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1
p. 12-15
De la formation & de l'acroissement des Coquilles des Animaux tant Terrestres que Aquatiques, soit de Mer soit de Terre. Par Mr de Reaumur.
Début :
Personne jusqu'icy n'avoit expliqué physiquement la formation & [...]
Mots clefs :
Coquillages
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texteReconnaissance textuelle : De la formation & de l'acroissement des Coquilles des Animaux tant Terrestres que Aquatiques, soit de Mer soit de Terre. Par Mr de Reaumur.
De la formation & de l'acroissement des Coquilles
des Animaux
tant Terrestres que
: Aquatiques , foit de
Mer foit de Terre. si
;
Par Mr de Reaumur. :
Personne jusqu'icy n'avoit
expliqué physiquement
la formation &c
l'accroissement des Coquillages,
leur structure,
la diversité de leurs couleurs.
Mr de Reaumur
après avoir confideré
avec toute l'attention
d'un PhysicienGeomet-
(CC;, de quelle maniere
la nature s'y prend pour
former cet Ouvrage
merveilleux, est parvenu
le premier à pouvoir
rendre exactement raison
de toutes les particularitez
qu'on y remarque,
&en a rendu
compte a l'Academie
dans son Mémoire du
mois de Novembre 1709
J'en ay fait dans le
Memoire de Février
un extrait assez étendu
pour interesser les Glorieux
à rechercher eux.
mêmes lacausedetant
de singularitez qu'ils
se sontcontentez jusqu'icyd'admirer
, pour
peu qu'ils soient Physîciens
, les principes simples&
faciles que Mrde
Reaumur a établis leur
suffiront
, pour être en
état d'expliquer ce qu'ils
trouveront de plus re*
marquable: dans les di&
ferentes especes de Co-î
quillages.
des Animaux
tant Terrestres que
: Aquatiques , foit de
Mer foit de Terre. si
;
Par Mr de Reaumur. :
Personne jusqu'icy n'avoit
expliqué physiquement
la formation &c
l'accroissement des Coquillages,
leur structure,
la diversité de leurs couleurs.
Mr de Reaumur
après avoir confideré
avec toute l'attention
d'un PhysicienGeomet-
(CC;, de quelle maniere
la nature s'y prend pour
former cet Ouvrage
merveilleux, est parvenu
le premier à pouvoir
rendre exactement raison
de toutes les particularitez
qu'on y remarque,
&en a rendu
compte a l'Academie
dans son Mémoire du
mois de Novembre 1709
J'en ay fait dans le
Memoire de Février
un extrait assez étendu
pour interesser les Glorieux
à rechercher eux.
mêmes lacausedetant
de singularitez qu'ils
se sontcontentez jusqu'icyd'admirer
, pour
peu qu'ils soient Physîciens
, les principes simples&
faciles que Mrde
Reaumur a établis leur
suffiront
, pour être en
état d'expliquer ce qu'ils
trouveront de plus re*
marquable: dans les di&
ferentes especes de Co-î
quillages.
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Résumé : De la formation & de l'acroissement des Coquilles des Animaux tant Terrestres que Aquatiques, soit de Mer soit de Terre. Par Mr de Reaumur.
Monsieur de Reaumur a étudié la formation et l'accroissement des coquilles des animaux, tant terrestres qu'aquatiques. Avant ses travaux, ces processus, ainsi que la structure et la diversité des couleurs des coquillages, n'avaient pas été expliqués physiquement. Grâce à des observations minutieuses, Reaumur a réussi à expliquer ces particularités. Il a présenté ses découvertes à l'Académie dans un mémoire en novembre 1709. Un extrait de ce mémoire a été publié en février pour encourager les scientifiques à explorer davantage ces singularités. Les principes établis par Reaumur sont simples et accessibles, permettant aux chercheurs de comprendre les caractéristiques remarquables des différentes espèces de coquillages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 23-39
Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
On a promis dans le dernier Mercure cet Extrait plus [...]
Mots clefs :
Pourpre, Académie royale des sciences, Nature, Coquillages, Discours, Teinture, Anciens, Liqueurs, Expérience
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
On a promis dans le
dernier Mercure cet Extrait
plus ample du Discours
leu par Monsieur de
Reaumur
,
à l'ouverture
des assemblées de l'Académie
Royalle des Sciences
câprés la saint Martin,
sur la découverte dune
nouvelleTeinture de Pourpre.
Malgré divers Traitez
faits par les Modernes sur
la couleur de Pourpre si
précieuse aux Anciens, on
a esté peu instruit de la nature
de la liqueur qui la
fournissoit:aussi tous ces
ouvrages ne sont-ils que
des especes de Commentaires
de quelques passages
d'Aristote & de Pline
C'ell: sur la nature mesme,
Se non sur les Naturalistes
qu'il faut faire des observations
varions lorsqu'on veut dé
couvrir quelques-uns de
ses secrets.Aristote
& Pline nous ont cependant
laissé bien des choses
remarquables sur cette matiere,
mais plus propres à
exciter nostre curiosité
qu'à la satisfaire pleinement.
