne
à ce Corps l'ame et la vie , et forme un
composé merveilleux qui ne peut subsiter,
ni conserver son être sans cette heu
F v reuse
$42 MERCURE DE FRANCE
reuse harmonie que l'on admire dans l'U
nivers et dans toutes les Parties qui le
composent.
Il appuye de l'expérience sa réfléxion.
11 demande si l'on n'éprouve pas tous les
jours dans l'éxécution des projets , même
les plus ordinaires , l'avantage et la nécessité
de se réünir plusieurs pour y
réüssir ; il fait observer que souvent un
seul se rebuteroit, et que deux s'animent ;
que l'un a le conseil et l'autre l'exécu
tion ; l'un la force et l'autre l'adresse ;
le se- les talens sont partagez et que que
Cours mutuel vient about de tout, ensorte
que l'Union conduit au succès des entreprises
les plus difficiles.
Nous passons quelques autres refléxions
pour venir à la peinture que M. Boucher
d'Argis, qui ne perd jamais de vûë
son objet , trouve occasion de faire du
bonheur complet d'un Etat. Peinture ,
dont les traits bien considerez , offrent
d'utiles leçons .
Le bonheur de l'Etat , dit-il , est parfait
Lorsque chaque Citoyen se renferme dans de
justes bornes , s'applique uniquement à remplir
ses devoirs , et ne contrevient point aux
Loix qui sont le fondement de la société civile
; car cette douce paix que la concorde
procure aux Peuples , est le fruit de lajus→
tice et l'ouvrage de ceux qui en sont les dér
posiMARS.
1731. 543
›
positaires ; c'est la justice qui apporte par
tout cet ordre , et cette simetrie politique qui
unit les personnes de différentes conditions
les différens corps , les differens états ; c'est
elle qui entretient cette liaison si utile et si
nécessaire entre les différentes nations , c'est
elle qui concilie par la modération l'inégalité
des humeurs et des esprits , et qui entretient
chacun dans son rang et ses droits , c'est
elle qui établit la subordination ; enfin qui
réprime la licence et le désordre enprotegeant
l'innocence et soutenant la vérité.
L'Orateur ajoute que les troubles , les
dissentions , qui interrompent quelquefois
la tranquillité d'un Etat , ou des par
ticuliers , ne viennent que des excès que
la Justice n'a point réprimez ; après quoi
il conclud que ce sont donc les Loix qui
forment et qui entretiennent cette Union
si avantageuse et si nécessaire pour la
gloire et le bonheur des Peuples , que pat
conséquent il est de l'attention des Magis
trats qui sont chargez du soin de faire
exécuter ces Loix , qu'on doit attendre la
conservation d'un bien si précieux, puis
que ce sont eux qui par leur autorité, et
plus encore par leur prudence , doivent
entretenir dans un Etat cet accord , cette
harmonie , cette subordination si désirables
, sans quoi les peuples ne peuvent
être sensibles aux autres biens..
Fvj Telle
་ ་
t
544 MERCURE DE FRANCE
Telle est l'idée que M. Boucher d'Argis
veut qu'on se fasse de la concorde et
de l'Union qui doit regner entre les differens
Peuples d'un même Etat. Tels sont
les fondemens qu'il pose de leur grandeu
er de leur félicité ? Il en appelle icy aux
exemples que fournit là- dessus l'Histoire.
Il veut que l'on jette les yeux sur les
Empires les plus florissans , qu'on les
considere dans leur origine , qu'on les
suive dans leurs différens progrès jusqu'au
dégré de Puissance et de Grandeur où ils
sont parvenus , et il soutient qu'on n'en
découvrira pas un seul qui dans toutes les
occasions importantes ne se soit soutena
et ne se soit élevé par l'effet de l'Union.
Il cite sur ce point l'ancienne Rome
qui par la force de ses armes , soumit
presque toute la terre.
Ce n'étoit d'abord , dit-il , qu'une assemblée
de quelques Bergers & les Nations voisines
étoient puissantes et redoutables ; il paroissoit
difficile qu'une Ville naissante comme
celle- là , pût jamais s'élever au milieu de
tant de Peuples , jaloux de son établissement
; cependant malgré tous les avantages
que les Peuples de l'Italie avoient sur elle ;
P'Union des Romains la rendit plus puissan
te que cette multitude de Nations ennemis
qui l'environnoient de toutes parts. Unis
pour le bien de la Patrie , animez d'un même
zele
MARS. 1731. 545
zéle pour la gloire , ilsfurent toujours invincibles
, et la posterité de cette petite troupe
Bergers conquit tout l'Univers.A
de
Notre Orateur ne manque pas icy
l'occasion qui se présente de rapporter ce
que firent les Romains , pour marquer
combien ils s'estimoient redevables à la-
Concorde. Comme leur Empire , remarque-
t- il , devoit tous ses progrès à l'Union
, ils la regarderent comme un présent
du ciel , et s'en firent une Divinité
qu'ils adorerent sous le nom de la Concorde.
Camille voulut qu'on lui rendit
un culte solennel , et lui éleva un Temple
, où l'on faisoit des Sacrifices pour
la
coujurer de répandre dans tous les coeurs
des sentimens de paix et d'union.
Mais sans s'arrêter à des exemples
étrangers pour faire voir ce que peut
l'Union , M.d'Argis n'en veut point d'autres
que le bonheur dont la France joüit
depuis son origine. Bonheur , dit - il ,
qui n'a souffert d'alteration que dans ces
tems orageux où les furies , je veux dire , les
passions , je veux dire cette ambition qui
rompt les attachemens les plus naturels, vint
soufler dans tous les coeurs le trouble et la
discorde , et causer des désordres que
la sagesse
et la valeur de nos Rois ont tellement
fait évanouir , que nous ne les connoissons
plus que par l'Histoire.
Ainsi
146 MERCURE DE FRANCE
Ainsi la Concorde, continuë notre Orateur
, ( lequel fait toujours servir ses réfléxions
de preuve à son texte, et ne sçait
ce que s'est que de s'écarter à de vaines
digressions. ) Ainsi la Concorde qui avoit
uni pendant tant de siécles toutes les Villes
et toutes les Provinces dont est composé
cet Etat si vaste et si floritsant, cette
même Concorde les réunit encore aujourd'hui
et les lie entr'elles par des liens
d'autant plus parfaits , qu'elles ont mieux
reconnu par une fatale experience, les mal .
heurs qu'entraîne après soi la Discorde.
Ici M. d'Argis , par une de ces tran
sitions, où il y a quelquefois d'autant plus
d'art qu'il y en paroît moins , trouve
moyen , en se tenant toujours renfermé
dans son sujet , de passer à l'éloge de la
Ville de Lyon.
Quelbonheur pour cette Ville , s'écrie - t-il,
de n'avoirjamais éprouvé que les avantages
de l'Union, et qu'il lui est glorieux de s'êtra
toujours élevée par sa sagesse et sa constance ,
au- dessus des exemples pernicieux que lui
donnerent dans les malheureux temps , dont
nous venons de parler , la pluspart des Villes
du Royaume , et d'avoir ainsi surpassé la
Ville même à laquelle seule elle peut ceder le
rang dans l'Etat.
Tout ne paroît- il pas annoncer icy cette
Union désirable , et ne dirait- on pas que la
natura
MARS. 1731. $47
"
nature même y porte les habitans fortune
de cette Ville.
M. d'Argis en appelle là- dessus à la
seule situation de la Ville dont il parle..
- Deux Fleuves superbes et majestueux ,
dit-il , qui après avoir arrosé diverses contrées
, viennent mêler leurs eaux aux pieds
des murs de cette Ville , pour ne faire plus
qu'un Fleuve , malgré l'extrême difference de
leur cours ; ne semblent - ils pas nous appren
dre quel est l'heureux caractere et la disposi
tion naturelle de ceux qui en habitent les
bords.
Cette Ville , située au centre de l'Europe,
ne paroît-elle pas faite pour réunir les diffé
rens Peuples que son commerce florissant y
attire ?
Après ces réfléxions sur la situation
du lieu , l'Orateur entre dans le détail de
plusieurs circonstances glorieuses à la
Ville de Lyon.
·
Il remarque que les Romains distin
guerent toujours cette Ville de tout le
reste de leur domination , qu'ils firent
gloire de contribuer à sa grandeur , et
qu'en reconnoissance
des avantages que
son commerce leur procuroit , ils voulurent
qu'elle fût , pour ainsi dire , unieavec
Rome , et qu'elle fût reconnue pour
Colonie Romaine; que l'Empereur Clau
de qui y étoit né , le proposa lui-même
348 MERCURE DE FRANCE
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au Sénat , et fit à cette occasion la Ha
rangue que cette Ville conserve encore ,
dans laquelle il representa de quelle importance
il étoit pour l'Empire , d'attacher
de plus en plus à la Patrie de tant
d'Illustres Sénateurs , une Alliée fidelle incapable
de manquer à ses engagemens.
Que le Sénat qui connoissoit les avantages
et la nécessité de l'Union , reçut avec
empressement la proposition de l'Empereur,
et fit gloire d'associer Lyon à Rome.
Que ce n'est pas seulement avec les
Peuples voisins que les habitans de cette
celebre Ville sçavent entretenir des liaisons
utiles à leur Commerce , mais que
le succès de ce Commerce dépend encore
bien plus de la bonne intelligence dans
laquelle ces mêmes Habitans vivent entre
eux , et sur tout de ces societez particulieres
qui font l'union des fonds er
des soins de plusieurs Négocians ; societez
qui rendent le Commerce de Lyon
plus considerable et en même tems plus
facile , par le secours mutuel que ceux
qui les composent se prétent en travail,
lant de concert au bien commun.
M.d'Argis n'oublie pas de mettre ici sous
les yeux la justice et l'équité qui président
à ce Commerce ; l'attention des Magistrats
à maintenir par tout le bon ordre ,
l'empressement des Citoyens à observer
les
MARS. 1731. 549
les Loix , leur attachement au Prince 1
qu'ils regardent comme le lien de leur
union , enfin les épreuves que dans les
situations les plus difficiles nos Rois ont
faites de cet inviolable attachement , et
sur lesquelles est fondée cette confiance
singuliere qui se repose de la garde d'u
ne Ville si importante , sur ses seuls Citoyens
, & c.
Tout ce qu'a dit jusqu'ici l'Orateur ;
aboutit à cette conclusion , qu'il n'est rien
de plus avantageux que l'union , et que
c'est elle qui contribuë le plus à la gran,
deur d'un Etat et au bonheur des Peuples.
Concordia parva res crescunt.
Reste à montrer les malheurs qu'entraîne
avec soi la funeste discorde , selon
ces autres paroles du Texte : Discordia
maxima dilabuntur. Et c'est ce que M.d'Argis
fait voir par plusieurs Refléxions et
par plusieurs exemples.
Il veut qu'on se représente d'abord un
Monstre conduit par la rage , les yeux enflammez
, le front couvert de sang , secoüant
dans ses mains de noirs flambeaux,
répandant en tous lieux les soupçons , la
frayeur , les allarmes , traînant après lui
la haîne et l'inhumanité .
Telle est , dit-il , et plus affreuse encore
la Discorde qui ravage un Etat ; on n'y
voit que fuaestes, ligues , qu'intrigues crimi
nelles
5 MERCURE DE FRANCE
nelles , qu'odieuses conspirations ; les Peu
ples , au lieu de réunir leurs forces contre les
ennemis de l'Etat , les tournent contre euxmêmes
et se détruisent. La gloire de l'Etat
s'obscurcit , et bientôt sa grandeur et sa puissance
s'évanoüissent ; mais le plus terrible
effet de la desunion ce sont les Guerres civiless:
ces Guerres qui font frémir la Nature , et qui
pourtant l'échauffent. On suit aveuglément
differens partis , l'unjuste , si l'on veut , l'autre
injuste ; mais ils sont également violens
également cruels ; l'un et l'autre cherche à
verser le sang qu'il devroit deffendre. Le
fils armé contre le pere , le frere contre le freres.
tous aspirent à une victoire dont ils devroient
rongir; le parti que la fortune aveugle favorise,
ne triomphe que sur les ruines de la
Patrie.