Monsieur de Reaumur
dit ensuite que quoy que
ces Auteurs ayentparlé en
differentsendroits des poifc
fons à coquilles qui donnoient
la liqueur dont on
se servoit pour teindre en
Pourpre , que quoy qu'ils
ayent traité de leur naissance,
dela durée de leur
vie, dela maniere dontils
se nourrissoient,comment
on les peschoit, comment
on leur enlevoitcette pré- |
cieuse liqueur, &enfinles i
diverses préparations qu'- j
onluydonnoit,onanean- )
moins mis la Teinture de !
Pourpre des Anciens au j
nombre des secrets per- ! dus.
Ce que ces Autheurs ,
poursuit-il ;nousont laissé Hj
sur cettematiere, n'a point j
<' a
empesché le Public de
trouver les agréments de
la nouveauté dans les obfervations
d'un Anglois sur
la Teinture de Pourpre,
que fournit un coquillage
communsur les costes de
son pays.Cecoquillage
n'est qu'une desespeces
comprises fous le genre
appelléBuccinum par les
Anciens, notn qu'ils a"
voient donné à ces especes
de poissons
, parce que la
figure dela coquille dont
ils sont revestus,a quelque
t, ressemblanceà celle d'un
cors de chasse. Pline
livre7. chap. 5*. rangetoutes
lesespeces de coquillages
qui donnent la Teinture
de Pourpre, fous deux
genres, dont le premier
comprend les petites especes
de Buccinum
,
& le second
les coquillages ausquels
on a donné le nom
de Pourpre comme à la
Teinture qu'ils fournis- sent
Nos costes d'Ocean
continuë Mr de Reaumur,
ne nous donnent point de
ces dernieres especes de coquillages
; mais en revanche
on y rencontre trescommunemenc
une petite
espece de Buccinum ,
donc
les plus grandes ont douze
àtreize lignes de long, &
sept à huit de diamettre
dans l'endroit où elles sont
plus grosses.tournées
en spiralescomme ce lles
de nos limaçons de jardin,
mais un peu plus allongées.
C'est en considerant au
bord de la coste les coquillages
de cette espece, que
je trouvay une nouvelle
Teinture de Pourpre, que
je ne cherchois point.
Je remarquay que les Buc.
cinum estoient ordinairement
assemblez autour, de
certaines pierres
, ou fous
certaines arcadesdesable,
pour ainsi dire cimenté,
que la Mer seuleatravail-
] , r'I lées. & qu'ils s'y assembloient
quelquefoisen
si grande quantité
,
qu'on
pouvoitles y amasser à pleines
mains, au lieu qu'ils
estoient dispersez ça & là
par tout ailleurs. Je remarquay
enmesme temps
que ces pierres ou ces lables
estoient couverts de
certains petits grains.
dont la figure avoit quelque
ressemblance à celle
d'un spheroïde elliptique,
ou d'une boule allongée;la
longueur de ces grains eC.
toit d'un peu plus de trois
lignes,& leur grosseur d'un
peu plus d'une ligne. Ils
me parurent contenirune
liqueur d'un blanc tirant
sur le jaune, couleur assez
approchante de celle de la
liqueur que les Buccinum
donnent pour teindre en
Pourpre; cette seule ressemblance,
& la maniere
dont les Buccinum estoient
tousjours aÍfernblez autour
de ces petits grains,suffirent
pour me faire soupçonner
qu'on en pourroit
peut-estre tirer une Teinture
de Pourpre, telle
qu'on la tire de ces coquillages
J'examinay
ces grains de plus prés, j'en
apperceus quelques-uns
qui avoient un oeil rougeastre.
J'endétachay aush-
raft des pierres ausquelles
ils sont fortadhérants,
& me servant du premicl".
linge, & le moins coloré
qui se presenta dans lemoment,
j'exprimay de.]eue,
suc sur les manchettesde
ma chemise
j
elles m'eparurent
un peu plus sales,
mais je n'y vis d'autres
couleurs qu'un petit oeil
jaunaftre que je demeslois
à peine dans certains endroits.
D'autres objets qui
attiroient mon attention,
me firent oublierceque je
venois de faire. Je n'y pensois
plus du tout, lorsque
jettant par hasardles yeux
surces mesmes manches
tesun aprés, demi quart d'heure
je fus frappé d'une
greable surprise
,
je vis
une fort belle couleur
pourpre sur les endroits où
les grains avoient esté
écrasez. J'avois peine à
croire un changement si
prompt& si grand.
Je ramassay de nouveau de
ces grains, mais avec plus
de choix, car j'avois foin
de ne détacher des pierres
que ceux qui me paroissoient
les plus blancs, ou
plustost les moins jaunes.
Je moüillay encore mesV
manchettes de leur suc , mais en des endroits differents
, ce qui ne leur donna
point d'abord de couleur
qui approchast en auXs
cune façon du rouge. Cependant
je les consideray
à peine pendant trois ou
quatre minutes que je leur
vis tout d'un coup prendre
une aussi belle couleur
pourpre que la premiere
que ces grains avoient donnée.
C'en estoitassez pour
ne pouvoir pas douter que
ces grains donnoient une
couleur pourpre aussi belle
ouLe1le des Buccinurn,
Monsieur de Reaumur
ra pporte ensuite plusieurs
experiences qu'il fit pour
connoistre si cette liqueur
avoit autant de tenacité
quecelle desBuccinum,fait
remarquer que le linge
trempé dans la liqueur de
ces grains,ne prend lacouleur
de pourpre que lorsqu'on
l'expose au grand
air; & que quelques experiences
qu'il ait tentées
pour découvrir ce que sont
ces petits grains, il n'en a
point fait d'assez heureuses
pour y parvenir; qu on tireroic
la liqueur de ces
grains de Pourpre d'une
maniere infiniment p!bc
commode que celle dont
les Anciens ostoient la liqueur
des Buccinum
,
& fait
à ce sujet un détail tresample
& très-curieux,
aprés lequelil conclut qu'-
on pourroit tirer de ces
oeufs plus d'utilité que les
Anciens n'en tiroient des
Buccinum, parce qu'il y a
; incomparablement plus de
cesoeufs que decescoquili-
-
lages,& quon auroit leur
liqyeur beaucoup plus aisément
: enfin que la couleur
de cette liqueur paroist
parfaitement belle sur
le linge
, & que dans le
grand goust où l'on est à
present pour les toiles
peintes, on pourroit s'en
servir avec succez pour imprimer
sur du linge toutes
fortes de figures; cette liqueur
aussi bien que celle
des Buccinum, y seroit, ditil,
d'autant plus propre qu'elle , ne s'étend point
par delà l'endroitoùonl'a
posée
,
de sortequ'elle
pourroittousjours tracer
des traits nets.
dernier Mercure cet Extrait
plus ample du Discours
leu par Monsieur de
Reaumur
,
à l'ouverture
des assemblées de l'Académie
Royalle des Sciences
câprés la saint Martin,
sur la découverte dune
nouvelleTeinture de Pourpre.
Malgré divers Traitez
faits par les Modernes sur
la couleur de Pourpre si
précieuse aux Anciens, on
a esté peu instruit de la nature
de la liqueur qui la
fournissoit:aussi tous ces
ouvrages ne sont-ils que
des especes de Commentaires
de quelques passages
d'Aristote & de Pline
C'ell: sur la nature mesme,
Se non sur les Naturalistes
qu'il faut faire des observations
varions lorsqu'on veut dé
couvrir quelques-uns de
ses secrets.Aristote
& Pline nous ont cependant
laissé bien des choses
remarquables sur cette matiere,
mais plus propres à
exciter nostre curiosité
qu'à la satisfaire pleinement.
Monsieur de Reaumur
dit ensuite que quoy que
ces Auteurs ayentparlé en
differentsendroits des poifc
fons à coquilles qui donnoient
la liqueur dont on
se servoit pour teindre en
Pourpre , que quoy qu'ils
ayent traité de leur naissance,
dela durée de leur
vie, dela maniere dontils
se nourrissoient,comment
on les peschoit, comment
on leur enlevoitcette pré- |
cieuse liqueur, &enfinles i
diverses préparations qu'- j
onluydonnoit,onanean- )
moins mis la Teinture de !
Pourpre des Anciens au j
nombre des secrets per- ! dus.
Ce que ces Autheurs ,
poursuit-il ;nousont laissé Hj
sur cettematiere, n'a point j
<' a
empesché le Public de
trouver les agréments de
la nouveauté dans les obfervations
d'un Anglois sur
la Teinture de Pourpre,
que fournit un coquillage
communsur les costes de
son pays.Cecoquillage
n'est qu'une desespeces
comprises fous le genre
appelléBuccinum par les
Anciens, notn qu'ils a"
voient donné à ces especes
de poissons
, parce que la
figure dela coquille dont
ils sont revestus,a quelque
t, ressemblanceà celle d'un
cors de chasse. Pline
livre7. chap. 5*. rangetoutes
lesespeces de coquillages
qui donnent la Teinture
de Pourpre, fous deux
genres, dont le premier
comprend les petites especes
de Buccinum
,
& le second
les coquillages ausquels
on a donné le nom
de Pourpre comme à la
Teinture qu'ils fournis- sent
Nos costes d'Ocean
continuë Mr de Reaumur,
ne nous donnent point de
ces dernieres especes de coquillages
; mais en revanche
on y rencontre trescommunemenc
une petite
espece de Buccinum ,
donc
les plus grandes ont douze
àtreize lignes de long, &
sept à huit de diamettre
dans l'endroit où elles sont
plus grosses.tournées
en spiralescomme ce lles
de nos limaçons de jardin,
mais un peu plus allongées.
C'est en considerant au
bord de la coste les coquillages
de cette espece, que
je trouvay une nouvelle
Teinture de Pourpre, que
je ne cherchois point.