M. d'Argis représente ici combien legere
est souvent la cause de tant de maux;
et remontant à l'Histoire Romaine , ildemande
combien les démêlez de Marius:
et de Sylla , devenus une dissension publique
, ne couterent pas de sang à Rome,
tour-à-tour esclave de ces deux Tyrans
? Il remarque comme elle se livre ensuite
à l'ambition de César et de Pompée,
non pour deffendre sa liberté , mais pour
servir la jalousie de deux Rivaux , et
comme le Trophée que César éleve à
Pharsale , devient le tombeau de la liberté
>
· pu
MARS. 1731. $52
publique ; mais une observation essen
tielle qu'il fait à ce sujet , c'est que le
sort de l'Empire fût le même que celui
de la République ; il soutint toute sa
gloire , il conserva toute son étendue
tant qu'il n'eut qu'un Maître absolu
dont l'autorité réunissoit tant de Peuples.
Au lieu le que partage l'affoiblit , en
avilit la majesté , et le rendit la conquête
facile des Barbares qu'il avoit autrefois.
subjuguez .
L'Orateur descend ensuite à la Monar
chie Françoise ; mais c'est pour déclarer
qu'il ne peut se résoudre à parler des périls
où la discorde a mis autrefois cette
Monarchie , qu'à la verité la fidélité de
Lyon paroîtroit avec éclat ; mais que
cette Ville veut bien renoncer à la gloire
qui lui en reviendroit , pourvû qu'on lui
épargne un souvenir si douloureux.
Si des Etats l'on passe à l'interieur des
Familles ; quels maux n'y cause pas la discorde
? Cet article n'échappe pas à M.d'Argis
, il expose aux yeux les desordres qui
surviennent , lorsque l'union , si necessaire
entre ceux que la Nature unit déja par
les liens du sang , cesse de regler leurs dé
marches , et qu'une haine implacable formée
par l'intérêt ou par quelqu'autre pas+
sion aussi funeste , s'empare de leurs es
prits. Plus l'union , dit- il , et l'amitié sant
natu
352 MERCURE DE FRANCE
naturelles entre ces personnes , plus il semble
qu'il soit difficile de les reunir lorsqu'elles
sont malheureusement divisées. La déroute
se met alors dans les fortunes les mieux établies
, les Maisons les plus brillantes et les
plus illustres périssent on voit avec douleur
ceux qui sont particulierement nez pour
se prêter un secours mutuel, prendre plaisir à
se détruire réciproquement delà ces inimitiez
irréconciliables qui se perpetuent dans
et qui se soutiennent encore
sur les ruines même des Maisons qu'elles
ont renversées.
les Familles
--
,
- Notre Auteur , après une suite d'autres
Refléxions sur les malheurs qu'entraîne
la discorde , finit en ces termes :
: Mais ne nous arrêtons pas davantage à
ses objets odieux , écartons ces images funespes
, qui ne doivent servir qu'à nous apprendre
la necessité de l'union. Je n'ai pas
besoin de faire envisager à cette Ville ," les
malheurs de la desunion qu'elle ne connut
jamais. Elle est , au contraire , le modele
d'union le plus parfait qu'on puisse proposer
à toutes les Villes du Royaume . Enfaut- il
d'autre preuve que cette auguste Assemblée
où j'ai l'honneur de voir tant de grands hom
mes et tant de Corps illustres réunis , qui
concourent tous à entretenir l'union parfaite
qui regne dans cette Ville..
Au Discours de M.d'Argis en succedent
qua-
养
MAR S. 1731 .
553
quatorze autres du même Orateur, comme
nous l'avons marqué ; le premier au Roi ,
le second à la Reine , le troisiéme au Dau
phin , et les autres aux differentes personnes
et aux differentes Compagnies que
nous avons nommées au commencement.
Ces Discours ont tous rapport à l'union;
et quoique très - differens entr'eux par
leurs differens sujets , ausquels ils sont si
propres , qu'ils ne peuvent être appliquez
à d'autres , l'Auteur a pris soin de
les tourner de maniere , que nonobstant
cette difference essentielle et absolument
requise,ils se réunissent tous à representer
F'excellence de l'union , ce qui n'est pas
l'effet d'un Art médiocre . Il conviendroit
d'en citer ici quelques uns , mais l'étendue
de notre Extrait ne le comporte pas.
Fermer
Résumé : Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union, [titre d'après la table]
Le 21 décembre 1730, Me A. G. Boucher d'Argis, avocat au Parlement de Paris, prononça un discours à Lyon sur l'importance de l'union. Cet événement annuel se déroulait à l'Hôtel de Ville de Lyon en présence de diverses autorités, dont l'archevêque, le gouverneur, le lieutenant du roi, l'intendant, les comtes de Lyon, et d'autres dignitaires. Le discours, intitulé 'Discours sur les avantages et la nécessité de l'Union', s'inspirait d'une citation de Salluste : 'Concordia parve res crescunt. discordia maxime dilabuntur.' Boucher d'Argis souligna que l'union est essentielle pour la grandeur d'un État et le bonheur des peuples. Il expliqua que l'union permet l'accroissement et la conservation de la fortune des individus, ainsi que l'augmentation et la pérennité des forces d'un État. Sans union, même les sociétés les plus puissantes risquent de s'effondrer. L'orateur définissait l'union non seulement comme une association d'intérêts, mais aussi comme une société fondée sur la bienveillance et les lois, où chaque membre contribue à la prospérité commune. Il illustra son propos par des exemples historiques, notamment l'ascension de Rome grâce à l'union de ses citoyens. Boucher d'Argis conclut en affirmant que les lois et les magistrats sont cruciaux pour maintenir cette union et assurer la paix et la justice dans l'État. Il cita également l'exemple de la France, dont le bonheur et la stabilité étaient attribués à la concorde entre ses provinces et villes. Le discours loua Lyon pour avoir toujours bénéficié des avantages de l'union et pour avoir su se maintenir au-dessus des exemples pernicieux donnés par d'autres villes du royaume. La situation géographique de Lyon, au centre de l'Europe et traversée par deux fleuves majestueux, symbolise l'union et la disposition naturelle de ses habitants à l'harmonie. L'orateur rappela que les Romains avaient distingué Lyon et l'avaient associée à Rome en raison de son importance commerciale et stratégique. Il insista sur la nécessité de l'union pour le succès du commerce lyonnais, qui repose sur la bonne intelligence entre les habitants et les sociétés de négociants. Boucher d'Argis décrivit ensuite les ravages de la discorde, qu'il compara à un monstre semant la haine et l'inhumanité. Il illustra ses propos par des exemples historiques, comme les guerres civiles romaines et les divisions au sein de la monarchie française. Il conclut en soulignant que Lyon, modèle d'union parfaite, doit continuer à promouvoir cette valeur essentielle pour éviter les malheurs de la désunion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 2160-2175
LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
Début :
MON TRÈS-CHER FRERE, la paix de Dieu en J. Notre Seigneur. [...]
Mots clefs :
Greffe, Fibres, Portion ligneuse, Jardinier, Écorce, Union, Observations, Branche, Endroit, Direction, Duhamel du Monceau, Couche, Forme, Frère, Sentiment, Replis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
LETTRE du Frere *** Jardinier
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
des RR. P P. *** d'Auxerre , au
·Frere C *** Jardinier des Peres du
même Ordre à Paris.
MON
ON TRE'S -CHER FRERE , la paix
de Dieu en J. Notre Seigneur.
Permettez moi de vous faire part de
quelques unes de mes Obsèrvations
sur la maniere dont le Sujet et là Greffe
s'unissent dans les Arbres greffez ; il y
a déja fort long temps que je me suis
appliqué à examiner ce qui se passe dans
cette jonction si intime ; j'ai détruit pour
cela une quantité considerable d'arbres
greff.z ; j'en ai aussi observé qui étoient
morts sur pied , j'en ai choisi de vieux
et de jeunes , afin de suivre , pour ainsi
dire , dans tous les âges , le travail admirable
de la Nature ; tantôt j'ai scié
Tendroit de la greffe , tantôt je l'ai fendu
, quelquefois régulierement , d'autres
fois irrégulièrement. Les coupes que j'en
ai faites ont été aussi suivant differens '
plans ; afin que rien n'échappât à ma
vûë , j'ai observé toutes les especes de
greffes ; mais comme toutes peuvent se
réduire
OCTOBRE. 1733 218t
réduire à la greffe en écusson et à celle
en fente , je vais vous entretenir de tout
ce que j'ai remarqué dans ces deux especes
de greffe. Ces amusemens innocens
sont permis dans notre état , et peuvent
servir de récréation dans la solitude . C'est
pourquoi j'espere que le petit détail que
je vous envoye ne vous déplaira pas.
Dans la greffe en écusson , la greffe fait
toujours avec le sujet , un angle plus
ou moins considérable , selon que sa situation
à l'égard du sujet est plus ou
moins oblique. L'union de la greffe et
du sujet commence à se faire par les fibres
de la couche la plus interieure du
Livre. ou ce qui est la même chose ,
par les fibres qui doivent dans la suite
former le cercle exterieur de la portion
ligneuse ; les fibres de cette couche du
Livre , s'insinuent dans les fibres de la
couche opposée qui se trouve dans le
sujet, et s'y attachent de façon que dans les
vieilles greffes il est impossible d'appercevoir
la maniere dont s'est faite l'union
des fibres de la greffe avec celle du sujet,
quand la couche la plus intérieure du
Livre de la greffe s'est unie assez inti-
* On appelle Livre , la partie intérieure de l'êcorcé
, celle qui touche le bois , et qui est olle - même
prête à devenir bois.
C mement
F
2462 MERCURE DE FRANCE
mement avec celle du sujet pour qu'elle
puisse vegeter sur elle , alors la couche
de l'écorce qui est exterieure à la couche
interieure du Livre commence à
pousser dans celle du sujet qui lui correspond
, et ainsi toujours de la même
maniere de l'interieur à l'exterieur , jusqu'à
ce qu'enfin il se fasse un bourrelet qui
soude par dehors l'écorce de la greffe avec
celle du sujet. Il ne se forme aucune
union entre la portion ligneuse du sujet
et la portion ligneuse de la greffe , ni
entre la portion ligneuse du même sujet
et l'écorce de la greffe ; mais la portion
ligneuse du sujet périt tout d'abord ; ce
qui se remarque facilement par le changement
de couleur qui lui arrive. Pareillement
la portion ligneuse de la greffe
ne s'unit avec aucune partie du sujet ;
elle cesse même de croître ; car les fibres
de la portion ligneuse de la greffe
Cétant parvenuës presque vis - à - vis de
celles du sujet , elles font un petit détour
; la plus grande partie s'arrêtent
précisément en cet endroit et s'adossent ,
pour ainsi- dire , sur la portion ligneuse
du sujet, sans cependant s'y unir en aucune
façon , tandis que les autres fibresqui
descendent un peu plus bas , glissent sur
* Voyez la figure 1.
la
OCTOBR E. 1733. 2163
la portion ligneuse , et que les extrémitez
de ces fibres qui ne vont pas plus loiny
forment differens étages très sensibles.
Pour me rendre un peu plus clair et plus
intelligible dans ce qui me reste à dire
sur la greffe en écusson , il est bon de
regarder l'écorce qui environne la greffe,
comme divisée en deux portions séparées
par la partie ligneuse qui en occupele
centre ; de ces deux portions l'une sera
superieure et l'autre infericure ; la portion
superieure de l'écorce forme le plus
souvent un bourrelet qui peu à peu recouvre
la tige qui a été coupée un peu
au- dessus de la greffe ; il y a des greffes
où cette écorce après avoir fait une espece
de calotte pour recouvrir entierement le
bois coupé , s'unit tellement avec l'écor
ce du sujet, qu'on ne voit aucune marque
de jonction : j'ai , entr'autres , une vieil
le
*
groffe , où à l'exterieur les levres du
bourrelet se sont tellement effacées , qu'il
est impossible de voir l'endroit de la
greffe . De cette nouvelle écorce préci
sément à l'endroit où elle a recouvert
la tige coupée , il a poussé une branche
aussi grosse que les autres branches latérales
; la portion inferieure de l'écorce
de la greffe pousse de même dans l'écorce
du sujet , sans qu'on puisse obser-
73
Cij ver
2164 MERCURE DE FRANCE
1
ver non- plus de quelle maniere s'est faite
l'union entre les fibres. La direcrjon
des fibres de ces deux portions d'écorces
doit nécessairement être d'abord un
peu oblique ; elle devient ensuite longitudinale
et pour l'ordinaire très régulie
re. Ces fibres sont absolument dispo
sées de la même maniere que dans les
branches qui partent de la tige ; car la:
direction des fibres qui étoit d'abord
longitudinale , devient un peu oblique
pour se redresser ensuite et redevenit
longitudinale ; aussi quand on scie lon-.
gitudinalement la tige d'un arbre dans
un endroit d'où il sort une branche .
on observe absolument la même direction
de fibres que dans la greffe ; pareillement
si on arrache une greffe qui a
commencé à vegeter sur le sujet et si
on sépare une jeune branche d'un arbre
dans l'endroit où la branche est articulée
avec la tige dans l'un et dans l'autre,
les fibres paroîtront disposées de la mê
me maniere.