Je remarquay que les Buc.
cinum estoient ordinairement
assemblez autour, de
certaines pierres
, ou fous
certaines arcadesdesable,
pour ainsi dire cimenté,
que la Mer seuleatravail-
] , r'I lées. & qu'ils s'y assembloient
quelquefoisen
si grande quantité
,
qu'on
pouvoitles y amasser à pleines
mains, au lieu qu'ils
estoient dispersez ça & là
par tout ailleurs. Je remarquay
enmesme temps
que ces pierres ou ces lables
estoient couverts de
certains petits grains.
dont la figure avoit quelque
ressemblance à celle
d'un spheroïde elliptique,
ou d'une boule allongée;la
longueur de ces grains eC.
toit d'un peu plus de trois
lignes,& leur grosseur d'un
peu plus d'une ligne. Ils
me parurent contenirune
liqueur d'un blanc tirant
sur le jaune, couleur assez
approchante de celle de la
liqueur que les Buccinum
donnent pour teindre en
Pourpre; cette seule ressemblance,
& la maniere
dont les Buccinum estoient
tousjours aÍfernblez autour
de ces petits grains,suffirent
pour me faire soupçonner
qu'on en pourroit
peut-estre tirer une Teinture
de Pourpre, telle
qu'on la tire de ces coquillages
J'examinay
ces grains de plus prés, j'en
apperceus quelques-uns
qui avoient un oeil rougeastre.
J'endétachay aush-
raft des pierres ausquelles
ils sont fortadhérants,
& me servant du premicl".
linge, & le moins coloré
qui se presenta dans lemoment,
j'exprimay de.]eue,
suc sur les manchettesde
ma chemise
j
elles m'eparurent
un peu plus sales,
mais je n'y vis d'autres
couleurs qu'un petit oeil
jaunaftre que je demeslois
à peine dans certains endroits.
D'autres objets qui
attiroient mon attention,
me firent oublierceque je
venois de faire. Je n'y pensois
plus du tout, lorsque
jettant par hasardles yeux
surces mesmes manches
tesun aprés, demi quart d'heure
je fus frappé d'une
greable surprise
,
je vis
une fort belle couleur
pourpre sur les endroits où
les grains avoient esté
écrasez. J'avois peine à
croire un changement si
prompt& si grand.
Je ramassay de nouveau de
ces grains, mais avec plus
de choix, car j'avois foin
de ne détacher des pierres
que ceux qui me paroissoient
les plus blancs, ou
plustost les moins jaunes.
Je moüillay encore mesV
manchettes de leur suc , mais en des endroits differents
, ce qui ne leur donna
point d'abord de couleur
qui approchast en auXs
cune façon du rouge. Cependant
je les consideray
à peine pendant trois ou
quatre minutes que je leur
vis tout d'un coup prendre
une aussi belle couleur
pourpre que la premiere
que ces grains avoient donnée.
C'en estoitassez pour
ne pouvoir pas douter que
ces grains donnoient une
couleur pourpre aussi belle
ouLe1le des Buccinurn,
Monsieur de Reaumur
ra pporte ensuite plusieurs
experiences qu'il fit pour
connoistre si cette liqueur
avoit autant de tenacité
quecelle desBuccinum,fait
remarquer que le linge
trempé dans la liqueur de
ces grains,ne prend lacouleur
de pourpre que lorsqu'on
l'expose au grand
air; & que quelques experiences
qu'il ait tentées
pour découvrir ce que sont
ces petits grains, il n'en a
point fait d'assez heureuses
pour y parvenir; qu on tireroic
la liqueur de ces
grains de Pourpre d'une
maniere infiniment p!bc
commode que celle dont
les Anciens ostoient la liqueur
des Buccinum
,
& fait
à ce sujet un détail tresample
& très-curieux,
aprés lequelil conclut qu'-
on pourroit tirer de ces
oeufs plus d'utilité que les
Anciens n'en tiroient des
Buccinum, parce qu'il y a
; incomparablement plus de
cesoeufs que decescoquili-
-
lages,& quon auroit leur
liqyeur beaucoup plus aisément
: enfin que la couleur
de cette liqueur paroist
parfaitement belle sur
le linge
, & que dans le
grand goust où l'on est à
present pour les toiles
peintes, on pourroit s'en
servir avec succez pour imprimer
sur du linge toutes
fortes de figures; cette liqueur
aussi bien que celle
des Buccinum, y seroit, ditil,
d'autant plus propre qu'elle , ne s'étend point
par delà l'endroitoùonl'a
posée
,
de sortequ'elle
pourroittousjours tracer
des traits nets.
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Résumé : Extrait du Discours de Mr de Reaumur, lû à l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences, [titre d'après la table]
Monsieur de Reaumur a présenté à l'Académie Royale des Sciences une découverte concernant une nouvelle teinture de pourpre. Malgré les travaux des Modernes et les descriptions d'Aristote et de Pline, la nature de la liqueur fournissant la pourpre ancienne restait peu connue. Les auteurs anciens avaient mentionné des mollusques à coquilles produisant cette liqueur, mais leurs descriptions n'avaient pas permis de percer ce secret. Reaumur a observé des coquillages de l'espèce Buccinum sur les côtes de l'Océan, regroupés autour de certaines pierres ou sous des arches de sable. Il a remarqué des petits grains sphéroïdes elliptiques contenant une liqueur blanche jaunâtre, similaire à celle des Buccinum. En écrasant ces grains sur ses manchettes, il a observé une coloration pourpre après quelques minutes. Pour vérifier la ténacité de cette liqueur, Reaumur a mené plusieurs expériences. Il a constaté que le linge trempé dans cette liqueur prenait une couleur pourpre lorsqu'il était exposé à l'air. Il a également noté que cette liqueur pouvait être extraite de manière plus simple que celle des Buccinum anciens. Reaumur a conclu que cette nouvelle teinture pourrait être utilisée pour imprimer des figures sur du linge, car elle ne s'étend pas au-delà de l'endroit où elle est posée, permettant ainsi de tracer des traits nets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 285-291
LES COQUILLAGES, IDYLLE, A M. D. L. R. &c. par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur ce qu'elle lui a envoié une Boëte pleine de Coquillages, il y a plus de deux mois, qui ne lui a point encore été renduë.
Début :
Mes pauvres petits Coquillages, [...]
Mots clefs :
Coquillages, Onde, Flots, La Roque, Nature, Ciel, Rochers
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texteReconnaissance textuelle : LES COQUILLAGES, IDYLLE, A M. D. L. R. &c. par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur ce qu'elle lui a envoié une Boëte pleine de Coquillages, il y a plus de deux mois, qui ne lui a point encore été renduë.
LES COQUILLAGES ,
IDYLLE ,
A M. D. L. R. &c. par M de Malcrais
de la Vigne , du Croisic en Bretagne,
sur ce qu'elle lui a envoie une Boëte
pleine de Coquillages , il y a plus de
deux mois , qui ne lui a point encore été
rendue.
M
•
Es pauvres petits Coquillages ,
Que , pour le cher la Roque , avec tant de plai
sir ,
Mes mains prirent peine à choisir ,
Sur les Sablons dorez qui bordent nos rivages à
Mes pauvres petits Coquillages ,
Vous voilà donc perdus ? Un perfide Courier ;
Un scélerat Aventurier ,
En allant à Paris , vous a vendus pour boire ,
Et pour deux coups de Vin clairet ,
*
Dont l'apas triomphant a séduit sa mémoire ,
Vous restez en ôtage au fond d'un Cabaret.
Cependant il me dit , vous mettant sous l'aisselle
.
286 MERCURE DE FRANCE
Qu'ainsi que sous son front il garde sa prunelle ,
Il vous conserveroit avec semblable soin.
ว
Oui , la Roque ; oui , mon cher, j'en ai plus d'un
témoin .
Me pourrois - tu juger capable d'imposture ?
Est-il de la raison que moi , que j'eusse exprès ,
Envoïé ce Jocrice à grotesque figure ,
De mon présent en l'air te porter les aprêts.
Pouvois- je ainsi payer tes égards , tes bienfaits
A moins que d'avoir l'ame ingrate ?
Moi , qui sans aucun coût , par la Poste reçois ,
Le don gracieux tous les mois ,
De l'excellent Journal que ta main délicate ,
Réduit , compose , arrange , et polit à la fois ,
Dont la Prose et les Vers mêlez avec grand
choix ,
Forment comme des Païsages ,
Où les Prez , les Troupeaux , les Montagnes ,les
Bois ,
Fleuves , Torrens , Hameaux , Villages ,
Villes qu'on n'apperçoit qu'à travers les nuages ,
Charment l'ame , et les yeux , en guérissant l'ennui.
Tel est l'agrément aujourd'hui
De ton Journal , qui brille encor par tes Oud
vrages ,
Beaucoup plus que par ceux d'autrui .
Mais revenons aux Coquillages
Dont
FEVRIER. 1733.
287
Dont la perte fatale enflamma mon couroux.
Quand Diane laissoit l'Amante de Pélée ,
Aller avec l'Onde écoulée ,
Languir entre les bras de son vaillant Epoux ,
Dans une Grotte reculée ,
Out de leurs doux momens les Tritons sont ja
loux ,
Alors par un Sentier , dont la route est sca
breuse ,
M'appuyant d'une main chancelante et peureuse
Marchant à pas serrez , je descendois au fond
D'une retraite sabloneuse ,
>
Et puis par un détour , j'entrois dans un Salon ;
Dont la naïve Architecture
›
Est uniquement due à la simple Nature.
Là , le Roc inégal fait naître des Portraits ,
D'une singuliere structure ,
Qui s'échapent à l'oeil , et perdent tous leurs
traits ,
Quand on les regarde de près,
L'Herbe d'autre côté , diversement fleurie
Avec le Capilaire , enlassée au hazard ,
Produit , sans le secours de l'Art ,
Une verte Tapisserie.