J'ai observé dans la greffe en fente à
peu près le même procedé de la Nature
que dans la greffe en écusson , la végétation
de la greffe dans le sujet commence
à se faire par la couche la plus in- >
* Voyez lafig. 1,
terieure
OCTOBR E. 1733. 2165
terieure du Livre et l'union des fibres
de la greffe avec celle du sujet , se fait
toujours de l'interieur à l'exterieur jusqu'à
ce qu'enfin l'écorce du sujet qui
avoit été fendue pour recevoir la greffe,
se soit soudée par le moyen de sa jonction
immédiate avec les fibres de l'écorce
de la greffe : pour lors la portion ligneuse
du sujet devient inutile , elle meurt le
plus souvent, et il ne se fait aucune union
entre elle et la portion ligneuse de la
greffe , ce qui se reconnoît facilement
dans les greffes , même les plus vieilles ;
il n'y a que les écorces dont les fibres se
soient unies , et cette union se fait dans
quelques greffes si intimement , qu'il est
impossible de voir dans l'interieur de la
tige les endroits où la jonction s'est faite,
on ne s'en apperçoit que sur l'exterieur
de l'écorce , car au- dedans la direction
des fibres est si bien la-même , que les
fibres de la greffe ne paroissent être qu'u
ne continuation de celles du sujet. J'ai
une greffe de Pommier , âgée de quatorze
ans , dans laquelle on voit très - clairement
qu'il n'y a eu aucune union entre
la portion ligneuse de la greffe et celle
du sujet , et que les portions ligneuses
de l'une et de l'autre , ont péri entierement.
Dans la portion ligneuse du sujet,
Ciij trois
2166 MERCURE DE FRANCE
trois doigts au -dessous de l'endroit où
la tige avoit été coupée , il y avoit eu
une branche qu'on avoit abbatuë et on
voit très distinctement la marque de la
coupure qui n'a changé ni de figure ni
de couleur , et qui a été ensuite recou
verte par l'écorce dans laquelle elle a
laissé son empreinte, sans s'y unir en aucune
façon. A mesure que la jonction
entre la greffe et le sujet devient plus
intime , les écorces de la greffe et da
sujet se distendent peu a peu , augmentent
de volume et enfin deviennent capables
de former un bourrelet assez considerable
pour recouvrir entierement le
bois coupé et ne former plus qu'un seul
corps , lorsqu'elles sont venues à se joindre.
Dans cette greffe de Pommier faite
il y a quatorze ans , il y avoit eu aussi
une branche de la greffe coupée à la tige
un peu au dessus de l'endroit de la greffe,
et de l'autre côté il y avoit une petite
branche qui mourut quelque temps après,
dans l'accroissement des écorces du sujet
et de la greffe , l'endroit où la branche
avoit été coupée aussi - bien que la
petite branche morte , ont été totalement
enveloppez , sans qu'il soit demeuré à
l'exterieur aucun vestige de ces parties ;
je conserve avec grand soin cette greffe
que
OCTOBR E. 1733. 2167
porque
je regarde comme une Piéce précieu
se. Quand les fibres se sont soudées et que
le bourrelet s'est formé , la direction des
fibres paroît tres réguliere, et pour l'ordinaire
longitudinale ; on remarque sculement
à la partie la plus voisine de la
tion ligneuse , tant du sujet que d de la
greffe , la position des fibres les plus intérieures
qui est un peu oblique , parce
que les fibres du sujet sont obligées de
faire un détour pour aller s'unir avec
celles de la greffe ; mais quand elles sont
parvenues à la greffe , cette direction chanbien-
tôt pour devenir longitudinale ;
ge
vers l'extérieur la direction des fibres est
pour l'ordinaire absolument longitudinale.
*
Ce sont là , mon cher frere , les observations
que j'avois faites il y a très-longtemps
sur les greffes ; mais il y a environ
deux ans que je fus tres - surpris lorsqu'un
Monsieur de mes amis , homme
d'esprit et fort curieux , à qui j'avois fait
part de mes recherches , vint m'apporter
Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences de 1728. J'y lûs un Mémoire de
M. Duhamel sur la greffe , dans lequel il
se trouve des observations qui sont absolument
différentes des miennes ; comme
* Voyez les figures 2 et 3 .
C iiij
Vous
2168 MERCURE DE FRANCE
vous ne serez peut- être pas
fâché de sçavoir
ce que pense ce sçavant homime ,
voici un précis exact de son sentiment :
Il dit qu'il doit se faire plusieurs Sections
tant dans les Orifices de la greffe , que
dans celles du sujet lorsqu'on appliquera
la greffe sur le sujet, ce qui produit necessairement
un Philtre plus fin ; l'union de la
greffe avec le sujet ne se peut faire selon lui .
sans un allongement tant de la part des
fibres de la greffe que de celles du sujet
qui dans cet allongement doivent faire
différentes infléxions , divers plis et replis
pour s'ajuster et s'anastomoser les
unes aux autres ; il ajoute qu'il y a icy
quelque chose qui approche de la méchanique
des glandes , qu'il s'y fait des filtrations
et des sécrétions , et que dans la
greffe il y a un viscere nouveau qui peut
changer en quelque chose la nature de
la greffe, ou plutôt la qualité de ses productions
; il appuye cecy en disant qu'il
n'est parvenu à toutes ces grandes connoissances
qu'à force d'expériences réïtérées
; il va plus loin ; non content de
cette sécrétion qu'il a découverte dans la
greffe , il veut qu'il y ait non seulement
des Philtres aux racines et aux tiges qui
ne font que commencer à perfectionner
la séve , mais encore qu'il s'en trouve
d'au
OCTOBRE. 1733. 2169
d'autres ou dans les petites branches , ou
à l'approche des fruits qui achevent de
préparer la séve , et séparer les parties
suaves et agréables d'avec les autres ; il a
prouvé même ceci par lexpérience suivante;
si on goute les feuilles et les branches
d'un arbre qui a le fruit doux , on y
trouvera une séve extremement âcre et
amere , ce qui fait voir ( à cet Académi
cien ) le besoin qu'elle a d'être rectifiée
avant que de passer dans les fruits . Je vous
avouë , mon cher frere , que je fus fort
frappé , après avoir lû les Observations
de M. Duhamel , j'avois lieu en effet d'être
doublement surpris, car il y avoit une
partie de cet éloquent discours que je
n'entendois point du tout , et peu que
je compris dans le reste me sembloit entierement
opposé à ce que j'avois cru
voir ; ces observations me portoient à
croire , 1. qu'il se faisoit une union bienexacte
entre les fibres de la portion ligneuse
; j'avois vû le contraire dans les
portions ligneuses de la greffe et du su-
Jet , 29
, que dans cette union les fibres
avoient des directions bizarres , et qu'elles
formoient des plis et replis ; les fibres
m'avoient paru le plus souvent bien
droites et bien régulieres celles qui
avoient la direction la plus bizarre , fai-
C # soient
et le
2170 MERCURE DE FRANCE
,
soient quelques petits détours, sans se replier
et se contourner comme M. Duhamel
le dit. D'ailleurs il n'y a pas plus
de plis et replis à la greffe qu'aux noeuds
et qu'aux articulations des branches à la
tige ; c'est pourquoi les noeuds et les articulations
devroient tenir lieu du manége
de la greffe qui deviendroit pourlors
inutile ; j'avois bien des raisons pour
deffendre mon sentiment , mais quand
je faisois réfléxion que ces observations
partoient d'un Membre de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , qui doit
sur ce seul titre être regardé comme un
homme bien sçavant ; toutes mes raisons
s'évanouissoient et je croïois véritablement
m'être trompé , cependant je fus
porté par je ne sçai quel mouvement
d'amour propre , à ne point me défier si
fort de mes forces , j'étois persuadé que
dans ma retraite je pouvois peut - être
faire ce qu'un homme répandu dans le
monde ne peut point faire ; il me vint
donc en pensée de vérifier mes observations
et d'examiner de nouveau les greffes
; je le fis , et je puis dire , avec succès
, car je fus confirmé pleinement dans
mon premier sentiment; ainsi content de
moi même , il ne me restoit plus que de
tâcher de comprendre ce que M. Duhamel
OCTOBRE. 1733. 2171
mel dit dans son Mémoire. Il parle de
Philares , de Filtrations , de Sécrétions , de
Glandes , &c. je n'entendois rien à tous
ces termes , il falloit m'en instruire, puisqu'on
supposoit dans les greffes de pareils
visceres , et qu'on prétendoit qu'il y
avoit de semblables organes , principalement
à l'insertion des racines , aux tiges ,
suivant l'observation . de plusieurs ( a )
Etrangers : Je ne trouvai point d'expédient
plus court pour venir about de
mon dessein que d'aller trouver notre
Chirurgien , qui est un fort habile hom--
me dans son Art, et d'ailleurs sçavant en
Anatomie je le priai de me dire ce que
c'étoit qu'une glande et quel étoit son
usage dans le corps des animaux , il me
répondit qu'on appelloit glandes , certains
pelotons particuliers et certaines
masses distinguées de toutes les autres
parties du corps , par leur contour , leur
forme , &c. qu'elles étoient en general
composées par des vaisseaux de différente
espece , differemment pliez , repliez et
empaquetez les uns sur les autres, et que
leur fonction en general étoit de séparer
de la masse du sang certaines liqueurs
destinées à différens usages , suivant les
vûës de la nature ; enfin il me dit que cet-
( a ) Grevu , Malpighi , Levvenouh er . Mariotte
C vj
te
2172 MERCURE DE FRANCE
te fonction propre à la glande de séparer
une liqueur d'une, autre se nomme Pécrétion
ou filtration ; et que la glande ellemême
étoit regardée comme un filtre ;
j'écoutai tres - attentivement tout ce qu'il
me dit , et je le concevois fort bien , mais
quand je voulus appliquer ces notions
à la greffe , je n'y entendis plus rien du
tout , mon ignorance me fit rentrer dans
mon néant , je fis réfléxion qu'il n'appartenoit
pas à un petit frere Jardinier de
porter son sentiment sur une matiere
aussi difficile , sur tout avec des lumieres
aussi bornées que les miennes, cependant
je ne pus me refuser de faire les observations
suivantes , qui m'ont empêché d'adopter
ces glandes : Voici comme j'ai rai
sonné, pour qu'une sécrétion se fasse , il
faut un organe , cet organe est formé par
divers plis , replis , contours et entrelassemens
; outre cela la glande est une partie
, pour ainsi dire , isolée des autres
parties du corps des animaux ; dans les
plantes je ne trouve rien de semblable ,
point de partie séparée des autres, à moins
que ce ne soit des especes de Chevilles
qu'on trouve assez souvent dans les Planches
de Sapin , les fibres sont pour l'ordinaire
bien droites , bien regulieres ,
quand elles sont irrégulieres ce sont des
chanOCTOBRE
. 1733. 217%
1
changemens de direction ausquelles elles
ont été forcées à cause qu'elles ont trouvé
quelque empêchement et quelque embarras
dans leur chemin , ce qui les a obligé
de se détourner ; au reste on rencontre
des directions aussi bizarres dans les
noeuds , qui pour lors devroient faire l'office
de la greffe, mais jamais dans les greffes
, il n'y a de contours et de replis qui
semblent marquer un entortillement
comme dans la glande ; enfin pour qu'une
sécrétion se fasse il faut qu'il y ait une
liqueur qui soit séparée de la masse du
fluide ; j'étois bien embarrassé à la trouver
dans la greffe .
Je fis part de toutes ces réfléxions
à l'ami
qui m'avoit
prêté les Mémoires
de l'Académie
des Sciences
, il m'en parut
frapé , et il me dit que le sentiment
de M. Duhamel
n'étoit point nouveau
, que des Auteurs
célébres
l'avoient
soutenu
et
qu'il étoit moins surpris que M.Duhamel
Feut renouvellé
qu'il ne l'étoit
que cet Académicien
n'eut point
cité ceux de
qui , selon toutes les apparences
, il le tenoit
; il me promit
de m'apporter
les Au- teurs qu'il sçavoit avoir parlé de ces fil- trations
et de ces sécrétions
; il tint sa pa- role , et il me fit voir les Mémoires
de P'Académic
Royale
des Sciences
, de l'année
2174 MERCURE DE FRANCE
née 1705. parmi lesquels il y en a un
sur les maladies des Plantes , donné
par l'illustre M. de Tournefort , à la fin
duquel se trouve le systême des glandes
détaillé avec peut être beaucoup plus de
précision que dans le Mémoire de M.Duhamel
, et j'ai eu un sensible plaisir lorsque
j'y ai vu que M. de Tournefort s'étoit
apperçu avant moi , que les fibres de
la portion ligneuse , qu'il nomme Chicot
, se déssechoient entierement , que la
blessure étoit couverte par une espece de
calotte , qui enveloppe ce bois coupé , et
que ce bourlet n'étoit formé que par les
lévres de l'écorce qui se tuméfioients
mon ami me fit voir encore le même systême
dans l'Agriculture parfaite d'Agricola
, partie premiere , page 73.74. C. 5.
n. 13. Quoique ces autoritez ne levassent
point mes difficultez , cependant je fus
fort sa isfait de ceque j'avois appris , et je
pensai que si ces grands hommes s'étoient
trompez , ce qui ne m'appartenoit pas de
décider , la matiere devoit être plus difficile
que je ne me l'étois imaginé d'abord ;
c'est pourquoi , mon cher frere , je vous
prie de vérifier , si vos grandes occupations
vous le permettent , mes Observations
, et de me dire librement votre
sentiment ; tout honnête homme , tout
homme
OCTOBRE . 1733. 2175
homme sçavant , et à plus forte raison un
ignorant comme moi , doit se croire faillible
, ainsi c'est la vérité que nous devons
toujours avoir en vue , parce que
nous devons avoir toujours Dieu present
dans toutes nos actions , et que nous lui
devons tout rapporter , songez un peu
moi dans vos prieres. J'ai l'honneur d'ê
tre , &c.
A Auxerre , ce 4 Octobre 1733.
Fermer
Résumé : LETTRE du Frere *** Jardinier des RR. PP. *** d'Auxerre, au Frere C*** Jardinier des Peres du même Ordre à Paris.
En octobre 1733, un frère jardinier des RR. PP. d'Auxerre adresse une lettre à un frère jardinier à Paris pour partager ses observations sur les greffes. Il examine diverses techniques de greffe, notamment la greffe en écusson et la greffe en fente, sur des arbres de différents âges et en effectuant diverses coupes. Dans la greffe en écusson, l'union commence par les fibres de la couche intérieure du greffon, qui s'insinuent dans les fibres du sujet. L'écorce du greffon pousse ensuite vers l'extérieur, formant un bourrelet qui soude l'écorce du greffon avec celle du sujet. La portion ligneuse du sujet périt rapidement, et celle du greffon cesse de croître, les fibres s'adossant sans s'unir. Pour la greffe en fente, le processus est similaire : l'union des fibres commence par la couche intérieure du greffon et progresse vers l'extérieur. Les écorces se soudent intimement, tandis que les portions ligneuses du sujet et du greffon périssent. L'auteur conserve une greffe de pommier de quatorze ans illustrant ces observations. L'auteur mentionne des divergences avec les observations de M. Duhamel, membre de l'Académie Royale des Sciences, qui décrit des processus mécaniques et des sécrétions dans la greffe. L'auteur trouve ces observations surprenantes et en partie incompréhensibles, notant des différences significatives avec ses propres observations. Le jardinier, porté par un sentiment d'amour-propre, décide de vérifier ses observations et de réexaminer les greffes, confirmant ainsi ses premières impressions. Il rencontre des difficultés à comprendre les termes techniques utilisés par M. Duhamel, tels que 'Philares', 'Filtrations', 'Sécrétions' et 'Glandes'. Pour clarifier ces concepts, il consulte un chirurgien, qui lui explique que les glandes sont des organes composés de vaisseaux et dont la fonction est de séparer des liquides du sang. Bien que ces explications soient claires, le jardinier ne parvient pas à les appliquer aux greffes, notant l'absence de structures similaires dans les plantes. Il partage ses observations avec un ami, qui lui montre des mémoires de l'Académie des Sciences et des écrits de Tournefort et Agricola, confirmant certaines de ses observations. Le jardinier conclut que la matière est plus complexe qu'il ne l'avait imaginé et demande à son frère de vérifier ses observations. Il insiste sur l'importance de la vérité et de la présence de Dieu dans leurs actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 2792-2806
LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Début :
Plusieurs personnes de mes amis m'ont apporté le Mercure du mois [...]
Mots clefs :
Greffe, Duhamel du Monceau, Écorce, Écusson, Union, Lettre, Mémoire, Bois, Fibres, Greffes, Observations, Espèces, Cicatrice, Portion ligneuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
LETTRE du Jardinier Solitaire , à
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
M. *** au sujet d'une Lettre sur la
Greffe , inserée dans le Mercure de
P
France.
Lusieurs personnes de mes amis
m'ont apporté le Mercure du mois
d'Octobre dernier , pour me faire voir
une Lettre au sujet de la Greffe , qui
paroît m'être adressée , et qu'ils croyoient
m'interesser à cause de l'application que
je donne à tout ce qui regarde l'Agricul
ture , sur tout depuis quinze ans que je
suis chargé du soin de notre Jardin ; mais
je les ai assurez que cette Lettre ne me
regardoit en aucune maniere ; je n'en connois
pas l'Auteur qui me paroît supposé;
je vous dirai même que je n'ambitionne
pas de le connoître , tant j'ai été choqué
de la malignité de son stile ; je souhaite
seulement de me conformer , autant qu'il
me sera possible , aux grands principes
qu'il a mis au commencement et à la
II. Vol. fin
DECEMBRE . 1733. 2793
fin de sa Lettre ; c'est uniquement dans
cette vûë que je ne crois obligé de vous
dire ce que je pense de cet Ouvrage , pour,
rendre justice à M. Duhamel , qui m'a
tnujours communiqué son travail sur
l'Agriculture , peut - être par une espece
de reconnoissance des secours que notre
Jardin peut lui fournir de tems en tems
pour faire les experiences dont il croit
tirer quelque avantage.
Je distingue deux pa ties dans la Lettre
en question ; l'une qui renferme des
Observations sur l'union de la greffe avec
son sujet , et l'autre qui est une Critique
d'un Memoire de M. Duhamel , ou qui
en est plutôt une Parodie.
La premiere Partie m'a parû assez bonne
et m'a fait plaisir à lire , quoiqu'elle
n'ait rien de nouveau pour moi , puisqu'il
y a plus d'un an que M. D. m'a
fait voir les préparations qu'il avoit faites
au sujet de la greffe , et qu'il venoit
de démontrer à l'Académie...
bois
1 °. Que jamais le bois des greffes , en
fente ou en couronne , ne s'unit au
du sujet,non - plus que le bois des écussons
quand de mauvais Jardiniers y en laissent.
2°. Que l'union de la greffe avec son
sujet se fait dans la portion de l'écorce
qui doit devenir bois , c'est-à-dire, dans
11. Vol.
cette
2794 MERCURE DE FRANCE
cette partie interieure de l'écorce dont
les fibres ont une direction longitudinale,
ce que M. D. regarde comme du bois en
herbe , de telle sorte que l'union se fait
principalement par la jonction des fibres
herbaces , tant de la greffe, que du sujet,
qui correspondent les unes aux autres ,
d'abord et plus intimement par en bas ,
ensuite par en haut , même par les côtez ,
&c. mais rarement du corps de l'écusson .
avec le bois du sujet je dis rarement ,
car M. Duhamel m'a fait remarquer des
cas où cela arrive .
3º . J'ai vû avec beaucoup de plaisir
dans plusieurs préparations que M. D.
a faites sur les greffes que l'union étoit
toûjours plus intime entre certaines especes
, qui constamment réussissent bien
dans nos Pépinieres , comme le Bon Chritien
d'hyver sur Coignassier, qu'entre d'autres
qui ont toujours de la peine à s'allier
comme la Merveille d'hyver sur le
Coignassier , ce qui nous a donné lieu
de remarquer qu'assez souvent les fibres
s'inclinent et se replient pour s'aboucher,
pendant que dans d'autes cas ces fibres
se joignent sans aucune infléxion .
4. Par des dissections du Guy , il m'a
fait remarquer , tantôt la conformité , et
tantôt le peu de ressemblance qu'il y a
II. Vol. entre
DECEMBRE. 1733. 2795
entre l'union que le Guy contracte avec
les arbres et l'union de la greffe avec leurs
sujets .
5. Nous avons fait ensemble des playes
à plusieurs arbres pour en observer la
réunion ou la formation de la cicatrice ,
ce qui a encore fourni à M. D. des lumieres
sur la greffe.
6°. Enfin M. D. m'a fait voir plusieurs
fois une suite curieuse de greffes de tous
les âges , preparées de maniere à faire voir
très- clairement les progrès de leur union
avec leurs sujets.
Il est fâcheux pour le prétendu Solitaire
, que M; D. soit nanti de toutes ces
choses depuis plus d'un an , et qu'il en aft
fait la démonstration à l'Académie , et
en mon particulier je n'ai point fait de
mystere de m'en entretenir avec tous
les Curieux qui sont venus se promener
dans notre Jardin , il faut cependant
l'avouer , il y a quelque chose de nouveau
dans les Observations qui sont au
commencement de la Lettre , mais dont
je crois que M. D. ne conviendra pass
on y Tit que
dins
, la greffe
en
écusson
,
la greffe fait toujours avec le sujet un an-
-gle plus ou moins considerable , selon que
sa situation avec le sujet est plus ou moins
oblique. Comme si l'on pouvoit placer
II. Vol.
un
2/90 IVIL
un écusson plus ou moins obliquement
à l'égard de son su et . L'obliquité de la
pousse ne dépend donc pas de la situation
plus ou moins oblique de la greffe ,
puisque la situation d'une greffe en écusson
ne peut varier , mais elle dépend de la
situation du bouton ou de ce que nous appellons
l'oeil , par rapport aux autres parties
de l'écusson; et la situation de cet oeil
dépend de la situation què la branche sur
laquelle on a levé cet écusson , avoit sur
l'arbre dont on l'a coupée.
Quelques lignes après il dit : Alors la
couche de l'écorce qui est exierieure à la
couche interieure du Livre , commence à
Pousser dans celle du sujet qui lui correspond.
M. Duhamel croit que les fibres
de la greffe et celles du sujet s'allongent
mutuellement , ce qu'il avance après
* C'est pour cela que M. de la Quintinie et
mon Prédecesseur , ont recommandé de lever
toujours des écussons sur des branches droites ,
sur tout quand il s'agit de greffer des beaux Presents
ou des Inconnues , Cheneau , &c. qui sont
fort sujettes à pousser de travers, quelquefois cependant
par une fausse position des écussons , il
peut arriver que les fibres de l'écusson soient un
peu inclinez par rapport à celles du sujet et alors
la pousse fera d'abord un petit coude qui se redressera
en peu de temps , je ne sçai pas si c'est
de cette obliquité que l'Auteur de la Lettre veut
parler.
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1733. 2797
des observations dont il a fait part à l Académie.
Il ajoûte : Mais la portion ligneuse du
sujet périt d'abord , cela est faux , et si
l'on n'a pas soin d'étêter les arbres écussonnez
, ils poussent comme si on ne leur
avoit rien fait.
On lit ensuite Pareillement la portion
ligneuse de la greffe , & c. C'est une mau
vaise méthode que de laisser du bois
dans la greffe en écusson . Quelques lignes
après il dir : Que cette portion ligneuse
ne s'unit avec aucune partie du sujet ; cola
est vrai et a été bien prouvé par M. D.