Séjour des Rois , ríches Palais ,
Atrayantes Prisons d'Esclaves magnifiques ,
Heureux qui fut admis sous vos brillans Por
tiques !
Plus
283 MERCURE DE FRANCE
Plus heureux mille fois qui n'y parut jamais !
Ce qu'on voit travaillé sur vos murs à grands
frais ¿
Se présente ici de soi - même ,
Et la Nature qui nous aime
Sçait , au gré de nos voeux , si bien se façonner
Que notre oeil d'abord trouve en elle ,
Ge qu'il nous plaît d'imaginer.
Dans ces lieux , cher la Roque , à moi- même
fidele ,
Je m'étois imposé la loi ,
De cueillir chaque jour pour toi ,
De Coquillage un certain nombre.
Je n'en sortois jamais que le Ciel ne fût sombre ,
Tant mon esprit rêveur m'emportoit loin de moi.
Quelquefois l'Onde revenue ,
Me surprenoit en ce travail ,
Amenant à mes pieds la richesse menuë ,
Dont nos bords fortunez composent leur émail.
Coquillages chéris , quand la Mer sur l'Arene ,
Promenant à son gré des flots impetueux ,
Qu'elle étend et retire en les pliant sous eux
Vous laissoit aux graviers échapper avec peine ;
Il sembloit qu'en ces mots tout bas vous`mur→
muriez ,
Flots cruels , disiez - vous , dont la rage fougueuse
Vient de nous séparer de la Roche amoureuse ,
Avec qui nous étions tendrement mariez ;
HâtezFEVRIER:
1733. 289
Hatez-vous , hâtez-vous d'anéantir des restes ,
Désormais consacrez aux plus vives douleurs ;
Vous avec commencé des Destins trop funestes
Mettez le comble à nos malheurs .
Quand on a perdu ce qu'on aime
La vie est un tourment extrême ,
Et le trépas a des douceurs .
Et vous ,
trages ,
Rochers constans , prenez part aux ou⇒
Que nous ont fait les flots de jalousie émus ,
Brisez-les sur vos coins aigus ,
Rendez- leur , chers Rochers, ravages pour ra¬
vages ,
Vengez - vous en vengeant les extrêmes dommages
,
Que nous avons , hélas ! injustement reçûs.
Jouets des flots et des Orages ,
Coquillages , calmez ce violent courroux >
Nous sommes mille fois plus à plaindre que vouse
Ce sont les heureux Mariages ,
Sur qui la Mort barbare aime à lancer ses coups.
Admirables trésors du transparant abîme
Vos destins des Mortels devroient être enviez ,
Quoique tout comme eux vous perḍiez
La substance qui võus anime ,
Vous conservez pourtant des attraits, des beautez,
De diverses proprietez ,
Et des couleurs étincelantes,
On
290 MERCURE DE FRANCE
On vous recherche après , avec empressement ,'
On vient vous arracher aux vagues écumantes ,
Et même vos morceaux sont gardez cherement.
Pour nous , quand sous nos corps nos ames
éclipsées ,
Par le mal destructeur en ont été chassées ,
Et qu'Atropos nous met dans la liste des Morts ;
Que reste-r'il de nous alors ?
Qu'en reste- t'il ? grands Dieux ! les terribles pensées
!
Tout mon sang en fremit ; plus d'appas , pas un
trait ...
La beauté qu'engendroit le souffle de la vie ;
Et qui d'Adorateurs étoit par tout suivie ,
N'est de soi tout au plus qu'un diforme Portrait,
On le craint , on l'éloigne et la tombe dévore ,
Un amas corrompu que la Nature abhorre ,
Mais tirons le rideau sur des objets d'effroi ,
Dont l'aspect fait pâlir le Berger et le Roy ;
Plaignez -vous , soupirez , Humains fondez en
larmes.
Mais Ciel mon oreille n'entend ,
Que plaintes , que courroux , que murmures
qu'allarmes ,
Tout l'Univers déclame et paroît mécontent,
Et par sa plainte circulaire
Forme un Concert horrible à mon entendement.
Un Element est en colere ,
Et se plaint d'un autre Element;
I
La
FEVRIER. 1733.
291
La Terre étant plus basse et moins en mouvement,
Est de leurs fiers discors la victime ordinaire.
Coquillages dorez sur le sable mouvant ,
Vous vous plaignez de l'Onde amere ,
L'Onde à son tour se plaint des Rochers et du
Vent ,
Le Vent du prompt Eole , Eole de Neptune ,
Neptune blâme le Destin.
L'homme à charge à lui- même , inquiet , incertain
,
Accuse à chaque instant les Dieux et la Fortune ,
Il croit que tout s'oppose à son moindre souhait,
Le Monde entier le blesse , il se fuit , il se hait ,
Vautour à lui - même il se ronge ;
Il semble qu'il s'y plaise et que sans cesse il songe,
A creuser dans son coeur pour chercher des
chagrins.