Elles cessent même de croître , continue-t'il
cela est bien necessaire , puisqu'elle meurt :
cependant il le prouve ainsi , car la por
tion ligneuse de la greffe étant parvenuë
presque vis-à- vis celle du sujet , elles font
un petit détour. Elles cessent de croître ;
pour preuve de cela : C'est qu'elles parviennent
vis - à- vis de celles du sujet , et
qu'elles font un détour. Voila ce que je
n'entends pas. Il parle ensuite assez obscurément
de la formation de la cicatrice
sur l'argot, ou de la maniere dont se ferme
la playe qu'on a faite en retranchant
la tige du sujet ; mais s'apercevant de
son obscurité , et pour se rendre plus clair
es plus intelligible dans ce qui lui reste à
II. Val. dire
2798 MERCURE DE FRANCE
c'est
dire sur la greffe en écusson , voici ce qu'il
dit : Il est bon de regarder l'écorce qui environne
la greffe , comme divisée en deux por
tions , séparées par la partie ligneuse qui en
occupe le centre. Il y a bien de la métho-
оссире
de là - dedans, mais point du tout de clatté.
Qui a jamais entendu parler de portion
ligneuse qui sépare en deux l'écorce,
qui environne un écusson ? Encore un
coup , il ne doit point rester de bois for
mé dans un écusson bien fait . Si je veux
faire entendre à quelqu'un ce que
qu'un écusson , je le distinguerai avec
M. D. en deux parties principales ; l'une
sera le bouton qui en occupe le milieu ,
l'autre l'écorce qui l'environne. Le bouton
est formé exterieurement par des
écailles membraneuses , et interieurement
par ce qu'on appelle l'oeil ou le racourci
d'une jeune branche qui est tendre et
herbassée . L'écorce qui appartient à l'écusson
se peut aussi diviser en deux parties
, l'écorce , proprement dite , est la
plus exterieure , elle est mince , membraneuse
et sert d'enveloppe à l'autre ,
qu'on appelle improprement écorce , et
qui doit devenir dans peu une couche
ligneuse.
Maintenant que nous lui avons donné
une idée claire de la greffe , nous pou
11. Vol.
YOUS
DECEMBRE . 1733. 2799
vons distinguer avec lui l'écorce qui environne
l'oeil de l'écusson en deux portions
, l'une superieure et l'autre inferieure.
La portion superieure de l'écorce ,
suivant lui , forme le plus souvent un bourelet
, qui peu peu recouvre la tige qui a
été coupée, Nous avons trop
bien vû que
le recouvrement dont il est question est
formé partie par l'écorce de la greffe et
en plus grande partie par celle du sujet,
pour que M. Duhamel convienne que
ce recouvrement soit fait le plus souvent
par un bourelet formé par un prolongement
de la greffe , qui peu à peu recouvre la tige
qui a été coupées cependant le prétendu
Solitaire persiste dans son sentiment , en
disant ; lly a des greffes où cette écorce après
avoirfait cette espece de calotte pour reconvrir
entierement le bois coupé , s'unit tellement
avec l'écorce du sujet , qu'on ne voit
aucune marque de jonction. Il n'est pas
surprenant qu'après s'être mis dans la
tête que l'argot étoit entierement recouvert
par l'écorce de la greffe , il n'y reconnoisse
plus d'union , puisqu'il la
cherche où elle n'est pas , cependant il
est sûr que cette union est quelquefois
peu apparente. Il rapporte ensuite un
exemple qui n'est pas fort interessant ,
d'un arbre qui a poussé une branche de
II, Vol.
cet
2800 MERCURE DE FRANCE
; cet endroit quelle raison y auroit il
pour qu'il n'en poussât pas de- là , comme
d'ailleurs ?
Ce que notre Solitaire dit de la greffe
en fente , revient , à peu de cbose près ,
à ce qu'il a dit de l'écusson ; ainsi nous
nous contenterons d'inviter les curieux à
aller voir une greffe de Pommier , âgée
de 14. ans , c'est , selon lui , une piece
fort précieuse , qu'il conserve avec soin
dans son Cabinet : on sera bien dédommagé
du voyage d'Auxerre.
Voilà , M. où se terminent les Observations
du Solitaire , et où commence
la Parodie du Memoire de M Duhamel ,
que je n'aurois jamais reconnu dans ceux
de l'Académie , si l'Auteur de la Lettre
ne l'avoit pas indiqué dans le Tome
de l'Année 1728 .
Premierement , il dit avoir lû dans
le Volume de cette année un Memoire
de M. D. sur la greffe , ce qui est faux ,
puisqu'il n'y a que deux Memoires de
M. D. en 1728. l'un où il découvre la
source d'une maladie du Saffran , et l'autre
où il recherche la cause phisique des
nouvelles especes de fruits ; il est vrai
que cette recherche l'a engagé à dire un
mot de la greffe , mais ce n'est que par
occasion et dans l'espace tout au plus
II. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2801
de deux feuilles , * ce qui dispense M.Duhamel
de l'exactitude que j'espere qu'on
trouvera dans les derniers Memoires qu'il
a faits sur cette pratique d'Agriculture ,
et où il traite en particulier de la maniere
dont la greffe s'unit au sujet ; ainsi
le Memoire cité pa Auteur de la Lettre
n'a pas la greffe pour objet principal.
Secondement , l'Auteur de la Lettre essaye
en raprochant plusieurs morceaux
détachez du Mémoire de M. D. de forcer
le vrai sens du Mémoire , pour avoir
occasion ensuite de le tourner en ridicule.
En effet , suivant la Lettre il semble
que M. D. annonce la découverte
d'une vraie glande à laquelle il attribuë
de grands avantages , pendant qu'il n'a
d'autre but que de prouver que la greffe
ne change pas les especes ; pour cela M.
D. commence par rapporter tout ce qui
* Dans le Tome de 1730. M. D. dit , j'eus occasion
l'année derniere dans un Memoire qui
avoit pour titre , Recherche sur les causes , & c.
d'examiner en passant l'Anatomie de la greffe ..
Cet examen des parties de la greffe ne m'ayant
pas paru suffisant pour détruire un sentiment assez
generalement adopté , à moins que les Observations
Anatomiques ne fussent soutenues
par des Experiences exactes et plusieurs fois réïterées
, j'ai rapporté plusieurs greffes que l'on
pratique tous les jours , &c...
11. Vol. C pa
2892 MERCURE DE FRANCE
paroît favorable à li greffe ou plutôt au
Systême qu'il combat ; il avoue qu'on ne
peut gueres concevoir que deux Arbres
de differente espece se joignent sans qu'il
en arrive une cicatrice qui soit d'un tissu
plus serré que le tissu des Bois qui se
sont joints , il ajoute qu'on voit assez
souvent des infléxions ou changemens de
directions dans les fibres et qu'il peut
bien y avoir quelque chose qui approche
de la Méchanique des gandes ; il
croît même qu'on peut attribuer à cette
nouvelle organisation la petite perfection
qu'acquerrent les fuits par la greffe , et
suppose que cette perfection sera plus
considérabe à proportion que la cicatrice
sera d un tissu plus serré , et qu'ain.
si on ne peut pas esperer que la greffe
affranchisse beaucoup les especes quand
y ayant trop de rapport entre la greffe et
le sujet l'union est si intime qu'il n'y a
presque pas de cicatrice ( 1 ) , après tout
ce sont- là de ces points de Physique où il
n'y a que de la vrai- semblance , et sur
lesquels chacun peut avoir son sentimen
; mais M, Duhamel revient bien tột
au but principal de son Mémoire , et il
dit qu'il ne voit rien dans cette organi
&
( 1 ) Ce qu'on peut voir dans un de ses Mémoires
, imprimé en 17319
LI, Vol Zie
DECEMBRE. 1733 . 2803
sation qui puisse changer les especes :
Voici comme il termine cet article.
Si en effet la glande,le filtre ou le noud
qui est produit par l'application de la
greffe , étoit capable de changer si considérablement
la séve il en naîtroit un fruit
totalement different de celui qu'on auroit
greffé ; ce qui n'arrive pas , il donne seulement
une petite perfection à la séve ,
et quelque petite que soit cette perfec
tion , elle ne laisse pas de se faire remar
quer dans le fruit ; ce que M. D. ach ve
de prouver par plusieurs expériences de
pratique,
A l'égard de l'union des fibres de la
greffe avec le Bois déja formé ; quoique
cela arrive quelquefois , je n'ai point
vû que M. D. l'eut avancé dans son Mémoire
; au contraire , il y a plus d'un an
qu'il m'a fait voir que cette union n'arrivoit
que rarement ; mais quand il seroit
vrai que M. Duhamel se seroit trompé
dans ce Mémoire au sujet de la greffe ,
ne seroit- il pas en droit d'en appeller à
la suite de son rravail sur cette matiere ?
Puisqu'on ne continue à observer que
pour acquerir de nouvelles connoissances
et rectifier les anciennes , et je n'ai rien de
mieux à faire pour l'entiere justification
de M.D. que d'exhorter ceux qui auront
II. Vol. Cij lû
2804 MERCURE DE FRANCE
lû la Lettre du prétendu Frere , à lire le
Mémoire qui a été l'objet de la critique ,
en attendant que la suite de ses Observations
soit imprimée.
Cependant comme l'ami du prétendu
Solitaire , suivant l'usage de tous les Critiques
de mauvaise humeur , ne manque
pas de taxer M. D, de Plagiaire. J'ai été
curieux de m'assurer par moi- même , si
effectivement les Auteurs citez avoient
échapé à M. D. comme cela auroit pû
arriver. Mais cette recherche n'a servi qu'à
me faire voir combien l'envie et la jalousie
déguisent les objets aux yeux
de ceux
qui sont susceptibles de ces passions.
Voici le passage de M.Tournefort: Pour
remplir le dénombrement des causes auxquelles
l'on araporté les maladies des Plantes ;
Il nous reste, à parler des bosses qui naissent
autour des greffes comme les Vaisseaux de
la greffe ne répondent pas bout à bout aux
Vaissaux du sujet sur lequel on l'a appliquée
, il n'est pas possible que le suc nourrissier
les enfile en ligne droite , si-bien
que le
cal bossu est inévitable ; d'ailleurs il se trouve
bien de la matiere inutile dans la filtration
qui se fait du sujet dans la greffe , et cette
matiere qui ne sçauroit être vuidée par aucun
Vaisseau , ni defferens ni extrotoires , ne
laisse pas d'augmenter la Bosse,
II, Vol On
DECEMBRE. 1733. 2805
On voit par le passage
de M. de Tournefort
que l'objet
de cet Illustre
Académicien
, étant
d'expliquer
comment
se
forment
les Louppes
qui se rencontrent
au lieu de l'application
de certaines
greffes
, il a recours
à l'extravasion
du suc
ligueux
; mais examine
- t-il si le noeud
,
la cicatrice
ou le cal qui naît de l'union
des deux Bois , est capable'de
changer
les
especes
c'est cependant
là le but de
M. Duhamel
, dit-il , que cette nouvelle
organisation
peut
produire
les petites
perfections
que les fruits
acquerent
par la
greffe , comme
le soupçonne
M. D. Ce
n'est point du tout l'objet
de M.de Tournefort
; ainsi tout ce que l'on peut dire >
c'est
les deux
Académiciens
ne se
que
trouvent
point
en contrariété
de sentimens
; ce qui ne peut faire que plaisir
à
M. D. H. Le sentiment
d'Agricola
ne
ressemble
pas beaucoup
plus à celui de
M: Duhamel
, mais je ne m'arrêterai
pas
à établir
cette différence
, il me fuffit de
faire remarquer
que l'Agriculture
parfaite
d'Agricola
est un Livre Allemand
,
assez nouveau
, et qui n'a été imprimé
en
François
qu'en
1732. ce qui le rend bien
postérieur
au Mémoire
de M. Duhamel
,
qui a été imprimé
en 1728. Vous voyez ,
Monsieur
, combien
le reproche
que l'on
.II. Vol. C iij
fait
2806 MERCURE DE FRANCE
fait à M.D. est ridicule , et le cas que l'on
peut faire des Critiques d'humeur ; on ne
peut que déplorer la misérable inclination
de ceux qui employent leur esprit et
leurs talens à altérer la réputation des
autres , et à les traverser dans leur travail.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
Résumé : LETTRE du Jardinier Solitaire, à M. *** au sujet d'une Lettre sur la Greffe, inserée dans le Mercure de France.
Le Jardinier Solitaire répond à une lettre publiée dans le Mercure de France, qui traite de la greffe des plantes. Plusieurs amis lui ont montré cette lettre, pensant qu'elle l'intéresserait en raison de son expertise en agriculture. Cependant, le Jardinier Solitaire affirme que la lettre ne lui est pas adressée et qu'il ne connaît pas son auteur, dont le style l'a choqué. La lettre est divisée en deux parties. La première contient des observations sur l'union de la greffe avec son sujet. Le Jardinier Solitaire trouve cette partie intéressante, bien qu'elle ne contienne rien de nouveau pour lui, car M. Duhamel lui a déjà montré ses préparations et démonstrations sur la greffe à l'Académie. Les observations incluent : le bois des greffes ne s'unit jamais au bois du sujet, l'union se fait principalement par les fibres herbacées de l'écorce, certaines espèces s'unissent mieux que d'autres, des dissections du gui montrent des similitudes et des différences avec l'union des greffes, des expériences sur la cicatrisation des plaies des arbres ont fourni des lumières sur la greffe, et M. Duhamel a montré des séries de greffes préparées pour illustrer les progrès de leur union. Le Jardinier Solitaire critique certaines affirmations de la lettre, notamment sur l'obliquité des greffes en écusson et la formation de la cicatrice, soulignant que certaines observations sont incorrectes ou mal interprétées. La seconde partie de la lettre est une critique d'un mémoire de M. Duhamel, que l'auteur de la lettre présente de manière erronée. Le Jardinier Solitaire corrige ces erreurs et explique que le mémoire de M. Duhamel ne traite pas principalement de la greffe, mais mentionne la greffe de manière incidente. Il dénonce également les tentatives de l'auteur de la lettre de tourner en ridicule le mémoire de M. Duhamel. Le texte traite également des observations de M. Duhamel sur la greffe des plantes, publiées dans un mémoire en 1731. Duhamel affirme que la greffe n'affranchit pas les espèces et que l'union entre la greffe et le sujet est si intime qu'il n'y a presque pas de cicatrice. Il explique que la greffe améliore légèrement la sève, ce qui se remarque dans le fruit, mais ne change pas l'espèce. Le texte mentionne des critiques adressées à Duhamel, notamment l'accusation de plagiat. Cependant, il est souligné que les travaux de Tournefort et Agricola, cités par les critiques, ne contredisent pas les observations de Duhamel et que ces critiques sont motivées par l'envie et la jalousie. Le mémoire de Duhamel, imprimé en 1728, précède la publication des œuvres mentionnées, invalidant ainsi les accusations de plagiat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. *198-198
DE LA HAYE, le 6 Février.
Début :
Le mariage de la Princesse Caroline avec le Prince de Nassau-Weilbourg, vient d'être [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse Caroline, Union, Oppositions, Religion protestante, Célébration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 6 Février.
DE LA HAYE , le 6 Février.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
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Résumé : DE LA HAYE, le 6 Février.
Le 6 février à La Haye, le mariage de la princesse Caroline avec le prince de Nassau-Weilbourg a été approuvé. Cette union, recommandée par la mère de la princesse, avait suscité des oppositions en raison d'un article du testament du défunt stathouder, stipulant que les femmes ne peuvent accéder au stathoudérat si leur époux n'est pas protestant. Le prince étant luthérien, cette condition posait problème. Les difficultés ont été surmontées. Le mariage sera déclaré le 4 mars et célébré le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 187-203
Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Début :
L'Opera que l'on représenta, est composé de trois Actes ; il est intitulé [...]
Mots clefs :
Opéra, Amour, Hymen, Dieux, Querelles, Humanité, Destin, Campagne, Mer, Nymphe, Conseils, Magnificence, Enchantements, Merveilles, Fête, Noblesse, Ministres étrangers, Comte, Dîner, Marquis, Cérémonie, Mariage, Escadrons, Église, Décorations, Cortège, Ornements, Argent, Or, Étoffes, Arcades, Nef, Lumières, Sanctuaire, Hallebardiers, Chevaux, Capitaine, Carosse, Anneaux, Salle, Repas, Plats, Palais, Union, Temple, Jardins, Colonnes, Pyramides, Beauté, Clémence, Fécondité, Douceur, Figures, Dignité, Intelligence, Fontaines, Illuminations, Feu d'artifice, Guirlandes, Fleurs, Bal, Archiduchesse, Officiers, Chevaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Suite de la Relation de tout ce qui s'eft
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
paffé depuis.
L'Opera que l'on repréſenta , eft compofé de
trois Actes ; il eft intitulé les Fétes de L'Hymen
pour les nôces de LL. AA. RR. &c. il eft précédé
d'un Prologue.
Ce Prologue , qui a pour Titre le Triomphe de
PAmour , eft une querelle que les Dieux font à
l'Amour , fur les maux qu'il ne ceffe de faire
aux hommes . L'Amour convient de toutes ces
fauces, & obtient fon pardon en faveur de l'Union ,
qu'il vient de faire de la vertu & de la beauté,
188 MERCURE DE FRANCE.
Les fajets des trois Actes qui compofent l'Opéra
font féparés. C'est une licence que l'on a cru
devoir prendre à caufe du merveilleux & de la
galanterie qu'apportent avec eux des fujers fabuleux
& variés , qui femblent mieux convenir à la
Fête qu'on a célébrée .
L'Acte d'Aris eft le premier. L'Amour par ordre
du Deftin , ceffe d'être aveugle ; il jette fes premiers
regards fur Iris , & en devient amoureux ;
Iris le prend pour le Zéphire ; mais revenue de
fon erreur, elle en devient éprife , diffipe les nuages
qu'Aquilon jaloux lui oppofe fans ceffe , &
sunit à l'Amour pour rendre au monde les jours
les plus beaux & les plus fereins.
Le fecond Acte , eft celui de Sapho . Le Poëte
a feint cette dixiéme Muſe , amoureufe d'Alcée
celèbre Poëte Lyrique natif de Lesbos : il a
feint aufli Doris , fils de Neptune , amant de Sapho
, qui fe voyant préferer fon rival , a recours
a fon pére , & le prie de le vanger par la mort
de l'un & de l'autre. Neptune écoute les voeux
de fon fiis ; & par le fecours d'Eole , & des vents
fouléve tellement les eaux , que les habitans de
la campagne craignent d'ètre fubmergés : 1
paroît lui-même fur une vague qui s'élève beaucoup
au defius des autres ; menace de tour
inonder , fi dans une heure , Sapho n'eft pas fenible
à l'amour de fon fils il rentre dans le fein
de la mer , qui continue dans la plus grande
agitation .
Sapho invoque Apollon , & l'Amour. Une
Lyre defcend du Ciel attachée à des guirlandes
de fleurs ; un arc s'élève dans la Mer à l'endroit
où elle doit avoir fes bornes , & les lui marque
pour l'avenir.
Sapho prend la Lyre : à mesure qu'elle chante
les prodiges opérés par Apollon , & l'Amour ;
OCTOBRE. 1760. 189
la Mer fe calme & fe retire au lieu où elle
étoit avant le débordement ; remplie des infpirations
divines , & de l'enthousiasme poétique ,
elle voit dans l'avenir la fuitte nombreufe des
héros , dont elle doit célébrer l'alliance , annonce
le bonheur dont l'Univers doit jouir ; & par fon
mariage avec Alcée , accomplit le triomphe de
l'harmonie , & de l'amour.
Le troifiéme Acte eft intitulé Eglé. Cette Nymphe
eft amoureufe de Chromis ; Alcée fa compagne
l'eft de Lincée .Elles fe plaifent enſemble
à faire foupirer leurs Amants , en leur cachant
leur tendreffe ; enfin Eglé dit à Chromis qu'elle
l'aimera , lorfqu'elle verra les eaux d'un torrent
enchaînées ; Alcée promet à Lincée de l'aimer
quand Eglé aimera Chromis.
Ces deux jeunes Faunes , déſeſpérés , fe confultent
enſemble , & vont trouver Silene pour qu'il
les aide de fes confeils . Ce vieillard leur demande
où ils ont laillé Eglé & Alcée ; ils répondent
qu'elles font à cueillir des mûres pour lui
teindre le vifage, lorfqu'elles le trouveront endormi
. Silene confole les deux Faunes, leur ordonne
de ſe retirer , leur promet de les fervir , & fe
met fur un lit de gazon où il feint de dormir
en attendant les deux Nymphes. Elles arrivent
avec des guirlandes de fleurs , en enchaînent Si-
Lene qu'elles croyent endormi ; elles le pouffents
il feint de s'éveiller & montre de la colere :
mais bien-tôt après il leur conte la fable d'Acis
& Galatée. Au milieu de cette fable , il s'arrête
comme infpiré , & leur conſeille d'aller trouver
Prothée , de le furprendre endormi , & de l'enchaîner
fans s'épouvanter des différentes formes
qu'il prendra , parce qu'à la fin il parlera , & leur
apprendra des chofes merveilleules.
Elles remercient Silene , & le quittent pour al190
MERCURE DE FRANCE:
ler chercher Prothée ; Chromis & Lincée les accoma
pagnent. Elles le furprennent , l'enchaînent , &
ferrent toujours plus fes liens , à mesure qu'il change
de forme ; il fe change enfin en un Torrent
qui refte immobile : toutes les Nymphes admirent
ce prodige . Silene arrive , rapelle à Eglé le ferment
qu'elle a fait d'être à Chromis lorſqu'elle
verra enchaîner un torrent ; Eglé confent à être
unie à Chromis , & Alcée tient auffi fa parole à
Lincée ; les Faunes & les Nymphes applaudiffent
à cette union,& Silene; au lieu de finir la fable qu'il
fe fouvient d'avoir commencée , ordonne aux Faunes,
& aux Nymphes, de célébrer cet heureux jour,
en repréfentant par leurs danfes , les amours
d'Acis , & Galatée.
L'Italie a vû dans cette occafion renaître fur la
fcène les enchantemens , & la nouveauté de ce
fpectacle digne de l'admiration des étrangers , par
la magnificence , la vérité , & le bon goût qui eft
diftribué dans l'exécution de toutes ces parties. Les
machines employées aux différens prodiges amenés
par le Sujet , ont eu le plus grand fuccès ;
& le Théâtre actuellement difpofé par les machines
à recevoir tout ce que l'imagination peut fournir
de plus merveilleux , retracera chaque fois le
fouvenir de la fête pour laquelle il fert la premiere
fois.
Après l'Opéra l'Infant & Madame Infante Iſabelle,
furent à l'hôtel Palavicini où M. le Prince de
Lichtenſtein avoit fait préparer une Fête, à laquelle
toute la Nobleſſe fut invitée ; plufieurs tables furent
abondamment ſervies , ainſi que quantité de
rafraîchiffemens. On y danſa juſqu'au matin.
1
Le lendemain, M. le Prince de Lichtenſtein donna
un fuperbe dîner à tous les Miniftres étrangers ,
& à la Nobleffe la plus confidérable de l'Etat , &
Etrangere . Le foir il y eut Opéra.
OCTOBRE. 1760. Iol
Le Vendredi cinq , M. le Comte de Rochechouart
donna un grand dîner à M. le Prince de
Lichtenſtein & aux mêmes perfonnes qui avoient
dîné chez lui la veille . Il y eut Opéra le foir.
Le Samedi fix , M. de Lichtenſtein le Prince
dîna chez M. le Marquis de Revilla . Il y eut le foir
affemblée au Palais.
Le Dimanche ſept, jour fixé pour la Cérémonie
du Mariage , les Troupes prirent les Armes dès le
matin ; deux bataillons du Régiment de Parme &
quatorze Compagnies de Grenadiers borderent
les rues par où le Cortége devoit paffer.
Six cens Carabiniers formèrent quatre eſcadrons
fur la place , deux defquelles y retterent , jufques
après que le cortége y eut paffé ; les deux autres
furent repartis pour fermer toutes les rues qui
viennent aboutir à celles par où les Princes pafferent:
chaque troupe étoit formée fur deux rangs ,
à trente pas derriere l'Infanterie qui occupoit le
débouché de la rue.