Et moi , j'ai beau gémir pour mes bijoux marins,
Ma plainte est inutile et le voleur s'en moque ,
Consolons- nous , pourtant , docte ami , cher la
Roque ,
Et le Ciel à jamais nous préserve tous deux
De tout accident plus fâcheux.
IDYLLE ,
A M. D. L. R. &c. par M de Malcrais
de la Vigne , du Croisic en Bretagne,
sur ce qu'elle lui a envoie une Boëte
pleine de Coquillages , il y a plus de
deux mois , qui ne lui a point encore été
rendue.
M
•
Es pauvres petits Coquillages ,
Que , pour le cher la Roque , avec tant de plai
sir ,
Mes mains prirent peine à choisir ,
Sur les Sablons dorez qui bordent nos rivages à
Mes pauvres petits Coquillages ,
Vous voilà donc perdus ? Un perfide Courier ;
Un scélerat Aventurier ,
En allant à Paris , vous a vendus pour boire ,
Et pour deux coups de Vin clairet ,
*
Dont l'apas triomphant a séduit sa mémoire ,
Vous restez en ôtage au fond d'un Cabaret.
Cependant il me dit , vous mettant sous l'aisselle
.
286 MERCURE DE FRANCE
Qu'ainsi que sous son front il garde sa prunelle ,
Il vous conserveroit avec semblable soin.
ว
Oui , la Roque ; oui , mon cher, j'en ai plus d'un
témoin .
Me pourrois - tu juger capable d'imposture ?
Est-il de la raison que moi , que j'eusse exprès ,
Envoïé ce Jocrice à grotesque figure ,
De mon présent en l'air te porter les aprêts.
Pouvois- je ainsi payer tes égards , tes bienfaits
A moins que d'avoir l'ame ingrate ?
Moi , qui sans aucun coût , par la Poste reçois ,
Le don gracieux tous les mois ,
De l'excellent Journal que ta main délicate ,
Réduit , compose , arrange , et polit à la fois ,
Dont la Prose et les Vers mêlez avec grand
choix ,
Forment comme des Païsages ,
Où les Prez , les Troupeaux , les Montagnes ,les
Bois ,
Fleuves , Torrens , Hameaux , Villages ,
Villes qu'on n'apperçoit qu'à travers les nuages ,
Charment l'ame , et les yeux , en guérissant l'ennui.
Tel est l'agrément aujourd'hui
De ton Journal , qui brille encor par tes Oud
vrages ,
Beaucoup plus que par ceux d'autrui .
Mais revenons aux Coquillages
Dont
FEVRIER. 1733.
287
Dont la perte fatale enflamma mon couroux.
Quand Diane laissoit l'Amante de Pélée ,
Aller avec l'Onde écoulée ,
Languir entre les bras de son vaillant Epoux ,
Dans une Grotte reculée ,
Out de leurs doux momens les Tritons sont ja
loux ,
Alors par un Sentier , dont la route est sca
breuse ,
M'appuyant d'une main chancelante et peureuse
Marchant à pas serrez , je descendois au fond
D'une retraite sabloneuse ,
>
Et puis par un détour , j'entrois dans un Salon ;
Dont la naïve Architecture
›
Est uniquement due à la simple Nature.
Là , le Roc inégal fait naître des Portraits ,
D'une singuliere structure ,
Qui s'échapent à l'oeil , et perdent tous leurs
traits ,
Quand on les regarde de près,
L'Herbe d'autre côté , diversement fleurie
Avec le Capilaire , enlassée au hazard ,
Produit , sans le secours de l'Art ,
Une verte Tapisserie.
Séjour des Rois , ríches Palais ,
Atrayantes Prisons d'Esclaves magnifiques ,
Heureux qui fut admis sous vos brillans Por
tiques !
Plus
283 MERCURE DE FRANCE
Plus heureux mille fois qui n'y parut jamais !
Ce qu'on voit travaillé sur vos murs à grands
frais ¿
Se présente ici de soi - même ,
Et la Nature qui nous aime
Sçait , au gré de nos voeux , si bien se façonner
Que notre oeil d'abord trouve en elle ,
Ge qu'il nous plaît d'imaginer.
Dans ces lieux , cher la Roque , à moi- même
fidele ,
Je m'étois imposé la loi ,
De cueillir chaque jour pour toi ,
De Coquillage un certain nombre.
Je n'en sortois jamais que le Ciel ne fût sombre ,
Tant mon esprit rêveur m'emportoit loin de moi.
Quelquefois l'Onde revenue ,
Me surprenoit en ce travail ,
Amenant à mes pieds la richesse menuë ,
Dont nos bords fortunez composent leur émail.