" L'Eglife Cathédrale , où fe fit la cérémonie ,
étoit magnifiquement décorée. Les Peintures du
Corrége , & des autres excellents Maîtres dont ce
vafte Edifice fe trouve orné dans les voutes , &
dans les frifes , donnant des bornes à la richeffe
de la décoration projettée pour cette Augufte cérémonie
; on fut obligé de fe contenter d'orner
les pilaftres , les arcades , & les baffes nefs de damas
cramoifi à fleurs , enrichis de grandes lames
d'étoffes d'argent , de deux pieds de large; lefquelles
interrompoient fymétriquenient , d'espace
en efpace, le cours du damas d'une maniere agréable
& gracieufe; les impoftes fur lesquelles repofent
les arcades , étoient entourées d'une riche
pente du même damas , pliffée & terminée par
une frange d'or , ainfi que les rideaux qui ornoient
le dedans des arcades , & qui étoient retrouffés
192 MERCURE DE FRANCE.
vers l'impofte , pour donner lieu de découvrir la
décoration des chapelles , & des nefs laterales . Aux
deux côtés de la porte de lagrande nef étoient deur
orcheftres , parées dans le même goût que le refte
de l'Eglife : elles étoient remplies de trente Muficiens
que l'on avoit fait venir pour jouer des
fanfares , depuis le moment où les Princes defcen➡
dirent de carolles , juſqu'a celui où ils furent entrés
dans le fanctuaire ; les deux tribunes qui fe'
trouvent près du Maître Autel , étoient remplies
des Muficiens de la Chambre de S. A. R. qui exé-'
cuterent fupérieurement d'excellentes fymphonies
à deux choeurs.
Le Maître-Autel , beaucoup plus étendu qu'à
l'ordinaire , le trouvoit richement paré d'étoffe
d'or , & couvert d'une quantité de lumieres . Du
côté de l'Evangile , étoit le dais de S. A. R. du
côté de l'Epitre , étoit la Cathetra , deftinée pour
l'Evêque de Plaifance , qui devoit faire la cérémonie.
Au milieu du Sanctuaire , qui étoit couvert de
tapis de la Savonerie , étoit un prie- Dieu , cou-'
vert d'un grand tapis de velours cramoihi galonné
d'or , ainfi que trois couffins , qui étoient pofés
au bas.
Les latereaux du Sanctuaire , furent remplis
par un nombre infini de Nobleffe. Aux deux côtés ,
en face du Maître - Autel , étoient deux grands parquets
décorés dans la même ordonnance de l'Eglife
, l'un defquels étoit deftiné pour tous les
Miniftres Etrangers , l'autre pour les Dames de
la premiere diftinction .
Le Sanctuaire étoit gardé par les Gardes du
Corps de S. A. R. le veftibule du Sanctuaire ainfi
que les degrés qui defcendent à la grande nef
& toute cette nef jufqu'à la porte de l'Eglife
étoir bordée par la garde des Hallebardiers
Royaux. M.
OCTOBRE. 1760.
M.Je Prince de Lichtenſtein partit à 11 heures de
195
l'Hôtel Palavicini où il étoit logé pour le rendre à
la Cathédrale,fon cortége marchoit dans le même
ordre que le jour de fon Audience publique ; il fut
reçu à la porte de L'Eglife par le Chapitre qui le
complimenta. Sa Livrée entra dans la nef du milieu
& fe rangea des deux côtés devant les Hailebardiers
Royaux.
Pendant ce tems- là le cortége de la Cour s'étoit
mis en mrcche dans l'ordre fuivant.
Quarante Hallebardiers Royaux ouvroient la
marche ; la mufique de cette Compagnie étoit à
la tête.
Le Commandant de l'Ecurie & deux Officiers
de l'Ecurie à cheval , quatre Palfreniers les fuivoient
à pied .
I caroffe à fix chevaux pour le Maître des
Cérémonies & trois
Majordomes.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à fix chevaux, quatre Dames du Palais.
I caroffe à fix chevaux , quatre Dames du Palais.
I caroffe àfix chevaux , quatre
Gentilshommes
de la Chambre.
I caroffe à 8 chevaux. Le Gentilhomme de la
Chambre de fervice à l'Infant.
Le premier Ecuyer , le Majordome de ſervice.
I caroffe à huit chevaux . Le ſervice de Madame
Infante Ifabelle.
Les trompettes & timballes des Gardes du
Corps , avec feize Gardes.
1 caroffe à huit chevaux , l'Infant.
Le Capitaine des Gardes , le Grand Ecuyer.
I caroffe à 8 chevaux ,¡Madame InfanteÏfabelle,
Madame de Gonzales , Madame de Siſſa .
La Compagnie des Gardes du Corps ayant à
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
leur tête le Lieutenant , l'Enſeigne , & huic
Exempts.
2 caroffes de refpect vuidės , attelés à 8 chevaux.
I caroffe à fix chevaux , quatre Gentilshommes
de la Chambre.
Tous les Pages marchoient à pied aux deux côtés
des caroffes des Princes .
On arriva dans cet ordre à la porte de l'Eglife :
on marchoit lentement pour donner aux perfonnes
qui étoient dans les caroffes qui précédoient
ceux des Princes , le temps de defcendre .
M.le Prince de Lichtenſtein attendoit à la porte
de l'Eglife.
Pendant que l'Infant defcendoit de fon carolle,
Le Maître desCérémonies fut prendre M.le Prince
Liechtenſtein & le conduifit à la portiere du caroffe
de Madame Infantelfabelle . L'Infant s'en aprocha
auffi & reçut la main droite de Madame fa fille en
defcendant du caroffe;M. le Prince reçur la main
gauche.
Ils marcherent ainfi jufqu'au prie- Dieu qui fe
trouvoit dans le Sanctuaire en face du Maître-
Autel , où ils fe mirent à genoux fur les couffins
qui étoient au bas de ce prie- Dieu. L'Infant occupa
celui de la droite ; Madame Ifabelle celui
du milieu ; M. de Lichtenſtein celui de la gauche.
Ils fe leverent un moment après , & s'approcherent
des degrés de l'Autel ; l'Evêque déranda
à M. le Prince s'il avoit le pouvoir d'épouler Mae
InfanteIfabelle, au nom de l'Archiduc Jofeph ; fes
Pouvoirs furent lus à haute voix par un Secretaire
impérial , après quoi le Chancelier de l'Evêché
lutauffi à haute voix la Difpenfe du Pape .
Le refte de la Cérémonie fut exécutée ſuivant le
Rituel ordinaire de l'Eglife , excepté que l'anneau
fut préfenté à Madame l'Archiduchelle par M. le
Prince de Lichtenftein , fur une foucoupe , & qu'elle
le mit elle-même à fon doigt.
OCTOBRE. 1760.
195
Après cette cérémonie , Madame l'Archiducheffe
retourna au Pri - Dieu , ayant toujours M.
de Lichtenſtein à la gauche. Après une courte
priere , les Princes fe remirent en marche pour
fortir de l'Eglife dans le même ordre qu'ils y
étoient entrés ; l'Infant & M. de Lichtenttein
donnerent la main à Madaine
l'Archiducheffe
pour monter dans fon carolle , l'Infant monta
dans le fien , & M. le Prince fut joindre les
équipages qui l'attendoient à une des portes latérales
de l'Eglife.
l'on
On le mit en marche pour retourner au Palais
par un chemin plus long que celui
avoit fait en venant du Palais à la Cathédrale
que
afin que tout le Peuple , & une quantité prodigieufe
d'Etrangers qui s'étoient rendus à Parme
pullent voir la magnificence , de cette marche.
Le Cortége de M. le Prince de Lichtenſtein
précédoit celui de la Cour , de 60 ou 80 pas . Les
Troupes qui bordoient les rues lui préfenterent
les armes , les tambours rappelloient , & les
Officiers le faluerent du chapeau .
Pendant l'efpace qui étoit entre le caroffe de
M. de Lichtenftein & celui de l'Infant , l'Infanterie
mit la bayonnette au bout du fufl. Lorsqu'ils
pafferent , on préſenta les armes , les tambours
battirent au champ , & les Officiers faluerent de
l'eſponton .
M. de Lichtenſtein defcendit à la porte du Palais
pour y attendre Madame l'Archiducheſſe ;
l'Infant aufuôt arrivé defcendit de fon caroffe ,
& s'avança à la portiere de celui de Madame
l'Archiducheffe fa fille pour lui donner la main.
Elle fut conduite à ſon
appartement par l'Infant
& M. de Lichtenftein toujours dans l'ordre
obfervé
précédemment , c'eft à dire l'Infant à
fa droite , & M. de Lichtenſtein à la gauche ;
I j
196 MERCURE DE FRANCE.
yne quantité prodigieufe de Nobleffe rem pliffoit
le Palais .
S. A. R. l'Infant fe retira dans fon appartement
, après avoir reſté un moment dans celui
de la fille ; qui , après que l'Infant fut retiré
donna fa main à baifer à tous les Sujets de la
Maifon d'Autriche qui fe trouverent préfens.
L'heure du repas étant arrivée , le Maître des
Cérémonies fut avertir l'Infant , & marcha devant
lui jufques à l'appartement de Madame
l'Archiducheffe , où S. A. R. s'étoit propofée de
l'aller prendre pour la conduire à la table de
nôces.
2
Cette table étoit préparée dans la falle d'audience
, de façon que les trois fiéges fe trouvoient
fous le dais ; il n'y avoit pas de fauteuil ,
mais trois chaifes à dos parfaitement égales.
Madame l'Archiducheſſe entra dans la falle &
fut conduite à table par Monfeigneur l'Infant à
qui elle donnoit la main droite , & M. le Prince
de Lichtenſtein à qui elle donnoit la main gauche
; elle fe plaça au milieu , l'Infant à fa droite ,
& M. de Lichtenftein à fa gauche ; le Maître des
Cérémonies avoit toujours précédé les Princes jufques
à la table.
M. le Comte de S. Vital , Gouverneur de la
Maifon de S. A. R. avec tous les Majordomes ,
excepté celui qui étoit de fervice , furent prendre
lés plats au buffet , & les apporterent ſur la table
dans l'ordre ci-après.
L'Huifier des viandes entre deux Gardes du
Corps , la carabine fur l'épaule : les Gardes s'arrêterent
à la porte de la falle .
Le Maître des Cérémonies marchoit feul quatre
pas après l'Huiffier des viandes.
Douze Pages , portant chacun un plat.
Six Majordomes , portant chacun un plat.
OCTOBRE. 1760. 197
M. le Comte de S. Vital , marchant feul immédiatement
après ,
Le Contrôleur de la Bouche.
Quatre Gardes du Corps la carabine fur l'épaule
, qui fe font arrêtés au même endroit que
les deux premiers.
Le Majordome de fervice prit les plats des
mains des autres Majordomes , & des Pages , &
les arrangea fur la table. Pendant ce temps ,
M. de S. Vital fut fe mettre derriere les Princes
pour fervir Madame l'Archiducheffe , il lui ap
procha fa chaife , celle de l'Infant fut approchée
par un Majordone , & celle de M. le Prince de
Lichtentein par un Gentilhomme de la Maiſon
de S. A R. Madame l'Archiducheffe fut fervie
par M. de S. Vital , l'infant le fut à l'ordinaire
par le entilhomme de la Chambre de fervice ,
& M. le Prince de Lichtenſtein par un Gentilhomme
de la Maiſon.
Ce repas fut fervi avec toute la magnificence
& tout le goût imaginable.
Au fortir de table , Madame l'Archiducheffe
fut reconduite dans fon appartement dans le mê -
me ordre qui avoit été observé en venant à table.
Il n'y eut plus rien jufqu'au foir.
L
Toute la Nobleffe étoit invitée de fe rendre à
huit heures du foir au Palais du Jardin , pour de
là , voir tirer un feu d'artifice , & voir en même
temps une fuperbe illumination difpofée dans le
Jardin . L'ordonnance en étoit riche & galante.
Le Palais du jardin fut dès fept heures rempli
d'un grand nombre de Nobleffe. M. le Prince de
Lichtenftein s'y rendit à fept heures & demie. Le
Prince Ferdinand & Madame Louife , s'y rendirent
peu après , & l'Infant & Madame l'Archiduchefle
y arriverent à huit heures précifes.
Le feu d'artifice fut appliqué à un monument
· Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Hlevé au milieu d'une très- grande place dans le
jardin de Parme , & faifoit face au Palais où les
Princes fe tranfportérent pour en voir l'effet .
Il repréfentoit l'union de l'Amour & de l'hymen
dans le Temple de Minerve. Ce Temple
étoit élevé fur un grand fondement amtique , dont
la forme étoit ovale , de quatre - vingt - dix - huit
pieds de longueur , fur foixante- quatre pieds de
large ; un grand focle de porphyre , comprenant.
dans fa hauteur les gradins qui formoient les deux
entrées principales du Temple , s'élevoit au-delfus
de ce fondement , & contournoit la baſe de ce
monument , qui étoit orné de vingt- quatre colonnes
d'ordre Dorique entourées de guirlandes
de fleurs. Il avoit quatre faces égales , & fes angles
étoient flanqués de quatre pyramides ifolées
dédiées aux Arts & portant leurs attributs en trophées.