Coquillages chéris , quand la Mer sur l'Arene ,
Promenant à son gré des flots impetueux ,
Qu'elle étend et retire en les pliant sous eux
Vous laissoit aux graviers échapper avec peine ;
Il sembloit qu'en ces mots tout bas vous`mur→
muriez ,
Flots cruels , disiez - vous , dont la rage fougueuse
Vient de nous séparer de la Roche amoureuse ,
Avec qui nous étions tendrement mariez ;
HâtezFEVRIER:
1733. 289
Hatez-vous , hâtez-vous d'anéantir des restes ,
Désormais consacrez aux plus vives douleurs ;
Vous avec commencé des Destins trop funestes
Mettez le comble à nos malheurs .
Quand on a perdu ce qu'on aime
La vie est un tourment extrême ,
Et le trépas a des douceurs .
Et vous ,
trages ,
Rochers constans , prenez part aux ou⇒
Que nous ont fait les flots de jalousie émus ,
Brisez-les sur vos coins aigus ,
Rendez- leur , chers Rochers, ravages pour ra¬
vages ,
Vengez - vous en vengeant les extrêmes dommages
,
Que nous avons , hélas ! injustement reçûs.
Jouets des flots et des Orages ,
Coquillages , calmez ce violent courroux >
Nous sommes mille fois plus à plaindre que vouse
Ce sont les heureux Mariages ,
Sur qui la Mort barbare aime à lancer ses coups.
Admirables trésors du transparant abîme
Vos destins des Mortels devroient être enviez ,
Quoique tout comme eux vous perḍiez
La substance qui võus anime ,
Vous conservez pourtant des attraits, des beautez,
De diverses proprietez ,
Et des couleurs étincelantes,
On
290 MERCURE DE FRANCE
On vous recherche après , avec empressement ,'
On vient vous arracher aux vagues écumantes ,
Et même vos morceaux sont gardez cherement.
Pour nous , quand sous nos corps nos ames
éclipsées ,
Par le mal destructeur en ont été chassées ,
Et qu'Atropos nous met dans la liste des Morts ;
Que reste-r'il de nous alors ?
Qu'en reste- t'il ? grands Dieux ! les terribles pensées
!
Tout mon sang en fremit ; plus d'appas , pas un
trait ...
La beauté qu'engendroit le souffle de la vie ;
Et qui d'Adorateurs étoit par tout suivie ,
N'est de soi tout au plus qu'un diforme Portrait,
On le craint , on l'éloigne et la tombe dévore ,
Un amas corrompu que la Nature abhorre ,
Mais tirons le rideau sur des objets d'effroi ,
Dont l'aspect fait pâlir le Berger et le Roy ;
Plaignez -vous , soupirez , Humains fondez en
larmes.
Mais Ciel mon oreille n'entend ,
Que plaintes , que courroux , que murmures
qu'allarmes ,
Tout l'Univers déclame et paroît mécontent,
Et par sa plainte circulaire
Forme un Concert horrible à mon entendement.
Un Element est en colere ,
Et se plaint d'un autre Element;
I
La
FEVRIER. 1733.
291
La Terre étant plus basse et moins en mouvement,
Est de leurs fiers discors la victime ordinaire.
Coquillages dorez sur le sable mouvant ,
Vous vous plaignez de l'Onde amere ,
L'Onde à son tour se plaint des Rochers et du
Vent ,
Le Vent du prompt Eole , Eole de Neptune ,
Neptune blâme le Destin.
L'homme à charge à lui- même , inquiet , incertain
,
Accuse à chaque instant les Dieux et la Fortune ,
Il croit que tout s'oppose à son moindre souhait,
Le Monde entier le blesse , il se fuit , il se hait ,
Vautour à lui - même il se ronge ;
Il semble qu'il s'y plaise et que sans cesse il songe,
A creuser dans son coeur pour chercher des
chagrins.
Et moi , j'ai beau gémir pour mes bijoux marins,
Ma plainte est inutile et le voleur s'en moque ,
Consolons- nous , pourtant , docte ami , cher la
Roque ,
Et le Ciel à jamais nous préserve tous deux
De tout accident plus fâcheux.
Fermer
Résumé : LES COQUILLAGES, IDYLLE, A M. D. L. R. &c. par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne, sur ce qu'elle lui a envoié une Boëte pleine de Coquillages, il y a plus de deux mois, qui ne lui a point encore été renduë.
Dans une lettre poétique adressée à M. D. L. R., M. de Malcrais, résidant à la Vigne, du Croisic en Bretagne, exprime son mécontentement concernant une boîte de coquillages envoyée il y a plus de deux mois et qui n'est pas encore parvenue à destination. L'auteur décrit les coquillages comme des objets précieux et personnels, perdus à cause d'un courrier malhonnête qui les a vendus pour boire du vin. Il évoque la beauté et la valeur de ces coquillages, comparant leur perte à celle d'un trésor. M. de Malcrais décrit les lieux où il les ramassait, soulignant la beauté naturelle de ces endroits et l'attachement qu'il avait pour cette activité. La lettre se termine par une réflexion sur la fragilité de la vie humaine et la vanité des plaintes, invitant M. D. L. R. à se consoler et à éviter des malheurs plus graves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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