Ces Pyramides étoient environnées de quatre
colonnes du même ordre , formant des avantcorne
à jour , rachetés fur les angles du quarré
du Temple , en forme de tours ou de baftions.
L'entablement étoit décoré de guirlandes de
fleurs dans la frife , & les quatre avant- corps. de
colonnes qui couvroient les Pyramides , foutenoient
fur chaque face des médaillons , en tout au
nombre de ſeize , moitié appuyés ſur la frife &
l'architrave de cet ordre , & moitié tombant dans
le vuide de l'entre- colonne. Ils repréſentoient
des tableaux où étoient peintes les qualités vertueufes
de l'Archiduc & de Madame Iſabelle
comme la nobleffe , la magnanimité , la Majesté
Royale , la libéralité , la jeunelle , la beauté , la
bonté , la clémence , la fécondité , la douceur ,
l'amour de la gloire , l'amour de la Patrie , l'amour
des Sciences , l'amour des Arts , l'enjoûment
& l'affabilité .
Au- deffus des quatre tours des Colonnes , s'élevoir
OCTOBRE. 1760. 199
au milieu des trophées Militaires, un piédeftal portant
des renommées,fur les quatre portes ou Arcades
de ce Temple étoient les Écuffons de l'Archiduc
& de Madame Ifabelle , au milieu de deux
vales ,de Parfums , & appuyé fur le focle qui couronnait
la Corniche .
Au -dellus de ce Socle, dont le plan étoit quarré
comme le Temple , s'élevoit une attique ronde
en forme de Piédeftal couronnée d'un dôme ouvert
par le haur & décoré de guirlandes de fleurs .
Ce Piédeſtal fervita porterautour dela Naillance
du dôme 12 Figures réprefentant les Jeux , les
Ris, & les Plairs , danfant & formant une chaîne
de guirlandes autour de ce monument.
Les quatre portes du Temple étoient décorées &
comme gardées par huit Figures repréſentantes la
vigilance , la dignité , l'Intelligence , la pureté ,
le filence , la douceur , & le courage , qui compo.
fept enfemble toutes les vertus qui caractérisent.
la fagelle.
Au milieu de ce temple dont la forme intérieure.
étoit octogone rachetant une voûte ronde & farbaillée
, étoit la Figure de Minerve fur différens
plans de quées , réuniffant entre fes bras les Figures
de l'Amour & de l'Hymen.
Sur les deux aîles du focle qui joignoit toute la
longueur du fondement ovale , & qui comprenoit
toute la hauteur des perrons , étoient de chaque
côté les autels de l'Amour & de l'Hymen .
Quatre fontaines de feu élevées fur des rochers
qui fortoient de terre contribuoient à la richeſſe de
la bafe de ce monument , en même tems qu'elles
augmentoient l'effet des différens tableaux de feu
qui fortoient de cet édifice deftiné à faire éclater
la joie publique que procure cet événement.
L'Illumination générale de cette machine d'Artifice
fur accompagnée de deux Phénomènes qui
I iv
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif :
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir ſur le ſommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illumination
générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baſſes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plane
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée .
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
de
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges .
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui par
devant , & on defcendoit de-là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchefe
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenſtein
prit fon Audience de congé ; tout fut obſervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
I v
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils mon
troient chacun le Globe du Monde tranſparent
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage.
Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommer du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & balles ; les miroirs de feu , les
pots à- feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen➡
tes avenues en étoile , qui y conduifent ; enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête auguſte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame :
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe fe ren lit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal mafqué.
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui feparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryftal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlan
des de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Tur
quie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle ,
par une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheffe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danſerent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenſtein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande 9
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fur à celle de
1 ་
200 MERCURE DE FRANCE
fe voyoient à droite & à gauche à une certaine dif
tance du feu & comme dans le lointain. Ils montroient
chacun le Globe du Monde tranfparent , '
d'un diamètre confidérable , environnés dans l'air
d'un cercle de feu , en figne de l'allégreffe que
qu'infpire à tout l'Univers cet Augufte Mariage
. Une grande quantité de fufées fortoient
également de derriere ces Phénomènes , & formoient
en l'air des Bouquets qui , dirigés pour fe
réunir fur le fommet du Temple , conftruifoient
une voute de feu , qui le couvroit continuelle
ment.
Tout ce Spectacle étoit accompagné d'une illu
mination générale dans le jardin ; les terraffes décorées
d'ifs , de girandoles & de cordons de lu
mieres hautes & baffes ; les miroirs de feu , les
pots à-feu formant des cordons élevés , toutes les
allées éclairées fur différens deffeins , & l'illumination
de toute la façade du Palais qui fait face à
l'entrée de ce jardin , auffi bien que les différen
tes avenues en étoile , qui y conduifent enfin
rien ne fut oublié pour rendre cette Fête augufte
& digne de fon Souverain.
Après le feu d'artifice , l'Infant & Madame
l'Archiducheffe furent fouper. Pendant ce tems
toute la Nobleffe ſe ren fit au Théâtre , que l'on
avoit préparé pour y donner un Bal maſqué .
On avoit élevé le Parterre à la hauteur du plan
cher du Théâtre , & l'on avoit pratiqué fur ce
même Théâtre , des Loges folides , femblables à
celles de la Salle ; de façon que le Theâtre &
le Parterre ne faifoient qu'une grande Salle
ovale , applatie par les flancs , & toute entourrée
de trois rangs de Loges les unes fur les autres ;
cette Salle étoit ornée de guirlandes de fleurs , &
de gazes bleues & argent , qui fe rattachoient galamment
aux montants qui ſéparent les Loges , &
OCTOBRE. 1760. 201
qui tomboient en feftons fur les appuis des Loges ,
d'une maniere agréable & pleine de goût ; elle
étoit éclairée par une quantité de luftres de cryftal
ornés de guirlandes de petites fleurs , & par
des bras de cryſtal ornés de même , appliqués contre
les appuis des Loges des rangs fupérieurs ; c'étoit
à ces bras que venoient s'attacher les guirlandes
de fleurs , qui ornoient le devant des Loges.
On entroit dans cette Salle par la Loge de la couronne
qui s'avance fur le Parterre , comme les
Amphithéâtres employés en France dans les Salles
des Spectacles ; on en avoit coupé l'appui pardevant
, & on defcendoit de -là dans le corps de la
Salle par quatre degrés couverts de tapis de Turquie.
Toutes les Loges étoient remplies , tant celles
pratiquées fur le Théâtre que celles de la Salle
pår une grande quantité de Dames & de Cavaliers
ment parés.
Madame l'Archiducheſſe étant arrivée , on ouvrit
le Bal par une Allemande , où douze perfonnes
danferent enſemble : Madame l'Archiduchele
donnoit la main au Prince François , neveu de M.
le Prince de Lichtenftein . On danſa jufqu'à quatre
heures du matin ; & pendant tout le tems que
durat le Bal , les Officiers de la maiſon de l'Infant
fervirent abondamment de toutes fortes de rafraîchiflemens.
Tout fe paffa avec beaucoup d'ordre ,
& tout le monde fortit extrêmement fatisfait.
Le lendemain 8 , M. le Prince de Lichtenftein
prit fon Audience de congé ; tout fut obfervé à
cette Audience comme à celle de la demande ,
excepté que l'Introducteur , le Maître des Cérémonies
, & M. le Marquis Palavicini , furent pren .
dre.M. le Prince dans l'Appartement qu'il occupoit
à la Cour ; & que M. de Lichtenſtein , en
fortant de l'Audience de l'Infant , fut à celle de
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Madame l'Archiducheffe , avant d'être conduit à
celle du Prince Ferdinand.
Après l'Audience de Madame Louife , M. le
Prince , au lieu de retourner dans fon appartement
a la Cour , defcendit par le grand efcalier ,
& fut monter dans fon Caroffe qui l'attendoit a la
porte du Palais , pour le ramener à l'Hôtel Palavicini
.
Le Maître des Cérémonies l'accompagna juf
qu'au bas de l'efcalier , M. de Palavicini & M.
Introducteur jufques à la portiere de la voiture ,
qui ne fur fermée que quand ces Meffieurs fe futent
retirés.
Le foir , il y eut Opéra.
Le 9. l'Infant fut dîner chez M. de Lichtenſtein.
Lé foir , il y eut Opéra.
Le to M. le Prince de Lichtenſtein dina chez M.
Dutillot , & partit après dîner pour Cafalmajor.
Le foir , il y eut Aflemblée au Paļais .
Le 11. au matin tous les Corps de l'Etat , le
Militaire , la Nobleffe , & la Maifon de S. A R.
eurent l'honneur de baifer la main à Madame
l'Archiducheffe .
Il y eut Opéra , le ſoir.
Le .les Princes n'ont reçu perfonne .
Le 13. S. A. R. Madame l'Archiducheffe partit
à dix heures du matin pour le rendre à Cafalmajor:
elle y a été accompagnée par Madame de
Gonzales , Madame de Silla , quatre Dames du
Pálais , des Majordomes , & huit Gentilshommes
de la Chambre ; elle étoit faivîe d'un nombre de
Pages , d'Ecuyers , de fon premier fervice , & defon
fervice du fecond Ordre , du Commandant de
l'Ecurie de deux Officiers des Ecuries , du Sellier >
du Maréchal , du Charron & de 24 Palfreniers à
Cheval;elle étoit éfcortée par des Gardes du Corps.
Les rues par lesquelles elle a pallé, étoient bordées
OCTOBRE , 1760. 203
de troupes , on avoit difpofé des Détachemens de
Cavalerie & d'Infanterie fur différens endroits de
la roure.
Des Bataillons Provinciaux , fix Compagnies de
Grenadiers, un Bataillon du Régiment de Parme ,
& les deux Compagnies de Grenadiers de inême
Régiment, étoient difpofées fur les bords du Pô ,
en deçà de la tête du Pont. Elle y a trouvé des
Elcadrons de Gardes du Corps & de Cavalerie. Elle
eft arrivée à Cafalmajor à midi & deux minutes.
M. le Comte de S. Vital eft chargé de la Cérémonie
de la remife , un Secrétaire du Cabinet de
l'Acte de certe ' remiſe .
S. A. R. s'arrête demain à Cafalmajor pour y
donner la main à bailer aux Deputés de la Lombardie
Autrichienne , aux Chambres Souveraines ,
& à la Nobleffe. Le lundi elle ira à Mantoue, où elle
s'arrêtera encore un jour, pour un objet ſemblable.
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Résumé : Suite de la Relation de tout ce qui s'est passé depuis.
Le texte relate les festivités entourant le mariage des Altesses Royales, notamment Madame l'Archiduchesse à Parme. Les célébrations incluent la représentation de l'opéra 'Les Fêtes de l'Hymen', composé de trois actes indépendants précédés d'un prologue intitulé 'Le Triomphe de l'Amour'. Ce prologue met en scène une querelle entre les dieux et l'Amour, qui obtient leur pardon pour l'union de la vertu et de la beauté. Les trois actes de l'opéra sont 'Aris', 'Sapho' et 'Eglé', chacun racontant des histoires d'amour et d'interventions divines. Les festivités comprennent des réceptions et des dîners offerts par des nobles tels que le Prince de Liechtenstein et le Comte de Rochechouart, avec des représentations d'opéra et des danses. La cérémonie de mariage à la cathédrale est décrite avec une décoration somptueuse et une procession ordonnée. Les troupes et les gardes assurent la sécurité, et la cérémonie religieuse suit le rituel ordinaire avec quelques adaptations spécifiques. Après la cérémonie, les princes retournent au palais dans le même ordre qu'à l'arrivée. Les événements incluent également un feu d'artifice et une illumination dans le jardin du palais, représentant l'union de l'Amour et de l'Hymen, suivi d'un bal masqué au théâtre. Madame l'Archiduchesse ouvre le bal avec le Prince François. Le lendemain, le Prince de Liechtenstein prend congé selon les cérémonies protocolaires. Les festivités se poursuivent avec des audiences et des repas officiels. Le 11 octobre, divers corps de l'État rendent hommage à Madame l'Archiduchesse. Le 13 octobre, elle quitte pour Casalmaggiore, escortée par des troupes et des dignitaires, et arrive à midi. Elle prévoit de s'arrêter à Casalmaggiore et à Mantoue pour saluer les députés et la noblesse.
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